Force productive des nations depuis 1800 jusqu'à 1851. Introduction aux rapports de la commission française instituée pour le jury international de l'Exposition universelle à Londres en 1851
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- FORCE PRODUCTIVE DES NATIONS,
- DEPUIS 1800 JUSQU’A 1851.
- L’INDO-CHINE ET L’INDE.
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- FORCE PRODUCTIVE
- DES NATIONS,
- DEPUIS 1800 JUSQU'A 1851.
- INTRODUCTION
- AUX
- RAPPORTS de la commission française
- INSTITUÉE POUR LE JURY INTERNATIONAL
- DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE A LONDRES, EN 1851,
- PAU
- LE RARON CHARLES DUPIN,
- MEMBRE DE L’INSTITUT,
- PRÉSIDENT DE LA COMMISSION FRANÇAISE.
- TOME V.
- PARIS.
- IMPRIMERIE IMPÉRIALE.
- M DCCC LXII.
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- HOMMAGE A LA MÉMOIRE
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- DE
- S. A. R. LE PRINCE ALRERT,
- PRINCE-ÉPOUX D’ANGLETERRE,
- PRÉSIDENT
- DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1851.
- Au moment où nous achevons le tableau des arts producteurs du cinquième et dernier groupe de l’Empire britannique, nous apprenons la mort imprévue et lamentable du Prince accompli qui présidait la première Exposition, où cet Empire a brillé d’un si grand éclat. Son existence est ravie, ne craignons pas de le dire, à l’attente des nations dont il s’apprêtait à présider le nouveau concours; toutes ensemble se faisaient un bonheur de mettre bientôt sous ses yeux les progrès de l’univers depuis dix années.
- Nous exprimons ici la douleur qu’éprouvent les Jurés de toutes les nations. Ce Prince les avait charmés et captivés par sa royale courtoisie, par son accueil rempli de bienveillance et par les témoignages d’une estime dont ils avaient droit d’être fiers.
- INTRODUCTION.
- IV.
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- ii HOMMAGE A LA MÉMOIRE
- S. A. R. prenait un puissant intérêt à la longue entreprise par laquelle nous rattachons un demi-siècle de progrès au concours universel qu’il avait si dignement présidé; chaque fois qu’il recevait un volume nouveau publié sous le souverain patronage de Sa Majesté l’Empereur des Français, il exprimait avec effusion son suffrage approbateur.
- Entre tous les souvenirs que réveille en nous la perte du Prince-époux, il en est un qu’il nous est doux de rappeler.
- Un jour avait été fixé par Sa Majesté la Reine d’Angleterre pour montrer, elle-même, l’exposition française à d’augustes visiteurs :
- C’étaient Leurs Altesses Royales le Prince et la Princesse héréditaires de Prusse; c’était le Prince qui devait un jour, et dès le premier pas, porter la dignité de son pays plus haut que ses prédécesseurs ne l’avaient fait depuis Frédéric le Grand; c’était la Princesse accomplie qui rappelait, par la culture et la distinction de son esprit, la cour lettrée de Weymar et les leçons du célèbre Goëthe; elle apparaissait à nos yeux comme, au temps le plus beau de l’Italie, ces princesses de Ferrare, dignes des vers de l’Arioste et du Tasse.
- L’unique fils de cet illustre couple, et l’aînée des Princesses d’Angleterre, et le jeune Prince de Galles, accompagnaient leurs augustes parents; à peine ils touchaient à l’adolescence. Ils ne pouvaient retenir
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- III
- DE S. A. R. LE PRINCE ALBERT, leurs acclamations joyeuses lorsque nous leur faisions apprécier ces mille inventions de l’industrie parisienne, inventions si charmantes pour tous les âges, qui commencent par des joujoux et finissent par des chefs-d’œuvre.
- Nous n’étions pas moins fiers de montrer les autres parties de notre industrie nationale. Alors Son Altesse Royale le Prince Albert se faisait un devoir, et surtout un plaisir, d’en signaler le mérite aux illustres visiteurs. Il était vraiment ainsi le Président d’une Exposition universelle, où sans jalousie, sans injustes préférences, il remplissait le grand et beau rôle de Mécène des arts du Monde; rôle qu’il devait au choix, disons mieux, à la divination de Pépouse qui jugeait si bien son cœur et son âme.
- Dix ans sont à peine écoulés depuis cette époque, et le temps a marqué ce court intervalle par des changements qui montrent la puissance de sa main et l’imprévu de ses coups.
- Le Prince et la Princesse héréditaires régnent aujourd’hui sur la Prusse, fière et satisfaite; leur fils et la. Princesse d’Angleterre ont pris rang sur le premier degré d’un trône si noblement occupé.
- Le Prince de Galles a parcouru les mers sur lesquelles, un jour, il exercera tant d’empire; il a visité ces républicains des Etats-Unis, tout surpris d’acclamer le futur souverain de deux cents millions d’âmes, et le jeune rénovateur de ces rois anglo-saxons dont
- a.
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- IV HOMMAGE A LA MÉMOIRE DE S. A. R. LE PR. ALBERT, leurs pères avaient été, ce qu’on sait être en Angleterre, les sujets libres et respectueux.
- S. M. la Reine Victoria, si longtemps proclamée, comme la Vierge sainte, heureuse entre toutes les femmes, n’est plus aujourd’hui fortunée qu’entre toutes les mères; elle n’aura possédé que vingt-deux ans sa félicité d’épouse.
- Enfin S. A. R. le Prince Albert, à qui la nation britannique avait érigé dans Londres une statue gagnée, par son caractère, à l’Exposition universelle; ce prince aimé, estimé du peuple; porté lentement, et sur épreuve, au sommet de la plus superbe des aristocraties; appelé par le premier des arts à présider la grande et royale Société d’agriculture; puis appelé, par cette Cambridge dont Newton fut l’élève et la gloire, à présider l’Université célèbre surtout par les sciences;
- Ce Prince, comblé d’honneurs, heureux autant que peut l’être un père et plus que tous les époux, à la fleur de l’âge, il vient de descendre d’un seul pas dans la tombe!
- La douleur nationale éclate aussi grande que s’il avait été lui-même le Souverain héréditaire du Royaume-Uni; et nous, citoyens des nations étrangères, nous unissons à cette douleur la profonde expression de nos regrets.
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- AVANT-PROPOS.
- Afin d’exposer avec méthode la force productive des nations, et par conséquent aussi leur force destructive, nous parcourons les Etats en avançant toujours de l’orient vers l’occident; nous plaçons ainsi sous les yeux du lecteur les peuples et les contrées, dans les rapports de position qu’ils occupent sur le globe.
- Nous avons fixé notre point de départ au détroit de la Manche et commencé par l’Angleterre pour accomplir le tour du monde en finissant par la France. Ce dernier but d’un si rude labeur terminera notre entreprise par un patriotique et noble plaisir.
- Dans la Grande-Bretagne, tout grandit, tout fleurit, tout prospère à la fois. L’ordre et la liberté s’appuient l’un sur l’autre; la puissance publique est révérée; et pour accroître incessamment les fortunes privées et la fortune de l’État, les arts, guidés par les sciences, font des progrès auxquels l’esprit humain n’a pas encore entrevu de limites.
- En quarante-cinq ans, nous avons visité huit fois le Royaume-Uni, pour en étudier et pour en exposer
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- VI AVANT-PROPOS,
- successivement la force militaire1, la force navale2 et la force commerciale3. Dans le travail auquel nous consacrons tous nos efforts, ce n’a plus été ces forces séparées qu’il a fijllu mesurer ; c’est leur ensemble et leur génie collectif.
- Des deux nations, l’anglo-saxonne et la celtique, réparties entre la Grande-Bretagne et l’Irlande, la première est de beaucoup la plus nombreuse et là plus puissante : dans un demi-siècle elle a doublé sur une terre où tout autre peuple aurait été trop à l’étroit. Cet accroissement merveilleux ne l’a pas empêchée de couvrir le monde avec ses émigrants, comme les mers avec ses navigateurs. Avide d’un terrain qui lui manquait en Europe, un siècle a suffi pour qu’elle ajoutât à son empire la douzième partie du globe et qu’elle portât à deux cents millions le nombre de ses sujets et de ses vassaux.
- Elle n’en a pas moins tout mis en œuvre dans le dessein de rendre sa terre natale capable de nourrir un plus grand nombre d’habitants; elle en a défriché les landes et détruit les forêts, pour semer plus de blés et créer plus de prairies.
- Afin d’augmenter la faculté productive de son sol naturel, elle a cherché dans les deux mondes les os des animaux, et quelquefois les ossements humains; ses navires s’en vont dans l’Océan Pacifique enlever les excréments que des oiseaux de mer ont
- 1 2 vol. in-4°, 1820.
- 2 2 vol. in-4°, 1821.
- 3 2 vol. in-4°, 1828,
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- AVANT-PROPOS, accumulés, en couches immenses, sur des îles inhabitées. Voilà ce quelle a fait pour le règne végétal.
- Elle s’est surpassée en cherchant à tirer parti de l’autre règne organique, plus difficile à maîtriser. Elle a métamorphosé, c’est le mot exact, tous ses animaux domestiques : les traitant ainsi pour s’en faire de plus puissants auxiliaires et les subordonner plus complètement à ses travaux, à ses plaisirs, à ses appétits; elle a voulu qu’ils devinssent une réunion de familles et d’espèces aussi séparées qu’elle-même du reste de l’univers. De ces races subordonnées, elle a proportionné ou disproportionné, suivant ses calculs, la force, la masse et la vitesse. Elle a modifié profondément leur ossature, leurs muscles, leurs nerfs, leurs chairs et leurs toisons : ses chevaux, ses taureaux, ses moutons, ses chiens même et ses porcs, tous ont subi son pétrissage. Elle a commencé par des accidents bien étudiés, pour arriver à des types factices, auxquels elle a fini par imposer le dernier sceau de la création : l’hérédité des formes et des caractères. Voilà ce quelle a fait pour le règne animal.
- Tandis quelle a de la sorte exploité tout ce qui végète et tout ce qui respire sur son territoire, la nation britannique a pris plus que jamais possession de ses trésors souterrains. Elle a tiré de ses mines du combustible, du fer, de fétain, du cuivre et du sel gemme, non-seulement pour suffire à ses besoins devenus immenses, mais pour en vendre aux habitants des deux hémisphères. Avec son combustible minéral
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- VIII AVANT-PROPOS,
- elle a trouvé l’équivalent des coupes réglées de forêts plus étendues que certains royaumes. Avec le plus commun de ses métaux, elle a créé des chemins à vitesse accélérée, des maisons, des palais, des navires perfectionnés; et quand il a fallu bâtir le plus grand vaisseau qui soit sorti de la main des hommes, c’est ce métal qu’elle a préféré. Elle a fait quelque chose de plus miraculeux encore : avec du fer, elle a créé des lileuses automatiques à cent, à cinq cents, à mille fuseaux réunis, et des métiers mécaniques pour tenir lieu de tisserands. Afin d’animer ces producteurs mathématiques , elle s’est contentée de la simple vapeur de l’eau, vapeur devenue la plus intelligente et la plus puissante de ses forces productives. Nous avons pris la mesure de ces moyens créateurs,, et, par l’état actuel d’une seule application, nous pouvons montrer la grandeur des résultats obtenus. Avec des filaments empruntés au monde entier, la nation britannique, employant les arts qui viennent d’être indiqués, est parvenue à produire un développement de tissus presque égal, par année, à quatre-vingts fois, le tour de la terre. Sur les marchés de l’univers elle en jette, comme un défi, trois milliards de mètres courants; elle y joint une si grande proportion de fils apprêtés par les mêmes moyens, et concédés au reste des nations, qu’elles peuvent tisser toutes ensemble, avec ce seul secours, un quatrième milliardî
- Chose étonnante, trois millions d’hommes, de femmes et d’enfants suffisent à diriger ce travail accompli par la vapeur britannique ; que si l’on vou-
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- lait employer le fuseau de la fileuse et la navette lancée par le tisserand, on n’y suffirait pas avec cent millions d’ouvriers. Telle est, sur un seul point, la multiplication des forces de l’Angleterre.
- La Grande-Bretagne étudiée, nous sommes passés en Irlande. Quand nous avons comparé la nation britannique et la nation irlandaise, la diversité de leurs éléments de richesse présentait à nos yeux un étonnant et sombre problème. Si nous rapprochons deux peuples dotés à l’envi par la nature, tous deux robustes, intelligents, et tous deux intrépides, l’un avec sang-froid, l’autre avec enthousiasme, à quelle cause rapporter la marche si contraire de leurs destinées? En vingt ans, celui qui prédomine par le nombre et qui dicte les lois, celui-là s’élève de 19 millions à 2 3 millions d’âmes; preuve admirable de tous ses progrès. Dans le même laps de temps, l’autre descend de 8 millions à 5,700,000 âmes. La terre de ce dernier est la plus fertile et son climat est le plus doux; néanmoins les famines, la misère, les mortalités effrayantes, l’exil volontaire et désespéré, déciment à l’envi la nation si bien.partagée par la nature. Aux cultures, aux industries du peuple dominé, le peuple dominant offre, comme un présent tout généreux , la liberté du commerce, l’égalité des échanges et la concurrence illimitée. Cependant, loin qu’il en résulte un équilibre de manufactures, de navigation et de négoce extérieur, les arts refluent vers le plus avancé des deux peuples, vers le mieux pourvu d’ateliers, de capitaux et de puissance. Les produits
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- X AVANT-PROPOS,
- agricoles de nature supérieure, le froment et l’orge, ceux dont la récolte a le plus de constance, passent la mer et vont nourrir la race opulente; les autres aliments, et surtout la pomme de terre, sont gardés pour un animal immonde et pour le peuple atrophié par la misère, en conséquence de ces partages mercantiles. Notre tâche était de présenter avec fidélité et clarté l’exposition de ces faits étranges ; nous en avons suivi l’enchaînement depuis l’origine du xixe siècle, époque où remonte notre programme.
- L’Irlande étudiée, nous avons franchi l’Atlantique et visité d’abord l’extrême Amérique du nord. Dans la Nouvelle-Bretagne nous avons trouvé deux races ennemies dans le principe; mais, depuis peu d’années, leur antagonisme a presque disparu. On les a vues s’unir pour résister à l’oppression gouvernementale. Alors le pouvoir métropolitain a senti le danger de les révolter en se permettant des actes absolus et durs ; sa prudence l’a rendu pour eux paternel et libéral. Par ce moyen, il leur a donné la paix intérieure et l’amour de la métropole. Animées d’une ardente émulation, elles marchent aujourd’hui vers la même prospérité ; à l’égal des citoyens d’un pays voisin, tous les vingt-cinq ans elles doublent leur population.
- Dans le bas Canada, la race française, féconde, laborieuse, active, et pourtant sédentaire, a su conserver sur les bords du Saint-Laurent la foi, les institutions et la civilisation qu’elle doit au génie de Richelieu; elle est fière de garder sa langue française.
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- Au nord des grands lacs, la race anglaise, arrivée la dernière, est devenue la plus nombreuse, à force d’immigrations. Elle a perdu par degrés son désir de fusion avec des Etats contigus qui ne semblent plus, dans la pensée canadienne, avoir trouvé le secret de toutes les perfections politiques et sociales.
- La Nouvelle-Bretagne, depuis l’Océan Atlantique jusqu’aux lacs intérieurs les plus reculés, présente à l’observateur des travaux prodigieux; ils établissent les communications à travers des contrées d’une immense étendue. Les chemins de fer, les viaducs, les ponts-tubes, les ponts suspendus et les canaux navigables sont combinés pour servir le commerce et pour concourir à la défense du pays contre des voisins chaque année plus redoutables. Ces derniers ont été pour nous l’objet d’une étude approfondie.
- Quand nous avons expliqué le progrès merveilleux des Etats-Unis, et l’orgueil si juste qu’ils en concevaient, on comptait déjà trente et une républiques possédant chacune ses lois, sa constitution, son indépendance, et réunies dans un seul corps fédéral par le consentement universel. On voyait ces républiques, jeunes, énergiques et florissantes, multipliant à miracle le nombre de leurs enfants et l’étendue de leurs cultures; elles y joignaient la puissance des arts manufacturiers, les uns empruntés à l’Europe, les autres créés avec un infatigable esprit de recherche et d’entreprise, par les descendants et les émules des Anglo-Normands leurs ancêtres. Elles plaçaient une partie du nouveau monde dans les rangs
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- XII AVANT-PROPOS,
- les plus élevés de la science et de l’invention. Dès le xviii® siècle, la jeune nation avait maîtrisé la foudre comme un simple jet d’électricité, par le génie de Franklin; dès l’origine du xixe siècle, elle avait soumis les fleuves et bientôt après les mers à la force de la vapeur, par le génie de Fulton.
- A l’époque où nous retracions avec enthousiasme cet admirable spectacle, deux flots divergents d’intérêts matériels poussaient déjà dans des voies opposées les Etats du Sud et les Etats du Nord. Ces derniers, enrichis à la fois par l’industrie mécanique, par le commerce extérieur et par la navigation des lacs, des rivières et des Océans, avaient trouvé dans leur position géographique un grand élément de puissance; leurs habitants, favorisés par la douceur d’une zone tempérée, possédaient cet autre avantage de pouvoir féconder leur territoire avec leurs propres bras. Les premiers, ceux du Sud, accablés par le soleil de la zone torride, étaient obligés de faire labourer la terre par une race tropicale : c’étaient les nègres, que les navigateurs des deux mondes étaient allés acheter pour eux en Afrique et leur avaient revendus. Alors en effet, comme aujourd’hui, les colons méridionaux n’avaient pas plus de navires et de marins que de négoce à l’extérieur et de fabriques à l’intérieur.
- Nous avons dénombré distinctement les populations et les forces si différentes de ces deux groupes d’Etats, qui finissaient, quand nous prenions la plume, par ne plus vivre en véritable et bonne intelligence. Dès 1855, l’observateur ami de la concorde était
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- affecté douloureusement; il ne pouvait pas fermer les yeux sur des passions qui descendaient des remontrances à des injures mortelles et des clameurs aux voies de fait les plus déplorables.
- Une femme du Nord, audacieuse et virile avec un air de candeur et de bonhomie, écrivait pour déverser la détestation et le mépris sur les blancs du Sud. De leur côté, les femmes du Midi, même les plus élégantes, passionnées comme on l’est sous leur climat, portaient sur leur sein, enchâssés dans leurs joyaux, des fragments d’une canne vengeresse : celle dont un coup avait presque immolé l’orateur yankie le moins mesuré dans ses paroles outrageantes. De si tristes commencements nous paraissaient gros d’un avenir prochain et menaçant; nous faisions, hélas! un vain appel à la modération, à la prudence, aux concessions mutuelles, si l’on voulait, nous le disions, conserver l’unité fédérative.
- Un ouvrage où sont rapprochées pour le bien général les forces productives de toutes les nations est, avant tout, favorable à leur bonne harmonie ; mais notre amour même de la paix ouvre nos yeux sur les motifs qui peuvent tantôt la détruire, tantôt l’empêcher de renaître.
- Ici finiraient nos observations et nos vœux en faveur de la grande Union américaine, si les événements, qui chaque jour se multiplient, ne devaient pas produire une immense réaction sur les peuples de VInde britannique, et s’ils ne devaient pas jeter un jour nouveau sur la métamorphose et le progrès accéléré
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- XIV
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- des forces de l’Hindoustan. C’est ce qui paraîtra plus clair au lecteur avant la fin de cet avant-propos.
- Aujourd’hui, sous un aspect bien différent, les Etats-Unis renouvellent entre eux une guerre de scission qu’on n’oserait pas comparer à celle qu’ils avaient entreprise, il y aura bientôt un siècle, pour briser les liens qui les unissaient à la mère patrie; guerre à jamais mémorable et qui finit pour eux avec un rare bonheur. Ils invoquaient alors les principes éternels, imprescriptibles suivant eux, qui donnaient à trois millions d’Américains le droit d’être maîtres d’eux-mêmes, en secouant le joug de leur gouvernement héréditaire. A présent dix millions de confédérés se voient dénier le même droit par vingt millions de fédéraux. Au lieu de les combattre comme des nations indépendantes, on veut ne voir en eux que des sujets rebelles ; et déjà, pour mieux faire triompher le pacte d’union, les plus nombreux voudraient le fouler sous leurs pieds. En même temps les liens paisibles et fructueux du commerce entre les belligérants et le reste de l’univers sont froissés ou brisés; chaque parti s’est imaginé que les Européens, à force de souffrir, abrégeront la lutte, en se prononçant pour lui. C’est un jeu dangereux pour l’un ou pour l’autre.
- Jusqu’ici l’ancien monde a montré le sage désir de rester neutre, d’insister seulement sur le droit des gens, et de laisser la fortune vider sans lui cette querelle lamentable. La France a ce noble avantage que sa bienveillance et son impartialité sont au-dessus de tout soupçon.
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- Quand nous montrions, heureux, fruits des forces productives, ces cargaisons de cotons en laine dont il nous fallait calculer le poids par centaines de mille tonneaux, quand nous les suivions sur la route de Li-verpool, de Manchester et de Glasgow, nous regardions ce magnifique mouvement comme à jamais sauvegardé par futilité des deux mondes. Nous n’avions pas même l’idée qu’en haine du Sud, les Etats du Nord, pour rendre à toujours impossible cette alimentation des arts européens, tenteraient de combler l’entrée des fleuves et des ports que la nature a créés sur un littoral de douze cents lieues cfétendue : sans réfléchir, ou peut-être en réfléchissant que c’était combler, avec les mêmes navires coulés bas, les fleuves commerciaux de l’Angleterre et de l’Ecosse.
- Trop heureux les Etats du Sud, s’ils n’avaient pas un jour à pleurer sur d’autres malheurs que sur la perte des ports dont, jusqu’à présent, leurs rares navires ont fait trop peu d’usage, et si l’incendie de leurs grandes cités ne servait pas de prélude à des massacres dont Saint-Domingue, avec ses fureurs, ne serait qu’un faible modèle!
- En cet instant, tous les regards sont tournés vers la Grande-Bretagne. Depuis quarante ans, cette puissance a montré tout ce qu’elle pouvait concéder aux Etats-Unis pour conserver ce que j’appellerai la paix du coton, la paix adorée par Manchester et ses apôtres. Comment les Américains ont-ils pu supposer que la même puissance, si redoutable et si fière, souffrirait toujours ce qui met à mort son industrie la plus im-
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- portante? Précisément ce quelle endurait dans le premier cas doit nous révéler ce qu’elle ne veut pas, ce quelle ne peut pas endurer indéfiniment dans la dernière circonstance.
- Avec un grand luxe de chiffres, l’économiste d’Angleterre a calculé qu’aujourd’hui les trois millions d’ouvriers qui doivent tout au coton perdent déjà, par mesure de prudence, entre le tiers et le quart de leur travail et de leurs moyens d’existence. En attendant, les petits manufacturiers, victimes infortunées des profondes crises, vont être jetés par-dessus le bord dans l’Océan des faillites : ce qui soulagera les riches ! Tout compte fait, en atténuant la vérité, si les mêmes entraves à l’importation de la matière première continuent pendant quatre mois, l’approvisionnement entier sera consommé ; alors les trois millions de travailleurs n’auront plus aucun moyen de subsister. Pour les consoler, on leur prédit la taxe des pauvres, avec l’espoir quon y joindra la charité privée.
- On leur dirait volontiers ces sombres mots des cénobites, II faut mourir, frères; et l’on pense qu’ils répondront d’une voix résignée : Frères, il faut mourir. On n’admet sous aucun prétexte l’explosion d’un grand peuple, qui répugne à périr de faim quand ses vaisseaux, au premier signal, pourraient rouvrir les sources de la vie à des masses affamées et le mouvement à trois milliards d’affaires menacées de paralysie. Ne vaudrait-il pas mieux, en Amérique, déclarer que le coton, devenu comme le blé la nourriture de plusieurs millions d’hommes, ne sera plus intercepté
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- AVANT-PROPOS, par aucun blocus systématique? Tel est le conseil de la prévoyance et de l’amitié.
- L’Angleterre a pris feu pour un outrage à sa neutralité , comme si jamais elle n’avait assailli celle d’autrui. Tout à coup elle a découvert que ses lamentations périodiques sur l’insuffisance relative de sa marine militaire étaient simplement une douleur feinte et politique. Elle a montré ce qu’est, en effet, cette force immense; et ses armements ont pris une activité surhumaine.
- Un fait me paraît plus étonnant que tous les triomphes. La satisfaction orgueilleusement exigée une fois consentie, les Anglais ont senti le besoin de la rendre plus éclatante par le sang-froid et le silence. Leur patriotisme unanime tient à montrer sa discipline. Ils ont cet empire sur eux-mêmes, qu’il suffit d’un mot d’ordre intelligent, donné par le journal de ses passions et de ses intérêts, pour refréner chez eux tout emportement populaire.
- Les deux personnages capturés sur le Trente sans respect du droit des neutres, sont restitués à l’Angleterre; le peuple les recevra comme des particuliers sans importance et presque sans nom. 11 faut que l’univers ne voie qu’une chose dans cette restitution : la toute-puissance navale et la majesté du pavillon britannique.
- Quand on va voir le peu que nous avons à dire sur les parties les moins avancées et les moins ré*? glées de l’Amérique, on comprendra mieux l’incomparable mérite de cet ordre dans la vaillance et de ce
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- calme après le succès, qui produisent à ia longue la prépondérance des nations de premier ordre.
- Depuis la publication de nos travaux, le Mexique, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud n’ont rien changé dans leur amour de l’anarchie, ni dans les convulsions qui retardent tous leurs progrès en paralysant leurs force# productives. Loin d’offrir au fonds commun du genre humain leur part de progrès, de découvertes et de sages leçons, ces contrées ne nous présentent guère que des exemples affligeants.
- Pour obtenir la réparation d’insupportables outrages et de spoliations faites à leurs nationaux, il faut que la France, l’Espagne et l’Angleterre occupent les ports du Mexique et marchent sur sa capitale. La solution la plus fâcheuse de cette lutte inégale serait quelque nouvelle révolution qui désavouerait les actes iniques et violents de la précédente, sauf à les imiter plus tard. Les autres Etats méridionaux ne sont guère plus amis des lois et de la sagesse.
- Cependant l’Empire du Brésil fait à ces désordres une grande et consolante exception. Son développement, sa richesse et sa paix semblent tenir à la stabilité de son état monarchique et constitutionnel. C’est un exemple qui tôt ou tard portera des fruits salutaires pour faire cesser les troubles et les infortunes d’un immense continent.
- Nous avons vu combien les colonies des Indes occidentales se relèvent avec lenteur du choc violent quelles ont éprouvé par une émancipation louable, à coup sur, et dotée avec la plas noble générosité; mais
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- cette émancipation fat trop précipitée pour être en tout fructueuse, et pour ne laisser qu’un sentiment de bonheur sans mélange aux amis cle l’humanité.
- Cuba, fidèle à sa métropole, menacée longtemps par des voisins ambitieux, a jusqu’à ce jour été défendue par le courage espagnol et sa fidélité proverbiale. Cette colonie accroît toujours son opulence ; malheureusement elle l’accroît en tolérant un commerce d’esclaves réprouvé par l’Europe entière.
- Santo-Domingo, partie la moins étendue, mais la plus policée de l’île qui fut la reine des Antilles, Santo-Domingo, depuis que nous en avons constaté la situation, a réclamé l’antique protection de sa mère patrie; celle-ci lui garantit la conservation de la liberté personnelle, en lui procurant la sécurité, le bienfait des arts et le retour à la richesse.
- Dans ma conviction profonde, encore quelques années qui profiteront au malheur, et la force de l’exemple obligera le Saint-Domingue français à tendre aussi ses bras confiants vers la France. La France, à son tour, conservera religieusement la liberté du peuple nègre, en le dirigeant dans les voies du bien-être, du travail intelligent et de la civilisation.
- Au couchant de l’Amérique septentrionale, dans fOcéan Pacifique, nous avons étudié les îles Sandwich. Elles nous ont présente le phenomene dune monarchie tempérée, à formes représentatives, chez des peuplades qu’un homme extraordinaire a tirees d’un état presque sauvage.
- Les Français s’efforcent d’assurer les mêmes bien-
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- faits à la population, peu nombreuse il est vrai, mais si favorisée parla nature, que renferme un autre groupe cTîles ayant Tahiti pour chef-lieu.
- Nos compatriotes s’essayent aujourd’hui sur un plus grand théâtre, dans la Nouvelle-Calédonie; formons des vœux pour leurs succès.
- L’Australie, ce continent presque aussi spacieux que l’Europe, envahi sans exception par l’Angleterre, offre le spectacle d’une des plus fortes et des plus belles créations des temps modernes. Il n’y a pas quatre-vingts ans, la Grande-Bretagne, fatiguée de ses voleurs mis à la chaîne, exilait 900 forçats au bout du monde, à Botany-Bay. Ce noyau, digne des sujets deRomulus, a prospéré plus vite qu’eux en améliorant ses mœurs. Déjà six Etats, constitués par leurs propres efforts, présentent plus d’un million de citoyens actifs , heureux et tranquilles, sous la protection de la Grande-Bretagne.
- Nous les avons montrés défrichant, cultivant des terrains immenses; sachant être tour à tour laboureurs et pasteurs; fécondant des prairies pour dix millions de bêtes à laine, dont les troupeaux sont leur création, et vendant à l’Europe des toisons d’une qualité perfectionnée. Le règne minéral leur réservait un autre présent : il leur permettait de ramasser, de laver, de cribler l’or, de trouver un peu plus bas des pépites énormes; le tout en effleurant la terre, à raison d’un milliard tous les quatre ans!
- A nos yeux, cet or est moins étonnant que le blé si largement produit et qu’on porte déjà, d’un
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- hémisphère à l’autre, sur les marchés de l’ancien inonde.
- Un spectacle plus admirable à nos yeux est celui qui nous montre les six États australiens inaugurant leur vie nationale en fondant leur liberté; en créant, dès le principe, leur constitution, leur parlement, leurs garanties. Nulle part le genre humain n a développé ses forces productives et sociales avec tant de précocité, et je dirais presque avec tant de maturité.
- Mais comme il faut, dans les œuvres des mortels, que l’imperfection perce toujours par quelque endroit, voyez ces fiers Australiens, libéraux à tant d’égards, amoureux des immunités du travail et d’un libre échangé intéressé ; voyez-les se coalisant pour opprimer le pauvre émigrant chinois : et pourquoi ? parce que celui-ci, robuste, infatigable, intelligent, parvient à les surpasser dans la récolte de lorl Ils taxent ses bras, ils imposent sa tête, et souvent 1 accablent de mauvais traitements sous la brutalité du nombre ; ils font tout cela pour tourner en leur faveur une concurrence ainsi déshonorée. Pouvions-nous, sans éprouver aucun sentiment hostile, ne pas protester contre un pareil abus de la force et de la déraison?
- A l’occident de l’Australie et jusqu’au voisinage du continent asiatique s’étendent les îles de la Sonde , dans une direction tracée par l’équateur : des si renommées chez les Occidentaux pour leurs produits tropicaux. Là régnent les Néerlandais. Obliges qu’ils sont d’obéir à la même loi dun climat de zone torride que les Américains méridionaux des Etats-
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- Unis, ils font travailler je sol par une race faite pour braver le soleil, mais bronzée au lieu d’être noire. Cependant, du côté moral, ils se montrent supérieurs; car, en retour du labeur que doit fournir cette race, ils lui conservent le plus précieux de tous les biens, la liberté personnelle.
- Le premier roi qu’aient eu les Pays-Bas, après les longues guerres de l’Empire français, Guillaume Ier, fut le plus homme d’Etat de tous les commerçants bataves et le plus commerçant de tous leurs hommes d’Etat. Guillaume l’industrieux a résolu ce difficile problème : identifier les travaux, le commerce et la richesse entre les Pays-Bas et les possessions d’Océanie habitées par des nations qui diffèrent de race, de culte et de mœurs avec les métropolitains. Ce prince eut été trop heureux s’il n’avait rien détourné des trésors créés sous sa direction incomparable, pour prolonger une lutte impossible avec les Belges, qui défendaient leur indépendance nationale.
- Dans leurs colonies océaniques, les Néerlandais ont réalisé les plans d’un homme de génie, le général Van den Bosch. Ce merveilleux colonisateur, respectant l’existence, le pouvoir etl’hérédité des princes natifs, les a transformés, par le vif stimulant de l’intérêt, en propulseurs de leurs sujets, sur les terres de leurs Etats; quant aux sujets mêmes, il les a décidés à livrer au pouvoir européen le superflu de leurs produits, payés à prix librement consenti. Nous expliquons avec détails ce profond système, justifié par l’expérience.
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- Par cette application sans exemple des forces productives indigènes ,1a Néerlande retire des îles qu’elle a conservées un revenu net presque égal à la dette annuelle que l’Angleterre a jusqu’ici retirée de ses grandes Indes.
- Ajoutons que déjà les législateurs néerlandais travaillent à démolir ce monument de leur grandeur, avec le même esprit étroit et jaloux qu’en d’autres temps d’autres législateurs ont essayé d’employer à démolir notre Algérie.
- Dahs les îles Philippines, les Espagnols resolvent nn problème peu brillant au point de vue monétaire; mais là ils régnent en paix sur des indigènes acquis au christianisme depuis plusieurs générations. Le sort de ces insulaires diffère en ceci du sort des Indo-Musulmans qui peuplent les possessions néerlandaises : ils ne sont pas comme ces derniers, si je puis ainsi parler, forcés au libre travail par leurs chefs héréditaires. Les progrès dans les Philippines, semblables aux progrès de la métropole, ont une lenteur vraiment espagnole ; mais du moins ce mouvement, qui rappelle un peu la vitesse de la tortue, ne blesse en rien nos mœurs européennes et notre façon de concevoir le doux repos et le bien-etre de 1 humanité.
- En remontant vers le nord, nous avons trouve les des du Japon, de ce pays aux mœurs chevaleresques, assez prévoyant pour incarcérer pendant deux siècles 1 ambition européenne au coin d un îlot, le plus éloigné du centre de sa puissance. A cet acte, qui révolte
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- nos cupidités occidentales, les Japonais doivent d’être restés deux cents ans de plus maîtres d’eux-mêmes; tandis que tous les Etats du nouveau monde , ouverts sans méfiance aux Occidentaux, en sont devenus la proie. Tout est changé depuis deux ans ; les peuples les plus commerçants sont admis à trafiquer dans le port même de la capitale japonaise. Augurons, s’il se peut, avec faveur de cette grande innovation : peut-être une jalousie mutuelle empêchera que les nations les plus ambitieuses et les plus avides s’emparent du pays quelles brûlent d’exploiter, suivant la langue convenue, au nom des modernes échanges et de la paix perpétuelle.
- Nous faisons remarquer au nord, à l’ouest du Japon, le grand Empire de Russie et sa profonde habileté. Sans soulever contre lui les jalousies ni les frayeurs de l’Asie orientale, les successeurs de Pierre le Grand poursuivent des conquêtes en apparence pacifiques. Partis du détroit de Behring en avançant jusqu’au fleuve Amour, ils campent maintenant au midi de ce fleuve, en face de la Corée et du Japon.
- Ces modernes Normands des mers de l’Asie ont déjà fait vers le sud plus de chemin que n’en avaient fait les Scandinaves, aux temps voisins de Charlemagne, lorsque, partis des confins de la mer Glaciale, ils abordaient la côte française qui leur dut le nom de Normandie.
- Un intérêt bien supérieur à celui du Japon nous est offert par la Chine, le plus ancien, le plus peuple des empires et l’un des moins soucieux de commer-
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- AVANT-PROPOS, cer avec les peuples occidentaux. Mais, pour son malheur, son extrême industrie a perfectionne es produits que la sensualité des autres nations^ range aujourd’hui parmi leurs objets de premieie nécessités Une compagnie mercantile, quand elle régnait en Asie au nom de l’Angleterre, imagina de payer la plus innocente des boissons par un narcotique funeste à l’intelligence, à la force physique et meme à la vie de l’homme. Le gouvernement qui règne au nom du sage Confucius, tout dégénéré qu il pnt êtie, mais plein de grands souvenirs, a voulu proscrire ce moyen d’abrutir son peuple. La conséquence e cet acte honnête et fier est devenue déplorable contre lui. Pour la première fois on a vu déclarer la guerr parce qu’un État ne voulait pas qu on opérât ce 1 déclarait être l’empoisonnement de ses sujets- et guerre , sous divers prétextes, on 1 a poursuivie tr fois en moins d’un quart de siecle, jusqu au ment où les Chinois, à bout d efforts, et voyant capitale envahie, ont enfin concédé, le, sabre su gorge, la pleine liberté d’un trafic si e etere.
- Cette atteinte portée à l’indépendance grand Empire est motivée, on dit même justifiée, par plus de cent millions de francs que P^c_ure bords du Gange un simple monopole : le ce e re nopole de l’opium1. Cependant, si mervei eu l’équité de la divine Providence, que ce en
- 1 En 1859, le produit net de l’opium ef ^^In^honàon, {Statistical tables relative to lhe colonies and othe p 1861, page 2, numéro 6.)
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- tout énorme qu’il est, va s’engloutir dans le gouffre de la dépense. Depuis trente ans il ne suffit pas même à combler le déficit annuel du conquérant monopoleur b
- Malgré cet abus de la force, la Chine aurait continué d’être prospère sans la plaie récente d’une secte monstrueuse, fondée sur l’abus le plus pervers des nombreux livrets bibliques répandus par les anglicans et leurs dissidents sur le marché de Canton.
- Un maître d’école de village, autrement ambitieux que les instituteurs français les plus excités de i848, s’est positivement déclaré frère puîné de Jésus-Christ, du Sauveur, qui n’a prêché sur la terre que la paix et la charité ! Il l’a confiné près du Père suprême, dans les solitudes du ciel, en réservant pour lui la proie de tout un monde ici-bas, l’asservissement des hommes, la confiscation des femmes et des filles, l’envahissement, le pillage de tous les biens. Pour précepte suprême, il a décrété l’assassinat sans exception et des Tartares et des mandarins; il a prescrit le sac des cités, dès que ses sicaires y pénétreront, et l’apostasie immédiate imposée aux conquis, sous peine d’assassinat.
- Nous avons mesuré les ressources et les plaies de l’Empire qui se débat contre de tels sectaires. Ils sont déjà possesseurs de cent lieues en tout sens, au milieu des provinces naguère les plus peuplées et les
- 1 Pour 1859, année de paix dans l'Inde : Revenu, 901,519,700^. dépense, 1,276,423,250 francs : déficit, 374,9o3,55o francs. (Tables statistiques citées dans ia note de la page précédente.)
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- plus fertiles de la terre. Ce sont les belles provinces qui fournissent de thé le monde entier, les provinces qui pourraient aujourd’hui donner aux Anglais du coton brut encore, ce filament dont Manchester est affamé.
- Osons espérer que les puissances qui se sont deux fois unies, l’une du moins par un motif de conscience et d’humanité, pour dicter des lois à la Chine, s’uniront une autre fois pour restituer à ce beau pays la paix intérieure, si favorable au commerce, veau dor chéri de notre civilisation! Quelques navires à vapeur, opérant sur les fleuves principaux et sur le grand canal de l’Empire, suffiraient à refouler l’insurrection loin des grandes cités; et bientôt celles-ci renaîtraient de leurs cendres. Déjà les Français ont montré par un bel exemple la possibilité de ce bienfait, qui suffirait pour nous donner un titre impérissable à la reconnaissance de cinq cents millions de nos semblables.
- Voyez quels nobles et bons souvenirs nous laissons déjà dans l’Empire du milieu! Tout récemment nos derniers bataillons ont quitté Tien-tsin, quils avaient protégée contre les insurgés; à cette occasion, les jonques chinoises, arborant nos trois couleurs, ont voulu nous rendre un hommage de plus en élevant au faîte cfe leurs mâts la croix, qui leur paraît un symbole tout français.
- Avant d’arriver à l’Inde, nous avons passe de la Chine à l’Indo-Ghine. Les Français et les Espagnols avaient à demander raison du martyre d un grand
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- AVANT-PROPOS, nombre de leurs coreligionnaires. Au midi de la Co-chinchine, nous avons recouvré la baie de Tourane, qu’un souverain nous avait donnée par reconnaissance du salut de ses Etats. Contraints d’envahir afin de nous défendre, nous avons conquis la ville et le port de Saigon, au bord d’un beau fleuve, au milieu d’un pays admirable de fécondité. Formons des vœux pour la prospérité de l’établissement nouveau, sous l’égide glorieuse d’un culte généreux et tolérant. Peut-être cette conquête nous consolera des pertes qu’au milieu du siècle dernier la France a faites en Asie.
- A l’occident de Siam et du royaume des Birmans nous avons trouvé l'Inde orientale, aujourd’hui tout entière possédée ou dominée par les Anglais; c’est le sujet principal de la partie que nous allons étudier.
- Ici finit notre parcours de ces vastes contrées qu’on a nommées le nouveau monde et qui nous ont fourni tant de leçons.
- Nous avons pensé qu’il serait opportun d’en résumer les principales ; elles montrent à quel point ce que nous avons appelé les forces productives, bien ou mal employées par l’homme, font tour à tour le bonheur et le malheur des nations. Abordons maintenant les parties de la terre qui composaient le monde antique.
- Entre toutes les contrées dont les Grecs et les Romains n’ont pas ignoré l’existence, l’Inde était la plus lointaine. Par l’effet d’un tel éloignement, cette contrée est restée en dehors des grands intérêts poli-
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- tiques et religieux de l’antiquité. Bossuet ne l’a pas comprise dans l’enchaînement de son Histoire universelle, quoiqu’il ait étendu son oeuvre jusqu’au siècle de Charlemagne.
- L’éloignement que nous signalons n’a permis que le commerce des objets les plus précieux, apportés d’Orient par des voies souvent ignorées : ainsi l’Occident n’a connu que des produits merveilleux provenant de cette origine. Les imaginations de l’ancien monde ont été frappées à leur sujet d’un singulier prestige; ces produits, à leur tour, ont exercé sur les arts èt sur les mœurs de l’ancien monde une influence qui mérite une profonde attention.
- Les forces de l’Asie ayant été vaincues par l’héroïsme de la Grèce, on vit paraître un beau génie qui mérita de donner son nom au premier grand siècle des arts. Périclès voulut qu’Athènes offrît le sublime exemple d’un monument qui consacrât à jamais la reconnaissance des vainqueurs envers la Déesse du Génie, de la Sagesse et de la Victoire. Son architecte, Phidias, eut la faculté de choisir entre les matériaux les plus admirés. Pour le temple de Minerve, pour ses murs, ses colonnes et ses ornements, il puisa dans les carrières du Pentélique et de Paros; il réserva l’argent et l’or pour la tunique, l’égide et les' armes de la Déesse. Il fallait quelque chose de plus précieux, au jugement du statuaire, et qui rappelât mieux la vie, pour exprimer l’animation, le génie et la beaute dune immortelle. Dans les débris du trône de Xercès et des armes prises aux Perses il avait vu l’un des
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- tributs de l’Inde les plus précieux : c’était ce qu’on pourrait appeler un marbre organique, non pas forme comme un minéral avec des cristaux anguleux plus ou moins scintillants, mais par un développement insensible de la matière animée qui semblait s’infiltrer par couches et s’épanouir au dehors à la façon d’un épiderme : l’ivoire avait cette beauté. En le taillant, la main du grand artiste offrit la plus fidèle image de l’éclat à la fois éblouissant et doux de cette blancheur animée qui n’appartient qu’à la plus parfaite entre les races humaines.
- D’autres emprunts faits à la même contrée n’eurent pas un emploi qui fût aussi grave, aussi chaste que le premier de tous, et le plus illustre. Ils suivirent l’invasion du luxe et des plaisirs sensuels parmi les Grecs et les Romains. Chez le dernier de ces peuples, les recherches de la table succédant à la frugalité des siècles où régnait la vertu, elles demandèrent à l’Inde les condiments les plus excitants et les plus abondants pour la table d’Apicius, les plus dispendieux et les plus délicats pour les festins de Lncullus. Au milieu de tant d’aromates apportés de l’extrême Asie, et dont les deux sexes faisaient un usage raffiné pour leur personne et leurs fastueux appartements, leur luxe abandonne un peu d’encens afin de laisser quelque chose au culte des dieux.
- Dans les colonies efféminées de l’Asie Mineure, dans cette Corinthe si bien située pour corrompre à la fois l’Attique et le Péloponnèse, dans Syracuse, autre Corinthe, et dans la Sybaris de la Grande Grèce,
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- on voyait porter par les hétaires, et par leurs rivales d’un ordre supérieur, les pierreries les plus rares, les vêtements les plus somptueux empruntés à l’Orient; elles y joignaient d’autres tissus, orgueil sensuel de l’Inde, tissus qui n’avaient plus que le nom d’un, voile, et dont le travail merveilleux surpassait toute idée qu’on avait eue jusqu’alors de la transparence.
- Citons un dernier emprunt rapporté par de graves narrateurs. La nature et la fortune avaient prodigué leurs dons à la plus célèbre héritière des Ptolémées ; la royauté, la beauté, l’esprit, la grâce, étaient ses armes ; César, Antoine, sont au nombre de ses conquêtes; l’Afrique et l’Asie s’épuisent pour suffire à ses fêtes, à ses prodigalités. En subjuguant tour à tour deux dominateurs du monde, elle avait appris d’eux comment les maîtresses des maîtres de Rome donnaient, par la dissipation et le dédain, un prix de plus à la spoliation incessante de l’univers.
- Entre tous les ornements qui siéent le mieux à la beauté, la mer de l’Inde pouvait seule offrir une simple perle qui valût toute une province, et qui valût davantage attachée sur le front de la Vénus d’Alexandrie. Sans autre but qu’un vain sacrifice aux dépens de la raison, celui de tous qui nous séduit le plus, elle arrache la perle sans égale qui pare son diadème et la dissout dans un breuvage pour porter la santé d’un maître du monde. Ce dernier, en retour, lui sacrifie le monde même, et sa vie après sa gloire.
- Tels avaient été ce qu’on appellerait aujourd’hui le progrès des mœurs et le prestige croissant des
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- merveilles de l’Inde, depuis Phidias et Minerve jusqu’à Marc-Antoine et Cléopâtre.
- En résumé, les peuples de l’Occident n’avaient d’autre idée de l’Inde que celle d’une contrée dont tous les produits portaient en eux le cachet d’une excellence extraordinaire. C’était le pays des merveilles de la nature et des chefs-d’œuvre d’une industrie qui s’appliquait à parer la beauté , à décorer les palais et les temples, à fournir d’encens les autels et de parfums les gynécées.
- Jusqu’en i85i, je n’avais pas conçu l’idée de l’influence que certains objets rapportés de ce pays peuvent exercer sur l’imagination des peuples de l’ancien monde. Lorsqu’à cette époque, au sein du Palais de cristal, je me vis en présence des produits de l’univers, je rapprochai dans ma pensée tout ce qu’avait envoyé de plus frappant le nouveau monde : les pierreries du Brésil, l’argent du Mexique, le vieil or du Pérou, et les trésors si récents, si fiévreux, si contagieux, de la Californie : trésors exposés à l’état natif et par masses d’une grosseur qui semblait incroyable, même alors qu’on les voyait. Des termes de comparaison si redoutables n’existaient pas pour l’antiquité, et tout cela disparaissait devant un seul présent de l’Inde : un diamant encore informe, à transparence voilée, mais duquel une taille savante allait tirer des feux éblouissants. Tel était le Kohi-nonr, diamant célèbre dans toute l’Asie. On l’aurait jugé médiocre d’aspect, si le vulgaire même n’avait pas appris de bouche en bouche les quarante mil"
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- lions que représentait, disait-on, ce joyau. Eh bien! tous ies jours, depuis l’ouverture des portes jusqu’à la clôture du Palais, la foule, avide de voir le nec plus ultrà de ses imaginations, s’organisait comme l’interminable queue de nos spectacles gratis; impatiente, elle n’avançait qu’à pas de tortue; ébahie, elle défdait devant le cippe isolé sur lequel était emprisonné, sous un verre épais, le diamant si renommé. A coup sûr, il représentait, sous le moindre volume, la plus grande valeur qu’ait jamais contemplée l’homme à qui l’on veut apprendre ce que 3 avarice attache d’argent au prix de chaque chose. Pour moi, le grand objet d’étude était cette populace organisée. Je passais quelquefois des heures à contempler la ligure des innombrables visiteurs. Ce qui saisissait leur attention stupéfiée et leurs yeux affolés, ce n’était pas l’enveloppe imparfaite à travers laquelle un lapidaire seul aurait pu découvrir la merveille que l’art en pouvait extraire; ce qui les captivait, c’était la personnification du trésor idéal réduit à si modeste apparence. Des pères mêmes, qui tenaient sans doute à former, à cultiver la cupidité naissante de leurs enfants, les soulevaient dans leurs bras, en leur disant : « Regarde bien; voilà quarante millions! Voilà ce que ne valent pas beaucoup de villes et ce qui vaut presque autant qu’un quartier de la Cité; regarde! ce n’est pas si gros que ton poing, et le monde entier n’a rien de pareil : quarante millions qu’on pourrait porter dans la main ! Mon fils, cela vient de l’Inde. »
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- Retournons à l’antiquité. Dès le siècle d’Alexandre, visiter et conquérir la contrée d’où provenaient de tels présents semblait le dernier terme qui pût combler l’ambition et mériter la renommée.
- Lorsque ce conquérant eut défait une première fois le roi des rois, il poussa vers le midi jusqu’en Egypte. Les yeux tournés du côté de l’Inde, il chercha sur le littoral de la Méditerranée un port assuré qui présentât au commerce de l’Europe un marché naturel où viendraient s’échanger les merveilles de l’Orient contre l’or de l’Occident; il découvrit le mouillage abrité par file de Pharos et défendu par les seuls rochers que présentât la côte d’Egypte. C’est là qu’il fonda cetté Alexandrie qui devint la cité la plus opulente, la plus splendide, et, Rome exceptée, la plus populeuse de la terre.
- A peine sont posés les fondements d’une capitale de si grand avenir pour le commerce, pour les lettres et pour les arts, le conquérant reprend l’invasion de l’Asie ; il atteint Darius auprès de l’Euphrate et rem" porte la dernière de ses grandes victoires. En poursuivant les fugitifs, il s’empare de la Perse et de la Médie. Malgré les déserts, il défait les Parthes et les subjugue : ce que les Romains ne feront pas* même arrivés au faîte de leur puissance.
- A ce moment, le programme héroïque de la Grèce indiqué par Hérodote est glorieusement rempli. Les Etats du roi des rois sont conquis ; Darius, trahi paf un vil lieutenant, a cessé de vivre, et sa dynastie est descendue avec lui dans la tombe.
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- Mais une grande pensée d’Alexandre est encore à réaliser. Entre le conquérant et l’Inde il existe des pays immenses dont à peine les noms n’étaient pas ignorés dans la Grèce. Des bords de la mer Caspienne il gagne l’Oxus; il remonte ce fleuve et dompte, en passant, les peuples établis sur les deux rives; il s’élève toujours et parvient à l’un des passages que recèle la plus longue et la plus haute chaîne de montagnes qui soit sur la terre. Jusqu’à ce point culminant, le cours naturel des eaux descendait vers le nord et le couchant; au delà, leur cours est dirigé vers le levant et le midi. Alexandre suit cet indice; il arrive aux bords de l’Indus et complète un itinéraire que suivront les Tartares et les Turcomans dans leurs invasions futures. Cette route tentera plus d’une fois les héritiers de Pierre le Grand, et sera pour jamais la terreur des conquérants britanniques.
- Alexandre envahit l’immense éventail des cinq rivières, la Pentapotamie des Grecs, le Pendjab des Hindous; mais au delà du dernier fleuve, au lieu d’un paradis terrestre qui ne devait donner à l’Occident que les trésors exquis de la nature et des arts, on désert aux sables brûlants sert de défense au bassin du Gange. A cet aspect, l’armée d’Alexandre, rassasiée de victoires, de contagions subies et de périls affrontés, déclare qu’elle refuse de pousser plus loin ses conquêtes; et l’armée veut être obeie. Pour la première fois le triomphateur est vaincu et son ambition trouve enfin qu’elle a des bornes. Au lieu de pousser jusqu’au Gange, on s’arrête, on revient à
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- rindus; on le descend sur de légers bateaux; on approche de la mer inconnue dont les Grecs ignorent les marées : ennemi nouveau qui submerge les frêles navires et menace d’engloutir l’armée entière.
- Alexandre laisse à Néarque le soin de refaire une flotte et d’explorer la mer jusqu’au fond du golfe Persique, tandis qu’avec l’armée de terre lui-même domptera les peuples qui sont établis au nord de cette mer. Enfin il revient à Babylone ; là n’ayant plus rien à vaincre, le plus jeune et le plus illustre des conquérants, après avoir triomphé de tout un monde, ne sait pas triompher de son incontinence et meurt de débauche.
- Parmi les lieutenants d’Alexandre, pas un n’osera réclamer la portion de l’Inde que leur chef avait effleurée sans y rien conserver. Ils se contenteront de construire des cités sur les routes que pouvaient suivre avec avantage les produits envoyés, soit par l’Indus, soit par le Gange, aux peuples de l’Occident : telles étaient Antioche , Palmyre, Balbeck, et, longtemps après, Bagdad, la Babylone des modernes. Ges villes, à jamais célèbres, ont dû leur grandeur et leur opulence à ces parcours, à ce flot des merveilles que l’Occident demandait toujours à l’Orient.
- Il est curieux de voir à présent l’Angleterre cher-cher pour sa télégraphie la même voie commerciale, en traversant la Syrie, la Mésopotamie et le golfe Persique. Mais la transmission des idées pourra seule suivre cette direction avec avantage, parce que le che-
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- min le plus économique pour les transports matériels s’ouvre cle nouveau du côté qu’Alexandre avait pressenti dès rorigine : par la mer Rouge et par Suez.
- Les musulmans, conquérants de l’Inde, ne songeaient pas au négoce avec l’Occident; leurs grandes armées se transformaient en colons qui ne cultivaient pas. Ils réservaient aux vaincus le labourage et le vasselage, en déclarant l’État possesseur de la terre;
- gardaient pour eux les arts libres exercés dans les cites, le commandement suprême, l’administration militaire ou féodale et la gloire des combats.
- Par là quelques industries de Bagdad, de Téhéran et de Samarcande sont venues s’allier à celles des sectateurs de Brahma. Une architecture nouvelle, civile et religieuse, a déployé par degrés sa magnificence et sa perfection. L’Inde aujourd’hui ne présente, parmi les monuments qui méritent l’admiration des hommes, que les temples antiques des Hindous et les mosquées, les palais, les mausolées, des musulmans. Vingt siècles de travaux civils dus aux peuples indigènes ont disparu sans laisser presque de vestiges qui fissent connaître la civilisation et l’industrie de l’epoque intermédiaire.
- Les conquérants mogols, aux croyances mahome-tanes, avaient un amour incroyable de l’or et du faste. Suivant la coutume des peuples à moitié civilisés, ils se plaisaient à couvrir leur personne de joyaux, d habits brodés et d’armes sans prix. C’était pour eux on besoin de remplir leurs palais de richesses éblouissantes et leurs trésors particuliers de tributs ravis
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- au peuple conquis. On disait qu’ils gouvernaient paternellement lorsqu’ils ne prenaient pas tout au cultivateur et mettaient une certaine retenue dans la spoliation. Aussi, quand des voyageurs, tels que Marco Polo et ses successeurs, visitaient les cours de l’Asie, si grands étaient les trésors entassés sous toutes les formes par les princes conquérants, que les modernes narrateurs ne trouvaient rien d’exagéré dans les récits de l’antiquité sur les merveilles d’Orient; merveilles dont ils ravivaient la soif chez les peuples nouveaux de l’Occident.
- Par une coïncidence, effet du hasard, les descendants de Tamerlan, de Timour le boiteux, accomplissaient leur grande et dernière invasion de l’Hin-doustan cinq années avant l’ouverturé du xve siècle, lorsque les Européens, franchissant le cap de Bonne-Espérance, découvraient les Indes orientales et prenaient terre aux rivages du Malabar.
- Mais, dans le cours d’une génération, l’empereur mogoî avait achevé ses conquêtes, et les successeurs d’Albuquerque, perdant les leurs par degrés rapides, étaient refoulés dans leurs comptoirs; ils n’avaient plus de libre que la mer.
- Plus tard le Portugal tombe entre les mains de l’Espagne ; contre celle-ci sont révoltées les Provinces-Unies, dont la Hollande est l’Etat principal. Des hommes qui naguère ne possédaient sur la mer que des barques de pêcheurs attaquent avec audace les flottes marchandes et militaires du tout-puissant Philippe II; et, poursuivant la lutte jusque dans les
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- AVANT-PROPOS, mers de l’Inde, ils conquièrent tour à tour les îles de la Sonde, et Ceylan, et le cap de Bonne-Espérance.
- Les Anglais, au milieu de ce conflit, abordent aussi dans l’Inde ; à l’instant éclate entre eux et les Hollandais une longue et sanglante rivalité, sans qu’aucun des deux rivaux obtienne sur l’autre un triomphe définitif. La fortune capricieuse attendra cent cinquante années avant de livrer à l’Angleterre le plus brillant empire d’Orient.
- Les deux côtés, l’esprit d’association produisait des miracles d’activité, d’audace et de génie commercial. Les deux Compagnies orientales obtenaient de leurs métropoles un droit complet de souveraineté ; elles avaient leurs pavillons, leurs forteresses, leurs troupes régulières et leurs navires armés, suivant le besoin, pour le trafic ou pour la guerre.
- Au milieu de cette émulation, qui, dans les mers de l’Asie, donna longtemps la prépondérance à la Compagnie batave, un grand événement européen allait changer la balance des forces dans l’un et l’autre hémisphère. Le stathouder des Hollandais quittait leur république et devenait roi d Angleterre. Quand il fut établi dans Londres, il commença par soupçonner, inquiéter et rançonner la Compagnie des Indes, organisée avant son règne; sa partialité se prononça pour une Compagnie nouvelle, qu il croyait ace titre plus amie de son régime. Enfin, les deux Sociétés rivales, fatiguées qu’on les ruinât 1 une par l’autre, sollicitent un compromis, qu’on leur vend au poids de l’or. De là résulte une institution collective,
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- garantie par un acte solennel du Parlement britannique. Elle va chercher le modèle de son organisation chez la Compagnie hollandaise, alors célèbre et prospère. Elle impose des formes régulières et savantes à son administration, à ses finances, à son négoce, à sa marine; ces divisions du pouvoir sont confiées à des ministères collectifs, prudemment combinés et contrôlés les uns par les autres.
- Au milieu de cette organisation, il est curieux de remarquer une division consacrée au commerce des diamants, parures, joyaux, etc. A présent le com' merce est libre; l’achat des produits vulgaires et d’un très-bas prix .s’est élevé, depuis un siècle, de 5o & 4oo millions, et le commerce des diamants, joyaux, etc. a cessé de figurer sur les états d’importation les plus détaillés, tant il est insignifiant. Ce simple contraste indique une grande révolution dans la nature des échanges ; nous en suivons les progrès. Revenons à l’organisation de la Compagnie-réunie des Indes orientales.
- La sommité des affaires est conduite par un gouvernement mercantile, que la phraséologie de notre époque appellerait à bon droit démocratique et so-cial. Comme pour empêcher toute unité, toute fixité, dans la marche dô l’administration, on établit ufl Directoire exécutif composé de vingt-quatre membres> Ils sont renouvelés chaque année, et fonctionnent sous le pouvoir prédominant du suffrage universel exercé par la cohue des actionnaires. Dans l’Inde, Ie gouvernement n’est guère mieux constitué et l’adoU"
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- nistration, toute mercantile, est souvent déplorable.
- Cette organisation, qui présentait tant de choses dignes d’être conservées et tant d’autres d’être abolies, régulièrement continuée et parfois modifiée de vingt ans en vingt ans, éprouve pourtant le bienfait de tout gouvernement humain qui se prolonge et qui dans son sein compte des hommes capables; il se perfectionne avec le temps. Il se prête à des luttes, à des victoires qui deviennent, depuis le milieu du SIecle dernier, l’étonnement des deux mondes.
- Nous avons fait une étude approfondie des ameliorations graduelles qu’a reçues le gouvernement anglais dans l’Inde et de leur influence sur le sort des peuples indigènes.
- Nous n’avons pas dû passer sous silence la rivalité des Français, la seule qui, pendant quelque temps, ait balancé le pouvoir britannique, il y a déjà plus de cent années.
- Pour paraître avec succès en Orient, les Français avaient attendu le grand siècle de Louis XIV, ce siècle où Colbert ouvrait à nos aïeux toutes les carrières de la navigation, du commerce et de l’industrie, dans les deux mondes et dans la mère patrie.
- Sous le règne néfaste de Louis XV, deux Français dlustres sont jetés par le hasard en Orient, Labour-donnaye à l’île de France et Dupleix à Pondichéry. Chacun marche à la renommée par des voies qui lui sont propres. Nous parlerons du premier en parcourant les mers d’Afrique; le second, privé de bataillons euro-
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- péens par un gouvernement qui ne sait être fort sur aucun point extérieur, imagine une armée d’indiens qui seront instruits, disciplinés, commandés par des Français : voilà les cipayes. Grâce à ce trait de génie, le gouverneur français sauve un des grands vassaux de l’empire mogol, empire déjà sur le penchant de sa ruine. Le Nizam, c’est le titre du prince qui régit le Deccan, lui confère le gouvernement du Carnatic, gouvernement qui nous donne aussitôt soldats, tré-sors et territoire.
- Le grand service que Dupleix, sans le vouloir, rend aux chefs de la Compagnie britannique, c’est l’exemple qu’il présente à leur ambition et les moyens de conquête dont il leur olfre le modèle. Les Com' pagnies des deux nations luttent avec acharnement; enfin, lorsqu’il faut arrêter les conditions de la paix, les Anglais demandent que les gouverneurs des deux Compagnies dans le pays du Carnatic soient exclus des négociations ; ils ne perdaient par là qu’un chef médiocre, et les Français perdaient un grand homme, que la Compagnie parisienne a la bassesse et la folie de rappeler. Dès cet instant, tout est perdu pouf nous dans la péninsule hindoustanie.
- C’est alors que se déploie chez les administrateurs britanniques, en Asie, le besoin de régner au lieu de commercer.
- Toujours poursuivis par la pensée des merveilles qui séduisaient l’antiquité, par celle des trésors que les empereurs de Delhy semblaient avoir exhumés depuis trois siècles, ils saisissent avidement l’occasiou
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- d’envahir le Bengale; les agents delà Compagnie britannique s’en partagent à l’avance les millions. 11 faut voir quelle justification fait de semblables vols le plus grand, le plus hardi de ces grands spoliateurs. Lord Clive, traduit à Londres devant un Comité d’enquête,
- , comme s’il était encore dans : « Les plus riches banquiers de cette capitale enchérissaient les uns sur les autres pour gagner un de mes sourires; dans le palais du vizir détrôné, des souterrains étaient remplis d’or empilé, de pierreries, de joyaux entassés ; et ces souterrains s ouvraient pour moi seul! Au nom de Dieu, Monsieur le Président, au nom de Dieu, je m’étonne qu’en cet instant j’aie été si modéré (c’est-à-dire que j aie pris si peu)! »
- Une de nos études principales, et qui nous ont le plus charmé, c’est de montrer par quels degrés et par quels moyens l’invasion de tels Européens dans l’Inde, après avoir commencé par le vol universel, l’oubli de toutes les lois et la violence, a perdu ce caractère détestable : j’ai tâché de montrer comment l’administration s’est élevée par degrés vers la justice et l’intégrité..
- La probité, le désintéressement, ont honoré de plus en plus les administrateurs, les juges et les gouver-fleurs. Cependant, jusqu’à ces derniers temps, la cupidité politique, le besoin de conquérir par la guerre et la fureur de confisquer, d’annexer maigre la paix, ont cessé rarement de caractériser les mandataires de la Compagnie des Indes britanniques.
- s ecne, pour se justifier Mourchedabad envahie
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- Jusqu’à la fin du xvme siècle, les agents de ce pouvoir mercantile agissaient plutôt par instinct que par une idée préconçue, dans les conquêtes qu’ils fai' saient sur les lieutenants qui se disputaient entre eu* l’empire d’Aureng-Zeb. Mais à l’aurore du xixe siècle» on voit arriver dans l’Inde le plus grand militaire et le plus profond politique de la famille Wellesleyi tout va prendre un nouvel aspect.
- Le premier, qui deviendra le duc de Wellington» s’illustre déjà par les armes. Son frère aîné, le mai*' quis Wellesley, imagine un système pacifique efl apparence : sans combats indispensables, avec de® alliances vendues à prix d’or, avec des troupes mer cenaires prêtées au nom de la Compagnie, il dicter3 des lois aux princes de l’Inde ; il leur ravira, par degré® inévitables et calculés, l’indépendance, la dignité» l’honneur même, et par-dessus tout l’affection de leurs sujets. L’abaissement, la démoralisation des gotf' vernants et des gouvernés, l’esprit militaire énerv6 chez l’indigène, tels seront les précurseurs de la co& fiscation, ou, si l’on veut, de l’annexion des Etat® indiens à l’empire marchand de la Compagnie.
- Nous avons essayé de suivre dans ses développa ments cet étonnant et profond système qui clevai1 finir par un assujettissement complet et, prétendait on, à jamais pacifique. Cependant, à la suite de l’acte le plus considérable, la séquestration du brillai11 royaume d’Oude, on voit éclater une rébellion, ^ plus vaste en Asie depuis Mithridate et les cent Romains qu’il fit égorger en un jour. Les Anglais, phl*
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- heureux, ne comptent pas trois mille victimes, et cette perte est vengée par T extermination de cent mille C1payes, ou morts les armes à la main, ou faits prison-niers, attachés à la bouche des canons et mitraillés aVec sang-froid, en grand appareil militaire.
- Le monde entier connaît cette lutte sociale ; mais une autre lutte qu’on n’a pas signalée, c’est l'insurrection de lindigo, qUi restait enfouie sous la cendre, quand celle des cipayes désolait le bassin du Gange, et qui fit explosion quand cette dernière était éteinte. Telle fut 19 guerre industrielle, heureusement apaisee. JNous 1 avons suivie dans ses phases peu sanglantes, mais propres à révéler le sort du peuple agriculteur.
- Ce sort, nous l’espérons, deviendra chaque année Meilleur. On a compris des conditions nouvelles pour la prospérité mutuelle des indigènes et d’un gouvernement plus direct et plus simple. C’est le gouvernement royal qui succède à la grande Compagnie dont la suppression, je dirai presque la condamnation pour cause d’insuffisance, a suivi de si près les annexions multipliées qui semblaient tant ajouter à sa grandeur et consolider pour longtemps son existence.
- Nous présentons le tableau des arts les plus éminents qui caractérisent l’industrie des Indes. Ce tableau, que nous avons tracé d apres nature et sur le vu des produits réunis à l’Exposition universelle, ce tableau montrera combien la nation qui les pratique fiopuis tant de siècles a su tirer parti des présents qu’elle tient de la nature, et combien elle pourrait
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- avancer dans les arts modernes si les conquérants européens daignaient devenir ses instituteurs et ses guides.
- Nous réservons, pour la dernière partie de notre travail sur l’Inde, l’exposition d’un nouvel ordre de progrès, qui peut produire le bonheur de cette vaste contrée. Depuis près d’un tiers de siècle les Anglais ont conçu le vague désir de développer en Asie une grande culture de coton. Ils souhaitaient d’atteindre ce but afin de créer une concurrence sérieuse aux producteurs américains; toutefois, ils ne prenaient aucune des mesures étendues et généreuses qui pouvaient réaliser, sans trop de lenteurs, un projet de cette nature. Manchester, endormie au sein de la prospérité, ne cherchant que des défauts à la production de l’Hindoustan, la payait à vil prix et presque à regret. Combien, depuis un an, tout est changé! Nous avons vu, par la guerre civile des Etats-Unis, les cotons de cette contrée interdits à l’Angleterre, et cette puissance, avant la déclaration du blocus effectif, ne pouvoir qu’à grand’peine enlever les produits de la récolte précédente. Cependant, le commerce vit avant tout de sécurité; c’est le saper par sa hase, que de déclarer soudainement, arbitrairement, saisis-sahle sa plus précieuse alimentation. Que la guerre civile américaine continue ou quelle soit pour un temps étouffée, la terreur du manufacturier anglais ne peut plus s’apaiser. Il fera les plus grands efforts pour que l’approvisionnement de ses ateliers cesse d’être à la merci d’un pouvoir rival qui ne cède, un seul
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- jour en cinquante ans, qu’afin de n’avoir pas à supporter deux guerres à la fois! Voilà pourquoi les Anglais tournent plus que jamais leurs regards vers l’Inde; voilà pourquoi tous leurs efforts, tous leurs sacrifices, et d’argent et d’intelligence, vont abonder dans cette voie. Les populations de la grande contrée orientale changent de rôle aux veux de leurs Maîtres. Naguère, la seule pensée que le monde entier offrirait ses blés au consommateur britannique a fait faire aux Anglais bon marché de leurs propres cultivateurs. Ici, le cas est tout autre ; car le grand et presque l’unique vendeur de l’aliment industriel, l’Américain yankie l’interdit absolument à l’Angleterre. Par là, chose merveilleuseI le cultivateur, le ryot des bords du Gange et de la Nerbudda ne prend pas rang simplement à côté, mais en quelque sorte au-dessus des paysans de l’Angleterre et de l’Ecosse ; car ce qu’il peut produire aujourd’hui pour les classes industrielles de la nation britannique, en réalité c’est du pain, du pain qui cesse d’être fourni par des mains étrangères. Afin de récolter le précieux produit végétal, le coton, il faut donner une impulsion nouvelle et fortunée à l’agriculture de cent quatre-vingt-sept naillions d’Orientaux. Et quelle heureuse circonstance ! ta guerre civile américaine ayant doublé le prix du coton intercepté, c’est un encouragement immense offert aux cultivateurs de l’Hmdoustan; on peut se confier à leur intelligence, aiguillonnée par les besoins des Anglais, pour en tirer un parti grand et rapide.
- En même temps, il faut ouvrir à ces récoltes les
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- voies de communication les plus sures, les plus commodes et les plus accélérées, depuis les plaines qui vont se couvrir de cotonniers jusqu’aux grands ports de Calcutta, de Madras, de Bombay, etdeKourrachie à l'embouchure de l’Indus.
- Aujourd’hui ce n’est plus l’Inde qu’on épuise, sous toutes les formes possibles, afin de gorger d’or les dominateurs occidentaux. Il faut résoudre autrement les deux problèmes de la richesse et de la conquête. Depuis ces derniers temps, plus de deux cents millions de francs sont tirés chaque année des capitaux de la métropole et dépensés dans l’Hindoustan pour construire un grand réseau de chemins de fer. Le système ainsi conçu ne sera véritablement réalisé qu’en complétant près de deux milliards de francs empruntés à la même source.
- Voilà l’ensemble de travaux dont je veux expliquer le magnifique système. Il précédera dignement l’exposé des progrès d’un commerce extérieur accru si rapidement depuis l’origine du siècle, et qui touche à des progrès futurs plus rapides et plus vastes encore.
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- INTRODUCTION
- FORCE PRODUCTIVE
- DES NATIONS CONCURRENTES,
- DE 1800 A 1851.
- CINQUIÈME PARTIE.
- LTNDO-CHINE ET L’INDE.
- I.—INDOCHINE.
- Nous devons expliquer pourquoi nous allons être si c°Dcis en parlant de l’Indo-Ghine, nous qui venons de traiter avec tant d’étendue la Chine proprement dite.
- Il nous fallait présenter d’amples développements pour faire connaître ce que renfermait d’imparfaitement ou de faussement apprécié chez les Européens l’empire le plus peuplé de la terre; celui de tous qui, depuis le plus 8rand nombre de générations, a su le mieux conserver Sa nationalité, ses lois, sa philosophie, ses mœurs et ses ^rts- Les leçons s’olfraient de toutes parts à consulter par Accident et même par l’Orient, 11 suffisait de dégager la
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- vérité pour qu’on aperçût un spectacle sans exemple dans l’histoire : depuis deux siècles, un peuple immense, tiré de l’anarchie par la conquête, relevé, régénéré, replacé dans ,1a voie de ses ancêtres par les mains de l’étranger; l’étranger, réputé barbare, qui répudie sa propre civilisation pour se mettre à la tête de celle qu’il adopte, qui donne aux vaincus de grands hommes pour souverains; enfin ces grands hommes, qui favorisent les lettres, les arts, l’agriculture, et qui font prendre au bien-être, à la fécondité de la famille, à la victoire au dehors, à la paix au dedans, un essor si rapide, qu’en deux siècles seulement ils peuplent au delà de toute croyance deux centièmes de la terre, en y faisant vivre et prospérer deux cinquièmes du genre humain.
- Après une semblable étude, il faut éviter de nous répéter sur une foule de points, en parcourant des Etats secondaires, arriérés, faibles, et qui comptent peu d’habitants. Nous n’aurons qu’un tableau restreint à présenter sur l’Indo-Chine : de plus médiocres Chinois que les Chinois du Céleste Empire; point d’ancêtres immortels, point de contemporains illustres, point de sciences, point de lettres, et des arts inférieurs, peu de commerce au dehors, desservi par un pauvre cabotage. Nous signalerons la profusion des eaux intérieures, l’immensité des côtes et le voisinage des mers les plus fréquentées qu’offre l’Orient. Tous ces présents sont presque perdus pour trois Etats que la nature appelait à profiter de si grands bienfaits.
- Une chaîne de montagnes qui part de la Chine va d’orient en occident jusqu’à l’extrémité orientale des Himâ-layas. Cette chaîne intermédiaire est le sommet de l’Indo-Chine, de même que les monts Himâîayas sont le sommet de l’Inde. Dans les deux régions, les principales eaux descendent à la mer en coulant du nord au midi.
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- Trois Etats composent l’Indo-Chine. L’empire d’Annam est le premier, lorsqu’on part de l’empire du Milieu pour avancer vers l’occident; il touche à la province de Canton. Le second est le royaume de Siam. Le troisième, l’empire des Birmans, est le plus avancé vers l’occident; il touche à l’Inde , aujourd’hui presque toute britannique. Pour parler plus exactement, l’Inde anglaise le pénètre au cœur vers le septentrion et l’envahit par degrés rapides à partir du midi.
- EMPIRE D’ANNAM OU COCHINCHINE.
- Cet empire comprend au nord le Tonquin, au midi la Cochinchine et la province dont Camhoge est la capitale. Il a pour frontières septentrionales les deux provinces chinoises de l’Yun-nan et du Kouang-si.
- Cet État ne sait pas même à peu près ce qu’il possède dhommes et de territoire : ignorance qui déjà nous donne 1 idée de son peuple et de son gouvernement. Nos missionnaires, il y a quarante ans, ont évalué sa population à Slx millions d’âmes; quelques personnes l’ont évaluée à douze millions et d’autres à quinze. La moyenne des trois évaluations est de onze millions, et nous nous contente-r°ns de cette imparfaite approximation. A l’égard du terri-hure, on peut l’évaluer à soixante millions d’hectares.
- Population et territoire.
- Population.................... xi,000,000 d’habitants.
- Superficie...................... 60,000,000 d’hectares.
- Population par 1,000 hectares. i83 habitants.
- Superficie par 1,000 habitants. 5,455 hectares.
- La France, moins étendue que la Cochinchine, a plus Ie triple d’habitants.
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- Ce simple aperçu fait voir combien l’espèce humaine est peu multipliée dans un pays admirablement favorisé par ses rivières, dans un pays dont la terre est fertile et qu’un soleil de la zone torride est si propre à féconder.
- Un grand nombre des cours d’eau qui traversent la province du Tonquin prennent leur source dans les montagnes de la province chinoise appelée l’Yun-nan. La majeure partie de ces eaux se réunit à quelques lieues au-dessus de la ville de Ketcho, laquelle est elle-même à vingt-cinq lieues du golfe du Tonquin. La pêche de ce golfe et des rivières est la grande industrie des habitants; leur culture principale est celle du riz,
- COCHINCHINE PROPREMENT DITE.
- La Cochinchine, au midi du golfe du Tonquin, présente une côte de grande longueur; elle est de forme convexe et borde la mer de la Chine, du côté de l’occident.
- Suivant la même forme que la côte, une chaîne de montagnes, qui borde au nord le royaume de Siam, sépare au midi la Cochinchine et la province de Camboge.
- Entre la mer et cette chaîne, le territoire a la forme d’un croissant. Les eaux descendent par pentes rapides des hauteurs à la mer. Sur l’une des rivières ainsi dirigées s’élève, du côté du nord, la ville de Hué; elle contient, dit-on, cinquante mille habitants. C’est un port de mer que l’art a fortifié.
- Nous allons trouver une position beaucoup plus intéressante pour nous à l’extrémité du croissant que nous avons défini, au point où finit la chaîne des montagnes.
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- Baie de Touranne. —- Récente expédition des Français et des Espagnols.
- Au milieu de l’immense plaine du Gamboge descend du royaume de Siam un des grands fleuves de l’Asie : c’est le May-kaoung, dont la source se trouve à quatre cent soixante et dix lieues de l’embouchure, en mesurant cette distance à vol d’oiseau.
- Vers l’embouchure de ce fleuve est la baie de Touranne. y a soixante à soixante et dix ans, un vénérable prélat français avait porté dans la Gochinchine ses bienfaits apostoliques ; il avait rendu de si grands services au souverain, ffoe celui-ci, par reconnaissance, lui fit un don vraiment digne de la France, don que l’homme de Dieu n’accepta ffue pour l’offrir à sa patrie : c’était la magnifique baie de Touranne, avec un territoire circonvoisin pour y fonder Un établissement.
- Pendant longtemps, les révolutions et les guerres maritimes ne permirent pas aux Français de mettre à profit ce beau présent.
- Quand notre force navale eut achevé sa première et glorieuse lutte avec la Chine, elle offrait en disponibilité One flotte peu nombreuse, mais excellente, et des soldais fjni compensaient aussi leur petit nombre par l’expérience et la valeur. On résolut de mettre à profit un amiral victorieux/qui s’était montré digne de commander sur mer sur terre à Sébastopol, à Canton et dans le nord de I océan Pacifique.
- On voulut châtier des cruautés exercées sur nos missionnaires et sur ceux des Espagnols, en profitant de i occurrence pour réclamer notre droit de colonisation, frexpédition, combinée avec des forces amies envoyées
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- de Manille, réussit au gré de nos souhaits. La baie de Tou-ranne et son littoral furent militairement occupés. Non-seulement on s’empara des défenses de l’ennemi; on bâtit des forts, on érigea des batteries; on fut promptement à l’abri de toute insulte. Des forces hostiles très-supérieures en nombre, ayant pris l’offensive, furent battues et dispersées.
- Ce n’était point assez pour triompher des obstinations du gouvernement indigène. On savait que l’importante cffé de Saïgon s’élevait à quelque distance, en remontant le grand fleuve May-kaoung. On résolut de prendre cette ville et d’y transporter l’établissement de Touranne; la nouvelle expédition eut un succès non moins heureux que la première. Alors on abandonna, on détruisit les forts de Touranne, que des fièvres pernicieuses rendaient un séjour trop malsain. Les fortifications de Saïgon furent améliorées, et nos communications avec la mer parfaitement assurées.
- Jusqu’à Saïgon peuvent remonter en tout temps des navires du plus grand tirant d’eau. Avec la paix et le progrès des arts, dans un bassin spacieux et fertile, la France peut faire de cette conquête un des ports les plus commerçants de l’Orient.
- Il aurait été désirable que, de bonne heure, des forces supplémentaires eussent remplacé les pertes causées par les combats et le climat; elles auraient permis qu’un corps expéditionnaire remontât le grand fleuve jusqu’à la capitale du Camboge. Alors on aurait contraint le souverain d’Annam à recevoir avec empressement nos conditions de paix.
- A force d’attendre des secours indispensables, le chef de l’expédition, épuisé par des efforts incessants, par des services qui, depuis Sébastopol, dépassaient les forces de
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- 1 homme et les ardeurs de l’héroïsme, M. le vice-amiral Rigault de Genouilly se vit obligé de revenir en France et de laisser sa conquête incomplète : à son retour, de justes honneurs ont été le prix de ses services.
- Aujourd’hui qu’est terminée notre seconde guerre contre la Chine, espérons qu’on fera servir les forces françaises à châtier les Annamites, qui maintenant redoublent d’efforts contre Saïgon. Cette place est défendue par Une garnison intrépide qui ne permet pas qu’on craigne sur son sort, mais trop peu nombreuse pour commander au loin la terreur quelle inspire autour des remparts de
- fr cité.
- Commerce à développer en Cochinchine.
- Nous ne pouvons pas présenter les résultats du com-uaerce de l’Europe avec la Cochinchine : ce commerce est S1peu considérable, que nos états financiers n’en font pas mention distincte. Rien non plus, dans les états finan-ciers de la Grande-Bretagne, n’indique la valeur des importations ni des exportations directes entre cette puissance et Empire d’Annam. C’est par Singapore que l’Angleterre et l’Inde prennent part au commerce de cet empire.
- Lorsque des relations pacifiques seront rouvertes et frs Français convenablement établis dans la Cochinchine, *ls pourront stimuler l’activité des habitants, exporter de Nombreux produits tropicaux, et livrer en retour les pro-U1ts les plus attrayants de notre sol et de notre industrie;,
- ROYAUME DE SIAM.
- Au nord, le royaume de Siam est séparé de la Chine et des hautes montagnes par une pointe du territoire bir-
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- man avancée vers l’orient jusqu’à toucher le Tonquin. A l’occident, une chaîne de montagnes dirigée du nord au midi forme une frontière naturelle. •
- Population et territoire.
- Population (maxim.)........ 3,620,000 habitants.
- Superficie ................. 76,330,000 hectares.
- Population par 1,000 hectares.. 47 habitants.
- Superficie par 1,000 habitants.. 21 ,o84 hectares.
- Pour une même étendue de territoire, le royaume de Siam est quatorze fois moins peuplé que la France.
- Toute faible quelle soit, la population que je viens d’indiquer est la plus considérable qu’on ait encore assignée : elle est rapportée par M. Roberts (ambassade à la Cochincbine, à Siam, etc.); M. Craufurd, dans le même ouvrage, n’évalue la population de Siam qu’à 2,790,500 âmes. Cela prouve qu’une grande partie du royaume doit être encore à l’état presque complet de solitude.
- La seule ville vraiment importante est Bangkok, à l’embouchure du fleuve Meï-nem, au fond du golfe de Siam. On évalue la population de cette capitale de manière à montrer combien l’on manque de notions précises : 011 varie de 36o,ooo à 5oo,ooo âmes.
- Les trois quarts des habitants sont d’origine chinoise ; les autres sont des Malais, des Laos, des Birmans etdesPéguens.
- Le souverain occupe, avec son palais et ses jardins, une île située au milieu du fleuve et complètement entourée de remparts.
- On a calculé que le commerce de la capitale s’élevait, pour les importations, à 3 millions de francs et, pour les exportations, à 4 millions. C’est bien peu de chose dans un port si peuplé, habité par tant d’étrangers, dont chacun
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- doit porter avec soi quelque objet ou du moins quelque besoin d’échange.
- Si l’on part de Bangkok en suivant la rive occidentale du golfe de Siam, on côtoie la très-longue péninsule de Malacca, divisée dans toute sa longueur par une chaîne de montagnes. Jusqu’au dixième degré de latitude, le l°yaume de Siam possède seulement le côté de cette cbaîne dont les eaux descendent au golfe; mais, en avançant vers le midi, Siam possède l’un et l’autre versant; C(dui de f ouest appartenait en grande partie à l’ancien rajah de Quédah, port de mer situé dans le détroit de Malacca. Nous reviendrons sur la principauté de Quédah, au sujet d’une expédition pleine d’intérêt.
- C’est le rajah de Quédah qui vendit aux Anglais, en 1786, l’île de Poulo-Pénang, qui commandera bientôt toute notre attentionnés acquéreurs, remarquons-le bien, ^avaient nullement cru nécessaire de faire ratifier l’acte
- cession par le roi de Siam, alors à peu près suzerain Nominal de ces territoires.
- ^ autres rajahs, indépendants même aujourd’hui, possèdent l’extrémité de la péninsule, à l’exception du territoire anglais de Malacca.
- Ce nom de rajah qui commence à frapper notre oreille Sllffit pour annoncer l’Inde; nous visitons une race qui n’est plus chinoise, et qui pourtant n’est pas hindoue. Nous sommes encore dans l’Indo-Ghine ; mais déjà la Grande-Bretagne commence la longue série de ses conquêtes.
- PRESQU’ÎLE, VILLE ET DETROIT DE MALACCA.
- A dix lieues seulement à l’ouest de Singapore, île qui bxera puissamment notre intérêt, se trouve le cap le plus Avance vers le sud de la presqu’île de Malacca.
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- Ce cap appartient à notre hémisphère, et s’avance à trente-trois lieues de la ligne équinoxiale. En remontant vers le nord et l’occident, le long de la côte, on arrive à l’embouchure de la rivière de Malacca, sur les bords de laquelle, en majeure partie du côté septentrional, s’élève la ville du même nom.
- Situation de la ville de Malacca.
- Longitude orientale.................... 1020 i4' i5"
- Latitude septentrionale................ 2° 10' 3"
- Les Portugais, puis les Hollandais, ont possédé cette ville; ses massives constructions offrent encore le caractère d’une colonie batave. Par le traité de 1826, le roi des Pays-Bas en a fait cession à l’Angleterre. En vertu de cet acte, il renonce à rien posséder sur la terre ferme, et les Anglais à rien conserver dans les îles de la Sonde; nous avons dit quel merveilleux parti la Néerlande a depuis lors tiré de ces îles [3e partie).
- En revanche, Singapore absorbe aujourd’hui tout le commerce que faisait autrefois Malacca, privée maintenant de rapports nationaux avec les îles de Sumatra, de Java, etc.
- Nous n’appellerons l’attention du lecteur que sur le collège anglo-chinois fondé dans cette ville européenne par le célèbre docteur Morrisson, l’auteur d’un excellent dictionnaire anglo-chinois. Une imprimerie orientale et britannique seconde les travaux littéraires du collège; elle a produit des ouvrages intéressants.
- Il existe dans la ville des écoles privées pour l’éducation des Malais, des Hindous et des Chinois habitants de la colonie.
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- La province anglaise de Malacca s’étend sur la côte 0ccidentale de la presqu’île, dans une longueur de qua-1 ante-cinq lieues; elle borde le détroit entre cette pres-(luile et l’île de Sumatra.
- Singapore aujourd’hui rend ce détroit beaucoup plus frequente qu’il ne l’était avant l’année 1825.
- On n’évalue q.u’à 259,000 hectares le territoire de la c°lonie. L’agriculture y fait des progrès. Le pays pourrait Nourrir un nombre d’habitants beaucoup plus considérable que la population actuelle ; on la porte seulement à o,o0o âmes, dont environ 3,000 Européens.
- Lorsque les Hollandais possédaient la ville et le port e Malacca, ils commandaient le détroit du même nom. es Anglais leur ont retiré cet important avantage ; ils P^nnent un soin jaloux d’écarter le plus possible les Hol-ndais de la côte de Sumatra qui borde le détroit.
- , L est la Grande-Bretagne aujourd’hui qui, par ses trois etablissements de Poulo-Pénang, de Malacca et de Sin-8apore, commande l’entrée, le milieu et la sortie du dé-^r°it le plus précieux pour communiquer entre l’Inde et
- ia Chine.
- ILE ET PORT FRANC DE SINGAPORE.
- frîle de Singapore présente une position sans pareille milieu des mers orientales; elle se prêtait admirable-*^ent aux progrès accomplis aujourd’hui dans le commerce e ces mers.
- Ln Anglais, sir Standard Rafïles, avait gouverné très* ^a dément l’île de Java pendant les temps qui précé-^ereïît la restitution de cette île au royaume des Pays-as> restitution opérée par suite des grands événements *8i4 et de i8i5.
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- Ce gouverneur avait appris, pendant son adminis-tration, â bien connaître la navigation qui s’opère entre les mers de l’Inde, la mer de la Chine et le magnifique archipel qui faisait retour au royaume des Pays-Bas.
- En jetant les yeux sur le détroit de Malacca, qui présentait la route la plus courte pour aller de Ceylan, de Madras et de Calcutta dans les mers de cet archipel et de l’Indo-Chine, il aperçut un modeste îlot, très-voisin de la pointe de Malacca. Il s’assura que cet îlot protégeait un mouillage vaste et sûr : chose que les Anglais recherchent partout. Il proposa d’acquérir ce point imperceptible; on le payerait en sacrifiant quelques livres sterling, que recevrait un petit rajah du voisinage.
- Création d’un port franc à Singapore.
- On ne prétendait développer dans cette île ni grands ateliers ni grandes cultures. On voulait purement et simplement en faire un port de relâche, qui fût en même temps un port franc, et, s’il se pouvait enfin, un grand marché.
- On apporterait dans ce marché tous les genres de produits que peuvent offrir les Indes et les trois royaumes britanniques; les Malais et les Célèbes, les Indo-Chinois et les Chinois, seraient appelés à venir dans un même port échanger contre les marchandises que nous venons de mentionner les productions de leurs pays respectifs.
- Cette conception était à la fois simple, juste et profonde; elle obtint un succès qui dépassa toutes les espérances.
- A Singapore, point de droits d’entrée ni de sortie, point de taxes de navigation, ni sur les bâtiments britanniques ni sur les bâtiments étrangers. Les pirates mêmes, pré-
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- sents ou futurs, pourvu qu’ils n’aient pas sur leur compté de forfaits trop évidents, peuvent venir, dans le plus libre des marchés maritimes, pour armer ou désarmer et pour tendre un butin qu’on ne scrute guère.
- Suivant les vues que nous venons de présenter, en 1S18, la ville de Singapore fut fondée par sir Stamford
- Rafïles, auprès d’un misérable hameau de pêcheurs malais.
- Un tiers de siècle a suffi pour ériger et peupler une riche cité sur une plage auparavant déserte. C’est en ttiême temps une ville cosmopolite, où des marchands, des artisans et des financiers de toutes les nations se confondent-, ils y vivent en paix à l’ombre d’un gouvernement fort et respecté.
- Population de Vile de Singapore en Î851.
- Européens..................................... 336
- Hindous-Bretons.............................. 280
- Arméniens....................................... 65
- Arabes......................................... 260
- Hindous..................................... • 55o
- Natifs de lieux divers de l’Océanie........... 6,619
- Chinois. ................................ 32,960
- Malais..................................... io,o33
- Javanais...................................... i,33i
- Cafres......................................... 12
- Militaires condamnés, passagers, etc......... 5,074
- Total.................... 57,520
- Singapore, en définitive, est un entrepôt, un caravansérail maritime, où l’on trouve des habitants de toutes ^es nations et même quelques Anglais : tout au plus un sur Cent cinquante habitants.
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- C’est une étape incomparable pour la navigation et le commerce de l’Océanie et de la Chine.
- Description de la ville de Singapore.
- La ville s’étend sur la côte méridionale de l’île, au fond d’une anse dans laquelle débouchent deux ruisseaux. La partie centrale s’élève entre ces ruisseaux. Une large plage est réservée pour les opérations d’embarquement et de débarquement, et pour la circulation des voitures de luxe quand vient l’heure délicieuse de la fraîcheur et du plaisir. Les Européens, avec leurs maisons de brique et leurs vastes magasins, habitent plus en arrière. Dans cette partie centrale on a construit les édifices publics, la banque, les hôtels, les cafés, une belle église anglicane, et les Américains du Nord n’ont pas manqué d’y joindre une chapelle de leur culte. En dehors, sur une colline heureusement située, le gouverneur a son palais et ses jardins.
- Au delà du ruisseau de l’ouest on trouve les grands magasins britanniques et la colonie chinoise ; elle est riche, active, infatigable ; elle a bâti ses petites demeures et ses boutiques, ouvertes sur la rue, dans le même style que si l’on était dans un port du Céleste Empire. Les Chinois ont construit une grande pagode qui domine un temple bouddhique.
- Au delà du ruisseau de l’est, on trouve le quartier des Malais, des Arabes, des Javanais et de tous les autres insulaires. Un grand nombre de leurs demeures sont perchées sur des pilotis. Là vivent les marins malais qui font le service des embarcations du port et de la rade.
- Ce n’est pas seulement le gouverneur qui réside hors de la ville, loin des odeurs infectes et d’une plage brûlante; les riches marchands ont dans la campagne cir-
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- convoisine des habitations imitées de l’Inde et qu’on oomme des bangalos, comme aux bords du Gange. Elles 0nt des portiques et des balcons dont le toit protège COntre la lumière intense et contre la chaleur; ces abris s°nt soutenus par d’élégants et légers piliers. Autour de Ces demeures, où tout se réunit pour les rendre confortables, d’épais ombrages, une verdure et des fleurs per-potuelles répandent leur fraîcheur et leurs parfums.
- £)ans une ville où toutes les nations sont représentées, °haque peuple montre ses mœurs et ses habitudes. Les Chinois sont infatigables; ils exercent tous les états, et la Plupart en plein air : ils sont maçons, charpentiers, me-^Uisiers; ils confectionnent des cercueils pour le peuple (^s ancêtres et pour les barbares; ils sont forgerons, argen-bers, orfèvres; ils fabriquent des armes, des outils et des instruments aratoires; ils sont bouchers et boulangers; ds mondent, ils perlent le sagou, pour le rendre conser-Ÿable et l’envoyer jusqu’en Europe; ils ont des changes ^ monnaie dans la rue, sur des tables pareilles à celles de nos charlatans; ils sont barbiers et traiteurs en plein Vent. Enfin ce peuple, toujours remuant et travaillant, cWme les fatigues par sa gaieté nationale : heureuse dispo-Sltlon conservée par lui même loin de sa patrie, qu’il b oublie jamais.
- La rade et le commerce maritime.
- Au sud-est de la ville se déploie la vaste rade, où des bavires sans nombre, abrités par des îlots, trouvent un an-crage profond, sûr et commode. C’est là qu’a lieu ce que 1 appellerai la foire maritime et perpétuelle de Singapore; °b y voit flotter tous les pavillons de l’Orient et de l’Oc-cident.
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- Je vais présenter pour l’année de l’Exposition universelle, de mai 1 851 à mai i852, la valeur officielle des marchandises échangées.
- TABLEAU DU COMMERCE DE SINGAPORE, DE l85l À l852.
- NATIONS. IMPORTATIONS. EXPORTATIONS.
- Les Trois Royaumes britanniques fr. 15,820,250 fr. 7,182,575
- France 696,000 1,580,125
- Etats-Unis 479,300 1,814,300
- Villes anséatiques. 2,284,175 1,176,600
- Australie 503,575 1,026,625
- Chine 8,660,400 15,922,050
- Cochinchine 1,412,425 1,052,400
- Siam.. » 242,600 2,284,425
- Bornéo. 3,559,975 3,448,525
- Péninsule malaise. 3,004,575 3,130,350
- Manille 602,650 551,450
- Iles Célèbes 2,458,650 . 2,446,650
- Java, etc. , 5,639,425 4,420,325
- Sumatra 247,600 2,286,800
- Malacca et Poulo-Pénang 6,630,300 6,055,225
- Inde britannique. 18,150,523 11,573,960
- Diverses nations 4,477,075 2,592,025
- Total gènébal 74,869,498 68,544,410
- Ce tableau mérite de fixer l’attention du lecteur ; il fait voir suivant quelles proportions les principales contrées prennent part aux échanges sur ce marché universel. Dans un quart de siècle, la valeur totale de ces échanges
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- des nations. 17
- s’est élevée jusquà i53 millions sur une côte auparavant dénuée de commerce.
- POULO-PÉNANG.
- Le nom de Poulo-Pénang signifie l’île Areca, ainsi n°nimée pour le grand nombre d’arbres arecas quelle Produit naturellement. Elle est située près de la côte occi-entale de la presqu’île de Malacca.
- Longitude orientale................. 109° 25' 1"
- Latitude septentrionale.„........... 5° // 26"
- Cette île est à très-peu près sur le cercle parallèle qui passe par la pointe de Galle.
- Le cap de cette île le plus avancé vers la côte de Ma-acca n’en est éloigné que de 3 kilomètres; au milieu de Ce détroit la profondeur d’eau est de 2 im,6o.
- Population et territoire de Poulo-Pénang.
- Population en i85i............. 43,i43 habitants.
- Superficie.......... .......... 4i,35o hectares.
- Population pour 1,000 hectares..... 1 ,o45 habitants.
- L est intéressant de comparer les diverses nations dont
- 6<\î A
- composée la population qu’on vient d’indiquer :
- Habitants. Proportions.
- Lace britannique 347 8
- Malais 16,670 386
- Chinois ....... l5,457 358
- Indiens du Malabar • 7>849 182
- Origines diverses 2,820 66
- 43,i43 1,000
- introduction. —‘ IV.
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- Les Anglais et leurs descendants ne présentent à Poulo-Pénang que huit habitants sur mille.
- Nous ferons remarquer que les Chinois ont à Poulo-Pénang près de quatre hommes pour une femme. Ainsi le quart seulement de cette population s’établit à demeure dans file; les trois autres quarts n’y débarquent qu’avec une pensée de retour à la mère patrie.
- Le riz, le maïs, le plantain et les bananes sont la nourriture ordinaire des habitants.
- L’île est très-favorable à la production des épices : muscade, girofle, piment et gingembre; on estime surtout les muscades et les girofles.
- En 1786, lorsqu’elle fut acquise à la Compagnie britannique des Indes orientales, les Anglais 11’avaient pas même l’idée qu’il existait un îlot de Singapore. Poulo-Pénang avait alors une véritable importance pour Tinter course de l’Inde avec la Ghine. Ce commerce augmentai toujours, la Compagnie, dès i8o5, érigea l’administration de cette île en présidence; maïs, en i83o, on réunit tous les établissements du détroit de Malacca, qui furent dirigés par un gouverneur particulier, sous l’autorité de gouverneur général, qui siège à Calcutta.
- Au point où l’île est le plus rapprochée de la côte de Malacca, les Anglais ont bâti la ville qu’ils ont nomme6 George, George-Town, par hommage à leur roi Geor ges III.
- Au nord de cette ville on trouve un beau mouillage pou1’ les navires de commerce. Afin de rendre le port plus sê1 et plus commode, on Ta protégé par deux môles ou jetée5,
- George-Town, ainsi que Singapore, fait un commerce actif avec les îles de la Sonde.
- Les exportations consistent particulièrement en produit5 de l’Inde et de la Grande-Bretagne. Les importations soU{
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- des produits de ia zone torride; il faut citer surtout les ePlces> destinées en majeure partie pour l’Angleterre.
- A Poulo-Pénang, George-Town possède trois églises : One anglicane, une catholique, une arménienne. Remar-9u°ns celle-ci, construite par des marchands arméniens Venus très-probablement de Calcutta. L’église catholique esl destinée à la race métisse portugaise, à des Irlandais et 3 quelques Français.
- PROVINCE DE WELLESLEY.
- Pn face de Poulo-Pénang se trouve un petit établisse-lller,t qui porte le titre fastueux de province de Wellesley qui contient seulement 36,260 hectares de terre : Vlngt-deux lieues carrées.
- Dans l’état statistique le plus récent adressé par la Oftipagnie des Indes à la Chambre des communes, j’ai *lQUvé les données qui suivent.
- Sous l’influence britannique, on ne peut pas douter que ans un prochain avenir la population ne devienne moins lsProportionnée avec l’étendue de ces territoires; les ^luois surtout accroîtront le nombre des habitants.
- Etablissements des détroits orientaux.
- Superficie.
- Singapore...................... 171,22a'1
- Malacca.......................... 2 55,55o
- Province de Wellesley. 36,260
- Poulo-Pénang ....................... 4i,35o
- 5o4,382
- Population.
- 57,42 1 54.02 l
- Çl ,098
- 202,540
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- Les marins malais au xixe siècle.
- Un capitaine de vaisseau, distingué d’abord parmi Ic§ marins anglais qui déployèrent tant d’habileté, de coiîS' tance et de courage quand ils allèrent à la recherche du navigateur Franklin dans les mers du nord, M. She' rard Osborne, a rendu compte d’une expédition rempli dès sa tendre jeunesse vers les parages qui sont l’obje1 de notre étude. J’ai puisé des faits remarquables dans ce compte rendu, plein d’attrait et d’instruction; il montre déjà le mérite de l’auteur, son heureux caractère, et sot* art d’étudier les hommes en même temps que les mers et les rivages1.
- En 1838, Osborne a dix-sept ans; il est élève (midJ shipmcin) sur la corvette VHyacinthe, en station à Si*1' gapore. On annonce qu’une flottille de cinquante praoS’ portant au moins deux mille guerriers, s’est montrée a# nord du détroit de Malacca; l’armement s’est fait en secret dans les criques et les jongles de Sumatra, d’où l’expé' dition est sortie pour s’emparer du port de Quédah, dafl5 la presqu’île de Malacca. La flottille appartenait à l’ancid5 rajah du territoire dont ce port était la capitale. Ainsi qne déjà nous l’avons fait remarquer, en i -786 la grande Cotf1' pagnie des Indes britanniques avait jugé ce rajah posse5' seur légitime de son gouvernement, puisqu’elle av^ acquis de lui Poulo-Pénang, sans admettre le besoin d’oh tenir l’assentiment du roi de Siam, le suzerain nomin^' Mais lorsque la Compagnie fit la guerre aux Birman5’ ce roi lui parut dangereux; elle fut heureuse de se l’alto
- 1 C’est lui qui plus tard conduisit sur une frégate lord Elgin, en & montant le grand fleuve Yang-tzé-kiang : voyage qui nous a fourni le sujf de graves observations ( Troisième partie : forces productives de la Chine).
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- cher par une alliance offensive et défensive. Aussitôt le Siamois étend ses barbaries sur la province de Quédah; ü en expulse le rajah et ses fidèles adhérents, qui se sauvent en Sumatra. Pendant nombre d’années, la pirate avait été la ressource des proscrits. Quand ils ar-mèrent pour recouvrer leur patrie, qu’ils soulevèrent, le gouverneur anglais qui, dans la présidence de Ma-lacca, représentait la Compagnie des Indes ordonna qu’on ies traiterait en ennemis; il décida que la marine britannique bloquerait la côte, dans le même temps que le r°i de Siam avec son armée envahirait le territoire contesté.
- Le commandant de l’Hyacinthe fait voile jusqu’au port e Quédah pour sommer le rajah de l’évacuer; celui-ci lefuse en termes pleins de noblesse et de fierté. L’Hyacinthe r^met en mer et découvre enfin l’endroit où s’étaient réfu-^les les praos malais. Le capitaine quitte sa corvette; a hord d’un simple canot, il s’aventure au milieu des jon-o es et des bas-fonds pour arriver au centre de la redou-*a^le flottille. Il ne court d’ailleurs aucun risque : larenom-t-Uee de l’Angleterre est sa force. L’amiral des insurgés, °hammed-Saïd, s’empresse d’envoyer une garde d’hon-^,eilr pour recevoir celui qu’il qualifie de Rajah de la mer : tostiuct des Malais imagine ce nom pour caractériser la f^ssance navale de l’Angleterre. Quoique sa tête, à raison ç' ses précédentes expéditions, eût été mise à prix par la °mpagme et le fût encore, il n’en respecte pas moins 1111 ennemi qu’il pouvait aisément immoler, et son accueil plein de courtoisie. Néanmoins l’amiral malais, reje-1 amnistie qu’il obtiendrait s’il voulait se soumettre, ^CCepta sans hésiter les chances de la guerre. Quant au aJah de la mer, ne pouvant forcer une position inexpugnable, fl rejoint sa frégate et retourne à Singapore.
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- Aussitôt une flottille est équipée, qui va repartir avec l'Hyacinthe; elle comprendra les deux principales chaloupes de ce bâtiment et trois modestes canonnières, chacune armée de deux bouches à feu. Actuellement notre jeune ami Shérard Osborne va paraître : il commandera la canonnière numéro trois (numéro tega)\ elle est montée par vingt-cinq Malais, marins dont l’apprentissage est piratesgue autant que naval.
- C’est ici qu’il faut voir les deux races en présence : la race occidentale et blanche représentée par un adolescent qui pour la première fois a des hommes sous ses ordres. Ces derniers sont tirés d’une race orientale, fière, barbare au besoin, et le besoin renaît souvent chez un peuple musulman, plein de préjugés et d’ignorance; ce peuple est, d’ailleurs, sensible au point d’honneur, pré' cieux sentiment inconnu des Chinois et des Hindous.
- Jadic, le contre-maître de la canonnière, est profeS' seur émérite dans la manœuvre des praos et dans Ie maniement du kriss, ce terrible poignard à lame ser' pentée et trop souvent imprégnée du poison le plus rey doutable. Avec sa force athlétique, sa bravoure à toute épreuve et ses traits audacieux, qui rappelaient le fl1' bustier, le Malais Jadic était plein de générosité, et soüs sa rude écorce il se montrait susceptible d’attention5 délicates. Un soin touchant qu’il prend du jeune officier endormi gagne le cœur de celui-ci. « Depuis ce moment) dit Osborne quinze ans plus tard, j’ai ressenti pour ton pauvre Jadic, une affection qui jamais ne s’effacera de mon cœur. »
- Le personnage ensuite le plus en évidence était l'inter prête : intermédiaire indispensable entre le chef adoleS' cent, qui ne savait pas un mot de malais, et lequipag6 entier, qui ne savait pas plus d’anglais. Il était né d’ufle
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- mère indienne et d’un officier anglais, disait-il fièrement-, mais les races pures d’Orient l’appelaient le Portugais, et méprisaient. Son portrait nous dépeint toute une espèce métis : il avait le teint olivâtre, les traits agréables et réguliers, la taille souple et gracieuse; ses pieds et ses mains, dit Osborne, auraient pu servir de modèle à Fhi-dias. On le trouvait intelligent; mais il était faible, nerveux a l’excès, et docile comme un enfant; ses manières craintes et rampantes faisaient peine à voir.
- Revenons à Jadic, le marin malais, dont 1 etude est P°Ur nous d’un tout autre intérêt. Captif dès son jeune age; avancé pour sa bravoure au rang de guerrier, comme Europe au moyen âge on était promu chevalier, puis °lïîcier du rajah de Johore; tour à tour enrichi et ruiné, Pms reprenant la mer afin de recouvrer l’aisance, jamais il u avait Jaésité quand on le rappelait au combat, aux aventures. Osborne cite avec complaisance les jugements de d&dic, qui sont ceux de toute sa race. Î1 comptait pour Peu d’être attaqué par les Hollandais ; souvent il avait vu fuir devant lui les Espagnols ; il ne craignait que les An-8*ais, nommés par les Malais, dans tout l’archipel, les 0rmg-jpreti}is, les orang blancs. Enfin Jadic, fatigué de tous ses métiers , avait racheté sa liberté en décapitant tres-y°lontiers un Chinois condamné à mort; puis il avait pris service dans la marine de la Compagnie des Indes. Son mtel]igence et sa bravoure l’avaient bientôt fait distinguer-, c’est à cette distinction qu’il devait l’honneur d’être second de Shérard Osborne.
- ^ l’égard des matelots dont nous venons de peindre le c°ntre-maître, «mes gens, dit le commandant, avaient tQujours l’attention d’éviter entre eux ces plaisanteries gr°ssières ou blessantes qui sont habituelles à nos marins ; J attribuai leur politesse , à la promptitude avec laquelle
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- ils se servent de leur poignard, de leur kriss, dès le moment qu’ils se croient insultés. »
- Tel était l’équipage de la canonnière, qui concourait à bloquer l’entrée de la rivière au bord de laquelle s’élevait Quédah, forteresse que les Portugais avaient bâtie quand ils régnaient sur les mers de l’Orient. Le n° 3, VEmeraude d’Osborne, et deux autres canonnières en surveillaient les abords avec une admirable vigilance.
- Les assiégés, sur des barques très-légères et dans les nuits les plus sombres, bravaient le blocus; iis rapportaient bravement de Poulo-Pénang des vivres, des armes et de la poudre, suivant l’usage du commerce, qui vend des moyens de destruction aux ennemis comme aux amis, pourvu qu’il bénéficie. De là résultaient des chasses infatigables, où les Malais de VÉmeraude émerveillaient leur jeune capitaine, à force d’ardeur et d’intrépidité.
- Après une course forcée , ils capturent un grand prao, excellent voilier, que montait un personnage important. Son turban vert annonçait un pèlerin visiteur de la Mecque : sainte mission qui, dans sa pensée, n’était pas incompatible avec un fructueux assaut tenté sur les navires d’autrui. Il était de haute stature et sa démarche avait de la dignité; sa figure était grave et d’une beauté sombre qui commandait plutôt l’effroi que l’admiration. Chez lui, comme chez tous les Malais de haut lignage, on distinguait des indices de sang arabe. En un moment, l’équipage oriental du numéro tega fut saisi de respect à la vue de ce forban sanctifié. Pour toute faveur, le jeune chef européen lui permettait, lorsque la poupe était tournée du côté de la Mecque, de venir prier sur le gaillard d’arrière. Le dévot pèlerin s’avançait avec gravité, déployait son petit tapis, s’agenouillait dessus et se prosternait; il semblait plongé dans son oraison avec tant de ferveur que
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- les arbitres de son sort, qui l’entouraient sur le gaillard d arrière, semblaient ne plus exister pour lui. Ses dévouons accomplies, il regagnait sa place à l’avant, puis s’asseyait avec la dignité d’un rajah, au milieu des regards d admiration de l’équipage. Jamais il ne faisait le moindre effort pour gagner la bienveillance du capitaine anglais. <( Evidemment, dit celui-ci, j’étais à ses yeux un giaour, un infidèle, et mes matelots, par cela seul qu’ils servaient avec moi, lui paraissaient des renégats. Je dus enfin Avertir qu’il irait à Poulo-Pénang, pour être jugé, au sujet de ses pirateries, par le tribunal du gouverneur. ^ cette nouvelle, il croisa ses mains avec résignation, me salua poliment, et me dit qu’il espérait que Dieu serait avec moi. »
- Dans toute la partie de l’Orient qui nous reste à par-courir, nous allons retrouver le même caractère imprimé par l’islamisme à des millions d’êtres humains. Ce culte baisse dans leurs cœurs bien des vices et des crimes; ^ais il leur inspire la dignité, la constance et la forti-h*de, accompagnées d’un insolent mépris pour le reste du genre humain.
- Comment l’islamisme des Malais détourne les vents obstinés.
- Chez les Malais mahométans, l’ignorance et les pré-jugés dégradent cette mâle dignité. Rien n’est plus plaisant flue je moyen pratiqué par le superstitieux Jadic pour conjurer à la mer un vent contraire et par trop obstiné. Ee grand secret de tuer le vent, qui pourrait en contester k» certitude? Il le tenait du rajah de Johore! et voici dans T^el cas... La flottille de ce rajah se trouvait poursuivie Par les Hollandais, (] ui jamais ne font de quartier. Un Cursus malais propose de se laisser aborder pour donner
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- à la flotte le temps nécessaire à la fuite. Son kriss aura raison de tous les marins de Batavia qui seront assez audacieux pour sauter à son bord; quant au résultat final, Allah réglera le destin du fataliste. Ce n’est pas assez que d’accepter cette offre intrépide; il faut braver un grand coup de vent favorable à l’ennemi. On fuit. Mais les praos sont criblés de boulets et de mitraille ; sans cesse il faut rejeter par-dessus le bord l’eau qui pénètre et le sang qui coule. A la fin, dit Jadic, nous préférons être noyés plutôt que de travailler davantage, et jetant de côté nos seaux: « Allah! crions-nous, Allah kérim! (Dieu est grand !)» Alors le rajah de Johore veut ranimer les courages. Les matelots lui montrent avec épouvante une épaisse nuée grosse de tempête. « Est-ce là, dit-il avec dédain, est-ce là ce que vous craignez?» Aussitôt il descend sous le pont, saisit l’énorme cuiller qui sert à préparer le riz de l’équipage, et qu’il sait propre à produire le grand charme. Il la pose sur le gaillard, droit en face du vent contraire, puis récite avec un singulier recueillement certains versets du Koran. Aussitôt la tempête s’éloigne; une heure après vient le calme plat; les rames triomphent, et la flottille est sauvée. « Capitaine ! ajoute Jadic en vrai croyant, il n y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète » : aussi, pour étouffer le vent, il n’est pas de charme aussi puissant que celui du rajah de Johore!
- Supériorité de Tojficier britannique.
- Ce qui fait le plus d’honneur à la race anglaise et montre le mieux sa prépondérance, c’est de voir le mid-shiprnan de dix-sept ans établir à lui seul une inflexible discipline au milieu de ses fiers Malais; c’est de le voir pousser l’exercice de l’autorité jusqu’à les façonner au châ-
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- timent des coups de corde appliqués sur leur peau nue; c est de le voir attachant avec solennité le récalcitrant sur une pièce de canon, en imprimant à ce spectacle i appareil d’un jugement et le sang-froid delà justice; c’est enfin de le voir frapper de ses propres mains sans que les Vingt-cinq kriss de son équipage le percent de part en part.
