Congrès international de médecine mentale
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- MINISTÈRE DU COMMERCE, DE L’INDUSTRIE ET DES COLONIES. ?°3Ca*
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1889.
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- DIRECTION GÉNÉRALE DE L’EXPLOITATION.
- CONGRÈS INTERNATIONAL DE MÉDECINE MENTALE,
- TENU À PARIS DU 5 AU 10 AOÛT 1889.
- PROCÈS-VERBAUX SOMMAIRES DES SÉANCES
- PAR M. LE DOCTEUR ANT. RITTI,
- SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU CONGRES.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCC XC.
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- MINISTÈRE DD COMMERCE, DE L’INDDSTRIB ET DES COLONIES.
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1889,
- DIRECTION GÉNÉRALE DE L’EXPLOITATION.
- CONGRÈS INTERNATIONAL DE MÉDECINE MENTALE,
- TENU À PARIS DU 5jAU 10 AOÛT 1889.
- PROCÈS-VERBAUX SOMMAIRES DES SÉANCES
- PAR M. LE DOCTEUR ANT. RITTI,
- SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU CONGRÈS.
- PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- M DCCC XC.
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- COMITÉ D’ORGANISATION10.
- PRÉSIDENT.
- M. Falret (J.), médecin de la Salpêtrière, président de la Société médico-psychologique.
- VICE-PRÉSIDENT.
- M. Ball (B.), professeur de clinique des maladies mentales à la Faculté de médecine de Paris, membre de l’Académie de médecine, vice-président de la Société médico-psychologique.
- SECRÉTAIRE GÉNÉRAL.
- M. Ritti (Ant.), médecin de la Maison nationale de Charenton, secrétaire général de la Société médico-psychologique.
- MEMBRES DU COMITÉ.
- Blanche, membre de l’Académie de médecine.
- Cotard, médecin de la maison de santé de Vanves.
- Magnan, médecin de l’asile Sainte-Anne.
- Motet, secrétaire général de la Société de médecine légale.
- Voisin (Aug.), médecin de la Salpêtrière, trésorier de la Société médico-psychologique. Charpentier , médecin de Bicêtre, secrétaire de la Société médico-psychologique.
- Garnier (Paul), médecin de l’infirmerie du Dépôt de la préfecture de police, secrétaire de la Société médico-psychologique.
- Le comité d’organisation a été constitué par arrêté ministériel en date du 11 février 1889. 11 a nommé son bureau dans sa séance du a3 février 1889.
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- QUESTIONS
- POSÉES PAR LE COMITÉ D’ORGANISATION.
- I. PATHOLOGIE MENTALE.
- Obsessions avec conscience (intellectuelles, émotives et instinctives). Rapporteur : M. J. Falret.
- IL LÉGISLATION.
- Législation comparée sur le placement des aliénés dans les établissements spéciaux, publics et privés.
- Rapporteur : M. B. Bail.
- III. MÉDECINE LÉGALE.
- De la responsabilité des alcoolisés.
- Rapporteur : M. Motet.
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- CONGRÈS INTERNATIONAL
- DE MÉDECINE MENTALE,
- TENU A PARIS DU 5 AU 10 AOÛT 1889.
- PROCÈS-VERBAUX SOMMAIRES DES SÉANCES.
- Séance d’ouvërtüjùe. — Lundi 4 août 1889.
- Présidence de M. J. FALRET.
- La séance est ouverte à 3 heures M.
- nomination du bureau.
- Le bureau est ainsi composé :
- Présidents d’honneur : MM. Baillargbr, Calmeil et Delàsiaüvé.
- Prêéident :
- M. FâLrèt.
- Vice-Présidents :
- MM. Èenedikt (Autriche-Hongrie). Morel et Semal (Belgique). Steenberg (Danemark). Soutzo (Roumanie).
- MM. Dekterew (Russie).
- Souza-Leite (Brésil).
- Cabred (République Argentine). Bail, Mazead et Bodssel (France),
- DISCOURS D’OUVERTURE.
- M. Falret, président, après avoir souhaité la bienvenue, au nom du bureau, aux collègues fiançais et étrangers qui ont répondu à l’appel de la Société médico-psychologique, et payé un tribut d’hommages aux trois Présidents d’honneur, MM. Calmeil, Delasiauve et Baillarger, «vétérans de notre science spéciales, retrace à grands traits les progrès de la médecine mentale depuis Pinel et Esquirol. 11 montre que l’œuvre de ces maîtres, tout impor-
- (1) Les séances du Congrès ont eu lieu au Collège de France.
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- tanle quelle soit, est aujourd’hui «ruinée de toutes parts », grâce aux faits nouveaux que la clinique nous a révélés. L’édifice renversé doit être reconstruit à l’aide des matériaux acquis; mais il importe, dans cette reconstruction, de ne pas se laisser guider par « un dogmatisme prématuré et des formules trop arrêtées d’une science encore incomplète». «Evitons surtout de nous renfermer dans un cercle d’idées trop étroit, qui arrêterait le mouvement de la science, au lieu de le favoriser, et ne promulguons pas les dogmes d’une petite église exclusive et systématique qui, en excommuniant tous les dissidents comme des hérétiques, enrayerait la marche de la science, au lieu de contribuer à son avancement et à ses progrès. »
- Des obsessions avec conscience (intellectuelles, émotives et instinctives).
- M. J. Falbet donne, sur cette question du programme, lecture d’un rapport qui est résumé dans les conclusions suivantes :
- Les diverses variétés d’obsessions intellectuelles, émotives et instinctives, ont des caractères communs que l’on peut résumer ainsi :
- i° Elles sont toutes accompagnées de la conscience de l’état de maladie;
- 2° Elles sont toutes héréditaires;
- 3° Elles sont essentiellement rémittentes, périodiques et intermittentes;
- k° Elles ne restent pas isolées dans l’esprit, à l’état monomaniaque, mais elles se propagent à une sphère plus étendue de l’intelligence et du moral, et sont toujours accompagnées d’angoisse et d’anxiété, de lutte intérieure, d’hésitation dans la pensée et dans les actes, et de symptômes physiques de nature émotive, plus ou moins prononcés;
- 5° Elles ne présentent jamais d’hallucinations ;
- 6° Elles conservent leurs mêmes caractères psychiques pendant toute la vie des individus qui en sont atteints, malgré des alternatives fréquentes et souvent très prolongées de paroxysmes et de rémissions, et ne se transforment pas en d’autres espèces de maladies mentales;
- 7° Elles n’aboutissent jamais à la démence;
- 8° Dans quelques cas rares, elles peuvent se compliquer du délire de persécution ou de délire mélancolique anxieux, à une période avancée de la maladie, tout en conservant toujours leurs caractères primitifs.
- M. Semal demande l’impression de ces conclusions et le renvoi de leur vote à une séance ultérieure. (Adopté.)
- M. Camuset, de l’asile de Bonneval (Eure-et-Loir), donne lecture de deux observations, chez deux dégénérés héréditaires, d'impulsions conscientes à des actes de violence envers eux-mêmes.
- La première concerne une malade débile, dont le frère s’est suicidé et qui présente elle-même des signes physiques de dégénérescence (asymétrie faciale, palais ogival, blésité). Depuis douze ans, elle a des accès plus ou moins fréquents d’angoisse avec impulsion à se frapper, à se faire du mal; ces accès ont gagné en intensité et en fréquence avec le temps. En dehors de ces accès, la malade est tranquille, ne délire pas. Lorsqu’on lui demande alors pourquoi elle n’est pas toujours ainsi, elle répond que ce n’est pas sa faute, que,
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- irquand ça la prend, elle souffre de partout, qu’elle voudrait mourir et qu’il faut quelle se frappe de toutes ses forces, ça la pousse». Elle dit aussi que, quand on l’attache, «ça la soulage et ça l’empêche de se faire trop de mal».
- Le second cas est celui d’un jeune imbécile de onze ans, irritable et hargneux, avec une malformation crânienne très marquée, qui, pendant dix-huit mois, a présenté des accès d’angoisse avec impulsions conscientes à se frapper, à s’arracher les cheveux, à se frotter jusqu’au sang, à se faire le plus de mal possible. Ce petit malade, qui avait parfaitement conscience de son état, demandait à être maintenu aussitôt qu’il sentait venir la crise. Dès que celle-ci était finie, il demandait qu’on le laissât libre. Aujourd’hui, le malade est tranquille et, depuis plusieurs mois, n’a plus eu d’impulsions.
- Ces deux malades ne sont ni des maniaques ni des délirants ; ce sont des dégénérés avec impulsions. Tout phénomène morbide est, en pathologie mentale, une exagération d’un phénomène physiologique. Ici, le phénomène physiologique, c’est l’angoisse; et, dans les moments d’anxiété, on voit l’homme même sain d’esprit ne pouvoir tenir en place ; il s’agite, se mord les lèvres, etc. Chez les dégénérés angoissés, on observe simplement une exagération de ces phénomènes; chez eux, l’agitation peut devenir de la fureur; ils cherchent à se faire du mal pour se dérober aux souffrances qu’ils endurent.
- Des bases d’une bonne statistique internationale des aliénés.
- M. Jul. Morel (de Gand) lit, au nom de la ^Société de médecine mentale de Belgique, un rapport sur les travaux des délégués delà Commission internationale nommée au Congrès d’Anvers, en i885, pour arrêter les bases d’une bonne statistique internationale des aliénés.
- Après avoir passé en revue les classifications proposées par les diverses sociétés de médecine mentale, l’étude de ces différents travaux a donné aux membres de la Société de médecine mentale de Belgique la conviction que les divisions en grands groupes doivent être abandonnées, faute d’être suffisamment compréhensibles; elle propose donc à son tour le tableau des formes morbides suivantes :
- 1. Manie, y compris le délire aigu. — 2. Mélancolie, y compris la démence aiguë. — 3. Folie périodique. — 4. Folie systématisée progressive. — 5. Démence vésanique. — 6. Démence organique, y compris la démence sénile. — 7. Paralysie générale. — 8. Folies névrosiques (hystérie, hypocondrie, épilepsie , etc.). — 9. Folies toxiques. —10. Folie morale et impulsive. —11. Imbécillité, idiotie, etc.
- M. Paul Garnier ne cherchera pas à faire ressortir les analogies existant entre cette classification et celle de M. Magnan; il regrette seulement de n’y pas voir figurer la folie héréditaire, qu’il conviendrait de substituer à la folie morale.
- M. Christian reconnaît que, dans la classification proposée, il y a un certain nombre de groupes sur lesquels tout le monde est d’accord, tels que la paralysie générale, les folies toxiques, l’idiotie, etc. Quant aux folies proprement dites, il propose de les réunir toutes sous la dénomination de folies vésaniques.
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- M. Cabbed (République Argentine) fait une communication dont les conclusions se rapprochent des idées de M. Christian.
- M. Delasiauve rappelle ses travaux sur la question de la classification des maladies mentales.
- MM. Régis et Charpentier font remarquer qu’il s’agit dans l’espèce plutôt d’une statistique que d’une classification.
- M. Semal observe que telle a été, en effet, la mission de la Société de médecine mentale de Belgique. Elle n’a pas eu la prétention de proposer une classification des maladies mentales, mais de présenter un certain nombre de types morbides pouvant servir de base à une statistique internationale.
