Force productive des nations depuis 1800 jusqu'à 1851. Introduction aux rapports de la commission française instituée pour le jury international de l'Exposition universelle à Londres en 1851
-
-
- p.n.n. - vue 1/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- DES NATIONS, | %W
- DEPUIS 1800 JUSQU’A 1851.
- INTRODUCTION
- ACX
- rapports de la commission française
- INSTITUÉE POUR LE JURY INTERNATIONAL
- - DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE A LONDRES, EN 1851,
- LE RARON CHARLES DUPIN,
- MEMBRE DE L’INSTITUT, PRÉSIDENT DE LA COMMISSION FRANÇAISE.
- TOME II.
- PARIS.
- imprimerie impériale.
- M DCCC LVIII.
- Page de titre n.n. - vue 2/0
-
-
-
- La labié des matières se trouve en tête du premier volume.
- p.n.n. - vue 3/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- DES NATIONS CONCURRENTES,
- DE 1800 A 1851.
- DEUXIÈME PARTIE.
- L’AMÉRIQUE.
- Nous nous contenterons de nommer la terre du Groën-land, habitée par des Esquimaux et quelques pauvres pêcheurs; c’est une possession du Danemark, et l’on n’y fait qu’un commerce presque nul. La baie de Baffin sépare ce pays des possessions britanniques.
- NOUVELLE-BRETAGNE.
- Aujourd’hui l’Angleterre possède les contrées de l'Amérique du Nord depuis l’île Louis-Napoléon, découverte récemment au delà du 79e degré de latitude boréale jusqu’au /12e, sur les bords du lac Erié ; c’est une distance supérieure à à,000 kilomètres mesurés du nord au midi.
- De l’orient à l’occident cet immense pays, qui prend le nom général de Nouvelle-Bretagne, s’étend depuis le banc de Terre-Neuve, possession sous-marine au 5oe degré de longitude occidentale, jusqu’à l’Océan Pacifique, au 1 h2e.
- En ne comptant que les terres au sud du cercle polaire, on trouve plus de 800 millions d’hectares de terre, c’est-à dire 1 5 fois la surface de la France.
- p.379 - vue 4/0
-
-
-
- 380 FORCE PRODUCTIVE
- Les seules parties habitables, où la colonisation se propage, ne comprennent guère que la huitième partie de cette immense contrée.
- I. DÉCOUVERTES BRITANNIQUES AU NORD DU CERCLE POLAIRE.
- Au nord du cercle polaire, depuis quarante ans, la marine militaire de la Grande-Bretagne a fait des efforts admirables, soit pour reculer les limites de l’empire, soit pour accroître les connaissances humaines en des régions où le climat repousse et presque interdit le séjour de la race européenne.
- Le motif des entreprises a longtemps été la recherche d’un passage des mers d’Europe aux mers d’Asie , par une voie qui semblait être la plus abrégée de toutes.
- L’expédition célèbre commandée par le capitaine Franklin, partie en i 8 A6, inspira dès 1848 les plus sérieuses inquiétudes.
- Depuis ce moment, avec une générosité inépuisable, le Gouvernement britannique a, chaque année, fait de nouveaux efforts pour retrouver l’infortuné navigateur. En i854, on a fini par acquérir la triste conviction qu’il est mort victime du climat, ainsi que ses compagnons.
- Je regrette que les bornes de cette introduction m’empêchent de présenter le tableau des tentatives héroïques dont l’honneur appartient aux marins anglais. 11s ont successivement découvert les îles, les détroits, les passages de la Bretagne byperborée, en multipliant leurs efforts pour retrouver les navires de l’expédition dont on n’avait plus de nouvelles. Tout en eux respire le désintéressement, la chaleur dame et la fortilude, qui font supporter des souffrances surhumaines; et l’on admire l’esprit de ressources qui leur a suggéré les moyens d’en triompher.
- p.380 - vue 5/0
-
-
-
- DES NATIONS. 381
- Les États-Unis ont joint leurs tentatives à celles des Anglais dans ces recherches inspirées par un sentiment d’humanité. La France, en donnant un de ses officiers, le lieutenant Bellot, a fait voir que ses marins, pour de telles expéditions, ont toutes les qualités. Les navigateurs anglais ont déploré la mort d’un jeune compagnon, de si rare mérite ; ils ont signalé leurs regrets par un monument qui s’élève, à Greenwich, sur les bords de la Tamise.
- II. COMPAGNIE BRITANNIQUE DE LA BAIE D’HUDSON.
- Entre le pôle et les terres habitables au midi de la haie d’Hudson, l’immense pays qui s’étend de l’Atlantique à la mer Glaciale et de la mer Glaciale à l’Océan Pacifique, ce pays est soumis, depuis le règne de Charles II, à la compagnie anglaise dite de la Baie d’Hudson.
- Cette compagnie exerce des droits de souveraineté sur tout le territoire concédé; elle entretient des forts pour la défense du pays et la protection de ses agents. Elle soudoie de nombreux chasseurs, qui parcourent les solitudes pour y chercher des fourrures, objet d’un commerce très-important.
- La compagnie de la Baie d’Hudson ne figurait pas comme exposant au concours universel de Londres; mais les maisons de commerce qui donnent à la dépouille des animaux un nouveau prix par des préparations habiles, ces maisons présentaient un magnifique' ensemble de produits. Elles méritaient les récompenses qui leur ont été décernées.
- Voici quelle était, dans l’année même de l’Exposition universelle, l’importation des principales fourrures-provenant de la Nouvelle-Bretagne :
- p.381 - vue 6/0
-
-
-
- 382
- FORCE PRODUCTIVE
- Fourrures apportées de la Nouvelle-Bretag ne, en 1851,
- 'Nombres.
- Ours................. 7,725
- Castors............. 59,692
- Daims................ 2,107
- Nombres.
- Martres...........- 86,249
- Rats musqués. . . . 32 2,32 1 Loutres........... 9,888
- III. LES COLONIES BRITANNIQUES DE L’AMERIQUE DU NORD.
- Dans le nord de l’Amérique, la confédération qui depuis, trois quarts de siècle brille d’un si grand éclat produit sur la vue des hommes la même illusion que le lever du soleil au milieu du firmament ; les autres astres disparaissent, et le vulgaire, aussi longtemps que dure le jour, se plaît à penser qu’un seul corps dans les cieux mérite son admiration superstitieuse et constitue à lui seul la splendeur de l’univers.
- Cependant, à côté des Etats-Unis, sons un ciel âpre, mais favorable encore à l’espèce humaine, il s’est produit depuis les premiers jours du siècle, et surtout depuis la paix générale, un progrès social immense. Ce progrès s’accomplit dans une contrée plus grande que deux fois la France; dans une contrée où les solitudes se peuplent avec une rapidité magique, où la civilisation étend son empire sans vaine jactance, et par là peut-être ne porte ses fruits qu’avec plus de bonheur réel.
- La prospérité matérielle frappe tous les voyageurs aux Etats-Unis; on l’a jugée le fruit de l’organisation politique; elle est devenue la prétention et l’orgueil de la .démocratie. On a fini par offrir aux deux mondes comme le dernier mot de la perfection sur la terre, comme le terme inévitable et le désidératum des sociétés déjà formées, la démocratie en Amérigue, Le croit-on toujours?....
- p.382 - vue 7/0
-
-
-
- DES NATIONS. 383
- Nous allons voir six Etats, au nord des Etats-Unis, puisant les trésors de la paix et de la sécurité dans les sources de l’autorité monarchique; ils présentent des résultats qu’on peut mettre en parallèle avec ceux qui nous frappent le plus chez leurs illustres voisins. Ce spectacle mérite l’attention de l’ancien monde.
- Exposition de 4851.
- L’Exposition universelle étalait dans tout son luxe les productions naturelles des colonies anglaises de T Amérique du Nord : les minerais de fer, de cuivre, d’argent et d’or; la houille, plus féconde que les métaux monétaires; les fourrures , que la nature crée plus abondantes, plus délicates et plus belles à mesure qu’on avance vers le pôle. L’agriculture, ensuite, exposait ses produits : des blés d’espèces variées, des farines apprêtées sur les puissants cours d’eau qui descendent au Saint-Laurent, etc. Enfin, quelques objets d’industrie suffisaient pour montrer ce que pourraient les colonies du nord de l’Amérique, si des ellorts sérieux et protégés se dirigeaient de ce côté, bien n’était plus admirable que les échantillons des nombreuses essences de bois tirées des forêts de cette partie du monde, forêts exploitées par des travaux qui sont aujourd’hui d’un développement immense.
- Vingt-deux médailles de prix ont récompensé les diverses branches de travail où les colons du nord de l’Amérique ont montré le plus d’aptitude.
- Topographie générale des colonies britanniques de l’Amérique du Nord.
- La première possession qui s’offre à nous en venant d’Europe, c’est le banc et l’île de Terre-Neuve.
- p.383 - vue 8/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 384
- L’île et le banc protègent du côté de l’orient l’immense golfe du Saint-Laurent, ainsi nommé par le Français Jacques Cartier, qui découvrit le Canada.
- Au nord de l’île est le pays improprement nommé par les Portugais terre de Labrador ( terra di Lavoro), terre de labour, pays qui jusqu’ici n’est fréquenté que par des pêcheurs sur la côte ou par des chasseurs à l’intérieur.
- Dès les premiers temps où les Français fréquentèrent ces parages, ils donnèrent deux noms qui sont restés, l’un au détroit de Belle-Ile, l’autre à l’îlot qu’ils avaient rencontré au nord de Terre-Neuve : c’était en mémoire de la Belle-Ile française, qu’on perd de vue la dernière lorsqu’on s’éloigne de l’embouchure de la Loire pour naviguer vers l’occident.
- Au midi de Terre-Neuve, deux modestes îles et le banc qui les avoisine sont tout ce qui reste aux Français de leurs vastes possessions dans l’Amérique boréale.
- Saint-Pierre et Miquelon, restitués à la France lors de la paix de 1815, sont pour nous le lieu d’une pêche importante qui produit par an près de 16 millions de francs. C’est tirer un heureux parti des débris de notre fortune en ces parages.
- L’entrée principale du golfe du Saint-Laurent est entre Terre-Neuve et le cap Breton.
- Le nom de Cap-Breton s’étend à toute une île plus grande que la Corse, et séparée par un étroit passage du continent américain.
- Au delà de cette passe commence la Nouvelle-Ecosse, adjacente elle-même au Nouveau-Brunswick, frontière du Canada vers l’occident et des Etats-Unis vers le midi.
- Du côté du golfe, les trois colonies que je viens d’indiquer bornent au sud le golfe du Saint-Laurent par un demi-cercle dont le diamètre a près de 8o lieues. L’île
- p.384 - vue 9/0
-
-
-
- 385
- DES NATIONS.
- importante du Prince-Edouard se développe comme un croissant étroit et long, enchâssé dans ce contour.
- Nous ferons comprendre à nos concitoyens combien est vaste le golfe du Saint-Laurent en leur disant que sa largeur surpasse la distance de Paris à Bordeaux, et sa profondeur, la distance de Paris à Lyon.
- La rive méridionale du golfe est à la même latitude que notre Provence. Elle otîre des étés presque aussi chauds; mais les hivers, incomparablement plus froids, ne permettent pas la culture de nos plantes du Midi.
- 1. LA COLONIE ET LA PÊCHERIE DE TERRE-NEUVE.
- L’île de Terre-Neuve est une île plus vaste que la Normandie et la Bretagne prises ensemble.
- A l’est, au midi de cette île s’étendent le grand et le petit banc de Terre-Neuve, plateaux sous-marins situés à des profondeurs éminemment propres au séjour de deux espèces de poissons dont la pêche est précieuse : la morue et le maquereau.
- Le banc de Terre-Neuve n’a pas moins de 36o kilomètres de largeur sur 5oo de longueur, avec une profondeur d’eau d’environ 45 mètres; il est terminé par des bords abruptes au delà desquels la profondeur de la mer quadruple tout à coüp.
- C’est à la grande et victorieuse lutte de l’Angleterre contre Philippe II, roi d’Espagne et de Portugal, qu’il faut rapporter la conquête de Terre-Neuve. En i585, 1 illustre Drake y poursuit, y capture des pêcheurs portugais; il proclame sur ces parages la domination de sa souveraine, la grande Élisabeth.
- En 1610 est fondée la société des Aventuriers planteurs de Londres et de Bristol, pour cultiver l’île de Terre-
- 25
- INTRODUCTION.
- p.385 - vue 10/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 386
- Neuve : 3e chancelier Bacon figure parmi les fondateurs. Malgré des protecteurs de cet ordre, les progrès de l’établissement ont été lents et pénibles.
- Ne croyons pas que l’Angleterre n’ait jamais dirigé ses colonies qu’avec un génie supérieur. A l’époque où ses actes arbitraires, oppressifs, révoltaient celles qui se confédéraient et bientôt allaient constituer les Etats-Unis, l’Angleterre voulait former à tout prix des marins, afin de soutenir une lutte qui devenait si menaçante. Sur la proposition du Conseil des plantations et du commerce, les chefs de la station navale de Terre-Neuve reçoivent un ordre pour détruire les cultures de cette île, brûler les fermes, et chasser les planteurs anglais des champs qu’ils avaient déjà fertilisés : c’était le moyen qu’on imaginait pour leur faire aimer la marine.
- En 177b, le Parlement britannique veut se venger de ce que les Anglo-Américains s’étaient coalisés afin de ne plus commercer avec la métropole et de n’en plus consommer les produits. Il interdit la pêche de Terre-Neuve aux marins jusqu’alors paisibles des colonies insurgées; ceux-ci, privés d’une innocente occupation, passent aussitôt au service militaire contre la marine britannique. Ce fut pour la flotte américaine et pour ses corsaires une recrue formidable.
- L’établissement anglais de Terre-Neuve avait joui d’une grande prospérité pendant la guerre contre la République et l’Empire français ; mais après la paix générale de 1814, il éprouva de profondes souffrances par la rivalité des pêcheurs étrangers.
- On le voit néanmoins se relever au point que, de i83o à i832, les pêches britanniques de Terre-Neuve et du Labrador présentent, année moyenne, une valeur de 20,460,000 francs; à la même époque, les produits
- p.386 - vue 11/0
-
-
-
- 387
- DES NATIONS.
- de la métropole exportés dans ces parages s’élevaient à 1 o,5oo ,000 francs.
- Saint-Jean, chef-lieu de Terre-Neuve, est le rendez-vous des pêcheurs britanniques et leur marché principal. La haie de Saint-Jean est une des plus sûres et des plus belles du globe ; l’entrée en est étroite à ce point qu’une chaîne suffit pour la fermer contre l’ennemi. De fortes batteries la protègent.
- C’est seulement en 1822 que M. Cormack entreprit d’explorer l’intérieur de l’île, jusqu’alors imparfaitement connue de ses possesseurs. Il la traversa de l’ouest à l’est dans sa plus grande largeur. Il reconnut partout la base granitique du sol; il trouva des mines de houille, des tourbières abondantes, des minerais de fer, etc. Les vallons seraient propres à nourrir de nombreux troupeaux ; les arbres sont petits, mais le climat est favorable pour cultiver les céréales. Ce pays, dans sa physionomie générale, offre une analogie frappante avec les montagnes et les vallons de la haute Écosse, soit pour la nature du sol et des productions, soit pour la température.
- Jusqu’à ce jour les Anglais ont très-peu profité des ressources de l’île, puisqu’ils n’y comptent pas encore an habitant par 70 hectares de terre. Cependant, nous venons de le dire, elle est comparable, pour le climat et la nature de la terre, aux bonnes parties de la haute Ecosse. Mais les émigrants sont, en général, plus occupés de la pêche que des défrichements.
- J’ai sous les yeux l’état officiel de leur marine marchande pour lannee i853; elle présente g58 bâtiments à voiles, jaugeant 63,49^ tonneaux, et seulement 2 navires a vapeur, jaugeant ensemble 13 6 tonneaux.
- Deux autres documents officiels donnent pour évaluation des produits de la pêche à Terre-Neuve:
- 25.
- p.387 - vue 12/0
-
-
-
- 388
- FORCE PRODUCTIVE
- Celui de la France.............. 15,764,582 francs.
- Celui de la Grande-Bretagne..... 1 g,g52,65o
- J’ose dire qu’en comparant l’exiguïté des établissements français et la vaste étendue des établissements anglais à Terre-Neuve ainsi qu’au Labrador, les produits français sont de beaucoup les plus remarquables.
- 2. ÎLE DU CAP-BRETON.
- Après la paix d’Utrecht, en 1715, la France conserva les deux îles du Cap-Breton et de Saint-Jean.
- Le Cap-Breton était alors sans cultures et presque sans habitants. Dès 1720, les Français voulurent protéger l’entrée du golfe du Saint-Laurent, et par conséquent la possession du Canada; ils bâtirent et fortifièrent Louisbourg, dans une baie excellente et très-voisine du cap le plus avancé vers l’Europe.
- En 1745, tandis que nos troupes de terre triomphaient des Anglais à Fontenoy, une énorme flotte anglaise assaillait Louisbourg, quelle prenait après quatre-vingt-dix jours de siège. Restituée aux Français par la paix d’Aix-la-Chapelle, cette place importante fut attaquée de nouveau en 1758 par une armée de 2 3 vaisseaux de ligne, 18 frégates et 1 6,000 hommes de troupes : c’était l’armée qui commençait ainsi la conquête du Canada.. . Depuis un siècle, les fortifications et les habitations de Louisbourg ne présentent plus que des ruines.
- Les Anglais ont transféré la capitale de l’île à Sidney, de l’autre côté du Cap-Breton; ils l’ont bâtie au fond d’une baie spacieuse et dans le voisinage de riches mines de houille.
- Depuis le commencement du xixe siècle, les cultivateurs des Highlands de l’Ecosse privés d’emploi dans la
- p.388 - vue 13/0
-
-
-
- DES NATIONS. 389
- métropole sont arrivés en assez grand nombre au Cap-Breton; ils y trouvaient un climat semblable à celui de la patrie qui les rejetait durement de son sein.
- Outre les Highlanders, le Cap-Breton contient des colons venus des îles occidentales de l’Ecosse, ainsi que des Irlandais. Ils se partagent entre l’agriculture et la peche du maquereau, du hareng et de la morue.
- Dans la colonie du Cap-Breton, dès i83o, on évaluait à 3o,ooo le nombre des habitants. Il faut y joindre 3oo Indiens, les seuls que les Anglais n’aient pas exterminés pendant la guerre ou la chasse.
- Les richesses minérales sont variées et donneraient d’abondants produits si la concurrence était possible avec les produits similaires de la Grande-Bretagne. On pourrait du moins exporter beaucoup de plâtre, comme engrais, non-seulement aux terres coloniales, mais aux Etats-Unis.
- Franchissons l’isthme qui sépare le Cap-Breton de l’Acadie ou Nouvelle-Ecosse.
- 3. ACADIE OU NOUVELLE-ÉCOSSE.
- Les premiers émigrants français qui s’adonnèrent à cultiver les rives méridionales du golfe du Saint-Laurent appelèrent Acadie les terres qu’ils défrichèrent. Us y pratiquèrent des vertus douces et paisibles; l’amour du travail et la modération leur donnèrent l’aisance et le bonheur. Us vécurent inoffensifs autant qu’heureux jusqu à 1 époque ou les habitants des colonies qui devinrent plus tard les Etats-Unis les expatrièrent de vive force en leur faisant souffrir des maux infinis. Tous ne succombèrent pas sous cet acte d’une tyrannie qui semblerait n’appartenir qu’aux plus mauvais temps de l’antiquité. Quel-
- p.389 - vue 14/0
-
-
-
- 390
- FORCE PRODUCTIVE
- ques victimes échappèrent; elles revinrent aux lieux que leurs sueurs avaient fécondés. Les rares débris des populations françaises de l’Acadie se trouvent encore dans les vallons les plus retirés du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse; ils n’ont conservé de leur fortune passée que leurs vertus et la bienveillance inaltérable de leurs mœurs.
- M. Bancroft, dans son Histoire de la Révolution d'Amérique, fait connaître, par un saisissant tableau : les mœurs innocentes et paisibles des Français établis dans l’Acadie et les persécutions exercées sur eux par l’Angleterre; la tyrannie ombrageuse de cette puissance; la spoliation des familles qui les premières avaient défriché ou conquis sur la mer les guérets et les prairies du pays qu’on voulait appeler la Nouvelle-Écosse; l’enlèvement des hommes, des femmes et des enfants, et leur dispersion dans les colonies les plus lointaines de l’Amérique du Nord. Ce tableau tracé par l’historien de l’Union américaine est admirable de vérité. S’il appartenait au pinceau d’un Français, les lecteurs les moins prévenus refuseraient de croire à tant de perfidies et de cruautés. L’humanité se trouve ici vengée par un juge que la postérité ne peut soupçonner ni de partialité ni d’exagération.
- L’abbé Raynal a fait une peinture éloquente et vraie du caractère digne et simple des Français, premiers colons de l’Acadie, dont ils changèrent l’aspect et qu’ils rendirent fertiles par d’infatigables travaux. Lorsqu’à la suite des malheurs dont Louis XIV fut accablé dans sa vieillesse, cette contrée fut conquise par l’Angleterre, elle perdit son nom pour prendre celui de Nouvelle-Ecosse. Les colons français jurèrent alors de ne jamais porter les armes contre la mère patrie. Après être restés pendant un demi-siècle paisibles et soumis à leur nouveau souve-
- p.390 - vue 15/0
-
-
-
- 391
- DES NATIONS, rain, lorsqu’éclata la guerre de Sept ans, ils furent enleves à leur terre natale et transportés d’un climat froid et salubre sur les côtes les plus malsaines des colonies britanniques, près de la zone torride. Quelques-uns, exiles seulement dans la Pennsylvanie, n’y périrent que de misère ; là, les descendants, les disciples de William Penn, les quakers, oublièrent à leur égard l’humanité de leur premier législateur : de celui qui voulait que les hommes, à titre de frères, fussent au moins des amis.
- Plus tard, lorsque la guerre eut cessé, les débris du peuple acadien revinrent dans leurs colonies primitives, chercher quelques nouveaux coins de terre autres que ceux dont la violence et le vol les avaient privés pour jamais. Ils formèrent des bourgades, qu’on trouve éparses depuis le Cap Breton jusqu’au Nouveau-Brunswick; ils ont les vertus aimables de leurs pères, dont ils parlent toujours la langue, fidèles comme eux à la foi catholique, et ne mêlant jamais leur sang à celui de la race conquérante.
- Rapprochement singulier : notre premier établissement avait eu lieu dans une baie magnifique, à Port-Royal-d’A-cadie, ainsi nommé peut-être pour rappeler Port-Royal-des-Ghamps; il fut détruit en pleine paix par un bâtiment virginien, que conduisait un jésuite français, pour expulser probablement des jansénistes qui n’avaient pas voulu subir le joug de leurs antagonistes,... même aux confins du Nouveau-Monde.
- Par le traité de Ryswick, en 1697, la possession de l’Acadie était maintenue à la France. Mais, en 1 713, le funeste traite dUtrecht transmit aux Anglais ce pays, qu’ils nommèrent Nouvelle-Ecosse. Port-Royal, alors, reçut le nom d Annapolis, en l’honneur de la reine épouse de Guillaume III.
- p.391 - vue 16/0
-
-
-
- 392 FORCE PRODUCTIVE
- Ce fut seulement après la paix d’Aix-la-Chapelle que les Anglais bâtirent Halifax, dans une admirable position maritime, sur les bords de l’Atlantique. Cette ville reçut le nom du Lord président du Conseil des plantations et du commerce, qui sut en faire le choix si judicieux.
- Dès la guerre de Sept ans, Halifax devint le centre de la station navale anglaise. Ce port rendit des services immenses, qui, par un juste retour, firent sa prospérité.
- En 18 3 o , le port d’Halifax ne comptait pas moins de 3o,ooo habitants; ce nombre, aujourd’hui, doit être doublé. A la même époque, les paquebots à voiles mettaient dix-huit jours pour aller d’Halifax à Liverpool, en parcourant 1,175 lieues : les paquebots à vapeur font maintenant ce voyage en huit jours.
- Le Gouvernement britannique entretient dans Halifax l’établissement des vivres et l’arsenal pour fa réparation des navires de la station qui pendant la paix protège la pêche et la navigation, en attendant des services plus importants en cas de guerre. C’est un des établissements extérieurs les plus considérables que possède l’Angleterre.
- On compte mille lieues du port d’Halifax à Valentia, la ville d’Irlande la plus avancée vers l’occident.
- Afin de réduire à la moindre durée le trajet d’Europe en Amérique, les Anglais ont agité dans ces derniers temps une grave question : Convient-il d’assigner Valentia pour point de départ et d’arrivée aux navires à vapeur qui communiquent entre le nord de l’Amérique et les royaumes britanniques? Un tel choix aurait eu l’inconvénient d’exiger deux lignes de navires à vapeur : la première pour aller d’Angleterre en Irlande, et la seconde d’Irlande en Amérique. Ce seul motif a suffi pour faire préférer Liverpool, dont la distance par mer au port d’Halifax est plus grande de près de 200 lieues.
- p.392 - vue 17/0
-
-
-
- DES NATIONS. 393
- Une compagnie travaille aujourd’hui pour établir une communication électro-magnétique prolongée de New-York, le long du littoral de l’Atlantique, jusqu’au port d’Halifax, de là jusqu’en Irlande, et d’Irlande à Liverpool. C’est la plus grande entreprise de ce genre qu’on ait encore formée.
- Halifax est aussi le point où convergent la ligne télégraphique et le chemin de fer qui conduisent aux deux capitales des Canadas, et de là vers le nord des lacs.
- Les exportations de la Nouvelle-Ecosse ont de 1 importance; en voici les articles principaux pour i85i :
- Francs.
- Houille, 94,583 tonneaux................... 1,297,060
- Beurre et salaisons.......................... 2i6,o5o
- Poisson de mer............................. 3,270,525
- Harengs..................................... 620,476
- Huile...................................... 293,250
- Bois....................................... 3,346,125
- 4. ÎLE DO PRINCE-ÉDOÜAUD.
- Lorsqu’on pénètre dans le golfe du Saint-Laurent, on trouve une île à l’est du cap Breton : c’est celle que les Français appelaient Saint-Jean, et que les Anglais appellent Y île du Prince-Édouard; elle n’a pas moins d’un million d’hectares.
- L’île du Prince-Edouard est le siège d’une chambre représentative et la résidence d’un gouverneur.
- Charlottetown, la capitale, est située sur la côte septentrionale; elle seleve a 1 angle formé par le confluent de deux rivières, dans une vaste baie intérieure.
- L île est infiniment favorable à l’agriculture; dépourvue de hautes montagnes, elle présente les vallées les plus fertiles. Son climat est beaucoup plus doux et les hivers
- p.393 - vue 18/0
-
-
-
- 394 FORGE PRODUCTIVE
- sont moins iongs que ceux même du bas Canada. Les
- montagnes élevées de la Nouvelle-Écosse la préservent
- des brouillards qui pèsent si longtemps sur cette terre
- ferme.
- Les meilleurs bancs pour la pêche, dans le golfe du Saint-Laurent, se trouvent au voisinage de file du Prince-Edouard.
- On construit dans cette île les scbooners et les bateaux nécessaires à la pêche de Terre-Neuve pour la morue et le maquereau; on y fournit les vivres frais nécessaires aux pêcheurs.
- La grande industrie des habitants de la côte est la construction des navires dont a besoin la Grande-Bretagne. Vers i83o, on mettait annuellement à l’eau plus de 100 bâtiments, qui jaugeaient de 100 à 600 tonneaux.
- Nous donnerons d’un seul mot la mesure des prospérités d’une île dont l’attention publique s’est bien peu préoccupée : de 1814 à 18 51, sa population a plus que quintuplé.
- Cette colonie contient encore à peu près un quinzième d’habitants acadiens, en grande partie expulsés de l’île après la conquête de 1758.
- 5. NOUVEAU-BRUNSWICK.
- Le territoire du Nouveau-Brunswick n’a pas moins de cinq millions d’hectares, presque deux fois la Normandie. D’immenses forêts couvrent la plus grande partie du sol. Ces forêls seront un jour défrichées par une population qui s’accroît depuis trente années avec une rapidité merveilleuse. Cette province, qui ne comptait pas en 1783 8,000 habitants, en compte aujourd’hui plus de 200,000.
- Combien de progrès ne reste-t-il pas à faire, en conli-
- p.394 - vue 19/0
-
-
-
- 395
- DES NATIONS.
- nuant cette étonnante progression? Le Nouveau-Brunswick ne possède encore qu’un habitant par 36 hectares : trente fois moins que le Languedoc ou la Picardie.
- Au sud-ouest, le Nouveau-Brunswick est borné par celui des Etats-Unis qui se trouve le plus avancé vers le nord, c’est l’Etat du Maine; puis par l’isthme qui reunit le continent avec la Nouvelle-Écosse. Au nord-ouest, il est limité par le golfe du Saint-Laurent; au nord, il l’est par la grande baie de Chaleur, et par une frontière de terre qui le sépare du bas Canada.
- Des cours d’eau magnifiques ajoutent beaucoup à la fertilité naturelle du Nouveau-Brunswick.
- La rivière de Saint-Jean, qui prend sa source dans un vaste lac, au pied des Alleghanys, après un parcours de plus de cent cinquante lieues, se jette à la mer en face de la ville de Saint-Jean (Saint-John), la plus peuplée de la province.
- Le général Sir Howard Douglas a gouverné le Nouveau-Brunswick, de 1824 à 183 1, avec une activité infatigable et l’esprit le plus éclairé; l’agriculture , le commerce et les travaux publics ont fait, sous son impulsion, des progrès considérables. Il a publié , en 183 1, un écrit remarquable sur l’importance des colonies anglaises du nord de l’Amérique.
- Les législateurs de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick et du Canada s’occupent activement du chemin de fer qui partirait d’Halifax, passerait par Truro et Frederick-Town, chef-lieu de la Nouvelle-Écosse, passerait par l’isthme pour traverser le Nouveau-Brunswick et se prolonger jusqu’à Québec.
- Une autre direction était proposée par Sir H. Douglas : i° Halifax; 20 Truro ; 3° en se dirigeant plus au nord dans le Nouveau-Brunswick, traverser la rivière Miramichi et
- p.395 - vue 20/0
-
-
-
- 396 FORCE PRODUCTIVE
- gagner en ligne droite la rive du Saint-Laurent, à deux cents lieues au-dessous de Québec.... Cette route est plus militaire, mais un peu plus longue que l’autre.
- Dans le golfe du Saint-Laurent, remarquons la baie de Miramichi, devenue célèbre pour l’extraction des produits qu’offrent les parties centrales du Nouveau-Brunswick.
- C’est sur les bords du Miramichi, au sommet de la baie, dans un lieu nommé Chatham, qu’on trouve les beaux établissements de la compagnie Cunard pour le commerce des bois.
- Dès i83o, ces établissements brillaient de toute leur splendeur. Depuis, cette compagnie a fait l’entreprise de la ligne des paquebots transatlantiques; elle dispute la palme aux États-Unis.
- L’année 1825 est l’époque d’un immense incendie qui ravage les forêts du Nouveau-Brunswick. Sur une longueur de quarante lieues, dans la vallée de Miramichi, cet incendie dévore les bois, les hommes et les animaux sauvages ou domestiques; il asphyxie jusqu’aux oiseaux, qui ne peuvent fuir assez vite un océan embrasé. Les flammes s’élèvent à soixante-dix mètres au-dessus des arbres les plus élevés; enfin, la dilatation de l’atmosphère, sur une immense surface incandescente, produit un courant d’air égal à celui des ouragans les plus puissants. Heureusement l’incendie ne descend pas jusqu’à Chatham, ce qui sauve l’établissement Cunard.
- Dans la seule année 1824, qui précédait cet incendie,
- i,384 stères de bois équarri étaient sortis de la baie de Miramichi pour les ports de la métropole.
- Baie de Chaleur.
- Un golfe intérieur est appelé la baie de Chaleur. Cette baie
- p.396 - vue 21/0
-
-
-
- 397
- DES NATIONS.
- fut ainsi nommée pour la haute température qu’éprouva notre navigateur Jacques Cartier, qui la visita le premier, en 1534, avant d’entrer dans le fleuve de Saint-Laurent.
- La baie de Chaleur, large de 36 à 4o kilomètres dans une grande partie de son développement, a 200 kilomètres d étendue longitudinale. La rivière Ritchigauke a son embouchure au sommet de cette haie. C’est à ce point important pour le commerce que Sir H. Douglas faisait passer sa grande voie militaire, qui remontait, à travers le bas Canada du sud-est, la vallée du Matapedia, pour gagner les bords d’un lac dont les eaux franchissent l’Al-leghany, puis descendent vers le nord et vont se jeter, à Métis, dans le fleuve de Saint-Laurent.
- 6. LES DEUX CANADAS.
- Il faut remonter au règne de François Ier, à l’année 15 3 4, pour fixer l’époque où Cartier, navigateur de Saint-Malo, pénétra dans le golfe du Saint-Laurent et découvrit le fleuve magnifique auquel les Français ont donné ce même nom. Cartier le remonta jusqu’aux lieux où devaient un jour s’élever deux grandes cités.
- Au commencement du siècle suivant, Champlain, navigateur illustre, explora de nouveau les côtes du golfe et les rivages du fleuve. Il choisit avec une admirable perspicacité la position de Québec ; il y fonda la capitale d’un grand Etat, à la fois continental et maritime, qui reçut et qui méritait le beau nom de Nouvelle-France.
- Le cardinal de Richelieu, premier ministre à cette époque, prit le titre de Surintendant du commerce et de la navigation de la Nouvelle-France. En 1627, ^ fixa Rù' même les conditions remarquables d’une colonisation fondée à la fois sur le négoce et sur l’agriculture. Les
- p.397 - vue 22/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 398
- limites qu’il assignait à cette immense possession comprenaient toutes les terres de l’Amérique septentrionale dont les eaux tombent dans le golfe du Saint-Laurent et celles qui s’étendent au midi des lacs. Champlain devint le gouverneur du naissant empire.
- L’établissement n’eut pas des progrès très-rapides jusqu’en 1660, époque où Colbert prit en main la prospérité de la France. Dès l’année 166], une force suffisante est envoyée au Canada pour le mettre à l’abri de tout danger. La colonisation se développe avec activité. L’établissement religieux et l’instruction publique, fondés et dotés généreusement par Richelieu, portent leurs fruits. Les plus grands noms de la France y répandent l’éclat, et nous voyons un Salignac de Fénelon illustrer comme supérieur le séminaire sulpicien de Montréal. Les limites effectives de la colonie sont portées aux distances les plus grandes quelles aient atteintes, même de nos jours, en des mains plus heureuses.
- Dès 1672, le père Marquette, missionnaire, avec un habile négociant de Québec, part pour explorer la contrée qui s’étend au midi des grands lacs. Us découvrent le roi des fleuves américains, le Mississipi, qu’ils descendent d’abord jusqu’à son confluent avec le Missouri. Us naviguent dans un canot de sauvages jusqu’à l’embouchure de l’Arkansas.
- En 1678, on construit un premier navire qui fait voile sur le lac Erié. En 1682, De Lasalle ne se borne pas à descendre le Mississipi jusqu’à son embouchure dans le golfe du Mexique ; il remonte ce fleuve, dont nos concitoyens ont découvert l’origine et l’importance.
- Jusqu’alors, les Français avaient été les amis des tribus indiennes, dont nos missionnaires, affables et conciliants, gagnaient les cœurs. Ces liens d’amitié se resserraient par
- p.398 - vue 23/0
-
-
-
- 399
- DES NATIONS.
- le progrès d’un grand commerce de pelleteries, dans les immenses forêts qui s’étendent à l’ouest du Canada..
- Après la mort de Colbert, lorsque la prudence et 1 habileté ne rayonnèrent plus du centre de la France aux extrémités de ses possessions, la discorde se mit entre les Canadiens français et les sauvages. Des cruautés inexprimables furent exercées par ceux-ci contre nos colons. La guerre avec l’Angleterre, qui suivit la révolution de 1688 et qui dura jusqu’en 1698, rendit encore plus précaire la position des Français. Cependant Québec, menacé par une expédition formidable, fut sauvé grâce à l’héroïsme de Frontenac; or Québec était la clef du Canada.
- Je veux faire ici remarquer un fait capital : c’est l’extrême inégalité des populations dans les deux groupes de colonies anglaises et françaises qui se partageaient l’Amérique du Nord. Vers la fin du règne de Louis XIV, les Français, maîtres d’une conquête grande comme dix fois la France et colonisée depuis cent quatre-vingts ans, n’y comptaient encore que 4,500 hommes de i4 à 60 ans, capables de porteries armes. A la même époque, les Anglais, resserrés entre l’Atlantique et les monts Alleghanys, les Anglais, arrivés les derniers de tous dans le nouveau monde, les Anglais comptaient déjà 60,000 colons en âge de faire la guerre. Dans cette extrême inégalité, qui s’est maintenue pendant le siècle suivant, il faut, selon moi, chercher la cause inévitable de la perte du Canada. Une possession de si grande importance ne nous a pas été ravie parce que les Français, comme on l’a si souvent affirme, ne savent pas coloniser, mais parce qu’ils ne veulent pas s expatrier en nombre suffisant pour bien coloniser et se défendre au moyen du nombre.
- C’est au milieu de la guerre de Sept ans, en 1758,
- p.399 - vue 24/0
-
-
-
- 400 FORCE PRODUCTIVE
- que la France a perdu le Canada, dont Louis XV et même Louis XVI n’ont jamais paru concevoir l’importance. Franklin a fait connaître à ses concitoyens que, avant l’époque où la France prit les armes pour soutenir les colonies révoltées, Lord North, premier ministre de Georges III, offrit au Gouvernement français de nous rendre le Canada; et l’offre ne fut pas acceptée !
- Nous eussions pu, nous eussions dû reconquérir cette admirable colonie en 1781, si nous avions envoyé notre flotte aux rives du Saint-Laurent, au lieu de la compromettre misérablement au pied de Gibraltar, qui n’était rien pour la France et pour l’équilibre du monde!
- En vertu d’un traité solennel, les Canadiens ont conservé le culte et les lois civiles de la mère patrie. La coutume de Paris les régit encore; les biens de leur clergé sont intacts comme leurs mœurs ; la langue française continue d’être parlée dans les tribunaux comme sous le toit domestique.
- Ces garanties que, dans l’origine, on a tenté de violer, bientôt on a jugé plus sage de les respecter; conservées aux colons d’origine française, elles ont empêché le Canada de se joindre aux colons de la Nouvelle-Angleterre, lorsque ceux-ci prirent les armes : c’était en 1775, et le Canada n’était conquis que depuis dix-sept ans.
- En 1791, un Acte du Parlement institue deux gouvernements constitutionnels : l’un pour le bas Canada, résidence principale des anciens colons français ; l’autre pour le haut Canada, peuplé surtout par les colons britanniques. Cette différence de races existe encore de nos jours, ainsi que le prouve le tableau suivant :
- p.400 - vue 25/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 401
- ORIGINE DES POPULATIONS DANS LES DEUX CANADAS, D’APRES UN RECENSEMENT
- DE l85l.
- ORIGINES. BAS CANADA. HAUT CANADA.
- Canadiens d’origine française 669,528 26,417
- Canadiens de toute autre origine 125,500 526,098
- 51,499 176,267
- d’Angleterre et de Galles 11,230 82,699
- 14,565 75,811
- des États-Unis 12,682 43,732
- 5,377 21,081
- 890,381 952,105
- 1,842,486
- Catholiques 768,866 167,095
- Autres cultes 121,515 785,005
- Le progrès de la population française, même après la conquête des Anglais, a continué. Son accélération mérite d’être constatée.
- Années. Population. Années. t Population.
- 1676 8,5oo 1784 113,000
- 1700 i5,ooo 1814
- l759 65,ooo i85i 695,945
- Ce progrès est d’autant plus remarquable, qu’il s’opère pour ainsi dire sur place. Les Canadiens français ne peuvent pas se décider a quitter leurs familles pour aller, loin de leurs parents et de leurs paroisses, créer une culture dans les parties lointaines et désertes : ils aiment mieux défri-
- INTRODUCTION.
- 26
- p.401 - vue 26/0
-
-
-
- 402 FORCE PRODUCTIVE
- cher et cultiver de proche en proche, au risque d’aller moins vite, de moins s’enrichir et de moins peupler. Ce dernier inconvénient n’a pas même existé pour eux.
- L’accroissement des populations non françaises est devenu singulièrement rapide dans le haut Canada, par la grandeur des émigrations, à partir de i84i.
- Depuis la paix de 181 h , l’Angleterre avait cessé d’agir avec les mêmes égards envers la race française. Une insurrection s’ensuivit, qui ne fut apaisée qu’en 1838 1. Alors, on confondit ensemble les deux Canadas, qui n’eurent plus qu’une chambre de représentants et qu’un conseil sénatorial. Un tel acte paraît avoir eu pour objet d’étouffer par degrés rapides ce qui reste de prépondérace politique à la race française. Il nous suffit d’indiquer en passant ces transformations gouvernementales.
- Ce qui doit attirer notre attention, ce sont les changements économiques introduits depuis le commencement du siècle dans les colonies du nord de l’Amérique restées sous l’empire de la Grande-Bretagne.
- Bas Canada.
- Le bas Canada comprend la portion du territoire britannique au midi du Saint-Laurent. Il s’étend : sur la rive du sud, jusqu’au 45e degré de latitude, où commencent les États-Unis; sur la rive du nord, jusqu’à l’Ottawa.
- Le fleuve et la vallée du Saint-Laurent.
- Il faut donner une idée de la grandeur du fleuve Saint - Laurent. Depuis son embouchure jusqu’au lac
- 1 Dès 1825, l’état du bas Canada est troublé par le refus que fait le Gouvernement de reconnaître M. Papineau pour président de l’assemblée législative, qui ne voulait pas en nommer d’autre.
- p.402 - vue 27/0
-
-
-
- DES NATIONS. 403
- Supérieur, auquel il sert d’exutoire, sa longueur est de 85o lieues.
- Au cap du Rosier, sa largeur est de 32 lieues. La quantité des eaux qu’il décharge annuellement dans la mer effraye l’imagination : sans compter ses deux principaux tributaires, elle s’élève à 4 13,42g,3oo,ooo mètres cubes.
- Le fleuve des Amazones est moins long de 20 lieues, et son embouchure est moins large des deux tiers.
- Les rives du Saint-Laurent, à partir du golfe, sont loin d’annoncer la richesse qu’elles déploient dans leur partie supérieure. Le littoral du nord offre surtout l’aspect de la désolation.
- En avant du fleuve est l’île d’Anti-Coste, qui n’a pas moins de 5o lieues de longueur sur 10 à 11 de largeur; même après l’avoir dépassée, les deux rives qui se rapprochent sont encore à 3o lieues l’une de l’autre. En remontant de 60 lieues, on arrive à la partie la plus resserrée de l’embouchure, et cette partie n’a pas moins de 11 lieues de largeur.
- On se trouve alors par le travers des monts Pelés : un tel nom suffît à peindre la désolation de cette partie de la rive septentrionale. En remontant plus haut, la scène change par degrés. Sur la côte du sud, on arrive à la vallée du Métis, où les cultures et les établissements des Canadiens français déploient leurs richesses pour ne plus les interrompre.
- C’est à la vallée du Métis que devait aboutir la voie militaire si bien tracée par Sir H. Douglas pour unir les capitales de là Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et du bas Canada. Il y a déjà vingt ans que la législature du Canada a vote la dépense nécessaire à l’exécution de cette voie, par Miramichi, pour aboutir à Saint-John.
- Lorsqu’on suit la rive nord du Saint-Laurent, pour
- 26.
- p.403 - vue 28/0
-
-
-
- 404 FORCE PRODUCTIVE
- arriver à la partie fertile, il faut remonter beaucoup plus haut, jusqu’au confluent du fleuve avec le Saguenay, Cette rivière n’a pas moins de cent lieues de parcours; on la peut remonter pendant 20 lieues avec les plus grands navires.
- Le lac Saint-Jean, d’une vaste étendue, reçoit en tributs de nombreuses rivières qui, réunies, forment le Saguenay.
- Pour se faire quelque idée de la masse des eaux qui descendent par cette voie, il nous suffira de dire qu’à l’embouchure du Saguenay, sa profondeur est brusquement réduite par une barre de rochers à 36 mètres sous les eaux, ce qui serait pour la plupart des grands fleuves connus un maximum rarement atteint. Au-dessous de cette barre, le Saint-Laurent a 72 mètres de profondeur; au- dessus, le Saguenay n’a pas moins de 2 5o mètres, profondeur énorme qu’il conserve dans une longue partie de son parcours. Par le tableau qui suit, nous donnerons une idée de ces dimensions cachées sous les eaux, que l’imagination se représente à peine, en les comparant à des hauteurs qui nous soient familières :
- HAUTEURS SUR LE SOL. PROFONDEURS SOUS L’EAU.
- Mètres. La colonne de la place Vendôme 43 La balustrade des tours Notre-Dame.. 66 L’eglise des Invalides, posée ( sur la plus haute des Pyramides d’Egypte; hauteur de la flèche au-dessus du sol de la Pyramide Mètres. Le lit du Saint-Laurent, vis-à-vis de cette barre 73 Le lit du Saguenay, en amont de la barre et dans un long parcours.... 256
- Au-dessus de l’importante adjonction du Saguenay, le Saint-Laurent réduit successivement sa largeur à 8 lieues, à 6 lieues, à 3 lieues, jusqu’à file d’Orléans, surnommée
- p.404 - vue 29/0
-
-
-
- DES NATIONS. 405
- la belle. C’est la plus considérable de celles qu’on admire au sein de ce fleuve; elle a 10 lieues de longueur.
- Lorsqu’on a doublé cette île, en remontant, on découvre un des spectacles les plus imposants que puissent offrir les plus grandes scènes maritimes. Quoiquon ait déjà parcouru i5o lieues sur le fleuve, l’eau conserve assez de profondeur pour les plus forts bâtiments de guerre; et les marées des équinoxes se soulèvent de 7 mètres. On pénètre dans un havre dont la largeur est d’une lieue et dont la longueur est double. Sur les deux rives, les prairies, les cultures et les forêts séculaires, étagées en amphithéâtre, déploient une magnificence incomparable. Au fond du bassin si richement encadré, en face du navigateur qui remonte le fleuve, s’élève et semble s’avancer une montagne isolée qu’on appelle pour sa beauté le pic cia Diamant. Ce promontoire commande militairement et nautiquement la terre circonvoisine, et les ports et le havre, rendez-vous des vaisseaux de guerre et des navires du commerce qui viennent de l’Océan et des deux Canadas. A droite de ce promontoire, qui porte sur ses flancs une capitale, serpente la rivière de Saint-Charles, et plus bas celle de Montmorency, qui tombe du haut de ses cataractes. A gauche, le Saint-Laurent supérieur trouve ses flots resserrés tout à coup entre le pic du Diamant et la pointe de Lévis; pour s’ouvrir un passage qui suffise au débouché des eaux des quatre mers intérieures, il compense une largeur tout à coup réduite au quart d une lieue par une profondeur de 5o mètres : dix fois le tirant deau dun vaisseau de 100 canons!... A travers ce passage exigu pour sa grandeur, il accélère ses flots et pousse a la mer les alluvions qui pourraient obstruer le vaste havre de Québec.
- Au sommet du mont dominateur, par l’ordre de Ri-
- p.405 - vue 30/0
-
-
-
- 406 FORCE PRODUCTIVE
- chelieu, du grand cardinal, les Français ont bâti la citadelle ; c’est la protectrice du fleuve et la clef militaire des immenses régions découvertes par nos aïeux.
- Québec est à la fois une forteresse, un port de guerre, un port de commerce, et pour les navires marchands le plus grand chantier de constructions qu’ait IWngleterre dans ses possessions extérieures. Les navires construits à Québec, en 1853, réunissaient 49,541 tonneaux. Dans la métropole , aucun port ne présente un pareil résultat.
- Les voyageurs européens veulent-ils se former en miniature une idée des effets si grandioses du Saint-Laurent, cent lieues au-dessous et soixante au-dessus de Québec? ils n’ont qua se rappeler les scènes imposantes et si variées qu’offrent les deux rives du Rhin entre Mayence et Coblentz. S’ils pouvaient faire avancer Ehrenbreitstein et sa montagne de deux kilomètres dans le lit du fleuve quadruplé de largeur, et remplacer par des vaisseaux à trois ponts les simples bateaux de la rivière européenne, ils auraient alors quelque idée de la majesté de la nature et des conquêtes de l’homme aux approches de Québec.
- Sur les rives fortunées du Saint-Laurent habite le plus paisible, le plus simple, le plus doux et le plus sage des peuples; il conserve les mœurs, la politesse et la civilisation des Français au siècle de Louis XIII et de Louis XIV. Il a gardé le code, les lois civiles et l’organisation municipale qui, tracée par Richelieu, ne pouvait pas être menaçante pour l’autorité souveraine; il a gardé plus précieusement encore l’autorité patriarcale d’un clergé qui prêche la vertu par ses exemples plus éloquemment que par ses paroles. Je le répète, c’est à Richelieu que ce beau pays doit son organisation civile et religieuse si puissante et si durable. Son œuvre, plus ancienne que celle deW.Penn, est digne de l’admiration la plus profonde; debout en-
- p.406 - vue 31/0
-
-
-
- DES NATIONS. 407
- core, elle s’est pieusement conservée. A Philadelphie, qui devait être la cité de Vamitié fraternelle, l’aimable secte des Amis y devient de plus en plus rare. Au Canada, le catholicisme multiplie avec fécondité le nombre de ses enfants : ils étaient seulement y0,000 quand ils passaient sous le joug d’une métropole anglicane, en 1763; ils sont aujourd’hui 700,000.
- C’est encore à Richelieu qu’on doit la fondation de ces missions intrépides dont les simples récits, sous le titre de Lettres édifiantes, nous ont révélé les découvertes d’un monde vraiment nouveau et les conquêtes de la foi chez les peuplades indiennes.
- Les Anglais n’ont pas cru pouvoir porter atteinte à l’état social du Canada : ils l’ont prudemment respecté, suivant la foi des traités. Les propriétés, seigneuriales ou non, sont restées inviolables; l’Eglise a conservé ses biens. La croix catholique, arborée sur la cathédrale de Québec, n’a pas cessé d’être le signe patriarcal d’un peuple resté fidèle à la croyance de ses pères.
- Dans ces derniers temps, on a construit à Montréal une autre grande basilique pour un second évêché; elle est assez spacieuse pour que douze mille fidèles puissent y célébrer à la fois le culte de leurs ancêtres.
- A Montréal, à Québec, sont les principaux établissements d’instruction publique pour la partie française du Canada. Les anglicans n’ont pas voulu que l’on conservât les communautés d’hommes, si précieuses pour l’enseignement des colons. Ils n ont pas eu les mêmes terreurs au sujet du sexe le plus faible; ils ont fait grâce, aux sœurs de la charité pour le traitement des malades, et meme aux couvents consacrés à l’éducation des filles. Peut-etre faut-il attribuer à ces motifs qu’au Canada 1 éducation des femmes surpasse de beaucoup celle des
- p.407 - vue 32/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- Ü08
- hommes : aussi, dans l’intérieur de la famille, l’influence de l’épouse s’est-elle conservée dans sa plus douce et plus solide autorité, celle qui naît d’une confiance sentie et d’une juste vénération.
- Continuons de remonter le Saint-Laurent : à partir de Québec, un nouvel ordre de merveilles se révèle à nos regards. Quoique le fleuve se resserre, il est comparable encore aux plus belles parties du Danube et du Rhin.
- A trente lieues au-dessus de Québec, on rencontre la vallée de la Chaudière, par où descend la rivière de Saint-Maurice; avant que celle-ci confonde ses eaux avec les eaux du Saint-Laurent, elle se précipite d’une hauteur de 3o mètres sur 80 de largeur. Un simple ruisseau, dérive de sa partie supérieure, donne la force motrice à la plus puissante des scieries construites au Canada.
- Depuis Québec jusqu’à Montréal, les deux côtés du Saint-Laurent sont occupés par les paroisses françaises; elles sont si serrées les unes contre les autres, que le val du fleuve présente aujourd’hui plus de 200,000 habitants entre Québec et Montréal : deux cités dont la distance à vol d’oiseau surpasse un peu 5o lieues.
- La navigation du fleuve entre ces deux villes est considérablement facilitée par les remorqueurs à vapeur; souvent, en deux jours, ils font remonter aux navires à voiles tout ce parcours sinueux. Rien n’égale en magnificence d’autres bateaux à vapeur destinés au même voyage pour le transport des voyageurs : on en construit dont le jaugeage n’est pas moindre de i,5oo tonneaux.
- Au milieu de cette navigation, il faut se figurer les embarcations des pêcheurs et les canots hardis des Indiens ; il faut y joindre des radeaux monstres, beaucoup plus grands que ceux du Rhin, radeaux habités par des peuplades de mariniers, avec leurs enfants et leurs femmes,
- p.408 - vue 33/0
-
-
-
- 409
- DES NATIONS, en assez grand nombre pour conduire à Québec les énormes masses de charpente que la Grande-Bretagne tire annuellement du Canada.
- Ne passons pas sans les saluer, comme des souvenirs chers à la gloire nationale, la rivière de Jacques Cartier et les Rapides de Richelieu, les premiers qu’on rencontre en remontant le Saint-Laurent. Ils nous avertissent que nous atteignons à la partie du grand fleuve où des pentes plus prononcées produisent les intermittences de cours modéré et de cours impétueux; là se précipite le courant sur les rochers inclinés que le temps n’a pas pu creuser.
- Du côté de la rive droite, la rivière Maurice verse ses eaux dans le grand fleuve par une triple embouchure, auprès de laquelle s’élève la ville des Trois-Rivières. Un peu plus haut, sur ce puissant cours d’eau, sont les forges d’où sortent les fers les plus estimés du Canada : estime que l’amour-propre des habitants traduit en disant que ces fers sont égaux à ceux de la Suède. Les Canadiens préfèrent à toute autre la fonte qui provient de cet établissement, pour l’appliquer à la confection des ustensiles nécessaires aux besoins de leurs ménages.
- Le lac de Saint-Pierre est un immense étang traversé par le Saint-Laurent. Depuis peu d’années on a dépensé près de deux millions pour y pratiquer un chenal approfondi dans une longueur de dix lieues. C’est dans ce lac que débouchent la rivière de Saint-François et la grande rivière de Richelieu, qui décharge les eaux du lac Cham-plain : lac découvert par le navigateur illustre dont il perpétue la mémoire. Il présente une des lignes de communication les plus riches et les plus directes qui puissent être perfectionnées entre le Canada, la Nouvelle-Angleterre et la cité de New-York.
- Les navires des États-Unis débouchent dans le Saint-
- p.409 - vue 34/0
-
-
-
- 410
- FORCE PRODUCTIVE
- Laurent par la rivière de Richelieu. Jusqu’à ces derniers temps, ils n’avaient fait qu’un commerce intérieur avec le Canada, les Anglais s’étant réservé l’intercourse du Saint-Laurent avec la mer : cette restriction n’existe plus.
- La ville de Montréal est au pied de la Montagne appelée Royale, et digne de ce nom : elle forme le sommet méridional d’une île triangulaire en amont de laquelle la grande rivière de l’Ottawa se jette dans le Saint-Laurent.
- Montréal est la seconde cité du Canada pour l’importance politique; elle est plus peuplée que Québec. Sa position est comparable à celle de Lyon entre le Rhône et la Saône. Elle est le centre d’un commerce qui chaque année croît en richesse.
- Signalons à Montréal la Société savante, dont les travaux continuent à faire connaître les richesses d’un sol immense, richesses qui sont encore en grande partie inexplorées. Les trois quarts du peuple de Montréal et de Québec sont de race française et parlent français.
- En hiver, Montréal est' le centre d’innombrables arrivages de traîneaux qui transportent, de tous les points du territoire, les produits de l’agriculture: ces traîneaux figuraient à l’Exposition universelle.
- Autrefois les Canadiens avaient formé, pour le commerce des fourrures, la Compagnie dite du Nord-Oaest. Cette rivale de la Compagnie de la baie d’Hadson a fini par confondre ses intérêts et ses capitaux avec celle-ci. Depuis lors Montréal a cessé d’être l’entrepôt général des fourrures recueillies à l’ouest du Canada : tout se dirige maintenant vers les dépôts appartenant à la compagnie plus septentrionale de la baie d’Hudson.
- A Montréal, nous trouvons des ateliers pour mouler la fonte de fer et construire des machines à vapeur, des chantiers pour la construction des navires, etc.
- p.410 - vue 35/0
-
-
-
- 411
- DES NATIONS.
- Ici finit la grande navigation maritime du Saint-Laurent, à 200 lieues de l’Océan, à 5o lieues au-dessus du point où le flux cesse de soulever les eaux du fleuve.
- En face de Montréal, le Saint-Laurent est plus large qu’à la hauteur de Québec ; mais sa profondeur, à beaucoup près, n’est plus la même.
- Immédiatement au-dessus de la ville, un canal de trois lieues permet d’éviter les bas fonds du fleuve et le saut de Saint-Louis, qu’on rencontre à la pointe la plus méridionale de file de Saint-Réal : voilà la première fois qu’en venant de la mer il devient nécessaire de faire un pareil détour à côté du Saint-Laurent.
- Ce canal avait été construit pour des bateaux de faibles dimensions; des écluses nouvelles permettent aujourd’hui d’en admettre de beaucoup plus considérables.
- Rien ne fait plus d’honneur au parlement des deux Canadas, réunis depuis i84o, que la grandeur des travaux publics votés et la plupart exécutés. Les canaux nécessaires pour éviter les rapides du haut Saint-Laurent ont coûté 35 millions et demi, et les autres ouvrages de navigation artificielle jusqu’au lac Érié, 66 millions. Les phares ^ pour éclairer les abords du fleuve depuis le golfe jusqu’à sa partie supérieure, ont exigé 3 millions.
- Afin de faciliter la descente des radeaux, on a construit pour 3 millions de glissoires en bois sur les rapides qu’offrent les grands affluents du Saint-Maurice, de l’Ottawa et de la Trente. On a dépensé 3 autres millions afin d amelioi er la partie tranquille et navigable de ces rivières.
- Tels sont les secours qu empruntait à l’art une colonie qui ne comptait pas i,5oo,ooo âmes lorsqu’elle abordait des entreprises destinées à perfectionner, à compléter un si grand ensemble de navigation fluviale.
- p.411 - vue 36/0
-
-
-
- 412 FORCE PRODUCTIVE
- L’Ottawa, qui débouche au nord de l’île de Saint-Réal et la sépare de l’île de Jésus, est un des grands fleuves d’Amérique. Il a plus de 200 lieues de parcours.
- Autrefois, la Compagnie des fourrures du Nord-Ouest envoyait annuellement quarante à cinquante embarcations légères qui partaient de Montréal et remontaient l’Ottawa dans une longueur de 126 lieues. Elles étaient portées par les mariniers dans les endroits appelés portages, puis remises à l’eau et dirigées avec l’aviron. La Rivière Française les conduisait au lac Huron; ensuite on gagnait le lac Supérieur, au delà duquel on atteignait le Grand-Portage. En cet endroit on recevait les fourrures que les agents de la Compagnie de Montréal avaient achetées des Indiens. On les emportait en recommençant un parcours de plusieurs mille kilomètres.
- La rivière d’Ottawa sépare le bas et le haut Canada. Ses bords se peuplent avec rapidité, et les cultures croissantes embellissent ses rivages.
- On achève de creuser des canaux parallèles à l’Ottawa vis-à-vis des rapides qui rendent la navigation presque toujours périlleuse et souvent impossible.
- Ici nous commençons à trouver l’Angleterre qui mêle sa population à celle des Français; Chatham s’élève à côté d’Argenteuil, et la propriété d’Argenteuil est passée dans les mains d’un Johnston. Un peu plus haut, la seigneurie dite de la Petite Nation appartient au notable M. Papineau, que la province renommait toujours son président à l’assemblée législative et que le gouverneur anglais repoussait sans cesse : d’où naquit la guerre civile.
- Une énorme quantité de bois est flottée sur l’Ottawa depuis les lieux les plus élevés de son bassin. Les Canadiens manœuvrent leurs radeaux avec une extrême dextérité dans les passages périlleux qu’ils ont à franchir : l’un
- p.412 - vue 37/0
-
-
-
- 413
- DES NATIONS.
- des plus redoutables est celui des chutes de la Grande Chaudière, qui présentent une forte différence de niveau depuis le commencement jusqu’à la fin de ce rapide. Telle est la puissance de l’eau qu’elle a creusé, par cette chute, un bassin profond de 100 mètres !
- Canada supérieur.
- Lors de la guerre de l’indépendance américaine, les habitants des colonies anglaises restés fidèles à la mère patrie, les loyalistes, émigrèrent la plupart dans le haut Canada. Des terres leur furent accordées avec une extrême libéralité. La même politique fut suivie pour les bataillons d’Allemands congédiés après la paix h
- Les limites du Canada supérieur s’étendent jusqu’à l’Océan Pacifique; mais les cultures ne vont pas encore au delà du littoral des grands lacs situés au centre de ces magnifiques réservoirs qu’offre le nord de l’Amérique.
- Dès le commencement du xixe siècle, la haute Ecosse est venue planter ses colonies dans le vaste pays compris entre le Saint-Laurent et le bas Ottawa, en fondant les nouveaux comtés de Lanark et de Glengarry; puis, au nord du lac Ontario, ceux de Perth, d’Elgin et de Bruce, au milieu des comtés anglais.
- Entre les lacs Érié et Ontario, on a creusé le canal Welland, pour éviter la chute si célèbre du Niagara, qui ne permettait pas la navigation naturelle.
- Sur les bords des lacs Ontario, Érié, Huron, la fécondité de la terre est admirable. Le froment et même le mais, la vigne elles arbres fruitiers du centre de la France prospèrent sur cette terre promise.
- On donnait aux colonels 2,000 hectares de terres ; aux capitaines, 1,200; aux officiers d’un grade inférieur, 800 ; aux soldats, 80.
- p.413 - vue 38/0
-
-
-
- 414 FORGE PRODUCTIVE
- Les richesses minérales ne le cèdent pas aux richesses végétales; les eaux des lacs, les torrents et les rivières abondent en poissons d’espèces les plus variées.
- Pour obéir à des considérations à la fois politiques et militaires, les Anglais, en s’éloignant de la frontière des États-Unis, ont établi la communication de Montréal au lac Ontario : i° par le cours supérieur de l’Ottawa jusqu’à Bytown; 2° par le canal de Rideau, qui vient aboutir à Kingstown. En i8i5, presque tout le territoire que traverse cette ligne un peu détournée de navigation était désert; il est aujourd’hui peuplé et cultivé.
- Le Gouvernement britannique a subventionné de 3o millions la colonie pour concourir à de tels travaux; il a de la sorte porté remède au danger qui résulte de ce que l’État puissant de New-York est riverain du Saint-Laurent, depuis le lac Ontario jusqu’au voisinage de file de Saint-François, dans une longueur qui surpasse 60 lieues. Cela permettrait aux Etats-Unis, en temps de guerre, d’intercepter la navigation britannique de cette partie du fleuve.
- Nous arrivons au plus bas des grands lacs dont les rives septentrionales font partie du haut Canada : c’est le lac Ontario. Kingstown s’élève au point d’où le Saint-Laurent en sort, comme le Rhône sort du lac de Genève.
- Kingstown est l’arsenal naval des Anglais pour la défense du lac Ontario. Des vaisseaux de ligne peuvent mouiller à toucher le rivage. Dans l’arsenal, on a construit jusqu’à des vaisseaux de 80 canons. Plusieurs bâtiments de guerre, vaisseaux et frégates, reposent sur cale, aux trois quarts construits; ils pourraient être achevés, lancés, armés en un mois. Sans répondre aux récentes bravades des États-Unis, les Anglais envoient à Kingstown les canonnières à vapeur qui devaient assaillir Cronstadt : c’est un en cas!
- p.414 - vue 39/0
-
-
-
- 415
- DES NATIONS.
- Le lac Ontario n’a pas moins de 80 lieues de long sur 20 à 22 lieues de large, et sa profondeur moyenne n’est pas moindre de 3o mètres. Des bateaux à vapeur très-grands et richement installés établissent la communication la plus rapide entre les cités qui s’élèvent sur les bords de cette mer intérieure.
- Les Anglais ont construit une grande route qui joint les cités de Québec, de Montréal et de Rings town ; elle se prolonge sur la côte septentrionale : i° du lac Ontario; 2° du lac Érié ; 3° du détroit qui conduit au lac Saint-Clair.
- Entre les deux premiers lacs, le Saint-Laurent supérieur se précipite par la célèbre chute du Niagara.
- Le canal Welland ouvre une voie navigable pour tourner cette chute; par ce canal peuvent passer les bâtiments américains à voiles carrées qui naviguent depuis les lacs supérieurs jusqu’aux côtes de l’Atlantique américain et même jusqu’aux Antilles.
- Au commencement de ce siècle, les rives septen -trionales des lacs n’étaient, pour ainsi dire, habitées par aucun colon européen. A présent, la colonisation s’est propagée sur ces immenses rivages dans une étendue de 3oo lieues; chaque jour les Anglais avancent du côté de l’ouest leurs défrichements.
- On a construit des forges considérables sur la Mar-mora, l’un des affluents de la Trente, rivière par laquelle plusieurs lacs secondaires déversent leurs eaux dans le lac Ontario. Les produits de ces forges figuraient à l’Exposition universelle.
- York, la capitale du haut Canada, s’élève à l’extrémité occidentale du lac Ontario, au fond d’une belle baie.
- A vingt lieues au nord d’York se trouve le lac Simcoé, dont les eaux peuvent établir une communication très-
- p.415 - vue 40/0
-
-
-
- 416
- FORCE PRODUCTIVE
- abrégée entre le lac Huron et la partie orientale du lac Ontario, sans passer par le lac Saint-Clair ni par le lac Erié; cela serait avantageux lors de la guerre.
- En ne comptant que le territoire compris au midi de la rivière Ottawa, entre les trois lacs Ontario, Érié, Huron, la superficie éminemment fertile appartenant au Canada supérieur surpasse 15 millions d’hectares, et pourrait, dans un temps assez voisin, suffire à l’alimentation d’autant de millions d’habitants.
- Exploitation des forêts.
- L’exploitation des forêts figure au premier rang parmi les éléments de l’industrie canadienne; il faut y comprendre le commerce des fourrures.
- Des branchages abattus et des arbres qu’on n’exporte pas, on retire un produit important : c’est la potasse obtenue par incinération.
- Les cendres des bois durs, de l’érable, du chêne, de forme, du bouleau, du hêtre, versées dans de larges cuves, y sont lessivées avec de l’eau qui s’échappe par des trous nombreux et petits , percés au fond du vaisseau; elle tombe dans un pot en fonte de fer. Le feu fait ensuite évaporer cette eau, qui contient les sels solubles et les alcalis fournis par les cendres. On obtient ainsi la potasse du commerce, dénomination dérivée de deux mots qui signifient pot et cendre (pot-ashe). Quand on épure la potasse par la calcination, le produit blanc qu’on obtient prend le nom de pearlashe : potasse perlée ou perlasse.
- Le commerce capital est celui des bois de charpente. Les bûcherons et les flotteurs qui servent à l’exploitation des forêts du Nouveau-Brunswick sont, en grand nombre, fournis par les Etats-Unis. Les Canadiens qui se
- p.416 - vue 41/0
-
-
-
- 417
- DES NATIONS, livrent aux mêmes industries s’empressent de faire assez d’économies, sur leurs profils, pour acheter quelques terres encore incultes et poursuivre à leur tour 1 œuvre capitale de la colonisation. Ce placement fait par 1 ouvrier, qui veut à tout prix acquérir de la terre, est le sentiment universel de nos paysans, même éloignés du sol français depuis plusieurs générations.
- Outre les bois équarris, on fabrique aussi de grandes quantités de merrains pour la tonnellerie et du bardeau pour les couvertures. Enfin l’on exporte un nombre considérable de mâts et de mâtereaux, des bois d’aviron, des manches de gaffe, etc.
- En i854, les bois exportés du Canada pour 1 Angleterre sont évalués à 88,857,125 francs. C’est presque les neuf dixièmes des exportations totales : î oo, 176,300 fr.
- On donne le nom général de lumber au bois débité sous toutes les formes et préparé pour le livrer au commerce; les lumberers sont les bûcherons qui le débitent.
- Les scieries, mues par la force de l’eau, constituent les usines les plus nombreuses et les plus importantes que possèdent jusqu’à ce jour les colonies britanniques de l’Amérique du Nord. 11 faut un personnel considérable pour chaque moulin; il faut des équipages de bœufs pour transporter les bois, les tirer des radeaux, enfin les conduire auprès des navires, lorsqu’ils sont débités.
- Les batiments qui portent les bois des Canadas dans lai Grande-Bretagne prennent les émigrants en retour, à des prix très-modérés; cela favorise la colonisation.
- Les Anglais s’étaient réservé la navigation exclusive-de la partie inférieure du Saint-Laurent. Par un traité conclu très-récemment, les navires des États-Unis ont désormais la libre navigation du, fleuve. Elle assure un
- INTRODUCTION. 27
- p.417 - vue 42/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 418
- débouché magnifique aux abondants produits de la vallée du Champlain.
- TERRITOIRE ET POPULATION DE LANOUVELLE-BRETAGNE, D’APRÈS LE RECENSEMENT
- DE l85l.
- COLONIES. HECTARES. POPULATION. HECTARES par MILLE HABITANTS
- Canada inferieur ( 1851 ) 67,702,700 890,261 76,049
- Canada supe'rieur (1851) 38,203,000 953,689 40,058
- Nouveau-Brunswick (1851) 7,157,700 193,900 36,814
- Nouvelle-Ecosse (1851) 4,035,890
- 276,117 17,545
- Cap-Breton (1851 ) 807,580
- Ile du Prince-Edouard (1848) 551,430 62,678 8,148
- Terre-Neuve ( 1851 ) 8,000,000 101,600 78,740
- Totaux 126,458,300 2,478,245 53,753
- Cette superficie, plus que double de la France, est indépendante des territoires immenses réservés à la compagnie de la baie d’Hudson; elle ne comprend pas non plus la partie de la région définitivement conservée à l’Angleterre par sa délimitation avec l’Union américaine, du côté de l’océan Pacifique.
- L’accroissement de la population est encore plus rapide dans la Nouvelle-Bretagne que dans les Etats-Unis; elle a quintuplé depuis le commencement jusqu’au milieu du xixe siècle. Dans cet accroissement, il faut compter pour beaucoup les émigrants venus de la mère patrie.
- Nous appelons toute l’attention du lecteur sur les rapprochements tjui suivent :
- p.418 - vue 43/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 419
- ÉMIGRATIONS DE LA MÈRE PATRIE DANS LA NOUVELLE-BRETAGNE, COMPAREES
- aux émigrations totales de i84o a i854-
- ÉPOQUES. ÉMIGR dans la Nouvelle-Breiague. ANTS dans tous les pays. PROPOS Nouvelle- Bretagne. TIONS. L’Univers.
- 1840 à 1845 (C ans) 206,825 559,078 37 100
- 1846 à 1851 301,117 1,552,523 19 100
- 1852 32,873 368,764 9 100
- 1853 34,522 329,937 10 ï 100
- 1854 43,621 323,112 13 y 100
- Totaux 618,958 3,133,414 20 100
- Les émigrations énumérées dans ce tableau ne comprennent que les départs directs de la métropole. Il est juste d’ajouter qu’un certain nombre d’émigrants au Canada passent par les États-Unis.
- L’Angleterre a dû vivement regretter que, dans l’immense flot d’émigration si fort accru depuis i846, la proportion obtenue par la Nouvelle-Bretagne se réduise successivement de moitié, des trois quarts, tombe au plus bas en 1802, et quelle ne se relève, en i854, qu’au huitième seulement de l’émigration totale.
- Le Gouvernement britannique se préoccupe de plus en plus d'un sujet si plein d’intérêt. De leur côté, les États-Unis se montrent moins favorables aux émigrants européens, qui portent avec eux la turbulence et trop souvent la misere. Ce sont surtout les Irlandais, peu désires dans les pays de 1 Union américaine, que la Nouvelle Bretagne doit avoir un juste espoir d’attirer. Il faudrait les établir en des colonies si voisines de leur pays et si.
- a7*
- p.419 - vue 44/0
-
-
-
- 420 FORCE PRODUCTIVE
- semblables à leur terre natale pour le climat, l’aspect et les productions : telles sont Terre-Neuve, le Cap-Breton, la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick et l’île du Prince-Édouard.
- Statistique commerciale ojjicielle de la Nouvelle-Bretagne.
- Le Gouvernement britannique a fait paraître, pour Tannée i85i, un document plus complet qu’il n’en publie d’habitude sur le commerce de ses possessions extérieures. Il a donné, dans ses Tables de revenu, de population et de commerce, l’état détaillé des objets d’importation et d’exportation, avec leur valeur réelle, distinguée:
- i° Par colonies;
- 2° Par nature d’objets;
- 3° Par puissances pour chaque genre de commerce.
- En faisant une étude approfondie de ces documents, j’en ai déduit des conséquences dont la connaissance me semble d’une haute utilité.
- COMMERCE DE LA NOUVELLE-BRETAGNE EN l85l.
- COLONIES. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- Francs. 19,244,325 Francs. 22,678,925
- Cap-Breton , 373,900 713,850
- Ile du Prince-Edouard 1,960,100 867,575
- Nouvelle-Ecosse 24,923,650 12,118,725
- Nouveau-Brunswick. . 20,768,775 17,449,050
- Canada 67,947,800 35,869,050
- Totaux 135,218,550 89,697,175
- p.420 - vue 45/0
-
-
-
- 421
- DES NATIONS.
- J’arrêterai principalement l’attention du lecteur sur les importations faites dans les colonies de la Nouvelle-Bretagne ; en voici les origines :
- IMPORTATIONS.
- ORIGINE DES PRODUITS IMPORTÉS. ~
- valeurs. PROPORTIONS.
- Francs.
- L’Empire britannique 99,570,625 736 p. 1,000
- Les Etats-Unis 22,404,350 166
- Toutes les autres nations 13,243,515 98
- Total 135,218,490 1,000
- Quelque remarquable que soit ce parallèle, relatif aux colonies, il le devient beaucoup plus quand on prend les produits de l’industrie séparés des produits simplement agricoles.
- VALEUR DES PRODUITS D’INDUSTRIE FOURNIS X LA NOUVELLE-RRETAGNE EN l85l .
- IMPORTATIONS.
- VALEURS. PROPORTIONS.
- L'Empire britannique. Francs. 97,542,075 937 p. 1,000
- Les Etats-Unis t 5,529,925 53
- Toutes les autres nations 987,900 10
- Total 104,059,900 1,000
- On ne sera nullement surpris de voir combien, pour
- p.421 - vue 46/0
-
-
-
- 422 FORCE PRODUCTIVE
- les produits d’industrie, la part des étrangers est exiguë :
- là réside l’habileté de l’Angleterre.
- Depuis la rédaction des derniers états de commerce par le Gouvernement britannique, ceux de i853, imprimés en i855, un grand fait s’est accompli : c’est le traité de réciprocité conclu par l’Angleterre entre la Nouvelle-Bretagne et les États-Unis. Ce traité réduit un certain nombre de droits d’entrée.
- Voici les résultats commerciaux obtenus dans la dernière année complète de l’heureuse et très-habile administration de lord Elgin, pour les deux Canadas :
- IMPORTATIONS. DROITS D'ENTREE. EXPORTATIONS.
- Valeurs totales 164,288,200 francs. 21,187,175 fr. 122,266,950 fr.
- 55,142,650
- 67,124,300
- Sans nous préoccuper davantage d’un traité dont les effets ne font que commencer à*se faire sentir et deviendront immenses, poursuivons notre examen des résultats manifestés, pour l’année 1851, par les comptes du Gouvernement britannique.
- Au premier rang des produits où l’Angleterre éclipse naturellement tous ses rivaux, il faut placer les cotons. Ainsi qu’on pouvait le prévoir, les Anglais suffisent à fournir la presque totalité des étoffes de coton consommées dans leurs colonies américaines.
- p.422 - vue 47/0
-
-
-
- DES NATIONS. J
- TISSUS DE COTON IMPORTES DANS LA NOUVELLE-BRETAGNE EN l85l.
- 423
- PROVENANCES. VALEURS. PROPORTIONS.
- 16,033,250 fr. 425,325 15,700 97 £ p. 100
- Les Etats-Unis 2 j-
- 1
- Rien n’est plus remarquable que la quantité de tissus de coton consommés par les habitants de la Nouvelle-Bretagne. En 1851, elle n’était pas moindre de 38 y millions de mètres. Cela donnait, en y comprenant les femmes et les enfants, i5 mètres 4/io par habitant.
- Nous ne trouverons que le Portugal qui fasse un aussi grand emploi de cotons anglais. Il faut ajouter que dans figure pas à l’état brut dans les importations. Aucune la Nouvelle-Bretagne, où la matière est exotique, elle ne filature, aucune fabrique de tissus en coton ne pourrait s’établir, même dans les Canadas, en présence des produits métropolitains affranchis de tout droit d’entrée.
- Lord Elgin laisse connaître un fait important; il présente ainsi l’importation des cotons ouvrés, pour i852, dans les Canadas :
- Cotons importés
- par l’Angleterre. par les Etats-Unis
- i5,232,oi8 fr.
- 3,822,i4o
- t Ü faudrait savoir si les cotons ouvrés qui viennent des Etats-Unis sont ou ne sont pas d’origine anglaise? S’ils ne sont pas donnes par le transit, la conséquence en est immense. On la concevra quand nous expliquerons les efforts industriels de la Nouvelle-Angleterre.
- Les fers, et les ouvrages dont ils sont la matière pre-
- p.423 - vue 48/0
-
-
-
- 424 FORCE PRODUCTIVE
- mière, viennent ensuite parmi les produits dont la prédominance résulte naturellement du bon marché britannique. La valeur des produits s’offre ainsi qu’il suit :
- FERS BRUTS, OUVRÉS, ETC.
- PRODUITS. VALEURS. PROPORTIONS.
- Britanniques 15,516,525 fr. 964 p. 1,000
- Des États-Unis, 486,100 30
- Des autres nations 85,925 6
- Total 16,088,550 1,000
- Le poids total du fer envoyé sous toutes les formes s’élève à 59,877,907 kilogrammes; ce qui donne, par habitant, 14 kilogrammes. C’est, à coup sûr, une très-forte consommation; elle démontre l’activité des colons.
- Avec une aussi grande quantité de fer métropolitain, les fers de la Nouvelle-Bretagne ne peuvent être produits qu’en faibles quantités et dans des localités très-restreintes.
- Sur les marchés de la Nouvelle-Bretagne, les fabricants métropolitains figurent à peu près seuls pour les industries où l’Angleterre est vraiment supérieure; mais, de longue main, les habitudes ou les lois ont été combinées de telle sorte que l’Angleterre conserve une énorme préférence à l’égard des marchandises où les avantages se balancent partout ailleurs, et même à l’égard des marchandises où, chez l’étranger, la vente britannique est décidément inférieure. Je n’en offrirai que deux exemples; ils sont frappants et d’une haute conséquence. Le premier se rapporte aux lainages, le second aux soieries.
- Lainages. La France, la Belgique et le Zollverein réunis
- p.424 - vue 49/0
-
-
-
- 425
- DES NATIONS.
- vendent à l’univers pour une plus grande valeur de lainages que les trois royaumes britanniques : de la resuite nécessairement que, sur l’ensemble des marches etrangeis où les conditions sont égales entre toutes ces nations, l’Angleterre n’obtient pas la moitié dans la vente des lainages. Voyons ce qui se passe pour ce genre de commerce dans la Nouvelle-Bretagne :
- LAINAGES VENDES À LA NOUVELLE-BRETAGNE EN l85l.
- PROVENANCES. VALEURS. PROPORTIONS.
- L'Empire britannique . Toutes les autres nations 15,088,400 fr. ' 272,400 982 p. 1,000 18
- Nous ne blâmons nullement l’Angleterre en la voyant réserver à ce degré, pour ses fabriques, le riche marché de la Nouvelle-Bretagne; nous affirmons seulement que ce n’est point là l’égalité qu’annonce le libre échange.
- Soieries. Les produits de ce genre exportés de France dans l’univers, en 1851, égalent dix fois la valeur de ceux qu’exporte le Royaume-Uni : il en sort de France pour 334 millions, et d’Angleterre pour 33. Le contraste est immense avec le résultat qui suit :
- SOIERIES VENDUES AUX COLONIES DE LA NOUVELLE-BRETAGNE EN l85l.
- PRODUITS. VALEURS.
- Britanniques t. . r , , , 2,556,475 fr. 63,200
- De toutes les autres nations £ l'Inde anglaise comprise }
- Il résulte de là qu’en 1851, cent habitants de la Nou-
- p.425 - vue 50/0
-
-
-
- 426 FORCE PRODUCTIVE
- velle-Bretagne consommaient pour 1 1 1 francs de soieries britanniques et pour 2 fr. 5o cent, de soieries demandées à toutes les parties du monde.
- A la porte de ces colonies, cent habitants des Etats-
- Unis consommaient, dès i85o :
- Soieries britanniques, pour................. 48 fr.
- Soieries de toutes les autres nations, pour........ 390
- Ces résultats doivent rassurer pleinement l’Angleterre, et lui démontrer que le degré de protection auquel elle a pu s’arrêter dans ses colonies lui conserve une infinie supériorité, même pour les fabrications à l’égard desquelles elle est le plus inférieure sur les marchés étrangers.
- Le traité de réciprocité nouvellement conclu va permettre aux États-Unis de vendre à la Nouvelle-Bretagne, un peu de leurs produits d’industrie; mais l’Angleterre a sur ces États une telle avance, qu’elle ne doit pas s’effrayer de les admettre à des termes approchant d’une fictive égalité.
- Derniers progrès du Canada : Lord Elgin.
- Lord Elgin, en quittant le gouvernement des deux Canadas (en i855), a fait connaître les progrès principaux accomplis sous son habile administration.
- En 1847, les canaux ne rapportaient que i,o3o,ioof; en i854, ils ont rapporté 2,070,7^0 francs.
- En 1847, les navires britanniques chargés, admis à Québec, jaugeaient 1 3 1,798 tonneaux; en 1851, ils jaugeaient 265,078 tonneaux.
- Les navires étrangers, qui ne fréquentaient pas Québec en 1 847, arrivaient, en 1 854, de manière à donner, chargés ou sur lest, un jaugeage additionnel de 79,855 tonneaux.
- Les chemins de fer présentent les résultats d’efforts dignes des plus grands éloges. Déjà les Canadiens ont
- p.426 - vue 51/0
-
-
-
- 427
- DES NATIONS.
- dépensé 25o,oy5,ooo francs, à l’aide desquels 3oo lieues de 4 kilomètres sont ouvertes à la circulation; les travaux se poursuivent pour obtenir quatorze lignes sur un parcours total de 85o lieues, qui coûteront 800 millions.
- Le principal de ces chemins, le Grand-Tronc, pour arriver à Montréal, traverse le Saint-Laurent dans un endroit où, resserré par deux calées, il offre encore 2,438 mètres, plus d’une demi-lieae de largeur. Un pont-tube, porté par vingt-six piles, le traversera; il sera le plus long qu’on ait encore construit. L’ingénieur du pont et du chemin est M. Stephenson, celui qui construit aussi le chemin de fer d’Egypte.
- Le pont avec ses abords coûtera 3o millions. Le poids du fer employé pour les tubes sera de 10,565,000 kilogrammes. L’arche principale, où passeront les plus larges radeaux et les plus forts bateaux à vapeur, aura, de hauteur, 18 mètres i/4 au-dessus de l’étiage; et sa largeur ne sera pas moindre de cent mètres.
- Aussitôt que les Canadiens ont appris que les Etats-Unis et l’Angleterre allaient ouvrir des lignes électro-télé-graphiques, l’émulation les a saisis. Dès 1847, ils communiquaient par ce moyen scientifique entre Toronto, Montréal et Québec. Ils possèdent aujourd’hui 600 lieues de semblables communications. Us correspondent des chutes du Niagara jusqu’à Buffalo, Saint-Louis, Cincinnati et la Nouvelle-Orléans, sur le golfe du Mexique; une autre ligne traverse les Canadas, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, pour aboutir dans l’Atlantique aux ports d’Halifax et de Saint-John.
- Le commerce canadien s’empare de cet instrument avec une activité merveilleuse. En 1848, il ne dictait encore que 60,000 dépêches télégraphiques; en i853, il en dictait 242,876.
- p.427 - vue 52/0
-
-
-
- 428 FORCE PRODUCTIVE
- Ces moyens nouveaux n’empêchaient pas le progrès des anciennes voies de communication. En 1854, le Canada possédait déjà 4,ooo lieues de routes à malles-postes, sur lesquelles les malles avaient parcouru, dans la même année, 16 millions de lieues.
- Avant tous ces progrès physiques, plaçons, avec un noble plaisir, les progrès de l'instruction publique. Les Canadiens, en i854, ont souscrit personnellement pour 2,700,000 francs applicables à l’enseignement populaire, indépendamment des sommes votées par la législature. Le nombre des élèves est si grand qu’il ne comprend pas seulement toute l’adolescence et toute l’enfance depuis un très-jeune âge, mais une partie de l’âge mûr. Le Canada, j’ose le prédire pour un très-prochain avenir, le Canada retirera les plus heureux fruits de semblables sacrifices. Son peuple appartient au petit nombre des races que la nature a douées du génie qui fait les découvertes dans les sciences et dans les arts, des races qui produisent les Descartes et les Newton, les Cuvier et les Franklin. Ses enfants prendront rang parmi ceux qui donneront des héritiers à ces bienfaiteurs du genre humain.
- Aujourd’hui, de nobles sentiments unissent les nations britanniques et françaises des deux côtés de l’Atlantique : en Europe, elles luttent d’héroïsme et de dévouement pour défendre la vie des faibles Etats et l’indépendance des nations-, dans la Nouvelle-Bretagne, un million de francs est offert pour être partagé entre les deux armées de France et d’Angleterre : ce sont les contributions volontaires des Anglo-Français du Nouveau-Monde. Ces inspirations si généreuses, puissent-elles se conserver dans nos cœurs avec une fidélité religieuse et se transmettre à nos enfants pour l’honneur et la félicité du genre humain !
- p.428 - vue 53/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 429
- II. ÉTATS-UNIS DE L’AMÉRIQUE DU NORD.
- CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.
- Si l’on voulait classer les Etats-Unis au milieu des nations d’après le nombre et l’apparence de leurs produits exposés dans le Palais de cristal, on commettrait une immense erreur; cette collection trop exiguë était au-dessous de leur génie, de leur richesse et de leur puissance.
- Pour se former une idée juste de la grande confédération américaine, il faut mesurer ses progrès depuis qu elle a conquis l’indépendance : un tel passé révélera son avenir.
- Accroissements de la population.
- Lors du premier recensement décennal, en 1790, les États comptaient seulement 3,92Zi,5A4 habitants; lors du dernier recensement décennal, en 185o, ils en comptaient 2 3,351,207. Dans cet espace de soixante années, la population totale avait sextuplé.
- Les Canadas exceptés, l’histoire du monde n’offre à notre étonnement aucune augmentation prolongée qui se puisse comparer, même de loin, avec une progression aussi rapide.
- Plus grande encore est la surprise lorsqu’on apprécie la constance et la régularité, presque géométriques, avec lesquelles a lieu cette marche prospère.
- Dans l’intervalle d’une année à la suivante :
- Habitants.
- Entre 1790 et 1800, un million d’habitants devient i,o3o,42o
- Entre 1800 et 1810............................ i,o3i,336
- Hntr6 1810 et 1820.... 1,029,809
- Entre 1820 et i83o.. 1 029,261
- Entre i83o et i84o............................ 1,028,635
- Entre i84o et i85o............................ i,o3i,86i
- p.429 - vue 54/0
-
-
-
- 430
- FORCE PRODUCTIVE
- Pendant les dix premières années du siècle, la guerre gigantesque de la France et de l’Angleterre livre presque en totalité aux Etats-Unis le commerce neutre de l’ancien monde avec le nouveau. Aussi l’accroissement de la population devient-il encore plus considérable qu’il ne l’était dans les dix années précédentes.
- De 1810 à 1820, les circonstances sont changées; l’Angleterre, maîtresse des mers, veut faire sentir sa puissance aux Etats-Unis, que Napoléon convie à fibre respecter le droit des neutres. L’Angleterre, alors, prétend exercer le droit de visite et même la presse sur les navires commerçants de l’Union américaine; celle-ci résiste. Elle ne craint pas d’affronter une guerre qui va porter à son commerce un préjudice énorme, mais moins grand et surtout moins honteux que la perte de la liberté des mers.
- Après une suite de combats isolés, l’Angleterre se fatigue de n’être pas le plus souvent victorieuse. La paix entre les deux puissances est rétablie en décembre 1 8 1 4.
- A partir de ce moment, la pacification universelle permet à tous les peuples maritimes d’entrer dans la plus libre concurrence; il en résulte, pour le progrès de la population aux Etats-Unis, un faible ralentissement qui se prolonge jusqu’en i84o.
- Durant la dernière période décennale, les disettes éprouvées par l’Europe, les dissensions sociales et les révolutions de l’ancien monde, enfin les perturbations suscitées dans les lois commerciales de la Grande-Bretagne, occasionnent une émigration prodigieuse d’Européens et surtout d’habitants des trois Royaumes; les Etats-Unis en profitent. Cela produit un accroissement décennal de population plus grand même que celui de 1 800 à 1810.
- En admettant, pour le demi-siècle qui va suivre, le moindre accroissement décennal qu’on ait observé depuis
- p.430 - vue 55/0
-
-
-
- DES NATIONS. 431
- soixante ans, on trouve qu’avant la fin fie lannee 1902 les Etats-Unis compteront cent millions d habitants.
- En 1902, ils n’auront pas trois siècles d’existence, et par le progrès de leur population, même en défalquant les tributs de l’émigralion, ils compteront plus de quatre-vingts millions d’habitants, parlant la même langue, ayant les mêmes mœurs et tous animés des mêmes ambitions.
- Pour suffire au progrès extraordinaire de la population des Etats-Unis, il faut supposer six enfants par ménage, en admettant qu’il n’y ail aucun célibataire, et que la mortalité jusqu’à ik ans ne soit pas plus considérable qu’en France. Dans notre pays, d’après les résultats présentés de i84o à 1849 inclusivement, on ne compte que sept enfants par deux mariages.
- Accroissements de territoire.
- En 1783, les Etats-Unis, depuis le Canada jusqu’à la Floride et depuis l’Atlantique jusqu’à la rive gauche du Mississipi, contenaient 212,547,400 hectares : quatre fois l’étendue de la France.
- En 1790, quand sa population approchait de 4 millions d’individus, elle possédait 54 hectares par tête; c’était trente fois autant qu’en aurait aujourd’hui chaque Fra nçais si les terres étaient divisées en parties égales.
- Ce territoire, déjà si vaste, a reçu quatre grandes acquisitions depuis le commencement du xixe siècle :
- La première, en i8o3, par la cession que fit la France du pays connu sous le nom de Louisiane. Cette immense contrée que les Français avaient les premiers occupée avec le Canada, vendue pour 80,000,000 de francs, offrait une superficie de 282,981,500 hectares, supérieure à quatre fois celle de la France. La vente équivalait à 34 centimes par hectare.
- p.431 - vue 56/0
-
-
-
- 432 FORCE PRODUCTIVE
- A ce prix misérable, on rendait pour jamais l’Europe inférieure en territoire, en puissance, dans le nord de l’Amcrique; et le négociateur européen s’en félicitait avec une incroyable béatitude!
- Seize ans après, les États-Unis contraignent les Espagnols à leur céder la Floride : pays de i5,349,43o hectares.
- Plus tard, les Anglo-Américains envoient leurs pionniers cultivateurs dans un coin du Texas. Le nombre finit par en être assez grand pour devenir la majorité; majorité factieuse, qui s’empresse de voter la réunion du pays entier aux Etats-Unis.
- Les Mexicains, pour s’opposer à cette spoliation, tentent la voie des armes. A moins de quatre siècles d’intervalle, les rôles sont intervertis. Fernand Cortès, avec une poignée d’Espagnols, avait triomphé des forces nombreuses de l’antique empire du Mexique. En 18/47, un Fernand Cortès des Etats-Unis triomphe du nouvel empire mexicain; il contraint les vaincus à céder un territoire, y compris le Texas, de 217,7/48,000 hectares, pour 75 millions de francs : 3o centimes l’hectare !
- Enfin, après d’âpres discussions, les limites fixées entre la Nouvelle-Bretagne et les États-Unis, au nord-ouest, ont ajouté 79,782,200 hectares à leur territoire reconnu.
- Par les acquisitions que nous venons d’énumérer, les Etats-Unis ont fini par posséder une surface égale à quinze* fois la France. Lors du dernier recensement (i85o), ils présentaient les résultats suivants :
- Superficie.................. 760,435,100 hectares.
- Population.................. 23,191,876 habitants.
- Territoire par i ,000 habitants.. 32,789 hectares.
- Si l’on retranchait de l’Europe les terres circompo-
- p.432 - vue 57/0
-
-
-
- 433
- DES NATIONS.
- laires, que le froid rend presque inhabitables, il resterait nne surface peu supérieure à celle des États-Unis.
- Pour se faire une idée juste de l’Union américaine, il faut la considérer comme une autre Europe, encore au berceau. Formée maintenant par la confédération de trente et un Etats, le nombre en aura probablement double lorsque le territoire entier sera peuplé par la race européenne.
- Ce système fédéral, qu’il faut bien distinguer de la constitution particulière à chaque état, cette alliance politique et sociale n’est pas moins avantageusement imitable par des monarchies que par des républiques; elle offre un modèle qui ferait le bonheur de l’Europe, si les gouvernements de l’ancien monde en adoptaient le principe. Jamais il n’y a de.guerre entre les Etats confédérés, dignes ainsi du beau nom d’Etats-Unis; leurs intérêts, leurs différends de peuple à peuple, sont réglés pacifiquement, par voie souvèraine de congrès.
- Il y a déjà quatre-vingts ans que la confédération des Etats-Unis conserve sa paix intérieure, en s’adjoignant à peu près tous les quatre ans un nouvel État, valeur moyenne. Des discussions irritantes ont successivement eu lieu, sur la balance des intérêts agricoles, manufacturiers ou commerciaux, sur l’abolition ou ïe maintien de l’esclavage; mais jusqu’ici la sagesse des hommes d’État et des populations a conjuré les orages que ces questions faisaient naître.
- Le plus grand danger viendra de l’excès des passions et des richesses. Il faudra voir si les mœurs, en s’altérant par l’oubli du droit des gens et par la démagogie, ne porteront pas atteinte à des progrès sans exemple dans l’histoire.
- Un autre danger peut provenir de l’accroissement énorme des émigrations d’Européens depuis i84o, et surtout depuis 184 fi.
- aS
- introduction.
- p.433 - vue 58/0
-
-
-
- 434 FORCE PRODUCTIVE
- De 1810 à 182a. De 1820 à i83o. De ,i83o à i84o. De i84o à i845. De i8461 à i85o
- 114,000 émigrants. 135,ooo
- 579,370
- 436,792
- i,io6,o58
- 1,542,85a
- 2,371,220
- Emigration de i85i à i855, en moyenne au plus 3oo,ooo par an.
- Depuis 1851, l’accroissement annuel est d’environ 3o étrangers pour 1 00 nationaux; les Américains finissent par s’inquiéter de cette progression.
- Après ces données générales, parcourons les différents Etats, en allant du nord au sud et du levant à l’occident.
- PARTIE DU NORD : LA NOUVELLE-ANGLETERRE.
- La Nouvelle-Angleterre est composée de six États, qui sont: le Maine, le New-Hampshire, le Vermont, le Massachusetts, le Rhode-Island et le Connecticut.
- I. ÉTAT DU MAINE.
- Superficie . ................... 8,227,058 hectares.
- Population en i85o............... 583,16g habitants.
- Territoire par mille habitants.... 14,107 hectares.
- Les Anglais commençaient à peupler cette partie de l’Amérique lorsque la fille héroïque de notre Henri IV montait sur le trône d’Angleterre, en épousant Charles Ier. Comme souvenir de cette alliance, la colonie, qui commençait à cette époque, reçut le nom de la province française où la princesse possédait un héritage féodal.
- Le Maine forme un immense triangle dont la base mé-
- 1 i846, l’année même où s’accomplit la réforme de Robert Peel.
- p.434 - vue 59/0
-
-
-
- i
- DES NATIONS. «35
- ridionale est baignée par l'Atlantique, et dont la sommité s’avance au nord entre le Nouveau-Brunswick et le bas Canada, non loin du fleuve Saint-Laurent.
- Si l’on traçait la ligne la plus courte du Havre à Mulhouse, et si l’on prenait les quinze départements qui sont, au nord de cette ligne, la force et la splendeur de la France industrielle, on n’aurait pas tout à fait le territoire que couvre le seul Etat du Maine.
- Mais, tandis que la partie de la France que nous venons de prendre pour terme de comparaison compte près de 71/2 millions d’habitants, l’Etat américain n’en comptait pas un 12e de ce nombre lors du dernier recensement.
- Loin d’être surpris en voyant une aussi faible population , nous serons frappés par la pensée qu’en soixante années elle ait plus que sextuplé.
- La vingtième partie du territoire suffit au labourage qu’exige la nourriture des habitants; le reste, quelques prairies exceptées, est couvert d’immenses forêts.
- L’exploitation de ces forêts constitue la grande industrie nationale. C’est par la rivière de Sainte-Croix, limite orientale de l’État, et surtout parle Pénobscot, que les bois descendent à la mer. Chaque année, plus de soixante millions de mètres courants, pièces de charpente ou planches débitées, sont amenés dans les ports.
- Au milieu de l’Exposition universelle figurait un modeste outil, digne pourtant d’une attention sérieuse, et qui rappelait la principale industrie du Maine : c’était la hache. Il faut citer avec un juste éloge la hache des États-Unis, pour sa forme judicieuse et la qualité de sa trempe, pour les proportions et la légère courbure de son manche. Entre les mains du bûcheron américain, cet instrument produit un travail qui n’est égalé dans aucune forêt de l’ancien monde, et pas même en Norwége.
- 38.
- p.435 - vue 60/0
-
-
-
- 436 FORCE PRODUCTIVE
- Pour abattre les arbres séculaires dans les gorges profondes des Montagnes Bleues et des Alleghanies, pour les amener à travers tous les obstacles d’un sol dépourvu de routes où le roulage soit praticable, pour les livrer aux torrents qui doivent les entraîner par grandes masses au printemps, il faut des hommes d’une force et d’un courage â toute épreuve. Souvent les arbres mis à flot sont arrêtés par des tournants trop courts, au fond de gorges étroites; poussés en désordre par les eaux et par les glaces des torrents, ils s’amoncellent à des hauteurs prodigieuses. On n’imagine pas ce qu’il faut d’efforts ingénieux, tentés au péril de la vie des flotteurs, pour opérer la débâcle de ces masses accumulées. De pareils travaux sont d’autant plus pénibles que les ouvriers, pour les accomplir, doivent travailler à demi plongés dans une eau dont la température est presque celle de la glace fondante. Le rapide courant de celte eau glaciale produit sur les membres de l’homme une impression dont le vent le plus froid du nord ne donne qu’une faible idée. Souvent cette action frappe de paralysie le travailleur au milieu de ses efforts les plus énergiques ; à moins que ses compagnons ne se précipitent à l’instant pour le tirer de l’abîme, il est perdu.
- La population, peu nombreuse encore, du Maine et des deux Etats limitrophes ne suffit pas seulement à l’exploitation de plusieurs millions d’hectares des forêts du sol natal; chaque année, elle détache des essaims nombreux de bûcherons qui franchissent les monts Alleghanies. Us vont aux avant-postes des Etats qui se forment à l’ouest, afin d’abattre les forêts primitives et faire place à la culture dans les contrées que ce moyen prépare à l’œuvre de la civilisation.
- Le littoral du Maine est admirablement découpé par des baies, plus ou moins profondes, où l’homme a trouvé de
- p.436 - vue 61/0
-
-
-
- 437
- DES NATIONS.
- nombreux ports naturels. Là, tout appelle au dur metier de la mer; là, tout facilite la construction des navires, et le bas prix, et l’abondance, et les belles dimensions des bois dont l’exploitation vient d’être décrite.
- Le Maine, qui compte au çlus pour un quarantième^ dans la population totale des Etats-Unis, construit a lui seul le quart des bâtiments à voiles nécessaires au commerce de cette grande puissance maritime.
- Indépendamment des marins de profession qui peuplent la côte, au retour de chaque printemps et lorsque la semaille est finie, des laboureurs s’embarquent sur leurs bateaux de pêche : ils vont, les uns au banc de Terre-Neuve, les autres sur les côtes du Labrador, faire une première récolte arrachée à la mer; ils reviennent ensuite pour la faucbaison et la moisson de leur terre natale. Voilà comment il est possible? d’expliquer qu’une population de 583,169 âmes possède une marine marchande aujourd’hui plus considérable que celle de la France sur l’Océan.
- FORCE COMPARÉE DE PLUSIEURS MARINES MARCHANDES, CALCULÉE POUR CENT MILLE HABITANTS .* DERNIERE ANNÉE DE PAIX UNIVERSELLE.
- ÉTATS MIS EN PARALLELE. NAVIRES EXISTANT EN l853. CONSTRUCTIONS NEUVES EN l853.
- Tonneaux. Tonneaux.
- L’Empire britannique.. ••••• 12,990 715
- Tous les Etats-Unis 16,136 1,488
- L’Etat du Maine 100,386 18,875
- Rien ne fait plus d’honneur à l’État du Maine que sa supériorité marquée par un semblable parallèle.
- Un fait frappera tout esprit observateur : c’est de voir
- p.437 - vue 62/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 438
- ce peuple de flotteurs, de bûcherons et de laboureurs-matelots attacher un noble prix à la culture des intelligences; c’est de le voir doter généreusement, avec des hectares de bois, ses écoles de village et les collèges de ses villes naissantes.
- En un demi-siècle à partir de 1800, la capitale du Maine passe de 3,677 habitants à 20,815; c’est la ville de Portland, qui s’est développée par les progrès simultanés de la navigation et des fabriques.
- Depuis quelques années l’Etat du Maine s’est mis à pratiquer l’industrie perfectionnée qui file à la mécanique et qui tisse le coton. On a constaté qu’il a produit dès i85o la quantité de 3o,o4o,ooo mètres de tissus, au prix moyen de 46 centimes le mètre. A la même époque, le prix moyen des tissus blancs ou écrus exportés par l’Angleterre était de 38 centimes; si l’on y joint 3o pour cent de droits protecteurs imposés par les États-Unis, on a 49 centimes et demi, sans compter les frais de transport d’Angleterre aux États-Unis. A la rigueur, les tissus du Maine, quoique d’une finesse inférieure, peuvent être défendus contre les rivaux les plus redoutables de la terre.
- A l’égard des quantités, nous présenterons encore un rapprochement qui fera pressentir les formidables luttes que les États-Unis préparent à la Grande-Bretagne.
- En i85o, un des États les moins avancés de la Nouvelle-Angleterre, le Maine, produit, par cent mille habitants, 5,151,900 mètres de tissus en coton. Dans la même année, les Anglais, par cent mille habitants, ne vendent à l’univers que 5,981,700 mètres de pareils tissus.
- Voilà l’une des grandes choses accomplies déjà par le petit peuple du Maine.
- En i85o, cet État possédait 80 kilomètres de canaux; il avait en activité 671 kilomètres de chemins de fer,
- p.438 - vue 63/0
-
-
-
- 439
- DES NATIONS, lesquels avaient coûté 67,618,000 francs. Il en possédé aujourd’hui 800 kilomètres.
- Portland est le centre des voies ferrees. A partir de ce point, elles communiquent: au nord-est, avec le Nouveau-Brunswick et la cote méridionale du golfe du Saint-Laurent; au nord-ouest, par Richmond, avec Québec et Montréal, les deux grandes cités du Canada; au sud-est, avec les points les plus importants de la Nouvelle-Angleterre.
- II. ÉTAT DU NEW-HAMPSHIRE.
- Au couchant, cet État borde le Maine. Il a la figure d’un triangle dont le sommet, du côté du nord, touche au Canada, et dont la base, du côté du midi, s’étend depuis la mer jusqu’au fleuve appelé Connecticut.
- Superficie..................... 2,4o3,4'A2 hectares.
- Population en i85o.. .......... 317,976 habitants.
- Territoire par mille habitants. 7,686 hectares.
- La population du New-Hampshîre est, comme on le voit, encore assez peu nombreuse pour l’étendue de son territoire, couvert de vastes forêts.
- Au commencement du siècle, cette population comptait 183,762 âmes; elle n’a pas doublé dans un demi-siècle. Ses progrès les plus marqués sont très-récents.
- Signalons un port si beau, que les premiers colons crurent pouvoir l’appeler Portsmouth, la perle de l’ancien comté de Hampshire, en Angleterre. Ce souvenir a motivé le nom de New-Hampshire qu’a reçu la colonie dont il est le débouché presque unique.
- Portsmouth est bâti sur la rive orientale de la Pasca-tacjua, dont l’autre rive appartient à l’État du Maine. Au centre du New -Hampshire coule le Merrimack, autre
- p.439 - vue 64/0
-
-
-
- 440
- FORCE PRODUCTIVE
- fleuve important pour la navigation et l’industrie. La frontière occidentale est à la fois circonscrite et fécondée, du nord au midi, par le fleuve Connecticut.
- Ne soyons pas surpris des noms indiens que les rivières et beaucoup de baies ont conservés. Leurs bords étaient habités par des sauvages, guerriers et marias, sur lesquels il a fallu conquérir la terre et les eaux. L’honneur des expéditions a popularisé des noms barbares.
- La ville de Portsmouth, lors du recensement de i85o, ne comptait que 9,739 habitants. Faisons remarquer dans cette ville une manufacture presque unique dans l’État : c’est une fdature de coton, mue par la vapeur et connue sous le nom de steam-mill; elle n’a pas moins de 26 ,000 broches et file des numéros fins.
- Malgré la beauté de son port, la marine du New-Hampshire a bien peu d’importance en comparaison de celle du Maine. Elle n’offrait, en i853, qu’un effectif de 27,071 tonneaux; mais elle construit des navires pour les autres parties de l’Union.
- Le New-Hampshire, ainsi que le Maine, a de vastes forêts, dont les pins blancs, fort estimés, ont servi pendant un siècle pour les mâtures de la marine britannique. Les bois, y compris le chêne, d’une qualité remarquable, descendent par les fleuves que nous avons indiqués.
- Depuis quelques années, l’industrie manufacturière a pris un développement remarquable dans le New-Hampshire et dans tout le nord de l’Union.
- Forces hydrauliques. Il y a déjà plus de cent ans, Franklin, portant ses vues prophétiques sur l’avenir de son pays, avait annoncé qu’il devrait sa prospérité future à la force motrice de Veau.
- La longue chaîne des Alleghanies forme la limite occidentale et septentrionale de la Nouvelle-Angleterre. De
- p.440 - vue 65/0
-
-
-
- 441
- DES NATIONS.
- cette chaîne, dans la direction du nord au midi, descendent des cours d’eau puissants par leur masse et par leurs chutes. Ils forment des rapides, s ils coulent sur des rochers inclinés; ils forment des cataractes, s ils tombent en franchissant des murailles abruptes. Dans ces descentes, dans ces chutes, on n’a vu d’abord que des obstacles au flottage, à la navigation. Les premiers travaux des Européens ont eu pour objet d’adoucir et de régulariser les glissoires offertes par les rapides; les cataractes ont été tournées par des canaux éclusés.
- Applications industrielles. Un autre progrès restait à faire pour justifier les prévisions de Franklin. On l’a réalisé sur les trois fleuves qui baignent le New-Hampshire.
- Sur la Pascataqua, qui débouche à Portsmouth, la première chute d’eau qu’on trouve en remontant a donné naissance aux fabriques de Somersworth. Dès l’année i84o, ces fabriques, animées par la force hydraulique, surpassaient en valeur cinq millions de francs.
- A cinq lieues au-dessus du Nouveau-Portsmouth, sur un affluent de la Pascataqua, s’élève le Noaveau-Doavres. C’est une ville de manufactures, érigée autour d’une chute d’eau de dix mètres. Entre 1820 et i84o, sa population s’est élevée de 2,871 habitants à 6,458; ses fabriques de cotons et de lainages, ses scieries, ses foulons, procurent un si rapide accroissement. Le produit de ces usines, dès i84o, atteignait six millions de francs.
- Les plus grandes créations ont eu lieu sur le Merri-mack. En descendant ce fleuve important, nous trouvons en premier lieu la ville de Concorde. Là, le Mer-rimack est rendu navigable par un canal latéral, afin de tourner la chute d eau dont l’industrie s’est emparée depuis un temps assez court. Dans ce lieu, les fabriques sont diversifiées. Elles ne représentaient qu’un capital d’un mil-
- p.441 - vue 66/0
-
-
-
- 442
- FORCE PRODUCTIVE
- lion, en i84o; mais, dans les dix années subséquentes, la population a presque doublé. L’accroissement continue, et le produit des manufactures a décuplé.
- Le Jury international a récompensé la ville de Concorde par une médaille de prix, pour un mécanisme ingénieux avec lequel M. Eastman remplace le travail si pénible et si long du tailleur de pierre. Cette invention a de l’importance dans un Etat où l’exploitation des granités est un objet considérable d’exportation. Autrefois, on appelait le New-Hampshire l'Etat du granité.
- Effectivement le New-Hampshire abonde en carrières du plus beau granité rouge; elles ont fourni les énormes masses d’où sont sorties les colonnes monolithes de la douane de Boston. On a détaché des blocs de i38 mètres cubes, et les Américains manœuvrent ces poids énormes avec une dextérité singulière.
- Création de la Nouvelle-Manchester et de Nashua.
- Au-dessous de Concorde, à huit lieues en ligne directe, nous trouvons l’emploi très-important d’une chute du Merrimack connue sous le nom à'Amoskeagh. L’application de cette force hydraulique a fait naître une ville, aujourd’hui la plus riche et la plus peuplée du New-Hampshire ; ses créateurs n’ont pas craint de la nommer Manchester. La Nouvelle-Manchester, qui naissait en i83o, ne comptait alors que 887 habitants; dès i84o, elle en comptait 3,235 ; en i85o, le recensement officiel en constatait 18,g33. Elle sextuplait en dix années, et son développement ne se ralentit pas !....
- La compagnie manufacturière dite à'Amoskeagh a reçu la médaille de prix, à l’Exposition universelle, pour des tissus de coton très-variés. Elle possède plus de 60,000 broches de filature, 1,645 métiers à tisser, et n’occupe
- p.442 - vue 67/0
-
-
-
- 443
- DES NATIONS, pas moins de 2,5oo ouvriers. Enfin, elle fait travailler une fabrique de machines, où sont employés 5oo artisans; on y construit les mécanismes et les métiers des manufactures qu’on établit incessamment pour mettre a profit toute la force hydraulique.
- Au-dessous de Manchester, une belle chute d eau se présente vers le confluent du Merrimack et de la Nashua. La dénivellation, depuis le point où commence la chute jusqu’à la fin du rapide, n’est pas moindre de 20 mètres. On a profité de cette chute puissante pour ériger un grand ensemble de manufactures. Dès 18A0, les nouveaux établissements représentaient un capital supérieur à six millions de francs ; les seules filatures de coton faisaient travailler 34,000 broches. La population, pour commencer, comptait déjà 3,600 habitants; à présent, elle est doublée, ainsi que les manufactures.
- Je n’épuiserai pas l'énumération des autres créations du New-Hampshire; il me suffit d’en avoir offert les exemples les plus frappants.
- Ce qu’il est essentiel de remarquer dans les fabriques établies aux États-Unis, c’est l’attention perpétuelle apportée à rendre la force de l’homme plus efficace et par là moins dispendieuse. On y parvient en choisissant les meilleures machines et les meilleurs métiers connus ; les ingénieurs du pays s’efforcent de les perfectionner, et souvent ils les remplacent par des inventions nouvelles.
- Je puis citer comme exemple les moyens employés dans la Nouvelle-Manchester pour fabriquer sans coutures, ni sur les cotes, ni meme au fond, les sacs à farine : objet capital pour le commerce des céréales. Le travail est fait par 126 métiers automatiques ; une seule personne en surveille quatre, et dans sa journée 188 sacs sont confectionnes. Afin de coudre ou d’ourler le bord ou-
- p.443 - vue 68/0
-
-
-
- 444 FORCE PRODUCTIVE
- vert des sacs, il suffit d’une femme par vingt métiers à tisser; elle dirige une machine à coudre active et puissante, inventée par un chef de la fabrique.
- Le même établissement présente une machine à carder dont le principe est nouveau. Au lieu des cardes à pointes implantées sur des cylindres de cuir, le cardage est produit par un mouvement de scies circulaires à dents très-fines, en relief sur un cylindre. La quantité de malpropretés expulsées du coton est énorme; une grande partie aurait échappé au cardage ordinaire.
- On le voit, le génie de la mécanique se révèle à chaque pas dans les contrées que nous commençons à décrire.
- Les Américains-Unis ont-ils bien fait d’entrer hardiment en concurrence avec la Grande-Bretagne pour les industries mêmes qui sont pratiquées avec excellence dans leur ci devant métropole? Adam Smith leur conseillait de s’en abstenir, et J.-B. Say poussait à l’excès la même opinion. Selon ces maîtres célèbres, avec l’immensité des terres à défricher que possédaient les Etats-Unis, il était insensé de partager entre l’agriculture et les fabriques une population insuffisante et de s’adonner aux manufactures pour n’y végéter qu’au second rang.
- Les. Anglo-Américains ont peu goûté ces conseils; ils ont voulu se placer parmi les peuples à la fois agricoles, navigateurs, commerçants et manufacturiers. L’État de Massachusetts va bientôt nous montrer avec quel succès ils ont marché dans cette quadruple carrière.
- III. ÉTAT DE VERMOPiT.
- L’État de Vermont est séparé du New-Hampshire, à l’est, par le haut Connecticut, qui coule du nord au sud. Ses autres limites sont : au nord, le bas Canada; à
- p.444 - vue 69/0
-
-
-
- DES NATIONS. 445
- l’ouest, le lac Cbamplain; au midi, l’Etat de Massachusetts, dont il est séparé par le parallèle du 4 2 degre.
- Superficie.......................... 2,644,436 hectares.
- Population en 185o! ............ 314,32 2 habitants.
- Territoire pour mille habitants..... 8,154 hectares.
- LEtat de Vermont, isolé de la mer, est essentiellement agricole. A l’Exposition universelle, les céréales et le sacre d’érable représentaient les produits de ses champs et de ses forêts.
- Cet Etat, à peine égal au tiers du Maine, offre pourtant une plus grande étendue de territoire amélioré par la main de l’homme. Dès i85o, il présentait près de 3 hectares effectivement cultivés par habitant, et nous ne trouverons un aussi grand résultat obtenu dans aucun autre Etat de la Nouvelle-Angleterre. Il est juste de dire qu’une portion considérable des terres se compose de pâturages, qui demandent peu de labeur.
- Une longue chaîne de monts, couverts d’une riche verdure, a fait donner au pays le nom français de Ver-mont par les premiers colons, qui venaient du Canada.
- On conçoit aisément que la contrée des vertes mon tagnes, la verte Erin de l’Atlantique occidental, est abondante en troupeaux. Avec un septième de territoire, ce pays produit autant de laine que tout le reste de la Nouvelle-Angleterre. Dans un État qui n’égale pas en population les trois quarts de notre département moyen, il ne faut donc être étonné ni de compter 95 fabriques de lainages et 2 35 moulins à foulon, ni d’apprendre que les produits de ces ateliers surpassent la moitié de toutes les autres industries. Un second genre de fabrications très-pratiqué dans le Vermont est encore la conséquence d’une agriculture éminemment favorable à la nourriture des animaux domestiques : ce sont les tanneries.
- p.445 - vue 70/0
-
-
-
- 446 FORCE PRODUCTIVE
- La vaste étendue des forêts, le combustible quelles offrent et l’abondance des eaux à chutes puissantes favorisaient la création des hauts fourneaux, des forges, des verreries, des papeteries, des poteries, etc.
- Signalons aussi, dans l’Etat de Vermont, l’extraction des marbres et le sciage qu’on en fait avec des mécaniques, pour économiser la main-d’œuvre.
- Il est très-remarquable qu’entre i83o et i85o, tandis que le progrès de la richesse était rapide, le progrès de la population était très-faible en ce pays.
- Dans ces vingt ans l’augmentation moyenne de la population n’est par année que de 5 et demi pour mille; l’accroissement en Angleterre est plus que double.
- Pendant ces vingt années une grande partie des habitants du Vermont doit avoir émigré dans les autres États, surtout vers le midi de la Nouvelle-Angleterre.
- Proportion gardée avec sa population, cet Etat a fait de plus grands efforts que le Maine pour créer des chemins de fer. Dès i85o, il en avait terminé 6y î kilomètres, au prix de 75,381,000 francs; depuis, il en a construit un tiers de plus..,.. Portons nos regards sur un genre de progrès, source de tous les autres.
- Dans un pays aussi limité, qui ne possède pas une ville ayant 6,000 habitants, on trouve une école supérieure, 3 collèges et 2,400 écoles primaires. Dès 18A0, parmi les personnes âgées de 20 ans, on constatait qu’il ne s’en trouvait pas 2,3oo ne sachant ni lire ni écrire. A l’usage des autres personnes, il y avait 29 imprimeries et 3o journaux , soit quotidiens, soit hebdomadaires.
- Tel est le mouvement intellectuel dans un État, le moins avancé de la Nouvelle-Angleterre, isolé de la mer, et dont rien n’annonce au dehors la vitalité féconde.
- p.446 - vue 71/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 447
- IV. ÉTAT DE MASSACHUSETTS.
- Nous n’avons parcouru que trois États des moins renommés parmi ceux de la Confédération américaine, et déjà nous avons reconnu les caractères principaux dune race entre toutes si puissante par la vigueur du travail, par le génie tourné vers les arts utiles, et par 1 amour des progrès qui contribuent à la civilisation.
- Le quatrième État, moins étendu que les précédents, les surpasse tous par ïéminence de ces qualités dont nous venons avec bonheur de signaler les traces lumineuses, et nous dirions presque d’annoncer l’aurore : c’est l’État de Massachusetts.
- Superficie.......................... 2,020,118 hectares.
- Population, en i85o................. 994,514 habitants.
- Territoire pour mille habitants. ... 2,o3a hectares.
- En 1790, la France offrait précisément cette superficie pour mille habitants. Nous voilà déjà dans les conditions de l’Europe, et de l’Europe avancée.
- Le Massachusetts a suivi, dans les progrès décennaux de sa population, une marche qui nous paraît mériter d’être soigneusement étudiée.
- PÉRIODES À PROGRÈS LENTS. PÉRIODES À PROGRÈS RAPIDES. |
- Années. Population. Progrès pour mille. Années. Population. Progrès 1 pour mille.
- 1790 378,517 1820 523,287
- 118 166
- 1800 , 423,247 1830 610,408
- 114 208
- 1810 472,040 1840 . 737,699
- | 108 1 349
- 1820 523,287 1850 994,665
- p.447 - vue 72/0
-
-
-
- 448 FORCE PRODUCTIVE
- Un fait nous frappe chez un peuple maritime et commerçant. Pendant les trente ans qui comprennent les longues guerres générales, quoique les Etats-Unis en profitent si largement, la population du Massachusetts n’offre qu’une progression faible et de plus en plus ralentie.
- Dès 1820, à l’époque même où l’Empire britannique sort de la détresse et prend son essor pacifique, le Massachusetts éprouve un accroissement toujours plus considérable dans les progrès de sa population.
- Si nous représentons par 100 l’accroissement décennal de 1810 à 1820, nous trouverons qu’il faut représenter:
- L’accroissement de 1820 à i83o, par............... i54
- ---------------de i83o à i84o, par................ ig3
- -----------;— de i84o à i85o, par................. 32 3
- Voilà donc en trente ans l’accroissement décennal de la population qui fait plus que doubler au Massachusetts.
- . Nous essayerons de signaler les causes d’un développement si remarquable. Mais il faut auparavant chercher à connaître la situation et les caractères essentiels d’un pays digne du plus profond intérêt.
- Trop souvent les limites des Etats qui composent l’Union américaine semblent avoir été conçues par des arpenteurs, au lieu de l’avoir été par des intelligences politiques. Le Massachusetts a la forme d’un long trapèze dont trois côtés, rigoureusement rectilignes, traversent les monts et les vallées, coupent d’équerre les principaux fleuves, et s’avancent au milieu des terres, sans traces aper-cevables. Un seul petit côté très-sinueux a des limites naturelles, qui sont les bords de l’Atlantique.
- Dans toute autre partie du globe, ces bizarres limites auraient rempli d’inquiétude et d’ambition un État si mal enclavé, sans défenses naturelles, au milieu de nombreux
- p.448 - vue 73/0
-
-
-
- DES NATIONS. 449
- voisins. Il eut fallu des fortifications dispendieuses à l’entrée comme à la sortie de chaque rivière et dans les défilés de chaque groupe de montagnes; on aurait saisi les moindres prétextes pour reculer de telles frontières jusqu’aux points d’appui les plus avantageux : la conséquence aurait été la mauvaise foi, l’intrigue et la guerre.
- Aucun des peuples de l’Union américaine, pas meme celui du Massachusetts, ne s’est laissé troubler par de telles craintes ni corrompre par de telles ambitions. Chacun d’eux a ses lois , son gouvernement, et chacun possède la parfaite indépendance de sa vie intérieure; mais tous se considèrent comme les enfants obéissants d’une confédération suzeraine. C’est à leurs yeux la patrie des patries qui sanctifie et rend inviolables leurs limites, quelles qu’en soient la forme et la nature. Us ne conçoivent entre eux d’autre condition possible que celle de la paix. C’est pourquoi le Massachusetts n’a de fortifications que du côté de la mer : côté qui fait face à la vieille Angleterre.
- Toutes les ressources du pays sont dirigées vers l’accroissement de la richesse nationale, vers le progrès de l’agriculture, vers le développement d’une industrie admirable dans sa jeunesse et sa vitalité. L’Exposition universelle, à Londres, en a présenté quelque idée.
- Un État qui pour l’étendue n’est qu’un 376e et pour la population qu’un 2 4e de la confédération fournissait au Palais de cristal plus du septième des exposants américains; il présentait des produits remarquables en agriculture, en manufactures, en arts maritimes. Ses exposants ont, à juste titre, obtenu 17 médailles de prix et l’une des médailles de premier ordre.
- Un seul Etat de la Nouvelle-Angleterre contient une proportion de terres améliorées plus grande, comparativement à la superficie totale, que n’en offre l’État de
- INTRODUCTION.
- 29
- p.449 - vue 74/0
-
-
-
- 450 FORCE PRODUCTIVE
- Massachusetts; celui-ci n’a donc pas négligé l’agriculture, quoiqu'il n’en fasse pas son occupation principale. Il a même eu d’autant plus de mérite que sa terre n’était pas naturellement féconde, et qu’il a su rendre fertile à force d’art un sol en général médiocre.
- Le Massachusetts, par ses industries diverses, a bien dépassé la richesse tirée de l’agriculture. On constatait ainsi, lors du recensement de iS5o, les revenus annuels:
- De l’agriculture....................... 96,480,000 fr.
- Des diverses industries................ 807,072,200
- De ces industries moins les matières premières. 348,597,300
- La Grande-Bretagne, prise dans son ensemble, ne présente pas une aussi grande supériorité des revenus de l’industrie sur ceux de l’agriculture. Il faut se restreindre à des parties justement admirées, telles que l’orbe de Liver-pool ou celui de Glasgow, pour y trouver des résultats comparables.
- Tout en suffisant à des cultures de plus en plus étendues et perfectionnées, le Massachusetts réunit dans ses villes et dans ses ports une aussi grande proportion d’habitants qu’aucun des États les plus avancés. Ses dix villes les plus peuplées surpassent en somme le tiers de sa population. L’Angleterre même, si célèbre pour le nombre et la grandeur de ses cités, n’atteint pas à cette proportion.
- Importance nautique du Massachusetts.
- Au centre de l’immense golfe qui comprend les côtes occidentales de trois États de la Nouvelle-Angleterre, on trouve la vaste baie de Massachusetts; elle est défendue par un rideau d’îles contre les tempêtes de l'Atlantique, et néanmoins est accessible aux plus grands navires.
- p.450 - vue 75/0
-
-
-
- 451
- DES NATIONS.
- Boston s’élève dans la partie de la baie où peuvent aborder à quai ces grands navires. Elle est a la fois le port lé plus riche et la cité la plus populeuse de la Nouvelle-Angleterre. Réunie à ses faubourgs, à sa banlieue, elle a près de 200,000 âmes : c’est plus que n’en comptent séparément Cadix, Gênes, Venise et presque Marseille. Faisons apprécier son importance nautique.
- Les navires du quartier maritime de Marseille n’offrent qu’un jaugeage total de 62,597 tonneaux; les navires appartenant au district de Boston jaugent en somme................................ 328,077 ton.
- Les navires de la France entière, avec ses 36 millions d’habitants, ses 600 lieues de côtes et ses deux mers, ne jaugeaient, eni85o,que............................... 674,206
- Les navires du Massachusetts, pour un seul million d’habitants, et malgré le littoral le plus exigu, jaugeaient dans la même année............................. 703,85o
- Les marins du Massachusetts l’emportent sur ceux de tous les autres Etats pour la pêche du maquereau; ils se livrent à la pêche de la baleine avec une audace, une activité, qui ne sont égalées dans aucun pays du monde; ils l’entreprennent dans l’Atlantique et dans l’océan Pacifique, vers le pôle austral et vers le pôle boréal. Le simple tableau qui suit est suffisant pour caractériser un peuple :
- ' Tonnage des navires affectés à la pêche de la baleine.
- Les trois royaumes britanniques................ 14*777 ton.
- Tous les Etats-Unis, excepté le Massachusetts. .. 13,648
- Le seul Etat de Massachusetts.................. 125,5o3
- La pêche de la baleine est plus qu’une habitude; c’est une ardente passion pour les marins du Massachusetts.
- 29-
- p.451 - vue 76/0
-
-
-
- 452 FORCE PRODUCTIVE
- Les enfants qui commencent à mettre le pied sur un frêle canot sont saisis d’une ambition : ils rêvent le jour où le patron d’un baleinier mettra dans leur main le harpon qui sert à frapper les redoutables cétacés !
- Il y a déjà quatre-vingts ans, un profond observateur des nations, Burke, essayait de montrer aux ministres de son pays combien était insensé l’espoir de courber sous le joug des colons tels que les Anglais de l’Amérique septentrionale; son génie signalait déjà l’indomptable énergie de leurs marins, qui poursuivaient dans les mers les plus périlleuses la pêche de la baleine. Cependant ces navigateurs étaient loin d’avoir atteint le degré, vraiment admirable, de résolution intrépide que déploient aujourd’hui les pêcheurs de Boston et de tout le Massachusetts. Pour affronter les mers hyperborées, ' ils cessent d’attendre que des îles de glaces, plus grandes souvent que la Suisse entière, charrient vers le midi leurs Alpes détachées du pôle par l’action du soleil. Ils devancent le moment; ils vont s’embusquer avec leurs navires au fond des golfes de glace les plus avancés vers le nord, afin d’être à portée de poursuivre les léviathans dès leur première apparition. La voile pour marcher, le harpon pour frapper, ne suffisent plus à leur impatience. La vapeur vient à leur aide, et les fusées à la Congrève sont leurs armes de jet, afin d’atteindre plus vite et de plus loin l’ennemi qu’au besoin ils affrontent corps à corps.
- C’est la patrie de ces lutteurs de l’Océan qui commença de braver l’Angleterre, au faîte de la puissance. C’est elle qui refusa la première de payer toute taxe arbitraire, et qui, pour comble de vengeance, prohiba les produits tissés et vendus par les oppresseurs, puis commença l’instant d’après un combat sans trêve et sans merci.
- Aujourd’hui le Massachusetts exerce une autre influence.
- p.452 - vue 77/0
-
-
-
- DES NATIONS. 453
- La grande pêche que je viens de signaler, et dont cet Etat possède les cinq sixièmes, expédie surtout ses navires baleiniers à travers l’Océanie, depuis 1 Australie et la Nouvelle-Zélande jusque dans les mers boréales, au nord du détroit de Béring.
- La construction des navires à voiles est activement poursuivie dans l’Etat de Massachusetts : en i85i, la médaille de prix récompense un constructeur de Boston.
- Le tableau suivant donnera l’idée des ressources navales de l’État que nous cherchons à faire connaître.
- TONNAGE ET CONSTRUCTIONS PAR DISTRICTS EN l853.
- PORTS DE MER, CHEFS-LIEUX DE DISTRICTS. TONNAGE EXISTANT. i853. CONSTRUCTIONS navales. i853. POPULATION. | i85o.
- Newbury-Port 32,277* 7,911* 9,572
- Gloucester, Joswich 31,412 4,270 11,135
- Salem 30,949 144 20,264
- Beverley 4,114 99 5,376
- Marblebcad 7,185 636 6,172
- Boston. 457,700 60,880 136,881
- Plymouth 11,641 1,339 6,024
- Barnstable 80,008 2,848 4,901
- Nantucket 26,660 800 8,452
- Edgar-Town 7,894 177 1,990
- New-Bedford 158,120 3,857 16,443
- F all-River 15,547 1,394 11,524
- Totaux 863,507* 84,355* 238,734
- Les 84,355 tonneaux égalent presque le dixième du tonnage existant ; c est trois fois plus que n’exige le renou' vellement annuel des navires déjà construits.
- p.453 - vue 78/0
-
-
-
- 454 FORCE PRODUCTIVE
- Les huit premiers districts bordent le superhe golfe au fond duquel est Boston. Les quatre derniers, qui sont au sud, occupent la côte avancée d’un second golfe, au fond duquel est New-York.
- Les industries qui naissent de la mer ne sont pas les seules qui prospèrent dans le Massachusetts; un grand nombre d’autres industries, et surtout d'industries savantes, y sont très-développées : l’Exposition universelle en offrait une preuve éclatante.
- Produits du Massachusetts à l’Exposition universelle.
- Parmi les objets récompensés, on a remarqué des instruments d’agriculture puissants et simples; des faucilles d’une forme habilement étudiée, et différente de la forme des faucilles européennes; une carrosserie et des harnais légers et néanmoins solides, des instruments de musique, des mécanismes nouveaux pour le tissage, etc.
- La capitale de l’Etat possédait les trois quarts des exposants et recevait les trois quarts des récompenses.
- Richesse commerciale de Boston.
- On appréciera la grandeur de l’industrie et du négoce de Boston par les faits suivants, établis lors du recensement de i84o. Dans cette opulente cité, le capital réuni du commerce et des manufactures surpassait 80 millions de francs; vingt-cinq maisons de banque possédaient un autre capital1 de 90 millions, et trente-huit compagnies d’assurances présentaient pour garantie un troisième capital de 35 millions : en tout, 2o5 millions.
- De tels capitaux font mouvoir la puissante marine marchande dont nous avons relaté le tonnage total, non-seu-
- p.454 - vue 79/0
-
-
-
- 455
- DES NATIONS.
- Içment pour le commerce direct du Massachusetts, mais encore pour le commerce de toute la Nouvelle-Angleterre et pour celui de New-York.
- Les produits américains exportés du Massachusetts et principalement de Boston s’élevaient, en 181 2, a 00 millions de francs; en i853, à 90 millions. Dans cette dernière année, les importations de produits étrangers atteignaient le chiffre de 207 millions; enfin ces mouvements étaient doublés par un cabotage qui s’étend de Boston jusqu’aux ports les plus distants de l’Union.
- On concevra maintenant quels travaux publics et particuliers de telles richesses ont fait naître dans la capitale du Massachusetts. L’hôtel de ville, la bourse, les marchés, sont bâtis avec une somptuosité grandiose. On cite la construction très-moderne de la douane; sa façade est décorée de hautes colonnes monolithes d’un granité aussi beau que celui des monuments de Memphis et de Thèbes, au temps où Sésostris en ordonnait l’érection.
- A ces magnificences de l’ordre physique opposons une richesse morale acquise à Boston dès les premiers temps du siècle dont nous étudions la marche progressive.
- Richesse morale. Un premier évêque : Ckévérus.
- Au milieu de cette ville si superbe et si luxueuse , arrêtons-nous devant la plus modeste maison, pour y contempler la fenêtre d’une chambre qu’aurait pu louer un simple ouvrier. Là, pendant des années, un vicaire aposto-liqae, sans être plus autorisé dans la Nouvelle-Angleterre que saint Paul au sein d’Athènes, indigent comme cet apôtre, a vécu plus révéré qu’aucun haut dignitaire ecclésiastique entoure de grandeurs telles que la vanité les peut imaginer. Chaque année, après avoir visité, éclairé,
- p.455 - vue 80/0
-
-
-
- 456
- FORCE PRODUCTIVE
- consolé jusqu’au fond de leurs déserts, les pauvres débris des tribus indiennes converties par nos ancêtres, il revenait sonder d’autres misères et consoler d’autres douleurs dans la grande cité commerçante. Il se trouvait en présence des descendants de ces niveleurs presbytériens qui détestaient, dans l’Ecosse et l’Angleterre, les mitres dorées et les palais épiscopaux. Son humilité leur a fait endurer sans résistance Vinstitution d’un premier évêque de la Nouvelle-Angleterre, qui n’apportait pas d’autre luxe que celui d’un frère de la charité. Au sortir de notre sanglante révolution ils apprenaient qu’un Français pouvait avoir de telles vertus, dont il ornait le Nouveau-Monde.
- Après la paix de i8iâ, Monseigneur de Ghévérus, ramené par le souvenir de sa patrie d’ici bas, exerça le même empire au sein de la France. Il fit pardonner jusqu’à la pourpre romaine aux représentants des idées révolutionnaires. A la pensée de ses vertus, un suffrage de tolérance échappa de leurs mains ; le cardinalat fut réhabilité dans la personne du plus modeste des prélats, et l’Amérique du Nord applaudit à cet hommage.
- L’instruction publique et les sciences au Massachusetts.
- Afin d’expliquer les développements rapides du savoir et de l’industrie dans l’État de Massachusetts, il faut jeter un coup d’œil sur les moyens d’instruction : pour un peuple qui ne compte pas un million d’âmes, leur grandeur est merveilleuse.
- Tout hameau de cinquante maisons est obligé d’avoir une école ouverte aux enfants des deux sexes. Dès l’instant qu'un bourg compte plus de deux cents familles, on y fonde une école plus relevée, pour enseigner l’anglais, le latin et lé grec. D’après une loi de 1789, la négligence
- p.456 - vue 81/0
-
-
-
- DES NATIONS. 457
- dans l’exécution de ces mesures est châtiée par une amende proportionnelle au nombre des familles.
- Dès Tannée 1 638, quand des forêts primitives couvraient encore les neuf dixièmes du Massachusetts, dix-huit années seulement après l’arrivée des premiers colons, il est admirable de voir ces colons instituer, sous le nom de collège d’Harward, l’université du Nouveau-Cambridge, université que je ne crains pas de compter parmi les plus puissants moteurs de la civilisation américaine.
- Cet établissement, à quelques kilomètres de Boston, est devenu le noyau d’une ville à la fois paisible et studieuse. Là, sont réunis trente professeurs, dont les plus éminents sont trois fois aussi rétribués que ceux de nos plus célèbres écoles. Ils professent dans les quatre facultés de théologie, des lettres, des sciences et de la médecine.
- En 181 6, le célèbre Rumford a donné 180,000 francs pour établir dans cette université l’enseignement des sciences physiques et mathématiques appliquées aux arts.
- Des professeurs du Cambridge américain sont aujourd’hui membres correspondants de l’Académie des sciences de Paris. Au milieu d’eux est venu prendre rang M. Agassiz, 1 auteur d’une magnifique histoire naturelle des poissons fosses. Il est le premier à qui l’Institut de France ait décerné le prix fondé par l’illustre Cuvier, et Tait décerné pour ^ ouvrage même que l’Aristote moderne avait invité son digne élève à donner au monde savant.
- Dans ces derniers temps, on voulut exciter une grande émulation parmi les élèves d’une école normale ouverte aux jeunes maîtres de l’enseignement élémentaire; le Gouvernement désira que M. Agassiz donnât quelques leçons a cet auditoire intelligent. Uri rapport au Sénat du Massachusetts fait connaître l’intérêt extraordinaire et l’enthousiasme de ces apprentis-maîtres écoutant l’illustre natura-
- p.457 - vue 82/0
-
-
-
- 458 FORCE PRODUCTIVE
- liste qui leur parlait avec la simplicité lumineuse d’un talent supérieur. Il leur révélait quelques-unes de ces lois générales d’organisation qui régissent non pas seulement les êtres aujourd’hui vivants sur le globe, mais d’autres êtres disparus depuis des siècles, retrouvés en débris dans les entrailles de la terre, reconstitués à l’aide de ces lois, et ranimés en quelque sorte par le souffle du génie.
- Les républicains du Nouveau-Monde sont restés plus sages que les nôtres. Us n’ont pas dit aux maîtres d’école du Massachusetts, même enseignés de la sorte, qu’ils étaient nés pour devenir les représentants da peuple ; ils les ont laissés à la modestie de leurs utiles fonctions. Revenons aux études supérieures du Nouveau-Cambridge.
- Lorsque François Arago soumit au Corps Législatif le rapport sur les constructions indispensables à l’observatoire de Paris, il fit la revue des observatoires placés par la perfection de leurs instruments à la hauteur de l’astronomie moderne : il cita celui du Nouveau-Cambridge. Là, ne se font pas seulement des observations vulgaires sur l’état connu du ciel; là, le génie des découvertes fixe l’attention de l’Europe savante; là, des modifications singulières de l’anneau de Saturne ont été pour la première fois aperçues et signalées; là, dans la constellation du Cygne, on a suivi, calculé les mouvements merveilleux d’un de ces astres qui parcourent des orbes en spirales; orbes qu’on explique par l’attraction d’un astre invisible et corrélatif : ce dernier, qui se tient au bord opposé de la route suivie par l’étoile aperçue, marche en sens contraire, exerçant et subissant à la fois la grande loi newtonienne. Il suffit d’énoncer le sujet de telles recherches pour caractériser l’avancement des sciences cultivées dans la Nouvelle-Angleterre.
- Le Jury international de i85i a décerné la récom-
- p.458 - vue 83/0
-
-
-
- DES NATIONS. 459
- pense du premier ordre à M. Bond, le célèbre astronome du Nouveau-Cambridge, pour l’ensemble de ses travaux et pour la méthode au moyen de laquelle il a produit sa telle photographie de la lune.
- Dans la revue des nations que nous poursuivons, il faudra qu’après avoir épuisé l’Amérique et l’Asie, nous revenions à l’Euro*pe, pour que nous trouvions, hors des Etats-Unis, un observatoire où les secrets du ciel soient ainsi cherchés parle génie de la science. Mais quand nous en trouverons un, aux portes de la capitale du grand empire de Russie, l’interrogateur de la nature ne sera pas un naturel du pays slave-, il sera comme Euler, le président immortel de l’Académie des sciences de Pétersbourg : il sera de race allemande.
- Le Massachusetts a la gloire d’avoir donné le jour à l’un de ces hommes de génie dont les découvertes sont, dans les sciences, une révolution. Franklin a trouvé la première identité de ces grandes attractions, si diverses dans leurs effets, qui régissent la nature; il en a fait l’application la plus utile à l’humanité, par l’invention du paratonnerre.
- A Philadelphie, cet homme illustre apparaîtra dans toute sa gloire; il n’a guère été dans Boston qu’un apprenti compositeur d’imprimerie. Cet art était alors bien éloigné des développements qu’il a pris de nos jours aux Etats-Unis. Le Massachusetts, dès i85o, possédait 209 journaux, qui publiaient dans une année 64,820,564 numéros; les lettres, les sciences et les arts offraient de nombreuses publications non périodiques; il y avait 1,462 bibliothèques plus ou moins publiques. On peut juger par là du mouvement intellectuel dont est animée la plus active et la plus laborieuse des populations.
- p.459 - vue 84/0
-
-
-
- 460
- FORCE PRODUCTIVE
- Révolution industrielle.
- Examinons maintenant la puissance développée par le Massachusetts dans la pratique des arts industriels, qui nulle part ne font des progrès rapides, à moins de trouver un sol ameubli, fécondé par les sciences.
- Dans les ci-devant colonies britanniques, l’essor de l’industrie remonte à la guerre de l’indépendance. Parmi les hommes d’Etat de l’Angleterre, c’était une maxime invétérée qu’on ne devait tolérer chez les colons l’exercice d’aucun genre de manufactures. Chatham, le célèbre lord Chatham, déclarait en plein parlement, vers le milieu du siècle dernier, qu’il fallait empêcher qu’on manufacturât même un clou dans les colonies d’Amérique.
- Pour un observateur du progrès des arts, il est piquant de voir que cette humble fabrication citée par lord Chatham comme le dernier terme des interdictions nécessaires soit aujourd’hui.l’objet perfectionné d’une grande industrie coloniale. Les Etats-Unis en vendent par année aux autres nations pour un million de francs; ils font concurrence à la Grande-Bretagne, sur cet objet même, dans ce quelle a conservé de possessions américaines h
- Quand, pour se venger de la Grande-Bretagne, les colons de la Nouvelle-Angleterre prirent la résolution de
- 1 Dès 1810, te seul État de Massachusetts produisait :
- Clous fabriqués à la main, pour............ 366,g45 francs.
- Clous fabriqués à la mécanique, pour....... 3,4»8,467
- Clous fabriqués, en 1887 , pour............ i3,3g3,300
- Voici ce que M. Morse disait, il y a plus de trente-cinq ans : «Une des plus importantes découvertes est celle de la machine à faire les clous, inventée par M. Parkins, de Newbury-Port; en l’employant on peut fabriquer en un jour 200,000 clous. On les préfère aux clous anglais, qui se vendent 20 p. xoo plus cher.»
- p.460 - vue 85/0
-
-
-
- DES NATIONS. 461
- s’interdire l’usage des produits de la despotique métropole, il fallut bien fabriquer soi-même les objets indispensables dont se privait le patriotisme. Ainsi firent des hommes * chez qui la nature conservait les rares aptitudes qu’avait la mère patrie pour cultiver avec succès les arts utiles.
- Figurons-nous un peuple de puritains, graves et laborieux, économes, façonnés au calcul serré du ménage et de la ferme, tel que le vieux Caton le pratiquait, au bon sens pour mentor ajoutant le génie d’invention, qui se chargeait d’ouvrir les voies. De tels hommes possédaient, dès le milieu du siècle dernier, tout ce que le plus illustre d’entre eux a fait briller de prud’homie et de rare saga-cité dans sa Science da Bonhomme Richard : on aurait dit le portrait d’après nature de l’homme du Massachusetts.
- Tandis qu’au fond de l’Écosse Adam Smith, l’investigateur de la richesse des nations, préparait des doctrines appropriées de longue main à la dominante industrie de l’Angleterre, Benjamin Franklin écrivait, en quelque sorte, la richesse du coin du feu, l’économie de la famille et l’éducation des peuples qui commencent.
- Le Massachusetts marcha vite dans les voies si vivement éclairées par son immortel précepteur. Aussi, quand 1 indépendance eut été conquise, et que le retour de la paix fit connaître à ce pays le péril de la concurrence, Ü avait déjà pris assez de force pour aspirer à la lutte dans la pratique, même inférieure, de plusieurs arts essentiels à son existence.
- Cependant l’Angleterre s’élancait chaque jour à plus grands pas en avant des autres peuples. Depuis un quart de siècle Arkwright, et depuis quinze ans James Watt, découvraient pour leur pays d’inépuisables sources de fortune et de supériorité. Le Lancastre et l’Yorkshire, à l’égard des tissus; le Staffordshire, à l’égard des poteries et
- p.461 - vue 86/0
-
-
-
- 462 FORGE PRODUCTIVE
- presque des porcelaines; le Cornouailles, et le Warwick-shire, et l’Ecosse, et le pays de Galles, pour la production des métaux, ouvraient des routes nouvelles. Birmingham et Sheffield devenaient plus habiles que jamais à confectionner les ouvrages en fonte, en fer, en acier, en cuivre, en bronze, en étain.
- Protection des produits américains, depuis 1790.
- La paix rétablie, les États-Unis ne tardèrent pas à ressentir les eiîets formidables d’une telle concurrence. Ce fut alors que le plus sage et le plus éminent des Américains voulut sauver l’indépendance du travail, comme il avait déjà sauvé l’indépendance politique. Le président Washington réclama des législateurs l’établissement de droits protecteurs qui permissent aux industries créées pendant la guerre de ne pas périr pendant la paix.
- L’Union américaine fit plus. Elle voulut que les dépenses collectives de la Confédération fussent défrayées avec le revenu des droits établis à l’entrée des produits étrangers; elle voulut que ces droits, invariablement les mêmes pour l’Union tout entière, ne pussent être institués ou supprimés, accrus ou réduits, que par des lois générales; elle interdit formellement des taxes particulières au passage d’un Etat dans un autre Etat.
- Il y aura bientôt trois quarts de siècle que cette législation protectrice a pris rang parmi les bases fondamentales de l’édifice national des Etats-Unis. Sans doute, dans le règlement des droits pour favoriser, à mesure du besoin, le travail des fabriques ou celui de l’agriculture, tous les Etals de l’Union n’obtinrent pas à la fois un même avantage. Les Etats qui fiorissaient par la vente des produits du sol éprouvaient une tendance naturelle à la réduction,
- p.462 - vue 87/0
-
-
-
- DES NATIONS. 463
- à l’anéantissement des droits sur les produits des manufactures étrangères. Les Etats septentrionaux, adonnés à 1 industrie, se trouvaient en opposition avec les États du midi, qui fournissaient de plus en plus à l’Europe le coton brut, le tabac et d’autres produits de la terre. La victoire, passant d’un intérêt à l’autre, tantôt élevait, tantôt abaissait les tarifs; mais chaque fois que l'on descendait au-dessous d’un certain terme, les ruines se multipliaient, les réclamations acquéraient une force nouvelle, et l’on relevait les droits protecteurs. Quand le remède outrepassait de justes bornes, les états agricoles se plaignaient plus ardemment; on faisait droit à leurs plaintes, ot l’équilibre renaissait.
- En 1846, M. Cobden et Sir Robert Peel avaient espéré qu’en faisant retentir aux oreilles républicaines des Etats-Unis le grand nom de liberté, pour l’appliquer au trafic, aulucre, à la monnaie, ce nom briserait tous les obstacles. Us oubliaient un fait capital : avant le triomphe du libre échange, l’Angleterre ne consommait, pour ainsi dire, aucun produit des manufactures américaines, et depuis ce triomphe elle n’en consomme pas davantage. On espérait donc fasciner les regards du peuple le plus clairvoyant sur le fond de ses intérêts, en déployant à ses regards la fantasmagorie d’une générosité gratuite et d’appât supposé de ce présent imaginaire : la suppression des droits d’entrée sur les innombrables objets manufacturés que les États-Unis ne vendent pas à l’Angleterre !
- Quant à ses propres besoins, l’Union américaine discerne à merveille entre les produits étrangers qu’il est de son intérêt d’admettre en franchise et ceux quelle croit, au contraire, utile de taxer.
- Dès 183-7, le Massachusetts résumait ainsi les efforts accomplis pour donner un grand essor à son industrie.
- p.463 - vue 88/0
-
-
-
- 464
- FORCE PRODUCTIVE
- Valeur des produits annuels du Massachusetts.
- . { Les peaux, sellerie....................
- Tissus organiques. J r
- ( Bottes, souliers, etc....................
- (La laine............................
- Toiles, chapellerie....................
- r
- (Le coton..............................
- Chanvre : les câbles...................
- Effets à usage, ameublements, etc....
- Tissus en paille.......................
- Tissus recomposés Les papiers : coloration, imprimerie,
- livres.. . f.......................
- Arts de précision. Musique, optique, etc...................
- I Raffineries, distillation, etc......... .
- Huiles................................
- La pêche...........................
- !Les navires............................
- Carrosserie...........................
- Ameublement, ustensiles...............
- Bois débités, merrains, tonnellerie.. .
- Terre............. Verreries...............................
- Fonte de fer, barres, ancres, outils...
- Machines, armes........................
- Cuivre............ Les cuivres, les bronzes................
- Le plomb, l’étain. Simples ou combinés.....................
- Métaux précieux.. Argenterie, orfèvrerie, etc..............
- Industries secondaires et diverses.........................
- Tissus combinés..
- 19,111,752' 77,446,356 55,118,977 4,o86,3oo 92,267,705 2,55i,637 io,o84,856 11,8j i,485
- 14,269,561 2,783,560 19.477,860 20,204,940 40,239,137 7,264,445 3,600,221 7,955,189 1,075,010 4,284,703 27,009,203 8,326,686 7,787,576 5,628,794 i,g53,o5o 10,098,159
- Total pour 1837.......... 454,437,500
- Lors du recensement de i85o, l’industrie du Massachusetts avait fait d’immenses progrès : ses produits étaient évalués à 807,072,200 francs, presque le double de l’évaluation précédente. Us donnaient par habitant 64gfr. 52 cent. Sur ce pied, il aurait fallu qu’à la même époque les 21 millions d’habitants de la Grande-Bretagne (l'Irlande mise de côté) eussent donné pour valeur de leurs produits manufacturiers 17 milliards et 42 millions de
- p.464 - vue 89/0
-
-
-
- DES NATIONS. 465
- francs, pour être simplement en proportion avec le Massachusetts. ....
- Je ne puis m’arrêter que sur les fabrications où le peuple de cet Etat a remporté les succès les plus remarquables. J’ai déjà parlé des pêcheries.