- Quoiqu’ils fussent adroits, actifs même, les matelots Valais détestaient tout travail régulier. Osborne parvient a vaincre leur répugnance; il les oblige à nettoyer, à fourbir complètement et périodiquement le cuivre apparent de son doublage. À peine a-t-il imprimé chez ses matelots le sentiment du respect, de l’obéissance et de la ponctualité, le jeune Européen fait pressentir son génie commandement. ïl oublie la fierté superbe et glaciale de sa race; il se fait affable; on le craignait, on l’adore, e't désormais son équipage se ferait massacrer pour lui. Le seul récit de celte conduite nous fait aimer le jeune Shérard Osborne et deviner sa belle carrière.
- Triste marine de Siam. Barbaries siamoises.
- Le roi de Siam ajoute à la flottille anglaise un brigantin monté par ses sujets. Suivant l’usage des peuples chinois, ie navire avait deux capitaines : l’un, Siamois, dirigeait la Navigation ; l’autre, métis, présidait au service de guerre. Quand on leur parlait de combattre, ils ne répondaient que deux mots, Teda bagoase, teda bagoase (pas bon ! pas bon!); Cela fit donner à leur navire, par les joyeux Anglo-malais, le nom peu flatteur de Teda-Bagouse.
- Les assiégés de Quédah résistaient toujours. «Nous ne pouvions, dit Osborne, nous empêcher d’admirer l’énergie des Malais qu’avaient tour à tour chassés de leur pays ies Portugais, les Bataves et les Siamois. Contraints de se
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- réfugier sur leurs praos, sans autre ressource que la piraterie , dont les Hollandais et les Espagnols leur avaient donné les premiers exemples, ils étaient maintenant poursuivis impitoyablement et punis de mort, sans qu’on leur accordât le temps ni les moyens d’abandonner les pratiques coupables que les peuples occidentaux leur avaient primitivement enseignées. »
- Nous arrivons à la dernière partie de nos observations. L’armée siamoise, l’alliée barbare de la Compagnie, accomplissait sa triste part de l’entreprise. Elle avançait dans la province de Quédah, brûlant les villages, massacrant les natifs qui défendaient leur indépendance, exterminant ou conduisant en servitude les femmes avec les enfants et bloquant par terre la forteresse insurgée, que les Anglais bloquaient par mer. Les assiégés implorèrent de ces derniers la grâce de laisser fuir la partie sans défense de leurs familles, pour la sauver de la faim et bientôt, hélas ! de l’esclavage ou des supplices. Leur envoyé motivait cette confiance en disant : « Il n’est pas un Malais qui ne sache que les Orang-Pretihs (les Anglais) combattent bravement les hommes, mais que jamais ils ne font la guerre contre des enfants et des femmes. »
- Les proscrits sauvés.
- Cent vingt embarcations sortirent du port, emportant plus de trois mille de ces victimes échappées à la destruction. Au milieu du convoi se trouvait une grande jonque chinoise qui contenait la femme et les enfants dè l’amiral Mohammed-Saïd. Ordre fut donné de recevoir cette famille sur l’Êmeraade, pour la conduire à Poulo-Pénang avec les cent vingt barques chargées de têtes moins précieuses. La femme du prince des pirates n’avait rien de rébarbatif;
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- DES NATIONS, sa physionomie s’embellissait d’une singulière expression de douceur et d’amabilité, troublée seulement par les traces d’un profond chagrin. Auprès d’elle se tenaient deux garçons en bas âge et sa fdle Rajah-Mira (Mira la reine); elle était, comme sa mère, vêtue d’un tissu de eacbemire gracieusement drapé.
- Osborne, ce précoce observateur, avait reconnu le sang arabe au seul aspect d’un Malais de haute race; qu’on juge sü dut reconnaître ces mêmes traces de pur sang chez la fille deMohammed-Saïd, que le Prophète avait sans doute envoyée de son paradis pour embellir le terrestre Orient. -Elle comptait douze printemps, et c’est â cet âge que la femme des tropiques est dans la fleur d’une beauté si brillante et si passagère sous le soleil de cette zone torride.
- Pour affaiblir tout contraste de races, le jeune Anglais, an lieu de rester flegmatique, s’enflamme d’un regard comme s’il était né sous l’équateur; il sauve la vie de la jeune princesse, qui, troublée sans doute par le malheur des siens, s’était échappée dans son sommeil et courait se jeter à la mer. Voici maintenant ce qui condamne à jamais le midsbipman occidental : la noble famille à peine conduite au port de Poulo-Pénang, la croisière finit; notre futur capitaine, quittant la station des détroits de Ma-facca, fait voile à la pointe de Galle; il aperçoit dans l’île de Ceylan la perle des beautés hindoues, et sa constance de dix-sept ans, vaincue par on ne sait quel charme de Wishnou, oublie pour une douce fille de Bramah la hère houri de Mahomet.
- LES CÔTES OCCIDENTALES DE L’INDO-CHINE.
- Il faut quitter la partie la plus intéressante qu’offre la presqu’île de Malacca, la partie peuplée par cette race
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- malaise qui, malgré ses pirateries et sa violence, est bien
- cligne, à mon gré, d’un si puissant intérêt. Sortons du
- détroit par le nord, et côtoyons le littoral qui regarde
- l’occident.
- Nous franchissons alors plus de cent lieues d’une côte désolée, soumise à ce joug de Siam que nous avons appris à connaître; nous n’apercevons pas un port fréquenté, pas une modeste ville, tant le territoire a peu d’habitants. Nous nous tenons à distance du littoral, afin d’éviter une multitude d’îlots qui bordent la côte.
- Quand nous arrivons au 10e degré de latitude, nous voyons de nouveau flotter sur le littoral le pavillon de l’Angleterre. Ge pavillon, nous allons le retrouver partout au midi de la grande Asie, depuis le 97e degré de longitude orientale jusqu’au 64e; depuis le golfe du Bengale jusqu’au fond du golfe d’Oman, qui conduit au fond du golfe Persique. Cette domination merveilleuse est l’œuvre d’une Compagnie qui fut dans l’origine uniquement mercantile, puis marchande et militaire, puis uniquement administrative et politique. A peine arrivée au sommet de la plus riche domination et de la plus populeuse que les Européens aient conquise depuis quatre siècles dans aucune partie du monde, nous la verrons congédiée sans recevoir la moindre excuse ; nous verrons tous ses Etats annexés à la bureaucratie d’un ministère, comme elle avait depuis cent ans annexé tant de principautés et de royautés à ses magasins, rue de la Halle au Plomb (Leadenhall Street). Le Parlement y met aussi peu de façons que le marchand de la Cité qui chasse un apprenti de sa boutique, près de la Banque ou de la Bourse.
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- PROVINCES DE TÉNASSÉRIM.
- Les pays de Ténassérim appartenaient primitivement au royaume de Siam, qui les perdit vers le milieu du siècle dernier.
- Ils furent conquis par Alompra, fondateur de la dynastie actuelle de l’empire Birman.
- Lorsque la présomption des Birmans leur eut,fait chercher la guerre avec les Anglais, ceux-ci convoitèrent des provinces qui bordent deux cents lieues de côtes dans le golfe du Bengale, golfe qu’ils considèrent aujourd’hui comme leur empire naturel et nécessaire. Ils se sont fait céder ce beau pays par le traité de 1826.
- Population.................... 1 i5,43i habitants.
- Superficie ..................... 7,554,o5o hectares.
- Population par 1,000 hectares. . . i5 habitants.
- La seule indication de ces données statistiques suffit pour montrer au lecteur combien les provinces de Ténas-sérim sont faiblement peuplées , et par conséquent dans fpiel état d’enfance et de misère elles se trouvent encore.
- Pour peupler un peu, les Anglais ont eu la pensée S’employer certaines parties du territoire comme colonies pénales-, ils ont expatrié 2,000 individus appartenant aux familles de ces assassins appelés les Thugs. On assure que Iexpérience a réussi, et que cette population de malfaiteurs, trouvant des moyens faciles d’existence , est devenue respectable par ses mœurs.
- Le fleuve de Ténassérim débouche dans le golfe du Bengale. Il se divise en deux branches, dont la principale atteint la mer par la latitude de 1 20.
- La longueur du fleuve de Ténassérim approche de
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- quatre-vingts lieues. Il a deux grands avantages : il traverse une plaine extrêmement féconde, et près de ses bords on a trouvé des charbons de terre. Un jour viendra que l’industrie britannique en saura faire un heureux usage.
- La ville de Ténassérim s’élève au point où le fleuve se sépare en deux bras; elle était bien peu de chose avant * que les Anglais s’en fussent rendus maîtres.
- Topographie et ressources du pays.
- Déjà nous avons signalé la grande chaîne de montagnes qui divise dans toute sa longueur la presqu’île de Malacea.
- Les provinces de Ténassérim s’étendent sur le versant occidental. On les distingue sous les noms à'Amherst, Tavoy, Te et Mer gui.
- On construit des barques marines dans les ports de Moul-meïn, de Mergui et de Tavoy, les natifs s’en servent pour un cabotage assez actif avec le royaume d’Achem, Poulo-Pénang, les îles Nicobar, Rangoun, Chittagong et Dacca.
- En avant de la côte s’élève un très-grand nombre' de petites îles, dont l’ensemble compose Y archipel de Mergui
- Ce beau pays a deux cents lieues de longueur sur une largeur moyenne qui varie de seize à trfente-deux lieues.
- La chaîne de montagnes qui la borde à l’orient est couverte de forêts magnifiques; elles couvrent aussi la plus grande partie des plaines.
- Je suis convaincu que, dans un petit nombre d’années, les Anglais feront des efforts considérables pour exploiter et ces forêts et toutes les richesses naturelles djun pays heureusement doué par la nature.
- Les provinces abondent en mines de fer, dont la qualité est fort estimée : le minerai donne jusqu’à 86 p. 100 de métal. On y trouve aussi des mines d’étain.
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- A l’orient du fleuve Ténassérim on trouve des rubis, ^es grenats et des turquoises.
- C’est l’agriculture surtout qui peut offrir aux Européens *es plus abondantes ressources; jusqu’à présent elles ont ete peu mises à profit par une population dont l’agri-culture approche de la barbarie.
- Dans les plaines qui bordent le fleuve Ténassérim, les Anglais ont commencé de donner une impulsion éner-§lciue à la culture du riz. Cette production peut procurer 1111 supplément inestimable, quand les années de sèche-l’esse extrême amèneront ces disettes si redoutables dans bassin très-peuplé du Gange.
- La province entière appartient à la zone torride; par c°nséquent, il est possible d’y cultiver tous les profits coloniaux, qui deviendront une abondante source richesses.
- Mais pendant longtemps le plus grand obstacle sera la r^reté de la population. C’est là qu’il serait avantageux Attirer des émigrants chinois; ils sauraient prompte-^nt faire prendre une face nouvelle à l’agriculture. Des habitants du Fo-kien, qui sont habiles mineurs, exploiteraient avec avantage les mines de fer et d etain.
- Déjà les Chinois venus de Bangkok ont introduit Talques tissages de soieries, quelques fabrications de po-. teries communes et de vaisselle en fonte de fer.
- PEGU.
- Le Pégu formait un royaume indépendant et longtemps Prospère avant d'avoir été conquis par les Birmans; les ^nglais s’en sont emparés en 185a : dans l’année suivante, ;a plus belle contrée de ce royaume est devenue partie intégrante des possessions britanniques.
- introduction. — IV. 3
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- EMPIRE BIRMAN OU ROYAUME D’AVA.
- Jamais les voyageurs n’ont exploré dans son entier l’empire Birman, qui prenait autrefois le nom d’Ava, sa capitale primitive.
- Avant les pertes qu’a subies cet empire, il surpassait la France en grandeur territoriale. Il s’étendait du 10e au 15e degré de latitude, touchait du côté du nord au Tibet, du côté de l’est à la Chine, enfin du côté de l’ouest aux grandes Indes, et bordait la mer dans une étendue supérieure à quatre cents lieues, depuis le détroit de Malacca jusqu’au fond de l’immense golfe du Bengale.
- Deux vastes fleuves arrosaient cet empire : le premier» appelé l’Irawaddy, prend sa source au voisinage de la Chine et débouche, par un delta plus grand que celui du Nil, dans le golfe de Martaban.
- Le second fleuve de l’empire était le Brahmapoutra, le fleuve du Brahma bouddhique. Il est de beaucoup supérieur au premier pour son volume et sa longueur. Il prend sa source au nord des monts Hyinâlaïa et reçoit du Tibet, par les versants du midi, toutes les eaux de cet État que la Chine n’attire pas vers l’orient pour former sou fleuve Bleu, le gigantesque Fils aîné de la mer. Le Brab' mapoutra traverse la chaîne des montagnes qui dominent rindo-Chine; il s’avance d’abord vers l’occident, puis vers le midi, dans une immense plaine, à peine séparée par quelques montuosités de la plaine du Gange inférieur-Ces deux fleuves hymâlaïens, pour arriver à la mer, se rapprochent de plus en plus, descendent droit au sud, et vont d’un cours parallèle verser le volume énorme leurs eaux dans le golfe du Bengale.
- Braves, mais présomptueux et fort ignorants dans leS
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- ^ts de la guerre, les Birmans ont à plusieurs reprises affronté les forces britanniques. Dans ces conflits, les Anglais leur ont pris les provinces les plus précieuses, tout 1® bassin méridional du Brahmapoutra et tout le littoral Maritime, depuis Temboucbure de ce fleuve jusqu à la péninsule de Malacca. Donnons maintenant quelques détails sur les débris actuels de l’empire Birman.
- Territoire et population.
- Population................... 4,23o,558 habitants.
- Superficie................... 47,756,000 hectares.
- Population par 1,000 hectares.. 89 habitants.
- Superficie par 1,000 habitants.. 11,290 hectares.
- L enfance de l’agriculture est annoncée par la situation Une terre où douze hectares nourrissent à peine un indu 0U’ de sorte que, dans l’ensemble du pays, une tren-taine de familles seulement occupent une lieue carrée.
- Ava, bâtie sur les bords de l’Irawaddy, fut jadis la capi-de l’empire; mais en 183A cette cité fut détruite par PP tremblement de terre. Alors Montchobo, plus éloigné e la mer, devint le siège du gouvernement.
- ville de Montchobo est située sur le Kien-douen, ^and affluent de l’Irawaddy.
- Si les Chinois possédaient un bassin aussi spacieux que Ceiui de l’ïr^atJdy, avec autant de facilités pour l’irri-§ahon, fls finiraient par le peupler de 5o millions d’ha-^ ants, tandis que les Birmans ne comptent guère plus e 4 millions d’âmes. La richesse de l’État croîtrait avec la Population; alors les bouches du fleuve qu’on vient de Citer seraient la voie d’un vaste commerce maritime. Ce c°ttimerce passerait par les mains de l’Angleterre.
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- On a peine à croire qu auj ourd’hui le trafic direct des trois royaumes britanniques avec l’empire des Birmans se réduise aux termes qui suivent :
- Commerce direct des Birmans avec les trois royaumes Britanniques.
- Importation dans l’empire Birman (i855).... 38,i25f
- Exportation pour les trois royaumes (i854)-- * 826,760
- Depuis les deux années que nous signalons ici, les états financiers de la Grande-Bretagne ne donnent plus aucun chiffre; les valeurs paraissent probablement trop misérables pour être exprimées explicitement.
- Les autres États maritimes font encore un moindre négoce avec les Birmans.
- Nous ne devons point passer sous silence la circulation qui s’opère à l’intérieur avec la Chine occidentale.
- L’entrepôt du commerce par terre entre les Birmans et les Chinois est la ville de Bhamo, située sur l’Irawaddÿ* près de son confluent avec une rivière qui pénètre dans l’empire du Milieu par la province d’Yun-nan. Le total des importations et des exportations obtenues en suivant cette voie varie de 1 o à 1 y millions de francs par année-
- On a proposé récemment de suivre une route parallèle pour faire un commerce continental entre la Chine et l’Inde anglaise. La distance, à coup sûr, serait beaucoup moins considérable que le vaste circuit qu’on doit paf' courir en passant par Singapore. Mais la navigation a des avantages infinis au point de vue de l’économie; elle est sans péril pour les Anglais. Au contraire, pour ceux-ci, leS transports par terre seraient à la fois lents, pénibles, coU' teux et sujets à de grands dangers.
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- EMPIRE BRITANNIQUE DES INDES ORIENTALES.
- Parmi les créations commerciales des peuples modernes || nen est pas qui présente un aussi grand spectacle que empire britannique des Indes orientales. Les Romains n °ut jamais soumis à leur domination un aussi grand Nombre de sujets qu’une société de marchands formée ^ans un recoin de Londres; ils ont employé neuf siècles. a s emparer de l’ancien monde, et la Compagnie un siècle Seulement à parfaire ses acquisitions. Il faut expliquer l’or-§amsation d’où soht sortis de pareils prodiges.
- Commencements de la Compagnie des Indes britanniques.
- Les Anglais sont-arrivés dans les mers orientales après es Portugais et les Hollandais, qui leur donnaient de §lands exemples : les premiers, de valeur, d’extravagance et de fautes fatales; les seconds, de valeur, de prudence et dun grand art de commercer.
- Le dernier jour du xvie siècle, Elisabeth d’Angleterre S1§uait la charte qui donnait pour quinze ans une exis-^eDce légale et politique à la première Compagnie des ndes orientales. Cette Compagnie n’avait pas conquis eïic°re un hectare de terre, et déjà le plus grand génie de cette époque, François Bacon, encourageait par sa souscription cette entreprise, dont seul peut-être il jugeait avenir. Treize ans à peine s’étaient écoulés depuis la dé-aite de la grande Armada sur les côtes d’Angleterre, et 0 ya l’immortel chancelier transformait en don naturel le ait acquis de la victoire. Il osait dire :
- <( L empire de la mer est une espèce de monarchie uni-Verselle> que la nature semble avoir donnée en dot à la
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- Grande-Bretagne. Lorsqu’un peuple a pour partage la domination des mers, il est toujours libre de faire la guerre ou de se replier; ses armes soutiennent son commerce, et son commerce nourrit ses forces. Il aura tôt ou tard tous les trésors de l’Inde à sa disposition. » (Bacon, Philosophie, Ire partie, ch. xx : De l’agrandissement des Etats.)
- Les premières associations formées en Angleterre pour commercer avec l’Orient ne ressemblaient pas à l’organisation régulière et savante dont nous expliquerons bientôt les ressorts et le système. Dans le principe, on appelait avec honneur aventuriers les capitalistes, les armateurs, les marchands et les marins qui, mettant en commun leurs ressources et leur courage, allaient tenter une ou plusieurs expéditions particulières à-cinq mille, à six mille lieues des ports d’Europe. Ils allaient en des pays aussi peu connus que l’étaient alors les mers à traverser. On se réunissait pour défrayer, pour risquer ce qu’on appelait une aventure, laquelle récompensait ou ruinait ceux qui l’entreprenaient, sans jamais décourager de nouveaux aventuriers. Ceux-ci croissaient en nombre, ainsi qu’en moyens, avec la fortune de leur patrie.
- Au milieu des mers, onv rencontrait des rivaux européens. On se battait avec eux pendant les traversées; on se battait en Asie pour les ventes et les achats. Malgré la suspension des luttes sanglantes, les perfidies et les déceptions de facteurs à facteurs et de navigateurs à navigateurs faisaient partie des aventures mercantiles et maritimes.
- Par degrés les hommes doués d’une intelligence supérieure, après plusieurs aventures isolées, concevaient l’idée de mettre à profit leur expérience. On voulait conserver pour plusieurs expéditions consécutives, d’un côté, les mêmes marchands et les mêmes armateurs en Angle-
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- terre, de l’autre côté, les mêmes facteurs, les mêmes c°minandants et les mêmes marins, pour les envoyer en Orient : cette idée conduisait au projet d’une association permanente. Le succès d’une première organisation en disait naître de pareilles. Dès cet instant, la rivalité n’exis-*ait plus seulement de nation à nation; elle s’enflammait, ardente et funeste, entre les citoyens et les compagnies du ^enrie pays, et la discorde menaçait d’anéantir ce com-Iïierce britannique.
- Gela conduisit le Gouvernement à revêtir d’un privilège a*clusif une seule compagnie, en l’armant de pouvoirs ^°rmidables : seul moyen d’écarter tout commerce inter-°Pe ou de contrebande, au milieu des mers orientales.
- Après la révolution qui renversa les Stuarts, le roi ^nlaume III se montra peu favorable à la Compa-bïlle> qui jouissait auparavant d’un privilège exclusif. Il aVait besoin d’argent ; il s’en fit donner pour autoriser la ^existence d’une seconde compagnie. On mit à l’enchère protection alternative, jusqu’au moment où les deux rivales, fatiguées de se combattre et de se ruiner mu-^eUement, se rapprochèrent pour former l’association reUïlie, United Company.
- Organisation définitive de la Compagnie réunie des Indes orientales.
- ha grande organisation de la Compagnie des Indes a tre cent cinquante ans. Sa constitution définitive, et ^ °n pourrait appeler normale, est postérieure de vingt aris à la constitution réformée de l’Angleterre, œuvre qui leiï»onte à l’époque à jamais célèbre de 1688.
- hn 1708, un Acte du Parlement déclare la Compagnie 1111 Corps constitué, a corporated body. En vertu de cet
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- Acte, elle est investie du privilège exclusif de commercer avec l’Orient; privilège qui s’étendra soit en Asie, soit en Afrique, depuis file Sainte-Hélène, au sein de l’Atlantique, jusqu’à l’empire de la Chine.
- Elle pourra posséder des territoires, afin d’y construire ses comptoirs et ses magasins, et les défendre par des forts; elle aura ses soldats, sa flotte et son pavillon.
- La richesse commerciale de la Compagnie consistera dans un capital primitif dont la valeur fondamentale, fixée par la charte, grandira comme l’établiront des Actes postérieurs du Parlement.
- Ce capital est divisé par actions égales entre elles; leurs possesseurs, appelés propriétaires, sont les membres et, si je puis parler ainsi, les citoyens de la Compagnie.
- Ces membres, réunis en assemblée générale, constituent la Cour des propriétaires. Ils sont l’Assemblée souveraine; ils font des lois, sans autre limite que leur charte fondamentale.
- Pour avoir le droit de siéger et de voter dans cette Assemblée, il suffit de posséder en actions 5oo livres sterling. Une somme aussi faible, dans un pays aussi riche que l’Angleterre, assure au très-grand nombre des actionnaires la participation au pouvoir législatif de U Compagnie. Non-seulement l’Assemblée vote des mesures générales, mais elle peut prendre par elle-même toutes les mesures d’exécution qui lui semblent nécessaires suivant les temps et les circonstances.
- On pourrait donc définir l’Assemblée générale des propriétaires, un peuple qui fait ses lois sans représentants •' comme autrefois les hommes libres d’Athènes, <xv$p& àOrjvdiot, réunis dans l’Agora. Elle aura par conséquent les agitations, la turbulence et les passions d’une assemblée démocratique et sociale, comme on disait en 18/18,
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- ^ fallait des archontes au peuple de l’Attique ; il en faut aussi pour la république commerciale, et ces archontes Mercantiles doivent être avant tout administrateurs.
- Ne fût-il question que de commerce, si l’on veut diriger avec méthode et succès des affaires grandes et compli-cpiees, et les suivre incessamment jusqu’aux extrémités 11 Monde, il faut un pouvoir exécutif composé d’un Nombre limité de membres, qui soient compétents et qui Se partagent les opérations.
- Afin de tenir ces directeurs dans la dépendance la
- Plus absolue, ils ne sont d’abord nommés que pour une
- année; tout ce que leur accorde l’Assemblée générale,
- °rst qu’ils peuvent être réélus par elle. Les élections
- s°perent au scrutin secret pour être plus indépendantes.
- président, un vice-président, élus aussi pour un
- ail> complètent le gouvernement de cette république
- c°Mrnerciale : une des plus démagogiques dont les peuples
- mai'chands aient jamais conçu l’organisation.
- a fait l’envie des extrêmes réformateurs qui se sont
- e®°rcés de modifier et, s’il se pouvait, de détruire la consti-
- *ufon politique de l’Angleterre. Au lieu de collèges élec-
- toraux, faible minorité du peuple, ils auraient voulu le
- Suffrage à peu près universel; au lieu d’un parlement
- *îUl dure sept années, ils ont demandé des parlements
- mord triennaux et finalement annuels; au lieu d’élec-
- tl0ïîs à vote public, ils ont demandé des élections par
- V°le de scrutin secret. Heureusement pour l’empire bri-tau- •
- Co
- Mque, ils ont échoué dans tous leurs efforts.
- ®n suivant une marche contraire, la démagogie de la MMpagnie des Indes est devenue par degrés moins exces-Slyc; ses excès ne pouvaient rester sans remèdes. La rude de l’expérience a fait entendre ses leçons pour limiter es pouvoirs d’une assemblée irréfléchie et turbulente. Son
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- aristocratie, si l’on peut appeler ainsi la Cour de ses Directeurs, au lieu de n’exercer que des pouvoirs annuels, est devenue quatriennale, le quart des membres seulement, à partir de 1773, étant réélu chaque année.
- Nous signalerons les effets de ces modifications en même temps que les causes qui les ont amenées.
- On expliquera facilement les deux tendances contraires que nous venons de distinguer : d’un côté, pour les affaires de l’État; de l’autre côté, pour celles de la Compagnie-Dans le gouvernement d’un pays monarchique, ce que désirent en secret, ce que désireront toujours les réformateurs excessifs, ceux qu’en Angleterre on a nommé les chartistes et les radicaux, c’est d’arriver, pour bonheur suprême, à l’absolue démocratie. Tel était à peu près l’état politique des Provinces-Unies, au temps des Grands Pensionnaires, lorsque les Bataves donnaient à leur Compagnie des Indes orientales une organisation marquée du sceau de leur constitution républicaine : constitution qui bientôt était devenue un peu moins démagogique en arrivant, pour son salut, au Stathoudérat des princes d’Orange.
- La Compagnie britannique, éblouie par la prospérité de l’institution rivale, n’imagina rien de plus favorable que d’adopter l’organisation mercantile des républicain5 ses devanciers et ses modèles en Orient.
- Plus tard, l’expérience a fait connaître aux Anglais qu’d fallait donner plus de puissance et de permanence au pouvoir exécutif, ne fût-ce que pour commercer; c’est ainsj que par degrés ils ont amélioré l’organisation de leur grande Compagnie des Indes orientales.
- Il importe d’étudier cette organisation : en premia lieu, dans le sein de la métropole; en second lieu, dan5 les Indes.
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- Première partie : Gouvernement de la Compagnie dans la métropole.
- Le gouvernement central de la Compagnie est subdi-^1Se Par ministères collectifs réunissant un certain nombre e directeurs. Le conseil exécutif de ce gouvernement se Compose de vingt-quatre Directeurs.
- En Angleterre, les lords de la Trésorerie, les lords de ^nrauté, les membres du Conseil de commerce, Board trade, offrent l’image de ces ministères à direction
- coll
- des-
- ective. Seulement, afin de n’avoir pas un Cabinet Ministres qui soit trop nombreux, dans chacun de Ces conseils particuliers, le président est seul vraiment ^ftistre et siège au Conseil suprême exécutif.
- ^ous allons offrir l’énumération rapide des dix comités ®Peciauxqui, dans la Cour des Directeurs, représentaient, es 1708, les differents ministères d’un grand et complet §°tivernement. Nous les indiquerons suivant l’ordre de eilî> institution.
- j 1 Le Comité de correspondance. Toutes les lettres, tous ^s comptes, tous les actes émanés dès factoreries et des residences extérieures arrivaient à ce comité, qui pré-5arait toutes les réponses pour être arrêtées en Conseil
- des ry r r
- w Ulrecteurs. Telle serait en France la secrétairerie aL si l’on pouvait y réunir la secrétairerie de tous les
- lisières.
- dëf ^ du contentieux, qui ne jugeait pas, mais
- e Obérait sur toutes les affaires litigieuses. Ses membres j, lei1^ pour la Compagnie ce que sont les conseillers ebaüx pour la Couronne en Angleterre.’
- 3 O r _ ^
- Ee Comité de la trésorerie. Il pourvoyait au paye-eïl1: ^es dividendes, à la négociation des emprunts ainsi
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- qu’au payement des intérêts, à l’achat de l’argent et àe l’or nécessaires au commerce de la Compagnie, à la déh' vrance des diamants et des espèces, à la vérification àe la balance et des caisses, etc.
- 4° Le Comité des magasins ou du trésor en matières ^ ’ produits provenant des importations. Dans ses attribut' tions on avait placé : la désignation des achats à faire en Orient; l’indication des moyens de transport; le débaT quement et l’emmagasinage ; l’ordre et l’époque des ventes-11 avait pour attributions plus élevées la recherche de® moyens qui pouvaient améliorer et développer le cotf1' merce de la Compagnie.
- 5° Le Comité des comptes. C’était, à proprement parler* l’Échiquier ou le ministère d’inspection des finances; ^ contrôlait tous les comptes, les lettres de change, leS états de dépense, les approvisionnements et l’avoir en caisse, les transferts de valeurs, etc.
- 6° Le Comité des achats propres à l’exportation; il du'1' geait les commandes à l’intérieur, puis la réception et f1 garde des objets acquis, jusqu’à l’embarquement pour les grandes Indes.
- 7° Le Comité da palais : j’appelle ainsi la maison de & Compagnie. En considérant cette institution comme un6 souveraine, c’était, à proprement parler, le ministère de ^ Maison de la Reine mercantile. Le palais qu’on appelé bourgeoisement la maison des Indes orientales, E^ India Hoase, ce vaste édifice était suffisant pour loger non' seulement les bureaux d’affaires d’un immense commercé mais les ministères de cent cinquante millions d’hommes> devenus par degrés sujets ou vassaux de la Compagnie.
- J’ai visité cet édifice dans les temps les plus prospéré du vaste gouvernement qu’il abritait. Les bureaux étai^ dirigés par des administrateurs consommés, dont plusieurs
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- °nt publié des ouvrages d’un rare mérite. On y pouvait admirer, pour Tordre parfait et la richesse de l’ensemble, s archives, la bibliothèque et le musée. Les collections imposaient en très-grande partie des trophées ou s confiscations obtenus par la Compagnie dans ses Vlctoires, ses envahissements et ses annexions.
- ^est au sein de ce palais quon tenait les Assemblées §euerales de propriétaires ; c’est là qu’on faisait périodiquement les ventes à l’enchère, source la plus honnête et aPms sûre des revenus appelés dividendes.
- ^° Le Comité naval. Il était chargé de l’achat ou de la Ration de tout le matériel d’exportations non commer-Clales : armes, munitions, vivres, etc. Il frétait les navires la Compagnie empruntait le secours; il dirigeait le Personnel naviguant et s’assurait de la capacité des offi-Clers ; il dirigeait la construction et le radoub des vaisseaux ^rchands et des paquebots que la Compagnie possédait ^propre; il réglait la part de tonnage privé qu’on réser-Pour l’état-major des navires de la Compagnie.
- Plans l’origine, elle construisait elle-même ses bâtiments e Oter. On les remarquait pour la grandeur des dimen-^0ïls, la solidité de la charpente et la bonté du gréement.
- leur donnait une artillerie respectable, qui leur permettait de se défendre en cas de guerre imprévue et de raver en tout temps les plus redoutables corsaires, lorsque les armateurs de Londres furent devenus riches, !s P°rmèrent une Compagnie navale des Indes orientales; s curent au bord de la Tamise un dock et des magasins ^gnifïques dont j’ai donné la description L La Compa-^le des Indes a sagement abandonné la construction et
- t. u
- ^ Voir d’abord Voyages dans la Grande-Beetagne , Force commerciale > ’ ensuite le premier volume de cette Introduction.
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- l’armement des navires, pour consacrer tous ses capitaux au commerce proprement dit.
- 9° Le Comité du commerce privé. Il réglait toutes les affaires et les comptes des transports opérés sur les na-vires de la Compagnie pour la portion de commerce oriental permis à des particuliers; il examinait les capitaines, afin de savoir si les règlements étaient exécutés.
- io° Enfin, le Comité préventif de Vaccroissement da coM' merce privé. Il s’assurait de tous les cas où les limites imposées par la charte de la Compagnie étaient outrepassées et poursuivait l’application des peines établies par la loi. Ce comité se confondait souvent avec le précédent par la nature même de ses attributions. Leur coexistence était la preuve de la profonde attention que prenaient les Directeurs pour que son précieux privilège ne devînt pas illusoire par les envahissements des entreprises privées. Nous verrons, dans l’Inde, les effets de cette âpre jalousie des privilégiés contre l’avidité non moins violente des contrebandiers interlopeurs.
- Le président et le vice-président de la Compagnie étaient de' droit membres de tous les comités que nous venons d’énumérer; le président seul était chargé des rapports de la Compagnie avec le Gouvernement de la nation.
- Idée du commerce de la Compagnie, à partir de sa constitution gênércde (année moyenne, de 1708 à 1728).
- Quand nous terminerons notre tableau des forces de l’Inde, nous étudierons les progrès du commerce général jusqu’à l’époque présente. Il nous suffit maintenant de montrer quel fut le point de départ, il y a cent cin-quante ans.
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- Importations
- Importations
- FftW du capital eu 1708
- i8,2üi,o5of en marchandises.
- 2,3o7,2oof en marchandises. 11,658,750 en espèces.
- 13,965,950
- .............79,080,000 francs.
- Objets du, commerce quon effectuait à Vépoque de 1708.
- , Les lainages et le plomb formaient les principaux ob-j^s de l’exportation, laquelle n’était pas considérable.
- importation avait beaucoup plus de richesse et de va-rieIe; elle comprenait les objets du commerce oriental les Us goûtés à cette époque : c’étaient les tissus de soie et c°ton, la soie brute ou grége, les diamants et les pierres §emmes, le thé, les épices et les substances médicinales, mdigo, la porcelaine, le salpêtre, etc.
- L énumération de tant d’articles précieux nous conduit ^ahirellement à 1’ organisation lointaine qui pouvait suffire a kur achat, à leur échange avec les produits d’Europe.
- Seconde partie : Organisation de la Compagnie dans l’Inde.
- < Pes 170^’ Ie commerce de la Compagnie dans l’Inde ®tait fait sous la direction de trois Présidents et de trois °nsei]s. Il existait ainsi trois centres d’action, qui con-Sej1Verent leur indépendance pendant près de trois quarts e siecle. On distinguait :
- 1 La Présidence de Madras: c’était alors la plus imitante;
- 2 La Présidence de Bombay;
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- 3° La Présidence de Calcutta, créée seulement depuis 1-707 détachée de Madras à cette époque. Nous verrons quelle finira par ranger sous ses lois les deux autres centres commerciaux et politiques.
- Les membres d’un Conseil de Présidence variaient de neuf à douze, suivant l’importance et la complication des affaires. Propres à chaque Présidence, ils étaient choisis parmi les employés civils les plus anciens, senior servants ' c’était réellement le sénat du commerce.
- Toutes les affaires étaient décidées par le Conseil, àla majorité des voix; de sorte qu’en réalité, pour conduis les opérations commerciales de Calcutta, de Madras ou de Bombay, le Conseil exerçait la puissance directrice.
- Le Président titulaire avait pour moyen de faire pre-valoir ses opinions les emplois lucratifs dont il possédait la distribution, les faveurs dont il était l’arbitre, les missions disgracieuses qu’il avait droit d’imposer; enfin les situations pénibles où se plaçaient les personnes qui se permettaient une opposition plus ou moins systématique.
- Presque tous les membres du Conseil exerçaient en outre une fonction spéciale et considérable dans les affaires de la Compagnie. Un certain nombre dirigeait les principales factoreries et les plus lucratives; par conséquent» ils se trouvaient rarement tous réunis au chef-lieu de la Présidence. C’était un grave inconvénient, qui tendait a faire regarder comme un intérêt secondaire les délit6' rations du Conseil et la direction commerciale du gouvernement.
- Hiérarchie des serviteurs de la Compagnie dans l’Inde.
- La hiérarchie des employés ou serviteurs de la Coin' pagnie présentait les degrés suivants :
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- teürs
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- l0 Les écrivains, writers; c’étaiènt les employés chargés, début, des plus simples fonctions de commis pour les ecritures : ils suivaient les détails du négoce. A ces occupations on ajouta plus tard les fonctions tout à fait infé-rieui'es du gouvernement, lorsque la Compagnie eut des Pépies à gouverner. Cet apprentissage, au premier degré, Urait cinq années.
- Au bout de ce temps, les écrivains devenaient fac-! et conduisaient en sous-ordre des opérations -commerciales. Ils remplissaient des missions détachées dans Quelles alors ils agissaient en chef.
- . 3° Lorsqu’ils avaient assez longtemps rempli les fonc-||0ris de facteurs, les serviteurs delà Compagnie passaient ans la haute catégorie des commerçants : ils prenaient ^nrd leur rang dans la classe des plus jeunes, junior ^chants; quelques années après, ils étaient élevés àu
- aiîg des plus anciens, senior merchants.
- C1 i ,
- cJt ^ (*ans classe supérieure, celle des senior mer-qu’on choisissait les chefs des factoreries impor-tes> les titulaires des hautes fonctions financières, les ïïleîubres du Conseil et parfois les Présidents. 'Mais sou-Vent’ è Londres, on nommait Présidents des personnages C0llsidérables envoyés d’Angleterre; la plupart n’avaient suivi la gradation qui vient d’être énumérée. n esprit étroit avait réglé sur un taux misérable les v^0l^teuients des serviteurs de la Compagnie. On pou-j dire, à la lettre, qu’ils commençaient par la misère à Pli^ ^e^U,: de s^mP^es commis. Le traitement des grades aff ^ev®s resta longtemps inférieur à l’importance des Çj^res qu’ils dirigeaient, et les désordres les plus graves ^urent les conséquences.
- 0 0>Jr compenser une pareille insuffisance de salaires, Permettait que les serviteurs de tous les rangs fissent Introduction. —- iv. 4
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- pour leur compte certains commerces privés. Ainsi leu1’ temps, leurs aptitudes et leur intérêt n’appartenaient plus en entier aux affaires de la Compagnie; elle n’avait plus droit de leur demander compte d’une richesse acquise en dehors de tout contrôle. Le lecteur verra bientôt quels graves inconvénients faisait naître ce système inspiré paf une aveugle parcimonie.
- Lorsque, après avoir fait fortune, n’importe par quels moyens, les senior servants, les vétérans du service, reve* naient au sein de la mère patrie, ils acquéraient une influence naturelle sur l’Assemblée générale des proprie' taires. Les plus puissants devenaient Directeurs, et quel' ques autres apportaient leur précieuse expérience dans les bureaux de l’administration métropolitaine.
- Distinction des deux services covenantés et non covenantès.
- Les serviteurs de la Compagnie employés dans l’Inde> classés, avancés comme nous venons de l’expliquer, fo? maient une corporation régulière, hiérarchique, auss1 fortement organisée que l’état-major d’une armée perm3' nente.
- Pour toute la durée de leur service, ils contractai^ des engagements, appelés covenants, qui leur assurait des privilèges. Leur administration collective prenait Ie nom de service covenanté, covenanted service. Quand Ie besoin des affaires exigeait l’emploi temporaire de servr leurs non covenantés, ils restaient étrangers au grand coi'f permanent, et ne pouvaient en obtenir les emplois prIir cipaux.
- Pourvu que les serviteurs covenantés eussent de l’ord^ et de la conduite, non-seulement leur état était assüje comme si la loi l’eût garanti, mais ils étaient certains àe
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- parvenir aux rangs élevés. Les mêmes qualités, le mêmé ^sprit qui ies rendaient propres à bien servir les intérêts e ta Compagnie, les rendaient propres à faire leur for-dans le commerce privé, qu’on leur permettait aussi e poursuivre. Le comble de la disgrâce et de la ruine ^alt d’être renvoyé pour une faute absolument extraordinaire; ils perdaient alors tout espoir de parvenir à la ^chesse, à l’importance, à la considération.
- Tant de motifs se réunissaient pour donner à l’en-®emble des serviteurs de la Compagnie un formidable esprit e corps. Nous verrons quels bons et quels mauvais effets llïl pareil esprit a produits sur les destins de la Compagnie sur le sort des peuples de l’Orient.
- Après avoir expliqué l’organisation du personnel, feutrons comment s’accomplissaient les opérations du c°unmerce. Elles avaient deux parties essentiellement lïlctapendantes.
- Opérations de la Compagnie pour les importations et les exportations.
- j taans ies premiers temps, rien n’était plus simple que q Ile80ce des produits métropolitains destinés pour l’Inde, jS etaient, nous l’avons déjà dit, de nature peu variée; ^Uls achats se faisaient avec concurrence et publicité. es mspecteurs réguliers procédaient aux réceptions; en-c on n’avait plus qu’à les embarquer, sous la direction Perieure et l’inspection du Comité spécial des exportons.
- ^ Quand ces produits arrivaient dans l’Inde, comme le p /en ta moins sujet aux abus, à la fraude, et le plus e à mettre en pratique, on avait fini par adopter la e Publique aux enchères dans les magasins de chaque
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- factorerie. La vente finie, chaque acheteur payait, emportait son lot, et tout était fini.
- Il fallait beaucoup plus de peines et de soins pour les produits qu’on achetait dans l’Inde afin de les envoyer en Angleterre.
- Un des objets lesplus délicats et les plus minutieux était b commande et l’acquisition des tissus, pour lesquels depuis des siècles cette contrée avait acquis une juste célébrité.
- Les tissus, quelle que fût leur beauté, n’enricbissaierû ni les fileurs ni les tisserands. Les tisserands, presque nus et logés dans des huttes misérables, ne possédaient aucun capital; ils ne pouvaient travailler sans recevoir par anticipation les matières premières nécessaires à leur ouvrage ou l’argent indispensable pour les acheter; $ fallait leur faire d’autres avances, qui les aidaient à se nourrir pendant la durée de la commande. Afin de pourvoir à cette commande, ainsi qu’à la surveillance, il 1 avait en chef un employé de la Compagnie que j’appd' lerai le facteur. Suivant l’usage universel dans cette partie de l’Orient, un nombre incroyable de serviteurs, de tou* les étages, était chargé de transmettre les ordres et & les faire exécuter; nous allons en donner l’effrayante indication. Le facteur comptait :
- i° Son secrétaire indigène, appelé le banyan; c’est lui qui dtf1' geait en sous-ordre toutes les opérations.
- 2° Une espèce de courtier que le banyan louait à tant par tao^' et qu’on appelait le gomastah. D’apres l’ordre transmis par le nyan, le courtier se rendait dans la ville ou dans le village cefl^ de fabrications, qui devenait son foyer d’affaires; c’est ce qul appelait sa cutchery.
- 3° Le courtier était secondé par un certain nombre de serviteürS’ auxquels les Portugais ont donné le nom de péons; ils étaient ar#1^5' 4° Le courtier était encore secondé par un certain nombre messagers, hircaras, qui portaient les lettres.
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- Le courtier envoyait ses péons et ses hircaras pour appeler auprès lui les tisserands et deux espèces de brocanteurs. Les voici :
- 5° et 6° Les daïlàhs, un peu plus relevés; puis les pycârs, les-^Uels étaient au dernier degré. Ges deux classes traitaient person-nellement avec les tisserands.
- Tel était le système très-imparfait, très-dispendieux et jres-compliqué qui plaçait entre l’ordonnateur anglais et ouvrier indigène une nuée d’intermédiaires. On y comp-^t six étages différents où chacun pouvait chercher sa part e bénéfices frauduleux, aux dépens du pauvre ouvrier.
- fallait encore compter, à côté du secrétaire ou banyan, 1,11 commis indigène ainsi qu’un caissier.
- ^ est par tant de mains que passaient les avances d’ar-bGnt et de matières. Lorsque le tisserand avait terminé s°u ouvrage, il l’apportait au magasin de réception, aPpelé hatah. Chaque pièce était estampillée, puis exa-^^ee par le gomastah, le chef de tous les courtiers, celui T11 fixait à son gré la valeur du produit. C’est alors que ouvrier était trop souvent obligé de se contenter d’un de i5, de 20 et parfois de 3o ou ko pour cent prieur au prix qu’il eût obtenu sur un libre marché.
- était l’abus, disons mieux, le vol que les gouverneras indigènes ont bien des fois essayé d’empêcher, et leïl des fois essayé sans y réussir.
- Pouvoirs souverains délégués dans l’Inde à la Compagnie.
- ç Parlement déléguait des pouvoirs considérables à la 0tïipagnie, afin quelle gouvernât ses établissements. Elle berçait sur le militaire, soldé pour défendre ses comp-^ rs et ses forts, toute l’autorité coercitive que peut onner la loi martiale. Elle exerçait, suivant les lois de
- l'A:
- terre, une juridiction civile et criminelle sur les
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- Européens et les indigènes habitants des capitales des trois
- Présidences et de leurs banlieues. Ces trois cités ont cha'
- cune un lord-maire et des aldermen, qui peuvent juger,
- comme à Londres, des causes civiles et correctionnelles
- très-étendues.
- Par une faveur plus grande, le Conseil de chaque Présidence avait l’autorité d’une cour d’appel pouf les procès de première instance relatifs aux trois cap*' taies.
- La Compagnie avait l’autorité d’un zémindar, d’ufl fermier public, sur le territoire qui formait sa banlieue; elle en possédait la ferme ou la tenure à titre de zémü' darie. Elle avait des tribunaux indigènes, conformes au* institutions de l’Inde, pour juger les natifs suivant leurs lois hindoues ou musulmanes.
- i
- Commerce personnel des agents de la Compagnie.
- Les facteurs et les agents avaient la permission d’ex®' cuter pour eux-mêmes un commerce local, indépendant du commerce d’importation et d’exportation qu’ils dir1' geaient pour la grande association.
- La Compagnie, après beaucoup d’efforts, avait obten11 des gouvernements indigènes que ses facteurs auraient la faculté de transporter les objets achetés dans l’In^ pour son propre commerce sans subir ni retards nJ visites vexatoires et sans payer aucun droit de transit' Il suffisait que ses agents présentassent un certificat & passe, un dastuch, signé par le Président.
- Les employés anglais eurent la prétention de faire seU vir ces passe-ports non-seulement aux objets destinés poül la Grande-Bretagne au compte de la Compagnie, m3*5 encore aux objets achetés par les facteurs ou com#1^
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- pour leur compte personnel, même quand ces objets ne Paient pas sortir de VInde. C’était entrer en concurrence lrecte avec les plus grands comme avec les moindres Marchands indiens pour les objets du pays destinés aux c°nsommateurs d’un pays déjà fort appauvri.
- Au Bengale, un vice-roi, Jaffier-khan, fut frappé de cet Os, qui confisquait, pour ainsi dire, aux dépens des in-ogènes leur commerce intérieur, et cela sans utilité pour a Compagnie même. Il déclara qu’il y mettrait obstacle, et les employés anglais n’osèrent pas résister; ajoutons ^0 en peu de temps Jaffier-khan fut détrôné, j désespoir de cause, tout ce que purent imaginer avides agents de la Compagnie fut de faire sortir du ^eOgale les produits achetés pour leur propre compte; *s les envoyaient, par mer, soit en des parties de l’Hin-Ostan non dépendantes du Bengale, soit en des contrées Maritimes situées hors de la péninsule.
- Ce commerce maritime fut conduit par les Anglais ^Vec la supériorité qui les caractérise. Tous les marchands e*abfis dans l’Inde, musulmans, hindous ou arméniens, aPprécièrent l’avantage de confier leurs exportations à des a§ents britanniques devenus armateurs en même temps *jUe marchands pour leur propre compte. Dans un laps e temps assez restreint, ce genre nouveau de négociants at,8menta beaucoup le tonnage des navires enregistrés a Calcutta pour le compte privé des agents anglais.
- Privilège de la Compagnie renouvelé.
- j 1733, moyennant quelques sacrifices pécuniaires, -Privilège exclusif de la Compagnie fut renouvelé par cte du Parlement jusqu’à l’année 1 766; plus tard on le prorogea, sans charte nouvelle, jusqu’en 1773,
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- Revenus de la Compagnie.
- Quoiqu'on 1717 les Anglais eussent obtenu que leur commerce serait exempt de tout droit au Bengale, les bénéfices de la Compagnie ne s’étaient pas augmentés. ne s’étaient guère élevés qu’à 8 pour cent, lorsque ceux de la Compagnie des Indes hollandaises avaient présenté des dividendes de 15, de 20 et de 2 5 pour cent. Mais le Gouvernement britannique, peu jaloux de favoriser de si grands profits, considérait avant tout l’intérêt du trésor et prélevait en moyenne un droit d’entrée de 3 o pour cent : il s’appropriait ainsi les bénéfices auxquels auraient du prendre part la Compagnie britannique, les Indiens et leurs gouvernements.
- Révolution commerciale et gouvernementale.
- Après avoir expliqué l’organisation du commerce de la Compagnie, il faut expliquer une grande révolution qu1 commença dans la Présidence de Madras et qui se transporta bientôt au Bengale, pour réagir de là sur le reste de l’Hindoustan. Je dois, avant toutes choses, parler de§ écrivains chez lesquels j’ai puisé des lumières.
- Des écrivains historiques relatifs à l’Inde moderne.
- Depuis un siècle, l’histoire de l’Inde a pris un immerise intérêt aux yeux des Européens. Une compagnie de mar-chands a profité de l’anarchie dans laquelle est toncibe l’empire du grand Mogol. Ses agents, sans la consulter» l’ont rendue successivement fermière, vice-reine et reine au Bengale, et de proche en proche dans tout l’Hindoustan'
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- pes écrivains nombreux et très-divers ont présenté 3 e ecit des révolutions modernes de l’Inde. Ils ont saisi plus ^oins habilement les rapports nouveaux créés entre commerce et la politique dans cette partie du monde. ^Quelques-uns, comme Elphinstone, Munro, Malcolm, cîîesley, Charles Napier, ont eu le précieux avantage parler des événements auxquels ils avaient pris une
- de
- Part
- puissante.
- Quelques autres ont écrit, comme nous, sans avoir vu
- i>r\ . * .
- ^Dent : désavantage infini.
- L’historien James Mill.
- j *armi ces derniers, nous plaçons au premier rang Mill, que je crois pouvoir appeler l’écrivain le plus ^ °rieux et le plus honnête des trois royaumes britan-^Oes. Son ouvrage, en six volumes, est une vaste com-P°sition, qui suppose des recherches infinies. L’auteur Se uiontre pas uniquement inspiré par l’amour de son jjays et de sa gloire. Son premier amour est pour la vérité;
- a le courage de la dire même quand elle diminue de j^elque chose l’admiration obtenue par ses concitoyens. ‘ 11 a pas seulement l’amour des vainqueurs; il a la sym-
- ^a|hie noble et touchante qui s’attache aux vaincus, aux • les> aux malheureux, aux victimes. Selon quelques &es- difficiles, il ne cherche point assez à plaire. Qu’il soit ainsi pour des lecteurs superficiels et sans en-les, cela se peut; mais, aux yeux des amis sérieux du humain, son livre sera toujours d’un puissant ret et d’un profond enseignement.
- ^l'je besoin d’ajouter que James Mill est un des au-rs ^ue j’ai le plus médités, et sur lesquels je me suis Pfi^yé avec le plus de confiance.
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- Travaux historiques de Macaulay.
- Un écrivain des plus récents et des plus brillants s’est elForcé de réformer les jugements de l’histoire indienne moderne sur des événements et des hommes importants-Il ne s’est pas occupé des temps pendant lesquels il a i'e' sidé dans l’Hindoustan; mais, bien qu’il ait vu l’Orient 3 des époques postérieures aux faits qu’il a jugés, il n’en 3 pas moins tiré le parti le plus heureux de son voyage. IH3 mis à profit pour thésauriser des couleurs aussi brillantes que la lumière d’Orient, pour peindre les natifs et leurs mœurs contrastées avec les mœurs des Européens qui Ie5 ont tour à tour conquis, opprimés, exploités et méprise3'
- C’est entre cet écrivain, plein de séductions, et ses de' vanciers qu’il a fallu me prononcer; je ne l’ai fait qu’après une étude approfondie, dont j’ai voulu que le lecteitf devînt juge.
- Dans un livre qui doit traiter du sort de l’Inde m0' derne, M. Macaulay, devenu vers la fin de sa vie lord Macaulay, ne saurait certes être passé sous silence. Au seU* du Parlement, il a pris part à des débats important sur la grande conquête des Anglais en Orient. Envoyé dans le Bengale pour siéger au Conseil suprême de gouvernement et de législation, il est auteur d’un proje| de Code criminel en faveur de populations qu’il est 31 difficile aux Européens de bien connaître, de bien adm1' nistrer, et surtout de bien juger au sein d’un tribunal.
- Sous le voile de l’anonyme, dans la Revue d’Edimbourg il a fait paraître deux essais considérables sur l’histoïfe de l’Inde britannique pendant le demi-siècle écoulé de' puis la première arrivée de Robert Clive jusqu’à la fin de long procès de Warren Hastings. Ces deux production5
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- ^nt ete pour moi l’objet d’une étude très-approfondie; Jen ai beaucoup profité, et je déclare ici les emprunts Tj1© je n’ai pas craint d’y faire, afin de compléter le ta-eau des forces de ïlnde sous le régime britannique, j de me borner au plaisir infini, disons mieux, à
- a séduction d’un écrivain merveilleux d’habileté, j’aicom-Paié la peinture qu’il fait des hommes et des choses avec j s ecrits moins éblouissants, mais recommandables pour euis études sérieuses et leur impartialité. Il m’a paru jlu en un grand nombre de points il fallait rectifier Macau-V établir des faits essentiels involontairement ou volon-^'ement mis à l’écart, et réformer des jugements qu’il Préparé et qu’il motive avec une habileté consommée.
- ^P^ciations générales relatives aux jugements de lord Macaulay1.
- b p0^ Ine cl°nner à moi-même la mesure de l’infailiibililé ou de célèb nullité d’un tel historien, j’ai soumis mes recherches à mes P°lit*reS con^r®res composant T Académie des sciences morales et Vo^1(ïUes. qui compta Macaulay parmi ses membres associés. J’ai s 1 COnsu^er Ie plus imposant tribunal et le plus compétent t'ai? GS (lUesti°ns d’histoire, de gouvernement des états et de mo-- aPpliquée au bonheur du genre humain. Ce sont des leçons tio“J ai demandées, avec le désir sincère de corriger mes appréciantes ;Slje me su*s trompé dans une étude peut-être supérieure à
- ce H'
- forces.
- ,acaulay, pendant un tiers de siècle, a fixé sur lui l’attention , q es^Point dire assez, l’admiration de ses concitoyens; et sa re-atlg .dtee littéraire s’est étendue dans les deux mondes. A dix-huit au •e.tait avocat au barreau de Londres. A vingt ans il prenait rang l»a]V|U^eU des penseurs et des écrivains politiques par une analyse tBuv 6 ^rés'développée de Y Histoire constitutionnelle d’Angleterre, le de ce profond Henry Hallam que l’Académie des sciences
- ^ »P ' I
- 6j. pQjai. u dissertation qui
- va suivre à l’Académie des sciences morales •tques, dans la séance du 28 décembre 1860.
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- morales et politiques s’honore aussi d’avoir compté parmi ses associés étrangers.
- En i83o, un grand événement change les destinées de la France-ébranle les esprits d’un bout à l’autre de l’Europe et précipite im combat décisif entre les partis de l’Angleterre. Le parti whig a besoin de renforts; il accueille Macaulay, qu’il fait admettre à la Chambre des communes. Dans le même esprit, lord Grey, qui terminera sa noble carrière par une réforme qu’il a poursuivie cinquante ans» ouvre la voie des affaires au sujet qui donnait de si grandes espe' rances : il le nomme secrétaire politique du Bureau de contrôle pou? le gouvernement de l’Inde. Pendant deux années, Macaulay ne se borne pas à remplir les devoirs de cette fonction considérable : ^ prend une part éloquente aux discussions sur la réforme de Chambre des communes; il contribue au triomphe de cette me' sure, le plus grand changement que la Constitution britannique ail subi depuis la révolution de 1688.
- Deux ans plus tard, ses amis lui veulent donner un moyen hono-rable d’acquérir une indépendance de fortune sans laquelle on n’est point ministre en Angleterre; le Gouvernement l’appelle au Conseil supérieur des Grandes Indes, à Calcutta. Il y siège comme président du comité de législation. Il rédige un projet de loi qui devait soumettre à la même juridiction provinciale les affaires civiles des indigènes et celles des Anglais : mesure qui prend une extrême im-portance au moment où la métropole vient d’ouvrir sans réserve aux colons britanniques la résidence de l’Inde, le droit d’y possède? des biens, d’y pratiquer des industries et d’y féconder un coin' merce retiré pour jamais à la grande Compagnie dominatrice. ApreS un séjour de cinq ans à Calcutta, Macaulay revient dans le Royaume-Uni. Il retrouve au pouvoir les whigs ses amis, non plus présides par lord Grey, mais par lord Melbourne, qui l’associe au cabinet comme ministre de la guerre. En même temps Edimbourg l’envoie à la Chambre des communes pour représenter l’Ecosse, dont il est un des plus illustres enfants. Aux élections suivantes, une question de misérable fanatisme lui fait perdre ce mandat. Deux cents ans après les puritains du Covenant, les puritains de la moderne Edimbourg expulsent un mandataire qui s’est permis, lui, protestant écossais, de défendre la dotation du séminaire catholique de Maynhoutb en Irlande. Pour venger cet affront, en i848, dans la même Edimbourg, l’Université qu’ont illustrée les Reicl et les Dugald Steward les Playfair et les Leslie, et Robertson précurseur de Hume, cede
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- ^iversité choisit pour recteur le réprouvé de l’intolérance. Mac-^utay répond à ce noble suffrage en donnant à l’Écosse le troisième ^ ses grands historiens. A peu de mois de distance, paraissent les Ux premiers volumes de son Histoire d'Angleterre depuis l’avène-mentdeJacq ues II. Dans ses narrations historiques, il transporte la Peinture animée de la vie humaine, de ses usages publics et même ^ tïiestiques, de ses mœurs, et, si j’ose employer ce mot vulgaire, e tout son matériel; il embellit ses tableaux par un style enchan-r> plein de mouvement et d’images.
- W laisse écouler sept années avant de publier deux nouveaux 'ttties, et cet intervalle ne semble pas trop long pour la per-ctton d’une telle œuvre. Les trois royaumes font éclater le même ^othousiasme en l’honneur d’un historien qui l’emporte à la fois sur Gx et sur Mackintosh, en redisant après eux des événements que Ces deux hommes célèbres avaient pourtant marqués chacun avec le jfehet d’une supériorité qui leur était propre : l’un comme orateur, autre comme écrivain et le plus aimable des sages.
- E Manquait un dernier hommage aux travaux de Macauîay. tel*1311116 c^ta*: Par*d whig, et des plus exaltés, sa gloire est à
- P°ïnt identifiée à l’Angleterre que les torys prétendent s’honorer ^x'tïiêmes en lui décernant la plus haute des récompenses. Leurs ^V?Ux Paient fait baronnet Walter Scott, écrivain du parti con-tlre; ils nomment Macauîay pair et baron d’Angleterre : honneur ^ Addison, littérateur du premier ordre et sous-secrétaire d’Etat, ^vait pas obtenu. Deux ans plus tard,, lord Macauîay recevait un ernier et grand hommage : l’élite des personnages politiques et des jjens de lettres je p0rtait à l’abbaye de Westminster, auprès des . 0lïl«ies de génie dont les tombes si rapprochées attestent la gloire lritellectuelle de la nation britannique.
- demanderai maintenant à l’Académie la permission de faire apprécier quelques-uns des jugements de Macauîay; jugements qui paraissent contestables, et qui sont aggravés encore par sa qua-^ d historien.
- En 1825, la renommée de cet écrivain avait commencé, dans la e^We d’Edimbourg, par un article sur Milton, qui rajeunissait un j^Jet épuisé depuis deux siècles. Était-ce un poète qui jugeait de si aui le poète le plus sublime de l’Angleterre et peut-être des temps Modernes? Était-ce un homme d’État qui jugeait d’un ton si ferme f1 fier la lutte immortelle de la tyrannie et des libertés civiles et pieuses? Non-seulement il se fait l’apologiste, presque sans ré-
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- serve, d’Olivier Cromwell, et l’admirateur des puritains, sans pourtant excuser leurs excès ni cacher leurs ridicules; il se fait, pour ainsi dire, l’ennemi personnel de Charles Ier. Selon lui, la mort de ce monarque était méritée. Il va plus loin; il prétend prouver qu’elle était juste et légitime. Écoutez-le! La révolution de 1688 a pu, sans blâme, soustraire la couronne au front qui la portai en n’ayant nul égard à l’inviolabilité ; donc la révolution de 1648 a pu, sans blâme aussi, jeter bas d’un même coup la couronne et la tête du plus malheureux des Stuarts. Décapiter n’était pas un crime; c’était seulement une faute! C’était une faute, parce que la grande masse du peuple se montrait assez déraisonnable pour déplorer ce supplice et pour en être indignée. Mais quoique l’acte, envisage sous ce point de vue, parût blâmable, Milton a bien fait, seh># Macaulay, d’en publier l’apologie. Il voulait changer l’opinion da peuple et transformer en approbation le blâme des citoyens : méta* morphose utile à la république h
- Il est juste de dire qu’un quaçt de siècle plus tard, en réimp^' rnant ses Essais fournis à la Revue d’Edimbourg, l’auteur demande grâce pour cette première production ; mais il reproduit sans rétraC' tation les jugements qu’on vient de rapporter, et qui sont ceux de l’école puritaine.
- Ces opinions si dures, osons dire plus, si cruelles, au sujet d’iû1 supplice à jamais déplorable, nous en retrouvons le sombre génie dans l’essai sur l’histoire constitutionnelle de Hallam : c’est au suj®1 du procès de Thomas Wentworth, comte de Strafford. Hallam, toit' jours impassible et modéré, déclare que le Parlement aurait dû s® borner à la dégradation, jointe au bannissement, de ce ministre Macaulay plaide pour la mort ; son style même est féroce et fa^ entendre un mot qu’il n’aurait dû jamais écrire :
- «A peine, dit-il dans une phrase longue et pénible, â peioe pouvons-nous concevoir un homme si dangereux et si pervers* que le cours entier des lois doive être troublé pour qu’on puisge l’atteindre ; d’un homme cependant qui ne soit pas pervers au poi^ de mériter la plus sévère sentence, et qui ne soit pas si dangereü*
- 1 The great hody of the people, also, contemplated that proceeding régicide) with feelings which, however unreasonable, no government cou^
- venture to outrage....For the sake of public liberty, we wish that tbe
- thing (the regicide)had not been doue, whjxe the peopledisapproved ofjt* but for the sake of public liberty, we should hâve wished the people t0 approve it when it was done.
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- ^ réclame et qu’il exige la dernière et la plus sure prison, la ^°Mbe 1 ! » Quelques lignes plus bas, pour rendre sa pensée moins rtueuse et plus claire, il ajoute2 :« A l’égard de la dégradation J aPpliquée à lord Strafford), ce n’était pas le noble comte, c’était general et l’homme d’Etat que le peuple devait craindre; et sou-Ve^t, dans les guerres civiles, le Parlement eut raison de se réjouir CP> une barrière infranchissable (irréversible), le tombeau, l’ait pro-contre la vaillance et la capacité de Wentworth (lord Straf-0r<l). «Vous le voyez, on aurait pu sans peur se réjouir d’épargner Sa..V^e’ savait été moins capable dans les conseils et moins hé-l°ique au milieu des combats. Ce n’est pas sa belle maison d’Albe (lUl le fait proscrire, c’est sa vaillance et son génie.
- ^ j’ai rappelé de si tristes passages, c’est afin de montrer com-,le^ *1 est dangereux, pour des écrivains honnêtes et qui veulent clr^6 ^ûstoire, d’épouser absolument un parti; tandis qu’il fau-^ avoir la force d’âme qui fait tenir d’une main impassible les auces de la justice et de la vérité, sans oublier jamais l’humanité. 1 est d’heureuses contrées où les rois jurent de ne pas régner bernent avec justice, mais avec merci; les rois de l’histoire devaient N
- , avant d’écrire, faire le même serment.
- N°us allons signaler quelques erreurs de jugement dans l’Es-^ s«r Machiavel, qui parut deux ans après l’Essai sur Milton.
- ec tous les moralistes, Macaulay réprouve en termes énergiques ^ célébré et malheureux Traité du Prince; mais, contraire ensuite A°pinion universellement adoptée, il veut envelopper dans la ^eiïle réprobation les généreux et profonds discours du Secrétaire °rentin sur les dix premiers livres composés par le grand hislo ** c^e la république romaine.
- # ^ traite Tile-Live avec une dérision qui passe les justes bornes. c,/ Première décade, dit M. Macaulay, à laquelle s’est borné Ma-lavd, mérite à peine un plus grand crédit que la chronique de
- 1 TXt
- Wti i 6 Can scarcely conceive a man so wicked and so dangerous that the , e Course of law might be disturbed in order to reach him, yet not so die l C as deserve the severest sentence, nor so dangerous as to require
- s üst clll(l surest custody..that oj the grave.
- tes dégradation, it was not the earl but the general and the sta-
- the*1311 the people had to fear. . . And often during the civil wars,
- , Paiiiarncnt; had reason to rejoice that an irréversible law and impassable er protected them from the valour and capacity of Wentworth.
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- nos rois avant l’invasion des Romains. Mais le commentateur ue doit guère à Tite-Live que des textes peu nombreux; et ces textes-il aurait pu les tirer aussi facilement de la Vulgate ou du Dé*#' méron1.»
- Commençons par faire observer qu’on peut tirer de la Vulgate’ destinée ou non destinée pour le vulgaire, des textes qui seront toujours la grande leçon de l’univers, et que ni protestants ni ca' tboliques ne mettront jamais à côté du Décaméron et des vils récit® de Joconde. J’ai regret à voir de pareils rapprochements inspiré par le désir de déprécier la Première décade de Tite-Live.
- On a beaucoup disputé sur les origines de Rome, reléguées a!J rang des légendes. On a pris en pitié des fables superstitieuses qae Tite-Live accepta comme les acceptaient les grands hommes d’É^ de sa patrie, comme les respectaient le gouvernement et le peupie romain : Senatus populusque. Eh bien! si l’on retranchait toutes Ie5 fables, à bon droit aujourd’hui tournées en dérision, si l’on déni^ tous les faits mis en question par le très-savant Niebuhr, espr]t à la fois érudit et circonscrit, on n’ôterait pas à la Première de' cade un livre sur dix. Dans ce livre même, combien de parties que le scepticisme le plus intraitable ne pourrait pas récuser! L’i115' titution d’un sénat où les nations croiront voir une assemblée & rois, quand les rois auront quitté Rome; la création du patriciatel les rapports des patrons avec les clients, rapports qui comblai^1 des abîmes dans les luttes de la cité ; les lois et les rites conserve® sans altération par un Numa, quel qu’il soit; l’organisation militalfe datée d’un Tullus Hostilius, quel qu’il soit aussi ; la légion, qui sera perfectionnée par les consuls, et bientôt prête à vaincre la phalang6 sous un successeur d’Alexandre; le peuple divisé tour à tour par tribus et par centuries, et les classes rendues un des secrets de ®(1 stabilité, de sa grandeur : tout cela date des deux premiers sièdeS et fait partie d’un seul livre de Tite-Live.
- Demandons à Cicéron, dans son chef-d’œuvre de la République s’il apportait le moindre doute sur l’antiquité, sur l’origine et 1al* thenticité de ces institutions ? Les travaux, la puissance et la chute
- 1 The first Décade to which Machiavelli has confined himself is scarcdï entitled to more crédit than our chronicie of british kings who reig11® before the roman invasion. But the commentator is indebted to Livy more than a few texts which he might as easely hâve extracted from the va gâte or the Decameron. (P. 97.)
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- Aarqums sont également certains; et la Cloaca maxima, échap-Pee sous terre aux révolutions, s’offre encore à l’admiration de la " erité, comme un monument de la ville éternelle, à 1V ScePt‘c^sme ie plus systématique, le plus excessif, enlevât-il la p1S*0lre dos Romains tout le temps des rois, ce qui resterait dans du reiïllere décade de Tite-Live suffirait pour révéler les préceptes Peuple qui s’apprêtait à devenir maître de l’univers. Cette décade Mortelle, c’est le développement graduel et complet des libertés aines, depuis le poignard de Lucrèce jusqu’au poignard de Vir-lus; c’est l’histoire des luttes vertueuses de la place publique, ‘ .ant les siècles où le peuple, dans ses emportements les plus ^ donnés, n’a pas encore versé le sang d’un seul de ses grands punies, ni dans le Forum, ni dans le Sénat, ni par voie de pros-ription ou d’assassinat à domicile ; c’est le récit de toutes les con-^ es plébéiennes sur les privilèges du patriciat; c’est la loi des 0llZe tables empruntée au pays de Solon et de Platon, premier pir Ument ^ ce grand droit romain qui devait survivre à l’Em-ç e par la force immortelle deffa logique et du génie de la justice. j,e^e décade dédaignée, c’est la peinture vivante des mœurs qui Paient sur le respect des dieux la foi du serment, le mépris de ^is ^ ^amour de Pa*rie, fa conquête de l’Italie : conquête deux ] s pfus longue et plus difficile que celle du monde antique; c’est Vertu peinte vivante, sous les traits d’un Camille, d’un Cincin-Cç s et d’un Fabius Maximus : le Fabius que la nation honora de htre, qui n’avait encore appartenu qu’au Dieu des dieux, et to‘011 décerna non pour, ses consulats, ses dictatures, ses vic-ïe^es et ses triomphes, mais pour avoir, lui censeur, relégué les Sf^ts du suffrage universel dans quelques tribus urbaines, impuis-^euf3 a commander l’anarchie. Voilà les quatre cent cinquante-ci . ans qu’embrasse la première décade, les quatre siècles et de travaux et de leçons pendant lesquels s’accomplit
- Le îong enfantement de ta grandeur romaine.
- g
- ^ni.aris doute le génie politique de Machiavel ajoute immensément i| jl e'Live. Les leçons incomparables qu’il y trouve, il les féconde;
- ^ Pr°duire des conséquences d’une merveilleuse étendue. ]e a chaque instant il fait ressortir le grand sens, la sagesse et d’^ ri°ttsxne antique de l’écrivain qui, précepteur d’un fils adoptif ett .^Us*e> immortalisait les plus purs souvenirs de la République, aJ°utant à leur grandeur par l’équité courageuse de ses juge-inxrqdüctiox. — iv. 5
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- ments et de son éloquence. Ajoutons, pour justifier la haute raison et la vertu de Tite-Live, qu’il a, par-dessus tous les autres histû' riens, mérité d’être déclaré, de sa nature, le plus candides apprécia' leur de tous les génies supérieurs. « Erat natura candidissim05 omnium magnorum ingeniorum æstimator, Titus Livius h » Qu,ir tilien, juge si parfait à tous égards, Quintilien, le froid didac' tique, s’élève presque aux accents de la poésie lorsqu’il montre a la jeunesse qui l’écoute l’Hérodote latin, comme atteignant daOs ses discours les bornes possibles de l’éloquence historique ; il l°ue ses narrations, qui sont d’un charme merveilleux, ses narration^' qui brillent de la candeur la plus resplendissante : clarissimi candortf ' C’est pour lui seul qu’on a créé cette alliance de mots.
- En même temps qu’il déprécie Tite-Live, Macaulay me sei»^ calomnier, si j’ose employer ce mot, le plus noble, le plus pur ouvrage de Machiavel. «L’immoralité particulière, dit-il, qui a rendu le Traité du Prince impopulaire, est presque également apef' cevable (discernïble) dans les Discours sur Tite-Live. Le Prince expli^ le progrès d’un homme ambitieux, les Discours expliquent le f*0" grès d’un peuple ambitieux. » L’historien de Rome et celui de F^0 rence montrent, au contraire, à quels principes de vertu la v$0 éternelle a dû ses progrès et sa grandeur. Partout, dans ses DiscoürSl Machiavel explique et loue cette vertu féconde; il en démontre^ conséquences nécessaires.
- Après avoir maltraité Machiavel, Macaulay lui réserve un pie destal dégradé, qu’il élève sur les débris de la statue de MoiûeS quieu. Je vais traduire mot à mot son jugement motivé, contre ^ de nos plus grands hommes :
- « Il est amusant1 * 3 de comparer le Prince et les Discours de ^ chiavel avec Y Esprit des Lois. Montesquieu jouit peut-être
- 1 Senec. Suasor.
- 3 Quintiliani liber X, cap. i. «......Nec indignetur sibi Herod°tu
- «æquari T. Livium, cum in narrando miræ jucunditatis, claris simique «doris >tum in concionibus, supra quam enarrari potest, eîoquentem « quæ dicuntur omnia, cum rebus, tum personis, accommodata sunt. AffeC,
- « quidem, præcipue eos, qui sunt dulciores, ut parcissime dicam, nem°
- « toricorum commendavit magis. ». yjf
- 3 It is amusing to compare the Prince and the Discourses with J. J of Laws. Montesquieu enjoys, perbaps, a wider celebrity tbn.fi any po11 t writer of modem Europe. Sorriething be doubtîess «mes to bis merit> mu ch more to bis fortune. He had tbe good iuck to be a Valentin^
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- ^élébrité plus étendue qu’aucun autre écrivain politique, dans notre Ur°pe moderne. Sans doute il doit quelque chose {someihing) à S°n mérite, mais beaucoup plus à son bonheur. Il eut la bonne for-lÜIle d apparaître comme un Valentin au premier matin du mois Il captiva la vue des Français, lorsqu’ils s’éveillaient d’un j sommeil politique et superstitieux; en conséquence, il devint favori.Les Anglais, alors, regardaient un Français qui parlait de Nanties constitutionnelles et de lois fondamentales comme on ^garde un prodige non moins surprenant que le cochon lettré ' ® learned. pig) ou le bambin musicien. Montesquieu, spécieux, SuPerficiel, visant à l’effet, indifférent pour la vérité, ardent oatir un système, ne montre nul soin de recueillir les matériaux ^Ve° lesquels seuls un puissant et durable système peut être bâti. e sémillant président construisait une théorie aussi rapidement, légèrement qu’un château de cartes; une théorie pas plutôt j^jetée quelle était achevée, pas plutôt achevée qu’elle était eilversée, pas plutôt renversée qu’elle était oubliée.»
- ^ auteur d’une telle satire ignorait sans doute qu’après vingt dns *1 études solitaires et de travaux opiniâtres, le moins empressé hommes ne livrait à ses concitoyens son profond ouvrage ^ au moment d’atteindre sa cinquante-neuvième année.
- ^epuis ce moment, plus d’un siècle a passé sur la France. Elle a ^ / presque tous les gouvernements énumérés dans l'Esprit des °lf ; tous ont confirmé les principes et les caractères qu’il leur ass%ue ; tous ont révélé leur raison d’être, et les causes de leur ^6rte< si profondément assignées par le magistrat'publiciste. p ^acaulay n’est pas satisfait d’avoir ainsi traité de prime abord Jeteur de Y Esprit des Lois. Il revient à la charge et complète ses afiues dans les termes suivants :
- fj. ^ * the eye of the french nation at the moment when it were awaking ^ *he long sleep of political and religious bigotry ; and in conséquence ^ ecanrte a favourite. The English, at that time, considered a Frenchman ta^ed about constitutional checks and fundamental laws a prodigy not ^^astonisbing that the learned pig or the musical infant. Specious but Care]°'V’ studious of effect, indifferent of truth, eager to build a System, but sy®te °fcoliecting *bose materials out of which alone a sound and durable sligla*1 CaiX^e built, the lively president constnicted théories as rapidly and l'hte/ ^ Car(^ bouses, no sooner projected than completed, no sooner com-tban blown away, no sooner blown away than forgotten.
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- « Le style de Montesquieu montre à chaque page un esprit vif* ingénieux; mais un esprit malsain (unsound). Tout jeu de mots, toute charlatanerie d’expression, depuis la concision mystérieuse d’un oracle jusqu’au babil d’un coxcomb, d’un badaud parisien > sont employés pour déguiser la fausseté de quelques proposition5 et la vulgarité des autres. Des absurdités sont illustrées par de5 épigrammes, et des niaiseries (truisms) sont voilées sous forme d’énigmes. C’est avec difficulté que l’œil le plus puissant peut son' tenir l’éclat dont certaines parties sont illuminées, ou pénétrer leS ténèbres dans lesquelles d’autres parties sont cachées1. »
- Parmi les écrivains supérieurs, les hommes d’Etat,les historien5 et les publicistes qui sont l’honneur de cette Académie, il n’en est p®5 un quine pût à l’instant faire justice de cette incroyable légèreté d’ap' préciation par laquelle on ne craint pas d’outrager un des beaux ge' nies qui sont l’honneur des temps modernes. Si l’on voulait, des011 œuvre monumentale, retrancher quelques traits d’esprit, quelqn®5 expressions peut-être trop hardies, il ne faudrait pas supprimer b contenance de dix pages. L’ensemble subsisterait, sans avoir ri®11 perdu des mérites qui le font compter parmi les productions les pb5 réfléchies, les plus glorieuses et les plus utiles au genre humain.
- On me pardonnera d’avoir insisté sur des appréciations erroné* qui déparent des beautés si nombreuses dans les écrits de feu l°r Macaulay, dont nous déplorons la perte récente et prématurée.
- J’ai retrouvé dans ses travaux sur l’Inde d’autres jugement dont je crois avoir reconnu l’inexactitude. J’ai craint de m’êlr® trompé lorsque j?ai différé d’opinion avec un talent si distingué; j ** relu ses écrits, pour voir si le brillant historien n’était pas infailn^, sur tout autre sujet que celui qui m’occupait. Je viens soumettre3 l’Académie quelques résultats de cette recherche.
- Je crois avoir démontré que M. Macaulay peut se tromper gra^e ment sur l’appréciation des hommes et des choses. J’aurai malheüj reusement à présenter les mêmes démonstrations dans le coup d ^
- 1 The style of Montesquieu indicatesin every page a lively and ingeniouî’ but an unsound mind. Every trick of expression, from the mysterious cofl ciseness of an oracle to the flippancy ofa Parisian coxcomb is employe<^. disguise the fallacy of some positions, and the triteness of others. Absur l ies are brightened into epigrams, truisms are darkened into enigmas- W wilh difficulty that the strongest eye can sustain the glare with winch s° parts jare illuminated, or penetrate the shade in winch others are c°l cealed.
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- ^ je dois jeter sur l’histoire de l’Inde, aux époques de lord Clive çtde Warren Hastings.
- Les commencements de Robert Clive.
- Près de Market-Drayton, dans le Shropshire, l’ancienne aiUille des Clive possédait un bien de peu d’étendue. Là ïla9l,it Robert Clive, le 29 septembre 1725. Dès son enfance on le renvoie d’école en école, tant on le trouve docile, paresseux et turbulent; ses parents se croient tr°P heureux de l’embarquer, à dix-huit ans, pour être c°Uimis de la Compagnie des Indes, à Madras.
- A cette époque la Compagnie, étroitement marchande, adait avec parcimonie ses employés. Son jeune commis C0lhiïiençapar éprouver la pénurie; misérablement payé, *^1 logé, sous un ciel incandescentî il vécut d’abord de Ovations et de souffrances. Il était sans amis, sans congélateurs , et son imagination déréglée l’entraînait vers le esespoir; deux fois il tenta de mettre fin à ses jours.
- Quelque temps après , Labourdonnais, gouverneur j hstre de l’île de France, attaqua Madras et la prit. Tous es agents de la Compagnie qui s’y trouvaient employés Urent faits prisonniers et conduits à Pondichéry. Clive, Un des captifs, empruntant le costume d’un musulman, s^chappe de cette ville et se réfugie dans le petit comptoir anglais que défendait le fort David1. Ces scènes de guerre 1 revèlent sa vocation pour les combats et pour les aven-^res; il obtient un brevet d’enseigne dans l’infanterie, et S(js premières actions le signalent parmi les officiers les f Us entreprenants. Mais la paix survient; la Compagnie lecouvre Madras, et Clive retourne à son comptoir.
- ^26 kilomètres de Pondichéry.
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- L’Inde alors était le théâtre d’une immense révolution* Depuis l’année 1707, l’anarchie avait suivi la mort du grand Mogol Aureng-Zeb, le fastueux contemporain de Louis XIV. Les principaux feudataires, obéissants sous cet Empereur, disputaient à ses héritiers les lambeaux de ses États. De sauvages montagnards, les Mahrattes, éteH' daient leurs déprédations de l’une à l’autre mer. En traversant la Péninsule, ils finirent par attaquer Madras* Calcutta ne se défendit contre eux qu’en s’abritant, d’ü° côté, derrière le Gange et, de l’autre côté, derrière la vaste tranchée dont les Anglais s’entourèrent; on la nonu#6 même encore aujourd’hui le Fossé Mahratte : abréviation qui signifie le fossé creusé pour se défendre des Mahrattes*
- Au milieu de ces bouleversements, l’administratei0, français Dupleix avait vu, par un éclair de génie, que de simples marchands européens pouvaient fonder une dom1' nation toute-puissante au centre de l’Hindoustan. Il avad découvert le but, il avait conçu les moyens; et ces moyen5 sont sa gloire. Aux quelques soldats français qui gardaient nos comptoirs il imagina d’ajouter des Hindous, que officiers instruiraient à l’européenne et conduiraient à b victoire : il inventa les cipayes de l’Asie. Cent ans plus tard» les zouaves de l’Afrique n’en ont été qu’une imitation, malS à jamais glorieuse.
- En 1748 vint à vaquer le trône d’un des plus pu*5' sants usurpateurs de l’Inde centrale, le nizam ou vice- roi du Deccan. Le Carnatic était la plus belle et la plus riche partie de cette vice-royauté; deux successeurs s’en disp0' taient le gouvernement. Dupleix se jette à travers la q°e' relie ; son corps d’armée, peu nombreux mais irrésistible par la discipline et l’instruction, décide la victoire. Bieid^ le Deccan tout entier est acquis à Mirzapha-Jung, quaf puient les armes françaises. La reconnaissance du nouvel
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- souverain décerne à Dupleix une autorité sans partage sur I ^doustan méridional, depuis le cap Comorin jusqu’à Dviere de Krishna. On attribuait à ce grand territoire rente miilions d’habitants1.
- . 17^0, Robert Clive avait obtenu des fonctions inter-
- laires entre celles du commerce et des armes : il était c°Qimissaire des guerres. Les Hindous et les Français ^Ssi€geaient Trichinopoli, seule place forte qui restât au ^tendant vaincu. Clive aperçoit qu’il faut par quelque Version sauver cette place, ou Madras finira par devenir ülle autre fois la proie des Français. On lui confie deux ents Européens et trois cents cipayes organisés à Vimi-de Dapleix. Cela lui suffit pour surprendre le fort Refendait Arcot , capitale du Carnatic ; à son tour il est lemôt attaqué par dix mille hommes. Après cinquante rs de siège, les cipayes de Clive font voir quel dévoue-on peut obtenir des natifs de l’Inde lorsqu’un chef 1 §agner leurs cœurs. La rareté des vivres est extrême :
- demandent que tout le grain soit réservé pour les Ur°péens, auxquels il faut une nourriture plus substan-. e> pour eux cipayes, un peu de gruau suffira. De pa-e^s hommes étaient dignes d’être invaincus et le furent. . Ve avec leur secours repoussa l’assaut le plus formi-0le) et ses ennemis découragés levèrent le siège, j. capitaine improvisé multiplie ses succès, prend des presses et gagne des combats. Un major d’infanterie ^ive d’Europe et devient le chef militaire. Clive, en sous-re, obéissant et modeste, se montre aussi zélé qu’au ^mier rang. Il devient l’ami de son chef, qu’il éclipse, et
- pourtant a le rare mérite de ne pas se montrer jaloux.
- 1 pi
- çjejg Us de cent ans après cette époque, en consultant les documents offi-Vçrn ^Us récents, j’ai calculé que le territoire dont Dupleix obtint le gou-eQient ne contient aujourd’hui que 15,771,454 habitants.
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- Clive est brave, à coup sûr; mais il n’a pas eu la pi’6' voyance d’un vrai capitaine. Dans une affaire imprudente» où ses soldats sont par lui compromis, le major Laurence» moins brillant mais plus sage, lui sauve la vie.
- La santé du jeune guerrier ne résiste pas à des fatigue5 accablantes sous le climat de la zone torride; il revient en Angleterre. Le peuple le reçoit comme un héros dont les actions, belles en elles-mêmes, avaient encore et® grandies par l’éloignement. Il a l’instinct d’un autre geiû6 de combats, qu’il soutiendra plus tard pour sauver son honneur : il dispute une élection parlementaire à lord Sand' wich, le grand seigneur qui plus tard présida l’Amirauté» se montra l’ami, le protecteur de Cook, et dut au graflé navigateur de donner son nom au groupe des îles Hawaï1,
- Par une menée de parti, et peut-être bien aussi podr châtier une brigue trop ardente, le premier ministre 0 annuler la nomination de Clive. Les dépenses excessif d’une élection contestée, jointes à d’autres prodigalité5» absorbent les parts de prise que la victoire avait donnée à l’aventureux militaire. Heureusement des bruits avaid' coureurs de guerre le rappellent dans Tlnde, aux sourc^ de sa fortune et de sa renommée. Avec le rang de lieute' nant-colonel, il part en 1 j55 et va gouverner le modeste fort David; mais bientôt des événements étranges vo^ l’attirer sur un théâtre d’une tout autre importance.
- Campagne de Clive au Bengale.
- En 17 5 6 meurt le nabab ou soubahdar du BengaPj un vice-roi du grand Mogol, aussi peu dépendant, malg1’® ce titre, que le fut au xix® siècle Méhémet-Ali, quaf
- 1 Voyez ia troisième partie, au sujet des îles Sandwich.
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- DES NATIONS. e dernier gouvernait l’Égypte au nom du sultan, son ' eigneur nominal. Mais, tandis que l’Égypte compte à peine trois millions d’habitants, le Bengale avec ses dé-teiidances, Bahar, Orissa, comptait alors plus de vingt ah 10llS ^ames’ jeune et nouveau vice-roi, Soura-*la Dowla, détestait les Anglais, trop redoutables déjà 1 nêtre que ses locataires ou ses fermiers à Cal-ll^a- Il leur impute à crime d’avoir accru les fortifiions jjg ce C0mpj0jr> mesure qu’ils avaient prise pour Precautionner contre les Français, dont une agression naine était redoutée. Avec une armée nombreuse il ^ahit Calcutta et pénètre dans le fort William.
- Le cachot noir ou black-hole.
- via °Ur s’assurer des Anglais notables capturés dans la |6s 6 ’ ^es Hindous les mènent au fort. La nuit arrivée, ils les en^errnent dans un endroit appelé le cachot noir; ils r'ri Gri1:assent au nombre de cent quarante-six dans un nit de six mètres en carré. Le lendemain, trente-trois
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- ment conservaient un souffle de vie. jp es le moment où des Anglais emprisonnés par les pri^0118 Périssaient asphyxiés dans un cachot noir, cette ger0ïl ^eva^ aoqnérir une horrible célébrité; les étran-le^ toutes les nations répètent encore avec exécration ^°m de black-hole.
- phj1 ? °n Veut ^re avec admiration l’une des pages les laut ^0(ïuentes qn’aient écrites les historiens anglais, il jy s arrêter au magnifique passage où M. Macaulay, le de Clive, commence par ces mots : « Rien dans lstoire ou la fiction, même le récit d’Ugolin rapporté
- L6 ^ante ’ etc*a
- e Jeteur est saisi d’indignation contre une atrocité
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- des Hindous qui semble préméditée et sans autre objet qu’un amour inexplicable du mal. Mais si l’on veut cofl' naître la simple vérité des événements, il faut la puise1’ dans une source moins éblouissante et plus sûre.
- Ce que peu d’étrangers ont appris, c’est que ce terrible black-hole se trouvait être la prison même où l’admims' tration britannique de Calcutta reléguait ses prisonnier8 civils, sans éprouver pour eux la moindre pitié. Ecoutoo8 l’historien James Mill, qui justifie le souverain bengali contre le reproche d’avoir en cette occasion prémédité la cruauté :
- t( Calcutta pris, quand vint le soir, il fut question & s’assurer des prisonniers pendant la nuit. On chercha pour trouver un appartement convenable*, on n’en trouvé pas. Alors on apprit qu’il existait un lieu que les AngBlS mêmes ayaient employé pour prison; on y fit entrer Ie5 captifs. «Vient ensuite l’histoire des malheurs de fhorrible nuit passée dans le cachot noir.
- « Quel besoin, dit James Mill, noble ami de l’humanite’ quel besoin les Anglais avaient-ils d’un cachot noir, d’ul1 llack-hole, au fort William? S’il n’avait pas existé, et n^ cachot de cette espèce ne devrait nulle part exister, alJ Bengale surtout, dans un climat humide, insalubre et tôt' ride, les Anglais qui périrent dans la prison de Calcul auraient éprouvé un autre sort. »
- Le comité d’enquête institué sur les affaires de l’In^e un quart de siècle plus tard, en 1782, décrit la prison ^ Calcutta comme un lieu misérable et pestilentiel. ^ premier témoin dépose devant ce comité : «La prison» dit-il, est vieille; elle a peu d’ouvertures et très-petites. J demandé au geôlier combien de prisonniers s’y trouvai6*1 enfermés. Cent soixante et dix, répondit-il, blancs etn jetés là pêle-mêle, sans vivres fournis par la prison; auss>
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- eaucoup sont morts de besoin » ; c’était la geôle la plus Crible que je déposant eût jamais visitée. Un second 111 ajoute : « La prison, si mal éclairée, si basse d’étage S1 naal aérée, était d’une odeur effrayante et la plus mal-^llie Tuon eût jamais vue. Il était impossible qu’un Earo-, 4 y Vecût longtemps. Là, les criminels et les débiteurs aient pas séparés, non plus que les Hindous, les °ttietans et les Européens.» (Appendix du ier rap-port.n°XI.)
- j\». 0llr compléter ses observations impartiales, James cite le Leer Mutakaren, livre hindou qui décrit la lsÇ de Calcutta. «Le traducteur anglais, dans sa préface, Ho' s^ence 1 auteur sur l’événement du cachot
- ’ evenement inconnu, dit-il, à la presque totalité des a re cënt mille habitants de Calcutta. La vérité, pour-son • trad“, est que les Hindous ont placé leurs pri-
- sans
- lei>s dans ce qu’on leur a dit être la prison du fort,
- avoir l’idée de l’espace quelle offrait, et les Anglais ée 1168 ne s en doutaient pas... Si nous devions accuser {th ClUaut® les Hindous pour cette action irréfléchie ^^ghtless) nous devrions en accuser aussi les Anglais jy» ’ v°nlant embarquer quatre cents cipayes destinés pour j ras » les mirent dans des bateaux sans vivres, et fina-deMv^ Hissèrent engloutir par les ressacs de la mer êtr *a^ras ie b°re)\ tous sont morts, et morts après m pestés trois jours sans rien manger.» (James Mill, ^foire de VInde, t. III, p. i5o.)
- Succès de Clive au Bengale.
- A
- >Xer
- Peine s’est accomplie l’horrible scène qui vient de n°tre attention, Clive, monté sur l’escadrille de
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- l’amiral Watson, conduit à l’embouchure du Gange nn
- bataillon d’Européens et trois bataillons de cipayes.
- Il s’avance vers un fort construit en aval de Calcutta, f°r* que les Bengalais occupaient ; il veut dresser une emboS' cade afin de capturer la garnison, qu’on supposait devoir s’enfuir. Il accorde à ses troupes fatiguées la permission de quitter leurs armes pour s’abandonner au repos. II 0e pose pas même des sentinelles avancées, indispensable lorsqu’on est si près de l’ennemi ; celui-ci fond sur les An' glais engourdis par le sommeil. Il faut à la fois la lâche*6 des assaillants et l’intrépidité de Clive pour que sa troupe ne soit pas exterminée. Louons sa bravoure, mais en avouai sa faute. Macaulay né parle pas de cette impéritie, même qu’il a tu son imprudence et le massacre des sien5 quand le major Laurence l’a sauvé. Ces faits nuiraient 3 la supériorité du futur général, qu’il finira par élever »n niveau des plus grands hommes de guerre.
- La flotte et l’armée arrivent devant Calcutta. La garni' son bengalaise, quoique à l’abri dans le fort William, n6 soutient pas pendant deux heures le feu des Anglais; etf6 se sauve à travers champs.
- Neuf lieues plus haut, sur le même bras du Gange, trouve la grande place d’Hougley, bras qu’elle a doté de son nom. Clive remonte le fleuve; il arrive au pied des rem' parts, et le même jour il ouvre la brèche. A peine Anglais s’y présentent, la garnison lâche pied et disparaJ' La capture de Hougley, riche cité commerçante, fut effeC' tuée, suivant James Mill (t. III, p. 157), uniquement dan5 un dessein de pillage.
- Vers cette époque, dit le même historien, la puissan66 du soubahdar présentait à Clive un aspect effrayant; auss1 tôt qu’il apprit que l’irritation de ce prince était moin5 grande,'il renouvela ses propositions de paix. Le soubah^1
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- ^es reçut sans dépi aisir, mais continua d’avancer; le 3 fé-
- VïMpp p*
- , 1 1757, il campa devant Calcutta, qu’il investit. Clive esoilJt de le surprendre et de l’attaquer avant la lin de la
- suivante. Par malheur l’exécution ne répondit pas j, aU(lace du plan, lequel était mal combiné. Néanmoins eïltreprise effraya le soubahdar, qui consentit à traiter.
- ^ Ch* fit la paix le 9 février 1757» et cette paix était °norable pour les Anglais. Le vice-roi consentait à resti-^ r leurs factoreries, à maintenir leurs privilèges, à rem-°nrser les pertes éprouvées par la Compagnie et par tous es Marchands de Calcutta.
- ave0
- ret0
- Oeux jours après, le vice-roi propose une alliance ensive et défensive; Clive l’accepte et rédige lui-même empressement le traité qui la consacre.
- L heureux vainqueur avait pour instructions d’être de 0llr à Madras avant la fin de mars 1 706 ; le motif en 1 qu'au printemps prochain cette place importante ei)uait une attaque des Français. Mais il voit dans le Ben-. .e ta perspective d’exploits plus éclatants et plus profi-lesî il met de côté toute autre considération, viole son ^^dat et ne part pas.
- Jusqu’ici Clive aurait pu prendre la devise du guerrier jîUl u’avait ni connu la peur ni mérité le reproche. Après , Vlctoire, son caractère se dégrada, ou simplement se eta. Il n’eut pas plutôt reconnu le génie des Indiens r 1 intrigue, qu’il leur emprunta cette arme. « Alors, dit acaulay, qui devient ici justement sévère, alors il des-^ uit Sans scrUpU|e ^ ja fausseté, aux caresses hypocrites, fa’4 Sllkstitution des documents, aux signatures contre-1*es> et contrefaites de sa propre main. »
- ^ 1 Venait de conclure un traité solennel avec Sourajah-, le soubahdar du Bengale; il entre sans délai dans conjuration pour le renverser. L’amiral Watson re-
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- pousse l’idée de cette perfidie. L’honnête marin déclare que le projet de détrôner le prince avec lequel on vie11* si récemment de conclure un traité solennel lui para11 une mesure extraordinaire : le terme était doux.
- Le conspirateur, agent de Clive, qui concourt à refi' verser le vice-roi, c’est un véritable ambassadeur; c’est Ie résident, accrédité sous la foi diplomatique auprès ^ prince ignorant du complot. Cet odieux service paraîtrasl grand à Meer-Jaffier, le successeur du prince qu’on va détrôner, qu’il récompensera le conspirateur Watt, i'eSV dent de la Compagnie, par une somme équivalente ^ 2,925,000 francs : monceau d’or moins monstrueux que la trahison.
- Je traduis ici mot à mot l’historien James Mill, parla11* du traité de conspiration avec le traître Meer-Jaffier; ^ s’exprime en termes qui montrent son mépris pour ce co#1' plot. En manufacturant (in manufacturing) les termes de ^ conjuration, le grand intérêt des Anglais paraît avoir éte l’argent! l’argent que le comité gouvernemental de Caf cutta supposait inépuisable dans le trésor du vice-roi.
- Le Conseil suprême de cette Présidence, par un ade simoniaque, stipule en secret avec l’usurpateur désigne i° pour payer les indemnités, déjà fixées, relatives aa* pertes des agents de la Compagnie et des commerça#*5 de Calcutta; 20 pour donner de larges gratifications à *a marine, à l’armée, qui devront prêter main forte à la cofls' piration; 3° pour assurer le juste et large prix de la trahis#11 à ses auteurs. Sur ce dernier point, le Conseil suprêr#6 décide à l’unanimité que ses membres seront encore mi#u* traités que l’armée et la marine. Cet honnête Conseil & serve pour sa proie, j’ai sous les yeux l’état officiellem#11* reproduit, 16,526,875 francs : somme à répartir enïïe peu de preneurs et suivant un calcul minuté d’avance.
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- A tous les débats secrets de ces vils marchands, où cha-Clln ^lxe son dividende, Clive prend une part prédomi-nante; il sera gorgé d’or à tous les titres concevables, et P°ur sa position dans l’armée, et pour sa position dans e Conseil. A lui seul, il touchera 5,850,000 francs : sans C0lüpter l’immense don territorial qu’il se fera concéder Plus tard, en dehors de toutes les conventions.
- Au moment où les hauts fonctionnaires de la Compa-* ^le se faisaient ainsi leur part, un incident imprévu les tfaOsporte d’indignation.
- 'Tout allait bien, dit M. Macaulay ; le complot était P^sque m£r> lorsque Clive apprend que l’Indien Omi-^Und, l’associé conspirateur du résident Watt, sem-j ait jouer un faux jeu. L’ambitieux Bengalais avait déjà Promesse d’une somme considérable1 qu’on lui devait P0111, ses pertes éprouvées à Calcutta. Il demande que ^°°)Ooo livres sterling soient le prix de son concours ai)s la conjuration; il exige cette somme sous peine de ^ Ut révéler. Le comité de Calcutta, ce comité qui vou-rai* tout dévorer et qui se décerne à lui seul 16 millions . dépouillés, il est enflammé de fureur contre une imita-fi0ri qu’il qualifie de trahison ! Il pâlit devant le danger avoir moins à dilapider. Mais Clive égalait Omichund artifice et le surpassait en audace. « Le misérable ! s’écrie-. ’ tout moyen pour déjouer sa vile friponnerie devient Justifiable. Promettons-luice qu’il demande;il sera bien-
- Xqj. 1
- a notre discrétion. Vous pourrez alors le punir en lui ^tirant non-seulement la bribe qu’il exige, mais même l’in-Uetunité de ses propres pertes à Calcutta1 2. » Cet avis plut.
- 1 T
- les ^ Payernent de cette indemnité était stipulé comme celui de toutes
- 2autres pertes dans le traité solennel de Calcutta : c’était une dette sacrée, pré avoir rapporté cette version de lord Macaulay, je crois devoir
- eate.r celle de deux historiens qu’il a consultés, en traduisant un récit
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- Mais comment tromper cet Hindou soupçonneux etpersp1' cace? Il voulait qu’un article, stipulant sa quote-part de la curée, fût inséré dans le traité de conjuration que les A11' glais allaient conclure avec le prétendant Meer-Jaffier. f*eS conspirateurs peuvent se rassurer; Clive possède un exp^' dient tout prêt. Deux traités vont être écrits, l’un sur papier blanc, l’autre sur papier rouge, afin d’éviter qu’on Ie5 confonde : le premier réel; il ne contiendra rien p°ül Omichund; le second fictif; il sera préparé pour le mot1' trer à ce complice, et contiendra la stipulation mensofl' gère faite en sa faveur. L’amiral Watson, refusant de gner le faux traité, Clive n’hésite pas un seul moment il contrefait la signature du vertueux amiral, afin qu’Offi1' chund n’en soupçonne pas l’absence sur le vrai traité, cpi^ ne devait pas voir1.
- dont i’instant d’après il cite une phrase, et qui, par conséquent, était p1’^ sente à sa pensée lorsqu’il composait sa narration.
- 1 II importe de rétablir la vérité des faits même à l’égard du conspirât^1” Omichund, dont M. Macaulay fait le bouc émissaire de la conspiration* ( faut consulter l’Histoire générale de M. Orme, qui n’avait aucun intér^ blanchir les conjurés et qui n’écrivait pas une simple biographie :
- « Parmi les marchands hindous établis à Calcutta se trouvait OmichuO ’ homme de rare sagacité et d’intelligence, qui avait fait un vaste comnieI,c<î et, par ce commerce, une grande fortune. Sa maison, divisée par départe ments comme un ministère, le nombre de ses employés de toute natur6’ les hommes armés et toujours à sa solde, semblaient plutôt l’état d’un pri®06 que celui d’un marchand. Il étendait son négoce à toutes les parties ^lI Bengale et du Bahar. Par des présents et de bons offices, il avait ac*}1118 tant d’influence parmi les grands officiers de la vice-royauté, que la CoJlJ pagnie, dans les circonstances difficiles, employait sa médiation près da vice roi. (Orme, i-a-5o.) Lorsque les alarmes excitées parles desseins hosttf6" de Sourajah-Dowla consternèrent la Compagnie de Calcutta, parmi les lâc^®5 pensées qui leur survinrent fut celle de s’assurer de la personne d’Omichf11 ’ de peur que, par aventure (per adventure), il n’agît de concert avec leUrS ennemis. On l’emprisonne. Les gardes de sa maison, croyant qu’après la v)0 lence le déshonneur allait tomber sur elle, y mettent le feu ; puis, à la ^ nière des Hindous, ils massacrent les femmes de son harem. Malgré cd9’
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- Bataille de Plassy ; chute de Sourajah-Dowla.
- trahison, même des traîtres, si savamment assurée toir UVe ’ ^ Se Pr^Pare a gagner sa plus fructueuse vieil n’
- ïïiill 9 S°US S6S orc^res <ïue neu^ cents Européens, deux ^ e deux cents cipayes et quelque artillerie; il marche ^aïlnemi, qui compte cinquante mille fantassins, dix-huit e cavaliers et cinquante canons. Franchira-t-il une j. re qui ne permettra plus de retraite en cas de revers, et re^a-t-il le combat contre des forces si supérieures en
- re P II convoque un conseil de guerre, dont les votes uegatifo . . o »
- J'est' 1S’ ^ CQmPI’is Ie sien, sont unanimes. Cependant,
- e Seul, la réflexion vient à son aide. Jamais, dans aucun
- l’inte 6S. Anglais voulurent faire la paix avec le vice-roi, ils employèrent livrée Sl0n ^ Omichund. Lors de la capture, quoique sa personne fût vice-roj trouva dix millions d’argent dans ses caisses. Quand un ordre du re)°indr * COnna^re <îue les Anglais échappés du cachot noir pourraient ftient ^ ^eurs foyers, Omichund leur fournit des provisions, et probable-viCe_r^SSUra leur voyage. Après la ruine de Calcutta, Omichund suit le repr;s ’ et bientôt il acquiert sa haute confiance. Quand les Anglais eurent Le ç Cet.te cûé, il devint un des principaux négociateurs de la paix. aupr^sn^e^ de Calcutta le4 choisit afin d’agir avec M. Watt, le résident, toiltesle, • Vlce"r°L 0° l’employa comme un instrument principal dans (k la ^ lntrigues avec Jaffier, et jamais on n’a nié que ses services étaient pertes chante importance. Quand le montant des compensations pour les •lafïief U *?S ^ors de Prlse de Calcutta fut négocié entre M. Watt et Meer-(l*1'avait0ét'lnSCr™t 7’^00>000 francs pour Omichund. Si l’on songe â ce des ïnejjj*e §rande fortune de cet Hindou, et qu’il possédait la plupart So,ïJHie CUres raisons détruites dans Calcutta, l’on conclura que cette gards semblait pas au-dessus de ses pertes. Omichund, portant ses re-^a§laisUr ^ r®œundrations que Jaffier ne manquerait pas d’accorder aux ^pFes ^ \a^a*ent dlever au pouvoir, évaluant aussi l'importance de ses Soiïnell Services> les dangers de sa fortune et les périls qu’il courait per-aWs *^ent> crut devoir mettre en avant son droit à la récompense ;
- Va°t 1 usage de ses compatriotes, il eut soin de ne pas se nuire ïNïrqdüction. — iv. 6
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- FORCE PRODUCTIVE combat, même derrière des remparts, même du haut d’ufle brèche imparfaite, jamais les Bengalais n’ont osé teflir devant ses soldats; en rase campagne, après les moindfeS efforts, ils ont toujours pris la fuite, quelle qu’ait été leUl supériorité numérique. Il serait insensé de ne pas combattre, et l’événement en sera la preuve.
- Clive trouve l’ennemi réfugié derrière une position fensive. La première partie de la bataille est une val116 canonnade. Les soldats anglais sont abrités par un pli ^e terrain; ceux du vice-roi, terrifiés, se montrent à en dehors de leurs retranchements. Égaré par des conseil que dicte la trahison, Sourajah-Dowla donne à ses troupe l’ordre de s’apprêter à la retraite, avant qu’elles aient reçu Ie choc de l’ennemi ; cependant on voit le conspirateur Jafîîer, au lieu d’obéir à cet ordre, marcher en avant polJf
- à lui-même par la modestie de sa demande. Il demanda 5 p. o/o de 1 ®r gent qui serait payé par le trésor du nabab et le quart des joyaux; mai3’ les objections de M. Watt, ils convinrent de soumettre ses réclamation3 Comité. Lorsque les comptes furent envoyés à Calcutta, les sommes paya^e5 même pour les pertes d’Omicbund semblèrent un grief énorme à ^ hommes qui brûlaient d’en recevoir davantage pour eux-mêmes. A des , vidus dont l’esprit était dans un pareil état, les grandes demandes d chund parurent, tu vas rire, ô lecteur! elles parurent, à la lettre, des cri^ Ils les votèrent criminelles, et si criminelles, qu’elles méritaient d^ châtiées; d’être châtiées non-seulement par la privation de toute inde#1111 personnelle, quand des indemnités étaient stipulées pour tous les perdait5 Il fut décidé qu’Omichund n’aurait rien. Cependant ils étaient en sonp011 voir, et, par conséquent, il ne fallait pas l’irriter. Clive, chez qui la dé°e^ tion, quand elle allait à son but, ne coûta jamais un soupir, proposa <1 deux traités avec Meer-Jaffier seraient rédigés et signés : l’un contenant . qui devait satisfaire Omichund, et qui lui serait communiqué; l’autre, °e qui serait réellement exécuté, dans lequel cet Hindou ne serait pas nommé. L’amiral Watson, que cela soit dit à son honneur, refusa de p3^ ciper à cette perfidie. Il ne voulut pas signer un faux traité, et le c0lIJl,j) falsifia son nom. Lorsqu’Omichund, à la conclusion de l’affaire, apprit^ était trompé, il perdit à l’instant la raison. «Pas un Anglais, ajoute non ment M. James Mil!, pas un, même l’historien Orme, n’a fait entendfe ce sujet un mot de compassion ni de regret, »
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- Se joindre à Clive1. Celui-ci s’avance alors sans combi-^ais°n stratégique. Au lieu de l’attendre au centre de sa brande armée, le vice-roi monte sur un chameau rapide Se Sauve avec deux mille de ses gardes. Aucune résis-Ce n’est plus opposée; tout fuit. Les vainqueurs pénè-, ntdans le camp ennemi. Grâce à la lâcheté d’un prince Qlgne de lutter, les Anglais deviennent les arbitres d’un 1(l royaume et tiennent dans leurs mains le sort de j Ote millions d’âmes, sans avoir éprouvé d’autre perte, . cr°ira-t-on? que vingt-six Européens et cinquante-deux ^yes, tant tués que blessés2.
- ^ Aeis sont les faits de la bataille de Plassy3 *, d’après un s plus graves et des plus honnêtes historiens britan-tou* 8* ce^u^ ^ont Macaulay reconnaît et ne suit pas Jours la grande, la rare et constante probité; il lui n,ü °C^e seulement de n’être pas assez animé, pas assez
- Pittor,
- Oïïlo
- esque, pour attirer ceux qui lisent par le seul du plaisir. Quant à moi, qui lis afin de m’ins-^lre, j’ai lu, j’ai relu J. Mill avec un profond intérêt, c une estime toujours plus sentie pour sa haute raison Sj }e aspect plus mérité pour son noble caractère.
- °n trouvait que déjà je l’ai cité trop souvent, on me ] Pocherait d’avoir voulu trop souvent faire triompher
- la vérité.
- t ^ans la campagne que nous venons de relater, les Va^Pes reÇnrent des sommes si considérables à titre de e0r des prises, elles s’abandonnèrent à de tels excès ri^temP®rance ’ cp11111 gmnd nombre de soldats mou-çnt de débauche; la victoire capitale obtenue, l’armée
- 1 ci-
- 3 j^,iVe Was then convinced of his intention tojoin him. (J. Mill.) tués .aPr^s *es proportions ordinaires, cela suppose au plus 6 Européens
- 3 20 blessés.
- lvrée le a3 juin 1757.
- 6.
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- fut cinq mois avant d’être capable de faire aucun mouV^' ment militaire : tant l’indiscipline, s’ajoutant à tous Ie5 désordres, l’avait privée de son efficacité.
- Une année après la bataille de Plassy, on reçoit al1 Bengale une organisation nouvelle pour la Présidence & Calcutta : Présidence qui venait, par cette victoire, d ac' quérir une importance aussi grande, aussi peu prévit quelle était mal appréciée dans la métropole.
- La Cour des Directeurs, en proie à des dissensions vi°' lentes, fait preuve d’une incapacité politique incroyable Afin de régir son nouvel état du Bengale, elle imagine ^ Conseil gouvernemental de dix membres; quatre d’en*re eux, nominalement désignés, devront présider par mestre et gouverner pendant trois mois à tour de rôle; Chose incroyable! Clive, le vainqueur éminent, celui^ seul pouvait maintenir une domination jusqu’à ce trop chancelante, Clive n’avait pas la plus humble pla°e au milieu d’un pouvoir si partagé! L’effroi saisit t°üt le monde, et plus que les autres, les quatre préside#*5 trimestriels; chacun conjure l’homme indispensable ^ conserver le gouvernement, et celui-ci, sans hésiter 1,11 seul moment, garde en ses mains l’autorité.
- Malgré cette position précaire, il reprend les arrfleS’ il rend au nabab Meer-Jaffier de si grands services, cff celui-ci donne au gouverneur, qui n’exerce le pouv#11 qu’en foulant aux pieds les ordres de la Cour des DifeC teurs, le revenu même que la Compagnie payait au vi^ roi du Bengale, à titre de zémindar, pour le territo^f quelle possède autour de Calcutta. Il devient seig#®^ féodal de ce territoire; tous les habitants, quels soient, seront vis-à-vis de lui comme des vassaux. Cett
- lf'
- immense concession représentait un revenu de j5o,oo0 par année!...
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- ^ ans ie même temps, les guerres que les Anglais avaient l^HSOutenir aux bords du Gange, les prodigalités et les duj^eS toute nature, avaient réduit si bas les revenus ongale, qu’au lieu de la richesse rêvée par la Compa-^ le > le déficit levait sa tête menaçante, et l’on était obligé ^ecourir à des emprunts.
- ans ce déplorable état des finances, Clive se résout à er le Bengale. Pour mieux marquer son mépris d’une rite qu’il avait servie si mal, il ne remit pas même le ^, 01r à l’un des quatre gouverneurs trimestriels nom-Par la Compagnie, et pas même à l’un des six autres nseillers de Calcutta : il appela de Madras M. Van-1(t pour lui confier les rênes du pouvoir.
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- des
- lltrarJes de Clive et de ses conseillers envers la Cour des Directeurs.
- Compagnie n’avait pas pu se dispenser de faire à Clive nia' re^roc^es mérités sur son administration brillante, lu-18. Cordonnée et ruineuse. A l’instant même où ce-jy C* Va résigner ses fonctions, il adresse à la Cour des trorec^rs une réponse outrageuse, souscrite aussi par ls Membres du Conseil de Calcutta. « Sous quelque
- vue qu’on l’examine, écrivent-ils, le style de
- Point de
- Votre i
- de le*tre est extrêmement indigne de nous-mêmes et ^ v°lls, soit qu’on l’apprécie dans les rapports de maîtres Se ,°rc,0nn^ 011 dans ^es rapports de gentilshommes à ^ Sommes. Des renseignements faux ont reçu de vous le a?ClJe^’Un encouragement, propres à refroidir le zèle ar^en^ de yos serviteurs. Cela fait douter si le p 6 scanda^e) joint à quelques dépits personnels, ^and^1 -Un lnoment anoantir les mérites des plus dignes aiaires, les priver de leur rang, et leur ôter une ^pense, juste stimulant de leur zèle et de leur inté-
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- grité. II n’est pas un gentleman qui puisse rester sou® vos ordres plus longtemps, ni s’évertuer à bien faire ^ delà du terme impérieusement marqué par la nécessité Tel étant l’état actuel de votre service, il devient de notre devoir strict de vous le représenter sous le jouf le plus énergique-, autrement nous souscririons cetfe lettre avec très-peu de vérité, et moins encore de conVe' nance.
- «De Vos Honneurs les très-fidèles serviteurs,
- «Robert Clive, etc.»
