Notice sur la République Argentine
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- RÉPUBLIQUE' ARGENTINE .
- Exposition Universelle de Paris
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- CATALOGUE GÉNÉRAL
- DE TA ILLE
- PARIS
- IMPRIMERIE LOUIS HUGONIS
- 19, PASSAGE VERDEAU, 19
- 1878
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- NOTICE
- SUR LA
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- SUR LA
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- Situation et limites. — Aspect général. — Côtes de la Plata. — Navigation intérieure. — Montagnes — Plaine argentine. — Constitution physique du sol. — Climat. - Salubrité. — Végétation. — Agriculture argentine.
- — Règne animal, animaux sauvages. — Animaux domestiques, bétail. — Population argentine. — Immigration. — Indigènes. — Race africaine. — Colonisation agricole. — Travail agricole. — Industrie pastorale.— Industrie minière. - Industrie manufacturière. Arts mécaniques.— Commerce (intérieur, extérieur, transatlantique). — Commerce avec les indiens du nord et du sud. — Commerce transatlantique. — Relations commerciales. Poids et mesures. — Monnaies. — Routes — Courriers. — Banques et crédits. — Chemins de fer. — Télégraphe électrique. — Revenu national. Dette publique. — Revenus des provinces. — Armée et marine. — Instruction publique. — Gulte. — Langues. — Divisions provinciales.
- PARIS
- IMPRIMERIE DE LOUIS HUGONIS
- 19, PASSAGE VERDEAU, 19
- 1878
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- NOTICE
- SUR LA
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- La République Argentine est née de la révolution émancipatrice qui éclata à Buenos Ayres, le 25 mai 1810. Son indépendance de la couronne d’Espagne fut proclamée à Tucuman le 9 juillet 1816, et fut définitivement conquise en 1824, après une lutte tenace et glorieuse par la bataille de Ayacucho qui mit fin à la domination espagnole dans l’Amérique du Sud.
- Les vastes territoires de l’ancienne vice-royauté de Buenos-Ayres, devinrent par ce fait acquis à la juridiction de la République argentine, à l’exception des contrées où s’établit le Paraguay, qui profita de l’indépendance sans prendre part à la guerre de l’émancipation; de la Bolivie, à laquelle donna naissance la victoire de Ayacucho, et de l’Uruguay qui fut constitué en République Indépendante en 1828, après une guerre opiniâtre avec le Brésil.
- La forme du gouvernement sur laquelle devait s’établir la République Argentine produisit, à cause de l’isolement des populations dans d’aussi vastes contrées, des guerres civiles longues et terribles qui engendrèrent des tyrannies bru-
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- tales, comme celle de Juan Manuel Rosas, si douloureusement connue dans l’histoire du pays.
- En 1852, le tyran fut renversé : une période d’apaisement et de réorganisation suivit et des gouvernements réguliers se succédèrent dans les deux fractions entre lesquelles se divisa la République. Ge fut seulement en 1862 que cette division cessa et que commença sur toute l’étendue de son territoire l’exercice légal de la constitution actuellement en vigueur.
- L’organisation politique irrévocablement acquise aux Argentins, est la république fédérale, telle qu’elle a été établie pour les Etats-Unis de l’Amérique du Nord, depuis un siècle.
- Les quatorze états qui constituent la fédération Argentine sont : Buenos-Ayres, Entre-Rios, Corrientes, Santa-Fé, Cordova, San-Luis, Mendoza, San Juan, La Rioja, Catamarca, Santiago del Estero, Tucuman, Salta et Jujuy. La République possède aussi de vastes territoires fédéraux où de nouveaux états se formeront à l’avenir.
- Le gouvernement national se compose de : _
- 1° Pouvoir législatif, une chambre de représentants élus directement dans les proportions de un par vingt mille habitants ou fractions au-dessus de dix mille, et de :
- Un Sénat formé de deux sénateurs par état fédéral, élus par les chambres locales des états.
- 2° Pouvoir exécutif, un Président responsable, nommé pour six ans par élection à deux degrés. Un Vice-Président est nommé simultanément pour le cas de vacance et exerce de droit la présidence du Sénat.
- Cinq ministres secrétaires d’Etat responsables : intérieur, relations extérieures, guerre et marine, finances, instruction publique, justice et culte.
- 3° Pouvoir judiciaire. Complètement indépendant, il se compose d’une haute cour fédérale et de tribunaux fédéraux dans chaque état.
- Tout étranger peut, s’il le trouve préférable, fairejuger ses différents par les tribunaux fédéraux, pouvant ainsi à son gré se soustraire aux tribunaux locaux des Etats.
- La nomination des juges fédéraux, inamovibles, se fait par le pouvoir exécutif avec l’accord du Sénat.
- Depuis 1862 ont été nommés Présidents et Vice-Présidents : le 12 octobre 1862, Président : Général Bartolomé-Mitre; Vice-Président : docteur Marcos-Paz - le 12 octobre 1868, Président :
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- docteur Domingo F. Sarmiento; Vice-Président : le docteur Adolphe Alsina ; le 12 octobre 1874, Président : docteur Nicolas Avellaneda, actuellement en fonctions; Vice - Président : le docteur Mariano Acosta, également en fonctions.
- Situation et Limites
- La République Argentine est une vaste contrée de l’Amérique du Sud, dont les limites extrêmes se trouvent :
- Au nord, au 20° latitude sud et au 58° longitude ouest de Greewich.
- Au sud, au 56° latitude sud et au 67° longitude ouest de Greenwich.
- A l’ouest, au 45° latitude sud et au 71,30 longitude ouest de Greenwich.
- A l’est, au 25° latitude sud et au 53,30 longitude ouest de Greenwich.
- Si exactes que soient ces données topographiques, elles ne peuvent cependant être considérées comme définitives, vu les difficultés survenues avec quelques pays voisins.
- ' La République confine : au nord, avec le Paraguay et la Bolivie ; à l’est, avec l’Uruguay et le Brésil ; à l’ouest, avec le Chili, et au sud-est, avec l’Atlantique.
- Le Chili conteste encore à la République Argentine ses droits sur une partie de la Patagonie et de la Terre de Feu. La superficie argentine, d’après le recensement de 1869. est de 4,195,500 kilomètres carrés.
- Aspect général
- Vaste plaine, herbeuse au sud, boisée au nord, au milieu de laquelle s’élève un gros massif montagneux isolé, constitué par les chaînes ou sierras de San-Luis et de Cordova. Entre ce massif et la chaîne des Andes existe une plaine sablonneuse et saline, couverte de maigres taillis. En se rapprochant de la mer, le sol, toujours horizontal, est semé de nombreuses lacunes d’eau douce ou salée et offre des pâturages de qualité supérieure. La pente générale de cette plaine est légèrement inclinée des Andes à l’Atlantique.
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- Vers l’est, coulent deux énormes fleuves nés dans le Brésil : le Parana et l’Uruguay, lesquels réunis, forment l’estuaire de la Plata.
- De cette disposition générale du sol dérive une division physique naturelle : Mésopotamie argentine, entre le Parana et l’Uruguay, formée d’Entre-Rios, de Gorrientes et du territoire des Missions ; — Pampasie ou région des pampas, avec partie du territoire du Ghaco, des provinces de Santiago-del-Estero, Cordova, San-Luis, toutes celles de Buenos-Ayres et de Santa-Fé et le territoire indien du sud ; — région andine, avec les provinces de Mendoza, San-Juan, la Rioja, Catamarca, Tucuman, Salta et Jujuy ; — en tout, quatorze trois territoires, sans compter la Patagonie.
- provinces et
- Côtes de l’Océan et de la Plata
- Généralement basses et plates ; peu de ports et seulement à l’embouchure des ruisseaux. On compte ceux du Tuyu, de la Mar-Ghiquita et du Chubut, du Quej en-Grande, de Bahia-Blanca, du Garmen, sur le Rio-Negro; ils n’ont encore qu’un commerce très-réduit et ne reçoivent pas de grands navires. Il existe plusieurs grands ports sur la côte de Patagonie, mais ces localités sont inhabitées.
- Navigation intérieure
- La rivière ou plutôt l’estuaire de la Plata est navigable partout et tous les bâtiments peuvent y pénétrer. Le Parana est aux navires d’outre-mer jusqu’à 300 lieues de l’Océan. L’Uruguay est également praticable jusqu’à 120 lieues, et à 100 lieues plus haut pour le cabotage. Le Salado et le Ber-mejo peuvent recevoir des bateaux à vapeur de faible tirant d’eau. Les autres rivières ne sont qu’accidentellement navigables. L’Uruguay et le Parana sont le siége d’un cabotage très-considérable.
