Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- LES PRODUITS CHIMIQUES ET PHARMACEUTIQUES.
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- MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE 1NTERNATIONALE DE 1878
- A PARIS.
- --------î> <$><=--
- Groupe V. — Classe kl.
- RAPPORT
- SUR
- LES PRODUITS CHIMIQUES
- ET PHARMACEUTIQUES,
- PAR
- M. CIL LAUTH,
- C 11 I SI I ST K- SI AN l! FACTU HIER,
- MEMBRE DE CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCG LXXX1.
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- Groupe Y. — Classe kl.
- RAPPORT
- SUR
- LES PRODUITS CHIMIQUES
- ET PHARMACEUTIQUES.
- COMPOSITION DU JURY.
- MM. Beilstein, président, professeur à l’Institut technologique de 1 R
- Saint-Pétersbourg...........................................j ussie.
- Roscoe, 1er vice-président, professeur, F. R. S............... Angleterre.
- Scjiloesiag, sc vice-président, directeur de l’Ecole d’application j des manufactures de l’Etat, membre du comité d’admission à > France. l’Exposition universelle de 1878..............................)
- Lauth, secrétaire-rapporteur, chimiste-manufacturier, membre 1 du Conseil municipal de Paris, membre du comité d’admission > France, à l’Exposition universelle de 1878............................)
- le Dr Jemkins (T.-E.)......................................... États-Unis.
- Molrad-Krohn (L.), pharmacien à Bergen........................I .
- ' ' r 0 (et Norvvege.
- M. Cossa (A.), professeur..................................... Italie.
- Matsciieko (M.), président de la Société industrielle pour la j Autriche-basse Autriche................................................j Hongrie.
- Picard , professeur à Bâle.................................... Suisse.
- Dewilde (P.), professeur à l’Ecole militaire de Bruxelles..... Belgique.
- Joergensen (V.), fabricant de produits chimiques à Oeresund, ) panemark
- près Copenhague..............................................j
- Torrès-Caïcedo, ministre du Salvador à Paris, président de la ) Amérique
- commission du Salvador.......................................j centleetmér'
- Silva (R.-D.), membre de l’Académie des sciences de Lisbonne, ) chef des travaux de chimie analytique à l’École centrale des > Portugal, arts et manufactures..........................................)
- Classe ^7.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V.
- Cl. 47.
- MM. Serrurier
- Pays-Bas.
- Berthelot, membre de l’Institut, professeur au Collège de j France et à l’Ecole de pharmacie, membre du comité d’ad- > France, mission à l’Exposition universelle de 1878.......................)
- Fourcade, ancien manufacturier, membre de la Chambre de com- j merce, membre du jury (1867), membre des comités d’ad- > France, mission et d’installation à l’Exposition universelle de 1878. . )
- Chiris (L.), fabricant, député des Alpes-Maritimes, membre ) p ance du comité d’admission à l’Exposition universelle de 1878. . . j
- Troost, professeur de chimie à la Faculté des sciences de Paris. France.
- François (J.), inspecteur général des mines, membre du comité \
- consultatif d’hygiène de France, membre du comité d’admis- ( -,
- jo • t \ r TtinCG.
- sion el président de la commission des eaux minérales de 1
- France à l’Exposition universelle de 1878......................)
- Ferrand, membre des comités d’admission et d’installation à | -, l’Exposition universelle de 1878...........................) rance.
- Guibal, fabricant, vice-président de la Chambre de commerce, 1 membre du jury de 1867, mumhre du comité d’admission à > France. l’Exposition universelle de 1878..................................)
- Bénard, manufacturier de produits chimiques, à Marseille.. . . France. Chevalier-Escot, fabricant de produits chimiques, à Orléans. . France. de Clermont (P.), suppléant, directeur adjoint du laboratoire )
- de chimie à la Sorbonne, membre des comités d’admission et > France, d’installation à l’Exposition universelle de 1878...................)
- Jungfleiscii , suppléant, professeur à l’École de pharmacie. . . . France. Boude, suppléant, raffineur de soufre, à Marseille.................... France.
- Brun (L.), suppléant, ancien membre du tribunal de commerce. France.
- INTRODUCTION.
- La classe k7 renfermait, sous le nom de Produits chimiques et pharmaceutiques, non seulement ce qui est du domaine de l’industrie chimique proprement dite, mais encore une foule de matières qui s’y rattachent parce que leur préparation entraîne l’emploi de procédés ou de substances chimiques : on y trouvait, en effet, à côté des dérivés de la grande industrie (acides et soude), les produits de la stéarinerie et de la savonnerie, les couleurs et les matières colorantes, les vernis, les encres et les encollages, les schistes, les pétroles et en général les produits de
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- INTRODUCTION.
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- la distillation sèche, le caoutchouc, la gutta-percha et leurs nom- Gr. V hreuses applications, les produits pharmaceutiques, et, enfin dans ^ une exposition annexe, les eaux minérales.
- Cette classification, adoptée déjà en 1867, nous paraît présenter des inconvénients qu’il est utile de signaler, pour en éviter le retour à l’avenir : qu’on réunisse dans une même classe les produits, quelque variés qu’ils soient, auxquels peuvent donner naissance les applications de la chimie, rien de mieux; mais n’est-il pas irrationnel de confier à l’examen d’un jury, composé presque exclusivement de chimistes, l’étude, par exemple, des eaux minérales, dont le mérite ne dépend évidemment que de leur mode d’exploitation, ou l’appréciation des produits fabriqués avec le caoutchouc et la gutta-percha par des moyens qui sont assurément plutôt du domaine de la mécanique que de celui de la chimie ?
- D’autre part ne serait-il pas convenable de réunir dans une même classe, avec ces produits, les appareils qui ont servi à les obtenir? La classe 53 jugeait le matériel des arts chimiques; la classe à7, les produits obtenus avec ce matériel: il est évident cependant que tel matériel n’a une valeur particulière que s’il permet d’obtenir de bons produits, et que bien des substances exposées dans la classe £7 ne tiraient leur intérêt que du procédé, de l’appareil, de la disposition spéciale adoptés par le fabricant.
- 11 nous semble donc qu’il y aurait lieu, à l’avenir, de réunir dans une même classe tout ce qui a trait à une même industrie, plutôt que d’accumuler, dans plusieurs classes distinctes, des choses qui n’ont aucun rapport les unes avec les autres. Nous n’ignorons pas qu’il sera malaisé de trouver une classification parfaite, une répartition telle, que chaque exposant soit jugé par des hommes absolument compétents, et qu’à moins de multiplier à l’infini le nombre des classes, et par conséquent celui des jurés, d y aura toujours des anomalies fâcheuses; mais nous pensons que la modification que nous proposons est pratique, facile à appliquer et qu’elle donnera de bons résultats.
- Une exposition de produits chimiques, de substances renfermées dans des bocaux de verre, pourrait sembler au premier abord
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- Gr. V. Cl. 47.
- A EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- devoir être d’un intérêt médiocre pour toute personne étrangère à cette industrie; il n’en est rien cependant. Les expositions précédentes l’avaient déjà prouvé; celle de 1878 l’a confirmé cl’une manière éclatante.
- Les fabricants de tous les pays avaient compris ce qu’une pareille exhibition peut avoir d’ingrat; aussi se sont-ils appliqués à présenter leurs produits de la façon la plus attrayante, et nous n’entendons pas parler exclusivement de l’élégance et du goût avec lesquels ils avaient disposé leurs vitrines, mais encore de l’intérêt qu’ils avaient su leur donner en exposant, à côté du produit, la matière première d’où il est extrait, le résultat qu’il peut fournir, les applications dont il est susceptible; beaucoup, à l’aide d’étiquettes et de plans explicatifs, cherchaient à mettre les visiteurs les moins instruits, au courant de leurs inventions et à donner ainsi à l’Exposition le caractère d’un véritable enseignement public.
- Nous sommes heureux d’avoir, au commencement de ce rapport, à présenter nos félicitations aux exposants de la classe A7, ainsi qu’aux membres du Comité d’installation, qui ont présidé à cette organisation.
- Avant d’aborder l’examen de nos industries chimiques, nous pensons qu’il est utile de reproduire ici quelques-unes des observations qui ont été échangées entre les membres du jury au cours de leurs travaux, et dont on pourra peut-être profiter pour l’avenir.
- L’Administration supérieure avait décidé que le jury n’aurait à se préoccuper que de la valeur des produits exposés, sans tenir compte des renseignements qui lui parviendraient sur l’honorabilité de ceux qui les présentaient; c’est une mesure excellente en principe, puisque, dans bien des cas, lejury est incompétent pour trancher certaines questions délicates; mais il conviendrait alors de recommander aux comités d’admission plus de sévérité dans leurs appréciations. Nous pensons, d’ailleurs, que si le jury des récompenses se trouve suffisamment éclairé par des preuves indiscutables de mauvaise foi ou d’indélicatesse , comme, par exemple
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- INTRODUCTION.
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- l’emploi d’une fausse marque de fabrique ou d’un procédé frauduleusement acquis, la mission élevée qui lui est confiée devrait lui permettre de refuser toute récompense à l’industriel dont l’honneur est ainsi entaché : ses jugements auraient plus d’autorité, et les médailles qu’il distribue prendraient aux yeux du t ' ’’c une valeur d’autant plus grande, que chacun saurait alors qu’il récompense non seulement l’habileté, mais encore l’honorabilité de l’exposant.
- Une autre difficulté a retardé nos travaux: le nombre des médailles de chaque catégorie avait été limité à l’avance. L’Administration demandait non pas des propositions de récompenses, mais une liste des exposants, classés par ordre de mérite, sans ex œquo. S’il est possible d’établir un classement raisonné, lorsqu’il s’agit d’apprécier des produits de même nature, ce programme est inapplicable, lorsqu’il s’agit déjuger dix ou vingt industries différentes les unes des autres; peut-on comparer, par exemple, d’une façon absolue, le mérite d’un fabricant de caoutchouc et celui d’un fabricant d’acide sulfurique? Quel rapport établir entre eux? S’il ne reste qu’une médaille d’or à donner, quelle sera la raison dominante qui entraînera la décision du jury en faveur de l’un plutôt qu’en faveur de l’autre? La haute assemblée à laquelle est confié l’honneur de discuter la valeur des exposants devrait être juge du nombre de récompenses qu’il convient de donner; c’est le seul moyen d’arriver à créer cet équilibre en vertu duquel, dans les différents groupes, une même médaille aura la même valeur.
- Nous croyons aussi devoir dire un mot sur les délais qui ont été accordés aux rapporteurs pour terminer leurs travaux : l’Administration a demandé que toutes les propositions lui fussent remises le 20 juillet 1878, c’est-à-dire un mois environ après la réunion du
- jurY-
- Ce délai, dans les limites duquel nous nous sommes tenu, est évidemment trop court pour une classe composée de près de deux mille exposants; nous admettons volontiers que les jugements doivent être rendus rapidement, et nous comprenons qu’on ne puisse demander aux jurés étrangers de consacrer à leur mission un temps trop prolongé; il ne faut cependant pas oublier que le but d’une exposition n’est pas seulement de distribuer des récom-
- Gr. V Cl. 47
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. penses aux plus méritants, mais encore de pouvoir étudier, chacun dans l’intérêt de son pays, les conditions de fabrication des produits exposés, les desiderata de chaque industrie, le développement qu’elle a acquis, les entraves qu’elle rencontre.
- Nous pouvons dire que si, au point de vue des récompenses à attribuer, la mission du jury de la classe h'j a été probablement remplie, puisque, deux ou trois cas exceptés, les décisions ont été prises à l’unanimité des voix, il est bien certain que la rapidité forcée de ses opérations l’a empêché de s’entourer de tous les renseignements nécessaires pour recueillir cet ensemble de documents dont l’exposé eût été si intéressant, par la comparaison des conditions économiques de la production industrielle dans chaque pays. S’il est possible d’obtenir ces renseignements pendant la durée des travaux^du jury, l’expérience nous a démontré que les industriels sont beaucoup plus réservés après coup; nous pensons donc qu’il serait désirable, pour J’avenir, de laisser aux jurys une latitude beaucoup plus grande pour le dépôt de leurs propositions de récompenses.
- Deux mille exposants environ avaient soumis leurs produits à l’appréciation du jury; toutesles nations, sauf l’Allemagne, étaient représentées dans l’une ou l’autre des sections de la classe Û7; l’Alsace-Lorraine n’avait pas pris part à l’Exposition ; son absence y laissait un vide irréparable.
- L’examen détaillé de nos diverses industries fera ressortir les progrès qui ont été réalisés dans chacune de leurs branches; nous ne devons signaler ici que les faits principaux, les traits caractéristiques qui ont marqué la période écoulée depuis l’Exposition de 18 6 7.
- Le remplacement presque absolu du soufre par les pyrites, dans la fabrication de l’acide sulfurique ; la régénération du peroxyde de manganèse dans la fabrication du chlore; le remplacement du procédé Leblanc par le procédé à l’ammoniaque, dans la production de la soude; la découverte de l’alizarine artificielle et de toute une série de nouvelles matières colorantes : tels sont les points lumineux qui éclairent cette période et, qui montrent la
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- INTRODUCTION.
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- somme d’efforts considérables faits par les industriels et les savants Gr. V. depuis 1867 et 1873.
- Le jury a pensé qu’il était utile de publier hautement le mérite de ces grandes inventions et d’attribuer à leurs auteurs la récompense la plus élevée qui fût à sa disposition; il a donné dix grands prix.
- Les lauréats sont : MM. Michel Perret, Walter Weldon, Solvay et C1", Kuhlmann père, Scheurer-Kestner, la manufacture d’Aussig,
- A. Poirrier, la Collectivité des savonniers de Marseille, l’Ensemble des eaux minérales d’Espagne, la Collectivité des eaux minérales du Caucase.
- M. Michel Perret a eu, avec son frère M. Baptiste Perret, l’honneur d’appliquer l’emploi des pyrites à la fabrication de l’acide sulfurique; cette découverte importante, qui remonte à 1838, n’a pu aboutir que grâce à la persistance et à la sagacité avec lesquelles M. Perret a poursuivi la recherche des appareils convenables pour la combustion des roches et des poussières de pyrite; aujourd’hui ces efforts ont été couronnés de succès, et presque tout l’acide sulfurique est produit en Europe par son procédé.
- C’est un service immense rendu à l’industrie des produits chimiques.
- M. Walter Weldon a trouvé le moyen de régénérer le peroxyde de manganèse; autrefois le chlorure de manganèse, résidu de la fabrication du chlore, était perdu, et sa présence dans les usines était un embarras des plus graves pour les industriels : M. Weldon a résolu brillamment la question, si souvent attaquée, de l’utilisation de ce liquide insalubre; son procédé supprime l’emploi du peroxyde naturel pour ses 99 centièmes; le manganèse régénéré revient à 3 ou h francs les 100 kilogrammes, tandis que le manganèse naturel n’est jamais tombé au-dessous de 9 à 10 francs les 100 kilogrammes; le chlorure de chaux, grâce au procédé Weldon, peut être obtenu avec une économie de 2 5 p. 0/0 au moins.
- M. Weldon a attaché son nom à une des plus grandes découvertes de ce siècle.
- MM. Solvay et C'e ont réalisé la fabrication de la soude directement au moyen du sel marin par le procédé dit à l’ammoniaque;
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- EXPOSITION UNIVERSELLE UE 1878.
- Gr. v. on sait que MM. Schlœsing et Rolland avaient naguère entrepris Cl 47 °e^e ^r^ca^on’ à laquelle ils durent renoncer pour des raisons fiscales, paraît-il, et le jury de l’Exposition deVienne avait récompensé cette tentative par un grand diplôme d’honneur; MM. Solvay ont résolu le problème: le procédé Leblanc est sérieusement compromis, et si, comme on l’affirme, la production de l’acide chlorhydrique, qui paraissait devoir soutenir ce procédé malgré la redoutable concurrence des nouveaux produits, est industriellement réalisée par la substitution de la magnésie à la chaux et la décomposition de chlorure de magnésium, les travaux de MM. Solvav transformeront absolument nos industries chimiques. Quoi qu’il arrive, la soude a baissé de prix dans une énorme proportion, et la multiplicité de ses emplois peut faire regarder cette découverte comme un véritable bienfait.
- M. Kuhlmann père est l’auteur de plus de soixante mémoires importants sur les applications de la chimie à l’agronomie, à la sucrerie, au blanchiment et à la teinture, à la construction, à l’hygiène et spécialement à la fabrication des produits chimiques. Il poursuit ses recherches depuis plus de cinquante ans; chaque année, il vient apporter à la science ou à l’industrie le fruit de ses études et de ses méditations. Chef d’une des maisons les plus importantes de France, il a réalisé de nombreuses découvertes; l’industrie de la baryte, la fabrication de l’acide nitrique, les applications si importantes des silicates alcalins, ont répandu son nom dans le monde entier.
- M. Scheurer-Kestner, par ses travaux scientifiques et industriels, a rendu de nombreux et importants services à la fabrication des produits chimiques ; il a établi la théorie de la production de la soude par le procédé Leblanc et a amené ainsi des progrès sensibles dans cette industrie; ses recherches sur les pyrites, l’acide sulfurique, le vert Guignet, le chlorure de chaux, ont éclairé un grand nombre de points, restés jusqu’alors obscurs; enfin le travail considérable qu’il a fait sur la combustion des houilles, sur leur analyse, leur essai industriel, est devenu classique et restera comme un modèle.
- La Société pour l’industrie chimique et métallurgique d’Aussig
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- INTRODUCTION.
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- a donné un développement considérable à la fabrication des produits chimiques en Autriche; elle a, de plus, obtenu le premier succès industriel dans la solution d’un problème qui, depuis bien longtemps, préoccupait les producteurs de soude artificielle; M. Schafner, chimiste à Aussig, a le premier trouvé le moyen d’utiliser les marcs de soude et de régénérer le soufre avec ce résidu insalubre et encombrant.
- M. Poirrier a donné à l’industrie française des matières colorantes artificielles un développement remarquable; il a réuni dans ses mains l’exploitation de presque toutes les inventions relatives à cette industrie; luttant avec une rare énergie contre l’introduction des produits étrangers, il a su, malgré les droits excessifs qui frappent ses matières premières, conserver à notre production nationale une importance sérieuse : grâce à son intelligente activité, il a attiré à lui de nombreux inventeurs. L’usine de Saint-Denis a vu successivement éclore les violets de Paris, le vert de méthyl-ani-line, les orangés de M. Roussin, la roccelline, le cachou de Laval, etc.
- Le jury a décerné un diplôme équivalant à une grande médaille à la Collectivité des savonniers de Marseille, montrant ainsi par l’offre de cette haute récompense tout le prix qu’il attache à la conservation de leur marque spéciale; l’ancienne réputation de ces savons est compromise depuis l’introduction dans le commerce de produits de qualités inférieures; il importait de faire ressortir le mérite de la fabrication classique du savon de Marseille dont l’aspect suffit pour garantir la pureté.
- Enfin il a décerné deux diplômes équivalant aux grands prix à YEnsemble des eaux minérales d’Espagne et à la Collectivité des eaux minérales du Caucase (Russie).
- Les récompenses accordées par le jury, en dehors des dix grands prix dont nous venons de signaler les titulaires, sont au nombre de i ,1 o5 :
- i,o65 ont été données aux exposants, ho aux collaborateurs.
- Gr. V Cl. 47
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
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- Gr. V.
- Cl. 47.
- EXPOSANTS.
- Médailles d’or......................
- Médailles d’ argent.................
- Médailles de bronze.................
- Mentions honorables.................
- 200
- 35a
- 34o
- COLLABORATEURS.
- Médailles d’or............................................ 5
- Médailles d’argent..................................... 13
- Médailles de bronze. . .................................. i3
- Mentions honorables....................................... q
- Nous ne pouvons que regretter d’avoir eu aussi peu de collaborateurs à récompenser; malgré l’appel qui avait été adressé aux exposants, un très petit nombre d’entre eux nous ont mis à même d’apprécier la part qui revient dans leurs travaux ou leurs découvertes aux savants, aux chimistes, aux contremaîtres ou aux ouvriers attachés à leurs établissements; nous n’ignorons pas cependant que le succès d’une maison est du non seulement à la direction de son chef, mais bien fréquemment aussi à des collaborateurs dont l’intelligence, le savoir et l’assiduité ne trouvent pas toujours dans leurs émoluments la récompense qu’ils méritent. Le jury eût été heureux de pouvoir honorer le travail dans toutes scs manifestations.
- L’ensemble de la classe A7, dans toutes ses sections, présentait un aspect des plus satisfaisants; si, par l’importance, le nombre, le bon goût et la richesse des expositions, la France tenait incontestablement le premier rang, nous nous empressons d’ajouter que l’Angleterre, la Suisse, la Belgique et la Hollande étaient représentées d’une façon tout à fait remarquable. Il en est de même de l’Autriche; mais ses produits, malheureusement éparpillés dans le Palais même et dans une de ses annexes, étaient moins favorablement disposés pour l’étude. La Russie et l’Italie avaient des expositions peu en rapport avec leur production industrielle : quant aux autres pays, leurs produits étaient trop mal classés, pour qu’on put
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- INTRODUCTION.
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- se faire une juste idée de leur valeur; nous devons même avouer Gr. v. qu’il nous a été impossible de découvrir, faute de renseignements, ^ quelques exposants dont le catalogue annonçait la présence, et qu’au contraire nous avons eu à en examiner un certain nombre qui n’apparaissaient qu’au moment du passage du jury.
- Les renseignements généraux que nous avons pu recueillir ne laissent aucun doute sur le développement prodigieux qu’ont pris les industries chimiques dans tous les pays, depuis 186-7.
- La consommation de Tacide sulfurique, qu’on regarde quelquefois comme représentant la mesure de la production industrielle d’une nation, a doublé dans certains pays; sans atteindre tout à fait ce résultat, la France a vu sa production monter de 90,000 tonnes, en 1867, à i5o,ooo tonnes, en 1877.
- La fabrication des matières colorantes artificielles n’a cessé de suivre sa marche vertigineuse. La découverte de l’alizarine artificielle a révolutionné l’industrie de la garance et anéanti la culture de celte plante; c’est un désastre pour certains de nos départements, et sans compensation aucune pour la France; car la décou-t verte de MM. Graebe etLiebermann a été réalisée en Allemagne, et ce pays est resté le centre de production de l’alizarine. L’indifférence avec laquelle les producteurs de garance regardaient les progrès de la chimie moderne et qui les a fait, sans aucune tentative d’amélioration dans leur culture jusqu’à ces dernières années, persévérer dans la routine de leurs pères, a amené cet effondrement. Nous ne voulons pas dire que la garance pût être sauvée, mais peut-être aurait-on pu retarder ce désastre. Quoi qu’il en soit, et quelque regrettable que soit pour notre pays un pareil bouleversement, nous ne devons laisser passer cette victoire de la science sans la saluer, sans admirer une découverte qui a su, d’un résidu encombrant, obtenir un produit précieux, et sans nous réjouir d’un progrès qui aura, somme toute, pour résultat, comme toute grande invention, l’augmentation du bien-être de l’homme, chaque création nouvelle étant une richesse de plus pour l’humanité.
- Les surfaces immenses qui, jusqu’à ces dernières années, étaient
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. Cl. 47.
- consacrées à la culture de la garance se couvriront sans doute de vigne ou de blé, et serviront à l’alimentation directe de nos populations du Midi.
- On peut considérer, en tous cas, la défaite de la garance comme définitive; les chiffres suivants, que nous relevons dans le Rapport fait à la suite de l’Exposition par MM. Reverdin et Nôlting, de Genève, ne laissent aucun doute à cet égard : la récolte moyenne de la garance dans le Vaucluse et les départements limitrophes était, dans ces dernières années, d’environ 2 5 millions de kilogrammes. Elles ont été :
- En 1872-73, de
- 1873- 74 .. .
- 1874- 75 . ..
- 1875- 7G .. .
- 1876- 77 . . .
- 1877- 78 . . .
- 1878- 79 . . .
- 9.3,1 5o,ooo kilogr. 22,85o,ooo 2 1 ,000,000 14,760,000 7,000,000 9,500,000 600,000
- Le prix de la garance, qui était autrefois de 70 à 80 francs les 1 00 kilogrammes, s’est abaissé à 20 et meme à 1 4 francs, en sorte que sa culture n’est plus du tout rémunératrice.
- La production actuelle d’alizarine artificielle correspond à environ 3o millions de kilogrammes de garance.
- A côté de l’alizarine, nous devons signaler la découverte de toute une série de nouveaux produits colorants obtenus avec les matières azoïques et avec les dérivés de la résorcine; l’orseille et la cochenille sont menacées maintenant par ces superbes couleurs, dont le prix peu élevé, la fixité à la lumière, la pureté et la facile préparation permettent d’espérer que là encore la victoire des produits artificiels sur les produits naturels sera complète d’ici, à peu de temps.
- La série elle-même des couleurs d’aniline proprement dites a été augmentée, et, bien qu’on eût pu croire, il y a dix ans, que la liste des réactions à tenter sur les alcaloïdes du goudron fût close, l’expérience a montré combien cette mine est inépuisable et quelles ressources extraordinaires les progrès incessants de la science mettent à la disposition de l’inventeur.
- L’industrie de la stéarinerie, elle aussi, a subi un accroissement
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- INTRODUCTION.
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- considérable : on peut l’estimer à environ ko p. o/o depuis 1867 ; Gr. V. de notables ameliorations y sont signalées, tant dans le mode de saponification que dans l’utilisation des matières accessoires; la transformation de l’acide oléique en acide solide, le développement donné à l’extraction de la glycérine, méritent d’être remarqués; ce dernier produit est particulièrement exploité en France, qui en a créé la fabrication : on estime en effet que la production totale de la glycérine est de 9 millions de kilogrammes, soit environ pour 7 millions de francs; la France en fabrique 5 millions de kilogrammes.
- Le pétrole, les huiles et les cires minérales doivent également être signalés parmi les produits dont la consommation a pris le plus de développement dans la dernière période décennale : en 1867, l’exportation d’Amérique était de 2 millions de barils de pétrole; elle a atteint le chiffre de 5 millions et demi en 1877; pour la France, la consommation a quadruplé : elle était de 30,000 barils en 1867, elle est de 120,000 en 1877. L’extension donnée a l’emploi du pétrole a fait rechercher l’utilisation des produits accessoires de sa purification, comme la paraffine, qui a trouvé des emplois nombreux et divers, et la vaseline, qui est avantageusement employée dans la parfumerie et la pharmacie. L’Autriche avait une belle exposition d’ozokérite, ou cire minérale; ce produit qu’on trouve dans les provinces méridionales de l’Autriche, est l’objet d’une industrie assez importante; en 1877, on en a extrait et purifié plus de 8 millions de kilogrammes. L’ozokérite sert à tous les emplois de la cire ordinaire, quelle peut remplacer, notamment dans la fabrication des bougies.
- Les produits scientifiques et pharmaceutiques étaient brillamment représentés à l’Exposition. La plupart des grands fabricants de produits pour laboratoire avaient tenu à honneur de présenter les résultats de leurs recherches; chacun a pu admirer les superbes échantillons des substances les plus rares et les plus précieuses exposées dans leurs vitrines; la France occupait certainement le premier rang dans cette section.
- Les produits pharmaceutiques figuraient en nombre incalculable dans la classe k 7. C’est une industrie importante pour notre
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
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- pays; on estime, en effet, que sa production atteint en France le chiffre considérable de 70 millions de francs, dont 10 millions environ pour l’exportation.
- Tels sont, à grands traits, les points qui ont particulièrement fixé l’attention du jury; les rapports qui suivent cette introduction feront connaître en détail l’état actuel des industries qui figuraient dans la classe kq et les progrès réalisés depuis dix ans. Nous devons, avant d’aborder cette étude, jeter un coup d’œil sur la situation industrielle de la France et la comparer à celle des autres nations.
- Nous ne saurions, après les preuves éclatantes de vitalité que notre pays a données depuis 1870, douter de l’énergie de nos manufacturiers; mais il serait puéril de méconnaître que plusieurs de nos industries souffrent cruellement, et que si, dans diverses circonstances, la France a montré une puissante initiative et une sagacité réelle dans les recherches, la dernière période décennale lui a été peu favorable.
- Le malaise que nous signalons tient à plusieurs causes; les unes, purement matérielles, proviennent des charges écrasantes qui frappent notre pays; d’autres, plus profondes, sont inhérentes à l’état actuel de notre législation sur les brevets d’invention et au développement insuffisant donné en France aux études scientifiques.
- 1. Nous n’avons pas à discuter ici les avantages ou les inconvénients du libre-échange et de la protection ; nous nous contenterons de reproduire les observations qui nous ont été communiquées par la plupart de nos fabricants; nous nous empressons d’ailleurs d’ajouter que presque tous, acceptant volontiers les idées les plus larges de liberté commerciale, sont entrés hardiment dans la voie du progrès; mais les entraves qu’ils rencontrent, les anomalies étranges qui existent dans les tarifs des douanes rendent fréquemment leurs efforts inutiles.
- La plupart des matières premières de nos industries chimiques
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- sont de provenance étrangère et arrivent dans nos usines, grevées de droits considérables; le prix des transports et le fret pour les pays d’outre-mer sont plus élevés en France qu’à l’étranger; si, à ces deux causes d’infériorité, nous ajoutons qu’un grand nombre de produits manufacturés au dehors entrent en France affranchis de tous droits, il est facile de se rendre compte des difficultés que rencontrent nos industriels.
- Les exemples abondent pour démontrer que ces plaintes ne sont pas vaines : peu dë pays ont contribué autant que la France à la découverte des alcaloïdes naturels, et cependant cette industrie a pris ailleurs un développement bien autrement considérable que chez nous; c’est que l’alcool et tous ses dérivés sont frappés chez nous de droits exorbitants. Dans Paris, le montant de ces droits quadruple la valeur de l’alcool et rend son emploi impossible; au dehors de Paris même, ils sont excessifs, et dans les cas où la nature des opérations chimiques permet la dénaturation, le prix de l’alcool est encore doublé par les droits qui accompagnent cette formalité fiscale.
- Le sel marin, qui est la base de toutes nos industries chimiques, ne subit pas de droit; mais la faveur de Y exercice entraîne des frais qui sont quelquefois hors de proportion avec l’importance de l’industrie exploitée.
- La plupart des matières premières employées dans l’industrie des matières colorantes artificielles sont frappées de droits plus ou moins importants. Nous avons sous les yeux un tableau représentant le montant des droits de douane et de régie ainsi que les charges diverses dont est grevée, en France, une fabrique de matières colorantes, et qu’une fabrique des mêmes produits n’a pas à supporter en Angleterre; le total de ces charges est de 200,000 fr. pour un établissement dont la production est de k millions de francs.
- Or, chose étonnante, tandis que notre industrie nationale est ainsi frappée, les produits fabriqués à l’étranger entrent en franchise! C’est la protection de la production étrangère!
- L’anomalie que nous signalons est constatée dans une foule de nos industries chimiques. Est-il surprenant, dès lors, de voir
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- échouer la bonne volonté de nos manufacturiers? Pourquoi s’étonner devoir nos découvertes transportées à l’étranger, nos inventeurs s’établir en Suisse ou ailleurs, et certaines de nos industries, florissantes naguère, languir et même disparaître?
- 2. La législation relative aux brevets d’invention exerce sur l’industrie des produits chimiques, tant au point de vue national qu’au point de vue de nos relations avec les autres pays, une influence capitale; elle a préoccupé de tous temps les jurys des Expositions internationales; à l’Exposition de 1878, elle a été l’objet d’une discussion des plus approfondies de la part du Congrès international de la propriété industrielle.
- Sans vouloir examiner en détail les arguments qu’on a fait valoir depuis vingt ans pour le maintien, le changement ou la suppression de la loi de 18ÙÙ, ce qui sortirait de notre compétence, nous pensons ne pouvoir laisser absolument de côté une question qui touche de si près aux intérêts de notre industrie, de nos savants, de nos inventeurs.
- La loi des brevets d’invention, qui garantit à l’inventeur son droit de propriété, moyennant certaines conditions, est-elle équitable, utile à la société, avantageuse pour l’inventeur?
- Nous n’hésitons pas à nous prononcer pour l’affirmative.
- La société, tout d’abord, a intérêt à augmenter la somme de connaissances dont elle peut tirer parti; le patrimoine commun de l’humanité, dans lequel chacun peut à loisir prendre sa part de jouissances, d’où chacun peut tirer la semence d’une nouvelle découverte, ne saurait être assez étendue; donner à la société la propriété d’une invention, après en avoir laissé, pendant un temps déterminé, la jouissance intégrale et complète à l’auteur de cette invention, est la meilleure manière de répandre, de vulgariser, de diffuser la science, ses applications, le bien-être qu’elles procurent. Si l’inventeur n’est pas garanti, si aucune mesure législative ne lui permet de rester en possession de sa découverte, il fera tous ses efforts pour la cacher, pour l’exploiter en secret, pour en tirer, dans son intérêt personnel, la plus grande somme d’avantages possible; mais il n’en fera profiter la société qu’indi-
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- rectement, et son invention pourra disparaître avec lui; le secret de fabrique a, dans bien des industries, retardé pendant des siècles les progrès de la civilisation. Il n’est donc pas douteux qu’au point de vue de la société la loi sur les brevets d’invention soit avantageuse.
- En est-il de même pour l’inventeur? Cela nous paraît incontestable : nous comprenons bien qu’un manufacturier en situation d’exploiter lui-même, dans sa propre usine, les découvertes qu’il aura faites n’éprouve pas le besoin d’être garanti; mais le savant qui, dans son laboratoire, aura réalisé un progrès important pour l’industrie, découvert un corps nouveau, appliqué quelque réaction intéressante, créera-t-il une usine pour exploiter son invention? ou, s’il préfère s’adresser à un industriel, devra-t-il, sans autre garantie, abandonner à l’honneur et à la bonne foi de son associé le fruit de son travail ? Quel recours aura-t-il contre ceux qui le tromperont? contre ceux qui le copieront, l’imiteront? Le découragement s’emparera promptement de l’inventeur; abandonné à ses propres forces, sans autorité pour combattre, il renoncera à une lutte souvent impossible, et, ne trouvant dans la loi aucune protection, aucun stimulant, il perdra tout esprit d’investigation et de recherches.
- L’expérience, d’ailleurs, est faite sur ces points: les pays où se font le plus grand nombre d’inventions sont ceux ou la loi protège les inventeurs.
- M. Hofmann, l’illustre professeur de Berlin, constatait déjà ce fait dans le rapport qu’il publia sur l’Exposition de 1867 : après avoir établi que toutes les inventions importantes qui sont la base de l’industrie des couleurs artificielles, ont été réalisées en Angleterre et en France, il démontre que, pour l’Allemagne, l’état dé-fecl ueux de la législation en matière de brevets, peut seul expliquer cette circonstance singulière. En ce qui concerne la Suisse, où il n’existe, comme on sait, aucun brevet, son langage mérite d’être l’appelé.
- ci La Suisse, dit-il, possède d’excellents établissements d’instruction professionnelle, des usines florissantes, fabricant avec succès toutes les matières colorantes de l’aniline; il semble qu’elle Classe 67.
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- ait là, réunis, tous les éléments qui peuvent provoquer l’esprit d’initiative, faire naître des découvertes, aiguillonner le progrès, et pourtant la Suisse n’a rien découvert, elle n’a même apporté à cette fabrication aucun perfectionnement de quelque importance. C’est que nulle part n’est plus complète la négation du principe de la propriété industrielle du brevet d’invention. Or, ce n’est pas la contrefaçon avouée et pratiquée hautement, érigée pour ainsi dire en système, ne reculant devant aucune de ses conséquences, qui peut encourager les inventeurs à produire. 5?
- Ces lignes , bonnes à méditer, émanant de la plume d’un homme aussi autorisé que M. Hofmann, n’ont pas convaincu notre collègue, M. Picard, membre du jury international pour la Suisse, qui, dans son rapport sur l’Exposition de 1878, admet que «le plus simple, le plus franc, le plus moral et encore le plus sûr pour le chimiste inventeur, est de ne pas prendre de brevet, et de garder son secret aussi longtemps que possible. »
- Mais ne se donne-t-il pas à lui-même la réponse la plus topique, lorsqu’il ajoute : cr Je sais bien qu’entre concurrents le soudoiemenl des ouvriers et des contremaîtres est en pleine vigueur. » Cet aveu, basé assurément sur l’expérience que le savant professeur de Bâle a acquise dans ces dernières années à plusieurs reprises dans sa propre ville , est un argument sans réplique en faveur des brevets.
- Tout en étant partisan déclaré des brevets d’invention , nous ne pouvons méconnaître que les lois existantes présentent des lacunes, et qu’au point de vue de nos relations internationales la loi de 1S à h est fréquemment nuisible aux intérêts des inventeurs comme à ceux de l’industrie française tout entière.
- Il est certain que la suppression du droit de propriété de l’inventeur pour non-payement de taxe, pour non-exploitation, etc., est dure; mais il ne serait pas difficile de trouver une modification plus libérable à cette disposition.
- Il serait désirable que la valeur légale, réelle, d’un brevet pût être déterminée; car il arrive fréquemment qu’une industrie est tenue en échec par un brevet dont la valeur est douteuse, aucun fabricant honorable ne voulant s’exposer à empiéter sur un terrain
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- réservé et à être taxé de contrefacteur. Ne pourrait-on arriver, autrement que par une demande de déchéance ou par un procès de contrefaçon, à faire établir si une invention est réellement brevetable ?
- La disposition de la loi française, qui donne la propriété d’un corps à celui qui l’a fabriqué le premier, a donné lieu à de nombreuses contestations; la jurisprudence a établi que ce qui constitue l’invention c’est le fait d’avoir produit ce corps industriellement; mais n’y a-t-il pas là quelque exagération, puisqu’il semble en résulter que le savant qui aura découvert ce corps sans avoir eu l’idée d’en faire l’objet d’une exploitation industrielle, n’aura pas le droit ultérieurement de revendiquer la possession d’une chose dont il est le véritable créateur; et, d’autre part, n’est-il pas à craindre que ce titre de possession n’arrête la découverte d’autres procédés industriels, beaucoup plus avantageux peut-être, mais qu’on n’aura pas intérêt à rechercher, puisqu’ils ne pourront profiter qu’au premier inventeur? La loi anglaise ne donne de brevets qu’aux procédés.
- La publicité donnée aux brevets présente, à côté d’avantages incontestables, un danger sérieux pour les inventeurs; les industriels des pays voisins ne manquent pas de profiter de ces découvertes ainsi publiées, et font à l’inventeur une concurrence redoutable, non seulement sur les marchés étrangers, mais même dans son propre pays.
- Enfin on peut se demander si le monopole du brevet d’invention n’est pas une entrave réelle pour l’industrie d’un pays, qui se trouve à la merci de l’intelligence ou de l’activité d’un inventeur, et, cette considération prend une importance d’autant plus grande que la loi de îSàh donne à l’étranger même le droit de prendre des brevets en France, tandis qu’il n’y a point de réciprocité à l’étranger pour le Français ; ceci s’applique notamment à la Suisse, qui repousse le principe même des brevets.
- Ces derniers inconvénients, dont on ne peut méconnaître l’importance, car ils ont mis plusieurs de nos industries dans une situation véritablement déplorable, ont depuis longtemps appelé l’attention des jurisconsultes et des manufacturiers de la plupart
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- Gr. V. des pays où l’invention est protégée : divers systèmes ont été Cl~47 ProPos®s Pour améliorer cette législation.
- Le Congrès de Vienne a adopté la résolution suivante: «Il convient d’établir des règlements obligeant le breveté, dans le cas où l’intérêt public l’exigerait, à permettre l’emploi de son invention à toutes les personnes sérieuses qui en feraient la demande, moyennant une juste rémunération. »
- C’est le système des licences obligatoires conditionnelles.
- L’expropriation pour cause d’utilité publique est considérée aujourd’hui par de bons esprits comme un corollaire excellent de la loi des brevets. L’une et l’autre de ces mesures présentent, à l’application, des difficultés presque insurmontables : Qui sera juge de l’importance que l’intérêt public attache à la délivrance des licences ou à l’expropriation d’un brevet? Comment établir avec équité le montant de la rémunération ? Sur quelle base fixer le prix de l’expropriation? Quel sera le jury compétent pour trancher de pareilles questions?
- La valeur d’une invention ne peut s’établir à l’avance; telle découverte pleine de promesses devient sans valeur, lorsque l’expérience a parlé, ou lorsqu’un autre inventeur s’est présenté; au contraire, les circonstances, la faveur du public, des résultats nouveaux, peuvent transformer une invention sans grand intérêt en une découverte capitale.
- Il nous paraît difficile de trouver au milieu de ces difficultés une voie véritablement équitable.
- M. Poirrier, dont l’expérience en ces matières rend l’avis précieux, a présenté au Congrès de 1878 un système nouveau, basé sur la suppression pure et simple du monopole d’exploitation; «liberté pour tous d’exploiter l’invention, moyennant payement de redevance à l’inventeur, » telle est sa formule. La rémunération de de l’inventeur aurait une double base: l’une fixe, l’autre proportionnelle, les deux étant déterminées par une commission d’examen; la redevance fixe serait établie d’après la classe à laquelle le brevet appartient (il y aurait G classes, comportant des redevances de a,5oo, 0.000, 1 2.500, 20,000. 100,000 francs): la redevance
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- proportionnelle serait due sur le chiffre des ventes, et elle varierait de 2 à 10 p. o/o, selon la nature de l’industrie.
- En pratique, il nous paraît que ce système présenterait des difficultés assez nombreuses: l’obligation pour l’inventeur de traiter avec toutes les maisons qui réclameraient une licence lui impose, sous peine d’être lésé dans ses intérêts, une surveillance incessante, un examen pour ainsi dire journalier de la comptabilité de ces maisons. Cette ingérence dans leurs affaires amènera forcément des conflits; car il n’est pas téméraire d’admettre c|ue bien des industriels chercheront à échapper, d’une façon ou de l’autre, à une perception qu’ils considéreront comme d’autant plus onéreuse qu’ils ne seront pas seuls à bénéficier de l’invention; la plupart des découvertes n’ont en effet d’intérêt pour un manufacturier que s’il est seul, ou presque seul à l’exploiter. Il nous paraît donc qu’au point de vue de l’inventeur le système de M. Poirrier présente des dangers sérieux ou du moins de grandes difficultés d’application.
- Dans le cas où la découverte serait réalisée non plus par un savant, mais par l’industriel lui-même, admettra-t-on qu’il ne cherche pas à en rester seul possesseur? Il est difficile de croire qu’un fabricant de produits chimiques ayant trouvé un procédé nouveau ne fera pas tous ses efforts pour en conserver le monopole , dût-il risquer de gagner moins qu’en cédant sa découverte à ses confrères.
- Il ne prendra donc pas de brevet, et son invention deviendra un secret de fabrique.
- Nous avons montré plus haut quelles peuvent être les conséquences de cette situation.
- Le système de M. Poirrier prouve par son originalité que la question des brevets peut être étudiée sous bien des faces; il fait honneur à l’esprit progressiste de son auteur, et servira de jalon dans l’étude de cette question si délicate; mais il n’entrera pas sans modifications dans la pratique.
- Les diverses propositions dont nous venons d’effleurer l’examen, l’abolition du brevet, la licence obligatoire, etc., ont plusieurs points communs : elles paraissent se préoccuper beaucoup plus de
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- l’intérêt général ou de l’intérêt des industriels, que de celui des inventeurs; car elles ont pour effet de limiter les droits de ces derniers ; leurs auteurs admettent que la propriété de l’invention n’est pas absolue; l’inventeur, disent-ils, a puisé dans le fonds commun, accumulé par le travail, la science et l’expérience, une partie de ses matériaux ou de ses méthodes.
- Mais où donc commence alors l’invention ? Quelle est donc l’œuvre intellectuelle qui soit sortie une, tout entière du cerveau de l’homme? Est-il une œuvre littéraire, une œuvre artistique qui n’ait un lien quelconque avec celles qui l’ont précédée? La propriété littéraire et artistique est admise aujourd’hui par tous les peuples civilisés. Gomment pourraient-ils méconnaître la propriété industrielle?
- La loi de i8ùù peut sans nul doute être améliorée; telle qu’elle est, elle rend de grands services et ils seront d’autant plus éclatants que la loi sera mieux respectée : que les juges qui sont chargés de la faire observer sévissent sans faiblesse contre ceux qui la violent ouvertement; que les propriétaires des brevets d’invention trouvent dans les tribunaux de leur pays justice prompte et sévère; que les contrefacteurs comprennent enfin que le vol d’une invention est aussi repréhensible et aussi puni qu’un autre vol, et le brevet d’invention, seule garantie de l’inventeur, reprendra le rang qu’il n’aurait jamais perdu s’il avait été suffisamment protégé.
- Quant aux rapports qui doivent exister entre les différentes nations, est-il donc impossible d’arriver à un traité qui règle cette grosse difficulté? Les nations s’unissent entre elles pour l’examen de tout ce qui touche à leur bien-être commun, et il serait inadmissible qu’elles s’entendissent pour régler une question de propriété! Une loi internationale destinée à protéger l’inventeur est une nécessité : à défaut de loi, des conventions sur des brevets devraient être une des conditions des traités de commerce.
- Sans loi, sans convention, le brevet d’invention, qui livre nos découvertes à l’étranger, qui donne des armes à nos voisins, est une duperie.
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- 3. Il est enfin un point sur lequel nous devons insister avec quelques détails, c’est la nécessité de donner un plus large développement aux études chimiques, en France.
- Nos industries modernes ont pris un caractère scientifique si déterminé, qu’il serait de la dernière imprudence de ne pas cherchera élever les hommes nécessaires à leurs progrès; lorsque nous considérons les efforts gigantesques faits dans cette voie en Allemagne et en Suisse, et que nous les comparons à ce qui a été fait en France, nous ne pouvons nous empêcher d’être profondément attristé et inquiet; ce sentiment nous a porté à écrire, au moment de l’Exposition, à M. Teisserenc de Bort, Ministre de l’agriculture et du commerce, la lettre suivante, qu’il n’est pas déplacé de reproduire dans ce rapport.
- kMonsieur le Ministre, vous avez bien voulu m’autoriser à vous adresser une note reproduisant les observations que j’ai eu l’honneur de vous présenter verbalement, au sujet de l’utilité qu’il y aurait, selon moi, à constituer une école de chimie à Paris.
- k Je saisis avec empressement cette occasion d’exposer des idées dont la réalisation me paraît depuis longtemps désirable ; elle n’est pas indigne d’attirer l’attention d’un Ministre ami du progrès.
- «L’Exposition de 1878 a montré que, sur certains points considérés naguère comme invulnérables, nos industries nationales sont sérieusement battues en brèche par la concurrence étrangère.
- «En ce qui concerne les arts chimiques, nous considérons le danger comme très grave; il est d’autant plus redoutable, que le mal n’est pas superficiel; il tient à une cause profonde et radicale.
- «Il doit être hors de doute pour tous ceux qui ont examiné les produits de la classe 67 que si la France y est représentée d’une façon digne d’elle, les autres pays ont fait, depuis ces dernières années, des progrès considérables; que, dans certaines branches de nos industries chimiques, nous sommes dépassés, et que l’ensemble des expositions étrangères dénote une vitalité, une ardeur de recherches, une série de travaux suivis de succès, qu’on ne trouve pas chez nous au même degré. Et lorsque, après avoir admiré les découvertes des chimistes et des savants anglais, autrichiens,
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- suisses, on se rappelle que l’Allemagne n’était point représentée dans cette lutte internationale, où elle aurait incontestablement tenu un des premiers rangs, on a lieu cl’étre préoccupé de l’avenir qui nous est réservé, et de se demander, par suite, si la France fait tout ce qu’elle devrait pour conserver sa supériorité.
- k Les exemples ne manquent pas pour prouver jusqu’à l’évidence que nous sommes sérieusement menacés: le procédé dit à l’ammoniaque, pour la fabrication de la soude, est devenu pratique entre des mains étrangères; la régénération du bioxyde de manganèse est due à un chimiste anglais, et ces deux découvertes capitales bouleversent notre grande industrie chimique.
- kLa fabrication de l’alizarine artificielle, réalisée en Allemagne, a ruiné les producteurs français de garance; les progrès incessants que font nos concurrents étrangers dans la préparation des couleurs dérivées de l’aniline sont une menace de tous les jours pour les quelques maisons françaises qui exploitent cette industrie.
- kOn ne saurait assez insister sur cette situation, parce que le patriotisme consiste, non à méconnaître les fautes, mais à les corriger; elle provient, à notre avis, d’une seule cause : le manque de chimistes.
- «Cette affirmation peut paraître surprenante à ceux qui savent qu’il existe au moins vingt-cinq laboratoires de chimie à Paris: elle peut paraître téméraire aux maîtres qui dirigent ces laboratoires.
- «Nous ne désespérons pas cependant de montrer qu’elle est exacte. Il ne peut entrer dans notre pensée de diminuer la valeur des savants illustres qui professent à l’Ecole de médecine ou à la Sorbonne, au Collège de France, au Muséum ou à l’Ecole normale; il ne faudrait pas croire, non plus, que le nombre de nos jeunes chimistes ou leur bonne volonté soit insuffisante. Ce qui manque, ce n’est ni le maître ni l’élève: c’est l’école !
- « Les laboratoires de Paris ne sont pas des laboratoires d’enseignement; les professeurs y réalisent leurs découvertes, y poursuivent leurs recherches; leurs préparateurs les assistent dans leurs expériences, s’occupent des cours publics et consacrent le reste de leur temps à des travaux personnels.
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- «Quant aux élèves, ils travaillent sans direction suivie : dans certains laboratoires quelques conférences, quelques conseils donnés par le professeur ou le chef du laboratoire, voilà toute l’éducation reçue par l’élève. Il a la faculté de travailler; le laboratoire est bien aménagé, mais personne ne lui apprend à se servir de ce qu’il a sous la main.
- «Ce sont des laboratoires excellents pour ceux qui savent, et insuffisants pour ceux qui veulent apprendre.
- «La critique que nous faisons passe par-dessus la tête des professeurs et des élèves, elle ne vise ni les uns ni les autres: c’est le système qui est mauvais. Aussi sommes-nous fort à l’aise pour insister sur un vice qui ne tient à autre chose qu’à une manière spéciale d’envisager le but à atteindre. Les professeurs de chimie sont chargés de faire un cours déterminé, de mettre, par leurs leçons, les élèves en mesure de passer leurs examens de licenciés ès sciences, de pharmaciens ou de docteurs en médecine; en dehors de cette obligation, ils ne sont point tenus de faire l’éducation chimique de leurs auditeurs; leur mission est de faire progresser la science, et non de consacrer leur temps et leur intelligence à l’instruction de jeunes gens inexpérimentés.
- «Il n’est pas de professeurs qui soient chargés d’enseigner les applications de la chimie, de faire rechercher les transformations d’un fait scientifique en un résultat pratique, de susciter la création d’une industrie nouvelle.
- «Dans l’organisation de notre enseignement, il n’est pas même d’école où pourrait prendre place un professeur qui voulût réaliser ce programme. Ni le Conservatoire des arts et métiers, ni l’Ecole centrale, ni les Ecoles des arts et métiers, ne répondent à ce desideratum.
- «Nos industries chimiques prennent de plus en plus un caractère scientifique; l’usine n’est plus qu’un grand laboratoire, dans dans lequel la victoire restera au plus savant: de là, la nécessité impérieuse d’une école nationale de chimie.
- «Nous ne pensons pas qu’il y ait lieu de songer à transformer nos établissements scientifiques, qui ont tous un but déterminé: on se rappelle qu’on a essayé en vain d’introduire l’enseignement
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- de l’agriculture dans le programme des cours du Muséum; les résultats ont été nuis, et l’enseignement n’a pu être réalisé que par la création d’une école spéciale, Y Institut agronomique.
- «Nous ne nous adressons donc pas au Ministère de l’instruction publique, et nous estimons que c’est au Ministère de l’agriculture et du commerce qu’il appartient, au nom des intérêts de notre industrie, de créer ce nouveau système d’enseignement, c’est à lui que nous demandons de créer une école nationale de chimie.
- «Sans avoir la prétention de formuler dès maintenant un programme définitif, nous pensons qu’on pourrait lui donner les bases suivantes :
- «L’enseignement se composerait de trois années d’études consécutives, comprenant à la fois un enseignement théorique sous forme de cours ou de conférences, et un enseignement pratique, c’est-à-dire le travail de laboratoire. La première année serait consacrée à l’analyse minérale qualitative et quantitative , et à quelques préparations élémentaires; les conférences porteraient sur la chimie générale inorganique et organique.
- «La seconde année serait consacrée à l’analyse organique, aux analyses industrielles et aux préparations délicates ou complexes ; le sujet des conférences serait l’exposé des principales industries chimiques.
- «Enfin, dans la troisième année, on habituerait les élèves à la solution des problèmes industriels, par des travaux méthodiques, portant sur les desiderata des problèmes de nos diverses industries; les conférences mettraient les élèves au courant des faits les plus récents de la science et de l’industrie.
- «Un examen d’entrée à l’école permettrait de n’y admettre que ceux qui montreraient des aptitudes réelles pour la chimie.
- «Un examen de fin d’année serait obligatoire pour le passage d’une classe dans l’autre.
- «Enfin à l’expiration des trois années, un examen ou un concours pourrait conférer aux élèves méritants un diplôme spécial qu’on désignerait sous le nom de diplôme d'ingénieur-chimiste.
- «Ainsi se trouverait comblée la lacune que nous signalions: professeurs et élèves seraient, par ces examens, contraints de suivre
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- un programme déterminé, une méthode régulière; la marche progressive des études et les difficultés qui accompagneraient le passage d’une année à l’autre stimuleraient l’ardeur des travailleurs, exciteraient leur émulation; enfin la sanction donnée aux études chimiques , cette sanction qui existe partout ailleurs et dont l’absence est si déplorable, ce diplôme d’ingénieur-chimiste développerait chez tous les jeunes candidats une ambition généreuse dont les résultats ne peuvent être qu’avantageux.
- « Ce titre acquerrait rapidement une valeur considérable, tant aux yeux des élèves, dont il faciliterait la carrière industrielle, qu’aux yeux des manufacturiers, pour lesquels il serait la garantie du mérite el de la science.
- ce Telles sont les bases générales sur lesquelles nous pensons qu’il serait bon de créer Y école nationale de chimie.
- ce 11 conviendrait sans doute de profiter, pour arrêter un programme définitif, de l’expérience de nos voisins de Suisse ou d’Allemagne, si experts en ces choses ; cette étude préliminaire permettrait en outre d’arrêter un projet sérieux de budget; ce dernier point ne paraît pas devoir soulever de grandes difficultés ; le local pourrait être trouvé notamment dans les vastes constructions du Champ de Mars.
- cc Les frais de premier établissement, d’agencement, ne sauraient être très élevés; reste donc la question des dépenses annuelles, qui comprendraient, à côté des acquisitions de produits, des achats de verreries, de la consommation du gaz et de l’eau, les traitements du personnel.
- ccPour une école de 60 élèves (20 élèves par année), il faudrait: un directeur, 3 professeurs, 3 préparateurs, etc.
- ccüne partie des dépenses serait couverte par la rétribution exigée des élèves.
- ccLe sacrifice pécuniaire à faire par l’Etat ne paraît pas hors de proportion avec le but qu’il s’agit de poursuivre.
- «Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération. »
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- Nous avons cru devoir reproduire intégralement cette lettre,
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- h laquelle rien n’est à changer, malgré le temps qui s’est écoulé depuis la fin de l’Exposition; nous faisons les vœux les plus sincères pour quelle attire l’attention de l’Administration supérieure.
- Le rapport sur les produits exposés dans la classe A 7 a élé divisé en dix sections.
- Section I. Section II. Section III.
- Section IV. Section V. Section VI. Section VII. Section VIII Section IX. Section X.
- Produits chimiques pour la grande industrie, par M. Troost. Savons et industrie stéarique, par M. Fourcade.
- Essences, pétroles et matières premières de la parfumerie, par M. Chiris.
- Matières colorantes et couleurs, par M. Laiitii.
- Vernis, par M. Ciievalier-Escot.
- Encollages, cirages, vernis, par M. de Clermont.
- Produits scientifiques et alcaloïdes, par M. Junofi.eiscii. Préparations pharmaceutiques, par VI. Ferrand.
- Eaux minérales, par M. Jéramec.
- Produits de l’industrie du caoutchouc et de la gutla-percha , par M. Cuirai..
- Ch. Lauth.
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- SECTION I.
- PRODUITS CHIMIQUES POUR LA GRANDE INDUSTRIE.
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- La grande industrie chimique a pour but principal : i° la fabrication des trois acides les plus employés (acide sulfurique, acide chlorhydrique et acide azotique); 2° la fabrication du sulfate de soude et de la soude; 3° celle du chlorure de chaux. Ces deux dernières ont été jusqu’ici intimement liées à la fabrication des deux premiers acides.
- A ces produits principaux s’ajoutent les sels de potasse, le borax, l’alun et le sulfate d’alumine, les sulfates de fer et de cuivre; enfin les acides acétique, oxalique et tartrique.
- Les tableaux, que nous donnons à la fin de ce rapport, des importations et importations pendant les cinq années 1876—18^9 , permettent de saisir l’importance du commerce de ces divers produits en France.
- Bien des progrès ont été réalisés dans la fabrication de ces produits depuis l’Exposition universelle de 1867. Nous nous appliquerons à distinguer, parmi les procédés et les perfectionnements signalés par l’Exposition de 1878, ceux qui ont été consacrés par l’application en grand, qui seule permet de les juger d’une manière définitive.
- CHAPITRE PREMIER.
- ACIDE SULFURIQUE.
- Au premier rang parmi les acides, nous trouvons l’acide sulfurique qui doit son importance à son prix peu élevé et à son énergie, (l’est à la fois l’acide le plus utile et le plus économique. Nous commencerons donc par l’examen des perfectionnements qu’a reçus la fabrication de ce corps, qui sert de matière première pour en
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- produire tant d’autres et qui, par suite, influe d’une façon toute particulière sur le développement de l’industrie chimique.
- Depuis onze ans, la fabrication de l’acide sulfurique s’est augmentée de plus de moitié; on en prépare actuellement en Europe environ 820,000 tonnes par an.
- Origine du soufre employé pour la fabrication de l’acide sulfurique. — L’extraction du soufre des mines, en tête desquelles il faut toujours placer celles de Sicile, a continué à subir des perfectionnements de détails qui en rendent la production plus économique et plus abondante. L’énumération des principales solfatares, leur importance relative, les divers procédés d’extraction encore employés actuellement (procédé du calcarone, distillation dans les doppioni, fusion par la vapeur d’eau à li atmosphères, etc.) ont été décrits avec détails dans le beau rapport de M. Balard sur l’Exposition universelle de 1867. Je ne puis qu’y renvoyer le lecteur. L’exposition italienne est la seule vraiment importante au point de vue de la production du soufre. Les solfatares de Sicile fournissent toujours la plus grande partie du soufre consommé.
- L’Espagne commence à exploiter ses mines de soufre, notamment celles de Murcie. Les mines de la Galicie et de la Carinthie, celles de la Grèce, de la Russie, de l’Islande, du Brésil, sont également représentées à l’Exposition universelle de 1878.
- Emploi des pyrites. — La consommation du soufre va sans cesse croissant : traitement de la vigne, fabrication du sulfure de carbone et du sulfocarbonate de potasse, fabrication de la poudre, des allumettes, du caoutchouc vulcanisé. Aussi, malgré l’accroissement de la production du soufre, on continue à remplacer de plus en plus dans les fabriques d’acide sulfurique le soufre par les pyrites. Celles-ci contiennent ordinairement près de la moitié de leur poids de soufre; grillées dans des fours spéciaux, elles fournissent l’acide sulfureux nécessaire à nos usines.
- L’attention a été vivement attirée vers les gisements des pyrites. Les mines principales de cette précieuse matière sont en France: celles de Sain-Bel près de Lyon, celles de Saint-Julien
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- et du Soulier dans le Gard, et celles de Soyons dans l’Ardèche. Gr. V. On tire des quantités énormes de pyrites des mines de Huelva en
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- Espagne, de celles de l'Alentejo en Portugal, et des mines de Norwège. Il en existe d’autres moins importantes en Belgique, en Allemagne, en Italie et dans le Valais suisse.
- Grillage des pyrites. — En 1867, on employait au grillage soit les fours à cuves pour la pyrite en morceaux, soit le four de M. Perret et le four de M. Gerstenhôfer pour la pyrite menue; ces fours ont été décrits avec détails dans le rapport de M. Balard sur l’Exposition universelle de 1867.
- En 1871, MM. Hasenclever et Helbig ont établi dans l’usine Bbénania, près d’Aix-la-Chapelle, un four dans lequel, comme dans celui de M. Perret, on peut brûler à la fois de la pyrite en lragments et de la pyrite en poudre; cette dernière, emmagasinée dans un réservoir au-dessus du four, glisse sur des dalles inclinées alternativement en sens contraire. Le grillage de cette poudre est déterminé par le courant d’acide sulfureux et d’air en excès, qui sortent à haute température du four ordinaire à pyrite en morceaux.
- Le succès a confirmé les dispositions adoptées dans les fours de M. Gerstenhôfer et de MM. Hasenclever et Helbig, pour assurer le grillage de la pyrite en poudre, en renouvelant plus ou moins les surfaces, à mesure que ces’poudres arrivent dans les parties du four de plus en plus chaudes et à atmosphère plus oxydante. Ce succès devait conduire à essayer un mode de combustion analogue dans les fours Perret, en supprimant la cuve et ne conservant que les étages à tablettes horizontales.
- Cet essai a parfaitement réussi. Le nouveau four à étages est formé seulement de tablettes horizontales sur lesquelles on grille parfaitement les pyrites en poudre, sans le secours d’autre chaleur que celle qui résulte de leur propre combustion. Sur ces tablettes, la couche de poudre peut être plus épaisse que sur celles des fours a cuves. A des intervalles déterminés, toutes les quatre heures par exemple, on fait passer la poussière d’un étage à l’étage inférieur. Celle de la tablette la plus basse tombe dans le cendrier, tandis
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- que sur la tablette la plus élevée on verse une nouvelle couche de pyrite crue. Les gaz très chauds qui ont passé sur la tablette supérieure sont ramenés au-dessous de la tablette inférieure avant d’aller dans le conduit qui doit les amener vers les chambres de plomb, afin qu’elles y abandonnent une partie de leur chaleur qui est utilisée ainsi au chauffage de ces étages inférieurs. Pendant sa descente graduelle vers les ouvertures d’accès de l’air, la pyrite a ses surfaces complètement renouvelées, et, si le tirage est convenablement réglé, on obtient un grillage très satisfaisant. Le seul inconvénient de ces fours consiste dans l’entraînement d’une quantité sensible de poussière ferrugineuse.
- Leur succès a été tel que, dans le plus grand nombre des usines, on ne grille plus que Ja pyrite en poudre; les morceaux et les grésillons criblés sont passés à la meule et pulvérisés avant leur emploi.
- Les cendres de la pyrite ainsi grillées ne renferment pas plus de 1 p. o/o de soufre, et souvent moins.
- Emploi des résidus du grillage des pyrites. — Quand la pyrite employée n’est autre que la pyrite de fer ordinaire, les cendres parfaitement désulfurées peuvent être considérées comme un minerai de fer très riche. On a fait de nombreux essais pour les employer dans les usines métallurgiques, et des échantillons de fer laminé et tordu figuraient à l’Exposition. Aujourd’hui l’emploi de ces pyrites grillées paraît être entré dans la pratique industrielle. On les mélange en petite proportion à des minerais ordinaires, on en fait des soles de four à pudler, etc.
- Extraction du cuivre des pyrites grillées. — Un grand nombre d’usines, particulièrement en Angleterre, grillent des pyrites originaires d’Espagne, de Portugal et de Norwège, et qui renferment quelques centièmes de cuivre.
- L’emploi de ces pyrites à égalité de teneur en soufre paraît plus avantageux pour les fabricants d’acide sulfurique que les pyrites non cuivreuses, parce qu’ils en retirent du cuivre en même temps qu’ils obtiennent-un oxyde de fer complètement désulfuré.
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- Le mode de traitement de ces résidus consiste à les griller à Gr. v
- basse température avec une proportion de sel marin double de la
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- quantité de soufre (5 p. o/o) qu’ils renferment, pour transformer
- les sulfures en chlorures solubles et faire passer le soufre à l’état
- de sulfate de soude également soluble.
- Les gaz qui se dégagent sont absorbés dans une tour à coke, à travers laquelle coule de l’eau, et fournissent un mélange d’acides chlorhydrique et sulfurique étendus
- La masse ainsi grillée est lessivée d’abord avec de l’eau ordinaire; puis, avec l’acide des tours à condensation, elle donne une dissolution cuivreuse, d’où, l’on précipite le métal par le fer.
- Le résidu insoluble est formé, en très grande partie, d’oxyde de fer débarrassé de soufre : on l’emploie pour faire le revêtement des fours à puddler.
- Extraction de l’or et de l’argent. — Comme ces pyrites contiennent aussi de petites quantités d’or et d’argent, M. Claudet a fondé à Widncs une usine, dans laquelle il extrait les métaux précieux par un procédé fondé sur l’insolubilité presque complète de l’iodurc d’argent dans une solution de sel marin à la température ordinaire. On a retiré ainsi à Widnes, en 1871, sur iG,3oo tonnes de minerai pyriteux brûlé, 333 kilogrammes d’argent et 3 k. 172 d’or. La valeur de ce dernier métal avait suffi à couvrir les frais de la séparation des métaux précieux.
- MM. Gibb et Gelstharp extraient l’argent et le cuivre par l’acide sulfhydrique. L’argent se trouve surtout dans les premiers précipités obtenus; on en sépare le cuivre en les grillant avec du sel marin, ce qui donne du chlorure d’argent peu soluble et du sulfate de cuivre soluble.
- Extraction du thallium des boues des chambres de plomb.— Les boues qui se forment dans les chambres alimentées par l’acide sulfureux provenant du grillage de certaines pyrites, contiennent des quantités notables de thallium. La fabrique de produits chimiques d’Aussig (Autriche) a exposé de remarquables échantillons (2 5 kilogrammes) de thallium retirés des boues de ses chambres à acide sulfurique.
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- Pour extraire le thallium de ces boues, on les épuise par l’eau acidulée et on traite par l’acide chlorhydrique la dissolution filtrée. Il se produit un précipité de chlorure de thallium impur. On lave le précipité à l’eau froide, puis on le chauffe avec de l’acide sulfurique concentré qui le transforme en sulfate. On dissout ce sel, on le filtre et on le précipite de nouveau par l’acide chlorhydrique. Ce chlorure plus pur est de nouveau transformé en sulfate. On plonge dans la dissolution de ce sulfate des lames de zinc qui précipitent le métal. Le thallium spongieux ainsi obtenu est desséché entre des feuilles de papier buvard', puis fondu au-dessus d’une lampe à gaz dans un creuset de porcelaine; on fait arriver dans la partie supérieure de ce creuset un courant d’hydrogène ou de gaz de l’éclairage pour éviter toute oxydation.
- Chambres de plomb.— Les chambres de plomb dans lesquelles doit se produire la réaction de l’acide sulfureux sur les composés nitreux en présence de l’air et de la vapeur d’eau ont actuellement de grandes dimensions. Leur capacité s’élève souvent de 2,000 à 4,ooo mètres cubes; leur largeur varie de 8 à 10 mètres; leur hauteur est de 6 à 10 mètres; et leur longeur est de 4o à 45 mètres. On allonge ainsi les chambres, afin de maintenir le plus longtemps possible en contact le gaz réagissant.
- Colonne de Gay-Lussac. — En 1867, un petit nombre seulement d’usines avaient adapté, à la suite des chambres, la colonne de Gay-Lussac. Aujourd’hui, presque toutes les usines du continent et de la Grande-Bretagne sont munies de cet appareil qui amène une économie notable dans la consommation de l’acide nitrique.
- Les composés nitreux qui étaient entraînés dans la cheminée avec les gaz inertes, sont dissous par de l’acide sulfurique à 60 ou 62 degrés Baumé, qui, descendant sur une colonne de coke, circule en sens contraire des gaz qui vont s’échapper dans l’atmosphère.
- Perte de produits nitrés. — Malgré l’emploi de la colonne Gay-Lussac, on ne peut pas éviter complètement les pertes des composés nitreux. Suivant plusieurs savants industriels, ces pertes tiendraient à ce que, en présence d’un acide à 5o degrés, ou de
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- vapeur d’eau trop abondante, une certaine quantité de bioxyde d’azote pourrait être ramenée à l’état de protoxyde qui est perdu pour les réactions ; ils en ont conclu la nécessité de faire arriver la vapeur d’eau non en fort courant, mais en beaucoup de jets, très petits, disséminés dans les diverses parties des chambres.
- Les observations de M. Kuhlmann tendent à établir que cette décomposition en protoxyde d’azote est très limitée, et que la perte principale des composés nitreux doit être attribuée à la décomposition du bioxyde d’azote qui: est ramené à l’état d’azote libre, par l’acide sulfureux, à une température élevée. Il conseille en conséquence de ne pas laisser la température s’élever trop dans les chambres. Il est évidemment indispensable, avant tout, de ne pas laisser arriver dans ces chambres l’acide sulfureux à la température élevée qu’il possède au sortir des fours à pyrite.
- Tour de Glover. — On utilise une partie de la chaleur que possède le gaz acide sulfureux au sortir des fours à pyrite pour concentrer l’acide sulfurique qui sort des chambres de plomb à /18 ou 5o degrés Baumé. On avait d’abord fait couler lentement l’acide à 5 o degrés dans des bassins en plomb disposés au-dessous d’un canal suivi par le gaz acide sulfureux allant du four aux chambres; l’acide ainsi échauffé arrivait dans d’autres bassins placés au-dessus du four à pyrite lui-même. Aujourd’hui cette concentration se réalise dans les tours de Glover.
- Ces tours sont rectangulaires; elles ont 7111,5o de haut, 2ra,4o de long sur im,8o de large. Elles sont formées extérieurement par des lames de plomb revêtues intérieurement de briques résistant au feu et aux acides. On les garnit, à leurs parties inférieure et moyenne, de couches régulières de briques et de morceaux de quartz; on achève de les remplir dans toute leur partie supérieure par des morceaux de coke très dur et très dense.
- Le tout repose sur une voûte percée de deux ouvertures : l’une grande, pour laisser arriver le gaz acide sulfureux très chaud; l’autre petite, par laquelle s’écoule l’acide sulfurique concentré à 60 degrés.
- A la partie supérieure de la tour se trouvent trois ouvertures :
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- par l’une entre l’acide à 5o degrés, par une autre l’acide à 6o degrés chargé de vapeurs nitreuses, la troisième livre passage aux gaz et aux vapeurs qui de la tour passent dans les chambres de plomb.
- L’acide à 6o degrés venant de la colonne de Gay-Lussac, ou il s’est chargé de produits nitreux, se mêle dans la tour de Glovcr avec l’acicle à 5o degrés; comme les vapeurs nitreuses sont beaucoup moins solubles dans l’acide ainsi étendu que dans l’acide à 6o degrés, elles se dégagent immédiatement, au moins en très grande partie. L’acicle sulfureux qui pénètre chaud à la base de la tour et monte peu à peu enlève le reste de ces produits, en même temps qu’une certaine quantité d’eau à l’état de vapeur, au liquide qui descend-on minces blets sur les morceaux de coke et de quartz : la vapeur d’eau ainsi entraînée dans les chambres diminue d’autant la quantité de vapeur à fournir à ces chambres par les générateurs. La vitesse d’écoulement de l’acide sulfurique est réglée de manière qu’à son arrivée à la base il soit concentré à Go degrés, c’est-à-dire capable de servir soit pour la tour Gay-Lussac, soit pour la fabrication du sulfate de soude.
- On a, de cette manière, obtenu outre la concentration de l’acide des chambres et la dénitrification de l’acide sulfurique de la tour de Gay-Lussac, un double résultat: abaissement très utile de la température des gaz sortant des fours à pyrite et économie de vapeur d’eau à fournir par la chaudière.
- Tout n’est cependant pas bénéfice dans cette utilisation de la chaleur des gaz qui sortent des fours à pyrite. En effet, l’acicle à 5o degrés sortant des chambres doit être élevé au moyen de monte-acide, en fonte épaisse, au sommet de la tour de concentration. Les réparations de ces appareils, jointes aux frais de marche et d’entretien de la pompe foulante, compensent en partie l’économie de combustible qu’aurait exigée la concentration opérée en bassin à l’air libre.
- Un autre inconvénient résulte de ce que les gaz des fours à pyrite, devant arriver chauds dans la tour, n’ont pas le temps de déposer la poussière fine de pyrite qu’ils emportent toujours des fours. Cette poussière rend la présence du fer et souvent du sélénium inévitable dans l’acide sulfurique concentré.
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- Concentration de l’acide sulfurique de 60 à 66 degrés. — La concentration de l’acide de 5â à Go degrés Baume se fait facilement dans le plomb, mais il n’en est plus de même de la concentration de 60 à GG degrés Baumé, parce que l’acide attaque le plomb. La concentration s’elï'ectue alors facilement dans des alambics en platine; mais le prix de ces alambics est très élevé (un alambic susceptible de produire 10,000 kilogrammes d’acide en vingt-quatre heures coûte 8o,ooo francs); de plus, le platine ne résiste pas absolument à l’acide sulfurique; dans la pratique, il s’use assez rapidement comme l’ont constaté les fabricants d’acide sulfurique.
- La mesure de cette détérioration a même été déterminée très exactement par les recherches de M. Scheurer-Keslner.
- Ce savant a reconnu qu’un alambic en platine servant à concentrer l’acide même dépouillé de produits nitreux perd î gramme de platine par 1,000 kilogrammes d’acide concentré.
- La perte augmente avec le degré d’impureté de l’acide; elle peut atteindre 8 à 9 grammes par tonne lorsqu’on prépare l’acide à GG degrés réels, c’est-à-dire renfermant 98399 degrés d’acide monohydraté, comme l’exige la fabrication de certains produits tels que l’acide nitrique fumant, la dynamite l’alizarine artificielle, le bleu d’indigo, etc.
- Ces inconvénients ont fait tenter de nombreuses recherches pour se dispenser de l’emploi du platine. Beaucoup d’usines emploient en Angleterre des ballons de verre, malgré les dangers et les frais de casse qu’entraîne l’emploi du verre.
- En Belgique, M. Hemptine (de Bruxelles) a tenté de substituer industriellement aux alambics coûteux en platine et aux cornues fragiles en verre des appareils en plomb, en se fondant sur ce fait que l’acide sulfurique à 66 degrés qui bouta 325 degrés sous la pression atmosphérique, distille entre 190 et 196 degrés lorsqu’il n’est soumis qu’à une pression de 3 à A centimètres de mercure, et cela sans attaquer sensiblement le métal. L’appareil de M. Hemptine est très ingénieusement établi, mais il est compliqué et d’une conduite délicate.
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- Appareil de MM. Faure et Kessler. MAL Faure et Kessler,
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- Gr. V. fabricants de produits chimiques à Clermont-Ferrand, ont inventé, Cl 47 P0Ul concentration de l’acide sulfurique, un appareil partie en platine, partie en plomb, qui se recommande sous le double rapport du prix d’achat et de la dépense de combustible.
- Leur appareil consiste en une cuvette en platine large et peu profonde, chauffée directement par le foyer et surmontée d’une grande cloche en plomb à double paroi, constamment refroidie par l’extérieur, et remplaçant la panse, le chapiteau, le col et le serpentin de l’alambic ordinaire.
- Les bords libres de la cuvette sont renversés extérieurement et plongent dans une rigole en plomb constamment remplie par les acides faibles ou petites eaux qui se sont condensées sur les parois intérieures de la cloche et font fermeture hydraulique. La cuvette reçoit d’une manière continue, par des tubes en plomb, l’acide à 6o degrés sortant de la tour de Glover, et le laisse écouler d’une manière également continue à 66 degrés par un tuyau trop-plein en platine qui communique avec un réfrigérant en plomb entouré d’eau, puis avec une série de cruches en grès où il achève de se refroidir, et enfin avec des touries d’expédition qui se remplissent d’elles-mêmes. Les vapeurs aqueuses condensées sur les parois refroidies de la chambre en plomb sortent de l’appareil sous la forme de petites eaux à 26 degrés Baumé.
- Lorsque l’appareil est destiné à une production d’acide supérieure cà 4,ooo kilogrammes en vingt-quatre heures, il possède deux cuvettes dont l’une est un peu plus élevée que l’autre. La première reçoit l’acide à 60 degrés, et le déverse, après une première concentration, dans la seconde, d’où il sort pour se rendre au réfrigérant. On obtient, avec cet appareil, une réduction de moitié sur le prix d’acquisition des alambics en platine; il y a, de plus, une diminution des 4/5 au moins dans la perte que le platine éprouve sous l’action dissolvante de l’acide sulfurique. Enfin, on produit très facilement, avec l’appareil à deux cuvettes, l’acide à 66 degrés, tout en diminuant le degré des petites eaux ou en augmentant d’autant le rendement en acide concentré.
- Les liquides acides distillés dans la première cuvette ne marquent que 8 à 1 0 degrés Baumé, et ceux de la seconde, 35 degrés
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- Baumé. Ces petites eaux, dont l’évaporation coûterait trop cher, Gr. v
- peuvent être injectées dans les chambres de plomb au moven de 1 ... J . ci. 47
- l’appareil pulvérisateur de Sprengel: on réalise ainsi une économie
- notable de vapeur d’eau.
- Des perfectionnements successifs ont permis d’éviter les fuites, de diminuer l’usure du plomb et de rendre moins délicate la conduite de l’appareil; aussi son succès va-t-il croissant, et, au commencement de 1878, 6A appareils fonctionnent tant en France qu’à l’étranger, y compris l’Angleterre et l’Amérique.
- Alambics en platine. — Les appareils en platine exposés par MM. Matthey et C'e (de Londres) diffèrent de ceux qu’ils avaient précédemment exposés en ce que le fond uni de l’alambic est remplacé par un fond ondulé pour activer l’évaporation par augmentation de la surface de champ. MM. Desmoutis, Quenessen et C"’
- (de Paris) présentent des chaudières dont le fond est divisé par trois cercles concentriques en platine. Ces cercles présentent des ouvertures disposées de manière à forcer l’acide à faire le plus grand trajet possible entre son arrivée dans le cercle extérieur et sa sortie dans le cercle central.
- Importance de la production d’acide sulfurique. — L’acide sulfurique ayant trouvé depuis quelques années un grand débouché dans la fabrication des engrais phosphatés, sa production a suivi un développement correspondant et va chaque jour en augmentant avec l’exploitation de plus en plus considérable des phosphates minéraux. La consommation actuelle (1878) de l’Europe en acide sulfurique concentré (66 degrés Baumé) s’élève au chiffre de 820,000 tonnes ainsi réparties :
- Angleterre.....
- France.........
- Allemagne......
- Autriche-Hongrie
- Belgique.......
- Autres pays. . . .
- Total. .
- 5oo,ooo tonnes. i5o,ooo 85,ooo 4o,ooo 3o,ooo i5,ooo
- 820,000
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- La fabrication de l’acide sulfurique fumant ou acide de Nord-hausen, reprend une nouvelle activité depuis que cet acide est recherché par l’industrie pour la préparation de l’alizarine artificielle et de quelques autres produits. Cette fabrication , qui se réalise toujours par le grillage des pyrites, a été perfectionnée; elle est actuellement centralisée en Bohême dans l’usine de M. I). Starck, qui en livre au commerce 3,ooo tonnes par an.
- M. Scheurer-Kestner a essayé de le préparer par la calcination du bisulfate de soude préalablement desséché. Le résidu formé de sulfate neutre est transformé de nouveau en bisulfate par l’acide sulfurique ordinaire.
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- CHAPITRE II.
- INDUSTRIE DE LA SOUDE.
- Les industries du sulfate de soude et par suite du sel de soude et des cristaux de soude, de même que celles de l’acide chlorhydrique et par suite du chlore et des composés qu’il sert à préparer, sont intimement liées à celle de l’acide sulfurique. Des perfectionnements importants et même des modifications radicales ont été réalisées dans ces deux industries depuis l’Exposition de 186y.
- Nous commencerons par l’industrie de la soude.
- Sulfate de soude. — Un des principaux usages de l’acide sulfurique consiste toujours à transformer le sel marin en sulfate de soude. Les fours dans lesquels l’acide sulfurique réagit sur le chlorure de sodium sont à peu près tous aujourd’hui des fours à moufle. Le bisulfate formé dans la cuvette en fonte ou en plomb réagit dans le moufle voisin sur une nouvelle quantité de sel marin et se change en sulfate neutre. L’acide chlorhydrique dégagé dans ces deux opérations successives est facilement condensé, ce qui ne pouvait être réalisé quand l’acide était mêlé aux produits de la combustion. Cette condensation s’effectue aujourd’hui aussi complètement que possible. Des prescriptions rigoureuses l’avaient depuis longtemps imposée pour éviter l’action funeste des vapeurs acides sur la végétation, mais l’importance croissante de l’acide chlorhydrique a eu, pour amener ce résultat, plus d’influence que toutes les prescriptions administratives.
- L’industrie utilise aujourd’hui, en effet, non plus seulement l’acide chlorhydrique concentré, mais aussi l’acide en dissolution même très étendue. Ce dernier a trouvé une utile application dans la régénération du soufre, des marcs de soude, tandis que l’acide en solution concentrée est réservé presque complètement à la préparation du chlorure de chaux et du chlorate de potasse, à la préparation du phosphate de chaux précipité des os et à celle du
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- chlorure double d’aluminium et de sodium, pour la production de l’aluminium métallique.
- La condensation de l’acide chlorhydrique s’effectue dans beaucoup d’usines par des tours construites en briques enduites de goudron, ou en laves de Volvic, et remplies de coke. Le gaz circule de bas en haut, tandis que l’eau tombe en pluie de haut en bas. On arrive à condenser ainsi les q5/ioo delà quantité d’acide contenue dans le sel marin décomposé. Dans beaucoup d’usines françaises, on continue à condenser le gaz acide chlorhydrique dans de longues files de bonbonnes de a5o à 3oo litres de capacité.
- Enfin, un certain nombre de fabricants emploient un système mixte exigeant un nombre de bonbonnes moindre et des tours moins élevées; l’acide passe d’abord dans les bonbonnes où l’acide se concentre à 21 degrés Baumé, et ensuite dans des tourelles où la condensation s’achève. L’acide faible ainsi recueilli passe ensuite dans les bonbonnes où il se concentre.
- Procédé Hargreaves. — L’Angleterre a exposé un mode de transformation du sel marin en sulfate de soude qui aurait l’avantage de supprimer la préparation de l’acide sulfurique et, par conséquent, les chambres de plomb. Dans ce procédé, le sulfate de soude résulte de l’action simultanée du gaz acide sulfureux, de l’air et de la vapeur d’eau, sur le sel marin chauffé à une température voisine du rouge. Le sel pulvérisé et agglutiné avec un quart environ de sel raffiné humide, est séché et introduit en fragments de la grosseur cl’un œuf dans six à huit grands cylindres en fonte d’environ 2 5 mètres cubes de capacité chacun, placés les uns à côté des autres. Chaque cylindre communique avec celui qui le précède et avec celui qui le suit. On les chauffe par des foyers dont le tirage est réglé de manière à maintenir le sel dans le voisinage du rouge, sans atteindre la température qui déterminerait un commencement de fusion. Le gaz acide sulfureux résultant du grillage des pyrites arrive mélangé d’air et de vapeur d’eau sous le faux fond perforé de trous qui supporte le sel de l’un des cylindres; il passe à travers le sel marin successivement dans les divers cylindres. L’absorption se fait lentement et
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- presque complètement en passant du premier cylindre au dernier. Gr. v. Le chlorure de sodium se trouve peu à peu transformé en sulfate, et l’acide chlorhydrique déplacé va se condenser dans l’appareil ordinaire de condensation des fours à sulfate. Quand tout le sel d’un cylindre est transformé, on l’en extrait et on le remplace par du sel marin; ce cylindre devient alors le dernier de la série. L’action de l’acide sulfureux est ainsi méthodique; le courant gazeux est toujours dirigé du cylindre où la transformation est la plus avancée à celui où elle l’est le moins.
- Le sulfate ainsi produit ne retient guère que 1/1000 à 2/1000 de sel marin; c’est donc un produit très pur. L’expérience de ce procédé se poursuit avec succès dans de grandes usines anglaises : celles de MM. Golding, Davis et G1' et la Runcorn Company. Elle semble appelée à un grand avenir.
- Sulfate de soude des eaux mères des marais salants. Nouveaux procédés de déshydratation. — On continue à produire du sulfate de soude à l’aide des eaux mères des marais salants par le procédé dû à M. Balard, c’est-à-dire en refroidissant à 8 ou 10 degrés au-dessous de 0 degré, l’eau mère qui contient à peu près 3 équivalents de sel marin pour deux équivalents de sulfate de magnésie.
- Le sulfate de soude étant très peu soluble à cette basse température, il se produit une double décomposition qui fournit du sulfate de soude cristallisé et du chlorure de magnésium qui reste en dissolution. Le sulfate ainsi obtenu contenant 10 équivalents d’eau de cristallisation, c’est-à-dire 56 p. 0/0 de son poids, ne peut être transporté économiquement sans avoir été préalablement déshydraté. Cette déshydratation avait, jusque dans ces dernières années, présenté des difficultés. En 186-7, cette déshydratation s’effectuait au salin Giraud, dans la Camargue, en plaçant le sel cristallisé dans des caisses en fer portées sur des chariots en fer roulant sur des rails que l’on poussait, au nombre de trois, dans un carneau oblong traversé par les produits de la combustion.
- Le sulfate entrait en fusion, une partie, devenue anhydre et insoluble dans l’eau de cristallisation, se déposait au fond de la caisse; il fallait, pour solidifier le reste, chasser l’eau par évaporation.
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- Gr. V. Quand la masse ne contenait plus que 708p. 0/0 d’eau, on faisait sortir du carneau la caisse la plus voisine du foyer, et on en
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- ajoutait une autre à 1 extrémité opposée. Le sulfate détaché était
- placé dans un four à réverbère où sa dessiccation s’achevait. Le prix élevé de la houille dans la Camargue et l’usure rapide des vases en fer suffisaient pour que la simple déshydratation de ce sulfate augmentât de plus des deux tiers le prix de sa fabrication. Après un grand nombre de tentatives infructueuses pour perfectionner ce procédé de déshydratation, on a réussi à le réaliser d’une manière aussi pratique qu’économique. On s’est fondé sur ce principe que, si l’on ajoute à une dissolution d’un premier sel un autre sel ayant ou meme base ou meme acide que le premier, la solubilité de celui-ci se trouve diminuée. On a reconnu que, si l’on chauffe le sulfate de soude à 10 équivalents d’eau à une température un peu supérieure à 33 degrés, le sel fond d’abord dans son eau de cristallisation, puis laisse déposer à l’état anhydre les 4o/ioo environ du sulfate contenu dans le sel hydraté employé. Mais si en même temps qu’on opère la fusion on ajoute à la masse une certaine quantité de sel mixte (mélange de sulfate de magnésie et de sel marin obtenu presque sans frais dans le cours de la concentration des eaux mères en vue de leur traitement pour chlorure de potassium), ce sel mixte se dissout dans le liquide résultant de la fusion, réduit considérablement la solubilité du sulfate de soude dans ce liquide et détermine sa précipitation à peu près complète. Pour obtenir ce résultat, on chauffe, à l’aide d’un serpentin dans lequel circule de la vapeur d’eau, le sulfate de soude hydraté additionné de 20 à 22 p. 0/0 de sel mixte, et, lorsque la température a atteint au moins 33 degrés, le sulfate de soude se précipite à peu près complètement à l’étal anhydre sous forme de sable très dense qui, soumis au turbinage, fournit le sulfate anhydre. Ce sel, en raison de sa pureté, convient mieux que tout autre à la fabrication des verres blancs.
- Ce procédé très économique permet de tirer un parti avantageux du sulfate de soude produit dans la fabrication du chlorure de potassium des eaux mères des marais salants. On se fera une idée de l’importance de ce résultat en se rappelant que, pour chaque
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- tonne de chlorure de potassium, on obtient près de 10 tonnes de sulfate de soude hydraté.
- L’application de ce nouveau procédé réduira donc d’autant les frais d’exploitation des eaux mères des marais salants; elle permettra la vente du chlorure de potassium en concurrence avec celui d’Allemagne, sur des marchés que leur éloignement du salin Giraud n’avait pas permis jusqu’ici d’aborder. L’industrie des eaux mères y trouvera peut-être le moyen de prendre le développement que la découverte des mines de Stassfurt semblait devoir lui interdire.
- FABRICATION DE LA SOUDE.
