Rapports du jury international
-
-
- RAPPORT
- SLR
- LES CUIllS ET PEAUX.
- p.n.n. - vue 1/20
-
-
-
- p.n.n. - vue 2/20
-
-
-
- l°3Ca*
- MINISTERE I)K LW0R1CUUTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- A PARIS.
- Groupe Y. — Classe 49.
- RAPPORT
- SUR
- LES CUIRS ET PEAUX,
- PAH
- M. ERNEST MERCIER.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- A] DCCC LXXX.
- Page de titre n.n. - vue 3/20
-
-
-
- p.n.n. - vue 4/20
-
-
-
- Groupe \ . — Classe 49.
- RAPPORT
- SUR
- LES CUIRS ET PEAUX
- COMPOSITION DU JURY.
- MM. Marteau, président, manufacturier, juge au tribunal de commerce cle la Seine, membre des comités d'admission et d’installation à l’Exposition universelle de 1878.........................
- Suess (F.), vice-président, fabricant et député à Sccbshauss.. . .
- Mercier (E.), rapporteur.......................................
- Omlor (A.), secrétaire.........................................
- Richardson (I).), esq..........................................
- Reltlinger (H.-A.).............................................
- de Luca (S.), professeur de chimie.............................
- Lopatine, fabricant à Saint-Pétersbourg........................
- Verrockiioven, industriel à Bruxelles, membre de la commission ) bl%c..................................................1
- Thiiuon ( ë.), consul de Venezuela à Paris...................J
- Herre.nschmidi', tanneur, membre des comités d’admission et 1 d’installation à l’Exposition universelle de 1878.....j
- Prévost, manufacturier à Milliau (Aveyron)...................
- Rouveure, manufacturier, ancien député, membre du comité] d’admission à l’Exposition universelle de 1878, président de la chambre de commerce à Annonay......................;
- Fortier-Beailieu ,nianufactuiier, juge au tribunal de commerce, • membre des comités d’admission et d’installation..............
- Classe Ai).
- Fra uce.
- Autriche-
- Hongrie.
- Suisse.
- Luxembourg, Saint-Marin, Monaco, Vald’Andor. e Angleterre.
- États-Unis.
- Italie.
- Russie.
- Belgique.
- Amérique
- centleetmérl&
- France.: France.
- France.
- France.
- 1
- p.1 - vue 5/20
-
-
-
- 2 EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. -VM. Bayvet, inanulacturiei', membre de la commission des valeurs eu — douane, membre du comité d’admission à l'Exposition uni-
- çjj verselle de 1878.........................................
- Muxtz, suppléant, chef de travaux chimiques à l'institut agronomique.......................................................
- France.
- France.
- De toutes les industries, la tannerie est certainement une de celles dont l’usage est le jdus généralement répandu chez tous les peuples. C’est citez les peuplades nomades qu’on a cl’abord éprouvé le besoin de rendre les peaux de bêle applicables a l'habitation, aux vêtements, aux harnachements des animaux ou à une foule d’autres usages domestiques. A cet effet, il s’agissait tout d’abord de rendre les peaux imputrescibles et imperméables.
- Avant le tannage, les premiers procédés. tels qu’on les retrouve de nos jours conservés par les Baskirs d’Asie et quelques tribus sauvages d’Amérique, paraissent avoir consisté dans le fumage des peaux, combiné avec une préparation pour les assouplir. De cette façon, on obtenait des cuirs qui pouvaient se prêter à l’usage de tentes, de lanières et de vêtements.
- L’origine du tannage ou de la combinaison du tanin contenu dans certaines plantes avec les matières organiques est peu connue, parce qu’elle a dû, dans les anciennes civilisations, se pratiquer secrètement, chacun gardant pour lui son procédé particulier.
- Des perfectionnements se signalent de siècle en siècle, à mesure que l’usage du cuir devient plus impérieux et plus général.
- A notre époque encore, l’industrie du cuir est stimulée à un progrès incessant, non seulement à cause de la concurrence de nation h nation, mais encore par les besoins sans cesse croissants de la consommation. C’est ce qui a nécessité la recherche à la fois de nouveaux procédés et de nouvelles manières pour arriver à un tannage parfait et rapide.
