Rapports du jury international
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- RAPPORT
- SUR
- LE MATÉRIEL ET LES PROCÉDÉS
- DES USINES AGRICOLES
- ET DES INDUSTRIES ALIMENTAIRES.
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- MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU COMMERCE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1878
- A PARIS.
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- Groupe VI. — Classe 52.
- RAPPORT
- LE MATÉRIEL ET LES PROCÉDÉS DES USINES AGRICOLES ET DES INDUSTRIES ALIMENTAIRES,
- M. COGNIET,
- JUGE AD TRIBUNAL DE COMMERCE DE LA SEINE,
- ET M. E. AVISSE,
- INGÉNIEUR.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCC LXXXIII.
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- Groupe VI. — Classe 52.
- RAPPORT
- SUR
- LE MATÉRIEL ET LES PROCÉDÉS DES USINES AGRICOLES ET DES INDUSTRIES ALIMENTAIRES.
- COMPOSITION DU JURY.
- MM. Mignon, président, ingénieur-constructeur, membre des comités) p aQce d’admission et d’installation à l’Exposition universelle de 1878.|
- Gilain, vice-président, industriel à Tirlemont.................. Belgique.
- Gboult jeune, secrétaire, manufacturier, membre du jury à)
- Vienne (1878), membre des comités d’admission et d’instal-> France, tion à l’Exposition universelle de 1878.......................)
- Cogniet, rapporteur, juge au tribunal de commerce de la Seine,) vice-président du comité d’admission à l’Exposition universelle) France.
- de 1878...................................................)
- Giuntham , lieutenant-colonel................................. Angleterre.
- Noback (G.), ingénieur et fabricant à Prague.................| gongri^
- le Dr E. de Rodiczky, professeur à l’Académie supérieure d’agri-j Autriche-culture, à Magyar-Ovar......................................( Hongrie.
- Blanciiot (J.)............................................... Suisse.
- Menieb, député, manufacturier à Noisiel...................... France.
- Boussingadlt fils, suppléant, essayeur-chimiste à Besançon. ... France.
- Classe 5a.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. VI.
- Cl. 52.
- INDUSTRIES DIVERSES.
- i° Filtration des eaux domestiques et traitement des eaux vannes. — Les appareils de filtration sont utilisés, soit pour le traitement en grand des eaux d’une ville, soit dans l’usage domestique, dans les hôpitaux, casernes, bateaux, etc.
- Leur emploi a une grande influence sur la santé publique, surtout dans les pays chauds, où Peau est généralement chargée de matières organiques qui en rendent l’usage non seulement désagréable, mais souvent dangereux.
- Ces appareils reposent tous sur l’action d’un corps filtrant, retenant les matières étrangères en suspension; quelquefois on fait précéder cette épuration purement mécanique d’un traitement chimique afin de séparer certains sels, constituant ce qu’on appelle les eaux lourdes.
- La Compagnie de filtrage des eaux de la ville de Paris emploie divers systèmes de filtres.
- Les appareils Fonvielle, Souchon, Vedel et Bernard comprennent un réservoir clos recevant l’eau sous pression; elle est ainsi obligée de traverser de haut en bas une caisse contenant la matière filtrante, caractérisée surtout par l’emploi de laine tontisse rendue imputrescible par l’adjonction d’une base ferrique; on ajoute au besoin à cette matière des couches successives cl’éponges, de grès pulvérisé, de noir, etc.
- Dans l’appareil David, on adjoint au filtre dont il vient cl’être parlé un compartiment spécial où l’eau est préalablement épurée grossièrement par son passage à travers des éponges.
- Tous ces filtres, par la disposition conique de la capacité filtrante et par le passage de l’eau de haut en bas, évitent les entraînements de matières filtrantes que le courant même de l’eau conserve dans l’ordre où elles ont été placées. 11 suffit, pour laver ces matières, d’inverser le mouvement du liquide dans le filtre.
- Les filtres à éponges et à tontisse de laine de MM. Bourgoise, Delion et Buzon (France) présentent un faible volume; on peut
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- INDUSTRIES DIVERSES.
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- y adjoindre le charbon de bois suivant la destination des eaux à Gr. vi. filtrer; un jeu de robinets permet facilement le nettoyage. ~
- MM. Barnett Son et Forsten (de Londres) suppriment Remploi de la carafe dans les établissements publics et la remplacent par un filtre-fontaine, sorte de réservoir conservant à l’eau sa fraîcheur et ne fonctionnant que par le mouvement d’un plateau actionné par le poids du verre ou récipient quelconque qu’on y place suivant les besoins, ce plateau étant en relation avec la pompe qui détermine l’écoulement de l’eau du réservoir.
- Les filtres multitubulaires de M. A. Letellier (France) com-, prennent un récipient où l’eau, qui arrive en charge ou sous pression, est obligée de traverser une série d’éléments filtrants, formés chacun d’un tube en métal perforé de trous, autour duquel sont comprimées entre deux plateaux par un écrou une certaine quantité de rondelles en feutre. * '
- Le liquide, épuré, et débarrassé de ses matières en suspension, s’écoule par les tubes perforés dans un récipient commun. On peut compléter la filtration en conduisant l’eau s’écoulant de ce filtre dans un filtre ordinaire à charbon de bois. Le nettoyage des unités filtrantes se fait par leur enlèvement au dehors ; on peut néanmoins les nettoyer, sans les déplacer, par un courant d’eau ou de vapeur agissant en sens inverse du liquide à filtrer.
- Les filtres multitubulaires peuvent être employés pour le traitement des jus sucrés, glucose, etc.; on les adjoint alors à un filtre à noir animal en grains, pouvant basculer pour la vidange du noir.
- Quelquefois M. A. Letellier traite préalablement les eaux fortement chargées dans un appareil spécial, dit épurateur hydrométrique, au moyen d’un réactif chimique dont la composition dépend de la nature des eaux à purifier. Le mouvement d’arrivée du liquide dans le récipient où l’on a mis le réactif agit sur un ressort qui assure le mélange de l’eau au réactif; l’eau, entraînant une certaine quantité de ce réactif en dissolution claire, est introduite alors dans la caisse d’un filtre multitubulaire ordinaire. Un injecteur permet le nettoyage du récipient en agissant en sens inverse de l’arrivée du liquide a traiter.
- Les fontaines en pierre de liais de Mmo veuve Lamy (France)
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- Gr. vi. sont disposées avec des feuillures sans emploi de fer, évitant les “ brisures qui se produisent quand on laisse manquer d’eau les fontaines ordinaires à agrafes.
- MM. C. Buhring et C'e (France) emploient pour Tépuration de beau des filtres formés d’un mélange de charbon de bois et de charbon animal donnant un produit résistant et présentant des filtres peu volumineux et portatifs.
- Les filtres de M. Chamiot (France), dont MM. J. Carré et ses fils (France) exposent plusieurs spécimens remarquables, com-prennentenprincipe un récipient en fonte émaillée ou tôle galvanisée de forme cylindrique contenant du laitier étonné, réduit à l’état pulvérulent, compris entre deux fonds en toile métallique; l’eau, envoyée sous pression, comprime une certaine quantité d’air dans la partie supérieure du réservoir, suivant la pression d’arrivée, et s’écoule ensuite du filtre. Un robinet de purge permet de vider le filtre, l’air comprimé chassant alors l’eau qui nettoie l’appareil.
- L’emploi de ce réservoir d’air dans le filtre assure l’aérage continuel de l’eau, en règle la sortie et évite les coups de bélier si fréquents dans les conduites d’eau domestique; de plus, l’eau étant introduite dans le filtre par un tuyau de faible diamètre, on règle ainsi l’arrivée d’eau à purifier proportionnellement à la capacité du filtre, c’est-à-dire à son effet utile, tout en évitant l’évacuation par appareil d’un trop grand volume d’eau aux dépens de la quantité demandée par chaque ménage, et en empêchant que l’oubli de fermer le robinet de sortie puisse produire la détérioration des immeubles.
- Ce système de filtration à réservoir d’air peut être employé pour de très grandes quantités, le filtre devenant alors une série de capacités cylindriques de dimensions correspondant au débit à fournir.
- Les filtres dont nous avons parlé jusqu’ici s’appliquent à la purification des eaux destinées a. l’alimentation domestique; un problème au moins aussi important est celui relatif à la purification et au traitement des eaux d’égout, tant pour l’assainissement des centres populeux que pour retirer de ces eaux les produits organiques constituant des engrais précieux pour l’agriculture.
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- On a essayé à Paris cle déverser ces eaux sur des terrains qui Gr. vi. n’ont pas tardé à devenir des foyers d’infection; d’autre part, le rejet direct de ces eaux dans les cours d’eau est dangereux pour les riverains et conduit à la perte des matières quelles contiennent.
- Préoccupée de l’imporlance de cette question, la ville de Paris a encouragé depuis quelques années des essais qui ont été faits au pont de l’Alma au moyen de l’appareil de MM. de Loynes et Linard, dit filtre rotatif, appareil dont la description pour son emploi en sucrerie comme épulpeur est donnée dans ce rapport à l’article Sucrerie. Actuellement la ville de Paris installe cet appareil à Levallois-Perret : le cylindre fdtrant a 3 mètres de diamètre et 6 mètres de longueur, et plonge en partie dans une cuve en maçonnerie; on relire ainsi des eaux d’égout tous les détritus et matières organiques en suspens, l’eau clarifiée étant ensuite conduite dans le fleuve. Quant aux matières recueillies, on en compose des engrais.
- Nous rappelons en terminant le procédé de M. Lair pour le traitement des eaux vannes, consistant à retirer de ces eaux un engrais avec obtention économique de sulfate d’ammoniaque. A cet effet, les eaux vannes sont envoyées dans des citernes où les matières lourdes se déposent; le liquide décanté est aspiré à la surface par un tuyau à flotteur. Ces eaux vont dans deux chaudières tubulaires constituant des échangeurs de température entre ces eaux froides et le liquide chaud épuisé à sa sortie des appareils de traitement.
- Les eaux vannes ainsi réchauffées très économiquement sont envoyées dans une colonne distillatoire à plateaux superposés, avec barboteurs. La colonne est divisée en trois parties : au milieu le liquide reçoit l’action de la vapeur afin de dégager les sels ammoniacaux volatils; ces derniers se dissolvent dans l’eau de condensation de la vapeur qui se forme dans la partie supérieure de la colonne, les eaux ammoniacales s’écoulant alors au dehors. Le liquide sortant de la partie moyenne de la colonne pénètre dans la partie inférieure, où il reçoit l’addition du lait de chaux qui opère le dégagement des sels ammoniacaux fixes. Le liquide ammoniacal
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- Gr. vi. est saturé par de Pacide sulfurique, et le sulfate d’ammoniaque est enlevé lorsque l’acide est épuisé.
- Le liquide sortant à la partie inférieure de la colonne est amené dans des réservoirs, où il dépose les matières qu’il tenait en suspension, avant de se rendre aux échangeurs de température, pour éviter que les tubes ne s’encrassent et ne diminuent la transmission de la chaleur. Les produits recueillis dans ces réservoirs sont ensuite traités aux filtres-presses et donnent des tourteaux d’engrais très riches en phosphates.
- 2° Evaporation des dissolutions salines. — Les appareils d’évaporation généralement employés sont connus sous le nom de poêles.
- M. Gutton (France) s’est proposé de diminuer autant que possible la dépense de combustible nécessitée par ces poêles, tout en obtenant un sel extra-fin ou en gros cristaux. Les appareils employés dans quelques salines de l’est de la France comprennent une chaudière fermée, chauffée par un foyer quelconque; les vapeurs produites par l’évaporation des eaux salines contenues dans ces chaudières sont recueillies dans un condenseur pour transmettre leurs calories à une dissolution saline froide, tandis que les gaz sortant du foyer vont chauffer un poêle ordinaire. Un raclage mécanique dans la chaudière complète le fonctionnement de cet appareil, dont les résultats sont très supérieurs à l’ancien système. M. Gutton a fait des essais sur un appareil perfectionné comprenant une chaudière semblable à celle que nous venons d’indiquer, mais où les vapeurs produites vont chauffer une deuxième chaudière, et même au besoin une troisième qui est en relation avec une pompe à air. Par l’alimentation des chaudières on peut régler la grosseur du grain à obtenir.
- M. Picard (Suisse) propose également l’évaporation des dissolutions salines dans un appareil à multiple effet, où la vapeur produite dans une première chaudière est envoyée contre les parois d’une deuxième chaudière qui est en contact avec de l’eau salée plus froide que la précédente. La vapeur qui se produit dans cette deuxième chaudière agit de même dans une troisième chaudière, et ainsi de suite les vapeurs de la dernière chaudière sont con-
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- clensées à l’état d’eau chaude servant, dans un échangeur de tem- Gr. vi. pérature, à restituer au liquide le plus froid sa chaleur spécifique.
- Dans le cas où l’on possède une force hydraulique, M. Picard comprime, au moyen d’une pompe, la vapeur sortant de la chaudière d’évaporation; cette vapeur, dont la température est ainsi surélevée, est alors mise en contact avec les parties les plus froides de la chaudière qui l’a produite, elle se condense entièrement et fait rentrer dans la chaudière toute la chaleur latente quelle avait absorbée en se formant. Ce deuxième appareil étant très ingénieux nous a paru devoir mériter une description toute spéciale pour son application économique à la concentration des dissolutions salines.
- Afin de permettre la formation des cristaux librement à l’état de suspension, l’inventeur sépare l’appareil de chauffage de la dissolution de l’appareil d’évaporation : une première chaudière renferme la dissolution saturée, chauffée à une température correspondant à l’ébullition sous la pression atmosphérique; cette vapeur est aspirée à une température de ioo° par une pompe mue par une turbine hydraulique, qui la comprime ensuite à une pression de deux atmosphères, en élevant ainsi la température de cette vapeur à 1-20° avant de l’envoyer dans un condenseur où elle est mise en contact avec une dissolution saline plus froide; la chaleur latente de cette vapeur devenant libre est restituée a l’eau saturée qui l’a produite, de la manière suivante : dans le condenseur, on a soin de maintenir une pression légèrement supérieure à celle de la chaudière afin de retarder l’évaporation et par suite le dépôt de sel. Cette pression est obtenue par différence de niveau au moyen d’un jeu de pompes agissant sur des robinets mettant en relation la chaudière et le condenseur par un vase intermédiaire, de façon que la communication ne soit jamais directe entre le condenseur et la chaudière; le liquide salin du condenseur s’échauffant produit un jet de vapeur qui arrive dans la chaudière en entraînant une certaine quantité de liquide par un ajutage dont on règle le débit; il se produit alors dans la chaudière une évaporation correspondant à un dépôt de sel qui traverse la couche de liquide saturé de la chaudière et est dirigé par un arbre à pelles avec hélice dans un tuyau vertical placé au-dessous
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- Gr. vi. de la chaudière et fermé inférieurement par un registre; quand ce tuyau est rempli, on l’isole par un tiroir placé à sa partie supérieure et le sel est alors envoyé dans un tuyau incliné rempli de liquide saturé pour éviter toute rentrée d’air; on le retire au moyen d’une poche, après égouttage. Cette évaporation dans la chaudière y entraîne une baisse de niveau, par suite une arrivée de liquide saturé venant du condenseur parle vase intermédiaire; le condenseur reçoit alors une quantité de liquide nouveau de manière à maintenir le même niveau dans la chaudière; l’eau de condensation produite dans le condenseur est enlevée par un purgeur et sert dans un échangeur à élever la température du liquide froid destiné à l’alimentation.
- L’appareil de M. Picard restitue donc au liquide saturé d’une part dans le condenseur la chaleur latente, d’autre part dans l’échangeur la chaleur spécifique; les pertes dues uniquement au rayonnement sont compensées par le travail mécanique de compression qui vient s’ajouter à la chaleur régénérée de la vapeur. Si la température s’élève trop, c’est-à-dire si la chaleur de compression est en excès sur les pertes, il suffit de disposer une soupape permettant l’évacuation d’une partie de la vapeur. L’ensemble de l’appareil est complété par un petit générateur qui permet de se procurer la vapeur nécessaire pour le chauffage de la solution saline lors de la mise en route de l’appareil.
- 3° Broyeurs. — L’examen de ces appareils, en ce qui concerne ceux exposés dans la classe 5a, est restreint à leur application aux industries agricoles et alimentaires.
- Divers broyeurs, genre Carr, à plateaux verticaux et horizontaux et plus ou moins modifiés, figuraient à l’Exposition comme appliqués au broyage des grains pour la production de la farine (voir Meunerie).
- L’appareil triturateur ou broyeur Anduze (France) agit par déchirement et arrachement. 11 est formé de deux couronnes fixées sur des plateaux par des boulons; un des plateaux est fixe, l’autre mobile; les couronnes sont armées de dents coniques et quadran-gulaires s’emboîtant avec précision les unes dans les autres; le pre-
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- mier rang intérieur est formé de dents relativement fortes pour Gr. vi. recevoir le premier choc ; la force centrifuge chasse vers l’extérieur la matière à broyer qui passe successivement à travers les autres rangs dont la denture va en décroissant et sort en poudre de la grosseur réglée par la denture.
- Un volant régulateur sert à rapprocher le plateau mobile de celui qui est fixe et détermine la finesse delà trituration.
- Cet appareil est employé comme moulin à café donnant peu de poudre, puis pour la trituration du tan, de la canne à sucre, des matières à fabriquer le papier, etc.
- Le pulvérisateur Lucop (France) comprend une série de boulets en fonte agissant par chocs en tournant et roulant dans une enveloppe circulaire fermée latéralement par un tamis.
- Cet appareil donne de bons résultats pour le broyage du noir animal, des engrais, etc.
- M. Faure (France), en dehors de son appareil décortiqueur de la canne (voir Sucrerie), expose un appareil se distinguant par la disposition en développante de cercle des surfaces cannelées qui opèrent le broyage des matières.
- MM. Baugh et Sons (Etats-Unis) exposent des moulins à sections du genre du broyeur Anduze, mais moins simples.
- h° Tilleuse ou broyeuse. — M. J.-J. Lefébure (Belgique) expose un appareil dit tilleuse ou broyeuse, destiné à enlever au lin sa paille et comprenant deux tambours cannelés entourés de cylindres plus petits, également cannelés, broyant les textiles sur toutes leurs faces.
- Le lin ainsi décortiqué est débarrassé de la gomme qui entoure les fibres au moyen d’un lessivage dans une solution alcaline de soude.
- Ce procédé permet d’enlever la gomme sans danger d’attaquer les fibres. Le lin ainsi traité est séché et teillé très rapidement.
- Le traitement des lins par la méthode de M. Lefébure conduit à la suppression du système rural ordinairement employé et consistant dans la désagrégation des fibres par la fermentation acide et putride.
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- Gr. vi. Afin d’éviter la dissolution de la gomme, ce système rural de ci~2 rouissage oblige d’arrêter l’opération avant que la désagrégation soit achevée; de plus, il donne un lin relativement grossier et faible.
- M. Lefébure obtient une désagrégation complète et une conservation intacte des fibres. Au point de vue hygiénique, son procédé mérite les plus grands éloges, car en même temps qu’il fait disparaître les inconvénients résultant dans l’ancien système de l’altération de l’air et de la corruption des eaux, il évite aux ouvriers qui manipulent en fabrique les lins ainsi rouis la poussière qui se dégage de cette manipulation et est si préjudiciable à leur santé.
- 5° Superphosphate de chaux. — M. P. Thibault (France) propose un appareil permettant de fabriquer le superphosphate de chaux d’une façon continue par des procédés mécaniques et en même temps de recueillir l’iode sans augmenter sensiblement le prix de revient du produit.
- La poudre du phosphate de chaux naturel et Facide sulfurique en proportions convenables arrivent d’une manière continue dans un malaxeur en fonte. Le mélange tombe dans des chambres en briques où il se solidifie.
- Un aspirateur enlève les vapeurs acides formées et les envoie dans une colonne en tôle remplie de coke et traversée par un filet d’eau. On recueille de cette colonne l’iode à l’état de protoiodure de fer. L’appareil de M. Thibault, outre la continuité du. travail, permet d’éviter complètement les émanations incommodes.
- 6° Fours et fourneaux de campagne. — Beaucoup de tentatives ont été faites pour améliorer le service d’alimentation des troupes en campagne. MM. Geneste, Herscher et G10 (France) ont proposé une voiture pour la fabrication rapide et même en marche du pain ordinaire et du pain biscuité.
- Le fourneau-cuisine de M. Fntz (France) comprend un fourneau monté sur un truc à quatre roues, où le foyer proprement dit transmet la chaleur à une plaque recevant un certain nombre de marmites logées dans le moins d’espace possible et disposées
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- avec des œillets d’attache et des anses donnant une suspension Gr. vi.
- assurée pendant la marche. La cuisson des aliments dans cet appa-
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- reil s’opère en très peu de temps, sans déperdition de matière, et
- d’une façon tout à fait satisfaisante.
- M. A. Bernard (Belgique) propose une marmite tubulaire à foyer intérieur, contenue dans une caisse à eau qui chauffe les aliments par bain-marie et sous pression. Cette disposition n’exige aucune maçonnerie.
- 7° Presses à tabac. — La compagnie Meadow fondry (Etats-Unis) expose des presses à enveloppe de vapeur pour presser et sécher en même temps les tabacs sans perte de poids et en évitant par l’emploi de température élevée toute fermentation subséquente. Les parois sont creuses et reçoivent la vapeur avec sortie pour l’évacuation des eaux condensées; de plus, des plaques creuses également chauffées sont interposées dans la masse à pression pour y répandre uniformément la chaleur. Cette compagnie construit également une presse à froid à pression réglable et instantanée, un aplatisseur de côtes de tabac, des broyeurs de tiges et des moulins à faire le tabac à priser.
- 8° Machines à rouler le thé. — MM. Marshall Sons et C'° (Angleterre) exposent des machines à rouler les feuilles de thé, formées de deux tables à rainure se mouvant en sens inverse avec adjonction d’appareils pour le nettoyage et la division du thé suivant sa grosseur.
- q° Appareils à moutarde. — MM. Colman (Angleterre) produisent un ensemble d’appareils pour obtenir la farine de moutarde, au moyen d’un mélange de graines blanches et noires broyées d’abord entre des cylindres, puis pilées dans des mortiers, le tout passé dans un tamis de soie très fin; les sons recueillis sont comprimés à la presse hydraulique et l’on en retire de l’huile utilisée pour l’éclairage et des tourteaux constituant d’excellents engrais.
- î o° Fabrication du beurre. — Divers constructeurs du Dane-
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. vi. mark exposent des appareils pour la fabrication du beurre, basés sur les études du professeur Segelcke.
- 1 i° Presses à fromage. — MM. Corbett et Peele (Angleterre) proposent une presse à pression uniforme à double chambre pour le fromage.
- 12° Etuves à prunes. — MM. Marchon et Bournel (France) exposent chacun un système d’étuve spéciale pour la préparation des pruneaux.
- i3° Appareils à hacher la viande. — M. J. Marschal (France) expose des machines à hacher la viande à sébile en fonte élamée, ainsi que des machines destinées à introduire la viande dans les saucissons, et divers outillages employés par les bouchers et les charcutiers.
- M. E. Tussaud (France) dispose sa machine à hacher avec bassin à double courbure; il construit également des machines à pousser ou emballer la viande, des presses à gras, etc.
- Citons encore les hachoirs portatifs mus à bras de MM. Davis et C'c (Angleterre) et de M. Pillet (France).
- En terminant, rappelons pour mémoire la machine à peler les pommes de la Compagnie de quincaillerie de Reading (Etats-Unis) avec couteau courbe; le taille-soupe pour hôpital de M. Prudhon (France) et la machine à briser l’enveloppe des amandes de M. Fouchier (France), évitant les brisures de l’amande par l’emploi du caoutchouc.
- M.-J. Cogniet.
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- SUCRERIE ET RAFFINERIE.
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- Gr. VI.
- MATÉRIEL DE SUCRERIE ET DE RAFFINERIE.
- INTRODUCTION.
- Peu d’industries ont pris un développement aussi rapide que la fabrication du sucre. Après avoir été longtemps tributaire des pays producteurs de la canne à sucre, l’Europe, grâce à la découverte du sucre de betterave due au chimiste Margraff et rendue, industrielle par Achard, put, dès le commencement de notre siècle, fabriquer elle-même un produit dont la matière première procurait à l’agriculture une nouvelle source de richesse. Aussi chaque pays favorisa, autant que possible, cette industrie naissante; aujourd’hui la betterave fournit le tiers environ de la production totale du sucre consommé dans le monde entier, production qu’on peut évaluer annuellement à environ 5 millions de tonnes.
- Par suite de la concurrence, l’abaissement du prix du sucre a conduit les fabricants à rechercher le moyen le plus perfectionné de traiter économiquement les plantes sucrières.
- Afin de pouvoir apprécier les progrès que l’Exposition universelle de 1878 a permis de constater dans la fabrication et le raffinage des sucres, il nous a paru nécessaire de rappeler brièvement l’état de cette industrie lors de l’Exposition de 1867.
- A cette époque, le baron Thénard, dans son remarquable rapport sur la sucrerie de betterave à l’Exposition de 1867, indiquait divers procédés, dont quelques-uns devaient plus tard transformer les conditions économiques de nos fabriques.
- M. Linard avait indiqué l’idée générale du transport souterrain des jus extraits dans des râperies indépendantes annexées à une usine centrale; l’application n’en était encore faite que dans une seule sucrerie.
- Les presses hydrauliques étaient remplacées dans quelques fabriques par des presses continues de divers systèmes encore trop imparfaits pour en permettre un emploi rationnel et économique;
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. vi. malgré la diminution de main-d’œuvre et d’outillage, ces essais ci 52 restaient à peu près infructueux.
- L’épuration chimique par la chaux, employée, il y a plus de soixante ans, par Achard, Baruel et Rousseau, était enfin arrivée à une pratique industrielle par l’application raisonnée qu’en avaient faite Périer et Possoz; partout la double carbonatation était substituée avec avantage à la défécation, et permettait aux fabricants de diminuer sensiblement la quantité de noir employée à la filtration.
- Les appareils à triple effet, chauffés au moyen des vapeurs d’échappement des machines motrices de l’usine, remplaçaient les anciennes chaudières d’évaporation à feu nu; certaines dispositions de construction avaient modifié, sans le changer, le principe des appareils à multiple effet de Rillieux.
- La cuite en grains dans le vide dans les anciennes chaudières d’Howard, perfectionnées par quelques constructeurs, donnait directement en fabrique un sucre blanc obtenu par le turbinage dans les essoreuses de Robfls et Seyrig; ces sucres étaient vendus aux raffineurs qui conservaient le monopole du sucre livré à la consommation.
- La sucrerie de canne, favorisée par une matière première plus riche et des jus d’un travail plus facile, suivait lentement les progrès de la sucrerie indigène; le moulin à cannes était employé sans l’application de moyens destinés à soustraire la quantité énorme du sucre laissé dans la bagasse, sans aucun profit pour l’agriculture. La défécation était le procédé habituel d’épuration des vesous, combinée avec une filtration énergique sur le noir animal. Peu à peu quelques fabriques adoptaient l’évaporation dans le triple effet et la cuite dans le vide.
- Tel était l’état de la sucrerie au moment de l’Exposition de 1867.
- Depuis cette époque, on a fait l’application en grand des râpe-ries annexes, ce qui a conduit à monter des fabriques immenses travaillant les jus extraits sur le lieu de production, en laissant sur place la pulpe destinée à être rendue au cultivateur. Le grand développement que le système de M. Linard a permis de donner
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- SUCRERIE ET RAFFINERIE.
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- à la puissance de production des usines a obligé les constructeurs Gr. vi à augmenter et à perfectionner leur outillage.
- L’installation des grandes fabriques permet d’obtenir une réduction très sensible sur les frais généraux de fabrication, et, par suite, sur le prix de revient du sucre. Le travail de ces fabriques nécessitant une active surveillance, on a adjoint à chaque usine centrale un chimiste qui, par des analyses fréquentes, peut se rendre un compte exact des diverses phases du travail des jus et rechercher le remède à chaque difficulté nouvelle. On a été amené à perfectionner le mode de travail et le matériel employé, afin , d’éviter les pertes de sucre produites en fabrication ou laissées dans les résidus. On a employé avec succès la repression pour l’épuisement des pulpes de betteraves, ainsi que le lavage des écumes de carbonatation. Divers moyens ont été proposés pour éviter les entraînements de gouttelettes sucrées dans les appareils de concentration et de cuite , et pour rendre le clairçage à la turbine plus actif et plus économique. Les sucres blancs très purs ainsi obtenus ont permis d’essayer directement en fabrique le moulage des sucres, pratiqué déjà par quelques rafFmeurs.
- Mais le progrès le plus important réalisé dans l’industrie sucrière a été l’application du procédé d’extraction de M. Dombasle, perfectionné en 1864 par M. Robert et connu sous le nom de diffusion; ce procédé a pris un grand développement, surtout en Allemagne où il a obligé les fabricants à donner tous leurs soins à la culture de la betterave en vue de sa richesse saccharine.
- La création de grandes usines travaillant la canne à sucre a conduit également à un travail plus économique; l’imbibition et la repression de la bagasse sont employées actuellement dans beaucoup de fabriques. On a tenté d’appliquer à la canne le travail usité pour la betterave, soit le râpage combiné avec la pression, soit la diffusion directe de la canne ou seulement de la bagasse. L’usage du triple effet s’est généralisé, et l’on cherche de plus en plus à introduire dans les fabriques de sucre de canné tous les perfectionnements appliqués à la sucrerie indigène.