- Triste résultat des conquêtes pour la Compagnie des Indes-
- Arrêtons-nous ici pour remarquer ce qu’en définitif ont gagné les marchands de la plus grande Compagllie qu’aient jamais formée les nations commerçantes. Us so^ devenus les seigneurs nominaux de trente millions d’âmeS’ ils humilient, iis dépouillent un grand empire de l’Inde* mais pour être à leur tour humiliés, outragés par lelirS subordonnés, et par un ci-devant serviteur que lavictoiie et la désobéissance ont fait gouverneur. Ils ont espéré deS richesses infinies qu’ils tireraient des peuples asservis & pressurés, pour ne trouver à la fin que le déficit et la detfe' Leurs commis, leurs traitants, deviennent trop fiers s’occuper obscurément et paisiblement d’achats et d ventes. Chaque faeteur veut devenir administrateur, a$ bassadeur ou du moins magistrat. Tous rêvent de g°ü vernements, de conquêtes et de spoliations ; et quand 0(1 les rappelle à leurs devoirs, ils répondent par l’insu^ à la Cour des Directeurs. Voilà comment la vengea^ de la fortune châtie l’orgueil et la cupidité d’une instfi11 tion qui méconnaît sa nature et les conditions de sa pr°S périté.
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- Second retour de Clive en Angleterre.
- ^ive avait terminé sa mission par un succès remar-?U^e‘ ^es Hollandais sont appelés en secret par Meer-^ ler> qui désirait trouver en eux quelque contre-poids Sa servitude. Ils remontent l’Hougley; Clive, quoique uyaîît des forces inférieures, que cette fois il ne conduit Pasen personne, fait détruire par le colonel Fordel’expé-batave:
- ^peès cet exploit, obtenu sous son gouvernement, il ?Ultte Calcutta, passe à Madras, y reçoit la main de la e Maskelyne, la sœur de l’illustre astronome; aussitôt P1 es il retourne dans sa patrie.
- gouvernement royal, qui compte pour rien l’hon-ïleur et l’autorité de la Compagnie, ne témoigne pas le peindre déplaisir au sujet d’une insubordination qui etait jointe à l’outrage; il ne songe qu’à récompenser le Vainqueur de Plassy.
- ^ L orgueil aristocratique ne pouvait accorder que des .0ïlneurs limités au bourgeois du Shropshire, encore ^ple colonel. Clive était Anglais : on le nomme pair bridais.
- I élections générales de 1761, Clive, qui possédait ^ d un million de revenu, force une seconde fois rentrée e ta Chambre des Gommunes et s’y prépare un grand
- Patr,
- Pas
- °nage; défendu qu’il est par sa richesse, on n’essaye Maintenant d’annuler son élection en recourant à
- ntr%ue. C’est lui qui, dans la métropole, va bientôt , t s ^tonner par sa turbulence et par l’audace de ses
- taigUes.
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- Maux excessifs de la centralisation du pouvoir, pour administrer trente millions d’âmes, à cinq mille lieues de distance.
- Il est temps d’étudier par quels moyens, dans la cap1' taie de l’empire, étaient gouvernés les nouveaux territoire acquis à la Compagnie des Indes orientales.
- De grands États européens se sont plaints de la centré iisation d’un pouvoir qui s’exerce d’un point unique a 4oo, à 3oo lieues, et même à 200 lieues de distant’ ici la distance est de 5,000 lieues. Aussi les inconvénie^5 sont-ils beaucoup plus graves, et doivent-ils attirer to^e notre attention.
- Vices de l’organisation métropolitaine de la Compagnie des Indes orientales, au milieu du xvnf siècle.
- Le gouvernement royal n’exerçait encore aucun cd1 trôle sur les actes de la Compagnie. Les directeurs de ^ Compagnie étaient de simples marchands, étrangers à ^ science du gouvernement des États; ils ne connaissait rien aux lois, aux mœurs, à l’administration des peup^5 qu’ils venaient d’acquérir presque à leur insu. L’Assemlte des propriétaires,, encore plus ignorante, voulait toujot dicter des lois à la Cour des Directeurs ; ses votants était très-nombreux, et leurs séances étaient passionnées, geuses, désordonnées. Toute la turbulence et la corrup tion des plus mauvaises élections parlementaires honoraient les actes d’une assemblée qui décidait t questions de la plus haute importance. On fabriquait t votes fictifs dans une proportion gigantesque; Clive mêt employa 2,4oo,ooo francs pour acheter des actions de Compagnie et les répartir entre les mains de propriétait
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- ^ttiinaux : cela suffisait pour donner droit délibératif à quatre-vingt-dix séides lancés au milieu de l’Assemblée ^ s propriétaires pour crier, tempêter, effrayer, au gré ^ Prophète agitateur, afin d’imposer ses volontés lors de ^ aque discussion et de chaque scrutin. D’autres essayaient e i imiter, mais non pas avec cette audace et dans cette Mesure excessive.
- Tentations infinies et démoralisation, dans la métropole, au sujet des Indes orientales.
- ^1760 à 1770 on ne rapportait pas de l’Orient ltie richesse totale aussi grande que de nos jours; mais j^tagée entre beaucoup moins d’individus, le jeu de la 0rtune frappait les regards d’exemples beaucoup plus faits ^°Ur captiver les imaginations. On voyait souvent des ,0l^es fabuleuses accumulées dans un court laps de ^pspar un seul personnage. Tout Anglais, quel que fût ^ a8e> pouvait espérer d’être un élu de la Compagnie
- au sein
- ^ premier venu qui faisait un discours entraînant
- ^Assemblée des propriétaires, ou qui publiait un pam-
- J et utile à la Cour des Directeurs et surtout au Prési-
- eilC celui-là, choisi pour administrer dans l’Inde, pouvait
- . 1 retourner, apres trois ou quatre ans, presque aussi lche qu’un Robert Clive. Dès le moment qu’on eut appris ^J1 existait une partie du monde dans laquelle un lieu-lant-colonel avait reçu pour présent un domaine aussi .^ste que celui d’un grand seigneur d’Angleterre, et où ^ semblait qu’une largesse, unebribe, de 2Ôo à 5oo mille ^ncs pouvait être obtenue par tout fonctionnaire britan-^ (îUe, pour peu qu’il daignât la demander à cet Orient fi?m les trésors paraissaient inépuisables, une excitation eVreiise enflamma les imaginations. Du fond des cœurs
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- surgit une impatience irrésistible detre riche, et le niép1’15 le plus complet pour des bénéfices lents, sûrs, honnête et modérés.
- Excès du mal au Bengale.
- En continuant à présenter un tableau si désolant, jal besoin de rappeler que j’emprunte ici les couleurs et les expressions du panégyriste anglais de Robert Clive. & l’état des mœurs en Angleterre était tel qu’on vient de Ie dépeindre, il était encore plus effrayant au fond de l’Asi6' Vers 17631 le mauvais gouvernement intérieur du Benga^e avait atteint un degré qui ne pouvait pas être plus lamefl' table. Qu’attendre, en effet, d’un corps de fonctionnaire agissant à cinq mille lieues de toute surveillance et sou#115 à des tentations desquelles Clive avait pu dire, en songea^ à lui-même : le sang et la chair ne pouvaient pas y résisté' Qu’attendre du corps administratif, armé d’un pouvojf devant lequel tout cédait, et responsable pour la forn^ vis-à-vis d’une Compagnie mal instruite, inconséquent6’ désordonnée et corrompue? Elle était trop loin pour bi6*1 voir, et toujours informée si tard que le temps ordinal entre l’envoi d’une dépêche et l’arrivée de la réponse excédait dix-huit mois ! Aussi, pendant les cinq ans écoulé depuis que Clive était parti du Bengale, la mauvaise adfl11' nistratîon des Anglais serviteurs de la Compagnie av<$ atteint un degré qui semble à peine compatible avec l’existence même d’une société : c’est toujours Macaulay qui parle. ke proconsul romain qui dans une ou deux années extorqu^ d’une province les moyens deriger dans Rome des palalS de marbre et de bâtir des bains sur le littoral de la Ca***'
- 1 A cette époque, ia Cour des Directeurs était renommée tous les aIlJ’ source d’intrigues incessantes.
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- panie s de boire dans les beaux vases d’ambre et de fcs-^ au cbant des oiseaux rares, de prodiguer au peuple s troupeaux de girafes et des armées de gladiateurs ; le Jtce-roi espagnol qui,laissant derrière lui les malédictions j6 ^exico ou de Lima, entrait dans Madrid suivi d’une ^ n8lle fde de caiTosses dorés et de chevaux de main ayant ,es fers et des housses d’argent, tous ces personnages j^ient surpassés dans leur faste. Sans doute, au Bengale, Cl?Uauté ne comptait point parmi les vices des satrapes eilropéens; mais la cruauté même aurait pu difficilement Produire des maux plus grands que les maux enfantés par eïiîpressement et la fureur de s’enrichir. Les serviteurs de
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- compagnie jetèrent à bas Meer-Jaffier dès qu’il n’eut s rien à donner; ils le remplacèrent par Meer-Cossim, jrilre nabab enchaîné. Celui-ci, fort disposé sans doute à °uler lui-même ses sujets, ne put souffrir de les voir
- épD t u ' JL
- ases et réduits en poussière par une oppression sans Profit pour lui-même. C’est pourquoi bientôt les mêmes dateurs de Calcutta jetèrent Meer-Cossim à bas et re-^lreid à sa place Meer-Jaffier. Meer-Cossim, après s’être , par un massacre surpassant en atrocité les horreurs pU klack-hole, de la prison noire, s’était réfugié dans les rits du nabab d’Oude.
- ^ ^ chacun de ces changements, le prince nouveau par-i §eait entre ses maîtres étrangers tout ce qu’il pouvait layer, gratter, râper, scrape, dans le trésor de son prédé-esseur. L’immense population de ses États était jetée une proie à ceux qui le faisaient souverain, et qui ^stanfc d’après pouvaient aussi le défaire. Les serviteurs ri Compagnie obtenaient, non pour leurs maîtres de °edres, mais pour eux-mêmes, le monopole de presque I le trafic intérieur. Dans ce trafic, ils contraignaient es Indiens à payer plus cher dans les achats et moins
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- cher dans les ventes que n’eût fait un libre commerce.1 insultaient avec impunité les tribunaux, la police et leS autorités financières du pays ; ils couvraient de leur pr° tection une horde de natifs, dépendants d’eux, qui par couraient les provinces et répandaient en chaque lieu |a terreur sur leur passage. Le serviteur d’un facteur angïalS était armé de tout le pouvoir de son maître, comme sOa maître était armé de tout le pouvoir de la Compaguie' D’énormes fortunes étaient de la sorte rapidement ace11 mulées dans Calcutta, tandis que trente millions d’êtreS humains se voyaient réduits à l’extrême misère. Ces peU pies avaient, de longue main, pris l’habitude de vblC courbés sous l’oppression d’un seul, mais non pas sous ua despotisme aux mille mains rapaces, comme celui-ci. ^ temps de leurs anciens dominateurs, ils avaient du moirs une ressource : quand le fléau devenait intolérable, ^ peuple à bout d’oppression se levait et jetait à bas le tyran’ Mais nul n’avait l’espoir de jeter à bas la tyrannie b?1' tannique.
- On eût certes dit plutôt un gouvernement de mauvalS démons qu’un gouvernement d’oppresseurs nés chez humains. Le désespoir même ne pouvait pas inspirer aU doux Bengalais le courage d’affronter ces Anglais de nalS sance que le biographe de Clive ne rougit pas de pl° clamer, en présence de tels forfaits, la noblesse hérédité du genre humain, ces Anglais dont le talent militaire av^ si souvent triomphé de forces orientales dix fois plus no#1 breuses. L’infortunée race native n’a jamais essayé ^e résister : tantôt elle s’est soumise, dans sa misère age nouillée; tantôt elle a fui devant l’Européen, coru^ ses pères fuyaient devant le Mabratte spoliateur. Souvc1^ aussi le visiteur, Yexacteur britannique, au temps do11 nous parlons, était porté, dans son palanquin, h trave^
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- des
- les
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- Villages silencieux; la seule annonce de son arrivée Rendait déserts.
- ^es étrangers maîtres du Bengale étaient naturelle-^eiît des objets d’exécration pour les pouvoirs circonvoi-à chacun de ceux-ci la race hautaine présentait son indomptable. Partout inférieure en nombre, partout e restait victorieuse.
- historien mahométan, qui racontait les excès des j n9Ueurs, s’écriait avec désespoir : «S’ils ajoutaient à eur habileté guerrière les arts du gouvernement, si, jj^r soulager le peuple de Dieu, ils développaient autant ^ §enie et de sollicitude qu’ils en déploient dans les arts destruction, aucune race sur la terre ne leur serait erable et ne serait plus digne de commander. Mais t°Us lieux, courbé sous leur joug, le peuple gémit; q tout il est dans la détresse et dans la pauvreté.
- P*«ant Allah! viens au secours de les serviteurs dé-», es’ et délivre-les des oppressions qui les accablent.» u ne les écoutait pas.
- ^es vices monstrueux de l’ordre civil envahissaient le . ltaire. La rapacité, la luxure, l’insubordination, pas-^eïlt du service administratif aux officiers, aux soldats. ^Uarchie croissait à tel point que chaque table régimen-e devenait un centre de cabale et de conspiration; les Fayes mêmes ne pouvaient être maintenus dans l’ordre a discipline que par des exécutions en masse. q ^ la longue, l’état du Bengale inquiéta la métropole. tt V°yait un enchaînement de révolutions; une adminis-çatl0n désorganisée; les natifs au pillage , et sans que la jl^ïllPagnie en devînt plus riche : hélas ! c’était là sa douleur ^^ïlsolable.. Chaq ue flotte amenait au retour maint aven-, Ier comblé des faveurs de la fortune, en état d’acheter palais splendides, et transmettant pour nouvelles des
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- rapports effrayants sur l’avenir du gouvernement de rln<3e' la guerre aux frontières; la désaffection dans l’armée et Ie caractère national déshonoré par des excès pareils à ceu* de quelque Verrès ou de quelque Pizarre. Un tel spectade consternait les métropolitains qui prenaient intérêt ait* affaires de l’Inde. Leur voix unanime s’élevait en faveur &e Clive, qui savait si bien proclamer ses succès et dire 311 bon moment que lui seul avait tout fait. Chacun, en co*1 séquence, répétait que lui seul pouvait sauver un emplie qu’il avait conquis pour la Compagnie, rendre des à l’administration et rétablir, par-dessus tout, la prospéré des dividendes.
- Tel est, en abrégé, le grand et sombre tableau trac par le biographe du héros de la Compagnie des Inde5’ S’il n’était p^S buriné par une main britannique, jaloitse avant tout de l’honneur national, les Anglais pourraient Ie croire non-seulement exagéré, mais dicté par quelqlie malveillance.
- Troisième mission de Clive.
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- Clive partit en promettant de surpasser toutes les espe rances. Cependant il ne faut pas se figurer que ce réform3' teur allait, comme un pieux Numa succédant aux dépre dations de Romulus, rétablir chez tout un peuple ^ pratiques de la vertu, sous l’ombre de la paix et par amolU de la religion. D’autres sentiments, dès le début, an1' maient son âme; des titres d’un ordre moins élevé Ie rendaient propre à remplir moins saintement la missi0*1 de rétablir l’ordre et la probité. Sa fortune était faite ’ et faite aux dépens des Indiens pressurés. Le choix de personne était rassurant pour les guerriers et les civiUeïlS’
- enrichis n’importe par quelles routes faciles et larges*
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- glJ • .
- (]e l1;. «ieter un voile rassurant sur leur passé; il avait droit ® dire à ses anciens compagnons d’administration et de j^°spérité comme le serviteur de Le Sage en s’alliant à Vivante digne d’un tel époux : «M. Turcaret est ruiné; voilà riches, et nous allons faire souche d’honnêtes ' §efis, » jj Vouiait pjus. jj venait en même temps rétablir j ? adaires du plus grand Turcaret du monde, qui s’appe-ai* ta Compagnie des Indes orientales. Ce qu’il allait de-^a9der au Bengale, je le répète, c’était la probité future e non ordre à venir. Avec son esprit de ressource et la §ucur de sa volonté, nul n’était plus propre à remplir Cette tâche, qui réhabiliterait sa vie.
- Compagnie décida qn’un changement complet serait tataé sur la question des présents obtenus jusqu’ici des abs par ses propres serviteurs; elle ordonna que de Veaux engagements, covenants, signés par tous ses éployés, civils ou militaires, les obligeraient de lui lettre les présents de toute nature qu’ils recevraient des q lts> lorsque ces présents surpasseraient 10,000 francs. •J* taur permettait par faveur de recevoir en cadeau Và 25,000 francs, mais avec la permission du goûteur délibérant en Conseil.
- ^ ^ même temps un pouvoir sans bornes était conservé f extorquer les biens des nababs, pourvu que ce fût en aVeUr de la Compagnie. La chose était moins périlleuse i,r tas princes et pour les peuples: attendu, dit avec ^l0sophie un prudent historien, attendu que les servi-ra de la Compagnie ne couraient pas le danger d’être > Sl rapaces pour leurs maîtres que pour eux-mêmes; ^pourquoi les effets de cette mesure devaient natu-etaoient être bons. (J. Mill, t. III, liv. iv, ch. 5.) c point de vue de la politique générale, qu’on yait être dans une situation alarmante aux bords du
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- Gange, on envoyait Clive afin de rétablir la bonne har' monie avec les princes et l’empereur. En arrivant à dras, le 1 o avril 1765, il apprend que toutes les alarmé de guerre, premier motif de son voyage, étaient dissipée* que le grand Mogol lui-même s’était placé sous la p1’0' tection des Anglais; que le nabab Meer-Jafïier était mort» que son successeur Meer-Cossim était chassé du Beng^e et que ses partisans étaient soumis.
- A l’instant, Clive entrevoit l’opportunité d’un renversé ment universel des trônes de l’Inde. Son imagination lul peint l’Angleterre élevée sur tous les débris, et sa fortuit à lui, le grand régénérateur, assurée comme celle de commettants.
- Dès le 1 7 avril, quand il est encore à Madras, il écfjt à son confident de Londres, un certain M. Rous, une lettf6 en chiffres mystérieux; l’ambition la plus passionnée ^ rend vraiment éloquente. « Enfin nous sommes arrivés ^ la période décisive, que fai depuis longtemps prévue; e^e nous prescrit de décider si nous prendrons ou si nous nê prendrons pas tout pour nous-mêmes. Jafïier- Ali -khan ^ mort, et son fils naturel est mineur; Sourajah-Dowla eS* expulsé de ses Etats, que nous tenons! C’est à peine hyperbole de dire : Demain, tout l’empire mogol est eIÎ notre pouvoir. Par une longue expérience, les habitant5’ nous le savons, ne s’attachent à rien; leurs forces ne sotf ni 'commandées, ni disciplinées, ni payées comme ^eS nôtres. Peut-on douter qu’une forte armée européenne nô nous maintienne maîtres absolus? Elle nous conserver^ la toute-puissance, non-seulement par la peur inspirée a tout prince du pays, mais en nous rendant à tel point midables que ni Français, ni Danois, ni nul autre enne1*11 n’auraient la présomption de nous inquiéter. Après l’espaC^ que nous avons déjà parcouru, vous penserez avec ^
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- fes souverains de l’Hindoustan doivent croire infinis nos esil’s; nous leur avons signalé notre ambition par de tels eXeQiples, qu’ils ne peuvent plus nous croire capables de ^°deration. Les nababs mêmes que nous aurions à sou* *** seraient ou désireux de nos possessions ou jaloux de ïl°.tre pouvoir ; la soif de régner, la peur, l’avarice, »épie-a*ent à chaque instant pour nous détruire. Une victoire serait qu’un secours passager. Si nous détrônions un Pj^mier nabab, il faudrait en introniser un autre à sa ^aÇe; et celui-ci, dès que son trésor lui permettrait de Iilr une armée sur pied, marcherait précisément sur les ^as de son prédécesseur. Il faut, en vérité, devenir nous-^es des nababs, devrais nababs, non par le nom, mais le fait. Peut-être devrons-nous le devenir compléte-et sans dissimulation? Mais, sur ce point, je ne ls acquérir de certitude avant que j’arrive aù Bengale. » plive n’hésite pas quant au principe de la révolution révèle d’un ton si fier. Son avidité court au-devant o^s c°nséquences lucratives ; il les étend à Londres même, s°n imagination le transporte. Il rêve l’effet de ce j^d changement qui doit, avec la fortune politique de ^ Compagnie’ faire hausser immensément les actions des p °Priétaires. Au milieu des flots de fortune dont il veut ^cher les écluses, il n’a garde de s’oublier! Sans retard ^ ^ande à son homme d’affaires : «J’ai prié M. Rous v°Us donner copie de la lettre que j’écris pour lui. Il s| s ^mettra la clef de mon chiffre, afin que vous puis-iïie comprendre ; le contenu de cette missive est d’une si Me importance, que je ne veux en laisser rien transpirer. ^ eue que soit la somme que j’aie dans les fonds ou par-soq ai^eurs> et tout l’argent qu’il sera possible d’emprunter j 771071 norn> sans perdre un instant, placez tout dans Actions de la Compagnie des Indes orientales. Vous
- introduction. — iv. 7
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- vous concerterez avec mes attorneys (ses procureurs). prenez-leur mon ardent désir que mes fonds soient aiasl placés ; pressez-les de hâter l’affaire par tous les moyeI}S en leur pouvoir. »
- On peut juger par là si lord Clive, dans ce troisie^6 voyage, n’arrivait au Bengale que pour y faire triomp^ le désintéressement séraphique des fonctionnaires ^ ployés par la Compagnie, à commencer par lui-même '
- M. Macaulay, qui présente la troisième mission de l°r Clive comme l’apostolat de la vertu personnifiée, ne ^ pas un mot de ces lettres si graves, publiées dans enquête parlementaire, enquête qu’il a pourtant nnse contribution. Plus consciencieux, J. Mill les a pubÜeeS' et bien comprises (t. III, p. 325, liv. IV, chap. v).
- Voyons à présent par quels actes publics lord 0^ accomplira ses propres desseins avant ceux de la C0**1 pagnie. Il s’est fait donner d’immenses pouvoirs. ^ d’éviter à Londres tout fâcheux contrôle, il n’a voa partir qu’après avoir obtenu dans l’Assemblée des pr^ priétaires, qu’il savait si bien agiter, la destitution président de ses juges naturels : le président de la L° des Directeurs.
- Pour faire face aux circonstances extraordinaires, ,f avait obtenu la création d’un Conseil privé, qui deva être l’instrument de sa pensée secrète. Comme ressort* extrême, on lui permettait de gouverner avec ce Con§el et d’agir en dehors des lois dans le cas où surviendra)^ des événements graves ou des troubles imminents. C’et^ en quelque sorte un régime d’état de siège, réservé p0^ les temps où le dictateur serait tenu d’empêcher que
- fCê
- 1 En 1765, Clive se fait donner par la begum, veuve de Meer--58,333 liv. sterling, ou 1,458,325 francs.
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- ch°se publique éprouvât quelque grand détriment : Ne Wid respablica detrimenti capiat.
- Trois jours après son arrivée b sans attendre que la Majorité de son Conseil privé soit réunie, avec deux Membres seulement, il se précipite sur la dictature, COïtune s’il était sous le feu d’une insurrection.
- Dans le langage officiel, on citera toujours ce Conseil S°Us le titre modeste de Comité choisi, the select Com-^ttee, gouvernant en nom collectif. Rappelons, une fois jj0llr toutes, que le Comité dictatorial c’était Clive; ses eux premiers séides n’eurent jamais d’autre volonté que CeÜe du gouverneur qui les avait désignés.
- Tes membres du Comité veulent justifier, à Londres, dictature qui va durer autant que le gouvernement ^ lord Clive. Ils allèguent la grande corruption qui, lsent-ils5 prévaut dans l’administration du Bengale et froissent au delà de toute mesure la conduite des serveurs de la Compagnie. Le tableau qu’ils font des actes V cette corruption présente, comme preuve, les traits ,es plus hideux et les plus dégoûtants. Le sage Mill, tou-modéré dans ses jugements, croit que les accusa-Urs, intéressés à justifier leur usurpation de pouvoirs, jjut éprouvé par là quelque influence (some influence) dans eXagération de cette peinture. Quoi qu’il en soit, nous
- Connaissons ici la confiance audacieuse de Clive; il se Pté
- Pür
- Seute comme un autre Hercule, aux mains divines et
- es-Aussi, dix ans plus tard, il ne craindra pas de dire ç Plein Comité d’enquête parlementaire ; «Le bien de la j °^pagnie requérait un puissant effort, et je pris la résolu de nettoyer les étables d’Augias. »
- T écrit à la Cour des Directeurs : «A mon arrivée, je
- 6 mai i 755.
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- suis affligé de le dire, j’ai trouvé vos affaires dans vfl état si désespéré, qu’il aurait épouvanté tous les fonction' naires chez qui le sentiment de l’honneur et celui du àe* voir envers leurs commettants n’auraient pas été perverti par la poursuite trop ardente de leurs propres avantages* La soudaine, et chez beaucoup d’entre eux l’injustifiabl6 passion de la richesse, avait introduit le luxe sous toutes les formes et dans ses excès les plus, pernicieux. Deux vieeS énormes, le pillage et la profusion, marchaient en se don' nant la main dans toute la Présidence, infestant la plupaft des membres qui composent chaque département admin]S' tratif. Le moindre serviteur ne semblait se cramponner à la richesse, to grasp at wealth, qu’afin d’assouvir la passion & prodiguer : prodiguer plus, prodiguer moins, était désof' mais la seule différence entre l’inférieur et le supérieur* Toute distinction disparaissait, et les rangs, abaissés à l’envi» devenaient une sorte d’égalité. Ce n’était pas là le dernier terme du mal; une émulation de si triste nature, parmi v°s serviteurs, détruisait nécessairement toute proportion entù5 leurs besoins et les moyens d’y satisfaire. Dans un pays olJ l’argent abonde, où Xintimidation est le principe du gouvef^' ment, où vos armes toujours ont été victorieuses, il n’eS* pas surprenant que la soif des richesses ait prompterne0* saisi les moyens qui la pouvaient assouvir; il ne l’est paS davantage que les organes de votre pouvoir aient mis 3 profit leur autorité, et qu’ils l’aient poussée jusqu’à l’e*' torsion, dans les cas où la simple corruption ne suffit plus à leur rapacité. De pareils exemples donnés par ^ supérieurs ne pouvaient manquer d’être imités par 1eS inférieurs, suivant leur degré d’action et d’autorité. ^e mal était contagieux; il se propageait dans le civil et da**5 le militaire; il descendait jusqu’au simple commis, atI sous'lieutenant; il atteignait le marchand privé.»
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- Cour des Directeurs accepte, sans affaiblissement, sombres dénonciations. Elle approuve la dictature j^rpée; elle écrit au Comité qui s’en est saisi : «Votre re exprime nos sentiments sur ce quon s’est procuré par °le de donations1. A cela nous devons ajouter crue les ^ es lortunes acquises dans le commerce intérieur l’ont Par les actions les plus tyranniques et les plus oppressives qu’on ait jamais pu commettre dans aucune eP»que et dans aucun pays. » La Cour des Directeurs ache-Vail par là le tableau si tristement commencé par Clive. Soyons maintenant de quelle manière le Comité régé-ateur accomplira sa grave mission, ordre était de faire signer sans exception, sans délai, g, eri8agement que prendrait chaque serviteur de ne plus ^approprier ni donations ni présents. Un membre du _°nseii privé, le général Carnac, fait signer cet engage-^ifî' a *°US °®c*ers sous ses or(^res î mais loi-même de signer le sien pendant plusieurs semaines. Il ere afin de pouvoir, dans l’intervalle, s’attribuer sans siture et sans pudeur 5oo,ooo francs arrachés au çj. , Ur* à la pauvreté d’un descendant d’Aureng-Zeb2; I ^live l’a souffert. Voilà l’exemple de vertu qu’offrait e Comité dictatorial.
- ^^olution introduite dans le gouvernement des vice-rois du Bengale.
- ^ milieu de ces vils apprêts pour gouverner, préten-ail:'0n, par l’intégrité, chacun doit se demander ce que
- aVgjt e^a s’adressait aux conseillers privés jadis présidés par Clive qui, seul, 'l’dnz Par v°ies de donations forcées cinq à sept millions d’argent et plus26 v*n§t millions de tenure féodale : sans être pour cela, sans doute, 2 ^°rr°mpu que les autres.
- Jat»e5 Mil!, t, lit, p. 356, liv. IV, chap. viu
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- devenaient les grands projets du gouverneur, ces projet5 qui devaient changer le sort de l’Inde tout entière! Il n’e11 réalise que la dernière pensée, qu’il exprimait à son cor' respondant mystérieux, en lui disant : «Il faut nous faire nous-mêmes des nababs. »
- Je suis frappé des qualités et de certains défauts que Clive possédait en commun avec un Romain dont U n’imita jamais les attentats contre sa patrie. «Il était d’ufle grande force et d’âme et de corps, mais d’un esprit saflg rectitude et dépravé par la fortune. Il pouvait souffrir leS intempéries, la faim, les veilles, au delà de toute croyance* Audacieux, changeant, trompeur, il savait au besoin tout dissimuler et tout simuler; avide de trésors, prodigue son bien, enflammé de désirs passionnés; éloquent, mai5 peu raisonnable, son esprit vaste aspirait sans cesse à deS projets immodérés, incroyables et de trop haute portée.”
- D’après le plan que lord Clive met en exécution, Ie vice-roi du Bengale aura ses affaires administrées par trotf indigènes dont il se réserve la nomination. Un Angla15 continuera d’être Résident, c’est-à-dire maître secret pi’eS du soubahdar; ses instructions seront de maintenir, son' mis à la même volonté, les trois administrateurs indi' gènes.
- Ce n’est pas tout : Clive exige du vice-roi qu’il abandon^ à la Compagnie des Indes tous les revenus de ses pop11' leux et riches Etats et la conduite des affaires, avec leS grands bénéfices qui peuvent en découler.
- Pour indemniser ce prince, en réalité détrôné et dépo5' sédé par de telles mesures, on lui payera 12,5oo,ooo de pension annuelle. Tel est le misérable prix d’un royau#16 aussi grand que la France.
- En même temps lord Clive posait cette limite qu’il & sanctionner par la Compagnie, mais qui devait être violee
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- faut ^US tai ^ : <( conv^c^on Pr°f°nde est qu’il
- 110us contenter du Bengale, de Bahar et d’Orissa. . plus loin serait, à mon avis, le projet d’une ambition
- Sl <U, îieur
- rais°nnable et si pleine d’absurdité, qu’aucun gouver-> aucun Conseil de gouvernement, ne pourraient ais 1 adopter; il faudrait pour cela que le système ler des intérêts de la Compagnie fût établi sur un n°uveau modèle. »
- le voit, en quelques mois lord Clive relègue au
- Madr£
- „arig des rêves insensés le projet sans bornes qui, vu de
- , . > s’offrait à lui sous l’aspect de la raison et du
- oeme.
- Anr '
- •| P1 es avoir transformé le gouvernement du Bengale, ^ duposer des conditions au vizir d’Oude. Il croit SQ °ir lui demander que les Anglais commercent avec librP<ÎUpIe en franchise de droits; il invente pour eux le des f ec^ange » d veut qu’on laisse établir sans obstacle Ÿizi a(foreiaes britanniques dans cette riche contrée. Le sou ’ eP0uvanté, représente si vivement les méfaits que, W* ^en°m de commerce, les serviteurs de la Compagnie el vin S a^en^s avaient perpétrés (perpetrated) dans les pro-te^Ces du Bengale , de Bahar et d’Orissa; il exprime en in 'I^eS S* v®béments sa crainte de voir naître des disputes 1 ables; il insiste à tel point sur l’impossibilité que ces Cori edes opposeraient au maintien de la paix, que Clive de feiî* a ne das mdme inscrire dans le traité les noms actoreries et de commerce1.
- d’O terminé tous ses arrangements avec le vizir ^0rd Clive revient à Calcutta le 7 septembre 1765 pa . executer enfin les ordres si pressants de la Gom-
- 1 h
- aies Miil.
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- Du commerce des consommations intérieures pratiqué par des serviteurs de la Compagnie.
- Par sa lettre du 8 février 176/1, la Cour des Directeur5 avait prescrit aux administrateurs du Bengale de mettre lin, sans exception, au trafic intérieur pratiqué si cruelle ment par les serviteurs de- la Compagnie; la réceptif de cet ordre avait devancé l’arrivée de Clive. Le Conseil ordinaire de la Présidence s’était permis de décider, Ie 17 octobre de la même année, que toutes les branche5 de ce commerce assez lucratives pour être cultivée5 seraient maintenues inébranlablement (steadfastly), malgre l’ordre formel de la Compagnie, mais que les branche5 sans valeur seraient abandonnées, à raison du grand reS' pect affecté pour les ordres de cette autorité suprême.
- Les articles principaux du commerce intérieur, dans Ie Bengale, étaient le sel, le bétel et le tabac. Ce dermer objet offrait un si faible profit, que très-peu de serviteur5 de la Compagnie daignaient s’en occuper; on n’y tint p3S’ mais on conserva les deux autres.
- On crut néanmoins devoir ordonner que, désormui5’ les serviteurs de fa Compagnie n’imposeraient plus desp0' tiquement aux natifs les prix d’achat et de vente, au gre de leur bon plaisir.
- Tandis qu’on exécutait avec si peu de ponctualité ie$ ordres métropolitains, il se produisait à Londres uue étrange métamorphose. Les amis, les parents, les co-iute* ressés des nombreux serviteurs employés au Bengale, 56 révoltaient contre des restrictions et des interdictions qu & accusaient d’ingratitude. A les entendre, c’était presque u*1 manque de foi commis à l’égard de ces intéressants seW1
- leurs, qui seuls, en définitive, alimentaient le grand coU1
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- Rlgj'çp , ,
- j . Maritime et ménageaient à la Compagnie le pre-
- • . S ^^ens > dividende. Ils s’apitoyaient sur la richesse
- ^ . lte à ces précieux, à ces indispensables intermé-
- q^es’ ^ qui l’on avait promis, remarquons la promesse,
- j,1 s Paient-aussi dans l’Inde leur propre fortune. Ces
- n?atl0lls véhémentes avaient soulevé les passions
- ^/Assemblée générale des propriétaires; et, par un
- . ' ^pardonnable, elles avaient fait rétracter l’interdic-ÜOn
- rés , n C0rnmerce spoliateur : celui des objets indiens jrves aux consommations pour l’intérieur de l’Inde. Cç^a Cour des Directeurs, dominée, mais à regret, par 6 a^erration qui ne pouvait durer, prit alors un terme pQtfen* Elle sè contenta de prescrire qu’on reviserait, té^ rn^§er> les règlements relatifs au commerce in-et qu’on s’efforcerait de ne pas nuire aux intérêts av^tln^§ènes. Au reçu de cet ordre à Calcutta, l’on 9tio l,es°fe d attendre lord Clive, en conservant le statu yCest-à-dire le vaste ensemble des abus, p oici maintenant un autre scandale. Clive, avec son ar . , dictatorial, avait formé, dans le mois même de son ne/^e’ llne société mercantile en participation, a part-a i ll^’ ^0ur acheter d’énormes quantités de sel. Tous les ^oi S ^taient terminés avant la fin du mois suivant; dix |Ç^S aPrès, les dictateurs partenaires auront réalisé, sur j 111186 de fonds, quarante-cinq pour cent de bénéfices.
- IV 6 C|0ls dire qu’en rapportant cette honteuse affaire, ci *?.rien dames Mill l’atténue à l’égard de Clive. Celui-11"‘1fe voulait avec sa part faire la fortune de trois frè SOn médecin, son secrétaire et M. Maskelyne, le °u 1 oncle de sa belle épouse. lait/1 ^eu P^us tai'd> au m01s d’août *766» les ventes aVe el parfaites pour le Comité dictatorial, il est décidé solennité que le commerce intérieur du sel, du
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- tabac et du bétel sera désormais exclusivement exer^ pour le bénéfice des serviteurs de la Compagnie appalte" nant à l’ordre le plus élevé : superior servants.
- On rédige des tableaux de répartition entre les hauts fonctionnaires. La pensée morale, affirme-t-on, ceS| qu’en assurant aux grands employés ce moyen officl<3 d’arriver à la fortune, ils cesseront d’y parvenir en suiv^ des voies illégales. La conception était juste; mais, réaÜsee si tardivement, elle ne pouvait pas produire les bons efï*efS immédiats et radicaux que fauteur de la mesure prête11 dait avec orgueil être son ouvrage.
- Cependant la Cour des Directeurs avait fini par re venir à sa première détermination, et par défendre nouveau, d’une manière absolue, aux agents de la C0lïj pagnie tout commerce relatif aux consommations
- rieures. Mais, sans doute, elle donnait cet ordre ava
- d’avoir reçu le règlement et les tableaux qu’on vient ^ signaler.
- Si prompte avait été la spoliation de la richesse
- Bengale, qu’en peu de temps les principaux servit^5
- britanniques, gorgés et satisfaits, étaient partis potl1
- l’Angleterre, emportant leur rapide et vaste fortune. Ü f
- restait plus qu’un très-petit nombre de chefs expérimen^5'
- et les affaires commerciales en souffraient beaucoup*
- de porter remède à ce mal, le Comité dictatorial, ce 4
- toujours signifie le Dictateur, décida qu’on ne remplacé
- pas les hauts serviteurs, repus et disparus, par ceux &e ,
- ete‘
- treé
- Présidence arrivant à leur rang de mérite ou d’ancienn On fit venir à Calcutta, de Madras et de Bombay, serviteurs auxquels on donna les positions les plus élevee
- Cette mesure enflamma de colère et d’insubordinat1' tout le corps des jeunes employés dans la Présidence Bengale : une main de fer les maintint sous le joug*
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- ^es traitements de l’armée et les réformes militaires.
- r°-^n* enfin le tour de l’armée. Après la défaite du vice-^en§a^e ^ Plassy, Clive avait exigé du nouveau quil donnerait à l’armée anglaise, comme supplé-
- ^ent,
- TUUe ^ celle dont les troupes jouissaient
- pas ^ ,a Compagnie, n’ayant rien à payer de plus, n’avait au t ai^ri® jeter un regard sur l’énorme charge imposée he 6sor indien. Mais quand les revenus territoriaux du t|e . e devinrent ceux de la Compagnie, elle fut révoltée les V°lr °ïu’en temps de paix on doublât sans aucun motif dépe aeS ^üitaices; elle voulut qu’on discontinuât cette lir Se exorbitante. A leur tour, les ofEciers exaspérés 4Cqi e^endre des plaintes amères; ils commencèrent ^ Plrer entre eux dès le mois de décembre.
- On’' §0llverneur n’en avait pas le moindre indice, lors-ées , Iln davril 1766 il est informé d’une conspiration *iou S e®?ayanlcs; elle comprend à peu près sans excep-doit ^0us les officiers de l’armée anglaise ; et bientôt elle (l^.ec|alei>. A jour fixe, tous les conjurés donneront leur Pies Sl°n ’ et l arr]n®e restera sans chefs au milieu de peu-l’es 6Xaspérés. C’est ici que lord Clive montre avec éclat de j élitaire et le caractère vigoureux qu’il a reçus lîaffire. Il n’est pas intimidé par une armée de Mah-sur les bords du Gange supérieur, réunit des cpjgj^ et fait craindre une invasion. 11 s’assure avant tout Heu;s ciPay es, dont il est l’idole, ne lui seront pas infidèles. bejp Soient les officiers anglais n’ont pas poussé la ré~ seU|e 1 JUsqu’à corrompre leurs propres soldats. Dans une ^0ün,Station’ a Mongbir, la troupe britannique ayant cjpa <îUelques signes de soulèvement, on met en ligne les ^es pour l’attaquer s’il le faut : elle rentre dans l’ordre.
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- Afin de montrer aux officiers en voie de conspi^3 qu’ils ne sont pas indispensables, lord Clive leur cheic
- partout des remplaçants. Il s’en procure à Calcutta,
- dan*
- Madras, et sur les navires du commerce; il s’adresseme aux jeunes employés civils qu’il appelle à débuter, cofl11*1 il l’a fait, dans la carrière des armes.
- \\tt
- A la vue de cette active résistance, un grand nou1*3 d’officiers s’intimident et rentrent dans le devoir. On donne aux plus jeunes; les autres sont jugés et casses* colonel, quoique actif à réprimer la rébellion, en avait vorisé la naissance; Clive le fait pareillement juger, c°^ damner et renvoyer pour toujours del’armée. Voilà, sinva moi, la grande et belle partie des services d’un verd3 homme de guerre, dans sa troisième et dernière mi®^
- Il ne termine pas mieux qu’il ne l’a commencée la tie commerciale. Un ordre de la métropole, plus absolu 4, jamais, interdit aux serviteurs de la Compagnie toute p3*\ cipation au commerce du sel, du bétel et du tabac*^ ordre est reçu par Clive avec dédain, et le monopole e renouvelé : « attendu, mande-t-il à la Cour des Directe^5’ quelle ne peut pas se former la moindre idée du chafl^ ment opéré dans le Bengale depuis que l’intérêt du na^a en est détaché. »
- En faisant connaître cette insubordination, l’histoi’ James Mil! la range au nombre de celles qui l’inconvénient de confier le gouvernement de l’Inde 3 Directeurs qui sont séparés de leurs mandataires p3r jj chemin plus long que la moitié du tour de la terre'1fl blâme avec raison le gouverneur indocile. « A l’égal
- la désobéissance des serviteurs, dit-il, envers ceux ffül
- $
- emploient, lorsqu’ils allèguent l’éloignement et le ne* ^ d’information du pouvoir centrai, ce 11’est nullement1 { justification suffisante. En effet, si l’on étendait anta*
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- que
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- çjj 1 °n pourrait l’imaginer cette raison de ne pas obéir, Pend °nnera^ aux serviteurs de la Compagnie une indé-a°ce absolue et les rendrait maîtres de l’Inde. » en ^^ecteurs métropolitains persistant à reprouver le jj ^ erce intérieur opéré par les serviteurs du Bengale, Çx , Tne la Société Clive et compagnie, formée pour Sa d’ltei> ^ monoP°^e du sel> prononçât officiellement ai)^1Sso^uti°n définitive; mais, en alléguant des contrats ju ri,eurs> elle prolongea son existence et ses profits ï^en septembre 1768.
- vier^reS V^n§t m°is de séjour au Bengale, le 16 jan-jam *7® 7» lord Clive quittait l’Hindoustan, qu’il ne devait pa^ais revoir. Ainsi qu’à l’époque de son précédent dé-1’ ’ ^es règlements qu’il laissait après lui, calculés pour
- <] " 0nation du moment plutôt que pour des avantages iiï) , ’ produisirent un brillant aspect de prospérités
- cufi' ,a^es’ mais ils étaient pleins d’éléments de diffi-tres^s lrnminentes, qui devaient bientôt conduire à la dé-fJc^e* double gouvernement, imparfait et compliqué, lité eiïlent dirigé par le nabab du Bengale, mais en réa -}°r^ar la Compagnie : telle était la politique chérie de rL Un certain degré d’artifice, une combinaison
- ^6 Yyv o
- çb i0yens tortueux, s’offraient à son génie sous le jour les 6 et profonde politique. On touchait toujours
- }a ,ïeVenus comme si c’était pour le trésor du nabab; klics^*Ce ^a** rendne en son nom par les officiers pu-de ’ les affaires étrangères se traitaient sous le masque per 0fl autorité, avec de faux prétextes qui n’imposaient à ^e°nilel* définitive, on introduisait au Bengale
- j e des rois fainéants, et la Compagnie des Indes était ^ du palais.
- lîles Mill, liv. IV, chap, vii.
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- UO
- Quelques erreurs de l’historien Macaulay sur Vadministration et les exploits de lord Clive.
- Lorsque Clive, pour la troisième fois, arrive dans l’ïD<^' et cette fois à titre de réformateur, son apologiste P1;0 duit une lettre bien différente de celle que j’ai traau ^ et que Macbecth n’eût pas dédaigné de signer. EUe ^ postérieure de quelques jours; elle est écrite auSSl après son débarquement; elle s’adresse de même à1 , de ses amis intimes. Cette lettre, dit Macaulay, est e*P mée dans un langage qui, provenant d’un homme si bar si déterminé, si peu familier avec l’étalage théâtral du timent, nous paraît touchante au plus haut degré. «0^ écrit-il, comment le nom anglais est-il tombé? Je n’a* P pu refuser le tribut de mes larmes à la bonne renoW&f' partie, disparue, de la nation britannique, et, je le cr^ perdue pour jamais. Cependant, je le déclare, parle g1^ Ëlre qui cherche dans tous les cœurs, par l’Être à qui ^ devrons rendre compte, s’il existe un quelque chose £>p‘, nous (if there le a Here-after), j’arrive avec un esprit s^P rieur à toute corruption; je suis déterminé à détruire ces grands et brillants dangers, ou je périrai dans l3^ tative. »
- Préparée pour le public, cette lettre-là n’est pas en chiffres, sous le sceau d’un secret imposé par larapaC , et pour rester ensevelie dans un mystère d’agio. Les p'e.
- Clf
- quelle étale étaient-ils essuyés des yeux du tendre lorsqu’il permettait à l’un de ses codictateurs d’extorq sans en rien rendre, 5oo,ooo francs arrachés au mafa^ reux descendant d’Aureng-Zeb ? Étaient-ils essuyés lors<ï | dans le mois même de son débarquement à Calcutt3’ inventait l’audacieuse association qui spéculera sur laC
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- Parement du sel, en violation de son propre mandat, et
- lortn.J'l -
- rsqu’ii
- s emparait d’un monopole qui lui fera gagner,
- en
- avec H r 6c.&1J
- dix 6UX Par^enaires > quarante-cinq pour cent réalisés ç^ois sur une immense et scandaleuse affaire? vée 0tïîrnen^- entre son dernier départ et sa récente arri-terr ^ tr°Uve anéantie la bonne renommée de l’Angle-
- r .eïl ^rient.........Restituons ici la vérité des faits. Un
- ^dtat Qen(îue^e la Chambre des Communes a publié anné ^6S sornrnes extorquées au vice-roi du Bengale, %Ur6 ^9l ann®e’ extorsionnaire par extorsionnaire. Clive au premier rang de la première époque :
- lïe
- époque : Clive coopérateur : totalité des
- , ®xt°rsions, en 1757.................. 3o,526,875e
- époque : Clive absent, de 1760 à 1764.. i7,5io,85o
- ^ l7 millions de rapines auxquelles n’a point parti-terre 01 ^ ^ve sont Pour lui l’infamie versée sur l’Angle-milH°ns’ sur lesquels il a fait sa part de six la vi°nS’ Ceux"^ marquent la sainte et belle époque où re §lnité morale de l’intégrité britannique n’avait pas j a Joindre atteinte qui pût faire verser des larmes ! cjejj Prierai de remarquer que les sommes rapportées offî-de jïïlent s°ut consignées très en détail dans l’Histoire eHesarQes Ml» consultée et citée par lord Macaulay-, T1** extra]des des documents officiels publiés par la pïlci rG des Communes.
- Qiv^Ss°ns maintenant aux réformes intérieures. « Lord Pfet 116 res*a guère dans l’Inde qu’un an et demi; mais, op^er)(| SOn panégyriste, dans ce court laps de temps il eites9 ^Une des réformes les plus étendues, les plus diffi-Qit ^es plus salutaires que jamais aucun homme (TÉtat ^hh'0m^eS ‘ c ®ta^ Partle de sa carrmre vers laquelle ses regards avec le plus d’orgueil. » Cette réforme,
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- comment peut-on la démontrer pour en faire un titre &
- sa gloire?
- Il avait l’ordre exprès de faire cesser tout comD1^ d’objets destinés à ne pas sortir de l’Inde; l’eût-il exécüte complètement, il n’aurait accompli que le plus simp^^ le plus strict devoir. Dans toute sa mission régénérât!!06' condamne-t-il un seul des junior ou des senior servant restituer le moindre de ses vols? Non. Poursuit-il * voleurs devant les tribunaux? Non. Que fait-il doflc' Parmi les innombrables objets de trafic intérieur q°e Compagnie avait prescrit d'abandonner, trois seuletf*eI1, avaient de l’importance : il les conserve tous trois. ParIïl1 les trois un surtout était oppressif pour le peuple du BeI1 gale, c’était le sel : il s’en empare. Il s’en empare fois; et la première fois, c’est pour en partager le b^ fice usuraire avec deux codictateurs, lui troisième» 6,11 plutôt lui premier en titre.
- Aussi longtemps qu’il remplira sa prétendue régénératrice, et même après son départ, ce commet oppresseur à l’égard du peuple indien continuera; il tinuerasur une'échelle si vaste, que trois années dev?0 s’écouler avant que les exactions cessent de s’opéré ^ bénéfice des serviteurs de la Compagnie : de ceux $ Clive avait stigmatisés en reparaissant au Bengale.
- Macaulay poursuit : « Le commerce privé des servit^ de la Compagnie fut jeté bas (put down). » Ils ne pas privés de tout négoce personnel. On leur défei^' en particulier, de mêler leur trafic à celui de la Go&t gnie; de prendre, par exemple, l’argent de celle-ci acquérir à leur bénéfice des denrées qu’ils achetaient ^ prix imposé par eux, et pour les revendre au prix <lül imposaient aussi selon leur bon plaisir.
- Allons plus loin. Faisons toujours remarquer que,
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- DES NATIONS.
- | JLSXJkJ JL JL (J
- s .Sa dernière administration, Clive a réservé pour les eurs de la Compagnie un commerce intérieur qu’il
- lse en général; ce commerce restreint, il est vrai,
- stlgmat
- restreint seulement aux trois articles qui ne fussent s^nsignifjarits : le sel, le tabac et le bétel.
- *848, les frères et amis français détestaient sur-plif T11* fraPPaient leurs consommations les
- ré S^er*es< Qu’auraient-ils répondu si quelque ministre v0u 1Ca^n ieur avait dit: «Citoyens bien-aimés, pour s plaire, je vais supprimer tous les droits indirects, *ÎUe ' ceux qui frappent le sel, le tabac et les boissons, Je vais renchérir?» Us l’auraient destitué. e rc* Clive trouvait trop faibles les appointements des ^ r °yes de la Compagnie; il voulait y porter remède .tlr affectait, mais tardivement, le triple monopole v*ens de citer. En quoi donc par là soulageait-il peij^Uvre peuple du Bengale? Faisons remarquer que, g0uva»t les deux tiers du temps qu’a duré son dernier aSs e^netnent> U avait pris pour lui seul et deux de ses Cej^?^s fr produit à beaucoup près le plus important : n’a 1 seB fr pius accablant pour les populations. Il iiï) ait ^onc commencé de rappeler à la vertu ce négoce ^P01 tant de la Compagnie que pendant le dernier tiers 0tl Sej°ur dans l’Hindoustan. Mais cette réforme elle-re est illusoire, puisque la Compagnie des Indes Hac ^ 9 S°n bénéfice ie produit des trois denrées, sel, a^x ,e* bétel, appropriées a posteriori par lord Clive ^Principaux fonctionnaires.
- eo^ ^acaulay peint les serviteurs de la Compagnie pro rtie en révolte contre le gouverneur, l’obligeant de se ad^ -6r a Cadras, à Bombay, des chefs supérieurs pour et c’eniStrer Bengale. Telle n’est pas l’exacte vérité, s dans James Mill que nous la trouvons exprimée. Production. — iv. 8
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- Les principaux fonctionnaires, ceux qui de 1767 à 17
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- firent les plus grandes et les plus frauduleuses fortuné à mesure que leur rapacité se trouvait assouvie, avaierlt tous déserté l'Inde. Ils s’étaient empressés de revenir cïl Angleterre goûter paisiblement la volupté de leur fortiII,e mal acquise. Leurs emplois étaient vacants, et c’est p°ur les remplir que lord Clive allait demander des retup^ çants aux deux autres Présidences : je l’ai déjà dit.
- Il agissait ainsi, parce qu’il existait une haine împlacaD entre le Conseil officiel de la Compagnie à Calcutta et Comité dictatorial, qui pendant dix-huit mois mit à neaI) l’autorité du Conseil réglementaire. Il allait loin du BeI1 gale chercher des senior servants, qui lui devraient ^ position plus grande, et les choisissait dans la pensée c[ül seraient tous ses partisans.
- La conduite arbitraire et violente de lord Clive a cepe'J dant produit, mais plus tard, un bon résultat. Ses repJ sentations, ses tentatives pour donner aux serviteurs & , Compagnie des appointements réguliers, proportionfleS l’importance des affaires, ont fini par devenir une perS^ sion publique. Aussi, lorsquen 1773 fut renouvelé j charte de la Compagnie, le Parlement prit-il à cet eg^ des dispositions salutaires; nous aurons soin de les connaître. •,
- Pour la réforme de la troupe et son rappel au* ,, de la discipline, on ne peut trop louer le réformé ^ il s’est montré juste, énergique et capable. A cet ég^,( il faut lui rendre complète justice, et nous l’avoD5 *
- Jeu des actions de la Compagnie, savamment préparé par Cl^ê
- C’est en 1765 que lord Clive arrivait pour la sec fois sur les bords du Gange. Il s’empressait d’enlever
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- po; Bengale la souveraineté réelle de ses États, ^ . Se faire lui-même, suivant sa lettre chiffrée, un la Q na^a^' ® faisait effort afin de ramener au trésor de dèle a8n^e ^es revenus détournés par des agents infi-ch ^ ^ ^chait d’obtenir un surplus d’impôts, toutes pr-^esPayées; ce surplus qui, dans les beaux temps des de IVl rnusu^mans » 'avait produit les trésors merveilleux r üly, de Bénarès, de Luknow et de Moorshed-abad. Yer^ Gïl 1766 le courant des richesses asiatiques, tardi-eujeiît ramené vers le fisc anglais, n’avait pas encore teïïl^S d’opérer sur les revenus de la Compagnie les et / e^ets désirés. Depuis dix ans, malgré tant de victoires Prod .C°ncIu^tes’ les dividendes n’avaient pas dépassé le du Modeste de six pour cent. Mais, enfin, les fruits Se*Ui aïî^eïnent brusque opéré par Clive allaient se faire d9ïls ’ Un autre produit que celui du commerce entrait f^ras 6c^1(îu^er de la Compagnie. Je copie cette simple s0l) Se ^&ns ^es Annales du commerce de David Macpher-«Se’ aiîïlee 1766 : «La Compagnie des Indes orientales (<ac Sü®samment autorisée, d’après les splendides ,(SofIrions faites pour elle par lord Clive, à porter (<Seta 1V^ende> au lieu de trois, à six pour cent dans un ^cor^16 ” PrmtemPs de l’an 1 767» le dividende fut Pdétaj aU^ment®- Tels étaient les revenus que les pro-
- gén' ,es Se votaient eux-mêmes dans leurs Assemblées J^ales.
- Vs V,IBoment, on voyait à l’œuvre la horde des agio-gnieetJa Bourse, à la Banque, à l’Hôtel de la Compa-9îlS ^es moindres comptoirs de la Cité de Londres. att0rnea §ent monétaire était poussée, chauffée, par les Ils gg-^S.e^ les joueurs ayant en main les fonds de Clive. vCais aieiît comme actionnaires fictifs, au milieu des achonnaires de la Compagnie des Indes, enflam-
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- mant les cupidités-,"flattant d’orgueil, excitant l'espérance» ivre d’elle-même, et soulevant les plus viles passions dallS les Assemblées générales des propriétaires; faisant voter 3 l’ünanimité des bénéfices qui passaient douze pour cent par année dès le .printemps de 1767 et promettant» pour l’avenir le plus prochain, cinquante pour cent d’inté annuel! Afin d’accroître leurs succès,‘ayant incessamment à la bouche le nom magique de lord Clive, depuis Ie départ de ^enchanteur ils étaient parvenus à faire monter les actions dans la proportion exorbitante de cent à de^ cent quatre-vingt-trois; ils annonçaient, ils affirmaient ^ hausse prochaine à mille pour cent! En attendant, cha<lue million placé dans les fonds de la Compagnie par le me^ veilleux prestidigitateur lui représentait, en dix-huit m015 d’achats secrets, 2,83o,ooo francs ; heureux résultat^ ses ordres mystérieux.
- Cette fortune soudaine, que partageaient au prorata de leurs placements tous les actionnaires de la Co**1 pagnie, enflammait les imaginations du peuple erdieJ des trafiquants et des financiers; elle attirait la foule &ei aventuriers avides de prendre part à cette affluence ^ revenu, dont le flux montait à vue d’œil et s’annouÇa comme allant inonder la Cité sous des flots d’or. Les sPe dilations les plus audacieuses, les projets les plus insensé’ se multipliaient, au point de rappeler les grandes illusi°IlJ des affaires de la mer du Sud, contemporaines des sions et des ruines produites en France par les acti°11^ du Mississipi. On voyait renaître lannée 1720, oùdesfr° jets si vite gonflés de vent crevaient si vite à la moh^ piqûre, comme ces bulles de savon soufflées par le
- lumeau des enfants; année misérable et ridicule, désappointement et la dérision avaient tristement nommer l’année des bulles de savon, the bubble year-
- 1«
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- Première intervention du Parlement.
- j. présence des spéculations les plus désordonnées, e élément intervint à propos ; il prit des mesures pour ^pêcher des ruines imminentes.
- ^ sujet de la Compagnie des Indes orientales, il éta-^ qu aucun dividende ne pourrait excéder dix pour cent f* année. I] décida que le taux du revenu, voté dans jj Ssemblée générale, le serait par voie de scrutin secret. ^ prescrivit des règles minutieuses pour empêcher l’effet Machinations soudaines et pour laisser toujours à la 0 nae majorité des actionnaires le temps d’apporter leurs ^frages indépendants.
- ((Ges scrutins secrets ne pourront pas commencer après ^Muit, ni se clore avant six heures du soir. On ne pourra
- (( A
- P SSer au scrutin qu’après au moins huit heures écoulées, ( , Partir du moment où la question sur laquelle le vote °it porter sera décidée. »
- Grâce à la sage intervention du pouvoir législatif, la ^ eur exagérée des actions de la Compagnie disparut; 'ïentôt après, l'enthousiasme des hommes d’argent pour i°r^ Glive fit place à l’exécration chez les spéculateurs sat>usés : on eût dit Law maudit chez les Français. s Mdication de ces faits va nous permettre d’apprécier Musions la manière dont est jugée cette partie de là iere du ci-devant gouverneur.
- Au
- Retour de lord Clive en Angleterre.
- ^io retour de lord Clive, s’il faut en croire son célèbre pre^ra^le’ v0^e tout entière des pillards et des op-Sseurs dont il avait délivré le Bengale le persécute avec
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- l’inf]3lacable rancune de ces abjectes natures. Non; ce n’est pas immédiatement après son retour qu’il a réuni contre lui tous les hommes d’argent, lesquels, au contraire, ^ regardaient comme le créateur des récentes fortunes pr°' curées à l’universalité des actionnaires : l’exécration eS* arrivée avec la. chute des actions, qu’il avait tout fait p°ul élever à des valeurs extravagantes.
- Lord Macaulay ne peut pas concevoir que Ranimai version publique ait poursuivi l’ex-gouverneur après ce qu’il appelle son retour à la vertu, qu’on pourrait sirops ment nommer son retour au génie de l’agiotage; il tro^e presque inexplicable que la nuée des ennemis du réfor' mateur se soit accrue au moment où ses services p0^' vaient être loués, dit-il, sans mélange de censure. L’écrivaj11 qui préparait avec tant d’éclat son rang d’historien lie songeait donc pas à l’ex-gouverneur Salluste ? Les principe de vertu quétala dans ses écrits le précurseur de Tite' Live, principes austères, postérieurs à son planture^ proconsulat, ne firent qu’exciter contre son arrogance et les honnêtes gens que ses biens mal acquis avaient rév^ tés et les pervers dont il osait flétrir les crimes. Supp0 sons que Salluste ait été pour la seconde fois envoyé daIlS la province africaine afin de rappeler à la probité les pl1 blicains percepteurs du vectigal, et que, sans négliger^ intérêts, il eut essayé de jouer ce double rôle. Figurons nous, à son retour, de quelle exécration l’aurait acca^6 ce corps des chevaliers dont il faisait partie, et dont fl e^ affaibli les immenses profits! Tel fut l’accueil non sUr prenant, mais naturel, que finit par éprouver lord quand il revint pour la dernière fois à Londres.
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- Ce J
- 91* étaient au xvtne siècle les nababs de la Compagnie des Indes.
- ^0lls allons présenter le tableau de mœurs instructif
- Cuileux que le biographe de Clive a tracé de ces mil-
- lud ïla^eS ’ c^eva^ers ou publicains de la Compagnie des
- j es’ qu’on a nommés les nababs. Addison, dans les meil-leUrs
- fidèle
- morceaux du Spectateur, n’est pas un peintre plus
- , e et plus attrayant; il est seulement un peu plus sobre Qe détails.
- j,j ^es grands événements qui s’étaient accomplis dans avaient produit une nouvelle classe de richards an-^1S’ a qui leurs concitoyens donnèrent le nom de na-f s- Ils descendaient, en général, de familles qui n’étaient ^c°mmandées ni par l’ancienneté ni par l’opulence; ^ s9Ue tous étaient partis jeunes pour l’Orient. Ces °mrnes avaient acquis en Asie de grandes fortunes et les çj lerÛ rapportées dans leur pays natal. Il était naturel ^ apposer que, n’ayant pas eu beaucoup d’occasions Se mêler avec la meilleure société, ils montreraient I» eOr retour quelque gaucherie et qu’ils étaleraient un .de parvenus. Il était naturel aussi qu’ils eussent ^cpus pendant leur séjour en Asie quelques habitudes ^elques goûts pour le moins étranges, si ce n’est dé-
- . e 1 Europe. Il était naturel encore qu’après avoir | dune grande considération en Orient, ils ne fus-
- ^ts ( au jugement des personnes qui n’avaient, pas ^ïlt
- tey ^9S disposés a tomber dans l’obscurité quand ils , Paient au sein de leur patrie. Enfin, comme ils avaient C°UP d’argent, pou de naissance et nulles con-Plol0ns distinguées, il était naturel qu’on leur vît dé-SOus des formes un peu blessantes le seul avantage s Possédassent. En quelque lieu qu’ils vinssent habiter,
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- ils passaient à l’antagonisme contre l'antique noblesse et la bourgeoisie supérieure; on eût dit la rivalité qui fit fureur en France entre les marquis et les fermiers généraux. Cette animosité contre l’aristocratie a longtemps distingué lesseP viteurs de la Compagnie. Un quart de siècle après l’époqlie dont nous parlons, Burke déclarait que parmi les révolu' tionnaires ou Jacobins anglais il fallait compter les enrI' chis revenus de 3’Inde, sans, pour ainsi dire, en excepté un seul. Ceux-ci ne pouvaient souffrir que leur imp°r> tance au sein de la société ne s’élevât pas au niveau & leurs richesses, et le renversement de cette société Ie111 paraissait désirable.
- Bientôt, de toutes les classes aisées, les nababs devu1 rent la plus impopulaire. Plusieurs d’entre eux avaieïlt déployé dans l’Orient des talents distingués et rendu d’i1*1 portants services à l’État; mais, dans la mère patrie, ^ mérite manquait d’occasions pour briller avec avantagé et leurs services d’Asie étaient peu connus en Europe Qu’ils fussent sortis de l’obscurité, qu’ils eussent accp1*5 une grande richesse, pour l’étaler avec insolence et dépenser avec extravagance; qu’ils fissent élever le prJ* de toutes choses dans leur voisinage, depuis les çeufs fr(llS jusqu’aux bourgs pourris; que leur livrée éclipsât la liWee des ducs, et que leur carrosse eût plus de splendeur me1*16 que celui de mylord Maire ; que les exemples de lettf5 maisons mal gouvernées, où l’on prodiguait l’or, cori’O*11 pissent la moitié des serviteurs du pays; et qu’en dépit leur magnificence, beaucoup d’entre eux ne pussent paS
- s’élever au ton distingué de la société supérieure, tout
- ceb
- se conçoit. Malgré leurs chevaux de course et leurs inn01*^ brables domestiques, malgré leur argenterie d’Angleterre leur porcelaine de Saxe, malgré leur venaison etleurb°uf gogne, ils restaient toujours des hommes d’un bas niveaU
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- T
- ch*1* ^ ^ta^ge excitait, chez les classes dont ils sortaient et j. ez ta classe au sein de laquelle ils voulaient pénétrer par rce> cette poignante aversion qui résulte de l’envie jointe Repris. Aussi, quand s’éleva la rumeur que cette for-^ ne dont le possesseur orgueilleux pouvait, sur le champ ^ c°urses, éclipser le lord lieutenant de la province ou, l>aïls tas élections du comté, l’emporter sur le chef d’une ^ïiille aussi ancienne que le Domesday Book, ce vieux ter-ei de Guillaume le Conquérant; quand, de plus, on mur-ra que cette fortune avait été ramassée en violant la foi dque, en dépossédant des princes légitimes, en rédui-
- aïit des provinces entières à la mendicité..au même
- ant toutes les meilleures aussi bien que les plus mau-es parties, de la nature humaine se soulevèrent à l’envi ^ tre le misérable (the wretch) qui par le crime et le ^ nonneur avait obtenu les richesses que maintenant il ePensait avec une prodigalité entachée d’arrogance et, * Pls est, sans élégance.
- A partir de ce moment, l’infortuné nabab parut être un > ^Posé de ces faihlessés contre lesquelles la comédie se à diriger son ridicule impitoyable et de ces crimes répandent les plus sombres couleurs sur la tragédie; ^ etange abject de Turcaret et de Néron, de M. Jour-ain et de Richard III. Une tempête de dérision et d’exé-l°n> qui ne peut être comparée qu’avec le déchaîne-^ contre les puritains au temps de la Restauration1, ç e tempête éclata contre les serviteurs émérites de la ^Hpagnie des Indes. L’ami de l’humanité fut frappé Erreur par la manière dont ils avaient acquis leur lj ; le parcimonieux fut révolté par la manière dont S ta prodiguaient; le virtuose les accabla de ridicule au
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- sujet de leur mauvais goût; les boules noires les repouS sèrent des clubs élégants, comme des candidats valg^reS' mot qui dit tput en Angleterre. Les écrivains les plüS dissemblables par le style et les sentiments, les méth° distes et les libertins, les bouffons et les philosophes, étaient rangés pour une fois d’un même côté. Il est à peine trop hardi de le dire, mais, pendant à peu près trente annee5’ toute la littérature légère d’Angleterre a reflété les seflt1 ments que nous venons de signaler. Foote introduit sur ^
- scène un Anglo-Indien, grand fonctionnaire revenu ü l’Inde, être sans générosité, dissolu, tyrannique, honte11* des humbles amis de sa jeunesse; détestant l’aristocratie’ et néanmoins puérilement avide d’être admis dans ^ relations du plus grand monde; jetant sa richesse à deS flatteurs, à des parasites; fraudant quelques deniers à^e5 porteurs et prodiguant les fleurs les plus dispendieuse » étourdissant les ignorants avec son jargon sur les roupieS’ sur les laks de monnaie et sur les Jaghires, ces grau^5 feudes militaires des états musulmans. Mackensie, avec1111 comique plus délicat, peint une famille commune que Ie* acquisitions indiennes de l’un de ses membres ont éle^e tout d’un coup à l’opulence, et qui fait naître la déris1011 par une gauche imitation des manières admirées chez leS grands. Le poète Cowper, dans sa grande peinture resplendit le véritable génie des chantres d’Israël, CoWpel a placé l’oppression de l’Inde au premier rang parmi ^ crimes nationaux pour lesquels un Dieu vengeur flage^e l’Angleterre et la condamne à subir des années de désastreuse, à la défaite sur ses propres mers, à la pe*te de son empire vers l’occident de l’Atlantique. Si dans ^ recoins poudreux de nos bibliothèques on prend la pe^6 de chercher quelque roman qui date de quatre-vingts ( 1776), on trouvera probablement que le vilain 011
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- nf^S^ain de l’intrigue est quelque sauvage et vieux ’ caractérisé par une immense fortune, une peau g e> Un foie mauvais, ün plus mauvais cœur. r ntre t0US ces nakabs, Clive était le plus habile, le plus r^0llîlrie’ le plus élevé par son rang et par sa fortune. Sa ctait étalée dune manière qui ne pouvait man-jji exciter l’envie. Il vivait magnifiquement à Londres;
- sait al ^ ^ P^ace Berkeley; q^e Ie beau monde embellis-^rs* ^ans Shropshire, il remplaçait par un palais çj manoir de ses ancêtres; il en érigeait un autre à ^ont. En même temps, son influence parlementaire dan ^Utter aVec ceBe des plus grandes familles. Mais, pa Cette splendeur et cette puissance, Y envie trouvait ses °U^ ^GS 8uje*s de dénigrement. Chez quelques-uns de ^ Patents, la richesse et la dignité s’alliaient aussi gau-flue chez Mascarille et M. Jourdain. Lui-même,
- "caRré
- Lj b ses grandes qualités, n’était pas affranchi des fai-Ca ® les satiriques de l’époque assignaient comme kab,C*ereS ^ t0llte sa classe. Sur le champ de bataille, ses ^ ^udes avaient été d’une exemplaire sévérité; toujours 50ieeya^’toujours en uniforme, jamais il n’avait porté de i} j’ Jaïllais il n’était entré dans un palanquin. Mais n’était-sj ^ la tête des troupes, aussitôt il mettait de côté sa d’iiij Spartiate » afin d’y substituer le luxe fastueux
- qlle j y karité. Quoique sa personne fût disgracieuse, quoi-traits durs de son visage fussent rachetés d’une lai- eXpr^V^gaire par une sombre, indomptable et dominante il r Ssi0rL il était amoureux d’un vêtement riche et voyant; ach vlssah sa garde-robe avec une absurde profusion: il ***** exemple à la fois, fantaisie d’un jour, deux cents S0lïd)ISeS sllPei>fines- C’étaient là les moindres misères. De ti° les histoires, dont la plupart étaient de noires inven-' ’Se répandaient sur sa conduite en Orient. Il avait à
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- supporter la haine non-seulement pour des méfaits auxque il s’était une ou deux fois abaissé, mais pour tous les mefelts commis par les Anglais dans l’Inde; pour des méfaits coi° mis pendant son absence, oui, des méfaits auxquels il&valt courageusement mis un terme et qu’il avait punis sévde ment. Les abus mêmes auxquels il avait fait une gueIf6 honnête et résolue étaient portés sur son compte. Il cta1*’ en fait, regardé comme la personnification de tous ieS vices et de toutes les faiblesses que le public, avec sans raison, attribuait aux Anglais aventuriers dans fond de l’Asie. Nous-même, nous avons entendu ^ vieillards, qui ne savaient rien de son histoire, mais ^ conservaient toujours le préjugé conçu dans leur jeunes^’ parler de lui comme d’un démon incarné. Le dodelir Johnson tint toujours ce langage. L’artiste Brown, ^ Clive employa pour dessiner ses jardins, s’était éinervd1 d’avoir vu dans la maison de son noble employeur 1,11 grand colfre-forj; qu’on avait une fois rempli de l’or ext°f qué du trésor de Moorshed-abad; il ne pouvait pas co^ prendre comment la conscience du fameux crim111^ pouvait le laisser dormir, ayant un tel objet si près sa chambre à coucher. Les paysans du comté de Surrf regardaient avec une horreur mystérieuse le pa^5 princier que le magnifique nabab construisait à Clare mont; ils murmuraient tout bas que si le grand mduV(llS lord avait commandé des murs d’une épaisseur inc0tl cevable, c’était pour empêcher d’entrer le Diable en Per sonne, le Diable ! qui viendra pour sûr, un jour ou l’airtie’ emporter son corps.
- U Inde après le départ de Clive.
- On est obligé d’avouer qu’après son départ du B^ë3
- raie
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- dmt
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- ^pulsion que le conquérant avait donnée à l’administra-^0ïl de ce pays s’affaiblissait de plus en plus. On oubliait P°Hlique, et les abus qu’il s’enorgueillissait d’avoir sup-j^es commençaient à revivre. ls°ns, pour être vrai, que s’il n’avait pas tout con-Par un Conseil privé dictatorial, s’il avait permis au Pic Conseil ordinaire de fonctionner suivant les pré-P es de la Compagnie et dans l’esprit réformateur quelle ait faire triompher, cette autorité régulière aurait cmé des traditions qui n’eussent pas été prompte-ot oubliées après le départ du gouverneur.
- ^ *770, une famine effrayante affligea le Bengale. rccits qu’on en fit à Londres furent aigris par les & aes exagérées, et peut-être mensongères, qu’on assi-a cette calamité; on disait que les serviteurs de la ^.^Pcgnie avaient créé la famine en accaparant tout le q Pour le revendre huit, dix et douze fois le prix d'achat. ^ Cltait un de ces trafiquants qui, l’année précédente, Possédait pas mille guinées (26,000 francs) et qui, Un tian^ sa^son mis^re » avait fait passer à Londres ^Uion cinq cent mille francs !
- r affecte de 11e pas croire que des serviteurs de la hoijq r
- aj°Ute
- Les
- ^ïïipagnie avaient pu se faire accapareurs du riz. On ffu’en Europe tout grand amas de grains est im-
- ^^c en présence d’une vraie disette : sans doute. Mais, ai* ^accapareur tremble devant le peuple affamé;
- pée en^e’ c es^ PeuP^e qui tremblait devant l’Euro-eri détenteur de subsistances. Il faut bien que le Parle-« 11 ait pas cru ce méfait impossible; car, deux ans
- défGS rava£€S ^e famine au Bengale, je trouve qu’il . eiî(l aux serviteurs de la Compagnie le commerce in té-la 'T ^U r*z ’ ^ fait ^e ceIte défense un des préceptes de c charie renouvelée.
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- Lord Clive, à coup sûr, n’était pas coupable des ac^a parements de grains opérés en 1770; car depuis années il avait quitté l’Hindoustan. Mais ne s’était-il Pa5 vanté, ne se vantait-il pas que, seul, il avait régénere l’Inde? qu’avant sa mission tout était mal, et que depuis 10^ était bien? Par une conséquence nécessaire, toutes corruptions, tous les malheurs subséquents, retombait sur lui, injustement cela peut être, mais inévitableu»^' Si quelque chose ici nous surprend, c’est la surprise rué1*16 éprouvée par un historien habile à sonder les profonde1115 et les replis du cœur humain.
- « Aucun de ses actes, dit-il, n’avait la moindre tenda*^ à produire une calamité telle que la famine de 1770' , les serviteurs de la Compagnie l’avaient aggravée, c’eta1* en contravention directe avec la règle qu’il avait p°sc6 et, quand il était au pouvoir, rendue rigoureuserUeIlt obligatoire.» Mais, aux yeux de ses concitoyens, il éta^’ nous l’avons dit, l’Anglo-Indien, le nabab, personnifia et tandis qu’il se délectait à bâtir son palais, à plautel ses jardins à Claremont, on le tenait pour responsa^ des effets, non pas d’une sécheresse au Bengale, dis0115 mieux, du parti qu’en avaient tiré les serviteurs transf°f més par lui. En 1772, toute la tempête assemblée ^ puis longtemps se précipite sur sa tête. Rien n’égalait s0ii„ malheur. Il était haï d’un bout à l’autre du pays, dans 1’hôtel de la Compagnie des Indes, haï surtout paI ces riches et puissants serviteurs dont il avait combat111 la rapacité et la tyrannie. Il avait à supporter la doüble animadversion qui naissait de ses bonnes et de ses r°al1 vaises actions et de tout abus indien et de toute réfo^ indienne.
- '[C
- Il n’était encore question que de renouveler la cha* ( de la Compagnie. Gomme travail préparatoire, un C
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- fécial
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- Mste
- 1 avait été choisi par ]a voie du sort; il répandit un
- ^ jour sur les événements qui renversèrent Sourajah-°Wla et le remplacèrent par Meer-Jaffier. Clive s’indignait eût Vatnctueur de Plassy, M. le baron de Plassy!
- 0 ete lovant ce Comité d’enquête interrogé, disait-il, s> 1116 Un voleur de moutons. Lui ! voleur de millions, Pas î,r°Uva^ humilié. Audacieux, arrogant, il ne rougit per aV0ller ^es artifices qu’il avait employés pour trom-^F ^ pauvre Omichund. Il déclara sans pudeur qu’il était pas honteux, et qu’au milieu des mêmes cir-j . tarjces il agirait encore de même : est-ce à savoir que j ’ 8eneral, gouverneur d’un empire, et représentant de ^ ^erIu britannique, il contreferait encore la signature ^u’il ^0nn^e arniral pour tromper et perdre un Indien rencontrait sur son passage ?
- ((j Verité, peut-on dire en présence de tels aveux: hei,Can^eur de ses réponses aurait seule suffi pour mon-^Ux COrri^^en Paient étrangères à sa nature les fraudes •j pelles, dans le cours de ses négociations orientales, oscendit quelquefois ? »
- lVe va plus loin dans ses confessions ; laissons-le parler quê 9 V°*x son Panégyriste : (( Devant le Comité d’en-j» Clive décrivit en langage animé la situation où s°ïi K ^ac^ D victoire : de grands princes dépendants de Pill °n P^a*s*r; une riche cité qui s’effrayait de subir le }e a^e> d’opulents banquiers renchérissant les uns sur d>0raütres pour gagner ses sourires; des caves, remplies Seül et de joyaux accumulés, ouvertes pour lui
- ( ^U n°m ^eu' monsieur ie président, s’écrie ht' ^Ve ’ comme s’il était encore en présence de la ten-<jue0l>’.au nom de Dieu! dans ce moment, je m’étonne
- g j aie été si modéré....»
- ’ pour excuser des méfaits, il suffit d’en être fier et
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- de les avouer avec audace, n’invoquons plus la justice nations.
- Réduisons au vrai l’incroyable aveu de lord Clive. ^ dirait-on pas que son innocence est attaquée par surprise' quelle est conjurée par le vaincu d’accepter quelque cho^ au milieu d’un trésor sans bornes? et qu’il rend grâce a Dieu de n’avoir pas pris davantage? cinq à six milli0llS tout au plus!
- La vérité pure est qu’il avait fixé d’avance et de l0111 sa part avec celle des autres partageax. Us avaient à point dépassé les bornes du trésor à dilapider, qu’il fall11^ même en l’épuisant, se contenter d’un simple à-coïïip& On fut réduit à prendre des termes, afin qu’on extorq11^ un peu plus tard le déficit au malheureux peuple ^ Bengale.
- Pendant que l’enquête ouverte sur les actes de l°r Clive se poursuivait au Parlement, la Cour déployait ^ éclat extraordinaire pour le recevoir chevalier de l’oi’^e du Bain dans la chapelle de Henri VIII, à WestminsteI' L’enquête finie, lord Clive fut accusé formellement ^ concussion par le président Burgoyne, au nom du ü mité d’enquête qui l’avait interrogé. Sur le résumé ^ motifs d’accusation, la Chambre des Communes déci^a' i° Que toute acquisition faite en employant les armeS de l’Etat n’appartient qu’à l’État, et qu’il est illégal ^ serviteurs du pays de s’approprier de telles acquisition1 2° Que cette règle salutaire avait été violée systétf13 tiquement par les fonctionnaires anglais au Bengale ;
- 3° Que Clive, en exerçant son pouvoir comme cO1*1 mandant des forces britanniques, avait obtenu de gra^eS sommes du nabab Meer-Jaffier1;
- 1 Celui pour qui Clive avait conspiré les armes à la main.
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- abu 'L<a {Iuestion finale étant posée : « Lord Clive a-t-il Se de ses pouvoirs et donné le mauvais exemple aux ^b!^eUrS la Chambre vota la question préa-
- e> pour se dispenser d’être logique.
- Port,I1S1 ^^sParut ^a dernière conséquence de l’accusation e par le Comité d’enquête. Les Communes constater lGS ^autes cf^des avaient prescrit d’exposer au grand j, » puis elles s’arrêtèrent à la simple déclaration- que Se avait rendu de grands services à son pays. aVQ. es Communes d’Angleterre, dit lord Macaulay après cett .°lte ces résolutions, traitèrent leur Capitaine avec JUshce distributive qu’on ne montre guère qu’à le-morts- Elles posèrent des principes salutaires et q^^rauxi elles marquèrent délicatement (delicately) en tç P°lnt il, avait dévié de ces principes; ensuite elles pererent la gentille censuré par un éloge libéral. » aux . uaorbidesse corruptrice qui donne aux lâchetés, Y^^^ités, des noms pleins de grâce, et qui répand un ^ ls eharmant sur des actes coupables, notre commode Brantôme, en son Histoire des grands Capi-G]Hfran^ais’ l’avait empruntée aux plus mauvais temps j». aHe. La phrase crue ie vais citer nest pas indigne
- d’
- etre
- ^se à côté de celle qui vient d’être rapportée : fines*6 ^us*eurs b°ns tours des dissimulations, feintes, fiit 6S et 9alanteries que fit ce bon roi (Louis XI), ce fÆlorsri par gentille industrie, il fit mourir son e duc de Guyenne, etc.»
- angia°^lmon générale, moins indulgente pour le nabab *0ltib S‘ <^tle ne ^ava^ la Chambre des Communes, le$ ai* dans l’excès contraire ; sa sévérité perce à travers Phrases qui suivent :
- P^rl ^ Clive, délivré des angoisses d’une accusation dentaire, tomba tout à coup dans l’inaction, l’ennui ^îroduction. — tv. g
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- et la mélancolie. La malignité de ses ennemis ; l’indig^ du traitement qu’il avait subi dans le Comité d’enquete’ la censure même, si douce quelle ait été, prononcée sul lui par la Chambre des Communes; la pensée qu’il regardé par une grande partie de ses concitoyens comme ^ tyran cruel et perfide : tout l’irritait, tout l’abattait. H deValt à son séjour dans l’Inde des infirmités et des souffrant cruelles; pour en suspendre la souffrance, il eut reçoit à l’opium, et par degrés il devint l’esclave de ce danger^ consolateur. Son esprit vigoureux s’affaiblit avec rapi^’ enfin, le 22 novembre 1 774, il mourut, âgé seulement quarante-neuf ans. » Le biographe ne dit pas, mais Mill affirme, que sa mort fut un suicide : le troisième tf?1 ait tenté.
- Pour couronner tous ses jugements à l’égard de Clive’ son panégyriste lui trouve plusieurs avantages en le C0&
- parant avec Alexandre, avec Condé, avec Charles
- X0-
- « Le seul homme, dit-il, aussi loin qu’il nous souvien11®’ qui dans le même jeune âge ait donné mêmes preuve5, talent pour la guerre fut Napoléon Bonaparte1. »
- A vingt-huit^ans, Bonaparte ne comptait plus d’e$a dans l’Europe militaire; il avait, comme Annibal, fore6 Alpes et détruit quatre armées. A vingt-huit ans, { n’avait pas encore gagné sa facile victoire de Plassy» n’était encore qu’un colonel éminent. Égaler en §e(1^ ces deux renommées doit sembler de l’extrême indulgeïJ pour le vainqueur d’Austerlitz chez le juge qui rappr°c^| dans ses étranges parallèles, un coxcomb et Montesq*110^ Enfin le célèbre essayiste, pour combler la mesure> craint pas de ranger Clive parmi les martyrs de la r «Son nom, s’écrie-t-il, si haut placé sur la liste des c°11
- .
- 1 The only man, as far as we recollect, who at an equat early 8 equal proof of talents for war, was Napoléon Bonaparte.
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- gerants, est écrit sur une liste meilleure; il est écrit 111 ta liste de ceux qui ont beaucoup fait ét beaucoup souffert b0llr le bonheur du genre humain1. »
- ne voudrais pas qu’on pût croire qu’aucun esprit de nat*ona^e me rend trop peu favorable à l’idolâtrie historien pour un homme public dont je suis loin de j .0nnaître les brillants côtés. J’aime mieux remplacer ^ Jugement, final que je pourrais exprimer par celui Un écrivain britannique digne d’une juste estime.
- O,
- pinion de M. Malcolm Ludlow sur lord Clive et lord Macaulay.
- i
- Iessant
- ieÇons
- tas
- tas C°Utons M. Malcolm Ludlow, jurisconsulte, pro-an milieu du Collège de Londres et tirant de ses Un ^yre exce^ent sur les races de ÏInde. « Parmi çj, lri^nences qui, je le crois, ont puissamment contribué,
- „ Ces dernières années, à démoraliser le sentiment ° ais au sujet de l’Inde, il faut compter le grand succès ta CeS CUrtaux essais de passe-passe en morale (experiments jyj ^0raZ leger-demain), les Essais biographiques de lord acaulay sur lorc| Clive et sur Warren Hastings. Leur eauté consiste à combiner la condamnation du crime ^ Acquittement du criminel; à manœuvrer de telle ?Ue toute une art^tarie de réprobation vertueuse 6te ^®chargée COÏ1tre le coupable, il sorte de là tel ta ^ Muscade échappe au gobelet du charlatan, sans vent°^re meurtrissure et grand comme un héros. L’in-ç}e l0rî Se trouve adaptée si dextrement à la basse moralité temps, que le faussaire tortionneur [tortionneer] a Pai être réellement
- revere et canonise comme un saint
- dis
- tatter r ïlai^le stands high on the roll of the conquerors. But it is found in a
- llst. in ]• , P îii ___i __cc__i i n .1
- ’ ln Uîe Est of those who hâve done and suffered much for the lpmessofmankind.
- 9'
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- d’Angleterre. Nos hommes publics répètent les deux no#5 que nous venons de citer comme les noms des deux hei’O5 de l’histoire anglaise aux grandes Indes. La facile journee de Plassy est la seule victoire anglo-indienne dont & semblent se souvenir. Cependant, à part toutes les queS' tions morales, sôus quel point de vue ces deux hom sont-ils supérieurs à lord Wellesley, à lord Moira» ^ lord W. Bentinck, en qualité d’administrateurs? Quel est» comme général, le talent d’un Robert Clive en présent de celui de l’héroïque Ochterlony ? Qu ’est l’affaire de PlasS^ à côté des trois immortelles actions d’une seule gueiTe’ Kirkie, Sitabouldie et Korigaom : sans parler d’autres vic toires obtenues en affrontant de vrais dangers contre deS ennemis aguerris autant qu’intrépides?»
- Il est temps de passer à l’administration du contint teur de lord Clive au Bengale.
- GOUVERNEMENT DE WARREN HASTINGS.
- Warren Hastings naquit en décembre 1782, sept ^ après Clive, qu’il suivra dans l’Inde à sept ans de distant' Mais Clive était parti sans avoir acquis d’instruction, ifleIïie secondaire; à dix-sept ans, Warren Hastings avait ce**1 piété ses humanités avec un grand éclat et promets à l’Angleterre un littérateur éminent. Dès sa tendre je^ nesse, il avait perdu son père, sa mère, et bientôt apreS un oncle, son premier tuteur. Le remplaçant de ce tut^ n’eut aucun égard aux dispositions d’un tel pupille; s^ écouter l’instituteur généreux par qui le brillant éle^e était initié dans l’étude des lettres et qui voulait l’envoyé’ à ses frais, se perfectionner par les hautes études ford, le nouveau tuteur, illettré mentor, l’embarque p° être commis à Calcutta : c’était en iy5o.
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- ^arren Hastings, au lieu de prendre en mépris le v^ai métier des agents de la Compagnie des Indes, s’ap-r îque à bien connaître, à bien pratiquer les achats, qui ['Q1*. Partie la plus difficile du grand commerce de rient. Ce fut l’origine honnête et facile de son rapide
- lancement.
- Après deux ans d’apprentissage à Calcutta, la Compa-§nie 1 envoie pour diriger la factorerie de Cossimbazar, j,. Marché de Cossim : c’était le faubourg commercial de importante cité de Moorshed-abad, la capitale musulmane
- Bengale.
- comptoir de Cossimbazar florissait surtout par la Vente des belles soieries que fabriquait la contrée circon-msine et par les produits précieux que le Gange appor-*1 des provinces supérieures les plus renommées pour leur industrie.
- ^ Ce paisible trafic fut troublé quand le vice-roi Sourajah-mécontent des Anglais, prit Calcutta et s’em-||aia du fort William, où cent vingt-trois Anglais périrent ns le funeste cachot noir.
- ^ -^es le moment où commença la guerre, Warren Has-os fut retenu prisonnier dans Moorshed-abad; mais ^ les bons offices des Danois, dont le comptoir était v°isin, il ne souffrit pas dans sa personne et fut laissé Pionnier sur parole. Il devint l’agent sans titre des An-? s ^i» fuyant Calcutta, s’étaient sauvés sur la petite île let, de Folda, vers l’embouchure du Gange. Son habi-sa 5 Sa P^oétration et sa vigueur de caractère marquaient Vocation pour des fonctions supérieures à la triture du ^Oaerce. Il se trouvait par sa position l’agent diploma-officieux et nécessaire, dans la capitale du vice-roi. i.ne larda pas à pénétrer les desseins que formaient J les conspirateurs indigènes qui devaient plus tard
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- détrôner ce prince; il aimait l’intrigue, il s’introduis11 dans leurs conciliabules. Ce rôle coupable mit bientôt sa vie en péril; il se sauva, et rejoignit à Fulda les autf# serviteurs de la Compagnie qui s’étaient enfuis de Calcutta*
- Cependant Clive , parti de Madras avec son petit cofps d’armée, remonte le Gange; Hastings, à l’exemple de CÉ^ heureux chef, quitte le rôle d’écrivain, de writer, les armes. L’œil perçant de Clive aperçoit bientôt dallS le jeune volontaire d’autres mérites que ceux d’un $o\à^\ Après la victoire de Plassy et le détrônement du vice-r01 Sourajah-Dowla, il envoie Hastings comme agent politi^6 auprès du nouveau nabab. Le jeune diplomate conseil pendant quatre années ce poste considérable. Eni7^V ses services le font nommer membre du Conseil ài?1 géant la Présidence de Calcutta. C’était le temps ^ l’administration la plus dissolue et des fortunes les scandaleuses; néanmoins les ennemis de Hastings ne lul font aucun reproche qui remonte à cette époque.
- Dans cette position, M. Macaulay fait ainsi son éloge ' « Il n’avait pas une extrême délicatesse au sujet des affnire5 d’argent; mais il n’était ni rapace ni sordide : son esprjt était trop éclairé pour regarder un grand empire du meIîie œil qu’un boucanier regarde un galion chargé de piastreS' Son cœur eût-il été bien plus mauvais qu’il ne l’était , intelligence l’aurait préservé d’un pareil excès de basse#6' C’était un homme d’Etat sans scrupules et peut-être satlS principes; mais, enfin, c’était un homme d’État et 11011 pas un flibustier. »
- Il semble que la fortune le destinait à ne jamais eser cer de hautes fonctions dans l’Inde en présence de CllV°’ toujours l’un partait quand l’autre arrivait. Lorsqu’il s1^ geaitau Conseil de Calcutta, Clive était en Angleterre ; lorsqu’en 1-76/1 Hastings revint pour la première fois da°S
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- la
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- •métropole, pour la dernière fois celui-ci retournait VeiMes bords du.Gange.
- tad ^ assure qu’après quatorze ans de séjour dans l’Eldo-^ 0 de la Compagnie sa fortune n’était pas immodérée : rare et méritoire alors, vu les hautes positions qu’il °CCupées. Au milieu des déiices de la métropole, il A {’; ent°* dissipé les économies qu’il rapportait avec lui. ^ egard des sommes qu’il laissait dans l’Inde entre les inc nS ^eS llsuïaers’ 11 eïl voulait retirer d’énormes intérêts, ^ tûpatibles avec une complète sécurité. Des banque-es > qu’il aurait dû croire possibles et même probables, uJjirent cette avidité.
- v<5 andis qu’il dissipait ainsi sa première fortune, il re-cLïîait,a s°n goût pour les belles-lettres. Pendant sa rési-a C?a ^a ^our mahornétane de Moorshed-abad, il avait , Decie l’importance de la langue persane, qui, sous les l x regnes des plus grands empereurs mogols, était la e de la Cour; c’est ainsi qu’autrefois, des bords du (ja^aux rives de l’Euphrate , la langue grecque était parlée v0td ^ours (les héritiers d’Alexandre. Hastings aurait I U ^Ue ^'université d’Oxford devînt le siège d’une école *aOgue persane aurait été professée en vue de l’Inde
- ^anrHque ; il échoua dans ce projet. j
- 6S ressources de Hastings épuisées, comme l’avaient Cel\pLlat0rZe anS P^us ^ ce^es de Clive, il tourna comme te 1C1 Ses regards vers l’Orient, vers ce beau pays créa-^ el reparateur de tant de fortunes.
- Londres, ses aptitudes commerciales avaient laissé Meilleurs souvenirs; on accueillit ses vœux. On le
- c%tïla conseiller supérieur de présidence à Madras. Là, §He^e au ^eilgale, l’amour de la politique et des succès ater1IeiS ava^ fait négliger les modestes affaires du com-e’ 1 incurie et le désordre avaient remplacé la vigi-
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- lance et l’économie, sources des meilleurs profits.
- de ce côté que l’habile conseiller s’applique à réformer leS
- abus. Il fait servir son expérience mercantile pour appb
- quer de nouveau l’intelligence, le calcul et le zèle à falie
- fructifier les fonds de la Compagnie par des achats bierl
- dirigés, ce grand secret des beaux dividendes. ..
- Recommandé par de tels services, lorsqu’en 1773 , fallut remplacer au Bengale un insignifiant successeur lord Clive, c’est Warren Hastings que Résigna l’instiP^ financier de la Cour des Directeurs.
- Cependant, au Bengale, les premiers soins du nouvel gouverneur durent se porter sur la politique et non le commerce; il lui fallait marcher péniblement dans cercle fictif tracé par le génie tortueux de son célèbre vancier. Aux yeux des peuples, le vice-roi gouver^ toujours le Bengale; mais il était en réalité l’humble sub01 donné de la Compagnie, tandis qu’elle-même était ceflsee le fermier, le zémindar d’un lieutenant du grand Mog0^'
- Les peuples jusqu’alors n’avaient payé volontiers
- le*
- impôts qu’au prince représentant l’empereur de Debty Les titres de ce souverain figuraient en tête des actes p blics émanés de Calcutta;la monnaie même, frappée na^ cette ville par les mains de la Présidence, portait attributs impériaux. Tels étaient les signes extérieurs* Pour gouverner au nom du fantôme appelé le SouDa dar ou vice-roi, les Anglais faisaient choix d’un indige^ qui dirigeait l’administration, les finances, la police & justice du Bengale, de Babar et d’Orissa. Ses app0*11^ ments, qui s’élevaient à deux millions de francs, montre*1
- bien quelle était l’importance de ses fonctions, auxque s’ajoutait l’administration des revenus du nabab; maire du palais servait ainsi de ministre à la maison prince.
- Ile*
- ce
- da
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- ne parle pas ici des départements de la guerre et s affaires étrangères, car la Présidence de Calcutta les ait dans sa main et ne les déléguait à personne.
- Le
- premier ministre de la cour de Moorshed-abad
- alors le personnage le plus important de l’Inde; il en
- gouvernait complètement la vice-royauté la plus populeuse a plus riche. Entre deux candidats puissants, le musul-311 Mohammed -Riza- khan et le brahmine Nuncomar, ^ portait le titre de Maha-rajah, de grand rajah, Clive avaff choisi le premier, comparativement le plus honnête. ^ je voulais caractériser le talent de Macaulay pour des parties essentielles de l’histoire, je citerais le por-1 vivant de Nuncomar. L’auteur ne vise pas aux traits de nClS ’ Pro^OI1ds et concis de Salluste, de Thucydide ou ^ ^°ssuet; il rappelle plutôt les ornements multipliés j es grâces étudiées d’Isocrate. S’il quitte le burin pour Puceau, il s’adonne à la miniature, en multipliant les Aces avec une finesse incomparable : on dirait Meis-|, ler peignant à la loupe, pour un étroit appartement, assassinat du plus brillant des Guises, j,, (( Nuncomar avait pris une part importante à toutes les .étions qui, depuis le vice-roi détrôné par Clive, lent agité le Bengale. Il était le plus éminent, et pour ^re le grand prêtre, des brahmines. A la considé->. 11 ffui dans l’Inde appartient aux castes élevées et
- taj S ^ ajoutait le poids qu’apportent la richesse, les et l’expérience. Il serait difficile de faire connaître ave Carac^re moral aux personnes familières seulement e<? ^humaine nature, telle quelle apparaît dans notre j'jj. ritannique. Ce que l’Italien est à l’Anglais, ce que gal^°U est a l’Italien, Nuncomar l’était aux autres Ben-ls* Le Bengalais a des organes débiles jusqu’à l’effé-ahon; ses occupations sont sédentaires, ses membres
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- délicats, ses mouvements langoureux. Pendant bien deS
- âges, on a vu des hommes de races plus fortes et pluS
- hardies le fouler sous leurs pieds. Le courage, l’indépe*1'
- dance et la véracité sont des qualités également peu fav°”
- risées par sa constitution, son tempérament et sa p°51
- tion servile. Son esprit et son corps ont une analo»16
- singulière. Son corps est faible jusqu’à faire désespe
- rer d’une mâle résistance; mais sa souplesse et son taC*
- excitent chez les habitants de plus rudes climats u°e
- admiration qui pourtant n’est pas sans mélange de méprlS'
- Tous les artifices, défense naturelle du faible, sont pluS
- familiers à cette Face flexible qu’ils ne l’étaient al1^
- Grecs d’Ionie à l’époque de Juvénal, aux Juifs disperses a
- l’époque du moyen âge. Ce que les cornes sont pou*1 ^
- buffle et les griffes pour le tigre, l’aiguillon poiir l’abe$e
- et la beauté pour la femme, au dire gracieux de la chanso11
- d’Athènes, l’art de tromper l’est pour le Bengalais. Pr°
- messes sans borne et séduisantes excuses, tissu parfait
- faussetés savamment ordonnées dans leurs circonstance5’
- ni
- ressources de la chicane et du faux au besoin, telles $° les armes de défense et d’attaque chez le peuple Gange inférieur. Ses millions d’habitants ne fournisse1^ pas un cipaye à la Compagnie; mais, comme usurier5’ comme changeurs, comme procureurs ou bêtes de pr°ie en arrêt derrière la loi, aucune race humaine ne peut lelïl être comparée. Avec sa douceur infinie, le Bengalais n est pas moins inflexible et sans pitié pour son ennemi-tenace persévérance à poursuivre ses projets ne le c'e qu’à la peur d’un péril imminent. Il ne manque pas mêIîie de cette espèce de courage qui souvent manque à maîtres. On le voit parfois opposer au danger inévitaf la fortitude passive que les stoïciens exigeaient de l®ul sage, plus fort que l’humanité. Un guerrier européen q111
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- ï^cipite, aux cris de hourra! sur une batterie frémira j^^is sous le scalpel du chirurgien, et tombera dans aB°nie du désespoir en écoutant son arrêt de mort. Le égalais, qui verrait son pays saccagé, sa maison reduite en cendres, ses enfants massacrés ou déshonorés, avoir le courage de frapper un coup vengeur, le égalais fait voir au besoin quil peut souffrir la torture jVe° ia fermeté, de Mutius et monter sur l’échafaud avec ^ Pas intrépide et le pouls tranquille d’Algernon Sydney, ^comar possédait, en les exagérant, ces défauts et ces ^alités. Souvent les Anglais l’avaient surpris en des me-*ees criminelles; il avait montré combien il savait trônais et trahir au besoin les Anglais, qui, pour le punir, U burent longtemps en prison. Ses talents et son in-.^ce l’avaient tiré du péril et lui donnaient une ^range considération, même parmi les gouvernants brigues.. Tel était le serpent civilisé qui depuis sept j^s v°yait son rival Mohammed-Riza-khan préféré dans ^riat du Bengale. Un enfant occupait le trône, et sa e^e était confiée au ministre musulman. » q ^ contrée qui fixe nos regards était alors pour la 0lïipagnie des Indes le sujet d’un triste désappointe* Ce pays que Clive avait faussement représenté 0t9iïie la terre promise des trésors, ce pays où le nabab, ^ ^rait-on, possédait des palais souterrains tout remplis je°lj de diamants et de perles, et de tant de joyaux, que ^vainqueur de Plassy rendait grâce à Dieu de n’en avoir Pns, léger tribut, pour plus de six à sept millions! le lra~t-on? ce Bengale ne pouvait pas suffire à payer ses ^Penses élargies sur une échelle britannique; et jusqu’aux ^Vldendes de la Compagnie finissaient par être com-
- Cett^18’ S* ^GS emPrants ne venaient Pas au secours de e ctrange conquérante.
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- Lorsqu’on vit à Londres qu’un royaume trop cél^re pour son opulence enrichissait si peu ses nouveaux maîti'eS’ au lieu de s’avouer les ressources limitées du pays* aima mieux accuser la mauvaise administration du nistre Mohammed-Riza-khan ; en môme temps, des bor, du Gange les calomnies du brahmine, son rival, pourgUl vaient le musulman jusqu’aux bords de la Tamise : ta s’étendait au loin l’artifice de Nuncomar.
- Les Directeurs écrivirent afin que Warren Hasd11^ destituât Mohammed et s’aidât de Nuncomar; mais ce dernier et le gouverneur existait une haine invétéree' Le ministre fut destitué, sans être remplacé. WarreI1 Hastings saisit la conjoncture pour accomplir au Beu#a une autre révolution. Le mensonge politique de gouvel, ner à l’ombre d’un nabab esclave disparut; il fit place l’autorité patente de la Compagnie. On établit un sys^ boiteux, imparfait mais hardi, pour la finance et la tice, administrées désormais sous le contrôle déclare la Compagnie. }
- On laissait au nabab son titre, sa dignité, son rang ® tesse et sa liste civile princière. Il était enfant; sagar, , fut confiée à la Béguin, veuve de son père. Son trèso*ie fut uniïi§ de ce Nuncomar que Warren Hastings d’autant m'oins paraître oublier qu’il avait employé rare habileté pour consommer d’aussi grands change*!1611* L’artifice avait été de laisser croire à cet Hindou qu’ü vaillait pour lui-même; mais à la fin le brahmine, trompé, mystifié, ne reçut rien et ne fut rien. HastJl1^ ne prévoyait pas quels tourments il se préparait eïl
- faisant à plaisir un mortel ennemi... ^
- Ces changements rendaient l’administration pluS e pendieuse et ne la rendaient pas plus productive ; 1
- faisaient pas droit aux réclamations pressantes de la ^
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- des Di
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- uirecteurs, qui demandait à grands cris de quoi payer es Actionnaires.
- ^ faut voir avec quelle hypocrisie toutes ces demandes ^ dites étaient formulées. « Gouvernez avec douceur s Suj;ets, mais envoyez-nous plus d’argent ; traitez avec Pect et justice les États circonvoisins, mais envoyez-s de l’argent, et toujours plus d’argent. »
- ^ paraît encore le redoutable inconvénient de gou-^ fter des nations à cinq mille lieues de distance : la moitié tour de la terre. Au gouverneur du Bengale on com- * j. ^dait de faire passer à Londres sans délai douze rnil-0ï)s> lorsque sa caisse était vide et que sa troupe était s solde. Hastings vit bien qu’il fallait, dit son spirituel §raphe, désobéir en quelque chose aux Directeurs; il la désobéissance qu’ils pardonneraient le plus ^ent. Sa perspicacité lui révéla que la conduite la sure était d’oublier les sermons et de trouver les
- Wus
- °ulant aux pieds le traité solennel qui fixait la liste e du ci-devant vice-roi, il en confisqua la moitié. Par Autre traité la Compagnie était tenue de payer chaque 866 Se^t mdbons et demi au grand Mogol, à titre de a erAiu, en lui laissant les apanages de Corah et d’Allah-))rét ^ast*n§s et millions et territoires, sous le
- (j ex*e que l’empereur n’avait plus d’indépendance. Les çj J1* villes et leurs districts, il les vendit au prince d’Oude, Ce °e beau pays qui vient d’étonner les deux mondes, de 0 r°yaume sur lequel ont pesé tant d’iniquités, quelles à ia causé la grande et récente rébellion qui fit pSle;"AJn«leterre sur ses plus vastes conquêtes. Le Uiê 06 ^ude> Par une dérision insolente, se nomma lui-Hù j?6 v*zir de cet empire mogol dont Warren Hastings et liaient aux pieds tous les droits. Avec de tels moyens
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- le gouverneur trouvera bien plus que les douze de francs réclamés de Londres avec tant d’ardeur.
- En voie d’injustice, Hastings ne veut pas s’arrêter p°llf si peu. Quand les princes mogols, arrivant du septentri0*1' passèrent les monts pour conquérir l’Inde, ils en ragèrent l’immigration d’un peuple belliqueux, °rl^ naire des pays situés au nord-ouest de l’Indus; on ^ donna, comme un grand feude militaire, la contrée fel’tJ qu’arrose la Ramgunga et qui s’étend depuis les xno^ neigeux de Kumaon jusqu’au Gange. Leurs tribus guef rières étaient aussi belles que vaillantes, et n’exceliaie pas moins aux arts de la paix qu’à l’art des combats-se gouvernaient eux-mêmes et se faisaient respecter, qual1 l’anarchie désolait le reste de l’Inde. On les appelait ^ Rohillas et leur pays était le Rohilconde.
- L’avide Soujah-Dowla, vizir d’Oude, convoitait ^ territoire, qu’il ne pouvait pas conquérir avec ses se^eS forces; il achète et Rohilconde et Rohillas à WarlfI1 Hastings, qui n’avait aucun droit de les vendre. De veaux millions, toujours pour Londres, soldent l’infâ1*1 marché. En livrant ce peuple heureux et libre à la fer°C tyrannie de Soujah-Dowla, Hastings ne stipula pas la P
- légère garantie. Le sang des troupes anglaises fut répa° pour conquérir cet esclavage; la mort des princes et plus vaillants Rohillas ne suffit pas à repousser la s tude. Le vizir d’Oude, étranger aux victoires remp°r
- lu*
- d*
- et#
- rtée5
- pour lui, les déshonora par l’incendie et le massacre.^ d’échapper à cette extermination, plus de cent 1111 Rohillas de tout sexe et de tout âge s’enfuirent au fond a jongles empestés; ils préféraient la fièvre, la famine e dent du tigre aux persécutions du tyran que leur imp°sa l’indifférent Hastings. Pour achever un infâme tableatl
- ° *1 iXiV1
- disons que ce gouverneur sans entrailles, comme n e
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- ai)s conscience, quand il apprit tant d’horreurs, n’adressa ^as au vizir la plus légère remontrance; et pourtant de sa la moindre menace aurait fait reculer la cruauté de l)’ran pusillanime.
- Providence réservait dans sa justice, pour le châti-!**etU de Hastings, les stigmates ineffaçables que devaient ^Primer sur son nom Burke, Fox et Sheridan : les trois s redoutables orateurs de l’Angleterre, au xvuT siècle, le funeste emploi des armes britanniques, la seule P°pulation qui dans l’Inde surpassât toutes les autres bravoure fut courbée sous le joug d’un tyran avide, c ae et sanguinaire. La misère et la dépopulation furent le Ull de la conquête; cependant les restes de la vaillante ^ad°n subsistent encore. «Jusqu’à ce jour, disait en 1842 ^ j ^acaulay, qui dans cette première partie, j’aime ^ e dire, est d’une vérité parfaite, la valeur et le respect j, s°i-même, un esprit chevaleresque si rare en Asie, et c^er souvenir du grand crime britannique, distinguent • rejetons de la noble race afghane; ils sont encore au-^ r<l hui regardés comme les cipayes les plus redoutables les combats à l’arme blanche. Enfin, les seuls natifs ^ ^ We auxquels le mot de gentleman pût s’appliquer la noble acception des sentiments d’un gentilhomme, Natifs se trouvaient parmi les Rohillas. »
- °ür atténuer, s’il se pouvait, des actes si criminels, çSOïls que Warren Hastings a mérité beaucoup mieux de la g^P^nie par l’ordre nouveau qu’il introduisait au Ben-
- ces
- e* en finissant par obtenir de ce pays quatre millions f FeVenu net : sans compter les vingt-cinq millions de
- d’argent comptant et les six millions par année pour ^ Penses militaires imposées au vizir d’Oude, afin de sol-Sa troupe anglaise.
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- La charte de la Compagnie, renouvelée en 1773.
- \ ,
- Pendant que se passaient les événements qui vie11'
- nent d’être relatés, le Parlement votait pour vingt ans îa charte renouvelée de la Compagnie, sous le titre de Ref' lation Act, Acte organique.
- Les dispositions de cette charte doivent être l’objet d’une attention particulière. A l’égard du commerce W] en Asie, elle renouvelle purement et simplement les prl viléges garantis par les chartes précédentes.
- Elle fixe à la somme de 9,520,925 francs la valeur^5 marchandises de la métropole que la Compagnie sera tenue d’envoyer chaque année en Orient. D’après les dernie1*5 comptes officiels, la valeur des produits britanniques eir voyés à la même destination s’élève à 757,058,076 dans cette partie de l’univers, pour l’année 1858.
- Ainsi, dans l’espace de quatre-vingt-cinq ans, le co&‘ merce des produits britanniques en Orient s’est ac^ dans le rapport de un à soixante et dix-neuf. Nous aur0llS soin de rechercher et d’expliquer les causes et les circo115 tances d’un progrès si merveilleux.
- Quelques dispositions avaient pour objet d’empêe^1 les commerces abusifs qui pouvaient être faits par ^ agents de la Compagnie. L’article le plus remarqué était le suivant :
- «Aux officiers du fisc et de la justice, il est interdit faire le trafic du sel, du bétel, du tabac et du rizl, sl ^ n’est pour le compte de la Compagnie : sous peine payer, à titre d’amende, trois fois la valeur des marché dises achetées.»
- 1 La Compagnie achetait ces produits pour les exporter, et non paS faire concurrence aux indigènes sur les marchés du pays.
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- Salutaires mesures adoptées à Végard de la Compagnie.
- ^ côte des dispositions commerciales on trouve des on' dont ^°bjet est de procurer plus de sagesse aux ^ j^10ns de la Compagnie. Pour constituer une Cour ot d Uecteurs dont les membres aient plus d’expérience ^ °n* 1 esprit ne soit pas sujet à changer d’une année
- so aU*re’ au Heu que ces membres soient tous les ans Vep 1S a des élections nouvelles, ils ne seront plus renou-jS ^Ue par quart chaque année.
- Ve^e Gouvernement prend aussi des précautions pour pré-jl lr les abus dans l’Assemblée générale des actionnaires. de erupêcber qu’on transfère à des complaisants, à % TldeS’ les noml)reuses actions qu’un riche propriétaire ^ud^^souvent P°ur disposer à son gré d’une mul-de e de voix. En conséquence, lorsque des transferts complaisance ou des yentes fictives seront opérés pour lett ^Uer Un droit de vote, la loi déclare nulle toute contre-ti0rjs assurant à l’ambitieux possesseur le retour des ac-
- rL . airisi transférées. Autrefois i2,5oo francs donnaient
- uroit J ...
- s°ïïi G V°te aux actionnaires; à partir de 1773, cette
- üe donne que le droit de discuter dans l’Assem-: Ü faut d ésormais le double pour voter.
- Un a e*mitive, le nombre des votes dont pourra disposer ïïleïïle propriétaire est réglé comme il suit :
- Valet
- -ur d actions possédées :
- 25,ooo francs, 1 75,000 2
- i5o,ooo 3
- 25o,ooo et plus, 4
- votes.
- ces dispositions, un actionnaire tel que lord lVe> avec i,x5o,ooo francs d’actions, pouvait donner
- ÏNTRODCCTION. — IV. 10
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- droit de voter à cent personnes. Mais, à partir de *7', le propriétaire le plus turbulent et le pluà dominant11 plus compté que quatre votes à sa disposition.
- Création d’un gouverneur général; composition de son Conseil-
- L’importance acquise par la Présidence de Calcutta devenue si considérable, que lé chef qui la dirige obt1 le titre de Gouverneur général, ayant sous sa direct suprême toutes les autres Présidences. t
- On donne au gouverneur général la présidence d Conseil composé de quatre membres et du président-Par une imprévoyance incroyable, on conserve ^ majorité de ce Conseil la décision de tous les actes gouvernement et d’administration supérieure, soit $^ portent sur des intérêts purement commerciaux ou ^ des intérêts politiques. Le législateur, dépourvu de*P rience et de lumières, n’a pas su prévoir les passion l’esprit de parti qui devaient s’attacher au gouverI1, ment lointain d’un pays immense et de population diverses d’origines, de mœurs et d’intérêts. Nous verf bientôt les difficultés les plus graves naître de cette prévoyance. - e5
- Ici le danger résulte d’une organisation dont les l°r ^ et les principes auraient dû changer avec la nature et grandeur du pays à gouverner.
- Création d’une Cour suprême de justice au Bengale-
- , t nt^
- Une autre mesure, complètement innovée, preso* des embarras et des périls plus sérieux encore. ^ Au lieu d’imiter la sagesse des Romains dans levrS^$ quêtes, au lieu de laisser aux vaincus l’ensemble de
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- tais £+ i j
- s , ae eurs coutumes, le législateur porte la main l’h °rc^re judiciaire, qui touche de si près aux intérêts, à ^Ueiir, à la vie, soit des vainqueurs, soit des vaincus. I'?1’ ^ l’Acte de 1 773, le roi peut par une charte Cot^ lr a Calcutta une Cour suprême de justice; elle sera ^eïi!j0S^e C^Un jus^ce e* tr°is autres juges
- ant ^GUr jurl(llctlon sur les provinces du Bengale, de des^-6* (^rissa* Elle décidera des plaintes portées sur pQ^Crilîles contre les sujets du roi et pourra diriger des Pou jUltes contre les employés de la Compagnie; seront ttlQ. an^ exceptés le gouverneur et ses conseillers, à j^s ^Ue ce ne soit pour trahison ou félonie.