- Les divers produits fabriqués avec la peau d’animaux, en dehors de celles préparées pour la pelleterie, sont :
- i° Les cuirs à semelles;
- ° Les cuirs corroyés pour chaussure, sellerie et machines;
- p.2 - vue 6/20
-
-
-
- CUIRS ET PEAUX.
- 3
- 3° Les mirs vernis pour carrosserie, chaussures et équipement militaire;
- /i° Les peaux maroquinées ou teintes pour chaussure, reliure, carrosserie, meubles et objets dits de maroquinerie ;
- 5° Les peaux mégissées pour ganterie et pour chaussure;
- G0 Les peaux chamoisées, hongrovées et parcheminées.
- CUIRS A SEMELLES.
- Les qualités qui distinguent un bon cuir à semelles sont trop connues et ont été décrites trop souvent pour que nous ayons besoin de les énumérer de nouveau.
- Le cuir à semelles est la branche la plus importante de la tannerie. Pour le produire, chaque pays travaille la peau des animaux indigènes; mais Je besoin de la consommation étant souvent plus fort que la production du pays meme, on a recours à une immense importation, qui, pour l’Europe, arrive de l’Amérique centrale et méridionale, des Indes et de l’Australie, par les grands marchés de Londres, d’Anvers, de Gênes, de Trieste, du Havre et de Marseille. De là les peaux se répartissent dans les divers centres de tannerie. Ces peaux, qui suppléent à la quantité qui nous manque, nous arrivent sous diverses formes : sèches et salées.
- Les cuirs à semelles les plus beaux et les mieux tannés sont incontestablement les cuirs français à l’écorce de chêne, d’après les procédés anciens, qui exigent un séjour prolongé dans les fosses.
- Les centres de tannage les plus importants comme bonne fabrication sont : Paris, Château-Renault, Saint-Saëns, Pont-Audemer, les Ardennes, la Bourgogne et l’Est.
- Du reste, en France, et pour ainsi dire dans toute l’Europe, la tannerie est tellement répandue qu’il n’existe pas une ville de 1,5oo âmes sans tanneur, comme il n’y en a pas une sans forgeron.
- On reconnaît la marchandise bien tannée à sa coupe serrée, à sa pâte homogène d’une couleur unie, joignant la solidité et la fermeté à l’élasticité. Tous les produits français en cuirs pour semelles exposés au Champ de Mars se distinguent par leur bonne fabrication, soignée de tous points. L’écorce généralement em-
- Gr. V Cl. 49
- p.3 - vue 7/20
-
-
-
- Li
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. v. ployée est celln de chêne. Rien no saurait égaler, par oxemple,
- los cuirs forts ou vaches lissées fabriqués dans les usines réputées Cl 49 1 1
- de Château-Renault, Paris et Givet.
- Le midi de la France a exposé des cuirs tannés à la garouillo <[ui, sans avoir une apparence flatteuse, rendent cependant de bons services; mais leur odeur désagréable tend tous les jours à faire disparaître ce mode de tannage.
- Les cuirs forts en France, en Belgique, en Suisse, en Autriche, en Italie, s’épilent au moyen de réchauffe (fermentation); les vaches lissées et le cuir mou subissent avant l’épilage un séjour dans les pelains (bains de chaux); en Angleterre et en Amérique, au contraire, presque tous les cuirs à semelles, indistinctement, sont passés à la chaux avant l’épilage.
- Les procédés employés en France ont été perfectionnés depuis dix ans par l’emploi de certaines machines, qui, non seulement remplacent les bras de l’homme, mais rendent un travail mieux fait et d’une apparence vraiment remarquable.
- Plusieurs maisons ont tenté des essais pour l’emploi de nouvelles matières tannantes, qui doivent abréger la durée du tannage et établir le prix de revient du cuir à meilleur marché. Nous citerons l’emploi du bois de châtaignier, déjà connu lors de l’Exposition de 1867, le bois de quebracho Colorado, provenant de l’Amérique du Sud, et divers extraits de matières tannantes se fabriquant en Europe et en Amérique. Les produits ainsi tannés ont été reconnus bons, et nous ne saurions trop encourager les industriels (pii, par leurs recherches infatigables et leur persévérance, tendent au but louable d’apporter de sérieux perfectionnements dans l’art de la tannerie.
