- Accueil
- > Catalogue général
- > Exposition universelle et internationale. 1889. Paris. - Rapport adressé à Monsieur le Min...
Rapport adressé à Monsieur le Ministre[…] au nom de la commission de la Manufacture Nationale de Mosaïque
-
-
- *
- 0 - V? ' ' sa*A<£t**j* ^
- ‘ • A; ,
- f \
- MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE
- Eï DES BEAUX-ARTS. f°
- ’ ' ’ *
- DIRECTION DES BEAUX-ARTS.
- MANUFACTURES NATIONALES.
- '
- RAPPORT
- ADRESSÉ À MONSIEUR LE MINISTRE
- PAR
- M. LAMEIRE,
- AU NOM DE LA COMMISSION •
- DE LA MANUFACTURE NATIONALE DE MOSAÏQUE.
- i . PARIS.
- IMPRIMERIE NATIONALE. *
- M DCCC XC.
- .
- ;v
- \
- ê
- p.n.n. - vue 1/18
-
-
-
- p.n.n. - vue 2/18
-
-
-
- Kr- %à
- RAPPORT
- SUR LES TRAVAUX
- LA MANLFACTURE NATIONALE DE MOSAÏQUE
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- T
- p.1 - vue 3/18
-
-
-
- p.2 - vue 4/18
-
-
-
- MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS.
- DIRECTION DES BEAUX-ARTS.
- MANUFACTURES NATIONALES.
- RAPPORT
- ADRESSÉ À MONSIEUR LE MINISTRE
- PAR
- M. LAMEIRE,
- AU NOM DE LA COMMISSION
- DE LA MANUFACTURE NATIONALE DE MOSAÏQUE.
- yr:w
- mm
- m *
- PARIS.
- IMPRIMERIE
- NATIONALE.
- M DGCC XC.
- Page de titre 3 - vue 5/18
-
-
-
- p.4 - vue 6/18
-
-
-
- RAPPORT
- SUR LES TRAVAUX
- DE
- LA MANUFACTURE NATIONALE DE MOSAÏQUE,
- À L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889.
- Monsieur le Ministre,
- L’exposition de la Manufacture nationale de mosaïque au grand concours universel de 1889 11e pouvait être considérable, étant par la nature même de ses travaux inhérente aux monuments qu’elle décore et d’un transport presque impossible; mais elle est réellement remarquable par une incontestable supériorité sur les autres expositions similaires dans les sections françaises et étrangères.
- Dès son premier essor, elle a conquis le premier rang.
- Avant d’analyser les mosaïques qui composent l’exposition de notre Manufacture nationale au palais du Champ de Mars, il n’est pas inutile de jeter un très rapide coup d’œil sur les premières manifestations de l’art de la mosaïque en France dans les monuments publics, vers le milieu de ce siècle et notamment à l’Opéra à Paris, dont l’architecte, M. Charles Garnier, en 1866 revêtit les voûtes de l’avant-foyer de mosaïques d’émail avec des smalts fournis par un chimiste français très estimé : M. Paris du Bourget
- .*T'Ï
- p.5 - vue 7/18
-
-
-
- qui le premier avait inauguré cette fabrication précieuse en notre pays.
- L’attention de tous fut alors éveillée et amena quelques années plus tard les pouvoirs publics à étudier sérieusement les moyens de fonder .une manufacture nationale de mosaïque.
- En 1876 le Gouvernement envoyait à Rome M. Gerspach solliciter du Souverain Pontife plusieurs des meilleurs artistes praticiens de la Manufacture de mosaïque du Vatican pour installer dans les dépendances de la nouvelle Manufacture de porcelaine un atelier de mosaïque formé de mosaïstes romains et de jeunes élèves français.
- Tous se mirent bientôt à l’œuvre; et dès le commencement de l’année 18 7 8 un travail assez important : Le fronton du musée de la manufacture de Sèvres, d’après les cartons de M. Ch. Lameire, et qui ne mesure pas moins de 10 mètres de long, sortit de leurs mains laborieuses.