- Le procédé Leblanc pour la transformation du sulfate de soude en soude artificielle était resté jusqu’à ces dernières années à peu près sans rival, malgré les nombreuses tentatives faites pour le modifier ou le remplacer. 11 n’en est plus de même aujourd’hui; cependant l’Exposition universelle de 1878 nous montre encore une grande partie de la soude artificielle obtenue par ce procédé : nous devons donc insister sur les perfectionnements de détails qui ont été réalisés dans cette fabrication.
- La théorie de la fabrication de la soude par le procédé Leblanc est aujourd’hui à peu près entièrement éclaircie, grâce aux observations de MM. Unger, Gossage, etc., en Angleterre; et aux recherches de M. Scheurer-Kestner, de M. Dubrunfaut et de M. Kolb, en France. Le sulfate de soude est d’abord transformé en sulfure de sodium à une température peu élevée; le carbone se dégage alors uniquement à l’état d’acide carbonique, comme cela résulte des expériences très concluantes de M. Unger. Le sulfure de sodium ainsi formé réagissant sur le carbonate de chaux donne du carbonate de soude et du sulfure de calcium qui est insoluble quand il a été produit par voie sèche.
- La préparation de la soude pourrait donc se réaliser en mettant en présence un équivalent de sulfate de soude avec les deux équivalents de carbone nécessaires pour sa réduction et un équivalent de carbonate de chaux; mais il faudrait pour cela que les ma-tiè rcs premières eussent été très finement pulvérisées et très intime-
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- ment mélangées, afin que tout le sulfate soit réduit en sulfure et qu’aucune partie du sulfure de sodium ne puisse échapper à l’action du carbonate de chaux. 11 faudrait enfin soustraire le mélange à l’action oxydante des gaz du foyer. Ces conditions étant impossibles à réaliser industriellement, on arrive au même résultat en ajoutant un excès de charbon et de carbonate de chaux. L’excès de calcaire multiplie les points de contact entre le sulfure et le carbonate de chaux; il fournit de plus, vers la fin, un peu de chaux caustique qui, pendant le lessivage, donnera naissance à un peu de soude caustique. Quant à l’excès de charbon, une partie est brûlée par l’oxygène de l’air et contribue à élever la température; une autre partie facilite, vers la fin de l’opération, quand la chaleur est devenue très intense, la décomposition du carbonate de chaux en excès. Celui-ci se décomposant ainsi plus rapidement que par la chaleur seule, donne alors, mais alors seulement, ainsi que l’a constaté M. Scheurer-Kestner, en même temps que de la chaux vive, un dégagement d’oxyde de carbone. Ce dégagement d’oxyde de carbone donne à la matière la porosité nécessaire pour un lessivage facile; la combustion de ce gaz à la surface de la masse pâteuse indique que la réaction principale est terminée et qu’il faut se hâter de détourner.
- D’après les recherches de M. Scheurer-Kestner sur le mode de formation de la soude brute et sur les résidus laissés par le lessivage (marcs de soude), la majeure partie des pertes de sodium éprouvées pendant la fabrication doit être attribuée à la présenee de la chaux vive qui en s’hydratant retient une partie de la soude qu’il est difficile d’enlever par le lessivage. De sorte que, plus on a employé, de calcaire en excès, plus les résidus renferment de soude qu’il est difficile d’extraire. Mais, ainsi que nous l’avons dit, un excès de calcaire et de charbon est nécessaire pour fournir à la fin de l’opération les gaz qui doivent rendre poreuse la soude brute. Il en résulte que le mélange qui donnera le meilleur rendement en sels solubles est celui qui, ayant été chauffé au point de provoquer un dégagement d’oxyde de carbone au moment où l’on retire la soude du four, renferme le moindre excès de chaux.
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- Fours tournants. — Les réactions qui produisent la soude brute avaient jusqu’à l’Exposition de 1867 été opérées, dans presque toutes les usines, dans des fours à réverbère particuliers dits fours à soude qui différaient les uns des autres plus par leurs dimensions que par leurs formes. On leur a substitué depuis, dans un très grand nombre de grandes usines, les fours tournants qui, brevetés en 1853 par MM. Elliot et Russel, ont été perfectionnés par MM. Stevenson et Williamson, dans la fabrique de produits chimiques de Jarrow à Southschields près de Newcastle.
- Les réactions qui fournissent la soude brute ne donnent un bon produit que si elles s’accomplissent dans le moins de temps possible; il faut les favoriser par un brassage énergique. Or, dans les anciens fours, ce brassage était des plus pénibles: l’ouvrier devait non seulement braver la chaleur qui rayonne d’un four chauffé au rouge jour et nuit, mais il devait remuer et mélanger une pâte lourde, incandescente, avec des outils en fer pesant de 60 à 80 kilogrammes. Aussi cette fabrication exigeait-elle des ouvriers fort courageux et intelligents, qui sont difficiles à trouver et dont les salaires deviennent de plus en plus élevés. La difficulté de se procurer ces ouvriers devait rendre plus précieuse la substitution du travail des machines à celui des hommes. L’adoption rapide des fours tournants a prouvé qu’ils réaliseraient une amélioration d’une utilité réelle et générale.
- Ce four est un énorme cylindre en fonte de A1”,5 7 de long sur 2m,77 de diamètre extérieur, doublé intérieurement d’une maçonnerie en briques réfractaires. Il est mobile autour de son grand axe qui est horizontal ; deux ouvertures circulaires de 7 5 centimètres de diamètre, ménagées aux extrémités de l’axe, permettent à la flamme cl’un foyer voisin de traverser le cylindre en chauffant le mélange qu’il renferme. Les gaz chauds vont au sortir du cylindre évaporer des lessives de soude, et se rendent ensuite à la cheminée. Ce cylindre repose sur quatre galets roulants; il est mis en mouvement par un pignon qui engrène avec une roue dentée fixée sur sa circonférence. Une ouverture pratiquée au milieu du cylindre et que l’on ferme pendant le travail sert à l’enfournement et au défournement des matières.
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- La surface intérieure du cylindre est concave vers le milieu; sur deux génératrices opposées existe une forte arête en brique qui a pour but de faciliter le mélange des matières en leur faisant faire un ressaut à chaque demi-révolution du cylindre.
- L’opération se fait de la manière suivante :
- Le cylindre ayant été porté au rouge, on l’arrête dans la position où l’ouverture du milieu se trouve placée au-dessous d’une trémie dans laquelle des wagonnets viennent déverser leur mélange. On charge d’abord 1,870 kilogrammes de calcaire avec 585 kilogrammes de charbon, en menus morceaux, et on donne au cylindre un mouvement de rotation de dix tours par heure. Au bout d’une heure un quart, le calcaire est converti en chaux; on ajoute alors 1,220 kilogrammes de sulfate de soude avec 227 kilogrammes de charbon, et on laisse tourner encore une demi-heure avec la même vitesse.
- Au bout de ce temps, les réactions commencent avec la fusion des éléments en présence, la vitesse de rotation est portée à deux tours par minute. Une demi-heure suffît pour terminer l’opération qui a duré en tout deux heures un quart.
- On arrête alors le cylindre dans la position où l’ouverture se trouve ù la partie inférieure, et on fait tomber la soude fondue pâteuse dans une série de wagonnets.
- On peut, en vingt-quatre heures, faire dix opérations et fabriquer ainsi 18,000 tonnes de soude brute, c’est-à-dire trois fois autant que dans un four ordinaire.
- Le four tournant donne donc une production plus considérable avec un travail beaucoup moins pénible, puisque le brassage par l’ouvrier est supprimé. De plus, les matières sont chauffées plus uniformément, et par suite le sulfate est plus complètement décomposé et le rendement en soude plus grand. Cette soude est d’un titre plus élevé, parce que le four reste toujours rempli de gaz réducteurs. Enfin, l’économie du charbon est d’au moins 25 p. 0/0.
- Tous ces avantages montrent la très grande supériorité du four tournant sur les anciens fours, dans toutes les grandes fabriques de soude.
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- Soude caustique. — La soucie caustique se prépare depuis longtemps avec les eaux mères provenant de l’évaporation des dissolutions obtenues dans le lessivage de la soude brute.
- Ces lessives, portées à l’ébullition, abandonnent du carbonate de soude (Na0,C02 -|-HO) qu’on pêche au fur et à mesure. On ajoute de nouvelles lessives, et on maintient l’ébullition tant que le carbonate qui se dépose est sudisaminent pur. Quand le dépôt commence à être rougeâtre, on décante l’eau mère qui constitue les lesswes rouges. Ces lessives rouges contiennent surtout de la chaux caustique avec un peu de carbonate de soude, du sulfure de sodium et de petites quantités de sels, tels que sulfate, phosphate, silicate, fluorure, etc.; elles sont colorées en rouge par un peu de sulfure double de fer et de sodium. Ces lessives refroidies très lentement laissent déposer d’abord du carbonate et de l’hyposulfite de soude, puis des phosphates, des silicates et du fluorure de sodium. Le reste de ces sels se sépare ensuite pendant la concentration de la lessive. La lessive rouge débarrassée de ces dépôts est traitée pour soude caustique. Pour se débarrasser des dernières traces d’hyposulfîte, ainsi que du sulfure double de fer et de sodium et des cyanures, on concentre la lessive, on la fond au rouge sombre dans de grandes chaudières en fonte, on y projette alors une certaine quantité de nitrate de soude du Chili qui oxyde les sulfures, cyanures, etc.
- Ce traitement est souvent remplacé par une désulfuration de la lessive au moyen d’un courant d’air, conseillé, dès i853, par .VL Gossage.
- Au lieu d’injecter l’air dans la lessive, on l’injecte d’après le procédé de M. A\ . Helbig, dans la masse rendue visqueuse par l’évaporation et maintenue au rouge.
- Depuis que le procédé de la soude à l’ammoniaque est venu faire une concurrence très sérieuse au procédé Leblanc pour la fabrication de carbonate de soude, les fabricants anglais qui emploient encore ce dernier procédé tendent à faire surtout de la soude caustique. Pour cela, ils font de la soude brute aussi caustique que possible; ils la lessivent avec de l’eau chaude; puis ils achèvent de caustifier, au moven de la chaux, les dissolutions Classe h']. k
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- étendues de manière à ne contenir que i5 p. o/o de soude. La dissolution de soude caustique est évaporée et ensuite fondue dans de grandes chaudières en fer. On obtient ainsi la soude caustique contenant 90 p. 0/0 de soude monohvdratée.
- Les sulfures sont détruits pendant la fusion par de petites quantités de nitrate de soude.
- Cette préparation de la soude caustique pour la fabrication des savons, des papiers, etc., assure l’avenir du procédé Leblanc dans les pays où, comme en Angleterre, le charbon est à bon marché. Il pourra exister à côté du procédé de la soude à l’ammoniaque, qui tend à s’emparer de la préparation du carbonate de soude neutre que consomme la teinture, la fabrication de l’outremer, celle du verre, etc.
- Régénération du soufre des charrées de soude.—Le soufre des pyrites est la matière première la plus importante employée dans la fabrication de la soude par le procédé Leblanc. Ce corps est passé tout entier à l’état de sulfure de calcium dans les marcs ou charrées de soude. L’extraction du soufre de ces résidus devait être le complément le plus avantageux de cette fabrication. Grâce à cette extraction, le procédé Leblanc, au lieu de consommer de grandes quantités de soufre, constitue actuellement un moyen de mettre en liberté le soufre des pyrites. Il n’en résulte pas une diminution très sensible dans les frais de fabrication de la soude, mais un moyen de se débarasser des résidus encombrants et nuisibles de la fabrication de la soude. Les charrées de soude étaient naguère encore une grave cause d’insalubrité par suite des émanations d’acide sulfhydrique qu’elles répandaient; aussi la régénération du soufre de ces charrées avait-elle été l’objet, de nombreux efforts qui remontent à l’année i836. A l’Exposition de 1867 on vit figurer du soufre régénéré par des procédés très variés, décrits avec détails dans le rapport fait à cette époque par M. Balard. La Société d’encouragement pour l’industrie nationale a récompensé M. Bucquet qui avait installé à l’usine de Dieuze le premier procédé ayant fonctionné industriellement.
- L’expérience de ces dernières années a conduit à un procédé
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- mixte appliqué aujourd’hui dans un grand nombre d’usines de l’Angleterre et du continent.
- L’oxydation des marcs de soude se produit par le procédé Mond, c’est-à-dire sans faire subir aucun déplacement à la matière dans le bac même à lixiviation qui la contient. Un courant d’air injecté par le fond s’échappe par la surface, après avoir circulé autour de chacun des fragments de sulfure oxydable. Une partie du sulfure passe à l’état de sulfate de chaux et est perdue, mais une autre partie passe à l’état de polysulfure et d’hyposulfite. Aussitôt que l’oxydation est assez avancée, on lessive la masse méthodiquement dans le bac lui-même. Ces opérations successives sont répétées encore deux fois sans que la masse soit remuée. On évite ainsi toute main-d’œuvre de déplacement des matières solides.
- Les lessives obtenues sont formées surtout de polysulfure et d’hyposulfite; on les traite dans des cuviers en bois par de l’acide chlorhydrique faible, d’après le procédé de Gukelberger. Ce débouché avantageux de l’acide chlorhydrique, trop faible pour servir à la préparation du chlorure de chaux, a déterminé les fabricants à condenser l’acide chlorhydrique des fours à sulfate, au grand profit de la santé des ouvriers et de la salubrité du voisinage.
- Le soufre se précipite sans dégagement sensible de gaz acide sulfhydrique ou cl’acide sulfureux, si l’on a réglé l’oxydation de manière qu’il y ait sensiblement deux équivalents de sulfure de calcium pour un équivalent d’hyposulfite.
- Le soufré brut ainsi obtenu est grisâtre ; il est mélangé de sulfate de chaux et retient mécaniquement un peu de chlorure de calcium et d’acide chlorhydrique. Dans plusieurs usines, on sèche ce soufre impur sur des plaques de fonte, et on le purifie par distillation; on obtient ainsi du soufre en bâtons qu’on livre au commerce. Dans d’autres usines, on purifie le soufre impur par le procédé SchafFner, qui consiste à introduire ce soufre impur dans un cylindre métallique incliné, avec un peu d’eau et de chaux ou de charrée, pour neutraliser l’acide et pour dissoudre à l’état de sulfure double d’arsenic et de calcium les traces d’arsenic qui pourraient souiller le soufre.
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- On introduit alors dans cette espèce de bouillie un courant de vapeur d’eau à 2 atmosphères environ, et on remue la masse à l’aide d’un agitateur mécanique. La température s’élève un peu au-dessus de celle de la fusion du soufre; celui-ci coule en gouttelettes et se réunit par le repos en un bain liquide que l’on coule ensuite et qu’on moule en canons. On régénère ainsi, par î oo kilogrammes de carbonate de soude fabriquée, environ 15 kilogrammes de soufre: ce qui correspond à 36 p. o/o du poids du soufre contenu dans le sulfate de soude employé. Ce mode de régénération appliqué en Autriche, à l’usine d’Aussig, par M. Schaffner y fournit annuellement un demi-million de soufre en canons.
- MM. Schaffner et Helbig essayent depuis peu un nouveau mode de traitement : le sulfure de calcium, traité en présence de l’eau par le chlorure de magnésium, donne, à une température convenable, du chlorure de calcium, de la magnésie et de l’acide sul-fhydrique. Cet acide sulfhydrique, arrivant avec de l’acide sulfureux provenant du grillage des pyrites dans un bain de chlorure de calcium, donnerait, par double décomposition complète, uniquement du soufre et de l’eau.
- Quant au mélange de chlorure de calcium et de magnésium, il suffirait de le traiter par un courant d’acide carbonique pour le transformer en carbonate de chaux et en chlorure de magnésium prêt à être employé dans une nouvelle opération. Ce procédé n’a pas encore été soumis à une assez longue expérience pour qu’il soit possible d’en apprécier la valeur industrielle.
- Dans Tusine de Saint-Rollox, à Glascow, M. Mac Tear emploie un procédé qui permet de faire disparaître les anciennes charrées amoncelées autour des grandes usines. Il fait agir de l’acide sulfureux obtenu par le grillage des pyrites sur les.eaux sulfureuses jaunes provenant du drainage des marcs de soude. Il augmente la quantité de sulfure de ces eaux jaunes, en y broyant soit des marcs récents, soit d’anciennes charrées dont on se débarrasse ainsi peu à peu. Le bac où ces matières se rencontrent avec l’acide chlorhydrique faible est maintenu à 65 degrés environ.
- Les charrées de soude servent encore à la préparation de la plus grande partie de l’hvposulfite de soude du commerce. Les li-
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- quides provenant du lessivage des charrées oxydées , riches en hy- Gv. V. posulfite de chaux, sont mélangés avec du sulfate de soude; il se ““ produit par double décomposition: du sulfate de chaux qui se précipite et de l’hyposulfite de soude. On sépare par décantation le liquide qui, par évaporation, donne l’hyposulfite cristallisé : c’est encore là une fabrication intimement liée à la production de la soude par le procédé Leblanc.
- SOUDE À L’AMMONIAQUE.
- La grande révolution produite depuis 1867 dans l’industrie de la soude consiste dans la fabrication du carbonate de soude par l’action du bicarbonate d’ammoniaque sur le chlorure de sodium en solution concentrée.
- Ce procédé, qui en 1867 paraissait abandonné, a fait sa réapparition officielle et très remarquée à l’Exposition de Vienne en 1873; aujourd’hui il fait une sérieuse concurrence au procédé Leblanc.
- Le principe sur lequel il repose est extrêmement simple et connu depuis quarante ans : à une solution concentrée de sel marin, on ajoute de l’ammoniaque et du carbonate d’ammoniaque; dans ce mélange, on fait arriver un courant d’acide carbonique qui transforme toute l’ammoniaque en bicarbonate d’ammoniaque. Celui-ci, au contact du sel marin, détermine une double décomposition donnant du bicarbonate de soude peu soluble, et du chlorhydrate d’ammoniaque très soluble dans l’eau.
- Le bicarbonate de soude est recueilli, lavé, séché, puis calciné : ce qui donne du carbonate neutre et de l’acide carbonique qui rentre dans la fabrication. Le chlorhydrate d’ammoniaque des eaux mères, chauffées avec de la chaux, régénère le gaz ammoniaque.
- Le résultat est donc du carbonate de soude neutre et parfaitement pur, très recherché pour les industries qui, comme la teinture, la préparation des laines et la fabrication de l’outremer, exigent des sels purs et non caustiques. Il n’y a pas d’autre résidu que le chlorure de calcium qu’on peut écouler sans grave inconvénient dans les cours d’eau de quelque importance.
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- On n’a donc plus besoin d’acide sulfurique, partant plus de fours à pyrite, plus de chambres de plomb, plus de fours à sulfate de soude, plus de résidus, de charrées encombrantes. Au lieu de laisser échapper dans l’atmosphère des gaz ou des vapeurs insalubres et d’infecter l’eau des rivières par les solutions sulfureuses, on n’envoie à la rivière que du chlorure de calcium neutre et inoffensif; les cheminées ne lancent dans l’atmosphère que les produits de la combustion de la houille.
- La quantité de charbon employée est seulement la moitié de celle qu’exige le procédé Leblanc. Au lieu de sel marin sec ou de sel gemme solide, on peut se servir de l’eau des sources salées.
- Tous ces avantages signalés depuis quarante ans n’ont abouti que dans ces dernières années.
- Les premiers brevets relatifs à cette fabrication ont été pris en 1838 par Dyar, Hemmeng, Gray et Harrisson, en Angleterre. En 185 A , M. Turk à Nancy, MM. Schlœsing et Rolland à Paris , prirent des brevets en France.
- L’année suivante MM. Schlœsing et Rolland établirent à Puteaux une usine d’essai, où ils installèrent les appareils très ingénieux qu’ils ont décrits avec détails dans les Annales de chimie et de physique (4e série, t. XIV, p. 12). La société formée devait établir une grande usine sur une source d’eau salée, mais elle fut arrêtée par une question de législation interprétée à son désavantage.
- Le procédé à l’ammoniaque entraînait une perte d’un tiers environ du sel marin employé; la société demandait en conséquence à payer l’impôt de 10 francs (qui existait alors), d’après le poids de carbonate de soude produit et non sur la totalité du sel dans la mine, puisqu’un tiers de ce sel était perdu avec les eaux résiduaires chargées de chlorure de calcium.
- L’Administration exigea le droit sur la totalité de l’eau salée introduite dans l’usine, ce qui grevait le carbonate de soude d’un impôt de 18 francs par 100 kilogrammes (il faut 180 kilogrammes de sel pour 100 de carbonate de soude). Cette exigence réduisait dans une trop forte proportion la marge des bénéfices pour qu’il fût possible d’entreprendre l’application en grand.
- En 1865, MM. E. Solvay et C‘° fondèrent à Couillet, en Relgique,
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- une usine qui présenta du carbonate de soude à l’Exposition universelle de 18 G 7 ; mais les résultats ne parurent pas de nature à assurer l’avenir de cette nouvelle industrie. Aujourd’hui, la Société Solvay et G'e produit à son usine de Couillet à peu près 7,500 tonnes de carbonate de soude par an. Elle produit en France dans son usine de Varangeville-Dombasle, établie en 1878 au-dessus d’une mine d’eau salée, h 0,000 tonnes de carbonate de soude.
- Enfin, en Angleterre, dans les usines de MM. Brunner, Mond et C10 à Nortwicli eL à Sandebach, elle fabrique i3,ooo tonnes.
- La production annuelle de la société dépasse donc 60,000 tonnes. Elle monte actuellement plusieurs usines en Allemagne.
- L’économie réalisée par le procédé à l’ammoniaque a déterminé un certain nombre de grandes fabriques à faire des essais, et la Société Solvay et Cie compte déjà des rivaux en France, en Allemagne, en Autriche-Hongrie et en Russie.
- Parmi les difficultés qui ont retardé l’application du procédé à l’ammoniaque, nous devons citer:
- i° La difficulté du dosage, la réaction se faisant le plus avantageusement entre équivalents égaux de chlorure de sodium et de bicarbonate d’ammoniaque.
- a0 La nécessité de purifier les eaux salées que Ton veut employer.
- 3° La production de l’acide carbonique aussi pure et à aussi bon marché que possible. On en obtient une certaine quantité par la calcination du bicarbonate de soude, et le reste par la décomposition des calcaires sous l’influence de la chaleur; le gaz des fours à chaux contient à peu près 3o p. 0/0 d’acide carbonique et par suite 70 p. 0/0 de gaz inerte. Cette décomposition fournit en meme temps la chaux nécessaire à la régénération de l’ammoniaque.
- k° L’acide carbonique doit arriver dans le mélange de sel marin et d’ammoniaque, dans des conditions ou il soit à peu près complètement absorbé. Or, l’ammoniaque, très avide d’acide carbonique au début, perd graduellement son énergie absorbante à mesure qu’on approche de la saturation; c’est pourquoi, à l’ammoniaque caustique on présentera d’abord les gaz des fours, et au
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- liquide, déjà carbonate en partie, les gaz purs provenant de la calcination du bicarbonate de soude.
- La température, qui s’élève dans le cours de l’opération à A5 ou 5o degrés, doit se terminer vers 20 degrés pour que la bicar-bonatation soit complète.
- Les appareils employés à cet usage sont analogues à ceux qui, dans les fabriques de sucre de betterave, servent pour la carbonatation des jus sucrés; on peut aussi se servir de tours contenant de nombreuses plaques percées de trous comme des cribles et à travers lesquels les liquides coulent de haut en bas pendant que le gaz acide carbonique marche en sens contraire.
- 5° La réaction du bicarbonate d’ammoniaque sur le chlorure de sodium, qui doit se faire à équivalents égaux, est limitée par la réaction inverse du bicarbonate de soude sur le chlorhydrate d’ammoniaque dont la proportion va en croissant dans la dissolution; il s’établit un équilibre qui dépend de la température et du degré de concentration de la liqueur. 11 y a d’ordinaire 7 du sel marin décomposé, par suite il reste dans l’eau mère -3 de bicarbonate d’ammoniaque. Une élévation de température semble favoriser la réaction inverse, et par suite diminuer le rendement en bicarbonate de soude.
- 6° Le bicarbonate de soude formé peut être séparé des eaux mères par les appareils usités pour séparer les solides des liquides; les essoreuses sont préférées aux filtres et aux filtres-presses. Mais le lavage du bicarbonate de soude offre des difficultés pratiques; s’il se présente sous forme de cristaux très petits, comme ceux qu’abandonnent les solutions très agitées, il se tasse fortement et offre une grande résistance au passage des liquides et des gaz; mais, d’un autre côté, les cristaux très petits sont purs et n’emprisonnent pas d’eau mère. Si les cristaux au contraire sont gros, ils se sépareront facilement du liquide et on pourra les laver facilement, mais ils emprisonneront des eaux mères ainsi que des matières étrangères; les lavages ne les épureront donc que très incomplètement.
- Le lavage se termine dans tous les cas par de l’eau aussi froide que possible, qui dissout très peu de bicarbonate.
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- La calcination du bicarbonate de soude ne doit pas être opérée Gr. V. à une température trop basse, car elle donnerait un produit trop léger et retenant une certaine quantité de bicarbonate qui en rend l’emploi plus difficile pour les verriers. Les gaz dégagés, acide carbonique et ammoniac, rentrent dans la fabrication.
- 70 II faut retirer des eaux mères toute l’ammoniaque qui s’y trouve (-^-environ) à l’état de bicarbonate et surtout ( ~ environ) à l’état de chlorhydrate d’ammoniaque. Le liquide porté à l’ébullition laisse dégager de l’acide carbonique, puis un mélange d’acide carbonique et d’ammoniaque; on ajoute alors de la chaux, qui décompose le chlorhydrate d’ammoniaque, chasse l’ammoniaque qui va se dissoudre dans un appareil à circulation méthodique. Cette opération entraîne toujours une perte d’ammoniaque.
- La difficulté qu’on rencontre à éviter les pertes d’ammoniaque est une des plus sérieuses. On perdait d’abord a à 3 kilogrammes d’ammoniaque pour îoo de carbonate de soude sec obtenu. Cette perte se trouve réduite dans les nouveaux appareils à î p. o/o.
- Lorsqu’on utilise pour la fabrication les eaux saturées de sel pur, il faut employer l’ammoniaque à l’état gazeux. Il suffit au contraire d’une solution d’ammoniaque et de carbonate quand on dispose de sel marin pur à l’état solide.
- Le procédé de la soude à l’ammoniaque donne un carbonate de soude en poudre très légère, contenant jusqu’à g8.5 p. o/o de carbonate pur; mais il ne donne pas la soude caustique que l’industrie trouve dans les fabriques où l’on emploie le procédé Leblanc. L’emploi des cristaux de soude n’est généralement pas indispensable; il entraîne de plus grands frais de transport à égalité de poids de soude transportée. On peut d’ailleurs obtenir les cristaux de soude en redissolvant le carbonate pulvérulent dans l’eau et en y ajoutant une petite quantité de sulfate de soude; ce sel facilite la cristallisation.
- Quant à la production de la soude caustique, elle résulte d’une opération supplémentaire qui se réalise par les procédés connus.
- C’est un inconvénient pour la savonnerie et la papeterie auxquelles le procédé Leblanc fournit des soudes caustiques à très bas prix.
- En résumé, le procédé à l’ammoniaque exige moins de com-
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- bustible et moins de main-d’œuvre que le procédé Leblanc; il est beaucoup plus économique et beaucoup moins insalubre.
- Ce qui a retardé son application, c’est qu’il exige des appareils très volumineux et en môme temps très bien clos pour éviter les pertes d’acide carbonique, et surtout d’ammoniaque qui coule cher.
- Il exige en outre des pompes puissantes et des générateurs à vapeur. Une surveillance très active et de très fréquentes analyses sont indispensables pour régler à tout instant le dosage des matières qui doivent réagir. C’est une industrie chimique où la mécanique joue un rôle important; elle nécessite des installations coûteuses, et la conduite des opérations est délicate.
- L’économie de ce procédé sur celui de Leblanc est déjà considérable; elle serait plus grande encore si l’on pouvait extraire l’acide chlorhydrique des eaux résiduaires où il existe à l’état de chlorure de calcium; on produirait ainsi le chlore et tous ses dérivés comme par le procédé au sulfate.
- On a déjà fait des tentatives pour arriver à ce résultat par la substitution de la magnésie à la chaux, ce qui donnerait du chlorure de magnésium facile à décomposer par la chaleur. Les expériences tentées jusqu’à ce jour n’ont pas encore donné de résultat industriel. Aussi le procédé Leblanc qui fournit l’acide chlorhydrique nécessaire pour la préparation des chlorures décolorants pourra vivre à côté du procédé à l’ammoniaque, à la condition de réaliser les perfectionnements précédemment indiqués et en particulier la régénération du soufre des charrées.
- Dans ces derniers temps, M. Schlœsing a repris dans l’usine Maletra à Saint-Denis la fabrication de la soude à l’ammoniaque. Il est, pour cela, revenu au point de départ du premier inventeur: il fait réagir le bicarbonate d’ammoniaque sec préparé directement sur la solution de chlorure de sodium pur à 3o p. o/o. Il lui est ainsi plus facile de régler le dosage des corps qui doivent réagir, ainsi que les conditions dans lesquelles on doit déterminer la réaction.
- Pour obtenir le bicarbonate d’ammoniaque, on fait arriver le gaz provenant des fours à chaux et contenant 3o p. o/o d’acide
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- carbonique clans la liqueur qui contient de 1 o à 15 d’ammoniaque pour 100 d’eau.
- On constate que, lorsque la précipitation du bicarbonate cTam-moniaque commence à se produire, l’ammoniaque contenue dans la liqueur y est à l’état de carbonate neutre. Le courant de gaz acide carbonique continuant à passer détermine la précipitation continuelle du bicarbonate d’ammoniaque. Il faut constamment faire arriver de nouvelles quantités d’ammoniaque, de manière que la proportion reste toujours un peu supérieure à îo p. o/o.
- Dans ces conditions, l’absorption de l’acide carbonique se fait convenablement avec les gaz des fours à chaux, sans qu’il soit nécessaire d’employer à aucun moment de l’acide carbonique pur.
- Le bicarbonate d’ammoniaque précipité est fdtré et introduit dans la solution du sel marin à 3o p. o/o. Il se produit du bicarbonate de soude en grains, convenable pour le lavage.
- Soude à la cryolithe. — La cryolithe du Groënland est employée par la fabrication de la soude aux Etats-Unis dans l’usine de la Pensyhama Sait Company à Natrona près de Pittsbourg, et en Europe à OEresund près de Copenhague.
- Dans l’usine de Natrona, on emploie annuellement 6,ooo tonnes de cryolithe.
- Dans l’usine d’OEresund, dirigée par MM. Hagemann et Joergen-sen, on traite annuellement environ 2,000 tonnes de cryolithe. Cette fabrication donne, outre la soude, deux produits accessoires :
- i° De l’alumine exempte de fer et très recherchée pour la fabrication du sulfate d’alumine pur employé par les teinturiers et les papetiers ;
- 20 Du fluorure de calcium utilisé en grande quantité dans la fabrication des bouteilles en Suède, en Allemagne et en Hollande.
- Les procédés de fabrication sont les suivants :
- La cryolithe finement pulvérisée est intimement mélangée sous des meules verticales, avec une fois et demie son poids de craie pulvérisée.
- Le mélange est fritté au rouge sombre dans des fours à flamme; l’action de la chaux sur le fluorure double d’aluminium et de
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- sodium donne de l’aluminate de soude et du fluorure de calcium. L’acide carbonique en se dégageant de la craie donne à la masse une grande porosité qui facilite le lessivage.
- En ajoutant du fluorure de calcium au mélange précédent, MM. Hagemann et Joergensen ont augmenté le rendement industriel en aluminate de soude.
- La lixiviation enlève tout l’aluminate et laisse le fluorure de calcium.
- Les lessives saturées marquent 32 degrés Baumé. Les lessives faibles sont réservées pour commencer l’opération suivante.
- On transforme l’aluminate de soude en carbonate de soude et alumine au moyen de l’acide carbonique fourni par la combustion du coke dans les fours à calcination. L’alumine se dépose, et la liqueur décantée, marquant 3o degrés Baumé, n’a besoin que d’être concentrée à 32 degrés Baumé pour cristalliser.
- On produit de cette façon à OEresund 3,5oo tonnes de carbonate de soude cristallisé, et 3oo tonnes d’alumine employées à la fabrication de l’alun et du sulfate d’alumine.
- La cryolithe employée contient environ 90 p. 0/0 de cryolitlie pure, mélangée de carbonate de chaux, de carbonate de fer, de pyrite et de quartz. On obtient avec cette matière première 20 p. 0/0 d’alumine et 65 p. 0/0 de carbonate de soude pur.
- Importance de la préparation de la soude. — La quantité de sel décomposé peut être prise comme la mesure la plus simple de l’importance de l’industrie de la soude. Cette quantité a considérablement augmenté en France depuis l’Exposition de 1867. A cette époque, les fabriques françaises décomposaient environ 100,000 tonnes de sel; la quantité s’est élevée en 1869 à 110,000 tonnes. Elle atteint aujourd’hui 120,000 tonnes, malgré la perte de nos anciens territoires d’Alsace-Lorraine. L’Angleterre décompose environ trois fois plus de sel que la France. Dans les autres pays d’Europe, la décomposition s’élève à environ 1 25,000 tonnes.
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- CHAPITRE III.
- INDUSTRIE DU CHLORE. -- CHLORURE DE CHAUX.
- Un progrès considérable a été réalisé depuis l’Exposition de 1867 dans la préparation du chlore. On est parvenu à régénérer assez économiquement le bioxyde de manganèse transformé en chlorure, pour que le même bioxyde puisse servir indéfiniment. L’idée de cette régénération est aussi ancienne que la fabrication industrielle du chlore elle-même, mais les essais étaient restés infructueux.
- Le premier mode de régénération réellement industriel paraît être celui de M. Dunlop; il remonte à i856 et a été appliqué dans la grande usine de MM. Tennant et C'e à Saint-Rollox. Il consiste dans les opérations suivantes :
- Le chlorure de manganèse acide et impur provenant de la préparation du chlore est saturé par une petite quantité de craie, qui précipite le sesquioxyde de fer, l’alumine et la silice.
- Le chlorure de manganèse ainsi purifié est mêlé à une nouvelle quantité de carbonate de chaux et amené dans une chaudière cylindrique horizontale où arrive la vapeur d’eau sous la pression de 3 à A atmosphères. Le mélange est constamment agité par un agitateur mécanique; il se produit une double décomposition qui donne du chlorure de calcium et du carbonate de manganèse; ce dernier est bien lavé, égoutté et séché. On le décompose ensuite dans un courant d’air oxydant à la température d’environ 315 degrés. Il perd son acide carbonique en absorbant de l’oxygène, comme l’avait depuis longtemps constaté Forchhammer : il se produit une grande quantité de bioxyde de manganèse et surtout de bimanganite de manganèse (MnO, 2 MnO2), d’après les recherches de Reissig.
- Ce procédé est resté confiné dans la grande usine de M. Tennant; il n’a pas été adopté par d’autres fabriques même en Angleterre.
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- PROCÉDÉ WELDON.
- Il n’en est pas de meme du procédé de M. W. Weldon, appliqué, dès 1868, dans l’usine de M. Gamble à Sainte-Hélène, dans le Lancashire. Il a pris depuis cette époque une telle extension, qu’il peut être considéré actuellement comme le seul qui serve à la production économique du chlore, et la quantité de chlore produite aujourd’hui est trois fois celle qui était fabriquée en 1867.
- Régénération du bioxyde de manganèse. — Ce procédé est fondé sur ce fait que, en présence de la chaux, le protoxyde de manganèse est transformé facilement en bioxyde par un courant d’air chauffé à 55 degrés.
- La dissolution de chlorure de manganèse impur, résidu de la préparation du chlore, est d’abord débarrassée de l’excès d’acide chlorhydrique et des impuretés (oxyde de fer, alumine, silice) au moyen de la craie en poudre dans de vastes citernes de saturation ou puits (wells) en maçonnerie, creusés dans le sol et où se meut un agitateur mécanique. On laisse ensuite la dissolution de chlorure purifié s’éclaircir partiellement par le repos.
- Cette dissolution est puisée par une pompe aspirante et foulante qui l’élève à une hauteur de 1 6 mètres dans de grands bacs en tôle ou clarificateurs, où elle achève de s’éclaircir.
- Des clarijîcateurs, la liqueur limpide passe dans deux grands cylindres de 9 mètres de haut sur 3m,3o de diamètre munis d’un serpentin à vapeur pour le chauffage, et d’un tuyau central descendant pour l’injection de l’air.
- Dès qu’un de ces cylindres appelés oxydeurs est rempli jusqu’à moitié de sa hauteur de la dissolution de chlorure de manganèse, on y fait arriver un lait de chaux contenant une quantité de chaux juste suffisante pour décomposer complètement le chlorure de manganèse en donnant du chlorure de calcium et du protoxyde de manganèse, et on injecte de la vapeur d’eau jusqu’à ce que la masse soit chauffée à la température de 55 degrés.
- Aussitôt que cette température est atteinte, on ajoute une nouvelle quantité de lait de chaux contenant un poids de chaux égal aux
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- 6/10 du poids qui avait été nécessaire pour la décomposition du Gr. v. chlorure. On a alors un mélange alcalin qui présente l’aspect d’une C1~7 houe blanchâtre formée par une solution de chlorure de calcium tenant en suspension du protoxyde de manganèse, et partie en dissolution, partie en suspension la chaux introduite en dernier lieu; car la chaux est très notablement soluble dans la dissolution de chlorure de calcium à 55 degrés. On injecte alors de l’air par le fond de l’oxydcur : il traverse toute la masse en grosses bulles, oxydant sur son passage le protoxyde de manganèse, et déterminant la formation d’une mousse abondante à la partie supérieure du cylindre. La masse blanche et fluide devient peu à peu noire et pâteuse; elle était au début très alcaline : elle est neutre vers la fin de l’opération. L’expérience dure de cinq à six heures; l’absorption de l’oxygène de l’air était d’abord très rapide, elle se ralentit de plus de plus.
- Quand la proportion du peroxyde formé n’augmente plus entre deux essais consécutifs, on ajoute, au mélange, sous le nom de liqueur finale, une solution de chlorure de manganèse égale à i/5 environ de celle primitivement mise en expérience; on continue l’insufflation de l’air pendant deux heures environ : l’absorption de l’oxygène continue lentement, et, quand on a reconnu par deux essais consécutifs qu’elle n’augmente plus, on fait écouler toute la charge de l’oxydeur dans un réservoir en tôle appelé déposante, au fond duquel se réunit par le repos tout le peroxyde régénéré à l’état de bimanganite de chaux et de manganite de protoxyde de manganèse.
- C’est donc dans l’oxydeur que se sont produites les réactions qui font la base du procédé de M. W. Weldon.
- Le protoxyde de manganèse, s’il avait été soumis seul à l’oxydation, aurait absorbé la quantité d’oxygène nécessaire pour donner du manganite de protoxyde de manganèse (MnO, MnO2); en présence d’un poids de chaux équivalent au poids du protoxyde, il absorbe une quantité d’oxygène plus considérable et se transforme en manganite de chaux CaO MnO2. La solubilité de la chaux, plus grande que celle du protoxyde de manganèse, intervient aussi d’une manière importante : elle permet une oxydation beaucoup plus
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- rapide du bioxyde, si bien que le passage d’une quantité déterminée de protoxyde de manganèse à l’état de manganite de chaux se réalise dans un temps dix fois moindre qu’à l’état de manganite de manganèse. De là l’avantage, considérable au point de vue industrie], de réduire des 9/10 le volume de l’air à insuffler, et par suite le volume des appareils, et la dépense du combustible consommé par la machine soufflante.
- Nous avons vu qu’au lieu d’ajouter un poids de chaux équivalent au poids du protoxyde de manganèse on n’en ajoutait que les 6/10 de ce poids; cette réduction a été reconnue nécessaire pour éviter un trop grand épaississement et meme une prise en masse de toute la matière contenue dans l’oxydeur, grave inconvénient qui déterminait des arrêts et des pertes dans les opérations. On a diminué, il est vrai, la quantité du bioxyde régénéré, qui est réduite dans la proportion de 1 à 0.79, mais on a l’avantage d’avoir assuré la marche régulière de l’appareil.
- L’addition de la liqueur finale de chlorure de manganèse détermine au contact du manganite neutre de chaux une nouvelle réaction qui diminue la quantité de chaux combinée au bioxvde de manganèse et réduira par suite le poids d’acide chlorhydrique à employer dans la préparation du chlore.
- En effet, lorsque le chlorure de manganèse se trouve à la température de l’expérience en présence de l’air oxydant et du manganite de chaux, celui-ci passe à l’état de bimanganite de chaux, cédant la moitié de sa chaux au chlorure de manganèse qui donne du chlorure de calcium et du protoxyde de manganèse. Ce dernier passe en absorbant de l’oxygène à l’état de manganite de protoxyde de manganèse.
- Cette dernière opération a diminué dans une notable proportion la quantité de protoxyde, et par suite la quantité d’acide chlorhydrique qui, dans la préparation du chlore, sera uniquement employée à saturer les bases.
- Préparation dit chlore. — Pour préparer le chlore, on emploie des récipients ou stills, de forme octogonale, en pierre inaltérable aux acides; ils sont constitués par de larges dalles, réunies par
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- l’intermédiaire de boudins épais en caoutchouc, et solidement Gr. v maintenues par des ancrages en fer. Au centre, une colonne en pierre perforée dans toute sa longueur sert à l’introduction de la vapeur destinée au chauffage, en même temps que de point d’appui aux dalles formant couvercle. De ces dernières dalles partent de larges tuyaux en poterie pour le dégagement du chlore.
- Des tuyaux-siphons plus étroits servent à l’introduction de l’acide chlorhydrique ou de la boue de bioxyde de manganèse.
- Un gros tuyau à robinet partant de la partie inférieure sert à la vidange du résidu épuisé. Des tubes et des robinets placés sur la paroi latérale permettent de reconnaître à chaque instant le niveau du liquide, sa température, le degré d’activité qu’il conserve.
- Pour faire une opération, on introduit d’abord toute la quantité d’acide chlorydrique nécessaire, puis on fait arriver lentement et d’une manière régulière la boue de peroxyde de manganèse, et on élève la température par l’injection de la vapeur d’eau.
- La boue se dissout rapidement au fur et à mesure qu’elle arrive dans l’acide chaud, et une quantité' correspondante de chlore se dégage. Quand l’acide est à peu près complètement saturé, on vide le récipient, et son contenu encore chaud arrive dans les citernes de neutralisation ou wells, et la série des opérations décrites peut être recommencée avec le même manganèse.
- Un très beau modèle de l’appareil Weldon figurait dans l’exposition anglaise.
- M. Weldon a reçu de la Société d’encouragement la grande médaille de Lavoisier en 1877. Une récompense exceptionnelle (un grand prix) lui a été décernée par le jury de l’Exposition universelle de 1878.
- Perte de manganèse. — La régénération du manganèse ne peut se faire sans quelques pertes. La décomposition entre la chaux et le chlorure de manganèse n’est pas absolument complète, l’insolubilité du protoxyde dans le chlorure n’étant que relative. De plus, l’acide chlorhydrique employé contenant toujours un peu d’acide sulfurique, celui-ci forme avec la chaux du sulfate peu soluble quis’ac-Glasse U’].
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- Gr. V. cumule dans les dissolutions de manganèse et qui entraîne un Cl 47 Peu c^orure ffuancl °n en opère la séparation. La perle peut être évaluée en moyenne à 5 p. o/o du bioxyde de manganèse total. On y remédie par l’addition d’une proportion égale de bioxyde de manganèse natif que l’on traite dans un petit appareil à chlore spécial.
- Excès (Vacide chlorhydrique employé. — La quantité d’acide chlorhydrique employée dans ce procédé est à peu près un tiers plus grande que parle procédé ordinaire, à cause des protoxydes basiques à saturer.
- Inconvénient des impuretés de la chaux. — Celte proportion d’acide chlorhydrique augmente encore dans les usines où l’on emploie de la chaux impure contenant des oxydes de magnésium, d’aluminium ou de fer, et de la silice ; la qualité de la chaux à employer n’est donc pas indifférente pour l’économie du procédé.
- L’état de cuisson de la chaux n’est pas nonplus indifférent, car, s’il reste du carbonate de chaux, celui-ci neutralisera en pure perte de l’acide chlorhydrique dans les stills, et l’acide carbonique qui se dégagera avec le chlore et arrivant avec lui dans les chambres à chaux diminuera le titre du chlorure de chaux produit.
- Avantages du procédé Weldon. — L’économie réalisée par le procédé Weldon dans la préparation du chlore est telle, dans les usines bien conduites, qu’elle a diminué le prix de revient du chlorure de chaux d’un tiers. Ainsi îoo kilogrammes de chlorure de chaux, qui en France revenaient en 1868 à 3i francs, en comptant l’acide chlorhydrique à 2 francs les îoo kilogrammes, reviennent par le nouveau procédé à moins de 21 francs. Dans les usines anglaises, où le prix de l’acide chlorhydrique peut être négligé , le chlorure de chaux est obtenu à moins de là francs les loo kilogrammes. Aussi, malgré l’intérêt et l’amortissement du capital considérable engagé dans la construction d’un appareil Weldon (200,000 francs pour un appareil permettant de produire 10 tonnes de chlorure de chaux par jour), malgré la diminution du
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- prix du manganèse, ce procédé s’est rapidement répandu ; il est d’ailleurs d’une application beaucoup plus facile que l’ancien ; car il est plus ^mécanique , et la plupart des opérations se réduisent à la manœuvre de valves et de robinets. Il supprime pour le voisinage l’inconvénient des résidus de l’ancien procédé, puisque le résidu est ici une dissolution limpide et neutre de chlorure de calcium dont l’écoulement dans les cours d’eau n’a pas d’inconvénient.
- Développement du procédé. — Tous les pays industriels de l’Europe ont adopté le procédé Weldon.
- La Grande-Bretagne, qui préparait en 1868 en chlorure de chaux et chlorate de potasse une quantité équivalente à 4o,ooo tonnes de chlorure sec, en produit aujourd’hui 120,000 tonnes dont io5,ooo tonnes sont préparées par le procédé Weldon. J1 ne reste plus que l’usine de MM. Tennant et Clc à Saint-Rollox, qui continue à se servir de l’appareil Dunlop. Cette même société a du reste adopté le procédé Weldon dans l’usine non moins importante qu’elle possède à Heburn près Newcastle.
- En France, le premier grand appareil Weldon a fonctionné régulièrement dès le mois de mars 1875 dans l’usine importante de MM. Merle et C'° à Salyndres.
- Des appareils analogues fonctionnent aujourd’hui dans les usines de la Compagnie de Saint-Gobain, à Chauny, à Saint-Fons et à Marenne. Ils sont également adoptés par la Société anonyme des manufactures de produits chimiques du Nord, et par les usines Maletra à Rouen, ainsi qu’à Hautmont. La Compagnie générale des produits chimiques du Midi le monte à Rassuen. On fabrique en France par ce procédé 22,000 tonnes de chlorure de chaux, c’est-à-dire les Zi/5 de la production totale de la France.
- Les appareils Weldon fonctionnent en Allemagne, à Dieuze, à Manheim, à Reinau, à Saarau et à Stettin. Ils sont adoptés dans les deux grandes usines d’Autriche, à Aussig et à Hruschau; dans la seule grande usine à chlore de Norwège; enfin en Belgique.
- Dans ces derniers temps, M. Weldon a fait des essais pour remplacer la chaux par la magnésie, de manière à régénérer cette base par la calcination à basse température du chlorure de
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- Gr. V. magnésium, mais l’augmentation de la main-d’œuvre et du com-bustible n’a pas encore permis d’appliquer cette modification.
- Essais de M. Deacon. — Au lieu de chercher à régénérer le bioxyde de manganèse, M. Deacon s’est proposé d’en supprimer l’emploi: il a tenté de lui substituer un autre oxyde susceptible de se régénérer d’une manière continue. Dans ce nouveau procédé, on fait agir le gaz acide chlorhydrique sortant des fours à sulfate et mélangé avec une quantité convenable d’air sur des surfaces poreuses préalablement imprégnées de sulfate de cuivre et maintenues à une température constante d’environ 45 o degrés.
- Dans ces conditions, l’acide chlorhydrique est partiellement décomposé par une quantité constante et très minime d’oxyde de cuivre qui se régénère indéfiniment sans aucune manipulation accessoire.
- Les surfaces poreuses sont celles de boules en terre cuite, placées dans des cylindres en fonte. L’acide chlorhydrique et l’air sont aspirés par un ventilateur placé à la suite des cylindres de décomposition. De cette façon, il ne peut se produire de fuites, et, s’il y a des joints imparfaitement clos, ces ouvertures n’ont d’autre inconvénient que de laisser entrer de l’air dans l’appareil; elles ne peuvent en aucun cas laisser échapper d’acide chlorhydrique dans l’atmosphère.
- L’acide non décomposé est condensé à la manière ordinaire; la vapeur d’eau en excès est absorbée dans une tour à coke mouillée par de l’acide sulfurique; enfin le chlore est dirigé dans les chambres qui contiennent la chaux hydratée étendue en couches minces. Comme le chlore est dilué dans un volume au moins triple d’air et d’azote, on est obligé de donner une très grande surface de développement à ces chambres, et l’absorption doit y être méthodique pour donner un degré chlorométrique suffisamment élevé. De là une installation coûteuse.
- Une difficulté réelle du procédé consiste dans la nécessité de maintenir sensiblement constante la température de 45o degrés nécessaire au succès du procédé. Si l’on reste notablement au-dessous de cette température, les réactions sont incomplètes; si on
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- la dépasse beaucoup, les réactions sont également incomplètes, et cle plus on perd du cuivre qui se volatilise à l’état de bichlorure.
- On a enfin constaté dans les essais faits en grand à Widnes que les surfaces actives perdent de leur efficacité avec le temps, soit à cause de l’entraînement du cuivre, soit à cause de la diminution de porosité des surfaces, qui s’encrassent par les poussières ferrugineuses et autres entraînées par le courant gazeux.
- Suivant M. Deacon, l’action du sulfate de cuivre serait plutôt mécanique que chimique; la décomposition de l’acide chlorhydrique serait due au choc des molécules du mélange gazeux contre les molécules du sel qui resterait à peu près inaltéré pendant toute l’opération.
- Cette théorie, donnée en 1870 et 1872 par M. Deacon, n’est pas confirmée par les expériences faites depuis par M. Lamy. En opérant à la température constante de kko degrés (température d ébullition du soufre), M. Lamy a constaté que le sulfate de cuivre pur en petits cristaux perd d’abord toute son eau de cristallisation, puis peu à peu, lentement, son acide sulfurique. La proportion d’oxyde et de chlorure formée augmente avec la durée de l’action qui est dès lors de même nature que celle de l’oxyde ou du chlorure placé directement dans le tube où se fait la décomposition.
- Il semble donc probable que c’est un oxychlorure qui est l’agent actif des combinaisons et décompositions qui s’accomplissent d’une manière continue. La richesse en chlore de cet oxychlorure augmente quand l’acide chlorhydrique prédomine dans le mélange gazeux; elle diminue et peut être réduite à des traces quand c’est au contraire l’oxygène qui domine; c’est d’ailleurs dans ce dernier cas que l’on obtient le meilleur rendement en chlore. Ainsi, pour des mélanges renfermant depuis 60 jusqu’à 5 volumes d’acide chlorhydrique pour 100 d’air, M. Lamy a obtenu de 15 à c) 5 p. 0/0 de chlore. Le phénomène est beaucoup plus complexe qu’on n’avait semblé le croire.
- M. Lamy a constaté de plus que, dans les mêmes conditions de température, de vitesse et de composition du mélange d’acide chlorhydrique et d’air, les oxydes de fer, de manganèse et de chrome donnent un rendement moindre de moitié environ que
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- le cuivre. Mais à des températures plus élevées, au rouge faible, le rendement de ces oxydes s’élève à 5o et même à 70 p. 0/0. L’oxyde de manganèse donne un peu plus de chlore que l’oxyde de fer, et son emploi serait préférable à cause de la moindre volatilité du chlorure.
- La question principale serait ici celle du combustible.
- Le procédé de M. Deacon, employé en grand à Widnes et dans la fabrique allemande la Rhénania, n’a pas été généralement adopté.
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- CHAPITRE IV.
- INDUSTRIE DE LA. POTASSE.
- Depuis 1867, l’exploitation des sels de Stassfürt a pris un développement de plus en plus considérable. La couche salifère découverte à Kalusz en Galicie est venue ajouter ses produits à ceux de Stassfürt et de Leopoldhall.
- Comme l’industrie allemande n’était pas représentée à l’Exposition de 1878, je rappellerai seulement quelques chiffres extraits du rapport de M. Lamy sur l’Exposition de Vienne en 1873. La production du chlorure de potassium avait été en 1872 de 5o,ooo tonnes. La fabrication des engrais potassiques plus ou moins mélangés de sulfate de magnésie et de sel marin a atteint 62,600 tonnes. On avait fabriqué 7,500 tonnes de sulfate de soude par double décomposition du sulfate de magnésie et du chlorure de sodium à basse température (procédé Balard). On avait livré au commerce 19,000 tonnes de sulfate de magnésie brut ou cristallisé et de chlorure de magnésium et 35,000 kilogrammes de bromure.
- L’Allemagne ne consomme guère que 3o p. 0/0 des produits de l’industrie de Stassfürt; elle exporte 70 p. 0/0 en Angleterre, en France, en Belgique et aux Etats-Unis.
- Potasse extraite des vinasses de betterave. — A côté de cette colossale production de sels minéraux de potasse, les autres sources de cet alcali ne présentent qu’un intérêt secondaire. Il en est cependant une, celle des salins de betterave, dont l’importance croît avec le développement de la production du sucre. La production en a doublé en Europe depuis l’Exposition de 1867; la quantité des sels de potasse quelle fournit dépasse actuellement 20,000 tonnes.
- Cette industrie a reçu dans ces derniers temps d’importantes modifications. On sait que les mélasses de betterave soumises à la fermentation donnent, par distillation, de l’alcool et laissent pour
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- résidu un liquide brun contenant des sels de potasse et auquel on a donné le nom de vinasse.
- En 1837, M. Dubrunfant avait montré qu’il suffit de concentrer les vinasses, de dessécher le produit et enfin de le calciner sur la sole d’un four à réverbère pour obtenir le salin de betterave, très riche en carbonate de potasse. Les produits gazeux provenant de la décomposition des matières organiques étaient en partie entraînés avec les gaz de la combustion et rejetés par la cheminée dans l’atmosphère.
- M. C. Vincent, professeur de chimie à l’Ecole centrale des arts et manufactures, a fait faire de remarquables progrès à cette industrie. En remplaçant la calcination par une distillation, il a réussi à recueillir et à utiliser des produits organiques très importants, tout en obtenant des sels de potasse plus faciles à traiter que ceux des fours à réverbère. Les vinasses, au sortir des appareils où ils ont abandonné leur alcool vinique, marquent à peu près k degrés Baumé. On les concentre à l’air libre jusqu’à ce qu’elles marquent 37 degrés, puis on les coule dans des cornues en fonte où elles sont soumises à la distillation. Après quatre heures de chauffe, on retire des cornues un salin noir, poreux, facile à lessiver et plus riche en carbonate de potasse que le salin fait dans les fours à réverbère.
- Les produits volatils liquéfiables sont de l’alcool méthylique, de l’ammoniaque, de la triméthylamine, etc., que l’on condense dans des réfrigérants et qu’on sature par de l’acide sulfurique. On utilise comme combustibles les gaz non condensés.
- En concentrant par distillation le produit ainsi obtenu, on recueille des vapeurs d’alcool méthylique et d’éther méthylcyanhv-drique qui, traité par la chaux, donne de l’ammoniaque et de l’acétate de chaux. Le liquide concentré fournit par cristallisation du sulfate d’ammoniaque et des eaux mères qui renferment la triméthylamine à l’état de sulfate impur noirâtre. Ces eaux mères, chauffées avec de la chaux éteinte, dégagent la triméthylamine que l’on recueille dans l’acide chlorhydrique du commerce. En soumettant à la distillation le chlorhydrate ainsi obtenu et élevant progressivement la température jusqu’à 3q5 degrés, on
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- transforme toute la matière par simple distillation en un mélange d’ammoniaque, de triméthylamine et d’éther méthylchlorhydrique ou chlorure de méthyle.
- Ce mélange gazeux reçu dans l’acide chlorhydrique ordinaire y abandonne l’ammoniaque et la triméthylamine, tandis que le chlorure de méthyle est recueilli dans un gazomètre sur l’eau. Une pompe aspirante et foulante le puise dans ce gazomètre et le comprime à la température ordinaire dans des réservoirs métalliques.
- La nouvelle dissolution de chlorhydrate de méthylamine mêlé de chlorhydrate d’ammoniaque, concentrée par ébullition jusqu’à 1A0 degrés, donne par refroidissement du chlorhydrate d’ammoniaque; l’eau mère sera décomposée par distillation comme le chlorhydrate de triméthylamine primitif.
- Si, au lieu d’opérer la distillation du chlorhydrate de triméthylamine à 32 5 degrés on chauffe seulement jusqu’à q85 degrés, il distille de la triméthylamine libre et du chlorure de méthyle; il reste dans la cornue du chlorhydrate de monométhylamine et du chlorhydrate d’ammoniaque. En traitant ce résidu par l’alcool absolu, on dissout le chlorhydrate de monométhylamine avec lequel on prépare la monométhylamine.
- Dans l’usine de MM. Tilloy, Delaune et Cie à Courrières, on traite chaque jour par ce nouveau procédé 90,000 kilogrammes de mélasse donnant q5o hectolitres d’alcool à 90 degrés et àoo,ooo kilogrammes de vinasse. Ceux-ci fournissent 10,000 kilogrammes de salin de potasse, puis 100 kilogrammes d’alcool méthylique, 1,600 kilogrammes de sulfate d’ammoniaque et 1,800 kilogrammes d’eaux mères concentrées. Le traitement de ces eaux mères établi à Saint-Denis dans l’usine de M. Brigonnet fournit, par jour, 800 kilogrammes de chlorure de méthyle, que l’on emploie pour les couleurs de méthylaniline. M. Vincent applique également le chlorure de méthyle à la production d’un froid de —2 3° à —55°. Il l’utilise enfin pour extraire par digestion les parfums que Ton extrayait jusqu’alors des plantes par distillation au moyen de la vapeur d’eau, et ceux qui, trop altérables pour être obtenus par distillation, étaient recueillis par
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- enfleurage, c’est-à-dire par dissolution à froid dans la graisse, comme les parfums de jasmin et de violette. Les résultats obtenus avec les plantes odorantes, fleurs, graines, écorces, racines, ont prouvé que l’emploi du chlorure de méthyle conserve aux parfums toute leur suavité, et que de plus il donne un rendement dépassant, souvent de 2 5 p. o/o, celui des méthodes ordinaires.
- Carbonate clepotasse.—Depuis quelques années, la fabrication du carbonate de potasse par le procédé Leblanc a pris un grand développement en France et en Allemagne. Les chlorures de potassium employés proviennent des mines de Stassfürt, du traitement des eaux mères des marais salants, de la purification des salins de betterave ou du traitement des varechs.
- Les potasses ainsi obtenues sont très pures et titrent généralement 90 p. 0/0 de carbonate de potasse; aussi font-elles une sérieuse concurrence aux potasses de Russie et d’Amérique.
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- CHAPITRE V.
- SULFATE D’ALUMINE ET ALUN.
- La fabrication du sulfate d’alumine et celle de l’alun ont subi, depuis l’Exposition universelle de 1867, des modifications importantes, qu’il importe de signaler.
- Sulfate d’alumine. — Le sulfate d’alumine peut s’obtenir à un prix beaucoup moins élevé que l’alun; plus riche, à poids égal, que ce dernier en alumine, il peut le remplacer avantageusement dans l’encollage des papiers et même dans la teinture, lorsqu’il ne contient ni fer ni excès d’acide. Ses propriétés, de plus en plus appréciées, ont déterminé, dans ces dernières années, un rapide accroissement de production. La maison Pommier, deGennevilliers, fabrique à elle seule 3 millions de kilogrammes de sulfate d’alu-mine. Le sulfate d’alumine, complètement exempt de fer et d’acide en excès, est préparé à OEresund, près Copenhague, en traitant par l’acide sulfurique l’alumine, produit accessoire de la fabrication que nous avons décrite de la soude au moyen de la cryolithe du Groënland.
- Dans le midi de la France, on employait déjà en 1867, à l’usine de Salindres, l’alumine extraite de la bauxite, roche tirée des Baux, dans le département des Bouches-du-Rhône, et qui est formée d’hydrate d’alumine mêlé d’un peu de sesquioxyde de fer et de silice.
- La calcination de cette roche, qui contient de 60 à 75 p. 0/0 d’alumine, avec du carbonate de soude, donne de l’aluminate de soude soluble dans l’eau et du sesquioxyde de fer insoluble. L’aluminate en solution concentrée, traitée par un courant d’acide carbonique, régénère le carbonate de soude et précipite l’alumine sous forme d’une poudre grenue facile à laver. Cette alumine, dissou te dans de l’acide sulfurique convenablement hydraté et chaud,
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- donne du sulfate d’alumine, qui se solidifie en masse par refroidissement.
- La bauxite a été depuis trouvée dans un assez grand nombre de localités A côté de la bauxite rougeâtre, qui contient plus de 3 p. o/o de fer, on a rencontré, comme à Villeveyrac, dans l’Hérault, une bauxite grise (bauxite pâle), qui ne contient guère que i,5o p. o/o de fer. Depuis 1876, le traitement long et dispendieux que nous venons d’indiquer de la bauxite par le carbonate de soude a été remplacé par l’attaque directe de cette matière au moyen de l’acide sulfurique. La bauxite en excès, soumise à l’action de l’acide sulfurique à chaud, donne du sulfate d’alumine, sans acide libre, d’une teneur constante en alumine et retenant moins de 1 p. 0/0 de sesquioxyde de fer. Ce sulfate d’alumine ferrugineux est employé avec succès pour l’encollage des papiers communs, papiers à journaux, etc. La maison Augé, de Montpellier (société Hutter et C10), expose, outre ce sulfate d’alumine ferrugineux, un sulfate d’alumine dans lequel une partie du sesquioxyde de fer est remplacée par de l’oxyde de zinc.
- On obtient ce composé en mettant des lames de zinc métallique dans la solution de sulfate d’alumine qui contient du sulfate de sesquioxyde de fer sans acide libre (l). La présence d’une petite quantité de sulfate de zinc dans le sulfate d’alumine ne présente aucun inconvénient pour l’encollage des papiers, même les plus blancs.
- Le sulfate d’alumine ferrugineux, préparé au moyen de la bauxite pâle (peu ferrugineuse), figure également dans l’exposition anglaise de Peter Spence, de Manchester, sous le nom de pain aluminofcrrique ou aluminoferric cake. Cette grande usine expose également de très beaux échantillons d’alun de potasse pur ( Turkey red alum).
- Alun. — Les méthodes connues pour la fabrication de l’alun continuent à être employées sans modification importante; mais
- O La réaction qui se produit dans cos conditions osl. beaucoup plus complexe que ne le supposent les brevets des inventeurs.
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- les anciens producteurs français ont à subir une redoutable con- Gr. V currence des fabricants qui emploient la bauxite et de ceux qui
- 1 1 1 QJ QTJ
- utilisent Yalunite importée d’Italie.
- Dans le midi de la France, on prépare de grandes quantités d’alun en transformant d’abord, par l’acide sulfurique, la bauxite en sulfate d’alumine et en ajoutant au sulfate ainsi obtenu des sels bruts de potasse extraits des eaux mères des salines de la Méditerranée par le procédé Balard.
- \Jalunite, que Ton extrait de la Tolfa, près de Rome, et qu’on a depuis rencontrée en France dans le département du Puy-de-Dôme, est une roche insoluble, composée principalement de sous-sulfate d’alumine avec du sulfate de potasse, d’un peu de sesquioxyde de fer et de silice. Cette roche, légèrement calcinée, puis abandonnée pendant plusieurs mois à Pair humide, donnait, lorsqu’on la traitait par Peau, une dissolution d’alun parfaitement exempt de fer et cristallisant en cubes; on appelait cet alun cubique alun de Rome. Le tiers au plus de l’alumine contenue dans P alunite était utilisé par ce procédé anciennement employé.
- En 1877, une société française possédait à Civita-Veccbia une usine pour le traitement de P alunite de la Tolfa, qui contient environ 33 p. 0/0 d’alumine. Cette alunite était d’abord grillée, ce qui la rend plus facilement attaquable et ce qui rend insoluble une partie du sesquioxyde de fer qu’elle contient. On l’attaquait ensuite par de l’acide sulfurique à 5o degrés Baumé, et l’on ajoutait à la dissolution la quantité de sulfate de potasse nécessaire pour faire passer à l’état d’alun toute l’alumine de la matière. Le poids d’alun cristallisé que l’on obtenait ainsi était environ le triple de celui que donnait l’ancien procédé.
- Depuis 1878, P alunite de la Tolfa est importée en France et traitée par le procédé que nous venons d’indiquer, à Rouen dans les usines Malétra, où l’on fabrique l’acide sulfurique. Cette nouvelle industrie rend de plus en plus difficile la situation des établissements ou (comme dans les départements de l’Aisne et de l’Oise) P on prépare l’alun au moyen des lignites alumino-pyriteux.
- Dans ces derniers, on est obligé d’acheter tout le sulfate dépotasse qui doit entrer dans l’alun à produire; tandis que P alunite
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- contenant environ le tiers du poids du sulfate de potasse nécessaire pour l’utilisation de toute son alumine, la dépense correspondante se trouve réduite d’autant. L'alunite étant considérée comme matière première, et par suite exempte de droits, les fabricants qui l’exploitent tirent un réel avantage de nos tarifs de douane.
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- CHAPITRE VI.
- ACIDE BORIQUE ET BORAX.
- Acide borique et borax. — Les applications de l’acide borique et du borax étaient limitées au moment de l’Exposition universelle de 18 6 y par le prix élevé de ces produits.
- Les avantages que la verrerie, les arts céramiques et la fabrication du vert de chrome peuvent retirer de l’emploi des composés boraciques avaient déterminé la Société d’encouragement à proposer à diverses reprises des prix importants destinés à provoquer la recherche des moyens propres à rendre le borax plus accessible à l’industrie.
- L’acide borique s’extrayait uniquement des sujjîoni de Toscane. Par suite de contrats souvent renouvelés entre des sociétés anglaises et les propriétaires de ces sujjioni, l’Angleterre avait le monopole des produits boraciques dans le monde entier; elle avait pu élever le prix de la tonne de borax du prix moyen de î ,8oo francs la tonne, où il s’était longtemps maintenu, au prix de 2,800 fr.
- La découverte et l’exploitation du borate de chaux de l’Asie Mineure, du borax et du borate de chaux de l’Amérique, sont venues heureusement modifier ces conditions si défavorables.
- M. Desmazures, chargé pendant la guerre de Crimée de construire en Turquie les phares destinés à éclairer les flottes alliées, découvrit en Asie Mineure une espèce minérale employée autrefois à la fabrication des émaux recouvrant les poteries persanes et arabes. L’analyse la fit reconnaître pour du borate de chaux.
- Après de nombreuses démarches, M. Desmazures parvint à obtenir l’autorisation d’exploiter la mine de borate de chaux qu’il avait découverte. Il établit alors à Maisons-Laffitte près Paris une usine pour la préparation du borax : cette usine produit annuellement 1 million de kilogrammes de borax. Par suite de cette concurrence, le prix du borax s’abaissa peu à peu de 2,800 francs à 800 francs la tonne, et la consommation en France a doublé grâce à cet abaissement de prix.
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- L’Amérique présente d’abondants gisements de produits bo-raciques. Le borate de soude, le borate de chaux (Hayesine ou Ulcscite, Cryptomorphite et Datolite^j ont été découverts en Californie et dans l’Etat voisin, le Nevada. Les principaux gisements paraissent former une sorte de bande dans des terrains volcaniques qui entourent la sierra Nevada au nord et à l’est.
- D’après les renseignements publiés par M. E. Durand, ingénieur des arts et manufactures qui a dirigé pendant plusieurs années l’exploitation du borax en Californie, le borax a été trouvé primitivement à Borax Lake, à peu de distance des geysers de Californie. L’exploitation, d’abord très prospère, a été abandonnée quand le prix du borax est descendu à 8oo francs la tonne. Les principaux gisements actuellement exploités sont ceux de Teal Marsh, de Colombus et de Fish Lake. La société qui exploite les marais de Columbus et de Fish Lake occupe une surface de 12,000 hectares. Ces marais consistent en d’immenses plaines sablonneuses qui reçoivent les eaux de toutes les montagnes environnantes; l’eau n’est pas apparente : on la trouve à une profondeur de 3o centimètres.
- Le borate de chaux s’y trouve soit à la surface en croûtes ressemblant à de la manne feutrée, soit en boules pesant jusqu’à 2 kilogrammes, et formées de filaments soyeux, ou de poudre amorphe mêlée de sable et de sels de soude.
- Le borax se trouve en efflorescences ayant quelquefois 3o centimètres d’épaisseur et ressemblant à de la neige très fine.
- Ce sel, ramassé avec la pelle des terrassiers et mis en tas, est enlevé par des tombereaux et amené sur une plate-forme placée à la partie supérieure de grandes cuves en bois d’une contenance de iû mètres cubes. Ces cuves sont pleines d’eau portée à l’ébullition par injection de vapeur; on y jette le borax par pelletées jusqu’à ce que l’aéromètre marque 28 degrés Baumé dans la dissolution formée de borax, de sulfate de soude et de sel marin. On laisse alors reposer ; on enlève les herbes qui flottent à la surface, et on coule le liquide par de longs tuyaux en caoutchouc dans de grands cristallisoirs. Quand la température s’y est peu à peu abaissée jusqu’à 28 degrés, on surveille la cristallisation pour en-
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- lever les eaux mères avant quelles abandonnent du sulfate de soude.; on ouvre alors un tampon, et on les fait écouler. On trouve, au fond des cristallisoirs, une couche de borax de i5 centimètres qu’il faut enlever à la pioche. Les premiers cristaux qui se sont déposés sont du borax octaédrique : ils sont recouverts de borax prismatique.
- Outre le borax, on exploite également le borate de chaux qui, en Amérique, remplace le borax pour un certain nombre d’usages et spécialement pour la fonte des métaux et pour souder le fer, soit à lui-méme, soit à Tacier.
- Le transport du borax, de Colombus en Europe, augmente son prix d’environ 35o francs la tonne. Aussi, depuis que le borax ne coûte que 800 francs la tonne, on n’exploite plus que les matières contenant au moins 5o p. 0/0 de borax; les méthodes employées sont si grossières qu’elles ne permettent d’extraire que 30 p. 0/0 du borax réel apporté à l’usine.
- L’existence des gisements de borax et de borate de chaux découverts en Amérique met désormais l’Europe à l’abri du monopole de l’acide borique de Toscane.
- L’industrie française n’est cependant pas, par suite d’entraves qu’il serait important de voir disparaître, aussi favorisée que celle des autres nations européennes. En effet, si l’acide borique n’est soumis qu’à des droits de douane très faibles, il n’en est pas de même du borax qui est lourdement imposé à son entrée en France. Le commerce de cette matière est, au contraire, aussi libre que celui de l’acide borique dans tous les pays qui nous environnent.
- La France, tant que ses tarifs de douane ne seront pas modifiés, ne profitera donc pas au même degré que le reste de l’Europe des avantages que procurent à l’industrie les mines de borax découvertes dans le nouveau monde, et le grand marché du borax continuera à se concentrer en Angleterre.
- L. Troost.
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- Gr. V Cl. 47
- Cl fisse /17.
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- TABLEAU DES IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS DES PRODUITS
- IMPORTATIONS (comhbrcb
- DÉSIGNATION DES MARCHANDISES.
- ANNEES
- UNITES. 1875. 1876. 1877.
- Acide sulfurique Kilogr. i,o85,3oi 1,069,4/10 1,287,000
- Soude naturelle ou artificielle, y compris le
- natron Idem. 3,545 1 9,288 367,268
- Soude 1 0 1 1 1 1 Soude de varecli Idem. 1/45,673 108,002 //
- et 1
- carbonate \ Soude caustique Idem. 1,538,699 2,335,571 3,o65,38i
- de soude. I
- 1 Sel de soude Idem. 5,217,9.57 5,805,927 6,006,528
- \ Cristaux Idem. 3,252,222 3,64i,524 4,508,598
- Nitrate de soude Idem. 6 i,o42,653 61,709,636 58,105,782
- Sulfate de soude Idem. 90,290 576,3i5 220,617
- Acétate de soude Idem. 11 3,i 67 20
- Bicarbonate de soude Idem. 256,022 283,788 320,687
- Silicate de soude Idem. 136,392 100,9/16 186,289
- Autres sels à base de soude (alumiuate, sulfite, hyposul-
- fi te, etc.) Idem. 151,7/19 151,863 209,691
- Chlorure de chaux Idem. 1,029,351 6,725,585 6,665,936
- Acide borique Idem. 39,368 62,007 61 ,i5o
- ( brut 1 natif \ Idem. 5>995 60 2,621
- l et artificiel ] Idem. 94 11/1 u
- £orax ) ( mi-ralïiné
- ) F ranc. II 11 11
- \ raffiné Idem. 63/1,293 627,612 106,023
- Borate de chaux Kilogr. 616,291 57,235 u
- Potasses . . Idem. 1,172,206 655,o42 896,532
- PRODUITS CHIMIQUES POUR LA GRANDE INDUSTRIE.
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- DE LA GRANDE INDUSTRIE POUR LES ANNEES 1875-1879.
- SPÉCIAL ). -, EXPORTATIONS (commerce spécial).
- UNITÉS. ANNÉES.
- 1 878. 1 879. 1875. 1876. 1877. 1878. 1879.
- 2,067,663 3,166,569 Kilogr. 2,282,626 1,878,178 1,952,881 2,991,922 2,680,222
- 21,431 83o,636 Idem. 1,068,690 798,061 1,806,908 2,211,620 4,2i8,453
- 168,677 265 Idem. 11 690 1,169 13 6 96,165
- 3,939,526 3,616,089 Idem. 60,0.37 2-3,356 17,220 61,672 135,457
- 6,345,621 1,927,667 Idem. 7,756,698 6,861,163 7,871,667 9,852,698 10,699,586
- 4,488,563 2,80/1,7.53 Idem. 618,557 802,950 1,283,332 i,445,5i6 1,303,077
- 53,708,928 67,826,781 Idem. 1,91/1,368 6,739,438 10,372,633 8,209,279 8,076,268
- 8 4,13 6 !79>98o Idem. 2,666,954. 896,076 3,523,o56 2,799>763 10,699,711
- 16 16,226 Idem. 108,i3o i3g,835 186,877 122,069 5i8,6o8
- 328,34o 617,078 Idem. 178,703 67,382 200,726 872,700 58,369
- 277^17 371,896 Idem. 65,126 45,o6i 59,752 90,715 162,169
- 201,g34 178,182 Idem. 290,162 626,286 56,320 97,756 166,6i5
- 6,018,511 5,927,769 Idem. 4,763,34g 4,4 51,913 3,3/16,760 3,517,802 6,276,078
- 123,255 io3,ioo Idem. 169,689 67,929 134,593 129,5/16 103,126
- 10,5/12 81 Idem. 297,286 3 9,16 5 2 i3,5o6 210,4/19 72,523
- // // Idem. II 267 6,888 // 1,712
- 4,096 II
- 102,29.3 111,15 0 Idem. 81,122 1.55,676 190,153 161,789 i38,3oo
- n II Idem. 3o 337,261 3o,ooo 213 i,4o8
- 876,719 1,106,328 Idem. io,363,o46 9,677,682 7,506,699 8,360,960 13,697,951
- 6.
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- SU EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- IMPORTATIONS (commet
- DÉSIGNATION DES MARCHANDISES. UNITÉS. ANKKES
- 1 875. 1 876. 1 877..
- Chlorate de potasse Kilogr. *9 61 ‘2I
- Chlorure de potassium (hydrochlorale ou muriale de po-
- tasse) Idem. 3,244,535 3,097,481 3,2 4 4,316
- Nitrate de potasse Idem. 7,14/1,390 7,387,196 6,772,908
- Sulfate de potasse. Idem. 48,777 21,068 72,i5o
- Oxalate acide de potasse Idem. 4,234 26,188 58,955
- Chromate de potasse Franc. i,ioo,6i3 837,617 i,331,068
- / très impur (lie de vin). . .. Kilogr. 2,0/19,164 1,399,366 2,128,539
- / Acide j / tartre brut Idem. 52/1,723 1,039,482 822,190
- I de < impur <
- 1 potasse I ( cristaux de tartre.. Idem. 146,332 3o4,565 318,5/17
- far (rates / ( pur (crème de tartre) Idem. 48,898 70,636 45,521
- 1 de potasse (autre), sel végétal Idem. // // 9
- \ de soude et de potasse, sel de seignetle. . . Idem. 6,208 3,082 1,339
- Acétate de potasse (terre foliée) Franc. 1,175 185 19°
- Arséniate de potasse, même liquide Idem. fl II 5o
- Carbonate de potasse. Kilogr. 20,101 25,4i4 70,012
- Silicate de potasse Franc. 465 4o 133
- Sulfate double de potasse j brûld ou calcin6 / • • • Idem. 50,237 25,1/16 36,43a
- et d’alumine (alun) J ' ( autre Idem. 38,674 33,i 54 133,3i7
- Acide tartrique Kilogr. 26,768 31,648 58,6g5
- Brome Idem. 22,106 39,275 46,847
- ( brut Iode | Idem. i5,36g 20,174 5,848
- ( raffiné Idem. 8 11 11
- PRODUITS CHIMIQUES POUR LA GRANDE INDUSTRIE.
- 85
- spécial). EXPORTATIO NS (coumeiice spécial). A.NMiES. __
- UNITÉS.
- 1878. 1 879. 1 875. 1 876. 1 877. 1 878. 1879.
- 1,333 69.5 Kilogr. 357,766 4 21,33o 4oi ,072 365,649 480,19/1
- 3,q65,2 48 3,i 4 6,7 8 4 Idem. 2,14 6,16 3 1,20/1,919 703,47.3 (ii.3,073 669,274
- 8,154,377 6,o33,i2 4 Idem. 862,526 2 2 0,35 1 468,789 810,178 6.38,333
- 98,291 168,928 Idem. 926,188 i,2 45,o3a 2,1 28,000 1,541,611 610,8.57
- 26,069 39,829 Idem. 14,463 6,185 6,617 9>l87 4,419
- 967,355 1,0/18,37,5 Idem. 28,3oo 7,022 15,817 18,926 8,998
- 2,432,857 2,689,919 Idem. 464,214 472,276 565,8.35 41 g, o31 44o,53o
- 1,2,54,367 2,2/18,492 Idem. 2,643,876 3,020,020 3,967,476 4,281,622 6,o41,772
- 98,365 79>°98 Idem. 822,559 614,4 o,3 272,428 4 06,862 181.3o8
- 32,12 1 37,527 Idem. 1,349,878 1,2/12,967 73.3,134 1,08/1,59/1 1,01.5,903
- 45 2,67.5 Idem. 21,67,5 5.3,337 4,786 2,820 685
- 4,6o6 8,457 Idem. 1 5,794 1,826 5,2.35 69,672 35,47/1
- 185 11 Idem. 5,671 2,4 00 26,782 17,78° 76.3
- / II Idem. 3,56 0 2,214 2,661 0,392 1,202
- 16,207 1 2,365 Idem. 6 81,8 3 0 528,9.5.3 555,172 480,920 916,309
- 2 2,oo5 6,817 Idem. 58,4 21 80,309 69,077 63,648 67,247
- 6,014 5,9/10 Idem. 545,707 942,772 706,908 602,376 493,96/1
- 173,508 9/1,720 Idem. 1,961,768 2,1/12,392 i,9.53,o43 1,4o6,56i 1,91 0,118
- 89,218 111,337 Idem. 261,568 262,510 259,060 4 01,14 2 335,335
- 5g,63o 103,96/1 Idem. i,i83 6,622 11,3 G1 8,133 2,i5q
- h,852 11,22/1 Idem. 287 1,71.5 653 2,54 g 4,57.3
- 934 .807 Idem. 20,6.31 5,364 1,0/16 4.33 3,79/l
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V.
- CELLULOIDE.
- Le celluloïde est un produit complexe formé par le mélange de pyroxyline avec du camphre. Comprimé et séché, il constitue une matière dure, élastique, se polissant très facilement. On peut l’obtenir transparent ou le rendre opaque par des matières pulvérulentes diversement colorées. La découverte du celluloïde date de 1869 ; elle est due à MM. Isaiah Smith Hvatt et John Wesley Hyatt de New-Ark, New-Jersey (Etats-Unis). Fabriqué d’abord uniquement à New-Ark, ce curieux corps est aujourd’hui produit dans une usine française, à Stains, près Saint-Denis, dans le département de la Seine. Voici comment on le prépare :
- Sur une feuille de papier qui se déroule d’une manière continue coule un jet liquide composé de 5 parties d’acide sulfurique et de 2 parties d’acide nitrique; au bout de quinze minutes environ, la cellulose du papier se trouve transformée partiéllement en pyroxyline. On presse pour enlever l’excès d’acide, et on lave ensuite à grande eau, jusqu’à disparition de toute réaction acide.
- Le produit lavé est broyé dans une pile à papier ordinaire, puis passé au bac de blanchiment. On l’égoutte et on lui enlève la plus grande partie de son eau dans une essoreuse.
- La pâte encore humide est mêlée avec 20 à ko p. 0/0 de son poids de camphre.
- Le mélange est broyé sous des meules. On y ajoute les matières colorantes en poudre et l’on fait subir de nouveaux broyages de manière que les fragments aient au plus 1 millimètre de surface.
- La pulpe ainsi divisée est placée en couches de 6 à 8 millimètres entre deux toiles. Vingt à vingt-cinq de ces couches séparées les unes des autres par plusieurs feuilles de papier buvard épais sont comprimées à 1 5o atmosphères sous une presse hydraulique pour abandonner les dernières traces d’humidité.
- Les gâteaux ainsi obtenus sont cassés et mélangés dans des bacs avec de l’alcool. Au bout de vingt-quatre heures, la matière est passée entre des laminoirs chauffés à 60 ou 70 degrés; le
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- PRODUITS CHIMIQUES POUR LA GRANDE INDUSTRIE. 87
- celluloïde en sort sous forme de lames élastiques. Il constitue la Gr. v. matière première qui, découpée en lanières et soumise dans des C1~7 moules à de très fortes pressions, prendra les formes les plus diverses. Dur, incassable à la température ordinaire, il devient plastique et malléable vers 7 5 à 80 degrés.
- Le celluloïde s’enflamme, mais difficilement. Il brûle avec une flamme fuligineuse en répandant une odeur de camphre. Chauffé graduellement, il se décompose subitement sans inflammation à 180 degrés, en donnant une fumée noire.
- La matière brute peut recevoir un très beau poli et se travailler facilement; on en fait des objets sculptés, tournés, découpés ou moulés : des billes de billard, des manches de couteau ou de parapluie, des bijoux de fantaisie, des peignes, des bandages herniaires, des dentiers, des devants de chemise, des clichés d’imprimerie, des bouts d’ambre pour pipes et des porte-cigares. Sa densité est d’environ i,35 à i,Ao. On lui donne l’aspect et la densité de l’ambre, de l’écaille, du corail, de la malachite, du lapis, de l’ébène ou de l’ivoire. Les applications si variées du celluloïde en font la matière première par excellence de ce que l’on appelle l’article de Paris.
- L. Troost.
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- SECTION II.
- SAVONS ET INDUSTRIE STÉARIQUE.
- I
- INDUSTRIE STÉARIQUE.
- La consommation des bougies stéariques allant sans cesse en augmentant et s’imposant chaque jour davantage dans toutes les classes de la population, tant en France que partout ailleurs, il est intéressant de saisir l’occasion qu’olFrent les grandes expositions internationales pour déterminer si la fabrication d’un tel produit, devenu indispensable aux besoins de chacun, a participé, et dans quelle mesure, à la marche progressive, qui est la loi constante de l’industrie.
- 11 est superflu, après les nombreuses fois que cela a déjà été écrit, de rappeler ici les origines de cette industrie, encore relativement moderne. Elles se trouvent indiquées dans tous les rapports qui ont été publiés à la suite de nos grandes expositions, depuis 1834, et les hommes de mérite qui ont guidé ses premiers pas y reçoivent les justes hommages de reconnaissance auxquels ils ont droit. L’un d’eux, M. de Milly, a quitté ce monde peu avant l’Exposition dernière, laissant un nom et des souvenirs impérissables dans cette industrie; l’autre, M. Chevreul, peut encore être témoin des services rendus par ses remarquables travaux sur les corps gras, travaux qui demeurent une des gloires de sa belle carrière.
- Pour produire des bougies stéariques d’une éclatante blancheur et d’une bonne qualité, les moyens sont depuis longtemps connus et passés parmi les fabricants à l’état élémentaire, et, sous ce rapport, ils paraîtraient avoir dit leur dernier mot, si, en industrie, il pouvait y avoir un dernier mot.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V.
- Cl_ 47. ÉTAT ACTUEL DES PROCEDES DE FABRICATION.
- Actuellement on traite les corps gras soit par l’un, soit par l’autre clés moyens suivants :
- i° Ou bien par la saponification calcaire sous pression de vapeur, avec ou sans agitation, dans des autoclaves en fer ou en cuivre, et sans distillation à la suite;
- 2° Ou bien par la saponification acide, suivie ou non suivie de distillation.
- Par le premier procédé, on obtient des acides stéariques blancs, secs, durs à point, de pression élevée et propres à la bougie blanche, résonnante, d’aspect magnifique et de premier choix.
- L’acide oléique qui en provient est à peu près neutre et obtient une préférence marquée , sur tous les marchés, sur l’acide oléique de distillation.
- La glycérine contenue dans le corps gras saponifié s’en sépare avec facilité et à peu près en totalité.
- Par le second procédé , le rendement en acide stéarique est supérieur dans la proportion de la différence de fusibilité de la matière obtenue; mais l’acide oléique est moins estimé.
- Les bougies qui proviennent de ce mode de traitement peuvent être aussi blanches que les autres; mais elles sont moins compactes, moins dures, et, pour paraître avec avantage dans la consommation, elles sont d’ordinaire mélangées d’une partie quelconque d’acide stéarique de saponification calcaire.
- La distillation rend des services éminents dans la fabrication des bougies; c’est par elle qu’on échappe à l’insuffisance du suif, qui, en certaines époques, se raréfie soit par pénurie de production, soit par la spéculation locale; alors intervient l’huile de palme. Cette huile nous arrive des côtes d’Afrique ou des entrepôts d’Europe par quantités considérables; onia distille, ou pure, ou en l’alliant à quelques matières grasses animales, et on arrive à obtenir des produits bons et fort beaux qui deviennent meilleurs encore par un mélange avec l’acide stéarique de saponification, comme il est dit ci-dessus.
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- SAVONS ET INDUSTRIE STÉARIQUE.
- En indiquant où en sont actuellement les procédés de fabrication de l’industrie des bougies stéariques, on ne peut se dispenser de rappeler que les mêmes étaient déjà en usage à l’époque de l’Exposition universelle de 1867, et conséquemment on est amené à en conclure que cette industrie, si elle s’est développée considérablement comme quantité de produits livrés à la consommation , est demeurée à peu près stationnaire dans ses procédés de fabrication.
- L’esprit chercheur des fabricants de bougies s’est dirigé, dans ces dernières années, non vers des théories nouvelles, exposant à des mécomptes souvent fort coûteux, mais les a portés à trouver soit des combinaisons mécaniques propres à augmenter économiquement la production, par des simplifications dans le travail, soit à découvrir des moyens meilleurs d’utilisation des bons produits.
- Evidemment, dans cette voie, des résultats incontestables ont été obtenus, aussi bien en faveur du fabricant qu’en faveur du consommateur de bougies, c’est-à-dire du public. La meilleure preuve, celle qui vaut mieux que les explications les plus détaillées, c’est qu’à qualité égale il est notoire que le prix de la bougie, de 1867 à 1878, a été réduit d’au moins 1 5 p. 0/0. Cette réduction est uniquement le résultat des économies produites dans l’ensemble du travail; la mercuriale des matières premières, ni en plus ni en moins, n’y est en aucune façon comprise.
- Si cette économie n’a pas profité de toute son importance au budget de chaque ménage, c’est parce qu’elle a été paralysée en grande partie par l’impôt sur la bougie survenu depuis huit ans.
- Il n’est pas douteux que le développement considérable qui n’a cessé de se produire dans la fabrication de la bougie stéarique ne soit lui-même une des principales causes des économies réalisées dans la fabrication; personne, en effet, n’ignore que les frais généraux d’une exploitation quelconque pèsent d’autant moins sur un même produit que ce produit est créé plus abondamment. A ce propos, c’est le cas d’espérer de nouvelles réductions sur le prix de la bougie; car, malgré le gaz et les huiles de toutes sortes, la fabrication des bougies dépasse, chaque année, dans son ensemble la quantité produite l’année précédente.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V.