- Phîtn C^3rte (l°nne une grailde prérogative à la Cour su-^ G* ^eS rtyalati°ns délibérées en conseil, qui doivent ^ taw da peuple indien, n’auront force exécutive Co^ïeS ^eur entérinement dans les registres de cette de p * privilège comparable à celui qu’avait le Parlement aris sous l’ancienne monarchie française.
- Pe4d lleUreUSemen* Ce Pouvo*r judiciaire, dont l’indé-pré .ariCe était si bien établie, ne reçut pas des limites teu^lS6S (îllaint à l’étendue de sa juridiction. Le iégisla-^arut Pas même soupçonner qu’ün jour la Cour ^cid^6 P°urra*t empiéter sur des causes auparavant ^ïa668 ^ar ^GS ju§es iüdigènes, non pas suivant les lois
- ‘"an1
- Ses • mais suivant la loi du Koran pour les musul-
- ^ Sll^Vant le code de Manou pour les Hindous. On dUr ^lnad pas quelle adopterait des formes de procé-
- en horreur aux Orientaux.
- d°itn crut avoir prodigué tous les bienfaits, d’une part, en <ta p aiît au Pouvoir judiciaire une pleine indépendance;
- seil}
- autr<
- ®rs.
- en assurant au gouverneur général, à ses con-
- Wils ains^ qu’aux juges, des traitements si généreux, Permettraient à ces hauts fonctionnaires de conserver
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- une intégrité parfaite, sans avoir besoin de penser à lelirS
- intérêts pécuniaires.
- Énormes traitements fixés par VActe du Parlement.
- Le gouverneur général....................* 626,000 fr.
- Chaque conseiller. ..................... 2 5o,ooo
- Le lord chef de justice................. 200,000
- Chaque autre juge....................... i5o,ooo
- A tous ces hauts fonctionnaires, ainsi qu’à leurs sub01 donnés, il est interdit de recevoir aucun présent, saîl le restituer à la Compagnie.
- Intervention du Gouvernement dans les affaires et dans les revend ' de la Compagnie.
- Pour la première fois, dans une charte de la Co^P3 gnie, l’ordre est donné de communiquer au Gouverï1^ ment la correspondance de la Cour des Directeurs a ITnde. Voici la teneur de l’article : ^
- « Des copies de toutes les lettres et des ordres enV°^jj par la Compagnie seront adressées : à la trésorerie^’ ^ s’agit des revenus; au principal secrétaire d’État, s’il sa$ d’affaires civiles et militaires. La communication sera quatorze jours avant l’expédition pour l’Inde. »
- Voilà le premier germe de l’invasion gouverner»e,îtl^ dans les affaires de la Compagnie. Nous aurons soi*1 faire apprécier les progrès et les conséquences de & action ministérielle ; après une lutte de soixante et <lul ans, elle a fini par l’abolition complète des pouvoir la grande association commerciale. ^
- L’acte de 1773 contient des dispositions fiscales P obliger la Compagnie à payer au trésor public des sou
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- p^z importantes, prélevées sur les revenus territoriaux. ^ jourd’hui, la grande difficulté du Gouvernement sera , 116 pas payer avec les fonds métropolitains une partie ^dettes de l’Inde et le déficit annuel.
- °ur son propre malheur, llastings, entraîné par le j enir d’une amitié d’enfance, avait fait choisir comme j de la justice le vil et cruel Elijah Empey : le
- aabardemoïit et le Jeffrey s de l’Asie britannique.
- désordres produits dans l’Inde par l’impéritie parlementaire. ^sPosdi°n désastreuse, empruntée aux chartes pré-
- e*ites, disposition qui n’avait pas produit de mauvais
- <*d
- ajj .S lQrsquL’il ne s’agissait que d’intérêts commerciaux, ait conduire à des résultats funestes dans un gouvernej 1 politique et lointain où s’agitaient à la fois les passions s deux mondes.
- ‘^fiîsi que nous l’avons annoncé, le pouvoir gouverne-mi était collectif entre un gouverneur général et re conseillers. Les décisions devaient être prises à la ^°mé des voix ; on donnait seulement voix prépondé-au président, en cas de partage, leu ^ Cr°^ <luun ^es conseiders, M. Francis, était l’au-^ anonyme et célèbre à jamais des Lettres de Janius, ^ ices avant son départ pour l’Inde. Au Parlement, ^ a^cutta, il fit éclater l’animosité fébrile et l’âpreté formidable anonyme. Par la résistance inflexible qu’il jq ^esta pendant plusieurs années, le gouvernement de T e fot dans un état perpétuel de convulsion. ne majorité qui comptait Francis et deux autres con-
- Ü
- ^ dlers hostiles à Warren Hastings décidait à son gré 4^es importantes-, et le gouverneur général, obligé
- eir> n’avait que l’ombre du pouvoir.
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- A ce spectacle, Nuncomar croit voir se lever pour
- lu»
- do
- le jour de la vengeance et de la grandeur; il accuse simonie le gouverneur devant le Conseil de la Présiden00, A ce Conseil, qui veut connaître de la plainte, Wa11®11 Hastings dénie le droit d’informer contre lui. EncourageS par l’exemple d’un premier délateur, une foule de galais considérables multiplient les dénonciations contfe celui qu’ils croient alors sur le bord de l’abîme, et devant lequel ils cessent de trembler. j
- Au milieu de ces menées, un étonnement gén0ra saisit les Européens et stupéfie les indigènes lorsqu»0^, apprend que Nuncomar lui-même, dénoncé par un inconnu, est jeté dans les fers. Il est accusé d’avoir, d)r six ans, pour une obligation monétaire contrefaite, c°l11 mis un délit que les Indiens regardaient comme à pe^ correctionnel. On forme un jury, composé seule#1^ d’Anglais, pour prononcer qu’il est coupable. Aussitôt chef de la justice, Empey, déclare qu’il inflige à l'accü® la peine anglaise, la peine de mort; et cette peine’ ^ l’aggrave encore par un supplice infamant : il applique ce brahmine une loi d’Occident, inconnue des Hind°u^ en prononçant un châtiment étranger à leurs moeur5 contraire à leur code sacré. En un cas si grave, il lai au moins en référer au souverain, suprême arbitre
- d0S
- d0
- grâces; mais, dans l’intérêt mal compris de Hastings et sa vengeance, Elijab Empey voulait la mort sans appe^ 6 sans merci. Le gouverneur général seul aurait pu prooofl cer un sursis; il s’abstint de le prononcer.
- On allait exécuter le grand prêtre des brahmines, aV^f en lui la caste suprême, porter la main des profaoeS un des ministres les plus fidèles à la religion des Hin^o^ on allait, par un supplice ignominieux, fouler aux pie l’inviolabilité des représentants sacrés de Brahina.
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- ^1 lc^tTIe de la vengeance, Nuncomar sut mourir avec fr> f et dignité, tandis que le peuple entier du Bengale d’horreur et vouait à l’exécration la tyrannie g11 °sait appeler justice britannique. n Se prononçant contre ce meurtre judiciaire, M. Ma-
- raula
- ne découvre aucune excuse pour Ernpey ; mais il IJati eC°Uvre Pour Hastings, le promoteur d’une condam-^ n et 1 approbateur d’un supplice qui s’accomplissaient ^^n^lce* Après l’exécution du brahmine des brah-go^Gs’ ^a v°ix de paille délateurs se tut â l’instant; le sür r6rrieilr général a trouvé plus tard bien des obstacles .,!a r°llte, mais il n’a plus trouvé d’accusateurs indiens : î’elf la JUs^“cati°n* Rendons à la vérité son empire; c lcacdé d’un supplice et la terreur qu’il fait naître n’en ^tituent ni la légalité ni la justice. pe ,erïllnent biographe reste toujours équitable lorsqu’il ag!t pas d1 un gouverneur; sa probité blâme la Com-da e» qui se couvrait d’un vernis de moralité en con-c°5d aïl^> ^ai exemP^e> ^extermination des Rohillas. «Ils d> atïlrïèrent, dit-il en termes énergiques, l’injustice d> I)trePrendre des guerres offensives sous le seul prétexte j/^aniages pécuniaires; ils oubliaient complètement que avait cherché ces avantages non pas pour lui, tet,S ^°Ul> satisfaire à leurs demandes. Prescrire l’honnê-r ’ *andis qu’on insiste afin d’obtenir ce qui né peut être r^bletetïlent °btenu, telle était alors la pratique inva-^Ue ^ ^ ^omPa8n^e* Aussi pouvait-on dire d’elle ce
- Pas* a<^ ^ac^eth disait de son époux: «Il ne voudrait ^J°uer en trompant, et veut gagner injustement.» gor 11 Vlt fiuau f°nd ^es déprédations opérées pour Vç^er d’or les actionnaires justifiaient à leurs yeux le gou-}0s eur général, qu’ils censuraient en apparence. Lorsque a°tes criminels de Warren Hastings eurent soulevé
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- n .
- contre lui l’opinion publique en Angleterre, le muuste désira que l’Assemblée générale des propriétaires votât ^ adresse au Gouvernement pour demander le rapp^ grand coupable ; parce que cette adresse, d’après les disp^
- le
- des
- sitions de l’acte organique de 1773, aurait autorise ministère à destituer Hastings. On convoque la Cour propriétaires. Les lords de la trésorerie réclament laSSl^ duité de tous les actionnaires dévoués au cabinet; PairS ^ Conseillers privés, au nombre de cinquante, obéissent cet appel. Néanmoins un si puissant concours ne suffit paS pour procurer la majorité : tant était protégé celui de les gouverneurs qui possédait au plus haut degré l’art trouver les dividendes, perfas et nefas.
- Le prudent Hastings avait fait parvenir en secret a s011 représentant de Londres sa démission, pour la donnel lorsqu’il faudrait absolument céder à l’orage. Au iïidiel| des scènes violentes que nous venons d’indiquer, l’ae> crut devoir adresser cette démission à la Cour des DireC teurs, qui nomma sur-le-champ M. Wheler pour gouVel neur général. Lorsque ce remplaçant arriva dans l’ln^6' Hastings désavoua sa propre démission et trouva le seC*u de rester gouverneur; il fit mieux, il s’adjoignit l’hur0 Wheler comme simple conseiller.
- ble
- Anarchie de la nouvelle justice introduite dans l’Inde.
- Nous avons signalé le vice le plus périlleux de la Cha^e renouvelée en 1773 : c’était d’établir dans une comp^ indépendance le pouvoir politique et le pouvoir judicia11^’ sans daigner fixer leurs limites et leurs rapports. A Calctltt? les juges, profitant de cette omission, prétendirent s a^ buer l’autorité suprême; leurs envahissements setendif6 non-seulement au sein de la capitale, mais jusqu’au
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- provinces. Partout les magistrats anglais procédèrent de 'jf §enaent des natifs suivant la loi si souvent mal définie j Angleterre, sans rien épargner des complications, des j.|^eurs et des énormes dépenses qui la rendaient dans ^ e beaucoup plus calamiteuse que dans la Grande-^US encore ^ue Ie f°nd, les formes révoltaient ^esPrits et blessaient les mœurs des populations orien-Macaulay, fauteur d’un code qui, soixante ans t°Ut *ar^’ ^ Préparé pour l’Hindoustan, était plus que autre capable de signaler les inconvénients extrêmes nous venons d’indiquer. Écoutons-le : « Les senti-Se- lS les plus puissants de notre nature, l’honneur au soul ^ ^am*^e’ re%i°n’ modestie féminine, se ^ evaient contre une telle innovation. L’arrestation
- ^fle des parties était le premier pas d’un grand nombre tait^r°CeS civils; or, pour un natif, l’emprisonnement n’é-ç>, Pas seulement la perte de la plus précieuse liberté, s la souillure d’un outrage personnel. On exigeait le du ^ cbaque degré d’une procédure, et la répulsion cèe^Ua^re ^ l®Sar(l du serment est à peine plus pronon-l’O '^Ue Ce^e d’un Indien respectable et respecté. Dans lleflt, forcer par des recors l’entrée des apparte-j d’une dame de qualité et la contraindre à subir piu^ards d’un étranger sont d’intolérables outrages, Vei>S le(^oul:®s que la mort et qu’on ne peut expier qu’en plu ^ san§’ ^ bien 1 a ces outrages, les familles les , - Afliinenles d’Orissa, de Babar et du Bengale étaient flot 111918 exPos®es' ïmaginez en quel état serait jetée j^.re Angleterre si tout à coup on. y pratiquait une çj sPrudence qui serait pour nous ce que la nôtre était a^V?11Ue pour nos sujets asiatiques; imaginez ce qu’il je V!eil(lrait s’il était ordonné que le premier venu, par SlIflple serment qu’il est créancier, acquerrait le droit
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- de braver, d’insulter les personnages les plus respectable et les plus révérés, de cravacher un général, de mettre aü* fers un évêque, d’insulter les femmes de la plus austef6 délicatesse et d’outrager les plus grandes dames, en u11 mot d’agir de manière à justifier même l’insurrection Wat Tyler, cet Hampden du moyen âge! Tel était le$e* produit par les invasions de la Cour suprême afin d’appe santir sa juridiction dans tout le territoire soumis a ^ Compagnie.
- « Alors commença dans l’Inde un règne de terreur
- de
- toi®'
- ofl
- terreur accrue par le mystère. Ce qu’on endurait d’into rable semblait moins horrible que les conséquences qu appréhendait. Nul ne savait ce qu’on pouvait attendre cet étrange et formidable tribunal ; il venait d’au delà deS ondes noires! c’est ainsi que les Hindous, avec une hoir®1*1 fanatique, appellent la mer : la mer, par ou viennent leS oppresseurs. Parmi les hommes qui composaient la u°u velle magistrature, pas un n’était familier avec les usageh des millions de natifs sur lesquels s’appesantissait son aUt0 rité sans bornes. De cette magistrature, les registres, ^ actes, étaient écrits en caractères inconnus aux natifs» les sentences prononcées en termes incompris. EHe ^ semblait autour d’elle une armée d’agents empruntes a pire espèce de la population. C’étaient autant de teurs, de faux témoins, d’instigateurs de procès, de supp^15 de chicane, et par-dessus tout une bande de recors aupreS de qui les soutiens de nos plus mauvais lieux, dans voS temps les plus dépravés, pouvaient être considérés co#11*1 des gens d’un cœur compatissant et vertueux. Beauc0tî^ de natifs hautement considérés par leurs concitoyeïl étaient appréhendés au corps, entraînés à Calc11^’ jetés dans la prison commune à tous les malfaitellfS non pas comme accusés de quelque crime ou de cjuel^11
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- te certifiée, mais seulement par simple précaution, cita" aU rnomen* viendrait le tour de leur cause. On t'ai)]1* ^ °aS 01^ ^eS ^ommes de dignité la plus véné-e> persécutés sans motifs par des eætorsionneurs, étaient rs de honte et d’indignation sous les serres des vils du chef de justice Elijah Empey. Les harems des es roahométans, ces sanctuaires de la vertu domes-Avérés dans toute l’Asie par les gouvernements <ïle respectent rien-au monde, ces asiles de la pudeur P ouverts avec effraction par des hordes de sbires.
- rnusulmans, plus valeureux et moins faits au servage ^L1e les Hindous, quelquefois osaient se défendre; il était “ cas où ces hommes hardis versaient leur sang à leur les 5113118 ^esP°*r de sauvegarder, le cimeterre à la main, jj aPpartements sacrés de leurs femmes et de leurs filles. **Wait même que les faibles Bengalais, qui s’étaient °sternes aux pieds du soubahdar Sourajah-Dowla, qui tenus muets en subissant la violence outrageuse ji, (suPpots d’un shérif, oseraient enfin résister avec ^Pce. Sachons le dire, jamais invasion des Mahrattes ne jnPaudit aUx bords du Gange un effroi comparable à ^ ïîvasion des jugears d’Angleterre. Il n’était pas d’iniquité Premiers oppresseurs, accourus d’Europe ou d’Asie, 11 eut été reçue comme un bienfait quand on la corn-^ avec la justice innovée par la Cour suprême.
- °utes les classes d’habitants, Anglais ou natifs, ex-saie ^améliques procureurs de bas étage, qu’engrais-t ^ la misère et la terreur d’une immense société, ^ devaient la voix contre cette effrayante oppres-^ » mais les juges, inviolables, restaient impassibles
- sieT leUr usurpation. Si quelque sergent, quelque huis-«P«mvait de la résistance, on requérait la force ee. Si quelque serviteur de la Compagnie, d’après les
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- ordres du gouverneur, s’opposait aux misérables âge11*5 qui, portant le mandat d’Empey, dépassaient en insolence' en rapacité, les bandes de voleurs armés, les Dacoïts, il eta|l jeté dans un cachot pour mépris de la justice. DepulS cette époque, éloignée déjà de trois quarts de siecle> c’est en vain que beaucoup d’éminents magistrats, plelIjS de modération, de sagesse et de vertu, ont honore justice de la Cour suprême, rentrée dans ses hoï$e,i légitimes; ils n’ont pas encore effacé dans l’esprit &eS peuples du Bengale le souvenir de ces détestables joUfS' Cette fois, du moins, les membres du Gouvernement, °u bliant leurs discords, furent unis comme un seul hom036' Pour servir sa vengeance, Hastings avait courtise ^
- juges; en eux, il avait trouvé d’obséquieux et
- d’ulüeS
- très
- de
- eid
- instruments; mais d’eux il ne voulait' faire ni les mal de l’Inde ni ses maîtres à lui-même. Son esprit avait l’étendue et sa connaissance du caractère des natifs profonde. Il aperçut à quel point le système suivi paf Cour suprême dégradait le Gouvernement et ruitf le peuple; il résolut d’y résister et il le fit avec énergje Aussitôt l’amitié, si pareil sentiment pouvait exprimer liaison jadis existante avec Empey, cette amitié fut bi’ise^ Le gouverneur se plaça d’un cœur ferme entre le peUP et le tribunal despotique. Alors le chef de la justice recours aux excès les plus sauvages. Le gouverneur % néral et tous les membres du Conseil reçurent ma*1 , de comparaître devant les juges du roi et d’avoir à re pondre sur leurs actes publics : c’en était trop. Hastmo.j avec un juste mépris, refusa d’obéir à la sommation»^ mit en liberté les personnes injustement détenues par Cour usurpatrice. Il inventerait avec facilité les meSl’ ^ nécessaires pour résister indéfiniment; mais son génie* tile en expédients, lui suggère de préférence un moye*1
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- tout
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- j h a^ser en pactisant avec le vice : il emploie l’argent,
- * €, afin de paralyser la tyrannie judiciaire.
- si ', aPPel à la corruption de cette justice anglaise,
- Pour son incorruptibilité fondée sur la gran-
- \ ^6S aPV°intements• L’indépendance du lord chef
- a justice administrée au nom du roi était assurée,
- Jait-on, par un traitement annuel de 200,000 francs : cétait +
- j c troP peu. Hastings propose à l’insatiable Empey de ç ll0lïlIuer aussi grand juge d’un tribunal financier de la ^0lupagnie, et de lui donner, à ce titre, 200,000 autres atlCs- Séduit par cette garantie nouvelle offerte à sa ^ ^ accepte. 11 convient avec le gouverneur général
- ^ andonner les prétentions exorbitantes de sa juridiction ^Peenne ; s’il osait les renouveler, il perdrait à l’instant gal^!16 Pature additionnelle. Le marché conclu, le Ben-bo SaUv^’ l aPPel aux armes évité, le chef de la justice se i\ ^Ve a ^°is apaisé, opulent et surtout infâme. » Infâme ! afi 6*ai^ mo*ns Par ce marclié qu’en suppliciant Nuncomar _ 11 dobliger son ami d’enfance, Warren Hastings, pre-auteur de sa fortune.
- Lutte de Hastings contre Hyder-Ali.
- Vers l’année 1760, Hyder-Ali commençait. C’était un lu' ^ ^ortune jamais n’apprit à lire et dut tout à ^eme; de très-basse origine, il s’élève par sa vaillance génie. Dès qu’il conduit quelques soldats, tous Passés par son audace, on reconnaît qu’il a reçu de la ttre le double don de commander et de conquérir. Il nte en grade; il dépasse en capacité les chefs qui se ^ tageaient les commandements et les gouvernements. P^me est-il devenu général, il se fait souverain. Il em-le des prodiges de prudence et d’artifice à composer,
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- à grossir son État avec les débris des gouvernements que l’anarchie morcelait de toutes parts. Il a compris quaP , la valeur des armes, c’est la prospérité de ses sujets ^ fera durer sa puissance, et qu’au milieu’de son inexorab despotisme lui seul doit disposer en despote et des braS et des biens de son peuple. Ainsi fut fondé le royaUIÏie de Mysore, avec un instinct de haine musulmane contre l’usurpation anglaise. Cette usurpation, le génie d’Hy^er Ali la prévoit; il la défie.
- Tout d’un coup, avec un armement de cent ca»oïlS que traînent avec eux quatre-vingt-dix mille soldats, à'lsCl plinés et dirigés par beaucoup d’officiers français, d ^ cend des montagnes du sud-ouest; il soumet à son pouV011 les plaines du Carnatic, et déjà, par l’incendie des viHageS’ il annonce aux Européens son approche de Madras. keS élégantes villas que le commerce a bâties autour de ce^e capitale sont abandonnées par leurs riches propriétaire et tous se réfugient dans le fort Saint-Georges. Bailhe Munro commandaient deux corps d’armée : l’un est de truit, l’autre défait. Hastings, apprenant ces lugubres velles, agit vraiment en gouverneur général; il destin8 le gouverneur de la Présidence de Madras, et remet force imposante à sir Eyre Coote afin de combattre Hy^er Ali. Les Anglais, à Porto-Novo, remportent, sous les de ce capitaine éminent, leur premier avantage.
- Les grands besoins d’argent après les grandes conquêtes.
- En ce moment, une extrême pénurie d’argent pèse Hastings. Il faut défrayer le gouvernement du Benga^e’ faire face aux frais de la guerre et, par-dessus tout, eil voyer à Londres les remises qui doivent payer la sacrée des larges dividendes.
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- es conquêtes si célébrées, qui devaient, au dire de je Ve’ assurer à la Compagnie des revenus intarissables,
- Clive
- Llrs ressources sont épuisées, le trésor est vide et le . Ple appauvri; c’est au dehors qu’il faut chercher des plu 6SSeS nouve^es# ^ vont commencer les crimes les s °dieux, dont la source remonte à Londres.
- Usurpation et spoliation de Bénarès.
- B ' '
- g, enares, l’antique, la sainte, la populeuse et riche ei*ares, s’olfre au gouverneur général comme un moyen ^ salut, s’il peut la piller. Le maha-rajah, le grand rajah e bénarès, était voisin du vizir d’Oude; il avait eu les
- ls en premier lieu pour protecteurs et bientôt après
- ^ngla
- î|0llr suzerains. Chaque année, Sheit-Sing, le rajah de a ville, envoyait avec ponctualité son tribut à Calcutta. L p an^ ’ au sujet de l’Amérique, la guerre éclatait entre Un railce e* l’Angleterre, Hastings extorquait à Sheit-Sing tribut annuel extraordinaire de 1,2 50,000 francs le .nt 1778, 1779 et 1780. En cette dernière année, Pour «exonérer, croit gagner Hastings avec un ^ S.eri^ secret de 5oo,ooo francs, présent dont celui-ci tleudra qu’un compte tardif à la Compagnie. En attende 1 Anglais le force à payer la rançon annuelle et plus le quart d’un million, pour le punir du délai Vait racheté le présent, la bribe d’un demi-million. Nous j), °Us à la conjoncture des besoins d’argent qui viennent etre signalés.
- °^a moment d’une querelle implacable à susciter l’A ^riïlCe Bénarès. On lui prescrit d’entretenir pour àfa'^eteiTe Un corPs dispendieux de cavalerie. Il hésite Ie un tel sacrifice; il temporise, et son retard est taxé Crime. «Je résolus, dit Hastings, de trouver dans
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- .FORCE PRODUCTIVE cette faute un moyen de sortir la Compagnie de sa de tresse, en obligeant le maha-rajah de Bénarès à paye1’ largement pour obtenir son pardon : sinon je tirerais & ses fautes passées une implacable vengeance. » On all^ lui demander tributs sur tributs, exigés, réexigés jusqu moment où, ne pouvant payer davantage, il oserait i'eCïl miner. Alors on châtierait sa plainte par la confiscati011 effrontée de ses Etats et de ses biens personnels. ,j Pour exproprier de visu, Hastings vole à Bénarès; repousse les humbles soumissions de son vassal; ^ ^ demande au delà du possible à solder sur-le-champ, et, deS le premier mot d’objection, il l’emprisonne en son pr°Pre palais, sous la garde des cipayes britanniques.
- Bénarès alors jouissait des bienfaits d’un gouverUe ment paternel. Son peuple, d’une race athlétique et àu11 caractère belliqueux, s’assemble en masse autour du pa lais où le bon prince est indignement détenu; les esprlts s’échauffent et l’émeute s’enflamme; en peu de mo®eIllS les cipayes et leurs officiers anglais sont tous massacres' A son tour, Hastings est obligé de se renfermer dapS une maison fortement bâtie et défendue seulement Paf cinquante des siens. Heureusement arrivent bientôt ^ forces de la Compagnie; elles dispersent les troupes natifs improvisées pour défendre le rajah Sheit-Si^’ celui-ci, vaincu, s’enfuit pour jamais. Hastings alors, lant punir la victime de ses propres excès, annexe la cipauté de Bénarès aux États de la Compagnie. QuatIf vingts ans plus tard, le noble lord1 qui, tenant en la torche des annexions, mit en feu la moitié de 1$^ doustan, ne parvint pas à commettre des actes pluS plorables.
- 1 Lord Dalhousie.
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- ja lenommée, qui grossit en Orient 3e trésor de tous les dé CeS’ monter à 25 millions celui du maha-rajah
- titr °SSe^^‘ L’armée qui conquiert Bénarès s’en empare, à prise et d’indemnité; hélas, sa douleur cupide ne lÇsUVe ^ piller que le quart de cette somme! Dans tous ç Cas> un trésor épuisé par des soldats ne tirait pas la °mPagnie de sa détresse monétaire.
- Les spoliations du viziriat d’Oude.
- , dit son biographe, désappointé dans son espé-
- t'o L^ttière > tourne son âpre violence contre la vice-
- s* " ute d’Oude : ce pays dont les vicissitudes se rattachent
- a-,•,. terïlent, depuis près d’un siècle, aux ambitions, aux édités. j._. „t_j.
- Grâ
- au châtiment des Occidentaux dans l’Inde.
- j ace à la politique de l’Angleterre, le vizir d’Oude était à . . u par degrés du rang d’un prince indépendant Ul dun vassal de la Compagnie. Le fils de Soujah-iv,A a> pusillanime, efféminé et détesté, ne restait sur son pïoté ^r^ce a l’appui d’une brigade anglaise, qui le Vî efea^ contre ses voisins et contre ses sujets. Cette qu’on le forçait à soudoyer, il prétendait que ses
- î^ade.
- Sou] c®s épuisées ne pouvaient y suffire. Il voulait être quand le gouverneur général cherchait en tous àçj* ^es fardeaux à faire porter aux*natifs et des motifs % n?UVe^es exactions; comment concilier deux préten-pS contraires?
- ^ le°U! avo*r de l’or, le parti que prirent alors Hastings de Vlzir aux abois fut de dépouiller l’aïeule et la mère c0ïl^ JacLe tyran. Le domaine des deux bégums était ^ erable, et leur palais de Fizabad abritait un trésor ^Ur avait légué le dernier vizir. La renommée, dans e exagération, portait ce trésor à soixante et quinze
- InTR0DCCT10N.
- foil
- .IV.
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- millions de nos francs, et les spoliateurs brûlaient de cr01^ ce faux bruit. Si l’on pouvait s’emparer d’un si rlC dépôt, quelle curée à faire pour gorger la Compagnie"’’ Il était déjà beaucoup diminué; car, précédemine ’ le fils ingrat avait extorqué des sommes énormes aux princesses. Celles-ci, craignant l’avenir, s’étaient rang sous la protection britannique; en conséquence, Ie fr . vernement de Calcutta, par un acte formel, avait g& les conventions que le prince avide avait passées avec mère et son aïeule. Le croira-t-on? Le gouverneur geP ral, défenseur obligé des deux veuves et par devoir par honneur, se résout à les ruiner pour procurer fonds à la Cour des Directeurs. Il ne rougit pas d’acc ces faibles femmes, renfermées dans leur zénana, d®v fomenté le soulèvement de Bénarès. Il ne les entend P il ne les juge pas : frapper suffira. Il décide en secret <1 leurs trésors et leurs domaines passeront, en définitif^ l’autorité britannique; cette dépouille offrira le moyen ^ satisfaire aux réclamations avides que ïlastings élevait* pas contre elles, mais contre leur fils. Seulement, P sauver les apparences et couvrir l’honneur de la gnie, le prince dénaturé dépouillera sa mère et son aïeU puis les Anglais s’approprieront la spoliation. ^
- Rien n’était plus aisé que de saisir les domaines» convoité semble moins facile à ravir. Pour les de la Compagnie, c’est un jeu de forcer les portes & Heures du palais de Fizabad, réceptacle du trésor* pendant on n’ose pas pousser l’effraction jusqu’au* tures intérieures de la zénana : l’asile sacré des priuceS j3 Quelque temps avant sa mort, le vizir Soujab-P^ avait confié la personne et la fortune des bégums à s, eunuques, âgés et fidèles : seuls liens humains 4111 jje tassent entre le monde et les deux veuves. On savait
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- r ?naissance affectueuse elles portaient à ces derniers ^‘Hants du souverain décédé. On mit les deux vieil-
- 4 fers’ on leur fit subir longuement les horreurs lées 0 ’ Pour arracher a la pitié des bégums déso-
- Pï'ix' |^°Uvant®es » Ie trésor que Hastings exigeait à tout 4îi’ rrité des retards que nécessitait ce moyen, il fait ^a ^or^are aux (leux vieillards inolfensifs, enfer-^Par son ordre dans un donjon de Luknow.
- ^ eur tour, les princesses vont être graduellement affales ri * ^ar ^eur et leur Petit-fds, comme lavaient été ^tai UX eunuc[ues; les femmes qui formaient leur cour ' encore plus menacées de périr d’inanition, et . suPpbce, habilement ménagé, dura plusieurs mois tfeot ^P^a* On finit par extorquer aux deux bégums ay Iïll^ons en toutes espèces de valeurs. Hastings Pïo a°(ïllls la conviction qu’aucun tourment ne pourrait ^izaKrei' ^avantage, les tortures à Luknow, la famine à ç ’ furent enfin contremandées.
- Hieï>se^en(^ant le récit de ces infâmes cruautés passe les süp j* e* 1 opinion publique, ajuste titre soulevée, réagit 4S /-? ^arlement d’Angleterre. Dès iy83, deux comités é’Q . ^munes sont chargés d’une enquête sur les affaires I’ail^ent : l’un, dirigé par le vertueux Edmond Burke; Ponr 6’ Par l’ambitieux Henry Dundas, que Pitt adoptera ^US f^lkl0 instrument et qui sera bientôt le dg pj SUrveillant les affaires de l’Inde. Sur la proposition de üïl(las, il est décidé que la Compagnie sera sommée
- ePro
- raPpeler
- un gouverneur général coupable d’avoir fait
- dé^ 1 aux Indiens d’immenses calamités et d’avoir
- p** ^ n°m britannique.
- ^^ula re^a^Hlter le gouvernement du Bengale, on 9 ^ rnarcI‘® scandaleux de Hastings avec sir Elijah ji on régla les rapports entre la Compagnie et
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- la Cour suprême de justice. Une adresse des Commun^ demanda que le roi rappelât le juge inique, afin quon^jj fît rendre compte de sa corruption et de ses forfaits-fût en effet rappelé ; il paya d’effronterie, gagna du tetups’ fut impuni et presque honoré. Un peu plus tard, l’illu8^ Burke, le plus éminent des hommes d’Etat, Burke aya flétri les crimes du magistrat simoniaque et sanguin3 ^ sous des formes trop peu respectueuses, il fut censure P la Chambre des Communes.
- ou1 tous
- De leur côté, les actionnaires de la Compagnie, P qui Warren Hastings avait vendu son âme et dont t
- ^ ° • -de
- les crimes étaient, à leurs yeux, innocentés par le salut
- cb*
- elef
- dividendes, ces ignobles bailleurs de fonds, retran derrière la lettre de leur charte, refusèrent de rapp le bienfaiteur de leurs capitaux. Leur idole ne quitta que deux ans après sa première flétrissure parlementai’ en 1785.
- Les meilleurs côtés du gouvernement de Hastings.
- Lord Macaulay fait un grand éloge de l’administra^ ^ imaginée par Hastings dans le Bengale et la dec digne d’être admirée. «Il est pourtant vrai, dit-il, <fu ^ a besoin, même à présent, de nombreux perfecti° ments, et quelle était alors beaucoup plus défectueuse jourd'hui. » Cependant on pourra juger de l’œuvre prl ^ tive à travers ce singulier rapprochement conçu paf ^ panégyriste : « Comparer avec Hastings les ministres les P célèbres de l’Europe ne semblerait pas moins injuste^ si l’on voulait comparer le meilleur boulanger de LoU avec Robinson Crusoë, qui, pour arriver à cuire s°n^e, mier pain, avait dû confectionner sa charrue et sa ^elgjr sa faucille et son fléau, son moulin et son four. »
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- ^et tn,0llS Veri ons ^historien qui parle ainsi non-seule-
- i 1 elever ce Crusoë politique à la hauteur, mais au-aessus ri,, j , , . i ^ . . r
- «u pius granc[ geme des ministres français.
- a^ings, versé dans Ja littérature arabe et persane, -^agea les premiers commencements de la Société \i0ïl^Ue' institution, très-honorable pour l’érudi-
- ç^^^r^nnique, a rendu des services dignes d’éloges Sa °.nnan^ aux peuples de l’Occident l’intelligence du ^rit et des livres consacrés au culte de Bramah. attié ^rren Hastings, aidé par les circonstances et par son vjte^lte’ s’était fait aimer aux bords du Gange. Les ser-sj rs de la Compagnie étaient fiers de voir un des leurs, dou G Comrnis au début, élevé par son mérite, et resté ®tai arin®es gouverneur général de l’empire dont ils —* ^ ar>istocratie administrative. L’armée, qu’il soldait 1 augmentait les cadres. le chéris-
- Cl Ai L1
- s^^—^uent et dont i
- saij- , „
- ne fût pas général. Les natifs étaient charmés Parlât avec plaisir et facilité leur moderne idiome et Pas ®tran§er a leur langue sacrée. Ajoutons ava^ Seneral il évitait de froisser leurs croyances; il les rées Sauv®s de la tyrannie judiciaire et des formes abhor-Ja S la procédure anglaise : excepté pourtant lors de de Nuncomar! Tant d’habileté le rendait aussi liât aire auPr&s des vaincus que pouvait l’être un domi-etranger à leur nation, à leur religion , à leurs cou-ci^ ^nfin, pour plus grande recommandation aux yeux g0ll rientaux, investi le premier du titre imposant de ^UiVer—Ur général, il avait entouré sa personne d’un faste Ma?sI?entait 1,aPPareil d’une cour de satrape, dans son dit JS ^a^cutta. Lorsqu’il visitait les provinces, on eût hw naarche d’un roi d’Asie. Avec ses coursiers riche-
- r\
- dfa aParaǰnnés, avec ses éléphants couverts d’un 0r ou de pourpre, et l’un d’eux portant sur sa large
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- croupe un trône abrité sous un dais, il s’avançait au 11)1 lieu d’une armée d’officiers, de courtisans, de soldats de serviteurs. L’interminable colonne des somptueux rf1 pedimenta venait ensuite. Des chariots transportaient mobilier d’un palais, transporté lui-même, et renferiua le luxe de deux mondes : les glaces, les cristaux, les lustreS empruntés à l’Occident ; les tapis, à la Perse ; les portier^’ à Cachemire, et les vases, à la Chine. Quand le gouverneljl s’arrêtait quelque part, on déployait comme par mag1^ ses tentes d’or et de soie, d’une grandeur étonnante d’une richesse incomparable-, chaque soir elles s’élevai ^ meublées, parées, illuminées, pour recevoir uue Cour le potentat temporaire qui commandait à trente milÜ011 d’humains, dans le plus beau pays de l’Orient. t
- A Calcutta la ville des palais, les Orientaux, esclaves ava tout de l’imagination, pardonnaient au joug de Hastings ^ faveur de sa somptuosité. Ils admiraient la beauté quisl geait, comme sur un trône, dans la zénana sans mys^re du vizir venu d’Occident : c’était la gracieuse Europeeî1*^ qu’il avait tirée à prix d’or d’un lit étranger, sans plu® conscience et de pudeur que s’il eût été nabab ou raja .Cette femme rivalisait de luxe, d’élégance et d’attracti°11,
- ° (H
- avec les favorites, à jamais célèbres, des Jéhanghire des Chah Jéhan. Aussi peu scrupuleuse qu’une souver^*1 d’Asie, elle acceptait des présents de reine, comiue tribut de ses sujets, quoiqu’il fût interdit au gouverneur rien recevoir pour lui-même. Sa présence répandait éclat, un charme infinis sur des fêtes empruntées à Ie31 chantement des Mille et une Nuits. Un semblable SP tacle éblouissait les indigènes , ravis de prendre part à plaisirs que leur jalousie orientale interdisait à leurs pj\^ près épouses, cachées derrière le rempart infranchissa , des zénanas et des harems.
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- 9°nverneiir général de l’Inde jugé par le Parlement d‘Angleterre.
- nj/^U a^°is de juin 1 785, Hastings revenait pour la der-fo re/°^s en Angleterre. Lorsqu’il songeait à ses hautes ^ctions, à ses grandes richesses, il espérait jouir enfin re^reP0s en y joignant la dignité, qu'il entrevoyait déjà ^üssee par des honneurs incomparables. fi6- UeS jours aPr®s débarquement du glorieux na-çj ûritannique, Edmond Burke annonçait à la Chambre sur ^0lîlIïlunes qu’il se proposait de faire une motion grave ^Uri gentleman depuis peu revenu de l’Orient. s °ysque ^ox était au mînistère, et qu’il avait présenté qui Ce^e^re ^dl sur le gouvernement de l’Inde, son parti, foulait justifier le patronage à transférer de la Com-fa V ^ aU ^ouverner°ent, n’avait pas manqué d’alléguer la ^ j e’ ^ impunité des crimes de Hastings. Afin d’arriver pl'é ^ ^eS avaient insisté sur la nécessité’ de
- Ço^> pur une loi nouvelle d’énormes excès d’autorité a ,JÎÏlls par un pouvoir exécutif sans contrôle, et jus-°rs sans frein légal du côté de la couronne. Fox et ses Paient conséquents avec eux-mêmes quand ils accu-e l’ex-gouverneur général; mais on pensait que, par ti ^antagonisme, Pitt et les tory s de son parti sou-p raient le grand fonctionnaire attaqué par les whigs. pr' arrili les accusateurs de Hastings, deux hommes se p Sentai«t sous des aspects bien différents : l’un était ^ éloquent, acerbe, implacable, s’imagi-
- na fi ^ serv*r que la vertu quand il servait avant tout Plu 91116 Sa vengeance’ l’autre était Burke, l’un des to n°bles caractères et des plus beaux génies des trois j yaumes. Sa vertueuse indignation n’avait pas attendu felour du coupable pour stigmatiser des crimes inouïs.
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- Dès 1781, sa voix indignée signalait les actes ïï\o&
- trueux commis par W. Hastings afin d’assouvir la cupi^e
- de la Compagnie des Indes. Chez Edmond Burke, fl*013
- liste avant tout, prédominaient la pitié pour les souffrant
- humaines, la haine de l’iniquité et l’horreur de la ty^11
- nie. C’était alors un spectacle sans exemple, au miliel1
- de l’Angleterre, qu’un grand homme d’État prenant
- main le salut des peuples habitants de l’autre he#11 * , j yQc
- sphère, et qui ne pouvaient inspirer aux nations de
- cident aucun intérêt familier de langage, de lignée
- de religion. Quand Cicéron voulut soulever le peup1 roi contre les crimes de Verrès, il n’eut besoin d’aucalie étude opiniâtre pour connaître lui-rnême et faire c0il naître aux Romains les habitants de la Sicile, au nûhel* desquels il avait été questeur, et dont ses vertus l’avaie rendu l’ami. Mais il fallait que Burke, par un proé$e d’intelligence, de travail et de mémoire, s’identifiât aVej? i’Hindoustan, son histoire, ses lois, ses mœurs et ses so1^ frances, pour en offrir des tableaux frappants de ver1 comme la nature et la vie. Il avait, pour ainsi dire, traIlS porté les Indiens et leur état social dans sa puissa1^ imagination; il les faisait parler, agir, et prier et mau^11 comme ils l’eussent fait eux-mêmes au pied de leurs au
- teb>
- afin d’obtenir vengeance en attestant leurs maux souffeltS Le premier jour de la session de 1786, en plein lement, un apologiste maladroit, choisi pour agent p le ci-devant gouverneur, osait demander à Burke s’il e&eil dait sérieusement porter quelque accusation contre c illustre homme d’Etat? La dénonciation suivit de preS , défi; dès le mois d’avril, l’exposition des actes irïlPU^ à Warren Hastings, rédigée par le grand orateur, déposée sur le bureau des Communes.
- L’accusé fut averti que, s’il en faisait la demande,
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- i, DES NATIONS. 169
- lad
- 6e e^ra^ à la barre pour se défendre lui-même. Au lieu
- d’abondance, il lut une apologie dont la lon-
- cn j>. 6*ai* ^nt6rrninable ; elle ne produisit pas d’autre effet
- ! ^différence et l’ennui.
- Ici r»
- fair n0US voyons un de ces actes d’impudence parlementent ^UG SG Perme^en^ Parf°is des hommes d’Etat au ^ airain. Gomme premier chef d’accusation, et pour çj» tQute contradiction décemment présentable, Burke sacr §uerre impie où la victoire fut suivie du mas-
- t e a froid chez lë peuple rohilla, vendu deniers comp-p s au vizir d’Oude. Henry Dundas, devenu ministre et tr(je.S^ent du contrôle de l’Inde, lui, le rapporteur qui au ann^es auparavant avait flétri le nom de Hastings çj sujet de cet attentat, cet homme a le honteux courage
- b aoiïîbattre sur le même crime l’accusation portée par Me. Le r
- B
- en^ra^nen^ une majorité de 99 voix contre une Ülu "rite 67» qui voulait l’accusation. Est-ce donc là cet des ^ ^aiifrment’ défenseur si renommé de la liberté s°ldIia^l0llS ^ ^GS ^r°frs ^humanité? Cn a contraint des jej.ats anglais à triompher d’un peuple inofîensif pour bat VPer aU tyran mercenaire qui se baigne, après le com-’ dans le sang des guerriers qu’il n’a pas osé combattre; est!?116111 britannique réclame vengeance, et la patrie fier 8llS ^attente* Eh bien! dans cet instant solennel, un U0 8 ^ Peioe de la Chambre des Communes daigne pro-ihA C6î' Son verdict: les deux autres tiers n’assistent pas
- ^ 0 *a séance, et ia justice succombe......
- teilï>e ^0rd chancelier Thurlow voit déjà sa créature , l’au-u frvfait impuni, créé pair d’Angleterre. Le titre de ce 6Sse est choisi pour Hastings; il sera lord Darysford: p0rïl cbéri lui rappellera le manoir de ses ancêtres. ne autre scène se prépare au sein du Parlement. Fox,
- premier ministre W. Pitt et son subalterne
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- le plus entraînant des orateurs, a saisi le second gr°llPe d’accusation : c’estBénarès, la cité sainte, profanée, ensa*1 glantée et vendue au tyran d’Oude, persécuteur et spolja teur de sa mère et de son aïeule au profit de la C01^ pagnie. Dans le sein des Communes, que de pari
- crimes laissaient indécises, le premier ministre est f
- eüs esté
- silencieux, comme le premier jour, sur les méfaits ^ plus cruels; lui qui sait être au besoin passionné, ve^e ment, terrible, il fait entendre à la fin sa parole élégante’ impassible et froide. Il expose avec calme et lucidité c qu’il affirme être le droit du gouverneur général, de ta^ le rajah de Bénarès, tributaire de la Compagnie; il l°ue^ présence d’esprit de Hastings pendant le soulèvementf la cité sainte qui défend son souverain. Il s’anime ensüde’ mais pour censurer âprement la conduite de Francis» ( des accusateurs; en ce moment les partisans de l’acCljSe se croient sûrs du triomphe, et leurs opposants sont c°& ternés. Cependant, tout à coup, le premier ministre,a l’autorité d’un austère chancelier de l’éc hiquier, dedar que la taxation du rajah, tout considéré, lui paraît eX°r bitante et lui semble excéder les besoins de la cir constant, «Sur ce point, dit-il, et sur ce point seulement, je voi pour le motif d’accusation dont M. Fox est l’organe*”
- Il faut voir avec quelle ardente habileté le bral , ami des whigs, lord Macaulay, stigmatise cette incollS^ quence du premier ministre; de ce tory! qui choisi des actes les moins criminels, un de ceux qui n’atteig091^ que la richesse et qui n’offensaient pas l’humanité, taI\ qu’il n’a pas même censuré des crimes qui seront à jaIïial
- pour les cœurs honnêtes, un sujet d’exécration......... ja
- Autre motif de surprise : vingt-quatre heures séance, les partisans du ministère avaient reçu l’invda d’être ponctuels à venir voter contre la motion de Fo*’
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- D
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- ei^ttl0s^enes de l’opposition. Un grand nombre d’entre Cr°^anit au mouvement instantané de Pitt plus qu’à tro ^riiriltif émané des bureaux de la trésorerie, ces upes fidèles du pouvoir font volte-face avec lui; quatre-pri^ ^1X Vo*x son* ^avora^^es à ia motion de Fox, y coin-^ 1S Vo*x Dândas, et les partisans de W. Hastings Unissent plus qu’une minorité de soixante et onze
- voix ]\T , 1 *
- • rsotre étonnement s’accroît à la pensée que cette cilP esPar^sans ùu ministère ont été convoqués à domi-^ e’ ^opposition a redoublé d’efforts; et la Chambre ^s Communes est encore plus désertée au second chef a^Usation qu’elle ne l’était au premier !
- Parf ^Um°nS £ranc^ et brusque revirement occasionné Solution imprévue du premier ministre.
- Tableau d'une évolution dans la Chambre des Communes.
- Tour.. , Contre.,
- Tour.. ,
- Motion perdue de Burke.
- 67
- Total
- 66
- 99 y compris Dundas et Pitt. )
- Motion gagnée de Fox.
- 90 y compris Pitt et Dundas.) rpQtaj 71........................i °ta * '
- contre,, v
- Pas ^ ^ures et ^es v°les des sénateurs de Tibère n’ont leq P^us promptement lorsque fut entendue cette
- pre G.’ lrniïlortalisée par Tacite et Juvénal1, où dans la ]a f^ére partie Séjan était élevé jusqu’aux nues et dans Scèn ÜXl^Iïle descendait au fond de l’abîme. La grande Y e britannique avait eu pour spectateur le célèbre et lleUx Wilberforce, que j’ai pu voir, quelques jours
- .....Verbosa et grandis epistoia venit
- A Capreis. Bene habet nil plus interrogo, etc.
- (Sat. X.)
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- avant sa mort, chez Georges Canning, devenu PrelWl^ ministre. Wilberforce a plus d’une fois dans sa vie falt récit du coup de théâtre que nous venons de rapport^' Il croyait à la sincérité de Pitt, qui, n’en doutons paS’ acceptait l’accusation de Hastings en se fondant sur dei méfaits autrement graves que celui qu’il a réprouve.
- D’après les explications données par le sévère bi° graphe, la peur de voir Hastings entrer à la Gbafl1^ des Lords, y conquérir une immense influence, difJo bientôt les affaires de l’Inde et peut-être même arriver al timon des affaires, ce motif aurait décidé Pitt et à le précipiter dans les tourments d’une accusation qul’ de bien longtemps, ne pouvait permettre que la ronne répandît sur le prévenu ses plus hautes faveurs l’appelât dans aucun cabinet. t
- Le charme rompu par le premier ministre, l’accusati°a marche d’elle-même. La Chambre élective, métamorph°s<^ par la baguette du pouvoir, est subitement saisie, p°u1^ justice et la vertu, d’un amour devenu ministériel; e vote coup sur coup vingt chefs d’accusation. Elle fait pluS^ Burke, l’honnête, le grand orateur, quelle a d’ab0^ réprouvé, c’est lui quelle envoie faire aux Lords royaume cette déclaration solennelle : «Les Cornue111^ d’Angleterre traduisent à la Cour suprême de Vos gneuries le dernier gouverneur général de l’Inde, c0lïl,J1(| coupable de grands crimes et de forfaits, high crimes (lIÏ misdemeanoars. »
- et
- L’accusation est préparée et sera soutenue par
- .Dès-
- comité spécial choisi dans la Chambre des Conina1111 Enfin, le i3 février 1788, commence le plus procès politique intenté contre un simple sujet dep le procès du comte de Strafford.
- Lord Macaulay se complaît à peindre, avec ces
- coti'
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- j) Uls brillantes dont il a le secret, tous les aspects de de^11^6 au^^°b’e assemblé dans cette immense Halle Gstminster1 où trente rois ont été couronnés : ce et lUïlen*: remontait au temps de Guillaume le Roux,
- tu 0l1^ Un bacendie a détruit de nos jours la voûte majes-ue USG ri’historien, qui louera l’absolution de Hastings, croit pas pouvoir mieux caractériser la salle où sera aule jugement le moins pardonnable, et qu’il pardon-^ a> qu’en rappelant quelle a vu la juste condamnation de iac°n’ l’une des gloires du monde, et la juste absolution e Corners, l’idole des whigs.
- ch^GS orateurs î116 la Chambre des Communes avait argés de soutenir en son nom la justice nationale atti-^ eïlt plus les regards que tout le faste des lords et les eaUtés de l’Angleterre. On voyait, illustres déjà, jeunes j^C?re e* tout-puissants par la parole : Fox, l’orgueil et lorce d’un immense parti; Sheridan, le seul grand eur que le théâtre ait compté parmi ses plus brillants eurs comiques; le vertueux et chevaleresque lord Grey, ^ fera triompher par la réforme le parti de la liberté, ^es quarante-quatre années de luttes gigantesques ; j.raiicis, le pampîilétaire immortel, trop semblable à son enfin, plus âgé qu’eux tous, plus profond, plus légis-^ eUr et plus éminemment politique, le Cicéron de l’Angle-rre> Edmond Burke, l’âme et l’honneur du procès que la rie va soutenir par la voix de ses plus illustres enfants. L orateur romain dans ses Verrines, non prononcées et ^ Ues à loisir, semble avoir servi de modèle aux discours accusation prononcés par Burke devant des auditeurs cessèrent point d’être captivés pendant quatre 6artces de cinq heures; ils se pressaient pour entendre la
- fV<
- estmmster Hall.
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- déduction des faits et l’enchaînement des preuves exp0^
- avec une incomparable grandeur de langage. Lors<Jue
- Burke eut terminé cet étonnant plaidoyer, il conclut aVeC
- toute l’autorité d’un magistrat délégué par les élus du*16
- puissante nation, mais avec une emphase qui rappe^1
- quelque chose de l’Irlande et de l’École asiatique : « D’ap1^
- ces raisons, avec une entière confiance, il est ordon*1
- par les Communes de la Grande-Bretagne que j’accase
- Warren Hastings pour ses hauts crimes et pour ses forfads‘
- Je l’accuse au nom de la Chambre des Communes, da°s
- ce Parlement, dont il a trahi le mandat; ie l’accuse au n0**1
- ** Tg
- du peuple anglais, dont il a souillé l’antique honneur* l’accuse au nom des peuples de l’Inde, dont il a foule leS droits sous ses pieds; au nom de leur pays, dont il a ^ un désert. Enfin, au nom du genre humain, au noiu deS deux sexes, au nom de tous les âges et de tous les raugs’ j’accuse ici l’oppresseur et l’ennemi de tous. »
- Lorsque la scène théâtrale eut été terminée, la pr°ce dure commença. Les accusateurs parlementaires deiuaI1 dèrent que l’examen et la discussion des faits fuss^ d’abord épuisés sur le premier chef d’accusation, puis sal le deuxième, puis sur le troisième, etc. Cette deman^’ examinée dans le huis-clos de la Cour des Pairs deveu^6
- Jû
- Chambre du conseil, fut repoussée par les partisans Hastings, et montra dès le premier moment vers <lue côté penchait cette Cour partiale : les trois quarts ^ suffrages furent opposés au juste vœu des Communes*
- Il faudra donc s’appesantir à tour de rôle sur des sérieS interminables d’accusations très-différentes, épuiser ^ discussion contradictoire des faits, des écrits et des pour chaque partie d’une cause immense. Il faudra ge perdre au milieu de ce dédale inextricable, avant queleS pairs aient à se prononcer sur un seul crime.
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- j, 0x remplit les fonctions du ministère public pour
- acciisation qui concernait l’oppression et les extorsions
- UVees par l’infortuné rajah de Bénarès, ces méfaits
- ïïl0^ns révoltant avait suffi pour entraîner les votes
- **hliam Pitt et de Dundas, son satellite. Le grand
- llr, et, comme disent les Anglais, le débatteur incorn-paraKi . °
- le) ne montrait vraiment la puissance de son génie
- rïî*^eu des tempêtes parlementaires. Il ne fut pas ess0us de son sujet; mais il n’offrit rien de supérieur da^Ul S°^ Pass®’ fadmiration de ses contemporains, les souvenirs de la postérité.
- aeridan remplit les mêmes fonctions au sujet d’un
- ^ tre chef d1 accusation, plus grave encore et plus pathé-
- ^: C étaicntles tortures physiques et morales des veuves
- d'aines d’Oude, de leurs frêles compagnes et de leurs
- x serviteurs. Il obtint alors un succès oratoire qui dé-
- ^ 1 espérance de ses admirateurs les plus enthousiastes;
- ^ s prudent peut-être qu’indifférent à sa gloire, Sheridan
- t JaïUais osé recomposer à loisir cette improvisation
- a elevait au-dessus des discours les plus étudiés.
- prêtons-nous im instant, après les sept grandes séances
- ^ composent simplement l’ouverture du procès de
- ' Hastings. C’est ici qu’il importe de montrer la diffé-
- ^ lce infinie qui se trouve entre la solennelle inexpérience
- h'cùs orateurs anglais transformés sans apprentissage
- accusateurs publics et le savoir-faire de l’incomparable
- p°atain, avocat avant tout quand il s’agit d’un procès.
- suffi* ahsoudre Verrès, Hortensius, autre avocat, sent qu’il
- pj lrait de remplacer Cicéron par un accusateur de com-
- i tlSance; mais Tullius couvre celui-ci de confusion : il d'isp
- ^ e cet instrument de corruption et de mensonge. Les ^ **lents sont précieux! dans peu de mois les protecteurs VciTès vont arriver à la préture, au consulat. Au lieu
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- d’apprêter ses paroles et d’en méditer les effets au fond de son cabinet, le grand orateur quitte Rome; en cinquaute jours il a parcouru, il a scruté toute la Sicile. Ses preuVeS recueillies, il repasse la mer et court au pied du trl bunal. Il ne songe point à faire briller devant les ju^s cette éloquence aux larges développements de laque ^ César a pu dire quelle ajoutait à la grandeur romaine* est aussi puissant, aussi pressant, aussi sobre de m°ts’ qu’il saura bientôt l’être en face de Catilina. Point depre parations, aucun exorde. Il se précipite au milieu deS faits; il en accable l’accusé. A ce spectacle, atterre P la grêle de ces coups d’Hercule, l’élégant, le disert H°l tensius, que ses amis appelaient encore le roi du barreaU’ rex causarum, ce roi détrôné n’ose pas entreprendre u&e défense impossible : la première audience a tout épuise' Verrès lui-même désespère du succès; il se condamne l’exil afin de fuir un châtiment qui devenait inévitable* La nation britannique avait admiré la majesté de cei grandes assises où, devant l’élite de ses trois royaumes» leS deux Chambres siégeaient en corps et s’imposaient lul16 à l’autre la dignité. Mais, dès que l’accusation a seu|e ment des lords pour auditeurs, la plus imposante affair6 d’État descend au bas niveau d’une affaire correcti011 nelle; les rôles sont renversés, et les accusateurs v° devenir des suspects, des bafoués, des accusés même*
- Le croira-t-on? pour avoir fortement caractérisé la c0l\ damnation et le supplice de Nuncomar, pour avoir l’alliance de Hastings avec le juge méprisé qui reçut celui-ci 200,000 francs par année afin de ne plus ép°l1 vanter l’Inde, Burke, l’irréprochable, le vertueux Buikjjj traduit à la barre de la Chambre des Communes, l'e£ les stigmates d’une censure. Il les reçut en grand citoyeI1’ il répondit, avec une douceur pleine de dignité, qu’aucu*1
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- toi^ti°n ne ]uj feraî*t abandonner le plus sacré de ^ es devoirs, imposé par les Communes elles-mêmes. fs Praticiens, des procureurs impudents, auxquels a confié sa défense, enlacent les mandataires de î Cambre élective dans les replis de leurs sophismes, ^ Celais et de leurs fins de non-recevoir. Ils s’arment jjj Sl du sarcasme; ils s’appliquent à traiter les hommes T°i remplissent au nom de l’État la plus grande Wi/011 Comme des attorneys flagellent de faux témoins ^ Mettent à leur tour en accusation. Ils réussissent , eudre les redites infinies et les débats interminables;
- qmw 7
- Wd UX(^U ^S sont de fatiguer, de révolter la patience des s’a ’. sont ® l’avance parfaitement mal disposés. Ils ^üla leirt en particulier sur le chancelier Thurlow, qui, gatj ^ ailx P^ds la justice, dont il était le premier or-ce * a.Va^ épousé la cause de Hastings avec une indé-^ Vlolence (with indecorous violence). ces Plesse des journaux rivalise avec ce chancelier et poneys, sans avouer comme les derniers son salaire pre eSSl0nnel- Pour prix de sa vénalité quotidienne, la fy^S.Se reÇoit, dans la première année du procès, un demi-b0ïl|0n Pr°digué par Hastings. A ce prix, elle égare avec dj etlr l’opinion nationale et couvre de sa boue pério-^ §Tands orateurs chargés de poursuivre un cri-d État devant la Chambre des Pairs.
- ^°nS à la conduite d es Lords. Ces grands seigneurs Co e.S détestaient des fonctions que la Constitution les tea^ai§nait à remplir dans les moments où leurs châ-inv*. .et leurs parcs, leurs meutes et leurs coursiers, les a ^6S plals^rs flu’üs appelaient leurs vraies letjj.g1.8, eurent la douleur de perdre, suivant l’ordre de le f ldées, trente-cinq séances consacrées à commencer Adieux et déjà dérisoire procès de Hastings : c’était
- INtRODDCTION. — IV. l 2
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- en 1788. La session de 1789 fut remplie par des deba| d’un tout autre intérêt aux yeux des Pairs; leurs aïïl tions étaient absorbées par le pouvoir politique à P tager entre un régent et les ministres pendant la prefl1
- 1ère
- absence d’esprit dont Georges III fut affligé.
- Montesquieu a prononcé, dans son livre de YEsprl
- lois, un magnifique éloge sur le jugement des princip
- au*
- aPte
- fonctionnaires, des grands et des princes, par une puiss Cour aristocratique étrangère aux passions de bas etajj aux ressentiments étroits des classes moyennes, aux pr^ gés, aux vindictes du populaire. Sans doute une parel
- or*e'
- Cour est, à ce point de vue, moins favorable aux emp .
- ments, aux barbaries de la foule; mais elle est aussi ï*10111 favorable à cette autre justice qui ne veut pas que desc°^ sidérations de caste ou d’orgueil, et d’oubli des dr0lts^}1 l’humanité, brisent le glaive des lois ou le laissent toi*1 de lassitude et d’ennui aux pieds de Thémis dédaig11^ Macaulay lui-même en convient. « En vérité, s'écrit'• on ne peut nier qu’une accusation pour crime d’Etat vant les Pairs, bien que ce soit une admirable cérêM0^ ^ et quoiqu’elle ait pu rendre service au temps du xvd cle, n’offre pas un genre de procédure dont nous P sions attendre aujourd’hui beaucoup de bien. Les r ^ sont trouvés dignes de la plus haute confiance lors^1^ jugent en appel un procès civil ordinaire; mais, certa , ment, pas un Anglais n’accorde la moindre confiaI,fe s leur impartialité lorsqu’un fonctionnaire accusé de crl1^. d’État est traduit à leur barre. Tous sont hommes P
- 1 ûPl>*
- tiques. À peine en est-il un dont le vote, au sujet de ^ blables crimes, ne puisse être prédit avant rexadierl . premier témoin. Quand même on pourrait compter
- leur équité, ils seraient encore absolument incapa juger une cause pareille au procès de Hastings. »
- bP5'
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- Après
- sept années perdues en ajournements, en délais,
- ^ affaire si grave n’était pas encore terminée.
- ^ ans ce procès sans exemple, la chicane avait obtenu 011 adopterait un genre de procédure qui devait assurer ^ ava^ décidé les Pairs à suivre, quant aux tla^0l§na§es, les règles étroites adoptées dans les tribu-C^X 1 ordre le moins élevé : règles qui font rejeter des lances et des faits dignes de porter la conviction ^ s tout esprit équitable et logique, et qui font absoudre ^.9(ïlle année, dans les assises d’Angleterre, une foule ^jCctlSes que le jury, le peuple et les juges croient cer-, fuient criminels. Ces absolutions scandaleuses ont sUr 1 ^U0l(ïu^ s’agisse de méfaits commis la veille et plu 6S ^eux °ù siège le tribunal. Combien n’est-il pas r-^S difficile encore, avec une pareille procédure, d’ar-Co^r ^ ia conviction matérielle, lorsqu’il s’agit de crimes atri'1*118 ^ c*n(î mide üeues de distance, dix années en he Gre’ c^ez un Peupie dont les lois, les mœurs et la s^nt inconnues aux juges d’Occident ? déf ^°US ne blâmons Pas> dit avec raison l’historien, les lé e,riSeurs et l’accusé d’avoir tiré parti de tout avantage grjj1 9ui pouvait assurer l’acquittement; mais lorsque la e est obtenue par de tels moyens devant les Lords, ce
- pas être un acquittement à la barre de l’histoire. »
- ^ -f1 *795 seulement Hastings fut absous. Pendant sept ’ la mort avait fait disparaître en nombre effrayant
- les pa .
- cés irs (îul siégeaient lors de la première séance du pro-
- j ‘ Des 160 membres présents alors, 6o étaient allés jusp lGr aux P^ds du juge suprême la partialité de leur en lCeAadministrée de grands seigneurs à grands seigneurs; ^ ^eme temps, la Couronne avait appelé beaucoup ej. °ïïlrïles nouveaux pour remplacer les pairies éteintes Pour élargir les cadres de fa Chambre supérieure.
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- 180 FORCE PRODUCTIVE
- En définitive, au lieu de cent soixante Pairs, auditeuf* primitifs de l’accusation, vingt-neuf seulement daignere siéger le dernier jour et prononcer, au nom de l’Aog^ terre, sur les accusations les plus graves et sur des forfalts
- en
- évidents. Vingt-trois lords eurent l’incroyable courage posant la main sur leur conscience, de dire avec une et ferme voix : « Sur mon honneur, l’accusé n’est pas c0Ü
- pable. » Six lords seulement prononcèrent que Hastings coupable; six, seulement, comptèrent pour quelque c
- éWl
- ;b OS*
- des crimes commis contre les peuples de l’Inde, éloigneS’ impuissants et dédaignés.
- M. Macaulay, pour arriver à l’apothéose de Hasti*1^ exprime le regret qu’on n’ait pas enterré son héros daOs Panthéon britannique1, à côté des hommes les plus h°^ rés et les plus vertueux. Dans ce temple, dit-il, la ceïl de lillustre accusé se serait jointe à la cendre des ^ jjÉ accusateurs. L’indulgent panégyriste devait nous dire qu® mesure commune aurait pu ravaler au même nivea11 terribles réprobateurs du crime et l’échappé de la jusu , et quelle approbation l’équité divine aurait pu donne*j la parité d’un hommage suprême entre les défenseurs victimes et le sacrificateur du peuple Rohilla.
- Pour couronner son admiration, l’apologiste imiu°
- dére
- drf
- ne craint pas de dire au sujet de Hastings : «Il a cou ^ le gouvernement et la guerre avec plus de capacité <1 Richelieu-, il a protégé les lettres avec la judicieuse l^e^ lité de Corne de Médicis. »
- Ainsi, pour quelques dépenses mesquines en faV^e des lettres orientales, voilà cette magnifique et renommée des Médicis ravalée au niveau d’un Hast1 ®.
- r *
- Chose plus étonnante encore : Richelieu se trouve
- 1 Dans l’abbaye de Westminster.
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- et^6^6’ ma*s surPass^ dans la science du gouvernement
- par ailS me^re en jeu ^es moyens de la guerre
- jai> satrape européen qui n’a pas laissé dans l’Inde trace d’une seule institution politique, par un cher-Ve^Ur d expédients au jour le jour qui n’eut à lutter qu’a-pj^ ^es Asiatiques énervés et sans talent. Voilà ce dernier tetn 6 ^ÜS ^laut ^ un des plus grands hommes d’État des Ps modernes ; plus haut que le politique profond qui saii ^ ^ Pl^ssance du règne de Louis XIV, que celui qui, autre force que son génie et son caractère, gouverna, i’ei°nS rm"eux’ r®gna jusqu’à sa mort, malgré le roi, la e» les princes et les seigneurs; qui dompta la mer, g^,1 arracher une autre Tyr aux protestants révoltés, ^ antir leur force de rébellion; et cela fait, lui, cardinal Vlctorieux, il ne révoqua pas l’Édit de Nantes, l’Édit de ^ dation! Il montre au dehors que la France, adoptant tr'^65 attaquera partout le despotisme de l’Au-
- e> en affranchira l’Occident et créera l’équilibre de i^pe. Le ministre national qui soutenait ces luttes y ^ enses écrasa l’esprit de trahison de nos seigneurs, en p^kshtuant pour vertu moderne la fidélité constante à la ^ le'> pendant la paix, il servit les lettres en créant cette ^j^iïue, vraiment Française, où le génie eut mission sQr*0riOrer légalité des rangs. Tant de résultats immortels ^is non pas au niveau, mais au-dessous des actes tocres d’un gouverneur des Hindous, dont le bio-, 1 ae compare les informes essais de gouvernement aux ^mles efforts de Robinson Crusoë. j et oubli constant et médité d’une juste mesure dans ^Parallèle des hommes et de leurs titres, j’ai regret de j, etre si souvent trouvé dans l’obligation de le signaler, in lJl?a*S VOulu n’avoir à citer que les beautés d’un auteur imparable sous tant d’autres rapports.
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- Sage opinion de M. Malcolm Ludlow sur les jugements de lord Macaulay.
- Des moralistes anglais ont protesté plus sévèrement ^ je ne puis et ne veux le faire contre les jugements lord Macaulay. Il faut citer, entre autres, M. Mal^111 Ludlow, dont le lecteur a déjà vu l’opinion vertueuse sujet de lord Clive. Il explique et motive ingénument non-condamnation des deux grands coupables, qu’il & à leur juste place.
- « Je rends grâce à Dieu que Clive et Warren Hast1 & n’aient jamais été condamnés au châtiment qu’ils avaie personnellement mérité. Le plus bas degré de l’byP crisie, c’est, je le crois, lorsque le coupable est puni» que le juge profite du crime, au lieu de le réparer; caractère national a reculé devant un pareil pharisaïs*1^ Tel est, je n’en doute pas, quant à l’acquittement Hastings, la cause vraie, instinctive, intime, inavoaa Nous n’étions pas disposés à restituer à l’empereur m°$ les provinces dont nous avions envahi la tutelle son nom, pour les vendre au lieu de les protéger. ™ n’étions pas disposés à rendre au Rohilconde son ^ pendance; à rendre au vice-roi du Bengale les proviu dont nous l’avions dépouillé par fraude ; à rendre au i’aJ^ de Bénarès, aux bégums d’Oude, leurs trésors volés-grand nombre de malheurs étaient, hélas! irréparable Qui pouvait restituer la vie à l’héroïque Shitab-ft0^’ quand notre iniustice en avait brisé les ressorts
- x J f \fgf
- son cœur! Voilà pourquoi je suis content, je le repe j que nous n’ayons pas eu l’impudence de faire d’un se accusé le bouc émissaire de nos propres péchés. ^ longtemps que la Compagnie des Indes contiflua
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- d’i
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- ^nvulnérable, il était nécessaire que Hastings restât
- ^ (( A1 egard de ces morceaux éblouissants insérés par lord j acailb*y dans ses Biographies de Clive et de Hastings, 0rsî«’ü parle de l’un comme ayant beaucoup fait et beau-P souffert pour le bonheur du genre humain, puis de l’autre étant digne d’obtenir un monument à Westminster, çj. s Savez tous à présent ce dont l’un et l’autre étaient ^gnes! Ce qu’étaient ces deux hommes, à part l’éclat j ürs talents, vous l’apprécierez en les comparant avec ^Urs Contemporains plus obscurs dans l’Inde. Empey, ^Qiboldt, vous montreront leur rapacité; Coote, Munro, ^Uar>t5 leur égoïsme et leur insolent mépris du droit Autrui. A l’égard de Warren Hastings, en particulier, eiques-uns des coups de pinceau de lord Macaulay de-^ Oent ridicules, dès qu’ils sont comparés avec les faits.
- parle de son honorable pauvreté, lorsqu’il est certain ^aVec 625,000 francs de traitement annuel il a reçu de ^ Oas présents, en demandant, il est vrai, la tardive per-S10n de les recevoir. Sa femme acceptait d’autres dons Ur elle; et peut-être pour lui! Il parlait de sa pauvreté, 0ïïlrne moyen de justification, quand il corrompait la .esse h raison de 5oo,ooo francs par an! Au sujet de son e brûlant pour le bien public, voyez sa basse opposition ^°ntre lor(] Macartney, lorsque tout le salut des Anglais llnde dépendait des succès de celui-ci. De tels faits prient une mesure suffisante de ce que son zèle pouvait .e toutes les fois que l’honneur de servir l’Etat devait
- Joiilir sur un autre que sur lui-même.
- * ?Uant aux personnes qui jugent les crimes d’après le Ces final1, elles feraient bien de peser les résultats qui
- 1 û’ ,
- Uje ^eur, ou si l’on veut le professeur, prononçait ces paroles au mo-<tu plus grand progrès de la rébellion, en 1857.
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- FORGE PRODUCTIVE
- suivent. Il y a quatre-vingts ans que le pays inoflensif Rohilconde fut subjugué par les armes de rAngleteHe’ quoiqu’en premier lieu ce fût pour un pouvoir non b11 tannique : ce crime a réussi; et le peuple des RohiHaSj opprimé, envahi par nous dans ces dernières années, e signalé comme un argument capital en faveur de nos c0^ quêtes et de nos annexions : que voyons-nous mainten^ le Rohilconde est derechef un pays étranger. A pel^ avons-nous dans ce pays de quoi poser un de nos pie et nous tentons à peine de l’y maintenir. PolitiqueUieot’ l’œuvre de W. Hastings en cette province est anean#e’ mais les résultats immoraux subsistent. Les RohillaS ’ trefois nobles et généreux, sont devenus des meurtr^’ comparables aux révoltés de cet Etat d’Oude au prold quel nous les avions subjugués. Le massacre de ne peut être surpassé que par la partie la plus sombfe massacres de Delily et de Cawnpore. »
- Afin que le lecteur pût apprécier sous tous les p
- en1
- de vue l’esprit qu’a porté l’Angleterre dans le juge1# ^ des maux éprouvés par l’Inde, nous n’avons pas vo morceler le grand procès de Hastings, qui nous a con# jusqu’à l’année 1795. Nous avons cessé de suivre eu l’ordre du temps et passé sous silence des détermina# de la plus haute importance pour l’avenir de l’Hindou et pour le sort de la Compagnie. Revenons à l’année 17° qui suivit la paix de l’Angleterre avec les colonies d At#e rique désormais indépendantes.
- Projets d’intervention directe da gouvernement britannique dans les ajjaires de l’Inde.
- Vers la fin du gouvernement de Warren Hastings» u" tentative considérable fut faite pour donner au rnû#8^
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- bri
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- OpHor. •
- ^ ^nni(îue une suprême influence dans l’administration
- ^ Lorsque Fox et ses alliés eurent contraint Georges III subir leur étrange ministère de coalition, ils imagi-o'I'l Un Proje^ de ^ que son insuccès même a rendu ç re* Ils transféraient réellement à la Chambre des 0rUmunes un patronage qui devenait d’une extrême j h°rtance : c’était la faculté de choisir dans la métropole lls les
- flue les terreurs d’un roi passionné, opiniâtre et peu Cleux de se renfermer dans la nullité d’action que lui
- . sujets appelés à diriger la force publique et l’ad-lstration des peuples soumis aux trois Présidences de a cutta, de Madras et de Bombay. s- a Chambre des Communes devait être flattée d’une §raude prérogative offerte à ses membres les plus in-Par un ministère quelle appuyait de sa majorité-, e vota ce projet.
- ^Ussitôt William Pitt, avec une habileté merveilleuse, oita les préjugés, les rancunes, les appréhensions et
- s0\i
- »w
- 0ll Scr*vaient les doctrines issues de 1688. Georges III prit ^ ertement parti contre le vœu des Communes : il pesa ^°ute son influence sur la Chambre des Lords; il déclara son amitié personnelle ou son aversion dépendraient, , r chaque Pair, d’un vote contraire ou favorable au bill lîl(ie. ^vec de te^s uaoyens, le projet de loi fut rejeté, e ministère de Fox immédiatement congédié, çj ^|°rs commença le célèbre ministère de W. Pitt, qui veVai* durer dix-sept ans. Les Communes, irritées, ayant continuer la lutte, elles furent dissoutes; le pays ^sulté prit parti pour le Roi, les Lords et Pitt.
- ministre triomphant s’efforça de tourner la diffi-
- devant laquelle son rival, trop peu prudent, venait Sliccomber. Il chercha le moyen le plus modeste de
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- conquérir, disons mieux, de dérober un grand pouvoir l’Inde, en paraissant se borner aux simples fonctions surveillant et de modérateur. Il semblait que sa candeUl aspirât simplement aü droit de découvrir le mal afin de rendre impossible, en laissant à la grande association n^ chande la gloire d’accomplir le bien pour l’amour du biel1'
- Création d’un ministère, appelé bureau de contrôle, pour surveiller le gouvernement de l’Inde.
- Tous les efforts des gouverneurs sortis du sein de ^ Compagnie avaient eu “pour but d’ajouter, à l'importa^ obscure du, commerce l’importance supérieure et l’éclat d’une institution conquérante armée d’un graI1
- des
- pouvoir politique. De semblables efforts devaient avoU’ résultats qu’aucune Assemblée des actionnaires, auCÜUjj Cour des Directeurs ne sut prévoir dans le principe ne s’agissait plus seulement du choix primitif des eIïl ployés; il s’agissait de savoir en quelles mains allaient paS ser l’autorité réelle et la suprématie de l’administrati01^ Le Gouvernement anglais ne pouvait pas permettre a Compagnie de régner, c’est le mot, de régner sur des p°P . lations trois fois plus nombreuses que celles des tr^1 royaumes pris ensemble. Il ne pouvait la laisser acqn®11^ vendre ou donner des nations, ni faire à son gré tante1 paix, tantôt la guerre, dans l’immense étendue de l’One D’un autre côté, le Gouvernement britannique ne PoS sédait aucun moyen d’administrer directement des État encore placés aux yeux des peuples sous l’autorité réve de l’empereur héritier d’Aureng-Zeb.
- William Pitt imagina de créer un ministère pofiti*!1^ sous un titre modeste et rassurant : ce fut le contrôle pour les affaires de l’Inde.
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- DES NATIONS. 187
- ^es membres délibérants de ce contrôle formaient un °nseil, ainsi composé jusque dans les derniers temps :
- . .Président, membre du cabinet et véritablement le ninistre des affaires de l’Inde;
- p m d) 7
- j 0ïlseillers : le président du Conseil des ministres et Premier lord de la trésorerie ; j,. principaux secrétaires d’Etat, ce qui comprend ^terieur, les colonies et les affaires étrangères; e chancelier de l’échiquier.
- ^ ces fonctionnaires rétribués comme ministres, en °rs du trésor de la Compagnie, on adjoignit plus tard siiff ^UeS conse^ers Tue riches sinécures rétribuaient *Samment. On constituait ainsi, pour veiller, disait-on, j, 0nheur de l’Inde, un Gonseil en apparence gratuit et
- ^intéressé.
- a fini par attacher à l’institution deux secrétaires,
- ïlî 1
- au moins un pris dans la Chambre des Communes; ^ *'Ci devait être toujours prêt, comme le futMacaulay, Fepondre au sein du Parlement sur les affaires de l’Inde, I S1derées dans leurs rapports avec le Gouvernement de a Métropole.
- ^1Vlsa contrôle en bureaux spéciaux, où l’on revi-fev a^res’ de la partie politique et secrète; 2° des 1’ j 111187 a° des finances ou de l’emploi des fonds; â° de ministration proprement dite des pays indiens ; 5° de la üerre; 6° de la justice.
- ^ont
- e quelle manière pouvait fonctionner l’Institution du contrôle.
- premier président que choisit W. Pitt fut Henry plu^98’ SOn instrument Ie plus dévoué, le plus actif et le lri*e^1»ent’ ma*s aLlss* Ie plus tortueux, et le plus a tout faire au moindre signe de son chef.
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- Par degrés, ce président établit que les ordres éman®5 de la Cour des Directeurs, avant d’être expédiés, serait tous soumis au Bureau de contrôle, et qu’ils ne pourrait devenir exécutoires à moins d’avoir été revêtus dune approbation expresse émanée de ce Bureau.
- Si le ministère désirait des modifications, il les fabal écrire en marge des projets communiqués par la C°lir des Directeurs; si la conciliation ne s’opérait pas au moyel d’une rédaction définitive, le projet était rejeté.
- Évidemment l’expédition des affaires n’aurait paS
- été
- possible pour gouverner par écrit, en partie double, un ^ grand empire, si le contrôle n’avait pas été réelle111 approbatif sur l’immense majorité des affaires. La dis5) dence ne pouvait et ne devait naître qu’au sujet de ca importants et peu nombreux.
- Par degrés il devait s’établir une espèce de jurisprU dence commune; on devait finir par s’entendre surdeS principes fondamentaux et sur les règles d’application-Lorsqu’il y avait divergence dans les vues, il ^ ^ d’un côté, que les Directeurs exposassent les raisons leur initiative, et que, de l’autre, le Bureau de conti° expliquât ses fins de non-recevoir. Quoique le GouVer>11^ ment ne fût pas tenu de justifier son veto, s’il n’avait
- .iiû
- transmis ses motifs de réprobation, il n’aurait pluS ,
- qu’un insupportable tyran; nous verrons qu’en certa cas il ne reculait pas devant un si triste rôle.
- Ajoutons que la Compagnie possédait une adminlS^. tion centrale nombreuse, et composée d’homnieS 4 réunissaient l’expérience et la pratique des affaireS l’Inde. Parmi les Directeurs se trouvaient d’anciens t ^ tionnaires, autrefois Senior Servants, et possédant grande connaissance des intérêts orientaux. Il y avait
- en général, du côté de la Compagnie, beaucoup
- d’ava0'
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- j.a§es en savoir, en lumières, en expérience, pour se dé~ endce contre l’oppression du Bureau de contrôle.
- Comment fut violée dès le principe la loi qui constituait le Bureau de contrôle.
- serait dans l’erreur si l’on supposait que le double fut ernemen^ dont mécanisme vient d’être expliqué dt'11118 en *îeu Pr]^ncfpe avec une parfaite sincé-
- le
- ^Sterïle difficile et compliqué, Henry Dundas, n’était pas ?ïïlïïie à se renfermer consciencieusement dans le cercle o ner tracé par la loi. Il nous suffira de signaler deux ^pies des empiétements les plus déplorables : le pre-^ > Relatif à l’autorité des Directeurs sur leurs sub or-
- °*iiies militaires ou civils ; le second, relatif aux intérêts
- lanciers.
- premier ministre qu’on ait chargé d’inaugurer ce
- 171Paiements du Bureau de contrôle sur l’autorité de la Compagnie à l’égard de ses subordonnés.
- r
- per 6 ^^nstère du Contrôle montra dès l’origine aussi 11 Regards pour la dignité que pour les intérêts de la association qu’il était tenu de protéger.
- °Ut 11 C0^one^ R°ss> employé dans l’Inde, avait manqué des a^eusement a l’autorité de la Compagnie. La Cour directeurs prépara la minute d’une censure sévère h“ôi cette couPable conduite; le Bureau de con-
- ^ e ^esaPProuva d censure et la rejeta. Les Directeurs ai*ïerent avec raison dans les termes suivants :
- Pr^sente occasion nous paraît si grave, le tort que s eprouvons est si destructif de tout bon ordre dans
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- l’Inde et de toute discipline, que nous devons prendre ^ liberté de représenter au très-honorable Bureau de co11 trôle qu’aucune dépêche ne peut être expédiée, à de contenir la décision finale des Directeurs sur le colone Ross. » Le ministère ne crut pas devoir pousser pins l°in le scandale; il autorisa l’envoi de la réprimande si just^ ment méritée. Mais en cédant avec'mauvaise grâce, d 1 ainsi ses réserves : « Nous avons pourtant la confiance qu efl témoignant ici notre condescendance, il ne sera pas e° tendu que nous reconnaissons en vous, Messieurs Directeurs, un pouvoir quelconque d’adresser dans Un ni approbation ni censure relative à la manière dontL conduisent les serviteurs ou civils ou militaires, sans votre décision soit conforme à notre Contrôle. » Cela sig111 fiait, dit avec raison l’auteur de YHistoire de l’Inde, que Directeurs ne conserveraient pas la plus légère autoflte’ si ce n’est comme les agents aveugles et passifs du p°l1 voir arbitraire qui se plaçait au-dessus de la loi.
- Empiétement sur l’action financière de la Compagnie.
- En 1788, Pitt et Dundas obtiennent du Parletf16*1 un nouvel Acte qui transfère ouvertement au ntinus1 la complète autorité sur les affaires militaires de ^
- En 1784, les créateurs du Bureau de contrôle av'aie .pourtant déclaré qu’il s’agissait, non pas de ravir le voir à la Gourdes Directeurs, mais uniquement d’en sUf veiller et d’en régulariser l’exercice.
- Néanmoins, dès 1788, au sujet des mesures cières, Henry Dundas osait dire en plein ParlemeI^ «L’acte de 1784 a voulu stipuler que le Bureau de c « trôle, si telle est sa volonté, peut appliquer en total1* «revenus de l’Inde à des objets de dépenses militaJfe
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- (<Sans laisser à la Compagnie même une seule roupie (a fr.
- "5o cent.). »
- ^iüsi, contrairement à l’esprit constitutionnel de 1 Angleterre, le pouvoir exécutif, sans vote exprès du Paile-!^ent, s’arrogeait le droit de tenir sur pied, dans llnde est vrai, une armée aussi monstrueuse que pourrait e s°uhaiter l’ambition des ministres et d’envahir tout le
- l'ab °,na^e (lue comportait une telle armée. Voilà comment f ^cgation supposée de Pitt eut l’art de s’approprier les UUs de l’ambition tant reprochée au ministère de Fox.
- $
- aPporis irréguliers du Bureau de contrôle avec les dettes de l’Inde.
- a '^es difficultés très-graves s’étaient élevées dans l’Inde sujct des dettes du nabab d’Arcot et du Carnatic, de la Compagnie, dans la Présidence de Madras. es .Gs sei’viteurs de cette Présidence, inspirés par un gro^ ^*ntl%ue et do malversation, avaient eu l’art de pté Slr °U^re mesure ies dettes du nabab, et ces dettes pri en^ent lm total effrayant. Dettes fortunées! que le 9Va^ reconnues covers des agents de la Compa-iesquels jamais n’avaient rien déboursé, et lesquels, ^Reconnaissance, aidaient le nabab en ajoutant à l’énor-Saj 6 SGS Pr0Pres Réclamations sur les revenus de ses
- p
- W T»r rem^dier en apparence à de frauduleux abus, tiiè Xtt ^ voter Par ^es deux Chambres le plus ver-v^Ux de tous les bills..... « Attendu que d’énormes sont réclamées comme étant dues par le nabab ^ rcot a des sujets britanniques, il est prescrit à la Cour % ^lecteurs quelle ait à donner des ordres pour exa-c /*er 1 origine et le fondement de semblables demandes; e Cour est tenue d’enjoindre à ses serviteurs dans
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- ! i.ns
- l’Inde de compléter les investigations. Alors seront e blis les fonds nécessaires pour payer les dettes qui sa^s feront, d’une part, aux justes droits de la Compagïlie’ de l’autre, aux titres des créanciers ainsi qu’à l’honnetf du nabab. »
- Pour obéir à cet Acte, les Directeurs de la Compagnie transmettent au Bureau de contrôle leur projet d’instrllC tions; elles prescrivaient de vérifier toutes les dettes aVa qu’aucun payement fût ordonnancé.
- Au mépris de la loi, le ministère du Contrôle se tfallS forme en ministère d’action et dinitiative; il divise leS dettes en diverses catégories et prescrit des payeiueïltS immédiats, sans aucune espèce d’enquête.
- Impuissante humililé de la Cour des Directeurs.
- Il faut voir avec quelle modestie, avec quelle déféré^ la pauvre Cour des Directeurs réclame un droit plus dal1 que le jour, et quelle tient de la loi.
- «Mylords et gentilshommes, dit-elle aux membres haU tains du Bureau de contrôle, c’est le cœur plein du0 extrême douleur que nous exprimons une diversité à °P^ nion avec votre très-honorable Conseil dans ce reC exercice de votre pouvoir contrôlant. Lorsqu’il s’agit du11 institution telle que la vôtre, et si nouvelle encore» peut à peine regarder comme extraordinaire que les h*111 précises de nos fonctions et de nos devoirs respectif5 n soient pas sur-le-champ posées irrévocablement de lLl et de l’autre part; c’est pourquoi nous espérons que justice et votre candeur vous persuaderont que n n’avons aucun désir de nous soustraire à l’action salut311.
- de votre contrôle. De notre côté, nous sommes pa tement convaincus que vous n’avez aucun désir d’efUp
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- Qllant Bouvo*rs légaux de la Compagnie des Indes. . . les 9 natle droit d’être remboursés des dépenses par en atteignant presque les limités de notre ruine, priét ,aVons empêché que le Carnatic et toutes les pro-s’y rattachent ne devinssent la proie d’un con-^ant^ étranger, certainement un tel droit doit passer Seiïi b>ute autre nature de dettes;, il faut que le rembour-de nos sacrifices demeure établi sur les revenus Uitiv^8 Iïl^Iïle dont nous avons assuré le salut. En défi-^Us^uau moment où notre dû sera remboursé, sont 116 POUvons consentir à l’abandon des fonds qui nous doutafreCtés> Pour satisfaire à des créances plus ou moins ^eüses et n’ayant aucun caractère public. »
- Ç0 ^oistère du Contrôle refusant de faire justice à la ^'Eci ^ ’ ^a^a^re Portée au Parlement. C’est alors c°Ur ïïl°ri^ Burke prononça l’un de ses meilleurs dis-les S ^Vec Une verve, une ironie incomparables, il détruit q^^^^oacs de Henry Dundas; il réclame le droit d’en-, J611 ^aveur de la Cour des Directeurs, avant qu’on pro GS ^ettes falsifiées du nabab d’Arcot. Rien n’est plus pr ^ faire comprendre au milieu de quels abus les j^ces de l’Hindoustan étaient alors administrées. ^°n$0ï^teUr 1 ^Pand une vive et triste lumière sur les inten-t0llt tenébreuses du Bureau de contrôle, qui repoussait êe ^ycn de découvrir la vérité. Il montre qu’au fond œuvre inique se cache un hideux besoin du : ^ ^eso^n d’accroître, Par l’argent, les moyens f)ar^emerila^re’ Be pouvoir politique voulait légi-^0^ Ca^ta^ applicable a la corruption, qui rapportait ^es intérêts dans la Chambre des Communes, et ou attachait étrangement aux créanciers, frauduleux «p11, nabab. Écoutons Burke :
- lll Benfield est le grand réformateur du Parlement;
- ^TRODÇCTION. :— IV. 13
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- quelle partie de l’empire, quelle cité, quel bourg elect^ rai, quel comté, quel tribunal de l’Angleterre ne sont P pleins de ses travaux1? Afin d’organiser une forte p^a lange, propre à seconder toute réforme future, cet usufje qu’enflamme l’intérêt public, au milieu des soins eha^ tables qu’il prend pour soulager l’Inde, n’a pas oubhe^ Constitution si brisée, si pauvre et si corrompue de contrée natale. Dans ce dessein, il n’a pas dédaigfle ^ s’abaisser jusqu’au métier de tapissier en grand de c Chambre. Il prétend la meubler, non pas avec des turcs passées, usées et d’un mérite suranné, mais avec j effigies solides et vivantes de la vraie vertu moderne. Pa
- & .... i T,#
- Benfield, à prix d’or, n’avait pas fait entrer moins de1 { députés dans le dernier parlement; quel copieux tofl^ de sang épuré ne doit-il pas avoir infusé dans les Ve11 de la présente Assemblée ! u
- « Cependant les intérêts dé M. Benfield l’ayant apPe dans l’Inde, il devenait impossible au ministère de se c°^ certer avec ce grand citoyen. Que résoudre alors? AveC^ sagacité qui jamais, en pareil cas, ne fit défaut an P y voir, on discerna dans l’homme d’affaires de M. Ben1 .
- sinir
- rac'
- à Londres une exacte ressemblance, une attraction laire, en vertu de laquelle la vertu gravite entre les ca ^ tères de semblable nature. Un tel sentiment eut bie)î mis notre ministre Dundas en contact avec le procUre l’attorney de Benfield, c’est-à-dire avec le grand eil i(j preneur, que je nomme ici pour l’honorer, M. B10^ Atkinson. Sa renommée vivra dans votre mémoire al longtemps que les archives de la trésorerie britann^ aussi longtemps que la dette monumentale de l’Angle
- 1 ..................Quis jam locus, inquit, Achale,
- Quæ regio in terris nostri non plena laboris?
- ( Æneïdos lib. I.)
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- c°nn°nt ^aS cess® d'exister. Chacun de mes auditeurs ait tres-bien l’amitié sacrée et l’attachement mutuel
- tjUl o. 1 .
- DS1S^en^ entre cet agent et le ministère d’aujour-J’j ’ e^c*)} Ici Burke représente le sieur Atkinson comme ^rrnédiaire intéressé dont la volonté dicta le hill de 1 sur l’acquittement des dettes du Carnatic.
- Uance mtime entre les intrigants ministériels de hv e^e ministère de l’intrigue en Angleterre, il fallait ^ autfientique Par un déploiement de pouvoir qui une connexion si précieuse; pour,cela., tout 6 Confîance, tout signe de distinction, toute marque per°niletlr devaient être accumulés sur la même tête. Du foi 0ïlnage subalterne que nous venons de citer on fit à la îïlaîid^ (^recteur ^ans a Compagnie des Indes, un alder-aris ta Cité; et combien peu s’en fallut-il qu’on ne l’ap-
- jw a ^présenter, au Parlement, la capitale de ce grand
- m * r i • •
- Cojj c-*.. Mais,-arm de mieux assurer ses services
- ^ toute sorte de chances et de périls, on le fit élire par
- titie °llr^ Pourri ministériel. Ce digne personnage ouvrit
- ,a^erice universelle pourle trafic des dernières élections
- de ^ales; agence dont le grand comptable était l’attorney
- d9tlseïi^leta* Faut-il le dire? Cette agence, administrée
- inlln intérêt indien, le fut conformément aux principes
- «V*S-’ renversent tous nos principes.
- (l6s aa ta coupe dorée des abominations! Voilà le calice
- si0tls rillcations, de la rapine, de l’usure et des oppres-
- ïie^j offre à ses amants l’opulente prostituée de l’O-
- A ^a^ce infâme, que tant d’hommes du peuple et
- jns ’f Seigneurs de notre terre occidentale ont épuisé
- a Sa électorale. Pensez-vous qu’aucun arrêté de
- devait solder si détestable débauche? Supposez-
- ^eDivU ailCUn payement ne serait réclamé pour cette orgie
- lement public et de nationale prostitution? Ici, vous
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- en êtes témoins; ici, sous vos yeux, on veut indeum1^. le principal agent de la grande élection. Voilà poui^^ les réclamations de Benfield et de sa horde doivent e placées à l’abri de toute enquête. » f
- Dans l’ouvrage de M. Montgomery Martin, portant p ^ titre l’Empire indien, j’ai trouvé de précieux docuna sur cette scandaleuse affaire du Carnatic et sur le per ^ nage mêlé si singulièrement aux intrigues corrélative^ l’Inde, du Parlement et du ministère. L’unique bnt ^ nabab du Carnaticl, vassal de la Compagnie, était d ama un énorme trésor, en partie composé d’extorsions» partie d’emprunts non remboursés. Pour se ménager pui des serviteurs de la Compagnie, il avait souscrit a eux d’énormes engagements, plus ou moins frauduleU, qui faisaient dès lors partie de ses dettes. Enfin, il deV la Compagnie des sommes considérables, réclamées ^ tout, et justement réclamées comme dettes gouveI mentales : c’est ce privilège équitable que repoussait foulant aux pieds le cercle légal de ses attribution5’ ministre non de l’action mais du contrôle.
- Parmi les créanciers du nabab figurait ce Paul ^ à jamais stigmatisé par l’éloquence de Burke. Quoiqu1^ un des plus jeunes serviteurs de la Compagnie, son talent pour les affaires véreuses avait obtenu du nabab ^ hypothèque de 4,o5o,ooo francs; le radjah reconnajsS^ avoir reçu ces millions du petit employé Benfield, d°Jlt appointements étaient de quelques mille francs! ^ On élait en 1776; la Cour des Directeurs, animee/^ le désir de rétablir l’ordre et la probité dans la de Madras, y renvoya le trop célèbre enrichi | v lord Pigot, ex-gouverneur de cette Présidence. U e
- 1 On l’appelait le nabab d’Arcot, du nom de sa capitale.
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- 1
- fUt 1 contre lui tous les dilapidateurs ; une conspiration lt)^Ur<^e pour l’arracher au pouvoir. Le commandant &e /J6 ^GS ^orces» colonel Stuart, aidé par le cocher de ^ e Attira dans sa voiture et le conduisit en' prison. ^ast*nSs’ a^ors gouverneur général, aurait dû Vjc).. e~champ rétablir dans sa Présidence lord Pigot, Ü ,Qle dune conspiration de malfaiteurs corrompus : ho ^ ^ r^en* Au bout de neuf mois, arriva de la mé-et j llne décision des Directeurs rappelant à Londres ttié S- CouPa^les et -le gouverneur jeté dans les fers au rj^ris de toutes les lois; mais déjà, sous un climat tor-’ Uïle geôle sulfocante et les tortures morales avaient fiaïltIïl0Uïar l’infortuné lord Pigot. Une amende insigni-du ç toute la peine que subirent les conjurés membres ^esf0ïlSe^ Pccsidence. 11 y a plus: le commandant lCes’ tuteur personnel du guet-apens et de l’arres-^ gouverneur, jugé par un conseil de guerre, fut Hjj eiïlIïlcnt acquitté. De Paul Benfield, alors caché dans }| ,^an§ subalterne, il ne fut pas même question; bientôt b , de Madras à Londres ses intrigues audacieuses. p| . l’Inde, nous l’y trouvons, peu d’années après, en (ju ^‘labeur de corruption hindou-parlementaire : telle ^ urke l’a dépeinte sous de si vives couleurs.
- An *e secours des chiffres, qui résument tout en nJvterre, Burke démontre au Parlement que l’agent jw eld va recevoir, comme dette du Carnatic, l’énorme . aune annuité de 888,000 francs, qui menacent l’<j| lïriputés sur les revenus de l’Inde. Heureusement ^Uence empêcha cette infamie d’être consommée. nep3 ^0ïlgue et scandaleuse affaire des dettes du Carnatic Créelle*»ent décidée que vingt-cinq ans plus tard. Des Vèj. rillSsaires spéciaux ayant apuré les comptes, ils trou-^ ce résultat définitif, d’après lequel il fut démontré
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- que les dettes véritables n’égalaient pas la quinzième pa^
- des créances réclamées avec tant d’impudence :
- Total des demandes à titre de dettes. . 509,664,25o fr*
- Réclamations mal fondées ........ 476,og4,35o
- Montantdes dettes reconnues véritables. 33,669,900
- Dans une affaire aussi scandaleuse, il est juste de re»1^ quer que le ministre du Contrôle n’avait voulu sapp prier aucune des sommes réclamées avec autant de raP cité que d’audace. William Pilt n’eût pas souffert 4, son subalterne immédiat commît un tel acte d’impr0^ Mais l’intégrité gouvernementale de W. Pitt lui periue de fermer les yeux sur d’énormes fraudes, quand e étaient utiles à son influence parlementaire. ^
- J’ai signalé l’un des attentats les plus révoltants co#1 par le Ministère du Contrôle. Qui dit contrôle dit seü ment la surveillance des mesures accomplies, et non P l’initiative arbitraire substituée à la surveillance du pouV j Dès l’origine, au contraire, le Ministère du Contrôle l’intention de se poser comme l’arbitre de toute &eS ^ importante; prenant pour lui l’initiative réelle, il v°^0p que toute résolution capitale émanât de sa volonté, flul ^ souvent était contraire aux lois et dédaignait les règleS service. jj.
- Revenons maintenant aux affaires de l’Inde. Les cations données sur les dettes du Carnatic feront fl116 comprendre ce qui va suivre.
- Haepherson, le faux Ossian, gouverneur par intérim.
- Après le départ de Warren Hastings, un M. Macpjfj, son, à titre de plus ancien membre du conseil de
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- cutta
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- , ’ exerÇa quelque temps les fonctions de gouverneur tOai • ^ auss* Peu scrupuleux que son devancier,
- ch ÎS ^ n en ava^ Pas les puissantes facultés. On l’avait foitf 6 service plusieurs années auparavant, pour s’être pou B^erit secret du nabab du Carnatic; lorsqu’il revint au ^eot011" ^ n'ouk^a Pas cet indigène qu’il avait honteuse-servi. C’est en partie par son influence que les dettes de J SGeS ^Lî na^a^ furent portées sans examen au compte fin ^ ^0rïlPagnie, en restituant à ce prince une autorité ciere funeste aux populations de cette grande pro-ç e' signifiait, suivant M. Malcolm Ludlow, que le être de nouveau livré, comme une proie, à ^ arpies bindou-britanniquesl. a0s ’6 lïlerne Macpherson avait apporté dans les lettres c°îïi conscience que dans les affaires : c’est lui qui
- du) ^°Sa P°®mes qu’il ne craignit pas d’attribuer frau-propSernent à l’antique barde Ossian. Le succès en fut çj, ^eux; mais le temps], qui met tout à sa place, et la saitl 1Ver*e qu’on fit de la supercherie, permirent à la ^ e critique de faire perdre tout prestige à l’emphase, fathos de ces prétendues œuvres immortelles.
- Les lords Macartney et Cornwallis.
- > le gouvernement général des Indes britanniques ^ de la main des anciens commis, guerriers ou Plu 1 ^ Va Passer a des hommes animés par un sentiment e^evre de l’honneur et de la probité. l\L 11 *7^6, le général lord Cornwallis remplace lord de tneY> nommé seulement pour quelques mois. Une Premières et meilleures mesures fut de retirer au
- MalC0]m
- Ludîow : Races de l’Inde, t. I, p. 208.
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- nabab du Carnatic la perception désastreuse du rev^1
- foncier de ce pays. .
- Une autre mesure, dictée par un sentiment de fl10 ration, fit abaisser à i2,5oo,ooo francs la totalité dépenses annuelles que devrait désormais solder le ®el1 gale pour le compte de la Compagnie.
- Le principal événement militaire accompli sous le g0^ vernement de lord Gornwallis fut la guerre poursuivi concert avec deux grands Etats de l’Hindoustan c0 Tippou-Sahib, le sultan de Mysore, héritier et fds célèbre Hyder-Aly. En 1790, les Anglais prirent la ^ teresse de Bangalore; mais ils échouèrent devant Ser1^ gapatam. Ils furent plus heureux en 1791 et 1792* ^°\ Cornwallis, qui commandait en personne, attaqua si vig j reusement cette place, que Tippou demanda la pal*’ se vit réduit à céder une partie de ses Etats, qui fut r tagée entre la Compagnie et ses alliés.
- L’Angleterre, fidèle à son génie qui la pousse t°llJ°U^ du côté de la mer, réserva pour elle un long territoire la côte de Malabar.
- Le noble Cornwallis, général en chef et victori^. avait de droit une part considérable dans les prises 4 revenaient à ses troupes : il y renonça généreusement f° donner tout à son armée.
- La forteresse et la principauté de Courg conquises par lord Corn^
- lié'
- Par le traité de paix qu’avait conclu le gouverf1 ^ général, les Anglais obtenaient la forteresse et la Prl j, pauté de Courg : ils furent surpris de pénétrer daïlS ^ pays qui, pour le bel ordre public et la prospérité» passait de beaucoup les États administrés par la gnie. La ville forte de Courg présentait un aspect
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- 1106 e* de régularité qui signalait un état social avancé
- Progressif; elle avait pour garnison des cipayes armés
- ^ me une troupe européenne et savamment disciplinés.
- t Pays était en parfaite culture; les habitants, très-nombreux r • .r ...
- ; se taisaient remarquer pour leur industrie : tout ait dincessantes améliorations au sein de la princi-sant COncIu^se ^ans ses villes naissantes ou grandis-le • GS* tel bien-être rendit plus pesant et plus odieux SeJOu§ du vainqueur. Aussi, dès la première occasion qui j^senta, les habitants de la principauté, délivrés du 8 européen, revinrent avec enthousiasme à l’autorité Ve qui leur avait fait ce bonheur.
- Go
- uvernement intérieur de la principale Présidence, amélioré sous lord Cornwallis.
- Si
- «ous en croyons lord Macaulay, le gouverneur ^ eral Warren Hastings avait laissé l’administration du . ^gale organisée avec un rare succès. Cependant, à cet tout était resté fort imparfait; on va le voir.
- 9ns son ouvrage sur les services rendus par la Com-guie des Indes, M. Kaye, parfaitement muni de docu-s ts officiels1, dit au sujet de lord Cornwallis : «Il ras-a les fragments épars d’administration qu’il trouva ^ Bengale’ Pour en faire un système coordonné. Il obligé d’organiser à nouveau la police; il régularisa la ffis f06 Clam!neHe a l’égard des natifs. Il sépara sagement 0Octions judiciaires et la collection des revenus publics 66 ^ar ^eS a§ents la Compagnie. Il organisa le sys-^ e financier. Il soumit à des lois régulièrement pro-§uees sous le titre de Régulations le gouvernement de
- 1 M.Ka
- ye : Administration of the east India Company.
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- Tlnde britannique : gouvernement gui n’avait présenté JaS qu alors qu’une succession de mesures incohérentes, saïlS formes stables et légales. »
- Nous allons aborder celle des grandes innovations ^ recommande le plus l’administration de lord Cornwa
- llis
- de
- à l’attention de la postérité : elle est relative au droit propriété.
- 1,6$
- M. Malcolm Ludlow, historien et jurisconsulte, pris pour guide sur droits cle propriété dans leurs rapports avec le Gouvernement brl^n nique.
- M. Malcolm Ludlow, membre éminent du barreau ^ Londres, connaît les lois et les faits, ce qui lui per111, d’en parler pertinemment. Son esprit est doué de reC^ tude, ce qui lui permet de parler juste, quand il le Son esprit a non-seulement la science mais la conscie*1^ du droit, ce qui l’oblige à vouloir toujours défendre justice; à le vouloir, même quand il faut tenir la balarlCf' entre sa fière nation et les humbles peuples quelle ti sous le joug. Pour tout dire en un mot, M. Male°^. Ludlow est pour les lois et le droit ce que Jaines jV1 est pour l’histoire; il est l’équité lumineuse et savante-
- lie
- e^t
- Voilà le guide que je prends et l’autorité sur laque je m’appuie pour montrer les phases par lesquelles É passée la propriété des Indiens, d’après la loi portée sO11 le gouvernement de lord Cornwallis.
- Parallèle des systèmes hindou et musulman sur la propriété.
- Le code indien de Manou reconnaît comme évident 1 droit des personnes à la propriété, quoiqu’il n’en donp pas la définition; il le consacre en réglant la condi.1 des héritages. A l’égard des impôts, les Hindous en paVaie
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- aV*0/^ esP^ces : l0 îes droits levés sur les marchandises ^ ees ou vendues, sur les transports et sur les profits commerce; 20 les droits sur l’argent, l’or et les pierres lesGC^eUSeS *erre’ ^es droits sur le bétail et sur
- boissons : on prélevait du sixième au douzième des et r|fiS r^co^®s* ^es impôts, oh le voit, étaient nombreux vers, afin qu’aucun en particulier ne fût excessif, pri Uan^ ^eS musu^mans envahirent l’Inde, ils posèrent en j C1pe que, par la conquête, les infidèles avaient perdu ^r°h de propriété, et même leur droit d’existence! culp3*etant considéré comme le possesseur légal, le paysan , lVateUr ne fut plus qu’un colon partiaire , un métayer, |, par tolérance à se contenter de la moitié des fruits; tj^re moitié, que nous appellerions produit net, revenait r°it au Gouvernement, qui s’était, fait propriétaire.
- | ln Percevo^r ce revenu, les vainqueurs musulmans , fermèrent à des zémindars, comparables aux fermiers
- P
- l'aux de l’ancienne France.
- ^ es fermiers représentants de l’État, possesseur théo-^e, se rendirent bientôt héréditaires; ils furent par là S’ sm°n d’un droit, au moins d’un pouvoir de pro-^ Maires. Us traitèrent les paysans cultivateurs comme **«aux, des tenanciers, que les plus arbitraires d’entre ^ chassèrent à leur gré. C’est ainsi que les landlords y Clïldais expulsent leurs pauvres cultivateurs, qui s’en ^ Peupler les États-Unis.
- Introduction dp. système britannique.
- Éf
- ^^^que les Anglais s’emparèrent de l’administration jj- j ei3gale, ils se gardèrent bien de mettre en vigueur es principes de la taxation britannique ni les droits de propriété de la race hindoue. Us adoptèrent
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- complètement le droit de conquête, de dépossession de taxation introduit par les mahométans.
- Il y a quelque chose de plus monstrueux. Les AnglalS’ non contents de confirmer le droit musulman pour ^eS districts où ce droit existait avant eux, l’étendirent san5 hésiter, au fur et à mesure de leurs conquêtes et de leurS annexions, en des contrées où jamais les mahometan8 n’avaient eu la force de l’établir; et dans ces districts1 imposèrent l’excessive taxation de la moitié des produit
- Les administrations musulmanes, quoique despotique* n’ont jamais joui longtemps d’une autorité forte et durable elles ne parvenaient pas à prélever intégralement la i*101 tié des revenus : on composait. Les employés du bsC’ enclins à la corruption, pactisaient avec le producteur1 moyennant le dixième ou le vingtième offert par celul'^ comme présent, bribe, ils se contentaient de percev^11 à peu près trois dixièmes pour le trésor.
- Mais, dit M. Ludlow, quand les Anglais succédère^ aux musulmans, les natifs eurent affaire à des collecté inflexibles, qui voulurent percevoir l’impôt jusqu’à la ^ nière obole. Partout le fisc perçut les cinquante pour ce du produit brut; et cela s’opérait tandis que les illégaux, les bribes, continuaient d’être extorqués par agents inférieurs. Ces derniers étaient indigènes. . {
- D’ordinaire, les gouvernements orientaux recevaie l'impôt en nature, ce qui le rendait plus léger. Les Aug^|S exigèrent qu’on le soldât en argent comptant; et la du* rence était infinie. Les tributs payés aux gouverneme
- i#
- le;
- natifs restaient dans l’Inde et faisaient vivre le PeU^je5 sous le gouvernement anglais, une part considérable contributions traversa les mers. Gela servit à payer les dlV ^ dendes, et l’intérêt des emprunts de la Compagnie sou^ raine , et les frais de gouvernement dans la métrop0
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- e| les
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- to j.,Pens^ons civiles ou militaires; à ces envois s’ajoutait ^ut 1 argent épargné, extorqué ou volé par les employés Peens. De là s’ensuivait l’appauvrissement du pays , °ut °d s’établissait l’administration britannique, soit » e exigeât inflexiblement ou n’exigeât pas en entier ^xiniam de F impôt.
- ç UlVant le témoignage oculaire d’un serviteur de la 0îïïpagnie des Indes, invoqué par l’auteur que je prends de i?*enan* Pour guide : « Le plus mauvais gouvernement ue entre les mains des musulmans semble préfé-^ e à celui des Anglais. Il en donne pour exemple les du Nizam, parmi tous les moins bien administrés. Une tou'6 ^^ra^es e* d’autres mercenaires, dont la solde est fo j0llrs en arrière, obtient de temps à autre la faculté de re sur un district et de s’y payer par eux-mêmes. Le tfüe r*r65 ^ raP*’ iinceridic, le vol, continuent jusqu’à ce Soi CeS madaiteurs officiels soient gorgés de dépouilles. enC à leur approche, les villages sont désertés : si est voisin de la frontière, les habitants se sauvent sur
- f * 7
- ^ mt°ire Compagnie; mais ils ny restent pas : la j. Pcte passée, ou lorsqu’ils ont traité de loin avec les ^^i^ ’ rev*ennent à leur toit domestique. Si de pin -a autre courent des risques d’outrage et de ra-^ °nt m01ns^a c^iance de jouir pendant quelques t 6es du bien-être et de l’abondance. Cette chance, sur le UnUt°^e ^a Compagnie, ils ne l’ont pas. Us éprouvent j aPPauvrissement graduel, lent à la vérité mais certain, pe^Ua ce qu’ils descendent à ce bas degré d’où l’on ne 1 plus remonter. Us voient leurs moissons perpétuelle-^ogagées entre les mains de l’usurier du village, et ^Hi °IS auss^ leurs semences : aucune abondance possible d 116 s°it balayée(swept) par le collecteur. Voilà quelle est Cecôté l’inévitable perspective ; ils préfèrent l’autre côté. »
- 3°Uv
- ou
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- Premiers essais pour améliorer la perception des revenus.
- Dès les premiers temps, la Compagnie avait su cofl1, bien la perception des impôts était oppressive pour peuple: aussi, dès 1765, elle avait donné des surintendants aux percepteurs indigènes. Il faut entendre leurs rapp°rts' « Les régulateurs des provinces tiraient, par exaction1 tout ce qu’ils pouvaient des zémindars, ces grands feIj miers des revenus publics, et leur permettaient de p1 1er le reste du peuple. Ils se réservaient pour eux-m^tf1^ la prérogative de spolier à leur tour les zémindars, quaI1 ils jugeaient que ces publicains indigènes s’étaient asse? enrichis des dépouilles du pays. »
- Trois ans plus tard, sous Warren Hastings, on inaag^6 d’affermer pour cinq ans le revenu des biens territorial1*’ à l’enchère, au plus offrant : moyen dont l’unique résulU* devait être d’aggraver le fardeau sous lequel gémissad peuple. Ce triste expédient échoue. En effet, au bout^5 cinq premières années, en 1777, la Cour des Direct^
- lit
- écrit : «Le pays est épuisé par les fermiers du revenu par les officiers du lise, aucun d’eux n’ayant un
- permanent à la prospérité publique. Les zémindars s° mécontents ; beaucoup d’entre eux sont privés de ^ terre, accablés de dettes ou conduits à la mendicité.» , fin décompté, l’Administration était réduite à la nécess1* d’accorder des remises d’impôt, afin de réparer un r les maux qu’enfantait sa rapacité.
- En 1781 , toujours sous l’administration de Wafl Hastings, on imagine un bizarre système : on affel’lî1^' par taxation annuelle, le revenu public des terres daP1^ le produit le plus élevé des dix années précédentes.^ fermage annuel échoue, comme avait échoué le syste^
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- jl^fiquennai. Enfin, un Acte du Parlement prescrit aux Recteurs de la Compagnie de s’enquérir sur les griefs e font valoir les divers tenanciers; les uns se plaignent ^ ^es a privés injustement de leur terre, les autres °n ^es a forcés de l’abandonner. L’Acte ordonne de fj, ator les juridictions, les droits et les privilèges, afin ^afcérd après des principes de modération et de justice là rmes aux lois ainsi qu’à l’organisation de l’Inde. De çj Ser°ot déduites les règles permanentes par lesquelles i Vroi:it s’établir les impôts respectifs, les rentes à payer,
- les Servaces à satisfaire, pour solder la Compagnie, par toiiMiabs, les zémindars, les polygars, les taloukdars et Çe|. autres tenanciers territoriaux indigènes, land holders. tie est preuve que les radjahs et les zémindars de J °riïlaient qu’une des classes de landlords, détenteurs ^ ^erre’^ démontre ainsi quelle était l’injustice com-en donnant à ces derniers tous les biens fonds.
- Prions et travaux financiers de sir John Shore, lord Teignmouth.