- Ce travail avait été préparé sur de grandes plaques de lave juxtaposées et encastrées sur les murailles de l’édifice et exécuté avec des smalts provenant encore de la Manufacture pontificale.
- Cet état de choses allait bientôt se modifier.
- Le second travail de l’école de mosaïque fut l’exécution de la conque absidiale du Panthéon d’après les cartons de M. Hébert, directeur de l’académie de France à Rome, membre de l’Institut, avec le concours de M. Galland, pro-
- r ,
- fesseur de l’Ecole nationale des beaux-arts pour la partie décorative ornementale.
- L’importance de ce travail de longue haleine fit naître, sous l’impulsion de M. Gerspach, appelé à l’administration de la Manufacture nationale de mosaïque une heureuse
- p.6 - vue 8/18
-
-
-
- — 7 —
- combinaison qui permit à l’industrie privée d’entrer en lice pour la fabrication des émaux, et M. Guilbert-Martin (le chimiste bien connu) fournit en grande partie les smalts nécessaires; Rome, Venise et la Manufacture nationale de porcelaine avaient déjà fourni leur appoint.
- Il ne sera donc plus question pour l’avenir de recourir aux sources étrangères dans cette affaire si importante de la fabrication des émaux.
- Le troisième travail plus considérable encore apporte une nouvelle vie à l’école de mosaïque :
- La décoration des voûtes du grand escalier du Louvre, d’après les projets d’ensemble de M. Guillaume, architecte du palais, et les cartons des figures allégoriques demandées à M. Lenepveu, membre de l’Institut.
- Ce travail est en pleine exécution.
- Ainsi rétablissement de mosaïque, après quelques années de préparation laborieuse, grâce à une direction persévérante et à d’heureux éléments de succès, pouvait enfin montrer au public des résultats tels qu’il ne lui était plus possible de se désintéresser de la grande lutte internationale de 1889.
- r
- A l’origine, les expositions des Manufactures de l’Etat devaient avoir au Champ de Mars un pavillon spécial. Dans le but de donner à ce palais une entrée digne de sa destination et en meme temps de montrer au public le degré de perfectionnement auquel était parvenu notre établissement national de mosaïque, M. le Ministre de l’instruction publique et des beaux-arts décida que des panneaux décoratifs seraient exécutés spécialement en vue de ce pavillon.
- Ce projet n’ayant pu être réalisé, les produits des Manufactures nationales de Sèvres, des Gobelins et de Beauvais
- p.7 - vue 9/18
-
-
-
- — 8 —
- furent placés sous la coupole centrale du palais des Industries diverses et, ne formant pour ainsi dire qu’un même
- r
- ensemble avec eux, les produits de l’Etablissement national de mosaïque prirent leur place à l’exposition tout près du dôme à l’entrée de la galerie de Trente mètres.
- Un portique demandé à l’architecte, M. Sédille, chef du service des installations à l’Exposition universelle, servit en quelque sorte d’appui aux panneaux décoratifs formant les principaux éléments de cette exposition et c’est leur examen qui fait l’objet de ce rapport.
- Les cartons de ces deux panneaux ont été demandés à M. Olivier Merson.
- La Tapisserie et la Céramique exécutées sur des panneaux oblongs, fond bleu, soutenus et surmontés par d’autres panneaux de moindre dimension à fond rouge avec ornementation grisaille et or.
- Le fond bleu des figures est profond et doux et cependant assez intense pour permettre d’en détacher franchement la coloration. Il correspond assez bien comme note, sinon comme intensité au fond bleu du mausolée de Galla Placidia à Ravenne et à certaines mosaïques de Sainte-Marie-du-Peuple à Rome, par exemple, lequel ton bleu permet presque toutes les colorations voisines.
- Avant d’aller plus loin dans cet examen sommaire, il est sans doute utile de dire quelques mots sur la marche du travail au point de vue de la pratique. Comme il est toujours très difficile au chimiste de raccorder exactement les tons de la palette, qu’il arrive souvent des mécomptes dans le rendu et que le temps pressait, il a été procédé cette lois avec une logique si prudente à cet accord de l’art et de la science qu’aucune dissonance n’a pu se produire.