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- Montagnes
- La chaîne des Andes se dresse à l’ouest de la plaine argentine et, à partir du 30° degré, va s’élargissant, du sud au nord, jusqu'à occuper en largeur 8° de longitude, sous le tropique du Capricorne. Le versant chilien ou occidental est généralement abrupt; le versant oriental est moins roide et renferme plusieurs grandes vallées longitudinales formées par les cordons secondaires qui suivent le massif principal. La hauteur moyenne de la chaîne est de 4,500 mètres, mais beaucoup de pics atteignent une élévation plus considérable: l'Aconcagua a 6,934 mètres; le Tupungato, 6,710; le Nevado de Famatina, 6,200; le Castillo, 5,000, etc.; toutes ces sommités, qui conservent des neiges éternelles, portent le nom de nevaclos. Les plateaux sont déserts et inhabitables, balayés qu’ils sont quelquefois par des ouragans terribles. La végétation se rencontre jusqu’à 3,500 mètres vers la région tropicale ; toutefois les arbustes, dans les régions andines, ne croissent guère au-dessus de 2,500 mètres
- Les Andes sont accessibles par beaucoup de points par des passages quelquefois difficiles, mais praticables, et, si ce n’est pendant l’hiver, les communications avec le Chili sont constantes. Celles avec la Bolivie ne sont jamais interrompues. La limite des neiges perpétuelles s’élève à 3,000 mètres par le 42° degré de latitude sud à 4,800, sous le tropique du Capricorne. Cette limite varie, d’ailleurs, suivant les localités, l’exposition, l’isolement ou l’entassement des pics et le vent dominant.
- Les sierras de Cordova et de San-Luis ne dépassent point 2,300 mètres dans leurs sommités les plus élevées; elles ne conservent jamais de neige; aussi sont-elles abordables de tous côtés et peuplées de pasteurs et d’agriculteurs.
- Les Andes et le massif central ont de nombreuses mines d’or, d’argent, de nickel, de cuivre, d’étain, de plomb, de fer, etc... On y trouve des marbres très-variés, des jaspes, des quartz, des pierres précieuses, des bitumes, des pétroles, etc..., des eaux minérales nombreuses.
- Il y a peu de rivières sur les versants occidentaux et orientaux des Andes, à partir du 35° degré de latitude sud 2
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- 10 RÉPUBLIQUE ARGENTINE. jusqu’au 22°, les neiges s’y évaporent plutôt qu’elles ne fondent. Vers le sud, au contraire, les cours d’eau deviennent nombreux, et, vers le nord-ouest, sur le versant oriental, les pluies tropicales fréquentes font naître une multitude de rivières qui fertilisent la contrée et favorisent une puissante végétation.
- Plaine argentine
- Le territoire argentin offre une particularité à noter, c’est l’immense étendue de ses plaines. La région des pampas, d’une horizontalité en quelque sorte absolue, est essentiellement herbeuse et par conséquent propre à l’industrie du bétail. Quoiqu’elle n’ait presque pas de ruisseaux, elle possède beaucoup de lagunes ou mares naturelles, incessamment remplies par les eaux pluviales, qui servent à abreuver le bétail. Cette région n’offre aucun arbre ou arbuste, excepté près de la mer et vers le méridien du 68° degré, où commence la région boisée, sablonneuse et saline. Cette seconde plaine, semée de bouquets de bois rabougris, commence au 42° degré pour se continuer jusqu’au 28°, où les Andes la limitent; mais, par le nord-est, elle s’unit aux déserts du Ghaco : sur ce point, la végétation devient beaucoup plus forte et le terrain présente une succession de bois, de plaines découvertes, de lagunes, de taillis et de champs de palmiers. A peu de distance du Parana, le terrain est alluvial. La plaine intérieure entre le massif central et les Andes est sablonneuse, saline, médiocrement boisée, et semble avoir été récemment abandonnée par les eaux. On n’y peut faire de culture qu’à l’aide d’irrigations.
- Constitution physique du sol
- La presque totalité du sol argentin appartient au sol tertiaire. Il est caractérisé dans toute la région pampéenne et horizontale, par ce que les géologues sont convenus d’appeler limon pampéen. On dirait de cette plaine une surface terrestre lentement émergée du sein des eaux. Les fossiles qu’on y
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- recueille sont très-nombreux et appartiennent essentiellement à la faune mégathérienne. Les terrains de cette nature s’étendent dans le sud presque jusqu’au détroit de Magellan. Vers le nord, ils touchent au bassin de l’Amazone. La plaine intérieure présente plus marquées encore des traces du séjour des eaux salées; le lac Bebedero semble le reste d’une mer intérieure, d’une véritable Caspienne qui aurait couvert tout le terrain entre le massif central et les Andes, en formant un vaste demi-cercle de 150. lieues de longueur et de 60 de largeur.
- Le massif central offre le système du gneiss et du micaschiste, des roches métamorphiques de diverses espèces, entre autres des marbres d’apparence très-variée; on y rencontre des mines de plomb argentifère, de cuivre aurifère, de fer, et, dans le cordon de San-Luis, de nombreux quartz aurifères. — Les petites chaînes au sud de Buenos-Ayres appartiennent également au système du gneiss. — Les Andes présentent tous les systèmes : porphyres au centre, roches volcaniques modernes, anciennes sur leurs flancs et sur l’arête occidentale ou chilienne, granits dans les cordons extérieurs, marbres variés, etc., etc.; à l’intérieur, tous les minéraux possibles, et surtout l’argent et le cuivre.
- La région des Andes est sujette aux tremblements de terre, presque toujours légers ; un seul, celui de Mendoza, survenu le 20 mars 1861, produisit de grands désastres dans cette ville qui se trouvait au centre de l’ébranlement.
- Climat
- Eminemment tempéré, puisque la partie habitée s’étend du tropique au 42° degré. L’été est assez chaud ; mais l’hiver fort peu rigoureux, même dans le sud. Dans la région montagneuse, la température est en raison de l’altitude. Sur le littoral,l’été est rafraichi par les brises de mer; à l’intérieur, il l’est par les orages; car il y pleut plus en cette saison que dans l’hiver. Le pays souffre en général des sécheresses, comme toutes les contrées situées entre 30° et 40° de latitude, sur le littoral, les pluies de printemps etd’automne sont assez fortes ; dans la région sub-tropicale il ne pleut guère que l’été;
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- mais fort abondamment aussi. En somme, le climat de la République Argentine se rapproche de celui de l’Algérie, un peu moins chaud l’été et un peu plus humide; le ciel y est presque toujours pur et la lumière éclatante. L’horizontalité du pays y favorise les courants atmosphériques; les vents y sont fréquents : celui de sud-est sur le littoral, ceux du nord et du sud à l’intérieur. Après les orages, le vent du sud-ouest, dit Pampero, souffle toujours; c’est le vent hygiénique et purificateur par excellence.
- Salubrité
- Ce pays est donc l’un des plus salubres de la terre. On n’y connait d’autres épidémies que celles de fièvres éruptives : variole, rougeole et scarlatine. Point de fièvres intermittentes sur le littoral; il ne s’en produit que dans les provinces à irrigation, et cela par suite de vices dans les procédés irrigatoires. — Peu de phthisies pulmonaires, point de scrofules : quelques dyssenteries et fièvres typhoïdes. Cependant deux épidémies de fièvre jaune et choléra importées, ont fait des ravages en 1869 et 1871.
- L’acclimatation des Européens se fait sans aucune difficulté; ils y conservent l’intégrité de leurs forces physiques, morales et intellectuelles. On y vit aussi longtemps que dans les plus saines contrées de l’ancien continent.
- Végétation
- La végétation doit être considérée suivant les régions. — Dans la Pampasie, elle se réduit aux graminées servant de nourriture aux innombrables bestiaux qui parcourent ses plaines. Dans la plaine intérieure, les taillis appartiennent généralement à la famille des minosées, et il n’y a presque point de véritable bois de construction ; — dans la région sub-tropicale, vers le nord, la végétation est prodigieusement variée, c’est celle de la zone équinoxiale. On y rencontre de véritables colosses végétaux. Sur les bords des fleuves et des rivières, elles est également exubérante, sans que les arbres
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- soient très-élevés. Le pays produit spontanément des essences tinctoriales, des gommes, des résines, des écorces tannantes, etc., etc.; le coton, le tabac y croissent à l’état silves-tre; la yerba-maté, ou thé du Paraguay, l’oranger doux remplissent les forêts du territoire des Missions, tandis que le pêcher, importé d’Europe, mais devenu indigène, couvre les îles du bas Parana.
- Toutes les essences d’arbres forestiers ou fruitiers d’Europe ont été introduites dans les régions de la Plata, et la plupart s’y sont acclimatées. Les plantes du bassin de la Méditerranée y réussissent merveilleusement; parmi celles de l’Australie, l’eucalyptus a été multiplié . sur une grande échelle. On recueille maintenant d’excellents fruits sur les poiriers, pommiers, pruniers, abricotiers, noyers, amandiers qui ont été introduits par millions de pieds. L’oranger, le pêcher, le figuier, la vigne croissent partout et donnent d’excellents produits. Les essences à fruit, réellement du pays, sont peu nombreuses et de qualité médiocre. Ce n’est que vers le nord que se développent les arbres fruitiers des tropiques; bananier, papayer, chérimollier, palmiers divers, etc., etc. Le café et la canne à sucre s’y acclimatent avec succès.