- M. Marcel Briand (de Villejuif) demande, comme M. Garnier, la substitution de la dénomination de folie héréditaire ou folie des dégénérés, à celle defolie morale.
- M. Ball repousse la proposition de M. Briand, l’expression de folie des dégénérés soulevant de nombreuses objections. Il considère le classement proposé par la Société de médecine mentale de Belgique comme le meilleur dans l’état actuel des esprits, puisqu’il répond au but à atteindre.
- La statistique de la Société de médecine mentale de Belgique, mise aux voix, est adoptée sans modification.
- La séance est levée à cinq heures et demie,
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- Séance du mardi matin, 6 août i889.
- Présidence de M. BENEDIKT (de Vienne).
- Lecture et adoption du procès-verbal de la séance précédente.
- M. Dqutrebente (de Blois), à propos du procès-verbal, regrette que la dénomination de folie héréditaire n’ait pas trouvé place dans le classement des maladies mentales, voté par le Congrès. C’eût été un hommage rendu aux travaux de Morel.
- M. ge Président fait observer que le Congrès s’étant prononcé, le vote est acquis.
- De Vorigine psycho-motrice du délire.
- M. Ritti, au nom de M. Cotard (de Vanves), retenu par la maladie d’un des siens, donne lecture d’un travail sur Yorigine psycho-motrice du délire.
- Comme ceux du langage, les troubles de l’intelligence doivent être attribués à des lésions sensorielles et à des lésions motrices, et il y a lieu de chercher dans le délire les caractères qui répondent à cette double origine.
- Déjà, à une époque où personne ne soupçonnait l’existence des centres moteurs corticaux, les cliniciens avaient été frappés de la corrélation des troubles de l’intelligence avec ceux du mouvement. Suivant Falret, ces derniers existeraient chez la plupart des aliénés.
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- Il n’est aucune forme de maladie mentale où les troubles de l’activité motrice se manifestent avec autant d’intensile' que dans la manie. Tous les auteurs ont décrit cette excitation pathologique qui porte à la fois sur les mouvements extérieurs, sur la parole et sur les mouvements intérieurs de la pensée. Le développement consécutif des idées de force, de talent, de puissance, de grandeur, etc., a été clairement indiqué par la plupart des observateurs.
- Les troubles de l’énergie motrice dans la mélancolie dépressive ne sont pas moins évidents que dans l’exaltation maniaque. C’est par la dépression de l’énergie psycho-motrice que le malade se sent séparé des images du monde extérieur, qu’il ne peut plus évoquer, dont il n’est plus maître et qui lui échappent.
- D’après les vues des psychologues et aussi d’après les faits cliniques, il semble établi que les idées de force, de cause, de puissance et même d’existence sont liées aux éléments moteurs. Par l’automatisme de ces éléments moteurs incorporés à des images sensibles, à des idées abstraites ou à des mots, se constituent des êtres, des personnalités vivant en quelque sorte d’une vie propre dans le cerveau comme le moi, mais à côté de lui. C’est là la condition et le mécanisme de cette existence subjective sur laquelle Aug. Comte a fondé l’un des dogmes les plus poétiques et les plus touchants de son système philosophique et religieux.
- Mais ces existences subjectives qui se développent dans le cerveau à côté du moi sont soumises comme lui aux troubles fonctionnels de l’organe. Elles s’affaissent et s’évanouissent dans les étals dépressifs; elles s’animent dans les états d’excitation, d’irritabilité morale, d’une activité congénère.
- Leur automatisme nocif caractérise tout particulièrement le délire de la persécution, de là les interprétations des malades, qui voient tout autour d’eux des intentions ironiques et malveillantes, des puissances acharnées contre leur personne. Les véritables hallucinations, comme l’enseigne la clinique, n’apparaissent que secondairement et sont vraisemblablement subordonnées à l’automatisme moteur, à l’exercice involontaire de l’imagination, ainsi que l’ont soutenu les meilleurs observateurs.,
- Dans les phases avancées de la maladie, par l’extension et la généralisation du trouble maladif, le moi est atteint à son tour. « On finira par me rendre fou», disent les persécutés. Les idées de grandeur se produisent par l’envahissement, dans la sphère du moi, du même dynamisme qui donne naissance aux idées de force et de puissance extérieures, quand il reste limité à la sphère de l’automatisme. La lutte et le conflit n’en persistent pas moins jusque dans les périodes avancées de la maladie.
- M. Paul Garnier fait des réserves sur la généralisation des idées émises par M. Cotard. Tout en en acceptant la vraisemblance, quand on les applique aux états de manie, elle ne semble pas se confirmer dans les cas de paralysie générale, où les idées de force et de puissance persistent même après l’amoindrissement considérable des manifestations motrices.
- M. Charpentier croit que la thèse de M. Cotard est trop exclusive. A côté de l’influence des images sensorielles et motrices dans la genèse du délire, fl faut tenir compte de l’affaiblissement du moi coordinateur.
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- M. Doutrebente croit que l’exemple choisi par M. Garnier est mauvais. Les paralytiques généraux, en effet, ne sont jamais des impuissants moteurs.
- M. Ritti fait, en outre, observer que, chez les paralytiques ge'ne'raux, les ide'es de grandeur, de force, etc., remontant à une pe'riode antérieure de la maladie, alors que la force musculaire était intacte ou même surexcitée, peuvent survivre à la disparition de cette force.
- M. Soutzo (Roumanie) regrette que les idées émises par M. Cotard ne soient pas étayées sur des autopsies. Dans le cas particulier de la paralysie générale, toutes les modalités délirantes s’expliquent par les localisations des lésions.
- M. Gilbert Ballet, partisan convaincu des localisations cérébrales, n’en trouve pas l’application dans le cas particulier, les phénomènes cliniques auxquels a fait allusion M. Cotard relevant le plus souvent d’affections dans lesquelles on ne rencontre pas de lésions.
- Dans le travail de M. Cotard il y a deux choses : la constatation d’un fait et son interprétation. Le fait c’est la corrélation existant entre les phénomènes intellectuels et les phénomènes moteurs. Notre collègue va plus loin, il subordonne l’état mental aux phénomènes moteurs. Cette interprétation est peut-être un peu hâtive.
- M. Paul Garnier, revenant sur son objection, rappelle que certains paralytiques généraux, arrivés aune cachexie complète, sans mouvement, émettent encore des idées de force et de puissance ; de même qu’il y en a d’autres semblables à des mélancoliques passifs, qui manifestent aussi des idées de richesses. Sont-ce là des hyperkinésiques?
- M. Gilbert Ballet ne croit pas que, même dans les périodes les plus avancées de son affection, le paralytique général soit un impuissant musculaire. D’ailleurs ne peut-on pas admettre, même dans les cas cités par M. Garnier, que les centres moteurs conservent la faculté de ressentir les excitations, sans que ces centres possèdent la puissance de traduire ces excitations. R y a quelque chose d’analogue chez certaines hystériques anesthésiques.
- M. Korsakqff rappelle que M. Cramer, de Marbourg, professe des idées analogues à celles que vient d’exposer M. Cotard.
- Sur une forme de maladie mentale combinée avec la névrite multiple dégénérative (Psychosis polyneuritica seu cerebropathia psychica toxœmica).
- M. Korsakoff, de Moscou (Russie), fait, sous ce titre, une communication qui peut être résumée comme il suit :
- Il y a une forme particulière de maladie mentale combinée à la névrite multiple dégénérative.
- La particularité de cette maladie consiste : i° dans une combinaison de symptômes parétiques avec les symptômes de la névrite multiple, et 2° dans l’originalité des symptômes parétiques.
- Les symptômes parétiques de cette forme consistent, dans quelques cas, dans l’irritabilité poussée à l’extrême agitation, accès qui rappellent les accès
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- de l’hystérie. Dans d’autres cas, ils consistent dans le trouble de l’association des idées, dans la confusion de la conscience et enfin, dans d’autres cas encore, dans le trouble particulier de la mémoire. L’amnésie, dans ces cas, se manifeste le plus souvent par la perte de la mémoire pour les faits tout récents, tandis que la mémoire des faits anciens est souvent peu troublée.
- L’étiologie de la maladie en question est presque la même que l’étiologie de la névrite multiple; elle apparaît dans les intoxications diverses (alcoolisme, intoxication par l’arsenic, le sulfure de carbone, l’oxyde de carbone, etc.), dans les cachexies tuberculeuses, cancéreuses, etc., et dans le cours des maladies graves aiguës, comme le typhus, la septicémie puerpérale, etc.
- Dans quelques cas de cette maladie, les symptômes de la névrite sont très peu prononcés, tandis que les symptômes psychiques sont très marqués. Il est donc utile d’envisager cette forme de maladie mentale comme une forme distincte.
- Cette forme peut être dénommée cerebropathia psychica toæœmica ou psychose polynévritique.
- La présence de la névrite multiple dégénérative dans cette forme est constatée à l’autopsie.
- Diagnostic différentiel de la lypémanie hypocondriaque et de la paralysie générale progressive.
- M. le docteur Emmanuel Régis, médecin directeur de maison de santé à Bordeaux. Il est généralement admis, depuis les travaux de M. Baillarger, que le délire hypocondriaque offre, dans la paralysie générale, un cachet spécial, comme le délire ambitieux. Les relations de ce délire avec la paralysie générale sont telles qu’il peut servir, dans beaucoup de cas, au diagnostic de la maladie à son début et que, pour un certain nombre d’auteurs, il constitue, dans toute mélancolie, une présomption grave de terminaison plus ou moins prochaine par la démence paralytique.
- Or le hasard a successivement placé sous mes yeux, depuis un an, quatre malades atteints de lypémanie, qui présentaient un délire hypocondriaque analogue, sinon identique, à celui de la paralysie générale, ce qui, pour deux d’entre eux surtout, contribuait à rendre le diagnostic particulièrement difficile.
- Où puiser les éléments de ce diagnostic, dont l’importance pratique ne saurait échapper à personne ?
- Voici les principaux caractères distinctifs tirés des auteurs :
- i° Le délire hypocondriaque de la paralysie générale a un cachet particulier d’absurdité, d’hébétude et d’incohérence. Il apparaît soudainement; il est mobile et inconsistant. Les malades ne discutent pas et parlent sans conviction; ils mettent peu d’empressement à se plaindre de leurs maux (Baillarger, Marcé, Voisin, Luys, etc.). Le délire de la lypémanie, lui, peut être monotone, mais il n’offre pas le même caractère d’absurdité. Le malade voit son mal, le raisonne, l’explique, cherche à convaincre, à se faire plaindre, s anime contre ses contradicteurs (Luys);
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- 2° Dans la paralysie générale, le délire hypocondriaque peut se compliquer, à un moment quelconque, d’idées délirantes de nature ambitieuse. Il n’en est jamais ainsi dans la lypémanie (Marcé);
- 3° Le délire hypocondriaque de la paralysie générale n’est pas heureusement inüuencé par la morphine, contrairement à ce qui a lieu dans la lypémanie (Voisin);
- 4° Dans la paralysie générale, les sujets ne sont pas héréditairement prédisposés. Ils n’ont pas eu antérieurement d’accidents nerveux (Mendel);
- 5° C’est de 35 à 45 ans que survient la paralysie générale et, par conséquent le délire hypocondriaque, qui lui est lié (Mendel, Julius Mickle) ;
- 6° L’examen des organes est presque toujours négatif dans la paralysie générale (hypocondrie sine materia) [Mendel] ;
- 7° Dans la paralysie générale il survient quelquefois, dès le début, de légères attaques apoplectiformes ou épileptiformes, des symptômes pupillaires et spinaux (Mickle);
- 8° Ultérieurement, on constate les signes habituels de la démence paralytique ;
- 9° Dans la lypémanie anxieuse, le délire hypocondriaque s’accompagne d’idées de damnation et de possession, d’analgésie, de propension au suicide et aux mutilations volontaires, de la crainte de ne pouvoir mourir. II aboutit au délire de négation et d’énormité et au dédoublement de la personnalité (Cotard, Séglas).