- Cl. 47.
- Entre les deux Expositions de 1867 et de 1878, on peut évaluer l’augmentation de la production des bougies parmi toutes les fabriques françaises à environ ko p. 0/0.
- Il existe en France une trentaine de fabriques d’acide stéarique; dans aucun autre pays cette industrie né s’est autant répandue.
- Trois fabriques se bornent à la simple production de l’acide stéarique, sans la faire suivre de la fabrication des bougies; toutes les autres se livrent à la fabrication entière, c’est-à-dire à la fabrication de l’acide stéarique et de la bougie. Parmi ces dernières, la moitié environ travaille avec les deux systèmes en usage, celui de la saponification et celui de la distillation; plusieurs, et ce sont les plus importantes, y joignent la fabrication des savons, pour consommer par elles-mêmes l’acide oléique quelles produisent; l’autre moitié se borne à produire au moyen de la saponification calcaire seulement.
- Si, depuis 1867, la vente de la bougie s’est accrue d’environ ko p. 0/0, le nombre des usines, par contre, est demeuré stationnaire; elles se sont ensemble partagé cette augmentation.
- A peu près toutes ont pris part à l’Exposition de 1878. Le jury a été frappé de cette circonstance que toutes présentaient des produits en quelque sorte accomplis, et il s’est trouvé dans le plus grand des embarras, lorsqu’il a fallu faire un choix pour attribuer les distinctions dont il pouvait disposer. En effet, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, chaque fabrique est en mesure, aujourd’hui, de produire de belles et de bonnes bougies, et conséquemment de placer sous les yeux des visiteurs des types également parfaits; force a donc été au jury de s’arrêter moins à la beauté des produits exposés que de rechercher parmi les maisons exposantes celles qui avaient, dans le passé, contribué le plus à la vulgarisation des meilleurs procédés de fabrication, ou qui avaient, à un titre quelconque, acquis un relief dont il pouvait être juste de tenir compte.
- UTILISATION UES SOUS-PRODUJTS.
- La fabrication de l’acide stéarique n’aboutit pas seulement à la production de la bougie, elle donne un produit accessoire, qui est
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- SAVONS ET INDUSTRIE STÉARIQUE.
- l’acide oléique, dont la valeur équivaut aux deux tiers environ de la valeur de l’acide stéarique; en plus, elle donne un important sous-produit, la glycérine, dont on est arrivé à tirer un grand parti.
- L’acide oléique provenant des opérations dans lesquelles la distillation n’est pas employée, obtient dans le commerce un prix supérieur à l’acide oléique de distillation, et son écoulement est assuré en tout temps, alors que l’oléine de distillation est souvent délaissée et devient parfois pour le fabricant une cause d’un gênant encombrement. La savonnerie et la draperie sont les industries qui consomment Tacide oléique des deux sortes, mais difficilement celui provenant de distillation. Quant à la glycérine, ce produit, il y a vingt ans, n’avait en quelque sorte pas de valeur; les fabricants la laissaient s’écouler dans le ruisseau, en même temps que les eaux de la saponification. Mais de nombreux emplois ayant été trouvés depuis lors à ce sous-produit, on a cherché à le recueillir avec grand soin, et maintenant il représente, dans le prix de revient de la bougie, une quote-part qui n’est pas sans importance.
- La glycérine, comme on sait, est une matière sucrée, mais elle ne fermente pas; c’est une matière hygrométrique, mais elle ne se dessèche pas. Tout tissu animal ou végétai imprégné de ce produit reste humide, souple, apte dès lors à beaucoup d’emplois, notamment aux opérations des tissages mécaniques, de la corderie, de la fabrication des toiles, etc. C’est, de plus, un antiseptique largement utilisé aujourd’hui dans les différentes affections de la peau, comme dans le pansement des plaies; enfin la parfumerie y a trouvé une nouvelle mine à exploiter et Ta utilisée comme base d’une foule de préparations.
- Combinée avec les éléments de Tacide nitrique, la glycérine donne naissance à une huile lourde, très explosible, très dangereuse à manier ou à fabriquer: c’est la nitroglycérine; mais le danger s’atténue considérablement si la nitroglycérine est mélangée avec une substance pulvérulente, d’ordinaire une matière minérale : ce mélange devient la dynamite.
- Cette énumération sommaire ne donne pas la liste complète de
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- G-r. v. toutes les applications réalisées dans l’emploi de la glycérine depuis une vingtaine d’années; elle suffit cependant pour faire comprendre comment une substance précédemment négligée et presque sans aucune valeur a pu, en si peu de temps, conquérir dans l’industrie une place marquée et devenir une marchandise recherchée, cotée au marché à un prix au moins aussi élevé que celui de l’acide oléique lui-même, et d’un placement plus facile encore.
- Ainsi qu’il a été dit ci-dessus, l’acide oléique de distillation, qui, dans les fabriques où la distillation fonctionne, est obtenu en quantités importantes, vendables parfois avec difficulté, est un produit encombrant, dont le fabricant est souvent embarrassé. On s’est bien souvent efforcé de trouver des emplois nouveaux à cette huile, mais sans succès bien appréciable. 'Cette situation a inspiré à MM. Marius Olivier etRadison, de Lyon, l’idée de tourner la difficulté, et au lieu de chercher un nouvel emploi à un tel produit, ils se sont demandé s’il n’y aurait pas lieu de ramener cet acide oléique à son primitif état d’acide gras.
- A la suite d’essais de tout genre et de recherches aussi laborieuses que coûteuses, soutenues avec une persévérance qui leur fait honneur, MM. Olivier et Radison sont parvenus à transformer, au moyen de la potasse, cet acide oléique en acide gras, d’une fusibilité de 5 o degrés environ, c’est-à-dire d’une fusibilité permettant d’obtenir, sans pression préalable ni à froid ni à chaud, des bougies courantes suffisamment blanches pour servir à la consommation comme bougie de troisième qualité et avec un rendement de 85 p. o/o de bougies pour îoo kilogrammes d’acide oléique.
- M. Olivier a exposé des bougies ainsi produites. Elles représentent évidemment un service rendu à l’industrie et des grandes difficultés vaincues; mais ces bougies, il faut bien le dire, ne paraissent capables d’entrer dans la consommation courante qu’à partir du jour où elles auront acquis un plus grand degré de blancheur et quelles auront perdu l’odeur désagréable et le toucher poisseux qui les caractérisent.
- Cette innovation constitue le progrès le plus saillant qu’on aperçoive dans l’industrie stéarique depuis plusieurs années. A
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- SAVONS ET INDUSTRIE STÉARIQUE. 95
- l’usage, il ne pourra manquer de s’améliorer. Déjà M. Fournier exploite en grand ce procédé dans son usine de Marseille, avec le concours de M. Radison, et il en retire des avantages sérieux. Il était parfois si encombré des acides oléiques provenant de ses distillations, qu’il était contraint de ralentir sa fabrication pour ne pas augmenter son encombrement; et maintenant ces cas ne peuvent plus se présenter.
- Il faut le répéter, cette innovation n’a de mérite que pour les fabriques surchargées d’acide oléique de distillation et qui n’en ont pas un écoulement suffisant; pour les autres, elles n’ont pas à s’y intéresser, attendu que, jusqu’à présent, rien dans ce nouveau procédé n’incite à croire qu’il contient d’autres avantages que celui qui vient d’être indiqué.
- CARACTÈRE DE LA FABRICATION FRANÇAISE.
- La fabrication des bougies s’est développée en France dans une proportion qu’aucun pays étranger n’atteint, et si l’on veut rechercher la cause de ce développement exceptionnel, on la trouve incontestablement dans cette circonstance, que l’ensemble de la population est dans une aisance qui ne se rencontre pas ailleurs. C’est aussi dans ce degré d’aisance qu’il faut chercher l’explication de ce fait, à savoir que, proportionnellement au nombre et à l’importance des fabriques en fonctionnement dans chaque pays, c’est en France qu’on fabrique les bougies les plus belles, les plus dures et les plus estimées. Non pas qu’ailleurs on ne sache produire des matières aussi parfaites, mais ailleurs on recherche, plus que dans notre pays, le bon marché, et ce bon marché ne s’obtient en bougies, comme en toute autre chose, qu’aux dépens de la qualité.
- PAYS ÉTRANGERS.
- L’Exposition de 1878 n’a rien laissé à désirer à qui voulait se rendre compte de l’industrie stéarique dans les pays étrangers, car les principales usines de l’Europe y étaient somptueusement représentées.
- Gr. V Cl. 47
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. Cl. 47.
- On sait depuis longtemps quelle est l’importance exceptionnelle de la Prices Patent Candie Company, de Londres, la plus colossale fabrique de bougies du monde entier. Son exposition comprenait tout ce que l’industrie stéarique peut produire directement et indirectement; mais elle montrait surtout cette simple sorte de bougie, qui fait le fond de sa force et qui sort de sa vaste usine par quantités énormes pour aller se répandre dans tous les pays du globe où l’Angleterre est connue. Ces bougies ne sont ni aussi bonnes ni aussi belles que les nôtres; elles ont un degré de fusibilité bien inférieur et une blancheur bien moindre, puisqu’elles proviennent de la distillation; mais elles ont le mérite du meilleur marché, et elles répondent à la vieille habitude des Anglais, qui s’en contentent. A côté d’elles, nos belles bougies ne trouveraient pas plus d’écoulement rémunérateur en Angleterre, que les Anglais n’en trouveraient en France avec les leurs.
- Deux grandes fabriques d’acide stéarique et de bougies existent en Hollande : celle de Gouda et celle d’Amsterdam, toutes deux en compagnie anonyme. Les bougies de leur fabrication sont d’une forme plus soignée, d’une qualité plus ferme, d’une blancheur plus générale que celles qui sortent d’Angleterre, quoique provenant, en majeure partie, de la distillation des palmes; ces deux établissements trouvent dans une active exportation l’élément de leur activité; elles alimentent tous les marchés lointains à l’aide des facilités qui leur sont offertes par la marine néerlandaise.
- Une fabrique importante de bougies fonctionne à Bruxelles, sous le nom de Manufacture royale des bougies de la Cour. Ôn y travaille exclusivement par voie de décomposition sulfurique, avec emploi de suif et d’huile de palme. L’acide stéarique de cette usine se rapproche le plus de nos bons produits français, auxquels il vient assez souvent faire concurrence sur le marché de Paris. Le droit de 5 p. o/o ad valorem est parfois insuffisant pour l’arreter à la frontière, attendu que les diverses économies qui peuvent se faire en Belgique, soit sur le charbon, soit sur les matières premières, aboutissent à compenser ce droit.
- En Autriche, l’industrie de la bougie stéarique est représentée par un certain nombre d’établissements disséminés dans les grands
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- SAVONS ET INDUSTRIE STÉARIQUE. 97
- centres de population; à Vienne, notamment, on rencontre deux grandes et anciennes fabriques travaillant parfaitement et jouissant d’une notoriété de premier ordre, à savoir la Société anonyme des bougies d’Apollon et la maison Sarg et G'8, connue sous la qualification de bougies Demilly.
- Dans cette dernière usine, on a joint à la fabrication de l’acide stéarique une industrie relativement nouvelle, celle de l’ozokérite ou cire minérale de la Galicie ou de la Hongrie. Cette cire artificielle est utilisée dans différents emplois sous le nom de cércsine, et sa consommation ne cesse d’augmenter, vu son bas prix, comparativement à la cire d’abeilles.
- Une autre maison de Vienne, celle de M. Wagenmann et C,c, a exposé aussi, à côté de superbes bougies stéariques, une collection de cérésine préparée pour les divers usages auxquels ce produit peut servir.
- Il serait trop long d’énumérer toutes les fabriques de bougies qui sont réparties dans tous les pays de l’Europe. Partout cette in-' duslrie possède des représentants, et partout la fabrication se développe de plus en plus. En Suède, en Danemark, en Russie, l’Exposition de 1878 a fait voir des produits stéariques bien fabriqués. En Italie, cette fabrication a pris une extension considérable, et notamment l’établissement des frères Lanza, de Turin, qui compte aujourd’hui parmi les usines qui honorent un pays. De bonnes fabriques de bougies existent également en Espagne et en Portugal. Mais la conclusion qui s’impose, après l’examen de la production des bougies stéariques dans tous les pays de l’Europe, est absolument à l’avantage de la France, car, nulle part, si avancé en civilisation que soit le pays, on ne rencontre une consommation de bougies stéariques aussi considérable qu’en France, autant d’usines qui les fabriquent, autant de consommateurs qui les exigent belles et bonnes, et, de ce fait incontestable, il serait difficile de ne pas conclure que, de tous les pays, c’est la France qui possède la masse la plus grande de population aisée. La France, comme tous les pays, possède l’éclairage à l’huile et l’éclairage au gaz, ce qui ne l’empêche pas de consommer plus que partout ailleurs l’éclairage le plus coûteux, celui des Classe ^17. 7
- Gr. V. Cl. 47.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. v. bougies, et il n’est pas besoin d’autre statistique pour se faire à Cl 47 de l’aisance publique une opinion exacte.
- Il
- SAVONNERIE.
- La grande industrie de la savonnerie, cette industrie qui remue des capitaux énormes, a été représentée à l’Exposition de 1878 plus largement qua aucune autre exposition, non seulement par les vieilles marques de Marseille, qui se bornent à ne fabriquer que ses savons, dont la réputation est légendaire, mais par nombre d’autres usines, qui se sont successivement développées soit à Marseille même, en dehors de celle-là, soit ailleurs en France, et qui fabriquent tout à la fois les mêmes sortes que le type marseillais et les diverses autres sortes auxquelles la consommation s’habitue graduellement sous l’aiguillon du meilleur marché.
- La concurrence est grande parmi les différentes sortes qui se disputent le consommateur. La plupart des notabilités de la savonnerie, peut-être à cause de cela, ont tenu à honneur de profiter de TExposition pour soumettre leurs produits à l’appréciation du public. C’est ce qui explique la quantité et la diversité des savons qu’on a pu remarquer dans les galeries de la classe /17.
- Afin de mieux passer en revue l’industrie en question, il convient de la diviser en trois parties distinctes, selon qu’on y est d’ailleurs amené par l’examen des produits eux-mêmes, lesquels peuvent assez bien se classer en trois types principaux, savoir:
- Savons marbrés de Marseille;
- Savons unicolores mousseux;
- Savons d’oléine, etc.
- Savons marbrés de Marseille.
- L’attention du visiteur compétent parcourant la galerie destinée aux produits chimiques a été arrêtée à coup sûr devant les quatre grandes vitrines qui encadraient le salon central de cette classe*
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- SAVONS ET INDUSTRIE STÉARIQUE.
- Ces vitrines représentaient des spécimens des quatre grandes di- Gr. v. visions de la classe, c’est-à-dire la savonnerie, la stéarinerie, les
- Cl. 47.
- produits chimiques proprement dits et les couleurs. Celle attribuée à la savonnerie était occupée totalement par une exposition collective des produits de ceux des fabricants marseillais qui ont continué à travailler selon les procédés du savon marbré de Marseille, auxquels est due l’ancienne et universelle réputation de ce savon.
- En matière de savonnerie, il ne faut pas s’attendre à enregistrer des inventions d’une exposition à l’autre, ces expositions fussent-elles à nombre d’années de distance Tune de l’autre; les huiles et les graisses ne peuvent donner maintenant ni plus ni moins qu’autrefois, et les procédés de fabrication ne peuvent offrir à la science ni un fait ignoré ni une découverte intéressante; d’un autre côté, les moyens mécaniques ne peuvent avoir, dans cette industrie, qu’un rôle effacé, sans presque aucune influence sur le prix de revient, d’où la conséquence que cette industrie eût été stationnaire dans ses procédés de fabrication, si l’immense développement de la consommmation ne fût venu pousser toutes les fabriques à grandir et à les lancer dans les voies d’une concurrence plus active que jamais, à la suite de laquelle beaucoup ont été entraînées à produire des savons d’un type nouveau, offrant à l’acheteur l’appât du bon marché, qui, en matière de savon, est presque invariablement trompeur à l’emploi.
- La fabrication de Marseille n’a pas été exempte de ces dispositions, et, à côté de son type loyal, d’autres sortes de savons, même à Marseille, ont obtenu la faveur des consommateurs sous l’aiguillon de prix réduits; si, en savonnerie, le bon marché était une concession faite à l’acheteur, il y aurait lieu de s’en applaudir, mais les réductions de prix qui se sont produites depuis un certain nombre d’années ont constamment marqué une réduction équivalente et plus qu’équivalente dans la qualité; si bien que le consommateur, dans un grand nombre de cas, paye du mauvais savon plus cher que du bon.
- Pour éclairer le consommateur de savon sur son véritable intérêt et pour élever une défense plus compacte contre l’envahissement des produits douteux, il a été formé, à Marseille, entre tous
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- les fabricants travaillant toujours selon les procédés qui ont fait la réputation du savon de Marseille, un syndicat professionnel, qui s’est donné le programme de lutter contre la fraude sous toutes les formes, de défendre les intérêts généraux de la savonnerie, de rechercher les améliorations utiles, de faire respecter les saines traditions de la fabrication marseillaise, de maintenir dans son intégrité la qualité du produit qui a valu au savon de Marseille la notoriété dont il jouit, et enfin d’éclairer le consommateur sur la valeur intrinsèque comparative du bon et du mauvais savon.
- L’exposition de ce syndicat a présenté sous les yeux du "'c toutes les sortes de savons formant la fabrication normale de Marseille. Tant à cause de l’importance des maisons que ce syndicat représente qu’à cause de la qualité des produits qu’elles fournissent et du but quelles poursuivent, le jury s’est fait un devoir d’accorder à ce syndicat un diplôme d’honneur comme récompense collective et impersonnelle. Ce diplôme est accordé au savon marbré de Marseille, dont la réputation est faite depuis longtemps. Trois des exposants compris dans cette collectivité ont, en outre, exposé pour leur compte particulier, chacun dans une vitrine personnelle et sous leur marque individuelle, et le jury a décerné une médaille d’or à chacun d’eux. Pour l’un des trois, M. Roulet, elle a été suivie de la croix de la Légion d’honneur ; les deux autres, MM. Arnavon et Roux, sont décorés de date antérieure, chacun en sa qualité de fabricant de savon.
- Ces distinctions ont eu pour but de bien prouver que le jury a considéré comme digne d’éloges la persévérance avec laquelle les savonniers du syndicat défendent la cause de la bonne qualité, alors surtout que, quoi qu’on,fasse, aucun bon marché n’est réellement aussi avantageux qu’elle. Peu de produits de grande consommation domestique sont l’objet de sophistications plus variées et plus déplorables; elles laissent le plus souvent au consommateur, que le bas prix attire, une perte supérieure à l’économie d’achat qu’il pense réaliser.
- Le savon marbré de Marseille a dû son succès, dans le passé, à son prix relativement peu élevé et à la garantie de pureté que la marbrure donnait à l’acheteur; une telle garantie était utile et
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- commode. Ce savon est constitué, comme beaucoup d’acheteurs le savent, dans les proportions suivantes:
- Corps gras......................................... ,r)7 ]>. o/o
- Alcali................................................ 7
- Eau................................................ .‘Di
- Divers.............................................. s».
- 1 oo
- La moindre addition d’eau au delà des 3à p. o/o détruisant la marbrure, l’acheteur, par le seul fait que le savon est bien marbré, se savait à l’abri de la fraude;- du chef de l’eau. Malheureusement il restait un autre moyen de le frauder, et celui-ci ne s’aperçoit pas à l’œil; c’est l’introduction des matières terreuses en poudre line, telles que le talc, le sulfate de baryte, etc., introduction qui a pour effet d’augmenter le poids du savon et de permettre de l’offrir à meilleur marché.
- A dater de la mise en pratique de ces moyens de vendre le savon de Marseille en baisse, la confiance en sa bonne qualité a été ébranlée, et, depuis une dizaine d’années, il a moins participé que tous les autres savons à l’immense développement qu’a pris la consommation. Ce sont les savons additionnés d’eau et de matières inertes qui, à cause de l’attrait du bon marché, en ont eu le bénéfice. U en a été de meme pour l’exportation.
- On ne peut que regretter pour les consommateurs ces fausses économies, car le savon marbré de Marseille a toujours été et restera toujours le savon le meilleur marché relativement à sa valeur intrinsèque.
- Il convient cependant de constater un commencement de réaction, soit en France, soit à l’étranger, en faveur des savons marbrés purs. Peu à peu la vérité se fait jour; il faudrait désespérer du bon sens de la consommation, si elle ne se rendait pas finalement compte que le bon marché est une dangereuse illusion; car, dans la plupart des cas, l’effet utile du produit signalé par le bas prix-est encore moindre que l’économie qu’on croit obtenir; ce qui se résume à dire qu’en bien des cas, et en savon notamment, le mauvais produit coûte plus cher cpie le bon.
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- En 1876, il s’est fabriqué à Marseille environ 48 millions de kilogrammes de savon marbré et environ 38 millions de kilogrammes de savon blanc; jamais la production n’avait atteint ces chiffres.
- Savons marbrés, façon Marseille, fabriqués en France ailleurs qu’à Marseille.
- On pourrait, au premier aperçu, s’étonner qu’une industrie aussi considérable que celle du savon de Marseille ne se fût point dispersée dans toutes les parties de la France; c’est cependant ce qu’on voit, et, sauf deux ou trois fabriques dont il va être parlé, nulle part qu’à Marseille cette sorte de savon n’a pu s’implanter.
- Gela s’explique aisément :
- Sans compter les obstacles que rencontrent tous ceux qui entreprennent la fondation d’une fabrication dans un centre où elle est encore inconnue, des difficultés d’une autre nature se présentent, avec lesquelles il faut lutter sans cesse.
- Un savonnier, à Marseille, trouve immédiatement sous la main, à mesure de ses besoins et jour par jour s’il le désire, l’aliment assuré de sa fabrication. Un grand, nombre de maisons d’importation peuvent l’approvisionner de graines de toutes les espèces, et de nombreuses fabriques d’huiles tiennent le marché largement pourvu de toutes les sortes que peut employer la fabrication du savon.
- Ailleurs qu’à Marseille, rien de semblable. Ailleurs le savonnier est livré à. lui-même et ne rencontre sous sa main aucun moyen d’alimentation de son usine; aucun marché suffisamment fourni n’est à sa disposition pour la matière première, et il faut qu’il aille la chercher à des distances incommodes.
- Cependant diverses savonneries façon Marseille se sont établies, notamment à Nantes, à Rouen et un peu à Paris.
- La savonnerie de Nantes est particulièrement remarquable par l’importance qu’elle a su acquérir et par les difficultés quelle a su vaincre.
- MM. Serpette, Lourmand, Larrey et G1', de Nantes, ont une
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- fabrication de savons absolument identique au vrai savon marbré du syndicat de Marseille, bleu vif et bleu pâle et savon blanc. La consommation ne fait aucune différence entre ces deux marques, et tout ce qu’on peut dire en l’honneur de la marque de Marseille peut s’appliquer à la savonnerie de Nantes. Mais combien de difficultés les fondateurs de cette usine n’ont-ils pas trouvées en plus. A Nantes, tout était à créer: fabrique de soude et de sulfate et fabrique d’huiles, importation des graines de toutes sortes et de toutes provenances, c’est-à-dire que pour commencer ils ont trouvé le néant autour d’eux.
- Tout cependant a été fait. Ils ont créé une fabrique de sulfate et de soude; ils ont fait construire ou acquis quatre navires à voiles, fondé des comptoirs sur la côte occidentale d’Afrique pour l’achat aux naturels des graines de sésame ou d’arachide, fondé d’autres comptoirs en Italie et en Algérie, pour les huiles d’olive, et à Pondichéry pour les sésames, et, chez eux, une huilerie pour triturer toutes ces graines, que leurs propres navires importent sans discontinuer.
- Une installation aussi considérable fait honneur à cette grande maison. Le jury s’est empressé de lui décerner une médaille d’or. En 1868, M. Serpette avait reçu la croix de la Légion d’honneur pour l’importance de son industrie.
- Une autre fabrique de savon façon marbré de Marseille fonctionne à Rouen dans des proportions plus restreintes; mais, avec le temps, elle pourra s’y développer, car elle travaille bien.
- A Paris, cette fabrication existe depuis nombre d’années sans avoir jamais pu s’y développer sensiblement; car, pour l’alimentation des matières premières, l’infériorité de situation est trop lourde, comparativement à celle de Marseille.
- Savon unicolore de Marseille, dit savon mousseux blanc.
- Il faut remonter à un certain nombre d’années pour trouver l’origine de ce genre de savon.
- La consommation avait conservé l’habitude d’accorder une préférence marquée aux savons marbrés de Marseille, qui alimentaient tous les marchés, et cette préférence avait sa raison d’être dans la
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- Gr. V. garantie qu’ils présentaient à cause de leur marbrure bien nette; à cette époque, la garantie était justifiée. Mais alors déjà la concurrence essayait activement des moyens de lutter contre ce savon par des sortes nouvelles et à meilleur marché qui possédassent l’avantage d’une marbrure d’imitation, tout en cachant une addition de matières inertes. Les savonniers de la Suisse et, à leur suite, des savonniers de l’est et du centre de la France entrèrent dans cette voie. Des savons de toutes sortes furent offerts à la consommation avec marbrure marseillaise. Cette marbrure, dite avec manteau, similaire à celle du savon de Marseille, s’obtenait par l’addition à la pâte, de sulfure de fer pour le savon bleu pâle et de pareil sulfure avec un peu d’ocre rouge pour le savon bleu vif.
- Cette marbrure ne fut pas recherchée longtemps, parce qu’elle se décolorait à la surface. Pour la rendre plus stable, il a suffi de mélanger dans la pâte un peu de bleu d’outremer ou d’ocre rouge.
- Ces savons étaient des produits bien définis et à rendement normal et nullement surmené.
- La consommation du savon allant rapidement en augmentant, Marseille éprouvait le besoin de lutter contre la concurrence, qui se développait partout, et de créer diverses sortes de savons qui pussent demeurer plus directement attachées à sa fortune. Le savon blanc mousseux fut le produit devant soutenir la lutte, et, pour cela, il suffisait d’utiliser des procédés déjà connus, permettant d’obtenir un rendement plus considérable, c’est-à-dire le procédé dit d’empâtage, au moyen duquel on pouvait augmenter le rendement jusqu’à 900 p. o/o et plus.
- Ce savon est très mousseux; il est sensiblement plus mousseux ([ne le savon marbré de Marseille, à cause de l’huile de palmiste, dont il est en majeure partie composé, alliée ou non à l’huile de coco ou aux graisses d’os, et à un excès d’alcali.
- Si ce savon pouvait être retenu dans les limites d’une quantité loyale, comme est le savon marbré, il n’y aurait qu’à se féliciter de la faveur qu’il a obtenue. Sa fabrication est la cause déterminative do nombreuses opérations commerciales, notamment d’une
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- active importation d’hui le de palmiste, et consécpiemment d’un aliment utile à notre navigation. Malheureusement l’abus a promptement suivi l’extension cpie ce savon a prise dans la consommation, et de Marseille meme est parti l’exemple de sa sophistication au moyen d’additions cl’eau, de talc, de sulfate de baryte, de silicate de soude, etc., additions qui ont pour but d’augmenter le poids et de faire la concurrence par la diminution des prix.
- En résumé, le savon blanc mousseux est devenu d’un emploi considérable, et il a compté, dans la fabrication générale de Marseille, en 1876, pour quelque chose comme 38 millions de kilogrammes par an, sur une production totale marseillaise d’environ qo millions de kilogrammes.
- Le jury, tout en regrettant que ce savon soit l’objet de sophistications qui peuvent s’y cacher sans être suffisamment visibles, n’a pu se refuser à en reconnaître le mérite à l’état loyal et d’après les produits exposés; il a récompensé d’une médaille d’argent les maisons qui font une spécialité de cette sorte et qui livrent leurs savons blancs sous une marque qui leur est personnelle, servant de garantie d’origine et de qualité au consommateur.
- Savons d’acide oléique.
- Pendant que la savonnerie marseillaise maintient sa vieille réputation , une industrie sœur, que l’on pourrait appeler en quelque sorte la savonnerie du nord de la France, s’est parallèlement développée sur tous les marchés. Tandis que la fabrication, à Marseille, consomme uniquement ou presque uniquement les huiles végétales que cette place maritime reçoit de tant de provenances diverses, la savonnerie du Nord sert d’emploi aux huiles animales et notamment à l’acide oléique de la fabrication des bougies et aux basses graisses de toutes les sortes.
- Cette industrie, déjà ancienne, mais nouvelle relativement à son aînée, est soumise à des procédés plus variés et à des soins plus compliqués. Elle fournit des savons de qualité excellente, pouvant rivaliser sans peine avec les meilleurs produits de l’industrie marseillaise, soit pour les usages industriels, soit pour l’usage domestique.
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- L’acide oléique, qui sert de matière première à ces savons, trouve par là un débouché pour ainsi dire sans limite, et, de même que la savonnerie de Marseille est d’une grande utilité à la navigation par la consommation incessante qu’elle fait des huiles de sésame, d’arachide, de palme et d’olive, de même le savon d’oléine est devenu l’utilité indispensable à la fabrication des bougies. Cette fabrication a, aujourd’hui, delà peine à fournir à tous les besoins d’oléine, attendu qu’il s’en consomme beaucoup aussi pour la fabrication des savons mous, si employés de nos jours dans les ménages et dans l’industrie.
- Ces savons d’oléine avaient, dans les premiers temps de leur vogue, un inconvénient qui n’existe plus; ils ne pouvaient traverser les chaleurs de Tété sans se ramollir, et, pour l’usage domestique, cet inconvénient avait ses côtés fâcheux. H y a été remédié en introduisant, dans Tacide oléique, dans des proportions déterminées, soit des suifs d’os, soit de basses graisses, qu’on se procure aisément.
- Tous ces nouveaux savons ont, comme les savons mousseux de Marseille, une nature pouvant se prêter aux falsifications qui sont invisibles à simple vue, et que l’analyse seulement peut dévoiler. C’est un mal sans remède, qui a pour résultat naturel d’amener la préférence des acheteurs qui aiment mieux le bon que le bon marché vers ceux des fabricants dont la bonne réputation est une garantie de qualité.
- Evidemment le savon marbré de Marseille, à ce point de vue, serait le plus recommandable à cause de la garantie que devrait offrir à l’œil la netteté de sa marbrure. Mais, comme il a été dit ci-dessus, cette garantie a perdu de sa valeur par l’imitation qui en a été faite par l’introduction dans la pâte des matières colorantes qui ont été indiquées.
- En résumé :
- La savonnerie, à la suite d’une énorme augmentation de consommation, s’est vue entraînée à des agissements contraires à son ancienne réputation, soit par le commerce intermédiaire, âpre à augmenter ses bénéfices, soit par la concurrence, épiant toujours l’occasion d’enlever une affaire. Il se fabrique chaque jour de bon
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- savon; mais il s’en fabrique chaque jour de mauvais, et rien ne forme mieux l’éducation de la consommation que les exagérations auxquelles descend parfois cette dernière sorte. C’est par ces mécomptes que les revirements se manifestent, et présentement il y a lieu d’en constater le développement. On revient au bon savon marbré comme au bon savon blanc mousseux de Marseille, comme au bon savon d’oléine de Paris et de province, et la plus grosse somme de commande est dirigée vers les fabricants dont la réputation est établie; cela prouve que celui qui consomme le produit touche à la fin de son éducation, et qu’il a appris à ses dépens que l’excès de bon marché amené à un état surnaturel n’est pas autre chose qu’un excès de médiocrité dans le produit.
- Comme bon savon d’oléine, le jury a remarqué les carrés de savon frappés à la marque de l’Etoile, c’est-à-dire ceux de la maison de Milly. Créateur de l’industrie stéarique, M. de Milly est aussi le créateur du savon d’oléine. Pendant sa longue et fertile carrière, c’est à lui qu’était décernée, à toutes les Expositions, la récompense la plus élevée, attribuée à l’industrie de la bougie stéarique. Après sa mort, la même maison, sous le même nom, recommence, aux yeux du jury, une carrière nouvelle, et, pour son début, la médaille d’or lui a été attribuée, confondant ses deux industries connexes, l’industrie de la bougie et celle de la savonnerie.
- La maison Michaud fils frères, d’Aubervilliers, qui se livre à la fabrication des savons d’oléine sur une grande échelle et à la fabrication de savons spéciaux, tels que ceux à l’huile de palme, ceux au suif cl’os et de résine, ou d’huile de palme et de résine, offrait, elle aussi, dans son exposition, de beaux échantillons de ses fabrications courantes. La marque de cette maison est recherchée sur les marchés de l’Amérique du Sud, et l’importance de sa production, qui alimente, sous le nom de savon de Paris, une grande partie de la consommation du rayon de Paris, place cette maison au nombre des plus importantes savonneries de France. En 1867, elle obtint déjà la médaille cl’or, qui lui a été de nouveau attribuée en 1878.
- En terminant, il y a lieu de répéter que jamais la consommation du savon n’était parvenue à une importance égale à la
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- consommation actuelle, et quelle augmente sans cesse. Chacun peut tirer de ce fait indéniable les conséquences qui lui plaisent le mieux. Quant aux procédés de fabrication, rien de saillant n’est à noter, l’industrie savonnière ne comportant d’ailleurs que fort peu de combinaisons dont l’inconnu soit à chercher, si elle-mérne elle en comporte. Elle se meut tout entière, dans ses luttes intestines, entre les mêmes qualités, pareillement faites, mais diversement pures, et, pour une semblable industrie, le meilleur appréciateur du produit est celui qui le consomme.
- A. Foiircadk.
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- SECTION III.
- ESSENCES, PÉTROLES ET .MATIERES PREMIERES DE LA PARFUMERIE.
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- RAFFINAGE DU PETROLE.
- L’industrie du raffinage du pétrole, en France, présenta pour la première fois ses produits à l’Exposition de Paris de 1867.
- Cette industrie ne faisait que de naître, puisque ce n’est qu’en 1861 qu’on commença à exploiter utilement les sources de pétrole en Amérique.
- Pendant plusieurs années, de 1861 à 1871, la consommation prenait chaque jour plus d’extension, et des usines assez importantes furent créées en France; mais elles ne purent prospérer, et plusieurs d’entre elles furent obligées de s’arrêter. Cette situation s’expliquait par le fait que la législation douanière qui existait alors ne favorisait pas suffisamment cette industrie; nos usines 11e pouvaient soutenir la concurrence qui leur était faite par les raffineries américaines, mieux placées, puisqu’elles travaillaient un produit brut sur les lieux de production.
- En 1871, lorsqu’on frappa le pétrole de droits assez élevés, les raffineries firent apprécier l’infériorité dans laquelle ils se trouvaient par rapport aux Américains, et obtinrent une protection suffisante entre les produits bruts et les produits raffinés.
- C’est à l’abri de cette législation que les usines françaises purent se développer.
- 11 y a actuellement, en France, 3o usines raffinant le pétrole d’Amérique.
- Ces établissements ont une valeur estimée à environ 15 à 18 millions de francs.
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- En dehors des nombreuses industries qu’elle fait vivre, pour l’installation, les modifications et le fonctionnement des usines, telles que constructions métalliques, produits chimiques (acide sulfurique, soude caustique), etc., l’industrie du raffinage du pétrole, en France, occupe environ à,ooo à 5,ooo ouvriers.
- La consommation du charbon est évaluée de 3o,ooo à ào,ooo tonnes par an.
- Ces usines importent annuellement, suivant l’état des trois dernières années, 70 millions de kilogrammes de pétrole brut.
- Quant aux progrès réalisés, ils ont été très appréciables sous tous les rapports.
- Le matériel a été sensiblement modifié, tant au point de vue de la distillation qu’à celui de l’épuration des produits distillés. Les divers produits obtenus du pétrole brut sont les suivants :
- i° Éther de pétrole (de 65o à 680 grammes de densité), employé, entre autres usages, à la fabrication d’un nouveau gaz carburé;
- 20 Essence de pétrole, ou essence minérale employée pour l’éclairage dans les lampes dites à éponge, qui ont remplacé la chandelle, d’une manière complète, et la bougie en partie, (densité, 700 à 710) ;
- 3° Huile lampante de pétrole raffiné (densité, 79b à 800), pour lampes ordinaires à pétrole;
- h° Huile lourde et goudron, servant au graissage et à la nouvelle fabrication de la vaseline, produit employé aujourd’hui dans la parfumerie et la pharmacie pour remplacer plusieurs corps gras;
- 5° Paraffine, pour les bougies et la parfumerie;
- 6° Coke ou charbon absolument pur, offrant le combustible le plus parfait pour foyers d’appartements ou autres.
- Les huiles lampantes, ou huiles raffinées livrées à la consommation, ne sont plus inflammables au-dessous de la température de 35 degrés. C’est un progrès réalisé sur les raffineurs américains, dont les huiles ne dépassent jamais 25 à 3o degrés.
- C’est ainsi que toutes les grandes compagnies de chemins de fer ont remplacé l’éclairage à l’huile de colza par l’éclairage au
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- ESSENCES ET MATIÈRES PREMIÈRES DE LA PARFUMERIE. 111
- pétrole, les raffineurs français livrant à ces compagnies des huiles Gr. V. qui ne s’enflamment pas au-dessous de 45 degrés. ^
- Le progrès, à ce point de vue, a même été surpassé, puisque l’un de ces raflîneurs est parvenu à obtenir des huiles dont l'inflammabilité n’est pas inférieure à 60 degrés, tout en conservant un pouvoir éclairant très riche. Aussi l’Administration des ponts et chaussées a-t-elle adopté, depuis quatre ans, l’emploi du pétrole pour l’éclairage des phares des côtes de France.
- Un certain nombre de raffineurs de pétrole ont exposé dans la classe 4y. Nous citerons : MM. A. Deutsch et fils (usines de Pantin et de la Lucinine, à Rouen), MM. Desmarais frères (usine de Colombes), MM. Fenaille et Despeaux (usines d’Aubervilliers et de Bordeaux) et la Société des huiles minérales de Colombes (usine de Colombes).
- L’exposition de ces quatre maisons a été très soignée et très in-téressanle. Les exposants ont présenté dans leurs vitrines, outre les échantillons de leurs produits, des photographies et dessins des usines et d’appareils. L’un d’eux, A. Deutsch et fils, a même représenté l’ensemble de ses raffineries par des modèles en relief, ce qui a rendu l’exposition de cette industrie particulièrement intéressante pour le public.
- Plusieurs raffineurs de pétrole, notamment ceux de Marseille,
- Douai, Dunkerque, Tours, etc., se sont abstenus de prendre part à l’Exposition pour des raisons inconnues : les déplacements et les dépenses les ont probablement retenus.
- II
- MATIÈRES PREMIÈRES DE PARFUMERIE.
- L’industrie des matières premières de parfumerie a une importance exceptionnelle dans la région du sud-est de la France, principalement dans le département des Alpes-Maritimes.
- Depuis quelques années, des progrès sensibles ont été faits dans cette industrie : l’outillage a été complètement transformé; la va-
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- peur est actuellement employée dans presque toutes les usines; enfin les cultures florales ont pris une plus grande extension.
- C’est une industrie éminemment française, qui est un élément important de la prospérité dont jouit cette partie de la Provence.
- Un grand nombre de maisons avaient exposé, et, parmi elles: MM. Antoine Cliiris, Roure Bertrand fds, Lautier fils, Hugues aîné, Méro et Boyveau, et Robert frères à Grasse.
- Les expositions de ces maisons étaient très soignées, et un certain nombre de produits nouveaux ont été présentés.
- En somme, cette industrie était parmi les mieux représentées à l’Exposition universelle.
- Cii nus.
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- SECTION IV.
- MATIÈRES COLORANTES ET COULEURS.
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- Cl. 47.
- 1
- MATIÈRES COLORANTES ARTIFICIELLES.
- L’Exposition universelle de Vienne a fourni à notre illustre maître, M. A. Wurtz, l’occasion défaire sur les matières colorantes artificielles un rapport détaillé dans lequel l’histoire et la fabrication de ces produits sont exposées avec une précision et une netteté telles que ce livre, véritable modèle, ne laisse plus rien à dire sur le meme sujet.
- Dans les pages qui suivent, nous n’examinerons donc que le développement de cette industrie dans ces dernières années, nous appliquant à faire ressortir exclusivement les faits nouveaux et les découvertes qui ont été réalisées depuis 1878; le champ est vaste encore, car si l’on a pu croire un instant, lorsqu’on eut épuisé sur les alcaloïdes du goudron toutes les méthodes d’oxydation et de substitution connues alors, et lorsque les conséquences immédiates des travaux de M. Perkin eurent été ainsi atteintes, que la série des recherches nouvelles à tenter dans cette voie était close, on n’a pas tardé à comprendre, à la suite de travaux scientifiques plus récents, de quelle extension la fabrication des couleurs artificielles est susceptible; l’industrie s’est emparée rapidement des indications les plus délicates de la science ; elle a mis à profit des réactions dont le savant, à la poursuite de quelque grande vérité philosophique, ne voyait et ne cherchait pas à voir les applications possibles ; elle a su créer un nombre surprenant de produits nouveaux, et remplacer les matières fournies directement par la nature, par des corps similaires ou identiques fabriqués de toutes pièces, à l’aide de réactions chimiques.
- Cet admirable résultat de l’alliance de la science et de l’indus-
- Glasse h 7.
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- trie a permis de transformer une matière sans valeur en une source inépuisable de richesses; il ouvre à l’activité des travailleurs un horizon immense, personne aujourd’hui, parmi ceux qui s’intéressent à ces questions, n’hésitant à affirmer que toutes les matières colorantes naturelles seront produites artificiellement.
- Rien en effet ne saurait arrêter les tentatives des chimistes dans cette voie; l’expérience a montré combien l’industriel est habile à transformer économiquement les procédés scientifiques, et, s’il est intéressant d’étudier la série ininterrompue des découvertes auxquelles nous assistons depuis vingt ans, il y a lieu d’admirer aussi la rapidité avec laquelle on a pu, par l’étude intelligente des procédés, par l’emploi d’appareils jusqu’alors réservés aux laboratoires des hommes de science, arriver à produire en quantités énormes et à des prix extraordinairement réduits, les substances les plus rares ou les plus difficiles à préparer : la fuchsine, qui coûtait 1,200 francs le kilogramme, se vend aujourd’hui i5 francs; le violet de Paris est descendu de 2 5o à 25 francs ; le vert de mé-thylaniline de 8oo francs est tombé à 6o francs.
- Ces exemples, que nous pourrions multiplier, prouvent que l’industrie possède, avec l’appui de la science, des ressources inépuisables; aucun fait, quelque impraticable qu’il puisse paraître au moment de sa découverte, ne doit être rejeté du champ de ses investigations.
- L’avenir de l’industrie qui nous occupe est donc riche d’espérances pour les travailleurs.
- L’Exposition de 1878 a prouvé que les craintes manifestées il y a dix ou quinze ans, relativement au développement de cette industrie, sont chimériques : on paraissait, à cette époque, redouter comme un obstacle peut-être insurmontable, l’emploi d’agents d’un prix élevé ou de réactions compliquées; nous venons, par des chiffres, de montrer ce que valent ces appréhensions.
- On avait dit que le peu de résistance à la lumière solaire des couleurs d’aniline devait les faire proscrire de la consommation; aujourd’hui le goudron est la source d’une foule de matières colorantes dont la solidité est égale, sinon supérieure, à celle des produits naturels.
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- MATIÈRES COLORANTES ET COULEURS.
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- Enfin, l’application de ces couleurs paraissait à l’origine devoir présenter quelques difficultés; elle est devenue si simple, que le teinturier a tout intérêt à favoriser le développement de leur fabrication; il n’a plus à se préoccuper de l’encombrement causé par la présence des bois de teinture, de l’étude de mordants quelquefois compliqués, de l’emploi de procédés d’une réussite incertaine; il n’a plus aujourd’hui en quelque sorte qu’à s’assurer de la pureté des produits qu’on lui offre et qu’à les mélanger dans sa cuve avec un peu de sulfate de soude ou d’acide sulfurique pour obtenir les résultats les plus parfaits.
- L’économie, la beauté, la solidité, la facilité d’application des couleurs artificielles, tout leur assure donc un magnifique avenir.
- Il nous a été impossible de réunir des documents certains, concernant l’importance du chiffre d’affaires auxquelles donne lieu l’industrie qui nous occupe; nous croyons cependant ne pas être très éloigné de la vérité en disant que l’Allemagne produit pour 5o à 60 millions de francs de couleurs, dont 3o millions pour la production de l’alizarine (les 3/A de sa production sont exportés); l’Angleterre produit pour environ 11 millions, la Suisse produit 7 millions, l’Autriche A millions, et la France A à 5 millions.
- La quantité totale d’aniline fabriquée est d’environ 5 millions et demi de kilogrammes répartis entre l’Allemagne pour 3 millions 600,000 kilogrammes, l’Angleterre pour 1 million de kilogrammes et la France pour 800,000 kilogrammes.
- La quantité de goudron de houille traité pour cette production d’aniline et qui sert aussi à préparer la majeure partie de l’an-thracène consommé, correspond à 55o millions de kilogrammes.
- On ne saurait, d’après ces chiffres, se faire une idée exacte du développement pris par l’industrie des couleurs artificielles dans les dix dernières années : en effet, si l’on se reporte aux rapports faits à la suite des expositions précédentes, on constate que le chiffre de 60 millions de francs était admis comme représentant l’importance de ces fabrications; il est aujourd’hui de 85 à 90 millions, mais il ne faut pas oublier que la valeur des matières colo-
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- rantes a diminué dans des proportions colossales; l’augmentation de la production est donc infiniment plus grande que ne le laisserait supposer le rapport de 60 à 85 millions.
- La part de la France est malheureusement bien minime dans ces chiffres; les considérations que nous avons développées dans l’introduction générale du Rapport sur l’ensemble de l’exposition de la classe k'-j font connaître les motifs qui ont amené cet état de choses déplorable; mais nous ne saurions assez répéter combien il est douloureux de voir notre pays, qui a si largement contribué aux découvertes réalisées dans l’industrie des couleurs artificielles, qui fournit la presque totalité de l’anthracène consommé pour la préparation de l’alizarine et une forte proportion de l’aniline nécessaire à la fabrication des couleurs, condamné par la législation des brevets et par des mesures fiscales trop rigoureuses, à une situation si peu en harmonie avec son activité industrielle.
- Les couleurs tirées du goudron ont été jusqu’en 1875 comprises par la douane française dans la catégorie des couleurs non dénommées; à partir de cette époque, on les a classées à part. Voici les chiffres qui ont été relevés pour les quatre dernières années ^ :
- IMPORTATION. EXPORTATION.
- 1875........................ 4,2 i7,/iG3‘ 2,at)5,7 A8r
- 1870......................... 4,71)8,507 2,079,611
- 1877 ..................... 3,871,375 2,478,900
- 1878 ..................... 5,63o,565 i,563,375
- 11 n’est pas douteux pour nous que les chiffres de ces tableaux sont erronés : le classement est défectueux, et les déclarations sont fréquemment fausses; nous aurons, dans plusieurs autres cas, à faire de semblables observations.
- M It nous a paru intéressant de présenter, dans ce rapport, les chiffres d’importation et d’exportation, en France, des divers produits que nous avons étudiés, tels qu’ils sont établis au Ministère de l’agriculture et du commerce. M. Marquet, secrétaire de la oc section de la commission permanente des valeurs de douane, a bien voulu relever ces chiffres et nous les communiquer.
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- Gr. V.
- Cl. 47.
- CHAPITRE PREMIER.
- MATIERES PREMIÈRES DE L’INDUSTRIE DES COULEURS ARTIFICIELLES.
- Le goudron de houille est resté la base de cette industrie; résidu encombrant et presque inutile il y a peu d’années, il est recueilli aujourd’hui avec le plus grand soin. Sa valeur en effet a augmenté dans une proportion considérable; le prix du goudron atteint 5o à 90 francs la tonne, tandis qu’avant la découverte des couleurs qui en dérivent il ne dépassait pas 6 5 8 francs la tonne.
- Les dispositions générales des appareils ne paraissent pas avoir été modifiées dans leur ensemble; nous n’avons, comme perfectionnement important à signaler ici, que le procédé de MM. Au-doin etEugène Pelouze (de la Compagnie parisienne), pour extraire du gaz les dernières portions de goudron extraînées.
- Ce procédé est basé sur ce fait que des matières liquéfiables tenues en suspension dans un gaz peuvent être condensées par leur choc contre une paroi résistante. La disposition adoptée par ces deux ingénieurs consiste à diriger le gaz, renfermant encore du goudron, sur des plaques de tôle percées de trous de 1 millimètre de diamètre; pendant le passage du courant gazeux au travers de ces trous, les globules se soudent les uns aux autres, en s’écrasant et se liquéfient finalement au contact d’une autre plaque maintenue à 2 ou 3 millimètres de la première.
- Le goudron condensé s’écoule le long des plaques et est recueilli au fur et à mesure de sa production. La quantité ainsi obtenue par l’effet du choc est d’environ 9 à 10 kilogrammes par 1,000 mètres cubes de gaz, lorsque la température est relativement basse et lorsque l’usine est munie de systèmes de réfrigération assez puissants; la qualité du produit est supérieure à celle du goudron ordinaire : il renferme en effet jusqu’à 20 p. 0/0 d’huile légère, tandis qu’il n’en contient habituellement que 0 p. 0/0.
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- Gr. V.
- Cl. 47. TRAITEMENT DU GOUDRON.
- Cette opération a pour but de séparer le goudron en deux parties: l’une volatile, qui contient tous les principes utilisables dans l’industrie des couleurs; l’autre fixe, connue sous le nom de brai. On réalise cette séparation par distillation dans des cornues en tôle. Elle a été fréquemment décrite, et nous n’avons à indiquer ici que deux améliorations dues également à M. Audoin, l’habile ingénieur chimiste de la Compagnie parisienne du gaz.
- La première a pour effet d’extraire du brai la majeure partie de l’anthracène qui y existe; il y a peu d’années encore on évitait de pousser la distillation au delà du point où l’on obtient le brai gras, et l’on y retenait ainsi une forte proportion des carbures solides; depuis la découverte de l’alizarine artificielle, on a naturellement cherché à augmenter le rendement d’anthracène, en poussant la distillation aussi loin que possible : mais lorsqu’on a extrait, outre les huiles légères, une quantité d’huiles lourdes égale au quart environ du poids du goudron, on est obligé d’arrêter la distillation; la matière devenue visqueuse adhère fortement aux parois des chaudières, et, sous l’influence de la température élevée à laquelle on est arrivé, elle se carbonise au grand détriment du produit obtenu et de la chaudière elle-même. M. Audoin recommande d’agiter constamment la masse fluide au moyen de palettes, puis de diriger dans l’appareil de distillation un courant sous pression cl’un gaz inerte; il emploie le gaz d’éclairage, l’air, l’acide carbonique, les gaz provenant de la combustion de la bouille, la vapeur d’eau, qu’il dirige à l’aide d’une conduite, en tous sens, de telle manière que les surfaces du brai, en contact avec la tôle chauffée, soient renouvelées à chaque instant; on obtient ainsi 35 à ko p. o/o d’huile lourde.
- Lorsqu’on a atteint une température d’environ koo degrés, la distillation du goudron est terminée; on vide les chaudières. Mais le coulage à l’air libre de ce brai bouillant est une opération pénible pour les ouvriers et pour les habitations voisines, à cause des vapeurs irritantes qu’il répand. M. Audoin a imaginé un appareil
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- qui supprime totalement ces inconvénients : ce sont deux chambres juxtaposées, construites en maçonnerie ou en tôle et séparées l’une de l’autre par un mur vertical, à la partie inférieure duquel une large ouverture fait communiquer les deux chambres entre elles. Ce brai bouillant s’écoule dans la première chambre, à l’abri de l’air et s’y refroidit partiellement; à l’arrivée d’une nouvelle quantité de brai, la masse se répand dans la seconde chambre, mais les portions qui y arrivent se trouvant à la partie inférieure de la première chambre sont plus refroidies que le reste: elles répandent donc moins de vapeur. Lorsque la seconde chambre est pleine et que le courant arrive à la partie supérieure d’où il se déverse dans les bassins de solidification, sa température est voisine de i oo degrés; dans ces conditions, il ne produit plus ni fumée ni vapeurs âcres.
- L'appareil siphon à déversement fonctionne d’une manière continue et sans aucune surveillance de la part des ouvriers; la fermeture se fait par le brai lui-même ; il supprime entièrement la manœuvre des robinets ou des valves dont l’obstruction ne peut être évitée lorsque, dans le but de supprimer la fumée, on opère à une basse température.
- TRAITEMENT DES PRODUITS DISTILLES.
- Aucune modification importante ne nous a été signalée relativement au traitement de ces produits; on sait que, pendant la distillation même du goudron, on fractionne les huiles en légères et en lourdes.
- 1° Huiles légères.
- Les huiles légères sont purifiées par l’acide sulfurique qui élimine les alcaloïdes et les carbures de la série grasse, puis lavées à la soude qui enlève les phénols et les acides; enfin, on les soumet à diverses rectifications pour les fractionner d’après les besoins de la consommation; on prépare ainsi les benzols à qo, 5o, 3o p. o/o de produits distillant jusqu’à 100 degrés.
- La séparation des hydrocarbures benzéniques purs s’est généralisée, et l’on trouve aujourd’hui, chez tous les fabricants d’huiles
- Gr. V. Cl. 47.
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- Gr. V. de houille, de la benzine, du toluène, du xylène, presque chiini-Cl~47 (Iuemen^ purs; l’existence, dans le goudron, de ces différents carbures avait été prouvée scientifiquement, mais leur séparation n’avait pas été réalisée industriellement à l’origine ; c’est à M. Coupier (de Creil) que l’on est redevable de ce perfectionnement, basé sur l’emploi de colonnes analogues à celles qu’on utilise dans les distilleries d’alcool. Il n’a pas été sans influence sur le développement de l’industrie des couleurs d’aniline: en effet, si le mélange de la benzine et du toluène peut être utilisé dans la préparation de l’aniline pour rouge, il est indispensable d’opérer sur des hydrocarbures purs pour la fabrication de la plupart des autres produits; la transformation de la rosaniline en bleu, la préparation du violet de Paris et de la diphénylamine exigent l’emploi d’aniline pure et par conséquent de benzines pures; le chlorure de benzyle et l’acide benzoïque ne peuvent être obtenus qu’avec du toluène pur; il en est de même pour les dérivés diazoïques, pour les acides sulfoconjugués qui donnent naissance aux phénols, etc. Certains industriels même préfèrent, dans la fabrication de la fuchsine, opérer sur les alcaloïdes purs, qu’ils mélangent ensuite d’après les règles que l’expérience leur a indiquées. M. Coupier a donc rendu à l’industrie un service signalé dont le jury a reconnu l’importance.
- Les appareils usités dans le traitement des huiles ont été décrits maintes fois; les perfectionnements qui ont été introduits ont eu surtout pour but de régulariser leur marche, de diminuer la main-d’œuvre et d’éviter les chances d’incendie qui sont toujours considérables dans le maniement de produits aussi inflammables.
- La distillation à la vapeur s’est généralisée ainsi que la suppression de la charge des chaudières, à air libre; il en est de même de l’emploi des flotteurs et des appareils de jauge, qui permettent de régler le travail de la distillation sans l’intervention des ouvriers, ainsi que de l’écoulement direct des huiles, des serpentins aux réservoirs dans lesquels elles s’accumulent.
- Pour le lavage des huiles, on a remplacé l’ancien battage à la main par des appareils mécaniques ou par l’agitation obtenue au moyen d’une insufflation d’air (l\I. Deliaynin).
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- Enfin, tous les distillateurs se servent, pour le fonctionnement Gr. v. des huiles, des appareils à colonnes, modifiés d’après les indica- C1~7 tions de M. Coupier.
- 2° Huiles lourdes.
- Ces huiles constituent la partie distillant entre 200 et 300 degrés; elles renferment des hydrocarbures liquides, du phénol, de la naphtaline et de l’anthracène.
- On les purifie comme les huiles légères, par traitement chimique et par distillation.
- Les eaux alcalines provenant du lavage de ces huiles sont réunies à celles qui ont été obtenues dans le lavage des huiles légères, et servent à la fabrication du phénol; aucune nouveauté n’a été réalisée sur ce point; les produits obtenus sont d’ailleurs arrivés à un tel degré de pureté qu’il n’v a guère d’amélioration à rechercher.
- Le jury a constaté la perfection de la fabrication de MM. Charles Lowe et 0e, qui exposaient du phénol et du crésol chimiquement purs; on sait, d’après les observations de ces habiles industriels que le phénol pur complètement débarrassé de crésol fond à h2 degrés; on ne peut l’obtenir, d’après eux, qu’en passant par l’hydrate de phénol 2 (CGH5,0H)-)-H20 cristallisé. Le phénol granulé qu’ils exposaient est du phénol pur réduit en poudre par un moyen mécanique.
- Le degré de pureté du phénol exerce une grande influence sur la nature des produits qui en dérivent : pour l’acide pierique,
- MM. Loue et C*° recommandent l’emploi de l’acide phénique fondant à k2 degrés; l’acide rosolique cristallisé ne peut également être obtenu qu’avec ce produit ou tout au moins avec de l’acide fondant à ko degrés.
- Les usages nombreux du phénol ont considérablement augmenté l’importance de sa fabrication. MM. Lowe et C,e en produisent actuellement 8,000 kilogrammes par semaine.
- La naphtaline est purifiée par les méthodes connues; quoique ses emplois dans l’industrie des couleurs artificielles soient plus limités que ceux des hydrocarbures benzéniques, les découvertes qui ont été réalisées dans ces dernières années permettent d’es-
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- pérer que les quantités considérables de naphtaline renfermées dans le goudron trouveront bientôt un débouché rémunérateur; elle est, en effet, très demandée pour la fabrication de la naph-tylamine, des naphtols, de l’acide phtalique et de certaines couleurs azoïques.
- Les huiles lourdes liquides, séparées du phénol et de la naphtaline, sont épurées à l’aide du sulfate de fer, puis distillées; elles sont utilisées pour l’injection des bois qu’elles préservent de la pourriture, pour l’éclairage, pour le graissage des machines; dans ce dernier emploi, on a recours à la propriété que possèdent ces huiles de dissoudre les savons de chaux, et on prépare ainsi un mélange dont les propriétés lubrifiantes sont très remarquables.
- 3° Huiles anthracéniques.
- Les portions qui distillent entre 3oo et àoo degrés sont exploitées en vue d’en retirer l’anthracène; par pressages successifs à chaud et à froid, on élimine toutes les matières huileuses et la naphtaline; le résidu représente l’anthracène, dont on termine le traitement par distillation, ou mieux par sublimation.
- Mais il s’en faut de beaucoup que le produit ainsi obtenu soit pur et puisse, à cet état, servir à la préparation de l’alizarine; il convient de l’épurer, soit par l’alcool, soit par les essences légères de pétrole, véhicules dans lesquels il est peu soluble; l’acide sulfurique concentré peut également être employé dans ce but; enfin, la purification par l’acide picrique nous paraît devoir être particulièrement recommandée.
- L’anthracène est toujours accompagné, dans les huiles lourdes, d’hydrocarbures solides dont les propriétés sont très voisines, et qu’il est, par conséquent, très difficile d’éliminer; l’anthracène étant seul capable de produire l’alizarine doit être obtenu aussi pur que possible; la présence d’autres carbures dans les traitements successifs qu’il doit subir entraîne inutilement l’emploi des agents de transformation et la production de matières étrangères absolument nuisibles à l’ensemble de la fabrication. Nous ne saurions trop recommander, pour suivre la purification de l’anthracène, la jnéthode indiquée par Fritzsche; le réactif qu’il a fait connaître naguère
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- (l’anthraquinone binitré) est d’un emploi si commode et si rapide que nous sommes surpris de ne pas le voir entre les mains de tous les fabricants d’anthracène. Nous rappelons que ce réactif, dissous dans la benzine et mis en présence des hydrocarbures, donne avec chacun d’eux des combinaisons caractéristiques; avec l’anthracène pur (photène de Fritzsche) l’anthraquinone binitré forme des lamelles rhombiques d’un rose violacé, superbe; un autre carbure, le phosène de Fritzsche, qui l’accompagne toujours et qu’on trouve également dans les produits de réduction de l’alizarine, donne dans les mêmes conditions des lamelles brunes; tous les autres hydrocarbures forment, avec le réactif de Fritzsche, des combinaisons absolument différentes. Il est donc très facile de suivre, sous le microscope, les progrès de la purification de l’anthracène, et l’expérience nous a indiqué que l’on a tout avantage à se servir de ce moyen précieux de contrôle.
- La Compagnie parisienne du gaz, qui distille par an 35,ooo tonnes de goudron, et M. Félix Dehaynin, qui en distille i5,ooo tonnes, livrent à la consommation des quantités considérables d’anthracène. Il est hors de doute aujourd’hui que la production de ce carbure suffira amplement aux besoins de la consommation et que l’alizarine artificielle, par conséquent, pourra être produite en quantités suffisantes pour remplacer définitivement et complètement la garance.
- La production presque entière de ces deux établissements français est exportée en Allemagne où se trouvent la majeure partie des fabricants d’alizarine; en effet, la transformation de l’anthra-cène en alizarine a été découverte par deux chimistes allemands, MM. Graebe et Liebermann, qui se sont réservé, par un brevet, la propriété de leur invention.
- Un seul établissement, cessionnaire d’une licence des inventeurs, a été créé en France, mais sa production est presque insignifiante; on nous assure même qu’il est sur le point de renoncer à cette fabrication.
- Gr. V Cl. 47
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- Gr. V. Cl. 47.
- CHAPITRE II.
- PRODUITS DERIVES DES CARBURES BENZENTQUES ( BENZINE , TOLUÈNE, ETC.).
- NITROBENZINE, \NILINE ET CONGÉNÈRES.
- 1. Nitrobenzine.
- La fabrication des dérivés nitrés dos carbures benzéniques n’a subi aucune modification récente; on verse sur l’Imile à nitrer le mélange d’acide sulfurique et d’acide nitrique, en agitant constamment la masse, de manière ci éviter autant que possible la formation des vapeurs nitreuses ; lorsque la réaction est terminée, on soutire les acides, on distille pour enlever les carbures non attaqués, qu’on fait rentrer dans la fabrication, et on termine par un lavage méthodique.
- Les acides nitrosulfuriques soutirés servent à la préparation de l’acide nitrique que les producteurs d’aniline fabriquent tous aujourd’hui eux-mêmes; les eaux acides sont vendues aux fabricants d’engrais ou de produits désinfectants : sulfonitratcs de zinc ou de fer qu’on consomme en grande quantité, notamment à Paris.
- L’emploi d’appareils mécaniques a remplacé partout la main de l’homme dans la fabrication de la nitrobenzine, qui a été régularisée à tel point qu’elle ne présente plus aucun inconvénient.
- La plupart des fabricants d’aniline avaient exposé de très beaux échantillons des différentes variétés de nitrobenzines :
- Nitrobenzine pour parfumerie (Mirbane),
- Nitrobenzine pure pour aniline ,
- Nitrobenzine pour rouge.
- M. Vedlès (de Clichy) avait joint à sa collection les trois nitro-toluènes isomériques ortho ..., inéta..., et paranitrotoluènes. On sait que le nitrotoluène ordinaire est un mélange d’orthonitro-toluène (liquide) et de paranilrotoluène (solide). M. Jaworski, en
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- 1865, a fait connaître ce dernier; M. Rosenstiehl, dans son re- Gr. V. rnarquable travail sur les toluiclines, a démontré en 1869 que la —~
- partie liquide qui accompagne le dérivé nilré solide représente un isomère de ce corps: c’est l’orthonitrotoluène (point d’ébullition, ai 9 degrés). Quant au métanitrotoluène (point d’ébullition, a3o degrés), il a été obtenu par MM. Beilstein et Kuhlberg par une méthode indirecte : il ne se produit pas dans l’action de l’acide nitrique sur le toluène.
- M. Rosenstiehl a recherché les conditions les plus avantageuses pour la préparation de l’ortho... et du paranitrotoluène; il a montré que lorsqu’on opère à basse température et avec une faible quantité d’acide nitrique, soit i.5 d’acide nitrique (i.5 densité) pour 1 de toluène, le produit de la réaction renferme 67 p. 0/0 d’or-llionitrotoluène. En opérant, au contraire, vers ho degrés et avec un excès d’acide nitrique, soit 3 à A d’acide, d’une densité de 1.5 pour 1 de toluène, le mélange obtenu renferme 65 p. 0/0 de paranitrotoluène.
- Ces renseignements sont utilisés dans l’industrie, car il est du plus haut intérêt pour le fabricant de couleurs d’avoir à sa disposition les divers alcaloïdes aussi purs que possible.
- 2. Dinitrobenzine.
- ha dinitrobenzine sert à préparer la pbénylène-diamine; on l’obtient par l’action de l’acide azotosulfurique sur la nitrobenzine : c’est un corps solide, fusible à 86 degrés. On en voyait de très beaux échantillons dans la plupart des vitrines des fabricants d’aniline.
- 3. Aniline.
- La fabrication de l’aniline et de ses homologues s’est considérablement développée; mais nous n’avons rien à signaler de particulier, relativement à son mode d’obtention : on emploie toujours la réaction indiquée par M. Béchamp, c’est-à-dire la réduction de la nitrobenzine par le fer et l’acide acétique, ou l’acide chlorhydrique dont le prix est beaucoup moins élevé.
- Tous les producteurs d’aniline avaient exposé la collection
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- complète des types commerciaux: aniline pure, aniline 90 p. 0/0, aniline5op. 0/0, toluidineliquide, toluidinecristallisée. M. Vedlès montrait également le troisième isomère : la inétatoluidine.
- M. Casthelaz, à qui l’industrie est redevable de nombreux progrès et de plusieurs découvertes intéressantes, exposait du chlorhydrate d’aniline pur, très blanc, qu’il obtient en faisant passer un courant d’acide chlorhydrique gazeux et sec dans une dissolution d’aniline dans le benzol ou l’essence de pétrole. Le sel se précipite au fur et à mesure de sa formation ; il est ensuite pressé, séché et pulvérisé. Anhydre et neutre, il se conserve mieux que les autres chlorhydrates : il est très avantageusement employé dans l’impression des tissus.
- TABI.EAD DE L’IMPORTATION ET DE L’EXPORTATION FRANÇAISES POUR LES PRODUITS TIRÉS DU GOUDRON DE HOUILLE (BENZINE, ANILINE, ANTIIRACÈNE , NAPHTALINE, ETC.).
- ANNÉES. IMPORTATION. EXPORTATION.
- . 1867......................... i82,6oif n
- 1868 .......................... 190,973 79,98/1'
- 1869 .......................... 3i8,o39 323,9/10
- 1870 .......................... 225,435 197,552
- 1871 .......................... 130,07/1 123,943
- 1872 .......................... 2i4,44i 1,089,650
- 1873 .......................... i5i,2i6 665,263
- 1874 .......................... 242,574 533,717
- 1875 .......................... 3o4,i37 720,264
- 1876 .......................... 496,93/1 811,4oo
- 1877 ....................... 999,153 777,638
- MATIÈRES COLORANTES DÉRIVÉES DE L’ANILINE.
- 1. Fuchsine.
- La fuchsine est préparée par deux procédés différents :
- i° Par l’action de l’acide arsénique sur l’aniline (ce procédé, dû à MM. Medlock, Ch. Girard et de Laire, est le plus généralement adopté) ;
- 20 Par la réaction entre i85 et 195 degrés d’un mélange d’aniline, de nitrobenzine, de fer et d’acide chlorhydrique.
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- Ce second procédé, que M. Coupier a rendu industriel dès 1866, n’est employé que par quelques fabricants, malgré les avantages incontestables qu’il présente au point de vue hygiénique; les rendements de fuchsine par ce procédé sont moindres que par le procédé de l’acide arsénique, du moins dans les conditions qu’on a fait connaître: il paraît cependant qu’en les modifiant on peut arriver à une fabrication rémunératrice.
- La purification du rouge brut est réalisée par les opérations suivantes: dissolution sous pression dans des chaudières en tôle, filtration au filtre-presse, et précipitation à 60 -70 degrés du chlorhydrate de rosaniline par le sel marin. Le chlorhydrate brut est repris par l’eau et abandonné à cristallisation. L’arsenic, renfermé en totalité dans les premières eaux mères, est éliminé à l’état de combinaison calcaire.
- La rosaniline, comme on le sait, ne représente qu’une faible partie des produits de la réaction de l’acide arsénique sur l’aniline. Les produits secondaires de la réaction sont utilisés de diverses manières : les couleurs solubles dans l’acide chlorhydrique sont précipitées par le sel marin et constituent le grenat; on en extrait également la chrysotoluidine : celles qui y sont insolubles servent de base à la préparation de bleus ordinaires et de diverses sortes de gris.
- Les faibles rendements en fuchsine obtenus par les différents procédés qu’on a étudiés jusqu’ici tiennent à diverses causes : les corps oxydants qui doivent transformer le mélange d’aniline et de toluidine en rosaniline agissent naturellement aussi sur chacun de ces alcaloïdes isolément et provoquent la formation d’autres couleurs; l’excès d’aniline en présence duquel on opère transforme sans doute aussi les produits obtenus en corps, phénylés, et la température élevée à laquelle on agit n’est peut-être pas sans influence sur ce résultat. Aussi a-t-on cherché à abaisser cette température : de nombreuses tentatives ont été faites pour atteindre ce but, notamment en abaissant le point d’ébullition de l’aniline par une diminution de pression dans les éhaudières. Ces tentatives ne paraissent pas avoir donné de résultats bien concluants.
- M. Coupier a cependant annoncé au jury qu’il était arrivé à
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- Gr. V. augmenter considérablement ses rendements en opérant dans le
- vide, mais il n’a donné aucun détail sur son mode opératoire.
- Cl 47 1
- Les travaux classiques de M. Hofmann ont montré que la rosa-
- niline dérive de l’aniline et de la toluidine; d’autre part, M. Cou-pier a réalisé la fabrication d’une fuchsine, à laquelle il donnait le nom de rouge de toluène, par l’emploi de sa toluidine liquide, qui ne renferme pas trace d’aniline.
- Il y avait donc là un point obscur qui a été complètement éclairci par les recherches pleines de sagacité et de finesse de M. Rosenstiehl.
- Ce savant a démontré qu’il existe trois rosanilines : lapararosa-niline (a), qui dérive d’un mélange d’aniline et de paratoluidine (cristallisée); l’orthorosaniline (/3), qui dérive d’un mélange d’aniline et d’orthotoluidine (liquide); et la rosaniline de M. Hofmann, qui dérive des trois alcaloïdes.
- Lorsqu’on opère avec la toluidine liquide de M. Coupier (mélange des deux toluidines), on obtient un mélange des rosanilines. Pendant la réaction, l’orthotoluidine se transforme partiellement en aniline: ce qui explique comment on peut obtenir du rouge avec deux substances également impropres à en former.
- L’orthotoluidine à elle seule produit du rouge, car elle se décompose partiellement en aniline qui concourt avec l’orthoto-luidine en excès à produire l’orthorosaniline.
- Le même chimiste, après avoir démontré l’existence des trois rosanilines et de l’orthotoluidine, a recherché les conditions dans lesquelles il convient de mélanger les trois alcaloïdes générateurs pour obtenir le maximum de rendement possible; il a observé les faits suivants :
- Un mélange de parties égales d’aniline et de toluidine produit a2.à p. o/o de fuchsine; î partie d’aniline et 2 parties depseudo-toluidine produisent 5o p. 0/0 de fuchsine; 1 partie de pseudo-toluidine et 2 parties de toluidine produisent 3 9 p. 0/0 de fuchsine. Dès que dans un mélange d’aniline et de toluidine la proportion de cette dernière dépasse 00 p. 0/0, les rendements en matière colorante baissent rapidement: ils ne sont plus que de 3.6 p. 0/0 quand le mélange renferme 75 p. 0/0 de toluidine.
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- L’aniline commerciale dite pour rouge renferme les trois alca- Gr. V loïd es. D’après ce qui vient d’être dit, on comprend fout l’intérêt que les fabricants de fuchsine onf à connaître sa composition; divers procédés ont été présentés dans ce but.
- La mélhode de MM. Noelting et Reverdin est basée sur la différence de solubilité des picrates d’orlbo. . . et de paraloluidine dans l’alcool.
- Voici comment ils opèrent :
- Pour doser Y aniline, on prend les points d’ébullition du mélange à essayer et on lit directement, dans un tableau renfermant les points d’ébullition d’un certain nombre de mélanges déterminés, à la même pression barométrique, la proportion d’aniline et des deux toluidines contenues dans l’alcaloïde à essayer.
- Pour doser l orthotoluidinc, on prépare d’abord un mélange contenant les mêmes quantités d’aniline et des deux toluidines que l’aniline à essayer. Ou prend i o grammes de ce mélange qu’on fait bouillir au cohobaleur avec 900 grammes d’alcool et 93 grammes d’acide picrique; lorsque la dissolution est complète, on laisse refroidir: il se forme un précipité de picrate d’orthotoluidine qu’on filtre au bout de quatre à cinq heures; on le fait bien égoutter, et on lave le précipité avec 5o grammes cTalcool, pour déplacer l’alcool tenant en dissolution les picrates de paratoluidine et d’aniline; on le sèche et on pèse. On procède exactement de même avec l’aniline à essayer.
- Une simple règle de trois donne la teneur du mélange en or-thotoluidine; quant à la paratoluidine, on l’obtienL par différence.
- La valeur de la fuchsine a diminué dans une proportion extraordinaire depuis vingt ans : en 1855, elle se vendait 1,900 francs le kilogramme; en 1867, ^10 francs, et en 1878, 18 francs.
- Dérivés sulfoconjugués de la fuchsine. — La fuchsine s’applique, comme on sait, avec la plus grande facilité sur les tissus de laine et de soie; mais elle présente, à l’emploi sur laine, le grave inconvénient de ne pas teindre en présence des acides; comme beaucoup d’autres matières colorantes ne teignent, au contraire, que Classe h'].
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- sur bains acides, il a été impossible jusqu’ici de produire avantageusement les couleurs dérivées du mélange de la fuchsine avec ces autres produits. Une amélioration importante a été réalisée sur ce point, par la Badische anilin und soda Fabrik. Bien que l’Allemagne n’ait pas pris part au concours international de 1878, nous croyons devoir ne pas passer ce fait sous silence.
- Cet établissement a appliqué à la rosaniline la réaction qui a pour but de former une combinaison sulfoconjuguée, réaction dont les résultats sont si avantageux dans beaucoup d’autres cas. Lorsqu’on traite la rosaniline par h fois son poids d’acide sulfurique fumant (à 20 p. 0/0 d’anhydride) et qu’on porte la température du mélange entre 1 20 et 170 degrés, on obtient des dérivés sulfo-conjugués de la fuchsine. Les sels de ces dérivés possèdent la propriété de teindre sur bains acides; ils peuvent donc être associés au carmin d’indigo, aux couleurs jaunes, etc., et permettent d’obtenir en une seule teinture toutes les nuances mélangées qui sont d’un si grand emploi sur les tissus de laine.
- Constitution de la rosaniline. — M. Hofmann a fait connaître, il y a quinze ans, la nature de la fuchsine; il a montré que cette matière colorante est le chlorhydrate d’une base incolore à laquelle il a donné le nom de rosaniline et dont il a déterminé la composition; il lui a attribué la formule C20H19Az3, H2O, et a représenté sa constitution comme étant celle d’une triamine renfermant à la fois les résidus C6H4 et C7HÜ.
- ( C6H4
- Az3 (G7 H6)2
- ( H3
- MM. Emile et Otto Fischer ont résolu la question, encore pendante, du groupement moléculaire qui préexiste dans la rosaniline; ils ont transformé la leucaniline par l’action de l’acide azoteux en un carbure solide, le triphénylméthane CH(C6H5)3, qui est la substance première du groupe rosaniline; ils l’ont prouvé en préparant le trinitrotriphénylméthane, et en le réduisant par la poudre de zinc et l’acide acétique; ils ont obtenu ainsi une base identique
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- avec la leucaniline qu’ils ont, par oxydation, transformée en rosa- Gr. V.
- niline. La leucaniline est le dérivé triamidé du triphénvlméthane.
- i J Cl. 47.
- Quant à la rosaniline qui renferme deux atomes d’hydrogène en moins, elle est sans doute le dérivé correspondant d’un carbure C19HJ4, qui serait le diphényl phénylène-méthane :
- C6Ht\
- G6 H5 —G
- G6 H5 /
- Et la constitution de la rosaniline serait représentée par la formule
- AzH'2CüH3=C= (G°H4AzH2)2.
- La fuchsine est intéressante non seulement à cause de sa propre couleur, mais surtout parce qu’elle est la base d’une série d’autres matières colorantes; la plupart d’entre elles sont suffisamment connues pour qu’il n’y ait pas lieu de les décrire en détail : nous ne signalerons que les particularités qui nous paraissent mériter une mention spéciale.
- 2. Violet de fuchsine ou violet Hofmann.
- Les violets obtenus au moyen de la fuchsine ont été remplacés d’une fa^on presque absolue par les dérivés de la diméthylaniline : les nuances très rouges seules ne peuvent être produites avantageusement par ce procédé, et on continue à les préparer par l’action des éthers méthyliques sur la rosaniline. Au lieu d’employer l’iodure de méthyle qui avait été indiqué par M. Hofmann, M. Monnet (de la Plaine, près Genève) a eu, en 187/1, recours au chlorure de méthyle, qu’il chauffe sous pression avec une dissolution alcoolique de rosaniline. Le violet ainsi obtenu paraît plus pur que celui qu’on prépare en mélangeant le violet de Paris avec la fuchsine.
- D'autres dérivés violets ont été découverts par M. Nôlting qui les prépare par l’action sur la rosaniline, de la benzine chlorobini-trée ou chlorure de picryle, et de la naphtaline chlorobinitrée; ils
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- peuvent donc être considérés comme des phénylbinitro, phényltri-nitro, naphtylbinitro, rosanilines. Ces couleurs ont des propriétés basiques; leurs acétates sont solubles dans l’eau, mais les autres sels ne se dissolvent qu’à l’aide de l’alcool : elles sont très solides.
- 3. Bleus de rosaniline ou bleus de Lyon.
- Ces magnifiques couleurs, dont l’importance n’a cessé d’augmenter, ont été découvertes en 1860 par MM. Girard et de Laire; on continue à les préparer par l’action de l’aniline en excès sur la rosaniline en présence de l’acide acétique ou de l’acide benzoïque. Le bleu pur, dit bleu lumière, a été remplacé en partie par les bleus dérivés de la diphénylamine qui présentent, surtout à la lumière artificielle, un reflet plus franchement bleu que les bleus de Lyon les plus purs. Le bleu Mavy, par exemple, que M. Gerber (de Bâle) préparait avec tant de succès il y a peu d’années, a, d’après le dire même de son habile producteur, disparu de la consommation pour les quatre cinquièmes de son importance.
- Les bleus de rosaniline sont principalement appliqués à la teinture de la laine; on sait que c’est à l’état de combinaison sulfocon-juguée qu’ils sont employés et qu’ils portent sous cette forme le nom de M. Nicholson, à qui l’industrie est redevable de cette découverte.
- La préparation du bleu Nicholson est assez délicate, l’acide sulfurique formant avec le bleu trois combinaisons, dont la première (monosulfoconjuguée) est la seule avantageuse pour la teinture de la laine; il faut donc opérer avec le plus grand soin pour arrêter l’opération dès que le bleu est devenu soluble dans une dissolution alcaline et avant que la combinaison disulfoconjuguéc soit formée.
- Les trois acides présentent les caractères distinctifs suivants : le premier est insoluble dans l’eau; le second se dissout dans l’eau pure, mais il est insoluble dans l’eau acide; le troisième est soluble même dans l’eau acide.
- Ces trois combinaisons sont livrées au commerce à l’état de sels alcalins, dont la préparation exige de grands soins, car la dessic-
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- cation clés acides avec l’alcali paraît entraîner dans certains cas l’altération du bleu.
- Le bleu Nicholson ou bleu alcalin sert exclusivement à la teinture de la laine; la seconde combinaison est utilisée dans la teinture de la soie; les combinaisons supérieures servent pour la teinture du coton sur lequel elles se fixent directement.
- Le prix du bleu d’aniline a subi comme les autres couleurs artificielles un abaissement considérable depuis dix ans; il valait i5o francs le kilogramme en 1-867; la même qualité ne vaut plus que ko à k 5 francs.
- Sous le nom de bleu de Blackley, MM. Levinstein (de Manchester) livrent au commerce une variété de bleus alcalins qui sont consommés en très grande quantité dans la coloration des papiers d’emballage, de pliage, d’affiches, etc.; ils remplacent avantageusement l’outremer dans beaucoup de ses emplois. La production de ce bleu atteint le chiffre considérable de 5o,ooo kilogrammes par an.
- Le bleu de Blackley est le disulfosel sodique de la rosaniline diphénvlée que MM. Levinstein sont arrivés à préparer très régulièrement.
- Le bleu de Coupier, connu aussi sous le nom de bleu noir et de bleu manne, est le sel sodique de la combinaison sulfoconjuguée d’un bleu'oblenu par la réaction de l’aniline, de la nitrobenzine, du fer et de l’acide chlorhydrique dans les conditions voisines de celles dans lesquelles M. Coupier prépare son rouge. C’est un produit très solide, présentant quelque analogie avec la couleur de l’indigo; il se réduit comme ce dernier en présence des agents déshydrogénants; il teint la laine et la soie depuis le gris perle jusqu’au bleuie plus foncé, et est largement entré dans la consommation pour la teinture du drap.
- A côté de ces matières colorantes importantes figurent une foule d’autres produits dont le rôle est beaucoup moindre; il est difficile d’ailleurs d’être exactement renseigné sur la nature et la [•réparation delà plupart d’entre eux au milieu des noms de fan-
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- taisie dont chaque fabricant croit devoir baptiser les marques de son usine.
- Signalons cependant l’orange de Londres, que M. Brooke obtient par l’action de l’acide nitrique sur les résidus de la fabrication du bleu de rosaniline et qui paraît être de Thexanitrodiphénylamine (voir plus loin : Dérivés de la diphénylamme}, l’écarlate obtenu d’après le procédé de M. Caro, chez M. Brooke, par l’action de l’acide azoteux sur la rosaniline.
- Nous ne citerons également qu’en passant Y ancien violet au chro-mate de M. Perkin, dont divers fabricants trouvent encore la vente à cause de sa solidité, et le gris à l’aldéhyde que M. Casthelaz continue à préparer par le procédé de MM. Depoully au moyen du violet au chromate.
- DIMETHYLANILINE ET MATIERES COLORANTES DERIVEES.
- 1. Diméthylaniline.
- M- Émile Kopp, le premier, montra, en 18Gî, qu’en remplaçant dans la rosaniline un ou plusieurs atomes d’hydrogène par une ou plusieurs molécules d’éthyle, de méthyle ou d’amylc, on transforme le rouge en violet de plus en plus bleu.
- Peu de mois après, M. Ch. Lauth fit voir que, lorsqu’on introduit le méthyle dans l’aniline elle-même, on obtient, par l’action des agents oxydants, du violet au lieu de rouge.
- M. Poirrier, en 1866 , réalisa, avec la collaboration de son chimiste M. Bardy, la préparation industrielle de la méthyl et de la diméthylaniline, et indiqua plusieurs procédés de préparation de violet; à la fin de la même année, M. Ch. Lauth découvrit le procédé qui est encore suivi aujourd’hui pour la fabrication de ce violet.
- L’intérêt qui s’attache à ces découvertes provient de l’économie considérable qu’elles ont permis de réaliser dans la préparation de ces belles couleurs. On se rappelle que M. Hofmann avait, en suivant les indications de M. Émile Kopp, introduit dans l’industrie les violets obtenus par l’action des iodures alcooliques sur la rosaniline; l’intervention d’un corps aussi cher que l’iode aug-
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- mentait nécessairement le prix de revient du violet dans une proportion considérable; le violet Hofmann se vendait, en effet, vers 1867, 200 francs le kilogramme; la suppression de Tiode a rapidement fait descendre le prix de ces couleurs, et les marques les plus pures de violet de Paris se vendent couramment aujourd’hui au prix de 2 5 francs le kilogramme.
- La fabrication de la diméthylaniline et des couleurs qui en dérivent a été décrite à diverses reprises; nous n’avons donc que peu de choses à en dire.
- On prépare la diméthylaniline en chauffant, sous pression, un mélange d’aniline, d’acide chlorhydrique et d’alcool méthylique; lorsque la réaction est terminée, on sature le liquide, et la couche surnageante, décantée, est rectifiée; elle constitue, si l’opération est bien conduite, de la diméthylaniline presque pure. Les eaux mères alcalines renferment du chlorure de triméthylphénylammo-niurn, qu’on peut isoler en y ajoutant un excès de soude caustique; mais on l’utilise directement en évaporant ces eaux et en soumettant à la distillation le résultat de l’évaporation; le chlorure de la base quaternaire se décompose dans ces conditions, et donne naissance à une nouvelle quantité de diméthylaniline.
- M. Camille Vincent a proposé récemment de préparer la diméthylaniline, en chauffant, dans un autoclave à too degrés, un mélange d’aniline, de deux équivalents de chlorure de méthyle et d’un équivalent de potasse ou de soude; son procédé est exploité par la maison Brigonnet (de Saint-Denis), qui exposait des produits d’excellente qualité.
- L’intérêt du travail de M. Vincent réside moins dans l’emploi du chlorure de méthyle, qui avait été appliqué avant lui, que dans la découverte réellement importante qu’il a faite d’une source nouvelle des composés méthylés; ce savant distingué a étudié les produits de la distillation des vinasses de betterave, que nos départements du Nord obtiennent journellement en quantités considérables, et il a trouvé parmi ces produits, à côté de l’ammoniaque et de ses sels, de l’acool méthylique et de la triméthylamine; ce dernier alcaloïde, transformé en chlorhydrate., est ensuite décomposé par la chaleur et donne ainsi de l’ammoniaque et du chlorure
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- de méthyle. Si l’on comprime cet éther, il se résout facilement en un liquide incolore très mobile, bouillant vers —23°, sous la pression normale de o,n,'ÿ6o. Sa tension de vapeur, assez faible, rend sa liquéfaction, son maniement et son transport très faciles :
- A 0 degré, la tension totale de sa vapeur est de 2 atmosphères 48; à 15 degrés, de 4 atmosphères 11; à 20 degrés, de 4 atmosphères 81; à 25 degrés, de 5 atmosphères 62; à 3o degrés, de 6 atmosphères o5.
- On peut aisément le transporter dans des vases en fer ou mieux en cuivre.
- Le chlorure de méthyle peut servir non seulement à la préparation des produits méthylés, mais encore à l’obtention du froid, et il ne paraît pas douteux (pie la belle découverte de AL Vincent ne trouve dans l’un et dans l’autre cas des applications nombreuses; elles seront d’autant plus importantes, que le prix de revient de M. Vincent sera moins élevé. Il convient, en effet, d’observer que le prix du chlorure de méthyle, obtenu par l’action de l’acide chlorhydrique sur l’alcool inéthylique, oscille entre 160 et 200 fr. les 100 kilogrammes; pour que le chlorure des vinasses entre largement dans la consommation, il devra naturellement être livré au-dessous de ce prix.
- Il importe, pour avoir de bons rendements dans la préparation du violet de Paris, d’opérer avec de l’aniline pure exempte de loluidines, ces derniers alcaloïdes méthylés ne fournissant que peu ou point de violet; comme d’autre part on sait que le chlorhydrate de méthylaniline peut, aux environs de 3oo degrés, se transformer en chlorhydrate de toluidine son isomère, il faut éviter de pousser la température au delà du point nécessaire à la fixation du méthyle sur l’aniline.
- U11 point non moins important à observer est la transformation intégrale de l’aniline en ^méthylaniline, le dérivé mowométhy-lique donnant un rendement moins avantageux et des violets trop rouges; il est assez facile, en adoptant des proportions convenables, d’éviter la formation de monométhylaniline; nous indiquons ce-
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- pendant les moyens qui ont été proposés pour en reconnaître la présence.
- -VI. Hofmann a constaté que la base monométhylée forme, avec le chlorure d’acétyle ou l’acide acétique anhydre, de la mé-thylacétanilide, tandis que la diméthylaniline n’est pas attaquée par ces corps; il suffit donc de chauffer le mélange à analyser avec l’un de ces dérivés acétiques et de laver à l’eau chaude pour opérer la séparation.
- MM. Nôlting, Boas et Boasson ont recours à l’action de l’acide nitreux; en faisant agir le nitrite de soude sur une solution acide de chlorhydrate de méthylaniline, l’aniline se transforme en chlorure de diazobenzol et la diméthylaniline en chlorhydrate denitro-sodiméthylaniline, l’un et l’autre solubles dans l’eau, tandis que la monométhylaniline passe à l’état de méthylphénylnitrosamine (huile jaunâtre, insoluble dans l’eau et les acides).