- Nous aurons à examiner par la suite chacun de ces procédés dont les résultats font actuellement de l’industrie sucrière l’une
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- Gr. vi. des plus perfectionnées de notre époque; qu’il nous soit permis ci“^2 seulement, en terminant ce rapide aperçu, de constater que l’industrie française a su se faire une noble place dans l’application de tous les progrès réalisés depuis dix ans dans la sucrerie et la raffinerie.
- Dans l’examen des machines et appareils de sucrerie et de raffinerie figurant à l’Exposition universelle de 1878, nous suivrons les différentes phases de la fabrication.
- SUCRERIE DE BETTERAVE.
- En France, la betterave est achetée au poids par le fabricant à des cultivateurs qui sont obligés de semer la graine fournie ou imposée par le fabricant; les cultivateurs étant intéressés à obtenir à l’hectare la plus grande quantité de betteraves sans s’occuper de leur richesse saccharine fournissent aux fabricants une betterave moins riche que celle obtenue facilement en Allemagne, en Autriche et en Russie, où le fabricant produit lui-même à peu près la moitié des betteraves travaillées à la sucrerie. De plus, l’impôt étant établi, en France, sur le sucre produit et non, comme en Allemagne, sur la betterave elle-même, les fabricants français ont réagi moins vivement contre la culture défectueuse de leurs fournisseurs de betteraves. Cette différence de richesse de la plante a conduit en Allemagne à remplacer depuis dix ans l’extraction au moyen de presses par la diffusion. Ce dernier mode d’épuisement y est, pour ainsi dire, le seul employé actuellement, et il tend même aujourd’hui à se généraliser en France et en Russie. Quel que soit le système d’extraction employé, la betterave amenée sur le sol de l’usine est élevée dans un lavoir au moyen d’un appareil dit élévateur; cet élévateur, composé d’une courroie sans fin armée d’augets, a été modifié par M. Gallois (France), qui a remplacé la courroie par deux chaînes métalliques sans fin, formées de parties articulées et reliées par des bandes de fer formant palettes. La betterave est débarrassée de la boue dans le laveur et rejetée au dehors par des bras qui la séparent des pierres qui pourraient
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- y être mélangées. Au lieu de l’ancien laveur à tambour de M. Cham-ponnois, auquel M. Joly avait ajouté l’épierreur, M. Colas (France) propose un laveur-épierreur caractérisé par l’emploi d’une caisse à eau à deux compartiments, séparés par une cloison n’occupant (jue la moitié de la hauteur de la caisse, et laissant un passage pour l’eau à la partie inférieure; l’eau se répand dans les deux compartiments, la betterave à laver arrive dans le premier, puis passe par-dessus la cloison dans le second compartiment, qui est fermé par une grille à la hauteur de la cloison. Un arbre vertical à palettes hélicoïdales, placé au-dessous de la grille, produit, en tournant, un violent courant d’eau entre les deux compartiments, d’où résulte l’agitation des betteraves sans que celles-ci soient touchées par les palettes. Les betteraves arrivant au-dessus de la grille sont enlevées, comme dans les lavoirs ordinaires, au moyen de bras mécaniques pour être envoyées à la râpe.
- Râpage et pression. — On emploie généralement la râpe à cylindre tournant, armé de lames de scies, contre lequel des sabots mus mécaniquement appuient la betterave, ou bien la râpe Cham-ponnois à cylindre fixe, présentant une capacité formée de lumières terminées par des lames de scies, avec arrivée intérieure des matières à râper, et munie de bras tournants qui projettent la betterave contre les lames de scies pour sortir râpée par les lumières.
- Le pressin obtenu est alors soumis à l’action des presses.
- On a conservé, dans beaucoup de fabriques françaises, l’ancien mode de travail consistant à mettre le pressin en sacs, puis à soumettre ces sacs, empilés et séparés par des claies en fer, à une pression préparatoire au moyen de presses à vis, à vapeur, ou bien hydrauliques à mouvement rapide; de là les piles de sacs sont reformées sur le plateau d’une presse hydraulique à pression lente et puissante. L’eau de pression des presses est fournie au moyen d’un système de pompes d’injection. MM. Cail, Halot et G'° (Belgique) ont exposé un buffet de quatre pompes d’injection à double piston et à pression constante. En Russie, où chaque presse est soumise par le gouvernement à un droit d’accise, on a supprimé Classe f) >. a
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- Gr. VI. la presse préparatoire; un carrousel à plateau tournant est disposé pour charger de pressin les claies qui doivent garnir la presse ; au lieu des sacs employés dans les sucreries françaises, chaque claie reçoit une serviette dont les bords sont simplement rabattus sur le pressin ; ceô serviettes, posées sur les claies, viennent se présenter successivement sous une trémie distribuant la pulpe et disposée pour régler la charge de chaque serviette; les claies sont alors empilées sur un prolongement du plateau inférieur de la presse proprement dite, où se produit un premier égouttage. La presse hydraulique est plus puissante. MM. Lilpop, Rau et Lowen-stein (Russie) ont présenté une presse de ce système connue sous le nom de presse Walkoff; la manœuvre de l’ensemble des claies est facilitée en remplaçant le simple treuil par un piston hydraulique actionnant les chaînes de traction du chariot porte-claies; cette presse est complétée par un système de quatre pompes d’injection permettant d’obtenir pendant la montée du piston quatre pressions successives de plus en plus puissantes.
- Le travail des presses hydrauliques est intermittent; il nécessite un personnel nombreux et un outillage de sacs et de claies d’un entretien très onéreux. Déjà, en 18Ù7, M. Lecomte avait essayé de disposer sur le plateau inférieur de la presse hydraulique une caisse filtrante recevant mécaniquement des charges de pressin séparées par des claies, et dont le déchargement se faisait également mécaniquement. MM. Lallouette et Alexander, de concert avec MM. Lecointe et Villette (France), ont modifié cette presse; elle consiste actuellement en une caisse filtrante, formée de barreaux en fonte recevant intérieurement la surface filtrante et consolidée extérieurement par des nervures ou traverses en fonte. Par ce moyen, on rend faciles la visite et le nettoyage de la surface filtrante et l’on évite les causes de rupture. Cette caisse est posée sur un socle, à travers lequel monte le plateau inférieur d’une presse hydraulique ordinaire; le pressin est mis en couches séparées par de simples serviettes. La fermeture de la caisse est obtenue par un bloc mobile dont une partie rentre dans le sommier supérieur de la presse, et qui sert en même temps de conduit pour l’arrivée du pressin, dont la quantité est réglée au moyen
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- d’un distributeur mécanique placé au-dessus du sommier supérieur de la presse disposé à cet effet.
- MM. Cail, Halot et C10 (Belgique) ont exposé une presse du même système avec caisse filtrante à panneaux en tôle perforée, s’appuyant sur un coffre formé de barreaux retenus par un grillage en fonte; cette caisse est solidaire de la gouttière d’écoulement du jus, et vient, lors de la pression, s’appuyer contre le plateau supérieur de la presse avec un joint en caoutchouc; le piston hydraulique fait alors pénétrer le plateau inférieur dans la caisse filtrante; deux petits pistons hydrauliques appliquent la caisse filtrante contre le sommet supérieur de la presse pendant la pression et facilitent le déchargement en abaissant la caisse proprement dite. M. Andry (Belgique) a modifié la presse hydraulique ordinaire pour la transformer en presse à coffre ; la fermeture de la caisse est obtenue au moyen d’un bloc mobile à galets ; le piston hydraulique pénètre dans la caisse formée de panneaux filtrants à enveloppe pleine, avec disposition d’injection d’eau ou de vapeur pour le nettoyage, et moyen mécanique pour assurer le décollage du bloc supérieur après la pression. M. Bonnaire (France) utilise également un corps de presse ordinaire avec tirants et sommiers, dans l’intervalle desquels il place un cylindre filtrant mobile autour d’un axe; une disposition de mouvement permet à ce cylindre de venir en dehors de la presse pour le chargement et le déchargement; lorsque ce cylindre est chargé de matière à travailler, il est placé sur la presse hydraulique; ce cylindre fait joint avec le sommier et reçoit la préssion du piston hydraulique. M. Quennesson (France) a multiplié la surface d’écoulement du jus dans les presses à coffre, en ajoutant une série de tubes perforés noyés dans le pressin.
- Quelques essais ont été faits pour appliquer le filtre-presse à l’extraction du jus, combiné avec une pompe à forte pression.
- Divers systèmes de presses continues ont été proposés pour obvier à la pression intermittente des presses hydrauliques. M. Pec-queur, dès l’année 1836, indiqua une presse continue à cylindres, qui a servi de base à beaucoup d’inventeurs. Elle était formée de deux cylindres recouverts d’une toile métallique flottante entre les-
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- Gr. VI. quels était laminé le pressin refoulé par une pompe dans une en-veloppe entourant les deux cylindres; le pressin s’essorait d’abord contre les cylindres qui l’entraînaient ensuite et le rejetaient au dehors; on obtenait une pression graduée, énergique et continue.
- L’industrie ne pouvait pas encore livrer une surface filtrante résistante; de là des essais infructueux.
- Plus tard, M. Colette (France) substitua à la toile une tôle perforée et ajouta sur la sortie de pulpe des cylindres presseurs.
- M. Champonnois (France) dispose, enroulé sur les cylindres proprement dits, en fonte, et percés de trous, un fil triangulaire en cuivre assurant au jus extrait un dégorgement facile de l’extérieur à l’intérieur; le fil est placé dans une rainure en hélice creusée sur les cylindres, et des dispositions spéciales permettent de rattraper l’allongement des fils.
- Les cylindres sont inclinés à 45°pour faciliter l’écoulement des jus.
- L’essorage du pressin a été tenté au moyen d’autres dispositions. La presse de M. Cuvelier (France) est caractérisée par l’entraînement du pressin entre deux surfaces planes circulaires parallèles et filtrantes, au moyen de bras en bronze prenant le pressin refoulé par une pompe à la périphérie et l’obligeant à sortir par une ouverture centrale fermée par une soupape à ressort.
- Dans la presse de M. Piéron (France), le pressin déversé par une trémie, ou refoulé par une pompe, arrive dans une capacité cylindrique filtrante dans laquelle il est entraîné et comprimé au moyen d’une hélice.
- M. Larochaymond (Belgique) produit l’entraînement du pressin entre deux plateaux horizontaux, à surfaces inclinées Tune par rapport à l’autre, créant une pression graduée; le plateau inférieur est mobile et filtrant, le plateau supérieur est fixe et non filtrant; une enveloppe formée par les rebords de ce dernier plateau empêche la pulpe de s’échapper latéralement.
- Enfin M. Casalonga (France) introduit la pulpe entre deux cylindres, dont l’un est intérieur à l’autre; ces deux cylindres sont filtrants, et leur vitesse est réglée de manière à éviter tout glissement de la pulpe sur les surfaces d’entraînement.
- Aujourd’hui les fabriques françaises emploient ordinairement
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- les presses continues en première pression ; la pulpe est alors additionnée d’eau et soumise à une deuxième pression, soit dans des presses continues, ou bien dans des presses hydrauliques à coffre, dont nous avons parlé plus haut.
- L’inconvénient le plus grave des presses continues que nous venons d’examiner est le mélange au jus de pulpes folles que la surface filtrante métallique ne permet pas d’éviter; aussi leur emploi a-t-il nécessité l’adjonction de tamis pour le jus.
- Le nettoyage constant des tamis à secousse employés tout d’abord à cet usage a conduit M. de Loynes (France) a une disposition de filtre épulpeur consistant en un cylindre horizontal filtrant, plongé jusqu’au-dessus de son axe dans une cuve d’arrivée de jus à purifier; ce cylindre, en tournant, éloigne les pulpes tout en laissant passer le liquide filtré, le mouvement de rotation assurant le nettoyage de la surface extérieure du cylindre; le liquide filtré sort naturellement par l’arbre creux du cylindre, et une pompe extrait les dépôts qui se forment dans la cuve d’arrivée.
- MM. Mesnard et Cail (France) disposent le cylindre filtrant rotatif verticalement dans la cuve fixe d’arrivée de jus à purifier.
- Un joint placé entre le panier ou cylindre filtrant et la cuve permet d’agir à l’abri de l’air; par une disposition mécanique, on peut faire basculer au dehors le cylindre filtrant pour en opérer le nettoyage ou la visite.
- Une pompe enlève les résidus laissés dans la cuve fixe.
- MM. Mariolle frères (France) placent le panier filtrant vertical et fixe dans une cuve extérieure en fonte; le jus arrive dans le panier au travers duquel il filtre, et le dépôt qui se forme sur la surface intérieure du panier est enlevé au fur et à mesure au moyen de palettes montées en hélice sur un arbre vertical, placé dans l’axe du panier; la surface filtrante est nettoyée à l’extérieur par une brosse rotative.
- M. Bowing (Angleterre) a appliqué le filtre-presse à l’épuration des jus; ce sont des plateaux circulaires non filtrants, avec tissu, filtrant, placé entre les plateaux et servant d’écoulement aux jus extraits; le liquide sortant par capillarité possède une pureté très grande.
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- Pour éviter l’entraînement des pulpes folles dans les jus, MM. Manuel et Socin (France) ont proposé une presse continue consistant en une toile sans fin recevant le pressin, et le conduisant entre deux séries de cylindres superposés, réglés au moyen de ressorts, de manière à produire une pression graduée; les cylindres supérieurs sont pleins, tandis que les cylindres inférieurs sont filtrants; la toile est en poil de chèvre, dont les parties flottantes tamisent le jus extrait et retiennent les pulpes folles; un tendeur formé d’une corde enroulée en hélice, moitié à droite et moitié à gauche, du milieu à chaque extrémité du cylindre conducteur de la toile, produit une tension égale sur toute la largeur de cette toile.
- Enfin un ensemble de grattoirs à contrepoids, de tuyaux injec-teurs d’eau entre les cylindres presseurs, de batteurs et de nettoyeurs de la toile assurent le fonctionnement de la presse.
- M. Tissot (France) dispose l’arrivée du pressin entre deux toiles sans fin qui viennent passer successivement entre deux séries de cylindres pleins chevauchant, et finalement entre deux cylindres cannelés laissant échapper le jus; chaque toile est formée d’une toile grossière en crin, servant d’appui à une toile plus fine.
- La presse est complétée par des tendeurs, nettoyeurs, etc.
- Diffusion. — En Allemagne, comme nous l’avons déjà dit, le mode d’impôt et la richesse de la betterave ont conduit au mode d’extraction par la diffusion; ce procédé a été rendu pratique par M. Robert de Seelovitz qui, dès l’année 186à, indiquait la température la plus favorable pour réchauffement des cossettes en vue d’assurer un épuisement complet et des jus purs.
- D’une manière générale, la betterave nettoyée est divisée en lamelles de faible épaisseur au moyen d’un coupe-racines horizontal recevant un certain nombre de boîtes mobiles où sont fixés les couteaux; la disposition de ces derniers est variable et permet d’obtenir tantôt de simples tranches, tantôt des lamelles angulaires dont la diffusion est plus rapide, et qui, parleur forme meme, évitent le tassement dans les diffuseurs.
- Les 1 amelles sont ensuite conduites, par une gouttière très in-
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- clinée, dans une série de vases clos, en nombre variable, consti- Gr. yi. tuant une batterie de diffuseurs; elles y reçoivent successivement et méthodiquement l’action de jus de plus en plus faibles, jusqu’à épuisement complet par l’eau.
- Les jus sont chauffés, entre leur passage cl’un diffuseur à l’autre, dans un appareil tubulaire dit calorisateur.
- Les lamelles épuisées sont ensuite séparées de leur eau, partie dans le diffuseur même au moyen d’air comprimé, et partie en dehors après la vidange des diffuseurs, dans des presses continues connues sous le nom de presses Kluzemann, formées d’un cylindre en tôle perforée où se meut une vis à pas hélicoïdal et à moyeu conique.
- M. Haase (Autriche) expose une presse à cossettes épuisées, comprenant deux cylindres tournant dans le même sens, dont l’un intérieur est plein et tourne dans le plus grand qui est filtrant; ces deux cylindres ont un mouvement de rotation tel que la cossetle est entraînée et pressée entre deux surfaces ayant une vitesse circonférentielle égale. C’est là un avantage important sur la presse Kluzemann, car on évite ainsi de briser les cossettes, et les eaux obtenues sont moins chargées de matières organiques. Cet avantage se retrouve également dans une presse à deux plateaux cônes qui tend à se répandre beaucoup actuellement. Quant à la disposition de la batterie de diffuseurs, à leur capacité, à leur forme et à leur nombre, ils sont très variables.
- M. Jélinek (Autriche) indique une batterie de diffuseurs placés suivant un demi-cercle, avec un ensemble d’installation permettant d’obtenir une grande simplification dans le chargement, le déchargement, les tuyauteries et soupapes.
- Souvent les diffuseurs sont disposés tout à fait en cercle; dans ce cas, afin d’abaisser le coupe-racines par rapport aux diffuseurs, la Société par actions des ateliers de construction de machines à,
- Prague (Autriche) construit un système de diffusion rotative; la batterie de neuf diffuseurs coniques, en tôle, d’une contenance de 16 hectolitres, est montée sur une plaque tournante à galets qui présente successivement chaque diffuseur sous le coupe-racines, et devant un wagonnet ou trémie de décharge.
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- Les diffuseurs reçoivent l’eau et les jus faibles au moyen de conduites placées au centre de la batterie et reliées avec chaque diffuseur par des tuyaux tournant sur ces conduites. Les cuves sont disposées avec une ouverture supérieure de grand diamètre, munie d’un eouvercle à contrepoids; la vidange des cossettes se fait par une porte latérale. La fermeture des portes est assurée par un tuyau en caoutchouc dans lequel on introduit de l’eau sous pression au moyen d’un jet de vapeur. La plaque recevant les diffuseurs reçoit un mouvement de rotation soit continu, soit intermittent; une disposition ingénieuse de transmission intermédiaire permet de faire varier la vitesse de rotation de la batterie.
- L’ensemble de cet appareil est assez compliqué et la réparation de la tuyauterie intérieure très difficile; de plus, la vidange sur le côté, par suite de l’état peu fluide des cossettes, ne permet pas l’emploi de l’air comprimé, ce qui rend le travail des presses plus pénible. La forme des diffuseurs usités est généralement cylindrique, avec partie filtrante pour les jus, placée sur le bas du cylindre et sur le fond de la porte inférieure. On a bien essayé des vases coniques ou cylindro-coniques, mais sans résultats nouveaux.
- Quant à la capacité, elle est très variable. En Autriche et en Russie, où l’impôt est établi sur la capacité même des diffuseurs, on emploie des vases très petits (environ 5 hectolitres), entièrement cylindriques, peu hauts pour éviter le tassement des cossettes et assurer un épuisement suffisant.
- Gomme il v a intérêt à faire le plus grand nombre de diffuseurs dans un temps donné, avec une même batterie, on a dû obtenir une fermeture rapide des portes de vidange, au moyen soit d’une disposition mécanique, soit par l’emploi d’un piston hydraulique. En Allemagne, on a conservé des vases de dimensions moyennes (environ i5 à 20 hectolitres), l’impôt étant établi sur la quantité de betteraves travaillées; néanmoins il y a tendance à réduire ces dimensions. En France, où la diffusion a été essayée tout d’abord, mais sans succès, ce procédé a pris depuis peu un grand développement, grâce aux efforts constants de M. F. Quarez; les diffuseurs ont une capacité très grande relativement à ceux employés dans
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- les autres pays, clans le but d’augmenter l’épuisement, vu la qualité inférieure de la betterave.
- Quelques essais ont été faits pour opérer la diffusion dans un vase unique et d’une manière continue; mais jusqu’ici cette méthode ne s’est pas développée, les jus obtenus étant plus dilués et leur quantité plus grande, ce qui rend difficile le travail subséquent de la fabrique.
- Les principaux avantages de la diffusion consistent clans l’économie de main-d’œuvre et la suppression d’outillage de l’atelier des presses; le travail des jus est plus facile et le rendement en sucre supérieur à celui donné par l’extraction au moyen de la pression. Quant à la pulpe de diffusion, elle est acceptée facilement parles cultivateurs pour la nourriture de leurs bestiaux; si, à poids égal, elle renferme plus d’eau que la pulpe des presses, par contre, à quantité égale de matières sèches, la pulpe de diffusion est plus riche en matières azotées.
- Epuration des jus. — Le procédé de double carbonatation de Pé-rier et Possoz est actuellement le plus répandu; l’outillage a été beaucoup perfectionné par suite de l’établissement des grandes fabriques centrales; le contrôle chimique a permis d’en retirer tous les avantages indiqués par leurs inventeurs. SVL Perret (France) a exposé un dessin de four à chaux à capacité cylindrique et à fond formé par une grille tournante, ainsi qu’un modèle de son décan-teur méthodique déjà indiqué à l’Exposition de 1867. La filtration des écumes au moyen des filtres-presses de Rite et Needham, perfectionnés par Danek et Trincks, est devenue d’un emploi général; la filtration directe des jus et écumes supprimant la décantation a été introduite dans les fabriques centrales. La construction des anciens filtres-presses a été perfectionnée par MM. Farinaux et G10 (France); les plateaux sont suspendus non plus sur les côtés, mais au moyen d’un anneau fixé en leur milieu et tenant à une traverse horizontale; le serrage est obtenu par l’emploi de deux vis avec volants distincts. Les mêmes inventeurs remplacent également la suspension par anneau par des galets montés sur un arbre transversal. Ces galets peuvent rouler sur deux rails longi-
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- Gr. VI. tudinaux fixés au bâti du filtre-presse. En mettant une simple clef
- sur l’une des extrémités carrées de l’arbre transversal, on produit Cl 52 A
- très facilement d’une seule main le mouvement de translation de
- chaque plateau, ce qui facilite le déchargement des tourteaux.
- Nous signalerons le filtre-presse de M. Danchell (Angleterre) à cuve fermée où l’on refoule la matière à purifier; dans cette caisse sont placés des cadres formés de tuyaux perforés logés dans un sac de tissu pelucheux à travers lequel le jus purifié passe pour sortir par les tuyaux.
- M. Leblanc (France) expose un appareil semblable où les cadres filtrants plongent également dans une cuve fermée qui reçoit le liquide à purifier.
- Evaporation des jus. — Les jus, après avoir été filtrés sur une quantité de noir variable suivant le mode d’épuration, sont ensuite concentrés. Les anciens appareils à air libre ont été perfectionnés, bien que leur usage tende à disparaître. M. Chenailler (France) a combiné le chauffage à la vapeur au travers des surfaces et l’évaporation par contact de l’air ambiant, en disposant des arbres horizontaux munis de lentilles tournant dans un bassin qui contient le liquide à évaporer. Les lentilles, dans lesquelles circule de la vapeur, portent sur leurs faces extérieures des godets qui s’emplissent en plongeant dans le liquide, et déversent ensuite leur contenu sur la surface des lentilles.
- MM. Buchanan et G'° (Angleterre) ont exposé un appareil système Wetzell à tubes horizontaux soudés reliant deux calottes, et recevant la vapeur de chauffe, qui montre un mode très simple de cornières et boulons pour l’assemblage des plaques tubulaires et des calottes demi-sphériques; sur ces calottes sont disposés des godets relevant le jus traité et le répandant sur les calottes qui reçoivent .une partie renversée augmentant l’action de l’appareil.
- Une soupape à contrepoids est placée sur l’arbre creux formant arrivée de vapeur.
- L’application de l’appareil à triple effet chauffé par les vapeurs perdues de l’usine, en combinaison avec une pompe à air, a permis de réaliser une grande économie de combustible; aussi l’em-
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- ploi s’en est-il généralisé très rapidement. L’appareil primitif de Gr. vi. Rillieux a été modifié par divers constructeurs.
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- La Compagnie de Fives-Lille (France) expose un appareil montrant les perfectionnements les plus récents; il se compose de trois chaudières verticales tubulaires différentielles, à distribution circonférentielle de vapeur, au moyen d’une enveloppe extérieure à chaque chaudière, permettant une répartition de vapeur uniforme; il existe dans l’intérieur des chaudières un tube central de grand diamètre, qui, combiné avec la distribution circonférentielle de vapeur, détermine une active circulation des jus et un renouvellement continu des contacts. Les chaudières portent un système de ' robinets de communication de jus et de vapeur tel qu’il se prête au travail à double effet de la première chaudière avec la deuxième ou avec la troisième, ce qui permet de faire sans arrêt le nettoyage successif des deux dernières chaudières. Les vapeurs ammoniacales sont prises en trois points au-dessus de chaque plaque tubulaire supérieure des deux dernières chaudières, afin d’éviter à la partie supérieure des caisses tubulaires un séjour prolongé de ces vapeurs qui rongent les tubes et diminuent la surface de chauffe active.
- L’appareil est muni :
- i° D’un aspirateur de jus destiné à l’alimentation de la première chaudière et fonctionnant par le vide de la première ou de la deuxième chaudière suivant les besoins;
- 2° D’un condenseur tubulaire réchauffeur, avec vase de sûreté servant à amener les jus froids à une température de 35 à Ao° centigrades, par la condensation d’une partie des vapeurs sortant de l’appareil à triple effet;
- 3° D’un condenseur à injection conique, destiné à compléter la condensation des vapeurs de la troisième chaudière, et dont la disposition permet l’emploi d’eau plus ou moins propre ;
- . li° D’un vide-sirops placé en contre-bas de la troisième chaudière, et qui sert de réservoir d’aspiration à une pompe disposée pour élever les sirops sur les filtres à noir;
- 5° D’un système de pompe à air horizontale à double effet pour le service du condenseur, lequel système conduit en outre une pompe aspirant dans le vide-sirops, et une pompe destinée à ex-
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- Gr. VI. traire les eaux de retour de la deuxième et de la troisième chau-dière ; cette dernière pompe est à double effet et agit à simple effet sur chacune des deux dernières chaudières.
- La pompe à sirops et la pompe à eaux de retour sont à clapets mus mécaniquement pour assurer leur fonctionnement.
- Les eaux de condensation de la première chaudière, mélangées avec tout ou partie des eaux extraites des deuxième et troisième chaudières, servent à l’alimentation des générateurs, le surplus pouvant être employé au lavage des noirs de la fabrique.
- L’appareil d’évaporation de MM. Cail et Halot (Belgique) à chaudières verticales différentielles présente pour l’arrivée de vapeur un gousset circulaire, entourant le quart de chaque chaudière, et la répartition de la vapeur s’opère au moyen de cloisons de circulation placées dans l’intérieur des faisceaux tubulaires munis également d’un tube central.
- Les vases de sûreté sont placés directement sur les chaudières, et les vapeurs ammoniacales sont prises en dessous de la plaque tubulaire supérieure.
- Afin d’éviter les pertes résultant de l’entraînement des .gouttelettes sucrées par les vapeurs, on a disposé, entre la dernière chaudière et le conduit allant à la pompe à air, un vase horizontal à tôles perforées du système Hodeck.
- Enfin l’appareil d’évaporation de la Société royale de construction d’Amsterdam est semblable comme principe aux précédents; les eaux de retour sont envoyées à la pompe à air et perdues; le condenseur est à double injection d’eau, et la pompe à air d’une grande simplicité.
- Concentration des sirops. — Les sirops provenant de l’évaporation, après avoir été filtrés, sont envoyés dans une chaudière à cuire dans le vide.
- M. Hittorff (Belgique) a proposé d’ajouter pendant la cuite une addition d’acide sulfureux liquide produit par un appareil de son système.
- MM. Cail et C'c (France) ont exposé une chaudière à cuire dans le vide, munie de quatre serpentins combinés avec une disposition
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- de calottes et de robinets permettant d’alimenter à volonté un ou Gr. VI plusieurs serpentins soit avec de la vapeur directe, soit avec des va-peurs d’échappement. Le vase de sûreté est placé directement sur la chaudière.
- MM. Lecointe et Villette (France) ont appliqué à la chaudière à cuire le vase Hodeck dont nous avons déjà parlé; de plus ils indiquent une disposition de soupape de vidante qui, au lieu de glisser sur le fond de la chaudière, peut basculer, et est maintenue par une vis avec volant de serrage destinée à assurer une fermeture hermétique; une vanne placée sur le bouchon de vidange produit l’écoulement de la masse cuite sans nécessiter l’ouverture de la soupape, lorsqu’on cuit les sirops de deuxième ou Iroi— sième jet.
- Les héritiers Carion-Delmotte (France) ont conservé la soupape à glissières horizontales, mais une disposition spéciale permet, cette soupape étant en place, de la serrer sur son siège au moyen d’un levier, pour en assurer la fermeture.
- Les pompes à air exposées sont horizontales, à double effet, sauf la pompe barométrique de M. Leblanc.
- Clairçage. — La masse cuite obtenue dans la chaudière à cuire est envoyée dans les appareils à force centrifuge, soit directement, soit après un refroidissement préparatoire destiné à augmenter la formation du grain.
- Divers constructeurs ont exposé des essoreuses Rohfls et Seyrig, à mouvement en dessus ou en dessous * et dont la construction a été plus ou moins améliorée; nous signalerons seulement l’application d’un moteur rotatif placé directement sur le prolongement de l’arbre du tambour; le moteur employé est du système West à six cylindres agissant sur un plateau cône incliné.
- MM. Cail et 0° (France) ont exposé un ensemble de quatre centrifuges système Weston et Cail, avec tambour suspendu par le haut, cuve en tôle et partie mobile dans le tambour pour la vidange du sucre turbiné à la partie inférieure du centrifuge; la suspension est élastique, permettant au tambour de prendre un mouvement régulier malgré les inégalités de la charge.