- Ces caractères distinctifs sont loin de suffire à donner la certitude dans la pratique, et il en est parmi les plus importants, comme ceux qui sont tirés de l’aspect du délire et de l’hérédité, qui n’ont qu’une valeur minime, puisqu’on peut les retrouver dans les deux formes de maladies. Aussi ne croyons-nous pas inutile d’y ajouter les suivantes :
- i° La lypémanie avec délire hypocondriaque s’observe surtout à un âge avancé, de 45 à 6o ans. On la rencontre plus fréquemment chez la femme que chez l’homme, dans la proportion de huit cas sur douze, contrairement à ce qui a lieu pour la paralysie générale (observations de Cotard et personnelles). En revanche, elle est, comme toute vésanie, bien plus rare chez les syphilitiques que la paralysie générale, de sorte que l’existence d’une syphilis antérieure constitue, dans ces cas, une présomption sérieuse en faveur de la paralysie générale.
- 2° Le délire hypocondriaque de la lypémanie n’apparaît pas dès le début de l’accès, mais plus ou moins longtemps après, quelques mois ou quelques années. Il est constamment consécutif au délire ordinaire de la lypémanie, surtout au délire de culpabilité imaginaire, qui en est le type. Il reste associé à ce délire et se combine logiquement avec lui. Il est tenace, fixe et persistant. Rarement il s’accompagne d’hallucinations; en revanche, les rêves terrifiants, la peur de mourir, le refus d’aliments, la tendance au suicide sont presque la règle. La maladie est sujette à des crises paroxystiques plus ou moins aiguës. Pendant de longues années, l’intelligence reste intacte, les souvenirs précis, la lucidité plus ou moins grande, quelquefois complète;
- 3° L’examen des viscères est habituellement négatif; cependant on rencontre fréquemment l’état saburral, l’inertie stomacale et intestinale, la
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- constipation, la fréquence du pouls, des palpitations et, plus rarement, d'autres troubles fonclionnels. L’amaigrissement est progressif et rapide; il survient quelquefois une véritable cachexie ;
- lx° La guérison est possible; toutefois les malades peuvent finir par le suicide, le marasme ou le passage à l’état chronique. C’est surtout dans ce dernier cas qu’on observe le délire des négations de Cotard, qui paraît être l’étape terminale de cette forme de lypémanie.
- M. RoüilLard cite une observation analogue à celles qui ont été présentées par M. Régis.
- M. Riu demande si le malade en question était syphilitique.
- M. Roüillard. Nullement.
- La séance est levée à 1 i heures et demie.
- Séance du mardi soir, 6 août 1889.
- Présidence de M. BOtfTZO (Roumanie).
- Lecture et adoption du procès-verbal de la séance précédente.
- Dédoublement de la personnalité et hallucinations verbales psycho-motrices.
- M. Seglas, médecin adjoint de la Salpêtrière. Sans étudier en détail le dédoublement de la personnalité chez les aliénés, je me contenterai simplement d’en rap orter deux exemples qui me semblent caractéristiques, tant à ce point de vue qu’à celui du mécanisme de ces phénomènes si particuliers qui ont été groupés par M. Raillarger sous le nom d'hallucinations psychiques.
- Observation I. (Résumé). — M. D..., prêtre, âgé de 33 ans, présente à la fois des idées délirantes ambitieuses, des idées de persécution et des troubles hallucinatoires très intenses.
- Ce sont d’abord des hallucinations de l’ouïe : le phonographe consistant en un concert de voix nombreuses qu’il attribue à des esprits. Ce sont des paroles désagréables, «éhontantes» qu’on entend très nettement par l’oreille. Ces voix qui viennent du dehors sont très nombreuses. Elles sont rrtéléphoniques, polyphoniques et pénétrantes», en ce sens que la parole entendue se répète 5o et îoo fois sous forme d’écho. Ces voix répètent tout ce que l’on éprouve oü tout ce que l’on pense.
- A côté de cés voix, il en est d’autres que le malade appelle les voix à caractère labial, voix basses, intérieures, distinctes des précédentes. « La voix intérieure, dit-il, est un verbe subjectif qui parle en vous indépendamment de vous-même; cela part de la poitrine et fait remuer les lèvres. On comprend ce que dit la voix labiale rien qu’aux mouvements des lèvres et sans articuler ni haut ni bas. Quelquefois la voix labiale retentit à l’oreille comme une voix chuchotée. Les voix téléphoniques n’ont jamais le caractère labial». De plus, ce malade se sent poussé à prononcer des mots dont il ne comprend pas le sens; souvent il arrive par suite de cette impulsion qu’il exprime tout le contraire de sa pensée. Il résume son état en disant que ce fut une obsession, qui est devenue une possession de l’individu hanté par les Esprits.
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- Obs. II. (Résumé). — Mra” L..., âgée de 63 aus. Le début de l'affection actuelle remonte à 1886 et fut caractérisé surtout par des troubles de la sensibilité générale qui n’ont fait que s’accentuer depuis et s’accompagnent aujourd’hui d’idées de négation, de possession et de troubles psycho-moteurs.
- La malade accuse des sensations de courbature, de picotements, de froid, de veut sur la tête, de spasmes viscéraux, dégonflement, d’amaigrissement, de chute dans un gouffre, etc. Elle dit n’avoir plus de cœur, de luette, d’amygdales, de fondement, plus de sentiments, plus de mémoire, plus de pensée. Elle se dit possédée par cinq curés; il y en a un dans sa tête, deux dans sa gorge, un dans son ventre, un dans son estomac. Ils la font se perdre dans la rue, la poussent à se jeter à l’eau quand elle passe sur un pont, lui dictent ses actes, la font parler malgré elle et dire des horreurs, ou l’empêchent de parler. Ils parlent par sa bouche. Un jour qu’elle lit le journal, elle a vu que c’étaient eux qui lisaient, parce que sa langue remuait malgré elle tandis qu’elle lisait. Ils lui parlent intérieurement, sans qu’elle les entende par l’oreille. Les voix intérieures viennent du ventre, de l’estomac, de la tête, du dos et surtout de la langue. Ils se cachent sous sa langue et la remuent pour lui parler; quelquefois elle sent aussi ses lèvres frissonner. Elle est consciente de ses mouvements, mais ne peut les maîtriser pour faire taire les prêtres. Quand ceux qui sont dans le ventre et dans l’estomac veulent parler, elle sent h cet endroit quelque chose qui se décroche. Cela saute et remonte dans la gorge jusque dessous la langue. Comme elle n’a plus de pensée, il y en a un qui lui sert de pensée : cr c’est le souffleur » ; il est placé entre les deux épaules. Elle sent que cela roule, monte, descend à cette place, mais elle ne comprend pas. Mais il y en a un autre plus haut dans la gorge et sous la langue qui répète, comme un interprète, ce que le premier veut dire, et c’est alors qu’elle comprend par les mouvements de la langue. Il y a aussi des prêtres qui lui parlent en remuant ses yeux, mais la plupart du temps elle ne comprend pas ce qu’ils veulent dire; cela l’étonne parce qu’il se passe alors dans son œil la même chose quelle ressent dans la langue lorsque le prêtre qui y est caché lui parle, et celui-là elle le comprend. Pour quelle comprenne ce que celui de l’œil veut dire, il faut que celui de la langue lui remue la langue en même temps que l’autre remue l’œil. — Hallucinations auditives et visuelles plus fréquentes, plus accentuées pour le goût et l’odorat.-
- Ces observations nous donnent la raison de la fréquence du dédoublement de la personnalité chez les malades qui présentent les hallucinations psychiques de M. Bailiarger. D’une façon générale, tout fait d’automatisme est en même temps un fait de dédoublement de la personnalité. Or l’hallucination psychique (voix épigastriques, langage de la pensée) est un exemple de cette catégorie. Car elle renferme à côté de troubles sensoriels effacés un élément moteur prédominant et consiste avant tout (comme on peut le voir par les observations précédentes) en des phénomènes d’articulation mentale involontaires, parfois inconscients, souvent conscients, mais perdant pour le malade tout caractère personnel et attribués par lui à des personnages qui le possèdent. C’est cette considération de l’intervention des centres moteurs du langage qui m’a conduit à donner à ces hallucinations le nom d'hallucinations verbales psycho-motrices. Dans de précédents mémoires (Progrès médical, 1888, n08 33 et 34 et Annales médico-psychologiques, janvier et juillet 1889) J ai exposé en détail la théorie que je propose et cité à l’appui différents exemples personnels ou puisés dans plusieurs auteurs (Bailiarger, Charcot, Régis). Ces hallucinations verbales psycho-motrices, louchant d’un côté, par les troubles sensoriels effacés qui peuvent les accompagner, à l’hallucination commune, se rapprochent beaucoup plus par un autre côté des impulsions verbales,
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- grâce à l’élément moteur prédominant qu’elles renferment, et qui, en en faisant de véritables exemples d’automatisme, entraîne à sa suite des conséquences nouvelles, telles que le dédoublement de la personnalité.
- En résumé : i° L’hallucination psychique de M. Bailiarger est avant tout un trouble fonctionnel des centres moteurs de la fonction du langage;
- 2° Elle tient à la fois de l’hallucination sensorielle et de l’impulsion, quoique se rapprochant surtout de cette dernière. D’où le nom d'hallucination verbale psycho-molrice que j’ai déjà proposé dans mon premier travail;
- 3° Lelément moteur quelle renferme en fait une cause puissante de dédoublement de la personnalité.
- Coup d’œil sur les psychoses pénitentiaires.
- Sous ce titre, le docteur Semal, médecin-directeur de l’asile de l’État, à Mons (Belgique), donne un aperçu de l’enquête dont il a été chargé en i885 aux fins de déterminer l’influence de la détention, et notamment de la détention cellulaire, sur la genèse des affections mentales atteignant les prisonniers.
- Il rappelle les opinions contradictoires émises à cet égard et fait connaître qu’il a procédé à cette enquête en compulsant les documents administratifs, les dossiers judiciaires et les registres des asiles, de manière à faire un résumé clinique de la situation des 517 détenus reconnus aliénés pendant la période i865 à i884 sur un chiffre total de 905,000 prévenus et condamnés incarcères.
- En comparant ce chiffre de 517 sur 900,000 on arrive à une proportion de 570 pour un million, alors que le recensement général des aliénés collo-que's donne pour le pays un chiffre de 1/170 par million d’hahitants.