- La préparation industrielle de la méthylaniline a été l’une des découvertes les plus remarquables et les plus fertiles en résultats dans la fabrication des produits dérivés du goudron; on lui doit non seulement l’admirable série des violets et des verts, mais encore les verts malachites et analogues, le bleu de méthyle, certaines couleurs azoïques importantes, etc.; elle a montré tout le parti qu’on peut tirer des réactions sous pression et la facilité avec laquelle cette méthode peut être appliquée.
- Mais ce n’est pas sans une somme d’efforts considérables que ces résultats, qui paraissent aujourd'hui si simples, ont été atteints. Aussi le jury international n’a-t-il pas hésité à donner à M. Poirrier (de Paris), le chef de la maison dans laquelle ces découvertes ont été réalisées, la plus haute récompense qui fût à sa disposition : la grande médaille.
- 2. Violets de Paris.
- Le violet de Paris est obtenu, dans tous les pays, par le procédé de M. Ch. Lauth, dont M. Hofmann (de Berlin) a divulgué naguère les détails de fabrication les plus circonstanciés, et sur lequel nous n’avons rien à signaler de neuf; rappelons, en quelques mots, qu’il consiste à traiter l’alcaloïde par un mélange de nitrate
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- de cuivre, de sel marin el d’acide acétique, divisé avec îofois son poids de sable siliceux; la masse, moulée en gâteaux de 20 centimètres de hauteur, est exposée dans une étuve à la température de ko degrés environ; lorsque la couleur s’est développée, on concasse le magma, on le traite par un sulfure alcalin pour décomposer la combinaison insoluble de violet cuprique qui s’est formée, puis, après le lavage, on épuise la matière colorante par l’eau, et on précipite par le sel marin.
- On obtient ainsi le violet de Paris ordinaire; à côté de cette marque que la maison Poirrier livre sous le nom de violet ijo, il existe diverses autres nuances plus bleues, parmi lesquelles il y a lieu de citer le violet benzylé, qu’on obtient par l’action sur le 17 0 du chlorure de benzyle en présence d’un alcali; ce violet, d’une teinte superbe et d’un ton très bleu, présente, en outre, l’avantage de se fixer sur les tissus de laine en présence des acides, ce qui permet d’obtenir des nuances composées d’une richesse de ton incomparable.
- 3. Verts de méthylaniline.
- Le vert à l’aldéhyde, qui eut à son apparition un succès si grand et si mérité, a cédé la place à une série d’autres produits qui par leur éclat et leur bas prix lui sont de beaucoup supérieurs.
- En 1867 déjà, on avait signalé l’apparition d’un vert obtenu comme produit accessoire dans la préparation du violet Hofmann; rapidement, on régularisa la formation de cette belle couleur, dont les travaux de MM. Hofmann et Ch. Girard ont fait connaître la composition : c’est le diméthyliodhydrate de rosaniline triméthylée.
- La rosaniline a été remplacée, pour la fabrication du vert, par le violet de Paris, en 1868, dans l’usine de M. A. Poirrier, et, à cette époque, le vert de méthylaniline était préparé par l’action de l’iodure de méthyle sur le violet en présence d’un alcali; mais le prix élevé de l’iode devait nécessairement faire rechercher le moyen de le remplacer. MM. Baubigny et Ch. Lauth réalisèrent cette amélioration, en employant, à la place de l’iodure, le nitrate
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- do méthyle; l’iode, dont le prix avait triplé, reprit son cours Gr. V. normal au grand avantage de son emploi en thérapeutique.
- Le nitrate de méthyle est un corps dangereux à manier : des faits douloureux l’ont prouvé.
- Il est remplacé aujourd’hui par le chlorure de méthyle, dont MM. Monnet et Reverdin ont indiqué les premiers l’emploi en 187/1. ^et ^ther, préparé soit par l’action de l’acide chlorhydrique sur l’alcool méthvlique, soit par la méthode de M. Vincent, est dirigé dans une solution alcaline méthylalcoolique de méthylani-line renfermée dans un autoclave en fer; on chauffe à 95 degrés pendant une heure. La réaction a également lieu sans pression, mais la durée de l’opération est plus longue.
- Le produit est traité par un alcali pour éliminer le violet non transformé, filtré et additionné ensuite d’une solution acide d’un sel de zinc; enfin on ajoute à la liqueur du sel marin qui précipite la combinaison de vert et de chlorure de zinc, insoluble dans les liqueurs salines; une nouvelle dissolution et une cristallisation donnent le vert chimiquement pur, que la maison Poirrier produisit pour la première fois lors de l’Exposition de Lyon en 1873.
- Ces diverses améliorations ont considérablement abaissé le prix du vert : en 1868, le vert en pâte se vendait 3o francs le kilogramme, ce qui représente environ 600 francs à l’état sec; le vert cristallisé, chimiquement pur, vaut aujourd’hui 60 francs, soit dix fois moins.
- L’Exposition de 1878 a fait connaître une nouvelle matière colorante verte : le vert malachite; son mode de préparation le différencie absolument des précédents; il ne dérive en effet ni de la fuchsine ni du violet de Paris : il est obtenu directement avec des produits incolores.
- On se rappelle qu’en 1868 MM. Poirrier, Bardy et Ch. Lauth avaient déjà montré le moyen d’obtenir un vert direct, en faisant réagir des corps oxydants sur la dibenzylaniline.
- M. Otto Fischer, depuis, a découvert une nouvelle couleur verte qu’il prépare par oxydation du tétraméthyldiamidotriphé-nylméthane, résultant de l’action du chlorure de zinc sur un mélange d’hydrure de benzoyle et de diméthylaniline.
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- Gr. v. Le même corps peut être préparé, selon M. O, Doebner, lors-4 qu’0« c^au^er Lin mélange de métylaniline et de trichlorure
- de benzyle; le produit de la réaction, débarrassé des matières volatiles non transformées, est dissous dans l’eau chaude et purifié d’après les méthodes ordinaires. La composition du vert malachite est représentée par la formule brute C23H2lAz2.
- On obtient avec celte couleur des nuances moins pures qu’avec le vert de méthyle , surtout à la lumière artificielle ; mais le bas prix auquel on peut la fabriquer ne laisse aucun doute sur son avenir.
- On le vend aujourd’hui 60 francs le kilogramme; son intensité est double de celle du vert de méthyle, ce qui porterait le prix de ce dernier à 120 francs.
- h. Bleu de méthylène.
- M. Ch. Lauth a fait connaître en 18-76 une nouvelle classe de matières colorantes, sulfurées, qu’il prépare par l’oxydation de diverses diamines aromatiques, sulfurées, ou par l’action sur ces mêmes diamines non sulfurées du perchlorure de fer en présence de l’hydrogène sulfuré; les violets bleus ainsi obtenus peuvent, être méthylés, et le bleu qui résulte de cette méthylation a la propriété d’être soluble dans l’eau, propriété nouvelle pour les bleus et très avantageuse au point de vue de la teinture.
- Le J>leu de méthylène, qui a été exposé en 18-78, est très voisin de ces couleurs ; il a été breveté par la « fabrique de Mannheim », qui indique pour son mode de préparation le procédé suivant: on transforme la diméthylaniline en nitrosodiméthylaniline par l’action du nitrite de potasse; on sursature la liqueur d’hydrogène sulfuré et on y ajoute du perchlorure de fer; le bleu se forme dans ce milieu; on le précipite par le sel marin, et on le purifie. L’analyse a démontré qu’il renferme du soufre de constitution: sa composition est représentée par la formule brute C10Hl8Az‘S. (M. Koch.)
- Le bleu de méthylène est largement entré dans la consommation, surtout pour l’impression du coton; il est d’une belle nuance, très résistant à l’action de la lumière et des agents chimiques.
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- DIl’H KNYL.VMIINK KT MATlÈltHS CO LUI! U'T 11 S DK11I VliliS.
- 1. Diphénylamine.
- Gel alcaloïde est préparé par le procédé de MAI. Girard et de Laire; on chauffe dans un autoclave, à 25o degrés, un mélange de 7 parties de chlorhydrate d’aniline et de 5 parties d’aniline; il convient de laisser pendant la réaction dégager l’ammoniaque qui prend naissance et qui autrement pourrait provoquer une réaction inverse. MM. Gerber et Llhlmann, qui fabriquent la diphénylamine sur une grande échelle, avaient exposé des produits très remarquables par leur pureté.
- MétJiyldiphényl amine. — On l’obtient en chauffant à aoo-200 degrés: îoo parties de diphénylamine, 68 parties d’acide chlorhydrique (D=i,a), et 2k parties d’alcool méthylique. (MM. Girard et de Laire, M. Bardy.)
- Ucthyldiphénylamine est préparée par un moyen analogue.
- La phén y lcré.sy lamine et la dicrésylamine s’obtiennent par les mêmes moyens que la diphénylamine.
- 2. Bleus de diphénylamine.
- Ges matières colorantes, découvertes par MM. Girard et de baire, ont pris une place importante dans l’industrie des couleurs artiliciellcs : la beauté des nuances qu’elles donnent les ont fait adopter pour la teinture de la soie et du coton, où elles font une concurrence assez sérieuse à l’ancien bleu-lumière de rosaniline; les bleus d’éthyl... et de méthyldiphénylamine surtout possèdent un éclat et une pureté incomparables; les échantillons exposés par M. Geigy et MM. Gerber et Uhlmann (de Bâle) ne laissaient rien a désirer sous ce rapport.
- La préparation du bleu de diphénylamine soluble à l’alcool a lieu comme il suit: on chauffe, entre i2 5-i3o degrés pendant vingt heures environ, 28 kilogrammes de diphénylamine mélangée de phénylcrésylamine et 28 kilogrammes d’acide oxalique.
- Pour les bleus très verts, on emploie, paraît-il, encore l’ancien
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- Ü2
- Gr. V. procédé qui consiste à traiter la diphénylamine pure par le chlo-rure de carbone.
- Cl. 47.
- Le bleu obtenu est lavé avec un mélange d’alcool et de benzine à plusieurs reprises, puis basifîé, repris par un acide, dissous dans l’alcool, décomposé par la soude et, après décantation, précipité par l’acide chlorhydrique. (M. Girard.)
- Pour obtenir un bleu soluble à l’eau, on peut traiter ce bleu purifié par l’acide sulfurique d’après le procédé général de préparation des corps sulfoconjugués ; on l’obtient directement en faisant intervenir l’acide sulfurique dans la réaction même qui donne naissance au bleu: on mélange 1 partie de diphénylamine, 2 à 3 parties d’acide oxalique, 1/2 partie d’acide sulfurique (66 degrés).
- Après le développement de la couleur, on dissout la masse dans l’eau bouillante, on neutralise par l’ammoniaque, et après filtration on précipite l’acide sulfoconjugué par un acide; 011 le lave à l’alcool, puis on le combine à un alcali.
- Bleus de méthyl..., d’éthyl... ou d’amyldiphénylamine. — On les prépare en chauffant, pendant dix à quinze heures à 120 degrés, 1 partie d’alcaloïde avec 2 à 3 parties d’acide oxalique ; la purification et la solubilisation sont les mêmes que pour les dérivés correspondants delà diphénylamine. (M. Ch. Girard.)
- 3. Jaunes de diphénylamine.
- Lorsqu’on met la diphénylamine en contact avec l’acide nitrique fumant, on obtient un corps jaune orangé (l’hexanitrodiphényla-mine) qui est connu dans le commerce sous le nom d’Auranlia; il exerce, dit-on, une action fâcheuse sur la santé de ceux qui le manipulent. D’ailleurs il présente à la teinture tous les inconvénients des corps nitrés; son emploi restera donc très restreint.
- D’autres dérivés de la diphénylamine figuraient à l’Exposition ; ils appartiennent à la série azoïque : nous les décrirons plus loin.
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- CHAPITRE III.
- MATIÈRES COLORANTES DERIVEES DU PHENOL.
- 1. Acide picrique.
- Nous n’avons rien à signaler de nouveau dans la préparation de cette matière importante dont la consommation est de plus en plus considérable; MM. Lou e et C'e (de Manchester) et M. J. Cas-thelaz (de Paris) en sont les principaux producteurs; son prix, qui a beaucoup baissé, est variable selon les qualités : l’acide cristallisé vaut environ k fr. 5o cent, le kilogramme, l’acide orange h francs, et l’acide pulvérulent 3 fr. 5o cent.
- M. Casthelaz avait exposé une belle collection de picrates, dont les plus intéressants sont : le picrate de potasse, employé pour les poudres; les picrates d’ammoniaque, de baryte, de strontiane, employés en pyrotechnie; le picrate de magnésie qui sert à préparer, par double décomposition, le sel de potasse dans un grand état de pureté.
- L’acide picrique est d’un emploi général pour la teinture en jaune, mais il sert surtout pour les couleurs mélangées : verts, modes, marrons, etc.
- L’acicle picramique n’est pas entré dans la consommation.
- Les dinitrocrésols, qui étaient employés il y a quelques années dans la teinture sous le nom de jaune d’or ou jaune Victoria, ne sont plus utilisés.
- 2. Coralline, acide rosolique.
- La coralline jaune, ou acide rosolique, et la coralline rouge découvertes par M. Jules Persoz en 1860 sont toujours l’objet d’une importante fabrication; MM. Lowe (de Manchester) en produisent environ a5,ooo kilogrammes par an; leur très belle exposition renfermait des échantillons remarquables de ces acides purs et
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- cristallisés obtenus comme nous l’avons dit en traitant du phénol avec cet acide fondant à ho degrés. MM. Guinon fils et C’e (de Lyon) montraient également des produits 1res soignés.
- La fabrication de la coralline n’a subi aucune modification. L’étude de cette matière colorante a été l’objet, dans ces dernières années, de recherches approfondies de la part de MM. Date et Schorlemmer, E. et 0. Fischer, Graebe et Garo, qui ont fait connaître les relations qu’elle a avec la rosaniline.
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- CHAPITRE IV.
- NAPHTALINE ET SES DElîlVES.
- La naphtaline est un des produits les plus abondants de la distillation du goudron de houille. Aussi a-t-on, à bien des reprises, cherché à l’utiliser dans la fabrication des couleurs artificielles.
- Jusqu’à ces dernières années, ces efforts n’avaient abouti qu’à des résultats peu importants, parce que ces couleurs étaient, le rose de Magdala excepté, moins vives que celles qui dérivent de la série benzénique.
- Il n’en est plus de même aujourd’hui; la naphtaline a trouvé des emplois nombreux et multiples : on a réussi à obtenir avec elle des produits d’une pureté de nuance et d’une stabilité remarquables. En combinant les dérivés naphtyliques soit entre eux, soit avec certains corps du groupe anilique, on est arrivé à produire des matières colorantes des plus intéressantes; enfin, la naphtaline sert de matière première à la fabrication de l’acide phtalique qui a pris une place capitale dans la préparation des couleurs artificielles.
- Nous renvoyons au chapitre Matières colorantes dérivées des corps azoïques l’étude du rose de Magdala qui rentre dans ce groupe; nous ne traiterons ici que de l’acide phtalique, du naphtol et des autres dérivés directs de la naphtaline.
- 1. Acide phtalique.
- Cet acide sert à la préparation de l’éosine et de ses dérivés, de la céruléine, etc.
- Sa fabrication a été montée industriellement il y a plus de dix ans par M. Casthelaz, d’après les procédés de MM. Depoully qui avaient réussi à préparer l’acide benzoïque en régularisant la décomposition du phtalate de chaux.
- Leur procédé consiste à traiter la naphtaline par un mélange de
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- Gr. V. chlorate de potasse et d’acide chlorhydrique; on obtient ainsi les
- tétrachlorures de naphtaline et de cliloronaphtaline qu’on débar-Cl. 47. 1 . 1 . T-
- rasse par pression des autres produits chlorés qui les accompagnent
- et qu’on décompose ensuite par l’acide nitrique : il se forme ainsi de l’acide phtalique et du chlorure de chloroxynaphtyle qu’on sépare par l’eau bouillante; la dissolution filtrée laisse déposer l’acide phtalique.
- Ce procédé avec diverses modifications paraît le plus employé; l’action du chlore gazeux a été étudiée avec soin, et l’on peut, en se servant de cet agent, obtenir le tétrachlorure de naphtaline assez pur en une seule opération.
- Au lieu de passer par les dérivés chlorés de la naphtaline, on peut directement oxyder l’hydrocarbure par un mélange de bichromate de potasse et d’acide sulfurique.
- Enfin M. Guyard (de la maison Palry et Cu) a réalisé la synthèse de l’acide phtalique en chauffant un mélange d’acide sulfurique et d’acide formique avec de l’acide salicylique; le meme chimiste a fait connaître diverses autres méthodes de préparation de l’acide phtalique au moyen de la résorcine; nous ne pensons pas que ces procédés soient l’objet d’une exploitation industrielle.
- Quel que soit le procédé employé, l’acide phtalique est purifié par l’eau bouillante d’où il se dépose à l’état cristallisé; soumis à l’action de la chaleur, il se dédouble en eau et en anhydride qui se sublime en longues aiguilles blanches ou qui distille sous la forme d’un liquide se prenant par refroidissement en une masse cristalline.
- Presque tous les fabricants de couleurs artificielles avaient exposé l’acide phtalique sous ses différents aspects; l’anhydride sublimé en magnifiques aiguilles d’un décimètre de longueur attirait particulièrement l’attention.
- Ce produit, qui en 1877 valait 28 à 3o francs le kilogramme, se vend aujourd’hui i5 à 17 francs.
- L’acide chloroxynaphtalique, que l’on obtient par la décomposition du chlorure de chloroxynaphtyle, n’a pas trouvé jusqu’ici d’emploi dans la teinture et l’impression ; on l’utilise en le transformant en acide phtalique. M. Casthelaz avait exposé de très beaux échantil-
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- Ions cle cet acide et une collection complète de chloroxynaphta- G-r. V lates.
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- 2. Naphtol.
- Il existe deux modifications du phénol naphtylique; on les distingue par les lettres a et /S.
- L’une et l’autre sont fabriquées par le procédé général de préparation des phénols découverts par MM. Wurtz, Dusart et Kekulé.
- Cette méthode est devenue d’une application fréquente dans l’industrie dos produits chimiques : c’est grâce à elle qu’on obtient les naphtols et la résorcine, et qu’on a pu préparer économiquement l’alizarine artificielle; elle est un des nombreux exemples des services éclatants que rendent à l’industrie les savants les moins préoccupés de recherches techniques, et en meme temps de la facilité et de la rapidité avec lesquelles l’industrie sait s’assimiler les découvertes de la science.
- Pour préparer le naphtol, on traite la naphtaline par l’acide sulfurique de manière à la transformer en acides naphtylsulfureux.
- M. Merz a montré qu’il se forme dans cette réaction deux acides isomères : chacun d’eux donne naissance à un naphtol différent (M. Schaeffer); selon les conditions dans lesquelles on opère, la température atteinte, la concentration et la proportion de l’acide sulfurique employé, on obtient un rendement plus ou moins considérable de l’une ou de l’autre des deux modifications. Ainsi, en chauffant le mélange des deux substances à 8o degrés, on peut produire jusqu’à 8o p. o/o de la modification a, tandis qu’en chauffant à 170 degrés on n’en obtient que 2 5 p. 0/0; la proportion inverse est observée pour la modification /3.
- On sépare les deux corps en utilisant la différence de solubilité de leurs sels; les a naphtylsulfîtes sont plus solubles dans l’eau que les j2 naphtylsul fîtes.
- Pour transformer ces sels en naphtols, on les fond avec la potasse, la soude caustique, ou un mélange des deux alcalis à une température de 280 à 300 degrés dans une capsule ou mieux dans Un autoclave; lorsque la réaction est terminée, on dissout la masse dans l’eau et on neutralise par l’acide chlorhydrique; l’a naphtol,
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- Gr. v. beaucoup moins soluble que son isomère, se dépose le premier;
- on les purifie l’un et Tautre par entraînement à l’aide de la va-ci. 47. * . ... }
- peur cl eau ou par cristallisation.
- Les napbtols servent à la préparation de nombreux dérivés (lia— zoïques orangés et rouge ponceau (voir plus loin Couleurs azo'i-iyues):; le dérivé a est également employé dans la fabrication du dinitronaphtol, jaune de Mar tins, jaune d’or ou jaune de Manchester qui ont une certaine importance.
- Dimtronaphtol. — *MM. Griess et Martius ont préparé ce corps par l’action du nitrite de soude sur le chlorhydrate de naphtyla-mine; on obtient ainsi le chlorure de diazoamidonaphtaline que l’acide nitrique transforme à l’ébullition en dinitronaphtol avec dégagement d’azote.
- Aujourd’hui on emploie généralement l’action à î oo degrés sur le naphtol a d’un mélange d’acide sulfurique et d’acide nitrique (MM. Wichelhaus et Darmstaedler); on précipite par l’eau, et on purifie par transformation en sel ammoniacal.
- Le dinitronaphtol est une belle matière colorante jaune qu’on emploie surtout pour la teinture de la soie et de la laine; mais il présente le grave inconvénient de rappliquer après teinture et aussi, malheureusement, d’être explosible.
- 3. Naphtylamine.
- Cet alcaloïde sert à la préparation du rose de Magdala et du jaune d’or; les indienneurs l’utilisent en quantité considérable pour développer directement sur coton des couleurs brunes et grises, remarquables par leur solidité.
- On obtient la naphtylâmine par un procédé analogue à celui qui est usité dans la fabrication de l’aniline.
- MM. Durand et Huguenin (de Bâle), qui sontles principaux producteurs de cette matière première, en fabriquent annuellement plus de 3o,ooo kilogrammes.
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- .MATIÈRES COLOHANTES DÉltlVEES UE L’ACIDE [’JITALIOUE. Cl. 47
- M. Baeyer découvrit en 1871 une nouvelle classe cle matières colorantes auxquelles il a donné le nom de phtaléines; elles sont obtenues par l’action de l’acide phtalique sur les phénols mono ou polyatomiques (acide phénique, résorcine, acide pyrogallique, etc.).
- Peu d’années après, en 187b, M. Caro observa qu’en faisant réagir le brome sur la phtaléine de la résorcine, on obtenait une magnifique matière colorante rouge, à laquelle il donna le nom d’éosine. Ce corps peut donner naissance, par substitution, à d’autres substances employées actuellement dans la teinture et qui possèdent toutes une pureté de nuance et un éclat qui n’avaient pas été atteints jusqu’alors. La découverte de M. Baever a donc été la source d’une série de couleurs dont le nombre, déjà considérable, est pour ainsi dire illimité, car chacune d’elles peut, à son tour, subir des modifications de diverses natures; l’illustre chimiste allemand a créé ainsi une industrie nouvelle qui a rendu des services importants à la teinture, à l’impression et à la fabrication des laques usitées pour la peinture, la lithographie et les papiers peints.
- Nous ne décrirons ici que les principaux produits qui ont figuré à l’Exposition, en laissant de côté les corps qui n’ont reçu aucune application industrielle.
- I. Phtaléine pyrogallique.
- Al. Baeyer découvrit cette matière colorante en 1871, mais elle ne fut l’objet d’une fabrication industrielle que trois ans après; c’est à MAI. Durand et Huguenin (de Baie) qu’on est redevable de cette application.
- L’exposition de ces intelligents manufacturiers, qui présentaient de nombreux et très beaux produits de tous genres, est digne d’être signalée, non seulement à cause du soin qu’ils portent à leur fabrication, mais encore pour une cause particulière qui leur fait honneur; quoique établis en Suisse, ils rrnt tenu à respecter les découvertes brevetées par d’autres inventeurs, et ils n’exploitent que
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- Gr. V. celles qu’ils font eux-mêmes ou qui sont clans le domaine1 public.
- ^ Le jury leur rend publiquement cet hommage.
- La plitah'uw pyrogallique ou galléme est préparée par la réaction de l’acide phtalique sur le double de son poids d’acide pyrogallique ou mieux sur l’acide gallique lui-même, entre 190 et 200 degrés; le produit, lavé pour en extraire les matières non transformées, est dissous dans le carbonate de soude et reprécipité par un acide. La galléine donne en teinture et en impression des nuances d’un beau gris violet dont la solidité est comparable à celle de la garance ou de l’indigo. Les plus belles teintes sur coton sont obtenues en fixant la couleur à l’aicle de l’acétate de chrome, ainsi que l’a montré M. Horace Kœchlin, et en préparant le tissu au sulfoléale d’ammoniaque.
- La galléine a pour composition C:20H12O7; elle dérive de deux molécules de pyrogallol C6H603 et d’une molécule d’acide phtalique C8H403, avec élimination de deux molécules d’eau.
- La galléme, traitée à 200 degrés par un grand excès d’acide sulfurique, est transformée en nouvelle matière colorante, à laquelle M. Baeyer a donné le nom de céruléine. Elle est très peu soluble dans l’eau, mais soluble dans les alcalis avec une belle couleur verte. Sa composition est représentée par la formule C'20Hl0O6.
- Elle possède la propriété de se réduire comme l’indigo, et de se réoxyder à l’air en reprenant sa couleur primitive; on peut profiter de cette réaction pour la teinture, et on obtient ainsi des nuances vertes d’une solidité exceptionnelle.
- La résistance de la céruléine à la lumière et aux agents chimiques est digne de fixer l’attention; elle réserve sans doute, à cette matière colorante, un rôle important dans la teinture du drap et du coton.
- M. Hora ce Kœchlin recommande d’ajouter à la céruléine, pour son emploi en impression, un corps réducteur comme le bisulfite de soude; pour l’application sur coton, il mêle de plus, à cette substance, de l’acétate de chrome.
- 2. Phtaléine résorcique.
- On l’obtient par l’action de l’anhydride phtalique sur la résor-
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- cine; ce dernier corps, dont la préparation passait pour difficile, il y a peu d’années, est aujourd’hui fabriqué sur une grande échelle-, il est l’un des exemples les plus curieux de l’habileté avec laquelle l’industrie sait appliquer économiquement les procédés scientifiques, lorsque le besoin s’en fait sentir; il y a cinq ou six ans, la résorcine, fabriquée exclusivement pour les laboratoires de chimie, se vendait plus de 1,000 francs le kilogramme : elle ne vaut plus aujourd’hui que de 18 à 20 francs.
- Fabrication de h résorcine. — Les procédés indiqués naguère par MM. Hlasivvetz et Barth pour préparation de la résorcine au moyen de la résine de galbanum ou par le paraiodophénol (M. Kôrner) sont abandonnés; il en est de même du procédé de MM. Oppenheim et Vogt qui décomposaient par la potasse le dérivé sulfoconjugué de la benzine monochlorée, et des procédés de M. Noelting par le parachlorophénol ou le monophénylsulfîte de soude. On emploie en général, comme point de départ de la fabrication de la résorcine, le pbénylène disulfite de sodium préparé pour la première fois par MM. Hofmann et Buckton et que M. Boss-Garrick a démontré en 1870 pouvoir produire de la résorcine par l’action de la potasse en fusion.
- On transforme la benzine en acide phénylène-disulfureux en l’attaquant par l’acide sulfurique fumant ou 66 degrés premier Idanc, dans un appareil à reflux; généralement on opère la réaction en deux temps, en ne combinant tout d’abord la benzine qu’à la moitié de l’acide nécessaire pour opérer la transformation totale; quand cette première phase est terminée, on ajoute le reste de l’acide sulfurique, et on continue à chauffer de 200 à 220 degrés environ. Le mélange acide est neutralisé par la chaux : après filtration, on transforme le sel de chaux en sel alcalin et on fond avec la potasse ou la soude; lorsque la réaction est terminée, on dissout dans l’eau, on neutralise par un acide, et on extrait la ré-sorcinc de sa dissolution aqueuse par l’éther ou l’alcool amylique; une cristallisation dans le toluène et dans l’eau fournit le produit dans un état de pureté absolue. On obtient parce procédé un rendement presque théorique.
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- Plus récemment, on a observé que la résorcine se forme également par la fusion du phénnte de soude avec la soude caustique : cette nouvelle méthode peu étudiée encore ne fournit que 1 5 p. o/o de rendement théorique.
- Fluorescéine. — On prépare cette remarquable substance en chauffant à iq5-aoo degrés une molécule ” 11 de phtalique
- et deux molécules de résorcine sèche; lorsque la masse est devenue sèche, on l’épuise par l’eau bouillante, et on purifie le résidu qui constitue la fluorescéine impure en le transformant en dérivé acétique, d’où le corps pur est extrait par la potasse alcoolique; enfin, la solution potassique est précipitée par l’acide acétique (M. Fischer). Elle renferme C2nH]205.
- La fluorescéine doit son nom à la magnifique fluorescence verte que possèdent ses solutions alcalines; celte réaction est caractéristique, et elle a une intensité telle que 1 gramme de cette matière colore d’une façon indiscutable 20 mètres cubes d’eau; M. Durand a utilisé cette propriété curieuse dans les recherches hydrographiques, et il l’a appliquée d’une façon ingénieuse dans une contestation qui s’est élevée en 1877 au sujet d’un droit de propriété sur l’eau de la rivière l’Aarh.
- La fl uorescéine est peu employée dans la teinture et l’impression; cependant on l'applique à l’état de combinaison potassique pour la coloration des fleurs artificielles en jaune. Elle fournit par substitution de nombreuses et superbes couleurs.
- Eosine (de sus, aurore) ou jluorescéine télrabromée. — Cette admirable couleur fut découverte en 187b par M. Caro et es 1 ’ ie parla Bndische Andin und sodaFabrik de Mannheim, qui la livra au prix de 1,000 francs le kilogramme.
- MM. Durand et Huguenin améliorèrent notablement sa préparation et livrèrent rapidement, à l’industrie des produits d’une pureté absolue à des prix relativement bas.
- M. Hofmann publia, peu de temps après l’apparition de l’éosine, un travail sur sa composition et son mode de préparation, et cetle publication fut, de la part de M. Baeyer, à qui revient le
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- mérite d’avoir découvert cette série de couleurs, l’objet d’une réclamation de priorité qui établit incontestablement ses droits d’inventeur.
- On obtient l’éosine en ajoutant quatre atomes de brome à une molécule de fluorescéine dissoute dans l’alcool ou l’acide acétique; il faut éviter l’élévation de la température et cependant opérer assez vite pour éviter le dépôt de la dibromofluorescéine qui échapperait à une bromuration ultérieure. L’éosine se dépose en cristaux jaune rouge qu’on purifie par une dissolution dans la potasse et précipitation au moyen d’un acide; elle présente la composition suivante : C'20H8Br1O5.
- La matière colorante livrée au commerce est l’éosinate de soude ou de potasse, qui est très soluble dans l’eau, tandis que l’éosine elle-même y est insoluble; elle est utilisée pour la teinture de la soie et du coton auxquels elle communique une nuance d’un rose aurore de toute beauté; elle sert plus rarement pour la teinture de la laine, à cause du manque d’unisson qu’elle accuse presque toujours. On l’emploie également pour la coloration du papier et la fabrication des laques qui se préparent très simplement, un grand nombre d’éosinates étant insolubles dans l’eau.
- L’éosine se vend couramment aux environs de 3o francs le kilogramme.
- Cette matière colorante peut fournir par substitution un grand nombre de dérivés; nous citerons les principaux.
- L’éthyl... ou la méthyltélrabromojluorescéine, connue aussi sous les noms d’érytlirosine, deprimerose, etc., est le dérivé alcoolique de l’éosine; M. Baeyer indique pour sa préparation le procédé suivant : on chauffe à iAo-i5o degrés l’éosinate de potasse, dissous dans i 5 fois son poids d’alcool, avec une quantité équivalente de sulfovinate ou de sulfométhylate de potasse; par refroidissement, l’érytbrosine se dépose à l’état cristallisé; on l’obtient aussi par l’action du sulfate de méthyle sur l’éosine (M. Bindschedler).
- G’estune couleur un peu plus violette que l’éosine; en solution elle est d’un beau rose avec fluorescence verte.
- La (hbromot!inilrojluorescéine [éosine nitrée, lutéaenne (M. Poirrier),
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- safrosine (M. Bindschedler), hortensia(M. Monnet)], a été présentée à l’industrie pour la ])remière fois au mois d’août 1876, par M. Poirrier, qui en avait monté la fabrication d’après les indications de MM. Vogt, de Lalande et Henninger. D’après le professeur Baever, on la prépare en traitant la dibromofluorescéine par l’acide nitrique fumant ou la dinitrofluorescéine par le brome, ou enfin par l’action du brome sur la solution acétique bouillante de la tétranitrofluorescéine; on l’obtient également en traitant directement la fluorescéine par le brome et l’acide nitrique.
- La lutécienne est très employée pour la teinture de la laine à laquelle elle communique des nuances écarlates aussi vives, aussi pures et plus économiques que celles delà cochenille; cette matière colorante paraissait destinée à un grand avenir quand la découverte des couleurs azoïques rouges (roccelline) et ponceau a mis entre les mains des teinturiers des produits encore plus avantageux.
- Les dérivés iodés de la Jluorescéine sont des couleurs extrêmement belles, mais elles sont d’une instabilité telle qu’on a dû, croyons-nous, renoncer à leur emploi; ils ont été découverts en 1875 par M. Nôlling et sont fabriqués par M. Monnet qui s’est assuré la collaboration de ce chimiste distingué.
- Le sel de soude du dérivé biiodé est connu sous le nom de jaune d’Orient ou de pyrosine J. Le ponceau d’Orient est un mélange des dérivés bi... ettétraiodés; enfin la pyrosine R est le sel de soude du dérivé tétraiodé à l’état de pureté; elle fournit une nuance rose (MM. Bindschedler et Busch).
- On connaît également les dérivés alcooliques des fluorescéines iodées : la mandarine à Yalcool est l’éther méthylique du jaune d’Orient (M. Nôlting).
- La. chrysoline est une matière colorante jaune, dont la nuance se rapproche de celle de curcuma et qui est très résistante à l’action de la lumière; elle a été découverte en 1877 par M. Re-verclin, chimiste de la maison Monnet. 11 la prépare en chauffant, à i3o-i4o degrés un mélange d’acide sulfurique et d’acide phtalique ordinaire, de manière à obtenir l’acide phtalique anhydre; on introduit ensuite dans la masse un mélange de résorcine,
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- d’acide sulfurique et de chlorure de benzyle, et on chauffe légère- Gr. V. ment; lorsqu’il ne se dégage plus d’acide chlorhydrique, on pousse la température à i35-i/i5 degrés. Après refroidissement, on dissout dans la soude caustique, on filtre et on précipite par un acide; le produit est repris par le carbonate de soude et évaporé à sec.
- La chrysoline fournit des dérivés bromés, iodés et nitrés qui sont tous de belles matières colorantes.
- La réaction du chlorure de benzyle sur la résorcine et la préparation de la phtaléine de la benzylrésorcine avait été indiquée dès 1 876 par MM. Ed. Willm, G. Bouchardat et Ch. Girard, mais ils n’ont pas décrit la matière colorante indiquée par M. Reverdin qui revendique d’ailleurs la fabrication de la chrysoline par le procédé que nous avons signalé plus haut.
- Auréosine, rubéosme (acides auréosiques et rubéosiquesJ. —
- MM. Ed. Willm, G. Bouchardat et Ch. Girard ont fait breveter en 1876, sous ces différents noms, une série de couleurs obtenues par eux en traitant la fluorescéine par l’hypochlorite ou l’hypo-bromite de soude (auréosine); l’auréosine chauffée avec l’acide nitrique étendu se transforme en couleur écarlate (ruhéosine).
- Ils ont remplacé ultérieurement les hypochlorites ou hypobro-mites par un mélange d’un bromate ou d’un bromure alcalin, en présence d’acide acétique ; ils développent ainsi du brome et se trouvent dès lors dans les conditions de la formation de l’éosine.
- Les mêmes chimistes ont préparé les phtaléines de la méthylré-sorcine,de l’éthylrésorcine et, ainsi que nous l’avons dit plus haut, de la benzylrésorcine.
- Une fort belle exposition de tous ces produits figurait dans la vitrine de M. Castbelaz qui en a entrepris la fabrication. Aucune étude scientifique n’a été publiée sur les faits indiqués par les auteurs précités ; il est donc impossible de savoir si les matières colorantes signalées par eux sont des corps définis ou de simples mélanges de lluorescéines plus ou moins chlorées ou bromées.
- Rose bengale, phloxine, cyanosine. — Ces couleurs sont fabri-
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- quées par M. Monnet; elles ont été découvertes par M. Nôlting, en 1876.
- Le rose bengale et la phloxine sont les dérivés iodés et bromés d’une fluorescéine nouvelle, différente de la fluorescéine phtalique ordinaire; ils sont solubles dons l’eau et donnent en teinture des nuances rose et cerise d’une admirable pureté, avec un ton violacé que ne fournit aucune autre couleur de la même famille.
- La cyanosine est le dérivé înéthvlique de la phloxine qui e.-.t soluble dans l’alcool et donne également en teinture des couleurs de toute beauté.
- Les matières colorantes dont nous venons d’esquisser l’histoire s’appliquent en général sur la laine, la soie et le coton; elles sonl plus particulièrement employées sur ces deux dernières fibres; pour la teinture du coton, il est bon demordanccr à l’alun saturé et au sulfoléate d’ammoniaque.
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- CHAPITRE V.
- .MATIERES COLORAMES DERIVEES DES CORPS AZOÏOUES.
- L’importance prise par ces matières colorantes dans ces dernières années nous oblige à donner quelques détails théoriques sur la constitution de ces corps complexes dont le mode de préparation serait autrement incompréhensible pour le lecteur.
- On désigne sous les noms de corps azoiques et diazoïqucs des composés amidés dans lesquels l’hydrogène est remplacé partiellement par de l’azote. Cette substitution a lieu sous l’influence de l’acide nitreux.
- L’emploi de cet acide dans les réactions chimiques a été indiqué il y a longtemps; mais l’étude du rôle qu’il joue et l’examen des corps innombrables et si variés que l’on peut obtenir à son aide dans la série aromatique sont dus à M. Peter Griess; ce savant illustre a publié le résultat de ses recherches dans une série de mémoires devenus classiques.
- Lorsqu’on fait réagir l’acide nitreux sur le nitrate d’aniline en bouillie aqueuse à une basse température, on obtient de longues aiguilles blanches d’un corps explosif, qui constituent le nitrate de diazobcnzol :
- C« H7 Az, HAzO3 + AzO2 H = C^AzVAzO3 + 2 H3 0.
- NHratc d’aniline. Acide nitreux. Nitrate de diazobenzol.
- On crut, à l’origine, que le diazobenzol pouvait exister à l’état de libci'té, et on lui donna pour composition C6H4Az2; mais l’expérience démontra que ce corps n’existe pas et les considérations théoriques développées par M. Kekulé firent admettre plus tard la formule C6Hr,Az2. R. (11 représentant .un radical monoatomique. )
- Si l’on compare celte formule à celle de l’aniline, on voit que l’azote s’est substitué à l’hydrogène (le l’amidogène AzH2.
- Le nitrate de diazobenzol est le dernier terme de la réaction de
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- l’acicle nitreux sur l’aniline; mais si l’on examine le produit obtenu lorsque l’aniline est incomplètement transformée, on voit que le diazobenzol s’est combiné à l’aniline, en présence de laquelle il se trouve, en formant un corps jaune orangé auquel on a donné le nom de diazoamidobenzol. Voici l’équation qui rend compte de cette réaction :
- C6H5Az2.Az03 + a AzH'2. C6Hb = Cf,H5(AzH2).HAzO3
- Ni Ira te de diazobenzol. Aniline. Nitrate d’aniline.
- _l_C6H5Az2. AzHC6H5
- Diazoamidobenzol.
- On sait d’autre part que les transformations isomériques sont fréquentes dans ces substances complexes; pour n’en citer qu’un exemple, la méthylaniline peut se transformer en toluidine:
- CH3-AzH(C«H5) CH3 - C°H4(AzIl2)
- Méthylaniline. Toluidine.
- line transformation du meme ordre a lieu lorsque le diazoamidobenzol se ti’ouvc en présence d’un sel d’aniline;,il passe alors à l’état d’amidoazobenzol :
- C°H5.Az2 — AzHC°Hr’ C°H5Az2 - CeH4AzH'2
- Diazoamidobenzol. Amidoazobenzol.
- L’amidoazobenzol est une matière colorante, et nous étudierons ses réactions dans un instant; mais il convient encore de montrer immédiatement qu’en remplaçant un atome d’hvdrogènc de C°H4AzH'2 par l’amidogène AzH2 on peut concevoir un corps de la composition
- C6H5Âz2.CG H3 — (AzH2)2,
- et qu’en faisant le même remplacement dans CüH5Az2 on peut obtenir un troisième corps de la composition
- C°H''(AzH'’)Az2 — C6H;i(AzH2)2.
- Ces deux corps sont: le premier, la chrvsoïdine ; le second, le brun Bismarck.
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- Nous allons examiner ces matières colorantes que nous avons classées d’après ces indications théoriques, et nous grouperons autour de chacune d’elles les corps qui s’y rattachent par leur origine et leur constitution.
- 1. AMIJHJAZOBENZOL Oü AZODIPHISN YLDIAMINE.
- CI2H" Az3 ou O-H9 (AzH*2)Az2.
- C°H5Az= Az — C6H4AzHi.
- (MM. Griess, Garo, Martius.)
- Ce corps, connu à l’origine sous le nom de jaune d’aniline, se produit dans diverses réactions chimiques; mais son mode de préparation Je plus simple consiste dans l’action de l’acide azoteux sur l’aniline.
- Comme nous l’avons dit plus haut, lorsqu’on traite l’aniline par l’acide azoteux, le diazohenzol formé se combine avec l’aniline en excès pour donner naissance au diazoamidobenzol; ce dernier corps se transforme en son isomère l’amidoazohenzol lorsqu’il est en contact avec l’aniline (M. Kékulé).
- On obtient avec l’orthotoluidine des corps analogues (M. Nietz-ky); leur préparation et leur purification sont beaucoup plus faciles que celles des dérivés correspondant à l’aniline.
- L’amidoazobenzol lui-même n’a pas trouvé d’emploi dans la teinture, mais plusieurs de ses dérivés y jouent un rôle des plus importants.
- Nous réunissons plus loin, dans un même chapitre, l’examen des corps sulfoconjugués obtenus avec les corps azoïques : nous ne parlerons ici que des indulines et des safranines.
- Ces deux séries de couleurs se forment dans des conditions analogues, c’est-à-dire par l’action des chlorhydrates des amines aromatiques sur les corps amidoazoïques.
- Lorsqu’une molécule de l’un réagit sur une molécule de l’autre avec élimination d’une molécule de s'el ammoniac, on obtient un corps de la. classe des indulines.
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- Cl. 47.
- Lorsqu’il y a simple élimination d'hydrogène, on obtient une sa-franine (M. Witt).
- Indulines.
- Bleu d’azodiphényle. — MM. Martius et Griess ont montré en 1866 qu’en chauffant Famidoazobenzol avec de l’aniline on obtient une matière colorante bleue, qui fut en 1870, l’objet d’une étude spéciale de la part de MM. Hofmann et Geyger. Ces savants l’ont préparé en chauffant à 160 degrés en vase clos parties égales d’amidoazobenzol et de chlorhydrate d’aniline; ils ont constaté que le bleu se produit d’après une réaction analogue à celle qui donne naissance au rouge Magdala. Les deux corps se combinent avec élimination d’ammoniaque.
- CJ-H11 Az;i -4- C"H7Az = Cl8H15Az3 -4- AzH;i
- Amidonzobonzol. Aniline. Dieu. Ammoniaque.
- On peut remplacer l’aniline par une autre amine, et le corps azoïque par un de ses congénères, et Ton obtient ainsi toute une série de matières colorantes qui ont pris, dans ces dernières années une importance assez grande. M. Witt, qui s’est spécialement occupé de l’étude de ces corps, leur donne le nom générique d’m-dulincs.
- Le bleu d’azodiphényle est insoluble dans l’eau, mais il forme des combinaisons sulfoconjuguées solubles dans l’eau, et que Ton emploie en grandes quantités pour la teinture de la soie et de la laine; il est très solide à la lumière et peut remplacer l’indigo dans certains de ses emplois.
- MM. Williams, Thomas et Dover, qui sont les principaux fabricants de ce produit, le livrent au prix de 12 à i3 francs le kilogramme.
- M. Casthelaz fabrique également ce bleu auquel il a donné le nom de bleu marin de Crumpsall.
- Nous rapprochons du bleu d’azodiphényle le rouge de Magdala qui appartient à la meme série.
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- Rouge de Magdala. — Signalé naguère par MM. Scheurer-Kcsl-ncr et Richard, cette matière colorante a été réellement découverte par M. Schiendl (deVienne); elle est fabriquée par MM. Durand et Huguenin.
- C’est une couleur d’un rose vif avec des reflets dichroïques particuliers; son emploi, limité à la teinture de la soie, ne paraît plus très important.
- La composition du rose de Magdala a été déterminée en i86q par M. Hofmann qui lui attribue la formule C30H21Az3.
- On l’obtient par la réaction de l’azodinaphtyldiamine sur un sel de na 1 'amine; nous n’avons aucun détail nouveau à signaler sur cette fabrication qui a été décrite en détail dans le rapport de M. Wurtz.
- Safranines.
- Cette matière colorante, entrevue par M. E. Willm, a été préparée industriellement pour la première fois par M. Perkin; elle est actuellement livrée par tous les fabricants de couleurs artificielles: elle est exploitée largement par MM. Durand et Huguenin. qui l’ont produite les premiers dans des conditions de bon marché et de pureté avantageuses.
- Son mode de préparation paraît avoir subi des modifications importantes; on sait qu’à l’origine on traitait par le nitrite de potasse, en présence d’acide chlorhydrique, le mélange d’aniline et d’ortbotoluidine connu sous le nom à'échappées, qui distille dans la fabrication de la fuchsine; l’action de l’acide nitreux détermine la formation d’un dérivé azoïque (amidoazotoluol) qu’on oxydait par l’acide arsénique ou le bichromate de potasse après l’avoir chauffé à 100 degrés avec un excès d’aniline; lorsque la réaction était jugée complète (ce qu’on apprécie par la nuance violet rouge que doit prendre le produit dissous dans l’alcool), on épuisait par l’eau bouillante et, après saturation par la chaux, on filtrait et on précipitait parle sel marin.
- La composition delà safranine, déterminée par MM. Hoffmann et Gcygcr, est représentée par la formule C-1 TI-°Àz1 ; son mode de
- Classe h7. il
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- formation, par le procédé précédent, était expliqué par la réaction suivante:
- C14H15Az3 -+- C7H9Az -r- 0- = C-1 H‘20Az4 2H20
- Ainidoazololiiol. Toluidine. Safranine.
- M. Witt a constaté en 1877 que l’intervention d’un agent oxydant n’est pas nécessaire dans la génération de la safranine; il suffit en effet de chauffer entre 100 et 200 degrés de l’orthoami-doazotoluol avec du chlorhydrate d’orthotoluidine pour obtenir un abondant rendement de safranine.
- La réaction est exprimée par la formule brute suivante :
- a(C14Hl5Az3) -+- C7H°Az.HCl. = C7H9Az.HCl -+- G7H10Az2 -+-
- Amidoazotoluol. Chlorhydrate Chlorhydrate Diamido-
- de toluidine. de toluidine. toluol.
- C21H20Az4
- Safranine.
- Cette interprétation paraît d’autant plus vraisemblable que l’auteur a constaté la présence du diamidotoluol et qu’il a en meme temps observé qu’une très petite quantité de chlorhydrate de toluidine est suffisante dans la réaction -, la régénération incessante de ce sel dans sa formule rend compte de ce dernier fait.
- Un autre point a été élucidé dans ces dernières années; il avait été admis, d’après divers auteurs, que la safranine ne peut être obtenue qu’avec l’orthotoluidine ; des expériences plus récentes ont montré qu’il existe, comme dans toutes les autres séries de matières colorantes artificielles, des homologues et des isomères de la safranine: on peut obtenir des safranines avec la paratoluidine: on en obtient également avec l’aniline (phénosafranine de MM. Williams, Thomas et Dover).
- La safranine, qui a eu à son origine un très grand succès, a souffert de l’apparition des phtaléines; elle n’est plus guère employée sur soie, mais la teinture du coton en consomme encore passablement ; elle donne en teinture des nuances très pures allant du rose au rouge un peu écarlate; la safranine obtenue avec la paratoluidine donne des nuances plus jaunes; la phénosa-
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- franine, au contraire, produit des tons plus violacés et qui sont très recherchés.
- Cette matière colorante, qui à l’origine se vendait à des prix extrêmement élevés, ne vaut plus aujourd’hui, à l’état pur, que 35 à ko francs le kilogramme.
- 2. DI AM1DOAZOBENZOL (cHRYSOÏDINe).
- C12H12Az4 ou C12H8 (AzIl2)2Az2.
- C6H5Az = Az — C°H3 (Az H2)2.
- Cette matière colorante a été obtenue pour la première fois par M. Caro, au mois de décembre 187a; presque à la même époque, en janvier 1876, M. 0. Witt la prépara par un autre procédé et en monta la fabrication chez MM. Williams, Thomas et Dover.
- Le 29 janvier 1877, M. Hoffmann communiqua à la Société chimique de Berlin un travail qu’il avait entrepris sur le produit de ces Messieurs, et il fit connaître, à la fois, sa composition, ses propriétés et son mode d’obtention. Cette publication provoqua de la part de M. Witt, à la date du i5 février, une réclamation qui fut, peu après (3i mars 1877), suivie cl’un mémoire complet de ce savant.
- La chrysoïdine peut être obtenue par l’action de la phénylène-diamine sur le diazoamidobenzol (Caro) ou par l’action des sels de diazobenzol à 1/100 sur la phénylène-diamine à 10/100 (Witt); le précipité est redissous dans l’eau bouillante, et la base séparée par l’ammoniaque est purifiée par cristallisation dans l’alcool ou l’eau.
- M. Hofmann recommande le procédé suivant : on fait passer un courant d’acide nitreux dans une solution alcoolique d’aniline, jusqu’à ce que les cristaux de diazoamidobenzol se soient redissous; à ce moment, on ajoute la phénylène-diamine qui provoque immédiatement une coloration rouge intense; si la liqueur est suffisamment concentrée, le nitrate de chrysoïdine ne tarde pas à se déposer à l’état cristallisé.
- La chrysoïdine se dépose de ses dissolutions en octaèdres volumineux d’un noir brillant; lorsque le refroidissement est rapide,
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- le liquide se prend souvent en une masse gélatineuse d’aiguilles microscopiques.
- C’est une matière colorante jaune orange d’une très grande intensité. Ses sels diacides sont rouges.
- Elle forme aisément des combinaisons alcooliques (diméthyl. . . dibenzylchrysoïdine) ; par l’aclion des amines, elle fournit des corps violets ou bleus analogues à ceux que l’on obtient dans les mêmes conditions sur l’amidoazobenzol (indulines); avec l’acide sulfurique concentré, elle produit des combinaisons] sulfoconju-guées.
- On comprend qu’en remplaçant la phénylène-diamine par d’autres diamines, ou l’aniline par d’autres amines, on puisse obtenir une série de nouvelles matières, qui, à leur tour, méthylées ou phénylées engendreront d’autres couleurs; la liste peut en être considérable, et il est vraisemblable que, dans le nombre, il s’en trouvera d’intéressantes au point de vue industriel. L’étude de toutes ces réactions a été commencée depuis 1876 par MM. Witt, Griess et Caro.
- La chrysoïdine est employée principalement pour la teinture du coton auquel elle communique une belle teinte orangée.
- 3. TRI 4M I DOAZOBENZOL (lîRUN DE PIIISNYLKNE-DIAMINE OU BRUIN BISMARCk).
- C12H13 Az5 ou C1 - H7 (AzIl2)3Az2.
- C°H4 (AzH2) Az = Az. C°H3 (AzH2)a.
- Cette matière colorante a été découverte par MM. Caro et Griess, il y a une dizaine d’années; on l’obtient par l’action du nitrite de potasse sur la (3 phénylène-diamine; pour préparer cette diamine, on avait recours à l’origine à l’action de l’étain et de l’acide chlorhydrique sur la dinitrobenzine. Aujourd’hui on la prépare par le zinc ou mieux par le fer et l’acide chlorhydrique; quand la réaction est terminée, on neutralise et on épuise par l’eau bouillante; la liqueur rendue fortement acide est additionnée de nitrite; le brun obtenu est purifié par les méthodes habituelles.
- Le brun de phénylène-diamine est employé dans une large me-
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- sure pour la teinture de la soie et surtout du coton, auquel il communique des tons très riches et très tournis.
- Les principaux producteurs de cette matière colorante sont MM. Williams, Thomas et Dover, qui consomment annuellement h 5,ooo kilogrammes de dinitrohenzol pour sa préparation.
- A. Diverses autres matières colorantes azoïques figuraient à l’Exposition: nous n’en dirons que peu de mots.
- he jaune de benzyle et 1 e jaune en pâte sont préparés par MM. Ger-her et Uhlmann par l’action de l’acide nitrique, de l’acide azoteux et du chlorure de benzyle sur la diphénylamine; ils teignent la soie, la laine et le coton en très beau jaune pur, résistant à la lumière et aux acides.
- M. Otto Witt a exposé ses nitrosamines aromatiques qui ont été de la part de ce chimiste distingué l’objet d’une étude approfondie :
- La diphénylnitrosamine est obtenue par l’action d’un nitrite métallique sur le chlorhydrate de diphénylamine;
- La monomtrodiphénylnitrosamine, par l’action des acides nitreux et nitriques sur la diphénylamine en solution alcoolique;
- La mononitrodiphénylamine, dérivée du corps précédent, par l’action de la potasse caustique;
- Les dmitrodiphénylnilrosannnes et dinilrodiphény lamines qu’on obtient par des procédés analogues, en faisant réagir les acides nitreux et nitriques sur la diphénylamine en solution acétique pour les premiers, et en les décomposant par la potasse caustique pour les seconds. Le mélange de la mtro. . . et de la dinitrodiphénv-lamine a été présenté dans l’industrie sous le nom de atronine.
- 11 est impossible de donner aujourd’hui une appréciation sur l’importance que pourront prendre ces différents produits, mais il est probable que leur rôle sera extrêmement restreint.
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- 5. DÉRIVÉS SULFOCONJUGUÉS DES COULEURS AZOÏQUES.
- L’industrie s’est enrichie depuis 1876 d’une nouvelle série de matières colorantes constituées par les dérivés sulfoconjugués
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- des corps azoïques, seuls ou combinés avec les amines et les phénols. La beauté de ces matières, leur solidité, leur bon marché, sont tels qu’elles ont conquis, en peu de temps, une importance de premier ordre; c’est par millions de francs que se chiffre aujourd’hui la production de ces couleurs.
- Le mérite de cette découverte revient à M. Z. Roussin, qui a établi ses droits dans une série de plis cachetés déposés à l’Académie des sciences du 6 juin 1875 au 22 mars 1876. Gomme nous le verrons plus loin, M. Roussin a été suivi de très près par d’autres savants, et cela n’a rien de surprenant.
- Tous les faits sur lesquels la fabrication de ces matières colorantes repose sont effectivement connus depuis longtemps; les travaux mémorables de M. Griess, auquel revient incontestablement l’honneur d’avoir découvert et étudié les corps azoïques, avaient appelé à maintes reprises l’attention des chimistes industriels; aucun d’entre eux n’a négligé de tenter avec eux de nombreuses expériences dans le but d’obtenir quelque substance utilisable pour la teinture, et dans plusieurs cas, comme nous l’avons exposé plus haut, leurs tentatives ont abouti.
- La possibilité d’obtenir des corps diazoïques sulfoconjugués a été démontrée, en 1861, par M. R. Schmitt, qui prépara l’acide dia-zophénylsulfurique.
- Enfin la propriété des corps diazoïques de pouvoir se combiner aux phénols a été constatée d’abord par M. Griess, puis en 1870 par MAL Hofmann et Colmann Hidegh, qui obtinrent le phénol-diazobenzol en faisant réagir le nitrate de diazobenzol sur le phé-nate de potassium.
- On comprend que, dans un champ ainsi préparé, la moisson ait été abondante et qu’elle ait été entreprise de divers côtés à la fois.
- La première matière colorante fabriquée dans cette voie, à notre connaissance (le rouge Amélie), a été découverte, en 1876, par M. Roussin, qui s’entendit avec M. Poirrier pour l’exploitation de ses procédés. Très rapidement, l’usine de cet intelligent manufacturier, dont le nom revient si souvent au cours de ce rapport, fut en mesure de livrer ce produit et plusieurs autres analogues,
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- parmi lesquels nous citerons notamment le jaune de Philadelphie, qui figura à l’Exposition de 1876.
- Le 18 avril 1876, M. Griess publia un travail très important sur le phénol-bidiazobenzol et ses congénères; dans ce mémoire, il indique les réactions des corps diazoïques sulfoconjugués.
- Un mois avant cette publication, M. Roussin avait déposé à l’Académie des sciences un pli dont il a bien voulu nous communiquer la copie, et qui renferme la description de tout un ensemble de réactions ayant trait au même sujet : peu de mois après (novembre 1876), M. Poirrier livra ses orangés 1 et a.
- Pendant que ces recherches étaient ainsi simultanément poursuivies, M. Otto A\itt continuait ses travaux de son côté, et, au mois d’octobre 187 6 , il produisit son premier échantillon de jaune. MM. Williams, Thomas et Dover, à l’honorable maison desquels M. Witt est attaché, exploitèrent ses procédés et livrèrent rapidement au commerce leurs tropéolines, qui parurent quelques mois après les orangés de M. Poirrier.
- En février et septembre 1877 parurent la chrysoïne et l’orangé de M. Poirrier.
- Ces dates précises nous paraissent démontrer sans doute possible que c’est à M. Roussin que revient le mérite d’avoir découvert les matières colorantes cliazoiques sulfoconjuguées, et que c’est M. Poirrier à qui revient le mérite de Les avoir le premier produites industriellement.
- L’apparition de toutes ces riches couleurs, dont l’importance ne fut douteuse pour personne dès le premier moment, ne pouvait manquer d’attirer l’attention des hommes de science qui suivent le progrès de nos industries. Aussi, dès le mois de juillet 1877, M. Hofmann publiait le résultat de ses recherches sur les matières colorantes de MM. Roussin et Poirrier, et faisait connaître leur mode de préparation.
- Enfin tout récemment, le 9 décembre 1878, M. Griess donna, dans un mémoire considérable, la composition et le mode de préparation de toute une série de ces corps.
- L’intérêt qui s’attache è ces nouvelles couleurs provient de ce
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- qu’elles remplacent diverses matières colorantes végétales employées en immenses quantités dans la teinture, tout en présentant sur ces matières des avantages incontestables de bon marché, de solidité et même de beauté.
- Nous ne pourrions entrer dans le détail de la préparation de chacun de ces produits, sans dépasser la limite que comporte ce rapport; nous indiquerons d’une façon générale le procédé qui sert à les obtenir.
- Comme nous l’avons dit, ces nouvelles matières colorantes résultent de l’action d’un corps diazoïque sulfoconjugué sur les amines et les phénols.
- La réaction est des plus nettes et des plus simples : on prépare le dérivé sulfoconjugué par une des méthodes connues; on le transforme en corps diazoïque par l’action de l’acide nitreux, et on ajoute à la solution une autre solution froide et diluée du phénol ou de l’amine qu’on veut faire intervenir. Immédiatement, il se forme un précipité qui constitue la nouvelle matière colorante.
- On peut, naturellement, intervertir l’ordre des réactions : ainsi, on peut mettre le dérivé diazoïque en présence de phénol et d’amine sulfoconjuguée ou bien ne faire intervenir l’acide sulfurique qu’à la fin et le faire réagir sur la combinaison du corps diazoïque et du phénol.
- Il est bon cependant d’observer que la théorie permet de prévoir que les corps obtenus par ces trois méthodes seront non pas identiques, mais isomériques, et de fait l’expérience a prouvé qu’il en est ainsi.
- Le nombre des matières colorantes obtenues par ces réactions est déjà considérable; il est évident qu’on en trouvera beaucoup d’autres. Il suffit de se rappeler que les carbures du goudron sont nombreux, et qu’il existe plusieurs séries de phénols et d’amines pour voir qu’en faisant intervenir alternativement l’un ou l’autre de ces corps on produira une quantité inouïe de substances nouvelles. Chacune d’elles, à son tour, sera apte sans doute à fournir d’autres dérivés si on lui applique les méthodes de substitution usitées.
- Les produits exposés par M. Poirrier portent le nom (Yorangés;
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- ceux de MM. Williams, Thomas et Dover sont désignés sous le Gr. V. nom de tropéohnes.
- 1 Cl. 47.
- L’orangé î de M. Poirrier ou tropéoline ooo n° î (M. Witt) est obtenu par l’action du dérivé diazoïque de l’acide sulfanilique (acide diazophénylsulfureux) sur le naphtol a; il remplace à la fois l’orseille dont l’emploi est beaucoup plus dispendieux, et le curcuma qui donne, comme on le sait, des couleurs peu solides en teinture.
- M. Hofmann ayant eu entre les mains un échantillon de ce produit, le soumit à l’analyse; il ne tarda pas, avec la sagacité que cet éminent chimiste met dans ses recherches, à reconnaître sa nature, et il s’empressa d’en faire connaître la composition, les propriétés et le mode de production. La publication de M. Hofmann a permis à tous les fabricants de matières colorantes de profiter de ces découvertes qu’ils n’ont point faites et qu’ils exploitent actuellement sur une grande échelle.
- Il a trouvé pour l’orangé i la composition C1GHl2Az2SO', et il en a conclu qu’il pouvait être préparé par l’action de l’un ou de l’autre des acides a ou /3 naphtolsulfureux sur le diazobenzol. ou de l’acide azosulfanilique sur les naphtols, ou de la diazonaph-taline sur l’acide phénolsulfureux ou enfin del’acide azosulfonaph-lylamiquc sur le phénol; il Ta préparé en faisant réagir l’a naph-tolsulfile de soude sur le nitrate de diazobenzol.
- D’ap rès M. Griess, l’orangé î doit être représenté par la formule suivante : C°H4 (S03H) Az = aAz.C10H6 (OH), et le corps préparé par M. Hofmann serait le suivant :
- Cf,H5Az = aCl0H5 (S03H) (OH)..
- Ce dernier corps est la tropéoline oooo (Witt).
- Vorangé 2 (A. Poirrier) ou tropéoline ooo n°a (Witt) est préparé par l’action de l’acide sulfanilique sur le naphtol /3; il donne des nuances analogues à celles de Torangé î ; mais elles sont plus vives et plus jaunes; on peut l’employer pour nuancer les écarlates.
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- Gr. V. Sa composition peut être représentée par la formule suivante :
- Cl. 47. G6H'1 (SO3H )Az = /3Az.G10H6 (OH).
- En opérant comme M. Hofmann l’a fait, M. Griess a préparé le corps G6H5Az = /3Az. C10H5 (S03H) OH.
- L'orangé S résulte de l’action du dérivé diazoïque de l’acide sulfanilique sur la méthylaniline; c’est un jaune légèrement rougeâtre, tournant au rouge par les acides; son instabilité l’a fait abandonner.
- orangé à (A. Poirrier) ou tropéoline oo (Witt) est préparé par l’action du dérivé diazoïque de l’acide sulfanilique sur la di-phénylamine: c’est une matière jaune très solide et qui, en raison de son grand pouvoir colorant, remplace avantageusement le cur-cuma.
- La roccelline est préparée par l’action du dérivé diazoïque de l’acide sulfonaphtylamique sur le naphtol /3; cette marque ne figurait à l’Exposition que dans la vitrine de M. Poirrier qui la fabrique en grand depuis 1877.
- La roccelline est d’un très grand usage sur soie; elle remplace l’orseille très avantageusement; mais on n’est pas encore arrivé à l’appliquer régulièrement sur laine.
- Elle donne des nuances plus vives que l’orseille, est plus économique et plus résistante à l’action de la lumière.
- M. Griess a trouvé pour la roccelline la composition suivante :
- G10H6 (S03H) Az = /3Az. G10H6 (OH).
- La tropéoline Y est obtenue par l’action de l’acide diazophényl-sulfureux sur le phénol ordinaire; elle a pour composition :
- CGH4 (S03H) Az = Az. G6H4 (OH).
- La chrysoïne (A. Poirrier) ou tropéoline 0 (Witt) est le résultat de l’action du dérivé diazoïque de l’acide sulfanilique sur la résor-cine.
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- Un corps analogue est préparé par l’action sur la résorcine du dérivé sulfoconjugué du diazobenzol (MM. Bindschedler etBusch).
- M. Griess a trouvé pour la chrysoïne la composition suivante :
- Cfi H4 ( SO3 H) Az = Az. G6 H3 ( OH )2.
- Le rouge Amélie est obtenu par l’action du dérivé diazoïque de l’acide naphtylsulfureux sur ramidonaplxtylsulfite de soude (naph-tionate de soude).
- Le jaune de Philadelphie est préparé par l’action du dérivé diazoïque de Tacide naphtylsulfureux sur le phénol.
- Plus récemment, MM. Meister, Lucius et Brünning à Hœchst ont fait connaître un ponceau solide à la lumière assez résistant au foulon et qui paraît devoir remplacer la cochenille dont il surpasse l’éclat; ils l’obtiennent en faisant réagir le dérivé diazoïque de la xylidine sur le sel de soude disulfoconjugué du naplitol (2 (insoluble dans l’alcool). Bien que ce produit n’ait pas figuré à l’Exposition, nous le mentionnons à cause du rôle important qui lui est réservé.
- Nous signalerons de même le dérivé sulfoconjugué de l’ami-doazobenzol qui vient de faire son apparition sur le marché et dont l’emploi comme matière colorante jaune présente de grands avantages; M. Griess, dans son mémoire du 18 avril 1876, avait déjà constaté que l’acide diazophénylsulfurique se comporte dans presque toutes les réactions comme le diazobenzol et que, notamment par sa réaction sur l’aniline, il fournit une combinaison correspondant au diazoamidobenzol.
- Gr. V Cl. 47
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- Gr. V.
- Cl. 47.
- CHAPITRE VI.
- MATIÈRES COLORANTES DERIVEES DE LA GARANCE.
- ALIZAR1NE ARTIFICIELLE.
- La fabrication artificielle des matières colorantes de la garance est assurément l’une des plus grandes découvertes chimiques de notre siècle. Bien que la maison Przibram (de Vienne) fût la seule considérable parmi les fabricants d’alizarine qui aient exposé ces produits, l’importance exceptionnelle de cette industrie nouvelle et des travaux scientifiques qui l’ont préparée ou développée nous a engagé à présenter un ensemble complet de l’état actuel de nos connaissances sur ce sujet; il nous a paru également intéressant de montrer les relations qui existent entre les produits naturels et les produits fabriqués, et de faire connaître les transformations que subissent les dérivés de la garance dans l’opération de la teinture.
- M. Rosenstiehl, dont les magnifiques travaux ont jeté tant de lumière sur ces questions complexes, a bien voulu, sur notre prière, rédiger un mémoire dans lequel il traite, avec sa haute compétence, les points que nous venons d’indiquer; sans entrer dans des détails de fabrication qui ont été publiés dans tous les recueils spéciaux, il expose la question dans son ensemble, d’une façon complète. Nous n’avons voulu modifier en rien sa propre rédaction; mais nous ne pouvons nous empêcher de regretter le parti pris avec lequel, jugeant les choses d’un point de vue scientifique absolument élevé, il a écarté toutes les questions de personnalité, et refusé ainsi, par modestie, de citer des noms parmi lesquels le sien joue un rôle aussi distingué.
- Nous présentons à notre savant ami nos remerciements les plus sincères pour sa précieuse collaboration.
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- Gr. V.
- (iAlîAINCË , ALIZAHINE AIU’IFICIELLE , VAIS iU. IIOSENSTIHHL. Cl. 47.
- Depuis les temps les plus reculés, la garance est employée pour colorer les tissus. Elle possède, sous ce rapport, des qualités exceptionnelles; car elle peut développer, dans une même opération, tout en conservant le blanc de l’étoffe, du noir et du violet, du rouge et du rose, sans parler des nuances intermédiaires.
- Ces couleurs jouissent de la propriété très rare d’être extrêmement résistantes à l’usage et à la lumière. L’une d’entre elles, le rouge, est en même temps la couleur la plus vive que l’on puisse produire sur la fibre végétale.
- Toutes ces qualités réunies ont fait de la garance une des plantes les plus précieuses au point de vue tinctorial, et son emploi s’est étendu avec la marche ascendante de l’industrie moderne, jusqu’au jour où les progrès de la synthèse chimique sont venus commander un arrêt au développement de sa culture.
- Des produits artificiels prennenl, dans la consommation, la place des principes colorants de la plante auxquels ils sont en partie identiques, en partie seulement équivalents.
- Leur emploi, permettant d’obtenir les mêmes effets avec autant de facilité et moins de frais, tend à se généraliser.
- Ce résultat, dont les conséquences économiques sont considérables, est une des plus belles applications de la chimie qui aient été faites dans ces dernières années.
- Aucun exemple ne démontre d’une façon plus victorieuse que la force vitale, qui dans les êtres organisés préside aux métamorphoses chimiques, n’est pas indispensable aux opérations synthétiques. Les forces dont la science peut disposer, et qu’elle apprend de plus en plus à manier à son gré, suffisent.
- Le champ ouvert par là à l’activité humaine est immense : il est extrêmement intéressant d’examiner la marche suivie par la science pour arriver à ce résultat, et de se rendre compte des procédés qu’elle a employés.
- En embrassant d’un coup d’œil le chemin parcouru, nous reconnaîtrons qu’il est loin de représenter une ligne droite, et nous
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- Gr. v. constaterons que des faits d’ailleurs bien observés ont occasionné ci~7 des détours, parce qu’on en a tiré prématurément des conclusions non justifiées.
- De 1823 à i85o, les travaux des chimistes n’eurent d’autre résultat que de constater qu’on peut retirer de la garance plusieurs matières colorantes, parmi lesquelles on en distingue particulièrement deux : l’alizarine et la purpurine. On admettait quelles existaient toutes formées dans la plante.
- Vers i85o, on apprit à mieux connaître la garance , à la suite d’un examen microscopique et d’une étude chimique de la plante fraîche. On reconnut qu’elle contient un liquide jaune, transparent, privé de tout pouvoir colorant, mais qui se colore peu à peu à l’air.
- La partie colorante rouge ne prend naissance que par la métamorphose chimique d’une substance encore mal connue aujourd’hui. Cette substance, soluble dans l’eau, jouit de la propriété de se décomposer facilement et indépendamment de la matière colorante; on trouve du sucre parmi les produits de sa destruction.
- D’après cela, on doit la considérer comme appartenant à la famille des glucosides, très abondamment représentée dans le règne végétal; mais rien ne nous est connu quant à sa constitution vraie et à la grandeur de sa molécule.
- Cette question n’est d’ailleurs pas d’une grande importance si l’on ne veut se placer qu’au point de vue de la production artificielle de ces matières, et nous n’avons pas à nous y arrêter.
- Ce qui est indispensable à connaître, ce sont les relations qui lient les corps dont on veut tenter la synthèse à d’autres dont la composition et la constitution sont parfaitement connues.
- Cela est si vrai que l’histoire de la découverte de la constitution de l’alizarine est en même temps l’histoire de sa synthèse.
- C’est en 18/19 que l’on observa, pour la première fois, la formation de produits définis aux dépens de la substance de la matière colorante. Par une oxydation ménagée, on en obtint simultanément deux acides incolores, que l’on savait obtenir par d’autres procédés: l’acide oxalique et l’acide phtalique.
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- Cette découverte cependant eut pour conséquence d’engager les travaux de chimistes dans une fausse voie, dont ils ne sortirent qu’après dix-huit années d’efforts : on avait obtenu précédemment, par l’oxydation de la naphtaline, les deux mêmes acides; ceci fit penser que l’alizarine devait dériver de cet hydrocarbure, conclusion qui séduisit d’autant plus les esprits qu’on avait réussi à préparer avec la naphtaline une substance à laquelle on avait reconnu de grandes analogies avec l’alizarine. Cette substance cependant contenait du chlore; elle s’appelait alors acide chlo-roxynaphtalique et est représentée par la formule bien établie :
- C10H5C103.
- On espérait qu’en remplaçant l’atome de chlore par un atome d’hydrogène, on obtiendrait l’alizarine, pour laquelle on adopta la formule C10H6O3, que les analyses élémentaires, faites sur des substances incomplètement purifiées, ne contredisaient pas.
- Il est juste de dire que tous les chimistes n’adoptèrent pas cette formule; mais ils n’avaient pas d’arguments aussi séduisants que les précédents à produire pour appuyer celle qu’ils proposaient; de sorte que toutes les analyses et les tentatives de synthèse ont été entreprises, à partir de cette époque, en vue de rattacher l’alizarine à la naphtaline.
- lien a été ainsi jusqu’en 1868.
- Dans cet intervalle, cependant, nos connaissances sur la composition immédiate de la garance elle-même s’étaient élargies.
- L’industrie des toiles peintes avait subi une transformation. L’emploi des couleurs vapeurs s’étant généralisé, elle réclamait un extrait contenant, à l’état de pureté, les principes colorants de la garance.
- Cette extraction, qui pour d’autres plantes réussit avec des moyens relativement simples, offrait, dans le cas spécial, une difficulté considérable. Car les principes colorants de la garance sont peu solubles dans l’eau et difficiles à séparer des principes non colorants qui se dissolvent en même temps. On échoua dans cette recherche, jusqu’au moment où l’on eut l’idée (1861) de prendre, comme point de départ, non la garance destinée à la
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- Gr. v. teinture où les matières colorantes sont déjà toutes formées, mais la racine de garance fraîche qui les renferme à l’état de principes colorables très solubles dans l’eau. On provoqua alors la formation des matières colorantes dans le sein de l’extrait, aqueux incolore, en y ajoutant quelques centièmes d’acide et en élevant modérément la température. Ce mode d’opérer donna à l’industrie un extrait dont la fabrication s’est conservée jusqu’à nos jours. 11 apprit, de plus, que l’on peut séparer régulièrement l’une de l’autre deux matières colorantes, pour lesquelles on conserva les noms A’alizarme et de purpurine, et qu’on offrit indépendamment aux consommateurs. Ces matières représentent, sous un petit volume, le pouvoir colorant de la garance; elles purent alors être examinées plus attentivement, et on découvrit un point très important: le produit appelé purpurine est formé, pour les neuf dixièmes de sa masse, par un corps qui n’avait pas encore été signalé et qui se transforme en purpurine vers ?»oo degrés centigrades. On l’appelle pseudopurpurine.
- En même temps, on découvrit dans le produit commercial deux autres corps nouveaux: la. purpurine hydratée et la purpuroxuntiune.
- Tou s ces principes bien définis furent analysés et représentés par les formules suivantes :
- C20H1209, C20H12O7,
- C20 H12 O7, a H2 O,
- C-°H1206,
- C20 H12 0°,
- pseudopurpurine; purpurine ; purpurine hydratée purpuroxantbine ; alizarine,
- formules qui rattachent les matières colorantes de la garance à la double molécule de la naphtaline C20H1G.
- Pour cette raison, elles ont dû être modifiées plus tard. Elles établissent néanmoins, pour la première fois, entre les matières colorantes de la garance des relations simples que les travaux récents n’ont fait que confirmer, sauf en ce qui concerne la pseudopurpurine.
- Ces relations sont les suivantes. La purpuroxanthine eti’alizarine ont même composition et sont par conséquent isomériques. La
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- purpurine contient un atome d’oxygène de plus que ces deux corps; les agents réducteurs la transforment en purpuroxanthine. Ces métamorphoses formaient un ensemble déjà bien intéressant, puisque, en partant de la pseudopurpurine, on savait obtenir la purpurine et la purpuroxanthine. L’alizarine seule, qui alors passait pour la plus importante des matières colorantes de ce groupe, ne participa à aucune de ces transformations, malgré les efforts que Ton avait faits pour l’obtenir aux dépens de la purpurine, à laquelle on n’accordait aucune valeur industrielle.
- Les choses en étaient là, lorsqu’en 1868 l’hypothèse d’après laquelle l’alizarine devait dériver de la naphtaline, dut être abandonnée.
- L’acide chloroxynaphtalique venait de céder enfin aux efforts des chimistes, et son atome de chlore avait pu être remplacé par de l’hydrogène.
- Le corps C10H603, qu’on avait obtenu ainsi, contrairement à ce que Ton avait espéré n’était pas de l’alizarine. Ce résultat cependant ne surprit pas; car les chimistes étaient habitués de longue date à cette idée que plusieurs corps peuvent avoir même composition et des propriétés différentes. On considéra le nouveau corps comme un isomère de l’alizarine. La question ne semblait pas avancée par cette découverte, qui obligeait à chercher d’autres voies. Et peut-être la constitution vraie de l’alizarine serait-elle restée encore longtemps une énigme, si des travaux entrepris dans une direction toute différente n’avaient déjà accumulé dans ce moment tous les documents nécessaires à une solution rapide. Pour en rendre compte, nous sommes obligé de remonter à Tannée 18 3 8.
- En oxydant l’acide quiniquc, produit extrait de l’écorce de quinquina, on avait obtenu un corps nouveau, qui reçut le nom de quinone. Les dérivés de ce composé ont été aussitôt étudiés pendant les années 1838-18Ô9. Et ces recherches eurent pour conclusion que la quinone était un corps doué de propriétés remarquables et sans analogie avec celles d’aucun autre corps connu.
- De 18A9 à 1866, la quinone cessa d’occuper les chimistes; cette dernière année vit naître une série de travaux dont le déve-Classe h'j. 12
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- Gr. v. loppement a montré que la quinone est le type d’une classe de ^ composés dont l’étude est d’autant plus intéressante que quelques-uns se trouvent représentés dans le règne végétal.
- Les quinones dérivent toutes de carbures d’hydrogène, tels que la benzine, le toluène, la naphtaline et l’anthracène.
- Pour se faire une idée de leur constitution, il faut se figurer, dans l’un de ces hydrocarbures, tels que la naphtaline G10H8, deux atomes d’hydrogène remplacés par deux atomes d’oxygène. La quinone de la naphtaline est d’après cela : C10H6O2.
- L’hydrogène restant dans la molécule après cette substitution peut encore être remplacé par des corps simples ou par des radicaux composés équivalents. Par exemple, dans la naphtoquinone, nous remplacerons un atome d’hydrogène par du chlore, un autre atome par un groupe monovalent (OH). Nous obtenons ainsi le composé G10H4Cl (HO) O2, qui est identique avec Tacide chlo-roxynaphtalique. Nous l’appellerons, afin de bien désigner sa constitution, chloroxynaphtoquinone. En mettant de l’hydrogène à la place du chlore, nous aurons le corps G10H5 (OH) O2, considéré pendant quelque temps comme un isomère de l’alizarine, qui s’appellera oxynaphtoquinone.
- Nous sommes arrivé maintenant au moment où l’analogie observée entre l’alizarine et l’acide chloroxynaphtalique va enfin porter ses fruits, après avoir si longtemps égaré les recherches.
- Leurs ressemblances frappantes ont fait penser que ces deux corps pouvaient avoir une constitution semblable, et que l’aliza-rine serait Toxyquinone d’un hydrocarbure qu’il s’agissait de trouver. En appliquant à l’alizarine une méthode de réduction énergique qui venait d’être découverte, on en obtint, non pas de la naphtaline, mais de l’anthracène G14H10.
- Pour comprendre cette réaction remarquable, il a fallu admettre pour l’alizarine brute la formule C14H8 O4, formule qui avait déjà été proposée et qui s’accordait avec des analyses faites en 18 6 k, auxquelles les idées admises à cette époque n’avaient pas permis d’ajouter foi. Gette formule correspond à une bioxyanthraquinone
- Cl4H6(0H)202.
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- La molécule de l’alizarine étant ainsi connue et sa constitution entrevue, il fallait la vérifier par la synthèse.
- Le 7 mars 1868, les faits précédents et les déductions qu’on en a tirées ont été portés à la connaissance du monde scientifique; le â3 janvier 1869, le premier échantillon d’alizarine artificielle a été présenté en public.
- La grande difficulté que les auteurs de la découverte avaient eu à vaincre, ce n’était pas la transformation de l’hydrocarbure en bioxvquinone, transformation que les méthodes générales, connues à ce moment, permettaient d’effectuer, mais c’était de se procurer la matière première, l’anthracène, qui alors était une substance fort rare et qui aujourd’hui, grâce à l’industrie de l’alizarine, est un produit dont le marché est abondamment pourvu. Nous serons bref en ce qui concerne la méthode de préparation de l’alizarine; nous n’en vouions indiquer que les grandes lignes.
- La transformation de l’anthracène en alizarine s’accomplit en trois phases :
- i° Oxydation de l’anthracène, production d’anthraquinone : C14H10-f 30 = H20 + C14H802 :
- 20 Préparation de l’anthraquinone chlorée ou sulfoconjuguée deux fois :
- Ci4H6Cl202 ou C14H6(S03H)202;
- 3° Substitution du groupe (OH) au groupe (S03H) ou au chlore; elle se fait par l’action des alcalis en dissolution concentrée à une température suffisamment élevée; le résultat de cette opération est l’alizarine :
- C14H6(0H)202.
- Nous aurons plus tard à compléter et à rectifier ces indications; telles que nous les avons données, elles ne représentent que les idées admises en 1870. Aujourd’hui que les procédés sont mieux connus, nous savons que les choses ne se passent pas aussi sim-
- A partir du moment ou l’alizarine fut obtenue par synthèse,
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- la.
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- nous voyons les travaux des chimistes se séparer en deux directions différentes mais parallèles, car le nombre des questions soulevées par cette synthèse était considérable.
- Tandis que les uns s’occupaient de la production industrielle de l’alizarine et étudiaient en détail les phénomènes secondaires qui se passent dans cette fabrication, d’autres dirigeaient leur attention vers la garance, afin de fixer la constitution définitive des matières colorantes diverses qu’on y avait découvertes. La nécessité de connaître la vérité sur ces points divers était d’autant plus impérieuse que l’on s’était aperçu dès les premiers jours que l’ali— zarine artificielle, dans ses applications, ne donnait pas exactement les mêmes résultats que les extraits de garance; il y eut des chimistes qui nièrent l’identité des deux matières colorantes, confondant ainsi les individus chimiques purs avec les produits de l’industrie qui sont des mélanges. Un point qui excitait surtout la curiosité, c’est que, presque dès le début, l’industrie produisit deux qualités d’alizarine : l’une pour les violets, l’autre propre à la teinture en rouge; elle avait réussi à imiter en cela les dérivés commerciaux de la garance, dont les uns donnent de beaux violets et dont les autres ne sont applicables qu’à la teinture en rouge.
- II y avait lieu d’être d’autant plus intrigué de ce fait, qu’à cette époque l’alizarine était considérée comme l’unique matière colorante utile, et que les divergences de propriétés des produits commerciaux étaient uniquement attribuées à des impuretés de nature inconnue et non à des matières colorantes. Mais si, jusqu’alors, on avait pu se contenter de cette explication en ce qui concerne la garance, mélange naturellement complexe, il était impossible de l’appliquer à l’alizarine artificielle qui, obtenue avec des principes chimiques définis, devait être exempte de ces causes de perturbation. La lumière se fit rapidement sur ces différents points dès 187/1. Pour exposer ces travaux, il est utile d’abandonner l’ordre historique. Dans ce qui va suivre, nous constaterons simplement l’état actuel de nos connaissances, en séparant toutefois les travaux sur les matières colorantes de la garance de ceux qui ont pour objet l’alizarine artificielle, autant que cette distinction pourra contribuer à la clarté de cet exposé.
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- Les matières colorantes de la garance.
- Nous avons donné plus haut la liste des matières colorantes de la garance, telle qu’elle a été dressée en 186A, et nous avons dit que les formules adoptées durent être modifiées le jour où la constitution de l’alizarine fut définitivement connue.
- Donnons ici les nouvelles formules :
- C20H12O9 devient C14H806
- Pseudopurpurine. c.-a.-d. une tètrnoxyantliraquinone.
- G20 H12 O7 devient G14 H8 O5
- Purpurine. Trioxyanthraquinone.
- G20 H16 O9 G14 H8 O5. H2 O?
- Matière orange ou hydrate de purpurine.
- C20H12Of) G14 H8 O4
- Purpuroxanthine. Bioxyanthraquinone.
- Nous indiquerons rapidement le mode de formation de ces diverses matières, leur rôle dans la teinture et leurs principales métamorphoses.
- La pseudopurpurine n’a pas encore été obtenue artificiellement; on ne peut l’obtenir qu’en partant de la garance. Les matières premières les plus avantageuses à traiter sont : la purpurine commerciale et la laque de garance employée dans l’impression et la peinture à l’huile.
- La pseudopurpurine donne en teinture des couleurs qui sont moins solides que celles que l’on obtient avec la garance. La nuance rouge n’est pas belle; le rose est vif, surtout comme couleur vapeur; le mordant de fer se teint en gris violacé. Ces couleurs ne résistent pas aux opérations de l’avivage. La teinture ne réussit, d’ailleurs, que dans l’eau distillée; il suffit d’un équivalent de carbonate de calcium en présence dans l’eau qui sert à teindre, pour que la pseudopurpurine soit entièrement engagée dans une combinaison calcaire insoluble et dès l'ors incapable de se fixer sur le tissu mordancé.
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- A ces propriétés caractéristiques vient s’ajouter une instabilité extrême qui va nous expliquer bien des phénomènes observés par les teinturiers. Nous les examinerons en analysant ce qui se passe pendant le garançage. La pseudopurpurine pure et sèche peut être chauffée à 160 degrés sans se décomposer; au delà, elle se scinde nettement en purpurine et acide carbonique; ce dernier acide n’a été observé comme produit de dédoublement de la pseudopurpurine qu’en 1876. On dut, dès lors, substituer la formule C15H807 à G14H8O6 pour représenter la pseudopurpurine; le dédoublement s’opère selon l’équation :
- G15 H8 O7 = CO2 + C14H805
- Pseudopurpurine. Ac. carb. Purpurine.
- En présence de l’eau, cette décomposition s’effectue à une température bien plus basse : par exemple par le simple traitement à l’eau chaude de la garance où la pseudopurpurine est contenue. Par cette raison, celle-ci a échappé à l’attention des chimistes pendant de longues années.
- Les produits de décomposition qu’elle fournit dans ces conditions sont multiples; à côté de la purpurine, produit principal, il se forme de la purpurine hydratée :
- Cl4H8O5 + H2O = C14H10O6
- Hydrate de purpurine.
- et, en petite quantité, de la munjistine, la matière colorante jaune de la garance :
- C15H807 — O = G15 H8 O6
- Pseudopurpurine. Munjistine.
- de la purpuroxanthine, dont la formation s’explique par deux équations :
- C15H806 = G02 + C14H804
- et
- Munjistine = Ac. carb. Purpuroxanthine.
- C14H805— O = G14 H8 O4
- Purpurine — Oxygène = Purpuroxanthine.
- modes de formation qui, tous deux, ont été constatés.
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- Il est à remarquer que tous ces corps ont été découverts dans Gr. V. la garance; mais il n’est plus permis de les considérer comme pré-existants dans la plante, puisqu’il suffit de traiter la pseudopurpurine par l’eau chaude pour les obtenir.
- Purpurine. — D’après ce qui précède, la purpurine, que l’on croyait exister dans la garance, résulte de la décomposition de la pseudopurpurine. Cette dernière constitue le meilleur point de départ pour l’obtenir à l’état de pureté. Rappelons que, déjà, en 186A, on avait constaté la formation de purpurine par la sublimation de la pseudopurpurine. En 1872, on a réussi à obtenir la purpurine, en fixant un atome d’oxygène sur la purpuroxan-thine, et, en 187A, on la produisit artificiellement en oxydant l’alizarine. Une même équation rend compte de ces synthèses, la purpuroxanthine et l’alizarine ayant même composition:
- C14H804 4- O = C14H805
- Alizarine ou Purpurine,
- purpuroxanthine.
- De toutes les matières colorantes de la garance, c’est la purpurine qui produit les rouges les plus vifs; ils n’ont pas cependant la nuance du rouge garancé; ils inclinent plus vers l’orangé.
- La purpurine ne produit pas de violets avec les mordants de fer.
- Ces couleurs résistent bien aux agents d’avivage.
- La purpurine hydratée donne, en teinture, les mêmes résultats; elle ne diffère de la purpurine anhydre que par sa plus grande solubilité.
- Alizarine. — Elle ne résulte de la métamorphose d’aucune des substances que nous venons d’étudier. Tous les efforts faits en vue de transformer la purpurine en alizarine ont été infructueux. On ne peut la retirer de la garance sans l’obtenir mélangée à la purpurine, dont aucune méthode ne permet de la séparer. On n’a d’autre ressource que de détruire la purpurine qui, étant un corps plus complexe que l’alizarine, pos'sède aussi moins de stabilité; on chauffe l’alizarine brute à +200° avec de l’eau additionnée
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- d’un peu de soude caustique. Le produit solide qui échappe à la destruction est cristallisé plusieurs fois dans l’alcool.