- La Belgique a fourni à l’Exposition de très beaux spécimens de tannage de cuirs à semelles, qui témoignent de grands progrès dans cette fabrication. Les procédés et les résultats sont à peu près les mêmes qu’en France, comme travail et qualité; les plus remarquables comme bonne fabrication sont les cuirs de Tournai et de Stavelot.
- Les cuirs forts d’Autriche sont tannés à la vallonnée, aux galles de chêne (/moppcm), à l’écorce de chêne et de sapin ou autres
- p.4 - vue 8/20
-
-
-
- CUIRS ET PEAUX.
- 5
- matières tannantes importées de Hongrie, de Turquie ou d’autres Gr. V. pays. Leur caractère est d’ètre, en apparence, plus cassants et plus ^ durs, mais peut-être moins résistants. Quoique l’industrie de la tannerie du cuir à semelles soit très importante en Autriche, nous n’avons eu à juger que peu de ces produits, provenant de Brünn en Moravie et de Trieste.
- L’Amérique est fortement représentée pour ses cuirs à semelles, dont le tannage s’opère de trois façons : i° à l’écorce de chêne pure ; a0 à l’écorce de chêne et d’hemlock (dits union) ; 3° à l’hemlock pur.
- Les cuirs tannés au chêne pur sont d’une belle qualité, bien soignés, et proviennent surtout des abats de boucherie des villes, tandis que presque tous ceux tannés a l’hemlock proviennent du Texas ou d’autres contrées, et laissent à désirer au point de vue de la dépouille et des marques de feu.
- Ces cuirs ont pris depuis quelques années une grande extension.
- Il s’en exporte des quantités considérables, qui viennent faire une sérieuse concurrence aux tanneries d’Europe, si ce n’est par la qualité, du moins par le bon marché, malgré les frais de transport, d’assurance et de commission. Cette concurrence tend constamment à augmenter.
- Ce bon marché a pour cause le bas prix des cuirs frais et des matières tannantes chez nos voisins d’outre-mer. En effet, aux Etats-Unis, les cuirs frais se payent 20 p. 0/0 meilleur marché qu’en Europe, et l’écorce de chêne ou d’hemlock 60 à 70 p. 0/0 moins cher qu’en Europe.
- Les cuirs tannés à l’hemlock pur sont d’une couleur rougeâtre, très reconnaissable; ils sont lourds, généralement garnis de chair et bosselés, surtout dans les flancs. Quant à la qualité, elle ne peut pas lutter avec nos cuirs d’Europe.
- L’Angleterre possède des tanneries considérables en cuir fort, travaillé d’après un système à part et qui diffère sensiblement de celui employé en France, mais qui n’altère nullement la qualité.
- La Suisse, l’Italie, la Russie, la Hongrie, la Norwège, le Danemark, le Luxembourg, ont tous produit des cuirs à semelles de bonne qualité, tannés surtout au chêne et au sapin.
- Quant aux cuirs des colonies, ils sont d’une bonne qualité et
- p.5 - vue 9/20
-
-
-
- 6
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- G-r. V. tannés avec des écorces de ces pays, telles que le mimosa, le divi-
- divi, le bois de quebracho et autres matières tannantes. Le lan-
- Gl. 49. 1
- nage au quebracho est toujours plus ouvert, mais peut parfaitement convenir aux pays chauds, où la pluie est moins persistante que dans nos climats.
- CUIRS CORROYÉS.
- Le pays où la corroirie se fait le mieux est toujours la France ; sous ce rapport, elle ne fait que maintenir sa réputation incontestée.
- Parmi les cuirs corroyés, nous comprenons les cuirs pour sellerie, dont nous avons vu de très beaux produits dans les sections française et anglaise; ils s’appliquent aux brides, élrivières, selles, etc. L’article pour sellerie comprend deux qualités :
- i° La sellerie ordinaire pour harnais et équipement militaire, dont l’emploi est général et qui se fabrique plus ou moins bien dans tous les pays;
- 2° La sellerie fine, qui se fabrique plus spécialement en France et en Angleterre, et qui continue à maintenir sa vieille réputation et nous fournit des types remarquables.