- Cette indemnité relative de la population recluse par rapport à la folie, qui semble résulter des données précédentes n’est qu’illusoire, si on groupe les chiffres suivant un mode différent. On sait, en effet, que sur les 517 détenus devenus fous, 167 furent reconnus tels dans le premier mois de l’emprisonnement et, qu’en conséquence, si les 900,000 délinquants qui les ont fournis avaient été incarcérés le même jour, 167 d’entre eux eussent été colloqués dans l’asile après un mois, et qu’en suivant la même proportion le chiffre eût été de 2,000 environ au bout d’un an. Or, parmi la population ordinaire, il se fait en moyenne en une année U00 collocations par première admission, d’où il faut conclure que les prisons donnent cinq fois plus d’aliénés que la population libre.
- Mais l’évaluation statistique est peu probante en pareille matière; aussi cherchant à serrer de plus près la question de l’influence de la détention, a-t-on éliminé d’abord 222 prévenus qui subirent un plus ou moins court emprisonnement préventif et présentaient, au moment du délit, des signes équivoques de folie, puis 8 simulateurs, 11 détenus dont l’état mental relevait d’une altération organique préexistante, puis Ù2 dont l’observation est incomplète et enfin i55 dont la folie, méconnue pendant l’instruction et les débats, a éclaté tout au début de l’incarcération, pour arriver à 79 individus indemnes dont la raison a fait naufrage au cours de la peine. Encore taul-il admettre pour un certain nombre des prédispositions héréditaires ou
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- l’écho possible de facteurs nocifs pendant leur vie libre, de sorte qu’on se trouve en réalité vis-à-vis de 32 malheureux pour qui la détention seule peut être incriminée, proportion énorme puisqu’elle permet de dire que ko p. 100 des prisonniers qui deviennent aliénés au cours de leur détention doivent leur maladie au régime pénitentiaire qu’ils subissent.
- Mais un régime pénitentiaire comporte une situation complexe où différents éléments entrent enjeu, et l’examen attentif des cas observés permet de les ranger par rapport à l’intensité de leur influence dans l’ordre suivant :
- i° L’alimentation insuffisante;
- 2° L’isolement cellulaire;
- 3° L’onanisme;
- k° La perte de la liberté, la sédentarité ;
- 5° Les causes morales diverses.
- Mais il est à remarquer que l’isolement cellulaire.aggrave et facilite l’action des autres facteurs et qu’en réalité c’est à lui principalement qu’il faut faire le procès.
- Les recherches tendent, en outre, à démontrer d’une manière indéniable que les troubles psychiques ne reconnaissent pas d’ordinaire la détention, sous quelque forme quelle soit subie, comme cause exclusive; celle-ci serait plutôt un facteur occasionnel qu’une cause déterminante, et ce qui entre surtout en ligne de compte, ce sont les prédispositions individuelles.
- Cette prépondérance de l’élément intime peut même s’estimer numériquement au moyen des données statistiques déjà citées. Chez nos 900,000 prisonniers 167 sont reconnus aliénés après un mois de détention; or, si la population des prisons ne se distinguait en rien du reste de la population, nous devions trouver pour celle-ci un même chiffre d’aliénés sur 900,000 habitants et, on l’a déjà constaté, il y en a quatre ou cinq fois moins.
- Ce n’est pas d’ailleurs dans la comparaison entre la vie libre et la vie recluse qu’on trouve un argument contre celle-ci, puisque des différences individuelles s’accusent même entre les différentes catégories de délinquants et qu’on voit, par exemple, les criminels, c’est-à-dire ceux qui ont commis des actes réputés crimes, n’entrer d’une part que pour 3 p. 1,000 dans le nombre total des délinquants, mais produire néanmoins proportionnellement vingt-six fois plus d’aliénés. Fait évidemment de nature à éclairer les rapports de la folie sur la criminalité.
- Mais si l’hérédité est toute-puissante, si le milieu où ils ont vécu est d’un grand poids, on ne peut cependant nier que le milieu fortuit et plus ou moins transitoire de la prison soit sans retentissement sur l’évolution et surtout sur la forme des troubles morbides intellectuels. La fréquence des troubles hallucinatoires de l’ouïe, notamment chez les encellulés, en est une preuve indéniable; ne serait-on pas en droit de se demander si les individus classés sous le nom d'auditifs, parce que c’est sous la forme de sons perçus mentalement que s’effectue chez eux le langage intérieur (Ballet),ne présentent pas une sorte d’imminence morbide facilitant l’apparition et l’établissement de la folie claustrale? et cette présomption ne devrait pas, semble-t-il, être négligée dans l’application et la durée de la détention cellulaire.
- Quoi qu’il en soit, les conclusions auxquelles on peut s’arrêter dès maintenant manquent de solidité parce que l’enquête, dont on vient de donner un
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- aperçu, a un caractère, rétrospectif qui ne permet pas d’envisager tous les details de l’importante question soulevée. Mais ce qui en résulte est néanmoins suffisant pour indiquer la voie dans laquelle il faut entrer pour trouver la solution et l’intérêt puissant qu’il y a pour les administrations à organiser une enquête médicale permanente. C’est en vue d’aider à la réalisation de cette mesure que l’auteur propose au Congrès d’émettre le vœu suivant :
- «Le Congrès international de médecine mentale réuni à Paris, reconnaissant l’intérêt scientifique qui se dégage de l’observation méthodique des délinquants devenus aliénés, et ce tant au point de vue des rapports entre la criminalité et la folie qu’à celui de l’influence de la détention sur la genèse des psychoses, émet le vœu qu’une enquête soit officiellement instituée à cette fin, et que les résultats en fassent l’objet d’une publication régulière.»
- Ce vœu est adopté.
- Fugues inconscientes chez les hystériques. — Automatisme ambulatoire. Diagnostic différentiel entre ces fugues et les fugues épileptiques.
- M. le docteur Jules Voisin, médecin de la Salpêtrière, communique cinq observations d’hystérie avec dédoublement de la personnalité et fugues inconscientes. Il fait ensuite le diagnostic différentiel entre ce genre d’automatisme ambulatoire et celui qui s’observe chez les épileptiques d’une part, et, d’autre part, entre les fugues par intoxication, celles qui sont observées dans la paralysie générale au début et les fugues inconscientes observées chez les hystériques.
- M. Tissié (de Bordeaux) rappelle, à ce propos, sa thèse sur les aliénés voyageurs et son article sur les captivés.
- Inversion sexuelle chez un dégénéré traitée avantageusement par la suggestion hypnotique.
- M. Ladame (de Genève). Les médecins aliénistes qui s’occupent de thérapeutique suggestive doivent se montrer prudents et réservés dans leurs conclusions. Rien ne déconsidère plus le traitement par l’hypnotisme que les affirmations prématurées d’observateurs enthousiastes mais superficiels, qui ont l’air de vouloir faire de la suggestion une panacée universelle.
- Ce traitement est inoffensif entre les mains des médecins qui sauront y procéder avec tact et ménagement, selon la méthode du professeur Bernheim. Il faut choisir les cas avec soin et ne pas chercher à frapper l’imagination des malades, comme cela est recommandé par quelques auteurs.
- M. B. . .le malade qui fait l’objet de la présente communication, est un dégénéré débile, âgé de 33 ans, célibataire, de haute stature, fortement musclé. Tare héréditaire très lourde. Grand-père paternel mort à 3à ans, d une maladie mentale, suite de troubles sexuels se rattachant à l’onanisme. Le père et un des frères ont présenté des troubles analogues. Il y a aussi des aliénés du côté maternel. Pas d’alcooliques.
- Le malade offre des stigmates physiques et psychiques. Crâne petit, irré-
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- gulier, étranglé en avant. Mâchoires proéminentes. Indice céphalique : 69. Do-licéphale prononcé. Hernie inguinale. Organes génitaux normaux.
- Débilité de l’intelligence, impressionnabilité excessive. Accès de désespoir. Penchant au suicide. Obsessions motrices et sexuelles. M. B. . . . est un inverti congénital. Dès son enfance, il eut du penchant pour les individus de son sexe. Il s’est livré à l’onanisme et à la pédérastie active et passive. Il a depuis des années l’obsession du vêtement gris que portait un jeune garçon qui l’avait particulièrement impressionné. Il lait revivre cette image chaque fois qu’il se masturbe. Jamais il n’a pu avoir de rapports sexuels normaux. Impuissant avec les femmes, il a renoncé aux tentatives de coït, qui ont toujours été inutiles.
- Les premières hypnotisations furent infructueuses. Le malade résistait. Il présentait même des moments d’excitation et son état s’aggravait plutôt. Mais après quelques semaines, le sommeil hypnotique fut obtenu; on put lui faire des suggestions thérapeutiques qui calmèrent ses obsessions. En lui affirmant que le jeune garçon habillé de gris ne lui fait plus aucune impression et qu’il est devenu indifférent à ses idées sexuelles contre nature, on réusssit peu à peu à le tranquilliser. Les obsessions sont toujours là, mais elles ne le tourmentent plus autant. L’amélioration s’est affirmée, et le malade a repris ses occupations. Il se sent dispos de corps et d’esprit. Le résultat est, en somme, très favorable.
- A la suite de cette communication a lieu une discussion sur la valeur de l’hypnotisme comme agent thérapeutique dans les maladies mentales et nerveuses. A cette discussion prennent part MM. Benedikt (de Vienne), Dekterew (de Saint-Pétersbourg), Marcel Briand, Tissié et Ladame.
- La séance est levée à 6 heures et demie.
- Mercredi matin, 7 août. Visite de l’asile Sainte-Anne.
- Séance du mercredi soir, 7 août 1889.
- Présidence de MM. SOUTZO (Roumanie) et Jules MOREL (de Gand).
- La séance est ouverte à 3 heures.
- Lecture et adoption du procès-verbal de la précédente séance.
- M. Souza Leite, délégué du Brésil, donne lecture d’un mémoire intitulé : Sclérose systématique postérieure (tabes ataxique). — Troubles hallucinatoires : idées de persécution, idées de grandeur. — Amélioration du délire. — Amnésie consécutive et transitoire. — Quelques symptômes de sclérose latérale. — Affaiblissement mental, sans démence.
- M. Ch. Laufenauer (de Budapesth) communique un travail sur l'action thérapeutique du bromide de rubidium-ammonium.
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- L’hyoscine comme hypnotique.
- M. le docteur Georges Lemoine , professeur à la faculté de Lille, en son nom et au nom de 1VI. Malfilatre, médecin adjoint, communique les expériences qu’ils ont faites sur l’hyoscine comme hypnotique. Ils ont administré le chlorhydrate d’hyoscine en injections hypodermiques à 62 aliénées, la plupart agitées et maniaques, ne dormant pas et réfractaires aux autres hypnotiques. Voici les résultats obtenus :
- Les effets produits sur les malades, au point de vue de l’hypnose (hypnose précédée d’une période d’agitation comparable à l’ivresse alcoolique), peuvent se diviser en quatre catégories :
- i° Effet immédiat et durable avec une faible dose variant de 3 à 5 dixièmes de milligramme;
- 20 Effet obtenu d’une façon durable avec une dose de 7 dixièmes à 1 milligramme;
- 3° Effet moins persistant même avec des doses progressives allant jusqu’à 1 milligramme et demi;
- tx° Effet à peu près nul même avec 1 milligramme.
- La plupart des observations peuvent être classées dans les deux premières catégories; très peu trouvent place dans la quatrième.