- p.8 - vue 10/18
-
-
-
- — 9 —
- L’administrateur a montré au peintre les tons qu’il pouvait obtenir d’après la gamme demandée et c’est de la tonalité même des émaux choisis par le peintre que celui-ci est parti pour colorer ses personnages. De là, nul mécompte, et l’artiste en composant son œuvre, suivant des combinaisons certaines, sait où il va et connaît d’avance le résultat final vers lequel il marche en toute sécurité.
- 11 ne s’ensuit pas de ce système que le peintre soit forcément dans la dépendance du chimiste; mais quand cet accord préalable peut se faire il y a moins de tâtonnement et partant moins de pertes de temps et d’argent.
- Les deux figures que nous décrivons occupent bien dans le panneau l’espace qu’il convient et ne laissent pas trop d’importance au fond bleu dont la riche tonalité les enveloppe sans les amoindrir.
- Tout est franc dans ce travail qui est résumé autant que possible dans ses moyens d’exécution : ainsi la robe jaune de la céramique est obtenue par cinq éléments au plus, depuis le grand clair jusqu’à l’ombre qui se détache en vigueur sur les fonds bleus.
- Ici, je regrette l’absence d’une note chaude formant reflet, qui eût donné plus de souplesse au ton un peu rude de l’ombre.
- C’est la seule observation que je trouve à faire dans ce bel ensemble.
- La tête de la Céramique est simple, bien franche aussi; tout est tranquille et s’équilibre parfaitement.
- Le trait brun doux qui cerne en général tous les contours extérieurs est très fin; nous ne saurions en blâmer ici la ténuité : ces panneaux étant destinés à être placés sous l’œil.
- p.9 - vue 11/18
-
-
-
- — 10 —
- Ce trait s’engage aussi dans l’intérieur même de la figure pour affirmer certaines divisions dans l’agencement des étoffes et pour les rendre plus lisibles.
- Je signalerai d’un mot seulement le vol capricieux des hirondelles qui sont composées de trois tons seulement et dont la note ardoisée se découpe heureusement sur l’azur du fond bleu.
- La figure de la Tapisserie mérite aussi toute notre attention : elle est plus franchement camaïeu que celle de la Céramique, au moins dans les vêtements.
- Les ombres pourpres en scorzetti foncés font admirablement ressortir les lumières des plis en jaune clair de la robe que des traits d’or illuminent fort agréablement.
- Cette façon d’éclairer les saillies n’est ici qu’une heureuse hardiesse.
- A Sainte-Marie-Majeure, par exemple, elle est tout un système et donne à la mosaïque du cul-de-four un aspect saisissant.
- Ajoutons en passant que ce mode d’éclairage est surtout propice aux mosaïques placées sur des surfaces concaves et partant moins éclairées.
- La note verte du manteau de la Tapisserie pondère les ombres pourpres de la robe.
- Nulle part dans ces deux panneaux nous ne voyons les cubes placés en échiquier :
- Ce mode de travail serait ici hors de mise bien qu’il soit parfois très utile, surtout dans les travaux qui doivent être vus de très loin et pour avoir certains tons vibrants, impossibles à obtenir sans ce moyen.
- Les colorations des chairs sont réussies à notre avis et le travail du mosaïste s’identifie bien par la façon dont il est
- p.10 - vue 12/18
-
-
-
- traité avec les intentions du peintre dans les dégradations de la lumière et les demi-teintes.
- La disposition savamment raisonnée des cubes dont la forme s’amoindrit ou s’accroît suivant l’infléchissement des contours extérieurs me semble parfaite en tous points.
- Aller au delà serait même dangereux.
- Les visages sont également traités de main de maître et sans repentir apparent du moins; là encore, le peintre a été heureusement secondé, et le talent fin et gracieux de M. Olivier Merson a trouvé de dignes interprètes.
- Que chacun reçoive ici la part d’éloges qu’il mérite.