- La spécialité du tannage et finissage de la peau de cochon pour selles existe surtout à Paris et en Angleterre; elle est arrivée à un degré de perfection rare.
- L’importance de la fabrication des cuirs pour courroies de transmission de machines, cuirs à cardes, cuirs pour lithographie ou pour manchons de machines, est dignement représentée en France et en Belgique. Nous avons surtout admiré les peaux de veau préparées pour filatures et fabriquées à Paris : elles sont d’un travail soigné sous tous les rapports et ne laissent rien à désirer.
- Le cuir corroyé pour chaussures se fabrique également dans toutes les parties du monde et se présente sous différentes formes. La France fait surtout le veau ciré (pour chaussure fine de ville), très recherché, non seulement par la consommation intérieure, mais aussi par l’exportation. Les fabriques les plus importantes sont Paris, Lyon, Milhau et le Midi; elles se distinguent par un bon tannage, par leur souplesse et leur excellent finissage. Men-
- p.6 - vue 10/20
-
-
-
- CUIRS ET PEAUX.
- 7
- donnons en passant les veaux cirés de Lausanne (Suisse), dont l’excellente qualité et la supériorité incontestable ont été reconnues, non seulement parle jury, mais aussi par les exposants eux-mêmes.
- Les autres pays nous ont tous soumis des spécimens de veau ciré de bonne qualité, mais n’arrivant pas à la perfection de ceux ci-dessus mentionnés.
- Tous les pays ont exposé des cuirs de vache corroyés pour chaussures, s’appropriant à l’usage et aux besoins de chacun d’eux. La France et la Belgique ont produit des croupons corroyés, des vaches grenées pour chaussures de fatigue et de troupe d’un travail supérieurement soigné.
- Nous devons mentionner en outre les fabriques d’Autriche et de Bohême, où l’emploi de ce produit est pour ainsi dire général. Comme fabrication supérieure, nous tenons à citer celle d’Adler-kosteletz (Bohême), qui, par les perfectionnements dans la fabrication, est arrivée à une supériorité reconnue. La Russie n’est pas restée en arrière, et a fait dans ce genre de fabrication des progrès sensibles depuis la dernière Exposition universelle : les veaux et les vaches corroyés à Varsovie en témoignent par leur belle tenue.
- Le cuir dit de Russie, tanné à l’écorce de bouleau et servant à des emplois multiples, entre autres à la gainerie la plus élégante, se fabrique presque exclusivement à Ostzachkov (Tver), dans l’usine considérable et universellement connue de T. Savine. Ce produit, malgré toutes les tentatives d’imitation qui en ont été faites, n’a jamais pu être égalé nulle part.
- Les tiges de bottes, d’avant-pieds et de bottines se fabriquent avec de la vache, du veau ou du cheval. La vieille réputation des tiges françaises s’est non seulement maintenue, mais encore augmentée ; cette industrie en est arrivée à Paris à un degré de perfection absolue.
- Les Russes nous offrent une exposition complète de tiges fines en veau corroyé, fabriquées avec un soin tout particulier et justement appréciées dans ce pays, où elles répondent absolument à la consommation des classes supérieures.
- Les tiges et avant-pieds en cuir de cheval corroyé se fabriquent surtout en Autriche, Bohême, Danemark et le nord de l’Allemagne.
- Gr. V.
- Cl. 49.
- p.7 - vue 11/20
-
-
-
- 8
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. Cl. 49.
- Dans ces pays, on en est arrivé à produire avec la peau de cheval un cuir qui ne le cède en rien au veau comme souplesse et imperméabilité. Ce genre d’industrie est, pour ces pays humides, d’une haute importance, et ne s’exerce pas en France.
- En dehors des produits que nous venons de mentionner, nous citerons encore les différentes espèces de peaux fabriquées dans les colonies et servant à la confection des chaussures, telles que le kanguroo, le wallabc et autres peaux d’un bon travail, remplaçant très bien pour ces pays-là notre peau de veau ciré.
- CUIRS VERNIS POUR CARROSSERIE, CHAUSSURES ET EQUIPERENT MILITAIRE.