- Ce résultat mérite d’autant plus d’attirer l’attention que l’hyoscine ne parait entraîner à sa suite aucun trouble grave, ni psychique ni somatique, comme en présentent un grand nombre d’autres hypnotiques.
- M. Sêglas a employé le chlorhydrate d’hyoscine et a observé, comme M. Lemoine, dans les premiers moments qui ont suivi l’administration du médicament, une sorte d’ivresse et d’agitation. Cependant, comme il s’agissait de maniaques agités, il n’est pas en mesure d’indiquer la part exacte qu’il faut attribuer à l’hyoscine dans les accidents.
- M. Rouillard a expérimenté, avec M. Bail, le bromhydrate et l’iodhydrate d’hyoscine ; ils ont constaté la même excitation primitive ; mais c’est à peine s’ils ont obtenu un sommeil calme dans un cas sur dix; jamais l’état maniaque n’a été favorablement modifié par l’hyoscine, même après un traitement prolongé.
- De Pamnésie consécutive à P intoxication par P oxyde de carbone.
- M. Marcel Briand , médecin de l’asile de Villejuif, a vu dans les faits qu’il a observés les troubles de la mémoire survenir immédiatement après les tentatives d’asphyxie par la vapeur de charbon. Il compare l’amnésie oxycarbonée avec l’amnésie des alcoolisés, et il constate une analogie complète entre ces deux genres d’intoxication; et car, dit-il, si, chez certains individus, le premier symptôme de l’intoxication oxycarbonée est une amnésie plus ou moins étendue, chez certains autres, le poison, négligeant les centres supérieurs, agit, au contraire, tout d’abord sur la moelle. Or, dans l’alcoolisme, les choses ne se passent pas autrement. »
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- De la législation comparée sur le placement des aliénés dans les établissements publics et privés.
- M. le professeur Ball lil le rapport quil a fait sur cette question, en collaboration avec M. Rouillard , chef de clinique des maladies mentales. Les auteurs de ce rapport constatent l’esprit fâcheux de la société actuelle en ce qui concerne les médecins aliénistes, dont l’autorité est contestée et la probité suspectée ; on a vu les hommes les plus honorables en butte aux plus indignes calomnies sans que l’autorité des voix les plus compétentes ait suffi pour ramener l’opinion publique. Cette triste tendance, qui a pour prétexte de défendre la liberté individuelle, nullement menacée d’ailleurs, fera, si elle se perpétue, que l’aliéné restera sans soins et la société sans défense.
- On veut compliquer les moyens de surveillance et cela tout à fait inutilement, car les prescriptions de la loi de i838, si elles étaient rigoureusement appliquées, rendraient impossible toute séquestration irrégulière. Dans tous les pays on a cherché à établir une sorte d’équilibre entre l’autorité médicale et l'autorité, soit administrative, soit judiciaire. La première est prépondérante en Russie, en Belgique, en Autriche, en Suède, en Norvège et, enfin, en France, sous l’empire de la loi de i838 ; dans d’autres, comme l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne, les États-Unis (dans la plupart des Etats qui composent la confédération), la Hollande, la balance penche du côté de l’administration. Pour la France, le nouveau projet du Sénat veut substituer l’action judiciaire à l’action médicale.
- M. Falret partage complètement les idées de M. Ball. En ce qui concerne l’entrée des aliénés dans les asiles, la nouvelle loi votée par le Sénat diffère de la loi ^.e i838 par l’intervention des magistrats immédiatement après l’entrée du malade dans l’asile. Le placement est donc simplement fictif; il est temporaire jusqu’au moment où la magistrature aura prononcé.
- M. Barbier trouve déplorable cette tendance de la magistrature de juger les questions purement médicales, et il espère que la Chambre des députés, qui aura à s’occuper de la nouvelle loi votée par le Sénat, la modifiera dans un sens plus rationnel.
- M. le docteur Doutrebente demande à M. Bourneville, rapporteur de la nouvelle loi sur les aliénés, si on a tenu compte des projets présentés par les différents médecins des asiles sur les modifications à introduire dans la loi de 1838. Pour son propre compte, M. Doutrebente a proposé de supprimer les placements volontaires et de ne faire que des placements d’office, dans le but de facibter l’entrée des aliénés indigents.
- M. Bourneville répond que ni la commission, ni le rapporteur n’ont eu connaissance de ces rapports des médecins des asiles. Quant à la proposition de M. Doutrebente, M. Bourneville trouve, en ce qui concerne le département de la Seine, que les placements volontaires des aliénés indigents ne sont pas limités. Il est vrai que, jusqu’à l’année 1881, le nombre en était très restreint. A cette époque, M. Bourneville a fait valoir devant le Conseil général qu’il était urgent de traiter les indigents comme les riches. Le Conseil est intervenu , et depuis le nombre des placements des indigents est devenu considé-
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- râble. Il ajoute que beaucoup de médecins ne savent pas encore que les malades indigents peuvent être conduits directement à l’asile. En province, les préfets et les sous-préfets considèrent la loi de 1838 comme une loi policière, tandis qu’elle n’est qu’une loi d’assistance. Lorsqu’ils comprendront cette loi d’assistancç, ils feront en sorte que les indigents soient placés directement dans les asiles.
- M. le docteur Bourque (Canada) lit une communication sur la législation concernant les asiles d’aliénés dans la province de Québec. Il se déclare partisan des asiles privés faisant fonction des asiles publics, à condition qu’ils soient contrôlés , au point de vue des entrées des malades, des soins qui leur sont dus et des sorties, par des médecins nommés par l’État.
- M. le docteur Ddqüet (du Canada) fait remarquer qu’entre les médecins inspecteurs et les propriétaires des asiles privés, il existe toujours des discussions et des luttes. Il est, au contraire, à désirer que tous les asiles d’aliénés appartiennent exclusivement à l’État.
- M. le docteur Milan Vassitch (Serbie) donne des renseignements sur le mode de placement des aliénés dans son pays.
- M. le docteur Soutzo (Roumanie) fournit des renseignements sur l’assistance publique des aliénés dans son pays, et termine sa communication en proposant au Congrès de voter le vœu suivant :
- « Le Congrès, après avoir entendu le rapport de M. le professeur Bail et les cQmmunications faites à ce sujet par les membres étrangers, émet le vœu que chaque Étal soit doté d’une loi spéciale destinée à sauvegarder les intérêts des aliénés, à prévenir les séquestrations illégales et à soumettre ces malades à un traitement scientifique et rationnel.» (Adopté.)
- La séance est levée à 6 heures et demie.
- Séance du jeudi matin, 8 août 1889.
- Présidence de M. B A LL.
- La séance est ouverte à 9 heures.
- Lecture et adoption du procès-verbal.
- De la paralysie générale considérée comme espèce morbide distincte.
- M. le docteur Brunet, directeur-médecin en chef do l’asile d’Èvreux, expose ses idées sur l’unité de la paralysie générale, qu’il considère comme une péricérébrite à forme délirante. Il admet quelle est curable grâce à une médication énergique, telle que l’emploi à haute dose de tartre stibié et de bromure de potassium, employés seuls ou alternativement. Il a pu, dans cette affection, porter progressivement la dose quotidienne du tartre stibié jusqu’à * gr. 10, et celle du bromure de potassium jusqu’à ko gramme^, sans détorminer d’accidents graves, et cette médication a produit des résultats très favorables.
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- M. Paul Garnier u’accepte pas le terme de péricérébrilc, par lequel ML le docteur Brunet veut désigner la paralysie générale. Cette dénomination ne serait pas conforme à l’anatomie pathologique de cette affection, dont le processus ne se limite pas à la périphérie du cerveau.
- MM. Ball et Falret s’étonnent de l’énormité des doses de bromure de potassium administrées par M. Brunet. Selon eux, on ne peut aller aussi loin sans nuire aux malades.
- Erythropsie ou vue rouge dans la paralysie générale.
- M. Ladame (de Genève). J’ai eu occasion d’observer, dans ces derniers temps, un fait jusqu’ici unique d’érythropsie (vue rouge) dans la paralysie générale. On sait, en effet, que si dans la paralysie générale les troubles de la vue sont fréquents, si les malades ont certaines hallucinations de couleur, jusqu’ici la vue rouge n’a pas été signalée.
- Dans le cas que j’ai observé, la vue rouge se montra dans la première période d’une paralysie générale à marche assez rapide, à un moment où les symptômes ne laissaient aucun doute sur le diagnostic. Le malade voyait des taches rouges sur tous les objets qu’il observait, mais surtout au niveau des objets assez vivement éclairés. Au bout de trois semaines, la vue rouge commença à diminuer, et elle avait complètement disparu au bout de deux mois.
- L’examen complet des yeux, fait au moment où l’érythropsie était à son maximum, ne révéla aucune altération de l’organe de la vue. Ce symptôme ne peut doue cire attribué qu’à une excitation des centres corticaux.
- M. Charpentier fait observer qu’il serait intéressant de savoir si cette érythropsie existait chez le malade pendant ses rêves.
- M. Paul Garnier croit qu’il existe, en pareil cas, une hyperémie rétinienne plus ou moins durable. Il compare ce phénomène à ce qui se passe dans l’accès de délire épileptique, où les hallucinations visuelles avec érythropsie sont fréquentes.
- M. Ladame croit que de nouvelles recherches pourraient, en effet, établir le rapport de cause à effet entre l’érythropsie et l’hyperémie rétinienne.
- De l’arthritisme comme cause de la paralysie générale.
- M. Lemoine (de Lille) rappelle d’abord que le rapport intime qui existe entre les maladies nerveuses et l’arthritisme, déjà depuis longtemps signalé par M. Charcot, se remarque aussi en ce qui concerne la paralysie générale. Sur trente paralytiques généraux, il en a trouvé au moins dix chez lesquels il était impossible de relever aucun autre élément étiologique. Rhumatisme proprement dit ou manifestations arthritiques, telles que bronchites à répétition, migraines, eczéma, etc., se rencontraient chez eux. Les arthritiques étant sujets aux poussées congestives, c’est surtout sous cette forme que la paralysie générale se manifeste chez eux. Aussi faut-il se méfier de tout migraineux, par exemple, présentant des poussées congestives du côté de la face. Chez un pareil sujet, il suffit souvent d’une cause occasionnelle, excès
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- alcooliques, syphilis, pour faire éclore la paralysie générale, et cela souvent d’une façon précoce.
- MM. Charpentier, Doutrebente et Régis acceptent les idées de M. Lemoine sur l’arthritisme comme cause de la paralysie générale.
- M. Legrain est plutôt disposé à accorder dans l’étiologie de cette affection le principal rôle à l’hérédité nerveuse.
- M. Laurent (de Rouen) voit beaucoup de rhumatisants, et il croit que M. Lemoine exagère l’importance de l’arthritisme dans la genèse de la paralysie générale.
- De l’origine de certaines tendances érotiques dans la paralysie générale.
- M. le docteur A. Laurent (Rouen) rapporte l’observation d’un individu qui, à la suite de congestion cérébrale, fut pris d’impulsions érotiques très violentes, et qui, pour outrages aux mœurs, fut condamné à six mois de prison. Ce malade présentait, outre ses tendances érotiques, des manifestations mélancoliques, des idées de suicide, etc., sans compter les troubles somatiques.
- Quelques résultats statistiques pour servir à l’étiologie de la paralysie générale.