- Je commencerai par le travail des cuirs ; c’est surtout la confection des souliers qui mérite de fixer notre attention. Le Massachusetts fabrique par millions les chaussures nécessaires aux populations nouvelles qui se développent avec tant de rapidité dans l’immense bassin du Mississipi. En i83j, ce simple article de fabrication Valait à lui seul, on vient de le voir, 7 7 Ÿ millions de francs. A cette industrie se consacrent des villes entières : Lynn au premier rang, Danvers, Haverhill, Randolphe, Rea-ding, Woburn, etc. Pour arriver à l’économie, la division du travail est extrême. L’ouvrage est commandé par des Associations de capitalistes. En 60 jours un approvisionnement complet de matières est mis en œuvre, et les chaussures, confectionnées, assorties, emballées, sont en état d’être expédiées. Dans un édifice central sont les Magasins de matières, les ateliers pour découper, pour parachever, pour recevoir les chaussures et pour emballer. Tout s’exécute à la façon. Des femmes bordent les souliers et posent les ornements; les ouvriers travaillent ohez eux, et beaucoup à la campagne.
- En douze mois, de 185a à 1853, la seule ville de Lynn 9 confectionné 4,962,300 paires de bottes et de souliers, pour une valeur de 19,610,000 francs; ce qui donne pour prix moyen 3 fr. 98 cent. Personnel employé : chefs,
- 167 ; ouvriers découpeurs et cambreurs, 32 1 ; cordonniers,
- 32; ouvrières qui mettent ensemble et qui bordent, 7» 170. On remarquera l’heureuse proportion des femmes, auxquelles il importe partout de procurer du travail.
- 3o
- INTRODUCTION.
- p.465 - vue 90/0
-
-
-
- 466 FORGE PRODUCTIVE
- Je veux citer ici le témoignage honorable de M. Georges Wallis, Commissaire anglais à l’Exposition de New-York. « Le caractère des ouvriers mérite une haute estime pour l’intelligence et la probité. Si grande est la confiance des manufacturiers, qu’ils ne réclament jamais ni témoignages ni garanties quand un nouveau travailleur demande qu’on lui confie de l’ouvrage; et rien n’est plus rare qu’une perte de matières par l’infidélité d’un ouvrier. » Des colporteurs spéciaux remettent à domicile les matières aux cordonniers de la campagne, reprennent l’ouvrage fait, payent la façon, et n’exigent pas du travailleur un déplacement qui lui ferait perdre un temps précieux.
- Le génie commercial de la Nouvelle-Angleterre se fait remarquer dans la commande et l’envoi des chaussures. On les emballe en nombres égaux pour les hommes, les femmes et les enfants; chaque groupe est subdivisé par numéros de plusieurs grandeurs. Le tout forme un assortiment qui compose une caisse de 60 paires communes et de 2l\ de luxe; c’est l’unité de la vente et de l’expédition. La caisse est vendue moyennant un prix unique pour l’assortiment complet.
- Aux Expositions de Londres et de New-York, les produits de cette industrie démontraient un haut degré d’avancement. On remarquait la forme appropriée des chaussures pour les femmes et l’excellence du travail des bottes : heureux résultats de la division du travail.
- Laines et lainages. — Le Massachusetts ne produit pas 3oo,ooo kilogrammes de laine; néanmoins il fabriquait, dès i85o, pourprés de 68 millions de francs en tissus de cette matière. Les autres parties de l’Union et de l’étranger fournissent les neuf dixièmes des laines que cet Etat met en œuvre. En 1812 seulement fut établie à Waltham la première fabrique importante de lainages. C’est après
- p.466 - vue 91/0
-
-
-
- DES NATIONS. 467
- 1823 qu’on a multiplié les grandes manufactures organisées à l’imitation de celles qui confectionnent les cotons et qui méritent de fixer notre attention la plus profonde.
- Concurrence élevée par les Américains contre les Anglais pour le travail des cotons en grande manufacture.
- En un tiers de siècle, l’une des moindres fabrications du Massachusetts est devenue la plus considérable; c’est le résultat des établissements formés sur les principaux fleuves du Massachusetts et sur leurs affluents.
- Établissements formés sur le Merrimack.
- Création de Lovvell.
- En 1821, les habitants de Boston méditaient une entreprise qui, pour être sédentaire, n’exigeait pas moins d’audace que leur pêche de la baleine dans les mers les plus dangereuses : ils voulaient commencer une lutte contre la formidable Angleterre, non plus avec les armes de la guerre, mais avec celles de la paix. Excités par les exhortations vives et les projets d’un citoyen énergique, infatigable, M. Loweli, ils résolurent de s’attaquer à l’industrie la plus renommée pour ses progrès chez leurs antagonistes, à la fabrication qui fit l’honneur et la fortune d’Arkwright. Ils ne pouvaient se faire à la pensée que les Anglais vinssent acheter à l’Amérique ses cotons en laine, les transporter à deux mille lieues, les manufacturer, les t'apporter à pareille distance, et les vendre aux Américains, sans que les États-Unis osassent entrer en concurrence sur leurs propres marchés.
- Le Gouvernement de l’Union, afin de favoriser l’industrie nationale, prélevait un droit de 3o pour cent sur les tissus étrangers. Les habitants du Massachusetts osèrent espérer qu’en réunissant toutes les protections, les unes
- p.467 - vue 92/0
-
-
-
- 468 FORCE PRODUCTIVE
- dues à la grandeur des distances, les autres à la sagesse
- du législateur, ils pourraient n’être pas vaincus.
- Us imitèrent Arkwright à Cromford; ils cherchèrent un cours d’eau puissant. Celui qu’ils choisirent était magnifique : c’était la rivière de Merrimack. Un de ses rapides, appelé Paivtucket, qui faisait obstacle à la navigation, avait été tourné par un canal latéral. Cette navigation laissait disponible une chute d’eau d’un volume énorme et de 9 mètres de hauteur ; on en profita.
- En 1820, dans cette localité, qui bientôt reçut le nom de Lowell, il n’y avait pas 200 habitants et le total des propriétés foncières valait seulement 5oo,ooo francs. Vingt ans après, ces propriétés étaient estimées par les assesseurs des taxes à 66 millions.
- Les eaux motrices sont conduites par un canal large de 18 mètres et profond de 2 mètres 1/2; elles sont distribuées aux fabriques par de petits canaux de dérivation. Dans la saison la moins favorable, la force hydraulique disponible équivaut à celle de i3,ooo chevaux.
- Il est nécessaire de faire connaître le système suivi par l’association légalement autorisée, en 1822 , sous le titre de Corporation du canal et des écluses du Merrimack. Voici comment elle procède à l’établissement des usines. Elle a commencé par faire un véritable arsenal de machines et de métiers, dont le principal édifice, haut de cinq étages, n’a pas moins de 75 mètres en longueur; une fonderie et de nombreux fourneaux y sont adjoints, ainsi qu’une machine puissante destinée à planer les bois. Non-seulement cet arsenal industriel suffit pour les mécanismes et les manufactures à créer, il construit en outre des locomotives et des waggons pour les chemins de fer.
- Aussitôt qu’une association de capitalistes veut ériger à Lowell une fabrique, elle contracte un marché général
- p.468 - vue 93/0
-
-
-
- DES NATIONS. 469
- avec la Corporation du Merrimack. Moyennant des prix réguliers, la Corporation octroie le terrain, construit le canal de dérivation et réserve la quantité convenue d’eau motrice; elle bâtit les ateliers, les comptoirs et les logements affectés à l’usine; enfin, elle confectionne et pose les machines et les métiers. Elle ne demande que quatre mois pour accomplir tous ces travaux et livrer 5,ooo broches travaillantes, avec les métiers automatiques nécessaires au tissage du fil produit.
- Grâce à ce système, une compagnie industrielle, quelle que soit au début son inexpérience, est mise en possession d'une manufacture établie d’après les meilleurs principes, avec les innovations les plus estimées, et conformément au savoir le plus consommé. C’est à des capitalistes de Boston que sont dues ces combinaisons éminemment intelligentes.
- Dès 1 8â4 , on comptait onze manufactures ainsi créées, au capital de 55 millions de francs. Elles possédaient $2 moteurs, i66,o44 broches et 5,i83 métiers; elles employaient 2,077 ouvriers et 6,43o ouvrières, y compris à peine 200 travailleurs au-dessous de quinze ans. Elles consommaient, par année, 17 millions de kilogrammes de coton : c’était la septième partie de ce qu’alors les États-Unis pouvaient mettre en œuvre.
- Deux associations pratiquaient en grand la teinture et l’impression ; elles filaient, tissaient et coloriaient par année près de 12 millions de mètres de tissus.
- En i83o, il s’établit à Lowell une Compagnie Lawrence, au capital de 2,65o,ooo francs : nous la retrouverons dans une entreprise infiniment plus importante.
- Nous l’avons dit, lorsqu’en 1822 Lowell posa la première pierre delà première filature, dans un endroit qui devint si vite célèbre, tout était à créer.
- p.469 - vue 94/0
-
-
-
- 470
- FORCE PRODUCTIVE
- Pour attirer des ouvriers et des ouvrières, il fallait leur offrir un sort plus heureux que celui dont ils jouissaient dans les villes ou dans les fermes. Il ne suffisait pas de les capter par l’appât des salaires, dans un pays où l’austérité des mœurs n’a pas cessé d’être l’honneur de la race puritaine. Il fallait rassurer tous les pères de famille, et
- c’est à quoi l’on est parvenu.
- Salaire des ouvrières, par semaine......... 16 fr. 70cent.
- A déduire : Nourriture et logement......... 6 12
- Bénéfice net par semaine........ 10 58
- L’heureuse situation des ouvrières est expliquée par un tel salaire, qui les plaçait bien au-dessus du besoin; leur nombre s’élevait au triple de celui des ouvriers attachés aux fabriques de coton.
- Dans le principe, les jeunes personnes employées par les ateliers étaient surtout des filles de petits fermiers, attirées des pays circonvoisins. Après avoir passé quelques années à ce travail lucratif, elles retournaient dans leur pays et s’établissaient : voyez avec combien de fruit!... Dès 1841, huit années seulement après le commencement de Lowell, 978 ouvrières y possédaient à la caisse d'épargne 530,000 francs. Voilà pour leur esprit d’économie.
- Le célèbre Dickens, qui sait être à la fois moraliste, romancier et journaliste , Dickens a visité Lowell. Il en a fait une peinture qui plaît surtout parce quelle est simple et fidèle : redisons ce qu’il a vu.
- Les ouvrières étaient jeunes et bien vêtues, pas plus élégamment que ne le comportait leur situation, et d’une extrême propreté. Toutes avaient des chapeaux de paille et de bonnes mantes ou des châles, quelles déposaient avec ordre dans un vestiaire bien préparé pour que rien
- p.470 - vue 95/0
-
-
-
- DES NATIONS. 471
- n’y pût être ni sali ni dérobé; des dispositions commodes leur permettaient de se laver les mains et le visage, soit à l’entrée, soit à la sortie du travail. On leur trouvait dans l’atelier une tenue décente et sans affectation. Les salles de travail étaient confortables, d’une propreté parfaite; et c’était plaisir de les visiter, quand les modestes fileuses les animaient de leur élégante industrie.
- A peu de distance des fabriques, dans le plus beau site et le plus salubre, est l’hospice des ouvrières, ou plutôt le pensionnat des malades. C’est la plus belle maison du pays. Au lieu de longs dortoirs peu salubres, elle est divisée en cliambrettes commodes, renfermant chacune tout ce qu’on peut désirer de bien-être pour une personne dans l’aisance et soignée chez soi. Le médecin principal est logé dans l’établissement, et les malades seraient de sa propre famille qu’ils ne pourraient pas être traités avec plus de douceur et d’égards. La pension par semaine est de i 6 francs : somme, on le voit, parfaitement employée.
- En état de santé, les jeunes ouvrières sont logées et nourries en commun, dans des maisons autorisées à cet effet. Les botes et les hôtesses, surveillés de près par les manufacturiers, doivent jouir d’une renommée à l’abri de tout soupçon. Une plainte des pensionnaires contre la maîtresse de la maison entraîne une investigation scrupuleuse. S’il y a lieu de la punir, on lui retire son autorisation; alors une personne plus digne est mise à sa place.
- La moralité des jeunes filles est irréprochable; éloignées de leurs familles, elles se contrôlent et s’appuient mutuellement. Leurs plaisirs, à l’honnêteté, joignent l’élégance. Dans presque chacun de leurs pensionnats, elles possèdent un piano qu’elles acquièrent à frais communs. La plupart sont abonnées h des bibliothèques circulantes recommandées pour le choix des bons livres. Sous la di-
- p.471 - vue 96/0
-
-
-
- 472
- FORCE PRODUCTIVE
- rection d’un ecclésiastique respectable autant qu’éclairé, elles ont fondé le journal périodique intitulé f Offrande de Lowell, dont elles rédigent les articles originaux.
- Un travail de douze heures par jour leur laisse encore ces loisirs choisis de l’intelligence, et quelques moments pour le charme de la musique.
- A l’égard des ouvriers, plus payés que les ouvrières, on veut aussi qu’ils aient une conduite exemplaire; les règlements exigent qu’ils s’abstiennent du jeu, de la boisson et de tout désordre, sous peine d’être chassés.
- Quelques jeunes adolescents sont employés dans les fabriques de Lowell. La loi défend de les tenir au travail plus de neuf mois de l’année; les trois autres mois sont réservés pour leur enseignement primaire.
- En 184A, Lowell ne comptait pas encore 26,000 habitants, et déjà 3,ooo enfants suivaient les écoles; ils recevaient une excellente instruction élémentaire. Indiquons le progrès décennal du nombre des habitants.
- Population. Population.
- Année 1820......... 200 Année i84o......... 20,796
- ----- i83o......... 6,474 ------ i85o........ 32,964
- Lowell n’a pas l’ambition de fabriquer pour le luxe et de filer ni de tisser du superfin ; elle a préféré les numéros les plus communs, du i3 au i4 et jusqu’au 20. Les métiers sont plus aisés à fabriquer, et le fil à surveiller, ainsi que le tissu. En s’arrêtant à ce degré, l’on s’empare du bon marché; on travaille pour les masses, aux Etats-Unis comme ailleurs; on travaille surtout pour les innombrables et rudes consommateurs de l’Ouest, de la région où s’implantent à l’envi les populations nouvelles.
- Etudions les résultats de cet excellent esprit. En 1854, Lowell voyait prospérer 3 5 fabriques très-diverses, dirigées
- p.472 - vue 97/0
-
-
-
- 473
- DES NATIONS.
- par autant d’associations, depuis les plus modestes jusqu’aux plus opulentes. Les manufactures particulièrement consacrées à la mise en œuvre du coton produisaient par an cent millions courants de mètres de calicot.
- La filature employait 17,600,000 kilogrammes de coton et 320,762 broches; le tissage, 9,964 métiers desservis par 2,000 ouvriers et 7,000 ouvrières; tissus fabriqués dans un an, ioo,o5o,ooo mètres courants.
- Nous pouvons citer une irrécusable autorité dans le jugement des produits : c’est M. G. Wallis, rendant compte au Gouvernement anglais, qui l’avait chargé d’étudier l’industrie des Etats-Unis à l’Exposition de New-York, en 1853, «Pour les tissus de Lowell, il suffit de dire qu’ils sont, en général, excellents dans leur espèce ; ils sont parfaitement égaux et quelquefois supérieurs aux tissus similaires de la Grande-Bretagne. Ceux de Lowell peuvent être pris pour de bons spécimens, fair examples, des autres fabriques de l’Union américaine, pourvu que ces dernières soient douées des mêmes avantages de force motrice et possèdent aussi des mécanismes perfectionnés, mis en action par des ouvriers intelligents. »
- Pour suffire à la création des ateliers, on a dû s’occuper activement de confectionner les mécanismes. Citons avant tout la grande fabrique de métiers et de machines 4 Lowell; elle n’occupe pas moins de 700 ouvriers. Ce nombre serait remarquable même en Angleterre.
- Revenons au canal conducteur des eaux motrices : ses revêtements sont en blocs de granité. Les portes d’écluse sont mises en jeu par de fortes vis, manœuvrées elles-mêmes par de petites turbines, que fait jouer ou qu’arrête un tour de main de l’éclusier.
- Les eaux du canal, arrivées dans la ville, sont réparties entre les manufactures, et transmettent leur force par le
- p.473 - vue 98/0
-
-
-
- 474
- FORCE PRODUCTIVE
- moyen d’autres turbines puissantes. Tous ces ouvrages hydrauliques sont parfaitement exécutés.
- En 1823, commence ie premier établissement; de là jusqu’à i83o, quatre compagnies s’établissent. A présent il y en a douze qui travaillent avec 70 millions de capitaux; quatre banques les aident.
- Fabriques et cité de Lawrence. *
- Les capitalistes de Boston, après le succès de Lowell sur le Merrimack, remontant leur fleuve de prédilection, avaient fondé successivement les villes manufacturières de Manchester et de Nashua, pour la fabrique des cotons. Toujours dans le même dessein, ils redescendent le fleuve et font un quatrième établissement plus étonnant que tous les autres par la rapidité de ses progrès.
- Lawrence, à 14 kilomètres au-dessous de Lowell, sur les bords du Merrimack et d’un canal latéral, était sans habitations avant i845. A cette époque, MM. Lawrence, dont le nom nous a déjà frappé parmi les manufacturiers de Lowell, MM. Lawrence * jettent les premiers fondements de la cité qui porte aujourd’hui leur nom.
- L’une des créations de MM. Lawrence est la manufacture des cotons, dite des Moulins atlantiques ; les ateliers occupent un bâtiment qui n’a pas moins de 180 mètres en longueur, 3o de largeur et six étages. Tout est disposé pour 42,500 broches, g5o ouvrières et 2 5o ouvriers. La force hydraulique est transmise par trois turbines, ayant la puissance de 300 chevaux. Dans cet établissement déjà si vaste, tout doit être doublé. On a construit
- 1 Un de leurs frères, en i85i, était, à Londres, ministre plénipotentiaire des Etats-Unis ; je mentionne avec bonheur et regret sa mémoire. C’est alors qu’il a proposé de faire garantir par l’Angleterre et les États-Unis la franchise des voies de communication entre l’Océan Atlantique et l’Océan Pacifique.
- p.474 - vue 99/0
-
-
-
- DES NATIONS. 475
- des édifices distincts, afin de loger et de nourrir séparément les ouvriers et les ouvrières, avec les soins les plus dignes d’éloges : soins que nous expliquerons au sujet d’un établissement encore plus grandiose. Six autres fabriques de coton sont venues, en huit ans, s’ajouter à la première.
- La seconde manufacture, dite de la Baie de lEtat, Bay-State, établie par MM. Lawrence, est encore plus importante pour les lainages que la précédente ne lest pour les cotons. Les Anglais ont reconnu que cette manufacture offrait l’ensemble le plus parfait pour les constructions et les mécanismes, pour l’ordre et l’économie du travail. La manufacture forme un quadrangle large de 120 mètres et long de 300, entre le canal et la rivière; une cour spacieuse est au milieu. Les magasins, les comptoirs, bordent le canal; du côté de la rivière se trouvent les ateliers, ils ont neuf étages. Des échelles extérieures en fer sont fixées aux murailles, afin que l’on trouve à tous les étages une voie de salut si l’on est surpris par un soudain incendie. Contre ce désastre on a préparé des réservoirs d’eau, avec des conduits à chaque étage. Les salles de travail ont de 3m,3o à 3m,5o de hauteur; elles sont bien ventilées, éclairées au gaz et chauffées à la vapeur; dans chaque grande salle une personne est exclusivement employée à tenir le local et les mécanismes en état de parfaite propreté. Toutes ces dispositions sont excellentes.
- Sept grandes roues hydrauliques transmettent chacune la force de i2Ô chevaux. A cette force correspond celle de g51 ouvriers et 91 2 ouvrières. Lorsque l’établissement sera complet, il occupera 2,5oo personnes des deux sexes. Voici quels sont les salaires par semaine :
- Salaires. Nourriture.
- Ouvriers....................... 3of 74e 8f à iof 60e
- Ouvrières...................... i4 58 7 60
- p.475 - vue 100/0
-
-
-
- 476 FORCE PRODUCTIVE
- D’autres constructions établies au delà du canal, régulières, confortables et distribuées avec intelligence, ont été préparées pour l’habitation des ouvriers, avec d’excellents réfectoires. On a placé les cuisines, les lavoirs et les lieux d’aisances en dehors des habitations. Les immondices de toute nature sont amenées sous terre , et par des conduits, dans un égout que forment des tuyaux de fonte. Cet égout, sans cesse nettoyé par une eau courante, passe sous le canal latéral pour se décharger, à distance, dans la rivière; tout est disposé pour qu’aucune odeur ne soit sensible auprès des habitations, et moins encore à l’intérieur. Cette partie des travaux a coûté 160,000 francs.
- Les généreux propriétaires ont borné l’intérêt, sur les frais de nourriture à 4 pour 100, et sur les frais de logement à 3 pour 100 seulement du capital employé; en Europe, ce serait au moins à 8 pour 100.
- La partie éclairée d’un peuple est digne de sa fortune industrielle lorsqu’elle fait ainsi descendre les soins du bien-être, du confort et de la santé jusqu’aux plus modestes rangs de la classe ouvrière.
- En i85o, Lawrence, à la neuvième année de sa création, comptait déjà 18,341 habitants. En i852, un acte législatif l’élevait au rang de cité.
- Etablissements au-dessous de Lawrence.
- Si nous continuons à descendre le Merrimack, nous arrivons au dernier pont jeté sur cette rivière, entre les deux villes de Bradford et de Haverhill; ces villes sont toutes deux fort industrieuses, et la dernière possède une fabrique de lainages.
- Au-dessous du pont commence la navigation maritime, jusqu’à l’embouchure du fleuve; là se trouve Newbury-Port. Ce port, en 1810, n’avait que 1,610 habitants; dès
- p.476 - vue 101/0
-
-
-
- DES NATIONS. 477
- i85o, il en comptait 9,534. Après Boston, c’est le chantier le plus actif pour les constructions navales. C’est en meme temps une ville manufacturière qui possède quatre fabriques de coton ; elles sont modernes.
- Voilà donc le fleuve de Merrimack qui, dans les deux états de New-Hampshire et de Massachusetts, fournit la force motrice à des fabriques de laine et surtout de coton, qui sont l’origine des prospérités de Concorde, de Manchester, de Nashua, de Lowell, de Lawrence, de Haverhill, de Newbury-Port et de beaucoup d’autres groupes d’habitations : un tiers de siècle a suffi pour ces créations !
- Établissements formés sur les bords du Connecticut.
- Holyoke.
- Fondé par la compagnie des chutes de Hadley, Hadley falls, sur le Connecticut, l’établissement de Holyoke promet des résultats encore plus étonnants que tous ceux dont la Nouvelle-Angleterre offre le spectacle.
- En 1847, une compagnie est autorisée, avec un capital de 2i,36o,ooo francs. Elle acquiert le droit défaire travailler l’eau du Connecticut ; elle achète les terres du voisinage, 3,ooo hectares, afin d’y commencer la ville manufacturière. On y trace des rues larges de 20 mètres, c’est la largeur de notre rue de Rivoli ; on y suit un plan qui pourra suffire à 200,000 habitants!... Telle est la population qu’avait le Manchester anglais quand il dominait déjà le monde industriel, il y a vingt-cinq ans.
- L’admirable chute d’eau de Hadley a 18 mètres de hauteur, dans un parcours de 3 kilomètres; elle suffirait à des filatures qui feraient mouvoir un million de broches. Les deux premières établies emploient chacune 1,100 ouvriers,
- p.477 - vue 102/0
-
-
-
- 478
- FORCE PRODUCTIVE
- qui supposent une population de 4,4oo hommes, femmes, enfants et vieillards.
- Un premier atelier pour la construction des machines occupe 35o ouvriers; il va grandir, et ses travaux serviront à l’établissement des manufactures subséquentes.
- Chose rare en Amérique, au lieu de se borner à fder le coton des numéros les plus communs, l’une des fabriques de Holyoke produit depuis le n° 70 jusqu’au n° 90. De ce fil, elle fait de la percale qu’un rapporteur anglais , M. Withworlh, déclare excellente.
- La turbine est ici, comme à Lowell, à Lawrence, le moyen préféré pour transmettre la force hydraulique. La distribution de cette force aux métiers à tisser s’opère par le moyen de courroies dont la vitesse est de 45o mètres à la minute : environ sept lieues par heure.
- Une jeune fille surveille quatre métiers automatiques, lesquels tissent plus de cent mètres courants par jour : gagnât-elle 3 francs dans sa journée, comme à Lawrence, le tissage du mètre courant de percale ne reviendrait qu’à 3 centimes de travail humain.
- Pour un des établissements de Holyoke, soixante-dix jeunes personnes avaient été tirées d’Écosse peu de temps avant i854.
- J’affaiblirais l’impression que la vérité peut produire, si je fatiguais le lecteur par l’énumération de toutes les localités où, depuis un tiers de siècle, on a créé des usines pour la laine et pour le coton, en profitant des chutes d’eau si nombreuses qu’offrent les fleuves et les rivières du Massachusetts. Je préfère, d’un coup d’œil général, mesurer l’espace parcouru par l’industrie de cet Etat, rapprochée de l’industrie britannique.
- p.478 - vue 103/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 479
- Coton mis en œuvre par million d’habitants en 1850.
- i° Au Massachusetts...................... 4o,708,400 kilogr.
- 2° Dans la Grande-Bretagne.................. 12,295,300
- Tissus de coton fabriqués dans Vannée par million d’habitants.
- i° Au Massachusetts........................ 274,io3,3oo mètr.
- 20 Dans la Grande-Bretagne, pour l’exportation..................................... 50,995,100
- Autre fait que j’ai constaté. —Dès 1850, moins d’un million d’habitants qui peuplent le Massachusetts filent et tissent, dans-leurs manufactures, un peu plus de coton que l’Angleterre, V Écosse et l’Irlande réunies nen fiaient dans Vannée 1816; et les trois royaumes alors comptaient dix-neuf fois autant d’habitants que le Massachusetts en 1850.
- Telle est la grandeur des résultats auxquels s’est élevé ce petit État depuis 1822 jusqu’en i85o....
- Considérations générales.
- Les progrès qui viennent d’être signalés avaient leur moteur dans Boston, cité dont les capitaux servaient de levier général. Les banques de cette ville et celles qu’elle a fait naître sont d’une grande importance : leur développement surpasse toute idée.
- PROGRÈS DD CAPITAL DES BANQUES DD MASSACHUSETTS.
- ANNÉES. PROGRÈS
- DANS BOSTON. HORS BOSTON. DANS TOUT LE MASSACHUSETTS.
- 1803 . 8,480,000 fr. 20,140,000 38,955,000 65,455,000 98,705,000 3,312,500 fr. 11,050,000 17,225,000 36,808,500 85,065,000 11.792.500 fr. 31,190,000' 56,180,000 102.263.500 183,770,000
- 1810...
- 1820
- 1830
- 1839
- p.479 - vue 104/0
-
-
-
- 480
- FORCE PRODUCTIVE
- Nous pouvons maintenant nous former une idée des facilités trouvées pour créer dans le Massachusetts les grandes industries nouvelles, de 1820 à i84o.En 1820, les banques disposaient d’un capital de 56 millions de francs; dès 183g, ce capital s’était accru jusqu’à la somme de 183,770,000 francs : en vingt années, il avait plus que triplé.
- Les banques tenaient à la disposition de la plus active des populations, par cent mille habitants :
- En 1820.............................. 10,715,000 fr.
- En i83o.............................. 16,752,000
- En i84o............................. 24,911,000
- Dans le progrès que nous signalons, faisons observer que, de 1820 à i84o, le capital de la banque de Boston n’a pas tout à fait triplé; tandis que celui des banques établies hors de Boston a quintuplé. Cette différence même est un bienfait de la capitale, dont le crédit incessant servait à créer des manufactures sur tous les points du territoire, à fonder des cités nouvelles, à multiplier les sous-centres de commerce; et, sur tous ces points, à faire naître de nouvelles institutions de crédit.
- Les banques d’épargne.
- A côté de ces puissants moyens de créer la richesse, ne craignons pas de placer les banques d’épargne. Dans le pays natal de Franklin, les sages principes du Bonhomme Richard ont porté leurs fruits chez le peuple prévoyant par excellence.
- C’est après la création des fabriques pour la filature et le tissage, c’est de i838 à 1843 que se produit un résultat extraordinaire dans le placement aux caisses d’épargne. En 1838, les placements ne s’élèvent, dans trente villes,
- p.480 - vue 105/0
-
-
-
- DES NATIONS. 481
- qu’à 4,607,800 francs. Cinq ans après, ies mêmes villes ont en dépôt 36,601,000 francs, qui se partagent entre 42,587 déposants, sur une population totale de 284,086 habitants.
- Si l’on se demandait, d’après cette proportion, combien Paris, qui comptait, lors du dernier recensement, avec ses deux succursales de Sceaux et de Saint-Denis, i,422,o65 habitants, combien, dis-je, Paris aurait en dépôt à la caisse d’épargne, on trouverait 187,071,500^ Paris aurait pu s’élever à ce grand résultat si les administrateurs mêmes de sa caisse d’épargne n’avaient pas agi sans cesse pour empêcher, par les sévérités de la loi, les dépôts de s’accroître suivant leur pente naturelle. Il en est résulté que dans les villes du Massachusetts la valeur moyenne des dépôts s’élève à 839 fr. 22 c., tandis qu’à Paris elle est aujourd’hui deux fois moindre.
- Si Franklin pouvait revivre, il applaudirait son pays de cette supériorité; il applaudirait moins Paris.
- Chemins de fer.
- La grande impulsion donnée par la création des chemins de fer coïncide avec le progrès des caisses d’épargne, symptôme certain du bien-être croissant du peuple.
- De 1835 à 1843, le petit Etat de Massachusetts a construit et mis en activité 665 kilomètres de chemins de fer, pour lesquels il a dépensé 98,495,000 francs. Dès lors Boston, Lowell, Worcester et plus de dix autres villes manufacturières sont en communication avec les Etats circonvoisins : c’est le commencement.
- Au ier janvier 1855, l’Etat avait en activité 2,092 kilo mètres de chemins de fer, sans compter 110 kilomètres
- construction.
- INTRODUCTION.
- 3l
- p.481 - vue 106/0
-
-
-
- 482 FORCE PRODUCTIVE
- Par conséquent, en douze années, de 1843 à 1855, le Massachusetts avait exactement triplé ses chemins de fer. Pour que la Grande-Bretagne, proportion gardée avec sa population, fût aussi bien pourvue de chemins de fer, il faudrait que l’étendue de ces chemins s’élevât sur son territoire à 4o,ooo kilomètres; elle n’en a que 11,200. Il est juste de dire qu’en Angleterre, ainsi qu’en France, les chemins de fer sont incomparablement plus coûteux qu’aux Etats-Unis; cela diminue beaucoup la disproportion des sacrifices.
- C’est précisément là que j’aperçois le bon sens des Américains. Aujourd’hui même ils n’ont pas encore atteint la très-grande opulence, et lorsqu’ils commençaient à construire des chemins de fer, leur richesse était beaucoup moindre. Ils ont appliqué tous leurs efforts à faire avec économie des chemins si natraellement dispendieux. Ils n’ont pas prétendu, par d’énormes travaux d’art, raccourcir à tout prix leurs lignes; ils ont suivi les contours du sol. Hors quelques parcours privilégiés, leurs chemins sont à simple voie, et leurs terrains, pour la plus grande partie, sont à bon marché. Les waggons qui transportent les voyageurs, au lieu d’être de somptueuses berlines , sont plutôt d’énormes omnibus ; mais on va vite, on arrive, et cela suffit.
- Avec des chemins économiques, on peut transporter hommes et choses à bon marché, ce qui multiplie les voyages : autre source, et la plus certaine, de revenus toujours croissants.
- Parmi les nations les plus avancées, on en trouve une seule, l’Angleterre, et, chez cette nation, les parties les plus industrieuses, comme l’orbe de Liverpool, où le réseau des chemins de fer ait les mailles plus serrées, plus multipliées que celles du Massachusetts.
- p.482 - vue 107/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 483
- V. ÉTAT DE RHODE-ISLAND.
- Voici le plus petit Etat de l’Union américaine; c’est à la fois le plus heureux, le plus paisible et l’un des plus avancés dans l’instruction et dans les arts. Il fournit au Sénat de l’Union autant de membres que l’Etat de New-York, vingt fois plus populeux, et le poids qu’il apporte dans l’Assemblée conservatrice n’a pas moins de mérite et d’utilité que celui des Etats qui l’emportent le plus par la richesse et par le nombre des hommes.
- Superficie de l’État................... 338,2 41 hectares.
- Population en i85o................... i47»545 habitants.
- Territoire par 100 habitants. ........ 2,291 hectares.
- Le Rhode-Island est enclavé, au nord et au levant, par le Massachusetts; au couchant, par le Connecticut. La mer, qui le baigne au midi, le pénètre par une grande et double baie, celle de Narragansett, à l’embouchure de laquelle est Rhode-Island.Cette île charmante, à laquelle l’Etat doit son nom, les Américains l’appellent avec prédilection le jardin, le paradis delà Nouvelle-Angleterre.
- La partie continentale de l’État est loin de mériter le même éloge; le sol en est peu fertile, et c’est seulement à force de patience et d’intelligence que le laboureur en tire parti : il y a pourtant d’assez bons pâturages.
- Si l’agriculture est peu favorisée par la nature, l’homme s’en dédommage en portant ses soins vers la navigation, le commerce et l’industrie.
- En i84o, il existait déjà cette grande disproportion entre les produits annuels de l’agriculture et ceux des autres industries :
- Produits de l’agriculture............. 11,656,343 francs.
- Produit des autres industries......... 56,689,520
- p.483 - vue 108/0
-
-
-
- 484 FORCE PRODUCTIVE
- Le Massachusetts, malgré l’état si prospère et si développé de ses arts, ne présentait pas, à cette époque, une aussi grande supériorité comparativement à l’agriculture.
- Valeur des principaux genres de fabrications dans l’État de Rhode-Island, il y a dix années :
- 209 fabriques de coton, 91 fabriques de laine et 65 foulons pro-
- duisant pour une valeur de....... 39,972,600 francs.
- Construction des machines............... 3,496,000
- Travail des métaux précieux............. 1,429,500
- Un des plus beaux ports du monde, à la partie sud-ouest de Rhode-Island, a reçu le nom de Newport : la ville a près de 10,000 habitants. Elle possède une importante fabrique de machines à vapeur, ainsi qu’une belle manufacture pour la filature et le tissage du coton.
- Dans la baie principale, un autre port est entouré d’une cité bien plus importante : c’est Providence, qui dans le court intervalle de dix années, entre i84o et i85o, s’est élevée de 23,171 à 41,513 habitants : les arts textiles ont la majeure part à cette prospérité.
- Providence est bâtie sur la rivière du même nom, qui présente immédiatement en amont une chute de seize mètres. On s’est servi de cette grande force hydraulique pour établir beaucoup de fabriques de filature et de tissage; elles nous expliquent les récentes prospérités et la croissante population de cette cité.
- Dans le voisinage, on trouve une des plus grandes teintureries de la Nouvelle-Angleterre; elle met en couleur par an jusqu’à quinze millions de mètres de tissus de coton. Les dispositions relatives à l’emploi des ouvriers, ainsi qu’à la partie scientifique, sont excellentes. Dans cette fabrique, on imprime aussi la mousseline de laine. Les impressions à la vapeur, quelque temps abandonnées aux États-Unis, ont repris faveur. Dans l’établissement que
- p.484 - vue 109/0
-
-
-
- 485
- DES NATIONS.
- nous citons, on a poussé l’impression jusqu à dix couleurs pour le même dessin : habituellement, les producteurs américains se contentent de quatre.
- Dans cet etablissement de teinture et d’impression, comme dans ceux de filature et de tissage, les machines sont mues avec beaucoup plus de vitesse qu’en Angleterre; c’est afin de compenser, autant qu’on puisse le faire, la main-d’œuvre plus payée aux États-Unis.
- Toujours afin d’économiser la main-d’œuvre, la pièce qui sort de l’atelier de teinture est déployée par un mécanisme au moyen duquel un enfant fait l’ouvrage de six hommes.
- Les Américains sont aussi très-économes de vapeur. Us la font d’abord agir sous une pression assez forte; ensuite ils en opèrent la détente, afin d’arriver au minimum d’action, quand ils n’ont plus à l’employer qu’à chauffer l’eau pour les décoctions de teinture. On a calculé que ce moyen économise un tiers de la vapeur dépensée dans les teintureries d’Angleterre.
- Dans la Nouvelle-Angleterre, à chaque fabrique d’impression sur tissus on ajoute un atelier pour graver les cylindres de cuivre qui doivent produire les empreintes : ce travail est exécuté surtout par des artistes anglais.
- VI. ÉTAT DU CONNECTICUT.
- L’État du Connecticut est circonscrit au nord par le Massachusetts, au couchant par le New-York, au levant par le Rhode-Island, au midi par la mer. Il doit son nom, ainsi qu’une partie de sa richesse, au fleuve qui descend en ligne droite du nord au midi et qui le coupe presque par le milieu ; il traverse deux villes importantes, Hartford et Middletown.
- p.485 - vue 110/0
-
-
-
- 486
- FORCE PRODUCTIVE
- Superficie........................................ 1 v21 o,517 liect.
- Population en i85o...........• • • ............... 371,947 hab.
- Territoire pour mille habitants................... 3,264 hect.
- France (dép* des Landes) : Sup. pour mille habitants. 3,o85 hect.
- Ainsi la population du Connecticut est aussi clair-semée que celle des habitants d’un de nos plus pauvres départements. On verra bientôt quelle énergie morale et physique est déployée par cette population exiguë d’un pays si limité. Ajoutons que le territoire, sans être ingrat au même degré que nos Landes, ne peut pas être cité comme un des pays fertiles de l’Union américaine.
- Le Connecticut a beaucoup fait pour l’instruction publique. Il a doté ses écoles d’un fonds de 6,365,300 francs; et chaque année, à l’intérêt de ce capital il ajoute 63,500 francs prélevés sur les revenus publics. Presque tous les habitants savent lire et écrire.
- En 1701, Yeale, alors directeur de la compagnie des Indes orientales, a fondé l’établissement universitaire qui porte son nom. La théologie, les lois, les sciences physiques et mathématiques, y sont professées; là sont préparés les pasteurs calvinistes des divers Etats de l’Union.
- La population du petit état de Connecticut mérite une étude particulière pour ses progrès.
- RECENSEMENT. POPULATION. ACCROISSEMENT PAR MILLE.
- En 1790 En 1800 238,141 251,002 | 54
- En 1810 262,042 1 44
- En 1820 275,202 ! 49
- En 1830 297,665 1 81
- En 1840 309,993 143
- En 1850 371,947 | 222 1
- p.486 - vue 111/0
-
-
-
- DES NATIONS. 487
- Ici nous voyons, comme pour letat de Massachusetts, le progrès de la population, fort lent jusqu’à 1820, s’accélérer de plus en plus dans les trois périodes décennales subséquentes. Les mêmes effets sont produits par la même cause : par le vaste développement d’industries considérables. Il faut placer au premier rang la filature, le tissage et la teinture du coton.
- Dès le commencement du siècle, un habitant du Connecticut, Whitney, invente une combinaison de cylindres armés de dents pour séparer la graine et les filaments du coton. Chaque machine prépare 45o kilogrammes par jour. Cette opération indispensable était si lente, quand on la faisait à la main, qu’un ouvrier ne pouvait préparer dans sa journée qu’un demi-kilogramme de ce filament. Tant d’économies d’argent et de temps ont été procurées par la mécanique dont nous parlons, qu’un seul des États-Unis, pour s’en approprier l’usage, a payé 267,000 francs à son auteur. Les Américains sont les premiers à déclarer que, sans le secours d’une machine aussi puissante, leur population n’aurait pas pu suffire à l’apprêt annuel d’un milliard de kilogrammes de coton en laine, lesquels eussent exigé deux milliards de journées pour un travail qui doit avant tout être rapide. 11 faut l’accomplir en peu de semaines après la récolte, si l’on veut éviter que les filaments du coton deviennent sujets à l’excroissance de l’espèce de champignon qui produit sur les bois la pourriture sèche : dry rot.
- A l’Exposition universelle, un fabricant de Bridgewater, ville du Connecticut, présentait une machine nouvelle pour épurer le coton : coton-gin. Un autre présentait un mécanisme qui produit des fils de coton d’un poids précisément déterminé pour leur longueur.
- Sous l’impulsion vigoureuse de Boston, le Connecticut
- p.487 - vue 112/0
-
-
-
- 488
- FORGE PRODUCTIVE
- a beaucoup développé le travail du coton peu de temps après la création de Lowell : dès i85o, cet Etat en fabriquait pour plus de 20 millions de francs.
- La filature de la laine est au rang des industries qui prospèrent le plus dans le Connecticut et qui montrent le génie de ses habitants pour la mécanique.
- Il y a près de cinquante ans, M. Humphrey faisait mouvoir par la force hydraulique sa machine à filer la laine. On lui payait, par broche ou bobine, 1 dollar (5 fr. 34 cent.) pour avoir le droit de construire le même mécanisme. On avait reconnu que douze bobines faisaient le travail de quarante fuseaux mus par la main de la fileuse.
- Aujourd’hui, le Connecticut, dont la population n’est qu’un 63e de toute l’Union, confectionne le 7e des laines filées et tissées dans les ateliers de tous les autres Étals. •
- Lors du recensement de i85o, on a constaté que le Connecticut produisait pour 34 millions j- de francs en fils et tissus de laine dans ses ateliers mécaniques. On obtenait ces produits par l’emploi de 2,907 ouvriers et de 2,581 ouvrières, qui gagnaient en moyenne, par mois, les ouvriers 110 francs et les ouvrières 80 francs. Le lecteur sera certainement frappé de l’élévation de tels salaires : ils n’empêchaient pas que le prix du mètre courant de tissus en laine ne dépassât point 4 francs.
- Il est encore une industrie considérable que le Connecticut partage avec les autres Etats de la Nouvelle-Angleterre : c’est la confection en grand des chaussures. Mais il réclame en propre l’application capitale que nous devons faire apprécier.
- Dès r année 1842, M. Charles Goodyear, de Newhaven, Connecticut, appliquait ses inventions à la confection des chaussures que le caoutchouc, india rubber, rend imperméables. Il a propagé son industrie, dont il a multiplié
- p.488 - vue 113/0
-
-
-
- DES NATIONS. 489
- les usages, avec une activité infatigable; l’ensemble des fabriques établies d’après ses brevets d’invention représente un capital de 5o millions de francs. Dès i85o, on évaluait à plus de 4 millions le nombre des paires de bottes et de souliers confectionnés, suivant ces nouveaux moyens, dans les seuls Etats de la Nouvelle-Angleterre.
- Il y a deux genres de chaussures : i° celles où le caoutchouc se combine avec un tissu privé d’élasticité : ce sont les plus employées aux États-Unis; 2° celles où le caoutchouc se combine avec un tissu tricoté, ce qui permet de reproduire les formes mêmes de la nature et de parvenir au dernier degré de perfection.
- Des gants fabriqués d’après ce principe laissent à la uiain toute la facilité de ses mouvements ; leur emploi permet, dans les familles bourgeoises, que la maîtresse et les Hiles de la maison se livrent à des travaux de ménage, tels que les lavages de lessive, le récurage des cuivres, etc., sans porter atteinte à la blancheur des mains, à la dou-ceur de la peau. On peut ainsi concilier l’humble utilité des travaux domestiques avec ce degré d’élégance qui répand son charme sur la distinction des classes polies.
- M. Goodyear fait confectionner une troisième espèce de tissus qui présente un nouvel avantage. Le caoutchouc qu’il emploie est formé de feuilles percées d’une infinité de trous assez petits pour que l’eau du dehors, repoussée par la substance imperméable, ne puisse pas y pénétrer, mais qui laissent une libre sortie à l’air, ainsi qu’aux autres gaz; cela permet que les moiteurs de la perspiration se dissipent par les mêmes ouvertures. On évité ainsi le très-grave inconvénient de la perspiration concentrée sous les tissus imprégnés de caoutchouc, tels que les mackintosh.
- L’exposition de M. Goodyear à Londres présentait
- p.489 - vue 114/0
-
-
-
- 490 FORCE PRODUCTIVE
- une infinie variété d’applications pour tous les âges et tous les besoins de la vie civile, nautique ou militaire, depuis les jouets d’enfants jusqu’aux bateaux insubmersibles et jusqu’aux pontons d’une extrême légèreté. Ces pontons avaient rendu les services les plus récents et les plus précieux dans la guerre des États-Unis contre le Mexique. Leur peu de poids et la facilité de les réduire au moindre volume avaient été très-utiles dans une contrée où les routes et les ponts sont aussi rares qu’imparfaits.
- L’application du sulfure et du carbonate de plomb produit ce qu’on appelle le caoutchouc vulcanisé, qui prend par cet apprêt une incroyable élasticité. Une autre combinaison de M. Goodyear donne au caoutchouc une dureté comparable à celle de la corne. Cette corne artificielle rend, dans les arts, tous les services de la corne véritable.
- Une série d’arts nouveaux et des perfectionnements variés sont résultés, pour d’anciennes industries, de ces créations de substances auxquelles le génie de l’homme a donné des qualités auparavant inconnues. Tels sont les services rendus aux nations et constatés par la médaille du premier ordre à l’Exposition de i85i.
- Le génie des habitants du Connecticut pour la mécanique s’est signalé dans les genres les plus variés. Dès 181 q, ce petit Etat confectionnait dans une année 14,565 horloges en bois, dont la valeur était de 656,62 5 francs. Aujourd’hui, dans un seul atelier, 2 5o ouvriers fabriquent par jour 6oo horloges, ce qui fait par an 16,200. C’est plus qu’il y a quarante ans le Connecticut tout entier n’en fabriquait. Le prix moyen actuel est de 16 francs par horloge, il était de 45 francs en 1810. Gomment s’est produit ce bon marché?
- Par la division du travail : elle est telle que chaque
- p.490 - vue 115/0
-
-
-
- DES NATIONS. 491
- horloge passe par soixante mains différentes, et 6o horlogers produisent 9 00 horloges par semaine. La plupart des opérations sont faites par des machines-outils qui débitent le bois et le transforment en roues dentées. Les mouvements sont si rapides que l’instrument qui tourne, en taillant les dents, fait y,000 révolutions par minute; tandis qu’un ouvrier n’a d’autre soin que de conduire à la main, vers l’outil, le morceau de bois ainsi travaillé. Les parties métalliques sont embossées par pression et taillées par mouvements continus, suivant les mêmes principes.
- De semblables horloges, quoique fabriquées par des ouvriers bien plus payés qu’en Europe, se vendent avec avantage dans la Grande-Bretagne. Suivant M. Witworth, le plus compétent de tous les juges, qui décrit toutes ces opérations, plus de la moitié des horloges fabriquées de la sorte est achetée par l’Angleterre.
- En 1853, dans la dernière année de la paix générale, les Américains vendent à la Grande-Bretagne plus de 110,000 horloges de bois; ils les vendent à si bon marché, que le libre échange les a frappées d’un droit d’entrée de yo,65o francs. La perception s’est faite par la douane d’Angleterre en vertu de deux lois. La première établit un droit de 10 p. 0/0 ad valorem; elle est datée de la célèbre année 1846, qui proclame, comme imprescriptible vérité, la suppression des droits sur les produits d’agriculture. La seconde loi, qui n’est pas moins productive et plus récente, date de 1853 ; elle est l’œuvre d’un ministère où siégeaient tous les anciens collègues de sir Robert Peel.
- En définitive, dans l’année 1853, les Anglais ont reçu des Etats-Unis, principalement du Connecticut, pour 8 à 900,000 francs d’horloges en bois. Il est curieux de voir, dans la même année, l’Angleterre leur vendre seu-
- p.491 - vue 116/0
-
-
-
- 492 FORCE PRODUCTIVE
- lement pour 72,500 francs de machines à vapeur et
- pour i,5g4,075 francs d’autres mécanismes ou métiers.
- Si les Anglais appliquaient leur immuable, leur éternelle vérité du libre échange, c’est-à-dire l’exemption absolue des droits d’entrée, aux simples horloges de bois, les États-Unis pourraient, avec cette humble monnaie, payer la totalité des machines et des métiers qu’ils veulent bien acheter encore à la Grande-Bretagne sur le pied de fer non brut.
- L’art de mettre en œuvre les métaux les plus utiles est très-développé dans le Connecticut; il fait la prospérité de la ville de fVaterbury. Là, vingt-huit compagnies industrielles rivalisent d’activité : les unes étirent et laminent le cuivre et le laiton, soit en fils, soit en feuilles, et fabriquent des épingles, des aiguilles, des boutons de métal, et les objets de coutellerie; d’autres fabriquent des draps, d’autres apprêtent les cuirs, etc. Les moindres de ces compagnies commencent avec un capital qui ne dépasse pas trente mille francs; les plus riches possèdent jusqu’à douze cent mille francs.
- Ce que les Américains comprennent avant tout, c’est qu’avec les prix élevés de leur main-d’œuvre il faut animer leurs mécanismes de la plus grande vitesse, afin que la quantité d’ouvrage fasse compensation. Ainsi, dans leur fabrique de boutons en métal, l’axe du tour à polir tourne sur lui-même en faisant 10,000 révolutions par minute.
- Dans la fabrique d’épingles, 80 ouvriers fabriquent par jour 4 millions d’épingles, c’est-à-dire 5o,ooo par ouvrier. L’ouvrier gagnât-il 4 francs dans la journée, cette main-d’œuvre représenterait seulement 1 centime pour 1 2 5 épingles. Les épingles d’une fabrique où les ouvriers ne gagneraient que 2 francs, et qui ferait autant d’ou-
- p.492 - vue 117/0
-
-
-
- DES NATIONS. 493
- vrage, épargnerait par conséquent un demi-centime sur *25 épingles.
- Fabrication des révolveurs.
- Cette industrie a pris naissance dans l’Etat du Connecticut. A l’Exposition de 1851, M. Samuel Colt avait envoyé de la ville de Hartford ses célèbres pistolets. Imaginons un court cylindre de métal autour duquel seraient forées cinq ou six chambres parallèles pour recevoir chacune sa cartouche. Le cylindre est ajusté de manière qu’en le faisant tourner d’un cran il présente â chaque fois une nouvelle chambre qui s’ajuste exactement avec l’âme du pistolet. Un seul mouvement suffit pour apprêter ainsi l’arme qui vient de tirer et faire feu sur-le-champ. Tels sont les pistolets dits révolveurs .-pistolets à révolution. Ces pistolets, qu’on donne aux troupes légères des États-Unis, ont rendu de grands services dans les deux invasions du Texas et du Mexique Les Américains confectionnent aussi des carabines d’après le même principe. Comme on abuse de tout, les flibustiers, les voyageurs et les amis de la violence portent avec eux des révolveurs, même dans les villes paisibles; sous le plus léger prétexte, ils s’entretuent avec un acharnement incroyable. Les nouveaux Etats, le Texas, la Louisiane et surtout la Californie, se signalent par la fréquence et la férocité de ces attentats.
- Le Connecticut, à la fois commerçant, et manufacturier, ne pouvait manquer de s’approprier les meilleurs moyens de communication. Le premier il a possédé des routes empierrées d’après le meilleur système. L’un des premiers il a construit des chemins de fer; il est traversé diagonalement dans sa plus grande étendue par la ligne de Boston à New-York. Sa superficie est subdivisée en 2 î polygones par les nombreux chemins de ce genre.
- p.493 - vue 118/0
-
-
-
- 494 FORCE PRODUCTIVE
- Longueur totale des chemins de fer du Connecticut :
- En activité............................. 1,062 kilom.
- En progrès.............................. 160
- ÉTATS DU CENTRE ORIENTAL.
- VII. ÉTAT DE NEW-YORK. *
- Parmi les anciens Etats de l’Union américaine, le plus grand par le territoire, par la population, par le commerce et par l’esprit d’entreprise est celui de New-York.
- Superficie................ 12,172,510 hectares.
- Population en i85o............... 3,097,394 habitants.
- Territoire pour mille habitants.. 3,930 hectares.
- Pour que l’Etat de New-York offrît une population aussi condensée qu’en France, il faudrait qu’au lieu d’avoir 3 millions d’habitants, comme en i85o, il en possédât plus de 8 millions. Il reste donc un vaste champ à parcourir avant que le peuple de cet État, à force d’accroissements, se trouve à l’étroit.
- PROGRÈS DÉCENNAUX DE LA POPULATION, DE 1790 À l85o.
- ANNÉES. POPULATION. ACCROISSE- MENT pour 1000. ANNÉES. POPULATION. ACCROISSE- MENT pour 1000.
- 1790 340,120 725 1820 1,373,812 398
- 1800 586,050 1830 1,913,508
- 637 266
- 1810 959,040 1840 2,428,921
- 1820 1,373,812 430 1850 3,097,394 275
- 1855 3,466,128 229
- p.494 - vue 119/0
-
-
-
- DES NATIONS. 495
- Ici le progrès de la population suit une marche décroissante. L’époque décennale entre i84o et i85o offre une seule direction contraire; elle devient faiblement ascendante, mais plutôt par l’excès des immigrations que Par l’action naturelle de la race indigène.
- En définitive, l’Etat de New-York présente un contraste digne d’attention. Pendant les trente années qui comprennent les grandes guerres de l’ancien monde, depuis J79o jusqu’en 1820, sa population s’accroît dans le rapport énorme de 1,000 à 4,o42.
- Pendant les trente années suivantes, malgré les bien-laits de la paix générale, sa population s’accroît seulement dans le rapport de 1,000 à 2,25o.
- Afin d’empêcher les idées de s’égarer sur cette voie, ajoutons que pour le même intervalle de trente années, dans le pays de l’ancien monde où la population augmente avec le plus de rapidité, en Angleterre, elle ne s’est pourtant accrue que dans le rapport de 1,000 à 1,476: c’est Un tiers de moins que le moindre progrès du New-York.
- Une des causes les plus puissantes pour ralentir le progrès du peuplement est la diminution du territoire qui correspond à chaque personne.
- De l’état qui va suivre, nous tirerons cette conséquence : Uiême dans l’état le plus prospèrç, favorisé par tous les Uioyens de l’industrie et de la science, du commerce et de la navigation, la densité de la population fait sentir son effet ralentissant longtemps avant l’époque où le territoire ne serait plus surabondant pour l’alimentation des habitants.
- Nous rendrons parfaitement sensible pour l’Etat de New-York cette corrélation, en offrant le tableau: i° de ia terre qui correspond à chaque habitant; 20 du temps que la population mettrait à doubler, d’après le progrès
- p.495 - vue 120/0
-
-
-
- 496 FORCE PRODUCTIVE
- décennal, entre les recensements consécutifs 1790 à
- 1800, 1800 à 1810, etc.
- Époque des recensements . . 1790. 1800. 1810. 1820. 1830. 1840. 1850.
- Hectares par habitant 351T-o 20 100 12 — 100 8-Ü 100 100 5-i- 100 a 9 3 3 100
- Temps pour doubler la population...........
- 12 ans 5 mois.
- 16*”* 4 m.
- 19*-21
- 20— 11”.
- 29— 7*
- t
- 28 ans 6 mois.
- Dans les pays d’Europe où la population n’offre en quelques lieux qu’un hectare et rarement plus de deux par habitant, l’émigration vient au secours et desserre les rangs. En Amérique, dans les États tels que le New-York, où fha-bilant a près de quatre hectares, l’émigration fournit le même secours, que pourtant ici ne réclame aucune pénurie de subsistance. Nous reviendrons sur cet objet pour l’approfondir lorsque nous traiterons des nouveaux États colonisés par les anciens.
- Ces rapprochements nous semblent d’une haute importance; ils répandent la lumière sur les changements si rapides qui s’opèrent dans les forces relatives des nations.
- Nous n’aurions qu’une idée très-imparfaite des efforts tentés par les habitants du New-York, si nous nous arrêtions aux considérations qui viennent d’être présentées. Ce qui redoublera la surprise du lecteur, c’est que l’époque même où s’est ralenti le progrès de la population dans cet Etat est celle d’un développement extraordinaire dans tous ses moyens de prospérité. Nous allons expliquer en premier lieu le bel ensemble de travaux publics ac-
- p.496 - vue 121/0
-
-
-
- 497
- DES NATIONS.
- complis pour seconder la nature et tirer parti des bienfaits dont elle avait préparé les germes.
- Parti quon a tiré des eaux dans l’Etat de New- York.
- Pour nous former une juste idée du rôle important que remplit dans l’univers l’Etat de New-York, il faut considérer attentivement l’hydrographie de cet Etat.
- Les frontières continentales n’ont de régulier, au midi, qu’une limite commune avec la Pennsylvanie : limite marquée par le parallèle du 42e degré, dans une longueur de 100 lieues (4oo kilom.), avec un retour perpendiculaire formé par un petit arc de méridien qui finit au lac Érié. A partir de ce terme, dans un développement d’au moins 6oo kilomètres, l’État de New-York a pour limites septentrionales les eaux intérieures et magnifiques: i° du lac Érié; 2° de la rivière Niagara; 3° du lac Ontario; 4° du fleuve Saint-Laurent, jusqu’à la hauteur du 45e degré de latitude. Ici la géométrie recommence à régler les frontières ; elle marche à travers les terres, de l’occident à l’orient, jusqu’au sommet septentrional du lac Champlain. Depuis ce lac jusqu’à la mer Atlantique, et dans la direction du nord au midi, le New-York est borné par la Nouvelle-Angleterre dans une longueur de cent lieues; la moitié de cette longueur appartient à la vallée magnifique où coule Y Hudson, la seule voie fluviale qu’ait l’Etat de New-York pour arriver à l’Atlantique.
- Au commencement du xvn® siècle, Hudson, navigateur anglais, entre au service des États de Hollande. Il découvre le fleuve auquel il donne son nom et le pays arrosé par ce fleuve : ce pays devient la Nouvelle-Nétherlande.
- Hudson, qui venait de l’est, avait suivi d’abord la côte méridionale d’une île étroite et très-étendue appelée,
- 3a
- INTRODUCTION.
- p.497 - vue 122/0
-
-
-
- 498
- FORCE PRODUCTIVE
- d’après sa configuration, Long-Island. H avait franchi la barre appelée Sandy-Hook, les sables de Hook, qui régnent entre le sud-ouest de file Longue et le continent américain. En tournant vers le nord, ce navigateur avait laissé sur sa gauche une île plus petite à laquelle il donna le nom de Staaten-lsland, file des États-Généraux.
- Dès que cette passe, large seulement de 600 mètres, est franchie , on se trouve en plein Hudson, dans l’un des havres les plus spacieux, où peuvent mouiller en tout temps les plus grands navires. Ici les eaux sont garanties contre les agitations de la mer par les obstacles naturels que nous venons de décrire.
- Immédiatement au nord de l’île Longue, on voit une autre île incomparablement plus importante, et qui garde encore son nom indien de Manhattan. Sur cette île les Hollandais avaient fondé leur Nouvelle-Amsterdam : entre leurs mains elle restait sans importance.
- Dès le règne de Charles II, les Anglais conquièrent la Nouvelle-Nétherlande. Une charte la donne au frère du roi, duG d’York. Aussitôt la Nouvelle-Amsterdam devient la Nouvelle-York, et la Nouvelle-Nétherlande est appelée colonie de New-York. Cent ans plus tard, elle a formé l’État souverain qui nous occupe maintenant.
- Si l’on a bien compris les frontières aquatiques précédemment indiquées, on reconnaîtra que la nature avait beaucoup préparé pour l’État de New-York et n’avait rien terminé. Jusqu’au xixe siècle, le fleuve vital de cet État, l’Hudson, n’était pas navigable au-dessus d’Albany et de Troy; les navires,les bateaux, ne pouvaient pas aller plus loin dans la direction du nord. De là jusqu’au lac Cham-plain, il fallait ouvrir un canal à point de partage. En vain la rivière de Richelieu conduisait de ce lac au fleuve Saint-Laurent; depuis la frontière des États-Unis pour aller à la
- p.498 - vue 123/0
-
-
-
- DES NATIONS. 499
- mer, la navigation inférieure de ce grand fleuve était interdite aux bâtiments de ces États. Cet obstacle déplorable est heureusement aplani par un traité récent.
- Aucune voie navigable sans interruption ne conduisait de New-York aux grands lacs Ontario, Érié, Huron, Michigan et Supérieur, au nord desquels l’Angleterre commençait à peine la colonisation du haut Canada.
- Tandis que New-York, capitale excentrique, érigée au sommet d’un triangle immense, pouvait communiquer par mer avec toutes les nations, elle ne possédait pas une seule ligne aquatique continue pour arriver au centre de l’État dont elle est l’incomparable débouché.
- Dès les premières années du siècle, des hommes doués d’un esprit étendu, d’un patriotisme courageux et d’une prévision je dirais presque audacieuse, s’élevèrent à la Pensée de créer une voie navigable qui rattacherait les eaux fluviales aux grands lacs Ontario et Érié, et qui profiterait du Mohawk, le plus bel affluent de l’Hudson, pour descendre à New-York; tandis que, du sud au nord, Une autre voie artificielle unirait le lac Ghamplain à l’Hudson.
- On peut voir dans le bel ouvrage de M. Michel Chevalier la description technique de ces travaux, dont il Uie suffit de signaler ici le génie, la hardiesse et le succès.
- Le canal du lac Érié, entre les villes d’Albany et de Enflai o, qui ne fut commencé qu’en 1817, était ouvert dès 1825 à la navigation; son parcours est de 581 kilomètres, et la dépense primitive s’est élevée seulement à ^8 millions de francs. Le canal de l’Hudson au lac Cham-fllain, exécuté dans le même laps de temps, a coûté ^>700»°oo francs.
- La ligne principale du canal Érié se complète par un
- p.499 - vue 124/0
-
-
-
- 500 FORGE PRODUCTIVE
- grand nombre de canaux secondaires; en voici le tableau :
- KILOMÈTRES de CANAUX. DÉPENSE PREMIÈRE.
- Canal Érié, d’Albany à Buffalo... 581 37,863,000
- Canal de l’Hudson au lac Champlain 127 6,662,000
- Canal de Syracuse à Oswégo. 61 3,560,000
- Canal de Sénéca à Cayuga 34 1,266,000
- Canal du lac de Sénéca à Emira 63 1,758,000
- Canal entre les lacs de Sénéca et Crooked 13 830,000
- Canal Chénango , de Binghamtown à Utica....... Black-River, de Rome au pied des hautes chutes de 155 12,041,000
- Leyden sur cette rivière, avec d’autres travaux... 56 5,662,000
- Canal de l’Alléghany et de la Genessée........... 196 10,612,000
- Canal de l’Hudson à la Delaware 175 11,824,000
- Totaux 1,461 92,078,000
- A peine l'Etat de New-York arrivait-il à compléter ce premier ensemble de travaux, sa navigation intérieure avait fait de si grands progrès que le canal principal, celui de l’Hudson au lac Erié, économiquement ouvert en petite section (im,20 de profondeur d’eau), devenait insuffisant» Aussitôt, avec un nouveau courage, on entreprend de l’établir en grande seclion (2”, 10 de profondeur d’eau)» On ne recule pas devant des sacrifices nouveaux qui font plus que doubler la dépense primitive.
- En définitive, les citoyens du New-York, en moins de
- p.500 - vue 125/0
-
-
-
- 501
- DES NATIONS, quarante années, ont commencé et terminé, entre trois grands lacs, deux fleuves du premier ordre et la mer, i,5oo kilomètres de canaux, au prix de iho millions de francs. Voilà ce qu’a fait une population qui n’était pas le douzième des habitants de la France.
- On avait mené de front des travaux si considérables avec un système étendu de chemins empierrés, lorsqu’à commencé l’ère de ,i83o, où les Anglais ont fait voir quel essor le commerce pouvait espérer par l’entreprise des chemins de fer propres aux rapides transports.
- Quand le New-York commençait d’ouvrir ses communications avec les pays de l’Ouest, il ne pouvait pas prévoir l’incroyable progrès des populations occidentales; il ne pouvait pas prévoir que, dans le laps de temps où les États de l’Est doubleraient le nombre de leurs habitants , ceux de l’Ouest le décupleraient. Soyons heureux de le dire, les vastes travaux de communication dont l’Etat de New-York a donné l’exemple ont contribué puissamment n cet admirable peuplement de l’Ouest, pour lequel les habitants venus de l’Est et les émigrants étrangers ont trouvé des routes, des rivières, des canaux, et finalement des chemins de fer de plus en plus nombreux, directs, 'economiques et faciles.
- Agriculture.
- Adultes de i5 ans et au-dessus : recensement de i85o.
- Agriculteurs............................313,980
- Toutes les professions.................. 888,294
- La proportion des agriculteurs au total de la population est à peu près la même qu’elle était en Angleterre vers le commencement du siècle : 35 pour cent.
- L’agriculture de l’Etat de New-York n’est favorisée par aucune production extraordinaire ; elle n’a point ce qu’on
- p.501 - vue 126/0
-
-
-
- 502 FORCE PRODUCTIVE
- appelle en Europe de produits coloniaux. Sa récolte en tabac ne mérite pas qu’on en parle, et les hivers sont trop froids pour la culture du coton.
- Malgré ces désavantages, les produits de la terre n’en sont pas moins d’une grande richesse, surtout en les comparant avec le nombre des bras auxquels ils sont dus.
- J’ai calculé les revenus bruts de la terre pour i85o, année de récolte médiocre : d’après les prix assignés par les Américains, j’ai trouvé pour total 56o,000,000 de francs. Chaque cultivateur de quinze ans et plus estrepré-senté par 1,800 francs de produits agricoles.
- Ce résultat est d’autant plus considérable, qu’il correspond à des prix de subsistances inférieurs aux prix moyens de France et d’Angleterre.
- La valeur des animaux élevés par l’agriculture, aux États-Unis, est de 35 pour cent meilleur marché qu’en France. On explique aisément une pareille différence, dans un pays où tant de terres que la charrue ne met pas à contribution sont disponibles comme pâturages, et d’autant plus avantageux que le sol est à plus bas prix.
- Dans l’État de New-York, la valeur moyenne des terres, en ne parlant que des fonds améliorés par la culture, s’élève à 58o francs parhectare. Ce prix des terres est d’autant plus remarquable que, pour l’ensemble des autres États-Unis, il atteint à peine 380 francs par hectare. Par conséquent, dans le New-York, la richesse et l’activité répandues par le commerce et l’industrie font acquérir à la terre une plus-value de 53 1 fk pour cent.
- On voit par là que les habitants du New-York n’ont pas
- tiré de la terre moins de parti qu’ils n’en ont tiré des eaux.
- %
- Chemins de fer du. New-York.
- La Nouvelle-Angleterre s’est chargée d’accomplir, ainsi
- p.502 - vue 127/0
-
-
-
- 50.3
- DES NATIONS.
- que nous l’avons expliqué, le magnifique réseau dirigé du nord-est; il restait à construire, dans l’Etat de New-York, les lignes dirigées vers le nord et l’ouest.
- Signalons d’abord la voie directe entre Montréal et New-York, tracée aux 19/20 dans l’Etat de ce nom.
- Un autre chemin de fer du premier ordre part de Ne\y-York, à l’est de la ligne directe aboutissant à Montréal. Ce chemin s’unit, àCbatbam, aux voies de fer du Massachusetts et les continue sur Albany.
- A mi-voie d’Albany au lac Erié, nous trouvons Rome, ville naissante et déjà prospère; de là part le grand chemin de fer occidental, qui va droit d’orient en occident, jusqu’au saut du Niagara, que franchissent les eaux du lac Érié pour descendre au lac Ontario. De l’autre côté de la chute, les Anglais continuent la voie directe par un chemin de fer jusqu’au détroit qui sépare du lac Ontario le lac Huron. Ici, les Etats-Unis reprennent et prolongent leur ligne ferrée jusqu’au midi du lac Michigan, à Chicago. Là, l’État d’Illinois continue la voie qu’a terminée l’État du Michigan; il a déjà traversé son propre territoire. C’est à l’Iowa d’aller plus loin vers l’occident septentrional.
- Depuis New-York, la grande artère transversale des chemins de fer a déjà parcouru 17 degrés de longitude. Le pays des lacs et des forêts est franchi; ensuite la prairie s’étend jusqu’aux montagnes Rocheuses. Enfin, il faudra franchir ces Alpes, puis le désert, avant de descendre au pays de l’or.
- U reste encore à continuer une ligne qui traversera 28 à 3o nouveaux degrés de longitude avant d’avoir atteint la mer Pacifique; on est au tiers de l’entreprise pour communiquer entre les deux Océans.
- Le chemin par où voyage la pensée a pris l’avance. Une ligne électro-télégraphique est en construction de New-
- p.503 - vue 128/0
-
-
-
- 504
- FORCE PRODUCTIVE
- York à la Californie. Cette simple ligne embrassera 45 degrés de longitude, le huitième du tour de la terre, mesuré sur le parallèle moyen.
- Quand les travaux des chemins de fer seront complets, New-York sera le port, le débouché naturel de la communication directe de l’ancien monde avec tout le centre de l’Amérique du Nord : centre qui décuple en population dans un espace de quarante ans.
- Revenons à la partie occidentale du New-York, d’où l’impulsion est donnée pour de si vastes travaux.
- La grande ligne centrale que nous venons de parcourir est la base d’un réseau qui s’étend jusqu’à la Pennsylvanie, du côté des lacs. Des villes nouvelles deviennent des centres pour 6, 5 et 4 rayons de voies de fer. Ces rayons se dirigent du côté du sud pour joindre Philadelphie, Baltimore, Washington, etc.
- Une grande et belle ligne qui reste encore à compléter, dans l’intérêt surtout de la Nouvelle-Angleterre et de Boston, c’est la ligne qui d’Albany est dirigée, comme le peuplement, en ligne directe vers l’ouest. Cette ligne, prolongée jusqu’à la ville de Presqu'île, sur le lac Érié, sera la communication la plus directe avec le magnifique réseau de l’Ohio et de l’Indiana. Nous ferons apprécier la richesse et l’importance de ce réseau lorsque nous décrirons ces deux États, d’un si grand avenir.
- Pour accomplir sa part dans le système des chemins de fer, le New-York a déjà dépensé plus d’un demi-milliard; 3,851 kilomètres sont ouverts à la circulation, et bientôt s’y joindront 900 nouveaux kilomètres.
- Ce que je veux faire comprendre, c’est la proportion de telles entreprises avec la population de ces Etats à peine sortis du berceau.
- Au ier janvier i855, les États-Unis avaient terminé
- p.504 - vue 129/0
-
-
-
- DES NATIONS. 505
- et livré à la circulation une étendue de chemins de fer supérieure aux trois quarts d’un grand cercle du globe terrestre; avant trois ans, le cercle entier sera dépassé.
- Voilà ce quaura fait une confédération qui compte seulement pour un 4oe dans la masse du genre humain.
- Montesquieu, cherchant à donner l’idée de la grandeur des Romains, parle d’un égout de 2 à 3 kilomètres achevé sous les Tarquins, et dont il admire le travail : «Déjà, dit-il, on commençait à bâtir la ville éternelle.» Je voudrais pouvoir ajouter, pour des entreprises cent fois plus grandes : Déjà l’on commence à bâtir l’Union éternelle.
- De Witt-Clinton.
- Je ne terminerai pas la rapide indication des travaux publics du New-York sans payer mon juste tribut à l’un des plus illustres bienfaiteurs de cet État. C’est d’après les études demandées, dirigées par De Witt-Clinton1, qu’ont cté préparés les grands projets pour les travaux publics du New-York ; c’est d’après ses rapports qu’ils Ont conquis le suffrage de l’opinion publique; c’est sur sa proposition qu’on a créé d’abord la commission spéciale des canaux, puis la commission plus générale des travaux publics; c’est grâce à ses efforts auprès des pouvoirs exécutifs et législatifs qu’on a fini par obtenir la sanction des entreprises proposées. Comme tous ceux qui veulent réaliser de grands projets, il a dû soutenir des luttes incessantes ; jamais il ne s’est découragé. Il était à la fois l’un des esprits les plus hardis et les plus positifs;
- 1 Ii descendait de la famille du grand pensionnaire De Witt, l’une des gloires les plus pures de la Hollande.
- p.505 - vue 130/0
-
-
-
- 506 FORCE PRODUCTIVE
- il soumettait tout au calcul, même l’avenir. De son vivant, il a vu s’accomplir la moitié des promesses qu’il avait osé faire; l’autre moitié, la plus incroyable, s’est depuis réalisée, en ajoutant à la vénération pour sa mémoire.
- II a pu voir, dès 182/1., dix mille bateaux franchissant le seuil d’entrée des canaux, à l’endroit où s’arrête le flux de la mer, dans la rivière d’Hudson; il a pu compter, dans une même année, trois mille maisons bâties dans la cité de New-York.
- De Witt-CIinton ne craint pas de prédire qu’en quinze ans la population de cette ville sera doublée, et qu'en trente ans elle sera devenue la troisième cité du monde civilisé, sinon la seconde, pour la grandeur de son commerce. Si l’on n’abaisse pas le taux des perceptions, il affirme que le revenu du péage des canaux atteindra deux millions de dollars en 1 8 ù 6 1 et quatre millions en i856. Le temps a justifié toutes les prévisions du hardi calculateur; prévisions fondées sur la juste appréciation des progrès dont ses efforts développaient les germes féconds.
- Le 26 octobre 1825, le grand canal est complètement ouvert à la circulation. Une fête commémorative consacre ce beau succès. Au signal du télégraphe, des salves presque simultanées de bouches à feu se font entendre sur toute l’étendue de l’immense parcours; elles annoncent au port de New-York que le premier bateau parti du lac septentrional pénètre dans le canal, pour ne s’arrêter qu’au sein des eaux dé l’Atlantique. De Witt, embarqué sur ce bateau, traverse les bourgs et les cités qui naissent et qui vont prendre un accroissement prodigieux ; les populations enthousiastes saluent au passage et bénissent l’homme d’État qui, par tant de persévérance, d’efforts
- 1 Dès 18/ii, le revenu dépassait 2 millions 100,000 dollars.
- p.506 - vue 131/0
-
-
-
- I
- DES NATIONS. 507
- courageux et de persuasions éloquentes, en huit ans et malgré tous les obstacles, a pu conduire à terme une aussi vaste entreprise.
- Pendant les quinze années qui suivent, pour correspondre aux grands travaux dont New-York offre l’exemple, les citoyens d’Albany et de Boston prolongent les communications, à travers les États de l’Est, par 2 5o kilomètres de canaux et par des chemins de fer. Ils font de la sorte arriver au centre commun, à peu de frais, avec rapidité, les produits manufacturés ou dus à la pêche, ou transportés de l’étranger par la Nouvelle-Angleterre.
- «Cette union, dit un savant orateur de New-York à qui j’emprunte les paroles qui suivent, cette union des deux grands systèmes de communication, le premier au nord et le second au nord-ouest, cette union a paru comme une ère nouvelle, un point de départ des améliorations et des progrès ultérieurs. Deux républiques dont les entreprises combinées ont procuré de si grands résultats, le New-York et le Massachusetts, ont réuni leurs gouverneurs et leurs corps législatifs dans la ville de Springfield, à mi-chemin des deux capitales. On a contemplé ce spectacle sublime et nouveau : les gouvernants des deux Etats les plus illustres de l’Union, joints aux représentants des deux peuples, rapprochés par le plus noble sentiment, par le besoin d’échanger leurs félicitations et leurs espérances sur l’achèvement des travaux qui garantissent la paix et la félicité domestiques, qui doublent les moyens de secours et de s'alut contre toute agression extérieure. Ces travaux rattachent plus étroitement les citoyens des deux nations, alliées déjà par l’unité du sang et du langage, et plus étroitement rapprochées par des voies publiques aussi nouvelles que puissantes. »
- p.507 - vue 132/0
-
-
-
- 508
- FORCE PRODUCTIVE
- Progrès des villes favorisées par les canaux et les routes.
- Je veux renouveler, au point de vue des forces productives, le voyage d’inauguration qui fit le bonheur et la récompense du grand promoteur des travaux publics dans l’État de New-York. En l’accomplissant par la pensée, après un tiers de siècle, je veux montrer les heureux effets de ces belles voies hydrauliques, longées ou croisées par des chemins de fer, et qui furent créées sous la direction supérieure de l’illustre De Witt-Clinton.
- Si nous partons du lac Erié, nous trouvons, au point le plus avancé vers l’orient, la ville et le port de Buffalo, dans lequel prend naissance le canal Érié, surnommé par excellence le grand canal. Il a produit le merveilleux développement de cette cité.
- Buffalo...
- Années 1820 183o 1840
- Population. 2,095 8,563 i8,2i3
- Le savant M. de Bow, chargé de publier le Compendium du recensement de i85o, porte à 60,000 le nombre des habitants, à la fin de l’année 1853 ; ce serait trente fois la population recensée trente ans plus tôt. Bien peu de cités, même aux États-Unis, ont un plus rapide progrès.
- Outre le canal Erié, cinq chemins de fer rayonnent à partir de Buffalo. Grâce à cet ensemble de voies, la ville voit prospérer son industrie et son commerce; sur ses chantiers on construit de nombreux navires à vapeur dont tous les mécanismes sont exécutés dans ses ateliers.
- A l’Exposition universelle de 1851, Buffalo, dans la personne de M. S. John, recevait la médaille de prix pour des boussoles ingénieuses qui font connaître la déclinaison de l’aiguille aimantée et pour des vélocimètres aquatiques. Pareille récompense constatait le mérite des savons superfins fabriqués dans la même cité.
- p.508 - vue 133/0
-
-
-
- DES NATIONS. 509
- Pénétrons dans le grand canal : la première ville notable que nous rencontrons est Lockpori, le port des écluses. Les eaux qui viennent du lac Erié par le canal descendent ici de 18 mètres, au moyen de cinq doubles écluses. L’industrie peut disposer d’une masse d’eau illimitée, que le bief supérieur reçoit directement du lac; elle s’en est servie pour établir, à Lockport même, beaucoup de filatures et d’usines. Une population industrielle s agglomère avec rapidité: dès ^5o, Lockport, si récemment établi, comptait 12,323 habitants.
- Une ville incomparablement plus importante, Rochester, est également vivifiée par le canal. Elle est bâtie sur la Genessée, qui débouche à peu de distance dans le lac Ontario; elle est le centre des moulins qui mettent à profit la force des eaux pour confectionner les farines si connues, même en Europe, et produites en abondance dans la Vallée très-fertile qu’arrose la Genessée.
- Les farines envoyées de Rochester par le grand canal Erié figuraient dans le Palais de cristal, à l’Exposition de i85i; elles recevaient à juste titre la médaille de prix, parmi les plus beaux produits des deux mondes.
- La prospérité de Rochester n’est pas seulement assurée par le commerce des produits agricoles; elle doit son opulence à des chutes d’eau magnifiques, lesquelles servent de moteurs soit aux minoteries, soit à des usines nombreuses et variées, à des scieries, à des papeteries, à des filatures, à des foulons, etc. Veut-on connaître l’effet de toutes ces créations? En 1812 , aux lieux où s’élève la ville, il n’existait que deux cabanes en bois; ces cabanes sont remplacées parles constructions nécessaires aux populations suivantes :
- i83o I i84o I i85o
- 9,269 J 20,191 J 36,4o3
- Années......
- Population..
- 1820
- 1,502
- p.509 - vue 134/0
-
-
-
- 510 FORCE PRODUCTIVE
- Un canal latéral à la rivière Genessée unit le grand canal Erié à la rivière Alléghany, qui mène à Pittsbourg.
- A l’orient de la rivière Genessée nous trouvons, sur le grand canal, la ville de Lyons; elle comptait 4,92 5 habitants en i85o. L’année d’après, elle recevait à Londres une médaille de prix pour son huile de menthe.
- En longeant le grand canal au delà de Lyons, on franchit la rivière Sénéca. Un canal latéral à cette rivière amène les produits des plus riches salines du New-York.
- En 1797, la quantité de sel exploité ne s’élevait qu’à 12,860 hectolitres. En i84o, grâce aux communications nouvelles, hydrauliques ou ferrées, l’exploitation annuelle passait 900,000 hectolitres; elle atteint aujourd’hui le chiffre énorme de 2,200,000 hectolitres.
- Lecanal de Sénéca et le lac Cayuga ouvrent une communication entre le canal Érié et les eaux centrales. Celles-ci présentent, pour les travaux des manufactures, d’admirables chutes. Arrêtons-nous à Fall-Greek, qui, dans une étendue d’un kilomètre et demi, offre trois chutes en cascade, sur une descente totale de i32 mètres : précisément la hauteur du dôme de Saint-Pierre à Rome !...
- La ville de Sénéca, à l’issue du canal du même nom, et celle d'Itaca, au sommet du lac Cayuga, sont les centres de fabriques multipliées de plus en plus par le bienfait de ces puissantes forces motrices.
- Nous reprenons le grand canal, et nous arrivons à Syracuse. Cette ville, en i83o, 11e figurait pas même entre les bourgades qui méritaient d’être nommées. Dès i84o, elle avait 6,5oo habitants; dix ans après, elle en avait 22,971, et trois ans plus tard, 27,000. L’industrie produit ces miracles.
- Le canal qui descend de Syracuse au lac Ontario forme
- p.510 - vue 135/0
-
-
-
- DES NATIONS. 511
- ta communication principale de ce lac avec New-York; il débouche dans le lac au port d’Oswégo.-
- La prospérité d’Oswégo représente les progrès les plus récents delà navigation et du commerce des Etats-Unis sur ta lac Ontario, dont la rive septentrionale est occupée par tas Anglais du Canada supérieur.
- En 1 8Ao, la cité d’Oswégo ne comptait que 4,o5i habitants ; dès i85o, elle en possédait i2,2o5, grâce aux progrès de son industrie et de sa navigation. A l’Exposi-hon universelle de i85i, elle obtenait la médaille de Prix pour l’amidon que ses fabriques extraient du maïs.
- Résumons, à présent, la navigation qui s’opère entre ^État de New-York et les lacs septentrionaux.
- a*»-—
- NAVIRES
- ANNÉE 1853. DE L’UNION. Étrangers. TOTAUX.
- c . [ Champlain.. .. * . d*int-Laurent.... J 11,727' 20,620' 32,347'
- ( Oswégatchie 525,925 186,880 712,805
- / Cap Saint-Vincent 431,447 27,366 458,813
- 1 Sackett-Harhour 88,339 823 89,162
- Lac Ontario / Oswégo 157,089 121,466 278,555
- 1 Gencssée 10,551 43,967 54,518
- \ Niagara 54,450 158,138 212,588
- Lac Erié j Buffalo 52,139 99,606 151,745
- Tonnages totaux.. 1,331,667 658,866 1,990,533
- Voilà, certes, un admirable développement de navigation. Nous sommes frappés de voir que douze treizièmes appartiennent soit au fleuve Saint-Laurent, soit au lac Ontario ; un treizième seul appartient au lac Érié.
- Quand les Anglais auront davantage peuplé, cultivé le haut Canada, surtout vers l’occident, et quand leur littoral sur le vaste lac Erié présentera des villes opulentes,
- p.511 - vue 136/0
-
-
-
- 512 FORCE PRODUCTIVE
- leur commerce avec New-York se déploiera dans une vaste proportion sur cette mer intérieure.
- Nons reprenons le grand canal au delà de Syracuse et nous arrivons à Rome, petite ville de 4,ooo âmes. Ici commence le canal qui débouche, dans le lac Ontario,. au. havre de Sackett, près de l’entrée du Saint-Laurent : un chemin de fer est parallèle à ce canal.
- Le Gouvernement fédéral possède à Rome un arsenal pour concourir à défendre les frontières du nord. Dans-la même ville on crée des manufactures.
- A peu de distance, en suivant le grand canal, on atteint la ville d'Utica; là s’embranche un autre canal dirigé vers le midi jusqu’à la rivière Susquéhannah, qui descend en Pennsylvanie. En remontant un peu cette rivière on. trouve un nouveau canal qui conduit au fleuve Delaware ; par ce moyen, les eaux intérieures du New-York sont en communication avec Philadelphie.
- Utica. . .
- Années I 1820 i83o w 00 O
- Population.. 1 2,972 8,3a5 c* 00 !>• cf
- i85o
- 19,78»
- A partir de Rome, le grand canal est latéral à'la rivière Mohawk jusqu’au confluent de cette rivière avec l’Hudson.
- A dix kilomètres seulement au-dessus d’Albany, sur la rive gauche de l’Hudson, s’élève une ville, Troy, digne à tous égards de fixer notre attention. Elle n’est pas moins riche en institutions scientifiques et d’instruction publique ou privée qu’en établissements industriels : elle possède un musée, une société d’histoire naturelle et des écoles nombreuses. Voici, pour les quarante dernières années,, quels ont été les progrès de sa population :
- Années 1810 1820 J i83o I i84o
- Population. 3,895 5,264 j n,4o5 j i6,334
- i85o
- 28,785 j
- Les rues de Troy, très-spacieuses et bordées d’arbrea
- p.512 - vue 137/0
-
-
-
- 513
- DES NATIONS.
- avec des maisons en briques, rappellent certaines villes de Hollande; le nom même du comté de Rensselaer, dont elle est la capitale, atteste cette origine.
- Ce n’est qu’au-dessus de Troy qu’on trouve un premier pont et le barrage de l’Hudson qui mettent un terme à la navigation fluviale et maritime dont New-York est le port.
- A Troy sont établies : de nombreuses fabriques pour la filature, le tissage et les autres préparations de la laine et fiu coton; des fonderies de fer et de cuivre; des ateliers pour construire les machines. A l’Exposition universelle, Troy présentait des modèles intéressants d« mécaniques et d’instruments aratoires. Cette ville possède la principale fonderie de cloches des Etats-Unis.
- Le beau comté de Rensselaer n’est pas seulement riche par l’excellence du sol et l’avancement des cultures : dès l’année i85o, ses produits manufacturés étaient évalués à 55 millions de francs. Un des principaux habitants de la famille hollandaise à laquelle^est dû le nom du comté figurait au nombre des plus dignes collègues de M. De Witt-Clinton pour les travaux publics du New-York.
- Albany reste chef-lieu de l’Etat, quoique la troisième °ité dans l’ordre de la population : les Hollandais l’ont fondée. Elle a quintuplé depuis quarante ans, grâce aux Voies de communication dont elle est devenue l’un des centres principaux.
- Années......
- Population..
- 1800 I 1810 1820 I i83o I i84o I i85o
- 5,289 J 9,356 12,63o J 24.238 j 33,721 | 5o,763
- Les Américains se complaisent à donner le nom de Capitole à leurs palais législatifs; celui d’Albany, construit fie 180g à 1810, n’a pas coûté moins de sept millions et fiemi de francs. En montant une grande rue régulière, plus large que notre rue de la Paix, on a pour point de
- 33
- INTRODUCTION.
- p.513 - vue 138/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 514
- vue le Capitole. Ce bel édifice forme le côté principal d’une vaste place quadrangulaire, dont les côtés adjacents sont décorés symétriquement par l’hôtel de ville et par l’hôtel du Gouvernement, Stale-lJalL
- La capitale du New-York n’est pas seulement à citer pour ses constructions civiles; il faut placer avant tout ses établissements scientifiques, ses écoles et ses institutions de bienfaisance. Chose rare aux États-Unis, des sœurs de la charité dirigent l’asile des orphelines.
- Albany va posséder un puissant observatoire muni d’instruments les plus parfaits que l’Europe puisse produire ; il portera le nom d’une femme généreuse, madame Dudley, la principale donatrice.
- L’Etat dont nous expliquons la force productive a compris que l’étude sérieuse de son territoire était au premier rang parmi ses moyens de progrès et de puissance. Il a fait largement les frais de cette étude ; il a publié l'Histoire naturelle du New-York, collection de i4 volumes in 4°, imprimée de 1842 à i8Ô2 dans la cité d’Albany : cet ouvrage a pour auteurs les savants les plus distingués.
- Le grand canal Erié, mis en communication avec le canal Ghamplain, aboutit au nord d’Albany dans un vaste bassin qu’une levée de 2 kilomètres sépare du fleuve Hudson. Dans ce port sont mis à l’abri les bateaux et les navires, quand viennent les énormes débâcles des glaces que l’Hudson charrie au printemps.
- Une cité d’où rayonnent tant de voies hydrauliques et de chemins de fer est le centre d’un grand commerce de l’intérieur et de l’extérieur. Dès i84o, on y comptait 47 maisons de commission. Il y avait déjà 20 bateaux à vapeur pour les voyageurs, et 51 remorqueurs servaient sur l’Hudson, entre Albany et New-York, pour des transports aujourd’hui doublés.
- p.514 - vue 139/0
-
-
-
- DES NATIONS. 515
- A l’Exposition de Londres figuraient neuf exposants du comté d’Albany; dès i85o, les produits manufacturés de ce comté surpassaient 3 8 millions de francs.
- Si nous descendons le beau fleuve qui fait la prospérité d’Albany, nous trouvons successivement :
- I. Sur la rive gauche, le port et la ville d’Hudson; c’est là que s’arrêtent les plus forts navires qui remontent au-dessus de New-York. Cette ville, qui n’avait en 1820 que 2,900 habitants, en compte aujourd’hui 6,286. Trois rayons de chemins de fer, dont un dirigé sur Boston, aboutissent au port d’Hudson. Les navigateurs de ce port disaient jadis un commerce actif avec les Indes occidentales; ils s’adonnent aujourd’hui de préférence à la pêche de la baleine. Dans le voisinage d’Hudson, des chutes d’eau nombreuses procurent des forces motrices dont l’industrie tire le parti le plus avantageux.
- IL Un peu plus bas, sur la rive droite de l’Hudson, débouche le canal qui communique à la Delaware dans l*n endroit appelé Port-Jarvis.
- III. Plus bas encore, en face de New-York, un second canal, plus court et plus important, met en communication les deux fleuves.
- IV. A 5o kilomètres au-dessous d’Hudson, nous trouvons , sur la rive droite, le centre manufacturier de Paagh-Repsie, où s’élèvent des filatures de coton, des fonderies de fer, des poteries, etc. La ville compte plus de 10>ooo habitants.
- V. A mi-chemin d’Hudson à New-York, sur la rive gauche, est un cap avancé vers l’occident, et pour cette raison nommé JVest-Point.
- C’est là qu’est établie l’excellente école militaire pour ^es armes savantes de la Confédération. C’est là que le
- 33.
- p.515 - vue 140/0
-
-
-
- 516
- FORCE PRODUCTIVE
- général Bernard, l’un des anciens aides de camp de Napoléon, a réglé savamment et sagement les études de cette institution; en même temps il donnait les plans de plusieurs fortifications importantes sur les côtes et les frontières des États-Unis. Bernard, dont j’eus un moment le bonheur d’être le collègue, en i834, était un de ces généraux aux mœurs simples et modestes, au cœur affable, au mérite éminent : tout en lui rappelait les Carnot, les Drouot, les Desaix et les Caffarelli.
- Le port et la cité de New-York.
- En descendant toujours l’Hudson, nous arrivons à New-York. Il serait trop long d’en détailler la topographie et d’en décrire les édifices, même en se bornant aux plus importants. On s’imagine aisément la grandeur et la beauté de la bourse et de la douane d’une cité qui, seule, concentre la moitié du commerce des trente et une républiques avec toutes les nations.
- En 1853, le port de New-York recevait pour 963 millions de produits, qui payaient en droits d’entrée 2 14 millions : c’était l’année du plus grand commerce.
- La douane de New-York, avec ses portiques et ses colonnes de marbre blanc, couvre le site où s’élevait la maison modeste dans laquelle on inaugura la noble magistrature de Washington, lorsqu’on l’eut nommé pour la première fois président des États-Unis. Souhaitons, pour l’avenir et pour l’honneur de l’Union américaine, de ne pas trouver dans ce contraste l’emblème de l’esprit nouveau, tout à l’or, qui succède à la vertu modeste, simple et désintéressée, de l’époque immortelle où fut conquise et proclamée l’indépendance américaine.
- Derrière le splendide hôtel de ville, allons chercher la
- p.516 - vue 141/0
-
-
-
- DES NATIONS. 517
- salle sans faste de YInstitut américain, et sa bibliothèque, et ses modèles de machines.
- Plusieurs autres sociétés savantes ont déjà mérité l’estime des nations éclairées. La Société historique est con-nue pour ses publications, pour sa bibliothèque et son cabinet de médailles. Citons l’Association de Clinton pour ^ avancement des lettres, des sciences et des arts. Citons des bibliothèques spéciales fondées et maintenues par v°ie de souscriptions ; la Société bibliophile de New-^0rb, qui doit ayoir maintenant plus de ào,ooo volumes; ta bibliothèque des marchands, plus de 2 3,ooe; et la bibliothèque pour les apprentis, riche déjà de 12,000 ou-Vr«iges consacrés à l’usage d’au moins 1,260 apprentis.
- P y a bien d’autres institutions à New-York pour tous les genres d’instruction, et qui peuvent être citées avec de justes éloges. Cette ville assure à l’instruction publique un revenu total de trois millions de francs : 75,000 élèves fréquentaient ses écoles , quand elle avait seulement ^5,000 habitants.
- Ses fondations de bienfaisance, pour leur nombre, leur Variete, leur dotation vraiment digne de la générosité des Moyens, ne méritent pas moins notre sincère hommage.
- Purmi les monuments d’utilité nationale il faut citer a(pieduc par lequel sont amenées d’une distance de
- lieues (60 kilomètres) les eaux de la rivière Croton, uffluent de l’Hudson; ces eaux arrivent jusqu’aux points fs plus élevés de la ville. Le réservoir pour leur distribu-contient 360 millions de litres. On a dépensé 60 mil-uhs de francs à cette belle entreprise; en Europe, la seule 1 e de Marseille présente un aussi magnifique ouvrage.
- Brooklyn, qui n’était qu’un village lorsque Fullon remportait le prix de la navigation à vapeur, Brooklyn a pour V°le principale la vaste rue Fultoh, embellie par des
- p.517 - vue 142/0
-
-
-
- 518 FORCE PRODUCTIVE
- constructions superbes; les rues secondaires ont 18 mètres de largeur. Quatre passages de bateaux à vapeur servent au va-et-vient entre New-York et Brooklyn.
- La grande verrerie fondée dans ce faubourg méritait à Londres, en i85i, la médaille de prix.
- A l’est de Brooklyn, dans la baie Wallabout, est Y Arsenal de la marine militaire. Tout auprès se trouve le Lycée naval des Etats-Unis, et, sur le haut d’une éminence rapprochée, Y Hospice de la marine. *
- Une compagnie, celle des docks de l’Atlantique, s’est formée pour construire un large bassin à la pointe dite de Hook ; il ne couvre pas moins de 17 hectares, avec un quai long d’un kilomètre : là peuvent être reçus les navires commerçants du plus grand tirant d’eau. De tels bassins sont nécessaires pour empêcher que les quais de New-York soient encombrés par le nombre toujours croissant des navires. -
- Industrie de New-York.
- Produits de la ville de New-York en i85o.... 483,o3o,ooo fr.
- Idem des faubourgs Brooklyn et Williamsbourg. 78,397,000
- La première industrie qui se présente à la pensée quand il s’agit de New-York, c’est la grande industrie de la navigation et les arts quelle met en œuvre.
- Tonnage des navires possédés en 1853 par l’Etat de New-York.
- Voiles. Vapeur.
- Navigation océanique........... 620,719* I 76,862*
- Navigation intérieure et cabotage. 588,36i J 136,590
- Pour faire apprécier les causes de supériorité des navigateurs américains, il importe d’ajouter aux indications qui précèdent le mouvement des navires dans les ports de l'Etat de New-York, du 20 juin i852 au 20 juin 1853-
- p.518 - vue 143/0
-
-
-
- DES NATIONS. 519
- ÉTAT DE NEW-YORK. ÉTRANGER.
- NAVIRES. TONNAGES. ÉQUIPAGES NAVIRES. TONNAGES. ÉQUIPAGES
- Entrées 5,261 2,606,159* 88,197 5,601 1,119,176* 70,071
- Sorties.... 4,525 1,959,902 79,070 5,425 1,084,742 68,428
- Totatix. . 9,786 4,566,061 167,267 11,026 2,203,918 138,499
- Navire moyen. 1 462 17 1 200 13
- Poids transporté par marin (adulte) américain, 27 ton. 299 kilogrammes; étranger, 16 ton. 914 kilogrammes.
- On voit maintenant à quoi tient l’immense avantage de ta navigation américaine. Ses bâtiments ont deux fois le tonnage des bâtiments étrangers, et n exigent qu’un tiers ^8 pins d’équipage; ses marins produisent un travail utile supérieur de 71 pour cent à [celui des marins étrangers.
- Dans l’état actuel des deux navigations, le marin des ^tats-Unis transporte un poids de 2 5 pour cent supérieur a celui que transporte le marin d’Angleterre.
- La comparaison avec les navires français fournit des enseignements de même ordre. Je les crois trop utiles à 111011 pays pour ne pas les consigner ici.
- AMÉRICAINS. FRANÇAIS.
- NAVIRES. TONNAGES. ÉQUIPAGES NAVIRES. TONNAGES. ÉQUIPAGES
- ®ntrées...... 302 191,064 6,214 32 9,725 410
- Sorties., 274 181,815 5,921 76 20,663 956
- Sommes... 576 372,879 12,135 108 30,388 1,366
- Navire moyen. 1 647* 1 281* 13
- I Poids par marin.. 30* 3/4 23* 1/3
- Grâce à la capacité supérieure de leurs navires, les
- p.519 - vue 144/0
-
-
-
- 520 FORCE PRODUCTIVE
- marins des Etats-Unis transportent un tiers de plus que les Français par homme d’équipage. Le seul moyen de faire disparaître cette affligeante infériorité, qui ne nous laisse pas même à transporter la dixième partie des marchandises que transportent les Etats-Unis entre nos ports et les leurs, ce moyen, dis-je, est évident : il consiste à construire des navires aussi grands que les leurs, avec un égal équipage. C’est une question vitale pour les commerçants français. Je désire vivement qu’ils se pénètrent d’une vérité dont l’application leur permettrait de quintupler leurs opérations et leurs bénéfices.
- Marine à vapeur : Fulton.
- New-York a la gloire d’avoir donné la navigation par la vapeur aux nations commerçantes. Ce n’a point été l’effet du hasard, mais de recherches persévérantes.
- Dès l’année 1798, l’État de New-York accordait à M. Livingston un privilège de vingt ans, à condition qu’il produirait, avant 1800, un bateau parcourant par heure quatre milles : 7 kilomètres j-. Fulton, après de longs et vains efforts en Amérique, en Europe, en Amérique de nouveau, échouant partout et jamais rebuté; Fulton aidé, protégé par le généreux Livingston, satisfait le premier à ces conditions. En 1807, son bateau parcourt en 3o heures 120 milles sur l’Hudson, entre Albany et New-York.
- Alors les États-Unis accordent à Livingston et à Fulton un brevet spécial qui leur permet de tirer la juste récompense d’un si grand progrès introduit dans la navigation.
- Le premier navire de Fulton portait une machine qu’il avait fallu demander en Angleterre aux ateliers de James Watt. Actuellement, les États-Unis construisent par année,
- p.520 - vue 145/0
-
-
-
- DES NATIONS. 521
- dans leurs propres ateliers, des mécanismes et des machines a vapeur pour près de trois cents navires.
- New-York est le port où l’on construit ces magnifiques Paquebots à vapeur qui font le service périodique des malles et des voyageurs entre cette ville et Liverpool.
- Entre New-York et Liverpool, les navires à vapeur américains font une digne concurrence aux navires de ^ Angleterre (voyez le rapport pour le VIIIe Jury, sur l historique des arts de la marine et de la guerre, t. III).
- COMMERCE DES ÉTATS-UNIS AVEC LES TROIS ROYAUMES BRITANNIQUES
- EN l853.
- VAPEUR. VAPEUR ET VOILES.
- navires chargés.
- NOMBRE. TONNAGES. NOMBRE. TONNAGES.
- Américains.., j Entres 35 47,417‘ 752 685,510'
- ( Sortis 37 54,799 1,067 932,916
- Totaux 72 102,216 1,819 1,618,426
- aritannicjuès. j Enlre 79 87,746 520 358,406
- ( Sortis 81 89,167 854 512,560
- Totaux 160 176,913 1,374 870,966
- Dans fintercourse des États-Unis et de la Grande-Bre-*agne, pour 1,000 tonneaux transportés par la vapeur : Ees navires à voiles américains transportent 16,556 t., Ees navires à voiles britanniques transportent ù,8o8 t. Ne l’oublions pas : jusqu’à ce jour, c’est la voile qui con-Serve le grand avantage pour l’économie du transport des Marchandises. Les voyageurs, pressés d’arriver, sacrifient Mut a la vitesse et préfèrent la vapeur; mais, dès qu’il agrt du transport sans urgence des marchandises ordinaires, le commerce préfère la force gratuite du vent.
- p.521 - vue 146/0
-
-
-
- 522 FORCE PRODUCTIVE
- On trouvera beaucoup d’autres développements sur l’histoire des deux navigations par la voile et par la vapeur, dans notre rapport du VIIIe Jury, sur les arts de la marine et de la guerre.
- Industries qui figuraient à l’Exposition universelle, à Londres.
- A Londres, le seul État de New-York a réuni près de deux cents exposants dans le Palais de cristal, c’est-à-dire le tiers des représentants de l’Union américaine.
- Sur les ig5 exposants du New-York, la seule cité de ce nom en comprend i36; mais elle est, après Londres, la plus grande ville à la fois maritime et manufacturière de l’Europe et de l’Amérique.
- M. Dick, de New-York, a reçu la médaille de premier ordre pour le puissant mécanisme avec lequel il emboutit des feuilles métalliques, par un mouvement successif épicycloïdal et rectiligne. Le même système, où la force est très-économisée, sert à comprimer le coton, le foin, etc. ; il sert pour percer à froid les feuilles métalliques, marteler les rivets avec lesquels on assemble ces feuilles, etc.
- Nous n’offrirons pas ici l’énumération de vingt autres récompenses obtenues par New-York. Citons seulement quelques industries caractéristiques.
- C’est entre New-York et Washington que le savant professeur Morse a, dès 1845, commencé la première ligne de télégraphie électrique. On voyait avec un vif intérêt dans le Palais de cristal les registres et les clefs qui servent à la correspondance électro-graphigne, suivant son système.
- Après cette grande innovation de la télégraphie électrique et magnétique, on peut encore citer pour l’utilité domestique VAnnonciateur, de M. Jackson. Ce télégraphe d’intérieur, dans tous les hôtels publics et sur les paque-
- p.522 - vue 147/0
-
-
-
- DES NATIONS. 523
- bots américains, remplace une foule de sonnettes par des mouvements qui correspondent à tous les appartements ; cela s’opère en signalant sur un cadran les appartements auxquels on envoie le signal, jusqu’à 1 instant ou ta réponse est faite.
- L’imprimerie, la lithographie, la photographie, la gravure, la géographie et la reliure forment une portion remarquable de l’industrie de New-York. On jugera du développement des publications dont cette ville est le foyer principal d’après ce seul fait : en i85o, le nombre des feuilles périodiques s’élevait à 115,385,473. Ce nombre continue de s’accroître avec rapidité.
- On a récompensé M. Brady pour les portraits des hommes illustres des États-Unis, obtenus par la photographie avec une perfection remarquable.
- New-York pourra quelque jour prendre un rang élevé dans la culture des beaux-arts; il y a déjà de la grâce
- du charme dans ses dessins, ses tableaux et ses Sculptures.
- M. J. Erickson, originaire de Suède et devenu citoyen de New-York, a fait honneur à sa ville adoptive par la fécondité de son génie pour la mécanique. Ses inventions °nt obtenu la médaille de prix : VIIIe et Xe Jurys.
- Le talent des Américains pour les inventions mécaniques éclatait dans l’exposition des produits de New-^°rk et luttait avec succès contre l’étranger.
- La Compagnie des ponts en fer établie dans cette ville exploite le brevet de M. Rider, qui tire un habile parti de ta résistance du fer à l’allongement : un modèle de ces ponts figurait à l’Exposition de Londres.
- La serrurerie à combinaisons est fabriquée avec succès Par tas Américains. MM. Day et Newell, de New-York, °nt été récompensés pour leurs serrures parautoptiques;
- p.523 - vue 148/0
-
-
-
- 524 FORCE PRODUCTIVE
- la clef même peut changer de combinaisons, au gré de
- son possesseur, sans quelle cesse de s’adapter à la serrure.
- M. Blodget a mérité la médaille de prix pour sa machine à coudre. Ici, je l’avouerai, malgré mon admiration pour les conquêtes de la mécanique, il m’est impossible de ne pas déplorer une application qui ravira le seul moyen d’existence que possèdent un si grand nombre de fdles et de femmes dans nos cités. Combien de misère et d’immoralité peuvent être la conséquence de cette innovation qui déjà passe en Europe, où les femmes ont tant de peine à subsister dans les cités populeuses !
- Une autre industrie dont la prospérité ne laisse après elle aucun regret est la fabrication des outils. New-York exposait, en 1851, les spécimens d’une des plus grandes fabriques de haches et d’autres outils tranchants. Cette fabrique en confectionne par an plus de 500,000, aussi remarquables pour la forme que pour la matière.
- En 1 85o , les Anglais , contenus par un droit d’entrée de 3 o pour cent, n’introduisaient des outils aux États-Unis que pour 13,22y francs.
- Les Américains ne s’adonnent pas seulement à la confection des machines et des outils; ils obtiennent des succès dans la fabrication des instruments de musique les plus compliqués.
- New-York exposait, en 1851, des pianos à sept octaves; ils sont d’un usage très-répandu dans l’Amérique.
- Enfin, l’excentricité de la race britannique, transplantée dans le Nouveau-Monde, était révélée par l’invention d’un cercueil hermétique, dans lequel on maintient le vide, afin d’ empêcher la putréfaction des corps morts. Le même principe est employé plus sagement à conserver les fruits frais, le gibier, le poisson, etc.
- La plus grande industrie de New-York, qui ne pouvait
- p.524 - vue 149/0
-
-
-
- DES NATIONS. 525
- guère figurer à l’Exposition universelie, est la construction des navires et des machines à vapeur, protégée contre la concurrence britannique par un droit général de 3o pour cent sur tous les mécanismes étrangers dont le fer et 1 acier font partie. Nous reviendrons sur les effets généraux dune telle protection dans l’Etat de New-York.
- En i853, New-York construisait et lançait 58 navires à vapeuret 186 à voiles; le tout jaugeant 68,41 4 ton.
- Industries comparées de New-York et de VEurope.
- Lorsque l’on compare, sous un point de vue general, findustrie manufacturière de New-York avec celle de la Erance et de l’Angleterre, on la trouve inférieure; elle ne peut's’élever à l’égalité que pour un petit nombre d’arts. Pour tous les autres, elle ne soutiendrait pas a termes egaux la concurrence. Il ne s’agit pas ici d une enorme distance : dans son ensemble, 1 industrie américaine est Peut-être de vingt ans, de vingt-cinq ans en arrière de ses Avales d’Europe. Mais les habitants du New-York travaillent avec une ardeur infinie à raccourcir cet intervalle, et> par conséquent, à conquérir l’égalité.
- J ai signalé le progrès extraordinaire des populations agglomérées sur les points favorisés par les voies de communication. Ce qu’il faut se représenter, cest 1 activité de tous les arts nécessaires à la création de ces villes remplaçant d’humbles villages et doublant, en quinze ans, en douze ans, parfois en dix ans, le nombre de leurs mai-s°us. Dans ces habitations, si rapidement multipliées, s’établissent de nouvelles industries, et pour le besoin des uouveaux habitants, et pour le commerce avec les lieux circonvoisins, et pour le commerce plus difficile à de Castes distances.
- p.525 - vue 150/0
-
-
-
- 526 FORCE PRODUCTIVE
- Parmi ces Anglais, ces Ecossais, ces Allemands, ces Hollandais, qui débarquent en si grand nombre à New-York, tous ne sont pas agriculteurs; il en est qui savent travailler le bois, la pierre, le fer, le cuivre. Voilà ceux qu’appellent les villes en formation, Buffalo, Rochester, Syracuse, Utica, etc. Là, chacun peut devenir chef d’atelier, prospérer s’il a la moindre intelligence, et s’enrichir s’il unit l’ordre à l’activité.
- Dans nos cités européennes, si l’on ajoute par année deux ou trois maisons à cent qui sont déjà bâties, cela suffit pour exercer tous les arts et leur donner la prospérité. Que doit-ce donc être en des cités animées d’une telle impulsion quelles érigent jusqu’à dix maisons pour cent déjà construites. Il faut chercher tous les moyens de suppléer aux hras qui manquent; il faut appeler la mécanique au secours, afin d e travailler à moindre prix la pierre, les métaux et le bois. Pour l’apport des matériaux, la mer, les fleuves, les canaux, les chemins de fer, répondent aux besoins combinés de vitesse et d’économie. On élargit toutes les veines de ce vaste corps social ; du sang nouveau s’ajoute sans cesse au sang vigoureux qui suffisait à la vie primitive; et le mélange est entraîné par une circulation à chaque instant plus rapide et plus féconde.
- Ces phénomènes, déjà si remarquables, disséminés en vingt endroits de l’Etat de New-York, si l’on veut en connaître le plus vaste effet, il faut les contempler dans la grande cité commerciale et maritime.
- Les vieillards de New-York peuvent se rappeler qu’il y a soixante années, leur ville natale ne comptait que 33,ooo habitants; Philadelphie l’emportait de beaucoup sur elle, et l’on eût aisément compté trente ports d’Europe plus riches et plus populeux.
- p.526 - vue 151/0
-
-
-
- 527
- DES NATIONS.
- Londres, Liverpool, Bristol et Dublin; Marseille, Bordeaux, Nantes et Rouen; Lisbonne, Cadix et Barcelone; Gênes, Naples et Venise; Pétersbourg, Stockholm, Hambourg et Dantzick; Copenhague, Amsterdam , Rotterdam, Anvers : tous ces foyers de commerce étaient plus peuplés et plus opulents que New-York.
- Mais ce dernier port avait une puissance de création, une ardeur, un génie d’entreprise, une félicité de position qui devaient le faire dépasser la plupart de ses rivaux avec une rapidité magique.
- De tous les États de l’Union, les hommes actifs, entreprenants et poussés par la passion du négoce affluent à New-York; c’est là que débarquent, au nombre de 200 a 300 mille par an, les émigrants européens, avant de Se disperser dans les profondeurs de l’Ouest. La fleur des arrivants, industrieux ou savants, est retenue par la cité la plus opulente, par celle où des talents hors ligne peuvent espérer les plus hautes récompenses.
- Le tableau suivant mérite une attention spéciale : il ^aet au grand jour la puissance progressive que nous vou-l°ns faire apprécier,
- PROGRÈS DÉCENNAUX DE NEW-YORK, MONTRANT L’INFLUENCE DE LA PAIX ET DE LA GUERRE SUR LA PROSPÉRITÉ DE CETTE VILLE.
- années. POPULATION. PROGRÈS DÉCENNAUX.
- 1800 60,489 59 pour cent. 10 ans de paix avec l’Europe.
- 1810 1820 96,373 28 pour cent. 3 ans de guerre contre l’Angle-
- 123,706 terre.
- 1830 202,589 64 pour cént. . 30 ans de paix avec l’Europe.
- 1840 312,710 54 pour cent.
- 1850. 515,547 65 pour cent. .
- p.527 - vue 152/0
-
-
-
- 528 FORCE PRODUCTIVE
- Contra’ste éminemment remarquable offert par le demi-siècle qui vient de finir! La population de New-York, dans les vingt premières années, augmente seulement de io4 pour cent, et dans les vingt dernières de i5o pourcent. Ce surcroît de vitesse a lieu lorsque dans les campagnes le progrès, sans cesser, est ralenti. La surabondance de la vie se concentre auprès de la mer, dans le grand port du Nouveau-Monde, pour rayonner de là vers tous les points où l’Océan peut la transmettre.
- Afin de faire bien comprendre aux habitants de l’ancien monde l’effet intérieur des accroissements que nous étudions, prenons pour terme de comparaison la cité la plus grande et la plus avancée du continent européen.
- Populations comparées de Paris et de New-York.
- Paris. New-York.
- 1817....... 713,966 1820 .......... 123,706
- i85i....... 996,262 i85o........... 5i5,547
- Progrès en 34 ans.. 39 \ p. 0/0 4i 1 p. 0/0.
- Divisons New-York, comme Paris, en douze arrondissements supposés égaux. Pour les 34 ans écoulés de 1817 à 1851, l’accroissement de la population serait :
- Dans Paris, égal à...... 4 f arrondissements.
- Dans NewYork, égal à.... 4g 7 arrondissements.
- A Paris, l’importance des constructions est dissimulée, parce qu’une grande partie s’opère en remplissant des espaces intérieurs, des cours, des jardins, etc. Une autre partie s’obtient en exhaussant des étages, en subdivisant les pièces, les appartements.
- A New-York on s’étend sur l’île de Manhattan, qui se couvre de maisons. On avance à grands pas pour occuper ce qui reste de terrains disponibles encore; la marine suit les travaux faits à terre.
- p.528 - vue 153/0
-
-
-
- 529
- DES NATIONS.
- Bes usines, les magasins, les ateliers du commerce Maritime, se déploient sur le littoral urbain. A l’ouest, les bateaux à vapeur, en nombre toujours croissant, sont Ranges sur la rive de l’Hudson, dont les quais s’allongent suivant cette progression. Les navires à voiles bordent les 9uais de la rivière de l’Est et s’avancent vers la baie da Sond. Tout au nord de la cité, les maisons*de luxe ont Pris leur poste d’élite, comme à Londres dans le quartier Westminster. La ville marchande, devancée sur ce P°mt, reflue vers le midi. Elle passe la rivière du sud-est; t^e f°nde à la fois deux faubourgs ou plutôt deux nouilles cités maritimes : c’est Brooklyn, qui touche à Hudson; c’est fVilliamsboarg, plus rapproché de la mer intérieure ou Sond qui sépare file Longue et la Nouvelle-Aogleterre.
- Brooklyn et Williamsbourg ne présentaient pas 4,ooo ^bitants en 1810; maintenant, elles en réunissent plus e l25,ooo, et la terre circonvoisine permet des ac-Croissenients illimités.
- Vers 185o , les constructions urbaines qui s’effectuaient o&que année pour New-York équivalaient à l’édification Complète d’une cité de 4o,ooo habitants.
- Ces travaux gigantesques sont accomplis sans interven-^ de l’État, sans encouragements publics, par le seul
- e* de l’énergie des citoyens, que favorise le flot mon-*ant de la fortune américaine.
- Parallèle des trois ports les plus fréquentés de Yunivers.
- ^ Nous pouvons maintenant apprécier les prévisions que e Witt-Glinton osait exprimer, il y a près de trente j*Onées, i°rsffu’il entrevoyait l’époque où New-York serait a 3 , sinon la 2e ville maritime du monde civilisé.
- 34
- INTRODUCTION.
- p.529 - vue 154/0
-
-
-
- 530
- FORCE PRODUCTIVE
- TONNAGE DES NAVIRES ARRIVÉS DE L’ÉTRANGER À DES ÉPOQUES SÉPARÉES PAR INTERVALLES DE TRENTE ANS.
- ANNÉES. A LONDRES. A LIVERPOOL. A NEW-YORK.
- 1823 ton. 785,529 , ton. 504,520 ton. I 173,075
- 1853 2,635,619 2,038,026 1,763,290
- 1883 8,847,146 ? 8,232,680? 17,964,422 ?
- Que dit ce tableau, qui mérite une attention profonde? i° jusqu’en 1823, Londres à lui seul faisait plus de commerce extérieur que Liverpool et New-York pris ensemble; 20 en i853, Londres n’a plus cette absolue supériorité; cependant il reste encore le port le plus fréquenté par les navires qui viennent de tous les points du globe, et Liverpool continue d’occuper le second rang; 3° de 1853 à i883, en admettant que le tonnage total des navires arrivés dans chacun des trois ports suive la progression des trente années précédentes, on aura les chiffres indiqués par ce signe hypothétique? Alors ce sera New-York auquel appartiendra la suprématie. Le tonnage des navires attirés par le commerce étranger y surpassera celui qu’en i883 pourront réunir ensemble Londres et Liverpool.
- Il ne faut, je le sais, hasarder de telles inductions qu’avec une extrême réserve, parce que l’avenir, même le moins éloigné, renferme souvent des causes nouvelles, ou le développement nouveau de causes précédemment inaperçues, qui portent le trouble dans les prévisions les plus plausibles. Mais il ne faut pas non plus que la pensée de perturbations inconnues empêche de faire usage des seuls moyens que nous ayons de préjuger un peu l’avenir» et surtout un avenir assez prochain.
- p.530 - vue 155/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 531
- Ü y.aurait folie à supposer que l’Angleterre ne cher-era pas tous les moyens de conserver la suprématie de Ses P°rts et de son commerce. Elle emploiera, dans ce n°bïe dessein , les ressources sans bornes de son génie, de constance et de son activité. Jamais le commerce du ^onde n’aura présenté de lutte comparable; aussi long-temPs qu’elle restera pacifique, ses progrès, ses vicissitudes, s®ront favorables au genre humain et mériteront l’applau-lssement des nations civilisées.
- Pour revenir à New-York, une cause surtout pourrait eutir ses progrès et l’empêcher d’atteindre à la supré-jj^tie commerciale : ce serait une guerre suscitée par les j a*s~Unis contre l’Europe occidentale, cette guerre entre s uations les plus faites pour s’estimer, cette guerre que ^poussent des deux côtés de l’Atlantique les amis éclairés de ia civilisation.
- ri
- ^ ^ est aux grandes cités commerciales, c’est à New-York, j 0s^°n, à Philadelphie, à Baltimore, d’élever la voix; eurappartient d’éclairer leurs aventureux compatriotes, P°ur conserver la paix entre des nations dont les citoyens, j^ls ^origine, rapprochés par les liens de la religion, du n§age et de la civilisation, identifiés par tant d’intérêts 0rïlrnuns de travail et d’échanges, devraient se considérer •Unie des amis indispensables à l’existence, à la pros-ritc les uns des autres.
- Protection de l’industrie dans l'État de hew-York.
- Un
- savant écrivain, dans la Revue d’Edimbourg, a rendu Compte des beaux travaux de M. Mac-Gregoi sui la sta tlstique et les progrès de l’Amérique. Il examine, au point e Vue britannique, la protection accordée aux manu rictures des États-Unis : il ia blâme et s'efforce de la flétrir.
- p.531 - vue 156/0
-
-
-
- 532
- FORCE PRODUCTIVE
- Il pose en fait que cette protection, par un contraste bizarre, eut contre elle la grande majorité des représentants de la Nouvelle-Angleterre, qui devaient en profiter énormément, et qu’au contraire elle eut pour elle la grande majorité des États du centre, qui devaient en supporter le fardeau. Une protection toujours croissante fut décidée dans le Congrès, en 1816, en 182 4, en 1828, par les Etats de New-York, de New-Jersey, de Pennsylvanie, de Kentucky et d’Ohio : «la mesure, dit l’écrivain britannique, fut littéralement emportée par les votes des fermiers et des planteurs des Etats centraux : fermiers dont la prédilection pour le système américain était tout simplement un suicide. » C’est en 18/17 que l’auteur s’exprimait ainsi.
- Nos lecteurs verront par le pur exposé des faits ce qu’est devenu ce prétendu suicide.
- Le savant écrivain reconnaît que la Nouvelle-Angleterre et surtout le Massachusetts ont largement profité de la faci' lité que donnent les lois protectrices, pour développer une industrie dont pourtant ils ne prévoyaient pas encore U grandeur. « Le reste des 18 millions de la nation la plus orgueilleuse et la plus irritable de la terre, des gens, dit-il , aux yeux desquels un dollar exigé pour le traitement d’un prêtre ou la liste civile d’un roi paraîtrait une oppression à repousser, en versant jusqu’à la dernière goutte de leur sang, ces gens-là sont contents de débourser pour Ie profit de leurs frères lesYankies1 un tribut qui défrayerait la liste civile d’une douzaine de petits États d’Europe! Bien plus, ils ont forcé les mêmes Yankies à recevoir ce pr®' sent que la modestie de ceux-ci refusait. »
- On essayera de faire connaître au lecteur un état &
- 1 Ce nom s’entend partout des habitants de la Nouvelle-Angleterre.
- p.532 - vue 157/0
-
-
-
- DES NATIONS. 533
- ^hoses que le savant d’Angleterre voit sous un jour.si peu avorable. 11 faut avant tout expliquer comment l’industrie es Etats-Unis peut lui paraître exiguë, et resserrée dans s mains de quelques rusés (cunning) Yankies.
- r°portions pour mille des produits agricoles et des produits non agncoles exportés des États-Unis et des royaumes britanniques.
- exportations :
- ---- i
- Autres produits..,
- Des États-Unis Des Etats-Unis Des royaumes
- dans dans les royaumes britanniques
- l’univers. britanniques. aux Etats-Unis.
- . 833 97° i4
- . 162 3o 986
- 1,000 1,000 1,000
- ^ H est, à coup sûr, difficile de trouver deux nations dont ies produits agricoles et manufacturiers soient dans des Pr°portions plus opposées.
- Les Anglais, en voyant arriver dans leurs ports une si ^ le partie des produits industriels que fabriquent les ^ ats-Unis, ont pris naturellement l’idée la plus restreinte le Iïîanu^actures américaines ; ils ont cependant reconnu ^ efforts de la Nouvelle-Angleterre et surtout du Massa-^ setts. Mais ils paraissent avoir supposé qu’en dehors cette petite partie de l’Union américaine l’industrie *ait encore faible, pauvre et dans l’enfance, off 6 Ce^e Iïlanicre, les États du centre et de l'ouest se sont ®rts aux économistes britanniques comme des contrées Üuiquemejd; agricoles et qui consentaient sans compensa-^ d c°usommer les produits industriels des monopoleurs e la Nouvelle-Angleterre, a Le fardeau, c’est la consom-10n ^es produits américains par les Américains, que le port^ an^a^s appelle ainsi: le fardeau s’est trouvé, dit-il, Ou^6 ^3r GS ^*ats tributaires, avec cette stupide patience, plutôt avec cette complaisance qui s’applaudit elle-
- p.533 - vue 158/0
-
-
-
- 534 FORCE PRODUCTIVE
- même du désintéressement par lequel de vastes portions du monde ont l’habitude d’offrir leurs contributions au petit nombre des avisés et des fripons (the cunning few). »
- Il est vrai que, dès i85o, les six Etats de la Nouvelle-Angleterre fabriquaient ensemble pour un milliard six cent quatre-vingt-un millions de francs de produits d’industrie : c’est le fardeau dont il est parlé.
- Mais ce dont les Européens n’avaient d’avance aucun soupçon, c’est que les cinq Etats du centre soi-disant exploités par l’industrie de la Nouvelle-Angleterre, loin d’être extrêmement au-dessous des producteurs Yankies, ces Etats, en i85o, allaient donner pour deux milliards sept cent soixante et quinze millions de produits manufacturés ! En considérant leur réunion comme un peuple à part, qui comptait alors entre 8 à 9 millions d’habitants, ce peuple avait droit d’être classé parmi les nations industrielles les plus avancées après-la France et l’Angleterre.
- Ces vérités apparaîtront dans leur jour complet lorsque nous aurons expliqué la force productive des États du centre et de l’ouest. Nous sommes au New-York, commençons par exposer sa situation économique.
- L’univers entier connaît la grandeur du commerce auquel s’est élevé cet Etat. Mais l’Europe ne connaît pas les progrès récents et rapides de son agriculture et de son industrie; il faut en indiquer la source.
- Est-il vrai que l’agriculture des Etats du centre se soit volontairement et réellement suicidée pour protéger, non pas l’industrie des Etats du centre, mais celle du petit pays de Massachusetts? Jugeons-en par le New-York.
- Son territoire surpasse en fertilité celui de la Nouvelle-Angleterre; ses procédés de culture tendent par degrés à tirer un plus grand parti de cet avantage, à ne plus appauvrir le sol, à multiplier les engrais, surtout les en-
- p.534 - vue 159/0
-
-
-
- 535
- DES NATIONS.
- grais minéraux. Une même superficie devient par là susceptible de nourrir un nombre croissant d habitants.
- En i85o, les fermes et les plantations du New-York mesuraieot : i° en terres améliorées par la culture, 5>021,542 hectares; 20 en terres laissées à leur fécondité primitive, pacages, bois, etc., 2,715,796 hectares.
- Ces vastes contenances permettaient de nourrir une énorme quantité d’animaux domestiques. En voici la proportion par million d’habitants :
- Chevaux.
- *44,965
- Bêtes à cornes. Bêtes à laine. 602,971 i,n4,885
- Race porcine.
- 328,449
- L’agriculteur du New-York tire parti du riche marché fiue lui présentent les grands ports, les villes opulentes et ^es actives manufactures qui se multiplient à vue d’œil. Cette situation privilégiée nous explique le résultat sui-Vant> que je fais sortir des faits observés en i85o :
- Valeur du bétail par million d’hectares des fermes et plantations.
- Dans l’état de New-York........ 5o, 775,400 francs.
- Dans toute l’Union............. 24,461,000
- E agriculteur du New-York possède un grand avantage SUr celui des Etats de l’ouest, quand il faut approvisionner ^es côtes de l’Atlantique et fournir à l’exportation. Le dernier a contre lui le haut prix des transports, tandis fi116 le premier se trouve, pour ainsi dire, à la porte du Consommateur ou de l’armateur. Cette considération explique la grande plus-value des terres du New-York.
- Valeur comparée d’un million d’hectares, améliorés ou non, compris dans les fermes et les plantations.
- État de New-York. ............. 382,745,000 francs.
- Les six Etats du nord-ouest.... 171,116,400
- p.535 - vue 160/0
-
-
-
- *
- 536 FORCE PRODUCTIVE
- Afin qu’on juge de la progression du prix de la terre dans le New-York, je citerai M.Warden, Description des Etats-Unis, t. II, p. 175, Etat de New-York : « Valeur des terres et des maisons, telle quelle a été fixée par les assesseurs de la taxe directe. En 1814, le prix moyen des terres, y compris les bâtiments, était de iA dollars et demi par acre ,191 francs par hectare. » Augmentation depuis cette époque, cent pour cent.
- Aux Etats-Unis, les propriétaires sont pour la plupart leurs propres fermiers. La ferme, d’étendue moyenne,, n’est évaluée qu’à i6,3oo francs en capital; c’est trop peu pour nourrir un maître oisif.
- En Angleterre, on compte un propriétaire pour douze fermes beaucoup plus grandes que la ferme moyenne des Etats-Unis. De là l’opulence des possesseurs de la terre et des principaux fermiers dans la Grande-Bretagne.
- Pour arriver à cultiver beaucoup de terres avec peu de bras, il faut que l’agriculteur américain appelle à son secours les moyens mécaniques les plus puissants et les instruments aratoires les plus perfectionnés. Le génie industriel de la nation est sollicité et récompensé par l’agriculture. L’Exposition universelle en a présenté des exemples, et nous avons soin de les mettre en lumière.
- Passons à l’industrie manufacturière. Le recensement de 18A0 constatait, comme produit des manufactures et des mines du New-York, une valeur de 292,963,000 fr., pour une population de 2,428,921 âmes.
- Le recensement de i85o offre un résultat infiniment plus remarquable. Dans le court espace de dix années, avec ou malgré l’influence de ces lois protectrices qui, selon la théorie de l’Angleterre, devaient être le suicide des Etats du centre et nommément du New-York, ce dernier Etat s’élève à produire, en objets manufacturés, une va-
- p.536 - vue 161/0
-
-
-
- DES NATIONS. 537
- taur de 1,2 58,769,000 francs!... Ce n’est pas tout : un tel progrès donne aux terres une énorme plus-value, a leurs produits un marché sans bornes, et l’agriculture prospère admirablement : voilà quel est le suicide.
- Personne, en i85o, n’aurait osé porter à 10 milliards ies produits manufacturés des trois royaumes britanniques ; suPposons-les de 11 milliards. Quelle serait, dans ce cas, k production manufacturière par million d’habitants? Dans les trois royaumes britann.. Aoo millions de fr. ;
- Dans l’État de New-York......... Aio
- On peut contester ces nombres; je serais heureux on trouvât trop faible mon évaluation, réellement hypothétique, des produits industriels britanniques. Mais, quel *P*o soit l’accroissement imagine de ce cote, la production constatée pour l’État de New-York n’en reste pas moins Ul*e des plus importantes qu’offrent aujourd’hui les na-bons les plus avancées.
- VIII. ÉTAT DE NEW-JERSEY.
- serai bref sur ce petit État. L’Océan Atlantique le p0rne au sud-est, fHudson à l’est, le fleuve Delaware à ^ouest; enfin, au nord, il comprend une courte section s montagnes Bleues et leur versant occidental.
- Superficie.......................... 2,154,790 hectares.
- Population eni85o..................... 489,319 habitants.
- Territoire pour mille habitants... . 4,4o8 hectares.
- Pro
- grès de la population depuis le premier
- recensement décennal.
- Année
- 1790
- 1800
- 1810
- 1820
- Population.
- l84,l39
- 219,949
- 245,555
- 277,575
- Année i83o
- ----- i84o
- ----- i85o
- Population.
- 320,823
- 373,3o6
- 489,319
- p.537 - vue 162/0
-
-
-
- 538
- FORCE PRODUCTIVE Il a fallu quarante ans pour que New-Jersey doublât sa population. C’est un progrès un peu supérieur à celui de l’Angleterre : 15 pour cent tous les dix ans.
- De i84o à 185o, la population prend tout à coup un autre essor et s’accroît de 3 î pour cent. L’immigration entre pour quelque chose dans cette accélération.
- Origine comparée des populations en 1850.
- Habitants nés aux Etats-Unis........43o,44i )
- Étrangers . ........................ 58,364[ 489,319
- Individus d’origine non constatée.. . 514/
- ( Natifs des États-Unis. 88,615) Proportion,..) ^ 100,000
- ‘ Etrangers............ 11,385)
- On sera frappé de voir qu’à la porte de New-York, où débarque l’immense majorité des étrangers, une aussi faible proportion soit attirée par le New-Jersey.
- Nous en trouvons un premier motif dans la valeur considérable acquise par les terres assez médiocres de cet État; elle surpasse de beaucoup la valeur moyenne des terres dans les deux grands États limitrophes.
- Hectares améliorés.. ...... NEW-JERSEY. NEW-YORK. PENNSYLVANIE.
- 715,455 640,580,000 895 francs. 5,021,550 2,961,279,500 590 francs. 3,489,730 2,178,023,400 610 francs.
- Valeur en francs
- Valeur moyen ne par hectare
- Il faut attribuer cette supériorité de prix à l’heureuse position des terres du New-Jersey, entourées par la mer et par deux fleuves, au voisinage des deux plus grandes cités de la Confédération : New-York et Philadelphie.
- Les étrangers peu riches, qui trouvent dans l’Ouest des terres fécondes à 17 francs l’hectare, aiment mieux aller
- p.538 - vue 163/0
-
-
-
- DES NATIONS. 539
- au loin les défricher, plutôt que d’acheter des terres assez ingrates qu’il faut payer cinquante fois plus cher.
- En i85o,sur 128,740 adultes, on n’en trouvait que ^2,834 employés par l’agriculture du New-Jersey.
- Le travail des champs, on le voit, n’entre que pour Uri quart dans la population totale. Goncluons-en que le grand essor pris par cette population entre i84o et i85o appartient avant tout à l’industrie.
- Produit des mines et des manufactures.
- En i84o................ ..... 62,852,4oo francs.
- En i85o...................... 212,081,000 francs.
- Même en admettant beaucoup d’omissions en 184o, différence est si grande qu’il reste un progrès énorme 'jnon ne peut contester pour les années suivantes. Lieux canaux ont été construits, afin d’ajouter à l'avantage naturel de la ceinture aquatique formée par la mer, a Llelaware et l’Hudson.
- Le premier, le canal Morris, complète cette ceinture pour la frontière de terre. Il part de l’Hudson, près de efsey, en face de New-York; passe à Newark, la principale cité manufacturière, puis à Patterson, la plus imposante après Newark. Par ce canal, la houille de Pennsylvanie est apportée très-économiquement aux villes qui tiennent d’être citées, ainsi qu’à New-York.
- . L< est de 1824 à 1836 qu’on a construit le canal Mor-118 ’ dans un parcours de 163 kilomètres. On l’avait ouvert petite section ; les accroissements du commerce ont üge d’adopter les grandes dimensions du canal Erié. Lorsqu’on veut communiquer par mer de New-York à iladelpbie, il faut faire un long détour; il faut longer °ote la cote sud-est du New-Jersey, entrer dans la Delà-
- p.539 - vue 164/0
-
-
-
- 540 FORCE PRODUCTIVE
- ware, subir les sinuosités de ce fleuve et parcourir une distance totale de 4oo kilomètres; tandis que la voie directe entre ces deux ports n’égale pas i4o kilomètres.
- Un canal ayant seulement 36 kilomètres d’étendue coupe par le milieu le territoire de l’État, en sa partie la plus étroite. Il débouche au nord dans les eaux de New-York , près de l’île des Etats; au midi, dans la Delaware, au point où, dans ce grand fleuve, s’arrête le flux de la mer. En suivant ce canal, on navigue en ligne droite de New-York à Philadelphie, et la route aquatique est raccourcie des deux tiers.
- Pour ajouter à ces moyens de prospérité, onze chemins de fer sillonnent en tous sens le petit État de New-Jersey ; à la fin de l’année 1854, ces chemins présentaient un parcours de 6 5 y kilomètres. La dépense occasionnée par ces voies ferrées s’élève à 61,600,000 francs.
- Ce qui doit doubler, aux yeux des hommes sages, la valeur des sacrifices faits en si peu d’années pour créer de telles voies de communication, c’est que le New-Jersey les a supportés sans s’obérer par aucune dette.
- Voilà, suivant moi, l’immense supériorité de ce petit État, mis en parallèle avec la grande république de Pennsylvanie ; mais n’anticipons pas sur l’ordre des faits.
- Quelques mots, maintenant, sur la population et sur l’industrie des villes déjà mentionnées.
- La Cité de Jersey, Jersey-City, serait au rang des villes les plus considérables si elle ne faisait partie d’un autre Etat que New-York. Bâtie sur une langue de terre avancée dans l’Hudson, entre deux baies, on l’aurait rendue» comme Birkenhead en face de Liverpool, susceptible de recevoir en grand nombre les navires qui surabondent le long des quais de New-York et de Brooklyn. Malgré la beauté de sa position, Jersey, vivifiée par un
- p.540 - vue 165/0
-
-
-
- DES NATIONS. 541
- canal et des chemins de fer, ne comptait, en i85o, que ^>836 habitants; ajoutons toutefois qu’en i84o elle en avait moins de moitié.
- Sien plus remarquable à tous égards est la cité de Newark, à 12 kilomètres de Jersey, et par conséquent e 1 Hudson; elle communique avec ce fleuve et par le Canal Morris et par la rivière Passaïque, laquelle débouche au sud-ouest dans la baie de New-York.
- 11 n y a pas encore deux siècles, une compagnie de marchands britanniques acheta des sauvages, pour 3,25o fr.,
- *couvertures et 12 fusils, le territoire qui forme à Posent le comté de Newark. En i85o, la seule valeur es terres améliorées par la culture surpassait 35 millions francs. Ce n’est pas tout : dans la même année, le pro-duit des manufactures du comté, j’ai presque dit de Newark seul, s’élevait à 87 millions : ces deux valeurs Remontrent les prospérités simultanées et fraternelles de a8riculture et de l’industrie dans l’État de New-Jersev.
- Nous comprendrons maintenant les progrès de la ville ftieme de Newark, exprimés par les nombres qui suivent :
- Années...., Population.
- ï83o
- 10,950
- i84o
- 17,290
- i85o
- 38,894
- i853
- 45,5oo
- Newark reçoit par le canal Morris la houille, le fer et le minerai de zinc ; cela lui permet d’accroître avec raPidité ses usines pour le travail des métaux et la cons-Action des machines.
- A l’Exposition universelle de 1851, l’attention était ^vement frappée par une masse d’oxyde rouge de zinc °nt le poids s’élevait à 7,5oo kilogrammes. Cette masse etait présentée par la compagnie formée pour l’exporta-b°n et l’extraction des mines de Newark; elle provenait e la montagne de Sterling. Cette montagne, dont la
- p.541 - vue 166/0
-
-
-
- 542 FORCE PRODUCTIVE
- base est de formation granitique, fait partie de la grande ceinture minérale (minerai beît) vers la côte atlantique du nord de l’Amérique. D’énormes masses de minerai de zinc se présentent à l’extraction au-dessus du niveau des eaux voisines.
- A 23 kilomètres de Newark s’élève la ville de Patterson, favorisée par le canal Morris et la rivière Passaïque. Elle est au pied d’une chute d’eau de 22 mètres que présente cette rivière appréciée, il y a plus de soixante ans, par un grand ministre américain. Hamilton, le promoteur du système protecteur de l’industrie aux États-Unis; avait indiqué cette situation comme la plus propre à commencer la création de vastes usines qui pussent rivaliser avec l’Angleterre : c’était trop tôt.Une première
- compagnie l’entreprit avec un capital de 5 millions de francs; mais, traversée par mille obstacles, elle n’aboutit qu’à la ruine. Plus tard, à l’époque où le Massachusetts donna l’exemple du succès, on reprit la pensée d’Hamilton : la prise d’eau fut systématisée; de grandes usines furent établies, et maintenant elles prospèrent. Dès i85o, le comté de Passaïque, dont Patterson est le chef-lieu, a donné pour 22,500,000 francs de produits.
- Cette ville, qui ne comptait en i84o que 7,596 habitants , en possédait, dix ans plus tard, 11,3 44. Ce nombre s’accroît avec rapidité.
- La compagnie établie à Trenton, sur la Delaware, à l’extrémité du canal le plus direct entre Philadelphie et New-York, a reçu la médaille de prix pour l’excellence de sa tréfilerie et de quelques autres produits en fer.
- L’État de New-Jersey, si digne d’être cité pour ses produits matériels, est encore plus estimable pour la culture des intelligences. Un des premiers établissements d’instruction publique, le collège de Nassau, fondé dès 1 738,
- p.542 - vue 167/0
-
-
-
- 543
- DES NATIONS. a répandu les connaissances littéraires dans cette classe éminente de citoyens, fondateurs de l’indépendance américaine. L’instruction populaire a marche plus tard.
- Parallèle des adultes de 20 ans et plus : 1850.
- Blancs. Affranchi». Étrangers.
- Qui ne savent pas lire et écrire...... 14,248 4,417 5,878
- Qui savent lire et écrire........ 451,261 23*810 58,3o4
- Proportion pour cent ne sachant rien. 3 19 10
- IX. ÉTAT DE PENNSYLVANIE.
- Guillaume Penn a fondé la colonie qui, sous le nom de ennsylvanie, rappelle en premier lieu cet illustre ami de ûuinanité, puis les forêts, sylvæ, dont était couvert le pays °rsqu il en obtint la concession.
- La constitution coloniale rédigée par Guillaume Penn, en *682, était la plus éclairée, la plus humaine et la pins tolérante qu’on eût accordée dans le Nouveau-Monde, ®Pres celle du Maryland. Afin de favoriser le peuplement, finiconque n’était pas assez riche pour payer même au plus bas prix une propriété foncière, Penn accordait hectares de terre, moyennant la rente minime de ranes par année. La tolérance était garantie à tous les fS; l’éligibilité des citoyens assurée pour tous les em-1 0ls;l institution des juges de paix était fondée, pour pré-yenir les procès; deux fois par an, une cour des orphelins etait tenue, dans chaque comté, pour veiller aux droits, aux intérêts des orphelins et des veuves ! A côté de ces bien-fa S fernarquons une autre disposition née du désir de oriser l’industrie et de bannir l’oisiveté : à douze ans, sir en aïl* °Lligé d’apprendre un métier ou de choi-dg U?e Pr°fession commerciale. L’auteur de Y Émile a cru 0lr a(lopter cette prescription pour son élève.
- p.543 - vue 168/0
-
-
-
- 544
- FORCE PRODUCTIVE
- Topographie et Population.
- La Pennsylvanie a la forme d’un long rectangle orienté; déjà nous avons remarqué sa frontière du nord, frontière commune avec le New-York. Au midi, Tare parallèle de la terre qui marque le 39e degré la sépare de trois Etats : la Delaware, le Maryland et la Virginie. A l’ouest, l’arc méridien marqué par 80 degrés de longitude la sépare de l’Etat d’Ohio et de la Virginie, dans une longueur de 23o kilomètres. La Pennsylvanie est baignée parle grand lac Erié suivant une frontière oblique longue seulement de 5o kilomètres. Enfin du côté de l’est, elle est principalement limitée par le fleuve Delaware
- Superficie....................... 11,913,486 hectares.
- Population en i85o............... 2,311,786 habitants.
- Territoire pour mille habitants. . 5,i56 hectares.
- La Pennsylvanie n’a pas 20 habitants par 100 hectares, et notre pauvre département des Landes en a 32.
- PROGRÈS DE LA POPULATION PENNSYLVANIENNE, DEPUIS I79O.
- ACCROISSE- ACCROISSE-
- ANNÉES. POPULATION. MENT ANNÉES. POPULATION. MENT
- pour 1000. pour 1000.
- 1790.... 434,373 387 1820.... 1,049,458 284
- 1800.... 602,361 345 1830.... 1,348,233 279
- 1810.... 810,091 1840.... 1,724,033
- 1820 .... 1,049,458 296 1850.... 2,311,786 347
- De 1790 à 1820, l’accroissement décennal se ralentit par degrés; il se relève de 1820 à i83o par l’essor que prend l’industrie. De 183o à 184o, les embarras financiers de l’État concourent avec la diminution qu’éprouve le pro-
- p.544 - vue 169/0
-
-
-
- DES NATIONS. 545
- §res numérique delà population; enfin de i8âo à i85o, ce progrès devient plus rapide qu’il ne l’avait été depuis origine du siècle. L’immigration contribue pour quelque chose à ce dernier résultat; cependant, il faut remarquer elle est bien moindre en Pennsylvanie qu’en New-York : °rs du dernier recensement, par 100,000 habitants, il y avait seulement 12,756 étrangers.
- Dans la Pennsylvanie l’on a trouvé, lors du même re Censement, que l’agriculture occupe en tout 3o adultes ^lir cent. Le reste est employé, par les travaux d’industrie e Navigation et de commerce.
- Cette proportion révèle un état déjà très-avancé des professions autres que l’agriculture. Aussi voyons-nous ^Ua D même époque l’ensemble des objets manufacturés ,aiis ics ateliers vaut 827,782,400 francs. Produits d’in-strie par million d’habitants : 358 millions de francs.
- Q. ,,
- 01 ion compare ce résultat à celui du même ordre
- ^offre l’État de New-York, on le trouve inférieur d’un
- ltleme. Telle est la rapidité des progrès aux Etats-Unis,
- C6tte infériorité ne représente pas trois années; c’est-
- lre qu’à nombre égal d’habitants, la valeur des produits
- ^aNufacturés dans la Pennsylvanie en i85o était supé-
- re a celle que présentait le New-York en i8àj.
- n voit par là combien ces deux États se suivent de près j | ,
- oans la vive et féconde émulation qui les anime, a Pennsylvanie n’a que deux grandes cités indus-rie les : à rest, Philadelphie; à l’ouest, Pittsbourg.
- Philadelphie.
- Philadelphie, ®i\aSs\<pia, la cité de ï amitié fraternelle, °n^ée par l’illustre chef de la Société des Amis, nest comme New-York, riveraine de 1 Atlantique. Il faut
- INTRODUCTION, ^5
- p.545 - vue 170/0
-
-
-
- 546 FORCE PRODUCTIVE
- remonter la Delaware à 200 kilomètres pour arriver à cette capitale de la Pennsylvanie.
- Parmi les beaux monuments de Philadelphie, on distingue d’abord l’hotel de la monnaie, établissement fédéral, dont l’importance est infiniment augmentée depuis la découverte de l’or en Californie; ensuite le palais de la bourse, l’hôtel de la banque de Pennsylvanie et l’hôtel qu’occupait la banque des États-Unis.
- ' Après ces grands édifices, construits en marbre et décorés de colonnes monolithes, on peut citer encore l’hôtel du banquier Girard, un des plus grands capitalistes que l’Amérique du Nord ait enrichis. Pour donner une idée de sa fortune et de sa bienfaisance, nous citerons le collège qu’il a fondé pour élever et pour instruire les orphelins, au moyen d’une dotation de 10,600,000 francs!
- Citons avec un vif intérêt Y Asile naval de la confédération; il peut contenir 4oo serviteurs de la patrie. .
- Arrêtons-nous devant la maison de l’État (State-house), construite en 1725. La simplicité de son architecture est digne du berceau d’un peuple affranchi non par la richesse, mais par la vertu. Là siégeait l’assemblée qui proclamait, le 4 juillet 1776, l’indépendance américaine; là fut rédigée, en 1787, la constitution qui régit encore aujourd’hui la confédération des États; là siégea le congrès de l’Union jusqu’à l’année 1800.
- On a conservé sans la moindre altération la salle à jamais consacrée par ces glorieux souvenirs.
- Benjamin Franklin.
- Rien ne serait plus intéressant que le tableau raisonné des institutions de bienfaisance et d’instruction publique qui placent Philadelphie parmi les cités éminentes du
- p.546 - vue 171/0
-
-
-
- ' DES NATIONS. 547
- ^onde civilisé; à chaque instant elles rappellent l’homme ^lustre dont le talent a classé son pays parmi les rares dations où se produisent les découvertes du génie. Lors-(îu d faisait la première expérience par laquelle la science iïioderne a constaté l’identité de ces fluides merveilleux,
- 1 électricité de la terre et l’électricité céleste manifestée Par la foudre, Franklin habitait Philadelphie. C’est là ’piil imaginait le système de ses paratonnerres pour préserver contre le feu du ciel les habitations de l’homme; enfin, c’est là que, ramenant son cœur et sa pensée vers intérêts de la vie commune, il faisait naître l’esprit association pour créer chez un peuple pauvre encore es etablissements les plus chers à l’humanité, fiés 1-750 il aidait à la fondation du grand hôpital de ennsylvanie, construit en 1755; dans cette dernière année, fl concourait à la création d’une université. Quinze ails plus tôt, son zèle éclairé avait fait établir a Société Philosophique américaine, pour la culture et le perfectionne-^nt des sciences physiques. Franklin encore, l’impri-ïfleur je iit)rafrej ava]q fajt naître l’association hiblio-" lle de Philadelphie : Philadelphia lihrary company. Cette ass°ciation, sans exemple pour sa grandeur et sa durée, 116 possède aujourd’hui pas moins de 60,000 volumes. ^ Voilà quelques-unes des créations auxquelles le zèle ec°nd de Franklin a donné naissance. Quatre-vingts ans Jjms tard, 3 ,000 manufacturiers, commerçants et chefs °üvriers se sont réunis pour former une association c°nsacrée à l’application des sciences aux arts. L’esprit du paître les animait : aussi, pour témoigner leur gratitude, Se SOnt formés sous le titre dû Institut de Franklin.
- ^et imprimeur infatigable, ce moraliste qui faisait kr ^ Presse périodique à l’enseignement des vertus llcIUes et privées, aussitôt que la guerre éclata contre
- 35.
- p.547 - vue 172/0
-
-
-
- 548 FORCE PRODUCTIVE
- la France, en 175-7, dans l’année même où l’on suivait ses plans pour le college et pour l'hospice, il élevait sa pensée jusqu’à la conception d’un gouvernement fédéral : il en proposait le plan raisonné, conçu pour grouper des colo nies alors fidèles, alors dévouées à l’Angleterre. Le président, le congrès, l’unité suprême et la puissance daction, tout s’y trouvait heureusement combiné. Vingt ans plus tard, cette belle conception devait recevoir la vie pour la conserver à l’indépendance américaine : la métropole rejette un secours qui lui fait ombrage!... Après la paix de iy63, on voit commencer la longue dissidence entre les colonies du nord et le Gouvernement britannique. Qui représentera les opprimés? Quel esprit positif, actif, souple, éloquent, pourra suffire à les défendre devant la mère patrie?... Ce sera Franklin! Franklin devancé déjà dans l’Europe par la gloire d’une grande découverte, répandue d’un monde à l’autre on dirait presque avec la rapidité du fluide qu’a maîtrisé le savant américain !
- Un seul homme d’État, à Londres, appréciera la portée politique de l’illustre chargé d’affaires. Le grand lord Chatbam rendra de lui témoignage pour repousser, en plein parlement, le dédain que des ministres médiocres témoignaient à ce futur homme d’État qui devait un jour rallier à son génie les volontés, les lois, les sacrifices de treize peuples déjà mûrs pour la conquête du plus précieux trésor des nations : la possession d’elles-mêtnes...
- A la veille de sa grande révolution, la France a vu Benjamin Franklin exercer sur Paris l’influence inexprimable d’un mélange de qualités qui se complètent d’autant mieux qu’on les croit moins conciliables dans un même caractère. Une rondeur sans apprêt, exempte de façons vulgaires, montrait à la cour la simplicité du Bonhomme
- p.548 - vue 173/0
-
-
-
- DES NATIONS. 549
- Richard; à l'Académie, le génie d’un inventeur ; à la ville, à Paris, la finesse' de Socrate et sa morale supérieure : mieux que le sage d’Athènes, il évitait d’offenser des amours-propres qui se vengent, même par la ciguë, dès qu’ils le peuvent. Voilà comment l’envoyé de Philadelphie Munissait tous les suffrages.
- Depuis la mort d’un si grand citoyen, sur tous les points c^e 1 Union s’est manifestée la gratitude nationale pour le bienfaiteur de la patrie américaine.
- Dans neuf Etats souverains, autant de comtés ont reçu le nom de cet homme illustre; et quatre-vingt-dix villes a territoires (townships), depuis l’Atlantique jusqu à 1 océan Pacifique, Ont voulu porter ce nom révéré.
- Commerce et navigation.
- Les États-Unis procédaient à leur premier dénombrement lorsque Franklin terminait à Philadelphie sa bienfaisante carrière, en 1790. Cette ville accusait alors ^2>o 2 0 habitants ; aucune cité des États-Unis, et pas meme ^eW-York, ne l'égalait en population; Philadelphie était en réalité la capitale de l’Union américaine.