- La fabrication du cuir verni répond aux besoins du luxe. Elle est fort difficile, à cause des nombreuses qualités qu’on exige de ce produit et des difficultés qu’elle présente. Il est fort difficile, par exemple, d’obtenir la souplesse de la peau jointe à la finesse du grain, ou un éclat du vernis qui puisse être exporté dons les pays les plus éloignés et dans les températures les plus diverses, sans qu’il en résulte aucun collage et sans que ce soit au détriment de la qualité de la peau. Les cuirs vernis pour capotes de voilures, garde-crotte, etc., se fabriquent en quantités considérables, surtout à Paris. (Jette fabrication alimente non seulement l’industrie de la carrosserie en France, mais aussi l’exportation considérable qui s’en fait dans toutes les parties du monde, où leur supériorité sur toutes les autres fabrications similaires est reconnue.
- Les produits exposés au Champ de Mars nous prouvent que les fabricants de cuirs vernis sont encore en progrès et méritent plus que jamais leur réputation.
- L’Angleterre a exposé des cuirs vernis pour capotes de voitures d’une réussite parfaite, surtout remarquables par leur vernis lisse et leur grain long, parfaitement appropriés aux usages de la carrosserie. On ne peut passer sous silence les vaches vernies couleurs et fantaisie de Walsal, préparées pour divers usages, aussi appréciables par leur bonne fabrication de corroirie que par la qualité et la beauté de leur vernis.
- p.8 - vue 12/20
-
-
-
- CUIRS ET PEAUX.
- 9
- Le Canada et l’Australie ont exposé des vaches vernies pour capotes qui méritent d’être signalées. Cette industrie, nouvellement implantée dans ces pays, est appelée à y faire une sérieuse concurrence à l’exportation européenne.
- La fabrication du veau verni pour chaussures se maintient toujours à une certaine hauteur, quoique l’usage de ce produit ait considérablement diminué, non seulement en Europe, mais aussi dans les pays d’outre-mer.
- L’industrie des peaux vernies est essentiellement parisienne. Les produits en sont variés; ce sont des vernis noirs et couleurs, de la chèvre vernie et du mouton. Ce dernier surtout se fabrique en quantité considérable depuis quelques années et constitue une industrie très importante, méritant toute attention. Nous mentionnons aussi avec plaisir l’industrie du cuir verni pour sellerie, carrosserie et chaussure de la Belgique. Ce pays nous a prouvé par sa belle exposition qu’il est parfaitement à même de lutter sur ce point avec la France.
- Les cuirs pour équipement militaire en général nous ont tous paru d’une bonne fabrication, très soignée, tant au point de vue du tannage qu’à celui du finissage.
- MAROQUINS EN COULEURS, MOUTONS MAROQUINÉS, VEAUX MATS, CHEVREAUX ET CHEVRES CHAGRINÉS.
- La fabrication du maroquin en couleurs, des moutons maro-quinés et, en général, de la petite peau, est représentée à l’Exposition par un assez grand nombre de marques de France et de l’étranger. Grâce à la découverte des nouvelles couleurs d’aniline, de fuchsine, etc., la teinture des peaux a clû faire de grands progrès. Si les couleurs ne sont peut-être pas aussi solides qu’autrefois, elles sont plus vives et plus variées. Du reste, on a pu remarquer, aussi bien dans ces produits de France que dans ceux de l’Angleterre, des nuances de la plus grande délicatesse et aussi belles certainement que celles des étoffes de soie, de laine ou de coton. La France a exposé des produits dans ce genre qui ne laissent rien à désirer sous le rapport du tannage, de la cordasse 4g. a
- Gr. V Cl. 49
- p.9 - vue 13/20
-
-
-
- 10
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. roirie et de la teinture. 11 faut reconnaître qu’elle continue à tenir le premier rang dans cette industrie, qui tend chaque jour à prendre une grande extension.
- Nous avons remarqué entre autres plusieurs expositions de chevreaux noirs, dorés et glacés, pour chaussures. C’est un article spécial à la France, et dont jusqu’à présent tous les autres pays sont tributaires. Aussi, depuis la dernière Exposition de 1867, la fabrication de cet article a-t-elle décuplé. On cite, par exemple, une maison qui en a produit plus de 60,000 douzaines par an. Le progrès est très sensible, et l’on obtient aujourd’hui des peaux souples et conservant leur lustre au montage de la chaussure, ce qui est très important.