- *M. le docteur Ramadier (asile de Vaucluse) a fait des relevés statistiques des paralytiques généraux dans le service où il est médecin adjoint, et de ces relevés découlent deux conclusions importantes : tout d’abord, le rôle dominant de l’alcoolisme, tant au point de vue de l’hérédité que des antécédents personnels; ensuite, la fréquence de la syphilis, surtout dans les cas de paralysie générale précoce.
- Un cas d’obsession intellectuelle et émotive guérie pur la suggestion renforcée par le parfum du corylopsis, l’isolement et les douches.
- M.ledocteurPh.TissiÉ (deRordeaux) communique l’observation d’une femme de 2 3 ans atteinte d’aboulie, idées de mort, vide cérébral, alternatives de dépression et d’excitation, angoisse précordiale, etc., enfin un commencement de morphinomanie. Ces diverses obsessions sont chassées par la suggestion, en même temps qu’on fait respirer à la malade un parfum dont l’action, lui est-il suggéré, devra se manifester sur son cerveau, sur sa volonté, etc. L’interruption des séances d’hypnotisation ayant amené un retour des accidents, la malade fut placée dans une maison de santé afin de la soustraire à toute influence extérieure, et là fut repris l’emploi de la suggestion, auquel on adjoignit l’hydrothérapie. La malade guérit, et la guérison se maintient complète depuis six mois.
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- Séance du jeudi soir, 8 août 1889.
- Présidence de M. DELASIAUVE.
- La séance est ouverte à h heures.
- Lecture et adoption du procès-verbai.
- M. Pierret (de Lyon) tient à approuver les idées développées dans la précédente séance par M. Lemoine sur l’arthritisme comme cause de la paralysie générale.
- Projet d’un Congrès annuel des médecins aliénistes français.
- Mi Lemoine (de Lille) expose ses idées Bur un projet de Congrès annuel des médecins aliénistes français.
- L’assemblée adopte les conclusions de son discours et vote, à l’unanimité, qu’il y aura annuellement, et dans une ville différente, une réunion des médecins aliénistes français, que la première réunion aura lieu en 1890, à Rouen.
- L’aliénation mentale à Paris. — La progression corrélative de la folie alcoolique et de ta paralysie générale.
- M. Garnier lit un mémoire sur celte question ; d’où résultent les faits suivants :
- i° La statistique démontre que le nombre des aliénés à Paris s’est accru dans ces dernières années en de fortes proportions, la fréquence de la folie ayant augmenté de 1872 à 1888 de 3o p. îoo environ;
- 20 L’aliénation mentale est plus commune chez l’homme que chez la femme;
- 3° Le rapport d’accroissement de la folie pour les deux sexes dans la dernière période triennale 1886-1888 se traduit ainsi: hommes 69.35 p. 100, femmes A0.6Ù p. 100.
- k° La folie considérée dans l’ensemble de ses modalités et envisagée sous le rapport de son mouvement mensuel atteint régulièrement chaque année son maximum de fréquence en juin, et semble être favorisée dans ses manifestations extérieures, aussi bien chez l’homme que chez la femme, par une influence saisonnière vernale;
- 5° L’augmentation des cas d’aliénation mentale dans ces dernières années, eBt avant tout le fait de deux types morbides dont la fréquence est très rapidement progressive : la folie alcoolique et la paralysie générale. Les psychoses essentielles comme la manie, la mélancolie, le délire chronique ou psychose systématiques progressive, restent à peu près stationnaires et sont en général deux fois plus fréquentes chez la femme que chez l’homme ;
- 6° La progression de la folie alcoolique est à ce point rapide, que sa fréquence est aujourd’hui deux fois plus grande qu’il y a quinze ans et que les
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- séquestrations dont elle est responsable ont augmenté de 2 5 p. 100 dans le cours de cette dernière période triennale. Elle forme à elle seule aujourd’hui plus d’un tiers des cas d’aliénation mentale observés à l’infirmerie spéciale.
- 70 La femme a sa participation proportionnelle dans cette augmentation, et cette participation tend à devenir plus considérable ;
- 8° La folie alcoolique est soumise dans son degré de fréquence à de fortes variations mensuelles : ce n’est pas à l’époque des mois les plus chauds quelle atteint les plus hauts chiffres. La recrudescence paraît se rapporter à une influence saisonnière vernale, avec maximum en juin ;
- 9° L’observation des modalités délirantes de l’alcoolisme prouve que les réactions qui se développent sous son influence, sont de jour en jour plus violentes , plus attentatoires à la vie des personnes, conséquence qu’il est légitime d’attribuer à la toxicité des alcools d’industrie actuellement en usage;
- io° La paralysie générale, qui est, avec la folie alcoolique, la forme morbide dont l’accroissement est le plus accéléré, figure pour 12.27 p. 100 dans le total des malades examinés au dépôt ;
- 11° Elle tend à devenir proportionnellement plus commune chez la femme ; le rapport, qui était autrefois : hommes 79.60 p. 100; femmes 21.39 P- 100i est aujourd’hui : hommes 71.17p. 100, femmes 28.82 p. 100;
- 12° Gomme l’aliénation mentale en général, comme la folie alcoolique, mais plus encore que toute autre forme morbide, la paralysie générale est plus commune au printemps, sa recrudescence se place en mai et est très nettement vernale;
- i3° La comparaison entre les graphiques qui marquent l’accroissement simultané de la folie alcoolique et de la paralysie générale établit que leur progression si rapide est nettement corrélative. Dans la solidarité de leur marche envahissante paraît clairement se traduire l’influence étiologique de l’alcoolisme sur le développement de l’encéphalite interstitielle chronique.
- Une discussion s’engage après cette lecture entre MM. Bill, Charpentier, Régis, Rey, d’une part, et MM. Paul Garnier et Semal, d’autre part.
- De la microcéphalie.
- M. Camescasse, interne des hôpitaux, communique, au nom de M. Boürneville et au sien, des moulages et des photograhies de cerveaux de microcéphales. Les lésions qui produisent la microcéphalie sont très variables. Quant aux sujets eux-mêmes, ils sont loin d’être toujours nains. Leurs fonctions sexuelles, ainsi que leurs organes génitaux sont assez développés en général. Déplus, ils sont susceptibles d’éducation dans une certaine mesure.
- De la porencéphalie et de la pseudo-forencéphalie.
- M. Sollier, interne des hôpitaux, communique au nom de M. Boürneville et au sien, un travail sur cette question. La porencéphalie due à un arrêt de développement consécutif à un processus destructif d’origine circulatoire survenu avant ou après la naissance, est caractérisée automatiquement par ce fait que les circonvolutions, au niveau du tronc, se dévient de leur direction et plongent dans ce tronc, où elle se continuent. Dans la pseudo-porencéphaüe,
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- au contraire, les circonvolutions s’arrêtent nettement au bord du tronc, dont le fond est constitué par la substance blanche. Quoique cette dernière soit souvent beaucoup plus étendue, elle s’accompagne cliniquement de troubles moins accentués que la porencéphalie vraie, qui se manifeste presque toujours par de l’idiotie. Le diagnostic de cette dernière est beaucoup plus difficile que celui de la pseudo-porencéphalic.
- La séance est levée à 6 heures et demie.
- Vendredi matin.
- Visite de l’asile d’aliénésjfie Villejuif et du service des idiots de M. le docteur Bourneville, à Bicôtre.
- Séance du vendredi soir, 9 août 1S89.
- Présidence de M. FALRET.
- La séance est ouverte à h heures.
- Lecture et adoption du procès-verbal.
- De Vinfluence des phénomènes d’auto-intoxication et de la dilatation de l’estomac dans l’étiologie des formes dépressives et mélancoliques.
- M. Bettencourt-Rodrigues (de Lisbonne). Tout en accordant à l’hérédité un rôle prépondérant dans l’étiologie des maladies mentales, l’aliéniste doit rechercher aussi avec un soin minutieux quelles sont les causes prochaines et immédiates capables de déterminer la folie dans un cerveau prédisposé. Au nombre de celles-ci, les auto-intoxications gastro-intestinales occupent une très large place. Tous ceux qui ont observé les aliénés ont été surpris de la fréquence vraiment remarquable des troubles gastro-intestinaux chez ces malades. Surtout dans certaines formes dépressives, le fait est indéniable, et je pourrais même ajouter qu’il ne se trouve peut-être pas une seule observation de lypémanie où une altération plus ou moins profonde des fonctions digestives n’ait été signalée : fétidité de l’haleine, état saburral de la langue, mauvaises digestions, constipations, diarrhée, etc. Les bons résultats que si souvent on obtient des purgatifs, du lavage de l’estomac, de tout traitement en somme qui a pour but de régulariser les fonctions digestives sont déjà un commencement de démonstration. On a signalé des améliorations remarquables et quelquefois même de vraies guérisons, à la suite de crises diarrhéiques, des cas de mélancolie jugés par un urticaire, par un rash scarlatiniforme, comme si dans un cas les selles et dans l’autre l’émonctoire cutané se chargaient de l’élimination du poison.
- L’auteur montre ensuite l’action énergique qu’ont sur les centres nerveux les poisons fabriqués dans le tube intestinal. Des observations récentes prouvent aussi qu’ils peuvent troubler les fonctions plus élevées de l’idéation. On
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- a signalé dans les auto-intoxications gastro-intestinales, chez les dilatés, des hallucinations de la vue, l'aphasie, le délire et même le coma. M. Bettencourt-Rodrigues cite quelques observations personnelles à l’appui de sa thèse, de malades guéris de leurs conceptions délirantes, rien qu’en leur faisant l’antisepsie intestinale au moyen du charbon, de l’iodoforme, etc.
- Il cherche aussi à démontrer que le délire aigu n’est autre chose que le résultat d’une auto-intoxication à son plus haut degré d’intensité, et termine sa communication en rappelant les paroles de M. le professeur Bouchard : «que l’organisme humain, aussi bien à l’état normal, qu’à l’état de maladie, est un laboratoire et un réceptacle de poisons », et ajoute que ces poisons ont une action incontestable sur les centres nerveux. Il n’y a donc pas de raison pour que, dans certains cas, ils ne produisent pas aussi la folie. A côté de l’alcoolisme, du morphinisme, etc., il y a donc lieu de considérer les folies par auto-intoxication. Il faut que le cerveau humain, pour plus haut placé qu’il soit, devienne accessible aux règles et aux lois de la pathologie générale; autrement on ne pourra jamais faire que de la métaphysique.
- Les cellules d’observation des aliénés dans les hospices.
- M. H. Monod, directeur de l’assistance et de l’hygiène publiques de France, communique les résultats de l’inspection qu’il a fait faire, dans certains hôpitaux et hospices des départements, sur l’état de loges de passage, où sont enfermés les aliénés avant leur transfèrement dans les asiles spéciaux. Il résulte de cette enquête que nombre de ces quartiers sont installés d’une façon tout à fait défectueuse. Le transport immédiat des malades dans l’établissement le plus voisin constituerait le meilleur remède à cet état de choses. Cette solution si simple ferait disparaître les réduits dont les rapports administratifs font le plus triste tableau; elle mettrait les malades en situation d’être traités au début même de leur affection avant qu’un état chronique incurable se soit établi.
- Après avoir voté des remerciements à M. Monod pour sa communication, le Congrès émet, à l’unanimité, le vœu que les pouvoirs publics, soit par voie législative, soit par des moyens administratifs, obligent les municipalités et les commissions des hospices à faire cesser les abus qui viennent de lui être présentés.