- Tous les légumes de l’ancien continent sont cultivés et prospèrent comme les céréales et les plantes fourragères.
- Agriculture argentine
- Longtemps l’agriculture a été négligée dans la plus grande partie du bassin de la Plata. Les conquérants espagnols ne trouvèrent qu’une culture rudimentaire chez les tribus indiennes qui peuplaient le pays, et dont la majorité appartenait: — à la race guaranie, dans la région des fleuves; — à la race pampéenne ou nomade, dans la Pampasie; — à la race quichua ou ando-péruvienne dans les régions des Andes. Les nouveaux venus introduisirent quelques cultures européennes, puis l’énorme multiplication du bétail attira bientôt toute leur attention sur l’industrie pastorale, de toutes la moins fatigante et la plus commode. L’agriculture, dès lors, se borna, sur le littoral, aux soins de quelques arbres fruitiers bientôt dégénérés, au semis des
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- légumes d’origine espagnole, et de quelques céréales, dont le maïs, plante indigène, fut la principale. On se contenta des pâturages naturels pour le bétail. La seule manière de les améliorer fut l’incendie annuel pendant l’été, pour permettre au fourrage nouveau de repousser.
- Dans la région des Andes et du massif central, là où l’irrigation était plus facilement praticable, la population laissa passer l’agriculture avant l’élève du bétail, et l’on fit sur une assez grande échelle du blé, de la vigne et de l’arboriculture, mais seulement pour les besoins locaux, et pour un petit commerce intérieur.
- Pendant les dernières années cet état de choses a changé : dans les provinces littorales, la culture du sol a été mise en honneur. On cultive en grand les céréales : blé, maïs, avoine; les fourrages artificiels, surtout la luzerne; les arbres fruitiers et légumes de toute espèce. On plante des arbres forestiers et d’agrément; autour des grandes villes, de beaux jardins, de véritables parcs sont établis, et la plus belle végétation s’y déploie. Plusieurs sont devenus des établissements modèles. On a même commencé la culture des plantes industrielles : coton, tabac, arachide, garance, lin, etc., etc. Les provinces de l’intérieur, plus agricoles encore que celles du littoral, ont amélioré leurs procédés de culture; la production de la canne à sucre s’est accrue, on a étendu et perfectionné la fabrication des vins et des eaux-de-vie. La condition du cultivateur est devenue plus aisée parce qu’il devenait, de son côté, plus laborieux et plus intelligent, en même temps que la condition du pasteur s’améliorait également par suite de la plus value de son bétail. Mais, malgré les progrès accomplis par l’agriculture argentine depuis cette époque, il reste immensément à faire, et la République ne peut être encore considérée comme un pays véritablement agricole. L’industrie pastorale y prime et y primera longtemps encore toutes les autres. Pour que l’agriculture progresse, il faut plus de bras, plus d’instruction, plus d’initiative.
- Règne animal, Animaux sauvages
- Dans l’ordre des mammifères, on remarque surtout parmi les carnassiers : le jaguar ou tigre d’Amérique, le couguar,
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- l’aguara ou loup rouge, l’ocelot, diverses espèces de chats et de renards, etc., etc. Parmi les rongeurs et les herbivores : le fourmilier, les tatous inoffensifs, la viscache ou marmotte d’Amérique, puis les cerfs, les daims, le guanaque ou lama sauvage, divers lièvres, le chinchilla, le capibara, l’agouti, la loutre, presque tous utiles par leurs fourrures. Parmi les oiseaux, on compte l’autruche américaine ou gnandou, le condor des Andes, le vautour papa de Gordova, les caracaras, les dindons sauvages, une foule d’échassiers et de palmipèdes, d’innombrables perroquets et perruches, de gracieux oiseaux-mouches, des pigeons-ramiers et des tourterelles, des perdrix particulières dites tinamous. Parmi les reptiles, des iguanes et des monitors, des caïmans de taille moyenne, des grenouilles et crapauds très-volumineux, puis les tortues variées ; enfin le boa, des couleuvres inoffensives et quelques vipères venimeuses, entre autres le serpent à sonnettes, heureusement assez rare. Les poissons abondent dans les fleuves et sont d’une grande taille, tels le dorado, le surubi, le pacu, etc. La pêche est abondante partout, principalement dans le Parana et le Bermejo, mais les poissons du Rio-Uruguay sont plus délicats. On ne pêche pas sur les côtes de l’Océan où le poisson est parfait et où l’on trouve des huîtres, des homards et une foule de crustacés, dont la recherche pourrait être fructueuse. Dans la Plata et sur les côtes de Patagonie on poursuit le veau marin et les grands phoques, dits éléphants de mer, pour leur huile.
- Animaux domestiques, Bétail
- Les indigènes, lors de la découverte, n’avaient d’autre animal domestique que le lama ou guanaque apprivoisé depuis des siècles dans les régions andines, et quelques palmipèdes et échassiers qu’ils abandonnèrent bientôt pour ne s’occuper que des animaux importés d’Europe, animaux plus faciles à soigner et réellement plus utiles que les leurs. Le cheval fut importé par Mendoza en 153G; la chèvre et le mouton vinrent du Pérou en 1530; le bœuf fut amené du littoral brésilien à l’Assomption en 1553. De ces trois époques datent les millions de bestiaux qui couvrent les plaines de la
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- Plata depuis trois siècles, et qui ont rendu cette contrée si célèbre par son énorme production chevaline, ovine et bovine. La nature salée des terrrains de la Pampa et de la plaine argentine paraît avoir contribué puissamment à cette prodigieuse multiplication; car, là où la terre n’est pas salée, comme aux Missions occidentales, par exemple, les animaux domestiques réussissent moins bien. Les premiers animaux furent expédiés d’Espagne et, principalement de l’Andalousie : aussi bœufs et chevaux ont-ils conservé leur caractère d’origine. Le climat, d’ailleurs, fort analogue, a peu influé sur eux; leur taille n’y varie qu’en raison directe de la quantité et de la qualité du pâturage. Dans ces dernières années, on a introduit beaucoup de reproducteurs des meilleures races européennes, mais la masse des bestiaux, bœufs, chevaux et ânes, est restée ce qu’elle était depuis l’origine, c’est-à-dire très-belle. Toutefois les moutons espagnols avaient dégénéré, et d’ailleurs en 1825 on ne leur accordait aucun soin'; mais, depuis cette époque, on a introduit des béliers mérinos de Rambouillet et de Saxe, et l’on ne s’occupe plus guère que de la nouvelle race métisse, que l’on raffine sans cesse. L’élève du mouton commence même à se subtituer à celle du bœuf, parce qu’elle est plus lucrative par suite de la grande valeur des laines et de leur bonne acceptation sur les marchés d’outre-mer. Les chèvres donnent de bons produits dans le massif central et au pied des Andes; on y maroquine même leurs peaux. Le porc est élevé partout, ainsi que les autres animaux domestiques.
- On évalue à 15 millions le nombre de têtes de gros bétail dont sont peuplées les provinces argentines; celui des chevaux, à 4 millions ; celui des bêtes ovines, à 80 millions.
- Il n’existe plus actuellement de bétail sauvage dans toute l’étendue du bassin de la Plata ; tout est domestiqué, parqué dans de vastes terrains, dont l’étendue se fractionne sans cesse par suite du morcellement des propriétés. On ne voit plus que rarement de ces grandes estancias ou fermes de 20 à 50 lieues de superficie; celles de 10 lieues sont déjà rares. Ges établissements vont se réduisant chaque jour, parce que le nombre des propriétaires terriens augmente sans cesse et que l’élève du mouton ne réclame pas d’aussi vastes espaces que celle du bœuf. On calcule qu’une lieue carrée de bon pâturage naturel (2,700 hectares) peut nourrir 2,000 têtes de
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- gros bétail, avec le nombre de chevaux, de mules et d’ânes nécessaires à une bonne exploitation. La même quantité de terrain nourrit facilement 12,000 moutons. Le prix des terres a donc considérablement augmenté; en beaucoup d’endroits il est décuple de ee qu’il était il y a vingt ans. Ce prix même se modifie avec une telle rapidité, qu’il est impossible d’en fixer la moyenne. Hors de la région pampéenne les pâturages, beaucoup moins bons, ne peuvent alimenter, avec surface égale, que quelques centaines de têtes ; aussi ces terrains sont-ils beaucoup moins chers; les seuls qui aient un haut prix sont les prairies susceptibles d’irrigation.