- L’alizarine pure ne teint pas les mordants d’alumine en rouge, mais plutôt en un violet rouge très rabattu, voisin de la couleur que l’on désigne par la dénomination de grenat. Les mordants de fer se teignent en un beau violet bleuâtre.
- Ces couleurs sont extrêmement stables et résistent au soleil et aux agents d’avivage.
- Le rouge garance. — En passant en revue les matières colorantes rouges qui pourraient, d’après leurs propriétés, donner naissance au rouge garancé, on arrive à éliminer tout d’abord la pseudopurpurine dont les couleurs sont instables. Tl n’y a guère que la purpurine et l’alizarine qui colorent le mordant en couleurs suffisamment résistantes. De ces deux, la purpurine seule donne du rouge, mais ce rouge est plus orangé que la nuance qui est exigée par les consommateurs et qu’on appelle rouge garancé; l’alizarine donnant une couleur plus violacée, on arrive à penser que le rouge garancé est obtenu par un mélange des deux matières colorantes. On l’obtient, en effet, avec 55 parties de purpurine et ô5 parties d’alizarine. Cette dernière est donc loin d’avoir dans la teinture en rouge le rôle prépondérant qu’on lui avait attribué, et la matière colorante que l’on retire d’un tissu teint en rouge turc n’est pas de l’alizarine pure, mais un mélange de deux matières colorantes. De cette manière s’expliquent les résultats divergents obtenus par les auteurs qui ont analysé des alizarines de composition différente, croyant analyser un principe chimique défini.
- Violet garancé. — La purpurine est impropre à la teinture en violet. Plus l’alizarine est pure, plus le violet est beau. Aucun dérivé commercial de la garance ne contenant de l’alizarine exempte de purpurine, les violets garancés sont moins beaux que ceux que fournit l’alizarine pure. L’expérience a cependant enseigné des procédés qui permettent de produire des violets passables avec ces matières premières impures : l’un consiste à détruire préalablement la purpurine en chauffant la garancine à une température suffi-
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- samment élevée; l’autre repose sur l’emploi d’un excès de craie dans la teinture, la craie formant, plus facilement avec la purpurine qu’avec l’alizarine, une combinaison insoluble et provoquant ainsi une séparation partielle.
- Composition des couleurs garancées. — L’alizarine, la purpurine et les oxydes d’aluminium et de fer ne sont pas les seuls principes constituants des couleurs garancées. Pendant la teinture, il se fixe de la chaux qui entre dans la combinaison, dans le rapport de 3 atomes de calcium pour k d’aluminium. Le calcium étant indispensable à la solidité de la couleur, il faut, pour que la teinture réussisse, que le bain contienne du carbonate de calcium. Celui-ci est maintenu en dissolution par l’acide carbonique naturellement dissous dans les eaux. Tant que cet acide ne s’est pas diffusé totalement dans l’air, la précipitation des laques insolubles d’alizarine et de purpurine ne se fait pas. Cette précipitation constituerait une perte de matière colorante. Dans la teinture, le gaz carbonique joue donc un rôle considérable puisqu’il maintient les matières colorantes en dissolution.
- Le carbonate de calcium peut être remplacé avec avantage par l’acétate.
- Quand la teinture est finie, les opérations d’avivage, qui ont pour but de rétablir le blanc de l’étoffe dans les parties non mor-dancées, viennent ajouter un cinquième élément à la couleur : l’acide gras du savon, lequel est aussi indispensable que le calcium pour donner aux couleurs la solidité et l’éclat qui font leur valeur.
- On ne connaît pas les proportions relatives de ces divers éléments; quoiqu’il ne soit pas douteux que le rouge et le violet ga-rancés ne soient des composés chimiques définis, nous ne savons rien de la grandeur de leur molécule ni de leur constitution.
- Des réactions chimiques qui se produisent pendant la teinture en garance. — Nous devons d’abord distinguer la garance pour teinture d’avec la garance fraîche, qui ne contient aucune matière colorante. Le n’est qu’avec le temps, après un long séjour en magasin, que le pouvoir colorant de la garance se développe. Nous savons
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- maintenant que les matières colorantes ainsi formées sont la pseudopurpurine et l’alizarine. La première, impropre à la teinture, serait sans valeur industrielle, si elle ne possédait la précieuse propriété de se décomposer et de produire de la purpurine par l’action de l’eau bouillante du bain de teinture. La purpurine ainsi produite vient corriger la nuance trop terne et trop violacée que donne l’alizarine. Cependant la durée d’une teinture n’est jamais assez longue pour que toute la pseudopurpurine puisse être détruite: cette dernière, sans le concours de la chaux, se fixerait infailliblement sur le tissu et compromettrait la solidité des couleurs. Cet accident se produit chaque fois que Ton teint avec une garance d’Al sace délayée dans de l’eau peu calcaire. Aussi la garance d’Alsace, dont les cendres sont siliceuses, n’a-t-elle pu rivaliser avec la garance d’Avignon, dont les cendres sont calcaires, que quand on eut pensé à ajouter de la craie au bain de teinture; nous savons que l’effet de cette dernière est d’engager la pseudopurpurine dans une combinaison insoluble, et de l’empêcher d’intervenir d’une façon fâcheuse.
- Une conséquence de ce que nous venons de dire, c’est que les résidus de la teinture en garance contiennent la pseudopurpurine combinée à la chaux. Pendant longtemps elle fut perdue. Ce n’est qu’en 1843 que Ton s’aperçut que ces résidus, traités par Teau acidulée bouillante, redeviennent aptes à teindre encore. Ces résidus revivifiés ont pris le nom de garanceux.
- La matière colorante qu’ils contiennent est de la purpurine provenant de la métamorphose que subit la pseudopurpurine sous l’action de Teau bouillante, circonstance qui fait comprendre pourquoi le garanceux donne des rouges trop orangés et se montre impropre à la teinture des violets.
- La même transformation a lieu quand on traite la garance elle-même par Teau acidulée bouillante. Son pouvoir colorant augmente dans la proportion deiooài^B, par ce fait que la pseudo-purpurine, nuisible en teinture, est remplacée par de la purpurine.
- La manipulation que nous venons de décrire se pratique depuis 1828, et le dérivé commercial qui en résulte porte le nom de garancine. La garancine sera donc plus riche en matière colo-
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- rante que la garance dont on est parti, et elle donnera d’autres Gr. v. nuances en teinture à cause de la prépondérance de la proportion de purpurine.
- La connaissance des propriétés de la pseudopurpurine répand, on le voit, de la lumière sur des pratiques industrielles qui ont compté jusqu’ici comme étant à la fois des mieux établies et des moins expliquées.
- Ces propriétés se résument ainsi : la pseudopurpurine n’est pas directement utile; elle ne le devient qu’après une décomposition préalable en acide carbonique et en purpurine, laquelle s’opère avec la plus grande facilité dans des circonstances où l’on ne s’attend guère à des actions chimiques aussi profondes.
- La pseudopurpurine ne saurait donc exister dans les dérivés de la garance qui ont subi l’action prolongée d’un liquide chaud, tels que le garanceux, la garancine, les extraits de garance, la purpurine transformée.
- Les matières premières d’où l’on peut l’extraire sont : la garance, la fleur de garance, la laque de garance et la purpurine commerciale.
- Les nombreux principes immédiats que l’on a cru retirer de la garance n’y préexistent pas; ils sont les produits de la destruction de la pseudopurpurine. Dans l’état actuel de nos connaissances, il suffit d’admettre dans la garance préparée pour la teinture la présence de pseudopurpurine et d’alizarine.
- Alizarine artificielle.
- Nous avons dit précédemment que, dès que l’alizarine artificielle avait été introduite dans le commerce, on s’était vite aperçu qu’elle ne donne pas exactement les mêmes résultats que l’alizarine naturelle. Nous savons actuellement que cette dernière était mal connue à cette époque. On donnait alors ce nom au mélange d’alizarine et de purpurine qui produit le rouge garancé. On a reconnu , en étudiant l’alizarine artificielle, qu’à l’exemple du produit naturel elle est un mélange de plusieurs matières colorantes. L’alizarine seule, si la synthèse l’avait produite pure, n’aurait pu
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- Gr. V. Cl. 47.
- servir qu’à faire des violets, et son emploi ne se serait pas généralisé au point de porter un coup mortel à la culture de la garance. Par un concours de circonstances extraordinairement heureux, on forme, en même temps que l’alizarine, des matières qu’on n’avait pas cherché à produire, qui remplacent avec avantage la purpurine dans le rouge garancé et qui en possèdent même la composition centésimale. On connaît aujourd’hui deux de ces isomères de la purpurine : l’isopurpurine appelée aussi anthrapur-purine, découverte en 1871 dans l’alizarine pour rouge, et la flavo-purpurine, découverte en 1876.
- En dehors de ces matières, on en a préparé une troisième également isomérique de la purpurine, que nous signalons ici, bien qu’elle n’ait pas été découverte encore dans l’alizarine artificielle, pour présenter dans son ensemble l’état actuel de nos connaissances : c’est l’oxychrysazine.
- Dans ce qui va suivre, nous décrirons le mode de formation de ces diverses substances et leur rôle dans la teinture.
- Quand on attaque l’anthraquinone par l’acide sulfurique, il se forme simultanément un mono.. . et divers acides disulfureux. En traitant le mélange de ces acides par les alcalis caustiques à une température convenable, on obtient différentes oxyquinones.
- L’alizarine dérive d’un acide monosulfureux, contrairement à ce que l’on avait admis au début. Elle doit sa naissance à deux réactions successives :
- Dans la première, l’anthraquinone monosulfonée devient mo-noxyanthraquinone :
- C14H7(S03H)02 + (Na0H)2 G14 H7 (0H).02+SO3 Na2 + H20.
- Dans la deuxième phase, un atome d’oxygène se fixe sur la mo-noxyquinone dans le milieu alcalin; il en résulte de l’alizarine :
- Gu H7 ( O H ) O2 4- O = C14 Hfl ( OH )2 O2
- Monoxyanthraquinone. Alizarine.
- Pour les acides anthraquinonedisulfureux, les choses se passent
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- d’une manière analogue : dans une première phase, il se produit des bioxyquinones qui ne sont pas de l’alizarine, mais des isomères privés de propriétés colorantes; dans une deuxième, les bioxyquinones s’oxydent dans le milieu alcalin et se transforment en trioxyquinones isomères de la purpurine. Ces deux phases s’accomplissent dans une seule et même opération. Elles produisent simultanément l’alizarine, l’isopurpurine et la flavopurpurine dont le mélange constitue l’alizarine artificielle pour rouge. Pour obtenir l’alizarine pour violet qui est de l’alizarine presque pure, il faut opérer des séparations soit sur les acides sulfoconjugués, soit sur les matières colorantes toutes formées. Ces procédés de séparation ne sont pas publiés. Pour préparer Toxychrysazine, on renverse l’ordre des opérations. L’anthracène est d’abord sulfoconju-gué, puis fondu avec les alcalis pour hydroxyler et enfin oxydé pour former la quinone.
- Avant d’aller plus loin, disons que ces trois isomères de la purpurine ont aussi été obtenus par une méthode qui n’est pas industrielle, mais qui est intéressante en ce sens qu’elle a servi à déterminer la constitution de ces trois corps et à démontrer en quoi elle est différente de celle de l’alizarine et de la purpurine.
- Elle consiste à souder ensemble deux molécules d’acide oxybenzoïque :
- 2.C7H«03=2H'20+£TO
- Ac. oxybenzoïque. Eau. Anthraflavone
- (isomère de ralizarine).
- On fait, dans une seule réaction, trois isomères de l’alizarine qui, par oxydation dans un milieu alcalin, donnent naissance aux trois isomères de la purpurine que nous venons de citer.
- L’isopurpurine peut être obtenue par l’oxydation de deux bioxyquinones : i° l’isoanthraflavone de l’anthracène; 2° l’anthrafla-vone a de l’acide oxybenzoïque. Ces deux corps, non colorants quoique différents, donnent naissance à la même trioxyquinone.
- La flavopurpurine n’a été obtenue jusqu’ici que par oxydation d’une seule bioxyquinone : l’anthraflavone /3, qui se prépare soit en partant de l’anthracène, soit en partant de l’acide oxyben-
- Gr. V Cl. 47
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- Gr. V. Cl. 47.
- L’oxychrysazine enfin est le résultat de l’oxydation de deux bi-oxyquinones isomères : i° la chrysazine de l’anthracène; 2° l’an-thrarufine que l’on peut préparer soit avec l’anthracène, soit avec l’acide oxybenzoïque.
- .En indiquant le rôle que ces trois isomères jouent en teinture, il est utile de comprendre dans la discussion l’alizarine et la purpurine : ce qui porte à cinq le nombre des matières colorantes dont il convient de tenir compte.
- Au point de vue de la teinture, il faut les séparer en deux groupes. Le premier comprend celles qui colorent les mordants d’alumine en violet rouge, c’est-à-dire en rouge plus violacé que ne l’est le rouge garancé : ce sont Yalizarine et foxychrysazine. Elles donnent toutes les deux avec le mordant de fer de beaux violets.
- Le deuxième groupe comprend celles qui colorent les mordants d’alumine en rouge franc, c’est-à-dire une couleur moins violacée que le rouge garancé; la laque de fer est d’un violet peu intéressant. Ce sont : la purpurine, Yisopurpurine et la Jlavopurpurine.
- Nous pouvons donc dire en résumé que pour produire le violet une seule matière colorante suffit : on pourra employer soit l’alizarine, soit la chrysazine.
- Pour le rouge et le rose, il en faut deux, savoir : une des matières du premier groupe que l’on associera avec l’une de celles du second groupe.
- L’effet de ce mélange sera de produire cette couleur intermédiaire qui est identique avec le rouge garancé. Les couleurs ainsi obtenues remplissent la double condition de résister également aux agents d’avivage et à la lumière et de pouvoir être produites dans des conditions économiques, circonstances qui leur assurent un emploi industriel étendu.
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- CONCLUSION.
- Gr. V.
- Cl. 47.
- Résumant l’ensemble de la question telle qu’elle se présente aujourd’hui, nous pouvons dire que les choses se passent comme si les matières colorables de la garance étaient au nombre de deux, dillérant entre elles par un atome d’oxygène. Ces matières sont susceptibles de se détruire, soit lentement dans la racine de garance à mesure quelle vieillit, soit plus rapidement dans le traitement qui a pour but de fabriquer les différents dérivés commerciaux, ou encore pendant les opérations d’analyse immédiate.
- Les produits de cette destruction sont nombreux, et leur découverte successive a donné une idée fausse de la composition immédiate de la garance, qui a paru ainsi bien plus compliquée qu’elle ne l’est réellement.
- Parmi les produits de cette destruction, deux se forment en quantité dominante; ce sont : l’alizarine et la purpurine. Ils existent toujours simultanément dans tous les dérivés commerciaux de la garance et en constituent les principes les plus utiles. Leur séparation offre des difficultés extrêmes, à tel point que ce que l’on a pris pendant de longues années pour de l’alizarine pure n’était qu’un mélange de ces deux corps. C’est ce mélange qui constitue la matière colorante rouge de la garance. Les parentés de constitution de l’alizarine et de la purpurine sont cependant telles que les deux, soumises à un même procédé de réduction, donnent naissance à un même hydrocarbure.
- La connaissance de cet hydrocarbure a conduit à la synthèse de l’alizarine. Cependant c’est en croyant fabriquer de l’alizarine qu’on a produit un nouveau mélange plus compliqué que le précédent dont les propriétés colorantes sont telles qu’il remplace industriellement celui qui constitue la matière colorante de la garance, sans qu’il lui soit chimiquement identique. Toutefois, dans le produit naturel comme dans le produit artificiel, il existe un principe qui leur est commun et qui leur donne son nom, c’est l’alizarine.
- L’histoire des matières colorantes de la garance est un bel exemple de ce qu’il peut sortir de résultats heureux des efforts
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- Gr. V. CS. 47.
- combinés de la science et de l’industrie. Grâce à ce concours, nous connaissons la composition et la constitution des matières qui produisent le rouge garance, et nous savons comment l’anthracène se transforme régulièrement en matières colorantes utiles.
- S’il est permis de dire qu’au point de vue industriel nous sommes en présence d’un tout achevé, il n’en est pas de même de celui de la science pure, car la forme sous laquelle la nature a déposé dans les plantes ces principes qui ont servi de modèles à la synthèse chimique nous est encore inconnue.
- S’il est légitime de se réjouir de la lumière faite, il est juste d’avoir devant les yeux ce qui reste à faire pour atteindre un des buts les plus élevés de la science.
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- MATIÈRES COLORANTES ET COULEURS.
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- II
- MATIÈRES COLORANTES NATURELLES.
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- Cl. 47.
- Indigo.
- Les trois pays qui fournissent au inonde industriel presque tout l’indigo qu’il consomme (les Indes néerlandaises, les Indes françaises, l’Amérique centrale) avaient exposé de nombreux et fort beaux échantillons de cette précieuse matière colorante; les soins spéciaux apportés par les producteurs dans les procédés d’extraction, depuis quelques années, ont amené une amélioration certaine dans la qualité de leurs produits qui, en général, sont moins chargés qu’autrefois de matières étrangères. Chacun d’eux, d’ailleurs, nous a paru conserver ses caractères particuliers.
- Aucun fait nouveau n’a été signalé au jury sur la culture et la préparation de l’indigo; nous ne pourrions donc que nous livrer à des redites sur son histoire et ses propriétés.
- 11 importe cependant de constater un fait qui ne manque pas d’intérêt; malgré le développement extraordinaire donné à l’industrie des matières colorantes artificielles, malgré les tentatives nombreuses faites pour remplacer l’indigo, tentatives dont plusieurs ont amené des résultats pratiques, la moyenne des importations en France n’a varié que fort peu, ainsi que le prouve le tableau suivant :
- «ELEVE OFFICIEL DES IMPORTATIONS D’INDIGO EN FRANCE.
- 1808...................................... î,566,3(j5 kilogr.
- 1869 ..................................... 1,596.999
- 1870 ..................................... 1,289,188
- 1871 .................................... 1,660,866
- 1872 ..................................... 1,692,160
- 1873 ..................................... 1,682,180
- 1876....................................... 1,552,966
- 1875 ..................................... 1,689,352
- 1876 ..................................... 1,679,282
- 1877 ................................... 1,369,208
- Indigo hongrois. — Le jury a remarqué dans la section aulri-
- Glasse h 7.
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- chienne des échantillons d’indigo préparés en Hongrie avec Ja guède (Isatis tinctoria); d’après les renseignements donnés par les exposants, un terrain de 12 hectares pourrait fournir chaque année une récolte brute de 675,000 kilogrammes; pour 1 kilogramme d’indigo pur, il faut 300 kilogrammes de verdure: cette récolte correspondrait donc à 2,25o kilogrammes d’indigo. L’intérêt que présente cette tentative a porté le jury à décerner une médaille de bronze à M. Sarlay et une mention honorable à MM. de Pataky et Maday.
- L’application de l’indigo à la teinture du drap et du coton a reçu un perfectionnement important par la découverte de la cuve à l’hydrosulfite due à MM. Schutzenberger et F. de Lalande; nous ne pouvons entrer ici dans le détail de ce procédé qu’on trouvera exposé sans nul doute dans le rapport de la classe 48.
- L’emploi en teinture du carmin et de la composition d’indigo est toujours considérable; les procédés de fabrication sont connus; ils ne paraissent pas avoir été modifiés. Divers fabricants français exposaient une sorte de carmin desséché très pur; cette marque est particulièrement destinée à l’exportation.
- Bleus de Dole. — Nous devons signaler ici une application des carmins d’indigo qui a pris une certaine extension. Au commencement de ce siècle, en 1800, M. Roux Lecoynet eut l’idée de composer une pâte soluble à base d’indigo destinée à l’azuragë du linge, pour masquer la teinte jaunâtre ou grise qu’il conserve même après le blanchiment; son établissement à Dole prit des proportions assez importantes, et il existe actuellement dans cette ville plusieurs usines dont la spécialité consiste à préparer le carmin d’indigo et à le transformer en tablettes, en pastilles ou en boules destinées à l’azurage : la production de cette industrie, qui s’est localisée à Dole, atteint, tant en France qu’à l’étranger, une somme qu’on nous aflirme être de plus de 1 million de francs : plusieurs centaines d’ouvriers y sont employés; aujourd’hui, à la vérité, ces préparations n’ont plus pour base exclusive l’indigo, la plupart de ces fabricants produisant en même temps des boules ou des pastilles d’outremer, de bleus de Prusse, de bleus d’aniline, etc.
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- MATIÈRES COLORANTES ET COULEURS.
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- La préparation des carmins pour teinture accompagne généra- Gr. V. lement la fabrication des produits pour azurage. Cl~47
- Les bleus Boilley et Passier jouissent d’une réputation méritée auprès des teinturiers et des imprimeurs.
- La synthèse de l’indigotine a été réalisée il v a huit ans par MM. Emmerling et Engler; leur procédé consiste à préparer l’acé-tophénone par la distillation d’un mélange de benzoate et d’acétate de chaux, à traiter ce produit par l’acide azotique fumant, de manière à obtenir la modification sirupeuse de la nitracétophé-none, puis à chauffer ce corps à une température assez élevée pour en dégager de l’eau, et à traiter enfin le résidu parla poussière de zinc et la chaux sodée; en exposant ce mélange à une chaleur convenable, on obtient un sublimé qui renferme de l’indigo dont l’identité avec le produit naturel a été établie par de nombreuses expériences.
- Ces faits ont été découverts en 1870, mais ils n’ont donné, depuis, lieu à aucune remarque nouvelle.
- Plus récemment, M. Baeyer a réalisé la synthèse de l’indigo-tine par une voie toute différente.
- On sait que, par l’action des oxydants énergiques, l’indigotine C8H5AzO se convertit en isatine C8H5Az03; l’amalgame de sodium transforme ce corps en dioxyindol C8H7Az02, qui lui-même se réduit en liqueur acide pour donner l’oxyindol C8H7AzO.
- M. Baeyer, après avoir établi ces faits avec M. Knop, a cherché à reproduire synthétiquement l’indigotine en remontant del’oxyin-dol à l’indigotine.
- Des vues théoriques l’amenèrent à considérer l’oxyindol comme un anhydride de l’acide orthoamidophénylacétique, l’eau éliminée se formant aux dépens des éléments mêmes de la molécule acide amidophénylacétique comme l’indique la formule suivante :
- tœ-œm) H20_CeHiSCH2-co
- 1 H | Az.H.H j M j AzH.
- L’expérience vérifia complètement cette théorie.
- i3.
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- Gr. V. Cl. 47.
- L’acide phénylacétique CGH5—CH2 —COOH qui sert de point de départ à la synthèse de l’indigo se prépare par l’action de la potasse caustique sur le cyanure de benzyle CGH5.CH2.CAz.
- On traite cet acide par l’acide nitrique fumant à la température du bain-marie.
- Il se forme plusieurs acides nitrés isomères qu’on réduit par l’étain et l’acide chlorhydrique. La solution après séparation de l’étain par H2S est neutralisée par C03Ca et bouillie un instant avec BaCO3.
- Les acides amidés isomères forment des sels barytiques, tandis que le corps correspondant à l’acide orthoamidophénylacétique étant à l’état d’anhydride dans la solution neutre reste non combiné. On l’extrait à l’état de pureté à l’aide de l’éther. C’est l’oxy-indol.
- L’oxyindol ainsi obtenu, traité par l’acide azoteux, se transforme en nitrosoxyindol qui par réduction donne l’amidooxyindol
- CGH4
- CH.AzO — CO AzH
- jNilrosoxyimlol.
- + Ha = H20 + C6H4
- CH(AzH2).CO
- AzH
- Amidooxyindol.
- Ce corps amidé, traité soit par le chlorure de fer, le chlorure de cuivre ou bien par l’acide azoteux, donne très nettement i’isa-
- (CO-CO) tme. C6H4 ] . u |
- j AzH )
- L’isatine, sous l’action du pentachlorure de phosphore en présence de benzine, produit un composé chloré
- CGH'
- CO-C.C1
- Az
- qui par réduction donne l’indigotine. Cette réduction se fait par la poudre de zinc dans l’acide acétique cristallisable. L’indigotine synthétique C8H5OAz se dépose de cette solution sous forme de beaux cristaux. En même temps que de l’indigo bleu, il se produit dans cette réduction une quantité variable de pourpre d’indigo (indigpurpurine); c’est un corps isomère de l’indigo et iden-
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- MATIÈRES COLORANTES ET COULEURS. '197
- tique avec la substance obtenue par MM. Baeyer et Emmerling par l’action du chlorure d’acétyle, du trichlorure de phosphore, et du phosphore sur l’isatine.
- Orseille.
- La fabrication de cette matière colorante n’a cessé d’augmenter d’importance depuis 1867; après la guerre de 1870, la France a perdu une de ses fabriques les plus considérables, et cependant les importations de lichen n’ont subi aucune dépréciation: elles augmentent au contraire tous les ans.
- TAP.LEAU DES IMPORTATIONS DE LICHEN D’ORSEILLE EN FRANCE.
- 1868 .................................... 1,570,798 kilogr.
- 1869 .................................... 1,597,343
- 1870 .................................... 1,059,454
- 1871 .................................... 1,518,969
- 1872 ................................... 2,3a2,814
- 1873 .................................... i,oo2,84o
- 1874 ..................................... i,n4,6o2
- 1875 .................................... 1,373,725
- 1876 .................................... 1,880,093
- 1877 .................................... 2,324,274
- L’exportation française est considérable; elle est dirigée vers l’Amérique, l’Angleterre, la Russie, l’Autriche et l’Allemagne où les produits français sont préférés à ceux des nationaux, malgré les frais souvent considérables de transport, de droits d’entrée et de change ; nous ne pouvons indiquer les chiffres officiels de l’exportation, parce que ces produits sont désignés sous le terme générique d’extraits tinctoriaux.
- Il est impossible de donner des renseignements précis sur la fabrication de Torseille; chaque maison a ses procédés, ses tours de main, fruit d’une longue pratique et que personne ne veut divulguer; on peut affirmer cependant qu’il y a des méthodes nouvelles et que la fabrication s’est sensiblement améliorée au double point de vue de la rapidité de la production et du développement donné à la puissance colorante; la couleur est obte-
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. nue aujourd’hui en deux fois moins de temps qu’il y a quinze ans, et le produit fabriqué a un rendement supérieur de 25 à 3o p. o/o au minimum.
- Une transformation à peu près complète s’est opérée dans la préparation des produits de l’orseille, depuis la découverte de M. Frezon : l’extraction préalable des matières colorables qui a été réalisée industriellement pour la première fois par lui, a permis de préparer aujourd’hui l’extrait d’orseille au même prix que l’orseille en pâte autrefois. Ce progrès, qui a mis le fabricant à même de livrer des produits purs et débarrassés de matières étrangères, lui permet en même temps de les exporter au loin, le même volume renfermant une quantité de matières colorantes bien plus considérable.
- Orcine. — La plupart des fabricants d’orseille exposaient de l’orcine en magnifiques cristaux ; c’est généralement par les procédés de Stenhouse et de M. de Luynes qu’on l’obtient.
- PRÉPARATION ARTIFICIELLE DE L’ORCINE ET DE L’ORCÉINE.
- L’orcine a été obtenue artificiellement par MM. G. Vogt et Ilenninger. Ils ont pris pour matière première le toluène, l’ont transformé en toluène monochloré par l’action du chlore à froid, puis en acide chlorocrésylsulfureux par l’action de l’acide sulfurique sur ce corps chloré chauffé à îoo degrés. L’excès d’acide sulfurique nécessaire à cette réaction est éliminé par la chaux; il se forme alors un chlorocrésvlsulfite de chaux soluble qu’on sépare facilement du sulfate de chaux. Le sel calcique est amené à l’état de sel de soude par l’action du carbonate de sodium. Le sel sodique fondu et maintenu pendant quelques heures à la température de 280 à 3oo degrés avec deux fois son poids de soude ou de potasse caustique fournit de l’orcine mélangée de sa-licylate et de crésylate alcalins.
- Pour préparer l’orcéine, on dissout la masse dans l’eau, on sature l’alcali par l’acide chlorhydrique; il se forme du sel marin ou du chlorure de potassium qu’on fait cristalliser, et l’on traite l’eau
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- MATIÈRES COLORANTES ET COULEURS.
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- mère qui cou tient Forcine par l’ammoniaque et la chaux en présence de l’air. Sous cette action connue, Forcine se transforme en orcéine qui est la matière colorante des orseilles.
- Traités suivant un procédé identique, les acides bromocrésylsul-fureux, crésylène-disulfureux, nitrocrésylsulfureux et oxycrésylsul-fureux donnent des résultats analogues.
- Extraits de bois de teinture.
- La fabrication des extraits a pour but de livrer au consommateur sous un volume réduit les matières colorantes renfermées dans les bois de teinture.
- Il est presque inutile de faire ressortir l’intérêt que présente cette industrie : le teinturier n’a plus à tenir compte des embarras qu’occasionne pour lui la présence d’une quantité considérable de matières inertes; il a entre les mains un produit presque pur dont il n’a plus qu’à étudier le meilleur mode d’application; l’appréciation de la valeur de la matière colorante est facile; enfin les frais de transport sont diminués dans une énorme proportion.
- Cette fabrication a été créée en France par M. Charles Meisson-nier; française par son origine, elle est en quelque sorte restée française.
- Depuis quelques années cependant, l’Amérique livre sur le continent «t en Angleterre des quantités considérables d’extraits qu’elle fabrique beaucoup plus économiquement que nous, sur les lieux mêmes delà production du bois. Mais la qualité parfaite de nos extraits français permet à nos producteurs, malgré le bon marché des extraits étrangers, d’en exporter des quantités considérables.
- Les chiffres de l’exportation et de l’importation françaises sont intéressants à consulter; ils sont non seulement la confirmation du fait que nous venons de signaler, mais ils montrent en outre le développement incessant de cette industrie qui, malgré la concurrence des couleurs d’aniline, a exporté en 1878 neuf fois plus de produits qu’en 1867.
- L’importation des bois de teinture qui n’était en 1867 que de h 2,000 tonnes, s’est élevée en 1876 à 96,000 tonnes.
- Gr. V Cl. 47
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- TARERAI] RE I.’lMl’ORT \TIO\ ET I)R L’EXPORTATION FRANÇAISES DES EXTRAITS. DE 1 867 À 1878.
- IMPORTATION. EXPORTATION.
- 1867 ..................... 33,85c/ i,572,6i8k
- 1868 ......................... 70,779 2,698,930
- 1869 ......................... 66,868 2,826,062
- 1870 ......................... 88,653 2,862,295
- 1871 ........................ 33,3.26 3,973,519
- 1872 ..................... 160,067 5,256,877
- 1873 ........................ 271,266 5,696,967
- 1876.......................... 267,653 6,666,396
- 1875 ........................ 553,266 (9,878,069
- 1876 ...................... 1,201,569 10,061,385
- 1877 ........................ 766,865 12,376,666
- 1878 ..................... // 13,596,209
- La première opération du fabricant d’extraits consiste à débiter les bois, de façon à pouvoir les mettre en contact aussi intime que possible avec le liquide qui doit en extraire les principes colorants; de nombreuses améliorations ont été apportées dans les dispositions mécaniques usitées pour ce travail.
- L’extraction se fait, tantôt sous pression dans des autoclaves chauffés à 3 ou k atmosphères, tantôt à air libre. Bien qu’il semble évident que le premier procédé doive être plus avantageux, les fabricants français estiment en général que l’extraction à air libre et par l’épuisement méthodique à 100 degrés est préférable; les matières étrangères, les résines, certains tanins qui sous pression se dissolvent en même temps que le colorant, restent insolubles lorsqu’on opère à plus basse température, et l’extrait obtenu donne à la teinture des nuances incomparablement plus fraîches. Il paraît même qu’on arrive ainsi plus rapidement à épuiser le bois, toutes les parties pouvant être mises en contact avec l’eau par une agitation convenable ; tandis que dans l’emploi d’un appareil clos on n’évite jamais entre les interstices du bois la formation de petites rigoles, de petits canaux que le liquide suit régulièrement sans pénétrer les autres parties.
- La qualité de l’eau employée exerce une grande influence sur
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- MATIÈRES COLORANTES ET COULEURS.
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- ]a nature des extraits, et un fabricant expérimenté met à profit cette action pour obtenir à volonté les différents produits que réclame sa clientèle; les extraits destinés à la teinture ne conviendraient en effet pas à la fabrication des encres, etc. D’une façon générale, pour la teinture, on emploie l’eau distillée provenant des appareils à évaporation.
- Après l’extraction, les résidus de bois sont brûlés et servent ainsi à la production de la vapeur; mais il a fallu imaginer des appareils spéciaux, et tous les fabricants ne réussissent pas également bien à se débarrasser de ces résidus encombrants.
- Les liquides provenant de l’extraction doivent être concentrés, et l’on emploie à cet effet divers appareils à vapeur : le serpentin ne sert plus que rarement, mais on emploie encore assez fréquemment les lentilles mobiles; le procédé le plus généralement usité consiste à évaporer les dissolutions dans les chaudières dites à triple effet, où l’évaporation se fait à basse température et dans les conditions les plus avantageuses pour la beauté du produit; l’emploi du triple effet est deux fois plus économique que celui des lentilles.
- La concentration des liqueurs varie, selon leur destination, de 8° à 3o° AB.
- Avant d’être soumises à l’évaporation, les liqueurs colorées sont généralement traitées par divers agents chimiques qui déterminent la précipitation des matières étrangères ou le développement de la matière colorante; sans entrer dans des détails fastidieux, on peut dire qu’il convient, par un addition d’acide, de gélatine, etc., d’éliminer les tanins et les résines, de même que, par une oxydation réalisée par insufflation d’air, surtout en présence d’un corps alcalin, on favorise la transformation des matières colorables. On obtient ainsi des extraits qui sont pour ainsi dire des dissolutions de matière colorante pure. Les produits des fabricants français ne laissaient rien à désirer sous ce rapport.
- A coté des extraits destinés à la teinture, nous devons signaler les extraits de matières tannantes^destinées à la fabrication du cuir; l’emploi de ces extraits présente sur le tan des avantages sérieux : l’expérience est aujourd’hui concluante. En deux mois,
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- Gr. V. on réalise avec les extraits tanniques ce que le tan ne peut donner d~7 qu’au bout de quinze mois, et le cuir est parfait. Certains tanneurs trouvent avantageux de ne pas employer ces extraits purs : ils les mélangent avec le tan.
- L’économie réalisée par l’emploi des extraits tanniques paraît considérable.
- Extrait de sajranum (rose végétal, carmin de safranum). — Cette matière colorante, dont le succès fut si grand naguère, n’a plus qu’une importance secondaire ; les couleurs artificielles l’ont remplacée dans la plupart de ses usages.
- 11 n’existe plus que cinq fabriques de cet extrait. M. Saint-Germain (ancienne maison Pétard) avait exposé des produits très purs, dignes de la vieille réputation de cette maison; sa production es d’environ 1,000 kilogrammes par an, dont les deux tiers pour l’exportation. MM. Oesinger (de Prague) et MM. Gerber et Uhl-mann (de Bâle) avaient également exposé des produits irréprochables.
- Laques.
- La fabrication des laques pour papiers peints, papiers de fan taisie, tissus imprimés, etc., a pris un très grand développement; elle est, notamment pour l’industrie parisienne, l’objet d’une production des plus importantes. Il est bon de rappeler ici que la fabrication des laques pour l’impression des tissus de laine a rendu â cette industrie un très grand service en mettant à sa disposition des produits d’une pureté parfaite. La maison Coëz (de Saint-Denis) a acquis dans cette spécialité une réputation universelle qu’elle conserve encore aujourd’hui.
- Les laques exposées témoignent des efforts faits par les fabricants pour améliorer les produits, leur donner plus d’éclat et présenter au consommateur une variété de nuances de plus en plus grande; mais aucunë modification digne d’être mentionnée en détail ne nous a été signalée d’une façon spéciale.
- En ce qui concerne les laques végétales (campêche, fustel, cuba, quercitron, graine de Perse, etc.), la connaissance plus parfaite des
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- MATIÈRES COLORANTES ET COULEURS.
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- propriétés des matières colorantes a conduit les fabricants à pré- Gr. v. parer leurs bains d’une façon rationnelle, notamment à transfor- ~ merles matières par l’oxydation à l’air; des améliorations sensibles ont été introduites également dans les moyens de diviser les bois pour faciliter l’extraction des principes colorants.
- Plusieurs maisons (MM. Lange-Desmoulins, Lefranc, Pinondel) exposaient de belles laques de garance, destinées à la peinture fine et à l’impression des tissus. Les laques claires sont préparées avec la garance, les foncées avec la purpurine, certaines avec l’alizarine : la consommation des laques roses a pris un grand développement dans l’impression des tissus de coton.
- Nous donnons le tableau officiel des importations et des exportations des laques; mais il doit y avoir assurément quelque erreur dans les chiffres(1). Il est probable, en tous cas, qu’il n’entre guère de laques pour teinture en France.
- TABLEAU DE L'IMPORTATION ET DE L’EXPORTATION FRANÇAISES DES LAQUES EN TEINTURE OU EN TROCHISQUE, DE 1 867 À 1877.
- IMPORTATION. EXPORTATION.
- 1867 .............................. 27,813 k 5,182 k
- 1868 ............................. 108,691 1,793
- 1869 .............................. 26,798 1,957
- 1870 .............................. 25,601 3,895
- 1871 .............................. 21,857 1,725
- 1872 .............................. 4o,i5o 382
- 1873 .............................. 17,111 1,822
- 1874 .............................. 10,001 8,155
- 1875 .............................. 30,261 7,^98
- 1876 .............................. 25,i5o 31,5 61
- 1877 .............................. 29,493 5,708
- 1878 ................................ // «
- Carmin de cochenille. — Cette magnifique couleur était exposée
- par un grand nombre de fabricants; la consommation en a été très importante pendant ces quelques dernières années dans l’im-
- (l) Voir les observations que nous présentons plus loin pour les couleurs non dénommées.
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- Gr. V. pression des tissus de coton. De notables perfectionnements parais-
- sent avoir été introduits dans sa fabrication, d’après l’examen des Cl. VJ» , . . ^ p ... **i i
- produits soumis a 1 appréciation du jury; mais iis restent le secret
- de chaque industriel.
- Le prix du carmin est très variable; les qualités les plus belles valent 100 francs le kilogramme; les sortes courantes, 3o à 35 fr.
- Les fabricants dont les produits ont été les plus remarqués sont : MM. Hardy Milori, Jacques Sauce, Lange-Desmoulins, Levainville et Rambaud, Lefranc, Arnoul, Lewis Berger (de Londres), Prin-vault, etc.
- TABLEAU DE L'IMPORTATION' ET DE L’EXPORTATION FRANÇAISES DE 1867 À 1878.
- IMPORTATION. EXPORTATION.
- Carmin lin. Carmin commun. Carmin (in. Carmin commun.
- 1867 9° 9 ' 3,1 96 L 5,589 1 18,953 L
- 1868 1.099 4,36o *99 15,898
- 1869 «,574 i,5g3 99 à 15,566
- 1870 9,945 3,453 1,999 91 ,937
- 1871 478 4,o33 8,35o 1 6,790
- 1872 9,464 9,cj5o 8,059 17,499
- 1873 5° *<1 OO 8,754 2,999 31,3g6
- 1874 1,994 8,576 1,734 4a,i44
- 1875 3,541 6.899 10,1 54 44,o66
- 1876 1,964 6,789 11,549 96,36g
- 1877 7G9 9,1 09 8,og5 15,638
- 1878 // à,97 9 //
- L’augmentation de l’exportation depuis 1870 est due en grande partie aux ventes faites en Alsace-Lorraine.
- En ce qui concerne les làques obtenues avec les matières colorantes artificielles (coralline, éosine, fuchsine, etc.), nous n’avons qu’à constater la beauté de presque tous les produits exposés; le mérite en revient, à la vérité, moins à celui qui fabrique les laques qu’au producteur des matières colorantes elles-mêmes.
- On connaît les moyens d’obtenir ces laques : pour la coralline, c’est généralement à l’aide d’un sel de chaux ou de baryte et d’alumine; pour l’éosine, avec les sels de plomb ou d’étain; pour les
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- MATIÈRES COLORANTES ET COLLEURS.
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- couleurs d’aniline, avec un sel d’alumine ou d’antimoine, du savon , et quelquefois une combinaison arsenicale. Le tanin qui précipite toutes ces couleurs est aussi fréquemment employé, mais il fait généralement un peu griser les tons.
- Aux noms des fabricants précédemment signalés, nous devons ajouter ceux de MM. Croulard, Ringaud fils et Meyer, Wilson (de Londres), et celui de M. Simier qui, outre les laques dont nous venons de parler, exposait des laques de bleu Nicholson, de vert de méthylaniline et de noir d’aniline au manganèse et vanadium, que nous n’avons pas trouvées ailleurs et qui étaient remarquables par la pureté de leur ton.
- M. Jacques Sauce enfin présentait un produit qui, bien que ne rentrant pas à proprement parler dans l’industrie des couleurs, était exposé dans la classe h y : on sait que l’imitation des velours sur papier s’obtient avec les déchets provenant des tondeuses de drap; l’effet est insuffisant. L’inventeur dont il s’agit a réalisé un progrès réel en préparant une laine moins fine, à brins allongés, réguliers, et dont l’application sur papier produit une imitation très réelle des velours d’Utrecht; cette invention intéressante paraît destinée à un grand succès.
- COULEURS 1NOFFENS1VES POUR LA CONFISERIE, L’AQUARELLE, ETC.
- Nous devons signaler en passant divers exposants qui, sinon par l’importance de leur chiffre d’affaires, du moins par la nature de leurs produits et le but qu’ils se sont proposé, ont mérité l’attention du jury: MM. Landrin (de Paris) et Imliof d’Aarau (Suisse) livrent au commerce des couleurs absolument inoffensives et destinées spécialement à la confiserie; la base de ces couleurs est toujours végétale : ce sont tantôt des extraits de bois ou des matières colorantes mélangées à du sucre ou à de l’amidon, tantôt des laques obtenues avec la chaux, l’alumine ou l’étain.
- M. Anrciter, de Vienne (Autriche), exposait ujie série de belles couleurs inoffensives destinées spécialement aux enfants des écoles.
- Il serait désirable de voir l’emploi de ces produits se généraliser, et nous verrions avec satisfaction l’Administration en recommander
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- l’application aux écoles ou aux autres consommateurs inexpérimentés.
- MÉLANGES POUR TEINTURE DES FAMILLES.
- Un certain nombre d’industriels se sont appliqués dans ces dernières années à faciliter au consommateur l’emploi des matières colorantes, en leur livrant en paquets ou en flacons les substances nécessaires à la teinture à domicile des étoffes, des rubans, etc. Généralement ce commerce consiste tout simplement à mettre en paquets des couleurs d’aniline achetées chez le fabricant, et, sous cette forme, il ne mérite aucune mention spéciale; mais nous devons signaler les tentatives heureuses faites par divers exposants qui ont cherché et trouvé des mélanges inaltérables de substances dont la dissolution, renfermant a la fois la couleur et le mordant nécessaires à sa fixation, permet d’obtenir des bains de teinture pour couleurs foncées et pour noir : on réussit avec ces préparations à teindre soi-méme en un seul bain des tissus de toute nature et même des mélanges de laine et coton, laine et soie, etc.
- Il y a là une petite invention utile, un progrès réel que nous avons cru devoir rappeler.
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- MATIÈRES COLORANTES ET COULEURS.
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- Gr. V.
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- COULEURS MINÉRALES.
- Céruse.
- Le blanc de céruse est encore aujourd’hui de toutes les couleurs la plus employée; son éclat, son bon marché, la propriété précieuse qu’il possède de rendre siccative l’huile qui sert à le fixer, la qualité qu’il a au plus haut degré cle couvrir les surfaces sur lesquelles il est appliqué, expliquent l’importance toujours croissante de la consommation de ce produit.
- Composition. — On sait d’une façon générale que la céruse est composée de carbonate de plomb et d’hydrate de plomb; les analyses qui en ont été publiées indiquent des proportions de ces deux corps variables non seulement selon le procédé, mais encore selon les circonstances de chaque fabrication.
- Fabrication. — Les trois types de fabrication connus depuis longtemps continuent à être exploités, mais le procédé hollandais est le plus généralement employé.
- Procédé hollandais. — Le plomb d’Espagne, d’Allemagne ou d’Angleterre est soumis à l’action de l’air, de l’acide acétique, de la vapeur d’eau à une certaine température; il se transforme en acétate basique qui est décomposé par l’acide carbonique avec formation de céruse et d’acétate neutre; ce dernier, dans le milieu où il se trouve, peut être à son tour transformé en cùruse. La réaction a lieu dans des chambres en maçonnerie dans lesquelles la température convenable et l’acide carbonique sont fournis par la fermentation du fumier ou d’autres matières analogues.
- La plupart des fabricants attachent une grande importance à employer du plomb très pur; quelques-uns le purifient eux-mêmes pour être certains de sa qualité. Presque généralement on l’em-
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- Gr. V. Cl. 47.
- ploie coulé en grilles à jour d’environ 2 centimètres d’épaisseur et du poids de î kilogramme; MM. Lagae Crombet (de Courtrai) emploient des grilles de 2 kilogrammes environ; quelques industriels continuent à employer le plomb sous forme de lames.
- Les fosses à fumier renferment 1,000 pots environ répartis dans huit ou neuf lits séparés l’un de l’autre par un plancher; chacun de ces lits contient de 6 à 7 mètres cubes de fumier frais de cheval; une pareille couche peut transformer 1,200 à 1,500 kilogrammes de plomb, et consommer 5 à 6 hectolitres de vinaigre. Pour une production de 1 million de kilogrammes de céruse par an, il faut quarante de ces couches. On recommande spécialement d’éviter l’emploi du fumier de porc qui dégage de l’hydrogène sulfuré.
- Divers fabricants remplacent le fumier par du tan avec lequel on ne risque aucun accident de ce genre; d’autres emploient indifféremment, et selon les circonstances, le tan et Je fumier.
- MM. Bezançon (de Paris) dont l’usine peut être citée comme un modèle à tous les points de vue, emploient la tannée dont la production est considérable à l’endroit où ils ont construit leur établissement; cette matière, après avoir été utilisée dans les fosses sert de combustible et permet de réaliser, par rapport au charbon, une économie de 5o p. 0/0. Les loges de MM. Bezançon renferment sept couches, dont chacune reçoit 3,000 kilogrammes de plomb ; la loge contient donc 21,000 kilogrammes de plomb: il existe trente-cinq loges pareilles dans cette usine. Les grilles sont étalées au-dessus des pots qui reçoivent un mélange à 3 degrés d’eau et d’acide acétique; au milieu de la loge, on réserve une sorte de cheminée destinée au dégagement des vapeurs; on la bouche après quatre semaines environ; la température atteint pendant le premier mois 60 à 70 degrés; elle est moins élevée pendant la seconde phase de la réaction qui dure en totalité quatre mois et demi; la transformation en céruse n’est pas complète à ce moment, quoiqu’elle atteigne fréquemment 100 et même 110 p. 0/0 de plomb mis en œuvre (la moyenne est 80 p. 0/0). Mais on ne peut prolonger l’action sans nuire à la blancheur du produit.
- Dans les usines qui emploient le fumier, la durée de l’opération est beaucoup moindre : on démonte les couches à fumier après
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- quarante jours environ. Certains fabricants belges prétendent même avoir trouvé un moyen d’oxydation assez rapide pour leur permettre de les démonter après trente jours; le fumier dans ce cas, conserve une valeur plus grande.
- La céruse est quelquefois colorée, soit en gris lorsqu’on n’a pu éviter la formation ou le contact de l’hydrogène sulfuré, soit en rouge dû à la présence d’un sous-oxyde de plomb lorsque l’acide carbonique a fait défaut dans la réaction. Il est aisé de comprendre, d’après le principe même de la fabrication par le procédé hollandais, que la composition de l’atmosphère dans laquelle la production de la céruse a lieu est essentiellement variable: de là des irrégularités auxquelles M. Orsat a songé à obvier par l’analyse des gaz des couches. Chaque chimiste connaît l’appareil ingénieux qu’il a imaginé pour l’analyse des mélanges de O, CO2, CO, Az; il a suivi heure par heure, nuit et jour pendant plus de trois mois, la marche des fermentations qui produisent la céruse dans le procédé hollandais, et il dit être arrivé à des résultats qui doivent modifier l’industrie de la céruse.
- La transformation du plomb n’est pas complète dans le procédé hollandais; la couche de céruse qui s’est développée sur le métal protège le noyau central contre les agents chimiques; cependant on peut avec le temps, et sans doute aussi en se mettant dans des conditions spéciales, arriver à faire disparaître presque complètement le plomb métallique.
- MM. Levainville et Rambaud avaient exposé des saumons dans lesquels le métal avait disparu presque intégralement et était remplacé par de la céruse: la réaction avait duré dix-huit mois, paraît-il; mais ccs tours de force ne constituent évidemment pas une fabrication régulière qui donne couramment 80 parties de céruse pour 100 parties de plomb mis en œuvre. Les saumons dont nous venons de parler et qui ont vivement excité la curiosité des personnes compétentes étaient, nous ont dit MM. Levainville et Rambaud, un simple objet de curiosité, sans aucun intérêt au point de vue industriel, mais qui pourra devenir le point de départ d’un nouveau mode de fabrication, particulièrement utile au point de vue hygiénique.
- Classe A7. i/i
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- Procédé autrichien. — Ce procédé, dont on a pu voir les très beaux résultats dans la vitrine de M. Herbert, de Klagenfurt (Autriche), est également employé, paraît-il, dans certaines usines de Belgique : le plomb (de Bleiberg, plomb de Villa ch), en lames minces, est suspendu au-dessus de caisses rectangulaires en bois goudronné dans lesquelles se trouvent des liquides fermentescibles (moût de pommes, infusion ou marc de raisins); ces caisses, de 1 mètre à i"’,5o de longueur, sont introduites dans des chambres closes dallées, chauffées artificiellement à une température qu’on pousse progressivement de 2 5 à 5o degrés, dans l’espace de cinq à six semaines.
- La proportion de plomb transformé par le procédé autrichien atteint 90 à 95 p. 0/0.
- Procédé français. — Dans cette méthode connue également sous le nom de procédé de Clichy, on prépare une solution d’acétate basique de plomb, et on la décompose par l’acide carbonique; il se forme ainsi de la céruse très pure, d’une finesse extrême, d’une blancheur parfaite, et de l’acétate neutre qui rentre dans la fabrication. Ce procédé, ainsi que le système anglais, qui n’en est qu’une variante, a été peu à peu abandonné. M. Orsat (de Clichy) qui ne l’applique que pour le sixième de sa production, et M. Bruzon, à Portillon (Indre-et-Loire), sont en France les représentants les plus considérables de ce genre de fabrication qui offre cependant tant d’avantages au point de vue hygiénique. On connaît le motif de cet abandon : le blanc obtenu est cristallin, et il couvre beaucoup moins que le blanc hollandais; en prenant des soins particuliers, en opérant à une température élevée, avec des solutions concentrées et en réglant l’action de l’acide carbonique dont il faut éviter l’excès, on arrive à obtenir des produits de meilleure qualité, mais ils sont toujours inférieurs aux blancs hollandais, et ils ne paraissent guère dans la consommation que mélangés avec d’autres substances blanches, comme le blanc de zinc ou le sulfate de baryte, par exemple; ces mélanges portent des noms spéciaux: blanc de Samt-Cyr, blanc de Venise, blanc de Hambourg, blanc de Hollande.
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- M. Bruzon a eu l’heureuse idée de combiner sa fabrication de céruse avec celle du blanc de zinc; l’acide carbonique produit dans le four Siemens, qu’il emploie pour sa préparation de blanc de zinc, est utilisé pour la précipitation des dissolutions plombiques.
- Nous n’avons pas trouvé à l’Exposition de produits obtenus par d’autres procédés, et les diverses fabrications nouvelles qui ont été indiquées dans ces dernières années ne paraissent pas être entrées dans le domaine de l’industrie.
- MM. Tassy (de Montluc) et Bailleux cependant opèrent, nous ont-ils dit, par des moyens qui leur appartiennent en propre et qui leur permettent de fabriquer, en quantité quelconque, grande ou petite, partout où l’on peut réunir du plomb et de l’acide acétique. Ce procédé secret n’a pas encore donné des produits irréprochables, mais il est juste d’observer qu’il n’est exploité que depuis fort peu de temps.
- L’épluchage et le broyage qui constituent les parties les plus dangereuses de la fabrication de la céruse ont été décrits maintes fois; nous n’avons pas à y revenir, mais nous devons signaler les progrès importants qui y ont été réalisés; l’action terrible que le blanc de plomb exerce sur l’économie est due principalement à l’absorption lente des particules de cette substance en suspension dans l’air; elle est aussi amenée par le contact du poison avec les mains ou les vêtements des ouvriers qui le transportent chez eux, et le mêlent inconsciemment à leurs aliments.
- 11 n’est point aisé de lutter contre ce dernier danger, parce qu’il dépend de la bonne volonté des ouvriers, de leur esprit de discipline et aussi de leur résistance physique : or, il est toujours difficile d’obliger des hommes, d’autant plus insouciants d’un péril qu’il se présente à eux d’une façon moins ostensible, à se plier à des exigences hygiéniques dont ils n’apprécient pas immédiatement les bienfaits. Nous constatons avec plaisir l’indication, par la plupart des exposants, des mesures qu’ils ont adoptées pour contraindre leurs ouvriers à changer de vêtements à la sortie de
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- l’atelier, à prendre des bains fréquents, à se laver les mains avant chaque repas, etc.; certains fabricants se font les propagateurs bienfaisants de l’emploi méthodique d’antidotes spéciaux, comme l’iodure de fer : M. Faure (de Lille) notamment.
- Quant aux progrès réalisés dans l’usine même, ils sont incontestables. Les fabricants ont augmenté les dimensions de leurs ateliers; ils y ménagent une aération convenable; presque tous se sont appliqués à modifier les appareils et les procédés primitifs, de manière à les rendre inolfensifs. Nous rappelons notamment les efforts intelligents et couronnés de succès faits dans cette voie honorable par M. Th. Lefebvre (de Lille), dont la fabrique peut être citée comme type.
- Le décapage et l’écrasage ne se font presque plus nulle part à sec. Ces opérations, si dangereuses à cause des poussières qu’elles répandaient dans l’air, se pratiquent sur la céruse humide : au moment où la couche est démontée, les grilles sont humectées, puis on les décape, soit à la main, soit à la machine, toujours en présence de l’eau. MM. Lagae Crombel (et les fabricants anglais, paraît-il) ont adopté des machines à laver munies d’agitateurs mécaniques qui fonctionnent sous l’eau; ces machines présentent l’avantage de pouvoir éliminer rapidement toutes les impuretés métalliques ou autres.
- Après le décapage devenu inoffensif en présence de l’eau, la bouillie de céruse est transportée aux meules qui doivent porphy-riser le blanc; cette opération se fait dans des meules en granit mues par la vapeur et dans lesquelles circule la pâte de céruse qui, à l’aide de norias, passe de la première à la dernière, sans que la main d’un ouvrier ait à y toucher. Lorsque le broyage est terminé, les céruses destinées à être livrées en poudre ou en pains sont transportées mécaniquement à l’étuve.
- Les fabricants qui continuent à broyer à sec ont imaginé des appareils hermétiquement clos; pour plus de précautions, M. Bru-zon et M. Faure y adaptent des aspirateurs avec double enveloppe qui conduisent les poussières dans les chambres à chicanes où le blanc se dépose. M. Orsat réalise l’obturation des orifices par la matière elle-même poussée par une vis. Aux passages d’arbres
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- transmettant le mouvement dans l’intérieur, il y a des presse- Gr. v. étoupes, très simples, garnis de cordon cardé.
- Chez tous les exposants, nous avons constaté la préoccupation d’éviter le contact de la céruse avec la main des ouvriers, par l’emploi de systèmes automoteurs transportant le produit à l’étuve ou aux broyeurs.
- Ces soins intelligents ont amené partout, il est presque inutile de le faire remarquer, une économie considérable de la main-d’œuvre, et Ton peut estimer que le fabricant qui a introduit les derniers perfectionnements connus, dans son outillage, peut produire aujourd’hui, avec le même nombre d’ouvriers, dix fois plus de céruse qu’autrefois, ce qui réduit d’autant les chances d’intoxication.
- Le progrès le plus important réalisé dans cette industrie consiste à mélanger à l’usine même le blanc avec l’huile, et à livrer ainsi au commerce un produit qui puisse être employé sans autre préparation; on supprime ainsi du même coup les inconvénients inhérents non seulement à la fabrication, mais encore à la consommation de cette substance toxique.
- Le broyage des couleurs sèches avec l’huile était déjà appliqué en Angleterre lorsque MM. Bezançon fondèrent leur établissement en i84A; ils y appliquèrent ce procédé à la céruse humide et poursuivirent dès lors, avec une énergie des plus honorables, le dessein de faire repousser par la consommation la céruse sèche, en poudre, en pains, et de faire adopter exclusivement le mélange préparé avec Thuile. La dernière amélioration réalisée dans cet ordre d’idées a été l’invention presque simultanée, semble-t-il, de MM. Bezançon et de M. Th. Lefebvre; elle consiste à mélanger l’huile à la céruse au sortir même des meules et sans passer par Tétuve. La pâte molle sortant des meules et renfermant environ i5 p. o/o d’eau, est versée dans un malaxeur circulaire dans l’intérieur duquel tourne une série de tiges disposées en hélice, de manière à diviser et mélanger la matière; chaque malaxeur reçoit environ koo kilogrammes de pâte; au-dessus de l’appareil est disposé un tube communiquant avec un petit réservoir à huile de pavot et muni d’un niveau extérieur jaugé; après que la pâte a
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- été versée dans le malaxeur, on inet l’agitateur en mouvement et on fait couler 75 p. o/o d’huile sur la céruse; très rapidement on voit l’huile s’incorporer à la masse et en expulser une eau noirâtre; on laisse écouler cette eau, et on commence le malaxage avec une nouvelle quantité d’huile, environ 2.5 p. o/o. Après une demi-heure, l’opération est terminée; le produit qui ne renferme plus guère que 1/2 p. 0/0 d’eau est prêt à être vendu; il n’a plus à subir qu’une sorte de finissage qu’on lui donne par deux passages successifs entre les broyeurs en granit.
- Les résultats hygiéniques obtenus par ces divers perfectionnements sont de la plus haute importance. Le nombre des malades a diminué dans une proportion énorme; il peut être ramené à 0, et les rapports officiels constatent que, tandis que les usines mal dirigées fournissent un contingent annuel de 3o et 5o malades pour 100 ouvriers, ce chiffre est ramené de 0 à 6 dans les fabriques où l’industriel estime assez la vie des hommes pour ne pas la sacrifier volontairement à un besoin immodéré et inqualifiable de bénéfices. Nous devons insister pour que l’Administration impose dorénavant à tous les fabricants de céruse l’obligation d’adopter les procédés et les appareils qui mettent les ouvriers à l’abri de tout danger; une industrie que l’intelligence humanitaire de certains hommes d’élite a transformée, ne peut rester meurtrière au gré de l’indifférence coupable d’autres hommes. Et, en nous mettant à un autre point de vue, nous ne pouvons nous empêcher de manifester notre étonnement de voir les administrations publiques, les arsenaux de l’Etat par exemple, refuser pour leur propre consommation l’emploi des céruses broyées à l’huile et continuer à mettre en adjudication les céruses en poudre.
- Une pareille erreur est injustifiable; il suffira sans doute de la signaler pour la faire supprimer.
- La consommation de la céruse est des plus importantes; mais il est impossible de se rendre compte, même approximativement, du chiffre qu’elle atteint: les appréciations varient entre 5o,ooo et 75,000 tonnes, pour l’Europe.
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- La production française est généralement estimée à 1 5,ooo tonnes (valeur poudre, c’est-à-dire sans addition d’huile).
- Le tableau suivant rend compte de l’importation et de l’exportation françaises pendant ces dix dernières années :
- IMPORTATION. EXPORTATION W.
- 1867 ....................... i67,(joàk 53o,776k
- 1868 .......................... 23<m53 366,387
- 1869 ......................... 211,88/1 377,923
- 1870 ......................... 287,188 35i,574
- 1871 ......................... 269,856 421,362
- 1872 ......................... 813,590 502,398
- 1873 ......................... 573,358 5o8,254
- 1874 ......................... 470,122 566,618
- 1875 ....................... 554,i 14 1,077,478
- 1876 ......................... 586,255 1,118,011
- 1877 ......................... 574,182 i,2io,368
- 1878 ............................ // i,o65,3oi
- Les fabricants français nous ont signalé divers points intéressant leur industrie, sur lescpiels il importe de dire quelques mots. Les tableaux ci-dessus font voir que, tandis que l’exportation a peu augmenté, l’importation n’a cessé de suivre une marche ascensionnelle.
- Notre exportation est limitée par le prix de notre main-d’œuvre et celui des frais de transport et des frets pour les pays d’outremer, plus élevés que ceux payés par nos voisins.
- Quant à la progression constatée dans l’importation, les fabricants français, tributaires de l’étranger pour leurs matières premières, se plaignent tous de certaines anomalies douanières qui permettent notamment à la Belgique d’introduire en France des céruses préparées à l’huile, dans des conditions réellement désastreuses pour notre industrie nationale.
- 11 est bon d’ajouter que les fluctuations des prix du plomb et
- (1) L’augmentation signalée dans i’exporlation des quatre dernières années tient tà ce fait qu’un fabricant dont, la marque se vendait principalement dans l’Est a continué ses relations dans l’Alsace-Lorraine en installant à Metz un atelier de broyage qu’il alimente à l’aide de cérusc française.
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- son abaissement considérable depuis plusieurs années (il valait 6o francs en 1872; en 1878, il vaut 34 francs) ont amené un malaise général, dont la fin, d’après les esprits les plus judicieux, n’arrivera que lorsque la France produira elle-même son plomb, ce qui ne paraît pas impossible.
- Massicot et minium.
- Les détails de la fabrication de ces deux produits sont trop connus pour qu’il y ait lieu d’y insister longuement; nous n’avons à signaler que les points sur lesquels l’attention des industriels s’est particulièrement portée dans ces dernières années : ils attachent une grande importance à purifier leur matière première, à débarrasser le plomb du cuivre ou de l’étain qui l’accompagne fréquemment; dans la transformation du plomb en massicot, M. Orsat a imaginé un système d’agitation mécanique à l’aide de doubles bielles articulées, qui remplace avantageusement la main de l’ouvrier; MM. Lavie, qui ont introduit l’industrie du minium et du massicot dans le midi de la France, ont également adopté des fours à oxydation munis d’un appareil mécanique. Ces perfectionnements qui témoignent de la sollicitude des fabricants pour leurs ouvriers méritent d’être signalés.
- La transformation du massicot en minium a lieu, comme on sait, par la calcination au contact de l’air, du massicot préalablement broyé, tamisé, lavé et desséché; la température à laquelle a lieu cette opération doit être aussi régulière que possible : elle est voisine du rouge sombre.
- M. Orsat, à qui les arts chimiques sont redevables de nombreuses inventions, a adopté pour la fabrication du minium un four continu tournant.
- Les produits exposés par les manufacturiers que nous venons de nommer étaient remarquables par l’éclat de leur couleur. Signalons également M. Bruzon qui présentait des miniums orange d’une beauté exceptionnelle.
- Les emplois du minium sont très variés; il entre dans la fabrication des cristaux, des faïences, de la cire à cacheter, dans la
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- coloration des papiers, dans la construction des appareils en fer, pour les joints et pour les mastics, etc.
- La consommation des oxydes de plomb n’a cessé d’augmenter pendant les dix dernières années, ainsi qu’il résulte des tableaux d’importation et d’exportation suivants :
- TABLEAU DE L’IMPORTATION ET DE L’EXPORTATION FRANÇAISES DES OXYDES DE PLOMB, DE 1867 À 1878.
- IMPORTATION. EXPORTATION.
- 1867 669,o(j8l 329,3o8k
- 1868 990,662 339,328
- 1869 1,06/1,629 611,395
- 1870 672,582 367,317
- 1871 • • • • 708,789 669,971
- 1872 876,390 698,257
- 1873 729,7 26 593,423
- 1874 886,327 636,558
- 1875 926,815 770,922
- 1876 1,0 2 2,3o 2 656,667
- 1877 1,261,800 63a, 69.6
- 1878 1.369,108 //
- La production de la France est évaluée par l’honorable ML Orsat à 7,000 tonnes, celle de l’Angleterre à 12,000 tonnes.
- La fabrication du minium et du massicot a suivi en France une marche rapidement ascendante depuis vingt ans; elle s’est accrue dans ce laps de temps de près de 80 p. 0/0; elle est stationnaire aujourd’hui par suite du malaise qui frappe l’industrie du plomb et dont nous avons signalé les causes plus haut.
- Blanc de zinc.
- La fabrication du blanc de zinc remonte à la fin du siècle dernier; c’est un Français (Courtois, de Dijon) qui en fut le promoteur.
- Le danger que présentait naguère la manipulation des produits plombiques et quelle présente encore aujourd’hui entre des mains inexpérimentées ou négligentes, l’altération qu’ils subissent sous l’influence de l’hydrogène sulfuré justifient l’intérêt qu’on a témoigné au développement de l’industrie du blanc de zinc.
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- Cette couleur cTune pureté de ton parfaite, d’une inaltérabilité absolue aux émanations sulfureuses et ammoniacales, d’une impal-pabilité qui rend les broyages superflus, n’a pu cependant remplacer la céruse; dès les premiers temps de sa fabrication, on reconnut, à côté de ses qualités, deux défauts essentiels : elle couvre moins que la céruse; elle ne se combine pas à l’huile.
- Lorsque la céruse est mélangée à l’huile, elle s’y dissout en partie et forme une sorte de savon qui laisse sur la surface où on l’étale une couche élastique, imperméable, résistant à toutes les intempéries de l’air; elle favorise en outre et développe Toxvdation de l’huile qui sèche avec rapidité. Si par des artifices ingénieux on n’était parvenu à donner au blanc de zinc une partie de ces avantages , la consommation aurait continué à en repousser l’emploi ; fort heureusement, dès 18/18, Leclaire montra qu’en ajoutant à l’huile, des siccatifs appropriés, on évite en partie ces inconvénients: tantôt on fait usage de 5 à 6 parties d’huile oxydée par 5 p. 0/0 de peroxyde de manganèse qu’on ajoute à 100 parties d’huile; tantôt en emploie le borate de manganèse ou le siccatif à base de zinc et de manganèse (Vieille-Montagne), qu’on mélange à la couleur dans la proportion de 2 p. 0/0. L’addition de ces substances détermine la prompte dessiccation de l’huile; mais il n’y a pas, comme dans le cas du plomb, combinaison chimique, et l’oxyde de zinc qui n’est retenu que mécaniquement et qui n’est que préservé par cette sorte de vernis, tombe fréquemment en poussière, laissant les surfaces qu’il protégeait exposées à la pluie et à l’humidité.
- La Société de la Vieille-Montagne a recommandé également l’emploi du silicate de potasse; la couleur ainsi préparée peut être appliquée dans beaucoup de circonstances : elle donne notamment de bons résultats sur le zinc, auquel elle adhère d’une façon remarquable.
- En ce qui concerne le pouvoir couvrant du blanc de zinc, on l’a augmenté dans une certaine mesure par des tours de main particuliers : le broyage à l’huile a été introduit dans certaines usines. Cet exemple donné, il y a plus de vingt ans, par M. Bruzon (1 855), a été suivi par M. Latry et par la Société de la Vieille-Montagne en 1873 ; le produit ainsi préparé donne de bons résultats.
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- Fabrication. — La fabrication du blanc de zinc ne paraît pas Gr. V.
- avoir subi de grandes modifications dans ces dernières années.
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- Voici le procédé qui nous a été communiqué par la Société de
- la Vieille-Montagne : les zincs bruts, en lingots de 12 kilogrammes, sont portés dans les cornues chauffées dans des fours dits à oxydation; il y a deux fours à huit cornues, et un four à deux cornues pour les essais des zincs bruts; le combustible employé est la houille demi-grasse. L’embouchure des cornues aboutit dans les guérites où est dirigé l’air destiné à l’oxydation du métal; l’oxyde de zinc formé est attiré au moyen d’un fort appel, tout d’abord dans une buse cylindrique en terre réfractaire, revêtue extérieurement de tôle, puis dans une série de refroidisseurs, grands récipients en forme d’entonnoirs communiquant tous entre eux par des tuyaux en tôle; la longueur du parcours est de 80 mètres environ; après cette circulation, nécessaire pour que l’oxyde puisse être convenablement refroidi, il est entraîné dans les chambres en toile munies de chicanes dans lesquelles il se dépose : la hauteur de ces chambres est de 10 mètres, la totalité du parcours de 700 mètres.
- Chaque refroidisseur et chaque compartiment des chambres en toile sont terminés par une trémie dans laquelle se rassemble le blanc condensé et d’où il s’écoule dans des tonneaux.
- Les produits se classent naturellement d’eux-mêmes, les plus lourds se déposant au commencement; les plus impalpables, les plus blancs, au contraire, étant entraînés dans les chambres les plus éloignées des fours.
- Les premiers oxydes doivent être retraités; après tamisage, broyage et dessiccation, ils forment des sortes qu’on utilise par mélange pour arriver aux types voulus; les résidus constituent les gris pierre.
- Le blanc de neige, le plus léger, le plus pur et le plus blanc, est vendu, non foulé, aux parfumeurs, ou foulé dans les barils, aux marchands de couleurs pour les travaux les plus fins.
- Le blanc n° 1 vient après le blanc de neige; c’est la sorte la plus emplovée.
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- Le blanc n° a est un mélange de blanc de chambre et de blanc lavé.
- Le gris pierre est, ainsi que son nom l’indique, beaucoup moins pur; il est employé pour les premières couches; on l’utilise aussi dans la composition d’un mastic (mastic Fontenelle) très employé pour la réparation des pierres de taille.
- Le gris ardoise n’est pas un produit de la fabrication du blanc de zinc; il provient du traitement des minerais de zinc dans les fours à réduction ; il est composé presque exclusivement de zinc métallique; on l’emploie comme réducteur dans les usines de produits chimiques; il sert également, comme remplaçant du minium, dans la peinture des métaux.
- Le rendement du métal en oxyde est de 120 p. 0/0.
- On estime quelquefois la production du blanc de neige à po p. 0/0, et à 3o p. 0/0 celle des autres produits; mais cette répartition dépend évidemment de la pureté que le fabricant veut donner à chaque marque.
- Dans les usines, comme celles de la Vieille-Montagne, qui produisent les zincs, on n’emploie que ces métaux purs, comme matière première de la fabrication du blanc de zinc; MM. Latry de Grenelle et Bruzon de Tours ont exposé des blancs fabriqués avec les vieux zincs, les crasses et les fonds de bains provenant de la galvanisation, qui restaient sans emploi avant cette application. Ces blancs nous ont paru d’une qualité très satisfaisante.
- M. Bruzon a le premier appliqué à cette fabrication l’emploi d’un four Siemens, et il a combiné sa production de blanc de zinc avec celle de la céruse.
- La tendance que nous avons signalée dans la plupart des industries chimiques à remplacer la main de l’ouvrier par des machines appropriées se manifeste également dans la fabrication du blanc de zinc, où les lavages, les broyages, les tamisages, etc., sont effectués mécaniquement.
- Le principal emploi du blanc de zinc est dans la peinture; la fabrication des papiers peints, des cartes de visite, la parfumerie,
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- la cristallerie enfin, en consomment également des quantités importantes.
- L’industrie du blanc de zinc n’était représentée à l’Exposition que par un petit nombre de maisons: en Autriche, MM. Lindhcirn et C'e; en France, MM. Latry et C'“, M. Bruzon, la Société de la Vieille-Montagne qui possède une usine à Levallois près Paris et une autre à Valentin-Cocq (Belgique).
- Cette industrie n’en a pas moins pris depuis ces dernières années un développement considérable; mais elle rencontre un ennemi sérieux dans la routine, qui règne au suprême degré chez les peintres, et dans l’indifférence des architectes qui négligent de recommander l’emploi des oxydes de zinc partout où il présente des avantages. Leur application est facile : il suffit, pour avoir de bons résultats, de se servir de brosses un peu douces, de tenir au broyage la pâte un peu serrée, enfin d’appuver moins avec la brosse que lorsqu’on se sert de céruse.
- Les chiffres suivants, qui représentent en tonnes le chiffre de la fabrication delà Vieille-Montagne, ne laissent aucun doute sur l’extension prise parla vente du blanc de zinc depuis 1860 :
- 1860
- 1861
- 1862
- 1863
- 1864
- 1865
- 1866
- 1867
- 1868
- 1869
- 1870
- 1871
- 1872
- 1873
- 1874
- 1875
- 1876
- 1877
- 3,683 tonnes.
- 3,3i7
- 3,885
- 4,362
- 4,954
- 4,86o
- 5,633
- 5,242
- 5,41 ç)
- 5,965 5,782 6,84g 6,85 i 5,666 6,o4i 6,591
- 4,934
- 5,689
- Dans ce dernier chiffre, la production française (Levallois) est de 2,260 tonnes.
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- Sulfure de zinc. — Les inconvénients présentés par l’emploi de la céruse et du blanc de zinc ont fait rechercher des matières capables de remplacer ces produits. Nous ne citons que pour mémoire le sulfate de baryte (blanc fixe, blanc de baryte), dont l’innocuité est absolue et qui possède des qualités très appréciées: rien de neuf dans sa préparation ou dans son emploi ne nous a été indiqué.
- Mais il convient de signaler un produit qui, bien que connu depuis fort longtemps, n’était pas jusqu’ici entré dans la fabrication industrielle des couleurs: le sulfure ou l’oxysulfure de zinc.
- Diverses maisons l’ont présenté. C’est un blanc très pur, doué d’un pouvoir couvrant considérable, qui paraît notablement supérieur à celui de la céruse et du blanc de zinc : il n’est pas altéré par les émanations sulfureuses et est sans action sur les métaux; il est absolument inolfensif. Ces qualités précieuses semblent devoir réserver un bel avenir à ce produit, dont la fabrication d’ailleurs est déjà importante. MM. Griffiths Flechter et Berdoe (de Liverpool) en font 2 5 tonnes par semaine, et leur usine se monte pour une production double: nous n’avons eu aucun renseignement sur leur mode opératoire.
- M. Soudan Boulez (de Courtrai), combine la préparation de sulfure de zinc avec celle du sulfate de baryte; il précipite le sulfure de baryum par du chlorure de zinc, et le chlorure de baryum par du sulfate de zinc; le chlorure régénéré rentre dans la fabrication.
- M. Parker (d’Argenteuil), précipite le sulfate de zinc par du sulfure de sodium ou du polysulfure de calcium, et, dans ce dernier cas, chauffe le produit à 2 5o degrés pour enlever l’excès de soufre.
- Outremer.
- L’histoire de la fabrication artificielle de l’outremer n’est pas à faire; chacun sait qu’en i8ià Tassaert constata la formation dans les fours à soude de Saint-Gobain, et M. Kuhlmann dans les fours à sulfate de soude, d’une matière bleue-dont les analyses de Vau-quelin montrèrent l’identité avec le lapis-lazuli; à la suite de ces
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- faits, la Société d’encouragement fonda un prix de 6,000 francs pour la découverte d’un procédé industriel de fabrication de cette couleur; en 1826, M. J.-B. Guimet (de Lyon), résolut la question.
- 11 y a lieu d’insister sur ce fait, parce qu’un assez grand nombre d’auteurs affirment que la découverte de l’outremer artificiel a été réalisée par M. G. Gmelin (de Tubingue), en même temps que par M. Guimet. Cette assertion répétée par divers auteurs, copiant une première affirmation comme il n’arrive que trop souvent, enlève à la France une gloire dont elle doit être jalouse et qu’il nous importe de revendiquer pour l’honneur de notre pays ; les faits ont été scrupuleusement examinés et discutés dans les Notes historiques récemment publiées par l’honorable M. Loir, professeur de chimie à la Faculté des sciences de Lyon, et nous ne croyons pouvoir mieux faire qu’en citant les conclusions de ce savant, conclusions que nous considérons comme l’expression de la vérité et auxquelles nous nous associons hautement après avoir étudié les documents qu’il a livrés à la publicité :
- i° En 182A, la Société d’encouragement reconnaît la possibilité de faire l’outremer de toutes pièces, et elle propose un prix de 6,000 francs pour la découverte de l’outremer artificiel;
- 20 En 1826, J.-B. Guimet obtient au mois de juillet l’outremer artificiel ;
- 3° La même année au mois d’octobre, Guimet produit industriellement l’outremer qu’il livrait aux artistes dès cette époque ;
- A0 En 1827, Gmelin reconnaît la possibilité de faire l’outremer de toutes pièces, ce qui avait déjà été reconnu trois ans avant par la Société d’encouragement;
- 5° En 1828, Gmelin obtient de l’outremer artificiel, ce qui avait été obtenu deux ans avant par J.-B. Guimet;
- 6° Cet outremer de Gmelin était un produit de laboratoire mélangé de matières grises et obtenu au moyen de nombreuses opérations conteuses et délicates;
- 70 Au mois de décembre 1828, la Société d’encouragement décerne à J.-B. Guimet le prix propesé;
- 8° En 1831, J.-B. Guimet établit son usine à Fleurieu-sur-Saône.
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- Depuis cetle époque, la fabrication de cette admirable couleur a été constamment en augmentant d’importance; elle a pris surtout un développement considérable en Allemagne. Mais nous nous empressons d’ajouter que, dans ces dernières années, les fabricants français ont, à leur tour, fait les efforts les plus sérieux pour lutter contre l’étranger, et que ces efforts ont amené des résultats importants : l’Exposition a prouvé l’existence d’établissements nouveaux et l’extension remarquable donnée aux manufactures plus anciennes; elle a permis de constater également les progrès que nos nationaux ont réalisés, et, bien que la comparaison avec les produits allemands ne fût pas directement possible, il est permis d’affirmer que certaines de leurs nuances sont au moins égales sinon supérieures à celles des meilleures marques étrangères. Nous avons eu enfin la satisfaction de voir divers produits industriels et scientifiques nouveaux et de reconnaître que l’esprit inventif de nos fabricants est loin de perdre de son activité.
- L’industrie produit aujourd’hui des outremers dont l’éclat ne le cède en rien à celui du lapis-lazuli ; les expériences de M. Théodore Morel, chimiste de M. Guimet, prouvent, de plus, qu’il n’y a aucune différence entre l’outremer naturel et l’outremer artificiel dans leur résistance à l’alun et aux acides.
- D’après ce savant, cette assertion que le lapis résiste à ces agents doit disparaître à l’avenir des traités de chimie; en présence de ces corps, l’outremer naturel dégage immédiatement de l’hydrogène sulfuré et se décolore rapidement.
- Non seulement l’outremer retiré du lapis ne résiste pas à l’action de l’alun et à celle des acides, mais l’outremer artificiel, la plupart du temps, conserve mieux que l’outremer naturel sa nuance au contact de ces réactifs.
- Il n’y a actuellement aucun moyen de distinguer les deux outremers; l’erreur dans laquelle on est resté jusqu’ici provient de ce que l’outremer naturel est préservé, en partie peut-être, par une gangue siliceuse, en partie surtout par le dépôt de silice formé au début de l’attaque; mais, si avec une baguette de verre on écrase la matière en accélérant ainsi la désagrégation, la décoloration se produit immédiatemenl.
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- Fabrication du bleu d’outremer. — Il ne semble pas qu’un fait important ait été introduit dans cette fabrication depuis 1878; aucun du moins n’a été signalé au jury. Les renseignements sur les procédés employés sont assez rares, ce qui se comprend du reste pour une industrie où le tour de main joue un aussi grand rôle.
- L’ensemble du procédé consiste toujours à chauffer à 700 degrés environ un mélange de kaolin, de carbonate de soude, de charbon, de soufre, et quelquefois de silice. Dans certaines recettes, le carbonate de soude est additionné de sulfate de soude. La pureté des matériaux employés est particulièrement recherchée; il convient de prendre du soufre en canon, et-non de la fleur, du sulfate et du carbonate exempts de fer, du kaolin de Cornouailles ou d’Allemagne; le charbon est remplacé dans beaucoup d’usines par du b rai, du goudron ou de la colophane; quant à la silice, c’est généralement un sable quartzeux broyé à l’état humide ou de la terre d’infusoires.
- Ces diverses substances convenablement choisies sont broyées dans des meules et mélangées après une pulvérisation aussi parfaite que possible; quelques fabricants calcinent le kaolin avant le broyage.
- Le dosage des matières est extrêmement variable; il dépend de la nature du produit que l’on cherche à obtenir, de la manière dont la cuisson est conduite, et enfin du mode de chauffage em-pioyé.
- i° Mode de chauffage. — Certains fabricants opèrent dans des creusets d’une contenance de 5 à i5 kilogrammes, disposés dans des fours où plusieurs centaines de ces creusets tiennent place; d’autres, au contraire, chauffent le mélange dans des moufles dont les dimensions, variables selon les localités, permettent de traiter de 3oo à 2,000 kilogrammes à la fois.
- Dans l’opinion de M. E. Guimet qui a bien voulu nous fournir divers renseignements précieux pour la rédaction de ce rapport, la fabrication en creusets est et doit être généralement préférée; la cuisson réussit plus facilement et le procédé est plus rationnel, Classe 67. i5
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- les fours à moufles ayant été jusqu’à ce jour construits d’une manière assez barbare. Cette préférence s’explique encore mieux, maintenant que l’outremer est à un prix tel, que toute cuite qui n’est pas supérieurement réussie ne rapporte pour ainsi dire aucun-bénéfice. Cependantpourla fabrication du bleu-papeterie, certaines usines qui possèdent un personnel de chauffeurs bien dressés ont préféré l’emploi des fours à moufles et l’ont fait avec succès. L’économie qui en résulte ne peut être que très minime. En effet, si d’un côté on économise les creusets, et quelques frais de main-d’œuvre, d’un autre côté îoo kilogrammes de bleu exigeraient pendant leur cuisson 146 kilogrammes de charbon dans un four à moufles, et seulement 5o kilogrammes dans un four à creusets. Cela s’explique facilement, puisque la masse à chauffer n’étant pas divisée dans le four à moufles comme dans le four à creusets, il faut plus de temps pour que la chaleur pénètre jusqu’au centre: la consommation du charbon augmente par conséquent.
- En fait, la fabrication en moufle est peu usitée en France; M. Dornemann semble être le seul qui l’ait adoptée.
- Au point de vue de la qualité, le bleu cuit au moufle paraît préférable au début des opérations ; les blocs sortant du four ont un éclat incomparable, mais la mouture leur enlève ces qualités beaucoup plus qu’aux bleus cuits en creusets.
- Indépendamment de la nature des appareils employés pour la cuisson de l’outremer, la manière dont cette cuisson est dirigée fait varier considérablement le produit; il est constant qu’avec les mêmes kaolins et les mêmes proportions de matières premières, on obtient des bleus très différents comme nuance et comme résistance à l’alun, selon le mode de chauffage. Ce dernier point peut varier dans des limites considérables; car la manière générale de conduire l’opération est elle-même sujette à toutes sortes de modifications. Beaucoup de fabricants en effet scindent leur cuisson en deux parties: dans une première opération, on obtient et on isole le vert d’outremer qui se forme toujours dans la première phase de la réaction; et dans une seconde opération, on transforme le vert en bleu par une calcination au moufle. Bien que ce mode opératoire soit approuvé sans réserve par des spé-
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- cialistes distingués qui le trouvent plus économique et plus régulier, la plupart des fabricants d’outremer cherchent à adopter le procédé par calcination unique qui fut employé dès l’origine par Guimet; il paraît réussir tout spécialement dans la production des bleus rosés, tandis que pour les bleus bleus et les bleus verts plusieurs opérations semblent nécessaires.
- 2° Nature des produits à obtenir. — Les nuances du bleu d’outremer varient dans une assez large limite; on distingue nettement deux sortes de produits: les bleus rosés et les bleus bleus.
- Les premiers, de fabrication récente relativement à celle des bleus bleus, sont employés dans l’azurage du papier et du linge, dont la teinte jaune est mieux masquée par eux.
- Ces-bleus rosés passent en général pour plus résistants que les bleus bleus, et il est vrai de dire que, dans la plupart des cas, cette appréciation est exacte ; mais il serait scientifiquement erroné de considérer la nuance d’un bleu comme un critérium absolu de sa résistance.-Nous venons de dire en effet que le mode de cuisson agit considérablement sur la nature du produit; d’autres causes encore, la finesse du grain de l’outremer par exemple, modifient profondément son aspect. Tel bleu, en effet, non broyé sera rose qui deviendra violacé par la pulvérisation et bleu après un broyage très complet; la nuance des différents bleus et leur résistance à l’alun ne sont donc comparables que s’ils ont la même finesse.
- Les bleus rosés ont été dans ces dernières années désignés sous le nom de bleus riches en silice; cette dénomination est inexacte en tant .quelle s’applique au bleu. (Les analyses de M. Rein-bold Hoffmann, publiées dans le rapport de ce savant sur l’Exposition de 1873 ne laissent aucun doute à cet égard.) Elle devient vraie si elle est appliquée à la nature du kaolin employé.
- Les kaolins propres à la fabrication de l’outremer sont d’une composition très variable; ils renferment de 71.25 à 58.18 de silice pour 27.61 à AA.85 d’alumine et de fer.
- Veut-on obtenir un outremer rosé? Il faudra prendre un kaolin riche en silice, ou à son défaut,-ajouter à un kaolin alumineux de la pegmatite (M. Guimet) qui renferme de 7A à 78 p. 0/0 de
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- Gr. V. silice: on peut aussi se servir dans le même but de sable broyé,
- de silex pulvérisé, ou enfin de terre à infusoires.
- Cl. 47. 1 1 . J
- Veut-on au contraire produire un outremer bleu pur? Il faudra
- se servir de kaolin alumineux; de plus, on ajoutera au carbonate
- de soude une dose plus ou moins forte de sulfate de soude.
- Voici la composition de quelques mélanges employés tant en
- France qua l’étranger pour la production de l’outremer :
- Kaolin............
- Carbonate de soude Sulfate de soude.. .
- Soufre............
- Charbon...........
- Colophane........
- 37 — 37.5 37 3i 22 — 21 37 28
- 15 — 1 4 u u 18 — i8.5 22 35
- 8 — 0 4 3
- // 4 3
- La durée de la cuisson est extrêmement variable; c’est le point le plus délicat de l’opération: si Ton ne chauffe pas assez, la combinaison ne se forme pas ; si Ton chauffe trop ou si l’air n’est pas en contact avec le mélange au moment favorable, l’outremer est détruit. Dans certaines usines on monte très progressivement au rouge sombre et on maintient cette température pendant deux jours; ailleurs on chauffe très rapidement jusqu’à la température de fusion d’un mélange d’or et d’argent par parties égales, et on maintient ce degré pendant cinq à six heures seulement (Fürs-tenau). Dans la fabrication en moufle, on chauffe au rouge cerise pendant quatre-vingts heures et on laisse refroidir pendant une semaine.
- Nous ne pouvons insister ici sur tous ces détails techniques dont il suffit d’indiquer l’importance en même temps que la variabilité.
- Dans tous les cas, le refroidissement doit se faire à Tabri de Tair; quand il est complet, on défourne, et, dans le cas où Ton a opéré en creusets et où Ton a obtenu de l’outremer vert, on le concasse et on le lave à Teau chaude jusqu’à élimination des parties solubles; on dessèche le produit lavé, sur des plaques de fonte chauffées avec la chaleur perdue des fours, et on procède ensuite à la transformation du vert en bleu.
- Autrefois cette opération consistait à chauffer le vert dans un
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- moufle avec 8 à 1 o p. o/o de son poids en soufre; il est reconnu aujourd’hui que la présence du soufre n’est point indispensable et que le but à atteindre, à savoir l’oxydation du produit, peut être obtenu par la seule calcination à l’air.
- Après la transformation, le bleu est lavé à l’eau pure exempte de chaux et il importe de prolonger ce lavage jusqu’à ce que tous les produits étrangers, sulfates, sulfites, hyposulfites, soude, soient complètement enlevés. Enfin on procède au broyage dans des meules horizontales en silex, où la couleur est, en présence de l’eau, réduite à l’état impalpable. Ce point est important: du plus ou moins de soins avec lesquels le broyage est effectué dépend fréquemment la valeur des produits; pour les bleus destinés à l’impression notamment, il est indispensable que la finesse du grain soit excessive.