- Le commerce de la Pennsylvanie, qui se réduisait à Ceïui de sa principale cité, occupait le premier rang. On en jugera par le tableau des exportations, faites en 1791, P°ur les six États les plus importants :
- francs.
- Pennsylvanie...... 18,348,7^7
- Virginie.......... 16,718,819
- Caroline du Sud.. ià,382,o5i
- francs.
- Massachusetts. ... 13,454,886
- New-York.......... 13,379,183
- Maryland.......... 11,989,950
- Après soixante quatre ans de progrès considérables, les rangs sont changés ; une révolution commerciale est accomplie.
- Le tableau suivant en donne la mesure :
- p.549 - vue 174/0
-
-
-
- 550 FORCE PRODUCTIVE
- Exportations des neuf Etats les plus commerçants, en 1855.
- francs.
- New-York. ..... 607,324,700 Louisiane. ..... 188,649,600 Massachusetts... i5o,539,6oo
- Alabama.......... 76,204,800
- Caroline du Sud. 67,819,400
- francs.
- Maryland.............. 55,5i3,8oo
- Californie............ 43,916,700
- Géorgie........... 4o,286,40°
- Pennsylvanie. . .. 33,5o4»97°
- Ainsi, la Pennsylvanie, en deux tiers de siècle, s’est vu devancée par huit États pour l’étendue des exportations. Il est juste de remarquer que les importations ne présentent pas un renversement aussi défavorable.
- IMPORTATIONS LES PLU3 CONSIDÉRABLES.
- 1821. 1851. 1855.
- New-York 126,180,173 655,958,512 879,886,600
- Massachusetts.................. 79,134,749 174,699,846 240,907,500
- Pennsylvanie................... 43,668,643 75,661,184 81,755,800
- Le lecteur prendrait une idée trop inférieure delà prospérité présente de Philadelphie, s’il s’en rapportait aux seuls indices du commerce extérieur. Nous jugerons mieux de sa puissance navale par le tonnage des navires dont ce grand port avait la possession dès i853 :
- Long cours.... 74,387* ) Total
- Cabotage...... 183,891 )
- 258,278 tonneaux.
- Sur ce total, 26,134 tonneaux appartiennent aux navires à vapeur. Trois ports seulement, New-York, Boston et la Nouvelle-Orléans possèdent un plus grand tonnage.
- On ne prendrait pas non plus une idée juste de l’importance qu’a le commerce extérieur de la Pennsylvanie si l’on ne consultait que les. sorties pour l’étranger. Le grand
- p.550 - vue 175/0
-
-
-
- DES NATIONS. 551
- effet d’un port prépondérant tel que New-York aux États-Unis, tel que Liverpool dans la mer d’Irlande, a pour ^ffet d’attirer à lui les produits des autres ports. Ils sont choisis là par les étrangers, qui portent leurs marchandises au marché principal d’où le cabotage les disséminé.
- On ne doit pas croire que Philadelphie n’ait point feit de grands efforts afin de rivaliser avec New-York et de n etre pas écrasée dans la concurrence. Nous en offrirons la preuve éclatante lorsque nous expliquerons les v°ies de communications ouvertes en Pennsylvanie. Donnons avant tout une idée de l’industrie.
- Industrie. Force productive de Philadelphie et à autres cités.
- A l’exception de New-York, la cité de Philadelphie M’emporte sur toutes les autres pour la valeur générale de ses produits manufacturés : recensement de i85o.
- New-York.., Philadelphie, Boston...., Baltimore... Cincinnati...
- 90,382,015 fr.
- 61,869,871
- 32,013,869
- 24,54o,oi4
- 20,790,243
- Par mille habitant,... { Phil^clphic.
- ( New-York. .,
- 971,592
- 935,802
- L’ingénieur Olivier Evans.
- j Si Je New-York est fier de présenter Fulton parmi pS hommes qui sont l’honneur de son industrie, la ennsylvanie peut présenter le précurseur de Fulton, s°n égal pour le génie de la mécanique.
- Des 1790, Olivier Evans, établi d’abord dans le Dela-^are et finalement à Philadelphie, avait inventé et mis en
- p.551 - vue 176/0
-
-
-
- 552 /
- FORCE PRODUCTIVE
- pratique son système complet de minoterie automatique-Par le mécanisme de cet éminent ingénieur, il suffisait que le blé fût versé dans une première trémie , pour qu’il reçût, sans intervention d’une main quelconque, le nettoyage, le criblage, la mouture, le blutage, etc.1. Après les travaux d’Arkwright, c’était le premier exemple de ces enchaînements d’opérations que les Anglais et les Français ont rendus si célèbres pour des opérations manufacturières dont nous avons signalé les principales en parlant du Royaume-Uni. Afin d’être complètement équitable» faisons remarquer qu’un autre Américain, Thomas Elli-cot, partage avec Olivier Evans l’honneur de cet avancement des arts mécaniques. (Voyez le savant rapport du général Poncelet; VIe jury, tome ni, pages 3i 1 à 345.)
- Evans est, après James Watt, l’auteur de la plus grande innovation dans l’usage de la vapeur. On lui doit l’invention des machines à haute pression, si précieuses pour la force développée avec un appareil de peu de poids et de volume. Cet avantage les a rendues précieuses à bord des navires : aussi sont-elles d’un grand usage, surtout dans la navigation du Mississipi et de ses affluents.
- Olivier Evans, il y a plus de cinquante ans, avait construit une locomotive à vapeur qu’il faisait marcher sur des chemins ordinaires. Il a conçu et mis en pratique les appareils générateurs composés d’un grand nombre de tuyaux d’un faible diamètre ; tuyaux qui présentent une surface considérable à la chaleur et favorisent d’autant la vaporisation de l’eau qui les traverse. U est remarquable qu’on ait fait ces découvertes dans la ville américaine qul
- 1 Antérieurement, un autre Américain, dont le nom reste inconnu, avait découvert le système si remarquable de la taille oblique des meules, suivant des règles à la fois savantes et pratiques. C’était un heureux exemple du* génie américain pour l’application de la mécanique aux arts.
- p.552 - vue 177/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 553
- devait surtout prospérer par le développement des indus-*lles °ù le feu sert d’agent principal.
- Filatures et tissages.
- Hans la Nouvelle-Angleterre, la filature et le tissage du ^°ton doivent leurs progrès et leurs succès à l’application e a force hydraulique. Dans la Pennsylvanie, cette force est moins employée, et la force du feu l’est davantage P°ur le même genre d’industrie.
- poids total des cotons en laine ouvrés dans la Pennsylvanie s’élève à 8,oi2,5-5o kilogrammes. Ce chiffre nous permet un rapprochement digne d’attention.
- Coton mis en œuvre par million d’habitants, année 1850.
- Pans la Pennsylvanie..... 3,465,955 kilogrammes.
- En France................ 1,670,593
- ^ La grande différence entre les deux contrées, c’est que a France se distingue dans la production des tissus de î^alite moyenne et superfine, tandis que la Pennsylva-borne encore son ambition à produire des fils de co-communs, destinés à des tissus d’un prix modéré. hreGet ^at serait vaincu par l’Angleterre, et ses nom-fllses Usines où l’on met en œuvre le coton seraient im-^e(liatement renversées par la supériorité de la Grande-Bretagne, sans le droit de 3o p. 0/0 que supportent les S et les tissus d’une rivale redoutable, tais la Pennsylvanie ne peut obtenir de travailleurs P0l,r ses filatures qu’en payant 96 francs par mois chaque gla^1 ^°Ur vingt-cinq[ jours de travail, lorsque les An-'
- difcr Payen* en moyenne Pas plus de 60 francs.
- tcits-Ums la classe ouvrière est beaucoup plus à son
- p.553 - vue 178/0
-
-
-
- 554 FORCE PRODUCTIVE
- aise, et la faible dépense qui naît des droits sur les cotons étrangers est largement compensée par ce bonheur populaire.
- La Pennsylvanie s’adonne également à la mise en oeuvre de la laine; le produit total de cette industrie est à fort peu près égal au produit des cotons ouvrés.
- Les grandes fabrications de la Pennsylvanie en général sont celles où le combustible entre comme agent considérable : la construction des machines et les autres arts métallurgiques, la verrerie, la céramique, etc.
- Port et cité de Pittsbourg.
- Sur les bords de l’Ohio, le grand affluent oriental du Mississipi, au centre d’un immense gîte de houille, à proximité d’abondants minerais de fer, Pittsbourg a toutes les conditions que peut souhaiter une cité manufacturière. Voici \e progrès du nombre de ses habitants :
- Années...........J 1800 1820
- Population ..... | i,565 7,248
- i84o J i85o 21,ll5 J 46,6oi
- En 1860, Pittsbourg aura cent mille habitants, qui rivaliseront avec Birmingham.
- Dès 185o, le comté dont Pittsbourg est le grand foyer d’industrie fabriquait pour 89,094,000 francs de produits; ils étaient obtenus en grande partie par l’action du combustible et la misé en œuvre des métaux.
- Pittsbourg est le centre de la navigation pennsylva-nienne sur l’Ohio. En i#853 elle occupait une flotte à vapeur de 71,985 tonneaux : aucun port du vaste bassin du Mississipi n’approche d’un pareil tonnage. Dans la même année l’on avait construit à Pittsbourg 34 navires à vapeur!... Voilà de très-grands résultats.
- p.554 - vue 179/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 555
- Combustibles minéraux de la Pennsylvanie.
- Il est un fait digne de remarque. Depuis le premier e|ablissement de Guillaume Penn, il s’est écoulé cent ^Ingt-cinq années avant que les habitants reconnussent plus précieuse richesse de leur territoire et l’usage qui a devait rendre d’un prix inestimable : je veux parler du §eure particulier de charbon minéral, dépourvu de bitume, <IUl ^rûle sans fumée et quon appelle anthracite.
- La partie orientale des montagnes Alleghanies , celle qui ^ rapproche de la Delaware, offre les gîtes les plus abon-jants de ce combustible; c’est surtout la Pennsylvanie qui possède. Au delà, vers l’ouest, s’étend un immense assin de houille bitumineuse, qui se prolonge à travers a Vallée du Mississipi.
- Ln 1768, la famille de Guillaume Penn a concédé Presque en entier les terrains sous lesquels gît l’anthra-Clte! sans que le soupçon des richesses minérales qu’ils Relaient ait motivé la moindre plus-value. Cette con-xfssion lut faite pour la misérable somme de 53,4oo fr.
- la meme époque, on commençait à reconnaître en jff^lques points la pr ésence de l’anthracite; mais on était 111 de soupçonner qu’il en put résulter un jour la for-
- tUn<j * Philadelphie.
- ]> .s 1789 on connaissait dans le comté de Schuylkill
- existence de ce genre de combustible. La difficulté qu’on
- prouvait à le faire brûler avait empêché qu’on l’employât
- les ménagés avant l’année 1806, époque où l’on
- e C°nnu la manière de s’en servir; bientôt on a distingué ses or ' • r
- da ^ ^Cleuses qualités. Le grand avantage de l’anthracite,
- ^enceinte des cités, est de brûler sans exhaler une
- Iïlee qui soit chargée de particules de charbon.
- p.555 - vue 180/0
-
-
-
- 556 FORCE PRODUCTIVE
- C’est surtout à Philadelphie qu’on jouit de cet avafl' tage. Au lieu d’être noircie par une insupportable fuinee» comme Londres, Manchester, Birmingham et tant d’autres villes britanniques, la capitale de la Pennsylvanie offre des maisons d’un aspect aussi charmant pour la vue que les cités d’Italie. On jouit de cette propreté, de cette beauté, malgré l’immense consommation d’anthracite que les habitants font aujourd’hui pour la vie commune, pour les ateliers et pour les manufactures.
- L’usage de l’anthracite est extrêmement précieux en temps de guerre; il ne trahit pas les navires à vapeur pa*’ ces colonnes de fumée qu’on aperçoit à des distances énormes quand on fait emploi d’un autre charbon minéral*
- Il y a déjà huit années, Philadelphie recevait annuel' lement au moins 780 millions de kilogrammes de houille* Une grande partie servait à l’industrie pour laquelle on a surnommé cette cité le Birmingham, américain.
- Le sol qui recèle un si précieux combustible, dans le pays montueux des Alleghanies, est stérile, rocheux, abrupte; quand on ignorait sa richesse souterraine, on l’appelait le désert de saint Antoine. Ce désert surpasse en étendue 100,000 hectares.
- Grâce aux voies de communication dont nous allons parler, on tirait de ce territoire, dès l’année 1847, trois millions de tonnes d’anthracite; huit ans après on en tirait six millions. Il faut une flotte marchande pour transporter ce combustible dans tous les États du littoral atlantique*
- Voies de communication en faveur de la houille.
- Aussitôt après la fin de la guerre entre les Etats-Unis et l’Angleterre, en mai 18 i5, la législature de Pennsyl' vanie autorisa deux associations à reprendre : i° la cana"
- p.556 - vue 181/0
-
-
-
- DES NATIONS. 557
- Ü
- sation de la rivière Schuylkill; 2° l’union de cette rivière a ^ Susquéhannah, par un canal à point de partage.
- A cette époque, on ignorait ce qui devait faire la for-*Une de la navigation perfectionnée du Schuylkill : c’était G)ustence de vastes gisements d’anthracite cachés au s°*nmet de cette navigation. Plus tard on a donné le noiïi significatif de Port-Carbon, au port supérieur qui la *0rmine, à .1 y3 kilomètres de Philadelphie.
- Cette importante canalisation n’a pas moins de 119 ecî«ses pour racheter une pente totale de 186 mètres1, ç, ^es P^mières constructions ont été très-économiques est seulement en 181 7 que les travaux ont commencé • s 11 ont été terminés qu’en 1827.
- punthracite, sur laquelle on ne comptait pas dans 0r]gine, a fait promptement la fortune de ce canal.
- Anthracite transportée. Revenu du canal.
- *®27............... 3i,682* 256,047
- ............. 533,oo3 3,089,7x8
- Peux autres canaux servent au transport de la houille urée d 1
- •UeS m°ntagn es Bleues. Le premier est latéral à la rivière
- d’E^^1 ’ uen* de lu Delaware ; il atteint ce fleuve en face
- ^ aston, ville où finit le canal Morris, qui commence en
- ^ de New-York : si l’on descend la Delaware, on arrive
- ^ uadelphie. Un autre canal, au nord des deux précé-
- en*s> part de la région centrale de Lachwannafi, se ter-
- 111106 à la Delaware supérieure, et se rattache au canal
- ^y ?.°n^uit de lu Delaware à THudson.
- ont ln.strie particulière, toujours si bien avisée sur les
- tr^. Prises vraiment profitables, s’est chargée de cons-
- 6 ces trois canaux. L’Etat, à simple titre d’encourage-
- i jjj
- à jj Iïlensi°na des parties du canal qui longent le Schuylkill : largeurs, 8ne deau, iam,ao; au plat fond, 8”,54; profondeur d'eau. »m,aa.
- p.557 - vue 182/0
-
-
-
- 558 FORCE PRODUCTIVE
- ment, sest contenté de souscrire pour une si faible part quelle mérite à peine d’être mentionnée. Il n’a pas eu tant de réserve pour des entreprises ruineuses.
- Nous donnerons une idée du transport de la houille par les trois voies navigables, en citant les chiffres suivants, relatifs à l’année i85i :
- tonne»*
- Pour 298 machines à vapeur employées dans les mines. 4i5,ooo
- Consommations du peuple dans le pays houiller..... 2 5o,ooo
- Tonnes de houille transportées sur les marchés.... 4,383,295
- Quantité totale d’anthracite extraite en i85i.. 5,048,295
- En 1820, la houille apportée sur les marchés ne s’élevait qu’à 500 tonnes : ce progrès est admirable. Je n’ai pas besoin d’ajouter que les compagnies dont l’active in* dustrie a produit un tel résultat ont fait fortune.
- Canaux entrepris par l’Etat de Pennsylvanie.
- Aux entreprises prospères de l’industrie privée opposons les entreprises onéreuses que l’Etat a prises à sa charge. Aussitôt que New-York eut résolu de communiquer avec les lacs du Nord, Philadelphie ne voulut pas céder à sa rivale un si grand moyen de concurrence; mais elle avait à surmonter de bien autres difficultés.
- Pour communiquer par eau de Philadelphie avec Ie lac le moins éloigné de tous, le lac Erié, il faut d’abord descendre la Delaware et parcourir le canal qui joint ce fleuve à la baie de Ghesapeake. On se trouve alors en face de l’embouchure d’un autre fleuve, le plus important de la Pennsylvanie; c’est le Susquéhannah. Son cours est extraordinaire : il traverse perpendiculairement deux rangées des montagnes Bleues, à Harrisbourg, à Pétersbourg; ensuite il tourne au nord, puis au nord-ouest, et tra-
- p.558 - vue 183/0
-
-
-
- DES NATIONS. 559
- Verse la chaîne la plus occidentale des Alleghanies, pour Quitter la Pennsylvanie encore très-loin du lac Erié. Tel ?st fleuve, au parcours si contourné, dont toute la partie lntermédiaire est encaissée par une quadruple chaîne de Montagnes peu peuplées et d’une médiocre fertilité.
- fl a fallu des travaux et des dépenses énormes pour établir un long canal parallèle à ce fleuve, sans espoir raisonnable d’en tirer, avant de longues années, un revenu ^fisiderahle. Pour en accroître le produit, un embran-^ eiïlent capital part du point où le Susquéhannah sort s montagnes Alleghanies, suit un des affluents du Uve Alleghany, avance vers l’ouest, traverse trois faîtes, tourne vers le midi pour descendre à la rivière si Celebre de l’Ohio, le plus bel affluent oriental du Missis-SlP1* Le canal atteint cette rivière à Pittsbourg.
- Si Ion s’était borné strictement à cette longue et dispendieuse canalisation, l’on aurait obtenu le plus grand avantage que l’on pût désirer, la communication continue p.es riches plaines et des villes orientales de cet État avec ^mense bassin du Mississipi.
- «aïs, comme on exécutait cette grande entreprise aux ^ais du trésor, messieurs les députés d’un grand nombre c°mtés pennsylvaniens ne voulurent accorder des fonds à la condition qu’on exécuterait aussi des canaux passant aris leurs localités. Ils l’exigeaient, sans s’inquiéter à quel ces canaux seraient ou ne seraient pas productifs : ^ se ffue personne en particulier ne voulait plus calcu-er> lorsque l’État entier payait. Telle est l’explication de ^ v°ies sans système et sans utilité prochaine, entreprises ^travers et par-delà les Alleghanies, en des contrées où ,P°Pulation était clair-semée, où les terres n’avaient e médiocre valeur, où le commerce était restreint. u milieu de ces entreprises hydrauliques, la fièvre
- p.559 - vue 184/0
-
-
-
- 560 FORCE PRODUCTIVE
- *
- des chemins de fer saisit les imaginations. New-York, si prospère par ses canaux, y joint des chemins de fer! Il faut que Philadelphie ne reste pas en arrière de sa rivale. L’émulation, l’envie, surexcitent les esprits; et toute prudence est interdite.
- Voilà comment pour créer entre les mêmes points de départ et d’arrivée des voies de communication doubles et triples, qui se ruineront mutuellement, la Pennsylvanie a recours à l’emprunt. Elle porte sa dette publique, presque nulle en i83o, à plus de 200 millions dès l’an 1860.
- C’est comme si la France en dix ans de paix ajoutait à sa dette un excès de 4 milliards et 400 millions de francs pour des travaux dont la moitié nè donnerait qu’un revenu misérable. Songeons à là Pennsylvanie, pour rester sages !
- Ajoutons que cet Etat 11’a pas choisi, comme le New-York, des commissaires d’un esprit supérieur. Ses ingénieurs, mesquinement payés, ont été médiocres. Les uns ont fait des fautes de prévision ; les autres, d’exécution : de là les malfaçons, de là les doubles et les fausses dépenses. Tout concourait à la ruine.
- Lorsque la Pennsylvanie arrive à l’excès du fardeau, le découragement sans transition succède à l’imprévoyance. Après vingt-cinq ans de pleine paix, avec une population, une agriculture, une industrie croissantes, l’État se trouve obéré; les gouvernants ne découvrent aucun moyen de payer les intérêts des emprunts ajoutés aux charges ordinaires. Ces tristes représentants, ces députés égoïstes, qui, pour plaire à leurs localités, avaient exigé tant d’entreprises et si peu profitables, ils refusent d’honorer le repentir par le courage. Au lieu de voter sans retard des impôts, seul remède à leurs fautes, ils permettent que l’État suspende le payement des intérêts de la dette : c’est ce qu’en termes de négoce on appelle faire faillite.
- p.560 - vue 185/0
-
-
-
- DES NATIONS. 561
- Le retentissement d’un pareil scandale dans une confédération d’États commerçants avant tout, ce retentissement franchit l’Atlantique; il se propage en premier lieu dans la Urande-Bretag ne, dont les capitaux formaient une si large Part de la dette ainsi méconnue.
- Un jour arriva que les stigmates du génie furent empreints sur le nom de la Pennsylvanie, par la plume la Pjns acérée des collaborateurs de Jeffrey, dans la Revue Edimbourg. Le spirituel, l’éloquent, l’incisif et révérend ynney Smith, un des créanciers déçus, fait paraître une r°chure, un pamphlet, qui brûlait au vif les coupables débiteurs : il montre avec un tel éclat ce qu’avait lrreflécbi, d’incalculé, d’odieux, un pareil oubli de la Probité financière et commerciale; il entraîne à tel point °pinion, en Europe, aux Etats-Unis, que l’État pennsyl-Vanien ne croit plus pouvoir se refuser à prendre des me-snres pour serv-r enfjn ja rente de ses créanciers. Mais e as 1 cette réparation trop tardive n’a pas porté remède ^îx frnnques, aux associations, aux familles ruinéés par ^ SfUsPensi°n primitive de payements qu’il eût fallu con-aerer dès l’origine comme obligations sacrées!
- Des peuples, libres ou non, peuvent donc porter l’at-^Glnte ta plus funeste à leur fortune, et qui pis est, à leur °nneur, par l’entreprise des travaux les plus spécieux, les , Us recommandés au nom de l’utilité publique. Iis ®prouvent cettç infortune quand une sage et prévoyante ^c°nomie ne calcule pas avant tout la limite des dé-j,ei?sjrs ’ et l’étendue des revenus espérés, et les ressources fttat pour payer une triste gloire : celle d’avoir accom-tiop de travaux peu productifs.
- ln de montrer au lecteur à quel point diffèrent les Reprises rivales de Philadelphie et de New-York, je n s les canaux qui conduisent de ces deux ports au ^'TRODUCTION.
- 3G
- p.561 - vue 186/0
-
-
-
- 562 FORGE PRODUCTIVE
- lac Érié : le premier aboutit à Buffalo ; le second au port
- de Presqu'île, qui porte aussi le nom d’Erié.
- La proportion de la richesse et de la prospérité qu’ont produites les deux lignes est parfaitement exprimée’ par le progrès de ces ports et par la flotte marchande qui leur appartient, puisque cette flotte est créée pour transporter et les produits de chaque canal au delà du lac et les produits des contrées riveraines dirigées vers les canaux.
- Buffalo.
- 42,26l
- 39,679
- Presqu’île, Érié.
- Population en i85o.............. 5,858
- Tonnage possédé............... 7,870
- ÉTATS DE NOUVELLE FORMATION
- COLONISÉS AU NORD PAR LES NEUF ETATS PRIMITIFS.
- Neuf États septentrionaux, les six de la Nouvelle Angleterre, le New-York, le New-Jersey et la Pennsylvanie, comptaient en 1790 moins de deux millions d’habitants ; maintenant ils en ont plus de neuf millions. Animés de la plus grande force vitale qu’on puisse admirer dans le nouveau monde, un progrès si considérable n’a pu borner leurs désirs. Ce n’est pas assez qu’ils forment une agglomération plus nombreuse que n’en présente aucune nation du continent américain, même le Mexique, même le Brésil, ces deux contrées plus vastes ensemble que toute l’Europe : ils ont peuplé des pays nouveaux.
- Dans l’espace d’un demi-siècle s’est opérée Tétonnante colonisation que je vais décrire ; elle comprend le vaste territoire entre les quatre mers intérieures et deux grands affluents du Mississipi, l’Ohio, qui coule à l’orient, et le haut Missouri, qui coule à l’occident.
- p.562 - vue 187/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 565
- X. ETAT D’OHIO.
- Lors du recensement de 1790, à l’ouest des États P^mitifs, un pays égal au cinquième de la France se trou-yait déjà contenir cinq mille de ces agriculteurs isolés, ^fatigables, intrépides, qui bravaient tous les dangers P°nr essayer quelques défrichements. La terre dont ils Auguraient la conquête agricole était bornée par la Pennsylvanie du côté de l’est, par le lac Erié du côté du nord, j. A noté du midi, suivant un parcours de plus de cent dfUes, par YOhio, qui, dans la langue des Indiens, veut lre Le belle rivière, par allusion à ses eaux limpides.
- Superficie.......................... io,35o,a5o hectares.
- ^°pulation en i85o................. 1,981,930 habitants.
- erntoire pour mille habitants............ 5,222 hectares.
- ^ niln qu’on apprécie mieux le développement graduel ,6 ^a population, nous en donnons les chiffres officiels a lis par intervalles décennaux :
- Am
- p ees” *8oo 1810 1820 i83o i84o j i85o
- Puf 45,365 23o,56o 58i,434 937,903 1,519,467(1,981,930
- Lu 50 années, l’État d’Ohio passe de quarante-cinq * f a deux millions d’habitants.
- étonnement redoublera lorsqu’on apprendra que cet col °1Ssement avait lieu quoiqu’à leur tour les nouveaux leu US eïlVoyassent de nombreux essaims, à l’occident de reUr ^entière, pour fonder d’autres États. Lors du dernier éolo^6111611^ °n a consta^ ffi1-6 l’État d’Ohio a fourni pour ^eniser’ en avançant toujours vers l’ouest, 295,408 ' Plus du cinquième de ce qu’il a conservé. Pour ne exagérer, faisons remarquer que cette grande émi-
- 36.
- p.563 - vue 188/0
-
-
-
- 564 FORCE PRODUCTIVE
- gration est aux deux tiers compensée par l’immigration
- des étrangers. •
- Les colons venus d’Europe sont très-attirés par le nouvel Etat, le moins éloigné de l’Atlantique et le mieux placé près des lacs : tout y retient les émigrants qu* vont aux contrées de l’ouest. Aussi présentait-il, lors du dernier dénombrement, 218,519 étrangers, 11 pour cent du peuple entier. Cette proportion semble pourtant bien modérée si nous la comparons à celle du NeW' York, où l’excès de l’immigration, à la même époquer atteignait 2-7 pour cent!... Dans l’Ohio, l’immigration est beaucoup plus homogène qu’on ne pourrait le sup' poser. En voici la composition :
- Habitants natifs^ d’Amérique...................... 1,757,55^
- Cotons de raceanglo-( i° De la Grande-Bretagne... 86,741
- saxonne........( 20 D’Allemagne................ 112,o5i ) *48,79.
- Total de la population anglo-saxonne. Total des autres races émigrées....................
- 1,906,348
- 69,72°
- On voit que le peuple de l’Ohio continue de forme1' une société composée des mêmes éléments que le peuple britannique. La rivalité, l’antagonisme, n’en sont pa5 moins grands entre la colonie d’hier et l’antique métropole* Dans cette colonisation de 69,720 émigrants étranger5 aux Anglo-Saxons, je suis charmé devoir figurer 5 2,000 agri' culteurs irlandais : puissent leurs prospérités, toujours crois santés, les consoler des douleurs de l’expatriation!
- Suivons le peuple de l’Ohio dans ses travaux productifs
- Agriculture.
- L’agriculture est la première, la grande industrie cet Etat, celle à laquelle il doit sa naissance. En i85or
- p.564 - vue 189/0
-
-
-
- DES NATIONS. 565
- e^e Présentait 143,807 fermes ou plantations, cultivées $ar 270,862 adultes âgés de i5 ans et plus, j L agriculture de l’Ohio emploie 51 centièmes des hantants : c’est presque identiquement la proportion de la rance! j’insiste sur ce fait. On doit être surpris, en effet, T11 un demi-siècle d’existence ait suffi pour donner des occupations industrielles et commerciales, à la même proportion d’individus, et chez le nouveau peuple et chez l’un s peuples les plus avancés de l’ancien monde.
- ^ Ûès l’année i85o, les agriculteurs avaient défriché ’985,ooo hectares de terre. Cette propriété foncière Vatait déjà presque deux milliards, 1,91 5,770,000 francs, instruments aratoires valaient 68,081,000 francs. ^ans l’espace d’un demi-siècle, des terres achetées * fr- 70 cent, l’hectare se trouvaient portées en moyenne ^81 francs, c’est-à-dire à trente fois leur taux primitif. L État d’Ohio est l’un des plus grands producteurs de jy ea*es et, sous ce point de vue, rivalise avec celui de ^ ow-York. On en jugera par le tableau des récoltes de °> année médiocre :
- U
- ect°l. récoltés eni85o.
- Froment. Avoine. Maïs.
- 5,265,8oo 4,850,187 2i,268,33o
- Grains divers. 511,777
- ette récolte, même en portant à 5 hectolitres la con-°aunation correspondante à chaque personne, aurait suffi ,Jr nourrir 6 millions d’habitants. Sans doute, une partie ^ Usiderable des grains autres que le froment est con-niee par les animaux domestiques; mais ces animaux eut à l’alimentation de l’homme en proportion très-rieure aux besoins de la population. L’Ohio peut sal ’ exPorter une grande quantité de céréales, de viandes ^ns K* ^ fr°mage> de beurre, etc. Nous ver-
- lentôt quelles routes suivent ces produits.
- p.565 - vue 190/0
-
-
-
- 566
- FORCE PRODUCTIVE
- Pour arriver au degré d’avancement où se trouve aujourd’hui l’agriculture de cet Etat, il a fallu qu’elle fît de grands progrès. Elle avait commencé par des pratiques déplorables. Les premiers cultivateurs, ces hardis pionniers qui se jetaient en avant au milieu des forêts, après avoir détruit des bois par l’abatage et l’incendie, semaient sans interruption du maïs, et cela pendant un nombre d’années assez grand pour que le plus riche terrain végétal, engraissé par des couches séculaires de détritus accumulés» commençât à s’appauvrir. Alors le pionnier reprenait sa marche du côté de l’ouest; il recommençait plus loin sa culture immuable, jusqu’à nouvel épuisement.
- Aujourd’hui, les bons cultivateurs américains connaissent et suivent le principe des assolements. Us varient leurs semences, convenablement alternées; et la terre, loin de perdre, augmente en valeur dans leurs mains.
- L’Ohio n’est pas moins remarquable pour l’élève des animaux domestiques. 11 possède près de cinq cent miHe chevaux, trois fois autant de bêtes à cornes, quatre millions de bêtes à laine et deux millions de race porcine. L’ensemble de ces races domestiques n’est évalué qu’à 235,6io,ooo francs, et vaudrait en France plus de 33o millions. Malgré ce bas prix, l’ensemble des animaux tués en i85o était estimé 39,726,000 francs.
- Quoique l’habitant consomme autant de viande qu’un Anglais, il exporte les salaisons les plus abondantes.
- Le commerce auquel donne lieu la race porcine est énorme dans l’Ohio. Cet État n’exporte pas seulement Ie porc salé, mais le lard, objet d’un négoce considérable* Avec le secours de la presse hydraulique on extrait a froid du lard une huile très-estimée ; le résidu sert à fabriquer du savon et de la chandelle. On retire également cette huile, à chaud, par l’action de la vapeur. Elle est aujour-
- p.566 - vue 191/0
-
-
-
- DES NATIONS. 567
- ^hui très-employée à graisser les machines. Pour la puis-Saïlce et la beauté de l’éclairage, brûlée dans des lampes, e^e surpasse les meilleures huiles de poisson, qui d’ail-eurs coûtent le double; elle a de plus la propriété de ruler sans émettre aucune mauvaise odeur. Enfin, les Citants de l’Amérique la préfèrent au beurre, disent-s> pour les apprêts de la cuisine, comme étant plus ec°Homique et non moins agréable au goût.
- Industrie.
- k pays d’Ohio, qui repose en partie sur un immense anc de houille et qui possède en abondance le minerai e fer, permet tous les progrès d’une grande industrie. Dans l’année du dernier recensement, la valeur des Produits de mines et de manufactures, en se bornant aux a|eÜers qui produisent au minimum 2,670 francs chacun, 11 a Pas été moindre de 33A,536,ooo francs.
- Dans cette somme, le coton mis en œuvre, filature et hssage, compte déjà pour 2 millions de francs; le lainage, P°ur 6 millions; les fers, pour 20 millions; les brasseries
- 0t 1 1- . ^ ^
- les distilleries, pour 60 millions, etc.
- Quelque éloigné que l’État d’Ohio soit de la mer, sa Position n’en est pas moips admirable pour l’industrie et commerce. Il partage avec le New-York et la Pennsyl-^anie le littoral du lac Érié : c’est sa limite septentrionale. es versants du côté du nord ont une étendue médiocre; ut le reste du territoire, par une foule de rivières ae ruisseaux, décharge ses eaux dans l’Ohio. Le rendez-V°Us ^lnal de ces affluents est en un point qui se trouve Presque à l’angle sud-ouest de la frontière : ici s’élève
- Ul*cinnati.
- p.567 - vue 192/0
-
-
-
- 568
- FORCE PRODUCTIVE
- Cirttinnati.
- Cincinnati fut d’abord un village que bâtirent quelques émigrants de la Nouvelle-Angleterre et de la Nouvelle-Jersey. Voici quels ont été les progrès de la cité qui s’élève dans cette position merveilleusement choisie :
- Années.... 1800 1810 1820 1 i83o I i84o i85o
- Populat. . 75o 2,54o 9,642 J 24,831146,338 115,435
- Lorsque, il y a vingt-deux ans, un astronome faisait à nos députés son rapport sur les instruments perfectionnés qui manquaient à l’Observatoire de Paris et que possédaient les, observatoires de premier ordre chez les nations les plus éclairées, il citait déjà l’Observatoire de Cincinnati. Ce seul fait révèle l’avancement d’un pays.
- Des établissements d’instruction publique, et primaire et supérieure, improvisés comme tout a dû l’être dans la cité grandie avec tant de rapidité, ces établissements honoreraient des villes célèbres de l’ancien monde. Pour résultat populaire de tant de moyens d’instruction, dès l’année i85o, sur cent adultes nés dans les États-Unis, les résidents de l’Ohio n’en contenaient que trois qui ne sussent pas lire et écrire. Tel est le savoir populaire dans un Etat si récemment conquis sur le désert.
- On sera moins étonné, d’après ce fait, d’apprendre que l’État d’Ohio, lorsqu’il n’avait pas deux millions d’habitants, comptait déjà trois cent cinquante-deux bibliothèques publiques. La plupart commencent ; elles gran diront. Aujourd’hui ce qu’il faut remarquer, c’est leur nombre.
- C’est aussi le nombre des journaux littéraires, scienti-
- p.568 - vue 193/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 569
- 1(Jiïes, industriels, commerciaux, religieux ou politiques, fondants surtout en documents instructifs, en connais-s3nces applicables. Les numéros de ces publications quotidiennes, hebdomadaires, mensuelles, etc., s’élèvent ans une année à trente millions cinq cent mille. Trois pulement des États-Unis, le New-York, la Pennsylvanie et ® Massachusetts, offrent une circulation supérieure; les v,ngt-sept autres États sont devancés par l’Ohio, qui pour-Suit sa carrière avec une incroyable énergie.
- Revenons à Cincinnati. Ce n’est pas seulement une ^|îe remarquable pour ses institutions scientifiques et iflstruction populaire; dès à présent il faut la considérer
- Cortirne une grande cité manufacturière,
- p, , o
- ^est a l’emploi de la houille qu’il faut attribuer les pro-Ults manufacturiers et l’opulence de Cincinnati. Dans ^ette ville et dans sa banlieue, la force motrice de tous ^es etablissements est fournie par le feu ; là sont construits , s mécanismes et des navires à vapeur pour desservir 1)10, le Mississipi et leurs affluents.
- ^ans l’année qui marque le milieu du siècle, le seul c°nite très-circonscrit de Hamilton, qui comprend Cin-j^nati, fournissait en produits de manufactures une va-€ur qui s’élevait à 111 millions de francs : produits donnés Pmsqvte tous par la ville et son voisinage.
- En 1810, le produit des manufactures dans l’État en-ler dOhio ne s’élevait qu’à 10,600,000 francs. Trente 9ïls plus tard, ce produit atteignait 91 millions de francs; ^ des 185o le même Etat donnait, pour ce genre de pro-u^tion, la somme prodigieuse de 334,54o,ooo francs. e tels résultats obtenus dans un pays qui ne compte ^as deux millions d’habitants le placeraient, même en ^r°pe, parmi les États les plus manufacturiers.
- p.569 - vue 194/0
-
-
-
- 570
- FORCE PRODUCTIVE
- L'Etat d’Ohio à VEœposition universelle.
- L’Ohio présentait à l’Exposition universelle trente-deux exposants, dix pour l’agriculture et vingt-deux pour l’industrie. Les Anglais, qui n’admettaient pas à concourir les vins exquis de Champagne, de Bourgogne et de Bordeaux, admettaient et récompensaient le vin donné par la vigne appelée Catawba et recueilli surtout près de Cincinnati. Son goût rappelle sensiblement les petits vins du Rhin.
- Un autre produit méritait mieux de fixer l’attention : c’était la farine de maïs, grande richesse du pays d’Ohio-Ce qui s’oppose à l’exportation, c’est la tendance de cette farine à fermenter pendant les longs voyages sur la mer-On voyait, à l’Exposition universelle, des farines de mais préparées dans le port de Cleveland par le procédé suivant : on les fait passer entre deux cylindres creux en fer» suffisamment chauffés à la vapeur pour dégager l’humidité chargée d’un acide, source de fermentation.
- L’Ohio présentait aussi des salaisons et l’huile de lard-Ses produits d’industrie, quoique dignes d’estime, n’étaient pas d’un degré de perfection ni d’invention qui pût encore mériter les plus hautes récompenses.
- Richesses minérales.
- Lé territoire peu montueux de l’Ohio n’offre pas’ comme on en trouve au milieu, comme on en trouve a l’est des montagnes Alleghanies, des chutes d’eau qul puissent servir de force motrice : la vapeur y supplée.
- Le pays recèle un vaste gîte de houille; il abonde en excellent minerai de fer. Telle est sa double richesse son-
- p.570 - vue 195/0
-
-
-
- DES NATIONS. 571
- terraine, plus précieuse à mon avis et qui deviendra plus productive que tout l’or de la Californie.
- Cependant l’État d’Ohio le cède encore et de beaucoup à trois États qu’il peut égaler ou surpasser pour la production du fer. On en jugera par le tableau suivant :
- fontes et feks des quatre principaux états producteurs.
- ÉTATS comparés. OHIO. MASSACHUSETTS. NEW-YORK. PENNSYLVANIE.
- Per en gueuses ^jets en fonte ***» façonnes Totaux francs. 6,706,240 19,597,650 682,613 francs. 5,641,400 11,938,300 20,873,800 francs. 3,292,893 31,523,373 20,230,841 francs. 32,421,900 28,595,100 ' 49,257,500
- 26,986,503 38,453,500 55,047,107 110,274,500
- Cincinnati se distingue par le travail où le fer entre s°us toutes les formes ; par la construction des machines do tous les genres; par la carrosserie et la charronnerie. ^es usines de filature et de tissage mettent en œuvre la ^aine et le coton, à l’aide de la vapeur. Dans la ville s’étalassent de nombreux ateliers pour confectionner la lin-§erie, les vêtements et les chaussures demandés par tous ^es nouveaux États de l’Ouest En ce genre, la nouvelle grande cité fait une concurrence croissante et redouble à New-York , ainsi qu’à la Nouvelle-Angleterre. Cincinnati, dans la seule année i853, a construit navires à vapeur avec tous leurs mécanismes. J’ai dit ^ nombre des journaux, d’où suit la puissance et la mul-^plicité des imprimeries. Je crains d’énumérer trop d’industries ; leur ensemble donne à la terre cette énorme plus-value que déjà nous avons signalée.
- A présent j’ose le demander, étaient-ils imprévoyants et
- p.571 - vue 196/0
-
-
-
- 572 * FORCE PRODUCTIVE
- stupides, comme on l’a cru dans la Grande-Bretagne, et commettaient-ils un suicide, les citoyens de l’Ohio qui votaient avec New-York et New-Jersey pour qu’on protégeât une industrie nationale aux premiers rangs de laquelle leur pays devait arriver dans un si court avenir?
- Des voies de communication : voies hydrauliques.
- Signalons maintenant, au point de vue des voies de communication, ce que la nature a préparé pour l’Etat d’Ohio et le parti qu’en a tiré cet État.
- Du côté de l’est et du sud, le cours sinüeux de l’Ohio forme la limite de l’État; il reçoit quatre affluents principaux qui coulent vers le midi.
- Du côté du nord, la plus précieuse frontière est celle du lac Érié, sur une étendue qui surpasse 15o kilomètres. Dans le lac Érié débouchent la courte rivière Cuyahoga, du côté de l’est, et la rivière beaucoup plus importante de Maumée, à la limite occidentale.
- Dès le premier moment où l’État de New-York demandait au Gouvernement fédéral de coopérer à la jonction par un canal de l’Atlantique au lac Érié, l’État d’Ohio, presque à sa naissance et déjà prévoyant l’avenir, appuyait avec énergie cette proposition. A peine est terminé le grand canal Érié, les habitants de l’Ohio, animés d’une vive émulation, se mettent à l’œuvre suivant deux directions.
- Une première ligne importante unit le lac Érié à l’Ohio. Elle part de Tolède, le port le plus occidental de ce lac, pour aboutir à Cincinnati. On profile pour cela de deux rivières : i° la Maumée, qui descend au lac; 2° la Miami, qui se jette dans l’Ohio un peu plus bas que Cincinnati : à Laurencebourg, dans l’État d’Indiana.
- Une autre canalisation part de Cleveland, le principal
- p.572 - vue 197/0
-
-
-
- DES NATIONS. 573
- P°rt de l’État * d’Ohio sur le lac Erié; elle suit parallèlement la rivière Guyahoya, et rejoint à gauche deux canaux transversaux qui vont à Pittsbourg, à Philadelphie, à Bal-hmore. La ligne principale franchit le point de partage où Vninence le bassin de l’Ohio, gagne Colombas, la capitale
- 1 État, puis descend à la Belle-Rivière, quelle atteint à ertsmouth. A gauche de cette ligne, deux embranchements rejoignent encore l’Ohio, à Troy, à Marietta.
- Voilà donc les communications établies entre les lacs et ^Ohio par six ports differents, qui s’offrent dans l’ordre Rivant lorsqu’on descend la Belle-Rivière : Pittsbourg, ^arietta, Troy, Portsmouth, Cincinnati et Laurence bourg.
- Le New-York, dont nous avons admiré les travaux hydrauliques, a construit 2,561 kilomètres de canaux, et ^es aujourd’hui l’État si récent d’Ohio en possède 2,42 4. N°us allons parler d’efforts d’un autre ordre.
- Chemins de fer.
- L’État d’Ohio n’est pas moins important pour ses chemins de fer qu’il ne l’est pour ses canaux.
- LOhio et les deux Etats qui le suivent à l’Ouest, l’In-^na et l'Illinois, possèdent un magnifique réseau de che-mins de fer : cela devait être dans un pays où la nature °ffre en si grande abondance et le fer et la houille.
- Cincinnati présente le plus remarquable des points vers esquels convergent les lignes de ce réseau. Si, prenant ' P°ur centre cette grande cité, nous traçons un cercle ayant Seulement 32 kilomètres ou 8 lieues de rayon, nous trouvons sa circonférence traversée en treize points différents Par des chemins de fer, soit en activité, soit en cons-trucli°n; tous partent de Cincinnati :
- p.573 - vue 198/0
-
-
-
- 574
- FORCE PRODUCTIVE
- kilomètres.
- Chemins de fer exécutés en Ohio, au 1" janvier i854.... 3,809
- Chemins de fer en construction. ................ 2,544
- Les lignes exécutées ont déjà coûté 2 ko millions de francs; la dépense totale atteindra 4oo millions, et peu <Tannées auront suffi pour ce grand effort. L’exemple du New-York a servi de stimulant à cet Etat comme à la Pennsylvanie, mais plus heureusement, parce que les difficultés étaient incomparablement moins grandes.
- Un autre centre important où,se croisent les voies ferrées est Colombus, la capitale de l’Etat. Cette ville, en
- dix ans, a passé de 6,000 à 18,000 habitants; trois ans après le recensement, on portait sa population à 25,000 âmes. Colombus est bâti sur les bords du Scioto et, par un court embranchement, communique avec le canal d’Obio. '
- Dayton, à la fois sur le canal occidental et sur trois chemins de fer, en treize ans, a passé de 6,000 à 1 y,000 habitants. C’est une ville de manufactures qui doit beaucoup à la houille ainsi qu’à la vapeur.
- Malgré tant de vastes entreprises de canaux et de chemins , l’État d’Ohio ne compte qu’une dette de 80 millions. Il a pris de sages mesures pour prévenir l’accroissement du fardeau public; et nous formons le vœu qu’il en profite pour faire disparaître toute dette nationale de sa fortune si rapidement croissante.
- Concurrence des transports par eau et par terre.
- Une vive concurrence est établie entre les navigations et les transports sur chemins de fer; mais il y a place pour la coexistence des deux genres de communication.
- Il est temps de montrer la prospérité de la navigation; elle est prouvée parle tonnage des navires dans l’état d’Ohio.
- p.574 - vue 199/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 575
- NAVIRES A VOILES. NAVIRES A VAPEUR.
- districts principaux. années mises en parallèle. années mises en parallèle.
- 1850. 1855« 1850. 1855.
- Tonn. Tonn. Tonn. Tonn.
- ^ur le lac Érié j Cïevelan<L • • • 25,277 36,643 10,154 15,252
- ( Sandusky 6,212 7,869 1,232 312
- Sur l’Ohio... |To,ède 2,062 « 344 117
- ( Cincinnati.... 284 3,706 17,176 29,173
- Totaux. 33,835 48,218 28,906 - 44,854
- On le voit ici : le succès des chemins de fer n’a pas lalenti le progrès des navigations sur le lac et sur l’Ohio, j Goéland est le port principal de l’État d’Ohio sur le f c ^rié. Suivant l’appréciation donnée par M. de Bow Compendium du 7e recensement), Cleveiand, qui ne CorïlPtait en 18A0 que 6,071 habitants et 17,034 en 1B50> trois ans pjus tar(j en a cotïlp^ 41,196. Ce pro-£les paraîtrait à peine croyable, si nous ne savions pas cinq chemins de fer rayonnent de ce port, favorisé e Plus par un fleuve et la canalisation.
- Marine «le l’Etat d’Ohio (i85o). Voiles.
- Sur le lad Érié............... 61,939*
- Sur la rivière Ohio............ 2,411
- Vapeur.
- 11,286*
- 17,724
- tableau suivant fera comprendre l’énergie de l’Ohio P°ur obtenir de si grands résultats en si peu d’années :
- Kilomètres.
- banaux.........................
- Chemins de fer concédés... •
- Totaux.
- 1,482
- 6,334
- Par million d’âmes.
- 74l
- 3,i63
- p.575 - vue 200/0
-
-
-
- 576
- FORGE PRODUCTIVE
- XI. ÉTAT D’INDIANA.
- A peine le territoire d’Ohio est-il légalement organisé* l’on commence à coloniser le territoire qui le touche a l’ouest; celui-ci devient l’État d’Indiana, que limitent au midi la rivière d’Ohio, au nord le lac et le futur Etat de Michigan. Voici le progrès du nombre des habitants :
- Années...... 1800 1810 1820 i83o 184.0 I i85o
- Population. . 4,875 24,520 00 r* !>• 343,631 685,864|988,4i
- Malgré ce rapide accroissement, les habitants, comme on va le voir, sont encore très-clair-semés :
- Superficie................................ 8,756,174 hectares•
- Population (en i85o)...................... 988,41.6 habitants-
- Territoire pour mille habitants........... 8,869 hectares.
- A l’époque du dernier recensement, 5,177,200 hectares étaient occupés par les fermes et les plantations. Us n’avaient pas coûté d’achat 88 millions de francs, et l’éva' luation faite par les assesseurs les portait, en i85o, à 728,297,000 francs : c’était neuf fois le prix d’acquit' tion. Voilà certainement une plus-value considérable» vu l’origine si récente de la mise en culture pour la ma' jeure partie des fermes et des plantations.
- L’Indiana tire parti de ses abondantes prairies en éle-*' vant, comme l’Ohio, beaucoup de bétail. Dès i85o, cet Etat en possédait pour 1 2 o millions de francs.
- Chose remarquable ! malgré sa colonisation de plus fraîche date, l’Indiana présente presque une aussi large pr°' portion que l’Ohio de professions autres que l’agriculture h Voici l’accroissement décennal des produits manufactures :
- 1 Agriculteurs par 100,000 adultes : Ohio, 72,915; Indiana, 65,634.
- p.576 - vue 201/0
-
-
-
- 577
- DES NATIONS.
- Années....................| i84o I i85o
- Valeur des produits.......J 22,076,000 fr.J ioi,o47*°o° fr*
- Ainsi, dans les dix ans écoulés de i84o à i85o, le Produit des manufactures a quintuplé. Cet État n’offre pour-|ant jusqu’à ce jour que des villes d’une faible population ;
- plus considérable ne comptait pas encore 10,000 âmes °rs du dernier recensement ; mais toutes s’accroissaient aVec une remarquable rapidité. Citons la population des ^atre principales, à trois époques rapprochées.
- ANNÉES
- VILLES.
- 1850.
- 1853.
- 1840.
- 9,895
- 14,000
- i-Albany.
- 12,000
- ^ position de l’État d’indiana est remarquable : l’Ohio °l'de au midi toute sa largeur; au nord-ouest, elle est lVeraine de la partie la plus méridionale du lac Michi-5 Afin de mettre à profit une position si favorable au j^anierce et du nord et du midi, cet État a fait des j °rts héroïques. Pour tirer parti de la rivière Wabash* . Priricipal affluent de l’Ohio, un premier canal va de la rivière au lac Érié : travail d’autant plus remarquable qu’il ^iauiait le concours de deux États, TOhio et l’Indiana. 11 second canal unit la Wabash au lac Michigan.
- Une grande entreprise est destinée à vivifier le centre e midi de l’État, au moyen d’un canal qui part d’Évans-e» point où l’Ohio va devenir frontière de l’Illinois. Ce est dirigé presque en ligne droite jusqu’à la capitale*
- INTRODUCTION. 37
- p.577 - vue 202/0
-
-
-
- 578 FORCE PRODUCTIVE
- Indianapolis; de là, par une direction nouvelle, il redescend à l’Ohio, vers le point où ce fleuve commence à baigner la terre d’Indiana. La longueur des canaux exécutes à la fin de i853 est de 589 kilomètres.
- Les travaux accomplis pour créer un réseau de chemins de fer présentent un développement de 1,81 h kilomètres ouverts à la circulation; 1,2o3 autres kilomètres sont en voie de construction. Sous peu le réseau sera complet.
- En i853 , flndiana n’avait pas craint de dépenser déjà 119,500,000 francs pour les seuls chemins de fer.
- Indianapolis, capitale de l’État, quoiqu’elle n’ait paS encore une forte population, avance à grands pas dans une voie de prospérité que favorisent une rivière, deu* canaux et doaze chemins de fer. De ces chemins, les uns sont achevés, les autres en construction, et tous rayonnenta partir de cette cité comme centre commercial.
- L’industrie de l’Indiàna, si heureusement devancé par les voies de communication, fait les progrès les pluS remarquables : nous en avons donné la mesure en citant les valeurs totales des produits manufacturiers.
- L’exploitation des houilles bitumineuses, la production du fer et sa mise en œuvre, se développent avec rapidité dans cet État. Les tanneries et la confection des objets on cuir, la chapellerie, la construction des navires et la navn gation sur l’Ohio, sur les canaux, sont au nombre des in' dustries qui prennent l’avance ; et chaque année il s’en introduit de nouvelles.
- En i853, la Nouvelle-Albany, sur l’Ohio, construisait avec leurs mécanismes neuf navires à vapeur, de 35o a àoo tonneaux; c’est une ville pleine d’avenir.
- N’oublions pas qu’il s’agit d’un État dont la colonisation n’a commencé que depuis quarante ans. Il n’a mis qu^n si court laps de temps pour passer de 1^,000 habitant*
- p.578 - vue 203/0
-
-
-
- DES NATIONS. 579
- ^ plus d’un million, qu’il possède aujourd’hui. Il a déjà Pris rang parmi les États avancés pour leur agriculture, leur industrie et leurs travaux publics.
- Dès i85o, l’État d’Indiana possédait 107 journaux. Le l^it suivant montre la différence des mœurs entre les natifs les émigrés : sur 100 enfants américains, 77 suivent !es écoles, et sur 100 étrangers, 35 seulement les fré-Pentent. Je cite encore un fait précieux de statistique :
- Nées en Amérique. Étrangères.
- 919,278 I 55,587 280,844 I 7,775
- Imputations blanches.......
- ^vidus entre 5 et i5 ans.......
- Par 1,000 habitants, les colons natifs d’Amérique en ^sentent 306 de 5 à 15 ans, et les étrangers 139 seule-^eut : ces derniers contribuent donc beaucoup moins à la 1 production.
- XII. ÉTAT D’ILLINOIS.
- , P*a formation de l’État d’Illinois est un peu postérieure ^ Celle de l’Indiana. Il occupe le territoire à l’ouest de ce eruier jUSqU’Al ja rjve orientale du grand fleuve Mis-Slssipi* ja p0rti0n inférieure de l’Ohio jusqu’à ce fleuve eïlcadre au midi l’Illinois. C’est la partie la plus avancée . ers le sud qu’offrent les États sans esclaves; elle descend ^sfluau 37° de latitude. Ce point remarquable est indi-par un humble bourg orgueilleusement appelé le v.ftîrf (Cairo); sa position au confluent de l’Ohio et du lssissipi est admirable.
- Superficie.................................... 1 1,349,3oo hect.
- population en 185o...................;...... 851,470 hab.
- orritoire pour mille habitants.............. 16,882 hect.
- 37.
- p.579 - vue 204/0
-
-
-
- 580 FORCE PRODUCTIVE
- L’Illinois, plus éloigné de l’Atlantique et d’une colonisa1' tion plus récente, offre, comme on le voit, une population encore plus clair-semée que celle de l’Indiana.
- Population de Vlllinois.
- Années..............1 1810 I 1820 | i83o
- Population......... j i2,282|55,2ii|167,445
- Agriculture.
- 184.0
- 476,183
- i85o 85 i,470'
- En i85o, les colons avaient déjà par la culture ai»e’ îioré 2,o36,i6o hectares, et ce travail occupait 141,999 adultes. Les fermes organisées valaient 513 millions ei les animaux domestiques 12 9 millions ; l’ombre de ce* richesses n’existait pas il y a quarante ans !
- Industrie.
- Au grand profit de son agriculture, l’Illinois prer^ l’essor vers l’industrie. Dès i85o, ses produits manufac' turés s’élevaient à 98,060,000 francs; très-probableme^ en 1860 ils auront triplé.
- Les richesses minérales, le charbon de terre et les me' taux sont la source de ce progrès. L’Etat d’Illinois abonde; comme l’Ohio et l’Indiana, en houille bitumineuse, ai*151 qu’en minerai de fer ; il est riche en mines de plomb* De 1820 à i83o a commencé l’exploitation du mûie" rai de plomb; c’est seulement en i83o que cette indasj trie s’est régularisée. Dès i84o, l’exploitation de ce donnait dix millions de kilogrammes. A Galena, cent10 de cette industrie ,- on avait aussi construit des fourneau* pour l’élaboration du cuivre provenant des mines du pay5' C’est seulement en 1824 que le colonel Johns011
- p.580 - vue 205/0
-
-
-
- DES NATIONS. 581
- commença dans l’Illinois l’exploitation du plomb, qui, par ses soins, s’est promptement développée. Mais combien reste-t-il pas à faire même pour suffire à la consommation toujours croissante des Etats-Unis!
- Jusqu’à présent on ne peut pas dire que le plomb indigène soit un objet considérable de commerce extérieur :
- 1853, les États-Unis n’en exportaient que pour une Valeur de 29,220 francs, tandis qu’ils importaient des Plombs étrangers pour plus de huit millions de francs.
- Les eaux.
- La rivière d’Illinois, affluent du Mississipi, donne son ïl0ïu à l’État, dont elle arrose le centre. Si l’on y joint ta rivière Wabash et le beau lac Michigan, on aura l’idée ^es ressources offertes à la navigation. Il a suffi de 160 kilométrés de canal pour faire communiquer la rivière d’Illinois par conséquent, le Mississipi avec ce lae, en commutation lui-même avec les autres mers intérieures.
- Afin de faire face aux dépenses du canal, le gouvernement de l’Illinois s’est servi d’un moyen ingénieux que la c°ofédération met en usage pour les grandes entreprises e chemins de fer qui traversent des pays encore très-cultivés. De chaque côté de la voie qu’il s’agit d’ou-^r,lr> le territoire est divisé par Sections1 d’égale superficie; Etat concède à l’entreprise la propriété d’une Section SUr deux : par exemple toutes les Sections des numéros Pairs, réservant pour lui les Sections impaires. Dès que Voie est ouverte à la circulation, les terres acquièrent une 1 üs-value soudaine et qui compense avec un immense
- sUrf ^ ^€c^on est une surface carrée ayant de côté 9 f de kilomètre et de Ce 24 hectares; la Section est le territoire d’une toumship, arron-Sei»ent mixte de, ville et de campagne.
- p.581 - vue 206/0
-
-
-
- 582 FORCE PRODUCTIVE
- avantage le sacrifice que le trésor a fait d’une fraction
- des terres appartenant à l’Etat.
- Le canal de l’Illinois débouche dans le lac Michigan à Chicago, dans une position qui suffit pour expliquer Ie progrès magique de cette ville. En i84o, elle n’avait, que 4,853 âmes; quinze ans après elle en avait 60,000 !
- Chicago à l’Exposition universelle.
- Cette cité figurait de la manière la plus éclatante à l’Exposition universelle de 1 851. Elle présentait la machine ingénieuse inventée par M. Mac-Cormick pour moissonner avec une économie , une rapidité qui n’ont laissé rien a désirer, et qu’on a récompensée par la médaille de premier ordre. A coup sûr, dans un Etat où la population est vingt fois plus clair-semée qu’en Angleterre et qu’en Belgique,' c’est là qu’il importe de trouver des machines qui suppléent à l’insuffisance des bras.
- Avec deux chevaux et deux hommes une machine, qui coûte seulement y5o francs, moissonne par jour six hectares au moins; elle accomplit le travail de treize hommes et douze femmes. Par la transmission de la force des chevaux , une combinaison de faux mécaniques travaille avec une vélocité caractéristique, principe et secret du succès* Les Ecossais avaient inventé les premiers une machine & moissonner, mais moins parfaite, et qui n’a pu, même ame' liorée depuis 1851, soutenir la concurrence. De 3 831 a i854, M. Mac-Cormick a construit 3,5oo de ses admi' râbles moissonneuses.
- A partir du 80e degré de longitude occidentale, c’est celle de Chicago, nous avancerons vers l’occident en tra-versant le reste de l’Amérique, puis l’Océan Pacifique, puis la Chine, puis l’Inde et l'Asie entière : nous aurons ainsi
- p.582 - vue 207/0
-
-
-
- DES NATIONS. 583
- parcouru 212 degrés de longitude, c’est-à-dire les trois cinquièmes du tour de la terre; nous aurons visité des pays di contiennent plus de la moitié du genre humain. Dans Ce vaste parcours, nous ne trouverons plus une seule récompense de premier ordre conquise à l’Exposition universelle 1851 par les inventions récentes dues aux peuples Sl divers qu’offre cette immense partie de l’ancien et du Nouveau monde.
- n’est point le hasard qui donne à l’Illinois une Palrne illustre. A cette extrémité de la colonisation euro-Pccnne, nous sommes toujours en pleine Europe, instruite civilisée ; tout y favorise le progrès des lumières. L’ins-trnction publique a dans cet État un développement populaire digne d’admiration: sur 851,000 habitants, dès ITllinois comptait dans ses écoles 182,292 élèves tout sexe et de tout âge; là, cent étrangers émigrés ne .Unissaient que huit étudiants, et cent Américains en four-^iSsaient vingt-quatre. Pour moins d’un million d’habitants, ^ tat possédait déjà trente-trois bibliothèques publiques.
- ln de satisfaire au besoin journalier des hommes qui ®aVent lire, il y avait quatre-vingt-quinze écrits périodes, revues ou journaux.
- ^els sont les moyens d’enseignement et d’information di préparent la grandeur et l’illustration du nouvel État.
- Commerce de Chicago.
- j Rivons les prospérités de Chicago, centre à la fois de ^Vilisation et du commerce en Illinois.
- . . civière Illinois, l’un des beaux affluents du Missis-> est mise en communication avec le lac Michigan par canal aboutissant au port de Chicago. C’est par cette e que descendent les produits de la partie la plus sep-
- p.583 - vue 208/0
-
-
-
- 584 FORCE PRODUCTIVE
- tentrionale des États-Unis et du haut Canada, lorsqu’on
- veut les envoyer à la Nouvelle-Orléans.
- La grande richesse de Chicago dépend du commerce des céréales; les États les plus avancés vers le nord-ouest, qui cultivent les plaines magnifiques appelées la Prairie, ces Etats envoient le produit de leurs moissons vers leS Etats de l’est pour aller jusqu’en Europe. Le commerce de i855 mérite une profonde attention.
- Mouvement des céréales dans le port de Chicago.
- Froment.
- Hectolitres. 12,200,000
- Maïs.
- 2,730,000
- Autres grains. 702,000
- Total général. 5,042,000
- En présence d’un tel commerce, on comprendra l’extrême activité des communications dont le centre est a Chicago, activité démontrée par les comptes les plus récents de l’Administration des postes : en 1855, il a passe par le bureau de cette ville quatorze millions six cent quatre-vingt mille lettres ou journaux. Telle est la vie intellectuelle de ces pays extrêmes du nord et de l’ouest, col<^ nisés à peine depuis quarante ans.
- Le port de Chicago est le centre d’une navigation qul ne s’étend pas seulement à toutes les parties du lac M1' chigan, mais qui d’un côté remonte au lac Supérieur et de l’autre descend aux lacs inférieurs, Huron, Érié, Ontario. Le transport des bois et des produits de l’agriculture est le principal aliment de cette navigation.
- La distance à vol d’oiseau de Chicago à la Nouvelle' Orléans est égale à 1,33o kilomètres. Cette voie, toute en descente, est plus courte que celle des lacs, même combinée avec les chemins de fer, par le Saint-Laurent ou paf New-York, pour arriver jusqu’à la mer.
- p.584 - vue 209/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 585
- Chemins de fer.
- Les chemins de fer de l’Illinois sont d’une étendue considérable : dès 1854, il y en avait 2,031 kilomètres achevés et 3,i3o en construction. Déjà les habitants avaient pour cet objet dépensé 355 millions de francs.
- A Springfield, capitale de l’Illinois, se croisent deux îemins de fer importants. L’un, terminé, conduit du Poit de Chicago à l’importante cité de Saint-Louis, dans at du Missouri; l’autre, en construction, est lê Grand ^dental d'Illinois et d’Indiana. Ce chemin, depuis New-0rk jusqua la rivière Missouri, 11’aura pas moins de ’7°° kilomètres, mesurés à vol d’oiseau. Il rendra d’importants services pour les objets de valeur et pour le fransport des hommes; mais si l’on excepte les temps de . sette, combien peu de produits agricoles pourraient
- *re conduits sans ruine avec une si vaste distance à parcourir !
- Signalons ici le grand chemin de fer central dirigé du jl0*d au midi, de Chicago à Mobile. En septembre 1851, c Congrès a voté la dotation magnifique de terrains divi-Ses en Sections alternes accordées de chaque côté de la voie, SUr Une largeur de 10 kilomètres. Les Sections réservées P°nr le trésor fédéral ne doivent pas être vendues à moins u double de celles que l’on concède pour l’entreprise 1 execution du chemin de fer. Ainsi le Gouvernement 9Ura pu rendre aux Etats de l’intérieur un service immense aVec Un sacrifice apparent énorme; ce ne sera qu’une aVî^e intelligente et largement productive.
- ^tat d’Illinois est au nombre de ceux auxquels on a ^Pioche de ne pas faire honneur à leurs dettes contrac-s pour des travaux publics : voyez l’ouvrage de M. Mac-
- p.585 - vue 210/0
-
-
-
- 586 FORCE PRODUCTIVE
- gregor sur le commerce des Etats-Unis, t. III, p. 33g. H
- paraîf que plus tard cet Etat a satisfait à ses obligations.
- Malgré les plus grands sacrifices, le territoire est si vaste, que l’Illinois, ses chemins achevés, ne sera pas encore aussi bien percé que l’Indiana et surtout que l’Obio. On en jugera par le tableau suivant :
- Chemins de fer par million d'hectares dans les trois nouveaux États.
- 1 Illinois. I Indiana. I Ohio. | Grande-Bretagne.
- 455 | 587 J 612 J 489
- Apprécions l’énergie de ces trois nouveaux Etats, qui, si près de leur naissance, rivalisent dignement avec les grands progrès de l’Angleterre.
- Nous terminerons l’examen de l’Illinois en jetant un coup d’œil sur la plus étrange aberration qu’aient encore offerte les États-Unis.
- Les Mormons dans l'Illinois. — Joë Smith.
- A côté de la colonisation régulière et morale des populations chrétiennes, il s’est développé la colonisation la plus scandaleuse. Un imposteur effronté, un banqueroutier, un personnage grossier, violent et perdu de luxure, Joë Smith, au milieu du xixe siècle, s’érige en fondateur de secte, en novateur d’état social. Il prêche un infâme système de polygamie sans bornes, se dit thaumaturge et prétend en plein jour ressusciter des morts : il le fait accroire à ses fanatiques. Les esprits bornés, les caractères faibles et les cœurs corrompus, toujours trop nombreux, se groupent autour de lui. Insensibles au mépris, à l’indignation qu’ils soulèvent, les sectaires de Smith,
- p.586 - vue 211/0
-
-
-
- DES NATIONS. ‘ 587
- aPpeIés Mormons, se concentrent sur la rive orientale du ississipi, kNaavoo, dans TEtat d’Illinois.
- L outrageant et long défi contre les croyances et les ^œurs révolte à la fin la population de cet État. De Part et d autre on prend les armes. Les Mormons vaincus Posent le fleuve; ils s’enfoncent dans le désert, pour ne s arreter qu’auprès du lac Salé. C’est là qu’ils végètent au Nombre scandaleux de 2 5,ooo, en attendant que la coloration régulière et chrétienne les disperse à jamais.
- ^es chaumières et les maisons de Nauvoo délaissées Par les Mormons, la perversité fait place à la niaiserie : le P olanstère de M. Cabet, après avoir échoué dans le midi 1 Union, transporte sa détresse dans la bourgade aban-( °onee ; fl y végète inoffensif.
- XIII. ETAT DU MICHIGAN.
- Cet État tire son nom du grand lac dont il occupe les ds. Deux presqu’îles le composent : i° celle du sep-k rion, encore presque inhabitée : le lac Supérieur la ^aigne au nord, le lac Michigan au sud; 20celle du midi, ^a plus vaste et la plus avancée : le lac Michigan la baigne ^ °ecident, le lac Huron à 1’ orient. Elle a pour frontière, gorge} les territoires d’Indiana et d’Ohio. sp Michigan est le plus étendu des quinze États
- “Ptentrionaux de l’Union américaine.
- ^uperficie................. ........ i4,566,3oo hectares.
- population en i85o................... 397,954 habitants.
- eïntoire pour mille habitants....... 36,6o3 hectares.
- la population est encore excessivement dispersée, pj.11 °^re pas trois habitants par cent hectares ; cela s’ex-^Ue Par l’origine toute récente de la colonisation.
- p.587 - vue 212/0
-
-
-
- 588
- FORCE PRODUCTIVE
- Progrès de la population.
- Années .. I 1810 1820 I i83o i84o
- Habitants... . .. J 4,762 8,896 [ 3i,639 212,267
- i85o
- 397,954
- Dans cette première phase de la colonisation, l’agriculture absorbe les deux tiers de la population. Dès i85o, elle avait amélioré 780,660 hectares; elle avait acheté des terrains pour 22 millions et leur avait fait prendre une valeur de 277 millions : treize fois le prix d’achat. Ou admirera ce résultat si l’on réfléchit que les neuf dixièmes des terres cultivées ne le sont pas depuis vingt ans.
- Les défrichements sont jusqu’ici trop limités pour diminuer sensiblement la vaste étendue des forêts. Le voisinage des lacs en permet l’exploitation ; elle est déjà digne d’être comparée à celle des forêts du Maine. Dans cette exploitation, n’oublions pas le sucre d’érable.
- Dès i85o, on évaluait à 3o millions de mètres courants les bois débités ,et conduits à la grande baie de Sagi" naw, sur la rive occidentale du lac Huron. Il faut compte? moitié en sus pour les autres exploitations forestières, dont les produits sont amenés des lacs Huron et Michigan.
- Tandis que les colons du Michigan tirent un aussi grand parti des richesses du règne végétal, l’industrie manufac* turière ne reste pas inactive. Dès i85o, les ateliers q111 fabriquent chacun pour 5oo dollars et davantage produisaient 58,347,3io francs; dix ans plus tôt, les mêmes ateliers ne produisaient que sept millions.
- Les usines principales sont consacrées à la production du fer, au travail de la laine, aux tanneries, à la mise on œuvre des cuirs, aux verreries, aux poteries, etc.
- Il faut citer pour leur richesse minérale les montagnes de fer qu’on trouve près du lac Supérieur. La compagnie
- p.588 - vue 213/0
-
-
-
- DES NATIONS. 589
- tackson possède une de ces montagnes; une autre, pro-Priete de la compagnie Cleveland, est aussi riche, mais plus Soignée du lac, et par là d’une exploitation plus difficile. Pour faciliter ces travaux et l’exportation du métal, ouvre un canal de décharge : il permet d’éviter le saut e rivière Sainte-Marie, par laquelle les eaux descen-ent du lac Supérieur au lac Huron.
- Dans le district des mines du lac Supérieur, la produc-tam de 1,000 kilogrammes de fer en gueuse ne coûte *jUe 117 francs. Aujourd’hui, pour transporter le métal eshauts fourneaux à Pittsbourg, en Pennsylvanie, il faut Payor 3o p. 0/0 en sus de ce prix. Ce transport deviendra ïïl°tas dispendieux.
- Quant aux usines où ce fer est produit près du lac ^uperieur, tout les favorise, et les forêts abondantes, qui °uuent à bas prix le combustible, et les chutes d’eau Nombreuses, qui fournissent une grande force motrice.
- Instruction publique.
- b instruction publique est aussi protégée par l’État, aNssi cultivée par les citoyens, que dans les parties de mon les plus avancées. Le Gouvernement dote avec Spnerosité son Université. Il a fait choix, pour diriger cet Glissement, d’un savant assez distingué pour que l’Ins-^ ut de France, Académie des sciences morales et poli-^Ues» fait nommé membre correspondant; ce savant, * Tapan, est chargé d’acquérir en Europe les instruments les plus parfaits pour un grand observatoire.
- taa population du Michigan ne forme encore, dans sa Pemnsule du nord , aucune ville qui mérite d’être citée.
- ^ a presqu’île du midi possède sur sa rive orientale le port u Grand-Havre, près du lac Michigan. Deux chemins de
- p.589 - vue 214/0
-
-
-
- 590 FORCE PRODUCTIVE
- fer importants vont le rallier : cdui du sud, à la voie capi' taie qui traverse l’Etat d’Illinois pour aboutir au MissiS' sipi près de la grande cité de Saint-Louis; celui de l’est, au port de Détroit, dont nous allons parler.
- Chenal, port et cité de Détroit.
- La cité de Détroit est la capitale de l’Etat ; ses prospérités sont écrites dans l’accroissement de sa population-
- Années............I 1820 i84o I i85o J i853
- Population........| 2,222 9,102 | 21,019 | 34,436
- Cette ville est alimentée d’eaux qu’on élève par la force de la vapeur. Dès 1815, lorsqu’elle n’était qu’un village, un acte législatif la classait parmi les cités : mieux que la loi, le commerce en a fait une ville importante. Avant dix ans, elle aura cent mille habitants; ce sera la Constantinople des mers méditerranées de l’Amérique du Nord-Elle s’élève sur la rive occidentale de la rivière Détroit, qu1 déverse les eaux du lacHuron dans le lacErié, comme Ie Bosphore déverse les eaux de la mer Noire dans la Méditerranée. Afin que l’analogie soit plus complète, une autre mer de Marmara se trouve à mi-voie du chenal : c’est le beau lac Sainte-Claire.
- Tous les noms français ici reproduits ont été donnés à des lieux conquis par nos ancêtres du Canada, sous Louis XIV, pour être perdus sous Louis XV : le roi par excellence de nos humiliations.
- Le mouvement des navires à vapeur qui font escale a Détroit est d’une incroyable activité; d’une activité que partagent les Américains du Michigan, du Wisconsin, de l’Illinois, de l’Indiana, pour les lacs supérieurs', et les Anglais pour l’occident du haut Canada. Tout passe à Détroit avant de descendre aux lacs inférieurs.
- p.590 - vue 215/0
-
-
-
- DES NATIONS. 591
- Au point où les eaux du lac Huron versent leur trop-Pfein dans le chenal de Détroit par la rivière et le lac Sainte-Claire, on trouve le port Huron, qui comptait en l$5o deux mille habitants.
- Tonnage du port de Détroit.
- Navires à voiles..........
- Navires à vapeur..........
- i85o
- 18,807 tonn* i8,oi5
- 1855
- 32,878 tonn. 32,181
- La position de l’État du Michigan, circonscrit par trois grands lacs, dispensait d’avoir recours à la création coû-Use de navigations artificielles : les efforts se sont tournés avc>c d autant plus de fruit vers les chemins de fer.
- Chemins de fer en activité an 1er janvier 185h.
- j. ^tendue, 567 kilomètres; dépense accomplie, yùmil-ns de francs. L’État n’a pas exécuté tous les che-
- ry,î A
- ns> niais il avait donné sa garantie* et cette garantie a défaut; il faut espérer qu’une tache pareille sera lavée, prospérité du Michigan permettra que le Gouvernement le^!*886 ^es engagements dont le respect sauve à la fois Crédit et l’honneur des États. 1
- XIV. ÉTAT DE WISCONSIN.
- j de Wisconsin est baigné, du côté de l’est, par le
- d prflC^an’ au parallèle du 4 20 3o' le sépare
- ^ tat d’Illinois; le Mississipi le borne à l’ouest; vers le j r ’ ^ a pour limites l’État du Michigan et l’extrémité P us occidentale du lac Supérieur.
- ^uperfîçie......................... 13,966,740 hectares.
- T°pu afi°n en i85o................ 305,3g 1 habitants.
- erritoire pour mille habitants..... 45,73o hectares.
- p.591 - vue 216/0
-
-
-
- 592 FORCE PRODUCTIVE
- Lors du recensement de i84o, le Wisconsin n’exis tait encore qu’à titre de territoire et ne comptai que 3o,945 âmes; en dix années, sa population qui11' tuplait.
- En i85o, Madison, la capitale de l’État, comptait 1,52 5 habitants, et trois ans après 3,500. Les autres villes sont encore à l’état de villages, mais plusieurs se-ront remarquables dès le prochain recensement.
- Il faut signaler Milwaukie, le principal port sur le lac Michigan. Ce port, commencé seulement en i84o par 1,700 habitants, dix ans plus tard en avait 20,000 ; main' tenant ce nombre doit être plus que doublé. En i853, le tonnage de ses navires s’élevait à 1 0,170 tonneaux.
- Lors du dernier recensement, les produits d’industrie du comté de Milwaukie s’élevaient à 1 o millions de francs-le cinquième des produits manufacturés de tout l’Etat.
- Ce qui doit bien plus nous intéresser, ce sont les établissements d’instruction publique et d’humanité placés» pour ainsi dire, dans le berceau de cet État presque au jour de sa naissance : tels sont l’asile des aliénés et l’école des sourds-muets. Les écoles ordinaires jouissent d’un capital qui passe 8 millions de francs et qui rapporte 7 p. oj° d’intérêt. La valeur des écoles bâties s’élève à deux millions. On a commencé d’instituer une école normale de maîtres d’école. On a fait un premier fonds qui surpasse 800,000 francs pour une Université.
- 'Tels sont, au point de vue de l’instruction nationale» les fondements de la prospérité future et prochaine du Wisconsin.
- Quant à la prospérité matérielle, mentionnons def cours d’eau du premier ordre, deux mers intérieures» et déjà 370 kilomètres de chemins de fer. Cinq de ceS chemins partent de Milwaukie ; trois sont dirigés vers ^
- p.592 - vue 217/0
-
-
-
- M
- DES NATIONS.
- 593
- ^ssissipi supérieur; un remonte au nord pour joindre lac et la baie Verte, Green-bay, du lac Michigan. Un j ernier descend au sud et passé à Racine, port du même aci d rejoint à Chicago le magnifique réseau de ITllinois. Le port de Racine, dès 185 o, possédait 5,107 habitants; ls ans après, sa population avait tiercé.
- Les forêts, les mines et les produits en céréales, telles ^0l*t les richesses du Wisconsin. Cet État abonde en mines cuivre. Pour les exploiter, de grandes compagnies se °^t formées : il est remarquable qu’une de ces compares ait son siège à Paris.
- . Ln i855, des mines de cuivre des bords du lac Supé-1GUr* avec 5,ooo tonneaux de minerai, ont produit
- 3,5
- 00 tonneaux de métal.
- XV, ETAT D’IOWA.
- d’É ^ ^owa ’ dernier colonisé dans le système ats sans esclaves, est le seul qui s’étende sur la rive eotale du Mississipi. Il est terminé par deux arcs de ^alleft^ celui du nord-est à 43° 5o' de latitude, celui et stld a 4o° 4o'; il a pour limite orientale le Mississipi P°ur limite occidentale le haut Missouri.
- O
- ^aperfxcie de l’État........................ 16,600,420 hecl.
- ^°Pulation en i85o........................ 192,214 hab.
- rrboire pour mille habitants.............. 68,6o3 hect.
- dont °Wa’ ^US rdcent <Iue les ^tats déjà décrits, est celui ^Xnp ^ P°Pu^ad°n a la moindre densité. Gela même ^lle rapide progrès dont voici l’expression :
- ArW>es
- P°Pulati*
- ion..
- i853
- 325,262
- i855
- 5oo,ooo
- 1840 I i85o
- 43,112 I 192,214
- agriculture est et sera longtemps encore la principale
- 38
- IN’TRODCCTION.
- p.593 - vue 218/0
-
-
-
- 594 FORCE PRODUCTIVE
- richesse de l’Iowa; ses vastes plaines le rendront, pour Ie produit des céréales et pour l’élevage des bestiaux, le rivai des grands Etats de New-York et d’Ohio.
- Partout la terre peut être labourée sans travaux extraor dinaires de défrichement. Elle offre une couche végétale noirâtre, épaisse et féconde [rich black loam), aisément pénétrable par les racines des végétaux.
- Voici ce qu’un agronome de l’Iowa écrivait récemment et qui semble à peine croyable : la plus grande partie des terres peut donner de 68 à 72 hectolitres d.e maïs par hectare; il n’est pas rare de trouver des guérets si féconds* qu’ils donnent de 100 à 11 o hectolitres de ce grain auss1 par hectare; enfin, Ton récolte jusqu’à 5o hectolitres de froment dans la même étendue de terre.
- Les pâturages, arrosés d’eaux excellentes, sont de pre' mière qualité pour l’élevage du bétail.
- A ces richesses naturelles ajoutons 6,45o,ooo hectare souterrains qu’occupent des gîtes de houille en couché épaisses. Néanmoins, ne soyons pas étonnés qu’un Etat Ue d’hier ait encore peu d’ateliers et de manufactures: $ viendront à leur tour, et ce tour approche.
- L’esprit d’entreprise est si grand que dans l’Iowa, gré le petit nombre d’habitants, on a commencé d’e*6' cuter 64o kilomètres de chemins de fer. On établit trd5 lignes qui traverseront cet État de Test à l’ouest, et touteS trois sont dirigées du Mississipi au Missouri.
- Nous ne pouvons signaler ici que la population uaiS santé des villes ; elle annonce déjà leur grandeur futur6'
- Population des villes de l’Iowa, riveraines du Mississipi.
- Porf-Duiuque. Davenport. Burlington.
- 3,108 1,848 4,o42
- 7,5oo 4,5oo )>
- Année i85o.. Année 18 53..
- Muscati»®'
- 2,540
- 5,ooo
- p.594 - vue 219/0
-
-
-
- DES NATIONS. 595
- lowa, la capitale de l’État, qui ne comptait en i85o ^Ue i,a5o habitants, trois ans après en avait plus de 6,000 e* Maintenant doit dépasser 8,000.
- A chemin de fer est exécuté pour unir cette cité, du ^°te l’est, avec Davenport, sur le Mississipi; du côté e 1 ouest, avec Council-Bluffs, sur le Missouri.
- Moyens d’enseignement public.
- ^ Parmi les États septentrionaux, ce qu’il faut remarquer atls lÉtat d’Iowa, le dernier colonisé et le plus reculé ^rs 1 ouest, cest l’enseignement public et les moyens ^instruction. Par un de ses premiers actes, l’Iowa donne n,°oo hectares de terre aux écoles populaires et 19,000 Ux ccoles supérieures.
- » Qnand il ne comptait pas encore 200,000 âmes, ses soifGS ^ta*eir*: fréquentées par 30,767 élèves, soit enfants, acfrltes. Dès lors à vingt ans, sur cent Américains ^Va» quatre seulement ne savaient ni lire ni écrire. ^ 11 *aveur des personnes de toutes professions, 29 jour-}> 0u publications périodiques font circuler, suivant P u américain, des connaissances positives sur tous les ^yS,^utHité générale ou spéciale, de °^a COrnnaent les États naissants se rendent capables Archer à pas de géants.
- Résumé des quinze états septentrionaux.
- Les
- Parc (PUïlze États septentrionaux que nous venons de °nt ^es con^iti°ns pr°Pres d’existence, de cons-iuj l°n SOciale et de progrès industriel; conditions qu’il r e d etudier et dont il faut montrer le caractère. deux tiers dé la race d'origine européenne, de celle qui
- 38.
- p.595 - vue 220/0
-
-
-
- 596 FORCE PRODUCTIVE
- forme le nerf de la Confédération, appartiennent à ces
- Etats.
- Total de la race européenne aux Etats-Unis..... ig,553,o56
- Même race dans les quinze Etats septentrionaux... i3,i46,839
- Même race dans les territoires septentrionaux.. 3o,453
- Reste pour les seize Etats et territoires méridionaux. 6,37 5,77^
- Il m’a semblé qu’on jetterait une vive lumière sur la formation, le développement et l’avenir des États septentrionaux en les distinguant par groupes suivant leur degre d’avancement.
- Je compose un premier groupe des quatre États p1’1' mitifs de la Nouvelle-Angleterre, le Massachusetts, le Connecticut, le New-Hampshire et le Rhode-Island.
- Je compose un second groupe des trois Etats interme' diaires, le New-York, le New-Jersey, la Pennsylvanie, en y joignant le Vermont, détaché du New-York, et le Maine» détaché du Massachusetts.
- Je compose un troisième groupe des six États colonises les derniers, et situés à l’ouest de tous les autres.
- Subdivision des quinze États septentrionaux.
- 1er GROUPE. 2*GROUPE. 3* groupe*
- Connecticut. Maine. Ohio.
- Massachusetts. Vermont. Indiana.
- New Hampshire. New-York. Illinois.
- Rhode-Island. New-Jersey. Iowa.
- Pennsylvanie. 1 Michigan* Wisconsin*
- Territoires : hect. 5,962,353 37,109,771 -5,181.80® 4,715,47*
- Population. 1,830,827 6,726,024
- Hab. par 10,000hect.. 3,072 France : Landes 3,24a ; Htcs i 02V i,83l ctf) -Alpes, 2,191; Suède et Nortv* n
- p.596 - vue 221/0
-
-
-
- DES NATIONS. 597
- Par conséquent, en 185o, le premier des groupes dans ® nord des États-Unis, le plus peuplé comparativement à Rendue de son territoire, ce groupe l’est encore moins notre pauvre département des Landes.
- Pe second groupe est d’un quart moins peuplé que n°Ii'e département des Hautes-Alpes, le moins habité de *fute ta France et, dans une partie notable de son éten-Ue> couvert déglacés éternelles.
- ^ Ce même département, au plus bas degré de l’échelle e ta popnlosité française, offre trois fois et demie celle u troisième et dernier groupe des États-Unis du nord. Pour trouver en Europe un pays où la population soit rare que dans le troisième groupe, il faut réunir la j ^ede et la Norwége, ces deux États qui possèdent aussi ^eurs Hautes-Alpes, couvertes de glaces éternelles, et que cercle polaire frappe de sa stérilité.
- ^tais les pays comparativement si peu peuplés ont l’a-Vantage que leur population s’accroît, pour ainsi dire, en Proportjon de la rareté du nombre des habitants. On en •logera par le tableau suivant :
- Pulation progressive des quinze États septentrionaux, de 1800 à 1850.
- 1er GROUPE, 2* GROUPE, 3e GROUPE, p le plus ancien, intermédiaire, le plus nouveau.
- ^ Pulation en 1800........ 927,128 1,707,043 5o,24o
- Pulation en i85o.......1,930,997 6,726,024 4»7i5,474
- Accr°iss,s ( i° En 5o ans... 976 2,982 93,838
- ]2“Parinterv. de îoans. i46 3i8 i,48o
- ^bab.(3° Par interv. d’un an. i4 28 98
- Hair aC?r°*ssement du premier groupe n’a rien d’extraordi-et fi,651 PreS(Iue identique avec celui de l’Angleterre e 1 Ecosse dans le même demi-siècle.
- p.597 - vue 222/0
-
-
-
- 598
- FORCE PRODUCTIVE
- L’accroissement du second groupe ne peut être coin* paré qu’à celui du Lancastre, dans la Grande-Bretagne : on sait à quelles causes extraordinaires est dû le triple' ment de la population dans cette grande province, qul fournit ses tissus au monde entier.
- Enfin, l’accroissement du troisième groupe 11e saurait être comparé, même de loin, à celui d’aucune autre contrée : en an demi-siècle, il remplace iin homme par quatre vingt-quatorze !
- Sans doute, dans les derniers temps, l’émigration des Européens, singulièrement favorisée par les lois de Sir Robert Peel, entre pour une certaine part dans cet accroissement extraordinaire. Il ne faut pourtant rien exâge' rer; le tableau suivant ramènera, sur ce point, à la vérité-
- Etrangers non Irlandais émigrés dans les Etats du nord (1850)-
- l" GROUPE. 2e GROUPE. 3° GROUP®'
- Nombres totaux.......... 63,6o3 5o4,i49 294.817
- Pour 100,000 habitants.. 3,692 7,687 6,25a
- Les Irlandais, si malheureux dans leur pays, ont émi' gré surtout à partir de i845; ils se sont principalement réfugiés dans les quinze États du nord : la plupart sont restés dans les deux premiers groupes, les plus voisins l’Atlantique.
- Irlandais émigrés dans les Etats du nord (1850).
- 1er GROUPE. 2e GROUPE. 3* GRO^'
- Nombres totaux............. 167,361
- Par 100,000 habitants...... 9>i4i 8,i35 i>72^
- Dans les cinq ans écoulés depuis i85o, le nombre Irlandais émigrés s’est accru de plus des deux tiers.
- p.598 - vue 223/0
-
-
-
- DES NATIONS. 599
- U .
- Migration, repoussée des premiers groupes par de vives Passions, s’est aussi portée vers le troisième, pour y pro-Ulre une proportion moins inférieure.
- après les calculs auxquels je me suis livré, en tenant ^°ttipte de l’accroissement des natifs Américains et des landais décédés en Amérique de 185o à 185 5, j’ai trouvé {Ple pour 100,000 Américains des trois groupes il se pouvait aujourd’hui î 2,700 Irlandais. Cette proportion 11 a rien d’inquiétant.
- Les Irlandais, presque tous partis sans richesse, ont pu, §race à leur travail énergique, donner un éclatant témoi-§^age et de leur esprit d’économie et de leurs sentiments |euéreux. Il suffit de citer les sommes qu’ils ont fait passer leurs parents, retenus dans la verte Érin, pour leur Procurer le moyen de traverser la mer et de rejoindre les ^ Us anciens émigrants.
- ec°urs des Irlandais d’Amérique à leurs parents, pour qu’ils émigrent.
- Ann., ï’r...
- 1848 i85o i852 i853
- 1 l>5oo,ooo 23,42 5,ooo 35,2oo,ooo 37,975,000
- i854
- 43,25o,ooo
- Les sommes si considérables représentent, suivant les Années, de 12 à 2 o francs par Irlandais émigré.
- . Si de tristes animosités soi-disant religieuses, et que ^ ne crains pas d’appeler impies, n’animaient pas des issidents exaltés contre le catholicisme représenté par Migration irlandaise, on ne redouterait pas autant qu’on ®nihle le faire une émigration qui déjà diminue et qui nninuera de plus en plus. C’est un effet inévitable, vu le ^ nombre d’habitants catholiques restés dans la verte rin, ce nombre est déjà réduit à moins de 4 millions. es émigrés envoyés par l’Irlande ne sont pas des ca-
- p.599 - vue 224/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 600
- pitalistes dangereux par leur opulence; malgré la grandeur des sacrifices qu’ils font pour attirer leurs parents d’Europe, ils n’ont pas en Amérique l’influence qui naît de l’opulence accumulée. Ils fournissent des hommes de peine dans les cités et des pionniers parmi les défri" cheurs de l’Ouest lointain ; ils ne peuvent influer que par leur masse en certaines localités au sein desquelles ils affluent, comme à Boston. Mais dans le Massachusetts fi leur faut, je crois, sept années de séjour avant d’y posséder un droit électoral. L’inégalité de leur répartition les laisse partout ailleurs dans une infériorité d’autant plus grande* Les enfants amenés jeunes et ceux qui naissent apres l’émigration des Irlandais s’assimilent par degrés avec les mœurs américaines, avec les intérêts de la patrie adoptive» L’intolérance est donc sans excuse de prendre un masque politique, afin de cacher sa haine et ses préventions. Détournons les yeux d’un si triste spectacle.
- Production manufacturière en 1850.
- Dans le tableau qui va suivre, je résume la production manufacturière des trois groupes d’Etats du nord.
- 1" GROUPE. 2* GROUPE. 1 3* GROUPE.
- Ateliers produisant au moins 2,670 fr. fr. 1,289,584,000 fr, 2,539,665,000 fr. 138,868,000
- Produits par million d’adultes mâles de 15 ans et plus, adonnés aux professions manufacturières et commerciales 4,116,820,000 2,163,720,000 1,414,520,000
- —J
- Ce tableau me semble éminemment propre à montre? suivant quelle progression, au point de vue des produits-
- p.600 - vue 225/0
-
-
-
- DES NATIONS.. 60f
- ^industrie, le premier groupe, celui des États les plus auciens, l’emporte sur le second, celui des Etats de créa-|l°n intermédiaire, et combien le second l’emporte sur es Etats très-nouveaux qui forment le troisième groupe.
- Loin que les trois groupes doivent se considérer comme es antagonistes qui se nuisent les uns aux autres, il est r Us vrai de penser que la richesse industrielle de chaque §r°upe exerce une influence salutaire sur les deux autres, j ne puis qu’indiquer ce point de vue; mais je le crois e plus utile à la concorde de ces contrées, qui ne doi-Vent pas être simplement de nom les États-Unis. Je le crois aUssi le plug généreux, le plus salutaire, en même temps ^llil est le plus conforme à la vérité.
- I L°in que le premier groupe absorbe ou, comme on .e ^ dans le langage de l’envie, monopolise la production ^ustrielle, il ne représente que le quart de cette pro-Uction pour tous les États-Unis.
- Valeur des propriétés dans les États septentrionaux.
- Urs totales »pour chaque groupe... Utant0* ProPr'®^s par million d’ha- 1” GROUPE. 2e GROUPE. 3' GROUPE.
- fr. 4,870,676,000 2.660,120,000 fr, 11,626,861,000 1,710,334,000 fr. 1,120,105,000 1,120,105,000
- lte* Prépondérantes... ,
- Boston. Massachusetts. New-York. New-York. Cincinnati. Ohio.
- ats prépondérants...
- esse par Etat prépondérant ^îonPd>haLitanUPOnd*ranl *
- fr. 3,061,648,000 3,078,536,000 fr. 5,768,851,000 1,862,481,000 fr. 2,695,374,000 1,361,007,000
- -1
- p.601 - vue 226/0
-
-
-
- 602 FORCE PRODUCTIVE
- A la vue de ce tableau, la première impression qu’on éprouve est un sentiment de plaisir en voyant l’État si récent d’Ohio, né pour ainsi dire avec le siècle, appro-cher si près de la richesse acquise par le New-York, fonde depuis deux siècles et demi; par cet État qui s’appeih fièrement lui-même l’État-Empire; par cet État qui concentre dans ses mains la moitié du commerce de trente autres États, et dont les villes contiguës qui composent sa capitale approchent aujourd’hui d’un million d’habitants-J’éprouve un autre sentiment de bonheur à. voir com' ment le Massachusetts, l’Etat de Franklin, l’État des sciences et des arts, s’élève si haut par ses inventions et son génie, par son esprit d’activité, d’ordre et d’économie. J’aime à faire voir, comment, pour un même nombre d’habitants, le Massachusetts, malgré sa terre infertile -surpasse en richesses fruit du travail les États du nord les plus renommés dans l’Union américaine. Il ouvre la route; il est en avant; il donne l’essor : c’est à tous les autres États de profiter d’un tel exemple et d’arriver a leur tour au même degré de prospérité.
- Si j’étais représentant du Massachusetts au Congrès américain, et si j’entendais accuser mon pays d’avoir des usines, des banques et des associations trop florissantes, par l’effet, objecte-t-on, des protections législatives, égales cependant pour tous les Etats, je ne répondrais pas verbeusement à ce reproche de l’envie. Je tirerais de ma poche un bien modeste opuscule qui parut il y a près d’un siècle afin de servir de guide à la Nouvelle-Angleterre et de la mener par la sagesse à l’opulence; je déposerais sur Ie bureau du président le petit livret du Bonhomme Richard j’imiterais ce paysan du Danube accusé d’être protégé pal’ la magie, et qui montrait sans rien dire ses instruments de travail et de succès.
- p.602 - vue 227/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 603
- PARTIE DU MIDI : LES ÉTATS A ESCLAVES.
- Ainsi que nous l’avons fait voir, les quinze États sep-*eRtrionaux de l’Union .américaine ont pour caractère &eneral d’avoir été fondés et développés par les races eu-r°peennes vraiment livrées à leur seule force.
- , ^*est la raison de leur supériorité. La race indigène, a k fois sauvage et belliqueuse, a combattu deux cents ans pour défendre le sol natal. Vaincue sans cesse, elle a ïeculé; elle a péri en grande partie; elle n’a jamais ni v°Rlu ni pu s’assimiler aux conquérants, encore moins ^Vailler pour eux à titre de subordonnée.
- Introduction et multiplication de la race noire. Esclavage.
- Due autre race auxiliaire et d’importation britannique est venue prêter son labeur aux colons européens.
- Dans le nord de l’Union, la race noire, tirée d’Afrique Par la traite, n’a fourni qu’un secours insignifiant à la blanche. En 1790, quand ce déplorable commerce e*ait en pleine vigueur, les États-Unis septentrionaux COlïlptaient seulement è.0,280 nègres esclaves, sur une Population totale de 1,968,45/1 habitants.
- n’y avait, par conséquent, dans ces États qu’un ^sclave sur quarante-huit hommes libres. Gela n’offrait à
- cUpidité qu’un intérêt misérable à défendre.
- Dans le nord de l’Union, le sentiment général s’étant Prononcé contre le maintien d’un esclavage qui servait si le nombre déjà très-petit des esclaves a sans cesse flUnué; mais il a diminué par degrés infiniment moins piaes qu’on n’aurait pu le supposer.
- Prouvons-le.
- p.603 - vue 228/0
-
-
-
- 604 FORCE PRODUCTIVE
- En 1820, au bout de trente ans, les à0,000 esclaves de 1790 n’étaient encore réduits qu’à 19,108.
- A partir de 1820, précisément à l’époque où l’industrie prend un grand essor dans les États septentrionaux, l’esclavage disparaît avec moins de retards. En dix années les 19,108 esclaves sont réduits à 3,509; dix ans plLlS tard on n’en compte plus que 7/17 ; lors du, dénombre-ment de i85o, on en compte encore 236, recensés dans un seul Etat, celui de New-Jersey. En 1860, ils auront probablement disparu.
- Tandis que les États du nord employaient deux t'^rS de siècle à se débarrasser d’un esclave sur quarante-hu^ citoyens, ou par l’affranchissement, ou par l’envoi dansie midi, un invincible préjugé maintenait contre les noirs et contre les métis toute sa force répulsive. Les blancs tenaient à distance de mépris les nègres, les mulâtres et toute personne de sang mêlé, même au moindre degré.
- Quand, par l’émancipation, les portes officielles de la cité s’ouvraient au pauvre esclave affranchi, des mœui’s implacables lui fermaient les portes de la société. Oû voulait bien des nouveaux libérés pour cohabitants dépourvus d’influence; on ne les voulait ni pour parents, 01 pour alliés, ni pour commensaux, ni pour citoyens. On eût rougi de partager avec eux une place à table, une loge au spectacle, un omnibus en chemin de fer ou sur la place publique. Ainsi ces républicains du nord, si fiers de p°s' séder entre eux l’égalité, la refusent impitoyablement a la race noire. Leur vanité la dénie au sang mêlé, conseF' vât-il seulement une ombre de nuance que des yeux européens ne pourraient pas apercevoir; mais cette nuance, un instinct studieux de mépris et d’aversion la fait saisi1 par l’Anglo-Américain avec une incroyable et désolante perspicacité. t %
- p.604 - vue 229/0
-
-
-
- DES NATIONS. 605
- Ce sentiment a donné la pensée d’établir sur la côte Afrique, à Libéria , un établissement colonial où l’on v°ulait former une colonie de noirs émancipés , j’ai presse ffit de réprouvés : comme on jette au dehors des murs s immondices d’une ville. Ce projet n’a reçu qu’une aiùie exécution. Un rapport de i852 constate qu’en treQte-deux années un petit nombre de noirs émancipés, 7’^92> ont été transportés à Libéria : c’est bien peu.
- La question numérique des esclaves est d’une tout autre gravité pour les Etats du midi que pour ceux du ^ord. C’est ce que fait voir le tableau suivant, dont les Aires se rapportent au premier recensement officiel.
- LES LIBRES ET LES ESCLAVES Dü MIDI, EN 1790.
- g—*
- ÉTATS. POPULATION TOTALE. ESCLAVES.
- I>elavvare , 59,096 82,548 73,077 319,728 393,751 249,073 35,791 748,308 8,887 29,264 11,830 103,036 100,572 107,094 3,417 293,427
- Géorgie,_
- Ke»itückY
- 5lary!and..
- Caroline du Nord
- CarolineduSud.
- Tennessee.
- ^ginie.
- 1,961,372 657,527
- F '
- _ resumé, dans la partie méridionale de l’Union aAiéricaine, il y avait, en 1790, un esclave sur trois ha-Aants un homme asservi pour deux hommes libres. • * es rh&t;s ainsi composés se sont unanimement, opi-latrement, refusés à supprimer l’esclavage. Ils ont,
- p.605 - vue 230/0
-
-
-
- 606 FORCE PRODUCTIVE
- d’ailleurs, accepté l’abolition de la traite, abolition décrétée
- dès 1788, mais ajournée jusqu’au ier janvier 1808.
- Deux ans après l’expiration de la traite, lors du recen-. sement de 1810, le nombre des esclaves s’est trouvé :
- Etats du nord........... 27,510 )
- Etats du midi.....?..... 1,163,854 )
- Pour les Etats du midi, l’accroissement si considérable dans le nombre des esclaves n’était dû qu’en moindre partie à la traite ; le reste appartenait au progrès naturel de cette population.
- Dès 1808, la traite, châtiée comme piraterie, devenait impossible. Les recensements postérieurs à 181P ne marquent plus que le progrès interne de la race esclave) défalcation faite des affranchissements et des évasions.
- Lorsque le Parlement d’Angleterre eut fait le grand et noble sacrifice de 500 millions de francs pour émanciper les 600,000 esclaves que contenaient ses colonies, les partisans de l’émancipation redoublèrent d’ardeur dans Ie nord des Etats-Unis. Cette opinion devint chaque année plus agressive contre les États du midi. Les esprits s’enflammèrent; des discussions brûlantes furent excitées non-seulement dans les réunions particulières à chaque ÉtaL mais au Congrès général, à la Chambre des représentants et jusque dans le Sénat, ce dernier refuge du calme et de la sagesse.
- Dès 1788, la Virginie avait fait la concession générale du vaste territoire qu’elle possédait au nord-ouest de l’Ohio. L’acte législatif par lequel cette cession était sanctionnée stipulait qu’on pourrait y fonder cinq États ou l’on n’admettrait pas d’esclaves : ces cinq États sont l’Ohio» l’Indiana, l'Illinois, le Michigan et le Wisconsin. Nous en avons expliqué les progrès.
- p.606 - vue 231/0
-
-
-
- DES NATIONS. 607
- En retour, les Etats du midi réclamèrent pour la créa-J10n d’États méridionaux qui posséderaient des esclaves. Je Kentucky, le Tennessee, démembrements de la Virgi-llle» en formèrent deux nouveaux, auxquels on adjoignit successivement l’Aîabama, la Louisiane, le Mississipi, Arkansas, la Floride et le Texas.
- Après d’ardentes discussions on établit presque en Meme temps, au delà du Mississipi, Tlowa sans esclaves, Missouri avec des esclaves.
- ^ depuis quelques années les États du midi qui possèdent s esclaves étaient au nombre de quinze, égal à celui des Ms du nord où l’esclavage est supprimé. En 1847, un Seizieme État, la Californie, vint s’ajouter à ces derniers.
- Les États du sud veulent à toute force obtenir un j^ieine État qui maintiendrait l’équilibre avec le nord; f redoublent d’activité pour peupler le territoire dispo-g ie appelé Kansas. De leur côté, les abolitionnistes des Ms septentrionaux, et surtout de l’Ohio, s’associent dans j/1 Lut contraire; ils souscrivent pour envoyer dans le Misas des colons abolitionnistes. C’est à qui formera la |^ajorité! La lutte n’est point pacifique : le sang l’a souil-’ M des rixes meurtrières ont pris l’aspect d’une guerre °Male. Ce territoire est au moment de formuler sa consti-0n> et prendra rang parmi les États ayant ou n’ayant as_desclaves, suivant le vote qu’émettra sa convention, hjj , foule d’ écrits sans talent et sans effet ont été pu-Ies sur les questions brûlantes que fait naître l’escla-^a§e. Une femme a l’honneur d’avoir produit l’impression a plus puissante : ingénieuse, et passionnée sans le pa-tr^e’ eHe a, sous forme de roman, rassemblé tous les de 1^ cruaut® faciles à recueillir dans les tristes annales eu 9 Eossessi°n sans contrôle de l’homme par l’homme ; meme temps elle a peint avec charme les vertus qui
- p.607 - vue 232/0
-
-
-
- 608 FORCE PRODUCTIVE
- peuvent rendre intéressants les opprimés. Elle a donné Ie cœur de Fénelon au nègre modèle, issu de l’esclavage; elle a mis, ce me semble, beaucoup de mal à la charge de quelques blancs et beaucoup de bien du côté de quelque noirs. Cette peinture à double effet n’a pu manque1, d’exciter un vif intérêt pour les derniers et l’animadve?' sion contre les premiers. Tel est l’esprit et le succès de l’Oncle Tom.
- A la lecture de ce livre, un ami de la vertu serait tente de prier Dieu qu’il rende les blancs esclaves, afin de leur donner les vertus d’un pareil oncle : vertus qu’on peut acquérir même en passant par l’esclavage.
- Que devient donc la grande et noble pensée du chantre des dieux et des héros ? Et ne doit-on plus croire le divi° génie qui devançait de six siècles l’esprit de la Grèce libre, lorsqu’il nous dit, dans un des endroits qu’on cite à bon droit comme sublimes :
- .... L’affreux instant qui met un homme aux fers Lui ravit la moitié de sa vertu première.
- Il faudrait avoir visité les quinze États du midi qul possèdent des esclaves, pour se former une juste idée du sort des hommes qui composent la classe asservie et du caractère des maîtres. Je me déclaréincompétent à pre' senter ce tableau d’après moi-même, et ne veux pas Ie retracer d’après les passions d’autrui.
- Je n’aurais pas offert l’exposé qui précède si les queS' tions d’ordre moral qu’il soulève n’étaient venues se lier intimement aux questions économiques ainsi qu’aux pr°' grès des arts.
- Les Etats du midi, vilipendés sans modération par leS Etats du nord, ont trouvé qu’ils se vengeraient puissant' ment de leurs détracteurs s’ils attaquaient avec âprete la
- p.608 - vue 233/0
-
-
-
- DES NATIONS. 609
- %islation protectrice de l’industrie américaine, législation ^°nt les effets ont été si favorables à la Nouvel! e- Angle -terre, au New-York, à la Pennsylvanie, au New-Jersey, * l’Ohio, etc. Afin de conjurer les périls qui résultaient dun tel esprit de discorde, les hommes d’Etat ont cherché ^es moyens de conciliation; ils ont proposé des mesures Modérées où chacun ménageait son adversaire, afin d’en etee ménagé. Telles ont été les mesures dites de compromis, doit surtout à l’un des plus illustres représentants 11 Kentucky, à M. Henry Clay.
- Avec tous les cœurs honnêtes nous formons des vœux P0Ur l’amélioration progressive du sort des noirs et pour a proclamation de leur liberté finale; mais nous ne Cr°yons pas que l’on rende plus facile et plus prompte, te cette amélioration, ni l’émancipation définitive,, si ^°n persiste dans les voies dé la violence, de la menace et e 1 outrage : jamais par de tels moyens on n’a produit de
- conversions.
- Kes amis de la grandeur américaine repoussent également le vœu des personnes qui voudraient que ces pas-tetes> ces excès , amenassent le déchirement du pacte eral et la séparation des Etats du nord et du midi. P* souhaits, des préjugés, des opinions erronées, ne aïlgent rien à la marche des grands événements : cette te^rche, qui pourrait dès à présent la prédire ?
- nous comparons l’état social des quinze États sans esclaves à celui des quinze États affligés par l’esclavage, *teus trouverons celui des premiers très-préférable.
- ^ Aîais veut-on mettre en parallèle ces quinze derniers jJats et diverses nations qui possèdent aussi des esclaves?
- Presentent des signes de supériorité qu’il est juste de pa teter. Si les nations dont nous parlons ne suppriment s Esclavage, et nous voudrions quelles le suppri-
- INTRODüCTION. 3q
- p.609 - vue 234/0
-
-
-
- 610 FORCE PRODUCTIVE
- massent, ce sera pour elles un important sujet d'étude que celui des Etats méridionaux de l’Union américaine-Comparons le dénombrement officiel de 1810, peu de temps après la cessation de la traite, et celui de i85o, Ie dernier de tous. Voyons pour ces quarante années ce qne sont devenues trois classes plus que jamais isolées au* Etats-Unis : les blancs, les libres de couleur et les esclaves-
- Forces productives de l’espèce humaine dans les États méridionaux de la Confédération américaine.
- Années. Blancs. Affranchis. Esclaves.
- l8lO 2,208,785 105,715 i,igi,364
- i85o 6,221,000 238,854 3,2o4,3i3
- Progrès moyen décennal de 1810 à 1850 par cent mille habitants-
- 29,628 22,608 28,064
- Temps nécessaire au doublement des trois populationsï
- 26 ans 9 mois. 34 ans. 28 ans.
- Quels résultats étonnants ! Tout ce que peut faire ^ race blanche, qui possède l’opulence et la liberté, qui de plus est favorisée par l’immigration des étrangers, toutce quelle peut faire en doublant de nombre, c’est queHe devance de quinze mois seulement le temps nécessatfe au doublement de la race esclave.
- A l’égard des affranchis, malgré les émancipations s’ajoutent chaque année au progrès naturel des fami^eS déjà rendues libres, le temps nécessaire à leur doubla ment est d’un cinquième plus long que celui qui suffi* pour doubler la race esclave.
- Et ce progrès supérieur des esclaves a lieu depuis^ cessation absolue de la traite des noirs ; il a lieu malgré ^
- p.610 - vue 235/0
-
-
-
- DES NATIONS. 61 i
- diminution qui résulte des émancipations légales et mal-^é les évasions favorisées avec audace du côté du nord.
- En parcourant le reste de la terre, nous ne trouverons nuHe part la race noire, esclave ou devenue libre, offrir un progrès qui, même de loin, approche de celui des Etats-Enis méridionaux : le doublemént en vingt-huit années.
- En dehors des États-Unis, nous ne trouverons pas même Uri seul peuple de race blanche, heureux et libre, qui Présente un accroissement aussi rapide.
- Nous terminerons ces observations par une dernière ^°nsidération qui se rattache aux plus graves questions de agriculture et de l’industrie.
- Eeux contrées surpassent le reste du monde par l’éten-due et l’excellence des travaux qu’exige le plus précieux ^es filaments utiles à l’homme : le coton. La première Scelle à le cultiver, à le récolter; la Seconde, à le filer, à ,e tisser. Le cultivateur travaille sous un ciel rapproché de a zone torride, au grand soleil ; le filateur accomplit sa *ache en d’opulentes cités manufacturières, sous des abris sPacieux et tempérés. Lun est l’esclave de l’homme, l’autre 1)6 1 est que des machines. Ce dernier, dans la cité par ^xÇellence, à Manchester, perd autant d’enfants, de la ^ssance à trois ans d’âge, que le premier, de la nais-Sa^ee à quatorze ans; et la vie des hommes faits est en la*son de cet indice. Enfin, pour achever le contraste, Cest le pays où l’enfance, atrophiée dès le berceau, hébé-te® par l’opium, périt plus vite, c’est le pays où l’âge ^dr, énervé par sa lutte avec la vapeur, finit plus tôt, c’est Ce^i~là qui fait à l’autre la leçon et l’accuse de barbarie !
- E
- l’Atl;
- quand on parle de race noire élevée sur les bords de étique par myriades de familles, qui pullulent dans ^ force et dans la santé, qui sont nourries avec abon-ailCe, et qui grandissent pour suffire au peuplement des
- p.611 - vue 236/0
-
-
-
- 612 FORCE PRODUCTIVE
- nouveaux États du midi, tour à tour ouverts à la vie, où compare les maîtres de ces familles , non pas comme aux premiers âges du monde, à des patriarches, à des fondateurs de patries, mais à des éleveurs de bétail, à des engraisseurs, qui le gorgent de nourriture et qui travaillent comme s’il s’agissait d’approvisionner l’abattoir. On a prononce ces mots : les bouchers de la Virginie /
- Mettons de côté les injures et les déclamations. Comment décider les maîtres à libérer les esclaves dans le nouveau monde? Comment libérer ceux-ci, sans que la paresse et l’oisiveté les jettent dans la débauche et dans ses mortalités ? Gomment donner aux ouvriers de l’ancien monde, accumulés dans les fabriques, des mœurs pins austères, qui les rendraient à la santé, à la longévité ? Voilà des problèmes que l’homme d’Etat et les amis de l’humanité devraient‘méditer sans cesse, et dont ils devraient chercher à l’envi la solution.
- Décrivons maintenant la situation des États méridionaux.
- XVI. ÉTAT DE LA DELAWARE.
- Ce petit État a la formelaplus bizarre. A partir de l’em' bouchure du fleuve Delaware, il en occupe la rive occidentale sur une longueur de i5o kilomètres; il touche par le nord à la Pennsylvanie, par le sud et par l’ouest a l’Etat de Maryland, qui l’enclave de deux côtés.
- Superficie............................. 549,o58 hectares.
- Population en 185o................... 91,53a habitants*
- • Territoire pour mille habitants.......... 5,999 hectares.
- L’État de la Delaware, compte à peine aujourd'hui parmi les pays où sont encore des esclaves.
- p.612 - vue 237/0
-
-
-
- DES NATIONS. 613
- années. LIBRES. AFFRANCHIS. ESCLAVES.
- 1790... 27,773 3,899 8,887
- 1810.. 55,361 13,136 4,177
- 1830.. 57,601 15,855 3,293
- 1850.. 71,169 18,073 2,290
- Signalons avec une vive satisfaction les mouvements Sl divers : i° dfe la population blanche, qui triple presque 1790 à 185o ; 2° de l’ensemble des affranchis, dont le îl°mbre quintuple; 3° des esclaves, qui, par les affranchissements ou par les émigrations, est réduit au quart.
- Pour compléter ces heureux changements, il est à ^sirer que l’État delaDelaware imite ceux qui f avoisinent au nord et qu’il fasse disparaître l’esclavage de son terri-*°ire : ce ne sera qu’un sacrifice imperceptible. En effet, ]e climat et les cultures n’ont rien de spécial qui réclame hras des noirs. En 185o, on n’a récolté que 1 5o kilogr. e coton; la canne à sucre n’est pas cultivée.
- Plans sa partie méridionale, l’État offre des terres assez utiles ; mais, du côté de l’intérieur, on trouve certaines Parhes sableuses et d’autres “marécageuses. En présence des grandes difficultés que présentait ce territoire, l’émi-£ration, surtout avec les noirs, a semblé préférable pour Cldtiver les fécondes plaines voisines du Mississipi.
- Pc Delaware n’a qu’une ville un peu peuplée; c’est ^ihninyton :
- ^nnées...# P°Pulation
- i83o
- 6,628
- i84o i85o
- 8,367 l3>979
- ^ Pc port de Wilmington n’avait, en 185o, qu’un tonnage e h>946 tonneaux. Newcastle, autre port sur la Delaware, P°ssédait en navires 7,259 tonneaux; cette petite ville n’a
- p.613 - vue 238/0
-
-
-
- 614 t FORCE PRODUCTIVE
- de remarquable qu’un grand établissement : on y cons-truit les locomotives et les waggons nécessaires aux chemins de fer qui traversent le comté.
- En 185o, la valeur des produits manufacturés dans les établissements du Delaware s’élevait à 2/1,837,200 francs. Cette industrie est sensiblement moindre que celle des États primitifs de la Nouvelle-Angleterre; mais, proportion gardée avec la population, elle est plus considérable que celle de l’État si prospère d’Ohio.
- Produits comparés des manufactures pour cent mille habitants.
- Années... Delaware
- Ohio....
- i84o
- 10,897,000
- 5,985,000
- i85o
- 27,124,000
- 16,893,000
- La filature et le tissage commencent à prospérer dans l’État de la Delaware.
- XVII. ÉTAT 1)E MARYLAND.
- Le Maryland, terre de Marie, rappelle Marie-Henriette de France, épouse de Charles Ier, et leur fille Marie. C& pays, presque inhabité par les blancs jusqu’en 1632, était une annexe de la Virginie. Dans cette année, Georges Cuh vert, baron de Baltimore en Irlande, catholique estimé» chéri de Jacques Ier et de Charles Ier, reçut la concession de ce territoire; il en fit un asile pour ses coreligion' naires, persécutés alors dans les royaumes britanniques. charte célèbre qu’il fit approuver le déclarait propriétaire et seigneur du pays : cest la première ou l'Angleterre Q$ proclamé pour tous les cultes me égale tolérance. En 1656» ce bienfait suprême est annulé par le parlement puritain de Cromwell ; ce parlement dénie toute protection à q111'
- p.614 - vue 239/0
-
-
-
- DES NATIONS. 615
- c°nque professera le culte catholique. En 1667, CharlesII Institue aux lords Baltimore le gouvernement, aux colons a tolérance.
- emps, la cité de Baltimore, à laquelle la e de la colonie a donné son nom, fut le ùlege du seul archevêché catholique érigé dans les contrées Arment aujourd’hui les Etats-Unis.
- Pendant longt aiïùlle fondatric
- Superficie du Maryland...................... 2,881,000 hectares.
- Population en i85o.......................... 583,o34 habitants.
- territoire par mille habitants.............. 4t)i4i3 hectares.
- PROGRÈS des trois classes de la POPULATION AU XIX* SIÈCLE.
- ANNÉES. BLANCS. AFFRANCHIS. ESCLAVES.
- 0 0 00 07 A QOA 19 587 105 B-85
- I8l0 ZJ.O}dZU 235 117 qq 007 l]i
- 1820. OAO 003 30 73g 1A7 307
- 1830 OQi ma RO Q30 102 °94
- 1840. «u a on/i 69 078 8° 737
- 1850. • 417 204 74 723 OA afia
- obA ^ Vue de ce tableau s’offrent à notre pensée plusieurs Ovations importantes. En 5 o ans la race blanche double Peine; le progrès est un peu moindre que celui des ^ples d’Angleterre et d’Écosse dans ce laps de temps. ^aris le même laps de temps le nombre des affranchis ^ruple ; rien ne ferait plus d’honneur au Maryland si s affranchis étaient traités en citoyens, jg a Population esclave, faiblement accrue de 1800 à ensuite avec régularité. En 1810, le Ma-
- fyland
- l8$o,
- possède un esclave pour deux hommes libres; en un esclave seulement pour cinq hommes libres.
- p.615 - vue 240/0
-
-
-
- 616 FORCE PRODUCTIVE
- Il est d’un haut intérêt d’apprécier la part que les blancs prennent à la culture du sol; c’est cette part qui réhabilite, en quelque sorte, le travail des champs aux yeux des esclaves. Mais quelle est cette culture?
- Lors du dernier recensement, l’État de Maryland est représenté comme n’ayant produit aucun coton et comme ayant donné seulement 16,45o kilogrammes de sucre; en fait, les noirs du Maryland pratiquent les mêmes cultures que les blancs des Etats septentrionaux. L’État se trouvant compris entre le 38e et le 4 oe degré de latitude, on n’y souffre pas des extrêmes chaleurs de la zone torride. Aussi voyons-nous qu’une part considérable du travail des champs est pratiquée par la race blanche.
- En i85o, l’agriculture du Maryland occupe 2 8,583 adultes libres, de quinze ans et plus. Dans le même Etat, le nombre des adultes esclaves ne s’élève qu’à 23,067. & l’on retranche de ce nombre les noirs employés au service des personnes ainsi qu’à l’exercice des métiers divers, ou voit qu’il reste à peine pour le travail des champs trois noirs pour quatre blancs : résultat important. Cela suffi* pour que l’agriculture ne soit pas regardée par les nègres comme un labeur de servitude.
- Une portion considérable du Maryland est peu fertile* Après deux siècles de colonisation, moins des deux cinquièmes du territoire sont améliorés par la culture, et ce travail occupe la moindre partie des bras disponibles* C’est d’un autre côté que se portent les efforts des hommes industrieux : les deux tiers sont employés aux manufa0' tures, au commerce, à la navigation.
- Le produit des ateliers et des usines est d’une grande valeur, comparativement au nombre des habitants.
- Années................
- Produits des ateliers,
- i8io
- 38,826,000 fr.
- i85o
- 173,477,7°^^
- p.616 - vue 241/0
-
-
-
- DES NATIONS. 617
- Cest un bel accroissement que celui qui fait plus que quadrupler en dix ans; il faudrait que l’estimation de 184o ete bien erronée pour ne pas laisser une ample car-riere au progrès effectivement réalisé.
- 1&5o, les fabriques du Maryland employaient kilogrammes de coton : c’est quatre fois ce que rance mettait en œuvre à cette époque, proportion tardée avec la population.
- . ^'%it seulement remarquer la différence entre deux U Ustries, l’une encore naissante et l’autre très-avancée.
- n million de kilogrammes de coton, fils et tissus, tels pUe ^es Français les fabriquent sous mille formes pour exportation, est payé par l’étranger 7,760,000 francs; million de kilogrammes mis en œuvre au Maryland ne
- ^aut
- que 2,497,000 francs.
- OUrnons nos regards du côté de la navigation. La esapeake est une immense baie qui pénètre, du nord mjdi, dans le cœur de l’Etat. En la remontant, sa rive c<^dentale offre d’abord l’embouchure du Potomac, rivière ^Pare le Maryland et la Virginie.
- Un CGnt kilomètres au'dessus du Potomac, on trouve lo fU*re riyiùre appelée Patapsco; sur ses bords, à 22 ki-^meties de son embouchure, on a fondé Baltimore. Voici Pr°gres de cette grande cité depuis l’origine du siècle : Années.
- ^Pulation
- ^ ^a^more dfct bien bâtie. Elle montre avec orgueil deux pre^' rnonurnents érigés sur ses places publiques : le sP Gr Pour honorer la mémoire de Washington ; le 1 . d Pour rappeler la noble défense de ce port contre
- Sp n^S’ en 1814.
- e port de Baltimore est spacieux et composé de trois
- 1800 1810 1820 i83o
- 26,114 35,563 62,738 8o,625
- i84o j i85o 102,3i3116g,o54
- p.617 - vue 242/0
-
-
-
- 618 FORCE PRODUCTIVE
- parties distinctes. Des navires de 5 à 600 tonneaux peu' vent pénétrer dans la partie la plus profonde et la moins éloignée de la mer.
- PARALLÈLE DES MARINES DE MARSEILLE EX DE BALTIMORE.
- BALTIMORE. MARSEILLE.
- —
- 1850. 1854. 1854.
- Population 169,054 M 195,257
- Tonnage 90,670 tonn. 183,109 100,510
- Ainsi Baltimore, beaucoup moins peuplé que Mar' seille, possède cependant un tonnage presque double* Mais la majeure partie de ce tonnage est absorbée par navigation côtière, tandis qu’à Marseille la plus grande partie des navires est affectée au long cours.
- PARALLÈLE DE LA NAVIGATION EXTÉRIEURE DE BALTIMORE ET DE MARSEILLE-
- BALTIMORE. MARSEILLE.
- ANNÉE 1853. NAVIRES NAVIRES
- américains. étrangers. français. étrangers.
- tonneaux. tonneaux. tonneaux. tonn©auS*
- Entrées 121,337 43,790 357,968 466,280
- Sorties 111,096 47,494 306,002 490,484
- —
- Totaux 232,433 91,284 663,970 956,764
- Telle est donc la grande différence du commerce exte rieur accompli par ces deux ports : à Marseille, la naW
- p.618 - vue 243/0
-
-
-
- DES NATIONS. 619
- ^üon nationale est presque triple et la navigation étran-§ere est plus que décuple de ce quelles sont à Baltimore.
- Nous compléterons ces renseignements en faisant con-**aifre la valeur des produits entrés et sortis que présente timoré à trois époques remarquables.
- années. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS. TOTAUX.
- 1821. fr. fr. fr.
- 21,737,696 20,561,104 42,298,800
- 1850
- 37,703,233 37,205,665 74,908,898
- 1855
- 41,592,987 55,514,565 97,107,552
- ^ —
- °ur tout autre pays que les États-Unis, voilà certaine-
- I un riche commerce; mais il est bien inférieur à q Ul^e Philadelphie, de Boston et surtout de New-York.
- II en doit pas moins d’éloges aux efforts intelligents et ^,A a§eux qu’ont dû faire les citoyens du Maryland pour
- ^lre> ^aS ®cras^s Par des rivaux si redoutables. a ^ exemple de New-York et de Philadelphie, Baltimore ave°n^U d’ouvrir une voie de navigation continue e° 1 Ohio et les grands lacs du Nord. Moins favorable-des” S^Uee (ïue New-York, elle avait sur Philadelphie p9vantages que nous devons faire connaître. je^' res<ïue au fond de la grande baie Ghesapeake se s’éf'6 ^ ^euve Suscjnéhannah, à l’embouchure duquel ®Ve ïe nouveau Havre-de-Grâce, comme l’ancien s’élève
- cerd de la Seine-
- ^ah ^ en canahsaut une grande partie de la Susquéhan-JUlS aU moyen d’un canal à travers les terres, que elphie a pu suivre cette voie, franchir les Allegha-h0Uï>e^ COmniuniquer par les eaux intérieures avec Pitts-§ sur-10hio, et plus au nord avec le lac Erié.
- p.619 - vue 244/0
-
-
-
- 620
- FORCE PRODUCTIVE
- De Baltimore la navigation naturelle a lieu sans fralS par la Chesapeake, et le parcours est moins long. CeRe ligne est d’autant plus précieuse quelle apporte et doflfl® à bas prix la houille ét l’anthracite au Maryland. Mais,1 faut en convenir, cet État, malgré ses progrès industriel depuis un tiers de siècle, est encore loin d’égaler ceu* des beaux Etats du nord que nous avons déjà décrits.
- Le Maryland possède aujourd’hui 3oo kilomètres &e canaux et trois fois autant de chemins de fer. Dès 185^ * il avait dépensé pour ces chemins 138,981,000 francs-sacrifice énorme pour un peuple de 600,000 âmes.
- Avenir du Maryland.
- La vraie destinée du Maryland est de rester à la ^e des États méridionaux , de leur ouvrir la carrière ^eS grandes industries modernes, d’améliorer de plus en pïuS le sort des noirs, de transformer leur position social pour en faire des familles attachées à la culture deJa terre, d’abord au nom de la loi, puis par la force mœurs. Il faut que le Maryland obtienne l’honneur à0' pérer ces transformations sociales sans empressemeïlt irréfléchi, mais sans négligence blâmable : telle est ljrr jonction, tel est le vœu des hommes qui concilient ^ prudence avec l’amour de l’humanité.
- Si la lutte de plus en plus irritante et passionnée entre les abolitionnistes du nord et les États du midi co*1 duisait à la scission de ces derniers, l’État de MaryDn éprouverait des changements considérables,
- Baltimore, au lieu d’être comme aujourd’hui sur l^1 lantique le quatrième port des Etats-Unis, Baltimore se rait le premier port, de l’Union des États méridional* Une partie du négoce et de la navigation, absorbée paf
- p.620 - vue 245/0
-
-
-
- DES NATIONS. 621
- N v
- eW-York, Boston et Philadelphie, reviendrait naturelle-Iïlent a Baltimore. Les grandes communications à la va-peur n auraient plus lieu seulement entre ces derniers Ports et l’Europe ; Baltimore posséderait ses lignes prin-Clpales , indépendantes et fructueuses, j beu d’être éclipsé par la Nouvelle - Angleterre, New-York et la Pennsylvanie, le Maryland serait le P^mier État manufacturier de TUnion méridionale. n désir passionné de ne plus enrichir les États in-rieux du nord ferait probablement créer des lois ectrices, qui permissent au Maryland de soutenir la °ncurrence contre des rivaux devenus des étrangers, des gonistes et, je le crains, des ennemis abhorrés.
- •-O.Maryland, qui ne met en œuvre que cinq millions I‘0grammes de coton, en fabriquerait promptement entniillions; et l’Union du midi se vêtirait elle-même.
- , 0ur arriver à ce résultat , l’Union méridionale conser-du certainement la législation qui fait'face aux dépenses Pouvoir fédéral avec le revenu tiré des droits sur les Ults étrangers. Les produits des États septentrionaux j, nt alors considérés comme extrêmement étrangers. ^ SuPP0sant que des raisons théoriques luttassent contre de .^^able système, les passions surexcitées et le désir ^Ue f 91161 ^nt°l®rance abolitionniste accompliraient ce esprit d’imitation, réduit aux plus simples lumières, ^conseillé d’opérer.
- ej. Vaudrait mieux que cette révolution, à la fois sociale ^ ^oufacturière, fût évitée par une modération et des s!j r s niutuels. Le peuple entier,des États-Unis, s’il est e’ ^optera cette conduite et sauvera son unité.
- p.621 - vue 246/0
-
-
-
- 622
- FORCE PRODUCTIVE
- DISTRICT FEDERAL DE COLOMBIE : CITE DE WASHINGTON.
- Les États américains avaient placé d'abord à Ph^3 delphie le siège du gouvernement fédéral. Us n’ont paS voulu maintenir cette résidence au sein d’une cité trop grande et trop populeuse ; ils l’ont transférée à la liu11^ commune du Maryland et de la Virginie, sur un petit ter' ritoire au bord du Potomac. Ce territoire est le district & Colombie; il ne contient que i5,48o hectares.
- Si les Français en 1789 avaient imité la prudence àeS Etats-Unis, ils auraient exigé que le siège du gouverné ment représentatif fût éloigné de leur cité la plus popü leuse et la plus facile aux révoltes. On aurait alors r#> pecté les libertés et des législateurs et du pouvoir exécut* > pour assurer les libertés du peuple même ; mais un butsl sage n’était pas celui que rêvait la tyrannie révolutionna^6’ La cité de JVtûhington est la capitale de la Colombie e* de l’Union fédérale; ses progrès sont admirables.
- Années .... Population.
- 1800 1810 I 1820 I i83o 184.0 i85o
- 3,210 8,208] 13,247 !8,897 23,36o 0 0 6 <3
- i853 53,592
- On explique la rapidité de ces progrès, surtout depülS treize ans, par ceux de l’industrie. Le produit des atelieI* a presque triplé dans cette dernière période ; il s’est è\^e de cinq millions de francs à treize millions.
- Le principal édifice qui décore Washington est î6 Capitole, digne par sa grandeur et sa belle architecte d’être le siège de l’autorité législative d’une Confédératif puissante. 11 domine le sommet du tertre le plus éle^6 sur la rive orientale du fleuve Potomac.
- La bibliothèque, vaste, régulière, est toute construit en fer, ainsi que les étagères où les livres sont déposés.
- p.622 - vue 247/0
-
-
-
- DES NATIONS. 623'
- est ornée par de grands et beaux médaillons, en fonte de fer> offrant les portraits des hommes illustres de l’Union, es livres qui composaient cette bibliothèque, et qu’a, fruits l’incendie de i8i4, ont été remplacés par ceux ^ président Jefferson; ces derniers sont précieux à la ois par je choix des ouvrages et par l’illustration de homme d’État qui les avait possédés.
- An sommet d’un tertre moins élevé que celui du Ca-pitole est bâti l’hôtel, nous ne dirons pas le palais, du resident des États-Unis. Ce Président de trente et un Peuples dont les revenus collectifs surpassent douze mil-aros, reçoit par an 25,ooo dollars ou i33,5oo francs.
- N oublions pas de citer le bureau des brevets d’inven-h°0 (patent office), qui publie des comptes rendus annuels Un grand intérêt et qui contient les archives des brevets. Dans le même édifice ont lieu les séances de l'Institut e ishington, créé pour encourager le progrès des Sc*ences et des arts. On admire la collection déjà réunie Par cet Institut; chaque année en accroît la richesse, j Washington possède un bel observatoire. C’est là que directeur, M. Maury, a construit son admirable carte s courants de l’Océan Atlantique, justement récom-Peosee dans les Expositions universelles.
- Cn
- petit ruisseau qui coule au pied de la colline où
- e eve le Capitole a reçu le nom pompeux de Tibre.
- Dne branche du Potomac est appelée branche de l’Est, borne la cité de Washington du côté de l’est; sur ses °^ds s élève l'Arsenal de la marine fédérale.
- armée anglaise qui prit, en i8i4, la cité de Wash-^ °n brûla non-seulement cet arsenal, mais les édifices (^S administrations publiques, l’hôtel du Président et le pitole. Une juste réprobation, même en Angleterre, a amné ces actes de barbarie et de vandalisme.
- p.623 - vue 248/0
-
-
-
- 624 ' FORCE PRODUCTIVE
- Georqe-Town, ville de 8,366 habitants, est le pO^ marchand de Washington; il ne devrait faire avec cette capitale qu’une seule et même cité.
- Au-dessus de Washington, sur le territoire du Mary' land, commence le canal latéral au Potomac; un embraie chement unit ce canal à Baltimore et fournit la comnn1111' cation la plus directe avec Pittshôurg.
- XVIII. ÉTAT DE VIRGINIE : WASHINGTON.
- L’état de la Virginie, sous tous les rapports, est digne de sa renommée : il a donné le jour à Washington, l’ulî des grands hommes que les temps modernes peuvent comparer aux plus grands de l’antiquité. Washington 9 conquis l’indépendance pour les États de l’Amérique Nord, en déployant tour à tour la patience d’un Fabius et l’audace d’un Marcellus; vainqueur, il ne s’est servi de so11 influence que pour inspirer l’amour de la paix et l’ériger eJÎ principe. Deux fois élu Président, il a refusé de l’être troisième fois. Il réunissait l’aménité,'l’affabilité, l’égahte du caractère, à la dignité la plus imposante; dignité c[111 marquait autour de lui, comme à son insu, l’auréole de " gloire. Il était à la fois gentilhomme accompli par la dlS' tinction de ses manières, tandis que, par l’absence de toutr fausse vanité, le héros était en réalité le plus simp^ des citoyens. Telle est. l’idole de la vaste république, do*1* il est et sera toujours le plus sublime ornement.
- Rien n’est plus touchant que la vénération, je dira1* presque la religion des États-Unis pour la mémoire de l’homme si rare qui réunit, comme Épaminondas, la vert11 d’un sage au génie d’un grand capitaine. Dans presque t°u5 les États, des monuments sont érigés en son honneuh La capitale de la Confédération porte le nom du héros &
- p.624 - vue 249/0
-
-
-
- 1 DES NATIONS. 625
- |°yen-, 3 y cités ou villes à territoires s’appellent aussi Washington ; vingt-quatre des républiques ont voulu que e même nom fût celui d’une de leurs provinces ou c°mtés. Aucun empereur, aucun roi ne reçut, après sa n[l0rt, des hommages si nombreux, si touchants et si glo-lleux. Revenons à l’État où naquit le Héros de l’Amérique.
- La Virginie a formé la colonie la plus vaste que l’Angleterre ait créée dans l’Amérique, du Nord.
- Lest en i58y que le célèbre Walter Raleigh, fondé de Pouvoirs d’une compagnie de marchands anglais, coin-^ouça le premier établissement colonial de la Virginie.
- Ln 1584, Raleigh, grand homme de mer et courtisan J1011 moins consommé, avait obtenu de la reine Elisabeth a possession do tous les pays éloignés et barbares g a’il décou-Vrirdit, et dans lesquels il voudrait former des établisse-ments. Le pays auquel il accorda la préférence est celui ^Ul Lorde l’Atlantique et qui se prolonge à l’ouest de la Cbé-Sapeake. Pour éterniser sa reconnaissance, il appela cette ^outrée la Virginie. Ce nom flattait la souveraine que akespeare, autre adulateur immortel, appelait dans ses Vers h belle Vestale de l’Occident.
- , xviii® siècle, lorsque la guerre de l’indépendance ?C^ata, la Virginie s’étendait nominalement par-delà l’Ohio Jj^quaux bords du Mississipi supérieur. C’est aux confins j cet Etat que le colonel Washington, en ijSà, attaqua e fort Duquesne, à l’endroit où bientôt, sous le ministère de iord Chatha m, le premier Pitt, on a bâti Pittsbourg.
- Ln 1787, la Virginie fit abandon du territoire quelle P°ssédait à l’ouest de la Belle-Rivière, pour y fonder, °mine nous l’avons dit plus haut, cinq nouveaux États ?Sc^aves : l’Ohio, l’Indiana, l’Illinois, le Michigan et Lconsin. Plus tard furent détachés de la Virginie le ei*tucky et le Tennessée, où l’esclavage est maintenu.
- introduction.
- 4o
- p.625 - vue 250/0
-
-
-
- 626 FORCE PRODUCTIVE i
- La Virginiej resserrée dans ses limites actuelles, est encore un des plus vastes Etats.
- Superficie.................... 15,889,520 hect-
- Population en i85o ................... i,4a 1,661 bah
- Territoire pour mille habitants........ 11,767 ^ect
- Pour une population aussi peu condensée, on va voir combien les accroissements ont eu de lenteur.
- PROGRÈS DES CLASSES DE LA POPULATION.
- ANNÉES. BLANCS. AFFRANCHIS. ESCLAVES.
- 1790.. 442,115 12,766 293,427
- 1800 514,380 20,124 345,795
- 1810 551,534 30,576 392,518
- 1820 603,087 36,889 425,153
- 1830 694,300 47,348 469,087
- 1840...' 740,858 49,852 449,087
- 1850 894,858 54,333 472,528
- Lorsque les blancs doublent en nombre, les affranchi font plus que quadrupler; les esclaves ne doublent pas.
- On a fait un crime aux Virginiens du grand nombre de noirs envoyés dans les nouveaux États du Sud. Il fall^ dire aussi que les noirs étaient partis avec 208,000 blaflcS de la Virginie; la plupart de ceux-ci conduisaient leürS propres noirs dans les terres qu’ils se proposaient de dé' fricher et de féconder. Mais, si l’on eût fait cette obseï' vation, que seraient devenues les accusations haineus# contre les encaisseurs et les bouchers virginiens ?
- Agriculture.
- L’agriculture est la partie principale qu’il nous considérer.
- p.626 - vue 251/0
-
-
-
- DES NATIONS. 627
- Nombre de fermes ou plantations........ 77,013
- Terres modifiées par la culture........ 4,192,146 hect.
- Terres non améliorées et qui font partie des fermes ou plantations.............. 6,3go,634 hect.
- Valeur des fermes et plantations en i85o. 1,155,695,300 fr. ^rix moyen de mille hectares........ 275,660 fr.
- On sera certainement étonné du prix si bas d’une terre s°i-disant améliorée 1276 francs l’hectare.
- Les cultivateurs des États méridionaux ont épuisé la *erre, non-seulement par la production du tabac et du c°t°n, mais aussi par la culture des céréales et du maïs, °Pei>ée sans égard aux meilleurs assolements et sans en-§rais minéraux. Un système si fatal a commencé d’abord ans la Virginie orientale, parce que c’était la première que Anglais eussent cultivée sur les bords de l’Atlantique. n a continué jusque vers l’année i83o, au moment où s Propriétaires étaient presque ruinés et les terres deve-jjUes infiniment peu productives. Mais, depuis un quart siecle, la Virginie renonce à ce système désastreux.
- Én ne tenant compte que du territoire riverain des ^°Urs d’eau jusqu’au point où remonte le flux de la mer water district), on a pu constater entre les années 1838 ç *85o une plus-value des fermes égale à 92,1 15,000 fr. ette plus-value est le résultat de la chaux et de la marne éployées comme stimulants minéraux.
- Ln tel fait montre quel accroissement de valeur pour-jait présenter l’État entier de Virginie, si l’on appliquait es connaissances modernes à régénérer les cultures.
- ^ Au üeu s’0CCUper avec énergie du soin de rendre f fertilité leur terre natale, beaucoup d’habitants ont , ére d’émigrer dans une étonnante proportion et d’aller " ser d’autres territoires dans la vallée du Mississipi.
- 1 y aurait beaucoup d’autres améliorations à produire
- ko.
- p.627 - vue 252/0
-
-
-
- 628 FORCE PRODUCTIVE
- pour dessécher les lagunes des basses terres et les mai’^ cages des parties supérieures, pour créer des canaux qu! serviraient tour à tour au dessèchement, à l’irrigation, 9 la navigation, etc. Ces moyens donneraient une vie nom velle à la Virginie.
- Dans cet Etat, la récolte du coton est descendue a11' dessous d’un million de kilogrammes. C’est le tabac q111 forme le grand objet de la culture et des exportations ',sa célébrité s’est répandue dans les deux mondes. La pr°' duction annuelle surpasse 2 5 millions de kilogrammes? le 8e environ de ce que récolte l’ensemble des ,Ëtats-UniSv
- Industrie manufacturière.
- Les habitants de la Virginie s’occupent aussi de manu' factures. En 185o, la valeur des objets confectionnés dafl5 leurs usines et leurs ateliers s’élevait à 158,926,500 ce résultat représente 111,570,800 francs par milh011 d’habitants.
- Dès 185o, la Virginie mettait en œuvre dans ses atelief5 cinq fois autant de coton que son territoire en produit quantité totale, 3,226,800 kilogrammes.
- Coton mis en œuvre par million d’habitants > en 1850 :
- Dans la Virginie..................... 2,269,800 kilogr-
- En France........................... 1,675,100
- Ce rapprochement prouve que l’industrie de l’État VJf ginien est dans une voie de progrès remarquable.
- Le commerce direct de la Virginie avec l’étranger bien peu de chose :
- Exportations (1855) des produits indigènes... 22,900,000 ^
- Importations directes.................... 4,54o,ooO
- p.628 - vue 253/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 629
- Voies de communication.
- On a fait les plus grands efforts pour ouvrir des voies c°ttimerciales avec les grands lacs et le bassin du Missis-SlPJ* On pouvait suivre le canal latéral à la rivière Poto-iï,ae) ]igne principalement établie sur la terre du Mary-; on pouvait également suivre une ligne plus centrale. , rivière James fut ainsi nommée pour faire honneur j1'Wques Ier, le successeur d’Elisabeth; elle débouche à j.entrée de fa baie Chésapeake. En la remontant de ^ à 600kilomètres, on arrive h Richmond, cité principale e ^ État. Cette cité comptait :
- Années.
- 1800. 1810. 1820. I i83o.
- 5,737 9>735 12,0671 16,060
- i84o. i85o.
- 20,i53 27,570
- Citants
- j ^ Richmond commence le canal latéral de la rivière ^aines, qUi traverse les montagnes Bleues; il s’arrête à ' exmgton. Au moyen d’un portage, on peut franchir la ^aiî(le chaîne des Alléghanies et l’on gagne la Nouveïle-1Vlere, New-River, qui se jette dans l’Ohio.
- ^ R°Ur les navigations intérieures et maritimes de la j Ir§lnie le tonnage est à peine le tiers de celui du Mary-aû(*; lln dixième seulement appartient a la vapeur. cJers le débouché de la rivière James dans la baie esapeake, on trouve en face l’un de l’autre Portsmouth ^ Norfolk, où se fait le principal commerce extérieur.
- °rfolk avait 14,326 âmes lors du dernier recensement. ^ Virginie ne pouvait pas manquer de créer aussi nir feseau de chemins de fer, bien supérieur en ave-} a sa canalisation. En i854, elle n’avait encore que Si°°° kilomètres ouverts à la circulation, moyennant Millions de francs ; elle travaille à tripler cette étendue,
- p.629 - vue 254/0
-
-
-
- 630 FORCE PRODUCTIVE
- et n’aura pas dépensé moins de 3oo millions en chemin
- de fer.
- Les grandes lignes de la Virginie doivent conduire » Cleveland sur le lac Érié, à Pittsbourg, à Cincinnati, a Louis ville et dans les principaux ports du midi dont non* parlerons incessamment.
- Avenir de la Virginie.
- Jetons un dernier regard sur les destinées d’un État que protège, aux yeux de quiconque chérit l’honneur du genre humain, la mémoire de Washington.
- La Virginie présente en superficie près de 16 million d’hectares, presque le tiers de la France, entre les même* parallèles que l’Italie, c’est-à-dire au plus beau milieu delà zone tempérée. Elle offre une admirable variété de vaste* plaines et de haut pays modérément montueux; elle cofl' serve encore des forêts magnifiques ; elle est propre au* cultures les plus variées; elle abonde en richesses mine' raies; elle a des chutes d’eau puissantes, données par de nombreux cours d’eau; sa terre possède la houille, °e grand véhicule de toutes les industries modernes. Avec de tels éléments de prospérité que ne peut-on pas attende d’un prochain avenir, si les Virginiens marchent avec constance et résolution dans la voie qu’ils se sont ouvert6 depuis i8ào!
- Si la Virginie, au lieu de songer sans cesse à l’émigratioU > concentrait sa population, appliquait ses capitaux et s°J1 énergie à tirer de son propre sol autant de parti, Pal exemple, que la France en a tiré du sien, elle arrive' rait un jour à posséder 1 o millions d’habitants au lieu de i ,â2 2 ,ooo ; elle aurait une marine marchande florissanter elle ferait prospérer îa pêche sur ses côtes, ses baies, se& rivières et ses lacs; elle décuplerait son industrie.
- p.630 - vue 255/0
-
-
-
- DES NATIONS. 631
- Pour réaliser ces merveilles, il faudrait quelle pro-*egeât avec énergie les sciences, les arts et l’instruction Nationale à tous les degrés.
- P ne suffit pas de porter envie aux États du nord les P]us avancés, au Massachusetts par exemple, parce qu’on y fabrique mieux du calicot, des souliers, des machines; ^ faut admirer cent fois plus cet État parce qu’on y fait ^eurir des institutions illustres d’où germent, dans tous s arts, le progrès et les découvertes; il faut envier, et qui vaut mieux, il faut imiter le Nouveau-Cambridge, diversité de Harward et les leçons qu’on y donne. Voilà
- le,
- ce
- l’I)
- le
- s créations elles succès que je souhaite du fond de mon CQeUr à la patrie de Washington.
- XIX. ÉTAT DU KENTUCKY, DÉTACHÉ DE LA VIRGINIE.
- Cet État a pour limites : au nord, la rivière d’Ohio ; sud, le parallèle du 36e degré. 11 tire son nom de la rivière Kentucky, laquelle sort des monts Cumberland et Se jette dans la Belle-Rivière.
- Avant d’offrir sur cet Etat les résultats qui font conjure sa situation matérielle, je cède au besoin de rendre °uimage à l’un des hommes qui font le plus d’honneur a Confédération, et par le génie et par le caractère.
- Henri Clay.
- P*ans l’année même de l’Exposition universelle , en 1j^1> le Kentucky perdait un de ses représentants les |,^s dlustres ; le congrès, un orateur du premier ordre ; et ^ ftion américaine, un de ces hommes, si rares aujourd’hui, °nt toute la vie politique fut une œuvre de conciliation entre les États du nord et du midi, entre la Confédéra-
- p.631 - vue 256/0
-
-
-
- 632 FORCE PRODUCTIVE
- lion américaine e1^ les nations étrangères. M. Henri Clay eut à lutter surtout contre les violences de Jackson, ce flatteur emporté des passions populaires; il fut reconnaissant et juste envers la France, la première et généreuse amie des États-Unis. Sa voix éloquente flétrit et fit cesser à la fin les tentatives des flibustiers du nord pour envahir le Canada qui se révoltait contre l’Angleterre, il y aura bientôt vingt ans ; il réprouva les premières et violentes tentatives des flibustiers du midi pour enlever le Texas au Mexique, et ne céda qu après de longs efforts à cet envahissement que réprouvait son équité. Non moins favorable à la paix intérieure, au milieu des plus ardentes disputes entre les abolitionnistes septentrionaux et les séparatistes méridionaux, il proposa les mesures de conciliation devenues célèbres sous le nom de compromis.
- Les factions opposées se réunirent pour rejeter avec colère le bill qui rétablissait trop complètement la concorde ; bientôt la force des choses fit adopter en détail et successivement chacune des mesures combinées par Ie grand citoyen pour balancer des intérêts antagonistes.
- Deux fois Henri Clay fut candidat à la présidence des Etats-Unis; ses services parlaient pour lui. Les partis jaloux trouvèrent qu’il avait trop de mérite ; ils s’ennuyaient de l’entendre nommer juste. Sa modération, son éloquence et l’éclat de ses vertus aidèrent à le repousser; on préféré du premier coup le candidat violent, et du second le médiocre. O combien différait de cette aversion l’admirable amour de grandeur et de juste gloire qu’avait lè peuple romain, éclairé par le Sénat ! Tant qu’il fut libre et vertueux, il obéit au besoin sublime de nommer consuls ses citoyens les plus illustres : c’est le besoin opposé que semble éprouver trop souvent le peuple des États-Unis.
- Le Kentucky ne mérite pas un pareil reproche, du
- p.632 - vue 257/0
-
-
-
- DES NATIONS. 633
- ‘^oins à l’égard de son représentant le plus célébré, a (Iui il n’a jamais cessé d’être fidèle.
- Population et territoire.
- Superficie......................
- Population en i85o..............
- Territoire pour mille habitants
- 9,758,722 hectares. 982,4o5 habitants. 9,983 hectares.
- Le Kentucky présente les plus grands progrès dans *°utes les classes de sa population :
- années. LIBRES. AFFRANCHIS. ESCLAVES.
- 1790 fi] 114 741 11,830 . 40,843 80,581
- 1800 170 §71
- 1810 **9/i 9^7 1 713
- 1820 434 044 9 750 1?fi 7ït?
- 1830 5) 7 687 4 917 )fi*> 91 *1
- 1840 ^QO 9^*1 7 317 189 9Pift
- 1850 . 7fil 41*1 Ifi 910 Q#l
- soixante années, les hommes libres décuplent, les j ^ariehis centuplent et les esclaves vingtuplent. C’est de . Vlrginie que provient un tel accroissement; mais la Vir-n’a fait que se développer sur son ancien territoire. Lar le dénombrement de 185o, on apprend que le Ken-^cky compte 54,684 habitants libres sortis de la Virginie.
- ^ bien plus grand nombre, venus de ce même Etat de-^,S179° > n’étaient plus représentés que par leurs enfants, le Kentucky même. Les émigrés blancs venus etranger 11e figurent qu’au nombre de 29,189 : trois °lïI cent de la population totale.
- p.633 - vue 258/0
-
-
-
- 634 FORCE PRODUCTIVE
- C’est le bonheur du Kentucky qu’il compte trois blanc5 pour un noir, employés de concert à l’agriculture.
- Un quart seulement du territoire est amélioré plus on moins par la culture ; dans ce quart, il faut comprends les superficies épuisées par un système imprévoyant qui nc restitue pas à la terre, par des engrais et des assolement variés, ce quelle perd à chaque récolte nouvelle.
- Le Kentucky possède un grand nombre d’animaux domestiques; l’engrais qu’ils fournissent, habilement ménagé peut donner les plus utiles résultats.