- Le but de cette grande production de bétail avait d’abord pour but la nourriture. Dans la campagne, on ne vivait que de viande, le pain était inconnu; en second lieu, venait le commerce du cuir; beaucoup d’animaux n’étaient abattus que pour leur peau; enfin, plus tard, on prépara de la viande salée et séchée, dite tasajo et charque, qui fut expédiée au Brésil et à Cuba. Dans ces derniers temps, on a essayé de faire des préparations et des conserves destinées aux marchés de l’Europe; par malheur, on n’a pas pleinement réussi dans ces tentatives, qui amèneraient une véritable révolution dans l’industrie de la Plata.
- C’est dans de grands établissements, dits saladeros, que l’on abat, depuis un demi-siècle, les animaux provenant de la Pampa. Ces usines se sont améliorées avec le temps et laissent aujourd’hui peu de chose à désirer sous le rapport de l’installation économique. On y abat les bœufs pendant l’été, du mois de décembre à mai. Quelques-uns de ces établissements tuent ainsi 60,000 animaux par an, et le nombre total dépasse un million. On y abat aussi des juments, dont la chair est utilisée pour faire de l’huile et dont les cuirs, comme ceux du bœuf, sont salés ou séchés. Le chiffre de la production est très-irrégulier, selon les années. Les cuirs des animaux tués dans l’intérieur pour la consommation sont séchés et dirigés par voies ferrées ou par caravanes de charrettes vers le littoral, d’où ils sont expédiés en Europe. Les laines sont préparées dans les fermes d’où elles arrivent avec les peaux et les cuirs secs. Il en est de même des dépouilles de la race caprine, fournies presque exclusivement par les provinces de San-Luis, Gordova et Santiago del Estero.
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- En fait de produits du règne animal obtenus par la chasse ou la pèche, on compte les pelleteries de plusieurs quadrupèdes du genre chat, de mouffette ou zorillo, de cerf, de ca-biai, etc., mais surtout de loutre et de chinchilla. Ces deux dernières donnent lieu à un commerce de quelque importance pour l’exportation. Il en est de même des plumes d’autruche, moins précieuses que celles de l’autruche africaine, mais fort recherchées encore sur les marchés d’Europe. On exporte le guano des îles de la côte de Patagonie, un peu de cochenille silvestre, et de la cire obtenue par le commerce avec les Indiens du Chaco. La chasse aux phoques et aux grands cétacés est pratiquée sur la côte de l’Océan, de l’embouchure de la Plata au détroit de Magellan; ce sont des étrangers qui s’en occupent.
- Population argentine.
- Lorsque les Espagnols découvrirent le pays, il était, en certaines parties, habité par des indigènes qu’ils désignèrent sous le nom d’Indiens, et qui appartenaient à trois races séparées entre elles par quelques caractères physiques spéciaux, et surtout par le langage. La première était la race guaranie, formée d’hommes d’une taille moyenne, au teint jaune terreux, aux yeux obliques, aux cheveux noirs et rudes, offrant l’aspect de la race mongole; elle parlait un idiome qui était compris du golfe du Mexique à la Plata, de l’océan Atlantique aux Andes, c’est-à-dire sur une surface presque égale à celle de l’Europe, phénomène linguistique étrange, qui fit donner à cette langue par les Espagnols et les Portugais le nom de langue générale, lengua general, lengoa geral. Ces tribus vivaient de chasse, de pêche et d’une agriculture rudimentaire; elles étaient généralement douces et sociables. — Vers le nord-ouest, dans les régions andines et leurs dépendances, le pays, soumis, depuis deux siècles, à l’empire des Incas du Pérou, était habité par des Quichuas et parlait leur langue qui a subsisté comme la précédente. Enfin, dans le sud, les tribus errantes de la région pampéenne appartenaient et appartiennent encore à la race araucane, cantonnée sur les deux versants des Andes, et dont des fractions avaient,
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- à des époques inconnues, gagné les plaines de l’est; leur langue était l’araucan actuel. Vers le Ghaco ou plaine tantôt boisée, tantôt herbeuse du nord, quelques tribus qui semblaient ne relever d’aucune de ces trois grandes races vivaient isolées. Il existe encore aujourd’hui à l’état barbare des restes de tous ces indigènes; mais la plupart des Guaranis, tous les Quichuas et quelques Araucaniens se sont fondus avec les Espagnols, et c’est ce mélange qui a constitué la population argentine actuelle. Un certain nombre de familles d’origine espagnole sont demeurées pures de tout alliage, mais le nombre en est petit; car, lors de la conquête, la plupart des nouveaux venus s’unirentaux femmes indigènes, et, avec le temps, le sang caucasien, venant à prédominer, a fait presque complètement disparaitre les traces du premier mélange. Dans le courant du XVIII0 siècle, les Africains ont été introduits, mais leur nombre n’a jamais été bien considérable, et il s’est encore réduit avec le temps. Enfin, de 1824 à l’époque actuelle, de nombreux Européens sont venus s’établir dans la Plata; leur chiffre dépasse maintenant 400,000 et croît sans cesse. Telles sont les origines de la population qui habite aujourd’hui la République Argentine, laquelle comptait en totalité, au recensement de 1869,1,877,4 90habitants, y compris les Indiens encore nomades, mais qui peu à peu vont se rapprochant des blancs et qui se mêlent avec eux. — Le chiffre de ces derniers est évalué à 93,000 pour la population du Ghaco, des Pampas et de la Patagonie.
- La population argentine des villes est peu mêlée de sang indigène; celle des campagnes, au contraire, en est fortement imprégnée. Dans la région pampéenne, ces métis s’adonnent surtout à l’élève du bétail, et forment ces cavaliers intrépides improprement désignés sous le nom de gauchos, qui ne connaissent que la vie en plein air et constituent le personnel des estancias ou fermes à bétail. Dans les régions andines, la population, formée de métis quichuas, est agricole et minière. — Les étrangers exercent toutes les professions, sont propriétaires, industriels et commerçants; ils peuplent surtout les villes; beaucoup sont établis dans les provinces du littoral, mais ils se rencontrent en très-petit nombre dans celles de l’intérieur,
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- Immigration.
- L’immigration se compose d'Espagnols, d’Italiens, de Français, d’Allemands, d’Anglais, de Portugais, de Suisses et d’une aible proportion . d’autres colons appartenant à toutes les nations du globe. Aujourd’hui, une grande immigration russe de Menonnites se dirige sur la Plata. Les étrangers comptent pour plus d’un tiers dans la population totale de la grande ville de Buenos-Ayres; le chiffre des émigrants arrivés par mer, inscrits dans la période de vingt ans (de 1857 à 1876), s’élève à 480,310, ce qui donne une moyenne annuelle de 24,000. Dans cette émigration figurent 150,000 Italiens, 80,000 Espagnols, 60,000 Français, 20,000 Anglais, 10,000 Suisses, 5,000 Allemands et divers groupes d’autres nationalités.
- Tous vivent en parfaite intelligence avec les Argentins, sous une loi commune; cette république hospitalière devient aisément pour eux une seconde patrie; la plupart épousent des femmes du pays et se fondent dans la population nationale par leur postérité.
- Un commissariat relevant du ministère de l’intérieur est chargé spécialement de la réception des émigrants; il procède à leur débarquement, les loge, les nourrit gratuitement et les fait transporter, aux frais de l’État, jusqu’aux lieux où ils témoignent le désir de s’établir. On donne aussi aux émigrants, à titre gratuit, des terrains destinés à la colonisation agricole sur différents points du territoire.
- Indigènes.
- Les indigènes demeurés à l’état barbare appartiennent presque exclusivement à la race pampéenne et à des fractions de race guaranie, généralement mélangées avec elle. Il n’en reste plus que dans le grand Ghaco ou territoire indien du nord, dans la partie australe de la Pampasie dite territoire indien du sud, et un certain nombre en Patagonie. Dans le Ghaco, ce sont surtout les Mocovis, les Tobas, les Mataguayos
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- et les Ghiriguanos. Ces derniers, purs Guaranis, ont une civilisation relative. Les Mocovis et les Tobas inquiètent incessamment les établissements des chrétiens; les Mataguayos, au contraire, et les Ghiriguanos viennent travailler dans les sucreries des provinces de Jujuy, Salta et Tucuman lors de la récolte des sucres, et retournent ensuite à leurs villages et campements. Quelques Tobas se mêlent également aux travailleurs de Gorrientes. Les Mocovis seuls ne font rien et demeurent des pillards incorrigibles. Des missions confiées aux pères de propaganda fide ont été établies parmi des indigènes et ont réussi à en grouper quelques centaines dans des villages sur les frontières de Santa-Fé et de Salta. On a vainement tenté de réunir ceux de la Pampa.