- j ,lr John Shore, le plus habile des administrateurs an-ls dans l’Inde au xvnf siècle, ainsi que d’autres prin-** serviteurs de la Compagnie, était convaincu que les desl S et ^GS z®mi'n(fars ne représentaient qu’une partie a*ïdlords ou maîtres de la terre.
- Da^0lci oo que sir John Shore constatait pour le Bengale : fas S *°US ^GS (^str*cts °ù l’arbitraire des exactions n’avait 1er re,riVersd toutes les règles, les rentes exigibles sur la fort’ eta^enf établies, disait-il, suivant une certaine pro-d lQn. Mais, en même temps, il reconnaissait que la part parleVerm ^ssde aux zémindars n’avait jamais été fixée Ws r^e gouvernementale uniforme et permanente. Zeiuindars, lorsqu’ on exigeait d’eux davantage, s’arro-
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- geaient le droit de prendre aux ryots, ou cultivateur le surplus qu’on les contraignait de payer. Plus l’honn^ et savant administrateur approfondissait cette matief^ plus il était convaincu que les principaux personnages chaque district, en descendant à partir des zémindars, ^ pouvaient pas être considérés à d’autre titre que celui serviteurs salariés pour exercer des fonctions assignées p le Gouvernement. Le système était mauvais; cette s de tenance universelle, sans autre limite que le bon p^al sir, et pour la terre et pour les emplois, possédée P des hommes ayant peu de conscience, était un obstac à toute amélioration.
- Sir John Shore et les autres habiles financiers de Compagnie cherchèrent partout s’ils ne trouveraient P quelque personnage analogue au propriétaire unique la terre, tel que le reconnaît la loi d’Angleterre : ce pl°, priétaire, ils ne le trouvèrent nulle part. L’individu 4 s’en approchait le plus était le zémindar. On reg®1 comme le premier pas vers un meilleur gouvernemefd vers la stabilité , si le zémindar n’était pas un propri®^1 complet, de le rendre tel. En conséquence, non P pour reconnaître une réclamation à laquelle les zeIÏ1^ dars n’avaient aucun droit, mais à titre de grâce accoi. comme étant de bonne politique, on résolut de fixel
- uJ
- $ et
- taife
- muablement le revenu public territorial à payer par zémindars qu’on allait rendre possesseurs inamovible
- ii* \*
- Régulation célèbre de lord Cornwallis pour immobiliser les pr0PT^ du Bengale à partir de 1793.
- Telle est la base de la fixation perpétuelle des et du revenu public établie par la Régulation célèbi’e lord Cornwallis en date du 22 mars 1793.
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- En
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- ^eBa}]VertU cette régulation, les terres du Bengale, ^ , ar et d’Orissa furent divisées en domaines (estâtes) Un d . tles entre les zémindars, auxquels on reconnut permanent de possession.
- ^sfu. ” C0Iïllïient, de fermiers plus ou moins anciens, 0n transformés en aristocratie territoriale héréditaire.
- ^u en abandonnant des deux cinquièmes à la Pris ^ ^GS Pr0(^u^s pour le cultivateur ou ryot, y com-^oit^118 ^6S ^ra*s’ d resterait des trois cinquièmes à la leQ16 ^a récolte pour la rente nette. Sur cette rente, p0ss^Vernement percevrait dix onzièmes, et les zémindars ^ iraient, à titre incommutable, le dernier onzième. teiynous former une juste idée de cette aristocratie c0 la*e> demandons-nous ce que serait en France le l)ieils ^ntier des propriétaires fonciers si le revenu des }jf0(j ?*ai* réduit purement et simplement au onzième des O oets? Cela ne ferait pas trois cents millions de ^ Partager entre dix-huit millions d’hommes, de ^es et d’enfants qui possèdent des terres en France. ^Bengale, la part des propriétaires est cependant les ,erakïet parce qu’au lieu de compter par millions \% ^indars f c’est par un petit nombre de milliers qu’on Bill • îl0lïl^)re* Le reste de la nation est dépouillé pour j^1S droit de propriété foncière.
- <^0tvt°ilS aPPrécierons Par ses effets cette mesure célèbre, k Sp es ^tentions, plus que les résultats, font honneur jeteurs h 11 elle était
- était fondée à la fois sur une injustice et
- !>Vid
- f^atr)af*U n°US arr*verons au district de Shahabad, nous rappellerons les ^tre je °ns énergiques d’un grand nombre de propriétaires primitifs ™ BicVa Ï^>llveï établissement perpétuel des zémindars. (Voyez, à ce sujet, \ r s’ vol. I, p. 366 et 367; voyez aussi M. Ludlow, t. I,
- îNîro:
- ûdction____IV.
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- FORCE PRODUCTIVE
- sur une erreur énormes. On n’avait pas rougi d’emp1'111^ aux musulmans leur prétention la plus exorbitante : confiscation du territoire, motivée sur le prétendu c disons mieux, sur la tyrannie de la conquête. t ^ On procédait ainsi, tandis qu’il existait depuis des sieC^ un système hindou soigneusement combiné, sys*e ^ fondé sur le principe de la possession communale ou lageoise. . . #
- «L’institution municipale, dit M. Ludlow, nous a pu l’appliquer, ou plutôt la rétablir, dans quelque5^ de nos plus récentes conquêtes ; on assure qu’il est tard pour la rétablir dans nos possessions anciennes* ^
- Nous nous vantons, dit le même auteur, d’avoir
- doF1
- nnep
- quelques notions de lois et d’ordre aux indigènes. C!
- - (Dir
- notions d’ordre et de lois croyons-nous donc avoir ^ nées aux natifs du Bengale par l’établissement perPK ^ des zémindaries, établissement d’où sont résulte^ ^ violations les plus révoltantes des droits de propr^^ L’énormité la plus étrange n’a pas encore été- dde’ ^ objet principal de ce système avait été de faire mindar lin propriétaire; eh bien! son premier 1 j5.
- fut de faire disparaître presque entièrement la classe tante des zémindars. Expliquons ce triste phénoniè*1 Sous l’autorité musulmane , afin de protéger le cL^ tI{i teur, le zémindar ne pouvait le contraindre à lui pa) ^ arriéré de revenu que par une procédure régulière; l0lJ^ et remplie d’obstacles. Mais par le système anglalS 1 ^ le dessein d’assurer au Gouvernement son impôt, l^s rés de la rente due à l’État purent être exigés du ze ^ par des procédés sommaires : l’emprisonnement dataire et la vente du bien même. Il est vrai que, née 1794, on supprima la prison; mais le moyeIÎ ment financier n’en devint que plus coercitif. ke
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- DES NATIONS.
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- ^ A* de vendre sans formalité, sans délai, toute propriété ((IrT ^ C0ntr^u^0lî serait en retard d’un îpois seulement, eet ^ f’avocat du barreau de Londres en donnant
- ^torique, imaginez dans notre pays la taxe foncière Ç ,4 e non par semestre, mais par mois, et concevez ^olk G ïïîa^son place Beîgrave, un domaine du Nor-s > soient vendus à l’enchère, parce que la contribution seulement de trente jours en retard!... »
- tell
- penda
- nt nombre d’années après l’établissement d’une
- cUtt r!gUeUr’ cfîaque numéro du journal officiel de Cal fis ,e1:ait rempl.i par les annonces de biens fonciers con-le^Ues et nais en vente pour taxes arriérées. Avant que te^eïïîfndar eût pu se faire payer son dû par le cultiva-, L les terres étaient vendues à des spéculateurs, à des ^ooes d argent, afin de payer la contribution non soldée. ** <f°lîz6 à quinze ans, un très-petit nombre des an-^ ^ zemindars navaient pas cessé d’être propriétaires, [tol% §rarides familles étaient réduites à la mendicité Cour^). Dans beaucoup trop de cas, les officiers des ei 5S justice devenaient acquéreurs des terres tombées Ole» Iaitlîre » quelquefois, le croira-t-on ? des terres étaient 6 Vend°es dans ce dessein tyrannique. lorsque aucun ple u était exigible au nom du Trésor.
- qui n’examine pas avant tout les grandes mesures térjej lïllstration à leur point de vue moral, l’aspect ma-90ti ^GS cfloses savait rien de changé. Des possesseurs ei ^aient évincés; ils disparaissaient dans l’ombre ^sere... Mais des parvenus plus infatigables les '^ent : ceux_ci brillaient à leur tour, et la terre îit^ait ^UG P^us cufdvée; car le besoin de tous obli-n a fa féconder, à la défricher de plus en plus.
- U Pet „ ....
- ^ ' yst juste dire que M. Kaye, l’historien et l’apolo-Ste de la Compagnie, prétend que la ruine des anciens
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- 212 FORCE PRODUCTIVE
- zémindars n’a pas été produite par le nouvel établi^® ment; mais M. Rickards, bien qu’il fût employé civü la Compagnie, témoin beaucoup plus rapproché des eVe nements, défend les opinions si loyalement et si coura geusement adoptées par M. Ludlow.
- Avec le même esprit d’équité, ce dernier montre
- ble
- U
- bons côtés de la mesure. Ce fut un présent inappreCia que la permanence de la taxation et de la possession* ^ difficulté qu’éprouvaient les zémindars à recouvrer la riéré des ryots donnait en revanche quelque perrnane à l’occupation de ceux-ci, à leur position de simples c vateurs. Dans la première année du siècle, sir John colm, auparavant contraire au système Cornwallis, àeC^1^ après une visite faite au Bengale, qu’il doit regarda système comme une des mesures les plus prudentes e ^ plus bienveillantes que le Gouvernement ait conçues p procurer à ses sujets le confort et la richesse. «Ce 4
- dit-il, ajoutait à mon plaisir en contemplant une
- contrées les plus belles et les mieux cultivées du £i0^s était d’entendre chacun des hommes que j’interrog ^ m’apprendre combien de jongles ont été déboisés et bien de terres en friche ont été mises en culture.»
- M. Kaye, écrivant un demi-siècle plus tard, en 1 s’efforce de nous faire accroire que tel est encore Ie { aujourd’hui; d’après l’affirmation d’un témoin ocula*1^ récent, il vante l’abondance environnant l’habitatio*1 ^ cultivateur. Ne faut-il pas la distinguer de l’aboi^ ^ interdite à l’habitation du pauvre auquel est dû ce^r), ' Jabeur, tant il lui reste peu pour sa famille? En re ^ loin que la contrée ait fleuri dans son ensemble, en 1 ^ la Cour des Directeurs écrivait : L'ancienne province <* ^
- gale présente une diminution dans les recettes totales deja ^ depuis 18U3. Ajoutons que d’autres témoins oculaireS’
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- DES NATIONS.
- jç lant ^eurs pensées à Calcutta même, nous disent que du cultivateur bengalais, le ryot, est le synonyme Pï“é$ Gtre *§norant* 0PPrimé et dégradé; que sa condition pass.eilte est misérable, et ne paraît exciter aucune comil est0ïl * aucune sympathie, parmi les riches natifs dont , eîi^°uré. Selon eux, la dépense mensuelle d’un ryot J *^rait pas â 7 fr. 5o cent. : vingt-cinq centimes par fi ne cro*ent Pas Tu’d Y °inq io^ividus sur cent
- /, ie Profit annuel excède a5o francs : soixante-huit cen-ra^ {arJ°ar! travaillant du matin au soir, le ryot se-<je , créature misérable, abattue par le dénûment, et cjr 1 eUX asPect’ même en saisons ordinaires, avec des fyot nStances ordinaires aussi, on trouverait souvent des ^eunant des jours et des nuits faute de nourriture... ‘fitêt Verrons de telles assertions apparaître dans l’En-e sor l’établissement des revenus au Bengale.
- La grande mesure du gouverneur Cornwallis, après soixante ans d’exercice.
- lastabifité qu’ils apercevaient dans la posse r;cbesse,
- ^ient ajouter la fixité et l’indépendance Ha n ^
- , a dignité d’une aristocratie temtona • Jonde en. •tglais, une telle aristocratie doit etre P;’ nossèdent et la meilleure des institutions, puisqu > ation _ le
- et> applaudissent. Après quarante ans de d restreindre ,0ll(iuérant chrétien semble abjurer ou l’ , . }e <lis-
- U P^tention musulmane d’être le martre absolu,
- P^ateur de la terre conquise. t„rméaiaires offi-
- E«tre le peuple et l’État, comme mtermeclia
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- 214 FORGE PRODUCTIVE
- ciels, se trouvaient les zémindars, fermiers amovibles ^
- dont
- <réo
- revenu foncier, qu’ils percevaient sur le cultivateur et
- ils faisaient deux parts : la première, plus forte, esig
- pour le Gouvernement; la moindre, pour eux, et pr°P01
- tionnée au bon plaisir d’une administration plus ou îP01ilS
- cupide. Sous Warren Hastings, ce grand inventeur à&aC
- dons destinées à gorger la Compagnie, on avait vu la rel1^
- ' )an
- d#
- annuelle de chaque zémindarie mise à l’enchère et la P
- du zémindar diminuée d’autant, sauf le contre-coup exactions praticables sur l’infortuné laboureur : apres uîl seule épreuve, il avait fallu renoncer à cette inveu^ fiscale. Ensuite, pendant dix années, on avait fait retoul des bases moins excessives, qu’on se résolut à prendre p0^ point de départ, Aux zémindars en exercice on asslira^ perception permanente des revenus, et pour l’Etat et p ^ eux. La proportion moyenne exigée depuis dix ans bénéfice du Trésor devint immuable et le reste des rererlU fut garanti pour jamais aux zémindars en exercice.
- Voilà l’établissement perpétuel qui porte le nom re de lord Cornwallis. Les zémindars, créés seigneurs a ,
- ’ ° ? . j. gF
- héréditaire des biens dont jusqu’alors ils n’avaiefl { que les fermiers, ou percepteurs temporaires, appel g complaisamment cet Acte la grande charte do BËiS<5
- ......Les laboureurs, les ryots, les paysans, n’aCceP
- raient pas une qualification aussi pompeuse. ^
- En arrière de ce bienfait aristocratique, le fisc ,
- veut sa garantie perpétuelle. Il établit enfin cette re$ ^ quatre fois par an, les zémindars lui porteront ^P^,^ l’Etat, invariable, mais incessante. S’ils sont en retai fois, ne fût-ce que d’une journée, cela suffira : leU# * priété, leur feude héréditaire, sera forfait, et pour touj ^ Le fisc en fera la vente, par autorité de sa propre jus|lCejjCi plus offrant : ainsi finira la propriété soi-disant perpri11
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- p
- p 0Ur ajouter au châtiment, le possesseur évincé n’a J '«leme la faculté d’être ce plus offrant; il est exclu du jj, a*: comme si l’on voulait être plus que certain que sa
- ession soit irrémissible.
- peu
- JePoss
- p^?11 Serait tenté de croire que ce malheur de l’expro-hir ' ^Ue c^lute si soudaine de celui qu’on vient de J'igèj Sei»neur terrien perpétuel, n’olfrait au peuple abo-O Vautre *ma8e affligeante que celle de ruines iso-’ rapes après tout, au milieu d’une classe nombreuse Prospéré dans son ensemble.
- ^ ^pendant quelq ues historiens nous apprennent qu’en tan» ailn®es Pes zémindars, qui comprenaient dans leurs de$bS^e §ranc^es familles hindoues échappées au ravage ha ôlec^es’ et les familles moins antiques des mahomé-lat)S’ ^°ntia puissance ne remontait qu’aux fils de Tamer-,1^’ 8llx grands règnes d’Akbar, de Jehanghir, de Chah è 0u d’Àureng-Zeb, la plupart de ces familles ont vu et ] *0llr Peurs zémindaries vendues, leurs titres effacés, ^ misere assurée en héritage à leurs enfants. iibre Cette éP0(Iue’ il n’existait pas en Orient une presse fût J’ > ^ retentir la plainte des infortunés et qui
- sy eC^° Peurs douleurs. En vain l’on eût invoqué la cett^9t^e ^un gouvernement dJétrangers pour arrêter universelle. Des traitants asiatiques, enrichis Plus ^ t0lïr Par nt%oce et Par l’usure, achetaient à prix, {>lus 011 uioins avili les zémindaries tombées en forfaiture.
- *C^CU^atem s ’ P^us aPres à l’épargne que ne l’avaient h cflS ^ ^es ant]l(lues propriétaires, ces parvenus du fisc ùjw Prêt ont appliqué tous leurs soins à rendre presque p S1hle leur propre dépossession.
- 06 m°^en ’ staladitc s’est établie sur les déplorables tj^^S la génération même qu’un gouvernement exo-’ agissant avec bienveillance à coup sur, mais sans
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- prévision, avait voulu perpétuer dans l’opulence dignité.
- et 1*
- eutf
- Quand des nations sont courbées sous des vaintp qui, du centre de leur puissance, les administrent aTe mité d’un autre hémisphère, car on a poussé jusqu’à cet cès la centralisation, ces malheurs infinis du peuple ass s’accomplissent dans le silence et l’indifférence. On 11 dit pas un mot au Parlement-antipode, au Sénat Peuple-roi, et la raison en est simple : on ne les sait p Seulement, deux générations plus tard, dans le 1 clos d’un Comité spécial de ce lointain Parlement, leS
- Ions de race victorieuse indiquent en passant qu
- ils oflt'
- près du Gange, entendu citer des infortunes sans nom ils se les sont rappelées, parce qu’enfin quelques-unes ^ forfaitures impitoyables ont commencé de peser sut _ sur eux, Anglais ! maîtres de l’Inde, et seigneurs sttZer
- d’un septième du genre humain.
- Comment se continue la situation précaire et périlleuse des zémindars.
- Comme nous l’avons expliqué, quatre fois par a, •
- chaque zémindar est en péril de perdre sa propr^te^t
- ilm
- suffit pour cela que par un retard, même involontairer ^
- pas versé dans les mains du collecteur sa contrit11
- foncière ou revenu de l’État. A.
- des c°
- On pourrait croire que la rigueur primitive
- lecteurs britanniques s’est par degrés adoucie, sUlt°^ partir de l’époque où des Anglais riches, et par là P sants, se sont faits zémindars. A l’instant même leS priations, et les ventes judiciaires qui leur avaient P ^ d’acquérir des zémindaries, sont devenues, aux nouveaux maîtres, le comble de la rigueur et de lmJ£l
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- Grande et belle enquête sur le sort de l’Inde, sur ses revenus et sur sa colonisation par des Anglais.
- j ^Ur la proposition de M. W. Ewart, membre du Parlent, Ia Chambre des Communes, en i858, nomme fav spécial pour examiner les meilleurs moyens de
- °Dser l'établissement des Anglais dans l’Inde. Cette Tmte, largement dirigée par M. W. Ewart, ne contient moins de quinze mille réponses faites par des admi-rateurs, des ingénieurs, des avocats, des mission-t^res> des journalistes et des planteurs d’indigo. C’est un s°r pour qui voudra prendre la peine d’y chercher des
- kits
- Sllr l’état de l’Inde et sur le sort de ses habitants. Je 1 pas reculé devant la tâche d’analyser, la plume à la n> cette grande enquête. Le moment est venu de citer lcpies-uns des faits établis dans les interrogatoires.
- Comment sont dépossédés les propriétaires au Bengale.
- }e ce qu’un témoin rapporte, sous serment, devant ^ 0ïlilté d’enquête pour la colonisation et le règlement au j^eVenils fonciers dans l’Inde. Il a vu, lorsqu’il résidait g °engale, un domaine mis en vente par expropriation îïie. G’ Trique l’infortuné propriétaire eût pris toutes les ^ Sllres afn de satisfaire le Trésor. Il avait fait partir un U c^ar§® de l’argent nécessaire pour acquitter la ; e Publique du domaine. Par malheur, ce bateau coula
- . 7 i • •
- lé VUe de *a maison du collecteur; c’était le dernier jour Pas °U ^ ren*e devait être soldée, et le zémindar n’eut ,j,S ^ temps d’être prévenu d’apporter sur-le-champ de re argent. Par ce seul fait, le propriétaire se vit déchu Ses droits et perdit pour toujours sa terre.
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- Comment le Gange facilite périodiquement la dépossession des zémindars.
- Chaque année, après les grandes inondations qui c°u vrent tout le Bengale inférieur, comme une autre Égypte, lorsque le Gange inférieur s’efforce de rentrer daïlS son lit, ses eaux acquièrent une effrayante rapidité, sUf tout quand la mer descend et les attire; elles déplaC<3^ alors des masses énormes de terres d’alluvion, ramolheS délayées. Le fleuve, en faisant ces ravages, procède aVe une sorte de régularité lentement périodique. Dans tains lieux de son parcours, l’époque est-elle arrivée p0^ lui d’empiéter sur la rive droite, il continue d’avan ^ de ce côté jusqu’à huit à dix kilomètres de son lit naire. Alors il s’arrête, puis il reprend ses usurpations côté de la rive gauche : il revient à sa position moyenne^ l’outre-passe dans le.même sens d’à peu près autant kilomètres. Cette grande période accomplie, il rétrogra une nouvelle fois vers la droite, comme plus tard il ^ viendra-vers la gauche. Ce serpent gigantesque s’indeC ainsi dans une longueur de deux cents lieues et da^a
- O / qG^ t
- tage, par périodes de vingt, vingt-cinq ou trente ann Un nombre considérable de domaines sont emp01 , par ces fluctuations. Quand on cesse de payer la c011^ bution pour ces possessions disparues, le collecteur l^s ^ en vente. Personne, on le conçoit, ne demande à leS quérir, parce que les eaux les ont emportées. Le co1 ^ teur, alors, achète au compte de l’État toute une anc*e terre au prix dérisoire d'une roupie : deux francs ciu(lll(l centimes pour l’ensemble delà propriété disparue. blables possessions ont été transférées sur les régis" '
- publics comme étant la propriété du Gouvernement
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- nest pas seulement le Gange, mais toutes les ri-ieies affluentes qui, chacune suivant la masse et la puis-?ace de ses eaux, produisent des ravages et des deposses-0ns du genre que nous venons d’indiquer.
- 'flSc> servi
- Lr
- par les rivières, porte également la main sur les domaines des zéminâars anglais.
- de exemple suffira pour montrer qu’il ne s’agit pas ici allégations au sujet de malheurs qui peuvent
- ni
- 4
- n-, t :>c même un zémindar anglais, un nabab britan-
- ^Ue' Ecoutons j858.
- Le
- Forbes, déposant dans l’Enquête
- r. ~ docteur Lamb 1 possédait au bord de la rivière par Clîassa un domaine quelle divisait en deux parties;
- clllan8ement de Lt, ses eaux en font disparaître ^Ud Aan^s quelle exerce ainsi son ravage, cette partie ^m°maine ’ ^P^cée Par C0l,rani> commence à se re-à n Gi ^ans r*vière : comme un banc d’alluvion qui peu ^ 11 devient un îlot, puis une île. Or les lois fiscales, les J^ns, comme on les appelle, ces lois déclarent que eS||G flui vient à se former dans le sein des rivières a propriété du Gouvernement. ave Sorbes, représentant du docteur Lamb, réclame p C ei^ergie ; il démontre que l’île appartient au domaine Sa§erement usurpé par le fleuve. 11 en appelle aux
- 1 L
- 6 (^c*eur Lamb, pour qui M. Forbes était gérant de domaines in-
- »•> ’ résidait or. ____ T] .î j.__-----J/nAt or, m-ofTo /loi;
- 60 ^në^eterre- d était obligé de tenir en dépôt, au greffe des |es sommes requises pour faire face à tous les frais qui peu-^itpas Veair dans chaque procès, et sans cesse il en survient. S’il ne fai-U.n tel dépôt, la cause était décidée ex parte contre lui; s’il gagnait <****« instance, au cas d’appet, il fallait, un nouveair dépôt pour i^Us considérables encore. Tout cela représente une forte perte de
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- autorités compétentes, qui cinq fois lui donnent rais°^ contre les prétentions toujours renouvelées du maintenues malgré ces décisions favorables. Les &e
- leures autorités du Bengale se prononcent en
- faveur
- un
- sera
- du réclamant. .L’Administration supérieure, après long intervalle de temps, décide que le procès ^ révisé; le Conseil privé de la métropole, qui dans ce équivaut au Conseil d’Etat français jugeant au cOrteil tieux, ce Conseil statue que la terre, conquête des appartient au Gouvernement. Voilà comment fut pel pour le possesseur la première moitié de son dort13111 Ce n’est pas tout : la rivière, dans ses retours, n chant de pair avec les collecteurs de revenus, emp°rt^s seconde moitié du domaine. Cette partie, victime ^ mêmes lois de l’hydraulique, n’est à son tour envahi pour reparaître par degrés au milieu des eaux; la 1336 jurisprudence en fait au bénéfice de l’État une conqu ^ légale. Ainsi la totalité d’un bien que le docteur avait acheté dans une vente faite par le fisc pour arl1^ de contributions trimestrielles, le docteur Lamb e*1 P.^ la superficie tout entière. Afin de mettre le comble a quité, on l’oblige à continuer de payer l’impôt fondeI’ sol disparu; parce que la rivière n’a pas fait dispara1^ cette terre du registre cadastral de l’autorité financ registre sur lequel est inscrit le possesseur légal î*5 Ce qu’ajoute l’habile, l’actif, l’énergique M- L0*" agent du docteur, n’est pas moins caractéristique. L P1 et perd son procès devant le tribunal financier, il en c6 pelle au lieutenant-gouverneur du Bengale; il que la sentence a de cruel et d’inique. Le Sudder Conseil des revenus, trouve légitimes ses réclam3*1 ^ « mais, dit ingénument cette Administration supelie ^ nous ne pourrions pas recommander qu’on restn1
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- terre
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- ^ en litige, à moins que l’Administration ne fût en lenc^ie aussl 33,000 bigahs (6,000 hectares).» se t ^ Forbes au Comité d’enquête, ces terrains j®tai jlVaient dans Ie même cas que le bien-fonds dont dail*S e Censeur. Je tiens en main, ajouta-t-il, la lettre aclllelle la Chambre fiscale donne un semblable
- Forbes cite une mesure fort récente et qu’il juge
- aux libertés, aux droits du zémindar et du labou-
- fatale
- ’ Ül1 O'°t • c’est que les fonctions de juge et de collec-per GS ®nances ont été depuis peu confiées à la même ^°nne dans les districts du Bengale inférieur.
- ^ e y a de plus étrange, c’est qu’on ait choisi pour Ûbl Gl> ce^e innovation l’époque même où parut le ter-]\ja^raPP0rt sur les tortures exercées dans la province de Hj0 as : tortures attribuées, après enquête, à cette réu-j, . es deux espèces de magistrature.
- (Iti ai, cyu devoir présenter dès à présent tous ces faits, êto .ï^llnuent dans une mesure énorme l’avantage des n Pactes immobilisées sous le gouvernement de lord Wa^S' ^ c^n(I miHe lieues de distance, à peine re-Hj e't~on comme un sujet de curiosité des iniquités ^S*rueuses, invétérées depuis plus d’un demi-siècle. si le S’ 6^es ne seraient pas souffertes une seule année, sar J Ca^aïrdtés quelles occasionnent étaient éprouvées S°1 et sous les yeux de la nation conquérante.
- 3ir John Shore, nommé plus tard lord Teignmouth.
- S’
- Wit j1* Shore, dont nous avons déjà fait l’éloge, rem-^ïi'GS ^0nci'i°ns de gouverneur général pendant quatre Hfy*68. : l79^ à 1798. Son gouvernement fut hon-
- ’ lïiteHigent et modeste. Il ne fournit à l’histoire au-
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- curie page splendide; mais, sous son administration» peuples se sentirent plus heureux, ou, si Ton veut, m malheureux. C’est, à nos yeux, un noble éloge.
- oins
- NOTIONS ESSENTIELLES SUR LES POPULATIONS DE L’INDE-
- Dans l’examen du gouvernement commercial et P° tique pendant le xvme siècle, nous avons considère britannique au point de vue principal de la nation quérante, en étudiant la grande Compagnie commerCia^ ses administrateurs, ses gouverneurs, et leurs rapp avec les pouvoirs de la métropole.
- Avant d’aborder le siècle présent, objet principal de^ études, il faut tourner nos regards vers les peuple , quis. Nous croyons nécessaire de présenter au ieC ' quelques notions sur les diverses races qui vivent ^ semble dans la vaste péninsule de l’Inde. Le lecteur» suite, jugera beaucoup mieux des hommes, des tfaV‘ et des événements que nous devons lui faire conna^ie parcourant les diverses parties de la péninsule. ^5
- Nous serons fort aidé dans ce travail par les rechef . déjà plus d’une fois citées de M. Malcolm Ludlo^’ ^ résument clairement, toujours avec indépendance et ^ vent avec profondeur, un grand nombre de faits snl races de l’Inde.
- Parmi les populations si variées que contient ^ vaste péninsule, six races méritent de fixer notre a ^ tion : les aborigènes, les Hindous, les mahométan5’ parsis, les chrétiens et les Juifs.
- TRIBUS ABORIGENES.
- Ces tribus habitent les lieux les moins accessi
- ibles»
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-
- h
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- tei^eS Jlîon^a§nes> les forêts vierges, les solitudes et les es Marécageuses protégées par les eaux stagnantes et ^ ^eur insalubrité.
- j es aborigènes ont pour séjour un territoire angu-et central -'limité par les monts Indari et Windhya; ^ lte ils s’étendent vers l’est dans la vaste forêt mar-0 sur certaines cartes sous le nom de Gondwara, ou bit)166 ^GS ^011c^s’ fune des tribus principales. D’autres
- !îs s°nt appelées Bheels, Kolies, Kouds, Mairs, etc.
- Cl
- ^ ?a(lue chaîne de montagnes semble renfermer sa tribu Cütt^6116* ^me ^es mon*s Rajmabal, non loin de Gal-^fal ' S°nt ^a^bés par des demi-sauvages appelés San-a s’ ^eur insurrection frappa toute l’Inde de terreur, il n’y j,ej^s PiUs de six ans. Disons d’avance qu’ils se soulevè-P°Ur se venger du mal qu’on leur faisait éprouver.
- , ertains habitants aborigènes sont regardés comme ^ ^or%^ne scythique. Leurs langues ont des analogies <fLlees avec les idiomes des peuples tartares. Leurs saiJSi0lî0rn^eS °^ren^ des traits analogues: les poriimettes Pell311^8’ nez èpaté, les livres épaisses, etc. qui rap-®nt ces mêmes peuples.
- c^, aodis que les aborigènes du nord et de l’est, rappro-Cerj[ Himalayas’ tiennent plus du tartare, les tribus du re et du midi de l’Hindoustan tiennent plus du nègre. î)0' a 113ajcure partie des tribus aborigènes sont de race des e> ï^us n°irc de plusieurs degrés que les Hindous dp ïaces pures et supérieures; elles ont ce teint sombre h 1S ï^Us de trois mble ans. C’est ce que nous apprend ^re sacré le plus antique des Indiens, le Véda. te aris le midi de l’Inde, les tribus aborigènes, appar-a ^GS races biférieures, étaient depuis des siècles
- vv un état de servilité ; leur affranchissement ne revote n-n” 1>
- 40 a peu d années.
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- 1m
- En certaines circonstances, les aborigènes sont entfe dans le système des races brahmaniques, sans se confo» avec elles. Par exemple, dans les villages hindous, ils , vent de gardes de nuit; c’est une espèce de domesticlt communale. ^
- En dehors de toutes ces exceptions, on trouve quelq11^ tribus sauvages encore indépendantes et completel séparées de l’état social des Hindous ; elles vivent réfng1 dans les réduits les moins accessibles, au fond des J#011,
- cia*»6 fer-
- tagnes et des forêts, portant à peine un haillon re par la pudeur. A l’égard des plaines avoisinantes et 1 tiles, de tels hommes sont des déprédateurs invétérés» cela pareils aux montagnards écossais si bien dépeints P Walter Scott. Agiles et braves, sans autres armes quei et la flèche, ils sont redoutables. On les a trouvés snsC^ tibles du service militaire le plus efficace : tel est, par pie, le corps composé de Bheels, qui s’est montré si val lant et si fidèle aux Anglais dans la grande rébellion*
- Les Gourkhas.
- Les Gourkhas, qui peuplent le Népaul, sont evi.
- ide*'
- j’#
- copr
- ment de race tartare; ils ont fait preuve à la fois bravoure indomptable et d’une barbarie naturelle, on battant à côté des troupes britanniques rendues 1er temporairement, par un invincible besoin de venge3*^ Leur taille courte, leurs larges épaules, leurs traits et leurs sombres regards annoncent leur constituti0*1 buste et leur état encore voisin de la vie sauvage-
- Les Garrows.
- Les Garrows, comme les Gourkhas au N. E- du BeJ}$
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- cou r°kus*es’ bien faits, courageux, capables de beau-tjt ^ travail. Leur physionomie est animée par de pe-^ ^eilx scintillants, bleus ou bruns, avec une face ronde c°urte; leur teint est brun ou légèrement foncé.
- LES HINDOUS.
- La
- «ixi
- grande majorité des peuples de l’Inde, les cinq ^es au moins des habitants, 1 5o millions sur 180 mil-
- *ions
- f ’ aPpartiennent au sang, à l’état social des Hindous. L . es ^es arts de cette grande agglomération detres U0 llls °nt dû leur splendeur à la race brahmanique;
- ^ eiî offrirons des preuves abondantes. hU 11 Caractère particulier de ces peuples est d’être com-B' 1 ^ ren3?ermés entre les monts Himâlayas, l’Indus et a niapoutra, le fleuve fils de Brahma. Franchir l’Océan dé etablir en d’autres continents serait, à leurs yeux, une tei're atl°n ’ et’ sl'3s a33a*ent habiter d’autres lieux que leur ^sifl aCl^G ’ cro^ra^en^ hisultër les dieux de leur pé-d0jl e’ La mer est pour eux'un objet d’horreur; ils lui 3es noms flLie ^es Grecs et les Latins donnaient à A a*0*1’ 9U ‘ 3es n°h'es’ ^es sombres eaux.
- es époques si reculées que les nations ne peuvent
- le
- s
- l^>er 3a date, la race caucasienne, qui du côté de 1 ent a peuplé l’Europe, du côté de l’Orient a fini p6riVabir et peupler l’Inde.
- \ 3 3es tribus aborigènes appartenant à des races'plus
- c°k fns ooires, les unes ont accepté la domination des
- ^a»ts asiatiques, avec lesquels parfois elles ont
- ^ 3es autres, nous venons de le dire, retran-
- ^td 9I1S ^6S 33eux 3es moins accessibles, sont restées à
- eïï)*'Sauvage, avec des cultes grossiers et des mœurs-ares.
- 1nTRODdct
- iox.
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- FORCE PRODUCTIVE
- nrid^1
- des
- Le mélange du sang avec les habitants primitifs, l'h* 1 talion de la zone torride et de plaines presque toi?1 ont coloré d’une teinte sombre la peau d’une partie Hindous, surtout dans les classes inférieures. Mais peuples ont conservé la beauté caucasienne des traits1 visage; ils offrent toujours l’élégance des formes gu admire encore dans les contrées de la Géorgie et de Gircassie, élégance et beauté dont les Grecs ont P hérité qu’aucune autre race de l’Europe et de l’Asie*
- La vivacité, la fécondité de l’imagination, un ment délicat de la grâce et du goût dans les mouvem un art qu’on pourrait appeler le génie de la lumière
- 00
- lus
- seii*1' e# niant'
- taie»1’
- feste surtout dans les colorations artistiques, ces naturels et ces dons séduisants offrent encore un ca*aC ^ commun entre les Grecs des beaux âges antiques el Hindous même des temps dégénérés. ' , :<
- Ces derniers, à tant d’égards inférieurs aux G&1 pour la force corporelle, pour l’énergie des volontés> P • le dévouement au travail, l’emportent sur tout ^ tient au charme des arts ainsi qu’à l’élégance de la Il ne faut pas croire que ce grand pays de l’HindouS qui couvrirait six fois la France, soit habité par ^ Hindous qui parlent tous la même langue et qui totlSAj^j sentent les mêmes mœurs, les mêmes usages, les u1 ^ institutions. Sous de tels rapports, ils diffèrent he^c j entre eux ; au point de vue physique, iis présente*** ^ de notables diversités. Nous aurons soin d’en sig*13^ principales lorsque nous parcourrons ce vaste pays* ^ Mais, en faisant abstraction de ces différence^, Hindous offrent, dans leur état social et'dans , croyances religieuses, des caractères communs et ÿ mentaux, qui frappaient déjà les observateurs &e ^ $ quité ; des caractères que les premiers historien5 0
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- §aalés
- DES NATIONS.
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- et que n’ont pu rendre méconnaissables ni l’action
- Cessante des siècles ni les ébranlements des grandes ^sions des révolutions.
- tioi 6 ^ec^eui ne comprendrait rien à l’Inde moderne, si n arrêtions pas ses regards sur des croyances et des ti ] '°ns ^ 011 chercherait en vain dans d’autres par-
- 68 de la terre.
- La religion des Hindous.
- Qi ”jeS ^^ndous conservent encore le même polythéisme r s professaient il y a trente siècles et dont l’origine tb',0nte ^ des temPs beaucoup plus reculés. Le polype. à cette époque, était la croyance des nations les tL c*vdisées du monde antique; il était la religion des nS* ^eS ^recs’ ^es R°niains’ et dit plus grand }Gs ^ re des peuples orientaux, subjugués tour à tour par ^rapeaux d’Alexandre et par les aigles de Rome. ne 6 P°lythéisme a succombé pour jamais chez tous ces ^ f es* S’il est resté debout dans l’Hindoustan, ce n’est pas En°lns aHaqné dans cette grande contrée; au Plu raire’ 11 a dû se défendre contre les trois cultes les 8l| . c°nqnérants qui, depuis deux mille ans, aient paru a terre : le bouddhisme, le christianisme et le maho-
- <^t ls^e* Si la religion primitive de l’Inde n’a pas été oe^ te Par de tels assaillants, c’est quelle a trouvé dans (jUa* c°ntrée des moyens sociaux de résistance qui man-e3s au reste du monde païen. Ces moyens, il est le! d’en apprécier la puissance : quelques mots d’a-jy SUr la nature des idées et sur le culte brahmanique. ^Ut a^r^S croyance des Hindous, l’homme, en mou-diSo’ ne perd que son corps. Lame, qui s’en échappe, mieux, qui sen délivre, devient par là disponible;
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- et la volonté des dieux règle son avenir. Après un plus ou moins considérable d’épreuves subies dans autre monde, elle est renvoyée sur la terre : tantôt com10^ châtiment gradué, pour vivifier des animaux pluS moins impurs, plus ou moins vils; tantôt comme rec0i(l pense, inégale aussi, pour donner la vie à d’autres ^ tels, et surtout aux mortels des classes supérieures. * est la métempsycose imaginée par les Hindous.
- La divinité suprême s’offre à leur imagination cotf11*1 une alliance de trois personnes, qui sont :
- Brahma, Le Créateur,
- VlSHNOü,
- Le Conservateur,
- Siva,
- Le Destructeur-
- Chacune de ces personnes divines a ses temples a P et son culte spécial. En des siècles différents cbacuO^
- ! 1
- prédominé, et chacune a successivement possédé le P ^ grand nombre d’adorateurs. Dans les siècles d’infof*11^, les peuples croient que Siva l’emporte au ciel comm e la terre, et ses autels reçoivent le plus d’encens ; en { très temps, Brahma qui crée et Vishnou qui consent préférés par les cœurs paisibles et satisfaits. g
- Brahma seul est représenté dans l’Inde par une 1‘ exclusive de pontifes. ^
- Par des transmigrations diverses, chacune des gra^ 9 divinités est descendue sur la terre pour animer des e
- humains et même des animaux. Vishnou, dans une
- de
- transformations, célébrées sous le nom des neuf ava> s’était fait orang-outang; pour ce motif, tuer un singe {
- aux yeux des Hindous, commettre un sacrilège. Ces dfre
- métamorphoses ne sont pas racontées dans le vrage sacré dont le nom signifie le livre. Dans un & ^ sentiment de respect les Grecs ont nommé Bible, et les Arabes emploient le mot Ecran, <Iul
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- V7^
- des nations.
- aussi le livre : le livre par excellence, dépositaire des Principes de leur religion.
- Des hymnes et des commentaires dont se compose le V , îl y a déjà plus de trois mille ans, l’écriture était enc°r
- ^onnue dans l’Inde ; les grandes leçons données au peup^
- Paient être exprimées en vers, afin que e Chaînât l’un à l’autre les mots et les mesura P<* graver dans la mémoire. Alors une génération e P • Rishîs, fit entendre aux nations hindoues des Itérés, hymnes pleins d’inspiration et qu’animaitunfeu div • ^ans leUr enthousiasme, voisin de l’extase, 1 s c J ganter les paroles mêmes que dictait à leur ame Biahma, ^eu créateur, et le législateur sacré de 1 Inde.
- Cette transmission, acceptée comme un dogme r 0
- ««Posa dès le premier jour à la croyance umverselle Le ^«nes, chantés à l’envi par les populations,in™?
- re°t le culte des divinités quelles célébraient. ac0 . t
- ’lda»t la mémoire, les paroles sacrées se r“ ün et
- ^génération en génération, sans éprouver d a
- admettre h plus légère variante. Cette ^ de
- ,,°Us n’avons pas un second exemple * avant
- Srit humain, cette fidélité dura plusieurs sièd ^ époque où la langue des poètes inspires, r 5 ’
- primée par 1 écriture. A partir de cette nouvel’ l* v^ême cause de fidélité continuant sa suned 9^ Jaritplus de deux mille cinq cents ans, les copie ^ ^ u^éda, collection universelle des hymnes 1 ’
- huèrent la transmission dans sa comp e e P , mnes
- ^vec le temps, les brahmanes puissance,
- es commentaires liturgiques favorable '* '«S rendirent inséparables de ces chants sacrés.
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- Ce qui doit redoubler l’étonnement des esprits ob$er vateurs, c’est que cette œuvre, si merveilleusement tra*1* mise à travers tant de siècles, ne consiste pas en un pe nombre de pages; elle forme une collection beaucoup plus volumineuse que les saintes écritures des chrétien5, ^ Chez les nations polythéistes un seul poète a consscl la moitié de ses œuvres lyriques à des chants sacrés, c0lïl parables à ceux des Rishis de l’Hindoustan : c’est Pindare’ plus moderne de mille ans que les chantres de l’Ori^ Eh bien! tandis que ses odes, qui célèbrent l’orgueil cités et des familles, la course des chars et la lutte athlètes, sont arrivées presque entières à la postérité, P^ un de ses hymnes consacrés aux dieux de l’Hellas n parvenu jusqu’à nous; les Grecs n’avaiefft pas une * politique et religieuse de brahmanes, intéressée à les traïlS mettre d’âge en âge, comme titres de son pouvoir.
- Depuis un siècle, les Occidentaux ont plus particuli^ ment porté leur attention sur le Véda; les esprits les P1 sérieux, les plus perspicaces, en ont fait le sujet de Ie profondes études. Ce n’a pas été seulement pour les Ie* de la divinité que cette œuvre exprime, et pour les ports de ces idées avec l’homme et ses destins, avec autres êtres animés et la nature-entière. La langue m ^ qui prête ses moyens d’expression à cette poésie sa s’est trouvée l’origine, la clef de tous les idiomes peuples caucasiens, dont la race s’est propagée depulS Himâlayas jusqu’aux extrémités de l’Europe occident Les Anglais ont commencé cette étude aux r*ve^ pg Gange, pour la continuer aux bords de la Tamise et 1
- l’université d’Oxford; les Allemands l’ont approfondie aV
- leur érudition accoutumée; les Français l’ont écl^e^ en ajoutant à la puissance du labeur la divination fécondité du génie.
- et
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- des NATIONS.
- Publication du Vèda par la Compagnie des Indes orientales.
- Exposition universelle à Londres,
- 11 ï a déjà près d’un quart de siècle, sur a
- 4 M. Horace Hayman Wilson, qui s est i P m_
- '-““'position de son Dictionnaire Sanscnt-Any > frais Pa8“ie des Indes ordonna qu’on publierai é
- édition somptueuse du Véda c0™PeJècles eB sont fes commentaires sacrés qui depuis
- aPpendice inséparable. ^ilolo^ues et les
- C'est un présent inestimable pour les p » ieux Philosophes de l’Occident; c’en doit etre un 1 ^
- P°nr la grande nation orientale, qui i eti ouv r jes
- et^ans sa primitive pureté, le livre ou S0D formules de ^ceptes de ses croyances fondamenta es, >
- Ses rites et les lois hiérarchiques de son ord
- M. Max Müller, éditeur du Vèda : son touchant hornmag au génie d’Eugène Burnou).
- Afin de confier une telle entreprise si (Ls loisir
- 4 la diriger, le savant et désintéressé Wilsoh» c P°»r éditeur M. Max Muller, érudit jeune a ’
- ‘“«“t à la hauteur de cette importante m,ssl \ copies . M- Millier consacra cinq années à c°mpa_ ^ tfAn.
- 4 Véda possédées par les principales i ^ j;t pa-
- Seterre, de France et d’Allemagne, u 1 myje pages, ^itre un premier volume grand in » est com-
- prenant le texte des premiers hymnes p0sé le plus ancien Véda, le ^l9'Ve a’ ^anifique vo-
- ^ l’Exposition universelle de 1 1 » mltêtre exposé
- offert à l’admiration des orientais e. _P lypogra-et toériter tous les suffrages pour sa perfection yP ^ique : c’était le moindre de ses raèn es.
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- FORCE PRODUCTIVE
- Quatre ans plus tard a paru le deuxième vohune>. deux ans après parut le troisième : ce tait, déjà la P10 de cette grande tâche. La publication de l’ensemble a ^ demandé vingt ans de la vie d’un de ces hommeS science et de conscience qui s’identifient avec la reP duction fidèle et difficile d’un immense monument.
- Chacun des volumes édités aux frais de la. Compa$
- doni16
- ’il,1
- contient une préface étendue, où M. Max Müller au lecteur des notions précieuses sur la marche (fi11^. suivie et sur les soins scrupuleux qu’il n’a cessé de pl0^ guer pour perfectionner son œuvre. Dans la préface ^ deuxième volume, j’ai trouvé le passage le plus touc . et qui fait un grand honneur aux sentiments du cet philologue. ^
- Au début de sa carrière, il s’était empressé de vea . Paris se former par les leçons d’Eugène Burnouf» $ révélait à des élèves dignes de l’entendre le fruit de études et de ses découvertes sur le Véda. Voici dans Gpe termes exquis M. Max Müller annonce à tous ses la perte que viennent de faire les lettres orientales • «Eugène Burnouf, en mourant, a privé la phn° % sanscrite d’un de ses principaux appuis et d’un de ses oi ments les plus glorieux. Sa perte est déplorée dans les domaines des lettres orientales, où son nom sass°^ aux plus brillantes découvertes de notre âge. NuHe P et plus vivement les regrets ne seront éprouvés milieu de ses amis qui cultivent la littérature sansc1 Comme le premier inventeur dans l’interprétation sC tifique des inscriptions cunéiformes, il a construit P^g sa renommée un monument plus durable que les ro de la Perse1. Comme étant le premier érudit et Ie P
- 1 Ces rochers portent gravés sur leurs flancs des caractère» >tlC' depuis tant de siècles avant les travaux de Burnouf.
- oi«P
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- DES NATIONS. 233
- ne istorien de la religion bouddhique1, sa renommée Ç Sera pas aisément surpassée par des découvertes futures. 2ei^me *e premier éditeur et le premier interprète du le» ^Vesta> sa mémoire subsistera aussi longtemps que relio*nre *UJrnain mettra du prix à découvrir les croyances
- b^üses qui remontent vers son berceau. parto e sanscrit était la clef des découvertes de Burnouf; fée °U sanscrite peut propager ses plus
- prof C§ tr^sors> ^ perte de cet illustre savant sera le plus sa ' 0?^Iïlent ressentie. Il nous suffit de rappeler, avec lcation des Bhagavata Poarâna, les autres grandes a s lf$ démontrent sa persévérance et que sa mort 6 *nteiTomPues> sans compter les trésors qu’il avait
- SSes et les écrits qu’il méditait2. »
- 1 An -à
- S-^U^ne ®urnouh 011 doit à l’un de ses élèves, M. Barthélemy
- 2 Ici fy)lre’ Un Utiie ouvra»e sur Ie Bouddhisme.
- S6fi dont * Müller adresse à l’homme même son hommage, et, sans ^dcnienT' ^ ^ait ^»a^ement son propre éloge. «En perdant Burnouf, non-a°^'Seu}e ll0Us avons perdu l’infatigable compagnon de nos travaux, ^0tl siiff un maître désintéressé, mais aussi le plus révéré des jnges. Sansdo ^lait Pour IÏ0US tous *e P*us envi® des éloges; sa censure,
- ^éreiiY6* redo«tée; mais, dans toutes ses sentences, il était loyal et
- h nos études
- uul«, était reaouret;; --------
- ~ -feux. _ t ^ ll0S études
- "Lorsqu’on nous apprit sa mort, tous ceux qui se arce que
- Jurent ma douleur; mes regrets furent les plus „ -g n'eusse
- j,ÜS Srande était ma perte! Jamais, sans le secours e * -m c[u Véàa. n CaPaMe d’entreprendre d’éditer les Hymnes et es fleur de son
- toe SP.mV.tn__„ mon entreprise avait perdu Corning ^ ^ chfere
- ^ >abUpait ma Perte; — -
- 1116 semî €ri^rePren^re d éditer les Hymnes et les Commentaires
- .a (Iue mon entreprise avait perdu comme la fleur de son i^sée qu ® s«ccès. «Que va dire Burnouf?» cétait ma plus chère (jy an î achevais mon premier volume. A présent que j’arrive au 51 ^ ï* S,eC°nd ’ <ïui va subir ie jugement de tant d’érudits que j’aime
- L'O'nfl a mire le savoir, mon âme se reporte vers celui qui n’est plus ^thri!’, et ie ne puis songer sans douleur au jugement ami qu’il
- Voüfj'te!-V»
- et j,a Vraie confraternité des études, même de celles dont la profon-5 -ièvç, a^aLParenf;e aridité ne sauraient dessécher les cœurs généreux; elle Sor*ne5 aiQs-eSS^S ^es tr^stes jalousies et des dénigrements entre les per-1 flu entre les nations dignes de mutuelle estime.
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- FORCE PRODUCTIVE
- Les travaux d'Eugène Burnouf honorés par la France et par VExposition universelle de i85i.
- Peu de temps après l’époque où Max Müller rendait celte justice au savant français, le Gouvernement impérial fut anime noble sentiment; il proposa par un projet de loi d’honorer la^g moire de M. Burnouf, en décernant à sa veuve sans f°r 5,ooo francs de pension.
- J’eus le bonheur et l’honneur d’être choisi pour rédiger le r port au Sénat sur ce projet. Je vais en donner un extrait : jj
- « L’expédition accomplie par notre armée d’Orient avait c0ü^\ pour peu d’années l’Egypte moderne; la découverte du» homme, Champollion jeune, a conquis pour toujours l’Eg)’Pl . e l’antiquité. C’est désormais une province intellectuelle de 1er0!3 impérissable créé par le génie français.
- « Entre Champollion et son successeur à l’Académie, Eugene j nouf, se place la grande figure de Silvestre de Sacy, qui vécu1 seul presque autant que ses deux émules. Les conquêtes de s’étendent sur tous les pays où l’homme a parlé les langues s tiques. Pour la langue arabe, il a rétabli, sur des prinC1PeS^.rer maintenant empruntent de lui les Orientaux mêmes, la grain*0 j la prosodie et la rhétorique des beaux temps de la nat100^.^ Mahomet fut le prophète. Si jamqis le peuple arabe, renvers marche des temps, revenait aux jours brillants d’une civihsa depuis longtemps éclipsée, s’il voulait de nouveau concouru* travaux de l’esprit humain, comme autrefois sous les illustres c& $ d’Orient et d’Occident, s’il voulait rendre son langage à sa p première, à son harmonie, à ses délicatesses, il n’aurait qu 3 ner aux écoles de sa nouvelle Bagdad ou de sa moderne ^°r l’enseignement complet institué par Silvestre de Sacy. Voda p $ seconde conquête poussée des bords de l’Atlantique jusqu au* de l’Euphrate, et voici la troisième. ^
- « C’est à partir des rives de ce fleuve, pour aller au delà des1 ^
- tagnes qui séparent l’Inde et la Chine, qu’Eugène B°i ^ dirigé ses découvertes; Burnouf, dont nous aurons caractén
- “ O intd‘clî
- seul mot le rare mérite, en répétant ce qu’en a dit le vu ^5
- français, qu’il fut un philologue de génie. Il était à la
- réservé parmi les novateurs, le plus judicieux dans ses dei
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-
-
- tou
- DES NATIONS.
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- SUc}acieSu 0îlc^es sur des données irrécusables, et cependant le plus faient X’ Sans y viser, par la grandeur des découvertes qui sor-^nie°lllrrie ^ elles-mêmes de sa méthode féconde et de sa logique fe%ieuxSe" ^Pr®s ®voir le premier assigné les règles de l’idiome l’inteîp °n r^v®re au nord du Gange, il rend à l’Asie centrale Cette if6006 ^er)d ’ langue sacrée dont s’était servi Zoroastre. Coctirne n^Ue’ °ubliée depuis tant de siècles, il l’a fait revivre * J^’esM ^*a^ecte rest‘lué du sanscrit archaïque.
- ^rafiÇais 1 , as admirabie, Messieurs les Sénateurs, de voir un
- ’ *1®® 1 a£re de Vimxt-spnl ans mm nr en rire te nremièr ef faire
- 1 v*n8l'seP^ ans’ comprendre le premiér et faire
- lun6(} re’ dans son texte primitif, le livre liturgique propre à
- n’ ou plus
- plus les préceptes qu’avec le secours de versions plus f c°rrompues, à travers deux langues successives dont la
- ipm ^6S Srandes religions de l’Orient; à celle dont les sectateurs
- L^dent '
- Uioins
- frappée du même sort que le texte primordial, est {^^luintelligible! Afin de compléter une si grande decouverte, ^ luno.6 ^Urn°uf démoptre que le Zend est, presque dans son entier, ^Utii5Üe Conservée sous le mystère des inscriptions cunéiformes de verte^lle ^ersépolis. 11 devance ainsi merveilleusement la décou -Asie ^lle’ bientôt après, un Français devait accomplir, dans la même du palais de Ninive et de ses plus beaux hypogées. j>la(je^as lft mort de Silvestre de Sacy, Eugène Burnouf devint, à sa etldcit,lns*)ecteur ^6S ^Pes orlenlaux Pour l’Imprimerie royale. Il avec un zèle extrême ce magnifique établissement. 11 fit 6S P°inǰ«s des caractères propres aux langues de llnde Sis J Ghine; ü en th’a le parti le plus précieux par des publica-porte ,nt lui seul pouvait surveiller la correction savante et les M Peï'fection.
- avait f- • ^xPos^on universelle de Londres, l’auteur de^ ce rapport.
- ^ venir, pour représenter les chefs-d’œuvre de 1 Imprimerie dajt ae> ^ois admirables in-folio, dont la typographie splendi e Popu] °Urlant le moindre mérite : c’était la mythologie poétique et |llG COEaPosée sous le litre de Bhagavata-Pourana, non-seu e-Sev+l>a^u^e’ mais éditée par notre illustre philologue etpoitanl
- ((rteeu regard1.
- ^ Hq6 ^a^s °ù nous exposions ce monument de notre érudition et s arts rappelait un noble hommage rendu par un de ses plus
- Cet
- pQaU'!raSe est un de ceux qui ont mérité la plus honorable récom-
- JttîDnmerî* nation-iîû ri a I
- ^pnmerie nationale de France.
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-
- de*
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- dignes enfants, dès Tannée 1837, a patrie des Burnouf e* r. Sacy. Le résident anglais au Népaul, le savant M. Hodgson» ^ respondant de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres» offert à notre Société asiatique quatre-vingts manuscrits sU‘ croyances bouddhistes. Telle fut la riche carrière où puisa ln ^ Eugène Burnouf pour ériger, à force d’art, un dernier ^J, monument, sous le titre modeste d’Introduction à l’Histoire du ^ dhisme indien. Ce livre révèle à l’Europe une religion suivie pa^ ^ cents millions d’hommes; une religion dont les prêtres, dége^^ comme leur culte, ne comprennent plus qu’ira parfaitement D logie et les traditions. Eugène Burnouf restitue l’histoire de les sectes; il en fait connaître, avec leurs vrais caractères, la jgS tion et la chronologie, qui sont maintenant ignorées dans les ec mêmes et dans les temples de l’Orient. ^
- « Si les missionnaires français veulent faire de ces Iravau* étude approfondie, facile aujourd’hui grâce à la méthode aliU.gJJ1e
- neuse de Burnouf, ils apprendront par quels-ressorts le bouddh
- a produit ses empiétements immenses sur les cultes de Brahna®^ delà l’Inde et sur la philosophie de Confucius en Chine. B® veront des moyens nouveaux de renverser les unes par les a ^ des croyances où Terreur a bâti sur l’erreur. Sous ce n°^j)5 point de vue, le don des langues redeviendra, comme aU des Paul et des Jérôme, l’une des puissances de l’apostolat-l’influence des grands philologues français, de Silvestre de »g pour le mahométisme et d’Eugène Burnouf pour les idoia l’extrême Orient, cette influence aura préparé, dans la des générations futures, des changements dont il ne nous donné d’assigner la grandeur et les conséquences. tra-
- « Messieurs les Sénateurs, tandis que la fortune inconsta1^ Q.
- îles
- hissait nos armes il y a quarante ans, et que d’autres peup1^" . ije, péens propageaient si loin vers l’Orient leur domination *oa Jii
- n’est-ce pas, en définitive, un magnifique spectacle que ^gloi® génie français qui, d’un pas plus sûr et plus ferme, étend p ^
- sur la terre la domination de ses idées, remonte le cours des^ ej,
- passés, les fait comprendre à notre époque, éclaire le par le labeur de trois hommes1 silencieux, isolés, sédentai* dirons presque reclus, accomplit de nos jours celte gra® où la France est sans égaie au milieu des nations civilisée®•
- Champollion, Silvestre de Sacy et Eugène Burnouf.
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-
- ‘Des
- qG O
- succombé victimes de leur ardeur et d’un travail surh liriez* °US ^eux> suivant la belle expression de Napoléon le Victo-sont ’ t0Us deux ont monté sur la brèche de leur état; tous deux y 'î'ù i^°rts en î®guant ù leur patrie une gloire de plus parmi celles ^euvent jamais périr. Le dernier de ces héros de la pensée, c°ttir>lle Burno«f> es^ ce^ui qu’on vous propose aujourd’hui de ré-
- Çe ser dans la personne de sa veuve.....»
- SénaA^n^reux projet de loi fut voté, comme il devait l’être par un
- DES NATIONS. 237
- trois auteurs de cet immense succès, deux, à la fleur de
- «Hat fra.
- Uçais, à l’unanimité.
- Les brahmanes ou prêtres de Brahma.
- Ci.,
- °ht laut en croire les prêtres de l’Hindoustan, les dieux tliesV°U^U ^ ex*stat cBez ^es humains des inégalités infi-®lev'^°Ur ^avortser les hommes destinés au rang le plus e’ Brahma lui-même, le premier des dieux qui dai-a Pendre une forme humaine, Brahma le dieu créateur, ^tr ctlhé leur race, qu’il a placée au-dessus de tous les lrüf^S Mortels. Il leur a donné le caractère indélébile de afin qu’ils soient à jamais ses pontifes, fi ^Urs enfants males naissent brahmanes, pourvu que ^ere soit aussi de la même race. les\°Us l’avons déjà dit, aux chants primitifs des Rishis rahmanes ont ajouté leurs commentaires. Ces com-
- chrs
- ntaires donnent l’intelligence des textes devenus obs-
- ^ar ^ahération du langage et le changement des étro^rs’' vont plus loin : ils unissent par des liens Prêt S cBan*s sacrés à la liturgie qu’iis expliquent. Les Jes de Brahma sont parvenus à rendre indivisibles
- resi
- et la foi des Hindous pour les hymnes et pour yfi, 0lïirnentaires, immuables ensemble depuis au moins ^'cinq siècles.
- fi'^^.k^hmanes se sont fait une loi de ne transmettre Agence du Véda qu’à des radjahs, à des rois; ils
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- commettraient un sacrilège en les abaissant à la P01 des classes inférieures.
- Le Code sacré de Manou; les castes qu'il établit.
- &
- Parmi leurs codes, les Hindous comptent au preIÏ1' rang celui de Manou, qui réunit, comme le Korao» ^ préceptes religieux aux lois civiles : ensemble qui rent les conditions de leur société. ^
- Ce code a consacré quatre classes héréditaires et plélement séparées. Les Portugais, les premiers cp11 aient connues parmi les modernes, leur ont donne
- d$ utes-
- de castes, nom que les Européens ont tous adopté, le peuple européen qui fit les premières conquêtes
- les grandes Indes, et qui devait les perdre presque to ce petit peuple portugais a donné des noms bieu P durables que ses lois aux principales distinctions socja ^ des deux plus grandes nations de l’Orient. C’est d^P^ lui que l’Europe entière appelle mandarins tous leS tionnaires chinois ayant pouvoir de commander, de ner mandat Ainsi que je viens de le dire, l’Europe1 & reillement accepté sa dénomination de castes, app^ ^ aux classes qui composent les sociétés hindoues. Pafl^ Bengale, on voit des brahmanes qui président a11 g dans un temple, et dont chacun, à l’imitation du pr ? portugais, s’appelle lui-même le padre, le père de ' fidèiesj; ^ d.vise
- Voici l’ordre suivant lequel le code de Manou . la société hindoue : au premier rang est le prêtre, Ie ^ mane; au second rang est le guerrier, dont la c^aSS^. appelée kshairia; au troisième rang, le laboureur
- 1 Bishop Heber’s, Indtan Journal, 1.1, chap. i.
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- J^ividus de ces trois castes sont deaæ fois nés 1. Au ce] •lerïle et dernier rang figure le serviteur, ie soudra. : j^'Ci n est né (jaune fois.
- div GSt lnt^ressant de savoir ce que sont devenues ces siècl es catégories en traversant un grand nombre de des GS* des cultivateurs a presque disparu; celle
- les ip*err!ers subsiste principalement vers le nord, chez pe e*lïqueux Racljpoutes, les fils des Radjahs, des Rois, les ^ GS nous étudierons l’état social. Les soudras, (j'i^^^curs, se trouvent rarement ailleurs qu’au milieu les U ra°e rnj*litaire, infiniment moins noble que ne sont ^ aujpoutes : telle est la race des Mahrattes ou Jauts. cast 6 CeS Rangements séculaires qu’ont éprouvés les , primitives, voici le résultat final. Une seule classe, (Jlle la plus éminente, s’est conservée quant à leten-e la population et quant à la prééminence; grâce 5SsjsCr°yances que nous avons indiquées, le brahmane, l^éb 911 Sornme*; de l’édifice religieux et social, maintient plu raillaldement sa haute position depuis l’antiquité la ]6s ^reculée. Un grand nombre de guerriers ne sont plus escendants des kshatrias, et la plupart des laboureurs de s Ile descendent plus des vésyas; la majeure partie ^nsGS ^GLlX castes a Péq dans les combats ou s’est fondue ^ 1& catégorie des artisans et des serviteurs. teriiails les rangs inférieurs et mélangés par la main du pre ’ 1,13 singulier enchaînement de sous-castes diffère rar Sans Unités, suivant les localités. On en compte moins de soixante et dix dans un même État * en quelques pays de l’Inde, ce nombre s’élève
- s du double, et dans certaines principautés, jusqu’à
- Vcut dire sans doute que les individus de ces castes, grâce à l'jnj n religieuse, ont reçu comme une seconde naissance par ie bienfait latenr qui leur a communiqué la plus haute instruction sacrée.
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- les
- cent soixante et dix. Le plus souvent, ii faut le dire catégories, que les Européens croient distinguer sous1 nom trop prodigué de castes, sont seulement des classeS industrielles dont les métiers spéciaux sont exerces 1111 muablement de père en fds. ^
- Dans les rangs intermédiaires et dans les rangs rieurs de la société, entre les guerriers et les servit^ j les kshatrias et les soudras, les diverses professions sinon des castes spéciales au moins des corporations tinctes : pêcheurs, tisserands, tailleurs, etc. Ghacune son rang et ses privilèges, conservés comme héritage famille.
- Je ne voudrais pas répondre que les nombreuses castes professionnelles n’établissent entre elles des gl’a tions sociales, ainsi qu’on en remarque même en Enr°P entre les arts et les métiers, entre les professions raies et celles qui ne le sont pas : de ces nuances, les ü sont fondées ,'avec raison , sur la valeur des connaissait ’ les autres le sont sur l’orgueil et les préjugés.
- (•#<*
- Parallèle et séparation des peuples où règne Vinégalité du brahmünl et de ceux où règne l’égalité chinoise et bouddhique.
- Comme il vient d’être expliqué, voilà déjà plu ^ vingt-cinq siècles que, dans l’Inde, un vaste ensemble ^
- bt
- populations s’est divisé par grandes catégories, qul sacrent à la fois deux ordres d’inégalités infranchissa
- JUUI U UVUA VJLVtl JL J-Il J. UXIV*" 1
- l’un sacré, l’autre social. Par un contraste remarqua depuis à peu près ce nombre de siècles, les recueillies par Confucius consacrent l’unité de la na ^ chinoise et l’égalité des familles, sans caste prédoi*^8 t et pontificale. La Chine possédait de toute antiqulte heureux bienfait de l’égalité sociale, qui s’étendit co&
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- i. „ DES NATIONS. 241
- la faj|- ,
- sUr j P*us tard un nouveau culte, le bouddhisme, fondé rneiïle principe, jusques aux confins nord-est des i-d^as’ luudis que l’Hindoustan concentrait l’odieuse Cette 1 6 SGS castes a l’occident ainsi qu’au midi de de j^raode limite naturelle. Les plus hautes montagnes dei^ tei?re ne semklent pas trop élevées pour séparer prof °*^res de sociétés établis sur des principes aussi °udement antagonistes.
- Lutte
- mplacable entre le brahmanisme et le bouddhisme.
- ’WchSectateurs de Brahma sont remarquables pour leurs tallt S eïlvers des hommes qui professent d’autres cultes, ^Ue ceux-ci restent inoffensifs à leur égard, itjjjji Senle fois le brahmanisme s’est signalé par une v°c^.Ca^ e intolérance. Un schisme s’était formé sous finies u 011 sage Bouddha. On aurait supporté peut-être ^ métaphysiques par lesquelles les novateurs 4 ^ aient distinguer leur croyance; mais ils refusaient 0llnaître la hiérarchie des castes. C’était saper le 9cl)a^aï^SIÏle par sa hase sociale. Il s’ensuivit une guerre la a,. ee> qui ne trouva sa fin que dans l’extermination ou
- J A
- 4i°nts /Jes sectateurs de Bouddha; les uns traversèrent les WlIïlalayas> les autres le fleuve Brahmapoutra. Ils ie nord et l’orient et s’avancèrent sans obstacle h extrémités de la Tartarie, de l’Indo-Chine, de An'116 ProPrernent dite et du Japon.
- ^ofg ^dhui trois à quatre cents millions d’hommes ^Co^en*: culte du bouddhisme. Aucune autre religion
- fte un aussi grand nombre de croyants. Leur chef î%s . est ie Grand Lama, et leur prince temporel le hissant est l’empereur de la Chine.
- ^TRODOCTION. — IV.
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- Comment les brahmanes ont conservé leur caste et leur autorité
- Cherchons maintenant à pénétrer les prodiges de -P dence et d’habileté par lesquels, à travers des et des révolutions infinies, les brahmanes ont pu . server leurs privilèges excessifs au milieu des autres c de la société. Ainsi que nous l’avons indiqué déjà » par un mélange incessant des préceptes religieuX ^ l’autorité profane; c’est aussi par des vertus, qnd s ^5 injuste de méconnaître, et qui sont la partie la P recommandable de leur supériorité. ir
- Au milieu des sociétés si diverses de l’Inde, Ie .
- mane défend habilement sa d omination ; il sait la jj_
- tenir sans usurper, sans contester aucun pouvoir Quelle que soit sa position politique, il lui suffit de , server intactes les nombreuses prérogatives attacn son sacerdoce. Ces prérogatives sacrées, il se garde > de les mettre en lutte avec les institutions humaineS’^ commencé par tout devoir à la triple influence reÜ$ie
- morale et politique.
- Aujourd’hui même, ses privilèges sont rachetés Pj1^, nombreux sacrifices, et dès l’origine iis étaient 1# t ment unis à des austérités excessives. L’empire qo n ^ sur les autres hommes, il le conserve en conserva^ empire sur lui-même : autorité du for intérieur c[lie siècles ni les révolutions ne peuvent lui ravir. $1 Dans les temps antiques, sa vie se partageait en H ^ âges marqués par des travaux incessants, par des ^ et des méditations perpétuelles; il y joignait des H tions et des souffrances volontaires qui seniblaje Je grande apparaissait sa force dame, l’élever au-de l’humanité.
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- ten^UaïlC* ^ entrait dans la dernière phase de son exis-^ Cet’ h se recueillait en lui-même, pour se mieux dégager son ^6IÎS terre; son ame se préparait à quitter
- ^ c°rps, comme l’oiseau qui va quitter le rameau flé-
- ^sant d’un arbre, quand il veut voler vers le ciel.
- , Gette
- vèle i
- .’ aans son code, sous des images qui devaient frapper
- poésie de la mort, le législateur Manou la ré
- ViJe imagination des Orientaux. Ecoutons-le :
- C Tï ^
- lle maison construite avec des os, qui sont les
- pont
- eerfc
- res et les chevrons de l’édifice humain; avec des ^ort' ^ ^eS ten^ons Pour assemblages, du sang pour d’^t^ler ïa peau pour couverture; une maison qui, loin vil rernplie des plus doux parfums, est souillée par de s excrérnents;
- Vl^^ ^emeure fragile, habitation de l’âge et de la Ur’ séjour des maladies, fatiguée par la souffrance, Utig eiîtee par l’obscurité, incapable de durer longtemps, demeure de l’âme vitale, immatérielle, laisse «V 6 ^a^fran^e toujours joyeuse de l’abandonner. c0 v°yez un arbre détaché du bord de quelque rivière :
- 6 Uïl 0*seau qui délaisse à tire d’ailes l’appui de ce $0ii Vacülant, l’intelligence humaine, en quittant sa pri-((|livrée du vorace requin de ce monde.
- VfU}tTSSant ses bonnes actions pour être transmises, sui-ï*w a ioi du Véda, à ceux qui le chérissent, et ses ^Utr ISeS aUX Personnes qui ie haïssent, il peut attendre ^ e vie en se livrant à de saintes contemplations. »
- Cfy a ^“fiction et la persévérance des méditations pieuses $0^ • erisent surtout la vie du brahmane; au travail de (l’^^hgence il est tenu même aujourd’hui de joindre fyji. an8es austérités. Pour conserver sa pureté morale au
- C1 des
- souillures sans nombre qu’il lui faut éviter, il
- imposer des privations infinies et pénibles; il doit
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- s’interdire tout usage de nourriture animale, et cette i^el diction est sanctionnée par la plus effrayante de tollte les peines, dans Tordre de ses idées.
- Tout Hindou, s’il mange d’un mets interdit par culte, sait que par cela même il perd sa caste; et
- sa
- son
- &
- les
- chéance est complète. Il devient étranger à toutes autres castes; il descend au dernier rang des par13®’ jamais il ne peut remonter Téclielle des inégalités socia^ Dans cette chute irréparable, l’homme qui tombe de P haut est le brahmane; c’est donc lui qui doit «ietRe s’en préserver le plus de vigilance et d’énergie. ^ . Suivant la conviction du peuple, aussi longtemps ^ le brahmane reste pur, il est l’être supérieur qul tl6 en ses mains la clef des positions religieuses et soCl^ g il est l’oracle sacré cjuau besoin chacun doit consulter P ^ ne pas perdre sa caste. Une sentence, un mot de lui, peuV6^ faire descendre une famille et sa postérité, d’un rang» . deux rangs, de tous les rangs qui constituent ^ sociale. Sa parole condamne un pécheur à la humiliation dès la vie présente; elle peut le damner P la vie future. La sentence lancée par un tel juge intt° un enfer vivant au milieu de l’existence humaine. ^ La durée même de cet empire excessif, depuis tant de siècles, fortifie l’hommage que 1U1 ^
- la vénération nationale. Ce phénomène sans exeiRP ^ que depuis plusieurs milliers d’années le hrahm3^ conservé sa place supérieure, c’est, aux yeux àe ^ dou, le témoignage d’un ordre divin qui règle à Ja^r la société et qui marque à chaque individu s°n 5, immuable. Se soumettre à la loi sanctifiée par le 1 ^ en observer les moindres prescriptions, c’est,. seD11^ pratiquer la vraie religion. L’obéissance volontaire a autorité tempère les maux civils que la prescriptl0ïl
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- r *Ue Pourra^ produire quelquefois, et les fait révé-^ai la piété depuis plus de cent générations. que ^°nS S0*n d’°bserver les compensations singulières pL trente la hiérarchie des castes. Un désavantage obp ?Ue P®se sur ran§ P^us élevé. Le brahmane est Pui^e Pr®Parer lui-même ses propres aliments; il doit aip r ae ses mains l’eau qu’il veut boire. Les mains de toute sou 6 Caste» en polluant sa nourriture, lui feraient perdre t0Ut *nc^v*^u de haute caste doit pareille-4$ Se P^ver, Pour suffire à sa vie, du secours manuel Castes inférieures. Le croira-t-on dans notre Europe? cg re portée par le corps d’un homme de moindre simple regard de celui-ci pénétrant le vase qui Pp eriïle les aliments du brahmane, et bien plus encore fauapïl^act Persoonel, ces énormités produiraient la pro-^_l0n : d’où s’ensuivrait la perte de la caste. les ^’ partout, les castes supérieures sont elles-mêmes il faScl^es de la croyance qui sanctionne leur supériorité ; afjp^a chaque moment elles soient sur la défensive, §rad .6Vlter P*us gran(l des dangers : leur propre dé-par p^0ïï* ^ est l’application de la belle maxime invoquée jjp- . esar au milieu du sénat romain : In maxima fortuna Jice^ ^lcent^a est: dans la plus haute fortune, la moindre jJ*Ce est interdite.
- sopt** ce^a plus heureuses, les castes les moins élevées per f^ranchies de pareilles servitudes et de ces terreurs brahmane peut les servir sans compro-dUs sa sainteté, toucher à la nourriture des indivi-Ptoi GS Ornières castes ; il peut la leur préparer de ses GS ma*ns, sans déroger ni religieusement ni so.cia-4 pllt\ C’est à lui, l’être supérieur et presque divin, que % Iei s services domestiques et serviles ne peuvent pas
- reudus.
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- De là résultent d’étranges renversements dans la civile et dans la vie militaire, ainsi qu’on le verra qua° nous ferons connaître les difficultés du service cipayes, et quand nous étudierons les causes, futiles apparence, des rébellions les plus formidables.
- Les individus des castes inférieures peuvent parve111 à des emplois en vertu desquels ils commandent a^ saints personnages des castes les plus élevées : cela s vu surtout dans les Etats conquis par les mabométans* Les Mahrattes, peuples hindous, sont d’une caste inférieure. Chose extraordinaire, malgré ce désavant^’ ils ont constitué la dernière grande souveraineté dont chefs n’appartinssent pas à l’islamisme; ils ont vaincu» ont tenu prisonnier l’empereur musulman dans son p1’0^ palais. Us ont fait plus; ils ont rangé sous leur l01 brahmanes et des princes radjpoutes de très-haute cas^ Eh bien! même chez les Mahrattes vainqueurs, °u ^ chef de l’Etat peut être d’une caste très-basse, aussl qu’il ne s’agit plus de commandement civil ou noilitaiT6 d’obéissance administrative, la hiérarchie des classes prend son empire ; elle règle les lois du respect indivis et le brahmane est plus révéré que le capitaine et le prl1 le soubahdar et le radjah! ^
- Faisons remarquer un dernier moyen d’influence l’importance est infinie pour une caste sacrée: f
- bienfaisance érigée en précepte religieux, et pratiqué f ceux qui l’enseignent. C’est à la fois la plus douce plus puissante des clientèles. Les livres saints des , mânes commandent avec un charme infini cette en .
- I ? #
- et les brahmanes pratiquent à l’envi sa douce °’« se s’est conservée dans l’Inde, lorsque tant d’autres ver sont corrompues. et
- Voilà par quel mélange extraordinaire de grande*^
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- dob]-SSement’ d’actes politiques et religieux, de droits, C00v^°- et de bienfaits, chacun ayant sa part d’in-surhenieiîts e* d’avantages, un enchaînement social si satls fnan^ s est conservé sans irritation, sans murmures et U rev°!utions à travers les siècles.
- ^tio^6 Seu^e c^asse n’éprouve jamais aucune compen-Pttri ° 6St ce^e ^es opérables que nous nommons les yjçjJ5, ne fait partie d’aucune caste : soit que les indi-Mb aiïlSl P^acas en dehors de l’état social descendent des les f su^juguées; soit que, par l’effet d’un châtiment, on exPu^s^s des castes hiérarchiques. Par bonheur, de JG C^asse est de beaucoup la moins nombreuse au sein ejje _s°ciété hindoue. Dans les forêts et les montagnes, ^Vlt à part, reste libre; et là, rien ne l’humilie.
- *^ai 6 <ïue Par intérêt pour l’histoire de l’esprit hu-t9tlt j ^ serait à désirer qu’un observateur impartial, écar-c0n As souillures que nous allons signaler, cherchât à auPr^s des brahmanes les plus instruits et les s**pé ^ei^Ueux de Bénarès ce que la partie honnête et i)diïp^Ure ^es hindous conserve encore de la religion W ltlVe> enseignée par les grands ouvrages sacrés qui Jtt la gloire et la lumière de l’Inde antique.
- ]e brahmanisme a quelque chance d’être sauvé dans desSle^e Présent et dans l’avenir, ce ne peut être que par ^ °rts tentés pour ramener toutes les castes, à com-par cej|e jes brahmanes, aux croyances élevées voisinèrent leurs ancêtres dans les temps les plus ré-H0^S‘ ^ faudrait que les prêtres hindous fissent fleurir de f$H'VeaU connaissance du sanscrit, et qu’ils rendissent il ^ei^e dans leur caste l’intelligence de leurs livres sacrés ;
- atldr;
- Poë lait en même temps publier en langue vulgaire les ^ S1 ^eaux d°nt nous allons dans quelques moments ernne idée. Ces chefs-d’œuvre enflammeraient l’ima-
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- de
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- gination du peuple et lui feraient aimer tour à tout nobles et douces vertus. La liberté de la presse et leC° nomie qu’offrent aujourd’hui les moyens de publie3 présenteraient de grandes facilités pour un tel projet-
- Comment a dégénéré le brahmanisme.
- ,>e'
- De quelle dégradation et de quelle corruption les ieo nérateurs n’auraient-iïs pas à retirer la religion telle ^ , l’accuse d’exister aujourd’hui dans presque toute *
- Aux yeux de fanatiques égoïstes, l’homme peut conqu le ciel par des austérités, indépendamment des ceu Le brahmane, en vertu de sa caste, est supérieur dieux mêmes; les dieux sont effrayés des pénitences ^ s’imposent les dévots : les dieux ont peur d’être par un brahmane! Un panthéisme qu’on a fini par ^jj plir d’obscénités révoltantes a, par degrés, altère, les notions de la divinité : notions qui, dans le princlP étaient si majestueuses. Que de choses peu raisonn3 et peu morales dans la vaste collection des Poaranas légende dorée de la moderne religion des Hindous, pilée entre le vi° et le vme siècle de notre ère ! Là se R0^ l’histoire fantastique de la foule des dieux imiR0^ enfantés par des imaginations désordonnées : triste ie ^ tacle de sectes sans nombre et de croyances honte ^ Là, le crime même a cherché ses infâmes L’étouffeur héréditaire, le thug, y puise des rites P ^ adresser ses prières à la déesse de l’étranglement la trahison; le voleur de grands chemins, le dacoit’ reillement héréditaire, professe un culte qu’il adi la déesse du vol et du meurtre. * je
- En présence de ces erreurs, de ces imbécillité e f ces turpitudes, l’ami de l’humanité, le sincère ador3
- blés
- c0&'
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- ,a Sagesse éternelle, doit former des vœux pour que le Sld)f^ar^Srne’ avrec ses croyances épurées, avec sa morale tou lïlle ’ S°n amour de l’humanité et sa compassion pour cr S ^es malheurs, fasse disparaître tant de misérables îïion 11068 r^v0^ent Ie sens commun et de pratiques §eonStlUeUSeS ^ue ^on ose nommer des cultes. Encoura-i le zèle des missionnaires, mais sans nous laisser han ^ ar de troP prochaines et trop vastes espérances. et jS 1 Intérêt de cette œuvre, il importe que la prudence C^ar^ n’appellent à leur secours que l’aide du dJs> des lumières bienfaisantes et des moyens les plus
- noils s°h permis de citer ici les généreux sen-ïe$ jntS S* ^ien exPrirnés par M. Malcolm Ludlow dans lïio e^0ïls Tu’ll a données sur les races et les gouvernées de l’Inde :
- c^^eïl ne m’inspire plus d’horrèur que les idées de S 6t Pr*vüéges ; cependant je tremble lorsque j’en-des hommes proposer que l’on chasse à coups de pou ^êsdtution de ces castes. Je sens qu’il est meilleur Peut * ^nt^0u de considérer un brahmane, trompeur et or ^tre ^ompé lui-même, comme la tête d’un corps v*vant, et qui possède aussi des vertus, plutôt Iflit ^6 ^0rn^er dans la persuasion que la société dont il q^hartie ne présente ni corps ni pensée, et n’est rien ^ntas de matière putrescente dévorée par les vers. ^ct^1* moment où nous saurons faire apprécier au c°ndte,llr ^ra^ma bienfait d’un Sauveur divin, et le 1111,(2 ^ ^a véritable société chrétienne,je ne puis pas (k Cev°m quel bon résultat découlerait de la destruction
- ^8 Onnj .. ,
- castes, en supposant qu’on les puisse détruire.»
- Sa8e rte doit pas considérer uniquement les cuicc aits de l’état social des Hindous. Sachons apprécier,
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- malgré tous ses vices, une civilisation qui subsiste depull> plus de trente siècles, une civilisation qui s’allie à & mœurs aimables, douces et charitables; qui, loin dav°lf fait dépérir l’espèce humaine, a mis en valeur une & contrées les plus belles du globe, et qui l’embellit enco?e' qui favorise à tel point la population, quelle fait vhfe aujourd’hui, sur un quarantième de la terre habitable» septième du genre humain; qui sait joindre félégance a douceur des relations de la vie; qui, depuis plus de de^ mille ans, donne à l’Occident les plus somptueux et plus gracieux vêtements dont aiment à se parer 1°P^ lence et la beauté; qui réussit à donner aux produit8 ^ ses plus simples métiers un caractère, un aspect.
- 'tient aU
- charme rempli de grâce et dont la source appaU
- génie des beaux-arts. Cette civilisation, malgré sa a
- JgC<l
- dence et ses énormes défauts, nous paraît mériter
- d’êtr6
- étudiée avec un profond intérêt, et d’être rangée pal les grandes œuvres de l’esprit purement humain. . jg Pour dernière apologie des Hindous, je rapporter31 jugement qu’a porté sur eux Warren Hastings, q111 ^ a gouvernés pendant beaucoup d’années. Au fo*1^ sa conscience, il s’avouait certainement combien ce nation devait savoir pardonner pour qu’elle ne fût ]P^ restée son éternelle ennemie. Interrogé dans la Cha*11 des lords, en 1813, il porte ainsi témoignage en ia des races brahmaniques : „
- «On s’est efforcé d’égarer l’opinion publique, en nant à croire que les natifs de l’Inde sont dans nn ^ complet de turpitude morale, en affirmant qu’ils ^ ^ sans retenue dans la souillure de tous les vices et ’ perpétration de tous les crimes qui peuvent déshon0 la nature humaine. Par le serment que j’ai prête vous, j’affirme que cette assertion est fausse, et sans
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- lïlent * • • Lorsqu’on parle des indigènes, il faut dis-}a bUer ^es Hindous, qui forment la grande majorité de ’ et les mahométans entremêlés avec eux, Us v*vent d’ordinaire en communautés distinctes. troufe*Ws sont doux, paisibles et bienveillants; on les 5 PUs susceptibles de reconnaissance pour la bonté m,».11 ^eui> témoigne que prompts à se venger des maux a fait souffrir. Ils ne sont pas moins exempts 9lJtrriUS buvais penchants du cœur humain qu’aucun
- leur ^ Plus
- sety ^6lîP^e de la terre; affectionnés et fidèles dans le légjj ’ Personnel, ils se montrent obéissants à l’autorité $e^e* s°nt, il est vrai, superstitieux; mais ils ne pen-^lei}fUCUn ma^ nous’ quoique nous soyons étrangers U,r cr°yauces. Tout imparfait, tout grossier que soit ^GS Pr^cePtes do leur religion sont étonnam-1)0^ avorables aux meilleurs destins de la société, au eur des hommes, à la paix des États.»
- e des Hindous : ses rapports avec les trois règnes de la nature.
- rep0^s<ïUon veut apprécier la poésie de l’Inde, il faut se aux temps antiques; il faut du moins étudier les cett^C^0ïls du sanscrit, qui n’est plus la langue usuelle de l°rs ^0lltrée... Les dialectes imparfaits qui l’ont remplacé 6S *nvasl°ns musulmanes ne présentent aucune pU^s ' 0ri8Pnale digne d’attirer l’estime des étrangers; de-^se .S de dix siècles, une stérilité déplorable a flétri pilts et les imaginations.
- tableau que nous présentons du travail de nos tyrçj rat*0ns modernes, nous avons à signaler la poésie OcçjJj e l’Inde, exhumée de nos jours par le génie des 4 vT!ntailx et rendue à l’intelligence du genre humain;
- flue ce génie a fait comprendre les hiéro-
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- FORCE PRODUCTIVE
- d*
- glyphes, Tépigraphié cunéiforme et les monuments u couverts de nos jours en Egypte, dans l’Asie Mineure dans l’Assyrie.
- Disons en quoi la poésie de l’Hindoustan possédé $ celle des autres contrées de merveilleux avantageS’ ^ sentiment religieux qui n’appartient qu’à sa terre répand ses inspirations sur les grandes scènes qu’offre
- nature et sur les moins étendues qui se concentrent
- u<s
- la famille et le foyer domestique. L’adorateur de révère en lui le créateur d’un peuple privilégié; c^ jour, sa piété nationale remercie ce père des d’avoir institué pour l’Inde, et pour l’Inde seule , une lisation dont la hiérarchie sublime a choisi les mânes, afin d’en faire le premier ordre de ses prédest1 Sa loi les a placés plus près de la suprême inlelligence^ les âmes les plus parfaites d’aucune autre race humal^5 Une métempsycose incessante, dont les transmigra^g sont des jugements divins, fait passer tour à tour la déchue des mortels vicieux ou .criminels dans Ie c ^ d’êtres animés et de nature inférieure, pour être refl[ plus tard à la vie de l’espèce supérieure. Les dieu* cendent sur la terre le plus souvent sous la forme maine, et quelquefois sous la forme des animaux. V*s 1
- nhl
- n’a pas dédaigné d’animer de son souffle un hunable^ drumane; il s’est abaissé jusqu’à des espèces dun beaucoup moins rapproché de l’homme. ^ jjj.
- Ce pèlerinage des âmes humaines et même de l^llt ^ gence divine, ce passage perpétuel, infini, visible se ^ ment aux imaginations, répand sur les êtres vivaî|ts^je la Péninsule indienne un intérêt mystérieux, ad#111^e de poésie. Les cœurs sont saisis d’une sympathie p1 fraternelle en faveur de tout ce qui se meut et &e e ce qui respire. Immoler tel animal, qui recèle pellt
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- DES NATIONS. 253
- cide a?le ^Umaiuc, c’est s’exposer à commettre un homi-4(j ’ e danger est grand surtout si la victime appartient jj especes sympathiques ou sacrées.
- suffit pas à l’Hindou d’aimer et de respecter le pre-le§ a es tr°is règnes de la nature, celui qui comprend fL e!res animés auxquels les dieux ont attribué certains ]e a intelligence ; le second règne organique parle éga-
- ej. ^ s°n cœur. Il révère, il chérit l’ordre du monde îes Vl-6 Universelle jusque dans les végétaux. Il aime à jr°îte doués d’une sorte d’âme qui se manifeste à lu/ e P^isir le plus innocent et le plus suave; c’est de cette |9ge ^ aspire alors que s’exhale le doux encens des feuil-eiïlflaumés et des fleurs odoriférantes ; de ces fleurs ^Ment à l’Hindou plus suaves et plus belles aux Gange et de l’Indus qu’en tout autre lieu de la et je ‘ . es s°nt pour lui l’objet d’un culte plein de charme r0 s^Je^ de ses chants les plus gracieux. Nous n’en offri-^ Un *nc^ce ’tir® de Sacountala, drame héroïque et 01 al qu’on doit au poète Galidasa.
- Le drame chez les Hindous : Saconntala.
- h Six jeunes filles consacrées au culte des-dieux^ pren-soin d’un même parterre; au milieu e 3 ^ire la belle Sacountala, qui sera 1 épousé un ro
- DNE DES COMPAGNES DE SACOUNTALA.
- J; ^rad-on pas que ces jeunes arbustes te sont aussi de . <îlle ta propre vie, quand on te voit prendre tant loi ^ ^ rempür d’eau les bassins creusés à leurs pieds,
- US délicate que la fleur du malica lorsqu’elle com-Ce é s’épanouir!
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- SACOÜNTALA.
- Ce n’est pas seulement pour obéir à mon père <îlie^ prends cette douce peine. Je t’assure que je ressens p ces jeunes plantes l’amitié d’une soeur.
- LA MEME COMPAGNE DE SACOUNTALA.
- D1
- Les plantes que nous venons d’arroser sont au moiUe
- n ifSy
- de fleurir. Arrosons aussi celles qui n’ont plus de »e nous donner; nos soins désintéressés n’en auront cpie P de mérite auprès des dieux...........
- eP
- Enfin, ce que les hommes des autres contrées apP
- A #
- lent froidement la nature inorganique et morte, nature est vivante aux yeux des Hindous; elle a deS blimités qui placent leur patrie au-dessus des autres
- ceP*
- COP
- trées de la terre. Les grands monts Himâlayas son4 berceau de ses dieux; ils versent l’eau nourricière fleuves, et surtout l’eau sacrée du Gange, de ce Jour ^ gigantesque, tel qu’il le fallait pour un peuple ceid plus nombreux que ne le fut jamais le vrai peuple de D La terre mystique de l’Inde renferme encore un plus étonnant phénomène : un fleuve révéré coule terre, à des profondeurs que l’imagination seule a jaIïia^jje mesurer; quand sa vallée souterraine se réunit à la vallée du Gange, ses eaux inaperçues se joignent au* e . visibles et sacrées, pour en doubler la sainteté. La 1 ^
- de'seS da^
- s
- fïlue
- iP
- incessante des pieux voyageurs se rend en ce fiel1 entre tous à Brahma, de même que les musulmans a$ à la Mecque et les chrétiens à Jérusalem. Près de c6* ^ droit consacré par les dieux que chante le Véda, ^eP^ un grand nombre de siècles n’a pas cessé d’exister et ^ resplendir Bénarès la Sainte; c’est la capitale mystifl116
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- DES NATIONS, j^indoustan, l’antique cité de sa religion, de ses lettres,
- e Ses sciences et de ses arts.
- Il faut voir, dans les poèmes héroïques et religieux de ^de, le rôle admirable que joue cette grande chaîne des balayas qui borde tout le nord et l’orient de la penin-^ indienne; ces montagnes si hautes que lœil humain es aperçoit des bords du Gange et de 1 Indus, a cin-^ante lieues de distance ! Viennent ensuite les gradins c<>ndaires,figurés par les chaînes latérales, dont les som-sont visibles encore à quarante, à trénte, a vingt 6°es d’éloignement.
- sont rapprochées et presque superposées toutes les ^>ïles si largement étendues sur la surface du globe. G est a^ord la zone glaciale, dont les Himâlayas tirent leui 110111 î depuis le plus haut sommet de ces monts, elle ne °Sse pas de régner en descendant d’une lieue de hauteur erbcaie. Une autre lieue descendante comprend la zone opérée; puis vient la zone torride, qui règne au plus ,as des montagnes. Chacune des zones, si grandement ^§ées, est caractérisée, est embellie par sa faune et par ^ flore, c’est-à-dire par ses plantes et ses animaux, cha-a sa physionomie, son charme .et sa majesté.^
- ^ aucun autre lieu du monde le Créateur na dis-jj°Re de spectacle qu’on puisse comparer a 1 immensité 1111 amphithéâtre de climats où la nature a réuni cent l^atre-vingts millions d’humains, dans une enceinte qui s^rAasse en étendue le tiers de l’Europe. Voila ce qui "aisit l’imagination la plus puissante.
- Reportons-nous par la pensée à trente siècles en ar lere. Sur un des plateaux grandioses de ces étages ima layons que nous venons de signaler, au milieu du paysage Plus animé, le plus riche et le plus majestueux, un °°te inspiré chante la rivalité, le concours entre quatre
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- dieux cachés sous des formes humaines et le héros qui leur dispute la main d’une mortelle, fille du roi d dhya. Ayodhya : c’est la capitale antique de ce pays dO qui, de nos jours, vengea la confiscation de sa par la rébellion qui tint deux années l’Angleterre ( alarme et l’univers en émoi. Dans ce concours que t lèbre la poésie orientale , le héros l’emporte sur les diel1 transformés en hommes, et l’Amour donne la victoire^ Si nous voulons établir ici quelque parallèle avec ^ poésie des Occidentaux, ramenons nos regards sur ^ scène comparable que la poésie des Hellènes a placée p des confins de notre Europe; c’est au voisinage del’E113^! dans la moindre des deux Asies, qu’on appelle l’Asie neure. Trois déesses de l’Occident disputent aussi, n
- * * f -jjjl
- entre elles ; le chantre le plus divin de l’antiquité les re sur le penchant d’un modeste mont phrygien, le pluS posant qu’Homère ait pu choisir. C’est là qu’un beI$ ^ beau lui-même entre tous les hommes, doit décerne^ prix entre les b.eautés descendues de l’Olympe. La sC . est admirable de grâce; mais ici nous cherchons en cette majesté de la nature qui n’appartient qu’à la gra11 Asie, sur les confins de l’Hindoustan. t
- Au milieu des monts Himâlayas nous est aussi o: l’exemple le plus magnanime de l’alliance morale eïl ^ l’homme et les animaux ; alliance dont nous avons signa
- la beauté poétique.
- facte
- Il y a déjà plus de quatre mille ans, s’accomplissait1 ^ suprême d’une lutte entre deux rois qui se disputa# t Gange et l’Indus. L’un d’eux, toujours vaincu, c°nl p toujours. Poursuivi de vallon en vallon, de montagne ^ montagne, il arrive au dernier sommet des Hiiua après un long parcours, en gravissant les neiges étef*#
- De toute la terre c’est l’endroit le plus élevé ; c’est Ie P
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- r DES NATIONS. 257
- Wo C*e^’ seid asde ffu*va s ouviai ^ l’infortune du
- ex S’ ^ll comble du malheur, ce prince nous offre un 6 SU^^me sympathie entre les hommes et les Lçs aUX’ Section sanctifiée par la croyance des Hindous.
- r°* va*ncu son*: morts '•> ses courtisans font VjYaiit0ïlne’ Pu*s ses Parents, puis ses amis. Un seul être tj0 5 S°n c^^en’ l’a suivi : l’homme, à son tour, l’aban-peut ^a-t-il P Le roi proscrit refuse le ciel même, s’il ne s^e î C°ndu*re avec loi Ie dernier compagnon de sa mi-lidéûi;'GS d*eux sont attendris; et le chien, disons mieux, la ^oj6 Slu?humaine partage la céleste félicité de l’homme Y appelé par les immortels.
- a comment les trois règnes de la nature se vivi-^ s embellissent aux yeux de la foi brahmanique. 5ente ern!^re ^ un amour universel pour tout ce qui pré-'ÎUi T Ulle *mage de la vie, même pour l’eau qui marche et d0Ust°U e des flots saints, le plus humble habitant de l’Hin-Couverait trop étroit, aux yeux de sa foi, le sen-4 o. ^ deJa s* vaste dans l’âme du serviteur de Térence : ^cor l°mme’ et r*en d’humain ne m’est étranger. Il agrandit Nfta CGtte symPat^e> qui transporta d’enthousiasme la du ^nple-roi, et peut s’écrier à son tour : %', • 6 COffime je le suis de la vie du monde, rien de ce étïa aaris l’œuvre de Brahma, du Dieu créateur, n’est ç^er à mon âme. »
- le ^ puissance d’aimer, si largement répandue sur , e extérieur, se replie sur elle-même et se fortifie ^er ^ reduit de la famille, pour en épurer, pour en Ck es Pius intimes et les plus chastes affections.
- 1 T i-
- les Hindous, en remontant aux époques les plus S dont le souvenir soit perpétué par la poésie ^• e’ ^stoire du berceau des peuples héroïques, nous 0ïisune délicatesse raffinée, un dévouement presque
- ^'TRODüction. — IV. 17
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- 258 FORGE PRODUCTIVE
- .• et
- surhumain de l’épouse envers l’époux pendant la vie . même après la mort : dévouement que nous chercv en vain dans la poésie d’autres peuples plus primitif’ Grecs par exemple, au temps d’Homère. ^
- Telles sont les sources abondantes de cette orig111 ^ charmante et souvent de cette grandeur qui caractère la poésie des Hindous.
- Urt poëme épique : le Ramâyana.
- Dans l’antiquité, le peuple de l’Occident le plus cei pour les dons de l’intelligence n’a pourtant présenté deux poëmes vraiment épiques et dignes de passer postérité. L’Orient en a deux, dont l’étendue nous eto et tous les deux appartiennent à l’Inde ; il me su0ira^ citer le plus ancien. Longtemps, dit-on, avant vivait le brahmane auteur du Ramâyana, cette “ïlIïl^I)5 épopée, qui n’a pas cessé d’être un objet d’admiratiou la partie la plus éclairée de l’Asie. a
- De i843 à i852 , l’Imprimerie impériale de FrallC^r reproduit le texte sanscrit et la version italienne du mâyana donnée par le savant Gorresio, l’élève Burnouf, qui daignait lui-même en surveiller l’impresS^f, L’ouvrage, en 10 volumes grand in-8°, et dont le u nement sarde a fait les frais, est digne de notre plus ël
- typographie nationale.
- et t
- Ainsi voilà de nos jours, grâce aux lumières - ^ la munificence de l’Occident, trois vastes publicati0^5 ^. principales œuvres sacrées et littéraires de l’Inde les Védas, les Pourânas et le Ramâyana.
- Rama, le héros de ce dernier poëme, n’est pas un ^ mortel ; il est l’une des incarnations de Vishnou > ^
- qui conserve l’univers. Mais, dans la conception ^
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- DES NATIONS.
- * °e^e œuvre » Rama ne sait pas qu’il est Vishnou ! r^saffVlent °^rir aux humains l’exemple de tous les pé-0ï)^es ’ c^e toutes les privations et de toutes les souf-^ent ^iquement, ce n’est point dire assez, pieuse-Îjjyq SuPPortées. Sans cesse, par lui, la force de famé est |)ass5Uee pour triompher de nos sens et pour dompter nos ^pfê18 ^anS ^US ruc^es épreuves ; sans cesse la règle dçf Grïle devoir prédomine et» met d’accord le guer-ç0rr 9Vec Ie sage. Il ne gémit pas â chaque instant, ^ ^ros larmoyant de Virgile : se montrer tou-et s suPer*eur à la fortune, adverse ou propice, prier ca '' Sans faiblesse, combattre et triompher, voilà 4S ^ riere* Aucune transformation du souverain maître et 0rïlïïles, aucun de ses neuf Avatars ne fut plus grand
- ^glorieux.
- le héros divin, Sita, la fdle des rois, le modèle
- déy0 S'SUave beauté et de la vertu, Sita, compagne gers Ij6’ su^ Rama dans l’exil et brave avec lui les dan-la j, .11 Magicien, quelle épopée n’en a pas P un magicien 1 ^ son époux et la cache dans un vallon de fîle de Ceylan. Par des prodiges supérieurs aux diSs>S l’homme, Rama renverse tous les obstacles, j^e les enchantements et délivre sa bien-aimée.
- ^ sombre’ jalousie, cette passion de l’Orient et h dévore le cœur de Rama. Il ose soupçonner la ^l{e de Sita; ü ne saurait concevoir qu’elle ait pu, si ^ Caphve, et sans défense, garder intact son hon-** fait cet outrage à la chaste Sita, qui n’a que sa litét ^ la sainteté de sa vie pour attester sa fidé-
- 6 ^^sesP°m vient en aide à la vertu de l’épouse inno-h\)r hère; c’est l’épreuve du bûcher quelle réclame ^sid f^ment ou Pour victoire. Elle invoque le ciel qui e a la justice; et saluant, comme un maître toujours
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- chéri, l’époux égaré qui méconnaît sa pureté, du*1 P
- intrépide elle s’avance au milieu des flammes.
- Alors on voit descendre du ciel les grandes divin de l’Hindoustan : Brahma qui crée et Siva qui detr Agni/le dieu du feu, symbole de la pureté; Ya©a> 1 règne sur les morts; et Varouna, le maître des eau* purifient. Tous apportent leur témoignage en faveUl l’épouse injustement frappée par le soupçon. Le feu s ne l’a point dévorée, les flammes ont fui devant elle*
- Sita ! la voilà qui reparaît aux yeux du peuple, daas splendeur de sa beauté, le front ceint de fleurs do11* bûcher n’a pas altéré la fraîcheur; et ses chastes attr sonl pudiquement dérobés sous un voile de p°u * image du feu qui l’a respectée. et
- Nous entrevoyons ici l’image primitive des regiet^ ^ du dévouement que doit faire éclater, pour honore1^ mémoire d’un époux, le sacrifice de sa veuve : ce saC1|ijî). que les livres sacrés n’ont pas ordonné, que les dieU*.ol]l’-dons ne viendront pas empêcher, et qui porte aUJ d’hui le nom de suttie.
- Ce peu de mots suffit pour indiquer un ordre qu’on chercherait en vain dans nos poèmes antiqucS‘ ^ dieux et les hommes de l’Inde ont d’autres adora*1 5 d’autres passions, d’autres vertus et d’autres que les Grecs et les Troyens. La différence est in^,rilte)[jip5 les femmes. Andromaque, le modèle des épouses au du bonheur, courbe son front sous l’infortune et PaSS.jje! l’esclavage à l’hymen qu’exige le meurtrier de sa fal3fl La prudente veuve d’Hector et de Pyrrhus fait core; elle se marie en troisièmes noces, et cette un Troyen. Sita, captive, était restée fidèle ; Sita, R ^ marche d’elle-même à la mort, et la préfère au des*1 que le soupçon d’un époux fait planer sur sa vert11-
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- t • riûc Hindous sem-Des fictions que permet la reigion e épique;
- Paient indignes de la majesté de V
- telle est l’alliance de l’héroïque Rama avec ^ eut.
- !’»ges et son armée de quadruman,«r, ^ ? De
- etrii. sont des hommes on des dieux armées
- ^ alliés, qui seraient ridicules aU 'nJ,’vouement, une , Homère, unissent à la vaillance, . ,, jeur ori-
- lnte%ence des affections morales qui Des
- |ltle souvent humaine, et quelque ois de picti0n.
- Sautés remarquables appartiennent a c § ^ jalousie
- P&us les scènes si tragiques e de Rama, les
- ^ torture le cœur et pervertit la ra|s0 , §jtaî qu’ils ^ra«gs sont saisis de pitié pour la dou eu ^ ^ diraR un
- ^pagnent en pleurant jusqu’au bucWï • s hoCle.
- pLionné des tragédies d’Eschyle oude^ P ^ ^
- grand poète français, M. e a™‘ oréciation des dedaigué d’offrir une large et profonde PP ^ sa-
- ^°émes épiques et dramatiques, tresois . er de si
- de l’Hindoustaœ Nul autre beautés
- et faire apprécier avec autant oq ges poésies me semblent avoir plus d’un rappor ^ quatre
- Plus admirées. Dans ses Entretiens de W & saIïia-Rations, les 3% lx\ 5e et 6% sont consa ^dique analyse.
- DES NATIONS.
- 26 L
- Une science cultivée par les Hindous. Ie c(d u * „ f fip calcul ont
- Dans l’Inde, les sciences d’observation et c ^
- ei|rs beaux temps. Il nous suffira d enicrter u ^ ^
- p i n a faussement fait honneur aux l’arithmé-
- isthme de chiffres, si simples, consacres anffim > décimale. Ces chiffres, posés à la ^ > S"J res. suffisent pour exprimer les pl»s gralM e
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- FORCE PRODUCTIVE
- les
- que notre esprit puisse concevoir; ainsi représente8> nombres se peuvent ajouter, retrancher, multiplier et viser avec un ordre, une facilité, une rapidité que permet l’emploi d’aucun autre genre de numération.
- Il n’y a guère plus d’un demi-siècle que la Fraflce soumis ses monnaies et ses mesures au système ^eC^e5 imaginé par les Indiens dès la plus haute antiquité-autres peuples de l’Europe commencent à nous imitef'
- Illusions sur l’astronomie des Hindous.
- * n /'fi j
- Bailly, célèbre par le malheur, illustre par la scie ^ avait fait de l’astronomie des Indiens une étude app* fondie : c’est le sujet du volume qu’il a publié, en \ > pour accompagner sa grande histoire de l’astronouue cienne et moderne. Par de savants calculs et des rapP chements ingénieux, il avait cru démontrer la haute a quité des observations faites par les Hindous.
- Dix ans plus tard, l’illustre Laplace, dans son ExpoSl da système du monde, éleva le premier les doutes leS P graves sur les illusions de Bailly.
- De nos jours, un illustre savant français, M- Biot» ® des recherches spéciales sur les connaissances ree j qu’ont possédées les astronomes indiens. Aucun monu#1 antérieur à notre ère n’établit leurs titres scientifique^’ ^ pour les temps postérieurs, tout démontre que les H10 ^ ont emprunté leurs méthodes, soit aux Chinois, soltA Grecs d’Alexandrie, soit aux Arabes, héritiers des Grecs dans les beaux temps des califes.
- Les arts cultivés par les Hindous, défavorisés par l’An f^err
- t
- Lorsque nous ferons la revue des produits si varlC
- et
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- 263
- uni-
- DES NATIONS.
- si remarquaWes présentés par l’Inde à ^“lecteur ce Verselle, nous essayerons de faire appre ^ des arts
- ^ les Hindous ont conservé des beauX“ iorSque
- 1 Occident était loin de les égaler. N inévitable
- c°nstater leur décadence que leur esavan j? ies
- Pat' la supériorité quont donnée aux aPpbcations modernes des sciences à m « kritanniquej Oe qu’il faudra déplorer, c est que a 1 ^.ens pour
- ^ lieu de tendre sa main secourable au teqe con-Ms ne fussent pas trop victimes an* £rant pour CUrrence, a fait servir sa puissance e d’énormes
- produits de l’Hindoustan fussent grev mes;
- r°its ou prohibés absolument dans es c,cturés par
- fe agis saffainsi tandis que les produis »anufactut J ^ e vainqueur étaient affranchis de toutes S ^insule de l’Inde.
- I/j ___ t
- LES MAHOMÉTANS; LEVES IEEUPTIONS AU MILIEU DES HINDOUS.
- U ass°ns maintenant au peuple le plus nombreux après
- Nou°n principale. ?
- H)0n?US abordons la première des grandes conquêtes qui
- p°rt(5rent toute la puissance du culte musulman. Il a rem-
- ^le CS succ^s <îue uavaient obtenus dans .l’antiquité
- cidtesC**be ^es mages qui guidait l’armée de Darius1, ni les
- 11 P°lythéisme qui suivaient l’armée d’Alexandre;
- j succes n’a pas été remporté non plus en Orient
- dais f.Cube cbretien des conquérants portugais, hollan-
- t ’ ranÇais, et surtout anglais.
- °Ste*^oir ^~^1rCe ^ ftuon portait dans cette armée, sur un cliar, un e cristal et d’or qui représentait Je soîeil : Je dieu du feu.
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- FORCE PRODUCTIVE
- Immigrations par le nord-ouest.
- Avant d’arriver jusqu’à l’Inde, les mahométans avaieï! envahi déjà : du côté de l’occident, la Syrie, la *aA^ tine, l’Egypte, l’Afrique romaine et les Espagnes; du c° du nord et de l’orient, la Mésopotamie, la Perse, Ie Pa^ des Parthes et l’ancienne Scytliie. Us avaient trouve c ^ les barbares une facilité de prosélytisme fondée sur simplicité des intelligences, et chez les peuples civn fondée sur la terreur. C’est ainsi qu’au delà du golfe ^ sique ils avaient conquis et converti presque au Ui ^ moment les Béloutchis et les Afghans, natiqns guéri’1 et sauvages, proches voisines de l’Indus. Ils partag^31^ avec ces nations l’éternelle convoitise que ressentent habitants des pays éprouvés par de rudes climats, lll°^ tueux et peu fertiles : convoitise qui les pousse vers parties de la terre que la puissance du soleil et la fec011 dite de la nature favorisent de tous leurs dons.
- Us allaient trouver dans l’Inde trois bassins plus va^e plus fertiles et plus peuplés les uns que les autreS’^jj milieu desquels coulaient des fleuves comparables a3 si le Nil décuplait la superficie de ses terrains arrose3’ allaient subjuguer des populations qui différaient a eux non-seulement de croyances, mais d’état social et rapports entre les hommes. ^
- Nous avons expliqué comment les Hindous, sans eSP^
- rer conquérir immédiatement l’éternité d’un séjour ^
- leste, croyaient que les mêmes hommes peuvent * ,
- rir et renaître sur la terre avec leur âme prinu
- renaître sous d’autres formes, et souvent même en P
- ui in65
- dant leur nature humaine : Nabuchodonosors suU ou vulgaires, transformés par la mort. L’inégalité pr°
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- DES NATIONS.
- ctps ils la transpoi-
- S'ouse qu’ils établissaient entre leurs cas , ^ féUcité
- ta‘«nt dans un autre monde, où les des m ^ compa-
- !'es brahmanes n’avaient rien de commU ,es„jus basses. laUe avec celle des autres castes, et sur ou rntbéisme
- En présence de ces folles visions et ' J bra.
- J^voué par la raison, le mahométisme, M la
- et de Moïse, ne proclamait pour Ï ^ mollde Codeur de l’Éternel. Il allait chercher in llne
- «Hier des serviteurs à son dieu le cl“et®r^ he p immolait pas; et, dans l’enivrement du a P ’ ^ mQts; lait le rebelle i sa foi, qu’il résumait en P^ u ne "Eieu est Dieu, et Mahomet est son P P le pius les ? er°hait qu’un argument, celui qui J, forme de
- «nnmes, la victoire; il ne connaissai <1 ja théo-
- ^nvernement, la plus chère aux complétants,^ qua-«atic despotique. Les vaincus devenaie ’,, s }0js, à ‘Jé< ses esclaves; il les tenait assujettis a ts et
- J^tres châtiments, à d’autres tributs que ^ ^ ^ _
- ^vainqueurs. La capitation, c’etaitle tri ^ c0„.
- 1tf'l daignait laisser sur leurs épaules, es souverain ^S> ainsi que leur existence, appartenaie ^ cultiver
- NpW; il imposait aux vaincus la co - pavl
- . glèbe et ne leur laissait des ûuits _ „ ™e fut que
- ^pensable pour ne pas mourir e aui urs et le
- 0tlbtemps après, par 1 adoucissemen quelque
- ^ebement d’un pouvoir énervé, quil *
- ces conditions accablantes. modérés,
- wW les gouvernements hindous e*. r partie;
- V ne prélevait sur la ^ jusqu’au quart
- a ’ Peur le maximum, parfois on p moitié1, sans
- *s produits. Le musulman prélevait la »
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- 266 FORCE PRODUCTIVE
- compter la taxe sur la vie, la capitation, plus honteü
- encore que pesante.
- Immigrations par le sud-ouest.
- J’ai déjà signalé l’un des courants, disons mieux ^ torrents d’immigration musulmane, toujours dirigeS ^ l’orient, et venant du septentrion; signalons le U10 ment opéré du côté du midi. »<
- Les Arabes, navigateurs dès l’antiquité, n’avaieid^ traverser le golfe d’Oman pour aborder la côte occi
- taie et méridionale de l’Inde; de port en port,
- ils ^
- vaient au cap le plus avancé vers le sud, le cap Ils le doublaient pour visiter, dans la vaste mer du gale, une nouvelle série de ports et de riches marche^ Nous reconnaissons les effets séculaires de cette a source d’immigration, lorsque nous voyons le Vizl1’ Nizam de l’Inde centrale et méridionale, maintenir euc aujourd’hui parmi ses plus braves soldats un corps 1 5,ooo Arabes; ces derniers, cela va sans dire, tous s teurs de Mahomet. e.
- Par un reflux de conquêtes, les côtes d’Abyssinie, nues mahométanes, envoyaient aussi leurs navigate^ vers le littoral de l’Inde, afin d’y créer des nids de pira et des centres d’influence.