- Quant au chevreau mat, sa teinture a été portée à un haut degré de perfection ; aussi la France lutte-t-elle facilement sur ce point avec les produits allemands.
- Nous avons constaté également un progrès dans la fabrication du veau mat, mais dans une proportion moindre que pour le chevreau.
- Les chèvres chagrinées noires et grain du Levant se fabriquent maintenant en France dans une proportion qui augmente chaque jour. On en exporte des quantités considérables, de concurrence avec la Belgique et l’Allemagne, malgré la différence de la main-d’œuvre. Il faut en tirer la conséquence que la fabrication française est considérée comme faite avec plus de soin.
- Nous devons mentionner en passant que la plus grande partie des peaux de chèvre servant à la fabrication dont nous venons de parler sont importées en France à l’état brut, c’est-à-dire en poil. Marseille est la ville la plus importante comme tannerie de chèvre à l’écorce et au sumac. Un tanneur de cette ville n’a pas exposé moins de 39 espèces de peaux de provenances différentes, représentant les sortes les plus demandées par les maroquiniers.
- La fabrication des cuirs pour la chapellerie a pris aussi une grande extension en France. Nous avons remarqué, parmi les peaux exposées, une très grande variété de nuances très fines cl très bien réussies. Un fabricant a exposé des peaux de chèvre et de mouton sur lesquelles il a reproduit, au moyen d’un procédé
- p.10 - vue 14/20
-
-
-
- CUIRS ET PEAUX.
- 11
- mécanique très ingénieux, les peaux de crocodile, le grain phoque, les étoffes de soie, le grain natté, etc. Ces diverses façons peuvent rendre de grands services à l’industrie de la petite peau, en lui permettant d’employer les marchandises inférieures.
- L’Angleterre a présenté de fort jolis produits, et l’on peut affirmer que cette nation a fait de grands progrès, depuis 1867, dans la fabrication du maroquin de couleur. Les maroquins pour voitures et pour meubles, grain anglais, sont surtout remarquables par leurs nuances unies sans raies de dos.
- Les skivers (peaux sciées) sont aussi très satisfaisantes. On a pu remarquer dans plusieurs vitrines une très grande variété de nuances fines et délicates. Nous ne parlons qu’en passant d’un fort joli quadrillé qui, n’étant qu’un produit mécanique, ne prend qu’une valeur secondaire au point de vue de la fabrication. Les peaux de veau en couleurs, pour reliure de livres, exposées par les Anglais, sont de nuances unies très bien réussies et peuvent très bien faire concurrence aux veaux allemands. Dans plusieurs des vitrines de la Belgique, on a pu remarquer des chèvres noires chagrinées très bien faites, ainsi que des moutons en couleurs pour chapellerie, dont les nuances étaient aussi variées que réussies. L’Autriche n’a qu’une seule exposition de peaux de couleurs, faite par un membre du jury et qui, par conséquent, se trouve hors concours. En revanche, on trouve dans cette section des chèvres noires chagrinées et gros grain admirablement confectionnées sous tous les rapports, c’est-à-dire souples, régulières de forme et d’une fabrication très soignée.
- La Hongrie a exposé des maroquins en croûte, tannés au sumac de Sicile. Ces peaux pèsent de 12 à 15 kilogrammes la douzaine et ont été tannées, suivant la déclaration qui nous a été faite, par le procédé du shippage, en une heure et demie. Examinés avec le plus grand soin, ces maroquins ont été reconnus comme parfaitement tannés. Il y a, dans un tannage aussi prompt, un fait intéressant qu’il est utile de signaler, afin de pouvoir l’étudier.
- La Suisse a une exposition remarquable de veaux noirs mégissés (veaux mats) pour chaussures. Ces peaux, bien teintes et d’un
- Gr. V. Cl. 49.
- p.11 - vue 15/20
-
-
-
- 12
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. Cl. 49.
- travail parfait, peuvent rivaliser sans crainte avec les produits similaires de l’Allemagne, où cette industrie est établie sur une grande échelle.