- Le broyage terminé, on laisse le produit se déposer, et on recueille, à part, les dépôts successifs: les premiers, plus intenses, servent à la peinture et à l’azurage; les autres, d’une finesse de plus en plus grande, sont livrés à l’impression.
- Des progrès notables ont été réalisés dans la fabrication du bleu d’outremer, tant au point de vue de la qualité qu’au point de vue du prix de revient. Nous avons indiqué déjà que la résistance du bleu à l’action de certains agents avait été considérablement augmentée: ce progrès a une grande importance. Le bleu sert, en effet, à l’azurage du papier, et, comme le sulfate d’alumine entre dans la préparation des papiers collés, l’emploi du bleu serait difficile si Ton n’avait réussi à augmenter sa résistance à l’action de ce produit; les précautions spéciales à employer dans le mélange du bleu à la pâte à papier sont indiquées par tous les fabricants d’outremer.
- Un autre point à signaler également est la disparition des sous-produits, c’est-à-dire des bleus de qualité inférieure, ce qui est un indice certain du soin avec lequel l’ensemble des opérations est dirigé.
- Au point de vue du prix, nous verrons plus loin qu’il diminue de plus en plus, grâce aux améliorations introduites dans la con-
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- struction des fours et des moulins, ainsi qu’aux procédés employés pour utiliser les produits accessoires de la fabrication: l’acide sulfureux, le soufre, les sulfates de soude des eaux de lavage sont aujourd’hui recueillis et diminuent d’autant le prix de revient.
- Nous trouvons, chez la plupart des exposants, l’indice des précautions de tous genres qu’ils prennent pour améliorer l’état hygiénique de leurs établissements et des efforts qu’ils font pour développer chez leurs ouvriers le sentiment du bien-être moral et matériel.
- Le remplacement du travail manuel par le travail mécanique s’est généralisé ; partout on absorbe les gaz délétères ou Ton soustrait les ouvriers à leur action nuisible par une ventilation convenable. Enfin nous constatons l’existence presque générale d’écoles, de sociétés de secours mutuels, de caisses de prévoyance et d’assurance, et c’est avec une vive satisfaction que nous signalons ces progrès, qui font honneur autant aux manufacturiers qui les réalisent qu’aux ouvriers qui savent utiliser ces bonnes volontés.
- Fabrication du violet d’outremer. — J.-B. Guimet avait observé, dans ses expériences, la transformation successive du vert en bleu et du bleu en rouge: à un certain moment le bleu et le rouge existent en présence l’un de l’autre et forment du violet. Ce corps, isolé dès 18/io par Guimet, a été préparé industriellement pour la première fois en 187 3 par la fabrique de Nuremberg qui la présenta à l’Exposition de Vienne. Nous en avons trouvé de nombreux échantillons, notamment dans les vitrines de M. E. Guimet, de MM. Deschamps frères, et de MM. Botelberge et G'° (Belgique)-.
- Quoique ce produit soit, comme intensité et comme éclat, inférieur aux bleus d’outremer, il est loin d’être sans intérêt; les échantillons de tissus et de papiers imprimés, de coton et de papier azuré avec le violet permettent de penser qu’il entrera largement dans la consommation, surtout si Ton arrive à éviter Tin-convénient qu’il présente, paraît-il, de se décomposer rapidement dans les mélanges destinés à l’impression (albumine). Ce fait est assez étonnant, étant données la résistance très grande que le
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- violet présente à l’action de Talun et son inaltérabilité aux agents physiques.
- Peu de détails ont été donnés jusqu’ici sur la fabrication du violet. M. Zeltner (de Nuremberg) a breveté les procédés suivants :
- i° Action d’un halogène sec, en particulier le chlore, sur l’outremer vert ou bleu à 3oo degrés;
- 2° Action du chlore en présence de la vapeur d’eau sur l’outremer vert ou bleu à 160 180 degrés (outremer bydroxylé);
- 3° Action du nitrate ou du chlorure d’ammonium sur l’outremer vert ou bleu.
- La transformation du bleu en violet occasionne une dépense minime; elle ne dépasse pas 5o centimes par kilogramme.
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- Cl. 47.
- Rouge d'outremer. — Nous sommes encore moins renseigné sur la fabrication de ce produit que sur celle du violet.
- Les fabricants qui l’ont exposé paraissent commencer seulement l’exploitation de cette couleur dont l’intensité laisse d’ailleurs beaucoup à désirer. Comme pureté et comme fraîcheur, il est certainement intéressant. 11 présente l’inconvénient, grave pour l’impression des tissus, de se détruire au contact de la vapeur d’eau.
- Composition et constitution. — Malgré les travaux considérables auxquels les savants et les praticiens les plus distingués se sont livrés dans ces dernières années sur la composition de l’outremer, il est impossible encore de dégager de leurs analyses et de leurs observations une formule de constitution bien nette. Cela tient à des causes diverses : d’abord l’outremer étant une substance insoluble, dans tous les agents essayés jusqu’ici, sans décomposition, il n’est pas certain que les analyses portent constamment sur un corps pur, absolument dépouillé des matières qui ont servi à sa préparation; en second lieu, il est démontré aujourd’hui que l’outremer n’est pas une substance unique : il existe toute une série d’outremers de compositions variables quoique assez voisines les unes des autres. Lors même que ces outremers présentent une structure cristalline et qu’ils peuvent par conséquent être considérés comme des espèces chimiques pures ou comme des mélanges
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- Gr. V. d’espèces chimiques pures, les analyses qui en ont été faites ne
- concordent pas et ne peuvent concorder d’une façon suffisante pour Cl. 47. . 1 . . 4 1
- en tirer des conclusions théoriques.
- Les faits remarquables qui ont été signalés tout récemment, la synthèse de l’outremer de M. Plicque, la production des outremers de substitution de M. Heumann et de MM. de Forcrand et Ballin, enfin la découverte des outremers au sélénium et au tellure due à M. Th. Morel, chimiste de M. Em. Guimet, ne tarderont sans doute pas à jeter la lumière sur l’un des problèmes les plus étudiés, les plus controversés, les plus complexes de la chimie minérale.
- Le cadre de ce rapport ne comporte pas l’examen et la discussion des innombrables analyses d’outremer publiées sur ce sujet dans tous les pays et surtout en Allemagne, où elles ont suscité de patientes et ingénieuses recherches; il nous paraît d’ailleurs que, du moment où il est admis que l’outremer n’est pas une substance unique, ces analyses peuvent avoir un intérêt capital pour le directeur d’usine qui cherche à se rendre compte de la marche de ses opérations et de sa fabrication, mais elles ne peuvent amener aucun résultat pour le savant qui se préoccupe de la question théorique de la constitution des corps. Cette solution ne pourra être obtenue que par l’élude des réactions chimiques et des phénomènes de substitution.
- Rappelons d’une façon générale que l’outremer est composé de silicium, d’aluminium, de sodium, de soufre et d’oxygène^; le rapport de ces éléments est extrêmement variable, puisqu’il dépend non seulement de la composition du kaolin qui a servi à la préparation de la matière colorante, mais aussi de la nuance spéciale qui est l’objet de l’analyse. La majeure partie des analyses donnent les résultats suivants pour les outremers bleus :
- Silice......................................... 36 — 38 p. o/o.
- Alumine........................................ 2 3—28
- Soude.......................................... 17 — 21
- Soufre......................................... h — 13
- O La présence de l’azote qui avait été annoncée par M. Unger a été depuis formellement contestée, notamment par M. Morgan.
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- M. Guignet a montré en 18-71 qu’un grand nombre d’outremers du commerce renferment du soufre libre qu’un traitement au sulfure de carbone peut enlever sans modification de la couleur du produit : les analyses publiées avant cette observation perdent donc de leur valeur.
- Quels sont le rôle et l’importance de chacun de ces éléments?
- La silice et la soude sont celles dont la proportion reste la plus constante; au contraire, le soufre et l’alumine peuvent considérablement varier, et de l’examen des analyses résulte ce fait que leurs variations sont en sens inverse l’une de l’autre : le soufre augmente quand l’alumine diminue; on constate en même temps, au point de vue de la nuance, qu’a l’augmentation du soufre et à la diminution de l’alumine correspond l’augmentation de l’intensité du bleu. Ainsi avec 8 p. 0/0 de soufre et 2 3 p. 0/0 d’alumine , on a un bleu clair ; avec 13 p. 0/0 de soufre et 2 3 p. 0/0 d’alumine on obtient un bleu foncé.
- Il existe cependant une limite au delà de laquelle le soufre n’exerce plus d’action sur la couleur. Dans ces conditions, il se transforme soit en sulfate, qu’on retrouve dans la masse, soit en acide sulfureux qui disparaît par volatilisation.
- Quant à l’oxygène, comme il ne peut être dosé que par différence et comme les procédés d’analyse employés ne permettent pas de déterminer la place qu’il occupe dans la molécule outremer, il est impossible jusqu’ici de se rendre un compte exact du rôle qu’il joue : c’est cependant à lui qu’il convient d’attribuer la production de la couleur, d’après l’opinion de M. Em. Guimet. Selon lui, il est démontré aujourd’hui qu’en l’absence de l’oxygène la couleur ne se développe pas.
- L’étude des relations qui existent entre les outremers vert, bleu, violet et rose a produit des résultats intéressants.
- Lorsqu’on suit, rappelle M. Pim. Guimet dans une récente publication, les phases de la cuisson de l’outremer tel que l’a préparé J.-B. Guimet et tel qu’on le prépare généralement de nos jours, on observe diverses colorations qui se succèdent l’une à l’autre dans l’ordre suivant : Brun, vert, bleu,violet, rose, blanc.
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- Ces couleurs sont le résultat de l’oxydation successive du mélange destiné à préparer l’outremer.
- Si, inversement, on chauffe le produit ultime de l’oxydation, le blanc, avec un corps réducteur, par exemple du charbon, on reproduit, selon la quantité du réducteur ajouté, du rose, du violet, du bleu, du vert, ou du brun.
- L’examen des produits obtenus vient à l’appui de cette manière de voir :
- L’outremer brun et vert au contact des acides étendus dégage de l’hydrogène sulfuré;
- L’outremer bleu dégage de l’hydrogène sulfuré et de l’acide sulfureux ;
- L’outremer rose et blanc ne dégage que de l’acide sulfureux;
- Les eaux de lavage de ces outremers sont alcalines pour l’outremer brun et vert, et renferment des polysulfurcs de sodium;
- Elles sont neutres pour l’outremer bleu, et ne contiennent que du sulfate de soude avec des traces d’hyposulfitc;
- Enfin, dans le cas de l’outremer rose et blanc, elles sont acides et ne renferment plus que des sulfates.
- M. J. Philipp a étudié spécialement les relations existant entre le vert et le bleu : la transformation du vert en bleu a lieu non seulement sous l’influence de l’air ou du soufre, mais encore par l’action du chlore, de l’iode, du chlorate de potasse, du sel ammoniac, et de différents sels métalliques; elle a même lieu par le simple chauffage de l’outremer vert avec de l’eau à 160 degrés. L’auteur a constaté que dans celte expérience la perte de poids de l’outremer n’est que de o.36 p. o/o; que l’eau ne dissout que des quantités de sel insignifiantes; que la composition centésimale et la distribution du soufre dans les deux outremers sont les mêmes. Il n’existe donc, dit-il, qu’une manière d’expliquer toutes ces réactions, c’est d’admettre qu’il existe dans l’outremer vert une petite quantité de sulfure de sodium, et que lorsque ce corps disparaît le vert est transformé en bleu.
- D’autre part, nous trouvons dans l’étude très consciencieuse faite par MM. Eugène Dollfus et Goppelsrœder sur les outremers vert,
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- bleu et violet, les chiffres suivants qui sont en contradiction avec cette opinion.
- 100 p. o/o des outremers libres de fer, magnésium, calcium, sulfate de chaux, eau et kaolin contiennent :
- VERT. BLEU (dm). VIOLET (V R 2 4 ).
- Acide silicique 38.494 p. 0/0 4i .o58p. 0/0 43.8oi
- Oxyde d’aluminium. . . . 33.i 52 26.078 23.85o
- Oxyde de sodium i4.i 35 13.597 14.975
- Oxyde de potassium.. . . o.5o6 u //
- Acide sulfurique 0.731 1.25o 2,193
- Acide sulfureux 0.427 o.883 1.669
- Acide hyposulfureux . . . // 0.703 3.8o5
- Monosulfure de sodium. 9.063 7.452 2.84i
- Soufre libre 3.49i 8-977 6.964
- Totaux 99-999 99-998 1 00.098
- La constitution de l’outremer, c’est-à-dire la position réciproque des éléments constitutifs de cette substance, est encore inconnue; malgré les nombreux travaux auxquels cette recherche a donné lieu et les méthodes d’analyse imaginées par M. R. Hoffmann pour distinguer la provenance du soufre, qui, comme on le sait, existe à plusieurs états différents dans les outremers, aucune hypothèse n’est sortie triomphante de la critique scientifique.
- La plupart des auteurs semblent admettre que le silicium et l’aluminium existent dans l’outremer à l’état de silicate d’alumine et dans les mêmes rapports que ceux du kaolin qui lui a donné naissance; peut-être la soude s’y trouve-t-elle combinée, et le groupement existe-t-il sous la forme d’un silicate double d’alumine et de soude? Quant au soufre, certains auteurs le considèrent comme combiné au sodium, à l’état de mono. . . et de poly-sulfure, lequel serait intimement uni au silicate ; d’autres, se basant sur la présence dans l’outremer des oxacides du soufre qui a été établie cl’une façon certaine par M. Ritter, par M. Schutzenberger et par M. R. Hoffmann, considèrent que c’est sous cette forme que le soufre fait partie de la molécule outremer. Les analyses publiées dans ces dernières années montrent toutefois que les quantités
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- d’acide sulfureux, d’acide hyposulfureux, d’acide sulfurique, etc., sont si faibles qu’on peut se demander si leur présence est nécessaire à la constitution de l’outremer. Plusieurs savants supposent que l’outremer est un silicate d’alumine et de soude dans lequel l’oxygène est en partie remplacé par du soufre. Mentionnons aussi l’opinion d’après laquelle la couleur de l’outremer serait produite par la dissémination, dans la masse blanche du silicate, de sulfure d’aluminium ou d’oxysulfure d’aluminium à l’état de division moléculaire.
- Enfin M. Guimet, rappelant que l’on obtient, par simple dissolution du soufre clans l’acide sulfurique de Nordhausen, des couleurs bleues, vertes et brunes, émet l’hypothèse que ces couleurs, fugitives dans ces conditions, sont fixées par le mélange de silice, d’alumine et de soude qui agirait seulement à la façon d’un mordant ou d’un véhicule.
- Comme nous le disions plus haut, ces questions, dont l’étude est poursuivie depuis quelque temps avec beaucoup d’ardeur, seront sans doute prochainement élucidées, grâce aux faits suivants sur lesquels il convient de donner quelques détails.
- M. Plicque a réalisé la synthèse de l’outremer par une méthode de laboratoire qui lui permet d’employer des matières chimiquement pures; il prépare le silicoaluminate de soude de M. Sainte-Claire Deville, en ajoutant l’aluminate de soude à une dissolution de silicate de soude; le précipité a été soumis à une température de 700 à 800 degrés pendant plusieurs jours à l’action d’un courant d’hydrogène sulfuré ou de sulfure de carbone, puis, pendant dix heures à l’action de l’acide sulfureux; sous ces influences successives, il s’est transformé en bleu d’outremer. Les analyses du produit primitif et du bleu obtenu prouvent que la silice, l’alumine et la soude existent dans lé même rapport dans les deux corps, et l’auteur conclut de ces expériences que l’outremer bleu proprement dit est formé par un composé oxygéné du soufre. 11 est probable, dit-il, que ce composé est fixé sur le sodium et sur l’aluminium.
- M. Th. Morel, chimiste de l’usine de Fleurieu, a constaté que le soufre peut être remplacé dans l’outremer par le tellure et le
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- sélénium, et il a obtenu ainsi les couleurs suivantes dont quelques-unes sont assez vives :
- OU1I1EMER AU SOL F HE.
- Brun.
- Vert.
- Bleu.
- Violel.
- Rose.
- Blanc.
- OUTREMER AU SELENIUM.
- Brun.
- a
- Bouge pourpre.
- //
- Rose.
- Blanc.
- OUTREMER AU TELLURE.
- Il
- Jaune.
- Vert.
- h
- Gris.
- Blanc.
- Ces expériences très remarquables prouvent que l’outremer n’est pas un corps unique et qu’il existe toute une série d’outremers. Mais ce n’est pas seulement le soufre qui peut ainsi être remplacé par ses congénères, il en est de même du sodium. M. Em. Guimet a montré que les bases alcalines et terreuses, comme la chaux, la baryte, la magnésie, la lithine, etc., substituées, équivalent à équivalent, à la soude, donnent toutes des corps présentant les mêmes réactions que les outremers: décomposition par les acides, dépôt de soufre et dégagement d’acide sulfhydrique ou sulfureux.
- Puis récemment enfin, M. Heumann et MM. de Forcrand et Ilallin sont arrivés aux mêmes résultats par une autre voie et en leur donnant un plus grand caractère de netteté.
- On se rappelle que M. Unger en 187/1 avait obtenu un outremer vert par l’ébullition de l’outremer bleu de commerce avec un excès d’une dissolution d’azotate d’argent, et que M. Heumann compléta la réaction en chauffant les mêmes corps à 120 degrés en vase clos : on obtient dans ce cas un outremer jaune dans lequel tout le sodium est remplacé par l’argent. M. Heumann, d’un côté, et MM. de Forcrand et Ballin , de l’autre, ont fait réagir un certain nombre de chlorures métalliques sur cet outremer argentique, et ils ont constaté qu’en chauffant le mélange à une température élevée on peut éliminer tout l’argent à l’état de chlorure et former d’autres outremers: ils ont régénéré ainsi l’outremer ordinaire en se servant de chlorure de sodium; avec les chlorures de potassium, de rubidium et de lithium, ils ont produit un outremer bleu; avec le chlorure de baryum, un outremer brun jaunâtre;
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- avec le chlorure de zinc, un outremer violet; avec le chlorure de magnésium, un outremer gris.
- Il est vraisemblable que les auteurs de ces expériences poursuivront leurs recherches et les étendront aux combinaisons organiques pour tenter de faire des outremers alcooliques : il est permis de supposer dès lors que la structure intime des outremers sera rapidement dévoilée
- L’outremer valait, en 1826, 600 francs le kilogramme; en 1872, son prix est de 2 fr. 20 cent, le kilogramme; il n’a cessé de baisser depuis.
- Cette baisse s’est effectuée insensiblement, et le fabricant qui augmentait ses débouchés en a profité tout autant que le client. Le prix le plus réduit pour un outremer de première qualité, prix fait pour l’exportation sur un marché vivement disputé (l’Angleterre), était en 1872 de 200 à 210 francs les 100 kilogrammes pour de grandes quantités, et les fabricants y trouvaient un bénéfice suffisant quoique très modéré. Les conditions actuelles paraissent beaucoup moins avantageuses.
- En 1855, il existait en France 7 fabriques; en Allemagne, /to; en Angleterre, k.
- En 1872 , il existait en France 6 fabriques; en Allemagne , 2 3 ; en Autriche, 2; en Belgique, t ; en Angleterre, 0.
- En 1878, il existe en France 8 fabriques; en Allemagne, 2 5 ; en Autriche, 6; en Belgique, 2; en Bussie, plusieurs; en Hollande, 3; en Angleterre, 0.
- Les deux fabriques françaises qui ont été créées depuis 1872 sont celle de M.Muhlberg à Lille et celle de la Société de Commines et d’Asnières, de fondation toute récente (1876); elle s’était montée pour une production de 250,000 kilogrammes , mais elle
- (1> Cet article était rédigé lorsque parut le remarquable travail de M. Ballin sur les outremers organiques. Ce chimiste a préparé les outremers éthyliques, amyliques, allyliques, benzyliques, etc.; il a constaté de plus que par une réaction inverse le chlorure de sodium, en réagissant sur l’outremer éthylique, transforme ce dernier en outremer bleu qui paraît identique avec celui du commerce.
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- annonce pouvoir produire prochainement 600,000 à 800,000 kilogrammes.
- La fabrique la plus considérable est celle de Nuremberg. Comme importance vient immédiatement après celle de M. Guimet (i million de kilogrammes); puis, pour ne parler que de celles qui ont pris part à l’Exposition de 1878, les fabriques de MM. Deschamps (Vieux-Jean-d’Heurs en France), avec une production de 900,000 kilogrammes; Rotelberg, à Melle-lès-Gand (Belgique), avec 600,000; Richter, à Lille, avec 4oo,ooo; Armet de l’Isle (Nogent-sur-Marne), avec 25o,ooo; Robelin, à Dijon, avec 200,000; Dornemann, à Lille, avec 120,000; et MM. Agofo-novo, Guenter, Werner et Kallé (Russie), Doormans (Hollande).
- On peut estimer que la production totale a triplé depuis vingt ans; elle est d’environ 18 millions de kilogrammes.
- Les tableaux suivants rendent compte des mouvements auxquels le commerce de l’outremer a donné lieu en France depuis 1867 :
- TABLEAU DE L’IMPORTATION ET DE L’EXPORTATION FRANÇAISES DE L’OUTREMER,
- DE 1867 À 1878.
- ANALES. IMPORTATION. EXPORTATION.
- 1867 i^9’559k 137,953''
- 1868 1/19,649 l3l,375
- 1869 187,192 l6o,794
- 1870 95,104 170,591
- 1871 117,392 195,036
- 1872 177’1 °9 4o8,78l
- 1873 161,422 476,387
- 1874 161,078 446,017
- 1875 827,233 54o,537
- 1876 266,564 637,848
- 1877 303,296 624,712
- 1878 // 621,207
- Gr. V. Cl. 47.
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- Gr. V. A côté des couleurs dont nous venons de parler et dont l’ex-ploitation représente une industrie spéciale, nous signalons les expositions des jabricanls de couleurs proprement dites qui, notamment dans la section française et dans la section anglaise, attiraient les regards par la beauté des produits ainsi que par le luxe et le bon goût de leur installation. Cette industrie a pris un développement considérable à Paris; plusieurs maisons y font pour 1 ou 2 millions d’affaires. La perfection de leurs méthodes de préparation permet d’exporter la moitié environ de leurs produits; c’est un résultat d’autant plus intéressant à constater que les matières premières viennent presque toutes, les 2/3 en tout cas, de l’étranger.
- Les couleurs s’appliquent à un grand nombre d’usages; il nous suffira de citer les principaux, à savoir: les papiers peints, la peinture des bâtiments et des voilures, la peinture fine, les fleurs artificielles, la lithographie, l’impression des tissus, etc.
- Il serait assurément intéressant de pouvoir indiquer en détail les modes de préparation adoptés pour chacune de ces couleurs; mais, bien que ces fabrications soient connues d’une façon générale, chaque industriel ayant par son expérience trouvé quelque tour de main avantageux a tout intérêt à garder son secret, et nous ne pouvons en conséquence que faire ressortir ce qui a le plus frappé le jury et indiquer ce qu’on a bien voulu lui confier.
- Vermillon.
- La consommation de cette belle couleur est encore considérable; on l’emploie pour la peinture, la coloration de la cire à cacheter, les impressions lithographiques, etc. Les deux procédés connus pour sa préparation (voie sèche et voie humide) sont employés concurremment selon les usages auxquels le vermillon est destiné.
- Les producteurs les plus importants de cette couleur sont MM. Lewis Berger et Sons de (Londres) qui en fabriquent 120,000 kilogrammes par an ; M. Lange-Desmoulins, à qui revient le mérite d’avoir introduit cette industrie en France en 182/1, n’en produit guère que la moitié. MM. Atkinson et C'°(de Londres) annoncent avoir obtenu un vermillon contenant 2 5 p. 0/0 de mer-
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- cure de moins que les marques claires ordinaires, tout eu étant d’une couleur plus riche: aucun autre détail ne nous a été communiqué sur cette fabrication.
- Bleus.
- Bleu de Prusse. — On continue généralement à préparer le bleu de Prusse par l’action du ferrocyanure de potassium sur le sulfate ferreux et l’oxydation du précipité : on sait que dans ces conditions il se forme non seulement du ferrocyanure ferrique, mais encore du ferricyanure-ferricopotassique qui possède aussi une couleur bleue; de là la variété considérable de ces produits auxquels chaque fabricant donne un nom de fantaisie selon la nuance spéciale qu’il s’est attaché à obtenir.
- MM. Levainville et Rambaud (ancienne maison Gauthier Bouchard) ont exposé du bleu de Prusse obtenu à l’aide du procédé découvert par cette maison en 1867 et qui a, depuis lors, pris une grande extension; il consiste, comme on le sait, à utiliser les vieilles matières d’épuration du gaz qu’on traite par la chaux et l’air. Après quelques mois d’oxydation, la transformation a eu lieu; le prussiate de chaux obtenu est traité par le carbonate de potasse, et le prussiate de potasse est amené à cristallisation : les eaux mères servent à la préparation du bleu de Prusse.
- Bleu de Brême. — C’est un carbonate de cuivre d’une très belle nuance (M. Jacques Sauce et M. Lorilleux).
- Bleus de cobalt. — Ces bleus méritent une mention spéciale. Avant 1868, la Manufacture royale de Saxe avait, pour ainsi dire, le monopole de reproduit; depuis cette époque, M. Marquet (de Paris) a entrepris cette fabrication, qu’il a amenée, avec le concours d’un chimiste distingué, M. Jourdin, à un grand degré de perfection. Quoique la consommation en soit forcément limitée, à cause du prix élevé du métal, le bleu de cobalt a pris son rang dans la liste des couleurs véritablement utiles : la peinture fine et les fleurs artificielles l’emploient d’une façon courante, mais son principal débouché est celui de l’impression des billets de banque.
- Classe ^7. .16
- Gr. V. Cl. 47.
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- Gr. v. Les Banques de France et de Belgique s’en servent exclusivement: ci~7 elles en emploient, paraît-il, pour environ 80,000 francs par an.
- On prépare le bleu de cobalt par la calcination, dans des conditions déterminées, d’un mélange d’alun et d’oxyde de cobalt. Certaines nuances réclamées par la peinture fine sont obtenues en faisant sécher en couches minces une pâte d’alumine et d’oxyde de cobalt et en faisant ensuite passer au feu.
- M. Pinondela également exposé des bleus de cobalt obtenus par une combinaison d’alumine et de phosphate de cobalt; ses bleus violacés sont obtenus au feu de moufle, ses bleus purs sont chauffés au blanc.
- Verts.
- Vert de Schweinfurt. — Ce produit figurait avec éclat dans la vitrine de M. Ringaud jeune dont les moyens de production lui permettent la vente de cette riche couleur en Allemagne même.
- Les propriétés toxiques des verts arsénicaux ont fait rechercher depuis longtemps d’autres matières susceptibles de les remplacer; des efforts louables ont été faits dans cette voie, et nous en trouvons la preuve dans le grand, nombre de verts de toutes sortes exposés par divers fabricants. M. Jacques Sauce présentait des verts de cuivre sans arsenic; ailleurs nous voyons les verts de cobalt produits par la calcination de l’oxyde de cobalt et de l’oxyde de zinc mélangés.
- Les verts de zinc, préparés par le mélange du chromate de zinc et du bleu de Prusse, figuraient honorablement dans l’exposition de M. Latry et de M. Lefebvre; ces produits sont inoffensifs et insensibles aux émanations sulfureuses.
- Les verts de plomb, préparés par le mélange du chromate de plomb et du prussiate de fer, font également une concurrence des plus sérieuses aux verts arsénicaux : M. Hardy Milori, dont la fabrication soignée a mérité que son nom fût adopté même à l’étranger pour la désignation de diverses couleurs, en a exposé de beaux échantillons. Il en est de même de MM. Wilkinson, Heywood et Clark (de Londres), qui nous ont signalé, comme un perfectionne-
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- ment important, l’introduction dans leur chromate d’un tartrate ou d’un citrate dont la présence s’opposerait à l’altération du bleu de Prusse.
- Enfin, parmi les verts organiques, nous avons remarqué les verts pistache de M. Olive, très frais de ton et absolument inoffensifs : ils sont obtenus avec l’indigo et la graine de Perse.
- Gr. V.
- Cl. 47.
- Jaunes.
- Les jaunes et les oranges de chrome constituent toujours l’une des couleurs les plus employées; selon l’usage auquel ils sont destinés, on les prépare avec l’acétate ou avec le nitrate de plomb : le premier sert à faire les jaunes lourds pour la lithographie, le second sert à préparer les jaunes légers destinés , à la peinture pour carrosserie, etc. .
- Le jaune de zinc (chromate de zinc précipité) est préparé sur une , grande échelle par MM. Latry, Wilson (de Londres), Jacques Sauce, Pinondel, etc. Il présente sur le jaune de chrome l’avantage très sérieux de ne point être toxique et de pouvoir, en conséquence, servir impunément comme papier d’emballage dans l’épicerie (chocolats), dans la confiserie, etc.; mais il couvre moins bien, et cet inconvénient le fait malheureusement rejeter dans bien des cas.
- Il remplace avantageusement les laques de gaude dont la préparation est longue et coûteuse et dont la nuance est incertaine.
- Les jaunes de cadmium préparés par M. Marquet sont de fort beaux produits, variant, selon leur mode d’obtention, du jaune citron au rouge; d’après M. Pinondel, qui exposait également du sulfure de cadmium, les nuances foncées sont obtenues par l’hydrogène sulfuré et les clairs par un monosulfure alcalin : les conditions de température exercent une influence marquée sur la couleur du produit. Ces jaunes commencent à être employés par les imprimeurs de tissus, qui les fixent à l’aide de l’albumine; les nuances obtenues sont extrêmement pures.
- Signalons enfin les très beaux jaunes de murexide (purpurate de zinc) de M. Lefranc qui présentait aussi de belles laques pourpres (purpurate de mercure).
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- Ocres, miniums de fer, bruns van Dyclc. — Ces couleurs, très employées dans la peinture en bâtiment et dans la peinture fine, présentent les nuances les plus diverses, selon leur origine et leur mode de préparation. La calcination des ocres donne des bruns; la décomposition du sulfate de fer produit des couleurs variant de l’écarlate au pourpre foncé.
- Noir.
- Les qualités exigées d’un beau noir pour encre d’imprimerie sont : une ténuité absolue et une nuance pure, intense, profonde; elles ne peuvent être obtenues que dans des conditions spéciales.
- M. Lorilleux, dont la très belle exposition mérite une mention particulière, produit son noir en décomposant par la chaleur des matières riches en carbone (naphtaline, etc.) et en enflammant les gaz ainsi obtenus sous une vaste cloche en tôle; un fort courant d’air aménagé dans cette cloche entraîne le noir dans des chambres de 3,ooo mètres cubes, où il se dépose; on le débarrasse, avant l’emploi, des matières grasses ou goudronneuses qu’il renferme, par une ou plusieurs calcinations au four à réverbère dans des vases en fonte ou en terre réfractaire.
- M. Wiiste, de Vienne (Autriche), exposait aussi de beaux échantillons de noir de fumée.
- Le tableau qui suit indique la valeur en francs, à l’exportation et à l’importation française, des produits classés sous le nom de couleurs non dénommées. Il convient de n’attacher qu’une importance relative à ces chiffres, l’élasticité de la désignation permettant au fabricant ou au commissionnaire de faire tout entrer ou sortir sous cette rubrique : il y a là une modification radicale à introduire dans les tarifs de la douane. Il est certain en effet que, sous le nom de couleurs non dénommées, l’étranger fait entrer en France des quantités considérables de produits dérivés de la houille; les tableaux de la douane sont donc erronés tant en ce qui concerne ces derniers produits qu’en ce qui concerne les couleurs non dénommées. Nous croyons cependant devoir donner le tableau qui nous a été communiqué; peut-être les personnes au courant de nos transac-
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- MATIÈRES COLORANTES ET COULEURS. 265
- tions commerciales y trouveront-elles quelque renseignement, malgré son imperfection manifeste :
- Couleurs non. dénommées.
- ANNEES. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- 1867 ..................... 1,363,17 9r A, 90,5,570'
- 1868 ..................... 2,609,661 6,126,776
- 1869 ....................... 6,536,722 8,386,991
- 1870 ....................... 2,676,033 6,766,166
- 1871 ....................... 1,256,726 2,296,378
- 1872 ......................... 876,230 1,239,802
- 1873 ....................... 3,660,702 6,997,698
- 1876......................... 6,227,608 6,935,805
- 1875 ....................... 5,278,670 6,376,582
- 1876 ....................... 6,509,752 5,622,966
- 1877 ..................... 6,812,617 //
- Il ne nous reste plus à signaler dans cette classe de produits que les couleurs métalliques en poudre, les ors en feuille, etc., de MM. Falk et C,e (de Vienne), dont l’exposition était très complète, et la poudre d’étain servant à la métallisation du papier préparé par M. Jacques Sauce et par M. Simier. Ce produit, qui possède le ton blanc de l’argent est obtenu par précipitation électrique; il a été, il y a vingt ans environ, appliqué avec succès dans l’industrie des toilejs peintes pour l’impression des lustrines, doublures, etc.
- Couleurs vitrifiables ; émaux.
- Le jury d’admission a renvoyé à l’examen du jury de la classe 67 ces produits, qu’il a considérés, comme des produits chimiques, mais qu’il eût été préférable, nous semble-t-il, de rapprocher de la céramique.
- La fabrique d’Elbogen (Bohême), et M. Lacroix, chimiste à Paris, ont exposé des lustres, des couleurs vitrifiables et des oxydes colorants pour porcelaine, faïence, verre, etc., dont la pureté et la finesse semblaient ne rien laisser à désirer. Cette industrie a été
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. v. créée pour ainsi dire en France par M. Lacroix; elle a pris une certaine extension et est arrivée, entre ses mains, à un degré de perfection qui lui permet non seulement de lutter contre l’étranger sur le marché français, mais encore de vendre ses produits en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Allemagne, aux Etats-Unis et même au Japon.
- Les qualités exigées pour ces produits sont une finesse extrême qu’on obtient par l’emploi d’appareils mécaniques pour le broyage des couleurs et une pureté constante dans la nature des substances employées, qu’un contrôle incessant peut seul garantir.
- Mmc Soyer-Lévy a montré des émaux et des imitations de pierres fines fabriqués chez elle sur une grande échelle ; les qualités remarquables de ces produits permettent une vente sérieuse, même à l’étranger.
- Signalons enfin les émaux transparents et opaques de M. Guyot-Lupold, de Locles (Suisse). Ce même exposant a présenté un diamant noir artificiel destiné à polir et travailler les grenats, rubis et saphirs, et qui pourra peut-être, à cause de ses qualités spéciales et de son prix relativement peu élevé, servir au percement des roches granitiques : une couronne d’acier, sertie de morceaux de ce diamant et établie dans ce but, avait été exposée par M. Guyot-Lu-pold.
- Ch. Lauth.
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- SECTION V.
- VERNIS.
- Dans ses rapports officiels, le jury international des précédentes expositions universelles n’a pas consacré d’études spéciales à l’importante industrie du vernis.
- On trouvera donc naturel qu’un fabricant de vernis qui a eu l’honneur de faire partie du jury international de l’Exposition universelle de 1878 vienne apporter quelques considérations pratiques sur ce produit et sur sa fabrication.
- Si cette question n’a pas été traitée, c’est sans doute parce que les procédés de fabrication du vernis sont peu connus du monde savant et aussi parce que, dans nos expositions, on a confondu trop souvent ce produit avec les produits chimiques proprement dits. Nous l’avons vu exposé à côté d’articles n’ayant aucune similitude avec lui, tels que bougies, savons, parfums, colles, produits pharmaceutiques, objets en somme très connus du public, fort intéressants à examiner et à analyser pour le chimiste et dont la plupart se prêtent par leur disposition et par leur forme à une exhibition gracieuse, originale et qui flatte l’œil. Si le vernis qu’on expose dans des tubes n’est pas aussi favorable à l’agencement symétrique et à l’ornementation d’une vitrine, son usage et son emploi sont cependant d’une importance capitale dans nos industries les plus considérables et les plus diverses : citons par exemple les arts, la carrosserie, le bâtiment, etc. Aussi croyons-nous intéressant d’entrer dans quelques détails sur la manière dont il est généralement préparé.
- Le vernis se fabrique avec des gommes résineuses liquéfiées à l’aide de l’alcool ou de l’essence de térébenthine. Aussi en distingue-t-on deux catégories : le vernis gras et le vernis à l’alcool.
- Les vernis gras se divisent en vernis pour la carrosserie : vernis pour le bâtiment (intérieur et extérieur) et vernis pour l’industrie.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
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- Gr. v. Les vernis à l’alcool sont employés le plus souvent dans les
- arts , dans l’ébénisterie et se colorent plus facilement que les
- Cl. 47. 11
- autres.
- Les procédés et appareils employés dans la fabrication du vernis sont à peu près les mêmes, bien que chacun prétende avoir son secret et avoir porté ses instruments au plus haut degré de perfection.
- Les matières premières qu’on emploie varient peu : ce sont les gommes dont nous parlerons plus loin, les huiles, l’essence ou l’alcool comme dissolvants.
- Le choix des gommes a une grande importance dans la composition du vernis et surtout du vernis gras.
- Ce sont les gommes copales qui sont le plus généralement employées; il existe entre elles un grand nombre de variétés. Leur valeur et leur qualité se distinguent par leur dureté et par leur transparence; aussi les divise-t-on en gommes dures, demi-dures et tendres.
- La plus belle et la plus dure est importée de Zanzibar; on la trouve dans l'intérieur des terres d’Afrique et quelquefois sur le bord de la mer, où elle a été amenée par les eaux. Elle est plus généralement connue en France sous le nom de gomme de Calcutta.
- La qualité qui vient ensuite est la gomme que nous appelons en France gomme Bombay et qui est connue en Angleterre sous le nom danimi. Elle provient plus spécialement de Madagascar et quelquefois de Mozambique. Elle n’a pas toujours la même dureté, soit parce qu’elle ne vient pas du même arbre, soit parce que le terrain sur lequel on la recueille n’est pas complètement sec; aussi la croûte offre-t-elle des nuances différentes.
- Elle nous arrive généralement en France à l’état brut, tandis que les Anglais la reçoivent à Bombay, lavée et grattée à vif.
- Les gommes demi-dures sont tirées de la côte occidentale d’Afrique. Les plus estimées sont :
- La gomme d’Angola qui est ronde et rouge, et la gomme de Benguela qui est jaune, plate en forme de coquilles; ce qui lui a fait donner en France le nom de coquille.
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- VERNIS.
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- Il existe plusieurs variétés de gommes de Benguela; la plus Gr. V. estimée après la coquille est grise, de forme irrégulière, plus gé- ~ néralement plate et lnrmeuse à sa surface; on la désigne en France sous le nom de gomme d'Afrique. Les autres d’une nature plus tendre sont rouges ou blanches et rondes, opaques plutôt que transparentes; elles sont moins estimées, non seulement parce r|u’elles sont moins dures et moins diaphanes, mais surtout parce qu’elles subissent une évaporafion considérable à la fonte et qu’elles absorbent moins de liquide pendant la fabrication.
- La gomme Sierra-Léone, quoique n’en ayant pas les apparences, peut se classer parmi les gommes demi-dures; sa blancheur, son élasticité, la rendent propre au mélange des vernis fabriqués avec des gommes plus dures et de nuances plus foncées.
- On trouve beaucoup de gommes dans les îles de l’archipel Indien : à Singapore, à Bornéo et à Macassar, elles ont quelques rapports avec celles de Manille, mais elles sont d’une qualité moins bonne et moins dures. Ces gommes ainsi que celles de Manille présentent tout à fait l’apparence de la résine; elles sont friables et croûteuses, d’une cassure plutôt terne que vitreuse.
- On emploie une autre variété, encore moins dure, qu’on désigne sous le nom de gomme friable ou tendre et qui est d’une nuance jaunâtre.
- La Nouvelle-Zélande produit aussi une gomme ayant quelques rapports avec les précédentes; elle est généralement d’une meilleure qualité; on l’importe de Sydney, et les Anglais l’appellent lko une.
- La gomme Damar est la plus tendre. Aussi la désigne-t-on sous le nom de copal tendre; elle vient de Singapore, Sydney et Batavia : celle qui vient de ce dernier pays est la plus estimée, parce qu’elle est mieux triée et plus blanche.
- Les gommes qui servent à la fabrication du vernis à l’alcool sont principalement la gomme laque, extraite de résine sticklac (laque en bâtons) et coulée en feuilles ou écailles minces, dont la nuance varie suivant la provenance du sticklac. Elle est fabriquée spécialement aux Indes et nous vient de Calcutta.
- La sandaraque en larmes est récoltée principalement au Maroc.
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- Le mastic en larmes est originaire de la Turquie et se récolte dans l’île de Chio.
- Le benjoin le plus propice aux vernis est celui de Sumatra.
- Le copal dur fournit les vernis les plus beaux et les plus solides; il fond à 35o degrés.
- Les copals demi-durs servent à fabriquer les vernis moins durables; ils fondent suivant leur qualité à i5oet 200 degrés.
- A l’état naturel, les gommes copales dures et demi-dures sont insolubles dans l’alcool, dans les essences et dans les huiles; il faut, pour que ces produits exercent sur elles une action suffisante , qu’elles aient été préalablement mises en fusion.
- Le copal tendre ou gomme Damar fond à 100 degrés; il est peu soluble dans l’alcool et se dissout complètement dans l’essence.
- L’huile de lin est le genre d’huile presque exclusivement employé pour la fabrication du vernis gras : c’est surtout du soin apporté à la préparation de ces huiles que dépend la qualité du vernis.
- Nous venons d'indiquer le rôle que jouent les gommes et les huiles dans la préparation des vernis ; le dernier agent employé pour la fabrication de ce produit est, suivant la sorte de vernis que Ton veut obtenir, ou l’essence de térébenthine ou l’alcool.
- Les essences de térébenthine qui proviennent soit de Bordeaux, soit d’Amérique, sont surtout employées pour compléter la fabrication du vernis gras.
- L’alcool à degrés élevés sert également à préparer le vernis de ce nom, pour lequel on emploie des gommes tendres, telles que les gommes laques, la sandaraque, le benjoin et le mastic en larmes; la préparation de ce vernis, quoique en apparence facile, exige cependant beaucoup de soins, de connaissances spéciales, et du goût surtout pour les vernis colorés.
- Les procédés de manipulation ainsi que les proportions des matières employées varient suivant les fabricants, mais doivent se résumer aux opérations essentielles suivantes : liquéfaction de la gomme, son mélange avec l’huile et l’incorporation de l’essence comme opération finale.
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- VERNIS.
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- Ce travail exige de grandes précautions, une certaine habileté Gr. V
- et une attention soutenue; la moindre distraction peut occasionner
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- un accident et faire manquer l’opération.
- Un exposant français prétend avoir découvert un procédé pratique qui révolutionnerait, suivant son expression, la fabrication actuelle. Il aurait trouvé un dissolvant capable de liquéfier à froid toutes les gommes copales en supprimant l’essence de térébenthine.
- Les copals entreraient dans les vernis à l’état naturel à l’aide d’huiles rendues siccatives et décolorées par un traitement spécial.
- Ce procédé supprimerait tout danger dans la fabrication, et nous souhaitons vivement qu’une telle tentative réussisse.
- Un grand nombre de fabricants de vernis étrangers avaient répondu à l’appel qui leur avait été fait par la France en installant au palais du Champ de Mars de magnifiques vitrines renfermant leurs produits. Citons l’Angleterre, les Etats-Unis, l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, l’Italie, la Suisse, la Chine et le Japon.
- On sait que l’Angleterre possède les plus importantes fabriques de vernis de l’Europe : leur réputation n’esl plus à faire; elle s’étend dans le monde entier. Les vernis anglais, tout en conservant les qualités constatées depuis longtemps, n’accusent cependant que peu de progrès depuis les dernières expositions. Nous ne croyons pas que les fabricants aient modifié leurs anciens procédés qui leur ont toujours donné d’excellents résultats. Ils s’attachent plus particulièrement à fabriquer les vernis destinés à la carrosserie et au bâtiment en négligeant les vernis à l’alcool dont ils semblent vouloir laisser le monopole à la France.
- Nous devons constater, et nous le faisons avec regret, que les principaux fabricants de vernis anglais, dont les noms sont les plus connus en France, se sont abstenus de prendre part à l’Exposition universelle de 1878.
- Si les Etats-Unis d’Amérique ne comprenaient qu’un petit nombre d’exposants, leurs produits dénotaient la réalisation de progrès marqués, car autrefois, sous le rapport de cette industrie, ils étaient tributaires de l’Angleterre et de la France. Suivant l’exemple des Anglais, les Américains semblent vouloir presque exclusivement se consacrer à la fabrication du vernis gras.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. Cl. 47.
- Les autres nations ont encore beaucoup de progrès à accomplir avant de pouvoir lutter avec les vernis anglais, français et américains.
- Les Chinois et les Japonais ont envoyé aussi quelques spécimens de vernis. Ces vernis peu limpides semblent être à base d’alcool et de gomme laque; ils n’olTrent rien de particulier à la vue ni à l’odorat. Nous n’avons pu obtenir aucune explication ni sur leur préparation, ni sur leur composition, par la raison qu’ils étaient présentés à notre examen par des personnes étrangères à leur fabrication, et par conséquent incapables de nous donner le moindre renseignement à ce sujet.
- Les applications de vernis que nous avons admirées sur les objets exposés par ces deux pays nous ont paru dues plutôt à l’art et à la main-d’œuvre qu’à la qualité du vernis lui-même.
- La France a montré par son exposition de vernis quels énormes progrès elle avait accomplis depuis trente années dans cette industrie, qui prend chaque jour des développements considérables.
- Les exposants étaient nombreux, et l’ensemble de leurs produits excellent; leurs efforts persévérants avaient été couronnés d’un plein succès.
- Les produits étaient plus variés que ceux des autres nations et étaient destinés par leur variété même à être appliqués facilement et sans nouvelle préparation aux travaux les plus divers.
- L’Exposition universelle de 1878 nous a donc permis de constater que la fabrication des vernis français avait atteint une importance si considérable qu’on a été obligé de la scinder en un certain nombre de spécialités pour pouvoir répondre aux besoins des diverses industries locales et même étrangères pour lesquelles ces produits sont de première nécessité.
- Ainsi nous avons vu dans l’examen que nous avons été appelé à faire deux catégories bien distinctes, comprenant : l’une la fabrication du vernis gras, l’autre la fabrication des vernis à l’alcool.
- Nous avons été particulièrement frappé, ainsi que nos concurrents étrangers, des progrès réalisés en ce qui touche les vernis français à l’alcool, qui jouent un si grand rôle dans l’industrie
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- VERNIS. 253
- parisienne et à l’aide desquels on obtient instantanément des couleurs variées.
- Il est regrettable que les maisons, qui les premières ont eu l’idée d’appliquer aux vernis les couleurs extraites de la houille, n’aient pas cru devoir prendre part à l’exposition. Toutefois l’avis général a été que la France occupait le premier rang dans cette importante spécialité.
- Nous devons aussi une tnention particulière aux enduits hydro-fuges et imperméables qui sont arrivés à un haut degré de perfectionnement.
- L’élan donné en France à la fabrication du vernis date de 18G2, c’est-à-dire de l’Exposition de Londres, où des Français n’hésitèrent pas à envoyer leurs produits : ce qui était assez audacieux en raison de la réputation si connue des vernis anglais. Les vernis destinés à être appliqués à l’intérieur furent trouvés très beaux, particulièrement les vernis blancs à la gomme Damar, et les vernis pour tableaux, reliures et autres. Ces produits obtinrent des récompenses supérieures. Les vernis pour la carrosserie n’eurent pas le même succès.
- Depuis cette époque, les fabricants français ont mis à profit les études comparatives qu’ils purent faire à Londres entre les produits de chaque nation, et les renseignements qu’ils recueillirent leur permirent de se dégager de l’esprit de routine et d’appliquer la science à leur industrie.
- A l’Exposition universelle de 1867, on constata les progrès accomplis en quelques années. Les vernis destinés à l’industrie et aux applications intérieures avaient gardé leur supériorité: les vernis gras pour les applications extérieures, notamment pour les voitures, s’étaient grandement améliorés.
- A l’époque de la confection des traités de commerce il fut déclaré que l’industrie des vernis ne pouvait résister à la concurrence étrangère. Personnellement nous croyons que la liberté commerciale ne lui a pas été défavorable. En effet, cette industrie a su lutter avec les vernis étrangers non seulement sur le marché intérieur mais, encore à l’extérieur: on peut consulter sur ce point les statistiques publiées par la Direction des douanes.
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- Gr. V.
- VERNIS À L’HUILE, À L’ESSENCE OU À L’ESI’RIT-DE-VIN.
- Importation. Exportation.
- 1867 5g5,o42r 6o7,io9f
- 1868 676,166 647,948
- 1869 806,238 65g,468
- 1870 626,436 5g3,588
- 1871 671,153 559,860
- 1872 1,118,666 616,i5a
- 1873 842,201 749,740
- 1874 i,o53,8o2 8o3,548
- 1875 1,211,612 i,i48,868
- 1876 1,498,713 1,021,492
- 1877 i,4i6,8o6 1,950,327
- 1878 1,510,617 1,367,408
- En résumé, l’Exposition universelle de 1878 nous a permis de constater quel essor avait pris l’industrie des vernis dans le monde entier, car jamais à aucune exposition on n’avait vu un aussi grand nombre d’exposants et d’aussi remarquables spécimens de celte fabrication. Les développements de cette industrie ne feront que grandir à la faveur de l’extension du bien-être, du goût et du luxe.
- Chevallier-Escot.
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- SECTION VI.
- EJNCOLLAGES, CIR4GES-VERÏNIS.
- L'industrie des colles et gélatines a pris depuis un certain nombre d’années un développement croissant en France.
- Il y a à peine cinquante ans, on ne connaissait d’autres colles fortes que celles obtenues des rognures de peaux sèclies qui étaient fournies par les tanneries et les mégisseries de l’intérieur et même de l’étranger; il en arrivait notamment de grandes quantités de La Plata et d’autres contrées.
- Ces rognures sècbes étaient manufacturées surtout à Givet, à Marseille, à La Flèche et à Paris. Aujourd’hui les colles de Givet jouissent encore d’une réputation méritée, et sont fabriquées par M. Achille Parent, M,uc Estivent Parent, MM. Albéric Parent, Beau et Donnay fils.
- MM. E. Bourdon et G10 et Froger Bourdon fabriquent avec succès à Château-Renault des colles analogues à celles de Givet.
- Depuis cinquante ans, l’industrie des colles et gélatines s’est complètement modifiée par suite des innovations suivantes. D’Arcet ayant fait connaître le procédé d’extraction de l’osséine par l’acidulation des os dans l’acide chlorhydrique, la maison Dupasquier et Coignet installa suivant cette méthode une fabrication importante de gélatine quelle a depuis largement développée et perfectionnée. La même maison a encore monté la fabrication nouvelle des colles fortes obtenues des os par la digestion sous pression dans l’autoclave.
- Son exemple a été suivi par MM. Jacquand père et fils, Gigodot et Laprévote, à Lyon; par MM. Tancrède frères et Joudrain, à Paris; par M. Valette, à Nevers, dont les produits sont généralement estimés.
- Enfin on prépare des colles et .gélatines en substituant des rognures de peaux fraîches aux rognures sècbes; on obtient ainsi des
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. v. gélatines beaucoup plus nerveuses et moins colorées que celles Cl 47 Pr®Par®es au moyen des rognures sèches.
- Le traitement des rognures de peaux fraîches a été aussi appliqué avec succès à Annonay par M. Bertrand et M. Ponson fils.
- M. Thomas, à Javelle, fabrique également de la gélatine et des collettes obtenues soit des os acidulés, soit des rognures fraîches de peaux. Ses produits sont très appréciés dans l’industrie qui les emploie.
- L’ensemble des colles peut se classer ainsi qu’il suit :
- i0 Gélatines minces plus ou moins incolores, inodores, souples ; ces gélatines sont obtenues de rognures de peaux fraîches de veau, de chevreau et de mouton; selon leur beauté, leur qualité, elles sont consommées principalement pour les gelées de table, les confitures, les pâtes de confiseurs, les capsules des pharmaciens, les apprêts d’étoffes blanches et de chapeaux de paille;
- 2° Les gélatines épaisses, dites colles gélatines et désignées suivant leur blancheur et leur nerf en extra (n° î, n° 2). Ces colles gélatines sont surtout employées pour le collage des fils de laine et l’apprêt des tissus et des chapeaux de paille; le débouché, par suite de leur qualité supérieure, va sans cesse croissant;
- 3° Des gélatines moins belles et moins minces, comprenant jusqu’aux collettes et colles de Flandre, se vendent encore en grandes quantités;
- 4° Les colles fortes extraites des rognures de peaux fraîches ou sèches et qui sont surtout recherchées pour l’ébénisterie ;
- 5° Les colles d’os obtenues par la pression qui, par leur régularité et leur belle apparence, ont pris la plus large place dans la consommation générale: apprêts, menuiserie, ébénisterie.
- Les colles françaises, étant incontestablement supérieures, donnent lieu à une exportation considérable.
- Ce qui ajoute encore à l’importance de la fabrication des colles et gélatines, c’est que les résidus constituent des produits précieux pour d’autres industries.
- L’acidulation des os permet d’obtenir du phosphate qui, préci-
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- ENCOLLAGES, CIRAGES-VERNIS.
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- pité ensuite, se trouve à l’état de selbibasique entièrement soluble dans le carbonate d’ammoniaque. Ce caractère rend ce produit précieux à l’agriculture.
- La fabrication des colles fortes extraites des os donne pour résidu les os dégélatinés. La maison Coignet, dès 182 2, a transformé , au moyen d’une calcination dans des fours à flamme renversée de son invention, ces os dégélatinés en noir animal, de fort belle apparence et d’une grande puissance de décoloration.
- Ces os dégélatinés trouvent, du reste, un emploi pour ainsi dire sans limites dans la fabrication des engrais.
- Enfin, les différentes branches de celle industrie variée donnent une masse de résidus riches en azote, très recherchés dans l’agriculture.
- RECOMPENSES DECERNEES PAR LE JURY.
- Médaille d’or : Coignet père et fils.
- Médailles d’argent: Thomas, à Javelle; Gigodot et Laprévote; Jacquand père et fils; Tancrède; Collectivité des fabricants de colles fortes de Givet; Société pour la fabrication du noir animal et d’autres produits d’os (Russie).
- Médailles de bronze : Foulon (J.-A.); Froger et Bourdon; Totin frères; Valette (G.).
- Mentions honorables: Alexandre et C,e; Bourdon et Clc ; Perreau (P.); Compagnie pour la fabrication de l’ichthyocolle et la gélatine, à Lysekil (Suède); Liberton, à Louvain.
- ENCRES DIVERSES.
- Encres à écrire.
- La fabrication de l’encre à écrire constitue une industrie et un commerce très importants. La France, l’Angleterre et l’Allemagne se partagent aujourd’hui le monopole de cette industrie.
- Classe h7. 17
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- L’Exposition de 1878 nous a montré les progrès rapides accomplis depuis celle de 1867.
- La vieille encre de la Petite-Vertu trouve en 1867 une rivale dans l’encre nouvelle de Mathieu Plessy. C’était peu, mais c’était un pas en avant.
- Ces deux encres figurent encore à l’Exposition de 1878, car, perfectionnées et améliorées, ces deux variétés continuent à former la base de toutes les encres à écrire qui se trouvent actuellement dans le commerce; on peut y joindre une troisième espèce formée de dissolutions de couleurs d’aniline, qui, malheureusement, s’altère trop facilement.
- 1er type. — Gnllate ferreux. Cette encre se forme en ajoutant une infusion non bouillie de noix de galle à une dissolution de sulfate de fer. Le mélange reste liquide, filtre au papier, mais sa coloration est si faible au début qu’on a de la peine à distinguer ce qu’on écrit. L’écriture, presque invisible d’abord, devient ensuite d’un beau noir bleuâtre en très peu de temps.
- Tel est le principe de l’encre de la Petite-Vertu, qui fut recommandée par le baron Thénard. L’Exposition de 1878 nous a fait voir les nombreux efforts tentés avec plus ou moins de succès par d’importantes maisons françaises et anglaises dans le but de rendre l’écriture tracée avec cette variété d’encres très lisibles dès le début.
- La première tentative heureuse a été réalisée par la maison Stephens (de Londres), en introduisant du carmin d’indigo dans cette encre qui se vend sous le nom de blue-black.
- L’écriture tracée avec ce liquide est bleue, mais cette nuance disparaît rapidement par l’oxydation du gallate ferreux, et, en très peu de temps, l’écriture devient d’un beau noir bleuâtre. Le mérite de cette encre est de ne pas déposer dans les encriers et de filtrer au papier.
- Son seul inconvénient est que les bouteilles même bouchées se décolorent à la longue par la réduction de l’indigo opérée par le sulfate ferreux.
- Pour obvier à ce défaut, les fabricants français ont eu l’idée de
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- substituer au carmin d’incligo le bleu d’aniline soluble à l’eau. Ce dernier n’est pas décoloré par le sulfate de fer. Au nombre des maisons françaises de premier ordre qui ont su réaliser un progrès, il faut citer par ordre de date: M. Toiray-Maurin et M. Antoine; MM. Stephens et Blackwood, en Angleterre. M. Toiray est même parvenu à trouver une encre de cette espèce fournissant cinq ou six copies.
- 2e type. — Encre nouvelle de Mathieu Plessy. Cette encre s’obtient en faisant agir une dissolution de bichromate sur de l’extrait aqueux de campêche.
- La laque noirâtre insoluble qui en résulte est redissoute dans de l’eau contenant une quantité suffisante d’acide chlorhydrique. La dissolution violacée que l’on obtient est virée au noir par l’addition d’une très petite quantité de perchlorure de fer.
- L’écriture tracée avec cette encre est noire, et ce noir reste tel, sans augmentation d’intensité. Par contre, le peu de perchlorure de fer employé finit par faire un dépôt soit dans les encriers, soit dans les bouteilles.
- L’encre à copier, qui est une variété de cette encre, s’obtient en faisant une laque alumineuse de campêche et redissolvant ensuite cette laque dans un acide végétal. Les maisons Antoine, Toiray et Chevènement fabriquent des types irréprochables de ces encres. Les deux premières surtout livrent au commerce des encres à copier filtrant au papier, ne déposant pas et fournissant un grand nombre de copies avec l’avantage de laisser l’original aussi intense que la copie.
- 5e type. — Encres formées de dissolutions de couleurs d’aniline. Cette variété d’encres s’obtient généralement en faisant dissoudre une couleur d’aniline, le violet de méthyle de préférence, dans la proportion de ao à 3o grammes par litre d’eau. La lumière solaire fait disparaître à la longue les caractères ainsi tracés; cependant son bon marché l’a très vite répandue. Il en est de même de 1’ encre formée avec le noir soluble Coupier.
- Vers la fin de l’Exposition de 1878, on a cherché à tirer un
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- Gr. V. Cl. 47,
- nouveau parti des encres à couleurs cl’aniline. On a composé des encres contenant de 2 5 à 3o grammes de violet de méthyle par litre d’encre. L’écriture formée avec ces encres fournissait un très grand nombre de copies ; et si l’on avait soin de décalquer l’original sur un gâteau souple appelé chromographe, formé de gélatine, de glycérine et de divers produits gélatineux, l’empreinte obtenue, semblable à une pierre lithographique, pouvait ensuite servir à un tirage d’une trentaine d’épreuves.
- Enfin l’éosine vient d’entrer dans la composition d’une encre rouge très belle remplaçant le carmin et ayant sur lui l’avantage de fournir une écriture pouvant être reproduite.
- En fait d’encres, il convient de signaler encore les encres à marquer le linge et résistant à l’eau de javelle, de la maison Toiray-Maurin, ainsi que la nouvelle encre de Chine liquide de la maison Antoine.
- PRINCIPALES RÉCOMPENSES ACCORDEES AUX FABRICANTS D’ENCRES.
- Médailles d’argent : MAI. Mathieu Plessy; Berthoud et C'°; Black-wood et Clc.
- Médailles de bronze : MM. Chevènement, à Bordeaux; Lyons, à Manchester; Stephens, à Londres; Cré, à Lyon.
- Encres destinées à l’impression.
- L’encre destinée à l’impression typographique,'lithographique et à la gravure entaille-douce est formée d’une huile siccative que l’on mélange en la broyant avec du noir de fumée. La qualité de ces encres réside dans le choix des matières premières : huile et noir, et ensuite dans l’intensité du mélange.
- Plus les encres d’impression seront fabriquées avec des noirs de choix et de division extrême, plus elles seront appropriées aux impressions de luxe et à la gravure. L’Exposition de 1878 nous montre un progrès accompli dans cette voie. Plusieurs fabricants français ont cherché à épurer leur noir de fumée en lui faisant subir un traitement chimique dans le but de diviser le carbone et
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- d’en enlever les impuretés étrangères au noir. Parmi ces fabricants, il faut citer les maisons : Lorilleux, Lefranc, Lemercier et Prudon. MM. Dunn et Cie (Angleterre) ont obtenu une médaille de bronze pour leur encre lithographique.
- CIRAGES.
- Le cirage, qui est une variété de vernis à bon marché pour la chaussure, se compose essentiellement de noir d’ivoire ou de fumée émulsionné d’huile, de mélasse et d’une certaine quantité d’acide. On y fait entrer quelques autres ingrédients dans le but d’en augmenter soit l’onctuosité , soit le pouvoir vernissant.
- Cette industrie est très développée et perfectionnée aujourd’hui, grâce surtout à deux maisons de premier ordre, à savoir : M. Jacquot, à Paris; et M. Berthoud, successeur de Jacquand, à Lyon. M. Jacquot a, le premier, employé la boîte métallique pour cirage; il est arrivé à un grand perfectionnement de fabrication et à un bon marché remarquable. Ainsi une douzaine de boites renfermant chacune 25 grammes de cirage est livrée à 20 centimes. A son usine de cirage, M. Jacquot a joint une fabrique de boîtes métalliques qu’il emploie lui-même ou qu’il vend vides; il est parvenu aussi à supprimer l’acidité du cirage en remplaçant le noir d’os par un noir nouveau obtenu par la torréfaction dans un four tournant des écumes de carbonatation et de défécation des sucreries. Il convient d’ajouter que ce nouveau procédé n’est encore qu’à l’état d’essai et aura besoin d’une consécration intérieure.
- Ainsi qu’on a pu le constater à l’Exposition de 1878, diverses tentatives ont été faites dans le but d’arriver à obtenir un cirage qui vernira la chaussure par son application directe, sans avoir recours au frottement par la brosse. La plupart de ces innovations d’origine anglaise sont, un pas fait en avant sans qu’on ait encore atteint le but.
- Une nouveauté moins heureuse est celle d’un cirage liquide formé essentiellement de glyc.érine. La pratique n’a pas tardé à apprendre que la glycérine est un dissolvant de la peau, et que
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- celle-ci imprégnée de ce liquide se déchire bientôt dans tous les sens.
- Parmi les fabricants qui se sont distingués dans cette partie, il faut citer, outre ceux qu’on a nommés plus haut :
- MM. Leroy, Gaillat, à Paris; Chavariber, à Clichy : médailles de bronze;
- MM. Beddow et fils, à Londres.
- Les exposants de vernis destinés à enduire et à préserver les carènes des navires ont été peu nombreux; il convient cependant de citer deux maisons de Marseille : Dubois (C.), ainsi que Julien et Cie. Un certain nombre de compagnies maritimes ont eu recours à ces enduits et semblent s’en être bien trouvées. Des matières minérales toxiques et des essences de goudron de houille sont la base de ces vernis.
- La maison Van Speybrouck, à Bruges, a exposé un enduit du même genre dont l’efficacité a été constatée dans un certain nombre de cas.
- Il n’appartient qu’à l’avenir de faire voir si une peinture quelconque est susceptible de remplacer le doublage en cuivre.
- ALBUMINES ET AMIDONS, ETC.
- M. Bourgeois etM. Nolot, à Paris, ont obtenu chacun une médaille d’argent pour l’importance de leur industrie d’albumine. L’albumine, on le sait, est du blanc d’œuf desséché employé par l’industrie des indiennes pour fixer les couleurs minérales sur les tissus; l’albumine s’extrait aussi du sang, et on la rencontre dans le commerce sous la forme de lamelles, de grains et cristallisée en grains. Le sang desséché est un engrais très recherché.
- M. Engelmann, à Prague (médaille d’argent), fabrique de l’albumine d’œuf et de sang, de l’amidon et de la fécule, de ladextrine, de la gommeline et de la léiocome.
- La maison J. Defay (Belgique) est une des plus importantes pour la fabrication de l’albumine de sang (rappel de médaille de
- L’albumine de sang livrée au commerce par M. Gerbaut, à Nancy,
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- ENCOLLAGES, CIRAGES-VERNIS.
- est très appréciée et a valu une médaille de bronze à cette mai- Gr. v son.
- Cl. 47
- On fabrique actuellement en Russie une albumine de sang qui remplace l’albumine d’œuf dans l’impression des couleurs claires.
- C’est là un progrès réel qu’il convient de ne pas passer sous silence.
- Le comte Salm, à Swietla (Bohême), a une des plus grandes fabriques de fécule, de gomme artificielle, de gommeline blanche et jaune qui existent (médaille d’argent).
- Les travaux chimiques qui ont conduit M. Hansen (de Copenhague) à préparer uneprésure industrielle méritent les plus grands éloges. La présure se tire de l’estomac du veau et jouit de la propriété de coaguler rapidement une grande quantité de lait. Cette propriété est utilisée avec avantage pour la fabrication en grand des fromages. Aussi cette industrie s’est-elle emparée rapidement de la présure industrielle de M. Hansen, qui en a livré 75,000 kilogrammes en 1877. Un tel développement indiquait suffisamment la valeur du produit: aussi le jury a-t-il cru devoir lui décerner une médaille d’or.
- M. Serbat continue à fabriquer avec succès en France, en Belgique et en Allemagne, la graisse française pour l’entretien des appareils mécaniques, ainsi qu’un mastic qui est à base de peroxyde de manganèse, et de la composition duquel est exclu le minium.
- On sait que les mastics calorifuges constituent un des desiderata de l’industrie : celui de M. J. de la Coux des Roseaux, à Asnières, s’est bien comporté dans un grand nombre de circonstances.
- La bijouterie et la joaillerie françaises et étrangères préfèrent, comme par le passé, à d’autres produits semblables le rouge à polir au chromate de fer que fabrique M. Arnoux.
- On a remarqué aussi un nouveau procédé de capsulage liquide dû à M. Jacob, à Paris. L’invention consiste à remplacer la cire à cacheter par une pâte céramique et à obtenir de la sorte, à peu de frais, une fermeture hermétique.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
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- ha Silicate Paint C° (de Liverpool) a trouvé une peinture dérivée d’un silicate naturel, qui, semble-t-il, réussit aussi bien que la peinture à la céruse, et a l’avantage de n’être pas toxique.
- L’insecticide Vicat, qui ne rentre dans notre classe que parce que l’auteur l’y a exposé, a été jugé par le jury comme étant réellement efficace et digne d’une médaille de bronze.
- Pu. de Clermont.
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- SECTION \II.
- PRODUITS SCIENTIFIQUES ET ALCALOÏDES.
- VANILLINE.
- 1. La fabricalion de la vanilline, c’est-à-dire du principe odorant de la vanille, est une industrie toute nouvelle ; elle a été créée, en 187/1, par MM. Tiemann et Haarmann. Elle constitue une très brillante application d’un ensemble remarquable de recherches scientifiques.
- En 1861, M. Hartig découvrit, dans la sève descendante du Lariæ Europea, une matière cristallisable qu’il appela laricine. Un peu plus tard, d’autres observateurs ayant trouvé dans diverses espèces de conifères une substance analogue, l’appelèrent abiétine. En 1866 , M. Kubel d’Holzminden montra que la laricine et l’abié-linc ne sont qu’un seul et même composé, qu’il nomma coniférim; il indiqua le moyen de préparer ce corps à l’état de pureté, le caractérisa comme un glucoside, et reconnut de plus que, dans son dédoublement sous l’influence des acides, il se forme un corps doué de l’odeur de la vanille.
- En 187/1, MM. Tiemann et Haarmann, en étudiant de plus près les réactions de la coniférine, virent que, sous l’influence des agents d’oxydation, il donne naissance à un composé cristallisé identique au givre de la vanille. Depuis, les travaux de M. Tiemann et de ses collaborateurs ont donné à l’histoire de la coniférine et à celle de la vanilline un développement et un intérêt considérables.
- 2. Indiquons d’abord quelques-uns des résultats scientifiques obtenus; il sera facile ensuite d’exposer leur application industrielle.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE I)E 1878.
- Gr. V. Cl. 47.
- Peu de composés ont donné lieu à autant, d’erreurs et de contradictions que le givre de vanille. Etudié par de nombreux auteurs, sa composition n’a été fixée qu’en 1872 par M. Caries, qui reconnut de plus que ce corps est un dérivé méthylé. En réalité, cette substance, appelée aujourd’hui vanilline ou aldéhyde vanillique, est l’aldéhyde méthylprotocatéchique :
- ( O CH3
- C8H803 = C6H3 ) OH (CHO
- Oxyd ée, elle donne l’acide vanillique :
- ( OCH3
- C8H804 = C°H3 OH ( CO2 H
- Hydrogénée, elle donne l’alcool vanillique:
- j OCH3
- C8H10O3 = C°H3 J OH
- (CH2 OH
- La coniférine ne se rattache pas directement à la vanilline. Sa composition peut être représentée par la formule C10H22O8. Ce glucoside, sous l’influence de certains ferments solubles et particulièrement de l’émulsine, se dédouble en glucose et en alcool coniférylique, corps bien cristallisé :
- C16H22 O8 -f H2 O = C° H12 0° + C10 H12 O3
- Coniférine. , Glucose. Alcool
- coniférylique.
- Cet. alcool coniférylique est un alcool-phénol dont la nature n’est pas encore parfaitement établie; on sait cependant que c’est un composé méthylé. Oxydé, il donne de la vanilline. Ce dernier fait explique comment cette même vanilline prend naissance dans l’oxydation du glucoside générateur de l’alcool coniférylique : la coniférine.
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- PRODUITS SCIENTIFIQUES ET ALCALOÏDES.
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- 3. La coniférine étant la matière première (le la production de la vanillinc, on a dû chercher une méthode pour la préparer en grande quantité. On en récolte actuellement plusieurs centaines de kilogrammes, chaque année, dans les forêts de l’Allemagne du Nord. Son prix variant entre 60 et 80 francs le kilogramme, sa fabrication constitue un produit accessoire de l’exploitation des bois résineux.
- Elle se trouve dans la sève descendante. Pendant la belle saison, lorsqu’on abat les arbres, on les ébranche et on les écorce. En raclant immédiatement le tronc mis à nu avec une lame d’acier, on rassemble le cambium, qu’on recueille aussitôt avec une éponge; celle-ci est exprimée, de temps en temps, dans un seau. Cette opération doit suivre de très près l’écorçage pour éviter la dessiccation du liquide. De plus, l’écorçage lui-même doit être fait aussitôt après l’abatage des arbres. Un arbre de taille moyenne donne ainsi d’ordinaire de A à 5 litres de liquide, souvent jusqu’à 8 litres. Le liquide laiteux recueilli est rapidement altérable, et la fermentation qu’il subit détruit la coniférine. On le porte donc immédiatement à l’ébullition, pendant un quart d’heure, dans une chaudière, de manière à coaguler l’albumine, et on le fdtre bouillant sur une chausse de laine. On l’évapore ensuite, de manière à le réduire au cinquième de son volume primitif. Par refroidissement, il se dépose de la coniférine en petits cristaux blancs qu’on recueille en versant le mélange sur une toile; on les égoutte ensuite, puis on les exprime; enfin, on les abandonne à la dessiccation : î litre de cambium donne de 8 à î o grammes de coniférine.
- A. Tout d’abord, la transformation de la coniférine en vanil-line était obtenue par l’action d’un mélange d’acide sulfurique et de bichromate de potasse. Le procédé décrit dans le brevet français de M. Haarmann est le suivant :
- îo parties de coniférine sont dissoutes dans l’eau chaude et versées en filet mince, dans un mélange, modérément chaud, de îo parties de bichromate de potasse, i5 parties d’acide sulfurique et 8o parties d’eau. La liqueur est ensuite soumise pendant
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- trois heures à l’ébullition. Pour extraire la vanilline formée, on traite la masse refroidie par de l’éther. Ce dissolvant s’empare de la vanilline, sous l’influence de l’agitation. On concentre, par distillation, la liqueur éthérée préalablement décantée, et on l’agite ensuite avec une solution concentrée de bisulfite de soude. Ce sel formant avec la vanilline une combinaison soluble dans l’eau, le produit à purifier passe dans la liqueur aqueuse, tandis que les impuretés restent dans l’éther. La combinaison de bisulfite de soude et de vanilline est alors décomposée par l’acide sulfurique, et la vanilline reprise encore une fois par l’éther. On distille le dissolvant, et on purifie le produit par cristallisation dans l’eau.
- Actuellement, on oxyde la coniférine, non plus par l’acide chromique, mais par le permanganate de potasse. Il est nécessaire d’opérer à basse température.
- 5. D’autres réactions fournissent également de la vanilline: l’étbyleugénol donne, par oxydation, de la vanilline (M. Wassermann); le gaïacol, traité par l'élégante méthode de M. Reimer, c’est-à-dire par le chloroforme et la potasse, en fournit également (MM. Reimer et Tiemann); enfin l’acétyleugénol en produit aussi par oxydation.
- 6. Cette dernière réaction a été brevetée en 1876 par M. de Laire, qui décrit ainsi sa méthode :
- L’eugénol pur, extrait de l’essence de girofle, est chauffé pendant deux heures dans un appareil à cohober, avec son équivalent l’anhydride acétique; il se transforme alors en acétyleugénol. On laisse refroidir le produit, et on le délaye dans plusieurs fois son poids d’eau. La liqueur, chauffée doucement, est additionnée peu à peu d’une solution étendue de permanganate de potasse contenant 1,5oo grammes de ce sel pour 1,000 grammes de composé acétylé. On sépare par filtration l’oxyde de manganèse; on sature par la soude, et l’on concentre. Après refroidissement et acidulation par l’acide sulfurique, on extrait la vanilline par agitation du liquide avec de l’éther. Depuis 1876, le procédé a été un peu mo-
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- difié : on prépare l’acétyleugénol par le chlorure acétique, et la proportion de permanganate employée est plus forte.
- 7. M. de Laire, concessionnaire des brevets de MM. Haar-mann et Tiemann, fabrique aujourd’hui régulièrement la vanilline, et l’influence de la nouvelle industrie n’a pas tardé à se montrer. La vanille naturelle, qui valait, en 1875, de i5o à 200 francs le kilogramme, ne se vend, en 1878, que de 20 à 5o francs. Un tel changement dans les prix ne peut être causé uniquement par la présence, sur le marché, de la vanilline artificielle; mais il semble dû, pour une grande part, à la fabrication dont nous venons de parler. Dès maintenant, la quantité de vanilline consommée en France est assez considérable: M. de Laire a transformé, en 1878, 100 kilogrammes de coniférine en vanilline; cette quantité correspond à un poids important de vanille, celle-ci contenant de i.5 à 2.5 p. 0/0 de vanilline.
- 8. M. de Laire est, en France, le seul fabricant de vanilline; il n’est cependant pas le seul exposant de cet intéressant produit.
- Dans la vitrine de MM. Adrian et C‘° figure un échantillon de ce composé préparé par M. Sérullas en suivant une voie différente de celle indiquée par MM. Tiemann et Haarmann.
- Au commencement du siècle, Bomare, Parmentier, Deslauriers et Vogel avaient successivement constaté la présence d’un corps doué d’une odeur de vanille dans la décoction des semences d’avoine. En 181 h , Journet essaya vainement d’isoler ce principe. M. Sérullas a été plus heureux. Il a extrait de l’avoine un beau composé cristallisé en aiguilles blanches, un glucosidc <|u’il nomme (tvcnéine et qui est très notablement différent de la coniférine. L’avé-néine oxydée avec ménagement donne de l’aldéhyde méthylpro-locatéchique.
- La vanilline de M. Sérullas n’est encore qu’un produit de laboratoire, mais elle présente un certain intérêt à cause de son origine.
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- ACIDE SALICYLIQUE.
- 1. Après les beaux travaux de Piria, de M. Cahours et de Ger-hardt sur l’acide salicylique et ses dérivés, après la belle synthèse de cet acide réalisée en 1860 par MM. Kolbe et Lautemann en fixant sur le phénol les éléments de l’acide carbonique, cet acide était resté une substance relativement rare dans les laboratoires, tirant tout son intérêt des connaissances générales que son étude avait fournies. En 187/1, M. H. Kolbe, guidé par les relations étroites qu’il avait contribué à établir entre l’acide salicylique et le phénol, rechercha et constata pour le premier de ces corps les propriétés antiseptiques si bien connues pour le second. Ayant alors repris l’étude de la réaction synthétique qu’il avait découverte antérieurement avec M. Lautemann, il l’approfondit suffisamment pour la rendre susceptible de servir de base à une industrie nouvelle. Il indiqua donc simultanément et les usages pour lesquels l’acide salicylique peut être employé et les méthodes à suivre pour le produire facilement et régulièrement.
- 2. D’après le texte du brevet de M. Kolbe, voici la méthode à suivre pour fabriquer l’acide salicylique :
- On dissout du phénol cristallisé dans son équivalent de soude caustique, en solution aqueuse concentrée. On évapore la liqueur dans un vase de tôle de forme plate, et l’on chauffe à un feu modéré la masse qui en résulte et qui forme d’abord une pâte épaisse. On agite constamment en continuant l’action de la chaleur jusqu’à ce que le tout ait pris la forme pulvérulente. On obtient ainsi du phénol sodé, substance hydroscopique plus ou moins colorée en rose par des substances étrangères; on l’enferme encore chaud dans les vases destinés à le conserver. 11 faut éviter l’emploi d’un excès de soude ou de phénol, le mélange brunissant alors pendant la dessiccation et donnant plus tard un rendement plus faible.
- Le phénol sodé étant chauffé au bain d’huile dans une cornue
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- de fer vers 100 degrés, on fait passer sur lui un courant d’acide carbonique sec, et on laisse la température s’élever lentement jusque vers 180 degrés. Quand le courant gazeux a été maintenu dans ces conditions pendant fort longtemps, du pliénol distille et se dégage avec une abondance croissante. L’opération est terminée quand, à cette température, en présence du courant de gaz carbonique, il ne passe plus de phénol. Il a alors distillé une quantité de phénol sensiblement égale à la moitié de celle employée.
- On peut, pour abréger, introduire dans la cornue métallique le mélange de phénol et de soude non desséché, et chauffer le tout : l’eau distille, et l’on ne fait ensuite passer le gaz carbonique que lorsque la masse cesse de fournir des vapeurs, la température ayant atteint 180 degrés.
- Le produit de la réaction est de couleur chamois. On le dissout dans l’eau, et on ajoute à la solution brune de l’acide chlorhydrique : il se précipite un magma épais d’acide salicvlique. On recueille le précipité sur des toiles, on l’exprime et on le purifie par une nouvelle cristallisation ou par sublimation.
- 3. Les réactions qui s’effectuent ainsi sont les suivantes d’après M. Kolbe :
- Le phénol sodé, sous l’influence simultanée de l’acide carbonique et de la chaleur, se transforme en phénol et en phénol disodé :
- a C6H5NaO=- C°H60 + C°H4Na20.
- Phénol sodé. Phénol. Phénol disodé.
- Le phénol disodé reste dans la cornue, tandis que le phénol régénéré distille. Le phénol disodé, se combinant directement au gaz carbonique, donne naissance à du salicylate de.soude sodé ou sodium salicylate de soude, composé dont l’existence est facilement expliquée par la double fonction phénol-acide de l’acide salicy-lique :
- G° H4 Na2 O + C O2 = G8 H4 Na2 O3.
- Phénol disodé. Salicylate de soude sodé.
- 4. M. Kolbe a fait à ce sujet une observation des plus intéres-
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- santés. Si, au lieu d’employer la combinaison de phénol et de soude, on se sert des combinaisons calcique etbarytique, les choses se passent comme il vient d’être dit; mais avec le phénol potassé il n’en est plus de même, et l’on obtient dans les conditions indiquées non plus de l’acide salicylique, mais son isomère, l’acide paraoxybenzoïque ou, plus exactement, un mélange des deux isomères en proportions variables avec les conditions de l’expérience: jusqu’à i 65 degrés, il se forme surtout de l’acide salicylique, tandis qu’au delà de 170 degrés on n’obtient que de l’acide paraoxybenzoïque presque pur.
- Ces modes d’action si différents de la soude et de la potasse ont été expliqués par des expériences dues surtout à M. Ost. Ils doivent être attribués à l’inégale stabilité des sels de soude et de potasse sous l’influence de la chaleur. Le salicylate de soude, chauffé à 920 degrés, se décompose en salicylate de soude sodé, phénol et acide carbonique, tandis que, dans les mêmes circonstances, le salicylate de potasse donne du paraoxybenzoate de potasse potassé, du phénol et de l’acide carbonique.
- 5. La purification de l’acide salicylique peut être effectuée de diverses manières. On peut, d’après M. Rautert, le distiller en le chauffant vers 70 degrés, et en le soumettant alors à un courant de vapeur d’eau surchauffée vers 170 degrés : le produit distillé ainsi est incolore. Toutefois cette distillation est accompagnée de la destruction d’une partie notable de la matière.
- M. Eudemann conseille de traiter l’acide brut par précipitation fractionnée; le produit transformé en sel soluble est additionné peu à peu d’acide chlorhydrique, les premières portions entraînant toute la matière colorante.
- Enfin, et c’est là le mode opératoire le plus avantageux, on peut transformer l’acide en sel de chaux, soluble dans l’eau, qu’on traite par du noir animal jusqu’à décoloration et qu’on décompose ensuite par l’acide chlorhydrique.
- 6. La pratique a conduit à modifier les conditions dans lesquelles on fabrique l’acide salicylique. Actuellement, au lieu d’opé-
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- rer dans des cornues, on dispose le phénol sodé sec sur des toiles métalliques, dans des sortes d’étuves chauffées aux températures indiquées plus haut et traversées par un courant de gaz carbonique.
- 7. MM. Schlumberger et Cerckel, concessionnaires en France des brevets de M. Kolbe, ont exposé de Tacide salicylique ainsi qu’un très grand nombre de ses dérivés : notamment des salicy-lates formés par les bases les plus diverses, minérales et organiques, de l’éther méthylique (essence de Gaultheria procumbens artificielle), de Tacide paraoxybenzoïque, etc.
- 8. Ils ont présenté également de Tacide cressotinique, homologue de Tacide salicylique et de ses isomères. M. Kolbe a montré, en effet, que les phénols homologues du phénol ordinaire, le crésvlol notamment, peuvent fixer comme lui de Tacide carbonique et donner ainsi naissance à des acides-phénols homologues des acides oxybenzoïques.
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- 9. Pendant quelque temps la thérapeutique a employé des quantités considérables de salicylate de soude pour le traitement des afi'ections rhumatismales. Cette consommation a beaucoup diminué. Les propriétés antiseptiques de Tacide lui-même ont, au contraire, donné à sa fabrication une certaine importance : on les a applicpiées notamment à la conservation des matières alimentaires; les brasseurs en font usage assez fréquemment pour empêcher jes fermentations secondaires.
- III
- PRODUITS DE LA DISTILLATION DES VINASSES DE BETTERAVE.
- 1. Les vinasses, résidu delà distillation des mélasses de betterave fermentées, sont pour notre pays une source abondante de sels potassiques. Elles sont évaporées, puis le résidu est incinéré pour donner le salin de betterave. Cette fabrication déverse dans l’atmosphère des produits gazeux qui ne sont pas sans inconvé-Classe^. 18
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- nients; de plus, elle entraîne la perte de produits azotés abondants dans la matière première. On a donc eu l’idée, depuis longtemps, de détruire par la chaleur et à l’abri de l’air les matières organiques des vinasses et de recueillir les portions condensables des gaz formés dans ces conditions. Toutefois, celte idée est restée sans application industrielle, et, jusqu’à cette époque, toutes les fabriques ont calciné le salin sur la sole d’un four à réverbère, en perdant les produits volatils entraînés avec les gaz du foyer.
- C’est à M. Vincent qu’appartient le mérite d’avoir réalisé en 1877 cette importante modification d’une industrie considérable. D’apr ès ses indications, dans la grande usine de MM. Tilloy, De-laune etC10, à Courrières, la décomposition en vase clos du produit de l’évaporation des vinasses fonctionne régulièrement; elle donne en sels ammoniacaux et en produits divers des résultats qui assurent au nouveau procédé de réels avantages. Il y a plus : la nature des substances condensées et le parti qu’a su en tirer M. Vincent donnent au travail de ce chimiste un intérêt à la fois théorique et pratique.
- 2. Indiquons d’abord la marche des opérations effectuées à l’usine de Courrières.
- Les vinasses, qui marquent d’ordinaire h degrés Baumé, sont concentrées à l’air libre jusqu’à 37 degrés, puis introduites directement dans des cornues en fonte où elles sont soumises à la distillation. La calcination dure quatre heures environ. Le résidu des cornues est une matière noire, très poreuse, formée cl’un mélange de charbon et de salin : ce résidu léger est facile à lessiver; de plus, il est relativement plus riche en carbonate de potasse que le salin des fours à réverbère.
- Les gaz qui se dégagent sont dirigés dans des appareils de condensation assez analogues à ceux en usage dans les fabriques d’acide pyroligneux. Ils s’y dépouillent des produits condensables, puis ils sont conduits sous les grilles des foyers où on les utilise comme combustible. On en obtient environ 3o mètres cubes pour 100 kilogrammes de mélasse de betterave traités.
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- 3. Les produits condensés sont complexes. M. Vincent y a trouvé des sels ammoniacaux, de Talcool méthylique, du sulfure de méthyle, de l’acide acétique, des acides gras supérieurs en moindre quantité, des nitriles de ces divers acides et surtout du nitrile acétique, des ammoniaques méthylées, et enfin des goudrons.
- Le liquide brut, séparé des goudrons et saturé par l’acide sulfurique, est d’abord chauffé dans un appareil distillatoire; on recueille dans les vapeurs condensées de l’alcool méthylique et du nitrile acétique avec quelques nitriles homologues. L’évaporation étant ensuite poursuivie dans des chaudières, la liqueur donne par refroidissement des cristaux de sulfate d’ammoniaque. L’eau mcre, lorsqu’elle a été suffisamment dépouillée de sulfate d’ammoniaque par plusieurs cristallisations successives, contient encore 8 à 9 p. o/o d’azote, presque tout entier sous forme de triméthy-lamine.
- Quant aux goudrons, on en extrait par distillation des huiles volatiles, riches en bases pyridiques et des eaux ammoniacales. Dans le but d’augmenter le rendement des appareils, on a, dans ces derniers temps, à Courrières, concentré davantage les vinasses avant de les introduire dans les cornues. Cette modification a apporté des changements notables à la nature et aux proportions des produits engendrés. Nous reviendrons plus loin sur ce point.
- h. Voici, d’après Lamy, quelques chiffres relatifs aux rendements obtenus dans l’usine de Courrières à l’origine de la fabrication «Chaque jour, dans celte usine, on met en œuvre 98,000 kilogrammes de mélasse qui fournissent 2 5o hectolitres d’alcool fin à 90 degrés G. L., et Aoo,ooo kilogrammes de vinasses. De celles-ci on retire d’abord 10,000 kilogrammes de salin de potasse, produit essentiel et principal du traitement; ensuite, en produits de condensation accessoires, mais industriels et rémunérateurs: d’une part, 1,600 kilogrammes de sulfate d’ammoniaque, 100 kilogrammes d’alcool rné ' e, et 1,800 kilogrammes d’eaux mères concentrées de sels de trirnéthylamine ; d’autre part, /i,ooo kilogrammes de goudron qui donnent à la
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- distillation 36o kilogrammes d’huiles, 2,000 kilogrammes d’eaux ammoniacales et 1,600 kilogrammes de brai.
- Passons maintenant en revue les divers produits ainsi obtenus.
- 5. Le sulfate d’ammoniaque est simplement essoré après cristallisation et livré au commerce.
- 6. L’alcool mélhylique est obtenu par un traitement à la chaux du flegme recueilli pendant les premiers moments de la concentration des eaux ammoniacales saturées par l’acide sulfurique. On le distille et on le rectifie après neutralisation.
- 7. Les nitnles des acides gras, et particulièrement le nitrile acétique ou cyanure de méthyle, accompagnent l’alcool mélhylique dans le flegme dont il vient d'étre question. Us se trouvent décomposés, lors du traitement à la chaux, en acides gras qui se combinent à la chaux et en ammoniaque. De tous les acides gras, le plus abondant, après l’acide acétique, est l’acide propionique.