- A présent même, on voit encore trois petits ten concédés en 1791 par un chef mahratte à l’AbysSltl^) Siddic. Ses sujets abyssiniens, musulmans corn*116 j,. sont aujourd’hui soumis à l’autorité britannique; ds nissent au port de Bombay des hommes robustes» §
- cette législation porte avec elle, quand elle est renforcée avec 1® Jej£ae? systématique des Européens et par des étrangers dont le foyer est a11
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- siers
- DES NATIONS.
- 267
- re i 5 a8ressifs, qui sont à la fois les plus forts et les plus ^tités des portefaix.
- les ^reS ^es §ran(^es terreurs, compagnes de la conquête, C^nans, malgré tout leur prosélytisme, n’ont pu G»*lr (ïU lme fai^e partie des populations hindoues. g0 \ 0 Allions d’habitants, ils ne comptent pas pour ^illiong. quelques évaluations n’en portent pas nombre à 15 millions d’âmes, le j ^0llt très-peu cultivateurs. Labourer la terre, sous ^üv ^ accablant des tropiques, est, à leurs yeux, une Vaincus’ ce labeur, leur orgueil le repousse edain, et leur paresse avec délices.
- Amour des mahomètans pour la carrière des armes.
- des ^ï'ftulle part les mahomètans ne forment la masse ^Oüd^Cll^eUrS ’ exceP*è dans quelques parties du royaume <JUe j ^ans quelques endroits du Pendjab, où l’on croit p es cultivateurs sont des Jauts devenus musulmans. eS(ïtle partout les mahomètans sont la classe domi-jtajj ’ °u du moins composent une classe égale, quant au jisS0^l, à la plus haute caste des Hindous.
- si) p^.Co^Servent encore, pour le plus grand nombre, leur géjw ''^^te physique de conquérants venus du Nord. En
- a ’ ^eur charpente est plus forte, leur santé plus ro-
- sj) 0ï)t’ ^llrs manières plus hardies; leur courage est plus }y ail>e Çue celui des Hindous de castes inférieures.
- mème des musulmans est plus animée, plus el{e ’ 111318 > par cela même quelle .est moins efféminée, <k t? ^^ns douce et moins gracieuse que n’est celle P^dous.
- <fHe chCOttllïlode existence des cités, les salaires constants er]t la nonchalance, et les emplois qui procurent
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- l’autorité, tout cela plaît aux musulmans. Us aiment la militaire; ils la recherchent, même à présent que leui hition guerrière est comprimée par la main de fer hdta nique, même à présent qu’au lieu de gagner des tro ils gagnent à peine, en risquant leur vie, le rang don1 subalterne dans l’obscurité d’un régiment d’indigènes-Quelques années avant la dernière et grande rébelj1^ les Anglais ont calculé que les musulmans comp°sal ^ dans l’armee du Bengale, le sixième de l’infanterie natifs et plus d’une moitié de la cavalerie, laquelle Re le premier rang parmi les troupes indiennes. %
- Dans l’armée de Madras, la proportion pour l’inlan s’élevait au tiers de l’effectif, et la cavalerie presque tière était mahométane.
- La seule armée de Bombay ne présentait , dans
- ce^
- terie, qu’un seizième de sectateurs de Mahomet; malS armée n’était pas égale au cinquième des forces
- Dans le corps considérable qu’on appelle le contié$ ^ du Nizam, les mahométans forment presque toide cavalerie : le service le mieux payé dans l’Inde. s
- Les seules castes hindoues qui puissent lutter désavantage avec eux sont les Sykhes du Pendjab» Nayrs du Malabar et les populations radjpoutes.
- Attractions des indigènes vers l’islamisme.
- F5
- Lors des premières conquêtes, l’Hindou des ^ inférieures, et surtout l’Hindou qui n’est pas Iïi^IÏ1^, la caste des serviteurs, et que nous appelons w1 P ^ ce rebut des sectes brahmaniques, trouvait un ^ avantage à se faire mahométan. A l’instant même, eü 1-ité de croyant, le converti se trouvait l’égal de tol*cllI-5 coreligionnaires. Au mépris qu’éprouvaient lés sec
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- j ^ DES NATIONS. 269
- Qe i
- daj0 1113 pour son apostasie, il répondait parla sou-c0m es.hme des sectateurs de Mahomet. Il se sentait tiVe ^ seulevé tout à coup au-dessus de sa bassesse pritni-et Section d’ un peuple vainqueur, brave, superbe ; J°Urs>en face des mécréants, des giaours, plus çÜfeux de l’offensive que d’une concorde dédaignée. dansj ïïla^heureux indigène, tant qu’il demeurait relégué 1^ j es rangs infimes de la société hindoue, avait devant à çj perspective d’être métamorphosé de manière
- ^ enir» après sa mort, un animal plus ou moins im-Ijjj ,e’ suivant les misères et les vices de sa vie à peine fail lrie- Au lieu de cette perspective désolante, qu’il se au milieu des sectateurs de Mahomet, aussitôt le ClS ^es sens s’ouvre à lui pour l’éternité; sans cesse il yeil^era des plaisirs qui sont le suprême bonheur aux Ce^t • 6 Prient esclave des voluptés. Sa félicité deviendra 1Pe s* quelque jour, le cimeterre à la main, il peut ï^Q eri combattant des infidèles et conquérir par un
- 3yen
- Sl délectable le comble des plaisirs sans fin.
- tiojj ^ doit surprendre l’observateur, à la vue d’attrac-ap°s^Uon dirait irrésistibles, c’est que le nombre des p0pu] s et des transfuges n’ait pas grossi davantage la séL,. a*l0n des serviteurs de l’Islam. Mille ans de pro-ru0 116 et de conquêtes, de persécutions au premier lestes et plus tard et toujours d’offres de voluptés cé-S°a9el ^evanc®es iei'bas par de si grands avantages per-
- P(ipfle ’ ces moyens réunis n’ont pas perverti la dixième ^ grand corps social qui depuis quatre mille
- r
- ^le fidèle au culte de Brahma.
- lenr ^ Anglais se figurent-ils qu’en peu de temps, avec i^^^^atique orgueil et leurs peu nombreux mission-tOo feront ce que n’ont pas pu faire en dix siècles yeus tour à tour terribles et séducteurs des fana-
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- tiques armés et des convertisseurs ardents inspirés Paf
- Mahomet P
- La belle partie de l’islamisme, ses plagiats faits livres sacrés du peuple de Dieu, les grandes notions Tout-Puissant, et par-dessus tout l’unité divine, telle Moïse et David l’ont célébrée, s’adressent comme un apP sublime aux facultés les plus élevées des Indiens.
- On observe aujourd’hui que le mahométisme cotfip plusieurs convertis parmi les castes supérieures aussi
- i bieü .stF
- que parmi les castes inférieures des Hindous. Le mim actuel du Nizam, dont la tenace amitié pour les Ang^, a préservé de l’insurrection le pays de son souverain, c , qu’on a cru pouvoir appeler à l’égard du Deccan Ie can qui dort, Satar Jung est le fils d’un Hindou de na caste devenu musulman. ^
- Un autre établissement mahométan, qui a corntnari tout notre intérêt, est celui des Afghans émigrés d ce beau pays de Rohilconde détestablement vendu P‘ Hastings au vizir d’Oude. , ,
- Vers l’extrémité du Pendjab, au voisinage de lAig nistan, se trouvent aussi des musulmans originaire* cette dernière contrée. En i85y ou i858, quelques dous révoltés, ayant pénétré dans la vallée de Jwât, y arrêtés parles villageois, contraints d’embrasser 1 eiUa métisme et circoncis par force! ^
- Dans le bas Indus, les faibles habitants du Scind6 les émigrés du Béloutchistan sont mahométans. ^ M. Malcolm Ludlow présente avec force un ordre considérations particulièrement applicables à l’Inde '•
- « Le mahométisme possède un avantage étrange darl^t lutte avec le brahmanisme. Cette dernière croyance essentiellement un système de cérémonies extérie*11^ l’autre marque ses sectaires d’un stigmate corporel t*1
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- ^Üe. Le baptême que reçoit un Indien peut être effacé,
- 1 Pai'eille indulgence convient au brahmane; il suffit ^°Ur cela de certaines observances. Au contraire, il nest ^as retour possible dans la communauté hindoue °llr celui qui, fût-ce par violence, a subi la circoncision, physique de l’Islam. Ça toujours été, dans lin e, Revive tentation du musulman de faire des conversions tranchant du sabre; une propension puissante, i, eiïie pour le néophyte circoncis malgré lai, finit pdr Cacher à la foi du conquérant. Sans faute de »a paît, atis apostasie et même en dépit de ses plus gi ands effoits, r e Voit en un moment et pour toujours banni de la société ^ Ü avait été membre ; ni contribution pécuniaire pénitences corporelles ne peuvent le rendre a son ^ efnier état religieux et social. En même temps, il se ^ iuinaédiatement placé dans une société nouvelle, ,,ere de sa force, enorgueillie par l’assurance des faveurs s Ul1 Üieu, d’un seul Dieu ; société qui garantit au néophyte , Pleine part des privilèges qu’il peut acquerii ici bas et
- l! Ceilx auxquels il aspire en haut..Poui lui, nu e
- dation n’est possible entre deux positions si différentes. "Llnde offre beaucoup d’exemples de tribus ceitame de race hindoue, mais converties par la violence au ai°métisme. Ajoutons seulement quen certains cas es etls du sang ont été plus forts que les préjugés e a oi I llvelle5 et que les convertis involontaires ont o Permission de se marier avec leurs compatriotes ïeïites restées fidèles au brahmanisme. » w les fautes castes des Hindous placent maintenant a leur Veati, sous le point de vue social, les mahometans civi ises ‘t,cW Par une réciprocité naturelle, le mahometan s est 4 ?yoPriébeaucoup de préjugés des castes supeneuies, soit ie8ard des aliments, soit à l’égard des Fénnyhes, des
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- Européens, par le contact desquels il se croit pollué. trairement aux rites de ses frères habitants des pays .j plus occidentaux, contrairement à la loi de Mahor«et’ prendra sa nourriture préparée parles mains d’un Hui de classe élevée, et non par celles d’un chrétien.
- Chose curieuse, observée et rapportée par le Cunningham : le mahométan de l’Inde finit par rec00 naître chez les vrais croyants quatre classes inégales> 4 correspondent aux quatre castes établies chez les Hind°11
- IV.
- LES PARSIS.
- Il y a déjà onze cents ans, un petit nombre de Peisa^ fidèles à la religion des Mages, fuyant le cimeterre uiuS , man qui les immolait quand ils ne consentaient PaS l’apostasie, abandonnant leur patrie sans espoir de s’embarquèrent sur le golfe Persique et se réfugièrent la côte occidentale de l’Inde, principalement à Surate*^ Ces quelques milliers d’hommes proscrits et paU' t j bers de leur culte et de leur nationalité, n’ont adopte j la religion, ni les mœurs, ni la langue des Hindous 4 les accueillaient avec hospitalité. f
- Du nom chéri d’une patrie à jamais perdue P eux, ils ont formé leur nom collectif de Parsis, qui dans leur pensée, les Persans restés fidèles à la re*f des Mages : à l’adoration du feu, symbole du * Puissant. 5>
- Etrangers aux révolutions, indifférents aux invaSl aux conquêtes, se maintenant par système en àeh°r's s emplois civils et des rangs militaires, ils sont restes les rangs obscurs, mais tranquilles et prospères, du c merce et de l’industrie. ^ j|5
- Quand les Anglais sont arrivés dans l’Inde et qua11
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- Bombay,les Parsis ont senti qu’un peuple sympa-ïcllle plantait là son pavillon. Us sont accourus; ils ont js ieur place dans les comptoirs britanniques et dans . s chantiers de construction ; ils ont dispute de qualités y Uslrielles et commerciales avec les Européens. L acti-1 ordre et la persévérance, une fermete qui ne flecbit ^ais, lln imperturJ)abie sang-froid, lart du calcul au j as but degré, joint au goût de l’épargne, voilà les ana-b^s ûe caractère et le secret de leur alliance avec les n§lais; üs ont appVis à l’envi leur langue et leur écriture. y Orsque je décrirai la Présidence de Bombay, je re ^etlérai sur les Parsis, sur leurs succès, sur leurs vertus leurs bienfaits. Je ne puis m’empêcher de les chérir ^ei|r rends cette justice : aujourdhui moins nom-qu’autrefois les Juifs en captivité près de Babylone, hVant pas comme ceux-ci sur des harpes oisives, ^ hommes infatigables et supérieurs à la mauvaise foi-116 instituent, à mes yeux, le premier peuple de 1 Asie.
- v.
- LES CHRÉTIENS DANS L'INDE.
- > la côte de Malabar, vers la partie S encore cent mille chrétien», dont la for sest con depuis un grand nombre de siècles, e q Se sous le nom de Nazaréens on de Sy ens. Us Snt les lieux qu’abordaient naturellemen S de Tyr et de Sidon, lorsque, ayant qmt e la Sfc
- Ca"ée’ ils construisaient deS ValSeSrekXpéninsule de
- ' Ils partaient de U pour gagn P méridio-i"’ !s visitaient dans sa p^e J» P»^ k ^
- (,4’afin d'y chercher ces Precieu* P armi les échanges
- iï^s°placés au premier rang p ^l'ient avec l’Occident.
- Tt<Tno
- Action. — iv.
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- ' Ifl
- Lorsque les sectateurs de Mahomet eurent asservl ( Syrie, la Palestine et l’Egypte, les hardis voyages des^ ^ tiens furent interrompus; leur colonie du Malabar c d’être vivifiée par le négoce extérieur; les colons obligés, pour vivre, de cultiver la terre, et c’est eue aujourd’hui l’occupation dé leurs familles.
- Immigrants arméniens.
- Quelques siècles plus tard, quand le répandait la terreur vers le nord de l’Asie occidental0’^ plus commerçant des peuples de cette partie du
- fut troublé dans sa terre natale ; elle s’étendait au un
- ai
- au
- Jeu*
- Caucase, autour du mont Ararat, dont les eaux descen1 à l’ouest vers la mer Noire, à l’est vers le golfe PerSl^s Le peuple arménien, voyageur comme ses eaux, hommes hardis, indépendants, qui voulurent fuir ^ f misme et s’expatrièrent. Us descendirent vers l’orie^^ le Tigre et l’Euphrate, traversèrent le golfe PerS1^ j, abordèrent les pays que baigne l’Indus, et, de procbe proche, transportèrent leurs capitaux et leur genie mercial dans tous les ports de l’Inde gangétique. ^ Jusqu’en plein xixesiècle, les conquérants anglalS j,t vu dans ces émigrés arméniens qu’une race émineB-p propre à féconder l’industrie mercantile par le jel1 $e des capitaux; ils les considèrent aujourd’hui sous uïl^ $ point de vue. Voici comment les peint, au Bengal Anglais sagace observateur : «Les Arméniens, dans ^ comme ailleurs, sont de riches marchands et des baïltI ^ qui fréquentent les grandes cités. Je ne sais paS séjour en ce pays peut être considéré comme un a^n Qd Depuis que la Russie s’est fait céder, à l’insu de inattentive, la cilé sainte d’Erzeroum, et que le pat
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- jA-riftenje eg^. c]evenu son fonctionnaire, nous sommés ^lstifies quand nous croyons voir, à peu dexceptions près, Qtls tout Arménien l’agent ou l’espion de la Russie. »
- Connue on suit la galerie d’une exploitation souterraine leésee par la peur, nous suivrons d’un œil attentif ce ombrageux de la Grande-Bretagne. Nous tacherons Montrer avec quelle attention, de tous les moments, Puissance explore le monde à partir des abords de ^ ude; nous verrons comment elle pousse en tous sens es contre-approches pour découvrir les pas avances des !U°us les plus lointaines, quand elle peut les croire diri-s vers un trésor dont elle est avare ,et jalouse.
- Invasion des chrétiens occidentaux : 'les Portugais.
- tyfaï^°ns uaaintenant d’une entreprise chrétienne tout /fuient importante, à nos yeux, que celle des Asia-^ Occident.
- ^ es 1497, les Portugais, conduits par Vasco de Gama, k f^aient l’Inde presque ,aux mêmes parages ou les si^ens les avaient devancés depuis au moins douze kC,es* ïls débarquaient à Calicut, la capitale du monarque çr °u qu’on appelait le Zamorin. Bientôt Albuqueique e que suivra Jean de Castro, joignit au génie de a les entreprises du commerce ; il ht de Goa, sui Val de l’Inde qui regarde l’Europe, le centre d un nou ^a,etïl^re ’ » gardé Par lurce navale.^ Cet empire
- ^ ^ pour avant-postes : vers le nord-ouest, 1 île d rmus, %!free du gollb Persique; vers le sud-ouest, Aden, a XvÏT e e uier Rouge ; vers l’est, Malacca, le Singapoi e u de* siècle, clef naturelle des îles de la Sonde ainsi que d^ers communes de la Chine et du Japon. n dirait qu’Albuquerque esquissait déjà le grand pio
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- gramme oriental rempli de nos jours par l’Angleterre • i8a4, dans Singapore, acheté d’un radjah malais; en 18^' dans Aden, acheté d’un cheik arabe; en 1 8 5 o; dans rachie, pris aux Arnirs de l’Indus, en avant du g0 d’Ormus.
- Les Portugais firent marcher de front les armes, Ie c°(^ merce et le prosélytisme, lequel eut tour à tour sesZ, teurs fanatiques et son héros François Xavier, 1^ .. querque de la foi. Le nombre des convertis au cat ^ cisme devint avec le temps très-considérable. Les citeS flottait le pavillon du Portugal se remplirent de 111 ments religieux, autour desquels s’accrurent des p°P j tions chrétiennes, en grande partie natives; elles surv^6 à la puissance presque éteinte aujourd’hui du conq^1^ portugais. Cette chrétienté, qu’on retrouve dans un g1 nombre d’endroits de l’Inde, se conserve sans ^ avec les familles qui n’adoptent pas sa croyance. généralement dépourvue de richesse; elle a peu j trie. Mais, en perdant le pouvoir et les profession donnent l’opulence, elle a conservé quelques verto® lui reconnaît surtout une fidélité qui la rend preCie
- pour le service domestique.
- Je ne fais ici que mentionner les Hollandais, q^1 ^
- les premiers en Orient après les Portugais. Ils ve quirent jamais de territoires sur le continent de ÿ mais ils possédèrent pendant deux siècles seule île vraiment importante de la mer indienne. L ^ ils ne songeaient qu’à l’argent, ne trouvant pus % âmes des Hindous pussent être un objet de trafic> dédaignaient. Les Hollandais, aujourd’hui, ne P°S^^ie pas un seul hectare de terre et pas un comptoir grand continent que nous étudions. $
- Autrefois, les Danois avaient érigé leur pavi^0
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- !es rives de l’Inde. Depuis peu d’années, iis ont vendu fUrs Modestes factoreries de Tranquebar, à 1 occident, et e ^erampore, aux bords du Gange ; ils les ont cédées pour peu d’or aux Anglais. Ceux-ci, comme pensent tou-fUrs les grands propriétaires, se trouvent gênés dans leurs Penses domaines si quelque humble voisin conseive 11 milieu d’eux une imperceptible parcelle de tene a titie
- Propriété.
- Les Français dans Vlnde.
- Pari ^
- pav» ?ns a présent des Français, dont l’industrie et la dè8 \f10n Purent admirablement favorisées par Colbert par j Leur commerce acquit une grandeur préparée re^ne Louis XïV, développée ensuite et fmale-géaj Pei(lue par Louis XV. Sous ce dernier règne, le ranÇais éclata dans l’Orient par le talent et l’hé-^ss 6 tro*s hommes, La Bourdonnais, Dupleix et more patrie, sous un gouvernement dé-ver ’310 comprenait pas les conquêtes, mais dont ce gou-et g . ent comprenait les pertes aussitôt que sa faiblesse P écurie rendaient notre infortune irréparable. c0%°>e les Français eurent été dépouillés de leurs lo^eunes, ils jouèrent dans la péninsule le daas ,,.r°/e ^ue les volontaires de la Grèce avaient joué LeUrs .e orientale au temps des Cyrus et des Darius.
- es isolés se répandirent chez les princes de ilsf 0üsian. Ils devinrent les instructeurs des indigènes;
- 10S iuitiateurs de ces troupes armées et discipli-Wçj européenne qui jouèrent un si grand rôle dans
- Üuees de l’Inde moderne. etl,(^lerons avec bonheur 1 etablissement de Pon-
- où ]es Français sont devenus, non pas seulement
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- FORCE PRODUCTIVE
- les maîtres, mais les amis des natifs. Au sein de cette oaSl de bonheur et de paix, la sympathie n’a pas disparu les rapports entre les deux races; elle est restée iua^'
- rable, même pendant ces années d’épreuve où cent U*1
- lie
- cipayes, ayant brisé le joug de l’Angleterre, périsse _ jusqu’au dernier pour avoir imité les soldats de Mi^r! date et tenté d’affranchir l’Orient de ses formidables
- nateurs.
- Territoire et population des Portugais et des Français dans
- l’Inde-
- Hectares.
- Les Portugais............. 276,100
- Les Français.................... 86,3oo
- Habitants-
- 3l3,262
- 203,887
- Les Français possèdent encore Pondichéry, Kar^a^ Yanaon, sur la côte orientale du Deccan; Mahé, sur côte occidentale ; Chandernagor, sur les bords de l’Hou»
- Des chrétiens anglais ; leur isolement au milieu des populations
- A l’exception des Anglais, les colons et les marché
- ds
- âge’
- européens qui se mariaient dans l’Inde s’empresS d’entourer leurs enfants de jeunes Indiens du mêiue comme s’ils eussent été des frères de lait. Cet heur soin créait des relations bienveillantes entre les deux d’Occident et d’Orient. . ^
- L’Anglais envoie dans la métropole tous ses eil $ légitimes, et quelquefois ses enfants naturels. ^ infranchissable est élevé de la sorte entre la jeunes^ vainqueurs et celle des vaincus.
- dant
- Le colon britannique n’a point été mêlé peu premières années avec les enfants des natifs; $ n
- ’eu
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- point
- DES NATIONS.
- appris la langue, ni connu les mœurs; il n a pas, esle berceau, connu les secrets de leurs races; il na eiî reçu d’eux et ne leur a rien transmis en retour.
- Racé britannique mélangée.
- r^c ^e§ai'd des enfants naturels, l’Anglais, par orgueil de dé»'' ,es éprise en masse; ils sont, à ses yeux, une espèce sa p ne^ee- Par le moindre mélange avec un sang orientai,
- cofy ïïlesure que les communications deviennent moins pluse^ et moins lentes, il vient de la métropole un leiir ^raïlc^ nombre de jeunes personnes dignes d’unir AUj S°n a celni des Anglais établis dans la péninsule. ïijai>c^r km* dailleurs, les employés, les planteurs, les Venus ^ans 1ïnde, grâce aux rapides voyages Patjj Par vapeur, visitent en grand nombre la mère , ’ 0rdinaire ils ne reviennent dans l’Orient qu’avec p6Pouse européenne.
- r auteur justement estimé, mais imbu des préjugés de le capitaine Hervey, appartenant à l’armée de ci6t> as’ est heureux de penser que les mariages des ofli-aujo a^ais avec des filles de demi-sang sont contractés as rarement qu autrefois; il parle de ces hi^8Jj^es en termes que l’auteur anglais des Races de Par j> dec*are une honte pour la rectitude d’esprit attestée du livre cité. « Ce pharisaïsme, dit celui-ci, de çjj S. ent pharisaïsme britannique, augmente au lieu t f0 ^er; il affaiblit l’influence anglaise, bien loin de ^ler' repoussant beaucoup d’alliés parle sang, il 4$ ^escer*dre nos métis vers les rangs les plus dégradés eïïli-raccs portugaises. Au lieu de les ramener vers
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- l’origine d’un premier père européen par des alkalice de plus en plus anglaises, il les en éloigne; il les abaisS et les dégrade quand il devrait les relever. »
- De là résulte une extension remarquable d’unions c0il tractées entre les plus pauvres Eurasiens, les Est-in de souche anglaise, et les Portugais de sang mélange • derniers, dans leurs mariages mixtes, transmettent a 1 enfants la foi catholique, au grand déplaisir des misSl01 naires anglicans.
- M. Ciarkson, dans son ouvrage intitulé Le B^n3'
- ale>
- ent
- traité comme un champ de missions, n’affirme pas seule#1 que les Portugais de l’extrême nord-est commence#^ tomber dans le mahométisme; quelquefois, ajoute-t-il»^ Anglais mêmes permettent que leurs rejetons, demi' britannique, soient élevés dans la croyance musulm3#^ Il est juste de reconnaître que des Indo-Bretons» P Etant de leur origine européenne, ont obtenu tageux emplois, quelques-uns dans les grandes malS^ de commerce, d’autres dans la marine ou dans lal r On a remarqué que ces métis, rendus arrogants pal^ '
- origine, poussent plus loin que les purs Anglais le P ,jajr dédaigneux et superbe contre les descendants plus m gés qu’eux de la race inférieure dont ils sont le pre/ >s degré. Leur orgueil parle* surtout avec un insolent n^P des purs indigènes ; ils se distinguent entre les # gneux et les insolents qui sympathisent le moins r les sentiments, les griefs et les souffrances d’une raC' laquelle appartient la moitié de leur sang. On croit ceP,^ dant que les missionnaires ont porté quelque re,ïl ^ à ce mal; depuis l’origine du siècle, plus de cimp,a^il catéchistes ont été choisis parmi les Indo-Bret°Df Bengale pour aider à convertir les Indiens au en nisme.
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- des nations.
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- nécessité dune chrétienté firtcnent protégée ions l Inde.
- Dans l’Inde britannique, cest depuis peu le natif Ul»i indienne n’a plus le pouvoir de
- P#W U seul fait de sa converSî°nChUariUNapier a surpris ^ n’y a guère que dix ans, sir percevait sur
- ^ officier des revenus de la Cornpagn 0qicier admi-es ofirétiens natifs la taxe des infi e es, faisait avant Rirait comme le percepteur musulma
- . ime nue la Com-Les Anglais se plaignent avec a“el retirer le chris-J.’P'ie des Indes n’ait rien accompli p du rang de
- 'ani«ne de l’état inférieur ett pour ainsi . ^QUS ver-^f°Scrit dans lequel il a langui depuis or (p, lord
- *°»s qu’il faut avancer jusqu’au gouvern ^ ftdt
- J'Miatn Bentinck pour découvrir un premier p
- aïls une voje réparatrice. . plnde le chris-
- ^ fieu de défavoriser et d isoler anS r tous les
- ian'sme, il faut le servir, afin d’encourag» P eur0. Moyens les alliances matrimoniales e n de rappro-
- f^Une et des races métisses. Ce sera e enfants qui na^‘ fei' les conquérants et les indigènes; e ^ dire> les
- r°ot de ces unions seront, nous venoi ^ue a^cfiistes naturels de la race pureme ^ n0tre profonde ^ grande insurrection , qui n lais et le demi-
- ootiop, a menacé simultanément i ^ l’Indien
- ^ anglo-indien, le Portugais pur ,flDprochés; mais, >'’mi. Un même danger les a tous 1 ,a puissance de 6 danger passé, son souvenir auia ,, eil invétéré J'L'uire h la fois tant de préjuges, tan autres? H
- ^ les uns et de'ressentiment amer ebex Permis d’en douter.
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- FORCE PRODUCTIVE
- Nombre de convertis au protestantisme, donné parM. Ka)'e’ en 1852, pour l’Inde britannique.
- Présidence de Madras. 74,512 Populations totales... 27,000,000
- Le reste de l’Inde .ito7wv Populations____ io4,ooo<°°0
- Chrétiens, pour 100,000 indigènes :
- il
- Présidence de Madras........ 2891 Le reste de l’Inde
- Les y4,5 i2 chrétiens de la province de Madras api tiennent presque tous aux tribus aborigènes. ^
- C’est depuis peu qu’on a commencé de permettre Anglais d’habiter l’Inde sans continuer d’être exp°se^ l’expulsion arbitraire : comme si ïalienbill de l’Hindons avait eu pour objet d’écarter Yalien, l’étranger qu’on âpPe^ Anglais. L’expulsion s’opérait sans autre condition ^ le bon plaisir de la Compagnie des Indes. « Nous aV ^ travaillé, dit énergiquement un auteur anglais, leS ) ^ ouverts, en bâtissant sur le sable, à faire sauter tout ^ ment de rocher sur lequel l’édifice de notre puu>sa aurait pu trouver sa fondation solide. »
- Du clergé gouvernemental.
- efl1
- C’est seulement deux siècles après leur établisse**1 dans l’Inde que les Anglais ont regardé comme u^e j-donner un évêque anglican à leur empire oriental- ^s fini, dans ces dernières années, par en accorder 1 chaque Présidence. . ^
- L’état métropolitain comprenant trois églises 11 nales, qui représentent l’Angleterre, l’Écosse et ces églises devraient avoir dans l’Inde un établissent ^ lût en rapport avec le nombre des fidèles de ces cubeS
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- ^leat,
- 9W;
- DES NATIONS. 283
- suivant montrera combien il est loin d’en être
- Tableau de la dotation dqp cultes qui dominent des trois royaumes.
- dans chacun
- BUDGET DE L’INDE, ANNÉE l85l X l852.
- ^ngleterre : culte anglican............... 3’ 3J’
- Ecosse : culte presbytérien...............* 10
- Irlande : culte catholique....• • ........ 12 ’ 03
- Total. ........ 2,8io,643
- D
- ^ trois royaumes, la population catholique est
- partie de toute la population.
- 3ns l’Inde, la dotation du culte catholique est la vingt-irQlsièw -
- r°isiè
- D:
- partie de la dotation totale
- catj ^nde, le traitement moyen d’un ministre angli-4is|.r 6 eve Par année à 2 3,2 83 francs, et celui d’un mi-CeJui ,^resbytérien est encore un peu plus élevé; mais tio^ es prêtres catholiques, sous l’humble titre d’alloca-(j' lnbniment moins considérable. Tout est exprimé e telles disproportions.
- Puvaly , i
- taten te du catholicisme et du protestantisme dans l’Inde.
- l’li)(^Ur ^ observateur qui veut aller au fond des choses, §U}^e ar*§Iaise cache en ce moment un mystérieux et sin-Pt’Oséj S^Gctac^e : c est la lutte sourde, active, incessante, du ^ ybsme des protestants et de celui des catholiques, cji^ Pre*tuer, appuyé sur le prestige de la nation cou-V- .e et sur les secours du plus grand pouvoir sécu-^Ul soit en Asie, réunissant pour ses ministres le
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- 284 FORCE PRODUCTIVE
- comble des faveurs et des jouissances d’ici-bas, l’opuleD^ au sein de la société, les encouragements du mariage les recompenses.de la paternité; c’est, en un naoU^ bonheur de la vie matérielle garanti sous tous les asPe à ses confortables pasteurs.
- Le second, ayant pour lui la pauvreté, le célib^ ses apôtres, le délaissement social et la malveilla1106 . tout au moins l’indifférence de l’autorité, prêchant sa
- sous le lointain patronage d’un pontife suprême cful la présence des Français serait détrôné/peut-être ^
- sa^
- ê&e
- ce
- ifR
- immolé sur les marches de son trône, avant cpe feuille ait vu le jour. Mais la persécution, fidèle au P qui l’attend depuis dix-neuf siècles, donne des force^t l’apostolat au lieu de les lui ravir. Un autre miracle s accompli sous nos yeux : l’Église anglicane, ofBcie ^ dominante, que ses cérémonies, ses pompes et ses tûmes feraient presque appeler le bouddhisme proteS ^ l’Église anglicane, au sein de l’Angleterre elle-mêïne^ dans le foyer le plus éclairé de ses hautes écoles, PaIjo]j. pente irrésistible, se convertit insensiblement au ca cisme.
- Les missionnaires protestants.
- Dans l’origine, ces missionnaires étaient la plupart*^ rants et d’une médiocre intelligence; ils ne connais^1 ni la religion, ni les mœurs, ni la langue du pays* prenaient qu’un faible intérêt à la condition du PeU^ L’état des choses est changé. . ^
- « Je^alue surtout avec une cordiale satisfaction, dd ^ leur des Races de l’Inde, les dernières pétitions des ^ sionnaires du Bengale rédigées pour attirer l’intérêt siR souffrances du cultivateur. Les natifs comprendront
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- DES NATIONS. 28i)
- ^6 christianisme n’est pas un pur système de dogmes j, stl^its, mais le royaume bienfaisant du Christ; royaume 0ldre et de paix, de vérité et de droiture, de bienveil-^Ce et d’amour. Alors les Bonnes Nouvelles, les Evan-^les, ne trouveront pas les oreilles plus fermées et les plus endurcis, chez les hommes libres de IHin-j °^stan, qu’elles ne les ont trouvées chez les esclaves dans s Wes occidentales.
- ((Les missionnaires ont fait par leurs ecoles un pie-Présent à l’Inde; elles ont fini par être plus fréquen-,,ees celles du Gouvernement. Les natifs aspirent a sl°struction; mais le bon sens leur a dit que les écoles tenues aux dépens de l’Administration, afin de j lïïlll^r l’intelligence en négligeant d’exercer, d instruire l^ure spirituelle de l’homme, ces institutions peuvent k aire (anmake) un Hindou, un musulman, aussi complètent que le prosélytisme des missionnaires. Ces derniers, suffisent à faire de leurs pupilles des chrétiens Q au devoir et des hommes honnêtes. Les Hindous $c^ Tïî0ïl*r^ qu’ils préfèrent le vertueux demi-chretien au ePtique plus habile et moins vertueux. » ^
- ue peut nier qu’en beaucoup de cas les chrétiens ont déshonoré leur croyance. «Peut-il existei une j le SOl,te de misérables (rascals), de voleurs, d ivrognes et reProuvés que la généralité des chrétiens natifs. ît e L^a*ne Hervey dans son ouvrage intitule : Ten years m On suppose qu’aujourd’hui les choses changent pour th^€Uæ; mais quelle preuve en offre-t-on? et quel e c i .. ei>e qu’un changement, sans effets apparents, qui trans à |,ïïie so*~disant pour le mieux une classe inferieure arriv ee e*cès de la démoralisation ! »
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- 286
- FORCE PRODUCTIVE
- VI.
- LES JUIFS.
- Les juifs ont suivi la route des Nazaréens; ils sont vés en même temps qu’eux dans l’Inde : Cochin
- an'1'
- fut le»'
- centre. Venus d’une zone tempérée, ils étaient de*cot^ blanche ; ils ont fait des prosélytes, qui sont les juifs n° Chose trop rare chez la race hébraïque, ils sont ad° ^ à l’agriculture; chose trop commune, ils sont sales, et saleté produit des maladies cutanées, déplorables su^° dans les pays chauds : la lèpre, l’éléphantiasis, etc.
- Sur la côte occidentale de l’Inde on trouve une col ^ qui s’appelle Beni-lsraël, les enfants d’Israël; elle 1° ^ une tribu distincte qui ne s’allie pas avec les autres J Loin d’avoir horreur de porter les armes, elle en a goût, et ses soldats sont estimés dans l’armée de Bon1
- A l’égard des juifs qui viennent de l’Europe ou de 1^ Mineure pour trafiquer sur l’or et faire l’usure, ils tr°uVe t chez les Hindous de rudes compétiteurs; ils ne se pas, comme en Occident, à la tête des financiers pal mensité des capitaux qu’ils ont su gagner. ^
- Reprenons maintenant l’examen des moyens etnp^ { à conquérir l’Inde, au point où nous étions restes d’étudier les diverses races qui l’habitent. Nous aboi’ une époque dont l’intérêt est immense.
- é ^
- Le comte de Morningion, marquis Wellesley, gouverneur getl des Indes : 1798 à 1805.
- En octobre 1797, la Cour des Directeurs ann011 Calcutta, à Bombay, à Madras, qu’on a nomme neur général le comte de Mornington, qui prendra ^ j tôt après le titre de marquis Wellesley; nomination,
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- ^ DES NATIONS. 287
- P^JÜ^e eiï des circonstances et pour des raisons D’üne nature
- Jcüljëre. Suppléons à cette réserve mystérieuse.
- u de la Compagnie venait de montrer ses talents
- ai^S ^a Chambre des Lords par un brillant discours,
- CeteïïlIïlefit dirigé contre l'esprit révolutionnaire, contre
- l’A eS,Pr^ dont la France était alors un foyer redouté, que
- fa ^ elerre abhorrait. Ce succès était un grand titre au^
- ^Urs du ministère de W. Pitt.
- 0rsque le futur marquis Wellesîey quittait Londres,
- c0at^Gterre éprouvait un grand abandon des puissances
- din lnenta^es* Ca Répubïiq ue française avait remporté
- fables victoires en Italie, en Allemagne, en Beî-
- ar^e ^ ']llS(Pl'en Hollande; le continent vaincu posait les
- taj es‘ Le général Bonaparte, effaçant déjà tous les capi-
- (jar^s d Une époque si belliqueuse, était nommé comman-
- Cer jGïl ^ef d’une armée des côtes de l’Océan, pour mena-
- eS,^ro^s Royaumes. Enfin la Révolution, si longtemps
- sÛïet^ee’ ^omP^îan*e de t°us côtés, se croyait assez en
- y pour méditer les expéditions les plus lointaines.
- 1” • 1 ,, , l'Os -i 1 lmpression vague, mais puissante, d un danger
- M 6 Gn Prient, Pitt désirait trouver, pour gouverner
- sj0 e’ Uïl ^0mme d’État qui partageât l’ardeur de ses pas-
- gr <îu^ fût jeune, actif, audacieux; qui possédât un
- k j esprit de ressources, et qui fût capable de faire face
- Perils imprévus. Le marquis Wellesîey présentait
- Ces avantages.
- se jetait f empressement du nouveau gouverneur à il j.epSl1 des affaires, qu’au milieu de son voyage, comme Vire ac“ait au Cap de Bonne-Espérance, il arrête un na-portait les dépêches secrètes de Calcutta pour la iw * ^es directeurs; il met la main sur ces dépêches, en
- les
- *v‘a
- dce.
- sceaux, s’instruit de tout, et médite ses plans
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- 288
- FORCE PRODUCTIVE
- ava^
- Il arrive dans l’Inde le 17 mai 1798, deux jours av ^ le départ de la grande expédition des Français poU1A gypte. Le but est un mystère, et pour l’armée, et pour la flotte, qui n’a pas le secret du terme de s voyage. On fait voile vers un pays qui fut jadis la r , directe de l’ancien monde à l’Inde orientale; néanU1 cinq mois vont s’écouler avant que la nouvelle d’un deba quement au port d’Alexandrie parvienne jusqu’à Caleatta tant étaient lentes et rares des communications auj°u d’hui si fréquentes et si rapides.
- Dès le premier bruit du départ de l’expédition c0lîl mandée parle plus grand capitaine de l’époque, la ü ^ des Directeurs est envahie par la peur. Elle écrit champ au marquis Wellesley, en lui signalant la p°sS1 ^ lité, la probabilité même d'une invasion de l’Inde, enPaSQ&^ peut-être par l’Égypte! Cette dépêche, envoyée par Ie ^ de Bonne-Espérance, fut longtemps en voyage ; quand parvint à son adresse, les événements avaient dissipa alarmes qui l’avaient dictée. .
- En arrivant, au milieu de mai 1798, le nouveau $ ^ verneur général a trouvé tout tranquille à Calcul3 ’ Madras, à Bombay ; point de menaces du dehors, P d’agitations intestines; et dans les États indigènes, alt symptôme agressif. Ce calme devait peu durer.
- La conquête et la destruction de l’empire de Mys°re"
- . • d’llI,e
- Dès le 8 juin, le marquis Wellesley reçoit copie , proclamation attribuée au gouverneur dfe l’île de fr elle annonçait l’arrivée de deux envoyés de TippoU'^3 ^ sultan de Mysore. Us avaient apporté dans cette co\°^ie f dépêches à transmettre au Gouvernement franÇalS’ e ces dépêches, disait-on, le sultan proposait une al lt
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-
-
- Offc
- DES NATIONS.
- 289
- îs*ve et défensive. Il demandait un corps de troupes;
- j?ng eilr secours, il chasserait les Anglais de l’Hindousfan.
- proclamation française par laquelle ces projets Serv>ïit rignalés appelait les citoyens de file de France à
- l'ei U ^ans ^arm®e de Tippou, qui les rétribuerait géné-Usement.
- Ce
- i ^lnce’ qu°ique vaincu par les Anglais il y avait d<W ^ ans’ et vaincu quand il n’avait pas encore été
- ^er°U^e d’une partie de ses États, ne pouvait se persuades m°ins que jamais capable de lutter contre
- c°ïn rC6S britanniques. Ses sujets étaient peu nombreux tev ^arativement à ceux que possédait la Compagnie; ses ^l'és’çj118 e*'a^en* dd°in d’égaler les revenus réunis des trois î>la ences* Mais il avait reçu de son père une haine im-ahït / 6 COntre les envahisseurs étrangers ; il possédait une cjD Ge P^eine de bravoure, aussi bien façonnée que les S an^ari ^ da discipline européenne; il espérait, à. i]0l^^P^e de son voisin, le Nizam du Deccan, former un oïl] • reilx corPs indigène, qu’il ferait commander par des tijj 6îs lançais. S’il pouvait, en outre, obtenir un con-tout composé de soldats fournis par cette nation % a^Ue’ ^ont ^es nouveaux exploits remplissaient le <l’aye b ne croyait rien d’impossible dans ses calculs ^ lr- Il ne songeait pas au présent.... rilesley saisit avec bonheur une perspective imprévue il aiï)bats, de victoires et d’agrandissements. A l’instant j 16 ^es déclarations, les interdictions du Parlement <juj la Compagnie. Il foule aux pieds les ordres solennels t0ll^rescrivaient d’éviter des guerres et de s’abstenir de leSaj Coilquête; en désobéissant, son orgueil croit assurer Porç m^me de la domination britannique. La haine qu’il a S a tout adversaire assez audacieux pour faire appel à Qde révolution, haine que son pays partage avec lui,
- ^TnonoCTION. — IV. 1 0
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- jets
- 290 FORCE PRODUCTIVE
- ]e pousse à devancer par un effort suprême les Pl0^ ATais ou faux des Français; quelque chose qu’il O1** prenne, un tel sentiment justifiera tout aux yeux de gle terre. . li-
- Outre les forces spéciales des trois Présidences, Ie » verneur général compte sur deux appuis considéra qui sont les confédérés mahrattes et le Nizam du Decca ^ les uns et les autres contigus au royaume de Mysore^ va les attirer par l’espoir de partager les dépouilleS commun ennemi.
- Le Nizam possédait dix mille cipayes, commandes P des officiers français. La Compagnie s’en était alaf ^ mais déjà, sous le prédécesseur de Wellesley, ce p1
- imprudent avait proposé de les dissoudre et de les
- deraie
- placer par un corps que des Anglais commanc Le gouverneur général reprend sans tarder ce pr°l.^ le ratifie et l’accomplit. Les officiers français, comme des ennemis au sein d’un État neutre qui!5 ^ vaient avec loyauté, sont livrés comme des-coup^ au marquis Wellesley, qui les expulse tous de la Pe suie. ih
- Dès ce moment, le gouverneur général aurait dec ^ • guerre à Tippou, si d’énormes difficultés n’avaient i ses préparatifs. , ne
- Cependant, le i'5 octobre 179B, il apprend . grande expédition française est débarquée en quinze jours plus tard, il est averti que la flotte enne après une résistance héroïque, a péri presque t°llt tière dans la baie d’Aboukir.
- Afin de faire croire qu’il existait encore quelque e pour l’Inde anglaise, le marquis Wellesley dit qu part qu’il y avait dans la mer Rouge des bateau* ^ chauds avec lesquels une armée française aurait p11
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- 291
- DES NATIONS. beau-
- Suer pour l’Hindoustan. D’abord i “ lir un si
- ?0uP trop peu de ces frêles navires P° , ses. ensuite
- voyage en portant des tr0Up“n° abonnées dans les "«“x ou trois frégates anglaises, aloi bas avec
- m«s orientales, auraient suffi pour le.
- ^es forces transportées. t . . la Grande-Bretagne
- ^ cette époque, avouons la ve > ^ des océans :
- 'Vepbts que jamais en souveraine au ^ ^ „
- ,lllsi, du côté de la mer Rouge, ! «mb
- de planer sur l’Inde. , Wéllesley pour se
- Ç'est le moment que choisi liaisons avec les
- ê aiodre amèrement à Tippou^ e uprès du gouver-'tançais. Le sultan épouvanté s’excuse P ,e gratoite-"eur général ; afin de mieux d.ssunulei, dit.il,
- les Français dans sa réponse. 1 esécution de
- rie'' autre chose, rien de plus que la _ sa
- s'* traités avec l'Angleterre. Qu’d soit ou non ^erte n’en est pas moins résolue. oVisionneinents et
- mois de janvier 17 99’ |es ^ , peines infinies es moyens de transport, réunis apr s ^ g février, le par les Anglais, sont enfin complétés. envahir le
- Semeur général expédie ses ordiérections; 26,500 l^nme de Mysore en suivant deux et 6M° du
- ^mmes attaqueront du côte t avec elles d’im'
- ^ de l’occident. Ces forces traînai des mu-
- ^ses convois transportant des Palf* ges et des nuées ^lonsde guerre et de bouche, es o parius. P°ur serviteurs : on eût dit une arme de détruire
- ïèïlclre la marche moins lente, on u Ce n’est pas
- *ne énorme quantité Rapprovisionne leg erteS invo-giâce au mauvais ordre u se preSSions qûavait flaires surpassèrent au moins les PP CorUniandées une sage prévoyance K|.
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- FORCE PRODUCTIVE
- Bataille de Malvilly ; premiers succès du colonel Welle$le)'> qui deviendra le duc de Wellington. •
- Une bataille remarquable en rase campagne fut par les Anglais près de Malvilly. La cavalerie de TipP le sultan même à sa tête, chargea la droite de ses e mis ; elle attaquait si vaillamment les Européens, cfi1 e ^ chevaux mysoriens étaient précipités par leurs cava sur les baïonnettes britanniques. ^
- Pendant ce temps, la droite du sultan était mise eu , par l’aile gauche des Anglais, que commandait le c° Wellesley, frère puîné du gouverneur général, Ceta1^ premier succès important de l’officier que de tout au ^ victoires feront nommer duc de Wellington. En peU > nées il deviendra le plus illustre général anglais du siècle, et finira par s’élever à la direction des affaires p tiques d’un grand empire. Rendons cet hommage 8 mémoire, il se montrera l’un des plus prudents, sages et des plus honnêtes parmi les hommes dL*a sont l’honneur des trois royaumes. ^
- Nous trouvons toujours à signaler l’extrême sup ^ rite des Occidentaux sur les Orientaux. Dans le c0Ïfl ^ de Malvilly, l’Angleterre perd seulement 69 hor»01^’^ le sultan plus de 1,000. En poursuivant 1’ennem1» vainqueurs arrivent enfin devant Séringapatam, aPre^$ marche dont le parcours moyen n’excédait pas je
- par jour. C’était une armée victorieuse, débarrass la moitié de ses impedimenta, qui cheminait avec lenteur. ^ f
- Après dix-sept jours de siège on emporte d’assau gapatam, la place la plus importante du Mysore. TjpP ^ qui la défend en soldat, est tué sans être reconnu1
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- j ; DES NATIONS. 293
- }0n le inséparable d’un pareil succès; il faut chercher
- gternpg avanj. troüver son caclavre. Ses femmes, ses liants _ . . . . . A
- r0v ‘ ’ sont laits prisonniers; et bientôt un puissant
- ^e> asservi, morcelé, passe en d’autres mains.
- Caractèi'e et gouvernement de Tippou-Sahib.
- Ti
- jj ^ppou manquait de culture et d’étendue dans 1 esprit. ^ imprévoyant, et par là maintes fois commettait ^foutes irréparables. Il était impatient, ce qui, chez un *he absolu, conduit trop souvent à la violence. Les Sl1^vanl; leur usage, lui prêtaient bien dautres d’autres vices et d’autres crimes, avec aussi peu 0nfarcta pour la vérité qu’ils en ont montre quand ils Voulu noircir leurs plus illustres ennemis, Louis XIV, P°taon Ier, et parfois un ami, Napoléon III.
- c%
- 9 Vers Tie
- un prince malheureux soyons juste avant tout,
- u a su l’être, avec autant de noblesse que e<î ’ ls^rien James Mill. a Le sultan de Mysore, i J » j StraÜ ses États avec un zèle infatigable; 1 'eï . it enaent à la prospérité de ses sujets; i P § -
- CrUlt
- %
- îa'b
- I coureurs et les artisans contre loppiessio' _
- S plus élevées. Grâce à de tels soins, son royaume mieux cultivé et son peuple le
- ^ eurs vassaux, le Carnatic et la puncip .
- iraient rapidement de la dépopulation. Ces d
- Présentaient l’aspect de la plus grande o« -, |
- L îs mal appropriées au pays, sou i P nver„ J "‘aux que peuvent infliger les plus ™uv3,s *0UV ^e*Us.n , .-i
- 1 ét»it naturel que Tippou fût aimé d'un peup e qui
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- 294 FORCE PRODUCTIVE
- * ïTlC
- rendait heureux; son armée le servait avec entliousr15 et ses serviteurs avec une rare fidélité.
- tre
- Les Anglais ont fait entendre des plaintes acerbes co°
- la dureté manifestée par Tippou-Sahib au sujet des P
- >ns &
- fiance: f ier5»
- sonniers anglais1. Présentons encore ici les réflexion partiales de l’autorité qui m’inspire une entière con
- « Remarquons qu’excepté dans certaines circonstances semblent douteuses, les souffrances de ces prison01 quoique sensibles, n’étaient pourtant que celles vère emprisonnement. Si nous songions à la maniéré nos lois prodiguent le châtiment de la geôle à nos pl0P c concitoyens, nous ne devrions pas nous plaindre ^ ^ trop d’éclat. A l’époque même dont nous parlons, probable qu’en Angleterre des malheureux, polir fj dette de cent livres sterling, éprouvaient des souffl3^ non moins atroces que les rigueurs de Tippou, P11 élevé dans un pays barbare, envers des prisonnier.., guerre, envers des prisonniers provenant d’une qui, par les fléaux dont elle avait accablé son - ^ lui semblait être à la fois l’ennemie des hommes
- Dieu:” , , . .fie.pl|,s
- Tippou-Sahib était un musulman qu animait ardent'fanatisme; il se croyait un instrument, un la ^ la divinité. Entraîné par la passion du prosélytisme ^ avait l’intolérance. Il haïssait les Anglais autant v Anglais abhorraient sa personne et détestaient les r
- troVe>
- 1 Après la prise de Séringapatam, le premier soin des AngUjS . ^c<>^ rir aux prisons pour délivrer leurs compatriotes. Ceux-ci vociferal t et le régime barbare auquel Tippou les avait condamnés : du riz ^ l’eau à discrétion; pas un n’était mort et tous avaient un ^ p1 demandèrent des nouvelles des officiers qui plus heureux, na^joUrgaff^ pris, avaient pu vivre de viandes succulentes et de pâtés de Client ^ ses avec des vins de Bordeaux et de Champagne : la plupart d’intempérance.
- de
- co*
- eu»’ jjs
- as1
- visa£
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-
-
- ^ DES NATIONS.
- ^P°que néfaste, où les passions des hommes 5llsciter et satisfaire de telles inimitiés !
- 295
- pouvaient
- Le partage des dépouilles.
- î
- dép r.( ^e^esley semblera diviser avec impartialité les îççj 1 es en*re le Nizam du Deccan et la Compagnie des }j0ç es Anglais, qui pratiquent avec génie le partage du ^ront^ren^r0nt avant Pays marPime’ üs y comprends s>, Ce qui leur reste à désirer sur la côte de Malabar;
- «e re{eftc^ront de là jusqu’à la côte de Coromandel pour port ac^er ^ Madras; ils se réserveront les défilés im-t° *Uts’ ^es Ghauts, au moyen desquels ils commandera/8 C^aines montagnes; enfin, ils garderont file pafa e 0u s élève la redoutable forter esse de Séringa-la capitaîe'de Tippou.
- ac<îul'sl^ons qql composaient la part du Nizam, c0tlsi(J,au nord de l’Etat mysorien, avaient une étendue Va{6l^61 akle ; mais on n’y joignait pas les forts qui pou-an s ïen(lre respectable la nouvelle frontière concédée
- ^°uverain du Deccan.
- C ^ngiais accordèrent deux tiers en moins de terri-COlll'éfjJUX ^ailrattes qu’à chacun des deux principaux
- *ïttte eies* Cette mesure était juste, parce que les Mah-<leCo’ lnqiuets, jaloux, et prévoyants, s’étaient abstenus
- lin C°Ur*r ^ la guerre de coalition.
- 3cClls ,lîî^rïîe temps, le gouverneur général ne veut pas etre
- Ce q . ^ctruire entièrement l’empire de Mysore. Avec Hitg 1 reste er|core, tant de dépouilles prélevées, il fait % 0lllW de royaume. Hyder-Ali et son fils Tippou-Sa-tenu prisonniers les descendants des radjahs °Us 1 autrefois souverains de cette contrée. L’héritier aes princes indigènes était un jeune enfant sans
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- FORCE PRODUCTIVE
- a
- conséquence; les Anglais lui confèrent un débris ^ ^
- qui conservera le nom de royaume. Ce proscrit : préfèrent à tous les fils de Tippou, qui vont être tour détenus prisonniers, à perpétuité, dans une
- à le*r forte'
- resse.
- Voici les honteuses conditions qiie lë nouveau soo^eia reçoit du marquis Wellesley : Ses troupes seront atigjdl il les soldera. De plus, il payera tribut quand ^ieI\gl] quelque guerre ordonnée par l’Angleterre; guerre ^ aucun cas il n’aura droit de faire en sort nom ni p°ur ^ intérêts. Si, par la suite, la Compagnie est mécontent®^ son règne, elle s’immiscera, tant quelle le voudra, dans ^ ministration de son Etat; et même elle en prendra j plétement la conduite, si tel est son bon plaisir: dà $ ^ fut l’esclavage du prétendu roi de Mysore. L’auton0^ de ce radjah n’était qu’une ombre trompeuse imag1 ^ pour dérober, aux yeux des Indiens et des EuropeeIia’ js honte et l’oppression qu’on appesantissait sur les d’un Etat jadis glorieux, puissant et prospère. ^
- Grâce à cette politique profonde et dissimule6’ consacrait le présent à préparer des fers pour laVe e quoique aucun des grands actes du marquis Welle^ ^ soit aussi vulnérable que l’attaque et la destructie*1^ la royauté de Tippou, jusqu’à ce jour c’est la partie seule est restée, dans son pays, exempte de censure*^ Il est juste de dire que le gouverneur général p^ suffisamment au bien-être des enfants qu’il déshéritalt\^ fils du monarque détrôné reçurent pour résidence)
- des P
- à-diré pour prison, la forteresse de Vellore, avec ^ sions perpétuelles. Des terres féodales, des jaghireS’ fyi
- allouées aux principaux personnages qui jadis avaie*1^^. sous le sultan : ils devenaient ainsi des vassaux de la
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- DES NATIONS. 297
- ^es Mahrattes, qui n’ont rien fait pour aider à détruire CtlIïemi commun, trouvent qu’après la victoire on leur Cc°rde trop peu. La méfiance et le soupçon s accroissent eux et lord Wellesley, qui leur réserve de sanglants eVers dans un prochain avenir.
- ^ peine sont réglés les destins du centre de llnde, le
- §°Uverneur général tourne ses regards du côte du nord,
- s attaque au royaume d’Oude, déjà dépouille de la pro-
- admirable de Bénarès, le beau fleuron des bords
- 1^ange. En vertu des traités, le prince dOude est déjà
- de défrayer complètement dix mille soldats de la
- 0tïlPagnie : contingent énorme. Ce n’est point assez, le
- ^verneur général veut tiercer ce nombre, en supprimant
- partie correspondante des forces de son allie. Le
- °averain, justement révolté, parle d’abord dabdiquer,
- craignant d’être pris au mot, il se rétracte. Bientôt,
- c'a*** ePu*sé tous les moyens d’évasion et de résistance, il
- •j6 e a des menaces tyranniques. Il finit par tout accepter,
- a°cepte même la prévision du cas ou la Compagnie
- ^fra régner à sci place, quand la Gompagnie decideia
- 119 n administre plus assez bien ses sujets !
- « ^ctte condition odieuse, le plus indigne abus de a
- jfCe européenne a seul pu l’arracber à la faiblesse, au
- ^espoir du malheureux Asiatique. Que dire d un..traite
- lequel une des parties accepte son suicide, et su or
- ,°ace cet acte à la discrétion de l’autre partie? Aux yeux Oe n .
- 1, - W JW OUUU UO X C*. 1.1 ^ —--j---—
- îstoire, la seule pensée d’une condition pareille est
- ^sbo
- Ce
- nneur pour le marquis Wellesley.
- c°nd
- ' sera seulement au bout d’un demi-siècle que la
- ltlQn fatale, réprouvée par le droit de la nature, Cett ,Ie.a^s<^e Par l’ambition britannique; mais alors tei>tïbl°* du plus fort sera châtiée par la rébellion la plus
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- Je fatiguerais le lecteur si je le promenais de roy^u^ en royaume pour voir répéter les mêmes scènes»
- mêmes obsessions, les mêmes envahissements. ÏÏ sU de reconnaître ici la prédominance établie dans toute péninsule, grâce à l’insatiable passion de conq»eie ( ^ d’influences qui caractérise l’administrateur dont je 111 force de pénétrer le génie.
- Noble désintéressement du marquis Wellesley.
- Ce gouverneur général qui poursuit avec tant dha^ leté et d’avidité les intérêts politiques de la Gompa£lllt laquelle à ses yeux n’est jamais assez dominatrice, assez quérante, assez usurpatrice, ses premiers succès le*31 sent, et celle-ci veut le récompenser avec grandeur* une délibération solennelle prise dans l’Assemblee ses propriétaires, deux millions et demi de francs sont dece‘ nés en présent au gouverneur victorieux; ils seront levés sur le matériel militaire capturé dans le royaL de Mysore. Un don si magnifique, Wellesley ne laccep pas ; il demande pour faveur qu’on en gratifie l'arme0 ^ ses desseins ont rendue conquérante. La Compagllie^ compensait en roi, Wellesley refuse en héros. U erlï!°(je5 son bonheur! et fait presque oublier, par son meprlS gains sordides, son âpre et trop souvent inique am» ^
- Si j’étais historien, et si j’avais à formuler mon pour qu’un des gouverneurs de l’Inde obtînt les h°n°e j, du panthéon britannique, au lieu de proposer fg Hastings, le vendeur de peuples, le voleur des publics et le spoliateur des veuves torturées, je prefefe Wellesley le Superbe, qui traite en princes les orpR ^ de Tippou-Saliib, sait illustrer son désintéresse»1011*'’ rentre les mains pures au sein de sa patrie.
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- r°fonds dissentiments du
- gouverneur général et de la Compagnie des Indes.
- Jre la générosité de la Cour des Propriétaires et la s °1S^e no^e ^ord> d’une part se développait un partet>meC°ntentement Parm* ^os Directeurs; de l’autre Un s 11Qvetérait dans l’esprit superbe du grand seigneur ^Repris profond pour tous ces marchands, qui lui don-et ^ a chaque instant des ordres au sujet de leur négoce, acpUl ’ SOn§eant avant tout aux intérêts financiers de leurs sieü niîaires ’ S0ldevaient le cœur aristocratique de Mon-le Marquis, leur mandataire, jj ^^dommageait de déroger ainsi, en corresponde ^art avec son Dmilier le ministre Dundas, pour v . er eïl dehors des lois et des règlements ce qu’ils de-*, *a*re ou ne pas faire, en laissant là les marchands. ç n§ïeterre proclame, avec un orgueil intéressé, qu’elle
- r naüon des boutiquiers ; mais cela n’empêche pas sa
- u e administration et son aristocratie de regarder avec fdain peu déguisé les bien-aimés boutiquiers : tant la comP^oir’ dans l’estime de l’Angleterre, Val ^ac®s au_dessous de la carrière ou politique, ou na-
- i^ut-
- 0u militaire, et du château féodal. Ce contraste est
- ^ ctre un des secrets de 3a grandeur britannique.
- t0Ute ^a corresPondance du marquis Wellesley, tj» . SOl§neusement par M. Montgomery Martin h je |eti^Uere trouvé trace des soins du grand seigneur pour On 'C ^omPagme et pour le progrès des dividendes ; i°Ui'tkeirie temPs ’ ^es guerres les plus glorieuses ont tou-ls fioi par attirer à la malheureuse association commcr-
- v°l* in--8°. Londres, i83G
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- ciale plus de pertes que de profits. Les membres de Cour des Directeurs n’avaient-ils pas droit d’être meC°° tents, lorsque de telles déceptions étaient dues à des entreprises sans qu’on daignât les consulter? Ils l’aura1 été bien davantage si leur courte vue avait pu découvlir que les agrandissements les plus glorieux, ceux <îu présentait comme les plus lucratifs, ruineux en eü* mêmes, produiraient, au bout d’un demi-siècle, l’anea11 tissement de leur existence politique et sociale.
- Il faut mentionner d’autres griefs. Lord WelleS^ foulait aux pieds les règles du service : il dédaignait lois de l’ancienneté pour faire passer le général, ^ frère, par-dessus ses supérieurs et l’employer de pre rence, en lui donnant des missions de faveur et des coijj mandements extraordinaires; il violait les règles de la ministration, en arrachant au service covenanté lun
- des
- plus hauts emplois en faveur de son parent M.
- ce du
- — — * - (y^
- Wellesley. La Cour des Directeurs essaya d’annuler
- dernier acte; mais le ministère du Contrôle se rangea côté de la règle violée, sous prétexte que la viola ri était que temporaire.
- Ce qui mérite le plus d’être remarqué dans la c0^
- pondance du marquis Wellesley, c’est l’art merveu
- lieu*
- «YlCfâS
- avec lequel il expose et glorifie toutes ses entrep1 et leurs résultats. Il présente à la Cour des Direct des tableaux saisissants de la grandeur, de la beaute* la richesse des Etats conquis ou rendus vassaux et tu ^ taires, ou morcelés, ou confisqués, ou bien dérobes princes indigènes; son talent a des adresses propres à to pallier, et ses pinceaux savent tout revêtir de cou qui séduisent. Sans cesse il annonce des tributs croisse qui doivent augmenter jusqu’au prodige l’opulence la Compagnie. Cependant chaque année, ou du m01Ilk
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- h fin A i
- au j. e chaque guerre, quand il faut apurer les comptes, par T11 ^Un surP^us de revenu, c’est un déficit à combler triste ressource des emprunts et de la dette.
- ^ °Se ^US surPrenante • Au lieu d’être graduelie-gr^ Instruite et convaincue par le spectacle d’une si le C e déception, pendant les cinquante ans qui suivront Satls °Ur de lord Wellesley, la Compagnie des Indes sera dç Cesse leurrée parles mêmes espérances d’équilibre et Prospérité dans ses finances. Toujours abusée par de Ml GS con(Illêtes, de nouvelles confiscations, de nou-elj aîlnexions, chacune suivie de charges plus lourdes, gré 9Vailcera dans cette triste voie, et souvent contre son par pUS^U au j°llr oia tout à coup un voile sera déchiré cüe a Scande rébellion. La révolte, il est vrai, sera vain-p0Ura^es des efforts héroïques; mais cette défaite aura y Vengeance finale la mort de la Compagnie.
- ^dGrS ^ xvme siccle > les Anglais établis dans
- <jne le^ouhdent l'hostilité des Afghans, peuple belli-des . ’ Plein d’ambition et toujours prêt à renouveler Ml)lnVaS^0nS en traversant l’Indus. Pour leur créer des
- arras qui pUSSent paralyser leur turbulence et mettre
- ter
- iQy 1116 a leur soif d’envahissement, le marquis Welles-l’idée d’une alliance avec le souverain de la ’ *lUl Par la grande vallée de Hérat pouvait promp-d’^ nt attaquer les Afghans. Il fit choix pour ambassadeur ,Sl^ple-capitaine, J. Malcolm, qui marqua dès lors défe . dete par la conclusion d’une alliance offensive et Mjj. 1Ve* Croira-t-on qu’une des conditions de l’alliance aMé^Ue *a ^erse exclurait à jamais les Français de ses de-e et mome de ses États? Gomme une conséquence ^e$ tlalté, l’ordre fut donné par le chah de Perse qu’on Mît 4 at Partout où on pourrait les trouver et qu’on les ^t’t, par la seule raison qu’ils étaient Français. Ce
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- souverain, alors, navait pas avec la France l'ombre d11 différend ! ^
- En 1800, on obtient par un traité du nabab de but qu’il remette aux Anglais son pouvoir civil et milbaire’ qu’il garde seulement son titre et reçoive une pensiou-Mêmes conditions sont obtenues par des intrig^ en profitant de minorités désastreuses, pour réduire a nullité les souverains de Tanjore et du Carnatic.
- Nous aurons plus tard occasion de parler des * et pénibles dissentiments des Mabrattes avec l’admbi1^1 tion de Wellesley. Il fallut combattre la confédératio0 ces peuples intrépides, ambitieux et longtemps vict°U^ Ce fut l’occasion pour le général Wellesley, qui ph^ ^ devint .duc de Wellington, d’obtenir dans la partie ^ sud un grand commandement, qu’il sut justifier Pf\e victoire d’Assaye. Dans la partie du nord, le général s’illustra par une bataille encore plus chèrement ac1 et plus glorieuse, à Laswarrie. Afin d’obtenir ce dermel^ brillant succès, il fallut que l’Angleterre comptât 800 hommes parmi ses tués et ses blessés. Jamais en triomphe anglais aussi grand n’avait coûté si cher-Mahrattes, écrivait à ce sujet le général Lake, cm* ^5 battu comme des démons; s’ils avaient été commaP^f par des Français, l’événement aurait été, j’en a*
- [Ifear), extrêmement incertain ! » Cette victoire éle',a aux honneurs d’une pairie noblement méritée. ^ Après de si grandes victoires, le marquis Wellesley ses conditions impérieuses. Les Mahrattes durent se mettre à l’arbitrage delà Compagnie dans toutes ^ eussions avec le Nizam et le Peshwa, deux allies glais. Ils durent s’interdire d’employer dans leur 1 a» des officiers français sans conditions temporaires officiers d’autres nations ou d’Europe ou d Am
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- ^eifle^CS sera*ent en guerre avec la Grande-Bretagne, tyoi Passa^ ce traité le 1 y.décembre i8o3, huit et n *a^1 es rupture de la courte paix entre la France
- [Hleterre.
- éteft^rS(îUe Ie décrirai les contrées où les Mahrattes ont de ^eiîr puissance, l’occasion s’offrira naturellement çUx (lUer eiî particulier le genre d’empire exercé sur j Par ie marquis Wellesley.
- les *errrnnerai les notions que je voulais présente]’ sur rfeS CCt ®mi'neiit gouverneur général par l’exa-
- 6 sa création politique la plus importante.
- Etablissement général des alliances subsidiaires1 par le marquis Wellesley.
- Il fa. , ,
- i etudier ce genre d’alliances comme un grand ^arci *e ^GS fusions prodigieuses que l’imagination du l'aire S ^eiîesley présentait à son esprit, et qu’il savait c°Urs^ar*a^er en Angleterre, grâce à la magie de ses dis-q sa correspondance.
- à i * ^a Prospérité, c’est la paix qu’il se figurait assurer
- Par sa grande combinaison des alliances appelées k \i^lCtlrfsi> Parce quelles reposent sur des subsides payés l’ois c ( ec'hange pour une protection militaire quelque-
- ^rcdee, mais plus souvent imposée.
- 1UqÇs Wellesley semblait s’apitoyer sur les infor-
- P ln^es région la plus favorisée de la nature. <!iSait esPace de moins d’un siècle, elle était tombée,
- ’ ^ans l’état d’anarchie le plus déplorable. Le vaste
- * ban
- *<£ îangue française, l'adjectif subsidiaire signifie supplémentaire, U^ject'f ’/fV Comrne dans la langue anglaise, subsidiaire est simplement * ‘^Hce 0 . du mot subside : alliance ou traité subsidiaire veut dire
- 11 qui se fonde sur des subsides.
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- empire musulman dont Aureng-Zeb fut le souverainlep^ puissant, cet empire d’une étendue supérieure au de l’Europe, désuni de toutes parts, n’offrait plus qlie lambeaux, déchirés eux-mêmes par des discordes in*e tines ou rattachés passagèrement à d’autres débris P‘ des usurpations incessantes. j
- Au delà des provinces musulmanes, à l’ouest, aûn°r^ depuis la mer d’Arabie jusqu’aux bords du Gange ’ confédération des Mahrattes, dont j’ai déjà dit quelcl^g mots, composée de peuples hindous, s’était aS1,aD p par la déprédation et la conquête; elle avait étendu s cercle de fer en comprimant, du côté du centre»,^ débris mahométans de l’empire du grand Mogol. Oü ^ contraire, en regardant vers l’occident et le septen*1 elle faisait face aux peuples de l’Indus, habitant les ce11 ^ de l’Afghanistan; elle aurait pu résister même à la *
- Un tel rempart, mis à profit, pouvait être utile. ^ Dans une position directement opposée à celte . Mahrattes, vers l’est et le sud, les Anglais avaient a leurs conquêtes aux dépens des provinces de l’empe^ ^ de Dehly. Ils commandaient de Bénarès à Calcutta ^ Calcutta jusqu’à l’extrême promontoire méridional»s ^ côte occidentale, ils s’étaient emparés du Malabar» bay, dans file de Salcette, leur était comme un ^ qui menaçait de prendre à revers et Mahrattes et & ^ mans. Déjà la Grande-Bretagne régnait directeur ^ le tiers de la population indigène; même seule» e ^ rait été plus puissante que tout le reste de l’Inde c contre elle, Coalition d’ailleurs impossible, car e,elriet suggérée par aucun sentiment universel qui fltLdideS comme des freres tous les natifs des contrées an 111
- monts ITimâlayas.
- Les hommes d’Etat de la métropole, en
- cela d’aci
- cof
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- ^6C 1
- terr 5 COïïlPagme gouvernante, concevaient que l’Angle-facjl avait à joûer dans l’Inde un rôle grand, simple et Ver e* ^°n r<^e cons^sta^ a ne jamais attaquer les gou-l’itélle'lïlentS ùvdigènes qui ne braveraient pas son auto-}a ’ a se montrer comme un pouvoir conservateur de a couvr^r de son bouclier les États faibles et Pte^11^68 ’ Pour ^es garantir de l’oppression par le seul Sa la*son supérieure et de sa toute-puissance. c°tïi ^anS Ce* esPr^ (lue Ie Parlement avait déclaré Ue f^e article de loi, en votant la Charte de 1793, qu’il " ait plus faire de conquêtes dans l’Inde, per ** hrogramme si naturel, honnête à coup sûr, mais sans ^n^eC^Ves ^ ambition et de vaine gloire , ce programme Pj, au marquis Wellesley. Cependant, comment se Il ^Çhre de le fouler toujours aux pieds impunément?
- k^eïl Pu désobéir une fois au Parlement, ainsi Win ^ ^0mPaSn^e» en exploitant la haine et l’effroi p^ . Plrah la France; il avait pu, mettant à profit de telles Ü fan I?S ’ hriser l’existence du royaume de Mysore. Mais Ws ait,Sarrêter dans une voie où l’ombre même de pa-^lai^ retCXtes bientôt s’évanouir, dans une voie de
- des (j '6S (^0ri*; le moindre inconvénient était l’énormité ç, ePeïlses et l’accroissement indéfini de la dette.
- a^0rs <Iue Ie uovateur imagina d’ériger en système Un Pro^ectorat °ù la Compagnie prendrait par ifoq * COrïlme une entreprise à prix fixe, la défense, la ^U’0 e* Ie salut des royaumes indigènes. A ces royaumes V Va chérir d’une tendre affection, Wellesley procu-Parçj ai auxiiiaires des cipayes disciplinés et commandés \ rs^nglais. Les souverains si bien servis concéderont Wfira e Portion, une simple lisière de leurs États; il ^WrPf116 ^a COncession présente un revenu suffisant rayer la force étrangère ainsi prêtée. Ce procédé
- l5iîno
- Action___1V.
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- e#
- n’était pas d’invention européenne; les gouvernent natifs avaient pour usage de donner des feudes, des pa^ entiers, terres et populations, des jaghires, à leurs $l&n vassaux, qui payaient en soldats leurs redevances. ^ Avec une combinaison si fortunée, personne n0,^ plus s’attaquer au monarque tranquille, honoré, verra garanti par une armée d’occupation européenne-^ serait s’attaquer à l’Angleterre elle-même, represe53, par la puissante Compagnie; et celle-ci ferait, au be marcher toutes ses forces pour rester fidèle à ses tral de protection subsidiaire. ^
- Afin d’être plus certain que l’esprit insidieux des i ^ grants occidentaux n’agira pas pour porter à mal la tique des indigènes, et qu’il ne leur prêtera ni te ë turbulent ni la valeur dangereuse des races europeeIVoJl le marquis Wellesley pose en règle générale l’expu s des étrangers, des Français surtout! et même des ciwj des Etats-Unis. Leur bannissement devient la loi do ^ Aucun d’eux ne pourra plus commander, ni porter les armes dans les États protégés. Une te^nürî sure aura la plus grande efficacité pour écarter des^ indigènes le fâcheux amour des combats; elle anean
- col
- tjraJ
- contfe
- possibilité, fâcheuse aussi, de combattre avec succès leurs voisins, et peut-être parfois contre l’Anglete*'1'^^ Non-seulement les souverains seront à jamais £ ^
- contre l’invasion et la conquête; la force subside*1 ,gSt garantira contre la révolte de leurs propres suje^' . j* la paix au dedans ajoutée comme un second bien 6\ paix au dehors. Voilà le côté séduisant de la persP
- Des Résidents.
- Il faut rendre une justice au marquis WeU*®^’
- . dai,s
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- ®°in?r ^assurer succès de son système, il avait eu eï*ipî e,c^erc^ler ^es instruments les plus dignes d’être
- Peser savamment sur les souverains hindous et il fgjj ^ans> en les accoutumant au joug sans les révolter,
- Pass ^ ^eS ^10mmes d’une rare intelligence, qui sussent <jUifr*0Ur à tour du commandement à la diplomatie, éas Usseiit au besoin audacieux ou circonspects, et se gar-cqjj^Î ^affecter les dehors du pouvoir, afin d’en mieux éiSc^Uerir réalité. Le talent du marquis Wellesley pour c0li;^ pour deviner les jeunes sujets propres à par-cho,I,r Ul?e te^e carr^re> ce talent fut incomparable. Il les teUrs^Sa^ sans préjugé, sans partialité, parmi les servi-inCu| e Ja Compagnie et dans les rangs de l’armée ; il leur de ». *ous ses principes et même au besoin son absence ^èvegII1C^eS’ une profonde école de Proconsalat Ses
- les 4p’ ^6S Malcolm, les Munro, les Elphinstone, et dirj GVes de ses élèves, ont grandi par de telles leçons secj» ^ ^eur future expérience; leurs actes patents ou ^ïlb'8* 1 eïïlP^ssent un demi-siècle dans l’histoire de p *10ri britannique et de ses triomphes.
- (jH’U ^ mieux assurer aux alliés subsidiaires les présents d S1^ien calculés, l’auteur du système à créer placera 11 Monarque indigène un de ces Anglais d’élite, un * 'u6 diplomate sera pour le prince un ami sans c0lls !°n> «ans vil intérêt; toujours prêt à 1’éelairer de ses ^agej>S’ ^ s%naler des écueils de gouvernement et le
- de ne pas administrer avec perfection.
- 4 ^ ^r°it-on pas voir ici réalisés, mais avec encore plus Proje^s généreux du bienveillant abbe de
- ^tUelllerre? P°ur mieux atteindre le but de la paix per-
- kç e> les souverains natifs s’engageront à ne plus décla-
- §üerre à personne; c’est le prix du repos et de la
- 20,
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- sécurité qu’on leur garantit avec tendresse. Si par hasaI ' si par malheur la guerre devient une nécessité, l’A^ terre en saura juger le besoin; l’Angleterre, fût-ce à regr J la déclarera. Le monarque protégé n’aura plus alors payer des subsides, en sa qualité de tributaire défend11*^ Pour mieux éviter aux États les occasions de passer hostilités, remarquez bien que les lisières territoria les marches militaires, comme les nommait l’Europe moyen âge, concédées à l’Angleterre pour solder la* subsidiaire, vont séparer les uns des autres les Etats gènes. On leur retire en même temps toute facilite de mettre en contact, de s’entendre et de se coaliser former de grandes entreprises agressives : chose betRe pour la paix.
- Résultats obtenus.
- • t d'F
- Je n’ai pas la prétention d’avoir peint le projet^ . liances subsidiaires avec le charme et l’entraînemerd ^ le recommandaient aux yeux de son auteur. J ai ^ d’être fidèle, et mon tableau, tout imparfait tïu^air être, doit néanmoins paraître assez ressemblant. De dons-nous maintenant quels ont été les moyens de* tion, et surtout quels ont été les résultats.
- Les prévisions les plus décevantes cachaient p°l ^ un écueil devant lequel devait se briser la théorie la 11 conçue : c’était la nature des sociétés et des caractères gènes, sur lesquels on se proposait de répandre a P sion tout ce bonheur systématique. {fe
- L’état fiévreux de guerre civile, et souvent ^e^gaii< sociale, qui depuis un siècle travaillait l’Inde, pr0 il est vrai, des malheurs inexprimables ; mais, en e% ^ les courages, il déployait les facultés de tous les
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- c 3 ^01s ambitieux et capables. A travers les hasards in-^ortune’ ^es hommes supérieurs, fussent-ils la /S P^us ^as étage, finissaient par prédominer; à PHn°Ue’ renversaient dans toute la péninsule les qui se montraient lâches, efféminés et tyrans. Setait développée la fortune immense du célèbre qui de simple soldat était devenu le conqué-Autà-dison.s. mieux, le créateur du royaume de Mysore, pér' 1X ^U^tième siècle, il existait donc sur les trônes si q^^hles de l’Inde plus de princes vaillants et capables a ^s époques de longue paix et d’énervement. je . els étaient les souverains qu’on avait à courber sous . J0llg des traités subsidiaires. C’était eux à qui il fallait }e ^ e droit d’ajouter, par la victoire, à leurs domaines; de 01* dexister au dehors, en leur retirant la faculté fe^rec®v°ir et d’envoyer des ambassadeurs; le droit de Cq erîdiquer eux-mêmes le redressement de leurs griefs des voisins insolents, agressifs ou déprédateurs. A d0 lleur> la suppression de la toute-puissance était plus taie UreUSe encore : les troupes d’occupation représen-8j Gïlt servitude imposée par un étranger, par l’Anglais, sivhS°llVent austère, glacial, et voulant être obéi d’un ^P e signe, sans s’abaisser aux longs discours, ^^dinairement le nouveau système d’alliances ne fut t0 1 ^llen ayant recours à la force, quen profitant de Pr^ ^ ^es occasions adverses aux princes de l’Inde; en se de jVa^ant de leurs dangers, de leurs défaites: souvent aussi b feilrs h’ônes disputés par des compétiteurs injustes que pai'p^Uïîe semblait par trop favoriser. Tantôt on prenait or / P°ur un usurpateur mai affermi, tantôt pour un ]9 efin dont le bas âge promettait une longue tutelle : ^ryitude arrivait avant le jour de la majorité.
- avançait ainsi par degrés savamment calculés; on
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- obtenait d’abord l’installation d’un Résident, et c’était aa
- grand pas de fait; puis l’installation d’un contingent1111,
- taire à ses ordres; puis les concessions successives de teffi
- toire, d’argent, de pouvoir et d’influence, qui co&$e
- taient l’établissement du système subsidiaire et couronnai
- le règne toujours plus impérieux de la Compagnie. ^
- En peu d’années, au prince expérimenté, vaillent
- capable de bien gouverner, mais qu’avait cessé de seïJlV ^
- fortune, succédait un prince porphyrogénète, engendre p
- du trône, élevé dans la mollesse, abruti par la corrupt*0 , j r rTlltle
- prématurée. Ne conservant plus que les apparences o
- royauté sans pouvoir, il lui restait, pour se consoler-
- éléphants, des chevaux, des courtisans, et des sujets
- den*
- jiu1®
- 0
- fois esclaves; car ils subissaient tour à tour la tyra indigène et la tyrannie suzeraine : celle-ci represeü par le Résident et par son contingent d’anglo-cipayeS-Au milieu de cette bassesse redoublée, le prince e par compensation, affranchi de la peur, seul frein & tyrannie. Avant l’établissement du système subside lorsqu’un peuple se sentait trop opprimé, trop appal trop outragé, il volait aux armes, cherchait la vlC dans le désespoir, et jetait à bas le mauvais prince» digne de gouverner. Mais ce terrible remède était û^P ^ sible en face de la Compagnie, qui, sous la foi d’un tral^e défendait et sauvegardait le trône du despote, quels 4 fussent le dommage et l’infamie de son règne. ^
- La tyrannie vivait donc en paix, étalant son Paste. corruption de ses plaisirs au milieu de la misère urll^e; selle. Tout se dégradait et dépérissait sans résista l’agriculture succombait sous le poids des charges P , ques; des villages, des districts, étaient désertés; la Pl0^ je tion ne suffisait plus à la nourriture des hommes» nombre des habitants diminuait au lieu de saccr01
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- $id' •* fn^^eu de fÉtat indigène courbé sous un traité sub-^ frétons nos regards sur le dominateur étranger. ^sidCa^°lîîn^er Proconsul exerçant les fonctions de très ' n^’ suPPosons qu’il ne fût pas à la fois un génie
- Sür)'eminem’ doué de toutes les vertus, et, malgré sa p^te. dépourvu de toute ambition. Existe-t-il une ^ .l0n Plus dangereuse pour l’esprit et le caractère d’uii % Somatique chargé de représenter un des grands tra^res du monde auprès d’un prince enchaîné par un aîfi]y ’SatlS r^c^Procûé? Les corrupteurs, les flatteurs, les pUj ltleUx’ se pressent afin d’adorer jusqu’à l’ombre de la }e S.ar,Ce ainsi représentée. Souvent, moderne Prusias, polit nCG rn^me devient le premier courtisan du dictateur oj,t I(?Ue’ d lui prodigue les honneurs et les faveurs, pour moins l’approbation tacite de ses vices, de ses Cas ^Ssi®ns et de ses crimes. Quant au peuple, en pareil 119 n^e recours de la prière ni celui de la résis-
- D ’ s°offrir, languir et dépérir, voilà son destin, fajjj 118 ^es Etats les moins infortunés, où le prince, favo-le8 doué de la nature, n’avait pas été corrompu par
- p}^ ^ Cepteurs de son enfance ni dégradé par la perte des oer>cl eaux droits de la souveraineté, voulait-il, dans le restreint du régime intérieur, procurer suivant son et|e ^Ses idées le bonheur de ses sujets? la position fausse ity am%11 du Résident se dressait devant lui comme 90 G souvent finissait par être insurmontable, les ^direct et déguisé, le pouvoir absolu corrompt ^ es^dents comme les rois. Celui qui peut tout restera-liii su°rme^ement à ne rien faire ? S’il a quelques idées à ^ gouvernement des peuples, ne voudra-t-il pas ^Ve^°Sei’ mo^ns û titre de bienfait? Vivant au milieu letè faCe incroyablement pourvue d’adresse et d’habi-se laissera-t-il gagner par personne? ne se fera-
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- et
- t-il le protecteur d’aucun serviteur mauvais, trompa
- déloyal? en un mot, sa volonté ne traversera-t-elle
- celle du souverain, et sur les hommes et sur les choseS
- ntlra
- On ne peut pas le supposer. Le prince, alors, se sei ^ cruellement contrarié, desservi, humilié jusque ^aïîf à palais, jusque sur son trône. Cherchera-t-il un retf>e . de telles souffrances? Aussitôt vont commencer p°ur
- de nouvelles tortures. ,
- |0 ^
- Le Résident n’est pas un ministre diplomatique accep
- de
- r ~ , - i recQ'
- mais imposé. Le prince n’a pas été consulté pour le
- voir; il ne le sera pas pour retirer le proconsul, HeaU
- sa cour. Non-seulement, quoique monarque, il a PeI* le droit d’avoir des ambassadeurs près des autres so rains indigènes; il n’a pas le droit d’entretenir un ao accrédité près du pouvoir suprême qui représente p^ lui l’univers étranger. U ne possède pas la faculté de c .. respondre personnellement avec ce gouverneur gen qui représente à la fois la Compagnie et l’Angle ^ Même dans le cas où ses griefs portent contre le dent, c’est par les mains de son oppresseur officiel 4 doit adresser ses plaintes. Voulût-il envoyer, pour c® .j extraordinaire, un envoyé pareillement extraordin3^®^ ne le pourrait pas, à moins d’en recevoir la permlS ^ transmise par le Résident, sur l’avis préalable et raisonîl ^ ce personnage inculpé. Voulût-il aller en personne, c0^,ajt un suppliant, porter à Calcutta ses doléances, il ^aU^ que cet acte de vassal fût autorisé par un permis? % dont le Résident serait le canal indispensable. h g
- Afin de montrer jusqu’à quel point on a pousse ^ à Londres l’oubli des égards dus aux souverains ^ gènes, à ceux que recommandaient les plus grands s^^ nirs, et les excès auxquels ont pu se porter des ReS1 ^ il nous suffira de citer l’exemple d’une seule cour.keS
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- DES NOTONS. pUsp0urtants0uS vont être mentionnés se sont ac ^jncle ait jamais
- ^ Meilleur des gouverneurs gen rau ^ ^ gouverneur, et
- possédés. On cite comme un éloge ^ e rappel
- Presque comme un acte sans exe p qu’au prmce
- Résident insupportable an peuple amsx q
- ^''gés de le subir. Montant nominal des
- Auprès du roi de * Deldy, rePre « égident qui mai-eiUpereurs mogols , se trouvait un m0vens d’exis-trûtait ce monarque decliu, re ui de sa dignité,
- insuffisants pour soutenir es i ^ un reïnède r°i, qUi n’espérait pas obtenir da ^ métrop0le.
- *Ses souffrances, tourna ses refr S ^ent des brah-c°ïnptait parmi ses ministres le p n , au_dessus des lïla^s, nammohun Roy. Cet homme ^ génie supé-^jogés, des erreurs de sa caste et 01 fes Hindous, ?eur» avait conçu la pensée de raPPr r pte simple et es Musulmans et les chrétiens pat e P faisait
- Sühbme de l’unité de Dieu : piecepte . tard, avait >onter jusqu’aux Védas, C’est lul ‘ deS aveugles. ^ à ses frais, dans Calcutta, un b P ^ ]g cause
- P'Romme admirable rient en Anglet r ^ Contr61e
- descendant d’Aureng-Zeb. Sx le de8Ü„ moral de eu le moindre désir dame i°re Rangements, 1 Inde et d’y faciliter les plus heur x de si haut mérite auri»t accueilli à bras ouverts un envoy britan-
- \ H"' révélait de si grands projets. rambassadeur e
- ?>e refusa de le recevoir, parce q . é par le gou-
- teritier du Grand Mogol n était pa ptelily 1
- ^eur général, l’ex-fermier du trou sident ^ exercice
- , A« milieu de cet insuccès, m le d'on empire
- dans cette cité de Debly, la grande ‘ P^^. redoublait ,Ü’ compta cent millions de sujets. de sa niait*, au
- d’ttsolencc; il s’oubliait jusqu a »‘PP
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- milieu des places et des rues, les passants qui ne se pr° ternaient pas assez bas pour le saluer comme un prl de l’Orient. Les habitants, alors, convinrent entre eux déserter la voie publique dès qu’on pourrait savoir <lü y paraîtrait.
- Tel était le personnage officiel que lord Bentinck ^ pela d’après les plaintes du roi de Dehly. Il avait laisse de haine contre ses fonctions, que son successeur, bo01^ excellent, éclairé, qui chérissait les natifs, celui Rul.^ mait pas moins les étrangers et qui fut si bienvei pour notre naturaliste Victor Jacquemont, M. FraseD assassiné dans Dehly. Un radjah et son fils, que le noUv ^ Résident ne voulait pas réintégrer dans leurs doua31 attentèrent à ses jours. Us furent pendus, afin de marquer le mépris qu’on avait pour leur naissance p
- cière. Le peuple de la capitale, exaspéré par l’infauaie supplice, ne vit plus en eux que des martyrs et cons
- erV3»
- eptS‘
- comme des reliques, les lambeaux de leurs vêtem Un quart de siècle plus tard, de si funestes s^uVjj-0n, n’étaient pas oubliés, lorsque éclata la grande rebe A présent nous dirons avec l’historien qui nous 1° ,j ces faits1 : «Parmi les centaines d’Anglais qui ont r ^ des fonctions de Résidents pendant un quart de s*e; ^ écoulé depuis lors, croyez-vous qu’aucun n’a Iïiel1! plus complète défaveur? Mais, d’un autre côté, <Iul nombrera les territoires de princes indépendants^ protégés annexés dans le même laps de ce temps» s titre de punition des princes, soit d’après tout motif? Pour moi, je n’y parviendrais pas. » ^
- Pouvons-nous concevoir une position plus ^ reuse que celle d’un prince humilié, fatigué, deg*a
- 1 Races and History of India, t. II, p. 91.
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- L DES NATIONS. 315
- Soy|-ç
- tiCe^ n^ar 1111 Résident dépourvu de prudence et de jus-l’0jj ^U01 de plus propre à faire naître en lui la haine de Sedéi*SS6Ur °U ^a^an(^on soi-même? Mais comment dun pareil joug? Dans le petit nombre de cas esident est déplacé, à la requête du prince indi-PfQ^e^0118 trouvons généralement que ce dernier a pu Gr quelque tournée du gouverneur général et entrevue personnelle pour faire connaître ses griefs. ïienr autre circonstance, supposons que le gouver-op puerai ait enfin reçu les représentations du prince Vera e’ quelles chances de redressement l’injustice trouer ebe ^evar»t lui? presque aucune. A la longue, soyons-Ce „ r’ ^ ue recevra qu’un petit nombre de plaintes, et
- ser0m.'
- s^ent
- ^sîr|l0ïlt ^es P^US mal foulées : celles qu’à ce titre le u aura garde d’intercepter. Tel étant le cours
- )rté,
- S1stibl
- Ur>ell 6 ^GS cboses’ gouverneur général acquiert e^Uîeiierïlent 1 habitude malheureuse de prononcer sans cette , COntre le monarque indigène; il se fortifie dans ^ °PPression administrative à mesure que le ^ ^es natRs s’affaisse sous le poids du système de Ai^011 Sllbsidiaii’e.
- . Prédomine sans mesure la politique désolante et ^ ^ e Tu prescrit au gouvernement dominateur, d’un de)»g^ ne jaiïlais écouter les plaintes les mieux fondées, °Ppr r.6 cb^é, de fermer les yeux sur les actions les plus ViVes> ^es plus désastreuses, de ses agents politiques.
- erance et l’égoïsme du pouvoir n’ont que trop de les p aiî^ pratiquer de semblables préceptes. Comprimer dations et finir par déposséder les princes, en * °U confo(juant leurs États, de pareils actes ^ lois plus expéditifs et plus commodes que V, ^ avec soin tout préjugé, d’étouffer toute convoi-c°uter avec patience et de comparer des exposés
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- dés!*'
- 316 FORCE PRODUCTIVE
- contradictoires, pour faire enfin triompher la vérité téressée. ( .fe
- Sans doute, un sentiment d’équité s’élève d’ord1 chez le gouverneur général pour résister à ces ideesO toujours il se trouve à ses côtés une foule de conS/e!jeI1t disposés à préconiser l’annexion. Peut-être le ReSl ^ veut-il devenir commissaire extraordinaire, p°sseder dictature dans le royaume où s’exercent ses fonctio08’ remplir ce rôle nouveau, d’un attrait bien superieur partage indirect d’une influence administrative? A)0^ que le territoire dont l’indépendance est mise en p présente aux cupidités, aux ambitions, un nouveau c de patronage. Là seront des emplois à créer; on eïl r aussitôt le dénombrement, et pour les chiliens et
- les militaires, sans oublier le service incovenante-
- îeUfS
- les aspirants aux places, leurs parents, leurs anus, f créanciers même, s’évertuent à démontrer l’utilité, ^
- conséquent la justice de l’annexion qui produira ta fS bienfaits. Les journaux appuient l’iniquité désiree, colonnes, toujours prêtes à servir les cupidités, sont plies d’histoires lamentables sur le mauvais g°uve p ment d’un prince dont la dépossession fera le bierl ^ si grand nombre de sujets britanniques en expect de placement ou de promotion 1 Supposez qu’en ce^ejjii tant, comme il arrive si souvent dans l’Inde, Ie ^ _Q${ de la Compagnie soit en déficit; les journaux P, jotlg' des calculs composés ex professo, communiqueS temps d’avance à l’administrateur suprême. Ces ^ auront établi le revenu net à conquérir, et c'e
- pourrait lui faire rendre par une pression pluS o0
- ment financière. On ne fait valoir que les beaux ^ jtl La justice et la convenance, le sentiment geïie ^ pgp-patriotisme., l’accroissement du pouvoir nation
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- DES NATIONS.
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- Plus IS!eiïierit mérité de l’opinion publique, un acte de de Prendra rang dans l’histoire : tout se réunit pour du er’ P°ur commander au patriotisme, à l’ambition d,8°uverneur général, qu’il prononce une annexion si ^ree et si désirable !
- s,UïD îa^eau Tue je viens de présenter n’est qu’un ré-e ^es fûts présentés et des jugements portés ^ ^ames Mill, Malcolm Ludlow et Montgomery * CeS^ Un sJstème anglais examiné, pesé par les ^’ai an^a^s les plus impartiaux et les plus estimés. Je <Je seulement accepté leurs appréciations; pour plus ^ eute, j’ai souvent emprunté leurs paroles. veil Presence des observations et des faits dont nous de ^offrir le résumé, exaltera-t-on comme un titre lisati0 lre’ es^rnera"^'on comme un triomphe de la civile fo ^ Pu*ssance illimitée conquise par le mélange de Vingts 6 et ^e la ruse pour dominer de si haut cent quatre-etfat Plions d’Orientaux, abaissés de proche en proche ti0ïls Iïleut livrés, sous leurs tyrans respectifs, aux exae-d0ttl-’ aüx corruptions, à la servitude, avec la garantie du de Qaleur étranger?Et pour affaiblir l’ombre portée sur t.j| grands succès par le malheur des opprimés, suffira-1 °u dise : « Après tout, ce ne sont que des Indiens ! » w PP0sons qu’en dehors du continent européen un <.e’maître des mers, emploie les mêmes moyens pour
- ^ ancien monde. Supposons qu’il place des promis, t> ' • j . ! n._;. i a
- Puis
- àv
- appelés Résidents, à Paris, à Madrid, à Lisbonne ;
- dan$ Vlenne, à Berlin, à Saint-Pétersbourg : en un mot, Voyer utes nos Cours, privées à la fois de la faculté d’en-GS am^assa(leurs et d’en recevoir d’aucune autre le (jr . Ce* Supposons que je peuple prédominant supprime ^ ^GnS entre nos diverses nations et que, pour
- e leur autonomie détruite, il impose ses officiers aux
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- FORGE PRODUCTIVE
- soldats continentaux; et que ses propres bataillons le nom de contingents, campent à demeure sur nos
- ( s 0$ tei^' daflce
- toires. Supposons enfin que, pour prix de l’indépea perdue, le dominateur dise aux populations ainsi ra*$ ^ sous son influence : « Je garantis à vos maîtres dégra perpétuité de leur empire sur vous, quelque avilisseIïie^ quelque démoralisation, quelque tyrannie qu’ils vous sent subir. » Dans ce servage éternel, trouverions-n°uS progrès, un triomphe de la civilisation, un présent genre humain? Et serions-nous consolés si les Asia^ f les Américains et les Africains, réjouis à leur tour P notre abaissement universel, se disaient avec de ^ a Après tout, ce ne sont que des continentaux europet^, j Ce qui comblera d’étonnement tout lecteur re j. ce sera de voir, en 1857 et i858, la surprise ^ mable de la nation britannique, lorsqu’elle upprerl^ l’explosion d’une immense révolte sur les bords , Gange et de la Jumna, chez des peuples, chez o ^ dats qui, suivant le dominateur, n’avaient pas le m01*1 ^ prétexte pour cesser de se croire honorés, heure11* reconnaissants.
- Les successeurs du marquis Wellesley.
- Pendant plusieurs années les successeurs du
- Cfi&
- Wellesley, fidèles à son système, se sont contentes poursuivre fidèlement l’exécution. Nous ne citons pour mémoire le second gouvernement de lord wallis : il dure à peine du 3o juin au 5 octobre 1 &
- On est surpris de voir la Compagnie donner P°fr cesseur à l’infatigable lord Wellesley un vieillard eP ^ le vénérable général Gornwallis; il mourut, sarlS accomplir, trois mois après son arrivée dans llude*
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- Sir Georges Barlow, gouverneur transitoire, fin de 1805.
- P
- tif excellent administrateur, doyen du Conseil exécu-p.' législatif de Calcutta, prit de droit le gouvernement f a*’ ^evenu vacant par la mort du titulaire; mais il ,]Çs as COnfirmé dans cette haute position par la Cour Phn .lrecteurs* Le ministère du Contrôle établit alors ce : A l'avenir on ne choisira plus pour goavernears h r<lll0C ^es ad™inistratears avancés dans l’Inde en suivant {^a'r^re des services civils. C’était le premier châtiment c°tïi^CeVa^ ^omPagnie Pour la faute quelle avait sîoa111156 Gn accePtant éu marquis Wellesley une exten-^éso Puissance et de protectorat si démesurée, que ^ ^ 111318 le gouvernement d’un pareil empire semblât *** ées plus éminents serviteurs d’une simple asso-P^J011 rïlercantlle‘ On déclarait de tels serviteurs inca-pe^6s é administrer les conquêtes faites sous les dra-^ x de cette association. Et qui leur préférait-on? des 0lî 11168 ayant pour premier mérite une haute naissance hj lec°mmandés par de puissantes relations parlemen-9Ux PrescIue t0U8 étrangers aux intérêts, aux mœurs, p 018 des peuples qu’ils devaient régir.
- Ridant le court intérim de sir Georges Barlow, le midi . mdoustan fut troublé par la révolte de Vellore. Dans j,. 0rteresse étaient relégués tous les fils et les filles cit) n 0r^Uné sultan Tippou, gardés par mille cinq cents S lrois cent cinquante Européens. Les cipayes mécontentés par des mesures disciplinaires qui cast leilt sans nécessité leur religion et leur esprit de petit* SG r6Voltèrent inopinément; ils attaquèrent le .>3 britannique en garnison dans Vellore et le dirent en partie. Par bonheur, des forces supé-
- <*e
- cett,
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- FORCE PRODUCTIVE
- de
- rieures envoyées en toute hâte sauvèrent le reste troupe anglaise.
- La Compagnie, avec grande raison, destitua le C?J^ mandant militaire de la Présidence de Madras, cp# P des innovations imprudentes avait fait naître la rébefi10^ Mais ce qu’on ne pouvait justifier fut le parti prlS) révoquer en même temps le gouverneur de Madras, ^ cellent lord Bentinck; nous le verrons, vingt-trois ans P tard, administrer l’Inde entière avec un admirable eSP de vraie politique et d’humanité.
- On aurait pu croire qu’une révolte opérée dans la c ^ delle où les enfants de-Tippou-Sahib étaient en deten ^ s’était opérée grâce à leurs intrigues et dans leur i#te ^ Il n’en était rien; et l’on reconnut que le soulève#1 ^ tout militaire, n’était dû qu’à la manière inhabile et égards dont étaient traités les cipayes et les officiers111 ^ gènes1. C’est ce qui fit destituer l’incapable comnaa# des forces dans la Présidence de Madras.
- Gouvernement de lord Minto, de 1806 à 1818.
- A l’intérieur, cette administration ne présente pas novations et d’événements considérables. Lord ^lû*L° contente de suivre pas à pas la politique d’albaI1 subsidiaires préparée avec un si grand artifice Par marquis Wellesley. je5
- Lorsque nous parcourrons les provinces méricfi0*1^ et que nous visiterons la belle principauté de Trava#c nous aurons à rappeler les excès commis et Ie ^ répandu en vertu de l’alliance avec la Compagne* ^ être juste, nous signalerons ensuite des temps plushe#r
- 1 India and its Races.
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-
- dus
- DES NATIONS. 321
- faïl fission du célèbre Munro, de l’an 1808 à
- djj j^as étendre le moment où nous étudierons le royaume PW eCcan’ nous nous contenterons de citer une simple «b)6 historien Malcolm Ludlow : tfa ans le territoire du Nizam, le premier ministre mon-gatij0ïl leniie attachement à l’Angleterre. Il s'efforça d’or-cjersSer Une armée régulière, que disciplinèrent des offi-ses ar3§^ais ; par reconnaissance, on le soutint contre tous j)Q^eiiIîerr|is, en lui permettant d’opprimer et de rainer le
- Ç* T° °PPRESS AND RDIN THE COUNTRY. ))
- étaitl°lla t-on Ç11311 XIX<! siècle, et lorsque la Compagnie %tt0Ute‘Puissante, Schah-Alam, empereur de Dehly, ve-^ a Iïl0urip, son héritier Akbar II prétendit, exhumant J^e étique» renouveler l’investiture du gouvernent d
- des 6 ^ ^oniPa§n^e dans l’administration du Bengale autres possessions gangétiques? il voulait revêtir le fleur général d’un manteau d’honneur, d’un khélat,
- ÎUel
- Us ] eUt c°nstaté le vasselage britannique aux yeux de
- les X---__________________J., r •„ a J..
- °l't
- fle
- flidigènes. Cette prétention du faible vis-à-vis du 0 P°flvait avoir de succès et fut simplement ridicule.
- OQ^c 1) | # ^
- ladïïlln^Stra^0n ^orc^ ^nt0, mais sans qu’il ait les j| iïlerite aux succès obtenus dans les mers de l’Inde, la Sonde sont enlevées aux Hollandais; file de et Bourbon le sont aux Français.
- IlNouvellement de la charte de la Compagnie, en 1813.
- U
- îer
- c°ré ^lan^e innovation de la nouvelle charte fut d’ac-
- Mep a
- citoyens anglais le droit de commercer dans n<^e britannique en Hkre concurrence avec la §me. Il s’ensuivit dans l’Orient une révolution ajîgea les rapports entre les Anglais et les natifs.
- «ï8nie
- ^în
- ODüCTTON.
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- /'PS
- Nous ferons connaître quelles ont été les conséqnen , mercantiles de ce grave changement, lorsque nous terons en particulier du commerce de l’Inde.
- Gouvernement de lord Hastings, de 1813 à 1823.
- Des symptômes qui menaçaient le maintien de W l s’étant manifestés dans plusieurs Etats indigènes, la pagnie, d’accord avec le ministère du Contrôle, c^°^e pour gouverneur général un militaire distingué, Ie c0^ de Moira; par mesure extraordinaire, on le nomma mandant en chef de toutes les forces de l’Inde. H de plus tard marquis de Hastings.
- Il avait trouvé le trésor presque vide. En 1815, n P , rut par des emprunts, et par les secours du vizir dO aux frais de la première guerre contre les Goùrkhas» ^ bitants du royaume de Népaul. Les terribles Goui adonnés au culte de Siva, le dieu de la destrne étaient dignes d’en être les adorateurs; ils luttèrent un courage indomptable et firent payer chèrement défaite. Ce conflit exigea deux ans de combats, fl01 vrirent de gloire le général Ochterlony.
- cSjons
- de
- Les conséquences de la guerre furent des cess ^ territoire et l’introduction forcée d’un Résident à Catd1 dou, la capitale du Népaul.
- Guerre contre les Pindaries et les Mahratles.
- «ut
- Une autre guerre, incomparablement plus &***' 1)5 définitif l’extermination des PindaiieS
- pour succès
- de ^
- formaient des espèces de corps francs, composes ^
- l 1 . c’étaJ
- liers ramassés parmi tous les soldats de fortune; jjs les bandits armés et les voleurs du centre de U
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- DES NATIONS.
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- les î^eri* *emPs à autre des invasions formidables dans ats du centre et même sur les territoires de la Cornent G’ °n ^solut de ïes détruire, et ce fut une grande reprise.
- ^ ^indaries ne comptaient guère plus de trente mille ’ mais üs étaient appuyés tour à tour par les les a ^tats mahrattes. Pour les entourer et les accabler, en t ^ ais employèrent trois armées, qui comptaient al plus de cent mille soldats. Malgré cette supério-
- eosemble > il fallut souvent qu’en certaines localités
- nté d les
- Ifès fCeS britanniques livrassent bataille à des ennemis ^.^P^^eurs en nombre ; elles ne triomphèrent qu’après e*suyé des pertes considérables. oerit n?’ ^ans Ie combat de Sitabouldie, où mille trois viç Clnctuante hommes de la Compagnie firent face à Vir enneniis, ils eurent à lutter pendant dix-huit ^ sans (MsemParer : du côté des Anglais, le tiers des leC|. a^ants fut ou tué ou blessé. Faisons remarquer au 9neri^r Un fah mémorable : plus de la moitié de ces k(lig^rs héroïques étaient des natifs cipayes et des cavaliers
- Ç S'
- pijj ette guerre eut pour résultat de briser à jamais la confédération des Mahrattes et d’anéantir les pj ers de leurs corps francs, les Pindaries.
- Ici ç 6S tensions considérables de territoire furent pour ^pagnie un résultat de la victoire.
- riastmgs a mérité cet éloge, qu’il na pas soutenu 4es Urî esprit systématique les Résidents accrédités près ^1'eUv>llrS *ncügènes î ü les révoquait quand il obtenait la ^ C|e ^eur conduite abusive et tyrannique. Ajoutons °lre que, sans être enivré de sa haute fortune, il \ es princes natifs en véritables souverains.
- ^OfSOï
- que nous décrirons la Présidence de Madras, nous
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- jetterons un regard sur le système de revenus publics par lord Hasiings sous le titre de ryotwar : on nomme le système qui reconnaît le droit de propriété chez Ie c tivateur, le ryot.
- Mesures déplorables contre les produits manufacturés de l In^e'
- . t la
- Dès le moment où les marchands anglais avaie* faculté d’inonder l’Hindoustan avec leurs produits m facturés, il fallait à tout prix, pour les satisfaire, 1’en en leur faveur la lutte inégale avec les indigènes. C est qu’a fait le gouverneur général dont nous examm°llS * actes. ^
- Voici comment un historien anglais juge le gollV . ^ ment économique de l’Inde, sous lord Hastings, 311 des intérêts orientaux : e
- «Plusieurs mesures supérieures à tout scrupule, poUl^s rien dire de plus, furent introduites dans la législaii°n ^ douanes. En premier lieu, les industries indigènes fa,’eîl^ ^ propos délibéré, ruinées; on y parvint par un abaisse*11^ énorme ou par l’abolition complète des droits dimp tion que les produits de la Grande-Bretagne avaient lors payés. En second lieu, tandis qu’on agissait de laS ^ on se gardait d’accorder des avantages réciproque produits indiens envoyés dans les trois royaumes. » Ainsi, dès le premier moment, l’industrie britau ^ recevait la satisfaction la plus complète ; elle J qu’avant tout on lui livrait sans défense i’industlie indigènes. ^
- La Compagnie avait établi dans le Bengale et 1 ^ le monopole de l’opium; elle avait frappé de ^l01^ ^ hibitifs l’opium fabriqué chez les princes natifs* el5 d’écarter une rude concurrence, on pesait sur les p1
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- alwa pour faire prohiber chez eux la culture du l'as ’ °n ^es corromPait, on les bribait, afin qu’ils opé-^erit la ruine de leurs propres sujets, jj a dix ans de gouvernement, de 1813 à 1823, lord porta les revenus publics de 430,700,000 à •°°o,ooo de francs. Il rendit les recettes supérieures ^Ur^^enSeS’ ma*s ce^es"c* ne tardèrent pas à reprendre supériorité accoutumée.
- Gouvernement de lord Amherst, de 1823 à 1828.
- E
- jj n ]^23, lord William Pitt Amherst, protégé par le ^ssan*: ^ont ^ était héritier, l’emporta sur lord p laiïl ^en^nc^ et lut élu gouverneur général. Celui-ci, (|> r bonheur de l’Hindoustan, devint le successeur ^ c°ncurrent qui ne méritait pas la préférence. j6s ^tUs l°rd Amherst eut lieu la première guerre contre Peu 1^lïîans’ laquelle dura deux ans et fut conduite avec p ^habileté; elle fit perdre beaucoup plus d’hommes clUe 6 (^^aut s°ins et Par Ie climat trop peu consulté
- pur le fer de l’ennemi.
- de ^ résultat de cette guerre fut la cession des provinces ^afi enassérim et d’Aracan, si productives en riz, puis afîc^°n par les Birmans de toute réclamation sur les Kachar, de Jyntia et d’Assam. i*és ac^lvité commerciale des Anglais a déjà produit des jn ts remarquables dans les nouvelles conquêtes. <1^ ein 1 la capitale du Ténassérim, comptait seulement elle ^UeS c^laumicres en 1826, lors du traité de cession; COrïipte aujourd’hui plus de cinquante mille habi-’ adirés par le commerce.
- ke^ le gouverneur général fut créé comte d’Am-Aracan. J’ai déjà dit que son nom propre était
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- William Pitt : le souvenir d’un illustre ministre aidait tol jours à sa fortune. ^
- Un fait plus remarquable pour nous que la guerre Birmans fut la rébellion des cipayes, quelle occasi° ^ dans la province du Bengale. Les Hindous, ne se cfoy engagés à servir que dans la péninsule indienne, ne (
- • lurent pas en sortir et passer la mer. D’ailleurs, leS ^ voltés, en se soulevant, n’étaient pas animés d’un eSP . hostile. Us n’avaient pas même chargé leurs fusils; ce “ prouve, à coup sûr, quils ne voulaient pas verser de ^ Leur châtiment n’en fut pas moins impitoyable; on P dit leurs chefs, et beaucoup de subalternes furent pa ^ par les armes. Trente années plus tard, lors de la rébellion, les Anglais trouvèrent cachés parmi les e des soldats du même régiment, révolté pour la sec00^ fois, des reliques de ces chefs quon avait pendus, en siyne mépris, afin de mieux profaner leur caractère de brahMa Le fanatisme et l’esprit de vengeance avaient transmis
- ld#
- j\Li5
- précieux restes, en secret, dans le fourniment des so indigènes, et cela pendant près d’un tiers de siècle-quand vint la seconde rébellion, les cipayes, instruits p leçon du passé, eurent soin de charger leurs armes et faire un usage déploré par les Anglais. '
- Pour achever ce qui concerne l’administration du P ^ décesseur de lord Bentinck, il faut dire (et le croir^' le fait que nous allons rapporter :
- En 182/i, la Compagnie recommanda la suppre^.^, du sacrifice barbare appelé sutti : on nomme ainsi ^
- jre
- molation des veuves brûlées vivantes pour honore
- mort de leurs maris. Lord Amherst fit de cette
- jïies11
- l’objet d’une simple enquête; puis trois ans plus tard» P cgr conclusion finale, il déclara quon ne devait pas Pr0 ^ d’interdiction ojjicielle. Sa longanimité se confiait an y
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-
- du
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- Pour amener quelque jour l’abolition lerite et
- TUlelIe de cette horrible coutume....
- • PaiC0llru rapidement une liste de gouverneurs p e lnAuence à peu près nulle sur le sort général des hei ^ f^e rinde; celui dont nous allons parler est une pjstfeuse et glorieuse exception à cet ensemble d’admi-]e ateurs, qui la plupart n’étaient pas à la hauteur de grande mission.
- Gouvernement général de lord Bentinck, 1828 à 1825; l’Inde administrée dans l’intérêt des Indiens.
- j0l^e iîe puis aborder sans émotion le gouvernement de s°an en^nc^ dans ^es Iodes orientales. J’ai connu sa per-tiié ,• ’ non Pas assez longtemps pour découvrir tous ses lr,ais assez pour Taimer. Je le vois encore, en tJlét ' ^ors<Iud traversa Paris pour aller en Orient coulis Sa renommée et bien mériter du genre humain, pire Par guerre dans les temps du premier Em-Wil ,an^ais* d avait manifesté des principes généreux g{ 113 jamais démentis. Il avait promis, au nom de l'Ante Grre» une constitution à la Sicile et l’indépendance à Sl Prornesses oubliées par son gouvernement aussitôt CfQ^ ^es préliminaires de pacification.il était l’ami, et je yerj . aussi l’allié du grand orateur Georges Canning, qui k,ait de mourir en tenant avec éclat le timon des affaires piques.
- cog^ Physionomie, ouverte et prévenante, peignait son Ûlenvedlant. Quoiqu’il dût ses honneurs, à la car-des armes et qu’il fût général, il préférait les bien-pi^ • 6 *a Pa*x a l’éclat de la guerre. Supérieur aux anti-c°at 6S’ aUX ia^0lldes nationales, il n’avait aucun préjugé e les étrangers. Les Français en ont eu la preuve
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- lorsqu’un de leurs jeunes compatriotes, Victor Jacq11
- mont, arriva dans l’Inde, afin d’en étudier l’histoire
- paU'
- Telle. Lord W. Bentinck l’admit dans son intimité, c°n ^
- il eût fait d’un vieil ami, et lui fournit avec sollicitude
- moyens de visiter en pleine sécurité ce vaste pays s1 11
- cile à parcourir par le simple voyageur.