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- L’ensemble des centrifuges est surmonté d’un bac malaxeur recevant la masse cuite; à chaque turbine correspond un tuyau en relation avec le malaxeur, et fermé au moyen d’un registre que l’ouvrier manœuvre à la main; une fois la quantité de masse cuite nécessaire introduite dans la turbine, on ferme le registre, et on fait basculer au-dessus une sorte de cuiller empêchant tout écoulement subséquent de masse cuite pendant le turbinage.
- Afin d’éviter en partie la perte de sucre résultant de l’emploi de clairce liquide et de la vapeur directe dans le turbinage, M. Koerting (France) se sert d’un mélange d’air et de vapeur combinés, produit dans un appareil spécial qui alimente plusieurs centrifuges à la fois.
- Cet appareil comprend un injecteur à vapeur directe avec addition facultative de vapeur cl’échappement, aspirant une certaine quantité d’air préalablement lavé et le refoulant dans un récipient; le mélange de vapeur et d’air, formant une sorte de brouillard, est envoyé sous faible pression dans les cuves des centrifuges fermées au moyen d’un couvercle mobile à la main. La température du mélange d’air et de vapeur est constatée par un thermomètre placé sur le récipient et dont les indications permettent facilement de déterminer, pour une marche régulière, l’ouverture des robinets d’eau et de vapeur.
- MM. Cossé, Duval et G1C (France) emploient pour le clairçage de la vapeur sèche qui arrive dans le couvercle de centrifuge; ce couvercle est disposé pour retenir et évacuer l’eau de condensation provenant de la détente de la vapeur à son entrée dans le centri-fuge.
- Le sucre turbiné est mis en sac; M. Cartier (France) a exposé un système d’ensachoir et de chariot collecteur, avec trémie à ouverture verticale; le chariot est à double bavette, évitant la perte du sucre et les taches au sac.
- Traitement du noir. — L’emploi du noir en grains a été beaucoup diminué depuis l’application du procédé Périer et Possoz. Par suite de son contact avec les jus et les sirops, le noir absorbe la chaux et les matières organiques. Ordinairement on le soumet
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- à une calcination au rouge sombre, appelée revivification, après l’avoir d’aborcl lavé dans un appareil spécial.
- On a proposé de supprimer cette revivification qui détruit une partie du noir et de la remplacer par un traitement sous pression à l’eau ammoniacale, et même par de simples lavages à l’eau faiblement acidulée; ce dernier procédé, très économique, est employé avec succès dans deux grandes fabriques centrales.
- Le noir est ordinairement lavé dans des lavoirs à palettes qui ont l’inconvénient de briser les grains; le lavoir de M. Schreiber (France) tend à supprimer la perte qui en résulte.
- Le noir à laver est mis dans un cylindre tournant, plongeant en partie dans l’eau; ce cylindre est muni de palettes qui font corps avec lui, et qui enlèvent le noir et le laissent retomber dans l’eau; à la suite du lavoir proprement dit est un cylindre filtrant essorant le noir lavé.
- M. Rudski (Russie) indique un lavoir genre Kluzemann formé d’une série d’augets dans lesquels se meuvent des palettes terminées par un caoutchouc afin d’éviter toute détérioration du noir lavé.
- Nous trouvons exposés plusieurs fours à revivifier bien connus : le four tournant de M. Ruelle (France) à foyer fixe et à deux rangées concentriques de tuyaux, avec dispositions mécaniques pour permettre de vider automatiquement les tuyaux et de régler également la quantité de noir qui doit être extraite de chaque tuyau pour un tour de l’appareil;
- Le four de MUe Biaise (France) à tuyaux horizontaux servant de séchoir, et cornues verticales de revivification et de refroidissement avec dispositions mécaniques pour la vidange ;
- Le four de M. Millier (France) avec séchoir à trémies successives l’arrivée d’air, et soupapes à glissières pour la vidange.
- Le four de M. Rudski (Russie) est à cornues verticales avec tuyau intérieur percé de trous pour le dégagement des gaz produits pendant la revivification du noir.
- M. Schreiber (France) a ajouté à son ancien four à cornues verticales de revivification, et cornues inclinées servant de rafraîchis--soir, terminées par des cylindres de vidange, un séchoir formé par
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- Gr. VT. une superposition de trémies d’écoulement avec ouvertures laté-raies pour la sortie des vapeurs d’eau; de plus les tuyaux de revivification sont ondulés, afin de forcer le noir à changer de direction, et à se mélanger continuellement pendant son passage dans le four.
- Moulage des sucres. — Les sucres bruts produits en fabrique sont vendus aux ralfineurs; suivant leur qualité, ils sont refondus, traités par la clarification au noir et au sang, puis filtrés et soumis à la cuite en grain fin. La masse cuite, convenablement préparée, est versée dans des formes coniques qui subissent le travail des elairces successives, de la sucette et d’un étuvage de plusieurs jours. L’usage du sucre cassé en morceaux réguliers a conduit à rechercher la production du sucre raffiné en formes plus économiques au point de vue du sciage et du cassage des pains.
- On a essayé des formes à section rectangulaire, avec des cloisons les séparant en plusieurs compartiments, ainsi que des formes pyramidales à section carrée terminées par une tête en forme conique ordinaire. Puis on a (enté de remplacer le travail si coûteux des greniers, tant par l’outillage compliqué que par la main-d’œuvre et la durée du temps qu’il nécessite, par un travail rapide en supprimant les formes.
- Le centrifuge a été alors disposé pour produire des sucres moulés claircés à la turbine même; le passage à l’étuve durait douze à quinze heures au plus ; on pouvait obtenir par ce procédé un bloc de sucre très favorable au cassage.
- Le moulage a été essayé également au moyen de presses de divers systèmes.
- L’installation de ces nouveaux procédés de moulage, très peu coûteux relativement à l’ancienne méthode de raffinage en pains, a séduit quelques fabricants qui, produisant eux-mêmes un sucre blanc très pur, ont cherché à mouler directement leurs produits, et aujourd’hui des essais nombreux sont faits pour introduire le moulage en fabrique.
- Les appareils exposés peuvent être employés au moulage des sucres bruts comme des sucres raffinés.
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- La turbine système Mérijot (France) est destinée à produire des Gr. VI.
- blocs de sucre aggloméré; à cet effet la masse cuite est mise dans
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- des sortes de cadres ou formes dans lesquelles la cristallisation
- s’acbèvc en quelques heures; ces formes, destinées à être placées dans la turbine, n’ont que quatre côtés pleins, les deux côtés correspondant à l’intérieur du tambour de la turbine n’existant pas.
- Lorsque la masse cuite est prise dans ces formes, celles-ci sont mises dans le centrifuge, en disposant entre elles des coins en bois pour les assujettir.
- Le clairçage se fait par un mélange d’air et de vapeur produit par un robinet d’arrivée de vapeur.
- La turbine est disposée avec un régulateur rétablissant l’équilibre lorsque la charge est mal répartie; elle reçoit un couvercle mobile au moyen d’un contrepoids.
- M. Frémeaux (France) dispose également le panier du centrifuge pour recevoir des formes prismatiques à tissu filtrant; le panier et la cuve du centrifuge ont des directrices permettant la sortie immédiate de la mélasse extraite; on règle très facilement le clairçage par l’examen de la mélasse sortant de la turbine.
- M. Revnaud (France) place dans le panier de la turbine une toile recevant des petites cloisons verticales et horizontales, qui déterminent des compartiments dans lesquels le sucre se moule en plaques ou en morceaux; ces toiles sont formées de six segments pour permettre leur mise en place dans la turbine avec coins en bois assurant le serrage des segments entre eux.
- M. Langen (Belgique), au lieu de formes prismatiques placées dans la turbine et donnant des blocs de sucre aggloméré, dispose les formes avec des cloisons horizontales ou verticales permettant d’obtenir des plaquettes de sucre. Ces formes étant ensuite portées à l’étuve, le retrait produit par l’étuvage rend le démoulage facile.
- Des dispositions ingénieuses facilitent Remplissage des formes qui sont d’abord soumises à l’action de tables à claircer spéciales, avant leur mise à la turbine 011 s’achève l’extraction de la mélasse.
- Dans le moulage à la turbine, le sucre obtenu conduit à un ou deux sciages, suivant la forme employée, avant de procéder au cassage du sucre en morceaux réguliers; de plus, il subsiste tou-Classo 5 2.
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- Gr. VI. jours deux faces qui sont courbes, suivant la forme même du tambour de centrifuge; on n’évite donc qu’en partie le déchet dû à la forme du pain conique et la poudre de sciage.
- On a recherché un mode de moulage par pression dans une forme parfaitement régulière, et dont le produit serait directement cassé; mais ce moulage par pression abaissant la nuance du sucre, il a fallu disposer la turbine pour claircer davantage, sans augmenter la perte de sucre.
- M. Reischauer (France) emploie un centrifugea mouvement en dessous, dont le tambour reçoit un sac en fil de chanvre, dans lequel on met la masse cuite à claircer; un tambour intérieur, concentrique au premier, et perforé de petits trous, permet de régler la distribution de la masse cuite, puis d’effectuer le clairçage à la clairce pure à la fin de l’opération. On turbine d’abord comme à l’ordinaire pour chasser la mélasse; le sucre étant bien purgé, on ralentit le mouvement de la turbine de façon à laisser tourner très doucement, et on introduit la clairce pure qui se répartit également dans toute la masse de sucre, par capillarité, en produisant un effet analogue à celui obtenu dans les pains de sucre fabriqués en forme. On remet alors la turbine en marche, et l’on arrête le turbinage en ayant soin de laisser au sucre l’humidité convenable pour le moulage qu’il doit subir en sortant de l’appareil; à la fin de l’opération, le déchargement de la turbine s’opère d’un seul coup par l’enlèvement du sac qui est vidé directement dans la trémie alimentant la presse à mouler; des arbres à palettes, placés à la partie inférieure de cette trémie, assurent le mélange homogène du sucre et sa distribution régulière dans une série d’alvéoles de volume convenable existant sur la périphérie d’un cylindre animé d’un mouvement de rotation intermittent; chaque mouvement du cylindre a pour effet de présenter une de ces alvéoles remplie de sucre en face d’un piston qui opère la compression et transforme le sucre en lingot de forme correspondant à l’alvéole. Le mouvement de rotation continuant, chaque alvéole contenant son lingot vient se présenter devant le piston qui pousse le lingot hors de la machine sur une tablette en bois pouvant recevoir un certain nombre de lingots. Les tablettes ainsi chargées sont mises à l’étuve
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- pendant dix à douze heures, et les lingots peuvent alors être cassés Gr. VT. en morceaux réguliers et être livrés à la consommation.
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- MM. Lilpop, Rau et Lowenstein (Russie) ont exposé une presse à mouler comprenant un plateau horizontal tournant, mû par encliquetage, et offrant successivement des alvéoles de la forme du lingot à obtenir à une trémie d’emplissage ; ces alvéoles, remplies de sucre en poudre humide, reçoivent l’action d’un piston compresseur animé, lors de son relèvement, d’un léger mouvement transversal, afin de faciliter le décollage du sucre avec le piston; un piston semblable opère la sortie du lingot de l'alvéole.
- Sciage et cassage du sucre. — Le pain de sucre de forme conique est d’abord débité en rondelles au moyen de scies circulaires ou de scies à lame sans fin; puis les rondelles sont divisées en lingots par des scies circulaires. M. Gentil (France) dispose les scies circulaires sur un arbre porté par une table à chariot mû à la main recevant les rondelles; en rapprochant les scies, un appareil semblable permet de diviser les lingots en morceaux. On obtient ainsi des morceaux de sucre sciés sur les six faces , d’un aspect amorphe; ce procédé conduit à la production d’une grande quantité de sucre en poudre d’un écoulement très difficile pour les casseurs de sucre.
- M. François (France) a exposé un casse-sucre formé d’une série de couteaux fixes sur lesquels on dispose le lingot qui reçoit alors successivement l’action de couteaux mus par des touches placées en hélice sur le cylindre qui les actionne.
- M. Tovany (France) dispose, sur la même table, une scie circulaire découpant le pain de sucre conique ordinaire en rondelles, puis une trémie conduisant les rondelles devant une série de scies circulaires débitant les rondelles en lingots, et enfin un casseur à lames produisant le sucre en morceaux. Le casseur est mû mécaniquement ou à la main.
- La lingoteuse de M. Scheibler (France) supprime l’action de l’ouvrier sur le chariot présentant les rondelles aux scies circulaires; cette lingoteuse est formée de deux tambours sur lesquels sont enroulées un certain nombre de courroies étroites, en cuir, animées
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- Gr. VI. d’un mouvement constant de translation, et venant passer entre ~~ les lames de scies circulaires ordinaires montées sur un meme arbre. Il suffit de mettre la rondelle sur les courroies qui l’entraînent et la présentent à l’action des scies la débitant en lingots; ces derniers, entraînés par les courroies à l’autre extrémité de la machine, sont envoyés directement à la machine à casser du système de M. Scheibler; cette machine peut être mue mécaniquement ou à la main, suivant le débit à obtenir. Elle comprend deux couteaux animés d’un mouvement de va-et-vient dans le même plan vertical, ce qui assure au sucre cassé une cassure nette et sans déchet; de plus le sucre à casser, comme le sucre cassé, est entraîné sur une table fixe disposée avec des tringles longitudinales de guidage, par des traverses mobiles, au moyen de deux chaînes Galle sur lesquelles elles sont articulées. Il en résulte un grand débit, une cassure très uniforme, permettant d’obtenir avec des pains ordinaires environ 60 p. o/o de sucre rangé en morceaux réguliers pouvant être mis en caisses aussitôt après le passage entre les couteaux.
- Par suite de dispositions spéciales, on peut faire varier avec une même machine la longueur, la largeur et l’épaisseur des morceaux, suivant les besoins de la consommation.
- La machine à casser, combinée avec le procédé de moulage en lingots obtenus par la pression, permet d’obtenir seulement 1 p. o/o de poudre de déchet par 100 kilogrammes de sucre, tandis qu’avec des pains de sucre ordinaires on produit ho a 5o p. o/o de sucre en poudre et faux morceaux.
- SUCRERIE DE CANNE.
- Extraction. — La canne à sucre est ordinairement écrasée entre des cylindres de dispositions très variables.
- Les moulins chinois étaient à deux ou trois cylindres verticaux en pierre; l’un des cylindres était actionné par un manège, par une roue hydraulique ou par le vent, et faisait tourner les autres cylindres par l’intermédiaire de deux rangs de dents croisés. Des modèles de ces moulins figuraient dans la section chinoise et dans la section de la Cochinchine.
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- On a perfectionné ces moyens incomplets d’extraction; au- Gr.vi. jourd’hui le moulin est plus puissant et comprend généralement trois cylindres pleins horizontaux, en fonte, disposés pour permettre deux pressions successives.
- Le moulin exposé par la Compagnie de Fives-Lille (France) est desservi par un conducteur de cannes ou plancher mobile, cpi’on peut faire mouvoir ou arrêter au moyen d’un embrayage à friction, et par un conducteur de bagasse, qui conduit celle-ci aux générateurs. Une disposition spéciale de la bagassière, à support médian, permet d’augmenter la largeur de cette bagassière, dont les supports ne traversent plus les flasques du bâti, tout en laissant ainsi à celui-ci un surcroît de résistance.
- Le moulin reçoit son mouvement d’une machine horizontale, à changement de marche à vis par coulisse, au moyen de deux couples de roues d’engrenages, dont les grandes roues sont formées de croisillons munis de couronnes en plusieurs segments, permettant de remplacer facilement une partie de la couronne dans le cas où une dent viendrait à se briser. L’extrémité de l’arbre du volant porte une manivelle donnant le mouvement à la pompe qui élève le vesou à la défécation, après qu’il a passé sur un tamis où il laisse les fibres de bagasse qu’il contenait en suspension.
- Le moulin, sa machine et sa transmission sont montés sur bâtis en fonte creux, sans nervures extérieures, permettant une bonne utilisation de la matière et un entretien facile.
- Le moulin de MM. Gail et Cie (France) est également à trois cylindres horizontaux en fonte, avec machine horizontale et transmission, d’un type adopté depuis longtemps par ces constructeurs; le changement de marche de la machine est à levier.
- MM. Buchanan et G18 (Angleterre) disposent leurs moulins à trois cylindres horizontaux sur un bâti recevant également le moteur vertical â cylindre fixe ou oscillant, avec transmission par engrenages intérieurs, permettant de réduire beaucoup la place occupée par l’ensemble. L’enlèvement des cylindres inférieurs s’opère sans déplacer le cylindre supérieur. Un des moulins exposés peut recevoir le mouvement au moyen d’un simple manège.
- MM. Brissonneau frères et G'8 (France) ont exposé un petit mou-
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- lin à trois cylindres horizontaux; les flasques du bâti sont en fer cornière, et l’ensemble du moulin est constitué pour que le transport puisse se faire par colis n’excédant pas un poids de 8o kilogrammes.
- Les moulins les mieux établis permettent d’obtenir au maximum une extraction de 65 à 70 p. 0/0 de jus du poids de la canne; on laisse donc dans la bagasse 20 à 2 5 p. 0/0 de jus; cette quantité est complètement perdue, puisque la bagasse humide, ou préalablement séchée, est employée comme combustible pour le service des générateurs. On a essayé depuis longtemps d’humecter la bagasse par l’eau chaude ou froide, ou bien par un jet de vapeur, puis de la repasser au moulin.
- Le modèle en bois du moulin de MM. Labaye et Brissonneau (France) comprend huit cylindres horizontaux superposés deux à deux, avec injection intermédiaire d’eau, de vapeur ou de vesou entre les couples de cylindres. La première paire de cylindres est cannelée suivant la longueur pour faciliter l’entraînement de la canne, qui est forcée successivement entre la série des cylindres, avec absorption de vapeur, d’eau chaude ou de vesou, produisant aussi plusieurs macérations intermédiaires à l’abri de l’air.
- Le modèle en bois du moulin de M. Rousselot (France) comprend d’abord un moulin ordinaire à trois cylindres horizontaux avec conducteur de cannes; la bagasse sortant de ce moulin est relevée, après addition d’eau, dans une trémie alimentant une première paire de cylindres represseurs combinés avec un petit cylindre entraîneur, laquelle alimente une deuxième paire de cylindres disposés d’une manière identique.
- M. Duchassaing de Fontbressin (France) dispose, à la suite du moulin ordinaire, un deuxième moulin semblable au premier, lequel déverse sa bagasse sur une chaîne qui la conduit, après addition d’eau chaude, au deuxième moulin.
- Afin de rendre l’action du moulin plus énergique avec une dépense de force motrice moindre, M. Faure (France) envoie d’abord la canne à un décortiqueur formé d’un simple cylindre portant sur sa périphérie une denture hélicoïde et excentrée, tournant contre une partie de denture semblable fixe, de manière que
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- J’espace compris entre les deux dentures varie dans un tour et Gr. VI. suivant le travail à obtenir. La canne, ainsi désorganisée et gros-sièrement défibrée sans être finement broyée, est envoyée au moulin à trois cylindres horizontaux, pleins, du système ordinaire.
- Les moyens d’extraction que nous venons d’indiquer sont encore incomplets; depuis longtemps déjà on avait pensé à appliquera la canne le mode d’extraction usité pour la betterave. M. Reynoso (Espagne) a exposé une râpe d’essai formée d’un cylindre armé de scies destinées à réduire la canne en pulpe que l’on soumet ensuite à la pression. MM. Mignon et Rouart (France) ont appliqué à ce travail la machine à broyer de M. Labrousse, constituée par un cylindre armé de plusieurs rangées de couteaux disposés en hélice et tournant dans une enveloppe à trémie recevant la canne; des poussoirs à contre-lames, réglés par des vis de pression, déterminent l’espace réservé au passage de la canne. La pulpe obtenue est mise dans une cuve filtrante formée de barreaux trapézoïdaux cerclés, ou agit un piston différentiel à vapeur. La presse comprend trois caisses filtrantes, pouvant tourner autour d’un axe pour venir successivement se présenter sous la presse à vapeur; pendant qu’une caisse s’emplit de pulpe provenant du broyeur, la deuxième est en pression et la troisième en vidange. Ce mode d’extraction est encore à la période d’essai; il a permis d’obtenir 80 p. o/o de jus du poids de la canne; il est à désirer que Ton trouve un broyeur demandant peu de force motrice et une presse continue d’un grand débit exigeant peu de main-d’œuvre, laquelle est souvent très coûteuse dans les pays producteurs de canne.
- Nous signalerons quelques essais sur l’application de la diffusion, soit à la bagasse, soit à la canne directement. Des fabriques fonctionnent avec la diffusion de la canne, mais le coupe-cannes employé n’ayant qu’un débit assez restreint, on doit les multiplier quand on travaille une certaine quantité de cannes, ce qui a conduit jusqu’ici à une installation très coûteuse.
- Ajoutons, en terminant, qu’il y a lieu de tenir compte de la difficulté d’employer au chauffage des générateurs les résidus obtenus soit par le procédé de râpage de la canne, soit par la diffusion.
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- Travail du vesou. — Le vesou extrait de la canne est en général soumis à une simple défécation; dans quelques fabriques, par suite de cannes cultivées dans des sols très siliceux, on a été forcé de recourir à l’épuration des jus parla double carbonatation, dont l’emploi a parfaitement réussi dans ces dernières années. Le vesou filtré sur le noir en grain est évaporé soit dans des batteries plates, soit, mieux encore, dans les appareils à triple effet; l’emploi de ces appareils a permis, dans le cas où l’on se sert de la bagasse préalablement desséchée, de supprimer complètement le charbon ou le bois dans l’alimentation des générateurs, la bagasse étant plus que suffisante pour produire la vapeur nécessaire aux besoins de l’usine. Quant à la concentration des sirops et au turbinage, ils se font, comme pour le sucre de betterave, et il suffira de se reporter à ce que nous avons déjà dit pour la sucrerie indigène.
- E. Avisse.
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- DISTILLERIE. h\
- DISTILLERIE.
- INDUSTRIE DE L’ALCOOL.
- Introduction. — L’art de la distillerie remonte aux Grecs et aux Romains qui s’en servaient pour obtenir des eaux aromatiques. Ce n’est qu’au xvn'' siècle que nous trouvons l’indication certaine d’appareils employés à la distillation des vins, appareils primitifs connus sous le nom d'alambics. Les perfectionnements apportés successivement par MM. Lefèvre, Chaptal, Solimani, Adam et Bé-rard transformèrent le simple alambic en appareil de distillation à chaudière chauffée directement, avec disposition à la suite de compartiments analysateurs permettant d’enrichir les vapeurs alcooliques produites dans la chaudière par des liquides de plus en plus denses, et en employant pour la condensation de ces vapeurs, au lieu d’eau, le vin à traiter qui s’emparait ainsi des calories du liquide alcoolique condensé. Cette série de compartiments analysateurs fut réunie en une colonne horizontale par MM. Ménard et Aligre, colonne que MM. Cellier et Blumenthal, dès l’année 1820, disposaient verticalement et directement sur la chaudière, en séparant cette colonne en deux parties, l’une de distillation et l’autre de rectification, rendant ainsi l’appareil continu. C’est cette dernière disposition qui, construite longtemps par MM. Derosne et Cail, a été perfectionnée par MM. Dubrunfaut, Champonnois et Savalle. Il semble que la construction des appareils de distillerie soit demeurée une industrie éminemment française. En effet, si les Allemands ont employé pendant quelque temps les appareils de MM. Pistorius et de Siemens caractérisés par le diphlegmateur avec deux chaudières de distillation, et les Anglais celui de Coffev à double colonne de distillation, aujourd’hui les appareils français sont les plus recherchés et considérés comme les plus perfectionnés.
- L’alcool est produit, soit par la distillation directe des produits alcooliques comme le vin, soit par la fermentation des produits
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- sucrés, betteraves, cannes à sucre, mélasses, etc., soit par la saccharification des produits féculants, blés, maïs, drêches, etc.
- La production de i’alcool s’est partout largement développée tant pour la consommation, sous les noms de rhum, eaux-de-vie, kirsch, genièvre et autres liqueurs de table, que comme moyen de chauffage, dans les études chimiques, en médecine, etc., et comme emploi industriel pour la fabrication des vernis, du collo-dion, etc.
- Dès 1867, nous trouvons les appareils de distillation arrivés à un degré de perfectionnement tel qu’après une période de dix ans nous ne pouvons constater que de légères modifications ayant pour but d’obtenir un chauffage économique et un travail facile.
- Les appareils de distillation exposés appartiennent exclusivement à la section française.
- Fermentation. — Les procédés de fermentation par l’addition d’acide, de malt ou de vinasse ne présentent aucun perfectionnement récent.
- Saccharification. — Nous trouvons indiqués deux modes de saccharification des grains : l’appareil de MM. Colani et Kruger, et la méthode plus simple de MM. Bacliet et Savalle.
- Le premier procédé consiste à traiter les grains grossièrement écrasés et légèrement acidulés, en vase clos, parla vapeur à haute pression.
- Dans le deuxième procédé, on réduit les grains en farine que l’on soumet simplement à l’action de la vapeur d’eau à une température de 6o°.
- MM. D. Savalle fils et C'c ont exposé les dessins de l’appareil mélangeur employé dans ce procédé encore à l’essai, mais dont les résultats économiques semblent devoir être supérieurs aux procédés usités.
- Distillation et rectification. — Dans les appareils exposés nous distinguons deux classes :
- i° Les appareils fixes s’appliquant au traitement industriel des
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- grains, mélasses, vins, etc., et correspondant à une puissance Gr.vi considérable;
- 2° Les appareils portatifs destinés surtout au traitement du marc de raisin, liqueurs, etc.
- Appareils fixes. — L’appareil le plus perfectionné est aujourd’hui l’appareil de MM. D. Savalle fils et G10. Nous trouvons dans cet appareil l’ensemble des perfectionnements les plus récents, tels que le chauffage à la vapeur des vinasses, la disposition tubulaire donnée au condenseur réfrigérant et au chauffe-vin placés l’un au-dessus de l’autre, ainsi que les cloisons intérieures destinées à multiplier l’effet de ces derniers. L’ensemble de l’appareil est complété par l’addition du régulateur de vapeur déterminant son arrivée par la température même de la vapeur alcoolique produite dans la colonne.
- L’appareil de distillation exposé par MM. Savalle fils et G‘c comprend une colonne à plateaux rectangulaires à laquelle est appliquée une forme spéciale de barboteurs à lumières également rectangulaires, remplaçant les barboteurs à cloches ou les plateaux perforés généralement employés. Cette forme de barboteurs à lumières constitue la nouveauté des appareils exposés; il en est de même du condenseur réfrigérant où un espace annulaire est laissé entre les tubes et les plaques de circulation afin de permettre l’écoulement du liquide le long des tubes et son contact avec les vapeurs alcooliques. De plus, une disposition spéciale permet de régler l’arrivée des vapeurs dans l’analysateur ou brise-mousse, disposition par laquelle on obtient l’effet utile maximum de l’appareil.
- L’exposition de MM. Savalle fils et C,c comprend également un appareil de dimensions très réduites, présentant tous les perfectionnements dont nous avons déjà parlé, et pouvant servir dans les colonies à apprécier par une première installation les bénéfices résultant de la production des tafias.
- L’appareil de rectification exposé comprend une colonne à plateaux perforés avec retour direct de la colonne à la chaudière proprement dite, dont le chauffage est obtenu par un serpentin. Nous
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- Uk
- retrouvons dans cet appareil la meme disposition des condenseur et réfrigérant. Nous rappellerons que ces messieurs exposent les dessins d’une colonne pouvant produire à la partie inférieure la distillation et dans la partie supérieure la rectification, de manière à élever les alcools produits à environ qo°. Cet appareil est avantageux dans le cas où l’on exporte les alcools, car il permet de diminuer le fret; mais on ne peut obtenir d’alcool bon goût, la séparation des huiles essentielles, éthers, etc., exigeant une rectification des tafias après séparation préalable des résidus.
- Avant de terminer l’examen de l’exposition très intéressante de MM. Savalle fils et C'°, dont les appareils sont aujourd’hui les plus répandus, nous croyons devoir signaler l’application qu’ils ont faite de l’action de l’acide sulfurique sur les alcools; en effet, il suffit de traces de cet acide pour produire dans les alcools une coloration qui croît d’intensité avec la quantité d’éthers ou d’huiles essentielles qu’ils contiennent. Ces messieurs, pour déterminer le degré de pureté des alcools, constituent divers types correspondant à des quantités de matières étrangères, et colorés par l’action de l’acide; il suffit donc d’ajouter l’acide à un alcool quelconque et de comparer la teinte produite aux échantillons types pour reconnaître le degré de pureté relative du produit examiné. Les appareils de MM. Savalle fils et C10 sont les seuls qui aient présenté réellement quelques dispositions nouvelles depuis l’Exposition de j 867, en résumant de plus un ensemble remarquable.
- La Compagnie de Fives—Lille (France) exposait un appareil de distillation du système de MM. Savalle fds et C‘°, où nous retrouvons les perfectionnements déjà signalés, combinés à un mode de construction très soigné, et offrant de plus l’application d’un système particulier pour le chauffage de la colonne. Au lieu du chauffage par serpentin, les vinasses sont traitées dans un appareil indépendant de la colonne, et par suite d’un nettoyage facile, comprenant un faisceau tubulaire à tube central, destiné, comme dans les appareils d’évaporation de sucrerie, à activer la circulation du liquide; de plus, on utilise, pour le chauffage, les vapeurs d’échappement des machines, en recueillant les eaux de retour pour l’alimentation des générateurs. C’est une excellente disposi-
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- tion dont l’application dans les distilleries de mélasses de canne a Gr. VI, produit des résultats très économiques.