- Espèces Chevaline. Bovine. Ovine.
- Nombres... 395,863 702,512 1,102,091
- Porcine-
- 2,891,1^
- 1
- En 185o, on évaluait l’ensemble de ces animaux 3 158 millions et demi de francs : prix très-modéré.
- La production du maïs est énorme; elle passe 20 #id' lions d’hectolitres, et sa culture sans intermittence appaU' vrit la terre. C’est un danger grave auquel il faut porte1 remède.
- En dehors des céréales, la production la plus conside' rable est celle du tabac, vrai tabac de Virginie; elle surpasse 20 millions de kilogrammes. Ensuite vient le chanvfe pour plus de 4 millions de kilogrammes, etc.
- Les fermes et plantations du Kentucky étaient évaluées» en 185o, à la somme considérable de 82-7,809,000 francs-cela donnait pour prix moyen de l’hectare 343 francs.
- Cet Etat s’enrichit vite. Lors du dernier recensement» la valeur contrôlée de ses propriétés était déjà d’an miUiar six cent dix millions.
- Industrie et cités du Kentucky.
- f
- L’Etat possède des mines
- d’anthracite et de houiUe
- p.634 - vue 259/0
-
-
-
- DES NATIONS. 635
- lumineuse et du minerai de fer, sources de tous les Pr°grès.
- L déploie son industrie avec une rapidité qu’attestent es chiffres suivants :
- Ann<5es................ I i84o. i85o.
- Produits industriels.....| 35,4i6,000 fr. i3i,3oo,ooo fr.
- Un seul comté, celui de Jefferson, produit presque la ^°itié de cette valeur. Ce comté doit son opulence à ^isville, cité d’un accroissement très-remarquable.
- Progrès de la population de Louisville.
- Al»nées.......
- ^°pulation. .
- 1800. 1820. i84o. i85o.
- 359 4,012 21,210 43,194
- i853.
- 51,726
- d
- Louisville est admirablement située sur la rive méri-l0nale de l’Ohio, à mi-voie de Cincinnati et du confluent cette rivière avec la Tennessée. Au delà de l’Ohio, le c^emin de fer dirigé d’Aîabama sur Chicago conduit, Par la voie la plus courte, de Louisville au lac Michigan ;
- ri’ 1 -
- a a? - -
- L
- autres chemins de fer conduisent au lac Érié. C’est à
- °nisviüe qu’une grande portion des produits du Kentucky est embarquée pour la Nouvelle-Orléans.
- Lexington, capitale du comté de Lafayette, est unie
- déjà
- par trois chemins de fer à Louisville, à Cincinnati, ^ashville sur l’Ohio. Qu and on aura terminé les chemins partent de la Virginie et des Carolines, cette ville Pendra l’essor. En i853, elle comptait déjà 12,000 ha-b^auts. Dès i85o, ses produits manufacturiers appro-aient de sept millions de francs.
- Ue Lexington rayonnent, dans quatre directions, des
- ch;
- ch
- ctnins de fer en cours d’exécution. Cette ville fleurit par es manufactures et par la culture des sciences et des
- p.635 - vue 260/0
-
-
-
- 636 FORGE PRODUCTIVE
- arts. Son université, dite de Transylvanie, est renomme^
- elle possède une riche bibliothèque.
- XX. ÉTAT DE TENNESSEE, DÉTACHÉ DE LA VIRGINIE.
- La grande rivière Tennessee donne son nom à cet Etat. Au sud, au nord, il est limité par deux parallèles de la terre, distants de 170 kilomètres-, à l’orient les mo*1' îagnes Alléghanies, à l’occident le Mississipi, complètent ses frontières.
- Superficie.............................. i2,o43,oio hectares.
- Population en i85o...................... 1,002,717 habitants.
- Territoire pour mille habitants............ 12,010 hectares.
- Dans cet État nous allons retrouver, par l’effet de l’éfltt'
- gration, les grands progrès qui nous ont frappés dans ieS Etats de l’ouest et du septentrion.
- ANNÉES. LIBRES BLANCS. AFFRANCHIS. ESCLAVES. population totale.
- 1790 32,013 361 3,417 35,791
- 1800 91,702 309 13,684 105,695
- 1810 215,875 1,317 44,535 261,727
- 1820 329,927 2,727 80,107 422,813
- 1830 535,746 4,555 141,603 681,904
- 1840 640,627 5,594 183,059 829,210
- I 1850 756,836 6,422- 239,459 1,002,717
- En 1790, les esclaves ne formaient pas lin dixièM6 de la population totale; ils en formaient près du quart en i85o : ils provenaient principalement de la Virginie-
- p.636 - vue 261/0
-
-
-
- DES NATIONS. 637
- d oublions pas que le Tennessee et le Kentucky sont des ^ettiembrements volontaires de cet État, qui n’a pas cessé coloniser sur son propre territoire : en continuant à peupler ses deux anciennes provinces, il n’a rien usurpé.
- Agriculture.
- Le total des adultes de i 5 ans et plus, dans la popula-tl0n libre du Tennessee, offre 118,979 agriculteurs; le total des adultes esclaves est seulement de à7,168. Par jjonséqiient, dans cet État, fes adultes libres adonnés à inculture représenteraient au delà de deux fois le Nombre des esclaves, quand même ceux-ci seraient tous attachés au travail des champs : en réalité, il y a plus de trois cultivateurs libres contre un esclave.
- Le Tennessee se place au 5e rang pour la culture du ^°ton par les États méridionaux. Il est aussi producteur e tabac, et garde en cela les traditions de la Virginie.
- Le maïs est la grande récolte du Tennessée. Une agriculture plus perfectionnée variera mieux les cultures et °unera des assolements qui n’épuiseront pas la terre.
- Lès i85o, l’État possédait par million d’habitants :
- Chevaux. Bêtes à cornes. I Bêtes à laine. Bace porcine.
- ^1,409 750,762 I 811,591 3,io4,8oo
- Le cette production résulte un grand commerce de faisons .embarquées : d’un côté, par l’Ohio et le Missis-
- s;pi; de l’autre, par les chemins de fer jusqu’à l'Atlantique.
- Larmi les richesses minérales l’on cite quelques mé-: le fer, le plomb, un peu d’argent, des sels de cuivre, ^elalun; puis des sources salines abondantes et nom-élises; enfin beaucoup de salpêtre pour l’exportation.
- p.637 - vue 262/0
-
-
-
- 638 FORCE PRODUCTIVE
- Des ressources importantes sont offertes par la chat# et le plâtre pour l’agriculture et les constructions.
- Considéré dans sa géologie, l’État est séparé de la Ca' roline, à l’est, parla chaîne des montagnes Alléghanics’ la chaîne parallèle du Cumberland en est éloignée de 100 à 120 kilomètres, dans la direction du nord-est att sud-ouest.
- Entre ces deux chaînes descend la rivière Tennessee) dont le parcours n’a pas moins de deux mille kilomètres-Elle prend naissance en Virginie, traverse toute la lot1' gueur de l’État qui porte son nom, pénètre dans l’Ala' bama, et se dirige vers le nord-ouest, pour tourner leS dernières et moins hautes montagnes de la chaîne du Cumberland; elle se redresse encore pour rentrer du sud au nord dans l’État de Tennessée, quelle traverse de notf' veau, puis se jette dans l’Ohio.
- Une seule ville importante, Knoxville, s’élève sur la haute Tennessée, entre les deux grandes chaînes de mo*1' tagnes. Outre le flottage et la navigation, cinq rayonUe' ments de chemins de fer, en circulation ou en couS' truction, partent de cette ville : quatre pour aller soit a l’Atlantique, soit au golfe du Mexique; le cinquième conduit à Cincinnati, pour de là communiquer avec tous leS États du nord et les lacs septentrionaux.
- Nashville, la capitale de l’État, s’élève au milieu dlJ vaste bassin compris entre les monts Cumberland, l’Oh10 et le Mississipi, sur les bords de la grande rivière Cumbcf' land. Celle-ci longe d’abord, en descendant, le cours &e la Tennessée vers le sud-ouest, remonte pareillement vcf5 le nord-ouest, et se jette aussi dans l’Ohio, près de l’e&' houchure de la Tennessée. Les bateaux à vapeur comm11' niquent de Nashville avec la Belle-Rivière. A NashviHe comme à Knoxville un rayonnement de cinq chemins de
- p.638 - vue 263/0
-
-
-
- fer.
- DES NATIONS.
- 639
- qui seront bientôt complétés et qui se prolongent
- (lüssi jusqu’aux ports de l’Atiantique, du golfe du Mexique,
- dü Mi
- les
- ssissipi, de l’Ohio et des grands lacs, complétera Moyens de prospérité d’une ville dont l’avenir est ma-S^fique. Voici le progrès de Nash ville en vingt-trois ans :
- Années.......
- sputation. ..
- i83o.
- 5,566
- i84o.
- 6,929
- i85o.
- io,i65
- i853.
- 15,ooo
- fri
- Après Nashville et Knoxville il faut encore citer Mem-ls> bâtie sur la rive orientale du Mississipi, à l’extrême 0litière sud-ouest du Tennessee. Memphis aussi doit etre un point de croisement des routes en fer destinées à j^Verser les États-Unis, suivant les directions principales es plus importantes au commerce.
- Le peu de largeur qu’a l’État de Tennessee, compara-tlvement à sa longueur, rend moins considérable la lon-totale des voies transversales que nous venons d’enu-^rer. En i854 il n’y avait encore que 621\ kilomètres cftemins de fer en circulation, et le double en construc-Dans un prochain avenir le Tennessée sentira l’im-f^rtance de multiplier les mailles jusqu’ici trop larges du leseau qui représente, pour sa population, la mise en VaW de tous les genres de richesses.
- XXI. ÉTAT DE LA CAROLINE Dü NORD.
- La Caroline du Nord, de forme très-irrégulière, s’a-Vat*ce dans l’océan Atlantique par un angle dont le som-est le cap Hattéras; à l’ouest, elle est séparée par les j^°ntagnes Alléghanies de l’État de Tennessée. L’arc paral-e du 36e degré la sépare de la Virginie, au septentrion; qu’au midi elle forme un vaste angle rentrant qu’oc-^Pe la Caroline du Sud.
- p.639 - vue 264/0
-
-
-
- C40 FORCE PRODUCTIVE
- Sous Charles II, ce territoire, détaché de la Virginie, prli le nom de Caroline. En 1669, le sage et célèbre Lock6 rédigea pour la nouvelle colonie le plan d’une constitu' tion; les planteurs la trouvèrent trop libérale et ne l’eSe' cutèrent qu’incomplétement.
- Superficie....................... . . 13,131,618 hectares-
- Population en i85o................ 869,089 habitants-
- Territoire pour mille habitants... i5,m hectares-
- Dans la Caroline du Nord la population est encore clair-semée que dans la Virginie. Cela tient en partie à vaste étendue des marécages, qui rendent le pays malsa111 et, trop souvent, produisent la redoutable fièvre jaune-
- CLASSES DD PEUPLE DE LA CAROLINE DD NORD, AU XIXe SIECLE.
- ANNÉES. LIBRES BLANCS. AFFRANCHIS. ESCLAVES-
- 1800 337,764 7,043 133,296
- 1810 376,410 10,266 168,824
- 1820 ,419,209 14,612 205,017
- 1830 472,843 19,543 245,601
- 1840 484,870 ‘ 22,732 245,817
- 1850 *. 553,028 27,463 288,548
- ^
- De 1800 à i85o, la population blanche est tierce^ c’est bien peu; la classe affranchie est quadruplée, et leS esclaves sont plus que doublés.
- Nous ne connaissons pas l’étendue des émigrations deS claves. A l’égard de la classe libre, voici ce qu’apprend^ dernier dénombrement :
- Natifs de la Caroline du Nord..............
- 10 Restés dans la Caroline. . 2° Passés dans d’autres Etats
- 556,3*0
- 2 -73,07 /
- p.640 - vue 265/0
-
-
-
- DES NATIONS. 641
- Ainsi, les natifs restés dans la Caroline du Nord sont seulement le double des émigrés libres : le déplacement est énorme. A la même époque, les étrangers ne %urent qu’au nombre de 58,364.
- Les États septentrionaux, qui comptent i3 millions ^habitants, n’ont envoyé que i,684 émigrés dans la Caroline du Nord : le climat les repousse à l’égal des Moeurs.
- Comme la Virginie, la Caroline du Nord cultive beau-c°Up le tabac. Ses parties les plus aquatiques abondent en rizières. Le climat permet la culture étendue du coton-lller; en 185o, la récolte de ce filament précieux surpassait a° millions de kilogrammes. A côté de ces récoltes il faut Placer le maïs et les autres céréales.
- Si nous ne considérions que les superficies, nous trouvons considérables les cultures de la Caroline du Nord :
- hectares.
- er?es améliorées................................ 2,207,060
- ^utres terres comprises dans les fermes et plantations... 6,289,804
- le,
- Cette grande étendue de terres n’était évaluée, par s assesseurs de i85o, qu’à 362,54s,000 francs; même em comptant pour rien les terres sans amélioration, une ;?Ue somme ne porterait les terres améliorées qu’à 164 fr. hectare : c’est une valeur bien médiocre.
- J oppose toujours le prix des terres au progrès de l’in-Vtrie. Dans la Caroline du Nord, où ce prix est très-bas, lridustrie ne présente que de faibles résultats :
- Jr°duits (i85o) des ateliers de 2,670 fr. et plus.. 48,653,000 fr. r°duits par cent mille habitants............ 5,597,900
- Que la Caroline du Nord conduise de front son indus-
- introdüction.
- dl
- p.641 - vue 266/0
-
-
-
- 642 FORCE PRODUCTIVE
- trie et son agriculture, ses marchés s’enrichiront; les fruits de la terre étant plus demandés se vendront mieux, et la valeur du sol augmentera par degrés rapides.
- Les côtes de la Caroline du Nord ont leur point le plus avancé vers l’orient au cap Hattéras, par le 3 4e degré de latitude. Le littoral, à partir de ce point, ne s’étend pluS directement du nord au sud; il oblique vers le sud-ouest pour former le troisième et grand arc concave que pré' sente la côte atlantique des Etats-Unis.
- En arrière du cap que nous venons de signaler, le sol est si bas qu’il présente de très-vastes lagunes; elles sont bordées par une suite de dunes peu proéminentes ou de bancs presqu’à fleur d’eau, comme en avant des lagunes de Venise. Cette mer intérieure abonde en crocodiles1*
- Des rivières nombreuses, qui portent dans ces marais leurs alluvions après un long parcours, prennent leurs sources au flanc des montagnes Bleues. On pourrait en tirer le parti le plus avantageux pour arroser, pour naVi' guer, et comme force motrice industrielle.
- Les parties basses de la Caroline du Nord contiennent des plaines de sable très-vastes; elles offrent des analo' gies frappantes avec notre département des Landes.
- Parmi les découvertes rares propres à la Caroline du Nord, signalons le remède regardé comme souverain contre les morsures du serpent à sonnettes, qui peuple aussi leS marais de cette contrée méridionale. C’est un mélange du jus de marube et d’une espèce de plantain; on le boit tandis qu’on applique sur la plaie un cataplasme forme des mêmes plantes pilées.
- Dans la partie orientale, un climat très-chaud et deS
- 1 On cite le marais des Crocodiles ( Alligator Swamp), long de 8o mètres et large de 5o ; il reçoit les eaux de la rivière des Crocodiles Alligator).
- p.642 - vue 267/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 643
- eaux croupissantes produisent la fièvre jaune et d’au-tfres maladies putrides. La partie occidentale est plus eWée, ses eaux sont courantes; ce qui la rend saine et ^vorable à l’accroissement de la population.
- La Caroline du Nord faisait partie de la grande conces-Sl°n d’Elisabeth à Raleigh. Une cité petite encore, et qui j^rte nom c^e l’illustre navigateur, est la capitale de , at. Dans cette ville, en 1831, l’incendie du palais du Senat a détruit la statue de Washington qu’avait sculptée e celèbre Canova.
- Il est honorable pour la Caroline du Nord d’avoir cher-
- Cn ; A
- 16> pour reproduire les traits du plus illustre citoyen de '-'ttion r l’un des plus grands artistes du xixe siècle.
- POPULATION DES VILLES.
- -
- *mÊEs. L’ÉTAT SNTIER, NEW-BERNE FAYETTEVILLE. WILMINGTON. RALEIGH.
- 1810 556,500 2,467 1,800 1*689 1,000
- 1840 753,440 3,690 4,285 4,744 2,224
- 1850..,, 869,039 4,681 4,646 7,264 4,518
- j I^rmi les cultures méridionales nous trouvons dans a Caroline du Nord le coton, le tabac, le riz. Dès l^°> cet Etat produisait plus de 6o millions de kilo-§rarnmes coton et pr^s g millions de kilogrammes de tabac.
- ç l*a marine française apprécie les bois résineux de la ar°line du Nord; elle a tourné de ce côté ses vues pour uPpléer â l’insuffisance des forêts du nord de l’Europe, j, Les voies de communication laissent encore infiniment csirer. En i854, il y avait seulement 4oo kilomètres
- 4.1.
- p.643 - vue 268/0
-
-
-
- 644 FORCE PRODUCTIVE
- de chemins de fer ouverts à la circulation, pour un pays égal en étendue au quart de la France. Il n’y a point de canaux. Enfin, le commerce extérieur et la navigation son* peu considérables, et le tonnage de l’État n’est pas le cen-tième du tonnage de l’Union. Il faudrait un grand ensemble d’efforts pour améliorer les ports, désobstruer l’embouchure des rivières, dessécher, assainir les plaines marécageuses et développer la navigation intérieure. Sous ces nombreux points de vue, tout est à faire.
- Lorsqu’il y a tant de difficultés à vaincre et tant de sacrifices à consommer, on conçoit qu’un tiers de la popU' iation ait préféré se transporter dans le bassin du Missis' sipi; elle y trouve des terres très-fécondes, des terre5 vendues seulement 16 à 17 francs l’hectare, loin de la contrée des marécages et des fièvres pestilentielles.
- XXII. ÉTAT DE LA CAROLINE DU SUD.
- Ainsi que l’indique son nom, la Caroline du Sud est au midi de la Caroline du Nord ; au sud-est elle est bornée par l’Atlantique; au sud-ouest, le fleuve Savannahla sépare de la Géorgie. Ces trois frontières sont les côtés d’n11 grand triangle qui nous offre les résultats suivants :
- Superficie............................ 7,6io,4o5 hectares-
- Population en i85o....................... 668,507 habitants-
- Territoire pour mille habitants........ 11,384 hectares-
- Si r on veut apprécier l’esprit dont les Caroliniens me' ridionaux sont animés, il faut étudier la proportion deS classes dont ils se composent.
- p.644 - vue 269/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 645
- ANNÉES. BLANCS. AFFRANCHIS. ESCLAVES.
- 1790 140,178 1,801 107,094
- 1800... 196,255 3,185 146,151
- 1810... 214,196 4,554 196,365
- 1820.. 237,440 6,826 258,475
- 1830.. 257,863 7,921 315,401
- 1840.. 259,084 8,276 327,038
- 1850.. 274,563 8,960 384,984
- ie=-
- Le tableau suivant rendra très-sensible la marche si difïe-reUte suivie, depuis 1820, dans le nombre croissant des franchis et des esclaves, calculé pour mille blancs :
- ANNÉES. BLANCS. AFFRANCHIS ESCLAVES.
- 1790. 1,000 13 764
- 1800.. 1,000 16 741
- 1810. 1,000 19 917
- O CO 1,000 29 1,093
- 1830. 1,000 31 1,223
- 1840.. 1,000 32 1,262
- 1850. 1,000 33 1,402
- —
- eh’^VeC ^ nom^re ^finiraient petit des nouveaux affran-lssements, un pour mille individus libres tous les dix ans, 116 fout pas espérer que jamais, dans la Caroline du Sud, esclavage disparaisse parla générosité des libérateurs.
- Lu danger menace les blancs : c’est l’accroissement
- p.645 - vue 270/0
-
-
-
- 646 FORCE PRODUCTIVE
- des nègres esclaves, beaucoup plus rapide que celui des habitants libres. En quarante ans, depuis que la traite est supprimée, voici les accroissements comparés de population par 100,000 habitants :
- Les libres..................... 28,193 par 100,000 blancs;
- Les esclaves................... 96,065 par 100,000 noirs.
- A mesure que la majorité du nombre passe du côté des esclaves en proportion plus grande, la sécurité personnelle des hommes libres devient moins certaine. La possibilité de ce péril rend les blancs plus méfiants contre tout projet de relâcher ou de briser la subordination qui rend facile et sûre pour le maître la possession de ses esclaves.
- Parmi tous les Etats méridionaux, la Caroline du Sud est le seul chez qui le nombre des esclaves est supérieur à celui des hommes libres. Ce fait nous apprend la raison pour laquelle ses mandataires au Sénat, à la Chambre des représentants et dans tout autre genre d’assemblées pubh' ques, ont toujours été les plus absolus, les plus ardents a défendre l’esclavage. Quand la lutte est devenue passionnée par les agressions abolitionnistes, ce sont eux qui Ie5 premiers ont fait entendre la menace de séparation. Déja le brisement de la confédération serait un fait accompli si les autres Etats du midi n’avaient pas été plus modérés-
- Dans la session de i856, un fait caractéristique est venu mettre en lumière tout ce qu’il y a d’irritation et de
- violence au fond de ces tristes discordes. Un des det#
- 1
- membres du Massachusetts, un vieillard, a prononce dans le Sénat, contre les possesseurs d’esclaves, quelques-unes de ces invectives que tout fanatisme, même inspire par le zèle le plus pur, sait rendre si blessantes et sl cruelles. Bientôt après, un jeune et robuste député de
- p.646 - vue 271/0
-
-
-
- DES NATIONS. 647
- 1 autre chambre, représentant de l’Etat dont je signale Esprit, abuse de son avantage; en plein palais législatif d brisesa canne sur la tête du sexagénaire à cheveux blancs.
- Eaut-il le croire ? Cet acte si révoltant fait éclater 1 admiration et l’enthousiasme chez les habitants de la Caroline du Sud. Ils se disputent les moindres parcelles de la canne vengeresse ; ils en font des reliques enchâssées dans des joyaux, et ces joyaux, les beautés les plus déliâtes de l’Etat irrité, et satisfait, les portent, dit-on, avec 0rgueil et délices.
- La Caroline du Sud est remarquable pour le petit nombre dhabitants qui ne sont pas nés dans son sein. Lors du der-^er recensement, elle n’a présenté que 2,417 colons nés dans les États sans esclaves et moins de trois étrangers SUr cent natifs : cela nous explique l’unanimité des sen-hnients et des passions.
- Les habitants de la Caroline du Sud répondent à la repugnance des États du nord en ne leur envoyant que *3,171 de leurs propres émigrants, tandis que dansqua-torze États méridionaux possesseurs d’esclaves résident apjourd’hui 178,177 colons émigrés de la Caroline du ^lld. S’ils étaient tous restés dans leur pays natal, la popu-Ltion libre aurait plus que quadruplé depuis soixante ans.
- Agriculture.
- Agriculteurs adultes
- libres.. esclaves
- 4i,3o9
- 76,000 au moins.
- Cette population suffit à la possession, a la culture dg 29,967 fermes et plantations, qui représentent: 1 °1 »6 47,6 6 4 hectares de terres améliorées ; 20 4,914,7 48 Wtares laissés à l’état naturel, pacages, bois, etc.
- Dans les pays cultivés par des esclaves, le sol n’a qu’une
- p.647 - vue 272/0
-
-
-
- 648 FORCE PRODUCTIVE
- valeur secondaire; il ne faut donc pas être étonné que Ie prix moyen de l’hectare, plus ou moins amélioré par la culture, soit seulement de 220 francs.
- Le coton, le tabac, le froment et surtout le mais comptent parmi les récoltes principales. Signalons pour son importance le nombre des animaux domestiques; en voici l’indication lors du dernier recensement :
- Races..........f Chevaline. I Bovine. I Ovine.
- Nombre......... 129,921 J 777,686 | 285,55i
- Porcine.
- i,o65,5o3
- Il faut qu’une aussi grande masse d’animaux soit à bien bas prix pour n’être évaluée par les assesseurs qu’à 80 mil' lions 1/2 de francs.
- Par l’extrême abondance de la production, le prix du coton en laine a toujours baissé depuis soixante ans.
- La richesse manufacturière de l’Etat est peu de chose: l’ensemble de ses produits ne s’élève qu’à 37,719,000 fr*
- D’après les faits qui viennent d’être énumérés, on serait tenté de regarder la Caroline du Sud comme un Etat sans opulence ; ce serait une grande erreur.
- J’appelle l’attention du lecteur sur l’évaluation des pr°' priétés réelles et personnelles de cinq Etats importants» évaluation faite par des assesseurs et revisée officiellement-
- Parallèle de la richesse personnelle pour cinq États principaux•
- Francs.
- La Caroline du Sud, avec son mauvais sol et ses esclaves. . 6,69^ Le Massachusetts, avec son sol médiocre, sa grande industrie,
- sa navigation et son commerce très-actif.. ............ 3,079
- Le New-York, avec un sol meilleur, moins de manufactures
- et son vaste commerce................................... 1,863
- La Pennsylvanie, avec sa houille, ses mines, son industrie
- et son commerce......................................... 1,684
- L'Ohio, Etat récent, d’un sol admirable, avec ses manufactures en progrès et son commerce intérieur.............. 1
- p.648 - vue 273/0
-
-
-
- DES NATIONS. 649
- Mettant à part la question sacrée d’humanité, voudra-t_onpersuader aux Caroliniens du Sud que, s’ils n’avaient pas l’esclavage, leur richesse aujourd’hui serait aussi grande? Ils n’en croiront rien.
- La Caroline, à son tour, en répétant ses plaintes égoïstes contre la protection des manufactures du Nord, c°ntinuera-t-elle à les représenter comme jouissant d’une richesse exagérée, abusive, et dont elle ait droit de se Plaindre avec amertume? On n’en croira rien.
- Ce n’est pas la question des intérêts actuels, mais celle 1 avenir, qu’il faudrait discuter au sujet de l’esclavage; d faudrait prendre le temps pour auxiliaire, en faveur à ta fois des blancs et des noirs, afin d’écarter le péril crois-sant des uns et de travailler au bonheur des autres.
- Un mot sur les cités. La capitale de 1 État, Columbia, gavait que 6,o6o habitants en i85o. Une autre ville me-fite mieux d’être citée : c’est Charleston; elle offre le seul P°rt ayant de l’importance. Voici ses progrès :
- Anti4es. . I 1790. 1800. 1810. I 1820. i83o. i84o. I 1800.
- P°puîat.I i6,359 20,473 24,7x1124,780 30,189 29,261142,285
- Le commerce extérieur de la Caroline du Sud ne le cede à celui des États du premier ordre. Dans la dernière aOnee de paix générale (i853), nous trouvons :
- Importations....................... 9,657,5oo francs.
- Exportations.......................82,238,000
- L extrême infériorité des importations, comparées aux ^portations, tient à ce que les habitans de la Caroline du reçoivent directement de l’étranger qu’une faible P^tie des marchandises dont ils ont besoin; le cabotage e New-York et des autres grands ports du centre et du 0rd les leur apporte de seconde main.
- p.649 - vue 274/0
-
-
-
- 650
- ’ FORCE PRODUCTIVE
- Exportations par cent mille habitants libres ou non :
- Ie De la Caroline du Sud........... 12,3o 1,800 francs.
- 20 De tous les États-Unis.... ..... 6,790,356
- On sera certainement frappé de voir que la Garoline du Sud, même en comptant ses esclaves comme des hommes libres, vende à l’étranger, pour un égal nombre d’habitants, le double en valeur de tous les autres États-Au simple point de vue du commerce, elle a donc plus qae la part commune, etna pas droit de se plaindre.
- Cet Etat pourrait et devrait améliorer beaucoup ses ports, ses côtes et sa navigation intérieure; il n’a que vingt lieues de canaux. II est plus riche en chemins de fer: au i€r janvier 1854, il en possédait 920 kilomètres, ayant coûté 60,273,000 francs.
- Je finirai par un éloge de la Caroline du Sud : p°ul accomplir ses divers travaux, elle ne s’est pas grevée d’une' dette (année i852) supérieure à 16,79/1,000 francs, e* jamais elle n’a cessé de faire honneur à ses engagements-
- XXIII. ÉTAT DE GEORGIE.
- La Géorgie est maritime par un littoral de peu d’é' tendue, 160 kilomètres. Elle a pour frontières : au nord' est, la Caroline du Sud; au nord, la Caroline du Nord et le Tennessée; à l’ouest, l’État d’Alabama; au midi, Floride.
- Superficie............................... 15,090,720 hectares-
- Population en i85o.................... .. 906,185 habitants-
- Territoire pour mille habitants.. .'..... 16,653 hectares-
- Par la faible densité de sa population, la Géorgie est
- p.650 - vue 275/0
-
-
-
- DES NATIONS. . 651
- comparable au dernier groupe des États septentrionaux * die l’est aussi par le progrès de la population.
- CLASSES. BLANCS LIBRES. AFFRANCHIS. ESCLAVES.
- O O OO 101,678 145,414 189,566 296,806 407,695 521,572 1,019 1,801 1,763 1,637 3,598 5,435 59,404 105,218 149,654 217,531 280,944 381,682
- 1810..
- 1820..
- 1830..
- 1840.,..
- 1850..
- Voilà le premier Etat méridional où nous trouvions à ^ fois un accroissement considérable, plus du quintuple, pour les deux classes de natifs libres et d’affranchis; il est encore plus grand pour les esclaves.
- Le recensement de i85o donne ces résultats :
- Nés en Géorgie.....................................4o2,666
- Nés dans les autres Etats.......................... 1 i5,4i3
- Etrangers fournis par l’immigration................ 5,097
- Etrangers d’origine inconnue....................... 517
- j Par conséquent, la Géorgie ne s’est pas accrue, comme es Etats septentrionaux, par un grand secours de l’émi-§ration étrangère; l’accroissement des blancs appartient, P°ur ainsi dire, exclusivement aux Américains.
- Adultes adonnés à l’agriculture.
- Libres............ 83,362
- Esclaves....... 82,871
- t>es 82,871 esclaves, il faudrait exclure tous les arti-Sans adonnés à divers métiers et ceux qu’emploie la domesticité. Il y a donc sensiblement moins d’esclaves que
- p.651 - vue 276/0
-
-
-
- 652 FORCE PRODUCTIVE
- d’hommes libres adonnés à l’agriculture; or, dans l’intérêt du travail agricole, ce résultat est important.
- Cotons de Géorgie.
- Les cotons de Géorgie sont célèbres. En i85o, on comptait 1/1,578 plantations, donnant chacune au moins 900 kilogrammes de coton. L’espèce la plus estimée pour sa finesse est la longue laine des basses îles de mer, dite cotton Sea-Island. Mais pour un kilogramme de cette espèce, les Etats-Unis en vendent cent de l’espèce commune à courte laine, dite up-land, coton des terres élevées.
- La Géorgie ne figurait pas à Londres en i85i, et la Caroline du Nord avait les honneurs de l’Exposition.
- En 185o, les fermes et plantations de toute nature valaient 511 millions pour 21,581,187 hectares : prix moyen de l’hectare amélioré, 199 francs.
- Ainsi, même dans l’Etat méridional le plus prospère entre ceux qui bordent l’Atlantique et qui cultivent Ie produit le plus renommé pour sa richesse, l’hectare amélioré par la culture ne se vend pas plus de 200 francs, valeur moyenne. Pour ces Etats, c’est le travailleur qui vaut beaucoup, et la terre n’a de prix que par lui.
- La description des Etats-Unis faite par Warden il y a plus d’un tiers de siècle nous apprend que des plants de thé, apportés d’Orient vers 1770, ont fini par croître sans culture auprès de Savannah. Si les Géorgiens en tiraient parti, ce serait pour eux la source d’une tout autre richesse que la culture du coton.
- L’industrie se développe : en 185o, les ateliers donnant au moins 2,670 francs produisaient 177,163,125 francs*
- Les villes de la Géorgie.
- Peu de villes méritent d’être citées dans cet Etat; une
- p.652 - vue 277/0
-
-
-
- DES NATIONS. 653
- seule a de l’importance : c’est Savannah, cité qui s’élève à l’embouchure du fleuve dont elle a pris le nom. Au commencement du siècle, elle ne comptait que 5,ooo habitants, et maintenant elle en a plus de 20,000; c’est le principal port de mer de la Géorgie.
- TONNAGE DES NAVIRES POSSÉDÉS PAR LA GEORGIE.
- 1S16. ANNÉES 1850. 1855.
- Navires enregistrés pour le long cours....... 10,727 t. 10,929 t. 18,295 t.
- Navires enregistrés pour le cabotage 3,835 10,761 9,780
- On remarquera que depuis cinq ans le tonnage des Navires affectés au commerce extérieur a presque doublé : Cest un très-heureux résultat. Les produits exportés di-rectement s’élèvent presque à 4o millions de francs.
- Les cotons et les autres produits du nord-ouest de la ^corgie ainsi que du nord-est de la Caroline du Sud sont ettibarqués sur la Savannah, dans le port d'Auguste, à 2°o kilomètres de la mer ; ils descendent au port de Sa-vannah. La vapeur est active dans ce parcours fluvial.
- H faudrait des travaux considérables afin d’améliorer les navigations naturelles dans toute l’étendue de l’Etat.
- La Géorgie a fait de grands efforts pour suppléer par les chemins de fer à ce qui lui manque du côté des voies hydrauliques. Dès 1851, elle possédait 1,420 kilomètres chemins de fer en circulation. Pour les construire, elle nvait dépensé 86. millions de francs; elle continue avec ardeur et veut, dans l’avenir le plus prochain, tiercer ces c°mmunications rapides et puissantes.
- p.653 - vue 278/0
-
-
-
- 654 FORCE PRODUCTIVE
- Les grandes lignes ferrées partent du port de Savan-nah. La plus étendue, complète aujourd’hui, forme un arc immense ; elle traverse la Géorgie dans toute sa longueur, pénètre dans le Tennessée et s’y bifurque : i° U branche du nord-est pénètre en Virginie après avoir franchi deux fois les grandes chaînes de montagnes, ensuite elle descend vers l’Atlantique, en face de Norfolk et près de l’entrée de la Chesapeake; 2° la branche du nord-ouest traverse le Tennessée pour mettre le Mississipi, Cincinnati et les lacs en communication directe avec la Géorgie jusqu’à Savannah.
- Ges magnifiques entreprises influeront puissamment sur les progrès de la richesse et des arts dans cet Etat, qn1 mérite d’inspirer un vif intérêt.
- XXIV. ÉTAT DE FLORIDE.
- La Floride est bornée au nord, presque en ligne droite» par la Géorgie et l’Alabama ; elle a la forme d’une équerre, dont le plus long côté représente le littoral atlantique et dont la partie rentrante borde le golfe du Mexique.
- C’est en 1819 que les Espagnols ont cédé, plutôt de force que de gré, ce vaste pays, dont ils n’avaient su tirer qu’un parti misérable. Les États-Unis ont payé 10,680,000 fr-cette belle acquisition.
- Montesquieu, parlant du peuple ottoman, dit qu’ü existe pour montrer le peu de parti qu’on peut tirer d’un grand empire; on en doit dire autant des Espagnols sur le continent d’Amérique. En 1819, la Floride ne comptai certainement pas 25,000 habitants; à chacun d’eux correspondait un territoire de 600 hectares. Eussent-ils été des sauvages, nourris par la chasse et la pêche, ils n’auraient pas été plus clair-semés.
- p.654 - vue 279/0
-
-
-
- DES NATIONS. 655
- A cet état stationnaire un état progressif a succédé que les États-Unis ont pris possession du pays.
- Superficie. ...................... 15,249,800 hectares.
- Population en i85o................. 87,445 habitants.
- Territoire pour mille habitants...... 175,445 hectares.
- Les Etats-Unis ont trouvé le pays presque dépourvu d habitants; au bout de dix ans, la colonisation commençait è se développer. En voici les progrès :
- années. LIBRES BLANCS. AFFRANCHIS. ESCLAVES. TOTAUX.
- 1830. 18,385 844 15,501 34,730
- O CO 27,943 817 25,717 54,477
- 1850. 47,203 932 39,310 87,445
- Il est intéressant de voir, en un tiers de siècle, ce qu’a donné de valeur à la Floride la colonisation américaine.
- Dans l’évaluation des propriétés faite en 185o, cet État est porté pour i23,88i,3oo francs. Voilà donc un pays les Etats-Unis ont payé moins de 11 millions et qui, ^erite ans après, offre déjà 124 millions en propriétés e toute nature; et les trois quarts ne donnaient pas de Avenus en 1819 !
- De tels résultats sont d’autant plus remarquables que la Quantité des terres améliorées par la culture, en i85o, n aVait pas atteint la quarantième partie du territoire.
- Let État est encore à peu près sans industrie. Il n’a pas do ville importante. Les navigateurs, pour doubler le cap e plus avancé vers le sud, en tournant vers l’ouest, doi-Jent passer entre les îles qu’on appelle les clefs de XOuest iJVey-West); cette navigation est dangereuse et ne présente trop de désastres. On n’évalue pas à moins de cin-
- p.655 - vue 280/0
-
-
-
- 656 FORCE PRODUCTIVE
- quante le nombre des navires naufragés, chaque année»
- sur les côtes de la Floride.
- J’emprunte au consciencieux M. Mac-Gregor le récit des tristes faits qu’il cite en témoin oculaire :
- Le courant du golfe du Mexique entre la pointe de la Floride et lesîlesBahama, comme entre Charybde et Scylla> est extrêmement dangereux. Pour obvier au péril, le port Key-West possède 20 à 3o navires, appelés Wreekers, Naufragistes ; on ferait mieux de les appeler Naufrageai
- Toute la côte entre le cap Carnaveral et la Tortug3 abonde en petits Naufrageurs, qui se tiennent en dedans des récifs (reefs) et qui se soustraient à la vue des navires en mer. En effet, si ceux-ci les apercevaient, ils reconnaîtraient le péril et s’éloigneraient; la victime alors serait soustraite au sacrifice. Aussitôt qu’un navire est échoue sur les écueils et qu’il se trouve en danger de perdition» les Naufrageurs accourent, non pas pour le sauver, mais pour le sauveter; ce sauvetage leur procure des bénéfices énormes. Ils y travaillent avec zèle, avec dévouement, pouf tirer du péril les passagers, pour préserver la cargaison » qu’ils laissent avarier jusqu’à certain point, mais pour pet' dre tout à fait le corps du navire, s'il est assuré.\Les règle' ments leur accordent une plus grande part des objets de la cargaison plus ou moins mouillés que pour ceux jcpu n’ont rien souffert; ils agissent en conséquence. Il faut voir le récit des intelligences scandaleuses entre les Nau-frageurs, le capitaine naufragé, auquel*{ilsjpromettent une indemnité qui sera réglée aux dépens du navire, ‘et leS faiseurs d’affaires de Key-West, qui sont en même temps leS armateurs des Naufrageurs, etc., etc. C’est un ensemble effrayant d’outrages au malheur et de fraude impunie. VoyeZ' en la description dans le grand ouvrage deM. Mac-Gregor (Commercial statistics, tom. m, p. 2/18 à 286).
- p.656 - vue 281/0
-
-
-
- DES NATIONS. 657
- Afin de perfectionner la communication entre les ports atlantiques des États-Unis et les ports de l’Océan Pacifique, projet qui s’exécute aura les conséquences les plus heureuses pour la Floride. La ligne de chemins de fer parallèle au littoral atlantique, et qui passe par Boston, New-York, Philadelphie et Baltimore, qui traverse ensuite la Virginie et les deux Carolines, cette ligne est en cours de prolongation dans le sud-est de la Géorgie. Elle aboutit au port de la Floride le plus avancé vers le midi, dans golfe du Mexique. Par ce moyen, on raccourcira beau-c°up le trajet par mer, afin de gagner la côte de Honduras; le parcours entier sera plus rapide et préféré par les voyageurs.
- A ce chemin, qui longera la plus grande partie de la c°te occidentale de la Floride , se rattacheront des embran-chements dirigés sur les ports de la côte atlantique; et le pays sera vivifié.
- XXV. ÉTAT D’ALABAMA.
- Cet État a pour voisins le Tennessée au nord, la Géorgie à l’est, la Floride et le golfe du Mexique au sud; eufin, l’Etat du Mississipi à l’ouest.
- Superficie........................... i3,i36,43o hectares.
- Population en i85o................... 771,623 habitants.
- Territoire pour mille habitants.. ..... 17,024 hectares.
- La chaîne des Alléghanies finit dans la partie sud-est
- l’État d’Alabama. De là, jusqu’au golfe du Mexique, il Ma plus que des terrains plus ou moins onduleux, mais sans montagnes considérables.
- Les eaux du versant méridional des Alléghanies des-Cendent par des rivières nombreuses, dont la principale est celle d’Alabama; elle reçoit en tribut toutes les autres
- 42
- introduction.
- p.657 - vue 282/0
-
-
-
- 658 FORCE PRODUCTIVE
- pour les décharger dans la grande baie triangulaire de Mobile, que des îlots séparent du golfe de Mexique. Le nom de Mobile est aussi celui d’un des bras du fleuve dont nous venons de suivre les progrès, et*d’un port, le seul que possède l’État d’Alabama.
- PROGRÈS DE LA POPULATION DANS L’ÉTAT D’ALABAMA.
- ANNÉES. BLANCS. AFFRANCHIS. ESCLAVES. TOTAL.
- 1810 a H „ 10,000
- 1820.. 85,451 571 41,879 127,901
- 1830 190,406 1,529 117,549 309,527
- 1840 335,185 2,039 253,532 509,756
- 1850 426,514 2,265 342,844 771,623
- Nous sommes frappés ici du grand nombre des esclaves» comparativement à celui des hommes libres.
- L’agriculture est l’occupation majeure du peuple en Alabama : elle emploie 68,635 adultes libres âgés de i5 ans et plus et 93,427 esclaves. Si nous*déduisions le nombre des noirs adonnés, soit à des métiers, soit à la domesticité, nous trouverions probablement qu’il resterait au plus pour l’agriculture 4 nègres contre 3 blancs.
- Fermes et plantations.
- Superficie améliorée par la culture............. 1,794,964 hect.
- Superficie pas encore améliorée................. 3,n6,84o
- Valeur des fermes et des plantations............ 183,606,000 fr-
- Valeur de mille hectares améliorés par la culture 102,290
- En réunissant toutes les valeurs foncières et mobilières d’après les assesseurs de i85o, on a trouvé pour valent revisée 1,218,612,000 francs.
- p.658 - vue 283/0
-
-
-
- DES NATIONS. 659
- Le bétail vivant est une des richesses principales de lAlabama; sa valeur en i85o est de 115,83o,5oo francs.
- Races........ Chevaline. J Bovine. J Ovine. I Porcine.
- Nombre....... i43,i47 | 728,015 J 371,880 J i,9o4,54o
- L’industrie proprement dite entre jusqu’ici pour une tien faible part dans les forces productives de l’Alabama. En i85o, la valeur des objets manufacturés dans les ateliers donnant plus de 2,670 francs par année ne s’élevait qu’à 24,184,000 francs; en i84o, la valeur correspondante n’atteignait pas 6 millions. Ce progrès nous donne l’idée de la grandeur où peut atteindre l’indus-trie de l’Alabama dans un prochain avenir.
- Port de Mobile.
- Cette industrie sera puissamment favorisée par les eaux intérieures et par le port de Mobile, qui mérite de fixer toute notre attention : après la Nouvelle-Orléans, c’est le Plus important possédé par les États-Unis sur le golfe du Mexique; Signalons à la fois les progrès de la population et ceux des exportations pour la ville et le port de Mobile :
- ANNÉES. POPULATION. EXPORTATIONS.
- 1820 1,500 515,046
- 1830 3,194 '12,253,031
- 1840 12,672 68,643,510
- 1850 20,515 56,309,541
- 1855 § 76,204,816
- L
- 4.2.
- p.659 - vue 284/0
-
-
-
- 660 FORCE PRODUCTIVE
- Le tonnage des navires appartenant au district de Mobile s’accroît avec rapidité :
- En i85o, il est de..................... 24.158 tonneaux.
- En i855, il est de.........:........... 36,278
- Faisons remarquer que sur le tonnage de 1855, plus de la moitié, 20,516 tonneaux, appartiennent aux navires à vapeur; ils servent au cabotage maritime ainsi qu’à la navigation des fleuves.
- Pour qu’on apprécie l’importance du cabotage, je ferai cette simple remarque : les objets étrangers importés directement ne comptent que pour un vingtième des exportations. Par conséquent,* plus des dix-neuf vingtièmes sont transportés par le cabotage.
- L’Alabama produit aujourd’hui plus de 120 millions de kilogrammes de coton : la majeure partie sort de l’État par le port de Mobile.
- Après ce port, on ose à peine citer Pensacola, port voisin situé dans la Floride; Pensacola ne comptait, en i85o, que 2,000 habitants.
- De Mobile doivent partir trois chemins de fer, dirigés à l’ouest sur la Nouvelle-Orléans, au nord sur Memphis, à l’est vers la Géorgie. En i854, l’État n’en possédait encore que 354 kilomètres en circulation; mais on travaillait à quadrupler ce parcours. Tel est le génie d’entreprise dont est animé cet État, si voisin de son berceau.
- XXVI. ÉTAT DU MISSISSIPI.
- Du côté de l’occident, cet État est bordé par le grand fleuve dont il porte le nom ; il l’est au nord par l’État de Tennessée, à l’est par celui d’Alabama, au midi par Ie golfe du Mexique et la Louisiane.
- p.660 - vue 285/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 661
- Superficie................................. 12,212,910 hectares.
- Population en i85o....................... 606,526 habitants.
- Territoire pour mille habitants........... . 20,142 hectares.
- PROGRÈS DE LA POPULATION DANS L’ÉTAT Dü MISSISSIPI.
- ANNÉES. LIBRES. AFFRANCHIS. ESCLAVES.
- 1800 5,179 182 3,487
- 1810 23,024 240 17,038
- 1820 42,176 458 32,814
- 1830 70,443 519 65,659
- 1840 179,074 1,366 195,211
- 1850 295,718 930 309,878
- Ajprès la Caroline du Sud et l’Alabama, voilà, de tous les États que nous ayons encore étudiés, celui qui présente la plus grande proportion d’esclaves ; ils surpassent en Nombre les personnes libres.
- L’agriculture, principale ressource de cet État, donne pour plus riches produits le maïs, le froment, le riz, le coton avant tout. Les blancs fournissent au travail des champs 5o,284 adultes, et les esclaves, 68,i3i. Si l’on retranche les noirs qui pratiquent différents arts et métiers, ainsi que ceux de la domesticité, on verra qu’il ne doit rester guère plus d’esclaves que d’hommes libres attachés à l’agriculture :
- Terres améliorées.....................' i,3g3,83o hectares.
- Terres non améliorées................ 2,85x,356
- Valeur des fermes et plantations..... 292,304,000 francs. •
- Valeur moyenne de l’hectare des terres
- améliorées ........................ 210
- p.661 - vue 286/0
-
-
-
- 662 FORCE PRODUCTIVE
- L’État du Mississipi n’a pas de cités importantes. Sur la longue rive du fleuve qui le côtoie du nord au midi, on ne trouve que deux villes, Natchez et Vicksbourg, dont la plus peuplée n’avait pas 4,ooo habitants lors du dernier dénombrement. Natchez est un port d’embarquement pour les cotons récoltés dans l’État. Dès i85o, ce genre de production s’élevait à 90 millions de kilogrammes.
- L’industrie est encore dans l’enfance. Ses produits ne dépassaient pas 15 millions de francs lors du dernier recensement.
- La valeur des propriétés du Mississipi s’élevait alors à 1,222,600,000 francs. Telle est la richesse créée en cinquante années par une population qui, pendant ce temps, s’est accrue de 8,000 à 600,000 habitants.
- Le Mississipi commence à créer ses chemins de fer. En 1854 il n’en avait que 2Ôo kilomètres de terminés; il en comptait trois fois autant en cours d’exécution.
- Un prochain avenir développera les prospérités de l’État du Mississipi.
- XXVII. ÉTAT DU MISSOURI.
- Les quatre États où subsiste l’esclavage, et qui nous restent à décrire, sont établis à l’orient du Mississipi.
- Le Missouri, le plus avancé vers le nord, a pour limite septentrionale l’État d’Iowa, déjà décrit. U tire son nom d’une magnifique rivière qu’il faudrait regarder plutôt comme la branche principale que comme un affluent du Mississipi; elle traverse l’État dans toute sa largeur, et tourne au nord-ouest, non loin de son embouchure.
- # Superficie................................ 17,450,700 hectares.
- Population en i85o.. .................. 682,o44 habitants.
- Territoire pour mille habitants........ 2 5,586 hectares.
- p.662 - vue 287/0
-
-
-
- DES NATIONS. 663
- Voilà donc un pays égal en grandeur au tiers de la France, et qui conlient cinquante fois moins d’habitants.
- A la dissémination du peuple on reconnaît combien est récente sa colonisation ; le progrès en est remarquable.
- PROGRÈS DE LA COLONISATION DD MISSOURI.
- ANNÉES. BLANCS LIBRES. AFFRANCHIS. ESCLAVES. POPULATION TOTALE.
- 1810 17,277 607 3,011 20,845
- 1820 55,988 347 10,222 66,586
- 1830 114,795 567 25,091 140,455
- 1840 328,888 1,574 58,240 383,702
- 1850... 592,004 2,618 87,422 682,044
- Occupations du peuple Agriculture.
- La classe libre présentait, en i85o, la répartition suivante des adultes mâles :
- Classes agricoles............................... 65,65i
- Autres classes.................................. 62,612
- "C’est à très-peu près la répartition des Français entre le travail des champs et tous les autres travaux ; nous reviendrons sur ce rapprochement.
- Remarquons dans le Missouri la faible population esclave : elle ne contient, pour i85o, que 22,098 adultes de quinze ans et plus, c’est-à-dire le tiers des agriculteurs libres.
- Les cultures du Missouri ne diffèrent en rien, quant à leur nature, de celles des États sans esclaves ; elles semblent ne produire le coton qu’à titre de curiosité. En 184o, elles donnent seulement 55,ooo kilogrammes; dix ans plus
- p.663 - vue 288/0
-
-
-
- 664 FORCE PRODUCTIVE
- tard, ce genre de production n’est plus même indiqué dans les tableaux de production, tant il devient insignifiant. A plus forte raison, le Missouri ne cultive pas la canne à sucre; le climat s’y refuse à cause du trop grand froid des hivers. Cet Etat n’a pas de rizières.
- Les cultures importantes du Missouri sont celles des céréales et surtout du maïs.
- Il faut signaler spécialement l’élève des animaux domestiques. Voici leur dénombrement pour l’année i 85o :
- Races.......... Chevaline. I Bovine.
- Nombre......... 196,082 j 791,510
- Ovine. I Porcine. 762,511 j 1,702,625
- L’ensemble de ces animaux présente une valeur de 106 millions de francs. La somme serait-incomparablement plus élevée si les animaux étaient évalués d’après les prix de France ou d’Angleterre. '
- Le Missouri contient déjà 54,458 fermes et plantations, où se trouvent 1,189,000 hectares de terres améliorées, avec un peu plus du double de terres à l’état primitif. Ces biens ont reçu par la culture une valeur de 337,600,000 fr., ce qui donnerait presque 3oo fr. pour l’hectare moyen des terres améliorées. Ici nous trouvons l’influence avantageuse du travail des ouvriers libres et de l’industrie.
- Industrie.
- , Le Missouri prend une place honorable parmi les États méridionaux les plus manufacturiers. Voici la production annuelle des ateliers et des fabriques donnant chacun ai* moins 2,670 francs:
- Années. I i84o. | i85o. I Par 100,000 habitants...
- Produc. | 13,6i 1,000 fr. j i24,i5o,ooofr. | i8,2o3,ooo fr.
- p.664 - vue 289/0
-
-
-
- DES NATIONS. 665
- Je suis le premier à signaler comme presque incroyable ’-in progrès décennal des établissements industriels aussi grand que celui de i3 millions à \ilx millions de francs; e't cela pour une population simplement doublée! On pourrait abaisser beaucoup le rapport entre ces nombres sans qu’il cessât d’être considérable.
- En examinant avec soin l’industrie des cent comtés qu’offre le vaste Etat de Missouri, je n’en ai trouvé qu’un dont les produits ne fussent pas au-dessous de 4 millions et demi de francs ; mais ce comté figure à lui seul pour 85,688,ooo francs : c’est le comté de Saint-Louis; d doit toute son importance industrielle à la cité qui sest élevée comme par enchantement sur la rive occidentale du Mississipi, dans la position la plus favorable, aU-dessous du confluent de ce fleuve et du Missouri. Cette Position est magnifique, et l’on va voir le parti quen sait hrer l’infatigabl e race américaine.
- Progrès de la population dans la ville de Saint-Louis.
- Années.......
- Population.. .
- 1810. 1 1820. i83o. 1840.
- 1,600 1 4,598 5,85? 16,429
- i85o.
- 77,860
- Quel progrès étonnant ! Un bourg de 1,600 habitants en J8io s’élève dès i83o à 6,000 âmes; vingt ans après, ta ville est douze fois plus populeuse. Enfin, dans le Moment où je pâlie elle dénombre i4o,ooo âmes, et est ta septième des grandes cités de l’Union; dans dix années, eUe sera la quatrième, et peut-être la troisième.
- Saint-Louis, cette position qu’avait choisie, au xvn’ S1ecle, le discernement des Français pour entrepôt de taurs grandes chasses, Saint-Louis devient la vraie capitale des États à l’ouest du Mississipi; c’est l’entrepôt naturel le lieu du transit pour ces États et ceux de l’est. C’est
- p.665 - vue 290/0
-
-
-
- 666 FORCE PRODUCTIVE
- là que la Compagnie des fourrures a placé son dépôt; ce qui conduit à Saint-Louis le produit des chasses occidentales des États-Unis. Parmi les grands édifices, une cathédrale annonce la religion catholique : religion qui, dans Saint-Louis, compte déjà 5o,ooo fidèles. Ici réside l'académie des sciences pour les Etats de l’ouest; ici l’on trouve un musée d’histoire naturelle, et d’autres collections scientifiques honorent la cité. Des sœurs de la charité conduisent l’asile des orphelins; celles du Sacré-Cœur, comme à Paris, dirigent l’éducation des filles de familles opulentes ou du moins aisées.
- Au milieu de ce mouvement intellectuel, la presse du Missouri ne reste pas inactive, et surtout la presse périodique : en i85o, pour 600,000 blancs, la circulation annuelle de 61 revues ou journaux scientifiques, artistiques, industriels et littéraires, surpassait déjà 6 millions de numéros. Les bibliothèques contenaient 75,000 volumes; 5,oi8 écoles primaires recevaient les enfants et les adolescents; et parmi les adultes 6 sur cent, pas davantage, ne savaient ni lire ni écrire. Tel est l’état d’instruction d’un peuple formé depuis quarante années dans l’ouest lointain, 1 e Far-West, par-delà le Mississipi!
- Considérons la navigation de l’Etat du Missouri. Le district nautique de Saint-Louis présente, en 1855, un total de 60,692 tonneaux, le double de ce qu’il offrait en i85o. Sur ce nombre, 52,477 appartiennent aux navires a vapeur ; c’est plus que la France n’en possède dans tous ses ports maritimes. Si l’on réfléchit sur la rapidité des navigations à la vapeur et sur la multiplicité des voyages quelle rend possibles à chaque bâtiment, on se formera l’idée de la grandeur et de la vie du commerce déployé par l’État du Missouri sur les plus grands fleuves du nord de l’Amérique.
- p.666 - vue 291/0
-
-
-
- DES NATIONS. 667
- Il est intéressant de connaître quelle était la richesse totale, propriétés foncières et mobilières, au dernier dénombrement ; elle s’élevait à 7 33 millions de francs.
- Les travaux publics commencent. Le chemin de fer qui doit longer la rive méridionale du Missouri, jusqu’aux limites du territoire, atteint déjà Jefferson; la route du Nord est en construction, et les projets décrétés embrassent plus de i,6oo kilomètres. Le sort futur de l’État, pour tin de ses principaux éléments de prospérité, compte à juste titre la direction habile et l’exécution persévérante de ces grandes et courageuses entreprises.
- Terminons par l’indication d’une dernière source de fortune. Un grand avenir appartient aux richesses minérales du Missouri: il possède la bouille, qui transmet la force à tant d’industries; il possède une admirable variété de pierres, de sels, de métaux : citons surtout le fer et le plomb. Deux montagnes de fer, proéminentes de 100 mètres et l’une d’elles longue de deux kilomètres, donnent Un minerai ferrugineux qui contient 80 p. o/o de métal; Un chemin de fer est entrepris pour aller de ces montagnes à Saint-Louis. Des gîtes de plomb sont disséminés sous une superficie de 800,000 hectares. Voilà des richesses qui seront prochainement exploitées.
- XXVIII. ÉTAT D’ARKANSAS.
- L’État d’Arkansas occupe l’espace compris à l’ouest du Mississipi, entre la Louisiane et le Missouri : il tire son nom de la grande rivière Arkansas, qui s’avance dans l’ouest le plus lointain jusqu’aux montagnes Rocheuses. Des bateaux à vapeur peuvent remonter cette rivière depuis le Mississipi, dont elle est tributaire, jusqu’aux limites occidentales de l’État.
- p.667 - vue 292/0
-
-
-
- 668 * FORCE PRODUCTIVE
- Superficie. ...................... 13,517,703 hectares.
- Population en i85o... .................. 209,897 habitants.
- Territoire pour mille habitants. ...... 64,549 hectares.
- La population n’est si clair-semée qu a raison de la très-récente colonisation de l’Arkansas.
- PROGRÈS DE LA POPULATION DANS L’ETAT D’ARKANSAS.
- ANNÉES. LIBRES. AFFRANCHIS. ESCLAVES.
- 1820 12,579 59 1,617
- 1830 25,671 141 4,576
- 1840 77,174 465 19,935
- 1850.. 162,189 608 47,100
- -=J
- Je fais remarquer une extrême différence entre les États colonisateurs à l’orient et les Etats colonisés à l’occident du Mississipi : chez les premiers, proportion gardée, les esclaves sont plus nombreux; chez les seconds, c’est le contraire.
- Adultes mâles d.e 15 ans et plus. Tout le reste des adultes.
- Libres................ 28,942 11,813
- Esclaves : sans division. » »
- Il y a dans l’Arkansas trois hommes libres contre un esclave qui travaillent à l’agriculture.
- Disons, avec un sentiment de plaisir, qu’iciles esclaves ont la garantie précieuse du jugement par jury ; les peines n& sont pas plus graves pour eux que pour les hommes libres.
- L’Arkansas en est encore à l’époque de sa première formation. Il n’a pas, comme la Louisiane et le Missouri f
- Totaux. 4o,785 12,81 A
- p.668 - vue 293/0
-
-
-
- DES NATIONS. 669
- de grandes cités qui lui donnent l’impulsion; ses villes sont des bourgades et méritent à peine d’être citées.
- Jusqu’à ce jour, il n’a d’importance que par son agriculture.
- Dès l’année i85o, l’Arkansas produisait près de *>600,000 kilogrammes de coton. Cette culture, que favorise le climat, doit recevoir un accroissement rapide.
- Lors du dernier recensement, le total des produits, dans les ateliers de l’Arkansas, approchait de i 6 millions de francs; dix ans plus tôt, ce genre de produit était de très-peu supérieur à 5 millions. Dans ce court laps de temps, le travail des établissements industriels a, par conséquent, triplé.
- Ce qu’il y a de remarquable dans la population de ^Arkansas, c’est que les étrangers n’y figurent presque Pas; ils sont seulement au nombre de 8 personnes sur uiille. En réalité, les progrès de cet État appartiennent exclusivement à la race américaine.
- L’Arkansas n’a pas de ville proprement dite et sa population est tout à fait disséminée.
- Little-Rock, la capitale, sur les bords de l’Arkansas, n’a 9ue 2,167 habitants.
- Fort-Smith, sur la même rivière, à la frontière occidentale de l’Etat, ne comptait que 964 habitants en i85o; trois ans plus tard, il en avait i,5oo.
- Au point où la rivière d’Arkansas s’unit au Mississipi s élève le village Napoléon, qui deviendra dans peu d’années l’une des cités importantes des Etats-Unis, par i’elfet nécessaire de son admirable position.
- Les travaux de navigation artificielle n’ont rien d’urgent dans un État qui possède de nombreuses et belles navigations naturelles. L’attention publique s’est portée vers un autre genre d’entreprises.
- p.669 - vue 294/0
-
-
-
- 670
- FORCE PRODUCTIVE
- On a formé de grands projets pour ouvrir des chemins de fer traversant tout le pays d’Arkansas.
- De Little-Rock, capitale de l’État, partiront quatre voies ferrées allant : celle de l’est à Memphis et celle du nord-est au Caire, deux ports du Mississipi; celle de l’ouest au point où la rivière Arkansas sort du territoire indien ; enfin, celle du sud-ouest hFulton, ville naissante érigée sur la rive nord de la rivière Rouge, affluent du Mississipi.
- XXIX. ÉTAT DE LA LOUISIANE.
- La Louisiane est limitée parles trois États du Mississipi, d’Arkansas et de Texas. Elle tire son importance de sa situation à l’embouchure du Père-des-Eaux, le Mississipi, qui s’y jette dans le golfe du Mexique : elle concentre ainsi tout le commerce maritime nécessaire aux nombreux
- r
- Etats échelonnés sur les deux rives de ce fleuve.
- Superficie.......................... 10,684,610 hectares.
- Population en i85o....................... 517,762 habitants.
- Territoire pour mille habitants........... 20,636 hectares.
- La Louisiane, que nos ancêtres ont les premiers colonisée, après avoir été l’objet de folles espérances lors du ministère de Law, fut négligée par les Français, qui la cédèrent aux Espagnols. Le Premier Consul s’était empressé d’en obtenir la rétrocession, et l’on doit penser qu’en ses mains puissantes elle aurait bientôt pris un grand essor. L’Angleterre ne permit pas que la France eût cette heureuse fortune : dès 18o3 , elle se bâtait de recommencer la guerre, et l’on ne doute pas qu’un de ses premiers efforts n’eût été de nous ravir la Louisiane. Aussitôt le Premier Consul cède aux Etats-Unis cette possession magnifique; il la vend, je l’ai déjà dit, pour la somme de 80 millions
- p.670 - vue 295/0
-
-
-
- DES NATIONS. 671
- de francs. C’était alors presque un désert, sauf la Nouvelle-Orléans.
- A ces valeurs d’acquisition opposons la valeur donnée à la vingtième partie de cet immense territoire pendant k première moitié du xix® siècle.
- Valeur fixée par les assesseurs de la Louisiane et revisée, en 1850, pour l’ensemble des propriétés foncières et mobilières : f 249,553,000francs.
- Sachons comment s’est opérée cette grande création de richesses.
- En i8o3, la population était beaucoup moindre qu’à i époque du premier des recensements dont on va voir les résultats. On en jugera par ce seul fait : la Nouvelle-Orléans, qui dès 1810 comptait plus de 17,000 habi-tants, en 1797 n’en possédait que 8,000.
- PROGRÈS DE LA POPULATION DANS L’ETAT DE LA LOUISIANE.
- ANNÉES. BLANCS LIBRES. AFFRANCHIS. ESCLAVES. POPULATION TOTALE.
- 1810 34,311 7,585 34,680 76,556
- 1820 73,383 10,476 69,064 153,407
- 1830 89,441 16,710 109,588 215,739
- 1840 158,457 25,502 168,452 352,411
- 1850 255,491 17,462 244,809 517,762
- On peut affirmer que, depuis 1800 jusqu’à 185o, la population a plus que décuplé.
- On remarquera que dans l’État de la Louisiane le Nombre des esclaves est presque égal à celui des blancs, ?ui sont tous libres; il y a seulement un affranchi par l4 esclaves.
- p.671 - vue 296/0
-
-
-
- 672 FORCE PRODUCTIVE
- Il faut voir comment sont proportionnées les races libres de la Louisiane, d’après le dénombrement de i85o.
- Races libres de la Louisiane.
- ' Habitants nés dans la Louisiane............... i45,47&
- Américains devenus colons de cet Etat....... . 6o,447
- Etrangers..................................... 66,4i3
- Parmi ces étrangers, la France en a donné 11,55st ; dans la Louisiane, elle fournit î émigré sur 6 étrangers, et dans le reste des États-Unis elle en fournit seulement î sur 44. Les familles françaises anciennement établies et le commerce avec l’Europe attirent nos concitoyens dans cette antique possession qui porta notre drapeau.
- A la Louisiane, les blancs agriculteurs sont en faible minorité, ce qui peut s’expliquer en partie par le voisinage de la zone torride.
- Professions...........................I agricoles. I non agricoles.
- Adultes libres de 15 ans et plus..... | 18,639 J 58,52g Esclaves de i5 ans et plus de toutes les professions. 8o,5i6
- On peut, d’après ce chiffre, affirmer qu’à la Louisiane il y a, pour un travailleur libre, plus de trois esclaves adonnés au travail des champs. Dès i85o, la valeur des fermes et des plantations surpassait 400 millions de francs, et le bétail vivant était estimé près de 60 millions.
- Espèces....... Chevaline. I Bovine. | Ovine. I Porcine.
- Nombre........ 99,888 j 38i,248 | 98,072 j 597,4oi
- Le maïs, le coton, le sucre, les mélasses, sont les produits principaux; la récolte du coton surpasse aujourd’hui îoo millions de kilogrammes et le sucre 5o.
- p.672 - vue 297/0
-
-
-
- * DES NATIONS. 673
- Le Mississipi, semblable au Nil et plus puissant par la masse de ses eaux, dépose à son embouchure le limon qu’il tenait en suspension quand sa vitesse n’était pas amortie par la résistance de la mer. Ces alluvions forment un immense delta qui s’accroît sans cesse.
- Après avoir franchi la barre lorsqu’on remonte le fleuve, on parcourt un espace d’environ 3oo kilomètres sans trouver aucune ville. La première qu’on aborde est la Noavelle-Orléans.
- Tous les produits exportables de la Louisiane et la majeure partie de ceux des États colonisés dans l’immense bassin du Mississipi descendent à la Nouvelle-Orléans. Le progrès de ces États est mesuré par le nombre des habitants de leur marché commun, de la cité qui maintenant est un grand port de commerce :
- Population de la Nouvelle-Orléans.
- Années. ...J 1787. Populat. . j 8,o56
- 1810. 1820. I i83o. I i84o. I i85o.
- 17,242 27,176 I 46,3io I 90,000 J116,376
- Malgré cette population si nombreuse à laquelle est parvenue la Nouvelle-Orléans, le total des produits manufacturés dans son sein'ne s’élevait pourtant en i85o qu’à 38, 900,000 francs. Dix ans plus tôt, cette source de revenus mdustriels était seulement de 22,700,000 francs; ce qui fi’est pas doubler en dix ans. Pour les États-Unis, c’est peu.
- Des distilleries, des tanneries, des poteries, des raffineries de sucre, des fonderies de fer, telles sont les principales fabriques d’un État dont l’industrie laisse beaucoup a désirer.
- L’instruction publique s’est développée tardivement a la Louisiane; les principaux collèges ne datent que de 1 $25, 1831 et 1839.
- INTRODUCTION.
- 43
- p.673 - vue 298/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 674
- La population de la Louisiane est très-mélangée, turbulente et très-amie des flibustiers.
- Considérons actuellement le commerce de la Louisiane depuis l’époque où les États-Unis l’ont acquise.
- COMMERCE EXTÉRIEUR.
- ANNÉES. EXPORTATIONS. ANNÉES. IMPORTATIONS.
- 1804... 8,459,933 fr. 40,563,478 203,482,569 293,998,541 1821 18,047,762 fr. 57,461,064 68,890,384
- 1820. ;
- 1850 1850
- 1855 1855
- Il ne faut pas croire que les États du bassin du Missis-sipi, lorsqu’ils exportent ainsi pour 2 9 4 millions de leurs produits, ne reçoivent que pour 69 millions de produits étrangers. Les grands ports de l’Atlantique et surtout New-York, par un immense cabotage, rétablissent l’équilibre.
- Marine commerçante de la Louisiane.
- Nature de la navigation. A voiles. A vapeur.
- Long cours..................... 113,399* 6,626*
- Cabotage et Mississipi......... 17,681 62,i3i
- La vapeur joue, comme on voit, un très-faible rôle dans les navigations de long cours, un très-puissant dans le cabotage. C’est le Mississipi qui réclame ce grand em' ploi de la force fournie par la chaleur.
- Les constructions navales sont presque nulles à la Nouvelle-Orléans; elles ne représentent pas la deux-cen'
- p.674 - vue 299/0
-
-
-
- DES NATIONS. 675
- tième partie des navires existants. C’est dans la Nouvelle-Angleterre ou dans les États riverains de l’Ohio que sont construits la plupart des navires possédés par cette ville.
- Jusqu’à ce jour, les travaux publics sont bien au-dessous de ce que peut, de ce que doit entreprendre un État tel que la Louisiane.
- La confédération tout entière devrait exécuter à ses frais les grands ouvrages qui peuvent rendre plus facile et plus sûre la navigation du Mississipi. Il faut faire disparaître ces arbres immergés comme des pieux offensifs, sous un angle approchant de 45° : tels sont les snags, contre lesquels viennent s’éventrer les navires avec d’autant plus de danger que leur vitesse est plus grande.
- Un acte législatif affectait une somme importante pour entreprendre ce travail dans la partie basse du Mississipi. A cet acte, chose étrange, le Président de l’Union avait apposé son veto. Le congrès, par un second vote, a sur-uionté cet obstacle incroyable.
- La Louisiane, qui se trouve au nombre des États les *Uoins pourvus de chemins de fer, a l’espoir d’établir de grandes lignes qui puissent faire arriver des États du Uord-est les produits de leurs terres destinés à l'exportation par la Nouvelle-Orléans. C’est ainsi quelle pourra contre-balancer l’effet, par exemple, des chemins de fer qui conduisent du Mississipi et de l’Ohio à Savannah et a Charleston.
- XXX. ÉTAT UE TEXAS.
- Le trentième État, un de ceux dont les eaux descendent dans le golfe du Mexique, est le Texas, usurpé sur la République mexicaine.
- 43.
- p.675 - vue 300/0
-
-
-
- 676 FORCE PRODUCTIVE
- Cet Etat s’étend à l’ouest de la Louisiane, dans une longueur de cent lieues, sur les bords du golfe.
- Superficie.............................. 6x,5io,ooo hectares.
- Population en i85o........................... 212,592 habitants.
- Territoire pour mille habitants.............. 289,330 hectares.
- Voilà, par conséquent, un pays plus grand que la France, et qui ne possède qu’un cent-quatre-vingtième de notre population. Depuis qu’il fait partie des Etats-Unis, un seul recensement s’est accompli; les 212,592 habitants qu’il énumère se subdivisent ainsi :
- Habitants libres........................................ i54,o34
- Affranchis.................................................. 397
- Esclaves.............................................. 58,161
- En i85o, il y avait 49,160 habitants libres nés au Texas et 87,893 émigrés venus des Etats-Unis.
- La supériorité de ces derniers ne doit pas étonner. Depuis un certain nombre d’années, les planteurs des Etats-Unis se précipitaient dans le Texas : les uns pour acquérir des terres, d’autres pour les envahir suivant l’usage des pionniers qui, sans attendre la permission des pouvoirs réguliers ni la légalité des concessions, vont les premiers en avant, go head, à travers l’Ouest lointain.
- Lorsqu’ils ont formé la majorité numérique, ils ont prétendu parler au nom de la souverainèté du peupler ils ont voulu séparer le Texas du Mexique et l’adjoindre à la grande confédération des Etats-Unis.
- Les naturels du pays ont défendu les armes à la main leur droit de patrie; les intrus américains les ont terrassés. Bientôt l’armée du Mexique arrive au secours, dirigée par le général Santa-Anna. Les envahisseurs rem-
- p.676 - vue 301/0
-
-
-
- DES NATIONS. 677
- portent de nouveau ïa victoire et font prisonnier Santa -Anna même, le président de l’Union mexicaine.
- Le cabinet de Washington a prétendu que le Texas ne faisait point partie intégrante du Mexique, et qu’à ce titre d pouvait disposer de lui-même : allégation singulière et que démentait la constitution textuelle de la République mexicaine.
- Les États-Unis doivent-ils beaucoup se féliciter de leur vaste acquisition? Au point de vue de l’intérêt matériel, oui ! A tout autre, non !
- Sans doute, 62 millions d’hectares, deux fois la superficie des trois royaumes britanniques, sont une capture plantureuse. Les propriétés y valent déjà 3oo millions de francs, et l’on n’a pas mis en valeur un trois-centième du pays. Voilà le lucre; et l’infatigable activité des conquérants l’accroît sans cesse en présence de l’apathie des conquis.
- Mais ce mélange de la race anglo-saxonne avec la race hispano-mexicaine qu’a-t-il produit jusqu’ici ? un État où l’anarchie, la violence et le meurtre sont la situation naturelle d’une société sans principes et sans frein. Dans la misérable et triste contrée du Texas, l’arme qui peut donner cinq fois la mort sans être rechargée, le révolvear, ue quitte pas la poche ou la main du colon.
- Le succès déplorable obtenu par l’envahissement d’un si vaste pays n’a plus laissé de bornes à la convoitise des États-Unis ; elle s’est dirigée vers tous les abords du golfe du Mexique. On rêve déjà la conquête du golfe entier et des îles si belles qui s’élèvent à l’entrée dans l’Atlantique.
- Les flibustiers, les boucaniers du xv®, du xvi® et dp xviie siècle, revivent aujourd’hui. Puissent-ils ne pas entraîner les États-Unis contre l’ancien monde et la justice
- p.677 - vue 302/0
-
-
-
- 678 FORCE PRODUCTIVE
- dans une de ces luttes où d’avance l’honneur est sacrifié, où plus tard la victoire, même en la supposant favorable à l’iniquité, se réserverait des vengeances dont la seule Providence a le secret ! La République romaine ne soup-connaît pas cette vindicte suprême, quand elle détruisait un peuple sous les ruines de Carthage ; les trésors de la mer affluèrent chez le vainqueur, et la République y périt : la corruption fit sa perte.
- J’ai fait connaître avec bonheur la rapidité, la grandeur des progrès physiques au sein des États-Unis. Ce peuple, devenu si nombreux et si puissant, est-il en droit de célébrer au même degré ses progrès d’ordre moral? Je voudrais pouvoir le dire. Mais le puis-je en conscience lorsque je compare des époques séparées par moins de deux siècles ? Au xviie siècle, lord Baltimore, pour conserver la paix et la charité dans sa colonie chrétienne, sème de sa main la tolérance sur le sol américain, sol généreux qui va la propager partout. William Penn, en bâtissant la ville des frères-amis, place la paix entre les hommes au rang des dogmes de son culte. Le Congrès américain, pour décorer dignement son capitole, y fait peindre cette immortelle entrevue où le législateur de Philadelphie traite équitablement, paisiblement, d’un transfert de territoire avec des sauvages qui, s’ils n’étaient pas chrétiens, ne cessaient pas, à ses yeux, d’être des amis et des frères.
- Qu’on mesure la distance entre ces deux origines, qui seront à jamais pour les États-Unis un titre de gloire, et l’absorption ensanglantée du Texas, et les conspirations à main armée sans cesse renaissantes sur le littoral de l’Union américaine pour envahir des voisins inoffensifs, coupables seulement de leur richesse, de leur beau ciel et d’un million de travailleurs africains convoités par les adorateurs de l’esclavage.
- p.678 - vue 303/0
-
-
-
- DES NATIONS. 679
- Tel est le chemin parcouru par la démocratie en Amérique depuis le xvne siècle jusqu’au milieu du xix® siècle.
- XXXI. ÉTAT DE CALIFORNIE.
- En 184 7, après les succès militaires obtenus au Mexique, les Etats-Unis ont exigé des vaincus la cession de la haute Californie„ Cette province contient 4o,3oo,ooo hectares, les quatre cinquièmes de la France. En trois siècles de colonisation, la race espagnole ne comptait pas dans ce Vaste pays 12,000 habitants d’origine plus ou moins européenne ; il fallait y joindre des tribus d’indiens en grande partie sauvages et d’une faible population.
- Si l’on ajoute à la Californie les 47,915,000 hectares de l’Orégon, l’on a pour territoire total, entre l’océan Pacifique et les montagnes Rocheuses, un magnifique pays baigné par la mer depuis le 5o° de latitude jusqu’au 38°. Sur cette mer nous remarquons le port Victoria, en Orégon, et ceux de San-Francisco et de Monterey, en Californie. Les deux premiers, et surtout San-Francisco, ont un immense avenir. Il faut en indiquer la cause immédiate.
- Découverte de l’or en Californie.
- Dès le mois de mai 1848, un colon reconnaît l’or natif dans les alluvions déposées en aval du moulin de Sutter, situé dans le bassin du Saint-Sacrement : c’est le fleuve qui verse ses eaux au fond de la baie de San-Francisco. Bientôt on découvre une foule d’emplacements, de placers, où presque partout à la surface on recueille des terres ou des sables aurifères d’une incomparable richesse.
- Le bruit de cette découverte se répand de proche en proche, au Mexique, sur les rives méridionales de l’océan Pacifique, et d’un bout à l’autre des États-Unis. Il en ré-
- p.679 - vue 304/0
-
-
-
- 680
- FORCE PRODUCTIVE
- suite une impulsion prodigieuse pour la colonisation, formée d’émigrés accourus de tous les pays de la terre.
- Sur une terre où la recherche du plus précieux des métaux allait devenir en deux ans la principale richesse, l’agriculture se présentait sous un aspect misérable. En 185o, daus Un pays plus grand que soixante départements français, on ne comptait que 2,000 laboureurs, disséminés sur 872 fermes ou plantations. Les fermes présentaient cette excessive disproportion :
- Terres améliorées par la culture....... i3,i33 hectares.
- Terres annexes sans culture............ 1,562,600
- La valeur moyenne des terres comprises dans les fermes et plantations, en i85o, était seulement de i3 fr. par hectare; dans le pays de l’or, elles ne valaient pas le centième du prix qu’ont les terres en France.
- Dès 185o, les aliments du nouveau peuple étaient presque entièrement tirés du dehors ; le Mexique, l’Amérique centrale, le Pérou, le Chili, les fournissaient.
- La seule richesse agricole ayant déjà quelque importance était celle des animaux domestiques. Il y avait 262,659 bêtes à cornes, dont seulement h,280 concouraient au labourage; ajoutons-y 23,000 chevaux, la plupart employés au transport des mines et de l’industrie.
- Malgré la vaste étendue des gîtes où l’on trouvait l’or, tous les arrivants ne pouvaient pas y travailler. Il fallait suffire à d’autres besoins, à des industries indispensables. Le reste des travailleurs refluait vers l’agriculture, et l’agriculture devait, dans un court laps de temps, prospérer au delà de toute espérance. En cinq années, non-seulement elle a produit les céréales nécessaires à la nourriture d’une population merveilleusement accrue, mais elle peut on exporter. Ce résultat est plein d’avenir.
- p.680 - vue 305/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 681
- Exploitation de l’or.
- Indiquons dès à présent les conditions et les résultats de l’exploitation de l’or. On comprendra mieux l’explica-tion qui suivra, des phénomènes présentés par le peuplement extraordinaire et récent de la Californie.
- Quelle que fût la richesse des premiers gîtes découverts, la spéculation et la renommée trouvaient le moyen de l’exagérer. La foule accourait, mais il arrivait plus d’émi-grants que de capitaux; on venait chercher beaucoup d’or, et par cela même on en apportait fort peu.
- Dès le principe, on supposait que les mineurs faisaient des bénéfices fabuleux. On citait ce qu’à tel moment certains d’entre eux avaient tiré de la terre; on ne disait pas que des semaines de travail ingrat et pénible avaient précédé les jours de bonheur extraordinaire.
- De i848 à 18/19, on saurait pas exploité de placers qui donnassent moins de 5o francs d’or par journée de mineur; mais alors celui-ci dépensait 2 5 francs par journée pour sa nourriture et ses autres besoins.
- Un habile appréciateur, M. Werth, calculait qu’en *852 le gain des ouvriers employés à l’exploitation des terrains ou sables aurifères était de 4,000 francs par année : i3 francs i/3 par jour. On n’obtenait cette rémunération que par un travail opiniâtre et dur, en bravant les intempéries du climat, avec des logements inconfortables et des moyens de subsistance très-irréguliers.
- Dès i852, le mineur pouvait vivre à 5 j francs par j°ur, et travailler avec avantage en des placers qui rendaient seulement 16 francs par journée.
- Les premiers travaux étaient très-imparfaits : on se contentait d’un grossier lavage. On perdait souvent plus de la moitié de l’or, qu’on laissait échapper en pulvérin.
- p.681 - vue 306/0
-
-
-
- 682 FORCE PRODUCTIVE
- Les mineurs ont aujourd’hui des moyens de lavage plus intelligents, ainsi que des outils meilleurs.
- On ne s’est pas contenté d’explorer les terrains d’allu-vion, d’où l’or est tiré par le lavage; on a cherché, dans les parties plus élevées, les gîtes du quartz qui recèle des veines d’or. Il a fallu des moyens mécaniques pour concasser et broyer les blocs. Le génie des Américains s’est mis à l’œuvre; il a profité de l’expérience acquise et cherché des moyens nouveaux à la fois plus puissants et plus économiques. Il est loin, cependant, d’avoir atteint le dernier terme de la perfection.
- Ajoutons que les mineurs ont dû braver d’extrêmes dangers toutes les fois que leurs exploitations se sont éloignées des centres de population civilisée :les Indiens les attaquaient avec audace. Il a fallu que le Gouvernement fédéral fît agir ses forces pour éloigner ces barbares.
- La Trésorerie des Etats-Unis nous offre jusqu’à l’époque la plus récentë le parallèle de l’or monnayé et de l’or exporté depuis sa découverte en Californie.
- PARALLÈLE ENTRE L’OR MONNAYÉ ET L’OR EXPORTÉ.
- ANNÉES FINISSANT LE 30 JUIN. OR MON NAT É aux Etats-Unis. OR EXPORTÉ des Etats-Unis.
- 1849... 48,101,500 fr. 5,109,707 fr.
- 1850 170,782,500 109,239,000
- 1851 334,361,300 96,491,640
- 1852 303,558,600 199,918,020
- 1853.... 294,842,300 125,749,130
- 1854 278,191,600 204,172,600
- 1855* 212,879,520 . 288,132,600
- Totaux 1,642,717,320 1,028,812,697
- 1 En 1856,l’or exporté des États-Unis ne s’élève plus qu’à 235,752,000 fr* Il y faut ajouter une exportation d’espèces étrangères égale à 8,829,100 fr. *
- p.682 - vue 307/0
-
-
-
- DES NATIONS. 683
- Les hôtels des monnaies reçoivent des dépôts en lingots d’or, ainsi que le bureau des essais à New-York. Les exportations se font soit en lingots, soit en espèces.
- Voici le mouvement total officiel de l’or déposé, du 3o juin 1854 au 3o juin 1855 :
- Francs. Francs.
- a in*, if de San-Francisco.........
- 4 lh0teU de Philadelphie...........
- de la Nouvelle-Orléans... de Dahlourga et Charlotte..
- des
- monnaies
- 86,271,000!
- i2i,423,20or
- 2,786,2701
- 2,399,o5oJ
- 212,879,520
- Au bureau des essais de New-York.
- i3o,055,700
- Total....... 342,935,220
- Si Ton ajoutait aux 1,642,717,820 francs d’or monnayé depuis l’exploitation de la Californie la quantité d’or exportée sous forme de lingots à déduire de l’exportation, 1,028,812,697 francs, ,on serait frappé de la grande quantité d’or monnayé resté dans les Etats-Unis. Cette quantité correspond à l’accroissement simultané de la population et de la richesse pendant le même laps de temps.
- La production soudaine de for a donné l’impulsion la plus puissante au commerce des Etats-Unis.
- Il résulte du tableau suivant qu’à la différence de un pour cent les exportations des huit années, en y joignant l’or exporté, sont équivalentes aux importations. Cette différence est plus que couverte par l’ample part de bénéfices que les Américains obtiennent sur les exportations, ainsi que sur les importations : part beaucoup plus considérable que celle de tous les étrangers réunis.
- prise sur une importation de 29,468,100 francs, dans la même année 1856.
- p.683 - vue 308/0
-
-
-
- 684
- FORCE PRODUCTIVE
- COMMERCE DES ÉTATS-UNIS DEPUIS L’EXPLOITATION DE L’OR EN CALIFORNIE.
- 30 JUIN. EXPORTATION. IMPORTATION. RÉEXPORTATION
- 1849 687,322,000 fr. 789,559,000 fr. 69,893,900 fr.
- 1850 720,377,000 951,258,500 79,842,700
- 1851 954,534,600 1,154,668,000 115,879,100
- 1852 827,332,200 1,137,126,000 92,325,300
- 1853 1,013,910,600 1,431,006,660 93,762,200
- 1854 1,148,908,500 1,626,363,000 132,700,100
- 1855 1,029,290,200 1,395,708,000 151,913,900
- 1856 1,422,284,700 1,578,775,400 78,933,600
- Totaux 7,803,959,800 10,064,464,500 815,250,800
- Or exporté............. 1,204,564,697 815,250,800 Moins réexp.
- Somme 9,068,464,497 9,149,213,700 Différence.
- Exploitation du mercure : New-Almaden.
- On trouve dans la Californie des mines de plomb, de cuivre et de fer, qui seront bientôt exploitées.
- Comme si la fortune avait voulu réunir tous les éléments de richesse minérale, ce pays est riche en mercure. L’exploitation de New-Almaden non-seulement fournit tout le mercure qu’exige le traitement des quartz aurifères; mais on peut en exporter des quantités qui déjà s’élèvent à 900,000 kilogrammes dans une année. Le prix de ce métal est réduit de moitié.
- La Californie, grâce aux progrès de son agriculture, importe aujourd’hui moins de produits quelle n’en exporte.
- p.684 - vue 309/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 685
- Mouvement du commerce en 1855, l’or excepté.
- Importations........................... 31,780,370 francs.
- Réexportations......................... 5,525,o37
- Exportations............».......,...... 38,391,470
- Ce mouvement commercial s’opère presque en entier par San-Francisco, qui devient aujourd’hui le port le plus important de l’océan Pacifique1.
- Navigation extérieure de la Californie en 1855.
- Par navires des États-Unis... Par navires de l’étranger....
- Entrées
- Sorties.
- Entrées
- Sorties.
- 128,713 tonn. 266,703
- 52,220
- 61,4x4
- La Californie devient elle-même un Etat maritime important. Elle possédait, en 1855, un ensemble de bâtiments qui jaugeaient : navires à voiles, 67,373 tonneaux; navires à vapeur, 25,889 tonneaux.
- Le parallèle qui va suivre intéresse la France : il permet d’offrir d’utiles conseils à notre industrie. Nous devrions fournir à la Californie pour plusieurs millions d’effets à usage; mais il ne suffit pas que les formes en soient élégantes : garantissons avant tout la solidité des tissus et de la couture. Pour ces effets, pour les chaussures, les gants, etc., offrons, suivantJ’usage américain, des nombres d’objets similaires assortis à des tailles, à des grosseurs, grandes, moyennes et petites; ce dernier point est essentiel.
- 1 En i85i, les États-Unis, maîtres de la Californie depuis quatre années seulement, pouvaient présenter à l’Exposition universelle une série de cartes hydrographiques de la baie de San-Francisco et de San-Pablo, des rivières du Saint-Sacrement et San-Joaquin.
- p.685 - vue 310/0
-
-
-
- 686
- FORCE PRODUCTIVE
- EXPORTATIONS DE FRANCE ET D’ANGLETERRE EN CALIFORNIE, l854.
- FRANCE. GRANDE-BRETAGNE
- Francs. Francs.
- 4,193,363 1,234,175
- 183,076 2,077,250
- 49,148 1,005,175
- 622,372 502,850
- Soieries 459,342 23,550
- Fers, aciers bruts et ouvres 264,461 617,950
- Verreries et poteries 252,652 349,825
- Effets à usage., 579,203 156,050
- Objets divers 2,267,444 1,101,635
- Totaux 8,871,061 7,068,460
- Paris devrait faire bien d’autres envois. Ses ateliers devraient offrir à la Californie des meubles à la fois solides, élégants et confortables; fournir une foule d’ustensiles de ménage économiques et commodes; enfin, lorsqu’on s’adresse au pays de l’or, nous devrions satisfaire tous les degrés d’aisance et de recherche, par les produits si variés qui sont le charme de notre industrie.
- Intérêt des capitaux en Californie.
- Il semble aux esprits superficiels que l’or devrait être la marchandise la plus commune en Californie; dire que tous les objets y sont très-chers équivaut à dire qu’en ce pays l’or est à très-bas prix.
- Quel ne devra pas être l’étonnement de ces personnes, lorsque nous leur dirons qu’en Californie on ne peut pas emprunter d’or sans payer un intérêt qui. n’est jamais moindre de 3, et qui s’élève souvent jusqu’à 5 p. o/o par mois; ce qui représente un intérêt annuel, et composé, qui s’élève de 42 1/2 à 80 pour cent.
- p.686 - vue 311/0
-
-
-
- DES NATIONS. 687
- .Nous ferons comprendre ce phénomène économique en analysant une constatation opérée lors du recensement de i85o. A cette époque, les divers ateliers industriels déjà formés en Californie offraient les résultats suivants :
- Produits des capitaux dans l’industrie californienne.
- Capital employé, 5,374,790 fr. ; vente des produits.. 68,685,8gofr. A déduire : matières premières, 6,414,163 fr. ; main-
- d’œuvre, 18,614,280 fr. Total............. 25,028,443
- Reste pour bénéfice net annuel.... 43,657,447
- Proportion du capital aux bénéfices annuels : 10 à 812.
- Par conséquent, lorsqu’un industriel intelligent aurait emprunté 100 francs à 5 p. 0/0 par mois, au bout de l’année, en remboursant 180 francs, il lui resterait 632 francs de profit. S’il avait opéré seulement sur un modeste emprunt de 10,000 francs, il se trouverait posséder au bout de douze mois 63,200 francs, de bénéfice.
- Formation et développement de la population.
- Un phénomène bien plus complexe et plus étonnant que le progrès de la richesse en Californie, c’est la formation et le développement de la population.
- Deux ans après la découverte de for en ce pays, eut lieu le dénombrement officiel; il va nous révéler des faits importants.
- En i85o, le nombre total des habitants, autres que les Indiens, s’élevait à........................................92,597
- Dans ce nombre, on ne trouve dé nés en Californie que.. 6,602
- Quant aux personnes de races espagnole ou mexicaine,
- °n trouve : i° nés en Californie, 6,602; 20 au Mexique,
- 6,454; 3° en Espagne, 220. Total...................
- 13,276
- p.687 - vue 312/0
-
-
-
- 688 FORCE PRODUCTIVE
- En résumant tout ce que trois siècles de conquêtes avaient conduit d’individus de la race conquérante, on en comptait... 12,000 En trois ans de conquêtes, les seuls émigrants des Etats-
- Unis s’élevaient à.................................... 69,616
- Sans compter ce que ceux-ci peuvent avoir eu d’enfants depuis leur séjour en Californie.
- Les quinze États septentrionaux et sans esclaves ont envoyé deux fois autant d’émigrés que les États méridionaux. Lorsque fut rédigée et votée la constitution de la Californie, il y eut par conséquent deux voix’ contre une pour décider qu’on n’admettrait 'pas d’esclaves. La même condition fera certainement partie des lois de l’Orégon. Tout le littoral des Etats-Unis sur l’océan Pacifique n’admettra que des hommes libres.
- Le retentissement rapide et prodigieux de l’or découvert en Californie attira des émigrants de toutes les parties du monde; dès i85o, ils étaient au nombre de 16,31 3. Comparés aux 69,616 émigrants des États-Unis, c’est une proportion beaucoup plus forte que celle des émigrants étrangers dans l’ensemble des nouveaux Etats que nous avons précédemment décrits.
- Immigration des étrangers. ,
- Dès i85o, l’Angleterre, l’Ecosse et l’Irlande ont envoyé 6,567
- L’Allemagne, la Suisse, la Belgique et le Nord....... 3,849
- La France............................................. 1,546
- L’Italie, le Portugal et la Grèce................... 347
- Les colonies européennes.............................. 898
- Emigrants des contrées étrangères à l’Europe.......... 2,477
- Emigrants d’origine inconnue........................ 629
- Total des émigrants de i848 à i85o........ i6,3i3
- Parmi ces émigrants, on remarquait déjà 660 Chinois
- p.688 - vue 313/0
-
-
-
- 689
- DES NATIONS.
- arrivés d’eux-mêmes; leur accroissement prodigieux sera bientôt pour nous l’objet d’une autre surprise.
- Après avoir considéré les origines, il importe de considérer les âges. Ici nous trouvons une extrême différence avec les autres États de nouvelle formation. Je prends pour terme de comparaison le dernier colonisé, 1 ’lowci.
- Parallèle des âges. Californie. Iowa.
- Enfance . . O à 15 ans.. . . 6,202 96,706
- Adolescence... .. i5 à 20 5,446 20,095
- Age mur .. 20 à 60 . . 79,013 77,295
- Vieillesse .. 60 à 100... . 593 3,885
- Quel contraste frappant entre les deux populations! Nous trouvons en Californie seize fois moins d’enfants, quatre fois moins d’adolescents, un peu plus d’hommes d’âge mûr et sept fois moins de vieillards qu’en Iowa.
- En Iowa, comme dans le reste de l’Union, les individus des deux sexes sont à très-peu près égaux en nombre.
- En Californie, si l’on avait retranché 6,000 personnes du sexe féminin pour la race espagnole ou mexicaine établie avant la découverte de for, on aurait vu combien était petit le nombre de femmes émigrantes.
- Deux ans après i85o, on juge nécessaire d’opérer un nouveau dénombrement: on trouve 255,122 habitants, en y comprenant 31,266 Indiens plus ou moins civilisés. A. la fin de i856, la population surpasse un demi-million d’âmes.
- Proportion des sexes en 1850 : race blanche.
- Sexe féminin..................... 20,643............... 1
- Sexe masculin..................... 148,590............ 7
- Si l’on.avait retranché les enfants des deux sexes, qui
- 44
- INTRODUCTION.
- p.689 - vue 314/0
-
-
-
- 690 FORCE PRODUCTIVE
- sont en nombres égaux, il ne serait pas resté parmi les
- natifs des États-Unis une femme pour neuf hommes.
- Parmi les étrangers, sur 42,119 émigrés, il y avait seulement 4,955 femmes et filles de tout âge. Les mêmes observations se présentaient à leur égard qu’à celui des natifs de l’Amérique.
- Certainement, la population de Rome, au temps de Romulus, ne pouvait guère présenter en plus faible proportion te sexe féminin; mais, à moins d’aller aux îles Sandwich et dans la Polynésie, on ne voit guère où les Californiens pourraient chercher à ravir des Sabines.
- U existe pourtant à leur porte l’abominable colonie des Mormons, où les hommes s’arrogent le droit despotique d’avoir un nombre indéfini de femmes : c’est à la Californie de faire cesser à son profit cet infâme abus.
- Etat moral de la Californie.
- Ce qu’il faut se représenter, c’est la situation funeste dans laquelle doivent se trouver les mœurs d’une colonie naissante où règne l’absence presque absolue d’un des deux sexes. En définitive, le premier besoin moral de la Cali' fornie, c’est la formation des familles, On ne l’obtiendra qu'en favorisant, par tous les moyens honnêtes, l’immigration des femmes.
- Avec un aussi petit nombre de ménages régulièrement constitués qu’il s’en trouve en Californie, la population ne peut pas même suffire à sa reproduction. Sans immigra tions nouvelles elle diminuerait promptement, au lieu de s’accroître par elle-même avec cette puissance que nous avons admirée en parlant de tous les nouveaux États colonisés dans l’immense bassin du Mississipi.
- Si nous voulons nous former une idée du peuple de la Californie, il faut nous représenter cette foule d’individus
- p.690 - vue 315/0
-
-
-
- DES NATIONS. 691
- accourus de toutes les parties du monde, attirés par une immense soif de l’or. Il faut voir le plus grand nombre cherchant les, placers, qui renferment des graviers inégalement aurifères ; il faut les voir exerçant un métier chancejux, dont les trouvailles irrégulières donnent des profits énormes en définitive, mais inégaux, mais inconstants. De là leurs habitudes de dépense extrême lors des extrêmes profits ; et cette dépense, ils la réalisent par des débauches excessives. Dans les bourgs, dans les cités, et surtout à San-Francisco, surabondent les tavernes, les maisons de jeu, les lieux infâmes de toute nature, multipliés en raison du penchant à tous les désordres. Des chevaliers d’industrie, des femmes de mauvaise vie, sont jetés à travers ce pandémonium; et le crime sert de conséquence à tous les vices.
- Voilà la population appelée, dès 1849, à se donner une constitution. Fidèle à la coutume des Etats récents, elle adopte des principes ultra-démocratiques; elle se rit de la prudence ; elle affaiblit sur tous les points les moyens de réprimer les délits et les crimes; elle énerve la justice en faisant nommer, et nommer à court terme , les juges par les justiciables
- Les citoyens honnêtes, rebutés par l’abus extrême des élections, surtout quand tout le monde est électeur, se dispensent de voter. Alors, et c’est le propre de la Californie, des coalitions d’intrigants et de malfaiteurs redoublent d’.activité pour faire nommer magistrats leurs complices, ou du moins leurs complaisants serviles. Quand les fauteurs du désordre éprouvent une résistance à de telles élections, ils la brisent en expulsant les bons citoyens par des menaces, par des coups; ils poussent au besoin leurs excès jusqu’à l’assassinat.
- Remarquons, toutefois, un caractère favorable à cette
- 44-
- p.691 - vue 316/0
-
-
-
- 692 FORCE PRODUCTIVE
- société, comparativement aux Espagnols qui, les premiers, exploitèrent les mines de l’Amérique. Ceux-ci s’emparèrent des Indiens, qu’ils firent travailler comme autant de bêtes de somme, avec des fatigues si grandes, que ces malheureux mouraient en nombre excessif.
- Ici les conquérants n’ont le droit d’employer les Indiens, civilisés ou non, qu’en les payant à prix librement débattu; ils ne peuvent leur imposer de labeur au-dessus de leurs forces, puisque les travailleurs ont toujours la liberté de cesser leur travail. Aussi, dès i852, voyons-nous 31,266 Indiens régulièrement, acquis à l’industrie, et dénombrés parmi les citoyens.
- Un autre élément extraordinaire de population est celui des Chinois. En i85o, ils 11’étaient que 660. Dès 1852 , ils sont au nombre de 9,809 ; et, trois ans plus tard, le gouverneur de la Californie fait entendre une singulière doléance : il affirme que les émigrants chinois ne sont pas moins de 60,000 , et s’en afflige. Il n’élève aucune objection contre les émigrants d’autres pays; mais il veut qu’on frappe d’un impôt l’entrée des fils du Céleste Empire : il demande qu’on les grève d’une taxe prohibitive.
- A cette attaque extraordinaire,les Chinois ont répondu par une défense que les Américains mêmes ont regardée comme un chef-d’œuvre de logique et de bon sens. Dans un Etat libre, ils ont plaidé leur cause en repoussant une loi d’exception contraire au droit des gens; car ce droit veut que les étrangers de toutes les nations amies soient traités sur le pied de l’égalité. Le gouverneur, réduit au silence, n’a pas insisté pour obtenir une mesure odieuse que réprouvaient tous les principes.
- Mais les mineurs américains, jaloux des Chinois habiles, économes, expérimentés, les ont plus d’une fois assaillis. Des meurtres s’en sont suivis, des meurtres impunis,
- p.692 - vue 317/0
-
-
-
- DES NATIONS. 693
- comme îe sont en trop grand nombre les assassinats d’indiens, d’Européens et même de natifs américains.
- Bien d’autres crimes ont été commis contre les étrangers de toute origine et contre les Américains ; or, ces crimes, une magistrature faible, corrompue et parfois complice, les tolérait sans pudeur.
- Action suprême d’un Comité de Vigilance.
- L’excès du mal a fini par inspirer le désir d’y trouver un remède souverain. Alors s’est formée l’association devenue célèbre sous le nom de Comité de Vigilance. Des citoyens considérables, honorés et dignes de l’être, ont été choisis par la partie encore honnête de la population pour assurer le châtiment des crimes qu’une magistrature ou lâche ou coupable laissait sans répression. En même temps, un citoyen de grand courage a su faire servir la presse périodique pour signaler le crime et le vice qui levaient insolemment la tête. Un des coupables, furieux de se voir démasqûé, aborde en plein jour l’écrivain dans une rue de San-Francisco, le tue d’un coup de ré-volver et se sauve en prison. Il s’y réfugie, non pour commencer à subir sa peine, mais pour profiter de l’asile officiel honteusement offert aux malfaiteurs impunis.
- Alors le Comité de Vigilance fait un appel à tous les citoyens honnêtes et leur donne des armes; il occupe en bon ordre les lieux publics; il se fait livrer d’autorité le prisonnier réfugié, le juge avec solennité, le condamne à mort; enfin, il lui fait subir le dernier supplice, en présence d’un peuple immense, rassuré par un tel acte.
- Le gouverneur de la Californie se plaint au président de l’Union; réponse est faite que les forces fédérales ne seront pas employées contre le Comité de Vigilance.
- Voilà, par conséquent, une république régie temporai-
- p.693 - vue 318/0
-
-
-
- 694
- FORCE PRODUCTIVE
- rement, non point par un dictateur, mais par une dictature collective. Rien n’est plus grave que la proclamation de cette magistrature improvisée dans le dessein de rendre aux lois leur force sacrée. Ce but une fois atteint, le crime rendu moins fort que la justice, le Comité s’est dissous de lui-même. Ses membres, alors, n’ont pas craint individuellement la responsabilité d’un pouvoir extrême, assumé du consentement général et salutairement exercé : car c’était le vœu des vrais citoyens, qui voulaient que la justice fût autre chose qu’un vain nom sur la terre.
- Nous allons parcourir l’immense Amérique du centre et du sud : nous y verrons d’autres républiques souillées aussi par l’impunité du crime ; nous n’y trouverons nulle part un Comité de Vigilance pour ramener les citoyens à la vertu, quand elle est oubliée par la magistrature.
- CONSIDÉRATIONS FINALES SUR LES ETATS-UNIS.
- Nous avons fait remarquer, dès le principe, l’accroissement régulier et considérable qu’a présenté la population des Etats-Unis depuis son premier dénombrement authentique. Cette population double en 2 3 ans et demi; elle quadruple en 47 ans; elle octuple en 74 ans; au bout d’un siècle elle s’accroît dans le rapport miraculeux de 1 à 19. En suivant la loi de cette progression, nous trouvons aux deux extrémités du xixe siècle :
- Pour l’année 1800................ 5,306,925 habitants.
- Pour l’année 1900............. 101,370,240
- A cette dernière époque, voici quel sera le rapport entre le territoire et la population :
- Superficie actuelle................. 757,500,098 hectares.
- Population en 1900.................. 101,370,240 habitants.
- Territoire pour mille habitants....... 7»473 hectares.
- p.694 - vue 319/0
-
-
-
- DES NATIONS. 695
- Même après l’accroissement prodigieux qu’aura produit îe xix® siècle, la population des Etats-Unis restera cinq fois moins condensée qu’en France. Elle sera très-éloignée de pouvoir cultiver tout le territoire quelle possède aujourd’hui; elle n’aura pas atteint le terme où l’on peut supposer que la moindre difficulté de subsister commence à ralentir le peuplement. Il ne faut pas nous arrêter à ce premier progrès.
- Avant d’étendre plus loin nos considérations sur l’avenir, montrons la progression actuelle des habitants, progression continuée pour le xixe siècle et pour le xxe.
- TABLE DE PEUPLEMENT DES ÉTATS-UNIS AU XIXe ET AU XX' SIÈCLE.
- ANNÉES. XIXe SIÈCLE.
- 1800 5,305,925
- 1810 7,126,498
- 1820 ; 9,571,744
- 1830 12,856,003
- 1840 17,267,504
- 1850.... 23,191,876
- 1860 • 31,151,481
- 1870 41,838,508
- 1880 56,192,802
- 1890 75,473,697
- 1900 — 101,370,240
- ANNÉES. XXe SIÈCLE.
- 1900 101,370,240
- 1910 136,152,500
- 1920 182,859,100
- 1930 245,615,250
- 1940 329,908,000
- 1950 443,083,300
- 1960 595,114,000
- 1970 799,309,500
- 1980 1,073,560,100
- 1990 . 1,441,933,000
- 2000 1,936,893,000
- Un simple coup d’œil jeté sur la progression du xxe siècle suffit pour montrer que les États-Unis arriveraient bien vite à se trouver à l’étroit, s’ils n’agrandissaient
- p.695 - vue 320/0
-
-
-
- 696 FORCE PRODUCTIVE
- pas leur territoire. C’est ce qu’ils ont fait, à cinq reprises
- diverses, dans la première moitié du xix* siècle.
- L’extrême embarras sera de trouver des territoires assez vastes pour permettre un peuplement si prodigieux, et le permettre en si peu d’années. Voici peut-être un moyen qu’on entrevoit.
- Avec l’approbation au moins tacite de leur Gouvernement, les ministres plénipotentiaires des Etats-Unis auprès de trois grandes nations ont fait paraître il y a quatre,ans un délibéré collectif qui transforme, ou plutôt qui supprime un point important du droit des gens. Cet acte établit que la puissante république, vu la rare convenance, a droit de prendre un grand pays d’Amérique moyennant indemnité, soit volontaire, soit forcée : c’est la théorie d’une application déjà faite pour le Texas, pour la Floride, pour la Californie, pour le Nouveau-Mexique, pour les territoires des Indiens, etc., etc. Cette expropriation de pays indépendants, pour cause d’utilité conquérante, audacieusement préconisée, a si peu reçu l’improbation du peuple des États-Unis, que ce peuple a nommé président de l’Union le plus estimé, le plus renommé des trois plénipotentiaires.
- Nous supposerons, comme une fiction, que les États-Unis, poussés par le désir ardent de ne pas ralentir la vitesse de leur peuplement, mettront en pratique cette théorie des expropriations territoriales et l’appliqueront au continent américain. Nous admettrons toutefois qu’ils n’essayeront pas d’exproprier l’Angleterre, et surtout par force, dans l’Amérique du Nord ; le midi leur suffira.
- Malgré toute l’énergie de leurs agriculteurs, les Etats-Unis n’ont pas défriché 2 hectares par habitant.
- Nous pensons qu’à h hectares par personne, la terre fournissant au delà des besoins avec une grande abon-
- p.696 - vue 321/0
-
-
-
- DES NATIONS. 697
- dance, îa progression du peuplement représentée dans la table, page 695, ne sera pas diminuée.
- A ce compte, le territoire actuel de l’Union, sans ralentir cette progression, nourrira 190,160,000 habitants. La table citée fait voir que les Etats-Unis atteindront ce nombre d’habitants dès l’année 1922.
- Afin de suffire aux progrès immédiatement consécutifs, nous prendrons, ensemble ou successivement, ce qui n’a pas encore été pris du Mexique et de l’Amérique centrale, pour l’exproprier, l’annexer, l’absorber. Nous obtiendrons un nouveau territoire de 257,770,000 hectares. Ce sera le moyen d’ajouter à la population 64,425,780 âmes; toujours à quatre hectares par personne. Avec cette addition territoriale le peuplement continuera, sans se ralentir, jusqu’à 254,585,700 habitants.
- La table de population nous fait voir que les Etats-Unis atteindront ce terme dans l’année 1962. De 1922 à 1932, en dix ans, le flot progressif et continu du peuplement aura suffi pour couvrir le Mexique et l’Amérique centrale, et pour y faire monter la population au même niveau que dans le vaste ensemble des Etats-Unis.
- L’Amérique centrale et le Mexique absorbés, il ne restera plus à prendre que l’Amérique du Sud : conti-nentimmense qui donnera 1,934,271,000 hectares. Cet accroissement, à quatre hectares par personne, pourra suffire à 483,568,000 consommateurs. En le joignant aux 254,585,750 hectares obtenus par l’annexion dq Mexique et de l’Amérique centrale, il pourra suffire à l’accroissementtotalreprésentépar738,153,75ohabitants.
- Notre table de peuplement fait voir qü’en 1967 les Etats-Unis présenteront cette population, égale aux trois quarts du nombre qu’atteint aujourd’hui l’universalité du
- p.697 - vue 322/0
-
-
-
- 698 FORCE PRODUCTIVE
- genre humain. Cent dix années, à partir de i85j, suffiraient à cet incomparable envahissement.
- Quelques personnes, peut-être, auront le désir de connaître de quelles sommes fabuleuses il faudrait payer les territoires de tout un monde exproprié, de force ou de gré, suivant les idées américaines.
- Supposons que l’abnégation des peuples prenne pour base d’estimation les i5 millions de dollars ou 80 millions de francs payés de gré à gré pour la Louisiane à Napoléon Ier; nous trouvons alors qu’il faudrait solder :
- Pour le Mexique et l’Amérique centrale.. 92,773,100 francs
- Pour l’Amérique du Sud.............. 588,337,65o
- Total............ 681,110,750
- Huit à dix années de surplus disponible des droits protecteurs aujourd’hui perçus par la douane fédérale suffiraient à parfaire cette somme. L’ex-président des États-Unis déclarait itérativement ne savoir que faire de ce surplus, qui semblait à la fois l’embarrasser et l’affliger.
- Si l’on trouvait l’estimation par trop modeste, on pourrait la doubler, la tripler, la quadrupler même; trente à quarante ans de revenu surabondant, donné par les droits protecteurs, payeraient l’annexation.
- Et si les races occupantes, sous prétexte de propriété, se refusaient à de pareils arrangements, la force, comme l’ont exprimé si bien trois Citoyens Plénipotentiaires, la force alors saurait y pourvoir.
- Le xixe et le xxe siècle pourraient, de la sorte, offrir le spectacle d’une seconde invasion de l’Amérique, accomplie, non plus sur des idolâtres plus ou moins sauvages, mais sur des chrétiens redescendus, par l’anarchie, vers l’enfance des peuples faibles.....et dévorés.
- p.698 - vue 323/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 699
- J’ai voulu montrer, par cet exposé, comment la puissance productive d’une nation pourrait passer, en cent soixante et sept années, de 5 millions d’âmes à y38 millions. On remarquera que je fais, ai-je besoin de le dire, abstraction du droit et de la justice, ainsi que des obstacles que le genre humain tout entier pourrait opposer au plus extraordinaire et, si l’on veut, au plus chimé-rique de tous les envahissements.
- Les obstacles seront l’histoire de l’avenir. Notre devoir, ^ présent, est seulement de mesurer le progrès possible de la plus grande force productive dont l’ambition des hommes ait jamais offert le spectacle.
- DE LA NAVIGATION PENDANT LA PAIX ET PENDANT LA GUERRE.
- Les nations maritimes doivent aux Etats-Unis des services de premier ordre. Us ont offert les exemples les plus remarquables de navires à voiles, construits pour remplir les conditions de la plus grande vitesse et du plus grand chargement, proportion gardée avec la force des équipages. Leurs bâtiments légers et de plaisance ont remporté le prix en luttant contre les yachts anglais dans le concours ouvert, en i85i, sur la rade de Portsmouth.
- Les États-Unis, dans le demi-siècle dont nous écrivons l’histoire, ont fait présent aux nations de la marine à vapeur1. Cette innovation, si précieuse pour l’univers, 1 était pour eux plus que pour tout autre pays. Par elle hs‘ont pu suppléer à l’absence des routes sur un immense territoire ; par elle est devenue presque aussi facile la remonte que la descente de ces vastes fleuves, le Mis-sîssipi, le Missouri, l’Ohio, l’Hudson, le Saint-Laurent, etc. et la navigation de quatre mers intérieures.
- 1 Voir, pour l’histoire de cette marine, le rapport du VIIIe Jury.
- p.699 - vue 324/0
-
-
-
- 700
- FORCE PRODUCTIVE
- TONNAGES COMPARÉS, VOILES ET VAPEUR, DEl823Àl855.
- NAVIRES
- ANNEES. '
- Tonn.
- Tonn.
- 24,879
- 1,311,637
- 1,701,934
- 101,850
- 1,504,300
- 193,424
- 1,802,216
- 236,867
- '1,921,735
- 427,891
- 2,723,151
- 3,892,912
- ' 655,240
- 1,656,761
- Les Etats-Unis ont proclamé très-haut ce résultat vraiment extraordinaire que, dès 1853, le tonnage total de leur navigation commerciale surpassait celui du Royaume-Uni. J’ai pensé qu’il était utile de distinguer entre la navigation extérieure ou de long cours et la navigation intérieure ou côtière. Dans cette vue, j’ai dressé le tableau suivant, sur lequel j’appelle toute l’attention du lecteur :
- PARALLÈLE DES MARINES COMMERÇANTES, ETATS-UNIS ET ROYAUME-UNI : l855-
- PUISSANCES MARINE INTÉRIEURE. MARINE EXTÉRIEURE.
- COMPARÉES. VOILES, VAPEUR. VOILES. VAPEUR.
- Etats-Unis Tonn. 1,865,212 808,925 Tonn. 665,724 64,695 Tonn. 2,647,642 2,951,509 252,597 Tonn. 116,886 228,864 17,937
- Royaume-Uni.
- Idem. Possessions extérieures. .
- p.700 - vue 325/0
-
-
-
- DES NATIONS. 701
- Il faut, avant tout, remarquer que les Anglais, dans leur commerce intérieur, n’enregistrent que le cabotage; ils s’inscrivent pas la navigation des rivières et des lacs.
- En vain dira-t-on qu’en cas de guerre, du côté des États-Unis, les navires à vapeur des rivières et des fleuves pourraient prendre la mer et servir de corsaires: c’est une erreur. Des hôtelleries flottantes, construites avec une extrême légèreté, ne résisteraient pas aux rudes tempêtes de l’Océan. A l’égard des navires à vapeur que les Etats-Unis emploient sur les grands lacs, la sortie par le Saint-Laurent leur serait interdite en cas de guerre contre le Hoyaume-Uni. C’est sur ces lacs mêmes qu’ils pourraient disputer la prépondérance avec le plus d’avantages.
- Resteraient donc les navires actuellement employés sur les deux Océans. Pour ceux-ci, la supériorité demeure encore à la Grande-Bretagne; mais, du côté des Etats-Unis, l’accroissement est beaucoup plus rapide. Avant dix ans les deux marines extérieures seront égales.
- LA LIBERTÉ DES MERS ET LES CORSAIRES.
- L’indépendance conquise, les États-Unis étaient maîtres chez eux; mais les Anglais restaient maîtres sur la mer, et maîtres despotiques.
- Les guerres de notre première révolution n’avaient fait qu’augmenter la supériorité maritime de l’Angleterre. Cette puissance ayant poussé jusqu’à l’excès contre les neutres l’exercice de ce qu’elle osait appeler son droit de visite, les États-Unis préférèrent la guerre. Us souffrirent, proportion gardée, plus de mal qu’ils n’en firent; mais ils en firent assez pour fatiguer leurs antagonistes. On signa la paix, et cette paix, pour les États-Unis, c’était la liberté des mers. Une telle liberté n’obtint d’abord de garantie qu’à leur égard ;
- p.701 - vue 326/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 702
- mais elle se trouvait inaugurée comme un principe, objet des vœux de tous les peuples : la force des choses en fit jouir l’univers.
- Le traité de Paris du 3o mars i856 consacre authentiquement le droit général des neutres; il abolit, entre les États européens, l’odieuse guerre de corsaires.
- L’Angleterre ayant invité les Etats-Unis à renoncer également, en cas de guerre, à l’usage de la course, ceux-ci répondirent par une contre-proposition qui ne laisserait rien à désirer aux amis de la civilisation : ils demandèrent que les navires de commerce ne pussent être capturés, ni par des corsaires privés, ni par les navires de l’Etat, agissant comme des corsaires. Déjà la Russie s’empresse d’accéder à cette proposition. Dès qu’il s’agit d’une idée civilisatrice et généreuse, qui pourrait douter de la France ?
- Mais voici qu’en Angleterre s’élèvent déjà des regrets sur le premier pas; et les Etats-Unis, craignant que leur proposition ne fût acceptée, ont annoncé qu’ils la retiraient! Nous nous en affligeons profondément.
- INFLUENCE DU COTON SUR LA GUERRE ET LA PAIX.
- Un des phénomènes les plus étonnants opérés par le commerce des cotons, c’est d’avoir rendu l’Angleterre craintive et presque pusillanime vis-à-vis des États-Unis; c’est en même temps d’inspirer à ces derniers une confiance qui dépasse toutes les bornes quand il s’agit d’affronter l’Angleterre. Il importe au repos du monde d’examiner si les deux puissances voient juste ou se trompent en même temps. Je prends pour point de départ i853, la dernière année de paix universelle.
- p.702 - vue 327/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 703
- Commerce d’exportation :
- 585,o3o,2oo francs. x,oi 4,836,ooo 817,822,550 2,473,344,525
- Proportions pour un million d’exportations totales :
- Etats-Unis : Cotons en laine.............. 576,480 francs.
- hoy.-Uni : Cotons ouvrés.................. 33o,655
- Donc une guerre entre les États-Unis et l’Angleterre compromettrait 58 p. 0/0 des exportations de la première puissance et 33 p. 0/0 seulement de la seconde. Eh bien ! la première, celle qui risquerait le double, semble inaccessible à la crainte, et c’est la seconde à qui l’appréhension semble ravir le sangfroid! Pourquoi ce contraste ?
- Parmi les États-Unis, ceux du midi sont les possesseurs des esclaves qui produisent le coton nécessaire aux Anglais ; ils feraient volontiers la guerre à l’inconséquente métropole, qui les accable d’injures pour un esclavage dont elle est la première à faire son profit. En même temps, les États du nord, devenus grands manufacturiers, songent que les combats éloigneraient de leur marché national le concurrent aujourd’hui le plus redoutable.
- Supposez, d’un autre côté, que la guerre fasse souffrir les cités cotonnières de l’Angleterre et de l’Écosse; supposez seulement que la guerre leur donne la simple pear de souffrir ! Cela suffira pour que leurs représentants à la Chambre des communes attaquent à tout instant, à tout propos, le ministère ; ils l’attaqueront avec une loquacité de commis voyageurs, avec des sophismes de marchand, qui lui rendront l’existence insupportable.
- Voyez ce qui vient de se passer pendant deux années
- Etats - Unis.
- boy. - Uni.,
- Cotons en laine .. .. Exportations totales..
- Cotons ouvrés.......
- Exportations totales.
- p.703 - vue 328/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 704
- de la guerre la plus populaire dans la Grande-Bretagne : certains représentants du négoce n’ont pas laissé passer une occasion, un prétexte, sans prendre le parti de la Russie. La sombre Cassandre, de prophétique mémoire, annonçait à Troie moins de malheurs ! et pourtant la victoire, au lieu de la défaite, démentait ces prédictions malveillantes; mais, démenties à tout instant, elles ne cessaient jamais. Qu’aurait-ce été si les députés de trente villes manufacturières avaient parlé pour attester des maux réels ou des souffrances probables? C’est ce torrent de cupidités effarées que redoute le ministère, et qui parfois le rend timide vis-à-vis des États-Unis.
- Les Américains sont informés parfaitement de l’appréhension qu’ils inspirent; cela redouble leur assurance et les pousserait au besoin jusqu’à la témérité. Montrons ce que les Anglais devraient ne pas appréhender dans une guerre avec leurs fiers antagonistes.
- Leur principale terreur est, suivant moi, la moins fondée. Ils craignent que cette guerre les prive du coton indispensable à la vie de leurs fabriques, à la prospérité de leur commerce. Ils oublient qu’à l’instant même où l’Américain des États-Unis ne pourrait plus aborder en Angleterre, il enverrait ses cotons au Havre, à Anvers, à Rotterdam et dans tous les ports du Nord. Il se servirait des navires neutres pour faire arriver directement dans les ports du Royaume-Uni ces mêmes cotons en laine, et livrer en retour à l’Amérique les cotons ouvrés de l’Angleterre.
- Sans doute cette intervention des tiers ferait payer un peu plus cher à la Grande-Bretagne la matière première ; aux États-Unis, les produits du tissage. Mais de tels renchérissements n’étouffent pas le commerce entre des nations opulentes; il suffit que les unes aient aussi besoin de vendre que les autres d’acheter.
- p.704 - vue 329/0
-
-
-
- DES NATIONS. 705
- La grande, la très-grande perte des Etats-Unis serait la suppression soudaine des six septièmes de leur navigation, perte que l’Angleterre n’éprouverait pas à beaucoup près au même degré.
- Lors de la guerre de 1812, 1813 et 1814, ce sont les Etats-Unis dont le commerce d’exportation a souffert incomparablement davantage; en voici la preuve :
- Exportations comparées des produits nationaux.
- États-Unis. Grande-Bretagne.
- 1811 .......... 327,422,000 fr. 810,241,775 fr. Paix.
- 1812 .......... 204,269,000 1,081,793,935 )
- 1813 .......... 148,761,000 » /Guerre.
- i8i4-*-.......... 37,259,500 i,4i5,605,725 )
- i8i5............ 280,765,000 1,524,576,575 Paix.
- Dans ce parallèle remarquable, on voit jusqu’à quel point une •guerre entre l’Angleterre et les États-Unis fait tomber les exportations américaines, tandis quelle permet un grand accroissement des exportations anglaises. Le souvenir du passé ne devrait donc pas effrayer si fort les fabricants britanniques.
- Ce qui les préoccupe aujourd’hui, vu l’énorme quantité de leurs produits qu’ils vendent à l’Union américaine, c’est que l’Union pourrait, comme pendant la guerre de l’indépendance, s’abstenir de les consommer! Cet héroïsme serait rare; mais il n’est pas impossible, et ferait frémir la passion des échanges.
- Le maximum des produits anglais vendus aux États-Unis s’est élevé, en 1853, à 591,460,676 francs.
- Ce qu’il faut dire, c’est qu’une lutte maritime entre la Grande-Bretagne et les États-Unis occasionnerait des deux côtés des pertes graves, qui doivent rendre circonspectes
- 45
- INTRODUCTION.
- p.705 - vue 330/0
-
-
-
- 706 FORCE PRODUCTIVE
- les deux nations. Mais, je le répète, proportion gardée avec l’étendue des commerces respectifs, les pertes seraient plus grandes encore du côté des plus confiants.
- INFLUENCE DES ÉTATS-UNIS SUR LES AUTRES NATIONS.
- Combien est petit le nombre des peuples dont les travaux, le caractère et les institutions exercent sur le genre humain une action sympathique et dominante ! L’imitation qu’ils commandent fait le bonheur de la terre, si leurs exemples sont utiles à l’humanité ; elle se change en fléau lorsqu’elle est viciée par de mauvaises passions.
- Les États-Unis, dès l’origine, ont pris leur place entre les nations qui portent au loin l’influence de leurs intérêts, de leurs sentiments et de leurs idées. Arrêtons nos regards sur les phases déjà si diverses de cette influence.
- Ap rès que les Anglais eurent conquis le Canada dans le nouveau monde et le Bengale dans l’Inde, vainqueurs, sur toutes les mers, on les crut arrivés au faîte d’une puissance irrésistible. Quel ne fut pas l’étonnement des nations, quand elles virent les colons de l’Angleterre, peu nombreux, peu riches encore et disséminés sur les bords de l’Atlantique, résister à la métropole ainsi triomphante et, d’une main hardie, assigner des limites à l’autorité suzeraine, qui n’en voulait pas reconnaître ! L’étonnement redoubla quand on vit ces colons réclamer pour eux la loi de la terre, the law of the land, sur le sol américaint comme ils l’auraient réclamée sur le sol britannique; demander, redemander leurs droits de citoyens, de communes, d’Etats mêmes; prendre les armes pour resserrer dans les bornes légales un gouvernement octroyé d’outremer; ce gouvernement, le juger en quelque sorte sur le champ de bataille, et le déposer pour usurpation incorrigible de pouvoirs; proclamer, avec une solennité calme
- p.706 - vue 331/0
-
-
-
- 707
- DES NATIONS, et réfléchie, leur indépendance de peuple, à la face des hommes, en présence de Dieu; rester maîtres de leurs âmes, malgré les emportements et les tumultes d’une immense guerre civile; conserver entre eux le respect de tous les droits et cet empire de la loi pour lequel ils combattaient; s’organiser aussi paisiblement en républiques autonomes qu’ils s’étaient formés en municipes (townships), en cités, en comtés; enfin, pour acte suprême,vconstituer leur unité nationale par une Confédération qui, dès sa uaissance, a mérité l’admiration du monde.
- L’alliance internationale avait d’abord été conçue par treize États, moins populeux ensemble que ne le sont aujourd’hui les cantons de la modeste Helvétie. Par degrés, elle a reçu dans la commune association dix-huit nouveaux États, qui couvriraient six fois la France. Elle en a réglé l’accession, sans éprouver plus d’obstacle que d’ajouter pour chaque fois une étoile égalitaire au champ d’azur de sa bannière fédérale. Agrandie, fortifiée de la sorte avec un même succès pour les temps, pour les lieux et pour les hommes, en deux tiers de siècle elle a passé de trois millions à vingt-sept millions de confédérés, soumis par leur volonté propre à trente et un gouvernements indépendants, libres et toujours États-Unis.
- Le spectacle sublime du droit invoqué, défendu contre Li force oppressive, de l’héroïsme déployé pour rendre Ce droit vainqueur, et de la sagesse conservée même après ^ victoire, ce spectacle devint pour l’univers l’objet d’un enthousiasme saisissant et contagieux. On s’arrêtait aux résultats : on adorait le triomphe, on dédaignait don approfondir la cause à la fois première et finale. Cette cause est le respect sacré des lois; respect qui les fait exécuter et qui leur donne la durée, quelle que s°it la forme du gouvernement; respect qui tient avant
- 45.
- p.707 - vue 332/0
-
-
-
- 708 FORCE PRODUCTIVE
- tout au caractère national. Voilà ce qu’on n’aperçut pas. On prit pour le succès de la démocratie, si mobile en elle-même, le succès personnel d’une race persévérante par nature, d’une race qui sait donner une stabilité pareille, en Europe à la monarchie aristocratique et constitutionnelle, en Amérique à la république populaire. On ne voulut pas se demander comment la même race qui s’était efforcée, sans pouvoir y réussir, d’organiser la démocratie sur le vieux sol britannique au xvne siècle1, l’organisait paisiblement au xvme et la déroulait sans efforts sur la table rase d’un monde nouveau. On s’imagina qu’au sein d’antiques nations où, depuis tant de générations, l’égalité de l’âge d’or n’existait plus dans les rangs ni dans les services, il suffisait de proclamer tout à coup, par contrat, par Déclaration des droits, la félicité politique et morale empruntée des niveleurs, disons mieux, des nivelés d’Amérique. On oublia, surtout en France, que les États-Unis, quand ils voulurent organiser un système aujourd’hui séculaire, n’avaient pas débuté par l’incendie des châteaux au nom de la paix des chaumières, pour terminer par le supplice des grands de la terre, puis des hommes les plus illustres, puis des moindres notables, jusqu’à ceux dont la tête apparaissait de quelque chose au-dessus du plus bas niveau. Pour comble d’inconse-
- 1 II faut voir dans Montesquieu l’admirable passage où sa vue d’aigle pénètre les profondeurs de cette difficulté : « Ge fut un assez beau spectacle, «dans le siècle passé, devoir les efforts impuissants des Anglais pour était bîir parmi eux la démocratie. Comme ceux qui avaient part aux aflfaireS « n’avaient point de vertu, que leur ambition était irritée par l’ambition de « celui qui avait le plus osé (Cromwell), que l’esprit d’une faction n était «répriméque par l’esprit d’une autre, que le gouvernement changeait sans
- «cesse, le peuple étonné cherchait la démocratie et ne la trouvait nulle « part. Enfin, après bien des mouvements, du choc et des secousses, il fallu* « se reposer dans le gouvernement même qu’on avait proscrit. » ( Liv. IR » chap. ni, Du Principe de la Démocratie. )
- p.708 - vue 333/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 709
- quence, parmi les proscrits d’une telle époque on rangea tous les partisans des idées honnêtement et purement américaines.
- Lorsque l’Europe, repue de sang, commence à respirer, Washington descend au tombeau, laissant après lui, sans atteinte et sans tache, la gloire et les institutions de sa patrie. L’ancien monde se joint au nouveau pour illustrer ses funérailles. De notre côté de l’Atlantique, elles sont célébrées par cette monarchie du Consulat qui s appelait république; et le Consulat, dédaigneux de lui-même, aspirait à disparaître, quoiqu’il méritât de vivre à jamais.
- Une dernière fois chez nous, en 1848, les représentants les mieux avisés du nouveau renversement des lois font un appel au système américain. Ils y puisent l’unité du Président et la durée de ses fonctions; mais ils écartent une condition qu’exigeait avant tout le succès de leur entreprise , c’est la balance de deux Conseils : l’un de sa nature plus ardent et plus populaire; l’autre plus sage, moins transitoire et plus fait pour commander le respect. Quelques amis de la vérité démontrèrent à la tribune la nécessité de cet équilibre, en invoquant la grande expérience de trente États transatlantiques. Il me parut naturel que Pareille opinion fût étouffée par les clameurs de ces amis étranges de la liberté qui ne chérissent que la liberté d’opprimer; mais rien n’égala ma surprise quand je vis jusqu’au fds de Lafayette, le pupille de Washington, repousser, par amour de la république, un sénat imité des Etats-Unis !.... Dès cet instant, je compris que le prosélytisme , auparavant si redouté, des mœurs et des lois américaines était pour toujours impuissant en Europe.
- Lorsque le Prométbée de Sainte-Hélène, enchaîné sur son rocher, interrogeait l’avenir des nations, d’un côté de
- p.709 - vue 334/0
-
-
-
- 710
- FORCE PRODUCTIVE
- l’Atlantique il voyait les monarchies qui s’étaient faites ses geôliers, et qui le redoutaient presque autant quelles redoutaient leurs propres peuples; de l’autre, il voyait les Etats-Unis dont les institutions se propageaient dans le nouveau monde par la voie sans appel des insurrections. Alors il faisait entendre cette sentence menaçante contre les royautés de l’ancien monde : a Avant un siècle, l’Europe sera République ou Cosaque»... Près de la moitié de ce siècle est écoulée, et déjà, pour réaliser la célèbre prédiction , la République et le Cosaque ont fait tour à tour un immense essai de leurs forces : tous les deux ont échoué. Le Slave du Nord a perdu l’espoir d’asservir même l’Orient, même l’Islam; et la république insurrectionnelle, avortée du Tibre au Danube, cette république, afin de se rendre moins possible que jamais, ne proclame plus d’autres conditions d’existence que le renversement de l'état social : c’est la civilisation quelle menace, en désespoir de cause! Elle n’a plus rien de commun avec les Etats-Unis et leur sagesse primitive : sagesse dont il faut signaler les bienfaits incomparables.
- Pendant soixante ans, après le traité de 1783, si nous exceptons quelques mois d’une lutte navale que les États-Unis soutinrent pour la plus noble des causes, ils recueillirent tous les fruits de leur fnodération et de leur amour de la paix. Aucun de leurs hommes éminents ne périssait dans les émeutes ni dans les supplices; pas de proscrits, pas d’exilés; toutes les forces humaines étaient tournées vers le développement d’une industrie infatigable, et nous avons mesuré la grandeur de cet admirable développement; pas une propriété n’était menacée; pas le moindre labeur n’était perdu pour la richesse nationale. Pendant ce temps, l’ancien monde dilapidait en sacrifices militaires plus de quatre-vingts milliards; versait
- p.710 - vue 335/0
-
-
-
- DES NATIONS. 711
- le sang d’environ quatre millions de combattants ou de victimes; enfin, se dévastait lui-même par ses guerres extérieures ou civiles et par des révolutions fondées sur un parfait mépris des lois.
- Au milieu de ces infinies divergences et de ces imitations dérisoires, au milieu d’un si grand nombre d’expé-nences manquées, puis réprouvées, on peut voir combien est rare ici-bas la qualité qui distingue le plus les citoyens des États-Unis : la constance. On s’explique ainsi leur confiance à prédire la durée sans terme des institutions qu’ils se sont données une fois, pour les défendre toujours.
- La vertu présente.
- Cependant une imperfection, légère en apparence, a déjà porté des atteintes profondes à la stabilité de l’édifice américain. Dans un système où l’on a voulu que la loi fût tout, nous avons vu qu’un grand fonctionnaire, le Président, est créé pour conserver l’unité dans la force collective. On se rassura contre la peur de trop favoriser l’autorité en n’élisant que pour quatre ans ce magistrat suprême ; en n’eut pourtant pas le soupçon qu’il fût prudent de mettre obstacle à toute réélection. Celle de Washington c’avait pu paraître qu’un avantage, et presque un devoir; elle s’opéra d’elle-même, par la candidature indivise de la gloire et de la vertu. Mais les élections qui suivirent devinrent le but de l’intrigue, et qui pis est de la corruption.
- Le croira-t-on? c’est au célèbre Jefferson, qui s’efforça de rendre plus démocratique encore une absolue démocratie , c’est à ce politique si puritain qu’il faut rapporter, dès l’origine du siècle, le plus déplorable système. Intègre, austère, et n’ayant jamais pratiqué la moindre malversation, il pensa que le Président pouvait devenir le dispensateur sans scrupule de tous les emplois fédé-
- p.711 - vue 336/0
-
-
-
- 712 FORCE PRODUCTIVE
- raux, et qu’il devait rendre ces emplois le prix des votes donnés pour lui : tant son orgueil envahissait sa conscience ! et tant il faisait du choix de sa personne le grand intérêt de l’État, qui passe avant tous les autres !
- Ce fut le venin public injecté dans les veines du corps social ; il s’y propagea tel qu’une épidémie universelle, et qui devint permanente. Aujourd’hui cette corruption s’exerce comme une habitude invétérée, comme un droit acquis de l’ambition, en plein soleil de liberté, à la face d’un grand pays. Aujourd’hui la suprême présidence, le fleuron le plus précieux de la couronne fédérale, est vendue pour un emploi minime par l’électeur minime aussi; elle est vendue pour les emplois importants par les directeurs des combinaisons électorales. On ne s’excuse pas en prétextant qu’il s’agit d’un grand homme à porter, à continuer au pouvoir; on a la même impudeur quand il s’agit de promouvoir ou de conserver la médiocrité vulgaire.
- Arrêtons-nous à ce spectacle qu’aucun Etat libre n’a jamais présenté : tous les quatre ans est jeté sur le tapis franc de la fédération l’enjeu sans bornes de toutes les positions officielles, depuis celles des ministres et des ambassadeurs jusqu’aux dernières agences de la douane, de la poste et de la finance.
- Les personnages publics les plus éminents et les plus ambitieux n’attendent pas l’expiration des quatre ans qui bornent le cycle de leur carrière officielle. Les uns quittent leurs ambassades, les autres leurs portefeuilles, au moins une année d’avance : les voilà candidats. Ils viennent veiller à la mêlée des partis, afin d’en faire sortir leur triomphe personnel.
- Au milieu de ces agitations, un Président, s’il n’est pas un ange, et l’ange à présent ne serait pas éligible, un President médite avant tout sa réélection; il administre, d
- p.712 - vue 337/0
-
-
-
- 713
- DES NATIONS.
- gouverne dans cet esprit. Il étudie les instincts populaires et les emportements du jour, surtout dans la dernière année. Une question d’esclavage a-t-elle la majorité? il s’en fera le défenseur. Pour plaire aux passions qui surgissent, fallût-il mettre en péril la paix entre les nations, il serait prêt, et son ambition n’y faudrait pas. Il peut devenir ainsi l’agitateur, le corrupteur de son pays, au lieu d’en être le modérateur et le mentor.
- Le premier et le plus sage entre tous les Présidents avait posé, comme un principe tutélaire, que les Etats-Unis ne devaient point prendre part aux guerres des autres nations. Il trouvait assez vaste un ensemble de territoires qui représentaient déjà quatre fois autant de pays que la France entière. Général et victorieux, il repoussait comme un danger, qui souvent mène au crime, la passion des conquêtes.
- Ses successeurs n’ont pas imité sa sagesse. La convoitise des possessions voisines est descendue dans les cœurs. Flatter cette ambition, et la rendre insatiable, devient un moyen de rallier des suffrages divisés sur tant d’autres points. On rougit des flibustiers; mais à peine leur succès au dehors est-il à demi décidé, on redouble pour eux de ménagements, de faveurs, et cela séduit les flibustiers de l’intérieur : ils ont des voix.
- Tous les quatre ans, de semblables moyens peuvent être reproduits, plus attrayants, plus dangereux pour la confédération. Peut-être y trouvera-1-on des sources ‘d’agrandissement; mais de ces sources jailliront des eaux empoisonnées, pleines de périls pour les libertés, l’existence et la gloire de cette grande Union. Dès qu’on la croira décidément cupide, usurpatrice et violente, elle cessera d’être un exemple révéré par le genre humain.
- En assignant des conditions d’existence aux diverses
- p.713 - vue 338/0
-
-
-
- 714 FORCE PRODUCTIVE
- formes de gouvernement, l’immortel auteur de l'Esprit des lois établit que le principe de l’institution républicaine est la vertu. Suivant ses préceptes, pour maintenir la durée des démocraties, il faut, dès quelles s’en écartent, les ramener à leur principe.
- Que dirait Montesquieu sur l’avenir illimité d’un faisceau de républiques où la vertu des citoyens fait place , pour le premier des choix, à la corruption universelle?
- Il est beau d’avoir le culte des institutions politiques; mais quand cette corruption en fait un culte de faux dieux, la foi devient un fétichisme, et l’idole finit par crouler sur ses pieds d’argile.
- Terminons en disant aux Etats-Unis : Désirez-vous la perpétuité de vos démocraties? Employez votre expérience et votre énergie po\ir les rappeler sans cesse à la vertu. Ce conseil est celui d’un ami sincère.
- ÉTATS AMÉRICAINS D’ORIGINE ESPAGNOLE.
- Après avoir suivi le progrès des Etats-Unis anglo-américains, étudions une autre partie du continent d’Amérique , partie qu’occupaient, au commencement du siècle, l’Espagne et le Portugal.
- Dans les premières années du xixe siècle, les seules possessions de l’Espagne en Amérique surpassaient en superficie les plus vastes Etats de la chrétienté. Elles s’étendaient depuis le cap Horn, à l’extrémité de l’Amérique du Sud, jusqu’aux confins septentrionaux de l’Orégon, dans une longueur approchant de 9,000 kilomètres : c’était presque la distance qui sépare les pôles de l’équateur.
- Les trois règnes de la nature unissaient leurs trésors pour composer l’opulence de ces magnifiques contrées.
- p.714 - vue 339/0
-
-
-
- DES NATIONS. 715
- Le Mexique et le Pérou fournissaient par leurs mines un tribut d’or et d’argent neuf fois plus considérable que la totalité des mines de l’ancien monde. Ces métaux précieux attirés en Europe étaient ensuite envoyés en Asie; ils y payaient les produits naturels que le climat donne à l’Orient, et les produits élaborés que faisaient alors rechercher avec empressement les délicates industries de la Perse , de l’Hindoustan, de la Chine et du Japon.
- Les riches possessions des Espagnols, situées au nord, au centre, au sud de l’Amérique, les unes à l’occident et les autres à l’orient de la chaîne des Cordillères, ne pouvaient être administrées qu’en divisant les contrées et les populations par gouvernements distincts; ceux du premier ordre formaient des vice-royautés, ceux du second ordre formaient des capitaineries générales. Voici le tableau de ces grandes divisions, en allant du nord au midi :
- Vice-royautés.
- Le Mexique.
- La Nouvelle-Grenade.
- Le Pérou.
- Buénos-Ayres.
- Tel était encore l’état politique du pays lorsque le baron Alexandre de Humboldt, à l’aurore du xixc siècle, accomplissait ses célèbres voyages d’Amérique.
- Les travaux de ce grand observateur sont pour nous le point de départ le plus précieux ; ils fournissent les premiers termes de nos comparaisons avec les résultats obtenus après un demi-siècle de révolutions incessantes.
- Commençons par l’Etat fédératif élevé sur les ruines de la première vice-royauté du côté du nord.
- Capitaineries generales.
- Guatemala.
- Caracas.
- Le Chili.
- La Havane, avec les Florides et la Louisiane.
- p.715 - vue 340/0
-
-
-
- 716
- FORCE PRODUCTIVE
- CONFÉDÉRATION DES ÉTATS-UNIS MEXICAINS.
- Les États-Unis mexicains sont bornés : au nord par les États-Unis Yankies, à l’orient par le golfe du Mexique, à l’occident par l’Océan Pacifique, au midi par les petites puissances de l’Amérique centrale.
- Cette Confédération remontait naguère jusqu’au 4V 5o' de latitude boréale et descendait dans la zone torride jusqu’au 14°, comprenant ainsi presque le tiers de la distance du pôle à l’équateur.
- Il n’y a pas soixante années, l’Espagne était maîtresse de ce beau pays, et de la Floride, et de la Louisiane, quelle avait obtenue bénévolement de la France. Ces immenses possessions et l’Amérique centrale, jusqu’à l’isthme de Panama, étaient comprises sous le nom de Nouvelle-Espagne ; et, depuis les conquêtes de Cortès, Ferdinand le Catholique et ses héritiers prenaient le titre de rois des Espàgnes. Nous dirons bientôt à quoi sont réduites, dans l’Amérique septentrionale, les immenses possessions dont nous venons d’assigner les limites.
- A l’origine du xixe siècle, le Mexique présentait une agriculture moins arriérée que la plupart des autres possessions hispano-américaines. Cette agriculture, par le rapprochement des climats les plus divers, aurait pu joindre à l’abondance une extrême variété.
- La longue chaîne de montagnes qui, depuis le cap Horn jusqu’à la mer Boréale, s’élève à l’occident comme un rempart contre l’invasion du Grand Océan, cette chaîne, après s’être fort rétrécie et fort abaissée dans l’isthme qui sépare les deux Amériques du Nord et du Sud, cette chaîne s’élargit dans notre hémisphère; elle couvre la majeure partie du Mexique par des sommités
- p.716 - vue 341/0
-
-
-
- DES NATIONS. 717
- obtuses qui forment des plateaux d’une immense étendue. Le caractère de ces plateaux est d’offrir des plaines d’une pente très-peu sensible ; elles sont aussi supérieures à nos plaines d’Europe par le vaste espace qu’elles occupent que par la grande élévation du sol. En effet, les plaines les plus élevées de la France, de l’Allemagne et de la Suisse varient de 4oo à 800 mètres au-dessus de l’Océan ; au Mexique, la plus grande partie des plaines se trouve comprise entre 2,000 et 4,000 mètres de hauteur au-dessus du niveau des mers.
- Au Mexique, le seul effet des différences d’élévation nous présente trois grandes divisions climatériques. Les plaines basses voisines de la mer fournissent en abondance les produits tropicaux, tels qu’on les trouve aux Antilles : ce sont les produits des tierras calientes, les terres brûlantes-, mais ces territoires, surtout du côté de l’Océan Pacifique, ne forment qu’une zone de largeur bornée, comparativement à la grandeur des autres territoires.
- Bientôt , en s’éloignant de la côte, qn s’élève par des pentes de plus en plus prononcées; on quitte les terres chaudes (calientes) ; on arrive à des climats comparables aux plus délicieux de l’Asie Mineure : là sont les terres tempérées (tierras templadas).
- On monte encore et l’on atteint le niveau des grandes plaines dont Mexico , par sa splendeur, atteste la fécondité; c’est un pays où l’olivier prospère sur un sol qui se trouve à 200 mètres plus haut que l’hospice du Saint-Gothard. Cette région des oliviers, qui dans notre Europe appartient aux contrées du midi, se déploie au commencement des sites tropicaux que les Mexicains appellent leurs terres froides (tierras frias). t
- Voilà donc un Etat que la nature a doté de territoires propres aux cultures les plus variées et les plus abondantes,
- p.717 - vue 342/0
-
-
-
- 718 FORCE PRODUCTIVE
- un Etat dont le sol recèle des mines inépuisables d’or et d’argent, un Etat baigné par deux Océans, ce qui permet un commerce facile avec l’Occident et l’Orient. Voyons ce que l’homme a fait pour ne tirer qu’un faible parti de ces immenses ressources.
- Quand les conquérants espagnols arrivèrent au Mexique, partout ils virent briller les métaux précieux dont la valeur était ignorée des indigènes. Aussitôt ils rêvèrent la spoliation et plus tard l’exploitation des trésors métalliques.
- La modeste agriculture a des trésors aussi; mais pour les conquérir il faut réunir l’amour du travail, la patience et l’économie, trois vertus qui manquaient aux envahisseurs : l’agriculture aurait su donner à ceux-ci des trésors incomparablement supérieurs, dans une vaste partie de la Nouvelle-Espagne. Ce que la terre mexicaine pourrait alimenter d’habitants surprend l’imagination. Le seul bananier, mis en culture régulière, donne par ses fruits de quoi nourrir cinquante fois autant de personnes que le produit en froment d’une terre d’égale superficie; or, la partie du Mexique où la température permet au bananier de porter ses fruits se compte par mille et mille hectares.
- Après trois siècles de conquête, les Espagnols ont fait le dénombrement des populations de la Nouvelle Espagne : il faut voir la médiocrité des résultats obtenus.
- Population de la vice-royauté du Mexique en 1199.
- Européens........... 7,904
- Créoles de sang espagn. 677,458
- 685,362
- Indiens aborigènes.. 2,319,741 Castes de sang mêlé. 1,478,426
- 3,798,167
- En ajoutant à ces nombres, pour les intendances de laVera-Cruz et de Guadalaxara, 786,500 personnes, il en résultait un total de 5,270,029 habitants.
- p.718 - vue 343/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 719
- Parallèle du territoire et de la population.
- Superficie.................. 424,872,400 hectares.
- Population en 1799............. 6,270,029 habitants.
- Territoire par mille habitants. . 8o,525 hectares.
- On le voit, en trois cents années,, les Espagnols, ces implacables destructeurs des Indiens, qu’ils avaient voulu remplacer, ne présentaient, toutes les races réunies, qu’un habitant par 80 hectares. C’était, proportionnellement à l’étendue des territoires, 54 fois moins que la population offerte aujourd’hui par la France.. .
- Une autre considération plus importante que celle du nombre absolu des habitants appartient à la proportion des races pures et mêlées.
- Proportion des races humaines au Mexique.
- Natifs espagnols............. 1,763 \
- Créoles de pur sang espagnol. .. i5i,ioo(
- T ,. . 1. x & r e _ } 1,000,000
- Indiens aborigènes. ........ 017,092!
- Castes de sang mêlé..........329,745]
- Au commencement du xixe siècle, les natifs d’Espagne ne formaient qu’un six-centième de la population; la race Hanche ne s’élevait pas au sixième du nombre des habitants; les aborigènes comptaient encore pour un peu plus de moitié, et les castes de sang mêlé pour moins du tiers.
- Le peuple entier était courbé sous le joug d’un gouvernement despote et jaloux; les lois avaient bâti comme nn mur de la Chine autour du Mexique. Les natifs de ce royaume n’avaient pas la faculté d’en sortir; ils n’avaient pas même sur leur propre sol la liberté du travail : il leur était interdit de cultiver l’olivier, la vigne, et d’obtenir aucun produit qui pût faire un peu concurrence à ceux
- p.719 - vue 344/0
-
-
-
- 720 FORCE PRODUCTIVE
- de l’Espagne. Un faible commerce avec l’étranger n’était
- permis que par étroite exception.
- La plus extrême inégalité régnait entre les hommes des diverses classes: les uns possédaient la terre, qui ne payait aucun impôt entre les mains de la race espagnole ; les autres ne possédaient que leurs bras, et des impôts humiliants les frappaient à la fois par caste et par tête.
- Dès 1798, une vive et triste lumière était jetée sur tous ces fléaux par un prélat qui fut, comme Las-Casas, évêque au Mexique; son amour s’étendit à toutes les classes des chrétiens dont il était le généreux, l’illustre pasteur.
- Situation attestée par un nouveau Las-Casas.
- Dans le siècle dernier, un simple moine, le frère Antonio de San-Miguel, fut nommé pour ses vertus évêque du Michoacan. De ses revenus il fit deux parts, l’une pour soulager les malheurs privés, l’autre pour concourir au bien public. Dans une seule disette il consacra 2 3o,ooofr. de ses épargnes pour venir au secours des Indiens affamés; en d’autres temps, afin de conduire une eau salubre et gratuite au chef-lieu de son évêché, la Nouvelle-Valla-dolid, il construisit à ses frais un aqueduc qui n’a guère coûté moins d’un demi-million de francs, malgré le bas prix du travail indien.
- A présent, il faut voir le saint prélat prendre la défense des castes opprimées dans une requête qu’il fait signer à son chapitre et qu’il adresse au roi d’Espagne : c’est l’attestation authentique des malheurs d’un peuple, deux ans avant la fin du siècle dernier. On va voir avec quelle urgence et quelle énergie le remède était invoqué par un vieillard de soixante et quinze ans qui jetait sur l’avenir un sombre et prophétique regard.
- p.720 - vue 345/0
-
-
-
- DES NATIONS. 721
- «Qu’on ne dise point à Votre Majesté que la crainte seule du châtiment peut suffire à conserver la tranquillité dans notre pays; il faut des ressorts d’une nature plus puissante. Si la législation que la Nouvelle-Espagne attend avec impatience ne vient pas au secours des Indiens et des castes de sang mêlé, l’influence du clergé, quelque grande qu’elle^soit sur le cœur de'ces infortunés, ne sera pas assez forte pour les tenir dans la soumission et dans le respect dus à leur souverain.