- D’autres qualités rendaient l’éminent gouverneur Pl°^
- à bien remplir sa haute mission. Il était habile, actif’^
- fatigable ; il possédait au plus haut degré le courage ci
- rare chez tous les hommes, plus rare chez les milu3
- On le trouvait supérieur aux préjugés, à la routine)
- dénigrement, à la calomnie; il laissait au temps à
- trer la sagesse de ses desseins et le bienfait de ses mes1
- p . , *nestr
- Il arrivait aux bords du Gange avec le trésor n
- niable d’une expérience acquise, un quart de siècle allP,j
- ravant, lorsqu’il avait gouverné la province de iMad13-®^
- connaissait, il aimait le caractère du peuple dont il a
- devenir le suprême régulateur. ^
- Dès le premier abord il déclarait, et nul avant
- 11e l’avait jamais fait, qu’il fallait administrer flnde
- posant ce principe généreux : le bonheur des >
- doit, être le premier des intérêts. Il a consadré sept annee^
- remplir ce nouveau programme, en dépit de t°uS ^
- obstacles. Pour commencer, il eut à vaincre des difücl1
- d’une autre nature, et des plus épineuses.
- Reformes administratives et financières.
- ient
- de
- Des guerres, qu’il aurait été facile d’éviter, a van nouveau plongé dans le déficit les finances de 1 ln^e ^ tannique. La Compagnie, exaspérée, voulait à toat P , des économies; elle en faisait une règle obligé011 la gestion du nouveau gouverneur général.
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- DES NATIONS.
- 329
- t,n °r<^ ^eritinck était donc chargé d’une mission ingrate
- a tous lieux, et surtout dans l’Inde : celle de réduire les
- P éléments des officiers civils et les dépenses de Tardée T , .
- §ér' L<eS econornies obtenues sur des allocations exa-i .6es lisent naître‘chez les officiers et les soldats une }> 10n poussée, dans le principe, jusqu’à méditer
- ei)ca^at du gouverneur général! L’animosité subsistait ^°re’ avec une amertume incroyable, beaucoup d’an-aPres la bienfaisante administration de lord Bentinck. e obtint une économie plus facile, mais moins grande, opprimant la Présidence de Poulo-Pénang, qui com-Singapore et Malacca et qui ne commandait qu’à e*t'-^UeS m*^ers ^e sujets. Aujourd’hui ces possessions Caj6rieUres sont nouveau séparées de la Présidence de
- ù)(J ass°ns aux mesures fiscales. Afin d’obliger les classes , ainsi que le commerce, à supporter leur Pa*s es cbarges publiques, il fallut créer l’impôt du timbre.
- ^ remarquer que cet impôt est très-modéré dans ,3 e* Pour un ensemble de populations qui surpasse ; millions d âmes, sujets directs de la Compagnie, cet , ^0t; trente ans après sa création, ne rapporte pas milb°ns de francs. Dans la Grande-Bretagne, il y a aïls. le même impôt rapportait déjà plus de i 72 mil-
- no m-
- l0l*5 ,, - - -
- bj.e ’ Preievés sur une population cinq fois moins 5Ue ce^e des sujets de la Compagnie. c[ue ^ ^eu de poursuivre les obsessions commencées pour Gs princes natifs prohibassent dans leurs États la Q°t)t ^ ^e l°pium, le nouveau gouverneur général se des eïlta de lever, à titre de droit de passe ou de licence, V°isincons*dérables sur l’opium des États circon-des. ; produit qu’il admit librement sur les marchés *ois Présidences.
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- FORCE PRODUCTIVE
- Les indigènes appelés à siéger dans les tribunaux.
- Parlons maintenant d’un autre genre de mesures ^ devait être pour les peuples conquis une juste cons tion. Lord Bentinck appela les Indiens à siéger dans tribunaux; il commença par leur donner le droit de Pr° noncer sur des intérêts qui n’excédaient pas 1 2,5oo fi’atlJ^ Aucune prodigalité ne fut d’ailleurs commise en faveu1 nouveaux magistrats; même à parité de fonctions, Ie.' tement de ceux-ci fut de beaucoup inférieur à celui magistrats européens. Il y a peu de temps encore» comptait dans le pays si riche et si peuplé du Benga
- Juges indiens recevant, au plus, par année. 9,ooof Juges anglais recevant, au moins........... 70,000
- Nombre
- 1 o5
- 12 O
- On ne saurait trouver dans ce parallèle trop de faV6^ accordée aux juges indigènes. L’extrême supérioflte traitement pour les juges européens était due, h l’importance comparative de leurs fonctions; eus au rang beaucoup plus élevé dans lequel on voulait tenir les représentants de la nation conquérante. Ie1 aidait au prestige de la race. ^
- L’innovation que nous venons de citer n’a P0*npaIj5 le premier jour porté ses fruits les plus salutaires* le principe, on ne trouva pas de magistrats, soit ^ dous, soit mahométans, qui fussent d’un caractère^ ^ prochable, qui se montrassent aussi justes envers le a qu’envers le puissant, et toujours supérieurs à toute . ruption; mais, par degrés, on a pu faire des laissaient moins à désirer. Aussi, malgré les vives pl ^ élevées contre cette classe déjugés, leurs services»
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- d DES NATIONS. 331
- Kir*1118 rne^eurs» ont relevé la dignité des indigènes à j Pr°pres yeux, ainsi qu’aux yeux des Européens. tjyes ,terminerai ce qui concerne les améliorations rela-
- jj justice par un fait qui peint les mœurs :
- a v*ngt ans, dit M. Raikes, une circulaire fut Pour j66 aUX Ina^strats » dans la Présidence du Bengale, ^(lfnnéeUr enj°^ri(^re ne plas couper les jarrets des con-
- Av^NT de les exécuter. Cet ordre fut une des déCç S achons de lord Bentinck; mais comment ses pré-{)feiîiSeilrs avaient-ils attendu tant d’années sans en fe 1 initiative ? Ils n’y songeaient pas.
- Efforts tentés en faveur de l’enseignement du peuple.
- c’est j ^ un grand honneur à l’érudition britannique,
- p Cu^ure de plus en plus étendue des lettres oriente {5 eu^^^re mênie avait-on poussé jusqu’à l’excès une Oükr * 6n certa*ns établissements de la Compagnie ; pe<1 , lait troP ce qu’il aurait fallu faire pour donner aux de l’Inde la connaissance des lettres modernes, Ce^e ^es sc*ences de l’Occident.
- % ) Bentinck, dans les derniers temps de
- !^nistratl°n, posa hardiment ce principe : le grand 11 Gouvernement anglais doit être de propagerles ^de eS^ ^es ^e^res européennes parmi les natifs de ^ePeridant lui-même alla trop loin lorsqu il de-^e’ pour employer le mieux possible les fonds ^ *’ense%nement, il fallait donner aux indigènes
- ^calion complètement anglaise.
- 0oseil d’instruction publique fut établi près du \ rftement général. On lit choix d’un inspecteur de *%ïilerite’ Horace Hayman Wilson; il parcourut g^le et le Babar, afin de faire connaître l’etat actuel
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- 332 FORCE PRODUCTIVE
- de l’enseignement et des écoles. C’est à l’influence éda^_' de ce savant orientaliste qu’est due la magnifique pu cation du Véda, exécutée vingt ans plus tard aux fralS la Compagnie ; nous l’avons mentionnée page 2 31 • ^
- En définitive, plus on propagera chez les IndieIlS^ langue anglaise, plus on les rendra capables de saPf prier les idées, les sentiments et les lumières des ^ péens, et plus on leur donnera le moyen de faire ' ^ prendre au conquérant leurs besoins, leurs griefs» e souffrances et les moyens d’y porter remède.
- En même temps, il faut que les Anglo-Saxons qui nent pour administrer ou pour commercer dans t étudient les langues savantes et les dialectes popula ^
- tmc la caner>r>i( l’aratia ot la narcan nicminllX 1U*
- en
- depuis le sanscrit, l’arabe et le persan jusqu’aux
- le r#ar'
- des trois Présidences. C’est ce qu’avait si bien senti quis Wellesley dès le commencement du siècle. e
- Si l’on veut que les Indiens convertis au christia^1 exercent une véritable influence au milieu des na ,.js de croyance brahmanique ou musulmane, il faut ^ prennent rang parmi les plus érudits; il faut qu’ils pll*sSjg5
- comprendre et discuter les croyances, les origineS’ illusions, les erreurs des livres sacrés et des poëincS^jt font partie de la religion hindoue. La perfection d’attirer l’Orient au christianisme, sans faire dispal , les trésors de la littérature orientale, épurée, releV l’étude, par le bon goût et la saine philosophie. S) On sait quelle erreur commettait, au milieu de ® ^ l’esprit étroit de quelques ultra-dévots qui, dans cel écoles, proscrivaient Homère et Virgile, parce fiue . ^ vinités de ces grands poètes appartenaient au pag^^j L’erreur serait plus grande, et de même nature» sl ^ THindoustan on repoussait le persan, l’arabe et crit, avec leurs chefs-d’œuvre, parce que les mag11
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-
-
- Prod
- *eii,
- DES NATIONS.
- 333
- jetions de l’esprit oriental appartiennent à de fausses
- Iglons.
- Quelques milliers d’Anglo-Saxons, si vainqueurs et si
- a*hes qu’on les suppose, n’étoufferont pas et ne feront
- abandonner en peu d’années les langues ou savantes 0llvuba;---- • .
- ¥lab
- gaires qui transmettent, jusque dans leurs mo' es, les souvenirs, les croyances, les sentimen üeu* cents millions d’Asiatiques. -cp.
- Ï4e peuple romain seul a pu réaliser pareille en r P ’ tï)ais ü a fallu que les siècles vinssent à son aide.
- ?ec le secours du temps, il n’a réussi que ans u e 1 Occident, en s’assimilant, pour la langue e es f ie culte, tant de nations encore voisines de e;
- .ailCe;en leur ouvrant ses administrations, ses e ,
- °rs et son sénat; en recevant d’elles tout, jusqu a ^ lueurs; Mais l’Angleterre n’a jamais rien fait poui r tiques les populations de l’Inde. Jamais elle n
- S leur ouvrir sa Chambre des Pairs ni seulement s lauihre des f.nmnm”''"''- ~
- ïh* •
- des Communes; jamais elle niia cherch bistres, ni ses grands seigneurs, ni ses P ou
- cuivrées ou noirâtres des borde l’ar-
- j^t'oyale; mais, dans les troupes natives au se m_ * ^°uipagnie, le dernier sous-lieutenant europ an(le au plus éminent des capitaines indigènes. » ^ l4U°llal du conquérant traitera toujours es n é ^ustan comme des races inférieures, condamnées
- ^ leur ‘
- -ur origine et leur nature à robé|^f t^cTnser-
- v 11 définitive, aussi longtemps que ^ nii’elle v régit
- £ sou empire sur l'Orient .es.P«P ^ U*
- i4er°nt leU,'S ’di0meS he.redrnse cultes mystérieux et dç 6llls longs désespoirs, de leuis
- 5 Wrs secrets de vaincus.
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- FORGE PRODUCTIVE
- Enseignement des missionnaires écossais offert aux jeunes Hin^°a
- L’assemblée générale de l’Église protestante écossa15 the Kirk, résolut, en 183o, d’entreprendre dans 1 In^e U. système nouveau d’instruction. Elle décida qu’on enS gnerait les saintes Ecritures aux jeunes indigènes, joignant un système d’instruction profane européenne-premier missionnaire opérant d’après cette idée dau5 cité de Calcutta n’eut d’abord que sept élèves ; mais i compta bientôt douze cents. . a
- Lord Bentinck applaudit à ce rare succès. Il temo$ publiquement son désir de voir propager dans l’In^e . enseignement qui s’annoncait par de tels résultats, et ^ promettait beaucoup de conversions futures.
- La loi rendue protectrice pour les indigènes convertis.
- Un secours puissant vint en aide aux efforts du tianisme : ce fut une interprétation loyale de la Rfyat
- iüeS
- Tnâ0ê
- au cas où les deux parties en litige appartenaient, v°n J^
- qui limitait l’application des lois hindoues et musu.lmaI
- soit au brahmanisme, soit à l’islamisme. L’objet - ^
- mesure était de soustraire à la juridiction interessea^ fanatique des religions orientales tous les nouveaux ^ vertis au christianisme. On mettait désormais uu à des sentences déplorables, et l’on empêchait la ^ dont les lois hindoues et musulmanes frappaient.^g natifs qui changeaient de religion pour devenir chretl Cette interprétation, aussi juste que généreuse, aPP tient à lord William Bentinck.
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- des nations.
- 335
- Création d'un coiWj» médical owoerl a,un natifs-
- i utiles
- Au nombre des institutions les p us compter
- puverneur général a favorisé la cr atio , bonheur de 6 collège médical de Calcutta, qul jel’établisse-
- ^ inaugurer en 1835. Les amphithéâtres de libé->t fuvL ouverts aux indigènes avec autant
- taW qu’aux Européens. brahroanes, imbus
- Au début de cet enseignement, les pas que
- W préjugés traditionnels, ne c0" pût avoir
- pttiais l’étude pratique de l’anatomie ce que le
- a ^oindre chance de succès dans eur p ^ g éle-Seul contact d’un cadavre est, pour es Vinstitu-
- ,ées, une pollution qui les dégrade. Cep ^ études 10,1 mixte a prospéré; des Indiens en on répugnances *v&; un rare succès, et 1 on a triomp e ^ je coj. ?“’°n se plaisait à croire invincibles. ° ensejgne,
- médical de Calcutta, grâce aux 1 chez les Répandu des bienfaits plus justement app '^igènes. . idées dont lord
- Pour montrer l’heureux piogr bonheur que>
- ^ttinck avait pris l’initiative, disons avait rois les
- ^ ans après l’honneur dans lecIue ^ Calcutta, loties médicales par la création u c0 r Q francs p°ur e Oahah du Carnatic ollrit un P1^ 6 ’ en langue bin-
- ? haduction d’un bon livre de m Arment, troupes °^stanie • un jeune soldat anglais c u
- 16 Compagnie, a remporté ce prix- faut citer
- . bès un Hindou très-opulent, ^ sa nation,
- h0ur son esprit supérieur aux Pr J oermanents d’en-. ^Wth-Tagore, avait fait les Ira P enverrait
- ^ et d’éducation pour deux natifs qa
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- 336 FORCE PRODUCTIVE
- à Londres, afin qu’ils apprissent les sciences médicales chirurgicales; parmi les premiers élèves envoyés on ie marquait un brahmane devenu chrétien. J’indique ave soin de tels commencements.
- Mesures adoptées contre l’immolation des jeunes jilles-
- je
- La misère et l’orgueil sont les sources de ce genre crime, si fréquent surtout dans le nord-ouest de Hn Pour éviter les frais excessifs des cérémonies matrix0 niales et les sacrifices nécessaires à la dotation des 0eS> et la honte parfois de ne pas leur trouver de partis 4 soutinssent l’honneur de la famille, des parents barn ^ trouvaient en même temps plus économique et m embarrassant de les étouffer dès leur naissance. ...
- Lorsque nous parcourrons les provinces où ce l°l ^ était le plus commun, nous en expliquerons les ca avec plus de détails et nous signalerons les efforts te*1 pour y mettre un terme. ^
- En 1831, l’agent politique attaché au pays de M. Willoughby, fit un rapport remarquable sur leS sures propres à prévenir ce genre de crime, et ses Pr°^e sitions furent mises en œuvre. On assure que le n0iÜ^ des enfants dont la vie fut ainsi conservée represee presque la moitié des naissances du sexe féminin.
- Dans le pays des Radjpoutes, on obtint du principa chefs souverains, du radjah d’Oudeypour, qu’il doal l’exemple de supprimer l’infâme coutume de l’infant101^ Lord William Bentinck le félicita d’avoir pris cette 1,3 tive, par une lettre également honorable pour le Pri et pour le gouverneur général.
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- DES NATIONS.
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- ^es sattis, ou sacrifices de veuves, supprimés par lord Bentii
- Pour triompher de la coutume qui poussait les v ^sacrifice de leur vie en l’honneur d’un epoux peid , Jetait pas seulement le faux orgueil et l'exaltation de sexe qu’il fallait vaincre, ni leur désespoir en voy fIser des liens si rarement heureux en Orient, ni a P ^c%e d’une fausse gloire couronnée par àes e ici esteg; ce qu’il fallait rendre impossible, c était e si ^ ^ l^natisme intéressé des brahmanes, Pour *îu*
- H des veuves opulentes devenait l'objet dtnfames e ,l8«s profits ; c’était la conjuration d’héritiers avi e*’ Paient s’approprier les riches douaires et la or un p >He des femmes sacrifiées; c’était, enfin, la cnmmelle vision de tant d’hommes cupides qui, non con en a^oic conduit au supplice la victime, preten ue ^ nantiraient en foule au pied du bûcher avec lemv se 168 Monstres sans pitié précipitaient dans les flamme Ne. qui quelquefois, à l’aspect du supphce, recula,t ê lespoir. de fuir la mort. , ,
- v. ^Us de soixante années cïe semblables spec ac
- décid^ Compagnie des In<^J^ ^alêtrenst^e>, effort bienveillant et courageux, dut-il Mb' es.sayer de rendre impossible la continua 101
- tin^es ê seconde année de son gouvernement, 1 ^
- ’ eet ami de l’humanité, ne prenant c°ns , suj,
- dd eut la fermeté d’interdire officieUem
- f > veuves dans toute l’étendue des domau^
- >es. Il sanctionna cette mesure en pronon^tto
- S ês plus graves contre les Hindous qui favm c
- qeut vl . . • rAvoltant. Quelques riches
- d 1 avenir un acte si ic\uuai
- 22
- Production. — iv.
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- FORCE PRODUCTIVE
- natifs ne rougirent pas de réclamer le maintien de te c°^ tume barbare qui souriait à -leur orgueil et qui rassUr t leur pusillanimité. Ces lâches tyrans delà famille vou* ^
- sa^11
- ete»
- par la terreur sauvegarder leur existence; ils pen que la peur d’être brûlée vive, même à titre d’hono arrêtait plus d’une épouse tentée de conquérir des Ja moins malheureux et sa liberté par le recours au P01^ domestique. Les pétitions pour la perpétuité de fi*11*11 tion furent repoussées avec une réprobation sévere-Disons avec bonheur que d’autres Hindous, 111 sourds à la voix de la pitié, firent parvenir a ior® j, tinck leurs adresses de félicitation et leurs vifs re*11 ments pour cet acte d’humanité. On a cité, parmi tes P célèbres et les plus éclairés, Rammohun-Roy et D^31 natb-Tagore. U
- Je n’ai pas épuisé tous les actes bienfaisants du g reux ami des Indiens pendant son administration’ parcourant les provinces, je montrerai plus d’une f°lS^js mesures appliquées au bien-être des habitants. De P faits compléteront l’éloge, si bien mérité, du seul g0lJ j neur général dont les peuples de la péninsule conser la mémoire au fond de leurs cœurs reconnaissants.
- Charte de la Compagnie : renouvellement pour vingt années, 611
- 1$'
- Par cette charte est constituée une quatrième P
- i i t su^*
- dence, ayant Agrah pour capitale et s’étendant deux rives du Gange et de la Jumna, contrée connUe
- s a1
- le titre de Provinces du Nord-Ouest.
- évêc
- En vertu de la même charte, deux nouveaux Sf anglicans sont créés : l’un pour la Présidence de l’autre pour celle de Bombay. « <jite
- Ce fut seulement par l’Acte organique de i
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- DES NATIONS. 339
- }'s s«jets européens de l’empire britannique obtinrent ^c°uiplète liberté de posséder des biens-fonds et de p^a Tpter, en concurrence avec les indigènes, tous les genies j6 Cldture et d’industrie. Nous ferons voir quelles ont ete s suites importantes de cette nouvelle faculté, ue autre disposition de la même charte annonçait, métropole, des sentiments généreux a 1 egaid des ^ %enes; elle les déclarait éligibles a toutes les places, ^ seulement exceptées.
- 0 ar une réaction déplorable, à partir de ce moment, ^ la presse indo-britannique, intimement alliee aux rvHeurs européens de la Compagnie, peindre sous es c°uieurs de plus en plus odieuses le caractère des natiis ; lll un moyen de les proclamer indignes des emp^ms Xc{Uels semblait les appeler la charte de 1833. En ait, ^Cepte des places secondaires de juge accordées par oi les indigènes ne sont pas entres avec les Euro en partage des fonctions administratives et gouver futaies que leur ouvrait le Parlement.
- 0lïune caractère d’un gouvernement dont le centr .tr°P éloigné, ajoutons que les législateurs metropo J*Uls n’ont jamais eu ia pensée de s’informer si leur JSUr« libérale et bienfaisante n’était pas restee indefim-
- at de lettre morte.
- Les' successeurs de lord William Bentinck. Intérim de sir Charles Metcalfe, 1836.
- ue S()^re départ de lord William Bentinck et l’arrivée Süccesseur, l’intérim du gouvernement général fut e*'W?ar s*r Charles Metcalfe, comme doyen du conseil 1 et législatif de Calcutta.
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- 340 FORCE PRODUCTIVE
- ! _ /\y>
- Si ia plus injuste et la plus déraisonnable des ie lutions n'avait pas fait une règle absolue de rejeter serviteur de la Compagnie pour en gouverner les Etat5’ sir Charles Metcalfe aurait obtenu cette haute fonct*olï Son expérience était grande, son esprit étendu, son a élevée et digne de continuer, en les menant à bon tel*11 les entreprises commencées par son généreuxprédécesseu Les Anglais lui savent gré d’avoir aboli complète^ dans l’Inde les entraves de la presse périodique, soit <Jue exprime ses pensées dans la langue des conquérants,5^ quelle les exprime dans la langue des vaincus. La me ^ aurait eu de moindres dangers si l’on avait, conforme11* au précepte de lord Bentinck, continué de gouverner i dans l’intérêt primordial des Indiens : ce qu’on °u bientôt de faire. , c
- Les dominateurs ont dédaigné, dans leur orgueu» ' sages précautions qu’il aurait fallu prendre pour e^P cher que le journalisme enflammât des passions oa ^ reuses. Dans ce pays, à l’exemple de l’Occident, la P1 ^ a trop souvent pour règle, afin d’attirer les lecte d’agiter et d’aveugler au lieu de calmer et d’instruire*
- En 1856 et 185 y, on vit surgir l’irritante flueSj j0 des cartouches enduites avec la graisse de l’aniR13 , plus abhorré des Orientaux. Elle fut discutée, enven1*11 pendant des mois entiers, par les journaux écrits en . ^ indigène, lesquels soulevaient impunément les PreJU® jj. les haines et les sourdes vengeances du sentiment __ gieux qu’outrageait avec folie l’autorité militaire. Le vernement britannique ne daigna pas s’apercevoir du ger de telles excitations faites dans l'idiome hindonstoN Au milieu des emportements particuliers aux j°ul anglais de Calcutta, nous devons signaler la saSesS^^, journal vraiment digne de son nom , l’Ami de
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- DES NATIONS. 341
- l'Ug P
- brill KIEND 0F ^NDrA- Son rédacteur, M. *Marsham, a fait ei des lumières précieuses et des opinions pleines de sat,eSSe recueidies Par Comité d’enquête sur la coloni-ay n et i établissement des Européens dans l’Inde : nous lîs eu soin d’en faire usage.
- Lord Aizkland, 1836 à 1842.
- }’i ^°1(^ William Bentinck avait réprimé, de sa forte main, GriCe C0I1[îu^^e e* Penivrement du pouvoir; il
- S1gnalé le besoin de protéger les intérêts matériels j^0l>aux des populations.
- Crjavait dirigé toute son attention vers la répression des ^es Particuliers aux indigènes, tels que ceux des thugs éco - Ducoïts. En 183y, on établit à Jubbulpour une d0ri^ d industrie1 pour instruire les enfants des Thugs un châtiment suprême avait puni les crimes.
- Uti ^xPosition universelle de i 85 î, je remarquais avec pa^l°^0r|d intérêt une tente, en poil de chameau, tissée j^Ces 0rphelins dans lecole de Jubbulpour. avaj^111*8 tl01s T1131’*5 de siècle, le gouvernement de l’Inde h r°c°nnu l’existence des associations de voleurs, les R't’a -i T11 commettaient en troupe armée le pillage des ^ C s chemins et des habitations. Ils avaient leurs règle-
- erHs i_..
- d’e^ ' l6Urs cll’conscriptions, leurs villages; et beaucoup (jl|e e eux étaient des voleurs héréditaires. On savait déjà êes ^sieurs zémindars les favorisaient, et qu’ils avaient
- ^asSQcies dans les bas degrés de la police native. de ^dant son gouvernement, Warren Hastings punissait i} sans distinction, ces criminels et leurs fauteurs;
- aPpait d’une amende les villages complices et ven-
- r, V oyez ^ ^
- 7}i„- ,ConiPle succinct de celle école dans l’ouvrage Je M. Kaye,
- «c/i
- nmisL
- ration oj ihc Easl India Company.
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- FORCE PRODUCTIVE
- dait comme esclaves les femmes et les enfants de ces
- yO'
- leurs à main armée. Mais lord Gornwallis, moins imp^ cable, surtout au sujet de la complicité des zémin^ n’empêcha guère que les Dacoïts ne continuassent déprédations.
- En 183 7, nous retrouvons sir Charles Metcalfe»11
- plus gouverneur général, mais seulement lieutenant-^
- cor*'
- âè5
- jiisft'
- verneur des provinces du nord-ouest. Il établit une mission spéciale pour la poursuite et la répression
- Dacoïts. En 1838, elle fut réunie à la commission
- ’ x , . J, fut
- tuée contre les Thugs, et le succès de cette reunun
- assuré par le choix du président, le colonel Sleeman jeta le jour le plus remarquable sur les mystères de associations.
- Diverses parties de l’Inde renfermaient des classes p ticulières de voleurs organisés sous les noms divers Budducks, de Dosaks, de Hurries, de Khiejueks, etc-associations criminelles avaient leurs cérémonies gieuses et leurs initiations. On s’occupa de les reprl^ ^
- Passons maintenant aux intérêts matériels qu’ont pés des malheurs déplorables.
- Sur la famine de 1838 et sur le besoin des irrigation•
- ,’eu
- Cette famine a surpassé toute idée qu’on pourrait s former dans l’Europe moderne. En supputant les ^
- très quelle a produits, on a fait le sombre calcul que’ j
- le nord de l’Hindoustan, plus d’un million d’habitant péri faute d’aliments! Au moment où nous écrivoï1^^^ lignes, en 1861, le même fléau sévit sur les mémo3 trées, mais avec moins d’intensité.
- Dans le climat tropical ou quasi-tropical de l’Inde»’ ^ que les eaux du ciel arrivent avec leur abondance ae
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-
- ^tïl
- DES NATIONS.
- 343
- ses ^ V8§8tation Au vaste bassin du Gange prodigue j ^s°rs. Mais dans les années où les pluies sont rares,. 6S* Pr*v® sa facubé bienfaisante ; il brûle les ^tes nourricières, au lieu de les féconder et de les mû-
- Hp f^y
- ^ . est abn de lutter contre les redoutables inégalités
- te^aîat que la prudence du Gouvernement s’est de tout pj^.Ps aPpliquée dans l’Inde à préparer, pour la saison des crfileS’. ^es r8servoirs aussi>nombreux que variés, On ^GS Pu*ts’ Par charité pour les voyageurs et dans s ret de l’agriculture; on barrait les moindres ruis-e X’ de distance en distance, pour créer des retenues; taii^a^ne’ 0n Pr8Parait gran(les fosses carrées ou rec-^gulaires , pour êtré remplies au printemps par les eaux Ijj Vlab3s. Des irrigations intelligentes conduisent par minces j^e fluide fécondant, thésaurisé par tous ces moyens. tint'68 P^L1S ^aute antiquité, les Hindous avaient mul-0 *e *ravaux ce genre. Les Mahométans, Persans et | n avaient pas dédaigné ces entreprises utiles;
- k fUr domination s’était signalée par de grands travaux jdtauliqueg^
- seu GS An§lais ont 8t8 très-tardifs à suivre leurs prédéces-Üs ^ ^anS cette vo*e bienfaisante; à partir de lord Clive, ^°nt restés inactifs pendant plus d’un demi-siècle.
- 11181 o seulement, un gouverneur général, lord Minto, ^tCOïl^enta d’instituer une commission chargée de cons~ Petat délabré des anciens canaux. tç 111^i 5, lord Hastings demande à la Cour des Direc-^/S C^10n Paulorise à compléter le canal musulman de dé aïï?na occidentale, qu’on appelait le canal de Dehly. Il
- *esir cett lut ^
- ^uit e,aüC0uP d’années avant que les travaux fussent con-a terme et qu’on achevât le canal de la Jumna orien-
- ait qu’on affectât annuellement 2 5o,ooo francs à iiit r œuvre importante. Avec de si faibles moyens, il fai-
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- taie. Ce dernier ne fut accompli que sous l’administré10
- de lord William Benlinck.
- Cependant une expérience irrécusable, montra de 1101 veau l’importance vitale de ces grands travaux. Tandis ^ la sécheresse de 1838 portait partout la famine et la u1 les terrains fécondés par les irrigations déjà créées otua u des moissons abondantes et sauvaient l’existence du peUJ^ établi sur la terre ainsi fertilisée. Les cultures, aug®®11 ^ de la sorte, en superficie comme en richesse, accrois^ dans la même proportion le revenu de l’État et le bieI1 être des particuliers. ^
- Cet exemple ne pouvait pas rester sans imitation t j travaux encore plus étendus furent entrepris, et le ca° du Gange acheva la fertilisation du Doab.
- L’administration de lord William Bentinck avait c
- fiai1’3
- mencé la route principale appelée le grand tronc, qul ^
- par avoir 570 lieues de longueur depuis Calcutta, suj Gange inférieur, jusqu’à Peshawer, au delà du haut 1° ^ C’est l'unique longue route empierrée que présente un mense empire; elle n’est pas encore terminée.
- Envahissements des Anglais ail delà de l’Indns.
- SOU5
- Avec une incroyable et coupable témérité, gouvernement de lord Aukland, l’Afghanistan fut en^a d’où s’ensuivit l’extermination de l’armée anglais* ^ reviendrons sur cette phase importante et néfaste fortune britannique. Une expédition audacieuse à cep n’était pas le propre du moins entreprenant des neurs généraux. L’initiative d’une agression si discuta^ au point de vue du droit des gens appartient au 111. tère du Contrôle; elle fut résolue malgré l’opinio0 dente et sage manifestée par les Directeurs de la
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- Pagme. Un historien britannique a déclaré que cet acte
- * •
- serait
- Un crime, s’il n’était pas une folie.
- Kiere grande iniquité contre Sattara, principauté séquestrée en 1839. p
- j Ur montrer comment l’Administration s’avançait uajjg | ..... .
- ^ ies voies d’un arbitraire qui justifiera la plus terrible
- Rebellions, signalons l’attentat le plus révoltant ac-
- pfiu sous le triste gouvernement de lord Aukland.
- ^ endant dernière guerre des Mabrattes, le chef légi-
- e ces peuples, l’héritier de Sévajie, avait reçu la
- ctpauté de Sattara, faible compensation de ses Etats
- ^ us et de sa couronne brisée. A soixante lieues de
- j^ay s’élevait la place forte de Sattara, ornée de pa-
- (P ’ c^e parcs et de jardins; le territoire qui composait sa
- o^nce nourrissait un million d’habitants. A cet État
- i J°ignait une pension annuelle de 125,ooo francs, qui
- ^ e*ie ^esserv^e Par Pesbwa, prince mahratte : pen-
- c ^/adde sans doute, mais infiniment significative, en la
- Uî> Iant comme une redevance à la famille suzeraine.
- $io GS 1Wa 5 malgré sa puissance et l’étendue de ses posses-
- t'a p8’ Prenait toujours vis-à-vis du descendant de Sévajie,
- Jau de Sattara, le titre d'humble vassal et de sujet.
- a Compagnie garantissait à ce radjah, Pertaub-Shéan,
- ^ s°Uveraineté perpétuelle. Le jeune prince, à cette
- s . ^Ue» n’avait encore atteint que sa dix-neuvième année.
- ailS ^US ^ai ^ ’ sur raPPort c^e BVilliam Ben-
- §0a ’ ^GS rnemt>res de la Cour des Directeurs, en témoi-
- leur admiration pour la manière dont il a su
- Po^errier son pays, lui décernent un sabre d’honneur.
- accompagnée d’une lettre qui signalait, en
- iq 0,1 ^accomplissement exemplaire de ses devoirs et
- i0llstance à suivre une ligne de conduite qui produisait la
- )
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- prospérité de ses États et le bonheur de son peuple! Quatre aa5
- plus tard, la Présidence de Bombay mettait la main sur sa
- principauté; mais alors le généreux et juste lord Bentin
- ne gouvernait plus le grand empire dont il avait fart
- bonheur.
- Quels crimes récent^ avait donc commis ce souverai11
- adoré de son peuple et révéré de l’Inde entière? Il ne pel
- mettait pas que d’intrigants brahmanes le réduisissent
- comme certains de ses ancêtres, à ne conserver ulie
- ombre d’autorité. D’autre part, il avait offensé la PreSl
- dence occidentale en refusant diverses gratifications»
- bonnes mains, aux Cours fiscales qui voulaient lui
- rer divers fiefs militaires ou Jagbires, fiefs qu’il posse ^
- en vertu d’un traité solennel souscrit par les autorités
- Bombay. Il avait comblé l’offense en obtenant à Lonihe
- même, et de la Cour des Directeurs, une décision faV°.
- lui
- rable et suprême. Le radjah réunissait ainsi contre , deux classes d’ennemis mortels : parmi les Hindous, c^ taient les brahmanes; et parmi les Anglais, c’étaient grands magistrats covenantés. Sa perte était inévitable*
- Un prêtre de Brahma dirige contre ce prince une nonciation mensongère, insensée, que Bombay reçoit a empressement : il l’ose accuser d’être l’instigateur n conspiration contre l’empire britannique. Pour accotnp un dessein si criminel, le radjah s’efforce d’embaucher cipayes, et, de plus, il ourdit des relations menaçantes a les Portugais de Goa ! Autant vaudrait accuser un ta duc de eimar ou de Hesse de s’allier avec les habitant5 Monaco pour renverser la Prusse ou l’empire França*5 Présidence de Bombay fut enchantée de tout croire.
- L’auteur de ces accusations, aussi folles que fallacie1 confessa plus tard qu’il avait été suscité par un autre bia mane, l’un des principaux officiers et l’ennemi personn
- isM
- use5»
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- DES NATIONS, ta radjah. Le délateur, à plusieurs reprises, poursuivi Par le remords, demandait qu’on lui permît de dévoiler et ta poursuivre le premier instigateur de tant d’incrimina-ܰns. Enfin, pour comble d’audace, il accusait le Résident tarais à Sattara ! L’administration de la Présidence de Olobay, qui s’était montrée si facile à recevoir l’accusa-tio*i > refusa d’écouter l’accusateur repentant aussitôt qu’il °ffrit de faire triompher la vérité.
- La ruine du radjah fut conduite avec profondeur. Une ^traction mystérieuse était dirigée contre lui. On re-taa de lui communiquer les témoignages qu’on suscitait P°ur sa perte, de peur qu’il pût y répondre ; jamais il n’en ai'ien lu, ni même rien su. Par un procédé qu’on croi-tart n’appartenir qu’aux plus mauvais jours de l’Inquisi-tan, ses persécuteurs de Bombay lui proposèrent de con-server sa souveraineté, s’il voulait s’avouer coupable, et, Par conséquent, se montrer indigne de régner. Il aima taenx perdre le trône et garder l’honneur.
- , U demandait une chose sacrée, chez les Anglais, à egard de tout accusé : il demandait des juges et la loi.
- de les obtenir, il proposait de renoncer même à sa c°Uronne. Il quitterait sa capitale ; il irait se constituer Prisonnier dans la forteresse qu’habitait le Résident, si Clveillant à son égard; en paix avec sa conscience, il Rendrait son jugement au milieu des soldats de ses percuteurs. Tout lui fut refus^.
- Écoutons à ce sujet M. Malcolm Ludlow, qui n’est plus fllilplement ici l’historien des races de l’Inde, mais le Jurisconsulte, le Barrister at law, l’homme du barreau et ta ta loi : « Nous nous complaisons dans cette inspiration de tatre coutume anglaise qui nous fait engager un accusé c°udamnable à plaider pour son innocence, lors même ta’en secret il s’avoue coupable; mais extorquer une décla-
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- ration de culpabilité à l’infortuné fort de son innocent» ce.n’est plus la loi, c’est la torture!...» ^
- En vain militaient pour un souverain vertueux, et sage conduite de ses troupes et le bonheur de ses suj Dans toute l’étendue de ses Etats, la campagne était rissante. Sa capitale était splendide. Le palais, rempli d°r nements précieux, montrait la richesse du radjah, s ^ que le peuple en fût appauvri; la sécurité, le bon ordre la justice enrichissaient à la fois les familles et le trésor-Pertaub-Shéan, monarque indépendant, avait le u ^ d’opposer la force à la violation des traités ; il ne laissa p ^ même contre lui ce grief à ses ennemis. Quand le Pr°0 consul Ovans vint pour l’arrêter, de nuit, avec une troUP^ nombreuse, il trouva par ordre exprès du souverain portes grandes ouvertes et de la forteresse et du palais* éveilla le radjah, qu’on entraîna demi-vêtu; on l’enferIïia’ à quelques lieues de distance, dans une étable à vcicheS^ pour l’y garder le reste de la nuit. On confisqua leS rl chesses de son gouvernement et ses effets personnels J qu’au moindre de ses joyaux. On le déporta, pour ies prisonnier à vie, dans Bénarès, le Botany-Bay des ra^Jat détrônés; dans Bénarès, la ville sainte! moins profene^ soixante et dix ans auparavant, par les extorsions et
- violences de Warren Hastings.
- Tel était pour le prince innocent l’amour de son pel1F que, sans peur de subir sa persécution et son indigeI douze cents de ses sujets accoururent afin de partage1 déportation sur les bords du Gange. ^
- Pendant la marche vers l’exil, avec le monarque , chu on traînait aussi comme prisonnier son héritier} ^ somptif. Ce frêle jeune homme tombe malade au m du trajet; le radjah supplie, afin d’obtenir, dans un p cours de trois cents lieues et sous les feux de D 1
- *
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- ^lTide, la simple faveur d’une halte : il ne l’obtient pas. Ul1 chemine toujours, et quelques heures après le dernier refus, on trouve le prince héréditaire tombé mort dans s°n palanquin....
- L’époque immortelle des Burke, des Fox et desShéri-,an 5 de ces rares génies qui consacraient leur éloquence a défendre l’humanité qu’on outrageait en Orient, à pour-suivre les crimes et flétrir la tyrannie d’un dictateur de a'cutta, ce temps avait disparu, comme la magnanimité e ces immortels orateurs. Les forfaits de Sattara ne retendent d’un faible écho, dans la Chambre des Communes, d*epour laisser la vérité sans triomphe et l’innocence foulée s^s les pieds des persécuteurs. «Voilà, s’écrie l’historien e flnde et de ses races, qui me sert ici de guide et de ai9beau, voilà la première partie de l’affaire de Sattara, ^ fut résolue avec autant de stupidité par la Chambre Communes que par le Times ! Telle est, en définitive, a simple vérité : Le plus habile, le plus exemplaire des dinces de l’Inde est précipité de son trône ; il est volé de Sçsbiens; et pourquoi? parce qu’il a refusé de se déclarer c°upable de crimes qu’il déniait, et qu’on appuyait sur ^es dépositions que jamais il n’a connues! Nous, Anglais, ll°Us pourrions être charmés de n’en plus parler, de n’y penser; mais supposons-nous que les princes et les impies de l’Inde ont oublié cet odieux attentat? »
- Telles sont les iniquités qui s’accomplissaient sous les 9^spices et par l’ordre définitif de lord Aukland, le suprême fe§ulateur des trois Présidences.
- L)ans l’année i84o, après que les Anglais eurent ab-s^rbé la puissance exercée par le Peshwa, l’un des prin-^Paux «chefs mahrattes, la Compagnie garantit le petit tat de Coluba à son souverain R.agôju-Angria, ainsi qua Ses successeurs. Suivant la coutume consacrée par les lois
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- civiles et religieuses de l’Inde, ce prince, n’ayant P3S d’héritiers directs, fait choix d’un fils adoptif pour pie sider à ses funérailles et prendre possession de sa prlIlCl pauté. Le gouverneur général foule aux pieds cet acte, administrateur, agissant en son nom, confisque le ^elV1 toire; il met la main sur le trône, déclaré vacant au no^ de la Compagnie, qui n’en rejette pas la possession-représentant de cette usurpation fait vendre à l’encan t°11 les animaux, les cerfs, les buffles, les chameaux et les che vaux du radjah décédé; il sévit sur le peuple, en eta3 sant le monopole du sel, si dur à supporter dans l’In^e*^ L’Etat avait peu d’étendue, mais la Compagnie 0° confisquant s’attribuait un droit énorme! Appuyée sur tel précédent, elle mettait au rang de ses épaves tou*e les nations, tous les trônes de l’Hindoustau qui, ^a°S l’espoir de perpétuer leur autonomie, oseraient enc°re pratiquer la coutume sanctifiée par leurs codes séculaireS et leurs préceptes religieux sur- le droit sacré d’adoptl0^' Cessons à présent d’être étonnés des troubles souleVe dans l’Inde quelque temps après par des actes non P seulement injustes, mais impies aux yeux des inàigetieS Bientôt, en effet, les Hindous exaspérés montrerc ’ dans plusieurs localités, leur désaffection et leur tend® à la révolte. . .,
- Les mahométans révélèrent encore plus d’inin®1^ Leurs pèlerinages à la Mecque, d’où repartent croyants pour tous les pays soumis à l’islam, ne reP dirent que trop vite l’aversion contre les Anglais chez ^ nations musulmanes à l’ouest de l’Indus. Leur fanatise®6 réveilla dans les profondeurs de l’Asie.'Sur le littoial ^ l’Arabie, la terre natale du Prophète, les Anglais, c ^ à-dire, à leurs yeux, des mécréants, des giaours, setai approprié le port d’Aden, subtilement acheté d’un Pa
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- teur voisin, comme le serait un vil objet de troque ; Aden ! ^ position navale qui domine une mer de toutes parts entourée de vrais croyants. Au fond des gorges de l’Afgha-^tan, ils croient voir la vengeance de l’islam et le bras du Dieu dans les Vêpres siciliennes que vont accomplir c°ntre l’armée britannique les sectaires de Mahomet.
- Les Anglais victorieux occupaient Caboul, la capitale pays demi-barbare; tout semblait soumis, tout était Enquillé. Le 2 novembre i84o, le soulèvement commence. L’assassinat atteint d’abord Alexandre Burne, le v°yageur qui, le premier, avait attiré l’ambition des An-SLis au delà de l’Indus, et le Résident qui trônait à côté roi Soudja, ramené dans Caboul par des baïonnettes détiennes. La troupe anglaise, assaillie, résiste, et tout 1)6 périt pas d’un seul coup. La retraite commence, au CQsUr de l’hiver, dans un pays de montagnes et par un ^r°id de Russie; elle présente sous les armes à,500 sol-^ats avec une foule de gens à la suite : en tout 12,000 Atomes démoralisés. Il faut compter encore les femmes et les enfants des Anglais. Un seul individu de cette race eriVabissante et jusqu’alors victorieuse, un seul échappe au massacre, à la captivité : c’est le docteur Bryden, qui Se réfugie dans Jellabad, sur l’Indus, le huitième jour de ^ retraite et de l’anéantissement.
- Le gouverneur général sous lequel arrivait ce malheur ^ ce déshonneur était un whig aimé des siens. Son temps service expirait; il revint tranquille à Londres. Quand Parlement demanda des communications justificatives ^ sujet d’une entreprise si funeste, il paraît qu’on falsi-^ les lettres d’Alexandre Burne; on fit croire que cet 5§ent avait sollicité la désastreuse expédition, qu’au confire ü avait déconseillée. Sa mort ne suffisait pas; on ^honorait sa mémoire! Par ce moyen lord Aukland,
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- affranchi de toute responsabilité, obtint pour récompense le poste éminent de Premier iord de l’Amirauté; et le lence des morts couvrit la preuve des fautes qu’il partagea11 avec le ministère du Contrôle.
- Lord Ellenborough, 18U2 à 18kU.
- Depuis le marquis Wellesley, je ne trouve pas de g°u verneur général doué d’aussi hautes facultés inteHeC tuelles que lord Ellenborough. Parmi tant de gouver neurs recommandables par des talents si divers, lui se a montré dans le Parlement le don si rare d’une véritabl0 éloquence, ordinairement généreuse, trop souvent paS sionnée, mais par là d’autant plus puissante.
- Lord Ellenborough ne pouvait pas consentir que leS armes britanniques oubliassent de venger un oppr°^re comparable à l’extermination d’une armée anglaise et du personnel entier d’une ambassade par des bordes kaf bares; il fallait que la domination de la Compagnie #e restât pas sous le coup d’une si honteuse défaite, et sa luée d’une joie si cruelle par tous les peuples de l’Asie'
- Le gouverneur général, aussitôt après son arrivée da*1^ l’Inde, dirige une seconde expédition contre le Cabo afin de venger les désastres de la première; il réussit- Pal ses ordres, dans Guznie, la capitale antique de l’Afg^ nistan, l’on arrache au vieux mausolée du sultan Mahm°u les portes saintes, autrefois enlevées au temple brah#1^ nique de Somnatb, quand ce monarque, parti du Cabo11 ’ avait envahi l’Hindoustan. .
- Lord Ellenborough vint en personne aux bords de i* dus afin de recevoir ce trophée, qu’il se complut à présent^ aux Hindous pour caresser leur orgueil : il ne songeait p que ces portes étaient deux fois pour eux un monument
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- Servitude, et par la main du musulman Mahmoud, qui les aVait ravies sept siècles auparavant, et par la main du cWtien qui les restituait, en 18A2, au culte de Brahma : *ant ce culte était désormais peu redouté î Lorsque nous décrirons le bassin de l’Indus, nous aurons que trop tôt à reconnaître par quel excès de Puissance lordEUenborough mit la main sur les États des Auiirs et comment il obtint le port de Kurrachie.
- Un autre abus de la force fut sa conduite envers la souveraineté de Scindia, qu’il contraignit par des combats ^perdre son autonomie, en poursuivant la politique de °td Wellesley, son modèle et l’objet de son émulation.
- On avait induit beaucoup de princes indigènes, après aŸoir anéanti leur pouvoir réel, à faire abandon de leurs ^'ritoires, moyennant l’assurance d’une faible pension l)erpétuelle. Le simple honneur mercantile aurait dû Rendre sacrées des dettes inscrites sur un grand livre 9,1 nom de traités solennels; mais, quoi? les traités n’em-Pechaient pas même d’annexer de force ou de gré, c’est-^'dire de confisquer des États. La logique des dépouillements, appliquée contre le faible, conduisait à faire subir ^ pensions des princes détrônés pareille confiscation, plus lestement encore une simple réduction.
- H est regrettable de voir, sous le noble gouvernement lord Ellenborough, une logique de cet ordre spolier les héritiers de l’ex-nabab de Surate, sous prétexte, le croira-*“°n? que des prétendants rivaux se disputaient l’héritage de Sa pension. En citant ce fait, l’historien Malcolm Ludlow Sent se révolter sa conscience de jurisconsulte; il ne borne î)as sa plainte à flétrir l’injustieè de ce cas particulier. « En filtres cas, dit-il, où l’on se refusait à reconnaître des ^ritiers, quelle que pût être l’interprétation donnée par ^tre gouvernement aux lois, aux traités, on croyait
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- INTRODUCTION.
- IV.
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- trouver un prétexte suffisant : il y a plus, des arriérés D&j1 iement dus ont été confisqués avec le titre même de pension. En bon anglais, un tel acte est un vol, a robberf’ sous quelque nom déguisé que nos politiques se plaisent l’appeler, quand il est commis pour dépouiller des hotnMeS gui ri ont ni notre couleur ni notre langage. »
- La Compagnie destitue lord Ellenborough.
- Une pension déniée aux héritiers de Tex-radjah de rate n’était certes pas ce qui pouvait indisposer la C°nl pagnie contre lord Ellenborough; mais ce gouverf^111 général, en dirigeant deux fois à Londres le ministel du Contrôle, avait conçu des sentiments peu favorable
- 6 . x Jpg
- à la Cour des Directeurs; il avait appris les moyens * plus déplaisants de contrarier leurs desseins et de froissé leur amour-propre. Comme il partageait la hauteur arist0 cratique de lord Wellesiey, il ne cachait pas plus que s°n célèbre devancier son peu de considération pour ce^ef fiction du gouvernement d’un grand empire abandonne aux marchands de la Compagnie des Indes. g
- La réaction contre son orgueil ne se fit pas longtemP attendre. Au milieu de ses triomphes militaires, la des Directeurs, révoltée par un enchaînement d’expe tions qui compromettaient ses propres finances, fitàe s prérogative un emploi bien rarement exercé par e Sans aucun égard pour le ministère du Contrôle, elle P1^ fita d’un article formel de sa charte et révoqua, cest dire destitua le gouverneur général Ellenborough.
- Belles qualités de cet homme d’État.
- N’achevons pas le court article relatif au persoflU3#
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- DES NATIONS. aMsi traité, sans faire connaître qu’il existait aussi des parles très-louables dans son administration. Ayant deux fois rempli les fonctions de ministre de l’Inde, il connaissait bien les affaires de cette grande contrée, et ses ^lents étaient pleins de ressources. Son principal défaut de trop aimer les combats et les envahissements, d’écouter trop volontiers des conseillers intéressés à la guerre, et de n’avoir pas toujours eu la patience d’attendre les Meilleures occasions de satisfaire sa faiblesse pour la renommée de militaire.
- Nous regrettons qu’un véritable homme d’Etat, qui pou-vait procurer à l’Inde un grand bonheur par la paix, les ^°is et les arts, n’ait pas exclusivement appliqué ses rares Acuités à la félicité des indigènes; cela valait mieux que ^aspirer à des acquisitions forcées, à des empiétements ^°nt la plupart étaient si contestables. Il serait resté gou-Vefneur général six années et peut-être huit au lieu de ^eUx. Alors son administration aurait offert, nous aimons 9 le croire, de bienfaisants et magnifiques souvenirs.
- Il avait d’abord suspendu l’exécution du grand canal ^ Irrigation latéral au Gange. Quand il fit reprendre les P'avaux, il ordonna que ce canal fût en même temps Propre à la navigation; ce qui doubla l’importance de Entreprise.
- L’énergique administration de lord Ellenborough ne Pouvait pas faire défaut à la répression des Dacoïts. Le seul fait d’appartenir à l’une de leurs associations, même delà des territoires de la Compagnie, fut déclaré punis-Sable. Un tribunal spécial, présidé par un magistrat cove-llanté, eut mission de leur appliquer les sévérités de la loi.
- Par malheur, et sans que le gouverneur général en eût e dessein, sa répression des Thugs devint moins efficace moins active, parce que sa passion pour la guerre l’obli-
- 23. .
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- gca de rappeler les excellents officiers qu’on avait détaches
- de leurs régiments pour ce service difficile.
- Lord Hardinge, 1844 à 1848.
- Le 2 3 juillet 18Z1 k, lord Hardinge prit possession du gouvernement de l’Inde. Afin de faciliter sa nomination’ quoiqu’il fît partie de l’état-major général des forces hn tanniques, il avait annoncé les intentions les plus paCl fiques : il voulait par là contraster avec lord Ellenborough’ il affichait aussi le désir louable de favoriser l’instruc tion chez les officiers civils et militaires. Ce gouverner11 est jugé trop sévèrement par le général Ch. Napier, don* pourtant il était l’ami. Celui-ci le montre habile et soUple devant la presse et l’opinion: «Son ambition, dit le i’u^e appréciateur, voulait s’élever en glissant à travers les obs tacles ; il était né pour serpenter, et il serpenta comme ^ reptile, afin d’atteindre an sommet du pilier de la renommé-Malgré l’odieux de cette peinture, l’administration de l°l Hardinge nous semble préférable à celle de son preC^e cesseur, et plus encore à celle de son successeur.
- Bientôt après l’arrivée de ce gouverneur général, deS troubles sérieux surgirent. Dans l’armée native du gale, plusieurs régiments se soulevèrent, indignés q111 étaient contre le régime offensant d’un certain colofe Moseley, qui fut renvoyé du service; c’était une mesde presque sans exemple dans l’Inde.
- Chez les Mahrattes du sud, deux insurrections éd3^ tèrent presque en même temps, excitées par le pécule l’oppression du brahmane Dajie, que l’influence bi’ltan nique avait fait régent de Kolapour. La frayeur peut-êtfe l’aurait corrigé, quand il vit les montagnards indign^ courir aux armes. Alors le Résident anglais lui cornu130
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- de ne rien concéder et de recourir à la force; mais l'emploi de ce moyen manque d’intelligence. Les belliqueux Montagnards exigèrent l’effort de trois colonels britan-Mques, dont un devint leur prisonnier; enfin leur prin-Clpale forteresse fut prise d’assaut le ier décembre i8/i4.
- Les assiégés s’enfuirent à Sawunt-Warrie et dans le Con-Can, chez d’autres insurgés ; ceux-ci nécessitèrent faction repressive de trois brigades anglaises. Le vaillant Outram, ^oe nous verrons plus tard se distinguer en combattant lMe rébellion autrement formidable, mit un terme à ce second soulèvement.
- Au même instant éclatait une troisième agression, Plus terrible que les deux précédentes : c’était l’armée do Lahore qui se précipitait sur l’Inde anglaise.
- Nous ferons connaître ailleurs l’élévation et la prospéré du royaume de Lahore, habité par les Sikhs. Il suffit de dire ici quelques mots de ce peuple guerrier, qui jouera plus tard un rôle important pour réprimer la dernière et grande révolte aux bords du Gange.
- Origine et croyance des Sikhs.
- Les Sikhs sont, si je puis ainsi parler, les protestants da ^rahmanisme; leur origine remonte, comme le protestantisme chrétien, au xve siècle. Ils furent d’abord gouvernés Par des pontifes appelés Gourous, au même titre et presque dans les mêmes formes que les Hébreux l’étaient par les duges, devanciers des rois. Ils ont leur livre sacré, le Grunth, qui leur tient lieu du Véda. Leur neuvième pontife-prince ayant été supplicié par l’empereur Aureng-Zeb, <*t acte changea leur caractère; leur secte aussitôt cessa dêtre pacifique. Elle poussa plus loin que jamais son iso-^ement religieux, afin de mieux assurer sa conservation.
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- Elle répudia toute idée de caste et de professions héréditaires; elle ne conserva du brahmanisme que la dévotion superstitieuse envers la Vache. Combattant tour à toui les Musulmans et les Hindous mahrattes, les Sikhs se constituèrent en corps de nation, à l’extrémité de l’Inde, sur les bords des cinq rivières dont le réseau compreu le pays du Pendjab. Leur Etat était aristocratique; mais un chef plus habile et plus guerrier que les autres en fit une monarchie : c’était le célèbre Runjet-Sing.
- Runjet-Sing devenu roi de Lahore : tristes guerres après sa mort.
- Lorsque nous décrirons le bassin de l’Indus, nousie viendrons sur ce fondateur de royaume et sur l’instruction puissante qu’il fit donner à son armée par des généraux formés à la grande école du premier empire Français Entouré de voisins ennemis naturels de la Compagnie, b se fit une politique, à la fois sage et constante, de reste1 le fidèle allié des Anglais. Sa mort, arrivée en 1889, nP* un terme à la grandeur de sa maison.
- La minorité de son fils fut en proie à d’horribles dlS'
- sensions ; le pouvoir civil était sans force, et l’autorité ne résidait que dans l’armée. Une régence imbécile autant qu’immorale poussait à la discorde avec la puissance bm tannique. En face de l’anarchie, qui promettait une pr°ie facile aux Européens, les journaux de Calcutta étaient remplis d’excitations à la conquête et de plans pour la con sommer. De l’autre côté, le gouvernement de Lahore tretf1' blait devant ses soldats, qu’il ne savait ni dominer ni satisfaire; il en vint à considérer un conflit avec les AnglalSl en lançant au dehors l’armée, comme un moyen de perdre et de gouverner sans alarmes. Dès novembre 18^’ les troupes du Pendjab furent poussées par échelons vex’s b1
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- 8raude rivière Sutlèje. On ne pouvait pas imaginer quelles °Seraient la franchir; on se trompait. Elles commencèrent k* guerre et prononcèrent, au nom du royaume de La-We, la réunion de tout le territoire habité par des Sikhs SUr la rive orientale de cette rivière. La trahison d’un lâche Vlzir, amant de la reine mère, fit perdre aux envahisseurs 1111 temps précieux.
- Ici nous trouvons une louable énergie chez lord Har-, qui s’avance en toute hâte avec ses forces. Il ne Sagit plus d’une armée comparable à celle qui, marchant c°utre Tippou, ne parcourait que deux lieues par étape.
- sept jours, les troupes de la Compagnie ont franchi fixante lieues d’un pays presque désert. Vingt mille ^ikhs à cheval, autant de piétons et quarante canons sont faillis par les Anglais, très-inférieurs en nombre, et ^anmoins victorieux. Quarante-huit heures plus tard, seize ^He soldats indo-britanniques attaquent cinquante mille ^Ikhs ; le premier jour est sans avantage marqué de part 111 d’autre. Le deuxième jour, on voit le gouverneur géné-ral se placer de sa personne à la tête de l’aile gauche, lais-Saut la direction supérieure à sir Gough, commandant en ckef les forces de l’Inde. Après une lutte acharnée, lavande cette fois est du côté de l’Angleterre. Une dernière ^taille, livrée le 28 janvier 18/16, devient décisive; elle kfit rendre tous les forts des Sikhs à l’orient de 1 Indus.
- Malgré ces défaites, les Sikhs parvinrent encore à pré-Senter trente-cinq mille hommes en avant de ce fleuve.
- livrèrent un dernier combat, où leur résistance fut Plus que jamais opiniâtre : 011 les exterminait, et pas un demandait quartier. Les vainqueurs eurent t?.,o83 tués blessés; jamais en un jour les Anglais, combattant les ^digènes, n’avaient fait une perte si grande.
- Après avoir triomphé d’une résistance désespérée, les
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- forces britanniques dictèrent la paix. Elles gardèrent à litre de conquête l’entre-deux, le Doab, qui s’étend de a quatrième rivière à la cinquième, c’est-à-dire de la Beya au Sutlèje. Les vainqueurs levèrent une contribution 37,500,000 francs pour payer les frais de la guerre; 1 exigèrent de plus qu’011 leur livrerait tous les canons dont les agresseurs avaient fait usage.
- Pour dernière exigence militaire, il fut stipulé quà la venir aucune troupe sikhe ne serait levée sans le consent^ ment britannique. En même temps, le gouverneur genei s’arrogea le droit d’organiser comme il le jugerait con venable le royaume de Lahore. Le roi Dhulep-Sing* un enfant, fut amené devant le vainqueur; il fit son hume et complète soumission, avant même que lord Hardinge eût daigné le recevoir. Des régiments de la Compag1Jie le reconduisirent en pompe dans son palais, tandis flue ses propres régiments furent exclus de sa capitale.
- Après avoir infligé tant d’humiliations, le gouverné général promit qu’il protégerait avec fidélité le roi de ka hore et ses sujets.
- Il établit, sous la surintendance anglaise, un nouvel Conseil de régence qui devait durer jusqu’en 1854, époClue où le roi deviendrait majeur. Hélas! ni le roi ni le c0fl seil ne vécurent jusqu’à ce terme.
- Création du gouvernement de Cachemire.
- Un monstre digne de mépris, qui raffinait sa cruaid^ Goulâb-Sing, au prix de 2 5 millions à verser dans ^ trésor du vainqueur, obtint en toute souveraineté Ie ^ Etat de Cachemire et le pays de montagnes qui seteP depuis la Béyah jusqu’à l’Indus, entre l’Inde britanniflu^ et les sommets des Himâlayas. Pour exécuter cette c°n
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- yention, il fallut qu’une brigade anglaise conduisît ce tyran Jusqu’au cœur de Cachemire et l’imposât de force à ses Nouveaux sujets : tant la haine des habitants le disputait aU mépris pour un tel maître ! Croira-t-on qu’un des Plaisirs de ce barbare était de contempler des prisonniers écorchés vivants par son ordre et sous ses yeux? ^ingt-cin'q millions de francs répondaient à tout.
- En i845, la Compagnie achète les petits et faibles etablissements du Danemark dans l’Jnde.
- Première association formée dans la Métropole pour la réforme du gouvernement de l’Inde.
- Dès les premiers temps de la calamiteuse administra-kon de lord Aukland, en 1839, l’Association protectrice ^ l’Inde britannique, British India society, s’était constipée à Londres sous la présidence de lord Brougham. Elle avait pour but de montrer quelle part de responsabilité Posait sur la métropole en tout ce qui concernait le mauvais gouvernement de l’Inde. Par malheur, à cette époque, °U préférait les déclamations bruyantes à l’examen profond et paisible des faits accomplis et des documents authentiques; plus tard on fut plus sage et plus habile.
- Mais, dès le premier moment, l’opinion publique fut ^vement intéressée ; l’association étendit ses rameaux Dsque dans l’Inde et produisit d’utiles résultats parmi Ps natifs d’un cœur généreux et d’un esprit élevé.
- Les réformateurs et le radjah de Sattara sous le gouvernement de lord Hardinge.
- L’association pour les réformes de l’Inde avait surtout ^uni ses efforts aiin de réparer une odieuse injustice : le
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- séquestre apposé sur les Etats du vertueux radjah de tara. Que de choses parlaient en faveur de cette cause-Tous les officiers anglais, excepté, cela va sans dire, leS persécuteurs de ce prince, déclaraient leur intime et conviction de son innocence; ils le jugeaient incapable des crimes dont on l’avait osé charger. Dans la Cour àes Directeurs, une équitable minorité professait'la iuerue conviction. La faute des défenseurs du prince spolie fb1 de porter leurs doléances devant l’assemblée des propre taires de la Compagnie des Indes. Il fallait éviter le lG cours à cette cohue d’actionnaires, qui n’a guère d’auRe pouvoir que de nommer des Directeurs; or, ceux-01’ l’instant d’après leur élection, comptent pour rien leurS insignifiants électeurs.
- O j
- Par un malheur inhérent aux plus détestables abus u pouvoir gouvernemental aux bords du Gange, la m°IlS truosité même de l’excès d’autorité contre lequel 011 réclamait rendait cet excès difficile à croire, et surtoib difficile à réparer. Chaque nouveau gouverneur génefa reculait devant la pensée de proclamer le déshonnetlf d’une administration précédente, en portant remède a plus impardonnable des iniquités.
- L’orgueil gouvernemental allait plus loin. Sous l’adu11 nistration de lord Hardinge, le colonel Carpenter, ayarlt été chargé de surveiller le radjah captif, ne voulut paS être simplement un geôlier dissimulé sous un titre hpu° rable; il fît honneur à sa pénible mission. Avec une pa tience inépuisable, il étudia l’énorme masse des docü^ ments qui concernaient la spoliation de son prisonnier • y trouva les preuves palpables de l’innocence opprima®6’ tous les faits que le temps faisait mieux apprécier le conh1 mèrent dans sa conviction. Alors, d’un cœur ferme, ilieïl dit compte à l’espèce de ministre d’Etat qui, dans
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- e*t le secrétaire du gouverneur général ; il attesta les droits ^olés du radjah : il fit plus, il déclara s’engager à prouver ^-même la sainteté de cette cause. Le colonel Carpenter, ^ méritait les actions de grâces de tout ami de l’équité, réprimandé par M. le gouverneur générai Hardinge, ecfliel osa lui mander : «Le colonel, en déclarant qu’il Cr°it à l’innocence du radjah, commet une inconvenance, et Autant plus déplacée qu’il n’a pas été appelé à se pro-j*°flcer, à faire a déclaration unbecoming and uncalled for. » tarons à notre tour que cette censure inconvenante de a vérité suffit pour flétrir une administration, eût-elle ^h’e ses mains le sort de i5o millions d’hommes.
- Après dix années de souffrances non méritées, le radjah e Sattara mourut, détrôné, dépouillé, déporté; ce fut a*s l’automne de 18/17. Répétons-le : toujours, pendant 1)1 années, il réclama la faculté de démontrer son inno-Cetice à la face d’un tribunal, quel qu’il fût; mais la con-shence troublée des spoliateurs n’a jamais permis ce VecOurs à la justice.
- Gouvernement de lord Dalhousie, de 18â8 à 1855.
- La première et déplorable erreur du marquis Wel-6s% fut d’avoir rendu trop vaste l’empire des Anglais ai*s l’Inde. Sa seconde erreur fut d’avoir compliqué cet firtlpire par un nombre toujours croissant de souverains ^dus vassaux; et cela, pour les régenter sur leurs ^ttes, abaissés trop souvent, et même dégradés, en faisant a(Wnistrer les Etats contre la volonté des princes alliés Jüon foulait aux pieds. Sait-on quel fut le double effet upe si grande extension de gouvernement et d’une telle Implication d’intérêts humiliés, impatients, désespérés? es le commencement du xix° siècle, il devint impos-
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- sible à l’Angleterre de trouver, parmi les hommes dÉ*at quelle ne réservait pas aux premiers emplois de la uie, tropole, aucun esprit assez étendu pour embrasser de s vastes affaires et pour gouverner avec efficacité cent quante millions de sujets ou d’alliés, sujets aussi- Il ue pas moins difficile de trouver un cœur d’homme qui PaS sât impunément de la situation, même la plus honoree’ d’un citoyen de la mère patrie à la situation d’un roi de rois, comparable en puissance, en arbitraire, aux DarlUS’ aux Cambyse, aux Xercès.
- Lord Wellesley, sans y songer, fit donc ce double t à ses successeurs, de leur léguer une tâche qui fut p°1^ tous, excepté lord Bentinck, au-dessus de leur âme» pour tous, sans exception, au-dessus de leurs facultés
- Même à notre époque, soi-disant si philosophique ne gouverne pas en autocrate, avec impunité, deux autant de sujets qu’en possède un autocrate de BusSl^ On n’est plus seulement despotique avec les conquis ; l’est avec les conquérants, qu’ils soient Irlandais, ÉC°S sais, Anglais même! On foule aux pieds la fierté des p^ü nobles chefs, fussent-ils illustrés parla force du carac et par la renommée des armes.
- Entre tous les gouverneurs généraux du xix° si6 personne plus que lord Dalhousie n’a pratiqué ce dou despotisme; aucun de leurs actes n’a produit des coUse quences plus funestes que les siens, même pour patrie. ,
- Commençons par montrer comment il a traite 1-^ glais le plus renommé, le plus nécessaire à l’Inde, et^ premier en pouvoir après lui ; on sera moins surpflS ^ voir ensuite comment il a mis sous ses pieds les R1 gènes, rois ou non.
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- Lord Daîhousie et le commandant des forces sir Charles Napier.
- t^ans la seconde guerre contre les Sikhs, suscitée par C'a Daîhousie, l’Angleterre blâma la tactique du général ^°ugh, qui ne remportait plus d’avantages qu’avec des tor-rents du sang des siens, et qui savait peu profiter de vic-péniblement remportées. Pour remplacer cet ofïi-Cler borné, l’opinion publique appelait l’un des généraux es plus éminents, sir Charles Napier. Le duc de Welling-toib au faîte de sa grandeur, faisait vivement sentir à ce 'Wnier la nécessité de sa présence dans l’Inde, afin de Mever la fortune britannique et la supériorité de l’armée.
- duo lui disait ces belles paroles : « Pour accomplir cette t!^che, l’un de nous deux doit partir; si ce n’est vous, (<Ce sera moi.» Glorieux d’un si beau rapprochement et ^Urte telle alternative j sir Charles Napier partit.
- Couvert d’une gloire dignement acquise en combat-,aïU les hér os du premier empire Français, ce général était ^°Ué d’un génie perçant et d’une âme élevée; son cœur ^ait généreux, mais irascible et fier. Il va se trouver en ^ésence de lord Daîhousie, enivré de régner comme Ü11 ïïïaître absolu sur d’innombrables sujets; il va défendre s°n honneur et son droit contre ce gouverneur exigeant et Cathodique avec rigidité, impassible, froid et superbe, 'jC ne pardonnait rien, surtout â la gloire! et qui regardait le général commandant les forces de toutes ses Présences comme autrefois le Grand Roi, devant qui trempait l’antique Asie, regardait le dernier de ses satrapes.
- Quand sir Charles Napier arriva dans l’Inde, la guerre JVec les Sikhs était finie; les bataillons, les escadrons de Cahore formés par des lieutenants de l’empire Français, P qui n’avaient pas conservé dans leurs rangs ces maîtres
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- la
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- de la guerre, étaient exterminés à force de combats. P°ul
- l’Angleterre, le danger n’était plus là.
- Il restait une tâche plus difficile que de vaincre de pa reils hommes. Il fallait aviser à la corruption, qui naefla çait d’énerver les vainqueurs, par l’action du climat et pal l’abus de jouissances non moins énervantes. La ducj pline allait s’affaiblissant, et l’instruction militaire était de plus en plus négligée.
- Lorsque le nouveau commandant des forces passa revue d’un grand nombre de régiments, il trouva bea11 coup de colonels incapables d’en diriger les manoeuvré' Sur le champ de bataille, la troupe chargeait sans ordre en s’étourdissant de ses cris; et les soldats tiraient en lal1’ au lieu de viser avec calme, pour frapper avec précis*011 leur ennemi.
- L’éminent général ne voulut pas seulement restit°el l’intelligence et le labeur dans les exercices qui prépar6 aux combats; il entreprit de rétablir la discipline Pal l’austérité des mœurs. Veut-on juger à quel point et nécessaire une semblable régénération dans un corP d’officiers européens dont le petit nombre répondait^ l’esprit militaire, de la subordination, des mœurs et courage, parmi ùo,ooo hommes de troupes britannùp16 et 260,000 soldats asiatiques? Dans un état-major où ^ officiers européens étaient si rares, en six mois seule#*0 quarante-six procès de cours d’assises furent intentés a chefs de corps, à des capitaines, à des lieutenants, P0^ désordres graves de jeu, de dettes et d’intempérance, quatorze des plus coupables furent chassés du service-
- « J’ai trouvé l’armée de l’Inde, disait le réfornciate01 ’
- de p°
- ivi’°
- disséminée dans le pays, comme des grains — x ^ échappés d’une poivrière. Les civiliens obtenaient part0 des détachements pour la commodité de leur service. D
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- ^ Pendjab, 1,800 hommes servaient de garde d’honneur '* des commissaires, à des aides-commissaires, ou veillaient sUr des caisses de comptables; ces détachements étaient Soignés de leurs stations ou cantonnements depuis six. beues jusqu à quarante lieues! Si l’on permet à*l’autorité civile, représentait Napier avec énergie, de ne voir dans Urmée qu’un rempart contre les voleurs et qu’un moyen de surmonter en temps de paix des difficultés ordinaires, ciie devient insuffisante et faible contre les vrais dangers. Pour dormir tranquille, on veut une garde militaire au sein de chaque ville ; et cela, quand la sécurité règne Partout! L’indolence envahit l’administration, et l’absence dg vigueur gouvernementale devient la plaie universelle. ^ en est ainsi de la troupe : sa discipline se relâche; les °fiiciers, empruntés par le civil et détachés en trop grand Nombre, sont soustraits au service militaire; les soldats, eU l’absence des chefs, deviennent insolents et désobéis-sants; les postes armés font leur devoir avec mollesse, ou ,Se dispensent de le faire : en un mot, le système entier devient faible et sans valeur. Les troupes étant aux ordres du pouvoir administratif, le commandant en chef des ^°rces ne peut établir aucun plan général. Aussi, quand un s°ulèvement a lieu quelque part, il n’existe aucune distribution convenable des troupes, et par cela même, elles Peuvent être accablées sans efforts1.»
- Ces avis du général sir Charles Napier, si sages, si frap-Pauts, si faits pour rester gravés dans toutes les mémoires, Peu d’années après son départ de l’Inde, étaient complément oubliés. Qu’en est-il résulté? La grande insurrection dQ 1856 a fait éprouver tous les malheurs qu’avait prévus s°u génie militaire, et qu’il cherchait à conjurer.
- Sir Charles Napier, t,. IV.
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- Au temps où cet homme de guerre arriva dans l’înde» les affaires militaires étaient dirigées, de Calcutta, Pal une espèce de Conseil aulique, ou Cour militaire, quilie prenait qu’un faible souci de l’équipement, de la nourri ture, du bien-être et de la santé des troupes. Les trava11* publics, militaires et civils étaient dirigés par un se corps d’ingénieurs bien plus aux ordres des civiliens <Pie du commandant des forces: ce dernier signalait avec ral son l’insuffisance et le mauvais état d’un casernement a fois misérable et malsain, sous un climat destructeur-Voyons agir le chef qui se plaignait ainsi; rien uest plus instructif que de considérer non-seulement aVeC quelle énergie le général Napier réprime les rébellionS’ mais quels remèdes il cherche pour en prévenir le retour' Un régiment parti de Luknow pour se rendre vers lï° dus se révolte à Govindgur, insulte ses officiers et piller le trésor local; il n’est réduit à l’obéissance que Pal la présence fortuite d’un régiment de cavalerie qui retourua vers le Gange. Sir Charles Napier, au lieu de pendre leS chefs pour les déshonorer, fait infliger aux plus coupa
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- quatorze ans de prison. Il dissout la troupe hindoue <lu s’était insurgée et la remplace par un régiment de Geuf khas. Il veut par là décourager les brahmanes, dont sourdes menées avaient pour objet d’empêcher leurs c° religionnaires de servir comme eipayes; il leur pr°uV ainsi qu’on peut trouver d’autres soldats, non moins bra^e qu’eux, et qui ne partagent pas leurs préjugés de casteS Satisfait d’un tel succès, sir Charles Napier désirait cp| étendît beaucoup un changement si précieux, qui con ^ sait à créer une armée fidèle. Si lord Dalhousie a accepté des propositions d’une telle prévoyance, P être aurait-on prévenu la dernière et funeste rébelh011^ Au milieu de si grands services rendus à l’armee
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- légale avec un vrai génie de commandement, les causes es plus misérables vinrent mettre un terme à cette illustre bienfaisante carrière.
- ®°us le gouvernement de lord Eïlenborough, on 0llnait aux cipayes la valeur en argent de certaines par-tles des vivres, lorsque la cherté de ces parties dépassait un Certain terme. Sous lord Hardinge, le prix en argent fut JW sur la totalité de la ration. Les cipayes qui servaient aiîs le bassin de l’Indus n’avaient rien connu d’une telle Mesure, attendu qu’en cette contrée le bas prix des substances n’exigeait pas qu’on en fît l’application. Mais à
- de mai, les prix s’étant élevés dans la station de j lzil’abad, foyer de la dernière rébellion, il fallut opérer payement en argent; or, sur l’ensemble, les cipayes paient perdu quelque légère différence, comparaison aite avec le premier règlement.
- , Qu’on juge quelle était la situation! Une révolte grave à peine comprimée, et l’esprit de rébellion régnait ^core au milieu de 4o,ooo soldats indigènes. Si le com-^udant en chef avait suivi la règle établie, eût-il dénudé le remède évident et facile au Conseil militaire de a*cutta,il aurait perdu plus d’un mois avant d’avoir une j^Ponse, et le temps pressait. D’un commun avis avec j^judant général des forces et le générai qui commandait a dation, sir Charles Napier engagea sa responsabilité : il ^pendit l’application de la règle ordinaire, en attendant a decision du Conseil militaire. Faisons une simple remaria : la dépense extraordinaire qui résultait de cet acte e Prudence ne s’était élevée qu’à 2 5o francs!
- ^ Ou ne pouvait pas désavouer cette sagesse. Mais lord abtousie s’empresse de saisir l’occasion d’admonester, v,r ^organe offensant d’une tierce personne, l’illustre 6tepan qui commandait à trois cent mille hommes ; il évite
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- d’entrer en explication par une missive amicale et cofl1 dentielie. Signification est faite au général en chef qudalt à ne pas vouloir de nouveau, dans aucune circonstance-même en face d’une révolte, aventurer des ordres 4ul modifieraient une allocation des troupes de l’Inde; ordiej qui seraient un empiétement sur l’autorité réservée au se gouvernement suprême.
- Comme je fais partie de la Commission qui survei la publication de l’immense correspondance de Nap° léon Ier, c’est un devoir pour nous d’étudier chaque pêche avec une sérieuse attention. Ce qui me frappe s^f tout dans la partie militaire, c’est de voir avec ef*e tact infini ce grand génie, qui savait si bien comman et si bien se faire obéir, mesure les égards, la condesc^ dance et la latitude du pouvoir à ses lieutenants, d’apre‘ la portée et le talent de chacun d’eux; on apprécie t0 ce qu’il permettait à ses grands généraux dans les gra circonstances. Par ces nuances flatteuses, il gagnait nobles cœurs; il les élevait au-dessus d’eux-mêmes, il leur disait de faire, au loin, ce que lui-même feran ^ était dans leur situation, lui, le premier général du sie ^
- Voilà ce que ne pouvait pas comprendre le civilien Dalhousie, étranger aux grandes vues de la guerre, misérable vanité prédisposait son esprit contre le c°|îl mandant des forces. Sans y prendre garde, sir Cha ^ Napier avait critiqué le système administratif a<^0^ pour le pays du Pendjab, système imaginé par ^IÏÏP rieux gouverneur général ; il avait blessé la superbe &e Xercès.
- Un nouvel incident rendit incurable la plaie de la nité. Nous avons vu quel service rendait à l’empire an& . dans l’Inde sir Charles Napier, en substituant à des dous révoltés de fidèles Gourkhas. Ceux-ci, comme c°
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- Réguliers, ne recevaient qu’une allocation misérable.
- Quand survint la grande cherté des vivres, le général les
- traiter, pour les subsistances, sur le même pied que
- es cipayes, afin d’empêcher qu’ils mourussent de faim.
- ^ord Dalhousie annula cette mesure, où la plus haute
- P^itique le disputait aux droits sacrés de l’humanité.
- Cette générosité pour le soldat était rehaussée par la
- oppression que sir Charles Napier faisait du luxe oriental
- d°ut s’entouraient avant lui les commandants en chef des
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- °rces de l’Inde. Dans ses marches d’inspection, il avait reduit le service nécessaire à son commandement person-de quatre-vingt-dix éléphants à trente; il diminua Pareillement le nombre de ses chameaux et celui de ses dresseurs de tente. Par ces moyens, il avait épargné des Otâmes considérables au trésor public.
- Ht le gouverneur général, qui le censurait pour 2Ôo ancs accordés aux troupes régulières dans un cas urgent ^ pour la ration des Ghourkhas affamés, Dalhousie le °llperbe voyageait en grand monarque asiatique : il exi-^eait, pour servir le faste de sa personne, 1 35 éléphants, 1,06o chameaux, 700 bœufs, 135 chariots, 488 tentes Propres à sa maison et 6,000 serviteurs, sans parler des ^üpes d’escorte.
- He général en chef, après le double affront qu’il avait ïeÇU > ne pouvait plus commander avec honneur et résigna Ses hautes fonctions. Il exprime ainsi ses dernières idées :
- ' * °ut ce que j’ai fait, c’est de relever avec vigueur le moral e f armée. En même temps, j’aurais voulu tendre avec ^stance les cordes de la discipline et développer dans ^semble des corps une instruction soutenue. Mais com-y parvenir, quand je ne pouvais pas avoir les troupes ma main, ni préparer des camps de manœuvres, deux a°ses essentielles dont je n’ai pas pu disposer? Dans tous
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- les cas, avant que je pusse améliorer la discipline, il auial| fallu, délivrer les troupes des corvées que les civiliens leUl imposaient : sans cela nulle amélioration n’était possible- ’’ Je veux encore citer l’ordre du jour adressé par slJ Charles Napier à ses officiers avant de quitter son coiu mandement. Il réprimanda leur négligence à payer leS dettes qu’entraînaient leurs excès de table. «Un liotn#1® vulgaire, dit-il, qui se complaît à boire le champagne» filouter ses valets, peut être un agréable compagnon pnl1t ceux qui ne l’accablent pas sous leur mépris comme un pon vulgaire; mais il n’est pas un gentleman. Son brevet fait officier, mais il ne le fait pas un galant homme. » ^
- De quelle terrible flétrissure lord Dalhousie n’aurad* pas garanti sa mémoire, s’il eût conservé ce général org3*1^ sateur et vraiment moralisateur. Sans doute, en i85y»
- egS
- général Napier n’aurait pas pu prévenir toutes les eau» d’une grande rébellion. Il aurait présenté du moins Ie5 forces de la Compagnie savamment échelonnées lieux où pouvait naître le danger; l’insurrection eût ej^ prévenue dès ses premiers ravages, et des torrents sang «auraient pas coulé, même du côté des Anglais-*
- Lord Dalhousie et le nouveau commandant des forces,
- , sir John Campbell.
- Sir John Campbell, cet officier héroïque dont nous à1 rons plus tard les grands services dans l’Inde, fut reCl ., à résigner son commandement général, à l’exemple de s Charles Napier, dont il devint le successeur. Il n’avait P faire consentir à des mesures qu’il estimait nécessaires justes ce Conseil militaire de Calcutta dont nous avons gnalé déjà l’insuffisance et la triste direction. Mais
- la calise
- principale de sa démission, c’est qu’il n’avait pu, dans
- les
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- pays voisins de Pesliawer, malgré tous ses efforts, préserver ^es populations indigènes et d’attaques sans motifs et de Sautés sans excuse. Des districts entiers avaient été déliés et les pl us beaux villages détruits par le feu, sans a*itre raison apparente qu’un désir elîréné qui poussait Certains chefs politiques à faire éclater l’emportement de leur zèle aux yeux du gouverneur général1.
- Lord Dalhousie et les souverains indigènes.
- bord Dalhousie était arrivé dans l’Inde avec la résolu-tlon d’agrandir l’empire de la Compagnie plus que n’avait
- aucun de ses prédécesseurs depuis le marquis Wel-lesley. Ce ne fut point par la puissance des armes qu’il resolut d’obtenir ce résultat; il lui parut suffisant de tenir P°Ur non avenues les lois séculaires de l’Hindoustan, et ^êrne, au besoin, celles du droit des gens.
- En opérant de la sorte, il voulut paraître obéir aux Pdncipes d’un système profondément médité.
- H débarque en janvier 18A8 à Calcutta. A peine a-t-il Pris en main le gouvernement général, il écrit à la Cour
- Directeurs avec l’absolutisme dogmatique d’un maître 'Di dicte des lois, et non comme le chef d’un pouvoir exé-°utif et temporaire devait écrire à l’autorité supérieure ^0ltt il est censé recevoir les instructions et les ordres :
- «Je crois impossible à qui que ce soit de contester la poli-Dpie de tirer avantage de toute juste opportunité2 : i° pour c°nsolider les parties que nous possédons déjà dans l’Inde, eïl prenant possession des États qui pourront venir à vaquer D milieu d’elles; a0 pour nous débarrasser ainsi (getting
- Sir Charles Napier, t. V, liv. i.
- Ou verra que juste opportunité veut dire iei, l’occasion facile et prati-
- c^le.
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- rid) de ces petites principautés intermédiaires qui peuvent être des sujets d’ennui, mais qui ne peuvent jamais, je na3 venture à le penser, être une source de force en ajoutant à l’opulence du trésor public; 3° pour étendre l’application nîl[ forme de notre système gouvernemental à tous les terri toires (subsidiaires sans doute), dont les meilleurs intérêts» nous le croyons sincèrement, seront par là favorisés. Je saisis cette excellente opportunité, dit-il encore, pour exprl mer ma conviction, forte et réfléchie, que, dans l'e%el cice dune politique prudente et sage, le Gouverneuiei^ britannique est obligé de ne pas mettre de côté ni de ne gliger ces légitimes opportunités d’acquérir du territoire °u du.revenu-, opportunités qui pourront, de temps à autre ’ se présenter d’elles-mêmes. »
- Jamais style plus tortueux, plus embarrassé, n’a fait efl apparence plus d’appel à la justice, au droit, à la légitii111^’ pour s’emparer des revenus et des territoires d’autrui, pal amour d’une sage et prudente politique.
- Hélas ! une terrible expérience et des torrents de saù# humain se sont chargés de montrer l’erreur et la f°^ de cette sagesse imaginaire. Comment n’être pas éton# quand on voit un gouverneur général, qui n’a pas enc°ie pour lui la moindre expérience, proclamer dogmatiflu^ ment qu’il ne peut pas croire possible à qui que ce soit contester la politique d’annexion, réprouvée par les pillS illustres autorités?
- Ce gouverneur qui parlait d’un ton de conviction si p1^ fonde, et qui décidait avec une autorité si tranchante, adoptait un principe d’envahissement et d’absorption les hommes d’État les plus habiles dont l’Inde garde mémoire avaient unanimement repoussé, eux, les pa^1 sans d’un empire anglais vraiment prospère et puissa au sein de la Péninsule indienne.
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- Sir Thomas Munro, si politique et si perspicace, même eri admettant qu’on pût conquérir tous les États de cette ^ninsule, regardait comme douteux qu’un tel change-' ^ent fût, pour les Anglais et les indigènes, un succès à désirer- il en donnait les raisons les plus remarquables.
- Sir John Malcolm allait plus loin. Il affirmait positive-^nt que la tranquillité, la sécurité même des grandes ^sessions britanniques en Orient, étaient intimement ^nies à la conservation des principautés indigènes ratta-^ées à la Compagnie par les liens de la protection et de*
- Amitié.
- M. Elphinstone, la plus importante des trois autorités je cite ici, historien considérable et qui fut gouver-^eUr éminent à Bombay, M. Elphinstone déclare qu’il est l’intérêt aussi bien que du devoir des Anglais d’em-^°yer tous les moyens pour conserver les gouvernements a^iés et pour maintenir sur pied les pouvoirs indépen-
- lants.
- Un des hommes d’État existants, et qu’on peut citer avec eplus de confiance, lord Ellenborough, disait qu’il voulait eylter à ce qu’on appelle l’autorité légitime britannique ^ faute de s’approprier les États natifs ; il était convaincu (^la nécessité, pour l’Angleterre, de conserver ces États, donnons, disait-il avec une haute raison, aux populations ^tonomes la confiance qu’elles sont sincèrement admises Cl titre perpétuel d’alliées subsidiaires ; cela servira puissam-^eut à fortifier notre autorité dans l’Inde. »
- Gomme on le voit par de telles citations, il y avait un ^me entre la résolution prime-sautière de lord Dalhou-Sle et les convictions puisées dans une profonde expé-rience, conçues à loisir par des hommes d’Etat qui sont la j$°ire du Gouvernement britannique en Asie et qui font °ûQeur à l’histoire moderne de l’Hindoustan.
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- Eclairés, comme nous le sommes, sur la théorie du nouveau dispensateur des destinées chez les peuples de THindoustan, suivons-le dans sa tortueuse pratique.
- Lord Dalhousie et la principauté de Sattara.
- En terminant l’esquisse de la désastreuse adminisRa tion de lord Aukland, nous avons expliqué l’infortiirie imméritée du vertueux radjah de Sattara. Nous l’avofls laissé prisonnier dans Bénarès, tandis que ses États se questrés et ses revenus confisqués étaient régis defls0| rement en son nom par la Compagnie. Dès 1847 ^ e^ mort, et son frère l’avait remplacé sur le trône. Ce d^ nier n’avait régné qu’une année et cessait à peine vivre, lorsque lord Dalhousie devenait gouverneur gelie ral; à son lit de mort, il avait exercé son droit hindo11’ par l’acte nécessaire pour célébrer ses obsèques, en donnant un fils adoptif, qui devait les présider. Son pre décesseur, quelque temps avant sa fin, avait, en velJ* du même droit, prononcé l’adoption en faveur d’un fds son plus proche héritier mâle.
- Le traité par lequel, en 1819, le premier radjah e monté sur le trône établissait que Sa Hautesse le soUve^ rain de Sattara, ses héritiers et ses successeurs de va1 régner à perpétuité sur cette principauté. Les traités condu par la Compagnie avec les deux frères, en leur reconnu5 sant cet héritage perpétuel, portaient que le Couver1*® ment britannique n avait en vue aucun avantage gui lal J propre, aucun dessein d’agrandissement.
- En présence de ces traités, le gouverneur de la pieSl dence de Bombay déclarait officiellement que les tel#1® du traité signifiaient une souveraineté qui ne devait ^ s’anéantir par défaut d’héritiers, aussi longtemps que
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- qu’un pourra succéder suivant les coutumes du peuple, ^lême dans le cas où les deux princes n’auraient pas fait cWx d’un fils adoptif, il existait dans leurs familles des collatéraux ayant droit de succéder, et d’après les lois de ilnde et d’après les lois de tous les peuples de l’Europe.
- Que fait ici lord Dalhousie ? Il oublie ces derniers et repousse les premiers : il déclare les adoptions de nul effet pour hériter du trône, et, dans un cas de déshérence qu'il crée à plaisir, il confisque les principautés, pour, en gratifier la Compagnie.; il les annexe à l’empire britannique.
- En agissant avec ce mépris de la bonne foi, il aspire aUx honneurs de la logique ! Écoutons-le : « Les mots héritiers et successeurs doivent être entendus dans leur sens °rdinaire; ils ne peuvent être interprétés pour assurer aUx radjahs de Sattara rien de plus que la succession des héritiers en ligne naturelle; conséquemment, nous devons regarder le territoire de Sattara comme en déshérence, et nous devons Vincorporer immédiatement aux Etats britanniques de l’Inde. »
- Pour juger ce cas, on pouvait répondre : Voulez-vous suivre la loi de l’État indigène avec lequel vous avez traité? Cette loi, religieuse et politique, est formelle : elle reconnaît l’hérédité du fils adoptif, et pour les biens et pour ie trône. Voulez-vous, au contraire, suivre les lois reconnues par tous les États de l’Europe, y compris la Grande-Bretagne? Dans tous ces États, pour qu’il y ait vacance d un trône, il ne suffirait pas qu’une adoption quelconque eût été contestée; il faudrait qu’en dehors de l’adoption, d n’existât pas d’héritiers naturels, directs ou collatéraux. Qr il en existait à Sattara.
- Supposons, enfin, qu’on ne pût trouver ni collatéraux ni fils adoptif Quand il s’agissait d’un trône indépendant,
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- qui donc conférait à lord Dalhousie le droit de le ramasser comme une épave et d’en faire présent au Gouvernement britannique? Les natifs n’avaient-ils pas alors Ie droit naturel et sacré de disposer d’eux-mêmes? Nous le demandons au nom de ces principes de 1688 dont Ie peuple anglais est aujourd’hui si fier!
- Les malheurs, les vertus du premier radjah, et ieS bienfaits de son règne, sont sans valeur aux yeux de l’annexeur à tout prix; tandis que, dans un autre cas, ^a mauvaise administration et le malheur prétendu du peU pie deviendront un motif de spoliation et d’annexion.
- Nous verrons bientôt des Etats privés de leur auto nomie et confisqués au profit de la Compagnie sous pre texte qu’ils sont mal administrés. Tel n’était pas le caS dans la principauté de Sattara, dont les monarques fal saient le bonheur, et dont la population pleurait un son verain qu’on lui avait violemment enlevé : ni ce bonhen1 ni ces regrets ne touchèrent lord Dalhousie. Lorsqon administrateur éminent, sir Georges Clerk, fit valoir de tels motifs... «Il est impossible1, répondit le gouverne111 général avec sa hauteur inflexible, il est impossible <Jue j’admette la force de l’argument qu’avance sir Georg^ Clerk pour prolonger l’existence de l’Etat de Sattara. l’en croire, il faudrait prendre pour règle la condit*011 heureuse et la prospérité de cet État et respecter le g°u vernement aussi juste que digne d’éloges du radjah!»
- Dans l’Écossais dur et sombre qui parle ainsi, je cr°jS reconnaître un rejeton de ces âpres covenantaires, ^ de ces puritains, inflexibles logiciens d’idées fausses et
- 1 I am unable to admit the force of the argument advanced by sir Geo1 Cierk for its continuance (the continuance of the Sattara state), w 11 ^
- founded on the happy and prosperous condition of the state and the J and praise worthy government of the Radjah...
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- Sentiments impitoyables, comptant pour rien les droits la simple vertu peut donner au gouvernement des Sommes rendus heureux et foulant aux pieds tout titre ®acré contraire à leur ambition. Il leur suffit d’appeler leur Jntérêt la lumière, leur orgueil la vertu, et leurs passions ^a justice.
- Lord Dalhousie et l’orphelin héritier du roi de Lahore.
- En commençant une guerre acharnée contre les Sikhs, °n annonçait au peuple de Lahore que la Compagnie, qui Venait de châtier les insurgés, voulait aussi réprimer toute rébellion contre le gouvernement de Lahore et faire Respecter le trône de l’héritier de Runjet-Sing.
- Six mois ne sont pas écoulés, lord Dalhousie déclare ^ue la royauté du Pendjab est abolie; par lui, le mineur Ptacé sous la tutelle de l’Angleterre est réduit à l’état de Pensionnaire : sa pension sera prise sur sa richesse confisquée. Le domaine de la couronne est saisi pour la Compagnie; main basse est faite sur le mobilier royal, et le célèbre diamant appelé Montagne de lumière, le Koli-i-Nour, est envoyé dans l’Occident à la Compagnie, comme llla trophée de la facile conquête. Il est offert à S. M. la ^cine Victoria, après avoir passé, de spoliateur en spoliateur, de l’Inde au Caboul, du Caboul dans l’Inde et des fi°rds de l’Indus à ceux de la Tamise. Nous l’avons vu figurer à Y Exposition universelle de 1851. Le peuple anglais 116 pouvait pas se lasser de l’admirer, moins à cause de sa ficauté qu’à raison du nombre incroyable de millions quil Valait, disait-on : la foule des admirateurs paraissait ignorer ^Ue ces millions représentaient en Asie la dépouille d’un 0l,phelin.
- Voici comment les opérations que nous venons de
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- rapporter sont jugées par l’historien anglais Malcolm Lu(b low : « Nous avons protégé notre pupille en lui prenant ses biens et ses Etats. Il était illogique et barbare de punir u*1 jeune roi mineur pour châtier l’esprit factieux de ses troupes révoltées contre lui. En étouffant leur rébelfi011’ nous ne faisions que remplir notre sainte mission de tm teurs, de conservateurs et de sauveurs; et nous n’avion5 aucun titre pour le dépouiller aussitôt après le service rendu, comme le fit lord Dalhousie. »
- Voilà donc quels étaient les principes du gouvernai1 général en matière d’annexions à main armée, com1116 payement d’un devoir strictement accompli : principe ensuite, nous regrettons de le dire, qui n’ont pas ^te repoussés par une Compagnie britannique, un parlement britannique, une nation britannique.
- Lord Dalhousie et le fournisseur Jolie Persâd.
- Jotie Persâd, que je crois être un Parsi, animé dul1 vrai génie des affaires, avait fait avec succès la diffic^e entreprise de nourrir farinée britannique pendant les cafl1 pagnes de l’Afghanistan et de Goualior. En fin de comp^3’ il réclamait i 2,500,000 francs, qu’on ne lui payait p0*iat parce qu’on exigeait des formalités de pièces comptable qu’il ne pouvait pas fournir. Quand arriva la guerre ^ll Pendjab, dont le résultat fut de détrôner le jeune roi Lahore, on pria Jotie Persâd de nourrir de nouveau lal mée anglaise; très-naturellement il refusa, motivant s0îl refus sur le déni de justice qu’on lui faisait éprouver. P°^ l’apaiser, on lui promit de payer le tout après la nouve guerre et de lui décerner en outre un titre à’honneüT ^ il fut séduit. Cependant, la guerre finie, non-seuleme il n’obtint pas de récompense, mais on se montra pb1
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- f{ue jamais diffieultueux sur ses comptes. Jotie Persâd, indigné, menaça l’administration de la poursuivre en justice; aussitôt un vil indigène, employé du commissariat, ^accuse de corruption, de détournement et de faux. Un officier supérieur est chargé d’examiner les faits. Son rapport, qui justifie Jotie Persâd, passe aux trois membres composant le Conseil supérieur de la guerre; deux l’approuvent, un seul demande qu’on en réfère au gouverneur général. Maintenant écoutons M. Ludlow, l’avocat du barreau de Londres : « Ici, nous voyons, dit-il, se dérouler Une scène digne des mauvais jours de Hastings et de Nun-comar. L’opulent indigène qui seul a nourri nos armées durant trois guerres, lui qui sans aucun doute est créancier de l’État, on l’oblige à fournir caution pour paraître â la cour d’Agrah comme un criminel accusé par le Gouverne-inent! M. Lang, avocat anglais, offre sa fortune en garantie. Mais l’accusé se réfugie à Calcutta; il espère être sauvé par ta Cour suprême de justice. On l’arrête; on le ramène au ti'ibunal d’Agrah. Son procès dure dix jours entre les mains d’un accusateur public, d’un jury et d’une Cour tous Oonimés par le Gouvernement. Malgré d’innombrables obstacles, l’habile et courageux M. Lang le fait acquitter, aux applaudissements des natifs; et ceux-ci, transportés d’enthousiasme, veulent porter Jotie en triomphe du tribunal à la maison de l’éloquent défenseur.
- « Certainement trois quarts de siècle ont produit une différence dans le sort de l’Inde. Sous Warren Hastings, talijah Empey prononçait la mort de Nuncomar accusant Un gouverneur général; de nos jours, Jotie Persâd, réclamant sa créance contre l’Administration suprême, est ^quitté : c’est la gloire du jury d’Agrah. Mais, à l’égard du gouvernement général de l’Inde, l’esprit déshonorant des deux procès est le même. »
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- Lord Daîkousie et les partisans du 5p. 0[0 réduit au 4 p. 0/0 subtil^’ The swindled four per centüm.
- Nous allons voir maintenant quel genre de bonne f01 présidait aux rapports de l’Administration avec les rentiers soit anglais, soit indigènes, possesseurs d’un fonds public de l’Inde. En i853, la situation financière du gouvernement général était, prétendait-on, admirablement florissante* Le trésor, disaient les adeptes, regorgeait d’argent; l’abom dance était à ce point qu’on pouvait rembourser au pair’ et sur-le-champ, toute la dette contractée à 5 pour cent* Cependant, par faveur pour ses créanciers, l’État daign®' rait garder leurs fonds s’ils s’empressaient de ne recevon que lx pour cent; leur simplicité crut à cette bonne f01' tune. Un très-petit nombre d’entre eux osa préférer de reprendre ses capitaux; et l’opération, si savamment di*1' gée, eut un succès complet. On poussa plus loin l’audace*
- Dans cet Hindoustan où l’intérêt ordinaire du commcfce
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- s’élève de îo à 12 pour cent, le Gouvernement, qui pre tendait être si riche, est obligé bientôt après d’annoncel un emprunt : plein de confiance en lui-même, il prop°se de le contracter à 3 pour cent ; mais sa tentative échoie*
- Cependant, dès les premiers jours de 1855, pour sufbre aux frais des travaux publics, il fallait sérieusement cm prunter, et l’on était obligé d’accorder 5 pour cent. A l1IlS tant les infortunés 4 pour cent tombèrent du pair à * et 83; et le nouveau cinq pour cent ne put pas même se soutenir à son taux d’émission. Ce n’est pas tout; faflut avouer enfin que les emprunts avaient moins p°ul objet les travaux publics que l’inégalité des recettes et deS dépenses générales et la pénurie d’un trésor duquel, avad on dit, la richesse regorgeait par trop d’abondance. A c°te
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- ^ l’emprunt, en réalité destiné pour atténuer le déficit, il en fallut proposer un autre particulier aux travaux soldés par la Compagnie, lent et difficile à remplir ; emprunt offert a 4 1/2 , mais réalisable seulement à cinq. Les fonds réduits par l’artifice dont nous avons donné l’idée sont désignés par tous ceux qui manient des fonds dans l’Inde sous la qualification ignominieuse de A p. 0/0 subtilisé , the swindled four per centum.
- Veut-on savoir quel effet ces tortuosités avaient produit sUr les Indiens quelles avaient dépouillés? Quand les promoteurs de la grande rébellion de 1857 voulurent se justifier de briser le joug de la Compagnie, ils rappelèrent dans leurs manifestes ces actes de mauvaise foi, et les pertes qu’avaient subies les indigènes trompés ainsi par les c°nquérants.
- Il est juste de dire en faveur de lord Dalhousie que, Poussé par l’opinion métropolitaine, il a poursuivi vigoureusement plusieurs espèces de travaux publics : les canaux entre le Gange et la Jumna, les lignes télégraphiques et les premiers chemins de fer; mais pour que l’éloge ^t entier, quand il s’agissait d’obtenir ces estimables résultats, il faudrait que les voies et moyens eussent toujours ®té fondés sur la plus complète bonne foi.
- Hâtons-nous de revenir à la spoliation des souverainetés indigènes, dont nous avons offert deux premiers exemples.
- La principauté de Nagpore annexée.
- Avec le même mépris des lois de l’Inde, la vaste prin-cipauté de Nagpore, ancien royaume des Mahrattes, vu
- décès du radjah sans autre héritier, disait-on, qu’un fils ^optif, cette principauté fut confisquée par lord Dalhou-siç en 1853.
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- Dans ses leçons professées au college de Londres» M. Malcolm Ludlow se permet cette réflexion hardie» qu’on dirait un soupçon puisé dans Tacite : « On ne peut qu etre frappé de voir la fréquence des décès sans héritiers, paru11 les souverains de l’Inde, à partir du moment où la politique d’annexion eut été proclamée par le gouverneur général1* ” Le radjah laissait quatre veuves et d’autres parents, sans compter son fils adoptif; on commença par vendre ses diamants, ses chevaux, ses chameaux et beaucoup d’objets mobiliers, au prix dei8,y5o,ooo francs que le gouverné ment de la Compagnie s’appropria.
- Lord Dalhousie et la confiscation du royaume d’Oude.
- Ce nous est un devoir d’être juste, même pour celn1 qui dans l’Inde le fut si peu pour les peuples et p°ul les rois. Lord Dalhousie n’est pas l’inventeur des spoha' tions, ni même de la confiscation prononcée, d’apre<’ son ardente initiative, afin d’en finir avec le royaume d’Oude. Il faut remonter au gouvernement de WarreI1 Hastings pour découvrir les premiers fondements iniquités commises contre ce malheureux pays et contl' nuées presque sans relâche pendant quatre-vingt-dix ans' Burke n’a pas tout dit lorsqu’il a flétri, mais en vain, de pareils commencements.
- Comment la Compagnie a progressivement exploité la richesse et l’alliance du pays d’Oude.
- Warren Hastings avait imaginé d’induire le gouverné ment d’Oude à faire deux parts de ses revenus : la pre
- 1 India and its Races, i. II, p. 190.
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- ^ière, afin de remplir la bourse privée du chef de l’État : cétait, comme nous dirions, sa liste civile; la seconde, pour être versée dans un trésor administré par ses ministres, sons l’inspection du Résident. Désormais, la Compagnie aura l’œil et souvent la main sur les finances de
- D #
- l0pulent pays d’Oude; elle saura jusqu’à quel point, à chaque moment, pourront être portées son exigence ou Ses instances.
- Ecoutons Warren Hastings, cet esprit supérieur au triste rôle que l’avidité de ses commettants le réduisait à J°uer : «Le nombre et le total énorme des salaires, des Posions et des émoluments touchés pour le service militaire ou civil de la Compagnie, dans le vizirat d’Oude, s°nt devenus une charge que ne peuvent plus supporter k revenu ni l’autorité du prince. Ce fardeau nous expose
- ressentiment du pays entier, parce qu’il enlève aux Serviteurs indigènes, ainsi qu’aux partisans du vizir, les ^compenses qu’ont méritées leur dévouement et leurs Services.»
- Comme un remède à ces maux, en 1783, on supprime k Résident : le pays respire. Les ressources nationales c°nîent de nouveau dans leurs canaux naturels , et les hantants retrouvent la réalité bienfaisante du gouvernement lQdigène que réclamaient leurs mœurs et leurs intérêts.
- Bientôt après, l’équitable lord Cornwallis arrive dans ^Wq; il fait disparaître l’exagération qu’il trouve introduite dans le subside exigé pour la brigade européenne lIïîposée à l’État d’Oude; grâce à lui, ce tribut est réduit * la somme primitive établie par un traité. En même tet*>ps, il fait disparaître l’énorme dépense et la tyrannique lUs.titution des gardes du corps britannigues imposés au vizir par Warren Hastings.
- On avait supprimé le Résident comme un trop despo-
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- tique et trop grand personnage ; mais le simple agent qlU le remplaça reçut, comme appointements annuels, cin<1 cent soixante et dix mille francs : somme presque égale a la liste civile qui sulFit à la splendeur d’un vice-roi, gouver neur général de l’Inde anglaise!...
- Quelque temps après, à titre d’économie, on rétabli le Résident, suivant un principe qui fait à la modération de lord Gornwallis plus d’honneur qu’à sa prévoyance. annonçant ce retour au vizir : « Le Résident doit laisser a Votre Excellence, dit-il, ainsi qu’à vos ministres, la eo#1 plète administration de votre pays; il empêchera qliaU cun étranger ose s’en mêler. Depuis plusieurs années r°s sujets, par intérêt personnel, ont fait appel au gouver nement de la Compagnie; j’ai résolu de mettre un ter à l’abus de pareils recours. Comme on connaît nos rap ports intimes, la sévère attention que vous aurez de ren01 iustice à vos sujets sera l’honneur et le crédit de nosdeo* gouvernements. »
- Aussi longtemps que l’honnête lord Gornwallis régit ieS affaires de l’Inde, aucune exaction n’est commise au i10^ de la Compagnie dans l’État d’Oude; il part, et tout *a^ retour à d’odieux précédents. Le dernier civilien covena11 qui soit nommé gouverneur général revient aux traditi0^ de Warren Hastings. En 1797, sir John Shore emploie menace et la violence, afin que trois nouveaux régime^ de la Compagnie soient mis à la charge du vizir d’Gu Pour obtenir le subside additionnel qui défra yera ce& force, le dictateur britannique pousse l’arbitraire et tyrannie jusqu’à faire emprisonner le premier ministrJ^ qui résistait en défendant le trésor de son maître. P®u ^ mois après, le vizir humilié de la sorte et dégrade yeux de son peuple comme aux siens, ce prince de honte et de douleur. Il repousse les soins des geIîS
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- ^art, en disant avec amertume : « Il n’est pas de remède pour guérir un cœur brisé ! »
- Quand nous avons expliqué l’administration du marquis Wellesley, nous avons, en termes trop sommaires, indiqué dans quel esprit il avait assuré l’exploitation et ^ asservissement de l’État d’Oude. Revenons sur ce point.
- En profitant de la terreur inspirée par la chute de ^ippou, par sa mort et par la déchéance de sa dynastie, ^Européen insatiable contraignit le vizir à se laisser enle-Ver en pleine paix la moitié de ses Etats; il le força d’abandonner le magnifique entre-deux fluvial, le Doab, qui dans One immense longueur s’étend du Gange à la Jumna. Ce §rand pays comprend Allah-Abad, et beaucoup d’autres Cltés à la fois riches et puissantes.
- Lorsque le gouverneur général avait mis au jour des Patentions à ce point exorbitantes, le vizir s’était permis de les repousser dans un écrit où la mesure s’alliait à la ^itneté. L’orgueilleux représentant de la Compagnie pré-feudit soudain qu’un pareil attentat à sa dignité justifiait Ses projets les plus calamiteux pour l’Etat d’Oude; il dé-*dara qu’il les allait réaliser, fût-ce au besoin par la force.
- Ü faut citer à ce sujet l’autorité si grave et si véné-rable de l’historien J. Mill : « L’ un des contractants d’un traité de paix et d’amitié remplit, avec une fidélité sans eocernple, toutes les conditions de l’alliance, tandis que Wtre veut commettre une énorme brèche à ce traité.
- premier démontre clairement, dans le langage le plus ^spectueux, le plus humble même, l’iniquité qu’on va tQinmetlre ; par cela seul le second se prétend insulté dans Sa justice et son honneur. Quand même aucun motif n’au-^it encore existé pour sévir, à présent un acte coupable qui surpasse tout châtiment imaginable!... , avec une prétention pareille, nulle violation
- A51 commis, Evidemment
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- FORCE PRODUCTIVE des traités ne peut manquer d’être justifiée.'Si la parti6 lésée se soumet sans dire un mot, son silence est admis comme un assentiment. Se plaint-elle : on l’accuse doU' trager l’honneur et l’équité du plus fort î Or ce crime est d’une' grandeur si prodigieuse, qu’à l’instant même il affrafl' chit le plus puissant de toute obligation déjà stipulée en faveur du plus faible; et celui-ci n’est plus digne d’aucun pardon 1. »
- Tandis que le marquis Wellesley se portait à de telle5 extrémités afin d’obtenir un traité plus oppressif <ïue tous les précédents, voici comment il révélait, dans une de ses lettres confidentielles, le secret de sa pensée et la certitude d’un résultat final, qu’il annonçait cinquante a115 à l’avance : «Je suis convaincu qu’on ne peut trouver ail cime sûreté contre la ruine du pays d’Oude tant que maniement civil et militaire du gouvernement n’aura paS été transmis sans partage à la Compagnie , sauf à fixer de5 allocations convenables pour le prince et sa famille. Au cun autre remède ne peut opérer une amélioration con sidérable dans les ressources de cet Etat, ni garantir, el1 définitive, la sûreté au dehors et la paix au dedans. »
- Voilà la première fois qu’un étranger, pour garantir bonheur intérieur et la sécurité extérieure d’un Etat, pe découvre pas d’autre secours que la confiscation du pa5 objet de la sentence intéressée.
- Ce magnifique pays que le marquis Wellesley cr privé de toutes ressources, ce pays qu’il dépeint com#16 atteignant un état de prostration dont il ne pourra relever qu’en perdant sa liberté, ce même pays, pend les quatre-vingt-dix ans qu’il a conservé l’autonomie s°u^ une dynastie pressurée dès l’origine, non-seulement il aP
- 1 J. Mil!, Hvstory of India, t. VL
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- suffire aux dépenses de son propre gouvernement, mais d aurait payé, suivant un calcul exagéré si l’on veut, mais euorme encore après toute réduction imaginable, un mil-Üurd deux cent cinquante millions de francs : millions obte-Uus sous les formes variées d’émoluments et de solde, de c°ntributions de paix ou de guerre, et d’emprunts tantôt forcés, tantôt volontaires. Toujours les monarques d’Oude °ot été prêts à venir au secours de la Compagnie dans ses Moments d’embarras financiers, de détresse et de péril.
- Lorsque arrive, en 1814, la guerre de la Compagnie contre le royaume du Népaul, les Anglais, ces administrateurs modèles, qui seuls pouvaient enseigner aux princes d’Oude la savante économie d’un parfait gouvernement, ds sont sans argent pour faire face aux frais de leur expédition, et le roi d’Oude puise en deux fois dans son trésor roquante millions de francs, qu’il verse dans celui du gouverneur général. Ce n’est pas tout : afin de poursuivre une guerre de vallons marécageux, de jongles sans routes et dâpres montagnes, sous un climat de zone torride, les Anglais sont trop heureux que le même roi mette à leur disposition trois cents de ses éléphants; ils les font servir à transporter leur artillerie, leurs munitions et leurs immenses bagages.
- Lorsqu’en 1818 lord Moira, depuis connu sous le dire de marquis de Hastings, gouverneur général , traversait les États d’Oude, il congratulait le souverain de ce Pays sur la haute perfection des cultures, sur l’accroissement de la population, sur le bien-être et le bonheur des sujets. Qu’en eût dit le prophète Wellesley ?
- Erection du vizirat d’Oude en royaume; esquisse d’un règne illustre.
- L’année suivante, 1819, le vizir d’Oude, avec l’assen-
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- timent de la Compagnie, prenait le titre de roi. H était digne de ce titre, le célèbre Gazi-oud-din-Haïder. Loin que ce fût un prince vulgaire et'que le soin des intérêts matériels absorbât ses facultés, il se montrait fami ^eS sciences et des arts. Il embellissait Lucknow, sa capitale, par de superbes monuments et civils et religieux; il agrafl' dissait sa bibliothèque royale, qui finit par contenir deux cent mille volumes. Ce prince honorait le savoir; il aimait les lettres; il cultivait la poésie; et ses chants gracieux» que rOrient aimait à répéter, auraient charmé le peuple et les gens de goût, même s’il n’eût pas été roi.
- L’Asie doit à ce monarque la composition et la publi' cation d’un magnifique dictionnaire persan L Cette œuvTe avait une haute importance, parce que le persan, langue autrefois parlée à la cour des grands princes de l’Inde» l’était aussi dans les tribunaux, comme le français en An' gleterre au temps des Plantagenets. Le persan était la langue diplomatique usitée entre les gouvernements indi' gènes, et même, jusqu a ces derniers temps, entre eux et la grande Compagnie britannique.
- L’important dictionnaire, en deux volumes in-folio de mille pages chacun, sort des presses royales de LucknoW» L’Institut de France en possède un exemplaire, et leS connaisseurs en typographie pensent que l’exécution de cette œuvre ferait honneur aux imprimeries savantes de France, d’Angleterre et d’Allemagne. A l’ouvrage est joint0 une grammaire persane, également l’œuvre du roi.