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- M. D. Légat (France) expose un régulateur de température par
- pression appliqué à la conduite du chauffage des colonnes à distiller et à rectifier. Cet appareil repose sur l’emploi d’un obturateur équilibré livrant passage à la vapeur de chauffage et actionné par un piston équilibré à la pression du régime et se mouvant sans frottement sous l’action de la pression, c’est-à-dire de la température du milieu à régulariser.
- Ces appareils sont très sensibles; ils sont munis de robinels sans presse-étoupes, à membranes métalliques à soufflet, évitant les fuites occasionnées par les presse-étoupes dans les appareils à alcool.
- MM. Cad et C'° (France) exposent un appareil de distillation de mélasses de canne, à chauffage par serpentin de vapeur, à colonne avec plateaux ronds perforés; le chauffe-vin et le réfrigérant sont tubulaires avec analysateur intermédiaire ramenant les alcools trop denses dans le tronçon supérieur de la colonne par un tuyau de rétrogradation. Le condenseur et meme le réfrigérant peuvent être alimentés par du vin ou par de l’eau, de manière que l’appareil fonctionne alors comme reclificnteur.
- C’est l’ancien appareil Derosne et Cad où les barboteurs à cloches sont remplacés par des plateaux perforés.
- MM. Champonnois et fils (France) exposent une colonne où le chauffage est obtenu au moyen d’un faisceau de tubes recourbés, placé à la partie inférieure de la colonne, prenant peu de place, facile à nettoyer sans démonter la colonne, et permettant le retour direct de l’eau de condensation aux générateurs.
- Nous rappelons que M. Champonnois a installé un grand nombre de distilleries, dites agricoles, où la betterave lavée est réduite en cosscttes au moyen de son coupc-racines à force centrifuge, avec disposition spéciale de chargement automatique des macérateurs; la fermentation est obtenue en employant une légère quantité d’acide en combinaison avec les vinasses résultant d’une opération précédente. Ce système, du à M. Champenoir, a permis depuis plus de trente ans de laisser dans les cosseltes épuisées les sels et l’azote que contenaient ces vinasses.
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- L’appareil de distillation est formé de plateaux en fonte recouverts d’un verni spécial évitant l’action des acides. On obtient ainsi un appareil très économique rendu possible pour la distillation dans les fermes mêmes, laissant ainsi sur place les résidus destinés à la nourriture des bestiaux.
- M. Egrot (France) rend les plateaux de colonnes distillatoires plus actifs en divisant le fond de ces plateaux en galeries annulaires et concentriques disposées en cascades, de façon à obtenir une circulation prolongée et contrariée donnant au liquide le temps de se dépouiller complètement de l’alcool qu’il contient, action augmentée par des champignons-barboteurs existant dans le parcours de ces galeries et permettant de diviser les vapeurs ascendantes sur toute la surface des plateaux. La distillation est produite ainsi à une faible pression, ce qui diminue la formation des huiles essentielles. M. Egrot expose également des appareils de cuisson à la vapeur, donnant une grande économie de combustible et une grande salubrité ; ces appareils sont employés dans les hôpitaux d’une façon très économique.
- M. Savary (France) indique un chauffe-vin divisé en deux compartiments, dont le supérieur condense les vapeurs lourdes, et l’inférieur les vapeurs plus volatiles; les premières vapeurs condensées reviennent dans la colonne au-dessous de l’alimentation, et les deuxièmes vapeurs plus volatiles retournent sur le haut de la colonne et augmentent le degré des flegmes; le réfrigérant est partagé en trois compartiments inégaux pour séparer les éthers obtenus.
- MM. Dreyfus frères (France) exposent un appareil de rectification à chaudière à serpentins surmontée de plateaux, mais à travail préliminaire des flegmes au moyen d’une chaudière superposée, d’une contenance égale à la chaudière à rectifier, et dans laquelle sont introduits les flegmes qui sont chauffés par un serpentin, qui sert de premier réfrigérant pour l’alcool fin; les vapeurs alcooliques chauffent ainsi ces flegmes très doucement.
- M. Caillas (France) expose un modèle d’appareil à distiller ou l’évaporation est obtenue par l’agitation produite par un ventilateur.
- .VL Champion (France) propose un appareil où la distillation
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- se fait au bain-marie clans une première chaudière; les vapeurs produites dans le bain-marie vont dans un serpentin chauffant un deuxième bain-marie, lequel, à son tour, chauffe une chaudière formant rectificateur. Les vapeurs du deuxième bain-marie se rendent dans un serpentin formant chauffe-vin. Chacune des chaudières a un réfrigérant à serpentin. On a ainsi un chauffage à double effet.
- M. Camarelle (France) propose une colonne à plateaux circulaires, bombés à spirales, pour augmenter la circulation du liquide dans la circonférence ascendante, d’où il s’écoule sur le plateau inférieur.
- Appareils portatifs. — M. B relier (France) expose des appareils chauffés à la vapeur, servant à la fabrication des liqueurs et sirops, de construction et installation très simples; Talimentation du générateur est faite par le retour d’eau à la chaudière provenant du double fond.
- Le condenseur réfrigérant est à tubes coniques en hélice, supprimant l’engorgement des anciens serpentins, et son appareil de chauffage des vinasses présente peu de place.
- M. Deriveau (France) construit un appareil pour la fabrication des conserves. Son appareil à distiller est à chaudière à foyer intérieur surmonté de la colonne à distiller.
- M. Chauvet (France) expose lin appareil locomobile distilla-toire monté sur chariot; la chaudière est à retour de flamme; les plateaux de la colonne sont mobiles et faciles à nettoyer.
- M. Greffé (France) expose un appareil locomobile disposé pour le traitement du raisin, où il place directement les vases à distiller sur la chaudière pour réduire la place et le poids ; la distillation se fait au bain-marie ou à la vapeur, les vases reposant dans la chaudière. L’eau d’alimentation est envoyée chaude au générateur, après avoir été employée au réfrigérant disposé avec des tubes horizontaux pour faciliter le nettoyage. Le déchargement du solide dans les vases se fait au moyen d’une grue et d’un seul coup.
- MM. Bouhon et Cie (France) emploient un bain-marie à vapeur concentrée conservant le goût aux eaux-de-vie.
- Gr. VI. Cl. 52.
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- Enfin M. Dcrsy (France) présente des alambics à feu nu ou à bain-marie appliqués à la distillation agricole.
- Conservation des vins. — M. Saint-Joannés (France) expose un appareil de chauffage des vins très perfectionné, réunissant autant que possible les indications astcur.
- Le vin est soustrait à toute communication avec Pair extérieur; on chauffe au bain-marie et on refroidit complètement avant la sortie de l’appareil, en conservant au vin les parties volatiles qu’il contenait avant le chauffage. Enfin, le caléfacteur, le réfrigérant et la pompe forment un ensemble facilement transportable.
- La chaudière est à plaques de circulation remplaçant les tubes; l’enveloppe de cette chaudière forme le caléfacteur; elle contient un serpentin destiné à la circulation du vin entouré par l’eau du bain-marie qui lui transmet la chaleur. Le vin sortant du caléfacteur va dans un réfrigérant tubulaire, où il cède au nouveau vin arrivant son calorique; ce réfrigérant est en cuivre étainé, se démontant facilement pour le nettoyage; on rend la surface tubulaire plus active au moyen de chicanes assurant un refroidissement complet, point essentiel pour la conservation ultérieure des vins.
- Les gaz dégagés pendant le chauffage sont recueillis pour être restitués au liquide se refroidissant.
- Compteurs à alcool.— Le contrôle des alcools est très important, et l’on doit apporter beaucoup de soin dans les appareils destinés à opérer ce contrôle.
- M. Slumpe (Autriche) expose un contrôleur employé dans les distilleries en Autriche et en Russie; l’alcool est amené à mesure de sa production dans un vase divisé en plusieurs compartiments; ce vase, en tournant, permet à chaque compartiment de se remplir successivement, puis de se déverser clans une cuve d’attente; ce mouvement est enregistré par un cadran.
- MM. Roussel et Tavan (France) proposent un compteur où Ton supprime les clapets et ressorts généralement employés; il se compose de deux compartiments, l’un d’emplissage, l’autre de vidange, et d’un récipient; le poids seul agit.
- E. Avisse.
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- PRODUCTION DU FROID ET DE LA GLACE.
- APPAREILS POUR LA PRODUCTION DU FROID.
- Introduction. — Le froid, il y a quelques années, était emprunté exclusivement à la glace recueillie pendant l’hiver. Le transport et la conservation de cette glace en rendaient l’emploi très coûteux dans les pays chauds, où elle était le plus nécessaire. La production du froid exigé par de nombreuses industries, en médecine, et même par la consommation domestique, a conduit à l’application pratique de principes chimiques et physiques permettant d’obtenir la glace artificiellement. Mais l’application industrielle de ces principes a rencontré au début bien des difficultés, et Ton peut dire que sa réussite est due au concours actif et intelligent de quelques constructeurs.
- Déjà, en 1867, les mélanges réfrigérants avaient permis de généraliser ces glacières domestiques dont nous avons tous apprécié l’utilité; la production industrielle s’était affirmée d’une manière très économique par les appareils de M. F. Carré, dont le succès revient en partie à MM. Mignon et Rouart.
- L’Exposition universelle de 1878 ne nous montre que l'application de principes physiques connus; mais que de progrès réalisés dans la mise en pratique de ces appareils qui permettent l’obtention de la glace à un prix minima d’environ un centime le kilogramme! L’emploi de l’ammoniaque, de l’éther, de Tacide sulfureux, est devenu facile et complètement industriel; l’air lui-même a fourni le froid, sinon économiquement, du moins à des températures excessivement basses.
- Ajoutons que si l’industrie de la glace est tributaire de la science, cette dernière a su trouver, grâce à la production artificielle du froid, la solution de problèmes jusqu’alors non encore résolus, tels que la liquéfaction et la solidification des gaz réputés non condensables, découverte importante dont l’avenir seul permettra d’apprécier les conséquences.
- Classe 5a.
- Gr. VI. Cl. 52.
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- G-r. VI. Les appareils producteurs du froid peuvent être classés suivant ci”2 le principe physique qu’ils utilisent :
- i° Appareils à chaleur spécifique.
- 2° Appareils à chaleur latente.
- Appareils à chaleur spécifique. — On peut diviser les appareils où Ton utilise la chaleur spécifique en deux catégories :
- i° Les condenseurs ou réfrigérants dans lesquels on échange la température d’un gaz ou liquide chaud avec un gaz ou liquide froid conduisant à un abaissement de température sans production de glace;
- 2° Les appareils à air comprimé, puis refroidi et dilaté, dont l’emploi permet l’obtention du froid au-dessous de zéro.
- Les condenseurs employés en sucrerie, distillerie, brasserie, etc. et pour les machines à vapeur sont ordinairement formés d’un faisceau tubulaire où circule le liquide ou gaz chaud, et dans l’intérieur duquel on envoie soit un liquide froid, soit Tair ambiant dont l’effet est augmenté au besoin par l’addition d’un ventilateur ou autre moyen mécanique analogue.
- Pour la sucrerie, on emploie les réfrigérants dits à fascines, permettant l’utilisation de la même eau destinée à la condensation des vapeurs des appareils d’évaporation et de cuite, et dont l’installation réduit l’eau nécessaire à la condensation et évite des dépôts dans les pompes à air.
- Pour la brasserie, on emploie l’air refroidi artificiellement. MM. Méline et Baptiste (France) exposent un réfrigérant tubulaire, à appendices diviseurs, dans les tubes duquel un ventilateur envoie de l’air glacé, le liquide à refroidir s’écoulant en cascades sur une série de tubes superposés.
- M. Castelin-David (France) augmente l’effet utile au moyen d’ondulations, avec addition d’un tuyau distributeur de pression et tubes intérieurs à circulation d’air, l’ensemble du réfrigérant étant peu volumineux.
- Le réfrigérant Baudelot, perfectionné par M. Duboc (France), est à tubes cylindriques, à noyaux intérieurs de circulation reliés
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- par des coudes en bronze qui travaillent comme le reste de Gr. VI.
- l’aPPareil- . . , Cl7s2.
- MM. Lawrence et C,c de Londres disposent leurs réfrigérants
- pour recevoir dans les tubes supérieurs de Peau de source ou de rivière, et dans les tubes inférieurs de l’eau glacée achevant le refroidissement. L’ensemble des tubes est monté sur un cadre reposant sur deux supports autour desquels il peut tourner, de manière à pouvoir prendre une position horizontale permettant le nettoyage des réfrigérants.
- M. Garlandat (France) dispose l’appareil destiné à rafraîchir , l’air pour l’épurer en même temps. A cet effet, le ventilateur qui aspire l’air froid pris dans une cave l’oblige à passer à travers une plaque en tôle perforée sur laquelle se trouve une légère couche d’eau. L’air ainsi mis en contact de l’eau non seulement se rafraîchit par suite de la très grande division du liquide, mais abandonne les matières impures dont il peut être imprégné. Ce réfrigérant épurateur est très utile pour produire à bas prix la ventilation des locaux habités.
- Dans les appareils a air comprimé, on utilise la détente de l’air préalablement refroidi pour obtenir par contact un refroidissement très énergique. Ces appareils ont été employés il y a déjà vingt-cinq ans par Newton en Angleterre, mais les résultats en étaient considérés comme très inférieurs à ceux obtenus par les machines à éther. Cet air une fois comprimé est difficile et long à refroidir avant de se détendre, par suite de sa mauvaise conductibilité, et exige une grande quantité d’eau; la compression nécessite une dépense de force motrice très considérable et produit un développement de chaleur qui détruit rapidement les organes de la machine.
- Bien que figurant à l’Exposition en dehors de la classe 5 2, nous croyons utile de citer l’appareil de M. Giffard (France), dont diverses dispositions ont permis de réduire autant que possible les inconvénients inhérents à ce genre d’appareils à froid. La machine de M. Giffard se compose d’une pompe à simple effet avec enveloppe à eau, qui aspire l’air ambiant et le refoule dans un cylindre également à enveloppe à eau. L’air ainsi comprimé à deux
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- Gr. vi. atmosphères vient se dilater dans un cylindre plus grand, en resti-
- tuant sur l’arbre moteur une partie de la force employée à la coin-Cl. 52. . . . . . J .
- pression. Cet air détendu et froid peut alors être utilisé directement
- comme réfrigérant ou bien être mis en contact avec l’eau, dont il
- opère la congélation à des températures très basses.
- Ajoutons que l’on a essayé d’employer directement l’air ambiant non comprimé, et détendu en dessous de la pression atmosphé rique avec assèchement de l’air pour éviter la formation de neige pendant la détente,
- Appareils à chaleur latente. — Les appareils où l’on utilise la chaleur latente, plus grande en général que la chaleur spécifique pour des variations égales de température, donnent presque toujours des résultats plus complets.
- La chaleur latente peut être dégagée soit par le passage d’un corps solide à l’état liquide, soit par le passage d’un corps liquide à l’état gazeux.
- Dans le premier cas, la chaleur latente de fusion peut être obtenue par la dissolution d’un corps solide, ou bien par le mélange de deux corps solides produisant une combinaison chimique. On constitue ainsi des mélanges dits réfrigérants, dont la composition peut être très variée, et permet d’obtenir une température inférieure à zéro.
- Un des plus connus est le mélange de glace et de sel marin. Bien des appareils domestiques ont été réalisés; nous citerons la glacière de M. Toselli (France) à mélange réfrigérant formé d’azotate d’ammoniaque que l’on dissout dans l’eau; un cylindre reçoit le mélange ainsi que la forme contenant l’eau à congeler: ce cylindre est hermétiquement clos, et tourne autour d’un axe perpendiculaire aux génératrices du cylindre; ce mouvement de rotation active la formation de la glace. Un récipient à compartiments multiples permet d’obtenir en plusieurs fois un bloc de glace compacte dans les pays chauds. M. Penant (France) donne au cylindre un simple mouvement de bascule. M. Delpit (France) conserve la caisse ouverte et fixe, et le mélange seul est agité. Diverses dispositions sont indiquées pour les sorbetières par
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- MM. C. Packer (Etats-Unis), Willians et G'" (Angleterre), Tingley (Etats-Unis), Madsin et Rich (Danemark). M. Bauer (Suisse) expose, outre ses glacières, des dispositions de timbre à glace, avec ventilateur.
- Enfin M. P.-J. David (France) propose l’emploi d’un mélange d’ammoniaque et d’éther donnant un froid voisin de zéro, très propre à la conservation des viandes.
- Pour la production industrielle et économique du froid, on emploie les appareils basés sur le deuxième mode d’obtention de la chaleur latente, c’est-à-dire la chaleur latente de vaporisation. Ces appareils reposent sur les expériences bien connues de Lesly et de Faraday. Si l’on dispose sur le plateau d’une machine pneumatique une capsule remplie d’éther où plonge une ampoule contenant de l’eau, en faisant le vide l’ampoule se brise par suite de la congélation de l’eau. Sur cette expérience sont construites les machines à éther de Shaw,Siebe, Harrisson, Carré, etc.; à ammoniaque de Sulzer, à acide sulfureux de Raoul Pictet.
- Si l’on remplace la capsule à éther par une capsule à acide sulfurique surmontée d’un plateau avec quelques gouttes d’eau, le vide congèlera rapidement l’eau. Cette expérience a été utilisée dans l’appareil à frapper les carafes de Carré.
- Faraday employait un tube recourbé dans lequel il avait mis d’un côté un liquide contenant en dissolution un gaz, de l’autre côté un corps pouvant absorber ce gaz; le liquide était chauffé, tandis que l’autre partie du tube plongeait dans un milieu réfrigérant; le gaz une fois absorbé, si l’on venait aie forcer à se dégager à nouveau, il y avait restitution du gaz au liquide primitif et production énergique de froid dans la partie du tube d’où le gaz s’échappait. Sur cette absorption et restitution du gaz est construit l’appareil à ammoniaque de Carré.
- Les appareils à éther sulfurique, bien que remontant à l’année i85o et d’une combinaison assez simple, se sont développés difficilement par suite des grandes dimensions des pompes nécessitées par les basses pressions et la faible densité des vapeurs cTétlier à basses températures. De plus, on a constaté que l’éther formait avec la graisse employée à l’entretien des organes de la pompe
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- Gr. vi. des produits non volatils qui attaquent les organes; les moindres fuites conduisent à des rentrées d’air et à des dangers d’explosion. Néanmoins il semble que l’emploi s’en soit conservé en Angleterre; aussi, trouvons-nous dans la section anglaise deux types de ces machines.
- MM. Siebe et Gonnan exposent une machine à éther sulfurique ; la pompe est verticale pour permettre aux soupapes un fonctionnement plus facile et laisser au piston un ajustage de plus longue durée. La pompe est en relation avec deux chambres, le réfrigérant et le condenseur, qui sont tous deux tubulaires; la pompe ayant d’abord chassé l’air, on charge le réfrigérant d’éther. On met alors la pompe en travail; un liquide incongelable circule clans les tubes du réfrigérant, où il se refroidit, et va ensuite transmettre le froid dans les vaisseaux contenant l’eau à transformer en glace. Ce liquide ayant ainsi absorbé les calories du liquide à congeler retourne au réfrigérant pour passer à nouveau et produire le même travail. La vapeur d’éther produite dans le réfrigérant est aspirée par la pompe et comprimée dans le condenseur tubulaire plongeant dans l’eau, où elle se transforme en liquide qui est renvoyé dans le réfrigérant pour être évaporé.
- «The Atlas Company limited» expose une machine à éther comme la précédente, mais avec pompe horizontale.
- Dans les machines à éther sulfurique, on peut obtenir très facilement de la glace transparente par suite du froid peu élevé qu’elles produisent. La quantité de glace ainsi obtenue peut être augmentée par l’agitation mécanique de Teau à congeler pendant l’opération, ou bien par une disposition particulière permettant d’interrompre à volonté le courant de liquide froid pour permettre d’obtenir des blocs de glace plus ou moins épais avec cloisons disposées dans ce but.
- Nous croyons devoir signaler l’emploi de l’éther méthylique, dont la production en froid est bien supérieure à celle de l’éther sulfurique. M. Tellier a construit une machine à pompes horizontales, qui a fonctionné sur le navire «le Frigorifique» destiné au transport des viandes d’Amérique. On avait disposé deux machines jumelles; l’air des chambres contenant la viande était amené à
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- une température voisine de zéro par contact avec des conduites où Gr. VI circulait de Pair froid obtenu par les machines à éther méthvliaue.
- . J i Qj 52
- L’emploi du gaz ammoniac est réalisé dans la machine de MM. Sulzer frères (Suisse) avec disposition spéciale d’enlèvement de la glace, système Linde. Une pompe horizontale à double effet, actionnée par un moteur à action directe et à piston à joints étanches, aspire les vapeurs d’ammoniaque contenues dans une spirale en fer soudé, constituant un réservoir de petite capacité, afin d’éviter tout danger d’explosion. Cette spirale évaporatrice est plongée dans un vase où circule de l’eau ou de l’air, suivant que l’on veut obtenir le refroidissement de l’eau o.u de l’air. Pour la ' fabrication de la glace, la spirale évaporatrice est dans un tambour spécial servant à la formation de la glace qui est obtenue ainsi transparente. L’emploi de ce tambour réduit la main-d’œuvre par suite de la sortie automatique de ce tambour des blocs de glace, tout en évitant la perte de liquide incongelable et la destruction des mouleaux employés ordinairement dans les machines à glace.
- On peut disposer deux spirales évaporatricespour les mettre alternativement en fonction, afin d’éviter toute perte de temps. Les vapeurs ammoniacales sont, dans ce cas, refoulées par la pompe dans une deuxième spirale, le condenseur établi dans un cylindre à circulation d’eau réfrigérante opérant la condensation des vapeurs refoulées; une simple valve, que Ton règle, permet à Tam-moniaque liquide de s’échapper du condenseur dans Tévaporateur pour continuer sa circulation. Ces machines fonctionnent sous une pression assez grande et exigent des organes robustes, avec un graissage très soigné, pour éviter les frottements et les fuites qui peuvent se produire.
- MM. Raoul Pictet (France) remplacent l’ammoniaque par de l’acide sulfureux anhydre, agent donnant, il est vrai, moins de calories de froid par mètre cube de vapeur saturée, mais pouvant être employé à des températures plus basses et, par suite, conduisant à de meilleurs résultats dans les pays chauds. Dans l’appareil exposé, pouvant produire jusqu’à 1,000 kilogrammes de glace à l’heure, on emploie Tacide sulfureux anhydre obtenu très économiquement, ce qui a permis de généraliser l’emploi de ces ma-
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- chines. L’acide sulfurique est traité par le soufre à haute température, avec épuration capillaire du gaz sortant des cornues, et déshydratation absolue par le froid industriel. L’acide sulfureux anhydre est très stable et sans décomposition par suite de changements d’état réitérés; de plus, il n’agit pas sur les métaux et constitue lui-méme un excellent lubrifiant, n’étant pas combustible; on évite ainsi tout danger d’explosion et d’incendie. L’appareil comprend une pompe horizontale à double effet, à piston à garniture métallique, actionnée par un moteur à action directe. L’acide sulfureux est comprimé à deux atmosphères dans un condenseur tubulaire, dans les tubes duquel circule de l’eau qui enlève la chaleur produite par le changement d’état gazeux en liquide et par le travail de la compression; l’acide sulfureux liquéfié, dont l’écoulement est réglé par un robinet, retourne dans un réfrigérant tubulaire où il se volatilise, et la vapeur est aspirée par la pompe qui le comprime à nouveau. Ce réfrigérant est placé dans une cuve où plongent les bûches ou mouleaux contenant l’eau à congeler. Dans cette cuve circule un liquide incongelable, eau salée ou solution de chlorure, qui traverse continuellement l’intérieur du réfrigérant, où il se refroidit, pour aller ensuite lécher les parois des mouleaux, et amener la congélation de l’eau qu’ils contiennent. Pour obtenir de la glace transparente, une petite pompe injecte de l’air dans l’eau à congeler pendant la formation de la glace, cet air activant la congélation en évitant que des globules d’eau soient retenus dans l’épaisseur du bloc de glace pendant l’opération.
- Les appareils à frapper les carafes de M. E. Carré (France) ne sont que la reproduction de la deuxième expérience de Lesly; une pompe pneumatique à garniture d’huile fait le vide dans le récipient contenant le liquide à congeler; la vapeur produite est en grande partie aspirée par son passage, entre le récipient et la pompe, dans une capacité en plomb antimoiné contenant de l’acide sulfurique; on augmente l’action de cet acide en l’agitant par un mélangeur mis en mouvement par la pompe elle-même.
- Sur l’expérience de Faraday sont basés les appareils de M. E. Carré (France). L’appareil intermittent se compose de deux ré-
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- servoirs cl’inégalc capacité; le plus grand constitue la chaudière, Gr. VI.
- l’autre le congélateur. Dans la chaudière on introduit une solu-
- , i i y i . , . ci. 52.
- tion concentrée de gaz ammoniac dans 1 eau. Le tube qui réunit
- les deux réservoirs porte un renflement disposé avec deux soupapes ouvrant en sens inverse, l’une destinée au dégagement du gaz, l’autre à son retour. La chaudière placée dans un foyer quelconque est portée à une température d’environ iAo° centigrades, le congélateur plongeant dans l’eau. A cette température tout le gaz s’est liquéfié dans le congélateur sous une pression d’autant plus forte qu’est élevée la température de l’eau du congélateur. Si l’on vient à abaisser la pression de la chaudière en la plongeant dans de l’eau, le vide produit fait distiller le gaz qui est alors absorbé à nouveau par l’eau de la chaudière, mais en produisant dans le congélateur un froid que l’on utilise en plaçant le congélateur dans un vase contenant l’eau à transformer en glace. Quand tout le gaz est distillé, on retrouve l’appareil dans les mêmes conditions qu’au début de l’opération. Ces appareils exigent des chaudières et des tubes soudés, enfer, dont MAL Ali-gnon et Rouart ont su se faire une réputation méritée.
- L’inconvénient de cet appareil intermittent, que nous retrouverons du reste dans les appareils continus, est l’élévation de pression croissant avec la température de l’eau refroidissante; aussi, dans les pays très chauds, on est amené à des pressions énormes constituant un danger, et devenant la source de fuites et par suite de déperdition de la matière utile, ce qui conduit à un prix onéreux pour le froid obtenu.
- Pour éviter les coups de feu qui peuvent se produire sur les chaudières d’épaisseur assez forte, on remplace le chauffage direct par un chauffage à serpentin, disposition préférable qui est nécessaire pour les appareils de production industrielle.
- A1M. Afignon et Rouart (France), outre les appareils intermittents, ont exposé un appareil continu, reposant sur le même principe. Il suffit de disposer, à la suite de la chaudière distillant le gaz ammoniac, un liquéfacteur qui le condense, puis un congélateur qui le distille, et enfin un absorpteur qui le recueille. Une pompe prend ce liquide et le renvoie à la chaudière par l’intermé-
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- Gr. vi. diaire d’un robinet en réglant l’écoulement; ce passage du gaz li-quéfiédans le congélateur, ainsi que celui du liquide pauvre dans le vase absorpteur, est combiné avec l’écoulement delà pompe, de manière à maintenir un parfait équilibre. Le gaz liquéfié avant de s’écouler dans le congélateur, s’accumule dans un récipient muni d’un tube de niveau indiquant la quantité de gaz dont on règle ainsi la sortie. Le liquide épuisé arrive refroidi dans le vase absorpteur par son passage dans un condenseur à eau. L’ensemble de cet appareil présente des dispositions très ingénieuses de construction qui en assurent le fonctionnement normal; il peut être appliqué soit à la congélation de l’eau, soit au refroidissement de l’air d’une chambre disposée avec enveloppe isolante.
- M. E. Carré (France) a cherché à simplifier l’appareil du même système, mais disposé pour aller à la mer. Le rectificateur est formé d’un serpentin rectangulaire avec cascades au nombre de quatre sur chaque spire, mélangeant ainsi continuellement les deux veines de gaz aqueux et de liquide riche. L’échangeur est placé au centre du rectificateur donnant une construction plus économique. On peut rectifier plus complètement en plaçant un deuxième échangeur au-dessus du premier. Les rectificateurs, fonctionnant dans un milieu en équilibre, ne supportent aucune pression; ils peuvent donc être ouverts, sans que de légères fuites altèrent la marche de l’appareil. Le tube de niveau du gaz est placé sur le vase à absorption, près du sommet, et sur une grande surface pour diminuer la contre-pression. Les brasures sont obtenues par un alliage d’argent résistant complètement à l’action de l’ammoniaque.
- M. Julien (France) expose un appareil système E. Carré-Julien, dont les organes sont les mêmes, mais appliqué à la conservation des viandes et poissons dans les bateaux à vapeur faisant la traversée de Buenos-Ayres au Havre. L’appareil perfectionné est disposé pour tenir peu de place et produire un froid intense.
- Application. — En terminant ce rapide aperçu, nous rappellerons quelques-unes des principales applications du froid.
- L’usage des boissons frappées, de la glace même, s’est répandu dans tous les pays; la brasserie a trouvé dans la fermentation basse
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- PRODUCTION DU FROID ET DE LA GLACE.