- Depuis plusieurs années, l’Amérique a monté des fabriques importantes de maroquins. Elle tire de l’Europe une grande quantité de peaux de chèvre en poil, surtout de l’Allemagne et des provinces danubiennes. Cependant aucun de ces produits ne figure à l’Exposition. Un seul fabricant a exposé des maroquins noirs glacés, de Curaçao, tannés au sumac, fins, souples et d’une belle teinture.
- Le Canada expose des maroquins et des moutons teints, tannés au mimosa, de nuances ordinaires, qui indiquent que cette branche d’industrie n’est pas encore très avancée dans ce pays.
- En revanche, l’Australie occidentale fournit de belles collections de peaux en couleurs très réussies et dont le corroyage ne laisse rien à désirer. — Un fabricant de Sidney a une exposition très variée de toutes espèces d’articles en chèvre, mouton, veau et notamment en peau de kanguroo. Ce dernier article, très répandu dans ce pays, est parfaitement travaillé et paraît être d’un usage excellent. Aussi fait-on actuellement de nombreux essais pour l’importer et le travailler en France. Le tannage de cette peau se fait au mimosa.
- En général, on doit constater que l’Australie a fait, dans ce genre de fabrication, des progrès considérables depuis une dizaine d’années.
- Le Japon expose une belle collection de peaux d’un travail tout particulier pour ameublement de luxe. Les dessins en sont très variés, dorés, argentés ou imprimés comme des étoffes, et produisent un fort bel effet.
- PEAUX 31ÉG1SSÉES POUR GANTERIE ET CHAUSSURE.
- La mégisserie est une industrie éminemment française. Des peaux de toutes les parties du monde sont expédiées à l’état brut en France, où elles sont mégissées suivant leur mérite pour des emplois différents.
- p.12 - vue 16/20
-
-
-
- CUIRS ET PEAUX.
- 13
- La France, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, l’Espagne, fournissent surtout des peaux de chevreau et d’agneau, qui sont destinées à la ganterie, tandis que celles qui sont destinées à la chaussure proviennent surtout de Russie, Transylvanie et Servie.
- La quantité de peaux de chevreau importées en France pour y être mégissées est excessivement considérable, parce que jusqu’à présent on n’est parvenu nulle part ailleurs à produire un travail aussi parfait.
- Le marché le plus important des peaux destinées à la ganterie est toujours Annonay, où la mégisserie est la principale industrie.
- L’exposition collective des mégissiers de la ville d’Annonay est très intéressante. Nous y avons vu des peaux de chevreau et d’agneau, de provenances les plus diverses, qui nous ont prouvé que les fabricants, non seulement jaloux de maintenir leur vieille et bonne réputation, ont fait de grands elïorts pour perfectionner et activer leur fabrication.
- En effet, nous avons remarqué des peaux de France, de Saxe, de Suisse, d’Italie, de Buenos-Ayres, etc., qui avaient été travaillées avec le plus grand soin et qui, avec une souplesse remarquable, avaient la fleur brillante et parfaitement conservée.
- Paris et Chaumont nous ont montré également des peaux mégissées pour ganterie, qui témoignent que les gantiers mégissant eux-mêmes les peaux destinées à être coupées par eux apportent peut-être plus de soin à ce travail que les mégissiers qui vendent les peaux en blanc, et qui, une fois qu’elles sont vendues, ne peuvent pas se rendre compte de leur réussite en ganterie; tandis que le gantier n’achetant en poil que les articles qui se font bien chez lui profite toujours de son expérience.
- En somme, la mégisserie de France est la meilleure du monde pour la ganterie.
- L’Autriche, ITtalie, le Danemark, ont exposé des peaux de chevreau et d’agneau qui méritent attention; il est cependant à remarquer que dans ces pays les fabricants réussissent mieux la peau d’agneau que le chevreau.
- La Belgique et le Luxembourg étaient fort bien représentés en
- Gr. V. Cl. 49.
- p.13 - vue 17/20
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. chevreaux parfaitement mégissés et possédant toutes les qualités exigées pour faire de l’excellente ganterie.