- De la responsabilité des alcoolisés.
- M. Motet donne lecture du rapport qu’il a fait sur cette question, en collaboration avec M. Vétault. En voici les conclusions : On peut dire que la responsabilité est nulle toutes les fois que le crime ou le délit appartiennent à la période délirante aiguë ou subaiguë d’un accès d’alcoolisme. Elle est nulle aussi lorsque le crime a été commis par un homme atteint d’alcoolisme chronique, chez lequel des lésions cérébrales définitives ont compromis l’intégrité de l’organe et déterminé le trouble de la fonction.
- La responsabilité peut être atténuée chez les individus faibles d’intelligence chez lesquels la tolérance pour les boissons alcooliques est diminuée par les conditions d’infériorité de leur organisation cérébrale. Elle ne saurait disparaître tout entière surtout lorsque ces individus savent qu’ils ne peuvent pas boire sans danger pour eux-mêmes. La responsabilité peut encore être atté-
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- nuée lorsqu’il est démontré que l’individu a été involontairement surpris par l’ivresse.
- La responsabilité existe tout entière : 1° Dans les cas d’ivresse simple qu’il était au pouvoir du délinquant d’éviter; 2° lorsque l’excitation alcoolique a été recherchée pour se donner l’entraînement à commettre un crime ou un délit.
- M. Legrain (de Vaucluse), demande comme conclusion du rapport précédent la création d’asiles spéciaux où seraient recueillis les alcooliques invétérés et les alcooliques délinquants.
- M. Taquet (de Vannes) distingue deux cas principaux : 1° Y ivresse, qui entraîne une certaine atténuation de responsabilité; 2° les ivrognes propre-ments dits, sujets, aux moindres excès, à une sorte de folie transitoire. Ceux-ci doivent bénéficier, en général, de l’article 66 du Code pénal, tout comme les dipsomanes ou les alcooliques proprement dits.
- M. Semal (de Mons) demande que les conclusions du rapport de M. Motet soient présentées au vote du Congrès sous forme de vœu.
- M. Motet formule ce vœu de la façon suivante :
- «Le Congrès, en présence du danger dont l’alcoolisme menace la société, la famille, l’individu,
- « Recoijnaissant qu’il y a lieu d’établir des distinctions entre l’ivresse simple l’ivresse pathologique el ses variétés, et l’alcoolisme chronique,
- «Emet le vœu :
- te Que, dans un intérêt de défense sociale, des mesures judiciaires, d’une part, des mesures administratives durables, d’autre part, soient prises contre les alcoolisés suivant la catégorie à laquelle ils appartiennent;
- et Que les pouvoirs législatifs donnent une sanction aux travaux de Claude des Vosges, de MM. Th. Roussel et Léon Say ;
- et Qu’il soit pourvu, par la création d’un ou de plusieurs établissements spéciaux , à l’internement des ivrognes d’habitude, des alcoolisés ayant commis des crimes ou des délits, et ayant bénéficié d’une ordonnance de non-lieu en raison de leur état mental; que la durée de leur internement soit déterminée par les tribunaux après enquête médico-légale; que la sortie, même à l’expiration de temps fixé, puisse être ajournée si l’alcoolisé est reconnu légitimement suspect de rechute. Les alcoolisés chroniques, non dangereux, pourront être maintenus dans les asiles d’aliénés ;
- trQue ces établissements, ayant le caractère de maisons de traitement et non de maisons de répression, soient organisés avec une discipline sévère, que le travail y soit imposé ;
- «Que les statistiques judiciaires et administratives soient dressées de manière à faire ressortir les résultats de ces mesures.» (Adopté à l’unanimité.)
- De T ivrognerie dans le Morbihan, ses manifestations, sa criminalité.
- M. le doctour H. Tagdet, médecin-directeur de l’asile de Vannes.
- De l’automatisme alcoolique dans les cas criminels.
- M. le docteur Crothers (États-Unis).
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- Syphilis et paralysie? générale.
- M. le docteur Christian , médecin de la maison nationale de Charenton. — La question des rapports qui existent entre la syphilis et la paralysie générale, plus importante encore au point de vue pratique qu’au point de vue théorique, a été, depuis une trentaine d’années, l’objet d’un très grand nombre de travaux.
- Les anciens syphiligraphes savaient que la syphilis peut attaquer le cerveau et ses enveloppes, et de nombreuses observations d’encéphalopathie syphilitique ont été publiées déjà anciennement (Bonet, Fabrice de Hilden, Morgagni, etc.) ; mais ce n’est guère que vers i85o que l’hypothèse a surgi, que la paralysie générale n’était que le résultat do la syphilis, et cette hypothèse a fait son chemin si rapidement qu’en 1857 Essmarch et Jessen, et plus tard Ejelberg et d’autres encore, en vinrent à affirmer que dans toute paralysie générale on trouve la syphilis soit héréditaire, soit acquise. La réaction n’a pas tardé à se faire contre cette opinion, manifestement exagérée.
- Pour arriver à la solution du problème, il faut en poser nettement les termes. Il ne s’agit pas de savoir si la syphilis, agissant comme cause débilitante générale, joue un rôle dans l’étiologie, encore obscure, de la paralysie générale. Mais bien si la méningo-encéphalite qui accompagne toujours la maladie, est une manifestation de syphilis, au même titre que la gomme, que l’exostose.
- Jusqu’à présent, le principal argumenta été celui-ci : toujours (suivant les uns), très souvent (suivant les autres), la paralysie générale se montre chez les individus qui ont eu antérieurement la syphilis : donc la syphilis est la cause de la paralysie générale.
- Cet argument n’est nullement probant. Les chiffres que j’ai recueillis ne m’ont fait noter la syphilis que dans un petit nombre de cas. Sur 318 paralytiques généraux soignés à Charenton depuis 1879, il s’en est trouvé 38 ayant eu la syphilis, soit 12,3 p. 100. A Maréville, sur SU paralytiques généraux, 10 avaient été syphilitiques, ce qui donne encore environ 12 p. 100.
- En admettant que ces chiffres sont l’expression de la réalité, il faut conclure que certaines paralysies générales seulement sont syphilitiques, et si cela est, à quoi les reconnaît-on?
- Or personne n’a pu donner de caractères distinctifs certains entre la paralysie générale vulgaire et la paralysie générale syphilitique, et Erlenmeyer a reconnu que le diagnostic différentiel est à peu près impossible, que c’est surtout la coexistence de lésions syphilitiques évidentes (gommes, exostoses, ulcères, etc.) qui permet de se prononcer.
- On peut admettre qu’il existe des encéphalopathies syphilitiques qui, pendant un temps, revêtent, à s’y méprendre, le masque symptomatique de la paralysie générale vraie. Mais j’ai démontré il y a quelques années déjà, et personne n’y a contredit, qu’il n’est aucune affection cérébrale qui, à un mo-meut donné, ne puisse se traduire par le syndrome de la paralysie générale.
- Mais la confusion ne peut durer, et il existe d’ailleurs des différences profondes entre les deux affections.
- La syphilis cérébrale se traduit par des lésions localisées, limitées, ne se propageant jamais à toute la surface des méninges, et n’occupant qu’une ré-
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- giou circonscrite du cerveau ; la lésion syphilitique est envahissante, elle gagne en surface et en profondeur, ne respectant aucun tissu, passant des os du crâne aux méninges, puis au tissu cérébral, ou inversement. Tandis que la paralysie générale n’est jamais qu’une méningite chronique, étendue à la surface des deux hémisphères, diffuse, symétrique, et ne dépassant jamais les limites des méninges.
- Une lésion syphilitique, si grave quelle soit, est influencée par le traitement spécifique; jamais je n’ai vu le traitement même le plus énergique et le mieux conduit exercer aucune action sur la paralysie générale.
- Il y a plus : quand on se trouve dans les conditions indiquées par Er-lenmeyer pour porter le diagnostic de paralysie générale syphilitique, c’est-à-dire quand il y a des lésions syphilitiques évidentes, coexistant avec l’affection cérébrale, le traitement spécifique guérit ces lésions, mais la paralysie générale suit son cours sans en être aucunement influencée.
- La conclusion est que «la syphilis ne joue aucun rôle dans l’étiologie de la paralysie générale.»
- M. Régis demande que la discussion de ce mémoire soit remise après la lecture du travail de M. Mabille. (Adopté.)
- Note sur les méningo-encéphaliles secondaires dans la syphilis du cerveau.
- M. Mabille, directeur médecin de l’asile de Lafond (Charente-Inférieure), s’applique à démontrer que dans tous les cas de paralysie générale syphilitique suivis d’autopsie, on trouve les lésions de méningo-encéphalites généralement circonscrites au voisinage des lésions syphilitiques, portant même fréquemment sur un seul côté du cerveau : ce sont là des méningites dentéropathiques. En sorte qu’on peut dire que si la communauté d’expression des symptômes rend le diagnostic différentiel difficile', souvent même impossible, surtout dans la période ultérieure delà maladie, la constatation anatomique des lésions propres à chacune des deux maladies suffit à les séparer l’une de l’autre.
- M. Ballet (de Paris) demande que la discussion sur les rapports de la syphilis et la paralysie générale soit remise à la séance de samedi matin. (Adopté.)
- La séance est levée à 7 heures.
- Séance du samedi matin, 10 août 1889.
- Présidence de MM. FALRE.T et SEMAL.
- La séance est ouverte à 9 heures.
- Lecture et adoption du procès-verbal.
- Discussion des rapports de la syphilis et de la paralysie générale.
- M. Régis n’accepte pas les conclusions si radicales et si absolues de M. Christian sur la question. Pour lui, il croit à l’influence très réelle de la syphilis
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- sur la production de la paralysie générale. Les statistiques faites par lui lui ont donné les chiffres de 70 à 76 p. 100, 94 p. 100 en tenant compte de cas probables, tandis que dans la folie pure, il ne l’a rencontrée que 6 à 8 fois pour 100.
- M. Rrrri demande alors comment il se fait que la paralysie générale soit si rare chez les Arabes et chez les Serbes, et cependant on sait que chez ces deux peuples la syphilis est des plus fréquentes.
- M. Ballet discute la valeur des arguments pour ou contre la paralysie générale syphilitique, empruntés soit à l’anatomie pathologique, soit à la thérapeutique, soit à la statistique. II fait remarquer leur insuffisance et conclut en demandant la nomination d’une commission d’enquête internationale sur la question.
- Après quelques paroles de MM. Benedikt et Mabille, le vœu proposé par M. Ballet est adopté.
- •Note sur la sclérose du poumon chez les épileptiques.
- M. le docteur Mabille donne sur cette question lecture d’un travail dont voici les conclusions : i° la sclérose du poumon est relativement fréquente chez les épileptiques ; 20 cette sclérose parait engendrée par la stase pulmonaire qui survient à la suite des crises et peut à son tour amener, par insuffisance du poumon, des troubles circulatoires et contribuer à expliquer certains cas de mort subite qui surviennent chez certains épileptiques.
- Discussion sur les obsessions.