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- le secret des bières les plus renommées. En chocolaterie, l’emploi Gr. vi. du froid facilite le démoulage des tablettes; dans les marais salants, ~ le traitement des eaux mères par le froid a conduit à la production économique du sulfate de soude. La concentration des vins et des jus sucrés par le froid a été essayée depuis longtemps soit par simple décantation, soit par pression du bloc de glace formé ; on a proposé depuis d’opérer cette séparation de l’eau des liquides au moyen de congélations successives. Le transport des viandes d’Amérique et des poissons frais est devenu réalisable par la conservation de ces produits au moyen de l’air froid à une température voisine de zéro; ajoutons que l’on tend aujourd’hui à assurer la conservation des denrées dans les halles et marchés au moyen du froid, application destinée à rendre de grands services dans les centres populeux.
- E. Avisse.
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- Gr. VI. Cl. 52.
- APPAREILS DIVERS.
- APPAREILS DE PRODUCTION DES BOISSONS GAZEUSES.
- L’emploi des boissons gazeuses s’est beaucoup développé depuis quelques années; cela lient surtout au mode de fabrication tout à fait inoffensif employé actuellement, et aux divers perfectionnements qui ont permis d’en réduire notablement le prix. Nous distinguerons deux classes d’appareils :
- i° Les appareils de ménage;
- 2° Les appareils industriels.
- Les premiers sont trop connus, et leur emploi trop journalier pour qu’il soit besoin d’en rappeler le fonctionnement; une grande variété de ces appareils reposant sur l’idée primitive du gazogène Briett avaient été exposés; citons : l’appareil sipboïde à cloison horizontale de MM. Guéret frères (France); l’appareil à tiroir de M. Maldiné (France); le seltzogène entièrement en porcelaine de M. Lhote (France); le siphon sellzogène de M. Bobet (France) où le levier de manœuvre ordinaire est remplacé par une clef à vis évitant tout épanchement de liquide, et permettant le réglage du jet.
- Malgré le bas prix de ces appareils, souvent on préfère l’eau gazeuse fabriquée industriellement.
- Deux modes sont généralement suivis; dans le premier dit -sy/.s— tème comprimé, le gaz acide carbonique obtenu à haute pression est envoyé dans l’eau à saturer, et agité avec elle; dans le deuxième dit système continu, l’eau et l’acide carbonique à pression ordinaire sont aspirés par une pompe aspirante et foulante, en quantité convenable, qui les envoie dans un gazomètre où on les mélange en les agitant ensemble. Quel que soit le mode employé, le gaz carbonique, ordinairement préparé par l’action de l’acide sulfurique sur un carbonate, est impur et doit être lavé.
- Le premier mode tend à être rejeté par suite de l’attaque qui se produit à haute pression des métaux cuivre ou laiton entrant dans l’appareil.
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- APPAREILS DIVERS.
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- Les appareils continus dus à M. Hermann-Lachapelle (France) Gr. vi. sont avec gazomètre régulateur; la sphère de saturation est en bronze fondu; ceux de M. Durafort (France) sont également du meme genre que ceux créés par M. Hermann-Lachapelle.
- M. Mondelot fils (France), dans le but de supprimer le gazomètre, a utilisé, cl’une façon simple et ingénieuse, la pompe aspirante et foulante de Bramah pour régler automatiquement l’arrivée d’acide sur la craie; il obtient ainsi un dégagement régulier et continu du gaz.
- Un des appareils exposés par M. Mondelot comprend un vase où l’on met du bicarbonate de soude; un tube intérieur percé de trous sert pour l’arrivée cl’eau acidulée; le gaz qui se produit forme contreprcssion sur l’eau acidulée qui ne peut arriver jusqu’au bicarbonate qu’à la condition que la pompe aspire une certaine quantité de gaz, et ainsi de suite jusqu’à épuisement complet du bicarbonate.
- Une pompe aspire le gaz produit et la quantité d’eau nécessaire, et les refoule dans un saturateur à agitateur. Dans un autre appareil, M. Mondelot emploie l’acide sulfurique et la craie; l’acide arrive par un tube siphon d’un réservoir à air libre; l’acicle, au contact de la craie, fait dégager du gaz qui produit une pression arrêtant l’arrivée de l’acide par le siphon jusqu’à ce que la pompe ait aspiré le gaz produit qui est envoyé dans le saturateur à agitateur; le tube d’arrivée d’eau au saturateur forme soupape de sûreté, et permet au gaz de s’échapper au dehors en cas de trop forte pression. Quelques détails de construction sont à noter: la pompe est en cuir embouti avec un collier en caoutchouc; les soupapes sont avec rondelles de cuir insérées au-dessus et au-dessous de l’embase pour éviter les chocs métalliques sur le siège et sur la butée.
- Le saturateur est en cuivre, à soupape à ressort permettant un réglage facile.
- Le vase à acide ouvert est à large entonnoir terminé par un filtre qui arrête les impuretés lors de la mise de l’acide dans l’appareil.
- M. Cazaubon (France) emploie un laveur à disques percés de
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- Gr. VI. trous, divisant le gaz et assurant son lavage; quant au saturateur, ci~2 au lieu d’être simplement étamé ou argenté, il reçoit un coquillage d’étain de 5 millimètres d’épaisseur appliqué au chalumeau sur la sphère en cuivre.
- Rappelons les appareils de M. Greffier (France) où le mélange est assuré par le mouvement de bascule à saturateur; on emploie le bicarbonate de soude plongeant plus ou moins dans l’acide, afin de régler à volonté la production du gaz; le laveur continu dit purgeur économique a soupape flottante de M. Lejeune (France); les appareils de M. Cari Pochtler (Autriche), de M. J. Matthevos (Amérique) et de MM. E. Gerant et G10 (Angleterre) pour la fabrication des boissons gazeuses.
- MM. Beins, Hoen et Coever (Pays-Bas) emploient le système Beins pour la fabrication de l’eau gazeuse. Le gaz est produit par l’introduction d’une tige de fer chauffée dans du bicarbonate de soude; le gaz produit après refroidissement se rend dans un réservoir, et de là dans les bouteilles contenant l’eau à saturer.
- Ce mode de fabrication est très simple et très économique; il supprime en effet le moteur, les pompes, le gazomètre, l’acide et la craie; le gaz carbonique est très pur et n’a pas besoin d’être lavé.
- Les mêmes exposants ont fait à leurs bouteilles l’application du système Good dont nous parlerons au sujet des appareils de tonnellerie.
- APPAREILS D’HUILERIE.
- . M. A. Toulet aîné (France) expose un ensemble d’appareils économiques pour l’extraction de l’huile des graines oléagineuses; le travail des meules est facilité par le passage des graines dans un broyeur à cylindres; le chauffoir est à vapeur, et les presses reçoivent l’eau de pression d’une pompe double par l’intermédiaire d’un accumulateur.
- Les presses dites universelles de MM. E. Mabille frères (France) ainsi que leurs modèles de concasseurs sont très simples d’installation.
- Nous trouvons également exposés divers spécimens d’élreindelles,
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- APPAREILS DIVERS.
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- notamment celles de M. F. Briez fils (France) fabriquées mécani- Gr. VI. quement.
- i qj 52
- M. Enfer et ses fils (France) remplacent le battage des huiles par une injection d’air obtenue au moyen d’un soufflet qui envoie cet air par un tuyau terminé par une plate-forme percée de trous et placée à la partie inférieure du bac à huile. L’air, en s’échappant, assure l’épuration uniforme de l’huile.
- FABRICATION DES CONSERVES.
- La cuisson à l’huile des sardines a été heureusement modifiée par l’emploi de la chaudière de M. de Lagillardière (France) où les dépôts qui se forment viennent se réunir dans le fond, lequel est disposé pour être à l’abri du contact du feu; on évite ainsi la carbonisation des dépôts qui donnaient auparavant un mauvais goût à l’huile.
- MM. Fouché et Laharpe (France) emploient, dans le même but, une bassine chauffée à la vapeur; ils opèrent le séchage par un chauffage méthodique à air chaud combiné avec un ventilateur.
- M. Maré (France) propose le bouchage des boîtes de conserves au moyen d’une capsule d’étain sur le pourtour de laquelle est formée une bague métallique assurant une fermeture hermétique pour les conserves et produits alimentaires.
- TRAITEMENT DU CAFE ET DU CACAO.
- M. Gourdin-Vernhes (France) expose un brûloir à boule.
- M. Pernolet (France) concasse le cacao torréfié au moyen de cylindres à pointes de diamant, qui ne brisent pas le grain, combinés avec un ventilateur.
- Les mélangeurs à table tournante de M. Hermann (France) assurent le mélange du cacao et du sucre.
- Divers moulins à café sont exposés, notamment ceux de M. Lau-zane fils (France), de MM. Japy et C,c(France).
- Nous rappellerons l’application que ces derniers ont faite, au traitement des cafés, du broyeur de M. Auduze.
- Le torréfacteur de M. Lambert, exposé par M. Devinck(France), est à double effet pour permettre de rendre continue l’opération,
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- Gr. VI, et d’en modérer le chauffage à volonté. Cet appareil se compose de
- deux cylindres concentriques montés sur un arbre creux. La ma-Cl. 52. 1 , . , . 1 .
- tiere a son état primitif est versee dans une tremie et de la chemine dans le grand cylindre qui est en contact direct avec le calorique, puis elle passe dans le deuxième cylindre où elle n’est plus chauffée que par l’air chaud.
- La longueur de la course que cette matière a à fournir dans ces deux cylindres est calculée de façon qu’à sa sortie de l’appareil elle est torréfiée au degré voulu.
- M. Lombard (France) propose de refroidir le chocolat mis en moules par un courant d’air froid marchant en sens inverse des moules.
- On rend ainsi le démoulage plus facile, en conservant le velouté au chocolat; le poids des tablettes est assuré par l’emploi de la presse peseuse de MM. Lombard et Pfender.
- Nous rappellerons que divers systèmes d’appareils à préparer les infusions de café, thé, etc., avaient été exposés, notamment la cafetière de MM. Malon et G10, en usage dans l’armée, et l’appareil d’infusion à la vapeur de M. Azensberger (Angleterre).
- APPAREILS DE CONFISERIE.
- M. Kaulek fils (France) a apporté divers perfectionnements aux bassines à dragées ordinairement en usage; le serpentin ovale, qui servait anciennement de surface deroulement et de chauffe, est remplacé par un fond plein et lisse, à serpentin extérieur en cuivre rouge sans soudure. Le nettoyage est ainsi plus facile, et l’on n’a plus à craindre les fuites de vapeur.
- Rappelons également leur mode de fabrication des pastilles à la goutte coupées à plusieurs couleurs.
- Nous citerons encore les appareils de M. Lecornu (France), les machines à dragées mues à bras, et chauffées par foyer de M. Du-jour (France), les bassines à bain-marie de M. Grazé (France), et celle de M. Voillequin-Sordet (France) à injection d’air à la partie inférieure.
- Une grande variété de moules et autres appareils de confiserie étaient également exposés.
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- APPAREILS DIVERS.
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- APPAREILS DE TONNELLERIE ET DE TRAITEMENT DES VINS. —
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- M. J.-C. Bignon (France) exposait des appareils très perfectionnés pour cuverie, bouchage, pompe à vin, etc.
- M. Forrney (France) propose de chaufferies vins dans la pièce même sans transvasement, au moyen d’un double siphon prenant le vin à la partie inférieure de la pièce et le conduisant à la partie supérieure après un parcours dans une partie chauffée par bain-marie.
- M. Legrand (France) a remplacé les tonneaux en bois par des fûts métalliques disposés avec deux cercles en fer au milieu pour faciliter le roulement. Ces tonneaux sont spécialement employés pour renfermer des liquides sujets à évaporation, tels que alcools, essences, etc.
- AI. Latastc (France) expose un bondon ouilleur automatique évitant que le bois ne se découvre. La fermentation à l’abri du contact de l’air est préconisée par M. de Martin (France) et le filtrage des vins est indiqué par AL Rouhette (France).
- Ajoutons que AI. Quitton (France) propose de placer dans l’intérieur de la masse soumise à l’action du pressoir ordinaire un tube filtrant qui facilite l’extraction du jus du raisin.
- Bien des appareils de mesurage, de bouchage, entonnoirs, pompes à vin, etc., avaient également été exposés. Nous rappellerons seulement le mode ingénieux de fermeture des bouteilles à eaux gazeuses, exposé par A'IAI. Cood et Clc (Angleterre) et consistant dans l’emploi d’une bille appliquée parles gaz mêmes contre une bague en caoutchouc logée dans une rainure pratiquée à l’intérieur du col de la bouteille; en repoussant la bille, elle vient se loger dans un pli disposé dans le goulot de la bouteille, qui peut ainsi être vidée très facilement.
- E. AvISSE.
- Classe ü'j.
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- Gr. VI.
- , , Cl. 52.
- PROCEDES ET APPAREILS DE LA MEÜÏNERIE.
- INTRODUCTION.
- La meunerie est incontestablement la plus ancienne des industries qui ont notre alimentation pour objet; c’est aussi la plus importante, puisque, pour l’Europe seulement, elle représente un mouvement commercial de 20 milliards de francs. Nous ajouterons que la perfection de ses procédés et de ses produits va de pair avec les progrès de la civilisation et avec l’extension du bien-être social.
- Cependant, avant l’Exposition de 1878, elle n’avait été représentée, au point de vue matériel, que d’une façon trop sommaire dans ces grandes assises des arts, de l’industrie et du commerce dont l’Angleterre et la France ont été tour à tour les promotrices en 1851, 1855, 1862 et 1867 ; l’exemple de ces deux nations a été suivi depuis par l’Autriche et les Etats-Unis.
- Il semble qu’il était réservé à la France, dont les farines sont les meilleures du monde, l’honneur de grouper, pour la première fois en 1878, tous les perfectionnements qu’elle-même et les autres pays ont apportés dans les appareils et les procédés de la minoterie.
- Deux faits principaux se dégagent de l’abondance et de la variété des machines de toutes sortes qui ont été exposées. Le premier, c’est la tendance de toutes les nations civilisées à retirer du blé le plus grand et le meilleur produit en farine, par l’amélioration des appareils ordinaires de nettoyage, de mouture et de blutage. Le second, c’est la somme d’intelligence et d’efforts dépensés, surtout à l’étranger, pour substituer aux meules, avec plus ou moins de succès, des appareils nouveaux ou réputés tels, dans le but de rendre la fabrication meilleure ou d’en diminuer le coût» Ces deux faits réagissent l’un sur l’autre et sont intimement liés; de telle sorte qu’il en résulte actuellement une lutte ardente entre
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- Gr. vi. ceux qui préconisent les nouveaux appareils de moulure et ceux qui restent partisans de la meule en pierre; nous n’avons qu’à nous féliciter de cette lutte, car elle amènera infailliblement le progrès.
- Malgré les entraves que, durant de longues années, Je commerce des blés et des farines a rencontrées en France, l’art du minotier s’y est constamment perfectionné. La suppression de l’échelle mobile et la législation de 1861 ont amélioré considérablement sa situation; mais il faudrait à la France, pour tirer tout le profit qu’elle est en droit d’attendre de sa position géographique exceptionnelle, la suppression de ces clauses restrictives du Code pénal votées, comme le dit avec raison M. Cli. Touaillon fils, « à une époque où l’on croyait encore à l’accapareur, ce croque-mitaine des ignorants 35.
- Avec les rapports si multipliés qui se sont établis entre tous les peuples de la terre, grâce aux progrès de la science, la liberté absolue du commerce des céréales rendrait à la France les memes services qu’en a retirés l’Angleterre; de telle sorte qu’elle pourrait joindre, à la supériorité incontestée de ses farines, un énorme développement de l’emploi de ses capitaux dans une branche si nécessaire et si importante du commerce international.
- Ces réflexions nous sont inspirées par le spectacle meme de l’Exposition de 1878, où nous trouvons la preuve des efforts qui se font à l’étranger pour rivaliser avec la fabrication française.
- Le matériel dont nous avons à rendre compte ici peut se classer en trois grandes catégories :
- i° Les appareils de nettoyage, de criblage et de triage des céréales ;
- 20 Les appareils opérant la mouture proprement dite;
- 3° Les machines servant à classer les produits de la mouture.
- Mais nous dirons aussi quelques mots des moyens mécaniques figurant à l’Exposition pour le déchargement et la mise en magasin des blés; de meme que nous parlerons des procédés employés
- Meunerie, Boulangerie, Biscuiterie, par (ili. Touaillon 1118(3“ édition).
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- pour la conservation des farines, car ils intéressent au plus haut Gr. VI
- point le commerce d’exportation et les subsistances militaires.
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- APPAREILS DE DÉCHARGEMENT DES NAVIRES OU DES WAGONS APPORTANT LE BLÉ EN VRAC.
- Dans presque toutes les minoteries qui reçoivent du blé en vrac, comme dans les docks, le déchargement des navires et des wagons se fait au moyen de chaînes à godets ou norias. C’est le procédé le plus économique au point de vue du travail moteur à dépenser dans cette opération; le blé est directement pris dans le navire et versé dans les boisseaux du moulin ou du dock.
- Cependant il donne lieu à une dépense d’installation assez coûteuse et souvent à des réparations dues à l’engorgement des norias ou à l’allongement des courroies portant les godets.
- Les inconvénients de cette nature sont évités par deux élévateurs-aspirateurs, dont l’un fonctionnait à l’Exposition; tous deux appartenaient, du reste, à la section française.
- Le premier est dû à MM. Renard et de la Haye, ingénieurs; nous dirons en quelques mots en quoi il consiste. Au-dessus du point le plus élevé que le blé doit atteindre dans le magasin, on établit un vaste cylindre terminé, à sa partie inférieure, par un tronc de cône fermé au moyen d’une soupape équilibrée. La partie supérieure du vase communique, par un tube, avec l’intérieur du bateau à décharger; vers le milieu de la hauteur du vase débouche un deuxième tuyau qui est mis en communication avec l’ouïe de l’un des deux ventilateurs aspirants, dont l’ensemble constitue le ventilateur à action multiple de Perrigault; le second aspire dans le premier, de telle sorte que le vide relatif ainsi produit détermine, par le bas du tube qui plonge dans le bateau ou le wagon, un violent courant d’air qui entraîne le blé. Dans ce mouvement d’ascension, le blé, les poussières et tous les corps étrangers qui l’accompagnent sont mis en mouvement avec une grande rapidité et le blé subit ainsi une sorte de nottoyage; les insectes de toutes sortes, les charançons, par exemple, s’il en existe dans le blé ainsi remué, se trouvent très mal de ceboulever-
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- Gr. VI. sement et sont en partie tués. Le bon blé et les graines lourdes qui peuvent encore y être mélangées tombent dans le fond du vase cylindrique, dont la soupape s’ouvre par leur poids, tandis que les parties plus légères que le bon blé sont aspirées par les ventilateurs et entraînées dans le tube qui réunit ces ventilateurs au vase cylindrique.
- Cet appareil est simple, mais il utilise à peine i o à 15 p. o/o du travail moteur fourni aux ventilateurs; sous ce rapport, il est de beaucoup inférieur à la noria.
- MM. Koerting frères, de Paris, construisent un appareil du même genre, mais encore plus simple, car ils remplacent les ventilateurs et leur transmission de mouvement par un aspirateur à vapeur qui produit la dépression voulue dans le vase cylindrique.
- Si l’on calcule le poids du charbon correspondant au travail moteur dépensé dans ces deux élévateurs, pour atteindre le même résultat, on reconnaît qu’il est sensiblement le même; mais l’élévateur Koerting présente l’avantage de la plus grande simplicité.
- Nous terminerons ce chapitre en mentionnant la machine à peser automatiquement le blé, exposée par MM. Hoerde et C", de Vienne (Autriche). Elle est d’une grande simplicité et consiste, comme partie principale, en un vase équilibré et suspendu au levier d’une romaine; on peut régler à volonté le poids du blé que la machine pèsera et délivrera dans chaque opération. Dès que le vase mesureur a reçu le poids voulu de blé, il bascule pour se vider et ferme, en même temps, l’arrivée du grain qui se fait par la partie supérieure. Le vase étant vide revient à sa position primitive en ouvrant l’arrivée du blé. Chaque pesée est inscrite par la balance sur un cadran.
- La précision de cette machine et les soins apportés à son exécution ont justement attiré l’attention du jury international.
- APPAREILS DE NETTOYAGE, DE CRIBLAGE ET DE TRIAGE DES CEREALES,
- ET SPÉCIALEMENT Dü BLÉ.
- Il y a à peine vingt ans, le blé était nettoyé par les agriculteurs, et on ne peut considérer comme un nettoyage le travail
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- tout à fait insuffisant qui s’effectuait avec les anciens tarares de fermes. L’introduction des batteuses mécaniques a déjà apporté une grande amélioration dans l’état où le blé était vendu par les cultivateurs; l’action même du batteur enlève une notable partie de la poussière adhérente au grain de blé; cette action est, d’ailleurs, généralement suivie de celle du tarare dont presque toutes les batteuses sont aujourd’hui pourvues. Bon nombre même de ces machines font un nettoyage plus complet et classent le grain.
- On peut donc dire que, sous ce rapport, les habitudes commerciales se sont profondément modifiées; mais-cela n’est pas suffisant; le commerce a tout intérêt à obliger le cultivateur à ne lui livrer que des blés bien nettoyés, et le cultivateur lui-même a peut-être un intérêt plus grand encore à agir ainsi, à cause de la plus-value qui en résulterait pour la vente de ses grains.
- Il n’est pas possible d’obtenir de belle et bonne farine d’un blé mal nettoyé; c’est là un point si important que l’on peut presque préjuger la qualité des produits d’un moulin par l’examen de ses appareils de nettoyage.
- Cette partie essentielle de l’outillage d’un moulin à blé a été l’objet de nombreux perfectionnements et l’Exposition de 1878 a montré quelle importance y attachent les constructeurs des diverses nations.
- En France, les Gravier, les Niceville, les Darblay, les East-vvood ont attaché leur nom depuis longtemps aux progrès réalisés à cet égard, ainsi qu’à beaucoup d’autres améliorations introduites dans la minoterie française depuis soixante ans. Les nations étrangères , notamment l’Angleterre, l’Allemagne et l’Amérique, ne sont pas restées en arrière, et on leur doit un certain nombre d’appareils ingénieux et efficaces pour le nettoyage du blé.
- La séparation des corps et grains étrangers qui accompagnent le blé repose sur leurs différences de grosseur, de forme et de poids spécifique apparent; mais là ne se bornent pas les opérations du nettoyage; le blé, pour être complètement préparé à la mouture, doit encore être débarrassé de la poussière qui y adhère, de son germe et de sa barbe; dans quelques cas exceptionnels, on
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- lui fait subir une décortication partielle; enfin, certains blés très sales sont soumis au lavage. De là découlent toute une série de machines dont l’Exposition offrait une collection complète.
- Les laveuses de blé, au nombre de trois, figuraient dans la section française. Celles de MM. Demaux et fils, de Toulouse, et de M. Maurel, de Marseille, présentent les meilleures dispositions; le principe de ces machines dérive de la laveuse imaginée par Cardailhac, de Toulouse.
- Le blé, en sortant d’un crible émotteur, tombe dans une cuve laveuse pourvue d’un agitateur et dans laquelle arrive un courant d’eau. L’agitation du liquide maintient le blé en suspension et le nettoie, tandis que les pierres tombent au fond de la cuve, d’où elles peuvent être enlevées constamment, comme dans la machine de M. Maurel, au moyen d’une chaîne à godets. Le courant d’eau, circulant dans la cuve, s’en échappe par un trop-plein établi à la partie supérieure; il entraîne le blé, mais comme il peut aussi emporter de petites pierres, MM. Demaux et fils ont placé, à la sortie de ce courant, une table inclinée, garnie de règles transversales, qui remplit un rôle analogue à celui du sablier des machines à fabriquer le papier sans fin; les petites pierres sont retenues par ce sablier. Dans la laveuse Demaux, le blé arrive dans une première colonne verticale où il s’égoutte; puis il est ventilé et séché dans une seconde colonne renfermant, comme la première, un arbre vertical inuni de palettes et animé d’un mouvement de rotation très rapide. Dans la laveuse Maurel, le blé est d’abord essoré dans le coursier à jours d’une roue à palettes, à axe horizontal, qui le projette dans une colonne sécheuse suivie d’une seconde dans les grands appareils.
- Suivant les dimensions qu’on leur donne, on peut, avec ces machines, laver de A à 20 hectolitres de blé par heure, avec une puissance motrice de 1 à 3 chevaux-vapeur.
- La troisième laveuse, exposée par M. Rebel, de Moissac, est pourvue d’un cylindre sécheur presque horizontal; la cuve de lavage, divisée en deux compartiments, présente une disposition particulière, consistant en une hélice qui détermine entre ces deux
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- compartiments une circulation (l’eau très rapide et favorable au Gr. VI. lavage.
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- On compte qu’il faut environ 3 litres d’eau pour laver un litre de blé; en France, celte opération ne s’effeclue que sur les blés d’Afrique et du Levant lorsqu’ils sont remplis de terre, comme cela se présente assez fréquemment. Appliquée aux blés durs de ces régions, elle en facilite la mouture et permet d’obtenir un son plat et large bien nettoyé, en même temps qu’une farine bien développée susceptible de donner au pain les qualités qu’exige la consommation française.
- Les appareils de criblage et de triage, basés sur la différence de densité des matières mélangées, peuvent se ramener à deux types bien connus : l’épierreur de Josse et le tarare aspirateur ou tarare américain.
- Par un premier passage à l’épierreur, on peut séparer du blé les corps plus denses, comme les pierres; un second passage permet d’en extraire les corps plus légers; enfin, par un troisième passage, on peut classer le blé en deux catégories. Cet appareil, aussi simple qu’ingénieux, puisqu’il ne comporte aucune pièce mécanique, ne peut opérer avec précision que s’il est construit dans des dimensions assez restreintes; par conséquent, son débit est relativement faible; en outre, les dispositions prises pour lui donner les secousses transversales qui déterminent le classement et le cheminement des corps de densités différentes, en font une machine bruyante et susceptible de se déranger. Il fonctionnait dans la section française, où il était exposé par M. Hignette, de Paris.
- Le tarare aspirateur, importé d’Amérique, puis modifié par MM. Rose frères, de Poissy, agit tout différemment. Un ventilateur aspirant détermine dans l’intérieur d’une chambre une dépression qui peut être réglée par une soupape atmosphérique suspendue à l’une des extrémités du levier d’une romaine, dont le contrepoids peut se déplacer à volonté. Celte chambre communique avec l’air ambiant par une cheminée verticale dans laquelle le grain à nettoyer tombe en couche mince; ce grain est traversé par un courant d’air de bas en haut, dont la violence plus ou moins grande dé-
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- Gr. VI. pend de la dépression produite dans la chambre; la poussière, les corps légers sont emportés par ce courant d’air, tandis que les corps lourds tombent par l’orifice inférieur de la cheminée, où ils sont recueillis.
- En faisant passer le blé à nettoyer successivement dans plusieurs tarares aspirateurs, dont l’action serait convenablement réglée, on pourrait obtenir un triage et un classement analogues à ceux cpie peut donner i’épicrreur de Josse; mais, de même que l’é-pierreur convient surtout pour séparer du blé les pierres de même grosseur qu’aucun autre appareil n’en peut enlever, de même, le tarare aspirateur ne produit un travail important et efficace que s’il est appliqué à l’enlèvement des corps notablement plus légers que le blé; de telle sorte qu’en pratique ce serait une erreur que d’employer l’un ou l’autre de ces appareils a des opérations multiples, dans la composition d’un assortiment de nettoyage.
- Plusieurs constructeurs, en vue de rendre aussi parfaite que possible l’action du tarare aspirateur, ont eu l’idée ingénieuse de faire tomber en cascades successives le grain soumis à son action et de faire traverser chaque cascade par un courant d’air qui se rend dans la chambre du ventilateur aspirant. Cette disposition se remarquait dans le tarare aspirateur exposé par MM. J. Walworth et Clc, de Bradford (Angleterre).
- Les cribles et trieurs basés sur les différences de grosseur et de formes des matières mélangées dérivent tous du crible à tôle perforée de Pernollet et du trieur à alvéoles de M. Vachon.
- Au moyen des cribles proprement dits, plans, prismatiques ou cylindriques, on peut séparer du blé tous les corps plus gros, plus longs et moins larges, et tous ceux qui sont plus petits; il suffit, pour cela, de choisir convenablement le numéro du crible à employer. La fabrication de ces tôles perforées occupe des ateliers importants dont les chefs ont été conduits à la création d’un outillage mécanique spécial. Nous avons remarqué tout particulièrement les produits exposés par M. L. Deny, de Paris, et par M. Mourot aîné, de Montrouge (Seine).
- Nous devons citer, dans la section anglaise, les cribles rotatifs exposés par MM. Penny et 0°; ils sont formés par des fils de fer
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- dont on peut, au moyen de ressorts, régler à volonté l’écartement, Gr. VI. selon la nature des grains à cribler; une brosse rotative, placée extérieurement au crible, nettoie constamment les intervalles des fils.