- 8. Le sulfate de triméthylamine s’accumule, avons-nous dit, dans les eaux mères du sulfate cl’ammoniaque qui constituent un liquide noir et fort impur. On décompose ces eaux mères par la chaux éteinte, afin de mettre en liberté les alcalis volatils qu’on recueille dans de l’acide chlorhydrique. On concentre par ébullition la solution de chlorhydrate ainsi obtenue, et, lorsque la température a été élevée jusqu’à iko degrés, on abandonne au refroidissement : tout le chlorhydrate d’ammoniaque se dépose entraînant un peu de chlorhydrate de triméthylamine. L’eau mère, décantée et concentrée jusqu’à la température de 200 degrés, donne par refroidissement une cristallisation abondante de chlorhydrate de triméthylamine. Ce sel peut servir à préparer la triméthylamine elle-même : il suffit de le traiter par la chaux.
- 11 résulte d’observations de M. Vincent et de MM. Duvillier et Buisine que, lorsqu’on décompose par la chaleur des vinasses très concentrées, la triméthylamine est plus ou moins mélangée de dimé-thylamine et même de monométhylarnine, de propylamine et
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- d’isobutylamine. Au contraire, quand on opère avec des vinasses à 36 degrés, on n’obtient à peu près que de la triméthylamine. Récemment, M. Vincent a pu isoler ainsi des quantités considérai es de sels de diméthylamine.
- 9. Avant le travail de M. Vincent, la triméthylamine, ainsi d’ailleurs que les deux autres ammoniaques composées qui l’accompagnent, était une rareté de laboratoire. La production industrielle par quantités énormes (près de i tonne de sel par jour) d’un corps à peine connu et pour lequel on ne pouvait dès lors prévoir une application, devenait presque un inconvénient. Il était dès lors nécessaire de trouver un usage de la triméthylamine. Les recherches de M. Vincent lui ont fait connaître une première solution de ce problème : la décomposition pyrogénée du chlorhydrate de triméthylamine donne, en effet, naissance à des produits susceptibles de nombreuses applications.
- Si Ton chauffe du chlorhydrate de triméthylamine jusqu’à 285 degrés environ, ce corps se détruit en donnant du chlorure de méthyle, de chlorhydrate de monométhylaminc et de la trimé-ihylamine :
- ( CH3 i ( CH3 ) f CH3 j
- ! ch> ) ( cir ) ( 11 )
- Vers 3o5 degrés, il ne reste dans le vase où se fait l’opération que du chlorhydrate de monométhylamine mélangé de chlorhydrate d’ammoniaque, tandis que les produits gazeux renferment une forte proportion d’ammoniaque avec du chlorure de méthyle, le tout formé d’après la réaction suivante dans la destruction du chlorhydrate de monométhylamine lui-méme :
- ( Cil3 )
- Az H HCJ = (;il3Cl + AzïI3.
- (h J
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- Enfin, vers 3525 degrés, toute la matière se trouve décomposée ou sublimée dans un courant gazeux énergique.
- Ces réactions donnent un moyen de préparer facilement et régulièrement la monométhylamine, substance encore rare dans les laboratoires, mais sans application connue. Ce qui est plus important, elles permettent de transformer entièrement le chlorhydrate de méthylamine en ammoniaque et en chlorure de méthyle, composés susceptibles d’utilisation immédiate.
- 10. Le chlorure de méthyle, en effet, est produit actuellement en grande quantité à l’usine de MM. Tilloy, Delaune et C10, et son usage tend à se généraliser dans diverses circonstances. Après avoir été dépouillé d’ammoniaque par lavage à l’eau acidulée et desséché, il est comprimé à l’aide de pompes dans des réservoirs de tôle où il se liquéfie. Il peut ainsi être expédié facilement et sans danger, la tension de sa vapeur aux températures ordinaires étant peu considérable (ù.62 atmosphères à 25 degrés et 5.5o atmosphères à 3o degrés).
- Antérieurement au travail de M. Vincent, le chlorure de méthyle avait été employé, et en premier lieu par MM. Monnet et Reverdin, pour obtenir des bases méthylées destinées à la fabrication des couleurs d’aniline : il se prête notamment très bien à la préparation de la diméthylaniline, de la méthyldiphénylamine, du vert et du violet de méthylaniline, du violet Hofmann, etc.
- Le chlorure de méthyle peut encore servir de matière première à la préparation du chloroforme par le procédé de M. Damoiseau, c’est-à-dire en faisant passer ce composé mélangé de chlore en proportion convenable sur du noir animal convenablement chauffé.
- Mais parmi les applications du chlorure de méthyle, l’une de celles que M. Vincent s’est le plus appliqué à répandre, c’est l’obtention du froid. A cet effet, l’industrie livre le chlorure de méthyle liquéfié et renfermé dans des réservoirs métalliques de petites dimensions, fermés par un robinet à vis. Lorsqu’en desserrant ce robinet on fait jaillir dans un vase ouvert une certaine quantité de chlorure de méthyle, celui-ci entre en ébullition rapide, et sa température s’abaisse bientôt à — 2 3°. L’ébullition vive cesse alors
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- et la température se maintient constante tant qu’il reste du liquide. On a ainsi un bain à — 2 3°, dans lequel on peut plonger les corps qu’il s’agit de refroidir; si l’on active l’évaporation par une injection d’air sec, la température du liquide s’abaisse jusqu’à 55 degrés en quelques instants. Une pareille température permet de solidifier très rapidement le mercure. M. Vincent a fait construire un appareil destiné à rendre plus commode cet emploi du chlorure de méthyle et désigné par lui sous le nom de frigorifère : au lieu de plonger directement les objets à refroidir dans le chlorure de méthyle ,on les place dans un bain d’alcool refroidi lui-même par le liquide en ébullition.
- On conçoit immédiatement, après ce qui précède, le principe d’un appareil continu destiné à produire le froid ; il suffirait, en effet, qu’une pompe de compression fût disposée de manière à aspirer le chlorure de méthyle volatilisé, aie liquéfier et à le renvoyer liquide dans l’appareil, pour qu’une quantité limitée de ce corps pût produire du froid indéfiniment, au moins en principe.
- La faible pression exercée par le chlorure de méthyle liquéfié sur les vases qui le renferment a permis à M. Vincent de faire livrer ce liquide dans les laboratoires, au moyen de récipients assez économiques. Des vases de verre munis d’un siphon métallique, tels que ceux employés pour conserver les eaux gazeuses, ont été mis en usage depuis quelque temps.
- Sans insister davantage, on voit que M. Vincent a créé toute une industrie nouvelle. Sans pouvoir amoindrir le mérite montré par cet habile et ingénieux chimiste, l’avenir nous apprendra ce qu’il faut penser, au point de vue de la pratique industrielle, de la méthode de traitement des vinasses qui vient d’être instituée. Le résultat n’intéresse pas moins les savants que les fabricants.
- IV
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- 1. Née en France, la fabrication des alcaloïdes et de leurs dérivés a pris tout d’abord dans notre pays un développement considérable. Pratiquée en premier lieu dans le laboratoire des pharma-
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- Gr. V. ciens, elle n’a pas tardé à s’y trouver trop à l’étroit, et des usines ~ importantes ont dû lui être consacrées. Toutefois, pour des raisons qu’il n’est pas inutile d’exposer, cette prospérité première n’a pu se maintenir, et, depuis longtemps déjà, trois seulement de ces fabrications ont prospéré, se sont développées et ont pu continuer l’exportation de leurs produits. Les alcaloïdes auxquels elles se rapportent sont d’importances très inégales : je veux parler de la quinine, de la digitaline et de la strychnine. Quant à la production des alcalis de l’opium, dont la consommation va toujours en croissant, et à celle de la plupart des autres alcalis végétaux, elles ont cessé depuis longtemps d’être pratiquées dans notre pays.
- Pour l’opium, les causes de cette décadence fâcheuse sont multiples. Une semblable industrie exige, en effet, des conditions nombreuses, parmi lesquelles il convient de signaler une excellente organisation, des soins méticuleux et une surveillance incessante, la moindre négligence pouvant entraîner des pertes considérables : il s’agit, en effet, de manipuler des matières organiques d’un prix fort élevé et susceptibles de s’altérer sous diverses influences. Mais ce sont là des conditions personnelles, pourrait-on dire, qui se trouvent facilement réunies. Il n’en est pas de même de deux autres exigences de cette industrie: l’approvisionnement en opium et le prix des véhicules employés dans la fabrication. Depuis longtemps le commerce de l’opium est fait surtout par l’Angleterre. Cette position acquise assurait aux fabricants anglais des avantages évidents, dont ils ont largement profité. D’autre part, les fabricants allemands, moins bien partagés à cet égard, profitaient de l’exemption d’impôt sur l’alcool, principal dissolvant employé dans la préparation des alcalis organiques. Cela suffirait pour expliquer la disparition de cette industrie dans notre pays. Il y a plus encore cependant; Topium paye, à son entrée en France, des droits que l’on considère comme compensés par le droit de 5 p. o/o ad valorem sur les alcalis qui en dérivent : ces circonstances entraînent une prime qui n’est pas inférieure à 2 5 francs pour l’entrée en fraude de i kilogramme de chlorhydrate de morphine; la prime est plus forte encore lorsqu’il s’agit de la morphine elle-même, de la codéine, etc.
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- Pour les autres alcalis végétaux moins importants, l’impôt sur Gr. V
- l’alcool est la seule cause de la disparition de leur fabrication:
- , . . , , 1 Cl. 47
- l’autorisation d’employer l’alcool dénaturé ne peut, en effet, intervenir ici avec quelque efficacité, au moins dans les conditions actuelles. On doit d’autant plus le regretter qu’il serait désirable de voir les préparations de ce genre revenir au laboratoire du pharmacien, qu’elles n’auraient jamais dû quitter.
- Certains indices permettent de croire que la réalisation de ce vœu est moins éloignée qu’on ne serait porté à le croire. L’emploi des hydrocarbures comme dissolvants des alcaloïdes, emploi conseillé pour la première fois par Thiboumery pour la quinine, tend à se substituer à celui de l’alcool; telle est la direction que doivent suivre ceux qui pensent que nous devons fabriquer nous-mêmes ces produits, tirés jusqu’ici à peu près exclusivement de l’étranger.
- M. Moreau, d’Anizy-ie-Château, en exposant et surtout en fabriquant couramment de l’atropine et de la daturine, qui, sous le rapport de la pureté et de la netteté de leur cristallisation, ne laissent rien à désirer, a montré qu’il nous est possible de nous affranchir sur ce point. C’est encore ce que M. Mourut a prouvé en exposant des échantillons remarquables de bromhydrate de cicutine, sel dont il a provoqué l’emploi en thérapeutique.
- 2. Les fabricants français de sulfate de quinine maintiennent la bonne réputation dont jouissent leurs produits : MM. Armet de Lisle et CIC, Tallandier et Dubosc et Clü ont exposé du très beau sulfate de quinine.
- Jusqu’ici ce sel a été le produit le plus important de tous ceux que fournit le quinquina, bien que le chlorhydrate de quinine soit aussi fort employé dans certains pays. Quant aux sels de la cin-chonine, de la quinidine, de la cinchonidine, etc., ils sont peu usités, leurs propriétés thérapeutiques étant d’ailleurs généralement mal connues. Il n’en est que plus nécessaire de louer les efforts qui sont faits par l’industrie, pour fournir ces produits dans un état satisfaisant de pureté. On pourrait ajouter que c’est là ce que semble exiger la prévoyance, en même temps que l’intérêt immédiat des fabricants. L’introduction en quantités toujours crois-
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- santés sur le marché européen des quinquinas cultivés, lesquels contiennent souvent en abondance les alcalis qui accompagnent la quinine, viendra fatalement augmenter la production de ces alcaloïdes secondaires, et leur emploi s’imposera dès lors aux médecins. Il est donc indispensable que dès maintenant ces composés soient mis entre les mains des expérimentateurs.
- C’est d’ailleurs ce qui a été parfaitement compris à l’étranger, où ces questions sont suivies attentivement depuis quelques années. Une fabrique italienne, nouvellement installée, la Fnbrica lom-barda di prodotti chmiici de Milan, a exposé une série véritablement remarquable et presque complète, des principes qui ont été isolés dans les divers quinquinas, et des dérivés que fournissent ces principes.
- 3. Nous nous bornerons à signaler, relativement aux alcaloïdes de l’opium, la belle exposition de MM. T. et H. Smith d’Edimbourg, dans laquelle on remarquait certains composés récemment isolés, tels que la gnoscopine et la méconoiosine, ainsi que celle de MM. Macfarlan et Cie, d’Edimbourg, intéressante par une nombreuse série de dérivés des alcalis de l’opium.
- La Pharmacie centrale de France a fabriqué, dans ces dernières années, des quantités de strychnine qui ne sont pas sans causer tout d’abord quelque surprise en raison du petit nombre des applications médicales de ce terrible poison. L’emploi de la strychnine se fait surtout dans l’Inde et en Amérique pour la destruction des animaux nuisibles, spécialement des rongeurs et des fauves.
- 4. La digitaline, dont nous dirons ici quelques mots malgré quelle ne doive pas être rangée parmi les alcaloïdes, figurait au palais du Champ de Mars sous deux formes différentes. L’une, exposée par M. Blacard, est la digitaline des inventeurs MM. Homolle et Quévenne ; l’autre, préparée par M. Nativelle, est un produit plus nettement cristallisé, mieux défini, obtenu par une méthode due à l’exposant lui-même. Ni l’un ni l’autre des deux produits n’est cependant un principe immédiat; tous deux, d’après des expé-
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- PRODUITS SCIENTIFIQUES ET ALCALOÏDES.
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- riences de M. Schimiedeberg seraient des mélanges. Il appartient Gr. V donc à l’expérimentation physiologique et thérapeutique d’établir C1~7 la valeur de chacun d’eux.
- 5. M. Gerrard, de Londres, a exposé de beaux sels de pilocarpine, alcaloïde découvert en 1875 par M. Hardy, et presque simultanément par M. Gerrard lui-même, dans le Jaboraruli. Cet alcaloïde, remarquable parce qu’il possède, fort exaltées, les propriétés singulières de la plante qui le fournit, est encore peu étudié au point de vue chimique.
- 6. Un autre alcali, tiré de l’ipécacuana, l’émétine, préparée récemment pour la première fois à l’état de pureté par MM. J. Le-fort et F. Wurtz, figurait dans la vitrine de MM. Dorvault et C‘e.
- 7. Dans l’exposition des colonies françaises, MM. Hardy et Gallois ont montré deux alcaloïdes isolés par eux dans deux poisons sagittaires des nègres de la côte d’Afrique : le premier est cristallin et a reçu le nom à’érythrophléine ; il est fourni par l’écorce de mancône (Erythrophlœum Guineensey, le second, la strophantine, est le principe actif de Yinée ou onaye, poison usité chez les Pahouins et fourni par les semences du Strophantus hispidus. Ces deux alcaloïdes sont des poisons du cœur.
- E. JuNGFLEISCII.
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- SECTION VIII.
- PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES.
- Gr. V.
- Cl. 47.
- I
- LA PHARMACIE EN FRANCE ET À L’ETRANGER.
- 1. ' SITUATION UE LA PHARMACIE EN FRANCE.
- Depuis un demi-siècle, la situation économique de la pharmacie en France s’est profondément modifiée. C’était autrefois une profession presque libérale, dont l’accès, moins difficile qu’il ne l’est aujourd’hui, si l’on considère l’étendue des connaissances scientifiques exigées des pharmaciens de irc classe, était en réalité défendu par le prix fort élevé des officines. Pour le même chiffre d’affaires, le prix d’une pharmacie est réduit au tiers de ce qu’il était alors. Encore faut-il tenir compte de la diminution de valeur que l’argent a subie depuis cette époque.
- Ce résultat est dû à des causes diverses.
- En premier lieu, les frais généraux se sont élevés dans une proportion énorme pour le pharmacien comme pour les autres commerçants; le nombre des officines est beaucoup plus grand relativement à la population; la concurrence plus active a amené un abaissement général des prix de vente, malgré l’augmentation du prix des matières premières résultant de nouveaux droits de douane ou de droits d’octroi.
- En second lieu, les professions voisines ont enlevé peu à peu à la pharmacie le monopole des produits qui n’ont pas un caractère exclusivement médicamenteux et qui sont susceptibles d’une grande consommation. On lui a pris d’abord le chocolat, le thé, les sirops dits d’agrément; plus récemment on a essayé de lui dérober le vin de quinquina et l’huile de'foie de morue. Des drogues simples : le camphre, les quinquinas, tous les aromates tendent à passer
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- Gr. V. dans le domaine, de la droguerie et même de l’épicerie. Malgré les décisions judiciaires prises en faveur des pharmaciens, les tentatives se reproduisent, et leur persévérance réussira peut-être à triompher des résistances. Conséquemment les ressources de la pharmacie, déjà précaires, subissent une diminution progressive.
- Une troisième cause de dépérissement résulte des découvertes chimiques auxquelles elle-même a pris une grande part. Des plantes et des substances diverses dont est composée la matière médicale, on a extrait des principes définis: acides, alcaloïdes, glucosides, résines, dont l’étude physiologique a été faite avec soin. Les sels métalliques purs, obtenus industriellement, ont été soumis à des expérimentations nombreuses. Ces agents médicamenteux, dont l’action peut être en quelque sorte dosée parla balance, sont devenus la base d’une thérapeutique nouvelle, et la faveur avec laquelle ils ont été accueillis dure encore. Mais la médication, à coup sur plus précise, est moins productive. Les prescriptions médicales où abondaient autrefois les mélanges complexes et quelque peu diffus, se sont simplifiées à l’excès, offrant pour la grande majorité des pharmaciens une ressource insuffisante.
- Si la pharmacie eût été condamnée à vivre uniquement de la préparation des formules magistrales, elle eût dû se résigner à en mourir. Dans cette situation critique, elle a cherché à s’ouvrir des voies nouvelles. Elle en a trouvé deux et s’y est engagée avec succès. D’une part elle a créé ce qu’on appelle les spécialités pharmaceutiques; d’autre part, elle a fondé une industrie spéciale en appliquant à la fabrication en grand de ses produits les procédés et les moyens mécaniques qu’utilise la grande industrie.
- En ce qui concerne les spécialités, les tentatives ont été d’abord peu nombreuses; mais le succès retentissant de quelques-unes a provoqué une production hâtive et certainement exagérée. Toutes ne sont pas des conceptions également heureuses; il en est d’insignifiantes, d’autres qui sont un outrage au bon sens, à la physiologie ou à la chimie; mais on ne peut contester que quelques-unes ne soient des produits remarquables, fabriqués avec une perfection que les pharmaciens d’autrefois n’auraient jamais pu
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- PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES.
- atteindre. Choix judicieux et sévère des matières premières, dosage Gr. V exact des principes actifs, régularité et constance des formules, beauté et commodité de la forme, tels sont les avantages réels que présentent les spécialités, telles sont aussi les qualités que les médecins n’ont pas tardé à leur reconnaître et à apprécier. Elles ont aussi le mérite d’avoir introduit dans la pratique des ollicines et dans les habitudes du public le goût cl’une certaine recherche dans la forme qui est presque toujours l’indice de la bonne qualité du médicament.
- La vogue des spécialités n’a pas été sans influence sur la création de ces usines spéciales où se fabriquent en grand les produits pharmaceutiques et sur les progrès qu’elles ont réalisés. Elles avaient montré ce qu’on pouvait faire et prouvé le mouvement en marchant. D’ailleurs comment démontrer au public, ignorant des nécessités de la pratique, que, s’il trouvait des différences si marquées entre des préparations de même ordre, cela tenait à ce que l’exécution d’une formule magistrale ne pouvait se comparer à une fabrication industrielle? Quelques pharmaciens eurent l’idée d'appliquer aux médicaments officinaux, consacrés par l’usage, les procédés qui réussissaient si bien aux spécialistes. L’idée était bonne et a fait son chemin. Aujourd’hui on compterait aisément les pharmacies où Ton prépare encore les poudres, les extraits, les sparadraps, les tablettes, les granules et même les eaux distillées aromatiques. Le nombre en décroît de jour en jour, à mesure que s’éteignent et disparaissent les vieilles officines où s’était conservé, avec le respect des traditions, le matériel nécessaire à toutes les opérations de laboratoire.
- Le pharmacien isolé, avec ses instruments primitifs et son personnel inexpérimenté, ne peut soutenir la lutte contre la vapeur, les machines et les appareils de toute sorte dont dispose le fabricant. Il obtient péniblement et avec plus de frais des produits inférieurs en qualité. Quelques formes médicamenteuses très répandues exigent même un outillage qui ne pourrait trouver place dans le laboratoire d’une officine.
- Ainsi deux courants très nets se sont établis dans la pratique pharmaceutique; ils y ont pris déjà un Tôle prépondérant et* s’ils
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- Gr. V. n’existaient pas, la part que la pharmacie pourrait prendre aux
- expositions internationales serait bien restreinte.
- Cl. 47. 1
- Cependant les spécialités sont incessamment traquées, et le développement progressif de l’industrie dont nous venons de parler n’est pas suivi avec satisfaction par les écoles de pharmacie. Cette situation assez étrange mérite que nous nous v arrêtions un instant.
- L’exercice de la pharmacie est réglementé par une loi qui date d’un siècle: la loi du 21 germinal an xi, dont l’abrogation, ou du moins la modification dans le sens des idées modernes, depuis longtemps réclamée, souvent promise et toujours renvoyée à la suite des lois politiques, serait saluée comme une délivrance par les intéressés. Déjà en 1867, le rapporteur de l’Exposition attribuait à l’inlluence de cette loi la banalité et l’insufiisance de l’exposition pharmaceutique. Il faisait remarquer que toute innovation était impossible; que quiconque cherchait à introduire une nouvelle forme dans la thérapeutique était exposé à des poursuites qui ne s’arrêtaient même pas devant l’approbation académique; que le slatu quo était la règle dont il n’était pas permis de s’écarter sans s’exposer aux rigueurs des tribunaux. Cette situation n’a pas changé. La loi de germinal, bien que séculaire, bien que mal assise, s’est maintenue intacte pendant que tout progressait autour d’elle. Tous les vingt ans et plus, une commission est chargée de reviser le Codex ou pharmacopée officielle et d’y introduire les nouvelles substances, les nouvelles formules dont l’usage s’est établi dans la médication usuelle. Comment se rencontre-t-il encore des chercheurs assez désintéressés, assez épris de science pour s’occuper d’études sur des corps inusités, alors que la loi considère comme remède secret- et proscrit comme tel tout ce qui n’est pas inscrit au Codex? Le chloroforme a été un remède secret pendant tout l’intervalle qui a séparé la découverte de ses propriétés anesthésiques en 18/17 de la dernière édition du Codex en i8f)6, pendant une période de vingt ans. Tout pharmacien, délivrant du chloroforme avant 18G6, pouvait être poursuivi et nécessairement condamné comme détenteur d’un remède secret. Tout récemment. l’Académie de médecine, consultée par le Gouvernement, a dû dé-
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- clarer, conformément à la loi, mais contre toute logique, que le sirop cle chloral était un remède secret. Ces exemples montrent dans toute sa perfection la singularité ou plutôt la sénilité de la législation qui nous régit. Toute étude nouvelle serait vaine, tout progrès condamné d’avance, si l’autorité ne laissait parfois sommeiller la loi. Tel magistrat, s’il en avait la fantaisie, pourrait incriminer les plus loyales et les plus intéressantes tentatives.
- Cela est si vrai que, parmi les nombreuses spécialités qui cherchent accès auprès du public et des médecins, il en est qui jouissent d’une immunité constante, d’autres qui sont traquées sans répit parle parquet, à l’instigation de l’école supérieure de Paris. 11 est assez difficile de saisir les mobiles auxquels obéit l’école; elle paraît surtout hostile à l’annonce dans les journaux politiques. La réclame, habile à se cacher sous tant de déguisements imprévus, ne l’émeut que lorsqu’elle se montre loyalement au grand jour. Autant elle est indifférente aux petits moyens dont étaient coutumiers les pharmaciens les plus honorés de la génération précédente et au compérage médical occulte, autant elle est sévère pour l’annonce et pour ceux qui sollicitent ouvertement la clientèle, sans s’abaisser à des compromis regrettables.
- L’école est chargée de la police de la pharmacie. Composée d’honorables savants, dont quelques-uns meme sont illustres, qui n’ont touché à la pharmacie que pendant le temps nécessaire au stage réglementaire, elle ne considère, dans l’exercice de la profession, que ce qui intéresse le renom scientifique et la dignité du pharmacien, et manque de l’expérience nécessaire pour intervenir dans la pratique. Elle sait, par des renseignements officieux et sincères, que la pharmacie française est souffrante; que le diplôme, si difficile qu’il soit à acquérir, ne suffit pas à faire vivre son possesseur, et elle s’est préoccupée de remédier à cette situation fâcheuse. Or, pour elle, le remède efficace serait la suppression des spécialités, alors que les spécialités n’ont été imaginées que pour suppléer à l’insuffisance des ordonnances magistrales.
- 11 y a là un cercle vicieux dont l’école, avec ses idées absolues, sera impuissante à nous dégager. Pour celui qui examine les choses sans parti pris, il y a un fait incontestable: la spécialité a
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- créé de nouvelles et précieuses ressources pour le pharmacien. Non seulement elle s’est vite acclimatée en France, mais encore elle a été bien accueillie à l’étranger, où elle est mieux appréciée chaque jour. La spécialité, soigneuse de ses produits, a obligé toute la fabrication pharmaceutique à suivre ses propres progrès. C’est au public qui consomme, que ceux-ci ont profité tout d’abord. Malgré les résistances de l’école, malgré les rigueurs d’une loi surannée, ce mouvement ne sera pas ralenti. 11 s’agit ici d’une lutte pour l’existence, d’un de ces efforts qui aboutissent à la découverte de nouveaux moyens de salut. La loi ne peut pas remonter le courant qui s’est établi, quand ce courant est nécessaire et légitime: elle doit, quand le moment opportun est venu, se contenter de lui assigner des limites normales.
- Il en est de la pharmacie comme de la presse: une réglementation excessive est aussi embarrassante et périlleuse pour ceux qui l’appliquent que pour ceux qui la subissent. En ce qui nous concerne, c’est grâce à un certain libéralisme dans l’application de la loi, c’est grâce à des tolérances intermittentes que les producteurs français ont pu se créer à l’étranger des débouchés importants.
- La fabrication en grand n’a pas davantage, avons-nous dit, la sympathie de l’école. Elle tend en effet à limiter le travail du laboratoire et à faire du pharmacien plutôt un commerçant qu’un préparateur et un chimiste. C’est un point de vue qui ne mangue pas d’intérêt. Mais encore faut-il être de son temps et ne pas mettre obstacle par des préoccupations mesquines, à des perfectionnements dont tout le monde profite.
- En résumé, la pharmacie française a réalisé dans ces dernières années des progrès considérables. Elle était représentée à l’Exposition de 1878 par plus de quatre-vingt-dix producteurs, spécialistes ou fabricants. Ce chiffre dépassait tellement celui qu’on avait relevé dans les expositions antérieures que l’espace réservé aux produits pharmaceutiques s’est trouvé trop étroit et qu’il a fallu le diviser à l’infini pour faire place à tous ceux qui méritaient de prendre part à ce grand concours. Nous espérons qu’à l’avenir la section pharmaceutique sera mieux partagée.
- La pharmacie française s’est affirmée en 1878 comme nombre
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- et comme importance. Elle n’exporte pas pour moins de dix mil- Gr.„v. lions de ses produits dans des contrées où l’exercice est libre et où elle a à lutter contre la concurrence locale et la contrefaçon. Non seulement elle mérite une place aux expositions, mais peut-être pourrait-elle revendiquer la création d’une classe spéciale avec tout autant de titres que la parfumerie.
- 2. LA PHARMACIE À L’ETRANGER.
- Rien n’est plus favorable à l’opinion que nous avons soutenue dans le chapitre qui précède, que l’impression qui résulte de l’ensemble des expositions pharmaceutiques étrangères. Après l’Angleterre et les Etats-Unis d’Amérique, représentés par de nombreux exposants et de remarquables produits, il n’y a presque plus rien à citer. Or c’est en Angleterre et aux Etats-Unis que la pharmacie jouit de la plus grande liberté. Partout ailleurs une réglementation excessive enserre l’exercice de la pharmacie et lui interdit toute excursion libre hors des limites officielles ; il est vrai que, par compensation, elle assure au pharmacien la jouissance entière et l’exploitation tranquille de son domaine; elle l’entoure par surcroît d’une considération toute particulière. Mais il nous semble que l’intérêt général doit être placé au-dessus de tout intérêt professionnel. Un tel état de choses s’oppose à toute innovation, à toute invention, à tout perfectionnement dont le grand public pourrait profiter, et si le pharmacien y trouve son compte, le reste de la population nous paraît un peu sacrifié.
- Un coup d’œil rapide sur la législation des divers pays nous permettra de reconnaître quel est le régime qui convient le mieux au développement commercial et industriel de la profession.
- Dans les pays du Nord et dans les contrées de langue allemande, l’accès de la pharmacie est difficile, tant par le nombre des années de stage et d’étude exigées, que par les examens à subir.. La limitation du nombre des officines fait que chacune d’elles acquiert une grande importance et une valeur énorme. Certaines pharmacies en Allemagne se vendent jusqu’à 35o,ooo francs. Il y a un tarif légal et obligatoire; des mesures sévères défendent la pharmacie
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- contre tout empiétement étranger. Dans de telles conditions, le propriétaire d’une officine, qui souvent est un chimiste distingué, est un personnage : il possède à la fois science et richesse, sources d’une considération légitime. Mais aussi qu’arrive-t-il? Absorbé par des recherches de laboratoire, par les analyses et les expertises dont il est chargé, ou même endormi dans les délices d’une situation qu’il n’a pas besoin de défendre, il abandonne à un aide la direction de l’officine, où sont préparésies médicaments, selon les rites et coutumes consacrés par la loi. Il faut que chaque progrès réalisé au delà de la frontière s’impose par le succès même qu’il obtient auprès du public, et reçoive l’approbation tardive de la pharmacopée officielle. Nulle initiative n’est permise, nulle invention ne peut voir le jour que sous le couvert du Gouvernement. On croirait qu’il s’agit plutôt ici de l’exercice d’une profession libérale que d’un commerce proprement dit.
- En Belgique et dans les Pays-Bas, le régime est analogue à celui qui existe en France; la loi de germinal, très légèrement amendée, y règne encore dans ses parties essentielles. Le mouvement qui s’est produit en France s’est propagé en Belgique, où l’autorité est tolérante et laisse faire. Les spécialités françaises ou leurs imitations y sont l’objet de transactions nombreuses.
- Dans les Etats Scandinaves, la condition des pharmaciens rappelle en beaucoup de points celle des apothicaires allemands. Leur nombre est limité; le prix des médicaments est fixé par un tarif légal; dans les villes du littoral, avec l’autorisation du roi, les pharmaciens peuvent exercer en même temps un autre commerce. La Norwège fournit toute l’Europe d’huile de foie de morue et de goudron pour l’usage médical.
- En Espagne et en Portugal, le nombre des pharmacies est illimité. Quelques-unes sont importantes et fabriquent des produits analogues à ceux qu’on fait en France; dans le nombre, il en est d’assez remarquables. Bien que jouissant d’une liberté relative, les pharmaciens de la péninsule se contentent d’imiter avec plus ou moins de perfection les spécialités françaises. Ils montrent une certaine recherche de la forme à laquelle les ont accoutumés nos produits nationaux, très appréciés dans ce pays.
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- On peut dire à peu près la meme chose de l’Italie. Des législations diverses réglementaient la pharmacie avant l’unification. Les conditions imposées aux candidats pour obtenir le diplôme de pharmacien, généralement faciles à remplir, ont été modifiées dans le sens d’une plus grande sévérité. Le prix des médicaments est fixé par un tarif légal. Les progrès réalisés dans les préparations, à l’exception peut-être des gélatines médicinales, ne sont que des imitations françaises.
- Les autres pays d’Europe n’ont envoyé que des produits insignifiants. Les contrées orientales, les gouvernements de l’Amérique du Sud et les colonies, à l’exception du Canada, avaient exposé de magnifiques collections de matière médicale, mais peu de produits préparés.
- Revenons à l’Angleterre et aux Etats-Unis d’Amérique, nos seuls et redoutables concurrents.
- En Angleterre, certaines préparations, inconnues ou peu répandues en France, trouvent une consommation considérable: telles sont les bières et boissons gazeuses médicinales et les poudres granulées effervescentes. On y prépare, comme chez nous, de grandes quantités de pilules dragéifiées. La liberté et la concurrence ont amené ces préparations à un grand développement commercial et à une perfection réelle. Il y a quelques années à peine, l’exercice de la pharmacie en Angleterre était complètement libre; de là, des abus nombreux qu’il a fallu réprimer. Mais en mettant un frein à la licence, le Gouvernement n’a pas banni la liberté. Aujourd’hui quiconque veut exercer la pharmacie doit posséder l’un des quatre titres reconnus par la loi; mais, sous la protection de ce titre, il jouit de la même indépendance que tout autre commerçant. L’ensemble de l’exposition pharmaceutique anglaise prouve à quel point ce régime est favorable à la vulgarisation des inventions utiles et au développement des affaires.
- La même remarque s’applique aux Etats-Unis. Quelques Etats ont promulgué une loi pharmaceutique; mais cette loi est restée à peu près lettre morte, et, par le fait, l’exercice est libre. Le titre de pharmacien s’obtient en justifiant d’un certain nombre d’années
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- Gr. v. de stage et de cours et d’un examen passé devant les professeurs
- et les membres du collège de pharmacie.
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- Les pilules dragéifiées de toute espèce, les poudres comprimées,
- les extraits fluides, sont en grand usage aux Etats-Unis, ainsi qu’au Canada. Ils représentent une fabrication considérable. En même temps, on y consomme beaucoup de spécialités françaises, et la plupart sont l’objet de contrefaçons.
- En résumé, le régime de la liberté, même excessive, est de beaucoup le plus favorable aux progrès de la fabrication comme à l’accroissement des transactions.
- En France, où la réglementation est exagérée, il a suffi de quelque tolérance pour que des résultats sérieux aient été obtenus. Nous avons déjà dit à quelle qualité les produits français devaient le bon accueil qui leur est fait partout. Il serait étrange que, sous un prétexte spécieux de dignité professionnelle et de respect des traditions, on cherchât à enrayer le mouvement sans cesse grandissant de nos exportations.
- La concurrence n’existe chez nous qu’entre nationaux, puisque les produits pharmaceutiques étrangers n’ont pas libre entrée sur notre territoire. On en pourrait déduire que notre supériorité est fictive et manque de contrôle. Un rapide coup d’œil jeté sur les expositions étrangères suffit pour l’établir, et d’ailleurs nos produits, s’ils n’ont pas à subir de comparaisons dangereuses chez nous, ne peuvent les éviter au delà de nos frontières. Nous avons déjà indiqué, et cela nous paraît suffire, que le chiffre de nos exportations, qui s’accroît chaque année, était en 1877 supérieur à 10 millions de francs.
- II
- PRODUITS DE FABRICATION.
- 1. MATIÈRES PREMIÈRES; CONSERVATION; POUDRES.
- Les matières premières employées en pharmacie appartiennent aux trois règnes. Tout ce qui est minéral ou produit chimique devant
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- être traité dans une autre partie du rapport général, nous n’avons Gr. V.
- à nous occuper dans ce chapitre que du choix et de la conser-
- 1 . 1 . ci. 47.
- vation des matières végétales et animales.
- L’Europe est assez mal partagée comme production; presque tous les médicaments actifs sont originaires des contrées situées entre l’équateur et les tropiques. Les parties de l’Asie, de l’Afrique et du Nouveau Monde, les îles dont la latitude remplit ces conditions fournissent chacune leur contingent. L’opium et le quinquina, ces deux médicaments héroïques, dont les principes définis dominent la thérapeutique du monde civilisé, viennent l’un d’Amérique, l’autre des contrées que baigne la mer Rouge. L’ipécacuana, la noix vomique, la rhubarbe, la scammonée, le jalap, l’aloès, Passa fœtida, le café, le cubèbe, presque tous les aromates, nous arrivent de pays lointains. La plupart de ces matières premières n’ont pas de véritables succédanés parmi les productions des pays tempérés.
- En revanche, nous possédons les solanées, des plantes odorantes à essence d’une finesse incomparable, des amers toniques d’une grande valeur, et qui pourraient être mieux utilisés. Le ricin, acclimaté en France, produit une huile de très bonne qualité. Beaucoup de plantes spontanées de nos contrées sont employées à la préparation de tisanes, de sirops, d’extraits et autres compositions. Parmi les produits du règne animal, il faut citer les cantharides, que l’on récolte surtout en Russie et en petite quantité en France.
- Matières premières. — Les collections de matières premières à l’usage de la pharmacie avaient été placées par le règlement général dans la classe A6; elles ont été, en effet, examinées par le jury de cette classe. Cependant nous croyons devoir conserver cette dénomination aux deux substances qui suivent.
- Huile de foie de morue. — La section pharmaceutique norvégienne ne comportait pour ainsi dire que cet article. Les huiles de Norwège sont en effet très estimées sur le continent. Les armateurs, qui s’occupent sur une grande échelle de la pêche de la
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- morue, ont toute facilité pour tirer des foies frais, par première expression, des huiles de qualité supérieure. Il est impossible d’extraire de foies conservés, ayant voyagé pendant quelques semaines et subi un commencement d’altération, des produits comparables à ceux de MM. Peter Moller, Jordan, Borthen, etc. Les beaux échantillons sont de couleur légèrement ambrée; l’odeur, qui est celle du poisson frais, n’a rien de désagréable; la saveur est douce, sans aucune âcreté; c’est une saveur franche de poisson.
- Vaseline. — Le jury a remarqué dans la vitrine de la Cheseborough Manufacture Company, exposant américain, et dans la section française, sous le nom de M. Fougera, une substance recommandée depuis peu comme un excellent excipient des pommades.
- La vaseline est extraite des résidus de la distillation des pétroles. Ce goudron demi-liquide est d’aborcl chauffé à l’air libre, jusqu’à ce qu’il ait perdu toute odeur; puis on le filtre à chaud sur du noir animal. 11 est encore coloré après ce premier traitement. On achève sa purification en le maintenant pendant vingt-quatre heures fondu au contact du noir animal et reprenant le tout par l’éther. La solution éthérée soumise à la distillation laisse comme résidu la vaseline. C’est un mélange de carbures d’hydrogène solides et liquides, de consistance de miel, fondant à 35 degrés et bouillant à i5o. La vaseline est incolore et inodore; mais, par une longue exposition à la lumière, elle prend une légère odeur de pétrole. Toutefois elle n’est pas susceptible de rancir comme les corps gras, et elle est apte à dissoudre des sels, des alcaloïdes, des métalloïdes, ce qui en fait, dans certains cas, un bon excipient des médicaments actifs pour l’usage externe.
- Le prix de la vaseline n’a rien d’exagéré, quand on considère l’usage assez restreint auquel elle est appliquée jusqu’à présent; le kilogramme est coté de 8 à 9 francs. On arriverait certainement à un abaissement notable, si l’on pouvait supprimer l’intervention de Téther dans la fabrication.
- Conservation. — Les plantes médicinales étaient exposées dans la classe 46. Le pharmacien qui les transforme en médicaments
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- n’a qu’à les choisir avec discernement et à assurer leur conservation. La dessiccation, bien conduite, conserve aux végétaux leurs propriétés médicamenteuses, que l’influence prolongée de l’humidité ou la fermentation en masse pourraient compromettre ou détruire. Quand les feuilles et les fleurs desséchées ont gardé leurs couleurs propres, c’est un indice certain de bonne qualité.
- Le commerce de gros cherche à obtenir de beaux produits par des procédés industriels; les efforts du pharmacien doivent tendre à maintenir en bon état les plantes et autres substances, préalablement choisies, jusqu’au moment de leur vente ou de leur mise en œuvre. Un pharmacien belge, M. Cornélis, a imaginé à cet effet un jlacon dessiccateur, dont l’emploi est pratique et peu coûteux. C’est un flacon à large ouverture fermé par un bouchon à l’émeri. Le bouchon est creux et ouvert à la base. On remplit la cavité de morceaux de chaux vive, et on la recouvre d’un papier Joseph et d’une étoffe perméable. Le tout est retenu par un fil qui s’adapte dans une rainure ménagée à la partie inférieure du bouchon. Toute trace d’humidité étant absorbée par la chaux, on comprend qu’aueune altération n’est possible de ce chef; si d’autre part on emploie des vases opaques ou teintés de jaune, on met obstacle à l’action de la lumière sur les principes colorants. Les échantillons exposés par M. Cornélis, exceptionnels sans doute, montrent ce qu’on peut attendre de cet ingénieux procédé et doivent encourager les pharmaciens à en tirer parti.
- Poudres. — Avec des matières premières choisies, on fait toujours de belles poudres. C’est d’ailleurs une fabrication facile : une dessiccation lente par une chaleur modérée qui n’altère pas la substance et ménage ses principes aromatiques, une pulvérisation rapide et arrêtée à temps, l’emploi de tamis de soie spéciaux et fins, telles sont les conditions qui donnent une belle poudre. Il ne s’agit plus que de l’enfermer dans des vases secs, à Tabri de l’air et de la lumière. Les moyens mécaniques dont disposent les pul-vériseurs sont nombreux, des outils spéciaux ont été créés pour chaque objet. A côté des pilons verticaux, qui tiennent toujours la plus grande place, on a établi des meules horizontales et verticales,
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- des machines-outils à concasser, à râper, à déchirer, qui préparent le travail définitif; mais nous n’insisterons pas sur les dispositions données à ces divers instruments, qui relèvent de la classe 53.
- A l’Exposition de 1867, M. Ménier avait donné la mesure de ce qu’on pouvait obtenir en ce genre de produits ; ses poudres n’ont pas été dépassées. Mais un bon exemple, en industrie, n’est jamais perdu; il stimule la concurrence et est bientôt suivi. On peut dire que toutes les poudres exposées dans la section française étaient remarquables. Les principales maisons de droguerie : MM. Dorvault et C'e (Pharmacie centrale et maison Ménier réunies), M. Dar rasse, MM. Adrian et C,e et M. Ilélain, pulvériseur, avaient de très beaux échantillons.
- 2. EXTRAITS.
- « Le but que l’on se propose d’atteindre dans la préparation des extraits, dit M. le professeur Regnauld, est d’obtenir sous un petit volume les principes médicamenteux des plantes ou des animaux, sans leur faire éprouver aucun changement de composition. Plus on se rapproche de ce résultat, plus on est près de la perfection. »
- Les extraits préparés dans le vide remplissent au plus haut point ces conditions, et l’on doit s’étonner que la dernière édition du Codex, postérieure de plusieurs années à la publicité donnée aux appareils de Grandval, de Berjot et de Soubeiran, n’ait pas accordé l’investiture officielle à ces excellents produits.
- Dans les appareils que nous venons de citer, on n’obtient pas le vide parfait; la pression y reste égale à 5 ou 6 centimètres de mercure. Mais l’évaporation se produit à une température rarement supérieure à 5o degrés; M. Grandval dit ne pas dépasser 2 5 à 30 degrés. Il en résulte que certains principes, altérés ou détruits par une chaleur élevée au contact de l’air, se conservent intacts, tels qu’ils existaient dans la solution. L’extrait offre, sous un petit volume, la représentation exacte de la matière première. Couleur, saveur, odeur, activité physiologique, aucun des carac-
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- tères d’origine n’a disparu. On ne peut faire à ces extraits qu’un Gr. v seul reproche, et peut-être est-ce là la raison de l’usage restreint qu’on en fait, c’est qu’ils sont hygrométriques.
- M. Grandval, professeur à l’Ecole de pharmacie de Reims, est le principal exposant. Son père, J.-B. Grandval, dès 18/17, avait fait construire un appareil à évaporation dans le vide, remarquable par sa simplicité. A l’aide de cet appareil, il a pu le premier produire industriellement et livrer au commerce ces extraits , dont son fds a exposé de beaux spécimens. M. Grandval réclame pour son père la priorité de la fabrication et de l’introduction dans le commerce.
- La maison Grandval, sans rechercher d’autres suffrages que ceux qui émanent des sociétés scientifiques et du corps médical, malgré les obstacles qu’oppose à toute chose nouvelle le respect exagéré des coutumes et des préjugés, a dû peu à peu accroître ses moyens de production. Aujourd’hui la vente de ses extraits atteint le chiffre de 1 25,000 francs par an, et son matériel se compose de 48 appareils de 2 hectolitres, de deux générateurs de 18 chevaux chacun et d’une machine de 6 chevaux. Parmi les échantillons qu’elle avait exposés, on remarquait l’extrait de roses de Provins, dont la couleur magnifique et l’odeur étaient caractéristiques.
- Les grandes maisons de droguerie et de produits pharmaceutiques préparent maintenant les extraits dans le vide. La Pharmacie centrale, les maisons Darrasse, Adrian et C'c avaient des échantillons moins volumineux mais très satisfaisants par leur aspect, leur odeur et leur solubilité parfaite.
- M. Pigeon, de Melun, a récemment entrepris cette fabrication.
- Ses produits, bien faits et bien présentés, témoignent d’efforts qui méritent d’être encouragés.
- Les extraits ordinaires, préparés par les procédés du Codex, sont évaporés au bain-marie, au contact de l’air. Ils doivent remplir, dans la mesure du possible, les conditions qui constituent la supériorité des précédents. Ce n’est pas ce qui arrive toujours.
- Leur préparation demande des soins excessifs qui font parfois défaut. Leur solubilité est incomplète, l’arome primitif a disparu
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- ou s’est modifié; la quantité d’eau qu’ils contiennent est variable : un dosage exact de pareils médicaments est impossible dans la pratique. Cependant ces extraits (extraits mous du Codex) constituent l’une des formes les plus usitées en thérapeutique, et, à ce titre, ils méritent notre attention. M.VI. Grandval et Pigeon les préparent en laissant leurs extraits reprendre l’humidité atmosphérique; c’est là un procédé qui offre quelques inconvénients et que nous ne pouvons approuver sans réserve. Les extraits évaporés dans le vide sont plus actifs que les extraits ordinaires; leur activité se retrouve dans les extraits mous qui en dérivent, et il y aurait parfois danger à substituer les uns aux autres. Sous le bénéfice de cette observation, nous nous empressons de reconnaître que, si ce mode de préparation était seul accepté, il constituerait un progrès réel sur le procédé actuel.
- A l’Exposition, dans la section française, les extraits du Codex étaient convenablement représentés dans les vitrines des maisons que nous avons citées et de quelques autres moins importantes.
- Il nous reste à parler des extraits fluides, préparations du meme ordre, dont l’usage tend à se répandre en France. Ils ont pour objet de permettre au pharmacien et quelquefois au malade lui-même la confection instantanée de sirops et de vins médicamenteux : 5 une quantité déterminée de sirop simple ou de vin, on ajoute la dose convenable d’extrait fluide antiscorbutique ou d’extrait fluide de quinquina, on agite, et voilà du sirop antiscorbutique et du vin de quinquina! On obtient ainsi des médicaments de médiocre qualité, qui ne valent pas, à coup sûr, les préparations normales; mais il y a là une idée qui peut trouver son application dans quelques cas bien définis. Au lieu de proscrire absolument l’usage des extraits fluides, il conviendrait que la prochaine édition du Codex l’adoptât pour les cas où il est avantageux.
- En attendant, cet usage, avons-nous dit, est accueilli avec faveur par les pharmaciens et par le public. Un de nos exposants, M. Mouysset, avait envoyé toute une collection d’extraits fluides, dont quelques-uns composés, destinés à la préparation extemporanée des sirops et des vins les plus complexes. La concentration
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- de ses liqueurs est telle qu’il suffit, dans tous les cas, d’ajouter 1 partie d’extrait à q parties de sirop ou de vin pour obtenir le médicament. M. Mouysset assure la conservation de ses extraits pour sirop par l’addition de sucre en quantité convenable au lieu de les alcooliser ou d’y introduire toute substance étrangère propre à assurer la conservation de la solution.
- Les fluid-eœtracts américains sont des produits différents. Ce sont des teintures alcooliques à degré variable, représentant poids pour poids la matière première. Ils offrent un moyen commode d’introduire dans un mélange liquide les principes actifs d’une substance quelconque à quelque dose que ce soit. Mais, à notre avis, c’est là une forme vicieuse, qui ne doit pas être encouragée chez nous. Il doit exister entre le poids de la matière première et celui du véhicule une proportion qui permette la dissolution complète de tous les principes; cette proportion est variable suivant les corps, et d’ailleurs il vaut mieux forcer la dose du véhicule que la laisser insuffisante. L’alcool employé poids pour poids pour tous les corps indifféremment, quelle que soit la manière d’opérer, ne suffit pas à remplir ces conditions; nous préférons, aux jluul-exlracts, des solutions d’extraits faites dans des proportions connues.
- Les principaux exposants étaient MM. Hance frères et White, Tilden et G", qui avaient élevé dans la section américaine une élégante et spacieuse officine; dans la section canadienne, MM. Ly-man frères et Cie, et Saunders.
- Pour les extraits en général, nous citerons, en Angleterre, les extraits étendus de sucre de lait de la maison Southal frères et Barclay; en Italie, l’extrait fluide de tamarin, fort usité pour composer des boissons rafraîchissantes, de M. Ercole Pulzoni; en Autriche, le même extrait, envoyé par M. Fumagalli Ciobotta; en Suisse, les extraits de malt de MM. Wander et Béchaux; en Norwège, le même, bien préparé par M. Bjorkom. Enfin, dans la section hollandaise, MM. Mouton et fils, avaient de très beaux extraits mous, spécialement de l’extrait de quinquina préparé, nous a-t-on dit, sur les indications du savant quinologiste, M. de Vrij.
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- 3. TABLETTES ET PASTILLES.
- Cette forme bien ancienne, donnée aux médicaments, s’est conservée, parce qu’elle est bonne. Le principe actif, emprisonné dans le sucre, pour ainsi dire, molécule à molécule, y est soustrait indéfiniment à tous les agents extérieurs. Les tablettes ne s’altèrent que dans l’air humide, et rien n’est plus facile que d’éviter cette cause de détérioration.
- Leur fabrication a reçu tous les perfectionnements qui lui étaient applicables : des machines ont été construites, permettant l’emploi députés fermes, peu humides, qui gardent en se desséchant tous les détails des empreintes. Comme des médailles, elles portent, sur les deux faces, des figures et des inscriptions. Il y a loin des pastilles que Ton préparait jadis à la main, au moyen d’emporte-pièces, a celles que les fabricants spéciaux livrent aujourd’hui au commerce. Il n’est plus possible aux pharmaciens de lutter avec cette concurrence écrasante; le public, qui aime les choses bien faites, n’hésite pas à favoriser celui qui satisfait son goût.
- Pour entrer dans le détail de la fabrication des tablettes, nous aurions à décrire les machines dont la place esta la classe 53; nous nous bornerons à signaler nos principaux exposants.
- La maison Collas a gardé le premier rang, qu’elle occupe depuis longtemps dans cette industrie. MM. Chassevant et C‘°, ses propriétaires actuels, ont religieusement conservé ses procédés, qui, d’ailleurs, ne paraissent pas susceptibles de nouveaux perfectionnements. Beaucoup de maisons cherchent à lutter contre cette concurrence redoutable et améliorent progressivement leurs produits; entre autres: MM. Adrian et C'3, dont les pastilles sont fort belles, et M. Jeanmaire, qui a inventé des formes nouvelles et élégantes.
- Pâtes pectorales, chocolats médicinaux. —- Les pâtes pectorales relèvent plutôt de la confiserie que de la pharmacie. Cependant toutes les grandes maisons de droguerie en produisent des quantités considérables. Les moyens mécaniques dont elles disposent, l’emploi de la vapeur pour les évaporations, l’usage d’étuves bien établies, leur permettent de fabriquer beaucoup et h peu de frais.
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- h. GRANULES, PILULES, DRAGEES, POUDRES GRANULEES ET COMPRIMEES.
- On emploie beaucoup les granules depuis qu’on est parvenu à isoler les alcaloïdes purs et qu’on a déterminé par les expériences physiologiques leur mode d’action. On amis également sous forme de granules les composés arsénicaux, très actifs à faible dose. C’est une forme pharmaceutique extrêmement commode : pour le médecin, qui peut, à son gré, déterminer des phénomènes précis, les limiter ou les accroître; pour le malade, qui accepte toujours les granules, qui ne lui causent ni répugnance ni embarras.
- Les pilules en diffèrent par le volume et, généralement, par une composition plus complexe. Pour celles-ci, comme pour les granules, on se propose à la fois une égale répartition des éléments actifs et leur parfaite conservation. L’emploi de moyens mécaniques permet de donner à ces préparations une régularité difficile à atteindre dans les officines; le pilulier n’est plus guère utilisé aujourd’hui qu’à la confection des pilules sur ordonnances magistrales. Toutes celles qui sont d’usage assez fréquent se trouvent dans le commerce. Quand elles proviennent d’une maison recommandable, elles offrent, avec une composition conforme aux prescriptions du Codex, toutes les qualités d’aspect et de régularité qui appartiennent aux spécialités.
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- Elles font de très belles pâtes et leur donnent des formes variées ; les pâtes candies sont en grande faveur. La Pharmacie centrale (Dor-vault et G10) a monté dans son usine de Saint-Denis un atelier de confiserie important.
- Dans la section anglaise, le jury a remarqué les belles pâtes pectorales de MM. Allen et Hanbury.
- Les chocolats médicinaux n’avaient qu’un représentant dans la section française, M. Dardel, successeur de M. Colmet-Daage. C’est une forme qui s’en va. Elle présente certains avantages, surtout dans la médecine des enfants; elle masque mieux que toute autre la saveur de quelques médicaments qu’on emploie à dose massive, et en facilite l’ingestion ; par exemple, la scammonée, la magnésie, le fer.
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- Gr. v. Deux procédés principaux sont employés pour la fabrication en Cl 47 gran^ des granules et des pilules. Le premier, presque toujours utilisé pour les granules, et moins fréquemment pour les pilules, est emprunté à la confiserie. Il consiste à recouvrir un noyau central inerte d’une première couche contenant le médicament et à enrober celui-ci d’une nouvelle couche protectrice. C’est une véritable dragéifîcation. Le noyau central était autrefois formé de non-pareille (graine de pavot recouverte de sucre); quelques fabricants emploient encore la semoule; plus généralement, on se sert de sucre en grains arrondis de grosseur uniforme, sur lesquels on monte la substance active. Ces grains sont arrosés avec une solution alcoolique dosée d’alcaloïde, ou avec de l’eau légèrement sucrée qui tient en suspension le médicament finement pulvérisé. On agite constamment, sur un feu doux, jusqu’à dessiccation complète, et l’on recouvre, par le meme procédé, d’une nouvelle couche de sucre mélangé d’amidon.
- La préparation du noyau central demande beaucoup de soin et de temps; elle offre de l’intérêt, parce que de la régularité des noyaux dépend toute la réussite du travail : on la confie toujours à des ouvriers habiles. 11 nous paraît utile de donner ici quelques détails sur la fabrication des pilules à la bassine, qui n’est décrite dans aucun traité, bien qu’elle soit fort usitée. Elle comprend la préparation des noyaux et s’applique également aux poudres granulées.
- Pilules à la bassine. — Il s’agit de former un noyau pilulaire que l’on dragéifié ensuite.
- Deux procédés sont en usage suivant les substances qui entrent dans la composition, suivant la quantité qu’on veut obtenir, et souvent suivant la fantaisie du préparateur. Ou bien on emploie un noyau central formé de sucre (nonpareille, granules homéopathiques),ou bien on forme le noyau central lui-même avec la substance ou l’une des substances qui entrent dans la composition de la masse pilulaire. Dans l’un ou l’autre cas, il faut tout d’abord obtenir des semences arrondies, très régulières, et dont le poids soit rigoureusement connu.
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- On réduit en poudre la substance qui servira à constituer le Gr. V. noyau (sucre ou matière médicamenteuse); par des tamisages réitérés, on sépare la fleur qui est trop ténue et tout ce qui refuse de passer au numéro inférieur de la série des tamis de crin. La poudre légèrement granuleuse au toucher que l’on a conservée est versée dans la bassine (branlante) du dragiste. Elle est légèrement humectée de sirop de sucre étendu (dont on connaît bien le titre), roulée et agitée à la main jusqu’à ce que le mélange soit parfait.
- On ajoute alors une petite quantité de poudre fine (fleur), et, par un mouvement de friction opéré avec l’extrémité des doigts aplat, on amène l’adhérence de cette poudre sur les petits grains primitifs. Quand toute trace d’humidité a disparu, quand la totalité de la poudre s’est fixée, on recommence toute l’opération. Le dragiste doit éviter avant tout de se hâter. Il faut que les noyaux soient presque secs avant toute nouvelle addition de sirop, et comme l’opération se fait sans feu, c’est par l’agitation et l’exposition prolongée à l’air que la plus grande partie de l’eau doit se dissiper.
- Quand, à la suite de charges successives, les granules ont acquis un poids appréciable, de 3 à 5 grammes le mille, ils prennent le nom de semences. On sépare au tamis tout ce qui est inférieur ou supérieur à la grosseur moyenne. Un bon dragiste arrive à faire des noyaux sphériques uniformes, au point que le tamisage est à peu près inutile.
- Quand les semences sont formées de sucre, il suffit de connaître le poids du mille avant de procéder au montage. Quand elles ont été préparées avec la substance elle-même, il est facile de se rendre compte de ce qu’elles contiennent respectivement de sucre et de matière active par la quantité de poudre employée, d’une part, et, d’autre part, par le poids du sucre contenu dans le sirop absorbé.
- Maintenant, supposons qu’il s’agisse de fabriquer des pilules de lactate de fer contenant 5 centigrammes de sel et devant peser, à l’état de dragées, 20 centigrammes chacune.
- Prenons 500 grammes de semences pesant 5 grammes au mille, soit 100,000 granules, sur lesquels il faudra fixer 100,000 fois 5 centigrammes de lactate de fer, soit 5 kilogrammes. La somme
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- Gr. V. de ces deux poids donnera seulement 5,5oo grammes, tandis que ci les pilules dragéifiées doivent peser 100,000 fois 90 centigrammes 0* 20 kilogrammes.
- Le lactate de fer est réduit en poudre impalpable; on le mélange avec poids égal environ d’une poudre inerte, poudre de réglisse, par exemple, de façon que les noyaux, quand le montage sera fait, pèsent approximativement 10 centigrammes. Ce montage est obtenu par le dragiste par le procédé qu’il emploie pour les semences, c’est-à-dire qu’il fixe successivement la poudre sur les noyaux légèrement humectés de sirop décuit. De temps en temps, il ramène toute la masse dans la partie de la bassine qu’il a sous la main et, par un mouvement spécial, il imprime aux noyaux des chocs qui les compriment en tous sens et complètent l’adhérence des couches les unes avec les autres. Trop de hâte dans le travail, nous le répétons, est un grave écueil ; il en résulte la formation de moines (granules accolés par deux ou trois), qui, bientôt, se comportent comme des noyaux isolés et se couvrent de nouvelles couches de poudre. Un bon monteur ne fait pas de moines, et quand il s’en produit, il a soin de les désagréger, en les roulant sur de la poudre sèche dans un coin de la bassine. En résumé, il faut savoir mouiller convenablement, ni trop ni trop peu à la fois, et ajouter prudemment la poudre. Un excès de poudre a aussi ses inconvénients : humectée parle sirop, elle donne lieu à la formation de noyaux supplémentaires qui, par la suite de l’opération, grossissent et augmentent le rendement au préjudice de l’exactitude du dosage.
- La bassine, dans les mains d’un bon monteur, doit être aussi nette à la fin de l’opération qu’au début. S’il arrive qu’une partie de la poudre adhère au fond, l’ouvrier doit la détacher, la sécher, la mettre en poudre et la mêler à ce qui reste à incorporer.
- Ainsi, par des additions successives, les noyaux ont régulièrement grossi; avant de les terminer, il faut s’assurer de leur parfaite uniformité. En général, la différence entre les plus petits et les plus gros est comprise entre quatre numéros de la série de cribles employée par les dragistes. Par des tamisages successifs, on sépare les grosseurs, et chacune d’elles est séparément chargée de nouveau jusqu’à ce quelle ait atteint le diamètre le plus élevé. On
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- termine ensuite l’opération, ce qui demande relativement peu de Gr. V. temps.
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- Il n’y a plus qu’à dragéifier ces noyaux pilulaires. Connaissant
- le poids du mille, on calcule exactement la quantité de sucre qu’il faudra fixer à la surface pour que, l’opération terminée, le tout pèse 20 kilogrammes. A la fin, au moyen de sirop de sucre et d’une agitation prolongée, on donne ce qu’on appelle le glaçage.
- Nous devons à l’obligeance de M. Le Couppey une grande partie des détails qui précèdent.
- Enfin quelques pilules sont en outre argentées. C’est la reproduction, sur une grande échelle, de l’opération telle qu’on la pratique dans les officines. Une sphère de verre, mise en mouvement par le moteur, remplace la boîte de buis qu’on secoue à la main.
- Le procédé que nous venons de décrire ne peut pas, en théorie, donner des résultats tout à fait satisfaisants. Très convenable pour les produits de confiserie, pour les poudres simples granulées, il s’applique avec moins de sécurité à un certain nombre de pilules et de granules. La répartition égale des principes médicamenteux, la solubilité facile de la masse dans les liquides de l’estomac, sont deux conditions impérieuses qu’on ne doit pas perdre de vue.
- «Mais, répondent les fabricants à la bassine, sont-elles remplies avec plus de certitude par le procédé qui consiste à imiter en grand la méthode des officines?» Une seule méthode, ajoutent-ils, ne peut suffire à tous les cas. Certaines masses pilulaires doivent nécessairement être modifiées dans leur formule, si Ton veut que les pilules se conservent sans déformation. Les additions qu’il faut faire augmentent le poids total, de sorte que les pilules sont trop grosses, ou bien ne contiennent pas les doses indiquées, si Ton veut rester dans les limites du poids porté par les formules. Les pilules écossaises, d’aloës et en général celles où dominent les résines sont dans ce cas. La fabrication à la bassine offre le moyen de parer à tous ces inconvénients. De plus, la dessiccation delà masse ayant lieu successivement couche par couche, on évite les déformations, inévitables avec le pilulier ; ici, la masse étant également lnolle au centime et à la surface, la dessiccation produit des retraits ou des aplatissements difficiles à éviter.
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- Quoiqu’il en soit, le procédé à la bassine donne des pilules admirables, et c’est un mérite. 11 ne peut s’appliquer qu’à une quantité assez considérable à la fois, et c’est un défaut. Le procédé que nous allons décrire sommairement est la reproduction en grand et à l’aide de machines de la division au pilulier.
- Toutes les substances, pulvérisées ou ramollies, sont mélangées avec soin; elles sont, si besoin est, réduites en pâte par l’addition de sirop, de mucilage, de miel ou de tout autre excipient convenable; la masse, bien homogène, pétrie mécaniquement par des machines à broyer, des cylindres lamineurs, etc., est enfin divisée par des moyens qui varient, selon l’ingéniosité des constructeurs. Dans certaines machines, la masse, pressée par un levier puissant, s’échappe par des ouvertures rondes et calibrées en magdaléons de diamètre convenable; dans d’autres, ces magdaléons sont moulés par pression entre deux plaques ou deux cylindres cannelés. Leur transformation en pilules est obtenue au moyen de deux cylindres à cannelures circulaires tournant en sens contraire avec des vitesses différentes. Les madgaléons, placés horizontalement entre les deux cylindres, sont saisis et découpés en autant de pilules arrondies qu’il y a de cannelures.
- Ce procédé a aussi ses défauts. Les magdaléons obtenus par la pression du piston se tordent parfois en divers sens (c’est ce qu’on appelle chemlkr), de sorte qu’ils n’ont pas un diamètre uniforme; les pilules formées par les extrémités des magdaléons, comme cela arrive avec le pilulier ordinaire, n’ont pas la grosseur réglementaire: en opérant sur de grandes masses, les dernières pilules obtenues ont un poids un peu supérieur à celui des premières. Ces reproches sont fondés sur l’observation; mais ils n’ont pas une grande portée. Par un triage à la main ou au crible, il est toujours facile de séparer les pilules manquées ou trop petites; quant à la différence de poids, elle est minime et ne peut se constater qu’en pesant comparativement un nombre assez élevé de pilules.
- Les pilules sont en général dragéifiées. La mince enveloppe de sucre et d’amidon dont on les recouvre permet à la fois de leur conserver la forme sphérique et de soustraire à l’action de l’air humide les principes altérables qui entrent dans leur composition.
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- Dans ces derniers temps, un perfectionnement très remarquable a été réalisé par M. Torchon, qui dirige actuellement l’importante maison fondée par M. Frère. Les pilules, fabriquées mécaniquement, sont recouvertes d’un enduit protecteur inerte, qui se désagrège avec facilité dans l’eau et qui est propre à recevoir une impression en creux très nette, indiquant le nom générique de la préparation; les granules, malgré leur petit volume, portent de meme imprimés le nom et la dose du principe actif. L’enveloppe est diversement colorée, de façon à empêcher toute méprise et à faire reconnaître à première vue le mélange de pilules ou granules de composition différente. Les procédés et l’outillage qui permettent d’obtenir ces résultats ont été imaginés par M. Dehautet cédés par lui à M. Torchon; ils sont tenus secrets, et les tentatives faites pour les imiter ont eu peu de succès. Cependant on remarquait dans la vitrine de MM. Rigaud et Dusart quelques spécimens de pilules imprimées, et M. Vial, pharmacien à Paris, avait exposé dans la classe 53 un petit appareil destiné à cette impression. Nous devons reconnaître que les échantillons de M. Torchon, puisés dans ses produits courants, présentent une perfection difficile, sinon impossible, à dépasser.
- Les poudres granulées (pear/s), les sels effervescents et les poudres comprimées des Anglais et des Américains appartiennent au même ordre de préparations : il s’agit toujours de substances médicamenteuses réduites à un petit volume, dans le but d’en faciliter l’administration et d’en masquer la saveur. Les pearls et les sels effervescents sont préparés par des moyens analogues à celui que nous avons décrit pour les pilules à la bassine. Les poudres comprimées exigent, avec un outillage spécial, l’emploi d’une forte pression. Depuis longtemps, en France, la maison Frère-Torchon, que nous venons de citer, obtient à l’aide de la presse hydraulique les pastilles de charbon de Belloc sans mucilage. En Allemagne, le professeur Rosenthal, d’Erlangen, a imaginé, depuis quelques années, de mettre sous forme solide par la pression, sans addition de substances étrangères, les poudres qui s’emploient à dose massive. Son appareil est une presse à balancier dont la tige se meut dans une cavité cylindrique disposée pour recevoir
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- Gr. V. une série de petits moules en fer. Ces moules représentent la
- forme qu’on veut donner à la pastille; le supérieur et l’inférieur Cl 47 * i i
- sont plats sur une face et concaves sur l’autre; tous les moules intermédiaires sont pourvus d’une cavité semblable sur les deux faces. Quand la poudre, légèrement humectée et dosée, a été introduite entre les moules, on fait manœuvrer l’appareil qui comprime toute la série et donne à chaque dose la forme d’un petit disque biconvexe. Les pastilles sont détachées des moules, séchées et enduites d’un léger vernis préservateur au baume de Tolu ou à la gélatine.
- Les appareils américains sont-ils semblables à celui du professeur Rosenthal, ou sont-ils différents? Nous l’ignorons; les disques, en tous cas, sont identiques. C’est une forme très usitée aux Etats-Unis et au Canada, si l’on en juge par le nombre et la diversité des échantillons exposés. On vient de voir qu’elle avait été préconisée en Allemagne; nous la retrouvons aussi en Suisse. Il est assez curieux quelle soit à peu près inconnue en France. A notre avis, cela tient à deux raisons principales. La première, c’est que chez nous les malades n’acceptent pas aisément les médicaments d’une ingestion difficile; or il n’est pas donné à tout le monde d’avaler sans peine des disques à arêtes vives qui mesurent parfois plus de i5 millimètres de diamètre. La seconde, c’est que nos médecins s’accommodent peu de médicaments infidèles. Il doit arriver souvent que les poudres comprimées traversent tout l’appareil digestif sans se désagréger. Ces disques ont la dureté de la pierre; la plupart (en particulier ceux qui sont formés de précipités amorphes : magnésie, sous-nitrate de bismuth, phosphate de chaux, etc.) ne contiennent aucun élément soluble. Dans ces conditions, ils n’abandonnent à l’économie que la fraction infinitésimale qui a pu se dissoudre dans le suc gastrique.
- Le succès de cette forme médicamenteuse, de valeur discutable, est donc affaire de latitude. Inconnues en France et vouées à un insuccès fatal si l’on voulait les y importer, les poudres comprimées sont, au contraire, en grand usage dans d’autres pays. Les plus beaux échantillons étaient exposés par MM. John Wieth et frères.
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- En France, outre la maison Torchon, que nous avons signalée en première ligne pour ses granules et pilules imprimés, et qui prépare également, avec le soin quelle apporte à tous ses produits, les poudres granulées deMentel, nous avons à mentionner M. Le Couppey, dont la fabrication est très belle. Nous avons remarqué particulièrement des pilules de fer et d’extrait de quinquina, à couches concentriques, confectionnées à la bassine; les deux éléments incompatibles, isolés l’un de l’autre par une mince enveloppe de sucre, peuvent rester ainsi en présence indéfiniment sans être modifiés dans leur état primitif. M. Berthiot, inventeur d’une machine à pilules, divise mécaniquement des masses homogènes, conformes aux formules du Codex; MM. Vié-Garnier et Duperron dirigent des maisons importantes dont la marque est très répandue.
- Dans la section américaine, l’attention du jury s’est portée sur les pilules de MM. Schieffelin et C'e. Parfaitement sphériques et protégées par un léger vernis transparent et brillant, ces pilules conservent une mollesse qui permet de les aplatir sans effort entre les doigts et qui assure leur désagrégation rapide dans les liquides de l’estomac.
- 5. PERLES ET CAPSULES; CACHETS MEDICAMENTEUX.
- Perles et capsules. — L’idée d’enfermer les médicaments dans une enveloppe transparente et soluble, qui sert tout à la fois à les conserver, à masquer leur odeur et leur goût et à les doser, est d’origine française. C’est l’une des plus ingénieuses inventions de la pharmacie moderne. Les malades l’ont appréciée à ce point que la capsulation a été appliquée à toutes les substances, liquides ou pulvérulentes, qui pouvaient s’y prêter. Il est regrettable que l’on ne puisse pas généraliser la méthode. En effet, il faut que l’enveloppe, soluble dans l’eau, soit insoluble dans le liquide quelle emprisonne. Cette enveloppe est faite d’un mélange de gélatine, de gomme, de sucre, auquel on ajoute quelquefois du miel, de la glycérine, pour lui conserver une certaine souplesse. Cette composition, que l’on n’a pu modifier jusqu’à présent sans lui enlever
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- Gr. V. des qualités indispensables, ne permet pas la capsulation des solu-tions aqueuses et même des teintures alcooliques. Au contraire elle
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- convient admirablement aux baumes, huiles, éthers, essences, térébenthines, au goudron et aux poudres.
- M. Motbes est le premier pharmacien qui ait fabriqué des capsules. Voici, sommairement, en quoi consiste l’opération. Les enveloppes sont faites d’abord. Pour cela, on trempe dans le mélange gélatineux fondu des olives métalliques légèrement huilées, fixées à l’extrémité d’une tige. Quand, par suite du refroidissement, [la surface extérieure est assez consistante, on enlève vivement les capsules du moule, en profitant de l’élasticité qu’elles ont conservée, et on les dispose sur des planches creusées de petites cavités, en maintenant l’ouverture en haut. On porte le tout à l’étuve; on les remplit ensuite à l’aide d’une burette à bec effilé et on les ferme d’une goutte de mélange gélatineux fondu.
- Certaines capsules ne sont que de grosses pilules, ou bols de forme olivaire, que l’on a fixées à l’extrémité de tiges métalliques et trempées directement dans la gélatine. On les fait sécher à l’étuve. On fait chauffer la tige avant de l’enlever, afin que la petite ouverture se ferme d’elle-même par suite de la liquéfaction de la gélatine.
- Les capsules au gluten, dont les plus remarquables sont celles de Raquin (Fumouze frères), sont également des pilules ovoïdes recouvertes, après coup, d’une couche de gluten transparente et brillante. Le procédé demande beaucoup de soin et d’habitude; on en trouve la description dans tous les traités spéciaux.
- Les perles sont formées de deux calottes hémisphériques légèrement aplaties, accolées par les bords. On voit que leur fabrication exige un outillage tout différent. MM. Viel, de Tours, etThévenot, de Dijon, sont les pharmaciens qui ont pris la plus grande part à cette invention. Les appareils perfectionnés de M. Thévenot donnent des produits irréprochables. Nous décrirons sommairement les procédés très simples suivis par tous les fabricants, et qui sont d’ailleurs bien connus. On enferme entre deux plaques formées de gomme, gélatine, sucre, miel et eau, le liquide ou la poudre à transformer en perles. Ce sac, posé à plat, dans un cadre qui
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- In limite exactement, est comprimé entre deux plaques de fer, percées de trous qui se correspondent. Par la pression, le liquide ou la poudre se loge entre les deux plaques en refoulant dans les trous l’enveloppe gélatineuse. L’excédent qui s’échappe est recueilli pour l’opération suivante. Quand on sépare les plaques, on trouve des globules arrondis, portant un léger rebord saillant qui marque la soudure et des fragments de gélatine qui pourront être utilisés plus tard.
- Par suite des perfectionnements successifs et des soins apportés à cette fabrication, les perles qui contiennent des liquides incolores ou peu colorés méritent réellement le nom un peu ambitieux qui leur a été donné. La transparence parfaite de l’enveloppe laisse voir le liquide qu’elle emprisonne, permet de juger de sa limpidité, de sa fluidité, de sa couleur, enfin de tous les caractères extérieurs qui lui sont propres. Veut-on reconnaître la qualité de ce liquide, constater son odeur ou son goût, en recueillir même la quantité nécessaire à une analyse, il suffit de serrer entre les doigts ces enveloppes flexibles, pour les faire éclater et mettre au jour leur contenu.
- Ces préparations élégantes, d’un emploi commode, d’une bonne conservation, ont rapidement fait le tour du monde. On les imite partout avec plus ou moins d’habileté; nulle part on n’a dépassé la perfection qui distingue la fabrication française.
- Parmi les exposants français, nous citerons particulièrement M. Thévenot, la maison Torchon, les principaux droguistes, M. Le Couppey, MM. Fumouze frères pour leurs capsules de Ra-quin, M. Bourgeaud pour ses capsules molles. MM. Valby et Pingeon fabriquent des capsules par le procédé que nous avons décrit comme s’appliquant aux perles; la forme des moules est olivaire au lieu d’être ronde; leur exposition, formée de capsules contenant des poudres de toute couleur, était fort originale. Nous devons enfin signaler l’idée ingénieuse qui a inspiré M. Tisy. On sait que les protosels de fer, carbonate, iodure, sont très éphémères quand ils sont en contact avec l’air. MM. Vallet et Blancard ont cherché à entraver la suroxydation par des moyens qui remplissent incomplètement le but. M. Tisy dessèche séparément les
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- sels qui doivent donner naissance à ces combinaisons, les pulvérise et, après les avoir mélangés, les enferme dans l’enveloppe gélatineuse par le procédé ordinaire. L’intervention de l’eau étant nécessaire pour que la réaction ait lieu, celle-ci est différée jusqu’à ce que l’enveloppe se dissolve dans les liquides de l’estomac. On est certain ainsi que l’économie reçoit des sels ferreux à l’état naissant. Toutefois il faut observer que le suc gastrique n’est pas de l’eau pure, et que, d’autre part, la réaction donne naissance à une combinaison secondaire dont l’action n’est pas indifférente.
- Il convient de signaler, tout imparfaits qu’ils sont encore, les ovules destinés à contenir des solutés aqueux ou bydroalcooliques, dont M. Fleurant est l’inventeur. Formés d’une mince couche de cire, ces ovules sont trop fragiles pour supporter les chocs inévitables dans un long transport. On pourrait peut-être obvier à cet inconvénient en les recouvrant d’un vernis soluble dans beau, mais résistant à l’état sec.
- M. Taetz, exposant russe, a eu l’idée de mettre en capsules volumineuses, à enveloppe très souple, les corps gras liquides et baumes, huile de ricin, huile de foie de morue, copahu, qui doivent être ingérés à dose assez massive. Ces capsules sont fort belles; mais elles sont minces, délicates, légèrement visqueuses, et nécessitent, pour le transport, des précautions particulières. On ne saurait les entasser en masse dans un flacon sans qu’elles se soudent entre elles ou se rompent. Aussi sont-elles disposées une à une dans des boîtes à compartiments et entourées de coton. C’est là un inconvénient.
- Cachets médicamenteux. — Au même ordre de préparations se rattachent les cachets de notre confrère, M. Limousin. Ils servent à envelopper les poudres, simples ou composées, mais ne conviennent pas aux liquides aqueux, alcooliques ou volatils. Les huiles épaisses et les térébenthines ne peuvent y séjourner longtemps. Dans les limites où le procédé peut être utilisé, il rend de réels services, et il s’est déjà généralisé.
- Les cachets sont formés de deux disques de pain azyme auxquels on a donné, par l’estampage, la forme concave; la poudre
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- médicamenteuse est enfermée entre les disques, que l’on colle par leurs bords. Au lieu de laisser au malade le soin de doser lui-même la poudre qu’il doit ingérer, de l’envelopper tant bien que mal dans une hostie mouillée, le pharmacien lui livre les doses exactement pesées, renfermées dans la pâte légère qui doit en faciliter l’administration. La confection des cachets, grâce aux instruments commodes qu’a fait construire M. Limousin, ne demande pas plus de temps que la division en paquets qu’elle est destinée à remplacer. Pour le malade, elle supprime tous ces apprêts minutieux pour lesquels il faut une certaine adresse et qui lui causaient parfois assez cl’embarras pour lui faire renoncer prématurément à suivre le traitement prescrit.
- On a contesté à M. Limousin la priorité de son invention. Sans doute l’usage du pain azyme est fort ancien; sans doute d’autres avant lui ont pensév à renfermer entre deux disques plats soit des masses pilulaires aplaties, soit de petites doses de sulfate de quinine; mais ces essais informes avaient passé inaperçus : idées théoriques sans application. Ce qui appartient incontestablement à notre confrère, c’est d’avoir donné un corps à ces idées vagues et sans avenir, de les avoir fait passer dans la pratique en modifiant convenablement la forme des disques et en créant un outillage spécial.
- Par l’estampage, en même temps qu’on donne aux pains azymes la forme concave, on imprime au besoin le nom et la dose de la substance qu’ils doivent contenir et le nom du pharmacien qui livre les cachets.
- 6. MÉDICAMENTS TITRES; GELATINES MÉDICINALES.
- Cette association de mots, médicament titré, a l’air d’un pléonasme. En effet, on aurait peine à admettre qu’un principe actif, souvent toxique, put être administré autrement qu’à dose certaine. Avant la découverte des alcaloïdes, qui a modifié si profondément la thérapeutique, les propriétés réelles de telle préparation étaient toujours problématiques. Il n’existait aucun autre moyen de contrôle que l’expérimentation directe. Par exemple, on faisait entrer,
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- suivant ries proportions fixes, l’opium ou le quinquina dans des mélanges complexes, sans tenir compte de leur activité réelle, variable suivant la provenance et la qualité. Aujourd’hui le Codex impose, pour les principaux médicaments, une teneur régulière en principe actif : l’opium doit contenir tant pour cent de morphine; le quinquina, tant pour cent d’alcaloïdes; la pepsine doit dissoudre un certain nombre de fois son poids de fibrine. Comme, d’autre part, l’emploi des principes définis a été généralement substitué à celui de la substance dont on les extrait, on voit que le titrage des médicaments est en fait passé dans la pratique.
- Aussi celte épithète de titré, ajoutée à quelques spécialités qui cherchaient la faveur publique, a-t-elle perdu beaucoup de sa valeur; ce n’est pas de ce genre de produits que nous voulons
- Il y a quinze ou vingt ans, en France, Réveil et Leperdriel ont eu l’idée de préparer à l’avance des collyres secs, formés de petites rondelles de gélatine contenant une dose connue de morphine ou d’atropine. Cette invention fut plus tard mise à profit par MM. Vée et Duquesnel pour l’emploi de l’ésérine en oculistique. Sous une forme un peu différente, la gélatine sert à faciliter la division et le dosage immédiat des médicaments actifs, solubles ou insolubles. La préparation porte le nom de gélatine médicinale ou procédé suédois. Le professeur Almen, d’üpsal, paraît l’avoir le premier indiqué; cependant la priorité de l’invention est revendiquée par des pharmaciens anglais et italiens. Sans nous arrêter à cette question, assez indifférente au fond, voici en quoi consiste le procédé: on mélange aussi intimement que possible dans de la gélatine liquéfiée les substances médicamenteuses dissoutes ou réduites en poudre fine. Le mélange est étendu en couche mince sur un moule en fer étamé, dont la surface est divisée en petits carrés. Le nombre de ces carrés et l’épaisseur de la couche sont combinés de telle sorte que le titre de chaque carré soit exactement connu. La feuille, quand elle est sèche, est enlevée du moule dont elle garde les empreintes. Sachant que chaque carré correspond, par exemple,!! î milligramme de matière active, on détache, avec des ciseaux, un, deux, trois carrés, selon les indications du
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- médecin; on les ramollit dans un peu d’eau pour faciliter leur ingestion.
- M. Pietro Leonardi, pharmacien italien, avait exposé de beaux échantillons de gélatines médicinales. Chaque feuille comprend cinquante carrés, porte une étiquette qui indique la nature et le poids de la substance active, et est accompagnée d’un prospectus explicatif en plusieurs langues.
- En France, un seul exposant: M. Limousin, quia étudié cette préparation et donné un moyen pratique d’arriver à la répartition uniforme de la gélatine sur toute la surface du moule en faisant usage d’un petit appareil qu’il a fait construire à cet effet.
- Cette forme médicamenteuse peut rendre des services. Protégés par la gélatine, les principes actifs se conservent aussi bien que sous la forme pilulaire et mieux qu’en solution. La saveur est masquée et la solubilité est certaine. Ces plaques sont enfin d’un usage très commode pour les médecins de campagne et les voyageurs, qui, sous un volume insignifiant, dans un portefeuille, peuvent porter avec eux toute une collection de médicaments dosés.
- 7. TISSUS ET PAPIERS EMPLASTIQUES.
- L’industrie, en s’emparant de ces produits, leur a donné une physionomie nouvelle. Son personnel, secondé par un outillage approprié, a acquis de l’habileté par une pratique suivie. Le meme résultat se produit toutes les fois qu’elle concentre ses efforts sur un seul objet, au lieu de les disperser sur cent préparations diverses. Enumérer les raisons qui font que les tissus emplastiques livrés par les usines spéciales sont bien supérieurs, sinon comme valeur réelle, au moins comme régularité et comme aspect, à ceux qu’on prépare dans les officines, serait tomber dans des redites. H nous suffira de constater qu’après le diachvlum, on a mis sous forme de sparadraps les emplâtres de poix de Bourgogne, de Vigo, de cigüe et, le plus employé de tous, l’emplâtre vésicatoire. Au lieu d’étendre au pouce ou à la spatule, avec plus ou moins d’habileté, la masse emplastique sur un écusson de grandeur convenable, le pharmacien peut se contenter de prélever sur une
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- bande toute prête un fragment ayant les dimensions indiquées par le médecin et d’en arrondir les angles.
- Pour donner une idée du développement que cette fabrication a pris chez nous, voici quelques détails sur la plus importante des maisons qui la représentent dans la section française.
- La maison Desnoix et Clc, fondée, il y a trente ans, par M. An-celin, a eu des débuts modestes. M. Ancelin ne fabriquait primitivement que le taffetas d’Angleterre. Un peu plus tard, il prépara le sparadrap officinal avec un succès qui s’affirma rapidement et l’engagea à exécuter d’autres préparations du même genre. Il ajouta à ces deux produits les papiers à cautères et épispastiques, la toile vésicante, l’emplâtre de thapsia, le papier chimique, etc. Plus lard, MM. Desnoix et C'ü ont agrandi le cercle de leurs opérations en préparant les emplâtres en magdaléons, les onguents et pommades, les huiles médicinales et, dans ces derniers temps, tous les produits nécessaires au pansement des plaies et des amputations par la méthode antiseptique du professeur Lister.
- Tous les tissus emplastiques de MM. Desnoix et C'c sont d’une belle qualité et vendus à bas prix. Us sont obtenus à l’aide de puissants moyens mécaniques qui leur permettent de préparer jusqu’à à,ooo mètres de sparadrap par jour. Ils emploient trente-deux ouvriers. M. Ancelin, leur prédécesseur, a le mérite d’avoir créé en France une industrie nouvelle.
- La maison Beslier, de création plus récente, a exposé de beaux produits du même genre, entre autres un vésicatoire rose à la cantharidine fort agréable d’aspect et un sparadrap à la glu, très adhésif sans être irritant. C’est un concurrent qui grandit. La maison Leperdriel est connue depuis longtemps pour une fabrication analogue dont elle a fait sa spécialité; mais tout ce qui sort de ses ateliers porte son nom. Elle recherche directement la clientèle du malade, tandis que les deux précédentes travaillent pour le pharmacien. La toile vésicante et les papiers épispastiques d’Albespeyres de MM. Fumouze frères jouissent d’une réputation méritée.
- MM. Seabury et Johnson, exposants américains, font entrer le caoutchouc dans la composition des masses emplastiques, qu’ils étendent sur peau et sur toile. Les bandes sont percées à jour
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- comme notre linge à pansement. Leur sparadrap, découpé en rubans de hauteur variable, est enfermé dans des boîtes spéciales à ouverture latérale et se déroule comme le mètre qu’emploient les tailleurs d’habits.
- Sinapismes en feuilles. — Cette élégante et utile préparation, l’une des plus heureuses inventions de la pharmacie moderne, figurait déjà à l’Exposition de 1867, mais on ne pouvait prévoir alors l’immense succès auquel elle était destinée. On peut dire que le sinapisme Rigollot est acclimaté dans toutes les contrées ou il a pu pénétrer. Partout aussi il a été contrefait ou imité, mais sans que jamais son évidente supériorité en ait été compromise. Cependant cette invention, toute française, était protégée par un brevet; mais elle a été, en France même, livrée au domaine public par une interprétation un peu étroite de la définition du mot : médicament. Le brevet fut annulé. Tout le monde pouvant faire des papiers-sinapismes, quelques concurrences se sont fondées en effet, cherchant, par l’abaissement des prix et d’autres avantages offerts au commerce, à ramasser quelques miettes de la fortune de Rigollot. Malgré tous ces efforts, la maison qu’il a fondée tient toujours la première place, et le public ne désigne plus que par son nom, passé dans la langue populaire, le sinapisme qu’il a créé : il demande «un Rigollot».
- L’idée d’employer la poudre de moutarde noire, privée d’huile grasse, à la préparation des sinapismes, est déjà ancienne; déjà on avait essayé de la fixer sur un tissu quelconque, sur le papier, à l’aicle d’artifices divers; M. Boggio avait, à cet effet, fait usage de dextrine. Mais, sans contestation possible, le mérite d’avoir résolu le problème revient tout entier à Rigollot qui, le premier, a obtenu une adhérence parfaite de la farine avec le papier, au moyen de la solution de caoutchouc dans le sulfure de carbone.
- L’établissement où se fabrique le sinapisme Rigollot est une vaste usine avec deux chaudières à vapeur, machines à imprimer, machines à sinapiser, pétrin mécanique pour la dissolution du caoutchouc, lessiveuses pour l’extraction de l’huile fixe, alambics pour séparer de celle-ci l’essence minérale, essoreuses pour sécher
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- la poudre, meules pour la moulure des graines. Le dépôt régulier de la farine sur le papier enduit de la solution de caoutchouc se fait automatiquement par des trémies, dans une sorte d’auge fermée dont l’extrémité communique avec une cheminée d’appel. Ainsi les ouvriers sont soustraits aux vapeurs délétères du sulfure de carbone, et l’usine, à tout danger d’incendie. Le nombre des couches appliquées successivement varie selon l’épaisseur et la puissance que l’on veut donner aux sinapismes. La maison Ri-gollot consomme annuellement 70,000 kilogrammes de graine de moutarde, Go,000 kilogrammes d’essence de pétrole d’Amérique, 530,000 kilogrammes de sulfure de carbone. Elle livre au commerce 1 1,600,000 sinapismes, donc les deux tiers sont exportés dans toutes les contrées du globe.
- Elle prépare également de la poudre de moutarde privée d’huile grasse pour la médecine vétérinaire, dont l’usage a été adopté par le ministère de la guerre.