- M. Charpentier fait des réserves sur les 2e, 5e, 6e et 7e conclusions du rapport de M. Falret. Ainsi il a observé des cas nets d’obsession sans hérédité aucune; il croit à l’existence d’hallucinations obsédantes avec cortège émotionnel. En outre, il a vu nombre d’obsédés devenir par la suite paralytiques généraux, maniaques ou hallucinés. Enfin, il a pu observer certaines idées obsédantes chez les déments.
- M. Falret n’a pas voulu traiter de toutes les obsessions, mais d’une forme particulière d’obsessions formant une vraie maladie, suivant le malade pendant toute sa vie, et c’est uniquement à cette forme que s’appliquent ses conclusions. Quant à la transformation de ces obsessions, il fait ressortir qu’en effet l’objet de la préoccupation peut varier, se transformer, mais que la préoccupation en elle-même ne change pas dans sa forme obsédante.
- Après quelques paroles de MM. Legrain, Doutrebente, Garnier et Régis, les conclusions du rapport de M. Falret sont votées avec substitution du mot généralement au mot toutes dans la deuxième conclusion.
- Monomanie.
- M. Ritti lit, au nom deM. Clark Bell, de New-York, le mémoire suivant :
- L’auteur donne la définition du mot suivant le «lexicographe américaine : comme étant le (désordre ou) dérangement d’une seule faculté de l’esprit sur
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- un sujet Ou une classe de sujets, les autres facultés restant saines et dans leur exercice régulier. Il cite les opinions des docteurs Blandford d’Angleterre, Es-quirol, Morel, Pinel, Dagonet, etc., de France, quant à leurs vues sur l’in* sanité, dénommée monomanie, et qui démontrent la grande confusion d’idées sur sa signification précise.
- Des auteurs allemands, il nomme Krafft-Ebing, Théodore Meynert, Griesinger, faisant voir combien différemment ces grands écrivains comprennent la signification du mot, de celle qui lui est universellement reconnue tant par les auteurs judiciaires que par d’autres.
- Il établit que les juges et les avocats dans le monde entier considèrent le monomane comme celui qui est affligé d’une illusion et qui, sous d’autres rapports, possède des facultés lucides, et il appelle l’attention sur le fait que la signification de ce mot a été fixée judiciairement par les cours américaines et anglaises en accord avec leurs vues dans les cas reconnus par les autorités comme insanité partielle et insanité avec intervalles lucides.
- Il fait voir que les auteurs allemands, belges et français ne se servent pas du mot avec les mêmes restrictions, ou dans ce sens, et fait des citations venant à l’appui.
- Il passe en revue les différentes classifications envoyées par les différents pays, en réponse au Congrès d’Anvers de 1885, comme une base pour la statistique internationale, montrant qu’en Italie, Scandinavie et dans les pays où les idées allemandes prévalent, le mot, tel qu’on s’en servait, était en conflit avec des décisions des cours de justice; et avec l’opinion des avocats dans les pays où l’anglais se parle. Il cite Lefebvre, Steenbergh, Andrea Verga, d’Italie, Wille, de Suisse, Westphal, la classification de 1882 et autres.
- Des auteurs anglais, il cite Maudsley, Hack Tuke, Sankey, Mann, Blandford et autres, montrant que ce mot trompe et que son emploi confond l’esprit du lecteur et nécessite un examen attentif pour savoir ce qu’un auteur veut dire lorsqu’il s’en sert pour décrire une forme d’insanité.
- Il passe en revue, en détail, les autorités américaines : prof. Ewell, Ralph Parsons, Hammond, ffay, Stearns, Channmg, Théo. Kellogg, Pliny Ëarle et Hamilton, pour prouver que, parmi les médecins les mieux connus, ce mot est tombé en désuétude, particulièrement dans là Grande-Bretagne et en Amérique, et n’est plus employé dans les écrits des écrivains les plus éminents et mieux pensants, parce que :
- i° La signification littérale du mot d’après son origine ne correspond pas avec celle qui lui est attribuée par les écrivains savants des différents pays ;
- 2° S’il est interprété littéralement, tel quil est coinpris par les avocats et les cours, il emporte un état qui n’est pas reconnu par les hommes de science;
- 3° L’usage du mot, devant lés cours et les jurys, est susceptible de confusion et de perversion des fins de la justice dans les jugements;
- 4° II est douteux qu’une phase semblable d’insanité existe, telle que la signification littérale du mot l’implique ;
- 5° Il lui manque, comme terme, les qualités de nomenclature, maintenant universellement reconnues comme nécessaires à une définition utile, p°ur être employé en France, en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Scandinavie et dans bien d’autres pays.
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- M. Bell recommande :
- ia Que le mot soit éliminé de la nomenclature des maladies mentales;
- 2° Que leS esprits de premier ordre dti siècle le regardent Comme mauvais et comme incompatible avec la pensée scientifique progressive dans les différents pays et les différentes professions, et en conflit avec l’état mental, en regard à sa signification dérivative et à celle que les lexicographes et la profession légale y attachent.
- Il termine en demandant au Congrès de considérer la convenance de recommandée qu’il ne soit plus employé Comme amenant la confusion et n’étant pas en accord avec le progrès et avec l’avancement des recherches scientifiques qui demandent la vérité et la précision.
- Des folies multiples.
- M. Saury (de Suresnes) donne communication de l’observation d’un homme de quarante-huit ans, héréditaire dégénéré, qui, à la suite d’un accès mélancolique, fait abus des injections de morphine. Plus tard, il y a ajouté de la cocaïne, qu’il porte en peu de temps à la dose de 2 grammes par jour. Pour la première fois apparaît alors un délire toxique avec hallucinations de la sensibilité générale et de tous les sens. Outre ce délire, on note des idées ambitieuses, de persécution, hypocondriaque, avec alternance de crises d’excitation maniaque et de dépression mélancolique. Il y avait donc chez ce malade trois espèces de délires bien distincts, l’un dû à la dégénérescence, les deux autres toxiques (morphinisme et cocaïnisme). Le dernier disparut parla suppression de la cocaïne.
- Note sur un cas de folie simulée.
- M. le docteur Duqoet, président du bureau médical de l’asile Saint-Jean-de-Dîeu, à Longue-Pointe (Canada).
- De la captivation, création de zones idéogènes.
- M. le docteur Ph. Tissié , sous-bibliothécaire à la Faculté de médecine dé Bordeaux.
- La séance est levée à midi.
- Séance du samedi soir, 10 août 1889.
- Présidence de M. BALL.
- La séance est ouverte à 2 heures.
- Lecture et adoption du procès-verbal.
- Assistance et patronage des aliénés. —^ Colonies agricoles. Inspecteurs régionaux.
- M. le docteur Baume, médecin-directeur honoraire des asiles d’aliénés, com-mtmique un mémoire qui se résume dans les trois propositions suivantes :
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- « i° Les asiles sont destinés à recevoir en traitement ou en observation les aliénés curables et les aliénés ou idiots dangereux. La durée de la période de traitement ou d’observation est laissée à l’appréciation du médecin en chef.
- «Dans un délai de cinq ans, à partir de la promulgation de la loi, les départements devront créer, sous le nom de colonies agricoles, des annexes distinctes , quoique dépendantes et aussi rapprochées que possible des asiles publics, pour y déverser les aliénés ou idiots valides, paisibles et ayant achevé à l’asile leur période de traitement ou d’observation.
- k Ces colonies agricoles, qui relèveront de l’administration de l’asile, seront placées sous les soins immédiats d’un médecin adjoint, d’un agent comptable, d’un chef de culture et de préposés en nombre suffisant.
- tf 2° Le travail des aliénés sera développé sur la plus large échelle dans un triple but d’hygiène et de traitement, d’ordre et d’économie, d’assistance et de patronage.
- ccLe montant de la vente et le montant de l’évaluation des produits du travail réservé à la consommation de la population de l’asile ou de la colonie seront attribués comme suit : un dixième aux pécules des aliénés travailleurs, un dixième au fonds de réserve à créer pour l’œuvre du patronage, et les huit autres dixièmes au profit de l’asile pour amortir les frais de fondation de la colonie et diminuer ensuite les charges de l’assistance.
- « Il sera créé dans chaque département, avec membres correspondants dans toutes les communes, une société de patronage, chargée de suivre et au besoin d’assister à domicile les aliénés indigents en faisant appel aux subventions publiques et aux ressources de la charité privée. Les aliénés indigents sortant des asiles seront assistés à l’aide de leurs pécules et du fonds de réserve ci-dessus mentionné.
- « 3° Pour assurer l’exécution de la loi et le contrôle de toutes les branches du service des aliénés, l’inspection générale comprendra : un inspecteur général résidant à Paris et neuf inspecteurs régionaux répartis dans les départements. Ces postes seront réservés, à titre d’encouragement et de récompense, aux directeurs et médecins en chef d’asiles publics qui se seront le plus distingués dans l’exercice de leurs fonctions. »
- M. Christian demande que la discussion de ces conclusions ne vienne qu’après la lecture du mémoire de M. Taguet sur le môme sujet.
- M. Taguet lit un mémoire intitulé : De la création d'annexes agricoles aux asiles de traitement. Cette création aurait un double but : d’abord de faire cesser l’encombrement dans les asiles, ensuite de permettre de diminuer, à bref délai, le prix de journée qui pèse si lourdement sur les départements.
- Après une discussion, à laquelle prennent part MM. Charpentier, Falret, Christian, Féré, Delasiauve, Vallon, Labitte, Soutzo, Cullerre et Ch asus, M. Ritti propose au Congrès d’adopter le vœu suivant :
- cc Le Congrès international de médecine mentale émet le vœu qu’il soit établi des colonies agricoles et des sociétés de patronage des aliénés dans tous les pays, quand ce sera possible. Les colonies devront être à proximité et non distinctes des asiles d’aliénés.» (Adopté.)
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- De la sortie des aliénés assassins.
- M. le docteur Roüillard, chef de la clinique des maladies mentales de la Faculté de Paris, lit sur cette question un mémoire qui a pour conclusions : itTout aliéné assassin sera maintenu, sa vie durant, dans un asile. Il sera soumis au même régime que les autres aliénés. Un article de loi devrait nous donner le moyen légal de faire cette séquestration. Un asile spécial devrait être créé à cet effet.»
- Cette communication donne lieu à une discussion à laquelle prennent part MM. Charpentier, Giraud, Baume, Christian, Regnard, Vallon, Roüillard, Déni et Rey.
- Des conclusions du travail de M. Roüillard, le Congrès ne retient que la dernière, en renouvelant le vœu, déjà adopté au Congrès de 1878, relatif à la création de quartiers ou d’asiles spéciaux pour les aliénés dits criminels.
- M. le Président remercie les membres du Congrès, français et étrangers, de l’intérêt donné aux séances du Congrès par leurs communications et par la part qu’ils ont prise aux discussions. Il se félicite aussi des relations affectueuses qui n’ont cessé de régner entre tous les membres, durant ces huit jours. ( Applaudissements.)
- M. le Secrétaire général propose de voter des remerciements à M. le Ministre de l’instruction publique et à M. E. Renan, administrateur du Collège de France, pour la gracieuse hospitalité donnée au Congrès. (Applaudissements.)
- La séance est levée à 6 heures et demie.
- Banquet à 7 heures à l’hôtel Continental.
- Dimanche 11 août 1889.
- Visite de la Maison nationale de Charenton sous la direction de M. H. Monod, directeur de l’assistance et de l’hygiène publiques au Ministère de l’intérieur.
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