- .Mais, dans les blés émotlés et criblés,il reste encore des graines rondes de même diamètre que le diamètre transversal du grain de blé; la présence de ces graines rondes est une cause d’impuretés dans la farine, et leur séparation mécanique n’a été résolue que par le trieur à alvéoles de M. Vachon; lors de son apparition, ce (rieur a constitué l’une des inventions les plus importantes dans les appareils de nettoyage, tant au point de vue de l’agriculteur qu’à celui du meunier. Aujourd’hui le principe de ce trieur est appliqué dans le monde entier. Ce trieur à alvéoles a été l’objet de plusieurs modifications de la part de divers constructeurs, tant en France qu’à l’étranger; ces modifications ont eu pour but principal de donner plus de développement à la tôle emboutie, de mieux répartir le grain à son entrée dans l’appareil, comme dans les trieurs exposés par M. Hignette et MM. Rose frères; enfin d’éviter, par des reprises continues et automatiques, toute perte de blé. Nous signalerons cl’une façon toute spéciale les trieurs de M. Marot, de Niort (Deux-Sèvres) : ce sont des instruments très utiles en agriculture pour le triage des blés de semence. Un autre mécanicien de la même ville, M. Clert, a exposé des appareils du même genre, bien exécutés.
- Dans la section belge, nous avons remarqué un trieur exposé par M. L.-J. Marie, de Marchienne-au-Pont. Cet appareil, destiné à séparer du blé les graines rondes, présente une disposition particulière qu’on ne rencontre dans aucun autre; le mélange tombe d’une façon régulière vers le milieu de la longueur d’une toile sans fin, en caoutchouc, dont l’inclinaison peut se régler à volonté; la toile est animée d’un mouvement continu dans le sens de la montée; les graines rondes roulent vers le bas de la pente, tandis que le blé, en raison de sa forme ovoïde, est entraîné par la toile qui le délivre à la partie supérieure. Cet appareil, plus simple que le trieur à alvéoles, ne peut en avoir la précision.
- Aucun des appareils de nettoyage à sec dont il vient d’être
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- Gr. VI. parlé n’enlève ni la poussière adhérente an grain de Lié, ni le Cl 52 8crrae’ n‘ ]jai'kc. Pour cet objet, il faut recourir à l’emploi de la ramonerie ou tarare vertical, dont tous les moulins sont aujourd’hui pourvus.
- C’est un Français de Metz, M. Niceville, qui construisit les premiers nettoyages à colonne; pendant longtemps, la ramonerie fut composée de deux cylindres verticaux et concentriques, en tôle crevée, dite tôle-râpe; le cylindre extérieur étant fixe, l’autre était animé d’un mouvement de rotation rapide; le blé tombait dans l’intervalle de quelques millimètres qui séparait les deux cylindres et il était soumis â l’action des aspérités formées par les trous des tôles. Ce mode de construction est encore adopté aujourd’hui par beaucoup de mécaniciens. Il figurait dans les nettoyages exposés par MM. Dufour et Corcoran (France), Witt et Clc (Angleterre).
- C’est, croyons-nous, dans le moulin de Saint-Maur, appartenant alors à M. Darblay, que l’on lit usage pour la première fois d’une ramonerie composée de deux troncs de cônes verticaux et concentriques, ayant leur petite base en haut, en remplacement des cylindres. Cette forme est plus rationnelle que la forme cylindrique, car elle permet de régler à volonté l’écartement entre les surfaces brossantes et de remédier à l’usure progressive des aspérités de ces surfaces. Nous retrouvons cette disposition dans l’appareil de nettoyage exposé par M. L. Nemelka (section autrichienne).
- Le nettoyeur-décortiqueur de Fdi est une modification très ingénieuse de la ramonerie tronconique, car il permet d’obtenir une très grande surface brossante dans un appareil de petite hauteur. Ce nettoyeur figurait dans les machines exposées par M. Hi-gnette (France) qui l’a amélioré; nous l’avons également remarqué dans le nettoyage de MM. W.-R. Dell et fils (Angleterre).
- Certains constructeurs remplacent la tôle extérieure de la ramonerie cylindrique ou tronconique par une toile métallique en acier, et la tôle intérieure par un arbre armé de palettes. C’est ainsi que sont construites les colonnes épointeuses exposées dans la section française par MM. Rose frères, llignetle et Dufour, et, dans la section anglaise, par MM. Dell et fils et MM. Corbet et
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- Peele; ces derniers constructeurs ont un appareil de nettoyage muni d’un ensachoir-peseur automatique d’une disposition ingénieuse.
- L’emploi d’une enveloppe extérieure en toile métallique produit un bon effet, mais il conviendrait, pensons-nous, de maintenir la tôle-râpe pour la partie mobile; on éviterait plus complètement le cassage du grain et le blé échapperait moins facilement à l’action de la toile m " ” e.
- Les ramoneries et les colonnes épointeuses sont accompagnées d’un ventilateur qui enlève les corps légers que le brossage a détachés du blé.
- Le nettoyage opéré par la ramoncrie n’atteint pas d’une façon suffisante la poussière logée dans la rainure du grain; aussi fait-on usage, pour compléter ce nettoyage, d’une brosse cylindrique verticale composée d’un tambour vertical garni de brosses et tournant dans une enveloppe fixe en toile métallique. Un appareil de ce genre était exposé par MM. Rose frères dans la section française.
- MM. David et Richardson ont exposé, dans la section des Etats-Unis, une machine à brosser le blé, dans laquelle cette opération est faite par le frottement des grains de blé les uns contre les autres; cet appareil de nettoyage présente une certaine analogie avec un nettoyeur-décortiqueur inventé par M. Bouclier, de Paris, dont nous devons dire quelques mots.
- Dans une sorte d’auge en bois, on fait arriver, à jet continu, le blé préalablement mouillé (à raison de 1 à i,5 p. o/o); le blé y est soumis aux chocs très multipliés d’un certain nombre de pilons en bois se mouvant verticalement par un arbre coudé qui fait environ i5o tours par minute. On détache ainsi du blé son enveloppe extérieure, siliceuse, impropre à la nutrition, c’est-à-dire le péricarpe sec. En quittant l’auge, le mélange est soumis à l’action d’un crible rotatif, à brosses, et d’un ventilateur aspirant. L’épiderme est enlevé et le blé, ainsi nettoyé et en partie décortiqué, se rend aux meules.
- La décortication complète du blé serait préjudiciable à la qualité de la mouture; d’ailleurs, en raison même de la structure du grain, elle est impossible ; mais il est souvent utile de décortiquer
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- Cl. 52.
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- Gr. VI. partiellement les blés avariés ou échauffés dont on fait disparaître
- ainsi l’odeur et le mauvais goût.
- CL 52. °
- Nous venons de parler du mouillage du blé; cette opération se
- fait tout naturellement dans les laveuses ; mais ces appareils ne sont employés que pour les blés très sales, souillés de terre. Les blés durs et propres exigent cependant un mouillage préalable à la mouture pour en obtenir un son large, plat et bien nettoyé. Beaucoup de moulins sont pourvus d’une vis mouilleuse, où l’on fait tomber un mince filet d’eau sur le blé que la vis conduit aux meules.
- Ainsi pratiquée, cette opération est souvent imparfaite, parce que l’eau et le blé n’arrivent pas régulièrement dans la vis mouilleuse. Mais MM. Rose frères ont exposé, dans la section française, un petit appareil très simple qui résout le problème d’une façon tout à fait satisfaisante. Cet appareil consiste dans une petite roue à augets sur laquelle tombe le blé à mouiller; les augets se remplissent de blé et ce remplissage détermine la rotation de la roue. Contre celle-ci et sur une circonférence de plus grand rayon sont montés un certain nombre de godets qui puisent l’eau dans un bassin inférieur et la versent .dans le coursier de la roue où se répand le blé qui remplit les augets. La quantité d’eau ainsi puisée est proportionnelle à la vitesse de la roue, et cette vitesse dépend de la quantité de blé qui arrive dans les augets. Cette mouilleuse constitue donc un régulateur très simple du degré d’humidité fournie au grain.
- En terminant ce chapitre, nous ferons remarquer que, dans la plupart des moulins, les appareils de nettoyage occupent plusieurs étages. Cependant, depuis quelques années, divers constructeurs ont étudié des ensembles de nettoyage dans lesquels tous les appareils sont établis sur un seul plancher; cette disposition, dont MM. Rose frères avaient exposé un spécimen bien agencé, exige un certain nombre d’élévateurs pour faire parcourir au blé la série des appareils de nettoyage.
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- .MOUTURE DU BLÉ PAR LES MEULES. Cl. 52
- § iC1'. Fabrication et entretien des meules. — L’emploi de la pierre pour moudre les céréales remonte à la plus haute antiquité ; mais l’expérience a fait connaître depuis longtemps que toutes les pierres ne sont pas également aptes à faire une bonne mouture. Les meilleures sont les pierres siliceuses, dites meulières en raison même de l’application spéciale dont elles sont l’objet; elles sont composées de silice pure, d’alumine et d’oxyde de manganèse, ces deux derniers corps en proportions minimes.
- Ces pierres meulières se rencontrent dans diverses contrées, notamment en Amérique, en Hongrie et surtout en France, principalement dans les bassins de la Seine, de la Loire et de la Gironde; mais c’est dans le bassin de la Seine qu’elles sont le plus abondantes et présentent la contexture la mieux appropriée à la mouture du blé.
- Les gisements les plus importants sont :
- i° Pour le bassin de la Seine, ceux de la montagne de Reims, Margny, Orbais, les environs d’Épernav, Saint-Martin-d’Ablois, dans le département de la Marne; ceux de la Ferté-sous-Jouarre et tous les environs, dans le département de Seine-et-Marne; ceux des environs de Corbeil, Tousson, Saint-Yon, dans le département de Seine-et-Oise ; ceux d’Epernon et ses environs, de Nogent-le-Rotrou, dans le département d’Eure-et-Loir, etc.;
- 2° Pour le bassin do la Loire, ceux des environs de Poitiers, de Cinq-Mars-la-Pile, de Lésigny sont les mieux réputés;
- 3° Pour le bassin de la Gironde, ce sont ceux des environs de Rergerac et de Homme.
- La fabrication des meules à blé est une industrie essentiellement française, dont les produits sont connus et employés dans le monde entier; aussi cette fabrication occupe-t-elle de nombreux ouvriers dans des carrières et des usines très importantes. Il n’était donc pas surprenant que cette industrie fût amplement représentée à l’Exposition, où l’on était à même de se rendre compte de toutes
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- les opérations de taille, d’assemblage et de façonnage que subit une meule avant de pouvoir être livrée au meunier.
- Le choix des pierres susceptibles de donner une bonne meule est de la plus haute importance, aussi faut-il composer cette meule de morceaux présentant l’homogénéité et les qualités convenables. Ces morceaux forment des panneaux dont les faces sont, dans la plupart des usines, dressées à la main avec les outils qui servent ordinairement aux tailleurs de pierre. Cependant, dans quelques fabriques importantes, tant en France qu’à l’étranger, on a substitué les machines à la main de l’homme, pour une grande partie du façonnage.
- -MM. Roger fds et C'°, de la Ferlé-sous-Jouarre, ont exposé et fait fonctionner toute une série de machines-outils appropriées à ce travail. En premier lieu, une raboteuse dont l’ensemble rappelle les machines à planer le bois : elle comporte un chariot mobile, animé d’un mouvement lent de va-et-vient recevant le panneau à dresser; sur le banc de la raboteuse est monté un bâtis porte-outil; l’outil, composé d’un cylindre armé de petits diamants disposés en hélice, fait 12,000 tours par minute et attaque la pierre. Les panneaux étant dressés sont ensuite présentés l’un contre l’autre et réunis au moyen d’un mortier composé de ciment auquel on ajoute de la poussière de silex provenant du rabotage de la pierre ainsi que du tournage de la meule; les panneaux ainsi réunis sont serrés par des frottes en fer.
- MM. Roger fils et C'° opèrent le dressage de la face travaillante de chaque meule sur un tour spécial qui fonctionnait à l’Exposition; c’est un tour à banc coupé, sur la plate-forme duquel la meule est montée; l’outil est formé aussi par des diamants disposés en hélice sur un manchon horizontal qui fait à,000 tours par minute; ce manchon est porté par un chariot qui peut se déplacer horizontalement suivant deux directions rectangulaires et pivoter sur lui-même, comme le chariot porte-outil d’un tour à métaux; l’avancement de l’outil dans le sens rayonnant se fait automatiquement, et cet avancement est d’autant plus rapide que l’outil se rapproche davantage du centre de la meule. Une disposition ingénieuse, consistant dans l’application d’un ventilateur
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- aspirant, enlève la poussière produite et soustrait ainsi l’ouvrier Gr. VI.
- à son action pernicieuse. Avec ce tour une meule peut être dressée
- . A Cl. 52.
- en huit ou dix heures.
- Le dressage et la mise en moulage des meules se font aussi mécaniquement dans d’autres usines, telles que celles de MM. Gilquin fils et Clc, de M. Alexandre Faucheux, de la Société meulière du Bois-de-la-Barre, de MM. Dupety, Guérin, Bouchon et C'e, de MM. Bailly et Cll!. Toutes ces maisons importantes de la Ferté-sous-Jouarre ont réalisé de très notables progrès dans la fabrication des meules, et nous pouvons dire qu’elles ont ainsi grandement contribué à établir, dans toutes les contrées du globe, le renom des meules françaises.
- M. Dassonville, de Nainur (Belgique), fait le dressage au moyen d’une machine à roder, par l’action du sable mouillé d’eau.
- Le rayonnage des meules se fait encore à la main; jusqu’à présent on n’est pas parvenu à le faire mécaniquement d’une façon complète et convenable; toutefois nous avons remarqué, dans la section anglaise, une machine à rayonner exposée par M. J. Harrison Carter, de Londres et Liverpool. L’opération s’effectue au moyen d’une'petite meule en corindon, animée d’un mouvement de rotation très rapide et portée par un petit chariot qui se déplace automatiquement suivant le sens de la longueur des rayures ou rayons. Nous ne pensons pas que cette machine puisse dispenser de dégrossir au moins à la main.
- Outre les maisons que nous avons mentionnées précédemment et qui toutes exposaient de remarquables spécimens de leurs produits, nous devons citer comme ayant pris part à l’Exposition:
- MM. A. Couton, G. Delépine, Ladeuil et Gle, de la Ferté-sous-Jouarre; MM. Legendre frères, de Houlbec-Cocherel (Eure);
- M. Vannier, qui a établi le premier à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) la fabrication des meules; Mme Benez-Lauzeray, de Paris, dont les carrières sont à Epernon; M. T. Mesnet, de Cinq-Mars-la-Pile (Indre-et-Loire), qui possède aussi des carrières à la Ferté-sous-Jouarre; MM. Brisgault frères et G10, de Cinq-Mars-la-Pile.
- Enfin les pierres meulières de la Dordogne figuraient dignement Classe 5a.
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- Gr. VI. dans les expositions de MM. Chassaing, Pegrot et Clc, de Domine, C1 52 Vvo Lespinasse et fils, de Bergerac, et J. Pauly, de Mouleydier.
- Dans la section anglaise, MM. W. Dell et fils, de Londres, exposaient des meules françaises provenant des gisements de la Dordogne.
- Pour que la mouture avec les meules soit convenablement faite, il faut que leurs surfaces travaillantes soient entretenues en parfait état. Cet entretien, qui constitue le rhabillage, se fait généralement au marteau par des ouvriers spéciaux.
- Parmi les nombreux fabricants qui ont exposé des marteaux de rhabilleur nous citerons :
- M. Constant Delépine, fabricant de meules à la Ferté-sous-Jouarre, dont le marteau articulé porte une lame rapportée aiguisée aux deux extrémités, la tête du marteau formant une sorte d’étau dans lequel la lame est solidement serrée ;
- M. Giraudel, de Paris, M. Grellet, de Rouen, dont le marteau a de l’analogie avec celui de M. Delépine;
- M. Potiez, dont le marteau, dit mécanique, facilite, en effet, le travail de l’ouvrier ;
- M. Amelin, de Paris, connu de toute la meunerie pour ses accessoires de moulin;
- Enfin, MM. Touaillon fils etC10, de Paris, inventeurs d’une machine à rhabiller consistant en un marteau articulé dans une douille qui oscille à volonté et permet de placer la tranche du marteau parallèlement aux rayons et à la ciselure marquée par la tranche précédente ; le marteau oscille, par l’intermédiaire de cette douille, sur un support ou chariot reposant sur la meule et dont l’ouvrier peut obtenir le déplacement dans deux directions perpendiculaires. Cette machine rend le travail de l’ouvrier plus rapide, plus parfait et moins fatigant; elle donne, en outre, des ciselures nettes, à arêtes vives qu’on ne peut obtenir qu’avec le marteau et qui sont indispensables pour que la mouture soit bien faite.
- Avec le rhabillage au marteau ordinaire, l’ouvrier, obligé de se pencher sur la meule pour examiner de près les ciselures qu’il produit, respire la poussière qui se détache de la meule par l’ac-
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- tion du marteau ; il en résulte que le travail du rhabilleur est malsain.
- M. Luc Pache, pour faire disparaître ou tout au moins atténuer beaucoup ce grave inconvénient, a eu l’idée d’établir un ventilateur aspirant prenant l’air par une seule ouïe. Cette ouverture est fermée par un plateau portant un certain nombre de tubulures sur lesquelles s’adaptent autant de tuyaux aspirateurs, terminés à l’autre extrémité par un large pavillon.
- Chacun de ces tuyaux débouche sur une meule en rhabillage à l’endroit où l’ouvrier travaille ; le courant d’air, aspiré par le ventilateur, entraîne, en entrant dans le pavillon du tube, les poussières produites par le marteau du rhabilleur ; ces poussières sont emportées au dehors du moulin par le ventilateur.
- On s’est préoccupé depuis longtemps de remplacer les ouvriers rhabilleurs par des machines automatiques susceptibles d’être conduites par un ouvrier ordinaire. Les inventeurs de ces machines ont remplacé, dans ce but, le marteau par le diamant, en montant celui-ci sur un manchon animé d’un mouvement de rotation très rapide.
- M. Ch. Golay, mécanicien à Paris, est le premier, croyons-nous, qui ait imaginé une machine à rhabiller à outil rotatif.
- Sa machine comporte un bâti triangulaire en fonte dont la base est un arc de cercle sur lequel se meut le chariot porte-outil ; cet arc de cercle a pour centre une colonne creuse en fonte dont Taxe se place au centre de la meule à rhabiller. Le bâti triangulaire repose sur la meule, et dans la colonne creuse tourne un arbre vertical recevant le mouvement de l’un des arbres verticaux qui montent aux étages supérieurs du moulin pour actionner les bluteries et les autres accessoires. Le mouvement est alors transmis au manchon portant le diamant et faisant environ 12,000 tours par minute. L’arbre vertical de la colonne creuse actionne en même temps le chariot porte-outil et le déplace parallèlement aux ciselures. Pour faire le rhabillage complet, il faut déplacer à la main, et plusieurs fois, la machine, en la faisant tourner autour du centre de la meule.
- M. Ch. Golay construit sur le même principe une machine fixe
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- à dresser les meules; elle présente, comme disposition générale du bâti, la forme d’un étau-limeur.
- M. Millot, de Zurich (Suisse), qui est à la tête d’une importante maison de construction pour les accessoires des moulins, a exposé une machine à rhabiller basée sur le même principe que celle de M. Golay, mais qui en diffère cependant en ce que le rhabillage complet d’une meule s’effectue sans qu’il soit nécessaire de déplacer la machine à la main. Le bâti peut faire automatiquement un tour complet sur un moyeu fixé dans l’œillard de la meule, de telle sorte qu’il n’y a aucune perte de temps.
- Nous citerons encore la machine à rhabiller au diamant fixe, exposée par MM. Rose frères dans la section française. Elle consiste en un bâti à deux flasques parallèles reposant sur la meule et réunies à leurs extrémités par deux entretoises. Sur ces deux flasques on fait glisser à la main un chariot pourvu d’une poignée ou manette; perpendiculairement aux deux flasques du bâti, le chariot est muni d’une vis de rappel portant une étoile pour déterminer à chaque passe la rotation de la vis; l’écrou de cette vis est formé par le porte-outil, armé d’un diamant qui agit comme l’outil d’une machine à raboter les métaux. Chaque passage du diamant creuse une ciselure. On voit que cette machine n’est pas automatique et qu’elle n’a pour but que de remplacer le marteau ordinaire par l’action plus rapide d’un diamant.
- Nous ferons remarquer que le rhabillage au diamant, de quelque manière qu’on le fasse, ne peut donner les ciselures nettes à arêtes vives que l’on obtient avec le marteau. Or, la netteté de ces ciselures est une des conditions à remplir pour que les meules fassent une bonne mouture.
- Pour la mouture du blé, on a cherché à remplacer les meules en silex par des meules fabriquées avec d’autres matières dures. C’est ainsi que M. F. Mounier, fabricant de porcelaine à Foëcv (Cher), a exposé des meules en porcelaine dont le grain présente une certaine analogie avec celui de la pierre meulière.
- On a également essayé de substituer à la meulière des meules métalliques armées de lames en acier très dur.
- Nous ne croyons pas à la réussite de ces diverses substitutions,
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- car le silex, plus dur que tous les autres corps par lesquels on cherche à le remplacer, sera toujours préférable à cause même de cette qualité.
- § 2. Groupement, montage et équilibration des meules. — Les meules se groupent, soit en beffrois circulaires, autour d’un arbre vertical qui donne le mouvement à cinq ou six paires de meules au plus, soit en beffrois rectilignes, suivant deux ou quatre lignes parallèles. Dans les beffrois circulaires, le mouvement est donné aux meules par des engrenages ou par des courroies; dans les beffrois rectilignes, les meules sont généralement menées par des courroies.
- Sous le rapport de l’arrangement des meules, l’Exposition n’avait que peu d’intérêt. Toutefois nous devons signaler le beffroi circulaire de six paires de meules exposé par M. Laurent aîné, de Dijon (France). Ce beffroi, très bien disposé, avait un aspecl élégant; cependant nous ne sommes pas partisan, dans les machines, de l’ornementation obtenue par les moulures des pièces fondues ; ce sont des nids à poussière. Les formes les plus simples, sans arêtes vives pour les bâtis, sont de beaucoup préférables; elles permettent d’entretenir bien plus facilement la propreté des mécanismes.
- Dans la section hongroise, notre attention a été appelée par le modèle (à l’échelle de i/A) d’un moulin à courroies et beffroi rectiligne présenté par MM. Reverley, Ivon etWaggon, de Budapest. Les fers de meules reçoivent le mouvement d’un arbre horizontal au moyen de courroies tordues. Cette disposition, qui ne s’est pas propagée, est empruntée à M. Calla, mécanicien français, qui l’a inventée il y a quelque quarante ans, et qui s’était fait dans la meunerie une réputation européenne.
- Il existait également dans l’Exposition des beffrois en fonte pour meule isolée et pour deux ou trois paires de meules rangées en ligne droite; mais ces dispositions se rapportent à des moulins agricoles dont nous parlons plus loin.
- Le mode de suspension de la meule courante n’a reçu aucune modification importante. L’anille et le manchon sont toujours les
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- organes employés pour transmettre le mouvement du fer de meule à la meule courante, en permettant à celle-ci d’osciller sur le pointai. Toutefois nous citerons l’anille à trois brandies et le manchon à trois touches présentés dans la section suisse par M. Mil-lot, de Zurich. Cette disposition facilite le balancement de la meule courante en travail, de façon qu’elle ne puisse osciller plus d’un côté que de l’autre, même si elle n’est pas exactement équilibrée.
- M. Girard-Dubois, à Sergines (France), fait reposer l’anille sur un galet sphérique en acier logé dans la partie supérieure de l’arbre à la place du pointai; en outre, l’entraînement de l’anille par le manchon se fait par l’intermédiaire de galets sphériques qui exigent une construction spéciale de la partie supérieure du manchon, où se trouvent les logements des galets. L’inventeur s’est proposé, par cette disposition un peu compliquée, d’augmenter la sensibilité de la meule et de faciliter ses oscillations dans tous les sens.
- MM. Brisson, Fauchon et C10, d’Orléans, ont exposé un moulin à meules oscillantes dont l’invention remonte déjà loin et dont l’emploi a été préconisé, il y a environ trente ans, par feu Chapelle, mécanicien à Paris. La meule courante et le gîte sont portés chacun par une suspension à la Cardan, de telle sorte que les deux meules oscillent en même temps. Cette disposition a pour but de répartir aussi uniformément que possible la pression qu’exerce la meule courante sur le gîte; mais, outre qu’elle est compliquée et coûteuse de construction, elle ne paraît pas avoir répondu aux espérances de l’inventeur, car elle ne s’est pas propagée.
- MM. Barraux et Simonin, de Dijon (France), ont exposé un petit appareil très ingénieux dit engreneur-protecteur des meules. Cet appareil agit sur le mouvement à soulager pour soulever la meule courante si elle marche à vide ou quand on l’arrête; il prévient aussi les engorgements dans l’alimentation des meules. Nous savons qu’il a été appliqué avec succès à la manutention militaire du quai de Billy, à Paris.
- L’équilibration parfaite de la meule courante est une condition indispensable pour un travail régulier. Pour que l’équilibration soit parfaite, il faut que, pendant la rotation de la meule à sa vi-
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- tesse normale, le centre de gravité de cette meule soit exactement situé sur la verticale qui constitue Taxe de figure du fer de meule. Cette condition ne peut jamais être remplie dans la construction de la meule, dont l’homogénéité n’est jamais parfaite; il faut donc que les meules courantes soient disposées pour pouvoir être équilibrées par le meunier pendant la marche de la meule ; car si l’équilibre existe au repos, il n’existe pas toujours pendant la rotation.
- Au moyen de boîtes en métal scellées dans le pourtour des meules, MM. Rose frères, de Poissy (France), sont parvenus à résoudre le problème, sinon cl’une manière parfaite, tout au moins d’une façon satisfaisante, puisque ces boîtes d’équilibrage ont été appliquées à un très grand nombre de meules.
- Un équilibre parfait en marche ne peut être obtenu qu’au moyen de masses en plomb, par exemple, pouvant être déplacées dans le sens du rayon de la meule et disposées, suivant trois rayons, à 120 degrés l’un de l’autre, ou suivant deux diamètres rectangulaires.
- § 3. Travail et production des meules; puissance motrice qu’elles exigent. — Ventilation des meules. — Afin que le lecteur puisse établir une comparaison entre la mouture avec les meules et les nouveaux engins qu’on peut y substituer, et dont nous parlerons plus loin, il est utile de rappeler qu’on distingue deux genres de mouture :
- i° La mouture ronde ou haute, ou mouture à gruaux et à semoule ;
- 2° La mouture plate ou basse.
- L’une et l’autre peuvent s’obtenir à volonté avec les meules; ce n’est qu’une question de rhabillage. Pour la mouture ronde, les meules doivent être à fines éveillures ou tout au moins excessivement vives, de façon à ne pas trop diviser la farine; il faut donc les rhabiller en conséquence. On obtient ainsi des semoules rondes et très recherchées ; ces semoules, réduites en farine, donnent un pain d’une saveur et d’une blancheur remarquables. En mouture
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- Gr. VI. ronde, 100 kilogrammes de blé traités dans le rayon de Paris
- donnent en moyenne les résultats suivants :
- Cl. 52. J
- Farine de gruaux, î1'” qualité.................... 25kg )
- Farine-fleur pour le pain ordinaire de la boulan- f
- gerie de Paris................................. 2 5 > 73ke
- Belle farine, 2e qualité............................ 20 t
- Farine, 3e qualité................................... 3 /
- Son et remoulages................................... 23 )
- Petit blé............................................ 2 > 27
- Poussières et pertes par évaporation................. 2 )
- Total........................ 100
- La mouture plate est la mouture économique que l’on pratique en France; elle permet de faire le plus de farine possible du premier coup et à faire le mieux possible en une seule fois.
- 100 kilogrammes de blé traités en mouture plate ou basse dans le rayon de Paris donnent en moyenne :
- Farine-fleur iro qualité pour pain de ire qualité de \
- la boulangerie de Paris........................ 68kff V 731
- Farine de 2e et de 3e qualité..................... 5 J
- Son et remoulages................................. 2 3 )
- Petit blé......................................... 2 ( 27
- Poussières et pertes par évaporation.............. 2 )
- Total.................... 100
- En comparant ces deux comptes de mouture, on voit que, pour chacun d’eux, la somme des trois derniers nombres est la même, et que la quantité de farine produite est la même aussi; mais il convient de remarquer que la mouture ronde ne donne que 5o p. 0/0 de farine susceptible de fournir le pain blanc, tandis qu’on en obtient 68 p. 0/0 par la mouture basse.
- Or, en France, l’artisan consomme le même pain que le bourgeois, c’est-à-dire que la très grande majorité de la population française ne mange que du pain blanc, tandis que le pain de luxe n’est consommé que par une très faible minorité, dans les grands
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- PROCÉDÉS ET APPAREILS DE LA MEUNERIE.
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- centres et surtout à Paris. On voit que la mouture basse, telle Gr. VI qu’elle est pratiquée en France avec les meules, est préférable au point de vue démocratique, c’est-à-dire au point de vue de la bonne alimentation du plus grand nombre; elle est aussi la plus économique.
- La puissance motrice exigée par les meules à blé et leur production en mouture sont très variables; elles dépendent de la qualité du blé, de l’état des meules et des produits que l’on veut obtenir.
- En France, on compte qu’un cheval-vapeur peut moudre, par vingt-quatre heures, de A à 5 hectolitres de blé, 7 au maximum.
- Dans le rayon de Paris, on admet généralement qu’il faut h chevaux et demi par paire de meules pour produire à l’heure 80 kilogrammes de mouture; à Marseille, on compte 5 chevaux par paire de meules pour moudre en blé tendre 2 5 hectolitres , et en blé dur de 3o à 32 hectolitres par vingt-quatre heures. A Odessa (Russie), on emploie, par paire de meules de i"',25 de diamètre, 7 chevaux-vapeur, y compris les accessoires (nettoyage et bluteries), et l’on fait, en mouture ronde, jusqu’à 2 5o kilogrammes de mouture à l’heure.