- Cataplasmes Lelièvre. — La meme maison exposait les cataplasmes Lelièvre, destinés a remplacer les anciens épithèmes de farine de lin. Il n’y a pas d’analogie entre cette préparation et les sinapismes. Le mucilage est emprunté au fucus crispus, qui, au contact de l’eau bouillante, se convertit en une véritable gelée. Cette gelée est uniformément étendue entre deux cardes de coton, et le tout, séché à l’étuve, forme une sorte de carton épais et solide. S’agit-il d’appliquer un cataplasme, on prélève, sur ce carton , un morceau de grandeur convenable, on le fait tremper dans l’eau chaude, où il se gonfle rapidement. Après l’avoir mis en place, 011 le recouvre d’une mince feuille de gutta-percha, qui concentre et fait durer plus longtemps l’action de la chaleur humide dont 011 attend les effets. Les qualités émollientes du cataplasme de farine de lin;se retrouvent dans l’invention de M. Lelièvre, avec les avantages d’une préparation instantanée et d’une propreté irréprochable.
- Beaucoup d’imitations du sinapisme Rigollot figuraient à l’Exposition, dans les sections françaises et étrangères; à l’exception des sinapismes Esrnénard, qui sont bien bien faits, aucune 11e sup-
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- portait la comparaison. La farine de moutarde n’est jamais aussi Gr. v. adhérente, ni aussi régulièrement répartie. Quelques-uns même sont des essais informes qui ne méritent d’être signalés que pour leur imperfection notoire.
- III
- LES SPÉCIALITÉS.
- Nous avons déjà indiqué la grande place que tiennent , dans la pharmacie française, les produits spécialisés. Ils forment, presque à eux seuls, la totalité de notre exportation pharmaceutique. Malgré l’abstention de quelques producteurs importants, ils étaient assez bien représentés à l’Exposition. D’ailleurs nous devons faire remarquer que le jury d’admission, gêné par l’exiguïté de l’espace réservé à la section, avait du se montrer sévère et éliminer un grand nombre de demandes, qui pouvaient trouver place dans d’autres classes. Ainsi les analeptiques, les dentifrices, les préparations vétérinaires et hygiéniques, bien que présentés par des pharmaciens, avaient été renvoyés aux classes respectives qui pouvaient les accueillir.
- Dans les sections étrangères, à l’exception de l’Angleterre, du Canada et des Etats-Unis d’Amérique, peu de choses originales, souvent des imitations serviles de nos spécialités.
- 1 . SECTION I'TiANÇAISE.
- Pepsine, (haslase, pancréatine, pcptoncs. — Les ferments de la digestion, en raison de la place qu’ils occupent dans la thérapeutique actuelle, ont donné lieu à l’invention d’un grand nombre de médicaments.
- M. Hottot (ancienne maison Boudault) avait une exposition remarquable où figuraient la pepsine extractive et des peptones en poudre,se conservant sèches à l’air, t centigramme de cette pepsine digère 6 grammes de fibrine, c’est-à-dire 6oo fois son poids. Les peptones se dissolvent entièrement dans l’eau, et l’on peut retrouver dans les solutions les caractères de la leucine.
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- MM. Chassaing, Guenon et Coproduisent annuellement plus de àoo kilogrammes de pepsine extractive. Ils préparent aussi de la diastase pulvérulente se conservant bien à l’air. Ils font entrer ces deux ferments dans la composition cl’un vin très répandu.
- Outre M. Perret, qui fabrique la pepsine et la diastase sur une assez grande échelle, il convient de citer encore M. Catillon qui, dans le but d’obvier aux graves inconvénients des traitements compliqués pour l’extraction de la pepsine, préconise l’emploi de la glycérine comme dissolvant.
- La pancréatine figurait, pour la première fois, dans une exposition française. Bien quelle ait été préparée et utilisée comme médicament en Angleterre, depuis quelques années, par MM. Sa-vory et Moore, elle serait sans doute encore à peu près inconnue en France, si M. Defresne n’avait repris son étude, montré ses propriétés digestives et insisté surtout sur l’action particulière qu’elle exerce sur les corps gras. La pancréatine, en effet, transforme en émulsions permanentes des quantités considérables d’huiles ou de graisses. Cette division mécanique, qui prépare une digestion plus complète, met en évidence une partie du rôle qui incombe au suc pancréatique dans la nutrition générale.
- Préparations de goudron. — L’usage du goudron est devenu si général qu’on s’explique les tentatives faites par les pharmaciens pour le rendre et plus facile et moins répugnant. Depuis longtemps déjà, M. Lebœuf, de Bayonne, qui a eu le mérite de créer tout un genre de médicaments, sous forme d’émulsions persistantes, s’était servi de la teinture de quillaya (bois de Panama) pour diviser le goudron. Le mélange de cette émulsion avec l’eau donnait un liquide laiteux, peu satisfaisant d’aspect; il fallait trouver mieux.
- M. Guyot favorise la dissolution du goudron dans Peau en faisant intervenir les sels alcalins. La priorité de l’idée lui a été contestée; ce qui lui appartient à coup sûr, c’est d’avoir su trouver l’accès du public et de lui avoir fait accepter une préparation bien faite. Sans doute le goudron de Guyot ne représente pas exactement le goudron naturel, puisqu’il est en partie modifié dans sa
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- composition intime par l’intervention d’un réactif énergique; Gr. v.
- sans doute il faut tenir compte de l’action propre au sel alcalin
- . 1 1 Cl. 47.
- introduit dans la liqueur; mais le public, le grand consommateur,
- a donné raison à l’inventeur par le succès qu’il a fait à la spécialité qui porte son nom. M. Guyot, préoccupé peut-être des réserves que nous venons de formuler, a, dans ces dernières années, fabriqué avec une grande perfection des perles de goudron pur, dont la vente atteint des proportions étonnantes. Pendant l’hiver surtout, de nombreuses machines et un personnel non moins nombreux sont occupés à cette fabrication.
- M. Guyot avait découvert un fdon trop productif pour qu’on lui en laissât la libre exploitation; beaucoup de concurrents ont cherché à la lui disputer. Mais ce n’est pas chose facile de lutter avec une maison qui ne néglige rien pour assurer la supériorité et la perfection de ses produits. C’est, en effet, dans la maison Torchon, que nous avons déjà citée, que l’on fabrique liqueur et capsules, sous la direction de leur auteur. D’immenses réservoirs reçoivent les goudrons de Norwège qui y déposent, à la longue, toutes les impuretés qu’ils peuvent contenir. La gélatine, qui forme l’enveloppe des capsules, préparée spécialement pour cet objet, est mélangée de goudron. Ces capsules reçoivent, comme dernier apprêt, un brillant qui leur donne un aspect très satisfaisant.
- Laissant de côté les imitateurs qui ont copié non seulement les procédés, mais la forme même des flacons et des étiquettes, nous citerons la liqueur concentrée de M. Manche, qui, obtenue par un artifice particulier, ne contient pas d’alcali; le saccharolé de M. Roussin, simple mélange de sucre et de goudron, soluble dans l’eau et donnant un soluté plus chargé que celui qu’on obtient par la macération directe; les pastilles de M. Géraudel, très petites et très soignées, composées et aromatisées assez adroitement pour que la saveur n’en soit pas désagréable.
- D’autres artifices ont été imaginés pour faciliter la dissolution du goudron dans l’eau : par exemple, on divise le goudron au moyen de sciure de bois de sapin, ou même au moyen de copeaux qui servent à multiplier les surfaces; mais ces procédés n’étaient pas représentés à l’Exposition.
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- Médicaments à base de phosphate bibasique de chaux. — JJ y a dix ou douze ans, M. Dusart publia des observations intéressantes sur l’action physiologique de ce phosphate. Son but avait été d’abord de fournir à l’économie les éléments d’une réparation rapide dans les cas de fractures ou de rachitismes. Ce résultat était obtenu en effet; mais, étudié de près, il parut résulter de l’activité artificielle provoquée dans la nutrition générale, plutôt que d’une assimilation directe du phosphate calcaire. Les nombreuses observations publiées sont tellement favorables à cette thèse, que le médicament a été détourné de sa destination première pour être a 1 é aux indications inattendues et beaucoup plus étendues qu’il paraissait remplir.
- M. Dusart dissolvait le phosphate bibasique à l’aide de l’acide laclique, et présentait le médicament sous forme de solution, de sirop ou de vin, sachant mieux que personne que si l’on cherchait à l’amener à l’état solide ou pâteux, il ne gardait pas une composition définie. Convaincu que le suc gastrique devait son acidité à l’acide lactique, il l’avait choisi pour se rapprocher des conditions physiologiques. Les discussions ardentes dont ces travaux ont été le point de départ n’ont pas abouti encore à une solution définitive; elles ont toutefois partagé les physiologistes en deux camps : les tenants de l’acide lactique et les tenants de l’acide chlorhydrique. De là une porte ouverte aux imitateurs, qui s’empressèrent de la franchir et créèrent le chlorhydrophosphate de chaux. En meme temps, et parallèlement, on préconisa le phosphate acide de chaux.
- Ces divers corps, très intéressants pour leurs propriétés pharmaceutiques, n’offrent rien de particulier à signaler, quant aux formes qu’on leur a données.
- M. Barbarin a pu obtenir le phosphate monocalciquc cristallisé et en a fait la base de diverses préparations.
- Les ferrugineux. — Des médicaments nouveaux, à base de fer, ont vu le jour depuis i8Gy. M. Prince, de Lyon, a étudié la préparation du protobromure de fer. Ce sel, très voisin du protoio-
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- PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES.
- dure, sous forme de sirop ou de pilules, peut être utilisé à côté Gr. V. . de son congénère.
- M. Bravais s’est consacré à la fabrication et aussi à la divulgation ardente de l’oxyde de fer dialysé, cet oxyde paradoxal découvert par Graliam. La constitution physique de cet oxyde paraissant offrir quelque analogie avec celle d’un groupement organique, on avait cru trouver en lui le ferrugineux par excellence, tout prêt à l’assimilation. Des observations récentes ont démontré que l’oxyde de fer dialysé (qui, d’ailleurs, garde toujours des traces de chlore) était précipité au contact du suc gastrique; il ne présente donc pas d’autres avantages que ceux que peut posséder un précipité naissant. Toutefois le peu de saveur de la solution, l’état liquide du médicament, sont des conditions favorables dont il est juste de tenir compte.
- MM. Genevoix et Blaquart ont perfectionné la préparation du fer réduit de Quévenne. Son ingestion n’est plus suivie de ces rapports nidoreux dont les malades se plaignaient justement. Un petit appareil, qui fonctionne dans la vitrine, permet de constater que ce fer réduit, traité par l’acide chlorhydrique, ne dégage pas trace d’hydrogène sulfuré.
- Le saccharolé de fer de M. Bemy Coquet, obtenu par trituration prolongée, conserve l’éclat métallique, même lorsqu’il est transformé en masse pilulaire. C’est l’application d’une idée fort simple, mais vraiment ingénieuse. Beaucoup de médecins font cas de ce médicament.
- Le phosphate de fer de M. Jolly est extrait du sang au prix d’un long traitement. L’auteur pense que ce phosphate est une combinaison particulière, facilement absorbée par l’appareil digestif, surtout en présence des phosphates alcalins. En tous cas, les combinaisons du fer avec l’acide phosphorique ont, d’après lui, certains avantages sur les autres sels du même métal.
- Au même groupe appartiennent l’hémoglobine, de M. Grinon, qui n’est autre que du sang de bœuf, privé de fibrine, desséché à basse température, et l’hématosine, de MM. Tabourin et Lemaire, exposée par MM. Desnoix et C'°. Cette hématosine, extraite du sang frais, contient 9.0k3 p. 0/0 de sesquioxyde de fer, dont
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- une partie est combinée à l’acide pliosphorique; elle peut être considérée comme un véritable médicament ferrugineux.
- Médicaments divers. — L’huile de foie de morue n’a qu’un producteur important parmi les pharmaciens français. M. Hogg fait préparer pour son compte et par un personnel à lui, à Terre-Neuve, des huiles qui peuvent rivaliser avec les bonnes sortes de Norwège. Elles sont obtenues par simple exsudation des foies, à la chaleur du bain-marie. Elles sont claires, de couleur paille, d’odeur et de saveur franches de poisson frais. La production est de 60,000 litres par an.
- M. Chevrier modifie la saveur et l’odeur des huiles de foie de morue du commerce par l’addition de goudron, de baume de Tolu, d’essences. M. Meynet cherche à substituer à l’huile elle-même l’extrait des foies où dominent la propylamine et ses dérivés; les propriétés thérapeutiques de cet extrait en font un médicament distinct. M. Dethan s’applique à vulgariser l’emploi des huiles d’os de bœuf, qui n’ont rien de répugnant, à en juger par les échantillons qu’il a soumis au jury.
- Les bougies et ovules médicamenteux sont les produits spéciaux de M. Reinal et de M. Duboc. Ce sont des topiques qu’on introduit dans l’urèthre, le vagin, les cavités naturelles ou traumatiques. Les bougies de M. Reinal sont pleines. Le principe actif est mélangé dans toute la masse ou étendu seulement à la surface. Celles de M. Duboc sont des tubes creux, de petit diamètre, dans lesquels on peut enfermer des pommades, des liquides, des poudres. Les conditions essentielles que doivent remplir ces bougies sont la flexibilité et la facile dissolution dans les liquides secrétés par les muqueuses. Leur valeur relative ne peut être sérieusement appréciée que par les médecins spéciaux.
- Parmi beaucoup d’autres spécialités dont nous n’avons pas à faire ici la nomenclature, nous nous contenterons de citer : les belles préparations d'eucalyptus, de M. Delpech; les sels de lithine, de M. Tréhyou; le monosulfure de calcium (sulfureux Pouillet, approuvé par l’Académie de médecine), de M. Cassan; les préparations de crésote de hêtre de M. Fournier; les médicaments où,
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- grâce à l’intervention de la glycérine, M. Catillon met en présence, Gr. v. en évitant toute réaction, le quinquina et les sels de fer; enfin les émulsions balsamiques et résineuses que prépare M. Lebceuf avec la teinture de quillaya.
- Un mot encore sur deux vitrines où la science et l’industrie avaient à la fois trouvé place. M. André-Pontier a pour produit spécial de l’eau chargée de protoxyde d’azote à 7 atmosphères.
- C’est une des rares eaux gazeuses artificielles et médicamenteuses dont les médecins français prescrivent l’emploi. A côté de cette eau étaient disposées de nombreuses préparations microscopiques.
- M. André-Pontier a joint à son officine un laboratoire d’analyses où il s’occupe surtout de chimie pathologique, et l’on sait de quel secours est le microscope en ce genre d’études.
- M. Béguin, outre un vésicatoire intéressant, avait exposé les échantillons de tous les insectes vésicants qui pourraient, au besoin , remplacer les cantharides, ainsi que les produits cristallisés qu’on en extrait par un traitement approprié.
- 2. SECTIONS ÉTRANGÈRES.
- Angleterre. — Beaucoup de vitrines étaient occupées par les fabricants de boissons gazeuses médicinales. C’est une industrie fort prospère de l’autre côté du détroit. Les ginger-ale, socla-water, lithia-water, selters-water, y sont consommés en quantités dont nous n’avons pas une idée, et telle des maisons qui exposent produit annuellement h millions de bouteilles et emploie 2 5o ouvriers. Ce genre de médicaments peut être considéré comme national, car il n’est représenté, avec une pareille profusion, dans aucune autre section. Les principales maisons sont celles de MM. Schweppe Jacob et C10, Bewley et Draper, Cantrell et Coch-rane, Corry William.
- Les médicaments spécialisés de MM. Savory et Moore (pepsine et pancréatine, pharmacies portatives), Allen et Hanburv (pâtes pectorales, huiles de foie de morue), Richardson et C,e (pilules dragéifiées), H. et T. Kirbv et C10 (cônes et suppositoires), sont préparés industriellement et soutiennent la comparaison avec les
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- produits analogues fabriqués en France. Les sels effervescents, très usités aussi en Angleterre, étaient bien représentés par MM. Bur-goine, Burbridges, Cyriax et C'°, et MM. Bush et Cie.
- Les produits anglais sont les seuls qui fassent une concurrence sérieuse à la fabrication française sur les marchés étrangers. Jusqu’à présent nous avons pu conserver l’avantage, sinon comme chiffre d’affaires (point sur lequel nous manquons de renseignements précis), au moins comme perfection de la forme.
- Etats-Unis d'Amérique. — Nous retrouvons ici, mais en moins grande abondance, les boissons gazeuses, puis les poudres comprimées en disques biconvexes dont nous avons parlé ailleurs, les sels effervescents, les pilules dragéifiées. Les expositions les plus remarquables sont celles de MM. John Wicth et frères (poudres comprimées), Bolen et Bvrne (eaux médicamenteuses), Hance frères et While (produits pharmaceutiques), W.-R. Warner et C,c (pilules dragéifiées), Schieffelin et G"' (pilules à enveloppe soluble).
- Italie. — Nous n’avons rien de plus à signaler que les gélatines médicinales de M. Pielro Leonardi et l’extrait de tamarin de M. Ercole Pulzoni.
- Espagne et Portugal. — Les spécialités exposées sont des imitations de produits français. MM. Fortuny frères fabriquent sur une grande échelle l’huile d’amandes douces, et donnent à leurs médicaments des formes et des enveloppes élégantes. Nous citerons encore MM. Gibert et Soler (produits pharmaceutiques), Borrelet Miguel, et Magalhaes (capsules médicamenteuses).
- Suisse. — Rien autre chose à noter que l’extrait de malt, de MM. Wancler et Béchaux.
- Autriche-Hongrie. — La législation pharmaceutique entravant toute initiative individuelle, les exposants n’avaient guère envoyé que des dentifrices. Les pastilles de chocolat à la quinine, de
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- M. Rosnay Mathias, d’Arad (Hongrie), très estimées de la population locale, passeraient chez nous pour une préparation plus que secondaire.
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- Russie. — Nous avons déjà parlé, au chapitre consacré aux capsules, des préparations de M. Taetz; le reste est insignifiant.
- Danemark. — Les présures qui, en France, avaient été exposées dans une autre classe, ont été soumises au jury de la classe ky. Elles sont l’objet d’un commerce important. Les fabricants danois font venir de France et du continent les estomacs de veau, et nous renvoient des présures très estimées pour leur qualité et leur bas prix. Us exploitent en même temps les matières colorantes pour le beurre et le fromage. La maison Hansen occupe le premier rang dans cette industrie.
- Suède et Norwège. — Les pharmaciens de Suède se sont réunis en société pour exploiter la fabrication des eaux minérales artificielles. Une autre société prépare, sous les noms (Yaseptine et (Yamykos, des compositions à base d’acide borique, destinées à assurer la conservation des substances animales et végétales. MM. Beckmann et Burmester avaient exposé de bons produits pharmaceutiques; nous avons déjà cité ailleurs l’extrait de malt de M. Bjorkom et les excellentes huiles de foie de morue des Norvégiens.
- Belgique et Pays-Bas. — En Belgique, rien de saillant, si ce n’est le procédé de M. Gornélis, pour la conservation des végétaux, déjà cité; en Hollande, outre les produits pharmaceutiques de MM. Mouton et fils, le jury a remarqué les ferments digestifs et les peptones de M. Saunders. .
- Orient et colonies. — Si l’on voyait dans les expositions de ces contrées de magnifiques collections de drogues simples, en revanche, on y trouvait peu de préparations médicinales. Les rares échantillons que nous avons eu l’occasion d’examiner étaient sans
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- valeur. Ce jugement ne s’applique pas au Canada, dont les produits ont beaucouj) de rapports avec ceux des Etats-Unis et ne leur sont pas inférieurs.
- IV
- CONCLUSION.
- L’exposé que nous avons fait de la fabrication française comparée à celle des autres pays justifie la préférence que nous avons donnée à la première. Presque toutes les inventions sérieuses dont les médicaments ont été l’objet sont l’œuvre de nos nationaux; et rien ne prouve mieux leur valeur que les imitations et les contrefaçons qu’on en fait à l’étranger. Ces inventions ont contribué dans une mesure limitée, mais appréciable, à augmenter le bien-être général, à accroître la consommation et à étendre nos relations commerciales. Par suite, les conditions économiques de la profession ont été profondément modifiées.
- L’industrie des produits pharmaceutiques compte des maisons employant 20 ou 3o ouvriers; quelques-unes vont à 100, 200, 2 5o personnes occupées à l’année. Elle utilise la vapeur, des appareils très variés, un outillage spécial. Un progrès ne se produit pas dans une industrie, si modeste qu’elle soit, sans que plusieurs autres ne soient amenées à des créations nouvelles et n’y trouvent l’occasion d’affaires imprévues. Les machines à pilules, à pastilles, à sinapismes, les appareils à évaporer dans le vide, à dragéifier, à fabriquer les perles, à enduire les toiles de masses emplastiques, ont été conçus, au moins théoriquement, par des pharmaciens, avant d’être exécutés par des constructeurs habiles.
- En quelques années, des résultats fort remarquables ont été obtenus. Est-ce à dire que le dernier progrès soit réalisé et qu’il n’y ait plus rien à faire? Il est difficile de prévoir quelles surprises l’avenir nous réserve encore. Tel qu’il est, l’arsenal pharmaceutique offre au choix du médecin une multitude de formes appropriées à chaque espèce, où la qualité du médicament et l’élégance de la forme rivalisent avec la commodité de Remploi.
- Les expositions internationales ont le grand avantage de per-
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- mettre la comparaison entre les produits similaires de toutes les contrées civilisées, et de mettre en évidence le fort et le faible de chacune d’elles. Elles auraient peut-être l’inconvénient de rendre facile la concurrence, en livrant les procédés et en montrant les machines propres à chaque industrie, si la concurrence n’était le grand mobile de tous les perfectionnements. L’Exposition de 1878, en ce qui nous concerne, aura été une leçon et un exemple pour les pharmaciens étrangers. Il faut donc que nos nationaux ne négligent aucun effort pour maintenir une supériorité qui, cela n’est pas douteux, leur sera vivement disputée dans les expositions futures.
- Mais pour que la lutte soit moins inégale, il faut que les idées originales puissent se produire librement. Il faut que cette tolérance précaire dont nous avons parlé au commencement de ce rapport devienne enfin permanente. Sans demander le droit commun pour le pharmacien, nous nous permettons d’émettre le vœu que le Gouvernement, éclairé sur la situation qui nous est faite, prenne l’initiative d’une loi libérale, conforme à l’esprit des institutions actuelles, et qui sauvegarde en même temps la sécurité du malade et la liberté du pharmacien; une loi qui, laissant à l’école la direction des études, lui enlève la police de la pharmacie, attribution pour laquelle elle n’a pas toute compétence et qui n’ajoute rien à sa considération.
- E. Ferrand.
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- SECTION IX.
- EAUX MINÉRALES.
- Au lendemain de nos défaites, des maîtres éminents, qui étaient aussi de grands patriotes, entreprirent l’étude de l’hydrologie française. Dans des leçons restées célèbres, Gubler, Durand-Fardel, Rotureau firent ressortir la variété et la puissance des richesses hydrominérales de notre sol. Ils indiquèrent en France les équivalents de toutes ces eaux minérales vers lesquelles nous nous précipitions par habitude plus que par raison. Mieux encore : ils signalèrent, entre toutes, les sources dont la spécialisation était pour nous un monopole trop longtemps ignoré.
- Leur parole fut féconde; un grand nombre de sources, encore inexploitées, furent soumises à l’analyse chimique; elle précisa les services que pouvait en attendre la thérapeutique thermale, et décida leur appropriation.
- L’art vint couronner ce que la nature avait donné et la science mis en œuvre. Les établissements thermaux furent mieux aménagés: une architecture nouvelle présida à leur construction, en harmonie avec les sites généralement remarquables où jaillissent les sources. La variété des nombreux services (bains, douches, buvette, inhalation, etc.) permit des solutions de formes diverses; l’aspect général extérieur y gagna, avec une originalité vraie, des effets rationnels. La décora Lion jeta une note gaie dans les galeries, promenoirs, cabinets de douches, trop longtemps semblables a des salles de torture.
- L’Exposition de 1878 a permis la représentation ou le témoignage d’une grande partie de ces résultats; le nombre des exposants, dont nous donnons ici un état comparatif, est une preuve
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- Gr. V. de l’empressement des stations thermales à prendr c par t à ce
- concours du progrès humain. Cl. 47. 1 ü 1855. ; 1867. 1878.
- France .. 17 18 110
- Espagne . . // 14 9°
- Portugal . . Il u 7
- Italie 2 i3 9
- Grèce »> . . 0 4 5
- Belgique . . Il // 1
- Autriche-Hongrie . . 5 10 11
- Suède et Norwège 1 n 1
- Allemagne . . G u //
- Luxembourg n u 1
- Val d’Andorre . . // n 1
- lie Maurice . . // u 1
- Haïti . . H II 1
- Venezuela . . H II 4
- Tunis 1 II n
- Suisse . . // 1 u
- Russie . . n 1 H
- Roumanie . . // 7 n
- Turquie u 8 n
- Totaux;......... 35 76 262
- Les eaux minérales avaient été classées dans les diverses expositions précédentes, tantôt avec les produits chimiques et pharmaceutiques, tantôt avec la médecine; c’était ne considérer en elles que les formules ou les applications thérapeutiques. Leur connaissance complète exige des points de vue plus nombreux; en effet, au moment où elles sortent de la roche d’émergence, elles sont déjà du domaine de la géologie et de la physique; la chimie indique leur composition et le mode d’association de leurs éléments; c’est l’art de l’ingénieur qui les réunit et les recueille dans les conditions les plus favorables à leur thermalité et à leur minéralisation rieur emploi comporte des applications de la mécanique. L’industrie des eaux minérales, en un mot, a des relations avec des sciences si différentes, elle présente des aspects si divers, qu’il eut
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- EAUX MINÉRALES.
- été légitime quelle composât une classe spéciale. On aurait pu y Gr. v. grouper l’exposition :
- i° Des moyens actuels de captage et d’appropriation ;
- 2° Des procédés d’analyse des sources ;
- 3" Des divers modes de médication et des appareils destinés à les appliquer;
- 4° De l’architecture thermale et de ses divers chapitres.
- L’exiguïté de l’emplacement dont on disposait ne permit de réaliser qu’une partie de ce programme.
- Les eaux minérales françaises ont constitué une division annexe, rattachée à la classe A7, avec laquelle elles présentaient le plus d’affinités.
- Pour organiser cette exposition spéciale, le Ministre nomma une commission composée de: MM. François, Dumoustier de Fredilly,
- Wurtz, Isabelle, docteur Legouest, Gubler, Pidoux, Seignohos, Germond Delavigne, Mayer, et Jéramec, rapporteur.
- La nécessité de donner accueil dans un bâtiment de 320 mètres dont 120 à peine étaient disponibles, à 110 établissements, obligea d’adopter, pour toutes les expositions, un type uniforme, qui enleva peut-être à l’aspect général un peu d’originalité, mais permit à la commission d’accueillir toutes les demandes et de présenter un ensemble plus complet de nos ressources thermales en face des variétés étrangères.
- La commission, désireuse tout d’abord d’adopter une classification scientifique, avait rejeté la plus rationnelle, que nous devons à M. Durand Fardel, pour choisir celle de l’Annuaire des eaux.
- Elle espérait pouvoir grouper les eaux similaires de manière à permettre une comparaison rapide de leurs propriétés médicales, mise en regard et déduite rationnellement de leur minéralisation et de leur thermalité; mais elle fut bien vite obligée de reconnaître que cette classification de l’Annuaire est loin d’être adoptée par tous les hydrologues, et que celle qu’accueillerait leur approba-lion unanime est encore à trouver: on peut même dire qu’elle est impossible à formuler.
- Toutes les classifications produites jusqu’à ce jour ont eu pour base le groupement des eaux d’après la prédominance des prin-
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- cipes qui leur donnent le caractère le plus net et le plus durable, mais aucune n’a été méinc tentée qui tiendrait compte de tous les éléments entrant dans leur composition; elle serait d’ailleurs très compliquée et très variable, en présence des découvertes journalières dues aux méthodes d’analyse spectrale.
- On se borna alors à un groupement géographique, et on divisa la France en cinq régions : Nord, Est, Centre, Pyrénées, Sud-Est.
- Dans chaque région, on adopta l’ordre alphabétique qui permettait le plus facilement de trouver de suite l’exposition particulière.
- Chaque station exposa ses eaux, produits d’évaporation, concrétions, dépôts, conferves, roches, fossiles, etc., dans des vitrines d’un cours régulier qui faisaient le tour du pavillon. En face de la porte d’entrée, une élégante buvette permettait la dégustation de nos principales sources; 80,000 verres d’eaux minérales, vendus, témoignent du concours du public à cette exposition spéciale.
- La place distincte occupée par les eaux minérales et la nécessité de tenir compte d’éléments multiples dans l’attribution des récompenses rendait cette tâche délicate.
- Le jury n’a pas pensé que la valeur ou la qualité des eaux minérales dues à des circonstances naturelles fussent des titres à l’obtention d’une médaille. Il a cherché, et il a tenu h honneur de récompenser dans chaque station la sagacité qui a présidé aux recherches, l’intelligence apportée à l’appropriation des eaux, le perfectionnement des méthodes et des procédés d’application; il a tenu aussi un certain compte de l’ardeur industrielle qui porte au loin la réputation de nos sources et attire sur nos richesses bydria-tiques l’attention du monde entier. 11 a jugé digne également de mettre au premier rang les collections qui, outre une haute utilité au point de vue de la divulgation et de l’instruction, enseignaient à l’activité privée des richesses dont l’exploitation est d’un intérêt général.
- C’est à ce titre qu’une médaille d’or a été décernée à l’exposition collective des eaux du Puy-de-Dôme. M.Truchot, professeur à la Faculté des sciences de Clermont, a réuni en onze groupes des échantillons de 209 sources avec les analyses correspondantes;
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- cette longue et laborieuse étude a contribué à mettre en évidence la puissance et la diversité des masses minérales que l’Auvergne laisse échapper des flancs de ses montagnes.
- Les docteurs Delmas et Larauza ont obtenu une médaille d’argent pour le groupement hydrologique du département des Landes fait au nom des thermes de Dax. Cette exposition, des plus complètes et bien coordonnée, présentait avec leurs analyses vingt-huit variétés d’eàux minérales des arrondissements de Dax, Saint-Sever et Mont-de-Marsan; les produits les plus importants des sources, des boues minérales, du sel gemme et des échantillons d’ophite et de dolomie, roches à travers lesquelles viennent sourdre les sources de Dax, enfin de belles conferves obtenues par M. Serres complétaient la vitrine. Une carte géologique à plusieurs teintes et une carte climatérique faisaient ressortir la position centrale de Dax et de ses thermes par rapport aux stations d’hiver d’Arcachon, Pau et Biarrits.
- Cette exposition se prêtait à l’étude des relations étroites qui existent entre les eaux minérales et les terrains ambiants, tandis que les arrondissements de Dax et de Saint-Sever sont d’une richesse hydrominérale remarquable, celui de Mont-de-Marsan est d’une pauvreté surprenante. C’est que, dans les premiers, un soulèvement de la roche plutonique, déchirant les terrains supérieurs, a facilité la création de ces cheminées naturelles que suivent les eaux lhermominérales venant des profondeurs : le dernier, qui n’a été le théâtre d’aucun bouleversement, présente au contraire en petit nombre les thalwegs, filons, failles, qui offrent au mouvement ascensionnel des sources thermales la moindre résistance, et par lesquelles elles se font jour.
- MM. Pouyanne et Tissot ont disposé dans un ordre méthodique les nombreuses sources minérales que l’on rencontre dans nos provinces algériennes; leur position et leur nature étaient indiquées sur des cartes. Ces habiles ingénieurs ont fait connaître quelques travaux récents qui montrent le parti à tirer pour la colonisation, de la multiplicité et du développement des exploitations thermales. Citons Hammam-ben-Hadjar : des recherches d’eau ordinaire mettent à jour une belle source chaude; les indigènes accourent, Classe h 7. a a
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- un village se crée. Déjà le débit de la source est insuffisant, des tranchées réunissent les filons éparpillés, on obtient six fois plus d’eau; un établissement contenant deux piscines et quelques cabinets s’élève, et les services rendus par cette petite station viennent de la faire déclarer d’intérêt public. Hainmam-Rhira a la même origine ; ses eaux ferrugineuses, malheureusement instables, commencent à arriver jusqu’à Alger, mais leur consommation ne pourrait se généraliser que si on parvient à empêcher le fer de se précipiter. Il y a là une question d’intérêt général et un moyen de combattre efficacement l’ennemi qui sévit en Algérie tous les étés. Tels sont les progrès les plus importants de l’hydrologie algérienne dans ces dix dernières années : ils sont un gage pour l’avenir. Plusieurs demandes de concessions pendantes prouvent que l’utilisation des eaux minérales de notre colonie devient la préoccupation de quelques industriels. La colonisation facilitera les movens d’accès aux sources qui contribueront en retour à son développement par la création, dans leur voisinage, de centres importants.
- Une fortune plus haute est, sans nul doute, réservée aux sources algériennes; dans la saison rigoureuse, presque toutes leurs similaires d’Europe sont inabordables, et notre colonie pourra voir un jour accourir à ses établissements thermaux d’hiver de nombreux malades obligés aujourd’hui de retarder leur cure. L’Algérie comblerait ainsi une véritable lacune dans la thérapeutique thermale et trouverait de puissants éléments d’une civilisation rapide.
- Vichy était représenté par les huit sources de l’Etat dont la compagnie fermière a la concession. Un plan en relief faisait ressortir l’heureuse situation de cette ville thermale sur la rive de l’Ailier; des eaux mères, des pastilles, des sels pour bains et boissons, témoignaient de l’excellence des procédés employés pour extraction de ces produits. C’est sur les indications de M. Frémy qu’ils sont appliqués de la manière suivante :
- Les sources du Puits-Carré et de la Grande-Grille alimentent directement une première batterie de quatre chaudières contiguës dans lesquelles se fait le dégagement de l’acide carbonique. L’eau minérale passe ensuite dans d’autres batteries de plus en plus rapprochées du feu; elle y dépose les sels insolubles et se concentre
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- rapidement. Lorsqu’elle marque 27 degrés Baume, on l’envoie Gr. V.
- dans des bacs en ciment où elle se cristallise à froid en prismes pv-
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- ramidaux soumis à l’acide carbonique venant des sources mêmes; ces sels se saturent et donnent des bicarbonates qui, sécbés, pulvérisés et tamisés, fournissent les sels pour boisson et servent à la fabrication des pastilles. Les eaux mères laissent ensuite déposer à chaud des sels cristallisés en masse confuse, d’une teinte grisâtre, qui, saturés par l’acide carbonique, donnent les sels pour bains.
- L’exportation des eaux de Vichy atteint aujourd’hui des chiffres considérables : en 1855, la vente était de 5oo,ooo bouteilles; elle atteint2,200,ooo en 1867, ets’élève aujourd’huià 3,5oo,ooo.
- Dans une exposition intéressante, Uriage avait réuni, outre ces eaux, des échantillons de la roche d’émergence et des dépôts.
- M. Lory, professeur à la Faculté des sciences de Grenoble, avait tracé sur une carte géologique le parcours probable de la source dont le système de captage et l’adaptation étaient figurés sur un plan à grande échelle. Un emploi ingénieux du siphon y était indiqué et mérite d’être cité.
- Une galerie traverse des terrains variés de sable d’argile et de poudingue, puis entre dans la roche schisteuse de laquelle émerge la source à travers une faille ; c’est là qu’elle est captée dans un puits de 8 mètres de profondeur. Dans ce puits plonge une branche d’un grand siphon en plomb dont l’autre débouche dans un réservoir. L’eau est ainsi recueillie à son émergence même et amenée aux endroits d’utilisation sans qu’elle ait subi le contact de l’air et, par suite, sans aucune altération; mais les gaz qui se dégagent de l’eau s’accumulent à la partie supérieure du siphon dont elles arrêtent la marche ; on y a dès lors appliqué un appareil purgeur du gaz des plus ingénieux. Il consiste en un ballon en verre S, traversé par un cylindre creux en bronze percé de jours D, dont les deux extrémités servent cle sièges à deux tiroirs circulaires A et B donnant accès : le premier, à une bâche à eau V, le deuxième au tuyau-siphon. Ces deux tiroirs sont solidaires du mouvement de la tige verticale E actionnée par l’arbre X. Les orifices des tiroirs sont disposés de telle façon que chaque tiroir est complètement fermé quand l’autre est ouvert et réciproquement. Ceci posé, le tiroir
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- supérieur A étant ouvert, le tiroir inférieur B restera fermé et l’eau de la bâche V remplira la sphère S. Si Ton imprime maintenant un mouvement circulaire à la tige verticale E, le tiroir A se fermera avant que le tiroir B s’ouvre, et, quand enfin celui-ci est ouvert, le premier restant fermé, les gaz accumulés dans le siphon viennent se dégager dans la sphère et sont remplacés par de Teau
- Légende.
- R Robinet d’alimentalion continue.
- V Bâche à eau.
- T Trop-plein de la bâche donnant le mouvement intermittent à la roue.
- K Petite roue hydraulique à mouvement intermittent.
- S Réservoir sphérique ou ballon en verre.
- D Cylindre en bronze à jours portant les sièges des tiroirs supérieur et inférieur.
- Vue géométrale.
- au fur et à mesure. Le mouvement circulaire continué permet au tiroir inférieur de se refermer à son tour et au tiroir supérieur de s’ouvrir pour laisser s’échapper dans l’atmosphère les gaz emprisonnés dans la sphère qui se remplit d’eau, grâce à la bâche V que les gaz traversent.
- L’axe horizontal X porte une petite roue hydraulique K alimentée par le trop-plein T de la hache supérieure V; il en résulte qu’après chaque abaissement du niveau de l’eau dans cette bâche
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- la roue subit un moment cl’arrêt nécessaire au déplacement de l’eau et du gaz, mais qu’aussitôt le niveau rétabli la roue se charge suffisamment pour vaincre la résistance des tiroirs et leur imprimer le mouvement de rotation nécessaire à leur fonction alternative. La fréquence du jeu du tiroir est réglée par le robinet R d’arrivée continue. Cet appareil, construit par M. Brenier (deGre-
- Lêgende.
- E Tige verticale en bronze actionnant les tiroirs.
- A, B Tiroirs circulaires en bronze entaillés pour correspondre aux orifices des sièges.
- A', B' Sièges des tiroirs percés en O et O'.
- C Engrenage donnant le mouvement aux tiroirs.
- X Arc de la petite roue hydraulique.
- Coupe.
- noble), pourra trouver des applications analogues. Il fonctionne à Uriage avec plein succès depuis 187.3.
- On donne aujourd’hui à Uriage plus de 60,000 bains et douches par saison, et l’on y traite plus de 5,000 malades: les résultats sont d’autant plus remarquables qu’ils sont dus à l’active et intelligente persévérance d’un seul médecin de Saint-Ferréol; elle a été récompensée par une médaille d’argent.
- La même distinction a été accordée à l’ensemble des travaux ex-
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- posés par Plombières, qui doit à M. Jutier, ingénieur des mines, le débit important de ses sources. Après avoir reconnu leur origine et mis à jour, dans ses recherches, des vestiges de beaux thermes romains, il perça, à travers le granit, une galerie qui réunit tous les points de moindre résistance vers lesquels tendaient les diverses sources. Le débit fut plus que doublé, et la station put satisfaire aux 2,000 malades qu’elle reçoit chaque saison.
- La Bourboule était représentée par les expositions des deux établissements rivaux, dont les luttes ont eu un écho jusqu’au Parlement. Aujourd’hui toutes les sources sont réunies dans une exploitation unique, et tout présage à cette station un magnifique avenir. Dans leur ensemble, ces expositions comprenaient des échantillons des sources exploitées, des résidus salins et des fragments de tuf mou ou granitique et de granit recueillis à diverses profondeurs dans les forages.
- Des plans et des mémoires retraçaient l’histoire intéressante de la recherche et de l’aménagement souterrain des sources. Les travaux de recherche ont consisté dans le creusement de puits à grande section, continués par des forages. Les sources Fenestre sont dues seulement à des forages.
- La source Perrière donnait en 1869, à 53 mètres de profondeur, 2 3o litres à la minute. Repris à cette profondeur, le forage a été poussé jusqu’à 7 5 mètres et arreté après pénétration dans le massif granitique. Le débit s’était alors élevé à 390 litres. Tous les détails de ces importants travaux figuraient aux plans exposés. La partie supérieure du puits se termine par une vaste chambre souterraine, recouverte d’un plancher en fer, établi à fleur du sol, sur la voie publique. Cette chambre contient, à côté de la pompe, un treuil très puissant, à plusieurs vitesses, avec tous ses accessoires en fer et fonte de fer, permettant d’exécuter toutes les opérations relatives à la descente comme à l’enlèvement de la pompe et à la réparation des accidents ou avaries survenant pendant la saison.
- Un forage exécuté en juin 1873 a donné à 3 A mètres la source Fenestra n° 1, et à 68 mètres la source n° 2. Après l’achèvement du forage, un tube y a été descendu et fixé de façon à séparer les
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- deux sources, dont l’une monte dans le vide central et l’autre dans l’espace annulaire qui entoure cette colonne de tôle.
- M. l’ingénieur Amiot a, par les beaux travaux que nous venons d’indiquer, doté la Bourboule de sources nouvelles et augmenté la puissance des autres. En 1867, cette station ne disposait que d’un débit total de 120 litres correspondant à un maximum de 480 bains par 2 4 heures. Aujourd’hui, les résultats officiels des jaugeages exécutés par M. Amiot donnent, pour les sources Perrière, Sedaiges, La Plage et Fenestre, un débit total de 632 litres par minute, suffisant pour donner 2,5oo bains par jour, et il est fort à croire, d’après cet éminent ingénieur, que ce débit serait notablement dépassé si toutes les pompes étaient employées à aspirer toute l’eau que peuvent fournir les sources.
- Toutes les installations ont été faites pour l’utilisation complète de la quantité considérable d’eau dont on dispose.
- La station de la Bourboule qui, en 1867, recevait les rares malades, en a traité, en 1878, 3,55o. Il a été donné plus de 55,0 0 0 bains ou douches. L’usage de l’eau exportée a suivi également une progression rapide.
- Les travaux exécutés il y a trois ans en Caucase, sous la direction de M. François, ont fourni l’exemple le plus frappant des modifications que peut amener l’art de l’ingénieur dans le régime des sources. Une galerie dans le travertin des sources Ermolovsky et Alexandrovsky, éleva leur débit journalier de 34,500 à 1,062,700 litres. C’est l’œuvre capitale de notre éminent spécialiste, et la récompense la plus haute (un grand prix) lui a été attribuée.
- La même distinction exceptionnelle a été accordée à la collectivité des eaux d’Espagne; les stations importantes, telles que Pan-ticosa, Caratraça, reçoivent, chaque année, 5,000 à 6,000 baigneurs, consacrent une partie de leurs revenus à améliorer leurs installations, et donnent ainsi, dans un pays où l’industrie est encore délaissée, l’exemple d’un mouvement constant et rapide dans la voie du progrès.
- Les eaux minérales artificielles contiennent toujours des quantités appréciables d’acide sulfurique entraîné lors de la fabrication.
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- En livrant l’eau de Saint-Galmier à un prix qui permet la concurrence, les propriétaires ont rendu à l’hygiène publique des services dont les 8 millions de bouteilles qu’ils exportent chaque année sont un témoignage; le jury les a reconnus, en accordant, à la plus importante des exploitations Saint-Galmier, Badoit, une mention honorable.
- Dans le même ordre d’idées, on ne saurait, sans injustice, passer sous silence, parmi les sources que le jury n’a pas eu la possibilité de récompenser, celles de Couzan, Renaison, Oriol; ces dernières jouissent de la propriété importante, parmi les eaux ferrugineuses, de conserver, après embouteillage et transport, leur fer en solution presque complète; le fait est trop important pour ne pas être cité.
- Telle a été l’exposition des eaux minérales.
- Qu’il nous soit permis, en constatant le nombre et la variété des eaux médicales que possède la France, de regretter qu’elles ne soient pas à la disposition d’un plus grand nombre de malades. L’organisation de l’assistance publique dans notre pays laisse beaucoup à désirer sous ce rapport, et ce serait l’honneur d’un gouvernement démocratique que de faciliter aux classes nécessiteuses l’usage des eaux minérales, auxquelles ne peuvent guère recourir que les privilégiés de la fortune.
- Jrramec.
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- SECTION X.
- PRODUITS DE LTÏSDUSTRIE DU CAOUTCHOUC ET DE LA GUTTA-PERCHA.
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- I
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- L’industrie du caoutchouc qui a reçu en Europe et en Amérique un si grand développement prend son origine dans le produit d’un arbre qui croît dans les pays chauds et particulièrement dans l’Amérique méridionale. On s’accorde à dire que c’est au célèbre La Gondamine, en 1736, que l’on doit la connaissance scientifique de cette plante. Il accompagnait les savants chargés de mesurer un degré du méridien dans l’Amérique du Sud et adressa une notice sur le caoutchouc à l’Académie française.
- L’importance qu’a prise dans les vingt dernières années l’emploi du caoutchouc a eu pour eflfet de provoquer, dans tous les pays ayant à peu près la même latitude, les recherches des explorateurs, et, dans un grand nombre de contrées équatoriales, on a trouvé sinon la même plante, du moins des plantes ayant avec elle des analogies qui ont permis d’en tirer parti dans des conditions semblables; c’est ainsi que l’on exploite les arbres à caoutchouc en Californie, à Madagascar, à Java, au Gabon, à Assam, etc. L’arbre qui produit le caoutchouc dans la Guyane était connu des naturels du pays sous le nom de Siphonia cahucha, et, comme c’est un des premiers endroits où le suc qui en découle a été recueilli, la seconde partie de ce nom est devenue, par une légère corruption, le nom générique du produit lui-même, nom qui s’est conservé jusqu’à nos jours. Les principales espèces d’arbres à caoutchouc sont les suivantes :
- i° Le Siphonia elastica, arbre de i5 à 20 mètres de haut, de 5o à 60 centimètres de diamètre; ses feuilles sont petites et oldongues; d’un vert foncé: ses fleurs sont verdâtres, clairsemées
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- sur des tiges grêles; ses fruits, de la grosseur d’une noix, contiennent une certaine quantité de graines semblables à un haricot, mais couvertes de taches comme celles des ricins.
- 2e Le Ficus elastica. C’est l’espèce qui est cultivée en si grande quantité dans nos serres. Dans son pays d’origine, il se présente comme un arbre de 20 à 25 mètres de hauteur et de 50 à 60 centimètres de diamètre. Ses feuilles sont grandes, oblongues, acu-minées, luisantes et d’un vert sombre; avant leur développement elles sont enveloppées d’une stipule rose qui se détache lorsque la feuille d’abord roulée en cornet se déroule pour prendre sa forme normale; le fruit a la forme d’une figue et contient des graines ressemblant à une olive.
- 3° UUrceola elastica. C’est une liane de la grosseur du bras, qui court sur la terre à de grandes distances, s’accrochant aux arbres qu’elle rencontre et s’élevant jusqu’à leur sommet. Ses feuilles sont rares, petites, de couleur vert grisâtre; le fruit a la forme d’une poire à enveloppe rugueuse et contient une grande quantité de graines.
- Des tentatives de plantations ont été faites dans quelques pays chauds plus voisins de l’Europe que les pays de production naturelle. L’Egypte a reçu des plants de Ficus elastica qui y ont pris racine et s’y sont développés, quoique avec une certaine lenteur; le jardin d’essai d’Alger contient de très beaux spécimens de cet arbre, mais faute d’une température assez élevée, les récoltes obtenues n’ont pas paru assez importantes pour présenter un caractère commercial intéressant; pour ce motif, pour ceux provenant des soins à donner à ces plantations, dans ces pays où la culture a tout avantage à utiliser la terre à des produits plus importants , ces essais d’acclimatation sont restés sans résultats.
- Quel que soit le pays où l’arbre à caoutchouc est mis en exploitation, le principe de cette exploitation est le même. Cette plante renferme un suc particulier, qui circule avec grande abondance aux époques de la sève et qui s’écoule de l’arbre sous forme d’une matière laiteuse lorsqu’on fait une incision à l’écorce,
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- Ce lait renferme une partie liquide fermentescible qui disparaît par une évaporation de quelques heures lorsque la couche est mince, et il reste une substance blanchâtre, agglutinée, collante, qui se sèche peu à peu et cesse d’être adhésive : c’est le caoutchouc.
- Les premiers Indiens qui ont récolté cette matière pour en obtenir quelques ustensiles à leur usage, ayant constaté les caractères que Ton vient d’indiquer, procédèrent à la récolte de la façon suivante : tantôt ils coupaient entièrement l’arhre, tantôt ils se contentaient de l’inciser, et recueillaient le lait dans un récipient; puis ayant préparé avec de la terre glaise des moules pyriformes, ils trempaient ces objets dans le lait recueilli; une couche mince adhérait au moule; ils faisaient sécher cette couche soit à l’air, soit, pour activer l’opération, à la fumée d’un feu allumé près de l’arbre; la partie liquide était évaporée, et avant que ce qui restait fût tout à fait sec, ils trempaient une seconde fois le tout dans le lait recueilli, opéraient sur cette seconde couche comme sur la première, puis de même sur les couches suivantes, et, après un nombre assez considérable d’immersions, laissaient définitivement se sécher l’objet obtenu; le goulot delà poire donnait passage à la terre qui avait formé le noyau de cette sorte de fruit, et en résumé on avait un objet dont les parois avaient une épaisseur de 1 centimètre environ et qui constituait le caoutchouc tel qu’il était envoyé en Europe à titre de curiosité et comme spécimen de l’industrie des Indiens qui employaient ces espèces de poires creuses à contenir de l’eau, ou qui en garnissaient les extrémités des baguettes avec lesquelles ils frappaient les tambourins aux sons desquels ils exécutaient leurs danses.
- Ce sont ces mêmes principes qui servent à recueillir le caoutchouc aujourd’hui, c’est-à-dire la formation de couches minces successives dont chacune est soumise à l’évaporation. Mais le moyen d’obtenir ce résultat a subi les modifications qu’y ont apportées l’expérience et les indications de l’industrie. Les moules intérieurs en terre ont disparu presque partout et sont remplacés par des sortes de planchettes. Le caoutchouc déposé sur leurs faces prend la forme d’un sac, qui, fendu sur les quatre côtés produit deux plaques, au lieu des poires si peu convenables pour
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- les préparations que doit subir cette matière dans l’usine. Dans plusieurs lieux de production, ce sont de longs fils que l’on obtient, puis que l’on enroule plus ou moins régulièrement sur eux-mêmes pour en former des boules informes. Ces fils ou lanières sont quelquefois rapprochés sans aucune précaution et réunis en une sorte de paquet qui est lui-même enveloppé d’une feuille de caoutchouc, mince et régulière.
- Néanmoins, dans plusieurs pays, la récolte est simplifiée, et le principe des couches successives et séchées l’une avant l’autre n’est pas observé ; avant que l’évaporation ait entièrement chassé la partie liquide, le magma formé du lait recueilli est imparfaitement séché et réuni en masses de formes diverses qui trahissent une sorte de pétrissage grossier fait à la main, et livré ainsi au commerce; on y retrouve dans l’intérieur, conservé par l’imperméabilité de la surface, une partie du liquide non coagulable, et qui, alors qu’on a fendu l’enveloppe et pressé la masse, s’échappe en répandant une odeur fétide. Les propriétés essentielles de cette matière ainsi obtenue sont loin d’être aussi nettes et aussi intenses qu’elles le sont dans du caoutchouc recueilli d’une façon normale, et ces produits ont une valeur commerciale bien inférieure. On ne saurait cependant affirmer que le mode de récolte soit la seule cause de l’infériorité des produits, et il est bien naturel d’admettre que ces plantes, venues dans des lieux très éloignés les uns des autres, quoique procédant d’une origine commune, ont acquis des propriétés plus ou moins modifiées par les terrains et les climats où on les trouve.
- Les moyens que l’on vient d’indiquer pour obtenir le caoutchouc brut ont permis de pratiquer sur cette matière des fraudes nombreuses que sollicitaient les prix de plus en plus élevés que les naturels obtenaient sur leurs marchés.
- C’est ainsi qu’au lieu de laisser sécher les couches successives, à l’abri des impuretés qui pouvaient accidentellement s’y attacher, on a volontairement soupoudré chacune de ces couches, de sable fin qui, recouvert par la couche suivante, demeurait inaperçu et augmentait notablement le poids de la poire ou de la feuille de caoutchouc.
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- Cette falsification de la matière a une grande importance, car, non seulement elle fausse les bases de la transaction à laquelle elle donne lieu en exagérant le poids de la marchandise utilisable, mais elle présente l’inconvénient beaucoup plus grave de la rendre infiniment plus difficile à travailler : en effet, la première opération à laquelle le caoutchouc est soumis dans l’usine consiste en une épuration absolue de la matière qui est divisée mécaniquement en parcelles aussi tenues que possible, et Ton comprend combien l’interposition de ce sable rend cette opération difficile, en même temps quelle amène une usure rapide des appareils, couteaux ou cylindres, chargés d’obtenir cette division. Il faut reconnaître que cette falsification disparaît de jour en jour; la défaveur et la dépréciation qui s’attachaient aux produits fraudés ont engagé les producteurs à y renoncer, et généralement le caoutchouc des diverses provenances arrive, sur les marchés d’Europe, souillé seulement des impuretés qui tiennent au mode de recueillement de eette matière et au plus ou moins de soin qui y a été apporté.
- Quelque primitif que soit le procédé au moyen duquel le caoutchouc est obtenu, ce procédé a survécu, comme principe, à tous les essais qui ont été tentés en vue de perfectionnements. Il semblait que le mode de recueillement par couches successives dont chacune était l’objet d’une dessiccation, aurait pu être utilement remplacé par un procédé qui aurait consisté à recevoir le lait s’écoulant de l’arbre dans des vaisseaux d’une certaine capacité, tenus à l’abri de tous les accidents qui pouvaient amener l’introduction dans la masse de corps étrangers. Des tentatives intéressantes ont été faites dans ce sens, et il est arrivé en Europe des bouteilles de lait de caoutchouc absolument pur et blanc; malheureusement ce résultat n’a eu qu’un intérêt scientifique, et n’a pu recevoir de développement commercial. Cela tient à ce que, pour corriger le mauvais effet de la partie du lait de caoutchouc qui n’est pas coagulable et qui est très fermentescible, il a fallu, dans ces essais, ajouter à ce lait des agents chimiques de nature à empêcher cette fermentation et dont le prix élevé rendait cette opération trop dispendieuse. De sorte que jusqu’à présent on peut considérer que la manière de recueillir le caoutchouc, imaginée
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- par les peuplades sauvages, chez lesquelles on a trouvé celle matière pour la première fois, est restée le dernier mot de celte opération, sauf les petits perfectionnements matériels et les soins qui l’ont modifiée non dans son principe, mais dans son exécution.
- Les propriétés si curieuses du caoutchouc ont attiré sur cette matière, depuis plus de quarante ans, l’attention des savants les plus distingués. Ils l’ont étudiée au point de vue scientifique d’une manière complète; ils ont reconnu que c’est un carbure d’hvdro-gène; que, soumis à la distillation, il se transforme en divers hydrogènes carbonés de volatilités différentes et dont certains peuvent être amenés par le refroidissement à l’état de cristallisation. Ils ont étudié avec la plus grande précision les conditions dans lesquelles le caoutchouc se dissout ou se ramollit dans les différentes essences et les huiles, propriétés que l’industrie avait déjà reconnues et utilisées. Us ont aussi, à l’époque de la découverte de la vulcanisation du caoutchouc sur laquelle on reviendra dans un instant, constaté les éléments de cette combinaison chimique, si importante et due au hasard et à l’intelligente observation d’un industriel américain. Dumas, le célèbre chimiste, a été en France celui qui a le premier étudié scientifiquement cette matière; il s’y est fortement intéressé , et les encouragements qu’il a donnés aux premiers fabricants français, les conseils théoriques qu’il leur a prodigués, ont eu.une grande influence sur le rapide développement qu’a pris cette industrie. Balard, dont le nom est universellement connu.,-a ajouté aux études déjà faites celles résultant d’un savant et consciencieux examen; comme Dumas, il a aidé et encouragé les fabricants français de tout son pouvoir. De nos jours, M. Aimé Girard, le savant professeur du Conservatoire des arts et métiers, a étudié avec intérêt divers corps formant partie intégrante du caoutchouc et notamment certaines matières extraites du liquide non coagulé que l’on trouve dans le caoutchouc brut arrivant du Gabon et de l’ile de Madagascar. Ces études, la sollicitude qu’elle témoigne de la part des savants envers cet intéressant produit, sont d’un puissant secours pour le développement d’une industrie qui, bien que peu ancienne, a déjà
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- rendu de grands services et est appelée à en rendre encore de nouveaux.
- En 1736, époque où le caoutchouc a été connu en Europe, jusqu’en 1823, cette substance n’a figuré que dans les collections des produits exotiques et sans quelle ait reçu d’autre utilisation que l’emploi qui en était fait pour effacer sur le papier les traces du crayon, ou celui qui consistait à découper en fds grossiers, au moyen de ciseaux les poires qui arrivaient accidentellement d’Amérique; ces fds pelotés sur eux-mêmes formaient des balles que les écoliers préféraient à toutes autres à cause de leur faculté de rebondir sur les murs contre lesquels elles étaient projetées .
- C’est en 18 2 3 w qu’en Angleterre fut faite la première application industrielle du caoutchouc : on y avait remarqué que cette matière immergée pendant un certain temps dans le liquide extrait des résidus de la fabrication du gaz d’éclairage et connu sous le nom de naphte s’y ramollissait au point de s’v dissoudre pour ainsi dire; qu’en cet état on pouvait l’étaler en couches minces, puis que l’évaporation du naphte laissait le caoutchouc dans son état primitif et qu’il résultait de cette opération une pellicule absolument imperméable à Tair et à l’eau. Utilisant ces observations, on appliqua cette pâte de caoutchouc sur une étoffe, aussi uniformément que possible; une seconde étoffe fut appliquée du côté où se trouvait le caoutchouc et y resta fixée par suite de la propriété adhésive de la matière; de sorte que l’ensemble forma un tissu double, dans l’intérieur duquel était une couche mince de caoutchouc qui rendait cette étoffe impénétrable à la pluie; les vêtements imperméables étaient inventés.
- Cette industrie fut importée en France en 1827, et elle se développa concurremment dans les deux pays; presque en même temps que Ton faisait des tissus imperméables dont on confectionnait des vêtements pour préserver de la pluie, on imaginait d’enfermer dans des sacs de formes diverses, faits d’une manière analogue et pourvus d’une seule ouverture fermée par un bouchon.
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- d) Patente i8a3, Macintosh (de Glascow).
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- un volume d’air qui y était introduit par l’insufflation et qui, ne pouvant s’échapper, formait un coussin extrêmement moelleux.
- 11 n’entre point dans le plan de cette courte notice de faire connaître en détail les perfectionnements successifs qu’ont reçus les branches de l’industrie du caoutchouc; on se borne donc à dire, au sujet des tissus imperméables, que successivement on passa des tissus lourds et grossiers de l’origine à des tissus de plus en plus souples et légers, puis qu’on trouva moyen de supprimer l’un des deux tissus en ôtant au caoutchouc devenu apparent son adhésivité naturelle, et que de perfectionnement en perfectionnement on l’amena au point où ce genre de produit est aujourd’hui parvenu.
- C’est en 1829 et en France que fut appliquée d’abord la propriété qu’a le caoutchouc d’êlre extensible et de revenir à sa dimension première quand l’effort de traction qu’il a subi vient à cesser : ce que l’on appelle l’élasticité du caoutchouc.
- Les poires arrivant d’Amérique, fendues de façon à former deux palets, puis ces palets découpés en spirale de façon à former un ruban, enfin ces rubans fendus longitudinalement ont donné des fils; ces fils recouverts par une sorte de tresse faite en filaments de coton enchevêtrés d’une manière régulière, ont formé la chaîne d’un tissu de quelques centimètres de largeur, dont un fil de coton faisait la trame: ainsi étaient obtenues des bandes qui empruntaient aux fils de caoutchouc qui en formaient Taine l’élasticité convenable pour les rendre propres à certains usages ; c’est l’origine des bretelles, jarretières, ceintures, etc., dont Tex-tensibilité se prêle si utilement aux mouvements du corps.
- Là aussi de nombreux perfectionnements ont amené ce genre de produits à une perfection très grande sans altérer le principe qui les rend utiles. De France, la fabrication des tissus élastiques passa rapidement en Autriche et en Angleterre; puis un peu plus tard aux Etats-Unis.
- Pendant la période qui s’est écoulée de i83o à 18A3, le caoutchouc vit se développer principalement les deux branches d’in-
- (1) Brevet Guibal et Ratticr, 10 octobre 18^9 (délivré le do murs i83o).
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- dustrie dont on vient de parler, auxquelles se joignirent les applications qui en furent faites, à raison de son imperméabilité, à la confection de tuyaux, de quelques objets employés en médecine et aussi de certains organes mécaniques, tels que rondelles propres à amortir les chocs, ressorts pour rappeler les pièces mobiles dans les machines ; l’adhésivité qui lui est propre et qui permet de coller ensemble deux ou plusieurs tissus donna naissance aux courroies de machines, en remplacement du cuir employé à cet usage.
- En automne 18 h 2, l’ingéniosité des fabricants, qui dans presque tous les pays travaillaient le caoutchouc, multiplia les applications qu’on pouvait en faire, et le nombre en était déjà très grand, et la nomenclature en serait étendue. Néanmoins il y avait attaché à l’emploi de ces produits un inconvénient grave qui devait en restreindre l’usage. Le caoutchouc, soumis longtemps à une température un peu élevée (3o à ho degrés) devient extrêmement mou, même gluant, subit une sorte de fusion lente qui détruit peu à peu sa cohésivité et lui fait perdre ses deux propriétés essentielles: l’imperméabilité et l’élasticité. D’autre part, un froid soutenu pendant quelques jours à une température voisine de 0 degré le rend dur, même cassant, et, par cette circonstance, il perd encore scs propriétés utilisables. Ces conditions de température se rencontrant fréquemment dans les cas où l’on fait usage de cette matière, il en résultait que le champ d’applications utiles qui pouvaient en être faites était tellement restreint que le caoutchouc était fatalement condamné à ne servir avec profit que dans des conditions très limitées.
- C’est à cette époque ( 18 Aa ) que fut faite en Amérique la découverte si curieuse et si féconde de la vulcanisation et que se trouvèrent reculées les limites dont nous venons de parler; dès lors le caoutchouc a cessé d’être raide et cassant à basse température, mou et collant à une température élevée; son élasticité se trouva même augmentée; les applications de cette matière prirent une nouvelle extension, en même temps que celles qui avaient été déjà imaginées recevaient une consécration par l’excellence de la qualité des produits vulcanisés.
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- Un Américain qui se livrait depuis longtemps à la fabrication du caoutchouc, cherchant à corriger l’adhésivité de cette substance en y incorporant des matières réduites en poudre, essayait à ce sujet l’action de la fleur de soufre dont le prix peu élevé l’avait tenté à ce point de vue; ayant accidentellement élevé fortement la température du mélange de soufre et de caoutchouc, il fut frappé de l’effet produit par cette exposition à la chaleur, le soufre avait en partie disparu et le caoutchouc avait acquis une résistance beaucoup plus énergique aux efforts faits pour l’allonger et le comprimer; cette première modification dans l’élasticité de la matière était déjà d’un grand intérêt, mais elle prit une bien autre importance quand, ayant voulu soumettre cette matière transformée aux épreuves propres à faire apprécier ce qu’avaient pu devenir les autres propriétés du caoutchouc, il constata que ce traitement rendait la matière presque inattaquable par les dissolvants ordinairement employés, que l’exposition à une température de 100 degrés était sans influence sur elle, non plus qu’un séjour prolongé dans un milieu maintenu à une très basse température. Là où d’autres n’auraient vu qu’une modification accidentelle et peu intéressante de la substance qu’il étudiait, ce fabricant devina ce que ce changement avait de fécond pour l’avenir des produits tirés du caoutchouc.
- Une découverte aussi importante^', arrivant à point nommé pour une industrie qui subissait un temps d’arrêt dans ses développements, précisément à raison des imperfections que cette découverte permettait de corriger, parvint rapidement en Angleterre et en France(2', et dans ces deux pays elle trouva les principaux fabricants tout préparés, par leurs études antérieures, à en faire les nombreuses applications quelle comportait.
- Cette modification du caoutchouc fut, dès son origine, l’objet des études les plus suivies, et il fut constaté qu’il y avait dans l’ex-position du mélange de caoutchouc et de soufre à une température de i3o à 135 degrés, une réaction chimique entre ces deux
- (1> Goodyear, inventeur (New-York), commencement de i843.
- ® Hancock, patente anglaise, ai novembre 1843. — Newton, Rattier et Guibal, cessionnaires, brevet français, 16 avril 1844.
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- corps, que 100 parties de caoutchouc s’unissaient à 2 parties de soufre et que de cette combinaison résultait un corps en quelque sorte nouveau, puisque, comparé au caoutchouc naturel, il cessait d’être soluble dans les essences, qu’il était insensible à l’action de la température dans des limites s’étendant de 20 à 100 degrés et que son élasticité se trouvait notablement augmentée et devenait permanente dans ces limites de chaleur.
- Le nom que l’inventeur a donné à cette modification du caoutchouc a été emprunté sans nul doute à l’idée des matières sulfureuses en ignition qui s’échappent des volcans, et le mot américain volcano a formé la hase de l’adjectif qui sert à désigner universellement le caoutchouc transformé: volcanisé est devenu par corruption vulcanisé.
- Les recherches les plus nombreuses ont été faites sur les moyens propres à obtenir la combinaison du caoutchouc et du soufre pour en former le caoutchouc vulcanisé. Tandis que l’inventeur se bornait à mélanger mécaniquement les deux substances en proportions convenables, un fabricant anglaisimagina d’immerger le caoutchouc dans du soufre en fusion; la dilatation des pores du caoutchouc ainsi échauffé permet au soufre liquide de s’y introduire, de s’y incorporer, et, la chaleur aidant, la vulcanisation se produit. Ce procédé qui tout naturellement ne peut recevoir d’application que pour des objets où le caoutchouc a une faible épaisseur, a continué à être employé dans de semblables circonstances et alors que cette matière n’est point associée à d’autres substances que le soufre fondu pourrait détruire.
- Un autre procédé imaginé un peu plus tard consiste en une immersion du caoutchouc dans un mélange de sulfure de carbone et de chlorure de soufre : le premier de ces liquides agissant sur le caoutchouc met en dissolution la partie qu’il baigne, et le chlorure de soufre, réactif peu fixe, peut s’introduire dans cette partie ramollie, et là, s’y décomposant, abandonne une partie de son soufre au caoutchouc qui se combine avec ce corps à la faveur de l’élévation de température résultant de cette réaction chimique^.
- (1) Hancock.
- (2) Parks (patente anglaise du a5 mars 1866)>
- a3.
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- Ce procédé légèrement modifié dans son application est mis en usage dans quelques cas particuliers de la fabrication du caoutchouc vulcanisé.
- Certains corps, notamment le sulfure d’antimoine, contiennent une notable quantité de soufre libre; dès lors, on imagina d’incorporer au caoutchouc non plus du soufre pur, mais bien du sulfure d’antimoine, en proportion déterminée : c’est une manière déguisée d’y introduire du soufre, et par ce moyen encore on obtient, en chauffant ce mélange, du caoutchouc vulcanisé: moyen qui, dans certains cas, reçoit une application utile(1).
- Quel que soit celui de ces procédés dont on fait usage, on ne saurait méconnaître qu’il n’est que l’application plus ou moins bien appropriée du principe essentiel inventé en Amérique et qui consiste en un mélange du soufre et du caoutchouc élevé à une certaine température.
- Débarrassé des inconvénients qui existaient avant la découverte de la vulcanisation dans les applications nombreuses du caoutchouc, l’industrie a pris un essor considérable; les produits quelle offre aux consommateurs de tous genres ayant acquis des qualités durables ont été de plus en plus appréciés, et cette fixité obtenue dans l’élasticité de la matière fabriquée lui ont créé de nouveaux débouchés.
- Chaque jour, en quelque sorte, voit naître de nouvelles inventions qui ontffe caoutchouc vulcanisé pour base, et l’on ne saurait fixer de limite aux services de tous genres que cette matière est appelée à rendre.
- Le caoutchouc vulcanisé a servi de point de départ à de nouveaux produits semblables au bois et à la corne et qui constituent la fabrication du'caoutchouc durci.
- En exagérant accidentellement l’opération de la vulcanisation, soit en mélangeant beaucoup plus de soufre que le caoutchouc ne peut en retenir chimiquement combiné, soit en élevant ou prolongeant outre mesure la chaleur appliquée au mélange, on observa que le caoutchouc devenait dur et acquérait la rigidité du bois.
- Hancock (palonle anglaise (lu tGaoûl 1867).
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- Ce qui était une opération mal faite au point de vue de la vulcanisation normale, devint l’origine du durcissement du caoutchouc. On obtint de cette façon et après de nombreux essais une matière tout à fait assimilable, quant aux emplois dont elle est susceptible, à l’écaille ou à la corne, et dès i85i de nombreuses applications du caoutchouc durci prirent naissance(1) ; un certain nombre d’entre elles donnent lieu actuellement à une fabrication régulière et considérable; les peignes, les boutons, la bijouterie noire fabriqués en caoutchouc durci trouvent en Angleterre, en Allemagne et en France des débouchés importants.
- A titre de renseignement statistique pouvant donner une idée de l’accroissement successif qu’a reçu l’industrie du caoutchouc, les chiffres suivants sont intéressants :
- Paris et ses environs ont eu aux époques suivantes le nombre de fabricants d’articles de caoutchouc indiqués par ce tableau.
- 1828................................................ 1
- i84o................................................. 12
- 18^9................................................. 3o
- 1860.............................................. 45
- 1875..............-................................ 160(2)
- Telle est, esquissée à grands traits, l’histoire de l’industrie du caoutchouc. Quand on songe à la rapidité de son développement, aux transformations si intéressantes qu’elle a déjà subies pendant sa courte existence, il est naturel de penser qu’elle est appelée à un avenir encore plus considérable, si la source n’en est point tarie par suite de l’épuisement des forêts où le caoutchouc prend naissance; il est en effet constaté, par les rapports les plus authentiques, que l’arbre à caoutchouc qui n’existe que dans les pays peu civilisés est exploité avec barbarie; que la hache coupe plus souvent l’arbre au pied quelle n’incise l’écorce du tronc, effet irréfléchi de la cupidité des naturels qui, en un instant, obtiennent une récolte abondante de l’arbre qu’ils tuent, alors que mieux inspirés ils pourraient avoir une moisson moins considé-
- (l) 3i mai 1851 (Morey, brevet français).
- Enquêtes industrielles faites par la chambre de commerce, modifiées par l’adjonction des fabricants existant dans la grande banlieue de Paris.
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- râble, mais se renouvelant périodiquement pendant toute la vie de la plante.
- Les exhortations et les conseils du commerce civilisé amèneront-ils une modification à cet état de choses? Il faut l’espérer sans beaucoup y croire et compter surtout sur l’importance encore considérable des forêts où se trouve l’arbre à caoutchouc.
- Il
- GUTTA-PERCHA.
- La gutta-pcrcha éveilla l’attention des industriels anglais en 18 /i 3. Le docteur Montgommery apporta à cette époque une certaine quantité de cette matière et des spécimens des objets qu’on en confectionnait à Singapore, où il venait de passer plusieurs années. Ce n’était pas la première fois que l’on avait vu en Angleterre cette substance et les articles qu’on pouvait en tirer, mais jusqu’à ce moment l’industrie ne s’en était pas emparée, et ils n’avaient été considérés que comme objets de curiosité.
- Certains points de similitude avec le caoutchouc, qui s’employait déjà industriellement d’une manière importante, mirent sur la trace des usages qu’on pouvait en obtenir.
- Cette matière qui a l’aspect d’un morceau d’écorce s’obtient, comme le caoutchouc, en incisant certains arbres de haute taille qui croissent en grande quantité dans la Chine et la Malaisie et qui portent le nom d’Isonanclra gutta; les entailles laissent couler une matière visqueuse qui ne tarde pas à se coaguler et à durcir. Ce qui constitue sa propriété distinctive, c’est la faculté qu’elle acquiert de devenir malléable comme du mastic à la température de 5o degrés centigrades, et de reprendre par le refroidissement sa dureté primitive. Elle a sensiblement la même composition chimique que le caoutchouc, mais elle diffère de ce dernier par un manque complet d’élasticité; flexible, lorsque ses dimensions ne sont point considérables comme l’est une branche d’arbre de petite dimension, elle ne revient point sur elle-même lorsqu’elle a subi un étirage.
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- Elle se ramollit dans les mêmes agents que le caoutchouc, et la pâte qui en résulte produit, lorsqu’elle a été étendue en une couche mince et après l’évaporation du dissolvant, une pellicule absolument imperméable, et qui isole, au point de vue de l’électricité, le corps qui en est enduit.
- L’apparition industrielle de ce produit donna immédiatement lieu à une foule d’applications qui firent croire, au premier moment, que le caoutchouc se trouvait détrôné pour le plus grand nombre de ses emplois, à raison de la facilité beaucoup plus grande qu’offrait la manipulation de la gutta-percha comparée à celle du caoutchouc.
- Les tissus enduits de gutta-percha, employés comme vêtements, les chaussures, les tuyaux, les courroies faites en cette matière , parurent d’abord devoir l’emporter sur les articles semblables faits au moyen du caoutchouc et déjà très répandus en France et en Angleterre. Des maisons importantes se créèrent pour cette fabrication; mais l’illusion ne fut pas de longue durée, et le caractère particulier de la gutta-percha, sur lequel on fondait les espérances de succès, sa malléabilité à une température peu élevée, furent la cause de l’insuccès relatif de cette nouvelle industrie. En effet, les divers usages auxquels on appliqua cette substance ne purent s’accommoder de «ette sorte de fusion à une température relativement basse. L’exposition accidentelle devant un foyer des chaussures en gutta-percha, l’influence d’un soleil ardent sur les tuvaux, le frottement des courroies mises en action, amenèrent facilement ce ramollissement qui mettait hors d’usage ces divers
- Il fallut abandonner ces emplois, sauf pour certains cas particuliers où la rigidité de la gutta-percha, son inextensibilité, la rendent préférable au caoutchouc, avec lequel elle a la propriété commune d’être inaltérable à un grand nombre d’agents chimiques.
- Ayant donné de grandes espérances dès sa naissance, elle se trouvait presque de suite reléguée à un plan inférieur, et serait devenue une ressource peu intéressante pour l’industrie si son pouvoir isolateur d’électricité ne lui avait donné une immense im-
- Gr. V Cl. 47
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- Gr. v. portance pour la confection des câbles sous-marins et des con-
- duites d’électricité placées en terre.
- Cl. 47. 1
- En dehors de cette application spéciale et de l’emploi des quantités énormes qui en résultent, la gutta-percha ne sert aujourd’hui qu’à la confection de pompes, de tuyaux, de feuilles, de vases et d’appareils divers employés au lieu d’objets semblables faits en bois, en verre ou en poterie à l’usage des fabriques de produits chimiques, des ateliers de photographie; il faut y joindre les courroies, les cordes, les galets de filature, les feuilles très minces pour chapellerie qui n’ont qu’un développement industriel peu considérable quoique étant d’une utilité réelle. Il suffit néanmoins que la gutta-percha ait permis de joindre les deux mondes par l’électricité pour que cette matière puisse être considérée comme une des conquêtes les plus importantes de l’industrie moderne.
- On ne saurait passer sous silence une variété de gutta-percha connue depuis quinze ans environ sous le nom de Balata, qui se recueille d’une manière analogue à la gutta-percha de YAchas-Balata, arbre de haute venue qui croît dans les Antilles et dans l’Amérique centrale. Cette substance, qui jouit des mêmes propriétés que la gutta-percha, nécessite, pour être ramollie, une température plus élevée que cette dernière, et doit lui être par ce motif préférée pour la plupart de ses emplois. Le Balata n’est parvenu encore en Europe que comme échantillon, et offre ce réel intérêt qu’on le trouve dans les colonies françaises pour lesquelles on peut espérer le voir devenir un jour une source de prospérité commerciale.
- L’industrie du' caoutchouc a offert au jury de la classe un réel intérêt; si, pendant les dix dernières années, il ne s’y est pas fait de ces découvertes auxquelles le monde industriel avait été habitué dans les années qui ont précédé cette période, ce jury a pu constater que le nombre des applications du caoutchouc s’était accru, et que les procédés de fabrication que démontre la perfection des produits s’étaient notablement améliorés; en même temps, les prix des différents articles sensiblement diminués indi-
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- quent que, par l’effet de la concurrence, ils sont devenus plus Gr.V. abordables pour tous les industriels qui en font usage.
- Il n’est presque pas de branche de l’industrie qui ne fasse usage du caoutchouc. Toute machine à vapeur lui emprunte les joints qui ferment les diverses parties de ces appareils; les courroies en caoutchouc sont d’un emploi qui se généralise de plus en plus.
- Presque toutes les pompes ont leurs clapets façonnés en cette matière; les tuyaux servant aux conduites de liquides ou de gaz trouvent dans le caoutchouc un moyen de donner à ces appareils une solidité jointe à une flexibilité que d’autres matières ne sauraient leur procurer. Aussi a-t-on remarqué, dans l’exposition française notamment, une série de ces tuyaux commençant aux tubes d’aspiration des pompes d’épuisement les plus considérables et allant jusqu’aux tubes microscopiques qui servent de tiges aux fleurs artificielles.
- En examinant avec soin la série de plaques et clapets de condenseurs présentés par la maison Guibal et C‘° et par la maison Menier, on se rend compte des services que peuvent rendre des produits aussi homogènes et d’une flexibilité si bien appropriée à cet usage.
- Les courroies exposées par MM. Hutchinson et G'0 expliquent par la perfection de leur fabrication comment, pour ces objets, le cuir a dû céder une large place au caoutchouc; la même perfection se remarque dans les courroies présentées par l’India Rubber Company (de Saint-Pétersbourg) et la maison Guibal et G,e.
- Les pompes à incendie sont munies, pour la plupart, de tuyaux formés de tissus réunis en plusieurs épaisseurs par du caoutchouc; et, ceux qui sont exposés par M. Menier offrent une solidité et une régularité qui justifient la préférence que ces tuyaux obtiennent sur ceux en cuir, autrefois les seuls appliqués à ces ap-
- Rien de plus ingénieux que les applications de tubes en caoutchouc faites par MM. Thorillon et Verdier aux manchons des appareils d’arrosage, qui, par leur disposition, évitent les obturations qui résulteraient des brusques mouvements auxquels ces appareils sont forcément exposés.
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- Le jury a également remarqué, dans les produits exposés par cette maison, les tubes à spirale métallique qui, par une heureuse disposition, sont rendus solidaires d’une manière certaine avec les parois qui forment le tube.
- Dans l’exposition de M. Le Renard se trouvent les tuyaux destinés aux pompes d’épuisement du plus grand diamètre, et leur fabrication ne laisse rien à désirer.
- Des tuyaux semblables et aussi bien fabriqués se rencontrent dans les expositions de l’India Rubber Company (de Saint-Pétersbourg) et de MM. Guibal et C'e.
- C’est chez MM. Rerguerand, Villiard et Roucley que l’on trouve ces tubes de quelques millimètres de diamètre, employés aujourd’hui dans le commerce des fleurs artificielles; ceux que présente M. Roucley offrent une régularité très remarquable, et ce commerce des modes, qui a un caractère si parisien, obtient, avec ces petits tubes si parfaits, des résultats d’imitation qui les font s’approcher considérablement de la nature.
- Le caoutchouc préparé dans des conditions de dureté déterminée vient corriger ce que le métal a de trop rigide; et, dans cet ordre d’idées, l’application la plus féconde est celle qui consiste à recouvrir les cylindres destinés aux impressions et aux apprêts d’une enveloppe de caoutchouc convenablement durci. On obtient de cette façon une plus grande finesse dans la reproduction des tissus, et on évite les déchirures que les anciens procédés amenaient fréquemment dans les étoffes soumises à l’impression.
- Le problème industriel à résoudre consistait à proportionner la résistance de l’enveloppe en caouchouc au travail que l’imprimeur veut produire.
- Ce problème a été résolu d’une manière complète par MM. Le-tellier et Verstraet, et ils ont présenté à l’examen du jury des cylindres d’une fabrication tout à fait satisfaisante.
- MM. Rattier et Clc exposent également un rouleau recouvert de caoutchouc destiné à la compression et à l’écrasement des betteraves à sucre qui, par ses fortes dimensions, offrait de réelles difficultés de fabrication très heureusement surmontées.
- Le caoutchouc durci de façon à acquérir la rigidité du métal
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- est une matière qui est précieuse par son inaltérabilité aux divers Gr. v agents chimiques avec lesquels on la met en contact.
- Aussi l’Exposition contient de très nombreux et très intéressants spécimens des articles auxquels cette matière peut être appliquée.
- L’India Rubber Company (de Persan-Beaumont, France) a présenté divers appareils et notamment une pompe destinée à l’élévation des acides et des alcalis, qui témoigne de l’excellente fabrication de cette importante maison où le caoutchouc est traité dans toutes ses applications.
- MM. Letellier et Verstraet exposent également des robinets et une pompe en caoutchouc durci d’une fabrication sans défaut.
- M. Menier emploie cette matière, qu’il prépare avec une grande perfection, pour remplacer les pierres lithographiques et pour former des cadres ayant le poli de l’ébène.
- M. Pavoux en confectionne des instruments de musique, et tel est le fini de sa fabrication que ces instruments ont des sons d’une pureté et d’un timbre excellents.
- On ne saurait faire ici une nomenclature complète des applications industrielles du caoutchouc, mais il suffit d’examiner en détail l’exposition de M. Macintosh (de Manchester), pour y trouver tous les articles que cette industrie comporte, et qui sont façonnés par cette ancienne et importante maison avec la plus grande perfection.
- Il en est de même pour l’exposition de l’India Rubber Company (de Saint-Pétersbourg), maison considérable quoiqu’elle ne date que de peu d’années, qui embrasse aussi la fabrication du caoutchouc dans toutes ses branches.
- Le fil de caoutchouc continue a être un article qui donne lieu à un commerce des plus importants; sa fabrication présente les difficultés les plus grandes que l’on puisse rencontrer dans le traitement de cette substance. Pour qu’il soit durable, d’une élasticité bien égale, il doit être préparé avec des soins minutieux; sans parler de la précision mathématique qu’il doit présenter dans ses dimensions, l’opération de la vulcanisation doit être faite avec des précautions infinies: le moindre écart dans l’exposition à la chaleur, la moindre différence dans la quantité de soufre incorporé ont pour
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- m
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- Gr. V. résultat de rendre le fil ou trop mou ou trop cassant, et sa durée
- s’en trouve gravement modifiée.
- Cl 47 °
- On se rend compte de l’importance d’avoir un fil sans l’un de ces défauts lorsqu’on songe qu’il doit faire partie intégrante d’un tissu où il est entouré de soie ou de coton qui élève considérablement le prix de l’article, et que, par suite, si le fil est imparfait ou n’a qu’une trop courte durée, le tissu élastique que l’on a produit devient sans valeur.
- Aucune maison ne surpasse la maison Macintosh pour la quantité et la qualité des fils de caoutchouc.
- MM. Rattier et C'8 seuls luttent avec succès avec M. Macintosh; quoique les moyens de fabrication qu’ils emploient soient essentiellement différents des procédés anglais, ils livrent au commerce des fils d’une perfection absolue.
- Le caoutchouc trouve de nombreuses applications aux appareils médicaux. L’India Rubber Company (de Saint-Pétersbourg) en expose une collection très complète et parfaitement fabriquée; on retrouve ces appareils dans plusieurs expositions françaises, et leur fabrication peut servir de modèle.
- Ce genre d’articles emploie pour sa confection une grande quantité de feuilles de caoutchouc non vulcanisé qui sont l’une des branches importantes de la fabrication de MM. Macintosh et C"!.
- L’India Rubber Company (de Persan-Reaumont), expose des feuilles semblables et obtenues par les procédés employés en Angleterre.
- Le caoutchouc utilisé comme enduit destiné à rendre des tissus imperméables à l’air et à l’eau est représenté à l’Exposition d’une manière qui permet de constater combien cette branche de l’industrie a progressé.'
- Les tissus les plus divers, depuis la soie la plus mince jusqu’au coton le plus grossier, reçoivent des applications de caoutchouc d’une régularité complète.
- Les étoffes, les vêtements qui figurent dans l’exposition de MM. Guibal et C“ offrent un assortiment entier de ce genre d’articles, depuis le tissu le plus léger jusqu’à celui qui, par son aspect et sa solidité, rappelle le cuir.
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- On retrouve ces dernières étoffes, ainsi que celles qui sont des- Gr. V.
- tinées à la confection de vêtements de fatigue, chez MM. Hut-
- ° Cl. 47.
- chinson et Clc.
- Les tissus doubles, où le caoutchouc n’est point apparent et se trouve enfermé entre deux étoffes, existent dans plusieurs expositions de fabricants anglais et particulièrement chez MM. Macintosh et C1B, les inventeurs de cet article, qu’ils n’ont cessé de produire sur une grande échelle.
- L’India Rubber Company (de Saint-Pétersbourg) expose également des tissus et des vêtements parfaitement fabriqués.
- Il est un article qui donne lieu à un commerce considérable et qui est présenté par de nombreux fabricants. Ce sont les chaussures de caoutchouc qui forment une branche importante de la production de l’India Rubber Company (de Saint-Pétersbourg).
- Celles qu’exposent MM. Hutchinson et Cie, qui fabriquent ces chaussures en grande quantité, sont parfaitement fabriquées et prouvent que, sur ce point, la France n’a rien à envier aux nations étrangères.
- La National Rubber Company (des Etats-Unis) présente des types de sa fabrication de chaussures qui méritent des éloges.
- On profite de l’imperméabilité des tissus enduits de caoutchouc pour en confectionner des vêtements qui protègent les plongeurs ayant à travailler au fond de l’eau. M. Chariot expose ces vêtements, ainsi que les appareils qui s’y adaptent; ce fabricant jouit à cet égard d’une réputation que justifient les produits qu’il a soumis à l’examen du jury.
- C’est aussi aux étoffes associées au caoutchouc que l’on a recours pour emprisonner l’air et en obtenir des coussins très élastiques propres à de nombreux usages, tels que ceux que montrent MM. Guibal et C'e.
- Une application très remarquable a été faite de ces tissus par MM. Rattier et C‘° pour confectionner le ballon gigantesque qui, pendant toute la durée de l’Exposition, a permis aux curieux de voir Paris du haut des airs.
- Le caoutchouc convenablement préparé et enfermé dans un moule exposé à une température que l’on élève fortement vient,
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- Gr. V. en vertu de son élasticité et de sa faculté d’expansion, s’appliquer
- d’une manière très exacte aux parois intérieures du moule et y réel. 47. . I J
- cevoir les formes et les empreintes qu’offre ce moule. Il en sort
- conservant l’aspect qu’il a pris, et ce genre de fabrication a donné
- lieu à l’industrie des jouets en caoutchouc.
- M. Lejeune a contribué dans une large mesure à créer et développer cette branche de l’industrie parisienne ; sa fabrication est parfaite et donne lieu à un commerce très important.
- Le jury a vu avec grand intérêt les progrès que cet industriel a fait faire à ces articles qui vont dans toute l’Europe consacrer une fois de plus le goût et l’habileté des producteurs parisiens.
- Les applications industrielles de la gutta-percha ont vivement intéressé le jury de la classe Urj ; quoiqu’il n’eût pas à s’occuper de l’emploi qui en est fait pour la télégraphie, les articles propres à divers usages qui lui ont été montrés lui ont permis de constater que des progrès importants avaient été réalisés dans le traitement de cette substance et dans les applications qui en sont faites.
- MM. Rattier et C,c, M. Menier, exposent des produits en gutta-percha très bien établis.
- MM. Decourdemanche et Gie présentent des pompes, des vases, des feuilles fabriqués par des moyens perfectionnés qui donnent à ces objets une solidité qui leur faisait défaut autrefois et qui constituent par conséquent un mérite réel.
- Ces fabricants ont fait, sur la sève de Balata, des essais très intéressants qui font espérer que cette matière pourra devenir prochainement l’objet d’applications utiles.
- Les constatations faites par le jury et dont les résultats viennent d’être indiqués, prouvent que l’industrie dont il s’agit a figuré dignement au grand Concours international de 1878, et que la substance qui ne servait il y a cinquante ans qu’à effacer les traces du crayon est devenue, grâce aux efforts des fabricants de tous les pays, la source de produits aussi nombreux qu’utiles»
- Guibal,
- President de la Chambre de commerce de Paris»
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