- «Qu’on abolisse l’impôt odieux et personnel du tribut; qu’on fasse disparaître cette flétrissure légale [infamia de derecho), par laquelle des lois injustes stigmatisent les gens de couleur; qu’on déclare ceux-ci capables d’occuper tous tas emplois civils qui ne requièrent pas un titre spécial de noblesse; qu’on répartisse une partie des terres de la couronne, qui sont en général sans culture, entre les Indiens et les gens des castes mêlées; qu’on accorde au Mexique nne loi semblable à celle des Asturies et de la Galice, d’après laquelle il est permis au pauvre cultivateur de défricher, sous certaines conditions, les terres que les grands propriétaires laissent incultes depuis des siècles, au détriment de la subsistance publique et de l’industrie nationale; pour faire cesser un isolement funeste, au lieu de 1 ériger en loi, qu’on donne aux Indiens, aux gens des castes, liberté complète de s’établir dans les villages dont chacun aujourd’hui n’est habité que par une de ces classes ; qu’on assigne des appointements fixes à tous les juges, à tous les magistrats de districts : voilà les points principaux d’où dépend la félicité du peuple mexicain. »
- Quel admirable parti de vrais hommes d’Etat n’auraient-ils pas su tirer d’un clergé chez lequel étaient professés des sentiments si généreux! Mais après comme avant 1798 le gouvernement d’Espagne dormait sur le
- 46
- INTRODUCTION.
- p.721 - vue 346/0
-
-
-
- 722 FORCE PRODUCTIVE
- bord de l’abîme. Dans ses possessions d’Amérique, l’anarchie s’apprêtait à tenir lieu de progrès.
- Lorsque le baron de Humboldt dédiait à Charles IV son Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, il datait sa dédicace des premiers jours de 1808 : année fatale! Depuis dix ans rien n’avait été fait pour guérir les maux et parer aux dangers qu’avait signalés le patriotique clergé du Mi-choacan. Quelques mois plus tard il n’était plus temps : CharlesIV avait perdu ces dix années, pendant lesquelles il aurait pu faire à jamais bénir sa mémoire; l’exil attendait la fin de sa vie, et les révolutions s’apprêtaient à déchirer les deux Espagnes.
- Quand les événements de Bayonne, en 1808, eurent fait de Charles IV un réfugié et de son fils un prisonnier, la Nouvelle-Espagne, à l’exemple de l’ancienne, résolut de rester fidèle à la maison qu’atteignaient tant d’infortunes. Les dissensions intestines portèrent bientôt de rudes atteintes à cette fidélité. La grande colonie espagnole , fatiguée d’obéir à l’anarchie métropolitaine, finit par briser le joug. Au sortir d’une première révolution militaire, elle essaye l’Empire, qui ne dure pas deux années. Passant au système le plus complètement opposé, elle espère imiter la république anglo-américaine. Elle s’agglomère, disons-mieux, elle se décompose en 2 3 Etats qui s’osent appeler les Etats-Unis mexicains. Les imitateurs se promettaient un succès comparable à celui des républiques du Nord; mais la nature des mœurs et de la société ne permettait pas cette issue glorieuse. Le Mexique avec ses plagiats n’atteint que l’infortune de l’Espagne, grâce à la funeste et criminelle passion des généraux pour la rébellion et des citoyens pour l’anarchie.
- Il n’a pas suffi de la versatilité dans les institutions, dans l’exercice du pouvoir et le maniement des affaires; le
- p.722 - vue 347/0
-
-
-
- DES NATIONS. 723
- désordre, îa spoliation et la ruine ont accablé la fortune publique. Pour alléger un peu le fardeau de la dette, ou plutôt pour permettre des dilapidations nouvelles, à deux reprises les gouvernants ont vendu la Californie et le Nouveau-Mexique; ils n’avaient pas eu la force d’empêcher l’extorsion du Texas.
- Le tableau suivant montre les immenses changements arrivés depuis l’origine du siècle à la Nouvelle-Espagne en décadence, aux Etats-Unis grandissants:
- Territoires comparés, évalués en hectares.
- Année 1800. Nouvelle-Espagne et Louisiane. 788,105,370
- États-Unis anglo-saxons.......215,008,800
- Année 1855. République mexicaine.............217,281,800
- États-Unis anglo-saxons......... 760,428,800
- En faveur des personnes aux yeux de qui les trop grands nombres ne présentent pas des rapports faciles à saisir, prenons pour terme de comparaison l’étendue territoriale de la France; nous trouverons les résultats suivants, assez simples pour se graver aisément dans la mémoire :
- Equivalents en territoires égaux à celui de la France.
- En 1800. Nouvelle-Espagne.............. i4 Frances.
- États-Unis anglo-saxons......... 4 Frances.
- En i855. République mexicaine........... 4 Frances.
- États-Unis anglo-saxons........ i4 Frances.
- A travers tant d’infortunes la population du Mexique, si largement favorisée par la nature, n’a pas pu s’empêcher de s’accroître un peu : mesurons cet accroissement.
- 46.
- p.723 - vue 348/0
-
-
-
- 724 FORGE PRODUCTIVE
- J’extrais d’une statistique* officielle la population du Mexique pour l’année 1855, et j’en conclus ces résultats :
- Superficie................. 217,281,800 hectares.
- Population. ............... 7,85g,564 habitants.
- Territoirç pour mille habitants. 27,645 hectares.
- Comparons maintenant les populations de 1799 et
- de 1855. Il faut retrancher du premier terme les habitants de la haute Californie, du Nouveau-Mexique et du Texas.
- Dans un intervalle de 56 ans, 5,200,000 Mexicains s’accroissent et présentent y, 8 5 q , 5 6 4 habitants.
- Si l’on suppose que l’accroissement se soit effectué avec une régularité complète, un million d’hommes sera chaque année augmenté de 7,390. Certainement c’est beaucoup moins qu’en Angleterre, en Ecosse, en Russie; c’estbeau-coup moins encore qu’aux Canadas et qu’aux États-Unis.
- Force productive comparée des Etats-Unis et du Mexique.
- Comparons, dans leur puissance productive, les deux plus grandes confédérations américaines : la république anglo-saxonne des États-Unis et la république hispano-indienne du Mexique.
- Ce qui fait la force des Etats-Unis, c’est de présenter-2 3 millions de race européenne et seulement 4 millions de races inférieures; ce qui fait la faiblesse du Mexique, c’est de ne présenter qu’un million de race européenne contre plus de 6 millions et demi de races inférieures. Ajoutons que les Indiens sont moins robustes que les nègres ; enfin les métis, issus des Espagnols et des Indiens, ont à la fois moins de vigueur physique et de facultés intellectuelles que les mulâtres, issus des blancs et des noirs.
- Aux États-Unis, les 2 3 millions de blancs labourent les
- p.724 - vue 349/0
-
-
-
- DES NATIONS. 725
- sept huitièmes de la terre eh culture ; et dans les dix-neuf vingtièmes des fabriques, leurs bras sont seuls employés.
- Au Mexique, les blancs rougiraient d’être laboureurs, et le nombre des artisans qu’ils fournissent aux ateliers, aux mines, aux fabriques, est beaucoup trop limité. Ainsi le travail, qui féconde tout ici-bas, ne féconde pas la race blanche originaire de l’Espagne.
- L’inégalité des fortunes est dans un rapport inverse avec l’inégalité des populations. Presque toute la terre, la totalité des mines et des manufactures appartiennent à la l'ace conquérante; les autres races végètent dans la misère et l’abjection. Celles dont le travail est la ressource unique sont apathiques et paresseuses; la nudité, la pauvreté, sont leur état habituel. Dans les villes, on croit voir des lazzaroni; dans les campagnes, on voit pis que les parias irlandais avant leur grande émigration. L’ombre du luxe ne peut cacher la réalité de l’indigence : ainsi l’éperon d’argent s’attache au pied nu du créole. Parmi les blancs et les métis, la classe moyenne, cet élément du bon état social, existe à peine au Mexique; les fortunes sont immenses ou presque nuîles.
- La même inégalité se rencontre parmi les villes, dont une seule fixera notre attention.
- Mexico.
- Mexico figurerait avec honneur parmi les cites les plus somptueuses de l’Europe. Sa population surpasse aujourd’hui 200,000 habitants. Ses rues, ses places, ses canaux, sont grandioses, comme son architecture; ses églises, monumentales et sans nombre, ont des trésors séculaires; ses immenses couvents sanctifient la divinité du pays, l’oisi-veté; ses palais, ses jardins, ses musées, son ciel même..
- p.725 - vue 350/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 726
- rappellent les capitales d’Italie ; son hôtel des monnaies, où l’on frappe des pièces d’un argent si pur que l’Asie n’en veut pas d’autres, et sa savante école des mines honoreraient l’Allemagne, le pays des habiles métallurgistes. L’amour éclairé des beaux-arts caractérise la classe opulente, et des artistes mexicains répondent à cet amour par la distinction de leurs œuvres. Avec moins de goût, mais avec goût encore, les beautés mexicaines ajoutent à leur élégance personnelle la parure traditionnelle et pittoresque des femmes de l’Andalousie, ou ces parures de Protée qui changent aussi vite quelles voyagent, et que la vapeur apporte de Paris à la Véra-Cruz. Mais dans les faubourgs de Mexico, la ville de l’or et de l’argent, la misère, éprise d’elle-même, s’étale en haillons comme aux portes de Dublin ; là, comme sur le port de Naples, on voit par milliers des lazzaroni du tropique, des leperos, couchés au soleil la majeure partie du jour, vivant de rien, presque nus, dormant à la belle étoile, et, parmi beaucoup d’industries sans travail, comptant l’industrie du poignard : du poignard impuni et presque honoré.
- Le peu d’instruction du peuple est digne de sa misère. Un cinquième seulement de la race blanche n’ignore pas la lecture et l’écriture; chez les autres races, une personne sur cinquante a ce modeste avantage. Le reste des habitants croupit dans une ignorance absolue.
- Telle est donc la situation des 2 3 provinces qui croient être des républiques, et qui forment sur le papier des Etats soi-disant Unis; comparées les unes aux autres, elles ne sont pas moins inégales que le sont leurs citoyens, en civilisation, en lumières, en richesses. Voilà le chaos constitué d’où sortent à chaque instant des pronuncia-mientos, des guerres civiles ou sociales, et des révolutions qui ne substituent au désordre que le désordre empiré.
- p.726 - vue 351/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 727
- Force publique.
- Le Mexique a trouvé le secret d’unir à l’état-major d’une grande armée un effectif de Lilliput; j’ai besoin d’affirmer que les chiffres suivants sont extraits d’un état officiel de 1856.
- Personnel de l’armée mexicaine.
- Généraux. Colonels. I Autres officiers. I L’armée.
- 62 189 I 1,767 J 11,714
- Par conséquent, il y a dans l’armée mexicaine :
- Pour.............
- Soldats et sous-officiers
- 1 général. 169
- 1 colonel. 62
- 1 officier.
- 5
- A présent, on comprendra comment une troupe si faible contribue à ruiner le budget d’un État vaste, riche, et dilapidé. Lorsqu’est arrivée la lutte avec les Etats-Unis, une petite armée d’Anglo-Saxons a renouvelé les victoires de Fernand Cortès : elle a dompté le Mexique; et la race espagnole, malgré ses fusils et ses canons, a paru plus facile à vaincre que ne l’était, il y a trois siècles, le peuple de Montézuma, dépourvu d’armes à feu.
- Quoiqu’à deux reprises la confédération mexicaine ait vendu d’immenses territoires, le prix donné pour la Californie et pour le Nouveau-Mexique n’a pas suffi pour alléger sensiblement une dette accablante. Dans le pays des métaux précieux, le trésor ne peut faire face aux charges publiques.
- Exploitation des métaux précieux.
- Il est temps de jeter un regard sur la grande et princi-
- p.727 - vue 352/0
-
-
-
- 728
- FORCE PRODUCTIVE
- pale industrie du Mexique, l’exploitation des mines; elle est encore extrêmement imparfaite. Sous le Gouvernement espagnol, pour assurer la subsistance d’un plus grand nombre d’indiens appelés au travail des mines, l’Administration défendait de suppléer à la force de l'homme par celle des animaux et des moteurs inanimés.
- Cette mesure, qui nous semble l’immobilité même, était pourtant un progrès. Les premiers travaux des mines dévoraient la race aborigène; quand on eut modéré l’excès du labeur, on voulut que la richesse des exploitations fit vivre un grand nombre de familles. Aujourd’hui, quoique l’on paye fort cher les Indiens, on tire d’eux un travail que la mécanique soulage très-peu. Une foule de transports sont opérés à dos d’homme; des manèges grossiers sont encore employés pour élevèr dans des outres l’eau de filtration des mines et pour monter le minerai.
- Pendant les dix dernières années du gouvernement européen, l’exploitation des mines d’or et d’argent donnait, par année moyenne, io3 millions de francs. Deux ans après la déclaration d’indépendance, la production de l’argent diminue des quatre cinquièmes ; elle se relève quelque peu dans les dix années suivantes, puis retombe à moins d’un tiers pour se relever encore. Un Français, l’ouvrier Laborde, découvre une mine d’argent de la plus grande richesse; les Anglais aussi font des efforts. Enfin en 18/17, aPrès un tiers de siècle de vicissitudes, les mines d’argent du Mexique n’atteignent pas encore au chiffre annuel qui précède 1810.
- Dans le tableau qui va suivre, l’année 18/17 doit attirer toute notre attention; elle précède immédiatement celle où les Anglo-Américains découvrent l’or en Californie.
- p.728 - vue 353/0
-
-
-
- DES NATIONS. 729
- XIXe SIÈCLE. PRODUCTION ANNUELLE DE L’OR ET DE L’ARGENT AU MEXIQUE.
- OR. ARGENT.
- fr. fr.
- 1800 à 1806 (moyenne) 7,065,600 106,000,000
- 1812 2,020,770 1,608,571 12,731,000 21,346,400 29,680,117 102,454,000
- 1821
- 1847 (ou peu avant)
- 1850 21,650,400 139,956,600
- Valeur des pièces monétisées en 1855.... 17,619,900 90,340,200
- Même aujourd’hui la production de l’or, bien que triplée en un tiers de siècle, n’est pas encore un sixième de la quantité d’argent tirée des mines du Mexique.
- Il existe cependant des provinces, telles que la Sonora, qui, dans les mains infatigables des Anglo-Saxons, pourraient donner autant d’or que la Californie : aussi les flibustiers des États-Unis se tournent-ils de ce côté. Trois fois les aventuriers de la Californie et certains Français, leurs élèves, ont fait irruption dans cet autre Eldorado; mais leurs attentats n’ont pas réussi. Deux fois ils ont reçu le châtiment qui devrait toujours atteindre les pirates.
- Industrie et commerce du Mexique.
- J’ai dit que les Mexicains ont une industrie dans l’enfance. Us ont la double prétention de filer, de tisser les cotons nécessaires à leurs vêtements, et de cultiver le cotonnier qui doit donner la matière première. Ils n’en cultivent pas la moitié de ce qui serait nécessaire au peu de tissus qu’ils confectionnent. La Grande-Bretagne, la France et les États-Unis leur vendent pour à peu près 17 millions de tissus de coton.
- p.729 - vue 354/0
-
-
-
- 730 FORCE PRODUCTIVE
- Offrons le tableau résumé du commerce mexicain avec les puissances qui l’absorbent en grande partie .•
- COMMERCE Dü MEXIQUE AVEC TROIS PUISSANCES PRINCIPALES (l854— 1855).
- PUISSANCES PRINCIPALES. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS. SOMMES.
- La Grande-Bretagne Les Etats-Unis La France ll,597,925f 15,606,860 ' 23,336,587 5,515,125f 15,394,150 4,281,246 17,113,050f 31,001,010 27,617,833
- Totaüx. Espagne (approximativement)... Cuba (approximativement) 50,541,372 . 3,700,000 3,200,000 25,190,521 75,731,893
- Ainsi l’Espagne, la mère patrie du Mexique, ne lui vend plus que 7 pour cent des produits apportés par trois puissances, et n’en retire presque rien.
- La totalité des importations des produits étrangers au Mexique ne paraît pas s’élever à plus de 100 millions de francs et les exportations n’atteignent pas ho millions : la différence est soldée par l’or et l’argent des mines. De là je conclus :
- Commerce annuel par habitant du Mexique :
- En 1802 : importations. . . i8f 79e Exportations.... 7* 45e
- En 1854 : importations... 12 5o Exportations...... 5 00
- On le voit, quoique, à l’origine du siècle, l’Espagne repoussât le commerce du Mexique avec l’étranger, ce commerce devenant libre a trouvé le secret de s’appauvrir! Voilà les fruits de l’anarchie.
- p.730 - vue 355/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 731
- Le Mexique à l’Exposition universelle de 1851.
- Un observateur attentif était douloureusement surpris en voyant l’exposition misérable qui, dans le Palais de cristal , représentait les industries du Mexique. On avait réuni : i °quelques échantillons de bois ; 2°un petit flacon d’huile de coquillo; 3° trois gâteaux de chittle, plante du pays; 4° des représentations de fleurs et de fruits en cire. Telle était l’expression des richesses .d’un État aussi grand que quatre fois la France, et qui bientôt comptera 8 millions d’habitants.
- Rien ne peint mieux l’apathie des Mexicains et de leur gouvernement que la pauvreté d’une telle exposition. Tripoli, Tunis, étaient dix fois mieux représentés.
- Avenir du Mexique.
- Une grave alternative se présente au sujet dç l’avenir du peuple mexicain. S’il s’abandonne à l’inertie, s’il continue de permettre que l’anarchie l’affaiblisse, il deviendra l’inévitable proie d’un voisin qui croît sans cesse en population, en richesse, en ambition....Ne peut-on pas indi-
- quer les moyens d’éloigner du Mexique un si déplorable avenir, celui d’être envahi par le peuple dont il diffère le plus par la langue, par les mœurs et la religion?
- Je me suis fait une loi de considérer chaque nation au point de vue de ses propres enfants, avec leurs justes intérêts et leurs sympathies honnêtes, qu’il faut distinguer de leurs passions et plus encore de leurs vices. Essayons d’être Mexicain.
- Pour élever le Mexique dans l’échelle des nations, il faut que la génération présente se rattache par les souvenirs, les sentiments et la conduite avec les grandes générations qui sont l’honneur de la race espagnole. Pendant six siècles, ce peuple indomptable a disputé ses vallons
- p.731 - vue 356/0
-
-
-
- 732
- FORCE PRODUCTIVE
- les plus reculés, ses rochers les moins accessibles, à des conquérants qui possédaient tout le bon pays. Les chrétiens n’avaient pour eux ni la civilisation, ni les arts qui donnent la richesse; mais ils avaient l’amour de la patrie, et le lien si puissant d’un culte que détestaient leurs ennemis : cela leur a suffi pour sauver leur indépendance et pour chasser à la fin les usurpateurs.
- C’est aux Mexicains qu’il appartient de suivre ces exemples; il faut se préparer à défendre leurs Cordilières, comme en Europe leurs aïeux ont défendu leurs Sierras, depuis les Pyrénées jusqu’aux Colonnes d’Hercule.
- Les ancêtres des Pizarre et des Cortès n’étaient pas d’une race unique. Aux aborigènes qui montrèrent tant de valeur sous Annibal se sont mêlés des Phéniciens, des Carthaginois, des Romains, des Goths et des Vandales. Loin d’affaiblir la nation, ce mélange a produit la race héroïque dont le Cid est le type immortel.
- Il ne faut donc pas regarder la fusion des races au Mexique comme une source irrémédiable de dégénération; il faut élever la race aborigène au niveau de la race espagnole, et joindre à l’égalité devant la loi l’égalité par les mœurs, les lumières et la bravoure.
- Même avec les soustractions de territoire qu’il a subies depuis quinze ans, le Mexique est encore plus étendu que la réunion de la France, de l’Angleterre, de l’Espagne, de l’Italie et de l’Autriche. Il possède aujourd’hui plus d’habitants qu’aucune confédération hispano-américaine et plus que n’en a le Brésil ; il est trois fois aussi peuplé que ne l’étaient les Etats-Unis lorsqu’ils résistaient à l’énorme puissance de l’empire britannique.
- Néanmoins, son territoire est si vaste, qu’il semble un pays dépeuplé. C’est à cette première cause de faiblesse qu’il importe par-dessus tout de porter remède.
- p.732 - vue 357/0
-
-
-
- DES NATIONS. 733
- Il faut imiter l’exemple offert par les treize provinces qui formèrent le noyau des Etats-Unis. Elles ont favorisé le développement merveilleux de leur population en fondant au Nord les six nouveaux Etats, barrière infranchissable aux Anglais du Canada.
- PROVINCES MEXICAINES FRONTIERES DES ÉTATS-UNIS.
- PROVINCES FRONTIÈRES. TERRITOIRES. HECTARES. POPULATION (1855). HABITANTS. SUPERFICIE par 1000 habitants. HECTARES.
- Basse Californie 16,665,600 12,000 138,881
- Sonora 27,535,800 147,133 187,149
- Chihuahua 22,944,200 147,600 155,448
- Cohahuila. 15,541,800 66,228 234,670
- Nouveau-Léon 4,584,700 111,846 40,991
- Total du Mexique du Nord.... 87,272,100 484,807 180,014
- Total du Mexique du Sud. ... 129,788,400 7,374,757 17,558
- Telle est donc l’excessive différence entre les deux parties du Mexique : les frontières du nord, que nous pourrions appeler les marches du Mexique, comptent seulement un habitant par 3o6 hectares; le Mexique méridional compte un habitant par 11 hectares 1/2.
- Dans les provinces du nord, je voudrais quon mît en pratique les règles de colonisation données par le modèle excellent qu’offrent les États-Unis.
- Il faudrait adopter le principe revendiqué dès 1798 par l’éveque du Michoacan : aux familles qui ne possèdent pas de terre, en distribuer assez pour les faire vivre; les assujettir à payer une très-faible redevance, et je voudrais qu’on les en affranchît pendant les dix premières années; commencer par les arrondissements qui bordent les deux grandes rivières, limites actuelles des États-Unis. On s’étendrait graduellement vers l’intérieur; on aurait soin
- D 7
- p.733 - vue 358/0
-
-
-
- 734 FORCE PRODUCTIVE
- de mélanger autant qu’il se pourrait les créoles, les Indiens et les castes diverses, pour les rapprocher par le lien si puissant que les besoins mutuels resserrent dans les pays de colonisation nouvelle. II ne faudrait pas craindre de faire appel aux familles européennes, d’Espagne avant tout, de Portugal, de France et d’Italie. On conserverait l’unité de la croyance catholique, si propre à maintenir l’esprit de nationalité : esprit qu’il faut soigneusement entretenir, si l’on veut empêcher une invasion toujours menaçante.
- L’Etat réserverait invariablement une part du territoire pour suffire aux besoins de l'instruction publique et du culte. Il devrait appeler sur les frontières un ordre religieux, plus ou moins redoutable en Europe, mais qui produisit au Paraguay des résultats admirables; on lui confierait la conversion et la civilisation des Indiens aborigènes, encore dispersés et nuisibles dans les provinces du nord.
- Aujourd’hui l’armée des Etats-Unis fait la guerre à ceux de ces Indiens qui se montrent turbulents dans les provinces prises sur le Mexique. Il faut recueillir les fugitifs, les civiliser par l’attrait, par la puissance du sentiment religieux, et leur donner des magistrats choisis parmi les habitants déjà civilisés.
- Dans la province frontière appelée la Sonora, la nature offre l’or en abondance. Il faut l’exploiter comme en Californie, et faire servir les trésors de l’exploitation à toutes les dépenses publiques de la colonisation : à construire des églises, des écoles, des hospices., des chemins, etc.
- Passons à la partie la plus avancée du Mexique, laquelle cependant ne possède pas, pour un même territoire , le cinquième des habitants qu’offre la partie la plus misérable de la France.
- Au Mexique, où les terres excellentes surabondent, sous un climat tout-puissant, si la masse des hommes
- p.734 - vue 359/0
-
-
-
- DES NATIONS. 735
- ne participe pas à la possession de tous les biens de la terre, c’est la faute de l’État. Avec quelques bonnes lois, aucune classe de la société ne serait plus déshéritée. Le bien-être universel ferait disparaître le venin du socialisme, qui depuis 1848 a pénétré jusqu’au Mexique.
- C’est dans les pays où la population est infiniment clair-semée, c’est là qu’il faut se hâter de mettre en œuvre tous les procédés d’une agriculture perfectionnée : l’art des assolements et celui des engrais; l’élevage des meilleures races animales; l’aménagement et la culture éclairée des forêts; la plantation de grands espaces qui, déboisés, ont produit une aridité fatale aux biens de la terre.
- Afin de porter remède à la rareté des bras, comparativement à l’étendue du sol, il faut recourir aux instruments perfectionnés pour labourer, semer, moissonner, etc. Par de tels moyens on obtiendra des produits dont l’abondance permettra d’élever par degrés le prix du travail de l’homme et par conséquent l’aisance du peuple.
- Les anciennes provinces du Mexique ont cet avantage, actuellement plus précieux que jamais, qu’elles possèdent de nombreuses et riches mines d’argent. Il faut en doubler, en tripler les produits par des exploitations moins imparfaites. Il le faut surtout aujourd’hui que la valeur de l’argent augmente si vite comparativement à la valeur de l’or. Le progrès de cette métallurgie accélérera le progrès d’autres arts et stimulera l’agriculture.
- N’imitons pas ces matérialistes de la société qui ne voient chez les peuples que de la pécune, et du trafic, et de l’échange ; élevons nos âmes à de plus hautes considérations. Sans repousser personne pour sa croyance, il faut laisser les innombrables sectes protestantes surabonder aux Etats-Unis, et tout faire pour attirer au Mexique les émigrants catholiques des nations les plus éclairées et les plusbraves.
- p.735 - vue 360/0
-
-
-
- 736 * FORCE PRODUCTIVE
- Dans les deux mondes, les républicains, dès qu’ils deviennent anarchiques, frappent la religion et portent la main sur le temple; ils ont l’instinct que le respect de Dieu pourrait les conduire au respect de quelque chose ici-bas. Au Mexique, un tel sentiment conduit la patrie à la ruine, et le vengeur est à la porte! c’est l’Yankie.
- Au lieu d’outrager le clergé, au lieu de l’exproprier, je voudrais qu’on l’honorât profondément ; je voudrais qu’on respectât jusqu’à ses biens , en le chargeant des dépenses qu’exigent l’instruction nationale, la fondation et l’entretien des hôpitaux, des hospices et de tous les établissements de bienfaisance, dont il aurait la direction morale et religieuse. Plus le Mexique s’élèvera parmi les peuples catholiques, éclairés et ramenés par le culte à la vertu, moins il deviendra la proie facile d’envahisseurs non catholiques.
- 11 faudrait perfectionner avant tout les écoles ecclésiastiques, pour avoir un clergé d’une instruction plus étendue et plus profonde, qui donnât à la fois l’exemple des bonnes mœurs et d’une civilisation toujours croissante.
- Après la discipline de l’âme vient la discipline de la force matérielle. Ce qu’il faut à l’armée du Mexique, c’est l’inflexible sévérité d’un service intelligent, sévérité qui crée l’esprit militaire et fait les soldats invincibles.
- Au lieu de maintenir le fardeau d’une armée que dévore un nombre excessif d’officiers de tout genre, je préférerais peu de chefs, mais excellents. J’enverrais en Europe de jeunes sujets d’espérance pour faire leur apprentissage dans les meilleures écoles militaires des puissances catholiques les plus fortement organisées, le Piémont, l’Autriche et surtout la France. Je les enverrais deux années en Afrique pour apprendre, ensuite de la théorie, la pratique d’une vie militaire, périlleuse, active, infatigable. Tel serait le noyau qui bientôt aurait régénéré l’armée.
- p.736 - vue 361/0
-
-
-
- DES NATIONS. 737
- Les Mexicains n’ont pas pu résister aux Yankies parce qu’ils tirent mal, tandis que ceux-ci sont excellents tireurs. S’ils faisaient de leurs régiments des corps de zouaves, armés de bons fusils à tige, s’ils les exerçaient infatigablement au service admirable de ce genre d’infanterie, alors les descendants de ces Espagnols qui formèrent il y a trois siècles la plus vaillante infanterie de la terre, les Mexicains n’auraient rien à redouter.
- Il faudrait former l’esprit national, hors de l’armée comme dans l’armée, à mépriser, à détester ces misérables généraux qui ne composent leur avancement et leur carrière qu’avec despronunciamientos contre la paix intérieure, contre la fortune et les lois de leur patrie.
- Le plus imparfait des gouvernements vaut mieux que des changements perpétuels arrachés parla violence. Les mauvais citoyens qui l’emportent par la force sont à leur tour renversés par la force; la richesse nationale s’épuise, et la ruine est aggravée par le déshonneur.
- Ce qu’il faudrait maintenant à la république mexicaine, ce serait un gouvernement imité du Consulat français, avec une centralisation vigoureuse, une administration éclairée, probe avant tout : celle-ci rétablirait les finances dilapidées et tirerait un sage parti des ressources admirables du pays. Enfin, de la capitale, comme d’un foyer lumineux, on propagerait partout les idées utiles et les perfectionnements dans les sciences, les lettres et les arts.
- Par ces moyens réunis, la population, devenue prospère, doublerait tous les vingt-cinq ans. Au bout d’un demi-siècle, elle présenterait 32 millions d’habitants; ils puiseraient dans leur félicité ce dévouement à la patrie qui rend les hommes invincibles. Ainsi l’on résoudrait le plus sublime des problèmes : empêcher une nation de disparaître de la terre.
- introduction.
- 47
- p.737 - vue 362/0
-
-
-
- 738
- FORCE PRODUCTIVE
- AMÉRIQUE CENTRALE.
- Entre deux continents immenses, l’Amérique du Nord, comprise en entier dans notre hémisphère, et l’Amérique du Sud, la nature a découpé, suivant les formes les plus irrégulières, un pays intermédiaire auquel On a donné le nom d'Amérique centrale.
- Superficie................. 52,717,500 hectares.
- Population en i85i......... 2,2o3,45o habitants.
- Territoire pour mille habitants. . 28,926 hectares.
- L’Amérique centrale est cinq fois moins peuplée que le plus pauvre département de la France : le département des Hautes-Alpes, en partie couvert de neiges éternelles et de rochers dépouillés de terre végétale.
- Ce seul rapprochement suffit pour nous montrer combien, dans l’Amérique centrale, l’homme a peu fait pour seconder la nature. Tout favoriserait cependant le progrès de la population.
- Il faut signaler l’extrême fécondité des plaines arrosées par les eaux qui descendent des Cordilières; et cette chaîne de montagnes traverse la contrée, du nord au midi, dans une longueur de cinq cents lieues. Les Cordilières étant très-rapprochées de l’Océan Pacifique, les pentes sont abruptes vers cette mer et les cours d’eau ne sont que des torrents. Les vastes plaines au contraire, ainsi que les rivières d’un long parcours, se développent du côté de l’orient, qui regarde l’Atlantique.
- Ce beau pays, si riche par ses forêts et par ses terres cultivables, aurait besoin surtout de la paix et de la concorde pour favoriser le prompt accroissement de la race humaine : c’est le besoin le moins satisfait de tous.
- Au commencement du siècle, il jouissait d’un calme
- p.738 - vue 363/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 739
- profond; il formait un seul corps administratif et politique, sous le nom de capitainerie générale de Guatemala.
- Cependant on se tromperait si l’on croyait que les habitants de cette grande capitainerie offrissent une société bien constituée, instruite, et d’une félicité générale. A la seule exception du petit territoire de Gosta-Rica, tout peuplé de race espagnole, cette race était en très-faible minorité, ne représentant guère qu’un sixième de la population; or ce sixième opprimait tout le reste.
- La race espagnole possédait la terre et ne payait aucun impôt foncier ; elle vivait dans l’oisiveté. La race indigène travaillait sans posséder et supportait le fardeau des charges publiques. L’inégalité ne pesait pas moins sur les personnes. Les gens de couleur, comme autrefois les raïas en Turquie, n’avaient pas même le droit de monter un cheval : le conquérant s’était arrogé ce privilège.
- Le gouvernement pesait à la fois sur tous les habitants pour leur interdire le commerce avec les. autres nations. Les créoles ne pouvaient pas sortir du pays, et l’étranger ne pouvait pas pénétrer au milieu d’eux.
- On peut, d’après cela, se figurer quel immense changement se produisit dans les idées lorsque l’invasion de l’Espagne, entre 1808 et 1813, délivra de fait, pendant cinq années, l’Amérique centrale du joug qui pesait sur sa tête. La liberté se montra sous toutes ses faces à toutes les classes qui,peuplaient cette contrée. L’exemple du Mexique finit par entraîner la grande capitainerie qu’il embrassait dans son orbite.
- En 1821, après une lutte vive et courte, la ville de Guatemala proclame l’indépendance de l’Amérique centrale. Dès le premier jour les divisions commencent : d’un côté, la masse du peuple et le clergé; de l’autre, les professions industrielles et commerçantes, unies aux posses-
- 47.
- p.739 - vue 364/0
-
-
-
- 740 FORCE PRODUCTIVE
- seurs du sol pour mépriser non-seulement les Indiens et les races mélangées, mais toute la classe inférieure des créoles : étrange aristocratie de propriétaires, de marchands, d’avocats, de médecins, d’apothicaires, etc.
- Le premier parti, celui du menu peuple et du clergé, tourna ses regards vers le Mexique, alors gouverné par Yturbide. L’annexion fut proclamée le 5 janvier 1822.
- Une fois la résolution prise de briser le joug espagnol, cette annexion était excellente, quelle que fût la forme du gouvernement mexicain. Une confédération durable aurait garanti l’intégrité des vastes territoires de l’Amérique centrale, territoires d’une trop faible population pour se défendre seuls contre les Etats-Unis.
- Mais, lorsqu’eut lieu la chute d’Yturbide, l’ancienne capitainerie de Guatemala se sépara du Mexique ; dès le 5 juillet 1823, elle proclama son indépendance.
- Afin d’imiier dans leur système les confédérés anglo-américains, les provinces de la capitainerie se constituèrent sous le titre de république fédérale de l’Amérique centrale. Voici la liste des Etats ainsi rapprochés :
- Guatemala.. San-Salvador Honduras. .. Nicaragua.. . Costa-Rica. .
- États confédérés.
- Population. Total actuel.
- 970,450 \
- 4oo,ooo 1
- 358,ooo> 2,2o3,45o 260,0001 215,000/
- Certainement un territoire presque aussi vaste que la France, habité par des populations accoutumées depuis trois siècles à vivre ensemble et qui n’ont qu’une même religion, ce territoire pouvait encore offrir le spectacle d’une confédération que le temps aurait rendue puissante et respectable. Dès le principe, elle comptait presque autant d’habitants que les Etats-Unis quand ils se préparaient à
- p.740 - vue 365/0
-
-
-
- DES NATIONS. 741
- conquérir leur indépendance; elle pouvait déjà défendre la sienne contre tout l’effort de l’Espagne.
- Hélas! les petits Etats de l’Amérique centrale, au lieu de rester en bonne harmonie, n’ont cessé d’être divisés. La jalousie les a toujours aveuglés, et leurs efforts n’ont tendu qu’à s’affaiblir les uns les autres. Comme les Etats du Mexique, ils ont flotté sans cesse entre les idées contraires de l’union fédérale et d’un isolement décoré du nom trompeur d’indépendance; les armes à la main, ils se sont disputé des parcelles de territoire qu’ils ne savaient pas féconder, et qui n’étaient pas même habitées.
- Une position sans pareille entre les deux Océans, avec au moins mille lieues de côtes, offrait au commerce des facilités admirables; elle réunissait toutes les variétés de climat, depuis la température de la zone torride jusqu’à celle des glaces éternelles. Une habile industrie aurait trouvé là les moyens de varier les cultures pour obtenir les produits les plus divers et les plus précieux. Tous ces trésors de la nature, des passions insensées ont empêché 1 homme d’en tirer parti.
- ÉTAT DE GUATEMALA.
- Cet Etat, le premier du côté du nord et le plus grand de tous, est celui dont la prépondérance aurait dû faire triompher le parti de la concorde. Le Guatemala n’a songé qu’à hriser le lien fédéral; il a paru cependant se rapprocher des deux petits États de San-Salvador et de Nicaragua par des traités spéciaux. Cependant il. ne s’est point empressé de prendre les armes pour chasser du dernier de ces Etats le plus dangereux des flibustiers; il a laissé l’initiative de ce devoir à Costa-Rica.
- Le Guatemala n’a mis un terme à ses troubles intérieurs <ju en créant un président à vie : cet exemple sera suivi.
- p.741 - vue 366/0
-
-
-
- 742
- FORCE PRODUCTIVE
- Le nom même du Guatemala, gui signifie en langue abo rigène un pays couvert d’arbres, indique une de ses principales richesses naturelles. Parmi ces arbres il faut citer le cacaotier, le bois de rose, l’acajou, le bois de teinture, et celui d’où l’on fait découler le baume du Pérou.
- Les habitants élèvent la cochenille et cultivent l’indigo. Ils plantent le caféier dans les parties basses du pays : c’est la ressource la plus précieuse du commerce, parce quelle demande peu de travail à la population nonchalante.
- En vain nous énumérons tant de ressources qu’offrent aussi les quatre autres États. Nous ne faisons qu’accroître les regrets quand nous comparons au peu qui s’effectue tout ce qu’on pourrait obtenir.
- Si l’habitant appliquait à l’industrie les chutes d’eau si puissantes qu’offre le versant occidental des Cordilières, s’il profitait des eaux du versant oriental pour arroser les vastes plaines en assainissant la terre, on serait émerveillé du parti qu’on pourrait tirer de productions variées et précieuses, depuis les plateaux élevés d’un climat européen jusqu’aux terres les plus basses et d’un climat tropical. Ces productions s’offriraient en abondance au commerce des deux mondes; tandis qu’aujourd’hui les échanges d’un pays aussi grand que la France n’égalent pas la cinquantième partie de nos échanges avec l’univers.
- ÉTATS DE SAN-SALVADOR, DE NICARAGUA ET DE HONDURAS.
- Ces trois petites républiques, au point de vue des intérêts économiques et commerciaux, méritent à peine d’être mentionnées. Leur position seule est importante.
- Au sud du Guatemala sont situés San-Salvador sur l’Océan Pacifique, Honduras sur l’Atlantique ; entré ces deux Etats on prépare un chemin de fer. Au sud de ces États, les deux Océans bordent le Nicaragua. Ce dernier Etat
- p.742 - vue 367/0
-
-
-
- DES NATIONS. 743
- est traversé par une ligne navigable suivie d’un court chemin de terre. Nous traiterons spécialement des voies de communication propres à traverser l’Amérique centrale.
- ÉTAT DE COSTA-RICA.
- Arrêtons avec un regard consolé notre vue sur le cinquième et dernier Etat, celui de Costa-Rica :1a côte riche. Il justifie ce nom par son opulence végétale, ses beaux bois de construction, ses abondants pâturages et l’aspect magnifique de son littoral.
- Un autre grand avantage, c’est que les habitants sont presque tous de race européenne ; le sang espagnol y reste sans mélange avec celui des Peaux-Rouges.
- Cet État, si favorisé de la nature, homogène dans sa population, s’est montré le plus sage entre tous les États qui l’entourent, et maintenant il se montre le plus courageux. Il s’est préservé des guerres que se faisaient entre eux les autres membres de la confédération de l’Amérique centrale; il s’est préservé des convulsions intestines en apprenant aux citoyens le respect des lois.
- Nous sommes heureux de pouvoir montrer, d’après les résultats récents du commerce extérieur, l’inégalité des échanges opérés par les populations anarchiques et par une population fidèle à l’ordre, aux lois, à la civilisation.
- COMMERCE EXTÉRIEUR DE L’AMÉRIQUE CENTRALE.
- ÉTATS. 1 IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- Guatemala 4,735,900f 8,115,000 5,410,000 5,410,000 6,762,500 3,246,360f 8,304,435 5,165,485 4,020,450 7,303,500
- San-Salvador..,
- Nicaragua.. , , t T
- Honduras .... . .
- Costa-Rica.. . . ,
- Totaux
- 30,433,400 28,040,230
- p.743 - vue 368/0
-
-
-
- 744
- FORCE PRODUCTIVE
- COMMERCE CALCULÉ PAR MILLION D’HABITANTS DE L’AMERIQUE CENTRALE.
- ÉTATS. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- 30,989,370* 11,844,630 33,969,760* 10,376,540
- Poar les quatre autres Etats pris ensemble
- Dans ces résultats, l’énorme supériorité de Costa-Rica est frappante. Elle fait voir aux quatre autres Etats l’avantage qu’ils trouveraient à bannir de leur sein les troubles, les combats et les révolutions, pour ne songer qu’aux moyens mis en usage par l’Etat modèle afin d’accroître incessamment ses prospérités.
- POSSESSIONS ANGLAISES ET PROTECTORAT ANGLAIS DANS L’AMÉRIQUE CENTRALE.
- Si nous partons du promontoire qui termine au midi l’entrée du golfe du Mexique et si nous suivons le rivage de l’Atlantique, en avançant vers l’équateur, nous parcourons une cote longue de cent lieues, sur laquelle est situé le territoire de Bélize, appartenant aux Anglais. Ici commence le littoral habité par les Mosquitos.
- Les Mosquitos ou Sambcs, mélange de race indienne et noire, étaient recrutés par une foule de nègres marrons échappés des Antilles anglaises, à l’époque de l’esclavage. Au xvme siècle, les Anglais les protégeaient pour désoler les Espagnols et faciliter la contrebande.
- Jusqu’à l’abolition de la traite, les Mosquitos faisaient avec la Jamaïque la traite des esclaves indiens. Us se battaient dans leurs montagnes, comme les nègres dans l’Afrique, pour faire et vendre des captifs. La traite interdite, ils ont cessé de combattre et sont tombés dans l’apathie ; l’abus des liqueurs fortes a fini par les abrutir.
- p.744 - vue 369/0
-
-
-
- 745
- DES NATIONS.
- Les Mosquitos sont répandus dans tout le pays qui borde la mer à l’orient des États de Honduras et de Nicaragua jusqu’à celui de Costa-Rica.
- Depuis longtemps les Anglais se sont fait donner un droit de protectorat sur certaines parties de cette côte, par suite d’arrangements avec un chef de sauvages indiens complaisamment décoré du titre de roi des Mosquitos.
- L’Etat de Nicaragua se regarde comme ayant des droits sur certaines parties du littoral, et notamment sur la rivière Saint-Jean-de Nicaragua. A l’embouchure de cette rivière s’élève la ville de Saint-Jeàn-de-Nicaragua.
- Communication des deux Océans à travers VAmérique centrale.
- Lorsque les États-Unis eurent forcé les Mexicains à leur céder la Californie, les parties du littoral atlantique par où l’on pouvait communiquer avec l’Océan Pacifique acquirent tout à coup une importance nouvelle.
- Les Anglais, avec ces yeux de lynx qui caractérisent leur prévoyance maritime et commerciale, les Anglais aperçurent de prime abord la valeur de la rivière et du port de Saint-Jean-de-Nicaragua. Ils envoyèrent deux bâtiments de guerre qui capturèrent ce port au nom de leur protectorat de la Mosquitie. Us donnèrent à la vd]e enlevée de vive force non pas un nom tiré de la langue mosquitienne, mais celui de leur proprë ministre des colonies, lord Grey : ce fut Grey-Town.
- Plus tard, les États-Unis, abusant de leur force navale, ont bombardé Grey-Town sans déclaration de guerre, Pour une demande d’argent qu’on n’avait pas satisfaite à 1 instant même.
- Les deux vastes continents qui constituent l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud sont séparés par un territoire profondément découpé du côté de l’Atlantique.
- p.745 - vue 370/0
-
-
-
- 746
- FORCE PRODUCTIVE
- Il en résulte une succession d’isthmes singulièrement propres à des voies de communication entre les deux Océans.
- Le tableau suivant des plus grandes et des moindres largeurs du territoire intermédiaire laissera des idées plus nettes dans l’esprit d’un lecteur attentif que ne pourrait le faire une longue description.
- TABLEAU DES PLUS GRANDES ET DES MOINDRES LARGEURS DE LA TERRE CENTRALE ENTRE LES DEUX AMERIQUES.
- OCÉAN PACIFIQUE. OCÉAN ATLANTIQUE. DISTANCES EN Minimum. LIGNE DROITE. Maximum.
- Golfe de Téhuantépec Port de Guatemala........ Golfe du Mexique Cap Cat.ndie 222k 944k 555 220
- Baie de Fonséca Pointe San-.Tuan, Golfe de Honduras Cap Gracias a Oins 180
- Golfe Dulce Pointe de Mariato , . Baie des Mosquitos 122
- Panama. . •. 65
- Ainsi qu’on le voit par le tableau précédent, les deux continents dont se compose l’Amérique sont réunis par un isthme ou plutôt par une série d’isthmes extrêmement irréguliers.
- Le premier étranglement de terrain, du côté de notre pôle, est au fond du golfe du Mexique; il correspond sur l’Océan Pacifique au golfe de Téliuantépec.
- C’est par cet isthme que les États-Unis trouveraient plus d’avantages directs à communiquer des bouches de leur grand fleuve, le Mississipi, avec l’Océan Pacifique. Cette direction est devenue le sujet d’une association formée pour établir un chemin de fer entre les déux mers,
- p.746 - vue 371/0
-
-
-
- DES NATIONS. 747
- et d’un traité par lequel les Etats-Unis et le Mexique auraient placé l’entreprise sous leur mutuelle protection.
- Mais ce chemin de fer, qui devrait avoir au moins 60 lieues de parcours, a paru présenter des difficultés d’exécution et nécessiter des dépenses devant lesquelles la confiance des spéculateurs a reculé jusqu’à ce jour. En attendant, on achève une route empierrée qui rendra d’importants services aux riverains du grand golfe.
- En cheminant vers l’équateur, on franchit le vaste territoire qui s’avance dans l’Atlantique pour contourner au midi le golfe du Mexique jusqu’au cap Catoche, le plus avancé vers l’orient ; au midi de ce promontoire, la côte atlantique rentre vers le sud-ouest jusqu’au fond du golfe de Honduras.
- La seconde voie de communication vers l’Océan Pacifique devra partir du port Cahallos, au fond de ce golfe, pour déboucher dans la baie de Fonséca. La troisième, eu remontant la rivière de Saint - Jean-de-Nicaragua, pénètre dans le lac de Nicaragua, et de là passe dans l’Océan Pacifique ; elle est exploitée par des spéculateurs des États-Unis, sous le nom de Compagnie du transit. La quatrième voie débouche à Panama, dans la Nouvelle-Grenade; nous en parlerons plus tard.
- Lorsque le troisième projet devint sérieux, les Etats-Unis proposèrent à la Grande-Bretagne de proclamer comme ouverte à toutes les nations, sans préférence et sans privilège, les voies qui seraient pratiquées à travers l’Amérique centrale : l’offre fut acceptée. Un traité célèbre, conclu dans l’année i85o entre les plénipotentiaires Glayton et Bulwer, consacra le protectorat en commun de la voie projetée et l’indépendance des pays traversés.
- Le traité de i85o établit qu’aucune des parties contractantes ne peut occuper, coloniser, ni fortifier, ni
- p.747 - vue 372/0
-
-
-
- 748 FORCE PRODUCTIVE
- même exercer une domination quelconque dans les Etats de Nicaragua, de Costa-Rica, sur la côte des Mosquitos ou dans toute autre partie de l’Amérique centrale.
- Ensuite une difficulté très-grave fut soulevée par les Etats-Unis. Us demandèrent hautement que les Anglais abandonnassent toute possession des îles qu’ifs ont assez récemment occupées vers la côte mosquitienne, par exemple l’île deRuattan, et qu’ils renonçassent à tout protectorat sur cette côte. Les Anglais s’y refusèrent; ils prétendirent qu’ils n’avaient pas fait abandon d’un droit de protectorat antérieur au traité. Les États-Unis récriminèrent en disant que jamais ils n’auraient renoncé pour eux-mêmes à tout protectorat sur l’Amérique centrale, s’ils avaient pu concevoir que les Anglais ne leur faisaient pas une égale concession.
- Dans l’impossibilité de se *convaincre mutuellement, les Anglais ont offert aux Etats-Unis de recourir à l’arbitrage d’un ami commun; les Etats-Unis n’ont pas accepté.
- Pour triompher de ces difficultés, les Anglais ont fait à l’État de Honduras la rétrocession des îles contestées. D’accord avec M. Dallas, représentant des Etats-Unis à Londres, ils ont modifié le traité Clayton-Bulwer, pour le rendre plus acceptable. Le sénat des États-Unis n’a pas admis ces modifications.
- Les amis des deux, nations et de la paix dans funivers font des vœux pour un arrangement amiable. Mais par combien de passions cet arrangement n’est-il pas rendu difficile?
- Tandis que les Etats-Unis stigmatisaient les procédés du Gouvernement de l’Angleterre, leurs plus indignes flibustiers se permettaient, du côté de l’Océan Pacifique, des crimes publics qui portaient une atteinte autrement grave à l’indépendance, aux justes droits de l’Amérique centrale.
- p.748 - vue 373/0
-
-
-
- DES NATIONS. 749
- Les États-Unis étendent avec activité leur influence parmi les peuples de cette contrée. Us y procèdent par des volontaires pleins d’audace, par des compagnies financières qui procurent des concessions, des immunités, des privilèges; enfin par des agents politiques non désavoués dans leurs plus grands écarts. •
- En 1853, le représentant des Etats-Unis au Nicaragua jetait en avant la pensée d’une espèce de protectorat que E grande république exercerait sur l’Amérique centrale; en même temps, il repoussait toute idée de protection européenne, au nom de la doctrine empirique imaginée en 1829 par le président Monroë. Les trois Etats de San-Salvador, de Nicaragua et de Costa-Rica, effrayés au lieu d’être attirés par ce langage, y répondaient en essayant de renouer les liens d’une alliance défensive, afin de parer au danger d’un trop prochain avenir.
- Dans la même année 1853, une compagnie des États-Unis forme le projet d’un chemin de fer partant du port Caballos, dans le fond du golfe de Honduras, pour aboutir a la baie de Fonséca, dans l’Océan Pacifique, baie qui sépare les deux États de San-Salvador et de Nicaragua. Des concessions de territoire devaient être accordées à cette compagnie ; mais l’un de ces territoires faisait précisément partie du pays que l’Angleterre revendique au nom de son protégé le roi des Mosquitos : source de difficultés nouvelles. La voie tout entière s’est placée sous la garantie des Etats-Unis. Il paraît même qu’on aurait eu la pensée d’arriver à l’annexion de l’État de Honduras avec la puissante république, en suivant l’exemple du Texas, absorbé parla grande confédération. Si de telles idées étaient sérieuses, flue devenait alors le traité Glayton-Bulwer, réclamé depuis la guerre d’Orient avec tant d’énergie par le Gouvernement des États-Unis ?
- p.749 - vue 374/0
-
-
-
- 750 FORCE PRODUCTIVE
- Sans nous arrêter sur ces difficultés, occupons-nous du mérite intrinsèque d’une voie de communication qui promet aux Etats-Unis les plus grands avantages.
- COMPAGNIE INTEROCÉANIQUE D’UN CHEMIN DE FER PAR L’ÉTAT DE HONDURAS.
- TRAJETS. , CHEMIN DE FEE. VOIE DE MER*
- De New-York à Port-Charlotte (Floride) l,641k
- l,158k .
- A travers l’Etat de Honduras 259
- 3,572
- Totaux. 6,630... 1,900 4,730
- Voici le parcours qu’on se propose de suivre pour communiquer entre les deux principaux ports de Test et de l’ouest des États-Unis : New-York et San-Francisco.
- Pour les grosses marchandises et pour les voyageurs de peu d’opulence, on ira par mer de New-York au golfe de Honduras : c’est le parcours le plus difficile, le plus périlleux, le plus long, mais le moins coûteux.
- Les riches voyageurs, les métaux précieux et les produits de grande valeur iront par chemin de fer de New-York à Port-Charlotte, vers la pointe de la Floride : on achève la construction de cette belle voie. Il ne reste plus à parfaire que des lacunes assez peu considérables sur cette ligne de i,6Ai kilomètres. Elle passe à Philadelphie, à Baltimore, et se rattache au chemin de Boston. Ainsi les quatre grands ports de l’Atlantique seront en communication accélérée avec Port-Charlotte, sur le golfe du Mexique : on parcourra de la sorte 4o8 lieues en 51 heures.
- p.750 - vue 375/0
-
-
-
- DES NATIONS. 751
- Les auteurs du projet réduisant, disent-ils, à 4 heures le temps d’embarquer les voyageurs et les produits précieux sur un navire à vapeur qui, dans 60 heures, parcourra 1 » 158 kilomètres entre Port-Charlotte et le port Caballos. P ne leur faut que 4 heures, disent-ils encore, pour décharger le navire et passer au chemin de fer traversant 1 isthme. Ce chemin aura 2 5g kilomètres, parcourus en ^ heures. Un dernier embarquement de 4 heures servira P°ur passer du chemin de fer au navire allant sur l’Océan Pacifique à San-Francisco : route de 3,572 kilomètres; temps : 18 5 heures. La durée du voyage ainsi supputée lle s’élèverait qu’à 13 jours et 4 heures. Il en faudra probablement i5ou 16.
- D’après les calculs de la compagnie du Honduras, voici la durée du voyage entre New-York et San-Francisco :
- 10 Par le Honduras. *3 jours 4 heures.
- 2° Par le Nicaragua. 22 jours 22 heures.
- 3° Par Panama.
- 24 jours g heures.
- La dépense du chemin de fer qui traversera le Honduras, y compris le matériel circulant, sera de 34,12 6,45o francs. Tons ces Calculs sont donnés par le rapport de 1 habile M. Squier sur le chemin de fer du Honduras.
- Du doit former des vœux pour que cette belle voie de communication soit promptement entreprise, et quelle ne soit pas troublée par quelque fatale révolution politique.
- Voie de communication à travers l État de Nicaragua.
- On avait conçu l’espérance d’ouvrir une voie complètement navigable entre les deux Océans. On avait remonté la rivière Saint-Jean-de-Nicaragua, qui déverse dans
- p.751 - vue 376/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 752
- l’Atlantique le trop-plein des eaux du beau lac de Nicaragua, ensuite on aurait ouvert un canal jusqu’à l’Océan Pacifique, soit directement, soit en profitant du lac de Léon.
- L’étude des lieux a démontré que , pour obtenir un canal à grande section, où pourraient passer des bâtiments d’un fort tonnage capables de naviguer dans les deux mers, il faudrait des sacrifices bien supérieurs à ceux que pourraient aventurer les nations les plus opulentes.
- On a trouvé plus sage et plus simple de combiner de légers navires à vapeur avec un transport par chemin de fer. Ce système est en pleine activité.
- Pendant ce temps le Nicaragua se débat dans une lutte mortelle. Les deux villes de Léon, chef-lieu du Nord, et de Grenade, chef-lieu du Midi, se font une guerre implacable. C’est pour Léon que le flibustier Walker ravage la province de Grenade, cité qu’il n’a pas craint de brûler, après en avoir expulsé de sang-froid les habitants. Il agissait d’abord sous les ordres d’un Président nicaraguais; il a bientôt après agi pour lui-même, et sa tyrannie n’a plus gardé ni masque ni mesure.
- Au récit des premiers succès de Walker et des terrains qu’il offrait aux futurs flibustiers, un immense, cri d’enthousiasme retentit dans les ports de New-York et de la Nouvelle-Orléans. Parmi tant d’hommes sans ressources et rongés de cupidité, ce fut à qui s’offrirait pour prendre part aux violences, aux spoliations, au sang lucratif à verser.
- Walker s’empare des bateaux à vapeur de la compagnie américaine Vanderbilt, sur le Nicaragua. Çes bateaux volés, il en gratifie une association rivale, qui lui fournit en retour argent, recrues, armes et vivres. Vanderbilt, exaspéré, soudoie des agents adroits, hardis, qui reprennent les vapeurs, interceptent les secours et bloquent à
- p.752 - vue 377/0
-
-
-
- 753
- DES NATIONS.
- leur tour Walker dans le lac de Nicaragua. Voilà quelques-unes des péripéties qui sont, dans l’Amérique centrale, si peu glorieuses pour les Etats-Unis et si désolantes pour
- 1 humanité.
- Le meurtrier d’un ministre et d’un général vaincu, Walker, contraint d’abandonner sa proie, est reconduit à la Nouvelle-Orléans; là, ce prisonnier relaxé n’en reçoit pas uioins l’ovation la plus enthousiaste : son pardon, je le crains, coûtera cher quelque jour à l’Amérique centrale.
- ÉTAT PRIMITIF DE LA COLOMBIE.
- Lorsque les colonies espagnoles s’insurgèrent contre le gouvernement de Ferdinand VII, l’homme le plus émi-uent et le plus digne d’estime parmi les créoles, Bolivar, après des victoires décisives, déclara le premier l’indé-Pendance d’une grande partie de l’Amérique du Sud. Le
- 2 5 décembre 1819, il fit proclamer la république Colombienne, qui comprit d’abord le pays de Vénézuéla et la Nouvelle-Grenade, enfin la contrée de Quito ou de l'Equateur. Cette confédération, formée par annexions succes-S1ves de 1819 à 1823, vécut autant que Bolivar, suriname le Libérateur par la reconnaissance américaine.
- chef illustre, dont les vertus désintéressées sont restées sa.ns imitateurs, termina ses jours en i83o, et le lien fédéral, conservé seulement par l’autorité d’un grand nom, fut brisé dès 183 1. Alors s’élevèrent trois États indépendants : la république de Vénézuéla, la république de la Nouvelie-Grenade, la république de l’Équateur.
- RÉPUBLIQUE DE VÉNÉZUÉLA.
- Lorsque les Espagnols abordèrent la grande côte du con-tinent méridional qui fait face aux Antilles, ils pénétrèrent
- INTRODCCTtON. 48
- p.753 - vue 378/0
-
-
-
- 754 FORCE PRODUCTIVE
- au fond d’un golfe et d’un lac considérable dont les côtes étaient habitées; ils trouvèrent que les Indiens avaient construit leurs demeures sur les bancs de sable dont est parsemée la rive de ce lac. Ces habitations, qui paraissaient sortir du sein de la mer, rappelèrent Venise à des navigateurs italiens, comme l’étaient les Colomb et les Améric : ils donnèrent aux parages qu’ils visitaient le nom gracieux de Vénézaéla, la petite Venise. Ce nom devint celui de la grande capitainerie générale qui forme aujourd’hui la république indépendante de Vénézuéla.
- Superficie................. 108,115,3oo hectares. ''
- Population en i85i......... 1,356,000 habitants.
- Territoire pour mille habitants.. 79,760 hectares.
- La Vénézuéla, double de la France en étendue, a 15 fois moins d’habitants; et pourtant la nature s’est montrée prodigue de ses dons envers ce pays magnifique.
- Le développement des côtes est considérable. Le littoral commence par une langue de terre qui s’avance dans la mer des Antilles; elle borde du côté de l’occident le golfe de Maracaïbo, large de 3o lieues et profond de ko. Le lac du même nom, d’une superficie non moins considérable, communique par un étroit passage avec ce golfe.
- La côte orientale du golfe de Maracaïbo a pour limite une presqu’île, la Paraguanci, qui se rattache au continent par l’isthme très-étroit de Medanos. Au point ou cet isthme joint le continent, on trouve le port de Coro. Dans les premiers temps de l’indépendance, la petite ville de Coro fut la capitale de la République.
- En avançant vers le sud-est, on atteint, dans la partie la plus rentrante de la côte, la ville et le port très-estime de Puerto-Cabello.
- p.754 - vue 379/0
-
-
-
- 755
- DES NATIONS.
- A1 20 kilomètres dePuerto-Cabeïlo, du côté de l’orient, on trouve la ville et le port principal, de la Gaayra; puis on arrive au cap Coadera. A partir de ce cap, la côte rentre et forme un grand arc concave, à l’extrémité duquel s’élève la ville maritime de Cumana.
- En avant de cette ville et de son port règne, dans la direction de l’ouest à l’est, une longue côte abrupte qui s’étend jusqu’au voisinage de l’île de la Trinité.
- Au midi de ce rempart érigé par la nature contre les efforts de l’Océan, la côte rentre et gagne la bouche la plus occidentale d’un grand fleuve : c’est ïOrénoqae.
- L’Orénoque.
- Un fait suffit pour donner l’idée des effets produits par ce fleuve : entre les bouches extrêmes de l’Orénoque, le delta que forment ses alluvions offre un littoral maritime fie cent lieues d’étendue. Le delta même, qui grandit sans cesse, montre au-dessus des eaux une superficie de quatre millions d’hectares.
- Les eaux de l’Orénoque ont une telle paissance, que non-seulement elles remplissent le vaste golfe couvert par die de la Trinité, mais qu’elles repoussent l’eau salée de la oaer et se projettent au large très-loin de la terre. Lorsque Christophe Colomb visita pour la première fois cette contrée, il pressentit avec une admirable sagacité qu’une telle projection des eaux fluviales à travers l’Océan ne Pouvait provenir que d’un bassin de la plus vaste étendue : ^ en conclut la découverte, non plus d’une île pareille aux plus grandes Antilles, mais d’un immense continent.
- On sait aujourd’hui que le bassin de l’Orénoque, dont d partie supérieure appartient à la Nouvelle-Grenade, surpasse deux fois la superficie de la France. Ce fleuve a le
- 48.
- p.755 - vue 380/0
-
-
-
- 756
- FORCE PRODUCTIVE
- cours le plus extraordinaire; il décrit une immense volute, comparable à celle d’une crosse épiscopale. A partir de sa source, il dévie par degrés insensibles vers le nord, puis vers l’orient, vers le sud, vers l’occident et de non» veau vers le nord, puis enfin vers l’orient', direction que sa branche principale suit jusqu’à l’Atlantique.
- Sur un parcours d’environ 3,ooo kilomètres, l’Oré-noque reçoit les eaux d’innombrables rivières, dont la majeure partie descend des hautes Cordilières.
- Dans un pays si puissamment arrosé, la magnificence des forêts etlafécondité des prairies naturelles permettent d’apprécier le parti qu’un agriculteur intelligent et laborieux pourrait tirer du territoire. Sous un ciel où la végétation tient du miracle, partout où le soleil trouve un filet d’eau, il suffit de vouloir pour fertiliser la terre.
- Croira-t-on que l’Orénoque ne présente sur ses bords qu’une seule ville de quelque importance? C’est A postera ou Ciudad-Bolivar, qui compte à peine 8,000 habitants. Il faut quinze jours pour remonter de la mer à cette ville; il suffit de quatre à cinq jours pour redescendre.
- Nous trouverons bien d’autres preuves du peu de parti que les Hispano-Américains ont tiré du beau pays de' Vénézuéla. M. le baron de Humboldt estimait qu’au commencement du siècle la population était de 900,000 habitants; par conséquent, en un demi-siècle elle n’aurait augmenté que de moitié : c’est à peu près 8 millièmes par année. Ici nous sommes, on le voit, bien au-dessous du progrès des Etats-Unis et des Canadas.
- Les trois quarts de la population soht concentrés dans neuf provinces qui ne couvrent pas le tiers du pays. C’est surtout vers le septentrion et l’orient que la population s’est ainsi condensée.
- p.756 - vue 381/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 757
- Caracas.
- La seule ville qui mérite de fixer notre attention est Caracas, aujourd’hui capitale de la République ; elle s’élève sur le penchant d’une très-haute montagne, et se trouve à 900 mètres au-dessus du niveau de l’Océan. Au-dessous de la cité coule la rivière Guayra, qui débouche dans le port de même nom. Caracas, presque ruinée par un tremblement de terre en 1810, comptait alors 5o,ooo habitants. On pense quelle a réparé ses pertes matérielles et quelle a recouvré sa population; mais son industrie est restée dans l’imperfection.
- Il faut citer file de la Marguerite, aux abords de laquelle existait une riche pêcherie de perles. Devenue pour les Hollandais un objet d’envie, ils en ont détruit la ville prin-eipale, Pompatar, dont le port est vaste et sûr.
- Le soi-disant éfrangérisme.
- Dans la Vénézuéla tous les arts sont encore dans l’enfance. C’est l’étranger qui peut élever le niveau de l'industrie, c’est lui qui peut apporter des capitaux et les féconder par un travail intelligent; mais de tels succès excitent, au lieu de la reconnaissance, une jalousie insensée dans le cœur des indigènes.
- Aussi longtemps qu’a duré le gouvernement généreux de Bolivar, et, plus tard, sous l’administration éclairée de Paëz, cette hostilité contre l’étranger n’a pas été favorisée Par l’autorité ; elle n’existait qu’en germe, avec ses prédispositions pernicieuses.
- Depuis 1848, la république Vénézuélienne a subi les subversions les plus violentes; elle a multiplié les pro-uunciamientos, les émeutes et les insurrections, comme
- p.757 - vue 382/0
-
-
-
- 758
- FORCE PRODUCTIVE
- en Espagne. Un parti se soulevait pour le système fédéral » un autre pour conserver l’unité. A la fin, Cumana restait seule aux fédéralistes; le 15 juillet 1853, un tremblement de terre la renversa de fond en comble.
- C’est alors que se firent jour avec le plus de violence les mauvais sentiments contre les étrangers. La force arbitraire et dominante trouvait tout simple de dilapider à son gré la fortune publique et celle des citoyens; de suspendre le payement des dettes publiques; de recourir aux emprunts forcés, aux saisies de capitaux, aux confiscations d’immeubles, à la banqueroute. Les indigènes subissaient sans recours possible tous ces actes de tyrannie.
- Mais lorsque les mêmes violences, les mêmes spoliations, frappaient les étrangers, les opprimés invoquaient leurs patries respectives; ils osaient revendiquer des droits pour leurs personnes et pour leurs propriétés.
- Voilà ce que les représentants de l’arbitraire, dans l’administration et dans le Congrès, regardaient comme une monstruosité dont il fallait à tout prix guérir l’Etat. L’obligation, si triste à leurs yeux, de respecter le droit des gens, ils l’appelaient le cancer de la République; c’était la plaie de l’état social, tel qu’ils l’avaient constitué. Tout désir d’appeler, de protéger les étrangers, ils le stigmatisaient par un terme barbare digne d’être retenu : ils le nommaient l’étrancjérisme ! l’étrangérisme, qui permettait aux émigrants étrangers d’invoquer le droit imprescriptible des nations civilisées contre les spoliations devenues le droit intérieur d’une contrée que l’anarcbie et l’oppression s’en-tre-disputaient...
- Le gouvernement démagogique aurait voulu, par une loi, priver arbitrairement les créanciers étrangers de recevoir l’intérêt- de leurs capitaux pendant un certain
- p.758 - vue 383/0
-
-
-
- DES NATIONS. 759
- nombre d’années. Dès 1851, la France et l’Angleterre ont fait savoir qu’elles repousseraient, s’il le fallait, par les armes ces prétentions banqueroutiers : on ne pouvait fouler aux pieds les déclarations de telles puissances.
- Les propriétés ecclésiastiques n’ont pas été plus respectées que celles de l’ordre civil.
- Décadence de la fortune publique.
- Est-il nécessaire d’annoncer, comme conséquence de l’anarchie, que les finances de l’État sont tombées dans le désordre? Tout atténue les recettes, et l’énormité des dilapidations ajoute au déficit.
- Je crois devoir rapporter un compte financier présenté pour l’exercice 1852-53 :
- francs.
- Recettes................... ............ i4,634,33o
- Dépenses................................ 44>62i,86o
- Déficit............... 29,987,530
- Il faut ajouter à ce déficit 1 7,744,000 francs qui manquaient dans les caisses au 1er juillet 1853.
- Sait-on maintenant les moyens employés pour rétablir 1 équilibre entre les recettes et les dépenses? 1® séquestre des biens appartenant aux citoyens compromis dans les doubles publics; 20 établissement d’un emprunt forcé; 3° main basse faite sur les fonds de l’Université, sur les caisses municipales, etc. Dans leurs jours les plus mauvais, la Convention nationale et le Directoire exécutif n avaient pas mieux fait en France.
- Les actes mêmes qui pourraient honorer un gouverne-^ont, l’exécution par sa violence les transforme en injus-
- p.759 - vue 384/0
-
-
-
- 760 FORCE PRODUCTIVE
- tice. En i854, on a voté i’émancipation immédiate et définitive des noirs encore esclaves dans la Vénézuéla. Mais les moyens d’indemniser Ses propriétaires ont à très-peu près été l’équivalent d’une banqueroute.
- Il fallait donner ces tristes détails pour faire comprendre comment, après un tiers de siècle d’indépendance, un des pays les plus féconds, dans une position admirable pour le négoce, ne fait encore qu’un commerce incomparablement au-dessous du degré qu’il peut atteindre.
- Commerce avec les trois principales puissances, en 1855.
- Importations. Exportations.
- France.................. 7,356,831 6,48o,444
- Grande-Bretagne............ 9,662,875 1,175,300
- États-Unis.............. 6,533,210 19,314,080
- Totaux......... 23,552,916 26,969,824
- Ce tableau présente les contrastes les plus remarquables. Tandis que la France balance à peu près ses importations et ses exportations, la Grande-Bretagne, par une exception rare en Amérique, ne tire pas de la Vénézuéla des produits «égaux au huitième de ceux quelle envoie ; les Etats-Unis, au contraire, achètent le triple de ce qu’ils venfdent. Ces grandes inégalités sont un sujet digne d’étude.
- Nous pouvons offrir au lecteur un terme de comparaison plus important à nos yeux. Les Anglais ont pris aux Espagnols la colonie de la Trinité, à l’embouchure de l’Orénoque, comme ils ont pris la Guyane à la Hollande. Ces deux pays n’ont rien de plus avantageux pour la production que l’ensemble de la Vénézuéla; mais ils ont le bonheur de vivre sous un gouvernement qui fait respecter la paix publique, les propriétés et tous les droits des personnes. Qu’on juge maintenant des résultats:
- p.760 - vue 385/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 761
- Commerce, par habitant, avec les trois grandes puissances.
- Importations
- Vénézuéla.................... 17* 37e
- La Trinité, plus de.......... 100 00
- La Guyane britannique....... 206 19
- NOUVELLE-GRENADE.
- Lorsqu’on passe en revue les nouveaux Etats hispano-américains, il faut sans cesse montrer comment la nature a tout fait en leur faveur et comment l’homme a tout fait pour n’en tirer qu’un misérable parti.
- Au midi de l’Amérique centrale, à partir de Costa-Rica, Un long abaissement des Cordilières présente, dans la direction de l’occident à l’orient, une vaste langue de terre; elle forme un arc sinueux d’au moins 120 lieues de développement. Du côté de l’Océan Pacifique, elle environne le vaste golfe de Panama.
- La ville qui porte ce nom se trouve au point le plus étroit d e l’isthme. Dès les premiers temps où les Espagnols se rendirent maîtres du Pérou, Panama fut le point qu’ils choisirent pour communiquer avec cette riche conquête; les voyageurs, la troupe et les trésors allant d’une mer à 1 autre prenaient Panama pour point de départ ou d’ar-rivée. Nous reviendrons sur ce sujet.
- Du côté de l’Atlantique, l’arc convexe du littoral se termine vers le midi dans le golfe de Darien.
- A l’orient de ce golfe, la côte remonte vers le nord-est et conduit à la Nouvelle-Carthagène, ainsi nommée Pour la beauté de son port. Les immenses citernes que les Espagnols ont bâties pour cette ville sont dignes detre comparées avec les constructions du même genre, seuls restes de la première et grande Carthage.
- Exportations»
- *9* 89‘ 70 00
- 372 19
- p.761 - vue 386/0
-
-
-
- 762
- FORCE PRODUCTIVE
- Plus loin, vers l’orient, débouche la rivière de la Madeleine, sur laquelle sont situés la ville et le port de Sainte-Marthe.
- Transportons-nous sur la côte de l’Océan Pacifique; la chaîne des Cordilières, à partir du golfe de Panama, s’avance droit vers le sud, très-près de la mer; elle s’élève de plus en plus jusqu’à la république de l’Equateur.
- En arrière de la chaîne occidentale, une longue vallée descend vers le nord jusqu’au golfe de Darien, qui reçoit les eaux de la rivière Atrato.
- Une autre rivière déjà citée,la Madeleine, descend vers le nord en obliquant un peu vers l’orient; son parcours, très-sinueux, doit approcher de 4oo lieues.
- A quelque distance de la rive orientale de la Madeleine, sur le penchant d’une très-haute montagne, s’élève Santa-Fé-de-Bogota. C’était la capitale de la vice-royauté; c’est encore la capitale de l’Etat républicain : elle a 4o,ooo habitants.
- La plaine de Bogota, fertile et bien cultivée, est à 2,5y8 mètres au-dessus de la mer; elle offre un climat de terres froides, analogue à celui du cœur de la France à l’époque du printemps. Le froment d’Europe y prospère.
- Dans la plaine de Bogota coule une rivière qui conduit à l’admirable cascade de Tequendama; en deux sauts elle descend de 270 mètres. Au sommet des chutes, on est encore dans le climat des terres froides; au-dessous, dans le vallon qui s’élargit, commence le climat des terres chaudes, signalées par des palmiers.
- De magnifiques forêts ceignent les flancs des plus hautes montagnes ; de riches prairies se déploient sur les plateaux élevés au milieu des monts, et plus encore dans les plaines basses du sud et de l’orient.
- Deux chaînes secondaires s’étendent : la première,
- p.762 - vue 387/0
-
-
-
- DES NATIONS. 763
- entre les rivières de Cauca et de Madeleine; la seconde, an midi de ce dernier fleuve. Du flanc oriental de cette dernière chaîne coule une innombrable quantité de rivières. Les plus voisines de l’Equateur descendent vers l’Amazone; les autres descendent à l’Orénoque.
- Avant la conquête des Espagnols, un peuple habile en agriculture habitait les autres vallées, et son centre était la plaine de Bogota.
- Population.
- Superficie................... g8,3i5,6io hectares.
- Population en i853........... 2,318,654 habitants.
- Territoire pour mille habitants.. . 42,817 hectares.
- Si la France avait l’étendue de la Nouvelle-Grenade, elle compterait 70 millions d’habitants, c’est-à-dire trente lois autant que cette république.
- Dans un pays si vaste ayant si peu d’habitants, ce qui banque surtout, ce sont les voies de communication. Croira-t-on que le Gouvernement, dans ses budgets, n’affecte pas même à ce genre de travaux 1,5oo,000 francs?
- Considérons les diverses races dont se compose le peuple grenadin. Un recensement approximatif, tel qu’on peut l’opérer au milieu d’une population très-disséminée, a donné, pour i853, les résultats suivants :
- Race blanche, d’origine européenne........4o5,oo3
- Race indigène civilisée................... 3o 1,600
- Métis....................................... 998>997
- Samoyes.................................... . 120,000
- Nègres...................................... 80,000
- Mulâtres. .................................. 283,000
- Quarterons................................... 3o,o54
- Zambas...................................... 100,000
- Les blancs, les métis et les mulâtres devraient être les
- p.763 - vue 388/0
-
-
-
- 764
- FORCE PRODUCTIVE
- promoteurs de la civilisation; ils devraient employer leur instruction et leur zèle pour élever de plus en plus la condition intellectuelle des Indiens. Mais qui songe à ce devoir? Les ecclésiastiques, autrefois, s’en occupaient; ils allaient dans les parties les moins accessibles du pays convertir les anciens adorateurs du soleil ou des fétiches. Aujourd’hui personne ne prend plus ce soin.
- Exploitation des métaux précieux.
- La Nouvelle-Grenade eut jadis une exploitation considérable de mines d’or, d’argent et même de platine. La décadence des produits est considérable.
- 1800 : Or, 17,064,000 francs; argent, 1,086,000 francs.
- i85o: Or, 6,562,600 francs; argent, 1,116,000 francs.
- A cet appauvrissement correspond le triste état des arts utiles. Voici tout ce que l’agriculture et l’industrie de la Nouvelle-Grenade avaient offert de produits au Palais de cristal, en i85i :
- La Nouvelle-Grenade à l’Exposition universelle.
- i° Un sac de cacao; 20 un sac de cacao de Caracas; 3° des émeraudes trouvées dans la mine de Muso.
- Telle était l’Exposition d’un Etat dont l’étendue est triple de l’Angleterre et de l’Ecosse réunies.
- Obstacles au progrès de la richesse.
- Tandis que la Nouvelle-Grenade jouait un si pauvre rôle dans le concours des nations, elle était en proie à des déchirements intérieurs que nous sommes forcés de signaler comme obstacles à tout progrès industriel.
- La révolution française de 1848 eut chez les répu-
- p.764 - vue 389/0
-
-
-
- DES NATIONS.' 765
- Cliques hispano-américaines un retentissement plus funeste encore que chez les nations du continent européen. Elle ne pouvait pas les rendre plus démocratiques; ses échos, mal transmis, les ont poussées à la démagogie et nîême au socialisme. A la Nouvelle-Grenade, cette dernière tendance a fini par passer dans les lois, et le Gouvernement de ce pays si malheureux s’en est glorifié: les années 18/19, r85o, 1851, i852 et 1853 sont l’époque où triomphaient ces déplorables idées.
- En 1849, les formes légales de l’élection présidentielle, andacieusement violées, conduisent dans cette nouvelle et fatale voie. On a commencé par renverser les lois conservatrices de tout ordre au milieu des hommes.
- Chez un peuple où les mœurs s’adoucissent, où les crimes deviennent de plus en plus rares, et surtout l’assassinat, les amis de l’humanité voient avec bonheur supprimer la peine de mort. Ainsi la Toscane s’est trouvée caûrepourun tel bienfait sous l’administration du vertueux Léopold. Mais à la Nouvelle-Grenade, en 1851, on a supprimé ce châtiment, pour quelque crime que ce fût, lorsque les grands crimes, l’assassinat, le viol, le parricide, étaient plus fréquents que jamais. A la même épo-fille où la presse était sans frein comme les passions, les ^ots délits de la presse étaient effacés de la législation. En «aême temps, le pouvoir se propose, citons ses termes, de déraciner la théocratie, et par ce mot théocratie, il entend l’autorité de la religion catholique. Il chasse la congrégation religieuse rendue si célèbre en', Amérique Par la civilisation des populations indigènes et par son habileté dans l’enseignement de toutes les classes hispano-américaines. L’église est atteinte dans ses propriétés, dans ses revenus; elle est froissée dans ses actes, non-seulement temporels, mais spirituels. Après avoir prononcé l’exil
- p.765 - vue 390/0
-
-
-
- 766
- FORCE PRODUCTIVE
- du primat de la Nouvelle-Grenade, le Gouvernement déclare que la société na pas besoin de religion. La guerre civile, sur une foule de points du territoire, a suivi tant d’innovations saluées du nom dérisoire de progrès.
- A l’époque de ces innovations déplorables, voici de quelle manière le président de la Nouvelle-Grenade peignait l’état du pays : «Notre développement industriel est forcément lent, par suite de la rareté de la population, par l’ignorance presque absolue des perfectionnements qu’a reçus l’industrie dans les autres pays, par la pénurie des capitaux, enfin par la grandeur des difficultés amoncelées sur notre immense territoire. »
- Toujours dans le même esprit, on détruisait les autres garanties de la société. Qn ne se contentait pas d’alfaiblir ou de supprimer les châtiments et les mesures répressives des forfaits; on portait atteinte à la justice dans le choix même des magistrats. Tous les emplois du Gouvernement, de l’administration et de la justice étaient abandonnés au suffrage universel, et ce suffrage était soumis à l’anarchie des clubs. Gès mêmes clubs, on les employait pour porter atteinte aux intérêts du commerce.
- En 185 3 , le pouvoir législatif voulait abaisser certains droits d’entrée sur des produits dits de luxe. Deux fois il fallut, pour cette cause, repousser l’attaque des clubs contre le Congrès, que défendait la jeunesse universitaire; des représentants furent assassinés au sein même de l’assemblée législative : et les victimes étaient des progressistes exaltés! Voilà comment, en matière de commerce, est entendue la liberté dans la Nouvelle-Grenade.
- En i85â s’opère une nouvelle révolution, qui défait en partie l’œuvre de la précédente*par la coalition singulière des clubs et des soldats que conduit un dictateur. Les finances faisant défaut, on emprisonne les riches; on
- p.766 - vue 391/0
-
-
-
- DES NATIONS. 767
- les prive d’aliments, de lumière, et presque d’air, afin qu’ils payent la contribution forcée sous peine, dit-on, de mort volontaire! L’un d’eux s’évade afin d’échapper à la torture; aussitôt on s’empare de sa femme pour la soumettre à ce supplice que devait subir son mari : elle expire dans les tourments... Tout cela se passait à Bogota, chef-lieu de la république.
- Une autre guerre civile a suivi ces derniers excès.
- Faisons connaître, pour l’année 1855 , le commerce de la Nouvelle-Grenade avec les trois plus grandes puissances commerçantes.
- Commerce avec les trois grandes puissances.
- IMPORTATIONS. EXPORTATIONS, francs. francs.
- France....................... 6,901,388 4o5,557
- Grande-Bretagne............. i5,ai5,g25 n,oi2,3oo
- États-Unis___________________ 5,671,320 g,6io,25o
- 27,788,633 21,028,100
- Commerce opéré par million d’habitants de la Nouvelle-Grenade avec les trois grandes puissances..
- Importations, 11,65g,200 fr.; exportations, 8,895,660 fr.
- A ces valeurs il faudrait ajouter moitié pour avoir le Gommerce universel de la Nouvelle-Grenade.
- Mouvement commercial des Etats-Unis par million d habitants. Importations, 53,701,600 fr.; exportations, 56,6o4,4oo fr.
- Telle est l’immense différence qui se trouve entre la république anarchique de la Nouvelle-Grenade et celle des États-Unis, où la fortune et les droits des citoyens
- p.767 - vue 392/0
-
-
-
- 768 FORCE PRODUCTIVE
- sont à l’abri contre toute atteinte arbitraire de l’autorité
- publique.
- Lorsqu’on étudie la nature des produits que ce pays de zone torride vend aux grands Etats du Nord, on est surpris de leur peu de variété, de leur faible valeur.
- L’Angleterre ne tire de la Nouvelle-Grenade que cinq produits agricoles importants :
- L’écorce de quinquina, pour............. 5,267,125 francs.
- Le tabac en feuilles, pour............. 3,474,675
- Le divi-divi, pour...................... 745,25o
- Le fustet, pour.............................. 494,775
- Le bois de teinture, pour.................... 283,900
- Les États-Unis dépassent de moitié les achats de l’Angleterre dans la Nouvelle-Grenade; mais ils ne peuvent en échange faire accepter qu’une quantité beaucoup plus faible de leurs productions.
- C’est sous un autre point de vue que la contrée qui nous occupe mérite l’attention des grands Etats commerçants : elle comprend l’isthme célèbre par lequel on communique surtout entre l’Atlantique et l’Océan Pacifique.
- Communications par l’isthme de Panama.
- Depuis longtemps s’olfrait à la pensée des hommes le percement de cette étroite langue de terre, pour éviter l’immense détour qu’il faut faire en doublant le cap Horn, lorsqu’on veut communiquer entre les deux océans.
- Cette pensée a pris une force nouvelle lors de la découverte de l’or dans la Californie et l’Australie, ces deux pays dont les rivages sont baignés par l’Océan Pacifique.
- Les citoyens des Etats-Unis se sont précipités dans l’isthme de Panama comme ils avaient fait au Texas. Ils sont entrepreneurs du chemin de fer, le seul genre de
- p.768 - vue 393/0
-
-
-
- DES NATIONS. 769
- voie avantageusement praticable; ils bâtissent des villages et des bourgs qui bientôt seront des cités. D’après une convention d’avril i85o, ils avaient six ans pour construire ce chemin : l’œuvre est accomplie. Comme encouragement, ils ont reçu les terrains publics traversés par la voie5 et de plus 80,000 hectares de terres cultivables. L’État grenadin pourra racheter le chemin de fer, dans vingt ans pour 26,700,000 francs, et dans trente ans pour 10,680,000 francs. Mais, avant trente ans, avant vingt ans, cette république existera-t-elle encore? Et les Etats-Unis ne l’auront-ils pas envahie? Dès à présent, ils veulent acquérir le territoire traversé par la voie ferrée.
- U a fallu surmonter les plus grandes difficultés pour construire le chemin de fer de Panama. Du côté de l’At-tantique il part de la rivière de Chagrès, dont il remonte ta vallée. La ville d'Aspinwall, construite au point de départ, a reçu le nom du directeur de la compagnie du chemin. La longueur totale de la voie est de 79 kilomètres. Il a fallu dans les dix premiers kilomètres, à force de dépense, établir les rails sur un sol marécageux. Au point de partage on a dû faire d’énormes déblais. On a remplacé les ponts en bois par des ponts en fer. Les traverses des rails, qui d’abord étaient en sapin, sont à présent en gaïac; ce qui les rend presque inaltérables.
- Les travaux exécutés en traversant les marécages ont été tres-naeurtriers. Dans le principe, on avait employé 2,000 °uvriers chinois; en quelque semaines de travail ils ont péri presque tous!
- Dans la Nouvelle-Grenade on a conçu la pensée d’un CaUal des deux mers dont la concession date de i85i ; il est douteux que l’entreprise s’accomplisse, quoiqu’elle Soit à l’étude. Il faudrait des déblais immenses.
- 4 9
- INTRODUCTION.
- p.769 - vue 394/0
-
-
-
- 770
- FORCE PRODUCTIVE
- RÉPUBLIQUE DE L’ÉQUATEUR.
- Cet État a pour territoire l’ancien royaume de Quito, gouverné sous les Espagnols par le vice-roi de la Nouvelle-Grenade. Il fit partie de la Colombie jusqu en i 831 ; depuis cette époque il forme une république indépendante.
- Superficie..................... 82,53g,g4o hectares.
- Population approximative. ...*... 800,000 habitants.
- Territoire pour mille habitants.. . 103,175 hectares.
- Quito.
- Le nouvel Etat a pris le nom de l’Équateur, parce que Quito, sa capitale, est presque située sous la ligne équinoxiale. En 1736, l’Académie des sciences de Paris voulut déterminer avec précision la courbure méridienne de la terre à l’équateur. C’est à Quito qu’elle envoya deux savants illustres, La Condamine et Bouguer, pour mesurer le premier degré du méridien dont les hommes aient déter-miné la grandeur sur la ligne équatoriale : position où la courbure, prise du nord au sud, atteint sa limite supérieure. Afin de perpétuer sur les lieux un souvenir à jamais honorable pour la France, une. inscription fut gravée dans le plus imposant des édifices de Quito : c’était l’église érigée par les Jésuites auprès de leur vaste collège.
- Lorsque les pères de cette société furent bannis par les dernières révolutions de la Nouvelle-Grenade, ils trouvèrent un refuge à Quito. Cette hospitalité, de trop courte durée, a compté parmi les griefs de la Nouvelle-Grenade contre la modération que manifestait l’État de l’Équateur, quand* il était modéré.
- Tout est remarquable dans la capitale : sa position au
- p.770 - vue 395/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 771
- centre des plus hautes Andes, ses beaux édifices et sa population de 70,000 âmes. Les grands monuments de Quito sont presque tous des monuments religieux : on cite les églises, les couvents, ainsi qu’un magnifique hôpital. Il faut y joindre une superbe fontaine en bronze., admirée pour l’abondance de ses eaux.
- Quito se trouve à 2,908 mètres au-dessus du niveau de la mer : à 31 mètres plus haut que notre pic du Midi, dont le sommet est toujours couvert de neige. Aucune ville aussi peuplée n’est érigée à pareille hauteur. Mais telle est la puissance du soleil à l’équateur, qu’une élévation du sol qui, dans la zone tempérée, appartiendrait à la région des neiges éternelles, offre à Quito le climat d’un printemps perpétuel.
- A la hauteur où cette capitale est bâtie, on voit des guérets qui produisent d’abondantes céréales; des vergers dont les fruits sont comparables à ceux de nos climats ; des pâturages où l’on nourrit les bêtes à laine d’Europe, avec les lamas, les alpagas, etc. Tel est le caractère général des biens de la terre sur les plateaux qui se trouvent entre les Cordillères à l’occident et les Andes à l’orient.
- En descendant vers le Pérou, suivant la haute et longue vallée dont Quito forme la limite du côté de l’équateur, on arrive à Caença. Cette ville, à laquelle on donne plus de 20,000 habitants, est élevée de 2,633 mètres au-dessus de la mer. Elle est bâtie près d’une rivière qui se fait jour à travers les Andes et descend au Maragnon, l’un des principaux affluents de l’Amazone supérieur. . - '
- Le département de Cuença conserve encore de magnifiques débris des constructions que les Incas ont érigées î Wr chaussée des géants, leur forteresse de Cagnar, revêtue de grandes pierres de taille, et les restes des monuments ffu elle renfermait. Dans ces édifices, l’habile taille des
- 49.
- p.771 - vue 396/0
-
-
-
- 772
- FORCE PRODUCTIVE
- pierres et la juxtaposition parfaite des assises peuvent se comparer à l’exécution des plus beaux monuments d’Athènes. Les Péruviens travaillaient avec une rare perfection non-seulement le calcaire et les grès, mais jusqu’au porphyre : Bouguer, La Condamine au xvme siècle, et le baron de Humboldt au xix®, en ont cité des exemples étonnants. Sous de tels rapports, les arts manuels, au lieu d’avancer depuis la chute des Incas, auraient plutôt rétrogradé.
- De la chaîne des Andes coulent, à l’est, une foule de torrents et de rivières; tous descendent au fleuve des Amazones. Le territoire arrosé par ces cours»d’eau ft’offre qu’une population extrêmement clair-semée.
- En 1853, la république de l’Equateur ouvrit aux nations la navigation de ses rivières. Aussitôt les Etats-Unis conçurent la pensée d’une expédition chargée d’explorer le cours supérieur de l’Amazone et ses principaux affluents. Pour tirer parti de la liberté concédée par l’Etat de l’Équateur, il faudra que le Brésil, possesseur de l’Amazone inférieur, concède aussi la liberté de la navigation.
- Les aborigènes forment encore les trois quarts de la population de l’Equateur; ils habitent en grande partie le territoire entre les chaînes de montagnes. C’est un peuple d’agriculteurs et de pasteurs inoffensifs et bienveillants; mais, dès les premiers temps, ce peuple opprimé, sacrifié par les Espagnols, a conservé contre la race dominatrice un amer ressentiment.
- Autrefois, dans la partie orientale, la religion avait érige beaucoup de villages, œuvre précieuse des missionnaires civilisateurs; un grand nombre est détruit, et l’état sauvage a repris son empire dans le bassin du haut Amazone.
- La partie occidentale du territoire, et surtout le littoral, est en plus grande proportion peuplée par la race blanche
- p.772 - vue 397/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 773
- et par le peu qui reste de la race noire. Cette région présente toutes les cultures tropicales.
- Près de la frontière du Pérou se trouve la profonde baie de Gaayaqail, au fond de laquelle on a construit la ville et le port du même nom. C’est le centre du commerce maritime de la république.
- A l’embouchure du fleuve Guayaquil, le golfe, le port et la. ville du même nom pourraient suffire au commerce le plus opulent. Les forêts circonvoisines, où les arbres ont des proportions gigantesques, fourniraient les meilleurs matériaux pour construire les navires d’une marine importante; tout est prodigué par la nature, et tout est exploité sur une misérable échelle.
- Depuis 1851 , l’année de l’Exposition universelle, la république de l’Equateur a subi des commotions violentes et des révolutions. Le désordre s’est mis dans ses finances : inséparable conséquence de l’anarchie.
- Lorsqu’en 185 3 la république a déclaré la liberté de la navigation pour l’Amazone et ses affluents, au milieu d’un pays presque désert, elle a fait appel aux étrangers en promettant de leur donner des terres sur le littoral de ces grands cours d’eau. La mesure est excellente; mais il faudrait quelle fût accompagnée d’un respect inviolable pour la personne et les propriétés des immigrants.
- En 18 5 3, dans l’année même où l’Equateur s’efforçait d’attirer à lui les étrangers, il a fallu que la marine française exigeât, par la présence d’une escadre, que cet Etat apprît à respecter le caractère de nos consuls et les droits fie nos Compatriotes établis dans la république.
- Après nos explications, on ne sera pas surpris du faible développement qu’a pris jusqu’ici le commerce extérieur fie ce pays.
- p.773 - vue 398/0
-
-
-
- 774 ’ FORCE PRODUCTIVE
- COMMERCE DE L’ÉQUATEUR AVEC LES TROIS PRINCIPALES PUISSANCES, EN l855.
- IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- 822,506f 392,158f
- 240,400 1,436,425
- Etats-Unis 352,931 67,033
- 1,415,837 1,895,616
- Commerce par habitant de l’Equateur lf 78e 2f 38e
- Il est inutile d’entrer dans aucun détail sur un commerce aussi misérable. Son exiguïté nous fera comprendre que la république de l’Equateur n’ait pas envoyé le moindre produit à l’Exposition universelle.
- Cette contrée aurait pu présenter le seul produit d’industrie qu’elle exporte : ce sont les chapeaux de paille de Jipijapa, qu’achètent le Chili, le Pérou et toute la côte de l’Océan Pacifique. Elle vend 1 o frapcs ceux de qualité moyenne et jusqu’à 1 60 francs ceux de qualité superfine.
- f
- RÉPUBLIQUE DU PÉROU.
- Nous arrivons à l’un des Etats les plus étendus et les plus célèbres que contienne l’Amérique méridionale.
- Superficie.................... i5o,356,34o hectares.
- Population en i85i.............. 2,106,492 habitants.
- Territoire pour mille habitants.. 71,378 hectares.
- Av^c le territoire qu’il faut au Pérou pour mille habitants, la France en nourrit 48,445. Il est vrai qu’une grande partie du Pérou n’est pas propre à la culture; mais l’autre
- p.774 - vue 399/0
-
-
-
- 775
- DES nations:
- partie, d’une admirable fécondité, suffirait à la subsistance facile de 5o millions d’habitants.
- Dans l’hémisphère austral, le Pérou borde l’Océan Pacifique depuis le 3e jusqu’au 22e degré de latitude, et l’étendue de ses côtes surpasse 5oo lieues. 11 à pour limites continentales, d’un côté, l’État de l’Equateur; de l’autre, celui du Chili. Le Brésil et la Bolivie forment ses frontières orientales.
- Le versant occidental des Cordilières vers l’Océan Pacifique est généralement aride et dans peu d’endroits couvert de. terre végétale ; presque partout le sol n’offre que des pierres et des sables. Par un phénomène singulier, sur la côte du Pérou il ne pleut jamais : aussi la sécheresse est la désolation du territoire.
- Quoique les Cordilières, situées à l’ouest, soient moins élevées que les grandes Andes, situées à l’est, toutes les rivières qui descendent du flanc oriental des Cordilières trouvent passage à travers les hautes vallées des Andes et coulent à l’orient vers l’Atlantique.
- Entre les deux chaînes régnent de vastes plateaux dont l’élévation moyenne est de 3,700 à k,000 mètres au-dessus de la mer. A raison du petit nombre des habitants, ces plateaux sont appelés los Despoblados, les dépeuplés. Ils sont habités par quelques agriculteurs, et surtout par les pasteurs de troupeaux innombrables de brebis, de vigognes, de lamas, d’alpagas, etc.
- Les pentes des montagnes, au-dessous des régions trop élevées pour permettre aucune végétation, sont occupées par des forêts qui couvrent un espace immense. Le sol que ces forêts ombragent renferme les richesses minérales les plus précieuses, richesses dont à peine, sur quelques points, °n a commencé d’effleurer l’exploitation.
- Une partie considérable du Pérou s’étend à l’est des
- p.775 - vue 400/0
-
-
-
- 776
- FORCE PRODUCTIVE
- grandes Andes. Du côté de l’Equateur, les rivières se jettent dans le fleuve des Amazones ; du côté qui se rapproche du pôle austral, les eaux convergent vers le lac Titicaca, qui couvre plus d’un million d’hectares. Le territoire arrosé par ces dernières eaux, huit fois aussi grand que notre Normandie, est à la fois le plus fécond, le mieux cultivé, le plus peuplé, qu’offre le Pérou.
- Cusco.
- Au centre de ce vaste et beau territoire s’élève la cité de Cusco, jadis la capitale du florissant empire des Incas.
- Les Incas, il y a quatre siècles, régnaient sur des peuples d’une civilisation très-differente de la nôtre, et néanmoins fort avancée. Le gouvernement était doux comme les mœurs; le respect pour le souverain s’unissait au respect de la religion. Les principaux astres étaient les divinités invoquées. A Cusco, deux temples réunissaient tout ce qui pouvait commander la vénération et l’amour des peuples.
- Dans le temple du Soleil, aux deux côtés du dieu, que représentait une imposante figure entourée de rayons d’or, on avait assis sur des trônes et revêtu de leurs ornements royaux les reliques sacrées des souverains qui tour à tour avaient été les bienfaiteurs de la patrie : on aurait cru voir, dans une Héliopolis antique, les réstes des Pharaons conservés par l’art qu’inventa la piété des Egyptiens.
- Dans le temple de la Lune, les reines, conservées par le même art, étaient rangées dans le même ordre, aux deux côtés de l’emblème du satellite delà terre.
- Tous les ornements, les bas-reliefs et jusqu’aux statues massives étaient d’or dans le temple du Soleil; ils étaient d’argent dans le temple de la Lune.
- Sans respect pour la mémoire de ces souverains révérés
- p.776 - vue 401/0
-
-
-
- DES NATIONS. 777
- de tout un peuple, les Espagnols en ont outragé, détruit la dépouille mortelle : comme ont fait à Saint-Denis, en 1793, les profanateurs de la tombe des rois.
- Pour ajouter à la solennité de leur religion, les Incas maintenaient auprès du sanctuaire quinze cents vierges consacrées au culte du Soleil. Le jour où les prêtres de ce culte tombèrent sous le fer des conquérants européens, les vierges, traitées avec moins de pitié, devinrent la proie des vainqueurs.
- Tout l’argent, tout l’or qui décoraient au Pérou les monuments religieux ou profanes, les Espagnols l’ont volé; l’ensemble de ces pillages, d’un bout à l’autre de l’empire, a produit 84 millions (Humboldt).
- Le gouvernement des Incas avait accompli des travaux dignes d’admiration, témoin les fortifications de Cusco. Leur triple enceinte était bâtie suivant un art qui rappelait les constructions cyclopéennes des Pélasges, pour l’énormité des blocs mis en œuvre, leur forme polyédrique et la Précision extrême avec laquelle ces masses étaient enchâssées et jointes. Il faut citer des ouvrages plus étonnants et plus admirables encore. Deux routes militaires et commerciales conduisaient de Cusco jusqu’à Quito, dans un parcours de 5 00 lieues : l’une gagnait le littoral de l’Océan Pacifique, l’autre suivait les plateaux supérieurs entre les Lordilières et les grandes Andes. Un juge illustre, M. le baron de Humboldt, a visité les débris de ces routes monumentales; il les a comparées, pour la grandeur et ^excellence du travail, aux plus belles voies qui perpétuent le souvenir et la gloire du peuple romain.
- Sur les lignes que suivaient les routes péruviennes, les ïncas avaient bâti des villes et des forteresses, des fontaines, des temples et des hospices pour les voyageurs.
- En trois siècles de possession, les Espagnols n’ont pas
- p.777 - vue 402/0
-
-
-
- 778 * FORCE PRODUCTIVE
- construit une seule route ayant quelque étendue, et qu’on puisse, même de loin, comparer avec celles du peuple qu’ils ont traité sans respect et sans merci.
- Occupons-nous de la société transformée par des vainqueurs si peu dignes de fonder un nouvel empire.
- Il y a déjà quelques années, on a donné le recensement par races des habitants du Pérou : les proportions quelles présentent méritent l’attention la plus profonde.
- Proportion des races qui peuplent le Pérou.
- Race blanche espagnole................... 153,886
- Race aborigène........................... 565,913
- Nègres.. . .................................. 21,086
- Métis : Hispano-Péruviens................. 215,862
- Mulâtres...................................... 43,253
- 1,000,000 '
- Ainsi, malgré tant d’exterminations, malgré tant de travaux forcés et meurtriers imposés au peuple conquis, ce pauvre peuple forme encore la majorité des habitants. Parmi la race conquérante, la partie pure de mélange ne s’élève pas au sixième de la population; les races mêlées ne figurent que pour un quart.
- Les professions dites libérales, l’opulence oisive et le commerce des villes absorbent les blancs ainsi qu’une partie des métis. Le reste de la population accomplit les travaux de l’agriculture, de la petite pêche maritime, des ateliers d’industrie commune et des mines.
- Le dernier constitué des 3 1 États qui composent la confédération anglo-saxonne dans l’Amérique du Nord, en huit années de colonisation, réunit déjà plus d’habitants de race blanche que le grand État du Pérou n’en possède après quatre siècles de conquête européenne !
- p.778 - vue 403/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 779
- Le port principal et la capitale moderne.
- Callao. C’est le port principal, et le seul important sur un littoral de 5 à 600 lieues; il concentre presque tout le commerce extérieur d’un peuple opulent. La ville nouvelle est pourtant peu considérable. Par suite d’un tremblement de terre, l’ancienne cité s’est enfoncée sous la mer; on l’y voit encore.
- Pour ajoutèr à la commodité du port, on a construit lin grand môle couronné d’un chemin de fer; pareil chemin conduit à l’un des anciens forts, transformé maintenant en hôtel et magasin de la douane.
- Ce qui nuit à l’accroissement de Callao, séjour ou la chaleur est accablante, c’est la proximité de la capitale, dont l’habitation plus attrayante réunit tous les avantages. Ene route empierrée superbe et un chemin de fer conduisent du port à la grande cité.
- Lirna s’élève à 600 mètres au-dessus de la mer, dans Une plaine délicieuse, rafraîchie par des eaux abondantes ^ui produisent la plus riche végétation.
- Cette ville peut aujourd’hui contenir 80,000 habitants. Elle est remarquable par quelques-uns de ses monuments religieux. Sa place principale est vaste et de forme carrée : Ancien palais des vice-rois occupe le côté du nord; a ^ orient, s’élèvent la cathédrale et le palais archiépiscopal; a 1 occident, au midi, régnent deux rangées de portiques rcguliers, embellis par des boutiques variées, comme ies galeries du Palais-Royal à Paris. Ces arcades somptueuses servent de rendez-vous à la partie la plus brillante de la population.
- Au centre de la place magnifique décorée par les édifices du gouvernement, de la religion et du commerce , est érigée la fontaine monumentale au sujet de laquelle
- p.779 - vue 404/0
-
-
-
- 780
- FORCE PRODUCTIVE
- est né le proverbe péruvien: «Quiconque a bu les eaux de la fontaine ne voudra jamais quitter Lima.»
- Suivant les mœurs de l’Espagne, aux portes de la ville, on a construit un cirque où peuvent siéger 20,000 spectateurs passionnés pour les combats de taureaux.
- Les voyageurs et les historiens ont à l’envi célébré les magnificences et les plaisirs d’une capitale où tout semble réuni pour parler aux sens et les enivrer1. Un climat de zone torride est assez tempéré pour laisser aux forces de l’homme leur plus puissante énergie ; la beauté des femmes est rendue plus attrayante par un costume où le mystère ajoute à l’abandon des mœurs. Dans la Sybaris du nouveau monde, on apporte l’argent et l’or de mines inépuisables, et .ces métaux font affluer tout ce que le commerce des deux hémisphères offre d’objets d’un luxe corrupteur. A la richesse métallique et proverbiale du Pérou il faut ajouter un objet d’échange plus précieux encore au jugement de l’avarice, parce que le chiffre vénal en est plus grand : c’est l’excrément des oiseaux, le guano, qui solde sa part prépondérante des voluptés de Lima. Avec des ressources pareilles sont assouvies les passions les plus ruineuses, l’amour sans bornes du jeu, l’intempérance, enfin toutes les débauches que peut inventer la dépravation des sens. Voilà comment la cité qui devrait faire la principale force du Pérou en fait, suivant moi, la faiblesse.
- Après Lima, on peut encore citer, pour l’industrie, cette ville de Cusco dont nous avons déjà parlé. Quoique déchue et dévastée, elle conserve plus de 4o,ooo habitants,
- 1 L’orateur romain signale avec éloquence la tendance à la corruption qui caractérise les riches cités bâties au voisinage de la mer : cMulta etiam ad luxuriam invitamenta perniciosa civitatibus suppeditantur mari, quæ vel capiuntur, vel importantur ; atque habet etiam amenitas ipsa vel sumptuosas vel desidiosas iilecebras multas cupiditatum. » (Cic. de Republica, lib. IL S iv.)
- p.780 - vue 405/0
-
-
-
- 781
- DES NATIONS.
- en majeure partie de race indigène. Ils fabriquent avec succès des tissus pour lesquels les toisons du pays four* nissent des fdaments d’espèces variées, dont plusieurs sont d’une beauté justement appréciée des Européens. Quelques artistes de l’antique cité mettent en œuvre les métaux précieux, et on cite leurs ouvrages en filigrane.
- Mines d’or et d’argent du Pérou et de la Bolivie.
- Les aborigènes excellaient peu dans l’exploitation des uaines : l’or qu’ils amassaient, à l’état natif, provenait de sables plus ou moins chargés de parcelles de ce métal. Ce lurent les Espagnols qui s’adonnèrent, avec toute la puissance de leur avarice, à l’exploitation des trésors souterrains.
- Jusqu’à ce jour, les mines d’or qu’on a trouvées n’ont donné que des produits d’une valeur fort limitée ; mais d n’en est pas ainsi des mines d’argent.
- Au Pérou, les plus célèbres mines argentifères, celles de Lhota, de Pasco, et celle du Potose, en Bolivie, se trouvent a de grandes hauteurs au-dessus de la mer. Elles gisent à pou de distance des glaces éternelles, loin de toute végétation, en des lieux où l’eau se congèle toutes les nuits.
- Ce n’est pas à faux titre que la mine du Potose est devenue pour les peuples et les poètes l’emblème de la richesse : on évalue l’argent tiré de cette mine, depuis que les Espagnols en ont commencé l’exploitation, entre six et Sept milliards de francs. La mine argentifère de Pasco rend par siècle un milliard.
- Les Espagnols n’ont pas le mérite d’avoir trouvé les plus riches mines du Pérou : ce furent des bergers indiens qui découvrirent celles du Potose et de Pasco.
- Le froid perpétuel des galeries et des puits d’exploi-
- p.781 - vue 406/0
-
-
-
- 782
- FORCE PRODUCTIVE
- tation rend extrêmement pénible aux Européens d’y soutenir un labeur continu. A l’époque où l’on employait tant d’esclaves africains en Amérique, ils auraient péri dans ces froids souterrains par l’effet d’une si basse température. Dans les mines glaciales des Andes péruviennes, on ne pouvait faire travailler avec succès que les aborigènes accoutumés au climat des tierras frias, des terres froides.
- La loi Mita, dictée par la tyrannie du conquérant, attribuait à chaque mine les Indiens des pays circonvoi-sins, et c’étaient les dominateurs qui fixaient le prix d’un travail obligatoire. Cette loi disparut quand le nouveau monde espagnol eût proclamé son indépendance. Aujourd’hui les Indiens travaillent encore aux mines, mais librement, à prix débattus et fort élevés : ces prix sont d’ordinaire triples de ceux que gagnent les agriculteurs.
- PRODUCTION DE L’OR ET DE L’ARGENT EN 1800 ET EN l848.
- PÉROU. BOLIVIE.
- KILOG. VALÇÜR. KILOG. VALEUR.
- ( Or. 2,807 9,669,000 506 1,743,000
- 1800. J .
- ( Argent. 140,478 31,217,000 100,764 24,614,000
- Totatjx 40,886,000 26,357,000
- ( Or 750 2,583,000 444 1,529,000
- 1848. { . ( Argent 150,000 33,333,000 ' 52,044 11,565,000
- Totaux 1. 35,916,000 13,094,000
- S’il fallait en croire un article remarquable du Times, année i85i, la production de l’argent, en i85o, serait inférieure au dernier résultat que nous venons de relater:
- p.782 - vue 407/0
-
-
-
- DES NATIONS. 783
- la diminution serait égale à 28 centièmes pour le Pérou, à 22 pour la Bolivie.
- Mines de mercure.
- C’est surtout dans ces deux contrées que l’exploitation de l’argent par l’amalgame avec le mercure a produit le plus grand bienfait, parte que les mines d argent y sont situées en des lieux arides, éloignés de tout combustible, et ne peuvent pas être exploitées par l’emploi du feu et la fusion. Dès^l’année i55j, Bartholomé de Médina, mineur espagnol, faisait la belle découverte du traitement de l’argent par le mercure : ce fut une grande fortune pour l’Amérique espagnole.
- L’art d’extraire l’argent des roches qui le contiennent est resté beaucoup plus imparfait au Pérou qu’au Mexique. On affirme que, pour obtenir une même quantité de ce oaétal, les Péruviens consomment du quart à la moitié plus de mercure que les Mexicains, et beaucoup au delà de ce qui suffit en Allemagne à l’habileté des Saxons.
- La nature, prodigue de ses dons, a placé les plus riches ttunes de mercure à proximité des grandes mines d’ar-§ent du Pérou'.
- M. le baron de Humboîdt a donné l’histoire des mines de mercure de Huancavélica dans son Essai politique sur le r°yaume de la Nouvelle-Espagne. Les anciennes mines exploitées au Pérou par les Espagnols produisaient des quantités de mercure qui variaient entre 180,000 et 336,000 kilogrammes par année. En 1789, l’impéritie d’un commis-saire officiel occasionna l’éboulement des galeries de Huancavélica; l’État n’en a point repris l’exploitation.
- On a permis aux Indiens d’extraire ce qu’ils pourraient de mercure dans les lieux abandonnés; leur industrie a
- p.783 - vue 408/0
-
-
-
- 784 ' FORCE PRODUCTIVE
- prospéré. Dès la fin du siècle dernier, ils en retiraient 147,000 kilogrammes; aujourd’hui l’extraction annuelle n’est pas moindre de 294,000 kilogrammes.
- On a fait connaître, en i852, qu’on venait de découvrir des mines de mercure admirablement situées auprès des mines d’argent du Potose en Bolivie : on doit former des vœux pour quelles soient habilement exploitées.
- En consultant les états officiels du commerce britannique, je trouve que l’Angleterre vendait au Pérou, sur le mercure tiré des mines espagnoles d’Almaden :
- Années 1849 i85i 1 852 i853
- Kilogrammes. 92,262 13,296 // a
- Ces chiffres démontrent-ils que, depuis i852 , le Pérou suffit à sa consommation de mercure? Souhaitons qu’il faille attribuer ce changement à la production croissante du mercure d’Amérique, et non pas à la diminution des métaux précieux qui sont en exploitation1.
- Mines de salpêtre.
- Parmi les principales richesses minérales du Pérou, il faut compter le salpêtre, nitrate de potasse en cristaux cubiques. La quantité qu’on en exporte annuellement surpasse 200,000 tonneaux de 1,000 kilogrammes : la seule Angleterre achrète des deux tiers à la moitié de ce nitrate.
- 1 Variation des prix du mercure en Amérique, par kilogramme :
- Années... 1 1590 1750 1800 â1810 i852
- Prix | 23f l3 9f 74 2f 20 5f 28 à-7f 44
- p.784 - vue 409/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 785
- Exploitation du guano.
- Les anciens habitants du Pérou connaissaient cet engrais si précieux et si puissant; ils l’appliquaient à leur agriculture. L’Espagnol aurait dû s’en emparer pour accroître avec énergie les productions du sol américain ; oaais son apathie laisse les Anglais et les Français parcourir 10,000 lieues d’aller et de retour, afin d’ajouter chez eux à la fécondité d’un sol devenu trop étroit pour le nombre des habitants que multiplie le progrès de tous les arts.
- Les dépôts les plus abondants de guano se trouvent sur des rochers en plein Océan Pacifique.
- Le groupe des Ghinchas présente trois îles chargées d’une incroyable quantité de guano, déposé là depuis des siècles. Des myriades d’oiseaux de mer continuent d’y chercher un refuge; à la surface des dépôts séculaires, ds creusent des galeries pour cacher et couver leurs œufs. Leur séjour périodique ajoute sans cesse à l’épaisseur des couches d’excréments accumulés en quantités qui surpassent toute imagination ; cependant ils ne viennent plus di nombre aussi prodigieux qu’aux temps où la présence des hommes ne troublait jamais la tranquillité de ces îles.
- En aucun temps il ne pleut sur l’archipel des Chinchas. ha, le guano ne perd aucun sel par la dissolution et conserve toute sa puissance : aussi celui qui provient dune telle origine est-il supérieur en énergie fécondante ^ celui qu’on exploite dans toute autre partie du monde.
- Les Indiens, chèrement payés, travaillent jour et nuit Pour enlever le guano qu’on trouve sur les trois îles rocheuses. Deux d’entre elles seulement sont en exploitation; la troisième, celle du sud, reste encore inabordée, bien quelle soit supposée plus riche que les deux autres.
- Voici comment on procède à l’extraction : le navire en
- ÏNTRODCCTION. 5O
- p.785 - vue 410/0
-
-
-
- 786 FORCE PRODUCTIVE
- charge s’étant débarrassé de son lest, ses embarcations portent à bord assez de guano pour le remplacer; on amène alors le bâtiment dans un mouillage profond, au pied des roches à pic et très-élevées au-dessus desquelles sont les grands amas naturels qu’on met à contribution. Au sommet des rochers, sur une arête en saillie, se trouve un énorme entonnoir incliné par où doit glisser le guano; il descend de là, dans une large manche en toile, jusqu’aux écoutilles des navires. L’entonnoir est assez spacieux pour contenir plusieurs centaines de tonneaux de guano, poussé de plus haut par les ouvriers indiens. Dès qu’on détache une corde qui serre l’ouverture supérieure de la manche en toile, le guano se précipite et tombe dans la cale du navire. Tant que dure le chargement, il s’élève une poussière tellement âcre et qui prend si fort à la gorge, que les matelots placés dans la cale pour arrimer le guano ne peuvent pas y rester plus de vingt minutes; ils se succèdent par escouades jusqu’à la fin du travail.
- Les Anglais surpassent tous les autres peuples par la quantité de guano qu’ils enlèvent et que peut payer leur opulente agriculture. Us chargent par an 200 à 3oo millions de kilogrammes : c’est l’équivalent de 4oo à 600 navires portant chacun 500 tonneaux.
- On a signalé aussi les îles Lobos, propriété du Pérou; elles contiennent des couches abondantes d’un guano moins estimé que celui des Chinchas. Ces îles ont commencé par tenter la cupidité de quelques Anglais : ils ont prétendu que leur pays avait sur elles un droit de souveraineté; mais le droit parut si peu fondé, que le Gouvernement britannique n’a pas cru pouvoir le soutenir.
- Les Anglo-Américains des Etats-Unis s’empressèrent de reprendre les prétentions que répudiait l’Angleterre, mais sous un autre aspect : ils prétendirent que les îles Lobos
- p.786 - vue 411/0
-
-
-
- DES NATIONS. 787
- s’appartenaient à personne et que le premier occupant pouvait s’en saisir. Déjà s’apprêtaient en foule, pour cette prise de possession, les aventuriers de la grande union américaine; le ministre Webster, afin de se rendre populaire, prêtait une oreille complaisante à de telles présentions. La résistance éclairée et ferme du Pérou, à Washington par la diplomatie, et dans l’Océan Pacifique par des apprêts de défense, a conjuré l’orage flibustier.
- Des guerres extérieures et surtout des guerres civiles, ajoutées à la dilapidation des deniers publics, ont obligé le pays de l’or, le Pérou, à chercher les capitaux de l’Angleterre pour subvenir à son propre déficit. Les Anglais Veulent que l’intérêt et le remboursement graduel des sommes prêtées soient hypothéqués sur le revenu des îles Cbinchas. Il ne faut pas moins que les oiseaux de la mer du Sud pour solder avec leurs excréments la folie et la prodigalité de tout un peuple qui ne peut pas se libérer avec un sol immense et des mines d’argent inépuisables !...
- Progrès des importations du guano péruvien dans la Grande-Bretagne.
- i85i. I 1862. i853. i854’
- 119,482* J 87,674* 108,oi3* 225,292*
- 185 5. 269,624*
- Quelque énorme que soit en Angleterre l’importation directe du guano, il faut y joindre pour la dernière année 5o,ooo tonneaux, c’est-à-dire 5o millions de kilogrammes, arrivés des États-Unis, du Chili, de la Vénézuéla; ies réexportations absorbent presque ce supplément d’importation.
- En 1855, il est resté, par conséquent, dans les trois r°yaumes britanniques au moins 260 millions de kilogrammes de guano, évalués à 70 millions de francs. Nous sommes bien au-dessous de la vérité en portant à
- 5o.
- p.787 - vue 412/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 788
- i4o millions la valeur des produits agricoles ajoutés aux revenus de la terre par l’habile emploi du plus puissant des engrais.
- Le Gouvernement péruvien a fait calculer par ses ingénieurs la quantité de guano que peuvent contenir encore les trois îles Chinchas : le poids total, évalué largement, s’élèverait à 11,2 51,000 tonneaux de 1,000 kilogrammes. En admettant une exportation moyenne de 4oq,ooo tonneaux par année, cette grande richesse naturelle du Pérou serait épuisée vers l’an i885. Si d’autres découvertes ne procuraient pas un équivalent, l’agriculteur britannique, principal consommateur, éprouverait à cette époque un grand appauvrissement. L’Angleterre entrevoit ce danger et cherche déjà les moyens de le prévenir.
- Citons encore un fait digne d’attention : dès 1851, les Chinois tiraient du Pérou 2,45o tonneaux de guano. Cette exportation, dans un grand Empire dont'l’agriculture est si perfectionnée , pourrait prendre un rapide essor.
- Commerce du Pérou et de la Bolivie.
- Nous n’avons pas séparé les mines des deux États, nous n’en séparons pas le commerce extérieur. Nous allons faire connaître les importations et les exportations pour les trois principales puissances commerçantes, en 1855 :
- Pérou et Bolivie. Importations. Exportations.
- France.................... 32,5g3,784f 7,368,63^
- Grande-Bretagne.......... 33,635,760 87,186,660
- États-Unis...........,• • • • 4,6/18,716 3,191,281
- Totaux.............. 70,878,260 97,746,570
- Ce commerce de deux contrées qui comptent ensemble 3,606,492 habitants est plus considérable que celui de la Nouvelle-Grenade et de la Vénézuela; mais il donne-
- p.788 - vue 413/0
-
-
-
- DES NATIONS. 789
- rait une idée exagérée du travail péruvien, si l’on ne faisait sur les exportations une déduction indispensable : c’est la valeur du guano, production très-étrangère à l’industrie de l’homme.
- Si nous réunissions l’achat de guano fait par les trois grandes puissances commerçantes, nous trouverions un total qui surpasserait 76 millions de francs.
- En définitive, les trois quarts des exportations du Pérou sont donnés par l’excrément des oiseaux de mer, et cest l’étranger qui vient le charger sur ses navires.
- Commerce des toisons du lama et de l'alpaga.
- Après l’engrais extraordinaire dont nous venons d’indiquer l’exportation toujours croissante, et qui surpasse à présent 300 millions de kilogrammes par année, c’est ta laine longue, fine et brillante du lama et de l’alpaga qui mérite le plus de fixer notre attention. Dès i 855, la Grande-Bretagne en achète au Pérou 600,000 kilogrammes par année, au prix élevé de 4 millions de francs. Cette matière précieuse est filée, puis tissée, dans les vastes ateliers du comté d’York, avec des procédés d’une récente
- rare perfection.
- Pourquoi la France, si distinguée par son art de tra-Vaüler la laine et de créer des procédés nouveaux pour le travail des tissus ras, n’entreprend-elle pas d’employer tas longues et fines toisons du lama et de l’alpaga dans la confection des tissus, que le goût et l’imagination de nos ^dustriels embelliraient à l’envi? Alors cesserait l’exiguïté regrettable de nos achats dans un pays qui montre pour tas produits de nos manufactures un penchant aussi prononcé que judicieux.
- H est encore un autrç progrès que nous demandons à
- p.789 - vue 414/0
-
-
-
- 790
- FORCE PRODUCTIVE
- la France : c’est d’acclimater dans nos montagnes des Alpes et des Pyrénées, du grand et du petit Atlas, les précieux animaux qui donnent de si belles toisons, qui servent eux-mêmes de bêtes de somme, et dont la chair est estimée à l’égal de la chair de nos moutons. Il y a près d’un siècle, Bufïbn exprimait ce vœu. Vingt ans plus tard, il revenait sur cette naturalisation; il se plaisait à penser qu’un emprunt de cette nature produirait plus de biens réels que tout l’or du nouveau monde : « Le ministre, « disait-il, qui aurait contribué à enrichir le royaume « d’un animal aussi utile pourrait s’en applaudir comme « de la conquête la plus importante. »
- Pour réaliser de tels vœux, au lieu d’attendre les miracles d’une impulsion administrative, l’illustre naturaliste •aurait dû suivre, disons mieux, devancer l’exemple qu’a donné Daubenton, le plus savant de ses collaborateurs. Daubenton, par ses soins personnels, par ses directions à la fois pratiques et savantes, a principalement influé sur la naturalisation et la multiplication des mérinos, que nous avons empruntés à l’Espagne.
- Progrès modernes du Pérou.
- Les habitants peuvent trouver les moyens d’accroître avec rapidité leur commerce déjà considérable; mais il faut pour cela que leur gouvernement s’améliore à beaucoup d’égards et se fortifie.
- Je ne veux rien changer aux considérations suivantes, que j’écrivais avec bonheur en voyant la route où Ie Pérou s’avançait jusqu’à ces derniers temps :
- « Après avoir parcouru tant d’États dévorés par l’anarchie, et presque tous affaiblis parune organisation vicieuse, depuis le Mexique jusqu’à l’Equateur, il est consolant
- p.790 - vue 415/0
-
-
-
- DES NATIONS. 791
- pour un ami de l’humanité de reposer enfin ses regards sur un tout autre spectacle , en contemplant la république du Pérou. Pendant plus de dix ans, elle s’est affranchie des agitations et des troubles intestins qui semblent être devenus le choléra politique incurable des ci-devant colonies espagnoles.
- « A l’époque même de l’Exposition universelle, le Pérou, corrigeant pour les améliorer les anciennes lois qu’il tenait de sa métropole, achevait son code civil; un code de commerce s’élaborait d’après les sages principes admis entre les nations aujourd’hui les plus avancées.
- «Dans l’année i85i, cet Etat et le Brésil concluent un traité de délimitation, de commerce et de navigation qui met les deux nations sur le pied d’égalité pour la circulation sur les eaux intérieures. Elles s’engagent à subvenir en commun pour établir la navigation à vapeur, depuis la rivière Maragnon jusqu’au débouché de l’Amazone dans l’Atlantique, sur un parcours de mille lieues. Cette mesure importante intéresse tous les Etats mari-finies; dès qu’ils pourront y prendre part, elle leur permettra de circuler dans la vaste largeur de l’Amérique méridionale, à travers des contrées qui ne demandent que d être peuplées pour devenir les plus riches de la terre.
- «Afin d’ajouter à ces mesures, une prime est offerte aux étrangers qui viendront coloniser au Pérou dans bassin supérieur du fleuve des Amazones (i55 francs par tête). L’État les transporte â ses frais depuis leur arrivée par le fleuve et depuis la frontière intérieure jusqu’aux lieux à coloniser. Des terres, entre 20 et 80 hectares, sont concédées par famille, à titre gratuit. Ces terres sont exemptes d’impôt; et la personne des colons est affranchie pour vingt ans de contribution personnelle.
- « Au chemin de fer en activité depuis Lima, la capitale,
- p.791 - vue 416/0
-
-
-
- 792 FORCE PRODUCTIVE
- jusqu’au port de Gallao, va s’en ajouter un autre long de 16 lieues; celui-ci réunira la ville de Taena au port d’Arica, par lequel s’effectue presque tout le commerce maritime de la Bolivie. Le Gouvernement du Pérou montre son esprit libéral en garantissant aux concessionnaires un intérêt de 6 p. o/o : intérêt nécessaire pour que des capitalistes d’Europe, ce sont des Anglais, s’aventurent par-delà les mers, au milieu de nations dont l’état politique laisse encore planer tant de nuages sur l’avenir.
- « Lorsque le Gouvernement du Pérou s’efforce ainsi d’ajouter aux prospérités de l’intérieur, il jette au dehors un regard prévoyant : il s’unit avec le Chili dans l’intention d’aviser aux moyens de repousser par un commun effort les flibustiers qui tenteraient de dévaster les États de l’Amérique méridionale comme ils désolent aujourd’hui l’Amérique centrale.
- « Formons des vœux pour que tous les Gouvernements de l’Amérique du Sud se réunissent à ce noyau de résistance fédérale : c’est le moyen de repousser le fléau qui menace de dévorer cette opulente partie du monde. »
- Puis-je le dire sans douleur ! Aujourd’hui le Pérou cesse d’échapper à l’épidémie hispano-américaine. La guerre civile dévore ses côtes; et le Gouvernement, auteur de tous les bienfaits que nous venons d’énumérer, court le danger de périr sous l’effort des factions.
- RÉPUBLIQUE DE BOLIVIE.
- La Bolivie, c’est l’ancien haut Pérou, faisait autrefois partie de la vice-royauté de Buénos-Ayres.
- Superficie. .........'..... 122,963,000 hectares.
- Population....... ....... 2,326,126 habitants.
- Territoire pour mille habitants. 52,862 hectares.
- p.792 - vue 417/0
-
-
-
- DES NATIONS. 793
- Avec un territoire de 52,862 hectares, la France ne nourrit pas seulement mille habitants comme la Bolivie, elle en nourrit 35,887.
- Le peu d’accueil fait par les Hispano-Américains aux émigrants en explique le petit nombre, malgré les services immenses que ceux-ci pourraient rendre. De 185o à 1853, un pays aussi vaste que la Bolivie n’a reçu que 3,922 colons étrangers, comprenant 320 Irlandais, 1,096 Allemands et 2,5 1 6 Chinois : ce dernier chiffre mérite toute notre attention. Au xixc siècle, la Chine contribue à peupler 1 intérieur de l’Amérique !
- La Bolivie est située entre le Pérou et le Brésil. Sur nne côte de cent lieues au plus, elle borde l’Océan Pacifique et n’a pas un seul bon port; de cette côte jusqu’au r,ornmet des Andes s’étend le désert stérile d’dtacarna. Nous comprenons ainsi comment la Bolivie ne fait directement aucun commerce avec les grandes puissances maximes : ses importations et ses exportations, passent par
- Pérou, le Chili, le Brésil ou Buénos-Ayres.
- A l’orient, la Bolivie est limitée par la rivière Guaporé, fun des grands affluents du fleuve des Amazones, puis Par la partie supérieure de la rivière du Paraguay.
- A l’occident des Cordilières, presque tous les cours eau devraient s’appeler, comme le Rio Desaguadero, la Javière gui perd son eau; ce qu’elles font en effet, à cause 6u sol perméable quelle traversent.
- A peine, en Bolivie, la race européenne est comptée pour un quart de là population.
- Parmi les Indiens, ceux qu’on appelle Moxos ont été Civilisés il y a déjà deux siècles; en cessant d’être nomades,
- sont devenus agriculteurs.
- Ghuguisaca,la capitale de l’État, compte, dit-on, 25,000 f^bitants; une seule autre ville doit être citée.
- p.793 - vue 418/0
-
-
-
- 794
- FORCE PRODUCTIVE
- Ville et mines du. Potose.
- Le district le plus célèbre de la Bolivie est le pays du Potose. La ville de ce nom est située à près de 4,ooo mètres au-dessus du niveau de la mer. On prétend quelle eut autrefois une population dont le chiffre est fabuleux; elle compte encore 30,000 âmes. Le pays cir-convoisin est aride et sans culture; à 1,000 mètres au-dessus de la ville, sont les célèbres mines d’argent du Potose, citées par nous en parlant des richesses minérales du Pérou.
- Si nous exceptons l’exploitation des 'mines, tout est imparfait dans la Bolivie; tout est retardé par le triste état de l’ordre, ou plutôt du désordre public. Le pays est déchiré par des factions militaires qui se disputent sans relâche le pouvoir.
- En 1824, la Bolivie déclare son indépendance. Un an plus tard, elle prend le nom de l’illustre Libérateur, sans suivre ses préceptes et sans pratiquer ses vertus publiques.
- Il faut citer pourtant avec éloge le concordat de 1851, entre la république et le Saint-Siège ; il est bienfaisant et modéré. Le Gouvernement bolivien s’engage à fournir aux missions les moyens d’amener au christianisme les Indiens qui sont encore païens; il défrayera les dépenses nécessaires pour les instruire et les civiliser. Mais jusqu’à quel point ces généreuses mesures sont-elles exécutées?
- La Bolivie, riveraine de l’Océan Pacifique, exploite aussi le guano, mais infiniment moins que ne le fait le Pérou. C’est par le port de Cobija quelle exporte cet engrais.
- Une des exploitations importantes de la Bolivie est celle de l’écorce de quinquina; la récolte s’en fait dans les districts de la Paz et de Cochabamba.
- p.794 - vue 419/0
-
-
-
- DES NATIONS. 795
- L’État prélève de lourds droits fiscaux sur les deux exploitations du quinquina et du guano.
- Communications des Républiques péruviennes par les eaux de l’Amazone.
- Depuis i85o, le Brésil et la Bolivie se sont mutuellement accordé la libre navigation de l’Amazone et de ses affluents. Si la Bolivie est clairvoyante, elle resserrera de plus en plusses liens d’amitié avec le Brésil; elle se mettra, par cet intermédiaire, en relation avec tous les États qui bordent les côtes de l’Atlantique.
- En terminant ce qui concerne les deux républiques péruviennes, je prends plaisir à mentionner un mémoire de M. Émile Carrey. Ce jeune, habile et courageux voyageur a rendu compte, en 1855, de ses observations sur les transports et les échanges qui se font dans la partie de ces États appartenant au grand bassin de l’Amazone.
- C’est en octobre 18 51 qu’un traité rendit libres la navigation et le commerce entre le Brésil et le bas Pérou sUr l’Amazone et ses affluents; cependant, jusqu’à ce jour, la moindre partie des produits européens consommés dans le haut Pérou prend la route de l’Amazone; le reste est exporté soit par l’isthme de Partama, soit en doublant Ie cap Horn. Il faudrait qu’on perfectionnât beaucoup et on rendît moins dispendieux le parcours des voies inté-vieures, pour que le mouvement par l’Amazone devînt plus considérable. M. Carrey se plaint surtout des droits prélevés par les douanes du Brésil, même au transit; lequel transit devrait être gratuit, dans l’intérêt bien entendu de Cet empire.
- , Mayobamba, ville voisine des limites qui séparent les Etats de l’Equateur et du Pérou, est le centre commerçai intérieur où se rencontrent les marchandises appor-
- p.795 - vue 420/0
-
-
-
- 796 FORCE PRODUCTIVE
- tées par les voies de l’Atlantique et de l’Océan Pacifique. Ce centre mérite de fixer notre attention, parce qu’il est celui de la seule industrie remarquable exercée dans ces hautes régions.
- Chapeaux de paille du haut Pérou.
- Ces chapeaux, faits avec la paille dite bombonaxa -, sont recherchés dans toute l’Amérique et même en Europe. L’humidité ne peut les* détériorer qu’au bout d’un temps considérable; les insectes , qui dévorent tout sous la zone torride, respectent les chapeaux que nous signalons. Ils sont connus au lofn sous le nom de chapeaux de Panama, parce que ceux qu’on fabrique dans le pays de Guayaquil suivent la-voie de Panama pour être apportés sur les marchés de l’Occident. Iis durent huit à neuf fois plus que ceux de paille ordinaire; ils ont la blancheur d’un tissu de coton, et peuvent se laver de même. Pour les transporter, on les plie en deux, puis on les roule par douzaines, afin d’en former des ballots.
- La ville entière de Mayobamba s’adonne à les fabriquer; elle est le centre de leur exportation, qui s’élève de 5o à 60,000 par année. On exporte aussi 6 à 7,000 kilogrammes de la paille bombonaxa dont ils sont faits. Cette paille est envoyée dans le bas Pérou; il en parvient jusqu’en France.
- Sur le lieu de la fabrication, les chapeaux sont vendus de 2 fr. 5o à 85 francs, suivant leur degré de finesse. Le tableau suivant donnera l’idée du renchérissement incroyable des transports opérés à travers des contrées ou tous les moyens de communication sont encore dans l’enfance :
- p.796 - vue 421/0
-
-
-
- 797
- DES NATIONS.
- Prix d’un même chapeau, dit Panama. Commun. Fin.
- A Mayobamba ......... 7* 5oc à iof y5 à 85f
- A Lima. .................. 21 60 à 27 162 à 189
- Au Brésil............... . 3o » à 36 225 à 5oo
- Aux Etats-Unis, aux Antilles, à Paris........ .. 5o b à 60 3i5 à 472
- RÉPUBLIQUE DU CHILI.
- N Moins vaste que tous les États jusqu’ici parcourus dans l’Amérique du Sud, le Chili prend le premier rang pat'sa sagesse, par son industrie et par son commerce. Il s’étend de l’Océan Pacifique aux points culminants de la chaîne des Cordilières. A l’orient, il est borné, par la république Argentine; il l’est par la Bolivie du côté de l’équateur, et par la Patagonie du côté du pôle austral.
- Superficie....................... 33,6g8,43o hectares.
- Population....................... 1,43g, 120 habitants.
- Territoire pour mille habitants.. 23,416 hectares.
- Ces royaumes britanniques, pris ensemble, ont un peu moins d’étendue que le Chili, qui n’excède pas le vingtième de la population de ces royaumes ; il est donc encore extrêmement éloigné du terme où le progrès de Agriculture et des autres arts pourra porter le nombre de ses habitants.
- Mais comparativement à la Bolivie, au Pérou, a l’Équateur, à la Vénézuéla, à la Nouvelle-Grenade, le Chili se trouve incomparablement plus peuple.
- Chose infiniment plus importante que le chiffre absolu de la population, dans la principale partie du territoire, ta seule race espagnole occupe les rangs productifs de la société : les bras laborieux sont presque tous européens.
- Ca situation du Chili, entre le 2 5e et le 44e degré de
- p.797 - vue 422/0
-
-
-
- 798 FORCE PRODUCTIVE
- »
- latitude, appartient à la zone tempérée, la plus favorable à la race blanche et qui permet le mieux que l’homme déploie son activité laborieuse.
- L’agriculture est plus avancée au Chili que dans les autres Etats hispano - américains,; elle est remarquable par Thabileté des irrigations. On met de la sorte à profit les eaux qui, des Cordilières, descendent vers l’Océan Pacifique.
- Les régions du Chili les moins éloignées de l’équateur se trouvent situées sous une latitude analogue à celle de l’Egypte; mais le climat, pour la douceur et la beauté, semble plutôt comparable à celui de l’Italie et delà Grèce.
- Fixons notre attention sur la partie où se concentrent le commerce et la puissance nationale du Chili.
- Valparaiso.
- Sous la même latitude, mais dans un autre hémisphère, que Gibraltar et Syracuse, Valparaiso, dont le nom signifie la vallée, le val du Paradis, s’est développée depuis quelques années avec une rapidité qui rappelle les progrès de l’Amérique du Nord. En un demi-siècle, elle a plus que quintuplé sa population ; elle compte aujourd’hui plus de 3o,ooo âmes.
- Valparaiso possède le port principal de la république, et l’une de ses grandes industries est la construction des navires.
- Il faut espérer que les Chiliens entreprendront des ouvrages d’art afin d’abriter les navires contre les vents qui viennent du nord et qui parfois poussent à la côte les bâtiments qui sont à l’ancre.
- En 185A, les entrées et les sorties du port de Valparaiso présentaient, pour le commerce extérieur, un total
- p.798 - vue 423/0
-
-
-
- DES NATIONS. 799
- de 3 y 9,157 tonneaux. Aujourd’hui de très-grands navires à marche rapide, ce sont les clippers, viennent en bon nombre à Valparaiso; ils mettent de soixante à soixante et dix jours pour franchir la distance entre ce port et 1 Europe.
- Pour faire apprécier l’importance acquise par le commerce de Valparaiso, la comparaison qui suit nous suffira. Au point de vue de la navigation de long cours avec l’étranger, ce port ne le cède qu’à trois ports français : à Mar-seille, au Havre, à Bordeaux; il l’emporte syur Nantes. Le Ehili n’a pourtant qu’une population vingt-cinq fois moins nombreuse que celle de la France !
- A l’époque où le capitaine Wilkes, des Etats-Unis, fit son célèbre voyage dans les mers du Sud, il vint deux fois à Valparaiso. Lors de sâ première visite, en 1821, il ta trouva médiocrement peuplée, grossière, en proie à tous les désordres, et souillée par de fréquents assassinats. Seize ans plus tard, il eut le bonheur de reconnaître qu’un bon gouvernement avait fait disparaître le désordre avec tas crimes; la ville, agrandie, assainie, était décorée par °ta beaux monuments d’utilité publique.
- Les habitants du Chili, dit le même observateur, Se plaisent aux travaux de l’agriculture ; ils aiment mieux leur terre natale que les autres habitants de l’Amérique ^nSud. En même temps, les classes inférieures témoignent plus de bienveillance à l’égard des étrangers.
- Santiago.
- A trente lieues de Valparaiso s’élève la grande cité de Santiago. Elle était autrefois la capitale de la capitainerie §enerale du Chili; elle est aujourd’hui celle de la république. Le recensement fait en 1800 portait la popula-
- p.799 - vue 424/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 800
- tion de cette ville à 65,675 habitants ; on admet qu’elle en possède actuellement 80,000.
- Santiago réunit des institutions scientifiques et d’instruction publique propres à répandre les lumières chez une population de plus en plus instruite et civilisée. Citons son école d’arts et métiers, dirigée par un chef tiré de notre école de Châlons.
- L’eau des môntagnes, habilement dirigée, arrose le territoire circonvoisin, et la végétation quelle favorise ajoute aux délices du climat.
- La rivière Biobbio termine le Chili proprement dit, dont la population est presque toute d’origine espagnole. Il faut, par conséquent, qu’elle travaille à tous ses arts, à tous ses métiers, et cultive sa propre terre. C’est, à mon avis, une des grandes causes de sa supériorité. Depuis les États-Unis, nous n’avions pas retrouvé de race européenne qui se trouvât aussi complètement placée dans l’heureuse nécessité de pratiquer tous les arts utiles.
- La navigation à vapeur est établie sur le Biobbio, l’un des fleuves les plus importants du Chili.
- Près de l’embouchure du Biobbio s’élève la ville de la Conception, chef-lieu de la province à laquelle elle a donné son nom. Dans cette province, les navires baleiniers viennent au port de Zalcahuano prendre des vivres frais; ils en achètent pour des sommes importantes.
- Araucanie.
- Au delà de la rivière Biobbio , du côté du pôle austral, commence l’Araucanie. Cette province est exclusivement habitée par les aborigènes, excepté pourtant la ville et le port de Valdivia.
- Valdivia peut encore être citée après Valparaiso : la ville
- p.800 - vue 425/0
-
-
-
- DES NATIONS. 801
- est beaucoup moins peuplée, mais le port est meilleur; il se trouve au fond d’une vaste baie qui contribue à sa sécurité.
- Les Araucaniens ne négligent pas tout à fait l’agriculture; ils cultivent le maïs, les patates, les plan les légumineuses. Ils s’occupent surtout à nourrir de grands troupeaux de bêtes à cornes et de chevaux. Gomme chez eux la vie pastorale prédomine, leur population est peu ^ombreuse et très-disséminée.
- L’île de Chiloé se trouve au nord austral de l’Arau-canie. Le port de San-Carlos en fait partie et se présente au débouché du détroit qui la sépare de cette province. L’île a plus d’un million d’hectares eh superficie; elle est renommée pour sa fécondité. Les aborigènes presque seuls y cultivent et sont très-peu nombreux. C’est aux His-pano-Chiliens qu’il appartient de les civiliser et de leur aPprendre à tirer tout le parti désirable d’un des territoires les plus fertiles que possède la république.
- Iles de Jaan-Fernandez.
- Jetons un regard d’intérêt sur les deux îles de Juan-f’ernandez, placées à peu près sur le même parallèle que Santiago, à 200 lieues du port de Valparaiso. Le matelot Selkirk y fut abandonné, quand elles étaient desertes, avec quelques armes et quelques provisions ; la tradition de sa dstresse et de son esprit de ressource, de sa constance et son courage a fait naître l’admirable livre de Robinson
- O T
- ^•'iisoë : c’est le chef-d’œuvre d’un autre Ecossais, le sage et patriotique Daniel de Foë, l’ami désintéressé de Guillaume III.
- Si les populations les moins avancées de l’Amérique Méridionale avaient la constance héroïque du naufragé
- INTRODUCTION. 5l
- p.801 - vue 426/0
-
-
-
- 802
- FORCE PRODUCTIVE
- Robinson et s’appliquaient à tirer parti des admirables ressources de leur patrie, cette belle partie du monde serait bientôt transformée. Offrons maintenant quelques détails sur la principale industrie du Chili : celle des mines.
- Les mines du Chili.
- Parmi les produits les plus remarquables, on voyait au Palais de cristal un bloc de minerai d’or qui pesait i 5o kilogrammes; on y voyait aussi des minerais de cuivre qui contenaient jusqu’à 62 p. 0/0 de métal.
- Les minerais de ce dernier métal, dont les produits se concentrent à Coqaimbo, proviennent des Cordilières et des collines moins élevées qui se rapprochent de l’Océan Pacifique. Les mines d’argent concentrent leurs produits à Copiapo; de ce dernier port, l’argent, après avoir été .réduit en lingots, est conduit par mer à Valparaiso.
- Aujourd’hui ( 1855), la Grande-Bretagne et la France tirent deux fois autant de cuivre du Chili que cet État en produisait il y a vingt ans : elles en achètent pour 3o millions de francs.
- L’Angleterre transporte le minerai de cuivre du Chili dans le pays de Galles, afin d’en extraire le métal dans ses usines de Swansea. La France importe le métal à l’état de première fusion.
- Un Français, M. Lambert, ancien élève de l’École polytechnique, a construit les meilleurs fourneaux à réverbère qu’on emploie pour la fusion du cuivre dans les usines de Coquimbo.
- Il y a peu d’années, l’exploitation des mines était encore très-arriérée dans ses moyens mécaniques. Une classe d’hommes, appelés apires, n’avait pas d’autres fonctions que de monter le minerai jusqu’à la surface de la
- p.802 - vue 427/0
-
-
-
- DES NATIONS. 803
- terre; chaque apire porte ainsi sur ses épaules près de 9° kilogrammes. Le massif de minerai d’or, pesant 15o kilogrammes, qu’on voyait au Palais de cristal, un ouvrier cipire l’avait monté sur ses épaules depuis le fond de la niine et par un rude escalier taillé dans le roc.
- A moins que la mine n’ait 180 mètres de profondeur, l’apire doit monter chargé sans s’arrêter! Il est tenu de faire douze voyages par jour, en s’élevant à chaque fois dune hauteur moyenne de 72 mètres : ce travail est volontaire et ne se paye qu’un/ranc par jour.
- Nous allons présenter quelques résultats statistiques importants sur,les divers genres de mines que nous venons de signaler.
- Or. Entre les diverses mines du Chili, les mines dor unt le moins de valeur; elles ne donnent pas un demi-uullion par année.
- Argent. Les mines d’argent sont incomparablement plus riches. Elles sont situées dans la province d’Atacama; leur centre est à Copiapo, chef-lieu de la province. Dans 1 année 1854, elles ont produit 36,853,700 francs.
- A partir de Copiapo, deux chemins de fer conduisent 1 un à la Caldera, l’autre aux mines célèbres de Charna-cdlo. Une ville s’élève au point d’aboutissement de cette dernière voie. On exploite aussi quelques mines d’argent dans la province centrale de Santiago.
- Cuivre. La troisième exploitation métallurgique est celle du cuivre; ses produits égalent presque en valeur ceux des mines d’argent.
- Pour suffire aux progrès des' extractions de minerais cuivreux, des fonderies considérables ont été créées dans les ports de Coquimbo, de Congoy, de Herradura et de Totoratillo. Depuis huit à dix ans, l’élévation progressive du prix des cuivres a produit une révolution au Chili-
- p.803 - vue 428/0
-
-
-
- 804 FORCE PRODUCTIVE
- Orrne pouvait, avant cette époque, exploiter avec fruit que des minerais donnant au moins en métal un quart de leur poids; aujourd’hui, les ports que nous venons de citer, et qui sont à proximité de mines considérables, permettent d’exploiter jusqu’aux minerais qui ne contiennent que 7 p. o/o de cuivre. Situées au bord de la mer, ces mines reçoivent au plus bas prix possible la houille apportée d’Angleterre1, et qui sert de lest ou de complément aux cargaisons britanniques.
- On doit citer, comme un exemple pour la grandeur et l’excellence des travaux, l’établissement d’un Anglais, M. Robert Alison. Dans la petite ville de Herradura, distante seulement d’une demi-lieue du port principal de Coquimbo, il a construit i4 fourneaux qui suffisent à traiter 4 millions de kilogrammes de minerai.
- Voici quelles étaient, en i854, les exportations de cuivre exprimées en quintaux :
- Eu Angleterre. Aux Etats-Unis. En France.
- Cuivre............... i7,4o5 40,15g 3,oi3
- Minerai de cuivre. ... 200,576 44,219 o
- Il est pénible de voir la France prendre une part si misérable à de telles exportations. Pourquoi sur les bords de la Méditerranée, à proximité des riches houillères de la Grand’Combe, n’exploiterions-nous pas le minerai du Chili? Mais à peine avons-nous commence de traiter en France le minerai de l’Algérie.
- Nous résumerons ce qui concerne l’industrie métallurgique du Chili en disant que, dans l’année 1854, o11 évaluait à 75 millions de francs la totalité de ses produits annuels.
- 1 En i854, l’Angleterre transporte au Chili 8,188 tonneaux de houille
- p.804 - vue 429/0
-
-
-
- DES NATIONS. 805
- Salpêtre. Une dernière richesse minéralogique est celle du salpêtre. Ses progrès, depuis un quart de siècle, sont extraordinaires ; on en jugera d’après le résultat moyen des exportations par année :
- kilogrammes. francs.
- De i83o à i834 ....... 3,261,900 900,000
- De i84o à i844 .......... 15,923,000 3,980,000
- De i85o à i854 .......... 32,870,000 8,5oo,ooo
- Voies de communication.
- Le premier chemin de fer que les Chiliens aient ouvert est celui de Copiapo, centre des mines d’argent; il conduit au port de Caldero, dans une étendue de 72 kilomètres. Pour le construire, on s’est servi des ouvriers actifs, expérimentés, des Etats-Unis, et la ligne était ouverte dès i85a.
- Dans la même année i852, on a canalisé l’une des rivières principales de la province de Valdivia; l’exemple sera sans doute imité dans d’autres parties du Chili.
- Signalons avec plaisir la ligne de télégraphie électrique et rappelons le chemin de fer parallèle entre le port de Valparaiso et Santiago, la capitale de l’État. Le Couvernement a soldé la moitié de ces deux entreprises, desquelles ont exigé 2i,o4o,ooo francs.
- Il serait digne du Chili de continuer le chemin de fer a« delà de la capitale, et de traverser les Cordilières, pour descendre dans le bassin des eaux atlantiques. On obtiendrait ainsi la communication la plus avantageuse et la plus rapide entre le Chili et la république Argentine.
- En 1853, le Chili passe un contrat avec l’Anglais ^riffîn pour correspondre avec Liverpool. On emploiera SIX clippers à hélice, chacun de i,5oo tonneaux^; ils
- p.805 - vue 430/0
-
-
-
- 806 FORCE PRODUCTIVE
- feront en tout, par année, huit voyages d’aller et huit de retour : ce qui représente un transport total de 24,000 tonneaux. La durée de chaque voyage est fixée à soixante-deux jours. L’Etat accorde au contractant la faculté d’exploiter des mines de houille au voisinage du détroit de Magellan.
- Organisation et sagesse du Chili.
- Le Chili, dont l’indépendance finale date de 1826,. n’a pas changé de constitution depuis 1833- Cette constance d’un quart de siècle est .un phénomène incroyable dans l’Amérique du Sud. Le pacte fondamental confère au pouvoir exécutif de grandes attributions, nécessaires à la forte impulsion d’un gouvernement civilisateur.
- Le président est élu pour quatre ans, le sénat pour six et les députés pour huit. C’est peut-être avec raison que le corps dont l’inexpérience favorise les révolutions soudaines reçoit une plus longue durée ; on diminue par là les chances de subversion. Le Chili jouit de l’absence du suffrage universel : pour être électeur, il faut posséder 1,000 francs d’immeubles ou 2,5oo francs en ateliers. On acquiert aussi le droit électoral si l’on dote la patrie d’une invention nationale ou d’une industrie importée dont l’État ait reconnu l’utilité. Cette mesure est vraiment digne qu’on l’offre en exemple; dans aucun pays, elle n’aurait pour effet de trop rapidement accroître le nombre des électeurs.
- Depuis longues années, le Chili n’a changé qu’une fois son président, et les deux hommes qui l’ont gouverné tour à tour se sont fait remarquer par leurs lumières, leur modération et leur fermeté.
- On doit la sagesse et la constance du Gouvernement chilien à l’influence efficace de la classe, à la fois, la
- p.806 - vue 431/0
-
-
-
- DES NATIONS. 807
- plus opulente et la plus instruite; c’est une aristocratie de fait, sans titres, sans privilèges, et sans autre caractère que celui de ses bienfaits envers la patrie.
- Il ne faut pas croire qu’au Chili les mauvaises passions u’aient point agi pour troubler la paix publique et renverser les lois. Des tentatives révolutionnaires ont eu lieu surtout depuis 18/19, Par contre-coup des déchirements de la France. En 185o, le socialisme chilien a cru devoir passer, des déclamations de la presse et des clubs, aux voies de fait poussées jusqu’à la guerre civile; il a succombé dans cétte tentative.
- L’année d’après, l’insurrection a recommencé, pour hrer parti des approches de l’élection présidentielle : crise périodique qui menace et qui menacera de plus en plus i existence des républiques américaines. Ce nouvel essai d’anarchie n’a pas été plus heureux que le premier.