- La main-d’œuvre d’un moulin de 8 tournants établi récemment à Marseille comporte : 3 rhabilleurs, 2 meuniers , 2 hommes aux bluteries, i homme à la laveuse, 1 emballeur et 1 petit ouvrier pour pousser la farine, balayer, etc., enfin 1 contremaître, soit en totalité 1 2 hommes pour 8 paires de meules.
- La trituration du blé pour semoules, avant l’invention du sas-seur mécanique dont nous parlons plus loin, exigeait une main-d’œuvre énorme. Ainsi un moulin de 8 tournants, marchant sur blé dur pour semoules, peut passer par jour i5o charges de chacune i3o kilogrammes, soit iq,5oo kilogrammes en vingt-quatre heures. Ces 19,500 kilogrammes de mouture fournissent 9,750 kilogrammes de semoules; comme un ouvrier cribleur ne peut passer par journée de douze heures que 2 5o kilogrammes de semoules, il en résulte donc que pour la production d’un moulin de 8 tournants, il fallait, avant l’invention du sasseur, 39 ouvriers, indépendamment des 12 ouvriers nécessaires pour la conduite du
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- Gr. vi. moulin proprement dit, soit en totalité 51 personnes pour 8 paires ci~2 de meules ne fournissant que 9,750 kilogrammes de semoules par vingt-quatre heures.
- Nous terminerons ce paragraphe en rappelant que l’action de la meule produit une certaine quantité de farine très fine, dite folle farine, et un développement de chaleur. Pour refroidir la boulange et enlever la folle farine, on a, depuis longtemps, ventilé les meules au moyen d’un courant d’air arrivant entre la courante et le gîte. Nos lecteurs connaissent la meule-aspirateur de Cha-lange et l’accélérateur Cabanes. En raison des difficultés que présente la ventilation par refoulement, qui serait la meilleure parce qu’elle permet de prendre au dehors et non dans le moulin même l’air de ventilation, c’est le mode par aspiration qui seul s’est propagé, et aujourd’hui tous les moulins bien organisés sont pourvus d’aspirateurs puissants, agissant dans les archureset emportant la folle farine, qui se dépose en grande partie dans une chambre spéciale.
- Cette folle farine ne doit pas être perdue; elle est très bonne malgré sa ténuité, mais elle présente l’inconvénient d’être souillée par des particules de son très ténues et par la poussière même du moulin que l’air de ventilation amène avec lui.
- L’Exposition ne présentait qu’une disposition relative à la ventilation des meules à blé; elle existait sur une paire de meules exposée par M. Toulet, constructeur à Albert, près Amiens (France), et concessionnaire du brevet de MM. Jaacks et Behrns (de Lübeck, Allemagne).
- Dans cette disposition, l’archure est complètement fermée, excepté au centre de la partie supérieure qui communique avec l’œillard de la meule courante, pour permettre l’entrée de l’air extérieur entre les deux meules. Sous cette paroi supérieure est suspendue une flanelle plissée,qui forme ainsi une chambre close à l’intérieur de l’archure et au-dessus de la meule courante ; cette chambre communique, par un tuyau muni d’une valve de réglage, avec un ventilateur aspirant qui produit autour des meules une dépression à travers les pores de la flanelle. L’air extérieur appelé par cette dépression passe entre les deux meules, du centre à la
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- circonférence, et se rend dans la chambre dont il a été parlé, en Gr. VI. traversant la flanelle plissée sous laquelle il dépose la folle farine entraînée. Un taquet donne de temps en temps des secousses à cette flanelle, pour en détacher la folle farine, et un manomètre, établi sur le couvercle de l’archure, indique constamment la dépression produite.
- Cette disposition dispense de la chambre à folle farine, mais elle présente, comme celle de Chalange, l’inconvénient d’appeler entre les deux meules l’air impur du moulin. Pour qu’elle fût rationnellement établie, la ventilation des meules à blé devrait, comporter :
- i° Un ventilateur soufflant, prenant l’air extérieurement au moulin et l’envoyant entre les meules par l’œillard de la courante; il existerait ainsi une légère pression, sans aucune espèce d’inconvénient, dans les conduits amenant le blé aux meules;
- 2° Un aspirateur produisant une dépression dans l’archure et les conduits à boulange, et permettant ainsi d’ouvrir sans inconvénient ces conduits, pour les visiter et surveiller le fonctionnement des appareils conducteurs et élévateurs.
- MOUTURE DU BLÉ PAR DES APPAREILS AUTRES QUE LES MEULES.
- § 1er. Moulins à cylindres. — L’emploi des cylindres en meunerie n’est pas nouveau. Nos lecteurs savent qu’en France, avant l’invention de l’épierreur Josse et de la laveuse de blé, avant la réalisation des perfectionnements nombreux et importants apportés aux appareils de nettoyage à sec, la meunerie française faisait usage de cylindres comprimeurs pour préparer à la mouture par les meules les blés durs et pierreux. On agissait de même à flégard des blés tendres dans les années humides, pour augmenter leur densité et les empêcher d’empâter les meules.
- Tandis que l’emploi des cylindres comme appareils accessoires s’est restreint en France, à l’étranger et notamment en Autriche, ces appareils ont été de plus en plus usités, soit seuls, soit conjointement avec les meules, pour la mouture des céréales.
- Il nous paraît incontestable que l’emploi exclusif des cylindres
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- dérive du brevet pris en î 82 3 par un Américain, John Collier, qui moulait le blé dans des cylindres en métal dur, ainsi que cela résulte de la description qui a été faite de son procédé dans le livre d’Oliver Evans, imprimé à Philadelphie en 1826 et traduit de l’anglais par Benoît (Paris, i83o).
- Nous empruntons à l’ouvrage de M. Ch. Touaillon fils, déjà cité par nous, le renseignement suivant : «Un M. Bérard avait établi en 1818 plusieurs cylindres en fonte à l’aide desquels il espérait remplacer les meules horizontales; il a marché quelques mois et a fini par appliquer ces cylindres à la compression du grain avant son entrée dans les meules. L’effet, comme complément du nettoyage, pour séparer les pierres restées dans le grain a été bon, et il y eut des imitateurs. M. Benoist, de Saint-Denis, a fait pendant trente années la mouture à gruaux avec des moulins composés d’un cylindre en pierre meulière tournant dans une portion de cylindre de meme nature ayant une surface concave égale au quart de la surface convexe du cylindre mobile, exactement comme le moulin que M. Wegmann, de Zurich, propose pour la mouture du grain entier. On trouvera le plan du moulin de M. Benoist dans l’atlas de M. Rollet, pl. II, fig. 8.??
- 11 nous semble donc bien établi que la lutte entre les meules et les cylindres ne date pas d’hier. Mais nous devons constater qu’en Allemagne et en Autriche l’emploi des moulins à cylindres a pris un développement considérable dont la progression continue. Ainsi, avant 1867, le rayon de Budapest comportait 1 70 paires de meules et 65 moulins à cylindres; le premier moulin composé exclusivement de cylindres remonte à i83q environ. Depuis 1867, on a créé 300 paires de meules et 375 cylindres; il existe donc actuellement et en totalité dans ce rayon important £70 paires de meules et kko appareils à cylindres. Le capital engagé dans la minoterie était de 8 millions de francs en 1 867 ; il est aujourd’hui de 2-4 millions. En 1867, on triturait annuellement i,5oo,ooo quintaux de blé; aujourd’hui on en triture 3,5oo,ooo. Ces moulins occupent 3,800 personnes, ce qui fait une moyenne de 5 personnes pour le matériel et la production correspondant à une paire de meules, tandis qu’en France, et pour la mouture de com-
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- merce avec les meules, il suffit de 12 personnes pour 8 paires de Gr. vi meules.
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- Si nous envisageons la production totale de l’Autriche-Hongrie, elle est de 5o millions d’hectolitres de céréales traitées par année, ce qui représente une valeur totale en mouture d’environ un milliard de francs.
- En Autriche-Hongrie, les opérations de la minoterie sont beaucoup plus compliquées qu’en France et comportent un nombre considérable d’opérations. Le grain est d’abord nettoyé et épointé; il est envoyé ensuite au concassage entre des cylindres à cannelures ou entre des meules écartées qui le réduisent en gros gruaux, de façon à ne pas faire de farine et à ménager le son autant que possible. Ces gruaux sont divisés par des bluteries à toiles métalliques; chaque classe, c’est-à-dire chaque grosseur de ces gruaux, est traitée entre des cylindres unis qui en font de la farine et des gruaux plus petits que l’on blute dans des bluteries garnies de soie.
- On répète ainsi chacune des opérations de moulage et de blutage jusqu’à ce que l’on obtienne comme résidu des gruaux ne renfermant qu’une quantité de farine négligeable.
- Ainsi, les produits du nettoyage partent du n° 1, représentant le blé tel qu’il arrive au moulin, et se terminent au n° iA, à la sortie de la colonne épointeuse, d’où le blé est dirigé au concassage. Les produits résultant de la mouture des gruaux et de leur blutage comportent 9A numéros, de i5 à 108. Les remoulages des divers gruaux sont numérotés de 1 09 à 2 9 A, et ainsi de suite jusqu’au n° 1062.
- Cela donne une idée de la multiplicité des opérations et permet de comprendre qu’on puisse, par de tels procédés, produire des farines de toutes qualités, depuis la farine-fleur jusqu’à la farine bise ; mais on conçoit, par cela meme, que la farine-fleur, qui doit être nécessairement remarquable comme qualité, n’entre dans le résultat total que pour une faible proportion. Combien nous sommes loin de la simplicité de la mouture française ! Nous avons de la peine à admettre que tant de variétés de farines existent dans le grain de blé ; pour nous, elles sont le résultat du procédé et le condamnent pour la consommation française. Ajoutons à cela que, d’après des
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- renseignements fournis par des minotiers hongrois, les frais de fabrication s’élèvent à 3 fr. 65 cent, par îoo kilogrammes de mouture, y compris 5 p. o/o pour l’intérêt du capital engagé.
- Malgré le peu de faveur auquel le pur procédé hongrois nous paraisse appelé en France, nous n’en avons pas moins examiné avec un très grand intérêt les appareils exposés par bon nombre de constructeurs, dont les ateliers ont une réelle importance.
- Deux systèmes de moulins à cylindres figuraient à l’Exposition : l’un basé sur l’emploi de la porcelaine et l’autre sur l’emploi de la fonte dure trempée.
- Le premier, dont le type comporte les appareils de M. Weg-mann, de Zurich (Suisse), se compose de deux séries : les moulins dégrossisseurs ou concasseurs et les moulins finisseurs, réduisant les gruaux en farine.
- Le moulin dégrossisseur de M. Wegmann comprend deux prismes en biscuit de porcelaine à faces planes très nombreuses, sur lesquelles des stries sont pratiquées au diamant. Le moulin finisseur ou à moudre les gruaux se compose, au contraire, de véritables cylindres en porcelaine non émaillée, sans stries et ne comportant que les petites aspérités naturelles au biscuit. Toute la valeur de ces appareils réside dans la qualité de la porcelaine.
- Dans la section anglaise, MM. Corcoran, Witt et C'° exposaient aussi des moulins à cylindres en porcelaine dans lesquels, suivant les opérations à effectuer, les cylindres marchent avec des vitesses linéaires égales ou différentes. Ces appareils et ceux de M. Wegmann ne diffèrent que par les détails de construction.
- En ce qui concerne les cylindres en fonte dure trempée, MM. Ganz et Cie, de Budapest, occupent incontestablement le premier rang. Les moulins dégrossisseurs ou concasseurs comportent des cylindres cannelés en hélice pourvus de 5oo cannelures faites au diamant. Les moulins finisseurs se composent de deux séries : la première, applicable après le concassage, comporte des cylindres à qoo cannelures; la seconde, employée pour la reinou-ture des gruaux plus petits, se compose de cylindres unis et parfaitement polis.
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- Nous empruntons aux constructeurs eux-mêmes les renseignements suivants :
- Un moulin organisé d’après leur système, pour une production de 75,000 kilogrammes en vingt-quatre heures (ce qui correspond à la production d’un moulin français de ko paires de meules au plus), exige :
- 27 moulins broyeurs à cylindres cannelés de o'”,343 de longueur sur o"',2 20 de diamètre et exigeant une puissance motrice de............................................. 62 chev.
- 10 moulins désagrégeurs à cylindres unis de om,343 de longueur sur om,2 2o de diamètre, nécessitant une puissance motrice de................................... 2 3
- i5 moulins convertisseurs à cylindres unis de om,396 de
- longueur sur o,n,220 de diamètre, exigeant.............. 75
- k paires de meules de im,25 de diamètre pour moudre le
- blé et le concasser, que nous comptons pour......... 10
- 10 paires de meules de im,25 de diamètre pour finir les
- grosses farines moins dures, que nous comptons pour. 25
- Total........................... 195
- Ces 195 chevaux de puissance motrice sont pour la mouture seule et ne comprennent ni le nettoyage ni les bluteries, que nous pouvons estimer pour le moins à 90 chevaux; cela nous conduit à un total de 2 85 chevaux, tandis qu’un moulin français de 4o paires de meules, donnant la même production, n’exige, tout compris, que 2 5oa2 6o chevaux, avec un nettoyage très complet.
- M. L. Nemelka, de Simmering, près Vienne (Autriche), a présenté une série complète de moulins à cylindres en fonte dure très bien construits. Il en est de même de MM. Hoerde et Gie, de Vienne, et de MM. Worner et C‘c, de Budapest. Le nombre des exposants de la section autrichienne et l’importance de leurs expositions sont le corollaire du développement que la minoterie a pris en Autriche et de l’engouement qui s’est attaché à l’emploi des cylindres. La nature des blés qui sont traités, les habitudes de la population de ces contrées au point de vue de l’alimentation et Tes débouchés que l’exportation a procurés aux farines hongroises expliquent le succès de ce système de mouture..
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- Gr. VI. M. G. Daverio, dé Zurich, a exposé un moulin composé de ci~2 trois cylindres superposés en fonte dure dans lequel le mouvement du cylindre intermédiaire se communique aux deux autres par simple entraînement.
- M. J. Harrison Carter, de Londres, construit aussi pour la mouture des gruaux une machine composée de trois cylindres superposés en fonte dure reliés entre eux par des engrenages.
- Enfin, dans la section française, MM. Beyer frères, de Paris, ont exposé un appareil à cylindres pour la mouture des gruaux. Dans cet appareil, l’un des cylindres a un mouvement de va-et-vient parallèlement à son axe tout en tournant sur lui-même; cela facilite la division des gruaux.
- § 2. Broyeurs de divers systèmes appliqués à la mouture du blé. — Ces broyeurs dérivent pour la plupart de l’appareil de Carr, employé depuis longtemps dans diverses industries pour la pulvérisation de toutes sortes de matières.
- Mais l’appareil de Carr a dû être modifié, pour son application spéciale à la mouture du blé, par la réduction de la longueur des broches en acier dont est pourvu chacun des deux plateaux composant l’appareil et par une disposition appropriée de ces broches suivant des cercles concentriques à l’arbre. M. Toufïlin, de Paris, concessionnaire des brevets de M. Carr pour la France et certaines contrées étrangères, s’occupe beaucoup de l’emploi de cet appareil pour la fabrication de la farine. Un moulin ne comportant absolument que le broyeur Carr pour la trituration du blé fonctionnait à l’Exposition. La mouture obtenue par l’appareil Carr est une sorte d’intermédiaire entre la moulure ronde ou à gruaux et la mouture basse.
- îoo kilogrammes de blé traités par cet appareil ont donné les
- résultats suivants :
- Farine iro qualiLé............................. 45\8û j
- Farine de gruaux............................... 20 ,16 V 7 4k,7 5
- Farines 2", 3e et àa qualités.................. 8 ,75 )
- Issues, sons et petit blé............................... 24 ,4o
- Total...................... 99,15
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- La perte par évaporation serait donc inférieure à 1 p. o/o ; mais il convient de remarquer que ce résultat peut être attribué à un mouillage exagéré du blé avant son moulage, car pour obtenir avec cet appareil un son large et plat il faut absolument mouiller le blé, quelle que soit sa nature, autrement le son serait complètement brisé.
- L’appareil est établi sur un axe horizontal; les deux plateaux tournent en sens inverse l’un de l’autre et font l’office d’un ventilateur puissant. Il nous paraît tout à fait impropre à la mouture des gruaux, à cause de la force motrice très grande qu’il consomme inutilement pour cet objet. Il faut donc, pour une application industrielle, qu’il soit combiné avec des cylindres ou des meules pour le repassage des gruaux.
- Parmi les appareils du même genre, nous citerons le broyeur Bordier, de Senlis, qui n’est autre que l’appareil Carr monté sur un axe vertical. Il nous paraît certain que cette disposition réalise une économie notable sur la force motrice, par rapport au broyeur construit par M. Toufflin; elle présente, en outre, l’avantage que la surface travaillante des plateaux est mieux utilisée, puisque le blé et la boulange produite se meuvent horizontalement entre les deux plateaux armés de broches.
- M. Fontaine, de Chartres, constructeur bien connu du monde entier par la turbine hydraulique qui porte son nom, a exposé un broyeur analogue à celui de M. Bordier, mais il en diffère : i° en ce que le plateau inférieur seul est mobile, tandis que le plateau supérieur est fixe; 2° en ce que les broches en acier qui arment ces plateaux sont cannelées au lieu d’être lisses, comme dans les broyeurs de MM. Toufflin et Bordier.
- Le plateau mobile est calé sur un arbre vertical qui reçoit le mouvement d’un arbre de couche au moyen de cônes de friction, comme dans les essoreuses à force centrifuge.
- M. Fontaine estime que son broyeur doit être précédé d’une paire de cylindres comprimeurs pour préparer le blé à la mouture.
- MM. Bichon et C'e, de Paris, ont exposé l’appareil connu sous le nom de broyeur universel de Vapart, qui se compose d’une série Classe 5:?. 7
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- de trois plateaux horizontaux armés de palettes et montés sur un arbre vertical animé d’un mouvement de rotation très rapide; le grain tombe d’un plateau sur le suivant et est projeté, à chaque descente, contre des lames fixes sur lesquelles il est brisé. Au point de vue de la mouture du blé, cet appareil n’est qu’un concasseur.
- M. Anduze, de Paris, a présenté un broyeur composé de deux plateaux en fonte dure, l’un fixe et l’autre mobile, portant, venues de fonte, des dents en forme de pyramides et rangées suivant des circonférences concentriques ; le grain est amené par le centre du plateau fixe et déchiré par l’action des dents, contre lesquelles il est projeté en vertu du mouvement de rotation du plateau mobile. Le son est complètement brisé, et l’appareil ne peut opérer qu’un concassage, mais non une véritable mouture.
- CLASSIFICATION DES PRODUITS DE LA MOUTURE.
- BLUTAGE ET SASSAGE.
- § 1er. Bluteries. — Depuis quelques années, les constructeurs d’appareils de meunerie ont cherché à augmenter la production d’une surface donnée de bluterie, afin de réduire le nombre et les dimensions des appareils de blutage; ils ont également apporté leurs soins à curer les sons aussi bien que possible afin d’augmenter le rendement en farines. Nous allons passer en revue les dispositions les plus intéressantes parmi celles qui figuraient à l’Exposition.
- MM. Rose frères, de Poissy, avaient exposé diverses bluteries, dont les unes fonctionnaient dans le pavillon du moulin de M. Toufflin. Ces appareils, de k mètres de longueur seulement, comportent un arbre creux, enfer, auquel la carcasse de la bluterie est réunie par une série de tendeurs en fer; des manipulateurs, placés à l’intérieur de la bluterie, divisent la boulange de telle façon que celle-ci ne retombe pas en masse sur un seul point, comme cela a souvent lieu dans les anciens appareils. Avec cette disposition et à diamètre égal, cette bluterie, de h mètres de longueur, produit autant de travail qu’une ancienne de 6 à 7 mètres.
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- Les meuniers savent que si la boulange n’est pas bien séchée Gr. VI. avant son entrée dans la bluterie, les soies de l’appareil se C1~2 bouchent promptement; d’ailleurs l’humidité qui s’échappe de la boulange reste concentrée dans le coffre de la bluterie et le séchage est très lent.
- C’est en partant de ces considérations que M. Dumont-Carpentier, de Gisors (France), a établi un système de blutage dit à l’air libre, dans lequel les panneaux en bois ou en tôle du coffre sont remplacés par des châssis garnis de toile et qui établissent ainsi une communication entre l’intérieur de l’appareil et l’air extérieur. ' L’humidité ne peut plus séjourner dans la bluterie et l’on évite ainsi les moisissures et la détérioration des soies et de la machine elle-même. Cette disposition a été imitée dans les hluteries de MM. Rose frères dont nous venons de parler.
- Les hluteries dites centrifuges figuraient en grand nombre à l’Exposition; elles sont toutes fondées sur le même principe. Un cylindre garni de soies et tournant sur galets, à raison de 20 à 30 tours par minute; à l’intérieur de ce cylindre, un arbre armé de palettes hélicoïdales et faisant jusqu’à 300 tours par minute remue constamment la matière et la projette contre la surface blutante. Ces bluteries sont souvent doubles; chaque cylindre a 2m,5o de longueur et 70 centimètres de diamètre; une bluterie à deux cylindres, présentant ces dimensions, peut passer 300 kilogrammes de boulange à l’heure.
- MM. Hoerde et Cle, de Vienne (Autriche), ont exposé des bluteries centrifuges du système Martin; les cylindres font 20 tours par minute, l’arbre en fait 200, et, au lieu de palettes en hélice, il porte un grand nombre de disques, analogues- à des roues à rochet, qui divisent la matière et la projettent en tous sens contre la surface intérieure du cylindre. Cette très grande division de la boulange et l’agitation continuelle quelle reçoit dans toutes ses parties nettoient aussi bien que possible les gruaux de la farine qui s’y trouve adhérente ; on obtient ainsi un blutage plus parfait.
- MM. W.-R. Dell et fils, de Londres, construisent des bluteries centrifuges moins parfaites que les précédentes au point de vue de la division de laboulange; elles sont prismatiques, à six pans,
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- et l’agitateur se compose de trois règles en bois parallèles à l’axe et montées sur des croisillons en fonte.
- Pour le curage des sons, on fait usage de bluteries à brosses, que l’on dispose verticalement. Elles se composent d’un cylindre fixe, en toile métallique, à l’intérieur duquel tourne un tambour garni de brosses en poil de sanglier. Il est préférable de faire usage de brosses en fibres végétales comme celles dont était pourvue la bluterie à son exposée par MM. Rose frères, dans la section française. '
- M. Aubin, minotier à Bouray (Seine-et-Oise), a repris l’idée de Tourlonias, en la modifiant sur plusieurs points importants, et il a construit des meules qui blutent la boulange en même temps qu’ell es la font. Dans ce système, la meule courante ne subit aucune modification, mais le gîte présente environ 20 mortaises, pratiquées au fond de 20 rayures et le traversant de part en part; le dessus de ces mortaises est garni d’un petit châssis blutant, de forme trapézoïdale, pouvant osciller sur deux pointes; chacun de ces châssis porte, en dessous, une tige métallique, munie d’une boule à son extrémité inférieure et descendant plus bas que la face inférieure du gîte. Le fer de meule traverse un fourreau creux qui tourne à une vitesse de 10 tours et demi par minute et qui porte un croisillon à quatre bras; ces bras viennent frapper tour à tour chacune des boules et communiquent ainsi /12 secousses par minute à chacun des petits tamis qui sont logés dans la feuillure de la meule. La farine traverse les tamis; la meule se trouve ainsi débarrassée des farines à mesure qu’elle est produite; un petit ramasseur, placé sur le fond de l’archure, ramène la farine blutée à l’orifice du tuyau de chute qui la délivre au récepteur circulaire, si le beffroi du moulin est circulaire. Le son expulsé à la circonférence extérieure des meules tombe par un autre tuyau de chute et peut être disposé sur le même récepteur, à côté de la farine blutée.
- Le moulin de Bouray comporte 2 5 paires de meules toutes pourvues de ces dispositions. Dans les expériences que nous y avons faites pendant l’Exposition, nous avons obtenu de deux paires de meules en une demi-heure :
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- Farine blutée tombant des meules............. 7 2kg Gr. VI
- Son.......................................... 19 —
- La proportion de farine excellente pour faire un bon pain de ménage, très nutritif, est donc de ^ = 79 p. 0/0.
- La boulange et le son sortaient parfaitement refroidis, les meules étant en communication avec un aspirateur.
- Ce premier blutage ne suffit pas pour obtenir de la farine de commerce; mais il simplifie et abrège la classification ultérieure des produits, le son pouvant être conduit immédiatement à une bluterie à brosses.
- § 2. Sasseurs. — Machines à épurer et classer les gruaux. — La minoterie du monde entier est redevable à M. Cabanes, mécanicien à Bordeaux (France), du sasseur mécanique, qui permet de séparer des gruaux les rougeurs qu’ils renferment et de classer ces gruaux suivant leur grosseur; cette séparation, qui ne peut être réalisée dans tous les cas par les bluteries, s’effectue très bien dans le sasseur mécanique, en vertu de la différence de densité des matières à séparer.
- Nous avons dit qu’avant l’invention de cet appareil, un moulin de 8 tournants, faisant des semoules, exigeait 12 ouvriers pour la mouture et 39 pour le criblage des semoules. Ces 39 ouvriers ont été remplacés par 8 hommes surveillant la marche des sasseurs mécaniques. Cette réduction considérable de la main-d’œuvre a eu pour conséquence un très grand et rapide développement de la fabrication des semoules dans le rayon de Marseille.
- En 1867, c’est-à-dire huit ans seulement après l’invention du sasseur mécanique, on y comptait 600 à 620 paires de meules; en 1877, il y en avait 98/1 et la progression se maintient; elle est excitée d’ailleurs par le facile approvisionnement offert par le port de Marseille, en blés du Levant, de l’Afrique et des Indes. On y fait, surtout depuis 1872 , la mouture pour semoules; cette industrie était autrefois réservée presque exclusivement à l’Italie;
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- aujourd’hui elle a pris un tel développement dans le rayon de Marseille que non seulement on n’importe plus d’Italie ni semoules ni pâtes alimentaires, mais qu’on en exporte, au contraire, des quantités considérables. Ces résultats, excellents au point de vue français, sont dus aux efforts des minotiers intelligents de cette région, tels que MM. Moricelli, Maurel, Montet, Lavie, etc., dont les produits ont été justement remarqués à l’Exposition.
- Les sasseurs mécaniques figuraient en grand nombre à l’Exposition. Celui exposé par M. A. Maurel, de Marseille, présente de très bonnes dispositions; un appareil de 3m,5o de longueur, de i mètre de largeur, de im,8o de hauteur, y compris la trémie, peut faire par jour de 1,200 à i,5oo kilogrammes de semoule prête à livrer; il comporte cinq compartiments et trois châssis garnis en peau.
- Le sasseur de M. Bordier, de Senlis, ne diffère du précédent que par le mode de distribution de l’air sous les tamis ; c’est également un très bon instrument.
- Le sasseur exposé par M. Massabeau, de Marseille, est fondé, comme les deux autres dont nous venons de parler, sur le même* principe que celui de M. Cabanes, c’est-à-dire sur l’emploi d’un courant d’air lancé par un ventilateur sous les tamis.
- D’autres constructeurs ont fait l’inverse, en enfermant la table du sasseur dans une chambre placée au-dessus et dans laquelle un ventilateur aspirant fait le vide. C’est ainsi que sont construits les sasseurs de M. Vigneseuil, minotier à Chambly (Oise), de MM. Boucheron fils et Mazières, constructeurs à Agen, et de M. Rouzé, mécanicien à Chambly.
- L’inconvénient de cette disposition, c’est qu’on ne voit pas comment se comporte la marchandise sur les tamis; mais elle présente l’avantage de ne pas abandonner de poussière dans l’atmosphère, cette poussière étant emportée par le ventilateur aspirant.
- La fabrication de la farine par la mouture dite hongroise donne lieu à la production de gruaux beaucoup plus abondants que dans la mouture française; ces gruaux sont aussi de grosseurs beaucoup plus diverses, et, comme c’est d’eux qu’on veut tirer ces
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- belles farines qui figuraient à l’Exposition, il a fallu obtenir une Gr. VI. épuration aussi parfaite que possible de ces gruaux et les classer très méthodiquement. Ce problème a exercé la sagacité des constructeurs étrangers et presque tous l’ont résolu en combinant les effets du sasseur mécanique avec ceux du tarare américain ou tarare aspirateur, employé pour le nettoyage du blé. Ces machines, nouvelles pour la minoterie française, portent le nom d'épurateurs ou de purificateurs de gruaux.
- La Sensitiva, exposée par la maison Hoerde et C10, de Vienne (Autriche), est une des machines les plus parfaites qu’on puisse imaginer pour purifier et classer les gruaux, de semoules. Elle ' comporte un ventilateur aspirant dans une chambre où se trouvent disposés une série de plans inclinés, interrompus par des fentes très nombreuses laissant un passage à l’air aspiré qui emporte les parties légères, et aux gruaux qui tombent à la partie inférieure de la chambre, dans des compartiments où ils se trouvent classés d’après leur densité. L’air extérieur est appelé par une seule ouverture ménagée au bas du dernier plan incliné, qui livre passage aux gruaux parfaitement nettoyés. Suivant le modèle choisi, chaque grain de semoule ou de gruau reçoit successivement de 35 à 70 fois l’action du courant d’air; la circulation des gruaux et celle de l’air sont d’ailleurs méthodiques; de telle sorte que l’air le plus pur (celui qui entre dans le bas de la machine) rencontre les gruaux nettoyés et l’air le plus chargé passe sur les gruaux non encore nettoyés.