- Les Indiens du sud, dits Pampas, Ranquels, Puelches, etc., grands voleurs de bétail, font presque constamment des incursions sur la frontière; ils obéissent à des chefs élus par eux-mêmes et ils ont des coutumes qui servent de loi. Ils ne se nourrissent guère que de chair de cheval et élèvent peu de bœufs et de moutons. Le gouvernement argentin vient d’établir une nouvelle ligne avancée de défense qui amènera nécessairement leur soumission définitive. Tous ces indigènes font un petit commerce de pelleteries, de cuirs, de plumes d’autruches, de tissus, avec les blancs; quelques-uns finissent par se mêler à eux et, à la longue, deviennent citoyens. Il n’y a contre eux, dans la République, ni répugnance de race, ni préjugé de couleur.
- Race africaine
- Peu d’individus de cette race, les femmes sont principalement blanchisseuses et domestiques; les hommes travaillent dans les estancias, comme charretiers, bateliers, etc. Tous vivent en parfaite harmonie avec le reste de la population, et, considérés comme citoyens, en remplissent les devoirs : tous sont libres et complètement indépendants. L'esclavage est aboli de fait depuis 1817.
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- Colonisation agricole
- Des colonies agricoles ont été fondées dans diverses provinces depuis quelques années avec un plein succès; elles sont surtout formées d’Allemands, de Suisses et de Français: leur population réunie atteint maintenant 25,000 âmes. On a commencé avec de bons résultats à s’y occuper des cultures industrielles: vigne, oranger, arachide, ricin, coton, tabac, sorgho, etc., indépendamment des cultures alimentaires ordinaires et du soin d’un bétail très-varié. Le gouvernement national et les administrations des provinces ont aidé aux premières colonies; des particuliers et des compagnies en établissent maintenant de nouvelles sur des terres qui leur appartiennent, et des agents spéciaux recrutent des colons en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, en France et même dans l’Amérique du Nord, au milieu des anciens sécessionnistes, dont beaucoup s’expatrient aujourd’hui. Toutes ces colonies sont en voie de prospérité, et le succès qui a couronné ces entreprises donne droit d’espérer que le nombre en augmentera rapidement et que le courant d’immigration qui se dirige vers les États du nord se détournera vers la Plata.
- Les terres nationales et provinciales sont d’une étendue immense; elles sont vendues aux colons au prix moyen de 15 francs l’hectare et même moins cher dans les cantons éloignés. Le gouvernement, d’ailleurs, par l’entremise du commissariat d’émigration, concède gratuitement des terrains aux émigrants qui s’engagent à coloniser; il leur fait l’avance de la nourriture, du bétail et des instruments aratoires. A leur tour, les propriétaires font des cessions à des prix infimes, à condition que l’on peuplera de suite, et font souvent eux-mêmes les avances des frais de voyage, des outils de labour, des semences et d’un certain nombre de têtes d’animaux. Ces conditions, entièrement favorables aux émigrants, en attirent beaucoup; les colonies sont placées sous un régime parfaitement libre; elles n’ont d’autre magistrat qu’un juge de paix, choisi dans la nationalité du plus grand nombre des colons.
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- Travail agricole
- L’industrie agricole est exemptée de toute restriction fiscale, aucun impôt ne grève l’exportation. Parmi les propriétaires du sol, les uns cultivent eux-mêmes, les autres ont des métayers, c’est-à-dire qu’ils font les avances pour les frais des premiers travaux et partagent les produits avec les cultivateurs. Jusqu’à présent la culture n’a été avantageuse que pour l’homme travaillant de ses propres bras, et surtout pour les colons. Les propriétaires ayant des capitaux préfèrent avec raison l’industrie pastorale, qui, bien conduite, rend en moyenne 20 pour 100 l’an pour la race bovine, et 40 pour 100 pour la race ovine. Le petit cultivateur placé près du littoral et des grandes villes, travaillant en famille, s’assure de grands bénéfices par la vente des céréales, des fruits, du beurre, des œufs, des volailles, etc.
- Industrie pastorale a
- Cette industrie était exercée spécialement par les nationaux propriétaires du sol et héritiers des énormes terrains dont furent gratifiés leurs ancêtres par les autorités espagnoles avant l’émancipation. Depuis, beaucoup de ces grandes propriétés se sont fractionnées et de vastes portions en ont été vendues soit à des Argentins, soit à des étrangers et surtout à des Anglais. Des Basques français et espagnols se sont mis également au travail de la campagne, et y sont devenus aussi experts que les fils du pays; enfin, depuis que l’élève de la race ovine est si répandue, des Irlandais nombreux ont acquis du terrain dans ce but; chaque jour, de nouveaux étrangers s’adonnent à ce genre d’occupation, et les travaux de la campagne sont faits en partie par eux. Les bergers sont généralement payés par mois, mais il est d’usage que les propriétaires leur donnent un intérêt dans le croît du troupeau. L’élève de la race caprine est abandonnée à la petite propriété; toutefois quel-
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- ques propriétaires viennent d’introduire les chèvres d’Angora et de Gachemire; c’est une industrie nouvelle qui commence et dont l’avenir est assuré. Le porc est élevé en grand dans les saladeros : on l’y nourrit de débris animaux et de viande de juments abattues pour le cuir et l’huile. Sa chair est alors désagréable, et il faut le nourrir plusieurs mois au maïs pour lui rendre la saveur naturelle.
- Industrie minière
- Les Argentins ont hérité de leurs pères les Espagnols d’une certaine prédilection pour les exploitations minières. Lesou-vriers mineurs sont assez nombreux, mais leur travail est irrégulier. Généralement les mines sont exploitées par de petites compagnies plutôt que par un seul propriétaire; les actions sont représentées par des barras comprenant chacune un vingt-quatrième de la propriété. Quelques-unes d’elles ont été l’objet de travaux importants, telles celles de Famatina, où l’on a creusé à 4,260 mètres d’altitude, près de la limite des neiges, une longue et vaste galerie horizontale dite Socabon, qui atteint maintenant 400 mètres et pénètre au cœur du cerro minéral, riche en or et en argent; telles, aussi, celles de cuivre de Capillitas, dans la sierra del Atajo, province de Catamarca. On exploite en grand, dans le massif central, section de Cordova, les mines de plomb argentifère de Guayco, Ojo de Agua, San-Carlos, près du plateau de Pocho; les mines d’oxydule et de carbonate de cuivre du Minotauro et de Mo-linos; dans la section de San-Luis, les lavages d’or de la Canada-Honda et de la Carolina, les cuivres aurifères de San-Francisco. Il y a en activité dans les provinces andines: — Mendoza: — les mines de cuivre de Valenciana, de Salamanca, de Santa-Elena, de plomb argentifère d’Uspallata, etc., etc.; — San-Juan: — les mines d’argent de la Huerta, de Rodeo, d’Antechristo, de Tontal, surtout, qu’une compagnie puissante ! exploite depuis 1862; les mines d’or de Gualilan, Guachi, Ja-chal, Valle-Ferti, etc. — LaRioja: or et argent, à Famatina; étain à Mazan. — Catamarca : cuivre, à las Capillitas; or et argent, dans la sierra de Bélem. — Salta, Jujuy et Tucuman ont des minerais d’or, d’argent, de cuivre et de fer, dont
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- le manque de bras empêche l’extraction et l’exploitation. Il en est de même du fer météorique d’Otumpa, dans le Ghaco, qui parait exister en quantité considérable, et qui est parfaitement pur, suivant les échantillons qu’on en a rapportés. Il y a du kaolin en abondance à Getemani, près de Salta, mais on n’a pu encore trouver un homme du métier pour y créer une usine. On n’extrait, que pour en faire de la chaux, les marbres admirables de la sierra de Gordova, parmi lesquels se trouve un marbre onyx translucide de la plus rare beauté. En somme, le cuivre, l’argent et l’or sont les seuls métaux dont on s’occupe avec quelque activité. La production est fort irrégulière; mais les travaux des mines ont acquis un assez notable développement pendant ces dernières années.
- Les mineurs sont Argentins et surtout Chiliens, car il en vient un assez bon nombre de la république voisine. Pour les ingénieurs, ils sont généralement étrangers. Les ateliers n’ont point d’organisation spéciale; chaque ouvrier traite directement avec le maître ou son représentant pour son salaire, payé chaque mois. Les ouvriers sont logés et nourris à l’atelier, la plupart des localités où sont situées les mines étant dans des montagnes arides et loin des centres de population.
- Industrie manufacturière. — Arts mécaniques
- La République Argentine, comme la plupart des contrées de l’Amérique du Sud, est un pays producteur de matières premières; l’industrie et la manufacture commencent pourtant à s’y développer.