- Le président actuel, M. Montt, formé par vingt ans dexpérience administrative et par six ans de ministère, a joint ses efforts à ceux de son prédécesseur, le général Laines; leur concert a déjoué la troisième tentative de guerre sociale. Cette tentative était d’autant plus redou-table que les révoltés, de race espagnole, appelaient au secours de leurs passions les Indiens de l’Araucanie : Semi-sauvages dont les agressions procèdent par le pillage et le massacre.
- En définitive, le triomphe des hommes sages et conservateurs , qui dure depuis vingt-quatre ans, ce triomphe a Maintenu dans la prospérité la fortune de l’État et celle des citoyens : puisse-t-il durer à jamais !
- Les recettes du trésor sont restées sijpérieures aux dépenses, quoique les dépenses comprennent des créations de travaux publics, sources de richesses nouvelles pour le pays.
- p.807 - vue 432/0
-
-
-
- 808 FORCE PRODUCTIVE
- Moins qu’aucun autre État de l’Amérique espagnole, le Chili ne témoigne d’aversion contre les étrangers; il fait plus, il les favorise en leur donnant des terres, et n’exige en retour qu’une très-faible redevance.
- Une association formée à Stuttgart, dans le Wurtemberg, cherche à diriger vers le Chili des Allemands, qui porteront dans cette contrée le goût des produits de leur terre natale.
- De telles associations, pour produire des résultats vraiment utiles, ont besoin d’être sévèrement surveillées.
- Commerce extérieur du Chili.
- La nature a tout fait pour donner au Chili un grand commerce et surtout un grand commerce maritime, nécessité par la vaste étendue de ses côtes. On en jugera par les résultats généraux de sa navigation :
- Tonneaux.
- 1,442,425 1,233,978
- Dans cette grande navigation, la marine marchande nationale n’entre encore que pour une proportion peu considérable, mais qui fait des progrès rapides. En i848, les navires chiliens ne figuraient , dans le total des entrées et des sorties, que pour 12,628 tonneaux; quatre ans plus tard, ils y figuraient pour 4i,5og tonneaux : un tel accroissement est très-remarquable.
- Années,
- 1850
- 1851
- Navires,
- 5,oo6
- 4,556
- p.808 - vue 433/0
-
-
-
- DSS NATIONS.
- 809
- VALEüR RÉUNIE DES IMPORTATIONS ET DES EXPORTATIONS, AVEC LES DROITS DE DOUANE CORRESPONDANTS.
- ANNÉES. IMPORTATIONS et EXPORTATIONS# PRODUIT DES DOUANES.
- 1844.... fr. 73,438,485 113,882,350 129,305,500 149,677,450 157,182,280 fr.
- 1849... 12,408,750 14,030,540
- 1850....
- 1851...
- 1852... 18,183,019 18,555,893
- 1853 ...
- LL:
- Jusqu’en i85i, les exportations du Chili ne figuraient 9l,e pour un tiers du mouvement total; en i852, elles s lèvent presque à la moitié :
- *852. Importations, 81,953,680 fr. ; exportations, 76,228,600 fr. ^54.--------------87,141,495 fr,;------------73,1,35,786 fr.
- Après avoir présenté ces résultats généraux, considé-l°us le commerce avec les trois grandes puissances, d’a-près leurs états officiels.
- Commerce du Chili aveb les trois principales puissances, en 1855.
- Importations. Exportations.
- France 29,387,812' 6,2i3,io4f
- G ranci e-Br e tagne , 34,676,825 48,181,775
- Etats-Unis. 18,790,920 18,296,220
- 82,855,557 72,691,099'
- aninerce par habitant... . 57f 58e 5of 5ic
- 1 Ce chiffre ne comprend ni l’or ni l’argent exportés.
- p.809 - vue 434/0
-
-
-
- 810
- FORCE PRODUCTIVE
- Ici nous trouvons de grands résultats, dignes d’être cités ; leur coïncidence est heureuse avec le Gouvernement paisible, régulier et sage du Chili.
- Nous sommes frappés de l’énorme supériorité d’un commerce où le Chili, bien qu’il n’ait à vendre que peu de produits tropicaux et presque pas de guano, surpasse de si loin le commerce des autres États de l’Amérique du Sud. Considérons seulement les achats des deux puissances européennes.
- Les principaux objets d’exportation du Chili sont le nitrate de soude en cristaux et le cuivre à divers degrés de. transformation, les minerais de cuivre et d’argent achetés par la Grande-Bretagne, pour un million et demi; viennent ensuite le guano, l’écorce de quinquina, les bois de teinture, la cochenille, la nacre de perle, etc.
- La France fait au Chili des envois quintuples de ses achats. Elle vend pour 1 5 millions de tissus, pour 3 millions de vins, pour 5oo,ooo francs de verres et de cristaux; chez un peuple qui s’instruit de plus en plus, elle place pour 1,100,000 francs de livres, de gravures et de papier. Les articles charmants de Paris s’ajoutent à ces produits sous mille formes variées, etc.
- En mai 1853, la France et le Chili ont échangé les ratifications d’un traité de commerce très-libéral. On vient de voir, pour 1855, quels en ont été les bons résultats.
- Les relations commerciales croissent en importance avec le Pérou, la Californie et même avec la Chine.
- Le Gouvernement du Chili, l’un des plus éloignés de l’Amérique centrale, est celui qui le premier a jeté de ce côté le coup d’œil pénétrant d’une prévision sagace. Il s’est adjoint celui du Pérou pour faire appel aux autres États hispano-américains, afin de repousser les invasions des nouveaux flibustiers, s’ils osent, à l’exemple de Walker,
- p.810 - vue 435/0
-
-
-
- DES NATIONS. 811
- faire invasion dans l’Amérique du Sud. Honneur au Gouvernement qui court de la sorte au-devant du danger!
- Malgré les progrès nombreux que nous avons signalés, combien n’en reste-t-il pas à produire pour élever au ftrveau des États les plus avancés celui qui se fait tant ^ honneur sur les rives australes de l’Océan Pacifique ? ^ proximité des riches dépôts de guano, que ne rivalise-t-il avec l’Angleterre pour tirer parti de cet engrais si puissant et donner un nouvel essor à son agriculture? Combien ^ emprunts n’a-t-il pas à faire aux instruments aratoires les plus perfectionnés de l’Europe et des États-Unis? Que d’industries simples, faciles et convenables à sa population ne pourrait-il pas introduire et s’approprier?... Que les ^•hiliens éclairés qui connaissent notre langue veuillent hre les rapports où notre Commission française explique avec ordre le progrès de tous les arts depuis l’origine du siècle, ils verront là clairement indiqués les emprunts sans nombre qu’il leur est possible d’opérer et qui feront prendre un nouvel essor à leurs prospérités.
- Pour réunir tous les biens qui concourent à la féli-^te des hommes, continuez, nobles enfants du Chili! ontinuez à chérir, à servir dignement votre patrie; vous oonorez par votre sagesse, vous la servez par votre pru-ence et parvos lumières. Prouvez à l’univers qu’un peuple, de race espagnole, peut être constamment capable de concilier l’ordre avec la liberté; qu’il sait respecter ses Propres lois en ajoutant à ses lumières ; comprimer, étouffer es factions, et marcher d’un pas assuré vers tous les pro-§res des arts utiles à l’humanité. Il n’est pas un cœur géné-1 eux qui ne soit heureux de votre bonheur.
- p.811 - vue 436/0
-
-
-
- 812
- FORCE PRODUCTIVE
- PATAGONIE.
- Au nord austral du Chili s’étend la Patagonie, pays d’environ 80 millions d’hectares.
- La Patagonie n’est peuplée que par un petit nombre d’aborigènes, remarquables pour leur très-haute stature; ils vivent dans un état presque sauvage et n’ont, pour ainsi dire, aucun commerce extérieur.
- Sur le littoral de la Patagonie, les Anglais ont exploité de faibles quantités d’un guano qui paraît être de la qualité la plus inférieure.
- Nous croyons devoir rapporter ici la comparaison donnée par VEconomiste, journal anglais, entre la valeur intrinsèque des guanos de quatre origines différentes, d’après les quantités d’ammoniaque et de phosphates qu’ils contiennent:
- Valeur comparée des guanos américains, par 1,000 kilogrammes.
- Guanos : du Pérou, de Bolivie, le meilleur Valeur: 272 fr. 181 fr.
- du Chili, de Patagonie,
- îoifr. 5oc. 57 fr.
- Entre la Patagonie proprement dite et la grande île appelée Terre de Feu se trouve le long et sinueux détroit qui fut découvert par le Portugais Magellan : il conduit de l’Atlantique à l’Océan Pacifique.
- Au nord austral de la Terre de Feu s’élève la petite île dont un promontoire porte le nom célèbre de cap Horn• G’est le point le plus avancé vers le pôle austral; il est marqué par le 56e degré de latitude et par le 70e degre de longitude occidentale.
- ILES FALKLAND.
- Dans la mer Atlantique, à cent lieues du détroit de
- p.812 - vue 437/0
-
-
-
- DES NATIONS. 813
- Magellan, sont situées les îles Falkland, qu’on appelait primitivement les îles Malouines. Elles peuvent offrir aux Navigateurs des ports de refuge et sont très-susceptibles de culture; mais jusqu’à ce jour les Anglais, qui s’en sont rendus maîtres, en ont peu tiré parti. La superficie totale de ces îles n’est pas moindre d’un million d’hectares.
- Le Gouvernement britannique songe à les transformer en colonies pénitentiaires, qui deviendraient son nouveau Lotany-bay. Il se débarrasserait ainsi des condamnés aux travaux forcés, que ses colonies australes ne veulent plus recevoir et qui sont un fléau dans la mère patrie.
- En 1854 , on a tiré des îles Falkland pour 63,85o francs d un guano qui n’égale point en qualité celui du Pérou.
- 1855, cet engrais a cessé de figurer dans les états de commerce, dont les mouvements se sont réduits ainsi :
- Importations.............. i8,025fr.
- Exporlations.............. 4(),95o
- ÉTATS COMPRIS DANS LE BASSIN DE LA PLATA.
- L’exutoire commun de deux grandes rivières a reçu des Espagnols le nom de la Rivière d’Argent, et Rio de la Plata; ce fleuve a donné son nom à la Confédération argentine, composée au moins nominalement de tous les pays dont les eaux arrivent à l’Atlantique par la voie de la Plata.
- Le nom de la rivière d’Argent, la Plata, ne lui fut pas donné pour la limpidité métallique et la beauté de ses eaux, mais parce que les premiers Espagnols qui la remontaient trouvèrent les riverains en possession de lingots d’argent. Ces lingots provenaient des contrées supérieures.
- Le nom de Rio de la Plata n’appartient, nous l’avons
- p.813 - vue 438/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 814
- dit, qu’à la partie inférieure du fleuve. Cette partie se termine à la mer par le golfe magnifique de la Plata, dont la largeur surpasse 5o lieues. Lorsqu’on vient de l’Atlantique et qu’on pénètre de 2 o lieues dans ce golfe, il se resserrev tout à coup et conserve pourtant 20 lieues de largeur. A droite est Montévidéo, position très-favorable au commerce de la rive orientale.
- Nous franchissons l’embouchure du fleuve; après l’avoir remonté, dans un parcours de 70 lieues, nous trouvons sur sa rive gauche le port et la ville de Buénos-Ayres. A 8 lieues au-dessus, les eaux se divisent et prennent de nouveaux noms.
- L’Uruguay remonte en partant de la rive orientale du fleuve : entre cette rivière et la mer est située la république de l’Uruguay, dont la capitale est Montévidéo.
- La Parana remonte d’abord en suivant la direction même de la Plata, puis à son tour elle incline vers l’orient et prend une direction parallèle à l’Uruguay.
- A partir de leur confluent, l’entre-deux de ces rivières, YEntre~Rios, forme une province, au delà de laquelle sont celles de Corrientès et des Missions. Ces trois provinces sont limitées à l’occident par la rivière Parana, qui se prolonge beaucoup plus loin dans l’intérieur du Brésil.
- Si l’on considère sur la carte l’ensemble de la Parana, on est tenté d’appeler du même nom l’immense cours d’eau qui la continue dans une même direction, vers l’équateur, depuis le 3/ie degré jusqu’au i3e degré de latitude australe. Mais lorsqu’on dépasse le 28e degré, le cours supérieur de la rivière prend le nom de Paraguay. A ce même point, au-dessus de la ville de Corrientès,une autre rivière, d’équerre avec la première, remonte brusquement du côté de l’est : telle est la haute Parana; il faut la
- p.814 - vue 439/0
-
-
-
- 815
- DES NATIONS, remonter à plus de 600 lieues pour en trouver la source, au cœur du Brésil/en se rapprochant de Rio-Janéiro.
- A l’occident de la Plata, de la basse Parana et de la rivière Paraguay, s’étend un pays immense occupé par des pasteurs jusqu’à la chaîne des Andes.
- La Confédération argentine comprenait dans l’origine, des 1816, l’ensemble des régions dont nous venons d indiquer la situation par rapport aux grands cours d’eau qui ^es sillonnent. *
- Jusqu’à ces derniers temps, les nations étrangères ne pouvaient pas remonter au delà de Buénos-Ayres. Par des traités conclus avec la Confédération argentine, elles ont obtenu de naviguer sur l’Uruguay, la Parana et le Paraguay ; mais on tire encore bien peu de parti de ces conces-sions, quoiqu’on les ait célébrées comme devant produire plus heureuses conséquences.
- Des dissensions déplorables ont isolé d’abord Monté-)ddéo, puis Buénos-Ayres; l’État du Paraguay ne s’est jamais joint à la confédération générale.
- Nous allons offrir le tableau suivant, qu’on ne peut considérer que comme donnant des résultats approximatifs et beaucoup trop incertains :
- SUPERFICIE ET POPULATION.
- SUPERFICIE. HECTARES. POPULATION. HECTARES pour IOOO HABITANTS.
- Confédération argentine 155,116,800 806,600 192,309
- Sueuos-Ayres 28,697,000 350,000 81,991
- Montevidéo Uruguay 26,899,000 150,000 179,322
- Paraguay.... 19,754,000 600,000 32,922
- . 230,466,800 1,906,600 120,878
- p.815 - vue 440/0
-
-
-
- 816
- FORCE PRODUCTIVE
- CONFÉDÉRATION ARGENTINE.
- Les provinces de la Confédération présentent des terres d’une admirable fécondité, surtout entre les grandes rivières de la Parana, de l’Uruguay et du Paraguay. Cependant leur population est extrêmement peu nom-, breuse. Des contrées dont la superficie surpasse deux fois la France ont soixante et dix fois moins d’habitants.
- Si l’on excepte un nombre fort limité de petites villes érigées sur le bord des principales rivières et quelques agglomérations d’agriculteurs qui suffisent à les nourrir, tous les autres habitants, disséminés sur un immense territoire, mènent la vie pastorale. 11s habitent des prairies appelées pampas et portent le nom de gauchos.
- 11 est intéressant de connaîlre l’organisation industrielle de ce peuple de pasteurs.
- Estancias : exploita,'hns destinées à rélevage du. bétail.
- Les estancias sont des espèces de haras pour les chevaux , les bœufs et les moutons; les meilleures sont situées entre le 28e et le 4oe degré de latitude.
- Plus près de la zone torride, les insectes dévorent les animaux; ils en sucent le sang au point de les faire mourir. Plus près du pôle austral, la neige, pendant l’hiver, empêche qu’on tienne le bétail aux pâturages en plein air.
- Au centre de l’estancia, on établit deux enclos circulaires : un plus grand, dont le diamètre varie de i5o à 200 mètres, pour le bétail réformé; un moindre, dont lu diamètre va de 3o à l\o mètres, pour recevoir les juments, les chevaux de selle, et même, au besoin, le troupeau de bétail qu’on va mener au marché. Le dernier enclos est entouré de poteaux très-forts et très-rapprochés, qu’on
- p.816 - vue 441/0
-
-
-
- DES NATIONS, 817
- attache les uns aux autres avec de solides lanières de bœuf.
- Tel est le corral, qu’au Cap de Bonne-Espérance les Hollandais nomment kraal.
- Chaque jour, les pâtres, avec leurs chiens, mènent le bétail en des pâturages classés avec intelligence, afin d’obtenir du sol la plus grande quantité de nourriture et la plus favorable à la multiplication des animaux.
- Le personnel de l’estancia doit être nombreux pour garder 4,ooo élèves de race chevaline, 4o,ooo de race bovine et i5,ooo de race ovine. Au travail de surveillance des animaux il faut ajouter le travail de culture; il est accompli par des laboureurs distincts, pour suffire aux besoins en maïs, en pastèques, en citrouilles : seuls végétaux qu’on ajoute à la nourriture animale.
- Une estancia dont l’importance est telle que nous venons de l’indiquer couvre une superficie de 45 à 5o mille hectares.
- Les pasteurs boivent chaque matin le maté : c’est le thé qu’on prépare avec T herbe du Paraguay.
- Dans une contrée dépourvue de forêts, le feu se fait avec un mélange de suif et de bouse de vache desséchée.
- Une partie du bétail commence par l’état sauvage. Les bœufs et les vaches de trois ans sont arrêtés au lazzo, très-long cordeau de nerf de bœuf, et livrés aux conducteurs. Donnons l’idée d’une chasse de bœufs au lazzo :
- « Aussitôt qu’un bœuf a les cornes prises dans le lacs, il essaye de se dégager à force de secousses qui ne font que desserrer le nœud coulant dont il est étreint. Dès qu’il reconnaît l’impuissance de ses efforts, il pousse droit au cheval du chasseur; à l’instant même le cheval est lancé dans la direction contraire. Le cavalier laisse entre lui et l’animal qu’il attaque tout l’espace que peut permettre un
- 52
- INTRODUCTION.
- p.817 - vue 442/0
-
-
-
- 818 FORCE PRODUCTIVE
- lazzo long de 2 5 mètres; il a grand soin que le lazzo, dans ses brusques mouvements, n’embarrasse pas les jambes de son cheval. Si tout à coup le bœuf s’arrête, il faut que le cavalier s’arrête au même instant, pour empêcher qu’une secousse trop soudaine ne brise le lazzo ou ne fasse rompre les sangles et tourner la selle du coursier. S’il arrivait un tel accident, le gaucho serait victime des fureurs de l’animal poursuivi : entre la bête et lui c’est une lutte de vie et de mort. »
- Dans le tableau que j’analyse, le propriétaire qui rend compte du régime de sa ferme ajoute :
- « Il faut signaler une amélioration qui ne date que d’un petit nombre d’années. Autrefois les gauchos, pasteurs à cheval, étaient nomades. Ces bédouins des pampas n’avaient ni travail régulier ni habitation, et, comme on dit, ni feu ni lieu. Ils ne travaillaient guère qu’afin de pouvoir acheter des vêtements et des cigares. Quelques-uns vivaient inoffensifs, mais le plus grand nombre ne reculait pas devant des crimes atroces. De bons règlements d’administration publique ont atteint les malfaiteurs les plus dangereux. Tous ceux qu’on trouve sans emploi sont envoyés dans un campement auprès de Buénos-Ayres; ils y sont soumis aux corrections qu’ils peuvent avoir méritées et contraints à changer de vie. »
- Revenons à la ferme pastorale. Cinq mille têtes de bétail exigent un chef ou capataz, secondé par trois pâtres à cheval.
- C’est un Ecossais qui possède et dirige lui-même l’es-Lancia que nous décrivons et dans laquelle il réside toute l’année. Pour toute bibliothèque il a sa bible, un livre élémentaire de géométrie, Don Quichotte et la Richesse des nations, afin d’honorer son compatriote Adam Smith. Il s’est fait une basse-cour, une laiterie, un petit potager;
- p.818 - vue 443/0
-
-
-
- DES NATIONS. 819
- seul, sans femme, sans enfants, il dit être l’homme le plus libre, le plus indépendant et le plus heureux de la terre.
- Grâce à la discipline établie autour de lui, 3,ooo bœufs triés, de trois ans au moins, paissent dans la plaine; 2,000 autres se rassemblent chaque jour au rodeo, rendez-vous des bergers et des chiens de garde. Les animaux s’y réunissent avec la même docilité que le ferait en Angleterre un troupeau de vaches laitières.
- Au printemps, sur 35,ooo bêtes à cornes, on marque environ 8,000 des veaux nés dans l’année. En mai, on marque les poulains. En automne, on taille, on récolte les poils de la crinière et de la queue des juments : pour y procéder on abat l’animal avec le lazzo, puis on entrave ses jambes de devant. Les crins, coupés soigneusement et liés en paquets, sont envoyés à Buénos-Ayres, où l’Angleterre les achète.
- Voici comment on s’y prend pour réunir et conduire lm grand envoi de bêtes à cornes, élèves de l’estancia :
- Les gauchos, tous à cheval, tiennent en réserve douze grands bœufs apprivoisés, destinés à servir de guides et de gardes à ceux qu’on va capturer. Les cavaliers sont classés par groupes de dix, et chaque groupe est placé sous les 0rdres d’un contre-maître expérimenté. On fait partir au petit galop un premier contre-maître; puis un second, a 3o mètres du premier; puis un troisième, à 5o mètres ^ second, et toujours ainsi jusqu’au dernier. Dans cette Gourse échelonnée, les gauchos se déploient autour du troupeau; ils le resserrent par degrés, et finissent par 1 envelopper complètement.
- Les cavaliers de chaque contre-maître le suivent régulièrement, à 5 mètres l’un de l’autre, afin de remplir les grands intervalles de 5o mètres; on approche ainsi le plus se peut des bêtes à cornes. Chaque gaucho choisit
- 52.
- p.819 - vue 444/0
-
-
-
- 820
- FORGE PRODUCTIVE
- de l’œil un bœuf ayant l’âge requis, deux ans et demi à trois ans et demi, et l’attaque va commencer.
- Les bœufs qui se voient entourés cherchent à s’échapper en masse; mais on s’oppose h leurs efforts, on les repousse. Ils cherchent ensuite à s’échapper isolément; alors les cavaliers leur jettent lelazzo, s’ils ne peuvent pas les diriger librement vers le sennelo, réserve des bœufs apprivoisés. A mesure que les bœufs enlacés sont conduits au sennelo, les cavaliers dégagent leur nœud coulant et deviennent disponibles pour attaquer un autre troupeau.
- L’art d’organiser des troupeaux de juments, chacun placé sous la garde, la police et, si je puis ainsi parler, le commandement de l’étalon chef, cet art est ingénieux; il permet de mettre un ordre parfait dans l’aménagement des plus nombreuses quantités de bêtes chevalines.
- J’ai cru devoir rapporter ces faits sur l’industrie pastorale, parce quelle constitue la plus grande richesse de l’Amérique du Sud dans les plaines immenses qui s’étendent de l’Atlantique au pied des Andes.
- ETAT DE BUÉNOS-AYRES.
- Pour une même superficie, dans la république de Buénos-Ayres, le nombre des habitants est double de celui qu’il atteint dans la Confédération argentine; néanmoins il est bien faible encore. Cela tient à l’existence pastorale de la majorité des habitants.
- La population est presque entièrement issue de race espagnole; elle offre peu de mulâtres, et moins encore de nègres. Sa vie dure et périlleuse la rend très-vaillante.
- Le territoire comprend la partie inférieure de la rive occidentale de la Plata. Son étendue est considérable; une grande partie n’offre qu’un désert sableux, mais elle
- p.820 - vue 445/0
-
-
-
- DES NATIONS. 821
- présente aussi de vastes pampas éminemment favorables à la nourriture des troupeaux. Il serait superflu d’offrir de nouvelles explications sur l’industrie pastorale. .
- La cité de Buénos-Ayres.
- Ce qu’il faut surtout considérer, c’est la grande cité de Buénos-Ayres, la capitale de l’État. Elle s’élève sur ta rive droite de la Plata, dans une position dont l’air îrès-salubre justifie le nom quelle a reçu : Bon-Air.
- Après l’invasion de l’Espagne, en 1808, les Anglais attaquèrent Buénos-Ayres. Alors un Français, l’intrépide Minières, se mit à la tête des assiégés; aidé par les gauchos, d battit les assiégeants et les força de se rembarquer.
- Vers 1816, la ville n’avait pas plus de 60,000 habitants; elle en compte aujourd’hui 12 2,000 : sa population a doublé dans un espace de quarante ans. Dès le commencement de cette période, elle possédait une bibliothèque de ao,ooo volumes en bons ouvrages et même en ouvrages rares, qui provenaient de la bibliothèque des jésuites. La collection s’est accrue d’un grand nombre de livres enlevés a divers monastères. Enfin, il faut y joindre plusieurs milliers de volumes apportés par Bonpland, le digne compagnon des travaux et des voyages de Humboldt.
- Par sa population, par sa richesse, ses lumières et son esprit d’entreprise, Buénos-Ayres exerce une influence flui suscite la jalousie des autres États argentins. Ces avantages ont fait prendre aux habitants de Buénos-Ayres un ton de supériorité qui n’a fait qu’accroître la répulsion des villes moins peuplées et moins opulentes.
- Dès 1816 était déjà commencée la triste rivalité de Buénos-Ayres et de Montévidéo, rivalité qui s’est étendue aux populations des deux rives de la Plata. Les intérêts personnels des chefs ont envenimé la querelle et multi-
- p.821 - vue 446/0
-
-
-
- 822 FORCE PRODUCTIVE
- plié des combats auxquels la France et l’Angleterre auraient dû rester complètement étrangers.
- En mai i85i, le général Urquiza, gouverneur de la république Argentine, la coalise contre Rosas avec'l’Uruguay et le Brésil, contre Rosas, depuis vingt années tyran cruel de Buénos-Ayres, et qui tenait en état de blocus tous les grands affluents de la Plata. Cet oppresseur succombe; il se réfugie sur un navire britannique et passe en Angleterre.
- En juin i85a , Buénos-Ayres jette à bas le gouvernement modéré que les vainqueurs avaient établi depuis quatre mois. Urquiza ne rétablit l’ordre qu’en assumant à son tour la dictature. Par d’babiles mesures, il prépare la libre navigation des immenses affluents de la Plata. Il fait disparaître des droits de transit qui, pour les citoyens mêmes des diverses provinces, rendaient le négoce onéreux. Après ces actes bienfaisants, il retourne dans la Confédération argentine.
- Dès le 11 septembre, un pronunciamiento renverse le gouvernement que le sage vainqueur avait laissé dans Buénos-Ayres. Aussitôt une assemblée législative vote d’emblée 5 millions de piastres aux soi-disant libérateurs, lesquels n’avaient rendu pour tout service à l’Etat que le soulèvement et les dégâts d’une nuit d’émeutes.
- Voilà donc, au sein de Buénos-Ayres, quatre gouvernements fondés tour à tour sur la dictature et la démagogie, renversés les uns par les autres, et cela dans l’espace de dix-huit mois!
- A partir de i853, Buénos-Ayres reste complètement séparée de la Confédération argentine, qui n’a plus que treize gouvernements républicains.
- Au récit des désordres qui viennent d’être signalés, l’exilé Rosas disait : «Les Etats de la Plata me justifient.»
- ' l
- p.822 - vue 447/0
-
-
-
- DES NATIONS. 823
- Non; ces États prouvent seulement qu’un joug de fer imposé longtemps, sans limite et sans merci, conduit les peuples de l’excès de la servitude à l’excès des désordres démagogiques.
- Détournons nos regards des scènes déplorables par lesquelles ont été ralenties toutes les prospérités.
- En i855, le Brésil, les États-Unis, la France, etc., reconnaissent l’indépendance isolée de Buénos-Ayres.
- Dans la même année, la liberté de la navigation pour tous les affluents de la Plata est concédée par les Etats argentins à la France, à l’Angleterre, au Brésil, aux Etats-Unis; cette concession permet au négoce de prendre On essor dont nous indiquerons le point de départ pour ^os trois principales puissances commerçarîtes.
- Commerce des États argentins par Buénos-Ayres.
- Buénos-Ayres, si voisine du confluent de deux rivières oiagnifiques, est admirablement située pour le commerce : cest l’entrepôt naturel des produits du grand territoire argentin ; c’est le marché nécessaire de tous les produits ffoe les puissances étrangères fournissent aux consom-naations de l’intérieur.
- La lutte déplorable et longtemps soutenue contre Montevideo nuisait beaucoup aux affaires maritimes; mais aojourd’hui que la paix est rétablie, les échanges ont pris On nouvel essor.
- En 1854, le commerce général de Buénos-Ayres, d’après les évaluations locales, s’élevait : importations, a 75 millions; exportations, à 51,287,075 francs1.
- 1 II ne faut pas oublier que les exportations sont toujours au-dessous de hur véritable valeur.
- p.823 - vue 448/0
-
-
-
- 824
- FORCE PRODUCTIVE
- Commerce avec les trois principales puissances, en 1855.
- Importations. Exportations.
- France....................... i9,583,984r • 15,865,98^
- Grande-Bretagne............... i3,238,45o 26,300,825
- Etats-Unis.................... 4,176,741 13,590,765
- ^999^1^ 55,757,574
- r
- Les Etals argentins sont dans îa situation qui comporte le plus un grand commerce. Us n’ont aucune habileté manufacturière; ils ont besoin des produits d’une foule d’industries étrangères, pour leurs vêtements, leurs ameublements, leurs logements, leurs outils, leurs ma* chines, etc.
- En retour, ils peuvent offrir les toisons, les crins, les .peaux, le suif, la graisse, les viandes séchées, les os, les cornes et les sabots de leur innombrable bétail.
- Si l’on examine avec attention la liste des produits vendus à l’étranger, on trouve qu’elle est en presque totalité remplie par ces dépouilles d’animaux et par un peu de guano.
- Il est remarquable que la France, différente en cela des Etats-Unis et de l’Angleterre, vend aux Etats de la Plata pour une somme supérieure à la valeur des achats quelle leur fait. Nous regrettons que nos tanneries, si perfectionnées et si laborieuses, n'achètent pas en plus grande proportion les peaux brutes de Buénos-Ayres, afiu de les réexporter après les avoir travaillées.
- Voici, pour 1855, la valeur de quelques objets les plus remarquables.parmi les produits que la France apporte au marché de Buénos-Ayres :
- p.824 - vue 449/0
-
-
-
- DES NATIONS. 825
- COMMERCE. GÉNÉRAL. SPÉCIAL.
- Vins et eaux-de-vie l,812,386f l,760,855r
- Tissus de soie , 4,041,240 1,729,126
- Tissus de laine 3,542,196 2,025,867
- Effets à usa frfî r . r - - - 1 698,377 656,299
- Mercerie et boutons 1,113,074 1,030,190
- Peaux tannées , préparées, ouvrées 1,275,716 1,045,585
- Papier, livres, gravures, encre 614,634 597,709
- Outils et ouvrages en métaux 1,139,737 1,106,078
- Totaux. 14,237,360 9,951,709
- •Ces huit articles comprennent les trois quarts des produits transportés de France à Buénos-Ayres. On remarquera la valeur des peaux préparées dans nos ateliers, peaux dont plusieurs ont parcouru près de 8,000 lieues d’aller et retour : telle est la puissance de l’industrie.
- Si les Etats argentins peuvent vivre quelques années encore sans nouveaux désordres politiques et sans guerres intestines, leur commerce extérieur prendra de rapides accroissements.
- J’appellerai l’attention sérieuse de l’industrie lyonnaise sur les soieries exportées dans la Plata. Je ne m’occupe ici que des quantités exprimées en kilogrammes.
- QUANTITÉS EXPRIMÉES EN KILOGRAMMES. PRODUITS FRANÇAIS. PRODUITS ÉTRANGERS. !
- Foulards imprimés 526 229
- Etoffes unies 10,310 8,271
- Etoffes façonnées 190 641
- Etoffes de soie mêlée de matières communes 986 8,444
- Eobans 1,072 2,801 !
- p.825 - vue 450/0
-
-
-
- 826
- FORCE PRODUCTIVE
- A combien de graves réflexions ce bref rapprochement ne peut-il pas donner naissance ! Pourquoi notre extrême infériorité d’exportation quant aux soieries mêlées de matières communes, et ce qui paraît plus extraordinaire , quant aux étoffes façonnées P Pourquoi les étrangers qui traversent la France remportent-ils ainsi sur nous à Buénos-Ayres? Comment peuvent-ils vendre trois fois autant que nous en étoffes façonnées? Cette dernière disproportion surpasse de peu celle des rubans, objet d’une tout autre importance.
- Nous indiquerons ici le mémoire que nous avons rédigé pour concilier des sentiments, très-contradictoires, exprimés par deux honorables membres de la Commission française : nous appelons sur un tel sujet toute l’attention de Lyon et de Saint-Etienne1.
- Au lieu de disputer misérablement sur des théories de taxation, protectrice ou non, les Chambres de commerce et des manufactures, dans ces deux cités, devraient porter ailleurs un regard investigateur. Elles devraient s’enquérir des causes, soit de main-d’œuvre, soit industrielles, soit artistiques, qui, pour certains genres de soieries, nous font perdre la supériorité. Il faudrait approfondir cette enquête, sans se laisser arrêter par les sophismes de commanditaires et d’expéditeurs intéressés dans les fabriques de Suisse et d’Allemagne.
- ÉTAT DE L’URUGUAY.
- L’Etat de l’Uruguay s’étend au midi de la rivière de ce nom, sur la rive orientale de laPlata, jusqu’à l’Atlantique et jusqu’aux frontières du Brésil.
- Je dirai peu de chose d’un État dont la superficie équi-
- 1 Tome IV.
- p.826 - vue 451/0
-
-
-
- DES NATIONS. 827
- vaut au tiers de la France, mais qui n’a pas la population de notre moindre département ! Une si faible population, Sl libre de s’étendre en paix et de prospérer, s’est infligé *°us les malheurs de l’anarchie.
- Des charges énormes pèsent sur ce petit État’: au pre-toier rang, il faut compter une dette publique supérieure, dit-on, à 4oo millions de francs, en face d’un déficit dans ta budget ordinaire.
- des pasteurs, les gauchos, occupent la plus grande Partie du territoire; ils donnent en produits animaux les seuls objets d’échange qu’offre cette population, à laquelle ta bétail fournit une alimentation presque totale. Jusqu’ici ^agriculture ne féconde qu’un territoire exigu.
- Les Français du Béarn, séduits par des embaucheurs, emigrent en nombre toujours trop grand et vont, les uns dans Montévidéo, pour y pratiquer le petit commerce, tas autres dans la campagne d’alentour. Ceux-ci font de ^agriculture, du jardinage, et de l’émeute au besoin.
- Au lieu de s’expatrier à trois mille lieues des terres françaises, pourquoi les Béarnais ne vont-ils pas en Algé-riei à quarante heures de nos Pyrénées, dans un pays sidentifie de plus en plus avec la mère patrie? Espé-tons qu’on éclairera nos populations du Midi pour leur aire adopter le parti le plus utile à la France ainsi qu’à eur propre intérêt.
- La multiplicité des Européens, et surtout des Français, établis' dans l’Uruguay avait créé chez le Gouvernement et dans les Chambres de France une sympathie trop peu Justifiée pour les plus turbulents des hommes : de là des epenses de protection longtemps prodiguées pour un toiserable Etat qui ne savait ni se défendre au dehors ni garder la paix à l’intérieur.
- p.827 - vue 452/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 828
- La ville de Monlévidéo.
- La capitale, Montévidéo, doit peu surpasser le nombre de 20,000 habitants; elle est située à l’extrémité d’une petite péninsule. Son port, d’un assez bon mouillage quant à la nature du fond, est mal abrité.
- En face de la ville, de l’autre côté de la baie, est un mont élevé, surmonté d’un phare : c’est à cette éminence que les Espagnols ont emprunté le nom de Montévidéo.
- Commerce de l’Uruguay avec les principales puissances, en 1855.
- France.........
- Grande-Bretagne, Etats-Unis.....
- Importations.
- io,93o,444f
- 7,565,825
- 2,254,400
- Exportations.
- 9,5i7,766f 10,757,300 i ,135,770
- 20,750,669 21,410,836
- Le commerce général, d’après les évaluations officielles de Montévidéo, s’élèverait pour 1855 : importations, à 22,525,ooo francs; exportations, à 43,956,000 francs.
- Observation essentielle : pour connaître l’équilibre complet du commerce de la Plata, il faudrait réunir les chiffres donnés par les deux ports de Buénos-Ayres et de Montévidéo. Cet équilibre s’établit, suivant la nature des choses, par de petits caboteurs qui conduisent les impor-tâtions dans toutes les parties du fleuve et de ses affluents et qui reviennent chargés des produits destinés à l’exportation.
- Montévidéo fait le même commerce que Buénos-Ayres-Ses exportations sont toutes composées de dépouilles da-nimaux, et ses importations comprennent les divers produits d’industrie fournis par les arts dônt elle est dépouf'
- p.828 - vue 453/0
-
-
-
- DES NATIONS. 829
- Vue. Il serait superflu de répéter ici les observations que uous avons présentées au sujet de Buénos-Ayres.
- ÉTAT DU PARAGUAY.
- Le Paraguay, pays de 19 millions d’hectares, s’étend des confins de la zone torride à ceux de la zone tempérée. Il a pour limites deux magnifiques rivières : à i occident, celle dont il prend le nom; à l’orient, la Parana.
- C’est un pays très-fertile. Son éloignement des deux Uîers l’a préservé des conquérants dévastateurs, jusqu’au Moment où la célèbre congrégation des Jésuites en a fait
- théâtre de la plus étonnante création.
- Voltaire, peu favorable aux institutions cléricales, Voltaire ne peut s’empêcher de rendre hommage à cette entreprise, qu’il décrit avec un art admirable. Il met én contraste, au milieu des horreurs commises dans les deux Amériques par les Espagnols et par les Anglais’, l’œuvre bienfaisante des Quakers, des Amis, dans celle du Nord, et des Jésuites dans celle du Midi. Il semble donner aux premiers la préférence, parce qu’ils ont respecté la liberté des sauvages! Ajoutons qu’en leur sauvant la liberté ils 11 °nt pas même sauvé l’existence de leur race, aujourd’hui presque anéantie; tandis que le peuple rassemblé, con-verti, civilisé par les habiles Pères, a survécu même aux civilisateurs, et forme un Etat qui possède à la fin i indépendance et la liberté.
- Ecoutons à présent l’auteur de f Essai sur les mœurs et lesprit des nations, t. V, chap. xliv : «Les Jésuites se s°nt à la vérité servis de la religion pour ôter la liberté aux peuplades du Paraguay, mais ils les ont policées; ils tas ont rendues industrielles, et sont venus à bout de gouverner un vaste pays comme en Europe on gouverne un
- p.829 - vue 454/0
-
-
-
- S 30
- FORCE PRODUCTIVE
- vaste couvent. Il paraît que les Primitifs ont été plus justes, et les Jésuites plus politiques. Les premiers ont regardé comme un attentat l’idée de soumettre leurs voisins; les autres se sont fait une vertu de soumettre les sauvages par l’instruction et la persuasion.
- « Les missionnaires pénétrèrent de proche en proche dans l’intérieur du pays, au commencement du xvne siècle. Quelques sauvages pris dans leur enfance et élevés à Buénos-Ayres leur servirent de guides et d’interprètes. Leurs fatigues, leurs peines, égalèrent celles des conquérants du nouveau monde : le courage de la religion est aussi grand pour le moins que le courage guerrier. Ils ne se rebutèrent jamais, et voici comment ils réussirent.
- «Les bœufs, les vaches, les moutons, amenés d’Europe à Buénos-Ayres, s’étaient multipliés à un excès prodigieux; ils en menèrent une grande quantité avec eux; ils firent charger des chariots de tous les instruments du labourage et de l’architecture, semèrent quelques plaines de tous les grains d’Europe, et donnèrent tout aux sauvages, qui furent apprivoisés comme les animaux qu’on prend avec un appât. Ces peuples n étaient composés que de familles séparées les unes des autres, sans société, sans aucune religion. On les accoutuma aisément1 à la société, en leur donnant les nouveaux besoins des productions qu’on leur apportait. Il fallut que les missionnaires, aidés de quelques habitants de Buénos-Ayres, leur apprissent à semer, à labourer, à cuire la brique, à façonner le bois, à construire des maisons ; bientôt ces hommes furent transformés, et devinrent sujets de leurs bienfaiteurs. S’ils n’adoptèrent pas d’abord le christianisme, qu’ils ne purent comprendre, leurs enfants, élevés dans cette religion, devinrent entièrement chrétiens.»
- 1 Ce mot renferme à la fois une erreur et une injustice énormes.
- p.830 - vue 455/0
-
-
-
- DES NATIONS. 831
- Suivant Voltaire, le Paraguay contenait, au milieu du Xviii6 siècle, 3oo,ooo habitants, répartis en 3o missions; il en possède aujourd’hui plus de 600,000, et je vois qu’une évaluation récente les porte même à 1,200,000.
- Voici la manière dont ce gouvernement, unique sur lu terre, était administré : «Le Provincial Jésuite, assisté de son conseil, rédigeait les lois; et chaque recteur, aidé dun autre conseil, les faisait observer, etc. Toute la peuplade travaillait; et les ouvriers de chaque profession, rassemblés, faisaient leur ouvrage en commun, sous les yeux de leurs surveillants. Les Jésuites fournissaient le chanvre, lg coton, la laine, que les habitants mettaient en œuvre; ds fournissaient, de même les grains pour la semence, et Ion recueillait en commun. Toute la récolte était dépose dans les magasins publics. On distribuait a chaque famille ce qui suffisait à ses besoins ; le reste était vendu a Buénos-Ayres et dans le Pérou.
- «Ces peuples ont des troupeaux; ils cultivent les blés, fes légumes, l’indigo, le coton, le chanvre, les cannes à sucre, le jalap, l’ipécacuanha, et surtout la plante qu’on ll0mme herbe du Paraguay, espèce de thé très-recherché dans l’Amérique méridionale et dont on fait un trafic
- considérable....Les Portugais et les Espagnols n’avaient
- pas la permission de résider au Paraguay.
- (' Les mêmes principes qui ont fait de ces peuples les sHjets les plus soumis en ont fait de très-bons soldats. On a plus d’une fois eu besoin de leur secours contre les Portugais du Brésil, contre des brigands auxquels on a donné le nom de Mamelus, et contre les sauvages nommés Mosquites, qui étaient anthropophages. Les Jésuites les 0ïit toujours conduits dans ces expéditions; et toujours ds ont combattu avec ordre, avec courage, avec succès.
- « Un empire d’une constitution si étrange, dans un autre
- p.831 - vue 456/0
-
-
-
- 832 FORCE PRODUCTIVE
- hémisphère, est l’effet le plus éloigné de sa cause qui ait
- jamais paru dans le monde.....Dans le Paraguay, on n’a
- rien donné aux Jésuites; ils se sont faits souverains, sans se dire seulement propriétaires d’une-lieue de terrain; la dextérité de leur esprit a tout accompli. »
- En 1758, les Jésuites furent chassés de l’Espagne et du Portugal. Dix ans après, ils perdirent le Paraguay. On les remplaça par des religieux d’un autre ordre et des commandants séculiers.
- L’Assomption, la capitale, est supposée contenir 1 0,000 habitants; elle est bâtie sur la rive gauche du Paraguay-dans une position favorable au commerce.
- Une autre ville, la Conception, peuplée seulement de 4,ooo âmes, aussi sur le bord de cette rivière, mais beaucoup plus haut, était l’entrepôt de l’herbe maté1, qu’on recueillait dans les forêts circonvoisines et qu’on destinait à l’exportation.
- En 1814, après l’expulsion des Espagnols, un certain docteur Francia s’empara du pouvoir et se fit dictateur-Il prit possession des forêts, des savanes, des pâturages publics et des propriétés que les Jésuites avaient créées; if y joignit une foule de confiscations. Il nourrit sa cavalerie avec les prairies communes ; il favorisa les progrès de l’agriculture ; il obligea les cultivateurs à produire deux récolte5 par an; il propagea despotiquement les améliorations agricoles. Un tel régime était censé républicain ; c’était au moins le régime de la paix. On fermait la porte aux anarchistes des Etats argentins et des autres Etats hispano-américains ; et le pays conservait sa prospérité physique, à l’abri des pronunciainientos et des révolutions.
- Francia meurt en 184o; Vibal le remplace comme die-
- 1 On évaluait à 4 millions de kiiogi'ammes l’exportation annuelle- de l’ijerbe du Paraguay. '
- p.832 - vue 457/0
-
-
-
- 833
- DES NATIONS, tateur. En 1844, Lopez est élu président de la république et conserve encore aujourd’hui cette position suprême.
- L’Europe entière s’était affligée de l’infortune de Bon-pland le naturaliste, digne compagnon de Humboldt, retenu par force au Paraguay. Après la mort de Francia, Lonpiand pouvait revenir en France ; il a mieux aimé res ter dans un pays qu’il a doté de savantes et belles cultures.
- En i852, les États argentins ont reconnu l’indépendance de l’État du Paraguay, les puissances européennes ^ont pareillement reconnue en i853. Les Français et les Anglais ont fait un traité de commerce avec cet État.
- L’administration de Lopez s’est efforcée de remédier aux ruines qu’avait aggravées l’incurie de son prédé-uesseur. Elle s’est occupée à créer des écoles, à relever ks églises, etc.
- On peut citer comme un modèle de sagesse le message de ce président, en i853. C’est une leçon remarquable donnée, chez des Indiens et dans un État presque in-c°nnu mais paisible, aux républiques espagnoles, si turbulentes, disséminées dans les deux Amériques.
- «Il n’est point, dit le sage Lopez, une seule des nouvelles républiques de l’Amérique espagnole, à l’exception du Paraguay, que n’ait entraînée le désir immodéré et mal compris de la liberté; il n’en est pas une qui n’ait essayé d établir des lois dites fondamentales, et de s’organiser en Se donnant une constitution. Ces lois, plus ou moins partîtes en théorie, reposent sur les principes les plus lumi-Ueux; elles renferment les idées les plus élevées, les plus Justes, les plus libérales. Toutes accordent aux citoyens ts plus amples droits politiques et garantissent les droits Primordiaux de l’homme, la liberté, l’égalité, la propriété, la sécurité. Toutes ont affaibli l’autorité! Dans la pensee de rendre impossible le joug d’un seul homme,
- INTRODUCTION. 53
- p.833 - vue 458/0
-
-
-
- 834 FORCE PRODUCTIVE
- elles n’ont fait qu’ouvrir la porte à l’anarchie, sans pouvoir la fermer au despotisme brutal ou sanglant de la multitude, à des révolutions, à des perturbations trop fréquentes : preuve incontestable que pour conserver la paix, l’ordre public et la liberté, il faut quelque chose de plus puissant que des constitutions écrites.
- « La cause de cette instabilité, de ces désordres, est profonde; elle est impossible à conjurer, si l’on ne cherche avec prudence et de longue main les moyens d’en prévenir les effets. Tous les hommes sensés, quelle que soit leur couleur politique, conviennent aujourd’hui que les peuples de l’Amérique méridionale n’étaient pas préparés, qu’ils n’avaient ni l’éducation ni les qualités nécessaires pour jouir de cette liberté sans bornes et de ces droits sans limite dont les flattèrent quelques imaginations exaltées et dépourvues d’expérience. Des républicains sages reconnaissent qu’un système représentatif complet est impossible dans notre Amérique, parce que les masses ne le comprennent point. Elles ne savent pas se servir des ressorts indispensables au jeu de ce beau mais difficile mécanisme politique : or quiconque ne sait point user d’un trésor en abuse. Entre le despotisme et la liberté raisonnable, qui civilise et fait prospérer les peuples, il existe un abîme. Tous les peuples qui ont voulu le franchir d’un saut et passer subitement d’un extrême à l’autre, tous y sont tombés. L’abîme, au contraire, on le franchit de pied ferme et sans risque lorsqu’on a la précaution de le combler par degrés.
- «Nos sœurs les nouvelles républiques sont très-excusables des erreurs où elles sont tombées et qui leur ont fait éprouver tant de disgrâces. Des événements impre-vus, supérieurs à toute prudence humaine, les ont entraînées. Elles n’avaient pas d’exemples pour les avertir»
- p.834 - vue 459/0
-
-
-
- DES NATIONS. 835
- et quand elles ont pu recevoir la lumière, il n’était déjà plus temps de revenir en arrière afin de s’ouvrir un chemin plus salutaire.
- «Au contraire, le Paraguay, par une faveur de la Providence assez chèrement achetée, a toute liberté pour choisir la route la plus sûre. Ayant sous ses yeux tant d’exemples si voisins et si récents, propres à l’avertir des dangers qu’il trouverait dans la voie signalée, le Paraguay, s’il s’y précipitait, serait sans excuse. Il ne mériterait pas même, en ses malheurs, la compassion de la postérité.
- « C’est pourquoi continuons la marche lente et mesurée, mais en même temps progressive, que nous avons suivie jusqu’à ce jour. Améliorons par degrés nos institutions et uos lois. Reconnaissons les principes qui devront couronner l’organisation finale de la République ; mais retardons-en l’application jusqu’à ce qu’ils puissent être pratiqués avec discernement. Etudions et respectons en réalité les droits civils essentiels, la liberté personnelle, la propriété, l’égalité devant la loi; mais dispensons-nous de proclamer des libertés abstraites et des droits théoriques, jusqu’à ce que nous sachions ce que
- veulent dire ces mots......En attendant, maintenons un
- pouvoir fort; car sans un tel pouvoir il n’y a pas de'justice, pas d’ordre et pas de liberté, ni civile ni politique. »
- Arrêtons-nous à cet étrange spectacle. Dans l’immense continent de l’Amérique, dont l’étendue surpasse quatre fois celle de l’Europe, pas un des peuples aborigènes, pas Un n’a conservé l’autonomie. Sans parler des Anglo-Saxons, ies Espagnols les ont asservis, épuisés, décimés. Par une seule exception, des missionnaires vont chercher et rallier des familles de sauvages éparses dans les forêts primitives ; Une congrégation politique autant que religieuse en fait un corps de nation, quelle forme à l’ordre, au travail, à
- 53.
- p.835 - vue 460/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 836
- la foi; elle gouverne cette nation pendant un siècle, sans perturbations, sans révoltes. A l’ombre de la puissance morale, la population nouvelle, en passant par l’obéissance, arrive aux portes de la liberté, laisse autour d’elle gronder l’anarchie et sévir les guerres civiles. Enfin, en 1853, c’est du sein d’un peuple composé de purs Indiens, petits-fils de sauvages, c’est de là que sortent les leçons d’une raison supérieure données aux Etats agités, bouleversés, de l’orgueilleuse Amérique espagnole!
- Des deux parts, chaque œuvre a porté ses fruits. La religion simplement persuasive, le respect pour la vie des hommes et l’enseignement du travail ont répandu le bonheur sur un peuple ramassé dans le fond des déserts, amené par degrés de l’état primitif à la liberté civilisée. Au contraire, les spoliations, l’immoralité de conquérants implacables, ont gangrené la race des vainqueurs, en épuisant, en abrutissant les vaincus. La coexistence des deux races a nourri chez les oppresseurs le mépris et chez les opprimés la haine. Tour à tour ont pesé sur une société sans justice et sans humanité la tyrannie de la royauté métropolitaine et la tyrannie des populaces créoles à la fin déchaînées. Dans les nouveaux Etats soi-disant émancipés, on parle à tout propos des droits de l’homme et du citoyen; on exalte à l’envi les libertés théoriques, pour les fouler aux pieds à chaque insurrection : rieo ne prospère et rien ne survit que des passions effrénées et des haines inextinguibles. Voilà, si j’en excepte la société plus homogène du Chili et celle du petit pays de Costa-Rica, le sombre et désolant spectacle qu’offrent aujourd’hui les trop nombreuses républiques hispano-américaines.
- Et voilà les péripéties affligeantes de la démocratie en Amérique !
- p.836 - vue 461/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 837
- Résumé des Etats hispano-américains.
- Nous avons parcouru les Etats indépendants qu’ont formés les débris de l’Espagne américaine. Résumons les principaux faits que nous avons étudiés.
- Une seule puissance avait sous ses lois un milliard d’hectares, surface plus grande que celle de toute l’Europe.
- A présent elle est remplacée par cinquante États, qui, non satisfaits de ce morcellement excessif, tendent chaque jour à se morceler davantage.
- Égarés par des ambitions insensées, les Hispano-Américains ferment les yeux sur les présents que leur a prodigués la Providence; présents qui devraient leur inspirer l’amour de la paix et le besoin de la concorde.
- Commençons par remarquer tout ce qu’a fait la nature en faveur des contrées que les Espagnols ont acquises en Amérique. La partie la plus éloignée de l’équateur ne s’étend qu’au 33e degré de latitude boréale et qu’au 39e degré dans l’hémisphère austral. C’est par conséquent entre le plus beau milieu des deux zones tempérées qu’est compris ce pays immense. La grandeur des fleuves correspond à l’étendue des territoires; les plus puissants parmi ces fleuves, semblables au Nil, charrient un limon fécondant à travers des plaines d’une admirable fertilité. La terre déploie la végétation la plus luxuriante, dans ses pampas, pour l’industrie pastorale. Sur les plateaux, étagés depuis la hauteur des glaces éternelles jusqu’aux basses plaines de la zone torride, la nature se prête à tous les genres de culture.
- Les forêts offrent aux constructions navales et civiles des bois excellents par la force et la durée; elles en ont d’autres que recherche l’ébénisterie la plus somptueuse, et qui charment le goût par l’éclat du poli dont ils sont
- p.837 - vue 462/0
-
-
-
- 838 FORCE PRODUCTIVE
- susceptibles, par la richesse des reflets et par la beauté des couleurs : tels sont les bois de rose, de palissandre, d’ébène et d’acajou. Grâce à la puissance du soleil, dans les zones tropicales, le tissu ligneux de certains arbres jouit d’une intensité tinctoriale avidement recherchée par les industries européennes. D’autres bois donnent des sucs précieux : tel est le baume du Pérou; telle est la gomme élastique, ïIndia rubber, appelée caoutchouc, dont l’usage a fait naître des arts nouveaux et fournit un agent admirable pour beaucoup d’arts préexistants.
- Une écorce précieuse entre toutes pour secourir l’humanité, l’écorce du quinquina, procure aux peuples modernes le plus puissant des fébrifuges que les hommes aient jamais possédés. D’autres arbres fournissent des aliments aussi sains que recherchés : tels sont le fruit du bananier et celui du cacaotier. Qu’on ajoute à tant de présents tous ceux qui sont particuliers à la zone torride, et qui sont nommés spécialement produits coloniaux : le sucre, le café, le piment, le girofle, etc.
- La toison des troupeaux, la peau des animaux domestiques et tous leurs débris utiles sont un autre sujet de riche commerce. Nous avons signalé, parmi les produits du Pérou non moins lucratifs que les mines d’argent et d’or, les excréments que les oiseaux accumulent sur des rochers et que l’Europe enlève par masses énormes pour fertiliser un sol où les hommes entassés ne pourraient vivre s’ils, n’inventaient pas des moyens d’accroître, je dirais presque d’exagérer les facultés naturelles de leur terre natale.
- Les richesses souterraines sont dignes d’être comparées à l’exubérance du sol. Jusque vers la fin du demi-siècle dont nous écrivons l’histoire productive, aucune autre partie du monde n’approchait de la richesse proverbiale attribuée justement aux mines du Mexique et du Pérou;
- p.838 - vue 463/0
-
-
-
- 839
- DES NATIONS.
- le Potose en faisait partie, et l’imagination y plaçait un Eldorado. Les produits en étaient riches au point de faire oublier aux Espagnols, dans la mère patrie, qu’ils pouvaient y trouver une richesse encore plus inépuisable : c’était la vigueur de leurs bras arrachés à l’indolence. Chaque année, les galions de Cadix apportaient en Europe d’énormes quantités d’argent et d’or, sans compter d'autres métaux. Telles étaient, en faveur de l’Amérique espagnole, les prodigalités de la nature.
- Il y aura bientôt quatre siècles, avant l’arrivée des Européens, cette belle partie du monde possédait des peuplades sans nombre et deux empires florissants, un dans chaque hémisphère; la population, prise dans son ensemble, était bien plus nombreuse alors quelle ne l’est aujourd’hui. A partir des premiers temps de la conquête, le dépeuplement a commencé, tantôt par les exterminations, tantôt par l’excès du travail et surtout du travail des mines.
- Le commencement du xixe siècle appartient à la période plus heureuse où des mœurs moins barbares, des travaux mieux entendus et des lois plus humaines ont permis, même aux peuples aborigènes, de réparer insensiblement leurs pertes.
- Cependant, à l’origine de ce siècle, le total des populations de toutes les races répandues sur un territoire Presque égal à vingt fois la France ne surpassait pas douze millions d’habitants : le tiers du peuple français. Cela veut dire, en d’autres termes, que dans l’année 1800, pour une même étendue de territoire, l’Amérique espagnole était soixante fois moins peuplée que ne l’est aujourd’hui la France.
- Depuis 1800 jusqu’à 185o, malgré les vicissitudes infinies des guerres civilès et malgré les obstacles que l’anar-
- p.839 - vue 464/0
-
-
-
- 840 FORCE PRODUCTIVE
- chie, sous toutes les formes, oppose à la propagation de l’espèce humaine, l’ensemble des habitants s’est accru, valeur moyenne, de 1 ^ pour cent par année : un peu moins que les habitants de la Grande-Bretagne.
- Si les mêmes populations savaient enfin jouir de la paix sociale, tourner l’intelligence et l’énergie de leurs gouvernements respectifs vers les moyens de produire et non vers ceux de détruire, ces populations qui ne doublent pas en un demi-siècle, elles quadrupleraient dans le même laps de temps, comme le font les peuples anglo-américains des États-Unis.
- Le commerce alors prendrait un essor beaucoup plus rapide. Nous pouvons en olfrir la démonstration.
- Au milieu des nombreuses républiques hispano-américaines, une seule ayant quelque importance, le Chili, a rendu plus rares dans son sein les commotions sociales, et depuis quelques années elle a fait succéder l’ordre au désordre. Montrons à quel point sa fortune commerciale s’en est heureusement ressentie.
- PARALLÈLE DE TOÜS LES ETATS HISPANO-AMERICAINS AVEC CELUI QUI RESPECTE LE PLUS LES PRINCIPES DE L’ORDRE SOCIAL ET LES LOIS.
- ANNÉE 1855. POPULATION. CÛMMEPiCE avec les trois PRINCIPALES PUISSANCES.
- Importations. Exportations.
- 49 républiques. 20,270,371 1,439,120 258,748,713f 82,360,848 255,340,753f 73,134,779
- Le Chili
- Au moyen du tableau suivant, nous ramènerons ces résultats à des termes facilement comparables :
- p.840 - vue 465/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 841
- COMMERCE AVEC LES TROIS PRINCIPALES PUISSANCES, PAR MILLION D’HABITANTS.
- Des 49 républiques. Du Chili............
- IMPORTATIONS. EXPORTATIONS. S
- 12,764,570f 57,190,490 12,596,740*' 50,819,100 |
- Même en supposant que certaines personnes comptent pour peu les bienfaits d’un ordre social où la loi règne au lieu du caprice et surtout de la violence, où la fortune publique est aussi respectée que celle des particuliers, où la vertu peut vivre en paix et le travail prospérer en toute sécurité, aux yeux de ces personnes qui font leur dieu de l’argent et du trafic, n’est-ce donc pas un résultat frappant Çue celui dont nous venons d’offrir le tableau?
- La vente, l’échange, le veau d’or des temps modernes, donnent des produits quintuples chez le peuple le moins aioi des révolutions incessantes et des renversements perpétuels !
- Avec la forme actuelle des institutions dans les Etats hispano-américains, est-il possible d’arriver partout à la situation régulière et calme d’où peut naître la plus grande Prospérité? C’est une conviction qu’il m’est impossible de partager... Attendons que les peuples se fatiguent, enfin, de subir les dures leçons d’une expérience qu’ils renouvellent sans cesse avec le même insuccès.
- Pour donner une faible idée des illusions avec lesquelles des esprits très-éminents ont accueillîmes changements de l’Amérique depuis près d’un demi-siècle, il nous sera Permis de citer un des tableaux qui faisaient battre tant de cœurs il y a seulement trente années :
- « Du détroit de Davis à celui de Magellan, l’ordre nou-Veau remplacera dorénavant et le sceptre des Incas et
- p.841 - vue 466/0
-
-
-
- 842 FORCE PRODUCTIVE
- celui de l’Espagne : devant lui vont disparaître également et les bizarres institutions des peuples éclairés à peine d’une lueur de raison, et les barbares institutions transplantées de l’Europe en Amérique. En place de ces ébauches grossières, de ces établissements désordonnés, régneront désormais des codes réguliers, produits des lumières des siècles et d’hommes plus éclairés, fruits de la réflexion et de l’expérience, etc., etc.; là, le sol est vierge, comme les esprits sont purs, le premier exempt
- d’entraves, et le second, de préjugés..Le mélange des
- sangs est une grande difficulté dans quelques parties de l’Amérique, je le sais; mais quelle que soit l’intensité de cette difficulté, elle n’a rien de comparable avec celles qu’ont entassées dans nos climats les établissements sociaux et religieux formés depuis quatorze cents ans.Les
- Américains du Sud ont donné un grand exemple : guerriers et législateurs tout à la fois, dans une de leurs mains le glaive repoussait l’ennemi, de l’autre se traçaient les codes qui doivent régir ces nouveaux domaines de la raison. Dans cet immense espace et ces climats où la nature a travaillé à si grands traits, où elle a semé tant de colosses et tant de richesses, mais dans laquelle elle avait négligé de placer une race humaine correspondante à la grandeur dû reste de son ouvrage, désormais tout s'ordonnera d’après l’ordre dicté par la raison : ce trésor était le seul qui manquât à l’Amérique. Elle l’a acquis par sa liaison avec l’ordre constitutionnel; on verra ce quelle deviendra remaniée, pour ainsi dire, par ce nouvel agent, et la distance qui séparera l’Amérique des constitutions d’avec l’Amérique du despotisme. » (L’Europe et l’Amérique depuis le congrès d’Aix-la-Chapelle, par M. de Pradt, ancien archevêque de Malines. Paris, 1821.)
- Arrêtons-nous à ce spectacle d’un ancien archevêque
- p.842 - vue 467/0
-
-
-
- DES NATIONS. 843
- fl111 félicite froidement la jeune Amérique espagnole, catholique seulement depuis trois cents ans, de n’être pas entravée, comme la vieille Europe, par quatorze siècles ^ etablissements religieux.La dive Raison, après 1794, avait ete destituée de son rang de déesse, au centre de l’ancien monde. Elle va régner sur le nouveau; elle vient y dicter ses codes futurs, y soumettre tout à l’ordre de ses lois, et 1 Amérique du Sud sera son domaine paisible et progressif. Voilà la promesse!
- Pendant dix ans, à chaque démembrement du vaste empire hispano-américain, c’étaient les mêmes cantiques victoire et d’actions de grâces chantés par le même P°ntife; c’étaient les mêmes prédictions enthousiastes redites aux nations par la même voix prophétique. Cette v°lx annonçait la prospérité, la grandeur et la gloire, au lieu des revers et des maux dont la Providence réservait, Selon sa justice, la distribution et le mystère.
- Voilà pourtant par quels tableaux on enflammait les Paginations. Dans les deux mondes, on égarait le sens commun d’une population généreuse, mais dépourvue expérience, pour la précipiter plus vite dans une voie fl111 pouvait donner le bonheur si l’on avait su s’arrêter à justes bornes; elle a conduit aux abîmes dès qu’on a P°Ussé le simulacre du progrès jusqu’aux révolutions.
- En signalant des illusions dont l’excès est si regrettable, 0lu de nous d’exciter aucun mépris, aucun dédain pour 0rdre constitutionnel considéré dans sa sagesse et dans Sa Eflerté modérée par les lois. Il a produit la grandeur et a puissance de l’Angleterre, de la Hollande et des États-rus : c’est là sa gloire immortelle. Mais, dans l’Amérique ospagnole, cet ordre a trouvé des mœurs qui le rendaient Presque partout impossible. Là, près d’un demi-siècle de Parodies constitutives et d’anarchie ensanglantée ont appau-
- p.843 - vue 468/0
-
-
-
- 844 FORCE PRODUCTIVE
- vri les éléments les plus précieux de la fortune publique-Les passions les plus ennemies de la vertu civique ont fomenté, perpétué les discordes intestines; elles ont produit des guerres plus que civiles, ralenti les progrès, ruine le trésor de chaque Etat, détruit la force militaire, ouvert aux conquérants du Nord la voie des envahissements, après la honte des défaites; elles ont, enfin, présenté le spectacle de contrées en faveur desquelles la nature a prodigué tous ses dons, tandis que la légèreté, la perversité, la corruption des hommes qui jouaient avec le nom de la liberté, ont remplacé la grandeur par la décadence.
- EMPIRE DU BRÉSIL.
- Le Brésil est entouré par l’Atlantique à l’orient, par B Guyane du côté de l’équateur, et dans tout le reste de sa circonférence par les Etats hispano-américains.
- C’est un vaste triangle, dont la base atteint le 5e degre de latitude dans l’hémisphère boréal et dont le sommet # s’élève au 33e de l’autre hémisphère; ce qui lui donne, du nord au sud, une longueur d’environ 4,2 oo kilomètres, sur une largeur de 3,5oo kilomètres.
- On va voir combien peu d’habitants compte encore cette immense contrée :
- Superficie................. 715,458,000 hectares.
- Population en i856........... 7,677,800 habitants.
- Territoire pour mille habitants.. g3,i85 hectares.
- Avec un territoire en général éminemment fertile, arrosé par d’innombrables cours d’eau, dont les tributs forment des fleuves comparables aux plus grands de l'Amérique du Nord, le Brésil est compris tout entier dans les deux zones torrides et tempérées, les plus favorables a
- p.844 - vue 469/0
-
-
-
- DES NATIONS. 845
- ta végétation; il offre à l’homme tout ce qui peut favoriser ta propagation rapide des cultures et celle de l’espèce humaine. Cependant les progrès de la population n’offreot pas cette rapidité que nous avons admirée dans les Etats-Unis. On peut 'en juger par le recensement de 1816, qui donnait un total de 3,61 y,900 habitants.
- De là jusqu’en 1856, si le progrès annuel était supposé constant, il s’élèverait à 18,989 par million d’âmes.
- A ce compte, la population du Brésil doublerait en °7 ans; aux États-Unis, elle double en 2 4 ans.
- Une étude encore plus importante que celle des progrès du nombre des hommes, est celle des races diverses dont Se compose la population :
- Population par races, en 1816.
- Blancs.................................. 843,000
- Indigènes. ............................. 269,400
- Métis et gens de couleur libres............. 426,000
- Métis esclaves............................ 202,000
- Noirs libres............................... i59»5oo
- Noirs esclaves........................... 1,728,000
- 3,617,900
- On est surpris, à la vue de ce tableau, de reconnaître combien la population blanche est peu nombreuse.
- On est surpris plus douloureusement du petit nombre d’indigènes qui vivent encore, surtout quand on le compare à l’étendue du territoire : ils ne sont pas 1 5 habitants par 20 lieues carrées !... Voilà ce qui reste apres quatre taecles, en premier lieu d’exterminations, puis de sévices détestables et finalement d’oppressions inintelligentes.
- Dans l’origine, le plus grand nombre des émigrants européens arrivaient célibataires et se mêlaient forcément avec les vaincus : de là les rejetons métis, qui finissent par e*re plus nombreux que les indigènes.
- p.845 - vue 470/0
-
-
-
- 846 FORCE PRODUCTIVE
- Il est désolant de voir en 1816, au nombre des esclaves, 202,000 indigènes ou métis; c’est par eux qu’aurait dû commencer, et sur-le-champ, toute émancipation.
- La dernière classe qui nous reste à considérer est celle des noirs d’origine africaine; ils forment plus de la moitié de la population. Un seul sur douze est émancipé.
- Les Anglais, autrefois pourvoyeurs acharnés d’esclaves pour les Etats des deux Amériques, sont aujourd’hui les antagonistes non moins passionnés de cet odieux commerce. Malgré toute leur vigilance, malgré le droit de visite qu’ils se sont fait concéder, et qu’ils ont poussé jusqu a ses plus extrêmes conséquences, la contrebande a continué jusqu’à ces derniers temps. Les Brésiliens affirment quelle a cessé par l’elfet de leurs propres lois, et non par l’âpreté des répressions britanniques. Ils protestent, ils se révoltent contre un Acte du Parlement, date de i845, ordonnant que tout navire soupçonné de faite la traite soit poursuivi, capturé jusque dans les eaux de leur territoire et sous le canon de leurs forts. Pour moyen d’arrêter la violation de leur indépendance nationale, ds n’ont découvert qu’une menace possible: ce sera de placer, en désespoir de cause, leur faible pavillon et leur littoral trop peu défendu sous le protectorat des États-Unis.
- Depuis i85o les Anglais sont convenus de laisser dormir la loi de 1845, mais sans l’abroger! Sa seule existence est un attentat contre la souveraineté de l’empire brésilien, et les relations officielles en portent l’empreinte • L’habile président des Etats-Unis, spectateur de ce conflit, veut, à ce qu’on assure, en tirer parti par une
- 1 Voici dans quels termes un orateur britannique s’est exprimé dans U séance du 28 mai 1857, au sein de la Chambre des communes : «AU Û13* our Act of Parliament has doné was to insult Brazilian government. Ha any one written to the noble lord (L. Palmerston) such a letter as Mr. Jer'
- p.846 - vue 471/0
-
-
-
- DES NATIONS. 847
- alliance offensive et défensive entre les deux plus grands États de l’Amérique. Ce traité placerait sous la même protection inviolable quatre mille lieues de littoral océanique, et sa portée serait immense.
- Revenons à la traite. En l’abolissant, les maîtres brésiliens auront un bien plus grand intérêt à ménager la vie de leurs nègres, à faciliter la multiplication d’une race essentiellement propre aux travaux de la zone torride. Or, cette zone comprend les onze douzièmes de l’empire.
- La découverte et l’appellation du Brésil.
- Ce n’est pas le génie des Portugais qui leur fit découvrir le Brésil, c’est le hasard, alors qu’ils ne songeaient qu a naviguer vers l’orient. Pour éviter les calmes prolongés des côtes d’Afrique, Alvarez Cabrai cherche la haute mer; il est entraîné par la force des vents et conduit, sans s’en douter, vers la côte brésilienne, à l’endroit où se trouve ^orto-Seg uro, le port sûr.
- Sur "un littoral couvert de magnifiques forêts, le premier objet digne d’attention qui s’offrit aux Européens fot un bois précieux que sa couleur d’un rose de braises, ^r(tzzie, fit appeler bois de brésil : de là le nom même de ta contrée que nous appelons le Brésil.
- Parcourons avec rapidité le beau littoral de ce pays sur ta naer Atlantique, en partant des Etats argentins, pour avancer graduellement vers l’équateur.
- PROVINCE DU Rio GRANDE DO SUL.
- Les Européens, en parcourant et décrivant l’Amérique, 0nt placé l’Europe au centre du monde. Aussi longtemps
- Ringham wrote to tbe Brazilian minister, how he would hâve declaimed in
- house, on the insulted honour and dignity of Engiand! (Hear, hear.) »
- p.847 - vue 472/0
-
-
-
- 848 , FORCE PRODUCTIVE
- qu’iis sont restés sur notre hémisphère, ils ont eu raison d’appeler méridionales les provinces les plus rapprochées de l’équateur : ainsi la Caroline du Sud est plus près de l’équateur que la Caroline du Nord.
- Mais quand les navigateurs européens ont franchi le grand cercle de l’équateur et s’en sont éloignés pour se rapprocher du pôle austral, ils ont continué de dire qu’ils avançaient vers le sud et qu’ils s’éloignaient du nord.
- Ainsi, dans toute l’Amérique australe, lorsqu’il est midi et que l’habitant regarde le soleil, il doit dire : Voilà h nord! Seulement il doit ajouter : « Voiià le nord d’un hémisphère qui n’est pas le mien. » Un jour l’hémisphère austral secouera ces vestiges de dépendance et rendra raisonnable son orientation. Dès à présent dans notre description, à mesure que nous avancerons vers l’équateur, nous dirons simplement que nous marchons vers le midi.
- Les Portugais se sont conformés au mode vicieux que je viens de signaler : ils ont appelé Rio Grande do Norte (du Nord) la rivière la plus rapprochée de l’équateur, et Rio Grande do Sul (du Sud) la plus éloignée; celle du nord est dans la zone torride, tandis que celle du sud est dans la zone tempérée. Enfin, la province du Rio Grande do Sal, au lieu d’être la plus méridionale de l’empire, en est au contraire la plus septentrionale.
- Signalons une autre erreur de nomenclature. A propi’e-ment parler, le Rio Grande do Sul n’est pas une rivière; c’est un bosphore. C’est l’exutoire du golfe assez étroit qui s’étend, parallèlement à la côte atlantique, dans une longueur de 260 kilomètres.
- Ce golfe reçoit les eaux de presque toute la province, c’est-à-dire d’un territoire qui surpasse en étendue la Grande-Bretagne; il a 24 millions d’hectares.
- p.848 - vue 473/0
-
-
-
- DES NATIONS. ' .849
- Toutes ies eaux, je le répète, débouchent dans l'Atlantique par le Rio Grande do Sul, qu’on appelle aussi rivière de Saint-Pierre : c’est le nom de la ville maritime qui s’élève sur la rive droite, et qui présente le seul port important de cette vaste province.
- Avant d’entrer dans le grand lac de los Patos, les eaux d une foule de rivières se déversent dans un lac prépara-toire, à l’orient duquel s’élève Porto-Alegro. Les navires de l’Océan remontent jusqu’à ce port, très-bien situé pour ta commerce intérieur.
- La province a des frontières mal définies du côté de la Llata. Près de l’Atlantique, le lac Mirim, à droite du Rio Grande, enrichi de quelques eaux qui viennent du pays de Montévidéo, se déverse dans le grand lac brésilien. Le Brésil a toujours combattu cet Etat voisin pour rester possesseur du lac Mirim et du pays circonvoisin.
- La rivière Uruguay limite, en décrivant un immense quart de cercle, l’est et le sud vrai de la province.
- La population du Rio Grande do Sul est principalement pastorale; il faut y joindre un assez petit nombre de citadins, de caboteurs et de pêcheurs.
- Dans une province où l’on ne compte guère qu’un habitant par go hectares, les propriétés sont si peu divi-sées, que jusqu’en 1816 on ne dénombrait pas plus de °4o propriétaires. Quelques-unes des fazendas, exploitations rurales, contiennent jusqu’à 2/10,000 hectares: quatre fois l’étendue du département de la Seine.
- L’élevage des chevaux, et surtout des bêtes à cornes, Gst ici la grande industrie. La peau de l’espèce bovine a ptas de valeur que tout le reste de l’animal. A l’abattoir, 011 découpe en longues lanières la viande, qu’on fait Secber, qu’on sale et qu’on vend soit pour les esclaves du ^taesil, soit pour les habitants des Etats argentins. Les
- pour
- INTUOD U CTIO X.
- p.849 - vue 474/0
-
-
-
- 850 FORCE PRODUCTIVE
- peaux, nettoyées et tendues à terre au moyen de piquets, sont un peu salées, puis séchées, comme la viande, par l’action du soleil. N’oublions pas que la province est comprise entre les 2 5e et 35e degrés de latitude australe, qui correspondent, dans un autre hémisphère, aux latitudes de l’Égypte.
- Après les explications que nous avons données sur les haciendas argentines, nous ne ferions que nous répéter en expliquant ici les exploitations des fazendas brésiliennes ; les noms mêmes sont identiques, ainsi que les industries.
- PROVINCE DE SAINTE-CATHERINE.
- En suivant les bords de l’Atlantique, immédiatement au midi vrai de la province de Rio Grande, nous abordons la province étroite et longue de Sainte-Catherine.
- Sur la côte de Sainte-Catherine on trouve une espèce de murex, coquillage qui fournit la splendide couleur de la pourpre.
- La province de Sainte-Catherine offre de grandes forêts et de nombreux pâturages dans les plaines élargies de son bassin oriental, baigné par l’Atlantique sur une étendue de 8o lieues.
- En avant de la côte est l’île Sainte-Catherine, d’où la province a tiré son nom. Le chef-lieu de cette province s’élève à l’extrémité de l’île, et l’on n’a pas craint de comparer son port à celui de Rio-Janeiro; mais la ville a peu d’habitants, peu de commerce et peu de navigation. Ce qu’il y faut admirer, c’est la beauté de la nature et la salubrité du climat; les valétudinaires s’y réfugient pour recouvrer la santé. Aux environs, l’oranger croît en pleine terre ; on trouve rapprochés les plus beaux fruits du centre et du midi de l’Europe, et la fraîcheur des prairies le dispute à la beauté des ombrages.
- p.850 - vue 475/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 851
- PROVINCE DE SAINT-PAUL.
- Du nord au midi, cette province n’a pas moins de **000 kilomètres de longueur sur 600 de largeur; elle est presque aussi grande que la France, et ne contient que 5oo,ooo habitants! la plupart sont pasteurs.
- Quelques provinces du Brésil, éloignées de l’équateur ont été les premières colonisées par les Portugais : telle fut celle de Saint-Paul. Les émigrants portugais, mariés aux indiennes, engendrèrent une race, les Paulistes, hardis, robustes, infatigables; ils exploitèrent l’intérieur, dont ils découvrirent les parties les plus importantes. Us réunissaient le sang-froid, l’audace et trop souvent la cruauté de véritables flibustiers; ils exploraient d’immenses forêts vierges, comme les squatteurs des Etats-Unis. Us attaquaient les Indiens et vendaient ceux qui ne mouraient pas sous leurs coups.
- Les Paulistes ont découvert les célèbres mines de Jara-SUa, qui se trouvent dans leur province. En 1670, ils parviennent jusqu’au pays des Minas-Géraes : on y trouvait l’or à la surface de la terre et disséminé dans les sables, comme on le trouve de nos jours en Californie. Les Paulistes fondent en ces lieux Villa-Rica, ïa. ville riche, dont le nom marque assez la situation. Brenno, célébré ^auliste, découvre le pays de Goyaz, si riche en sables aurifères, et qui forme la province centrale du Brésil.
- La province de Saint-Paul, à moitié située dans la zone torride, à moitié dans la zone tempérée, présente trois bas-S1us distincts. Le premier occupe l’occident et le midi vrai; ses eaux abondantes descendent par un grand nombre de Civières dans la Parana, qui sert de limite à la province. Le second bassin occupe l’occident et le nord austral; ses
- p.851 - vue 476/0
-
-
-
- 852 FORCE PRODUCTIVE
- eaux affluent à la rivière d’Uruguay. Ces deux premiers bassins, après un immense détour, versent leurs eaux dans la Plata. Le troisième, et de beaucoup le moins vaste, verse les siennes, en descendant vers l’orient, droit à l’Atlantique; il est séparé des deux autres par une chaîne de montagnes très-rapprochées de la mer et décrit un arc rentrant qui n’a pas moins de .cent vingt lieues de contour.
- Au bas du bassin maritime se déploient déjà les cultures tropicales, tandis que les grandes plaines des deux autres bassins présentent les belles prairies propres à l’élevage des troupeaux. En s’éloignant un peu de la mer, on cultive les céréales et le maïs; on cultive aussi la vigne avec plus de succès qu’en aucune autre partie de l’empire.
- La cité de Saint-Paul est bâtie sur le continent, à peu de distance de l’île Saint-Vincent, très-rapprochée de la côte : c’est le chef-lieu de la province, c’est le rendez-vous des planteurs durant la saison des plaisirs. Ses habitations sont embellies par de beaux jardins et des ombrages précieux dans un site que traverse le cercle du tropique austral. Les maisons, à l’extérieur, sont blanchies à la chaux, ou parées d’une couleur très-peu foncée, comme aux environs si gracieux de Gênes. Au premier étage, de vastes balcons à jalousies rappellent le midi de la péninsule Ibérique.
- Citons, parmi les institutions fondées à Saint-Paul, l’académie des lois ou faculté de droit : c’est la plus estimée que possède l’empire brésilien. Le docteur Broltero, chargé de la diriger, a publié deux ouvrages, l’un sur les prises maritimes, l’autre sur les principes du droit naturel : ce dernier est fort estimé.
- La ville possède un jardin de botanique; il est moins prospère, à ce qu’il paraît, que la faculté de droit.
- p.852 - vue 477/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 853
- Sur le bord de la mer, à l'embouchure d’un cours d’eau qui remonte presque jusqu’à Saint-Paul, on trouve la ville et le port de Santos, couvert par Tîle Saint-Vincent; en avançant toujours vers l’équateur, on aborde à l’île Saint-Sébastien, qui contient le dernier port de la province.
- La province de Saint-Paul n’est séparée de l’état du Paraguay que par la Parana. Dans ces derniers temps, des difficultés malheureuses se sont élevées sur la navigation de cette rivière entre le Gouvernement du Brésil et le président Lopez, celui dont nous avons cité les éloquentes et sages leçons données à ses concitoyens.
- PROVINCE DE MATTO-GROSSO.
- A l’occident de la Parana supérieure, au midi vrai du Paraguay, s’étend une province du Brésil encore presque Inhabitée : c’est celle de Matto-Grosso, qui finit vers l ouest aux frontières de la Bolivie et du Pérou ; elle offre la figure d’un triangle irrégulier, dont la base n’a pas moins de 5oo lieUes de longueur et la hauteur plus de 3oo. Lette province, égale en territoire à trois fois la France, ne comprend guère plus de 85,ooo habitants, c’est-à-dire une famille de cinq personnes par soixante lieues carrées : cest le désert.
- Le chef-lieu, situé sur la rivière Paraguay, était la bourgade de Cuyciba; quoique érigée pour exploiter un terrain aurifère, elle n’avait que peu d’habitants.
- La première flottille qui partit de Cuyaba et descendit la rivière portait, assure-t-on, la valeur de 12,5 00,000 francs en poudre d’or, obtenue par un grossier lavage. Aujour-dhui cette source de richesses paraît épuisée; mais 011 113 pas exploré tous les lieux qui pourraient en donner de comparables. . .
- p.853 - vue 478/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 854
- Depuis 1818 on a choisi pour chef-lieu de la province une ville ayant plus d’importance, et qu’on a nommée Boa-Villa, la belle ville; elle est bâtie sur un des cours d’eau qui se rendent, après d’immenses détours, au grand fleuve des Amazones, en servant tour à tour de limite à la Bolivie et au Pérou.
- Matto-Grosso signifie l’épaisse, la vaste forêt. C’est qu’en effet la province de Matto-Grosso est couverte en très-grande partie de forêts immenses. Dans leurs solitudes sont errants les Indiens à l’état sauvage, et les dangers qu’ils font courir aux Brésiliens civilisés rappellent ceux que les Peaux-Rouges du nord faisaient courir, il y a deux siècles, aux colons des Etats-Unis.
- Un peu d’ipécacuanha, un peu d’or tiré du milieu des sables et quelques diamants trouvés par les chercheurs, forment à peu près les seuls objets d’échange de cette province; ils sont portés à Rio-Janeiro.
- Lorsque des aventuriers s’enfoncèrent dans les contrées sauvages de Matto-Grosso et de Goyaz , afin d’y trouver de for, chaque chercheur en ramassait par jour heureux jusqu’à î 2 o grammes, qui valent plus de 4 oo francs. Au milieu de cette richesse, leur imprévoyance les réduisit à la famine. Le pain leur manquait, et, malgré le trésor dont ils pouvaient disposer, plusieurs moururent de faim.
- Il est étonnant que le Gouvernement brésilien n’ait pas fait choix d’une compagnie riche et prévoyante, qui n’aurait pas reculé devant les dépenses préliminaires qu’auraient exigées des approvisionnements; elle seule aurait pu conduire heureusement une colonisation de mineurs et d’agriculteurs travaillant de concert pour le succès de l’œuvre commune.
- p.854 - vue 479/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 855
- PROVINCE DE GOYAZ.
- A l’orient de la province que nous venons de décrire est située celle de Goyaz, qui la touclie du nord au midi dans une étendue de 45o lieues; mais sa largeur est beaucoup moins considérable. Elle a reçu son nom du peuple indien qui l'habitait avant sa conquête par les Portugais.
- Ainsi que celle de Matto-Grosso, la province de Goyaz présente de magnifiques forêts; cependant plus de la moitié du territoire est couverte de buissons rabougris.
- Les cultures de Goyaz sont moins rares que dans la déserte Matto-Grosso. La population est plus que double sur un territoire moitié moins grand et les villes sont moins insignifiantes; cependant combien n’est-elle pas arriérée! Ici la vie pastorale prédomine encore, comme dans les provinces de Saint-Paul et de Rio-Grande; ici, comme en Matto-Grosso, les tribus d’indiens sauvages sont toujours prêtes à piller et, trop souvent, à massacrer les Brésiliens : il faut des troupes maintenues constamment sur pied pour conjurer ces périls.
- M. Auguste Saint-Hilaire , si connu par ses belles etudes d’histoire naturelle du Brésil, présente une observation singulière au sujet des Indiens qu’on apprivoise dans les solitudes centrales de l’empire ; ils semblent perdre les rudiments mêmes de la civilisation. Par degrés leurs idées de religion s’effacent et leur respect du ma-rlage disparaît; ils apprennent à se servir de l’argent comme monnaie, et désapprennent l’usage du sel pour leurs aliments. Un abrutissement inexplicable menace de faire descendre ces hommes au-dessous même des Indiens a 1 état primitif du sauvage.
- p.855 - vue 480/0
-
-
-
- 856 FORCE PRODUCTIVE
- Ici nous ferons remarquer l’immense supériorité de l’œuvre accomplie par les Jésuites au Paraguay, et l’erreur de Voltaire qui considérait comme si peu de chose lés efforts nécessaires pour transformer des sauvages en populations morales, religieuses et par là civilisées.
- PROVINCE DES MINAS-GERAES.
- La province des Minas-Géraes, des mines générales, est ainsi nommée parce quelle contient à la fois des mines d’or, d’argent, de platine, de cuivre, de plomb, de fer et d’autres métaux, avec une étonnante variété de pierres précieuses; elle:contient aussi d’abondantes mines de salpêtre.
- Elle est traversée par la plus large et la plus haute partie des Cordilières brésiliennes ; de là, le terrain descend par collines de moins en moins élevées et par des vallons onduleux jusqu’au fleuve San-Francisco, qui coule du nord au midi vrai, dans la partie supérieure de son bassin.
- La grande rivière de Parana sert de limite à la province dans une étendue de i5o lieues; la partie supérieure de ce puissant cours d’eau remonte à la ligne de faîte qui sépare la province des Mines générales et celle de Rio-Janeiro. Peut-être serait-il possible d’ouvrir un cîfnal à point de partage pour joindre à la Parana la baie de Rio-Janeiro. Si les difficultés étaient trop grandes, il faudrait atteindre le même but au moyen d’un chemin de fer.
- Villa-Rica s’élève sur le penchant de la Gordilière qui sépare les provinces des Minas-Géraes et de Rio-Janeiro.
- Dans la première province, on trouve réunis tous les contrastes : en certaines parties désertes de l’ouest et du
- p.856 - vue 481/0
-
-
-
- 857
- DES NATIONS, midi vrai, sont disséminés quelques Indiens sauvages; vers le nord et l’est, on trouve les parties les plus avances qu’offrent les cultures brésiliennes. On y cultive la canne à sucre, le cotonnier, le caféier, l’indigotier, le manioc et le maïs en abondance, sans compter la vanille, la réglisse, l’arbre du quinquina, l’ipécacuanba, le jaiap, etc.
- Certaines parties de la province abondent en pâturages. Parmi leurs produits dont la sortie mérite d’être remarquée, il faut citer les larges fromages qu’on transporte a dos de mulet comme tous les autres objets; la capitale eu fait une énorme consommation. On les transporte enveloppés avec des feuilles de bananier et soigneusement arrimés dans des paniers.
- Par un contraste singulier, en présence d’une aussi grande production de fromages, le Brésil est oblige dimporter une énorme quantité de beurre, quil reçoit de 'Prance, de Hollande et d’Irlande.
- L’industrie des Portugais ne parvint à tirer le plus grand parti des mines que vers le milieu du xvme siecle. Lès iy3o, le quint, droit du cinquième, rendait douze uiillions au trésor, quoique Raynal ne l’ait évalué plus tard qu’à neuf millions.
- L’or du Brésil servait au payement des marchandises britanniques exportées en Portugal. Cet or enrichissait 1 Angleterre aux dépens d’une industrie portugaise qui ne pouvait pas se développer; elle était écrasée dans son berceau parles produits d’Albion, grâce au célébré traite c^e Methuen.
- Les capitalistes anglais^ ont entrepris d’exploiter quel-ques-uns des plus riches minerais d’or. Ils se sont constitués sous don Pèdre Ier, avec un capital de cinq millions de francs ; ils ont attiré de nombreux mineurs britanniques, ils- ont introduit les procédés d’exploitation les plus per-
- p.857 - vue 482/0
-
-
-
- 858 FORCE PRODUCTIVE
- fectionnés. Suivant la règle générale, ils doivent rendre
- au trésor public le cinquième des métaux produits.
- Une autre exploitation, plus anciennement célèbre, est celle des diamants qu’on trouve dans la province des Mines générales.
- Mines de diamants.
- En 1729, Fonseca Lobo découvrit, sans le savoir, le plus précieux des cristaux, mais caché dans sa gangue. Les Hollandais furent les premiers qui surent en reconnaître la nature ; ils passèrent avec le Portugal un traité pour acquérir tous les diamants bruts qu’on trouverait dans les mines de sa grande colonie d’Amérique; cet arrangement leur procura des bénéfices énormes.
- Peu de mois après qu’on eut trouvé les diamants au Brésil, le Gouvernement, par une ordonnance du 8 février 1730, les déclara propriété de l’Etat.
- C’est seulement après la guerre de 1778 que l’exploitation des minas novas, diamants, émeraudes et topazes, prend une véritable importance.
- Dans les vingt premières années, cette industrie officielle produisait en poids de diamants bruts plus de 1,000 onces où ilih,ooo karats, équivalents à 28,35o grammes.
- Le gisement de ces pierres précieuses est le territoire réservé qu’on appelle Perro-do-Fio; il a 60 à 70 kilomètres de longueur sur 3o à 35 de largeur, et est entouré de montagnes escarpées qui longtemps cachèrent ce pays aux investigations des Européens.
- C’est dans le district de Tijuco qu’a lieu l’extraction des diamants. La tentation des mineurs pour voler un produit si précieux ne pouvait être combattue que par des peines excessives : tel était, par exemple, l’exil à la
- p.858 - vue 483/0
-
-
-
- DES NATIONS. 859
- côte d’Afrique, sur un rivage où les coupables périssaient la plupart victimes du climat.
- Une administration impériale préside aux opérations, loue les nègres nécessaires à la recherche des diamants, achète le fer et le salpêtre dont on a besoin et solde les surveillants; ces dépenses se sont élevées jusqu’à 900,000 francs par année. La ville de Tijuco prospère par le commerce qu’exige l’approvisionnement du personnel et du matériel nécessaires pour accomplir la plus précieuse des exploitations.
- Le diamant si célèbre qui décora la couronne de Portugal fut trouvé dans le ruisseau d’Abayté par trois malfaiteurs qu’on avait condamnés au bannissement, et qui reÇurent leur grâce. Chose étrange! les explorations subséquentes dans le lit et sur les bords de ce cours d’eau u ont plus rien produit qui méritât l’attention.
- Aujourd’hui Londres et Paris font le principal commerce des diamants du Brésil; ils sont expédiés de ces deux capitales pour être taillés dans les ateliers d’Ams-ierdam. D’ordinaire la taille fait perdre au diamant brut ta moitié de son poids; on part de cette proportion pour evaluer les diamants tels qu’ils sortent de la mine. A ^taris, le prix des diamants bruts assortis, de petites gros-scurs, varie entre 4o et 100 francs le carat.
- Dans ces derniers temps on a fondé les ateliers les plus intéressants pour opérer à Paris la taille des diamants et rivaliser avec la Hollande L
- 1 La taillerie de Paris est dirigée par MM. Goensly et Bernard. Le polissage des facettes est produit par des meules qui font 2,5oo tours à la ttiinute et qui sont mues par une machine à vapeur.
- On attribue au monopole si longtemps possédé par les Hollandais l’infé-norité de la taille moderne, qui ne donne plus le jeu, l’éclat que le diamant devrait avoir; ce qui présente au joaillier de grandes difficultés. Pour conserver plus de poids, on a fini par laisser les défauts choquants de par-
- p.859 - vue 484/0
-
-
-
- 860 FORCE PRODUCTIVE
- • Autrefois on recherchait beaucoup plus qu’on ne le fait aujourd’hui les cristaux colorés. On estime toujours la topaze fine tirée du Brésil; l’horlogerie fait usage de la chrysolithe, comme support de ses axes.
- Nous finirons ce qui concerne la province des Minas-Géraes en rendant un juste hommage à ses autorités.
- On loue Tadministration provinciale de faire plus qu’aucune autre des sacrifices pour l’enseignement du peuple. Elle a défrayé de jeunes Brésiliens pour les envoyer dans les meilleures écoles normales de l’Europe, afin qu’ils deviennent d’excellents maîtres. De tels sacrifices porteront leurs fruits dans un prochain avenir.
- En nous rapprochant toujours de l’équateur, nous abordons successivement les petites capitaineries : i°de Parahyba, qui porte le nom de sa principale ville maritime ; 2° de Rio Grande do Norte, dont Natal est à la fois le chef-lieu et le port le plus fréquenté; 3° de Clara, qui porte le nom de son meilleur port; 4° de Piauhy. Cette dernière capitainerie est séparée de la précédente par la chaîne de montagnes ou sierra Ibiapaba, qui sert aussi de limite à la province de Pernambouc.
- PROVINCE, GOLFE ET CITE DE RIO-JANEIBO.
- Il est temps de revenir au littoral de l’Atlantique et de décrire la plus importante de toutes les provinces, contiguë vers la mer à celle de Saint-Paul et bordée dans sa plus grande longueur par la province des Minas-Géraes :
- ties qu’il eût fallu faire disparaître. Il résulte de là qu’on paye plus cher les diamants dont la taille est ancienne que ceux dont la taille est moderne.
- Amsterdam possède quarante marchands ou entrepreneurs de taillerie qui tiennent en activité plus de dix mille ouvriers; et l’on porte à 5o millions de florins, 107 millions de francs, le chiffre annuel des affaires de cette opulente industrie des Hollandais.
- p.860 - vue 485/0
-
-
-
- DES NATIONS. 861
- cest celle de Rio-de-Janeiro, qu’on appelle, pour abréger, Lio-Janeiro. Cette province commence à très-peu de distance de l’île Saint-Sébastien, et se dirige presque de l’oc-cident à l’orient, sur une ligne un peu rentrante.
- Si nous considérons maintenant le territoire, nous trouvons qu’il présente 4,6i4,5oo hectares. Pour une des vingt provinces du même Etat, ce serait beaucoup en Europe; au Brésil, ce n’est guère plus d’un deux centième de l’empire.
- La population, il y a vingt ans, comptait 616,000 habitants; elle en compte aujourd’hui 1,200,000. Ce progrès est magnifique. En Angleterre, un même territoire en c°ntiendrait cinq millions; voilà le terme qu’il faut atteindre.
- La province est un pays de montagnes et de collines ; ne présente aucune rivière sur laquelle existe un par-c°Urs navigable de quelque étendue.
- Après avoir quitté la côte de Saint-Paul, nous passons devant une baie spacieuse que couvre ïilha Grande, l’île Jl>ande : c’est la baie du Roi, qui contient de bons ports; ^ais ils
- ne sont vivifiés que par le cabotage. Ces ports savent aussi de relâche aux navigateurs qui vont dans es mers du Pôle austral pour y pratiquer la pêche de la iaieine; ils trouvent dans l’île Grande des eaux pures
- des vivres frais en abondance.
- L faut avancer un peu plus vers l’équateur pour découvrir une baie d’une tout autre importance, et qui donne à la fois son nom à la province, à la capitale', au premier port de l’empire.
- L entrée de cette vaste baie 11’a pas plus de 1,5oo mètres °uverture. Le premier navigateur portugais qui l’aper-Çut la prit pour l’embouchure d’un fleuve, qu’il appela 10 de-Janeiro, la rivière de Janvier. Ce nom, quoique
- p.861 - vue 486/0
-
-
-
- 862 FORCE PRODUCTIVE
- impropre, a continué de désigner le chenal et toutes les eaux de la plus belle baie qu’offrent les rivages des mers du Sud.
- Rien n’est plus facile que l’entrée et la sortie de cette baie : il suffit de profiter, le jour, du vent qui souffle du large, la nuit, du vent qui souffle de la côte.
- La passe est à ce point exempte de dangers que les navires n’ont pas besoin d’un pilote en arrivant de la mer. On pénètre dans la baie entre deux montagnes de granité; alors on est frappé d’un des plus grands spectacles qu’on puisse contempler, même en parallèle avec les abords de Naples et de Constantinople : la vue saisit d’un coup d’œil un golfe dont la profondeur égale presque la distance de Douvres à Calais, et la largeur principale du golfe surpasse encore cette profondeur.
- Des îles nombreuses , heureusement espacées, permettent à l’œil de prendre une idée de ces vastes distances. Sous la latitude où finit la zone torride, où commence la zone tempérée, ces îles décorent d’une verdure étemelle un paysage incomparable, avec un ciel dont l’azur n’est pas moins éclatant que celui d’Alexandrie.
- Sur la côte occidentale, immédiatement après avoir franchi l’entrée du golfe, s’élève la grande et populeuse cité de Rio-Janeiro. Elle contourne la base de plusieurs collines à pente abrupte du côté de la mer. Cette configuration sinueuse donne à la ville, à ses faubourgs, un aspect irrégulier, mais pittoresque; sur un littoral maritime qui n’a pas moins de 1 o kilomètres se déploient des habitations, des magasins et des chantiers maritimes.
- On distingue la ville ancienne et la ville neuve, érigée depuis 1808; on remarque dans celle-ci de belles et larges rues, bien pavées, avec des trottoirs commodes et beaucoup de maisons bâties en granité. Parmi les monu-
- p.862 - vue 487/0
-
-
-
- DES NATIONS. 863
- ttients qui la décorent, on cite avec complaisance le palais impérial et le palais des beaux-arts, la bourse et les edifices affectés à diverses parties de l’administration. On reniarque plutôt la richesse intérieure des églises que la Majesté de leur architecture.
- Le Gouvernement protège les sciences et les arts. En 1838 il a créé l’Institut historique et géographique, souvent Vempereur. Dès 182/1, le législateur avait fondé impériale des beaux-arts. Le cabinet de miné-l'alogie, le muséum, la bibliothèque nationale, et même la promenade plantée aux abords de la ville, sont des dations dignes d’une grande capitale. Il faut citer aussi 1®® écoles de da guerre et de la marine et celles d’enseignement populaire.
- Lorsque le roi Jean VI quitta le Portugal, en 1807, pour se réfugier en Amérique, il emporta sa bibliothèque r°yale, qu’il ouvrit au public de Rio-Janeiro : c’est aujour-^ Lui la bibliothèque impériale.
- Au Brésil, la langue française a pris la place du latin; Presque toutes les personnes des classes élevées et de la ctasse moyenne la comprennent à la lecture. La connais-Sar*ce du français est exigée pour l’admission aux grades supérieurs dans presque tous les services publics. Nous c°mprenons par là comment les Brésiliens tirent, par annee, de la France pour plus de 1,600,000 francs de Lvres, de cartes, etc.
- Inspirée par l’amour de l’humanité, l’administration Publique a rendu pour les citoyens la vaccine obligatoire. L enseignement de l’art de guérir a ses établissements spéciaux.
- A deux lieues de la ville est le jardin de botanique, aujourd'hui l’un des plus riches du nouveau monde; il est ^ja recommandable pour les naturalisations qu’il a ren-
- r' par
- J académie
- p.863 - vue 488/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 864
- dues praticables, et parmi lesquelles on cite l’arbre à thé, le cannellier, le giroflier, le muscadier, etc.
- La culture du café, qui n’existait pas il y a soixante ans dans la province de Rio-Janeiro, compte à présent parmi ses principales sources de richesses.
- Il y a quelques années, on comptait à Rio-Janeiro 160,000 habitants; cette ville en a probablement aujourd’hui plus de 200,000.
- Orbe commercial de Rio-Janeiro.
- Plus que le nombre des habitants, ce qui doit fixer notre attention, c’est l’influence que la capitale du Brésil exerce sur la civilisation, sur l’activité, sur la richesse et le commerce de ce grand empire.
- Le port de Rio-Janeiro se présente comme le meilleur des refuges aux navigateurs qui parcourent la vaste partie de l’Atlantique comprise entre l’équateur et les deux limites extrêmes du cap Horn et du cap de Bonne-Espérance; c’est en même temps le point intermédiaire des longues navigations qui fournit avec le plus d’abondance et de facilité mille objets de rechange, et les vivres frais et l’eau nécessaires aux équipages. Quand il s’agit d’aller ou de venir entre les Grandes Indes et l’Europe ou les Etats-Unis, les vents qui font défaut vers la côte d’Afrique portent à la côte du Brésil et y conduisent des navires anglais, yankies, français, hollandais; ils y trouvent d’autres bâtiments qui font échelle au milieu de la navigation occidentale pour communiquer avec le Chili, le Pérou, la Californie, la Polynésie et surtout l’Australie.
- Rio-Janeiro, comme Londres, comme Liverpool et New-York, est le centre d’un orbe commercial qui s’étend sur l’Atlantique à de vastes distances, depuis les bords de la Plata jusqu’à l’Équateur. Cet orbe, dans l’intérieur du
- p.864 - vue 489/0
-
-
-
- DES NATIONS. 865
- Brésil, comprend les produits minéralogiques de trois vastes provinces; il fait prospérer cinq provinces maritimes qui livrent à l’exportation : les u^es, les produits de leurs cultures tropicales; les autres, la dépouille des animaux élevés par l’industrie pastorale.
- Des chemins, aujourd’hui très-praticables pour les Bêtes de somme, suffisent aux transports par terre qui vayonnent à partir de Rio-Janeiro; les autres transports s°nt opérés par des caboteurs.
- Le cabotage de Rio-Janeiro entre pour une part considérable dans la navigation de ce port : la totalité des outrées et des sorties excède aujourd’hui 800,000 tonneaux. Aux Etats-Unis mêmes, un seul port, celui de New-surpasse en grandeur ce mouvement magnifique. Jusqu’à ce jour, les bâtiments brésiliens ne prennent ffiiune part presque nulle aux transports à l’etranger; ces transports sont partagés entre les États-Unis, l’Angleterre, ta France et les autres États maritimes de l’Europe.
- Le port de Rio-Janeiro n’a pas seulement l’importance lui donne l’avantage de desservir immédiatement la €api.tale d’un vaste empire; il est le débouché néces-saire des métaux et des produits agricoles des provinces intérieures, et surtout des Minas-Géraes. Pour toutes les c°ntrées qui s’étendent jusqu’à la Plata, il est un entrepôt général, un marché de vente et d’approvisionnement, centre fd’action des capitaux; c’est le lieu naturel de retache pour les navigateurs_de l’Europe et de l’Amérique Nord entre l’Atlantique et l’Océan Pacifique. C’est un P°int de l’Amérique du Sud très-avancé vers l’orient: auss%résente-t-il des relations, qui croissent en impor-tance, avec le
- *ta l’Inde et de ________
- Le tableau suivant fera connaître les mouvements ma-
- Cap de Bonne-Esperance, avec les mers
- 1’ A —•
- introduction.
- 55
- p.865 - vue 490/0
-
-
-
- 866 FORCE PRODUCTIVE
- ritimes et commerciaux du port de Rio-Janeiro en i85i, Tannée de l’Exposition universelle :
- *
- COMMERCÉ DE RIO-JANEIRO EN 1851.
- NATIONS MARITIMES. ENTRÉES ET SORTIES. Tonnage, IMPORTATIONS. Francs. EXPORTATIONS. Francs.
- Etats-Unis 154,000 27,6.80,000 67,640,000
- Grande-Bretagne et ses colonies 124,000 60,610,000 22,690,000
- France 39,000 29,330,000 10,540,000
- Portugal 39,600 10,800,000 5,390,000
- Uruguay (Montevideo) 31,200 2,020,000 2,690,000
- République Argentine. 26,150 3,240,000 3,520,000
- Danemark 25,500 1,020,000 4,320,000
- Autriche. 20,740 2,900,000 5,590,000
- Villes hanséatiques 20,200 • , 7,440,000 12,100,000
- Espagne 19,400 3,980,000 200,000
- Prusse 19,100 970,000 1,160,000
- Belgique 16,400 5,910,000 7,180,000
- Pays divers 157,130 9,600,000 23,930,000
- Totaux 692,420 165,500,000 166,950,000 -g
- Ce commerce est d’autant plus remarquable qu’il n’est le produit d’aucun puissant fleuve qui débouche dans la baie de Rio-Janeiro. Les eaux qui sillonnent la province de ce nom sont d’un parcours de peu d’étendue, limite par une chaîne de montagnes qui sépare les provinces de Rio-Janeiro et des Minas-Géraes.
- Mais ce territoire est admirable de fécondité; ses collines sont couvertes des caféiers que cultivent les habitants : c’est l’objet principal des exportations locales, et
- p.866 - vue 491/0
-
-
-
- DES NATIONS. 867
- dès l’année i852 les cafés récoltés étaient évalués à iko millions de francs. Notre étonnement redoublera lorsque nous apprendrons que cette vaste production naissait à peine quand le siècle commençait.
- Exportations approximatives de Rio-Janeiro 3 vers 1800.
- , / . ' Francs.
- Diamants et perles...................... 10,000,000
- Sucré...................................... 5,ooo,ooo
- Tabac en feuilles et cigares.............. 3,5oo,ooo
- Peaux................................... 2,55o,ooo
- Bois d’ébénisterie......................... 1,800,000
- 27,850,000
- Depuis les ports les plus prospères des États-Unis, l’Amérique ne nous a pas présenté d’exemple d’un commerce qui sextuplât en un demi-siècle.
- En partant de Rio-Janeiro pour continuer notre navigation vers l'équateur, nous trouvons, dans la même capitainerie, les deux ports de Parahyba do Sal et de Victoria.
- Parahyba do Sul est à l’embouchure d’un fleuve qui traverse dans toute sa longueur, de l’est à l’ouest, la province de Rio-Janeiro, pénètre dans celle de Saint-Paul, fait un demi-cercle et rentre dans la première province pour Y prendre sa source à quinze lieues de l’Ilha-Grande. Des villes nombreuses, Campcsio, Saint-Sébastien, Parahyba, etc. s élèvent sur les rives de ce fleuve.
- DISTRICTS DE L’ESPIRITÜ-SANTO et de porto-séguro.
- Ces deux districts, d’une grande longueur comparativement à leur largeur, sont limités à l’ouest par la province
- 55.
- p.867 - vue 492/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 868
- des Minas-Géraes, à l’est par l’Atlantique, dans une étendue d’environ deux cents lieues.
- De magnifiques forêts couvrent presque tout le district de fEspiritii-Santo. Les bois de ces forêts sont à peine exploités, et jusqu’ici les défrichements sont presque nuis avec un sol et sous un ciel qui permettraient de récolter les produits les plus précieux.
- Croira-t-on qu’entre les riches provinces de Rio-Janeiro et deBahia, dans une longueur de deux cents lieues, une immense masse de forêts vierges occupe tout le versant oriental des Cordilières brésiliennes ! Lorsqu’il y a peu d’années, le prince Maximilien a visité ce pays si favorisé de la nature, il a dû surmonter des difficultés inexprimables en parcourant la contrée au centre des provinces les plus fertiles et les plus avancées du Brésil. Au fond de ces forêts sont encore cachés des Indiens à l’état sauvage.
- Dans l’humble ville de Santa-Cruz, les Jésuites possédaient* un collège qu’ils avaient fondé, dès i553, pour servir de centre à leurs travaux apostoliques. Quand le marquis de Pombal les expulsa, ils dirigeaient de là deux aidées où résidaient les Indiens convertis et civilisés.
- Le district de Porto-Séguro est encore d’une moindre industrie que le précédent. Et pourtant il doit à la nature le Porto-Séguro, le port sûr, dont il a reçu le nom! La tranquillité de ses eaux est produite par un long récif à fleur d’eau, qui forme un môle ou brise-lame naturel.
- On cite pour la rapidité de leur marche les bateaux caboteurs de Porto-Séguro, appelés dorchas; leur grand mât porte une voile carrée, et leur mât de misaine une Voile triaugulaire.
- A vingt lieues de Victoria débouche dans la mer Ie Rio-Doce, qui sépare les deux capitaineries de l’Espiritu-Santo et de Porto-Séguro.
- p.868 - vue 493/0
-
-
-
- DES NATIONS. 869
- Le dernier port du district de Porto-Séguro est celui de Belmonte, voisin de la province de Bahia.
- PROVINCE DE BAHIA.
- Après la province de Saint-Paul, la plus étendue de ' toutes celles qui bordent l’Atlantique et que nous ayons déjà parcourues, citons la province de Bahia. Elle compte 11 >100,000 hectares et possède 1,100,000 habitants : proportion gardée avec la grandeur du territoire, elle ®st dix fois moins peuplée que f Angleterre.
- Son importance maritime et son nom même sont empruntés au vaste golfe qu’on appelle par excellence la Laie, Bahia: c’est la baie de Todos los Santos, de Tous-les-Saints. Depuis son entrée occidentale jusqu’au point le plus reculé dans les terres, elle n’a pas moins de huit lieues et demie de profondeur; et sa plus grande largeur n’est pas moindre de quatre lieues.
- Dans cette vaste baie, la pêche occupe de nombreux Marins; assez souvent ils ont l’occasion d’y harponner la baleine.
- La grande et féconde île d'Itaripa protège les eaux intérieures, quoiqu’elle laisse entre elle et la côte orientale Urie entrée dont la largeur est .d’une lieue.
- En face de file, et du côté de l’orient, s’élève la ville aPPelée San-Salvador de Bahia; le plus souvent on la dé-S1gne sous le simple nom de Bahia.
- Le quartier bas ou maritime a plus de six kilomètres de développement sur le littoral. Dans la partie de la ville la plus éloignée se trouve l’arsenal de la marine impériale; au delà sont les chantiers du commerce.
- On a porté la population de San-Salvador de Bahia jusqu’à cent quatre-vingt mille âmes; c’est une évidente exagération.
- p.869 - vue 494/0
-
-
-
- 870 FORCE PRODUCTIVE
- Lé port de Belmonte, déjà cité, se trouve à l’embouchure du Rio-Grande intermédiaire, qui prend sa source dans la capitainerie des Minas-Géraes; vers le commencement du siècle dernier, on a reconnu cette source et découvert les nouvelles mines, minas novas.
- Sous le célèbre ministère de Pombal à Lisbonne, vers le milieu du même siècle, San-Salvador de Bahia cessa d’être la capitale du Brésil. Pombal préféra Rio-Janeiro, ville plus voisine des capitaineries où sont exploitées les richesses minérales.
- Lorsque nous citons les actes de Pombal, n’oublions pas de lui faire honneur des généreux décrets publiés sous son ministère pour protéger les aborigènes, les garantir enfin d’une oppression odieuse et leur donner quelque sécurité.
- Vers la fin du xvie siècle, le Portugal était absorbé par l’Espagne, qui dominait ainsi sans partage toute l’Amérique du Sud.
- Pendant la lutte acharnée entre Philippe II et les Pays-Bas, les Hollandais attaquent le Brésil, alors possédé par l’Espagne.
- San-Salvador en était la capitale; les Hollandais s’en emparent. Un évêque fait appel aux habitants de la province et, se mettant à leur tête, il expulse du chef-lieu de son diocèse les audacieux conquérants.
- De leur côté, les Hollandais font des efforts infinis pour défendre et compléter leur conquête. De 1623 à 1653, c’est une guerre de 3o ans. On doit rappeler avec honneur l’héroïsme du Brésilien Vieira, qui finit par être le libérateur de sa patrie.
- Au milieu de cette période, en i64o, la maison de Bragance remonte sur le trône de Portugal; la lutte continue avec une énergie nouvelle, grâce aux efforts de
- p.870 - vue 495/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 871
- cette maison pour récupérer les provinces envahies par les Hollandais.
- Ces conquérants, pendant leur séjour de près d’un siècle dans les fertiles provinces qu’ils avaient envahies, ont avancé l’agriculture ; ils ont accompli d’utiles travaux dans les villes et dans les ports. Ce sont autant de bienfaits qu’ils ont laissés, comme traces de leur passage, avant d’être refoulés par-delà le fleuve des Amazones.
- La situation tropicale de la province de Baliia permet d’y cultiver les produits les plus précieux de l’Amérique méridionale.
- Dès i8i5, les Anglais ont introduit sur les rivages de cette province le premier moulin à vapeur qu’on ait érigé dans le Brésil, pour l’exploitation du sucre.
- La ville de Bahia doit aux riches cultures de la province l’importance de son commerce, qui l’emporte aujourd’hui sur celui de Pernambouc et le cède seulement à celui de Rio-Janeiro.
- Son cabotage, très-actif, présente un tonnage presque egal à celui de la navigation extérieure, dont le tableau suivant donnera l’idée :
- Commerce extérieur de Bahia en 1850.
- Entrées. Sorties. Totaux.
- Navires........... 3i4 272 586
- Tonnage........... 72,921* 96,882* 169,803*
- Valeur des produits
- transportés..... 27,535,ooof 25,oio,ooof 52,545,ooof
- PROVINCES D’ALAGOAS ET DE TERNAMBOUC.
- Immédiatement après la province de Bahia se présente celle d'Alagoüs, l’une des moins étendues qu’offre I empire ; elle a pourtant près de trois millions d’hectares.
- p.871 - vue 496/0
-
-
-
- 872 FORCE PRODUCTIVE
- On Ta détachée du Pernambouc afin d’affaiblir cette dernière contrée, lorsqu’elle cherchait à détruire l’unité de l’empire par une révolte insensée.
- Alagoas, le pays du lac, tire son nom du lac au bord duquel s’élevait son ancienne capitale. La nouvelle est aujourd’hui la ville de Maceyo, jusqu’à laquelle peuvent remonter des navires de faible tonnage. Par ce port, la province exporte pour environ trois millions de produits, sucre, bois de Brésil, etc.
- La province de Pernambouc est d’une forme très-irrégulière. Du côté de la terre, elle contourne, suivant un grand arc concave, la province de Bahia. La rivière San-Francisco la sépare de celle-ci dans une très-grande étendue.
- Son territoire est resserré du côté de l’ouest par une longue chaîne de montagnes. Ce territoire s’élargit en descendant vers la mer ; il a pour littoral un grand arc convexe dont le développement a plus de 120 lieues.
- La superficie de la province estdei5,952,ooo hectares, et le nombre des habitants n’est encore que de 960,000. Le pays semble admirablement arrosé, soit par la grande rivière de San-Francisco et ses affluents, soit par les nombreux et moindres cours d’eau qui se jettent dans l’Allantique; la plupart, cependant, tarissent lors de la saison des sécheresses.
- La grande renommée de Pernambouc a pour origine la beauté de ses cotons; mais sa richesse actuelle est fournie surtout par l’abondance des matières saccharines.
- Après la paix générale de 1 81 5 , la population et les cultures du Pernambouc se sont accrues avec rapidité.
- Depuis plusieurs années, l’administration provinciale s’est occupée avec persévérance de créer des routes, afin de communiquer de l’intérieur avec la mer. C’est sur l’une
- p.872 - vue 497/0
-
-
-
- DES NATIONS. 873
- de ces routes qu’on a construit le premier pont suspendu dont ait joui le Brésil.
- La même administration aurait dû mettre tous ses soins à compléter la viabilité de la belle rivière San-Francisco.
- Depuis le confluent du Rio das Velhas jusqu’aux chutes de Paulo Alfonso, dans une étendue de 35o lieues, la partie supérieure de ce fleuve est navigable. Dans cette partie, le cours des eaux se trouvant de 1,200 à 1,000 mètres au-dessus de la mer, cette élévation tempère un climat de zone torride et permet des cultures comparables à celles du midi de l’Europe.
- Mais à partir des chutes de Paulo Alfonso, sur une longueur de 2 5 lieues, on trouve une succession continuelle de cataractes et de rapides; le fleuve se précipite et glisse à travers les masses de rochers qu’il a plus ou moins entraînées dans sa course. La navigation est de la sorte interrompue dans une étendue d’environ 60 lieues et presque jusqu’à la mer.
- La première chute commence à la hauteur d’un site flu’on appelle Itaparica. La grande cataracte est celle de Faulo Alfonso; elle se compose de quatre cascades rapprochées dans le court espace d’un demi-kilomètre. Les eaux Emplissent un lit dont la largeur est double de la Seine au Pont-Royal de Paris ; elles se précipitent en totalité de 2'jk mètres, ce qui représente quatre fois la hauteur des tours de Notre-Dame de Paris !
- Si l'Angleterre ou les États-Unis possédaient un tel ensemble de chutes au milieu de leurs pays les plus industrieux, quel admirable parti n’en sauraient-ils pas tirer? Quelle puissance n’auraient-ils pas à distribuer pour l’industrie, comme à Lowell, à Lawrence, à Merrimack, ou Pour la navigation, comme au Niagara?
- p.873 - vue 498/0
-
-
-
- 874 FORCE PRODUCTIVE
- Il faudrait creuser un canal latéral jusqu’au-dessous des premiers rapides et perfectionner le cours du fleuve jusqu’à l’Atlantique. On aurait alors une navigation continue de 4oo lieues, depuis la province des Mines générales jusqu’à l’Océan.
- Formons des vœux pour que le progrès accéléré de la population, de l’industrie et de la richesse, au Brésil, rapproche de plus en plus le moment où cette magnifique entreprise ne sera plus au-dessus des moyens et de l’énergie du jeune empire.
- Avec des différences d’élévation telles que nous venons de les indiquer entre le haut et le bas Pernambouc, on peut aisément se figurer quelle variété de cultures doit présenter cette vaste province.
- On doit à M. A. de Mornay, ingénieur français, des notions intéressantes sur les cultures et sur l’état des mœurs de ce pays, dans lequel il a résidé.
- Le long de la côte, une zone d’environ 5o kilomètres de largeur offre d’abord, le long du rivage, une continuité remarquable de plantations de cannes à sucre ; puis des ramifications, également continues, poussées au milieu des forêts vierges et magnifiques dont cette zone est couverte.
- Par-delà ces forêts s’étend le pays où l’on plante le coton, où l’on élève et les chevaux et les bêtes à cornes nécessaires aux sucreries, ainsi qu’au service, à la nourriture des habitants du littoral.
- Les cultures tropicales et les forêts sont le produit d’un sol argileux éminemment fécond. Le territoire intérieur, celui du Sertâo, est couvert de sables; les sécheresses y prédominent une grande partie de l’année, et les arbres y sont rabougris et rares. Mais après les pluies d’hiver, la puissance du soleil des tropiques rend ce territoire émi-
- i
- p.874 - vue 499/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 875
- nemment productif; les habitants en profitent pour y semer du maïs et des fèves, base de leur nourriture. Cette fertilité cesse lorsque l’hiver est affligé par la sécheresse ; les pauvres habitants alors éprouvent les horreurs de la famine : ils cherchent dans les bois les misérables aliments qui ne suffisent qu’à peu de sauvages disséminés sur de grands espaces, et la mortalité répand au milieu d’eux ses ravages.
- Comme les petites rivières assèchent en été, les habitants ne trouvent alors que l’eau qu’ils ont accumulée dans des réservoirs artificiels ; s’ils sont voisins de quelque rivière considérable, ils creusent des puits dans la partie desséchée de son lit.
- La population libre de cantons où l’on cultive la canne à sucre se divise en trois classes : les seigneurs des exploitations dites engenhos, les lavradores et les moradores.
- Le seigneur d’engenhos possède la terre et Yengin, c’est-à-dire le moulin pour la fabrication du sucre. Il est lui-même le planteur principal des cannes à sucre nécessaires à son exploitation. Il attire des laboureurs, lavradores, qui possèdent quelques esclaves; il leur loue des terres pour y cultiver la canne et la lui fournir, en recevant la moitié du sucre fabriqué dans l’engin du seigneur.
- On voit aussi des seigneurs d’engenhos qui n’ont pas de terre, mais qui possèdent en propre les édifices et les uioulins nécessaires à la fabrication du sucre; ils prennent à loyer la terre pour huit à douze ans, ils y bâtissent. Lorsque le temps du fermage est expiré, les constructions appartiennent toutes au seigneur du sol, qui devient alors un seigneur au complet d’engenhos.
- Le lavrador est donc le planteur de cannes qui vit sur la terre du seigneur d’engenhos, sans rien payer pour la
- p.875 - vue 500/0
-
-
-
- 876
- FORCE PRODUCTIVE
- terre ni pour l’habitation; il peut planter non-seulement ia canne, mais le manioc et tout autre végétal nécessaire à sa subsistance. Il est simplement le métayer de la canne à sucre.
- La condition du lavrador, du cultivateur fermier, est honorée; des hommes de bonne famille s’en contentent, lorsqu’ils n’ont pas les moyens de bâtir ou d’acheter un moulin. Il est tel lavrador qui produit jusqu’à 5o,ooo kilogrammes de sucre par année; d’autres en produisent seulement 1,000 ou 2,000 kilogrammes.
- La troisième et dernière classe est celle des moradores, qu’on peut comparer à ce qu’était il y a vingt ans le pauvre petit fermier irlandais, à qui l’on concédait un peu de terre et la permission de s’y bâtir une cabane, mais en se réservant la faculté de le chasser à volonté.
- On trouve encore dans la province certains seigneurs d’engenhos qui protègent des malfaiteurs, et même des assassins, à titre de moradores; ils disposent en maîtres souverains de ces bravi.
- Au temps où M. de Mornay faisait ses observations, il y avait seulement dans tout le Pernambouc 6oo seigneurs d’engenhos, et leurs fermes pouvaient suffire à quatre fois le nombre des engins à sucre en activité. On aurait pu doubler ce dernier nombre en appliquant à la production de la canne un territoire supplémentaire, très-susceptible du même genre de plantations. En définitive, par des moyens moins imparfaits de culture et de fabrication, il était possible d’obtenir seize fois plus de sucre. M. de Mornay calculait ainsi que la seule province de Pernambouc est susceptible de produire 4oo millions de kilogrammes de sucre blanc ou terré et 5o millions de moscouade.
- Ce n’est pas d’être stationnaires, quant à la masse des
- p.876 - vue 501/0
-
-
-
- DES NATIONS. 877
- produits, qu’on peut reprocher aux seigneurs d’engenhos du Pernambouc. Ils récoltaient :
- En 1828......... 16,800,000 kilogrammes de sucre.
- En i844......... 34,ooo,ooo------------:--------
- Comme conséquence de ce progrès, les éleveurs de détail pouvaient fournir à l’exportation :
- 4
- Vers 183o... 60,000 peaux de cheval ou d’espèces bovines.
- Vers 1842... 120,000—-------------------------------
- Un produit intéressant et qui mérite d’être cité, c’est la cire végétale, qui provient de l’espèce de palmier qu’on appelle carnauba. Pendant la saison des sécheresses, les habitants font tomber de dessus les feuilles de cet arbre ane poudre blanche qu’ils recueillent avec soin; en la faisant bouillir dans l’eau, elle prend la consistance de la rire. Lorsqu’on l’introduit dans la fabrication des chandelles ou des bougies, elle produit en brûlant une odeur aromatique pleine d’agrément.
- Le port et la ville de Pernambouc.
- On peut maintenant apprécier l’importance à laquelle est parvenu le seul grand port que possède la province de Pernambouc.
- Par le nombre de ses habitants, la ville de ce nom est la troisième de l’empire; par l’étendue de son commerce , elle dispute presque à Bahia le second rang.
- A droite de l’embouchure du Bibiribi, les Portugais eommencèrent par ériger une cité sur le penchant d’une eolline qui surgissait hardiment au voisinage de la mer. Le premier marin que frappa la beauté d’un pareil site s’écria dans sa langue portugaise : O lincla situaçâo para se fondar
- p.877 - vue 502/0
-
-
-
- 878 FORCE PRODUCTIVE
- una villa!... «O la gracieuse situation pour fonder une. ville!» Ce.tte qualification, «ô gracieuse!» o linda! devint le nom même de la cité naissante.
- Malheureusement Olinda, qui pouvait , comme séjour de délices, convenir à la capitale d’un pays luxueux, ne convenait pas au commerce naval, ce complément indispensable à la richesse, aux prospérités de tout établissement colonial.
- Le bas de la rivière Bibiribi s’élargit tout à coup pour présenter un beau port intérieur, et se resserre à l’embouchure ; ce qui ménage une entrée plus sûre. C’est là que les besoins du commerce appelaient Pernambouc, la cité maritime. Semblable à Venise, elle se divise en quartiers séparés par les eaux. Du côté de l’orient, à droite en venant de la mer, s’élève le quartier appelé le Récif; il est en effet bâti sur un récif, lequel se rattache, par une berge étroite et continue, à la ville d’Olinda. A gauche de l’entrée du port, surgit un second quartier qui couvre l’île de Saint-Antoine. Enfin, à l’occident de cette île, sur la rive droite de la rivière, domine le quartier surnommé Boa Vista, la belle vue. C’est comme le quartier somptueux de l’ouest, le Westminster, par rapport aux deux autres cités de Londres (voyez page i5).
- Telle est la remarquable, ville de Pernambouc, qui joint aux avantages de sa disposition intérieure sa magnifique situation sur l’Atlantique; elle est plus avancée vers l’orient qu’aucun autre port de l’Amérique du Sud : elle se trouve seulement à 800 lieues de la côte d’Afrique.
- Pour ajouter à la sécurité de Pernambouc, la fortune a ménagé tout autour de la côte brésilienne un brise-lame érigé sous la mer par la main de la nature. C’est une chaîne étroite de rochers à pente abrupte, tantôt s’élevant au-dessus des plus hautes eaux, tantôt se décou-
- p.878 - vue 503/0
-
-
-
- DES NATIONS. 879
- vrant un peu de mer basse; en d’autres endroits, restant toujours invisible, mais non pas sans action protectrice.
- Cet immense brise-lame s’ouvre au nord de Pernambouc; il présente à gauche, avant d’arriver par mer au Récif, un magnifique mouillage. A droite, du côté d’O-îinda, se trouve l’ancien mouillage; il est moins bien Protégé que le précédent, ce qui l’a fait abandonner.
- Dès i8/i5, Olinda et les trois quartiers de Pernambouc ^unissaient une population de 92,000 habitants.
- Voici quelle était, dans la même année, le mouvement Maritime de ce port :
- Navigation et commerce extérieur de Pernambouc en 18U5.
- Entrées. Sorties.
- Navires............... 242 226
- Tonnage............... ^9*79®* 48,539*
- Valeur des transports... 2o,68o,575f 22,83g,35of
- Lorsque l’activité de Pernambouc atteignait ce développement, elle comptait déjà parmi ses établissements trois grandes fabriques de machines à vapeur et de toute autre espèce de machines.
- A l’honneur de cette active et noble cité, corrigée Maintenant par l’expérience, ajoutons quelle préfère, depuis un assez bon nombre d’années, les arts utiles et le bien-être qu’ils procurent aux pronunciamientos de l’anar-cbie espagnole ou portugaise.
- PROVINCES DE PARAHYBA, Rio GRANDE DO NORTE, CIARA ET PIAUHY.
- Nous indiquons ces quatre provinces dans la position qu’elles occupent, en avançant vers lequateur à partir de
- Pernambouc.
- p.879 - vue 504/0
-
-
-
- 880
- FORCE PRODUCTIVE
- Arriérées à tous égards, bien qu’ayant un vaste terri-. toire, elles sont d’une faible population; réunies, elles possèdent 44,355,ooo hectares, les quatre cinquièmes de la France. Elles comptent seulement 980,000 habitants : un par k~] hectares!
- Il suffit de nommer leurs ports, dont le commerce extérieur est peu considérable; ce sont : i° Pcirahyba do Norte, disons du sud, car ce port n’est qu’à sept degrés de l’équateur; 20 Natal, port de la province appelée Rio Grande do Norte (disons du. sud) : il n’est pas à 6° de l’équateur; 3° Ciara, le port qui donne son nom à sa province; 4° Paranahyba, port qui se trouve à l’embouchure et sur la rive droite du fleuve de ce nom : il sépare les deux provinces de Piauhy et de Maranham.
- PROVINCE DE MARANHAM.
- La côte de cette province est dangereuse et remplie 'de bas-fonds. La ville qui porte le nom de Maranham fut fondée en 1612 par un navigateur parti de France. Plus tard , les Portugais expulsèrent les Français. Ce furent ensuite les Hollandais qui chassèrent les Portugais et qui donnèrent à la cité le nom quelle a conservé, lorsqu’à leur tour ils ont été repoussés par les Brésiliens.
- Le pays, très-bas, très-marécageux au voisinage de la mer, convenait à l’industrie hollandaise; il se prêtait à la double culture du riz et du coton.
- La ville actuelle est considérable, et compte plus de 30,000 habitants : c’est la quatrième du Brésil. La solidité des constructions, la propreté des rues et des édifices , rappellent les colons venus des Provinces-Unies.
- Dans ce port, la navigation] de long cours surpasse 5o,000 tonneaux, entrées et sorties prises ensemble.
- p.880 - vue 505/0
-
-
-
- > DES NATIONS. 881
- La province de Maranham, d’une étendue considérable, est importante surtout par la ville et le port de Saint-Louis, dans une île qui se trouve à l’embouchure d’une baie profonde.
- Depuis la capitainerie de Maranham jusqu’aux frontières de la Guyane s’étend l’immense province du Para, baignée par la rivière de Para et traversée dans une très-grande étendue par le fleuve des Amazones.
- On pourrait tirer un admirable parti des provinces de Maranham et du Para; le coton en est excellent, et sa culture pourrait prendre les plus vastes développements.
- Dans cette partie du Brésil, les bords de plusieurs rivières sont couverts de cacaotiers. C’est dans les mêmes provinces qu’on trouve cet élégant bois de citrin réservé pour l’ébénisterie la plus recherchée.
- PROVINCE DD PARA.
- La dernière et la plus vaste des provinces est celle du Para, qui compte trois cents millions d’hectares, ou Pl'es de six fois l’étendue de la France. Dans la majeure Partie de ce territoire sont disséminées de rares et faibles frïbus d’indiens à l’état sauvage; le littoral et les rives de quelques fleuves sont faiblement occupés par environ 2°7>°oo habitants, plus ou moins civilisés.
- Le zèle des missionnaires s’était occupé de convertir les sauvages et de les réunir par aidées ou communes.
- 1720, dans soixante et treize Missions, on avait dé-nombré 34,216 Indiens. En i83o, on n’en comptait flue 3a,7'5i qui vécussent dans les villages : les bienfaisants missionnaires n’étaient plus au milieu d’eux.
- Belem ou Para, le chef-lieu d’un pays presque aussi grand (fUe la moitié de l’Europe, ne comptait, au commencement
- INTRODUCTION. 56
- p.881 - vue 506/0
-
-
-
- 882
- FORCE PRODUCTIVE
- du siècle, que ii,5oo habitants, et trente ans après, 1 2,5oo : le progrès est presque nul.
- Le commerce extérieur du Para tient seulement le cinquième rang parmi les ports du Brésil.
- Le fleuve des Amazones.
- Ce qu’il faut remarquer avant toutes choses dans cette province, c’est l’immense fleuve des Amazones. Rien n’est plus curieux que l’expédition de laquelle est résultée sa découverte.
- D’après les récits de quelques Indiens, on croyait au xvie siècle qu’il existait à l’orient des Andes, au milieu des solitudes immenses que cache le centre de l’Amérique du Sud, un royaume fortuné. Chaque matin, le monarque de ce pays fabuleux était parfumé d’une huile embaumée sur laquelle on soufflait, au lieu de fard, une poudre d’or qui le couvrait de la tête aux pieds : c’était le roi doré, le vivant El-dorado. Dans sa capitale superbe, les colonnes de son palais étaient d’albâtre et de porphyre ; les murailles, de marbre blanc, étaient décorées avec des soleils d’or, avec des lunes d’argent; les escaliers étaient aussi d’or, et les portes étaient gardées par des lions attachés avec de fortes chaînes d’or; enfin, pour suffire au travail de tant de métaux précieux mis en œuvre au centre du royaume, trois mille orfèvres avaient leurs ateliers dans la principale rue de la capitale.
- En mettant de côté toute exagération fantastique, 3 me semble que les Indiens voulaient parler des merveilles dont la renommée s’était répandue dans les lieux les plus reculés de l’Amérique du Sud, telles qu’on leS admirait dans la capitale de l’empire des Incas ; dans cette capitale dont les faubourgs étaient peuplés d’habitants appelés des provinces les plus lointaines; dans cette
- p.882 - vue 507/0
-
-
-
- DES NATIONS. 883
- ville où. l’on voyait briller sur les autels les symboles d’or et d’argent du soleil et de la lune, avec les restes mortels des rois et des reines couverts de vêtements somptueux, qui faisaient d’eux autant d’El-dorados. On n’inventait qu’en partie, et si l’on se trompait, c’était d’attribuer aux pays inconnus du bassin des Amazones les magnificences d’une véritable capitale, où l’or depuis longtemps éblouissait tous les regards.
- En 1541, Gonzalve Pizarre, le frère du conquérant fini s’empara du Pérou, veut envahir pour sa part le prétendu royaume d’Eldorado. Il part de Quito, conduisant 3oo Espagnols avec 4,ooo Indiens pour bêtes de somme. Il franchit les Andes orientales; il descend les pentes dont le terme se trouvera, mais à des distances énormes, sur la rive de l’Océan Atlantique. L’Eldorado, comme nn mirage du désert, semble fuir devant eux; il est remplacé par la réalité des contrées les plus sauvages, où la misère et les souffrances accablent les voyageurs. On arrive a la partie navigable d’une rivière appelée Napo ; là, Gonzalve Pizarre fait construire un grand canot que cinquante Indiens vont monter, conduits par Orillana. Celui-ci nargue avec rapidité; il gagne un fleuve sur les bords duquel combattent des guerriers commandés par des femmes : cela suffit pour qu’il le nomme le Jleuve des Amazones. Il Ie parcourt jusqu’à la mer, et s’empresse de porter à la c°Ur d’Espagne le récit de sa découverte admirable.
- C’était à coup sûr une découverte capitale que celle d’un des plus grands fleuves du monde, enrichi par les eaux de puissantes et nombreuses rivières. Mais cette conquête Esterait perdue pour le genre humain aussi longtemps que l’Espagne ou le Portugal n’essayeraient pas de peupler un bassin égal en superficie à huit fois les trois l0yaumes britanniques.
- 56.
- p.883 - vue 508/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 884
- Jusqu’à ce jour les efforts qu’on a faits n’ont eu que des résultats misérables. On en jugera par la province qui nous occupe en ce moment.
- Superficie et population de la province du Para.
- Superficie..................... 298,940,000 hectares.
- Population en i856................. 207,400 habitants.
- Territoire pour mille habitants. 1,442,000 hectares.
- Si l’on veut se former l’idée de l’état arriéré des mœurs, de l’industrie et du commerce dans la province du Para, on peut consulter une série d’articles publiés par un jeune voyageur doué d’un vrai talent d’observation, M. Carrey. On doit seulement regretter qu’en vue de captiver des lecteurs frivoles, il ait entremêlé d’aventures plus ou moins romanesques ses tableaux des hommes et\ des choses esquissés d’après nature, avec le rare talent de saisir la ressemblance.
- Outre la grande province du Para, le Brésil possède encore un vaste district de l’Amazone peuplé seulement par 47,000 habitants; il comprend le Rio-Négro. Au confluent de cette grande rivière avec le fleuve principal se trouve la ville de Rio-Négro, dont les progrès sont rapides, et qui compte déjà i5,ooo habitants. Cette ville et son commerce sont pleins d’avenir.
- Une seule industrie mérite, au Para, de fixer notre attention : c’est l’emploi de la gomme élastique, dû primitivement aux Indiens des rives de l’Amazone. Longtemps avant les habitants des États-Unis, ceux du Para confectionnaient les chaussures de caoutchouc, en faisant couler, sur des formes, des couches successives de cette gomme élastique, encore à l’état laiteux.
- p.884 - vue 509/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 885
- Changements de domination depuis l’origine du siècle.
- Après avoir présenté le tableau, des diverses provinces, disons quelques mots des changements arrivés dans le sort du Brésil depuis la fin du siècle dernier. En 1800, ce vaste pays n’était encore qu’une colonie subordonnée au petit et faible royaume de Portugal.
- Après la rupture de la paix d’Amiens, le Portugal sefforça de rester neutre entre la France et l’Angleterre; Napoléon finit par rendre impossible cette neutralité.
- En 1807, le régent de Portugal passe au Brésil, Aussitôt la rivalité la plus ardente s’enflamme entre les réfugiés du Portugal et les créoles brésiliens. Déjà la population du Brésil était plus considérable que celle de la mère patrie, et la richesse intérieure était plus grande que celle qui s’écoulait annuellement depuis trois siècles de l’Amérique dans la métropole européenne.
- Lorsque les Français quittèrent la péninsule Ibérique, la cour du Brésil revint en Portugal ; mais elle ne put pas rame-ner à l’état inférieur de colonie la vaste contrée qui pendant plusieurs années avait été la métropole réelle des possessions portugaises. Dès 181 5, le Brésil obtint le titre de royaume.
- En 1816 , des troubles désolent la cité de Pernam-b°uc, où quelques novateurs essayent de créer une république; celle-ci n’eut pas une année d’existence. L’essai Malheureux resta sans imitation dans les autres provinces.
- En 182 2 , l’infant dom Pedro prend le titre d’empereur institutionnel du Brésil, qui se déclare indépendant du Portugal. Une charte est rédigée, puis est votée par toutes les provinces. Le pouvoir législatif se partage entre le Sénat et la Chambre des députés; les députés sont électifs et les sénateurs à vie.
- Non content d’avoir garanti ces libertés constitution'
- p.885 - vue 510/0
-
-
-
- 886 FORCE PRODUCTIVE
- nellés, i’empereur don Pedro fait disparaître en 1832 , de ce côté de l’Atlantique, un pouvoir sans contrôle qui pesait sur le Portugal; il place sur le trône de l’ancienne métropole sa propre fille, qui perpétuera la dynastie de l’Etat constitutionnel européen.
- Formons des vœux pour que les nobles institutions du Brésil continuent l’alliance de la monarchie avec des libertés vraies, modérées, et par cela même durables.
- Commerce extérieur du Brésil.
- Commençons par le commerce de l’empire du Brésil avec les trois principales puissances.
- Si l’on veut juger avec impartialité la puissance productive du Brésil, il ne faut pas oublier que la race blanche s’y trouve malheureusement en très-faible minorité. La garde des troupeaux et le travail des mines sont confiés à la race aborigène ; les travaux de l’agriculture appartiennent principalement à la race noire, dont l’esclavage est maintenu.
- Cette explication donnée, on trouvera certainement considérable le commerce fait par l’empire du Brésil avec les trois principales puissances.
- Mouvement commercial extérieur en 1855.
- Importations. Exportations.
- France................. ^9,975,641* 46,090,3i8f
- Grande-Bretagne........ 86,o46,ioo 56,845,475
- Etats-Unis............. 22,758,940 81,269,113
- Totaux....... 158,780,681 184,204,906
- Commerce par habitant.. 20f 68° 23f 99e
- Les objets qui frappent le plus l’attention du vulgaire,
- p.886 - vue 511/0
-
-
-
- DES NATIONS. '887
- l’or et l’argent, les diamants et les pierres précieuses du Brésil, ne présentent pas de valeurs suffisantes pour figurer dans les achats des puissances principales.
- Le commerce de là France avec le Brésil mérite notre plus sérieuse attention.
- EXPORTATIONS DE LA FRANCE Aü BRÉSIL.
- PRODUITS ENVOYÉS DE FRANCE AU BRESIL ER l855. COM GÉNÉRAL. MERCE SPÉCIAL.
- Tissus de coton 6,319,510f 1,830,622£
- Tissus de soie. 9,688,409 5,690,060
- 5,176,006 3,454,736
- 2,109,405 1,954,956
- 2,798,957 2,355,447
- 1,955,706 1,944,636
- 1,372,259 1,089,645
- Papiers, livres, gravures 1,678,560 1,641,690
- Vins 3,035,861 3,003,578
- Outils et ouvrages en métaux 1,291,997 1,190,631
- Objets divers 1,049,058 1,008,219
- Poteries, verres et cristaux’ 1,468,600 1,468,600
- Médicaments composés 1,620,647 1,619,277
- Beurre . T 10,449,666 7,172,594
- I Totaux 50,014,641 35,424,691
- Les nations du centre de l’Europe expédient par nos ports presque un tiers des produits que nous envoyons au Brésil : c’est beaucoup, et la France devrait redoubler d efforts pour ne pas laisser une part trop considérable a ses concurrents de Suisse et d’Allemagne.
- p.887 - vue 512/0
-
-
-
- 888 FORCE PRODUCTIVE
- Nos importations tirées du Brésil sont peu variées; voici l’énumération des genres principaux des produits que cet empire nous livre :
- ENVOTS Dü BRÉSIL EN FRANCE : COMMERCE GÉNÉRAL.
- PRODUITS VEGETAUX.
- Café 20,397,679' 1 12,813,160 3,074,541 i 1,039,958 ’
- Sucre
- Cacao
- Bois (Tébénisterie 38,761,753'
- Tabac' en feuilles ou en côtes 826,677
- Colon en laine . 356,368 1
- Caoutchouc brut 222,201
- Bois de teinture 31,169
- ' PRODUITS ANIMAUX.'
- Peaux brutes et sèches. *. 5,266,304
- Crins bruis. 663,740 . 6,236,442
- Laines en masse 183,360
- Cornes de bétail brutes 123,038
- Articles divers. » 1,101,123
- Nous ferons remarquer la différence infinie de ce commerce avec celui des Etats argentins : ceux-ci n’exportent, pour ainsi dire, que des produits du règne animal; au contraire, le Brésil nous vend six fois plus de produits végétaux que de produits animaux.
- Faisons observer en passant combien est aujourd’hui peu de chose l’exportation du bois de teinture qui, dans l’origine, a suffi pour donner son nom au Brésil.
- p.888 - vue 513/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 889
- Du commerce de l’Angleterre avec le Brésil.
- Je commencerai par faire la même observation sur les produits vendus à l’Angleterre que sur les produits vendus à la France : les produits animaux figurent pour un lorsque les produits végétaux figurent pour sept.
- Les Anglais tirent du Brésil pour plus de quatre millions de francs de caoutchouc; rien ne montre mieux le vaste développement qu’ont pris chez eux les applications de cette matière si précieuse aujourd’hui pour un grand nombre d’arts. Nous ne sommes pas excusables de rester ici très en arrière de nos ingénieux rivaux.
- Malgré le désir qu’ont les Anglais de chercher partout du coton en laine, afin d’être moins dépendants des États-Unis, ils peuvent à peine tirer du Brésil onze millions de kilogrammes : un quarantième environ de leur consommation. Que ne feraient pas les laborieux Yankies dans les Vastes plaines de l’Amérique du Sud avec les trois millions et demi d’esclaves que possède le Brésil, eux qui n’en possèdent guère un plus grand nombre et qui, chaque an-ftoe, tirent de leur sol près d’un milliard de kilogrammes
- de coton!...
- Les produits anglais exportés au Brésil sont principalement les tissus et les métaux. Il est prodigieux de voir que dans une seule année les Anglais fournissent à cet empire :
- Mètres de coton.......»................. 1 i4,2 5o,ooo
- Mètres de toiles, lin et chanvre........ 7,600,000
- Mètres de lainages. ............... 4,000,000
- Cette immense consommation représente par personne *8 mètres de tissus, sans compter ce que l’Angleterre iivre sous forme d’effets à usage : effets dont la valeur surpasse un million de francs.
- p.889 - vue 514/0
-
-
-
- 890 FORCE PRODUCTIVE
- Les Etats-Unis fournissent au Brésil moins que la France et surtout moins que l’Angleterre ; mais ce quils tirent de ce pays est énorme et mérite surtout de fixer notre attention.
- Exportations da Brésil aux Etats-Unis en 1853.
- Café. .. *................... i i,844,4i4f sans droits.
- Sucre brut............................ 880,287
- Bois d’ébénisterie................ 118,980
- Peaux brutes...................... 888,753
- Articles divers..................... 1,085,577
- Quatre articles seulement représentent les treize quatorzièmes des achats que font au Brésil les Etats-Unis ; le dernier quatorzième appartient au règne animal.
- Même en restant bien au-dessous des facultés productives des États-Unis, le Brésil, avec ce qu’il possède de travailleurs nègres, devrait produire autant de coton que l’Angleterre en consomme dans ses fabriques. Ce qu’on en récolte aujourd’hui dans cet empire mérite à peine d’être cité.
- Plus le Brésil produit de sucre et de café, plus il excite la haine et l’envie des îles anglaises, qui s’en prennent à ses esclaves. S’il s’adonnait à la culture du cotonnier, les Antilles anglaises n’y trouveraient rien à redire; et Manchester, Glasgow, Paisley, Preston, etc. se féliciteraient de ce produit, qu’il sortît ou non de mains esclaves.
- Avenir des forces productives du Brésil.
- Le Brésil est mis à l’abri des révolutions et des démembrements grâce au bienfait d’un pouvoir héréditaire, d’un pouvoir modéré par des institutions et par des lois. Le Brésil a, de ce côté, tous les éléments de la durée et de la prospérité.
- p.890 - vue 515/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 891
- Sa position est magnifique, au milieu dü nouveau monde. Il surpasse de beaucoup en population les États les plus considérables de l’Amérique du Sud; il les surpasse davantage eu richesses, en commerce; il les surpasse encore plus par l’immense étendue de son territoire.
- iLe seul empire du Brésil égale presque en superficie la totalité des États hispano-américains développés sur les cotes de l’Atlantique et de l’Océan Pacifique. Pour surcroît d’avantages, ce territoire, presque aussi grand que lEurope, est parfaitement réuni, sans lacunes et sans enclaves.
- Sous ce point de vue, le Brésil n’a rien à désirer. Porq* accomplir ses destinées, pour concourir au bonheur d’une des grandes parties du monde, son premier soin doit être de rassurer les Etats si nombreux , si chancelants et si vulnérables, disséminés sur ses frontières; c’est à lui de les convaincre, à force de modération et de bon vouloir, que le plus loin de sa pensée serait la folle ambition de s’agrandir, et surtout à leurs dépens. îl faut amener ces États à voir en lui chaque jour davantage un ami desintéressé, un conseiller sage, et, dans l’imminence du péril, un défenseur intrépide et dévoué. Voilà le rôle à ta fois Je plus honnête, le plus profitable, le plus glorieux, et par conséquent la conduite la plus éclairée que puisse suivre le Brésil.
- La grandeur de cette puissance, utile à l’équilibre des deux Amériques, disons mieux, à l’équilibre des deux mondes, a droit d’obtenir les sympathies du genre humain.
- Combien de motifs n’avons-nous pas de porter, plus tout autre peuple, un profond intérêt à ce jeune empire ! Il aime nos mœurs et notre état social ; nos productions matérielles lui plaisent, et, ce qui vaut mieux,
- p.891 - vue 516/0
-
-
-
- 892 FORCE PRODUCTIVE
- nos productions intellectuelles charment ses esprits cultivés. Il va chercher dans nos cités des professeurs, des artistes et des ingénieurs pour aider au progrès de ses sciences, de ses lettres et de ses arts. Le goût brésilien chez les deux sexes emprunte jusqu’à nos modes, et dans Rio-Janeiro la*beauté même croit plus à ses grâces lorsqu’elles sont parées d’atours français. Cdiez ce peuple, notre langue fait partie de l’éducation libérale, non-seulement pour les classes supérieures, mais pour les classes moyennes. Il faut prouver qu’on en est maître pour être admis dans les fonctions gouvernementales d’un ordre élevé : par là, dès l’adolescence, l’élite des habitants se lie avec nous par le langage et la pensée, d’où naissent les affections nationales. Lorsque les riches brésiliens veulent goûter en Europe les plaisirs les plus élégants et qui leur soient offerts avec le plus de charme, c’est au sein de notre patrie qu’ils viennent pour les savourer. Ils y viendront bien davantage lorsque nos grands paquebots à vapeur iront les prendre chez eux et, dès la sortie de leurs ports, les feront jouir de l’urbanité française.
- Terminons en rappelant un noble souvenir. Le premier empereur du Brésil a fait monter sur son trône la petite-fille de la première impératrice française-, et lorsque ce prince magnanime préféra l’abdication à l’abaissement, ne réservant pour lui que les périls, c’est en France qu’il vint combiner les moyens de reconquérir pour sa propre fille le trône de ses ancêtres.
- Tant de motifs de sympathie nous font un devoir de veiller sur les destinées du Brésil, et d’y veiller avec le même élan du cœur qui nous entraîne à veiller sur la destinée du pays qui nous a vus naître.
- Nous voudrions inspirer à cet empire le besoin d’apercevoir dans un trop prochain avenir non-seulement sa
- p.892 - vue 517/0
-
-
-
- DES NATIONS. 893
- prospérité, chose en tout temps si facile à l’amour-propre, mais ses dangers et la menace de sa perte.
- La source de sa faiblesse est dans le peu de rapport du nombre de ses habitants avec l’immensité de son territoire. Proportion gardée à la grandeur du pays, l’Afrique malgré ses déserts est plus peuplée que le Brésil; seulement le Brésil fait plus de progrès à l’égard du peuplement. Mais ces progrès sont-ils ce, qu’ils pourraient, ce 9u’ds devraient être? Question vitale et qu’il faut examiner.
- Sans aucun doute, si nous comparions cet empire aux Etats européens, loin de trouver que son peuple se multiplie avec lenteur, nous le placerions parmi ceux qui s’accroissent avec le plus de rapidité; il prendrait rang avant l’Angleterre et l’Ecosse, qui doublent en cinquante années.
- Mais la Grande-Bretagne, où le territoire fait défaut, est obligée, pour prévenir la pénurie des subsistances, d’expatrier un nombre considérable de ses enfants; il faut le prodige de ses arts, la prodigieuse étendue de sa navigation et l’universalité de son commerce, il faut tout cela Pour compléter la nourriture nécessaire au peuple qui saècroît le plus vite de tous en Europe.