- M. L. Nemelka, de Siinmering (Autriche), construit des nettoyeurs à semoules qui tiennent à la fois du sasseur mécanique et de la Sensitiva. Ces nettoyeurs comprennent un crible sasseur garni de gazes de soie ou de toile de laiton placé à la partie supérieure et recevant les semoules à nettoyer; il les classe en 3 ou k numéros, suivant leur grosseur, et chacun de ces numéros tombe dans une trémie placée sous le sasseur. Les semoules descendent dans un coffre où elles rencontrent, en tombant, l’action d’un courant d’air arrivant par le bas et lancé par un ventilateur soufflant.
- Nous citerons aussi la remarquable machine à nettoyer les
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- m
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- Qr. VI. gruaux exposée par M. Millot, de Zurich, et qui peut rivaliser
- avec celle de MM. Hoerde et C,c pour la perfection du travail.
- Cl. 52. * A
- MM. W.-R. Dell et fils, de Londres, ont exposé deux modèles
- de machines à nettoyer les gruaux. La première, dite sasseur économique, comporte un entonnoir dans lequel arrivent les gruaux h nettoyer; cet entonnoir se prolonge par un tube vertical qui les délivre à un cylindre épousseteur en fil d’archal; la poussière légère adhérente aux gruaux en est détachée; les gruaux époussetés tombent dans une cuvette tournant dans une chambre tron-conique; le pourtour de cette cuvette est garni de petits batteurs en fil de fer qui remuent les gruaux et nettoient les particules légères. Les gruaux sont ainsi lancés en couches annulaires et minces dans la chambre, qui est traversée de bas en haut par un courant d’air très modéré n’enlevant que les particules légères et la poussière, tandis que les gruaux tombent dans une trémie placée en dessous; une valve, placée au bas de cette trémie, règle la chute des gruaux sur la table d’un sasseur au-dessus de laquelle agit un ventilateur aspirant, dont le courant d’air soulève et entraîne les parties légères et les refoule dans une case spéciale fixée à la machine.
- La seconde machine exposée par MM. Dell et fils est dénommée purificateur Victor; elle comporte, à la partie supérieure, un crible sasseur qui classe les gruaux en trois catégories; chacune d’elles tombe dans un trémie spéciale au bas de laquelle elle est brossée, comme dans l’appareil précédent, puis délivrée à l’action d’un courant d’air au moyen de la cuvette tournante dont nous avons parlé.
- MM. James Walworth et C1B, de Bradford (Angleterre), ont exposé un nettoyeur de gruaux assez simplement conçu et qui a une très grande analogie avec leur tarare-lrieur-aspirateur pour le nettoyage du blé et avec la machine à purifier les gruaux exposée par M. Millot, bien que cette dernière nous ait paru plus puissante.
- Le nettoyage de MM. Walworth et G10 comprend une trémie supérieure qui délivre les gruaux non nettoyés à une toile sans fin horizontale marchant sur deux rouleaux. Ces gruaux tombent
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- alors sur une succession de plans inclinés superposés en gradins; au-dessus de chaque plan incliné se trouve une cheminée d’appel qui débouche dans une chambre où une dépression suffisante et réglable à volonté est produite par un ventilateur aspirant. A chaque chute d’un plan à l’autre, les gruaux sont traversés par un courant d’air arrivant de l’extérieur et résultant de la dépression qui existe dans la chambre.
- Les gros gruaux finissent par tomber, à leur sortie du dernier plan incliné, sur un crible sasseur qui sépare la fleur non moulue d’avec les gruaux imparfaits et plus lourds; ceux-ci sont rejetés à l’extrémité la plus basse du crible, tandis que.les gruaux blancs, ijui ont traversé le crible, sont ramassés par une vis d’Archimède.
- Les gruaux fins et légers qui ont été emportés par les courants d’air avec les impuretés, telles que le son, arrivent dans la chambre, au fond de laquelle ils sont reçus. Ces gruaux légers tombent sur un crible sasseur qui ne laisse passer que les gruaux blancs; les rougeurs qui ont échappé à la séparation sont emportées par un courant d’air qui traverse ce crible de bas en haut et se rend au ventilateur aspirant. Les gruaux fins qui ont traversé le crible sont ramassés par une vis d’Archimède et sont conduits à part ou mélangés avec les gros gruaux nettoyés.
- Les gruaux bis et les piqûres emportés par les courants d’air dans la chambre y sont reçus et en sont expulsés par une vis d’Archimède qui débouche sur l’un des côtés de la machine. Les particules très légères, les soufflures sont emportées par le ventilateur.
- M. J. Harrison Carter, de Londres, a exposé un nettoyeur-aspirateur pour les gruaux obtenus dans la mouture basse et pour les gruaux fins de la mouture ronde; cet appareil ressemble extérieurement à une colonne épointeuse; il comporte une enveloppe cylindrique mise en communication avec l’air extérieur par le bas. Cette enveloppe renferme un arbre vertical pourvu de plateaux tournant avec l’arbre et sur lesquels les gruaux sont successivement étalés, en tombant d’un plateau sur l’autre. Au moyen d’un ventilateur quelconque, l’aspirateur des meules, par exemple, ôn détermine dans l’appareil un courant d’air qui entre par le bas et sort par l’extrémité supérieure de l’enveloppe mise en communi-
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- cation avec les deux colonnes creuses qui supportent cet appareil. Ces colonnes sont reliées par un conduit avec le ventilateur aspirant.
- Pour le nettoyage des gros gruaux, M. J. Harrison Carier construit une machine analogue à celle de M. L. Nemelka.
- Ce qui précède démontre toute l’importance que les meuniers étrangers attachent à une épuration complète et méthodique des gruaux. La minoterie française, bien que son système de mouture diffère notablement de la mouture par les cylindres, doit néanmoins se mettre en mesure de retirer de ses gruaux la plus grande quantité possible de farine première ; elle y parviendra par l’application d’appareils plus complets et plus parfaits que les sasseurs ordinaires.
- CONSERVATION DES FARINES.
- Les procédés de conservation des farines intéressent grandement tous les pays civilisés. C’est une question capitale pour l’alimentation des armées de terre et de mer ; elle n’a pas moins d’importance pour les minotiers qui fabriquent des farines pour l’exportation.
- La farine de froment renferme normalement de îo à i5 p. o/o d’eau ; elle est très hygrométrique et peut en absorber encore une proportion notable par son contact avec l’air.
- Sous l’influence de l’humidité, les matières azotées contenues dans la farine entrent en fermentation à une température peu élevée, puisqu’à partir de î k à î 5 degrés centigrades, cette fermentation se développe et ne peut être arrêtée si le degré d’humidité de la farine est suffisant. Un seul moyen est efficace pour conserver les farines et les mettre à l’abri de toute altération ; il faut les priver non seulement de l’eau hygrométrique, mais encore d’environ la moitié de l’eau qu’elles contiennent normalement. Il faut donc les étuver; c’est une opération difficile, longue et coûteuse si elle est pratiquée par les moyens ordinaires; en outre, il faut la faire avec précision pour ne pas faire perdre au gluten,’ par une trop grande élévation de température, une partie de son aptitude à la panification.
- Nous ne connaissons qu’une seule étuve mécanique susceptible
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- de donner de très bons résultats; elle est due à MM. Ch. Touaillon fils et Clc, de Paris, qui en ont exposé un modèle. Elle consiste en une série de cinq plateaux creux disposés les uns au-dessus des autres; ces plateaux sont chauffés par une circulation de vapeur et peuvent être, de cette façon, facilement maintenus à une température constante, indiquée d’ailleurs par des thermomètres qui permettent de graduer la température d’un plateau à l’autre. Ces plateaux sont fixés et supportés par un bâtis à plusieurs branches boulonné sur le plancher; ils sont traversés par un arbre vertical animé d’un mouvement de rotation lent; sur cet arbre sont montés des agitateurs, à raison d’un pour chacun d’eux; ces agitateurs sont pourvus de palettes verticales que l’on incline à volonté dans un sens ou dans l’autre, par rapport au rayon, de façon à pousser la farine du centre à la circonférence ou à la ramener de la circonférence au centre ; des tuyaux de chute à anches font communiquer ces plateaux deux à deux.
- La farine à étuver est fournie d’une façon régulière au plateau supérieur; l’agitateur l’étale sur ce plateau et la conduit au tuyau de chute qui la délivre au deuxième plateau et ainsi de suite. Ces plateaux ont 2 mètres de diamètre et la farine abandonne le dernier en ne contenant plus que 5 à 6 p. 0/0 d’eau. Elle est alors conduite dans une chambre à ensacher, où elle est refroidie.
- Cet appareil peut fournir de 3oo à Aoo kilogrammes de farine étuvée par heure.
- MOULINS AGRICOLES.
- Les moulins pour l’agriculture étaient nombreux à l’Exposition. Ils comportaient une, deux ou trois paires de meules montées.sur beffroi isolé. Dans la section anglaise, les beffrois de deux paires de meules étaient nombreux; l’une d’elles était destinée à la mouture du blé pour les ouvriers de la ferme et l’autre à la mouture des grains pour les animaux. Les deux paires de meules étaient commandées par un seul arbre de couche établi à la partie inférieure du beffroi et relié à chacun des deux fers de meule par une paire d’engrenages coniques.
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- Dans les moulins agricoles anglais, les meules ont de i,n,o5 à im,io de diamètre et font jusqu’à 25o tours par minute.
- Parmi tous les appareils de cette nature qui figuraient à l’Exposition, nous n’en retiendrons que deux comme dignes d’une attention spéciale.
- Le premier, exposé par M. L. Nemelka (section autrichienne), comporte un ensemble complet, transportable et pouvant être établi entièrement au rez-de-chaussée; il comprend un nettoyage, une paire de meules avec sa potence et une bluterie; le tout bien conçu et bien groupé.
- Le second, exposé par M. Aubin (section française), comporte seulement l’appareil de mouture et la bluterie. La paire de meules du système blutant de M. Aubin est portée par un beffroi carré sur le socle duquel est montée une bluterie double. Tout cet ensemble est transportable et peut être établi au rez-de-chaussée. Les meules ont depuis 80 centimètres jusqu’à i"‘,5o de diamètre, suivant le modèle adopté.
- Nous dirons également quelques mots du moulin agricole exposé par MM. Ransomes, Sims et Head, d’Ipswich et Londres; il comporte un beffroi carré, en fonte, d’une seule paire de meules surmontée d’un concasseur à disque, de Biddell, préparant le grain à la mouture. Ce concasseur est très utile pour la mouture du maïs.
- Enfin, nous mentionnerons le beffroi de deux paires de meules exposé par M. Bellino-Fenderich, constructeur à Odessa (Russie). Cette maison a le mérite, au point de vue de son pays, d’avoir importé à Odessa l’industrie de la construction des moulins à blé et des machines en général.
- CONCLUSION.
- L’Exposition universelle et internationale de 1878 a été remarquable au point de vue de l’industrie dont nous venons de nous occuper. Toutes les nations qui s’y sont fait représenter ont rivalisé de zèle pour montrer les progrès accomplis dans ces dernières années, et la minoterie française a pu se convaincre que
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- la lutte est sérieusement établie sur tous les marchés du monde. Gr. vi. Les nouveaux appareils de mouture au moyen de cylindres et les C1~2 divers systèmes qui en dérivent, pour le nettoyage, la classification et la remouture des gruaux, méritent de sa part une sérieuse attention. Non pas que nous craignions, en ce qui concerne la consommation française, que les moulins à cylindres puissent jamais détrôner l’emploi bien raisonné des meules de bonne qualité, bien établies et bien entretenues; mais, pour la fabrication' des farines extra, il est certain que quelques pays étrangers, l’Autriche-Hongrie notamment, sont parvenus à un haut degré de perfection.
- La consommation de ces farines sera, en France comme partout ailleurs, restreinte à une classe peu nombreuse de la population, résidant dans les grands centres, comme les capitales, tant que ces farines ne pourront pas être vendues au même prix que les farines de première qualité obtenues par la mouture française.
- Les minotiers français ne pourront se livrer tous à cette fabrication spéciale, dont la clientèle est limitée, mais il nous semble qu’ils peuvent la réaliser par des moyens plus simples et plus expéditifs que ceux que nous avons décrits en parlant de la composition d’un moulin monté avec le pur système hongrois. Selon nous, il serait rationnel de procéder ainsi : le blé nettoyé serait livré à un concasseur qui couperait le grain en deux suivant sa longueur, puis à des cylindres dégrossisseurs faisant beaucoup de gruaux et peu de farine, celle-ci étant alors de qualité médiocre. Les gruaux seraient soumis aux appareils perfectionnés de nettoyage et de classement que nous avons décrits. Les gruaux gros et moyens seraient remoulus au moyen des cylindres finisseurs; quant aux fins gruaux blancs, leur mouture par les cylindres exige de la part de ceux-ci une pression très énergique qui occasionne une consommation exagérée de puissance motrice et un développement de chaleur beaucoup plus grand qu’avec la meule; cette dernière classe de gruaux sera moulue beaucoup plus économiquement, sous tous les rapports, avec des meules.
- En terminant, nous ne pouvons nous empêcher de songer.que,
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- Gr. VI. dans de grands pays de fabrication de farines comme l’Angleterre, 52 l’Allemagne, l’Autriche, les Etats-Unis, les meuniers ont créé des associations dont les assemblées discutent tout ce qui intéresse leur industrie. Chacun des membres de ces associations tient à honneur de faire connaître les travaux et les améliorations dont il est l’auteur, car il sait que cet échange de pensées et de faits lui profitera comme à ses collègues; il résulte de cet état de choses une véritable émulation entre tous les membres de ces associations , auxquelles prennent part presque tous les constructeurs de moulins un peu importants.
- En France, nous n’avons rien de semblable; chaque minotier paraît tenir beaucoup à s’isoler de ses confrères ; c’est une grande faute, selon nous, car la meunerie française s’expose ainsi à des déboires si dlle se laisse entraîner à des modifications importantes et mal raisonnées dans son matériel de fabrication.
- Nous n’avons fait partie ni du jury d’admission ni du jury des récompenses, et lorsque, à la fin de l’Exposition, nous avons consenti à nous charger du rapport sur la minoterie, nous comptions que la section du jury des récompenses concernant la minoterie et aux opérations de laquelle nous ne pouvions prendre aucune part, nous livrerait les documents complets concernant cette section. Il ne nous a été donné que des dossiers nuis, pour la plupart, au point de vue des renseignements et ne contenant aucune trace des travaux et des délibérations du jury.
- Aussi mal pourvu, nous craignons d’avoir fait un travail incomplet et nous avons tenu à en faire connaître la cause.
- L. Vigreux,
- Ingénieur civil, professeur à l’École centrale des arts et manufactures.
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- a. 52.
- INTRODUCTION.
- L’art de la boulangerie résume le but final de la production et de la mouture du blé; c’est un art de première nécessité, qui se pratique depuis la plus haute antiquité et dont les produits ont été singulièrement modifiés depuis sa création, pour les amener au point où nous les trouvons aujourd’hui.
- La science a fait connaître la théorie de la panification, grâce aux travaux des Boussingault, des Payen, des Peligot, des Barrai, des Mège-Mouriès et de leurs devanciers. En outre, plusieurs praticiens distingués ont tenté d’appliquer les principes de la mécanique à l’industrie du pain, qui jusqu’alors, pour ses opérations, n’avait recours qu’aux bras de l’homme. Les résultats obtenus sous ce rapport sont très remarquables, et cependant la boulangerie parisienne paraît rebelle à l’emploi de machines ayant fait leurs preuves dans de nombreux établissements qui livrent chaque jour des quantités considérables de pain d’excellente qualité.
- C’est cependant grâce à l’emploi de ces machines et des fours perfectionnés et économiques que de grandes manutentions civiles ont pu se créer de tous côtés et livrer le pain à un prix réduit.
- C’est à la France exclusivement que revient l’honneur des progrès accomplis dans l’art du boulanger, qui est aujourd’hui une véritable industrie. C’est le résultat naturel de notre mode d’alimentation : l’Anglais et l’Allemand consomment la pomme de terre; l’Italien se nourrit de pâtes; le Français est grand mangeur de pain.
- Les premiers essais faits en vue de substituer le pétrissage mécanique au pétrissage à bras remontent à plus d’un siècle. En 1760, un sieur Salignac avait imaginé une machine destinée à pétrir à la fois une très grande quantité de farine; elle se compo-
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- sait d’une sorte de herse qui remuait la pâte en tournant circu-laireinent. Cette machine fut essayée à Paris, devant une commission de l’Académie de sciences, et le résultat en fut proclamé bon, malgré les imperfections qu’il ne pouvait manquer de présenter. Un an plus tard, un nommé Cousin, boulanger à Paris, fit essayer une machine du même genre à l’hôtel des Invalides.
- En 1811, un autre boulanger de Paris, nommé Lambert, inventa la lMmbertine, sorte de caisse rectangulaire, en bois, que l’on faisait tourner sur un axe horizontal; cet appareil n’opérait qu’un mélange et non un pétrissage et n’eut pas de succès.
- Plus tard, Fontaine munit intérieurement la Lambertine de deux barres en bois disposées en diagonales,mais sans se toucher; c’était un progrès et en même temps un quasi-retour vers l’idée première de Salignac, qui se proposait de faire un délayage.
- Le pétrin de Fontaine fut ensuite perfectionné par les frères Mouchot, qui l’appliquèrent dans leur boulangerie aérotherme de Montrouge; cependant cet appareil présentait deux inconvénients très sérieux: l’absence de délayage et le pétrissage en vase clos, qui empêche le contact avec l’air; or, ce contact est nécessaire pour la fermentation et la panification.
- C’est en s’aidant du secours de l’expérience et en étudiant les avantages et les imperfections de toutes les machines à pétrir inventées jusqu’à ces dernières années que l’on est arrivé, par des combinaisons simples, à la réalisation de bons pétrins mécaniques et à résoudre ainsi un problème qui intéresse tout à la fois les boulangers (patrons et ouvriers) et les consommateurs.
- Depuis quelque vingt ans, on connaît les pétrins Moret, Ste-vens, Boland, Rolland, Lesobre, Deliry-Desboves; plusieurs de ces appareils sont entrés largement dans la pratique, pourvus des perfectionnements successifs que leurs inventeurs y ont apportés.
- Les fours à cuire le pain ont subi des modifications, mais on n’a pu encore, jusqu’à ce jour, faire admettre par les boulangers les fours à chauffage continu et méthodique, qui fonctionnent cependant avec succès chez bon nombre de pâtissiers, de confiseurs et de fabricants de biscuits.
- Un perfectionnement important a pourtant été introduit récem-
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- ment; il consiste à produire, au moyen de la chaleur perdue du combustible employé à chauffer le four de boulanger, la vapeur nécessaire à la mise en marche du pétrin et de ses accessoires (pompe à eau, petite bluterie, tire-sac).
- PÉTRINS MÉCANIQUES.
- L’opération du pétrissage comprend les phases suivantes : i° le délayage, qui se fait en versant d’abord sur le levain toute la quantité d’eau nécessaire à la préparation de toute la pâte: dans le but de relever le goût de la pâte, on ajoute un peu de sel (environ 5oo grammes par sac de farine de 167 kilog.); puis on met une certaine portion de la farine; on malaxe de façon à former une pâte fluide, bien exempte de grumeaux; 20 1 efrasagc, qui consiste à verser le complément de farine nécessaire pour former une pâte de consistance convenable; 3° le contrc-frasage, qui s’effectue en réunissant dans le pétrin la pâte en une seule masse qu’on amène à la gauche du pétrin et qu’on travaille ensuite par parties, de gauche à droite; l’ouvrier déchire de la masse toute la quantité de pâte qu’il peut porter, la soulève et la laisse retomber de tout son poids pour y introduire l’air qui favorise la fermentation; 4° le découpage et le pâtonnage, qui se font en divisant la pâte en pâtons d’un poids égal au 1/15 ou au 1/16 du pain à obtenir; on les saupoudre avec un peu de remoulage ou de farine de maïs (fleurage) ; puis on les retourne en les plaçant dans une corbeille garnie de toile et saupoudrée de fleurage. La fermentation reprend alors de l’activité sous l’influence de la température et les pâtons se gonflent par degrés.
- Dans le pétrissage, la pâte ne doit toujours être que soulevée, allongée, étirée, mais non déchirée ni macérée; en outre, elle doit être alternativement déplacée; un étirage général de la pâte produirait le même effet que le pâtonnage, qui n’est autre chose qu’un étirage exécuté par parties. Cependant il faut observer que le mouvement continu et général de la pâte présente de grands inconvénients auxquels est dû l’insuccès de beaucoup de pétrins mécaniques. Dans le pétrissage à bras, la fermentation n’est interclasse 5 a. 8
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- Gr. VI. rompue que partiellement et pendant un temps très court; car le pâton reprend, au sortir des mains de l’ouvrier, la vie intérieure que le travail avait momentanément suspendue, tandis que l’agitation continuelle de la pâte par l’action mécanique prolonge son engourdissement. Aussi est-on obligé de la laisser en repos ou, suivant l’expression technique, rentrer en levain, avant de lui donner la forme du pain.
- Il résulte de là que toutes les opérations de pétrissage mécanique (délayage, frasage et étirage) doivent être exécutées par des mouvements successifs et non continus.
- Ces considérations ont amené à la perfection progressive des pétrins mécaniques et doivent servir de point de départ pour juger le travail et par conséquent la valeur de ces appareils, au point de vue du but à atteindre.
- Parmi les nombreux pétrins mécaniques qui figuraient à l’Exposition, nous devons citer en première ligne celui de M. Deliry-Desboves, ancien boulanger et aujourd’hui constructeur-mécanicien à Soissons. Cet appareil comprend un bassin circulaire en fonte, tournant autour d’un axe vertical; à l’intérieur de ce bassin se trouvent : i° un pétrisseur en forme de lyre, pour fraser la pâte et la découper ensuite pendant toute la durée du travail; 2° deux allongeurs de forme hélicoïdale, pour souffler la pâte dans tous les sens et partie par partie, de façon à imiter le pâtonnage. Un couteau fixe nettoie constamment le pétrin.
- La cuve roule sur trois galets dont les axes sont portés par la plaque de fondation de l’appareil; cette cuve est munie, en dessous, d’une roue d’angle qui lui communique le mouvement au moyen d’un pignon calé sur un petit arbre horizontal, monté sur la plaque de fondation et portant une poulie folle et une poulie fixe pour la commande.
- Au moyen d’une transmission intérieure, logée dans une boite centrale, le mouvement de la cuve est communiqué au pétrisseur et aux deux allongeurs, qu’un système de débrayage permet d’arrêter ou de mettre en marche à volonté.
- M. Deliry-Desboves construit divers modèles de pétrins qui peuvent être conduits, les uns à bras, les autres par un manège
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- et d’autres enfin, comme celui que nous venons de décrire, par un Gr. VI. moteur inanimé quelconque.
- i i Cl. 52.
- M. L. Lebaudy, de Paris, a exposé un pétrin mécanique dont les dispositions intérieures ont la plus grande analogie avec le précédent; cet appareil est pourvu, sur le côté, d’une petite machine à vapeur qui le conduit directement.
- M. Lesobre, de Paris, concessionnaire des brevets Rolland, a présenté un pétrin qui dérive de celui de Rolland, mais avec des modifications profondes. Dans le pétrin Rolland, la cuve était fixe; ici, elle est mobile et présente la forme d’une demi-sphère dans laquelle tourne l’organe pétrisseur. Nous considérons le travail fait par ce pétrin comme inférieur à celui de l’appareil Deliry.
- MM. Boucheron et fils et Mazières, d’Agen (France), construisent et ont exposé un pétrisseur mécanique dont les organes dérivent du pétrin Deliry; l’appareil exposé comporte un changement de vitesse qui permet de marcher plus vite pendant le délayage que pendant le frasage.
- M. Mahot, à Ham (France), a présenté un pétrin mécanique comportant aussi un changement de vitesse et pouvant être mis en mouvement à bras d’homme ou par un moteur inanimé.
- Le pétrin de M. Lecart, de Paris, comporte une cuve en bois, en forme de sphère très aplatie et inclinée sur son petit axe, autour duquel elle tourne. C’est par la seule rotation de cette cuve, qui ne renferme aucun organe mécanique, que M. Lecart prétend faire toutes les opérations qui constituent un bon pétrissage. S’il avait connu l’invention de la Lambertine et les imperfections que cette machine a présentées, il ne l’aurait pas fait revivre sous une forme un peu différente. Nous regrettons de ne pouvoir encourager cet inventeur dans la voie où il s’est engagé, mais elle ne peut le conduire au succès.
- L’application en France de la mouture hongroise et le développement quelle peut amener, pour les grands centres de population, dans la consommation des farines rondes, obligera les boulangers à faire usage des pétrisseurs mécaniques, car ces farines sont beaucoup plus difficiles à travailler à bras que les farines plates obtenues par la mouture française.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. VI.
- FOURS.
- Nous connaissons depuis longtemps le four Rolland, à sole tournante. M. Lesobre l’a amélioré dans certaines parties et a surmonté la sole tournante d’une seconde sole fixe, de façon à mieux utiliser la chaleur développée par le combustible.
- La sole étant chauffée par le dessous, toute espèce de combustible peut être employée et le chauffage est continu. On comprend dès lors que ce système de four doive réaliser une économie importante de combustible par rapport aux fours intermittents. Aussi est-il employé dans plus de 3,3oo établissements; mais il s’est peu répandu dans la boulangerie de Paris.
- M. Biabaud aîné, de Paris, construit spécialement le four viennois, auquel il a ajouté des dispositions spéciales permettant, pendant la cuisson et pour dorer la croûte, d’introduire de la buée dans l’intérieur du four. Pour cela, en avant du four et au-dessus de la voûte, il établit un bouilleur dont la vapeur est conduite à plusieurs bouches latérales qui lui donnent issue dans l’intérieur du four et dont il règle le fonctionnement à volonté.
- M. J. Mousseau, boulanger à Bordeaux, a exposé un four dans lequel le chauffage intermittent peut s’effectuer alternativement de la bouche vers le fond et du fond vers la bouche. A cet effet, la voûte est surmontée de deux carneaux qui débouchent dans une cheminée placée sur le devant du four et qui communique aussi avec la bouche. Au moyen d’une manœuvre de valves, on peut déterminer, à l’intérieur du four, un tirage tantôt dans un sens et tantôt dans l’autre, de façon à répartir également la chaleur.
- Nous citerons également M. Vibert, de Paris, qui construit depuis longtemps des fours très appréciés des boulangers et des pâtissiers.
- M. Lamoureux-Mansiot, de Thonnange-lès-Joinville (France), adapte aux fours de boulangerie une disposition qui permet d’obtenir, sans dépense supplémentaire de combustible, l’eau chaude requise pour le pétrissage ainsi que la vapeur nécessaire pour mettre en mouvement les appareils mécaniques, tels que le pétrin, la bluterie, la pompe à eau. Malgré l’intermittence du chauffage,
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- PROCÉDÉS ET APPAREILS DE LA BOULANGERIE.
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- les proportions adoptées par l’inventeur pour l’appareil de production de vapeur assurent en temps voulu la marche des machines.
- M. Midelet, de Trouville (France), a exposé un système de four rotatif pour la cuisson des gaufres.
- Les moules sont amenés l’un après l’autre devant l’ouvrier par la rotation de la table du four et le travail est ainsi beaucoup plus rapide et moins fatigant.
- Pour terminer ce chapitre, nous mentionnerons la voiture-four de campagne exposée par MM. Geneste, Herscher et G10, de Paris, qui comporte deux fours accolés, montés sur roues. Etudié spécialement pour le service des armées en campagne, ce four loco-mobile nous a paru réunir toutes les conditions requises pour un excellent service. Nous ne doutons pas de son succès, car il laisse loin derrière lui le four Lespinasse, d’invention française, et le four Perkins, d’invention anglaise.
- APPAREILS DIVERS.
- La fabrication du biscuit de mer et celle des pâtisseries sèches ont pris, en France, un très grand développement.
- Deux importantes maisons françaises construisent spécialement les machines à biscuit. Ce sont M. Deliry-Desboves, à Soissons, et M. Patrouilleau, à Bordeaux.
- Le pétrissage de la pâte se fait mécaniquement, mais les conditions à remplir ne sont plus les mêmes que pour la fabrication du pain. Dans la cuve tournante du pétrin sont disposés quatre pétrisseurs en acier qui travaillent ensemble et continuellement la pâte en tous sens. Le pétrissage terminé et la pâte étant très ferme, on l’enlève par pâtons, que Ton porte au laminoir. Cet appareil l’étire, la moule, la pique et la découpe automatiquement. Les biscuits sont reçus sur une toile sans fin et portés à la cuisson.
- Ce mode de pétrissage s’emploie également dans la fabrication des pâtes alimentaires.
- Au sujet de cette fabrication, nous citerons la petite presse à vis et à bras exposée par MM. Henri Long et fils, de Marseille.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.
- Gr. vi. Nous avons également remarqué la collection de moules à pâtes ci” exposée parM.Devet, de Paris.
- U n’y a pas encore longtemps que la fabrication de la pâtisserie sèche était une spécialité anglaise. Mais, grâce aux travaux persévérants de M. Piel, de Paris, qui a créé toute une série de machines forl ingénieuses,la pâtisserie française est aujourd’hui soustraite à ce monopole.
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