- La Russie a exposé des petites peaux de poulain très souples et très bien fabriquées, pouvant remplacer le chevreau pour ganterie.
- En somme, les progrès faits en mégisserie pour ganterie sont considérables.
- CHEVRETTES ET VEAUX MEGISSES POUR CHAUSSURES.
- Paris a une supériorité marquée pour ces articles, si les chevrettes, et cela a cause des divers genres de fabrication dont se servent quelques mégissiers, qui emploient des agents chimiques donnant des résultats très satisfaisants, à la condition d’èlre employés avec une parfaite connaissance de cause, sinon on risque de perdre la marchandise.
- Le chevreau pour chaussure doit avoir un toucher moelleux, mais pas de souplesse. Quelques fabricants, à Paris, sont arrivés à faire cet article à la perfection.
- Le veau mégis commence également à y être très bien travaillé, et avant peu la concurrence allemande ne sera plus à redouter, meme pour les belles sortes, car déjà depuis longtemps les fabricants d’outre-Rhin sont battus pour les qualités ordinaires, qui se vendent meilleur marché en France.
- Les divers procédés employés par certains mégissiers parisiens ne sont pas connus; c’est là ce qui fait leur force et leur réputation.
- Avant peu de temps, les bonnes maisons de mégisserie devront avoir leur teinture, car c’est la combinaison de ces deux industries qui doit faire les bons produits.
- PEAUX CIIAMOTSÉES, IIOXGROYÉES ET PARCHEMINÉES.
- Quoique la chamoiserie ne se fasse plus en quantité aussi considérable qu’il y a un demi-siècle, elle se traite encore dans de très bonnes conditions dans bien des pays.
- 327542
- p.14 - vue 18/20
-
-
-
- CUIRS ET PEAUX.
- 15
- Cette fabrication est difficile, délicate et minutieuse; elle exige des soins tout particuliers.
- Nous avons surtout admiré les produits de Chambéry et de Niort en peaux de mouton, de chèvre et de veau, servant à la ganterie pour civil et militaire, pour culotte, pour gainerie et pour une foule d’autres usages. Ces peaux, d’un travail remarquablement bien soigné, dénotent une parfaite connaissance du métier chez les fabricants qui les ont exposées.
- La Suède a des peaux de renne chamoisées on ne peut mieux travaillées, qui servent à des usages multiples clans les pays du Nord. La Belgique, l’Autriche, l’Angleterre, ont également exposé des peaux de mouton et d’agneau parfaitement faites sous tous les rapports.
- Les besoins pour la chamoiserie ont changé avec les exigences de la mode. On ne travaille plus aujourd’hui des quantités considérables de cuirs de bœuf pour l’équipement militaire; cependant des fabricants de Paris nous en ont montré de très bien traités.
- La chaussure en peau chamoisée, très à la mode autrefois, ne se porte plus guère; malgré cela nous pouvons constater que cette industrie, loin de péricliter, a plutôt fait des progrès.
- Les cuirs hongroyés se retrouvent dans tous les pays, à cause de la simplicité et de la rapidité de leur fabrication; ils servent surtout pour harnachement. La France nous a fourni ce qu’il y avait de mieux dans ce genre.
- En fait de parchemin, plusieurs pays en ont exposé; cet article étant très peu eu usage de nos jours, nous ne saurions nous prononcer d’une manière positive à son sujet, ne pouvant établir de comparaison certaine avec ce qui se fabriquait autrefois. En tout cas, ce que nous avons vu de fabrication parisienne mérite tout éloge.
- En terminant ce rapport, nous tenons à constater que l’exposition des cuirs et peaux dont nous venons de rendre compte est certainement la plus complète et la mieux réussie qui ait été faite depuis la première Exposition universelle de Londres en i85i.
- Gr. V Cl. 49
- p.15 - vue 19/20
-
-
-
- 16
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. V. Cl. 49.
- Les exposants ont tous rivalisé de zèle pour nous montrer ce qui se fait de mieux maintenant.
- La disposition et l’arrangement des produits étaient bien compris dans toutes les sections, mais tout particulièrement en France, où l’installation et la décoration des trois salles de la classe ^9 méritent une mention toute spéciale.
- Ernest Mercier.
- p.16 - vue 20/20
-
-