- Il y a, par conséquent, autant de mérite aux Anglais a doubler en cinquante ans sur leur terre exiguë qu’il y a peu chez les Brésiliens à doubler en trente-sept ans, milieu d’un pays immense, dont la fécondité surabondante aplanit tout obstacle du côté des subsistances.
- Voyez ce que font au Canada les Français et les An-§*ais, aux États-Unis les Yankies anglo-saxons : mettant a profit la générosité du territoire, ils ne doublent pas seulement, ils triplent en trente-sept ans.
- La multiplication prodigieuse qui s’opère ainsi dans tout le nord de l’Amérique ne doit pas être pour le sud lm simple spectacle de curiosité; elle doit être l’indice
- p.893 - vue 518/0
-
-
-
- 894
- FORCE PRODUCTIVE
- d’un avenir plein de périls. La réalité du danger quelle révèle à l’observateur attentif peut sembler chimérique aujourd’hui-, mais ce danger sera frappant, imminent, avant la fin d’un demi-siècle. Faisons en sorte que d’ici là le mal ne soit pas irréparable.
- Suivant la marche actuelle de la population, dans un demi-siècle le Brésil pourra compter dix-huit millions d’habitants : cela peut sembler beaucoup. Mais alors les Etats-Unis en auront cent millions-, et les Etats-Unis veulent absolument en avoir quatre cents au bout d’un autre demi-siècle. Deux longueurs de vie moyenne auront suffi pour cet accroissement sans exemple dans l’histoire. Tel que nous l’annonçons, il paraît tenir du prodige; et pourtant il se présente avec la certitude expérimentale et calculée d’un résultat mathématique.
- Les États-Unis n’échappent pas à la loi des grands empires; comme la Chine en Orient depuis cinquante siècles, comme la Russie en Europe, en Asie, comme l’Angleterre partout et toujours, ils sont ambitieux. En même temps, fidèles aux misères de l’ambition d’ici-bas, plus leur domaine devient vaste, plus ils s’y trouvent à l’étroit. Ils souffrent d’être étendus, je n’ose dire resserrés, sur un lit de Procuste quatorze fois plus vaste que l’empire Français.
- Le pays qui pourrait les empêcher de sentir cette gêne incroyable et bientôt trop évidente, sachez-le bien, vous et vos cohabitants de l’Amérique du Sud, vous le possédez. C’en est assez pour que vous et le reste de l’Amérique méridionale vous deveniez l’objet incessant d’une convoitise sans remède.
- La grande Union du nord est dans la position où le peuple romain, aussitôt qu’il devenait maître de l’Occident , ne croyait plus pouvoir exister avec aisance à moins d’y joindre l’Orient. L’Asie, à l’égard de la république
- p.894 - vue 519/0
-
-
-
- DES NATIONS. 895
- antique, jouait le rôle que l’Amérique du Sud joue maintenant à l’égard de la république moderne. La glorieuse Union penserait-elle que je lui fisse injure en la comparant aux maîtres tout-puissants du monde antique?
- Un riioment l’Angleterre, émule de la France, s’est posée comme le modérateur héroïque des ambitions extrêmes qui pourraient détruire l’équilibre des nations : elle s’est couverte de gloire.
- Soit lassitude soudaine, soit qu’il n’appartienne pas flaême à des natures d’élite de rester longtemps sublimes, la majesté d’un pareil rôle semble peser à la puissance qui se l’était si noblement arrogé. D’autres soucis la préoccupent. L’Orient s’ébranle à son détriment; on dirait qu’enchaînée aux rochers du Caucase himalaïen, elle Se sente condamnée à perdre de vue le reste de 1 univers.
- Au même instant, un instinct profond, rapide, éveille les Etats-Unis! Ils s’indignaient contre l’Angleterre quand celle-ci défendait l’équilibre de l’Europe et combattait <lans la mer Noire sans trop perdre de vue les intérêts de l’Atlantique. Mais leur physionomie marque la bienveillance et la sérénité dès l’instant que la Grande-Bretagne transporte ses efforts dans une région plus reculée, sur la route des antipodes, et n’a plus â combattre qu’un °E>jet d’horreur aux Etats-Unis, des peaux colorées et des civilisations inférieures. Le succès final qu obtiendront a c°tip sûr les courageux descendants des Clive et des Wel-lesley nécessitera des efforts incessants et prodigieux pour courber derechef et maintenir sous le joug deux cents millions d’hommes; il faudra réunir la coercition phy-Slque et morale confiée à plus de cent mille Européens, soit combattants, soit dirigeants. Nous admettons d’ailleurs «lue l’Angleterre pourra maintenir et recruter sans cesse, en paix comme en guerre, un si grand nombre de soldats
- p.895 - vue 520/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 896
- et d’agents à cinq mille lieues de la mère patrie et sous un climat qui détruit avec rapidité les tempéraments.
- Ecoutons la Presse de la Ville-Empire, l'imperiosa civi-tas, la dominante New-York; écho du penser populaire, elle s’adresse à l’Angleterre : « Nous vous laissons sans envie, dit-elle, le soin de reconquérir, de reconstituer et de maintenir sous vos lois la grande Asie orientale. Nos vœux sont à vous! pourvu, toutefois, que vous nous laissiez soumettre à nos lois les races inférieures du continent américain.. . » Dans la pensée qu’on reproduit ici, ces races inférieures comprennent tous les chrétiens sortis de la péninsule Ibérique. La Presse d’Angleterre accepte en souriant cette pensée d’émulation envahissante et de complaisante harmonie.
- N’est-il pas merveilleux de voir, au xixe siècle, la Presse des deux grands Etats où l’on professe pour elle un culte superstitieux aventurer au grand jour ce partage amiable de l’Occident et de l’Orient? Ainsi l’on voyait au xve siècle une autorité révérée partager entre les deux races ibériques l’occident et l’orient des nouveaux mondes.
- Sachez-le donc, habitants du Brésil! quand arrivera le grand jour, le grand siècle si vous voulez, de l’expansion des États-Unis par-delà les détroits qui séparent les deux Amériques, sachez-le bien, vous n’aurez à compter que sur vous-mêmes pour éviter d’être annexés, absorbés, et rayés du nombre des nations autonomes. Si vous attendez que l’Angleterre, maîtresse des mers, les fasse servir à votre salut, quand elle aura ses Grandes-Indes à maintenir dans la perpétuité du tremblement et du joug, vous attendrez un secours que vous n’obtiendrez jamais.
- Placez-vous hardiment dans la catégorie des peuples qui ne comptent que sur eux-mêmes pour la défense et pour la gloire. Ainsi firent les Grecs en face du roi des
- p.896 - vue 521/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 897
- rois, les Suisses en face de l’Autriche et de la Bourgogne, et les Hollandais en face d’un dominateur de deux inondes.
- Tout en comptant sur l’héroïsme, il ne faut rien ôter des moyens que peut ménager la prudence.
- Votre soin le plus attentif doit être de grandir à l’exemple de vos prodigieux voisins, les peuples des Etats-Unis; il faut grandir par les progrès naturels de votre population.
- Vous possédez près de huit cents millions d’hectares de terre, et dans le monde entier quatre États seulement en possèdent davantage. Eh bien! après trois siècles d’efforts, de ces huit cents millions vous n’en avez pas défriché huit millions! Vous êtes à peine au centième de votre tâche; vous marchez à pas de tortue, et vous devez marcher à pas de géant.
- Les États-Unis vous devancent, ils vous débordent. Votre territoire les tente déjà dans le bassin de l’Ama-2°ne; il les tentera de plus en plus à raison de sa grandeur. Us n’ont pas besoin de parler, leur silence même Vous menacerait; et déjà se fait entendre chez eux cet Viorne, qu’en Amérique la terre doit appartenir à qui peut la peupler, à qui sait la fertiliser. Fertilisez donc celle que Dieu vous a donnée; afin d’y parvenir, fécondez dabord le peuple, qui féconde tout sur la terre.
- On vous conseille beaucoup d’appeler des colons étrangers à votre secours, et vous essayez de le faire : vos efforts s°nt dignes d’éloges. Mais voyez de ce côté si vous pouvez espérer de puissants auxiliaires. Après huit ou dix ans d efforts, qu’avez-vous, au total, attiré dans les trente et 1111 établissements épars que vous appelez colonies? Vingt ct un mille colons! Triplez, quadruplez, quintuplez ce Nombre, vous aurez cent mille émigrants : ce ne sera Pas un soixantième de plus sur l’ensemble de votre Population.
- introduction.
- p.897 - vue 522/0
-
-
-
- 898 FORCE PRODUCTIVE
- , Si vous pouviez rassembler ainsi des hommes de choix et des familles d’élite, unissant à l’intelligence développée l’expérience de l’agriculture et la perfection des industries, vous auriez fait à coup sûr une acquisition du plus haut prix pour l’avancement de vos arts utiles; cependant vous auriez peu fait pour accroître le nombre des travailleurs, qui donne, en définitive, la puissance et l’opulence. Or, c’est un accroissement que jamais votre prudence ne doit perdre de vue.
- En portant au plus haut votre population, vous ne possédez pas aujourd’hui huit millions d’habitants de toutes races et de toutes nuances : quatre millions et demi d’hommes libres, trois millions et demi d’esclaves.
- N’oubliez pas que ces derniers, les noirs, sont presque les seuls dont le tempérament puisse résister aux plus pénibles travaux de l’agriculture, sous le soleil accablant de l’équateur et des tropiques.
- N’oubliez pas un autre fait corrélatif. Dans l’immense territoire brésilien, sur près de huit cents millions d’hectares dont il se compose, soixante et dix millions seulement appartiennent à la zone tempérée, et plas de sept cents millions cippai'tiennent à la zone torride.
- Des noirs, des métis, des mulâtres, voilà les cultivateurs irremplaçables des dix onzièmes de votre pays.
- Cherchons donc les moyens de rendre "ces travailleurs nombreux, vigoureux et prospères.
- Dans l’intérêt le plus pressant du Brésil, il faut reproduire ici des observations, pénibles sans doute, mais éminemment salutaires et toutes favorables à l’humanité ; elles ont été faites sur les lieux par un ingénieur français, M. A. de Mornay, qui ne s’est montré ni malveillant m déclamateur. Ce qu’il a vu de ses yeux et décrit au sujet d’une des provinces les plus grandes et les plus avancées
- p.898 - vue 523/0
-
-
-
- DES NATIONS. 899
- ne trouve, je le crains, que trop d’applications dans les autres parties de l’empire.
- Pour la meilleure culture et pour les exploitations opérées par les moyens les plus perfectionnés, les seigneurs d’engenhos, d’exploitations sucrières, possèdent trop peu d’esclaves : c’est pourquoi sur leurs terres on néglige les travaux qui ne sont pas d’absolue nécessité, pour reporter tout à la production de la canne à sucre. Une émulation Redoutable est excitée entre ces seigneurs d’engenhos et leurs tenanciers, leurs lavradores : cest à qui produira le plus de sucre avec un même nombre d’esclaves.
- La supériorité des résultats serait louable, à coup sûr, si on savait l’obtenir par le progrès des méthodes, par la simplification des cultures et l’économie du labeur. Mais, sauf quelques exceptions, les conducteurs d’exploitations ue savent se surpasser les uns les autres qu’en accablant de travail les esclaves, qu’ils épuisent. Ils les traitent comme en certains lieux de l’Europe sont traités les chevaux de poste ou de roulage accéléré : on parvient à les faire courir et traîner ou porter avec une vitesse excédant leurs facultés, sauf à les rendre incapables de service en quatre ans, en trois ans, en deux ans de travail forcé. L est simplement un calcul à faire entre le prix de la bête exploitée et son produit iusqu’à l’épuisement du pauvre
- coursier.
- Cet abus des forces de la nature nous révolte déjà lorsqu’on l’applique impitoyablement à des animaux servi-teurs et bienfaiteurs de l’homme.
- L’humanité se révolte avec cent fois plus d’énergie quand elle voit appliquer, même de loin, semblables calculs à l’épuisement, à l’extinction de l’homme.
- <( Lorsqu’on dépasse les justes bornes du travail exigé des nègres, dit M. A, de Mornay, avant qu’ils périssent de
- 57.
- p.899 - vue 524/0
-
-
-
- 900 FORCE PRODUCTIVE
- fatigue, ils deviennent maigres et languissants, leur peau se flétrit, le scorbut les atteint. On en voit, triste symptôme , qui sont saisis d’un besoin étrange : ils finissent par manger de la terre, d’où naissent d’autres maladies qui les mènent à la mort.
- « Le travail ordinaire s’étend de six heures du matin à six heures du soir. Mais, dans beaucoup de plantations, on ajoute à cette journée régulière un travail supplémentaire qui varie suivant la cupidité du seigneur d’engenhos ou du lavrador subalterne. Ce travail dure très-communément, le matin, depuis quatre jusqu’à six heures; le soir, depuis six heures jusqu’à dix : enfin, dans certains cas extrêmes, il dure jusqu à minuit!! !. . . » '
- Qu’est-il besoin de plus amples détails ? et j’en pourrais citer bien d’autres. N’est-ce pas abuser d’un pouvoir déjà si difficile à tolérer entre les mains de l’homme le plus doux, le moins exigeant, que de porter à cet excès le travail auquel l’esclave est condamné ?
- Faut-il à présent s’étonner que les nègres du Brésil, malgré l’énorme et triste recrutement que la traite a produit jusqu’à ces derniers temps, s’accroissent en nombre moins vite qu’aux Etats-Unis, pays où la traite est impossible ?
- Avant d’aller plus loin, je veux montrer comment les États-Unis, par le parti plus heureux, et certainement plus humain, qu’ils tirent de leurs esclaves, font un calcul mieux entendu, plus profitable que celui des seigneurs d’engenhos. Je veux saisir par l’intérêt monétaire ceux dont le cœur ne serait pas saisi par un plus généreux motif. Je prends l’année 1851, la première du demi-siecle qu’il faut parcourir en suivant des voies améliorées.
- Je réunis seulement quatrç produits particuliers aux Etats de l’Union qui possèdent des esclaves; je trouve
- p.900 - vue 525/0
-
-
-
- DES NATIONS. 901
- que l’exportation s’élève, par million d’habitants, à 68,^5 2,[xoo francs.
- J’ajoute un quart en sus à l’estimation que le Gouvernement du Brésil fait de son commerce, pour ne pas rester trop bas. Malgré cette addition, dans la même année 1851, ses exportations ne s’élèvent, par million d’habitants, qu’à 4ï,ooo,ooo francs.
- Lorsqu’on calcule la valeur des exportations par million d’esclaves, la disproportion devient beaucoup plus considérable.
- Exportations calculées par million d’esclaves.
- Ceux des Etats-Unis qui possèdent des esclaves. 206,163,ooof
- Le Brésil.............................. 89,940,000
- Si les États-Unis ont des moyens de culture plus intelligents et plus puissants, que le Brésil les adopte. S’ils entendent mieux l’art de tirer grand parti des nègres, sans les accabler, sans les épuiser ; loin de là, s’ils obtiennent des résultats merveilleux avec une population noire qui se multiplie à ravir et qui pullule à vue d’œil, tirons toujours la même conséquence : s’ils produisent un tel miracle, que le Brésil les imite.
- S’approprier de pareils résultats, c’est résoudre le plus grand, le plus noble problème qu’on puisse proposer dans l’intérêt de la puissance où doit aspirer cet empire, et pour tout dire, en un mot, dans l’intérêt moral qui doit dominer tous les autres.
- Il faudrait que l’opinion publique et la presse, et les deux Chambres, et le Gouvernement tout entier, s’emparassent avec une infatigable énergie de cette question vitale.
- p.901 - vue 526/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 902
- On peut obtenir une quantité supérieure de récoltes en tout genre, même en diminuant l’excès du travail des hommes. Aujourd’hui, dans les cultures du Brésil, la pioche et la bêche sont presque les seuls instruments aratoires. Appelez au secours de l’homme la charrue, la herse, les machines à sarcler, à faucher, à moissonner; appelez-y les animaux pour la partie la plus pénible et des labours et des transports.
- Mais, surtout, soyez inflexibles à limiter la durée du travail de l’homme. Limitez-la de telle façon que la force du laboureur ne puisse pas être excédée; sévissez contre le maître sans pitié qui fait dépérir et puis périr ses pauvres noirs par l’intensité, par la durée des fatigues.
- Ces inspecteurs des manufactures que j’ai tant demandés pour les enfants des ateliers français, ces inspecteurs gouvernementaux dont la vigilance éclairée, infatigable, a fait le salut de l’adolescence et de l’enfance au sein des ateliers de la Grande-Bretagne, instituez-les au Brésil pour le salut des adolescents et des adultes esclaves. Que leurs rapports, assimilés à ceux des officiers judiciaires, fassent foi suffisante aux yeux des magistrats supérieurs; qu’ils soient eux-mêmes les magistrats de première instance; qu’en tout temps, en tous lieux, la culpabilité du maître pâlisse et cède devant la puissance irrésistible du protecteur légal des travailleurs sans défense. Voilà ce qu’exigent la conservation du faible et l’intérêt suprême de l’Etat.
- Telle est la route qu’il faut suivre pour arriver à l’époque fortunée où le travail des noirs, devenu facile et comparativement léger, où ce travail, réhabilité par leur intelligence développée et par leurs mœurs améliorées, deviendra vraiment volontaire. De là naîtra leur liberté; liberté, dès lors, sans désastre pour le Brésil.
- Au lieu du système aujourd’hui trop communément
- p.902 - vue 527/0
-
-
-
- DES NATIONS. 903
- pratiqué, il faut qu’on devienne au Brésil, je ne dis pas seulement économe, mais avare de la vie des hommes. Ainsi le veut l’abolition "de la traite, sérieusement votée en i85o, et depuis cette époque sérieusement observée, d faut le dire, au grand honneur du Brésil.
- On en jugera par les nombres qui suivent; je suis heureux de pouvoir les citer : N
- Extinction de la traite au Brésil.
- Années. Immigration d’esclaves.
- 1847 ........... 56,100
- 1848 ........... 60,000
- 1849 ........... 54,ooo
- 1850 ........... 54*000
- Années. Immigration d’esclaves.
- (Loi brésilienne en vigueur.)
- i85i............... 3,287
- i853................. 700
- i853 à i856.. 23
- Supposons qu’on parvienne à ménager habilement la force des travailleurs, à les soigner dans leurs maladies, ^ surveiller avec un intérêt particulier la conservation des enfants. Par l’ensemble de ces moyens, il sera facile d obtenir les mêmes résultats qu’aux États-Unis : on doublera le nombre des noirs en 26 ou 2 y ans. Si l’on met ^ profit le vrai perfectionnement des arts, qui donne des produits plus abondants et meilleurs avec un moindre sacrifice de labeur humain, les progrès de l’agriculture et du commerce marcheront encore plus vite : les exportations et les importations pourront doubler en moins de vingt-cinq ans.
- J’ai souvent arrêté ma pensée sur le rapide accroissement de certains genres d’animaux, dès qu’ils étaient un peu demandés. Je n’ai pu voir sans surprise combien, avec un nombre limité de mères, des éleveurs souvent très-bornés et d’un esprit très-vulgaire parvenaient à faire naître de petits, qu’ils élevaient très-passablement.
- p.903 - vue 528/0
-
-
-
- 904 FORCE PRODUCTIVE
- Et quand il s’agit de l’espèce humaine, quand il faut multiplier une race intelligente et qui peut s’aider elle-même, ne viendrons-nous pas à bout plus aisément de semblables difficultés? Mettons les mères de notre côté, du côté d’un divin précepte : Croissez et multipliez. Ces mères, lionorons-les, récompensons-les ; préparons-les dès le jeune âge à la plus sainte de leurs destinées; soignons et leur adolescence, et leur âge nubile, et leur vieillesse; montrons-leur en perspective le sort amélioré de leurs enfants et le bien-être ménagé pour l’homme fait. Le cœur de la mère, négresse ou non, le cœur de la mère sera plus éloquent que vous, il guidera sa tendresse; et vous obtiendrez pour succès la multiplication accélérée, merveilleuse, de tout un peuple soulagé.
- Employez ces moyens pour toutes les races, pour toutes les conditions, et dans un demi-siècle le Brésil comptera plus de 28 millions d’âmes, et le chiffre total de son commerce avec l’étranger approchera de deux milliards. Il surpassera de beaucoup celui de la Chine, cet empire qui possède 400 millions d’habitants; il sera deux fois aussi grand que l’est aujourd’hui le commerce de l’Inde, avec ses 200 millions de sujets ou de tributaires, stimulés, éclairés, et, dans certains cas, savamment exploités par la puissante Angleterre.
- Alors le Brésil, fort de son Gouvernement unitaire, fort d’un patriotisme fondé sur le bien-être de tous les habitants et sur la prospérité de toutes les classes, le Brésil sera capable de braver l’ambition de cent millions d’hommes, les plus ambitieux du monde, et non-seulement de défendre son territoire, mais de prêter l’appu1 de sa force à tous les Etats de l’Amérique du Sud dont l’indépendance pourrait être menacée.
- p.904 - vue 529/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 905
- LES GUYANES.
- En sortant de l’hémisplière boréal pour achever de parcourir le littoral de l’Amérique, nous avons franchi 1 équateur à l’embouchure du fleuve des Amazones. Jusqu’aux rives de l’Oyapoque,. nous sommes restés dans la Gu ^ane brésilienne. De l’Oyapoque à la rivière de Gayenne, et de là jusqu’à celle de Maroni, nous allons parcourir la Guyane française. Plus loin, jusqu’à la frontière de la république Vénézuélienne, nous serons dans ta Guyane peuplée d’abord par les Hollandais, et retirée par eux du sein des eaux avec la même industrie dont Uous apprécierons les plus grandes merveilles dans les Pays-Bas de l’Europe et de l’Océanie.
- Le caractère physique de la vaste contrée dont nous Venons d’indiquer les limites nous est offert, en traits admirables, dans l’un des plus profonds écrits du peintre Moquent de la nature.
- A peine Buffon a-t-il achevé le tableau des êtres aujour-dhui vivants, il imagine une autre histoire naturelle : il remonte au delà des temps où la vie est descendue sur la terre; il refait, à force de génie, les degrés de la création ^u globe, en prenant pour mesure des siècles de siècles; ^Æn compose la durée de ces phases, à peine commen-surables, qu’il a nommées les époques de la nature. Lorsque déjà trois périodes ont autant de fois transformé la face et les entrailles du globe, Buffon arrive aux temps où s’est opérée la séparation des continents, et décrit l’envahissement des eaux entraînées des pôles vers l’équateur P°ur combler les vides où seront les mers. Dans l’époque subséquente, il passe en revue les conquêtes opposées, si j’ose ainsi parler, les représailles de la terre contre
- p.905 - vue 530/0
-
-
-
- 906
- FORCE PRODUCTIVE
- les mers graduellement repoussées par des alluvions sans fin : de là ces vastes appendices de certaines côtes progressives, et ces deltas qui grandissent à rembouchure des fleuves du premier ordrev Parmi les empiétements sur la mer, pour offrir le plus grand exemple qu’il croie pouvoir présenter, et parmi tous peut-être celui qui nous offre la formation la plus récente, Buffon décrit en traits admirables l’extension incessante des terres de la Guyane: «leur aspect, dit-il, rappellera l’idée de la matière brute et présentera le tableau nuancé de la formation successive d’une terre nouvelle. »
- Il se place, du côté de l’Atlantique, aux abords de l’Amérique méridionale; il embrasse d’un coup d’œil les cent vingt lieues de littoral qui s’étendent du fleuve des Amazones à la rivière de Cayenne. Douze lieues avant d’arriver à la côte, on rencontre déjà sous les eaux les alluvions vaseuses descendues du continent, suivant une pente insensible. Cette pente se manifeste et devient un peu plus prononcée lorsqu’on s’élève au-dessus des eaux; elle présente une plaine sans bornes dans aucun sens. Pour embellir le théâtre ainsi préparé par la main du temps, la végétation tropicale commence, à proprement parler, dès l’Océan. Le tronc élancé des lâtaniers et des palétuviers surgit du fond des eaux et révèle déjà l'approche du littoral; les oiseaux seuls et les animaux amphibies peuplent ces forêts aquatiques. Par-delà ce premier et large rideau, la terre à demi délayée commence à paraître; elle ne produit encore que des bois dont le tissu spongieux atteste l’origine aqueuse. Ici nous trouvons les premiers pâturages abandonnés comme à regret par les eaux, et découverts pendant une partie de l’année. Plus haut, le sol s’est affermi par degrés ; il se relève en plateaux asséchés, en collines, qui jusqu’au sommet offrent une épaisse
- p.906 - vue 531/0
-
-
-
- DES NATIONS. 907
- couche de terre enrichie par l’alhmon; cette couche est couverte, dit Bufïon, d’arbres de tous âges, d’arbres si Pressés, si serrés les uns contre les autres, que leurs cimes entrelacées laissent à peine passer les rayons du soleil.
- En résumant son imposant tableau, cette vaste terre, des côtes et de l’intérieur de la Guyane, ajoute-t-il, n’est donc qu’une forêt tout aussi vaste, dans laquelle des saurages , en petit nombre, ont fait quelques clairières et de Petits abatis, pour pouvoir s’y domicilier sans perdre la chaleur de la terre et la lumière du jour.
- Chaque année, pendant plusieurs mois, des pluies incessantes produisent l’inondation de la Guyane inférieure. La zone des eaux terrestres, déployée sur toute la côte et dans une grande largeur, ne forme qu’une nappe avec les caiix de la mer. Les bas terrains sont inondés, et les praires disparues justifient alors le nom de savanes noyées, flui ne saurait appartenir aux savanes des hautes terres.
- Les eaux arrivent des parties supérieures, saturées d’un humus impalpable et des détritus de forêts perpétuelles. A mesure quelles descendent, trouvant des pentes plus douces, leur cours se ralentit, le dépôt du limon commence, le sol s’exhausse; et l’océan recule suivant des degrés dont les siècles composent la grandeur.
- Si l’on imaginait qu’une des rives du Nil, détachée tout à coup du fleuve et transportée au bord de la mer en devînt le littoral, si l’on supposait que la crue des eaux Joviales descendît transversalement à cette rive, en la couvrant de son limon, même fertilité serait produite, mais sur des largeurs proportionnées aux cent lieues de profondeur de la Guyane, substituées à l'étroitesse de la Langue vallée du Nil.
- Voilà la vaste contrée au fond de laquelle étaient perdus ^es quelques sauvages observés par Buflon, lorsque les
- p.907 - vue 532/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 908
- Européens la découvrirent. Il fallut que cent ans s’écoulassent avant que ces derniers eussent l’idée de tourner au profit de l’homme une fécondité prodigieuse.
- En 1635 seulement, quelques Français prennent pied h l’embouchure de la rivière de Cayenne; plus tard, les Hollandais s’établissent au nord des Français ; et plus tard encore, les Anglais, qui s’approprient aux deux tiers les conquêtes des Hollandais sur la nature.
- GUYANE FRANÇAISE.
- Pendant plus d’un siècle, les Français semblèrent n’attacher aucune importance au territoire considérable dont ils étaient possesseurs; ils cultivaient seulement une île assez circonscrite, à l’embouchure de la Cayenne, et possédaient quelques habitations éparses sur les rives des autres fleuves principaux, le Maroni, le Sinnamary, etc.
- Tout à coup nos malheurs, portés au comble sous le règne de Louis XV, donnèrent à ces possessions une importance imprévue. Indiquons ici les efforts qu’on a faits, et les causes caractéristiques d’une époque et d’un gouvernement qui les ont rendus infructueux.
- La France avait eu quatre-vingts ans pour oublier, à force d’incurie, l’administration savante, patriotique et féconde qui seule avait rendu possibles les succès immenses du grand siècle et du grand roi. Au dernier degré de l’abaissement, on regardait comme une espèce de renaissance qu’on eût enfin remplacé Colbert et Seignelay par le duc de Choiseul pour la direction supérieure et par le duc de Choiseul-Praslin pour le ministère de notre marine et de nos colonies. La funeste année iy63 commençait; on n’avait pas encore accepté la paix qui nous faisait perdre la plus admirable de nos possessions exté-
- i
- p.908 - vue 533/0
-
-
-
- DES NATIONS. 009
- rieures, la Nouvelle-France, constituée par Richelieu, fécondée par Colbert. Mais cette perte, on était prêt à la signer; on s’y résignait d’avance. Pour se consoler, on acceptait de confiance, avec une légèreté qu’eût enviée Maurepas même, un projet qui, prétend ait-on, devait changer la face de la Guyane française et nous consoler de n’avoir plus le Canada.
- Au milieu du grand pays équatorial dont nous venons de rappeler la nature inépuisable, on créait un feude immense, avec tous les droits renouvelés du moyen âge, en faveur du premier ministre Choiseul et de son frère Praslin, le ministre des colonies. La concession s’étendait >d toutes les terres comprises depuis la mer jusqu’aux montagnes extrêmes, entre les deux rivières du Kourou et du Maroni; ces terres étaient dévolues à la puissante famille, en propriété perpétuelle, avec seigneurie, justice et droits régaliens. On prétendait ériger aux frontières de ta Guyane hollandaise une barrière militaire, comparable à ces Marches de l’Europe à moitié barbare qui constipèrent les marquisats primitifs; à raison de quoi les deux ducs apanagés assumeraient la défense du pays.
- On ne devait défricher et cultiver qu’avec des Européens. On allait transporter une peuplade de Français qui grandirait, qui bientôt serait capable de prendre les armes
- de secourir, à tout instant de besoin, nos colonies des Antilles. On ne voulait que douze mille immigrants pour former un premier noyau. Le trésor, dont on disposait, Serait chargé des sacrifices ; la marine militaire opérerait tas transports et fournirait les approvisionnements pour ta colonie des ministres. Rien ne semblait devoir mander, en combinant un intérêt si personnel à l’autorité 1» *“ cl une monarchie absolue.
- Pour gouverneur général, on choisit un frère de fil-
- p.909 - vue 534/0
-
-
-
- 010 FORCE PRODUCTIVE
- lustre Turgot, mais qui n’avait ni les talents, ni le cœur ardent, ni l’infatigable activité de cet homme d’État. Ce personnage, afio de mieux diriger la Guyane, prend siège à Paris, comme pour y trôner en paix. Bien différent des monarques d’une époque postérieure, peu jaloux d’administrer, il se contente de régner; il nomme aux emplois qu’il imagine, reçoit les solliciteurs, voit quelquefois les ministres et se repose avec quiétude dans le sentiment de sa future grandeur. Un intendant, M. de Chanvallon, est choisi, par hasard, actif et capable; il cherchera pour son chef à triompher sur les lieux des difficultés, mais sans avoir la puissance et le titre nécessaires au succès. Pour commandant militaire, on désigne un petit lieutenant réformé d’une compagnie d’infanterie de la marine, à la fois roide et borné comme son grade antérieur; il va susciter contre lui dans les ports de France, ainsi qu’à Cayenne, les susceptibilités, l’envie et le.ridicule, excités par sa fortune imméritée. Entravé par les lenteurs de l’autorité centrale, ce commandant, M. de la Fontaine, est retardé par les lenteurs du ministère et par les mauvais vouloir dus aux bureaux de Rochefort. Il est contraint de partir trois mois trop tard pour arriver au seul moment qui permettrait d’accomplir les travaux de premier établissement, avant la saison des pluies diluviennes. En abordant à Cayenne, il excite contre lui les susceptibilités du gouverneur de la partie déjà colonisée et qui restait étranger à la concession nouvelle. Les autorités de cette partie deviennent autant d’obstacles. Le peu de colons installés déjà sur la rive gauche du Kourou sont assez aveugles pour refuser leur concours à la colonisation c[ul doit verser for autour d’eux, et par qonséquent sur eux. On trouve seulement une Mission religieuse qui possédait 80 noirs, et qui les prête pour commencer les travaux
- p.910 - vue 535/0
-
-
-
- DES NATIONS. . 911
- dun premier campement; mais le père supérieur se lasse S1 vite, qu’il retire ses travailleurs avant qu’ils aient accompli ce premier labeur.
- Telles étaient, dès le début, les difficultés croissantes. Le personnel des nouveaux colons en présentait de bien plus graves. Pour avoir des laboureurs que les chaleurs h’opicales éprouvassent moins, on demanda des cultivateurs nés à Malte, qui sont presque des Africains; le grand-maître, gouverneur de l’île, refusa de les accorder. Pour avoir des gens, du Nord il est vrai, mais patients et laborieux, on avait cherché des Alsaciens : on en trouva peu des meilleurs.
- On vient de voir que le commandant militaire était parti trois mois trop tard pour faire utilement les préparatifs indispensables à toute arrivée de colons. L’administrateur en chef, encore plus contrarié, perd cinq autres Uiois en France. Enfin, le 14 novembre 1 y63, il part avec Ulî convoi qui complète les 2,000 premiers immigrants. Llu jette l’ancre à Cayenne. Ce port avait reçu l’ordre de Preparer des allèges qui pourraient franchir la barre à eutree du Kourou, et remonter avec les approvisionnements, les outils et les colons. L’intendance envieuse de aycnne avait dédaigné cet ordre. Elle avait reçu, toutes PreParées, les pièces nécessaires pour construire prompte-rnent les remorqueurs; on les demande, on les cherche : elles ont disparu.
- Au milieu de ces mécomptes, l’intendant de la colonie Nouvelle, M. de Chanvallon , se multiplie avec une energie infatigable. Il supplée courageusement aux allèges Par de frôles canots. Il débarque; il agrandit le campe-^ent, et fait ériger suivant un ordre régulier des cases pour les colons autour de l’humble église que possédait Mission ; il érige, quoique avec peine, quelques magasins
- p.911 - vue 536/0
-
-
-
- 912
- FORCE PRODUCTIVE
- indispensables. Ges immigrants européens, sur qui l’on fondait tant d’espérances, ne veulent pas même travailler à l’établissement qui les doit mettre à Tabri, sans être payés avec les deniers du roi, eux! qui recevaient gratis le passage, les vivres, le couvert, les outils et bientôt la terre.
- Un nouveau renfort de colons survient, avant qu’aucun préparatif ait été fait pour les recevoir. On les dépose à l’embouchure du Kourou, sur trois îlots inhabités qui deviendront des ossuaires, et qu’on ose appeler les îles du Saint. En même temps, on apprend l’arrivage imminent de 2,000 nouveaux colons.
- Au lieu d’avoir choisi dans l’est de la France l’élite des travailleurs, on en avait ramassé la lie; des gens sans amour du travail, sans énergie, et de santés délabrées par l’intempérance et la débauche. La contagion les avait frappés dès la traversée; elle sévissait au débarquement, que les marins précipitaient pour débarquer aussi la contagion. Tels étaient les moribonds dont on encombrait les îles du Salut. Elles pouvaient admettre à l’aise les 3oo premiers débarqués; on les entasse au nombre de 2,3oo. La mort, par degrés, procurera plus d’espace.
- En remontant le Kourou, l’intendant cherche à multiplier des cases qui puissent abriter d’autres arrivants. Quatre pieux fichés en terre et rattachés par des branchages, avec un toit en feuilles de palmier, voilà l’asile. Les grands bois à défricher, les marais à dessécher et le désert en perspective : tel est le programme des concessions accordées.
- Ces informes préparatifs à peine achevés et les lieux indiqués, on y jetait les colons munis de quelques outils; puis l’abandon commençait. Les concessions remontaient sur les deux rives du Kourou à partir de la 6e lieue, point
- p.912 - vue 537/0
-
-
-
- DES NATIONS. 913
- °u les palétuviers cessaient de surgir aux abords de la rivière.
- Le service naval était si mal fait, que le ministre des colonies avait ignoré l’urgence de suspendre les départs. Lindigne intendant de Cayenne, par jalousie contre l’intendant Chanvallon, n’avait pas permis qu’un paquebot unique attendît un seul jour, afin de porter la prière instante de celui-ci pour qu’on ralentît les envois : tant était enracinée la perversité jalouse qui comptait pour rien la Vle des infortunés colons.
- C’est ainsi qu’avant la fin de 1 y 64 près de 9,000 immigrants étaient arrivés, un grand nombre malades avant Savoir quitté le bord, et débarqués sans matériel néces-saire. Le camp ne suffisait pas pour en recevoir i,5oo, et les envois n’avaient pas cessé.
- La confusion arrive au comble. Tout manque à la fois : 1 °rdre et la surveillance, les registres et les revues, l’ar-gent et presque la subsistance ; l’épidémie seule fonctionne avee sa régularité funeste.
- La contagion avait atteint jusqu’à l’intendant, plus îrifortuné que coupable, léger quelquefois au milieu de activité, mais à qui il n’était pas donné de vaincre es difficultés surhumaines.
- Enfin, après dix-huit mois de retards, le soi-disant gou-Verneur, le chevalier, disons plutôt le sieur Turgot, arrive, pressé par les ordres des ministres, qui finissent par être joformés de quelque chose! Au lieu d’apporter secours à ^tendant, qu’à son tour lui-même jalouse, il apporte la aille et débute par la discorde. Il jette en prison cet a(Lninistrateur, dont il aurait dû, quinze mois plus tôt, Potager la fatigue et la responsabilité. Pour achever ^Uvre de haine, il donne les fonctions de celui qu’il disgracie à l’intendant envieux qui, de Cayenne, avait tout introduction. 53
- p.913 - vue 538/0
-
-
-
- 914 FORCE PRODUCTIVE
- mis en œuvre pour faire avorter l’entreprise et déshonorer
- le collègue auquel il aurait dû prêter assistance.
- Le gouverneur, resté maître absolu, fait ce qu’on devait attendre de sa médiocrité; il échoue sans rien tenter pour réussir, et fait repasser en France tous les survivants qui veulent fuir le tombeau commun. Il juge son œuvre accomplie, et, trente jours après son arrivée, il s’apprête au retour. Ces trente jours d’un service négatif revenaient au ministère, en appointements, en suppléments, en gratifications, depuis l’origine, à 225,000 francs : presque le quart d’un million.
- A son retour, une commission d’enquête a déclaré qu’il pouvait être regardé comme un criminel d’Etat; et déjà le malheureux Chanvallon languissait dans les cachots du Mont-Saint-Michel. Des procès eussent trouvé trop de coupables; ils eussent fait remonter trop haut la première et vraie responsabilité. Le chevalier Turgot est resté sans châtiment, et l’on n’a plus parlé de l’intendant.
- Au milieu de ce grand nombre de fonctionnaires, d’ordre militaire et civil, qui viennent de passer sous nos yeux, à Versailles, à Paris, dans les ports, en mer, à Cayenne, nous n’en trouvons pas un qui mette avant sa personne mesquine l’amour de l’humanité, l’intérêt général et l’honneur de la patrie. On dirait d’un peuple gangrené jusqu’au dernier. C’est à qui fera le mal, les uns par ineptie, les autres par envie. Aucune médiocrité qui sache se rendre justice, et nul souci, chez la plus haute autorité, de chercher le vrai mérite ni de lui donner les moyens d’agir-Un ensemble de dépenses qu’on finira par évaluer à près de trente millions; des milliers de Français morts de faim, d’épidémie ou de misère, et qui n’émeuvent personne, des bureaux où Méphistophélès semble tenir son poison d’une main, sa plume de l’autre, et rire des maux qufi
- p.914 - vue 539/0
-
-
-
- DES NATIONS. 915
- administre : voilà le spectacle infâme qui vient de s’offrir à nos yeux.
- L’auteur si brillant du Siècle de Louis XIV s’abaisse à rédiger ce qu’il ose appeler le siècle de Louis XV; il concentre tous les éloges sur les actes de Choiseul, et garde le silence sur le tableau que je viens de retracer d’après un récit authentique; récit rédigé, publié par ordre du ministre de la marine, en i85i. Il aurait fallu pour un tel récit le burin de Tacite ou le fer chaud de Juvénal.
- A la vue d’un immense insuccès, qu’on ne nous dise point, «les Français ne savent pas coloniser;» disons plutôt qu’en faisant tout déchoir on peut faire oublier aux Français le grand art de coloniser. Reconnaissons simplement la hideuse abjection où finissent par tomber les organes d’un peuple, après cinquante ans d’une cor-ruption descendue du trône aux sujets, sous toutes les lormes du vice égoïste, et la patrie comptée pour rien.
- Si la France avait vécu sous un gouvernement justi-cier, inexorable par humanité même, les auteurs des plus effroyables désastres auraient subi des châtiments dont Jamais malfaiteur officiel n’aurait perdu la mémoire. Cha-eun trouva l’impunité dans le mystère de ses o'pérations; les dilapidations, les délits, se cachèrent à qui mieux ^ieux dans le dédale des ports et dans l’ombre des ministères. Quand tous ont mal fait, nul nest plus malfaiteur. Pour en finir, même avec le soupçon, il ne resta plus qu’un seul coupable chargé de tous les malheurs et fle malédictions : ce fut le climat de la Guyane.
- La renommée pestilentielle des rivages de ce pays, accréditée dans la métropole, les a peut-être fait préférer, en l’an vi, par les proscripteurs de fructidor. Les exilés, qu’on appelait les fructidorisés, furent relégués non loin <les îles du Salut, aux bords du Sinnamary. Ceux des pros-
- 58.
- p.915 - vue 540/0
-
-
-
- 916
- FORCE PRODUCTIVE
- crits qui s’enfuirent de ce lieu d’exil, dans le désir d’augmenter l’intérêt pour leurs souffrances, prétendirent que ce rivage était inévitablement mortel; et l’intérêt qu’on portait aux victimes redoubla l’horreur éprouvée contre un territoire que maudissait l’humanité.
- Ne doit-il pas paraître miraculeux qu’en présence de semblables catastrophes et de semblables passions, une colonie plus humble, formée par des tentatives individuelles , avec les efforts combinés des blancs et des nègres, ait pu s’accroître à Cayenne ? Les créoles ont opéré dans un cadre restreint sans doute, mais qui néanmoins s’est agrandi par les bienfaits du travail et du témps. Arrêtons-nous à ce modeste spectacle et demandons-lui la vérité.
- Dans l’ouvrage que M. Necker a publié sur l’administration des finances, on voit qu’en 1780 notre colonie de la Guyane comptait :
- Blancs, 1,358; nègres, 10,33g : total, 11,697.
- Soixante ans plus tard, en i84o, la même colonie possédait 2 1,156 âmes. Elle avait presque doublé.
- En 1,848 eut lieu l’émancipation définitive des esclaves; cinq ans plus tard, la population ne présentait plus que 1 9,848 habitants.
- Je suis heureux de pouvoir démontrer que la Guyane française, dans sa partie actuellement cultivée, ne peut pas être déclarée plus malsaine que nos colonies estimées, au contraire, pour leur salubrité.
- Le Gouvernement français fait tenir avec soin les états de population de ses colonies. J’ai réuni les résultats, déjà publiés, de quatorze années consécutives qui finissent en 1 853; pour ces quatorze années, j’ai supputé le nombre moyen de la population et des décès. Voici les résultats que j’ai trouvés en comparant la Guyane, où l’on s’imagine
- p.916 - vue 541/0
-
-
-
- DES NATIONS. 917
- ïe règne d’une mortalité effrayante, et file de la Réunion, célébré pour la salubrité de son climat :
- ANNÉE MOYENNE DE l84o À 1853.
- GUYANE FRANÇAISE. ÎLE DE LA RÉUNION.
- Population moyenne... 19,003 103,810 habitants.
- Décès moyens annuels 610 3,303 décès.
- Longueur de la vie estimée d’après le rap-
- port de la population aux décès annuels. 31 ans 2 mois. 31 ans 4 mois.
- Voilà donc jusqu’où s’étend la différence de salubrité entre la Guyane française et file de la Réunion : deux ^ois de moins sur la longueur de toute la vie.
- L’Académie des sciences de Paris a publié, d’après les registres officiels des diverses intendances, le mouvement annuel de la population française dans la période décennale écoulée de 1771 à 1780, époque où la vie était plus longue qu’au xvn® siècle. Si, pour ces dix années, nous divisons le chiffre de la population par le nombre ^es décès, pour comparer le résultat à ceux que nous Venons d’obtenir, nous en concluons le parallèle suivant :
- Longueur comparée de la vie, conclue des mortalités. *
- A la Guyane française. A la Réunion.
- De i84o à i853. De i84o à 1853.
- 3i ans 2 mois. 3i ans 4 mois.
- Certainement, la Guyane française au xixe siècle, où la ^le surpasse d’un an et sept mois celle des Français dans a seconde moitié du xviii® siècle, cette Guyane ne peut
- En France, ùe1771 à 1780. 29 ans 7 mois.
- p.917 - vue 542/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 918
- pas être considérée comme un pays dont le climat mérite d’inspirer un extrême effroi. •
- Nous avons aussi voulu savoir, dans les temps les plus récents dont les résultats nous soient officiellement connus, pour la production la plus importante, celle du sucre, les quantités obtenues par hectare à Cayenne et dans file de la Réunion, dont les cultures ont pris une extension si remarquable.
- COMPARAISON DES PRODUITS EN SUCRE ENTRE LA GUYANE ET LA RÉUNION.
- GUY ANE'FRANÇ AISE. ÎLE DE LA RÉUNION.
- Récolte de sucre (de 1844 à 1848). .... 1,965,493 kil. 27,583,679 kil. /
- Hectares plantés en cannes à sucre 1,318 hect* 23,628 hect.
- Récolte moyenne par hectare planté en cannes • •. 1,491 kil. 1,167 kil.
- Ainsi, dans les cinq années qui finissent celle où l’émancipation peut faire sentir ses effets, les récoltes de la Guyane Remportent de plus d’un quart sur celles de la Réunion. Pour cette époque, à l’égard de la fécondité , rien qui ne soit à l’avantage de la Guyane française.
- Dans les années subséquentes, la Guyane française est abandonnée à sa faiblesse et l’étendue de ses cultures diminue, tandis qu’on essaye de fortifier la Réunion par l’immigration : ce qui fait augmenter l’étendue de ses plantations. Alors la supériorité des récoltes, pour un égal territoire, s’accroît encore en faveur de la Guyane.
- p.918 - vue 543/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 919
- ANNÉE MOYENNE (5 ANS') DE 1849 À l853.
- GUYANE FRANÇAISE. ÎLE DE LA RÉUNfON.
- Récolté de sucre.. 781,517 kil. 30,455,729 kil.
- Hectares plantés en cannes à sucre 402 hect. 26,296 hect.
- Récolté moyenne par hectare planté en cannes pendant les cinq premières années après l’émancipation 1,944 kil. 1,158 kil.
- Pour expliquer cette énorme différence en faveur de ta Guyane dans l’espace de cinq ans, on peut admettre que les colons, qui réduisent leurs plantations des deux tiers et plus, auront conservé les terres les plus éminemment fertiles. Mais il faut chercher ces explications pour Se rendre raison de la supériorité considérable en faveur de la fécondité dans cette colonie.
- En définitive , pour expliquer la déplorable diminution des cultures, ce n’est ni la salubrité du climat ni la fécondée du sol qui font défaut à la Guyane, c’est l’énergie du creole, c’est la puissance des capitaux dans la colonie; Cest aussi la quantité comme la qualité du travail qui diminuent chez le nègre émancipé.
- Au Gouvernement appartient de chercher les moyens d exploiter les richesses naturelles de cette vaste possession , qUi surpasse en étendue quatre fois nos cinq dépar-mments de Normandie, et dont la terre est admirable de
- tacondité.
- Nous voudrions qu’une compagnie puissante se constituât pour tirer parti des richesses végétales de cette §rande possession, non pas avec des Européens, dont la force s’affaiblit sur ces terres basses, humides et d’une Valeur tropicale, mais avec des Africains librement en-
- p.919 - vue 544/0
-
-
-
- 920
- FORCE PRODUCTIVE
- gagés, traités avec humanité, organisés en famille, façonnés à nos mœurs, attirés à notre culte et conduits dans les voies de notre civilisation.
- Exportation des richesses minérales; gisements aurifères.
- Dès à présent, une compagnie s’est organisée pour exploiter les richesses minérales : c’est la compagnie de l’Ap-prouage, constituée par décret du i5 mai 1857 pour exploiter les gisements aurifères de la Guyane française. On l’autorise à choisir 200,000 hectares de terre dans les vallées de l’Arataye et de l’Approuage. Elle devra commencer avec cinq cents travailleurs, soit pour la recherche de l’or, soit pour les travaux agricoles nécessaires à la subsistance des mineurs. Les cinq premières années seront considérées comme un temps de-recherche et d’essais. Ce sera seulement à l’expiration de ce premier terme qu’un nouveau décret rendra la concession définitive.
- Citons une précaution très-honorable et qui, si l’on eût pu la mettre en pratique sous le financier Law, nous aurait épargné bien des ruines, quand l’agiotage exploitait avec tant d’impudence les chimères du Mississipi.
- La compagnie consacrée à la recherche, à l’exploitation de l’or dans la Guyane française, pendant les cinq premières années de son existence et tant quelle n’aura pas la consécration d’un décret définitif, cette compagnie ne pourra faire coter ni négocier ses actions à la Bourse.
- Régime intérieur.
- De 183 3 à 1848, la Guyane a joui d’un gouvernement
- représentatif, ainsi que les autres colonies sucrières. En 1848, ces institutions disparurent de fait devant la révolution qui, par un décret arbitraire, émancipa les noirs.
- p.920 - vue 545/0
-
-
-
- DES NATIONS. 921
- Aujourd’hui, le sénat a dans ses attributions de régler le régime des colonies par voie de Sénatus-consulte. La Guyane française n’a pas reconquis de conseil représentatif: elle est classée parmi les établissements, tels que le Sénégal et Pondichéry, qui sont régis par des décrets.
- « Une disposition qui ne peut qu’affecter péniblement les Français de la Guyane, c’est de perdre ainsi, pour Un temps dont le terme est illimité, le rang qu’ils ont possédé parmi les populations constituées des autres c°îonies et le droit d’avoir un Conseil général, organe do leurs vœux, surveillant de leurs intérêts. La gravité de Cette disposition s’est accrue par sa coïncidence avec l’intyo-duction d’un système pénitentiaire qui réunit sur le territoire, do la Guyane les malfaiteurs les plus pervers et les plus 8rands criminels dont naguère nos bagnes étaient infestés.
- «Lorsqu’on avait, par les lois organiques de i833, P^aoé la Guyane parmi les colonies appelées à jouir du bienfait d’une Constitution, nous concevions l’espoir d’un ^oilleur avenir. Cet avenir, qui semblait probable alors, ne sest pas réalisé. L’étendue des cultures a par degrés diminué; la population et le commerce se sont réduits dans la même proportion.
- «A la Guyane, les groupes de population ne sont pas institués en communes; excepté Cayenne, ce pays n’a pas de conseils municipaux. Il est urgent qu’on s’en occupe. Gacolonie compte quinze paroisses; partout où se trouve l,ne paroisse desservie par un ecclésiastique, c’est un Centre naturel, et son territoire, jusqu’à nouvel ordre, doit composer une commune.
- <( Quand la population noire était possédée par un petit nombre de maîtres, tout grand propriétaire remplissait ^es fonctions de magistrat municipal pour une agglomé-ration dont il était bien plus que le maire.
- p.921 - vue 546/0
-
-
-
- 922
- FORCE PRODUCTIVE
- «Mais aujourd’hui que les noirs sont indépendants et citoyens, si l’on veut qu’ils entrent dans les voies de la civilisation, si l’on veut qu’ils acquièrent les idées d’ordre civil, il faut sans retard leur donner au moins la vie municipale.
- « Nous insistons sur des considérations de cet ordre, afin de signaler au Gouvernement le besoin organique le plus pressant, le plus indispensable, pour une colonie qu’on peut et qu’on doit acheminer vers un sort plus prospère. » (Rapport de la Commission chargée d’examiner le projet de Sénatus-consulte organique du régime des colonies : baron Charles Dupin, rapporteur. )
- Si, comme quelques personnes le voudraient, on retirait. à la Guyane les établissements pénitentiaires, il faudrait lui donner l’organisation que nous ferons connaître en parlant des Antilles françaises.
- GUYANE HOLLANDAISE.
- La Guyane hollandaise est séparée de la Guyane française par la rivière de Maroni et de la Guyane britannique par le Courentyn. Le fleuve le plus important, qui coule du sud au nord, est celui de Surinam; il donne son nom à la colonie et traverse par le milieu le territoire. *
- Territoire et population.
- Superficie........................ i5,3oo,ooo hectares.
- Population............................ 02,523 habitanis.
- Territoire pour mille habitants. . 291,345 hectares.
- La population de la Guyane hollandaise est trois cents fois moins condensée que n’est en Europe la population de la mère patrie.
- p.922 - vue 547/0
-
-
-
- DES NATIONS. 923
- Les Hollandais, fidèles au génie de leur métropole, ont élevé des digues contre la mer et creusé des canaux pour dessécher les terrains bas du littoral et pour réunir d’importants cours d’eau par des navigations artificielles : tel est le canal qui joint les deux fleuves du Surinam et du Sarameca.
- Non loin de l’embouchure du Surinam et sur sa rive gauche, s’élève la capitale, Paramaribo, cité d’environ 20,000 âmes; un grand nombre de navires mouillent dans le fleuve, en face de la ville, qui se fait remarquer par sa propreté, par sa régularité. De l’autre côté du fleuve, en face de Paramaribo, arrêtons nos regards sur ta petite ville de Savana, peuplée par des juifs; ils ne s’adonnent pas seulement au commerce, ils cultivent la terre d’alentour : la tolérance batave a fait leur prospérité.
- La salubrité de Paramaribo s’est considérablement améliorée par le creusement de plusieurs canaux, dont les uns entourent et les autres traversent la ville pour opérer i écoulement des eaux.
- On doit ces travaux à M. Baders, gouverneur de la colonie, ainsi que l’adoption d’un système de canalisation souterraine agricole opérant comme un drainage des terres basses et défendues contre la mer par des digues : il en résultera les plus heureuses conséquences pour la santé Publique, la facilité des cultures et l’accroissement des produits. Rapportons ici la description du procédé.
- La manière dont se pratique la canalisation souterraine est de la plus grande simplicité. Après qu’on a fait un nombre suffisant de saignées parallèles pour l’écoulement des eaux principales, il reste encore à dessécher les terres intermédiaires. On creuse alors de petits canaux à ta profondeur d’un mètre, perpendiculairement aux saignées ou grandes coupures; on pose sur le fond des cy-
- p.923 - vue 548/0
-
-
-
- 924
- FORCE PRODUCTIVE
- îindres,' soit en fonte, soit en grès, percés de trous, ou des tuiles très-convexes reposant sur des ardoises; on les recouvre ensuite de terre, de manière à ce que le sol n’offre plus qu’une surface unie : tel est le moyen qu’on emploie à Démérary. M. le gouverneur de Surinam a conçu l’idée de remplacer avec économie les tuyaux par des bambous. Le succès semble répondre à son attente; les eaux pénètrent par filtration dans les cylindres de métal ou par le creux des bambous et s’écoulent dans les ca-naux principaux. Il en résulte de très-grands avantages: premièrement, de pouvoir travailler la terre avec la charrue et la herse; secondement, de n’avoir plus à redouter les éboulements; troisièmement, de ne plus laisser exposés au contact de l’air une multitude de canaux secondaires, plus ou moins obstrués par des matières végétales et des détritus d’animaux en putréfaction, d’où s’exhalaient des miasmes délétères.
- Productions agricoles.
- Voici, pour les produits tropicaux exportables, quelle est aujourd’hui la valeur moyenne de la production annuelle :
- Sucres.................
- Mélasses...............
- Esprits, rhum et autres.
- Café..................
- Cacao..................
- Coton.................
- 12,706,000 kilogr. 5,499,700 litres. (
- 646.800 613,370 kilogr.
- 68,610
- 646.800
- Le commerce de la Guyane hollandaise a cela de remarquable que la majeure partie est faite par la métropole ; c’est ce qu’on devait attendre d’un peuple très-navi-
- p.924 - vue 549/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 925
- gateur, laborieux, actif, et 11e permettant pas que l’étranger profite plus que lui de ses propres établissements.
- COMMERCE DU ROYAUME DES PAYS-BAS ET DES TROIS PRINCIPALES PUISSANCES AVEC LA GUYANE HOLLANDAISE.
- PRODUITS ENVOYÉS
- PAYS. T—
- À SURINAM. DE SURINAM. [
- Pays-Bas 2,767,715 9,048,233
- France 32,188 * 264,144
- 269,450 1,434,425 I
- 1,101,820 1,327,586 |
- Totaux 4,171,173 12,074,388 J
- PETITES ÎLES POSSEDEES PAR LES HOLLANDAIS.
- Nous ne ferons pas, en parlant des Antilles, un chapitre à part des colonies bien peu considérables que les hollandais y possèdent. La seule île de Curaçao, d’une ^tendue médiocre et peuplée comme une de nos justices paix, pourrait mériter une mention spéciale.
- ÎLES HOLLANDAISES. POPULATION.
- 1,852
- 1,677
- 2,752
- 16,692
- 3,201
- Bon-Air.. , , T 2,223
- 28,397
- p.925 - vue 550/0
-
-
-
- 926 FORCE PRODUCTIVE
- De colonies aussi faiblement peuplées, on ne peut attendre que les productions les plus limitées, malgré l’activité patiente et l’intelligence des enfants de la Hollande.
- GUYANE BRITANNIQUE.
- Les Anglais avaient mis à profit les premières guerres de la révolution française pour s’emparer de toute la Guyane hollandaise; ils la rendirent en 1802, lors de la paix d’Amiens. En 1808, ils l’envahirent encore, et ils ne restituèrent par les traités de 1814 que la partie de Surinam.
- La Guyane britannique se divise en trois districts, dont les noms, empruntés à trois fleuves, sont rangés dans l’ordre qui suit, de l’orient à l’occident : Berbice, Dénié-mary, Esséquibo. Ces trois fleuves coulent du sud au nord.
- Gelui de Berbice prend sa source aux limites mêmes de la colonie, du côté du Brésil. A l’embouchure et sur la rive droite, les Hollandais avaient érigé la Nouvelle-Amsterdam. Agrandie par les Anglais depuis un demi-siècle, la cité qui porte un' si beau nom ne comptait pourtant que 4,633 habitants en 1851. Lorsqu’on visite cette ville, à la différence près de la chaleur et de la lumière, on se croit transporté dans un faubourg maritime de la grande capitale hollandaise : chaque maison est entourée de son jardin et d’un fossé, que le flux emplit d’eau et que le reflux nettoie de toutes les immondices.
- Un établissement plus beau, plus peuplé que Berbice, est le district qui se déploie sur les deux rives du Dénié-rary. Sa capitale, que les Hollandais avaient appelée Sta-brook, fut nommée Georgetown: c’était en l’honnçur de Georges III, sous qui s’opérait la spoliation des pauvres
- p.926 - vue 551/0
-
-
-
- DES NATIONS. 927
- Hollandais, qui jamais n’avaient cessé de vouloir commercer avec leurs amis les Anglais, même en bravant la toute-puissance de Napoléon. Stabrook ou Georgetown comptait environ 10,000 âmes lors de l’envahissement; die en compte aujourd’hui plus de 2 5,ooo.
- Le troisième district, celui d’Esséquibo, le moins peuplé des trois, n’a pour chef-lieu qu’un village. Les colons sont disséminés sur les bords du fleuve de ce nom; leurs cultures ne sont pas moins soignées qu’au voisinage des autres fleuves.
- Les Anglais n’ont eu qu’à suivre les intelligentes et belles traditions laissées par les Hollandais pour maîtriser les eaux et pour cultiver la terre dans les terrains qui bordent la mer et dont ils sont défendus par des digues vraiment bataves. Ils n’ont eu qu’à joindre leur activité puisante à la méthode froide, laborieuse et toujours calculée des Hollandais. C’est à leurs devanciers, qui sont restés leurs collaborateurs, qu’il faut attribuer une grande et juste part des riches résultats auxquels est parvenue la Huyane aujourd’hui britannique.
- RECENSEMENTS COMPARES.
- — 1817. 1851.
- I Population Manche 4,700 11,558
- IV' ^egres, esclaves en 1817 96,300 91,710 Libres.
- 15,000 16,754 Indiens, t
- Asiatiques « 7,760
- 1 Totaux 116,000 127,782
- Le fait capital qui frappe dans ce parallèle est la diminution de la race noire. Celle-ci devrait, au contraire,
- p.927 - vue 552/0
-
-
-
- 928
- FORCE PRODUCTIVE
- présenter un accroissement, vu l’importation des libérés africains. Depuis l’émancipation, cette diminution du nombre des noirs a marché de pair avec leur aversion pour le travail et l’irrégularité de leur vie.
- Voici ce qu’on lit dans les lettres publiées par le comte Grey pour faire l’apologie de la politique coloniale qu’il a fait prévaloir sous l’administration de lord John Russell; lettre du 13 juillet i852 :
- «En i846, les gages des nègres à la Guyane étaient de 2 sh. 1/2, c’est-à-dire 3 fr. 12 cent. 1/2, pour six heures de travail. Rarement les nègres daignaient travailler plus de quatre jours par semaine, et souvent pas plus de deux ou trois jours sur sept!... Dans cette colonie infortunée les affranchis perdaient leur temps à la chasse, à la pêche, à la maraude; l’ignorance et la superstition continuaient à prédominer. La génération nouvelle est devenue moins docile et plus inclinée au mal, à la paresse, au désordre, que celle qui la précédait. » Voilà ce qu’on observait après l’acte primitif d’émancipation et dix ans après l’affranchissement absolu.
- Lord Grey regarde comme un remède à ces maux la suppression des droits protecteurs sur le sucre, laquelle, assure-t-il, a fait cesser les prix extravagants payés aux noirs. Cependant voici ce que je trouve dans les tables officielles publiées en 1856, part. I, p. 287 : pour l’année 1 853, le prix de la main-d’œuvre, sur les plantations, est précisément de 2 sh. 1/2, comme en 1846.
- Le remède invoqué par lord Grey n’a donc pas produit un effet durable sur la réduction du salaire à des termes plus raisonnables; il en est de même des mesures, d’ailleurs excellentes, adoptées pour favoriser l’introduction des nouveaux travailleurs libres.
- Depuis 1851, la colonie a compris dans ses dépenses
- p.928 - vue 553/0
-
-
-
- DES NATIONS. 929
- publiques, pour être employées par les commissaires de l’immigration, les sommes qui suivent:
- Années. . i85i 1852
- Francs.. 756,921 1,137,875
- i853
- i,5o3,875
- 1854
- 1,652,875
- Cette dotation toujours croissante a dû beaucoup augmenter le nombre des travailleurs asiatiques, soit coulies de l’Inde, soit Chinois. Je ne possède pas le résultat des encouragements ainsi donnés à l’immigration depuis *851 ; mais nous pouvons en juger par l’accroissement des produits de la colonie et de son commerce.
- Le Ministère du commerce britannique (Board of trade ) a publié pour cinq années, 1851 à 1854, les résultats du commerce extérieur de la Guyane.
- Il se contente de mettre en regard la première et la dernière année, qui présentent de très-grandes différences ^Uant aux exportations. Cela tient en partie à l’inégalité des récoltes, en partie aux prix plus élevés de 1854.
- COMMERCE DE LA GUYANE BRITANNIQUE EN 1851 ET EN 1854.
- COMMERCE 1851. 1854.
- avec
- IMPORTATIONS. EXPORTATIONS. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- francs. francs. francs. francs.
- te Royaume-Uni.. 12,149,575 20,357,200 12,772,750 32,551,725
- Les Antilles britan-
- nscTues... . 3,337,575 530,350 973,975 1,368,375
- autres colonies
- ^itannicfueg ... 1,468,175 152,825 2,825,960 296,925
- Le» États-Uni 3,623,375 45,550 5,349,075 193,100
- tes autres nations. 806,775 539,950 993,700 723,175
- Totaux 21,385,475 21,625,875 22,915,460 35,133,300
- INTRODUCTION. 59
- p.929 - vue 554/0
-
-
-
- t>30 FORCE PRODUCTIVE
- A l’exception des États-Unis, le commerce de la Guyane britannique avec les nations étrangères mérite à peine d’être mentionné. Les belles espérances de lord Grey du côté de ce commerce, en abolissant toute inégalité dans les droits d’entrée, n’ont pas été réalisées. La Guyane britannique compose encore près de la moitié de ses revenus avec les taxes qui frappent la navigation et les produits étrangers.
- Droits perçus en i854... 2,434,325f ) Rapport,
- Importations.............. 22,912,450 ) 10-^p. 100.
- En i854, l’ensemble de ces droits est presque de 11 p. 0/0 des importations. En i85i, l’ensemble des mêmes droits n’était pas tout à fait de 12 p. 0/0. Ce n’est pas d’aussi légères différences qui peuvent exercer la moindre influence sur le bien-être des travailleurs de la Guyane et sur leur ardeur au travail.
- Sans s’arrêter à d’aussi pauvres explications, en définitive, il faut considérer la Guyane britannique comme un établissement colonial qui présente aujourd’hui d’heureux symptômes de prospérité. Nous formons des vœux pour qu’ils soient durables.
- Exploitation des matières textiles.
- Dans les colonies anglaises, on doit surtout se préoccuper des produits végétaux qui peuvent fournir aux manufactures de la métropole des matières premières : tels sont au premier rang les filaments textiles.
- Depuis douze années les colons de la Guyane britannique, comme ceux de la Jamaïque, exploitent le bananier pour en extraire et diviser les fibres; ils cherchent le
- p.930 - vue 555/0
-
-
-
- DES NATIONS. ' 931
- mécanisme le plus propice à cette opération, dont les conséquences peuvent être fort importantes.
- D’autres végétaux donnent des produits dont l’industrie européenne doit ajuste titre se préoccuper, pour les filasses, les étoupes et les fils qu’on en retire. Tel est le sïlk-grass, herbe-soie, dont les fils servent à faire les cordes d’arc et les filets des aborigènes; tel est le duvet doux et soyeux du comara (bombax Ceila), les Anglais l’appellent silk-cotton, coton-soie; telle est aussi l'asclepias carassavica, qui présente autour de ses graines un duvet, comme le coton autour des siennes : on l’appelle cotton-down, duvet, édredon de coton.
- L’industrie française ne doit négliger aucune de ces matières empruntées au règne végétal ; il faut les étudier Pareillement dans la Guyane française.
- En i85i, la Guyane britannique avait exposé dans le Palais de cristal àà échantillons dont les espèces étaient dénommées et classées scientifiquement; en 1855, une collection pareille s’élevait à 2 1 o échantillons. C’est qu’en ^et, sous l’habile direction de M. Woodhouse, gouver-neur de la Guyane britannique, une collection magnifique des produits végétaux de cette colonie fut envoyée en Europe avec une explication remarquable pour les sentiments qu’elle exprimait. «Nous attendons, disait-elle, de grands avantages d’une exposition parisienne : d’abord parce que les produits de notre colonie, étant à peu près ^entiques avec ceux de sa sœur la colonie française de Mayenne, devront d’autant plus fixer l’attention ; ensuite, a raison du haut degré de perfectionnement où sont partîmes en France les écoles scientifiques et industrielles : là, îes diverses productions de notre colonie trouveront les meilleurs débouchés, lorsqu’un examen dirigé par les Maîtres de l’art et de la science aura constaté leur mérite et démontré leur valeur acceptable dans le commerce. »
- 59.
- p.931 - vue 556/0
-
-
-
- 932
- FORCE PRODUCTIVE
- Mus par le même sentiment, nous signalerons quinze espèces des bois plus particulièrement dignes de fixer l’attention; on peut les exploiter presque toutes dans les forêts de la Guyane française. Ce sont :
- Le bois d’araaranthe, Banya, dont le cœur seul est employé : propre à la décoration, à l’ébénisterie;
- Le caraburi, grand arbre propre aux mâtures : il est durable et ne se fend pas ;
- Le cèdre rouge (icica altissima), qui s’élève à plus de 3o mètres, ne se fend pas, est d’un facile travail et préféré des Indiens pour leurs canots : son odeur aromatique le défend contre les insectes;
- Le bois crabe, crab-wood (xylocarpus carapa), bois léger, qui sert pour la mâture, les vergues, etc. : l’écorce a l’action du tannin; l’huile tirée de ses fruits est recherchée pour la parfumerie et l’éclairage;
- Le cucurrit palme (maximiliana regia), dont la graine fournit une huile limpide et fort estimée;
- Le dali (virola sebifera), Y arbre à cire, très-grand, propre aux travaux hydrauliques et pour la charpente des maisons;
- Le dacabaly, bel acajou de la Guyane;
- Le ducali, bois d’où l’on fait découler le caoutchouc;
- L’ifa palmier (mauritia flexuosa), qui parvient jusqu’à 3o mètres de hauteur et donne des fibres.textiles : de son fruit les indigènes tirent la liqueur enivrante nommée belterie;
- Le kuraki, l’un des plus grands arbres et des plus abondants ; d’un bois odoriférant, précieux pour les bordages de navires et de canots : il est exempt de la pourriture sèche (dry rot);
- Le laurier à huile (oleodaphne opifera) : cette huile est le meilleur dissolvant pour le rouge indien;
- L’arbre marmelade (lucuma mummosa), dont le bois, très-dur. sert à faire des pilons et dont le fruit a la saveur d’une excellente confiture;
- Le souari (caryocar tomentosum), bois dur et très-fort pour la marine;
- Le surubadani, bois couleur de pourpre foncé, très-dur, et que l’on recherche pour la plus belle ébénisterie ;
- Le waranana (oranger sauvage), grand arbre propre à la charpente.
- p.932 - vue 557/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 933
- ARCHIPEL COLOMBIEN.
- Ce grand archipel Colombien, plus considérable qu’aucun de ceux de l’ancien monde, s’étend des côtes de la Floride aux bouches de l’Orénoque. La zone insulaire qui l’entoure forme l’enceinte extérieure du golfe Mexicain et de la mer des Antilles, deux vastes bassins dont la superficie couvrirait dix fois celle de la France.
- Des quatre cents îles dont l’archipel se compose, une seule, Haïti, est indépendante; les autres appartiennent à l’Angleterre, au Danemark, à l’Espagne, à la France, a la Suède.
- Toutes ces îles font partie de notre hémisphère; elles s’étendent depuis le 10e degré de latitude jusqu’au 27e. A très-peu d’exceptions près, on doit les considérer comme aPpartenant à la zone torride. Pendant longtemps leurs produits, sous le nom de produits coloniaux, ont représenté pour l’Europe colonisatrice les richesses végétales propres à cette zone ; ils sonf devenus pour les Européens un besoin impérieux. Ce besoin, dans la grande guerre de 1 Empire français contre l’Angleterre, a figuré parmi les Causes principales de popularité ou d’impopularité pour les puissances qui les procuraient ou qui les interdisaient aux nations de l’Occident.
- Depuis la fin du xvme siècle, les îles de l’archipel Colombien, généralement appelées les Antilles, ont été le théâtre de révolutions singulièrement diverses, les unes Procès et sanguinaires, d’autres avant tout économiques et financières. Ces révolutions, rarement heureuses, mais infortunées à des degrés fort inégaux, sont fécondes en graves leçons pour les gouvernements et pour les peuples. C est au point de vue de la puissance productive qu’il nous
- p.933 - vue 558/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 934
- appartient de les considérer, mais sans négliger pourtant le point de vue supérieur de l'humanité et de la justice.
- ANTILLES BRITANNIQUES.
- Voici déjà le troisième siècle que l’Angleterre, avec une infatigable constance, poursuit la conquête des îles que comprend l’archipel Colombien.
- Dans cette mer, elle est aujourd’hui la puissance prépondérante, et par le nombre et par la position de ses colonies; elle domine les passes essentielles pour communiquer entre le golfe du Mexique, la mer de£ Antilles et l'Océan Atlantique. Sa marine imposante lui permet de posséder en pleine sécurité une multitude d’îles peu con-' sidérables et sans défenses militaires; elle réserve ses fortifications et ses garnisons pour un petit nombre de points centraux que nous aurons soin d’indiquer.
- Dès le commencement du xvme siècle, en iyo5, les Anglais formaient à la Barbade leur premier établissement colonial dans l’archipel Colombien. C’est, de toutes les Antilles, la plus avancée vers l’orient, la plus au vent de toutes les îles du Vent, la plus peuplée de toutes les îles anglaises, après la Jamaïque, et le siège du Gouvernement général des petites Antilles britanniques.
- Quatre ans plus tard, et sur la route de l’Angleterre aux Antilles, cette puissance prenait possession des Bermudes. Ces rochers, presque de nulle valeur au point de vue de leur territoire exigu, sont d’une importance capitale pour le beau port quelles présentent et qui se trouve aujourd’hui dans l’état de défense , le plus respectable : il sert de relâche sur les routes du "Royaume-Uni et de la Nouvelle-Bretagne à l’archipel Colombien.
- L’Angleterre occupe ensuite, au milieu des petites
- p.934 - vue 559/0
-
-
-
- DES NATIONS. 935
- Antilles, un groupe d’îles peu considérables, Saint-Christophe en 1623, Nevis en 1628, Antigua et Montserrat en i632.
- En 1629, elle prend possession d’un autre groupe, pauvre sous le point de vue du territoire, mais d’une importance capitale au point de vue militaire et commercial : c’est le groupe des îles Bahamas. Parmi les 300 et quelques îlots dont il se compose, un grand nombre ne présentent que de stériles rochers. Mais il commande : à l’occident, le détroit de la Floride, qui mène au golfe du Mexique; à l’orient, la passe du Vent, entre Haïti et la Havane, passe qui conduit par la mer des Antilles à l’isthme de Panama.
- Aux îles Bahamas, comme à la Barbade, les Anglais possèdent un établissement pour leur marine militaire, puissamment fortifié; ce qui les rend ainsi redoutables pour l’attaque et pour la défense.
- Une conquête plus riche et plus brillante est faite sous le règne formidable de Cromwell : en 1655, il prend aux Espagnols la Jamaïque, une des grandes Antilles; elle est au midi de la passe du Vent, passe dont nous venons de signaler l’importance. Le port de Kingston, à la* Jamaïque, est le centre de la station navale qui surveille les deux mers intérieures, le golfe du Mexique et la mer des Antilles.
- Les petits établissements d’Anguilla et de Tortola, commencés en 1666, complètent les accroissements de la puissance britannique obtenus au xvne siècle dans l’archipel Colombien.
- Au milieu du xvm0 siècle, la guerre, infortunée pour nous, que termine le traité de 1763, transfère aux Anglais nos îles de la Dominique, de Saint-Vincent et delà Grenade. Par là se trouve brisée la chaîne continue des colonies françaises dans la mer des Antilles.
- p.935 - vue 560/0
-
-
-
- 036
- FORCE PRODUCTIVE
- La révolte des treize colonies de l’Amérique du Nord, cette révolte qui fit perdre à l’Angleterre une si grande partie de ses possessions continentales, ne lui fit perdre aucune de ses îles; elles étaient protégées par la supériorité de ses forces navales.
- La paix de 1783 ne rétablit pas le commerce actif et naturel que faisaient avec les Antilles britanniques les treize colonies à jamais émancipées. Trop de passions ardentes animaient la mère patrie, blessée dans ses intérêts et surtout dans sa fierté. 11 faut arriver au ministère de l’illustre Huskisson pour voir rétablir des relations non moins avantageuses aux îles qu’aux Etats-Unis.
- Au xixe siècle, la guerre contre la France et ses alliés procure à l’Angleterre : i° Sainte-Lucie, petite île quelle nous enlève; 2° la Trinité, vaste et fertile colonie quelle prend aux Espagnols; 3° la plus belle partie de la Guyane, quelle ravit à la Hollande. Ces deux dernières acquisitions étaient les plus importantes qu’eût faites la Grande-Bretagne depuis la conquête de la Jamaïque.
- Le tableau suivant fera connaître la population des Antilles britanniques telle que la constatent les dénombrements les plus récents que nous ayons pu nous procurer. On y verra l’extrême inégalité des habitants pour un même territoire : on y remarquera surtout les îles Bahamas, qui n’ont qu’un habitant pour 4i hectares; la Trinité, qu’un pour 9; la Jamaïque, un pour 4; et la Barbade, où sont condensés plus de trois habitants par hectare. Nous trouverons peu d’exemples comparables à celte dernière accumulation d’individus sur un étroit territoire.
- p.936 - vue 561/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 937
- TABLEAU DES ANTILLES BRITANNIQUES.
- ÎLES. POPCLATIOM. SUPERFICIE. HECTARES pour 1,000 habitants.
- Bermudes {i85i) 11,092 5,652h 510
- Bahamas (i854) 27,619 1,137,060 41,169
- Jamaïque (i855) 381,423 1,653,770 4,336
- Tortola, îles Vierges (i84i) 6,689 5,377 797
- Saint-CliristoDhe ti8541 20,741 17,733 854
- 00 9,571 5,168 539
- Antigua (i85i) 37,136 27,874 751
- Montserrat (i85i) 7,053 12,154 1,723
- Dominique (i854) 29,220 71,056 2,432
- Sainte-Lucie (i854) 24,123 14,979 621
- Saint-Vincent (185x) 30,128 33,580 1,115
- Barhade (x85i) 135,939 38,738 285
- Grenade (i85i> t 35,632 32,263 . 905
- Tabago (x853) 14,353 48,285 3,364
- Trinité (i85i).. 68,600 647,680 9,441
- Totaux 839,319 3,751,369 68,842
- Révolution progressive des Antilles britanniques, au xixe siècle.
- Au commencement du xve siècle, tous les travaux agri-c°les des Antilles britanniques étaient accomplis par des üoirs d’origine africaine.
- La traite, l’achat des nègres en Afrique et leur revente er^ Amérique étaient pour toutes les puissances euro-Peennes un commerce légal. Les Anglais l’emportaient alors sur les autres peuples par le plus grand nombre de noirs qu’ils transportaient, et dont ils trafiquaient dans *°us les lieux où les Européens possédaient des esclaves.
- p.937 - vue 562/0
-
-
-
- 938
- FORCE PRODUCTIVE
- Abolition, de la traite des noirs.
- Les grandes cités commerçantes et maritimes, surtout Bristol et Liverpool, trouvaient admirable un tel commerce , parce qu’il était très-lucratif et concourait à leur prospérité.
- Mais dans l’intérieur de la Grande-Bretagne les esprits moraux et religieux, ennemis d’un pareil trafic, eux qui s’effrayaient peu de rendre de moins en moins profitables les cultures tropicales, eux qui n’admettaient pas que des hommes pussent être vendus par d’autres hommes comme un misérable bétail, ceux-là déclaraient anathème à la traite des noirs; ils l’attaquaient par d’éloquents mandataires, en plein Parlement. Pour donner plus de puissance à leurs principes, ils s’adressaient au cœur humain: ils frappaient les imaginations par le tableau des atrocités commises dans le transport des nègres, entassés sur des navires insuffisants à tous égards, n’ayant pas même assez d’air pour respirer dans des entreponts surbaissés, y subissant des chaleurs de zone torride, enchaînés à côté les uns des autres, et périssant en nombre effrayant dans les pénibles traversées d’Afrique en Amérique.
- Il a fallu vingt ans d’efforts déployés par les plus persévérants des hommes, il a fallu l’éloquence infatigable, il a fallu l’estime et l’admiration conquises par Wilberforce pour obtenir^du Parlement qu’il votât ce grand et dernier bienfait du ministère de Fox expirant : l’abolition légale de la traite. En 1808, elle devient un Acte du royaume.
- Rendons pleine justice aux hommes d’état de l’Angleterre. Quelles qu’aient été leurs dissidences sur les grands intérêts de la métropole, à partir du moment où la traite s’est trouvée proscrite par la loi, ils ont fait servir toutes les forces du Gouvernement à la rendre impossible dans
- p.938 - vue 563/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 939
- ^es possessions britanniques, et surtout dans les Indes occidentales.
- Mais, à partir de cette époque, les plantations anglaises eprouvaient un énorme désavantage lorsque leurs produits entraient en concurrence avec ceux de l’étranger continuait d’avoir recours à la traite.
- Cette concurrence, il est vrai, n’était pas possible en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, parce que des mesures Prohibitives, remplacées ensuite par des droits excessifs, Partaient du marché métropolitain les produits de l'étranger.
- Le grand bénéfice donné par le travail des esclaves ï'esultait de la culture de la canne à sucre. Cette nature de Produits était reconnue comme éminemment imposable,
- le Gouvernement anglais en retirait un revenu qui lui rendait précieuse l’exploitation de ce roseau tropical.
- Pour faire comprendre cette situation, consultons d’abord les résultats relatifs à l’année 1820, treize ans après Abolition de la traite dans les possessions britanniques.
- Revenu tiré des produits saccharins en 1820... . 102,200,050francs.
- Ce genre de revenus a d’autant plus de prix aux yeux de la Ti ’ésorerie que, sans rien changer à la proportion des droits, le simple progrès des consommations, chez un Peuple qui croît en nombre comme en aisance, procure a 1 échiquier des revenus chaque année plus considérables. Montrons seulement l’augmentation naturelle obtenue dans le court espace de dix années :
- 'Revenu tiré des produits saccharins en 1830... . 15$,191,625 francs.
- raisons maintenant connaître le mouvement du corn-
- p.939 - vue 564/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 940
- merce des sucres, dans le Royaume-Uni. à chacune des époques ainsi rapprochées.
- ACCROISSEMENT DÉCENNAL DES QUANTITÉS DE SUCRE IMPORTÉES DANS LE ROYAUME-UNI.
- Sucre colonial consommé dans le Royaume-Uni Sucre tiré de l’étranger Sucre reexporte » EN 1820. EN 1830.
- kilogr, 137,156,810 8,244,330 76,151,120 kilogr. 183,456,880 11,341,400 68,292,880
- Ce parallèle est frappant. Il nous montre : i° le progrès total de la production des sucres dans les Antilles britanniques, entre 1 820 et 1 83o; 20 la quantité très-insignifiante de sucres étrangers qui se hasardaient à paraître sur les marchés des trois royaumes; 3°la quantité bien plus considérable de produits réexportés. En réalité, les colonies britanniques, jusqu’en i83o, étaient plus que suffisantes pour satisfaire aux besoins de la métropole, quel que fût le progrès de ces besoins : l’accroissement de leurs produits prouvait leur supériorité.
- Premières améliorations du sort des esclaves britanniques.
- Sollicité par les sentiments d’humanité que le peuple entier manifestait, le Gouvernement anglais s’occupait avec zèle du soin d’améliorer le sort des noirs dans ses colonies; il y procédait £#ec une sage et ferme constance-On peut voir dans un des discours les plus éloquents de Georges Canning, session de 1826, l’exposé des mesures qu’il avait mises en pratique et de celles qu’il se proposait de réaliser dans un prochain avenir.
- p.940 - vue 565/0
-
-
-
- DES NATIONS. 941
- Déjà quelques voix impatientes se faisaient entendre; Çlles réclamaient l’abolition de l’esclavage, sinon décrétée stir-le-champ et pour être accomplie sans aucun délai, décrétée du moins à titre de principe et comme devant s exécuter dans un très-prochain avenir. Au sein des deux chambres, une immense majorité, plus circonspecte, différait l’adopt ion de cette mesure. Elle lui paraissait trop prématurée; elle voulait qu’on appelât le temps au secours <*es difficultés à surmonter, et surtout qu’on attendît, sur P si grand intérêt public, l’initiative du pouvoir exécutif.
- On aurait suivi cette voie prudente et salutaire, compatible avec les intérêts du trésor, avec ceux des colons, avec ceux même de la classe noire, s’il ne s’était pas produit en Europe un de ces événements qui saisissent les Paginations de tous les peuples, ébranlent les cœurs, et Produisent au loin des conséquences que la prévoyance humaine n’a pas le don de deviner.
- En i83o, un combat livré dans Paris pour la conservation des lois devient en trois jours une révolution. Pour troisième fois, une dynastie de huit siècles disparaît du hAne. Les esprits les plus confiants célèbrent à l’envi des hbertés agrandies; l’émeute anarchique, saisie d’émula-tlon, s’essaye à d’autres conquêtes, et les accomplira dix-^uit ans plus tard.
- L’Angleterre se montre charmée d’un changement qui semble répéter sa propre révolution de 1688. Une agita-fion contagieuse remue les esprits du peuple britannique ; ehe se propage jusqu’au sein du Parlement. Depuis cent fiPrante-deux ans, les bases de la représentation dans la Lhambre des communes étaient restées immuables ; elles sont altérées en faveur des grandes cités manufacturières et commerciales. Du même coup, l’aristocratie
- p.941 - vue 566/0
-
-
-
- 942
- FORCE PRODUCTIVE
- perd les bourgs à rares habitants dont elle nommait les mandataires.
- Lorsqu’on modifie les bases et la corrélation des pouvoirs, aussitôt surgissent les logiciens de l’innovation, qui demandent ce qu’ils appellent les conséquences de la réforme obtenue. Sur le continent, les conséquences d’une révolution sont, à leurs yeux, de fendre impossible le Gouvernement même quelle a fait surgir; dans la Grande-Bretagne on détourne au dehors les innovations périlleuses.
- Ainsi la réforme du Parlement au sein des trois royaumes en amène une autre qui modifie profondément le sort des colonies. Le cri des saints de toutes les sectes, d’accord cette fois avec la voix des philosophes, retentit contre l’esclavage avec une force nouvelle; il faut sans délai décréter l’atîranchissement des noirs dans les possessions anglaises. La prudence des hommes d’état réclame en vain pour qu’un changement si profond appelle à son aide le bienfait du temps : c’est le seul moyen de préparer à la liberté des hommes élevés dans l’ignorance, étrangers encore aux mœurs de la famille, et nourris dans l’horreur du travail agricole, symbole pour eux de la servitude. Malgré de si sages conseils, le pouvoir est contraint de céder; il imagine un moyen terme. On capitulera d’une part avec les consciences, sans trop grever le trésor, en déguisant avec art la spoliation des propriétaires. On capitulera, de l’autre part, avec la sagesse, en imaginant des actes immédiats et pourtant dilatoires; actes bien intentionnés , mais encore insuffisants contre les désastres trop soudains d’une mesure que les empressés brûlent d’exécuter. Les esclaves sont dénombrés ; on en trouve près de sept cent mille, dont la valeur surpasse de beaucoup un milliard de francs. On vote cinq cents millions de première indemnité pour les possesseurs qu’on veut exproprier.
- p.942 - vue 567/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 943
- De Vapprentissage imaginé pour compléter l’indemnité des maîtres.
- Relativement aux centaines de millions de perte évidente infligée aux créoles, on se plaît à penser qu’en assujettissant les affranchis à sept années de travail obligatoire au profit de leurs anciens maîtres, le bénéfice qu’en obtiendront ceux-ci compensera la suppression de la moitié de leur fortune. Aux yeux des exaltés, on justifie, on pallie du moins sept ans de plus concédés à l’esclavage, en décorant du nom gracieux d'apprentissage cette situation des noirs affranchis. Ils n’auront pas Un sort plus rude flue celui des enfants libres de la métropole, avec les douces conditions de tutelle et d’obéissance imaginées pour le bien des arts et métiers par la sage Elisabeth. Tels Vont devenir les apprentis de la liberté, condamnés, pour délivrance immédiate, à sept ans de travaux forcés.
- On révèle aux noirs que la loi les déclare libres, et qu’en même temps on veut prolonger pendant sept années leur condition servile. Dès cet instant, loin d’éprouver la reconnaissance que commande un bienfait immense, ils se figurent qu’on leur vole une large part de leur existence. A leur tour, ils ne songent plus qu’à voler aux Maîtres le travail dit obligatoire. On n’ose pas* recourir a des châtiments corporels pour les forcer au labeur; et fiuels autres moyens employer? Pour eux,subir la prison e’est recevoir le bienfait du repos et ravir du travail aux détenteurs qu’ils brûlent de quitter. Voilà comment l’ère de l’apprentissage, qui devait parfaire la juste indemnité des Maîtres, est au contraire le complément de leur ruine. La Quation devient intolérable pour tous : aussi, dès la troi-Sleme année, il faut recourir à ce même Parlement si peu Sage et si peu prévoyant dans ses premières mesures. On le SuPplie de supprimer la moitié de l’apprentissage, ce qu’il
- p.943 - vue 568/0
-
-
-
- 944
- FORCE PRODUCTIVE
- fait à l’instant, mais cette fois sans rien donner pour l’indemnité retranchée.
- Dans les premiers temps du travail complètement libre, les nègres, encore ignorants des conditions dont ils pourront désormais abuser, acceptaient des salaires modérés et très-suffisants. A la Jamaïque, les prédicants exaltés sont les premiers qui les excitent afin qu’ils exigent de leurs anciens maîtres un salaire exorbitant. Ailleurs l’exigence est moins empressée, mais elle finit par être non moins excessive.
- Aussi longtemps qu’ont duré les cinq cents millions payés aux colons pour valeur de leurs affranchis, ils ont pu faire servir cet argent à continuer des travaux qui n’étaient plus pour eux que l’objet de pertes croissantes. Ils avaient l’espoir qu’à force de persévérance et de sacrifices, en construisant des appareils plus parfaits, en appelant de tous côtés des moyens subsidiaires, ils finiraient par rétablir leur fortune.
- Immigration de travailleurs supplémentaires et concurrents.
- On eut alors la pensée d’attirer dans les colonies britanniques d’autres travailleurs que les noirs, pour leur faire concurrence et les obliger à ne plus dicter des conditions extravagantes. On emprunta par tous les moyens des agriculteurs au midi de l’Europe, à la France1, à
- 1 Pour faire apprécier comme ils doivent l’être les moyens employés et les effets produits par cette immigration, nous allons donner l’extrait qui suit d’un rapport sur l’île de la Trinité, adressé par M. le commandant Layrle au ministre de la marine et des colonies françaises:
- «Si je n’avais à parler que de cette foule d’étrangers sans profession, sans aptitude aucune au travail, qui ont abandonné leur patrie par amour du changement, dans l’espoir de satisfaire plus facilement des penchants vicieux, plutôt qu’avec la ferme résolution de se rendre utiles, de se créer
- p.944 - vue 569/0
-
-
-
- DES NATIONS. 945
- Malte, aux îles Baléares; on en tira des Açores. Mais les besoins étaient sans bornes, et ces ressources étaient limitées. Trop souvent les choix étaient faits avec une légèreté coupable, et l’on ne parvenait guère à trouver des ouvriers européens qui résistassent au climat énervant, à la chaleur accablante de la zone torride, pour des travaux agricoles accomplis au grand soleil.
- des moyens d’existence et d’assurer leur avenir, j’aurais fort peu de chose à dire; car la plupart de ces hommes ont payé tribut au climat. Ils ont succombé victimes de leurs débauches, malgré les conseils des habitants et tes soins hygiéniques qui leur ont été prodigués à leur arrivée dans la colonie. Mais une classe plus intéressante de nos compatriotes a fixé mon attention : ce sont ces familles entières venues des départements les plus reculés de la France, et qui, après avoir vendu leurs terres et les meubles qu’elles possédaient, se sont aperçues trop tard quelles étaient victimes de la supercherie de quelques spéculateurs et des pièges tendus à leur crédulité. Ce sont des prospectus mensongers, des invitations trompeuses adressées à domicile par les agents de l’immigration, qui ont égaré ces malheureuses et honnêtes familles, qui croyaient trouver à la Trinité beaucoup mieux que ce qu’elles laissaient derrière elles.
- «Mais les ressources qu’offre la colonie, et qui sont réellement'immenses pour les travailleurs qui ne redoutent pas le soleil dévorant des Antilles, ne peuvent balancer, pour les Européens, les inconvénients du climat et les maux que font naître les travaux agricoles. Aussi des pères ont perdu leurs enfants, des familles ont perdu leurs chefs; la mort enfin a moissonné en b’es-peu de temps les deux tiers de nos compatriotes. Aujourd’hui ceux qui restent de cette malheureuse immigration sont dans un état de chagrin et de démoralisation qui ne leur permet d’entreprendre aucun travail et les laisse en proie à la plus profonde misère. Tous jettent un œil de regret vers leur patrie; tous voudraient y rentrer; tous ils ne forment qu'un vœu, celui de quitter une colonie qui devait être une seconde terre promise, mais où ils ,le voient désormais qu’un tombeau assuré.
- «S. Exc. sir Hepry Mac-Leod, gouverneur de la Trinité, a mis sous les ye«x de lord John Russell l’état affligeant de l’émigration française; il lui a feit connaître en même temps les moyens coupables qu’ont employés les agents appelés à diriger cette mesure, avec prière d’en informer le Gou-Vernément français, afin que les préfets des départements tinssent leurs admi-nistrés en garde contre les fallacieuses promesses de spéculateurs qui n’ont en vue ni la réussite de l'immigration ni le bien-être de ceux qu’ils lancent dans cette v°le* mais seulement la prime qui leur est accordée par chaque individu qu’ils reassissent à dirig cr sur le Havre. »
- INTRODUCTION.
- 6o
- p.945 - vue 570/0
-
-
-
- 946 FORCE PRODUCTIVE
- On eut la pensée plus heureuse de demander des travailleurs aux Grandes Indes, dans la basse classe dite des coolies, et d’en emprunter même à la Chine. Dans l’Hin-doustan, les manouvriers appelés coulies gagnent de 5 à 7 francs par mois et sont obligés de se nourrir sur ce modique salaire. Il devait être facile, même en les nourrissant, de leur donner beaucoup plus. On leur faisait espérer qu’en peu d’années d’expatriation ils auraient acquis un pécule qui serait à leurs yeux une fortune*
- Ces nouveaux moyens ont empêché la ruine absolue des colonies tropicales de la Grande-Bretagne.
- On doit regretter que le Parlement n’ait pas senti l’importance de se faire présenter chaque année le tableau numérique des immigrations colonie par colonie, et le nombre d’émigrants en activité lors de chaque dénombrement périodique. En comparant le sort progressif, favorable ou défavorable, de ces diverses possessions avec l’accroissement ou la diminution des travailleurs, on aurait tiré les conséquences les plus précieuses sur les effets progressifs de l’émancipation.
- A ces premiers moyens de venir au secours des colonies nous ajouterons dans un moment leurs conceptions financières et commerciales, et nous montrerons l'effet quelles ont produit.
- Absence de moyens moraux.
- Ici nous ne pouvons nous abstenir de faire remarquer l’absence des moyens moraux auxquels auraient dû recourir des législateurs et des hommes d’état, d’un ordre supérieur. Nous sommes heureux d’avoir à citer les réflexions nobles et courageuses présentées sur ce point au ministère des colonies par lord Harris, gouverneur de la Trinité : sa lettre est du 19 juin 1848.
- p.946 - vue 571/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 947
- « Parmi les nombreuses erreurs commises depuis l’Acte d’émancipation, il faut signaler le peu d’attention qu’on a mis à voter des lois ayant pour but la formation d’une société fondée sur des principes vrais, sains et durables. On ne pouvait pas de prime abord espérer d’atteindre un tel objet; mais, si des mesures convenables avaient été prises, on aurait fait de bien plus grands progrès. Dans l’état actuel des choses,’ on a rendu libre une classe d’hommes; on na pas formé de société. Le Parlement a voté la liberté d’une masse hétérogène d’individus qui ne pouvaient comprendre que la licence! La loi les a fait participer aux droits, aux privilèges, aux devoirs d’une société civilisée; ils ne sont capables que de jouir de ses vices. Pour changer cet ordre de choses, on devrait adopter des mesures promptes et vigoureuses. Si l’on désire que l’autorité du législateur soit enfin sentie, il faut donner plus de poids au pouvoir exécutif. Pour humaniser le peuple, il faut adopter un système étendu et général d’éducation. Veut-on aider à la civilisation... il faut donner tout encouragement à l’établissement ainsi qu’à l’aisance dune classe supérieure, et surtout d’une classe européenne, au milieu de la population coloniale*: tout cela nécessite. des dépenses. Mais quels moyens sont disponibles? Jusqu’à ces derniers temps, on a brisé l’énergie des autorités inférieures par la partialité qu’on a montrée invariablement lorsque les lois étaient violées et lorsque k violateur était nègre ou mulâtre/»
- En réfléchissant sur ces plaintes amères, inspirées par nn sentiment généreux, il ne faut pas croire que la Trinité idt la pl us infortunée des Antilles britanniques ; elle semblerait vraiment fortunée en la comparant au sort de l’île Principale, au sort de la Jamaïque.
- 60.
- p.947 - vue 572/0
-
-
-
- 948
- FORCE PRODUCTIVE
- Effet des lois économiques sur les colonies sucrières.
- Dans l’ancien système colonial de la Grande-Bretagne, les Indes occidentales britanniques envoyaient leurs produits à la métropole, dont elles étaient les fournisseurs privilégiés; elles recevaient les produits manufacturés des trois-royaumes, qui les approvisionnaient aussi par privilège.
- Le changement de ce système pour celui qui réduit presque à néant de part et d’autre toute protection fiscale ce changement a produit sur les Antilles anglaises des effets d’autant plus douloureux qu’il s’est accompli postérieurement à l’émancipation, et sur des productions placées dans les circonstances les plus désastreuses.
- Animés par un juste désir de venir en aide aux malheureux créoles, les promoteurs de l’émancipation, dans le Parlement, ont mis la plus louable persévérance à défendre une différence de droits qui protégeât les produits coloniaux de la Grande-Bretagne contre ceux de l’étranger. Depuis que les noirs étaient libres dans les colonies anglaises, depuis que leur travail était devenu, sans comparaison, plus dispendieux, moins considérable et plus imparfait, le désavantage était marqué comparativement avec les planteurs du Brésil et des îles espagnoles. Ceux-ci pouvaient, en produisant à des prix fort inférieurs, écraser sur tout marché libre les planteurs britanniques.
- Mais les financiers de l’Angleterre n’acceptaient qu’avec répugnance.le maintien d’une protection qui, d’un côté, ralentissait l’enrichissement du trésor, de l’autre, mettait obstacle aux accroissements de la consommation.
- Lorsque la ligue des céréales eut fait abolir tout droit d’entrée sur les blés étrangers, l’Administration résolut d’en profiter pour détruire les droits protecteurs des pro-
- p.948 - vue 573/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- Wi9
- duits coloniaux britanniques. Le ministère de lord John Russell, qui le premier saisit le pouvoir après la chute de sir Robert Peel, entra résolûment dans cette voie.
- Le fds de l’homme d’état illustre auteur de la grande réforme, le comte Grey, fut ministre des colonies dans la nouvelle administration. Après avoir quitté le pouvoir, il a fait paraître un ouvrage, digne d’être étudié, pour expliquer et louer ce qu’il appelle la politique coloniale de l’Administration présidée par lord John Russell L
- Il établit d’abord les principes généraux que le ministère dont il était membre s’était proposé de faire triompher : i° compléter et mettre en pratique dans les colonies les applications du franc commerce, free trcide ; a° faire disparaître dans la métropole les droits différentiels qui favorisaient les produits coloniaux, tels que les sucres, les cafés, les bois, etc.
- Lord Grey prend à tâche de faire apprécier les conséquences de ces innovations.
- L’inégalité des droits entre les produits des colonies britanniques et ceux des autres pays avait été maintenue jusqu’en 18 A G , époque où le nouveau cabinet arrive au Pouvoir. Le projet primitif de 18â2, œuvre de sir Robert Reel, n’avait pas seulement conservé pour les colonies d’anciens droits protecteurs; il en avait créé de nouveaux. La mère patrie, dit lord Grey, avait ainsi perdu des revenus considérables qu’on eût en réalité payés aux colonies. (Les colonies prétendent le contraire.)
- Il y a plus, on aurait voulu *que le tabac et le thé des colonies payassent seulement la moitié du droit d’entrée du tabac et du thé tirés de l’étranger; l’Administration baissante ne l’a pas permis.
- 1 The colonial policy of lord John Bussell’s administration, by earlGrey. London,i853.
- p.949 - vue 574/0
-
-
-
- 950 FORCE PRODUCTIVE
- Le nouveau système compensait les avantages financiers qu’il promettait à la métropole par de graves incon vénients ; il relâchait et tendait à briser les liens, naguère étroits et puissants, qui rattachaient les colonies à la métropole.
- L’abandon des colonies mis en problème.
- Si les colonies, disaient de froids utilitaires, si les colonies ne donnent plus au commerce métropolitain des avantages spéciaux, mieux vaut les abandonner. Il faut jeter bas la lourde charge quelles font peser sur la mère patrie, surtout en ce qui concerne la dépense des forces militaires et navales.
- Les colonies, de leur côté, se demandaient quels avantages elles trouveraient à rester sujettes d’une métropole qui n’offrirait plus aucune faveur à leurs produits?
- Motifs de conservation.
- Lord Grey, quoiqu’il soit l’ennemi de toute protection financière, pense avec raison qu’il faut conserver précieusement l’empire colonial, même dépourvu de ce lien commercial. Cette conservation, dit-il, procure à la fois à l’Angleterre le plus grand pouvoir et la plus grande influence. Nos colonies sont nos plus constants, nos plus intimes et nos plus sûrs alliés, sur tous les points de la terre. De leur vaste ensemble résultent à la fois puissance réelle et puissance d’opinion considérables.
- La moindre colonie serait en elle-même un Etat faible, sujet à l’injustice, aux passe-droits, aux insultes; mais par cela seul quelle fait partie d’un grand empire, elle acquiert l’inviolabilité, le droit aux égards et la certitude de n’être traitée par l’étranger que suivant les lois de l’équité. Le
- p.950 - vue 575/0
-
-
-
- DES NATIONS. 951
- colon qui voyage et qui trafique au dehors obtient en tous lieux le respect qu’on accorde aux plus puissants citoyens de la métropole.
- Lord Grey disait en i853 : «La couronne britannique est aujourd’hui l’instrument le plus puissant de la Providence pour maintenir l’ordre et la paix en beaucoup de vastes contrées et, par ce moyen, répandre chez des millions d’humains les bienfaits du christianisme et de la civilisation; cela ne vaut-il pas quelques dépenses?»
- Si le Royaume-Uni renonçait à son empire colonial, voici, d’après Tancien ministre, quelques-unes des conséquences qui s’ensuivraient :
- i° En Amérique. Dans les Indes occidentales, avec les passions que couvent au fond de leurs âmes les libres d’origine et les affranchis, les blancs, les mulâtres et les noirs, une effroyable'guerre de couleur et de race éclaterait; la civilisation serait reculée pour des siècles.
- 2° En Asie. Dans les Indes orientales, à Geylan, même perspective d’une guerre entre les races. Les prévisions de l’ex-ministre d’Angleterre doivent aujourd’hui plus que jamais frapper le lecteur. Dans Geylan, prétend-il, les Populations indigènes sont incapables de se diriger elles-mêmes; sans l’action de la métropole, elles repousseraient la poignée d’Européens établis au milieu d’elles, et n en voudraient plus pour les gouverner! Alors la richesse considérable créée depuis peu dans cette île serait anéantie; Une anarchie désespérée prendrait la place de la sécurité présente : sécurité qui favorise de nombreux progrès.
- 3° En Afrique. La côte occidentale présente un aspect beaucoup moins décourageant que par le passé. Les efforts tentés pour améliorer la race noire semblent enfin commencer à produire des résultats importants, qui promettent des succès plus grands encore. Si les Anglais
- p.951 - vue 576/0
-
-
-
- 952 FORCE PRODUCTIVE
- abandonnaient leur position aux abords de la côté occidentale, la traite revivrait sur un immense littoral; elle prendrait la place du commerce considérable que l’Angleterre y fait aujourd’hui. L’Angleterre y perdrait.
- Partout, suivant l’auteur officiel, l’abandon des colonies occasionnerait une grave destruction de propriétés britanniques et l’anéantissement de plusieurs rameaux opulents de son commerce. Ces pertes auraient lieu si l’on permettait que l’anarchie et l’effusion du sang arrêtassent de paisibles industries, celles qui, dans les colonies, servent à payer les marchandises anglaises consommées par des populations enrichies à mesure quelles sortent de la barbarie, sous la protection britannique.
- Après l’exposé copieux des avantages matériels que l’Angleterre trouve à posséder, même aujourd’hui, toutes ses colonies, lord Grey ne la présente pas moins comme animée du désir de les conserver par un intérêt exclusivement moral, et pour ainsi dire par un pur amour platonique.
- L'unique intérêt de l’Angleterre, assure Mylord en se résumant, est d’exercer dans ses colonies assez d’influence pour les empêcher de se nuire entre elles et de se nuire à elles-mêmes; il suffit quelle conserve assez d’influence pour procurer l’administration la meilleure à des populations que leur ignorance rend impropres à bien diriger elles-mêmes leurs propres affaires.
- La prétention de rendre service aux nations en les gouvernant, pour empêcher qu’elles se gouvernent mal elles-mêmes, cette prétention s’étend bien au delà des colonies britanniques. Le peuple anglais aspire à s’appliquer, du moins à l’égard de la force, ce rôle suprême que le poète d’Auguste attribue au peuple romain, dans un langage vraiment digne des dominateurs de la terre :
- p.952 - vue 577/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 953
- « Que d’autres fassent respirer l’airain avec plus de mollesse, qu’ils donnent au marbre la vie, je le veux croire. Mais toi! rappelle à ta pensée que le propre de Rome est de diriger les peuples par l’Empire; imposer les lois de la paix, terrasser les superbes, épargner les vaincus, voilà tes arts1 ! »
- Après avoir examiné s’il importe à l’Angleterre de conserver l’empire de ses possessions extérieures, lord Grey continue : «La mère patrie, dit-il, 11e voulant désormais réclamer aucune préférence en faveur de ses produits2, elle n’a plus besoin de se mêler en rien des intérêts commerciaux particuliers aux colonies, ni d’entrer dans le débat de leurs lois économiques. Mais si la mère patrie, sous ce point de vue, consent à ne recueillir aucun bénéfice, elle a droit d’exiger que les colonies supportent enfin leurs propres dépenses. »
- Ce que doit être le régime des colonies britanniques,
- A quoi faut-il réduire, à quoi se réduit aujourd’hui 1 action du Gouvernement métropolitain sur ses colonies?
- i° A nommer des gouverneurs; a0 à sanctionner, à rejeter, suivant les cas, les mesures adoptées par les administrations coloniales.
- Les gouverneurs n’étant nommés et révoqués que par îa métropole, ils sont indépendants des partis qui divisent
- 1 Excudent alii spirantia mollius æra,
- Credo equidem; vivos ducent de marmore vultus.
- Tu regere imperio populos, Romane, memento,
- Hæ tibi erunt artes, pacisque imponere morem ,
- Parcere subjectis, et debellare superbos.
- (Æneidos liber VI.)
- 2 En expliquant l’Orient, nous verrons que cela n’est pas exact à ^ égard de l’Inde britannique.
- p.953 - vue 578/0
-
-
-
- 954
- FORCE PRODUCTIVE
- les colonies; c’est là leur grand avantage. Leurs pouvoirs et leur action ne sauraient partout être les mêmes.
- Dans les colonies avancées, des partis invétérés et pleins de passion veulent souvent recourir à des mesures violentes. En pareil cas, la modération, la sagesse et la temporisation du gouverneur et de la métropole qu’il représente, sans attenter aux droits coloniaux, peuvent rendre des services de la plus haute importance.
- Afin de rendre impossibles les Verrès et les Hastings, dans toutes les possessions britanniques la presse exerce une censure qui ne connaît aucune entrave; là, les journaux commentent les actes du Gouvernement avec une liberté complète, c’est-à-dire avec une absolue licence. Autre moyen de contrôle : le gouverneur est tenu de transmettre au ministre toute observation, toute plainte formulées par un colon sur tout objet d’administration, et contre le gouverneur lui-même. Celui-ci n’a qu’un droit, c’est de joindre ses propres observations à celles de l’accusateur, du réclamant, ou simplement du critique.
- Pour montrer la puissance d’une formalité dictée par l’équité, nous citerons un fait qui vient de frapper l’attention publique. Au milieu'de l’insurrection du Bengale, un mécontent se rend l’organe de l’irritation des Anglais de Calcutta contre le gouverneur général; frappé de l’imminence des périls de la race britannique, il fait parvenir directement à Londres un mémoire qui demande la destitution du «grand fonctionnaire, dont la modération est incriminée. Un noble pair, instruit par le bruit public, réclame pour la Chambre des lords communication de ce mémoire; le ministère refuse cette communication, quelle qu’en puisse être l’importance. L’écrit sera renvoyé sans réponse à Calcutta, parce qu’il n’a pas été remis au gouverneur général, privé par là du moyen de se dé-
- p.954 - vue 579/0
-
-
-
- DES NATIONS. 955
- fendre lui-même. Il y a loin de cette noble conduite à celle de quelques gouvernements de l’Orient et du Nord, qui suppléent au grand jour par la délation mystérieuse. Poursuivons l'examen des formes britanniques.
- Plusieurs colonies ont des Conseils supérieurs nommés par la couronne. Ils représentent la haute classe coloniale; ds offrent l’avantage d’une Pairie, par leur indépendance et par leur contre-poids dans les affaires.
- Les petites colonies se prêteraient mal aux formes compliquées du système représentatif. Dans ces États en miniature, les assemblées ne pourraient pas être assez nombreuses, assez éclairées, ni composées d’hommes assez indépendants par la situation et la fortune.
- A la Trinité, â Sainte-Lucie, à Natal, à Maurice, les colons d’origine européenne sont infiniment moins nombreux que le reste de la population. Si l’on y fondait des gouvernements représentatifs, il en résulterait des désavantages infinis.
- Après avoir amplement développé les considérations cpieje viens de résumer, lord Grey demande qu’on prépare les colonies à l’adoption d’un système gouvernemental de plus en plus parti du peuple. Il faut commencer par un régime municipal très-large, qui soit comme un Apprentissage des colons, afin qu’ils fassent par la suite un plus habile usage du pouvoir politique. Lord Grey, sans Peut-être se rendre compte d’un avenir éloigné, ne semble-t-il pas acheminer insensiblement les colonies britanniques vers un régime antipathique à toute monarchie, ^ême constitutionnelle? Nous verrons qu’on y marchait fapidement en Australie.
- Le noble comte, si fier de son titre et si superbe de sa yace, et son ministre suprême, lord John Russell, dont b expliqlle et justifie la direction coloniale, ces deux grands
- p.955 - vue 580/0
-
-
-
- FORGE PRODUCTIVE
- 956
- amis de ia Réforme incessante, l’un en deçà, l’autre au delà des mers, ces deux hommes d’état entrevoient-ils en réalité le terme final de la pente qu’ils descendent avec tant de conviction, de béatitude et de confiance? J’exprime un simple doute à cet égard.
- J’ai cru devoir présenter l’ensemble des mesures et des idées d’une administration considérable, idées aujourd’hui plus ou. moins suivies à l’égard des possessions britanniques. Signalons avec la même impartialité les objections dirigées par lord Grey/contre des dispositions antérieures, sans dissimuler les erreurs où lui - même paraît être tombé quelquefois.
- Examen des faits subséquents à rémancipation, et conséquences effectives des mesures économiques.
- Malgré les nombreuses immigrations, malgré l’accroissement naturel d’une population rendue libre, malgré le stimulant énergique d’un demi-milliard d’indemnité, somme en partie consacrée à la construction d’usines co loniales, à l’achat de machines perfectionnées afin de fabriquer le sucre avec plus d’avantages, malgré tous ces moyens accumulés, la production, loin de s’accroître, a diminué dans les Antilles britanniques. Cependant, après être tombée au plus bas degré quelque temps avant 185o, elle s’est relevée vers i854, soit à raison des ouvriers nouveaux ajoutés à ces colonies par l’immigration, soit par l’effet de saisons très-favorables et par un renchérissement sensible pour quelques produits.
- Lord Grey célèbre ce premier retour à la prospérité comme étant le résultat des mesures économiques exposées dans son livre apologétique. 11 blâme sir Robert Peel d’avoir, en 1842, conservé pour les colonies un reste de
- p.956 - vue 581/0
-
-
-
- DES NATIONS. 957
- droits protecteurs, et s’honore de les avoir fait rapidement disparaître. Il me paraît impossible d’accepter ce blâme pour l’administration de sir Robert.
- Lord Grey nous assure que par ses mesures économiques, empruntées à la suppression des droits protecteurs, il a fait tomber lui, lord Grey, la journée moyenne des noirs de 3 fr. 75 cent, à 1 fr. a5 à 4o cent. Acceptons le fait et notons-le bien ; car on nous affirme qu’en Europe la suppression de pareils droits ne peut diminuer en rien le salaire des ouvriers.
- Affaiblissement de la force productive depuis l’émancipation.
- Avant d’aller plus loin, rapprochons les quantités des produits coloniaux les plus importants livrés à la métropole dans les deux années 1833 et 1 855. L’intervalle de vingt-deux années paraît assez considérable pour manifester les effets du temps depuis la loi de i833, qui résolut en principe, et bientôt après en fait absolu, l’émancipation des noirs. Il ne s’agit pas ici d’un simple mouvement commercial, ni d’un calcul purement pécuniaire; il s’agit d un intérêt qui touche à l’une des questions les plus importantes pour la civilisation des pays tropicaux et pour ^ avenir d’une des races humaines.
- p.957 - vue 582/0
-
-
-
- 958
- FORCE PRODUCTIVE
- DIMINUTION DES PRODUITS ENVOYES ANNUELLEMENT AU ROYAUME-UNI PAR LES ANTILLES BRITANNIQUES.
- 1833. 1855. VALEURS de 1855.
- kilogrammes. kilogrammes. francs.
- / Acajou. 11,431,870 398,144 87,350
- j Bois < Fustet 3,413,760 1,171,450 170,500
- \ de teinture. 14,407,900 8,661,400 1,390,200
- Cacao 968,320 2,174,748 2,331,450
- ! Café. 8,662,190 1,397,713 2,166,650
- Coton en laine 945,667 212,854 298,850
- Gingembre 308,000 173,075 234,175
- Indigo 48,734 " *
- Mélasses 34,889,090 11,704,320 4,200,025
- Piment 2,163,705 1,806,550 2,230,150
- Rhum 23,217,030 32,631,630 25,094,150
- Sucre 185,227,100 148,101,202 94,551,800
- Totaux 285,683,366 208,433,086 132.755.300 4,000,000 136.755.300 j
- Valeur totale des envois..
- Ce tableau fait voir^ quelles diminutions considérables ont eu lieu depuis l’année 18 3 3 , qui précède immédiate-ment le soi-disant apprentissage des noirs, jusqu’en i855, la dernière année dont nous ayons les résultats officiels.
- J’ai cru devoir ajouter à ce^,tableau les valeurs réelles de i855, afin qu’on appréciât l’insignifiance des articles omis : l’omission ne s’élève qu’à trois centièmes de l’importation totale.
- La population depuis 1833 jusqu’en 1855, grâce à
- p.958 - vue 583/0
-
-
-
- DES NATIONS. 959
- de nombreuses immigrations, s’est accrue d’un cinquième. Le tabléau suivant présente la quantité des produits envoyés des Antilles au Royaume-Uni, en i 833 et en 1855, pour une population coloniale qui serait restée la même entre ces deux époques.
- importations comparées pour une population des Antilles britanniques SUPPOSÉE LA MÊME EN l833 ET EN l855.
- 1833. 1855.
- 1 kilogrammes. kilogrammes.
- 11,431,870 331,787
- Sois..,.,./ Fustet... 3,413,760 976,208
- 14,407,900 7,217,833
- 968,320 ' 1,812,290
- Café. ...Tr . . . 8,662,190 1,164,761
- 308,000 177,378
- 945,117 144,220
- Indigo. , . 88,734 »
- Mélasses 34,889,090 9,753,600
- liment 2,163,705 1,505,458
- Shum 23,217,030 27,193,025
- Sucre.... , 185,227,100 123,417,668
- Poids totaux 285,722,816 173,694,228
- Lord Grey fait voir que les produits des Indes occidentales britanniques envoyés en Angleterre ont sensiblement augmenté de i85o à 1855. Gela tient à deux Causes : d’abord à de meilleures saisons, ensuite aux probes de l’immigration.
- Mais lorsqu’on met en parallèle 1833 et i855 on re-c°nnaît que, malgré la recrudescence des produits, les
- p.959 - vue 584/0
-
-
-
- 960
- FORCE PRODUCTIVE
- envois n’atteignent pas même, dans cette dernière année, les deux tiers de ce qu’ils étaient à la première époque. Tels ont été les effets combinés qu’ont produits l’émancipation des noirs et la suppression des droits protecteurs.
- Effets d’une protection conservée.
- Un seul droit différentiel ayant une grande importance n’a pas été supprimé : c’est celui qui fait payer, dans la métropole, au rhum étranger deux fois le droit exigé du rhum qui provient des colonies britanniques.
- Qu’en est-il résulté? Quand toutes les espèces de produits coloniaux, spécialement le sucre, ont beaucoup diminué , le rhum, par exception, se fabrique en quantités toujours croissantes. Ces résultats deviennent frappants dans le parallèle suivant :
- * Changements arrivés par million produit en 1833.
- 1833. 1855.
- Sucre, kilogrammes....... î,000,000 799,574
- Rhum, litres............. 1,000,000 i,4o5,5o2
- Le Gouvernement accablerait d’un nouveau coup ses mêmes colonies des Indes occidentales si, pour faire à ses nouvelles doctrines économiques un sacrifice de plus, H supprimait la puissante protection qu’il a conservée sur les spiritueux qu’il tire de ses colonies.
- En présence des graves diminutions de produits que nous venons de signaler, on doit se demander avec inquiétude si la liberté brusquement donnée à la race nègre ne continuera pas de plus en plus à diminuer les produits de son travail?...
- J1 faut louer sans réserve, chez le Gouvernement bri-
- p.960 - vue 585/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 961
- tannique et chez les administrations coloniales, les efforts qu’on a faits pour empêcher, ou du moins diminuer dans ses effets, une si triste conséquence.
- Aujourd’hui le travail des affranchis n’a pas seulement une moindre durée; il est moins régulier, moins vigilant, teoins attentif, et par là moins productif. Sur une pente si funeste arrêtera-t-on l’amour instinctif des noirs pour findolence et l’oisiveté ? Voilà l’une des questions dont ta solution décidera l’avenir des Antilles britanniques.
- Les 5oo millions accordés aux colons pour indemnité s9nt aujourd’hui dépensés. Le prix des produits coloniaux, d’un côté par la suppression de presque tous les droits protecteurs, de l’autre par la suppression des surtaxes qui frappaient les produits similaires étrangers, ce prix s’est fort abaissé. Qu’en est-il résulté? les colonies britanniques sont endettées énormément envers la métropole. Cela seul me paraît pouvoir expliquer l’excessive différence que j’ai remarquée entre les valeurs réelles des importions et des exportations.
- Valeurs réelles en 185Ù.
- francs.
- Envois des Indes occidentales britanniques
- ' à la métropole........................... i5i,520,4oo
- Produits britanniques envoyés de la métropole aux Indes occidentales britanniques. 50,209,5oo
- Valeur des objets envoyés de la métropole et consommés par le même nombre d’habitants des colonies.
- francs.
- En i834..................................... 67,000,600 1
- Eni854....................................... 4i»84i,a5o
- 1 Afin de présenter des résultats comparables, les tables de 183 4 confon-*hat Sous un même chiffre les Antilles, la Guyane et Honduras, j’ai dû comprendre les mêmes établissement^ dans la valeur des exportations et es importations pour 1854.
- INTRODUCTION. 61
- p.961 - vue 586/0
-
-
-
- 962
- FORCE PRODUCTIVE
- N’est-il pas évident que l’industrie métropolitaine, au lieu d’être alimentée par le progrès du commerce colonial, trouve ici ses envois aux Antilles britanniques extrêmement diminués? Dans l’intérêt des manufactures britanniques, il eût mieux valu, comme le voulait sir Robert Peel en 1842 , chercher le moyen de ne pas appauvrir les colonies par l’avilissement forcé de leurs produits : tout n’est donc pas ici bénéfice pour la mère patrie.
- Loin de décourager les colonies, nous voudrions, au contraire, que ces rapprochements montrassent à leurs habitants, quelle que soit la race de chacun, la nécessité de redoubler d’efforts pour appeler sur eux un intérêt mieux entendu de la part de la métropole. Il faut arrêter la décadence, et, s’il se peut, la remplacer par une ère de progrès.
- Les Indes occidentales sont le seul groupe de possessions anglaises qui, depuis l’origine du siècle, n’aient pas offert d’accroissement considérable sous tous les rapports d’échanges et de navigation. Leur importance relative a diminué de plus en plus. En voici la preuve :
- MOUVEMENT BRITANNIQUE DES NAVIRES DEPUIS L’ORIGINE DU SIECLE, POUR LES INDES OCCIDENTALES ET POUR L’UNIVERS.
- ANNÉES. ENTRÉES I PRISES E Indes occidentales. Tonneaux. T SORTIES '(SEMBLE. L’univers. Tonneaux. TONNAGE pour les INDES OCCIDENTALES, par million de tonneauï pour l’univers.
- 1800 420,275 4,273,765 98,338‘
- 1833 455,222 5,706,411 79,774
- 1850 419,919 9,574,584 43,783
- 1854 454,723 15,770,278 28,834
- 1855 401,205 15,367,672 26,107
- p.962 - vue 587/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 963
- Ainsi, dans l’espace de cinquante-cinq ans, l’importance proportionnelle du commerce avec les Indes occidentales britanniques est devenue, par rapport au commerce avec l’univers, quatre fois moins considérable ! C’est peut-être pour cela que l’Angleterre, aujourd’hui, sacrifie si facilement la prospérité particulière de ses Indes occidentales au système général de ses lois économiques.
- di'ec quelle inégalité les taxes douanières conservées dans le Royaume-Uni frappent les différents groupes de colonies.
- En témoignant la ferme intention de n’agir que d’après des principes généraux, appliqués à tous les lieux sans exception, l’Administration fiscale semble n’avoir pas considéré combien est grande l’inégalité des droits quelle fait peser en réalité sur les différents groupes de colonies. C’est cette inégalité que je veux mettre en lumière, afin d’en observer les conséquences.
- Les tables officielles de commerce du Royaume-Uni, Pour l’an i855, donnent, avec la valeur des importa-hons, le droit d’entrée prélevé sur chaque genre de produits ou de marchandises provenant : i° de l’étranger;
- des possessions britanniques. J’ai fait le relevé distinct de ces droits pour quatre principaux groupes de ces posassions. Je n’ai pas obtenu complètement les droits prélevés, parce qu’on n’a pas indiqué la partie qui se rapporte à des articles d’une importance trop minime pour être donnés à part. Il est évident que cette partie est infiniment peu considérable par rapport à l’ensemble, et quelle Peut être négligée.
- Je vais maintenant mettre en parallèle la somme des Aoits perçus et la valeur totale des importations pour Cïnnée i855.
- . 61.
- p.963 - vue 588/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- <J64
- TAXATION DES PRODUITS DANS QUATRE GROUPES DE POSSESSIONS BRITANNIQUES.
- GROUPES DE POSSESSIONS. DROITS D’IMPORTATION- VALEUR des IMPORTATIONS.
- 274,850f 392,000,000£ En comptant l’or.
- 111,804,950 Sans compter l’or.
- Nouvelle-Bretagne ( Canada , etc. ). 2,065,325 112,361,275
- Indes orientales 33,022,200 53,830,050 368,969,075 99,456,950
- Colonies des Indes occidentales ...
- Afin que le lecteur puisse aisément apercevoir l’excessive inégalité que nous voulons lui faire toucher du doigt, calculons, d’après ce tableau, le montant des droits perçus par le Gouvernement métropolitain sur chaque million de produits envoyés des possessions extérieures.
- DROITS DE DOUANE PAR MILLION DE PRODUITS IMPORTES.
- DROITS. COMPARAISON.
- 10 De PAnstrelie. 701f En comptant l’or 100
- 2,458 En omettant l’or 351
- I 2° De la Nouvelle-Bretagne..,- 18,381 2,621
- I 3° Des Indes orientales britanniques.. 89,440 12,764
- j 4° Des Indes occidentales britanniques. 541,240 77,194
- Par conséquent, même en comptant pour rien près de 280 millions d’or tirés dans un an des mines d’Australie» 280 millions qui certes sont aussi bien des produit d’industrie que la houille, le fer, le cuivre et l’étain tire5 des mines d’Angleterre, les autres produits de l’Austrahe
- p.964 - vue 589/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 965
- payent à la métropole 220 fois moins de droits d’entrée que les produits des colonies sucrières. Et, comme il est juste de le faire, si l’on tient 'compte de l’or tiré des mines ou placers, puis importé dans la Grande-Bretagne, l’Australie paye 772 fois moins de droits que les Antilles britanniques!
- Je le demande : Que dirait la mère patrie si la taxation totale de ses quatre grandes divisions territoriales était établie avec la même inégalité que sur quatre groupes de ses possessions extérieures? Que dirait-elle si Ton per-eevait par million de produits métropolitains de toute
- nature :
- En Angleterre. En Galles. . . . En Ecosse.. . . En Irlande. . ,
- francs.
- 701
- i8,38i
- 89,440
- 54i,24o
- Que penseraient les habitants des trois royaumes au sujet d’une telle disparité? Le chancelier de l’échiquier croirait-il la justifier s’il disait : « Mais lorsque je perçois 1,24o francs sur un million, c’est pour faire du revenu; et lorsque j’en perçois seulement 701, c’est pour faire du franc commerce. » On répondrait simplement : « C’est pour faire de la franche inégalité, commerciale ou non.»
- Pareille inégalité semblerait déjà monstrueuse entre quatre contrées qui jouiraient d’un même état social et J une égale opulence. Mais si la partie écrasée sous le poids de l’impôt était, comme les pauvres Antilles britanniques, déjà frappée de détresse par une émancipation Peu préparée, peu prévoyante; si cette partie, à demi-ruinée par une insuffisante indemnité, était en outre accablée par une égale concurrence avec des étrangers Placés en des circonstances infiniment plus favorables,
- p.965 - vue 590/0
-
-
-
- 966 FORCE PRODUCTIVE
- je le demande, l’inégalité ne semblerait-elle pas cent fois plus pesante et moins justifiable? Par courtoisie, j’emploie ce mot d’une indifférence mathématique, inégalité; les colons, je le crains, emploieraient celui d’iniquité.
- Les successeurs de Wilberforce au Parlement, les promoteurs de l’émancipation, dans leurs efforts généreux pour maintenir la protection nécessaire aux produits coloniaux, ont fait entendre des représentations d’une tout autre énergie. Pour des auditeurs avant tout sensibles à des arguments matériels, les représentations empruntées à l’éloquence étaient peut-être moins frappantes que n’eût été le parallèle uniquement monétaire qui vient d’être présenté.
- Comment un grand peuple a-t-il pu se laisser conduire à des mesures qui semblent à tel point renverser les idées qu’on aime à se former de son amour pour la justice, et de l’intérêt si bien, entendu qu’il porte en général à ses possessions?.,.
- Après la pacification générale de 1 815, lorsque le Parlement d’Angleterre, avec une constance infatigable, s’occupa de réduire les impôts que la guerre avait contraint d’exagérer, ce fut un véritable combat entre les classes de la société qui vivaient de propriétés et d’industries différentes. Chacune d’elles s’efforça de reporter sur les autres le fardeau des contributions. .
- Plus persévérant, plus adroit et plus audacieux, le commerce manufacturier imagina de couvrir ses intérêts du manteau chéri de la liberté. La liberté du commerce, ce fut l’existence d’un commerce qui ne paye rien à l’État. Certain commerce, si je puis parler ainsi, se fit gentilhomme) affranchi du servile impôt; le reste de la société devint le vilain, corvéable et taillable à la merci des compositeurs de revenu.
- p.966 - vue 591/0
-
-
-
- DES NATIONS. 967
- Cependant le trésor ne pouvait pas conserver l’équilibre des finances en supprimant l’impôt, sans exception, sur tous les genres de commerce. Voici le détour ingénieux qu’on imagina pour ne point sembler enfreindre le nouveau principe et profiter des anciens errements.
- On conserva des impôts commerciaux, des impôts établis sur certains objets d’importation, d’achat, d'échange; °n en conserva pour un demi-milliard par an, comme un minimum! Seulement, on affirma que ce n’étaient plus des taxes attentatoires à la liberté sacrée du commerce, attendu qu’on les appellerait des revenus.
- On arriva donc à cette conclusion : 1 o p. o/o, 5 p. c/o, d p. o/o même, prélevés sur un produit de manufactures ou sur des produits nécessaires aux manufactures détruiraient la liberté du commerce, et ce commerce deviendrait esclave. Mais 5o et plus pour cent prélevés sur ^agriculture et le négoce des tropiques, sur la vente ou f échange du café, du sucre, de la mélasse, etc. cet impôt o enfreint pas le libre commerce : c’est simplement pour Trésor la faculté, la liberté du revenu. Pareillement, 1ho pour cent sur les thés ou coloniaux ou chinois, ce n est pas une atteinte à la liberté du commerce ; c’est la faculté, c’est la liberté de la trésorerie. Au même titre, 2 20 pour cent sur un faible vin colonial du Cap de Bonne-Espérance n’a rien d’offensant pour la liberté du commerce; 3oo pour cent sur le rhum britannique et 6°o pour cent sur le rhum étranger ne sont pas plus Pensants pour la franchise, la liberté du commerce : revenu, revenu, et toujours du revenu!
- Je traduis en simple français , en français dépourvu de Phraséologie, les circonlocutions, les métaphores et les Sophismes de la taxation britannique.
- Aux
- yeux de ceux qui raisonnent de la sorte, il faut
- p.967 - vue 592/0
-
-
-
- 968 FORCE PRODUCTIVE
- donc que l’achat et la vente du sucre, du café, du thé. du rhum, des vins et de trente autres produits n appartiennent pas au commerce; il le faut, puisque ces grands trafics, en subissant une énorme taxation, n’empêchent pas l’Angleterre de proclamer que la loi générale de son commerce est celle du commerce libre ? Est-il possible de jouer à ce point sur les mots !
- Jetons un regard sur la question d'équité. Vous ne pe-sez qu’insensiblement sur l’Australie, lorsque vous ne percevez sur l’ensemble de ses produits qu’un revenu de 701 fr. par million, par million des produits dans un pays qui regorge d’opulence et qui nage dans des flots d’or. Je m’en réjouis pour l’Australie.
- Vous pesez sur les Canadas et sur tout le reste de la Nouvelle-Bretagne vingt-six fois plus fort que sur l’Australie. C’est déjà quelque chose: aussi le Canada tourne-t-il une part énorme de son commerce vers le côté plus souriant des États-Unis. Une profonde politique, à ce qu’on croit, dicte cet ordre de concessions; nous n’y faisons pas l’objection la plus légère.
- Sur l’Inde orientale, vous pesez cent vingt-sept fois plus fort cfae sur ïAustralie : cest peut-être beaucoup. Cependant le fardeau ne vous semble pas encore excessif; et les amis de l’Hindoustan vous savent gré de ne pas le taxer davantage.
- Enfin, vous pesez sur vos colonies tropicales d’Amérique six fois et demi plus fort que sur l’Inde orientale, trente fois plus fort que sur la Nouvelle-Bretagne, et sept cent, soixante et douze fois plus fort que sur l’Australie, qui nage dans l’or! Que répondrait la métropole à ses colons des Antilles, s’ils lui disaient dans leur douleur et du milieu de leurs souffrances : « Vous pesez ainsi sur d’infortunés créoles démolis par votre loi d’émancipation, ruinés par votre
- p.968 - vue 593/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 969
- œuvre d’apprentissage, écrasés par l’égalité des droits en concurrence avec les cafés, les sucres, les moscouades étrangers; et vous vous permettez de croire que vos lois économiques sont fondées sur un principe universel, rationnel, scientifique, économique et politique ? Nous affirmons, nous colons, que ces lois sont fondées sur le renversement des principes, sur l’oubli de l’équité, sur la dérision de la science, ou la science elle-même mériterait le mépris du genre humain. »
- C’est de ce point de vue qui semble aux victimes infortunées le seul élevé, le seul généreux, et s’ils ont tort d’employer de tels mots, c’est d’un point de vue simplement affranchi d’injustice et d’inhumanité, qu’il aurait fallu considérer l’intérêt, le droit, le salut des colons. Alors on aurait réglé sur des bases sensiblement differentes les réformes qui concernent la taxation corrélative des sucres britanniques et des sucres étrangers; alors on c’aurait point placé sur le pied d’égalité des productions °btenues avec des conditions d’existence si profondément différentes, égalité dont s’enorgueillit M. le comte Grey dans son livre, que nous avons attentivement médité.
- Etrange système de lord Grey pour taxer les colonies.
- On peut maintenant apprécier à sa juste valeur la partie économique et financière, dans la Politique coloniale, in-dustrieusement exposée par l’ancien ministre. Il ne peut lui-même se refuser à constater 1 état déplorable ou sont tombées les colonies tropicales.
- « Dans ces colonies, dit-il, la génération nouvelle, grandie . depuis la loi d’apprentissage, est devenue moins docile et plus inclinée au mal, à la paresse, au désordre, que la génération des anciens esclaves.» Voilà, suivant l’auteur,
- p.969 - vue 594/0
-
-
-
- 970
- FORGE PRODUCTIVE
- ce qu’on observait depuis l’acte d’émancipation, et dix ans seulement après l’affranchissement absolu.
- Afin d’obvier à de tels inconvénients, il faut faire connaître un dernier et suprême remède emprunté, prétend Mylord, aux saines lois de l’art d’administrer la richesse des possessions extérieures. Donnons la traduction textuelle d’une de ses dépêches coloniales, publiée dans son ouvrage apologétique. J’appelle ici l’attention de mes lecteurs ; ils vont voir comment l’homme d’état s’est efforcé d’appliquer ses idées, quand il était au pouvoir, afin de répartir sa justice distributive entre les riches et les pauvres.
- «Afin de créer et de favoriser un goût pour les habitudes de la civilisation chez un peuple grossier, on doit mettre sous ses yeux l’exemple des hommes civilisés; il faut que la satisfaction des besoins de la vie civilisée soit rendue aussi facile qu’on le puisse faire. A ce point de vue, il faut réduire à bas prix les articles importés. Il faut encourager les branches de travail et les genres d’industrie qui réclament la direction d’hommes éclairés et bien élevés, par exemple, la production du sucre et celle du café. De là l’importance particulière de se garder d’établir aucune taxe qui puisse peser sur le commerce, et de plus l’utilité, la convenance [expediency), d’adopter une politique économique directement opposée à celle qui conviendrait à l’Europe, en s’efforçant d’établir les taxes de manière quelles pressent, quelles pèsent, autant que le permettra la prudence, sur les personnes qui se contentent de la simple subsistance , plutôt que sur les possesseurs de h propriété et les consommateurs d'objets de luxe. » Puis My-lord ajoute : «Je ne puis pas omettre ici de faire observer ce qui se passe aujourd’hui dans nos colonies des Indes occidentales ; les difficultés qui résultent du défaut de
- p.970 - vue 595/0
-
-
-
- DES NATIONS. 971
- notions suffisantes sur l’industrie offrent une illustration frappante des vues que je viens de vous expliquer, etc.1»
- Malgré tous les efforts de lord Grey pour faire adopter nn pareil système, les Antilles anglaises s’v sont refusées avec constance : et c’est un honneur pour elles 2.
- Revenons sur les paroles mêmes que nous venons de citer, comme complément des mesures coloniales qu’on s efforçait de mettre en pratique. Voilà donc le dernier mot de la théorie appliquée au Nouveau Monde! faire peser le poids de l’impôt sur l’être le moins riche, sur l’individu qui se borne à la simple subsistance; agir ainsi dans le des-Sem de le contraindre à travailler plus fort, pour gagner, quoi P quelque chose de plus que la simple subsistance grevée systématiquement; pousser ce système aussi loin
- 1 « To create and to favour a taste for tbe habits of civilised life in a rude population, it is requisite that they should hâve before them thc ^ample of civilised men, and that the gratification of the wants of civilised 1 e should be rendered as easy to them as possible; but with this view lr»ported articles should be rendered cheap, and those branches of trade and industry which require tbe direction of civilised and educated men SUch> as the production of sugar and cofifee should be encouraged. Hence . e Peculiar importance of avoiding the imposition of any taxes which can ^terfere with trade, and the expediency of adopting the .very opposite P°licy to that which would be proper in Europe, by endeavouring in the lrtlposition of taxes, to make them press, so far as prudence wilr admit, r<Uher upon those who are content vnth a mere subsistence, than upon the pos-^ssors oj property and the purchasers of luxaries. I can not forbear remarking what is now taking place in the West Indian colonies, and the diffi-pulties which are experienced from the deficiency of adéquate motives for lljdustry5 afford a striking illustration of the views which I hâve thus ex-Phined to y0u. »
- Lettre â lord Torrington, 24 octobre i848, sur les mesures financières importait d’adopter à Ceylan. (Voyez Papiers relatifs à l’affaire de epan, présentés au Parlement; février i84g, p. 344.)
- “Les Antilles anglaises repoussent ce système, malgré tous les efforts ^tagines pour le leur faire accepter. On s’est contenté de réduire beaucoup taxes et de dépenses. » (Lettre de lord Harris, gouverneur de la Trinité,
- 19 juin 1848.)
- p.971 - vue 596/0
-
-
-
- 972
- FORCE PRODUCTIVE
- que le permettra la prudence! lisez, aussi loin que le permettra la peur da soulèvement; enfin, réserver l’absence de taxation, le franc commerce, le pur, le vrai libre échange, pour les propriétaires et les consommateurs des objets de luxe.
- Comment l’habile ministre britannique n’a-t-il pas aperçu que le système de taxation préconisé par lui pour les colonies est la condamnation directe du système adopté pour la métropole? A ses yeux, le progrès consiste â réimposer dans les colonies ni le sucre ni le café, parce qu’ils sont des consommations de luxe. Pourquoi donc les taxez-vous dans la métropole? «Ici, direz-vous, la société n’est plus la même, et cela nous convient.» Sans doute; mais quelle est votre logique en disant aux colons : « Tandis que nous percevons, nous, 5o et 60 pour 100 sur vos cafés et sur vos sucres, nous vous conseillons, par amour de votre propre civilisation , de ne pas même prélever 6 ou 5 pour î oo sur ces produits? » Dans l’ordre de vos idées, la métropole pèse donc dix fois plus fort pour écraser ce que vous appelez la civilisation coloniale. Ajoutons qu’en présence de la charge énorme que vous imposez dans la métropole sur les denrées tropicales, un faible surcroît dans les colonies, arraché par les besoins du pays producteur et par la pression des dépenses d’indispensable utilité, ce faible surcroît ne peut avoir ni bonne ni mauvaise influence; il est sans portée sur la civilisation.
- Pour terminer, faisons voir suivant quelles gradations le commerce des trois royaumes avec leurs colonies des Indes occidentales est par degrés descendu, comparativement au commerce avec l’univers.
- Je me borne à comparer ici la partie la plus britannique de ce commerce, l’exportation des produits du Royaume-Uni, c’est-à-dire presque uniquement le résultat de ses mines et de ses manufactures.
- p.972 - vue 597/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 973
- PRODUITS MANUFACTURÉS BRITANNIQUES EXPORTES, 1° DANS LES COLONIES DES INDES OCCIDENTALES*, 2° D^NS L’UNIVERS.
- INDES
- ANNÉES.
- UNIVERS.
- OCCIDENTALES.
- 910,599,675
- 104,944,025
- 984,183,675
- 64,939,725
- 1,861,218,050
- 55,025,800
- 2,392,202,255
- 45,284,750
- Suivons toujours notre méthode. Afin que le lecteur puisse d’un coup d’œil saisir la loi de la décadence, déduisons du tableau précédent celui qui va suivre :
- EXPORTATIONS DE PRODUITS BRITANNIQUES AUX COLONIES TROPICALES D’AMÉRIQUE, PAR CENT MILLIONS DE CES PRODUITS EXPORTÉS DANS TOUT L’UNIVERS.
- ANNÉES. UNIVERS. INDES OCCIDENTALES | .britanniques.
- 1817 100,000,000* 148,759*
- 1820 100,000,000 115,247
- 1833 ; 100,000,000 65,984
- 1850 '. 100,000,000 29,564
- 1855 100,000,000 18,930
- ^ ’ —
- Tels sont les tristes succès obtenus, en définitive, par 5es mesures que l’auteur de la Politique coloniale se comprît à présenter comme le dernier degré des progrès économiques.
- p.973 - vue 598/0
-
-
-
- 974
- FORCE PRODUCTIVE
- COLONIES FRANÇAISES DES ANTILLES.
- Pour faire comprendre au lecteur la situation de ces colonies, il est nécessaire de tracer rapidement le tableau des vicissitudes qu’a subies leur organisation à partir de 1789. Nous le ferons d’après le rapport au Sénat sur l’acte organique auquel elles sont maintenant soumises.
- Régime intérieur.
- La première Assemblée constituante a consacré le principe d’une législation spéciale pour des sociétés et des pays si différents de la métropole par le climat, les productions, les besoins et surtout la diversité des races. En conséquence, une partie des lois propres à la colonie devait émaner de la France; l’autre devait être locale. La répartition entre les deux catégories avait été faite dans un esprit de libéralité, de sagesse et d’équité.
- Cet édifice de prudence est renversé par la Convention nationale. Dès 179A, elle proclame, sans indemnité, l’affranchissement des esclaves. En 1795, la Constitution dite de l’an m, sans faire de distinction ni d’exceptiofi. place les colonies sous le même régime que la métropole-
- A cette époque, on était au fort de la guerre. Nos possessions d’outre-mer, tour à tour prises et reprises, ne permirent pas à l’expérience de montrer l’impossibilité d’une assimilation, facile à des théoriciens, mais qui ne pouvait satisfaire aux conditions impérieuses de l’exis-, tence et de la prospérité coloniales.
- La Constitution de l’an vin a sagement rétabli le principe posé par la première Assemblée Constituante, e11 statuant, article 91 .Le régime des colonies est détermine par des lois spéciales.
- p.974 - vue 599/0
-
-
-
- DES NATIONS. 975
- Lorsqu’au printemps cle 1802, la paix d’Amiens nous eut rendu nos colonies d’Amérique, le Gouvernement consulaire prit une mesure extrême et soudaine. La loi de 17gh, qui décrétait, sans indemnité, l’émancipation des noirs, n’avait reçu qu’une exécution incomplète, essayée seulement dans quelques colonies. Celles dont l’ennemi s’était plus tard emparé nous étaient rendues possédant encore lé’tat social de l’ancien régime. Sans faire aucune distinction parmi ces divers établissements et pour ceux qui se trouvaient au delà du cap de Bonne-Espérance, la face noire fut replacée ou maintenue sous la domination des blancs.
- Afin de ne pas livrer aux débats publics du Corps législatif et du Tribunal des questions brûlantes, des questions que pouvait entraîner ce retour absolu vers le régime du passé, la loi du 20 mai 1802 abroge sans distinction toutes les lois édictées depuis 1789. Elle soumet P°ur dix ans les colonies au simple régime des règlements.
- Trois mois plus tard, en août 1802, est publié le cé-icbre Sénatus-consuîte qui conférait le Consulat à vie, en Slgne de reconnaissance pour la paix donnée à l’univers.
- A ce Sénatus-consulte, la Constitution qui régit aujourd’hui la France a demandé la disposition suivante : Titre V, du Sénat, article 56 : Le Sénat règle par un Sénatas-c°Usulte organique, 1° la constitution des colonies; 2° tout ce qui nest pas prévu par la Constitution et qui est nécessaire à sa marche; 3° il explique les différents articles de la Constitution qui donnent lieu à différentes applications.
- La reproduction de cet article dans la Constitution du nouvel Empire, à cinquante ans d’intervalle, fait sentir 1 utilité d’une semblable attribution.
- L’acte transitoire de 1802, qui soustrayait pour dix ans
- p.975 - vue 600/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 976
- les colonies an régime des lois, devait cesser au printemps de 1812 ; mais, à cette dernière époque, nous avions de nouveau perdu nos colonies.
- La Charte de 181 k, proclamée comme loi fondamentale, combina deux systèmes, la Constitution de l’an vin et la loi de l’an x. Elle décida, dans le titre des droits particuliers garantis par l’Etat, article 73 : « Les colonies seront régies par des lois et des règlements particuliers. »
- Nos possessions d’outre-mer continuant d’être placées sous le régime de la liberté retirée aux noirs par un acte de l’an x, la même règle de prudence fit suivre, dans la pratique, le système des règlements ou des ordonnances pour suffire au gouvernement, à la législation de ces contrées.
- En i83o, on se plaignit que les colonies fussent ainsi mises de fait hors du régime des lois. Afin d’ôter tout moyen de continuer un semblable système, la Charte revisée supprima, dans le même titre des droits particuliers garantis par l’État, l’option facultative des règlements particuliers. Elfe dit expressément, article 6k : «Les colonies seront régies par des lois particulières. » C’était revenir à la Constitution rédigée sous les auspices du Premier Consul.
- Pour triompher des difficultés très-graves où le Gouvernement se serait vu placé sur les questions relatives à l’état des noirs non libres, on prépara, dans un esprit de prudence et de modération, les lois organiques votées définitivement en 1833 1 : lois qu’avaient successivement préparées les amis les plus éclairés et les plus célèbres d’une race infortunée, les de Broglie, les de La Fayette, les de Tracy, etc.
- L’autorité législative se trouva dès lors partagée entre
- 1 Ces lois ont été rendues sur le rapport fait à la Chambre des députeS par le baron Charles Dupin.
- p.976 - vue 601/0
-
-
-
- DES NATIONS. 977
- les deux Chambres de la métropole et les Conseils coloniaux, pour quatre de nos colonies dont la condition sociale était la même.
- D’inévitables froissements devaient résulter de ce système intermédiaire. On ne pouvait s’en étonner, puisqu’on l’avait combiné dans la vue d’empêcher des innovations brusques, et trop précipitées, vers un but désirable certainement aux yeux des amis de l’humanité. Mais de telles innovations, pour devenir fructueuses, avaient besoin d’être préparées de longue main et ménagées avec prudence.
- Le désir de faire un pas dans ce système de transition fit présenter la loi de i845, loi dont la durée fut trop courte pour que ses principes aient eu le temps de réaliser les progrès qu’on s’en promettait, en y joignant les secours d’un enseignement progressif et d’une civilisation graduellement développée. Cette loi n’avait pas trois ans d’existence lorsque la révolution de i848 éclata.
- Au moment même où va s’ouvrir la session de la nouvelle Assemblée constituante, paraissent les derniers décrets du Gouvernement provisoire. Ils renversent l’édifice de la loi fondamentale en vigueur dans les colonies ; ds suppriment la représentation locale, émancipent les ooirs avant toute indemnité ; enfin, pour parer à la misère imminente, ils accordent aux colonies le remède si bien jugé des ateliers nationaux.
- La même Assemblée constituante, il faut le dire à son honneur, en ratifiant l’émancipation proclamée par voie révolutionnaire a sans hésiter indemnisé les propriétés. Elle a d’ailleurs reconnu, par l’article 109 de sa Constitution, que les colonies ont droit à des lois particules ou spéciales, comme l’avaient reconnu tous les gouvernements depuis soixante ans, excepté la Convention.
- 62
- INTRODUCTION.
- p.977 - vue 602/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 978
- Tel est l’historique des phases si variées par lesquelles a passé la constitution des colonies pendant ce laps de temps. La paix intérieure est maintenant leur état habituel. Ces colons français qu’on avait tant calomniés, eux qu’on avait représentés comme des barbares voués à la juste vengeance de leurs victimes, ils ont recueilli les fruits du traitement modéré et des soins bienveillants qu’ils avaient eus pour les noirs. Depuis que le besoin de créer des candidatures à l’Assemblée nationale n’a plus fait recourir aux agitations démagogiques, la concorde s’est introduite; elle se fortifie entre les diverses classes delà société coloniale. ^
- Sous le régime du nouvel Empire français, nos colonies des Antilles et de la Réunion sont régies par le Sénatus-consulte organique de i85A. Cette loi fondamentale maintient le Sénat dans la plénitude de ses attributions organisatrices ; il a fallu lutter pour que ces attributions ne fussent pas déléguées au Conseil d’Etat, qui serait devenu pouvoir législatif. L’amour du bien public a présidé dans ce conflit, et c’est l’honneur des préparateurs de ce beau succès 1. Un partage équitable d’attributions est fait entre le Sénat et le Corps législatif, pour les intérêts d’ordre supérieur, et le Conseil d’Etat, pour les autres intérêts. L’autorité la plus ample est accordée aux gouver-neurs des colonies; les Conseils coloniaux remplissent une mission comparable à celle des Conseils généraux de la métropole. On a pris tous les moyens pour prévenir les rivalités et les oppressions de castes; ce qu’on a vouh1
- 1 Nous croyons devoir citer les noms des dix commissaires du Sénat don* les efforts unanimes ont produit ce résultat : amiral baron de Mackau, pre' sident; baron Charles Dupin, rapporteur; Drouyn de Lbuys, marquis Belbeuf, comte de Beaumont, cardinal Mathieu, Mimerel de Roubaix» vice-amiral Casy, Amédée Tbayer, duc de Saint-Simon.
- p.978 - vue 603/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 979
- par-dessus tout, cest la paix sociale, qui seule permet les perfectionnements réels et les prospérités durables.
- Au premier moment où fut réalisée l’émancipation si brusquement décrétée, les passions étaient enflammées;
- seul moment d’incertitude à la Martinique, a suffi, Pour faire verser le sang des blancs par les nègres égarés.
- Beau rôle d’an homme de couleur.
- Au milieu de l’effervescence générale, signalons la noble conduite de M. Bissette, homme de couleur, condamné sous la Restauration à l’emprisonnement et mis aux fers, pUjs devenu représentant en i848. M. Bissette, de !83o à i848, s’était posé comme un mandataire officieux de sa classe à Paris. Depuis la dernière époque il n’a pas voulu jouer d’autre rôle que celui de conciliateur. Ses efforts ont eu part au succès dont ils étaient dignes; ils °nt été récompensés par un témoignage public et géné-reux qu’ont décerné toutes les classes du peuple de la Martinique.
- Sort commercial de la Martinique et de la Guadeloupe.