- Quant à tout ce qui concerne les subsistances, on s’en occupe sérieusement : la meunerie emploie les moulins à eau, à vent et même à vapeur construits dans le pays; on fabrique de l’amidon de blé et de manioc ; on fait des vins et on distille des eaux-de-vie dans toutes les provinces des Andes : on y fait également des conserves de fruits. Il y a à Buenos-Ayres des fabriques de plusieurs genres, et la véritable industrie est en voie de s’y établir. Les provinces de Corrientes et de Tucuman produisent du tabac qui est façonné en cigares. De belles sucreries fonctionnent dans les pro-
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- vinces de Santiago del Estero, Tucuman, Salta et Jujuy ; presque partout on tanne les cuirs.
- Jadis on faisait au métier des tissus de coton et de laine: draps, chemises, caleçons, serviettes brodées, ponchos, couvertures : ce travail donnait lieu à un commerce intérieur assez considérable ; depuis que des objets similaires, fabriqués à l’étranger, arrivent facilement dans l’intérieur du pays, cette industrie est sensiblement réduite. Elle se borne aujourd’hui à des fabrications de luxe très-curieuses, très délicates, mais coûteuses, et qui ne peuvent être d’un usage quotidien. Tels sont les serviettes et les caleçons brodés, les couvertures de laine et de coton, à dessins fort riches et à couleurs éclatantes, les ponchos ou manteaux en laine de vigogne du tissu le plus fin et le plus soyeux.
- La fabrication des tissus de laine et de coton existait déjà dans les régions andines du temps des empereurs incas; elle se continua sous le régime espagnol. — Les Indiens du sud sont également industrieux à ce point de vue; ils font un commerce assez important de tissus du même genre fabriqués par leurs femmes : ponchos, ceintures, couvertures de cheval, ainsi que des harnais en cuir, tressé par eux avec une admirable finesse.
- Quant aux métiers usuels, ils sont exercés par les étrangers et les nationaux. On trouve des représentants de toutes les professions dans les centres de population de quelque importance.
- Les ouvriers sont fort bien rétribués, de 5 à 15 francs par jour. La vie ordinaire est à bon marché, par suite du bas prix de la viande; le vin est importé d’Europe ou fabriqué dans le pays. La condition de l’ouvrier est donc heureuse; aussi la bonne harmonie existe-t-elle entre toutes les classes de la société. Il n’y a pas d’aristocratie proprement dite. La fortune et l’éducation établissent seules quelques différences parmi les diverses fractions de la population.
- Commerce (intérieur, extérieur, transatlantique)
- Le commerce intérieur, résultat de l’échange des produits des provinces entre elles, sans compter toutefois le transit des
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- Le commerce extérieur avec le Chili et la Bolivie, par la chaîne des Andes, a une toute autre importance; l’expédition du bétail en pied, bœufs, moutons, mules de charge, etc., est considérable. Les animaux venus de l’intérieur sont engraissés dans des champs de luzerne, dits potreros, situés aux pieds des Andes, où ils attendent la saison favorable pour passer la montagne. On exporte encore pour le Chili des savons, du tabac, des fruits confits; mais le bétail en pied est le principal article. En retour, on rapporte de Valparaiso et de Copiapo des objets manufacturés d’origine européenne. Avec la Bolivie, le principal commerce est celui des mules et des ânes; ce sont ces animaux qui servent à tous les transports; on y porte, en outre, du poisson salé, de la viande également salée, du sel, et même du bois de menuiserie; on en rapporte de la coca et des espèces, et, par la Cordillère et l'agua caliente des articles d’outre-mer importés à Cobija.
- Commerce avec les Indiens du nord et du sud
- Sans développement avec le nord et se bornant à l’échange de quelques pelleteries : miel, cire, écorces tannantes, gommes, etc. Il est plus considérable avec le Sud, et se compose de vins, eaux-de-vie, guitares, cartes, couteaux, freins, étriers, herbe maté pour l’importation; cuirs, graisse, plumes d’autruche, crins, harnais fins, tissus de laine pour l’exportation.
- Commerce transatlantique
- Le commerce d’outre-mer, vingt fois plus considérable que celui par voie de terre, est centralisé dans les ports de
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- Buenos-Ayres et de Rosario, quoique beaucoup d’autres ports du Parana, de l’Uruguay, et même de l’océan Atlantique lui soient ouverts. Mais il y a des habitudes commerciales que le temps seul peut déraciner, et d’ailleurs la population n’est ni assez nombreuse, ni assez consommatrice pour que beaucoup de navires d’outre-mer puissent aller la chercher directement. C’est par le cabotage que viennent à Buenos-Ayres les négociants de l’intérieur, afin de faire leurs assortiments, et de les porter à Rosario, à Santa-Fé, à Parana, à Corrientes, au Paraguay, à Gualeguay, à Gualeguaychu, Concepcion et la Concordia, ports principaux du littoral fluvial.
- La République Argentine envoie aux autres pays : cuirs secs et salés, viande salée, graisse, os et ongles de bœufs et de chevaux; laine, suif de mouton, maroquins, pelleteries, plumes d’autruche, guano de Patagonie, guano artificiel, cendre d’os, cuivre, or, argent en barre et bois de diverses espèces. Elle reçoit : — d’Angleterre : étoffes communes de laine et de coton, grosse quincaillerie et coutellerie, fer en barre, machines, charbon de terre, etc. — De France : étoffes fines, soieries, calicots, draps, vêtements confectionnés, articles de Paris, mercerie, modes, gravures, lithographies, livres, instruments des sciences, orfèvrerie, horlogerie, bijouterie, porcelaines, cristaux ; — vins, liqueurs, conserves fines, tout ce qui se rattache, en un mot, à l’art et au luxe. — De l’Amérique du Nord lui viennent : tissus de coton, toile à voile, planches de sapin, instruments aratoires, machines, chaises, fauteuils, sucre raffiné, bougies de sperma ceti, etc. —Du Brésil : du sucre, du café, du tafia, des fruits des tropiques, du tabac, etc. — D’Espagne : vins, alcools, huiles, fruits secs, soieries de Malaga, fer de Biscaye, etc. — de Cuba : sucre, tafia, tabac, café. — D’Italie : vins, liqueurs, huiles, pâtes, fruits secs, soufre, marbres. — D’Allemagne : étoffes de laine et de coton, quincaillerie, coutellerie, armes, articles imités des industries française et anglaise. — De Belgique : armes de guerre et de luxe, mercerie, dentelles, etc. — De Hollande : Fromage et genièvre, etc. — De Suisse : tissus de soie et de coton, montres, etc.
- Le commerce d’importation et d’exportation réuni s’est élevé, d’après les documents officiels de 1870 à 1876, à la somme de 3,359,835,440 francs, savoir : 1.839,993,170 francs
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- pour l’importation, et 1,434,790,070 francs pour l’exportation. Il est bon de remarquer que l’indication des valeurs de l’exportation est au-dessous du chiffre réel; la douane argentine faisant des estimations sur les lieux mêmes, à tarif réduit, et non sur la valeur des produits rendus à bord.
- Dans le commerce général de la République, pendant les sept dernières années, la France a figuré pour 670,701,480 francs, occupant ainsi le deuxième rang dans l’échelle du commerce argentin, le premier rang appartenant à l’Angleterre, pour une valeur de 777,678,940 francs.
- Dans le commerce général de la France, la République Argentine occupe le onzième rang, et le premier dans son commerce avec l’Amérique méridionale et centrale.
- Les principaux produits de l’exportation consistent en laines et peaux de mouton, cuirs de bœufs secs et salés, viande salée, suif et graisse. Les quantités de ces produits exportés de 1867 à 1876 ont été, savoir :
- Laines......................
- Peaux de moutons . . .
- Cuirs de bœuf secs. . .
- d° do salés..
- Viande salée................
- Suifs et graisses ....
- La valeur annuelle réelle 300,000,000 de francs.
- kilog. 794.607.000
- — 267.197.000
- unité 17.746.000
- — 7.085.000
- kilog. 312.462.000
- — 390.716.000
- des exportations excède
- Relations commerciales.
- Les ports d’Europe avec lesquels ceux de la République Argentine ont le plus de communications sont : Cadix, Malaga, Barcelone, Gènes, Marseille, Cette, Bayonne, Bordeaux, le Havre, Anvers, Hambourg, Londres, Liverpool, Glascow. En Amérique : New-York, Gharlestown, la Havane, Bahia, Rio-de-Janeiro, Sainte-Catherine, Rio-Grande-du-Sud, Valpa-raiso, Lima.
- Ces communications se font principalement par les grandes lignes de navigation à vapeur qui ont leur point de départ à Bordeaux, au Havre, à Marseille, à Gênes, à Southampton, à
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- Anvers et Hambourg. Vingt-deux grands steamers arrivent mensuellement à Buenos-Ayres provenant de l’Europe. Il y a déjà un trajet direct entre Liverpool et Rosario, située sur le Parana, à 300 milles de Buenos-Ayres.
- Poids et mesures.
- Dans le commerce habituel on emploie les mesures espagnoles, quelquefois les anglaises, mais surtout les mesures françaises. Le système métrique est prescrit par le gouvernement, qui l’utilise pour tous les travaux publics; mais il n’est pas encore entièrement passé dans l’usage populaire. Il sera obligatoire en 1880.