- Nous devons à l’obligeance de M. l’Administrateur de la Manufacture de la mosaïque de pouvoir citer les noms de MM. Ghoisy, Gieutat, Loger, Armas, Badeur, Montagnon et Laude, ces deux derniers sont encore élèves.
- De la pléiade de mosaïstes italiens appelés à l’origine il ne reste plus qu’un artiste praticien; tout le personnel est français; tous sont d’anciens élèves de l’Ecole de mosaïque et enfin, pour ne parler que du travail qui nous occupe, nous pouvons assurer qu’il n’est dû qu’à des mains françaises et que tout en est français, depuis l’artiste qui a exécuté les cartons, les mosaïstes qui les ont traduits, et jusqu’aux émaux qui les composent.
- Il nous reste à parler de la colonne élevée à la mémoire de l’architecte Rougevin, destinée à orner le cloître de la cour du Mûrier à l’École nationale des beaux-arts et qui est exposée présentement au palais des Arts au Champ de Mars, sous les portiques de l’enseignement décoratif.
- Ce monument composé par M. Coquart, architecte de
- p.11 - vue 13/18
-
-
-
- 12 —
- l’école, est une colonne engagée dans la muraille; il a été inspiré par une colonne de Poinpeï.
- A la base un réseau ocré, formé de cloisonnements sertis de rouge et duquel s’échappent des fleurs épanouies et des feuillages grimpants, enserre le fût jusqu’à un bandeau blanc orné d’inscriptions dédicatoires qui le coupe en deux parties à peu près égales; puis des cannelures formées de bandes jaunes, bleues et blanches, s’élancent jusqu’au sommet.
- Tout ce travail, de dimension assez restreinte, 1 m. 80, est une interprétation libre du travail antique.
- Les feuillages et les fleurs sont composés symétriquement, mais sans raideur; il y a une certaine vibration dans les coloris qui charme l’œil.
- La tonalité générale est gaie et fine, sauf pour les cannelures du haut, dont les tons lourds et les bandes disposées trop également nuisent un peu à l’ensemble.
- En somme, l’exécution, confiée surtout aux jeunes élèves de la Manufacture, est bien ce quelle doit être pour un semblable édicule. Les rosaces ou marguerites multicolores s’étagent heureusement entre les tiges enlacées où l’on retrouve bien les contours de l’acanthe et du pampre antiques qui donnent comme un parfum du terroir de la Grande Grèce à ce monument de souvenir.
- Outre cet édicule dont le placement à l’école se fait bien désirer, il y a encore dans les ateliers de la Manufacture nationale de mosaïque un rudiment de colonne isolée cette fois et qui attend pour se compléter un avis de l’administration.
- En dehors de ses travaux de longue haleine, la Manufacture a restauré pour le musée de Saint-Germain-en-Laye
- p.12 - vue 14/18
-
-
-
- la mosaïque antique du Bellérophon, puis la mosaïque de Tabarka; elle est toute prête à remettre en état la belle mosaïque du vue siècle rapportée de Phénicie en 1860, qui reste ignorée dans les réserves du Louvre et pour laquelle M. l’Administrateur sollicite également un vœu favorable de la commission.
- Nous ne terminerons pas ce rapport sans exprimer ici un sentiment de reconnaissance bien mérité envers tous ceux qui ont contribué par leurs efforts au développement de cet établissement national que le Gouvernement a créé il y a treize ans à peine, qu’il encourage tous les jours par ses allocations budgétaires et par les places d’honneur qu’il réserve à ses travaux dans les bâtiments de l’Etat.
- La Manufacture nationale de mosaïque a gagné ses titres à l’attention et à la sympathie de tous; elle pourra prochainement donner d’excellents mosaïstes à l’industrie privée qui les réclame et elle prend aujourd’hui la place quelle mérite auprès de ses aînées: les Manufactures nationales des Gobelins, de Sèvres et de Beauvais.
- Veuillez recevoir, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments respectueux.
- C. LAMEIRE.
- p.13 - vue 15/18
-
-
-
- p.n.n. - vue 16/18
-
-
-
- p.n.n. - vue 17/18
-
-
-
- p.n.n. - vue 18/18
-
-