- Au commencement du siècle, les deux îles étaient dans un état assez florissant. Le Consulat leur avait rendu fe bien-être et la sécurité; la paix d’Amiens leur promel-feit la fortune. Malheureusement, quand vint la guerre de * Empire, l’Angleterre les envahit. Traitées en pays concis, leurs produits subirent dès lors dans les trois Royaumes, soit les prohibitions, soit les surtaxes infligées aux similaires des pays étrangers. De telles rigueurs avaient lieu dans le temps même où le blocus conti-^ontal fermait à ces produits les ports du continent eu-i0Peen; la misère des conquis était extrême.
- 62.
- p.979 - vue 604/0
-
-
-
- 980
- FORCE PRODUCTIVE
- Après la paix générale, les deux îles furent restituées à la France et par là rendues à la vie. La population et les revenus s’accrurent de concert.
- La grande richesse de ces colonies était la culture de la canne à sucre. Leurs produits furent loin d’être exempts d’impôt; lors de la mise en consommation, ils payèrent un droit qui s’éleva, pour les importations des Antilles, à à 9 francs 5o centimes par 100 kilogrammes.
- Par une injustice flagrante, le sucre extrait de la betterave fut longtemps exempt de tous droits. Il n’avait pas, comme celui des colonies, à payer les frais d’un transport de deux et de trois mille lieues, puisqu’on le créait sur le lieu même de la consommation; il prospérait avec une rapidité extraordinaire, grâce à tant de faveur.
- Le ministère des finances finit par s’alarmer du danger que cette partialité faisait courir à Tune des sources irn-portantes du revenu national. On taxa les sucres de betterave, mais par degrés lents et peu sensibles, par degrés que compensaient aisément les progrès d’une chimie merveilleuse appliquée aux fabrications métropolitaines.
- Passant d’un extrême à l’autre, le Gouvernement im8' gina de racheter pour le compte de l'État toutes les sucreries betteravières et de ne plus autoriser que la production du sucre de canne ; le projet fut repoussé par la Chambre des députés. Alors on imposa le même droit sur les sucres français, quelle que fût leur origine.
- C’était encore une extrême inégalité; car les sucres des Antilles avaient deux mille lieues à faire avant d'arriver sur le marché français, où les sucres de betterave étaient tout portés. On n’a qu’imparfaitement porté remède à cette différence fâcheuse de position.
- La Martinique et la Guadeloupe, par des efforts ffler' veilleux de culture, produisent énormément sur un terr1'
- p.980 - vue 605/0
-
-
-
- 981
- DES NATIONS, toire exigu; mais les deux colonies, pour obtenir ce résultat, n’ont pas le choix des terrains.
- Au contraire, à Cuba et dans les plus belles Antilles britanniques, où le territoire est très-étendu, on peut se borner à cultiver la canne à sucre dans les terrains les plus féconds et les mieux arrosés.
- Malgré ces désavantages, il est curieux d’étudier, comparativement à la population, ce que fournissent de sucre a leurs métropoles respectives les Antilles de France et celles de l’Angleterre.
- COLONIE DE LA MARTINIQUE.
- En 1776, la Martinique possédait 85,779 habitants, là jusqu’en 185à , la population a précisément tiercé : c’est le progrès du nombre des habitants au sein de la Galice. Mais, en France, 1,000 habitants occupent près de i,5oo hectares; à la Martinique, ils n’occupent pas moitié de cet espace, ainsi qu’on va le voir :
- Superficie. . . •................. 98,783 hectares.
- Population en i854................ 134,095 habitants.
- Territoire pour mille habitants.... 7^7 hectares.
- Aux accroissements naturels, mais très-lents, de leur P°pulation, les habitants de la Martinique ont ajouté les secours de l’immigration. C’est ainsi quils ont pu, de l2l>ooo habitants en 1847, Passer ^ 184,095 en i854.
- Occupons-nous de comparer les cultures en 1847, an-^ce qui précède l’émancipation’, et en i854, dernière an-nee pour laquelle nous possédons des résultats officiels.
- p.981 - vue 606/0
-
-
-
- 982
- FORCE PRODUCTIVE
- Étendue des cultures de la Martinique.
- NATURE DES PRODUITS. ANN 1847. ÉES. 1854.
- hectares. hectares.
- Sucre. 1Q *7R5 . Ifi 40fi
- Café 1 fil 9 743
- Coton. . 86 14
- 477 423
- Tabac 23 24
- Produits dits coloniaux 21,983 17,610
- Vivres 11,979 12,383
- Savanes.. . « 26,521
- Bois et forêts » 20,512
- Terrains non cultivés * 21,757
- Superficie totale.. a f 98,783
- Effets de l’émancipalion sur les cultures.'
- Si l’on compare avec ces nombres l’étendue des plantations qui donnent les denrées coloniales proprement dites, on trouve de mis en culture par 1,000 habitants :
- En 1847, avarit l’émancipation......... 182 hectares.
- En i854. • ............................ 121
- Dans ce court intervalle de sept ans, la diminution du travail, pour un même nombre d’habitants, s’élève a 89 pour 100; cette décadence est déplorable.
- Il faut que tous les hommes éclairés redoublent de
- p.982 - vue 607/0
-
-
-
- DES NATIONS. 988
- zèle ; il faut qu’ils s’unissent avec les fonctionnaires et les ecclésiastiques pour agir sur l’esprit, sur les mœurs des affranchis, et réhabiliter à leurs yeux le travail agricole.
- Progrès sociaux de la classe émancipée.
- 'Déjà des résultats heureux sont obtenus pour donner aux noirs l’amour de la famille. En voici l’un des effets :
- —
- PAR JULIE INDIVIDUS DIT SEXE MASCULIN. 1849. 1854.
- Honunes mariés ou veufs existants 142 x 198
- nombre de naissances par dix mille habitants.
- 89 124
- Enfants illégitimes - 227 209
- Naissances totales 316 333
- Nous nous empressons de faire observer avec la plus Ylve satisfaction de tels changements, opérés en si peu J années : c’est un gage heureux de l’état social amélioré Vers lequel la population affranchie dirige ses pas.
- Mesures à prendre.
- H faut que la métropole applaudisse à de tels efforts; J faut que ses récompenses donnent un nouveau prix à Ceffes que peut décerner l’autorité locale aux promoteurs J® ces progrès.
- Je le répète: il faut réhabiliter le travail agricole, et ^appeler les affranchis aux cultures si riches des denrées c°loniales. Ces cultures doivent toutes être étendues, afin Je reprendre le développement qu’elles avaient il y a quinze
- p.983 - vue 608/0
-
-
-
- 984 FORCE PRODUCTIVE
- à vingt ans, et, s’il se peut, le dépasser considérablement. Il est facile de diversifier et les grandes et les petites cultures appropriées aux variétés du sol; il importe de perfectionner et d’accroître le simple jardinage, et de mettre à profit la production de beaucoup de fruits délicieux : ils trouveront un placement lucratif en Europe.
- Est-il vrai qua la Martinique le Jardin de botanique n’est guère estimé que pour la beauté des fleurs et l’élégance des allées? j’en rougirais pour mes anciens amis.
- Il y avait d’employés à la production des denrées dites coloniales :
- I Travailleurs. Hectares cultivés.
- En 1848, année de l’émancipation. 3o,883 i6,i45
- Ep i854........................ 35,856 17,609
- Malheureusement, si l’on ôtait de i854 le nombre des immigrants, on trouverait que bien peu d’affranchis sont retournés au travail depuis l’abandon subit éprouvé dans la première année de l’émancipation.
- Dans l’intérêt des affranchis, on devrait rendre le travail obligatoire, en leur laissant le choix des cultures ou des professions diverses. C’est le travail qui leur donnera l’aisance pour eux, leurs femmes et leurs enfants. Il faudrait surtout être sévère pour contraindre à l’activité les célibataires; les maris, les pères, y seront stimulés par le besoin naturel de soutenir leur famille.
- On devrait créer des syndics du travail, choisis parmi les plus anciens et les plus estimés des noirs. On réconv penserait, en la rétribuant, cette surveillance, que je voudrais officieuse bien plus que coercitive. Je n’offre qu’en hésitant mes idées; mais j’appelle de ce côté toute l’attention que peuvent apporter les gouverneurs, les adminis' trateurs et le clergé de nos colonies : l’avenir est là.
- p.984 - vue 609/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 985
- Idée de V ensemble du commerce des colonies françaises.
- Commençons par indiquer les résultats commerciaux relatifs à la Martinique.
- Commerce général de la Martinique en 185â.
- Totaux. Par mille habitants.
- 27,622,487* 2o6,i4if 21,914,919 l63,429
- 49,537,4o6 369,570
- Dans les dernières années dont nous ayons les comptes complets, nos colonies, non compris l’Algérie, ont exporté pour ioi,A45,362 francs de leurs produits. Ce beau résultat est donné par une population de 633,936 habitants: Ce qui fait d’exportation 1 60 francs par habitant.
- En retour de ces envois, la France échange les produits de son sol, de ses manufactures et de ses pêcheries pour 77>488,315 francs-, et l’étranger entre en concurrence P°ur 33,465,341 francs.
- Tels sont les grands intérêts mis en mouvement par la force productive de nos colonies, malgré nos pertes formes depuis 1 y63 jusqu’à 1814.
- Il s’agissait de faire apprécier aux Français de visa, Pav la vue, ces magnifiques résultats et les espérances qu’y Puise un patriotisme éclairé.
- Musée des colonies françaises ; sa richesse et son utilité.
- A l’imitation du ministère de la guerre, le ministère de la marine a voulu qu’un Musée des produits coloniaux lût ouvert au public de Paris, comme l’est celui des produits de l’Algérie.
- Importations
- Exportations
- p.985 - vue 610/0
-
-
-
- 986 FORCE PRODUCTIVE
- Au rez-de-chaussée du grand hôtel Talleyrand, sur la rue de Rivoli, n° 2 h à, près du ministère de la marine, sept salons spacieux sont occupés'par les richesses minérales, animales et végétales dont on a pu recueillir les échantillons dans nos Antilles, à la Guyane, à la Réunion, au Sénégal, dans nos établissements de l’Inde, et dans les îles que nous possédons en Océanie.
- On y voit les pépites et les sables aurifères de l’Âra-taye et de l’Approuage; on y voit l’admirable vanille dont tout à coup la culture a pris l’essor entre les mains intelligentes de quelques créoles à la Réunion ; on y voit des cotons longue soie de la Martinique, payés à Paris 10 francs le kilogramme, à l’égal des plus beaux produits de Géorgie; on y voit des bois de teinture et d’ébénisterie, précieux pour les arts : le ministère en distribue des échantillons aux artistes de Paris qui croient pouvoir en tirer un heureux parti pour leur industrie si progressive et toujours à la recherche du nouveau. Ou fournit aussi gratis des échantillons choisis dans tous les genres de produits dont les arts français peuvent faire un habile usage. Je ne puis pas, sans entrer en de trop amples détails, donner même une faible idée, et des richesses naturelles et des produits de culture qu’offre ce panorama des trésors de nos diverses colonies. Mais je veux appeler de toutes mes forces l’attention de nos corn-mercants, de nos manufacturiers et de nos artistes sur un Musée qui nous révèle tant de ressources peu connues et> tant de trésors pour les industries métropolitaines.
- Les vœux de l’auteur pour la Martinique.
- La Martinique s’est placée au premier rang de nos possessions d’outre-mer; c’est elle qui fait vivre le pi115
- p.986 - vue 611/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 987
- grand nombre d’habitants^ pour une même étendue de territoire; c’est elle dont les arts sont le plus avancés. Pour la seule production du sucre, elle seule a déjà plus de soixante appareils à vapeur. Puisse-t-elle agrandir ses exploitations, si malheureusement restreintes depuis dix ans; reprendre sa marche progressive; continuer à Perfectionner ses arts; et s’occuper avec le véritable amour de l’humanité de ses travailleurs africains, que les etrangers négligent dès qu’ils les ont affranchis ! Je ne Puis plus servir que de mes conseils cette noble colonie et ses généreux habitants, dont j’ai défendu quinze ans ies droits avec bonheur, et pour lesquels j’ai pu contribuer à perfectionner des lois appropriées à leur état social depuis 1833 jusqu’en i855.
- COLONIE DE LA GUADELOUPE.
- La Guadeloupe, en y joignant les petites îles qui forment ses dépendances, est presque de moitié moins habitée que la Martinique proportionnellement à l’étendue du territoire. Elle offre par là beaucoup plus d’es-P°ir d’accroissement pour la population et lea produits.
- Le recensement de la Guadeloupe et de ses dépendances donnait déjà 99,970 habitants en 1770; cette population ne s’est pas même accrue d’un tiers en 75 ans.
- Superficie et population.
- Superficie......................... i64,5i3 hectares.
- Population en i854................. 129,220 habitants.
- Territoire pour mille habitants... 1,273 hectares.
- Pour la Guadeloupe nous présentons, comme nous Wons fait pour la Martinique, le tableau comparé des
- p.987 - vue 612/0
-
-
-
- 988 FORCE PRODUCTIVE
- cultures en 18/17 et en 1854- D’après le tableau qui suit, comme on va le voir, la Guadeloupe a moins réparé ses pertes de culture, causées par l’émancipation, que ne l’a fait la Martinique; de là, les efforts prochains et nécessaires que nous devrons signaler.
- étendue des cultures de la Guadeloupe.
- NATURE DES PRODUITS. ANNÉES
- 1847. 1854.
- Sucre. hectares. 22,270 4,768 1,136 122 31 10 8 hectares. 10
- Café
- Coton 041
- Cacao
- Tabac , 12
- Rocou 57
- Girofle et nopal . . 12
- Culture de» produits coloniaux Vivres 28,345 22,910
- Toute espèce de cultures 40,324 31,384 9^ 080
- Savanes
- Bois et forêts 68,542 41,007
- Terrains non cultivés.
- Superficie totale 164,513
- Malgré les pertes occasionnées par le ralentissement du travail depuis l’émancipation, le commerce de la Guadeloupe a conservé de l’importance. Voici les résultats de la dernière année officiellement connue :
- p.988 - vue 613/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 989
- Commerce qénéral de la Guadeloupe en 1854.
- Totaux. Par mille habitants.
- Importations............... 19,909,842', 154,087'
- Exportations............... 20,795,813 160,933
- Sommes........... 40,705,655 3i5,o20
- Par un contraste singulier, celle de nos Antilles où ta population possédait le plus de territoire est, nous Pavons vu, celle où le nombre des habitants s’est accru le plus lentement. Elle a, par conséquent, encore plus d’in-terêt à favoriser l’immigration que n’en a la Martinique.
- Nous trouvons ici l’explication des mesures dignes déloge qu’a prises le Conseil général de la Guadeloupe, dans sa session de 1857, pour imprimer une activité nouvelle à l’immigration, sollicitée d’Europe, d’Afrique et d’Asie. Il a cherché surtout les améliorations qu’on Peut apporter au traité de la maison Régis, afin quelle Parvienne à vaincre les obstacles quelle rencontre à la c°te d’Afrique par la jalousie des commerçants étrangers.
- R n’y a pas seulement jalousie de commerçants à commerçants, mais de nation à nation; cetie jalousie, Uous l’expliquerons un peu plus tard.
- Question générale de l'immigration dans les Antilles françaises.
- Après l’émancipation arbitraire décrétée en 1848, la diminution effrayante du travail des affranchis fit sentir dans nos colonies le besoin de recourir à l’immigration. I>°ur nos plantations, comme pour celles de l’Angleterre, tas immigrants venus du midi de l’Europe et des Açores n °nt offert qu’un secours à peu près nul.
- Trois autres sources se sont présentées. La première
- p.989 - vue 614/0
-
-
-
- 990
- FORCE PRODUCTIVE
- est offerte par ces manouvriers de l’Inde appelés coulies, si dénués de toutes choses et si peu payés dans leur pays natal. Lorsque l’on songe à l’immense population de l’Hin-doustan, on conçoit que cette contrée puisse fournir des ressources inépuisables. Comme une portion considérable du pays appartient à la zone torride, ses travailleurs ne changent pas de climat quand ils sont transportés dans nos colonies sucrières : c’est un immense avantage.
- Immigration des Indiens.
- Lorsque nous parlerons de l’île de France et de la Réunion, nous montrerons, pour Tune et pour l’autre contrée, l’étendue de l’immigration tirée de l’Asie orientale. Les transports étaient plus dispendieux, plus longs et plus pénibles pour les colonies des Indes occidentales.
- Nous avons éprouvé des difficultés sans nombre quand nous avons tenté d’obtenir des coulies. Nos petits établissements de l’Inde sont trop circonscrits, ils ont une trop faible population pour suffire à cet emprunt d’hommes; enveloppés de tous côtés par le territoire britannique, ils ne pouvaient pas communiquer avec la population des États indigènes qui sont encore supposés indépendants.
- Humanité des mesures françaises.
- Commençons par indiquer les soins inspirés par l’hm manité de la France, dans le cercle restreint de nos ope' rations. Pour que des Indiens appartenant aux territoires de la Compagnie des Indes ou des princes natifs puissent être engagés par nous, il faut qu’ils atteignent les limites de nos petits territoires. Arrivés soit à Pondichéry, soit à Karikal, c’est de leur plein gré qu’ils contractent l’en-
- p.990 - vue 615/0
-
-
-
- DES NOTIONS. 991
- gagement de travailler dans une colonie française moyennant un prix stable, authentiquement établi, et fixé sur des bases qui doivent être approuvées par l’Administration française. Un chirurgien de la marine impériale constate la bonne santé des émigrants. D’un autre côté, l’Administration vérifie : i° si le navire frété pour le transport remplit les conditions hygiéniques d’espace, de salubrité, de commodité, jugées nécessaires; 2°s’il est pourvu d’un officier de santé pour la traversée; 3° si les vivres embarrés sont en quantité suffisante. Voilà pour le départ. A 1 arrivée du navire dans une colonie française, nouvelle-enquête sur tous les faits de la traversée pour garantir re les soins réclamés de l’humanité ont été réunis en faveur des travailleurs transportés.
- Des précautions si dignes d’éloges ont eu les résultats les plus heureux. Sur l’ensemble des immigrants transportés de l’Inde aux Antilles, voici quels ont été les résul-tats obtenus :
- Mortalité comparée lors du passage de l’Inde aux Antilles.
- Par xo.ooo immigrai! ts.
- Sur les bâtiments anglais..................... 419
- Sur les bâtiments français.................... 236
- Dans la colonie française, un commissaire spécial est fr tuteur légal des immigrants. Il les visite; il les éclaire SUr leurs droits ainsi que sur leurs devoirs; il leur fait ^ndre justice, conformément à la teneur du contrat
- d ertgagement.
- Témoignage honorable des créoles anglais. mesures si vigilantes, si judicieuses et si bienfai-
- p.991 - vue 616/0
-
-
-
- 992 FORCE PRODUCTIVE
- santés sont devenues un noble sujet d’envie pour les colons britanniques. Un créole anglais, après les avoir étudiées à la Martinique, en a rendu compte au gouverneür de sa propre colonie, la Trinité, en attestant ce quelles offrent d’excellent. Citons les termes de son rapport : «J’ai reconnu, non sans regret, que, sur tous les points relatifs à l’immigration, les mesures imaginées par les Français sont infiniment supérieures à celles qu’on pratique à la Trinité. Pour tous les points sur lesquels nos dispositions sont d’une infériorité que peut corriger la législation locale, je prie Votre Excellence de les proposer au Conseil de la colonie; pour ceux qui dépendent de la métropole, veuillez les signaler au ministère, à Londres.» Le rapport que nous citons, d’accord avec bien d’autres témoignages, atteste le sort heureux des Indiens dans les colonies françaises, leur travail efficace, et l’harmonie qnJ règne entre eux et les maîtres.
- Obstacles opposés à l’émigration des coulies pour le service français
- Ici, comme on le voit, l’Administration britanniqne ne pouvait pas alléguer l’amour de l’humanité, ni pré' texter son intérêt infini pour le bonheur des Indien* d’une classe misérable, en s’opposant à l’heureux sort qul leur est assuré dans nos établissements. Cependant,, mal' gré les témoignages éclatants de l’expérience, le Couve1*' nement anglais s’est refusé jusqu’à ce jour à reconnaître légalement le départ des Indiens de ses territoires pour leS possessions françaises. Les collecteurs de taxes dans les chs' tricts de la Compagnie, ceux qui soumettent ou laissent soumettre à la torture les pauvres Hindous qui ne peuvent suffire à payer les taxes, les exacteurs ne permettent pa5 qu’ils aillent chercher quelque part à ne pas mourir àe
- p.992 - vue 617/0
-
-
-
- DES NATIONS. 993
- faim. Iis poursuivent, ils traquent, ils emprisonnent et soumettent à des amendes arbitraires les agents français qui viennent librement contracter avec des Indiens maîtres d'eux-mêmes. Le croira-t-on ? Ce système inquisitorial et Persécuteur n’a pas même été ralenti lorsqu’en Crimée f0s Français versaient leur sang pour assurer à l'Angleterre la sécurité présente et future de son empire d’Orient.
- Ces tristes difficultés ont réussi parfaitement à rendre presque dérisoire la faible immigration d’indiens pour î}os deux colonies.
- Immigrants indiens. A la Martinique. A la Guadelonpt
- En i855 381 437
- En i856 i,53i 1,070
- En î857 i,a34 782
- 3,i 46 2,289
- Imiyiigralion chinoise.
- Jusqu’à ce jour, nos colons n’ont obtenu qu’un nombre Presque nul de Chinois. Il faudrait que nous possédas-S1°ns une île, un port, sur la côte du Céleste Empire, à PlQximité d’une des provinces qui souffrent aujourd’hui Par 1 excès de leur population : là, nous trouverions toute édité d’opérer des emprunts nombreux de travailleurs Îrdeîîigents, actifs et laborieux.
- Immigration africaine.
- Les Anglais nous ont devancés pour tirer parti des tra-Vaüleurs libres d’Afrique. Dès le 3o septembre 1839, lib ^r<^re royai en Conseil autorisait à lever des Africains res dans les établissements anglais de la côte africaine °ccidentaîe. Cette ressource, il est vrai, parut bientôt îîvtboddctiox. 63
- p.993 - vue 618/0
-
-
-
- 994 FORGE PRODUCTIVE
- insuffisante. Dix ans plus tard, on a tiré parti d’environ quatre mille noirs capturés sur des bâtiments négriers et provisoirement déposés à Sierra-Léone, à Sainte-Hélène. On les a transportés, sans demander, dit-on, s’ils y consentaient, dans les colonies des Indes occidentales; et cette opération s’est continuée pendant onze ans. On y joignait des engagés libres, levés surtout à la côte d’Afrique. Par de tels moyens, l’Angleterre a recruté pour ses colonies le ftombre total de 27,200 immigrants africains.
- C’est en i853 seulement que les Français conçurent l’idée d’imiter ce genre de recrutement pour la Guyane et les Antilles. Mais nous n’avions pas, comme les croiseurs britanniques, des nègres capturés par nous, et dont nous pussions disposer en leur disant qu’ils sont libres.
- Une ressource nous restait : c’était de racheter des esclaves au sein de l’Afrique, de leur donner la liberté, de les enrôler à titre d’affranchis et de les conduire dans nos colonies; là, de leur procurer le même bonheur qu’aux Indiens immigrés chez nous et la même liberté civile qu’aux noirs nés Français. Nos essais jusqu’à ce jour ont été bien modérés et resserrés dans un cadre très-étroit.
- Autorités favorables au sein du Parlement.
- Dans le Parlement d’Angleterre, l’opinion des hommes d’état s’est prononcée hautement en faveur de ce moyen < de peupler les colonies tropicales. Il y a déjà onze années» un des orateurs les plus libéraux, je dirais presque n.n radical, Joseph Hume, parlait ainsi dans la Chambre des communes et parlait avec toute l’autorité d’un long séjour dans les Indes : «Il faut acheter des esclaves africains, l^s affranchir et les envoyer dans nos colonies; ce sera servir l’humanité. Des i2,5oo,ooo francs que coûte chaqlie
- p.994 - vue 619/0
-
-
-
- DES NATIONS. 995
- année notre croisière contre la traite, prenez-en la moitié pour acheter des nègres africains dont vous ferez des immigrants. Cette marche aura pour infaillible résultat 1 abolition générale de l’esclavage. » Après des paroles si Peu dubitatives, dans la même seance, une autorité plus haute, plus prudente et tout autrement révérée, celle de Slr Robert Peel, faisaitxentendre ces paroles : «Donnez tous les encouragements en votre pouvoir à l’immigration des travailleurs libres, et n’ayez nul souci d’imputations ^ue vous savez mal fondées. »
- Dans le même ordre d’idées, nous voyons en juin 1857 Une députation de marchands' anglais se présenter chez îeur premier ministre, alléguer l’insuffisance des mesures préventives contre la traite sur les côtes de Cuba et cher-eher un remède souverain au centre même de la difficulté. (!Demandons, disent-ils, des bras libres à l’Afrique; c’est L combinaison la plus efficace pour opérer l’abolition de ^ esclavage. L’esclavage sera, disent-ils encore, abolide fait, |°rsqu’avec l’autorisation supérieure et sous la surveille d’un gouvernement qui, dans ses possessions, pr0-c^me et maintient la liberté des noirs, nous viendrons eUrôler des travailleurs préalablement libérés sur les mar-
- dl À A • .
- es memes qui fournissent les esclaves.» Les journaux plus influents de Londres appuyèrent la proposition Uïle expérience pareille sérieusement essayée.
- Le Times, en faisant entendre son avis approbateur, énonçait 1 qu’une pareille expérience allait être tentée j?ar L France, avec Xautorisation deXEmpereur, et qu’il ne allait pas que les Anglais restassent en arrière.
- L’est alors que le club à'Exeter-Hall a fait entendre ^ïdentes réclamations qu’il a portées jusqu’au Parlement.
- e Finistère, pressé vivement, a presque répondu comme Sil faisait partie des puritains réclamants; il a promis
- 63.
- p.995 - vue 620/0
-
-
-
- FORCE PRODUCTIVE
- 996
- d'éclairer la France, afin quelle n’augmentât pas en Afrique, a-t-il dit, les horreurs de l’esclavage. La France attend cette lumière, sans abandonner son droit sacré de racheter des esclaves et de leur donner, non pas la ser vitude, mais la liberté, le bien-être et la civilisation.
- COLONIES DANOISES.
- Le Danemark est possesseur de'trois îles, Saint-Tho-mas, Saint-Jean et Sainte-Croix; réunies, elles ne couvrent pas vingt lieues carrées.
- TERRITOIRE ET POPULATION.
- SAINTE-CROIX. SAINT-THOMAS. SAINT-JEAN.
- Superficie : hectares 19,250 6,200 5,487 .
- Population : habitants 23,720 13,066 2,228
- Hectares pour mille habitants 812 453 2,462
- Création du port franc de Saint-Thomas.
- Jusqu’en i83'i, ces trois îles, perdues au milieu de ial' chipel Col‘ombien, ne faisaient qu’un commerce sans al1' cune importance. Alors le Gouvernement danois eut l’beU' reuse pensée de mettre à profit la position qu’elleS occupent entre les Grandes et les Petites Antilles, sUl une des routes les plus fréquentées de l’Atlantique. déclara port franc le principal port de Saint-Thomas, a^Jïl d’offrir un marché libre où les expéditeurs d’Améri9ue et d’Europe viendraient échanger leurs produits.
- p.996 - vue 621/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 997
- COMMERCE AVEC LES PRINCIPALES PUISSANCES EN l855.
- PUISSANCES. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS. TONNAGE.
- France francs. 6,474,659 15,231,750 47,448,800 francs. 490,055 2,603,675 1,203,141 tonneaux. 6,743 "
- ^ran de-Breta gn e
- Etats-Unis
- Totaux
- 69,155,209 4,296,871 «
- Extrême inégalité des importations et des exportations.
- Oa sera certainement frappé d’un même fait manifesté dans le commerce des trois principales puissances avec Saint-Thom as. Elles tirent parti de ce port franc pour y c°nduire des quantités considérables de leurs productions; ïïlais elles ne prennent en échange que des chargements ^une valeur Incomparablement inférieure. Sur l’en-semble, les retours n’équivalent pas à la seizième partie dgs apports.
- Les trois puissances préfèrent aller directement dans les P°rts des divers Etats américains; elles y chargent les produits du pays même, au lieu de les payer plus chèrement aÜleurs et de les prendre en main tierce dans un port
- franc.
- Le tableau suivant, relatif à la navigation, donnera ï’idée du commerce fait à Saint-Thomas avec les puis-SaUces secondaires, comparativement au commerce des Puissances principales :
- p.997 - vue 622/0
-
-
-
- 998
- FORCE PRODUCTIVE
- TABLEAC DE LA NAVIGATION DE SAINT-THOMAS PO0R l852.
- ENTRÉES PLUS SORTIES. NAVIRES. TONNAGE.
- France 213 45,579
- Grande-Bretagne 398 92,264
- États-Unis 729 137,941
- Totaux des principales puissances.. 1,340 275,784
- Danemark et Saint-Thomas 142. 31,240
- Hambourg et Brême 99 27,572
- 25 5,135
- Hollande 17 4,258
- 12 3,316
- Espagne 12 2,312
- Totaux. 1,647 349,617
- ILE DE SAINT-DOMINGUE.
- En 1 851, le Palais de cristal présentait dans sa grande nef une montre de joaillerie parisienne qui fixait beaucoup de regards. Lorsque Sa Majesté la reine Victoria et S. A. R. le prince Albert visitèrent l’exposition des Français, ils s’arrêtèrent devant cette montre, qui contenait tous les symboles du pouvoir, confectionnés pour un monarque surgi tout à coup dans le nouveau monde-C’était une couronne fermée que surmontait la crois* emblème de toute puissance; au-dessous, un écusson resplendissant que traversait en sautoir l’épée d’État et même une main de justice : tels étaient les insignes de Faustin I » récent empereur d’Haïti, nègre lui-même et dominateur
- p.998 - vue 623/0
-
-
-
- DES NATIONS. 999
- d’un demi-million d’autres nègres. A cette vue. le Prince-consort et la reine Victoria s’arrêtèrent un moment, échangèrent un regard, puis un sourire, et passèrent.
- Hélas! ces insignes, fabriqués à Paris par la main d’un Français, étaient la seule richesse qui représentât à l’Exposition universelle cette grande île autrefois surnommée le Paradis da nouveau monde. La contrée dont les produits, d y a soixante ans, faisaient l’admiration de l’archipel Colombien , Saint-Domingue, n’avait rien transmis à l’Exposition qui rappelât ses arts disparus et sa richesse anéantie.
- Au centre de cet archipel s’étend de l’orient à l’occident, sur une longueur de i5o lieues, file dont nous devons rappeler les malheurs et mesurer la décadence. La région dé l’ouest, qui porte aujourd’hui le nom d'Haïti, formait autrefois la partie française; la région de l’est formait la partie espagnole, connue maintenant sous le oom de république Dominicaine ou de Santo-Domingo.
- Superficie et population approximative actuelle.
- H ne faut pas espérer pour Saint-Domingue autre ohose que des appréciations approximatives de la population.
- Haïti. Santo-Domingo.
- Superficie.................. 2,743,5oo 4,389,600 hect.
- Population.................. 56o,ooo 200,000 hab.
- Territoire pour mille habitants. 4,899 21,948 hect.
- ANCIENNE COLONIE FRANÇAISE.
- Il y a soixante ans, la colonie française de Saint-Do-^ngue offrait trois grandes divisions établies par la nature et suivies par le Gouvernement.
- La province du Nord bordait la côte septentrionale. Elle
- p.999 - vue 624/0
-
-
-
- 1000
- FORGE PRODUCTIVE
- avait pour chef-lieu la cité du Cap-Français, qui possédait une bonne rade et qui faisait un grand commerce. Vers 1790, cette cité comptait plus de vingt mille âmes. En temps de guerre, le gouverneur général y transportait sa résidence pour se placer au point le plus rapproché de la France.
- Le Cap-Français devait son opulence au voisinage d’une large plaine dont la longueur n’était pas moindre de vingt lieues; elle était consacrée à la culture de la canne à sucre, et l’on ne citait aucune autre contrée tropicale qui, pour la même étendue de territoire, donnât d’aussi grands produits.
- A l’extrémité occidentale de la province du Nord, on trouve l’excellente rade et la ville du Cap-Saint-Nicolas, forte à la fois par la nature et par l’art. Cette position, directement en face de Cuba, commande la passe da Vent, sur Nla route la plus directe pour communiquer entre l’Europe et Panama.
- En doublant le cap Saint-Nicolas on voit se développer un immense golfe de quarante lieues d’ouverture sur une profondeur encore plus grande. Le territoire ayant pour littoral le contour de ce golfe formait la province de VOuest.
- Au fond du golfe s’élève la ville du Port-au-Prince, où le gouverneur général résidait pendant la paix : c’est le port par excellence. A l’orient de cette ville commence une plaine longue de seize lieues, plus large encore que celle du Cap-Français, presque aussi fertile et cultivée avec non moins d’habileté. En avant du Port-au-Prince est située i île des Gonaïves, spacieuse et féconde.
- Enfin, la troisième province était fornâée du territoire dont les eaux descendaient vers le sud, ce qui la faisait nommer province du Sud. Jacmel était son port principal.
- p.1000 - vue 625/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1001
- Destructions de Saint-Domingue.
- Le seul nom de Saint-Domingue rappelle les souvenirs des plus terribles destructions, commencées dès les premiers temps de la révolution française et continuées à travers d’étranges vicissitudes.
- La race blanche, exterminée à trois reprises, de 1791 a i8o3 , a complètement disparu. Les mulâtres, qui dans ta principe croyaient hériter du pouvoir des blancs et devenir à leur tour la puissance dominatrice, haïs, jalousés par les noirs, ont fini par émigrer dans la partie espagnole. Sur notre ancien territoire , il n’est plus resté qu’un peuple nègre, qui n’a cessé d’être esclave que pour devenir serf, sous quelque forme que la puissance, républicaine ou monarchique, ait pesé sur les têtes africaines.
- Pour l’instruction des blancs, des Aoirs et des mulâtres , dans les pays d’Amérique où l’esclavage n’est pas encore aboli,. nous croyons devoir tracer le rapide tableau de l’imprévoyance et des passions qui, sur le sol de Saint-Domingue, ont produit des calamités heureusement sans temple dans le passé d’aucun peuple. Puissent-elles avoir jamais d’imitation dans l’avenir!
- En 1 -789, à 1’ origine de la révolution métropolitaine, tas gens de couleur affranchis étaient, par le seul effet du Sang africain mêlé dans leurs veines, exclus de tous les, e*nplois civils et militaires ; ils n’étaient pas moins exclus <ta la société privée des blancs, qui ne leur épargnaient
- les dédains, ni parfois les outrages. Ils pouvaient cependant posséder des biens-fonds, faire le commerce, exercer des industries et parvenir à la richesse. Mais l’opu-tance, aussitôt qu’ils en jouissaient, rendait plus insupportable l’état dégradé de leur caste.
- Dès les premiers temps de nos troubles civils, on orga-
- p.1001 - vue 626/0
-
-
-
- 1002 FORGE PRODUCTIVE
- nise à Paris la Société, le Club des amis des noirs, à l’exemple du Club de Londres, mais avec une différence profonde qu’il importe de remarquer. L’association anglaise avait pour unique objet d’obtenir l’abolition de la traite, sans prétendre changer l’état social des colonies et leurs conditions de propriété'; elle avait déclaré que, vu l’état d’ignorance et de barbarie où se trouvaient alors les esclaves, un affranchissement actuel ne produirait que le malheur et la ruine. L’association française méprise une telle réserve et réclame à grands cris l’émancipation 1^ plus prochaine, quelles qu’en soient les conséquences.
- A cette époque, au lieu d’établir successivement et de consolider par des lois enchaînées aux mœurs chacune de nos libertés, il paraissait plus philosophique aux théoriciens de la liberté sans limites qu’on proclamât les droits de l’homme et du citoyen, et qu’on les proclamât avec une généralité d’acception qui ne laisserait aucune place aux restrictions, aux atermoiements, aux concessions que pourraient exiger la stabilité de l’Etat et le bonheur de la société.
- Le 20 août 1789, lorsqu’on votait à Versailles la déclaration des droits et des devoirs, personne n’aurait ose prétendre quelle embrassât à l’instant les hommes d’un autre rrïonde et d’un autre état social.
- L’Assemblée constituante ne supposait pas quelle eut le droit de régler à sa volonté l’état des personnes" et Ie régime social dans nos possessions d’outre-mer. Il y a plus; son décret du 8 mars 1790 reconnaît, à cet égard» le droit formel des législatures coloniales.
- Mais les hommes qui dans la mère patrie élevaient l’insurrection au rang du plus saint des devoirs, ceux-la ne pouvaient pas reconnaître une autre sainteté p°ur leur culte des colonies.
- p.1002 - vue 627/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1003
- A peine le décret si sage de l’Assemblée constituante est-il rendu, la Société des amis des noirs combine ses plans d’attaque. Elle choisit un mulâtre pour passer à l’exécution ; lui procure en Allemagne un grade de colonel, afin d’en faire un personnage; l’envoie clandestinement, par les Etats-Unis, avec des armes quelle paye, et jette la guerre sociale dans le nord de Saint-Domingue. Le colonel établit son camp près des montagnes septentrionales, et de là demande impérieusement l’égalité complète, avec tous les droits politiques, pour les gens de sa couleur. H attire à grand’peine une poignée de partisans, qu’il essaye de discipliner et de former au maniement des armes. Il finit par s’adresser aux esclaves, qu’on n’a pas préparés encore à l’insurrection; il est mis en déroute et se sauve avec ses complices dans la partie espagnole.
- Une lutte sans portée, sur laquelle il eût fallu jeter un voile à la fois généreux et sage, rend imprudents les vainqueurs. Ceux des mulâtres qui n’avaient pas pris part au soulèvement, devenus l’objet d’une haine injuste
- de suspicions aveugles, s’arment en plus grand nombre, sont vaincus à leur tour, et s’enfuient vers le même refuge ^ue les premiers révoltés. Il fallait se féliciter que les Principaux coupables eussent fui de la colonie; mais on en réclame avec acharnement l’extradition, et l’on finit pareil mettre vingt à mort, après un long jugement. Cela Se passait en mars 1791.
- A cette époque où Mirabeau, qui se mourait, laissait a Barnave les angoisses du premier rôle et le supplice des retours à la modération, quand les excès seuls étaient Populaires, Barnave présidait le Comité des colonies à I Assemblée constituante. Il déclarait avec sagesse que toute intervention de la métropole dans les discussions entre les blancs et les gens de couleur aurait des résultats
- p.1003 - vue 628/0
-
-
-
- 1004 FORCE PRODUCTIVE
- funestes. Hélas! c’était son tour de ne plus être écouté
- quand il faisait parler la raison pour arrêter les ruines.
- Sous prétexte de réglementer l’exécution du décret sur les colonies en date du 2k mars, l’Assemblée constituante veut imposer les conditions d’électorat à Saint-Domingue, sans consulter la législature coloniale. Une discussion ardente s’élève ensuite à ce sujet; les défenseurs de nos colonies représentent qu’avec de tels actes on en précipite la perte sanglante. Robespierre, alors le lauréat d’un prix pour supprimer à jamais la peine de mort, le philanthrope zélé de la Société des amis des noirs, Robespierre, de sa voix stridente, fait frémir ses partisans mêmes avec ces mots inflexibles comme le destin du mal : Périssent l#s colonies plutôt cjue de sacrifier un iota de nos principes! Bar-nave, au nom du Comité des colonies, s’eflorce en vain de montrer à l’Assemblée constituante les conséquences fatales qui doivent arriver et donne sa démission d’une présidence où le bien est désormais impossible à produire*
- Le 3o juin seulement, Saint-Domingue reçoit le noU' veau décret du i5 mai. Pendant près de deux mois, leS passions toujours croissantes enflamment les deux classes des blancs et des affranchis.
- En présence de ce conflit, la race esclave, hors de tout débat, semble rester immobile; mais, poussée mystérieusement par ses implacables amis, elle prépare en secret ses arguments africains.
- Dans la nuit du 22 au 2 3 août, la veille de la Saint-Barthélémy 1791, les noirs des habitations voisines de la capitale procèdent froidement au massacre des blancs* Toutes les horreurs dont les récits viennent de nous épouvanter dans î’Hindoustan sont commises à Saint-Domingue contre les hommes, les femmes et les enfants; l’externU' nation s’étend même aux familles les plus bienfaisantes
- p.1004 - vue 629/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1005
- et -jusque-là les plus chéries, les plus révérées par les noirs. Cependant les assassinats, les viols et les incendies ne sont pas l’œuvre d’une seule nuit; de proche en proche la barbarie les propage, pendant deux semaines, dans la vaste étendue de la province du Nord.
- Le 2 4 septembre 1791, trente-deux jours après le premier massacre de Saint-Domingue, l’Assemblée constituante, par un sentiment qui l’honore, annule le décret imprudent dont la conséquence avait été si lamentable; die l’annule au moment où les blancs à Saint-Domingue ^acceptaient pour se concilier les libres de couleur et travailler de concert à faire cesser l’effusion du sang.
- A l’instant où le retrait d’une telle concession est connu de la colonie, le soupçon se réveille avec la haine dans le cœur aigri des gens de couleur affranchis, qui croient cpie les blancs sont des traîtres. Ils leur déclarent une guerre à mort; ils se mettent ostensiblement à la tête de ceux des nègres qu’ils parviennent à révolter, pour combattre à la fois et les blancs et les troupes du Gouvernement. Ainsi sont traversés les derniers mois de 1791.
- Six jours avant le 1 o août 1792, sur le bord du volcan dont l’éruption allait ensevelir la monarchie, u*n décret de 1 Assemblée législative abolit les restrictions du 2l\ septembre 1791 et va plus loin que tous les actes précédents. Il donne plein droit d’élection et d’éligibilité non-seulement aux mulâtres, mais à tous les nègres libres : c est un suffrage universel. Afin d’en accélérer le ravage, elle prescrit qu’on procédera sans retard aux élections. Elle évente un autre fléau dont lui sera redevable la Conven-tlQn qui va naître. Elle institue la mission de trois repré-Sentants du peuple à Saint-Domingué; ils vont y porter ta terreur et l’anarchie, au nom du pouvoir législatif. Les triumvirs débarquent en septembre 1792. huit jours
- p.1005 - vue 630/0
-
-
-
- 1006
- FORCE PRODUCTIVE
- après que les massacres des prisons ont cessé dans Paris, faute de victimes; Saint-Domingue aura de plus nombreux supplices.
- En 1793, les triumvirs ne trouvent pas les blancs assez courbés sous la terreur ; ils finissent par appeler dans la cité du Cap-Français, épargnée jusqu’alors, une masse d’esclaves révoltés à leur instigation. Ces nègres égorgent les blancs, sans exception ni d’âge ni de sexe; non satisfaits du pillage, ils détruisent par le feu cette capitale naguère si florissante, la plus civilisée, la plus magnifique et l’une des plus peuplées qui fussent alors dans les Antilles.
- Je ne pousserai pas plus loin le récit de ces horreurs insensées. A Paris, la Convention nationale, enhardie dans ses actes, finit par décréter, sans indemnité, l’émancipation des noirs. L’affranchissement s’achève à Saint-Domingue ainsi qu’il avait commencé, dans des flots de sang-.
- Pour profiter de l’anarchie, en 1794, les Anglais essayent de conquérir la colonie ; leurs efforts échouent. Une armée de noirs, aveè des gens de couleur pour officiers, s’organise par degrés; le nègre Toussaint-Louverture en devient le chef, et prend vis-à-vis de la France une attitude beaucoup trop semblable à l’indépendance.
- La mer rendue libre par la courte paix d’Amiens, Ie Premier Consul, au lieu d’envoyer à Saint-Domingue un de ses lieutenants les plus illustres et les plus faits pour dominer les esprits, envoie le moins éminent de ses beaux-frères; l’infortuné, joué par les noirs, périt victime du climat, comme la fleur de son armée. La guerre ma' ritime empêche qu’on fasse partir des renforts indispensables, et file est à jamais perdue pour la France. v* Les nègres, restés les maîtres, unis à ceux des mulâtres qui n’ont point péri dans une guerre sociale de quatorze
- p.1006 - vue 631/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1007
- années, forment la république d’Haïti, qui devient un moment Empire et redevient République jusqu’en 1849. Alors, comme nous l’avons dit plus haut, commence la faible et misérable monarchie de Faustin Ier.
- Agriculture et commerce.
- Si la nature avait beaucoup fait pour Saint-Domingue, les Français avaient dignement secondé la nature. Ils avaient tiré le meilleur parti de la fécondité du sol par l’irrigation des plaines; irrigation si bien entendue, quelle ne cessait pas même à l’époque des sécheresses. Aussi la récolte de la canne à sucre était presque double de celle que les Anglais obtenaient à la Jamaïque. Un certain Nombre de planteurs se bornaient à produire le sucre brut appelé moscouade; mais les plus riches, les plus intelligents , fabriquaient le sucre terré,
- La culture ensuite la plus productive était celle du caféier. On plantait cet arbrisseau sur les collines et sur versant des montagnes qui bordent les riches plaines et leur procurent le bienfait des eaux d’irrigation.
- Une autre culture, introduite avec un rare succès, était celle de la plante d’où l’on extrait l’indigo. Les grandes Jtides et toutes les autres contrées tropicales livraient à ^Angleterre un tiers seulement d’indigo de plus que la Production du Saint-Domingue français!...
- On ne négligeait pas la récolte du cacao, quoiqu’elle °ût peu d’étendue.
- Sans pousser plus loin cette énumération, nous allons Présenter le tableau des principaux objets exportés en *789, avec les valeurs totales pour 1789 et pour 1792 , ^ dernière année de paix et d’un commerce prospère.
- p.1007 - vue 632/0
-
-
-
- 1008
- FORCE PRODUCTIVE
- EXPORTATIONS DE SAINT-DOMINGUE EN 1789.
- OBJETS. QUANTITÉS. VALEURS. PRIX DU Kl EN 1789. LOGRAMME en i855.
- kilogrammes. francs. fr. c. fr. c.
- | Sucre 69,064,900 122,670,781 1 78 0 65
- Café 37,611,600 51,890,748 1 38 1 13
- Coton. 3,428,660 17,572,252 5 13 1 65
- Indigo. 371,356 10,875,120 29 28 12 18
- Cacao Produits divers Total ( 1789).. Total (1792).. 73,427 120,000 2,231,166 205,360,067 239,434,000 1 63 1 50
- On remarquera, clans ce tableau, que la valeur des produits divers qui ne sont pas énumérés entre seulement pour un centième dans le total des exportations. Ce fait démontre le peu d’importance des cultures commerciales que nous n’avons pas énumérées.
- Exportations évaluées par habitant.
- La valeur des exportations, en 1789, s’élève par habitant à 382 francs.
- En 1792, même en admettant que trois années d’il11' migration aient accru sensiblement la population de race africaine, le montant des exportations peut être évalue6 en nombre rond à quatre cents francs par habitant.
- Actuellement, présentons les résultats du commerce de l’année 1801, lorsque la colonie française était coUr' bée sous l’autorité du sabre de Toussaint-Louverture.
- p.1008 - vue 633/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- t
- 1009
- EXPORTATIONS EN l8oi.
- OBJETS. QUANTITÉS. VALEURS. 1 PRIX du KILOGRAMME.
- kilogrammes. francs. fr. C.
- Sucre 12,988,600 31,091,772 2 39
- Café. . . 14,446,660 19,929,914 1 38
- Coton 1,062,450 5,445,175 5 13
- Cacao. .. . 264,353 432,038 1 63
- ®°is divers 6,773,951
- Autres articles 1,195,329
- . Valeur totale 64,868,179
- —
- La valeur totale des objets exportés était diminuée de Pres des trois quarts dans le court laps de temps écoulé 1792 à 1801. La diminution aurait été beaucoup plus §rande si le prix des sucres, en 1801, n’avait pas à peu près doublé par l'effet des guerres maritimes.
- > Après l’expulsion complète des Français, l’État d'Haïti, le nom que choisissent les insurgés, cet État continue °nrir un commerce de plus en plus faible.
- En 1819, sous le gouvernement de Henry Christophe, exportation s’élève seulement à i2,o38,6oo francs.
- Une ère moins défavorable semble commencer sous a<Wnistration du président Boyer-, les exportations remontent, en 1824, au chiffre de 22,410,000 francs. . *les tombent ensuite à des degrés qui semblent presque fables, et qu’on porte seulement, pour 1828, à ’ *33,650 francs. *
- ^ Sans nous arrêter davantage à contempler cette déca-ence graduelle, transportons-nous au milieu du siècle et
- introduction.
- 64
- p.1009 - vue 634/0
-
-
-
- 1010 FORCE PRODUCTIVE
- donnons les quantités ainsi que la valeur des principales
- denrées exportées des deux États de Saint-Domingue.
- EXPORTATIONS DE SAINT-DOMINGUE EN 18/19.
- OBJETS. QUANTITÉS. VALEURS. PRIX du KILOGRAMME*
- Sucre kilogrammes. francs. fr. c.
- Indigo - " H
- Café 14,983,100 16,959,200 1 13
- Coton 266,355 129,443 0 86
- Cacao 4,043,770 3,283,390 0 81
- Campêche et autres. 42,371,370 5,577,920 0 13 16/100
- Acajou 1,051,610 2,884,945 0 27 44/100
- Gaïac 198,447 23,813 0 13 16/100
- Total 28,858,711
- Nous résumerons par deux chiffres déplorablemei^ significatifs l’appauvrissement de Saint-Domingue apreS l’extermination de la race blanche :
- ' Exportations par habitant à deux époques.
- En 1792................................. 4oo francs.
- En 1849................................. 4o francs.
- Loin de souhaiter aucun mauvais succès à l’emp1I,e d’Haïti, nous formons le vœu que son commerce n’éprouVe plus aucune diminution, et, s’il se peut, qu’il prenne marche progressive obtenue par un travail moins ind°' lent de sa population.
- p.1010 - vue 635/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1011
- A iexception des États-Unis, les principales paissances distinguent pas dans leurs tableaux de commerce les deux Etats d’Haïti et de Santo-Domingo.
- COMMERCE DES PRINCIPALES PUISSANCES AVEC LES DEUX ETATS DE L’ÎLE DE SAINT-DOMINGUE EN 1855.
- IP
- IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- France. . 7,101,722f 13,303,670f
- ^ande-Bretagne 4,003,200 1,815,500
- Etats-Unis 11,997,228 13,966,193
- Totaux 23,102,150 29,085,363
- RÉPUBLIQUE DOMINICAINE.
- Avant 1790, la partie espagnole de Saint-Domingue e^t incomparablement la moins avancée ; pour une étendue du territoire, elle était de beaucoup la m°ins peuplée.
- Mais, quand la colonie française fut déchirée par les ey°lutions, la colonie espagnole continua de rester en
- etT' CG c^ez e^e <Ilie *our ® tour ^es §ens de couleur es blancs cherchèrent un refuge.
- É indépendance des nègres d’Haïti pleinement confinée, ils ont réagi sur les nègres espagnols et les ont Passes au soulèvement. Les deux contrées, en 1820, par ne plus former qu’un seul État. En 1822, ^ grand nombre de blancs revenus dans la partie occidentale ont émigré dans la partie orientale et s’y sont Xes> au grand avantage de celle-ci. Un quart de siècle cl%S Gn l’ancienne colonie espagnole a pro-
- ^ son indépendance en prenant le titre de République
- 64.
- p.1011 - vue 636/0
-
-
-
- 1012 FORCE PRODUCTIVE
- Dominicaine. Elle a pour capitale la ville maritime de
- Santo-Domingo, sur les côtes du sud.
- Quoique la population d’Haïti soit presque triple de celle des Dominicains, ces derniers, attaqués injustement, ont su se défendre et battre leurs ennemis. L’empereur Faustin Ier s’est vengé de sa défaite en mettant a mort un grand nombre de ses sujets, pour leur ôter la pensée d’exprimer le plus léger mécontentement.
- Vœu relatif au commerce de Santo-Domingo.
- Nous aurions voulu pouvoir présenter le tableau coin-paratif de la population et du commerce opéré d’un côte par l’empire d’Haïti, de l’autre par la république Domina caine. Mais, jusqu’à ce jour, la plupart des puissances ne distinguent pas dans leurs états officiels les importations et les exportations particulières à ces deux groupes de populations.
- Terminons en exprimant le vœu qu’à l’exemple des États-Unis la France et l’Angleterre, dans leurs états o$' ciels, présentent à part les résultats commerciaux de la république Dominicaine : elle a plus d’avenir que l’empire ignare et sanguinaire d’Haïti.
- Produits de l’Etat dominicain.
- Les Espagnols avaient autrefois exploité des mines dV» d’argent et de mercure qui pourraient être reprises; 00 pourrait également exploiter le cuivre et le fer.
- La plus grande et plus belle partie des bois si pl’e' cieux pour l’ébénisterie, dont nous avons signalé l’exp°r' tation sous le titre de Saint-Domingue, sont coupés dan5 les forêts de la partie espagnole. Ces mêmes forêts offt*1'
- p.1012 - vue 637/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1013
- raient des ressources importantes pour les constructions ^avales.
- Dès le xvif siècle, les Espagnols avaient beaucoup Multiplié le gros bétail; c’est encore une richesse impor-tante, au point de vue pastoral, pour un Etat de faible Population.
- La république Dominicaine n’a pas complètement abandonné, comme l’Etat d’Haïti, la culture du sucre.
- Le tabac dominicain.
- La culture principale, au point de vue du commerce, est celle du tabac. On le produit surtout dans le départe-^ont du Cibao.
- Aujourd’hui les fabricants de la Havane recherchent k tabac dominicain de l’espèce appelée capa, quoiqu’il ne Poisse entrer qu’en contrebande.
- Dans la plupart des Antilles, le créole est censé con-s°mmer des cigares de la Havane : ceux qu’on destine à usage sont pour la plupart faits avec des rognures es leuilles enveloppes, qu’on recouvre d’une feuille brille de capa ; de tels cigares, sans être d’un -goût très-relevé, sont néanmoins fort agréables au consommateur.
- Dn exporte le tabac dominicain par suron, qui pèse un emi ~quintal métrique et contient 8 à io manojos. La JIUantité totale exportée va de 20 à 2 5 mille quintaux.
- . °rs du transport en Europe, le tabac perd quelquefois J^squà seize centièmes de son poids.
- Exploitation de l’acajou, dominicain.
- ^ acajou m*s en œuvre Par l’Europe est tiré aint-Domingue et surtout de l’Etat dominicain, côtes
- p.1013 - vue 638/0
-
-
-
- 1014 FORGE PRODUCTIVE
- de l’est et du sud. Malheureusement l’exploitation se fait sans système régulier et suivant le caprice des bûcherons, d’où résulte beaucoup d’irrégularité dans les quantités offertes à l’exportation. Afin d’y remédier, d’habiles négociants ont entrepris la coupe de ce bois précieux, qu’alors ils achètent sur pied. /
- Une manœuvre difficile est celle d’embarquer d’énormes billes d’acajou, sur une côte si dangereuse qu’on l’a surnommée la Côte de fer. A l’embouchure des rivières ou le bois est descendu, les marins forment des radeaux de cinquante à soixante pièces; ils les remorquent en rade jusqu’à leur navire. Presque toujours la mer agitée rend pénible et dangereux de bisser les billes à bord.
- Le Havre est le port principal où sont envoyés les acajous pour la France et le continent. En expliquant les docks de Londres j’ai décrit le bel établissement des hangars où ces bois sont mis en réserve et manœuvrés avee un art infini1.
- Les bois les plus pesants et les plus forts sont transportés en France; les plus volumineux le sont en Angle terre. En ce dernier pays on les emploie sous forme maS' sive, pour ces larges et belles tables à manger qu’on découvre au dessert, pour les grands dressoirs et les meubleS somptueux. La France, avec sa précieuse ébénisterie, falt principalement servir l’acajou pour le placage. Elle a per fectionné le sciage de ce bois, à la mécanique, au poi*d d’obtenir des feuilles de la largeur la plus considérable parfaitement régulières, et n’ayant d’épaisseur que deux tiers d'un millimètre.
- Il fallait obtenir des feuilles aussi minces, pour qn’orl pût produire des meubles dont les prix ne fussent paS
- 1 J’ai donné te premier ta description du système des mécanise1^ indiqués ici, dans la Force commerciale de la Grande-Bretagne ; 2 vol. i°'^
- p.1014 - vue 639/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1015
- exorbitants, quoique le bois débité pour le placage dont on les recouvre, s’il est d’une beauté parfaite, soit payé jusqu’à 4oo francs le kilogramme : deux fois le prix d’un kilogramme d’argent !
- L’ébénisterie française attache surtout du prix à l’acajou ronceux, qu’on croit à tort débité vers la racine de 1 arbre. C’est à la fourche des branches principales sur le honc que se trouvent les plus belles variétés de formes et de nuances, et ces bizarres dessins naturels que les ébé-nistes ont nommés lajleur. L’irrégularité même de la di lution des fibres rendrait cette précieuse partie de l’acajou tr°P cassante, si l’on s’en servait pour certains ouvrages Passifs, si l’on en faisait des pieds ou des bras contournés, des dossiers de fauteuils, de canapés, etc. Aussi a réserve-t-on pour le placage, et c’est en France qu’on Peut la payer tout son prix, parce qu’on sait lui donner toute sa valeur.
- Les ébénistes estiment ensuite les acajous mouchetés ou ^irés, précieux pour les surfaces apparentes des meubles e dimensions considérables.
- Le commerce distingue l’acajou le plus estimé, qu’il ^Ppelle acajou de Saint-Domingue, ce qui veut dire ici de a*ito-Domingo, et l’acaiou des Gonaïves, tiré de l’occi-de« d'Haïti.
- INDES OCCIDENTALES ESPAGNOLES.
- Les Espagnols, au commencement du xixe siècle, P°ssédaient les plus belles et les plus vastes parties des U x Amériques. A présent leur empire est réduit à deux Luba et Porto-Rico, qui ne contiennent pas la cen-partie du territoire perdu.
- ar une compensation singulière, les malheurs des
- p.1015 - vue 640/0
-
-
-
- 1016 FORCE PRODUCTIVE
- deux mondes se sont réunis pour ajouter à 3a fortune de
- ces îles.
- Lorsque, de 1808 à 1814, l’Espagne luttait afin de conserver son indépendance nationale, ses provinces et ses ports tombaient tour à tour entre les mains des envahisseurs. Une cité restait imprenable : c’était Gadix, le principal et presque le seul port au moyen duquel les deux îles américaines entretinssent des relations commerciales avec l’ancien monde. Cadix sauvé, rien n’était changé dans ces relations avec la métropole. A la même époque, les Espagnols qui désertaient la terre natale afin de fuir les calamités de la guerre et les persécutions, ceux-là se réfugiaient de préférence dans l’une ou l’autre de ces grandes Antilles; de là, le retour à la mère patrie leur semblait plus prompt et plus facile.
- Après la paix générale, qui devint pour le continent de l’Amérique espagnole l’occasion d’une révolte universelle et de maux infinis, les adhérents de l’Espagne repoussés du continent, depuis le Mexique et le Chili jusqu’à Bue' nos-Ayres, trouvaient dans les deux îles, dont la fidélité restait inaltérable, la paix, l’abondance et la sécurité.
- Nous allons expliquer les faits qui constatent cette prospérité toujours croissante. Nous commencerons pal l’île la plus étendue, la plus opulente et la plus peuplée*
- ÎLE DE CUBA.
- Aucune des îles qui forment l’archipel des Antilles n’est comparable à Cuba pour la grandeur du territoire* Si l’on réunissait la Sardaigne, la Corse, la Sicile et Candie, les quatre îles les plus grandes delà Méditerranée* l’ensemble n’égalerait pas en superficie la seule île de Cuba. Du côté du nord-ouest, son littoral se présente a
- p.1016 - vue 641/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1017
- 1 issue du golfe du Mexique. Sur la circonférence de cette ttier intérieure, ce littoral occupe un espace d’au moins 80 lieues, depuis le promontoire de Saint-Antoine jusqu’à Ce3ui de la Havane.
- Entre le cap Saint-Antoine et la côte mexicaine d’Yuca-*an, le détroit d’occident, qui conduit au golfe, n’a pas ftioins de ko lieues de largeur; entre ia Havane et la floride, l’ouverture orientale du golfe du Mexique est 5o lieues. Je cite avec intention ces distances, afin apprécie les doléances de certains voisins, tels que Ceux, par exemple, de la Louisiane. Malgré ces passages °uverts sur des largeurs de ko à 5o lieues, ils se disent emprisonnés par l’île de Cuba dans le golfe qu’ils considèrent déjà comme leur proie inévitable, quoiqu’ils Paient pas encore envahi la moitié du littoral.
- A l’orient de ce golfe, l’île de Cuba s’avance au milieu ^es Antilles; elle figure un grand arc dont la convexité, ^oi regarde le nord-est, fait face à l’Europe. Cet arc pré-sente un développement d’environ 3oo lieues.
- Au point de la côte de Cuba le plus avancé vers le üord, s’élève la cité de la Havane. Cette ville est presque Sltuée sur le cercle tropical de notre hémisphère, qui termine une zone torride et qui commence une zone
- tempérée.
- Du côté du midi, le cap Santa-Cruz, le plus rapproché de 1 équateur, en est pourtant à 20 degrés. Cuba, si je Puis ainsi m’exprimer, est la moins torride et la plus tem-Vérée des Antilles, les petits îlots des Bahamas exceptés. Rapprochons maintenant la population et la superficie 1 île de Cuba. Le dernier recensement officiel dont détails nous soient connus mérite une attention particulière.
- p.1017 - vue 642/0
-
-
-
- 1018
- FORCE PRODUCTIVE
- Recensement de Cuba en 1850.
- Natifs d’Espagne... Troupes et marins. Créoles blancs. ... Etrangers blancs. . Pooulation flottante
- i.
- Mulâtres libres....
- Noirs libres........
- Mulâtres esclaves.., Noirs esclaves......
- 35,ooo\ 23,0001 520,000) io,56ol 17,000/ 118,200) 87,370} 11,100) 425,000!
- 6o5,56o
- 205,570
- 436,ioo
- Population totale
- 1,247,230 1,247,230
- Le recensement de 1856 ofFre un résultat très-supérieur; on en jugera par le tableau suivant :
- Territoire et population en 1856.
- Superficie......................... 9,772,200 hectares.
- Population........................ 1,449,462 habitants.
- Territoire pour mille habitants... 6,742 hectares.
- Vu la fertilité de son territoire, Cuba pourrait aisément nourrir six fois le nombre actuel de ses habitants» c’est-à-dire la moitié du peuple de l’Espagne. Elle a donc un grand avenir ouvert à tous les progrès et des hommes et des choses. C’est précisément ce qui la rend un objet de convoitise pour des voisins ambitieux.
- L’étude comparée des trois classes de la population cubanaise, libres, esclaves, affranchis, mérite une étude approfondie. Je la commencerai par les esclaves et la terminerai par les personnes libres de fait ou d’origine.
- p.1018 - vue 643/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1019
- Les esclaves.
- Ce sont les esclaves qui par leur grand nombre, par 1 énorme produit de leur travail et parle bas prix de leur entretien, font de Cuba la proie la plus désirable chez certains peuples, la
- derniers ont tout essayé pour empêcher l’accroissement du Nombre des noirs, en se faisant les grands prévôts et les gendarmes de la traite déclarée piraterie. Jusqu’à ce jour ds n’ont réussi que très-imparfaitement.
- Trois recensements importants font connaître le Nombre des esclaves pour le demi-siècle dont nous poursuivons l’examen :
- plus haïssable chez certains autres. Ces
- Époques.........
- Esclaves........
- 1791 1817 i85o
- 84,590, 199,145 436,ioo
- Si nous calculons une seule et même progression, de *79* à 181,7, et prolongée jusqu’à 1820, époque où le commerce de la traite est interdit par le roi d’Espagne, u°us offrirons les résultats qui suivent comme très-Propres à représenter le véritable état des choses, quant au nombre des esclaves :
- Époques......... 1800 1820
- Esclaves........ io5,o57 214,061
- i85o
- 436,ioo
- Nous pouvons maintenant faire connaître le mouvement comparé du nombre des esclaves pendant les deux epoques mises en parallèle.
- p.1019 - vue 644/0
-
-
-
- 1020
- FORCE PRODUCTIVE
- MOUVEMENT DE LA. POPULATION ESCLAVE, DE 1800 À 1820 ET DE 1820 À l85o.
- ÉPOQUES ACCROISSEMENT TEMPS NÉCESSAIRE
- ANNUEL POUR DOUBLER
- DIFFÉRENTES. par cent mille esclaves. le nombre des esclaves.
- 1”. La traite permise 2,437 28 ans 7 mois.
- 2e. La traite interdite 2,400 29 2 1/2.
- On voit par ces résultats que la suppression de la traite légale n’a produit qu’un ralentissement, pour ainsi dire» insensible sur le progrès du nombre des esclaves ; ce qu’on peut expliquer de deux manières : d’abord, du côté Ie moins honorable, en admettant que la traite ait à très-peu près donné le même recrutement par la contrebande, de 1820 à i85o, quelle avait donné sous le régime légaL de 1791 à 1820; ensuite, du côté qui plairait Je plus au* cœurs généreux, en admettant que des soins plus atteii' tifs et plus humains ont ménagé la vie des noirs, ont favO' risé leur reproduction, et qu’on est parvenu de la sorte à compenser la diminution d’un recrutement rendu pluS difficile et plus dispendieux. La vérité se trouve entre ces deux hypothèses, et malheureusement plus voisine de la première, c’est-à-dire de la moins satisfaisante.
- Il est intéressant de comparer les progrès annuels du nombre des esclaves aux Etats-Unis, où la traite n’existe plus depuis 1808, avec les résultats qui viennent detre indiqués pour file de Cuba.
- p.1020 - vue 645/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1021
- Accroissement comparé du nombre des esclaves, 1° à Cuba, 2° aux États-Unis. y
- l,e PÉRIODE : LA TRAITE LÉGALEMENT AUTORISÉE.
- ACCROISSEMENT TEMPS NECESSAIRE
- PAYS. ANNUEL POUR DOUBLER
- par cent mille esclaves. le nombre des esclaves.
- Cuba 2,437 28 ans 7 mois.
- États-Unis 2,699 26 1
- !=-— :
- Nous n’apercevons rien qui doive ici nous étonner, lorsque la traite était légalement autorisée dans tout le Nouveau monde, le progrès de la population esclave était peu plus grand aux États-Unis; là se montrait la supériorité des efforts de la race saxonne, plus commerçante , plus active et plus âpre au gain que ne l’est la race espagnole.
- 2e PÉRIODE : LA TRAITE LÉGALEMENT INTERDITE.
- ACCROISSEMENT TEMPS NÉCESSAIRE
- PAYS. ANNUEL POUR DOUBLER
- par cent mille esclaves. le nombre des esclaves.
- -
- Cuba.. 2,400 t 29 ans 2_mois 1/2.
- Etats-Unis 2,511 28
- Cette seconde période mérite de fixer notre attention ^a plus sérieuse. Ici les Etats-Unis s’interdisent conscien-Cleusement la traite. Us n’en ont pas subi la suppression Malgré eux; ils n’ont cédé ni aux obsessions ni aux me-
- p.1021 - vue 646/0
-
-
-
- 1022 FORCE PRODUCTIVE
- naces de l’Angleterre; ils ont eu la prudence et la dignité de ne la stipuler dans aucun traité diplomatique. l’ont votée simplement, noblement, comme une loi de
- leur grande confédération. Malgré cette interdiction toute volontaire, et par là d’autant mieux observée, le progrès annuel du nombre de leurs esclaves continue d’être supérieur à celui des esclaves dans file de Cuba, bien que Cuba continue la traite en contrebande avec opima* treté.
- Ici tout l’avantage et tout l’honneur sont du côte de la puissante République; il faut, sur ce point, la prendre pour modèle.
- Un des malheurs de la traite, c’est quelle introduit beaucoup plus d’hommes que de femmes. Mac Gregor rapporte un recensement de Cuba qui présenterait 275,382 nègres mâles esclaves et seulement i5o,i39 eS' claves négresses. C’est une énorme disproportion, inse parable d’ailleurs de la démoralisation la plus depl° râble. A Cuba, les femmes devraient être délivrées de tout travail pénible, réservées seulement pour produire beau coup d’enfants et consacrées à l’unique soin de les élever-Dans le désespoir de faire comprendre, et surtout accep ter, un autre langage aux gens qui ne voient qu’un beta dans la race noire, considérez au moins, leur dirons nous, les mères laitières africaines comme des anima*1* qui peuvent doubler, tripler votre capital bestial en p d’années, si vous les ménagez avec des soins dont ll0 telligence égale la cupidité.
- Des faits qui précèdent nous croyons pouvoir ia conséquence qu’aux Etats-Unis la reproduction de race noire est incomparablement plus favorisée qu a uu Nous tirons une autre conséquence tout à Ihonn _ des Etats-Unis. Pour que la race noire puisse multip
- p.1022 - vue 647/0
-
-
-
- 1023
- DES NATIONS, avec tant de rapidité dans cette Confédération, sans aucun secours de la traite, il faut que les esclaves y soient nourris avec abondance et qu’ils ne soient pas accablés de travail; car rien ne nuit plus au progrès de la population qu’un labeur excédant la force des travailleurs.
- H ne faut pas qu’on cherche à se faire illusion d’après ta pensée que les noirs sont traités par les maîtres avec plus de familiarité, plus de douceur, à Cuba. Cela doit s entendre surtout des esclaves employés au service des personnes. Mais le plus grand nombre, qui passe sa vie a ta culture des terres, celui-là, conduit par des commandeurs avides et sans pitié, doit suffire à des travaux qui durant certaines saisons passent les justes bornes.
- Dans l’intérêt même du possesseur d’esclaves, mais avant tout dans l’intérêt de l’humanité, il faudrait pour-suivre à Cuba deux ordres de mesures rassurer aux noirs Une nourriture dont l’abondance et la qualité ne laissent rien à désirer ; faire disparaître inflexiblement tout e*cès de travail. On obtiendrait ce dernier résultat au u^nyen d'inspecteurs créés par l’État, comme le sont en Angleterre les inspecteurs qui protègent la santé, la vie des femmes et des enfants employés aux manufactures.
- Alors la traite pourrait, je ne dis pas seulement sans inconvénient, mais avec un véritable avantage, cesser dans la grande île espagnole. Alors des travailleurs non Clvilisés, non chrétiens, ne seraient plus chaque année étalés à ceux que l’île a vus naître et dont les mœurs se s°nt adoucies par la coexistence avec la race européenne.
- D’est au Gouvernement de l’Espagne à prendre ces obligations en sérieuse considération, pour les faire servir bien de l’humanité; elles rendraient plus honorables plus pacifiques les relations de ses colonies d’Amérique &Vec la Grande-Bretagne.
- p.1023 - vue 648/0
-
-
-
- 1024 , FORCE PRODUCTIVE
- Les Anglais éprouvent deux grandes sollicitudes à l’egard de ces îles : d’une part, ils redoutent que tôt ou tard les États-Unis ne les annexent à leur Confédération; de l’autre part, ils s’indignent quelles prospèrent à l’aide d ouvriers non libres. Us sont exaspérés par la pensée que la contrebande fait arriver à Cuba, à Porto-Rico, des Afr1' cains, source d’opulence et de supériorité pour ces îles* La vigilance la plus active des croiseurs anglais sur leS côtes d’Afrique n’a pas réussi parfaitement à suppriiuer l’odieux trafic de la traite; cependant, chaque année, la fraude est plus difficile et par là plus onéreuse.
- Dans l’intérêt de l’humanité, ne nous lassons pas le redire : l’exemple des Etats-Unis suffit pour démontrer qu’avec un aussi vaste territoire que les Espagnols eu possèdent dans l’Atlantique, s’ils élevaient,, s’ils nourri5 saient leurs esclaves avec autant d’abondance et de soi° que le font les planteurs des États-Unis, leurs noirs peU pleraient avec autant de rapidité.
- Le Gouvernement espagnol aura moins à faire qu’aucun autre dans le dessein d’élever par degrés l’état civil de5 esclaves, et de les appeler à posséder la terre aussi*0*' qu’ils seront assez avancés en civilisation pour sentir nécessité d’un travail spontané qui corresponde al1* besoins de toute société perfectionnée.
- Des affranchis.
- Nous allons rapprocher, d’après le recensement cité, les individus étrangers à la race blanche, chez seules nations américaines qui possèdent encore des claves.
- p.1024 - vue 649/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1025
- PARALLÈLE DES AFFRANCHIS ET DES ESCLAVES EN t85o.
- 1 CUBA. ÉTATS-UNIS.
- { Mulâtres Affranchis | 118,200 159,095
- 1 ( Noirs 87,370 275,400 |
- I M ulâ très Esclaves 1 11,100 246,656 I
- 1 . { Noirs 425,000 2,957,657
- 1 Totaux 641,670 3,638,808
- Nous rendrons ces nombres facilement et fructueuse-Iïlent comparables, au moyen du tableau suivant.
- PROPORTIONS POUR 100,000 PERSONNES DES RACES NOIRE ET MÊLÉES.
- CUBA. ÉTATS-UNIS.
- ( Mulâtres Affranchis ] 18,420 4,372
- ( Noirs 13,616 7,568
- r, , l Mulâtres. Esclaves. . | 1,730 . 6,778
- ( Noirs 66,234 81.282
- Totaux 100,000 100,000 J
- On le voit': sur cent mille personnes qui n’appar-tlennentpas à la race blanche, le total des mulâtres, libres °u non, s’élève à 2 0,i5o dans Cuba, et seulement à 1 Ci5o aux États-Unis. Par conséquent, dans ce dernier le rapprochement illicite des races produit par le lbertinage un effet moindre de moitié que dans file espagnole.
- INTRODUCTION.
- 65
- p.1025 - vue 650/0
-
-
-
- 1026 FORGE PRODUCTIVE
- La disproportion est beaucoup plus considérable en faveur des mœurs des Etats-Unis, lorsque l’on compare Ie nombre des mulâtres avec celui des blancs qui vivent dans la même contrée que les esclaves.
- l
- Nombre de mulâtres pour cent mille blancs.
- A Cuba. Aux Etats-Uni®-
- Mulâtres libres................... a. 9,519 2,64o
- Mulâtres esclaves................... 2,206 ' 4,087
- Totaux................. 21,725 6,727
- S’il est honteux pour Cuba de compter un aussi grand nombre de mulâtres, fruits de plaisirs illégitimes, °n aime du moins à reconnaître chez la race espagnole cette puissance de la voix du sang qui ne laisse à l’état des-clave qu’un enfant naturel sur dix-, tandis qu’aux États-Unis les blancs tiennent en esclavage les deux tiers de leurs bâtards de sang mêlé. C’est la honte des Angl°'
- Américains.......Mais comment avoueraient-ils pour e0'
- fants, pour frères et pour neveux, ces rejetons qu’ils ne regardent qu’avec horreur et mépris, parce que le sang du nègre est une fois entré dans leurs veines !
- En faveur des îles espagnoles, il faut citer avec un juste éloge le droit qu’a tout esclave d’obtenir sa liberté dès le moment qu’il peut payer sa rançon, équitablement évaluée : droit précieux qui n’existe pas aux Etats-Un15, Des blancs, même en Russie, même en Pologne, lorsqu1 sont serfs, n’ont pas ce droit précieux que la loi garanti aux nègres de Cuba et de Porto-Rico.
- Il y a plus. Longtemps avant que l’esclave ait econo misé le prix entier de sa liberté, s’il est laborieux, il c°n vient avec le maître, pour son restant à payer, d’un reIïl
- p.1026 - vue 651/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1027
- •koursement graduel que complétera l’affranchi. La bonne foi mutuelle sert de garant à ce pacte digne d’éloges.
- Lorsque les Anglais et les Français s’occupaient d’amé-iiorer le sort des esclaves dans leurs colonies, pour arri-Ver prochainement à l’émancipation, c’est aux îles espa-§n°les qu’ils empruntaient des mesures qu’avait dictées fo Gouvernement métropolitain, mesures qui s'accordant avec les mœurs des créoles.
- Je regrette vivement de n’avoir entre les mains aucun document, d’époque récente, sur le nombre des enfants et des mariages pour les diverses races à Cuba; ces documents jetteraient une vive lumière sur le sort des indiqua de chaque couleur et sur l’avenir de la colonie.
- La race blanche.
- A Cuba, les blancs sont plus nombreux que les noirs. u&ns aucune des Antilles, françaises, anglaises, hollandaises, nous ne trouvons la race européenne en proportion aussi grande, lorsqu’on la compare avec la race africaine; c’est une garantie puissante pour le maintien e fo paix intérieure.
- Nous remarquons, en second lieu, la faible proportion es étrangers domiciliés; ils sont seulement la cent-ving-partie de la population. L’unité nationale se trouve ?lns* conservée, et l’unité des croyances reste inviolable.
- e Peuple entier est catholique. Le langage, les mœurs et >ut la foi contribuent à repousser toute idée d’asser-VlSsement ou de simple annexion par des puissances pro- ' forantes. II ne s’agit pas ici de tolérance idéale et de Perfection philosophique. Pour la race espagnole, d’autres Sentiments, au point de vue de l’indépendance nationale , 0lît un besoin de vie ou de mort, en face des États-Unis.
- depuis quelques années, les habitants de Cuba se sont
- p.1027 - vue 652/0
-
-
-
- 1028
- FORCE PRODUCTIVE
- efforcés de remplacer la traite des noirs par des enga* gements libres d’Européens, empruntés surtout aux îleS Açores; mais ils n’ont trouvé là que de faibles ressources.
- Tournant ensuite leurs regards du côté de l’Asie, d5 ont engagé des Chinois, race active, laborieuse et dune rare intelligence, mais difficile à régir, et qui plus d’une fois s’est révoltée contre les blancs qui les transportaient en Amérique : ils ont une adresse singulière pour assas* siner équipage, officiers et capitaine. Si l’on voulait êti’e équitable, il faudrait mettre en parallèle, d’un côté ïe crime, exécrable sans doute, et de l’autre les séviceS fréquents d’une avarice sans pitié. Des Chinois librement engagés avec des promesses trompeuses, des Chin0lS libres, qu’on n’enchaîne point quand on les embarque» ne peuvent pas se laisser impunément entasser à fond de cale ou dans des entre-ponts comme des nègres de traite» ni souffrir avec apathie qu’on les réduise à manquer dal1 et presque de vivres, et qu’on leur fasse subir cette tof tare pendant une traversée quatre fois plus longue que celle de l’Afrique occidentale à la côte d’Amérique.
- Revenons à la race blanche européenne, la seule j0 diquée dans le recensement de i85o. Nous sow^ frappés du petit nombre de natifs espagnols : on en troU^e à peine trois parmi cent habitants. Ils n’en jouent p moins un rôle important au point de vue économie116 lis suppléent aux créoles, qui ne s’adonnent guère au c01^ merce. Les magasins de produits secs sont, en SeneI^jg tenus par des Asturiens. L’épicerie et les provision5 bouche sont vendues par les Catalans; ces dernierS’ avisés, retors, économes, sont surnommés dans fa
- Ionie les Juifs espagnols, et valent mieux que les
- Juif5
- 1 De Bow, Industrial resources of South and West States; New 1853.
- Orlea11*
- p.1028 - vue 653/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1029
- ont entre leurs mains une grande partie du négoce, et de la richesse qu’il procure, dans l’intérieur de l’île;
- pas un trafic ne leur échappe, depuis la balle du c°lporteur jusqu’au magasin à tout vendre. Dans les P0ris, ils possèdent de grandes maisons de commerce; deviennent armateurs et leurs navires sont nombreux. Catalans font à Cuba ce que fait l’Anglais dans cer-tadies parties de l’Inde; ils fournissent tout au planteur, pour l’habitation du maître, pour l’entretien des travailleurs, pour le matériel de l’exploitation agricole. Sur tecolte dont ils deviendront les vendeurs, ils prêtent ai1 Propriétaire, afin de bâtir les moulins où s’élabore le j^ore etries magasins où l’on recueille les cafés. Partout sont en avance, et sans cesse ils font produire à leurs Capitaux d’énormes intérêts.
- Agriculture.
- r * .
- r* agriculture est la principale richesse de Cuba. On a ^ Cldé qu’en 18A9 la totalité des produits agricoles s’est j 6Vee a la valeur de 335,270,0 00 francs. Pour une popu-Jbon quj ne surpassait guère alors 1,200,000 habitants, Un produit considérable : surtout si l’on réfléchit ' as prix du produit principal, le sucre et ses dérivés, rlaum et ]a mélasse.
- Prix proposés pour la culture par les blancs.
- pj, ^dieu des progrès obtenus par des cultures con-^es Surtout à la race noire, les autorités de l’île ont fait **** efforts pour attirer des travailleurs de race et ^es *nltier aux travaux de l’agriculture. C’était préférence aux Européens méridionaux quelles adres-nt leurs invitations et leurs offres.
- p.1029 - vue 654/0
-
-
-
- 103() FORCE PRODUCTIVE
- La Jante officielle organisée dans le louable dessein d’encourager l’agriculture et le commerce a proposé, Ie 3 o août 1 8/ifi, pour près d’un demi-million de prix 3 distribuer. J’indiquerai les principaux :
- i° Trois primes de 64,8oo francs chacune, aux trois propriétaires qui les premiers, de 1845 à 18/17, auront établi des colonies agricoles entièrement nouvelles, dau moins cinquante familles blanches, installées chacun6 dans la concession authentique d’un terrain contenant une caballeria, avec des cases convenables pour l’habitati011 et des animaux pour l’exploitation ;
- 20 Une prime de 108,000 francs au colon qui le pie mier, de 1845 à 18/17, sera créateur d’une sucrerie p°ul laquelle la canne sera cultivée par trente familles blancheS’ chacune d’un ménage au moins, et possédant par aC,:e authentique une caballeria; la fabrication du sucre etaU* faite par des blancs, avec des appareils à concentrer ua " le vide; aucun noir ne concourant aux autres travaux, tf?1 devront donner 5Ao,ooo kilogrammes de sucre purge-Je m’abstiens de citer les autres récompenses annO*1
- i , 1 -c
- cées pour accélérer le progrès des cultures et celui u usines où l’on exploite les produits, pour introduire d6S animaux et des instruments perfectionnés, etc. Je ^alS seulement remarquer combien cet ensemble de recoin penses honore les sentiments et les lumières de Cuba-La culture qui produit le revenu principal de colonie est celle de la canne à sucre; depuis un quait siècle elle a quadruplé.
- Encouragement que l’Angleterre donne aux sucres espagnols-
- Pendant les premières années après l’émancipat^ dans les îles Britanniques, l’Angleterre employé
- p.1030 - vue 655/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1031
- ïnesures à peu près prohibitives pour défendre le sucre e ses plantations contre la redoutable concurrence des £°Wies espagnoles. Ensuite, elle a remplacé la prohibe1* par de forts droits protecteurs.
- Depuis i845, la Grande-Bretagne a changé de sys-^'îïie à l’égard de cette taxation; et maintenant les droits efltrée ne sont pas plus élevés sur les sucres espagnols cJUe sur les sucres anglais.
- En présence d’une telle innovation, les colonies espa-b^oles auraient du profiter de l’avantage immense qui llr était fait, vu la paresse et le mauvais vouloir et les Patentions excessives des émancipés britanniques. Elles iraient pu, sans perdre la supériorité, diminuer la durée !°Urnalière du travail agricole accompli par leurs noirs s°utnis au labeur obligatoire. Elles pouvaient conserver ehe supériorité même ort ménageant la force des esclaves, jf1 aiïîeliorant leur sort de toutes manières, en favorisant esprit de famille et le peuplement plus rapide de la race *egre initiée à de meilleurs destins. Ce peuplement naturel ^erait devenu la source d’une augmentation toujours plus b'ande d’ouvriers producteurs et par là même de pro-UUlts.Delà , pour Cuba, la source d’une richesse prochaine, Ure> et dont l’humanité n’aurait eu qu’à s’applaudir. Il est ^ps encore d’entrer dans cette voie généreuse.
- ,, Ees bières sont une des productions essentielles de e> et peut-être au nombre de celles dont il faut ré-Server îa culture aux noirs, dans l’intérêt de la santé plus eieate des blancs. Le maïs, susceptible detre produit dp terra,ns élevés et secs, serait très-bien cultivé par es Européens qui feraient usage delà charrue.
- es Européens peuvent, avec un grand avantage, s’em-I rer de la culture du caféier et, par leur intelligence, l1tter sans trop d’infériorité contre ces plantations bol-
- p.1031 - vue 656/0
-
-
-
- 1032 FORCE PRODUCTIVE
- landaises qui seront l’objet de notre admiration lorsque
- nous aborderons aux îles de la Sonde.
- Les blancs doivent se réserver aussi la culture de l’oranger, l’une des richesses de l’île. On a calculé quüil hectare convenablement planté d’orangers donne par année plus de mille francs de revenu.
- On trouverait encore un revenu précieux dans la cU^ ture de l’ananas, qu’il faudrait beaucoup développer. keS paquebots à vapeur porteraient avec rapidité des cargal sons de ce fruit délicieux dans les grands ports d’Europ6*
- En résumé, tous les travaux qu’on peut assimile1’ aU jardinage, ceux où le travail des bras sur un terrain fac^e à remuer et très-ameubli n’exige qu’une fatigue médiocre et beaucoup d’intelligence, tous ces travaux peuvent être avec succès accomplis par des blancs; à plus forte rais0*1’ par des mulâtres.
- Culture du tabac et ses fabrications.
- Les habitants de Cuba mettent à profit la qualité de
- leur terroir merveilleusement favorable à la production
- f \ 6
- d’un tabac dont le parfum flatte au plus haut degr® goût des consommateurs. Cette culture, par ses devÇ loppements faciles, peut suppléer avec avantage à la du111 nution graduelle et déplorable du café dans les Anti Les habitants de Cuba, surtout ceux de la Havau excellent à préparer le tabac et particulièrement a co tionner les cigares.
- Indigne abus de contrebande des tabacs dans les ports Hanseatiq
- C’est avec surprise et regret qu’on voit les ville® ^ séatiques, dont le commerce est l’honneur et la vie>
- p.1032 - vue 657/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1033
- blierleur probité, en permettant une contrebande frauduleuse ; j’en donnerai le récit d’après les Annales officielles du
- commerce extérieur.
- C’est avec le tabac de Saint-Domingue que l’Allemagne fabrique les cigares vendus si souvent pour les produits de Cuba. Hambourg, et Brême surtout, qui reçoivent la Majeure partie des exportations, ont perfectionné beau-c°up cette menteuse industrie. Leurs ouvriers exercés réouvrent avec la belle capa de Saint-Domingue des tabacs Médiocres d’Allemagne et des Etats-Unis, pour leur donner apparence des cigares parfaits de la Havane. Ils leur font Prendre toutes les formes appréciées par le consomma* tetir, regalias, impériales, trabacos, panatelas, etc. Pour ^ieux tromper le fumeur, on tire de la Havane les planches de cèdre avec lesquelles se fabriquent les boîtes, le papier les tapisse intérieurement, les rubans qui servent à les paquets et jusqu’aux petits clous qui fixent les ais ces boîtes. On dispose les cigares de la même façon ïllà la Havan e; on applique sur le couvert les noms, les gravures et les marques les plus renommés. Lorsqu’un bâ-> ^ent arrivé de Cuba paraît en rade de Brême ou de Ham-°urg, les négociants ont soin, avant qu’il entre atiport, de faire passer à bord des milliers de boîtes préparées avec ta0t d’artifice; elles sont alors déclarées en douane et déliées à l’entrepôt sous le titre de cigares de la Havane.
- ces entrepôts sortent la plupart des cigares désignés frauduleusement, et dont l’Europe est inondée.
- Les tabacs de la Havane à l’Exposition universelle de 1851.
- Les Anglais ont accordé des récompenses à la confection parfaite des vrais cigares de la Havane, ainsi qu’aux Clgares fabriqués en Angleterre avec des feuilles de Cuba.
- p.1033 - vue 658/0
-
-
-
- 1034 FORCE PRODUCTIVE
- Quatre médailles de prix ont été décernées. On a sur-tout remarqué, pour l’excellence de la fabrication, les cigares qu’on désignait sous ce titre : Manufacture de fleurs de Cabanoz-Partagaz et Martinez. Ces cigares, différents de volume, de forme et de couleur, réunis dans une meme boîte exposée, provenaient cependant d’une seule et me®6 récolte de tabac. Les diversités de couleur et de fore®’ ainsi que le degré de puissance de l’arome, sont dues, sort à l’âge des feuilles mises en oeuvre, soit à l’expositi011 de la plante au soleil. Les feuilles les plus basses et les pluS âgées servent à confectionner les cigares appelés bravas • cigares huileux, plats, très-connus et souvent contrefait*
- Forêts.
- Il serait d’une haute importance d’aménager les bois de la colonie, bois précieux pour les grandes constructions et pour l’ébénisterie. Si l’on dirigeait prudemment leS exploitations, on empêcherait la destruction des forets^ en même temps on conserverait ces réservoirs nature des eaux nécessaires au succès de l’agriculture, indispen sables surtout dans les pays chauds. 11 faut essayer, P^1 ces soins conservateurs, de porter remède au mal déjà produit une avide ignorance.
- Guano de Cuba.
- Sur les rochers isolés ou cayes, appelés jardinill°s’ a trouvé des quantités extrêmement considérables guano. Une maison américaine établie à la Havane a demandé l’exploitation par privilège et pour un certa1^ nombre d’années. L’analyse de ce guano, bien quil ne pas aussi riche que celui du Pérou, démontre quil o encore un puissant engrais. Si les habitants de Cuba c0lïl
- p.1034 - vue 659/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1035
- prenaient leurs intérêts, loin de vendre aux étrangers un pareil engrais, ils l’emploieraient tout entier pour donner u*ie impulsion nouvelle à leur agriculture, et surtout à la Production de la canne à sucre.
- Richesses minérales.
- Au second rang des richesses de Cuba plaçons les exploitations minéralurgiques entreprises depuis i83o.
- On a découvert des mines de houille qui seront sur-l°ut précieuses pour le service des chemins de fer.
- On a mis en exploitation de très-riches mines de Çüivre. C’est aux Anglais que file a dû cette innovation ; ^ fallait faire face à de grandes dépenses d’épuisement P°Ur lesquelles leurs capitaux ont été précieux. Au lieu convertir sur place en métal les minerais, ils ont tr°Uvé plus profitable pour eux, mais à coup sûr beau-c°Up moins pour la colonie, de les transporter dans leurs ||smes du pays de Galles, où le combustible est à très-as prix. C’est ici le lieu de citer les observations de • Vasquez>Queipo, ministre des finances, avec le titre e procureur fiscal de Cuba. 11 les a consignées* dans son b and rapport de 184.3 sur les moyens d’accroître dans
- colonie le travail de la race blanche.
- Oet administrateur signale avec énergie et presque avec Passion le nombre trop grand, selon lui, des mines de ClllVre devenues la propriété de sujets britanniques : rap-P^ons qu’avant eux les mines n’étaient pas exploitées.
- “Leur Gouvernement, prétend-il, se prévaut de la joindre condescendance pour élever des prétentions, ^Pproprier des terrains et s’ingérer officiellement dans s affaires administratives et judiciaires des peuples qui 0rit le malheur d’accorder à ses sujets l’hospitalité; cela
- i
- p.1035 - vue 660/0
-
-
-
- 1036 FORCE PRODUCTIVE
- s’est vu plus d’une fois dans cette île à l’occasion des
- mines et de la police des ports.
- « Qu’on maintienne ces étrangers dans la possession on ils sont aujourd’hui des différentes mines qu’on leur a concédées, mais à condition qu’ils se soumettront aux lois» aux ordonnances, aux jugements des tribunaux du pays’ et qu’ils ne feront pas intervenir leurs agents diplom3' tiques et commerciaux dans des questions qui ne sont point de la compétence de ceux-ci. » En concluant, procureur fiscal déclare indispensable d’appliquer con^ plétement et strictement la disposition de l’Ordre roya du 18 mars 18, qui suspend *pour Cuba la faculté précédemment accordée aux étrangers d’acquérir dcS mines dans la Péninsule espagnole.
- «On ne veut point par là, dit-il, défendre aux etran gers de se livrer dans l’île#à leurs industries respective5* Mais la différence est énorme entre la faculté d’exerc01 librement un métier, quel qu’il soit, pour mettre en ceu^r dans le pays les matières qu’il fournit , et cet abusinn*11 permettre que l’étranger s’approprie la production exc sive de ces mêmes matières, les conduise lui seul a port d’embarquement, sur des chariots à lui, par des che mins de fer à lui, pour les charger sur ses propres ^ vires et les envoyer manufacturer au dehors, en pay seulement au Trésor une stérile redevance. »
- Chemins de fer et télégraphes électriques.
- Le voisinage des États-Unis semble avoir électrise pour la création des chemins de fer. Dès i856, °n I . tait à bjk kilomètres l’étendue de ces chemins en ac 1 dans file. De telles voies accélérées sont d autant précieuses qu’il n’existe pour ainsi dire aucune bonne
- p.1036 - vue 661/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1Q37
- e*npierrée sur le vaste territoire de Cuba. Pendant longtemps les voies en fer n’auront d’autre rivalité que celle des chemins vicinaux, qui sont des chemins de chèvres, sans travail de la main des hommes.
- Les Gubanais ont emprunté de leurs industrieux voisins 1 économie des nouvelles voies. Pour expliquer l’incroyable bon iparché qu’ils ont atteint, on fait valoir le très-bas prix du travail des noirs; puis l’abondance des hois durs, propres à servir de supports aux rails; enfin le prix à peu près nul des terrains à concéder. Ces terrains s°nt presque donnés par les propriétaires, sous la condition llïtelligente que les trains du chemin de fer prendront leurs denrées à la porte des magasins qu eux-mêmes érigeront sur le ^°rd de la voie.
- En i852 , on a créé le système d’un réseau de télégraphie électrique, afin de correspondre avec les principales VlUes et les ports du plus grand commerce. La télégraphie Sera précieuse contre les flibustiers et les sympathiseurs flui pourront essayer encore leurs irruptions dans Cuba; Par son secours, l’autorité supérieure, immédiatement Sertie, pourra diriger à l’instant ses forces sur les points de débarquement; moyen excellent d’étouffer à leur nais-sance les invasions et les révoltes.
- Revenus de Vile.
- Nous venons d’indiquer leé sources les plus importantes de la richesse cubanaise, considérable à la fois pour les citoyens et pour l’État.
- Par le bienfait d’une administration régulière, Cuba, tain d’imiter ces États hispano-américains où les recettes sont insuffisantes à couvrir les dépenses publiques, Cuba Sahsfait à tous les besoins coloniaux et paye à sa métro-P°le un tribut considérable.
- p.1037 - vue 662/0
-
-
-
- 1038 FORCE PRODUCTIVE
- Vers l’année i85o, la totalité des revenus de l’de approchait de 5i millions de francs; sur ce revenu» l’Espagne prélevait l’énorme tribut de seize millions par année.
- Port et cité de la Havane.
- Dans le principe, les gouverneurs de Cuba, établis sur la côte méridionale, habitaient la ville de Saint-Jacques* appelée par excellence Santiago de Cuba, ou simplement Cuba. A partir de i538, ils ont transféré leur résidence à la Havane, devenue la capitale de file, en même temp5 que le centre du commerce et de la navigation.
- La situation de la Havane est admirable. La cité s’élev® au bord d’une vaste rade ayant l’avantage d’une étroit® entrée, parfaitement fortifiée par l’art militaire, et qul peut offrir un sûr mouillage aux plus nombreux navh’®s de guerre et de commerce. Ce magnifique havre est site® vers la partie la plus septentrionale de file, au débouch® le plus important du golfe du Mexique, et fait face à la Floride.
- Ainsi, la Havane est également bien placée pour cou1' mercer : à l’ouest, dans le golfe, avec la Vera-Cruz et la Nouvelle-Orléans; au nord, avec les grands ports de5 États-Unis, sur l’Atlantique; au nord-est, avec les nations européennes. Tant d’avantages nous expliquent les progr®s de cette grande cité.
- Années........
- Population. . .
- 1791 1810 1827 I i845
- 44,35y 96,804 94,0231184,5o8
- 1855
- Plus de 200,o0°
- La Havane, avec ses vastes maisons à fenêtres bordée5 d’énormes grillages en fer, avec ses grands hôtels massi qui ressemblent à des palais fortifiés, la Havane rappe
- fs,
- die
- p.1038 - vue 663/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1039
- puissante Florence et ses constructions du moyen âge. ^tais, ici, les habitations du menu peuple offrent le tableau ^Une misère et d’une saleté qui contrastent avec la pro-Preté, le confortable et l’élégance des moindres quartiers ^Us la splendide cité des Médicis. La Havane devrait Prendre pour modèle complet cette ville où les arts utiles les métiers perfectionnés, qui rendent l’aisance uni-verselle, exposent les produits de leur labeur à côté des cWs-d’oeuvre des beaux-arts.
- Qu’on imagine une capitale du nouveau monde au ^rd delà mer, et sur la ligne idéale où finit la zone torride, commence la zone tempérée. Avec ses deux cent mille Citants, elle a quatre fois l’étendue d’Alger et deux fois celle de Gênes. Qu’on ajoute à ses grands faubourgs machines son arsenal de constructions navales ; qu’on se §Ure, étagées sur de frais coteaux, d’innombrables mai-^0ïls de plaisance d’une architecture gracieuse, admiraient encadrée par la végétation splendide du plus llche payS qU’offre le nouveau monde. Pour-faire con-traste à ces beautés paisibles de l’art et de la nature, qu’on ^°ta les batteries, les forts, en avant de la marine, sur flancs de la ville et jusque sur les hauteurs qui la qu’on ajoute à ce tableau les navires de toutes pudeurs et de toutes nations, rapprochés des quais ou géminés dans la vaste rade : tel est le spectacle plein e Magnificence, de force et de vie qu’offre la capitale îïlatatime des Antilles espagnoles.
- Industries.
- I industries seulement peuvent être signalées à
- Havane : c’est la construction des navires et la fabri-aÜon des cigares.
- p.1039 - vue 664/0
-
-
-
- 1040 FORCE PRODUCTIVE
- Vers la fin du xvme siècle, on comptait déjà que lar' senal de la Havane avait construit de 172/1 à 17965 Pour le Gouvernement d’Espagne, vingt-deux frégates et cW' guante et an vaisseaux de ligne, tous remarquables par l’excellente qualité des bois qui sont tirés des forêts de Cuba. Aujourd’hui, pour la flotte si déplorableme^ amoindrie de la métropole, ces nombres doivent paraiRe fabuleux. Les Espagnols entretiennent en Amérique une médiocre station navale, dont le centre est la Havane-Cette station devrait être beaucoup plus nombreuse; ePe devrait former une véritable escadre d’évolution et de combat, assez redoutable en tout temps pour ôter jusqu l’idée d’une surprise aux flibustiers les plus audacieux-On remarque à la Havane l’immense édifice deveu11 maintenant l’hôpital militaire. Il fut construit par 11 compagnie qui possédait le monopole de la fabrication du commerce des cigares. Afin d’éviter la contrebande,011 obligeait les employés et les ouvriers à résider dans ce véritable forteresse, entièrement privée d’ojuvertures exte rieures par où la fraude aurait pu s’opérer. Le capù^ P11^ mitif de la compagnie s’élevait à 5,éoo,ooo francs, l’on affirme qu’en quatorze ans il s’était accru juS(îu 75 millions ! Un monopole qui produisait de si monstrue^* bénéfices devait cesser d’exister. En 1854, le nombre ' cigares exportés était de 260 millions, sans confl 2 millions et plus dp boîtes remplies de cigarettes.
- Institutions.
- avec MÎT8”* P°SS,tde plusieurs institutions, qu'il faut citer ges, pour 1 instruction publique, pour les sciences.
- les lettres et les arts. Plaçons au premier rang
- la Sociate
- royale économique appliquée à l’agriculture, au conn
- p.1040 - vue 665/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1041
- a 1 industrie populaire, à l’éducation nationale; elle est etablie dans I’ ancien palais ou couvent de l’inquisition ;
- a des subdivisions dans les neuf cités de l’île les plus ^portantes. Citons ensuite la double école de peinture ^ de sculpture ; puis celle des arts et métiers, fondée par Société économique. La Havane possède aussi des écoles e droit et de médecine; elle a son musée d’histoire natu-lede et son jardin de botanique.
- j Junte royale d’encouragement pour l’agriculture et oornmerce de File siège à la Havane; elle est présidée Par le gouverneur capitaine général.
- Sous un climat qui parle aux sens avec encore plus de PUlssance que le climat de l’Italie, la Havane, cette Naples j bouveau monde, place la musique au rang de ses arts es plus chéris. Son théâtre de l’Opéra, construit sous la Passante administration du général Tacon, surpasse en pudeur le théâtre de Saint-Charles de Naples et celui ^ la Scala de Milan ; elle a des sociétés philharmoniques, u les habitants font briller leurs talents personnels, fait a S°C^t® élégante, artistique et lettrée de Paris admirait enC01e’ d y a Peu d’années, la grande dame qui don-Plus haute idée du peuple poli de la Havane : c’était eomtesse Merlin, dont la beauté grecque et le charme e ôtaient les moindres mérites. Elle disputait aux u°ses d’Italie le génie du chant expressif et puissant. °Uee d un esprit fin et délicat, elle a publié des mémoires s on français avec élégance; ils sont pleins des heu-Ux souvenirs de sa terre natale.
- Villes et ports secondaires.
- Bie
- estSan 'ai1"^ess0lis do la Havane, sous tous les rapports, n^la3° de Cuba, que nous avons déjà cité. Cette ville,
- IJiTRODüCTlO\. 66
- p.1041 - vue 666/0
-
-
-
- 1042 FORGE PRODUCTIVE
- située vers le midi de file, tient le second rang pour sa population, qui compte encore aujourd’hui 25,ooo habitants. Elle ne fait pas la septième partie du commerce de la première cité.
- Matanzas. A 5o kilomètres de la Havane, du cote
- de
- l’orient, se trouve le port secondaire qui mérite le plu5 d’être noté pour son commerce : c’est celui de Matanzas* Les navires n’en peuvent pas approcher à cause des obs tacles que présentent deux cours d’eau, le Saint-Jean et le Cumuri, qui coulent entre la ville et ses faubourgs. heS, riches cargaisons de denrées tropicales fournies par terres voisines sont portées aux navires sur des embarca tions. Il faudrait, par des travaux d’art, remédier aU> inconvénients que présente ici la nature.
- Matanzas paraît l’emporter sur nos cités les plus pel fectionnées du Maine et de la basse Normandie. Dès \ ^0' elle comptait 11 notaires, 17 avoués et 34 avocats po 20,000 habitants : n’est-ce pas un peu l’excès du bien-
- La nature a gratifié Cuba de plusieurs autres ports, prendront plus d’importance à mesure qu’on exécuter des chemins de fer pour conduire à la côte les P . eS de l’intérieur. Nous avons signalé les efforts énergie des habitants afin d’obtenir ce résultat.
- Le tableau suivant donnera l’idée la plus précisé l’importance relative des onze ports les plus import
- p.1042 - vue 667/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1043
- COMMERCE DES PRINCIPAUX PORTS DE CUBA EN l854.
- PORTS. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS. TOTAUX.
- La Havane francs. francs. francs.
- 111,316,300 79,368,640 190,684,940
- ^fotanzas 29,430,620 26,541,760 55,972.380
- Santiago de Cuba 12,327,310 12,727,750 25,055,060
- La Trinidad 3,204,240 12,686,471 15,890,711
- Lienfuégos. . .... 2,965,840 9,593,740 12,559,580
- ^agua-la-Grande. . 7 720,730 8,210,390 8,931,120
- évitas.... 1,504,420 2,596,700 4,101,120
- Libarra.. 1,311,370 1,739,830 3,051,200
- Renaedioa. . 316,294 2,230,230 2,546,524
- ^Wanillo.... 540,705 1,495,810 2,036,515
- Santo-Espiritù , 444,720 819,134 1,263,854
- Totaux.. 164,082,549 158,010,455 322,093,004
- ÎLE DE PORTO-RICO.
- Le territoire de Porto-Rico excède à peine Ist neuvième P^tie du territoire de Cuba. Cette île pourtant, mise en Paraiiele avec celles des mers d’Europe, prendrait rang Paimi les plus considérables. Elle surpasse la Corse en etendue; elle est de moitié plus peùjplée.
- Territoire et population de Porto-Rico.
- Superficie........................... . 9-70,840 hectares.
- Population en i85o...................... 38o,ooo habitants.
- Territoire pour mille habitants. 2,548 hectares.
- assure qu’à l’époque où Colomb découvrit Porto -
- 66.
- p.1043 - vue 668/0
-
-
-
- 1044 FORCE PRODUCTIVE
- Rico l’île contenait 600,000 aborigènes. Dans un court laps de temps, ils furent exterminés ou réduits par leS conquérants à mourir de misère. L’île aujourd’hui pourrait nourrir aisément un million d’hommes.
- Au commencement du siècle, Porto-Rico ne comptalt pas 100,000 habitants, soit blancs, soit gens de couleur* Cette faible population, qui n’avait droit de commercer qu’avec les Espagnols, faisait un misérable trafic soit avec Cuba, soit avec la mère patrie.
- Dans chaque ville, un syndic est le protecteur officiel deS esclaves; il veille à ce que, dans tous les cas, justice leur soit rendue. Si l’esclave est trop mal logé, mal nourri» mal traité, le syndic obtient qu’il change de maître; seule possibilité d’une semblable réparation est un puissaid moyen de contrôle et prévient les plus graves abus. Porto-Rico, comme à Cuba, le nègre peut se racheter dès qu’il a réuni par ses épargnes la valeur de sa raU çon, fixée le plus souvent à l’amiable. S’il y a différé11 le maître choisit un arbitre; le syndic est celui du noir» l’alcade ou magistrat supérieur en nomme un troisie#^’ qui décide le prix définitif entre les prétentions eleveeS des deux parts. On trouverait encore à citer dautreS mesures dignes d’éloges; elles ont servi d’exempleS Français ainsi qu’aux Anglais, lorsqu’ils se sont occup d’améliorer le sort de leurs esclaves avant de les ema11 çiper.
- Les cultures de Porto-Rico.
- On admire la fertilité de Porto-Rico ; c’est une des P^ favorisées entre toutes les Antilles. Mais combien reste-t-il pas à faire pour tirer parti de sa fécondité-A peine a-t-on commencé d’exploiter les magni iq bois qui couvrent les régions élevées et centrales.
- p.1044 - vue 669/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1045
- j)A est loin d’être généralement cultivée, et surtout de etre avec perfection. Il faudrait opérer l’écoulement des eaux stagnantes qui transforment de superbes plaines en jurais improductifs et pestilentiels; là pourraient s’éta-Ir d admirables plantations de cannes à sucre.
- A ^Ur une population qui bientôt comptera 4oo,ooo aiïles, il n’y a guère plus de 5o,ooo esclaves, principa-Hient adonnés à la culture de ce précieux roseau. Les ancs se sont réservé la culture du tabac et je crois aussi celle du caféier, qui d’ailleurs diminue au lieu de s’ac
- croître.
- ^ La grande richesse de Porto-Rico repose sur la production du sucre. Cette richesse naissait à peine vers la des grandes guerres européennes. En i8i4, file n’en recoltait que pour ses habitants, qui n’étaient pas alors aü nombre de 200,000. Dès i84o, la production sur-P^sait 4o millions de kilogrammes, plus 21 millions de ^es de mélasse. A cette dernière époque, les colons ré-de c91611* ^ mihions de kilogrammes de café et 2 millions uogrammes de tabac. Aujourd’hui l’on doit admettre *ïUe la production du sucre a plus que compensé la dimi-j. °n des autres cultures; en 1853, elle‘surpassait paillions de kilogrammes.
- p °mhien ne reste-t-il pas à faire pour le bien-être de Crto-RicQ 1 Sa viabilité se trouve encore dans l’état d’im-^ei action le plus déplorable. Il ne suffirait pas de créer f ,r°u^es ordinaires, soigneusement macadamisées; il v comme à Cuba, rapprocher des ports les riches
- ter 911 m°yen chemins de fer, chemins qui por-^ la vie et l’activité dans les lieux les plus pro-
- p.1045 - vue 670/0
-
-
-
- 1046
- FORCE PRODUCTIVE
- Les villes et les ports.
- Les villes les plus importantes sont situées sur les côtes. La principale est Saint- Jean-de-Porto-Rico ; on estitne quelle n’a pas moins de 3o,ooo habitants.
- Les navigateurs se plaignent avec raison de l’incurie du Gouvernement et du commerce, qui laissent le port de Saint-Jean, le meilleur de l’île, s’envaser de plus en pluS‘ Un curage intelligent rendrait à ce port la prééminent qu’il n’aurait jamais dû perdre.
- Mayagaas. C’est le port qui fait aujourd’hui le grand commerce. La contrée dont il est le débouch® donne le sucre le meilleur, et surtout le meilleur ca de toute l’île, café qui jouit à l’étranger d’une haute repu tation. Dans cette partie remarquable du territoire» °n multiplie rapidement l’emploi des machines à vapeur pour la fabrication du sucre.
- Arecibo. Ce port mérite aussi d’être cité pour sa pr°s périté; son commerce augmente avec rapidité; de beau* hôtels, des magasins spacieux, s’y multiplient, et la y1 accroît sa population. Le grand inconvénient d’Arecib0» c’est d’avoir une rade ouverte où 1 ’on est oblige» P°ul charger et décharger les navires, d’aller assez loindurivag^
- Nous citerons encore deux ports intéressants : celui Ponce et celui de Guyama.
- Commerce extérieur des Antilles espagnoles.
- A J’^S'
- Quelque méritées qu’aient été les infortunes de pagne en Amérique, nous n’avons pu voir sans dot les pertes immenses d’une monarchie qui, dans 1 eta 6 lier des affaires européennes, est l’alliée naturelle e
- p.1046 - vue 671/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1047
- dirai presque nécessaire de la France. Un autre sentiment de tristesse et de regret s’est emparé de nous à la vue de eette immense anarchie des Etats indépendants formés, en haine de la mère patrie, avec les débris du continent his-pano-américain. Nous avons signalé presque partout le desordre de la fortune publique ; et les fortunes privées, raîenties dans leurs progrès; et le commerce avecletran-§e*\ bien éloigné de prendre le beau développement î11 aurait dû procurer un demi-siècle de liberté commer-Claie succédant au monopole étroit et jaloux qui caracté-risait la domination espagnole. ,
- Voici maintenant un spectacle consolateur. Deux îles seulement, deux îles sont fidèles à leur mère patrie; et, pour récompense de cette vertu, paisibles, heureuses, opu-eotes, elles surprennent les deux mondes par le rapide Accroissement du nombre de leurs habitants et par les eveloppements admirables de leur commerce.
- Commerce de Cuba.
- d^ns là grande île de Cuba, dont les habitants peuvent copier avant d’être à l’étroit sur un territoire aussi vaste Second, les progrès de la richesse publique et du commerce extérieur suivent naturellement ceux de la population. Cette population comptait seulement 35o,ooo aOîes a l’origine du siècle; elle en compte aujourd’hui Pros de i,5oo,ooo.
- d . 1 boo à 1826, les habitants doublaient en nombre; epuis cette époque, jusqu’en 1851, ils ont doublé de
- Nouveau.
- he commerce extérieur a marché plus vite encore que
- * *
- e progression. C’est ce que montrent les valeurs sui-antes, qUe fournissent les comptes officiels de Cuba,
- p.1047 - vue 672/0
-
-
-
- 1048 FORCE PRODUCTIVE
- comptes où les produits de l’île sont plutôt portés au-
- dessous qu au-dessus de leur valeur réelle :
- Années. Importations. Exportations.
- 1826........................ 80,599,ioof 74,573,i3of
- i85i (Exp. de Londres). 174,481,700 166,245,100
- Il est intéressant de calculer, d’après les chiffres q111 précèdent, la proportion des importations et des exportations avec le nombre des habitants.
- Valeur des importations et des exportations pourcent mille habitants-
- Années. Importations. Exportations.
- 1826.............................. n,5i4,2oof io,653,3oof
- i85i.............................. 13,989,530 ii,3'ü9,i4o
- Lorsqu’on examine avec attention de quels produits se composent les exportations, on est surpris de les trouvei si peu variées. Trois ou quatre genres prédominent, par-dessus tous les autres il en est un qui représente à lul seul presque tout le progrès commercial : nous voulons parler de l’exploitation du sucre. On en jugera par leS valeurs suivantes :
- Progrès du sucre exporté de Cuba depuis 1800.
- Années...... 1800 i83o i85o
- Kilogrammes 15,ooo,ooo 136,315,ooo 235,900
- i854
- 316,062,000
- i85o était une année de mauvaise récolte; 1854 ex prime la plénitude des facultés productives atteintes à Cuba dans les derniers temps.
- •T ipç
- Les principaux acheteurs du sucre des îles espagno sont la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.
- p.1048 - vue 673/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1049
- Jusqu’au moment où commence l’émancipation des noirs (1833) dans les Antilles britanniques, l’Angleterre n’éprouve aucun besoin d’acheter des sucres étrangers. Mais, â partir de cet instant, la production du sucre diminue dans les possessions anglaises, tandis que la mère Patrie réclame des importations, toujours croissantes, Qu'elle demande à l’étranger : c’est Cuba qui les fournit en majeure partie, et le progrès est prodigieux.
- IMPORTATION DO SUCRE DES ANTILLES DANS LES ROYAUMES BRITANNIQUES.
- PAYS. 7 1833. 1853. 1854.
- Antilles espagnoles kilogr. kilogr. kilogr.
- 358,089 58,798,678 113,276,069
- Antilles Britanniques.... 186,158,872 114,737,642 129,277,974
- Effets des lois financières de VAngleterre sur le commerce des Antilles espagnoles.
- ^es sucres des îles espagnoles supportent en Angle-forre un droit d’entrée qui n’est pas moindre de 5o p. o/o o leur valeur actuelle. Ce droit, succédant à dès taxes en Réalité prohibitives, n’a pas empêché le progrès très-rapide es importations.
- Aujourd’hui, l’Angleterre ne fait aucune différence de r°its à l’entrée pour les sucres étrangers et pour les sncres produits dans ses colonies.
- Mais il n’en est pas ainsi de la liqueur tirée du sucre par a distillation. Ici, le Gouvernement britannique protège avec une extrême énergie les distillations de spiritueux ^ s opèrent dans ses colonies et dans la métropole. Il aut en montrer l’effet sur le commerce des Antilles esPagnoles.
- p.1049 - vue 674/0
-
-
-
- 1050
- FORCE PRODUCTIVE
- Droit d’entrée par litre de rhum étranger, en 1855. <
- Dans les trois royaumes : 4 fr. 16 cent.
- D’après les prix portés dans ia statistique annuelle du commerce britannique pour 1855, les rhums des Antilles espagnoles payent un droit d’entrée égal à l’énorme taux de 643 pour cent de leur valeur. En parlant des colonies britanniques, j’ai signalé la grandeur de la protection cp11 leur est réservée sur le même produit.
- Avec le droit excessif prélevé sur le rhum étranger* il est intéressant de savoir quel commerce en résulte.
- U nous suffira de citer les faits de l’année i855, la dernière dont les résultats officiels soient complètement publiés.
- Commerce d’importation du rhum des Antilles espagnoles dans le Royaume-Uni, 1855. Prohibitions réelles.
- Quantités importées................ i,95o,o45 litres.
- Rhum admis à la consommation....... i5g
- Ainsi,l’Angleterre, dans son double désir de protégerla distillation des rhums sortis de ses colonies et des eaux-de-vie de grain dans la métropole, l’Angleterre frappe leS produits étrangers par des droits différentieb qui, pour les Antilles espagnoles, sont des droits prohibitifs.
- L’effet semble un peu moins absolu lorsqu’il s’agit des rhums du Brésil et des Etats-Unis, ainsi qu’on le voit par les chiffres suivants :
- Rhum apporté des États-Unis et du Brésil (i855).. 546,676 litres-Rhum admis à la consommation............ 2,416
- p.1050 - vue 675/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1051
- Néanmoins, des droits qui ne permettent pas même d’admettre à la consommation la deux-centième partie de l’importation sont en réaiité des droits prohibitifs. Ajoutons que, des lois qui règlent aujourd’hui la taxation des rhums, la plus ancienne remonte à 18/16 et la plus récente à i855. Elles expriment, par conséquent, l’esprit actuel des taxations britanniques.
- L’Angleterre justifie la gravité de certaines taxes sur Ie commerce étranger par la nécessité de se procurer des Avenus. Ici le motif ne peut pas même être allégué.
- Montant des droits prélevés, en 1855, sur les importations de spiritueux
- ULTRA-TAXES.
- Rhums de Cuba; des États-Unis.
- Revenu perçu.......... 65o francs; 4,4y5 francs.
- Commerce des tabacs.
- Après le commerce des produits saccharins, celui des tabacs mérite le plus de fixer notre attention. Les tabacs es Antilles espagnoles sont célèbres pour leur parfum. On Rs appelle tabacs de la Havane, parce que c’est presque iniquement de ce port qu’ils sont expédiés.
- Les Espagnols ne se sont pas contentés de produire, P^r une culture éclairée, les meilleurs tabacs tirés d’un S°1 éminemment favorable; ils ont atteint la perfection dans fart de confectionner les cigares, qui sont devenus in objet de recherche et de sensualité luxueuse chez les PeUples européens. Nous avons vu que les Anglais ont rec°nnu dignement cette supériorité par les récompenses Çnils ont décernées lors de l’Exposition universelle dans e Valais de cristal.
- p.1051 - vue 676/0
-
-
-
- 1052
- FORGE PRODUCTIVE
- Effet prohibitif des lois d’Angleterre sur le commerce des tabacs manufacturés.
- Nous appellerons encore l’attention sur le jeu des l°lS fiscales de l’Angleterre, en ce qui concerne les tabacs.
- Les Anglais perçoivent, par kilogramme de tabac en feuille, un droit de 8 fr. 5o cent. : droit énorme sur des produits qui, dans l’année 1 855, ont porté seulement a 2 fr. 85 cent, le prix du kilogramme. Ici le droit d entrée s’élève à trois cents pour cent.
- Ce peuple intelligent, animé par le désir de protégerleS industries qui manufacturent le tabac en feuilles, a pluS que doublé le droit par kilogramme de tabac manufacturé. Ce doublement a produit l'effet de la prohibition.
- Tabac en feuilles importé dans le Roy.-Uni (i855). i3,5oo,oook-Tabac en poudre importé.................... 9^
- Une taxation non moins énergique protège la fabnca tion des cigares en Angleterre, en Écosse, en Irlande-à l’égard des Etats-Unis leur effet est prohibitif. Dém011 trons ce dernier point :
- Cigares des Etats-Unis importés dans le Royaume-Uni (i855)............................ 1,000,660 kib
- Cigares admis à la consommation.
- 276
- On ne sera pas surpris de cet effet prohibitif lors connaîtra le résultat suivant : sur les cigares des Unis, en 1855, le droit d’entrée britannique représenj® mille quatre-vingt-quinze pour cent; c’est-à-dire près onze fois la valeur du produit en réalité prohibé!!/ Heureusement pour Cuba, le droit britannique e le même pour les cigares de tous les pays et de toutes
- qu on Etats-
- p.1052 - vue 677/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1053
- qualités, il pèse avec moins d’énergie sur les cigares plus coûteux de la Havane. Ces cigares valent treize fois le prix de ceux des États-Unis ; par là le droit se trouve réduit à $3 ~ pour* cent ad'valorem. Avec ce droit, assez élevé pour mériter d’être cité, le commerce est encore possible dans les trois royaumes. En voici les résultats :
- Cigares de la Havane entrés en i855..... 94,i55 kilogr.
- égares admis à la consommation britannique. . 78,198
- Je ne suis pas de ceux qui croient qu’011 doive, par aruour des beaux principes, censurer l’Angleterre lors-qu elle protège ses grandes fabrications domestiques par des taxations qui s’élèvent, suivant ses desseins et ses contenances, à 3oo, à 4oo, à 643, et même, nous venons fe le voir, à 1,095 pour cent. Le but qu’elle se propose ^ honorable à mes yeux. Qui voudrait, qui pourrait la aïï]er de protéger ses distilleries, ses brasseries, ses j^ffineries et ses fabriques de tabac sous toutes les formes?
- n nest pas même en droit de s’étonner quelle ait j andonné, car ce fut par force, toute protection pour e cultivateur de céréales, pour le laboureur honnête et ^ mperant, quand elle protège au plus haut degré les in-Ustries qui desservent l’oisiveté, les caprices et trop sou-les vices chez le priseur, le chiqueur, le fumeur, et ez ^intempérant buveur de spiritueux!
- qui pourrait ensuite surprendre un observateur SüPerficiel, c’est qu’en Angleterre, et dans les pays qui fusent d’après elle, même à leur détriment, on aille JUsqu à regarder comme exagéré, monstrueux, injustifiable, 1111 laux moyen de 20 à 2 5 pour cent de droits prélevés, ^°name à Cuba, comme à Porto-Rico, sur des produits etrangers. Nous déplorons cette inconséquence.
- qu’il faut admirer comme étude du cœur humain,
- p.1053 - vue 678/0
-
-
-
- 1054 FORCE PRODUCTIVE
- c’est l’habileté prodigieuse, c’est la fermeté intrépide» c’est l’assurance déployées pour établir, en plein univers, la pensée que la Grande-Bretagne a rejeté pour toujours et sur tous les points le préjugé, l’erreur, l’imbécillité de protéger ses propres fabrications par un droit d’entrée, quei qu’il soit!
- Les observations générales que nous avons présentées sur les productions et sur le commerce de Cuba sont applicables à Porto-Rico. Pour l’une et l’autre île, ieS mêmes produits forment la base principale des opéra' tions. Afin d’éviter des répétitions fastidieuses, qui nap' prendraient rien au lecteur, il suffira de rapporter leS résultats les plus récents que j’aie en ma possession» d’après la balance commerciale tenue dans les deux îles pal l’autorité publique.
- COMMERCE TOTAL DES ANTILLES ESPAGNOLES, ÉVALUE SDR LES LIEÜX.
- PAYS. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS. totaux.
- Cuba : 1854 francs. 107,467,100 28,493,760 francs. 174,531,120 28,312,000 francs* 341,998,220 56,805,760
- Totaux. .. 195,960,860 202,843,120 398,803,980 j
- N’oublions pas de considérer ces évaluations, et sU1 tout celles des exportations, comme inférieures aux valeurs réelles. Mais ces résultats, pour être loin d’offrir rigueur mathématique, n’en sont pas moins précieux.
- 1 En i85i, les produits de Porto-Rico étaient plus considérables <1 ^
- i853. Les voici : importations, 32,477,180 fr.; exportations, 3o,7 9» francs ; total, 63,246,64o francs.
- p.1054 - vue 679/0
-
-
-
- 105[>
- DES NATIONS, serviront à mesurer les progrès du commerce, en les comparant aux évaluations qui seront produites, d’après les mêmes bases, à des époques subséquentes.
- Nous terminerons nos considérations sur le commerce des Antilles espagnoles en présentant la valeur des importations et des exportations faites par les trois puissances qui savent le mieux les calculer, et qui les calculent d après les prix de leurs ports.
- COMMERCE DES TROIS PRINCIPALES PUISSANCES AVEC LES ANTILLES ESPAGNOLES EN l855.
- 1855.
- PUISSANCES.
- IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- francs. francs.
- France.. . . 20,635,264 40,531,805
- 27,1)16,950 58,318,825
- États-Unis 49,064,440 114,122,910
- Totaux 97,216,654 212,973,540
- , Favorisés par le voisinage des Antilles espagnoles, les États-Unis, comme on le voit par le tableau qui précède, °ut une plus grande somme d’importations et d’exporta-b°ns que la France et l’Angleterre prises ensemble.
- On peut regarder les trois puissances réunies comme disant avec les Antilles espagnoles un commerce de ^0,000,000 de francs. Cette somme, pour 1,829,462 habitants, donne un total d’importations et d’exportations e8al à 169 francs par habitant des deux îles entre elles et les trois principales puissances commerçantes. C’est Uri magnifique résultat. On le doit considérer comme le
- p.1055 - vue 680/0
-
-
-
- 1056 FORCE PRODUCTIVE
- point de départ d’un avenir plus prospère encore si les peuples de Cuba et de Porto-Rico sont assez patriotes pour rester fidèles à l’Espagne, et s’ils sont assez avises, assez sages, pour se défendre avec énergie'contre les révolutions et contre les invasions.
- Nous terminerons ces observations par le tableau coin* paré du commerce que font avec les trois principaies puissances les États hispano-américains du continent et les Antilles espagnoles.
- PARALLÈLE ENTRE LE COMMERCE DES ÉTATS DEMEMBRES DE L’AMÉRIQUE ESPAGNOL ET CELUI DES ANTILLES RESTÉES FIDELES À L’ESPAGNE.
- ANNÉE 1855. POPULATION. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- Etats démembres de l’Espagne Antilles restées espagnoles habitants. 21,709,491 1,829,462 francs. 341,109,553 97,216,654 francs. 328,475,532 212,973,540
- De là nous déduisons le tableau suivant, qui mérite de fixer la sérieuse attention du lecteur :
- COMMERCE PAR MILLION D’HABITANTS.
- PAYS COMPARÉS. IMPORTATIONS. exportation8'
- Etats démembres de l’Espagne Antilles restées espagnoles francs, 15,711,810 53,139,420 francs- 15,130,510 116,413,460
- Nous laissons au lecteur le soin de tirer les cons quences nécessaires de ces grandes et frappantes dit rences.
- p.1056 - vue 681/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1057
- Avenir de Cuba.
- La population réunie de Cuba et de Porto-Rico compte déjà plus d’habitants que n’en contiennent, dans l’archipel des Antilles, toutes les autres colonies européennes. Cette population, qui s’accroît avec rapidité, Uiet son bonheur dans le travail et dans la paix. Inoffensive à l’égard de ses voisins, elle n’est connue que par les bienfaits de son commerce et battrait de son beau pays. Entre elle et les habitants des Etats-Unis, l’intercourse est prodigieux; des deux côtés le progrès du travail et de la richesse en est tour à tour la cause et la conséquence. Les liens du bon voisinage et de l’amitié devraient se resserrer de plus en plus par des relations si fructueuses pour les deux parties. Mais, chez le peuple trop mêlé de la grande république, la partie la plus turbulente et la nioins scrupuleuse est torturée par l’avidité des conquêtes; il lui faut surtout des conquêtes mal acquises. Elle jette autour d’elle ses regards déprédateurs, et le pre-nuer objet qui saisit sa vue, c’est Cuba : Cuba, la reine ^es Antilles, coupable d’opulent et paisible voisinage !... Euba, qui déploie ses trésors à l’entrée du golfe Mexicain, Pour les échanger, sans exclusion, sans préférence, avec fes amis de toutes les mers. Voilà la proie qu’on n’a pas jusqu’ici trouvé moyen d’acquérir par une guerre légitime, et qu’on a dix fois tenté de ravir par une guerre de c°nspirateurs et de pirates.
- Les guet-apens se succédaient à de courts intervalles,
- devenant chaque fois plus menaçants et plus pervers. Les invasions auraient fini par réussir sans la résolution Audacieuse d’un gouverneur célèbre depuis lors : c’est ^L le général comte O’Donnell.
- introduction.
- 67
- p.1057 - vue 682/0
-
-
-
- 1058
- FORCE PRODUCTIVE
- Les sympathijseurs.
- Une horde de flibustiers, sous le nom hypocrite et merveilleusement imaginé de sympathiseurs, avait débarqué clandestinement à Cuba pour y seconder à la fois la guerre civile, le socialisme de quelques blancs, une révolution chérie des mulâtres et le soulèvement offert aux esclaves : c’étaient là les sympathies! A la suite d’un combat, les détestables sympathiseurs, pris les arme» à la main, furent soumis au jugement d’un tribunal militaire. Ces pirates s’imaginaient que le respect de l’univers pour le drapeau de Washington, même déshonoré par eux, les sauverait du châtiment qu’ils méritaient; l'espoir était vain. Par ordre exprès du sévère et juste O’Donnell» la sentence militaire fut exécutée sans hésitation et sans merci. Alors les organes les plus pervers de la presse fl1' bustière, à New-York, à la Nouvelle-Orléans, ceux qui* poussant aux excès le rebut des populations, secouaient avec fureur les torches de l’incendie et les captures de la spoliation, ceux-là même remplacèrent promptement les clameurs par îe silence. Nulle voix n’osa protester contre le droit sacré d’une défense légitime, qui faisait enfin trembler les rebelles au lieu d’avoir peur de la rébellion*
- A partir de ce moment, la sympathie ne prit plus leS armes ouvertement; elle chercha d’autres moyens d’invasion.
- Justement frappés à la vue de tentatives si perverses, deux gouvernements de l’ancien monde, assez sages pour être modérés, assez puissants pour être modérateurs, °nt fait une offre aux Etats-Unis, dans la pensée de conjurer le péril qu’une invasion de Cuba ferait courir à la p®1* universelle. Il s’agissait de garantir à trois, par un trait® perpétuel, l’intégrité d’un territoire inoffensif entre leS
- p.1058 - vue 683/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1059
- mains du possesseur légitime. La troisième puissance, avec les formes d’une exquise urbanité, a refusé péremptoirement d’y consentir, mais en protestant d’un amour infini pour la justice et pour les droits des nations. Se lier les mains, même dans le dessein le plus louable, serait à ses yeux compromettre des destinées insaisissables encore, mais non pas inattendues.
- Sans perdre de temps, la diplomatie qui venait de faire une pareille réserve a repris sous une autre forme l'œuvre échouée des flibustiers sympathiseurs. Guidés par le génie de l’initiative, trois ministres plénipotentiaires se sont assemblés dans un coin de l’Europe, hors des États près desquels le droit des gens les accréditait. Ils se sont demandé, sous forme officieuse, comment on pourrait acquérir la colonie la plus importante de l’Espagne. Gomment?... Avec de l’or, si l’Espagne veut accepter de l’or; et si l’Espagne n en veut pas, en recourant aux moyens de la force ouverte. Le motif serait simplement le grand désir etl’avan-tage des États-Unis. C’est l'expropriation forcée que l’on transporterait ainsi des particuliers aux nations, sans législateurs pour la voter, sans tribunal pour statuer, sans jury Pour évaluer. Gela s’est résolu, proposé, publié, en plein W siècle.
- Essayons d’apprécier, en spectateur désintéressé, la dangereuse illusion qu’une aveugle avidité présente à quelques citoyens des États-Unis sous les couleurs les plus fausses. Il n’existe pas sur la terre de peuples moins propres à la fusion que les Anglo-Saxons de l’Amérique et les Espagnols des Antilles. Ceux-là sont républicains, ceux-ci roya listes ; les uns protestants, les autres catholiques, et, des deux parts, méprisant, détestant au même degré les croyances qu’ils n’ont pas. Les premiers, enfants du Nord, 0ftt des mœurs formalistes et des manières glaciales; les
- 67.
- p.1059 - vue 684/0
-
-
-
- 1060 FORCE PRODUCTIVE
- seconds, enfants du Midi, se livrent joyeusement au laisser-aller du créole, du créole plein d’imagination et de chaleur d’âme. Les Saxons d’Amérique se croient aussi supérieurs à leurs ancêtres d’Angleterre que ceux-ci croient l’être au reste du genre humain. Comme les avantageux, lorsqu’ils font parade de la supériorité qu’ils professent, il* captivent peu les cœurs des nations dépréciées. De leur côté, les créoles de Cuba, de Porto-Rico, rejetons d’une race superbe entre toutes, d’une race qui fit de si grandes choses en Amérique et de si grandes en Europe, qui domina l’Occident au siècle de Charles V et de Philippe IL qui délivra son pays avec tant d’éclat, en combattant 1* première fois contre les successeurs de Mahomet et 1* seconde fois contre le plus grand conquérant des temp5 modernes; cette race, orgueilleuse à tant de titres, sent la force de résistance que peuvent lui donner sa situation insulaire et surtout ses mœurs. Elle ne veut pas être effa' cée de la liste des nations ibériques.
- Par l’invasion de la grande île espagnole , la Jamaique et les nombreuses Bahamas se trouveraient, à raison de leur voisinage immédiat, les premières en péril; ce qul nous fait comprendre ici le puissant intérêt de l'Angle-terre. Le danger n’atteindrait pas seulement ces possessions les plus exposées. Les possessions des Européen» dans les Antilles seraient toutes compromises si l’île à la fois la plus vaste et la plus avancée, si Cuba devenait la proie d’une usurpation. L’Europe résisterait, afin d’empe' cher qu’à son détriment on violât le droit des nations, et qu’on détruisît ainsi l’équilibre de deux mondes. Troi» puissances, pour affermir un pareil équilibre, viennent de repousser en Orient l’invasion que préparait depn*5 des siècles le grand empire de Russie. Ces mêmes pulS sances arrêteraient avec un égal succès en Occident
- p.1060 - vue 685/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1061
- l’invasion que tenterait la république américaine. Voilà, du moins, ce qu’il semble permis de supposer aux hommes ignorant le secret des cabinets.
- Sans trop compter sur les alliés les plus indiqués par leur propre intérêt, l’Espagne pour conserver ses magnifiques possessions de Cuba, de Porto-Rico, l’Espagne ne devrait pas se contenter d’une armée régulière et permanente, occupant les forteresses et les batteries des ports principaux. Il faudrait y joindre une milice générale, sérieusement organisée, munie des meilleurs fusils, non moins exercée au tir qu’on ne l’est dans les Etats-Unis, et pouvant présenter au besoin cinquante mille hommes sous les armes. Indépendamment des forces de terre, il faudrait maintenir en permanence une grande escadre à vapeur, composée de vaisseaux, de frégates et de canon-* mères bardées en fer. Il faudrait construire cette flotte dans l’arsenal de la Havane, avec des bois qui sont d’une durée, et d’une force incomparables; maintenir à bord üne discipline sévère; et mettre souvent en mer, pour s exercer et pour révéler aux nations que l’Espagne peut encore arborer un pavillon qui commande le respect.
- Afin de conjurer des événements où le bon .droit, fût-d défendu par une guerre universelle, ne triompherait flu’avec de graves sacrifices, les habitants des îles espagnoles ont d’autres moyens, simples et faciles, qui sourient à l’humanité. Qu’ils adoucissent de plus en plus le sort des esclaves, pour les acheminer insensiblement vers un état social qui ne laisse rien à désirer aux amis de la civilisation, Qu'ils diminuent la durée des travaux trop pénibles; qu’ils portent des soins éclairés, attentifs à l’hygiène, à la nour riture de la race noire; qu’ils veillent avec sollicitude $uj* 1 enfance des nègres, afin d’augmenter la reproduction uaturelle, si préférable à la traite.
- p.1061 - vue 686/0
-
-
-
- 1062 FORCE PRODUCTIVE
- A l’égard des noirs affranchis et des mulâtres, qui sont en grand nombre dans la colonie, il faut les traiter comme de vrais concitoyens. Il faut favoriser les hommes honnêtes et laborieux, quelle que soit la nuance de leur couleur; il faut qu’on s’efforce de îeùr procurer une instruction fructueuse, et quon leur accorde, suivant leur mérite, une juste part des emplois et des honneurs. Ces hommes compareront l’équité, la générosité du sort qui leur sera fait avec l’aversion, avec le mépris implacables qui les attendent, si leur pays est jamais absorbé dans la république anglo-saxonne. Loin de songer alors à des changements de nationalité, dans la folle et fausse pensée d’élever par là leur condition, les mêmes hommes seront prêts à verser la dernière goutte de leur sang pour ne pas être à la fois libres et méprisés à l'égal des nègres affranchis : nègres déclarés, par la Suprême Cour de justice, affranchis, mais non pas citoyens de l’Union anglo-saxonne.
- De leur côté, dans cette grande Union américaine, leS esprits sages, et le nombre en est considérable, reconnaîtront de plus en plus l’importance de conserver à leur race prépondérante son caractère éminent d’énergie» d’activité, de laboriosité fructueuse. Ils savent que, pour maintenir ce précieux caractère, une haute politique doit empêcher qu’on ne l’altère et ne l’affaiblisse en mêlant à leur sang national trop de sang étranger, de sang nègre surtout. Us sentiront que leur ambition la plus vaste sera justement satisfaite en peuplant d’Anglo-Saxons cet n*1' mense territoire dont ils se trouvent possesseurs, entre trois mers extérieures et quatre mers intérieures. Ces limites incomparables conviennent seules à l’unité àe leur empire, à la perpétuité de leur institution fédéral® et républicaine.
- p.1062 - vue 687/0
-
-
-
- DES NATIONS.
- 1063
- DERNIER COÜP D’OEiD SUR L’AMEIUQDE.
- Au moment où nous arrivions à la fin de ce volume, l’Europe recevait le message annuel du Président des Etats-Unis pour inaugurer, en décembre i85j, la nouvelle session du Congrès et du Sénat.
- Pour la première fois, depuis un temps trop considérable, les p?r4::s qui divisent les Etats-Unis ont permis qu’un homme éminent représentât l’opinion triomphante. Une médiocrité haineuse, irritante, injurieuse à l’égard des oations étrangères, est remplacée par la haute intelligence des intérêts communs à l’univers et de leur bonne liarmo-nie. Enfin, les amis de l’Union américaine peuvent sans restriction applaudir au langage du nouveau Président, fé très-honorable M. Buchanan.
- Crise financière, industrielle et commerciale.
- Le Message présidentiel répand une vive lumière sur üue crise dont le contre-coup s’est fait sentir dans les deux fondes.
- Au milieu du tableau glorieux des prospérités nationales, Ur*e image funeste s’est élevée. Le crédit financier d’une confédération si riche que l’or de la Californie, malgré son abondance, n’est qu’un produit du second ordre, ce crédit s’est tout à coup affaissé sous les fardeaux imprudents dont la spéculation l’a surchargé. On trouve un nouvel exemple du retour fatalement périodique des crises croissantes de *827, 1837 et 1847; elles sont aggravées, en i85j, de tout le poids d’un commerce agrandi sans mesure et par-delà les bornes qu’indiquait la réalité des besoins.
- Les banques, si multipliées aux Etats-Unis, ces institu-
- p.1063 - vue 688/0
-
-
-
- 1064 FORCE PRODUCTIVE
- tions fondées sur le crédit, dont elles sont elles-mêmes le plus puissant véhicule, les banques, au lieu de croître en sagesse, ont préféré croître en audace.
- Il y a dix ans, les Etats-Unis n’exploitaient pas encore les gîtes aurifères, mines incomparables d’où l’on tire par an près du tiers d’un milliard. Eh bien! il y a dix ans, les espèces tenues disponibles dans les banques s’élevaient au cinquième de l’émission des billets; et c’était déjà trop peu. En 1857, loin de s’accroître, elles sont descendues d’un tiers plus bas dans la proportion de la réserve en espèces avec le remboursement des effets exigibles. Voici, pour les quatorze cents banques de l’Union, le tableau ré^ sumé dans le message :
- Situation générale des banques de l’Union, vers le 1er janvier 1857* Valeurs métalliques réservées dans la banque. 311,488,14° fr*
- Billets en circulation.................. 1,146,919,000
- Valeurs exigibles sur dépôts.... 1,280,073,000
- Total général......... 2,688,480,i4o
- Par conséquent, dès les premiers jours de 1857, montant des papiers émis par les banques, et qui pouvait être exigé dans un délai fort court, était presque égal a huit fois la valeur métallique en réserve dans les banques-«Il est palpable, dit le Président de l’Union, que Ie premier besoin pressant devait occasionner la suspension des payements, avec toutes ses suites désastreuses. Ce qu* doit vraiment étonner, c’est quelles aient pu conserve? si longtemps leur crédit, lorsqu’une demande égale au septième de leurs charges obligatoires suffisait pour leS précipiter dans l’insolvabilité : telle était leur condition d’existence. Elles ont poussé si loin l’extravagance de leufô
- p.1064 - vue 689/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1065
- crédits, quelles tiennent à présent beaucoup moins d’espèces en caisse, proportion gardée avec leur papier, qu’avant l’exploitation des gîtes aurifères les plus riches de l’univers.
- «Le désordre financier, ajoute le Président américain, dure depuis quarante ans, toujours reproduit par les mêmes causes : par l’expansion extravagante des entreprises téméraires, les avances irréfléchies que se permet un crédit sans prudence, des achats outrés de produits étrangers, et des transactions commerciales accompagnées de jeux de bourse ruineux à la fois pour la richesse et pour la Morale. Aussitôt que la crise arrive, et son arrivée est inévitable, les banques sont dans l’impuissance "de venir en aide à la détresse générale; c’est précisément à l’é-poque où le commerce a le plus grand besoin de leurs secours, qu’elles sont à bout de ressources et font banqueroute. »
- Lorsque nous décrirons les forces de l’Europe, nous Montrerons quelle atteinte elles reçoivent par ces énormes faillites qui se renouvellent par périodes décennales.
- Influence des abus du crédit sur l’industrie des ÊtcCts-Unis.
- Le Président signale un côté des désastres subis, lequel est vraiment digne d’attention. «Ce système illimité de billets de banque a fait l'enchérir le prix de chaque denrée bien au delà de la valeur naturelle, comparée avec le prix des mêmes articles dans les pays étrangers où la circula-bon du papier est plus sagement limitée. C’est là ce qui a pas permis que nous luttassions, sur nos propres Marchés, contre les manufactures étrangères.
- « Cette cause a produit des importations extravagantes \ a contre-balancé l’effet de la protection considérable pro*
- p.1065 - vue 690/0
-
-
-
- 1066 FORCE PRODUCTIVE
- curée à nos fabriques nationales par le tarif auquel nous devons nos revenus fédéraux. Sans cela, les genres de nos manufactures dont les matières premières sont pour nous indigènes, les fabrications de cotons, de lainages, de fer, etc., non-seulement auraient conquis la possession à peu près exclusive de notre marché, mais se seraient ouvert des marchés extérieurs avantageux pour nous dans le monde entier. »
- Ajoutons qu’après avoir envoyé sans mesure, et souvent sur consignations, des quantités excessives de pr°-duits, les puissances européennes, et surtout la Grande-Bretagne, voient revenir le trop-plein de leurs expéditions. Ce retour occasionne l’encombrement des États expéditeurs, au milieu même de la crise qui paralyse leurs propres manufactures. L’Angleterre surtout apprend qu’il ne suffit pas, comme on le lui recommandait, dexporter, d’exporter, d’exporter, pour avoir le droit de crier prospérité! prospérité!! prospérité!!! sans compta sur les revers et les ruines du lendemain.
- Après ces avertissements aussi graves qu’éclairés suf les crises commerciales et financières, le Président pr°' pose avec raison aux législateurs fédéraux d’exiger 9ue les banques aient toujours un dépôt monétaire qui s0lt au moins le tiers de l’émission des billets. On préviendra tous les dangers en s’arrêtant à cette limite, ainsi que Ie prouvent l’expérience et la sagesse de l’Europe.
- Une autre plaie publique imprime ses stigmates sur l’honneur américain.
- Le Jlibusliérisme jlètri par un Président des États-Unis.
- Dans un État où les plus hauts fonctionnaires tremblent devant les préjugés et les passions populaires, il est beau
- p.1066 - vue 691/0
-
-
-
- DES NATIONS. 1067
- de voir le chef électif signaler son courage civil en flétrissant les flibustiers; en les flétrissant lorsqu’ils portent de nouveau la perturbation dans les États de l'Amérique centrale. '
- «Malheureusement pour ces États et pour nous, dit le Président, notre exemple et nos conseils ont beaucoup perdu de leur autorité morale depuis les expéditions contraires aux principes préparées sur notre territoire. Rien n’est plus propre à rabaisser notre caractère national que de tolérer des entreprises qui violent le droit des gens.
- «L’un des plus sublimes devoirs d’une puissance indépendante et qui respecte ses rapports avec la grande famille des nations, c’est d’empêcher que ses populations commettent des agressions hostiles contre les autres États. Les écrivains les plus révérés, qui font autorité sur les lois internationales, déclarent sans hésiter que de tels actes sont des crimes de vol et d’assassinat.
- « Si l’on dirigeait contre nous pareilles entreprises, pour brûler nos cités *, égorger nos concitoyens, usurper notre gouvernement, nous rendrions responsable, au plus haut degré ,1e gouvernement étranger qui ne préviendrait point ces énormes attentats.
- «Depuis l’administration du général Washington, toujours les Actes du Congrès sont restés en vigueur pour châtier avec sévérité le crime de préparer sur notre territoire une expédition militaire, quand elle est dirigée contre un peuple avec lequel nous sommes en paix. L’Acte de 1818 continue d’attribuer au Président le droit et le devoir d’employer les forces de terre et de ^er pour s’opposer à de telles expéditions; les officiers de la douane sont requis de retenir au port tout navire présumé faire partie de ces illégales expéditions.
- ’ Allusion à l’incendie de Grenade par les flibustiers de Waiker.
- p.1067 - vue 692/0
-
-
-
- 1068 FORCE PRODUCTIVE
- « De tels ordres ont été donnés pour arrêter la nouvelle entreprise annoncée contre le Nicaragua. On a su rendre vaines toutes nos précautions. Le chef de cette entreprise1, arrêté personnellement à la Nouvelle-Orléans, a recouvré sa liberté moyennant caution insuffisante : d est parti.
- «Je recommande ce sujet à la plus sérieuse attention du Congrès. C’est à la fois notre devoir et notre intérêt d’adopter desv mesures qui puissent empêcher nos concitoyens de commettre de tels outrages. »
- Déplorons ici l’impuissance du Gouvernement fédéral* Deux des trente et un États confédérés peuvent braver les ordres les plus légitimes ; les magistrats locaux font des lois préventives une application dérisoire ; la douane ne veut voir et saisir ni les munitions ni les armes qu’on exporte; les soldats flibustiers déclarent qu’ils sont des planteurs de café, paisibles émigrants, qui vont féconder le Nicaragua! Cette explication suffit; un croiseur laisse passer les navires envahisseurs sans les visiter, et les flibustiers débarquent en paix !
- Ou le Gouvernement fédéral n’a qu’un pouvoir méprisé par sa douane, par sa flotte et par son armée, ou lui-même court le danger d’être taxé de ne pas être sincère. Sa déconsidération serait plus grande s’il tolérait des expéditions qu’il qualifie de vols, d’incendies et de crimes publics; il nous en coûterait trop d’accepter de pareils soupçons. Nous aimons mieux espérer que l’UnioU américaine prêtera force à son propre honneur, afin qu’ell0 sorte victorieuse et pure de la plus infâme récidive contr0 le droit des nations.
- Il faudra voir si le Congrès saura répondre à l’appe^ moral du Président. Plus d’un mois s’est écoulé sans qlie 1 Le sieur Walker.
- p.1068 - vue 693/0
-
-
-
- 1069
- DES NATIONS.
- la censure ni dès représentants ni des sénateurs ait prononcé pour satisfaire à cet appel.
- Eh quoi! la croisière sacrés de l’Éloquence laissera-t-elle aussi passer les corsaires envahisseurs, sans qu unè seule parole puissante fasse entendre au moins le cri de : Qui vive! Si l’illustre et vertueux Henri Clay respirait encore, lui qui flétrissait avec tant d’énergie l’essor des flibustiers vers le Texas et le Canada, les vrais amis de l’Amérique ne seraient pas réduits à former ce vœu.
- Un dernier acte fait honneur à l’énergie d’un marin. Le commodore de la croisière américaine a compris qu’il pouvait saisir le flibustier récidiviste et réfractaire, déjà signalé par sa récente capture de quatre navires à vapeur dans la rivière de Saint-Jean de Nicaragua ; il a capturé le corsaire même, à terre, en vue du rivage. C’était rendre un immense service au peuple ami du Nicaragua.
- Pour avancer de surprise en surprise, le flibustier Rebelle aux lois de son pays serait déjà de retour à New-York, et gracieusement relaxé; tandis qu’on répand la nouvelle, incroyable pour nous, que le commodore honnête et courageux serait menacé d’un jugement!...
- Au simple bruit que le vaillant commodore avait saisi le flibustier Walker en flagrant délit d’invasion, les sym-pathiseurs des actions illégales font entendre un cri d’exécration contre leur propre marine militaire, employée à defendre 1 honneur de l’Union américaine.
- Si par impossible le commodore Paulding comparaissait devant des jurés choisis parmi ceux qui l’incriminent, il pourrait leur faire une réponse qui l’absoudrait sur-le-champ à leurs yeux :
- «Vous m’accusez d’avoir débarqué sur un territoire ami pour y saisir un flibustier et préserver un allié de la spoliation, de l’incendie et du meurtre. Soyez plus consé-
- p.1069 - vue 694/0
-
-
-
- 1070 FORCE PRODUCTIVE DES NATIONS, quents avec vous-mêmes. Si j’étais venu répandre ces fléaux sur un peuple en paix avec nous, vous me porteriez en triomphe, comme un autre Walker. Contentez-vous de m’accorder l’ovation , ]e petit triomphe, et vos éloges pour l’infraction que peut-être j’ai commise au droit des gens, mais, il est vrai, sans brûler, sans piller et sans verser le sang des alliés. »
- Second message.
- Un second message de M. le Président Buchanan contient un passage qui justifie pleinement mes prévisions ou, si l’on veut, mes visions1 sur l’occupation- future des deux Amériques par un peuplement émané des Etats-Unis. Voici le passage que je veux signaler à l’attention du lecteur :
- «Incontestablement la destinée de notre race est de se «répandre sur tout le continent de l’Amérique du Nord, « et cela avant longtemps, si on laisse les événements suivre «leur cours naturel. Le flot de l’émigration se dirigera « vers le Sud, et rien ne saurait arrêter sa marche. »
- Voici donc la différence entre deux systèmes : La destinée des Amériques est quelles soient peuplées par les États-Unis : suivant M. Buchanan, ce sera par voie d'infd-tration; suivant le citoyen Walker, ce sera par voie d'effraction.
- 1 Voyez i° pages 5g5 et suivantes, Idée du peuplement des Etats-Unis aux xviii‘ et xix' siècles ; 2° pages y31 et suivantes, Avenir du Mexique, 3° pages 870 et suivantes, Avenir desforces productives du Brésil; 4°pages et suivantes, Avenir de Cuba.
- p.1070 - vue 695/0
-
-
-
- p.1071 - vue 696/0
-
-