- Monnaies.
- La monnaie d’usage nationale est la piastre forte espagnole, à 16 pour 1 once d’or, valant de 80 à 82 francs. Chaque piastre forte représente légalement 25 piastres courantes de la monnaie de papier de Buenos-Ayres, mais le cours est présentement au-dessous du pair. Les monnaies espagnoles et des républiques sud-américaines, celles du Brésil, des États-Unis, de France, d’Angleterre, d’Italie, sont reçues au taux de leur valeur réelle par une loi du congrès et peuvent entrer directement dans les caisses de l’État. Dernièrement, le Congrès a voté une loi pour la création d’une monnaie nationale qui n’a pas encore eu son exécution.
- Routes.
- Dans un pays plat les routes ne sont pas difficiles à créer, on passe partout. On a établi des bacs au passage des rivières et construit plusieurs ponts. Des services particuliers relient ensemble les principaux centres de population des provinces de Buenos-Ayres et d’Entre-Rios. Le gouvernement subven-tionne les grandes lignes de communication de l’intérieur
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- jusqu’au pied des Andes, celles du Chili et de la Bolivie. Les passages des Andes sont franchis dans la bonne saison par des caravanes de mulets. Dans l’intérieur, en dehors de la région des fleuves et des voies ferrées, le transport des marchandises s’opère au moyen de caravanes de grandes et lourdes charrettes traînées par des bœufs et par des troupeaux de mules. Le pays est accessible sur tous les points et la barrière des Andes n’est pas un obstacle insurmontable au commerce avec le Chili et la Bolivie.
- Courriers.
- Depuis le 1er avril 1878 la République Argentine a été admise dans l’union postale, formée au congrès de Berne.
- Le service de la poste est fait avec régularité, et toutes les capitales et villes principales de province sont desservies par des courriers spéciaux apportant la correspondance, à jour fixe, à plus de 300 bureaux répandus sur toute l’étendue du territoire argentin.
- Les expéditions par la poste, en 1876, ont été :
- Lettres............. 4.656.710
- Dépêches officielles. . 299.115
- Imprimés. 2.457.390
- Banques et Crédits
- Il y a quatre classes de banques dans la République Argentine :
- 1° La Banque de la province avec droit unique d’émission à Buenos-Ayres. Cette banque, propriété de l'Etat de Buenos-Ayres, possède un capital de 110,000,000 de francs; sa circulation moyenne, y compris le papier-monnaie, est de 135,000,000 de francs et ses dépôts dépassent la somme de 200,000,000 de francs.
- 2° La Banque nationale avec droit d’émission dans toutes les provinces àl’exception de Buenos-Ayres. Cette banque de récente création est formée par des actionnaires parmi lesquels
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- la nation figure pour un nombre considérable d’actions. Son capital est de 40,000,000 de francs et sa circulation comme ses dépôts ne dépassaient pas 3,000,000 de francs au commencement de 1878.
- 3° Banques particulières avec droit d’émission donné par quelques provinces. Les capitaux réunis ne dépassent pas 20,000,000 de francs.
- 4° Banques particulières sans droits d’émission, avec capitaux qui dépassent 70,000,000 de francs, et dépôts au-dessus de 150,000,000 de francs.
- 5° Banque hypothécaire appartenant à l’État de Buenos-Ayres. Ses prêts se font en obligations avec 8 0/0 d’intérêt et 2 0/0 d’amortissement et montent déjà à 80,000,000 de francs.
- Le crédit est facile à la République argentine, où généralement il se fait sur deux signatures et très-fréquemment sur une seule.
- Le taux de l’escompte dans la Banque de la'province de Buenos-Ayres est depuis 1877 de 6 0/0 par an.
- L’escompte se fait sur des papiers à trois et six mois d’échéance, et la Banque de Buenos-Ayres offre cette particularité de n’exiger qu’un amortissement de 5 0/0 à l’échéance des traites à trois mois, quoique elle rende obligatoire le paiement intégral de celles à six mois.
- Les lettres de change sur l’étranger se vendent toujours à quatre-vingt-dix jours de vue, et se négocient généralement sur la valeur des piastres fortes or, en pence ou en francs.
- Chemins de fer
- La République Argentine possède en exploitation 2,317 kilomètres de voies ferrées, savoir :
- Central. — De Rosario (Santa Fé) à Gordova. kilom. 396
- Norte. — De Gordova à Tucuman .... — 546
- Andino. —Villa Maria (Gordova) à Mercedes (San-Luis)................................ — 253
- Du Sud. — De Buenos-Ayres à Azul et Do-lores, dans la même province.............. — 433
- De l’Ouest. — De Buenos-Ayres à Bragado, dans la même province..................... — 348
- Campana. — De Buenos-Ayres à Campana, dans la même province..................... — 70
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- Nord de Buenos-Ayres. — De Buenos-Ayres à Tigré, dans la même province .... — 29
- Nord de Buenos-Ayres. — De Buenos-Ayres à Belgrano, dans la même province. ... — 9
- Ensenada. — De Buenos-Ayres à Ensenada, dans la même province ;...................... — 58
- De l'Est.— De Concordia à Federation (Entre-Rios)....................................... —1 154
- Gualaguay. — Primer Entre-Riano (Entre-Rios)..................-..................... — 10
- De ces lignes, 810 kilomètres sont la propriété de la République, et 348 kilomètres appartiennent à l’Etat de Buenos-Ayres.
- Les lignes du Rosario à Cordova et de Concordia à Federation ont une garantie de 7 0/0 sur le capital de construction, et ceux de Buenos-Ayres à Azul et Dolores, et de Buenos-Ayres à Tigre, ont été construits avec une garantie pareille qui a été depuis abandonnée par les actionnaires, le rendement de ces lignes étant au-dessus de 7 0/0 par année.
- Le prix de construction des lignes ferrées a varié de 150,000 francs par kilomètre, ligne de l’Est, à 70,000 francs, ligne de Cordova à Tucuman.
- Ont été concédées avec garantie de 7 0/0 sur un capital déterminé, les lignes suivantes, pas encore construites :
- Trasandino. — De Villa Mercedes à Mendoza et de cette dernière localité à la limite
- avec le Chili sur les Andes........................kilom. 541
- De Corrientes à Villa Mercedes, dans le même Etat b. .. ..................................... — 236
- Télégraphe électrique
- Il y a dans la République 10,559 kilomètres de lignes terrestres et fluviales, desquelles 4,483 kilomètres sont propriétés de la nation, et pas moins de 3,000 à l’Etat de Buenos-Ayres.
- Le réseau télégraphique s’étend sur tout le territoire de la République; il est en communication avec l’Europe par un cable sous-marin, de Buenos-Ayres à Montevideo, qui rattache la ligne transatlantique avec le Brésil, et en communication
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- avec la côte du Pacifique par une ligne terrestre allant à Val-paraiso.
- En 1876, les dépêches télégraphiques transmises par les lignes terrestres ont dépassé le nombre de 530,000.
- Revenu national.
- Les revenus sont principalement fournis par les recettes de douanes.
- De 1867 à 1877 ils ont atteint:
- 1867 ............................ 60,201,435 francs.
- 1868 .......................... 62,4 80,630 —
- 1869 ............................. 63,383,400 —
- 1870 ............................. 74,169,520 —
- 1871 ............................. 63,410,775 —
- 1872 ............................. 90,861,895 —
- 1873 ............................ 101,085,153 —
- 1874 ............................. 82,634,435 —
- 1875 ............................. 86,030,730 —
- 1876 ............................. 67,915,165 —
- 1877........... 75,000,000 —
- Les dépenses ordinaires, y compris les services de la dette publique, ont été pour 1877 inférieures à 80,000,000 de francs. Le budget montait à 85,000,000.
- Dette publique.
- Le 31 décembre 1876 la dette publique de la nation s’élevait à 62,301,707 piastres fortes, équivalant à 310,000,000 de francs.
- Le service, intérêt et amortissement de cette dette, qui s’effectue régulièrement, atteignait à la même époque 6,549,651 piastres fortes, équivalant à 32,000,000 de francs.
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- Revenus des provinces.
- Les provinces ont à l’avoir de leur budget particulier les produits de l’impôt territorial, à raison de 4 pour 1,000 ; l’impôt des patentes, celui du papier timbré, des amendes de police, des droits des marchés, vente de terres, etc.
- Armée et marine.
- L’armée de ligne se compose de 15,000 hommes.
- La garde nationale, sujette au service actif, comptait à la dernière inscription 236,000 hommes, et la réserve 68,000. La flotte, avec un personnel de 3,000 hommes, se compose de 25 navires, dont : .
- 2 navires cuirassés à vapeur, avec 12 canons et 1,500 chevaux de force;
- 6 chaloupes canonnières blindées, avec 16 canons et 1,950 chevaux de force;
- 6 corvettes à vapeur avec 30 canons,
- Et une division de torpilles dernièrement organisée.
- Instruction publique.
- La République Argentine consacre une somme annuelle de 10 millions de francs à l’instruction publique : le seul État de Buenos-Ayres où l’instruction est gratuite et obligatoire dépense 5,000,000 de francs.
- Écoles. Élèves.
- Écoles primaires à la charge des États . . . 1,368 89,568
- — particulières 578 26,676
- - — graduées à la charge de la nation . . 5 528
- — d’application — .. 6 1,118
- — — — de Buenos-Ayres. 2 618
- — nocturnes pour ouvriers (nationales). . 23 2,304
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- Études secondaires. Golléges nationaux . . 14 1,921
- — — provinciaux et particuliers 10 780
- Écoles normales nationales pour hommes. . 5 299
- — — pour femmes. . 1 22
- — deBuenos-Ayres p. femmes. 2 150
- Instruction supérieure. Université de Buenos-Ayres avec cinq facultés : droit, médecine, sciences physico-naturelles, mathématiques, humanités; 8 professeurs 5 1,256
- Université de Gordova 1 296
- ÉCOLES DES BEAUX-ARTS ET INDUSTRIELLES : Nationale de dessin et peinture. .... 1 65
- Provinciale de musique et déclamation . . 1 330
- — de commerce 1 400
- — d’agronomie 1 18
- Nationale des mines 1 24
- — de commerce... 1 71
- — d’agronomie 1 71
- — séminaires conciliaires . . 5 292
- — militaire.... .... 1 80
- — navale 1 39
- En totalité, 2,031 établissements d’éducation avec 127,036 élèves.
- Culte.
- Liberté des cultes entière ; mais toute la population nationale est catholique. Les cultes dissidents n’ont de prosélytes que parmi les Anglais, les Allemands et les Suisses établis dans la République. La circonscription ecclésiastique comprend l’archevêché de Buenos-Ayres et ses suffragants : —• les évêchés du Littoral, siège : Parana; de Gordova; de Guyo, siége: San-Juan et de Salta. L’État accorde des subventions aux évêchés et aux séminaires; les fidèles pourvoient aux autres frais du culte. Fort peu nombreux, le clergé régulier est composé de quelques pères jésuites, franciscains, dominicains, augustins et pères de la Merci. Des missions sont établies sur la frontière indienne. Il y a des couvents de femmes à Buenos-Ayres, Gordova, Mendoza et Salta; des sœurs
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- de charité dans les principaux hôpitaux et dans plusieurs écoles de filles.
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- La langue nationale est l’espagnol. Il n’existe aucun patois; mais on parle trois langues indiennes d’origine ancienne et remontant à la conquête, toutes trois plus ou moins imprégnées d’espagnol : le guarani, usité dans la province de Gor-rientes, dans la république du Paraguay et dans les provinces brésiliennes de Parana et de Saint-Paul; — le quichua, ancienne langue des Incas, employé dans la province argentine de Santiago-deï-Estero, et sur quelques plateaux et hautes vallées de Jujuy, Salta, Gatamarca et la Rioja; — enfin, l'a-raucan, dont font usage les Indiens du sud et que quelques Argentins des frontières comprennent très-bien. Ges trois langues indiennes ont des grammaires et des dictionnaires dus aux missionnaires jésuites des xvii0 et XVIII® siècles.
- Division provinciale.
- La République Argentine est divisée en quatorze provinces, souveraines pour leur administration intérieure et ayant chacune leur législature, leur cour de justice ou cour nationale, et un gouverneur nommé pour deux, trois ou quatre ans, assisté d’un ou de deux ministres, selon l’importance des États.
- Ges provinces, désignées généralement par le nom de leur capitale, sont : Buenos-Ayres, Santa-Fé, Entre-Rios, Gor-rientes, Gordova, San-Luis, Mendoza, San-Juan, la Rioja, Gatamarca, Santiago-del-Estero, Tucuman, Salta et Jujuy. On compte en outre quatre territoires : celui des missions, le territoire indien du nord ou Ghaco, le territoire indien du sud ou région des Pampas et le territoire de la Patagonie, où sur les bords du Chubut une colonie est déjà fondée.
- La population de chaque province et des quatre territoires
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- selon le recensement de 1869, présentait la proportion suivante :
- Buenos-Ayres. . 495,107
- Entre-Rios 134,271
- Corrientes 129,023
- Santa-Fé 89,117
- Gordova 210,518
- San-Luis 33,294
- Mendoza 65,413
- San-Juan 60,319
- La Rioja 48,746
- Gatamarca 79,962
- Santiago 132,808
- Tucuman 108,933
- Salta 88,933
- Jujuy.: 40,379
- Ghaco (territoire) 45,291
- Missions (territoire ... . 3,000
- Pampas (territoire).... 21,000
- Patagonie (territoire) . . . 24,000
- Armée au Paraguay . . . 6,276
- Absents. ...... . 41,000
- Total en 1869. . . 1,877,490
- Aujourd’hui la population est estimée à 2,400,000 âme-.
- On compte parmi les villes principales : Buenos-Ayres, grande cité de 200,000 âmes au moins, tout à fait européenne par sa laborieuse activité, son esprit d’entreprise, le nombre de ses établissements utiles de tous genres : ses collèges, ses écoles, ses musées, ses bibliothèques, ses six théâtres, dont un français et deux pour opéras, ses huit hôpitaux, ses asiles d’aliénés, son établissement pénitentiaire, sa bourse, ses sociétés de secours mutuels et ses associations de charité pour les femmes et les enfants, font de Buenos-Ayres la première ville de l’Amérique espagnole. — Viennent ensuite: Rosario, sur le Parana, le port principal après Buenos-Ayres, entrepôt du commerce avec les provinces, 30,000 habitants; — Gordova, belle ville, à 110 lieues du Rio-Parana, peuplée de 35,000 âmes, et le centre du commerce de l’intérieur; — Tu-
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- cuman, ville active et industrieuse, de 15,000 âmes; — Salta, centre des affaires avec la Bolivie, à 400 lieues de Rosario; —• Mendoza, complètement renversée par le tremblement de terre de 1861, qui fit périr 12,000 habitants; mais elle se relève rapidement de ses ruines et redevient l’entrepôt du commerce de l’intérieur avec le Chili, comme Salta l’est des transactions avec la Bolivie. — Dans la région des fleuves, on compte sur le Rio-Parana : Santa-Fé, la plus ancienne ville du pays, rendue florissante par les colonies agricoles dont elle est entourée; — Bajada del Parana, capitale de la Confédération pendant huit années, siège de l’évêché du littoral; — Goya, dans le sud de la province de Corrientes; Corrientes, ville de 25,000 âmes, admirablement située, à 300 lieues de l’Océan, sur la rive gauche de l’immense Parana, presque en face des bouches du Rio-Pa-raguay; cette dernière rivière est navigable comme le fleuve qui la reçoit, pour les navires d’outre-mer, jusqu’à l’Assomption, autre capitale de 20,000 âmes, dans la république du Paraguay. — La Plata, le Parana et le Rio-Paraguay forment ainsi une ligne fluviale non interrompue de 370 lieues marines, accessible aux navires transatlantiques ne calant pas plus de 4 mètres d’eau.
- Le Rio-Uruguay possède les ports de Gualeguaychu, Conception de l’Uruguay et Concordia, groupes de 8,000 âmes chacun, dans la province d’Entre-Rios, et siéges d’un commerce considérable d’importations européennes et d’exportations de produits en laines, cuirs, viandes salées, etc. Sur le Haut-Uruguay, la ville de la Restauration, située sous le 30° degré de latitude, dans la province de Corrientes, centralise entièrement tout le commerce du territoire des Missions, et surtout l’exportation de la yerba-maté, article de première nécessité dans le bassin de la Plata.
- Indépendamment de ces principaux centres de population, il en surgit chaque jour de nouveaux, principalement dans la région du littoral, à cause de la facilité des communications fluviales par l’Uruguay, le Parana, le Gualeguay et d’autres rivières affluentes. L’esprit pratique des propriétaires du sol se tourne vers les entreprises agricoles, et l’on a compris tout l’avantage des colonisations ayant pour but le travail de la terre et l’organisation des cultures industrielles : (co-
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- ton, tabac, arachide, plantes tinctoriales, cochenillées), que le climat favorise d’une manière spéciale.
- Ges industries restreindront celles du bétail; mais elles contribueront à l’accroissement de la population, à l’essor de la civilisation générale et au développement indéfini des richesses d’un pays où la nature a déposé, d’une main si libérale, tant d’éléments d’expansion et tant de germes de fécondité.
- Paris. — Imp. polyglotte de L.HUGONIS, 56, rue N.-D.-de-Lorette.
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