- Lorsqu’en i856 un successeur de ce prince illustre ftd dépouillé de ses Etats par lord Dalhousie, il se trouva qua Paris, dans l’Ecole des langues orientales, M. Garclïl
- 1 The seven Secis, a dictionary and grammar of the persian languaSe j, by his Majesty the king of Oude. Printed at his Majesty’s press in the city 0 Lucknow, 1822.
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- Ae Tassy, savant professeur d’hindoustani, fit entendre sa v°ix équitable et généreuse; il rendit hommage à ces n°bles amis des lettres, à ces Ptolémées de l’Inde mo-Aerne, détrônés sans motifs et sans excuse, en pleine paix, au nom d’un traité d’alliance perpétuelle! Sa parole révéle rappela des services nombreux rendus à l’esprit humain , et dont nous n’offrons qu’une imparfaite esquisse.
- Le roi qui cultivait les lettres avec tant d’éclat donnait de sa bourse des secours aux élèves du collège de Lücknow. Il chérissait la bienfaisance; il établissait des hospices, des dispensaires, pour distribuer des médicaments et des vivres aux malades indigents. Seul, entre tas princes de l’Inde, il interdisait à ses sujets, Sans influence étrangère, le commerce des esclaves. Afin d’accroître ta sécurité des voies publiques, il poursuivait les Thugs les Dacoïts. Lord Bentinck, à Calcutta, ne régnait pas mieux; et, sous plusieurs de ces points de vue, les autres gouverneurs généraux ont moins bien régné.
- Même à l’époque la meilleure d’un règne si prospère, tas ambitieux de Calcutta n’abandonnaient pas leur projet A’abolir l’autonomie du royaume d’Oude; cette autonomie qui, selon leurs dires cupides, faisait le malheur du peuple, et qu’il fallait anéantir par amour de l’humanité !
- A cette époque, le savant et vertueux évêque Reginald Heber entreprend sa grande et malheureusement sa seule tournée épiscopale. En octobre 18 2 4, il remonte le Gange, ai,rive à Cawnpore; puis se dirige vers Lucknow, en traversant les plus vastes plaines de l’Etat d’Oude. Les bords Au grand fleuve se montrent à lui couverts de jongles; mais, en avançant, il trouve dans la campagne un peuple1
- 1 The peasants who passed us were still more universally loaded with défensive and offensive weapons, than those of the Company’s territories in ^e Doab. We found them however peaceable and courteous, etc.
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- de race athlétique, nombreux, puissamment armé, néanmoins inoffensif, plein de courtoisie et d’affabihte, comme l’est le peuple toscan. Il continue son voyage; il surpris, et l’est avec bonheur, d’après tout ce qu’il avait entendu dire, de trouver le pays si complètement cultivé • «Car, aux lieux où l’oppression serait aussi grande quorl l’affirme parfois, dit-il, je ne pense pas que j’aurais pu contempler une population si nombreuse et douée de taïd d’industrie.» Il reconnaît, avec la même bonne foi, qu°rl trouve en des lieux isolés de l’anarchie et du désordre.
- Quoique le gouvernement soit musulman, la grande majorité de la population est évidemment hindoue; cede remarque du prélat est importante.
- Dès 1824 le roi d’Oude, marchant vers le progrès plllS vite qu’aucun monarque d’Orient, avait fait venir sur îa rivière Gomti, jusqu’au pied de son palais, un navire a vapeur avec un brick de guerre, achetés aux Européen8’ il connaissait les sciences naturelles plus qu’on n’aurad pu l’attendre d’un prince étranger aux langues de l’Oecl dent.
- Dans Lucknow, la capitale, l’évêque Heber se loue de l’affabilité des habitants; le commun peuple l’accueiHe avec respect et courtoisie, même lorsqu’il s’aventure à pa^ courir les plus mauvais quartiers : ceux qu’on lui dépeign31* comme très-dangereux. A l’égard des exemples qu’on h11 citait d’Européens insultés, assaillis dans les rues ou pieS de la grande cité, le prélat déclare avec sincérité qoi|s avaient subi ce traitement comme une conséquence me ritée par leur insolence et leur conduite agressive.
- Parmi les édifices les plus majestueux de cette caph3^’ il fait remarquer les tombeaux érigés par le monarque sa mère ainsi qu’au roi son prédécesseur.
- Rappelons, enfin, que ce prélat si lettré et si distu1
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- §Ue pour l’élégance de ses mœurs a déclaré qu’à son avis cour de Lucknow était à la fois la plus polie et la plus splendide qui brillât dans la grande péninsule de l’Inde. ^eUe se présentait, vers la lin de 182/1, la situation d’un r°yaume systématiquement déprécié et calomnié.
- En 1825, lord Amherst, ayant épuisé toutes ses res-s°Urces avant de conduire à son dernier terme la guerre e°ntre les Birmans, conçut l’heureuse pensée de s’adresser 3lt roi d’Oude.Il en obtint comme un prêt, dont intérêt ^capital ne revinrent jamais au prêteur, la somme considérable de 2 5 millions de francs. Il faut remarquer en ^els termes de profonde conviction et d’emphase oriente lord Amherst, écrivant au roi d’Oude, exprime une ^connaissance proportionnée à l’importance du bienfait :
- « L’offre de Votre Majesté, en nous rendant un service Gssentiel, nous a prouvé votre sincère attachement et l’in-^rêt que vous portez à la prospérité du Gouvernement ^tannique; car, entre tous nos alliés, Votre Majesté, je e déclare, a remporté la pomme d’or de la supériorité.
- «De notre amitié mutuelle le paradis, toujours vert et fleuri, a vu s’accroître la fraîcheur et la beauté. En même teiïips, les fruits bienfaisants de votre amitié sont imprimés ^ns le cœur de tous les Anglais en traits non moins Effaçables que s’ils avaient été gravés sur le diamant. Le c°urs des ans ni le changement des circonstances ne feront ridais perdre à la nation britannique le souvenir d’une Preuve à ce point irréfragable, d’une preuve que rien ne Pourra jamais réfuter, et qui montre si bien les sentiments
- éternels de Votre Majesté....Je finis par des prières
- ^Ventes pour votre bonheur et pour la continuation de v°tre grandeur et de votre prospérité. »
- Le même gouverneur général exprime de nouveau, ^nsle même style, ses profonds remercîments pour douze
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- millions cinq cent mille francs que le monarque ajout® à sa première largesse:
- « Puisse le Tout-Puissant conserver sous son éternel® protection Votre Majesté, Ici mine des munificences ! • Toujours la fidélité et l’amitié de Votre Majesté se sont manl festées pour le Gouvernement britannique. Certainement Yoffie faite à la Compagnie de secours si libéraux, et qu’elle a si souvent obtenus de Votre Majesté, démontre complete
- ment la sincérité de vos sentiments, etc......En tém°l
- gnage de notre reconnaissance, tout ce que je puis du1®’ c’est que ma prière est adressée au Tout-Puissant, qu’il conserve notre mutuelle alliance et qu’il maintien116 Votre Majesté sur le trône de son royaume héréditaire. » gouverneur finit en souhaitant à ce roi d’innombrabl®5 jours de bonheur et d’une prospérité qui ne cesse jamais •
- Au moment où lord Amherst s’extasiait ainsi sur & splendeur de ce royaume d’Oude dont le trésor surabo®' dant coulait sans cesse afin de soulager la pénurie d® gouvernement de Calcutta, les mêmes sourdes rum®®1^ sur le triste sort du peuple d’Oude continuaient da®3 cette capitale de l’empire indo-britannique. Ainsi que nOü* venons de le rappeler, elles avaient frappé le p®e
- lat
- de
- Heber, qui les énumère longuement dans la relation son voyage. Il ne peut pas les concilier avec une pop*da tion qui pullule, avec la prospérité qui brille au seio d®s campagnes, avec la grandèur des monuments érigés da®s Lucknow par la dynastie incriminée; dynastie dont il pr° clame, ne craignons pas de le redire, que la cour ®st plus polie et la plus splendide entre toutes celles de ïî^e' Lord Amherst parti, on voit sept ans d’amitié des®1 téressée et de paix avec le roi d’Oude marquer lere équitable et généreuse de lord Bentinck, qui ne voma rien soutirer par la bassesse ni rien arracher par la for®6'
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- Un nouveau règne exploité.
- En 1837, deux ans après le départ de lord Bentinck, le r°i d’Oude meurt, et soudain tout change. Suivant les lois pays, son fils adoptif, proclamé par la reine mère, ^Onte sur le trône; mais la politique britannique favorise lln oncle de ce prince, Mohammed-Ali-Schah, servile tous. Sans délai, les troupes du contingent anglais Marchent sur le palais du souverain et leurs canons en disent les portes. Après beaucoup de sang versé, la reine ^ère et le roi d’un moment sont conduits en prison. Au ^ême instant, le prétendant imposé par la Compagnie est assis par force sur le trône, sur un trône brisé, dont les ferres précieuses viennent d’être arrachées par les soldats Résident, et dans un palais où les cipayes auteurs de ce Refait achèvent de dérober un butin immense.
- Avant l’assaut, la dépossession et le pillage, on avait ^it signer à l’usurpateur élevé par ces sombres voies une ^claration qui marque bien l’ignominie du candidat pré-^ré. Le Résident lui garantit le trône à des conditions qui donneront le royaume à la Compagnie quand la Com-Pagnie le voudra. Voici le texte :
- «Je déclare ici, dans le cas où je serais placé sur le tr°ne, que je signerai tout traité nouveau que le gouver-^Ur général pourra dicter.»
- « I hereby déclaré, in the case of my being placed on the ^rone, I will agréé to signANY new treaty that the governor prierai may dictâte.
- « Gontre-signé pour vraie traduction de 1 original, en ^ersan : J. Low, Résident anglais à Lucknow. »
- En ce moment, lord Aukland était gouverneur général ^ modération se montre fâchée de la violence employée
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- pour obtenir un tel engagement, mais il n’en profite paS moins pour rédiger le traité. Désormais, rien ne limitera la force numérique de l’armée anglo-protectrice, et le lOÏ réduira sa force nationale au gré de la Compagnie. Si ^eS sommes à payer pour entretenir les troupes du continge0^ britannique ne sont pas ponctuellement soldées, la Co#1 pagnie aura droit d’entrer temporairement dans le royaufl16'
- « Art. 7. Le roi se mettra sur-le-champ, avec le Résident à rechercher les meilleurs moyens d’améliorer la pofice’ la justice et les finances de ses Etats. Si Sa Majesté négb$e de suivre les conseils du Résident, si des agressions graV^ et systématiques, si l’anarchie et le désordre mettent en danger la tranquillité publique, le Gouvernement anglalS se réserve le droit de charger ses propres officiers d cd^1 nistrer quelque partie que ce soit du pays d’Oude, pet1^ ou grande, où le mauvais gouvernement aurait eu heü’ Alors les impôts seront touchés au nom de la Gompagnie’ mais, toutes charges payées, le surplus fera retour au tr^s°r du roi, en rendant à Sa Majesté le compte exact deS recettes et des dépenses. »
- L’article 8 établit comment l’administration tempof31^ devra s’efforcer, autant que faire se pourra, de respe0^.1 les institutions natives et les formes préexistantes dad#11 nistration; on agira de manière à faciliter la restitufi0^ des territoires au souverain d’Oude, lorsque arrive1’8 moment opportun d’une telle restitution : so as to facilité the restoration of those territories to the sovereign of 0^e’ ivhen the proper periodfor such restoration shall arrive. ^ 18 octobre 1837, ce traité est ratifié par lord Aukland*^
- Précédemment, lord Bentinck, que la loyauté dinge toujours, avait ordonné qu’on enverrait aux rois dDU non-seulement la traduction persane officielle, mais le te . original anglais de toute pièce diplomatique. Or, lang^al
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- ffr la phrase qu’on vient de citer était beaucoup moins P°sitif et moins rassurant que le texte persan. Le roi se l'ecrie sur la différence; lord Aukland décide, en conséquence, qu’à l’avenir l’original anglais ne sera plus envoyé.
- Voyons comment ce gouverneur général a jugé le r°yaume d’Oude. Le 8 juillet 1889, il écrit au roi: depuis votre avènement aû trône, Votre Majesté a gran-^ement amélioré son royaume; c’est pour cela que la Cour 4s Directeurs m’autorise à faire abandon du subside de ^atre millions que vous étiez tenu de nous payer chaque aunée. »
- Les éloges de lord Aukland étaient mérités. Le Résident, c°lonel Low, en porte lui-même témoignage.
- La générosité du nouveau roi pour secourir la Compagnie continue les nobles traditions de sa cour. Dès *^38, les Anglais manquant de fonds pour leurs déposes de guerre, ce prince avait remis entre les mains 4 Résident quatre millions deux cent cinquante mille francs qu’il avait pris sur ses épargnes. Quelque temps après, lord Ellenborough a besoin d’argent pour rapatrier ^armée qu’il a fait marcher sur l’Afghanistan; le roi lui frit passer deux millions cinq cent mille francs. Aussi, frrsque arriva la chute de la royauté d’Oude, discutée en Plein Parlement, le comte Ellenborough se fit un noble 4voir de rappeler ces deux bienfaits au sein de la Chambre 4s Lords : ce qui ne servit à rien.
- Quand éclata la guerre si grave entre les Sikhs et la Compagnie, non-seulement le nouveau roi d’Oude ouvrit s°n trésor au gouverneur général, mais.il offrit ses meil-frtirs soldats et ses meilleurs cavaliers.
- Sous le règne de ce prince, les Européens résidant à frücknow voulant bâtir une église, il leur fit présent du *errain et de la plupart des matériaux qu’exigeait la cons-
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- traction : voilà ce que faisait un roi mahométan. Ce prince’
- aimé des Anglais, meurt en 184 y.
- Le dernier roi que posséda le pays .d’Oude, Wajid-Al1 Schah-Padsha, à l’âge de vingt-cinq ans, monte sur le trone-
- Jugement porté sur Oude par le prédécesseur de lord Dalhousie-
- N’oublions pas qu’à cette époque le gouverneur généré Hardinge, en visitant le royaume d’Oude, témoignait ad nouveau roi sa satisfaction sur la population croissante, sdr la belle culture et la prospérité du pays ; il continua1* ainsi les éloges donnés au prédécesseur de ce prince.
- Le même lord Hardinge exprime le désir que des perfeC tionnements administratifs soient opérés dans deux pl0 vinces limitrophes des Anglais. Aussitôt le roi les fait étd dier. Le projet d’améliorations est transmis à sir HenCf Elliot, ministre des affaires étrangères à Calcutta, 9ul . rejette en ces termes incroyables : «Si Sa Majesté le d’Oude voulait nous remettre la totalité de ses Etats, gouvernement de l’Inde orientale y penserait; niais n’est pas la peine de prendre tant de soins pour unefraC tion.n Voilà comment le projet de perfectionnements ^ abandonné par l’administration de Calcutta l.
- Lord Dalhousie arrive dans l'Inde et tourne ses regards vers le royaume d’Oude.
- le
- L’historique précédent était indispensable pour que lecteur appréciât les moyens coercitifs qui vont sucçeder à tant d’années d’amitié, à tant de services rendus.
- 1 If his Majesty the king of Oude would give up the whole of bis 0 t nions, the East India governxnent would think of it; but that it ^aS worth wbile to take so much trouble about a portion.
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- Lord Daihousie va commencer d’agir. Dès la première afinée de son gouvernement, lorsque tout encore estnou-Veau pour lui, le 16 septembre 1848, il élève à la position Résident près du roi d’Oude le colonel Sleeman ; il le ^unit d’étranges instructions.
- Suivant la lettre de lord Daihousie à ce colonel, dès Octobre 1847, lord Hardinge avait donné à entendre1 au f01 d’Oude que si, avant le terme de deux ans, son gou-Vernement n’était pas très-positivement amélioré, l’admi-°Ltration de ses Etats, dans son propre intérêt, lui serait étirée. Comme on est en septembre 1848, Mylord ne Cr°it pas, il n’espère pas qu’en octobre 1849, lerrne de rigueur, aucune amélioration notable ait eu le temps de se Produire. Alors il fait briller aux yeux de Sleeman un r°le immense à jouer en disposant d’un royaume entier! ^ ne s’agit plus, aux termes du traité, de respecter assez formes administratives de l’État indigène pour faci-^er leur restauration; ces formes, il faut les approprier a9 régime britannique : tâche à la fois difficile et noble a remplir. Afin d’atteindre un nouveau but, le gouverneur s’adresse à l’un des officiers les plus expérimentés :
- «C’est pour cela que je vous propose la Résidence de ^Ucknow, en ayant an égard spécial aux grands changements selon toute probàbilite, vont être produits. »
- Remarquez bien que le tentateur ne dit pas à l’homme Capable : « Allez ! il en est temps encore. Faites réaliser
- . 1 The communication made by the governor general to the king of Oude lïl october 1847, qave his Majesty to understand that if the condition of §°vernment was not very materially amended before two years had expired, management for his hehoof would be taken into the hands of the british Gemment.
- ^ Lorsqu’un Empereur dont Tacite caractérise le génie par ces mots, am-lyiiüs dicendi, lorsque Tibère méditait quelque nouvel acte d’oppression, il ^primait pas explicitement, il donnait à entendre sa pensée.
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- les améliorations désirables ; hâtez-vous, étendez à tout Ie royaume les projets que le roi lui-même offre d’accoiu plir en deux de ses provinces, et qui viennent deRe étudiés par ses ordres. » C’est un autre rôle qu’on assigne au zèle de l’agent diplomatique : on lui propose detre Résident au point de vue spécial des grands changement qui, selon toute probabilité, vont avoir lieu. On lui dit eo termes transparents: «Allez! verbalisez. Scrutez tout °e qui peut servir à la condamnation sous-entendue dès i8â7' Accusez, concluez; et vous deviendrez le suprême ordofl nateur d’un royaume qui, pour subir cette métau*01 pbose, attend seulement votre réquisitoire. »
- Le nouveau Résident ne pouvait, ce me semble, te#11 avec honneur qu’un seul langage au jeune roi d’Oude ' «Vous, Sire, dont la Maison est restée notre seule ain18 constamment fidèle depuis plus de quatre-vingts ans, vo1^ êtes menacé du plus grand déshonneur qui puisse flétri un prince : le retrait complet de son pouvoir, à titre de mauvais gouvernement. Acceptez-moi comme conseillé’ comme appui, pour vous éviter cette flétrissure. expérience administrative essayera de trouver les voies ieS plus praticables. Ne craignez rien ! Au lieu d’encourager’ je découragerai les mécontents; si quelques rebelles ose*1* résister à vos efforts, les troupes de la Gornpagnie, chant à votre réquisition et par mes ordres, feront cesse1, toute opposition factieuse. Agissez donc, et vous seie2 plus Roi que jamais. »
- Par malheur cette marche, loyale et généreuse, na PaS été suivie. Le colonel Sleeman se trouve bientôt en de^ accord avec les ministres du roi; il se permet des conse pernicieux; il fait chasser de hauts fonctionnaires que , prince avait déclarés dignes de sa confiance; il hun»ifie de plus en plus le trône qu’il dénonce en secret.
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- L’homme éminent qui naguère avait montré tant de finesse et d’aptitude pour pénétrer les mystères des assas-S1ns appelés Thugs semble appliquer ici la même action s°uterraine et les mêmes talents d’inquisiteur; il les emploie pour informer en secret contre un gouvernement ^nil fallait non pas exterminer comme les hordes d’étran-$eurs, mais éclairer, convaincre et rendre meilleur. Le c°lonel Sleeman ne s’occupait pas uniquement de signaler Ce qui lui semblait être des abus ou des injustices; les dé-^nseurs du roi d’Oude affirment qu’il voulut se substituer * la justice elle-même et briser des jugements rendus par ^ haute cour mahométane de Lucknow. Pendant pinceurs mois, dans l’hiver de 185o, il parcourut les diverses Provinces, en faisant appel aux mécontents, afin d’obtenir ^eux qu’ils 3ui remissent un exposé de leurs griefs et ^ürs dénonciations. Cela lui manquait pour le grand c°rps d’accusation, qui devait être son rapport officiel à ^°rd Dalhousie.
- Il imprime en secret, dans son palais de Lucknow, ^ouvrage où sont énumérées les charges ainsi recueillies, cet ouvrage, qu’il tire à peu d’exemplaires, quelques-sont pour lord Dalhousie; le reste sera pour la Cour 4es Directeurs et pour le ministère, à Londres; le roi, non Plus que ses ministres, n’en connaîtra pas l’existence.
- Avant que cet ouvrage ait pu sortir de ses mains, un ^°0g temps s’était écoulé. Le terme prétendu fatal de 1849 e^lt de beaucoup dépassé; mais rien encore n’avait pu dé-jorminer le ministère anglais et la Compagnie à sanctionner mesures extrêmes que méditait le gouverneur générai, poursuivant une mission irritante et douloureuse à ^mpür, la santé du Résident s’était altérée par degrés, ^ point de lui faire abandonner son rôle et ses espé-^Cees. Il partit et mourut en mer, pendant son retour
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- en Angleterre; il fut remplacé par le général Outra#1 >
- nommé Résident le 2 4 novembre 1854-
- Le nouvel agent diplomatique, avec les matériaux lalS
- sés à Lucknow par son prédécesseur, rédigea le rappolt
- qui prépara la confiscation du royaume.
- Armé de ce rapport, lord Dalhousie s’adresse à la Co#1
- des Directeurs. Il ne s’arrête plus à ce que voulait lor
- Hardinge, à ce qu’exigeait le traité de 1837 : administré
- temporairement les Etats du roi d’Oude, au nom et p°lir
- le profit du roi d’Oude. Il répudie ce traité formel. C^ül
- qu’il invoque, c’est le traité de 1801, conclu par le mar
- quis Wellesley, et dont il torture le sens : comme si, ^arlS
- tous les cas, suivant la logique d’une diplomatie loyal6’
- les stipulations les plus récentes n’anéantissaient pas to#te
- disposition antérieure et contraire.
- Lord Dalhousie propose à la Cour des Directeurs ^
- signifier au roi d’Oude qu’il ait à signer un nouveau trade>
- annulant toutes garanties précédentes et transférant à ^
- Compagnie l’administration civile et militaire de ses Etats’
- sans condition de retour en sa faveur. Le roi ne serait paS
- 1 /»
- déposé, mais annulé. Il ne recevrait pas le surplus
- ses revenus économisés, comme le voulait le traite 1837; on lui payerait simplement une pension viagere‘ Ce moyen terme est repoussé.
- Enfin, le 21 novembre i855, la Cour des Directe111-5 donne à lord Dalhousie plein pouvoir d’opérer la sllP pression pure et simple de la royauté d’Oude.
- Dès le 3o janvier 1856, le Résident Outram fait sav°lf au roi qu’une forte armée a passé le Gange, et que la pagnie des Indes, sans autre formalité, prend possession ses États héréditaires. Trois jours sont donnés à l’inf°r tuné monarque pour signer l’abandon de tous ses dro*^ l’anéantissement des traités antérieurs de 1837 e*
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- 1 Soi.Ni l’un ni l’autre de ces actes ne semblent plus assez spoliateurs!
- Par le nouveau traité qu’on proposait à la signature du Prince, il aurait stipulé sa propre flétrissure et sa condamnation. 11 aurait déclaré que ses infractions aux engagements essentiels des traités antérieurs étaient constantes ri notoires, et qu’en conséquence il acceptait que l’admi-ristration exclusive du gouvernement civil et militaire du r°yaume d’Oude, avec le droit également exclusif d’en teucher les revenus, appartiendrait désormais à l’hono-rable Compagnie des Indes orientales... Le roi repousse aVec indignation le traité mensonger qui, non content de
- détrôner, le déshonorait.
- Le y février 1856, une proclamation de lord Dalhousie, Préparée d’avance, fit savoir au peuple d’Oude qu’il devait pour jamais la propriété de l’Angleterre.
- Au milieu de ces actions violentes, le roi déclara qu’il eri appelait au Gouvernement de S. M. la reine Victoria, ^annonça qu’il voulait se rendre à Londres, afin d’y soutenir ses droits; mais il nen obtint pas la permission. On tetint sa personne, et on saisit les papiers qui pouvaient servir à sa défense. Ses anciens ministres les plus importants furent mis en surveillance, afin qu’ils ne pussent pas aller en son nom , dans la métropole, faire valoir les Justes droits de leur maître.
- En exécution de cet acte arbitraire, on séquestra le mobilier complet de la couronne, la garde-robe du monar-, ses musées et sa bibliothèque, laquelle contenait deux Cent mille volumes de livres rares et de précieux manus-°rits. On dilapida ses écuries et ses haras; on vendit à vil Prix ses chevaux, ses chameaux, ses éléphants, ses buffles ri ses troupeaux. Les princes de sa maison furent fma-^riïient chassés de leur palais, le Chattar Munz; et, pour
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- plus d’expédition, on jeta dans la rue leur mobilier et
- leurs effets personnels.
- Ainsi fut accomplie la dernière et lugubre mission que lord Dalhousie avait si longuement sollicitée de l’hono-rable Compagnie pour couronner sa carrière. Il en a pre sente les résultats comme un bienfait de la civilisation de5 Occidentaux répandu sur un peuple de l’Orient.
- Au milieu des attentats que nous venons d’énumérer, ou n’avait pas osé mettre la main sur la mère du roi d’Oude* Chassée de son palais, elle s’imaginait que la nation la royaliste de la terre exigerait qu’on respectât un royaum6 appuyé sur les traités et la justice. Elle arrive à Londres où la Cour des Directeurs et les ministres refusent de recevoir. Elle ose espérer plus de sympathie chez les iords> chez les seigneurs, dont chacun porte une couronne au dessus de ses armes : étant si rapprochés du trône, eux sur'’ tout doivent mieux comprendre une mère qui pleure Ie détrônement injuste de son fils. Déjà, dans la Chaudue haute, un noble pair, qui tient en main la royale pétition * fait entendre quelques paroles de pitié, quand un auVe noble demande froidement si la suppliante s’est servie dl* mot humble en s’adressant à la Pairie? Hélas! ce mot, nî celui de servante, ne précédaient la signature d^üe Reine : c’en fut assez pour motiver un dédaigneux ordfe du jour.
- L’illustre Chambre aurait mérité l’estime de l’univer® si, dédaignant cette misérable étiquette, elle avait décla*6 que l’empire britannique, avec ses deux cents milb°^5 de sujets et de vassaux, est trop grand et trop équité pour confisquer, au mépris des traités, un Etat de millions d’âmes et pour briser le trône d’un allie c°nS tamment fidèle.
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- Ce que deviennent les sujets par le fait d’une annexion dans l’Inde.
- Ne parlons pas seulement des reines et des rois; tournons aussi vers les peuples un regard de pitié. Nos lecteurs d’Europe, s’ils n’ont pas fait de l’Inde une étude aPprofondie, auront quelque peine à se figurer l’immense évolution qu’éprouve le sort des pays qu’on annexe aux ^tats de la Compagnie. Quand la suppression d’un royaume est prononcée, le roi dont la couronne est confisquée n’est Pas le seul qui soit frappé. Ses sujets, au lieu de rester des hommes, deviennent des choses. La propriété des Particuliers, en vertu d’un prétendu droit mahométan, 'pfau besoin la Compagnie chrétienne a toujours su revendiquer, cette propriété revient en principe au gouvernement annexeur, héritier des prétentions musulmanes. ^armée nationale est dissoute. Les généraux, les colonels, les commandants de toutes armes, sont supprimés; W cimeterre est brisé dans leurs mains et leur carrière est anéantie. Dans les régiments de la Compagnie, parmi les officiers subalternes, on permet, il est vrai, que l'indigène arrive jusqu’au rang de capitaine; mais de tels capitaines , fussent-ils les plus éminents et les plus anciens, obéiront servilement au plus imberbe des sous-lieutenants anglo-saxons. L’aristocratie n’a plus dappui ni de naoyens d’existence obtenus dans les hauts emplois publics, désormais, aucune grande carrière officielle, non-seule-naent militaire, mais civile ou judiciaire, ne reste ouverte à l’esprit, au génie, au courage, à l’activité des natifs, ^ans les a flaires civiles, il n’est plus d’administration du Pays pour le pays; l’étranger régit tout dans un intérêt étranger. Le fisc est manié par le peuple dominateur; et le surplus des impôts sur la dépense sort du territoire, au
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- profit de la Compagnie. En un mot, le royaume, au heü d’être à l’état de chose publique indépendante, telle que Ie5 Romains l’exprimaient par les mots res püblica, le rovauiue est réduit à la condition de ferme servile, exploitée par ^a race envahissante et pour le profit de cette race. Tel est Ie bienfait préconisé.
- Chez nos peuples de l’Occident, une telle subversion dans l’existence d’un Etat, dans le destin des personnes et la condition des biens, ne pourrait s’achever et se ma*11' tenir qu’en versant des torrents de sang; nous redir°nS avec douleur le sang que la même cause a fait verser dafl5 l’Orient, au sujet du royaume d’Oude. A présent tournoi15 les yeux vers un sujet moins lugubre.
- LES INDES REPRÉSENTÉES A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1851.
- Afin que le lecteur pût connaître parfaitement la situation de l’Inde, il a fallu lui montrer comment les peuples les plûS avancés de cette grande contrée ont subi tour à tour le j°u$ et l’exploitation du conquérant ; malheureusement, chez^ vainqueur, un semblable rôle n’a pas toujours paru celuJ de la modération, de la justice et de l’humanité.
- Ramenons nos regards vers un autre tableau. CoR' templons les arts de premier ordre qui font vivre le genre humain, et qui procurent T abondance à des popR^a' tions que les années et la paix tendent sans cesse a rendre plus nombreuses. Joignons-y les arts par lesqu^5 sont satisfaits tant d’autres besoins, afin de concourir aU bien-être, au confort, à la félicité de la famille ; joignoRs'y surtout les arts dont l’objet est de procurer à l'honU#6 des jouissances qui ne sont pas uniquement matériel^5’ et qui satisfont h l’envi lame, l’esprit et l’imagination »
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- pour concourir à l’ornement des sociétés polies et florissantes.
- Dans notre revue successive des nations concurrentes, etudiées depuis l’origine du siècle, voici le cinquième tableau de la force productive et de l’industrie que déploie lovant nous le grand empire britannique ; voici le cinquième 8roupe des richesses combinées de la nature et des Sommes qui se présente à nos regards. Essayons de le Montrer tel qu’il apparut à l’admiration universelle dans ta Palais de fer et de cristal qui symbolisait à la fois la tarce et la splendeur de l’Angleterre.
- Nous avons retracé les caractères comparés de la production : en premier lieu, des trois royaumes qui constipent la métropole anglo-saxonne; en second lieu, des colonies hyperborées dont le centre est le Canada ; en troisième lieu, des vingt colonies tropicales qui se déploient à l’orient de l’Amérique du Sud; en quatrième Itau, des six États si progressifs qui bordent déjà l’Australie et qui, par degrés, s’étendent aux îles circonvoisines. Pour cinquième pas, dans cette marche toujours suivie en nous dirigeant de l’orient à l’occident, afin d’accomplir avec régularité notre parcours du monde, nous sommes arrivés à l’immense contrée de l’Inde orientale assujettie par un si rapide progrès au pouvoir absolu de l’Angleterre.
- Caractère indigène de VExposition des Indes britanniques.
- Maintenant s’olfre à nous un spectacle complètement nouveau. La main du pouvoir dominateur cesse d’apparaître au premier rang, et les modernes industries, qu’il tend parfois à pratiquer au dehors de sa métropole, ne semblent plus que des accessoires.
- Au lieu de faibles peuplades, comme celles de l’Aus-
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- tralie et du nord de l’Amérique, les unes exterminées > les autres refoulées dans les forêts et dans les déserts ou le dénûment et l’extinction les attendaient, voici des nations antiques et renommées, si populeuses et si p^el" nement en possession du sol fécondé par leur agricid' ture, qu’il devient moins facile et moins avantageux de les étouffer que de mettre à profit leurs personnes et hül industrie. Au milieu de ces nations primitives échappeeS aux destructions avec leurs arts et leur état social, à R’a'
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- vers vingt siècles (^envahissements successifs, on a vu s e-tablir ries conquérants poussés par l’islamisme ; ils portaient avec eux des arts empruntés aux belles années de Bagdad> de Téhéran et de Samarcande. Ils ont uni leurs industrie arabes, persanes et mogoles aux inventions primordiales des héritiers de Brahma.
- Ce qu’il faut maintenant considérer, c’est donc à la f°lS l’antiquité de l’Orient et son moyen âge, apparaissant dans toute leur splendeur, et transportés par une fée moderne dans un palais diaphane ou resplendissaient les chefs' d’œuvre de l’univers; des trésors vont s’offrir à nous, te^ que jamais n’en ont conçu les imaginations les plus fécondes qui dépeignaient les enchantements des Mille et une Noiïs'
- Pour la première fois, en 1851, une exposition complet® a fait connaître aux nations l’ensemble de ces trésors, en si grand nombre ignorés, que renfermaient les Grandes Indes-
- Il faut expliquer avant tout par quels moyens on a rein11 dans Londres tous les objets demandés à l’agriculture, aU* mines, aux industries de l’Orient.
- Comment s’est préparée dans l’Inde Y Exposition universe lie.
- Des l’été de i848, S. A. R. le Prince Albert adresse aux Directeurs de la Compagnie des Indes l’invitation de
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- faire paraître à l’Exposition universelle les produits des Entrées soumises à leur gouvernement. Aussitôt ces administrateurs préparent les instructions nécessaires pour seconder le vœu du Prince, et leurs ordres sont transmis aVec rapidité dans toutes les Présidences. Sans perdre de tenips, des commissions centrales sont instituées à Calcutta, à Madras, à Bombay; des commissions secondaires s°nt bientôt établies dans les principaux chefs-lieux des diverses provinces. Enfin, les quasi-souverains des Etats a traités subsidiaires et les princes dont les Etats gardent encore un peu d’indépendance primitive sont invités à transmettre aussi les produits qui peuvent montrer la richesse de leurs territoires et l’industrie de leurs sujets.
- Tel est l’ensemble des moyens employés pour obtenir Une grande et complète collection qui put faire connaître a l’Eùrope les trésors naturels et les produits si variés des nations qui peuplent la péninsule de l’Inde.
- Les agents de la Compagnie, qui gouvernait encore à cette époque, mirent un si grand zèle à remplir la mis-Sl°n qui leur était imposée, qu’ils ont pu réunir et classer ^es produits de la nature et de l’industrie depuis Singa-Pore jusqu’à Calcutta, depuis Madras jusqu’à Bombay, depuis Aden jusqu’à l’embouchure de l’Indus; les faire transporter parla mer Rouge et l’isthme de Suez; les présenter ^ Londres, et se trouver prêts pour l’Exposition avant plu-Sleurs Etats européens les plus voisins de l’Angleterre.
- Il fallut consacrer une partie considérable du Palais de Cristal pour exposer convenablement la réunion si nombreuse des objets pu bruts ou manufacturés apportés amsi de l’Orient.
- Les yeux n’étaient pas seulement frappés par la multitude et la variété de ces objets; l’ensemble avait un Caractère dont n’approchait l’Exposition d’aucune contrée
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- du nouveau Monde. Au milieu des magnificences que pre' sentaient les pays découverts depuis quatre siècles, leS Grandes Indes brillaient par le goût, par la grâce, et surtout par une espèce d’éclat lumineux, dont la sple11' deur ne pouvait être comparée qu’à l’éclat du merue ordre qui caractérisait l’Exposition française entre toutes celles des peuples de l’Occident.
- Matières premières exposées.
- A coup sûr, il ne faut pas s’attendre, même en oftraut la plus copieuse réunion des produits d’un pays qui coiup^ seulement pour un quarantième des terres du globe, a trouver un spécimen complet des productions de toutes les parties du monde. Mais si l’on rangeait, à la maniere des savants naturalistes, par genres principaux, les produits des trois règnes, on peut dire que pas Lltie de ces divisions génériques ne ferait défaut dans la c0 lection des trésors de l’Inde.
- La gigantesque ceinture des monts Himalaya s confie111 dans ses profondeurs et ses replis tous les terrains pr11*1^ tifs; sur ses hauteurs et ses déclivités, elle offre en graïl nombre les familles de plantes hyperborées, et beaucoup d’animaux dont les précieuses fourrures appartienne aux régions septentrionales.
- Presque à cette hauteur, l’industrie remarque surtout chèvres du Tibet, dont le duvet si fin, si fort et si soyeü* ’ protégé par une toison extérieure épaisse et grossier®’ conserve à l’animal une chaleur plus.intime; chaleur ne cessaire dans le voisinage formidable des neiges suivant les saisons, cachant ou découvrant de nouve^ ^ pentes des Himâlayas, élargissent ou resserrent l’eten des frais pâturages.
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- Plus bas sont les terrains de formations secondaire et tertiaire, et les végétations et les êtres vivants de nos climats tempérés. C’est là qu’on herborise en cherchant des plantes médicinales, autrefois si renommées, et que le teédecin chimiste ne peut pas remplacer encore avec Une complète efficacité par la pharmacie minéralogique européenne. C’est là que la nature, inexplicable en ses caprices, a fait naître un thé moins délicat mais plus puissant que tous les thés de la Chine, de ce pays d’où les Anglais voulaient à tout prix transplanter un arbuste si précieux à leurs intérêts mercantiles. Ils ne pouvaient qu’à grand’peine l’acclimater; et le thé des Himâîayas, Qu’ils négligeaient à l’état sauvage, s’est trouvé le seul dont ils aient pu tirer le parti lucratif ambitionné par leur génie spéculateur.
- Au-dessous de la région qui donne ces produits, voici Ie climat de la zone torride. Plus de cent millions d’hec-teres, deux fois la grandeur de la France, sont arrosés Par toutes les eaux descendues au midi des six cents lieues de montagnes couronnées de neiges éternelles. Voici le pays fortuné des épices et des parfums, celui qui donna le sUcre à l’Europe dès l’antiquité , et plus tard aux deux Amériques. Voici le pays qui dispute à l’Arabie le produit de ses gommes, à la Chine, au Japon, le produit de leurs laques; le pays qui procure à l’Occident le frotteur indien, 1 India rubber : c’est la gomme élastique par excellence, devenue de nos jours, avec une rapidité magique, la teatière première d’une infinité d’arts européens. Ici nous teouvons le pays primitif du coton et des célèbres tissus admirés de l’antiquité lorsque les arts florissaient chez les Grecs et chez les Romains; ici, le pays des couleurs aussi Puissantes que les rayons d’un soleil équatorial, source de leur intensité. A titre d’exemple il nous suffit de citer, parmi
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- ces matières colorantes, la plus employée par l’inclustrie et les beaux-arts: c’est l'indigo, comparable au plus brillant azur des deux du midi, quand l’astre du jour est à son zénith, sans que la moindre vapeur étende son voile entre notre œil et les profondeurs de l’atmosphère.
- Le règne animai déploie, dans la région torride, sa puissance tour à tour la plus bienfaisante et la plus redoutable : l’éléphant de l’Inde, plus grand et plus civilisé qu eîl toute autre partie du monde et que nous étudierons a part; le chameau, ce navire du désert, si nécessaire al1 milieu des sables arides et brûlants qui séparent les bassins de trois grands fleuves; le lion, le tigre, aux fourrures si précieuses et souvent payées si cher par l’indigène ; le \Q°" pard, à force d’art, apprivoisé comme le faucon, ou p^ü' tôt employé, comme le compagnon le plus dévoué l’homme, aux plaisirs, au besoin des chasses périlleuses*
- Cependant, pour confesser la vérité, partout sur la terre de l’Inde, au milieu d’une nature puissante à la f°lS pour le mal et pour le bien, les souffrances et les dangelS sont à côté des plaisirs. Sans cesse on est assailli par uufc incroyable variété d’animaux nuisibles, les uns irritants» les autres effrayants : des nuées d’insectes qui volent des nichées de reptiles, cachées partout, même au coeU1 des habitations, poursuivant l’homme jusque dans le sein du sommeil; d’autres plus dangereux, tels que le scorpion' le crocodile et les serpents tropicaux. Tant d’êtres ma^ faisants pullulent et menacent, dans l’eau, dans l’air et sur la terre, afin qu’à tout instant leur fléau rappefle ^ l’homme l’amertume et la versatilité de ses destins, même au milieu d’un véritable paradis terrestre. Voilà l’imag6 » très-imparfaite, des richesses inépuisables et des fleaU* vivants que la nature oppose à ses propres bienfaits dans la Péninsule de l’Inde.
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- Les collections de matières animales et végétales envoyées de l’Inde jugées par le grand Jury international de 1851.
- Les Anglais devaient prêter l’attention la plus bienveillante et la plus intéressée à la .magnifique collection des Matières premières que l’Inde offrait, dès 1851, à toutes leurs industries. Cette attention s’est manifestée parles développements précieux donnés dans le Rapport de la quatrième Classe par M. le professeur Solly et par le docteur Richard Owen, l’illustre émule et l’élève de Cuvier. Hélas! depuis cette époque, encore si rapprochée, les sciences Naturelles ont perdu le dernier de ces deux savants : en *855, Owen parut un instant au milieu de nous, dans le Jüry international de Paris, et peu de temps après il n était plus.
- Dans le rapport plein d’autorité qui vient d’être cité, Nous avons cherché les jugements portés sur cette partie de l’Exposition universelle. Ils sont précédés par des considérations générales dont nous présentons la substance :
- «C’est ajuste titre que la médaille de premier ordre, la médaille du Conseil, est accordée à la Compagnie des Wl es, pour la très-précieuse et très-importante collection des produits bruts envoyés par les Indes britanniques. La collection illustre les grandes ressources naturelles de cet etnpire ; elle met sous les yeux des manufacturiers une Niultitude de substances ou nouvelles ou jusqu’à ce jour Peu connues, et dont beaucoup deviendront probablement le sujet d’importations d’une conséquence majeure.
- « Un rapide examen suffit pour montrer les ressources lrtimenses du pays, et pour signaler des productions qu’on Peut obtenir en des proportions pour ainsi dire illimitées, aVec peu de frais comme avec peu de labeur; car le climat
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- et le sol n’ont besoin que d'une aide légère. Aucune por-tion du globe n’est plus amplement favorisée par la na-ture, ni plus susceptible de fournir les substances qui satisfont aux besoins et surtout au luxe du genre humain-Avec un climat fertile et généreux," toutes les végétations sont rapides et luxuriantes. En même temps, comme la main-d’œuvre est abondante et peu coûteuse, tout senoble favoriser la culture et la récolte des produits, quelle qu’en soit la nature.
- « Il faut pourtant signaler des obstacles qui ont retard la prospérité de l’Inde et qui présentent au commère6 les difficultés les plus sérieuses : l’apathie, l’incurie, ^eS habitudes des natifs, leurs pratiques religieuses et surtout leurs préjugés. Eux-mêmes ignorent la valeur du plus grand nombre des productions de leur propre pays et n’y prennent aucun intérêt. Les manufacturiers occidentaux ne connaissent pas davantage un grand nombre de ces productions, ou, ne sachant pas qu’on les peut obtenir en quaU' tités presque sans bornes, ils ne profitent point de celleS qui, par le fait, peuvent être procurées avec bénéfice et n’attendent, pour ainsi dire, que des ordres venus d’Europe. Beaucoup des productions naturelles de l’Indu deviendront des objets très-importants pour le commei’c6 britannique, lorsque la valeur et le mérite en seront mieux appréciés. L’Inde, à son tour, en retirera de grands bénéfices; il s’ensuivra la confection de bonnes routes et d’autres moyens de transport intérieur, économiques , rapides et sûrs. »
- Passons à l’énumération très-abrégée des principal5 matières premières. Commençons par les produits qlU sont des aliments pour l’homme.
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- i. — Produits alimentaires.
- Le riz. — L’Inde ne présentait pas moins de cinquante spécimens de riz, nourriture principale du plus grand Nombre de ses habitants.
- On remarquait surtout un riz de montagne, cultivé sans ttrigation entre mille et deux mille mètres de hauteur, sur tas pentes des monts Himâlayas.
- L’arrow-root. — Les Indiens ont présenté des préparions d’arrow-root que les Jurés ont trouvées de qualité supérieure et qu’on a récompensées.
- Les thés. — Les fermes expérimentales de la Compagnie avaient exposé les thés cultivés au moyen des plants tirés delà Chine. Mais l’attention méritait beaucoup plus d’être attirée par les thés indigènes de la province d’Assam; en décrivant cette province, nous expliquerons les succès et ^importance de leur culture.
- Les sucres de l’Inde figuraient largement à l’Exposition; remarquons que ceux dont la fabrication était perfectionnée appartenaient à des Anglais, lesquels ont formé de grandes exploitations dans la vallée du Gange et dans la présidence de Madras. Leurs établissements devraient servir de modèles aux natifs et commander leur émulation.
- Le sucre de dattes était digne d’une attention particulière. U faudrait que sa fabrication reçût une grande extension ; elle donnerait des profits plus considérables et plus certains aux indigènes que n’en donnent la culture et l’exploitation de la canne à sucre.
- H. — Substances végétales utiles aux arts : les gommes et les huiles.
- Les gommes.— La collection des gommes et des résines
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- présentée par la Compagnie des Indes était à la fois très-riche et très-intéressante ; elle formait une important division de la grande réunion des matières végétales de l’empire indien. Le nombre en est si considérable, e* beaucoup de ces produits sont si peu connus en Europe, qu’il serait à peine possible de rendre un compte détail^ des diverses espèces et de signaler les variétés qui me* ritent que la science et l’industrie en fassent une longUe et sérieuse étude.
- Gütta-percha.— Ce produit, devenu si précieux pour leS arts, fut introduit en Europe, il y a dix-buit ans, par Ie docteur Montgomerie, qui l’avait tiré de Singapore; cette gomme est extraite de Yisonandra gutta.
- India rabber. — Cette sorte de gomme, qu’on pourra^ sans inconvénient confondre avec la gutta-percba ou Ie caoutchouc, est extraite du figuier à gomme élastique jicus rabber elastica.
- A l’Exposition figurait une espèce nouvelle d’India rubber, appelée catimandou, laquelle a des propriétés particulières; elle est tirée de Yeuphorbia antiquoruïï1-M. Elliot de Madras, à qui ce produit est dû, a reçu poiir récompense la médaille de prix.
- Une foule d’autres gommes et d’autres résines, extraites de plantes et d’arbres divers, sont spécifiées dans le rap' port, au nombre de cinquante-trois espèces différentes.
- Les huiles.— i° Huiles grasses. Ces huiles sont, eu général, remarquables parleur bon marché. Celles qu’ou a tirées de la graine de sésame figurent parmi les pblS abondantes.
- 2° Huiles fines, beurres ou suifs végétaux. Le Rapp°rt en énumère quarante espèces, entre lesquelles on distiog116 celles de croton, de cartbame, etc.
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- m. — Les teintures et les couleurs.
- Parmi les produits précieux de l’Inde, il faut distinguer celui que les Anglais appellent shell-lac, dont le principe colorant est le produit d’un insecte. La shell-lac, qu’on voyait enveloppée de larges feuilles d’oranger, était d’une excellence que le IVe Jury proclamait très-supérieure à tout ce que peut offrir ailleurs le commerce.
- Le maharadjah du Népaul, pour complaire à la Compagnie, faisait figurer à l’Exposition des laques préparées dans son royaume. La Confédération des Radjpoutes avait pareillement envoyé des laques recueillies sur le figuier indien. le figuier sacré et sur l’arbre à jujube.
- L’indigo. — Voici l’un des produits les plus célèbres de l’Inde. N ous reviendrons sur la culture de la plante et sur l’extraction de la matière colorante lorsque nous décrirons les productions du Bengale.
- C’étaient des planteurs anglais,à qui le Jury décernait ses récompenses pour les indigos les mieux fabriqués et tas plus purs.
- Il y avait à l’Exposition le modèle complet et plein d’intérêt d’une factorerie d’indigo, montrant tous les progrès de la fabrication.
- On a donné la médaille de prix pour l’indigo tiré par Un Anglais de la PTrightia tinctoria, plante qui fleurit dans tas terrains secs et stériles.
- Les Indiens sont loin d’égaler les Chinois pour les soins extrêmes nécessaires à la production de cette matière végétale ; on pourrait adresser le même reproche à la culture 9insi qu’à la manipulation subséquente d’un grand nombre d’autres produits. C’est aux Anglais seuls qu’il appartient de faire, sous ce point de vue, l’éducation des peuples de
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- l’Inde. Jusqu’à présent, il ne paraît guère que les indigènes aient profité des améliorations que les Européens ont apportées dans la plus importante des exploitations, celle de l’indigo.
- Les safrans. — Dans l’échelle d’importance commet' ciale, après l’indigo vient le safran; l’Inde fournit chaque année à l’Angleterre 5oo,ooo kilogrammes et plus de cette matière colorante.
- Le Jury décerne une médaille à Sa Hautesse le radjah de Kotah, pour les safrans qu’il a présentés.
- La garance. — La garance indienne est encore plllS brillante que la garance européenne; celle qui provenait de la province d’Assam a mérité la médaille de prix.
- Les lichens. — Il faut aussi signaler de précieuses et riches collections de lichens, d’où l’industrie peut extrait6 d’utiles matières colorantes; on les avait formées dallS les monts Himâlayas, dans les provinces gangétiques et dans les conquêtes anglaises situées au delà du Brahma' poutra.
- Les myroholans. — Ce sont des fruits appartenant a11* diverses espèces de terminalia, riches en matières astriU' gentes; ils sont également employés pour la teinture et pour le tannage.
- iv. — Matières teœtiles : les cotons, la jute, etc.
- Coton en laine. — On doit admirer la finesse des fÜa' ments qui composent le colon de l’Inde; on regrette seU' lement que ses filaments aient peu de nerf et de longueur*
- Nous aurons plus tard à présenter d’amples déveiopp6' ments sur les progrès de la culture du coton, devenue aujourd’hui pour l’Angleterre d’une absolue nécessité.
- La jute. — C’est une plante textile rivale du chanvre et
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- propre à faire des toiles; elle nous occupera particulièrement lorsque nous passerons la revue des richesses commerciales que l’Inde échange maintenant avec l’univers.
- v. — Les lois utiles aux arts.
- En traitant du commerce, nous parlerons aussi des bois que produit l’Inde; rien n’était plus riche et plus varié que les espèces de toute nature qui figuraient parmi les collections envoyées de l’Inde.
- fj. — Produits du règne animal.
- Ces produits étaient nombreux; mais ceux d’une véritable importance pour les arts européens ne figuraient qu’en petit nombre. Nommons seulement :
- 1 ° Les soies ;
- 2° Les perles;
- o° L’ivoire;
- 4° Les lagues, déjà citées. Leur matière colorante est formée sur les branches de diverses espèces d’arbres par la piqûre d’un petit insecte semblable à la cochenille et nommé Coccus lacca. La matière résineuse étant séparée de la shell-lac du commerce, on obtient ainsi la matière colorante ou laque proprement dite; elle teint en beau rouge, mais le cède en éclat à la cochenille.
- tableau des produits industriels les plus remarquables et des
- PROCÉDÉS LES PLUS INGÉNIEUX QU’OFFRENT LES ARTS DE L’INDE.
- Nous venons de voir qu’en i85i? pour la première fois, on a réuni les produits de tous les genres que pouvaient offrir l’industrie des Indes britanniques et celle
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- des Etats alliés ou même indépendants, mais limitrophes. On les a mis en ordre et soumis aux regards des Occr dentaux, à côté des produits des autres pays de l’univers. L’occasion était unique pour porter un équitable jugement sur les mérites comparés des arts pratiqués depuis des siècles en Orient et des arts pratiqués chez les peuples modernes les plus avancés. Voilà ce qu’on a fait, nous venons de le voir, pour les produits de la terre et du règne animal qui pourront, dans le commerce dit des matières premières, servir d’aliment aux arts de la Grande-Bretagne. Mais, par malheur, la limite étroite dans laquelle était resserré le programme qui servait de règle aux juge' ments n’a pas permis aux Jurés d’accomplir cette grande et belle tâche pour les produits industriels. Ils avaient ordre de ne prendre en considération et de ne classer, pour obtenir des récompenses, que les produits et les méthodes offrant des progrès dont l’époque ne remontât pas au delà de quinze années, c’est-à-dire au delà de 1836.
- Quinze années ne sont qu’un moment dans la vie traditionnelle et séculaire des arts inventés, perfectionnes et pratiqués par les Indiens. Depuis 1836 jusqu’à i85i> les produits de la nation conquérante, apportés dans l’Orient en quantités toujours plus excessives, étaient offerts à des prix qui baissaient toujours, par la triple action des machines perfectionnées, des capitaux ph<s puissants et d’un intérêt moins élevé; en même temps* les frais de transport étaient réduits par le progrès merveilleux de la navigation, soit à voile, soit à vapeur. Tant de causes agissaient dans la péninsule de l’Inde pont défavoriser les arts cultivés par les indigènes, et pour éteindre un espoir de succès qui pouvait encore fan'6 jaillir quelques fécondes étincelles dans le génie des artisans et des artistes.
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- Les seules récompenses accordées à quelques progrès industriels le furent à des Anglais établis dans l’Inde et pratiquant certaines industries empruntées aux natifs, mais perfectionnées grâce au secours de la science européenne. D’autres récompenses furent décernées à des Anglais ayant formé les collections partielles des trois Présidences; à des souverains indigènes, au même titre qu’aux beys de Tunis et de Tripoli, pour les produits depuis longues années confectionnés par leurs sujets.
- Il nous paraît nécessaire de réparer l’omission involontairement commise par le grand Jury de Londres. Nous allons essayer d’offrir le tableau des arts et des produits que l’Inde peut, sans infériorité, mettre en parallèle avec les arts et les produits correspondants de l’Europe la plus avancée. Ce tableau sera l’un des éléments les plus propres à mesurer la force productive des nations qui peuplent l’Inde moderne.
- Travaux du professeur Royle.
- Il m’est doux de saisir cette occasion pour payer un juste tribut de regrets à la mémoire de M. le docteur Koyle, qui fut l’un des plus savants Jurés aux Expositions universelles de 1 85 1 et de 1855. C’est lui qui, le premier, a préparé le catalogue raisonné des matières premières et des produits indiens dont la collection était le plus désirable et qu’on faisait venir de l’Orient; c’est lui qui les a réunis et svstématisés dans le Palais de cristal; enfin, c’est lui qui s’est efforcé, par des descriptions, trop succinctes sans doute, mais infiniment précieuses, d’en démontrer les nombreux mérites. J’ai beaucoup profité de son savoir et de son expérience au sujet des faits intéressants qu’il a mis en lumière. Je terminerai ce qui concerne le pni-
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- fesseur Royie en rappelant à quel degré son rare mérite, son esprit communicatif et son caractère affectueux avaient conquis l’estime et les sympathies de tous les Jurés ses collègues, étrangers ou nationaux. Chacun de nous Ie chérissait comme un concitoyen.
- Céramique employée aux usages généraux.
- L’art de faire prendre à l’argile des formes utiles aux besoins des hommes, tout simple qu’il est à sa naissance, ne présente pourtant de produits dignes d’admiration que chez un petit nombre de peuples primitifs. Tels ont été les Etrusques et les Grecs, dans l’ancien monde occidental; les Chinois, les Japonais, leurs élèves, et les Indiens, dans l’ancien monde oriental.
- Les Chinois et les Japonais l’ont emporté par la matière et sa mise en œuvre dans la création de la porcelaine. Ils sont sans rivaux pour le choix et la combinaison des terres et des émaux, pour l’art de les traiter par le feu et de les orner avec des couleurs données ou changées lois de la cuisson, mais, dans tous les cas, à jamais fixées par le feu : là s’est bornée leur supériorité. La simplicité, l’élégance et la majesté des formes leur sont restées in' connues.
- Les trois autres nations antiques sont demeurées dans l’enfance, quant à la préparation et au choix des terres consacrées à leur céramique. Néanmoins, elles ont laisse des produits dignes d’être admirés pour la perfection des formes et le bon goût du dessin, qui rehaussent le pr1* des matières les plus communes. Ce dernier genre de mérité a fait oublier la fragilité des vases étrusques ou grecs. Après deux mille ans, ils ornent encore les musées splem dides des nations les plus avancées , et les artistes modernes
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- n’ont pu qu’approcher du mérite de ces chefs-d’œuvre, sans parvenir à le surpasser.
- L’Exposition universelle de 1851 a soumis aux regards de l’Occident les produits céramiques fabriqués par les Indiens; produits fabriqués depuis un temps immémorial, sans perfectionner la matière ou les procédés, mais aussi sans déchoir de la perfection des formes. Cette Exposition a fait connaître un mérite artistique vraiment distingué chez les peuples de l’Inde; leurs productions céramiques peuvent encore être admirées des Européens après les œuvres de la Grande Grèce et de l’Étrurie.
- L’argile employée par les Indiens contient une grande et fâcheuse proportion d’oxyde de fer et de carbonate de chaux: aussi les vases fabriqués avec cette matière impure entrent-ils en fusion et perdent-ils leur forme quand la chaleur atteint un degré qui n’a rien d’exagéré. Par exception, cependant, on a trouvé dans quelques parties de l’Inde une argile noire et résistante, susceptible de supporter sans altération une température très-élevée; nous verrons qu’on en a fait parfois usage.
- Une coutume des Hindous qui favorise leurs préjugés religieux, c’est de n’employer qu’une fois les vases d’argile dont ils font un usage domestique. Evidemment, pour que ces ustensiles de ménage ne deviennent pas trop dispendieux, il faut qu’ils continuent d’être travaillés avec la terre la moins élaborée, hâtivement mise en œuvre et durcie au moyen d’un feu modéré : autant d’obstacles au progrès.
- Céramique réfractaire.
- Pour fournir aux argentiers, aux orfèvres, ainsi qu’à diverses industries, des creusets qui supportent une haute
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- chaleur, les Indiens ont su trouver et mettre en œuvre de l’argile parfaitement pure et, comme telle, réfractaire. Nous signalerons encore une argile très-résistante employée pour les creusets qui servent à confectionner l’acier célèbre des Indiens.
- Produits poreux et perméables.
- Dans un genre directement opposé, les Indiens excellent à confectionner ces vases dont la matière très-poreuse laisse échapper une eau qui s’évapore aussitôt que les gouttelettes du liquide, par l’infiltration capillaire, arrivent à la surface extérieure. L’évaporation absorbe de proche en proche la chaleur du vase et de l’eau qu’il renferme. Tels sont les alcarazas fabriqués par les Arabes, les Gophtes et les Maures, puis par les Espagnols, héritiers de leurs arts.
- Perfection du travail et du bon goût de la céramique indienne.
- Ecole nouvelle de Madras.
- Les potiers indiens sont remarquables à la fois p^1’ leur adresse et leur bon goût. Ils produisent, en n’employant qu’un tour commun, des vases d’une merveilleuse légèreté, d’une forme pure, souvent élégante, et sans autre secours que celui de leurs mains.
- Le genre de perfection que nous signalons ici n’est pas particulier à quelque point isolé de la Péninsule. Dans le Palais de cristal, on remarquait également, pour la beauté de leurs formes, les produits céramiques de Mirzapour, de Morad-abad, d’Ahmen-abad, d’Azinghur, et ceux de Suvaœ près de Patna.
- On a trouvé beaucoup de mérite aux poteries dorees
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- ^’Amroah, dans la province de Dehly, ainsi qu’aux poteries coloriées de Kotah, dans le pays des Radjpoutes.
- En faveur des indigènes, les Anglais ont établi dans Cadras une école des arts; ses produits céramiques ont obtenu la médaille de prix, j ustement méritée par le bon goût qui les caractérise.
- Il faut que toutes les Présidences imitent lecole des arts de Madras. Avec des potiers qui réunissent, comme tas Indiens, tant d’intelligence, de bon goût et de dextérité , on peut porter au plus haut degré de perfection tous tas genres de la céramique; on peut, grâce au bas prix de ta main-d’œuvre, obtenir des produits que le commerce rende avec avantage à beaucoup d’autres nations.
- Sous un autre point de vue, dans le Dispensaire de Calcutta, le docteur O’Shangbnesses a beaucoup perfectionné la poterie dont l’établissement fait usage; il l’a recouverte d’un vernis donné par le borate de chaux, pour résister à l’action d’un grand nombre de médicaments sur les vases qui doivent les contenir. Les Indiens peuvent imiter ce perfectionnement dans toutes les Présidences, et le prendre pour point de départ, afin de multiplier les applications aux besoins des arts et de la société. Il faut encourager cet exemple et ces efforts.
- Production du fer et de Vacier.
- Pour ne pas nous éloigner des industries les plus utiles , Oous passerons sans intermédiaire de l’art de travailler la terre plastique à l’art de produire le fer et l’acier.
- Les procédés employés par les Indiens pour fabriquer taur fer et leur acier ont été décrits par M. Healt, l’habile
- savant directeur de la Compagnie anglaise qui s’est tarmée dans le midi de l’Inde pour fabriquer en grand
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- ces produits métalliques. Elle a mis en action toute la
- puissance des moyens modernes, mais sans obtenir de
- meilleur acier que les artisans indigènes. Ces derniers
- emploient un procédé que les Européens n’ont pu surpaS'
- ser, ni pour la simplicité, ni pour l’efficacité, ni pour la
- •rapidité.
- Nous qui ne fabriquons le fer qu’avec de hauts foUr' neaux et de grandes usines, sous la direction d’un op11' lent maître de forges, nous devons être étonnés de voir le simple manouvrier indien, sans autre ustensile quütte modeste hachette, produire à lui seul le fer nécessaire ^ tous les besoins de ses compatriotes. Il extrait ce met^ d’un sable noir auquel notre science donnerait le noi*1’ inexplicable pour lui, d’oxyde de fer magnétique co#1' biné avec le quartz : les noms savants ne font rien à 1a^' faire.
- L’Indien prépare, dans le premier endroit venu, un treS' petit fourneau d’argile; de larges et fortes feuilles d’arbre lui servent à faire un soufflet: cela lui suffit, avec un peU de charbon de bois et de la patience, pour faire entre1 en fusion le métal, dont il finit par faire une modeste coulée.
- Nous allons décrire une autre méthode très-simple etï core,mais un peu moins élémentaire. On brise le rai; par le lavage, on sépare le quartz de l’oxyde métal lique. Le fourneau, fait de pur argile, varie depuis 1111 mètre jusqu’à un mètre et demi de hauteur. On confeC tionne deux soufflets avec deux peaux de mouton; chaciine est garnie de sa tuyère de bambou, laquelle s’implante daIlS un tuyau d’argile cuite. On se sert de charbon de bolS’ et l’on n’emploie pas de castine. Ces préparatifs achevés» il suffit d’animer le feu pendant quatre heures, avec leS soufflets tels que nous venons de les décrire, pour <Iue
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- f °Xyde soit réduit et que le fer soit liquéfié. Lorsqu’on a tint écouler le métal liquéfié dans la fournaise et qu’il est encoreincandescent, on le coupe en morceaux; c’est dans cet état qu’on le vend aux forgerons.
- Fabrication du voutz, le célèbre acier de l’Inde.
- Avec le fer excellent qu’on vient de voir fabriquer, les Indiens, par un procédé non moins simple, produisent un a<der justement renommé. Ils concassent le métal en petits morceaux qu’ils jettent dans des creusets1, pêle-mêle avec du bois sec de cassia auriculata et quelques feuilles vertes de ïasclepias gigcmtea. Lorsqu’on n’a pas ces feuilles s°Us la main, on les remplace par celles du convolvulus hurifolia. On fournit ainsi le carbone nécessaire à la transformation du fer en acier.
- Aussitôt qu’est séchée l’argile qui clôt la bouche des creusets, on les empile en forme d’arceau, au nombre de ^mgt à vingt-quatre, dans un petit fourneau; puis on les couvre de charbon de bois auquel on met le feu. Pendant deux heures et demie, avec un soufflet, on avive la? combustion, et tout est fini. On retire les creusets pour fos laisser refroidir, puis on les brise afin d’en retirer, le célèbre acier que les Indiens appellent voatz.
- Telle est la méthode simple, rapide et puissante an ^oyen de laquelle est fabriqué le meilleur acier de TAsie., If était célèbre dès l’antiquité, mais fabriqué, ce nous Se*nble, en petites quantités. Le roi Porus, voulant faire a son vainqueur un présent digne d’Alexandre, ne craignit pas de mettre cet acier à côté des plus précieux pro-
- 1 Afin de confectionner les creusets qui servent à fabriquer l’acier, on hit usage d’une argile très-réfractaire, qu’on mêle avec une grande qualité de cosses de riz carbonisées.
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- duits qui fussent confectionnés sur les bords de l’Indus
- du Gange. Il devient en Asie un important objet de co***'
- merce.
- Le moyen qu’emploient les Indiens pour fabriquer leUl célèbre acier appelé voutz, et que je viens de rapporte*’ • ce moyen pratiqué depuis une antiquité reculée, acquiert
- maintenant un nouvel intérêt par la découverte d’un jeune
- et célèbre chimiste français. M. Frémy, membre de fl**®' titut, a fait voir quel rôle puissant, et dont on naval* pas d’idée, est joué par le gaz azote dans la transformât*011 du fer en acier. Or cet azote existe en abondance à l’etat concret dans les feuilles de Yasclepias gigantea et dans celleS du convolvulas laarifolia, enfermées dans un même creusrt avec le fer. La chaleur dégage leur azote en même teU*ps que le carbone fourni par le bois de cassia auriculata sap proprie le gaz et le fer, pour produire l’acier avec autaIlt de perfection que de promptitude.
- Applications remarquables de l’acier indien.
- Les Perses se servaient autrefois et les Persans auj°ul d’hui font encore usage de l'acier indien pour fabriqlier leurs armes blanches. On le transporte par l’Euphrate jllS qu’en Syrie. Là, les artisans de Damas l’emploient p°ul confectionner avec les lames qu’il fournit et celles d**0 fer doux alternativement juxtaposées, puis tordues et re tordues en tous sens, ces étoffes métalliques aux dessins sl variés avec lesquelles ils ont fabriqué, ou du moins aV°c lesquelles ils fabriquaient autrefois leurs excellentes arn*eS damassées; armes qui faisaient, à l’époque du moyen a£e’ l’admiration de tous les peuples militaires. 1
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- Application au poli parfait des pierres dures dans les monuments.
- Les Indiens ont fait servir cet acier à tailler et à polir Merveilleusement ainsi qu’à sculpter le granit et le por-Phyre employés dans l’érection de leurs temples et de leurs principales forteresses. Tout fait croire que les égyptiens, par la mer Rouge, empruntaient à l’Inde l’acier à l’aide duquel ils polissaient avec tant de perfection les surfaces extérieures et gravaient les hiéroglyphes taillés avec une si rare précision dans les blocs de granit, de porphyre et de syénite, et les bas-reliefs qui décoraient leurs pylônes et leurs obélisques. ,
- Pour procurer, soit au granit, soit au porphyre, cet adrnirable poli qui charme la vue, qui donne un nouveau prix aux plus riches matériaux et qui les fait participer au brillant éclat que l’on admire dans les métaux bien polis, dans le reflet des cristaux et dans le satin soyeux qui rivalise avec ces beaux jeux de lumière, les Indiens emploient les plus simples des instruments , rendus puissants par la patience. Un ciseau fait avec l’acier voutz, à peine long comme deux fois la main délicate et petite d’un individu de la race hindoue, ce ciseau, que l’ouvrier frappe au Moyen d’un marteau de fer, creuse un trou conique et laisse au fond une empreinte comparable au pointillé d’un crayon. Afin d’obtenir cet eff et, la tête du marteau doit être eoncave et garnie de plomb ; on amortit ainsi la dureté des cOups, laquelle nuirait à la délicatesse du travail.
- Avec leurs faibles mains et leurs faibles outils, les oliviers de l’Hindoustan ont pu contourner, excaver, évider les parties pleines ou figurées de leurs plus grands monuments granitiques. C’est ainsi qu’ils ont travaillé les mu-Ailles de l’imposante forteresse qu’on voit encore de nos
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- jours à Doulat-abad et qu’ils ont poli les surfaces des pr(|' digieuses cavernes d’Ellora. Le docteur Kennedy, qui ae' crit ce travail ingénieux, ajoute que les traces du ciseau pointillant sont visibles, même aujourd’hui, sur les roches de Doulat-abad; comme on peut aussi les observé sur quelques-uns des grands monuments de l’Égypte.
- Lorsque la surface de granit ou de porphyre estrédiute à sa forme définitive par cet immense pointillé, dont nous offre une imparfaite idée la mise au point la plus soigliee de la statuaire moderne sur le plus beau morceau &e marbre, voici comment les Indiens donnent leur dermer poli : un volumineux bloc de granit reçoit la figure de ^ molette circulaire que nos peintres promènent sur nfle table plane, afin de broyer les couleurs; au centre de la face inférieure qui doit servir pour opérer le planisseTneri > on creuse un réservoir cylindrique, rempli d’un pulvéu11 de la pierre appelée corindum, dont on a fait un mélang6 avec de la cire fondue.
- La tête de la molette est solidement fixée entre deu* bambous horizontaux bien attachés l’un à l’autre; un vrier, à chaque extrémité de ce système, tire et pousse alternativement, avec une patience inépuisable. On apla' nit ainsi successivement, jusqu’à la dernière perfecti0*1’ une suite de bandes parallèles que l’on croise dans u*1 nouveau sens pour faire disparaître les moindres aspérité*
- Application aux ornements architectoniques.
- Les princes mahométans, conquérants de l’Inde, oïlt signalé leur amour des arts en érigeant des temples et des mausolées où les beautés, d’une architecture indo-sarrasin^* sont bien appropriées à la richesse, à la grandeur des ed* lices. La religion ne permettant pas qu’on sculptât ou cp1 oil
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- peignît dans ces monuments ni la figure de l’homme ni celle des animaux, ils ont apporté tout leur art à ces combinaisons de formes fantastiques, et si souvent gracieuses, appelées arabesques. Les grandes superficies de leurs %ades offrent alternativement des espaces du plus beau poli de marbre, d’albâtre ou de granit, sans aucun ornement; elles sont comme des cadres pour ces espèces de treillis, ingénieusement dessinés et découpés, à travers desquels jouent avec tant d’effet l’air et la lumière. Regar-dez-les à quelque distance ; on dirait une immense dentelle qu’un luxe charmant aurait tendue entre les larges surfaces planes dignes d’une architecture majestueuse. On retrouve à Grenade, dans le palais de l’Alhambra, le même genre d’ornementation, vraiment fantastique, mais exécuté avec des matières moins précieuses que dans le mausolée que l’empereur Chah-Jahan a fait construire pour la sultane Désirée sur les bords de la Jumna. Lorsque nous décrirons les monuments d’Agrah, nous ferons admirer le mérite infini de cette merveilleuse architecture.
- L’analogie des matières m’engage à consigner ici le complément de l’ornementation architectonique, bien qu’il Ue dépende plus de l’excellence des outils.
- Dans les constructions publiques et privées, mais opulentes, les Indiens sont habiles à donner l’aspect et le poli du marbre au stuc dont ils couvrent de simples constructions en briques. C’est ce qu’ils font au moyen d’un mortier dont la base est faite avec de la chaux d’écailles fournies par des crustacés ; quelquefois on emploie de la chaux pure avec tout autant de succès.
- Application an travail des vases précieux.
- Par des procédés analogues à ceux que nous avons
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- décrits pour les grands édifices, mais sur des proportions presque microscopiques, on produit le polissage des objets de petites dimensions, des coupes aux dessins délicats et des pierreries employées soit aux chapelets, soit,auX bracelets d’un grand prix. Par ce moyen, on donne Ja forme définitive et le poli parfait au cristal de roche, alt3t agates, aux cornalines, au jade, ainsi qu’à la sanguine : pierres gemmes qne l’on trouve en abondance auprès de Cambaye, ainsi que dans le lit de la Soane et de la Kane.
- A l’Exposition de 1 85 1, on admirait la perfection de travail et des formes que présentaient les coupes achetées à Lahore et travaillées par un procédé dont nous offrons ici la description donnée par M. Summer, Résident a Cambaye.
- La pierre gemme est d’abord fixée sur l’axe en acier d’nn tour en l’air et dégrossie suivant une forme sensiblement circulaire, puis polie en faisant usage d’une composition de laque et de corindum. Les coupes et tous les objets d’art sont travaillés, suivant la forme extérieure demandée, sur ia%e ou support d’acier; un premier poli grossier est obtenu pat le frottement sur des pierres communes à polir. La parti0 concave est formée, avec le secours d’une fraise garnie de sa pointe de diamant, en creusant à la profondeur de si* millimètres sur toute la superficie, de manière à p1’®" senter l’aspect d’un rayon de mouches à miel; on aplan1^ ensuite les aspérités qui séparent ces innombrables troos circulaires. On répète le même procédé pour approfondi la concavité du vase, de six en six millimètres, jusqn aU contour définitif de la surface concave qu’il s’agit de pr° duire. Le poli final est donné par le mouvement qL1 011 imprime à des molettes ou moules ayant en relief fr forme des cavités préparées dans la pierre précieuse °u
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- ta cristal à travailler. Ces moules ont la même composition que les plaques à polir qui sont fixées sur la roue du tour.
- A l’Exposition de 1851, nous avons vu les belles coupes antiques de cristal, de jade et d’agate envoyées de Lata) re. Les unes étaient richement taillées ; les autres étaient a surfaces planes et dépourvues d’ornements. On conçoit que ces coupes, dont le travail est inconnu maintenant, ont pu parfaitement être taillées et polies par le procédé de Camhaye que nous venons de décrire. D’autres coupes de Lahore ont été gravées avec art, et quelques-unes offrent des incrustations de pierres précieuses. Dans ces ouvrages variés, la délicatesse de l’exécution correspond à la beauté du galbe des vases.
- A Ilia g e des métaux et ses applications.
- Les Indiens découvrirent de bonne heure qu’un des ulliages qui joignaient au plus haut degré la ténacité à la dureté était celui d’une faible partie d’étain avec le cuivre pur. Cet alliage, réduit en lames de peu d’épaisseur, produit, par ses vibrations, des sons musicaux très-puissants et très-prolongés : de là l’emploi de cette combinaison pour fabriquer, outre des fers de lance, les instruments Retentissants qu’emploie la musique ou militaire ou religieuse de l’Hindoustan.
- Les îles de l’Asie orientale, qui sont riches en étain, ont exporté ce métal nécessaire aux alliages que nous indiquons : en premier lieu, dans la péninsule de l’Inde ; ensuite dans l’Asie occidentale , où les instruments et les a*mes que nous venons de citer frappèrent l’attention des Européens attirés par les croisades.
- INTRODUCTION. — IV. 28
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- Alliage du fer, du cuivre, du zinc et de l’étain : les hidderys,.
- Les Indiens sont habiles à combiner les alliages de fer> de cuivre, de zinc et d’étain, dont les propriétés particu-lières satisfont aux besoins si divers du luxe et de l’industrie. Nous nous contenterons d’en citer un seul; on la nommé biddery, parce que c’est dans la ville de ce no®1 qu’on le fabrique et qu’on le met en œuvre avec le pluS de succès. L’Exposition de 1851 présentait un grand nombre d’objets en biddery, décorés par les dessins leS plus gracieux.
- Cet alliage1 a pour qualité de n’être pas oxydable à fair’ même à l’air humide et sous le soleil des tropiques. Au lieu de se briser, tant qu’il n’est pas violemment frappe il cède sous le marteau.
- Aux objets d’art qui sont fabriqués avec le biddery uu donne une couleur noire fort estimée, en plongeant U composition dans une simple dissolution de salpêtre et sel ammoniac ou de sel marin et de vitriol bleu.
- Une composition différente des hidderys est rapport^ par le docteur Hamllton :
- Proportions de l’alliage : zinc, 126 parties; cuivre, 46o; plomb» 4i4 (sans étain). Ces parties sont concassées et renfermées dans nn creuset avec un mélange de cire d’abeilles et de résine, afin d’empêcher la calcination et d’obtenir simplement la fusion. L’alfia£e liquide est versé dans un moule de terre cuite et réduit à la forme désirée. Pour lui donner la couleur noire que nous avons déjà me°' tionnée, on emploie la dissolution de sulfate de cuivre.
- 1 Voici comment l’alliage est formé : d’abord, de 16, 4 et 2 parties u cuivre, de plomb et d’étain fondus ensemble; puis on combine ce méla°?e avec le zinc, dans le rapport de 3 à 16.
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- La nielle appliquée aux bidderys.
- Lorsque la composition est amenée à l’état qui vient d’être décrit, que sa surface est bien polie et ne laisse rien à désirer, on peut la nieller avec de l’argent ou de for, métaux dont l’éclat est rehaussé par le noir mat de l’alliage. L’artiste esquisse ses dessins avec un poinçon d’acier très-aigu; puis il découpe ses entailles avec de petits ciseaux diversement --configurés, et qui s’adaptent à toutes les formes désirables. Il tient un poinçon d’une main, un marteau de l’autre, afin de remplir les sillons ainsi préparés, en y faisant pénétrer les lamelles du métal précieux qui sert à la nielle; l’adhérence et la fixité de ces lamelles sont parfaites. On polit, on vernit, et l’œuvre est accomplie.
- Ici, comme à l’égard des poteries, la forme générale est -admirée pour son élégance et les dessins pour leur grâce.
- On voyait, à l’Exposition universelle, des imitations de biddery envoyées d’Aurengabad, ville du Deccan. On remarquait les beaux spécimens présentés par S. H. le Nizam et par son ministre Silaj-Oul-Moulk, celui qui, lors de la rébellion, resta si fidèle aux Anglais. M. le comte de War-den a visité le palais de ce ministre auprès d’Hyderabad.
- Les armes et les équipements.
- Les Indiens n’ont pas borné leur industrie à fournir la matière des armes les plus célèbres fabriquées dans la Perse et dans la Syrie; eux-mêmes ont fabriqué certaines armes qui ne laissent rien à désirer pour la qualité du métal, la perfection du travail et le goût exquis des formes.
- Grâce au mélange des troupes européennes aux troupes asiatiques, les armées de l’Inde olfrent l’emploi simultané
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- des armes si différentes de la haute antiquité, du moyen
- âge et des temps plus modernes.
- Cette circonstance donnait un éclat particulier à l’exposition du matériel militaire fabriqué dans l’Hindoustan. L’arc et la flèche, le fusil à mèche et, déjà, le fusil à plS' ton représentaient les armes de jet portatives; un train complet d’artillerie des troupes de la Compagnie montrait des bouches à feu aussi complètement, aussi parfaitement confectionnées dans les arsenaux de Dehly et de Bombay que dans ceux de Woolwich, aux portes de Londres.
- Les armes damassées, originaires de l’Inde, y sont encore fabriquées avec une rare perfection. On voyait des cimeterres dont la courbure savante rend si redoutable Ie coup porté par une main légère, en glissant au lieu de frapper. Sans effort apparent, ces lames tranchent avec une égale efficacité des corps très-durs, les coussins les plus moelleux, et des écharpes voltigeantes qui fuiraient sous le choc direct d’une lame rectiligne, lame qui porte coup perpendiculairement à sa longueur.
- Au milieu des trophées d’armes, arrangés avec beaucoup d’art, les connaisseurs remarquaient des cottes de mailleS du travail le plus délicat, des casques et des boucliers ou l’acier se combinait avec le bronze. D’autres bouchers étaient faits avec des peaux de rhinocéros artistement préparées; cette arme défensive réunit à la légèreté une grande force de résistance.
- Les princes de l’Inde que l’ambition empressée de la Compagnie n’avait pas encore détrônés, le Nizam du Deccan, le maharadjah de Goualior, les puissants princes radjepoutes et plusieurs autres souverains avaient envoy6 leurs armes les plus remarquables, façonnées avec le meilleur goût et décorées avec un grand luxe. L’or, l’argent, leS pierres gemmes, les perles, et même les diamants, étaient
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- incrustés dans ces armes, dont le reflet était éclatant. Le célèbre Kohî-nour avait décoré le cimeterre des sultans et des maharadjahs; il passait de conquérant en conquérant, symbole à la fois de l’opulence et de la victoire.
- Je me contente ici de mentionner, pour les difficultés vaincues, les sabres à doubles lames, et les poignards à cinq laines unies, qui s’écartent au moment où l’arme plonge dans la plaie; je cite au même point de vue les armes blanches d’apparat plutôt que d’usage, où l’ouvrier enchâsse une perle au centre de la lame d'un cimeterre.
- L’argentier, l’orfévre, le bijoutier et le joaillier, qui sont les armuriers du sexe féminin, rivalisaient avec les arts que nous venons d’énumérer.
- Dans tous les pays, les plus riches et plus brillantes matières sont travaillées pour ajouter au luxe des femmes. Mais l’Inde est au petit nombre des nations primitives où l’artiste a conçu que l’élégance des formes peut donner un nouveau prix aux matières les plus précieuses. C’est ce que nous fera tout à l’heure apprécier un juge éminent.
- A côté de l’armement des cavaliers, on remarquait un équipement de chevaux particulier aux indigènes et celui des chameaux; mais les regards s’arrêtaient de préférence sur l’éléphant équipé pour les fêtes et les batailles, couvert de longues draperies de velours tantôt écarlate et tantôt d’azur : draperies brodées avec le plus riche métal afin d’imiter le brocart. Cette parure nous occupera davantage lorsque nous décrirons les industries qui se groupent autour de l’éléphant asiatique.
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- Travail artistique des métaux précieux ; jugements dus à M. le duc de
- Luynes, membre de l’Institut, rapporteur du XXIIIe jury ft. IV)
- Nous sommes heureux cîe pouvoir présenter ici les jugements portés par M. le duc de Luynes sur le travail des métaux précieux par les artistes de l’Inde. Dans les arts de cette nature, cet illustre examinateur est un juge de la plus haute autorité, par la sûreté de son goût et ses connaissances spéciales; on trouve à la fois dans ses talents variés un antiquaire de la plus vaste érudition, un dessinateur plein de goût, un chimiste qui perfectionne l’alliage des métaux. Proportion gardée avec leurs trésors» les Médicis ne protégeaient ni plus largement ni pluS noblement les arts ; ils n’avaient ni l’étendue ni la diversité de ses connaissances.
- Les membres de la XXIIIe Classe du Jury international avaient choisi pour président M. le duc de Luynes; ite l’ont nommé leur rapporteur dans la partie qui concernait le travail artistique des métaux précieux. Son premier travail, rédigé pour la Collection britannique, était renfermé dans un cadre fort circonscrit, tracé d’avance et tel que le comportait une rédaction sommaire et» pour ainsi dire, immédiate.
- En faveur de la Commission française, le savant ans-tarque a fait une œuvre nouvelle, où les principaux ouvrages artistiques exécutés avec des métaux précieux et des pierres gemmes, depuis l’origine du siècle et chez les diverses nations, sont décrits et jugés avec autant de goût que de sagesse et d’impartialité. Ces qualités distinguent en particulier l’examen relatif aux produits de l’Inde; et cet examen aura bien plus d’autorité que mes simples observations. Le voici :
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- i. — Les bijoux.
- « L’Exposition de la Compagnie des Indes au Palais de cristal était une collection de ce que les trésors des souverains indigènes, dépossédés par les Anglais, renfermaient de plus splendide en joaillerie et en bijouterie. La magnificence de ces objets ne pouvait être égalée que par leur beauté, surtout si l’on considérait les objets d’art que les Indiens ont fabriqués du temps des princes mogols. On trouvait là des bijoux dont la matière ou le travail méritait toute l’attention des fabricants européens par les combinaisons pleines de goût et d’originalité de leur exécution.
- «Nous citerons au premier rang un charmant collier d’or fin coloré en brun clair, probablement par une dissolution de fer, et composé de plusieurs rangs. Le premier rang est un treillis lâche en fils d’or, formant un petit bandeau étroit auquel sont suspendues des étoiles à huit ou douze rayons; le second présente une série de petites rosaces à quatre lobes, suspendues en quinconce aux étoiles du rang supérieur ; le troisième est formé de clochettes attachées aux rosaces et réunies entre elles par d’autres petites rosaces; à l’extrémité inférieure de ces clochettes et des rosaces intermédiaires, pend un dernier rang de petites rosaces et d’ornements délicats, fleurons et clochettes, enchaînés par des anneaux. Ce collier est un chef-d’œuvre d’élégance et de belle fabrication; il doit être d’une époque déjà ancienne1.
- «Après cet ouvrage précieux, les bijoutiers ont pu
- 1 Très-probablement il appartient' aux règnes somptueux des princes ftiogols les plus favorables aux arts. 11 a peut-être été commandé pour la plus belle des sultanes, appelée la Merveille du monde? Peut-être l’a-t-il
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- distinguer un autre collier d’or dont le rang supérieur est un bandeau imitant la vannerie; à ce bandeau sont suspendues de petites rosaces à six lobes, soutenant de longues chaînettes entremêlées d’olives très-déliées et de perlés également en or. On remarquait aussi de charmants bracelets en filigrane d’argentÿ un panier du merne travail, d’un goût excellent et digne de son exécution; un bracelet émaillé de bleu, de blanc et de rouge, avec des brillants et des rubis sertis après l’émaillage.
- « Une autre série d’objets d’art attirait l’attention des connaisseurs. On distinguait : une boîte ovoïde en jade presque blanc, incrustée d’ornements et de rubis sertis en or fin; un plat de jade vert clair, en forme de coeur> incrusté d’or et de rubis; une autre très-belle bode ovoïde, en jade laiteux, incrustée d’or et de rubis; des coupes en jade vert ou vert pâle, assez grandes, bien travaillées' et de bon goût.
- n. — Les émanée.
- « Des ouvrages plus modernes, appelés parures du Bengale et de Bombay, sont d’un travail moins parfait, mai5 quelquefois ont encore un certain mérite.* Le public remarquait avec plaisir un gros bracelet , complètement et très-finement émaillé en vert, en bleu, en rouge sur or, et décore de trois médaillons : on avait peint un tigre sur le me' daillon du milieu, et sur les autres des bouquets.
- En général, les émaux se distinguaient par leur bon travail. Au contraire, des étriers en argent massif, des colliers et des bracelets en argent repoussé , singuliers quant aux formes, étaient sans talent dans leur exécution-
- été pour la plus révérée des souveraines, celle en l’honneur de qui s'élève le mausolée connu sous le nom de Taj Mahal, auprès d’Àgrah?
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- Les nielles.
- « Nous ne terminerons pas ce qui concerne la bijouterie de l’Inde sans dire que ce pays a produit des nielles d’un art merveilleux et que l’on peut comparer, pour leur finesse, à ce que les artistes de la Renaissance ont fait de plus délicat; ces nielles étaient ordinairement appliquées à des garnitures d’instruments ou à des fourreaux de poignards, à des poignées de sabres et à des garnitures de carquois. Les Birmans et les Malais fabriquaient autrefois des chefs-d’œuvre de bijouterie appliquée aux armes, particulièrement des poignées de sabre en argent de la plus riche décoration, en forme de têtes de dragon, ciselées avec un art étonnant et garnies de petits rubis. Ils faisaient des manches de poignard ornés par les figures de divinités sculptées sur or fin et garnis de rubis et de diamants. »
- Nous regrettons de ne plus avoir un guide aussi sûr pour les industries délicates qui nous restent à décrire, et pour lesquelles nous réclamons l’indulgence du lecteur.
- De l’ivoire employé dans les arts délicats de l’Inde.
- Nous placerons ici la charmante industrie des Indiens qui met en œuvre une matière d’un prix comparable à celui de certains métaux précieux : c’est l’ivoire.
- Les Occidentaux ont reçu l’ivoire comme un présent des arts de l’Inde : c’est dë^cgtte contrée qu’ils ont appris l’art de le travailler, longtemps avant de savoir que cette matière précieuse était fournie par les défenses d’un animal extraordinaire, de celui que les Grecs appelèrent
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- éléphant, lorsqu’il fut amené dans leur contrée après les
- triomphes d’Alexandre en Asie.
- Homère avait fait mention de l’ivoire, mais sans jamais parler du quadrupède qui fournissait au travail de l’homme cette matière précieuse.
- Ce sont les Indiens qui, les premiers, ont appris aux Européens quel secours merveilleux les arts peuvent tirer des défenses de l’éléphant. Sa croissance est formée de couches concentriques comme les couches d’un arbre; des veines longitudinales, peuprononcées, mais visibles, offrent des ondulations, des nuances et des effets qui sont l’ornement des couches détachées et polies par la main de l’homme. Pour l’ivoire, comme pour certains bois précieux, on parvient à séparer des couches circulaires afin de les aplanir. Des tablettes qu’on prépare ainsi, les unes, employées isolément, servent à ces peintures délicates auxquelles on a donné le nom particulier de miniatures; les autres peuvent être consacrées à des travaux infini5 de placage, de marqueterie et de sculpture.
- Deux grands travaux en ivoire figuraient, en i85i, dans le Palais de cristal. Le premier était un trône des plus somptueux que puisse offrir l’Hindoustan; ce trône était complètement couvert de sculptures en ivoire, on l’artiste moderne avait combiné les riches arabesques de l’Asie avec le léopard et les armes de la reine Victoria* C’était le second présent du nabab de Mourchedabad.
- Un riche seigneur de Bénarès, le babou Deo-Naryn-Sing, avait, chose infiniment rare, exposé sous son nom, dans le Palais de cristal, un lit royal dont le bois de lit, qu’on nous passe l’abus des.mots, était en ivoire, et sculpte avec une rare délicatesse. Ce lit était à formes droites et rectangulaires, comme un meuble de Rome antique ou du moyen âge; des colonnettes extrêmement légères sup'
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- portaient le ciel de lit; les matelas, les coussins, étaient couverts de velours h J es rideaux étaient en soie ondoyante et légère 1 2. Ces somptueux tissus étaient ornés par des broderies d’or, telles qu’on les exécute à Bénarès, cest-à-dire avec une rare perfection.
- U y ayait bien d’autres beaux ouvrages en ivoire; par temple, des sièges de cour présentés par le radjah de Vizianagram.
- Nous citerons avec plaisir un jeu d’échecs en ivoire dont les figures étaient sculptées, à l’imitation des dessins donnés par M. L. Layard dans sa description des antiquités de Ninive. Certainement l’exécution de ce travail u’avait pas eu lieu quinze ans avant i85i; pourquoi ne l’avoir pas récompensé? J’en dis autant du trône mer-veilleux qui portait les armes de Sa Majesté la Reine Victoria.
- Dans le Palais de cristal, on voyait exposées bien d’au-hes imitations, mais empruntées à l’Inde. C’était d’abord le fameux char de Juggernauth, dont le temple est si compliqué dans son architecture et si surchargé de sculptures informes et bizarres. C’était ensuite l’éléphant en grand costume, tel que nous le décrirons avec ses parures, avec son cornac en avant et son prince assis sous un dais; puis la procession complète et fastueuse d’un maharadjah; Un chameau paré de sa coiffure bordée d’or et de ses colliers de fête, muni de sa selle et richement caparaçonné; Un autre chameau dépouillé de parures et de harnais; un cheval en ivoire; une barque royale, avec sa tente et tous
- 1 Les Indiens ne font pas, comme nous, usage de draps de lit et de cou-Vertures; ils s’étendent, la nuit, tout habillés sur les coussins qui leur ont Servi pendant le jour à s’asseoir.
- 2 C’est une espèce de gaze dont l’objet est surtout d’écarter les insectes» ^supportables sous la zone torride.
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- ses ornements; une grande dame, une Sahiba, paree de
- ses plus beaux atours.
- On remarquait des bracelets en ivoire. Par une coquetterie des dames de Cutcbe et de Guzerat, presque aussi raisonnables que les dames de l’Occident, leurs bracelets les plus recherchés sont en ivoire d’Afrique; norl point parce qu’il est plus beau, mais parce qu’il vient de plus loin et que, par conséquent, il coûte plus cher.
- Citons encore un éventail, un couteau, une boîte a ouvrage ornée de sculptures, pour les Sahibas élégantes*
- Il y avait un beau chôme, chasse-mouches en filaments
- d’ivoire ; c’était un produit fabriqué dans les États du maharadjah de Joudpour.
- Cette simple et très-incomplète énumération peut donner quelque idée de la variété des travaux délicats que leS ouvriers de l’Inde accomplissent avec l’ivoire. L’élégance des formes, la grâce des ornements et la finesse de l’execution font voir quelles qualités possèdent les véritables artistes à qui sont dus ces charmants travaux.
- Le XXXe Jury de 1851 et les beaux-arts de l’Inde.
- Les Anglais avaient fait appel à tous les beaux-arts* excepté quelques genres, tels que la peinture et l’architecture; ils avaient admis la sculpture, la gravure et la musique, au moins représentée par ses instruments.
- Un Jury spécial et considérable, le XXXe, qui formait à lüi seul un groupe, n’était pas chargé seulement de prononcer sur les œuvres d’art proprement dites; il avait mission de rechercher et de récompenser le mérite do goût artistique envisagé dans ses applications à l'industrie'
- J’ai voulu vérifier la part que ce Jury des beaux-ai^ avait faite aux œuvres de l’Inde, qui brillaient d’un si
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- grand éclat dans tous les genres qu’un goût exquis, et surtout un goût naturel, peut essayer d’embellir.
- Le Jury des beaux-arjts n’a pas accordé moins de quatre-vingt-sept médaillés aux artistes de l’Occident, sans en réserver une seule pour les nations orientales; pas une pour des peuples qu’anime le sentiment du beau; pas une. Pour les deux cents millions d’habitants d’élite qui peuplent l’Inde et l’Indo-Chine.
- Afin de montrer à quel point les Occidentaux auraient eu des occasions naturelles d’exercer autrement leur justice distributive, citons un exemple sur cent. On décerne trois médailles, très-méritées, je suis charmé de le dire, à MM. Couder, Laroche et Berrey, qui savent décorer avec tant de bonheur et de fécondité nos tentures et nos châles nationaux. Ils font bien plus : ils composent, dans le goût le plus français, le cachemire indien que Paris commande à l’Orient. C’est ainsi qu’au temps des jugements un peu douteux du Directoire et du premier Empire , nos ébénistes en renom maintenaient leur vogue en annonçant qu ils fabriquaient clés meubles antiques, dans le <}oût le plus moderne! Avec nos idées sur la mode, je conçois à la rigueur cette immixtion parisienne; mais le Jury général de Londres , qui récompensait largement les ca-chemiriens français, n’accorda rien aux dessinateurs coloristes de la vallée de Cachemire. Il n’accorda rien non plus aux dessinateurs de Dacca, de Bénarès et de Mour-checlabad, pour des châles, des écharpes et des voiles dont les broderies étaient incomparables par l’esprit du dessin, par l'effet des couleurs et par le génie artistique ! Voilà ce qui m’a paru difficile à concevoir.
- Dans le Jury international, une voix s’était perdue au milieu de la foule : c’était celle du savant professeur Royle, ie collecteur des produits de l’Inde. 11 réclamait en faveur
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- de ces produits, qu’il voulait qu’on appréciât en considérant la grâce des formes, l’imagination dans le dessin, enfin le talent de donner aux couleurs la puissance des effets et les secrets de l’harmonie. Il jugeait avec raison de sem-blables mérites dignes de hautes récompenses; mais* répétons-le, pas une seule ne fut accordée. Disons plus» pas une seule ne fut proposée!
- Rapport de M. le comte de Laborde sur les beaux-arts et sur leurs applications à l’industrie.
- 1° Vues générales.
- Lorsque la Commission des jurés français eut accepte la mission de présenter, pour la première moitié du xixesiècle, le tableau du progrès de toutes les industries* M. le comte de Laborde, membre du Jury international pour la partie des beaux-arts, se trouva chargé d’une grande et belle tâche. Sa modestie recula pendant ciofi années devant une entreprise qu’il était si capable d’ac' complir avec éclat. A force d’instances, j’eus le bonheur de vaincre enfin ses irrésolutions; Non-seulement il remplit le cadre que notre programme indiquait; il sut la' grandir. Il présenta, je dirais presque le précis universel et comparé des beaux-arts tournés vers l’utilité sociale. Il voulut mdntrer leur influence en distinguant : d’un côté* ies nations essentiellement industrielles et plus ou moius artistes , mais qui toutes appellent à leur secours le travail des mécaniques et les progrès de la science pour fabriquer en quantités considérables, à bas prix et rapidement; de l’autre côté, ies nations primitives, qui produisent des chefs-d’œuvre, quoiqu’elles n’inventent ni systèmes ni théories, et quoiqu’elles ne possèdent le secours m des sciences profondes ni des machines compliquées.
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- Pour donner au lecteur une idée du style et des vues de notre ingénieux collègue, nous citerons d’abord ici la définition de ce qu’il comprend dans la catégorie où sont placés avec tant de distinction les peuples de l’Inde. «J’appelle une nation primitive, dit-il, celle qui n’offre avec l’antiquité que des rapports traditionnels d’origine commune, sans aucun de ces retours factices dits Renaissance, produits de l’archéologie et de la mode d’imitation; une nation vieille et jeune à la fois, qui a marché à travers les siècles, à travers les révolutions des empires et les alternatives de la prospérité et de la misère, emportant avec elle, défendant contre les autres et respectant pieusement les traditions qui enveloppent tout ce que Dieu a laissé de divin dans nos âmes, dans nos cœurs et dans notre esprit : la religion, fart et la poésie. Les uns appellent ces nations barbares, les autres les estiment comme les plus civilisées du monde. Les deux opinions sont fondées; car leur état social est barbare 1, tandis que leur art est traditionnel, original et pur.»
- 2° Considérations et jugements propres à l’Inde.
- Les nations primitives ainsi définies, il s’agit de les classer. L’auteur admet, avec raison, qu’il faudrait placer l’Inde au premier rang, si l’on ne considérait que la perfection de ses produits; mais il commet une erreur légère, laquelle heureusement n’a rien de commun avec les beaux-arts et leur empire : « Il faudrait, dit-il, à n’envisager que le chiffre de ses affaires, placer l’Inde au dernier rang!. . . »
- M. le comte de Laborde a plus de raison qu’il ne le
- 1 Au sujet des nations telles qu’en offre l’Inde, peut-être vaudrait-il mieux dire que leur état est à la fois très-avancé, très-policé, mais entaché par quelques coutumes barbares et par quelques croyances insensées.
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- suppose dans sa prédilection pour l’Inde. Ce n’est pas au dernier, c’est au premier rang des nations primitives quil faut placer les Grandes Indes, même pour le chiffre de leurs affaires commerciales avec l’étranger.
- L’ensemble des produits de cette contrée qrfi sont im-portés dans la Grande-Bretagne surpasse de moitié tous les produits de la Turquie, de la Perse, de la Chine et du Japon reçus par la même puissance. Jugeons des exportations d’après les produits anglais que l’Inde consomme. A cet égard, sa supériorité, si c’en est une, est bien pluS grande : ils représentent plus de deux fois la valeur des produits d’Angleterre envoyés aux quatre autres nations primitives les plus importantes.
- D’après les derniers comptes officiels entre l’Inde et l’Angleterre, la valeur réunie des achats et des ventes s’élève au delà d’un milliard-, pour les quatre autres nations pr1' mitives réunies, la somme correspondante n’atteint pas les trois quarts de ce grand chiffre. La même disproportion existe à l’avantage de l’Inde dans son commerce avec les peuples d’Occident autres que le peuple britannique.
- Cette rectification, bien vulgaire à coup sûr, ne donnera que plus de force aux belles considérations du comte de Laborde en faveur des peuples de l’Inde. Il constate avec soin l’impression produite à Londres, dans le Palai» de cristal, sur la fouie du populaire comme sur l’élite des connaisseurs. Il va plus loin, et peut-être un peu loin : « En n’appréciant que cette impression, dit-il, personne n’a pu hésiter à placer ces nations primitives au sommet de la civilisation dont nous sommes si fiers. Comment concilier cette contradiction de nations barbares, ignO' rantes et misérables, exposant dans le grand concours des peuples un art si perfectionné qu’il témoigne des notions réservées aux peuples les plus avancés dans la
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- civilisation, un art si magnifique qu’il porte en toutes choses une splendeur royale? Comment rendre compte ce contraste de styles passagers, de modes éphémères, de créations aussitôt vieillies que mises au jour par nos artistes, et cet art vieux comme le monde, stable, immobile, se répétant à satiété et plein de jeunesse, de sève, de charme et de nouveauté ? »
- C’est à ces questions que l’ingénieux rapporteur se propose de répondre, et qu’il répond avec un rare talent d’observation; avec le talent, non moins rare, d’exprimer ses idées dans un style animé, gracieux et brillant d’un celât que 3'écrivain semble dérober aux produits orientaux dont il montre tous les mérites.
- M. le comte de Laborde ne fait pas seulement apprécier ta génie artistique de l’Inde; il présente, sur les nations ^dustrielles, des considérations applicables surtout aux peuples de l’Occident les plus avancés. Il s’arrête avec amour à la région privilégiée qui réunit, dans la proportion la plus heureuse, les acquisitions de la science ajoutées aux présents de l’imagination; il sourit avec bonheur au génie de l’art, aux dons précieux du bon goût, départis par la nature à la nation française. Lorsqu’il voit les efforts que font de puissantes rivales pour nous enlever notre supériorité, il s’inquiète; il étudie, il recherche les dangers et les remèdes. Son patriotisme signale avec soin les institutions que nous devrions établir et les, efforts que nous devrions faire pour rester toujours au premier rang. N’est-il pas juste de louer une toile sollicitude et des intentions si généreuses ?
- Nous ne pouvons qu’inviter le lecteur ami des arts à bre et à méditer l’ouvrage important qui, sous le titre de ^XXe rapport, termine et couronne en quelque sorte la grande entreprise de la Commission française de 1851.
- INTRODUCTION. — IV. 39
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- Entraîné par l’analogie des matières, nous avons traite d’abord tous les arts dont les produits plastiques ont des formes sur lesquelles peut influer le génie des beaux-arts.
- Examen des arts textiles de VInde.
- Pour compléter le tableau des travaux qui sont la gloire de l’Inde, il nous reste à parler des industries textiles qui peuvent être embellies par les dessins et Ie® couleurs; ainsi qu’on l’a fait pressentir, elles peuvent aussi devoir une grande valeur au génie des beaux-arts. Nous commencerons par la soie et les soieries.
- Production de la soie.
- C’est de la Chine que les Indiens ont tiré le ver cpU produit la soie, l’art de la filer et celui de la mettre eu œuvre. L’époque de ces emprunts est inconnue, mais d’une antiquité considérable.
- Lorsque les Européens abordèrent au Bengale, siege principal de l’éducation du précieux insecte, ils la trouvèrent dans un état qui paraissait être la décadence; et peut-être, dans ce pays, n’avait-elle jamais été très-perfe°' tionnée. La préparation des fils semblait aussi dans uu véritable état d’enfance.
- Dès Tannée qui suivit la victoire du colonel Clive, eP îyÔy, la Compagnie des Indes orientales avait fait passe1 au Bengale un artiste intelligent, lequel eut mission à a" mélîorer le dévidage des cocons. Vingt ans plus tard, eHe envoya dans la même province d’autres personnes exp^' rimentées pour appeler le progrès sur toutes les partie5 de la préparation des soies.
- Chose remarquable! l’éducation du ver à soie ne s’éteu-
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- dait pas vers le nord-ouest au delà des confins du Bengale; parce que plus loin, lorsqu’on remonte le Gange, l’Inde orientale subit la coïncidence funeste de chaleurs excessives avec de trop grandes et trop longues sécheresses.
- Dans les vallées moyennes des Himâlayas, où les chaleurs sont moins intenses et tempérées par des pluies abondantes, on pourrait, ce me semble, propager sur une grande échelle la production de la soie.
- Au milieu du siècle dernier, les indigènes n’élevaient le ver à soie ni sur la côte occidentale ni sur la côte orientale de l’Hindoustan proprement dit.
- Sous la direction d’un habile Italien, on a tenté, pendant un assez grand nombre d’années, de naturaliser le précieux insecte sur les rivages de l’ouest; mais, dans ces derniers temps, on a fini par abandonner de tels essais, faute de succès. Au contraire, on a produit d’excellentes soies sur les plateaux élevés du royaume de Mysore, après l’époque où les Anglais se sont approprié la partie méridionale des Etats de Tippou-Sahib.
- Même aujourd’hui, malgré tous les soins pris par les Européens, la presque totalité des soies de l’Inde offertes au commerce est d’une qualité très-inférieure. Dans ces dernières années, où des maladies funestes ont frappé les Vers élevés en Europe, l’Angleterre et la France ont été forcées de faire dans ce pays des achats très-considérables. Il a fallu vaincre des difficultés singulières pour combiner les soies trop peu nerveuses empruntées au Bengale avec les soies de France et d’Italie. Les artistes de L^on sont parvenus les premiers à résoudre te problème délicat ; les Anglais ensuite ont reçu d’eux des leçons. G’est ce que nous avons expliqué dans le volume précédent : Force productive de la Chine, p. 68/r, Grandeur du commerce des soies entre la France et la Ghine.
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- La soie de l’Inde a ce défaut particulier quelle manque de nerf; mais elle est d’une admirable souplesse, et cette qualité se transmet aux tissus fabriqués par les indigènes : elle plaît surtout dans les foulards.
- Ce qu’il y a de singulier, c’est que le ver à soie élevé dans l’Inde, malgré la communauté d’origine, diffère essentiellement du ver chinois, comme en diffère aussi la soie.
- On remarquait, a l’Exposition, diverses espèces de vers à l’état sauvage : des espèces nommées Bombyx, Phalænd et Saturnia, ainsi que les tissus communs formés avec les fils qu’elles produisent. Les derniers sont connus du commerce britannique, et l’on s’en est servi pour couvrir des ombrelles.
- Travail des soieries.
- Parmi les produits de l’Inde figuraient, dans le Palais de cristal, des soieries fournies par le marché de Mour-chedabad, où Warren Hastings, à son début, en achetai* comme facteur il y a déjà plus d’un siècle; on remarquai* des satins à larges raies de diverses couleurs, envoyés de Bénarès, de Cutche et d’Hyderabad.
- Dans la Présidence de Bombay, c’est la soie de la Chine que l’Indien soumet à ses teintures et qu’il réduit en tissus-L’intelligence qu’il apporte dans ces travaux était démontrée par des produits variés, d’un travail perfectionné et d’un art de coloration dont les nuances et l’harmonie caractérisent un talent national.
- Les Mahrattes de Pounah avaient envoyé à l’Exposition un remarquable tissu double, dont les deux faces offraient une couleur différente et des dessins particuliers.
- D’autres cités, Surate, Ahmenughur et Tanna, présentaient des tissus très-dignes d’estime.
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- L’observateur arrêtait plus particulièrement son attention sur les soieries fabriquées à Cachemire; c’était l’ouvrage de la même population si célèbre par ses châles confectionnés avec le beau duvet des chèvres du Tibet. Elle mettait son génie spécial non-seulement à réunir la force à l’égalité dans ses tissus soyeux, espèces de taffetas, mais à les colorier avec des teintes douces, variées et d’une exquise harmonie.
- Dans l’antiquité, et jusqu’à la fin de la Renaissance, les soieries de l’Inde étaient pour l’Occident l’objet d’un très-grand luxe et d’un commerce considérable. Avec le secours du temps, les Français, les Italiens, les Allemands, les Suisses et même les Anglais, chacun dans un genre différent, ont fini par surpasser ces brillants ouvrages, par les combinaisons, par la régularité et par la variété du tissage; ils ont obtenu ce succès non-seulement pour les tissus unis d’Orient, mais pour certains genres coloriés, à teintes tranchées, qui représentaient des fleurs, des animaux, des figures humaines. Malgré tant d’efforts, ils n’ont pas fait oublier les Indiens dans l’art de produire des effets vraiment merveilleux avec des coideurs peu nombreuses, habilement contrastées, et d’un effet général plein de charme et d’éclat.
- Hyderabad, Abmenabad et Bénarès présentaient des brocarts et des soieries à fleurs qu’on admirait pour leurs riches dessins et pour l’harmonie de leurs couleurs.
- Les tissus formés avec le duvet des chèvres du Tibet.
- C’est à l’extrémité la plus reculée de l’Inde, au nord des sources de l’Indus, c’est au pied des Himâlayas les plus avancés vers le centre de l’Asie, c’est là qu’il faut aller pour trouver la population dont les travaux n’ont encore été
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- surpassés dans aucune partie du monde. Les habitants de Cachemire sont obligés de franchir ces hautes montagnes pour demander sur le versant septentrional les beaux duvets des chèvres du Tibet. Ils les filent à la main, en leur donnant à la fois l’égalité, la force et la finesse ; puis ils les réduisent en tissus, soit unis, soit historiés. Les Européens, avec leurs mécanismes, ont surpassé les tissus unis pour la régularité, pour l’égalité du tissage; mais pour tout le reste ils n’ont pu s’élever à la supériorité.
- Les manufacturiers de Cachemire sont d’admirables teinturiers; les nuances les plus fugitives de leurs châles conservent leur puissance et leurs rapports harmonieux , malgré les atteintes de l’usage et du temps.
- Lorsque les Français arrivèrent en Égypte, à la fin du siècle dernier, ils furent frappés de voir les tissus de Cachemire embellir la parure des Orientaux, sous forme de châles, d’écharpes, de turbans, de ceintures, de vestes, de robes et de tuniques. Leurs yeux étaient charmés par le doux éclat et la richesse des couleurs. Ils admiraient l’opulence, la souplesse et la légèreté de ces beaux tissus, propres à tous les climats, qui drapaient à ravir les formes humaines, et qui, suivant les convenances et le génie des deux sexes, donnaient à leur parure tantôt la grâce et tantôt la majesté. Les châles et les écharpes qui furent alors envoyés en France obtinrent, comme par magie, le suffrage des femmes, dont le génie comprend si bien tout ce qui sied à leur beauté.
- Nous serions surpris si nous comparions les produits du même genre qu’on exposait en 185 x avec les tissus les plus somptueux empruntés à Cachemire au commencement du siècle; tant ces derniers paraîtraient simples, tant ils étaient sobrement décorés par des bordures étroites et des palmettes légères.
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- A mesure que le goût de ces tissus est devenu plus général en Europe, les classes lâches ont demandé, disons ftiieux, ont commandé des châles plus somptueux. Par l’effet d’une telle impulsion, les artistes de l’Inde, au lieu de rester stationnaires et routiniers, comme nous nous plaisons à le supposer, ont facilement avancé dans la voie qui plaisait aux consommateurs des nations occidentales. ils ont sans cesse augmenté la largeur et la longueur de leurs châles et de leurs écharpes ; l’ampleur des parties historiées a pris une plus grande place et quelquefois a couvert le châle tout entier. On a fait des châles où le fond disparaît absolument; ils n’offrent plus que des dessins d’une complication toujours croissante et d’une Variété inépuisable.
- La production des châles, à Cachemire et dans quelques autres parties de l’Inde, augmentant plus vite encore que les besoins de l’Occident, le prix des tissus, malgré leur complication et leur grandeur toujours croissante, ce prix s’est constamment abaissé. Un châle plus somptueux qu’on ne l’obtenait au commencement du siècle pour 10,000 francs n’en coûterait pas 3,ooo aujourd’hui.
- Une autre cause a forcé les artistes de Cachemire à délaisser leur antique simplicité. Lorsque les manufacturiers européens, Ternaux à leur tête, ont entrepris de fabriquer des châles plus ou moins imités de Cachemire, un immense obstacle s’est présenté : nous ne parlons pas de la difficulté commerciale d’aller à six mille lieues chercher le duvet des chèvres tibétaines, ou par l’Inde et les mers orientales, ou par la Russie et la Baltique. La difficulté principale était dans la nature même du travail. Pour façonner un châle dans le genre de Cachemire, chaque fois que la trame, ayant couvert un ou plusieurs fils de chaîne, passe en dessous du tissu, il faut faire un
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- nœud à la main et reprendre plus loin la même nuance. Ainsi l’industrie, l’intelligence et la force d’un ouvrier sont employées, nous dirons presque sont perdues, à produire lentement un si mince résultat: un nœud! Mille fils de chaîne recouverts ainsi par cent fils de trame pourraient donc exiger cent mille nœuds de tisserand, et l’on n’aurait produit que la faible partie d’un châle entier. On conçoit de pareils travaux dans une contrée où les mains ouvrières, dune agilité, d’une délicatesse proverbiales, ne coûtent pourtant pas plus de 5o ou 60 centimes par journée complète; mais en Europe, où la même industrie se paye-rait 2 à 3 francs par jour, la concurrence paraît impossible, et pendant longtemps n’a pas été tentée.
- En présence de cet obstacle, les manufacturiers français, les premiers engagés dans la lutte , ont borné leurs efforts à produire un dessus de châle comparable an vrai cachemire. A l’égard du dessous, de l’envers, lorsqu’un fil doit passer sous 5, îo, i5 fils ou davantage avant de reparaître avec la même nuance sur Y endroit) on Ta laissé libre en dessous. Ce dessous n’a présente qu’un amas de fils agglomérés, sans ordre et sans beauté-Ensuite, au moyen d’une opération adroite, on les a coupés, en ne leur laissant d’adhérence avec les fils de la chaîne que par la pression générale du tissu.
- On a de la sorte remporté la victoire du bon marche ; mais ce bon marché même a classé les tissus brochés, les Ternaux, comme on les a dénommés, parmi les produits secondaires réservés à la moyenne propriété; tandis que le vrai cachemire, avec l’aristocratie de sa cherté et son mérite intrinsèque, est resté la parure propre à la richesse avec toutes ses insolences, si chères à la beauté.
- Les Ternaux, à leur tour, ont fait appel à l’opulence on du moins à la demi-fortune, en lui présentant des châles
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- à dessins si grands, si coloriés, si compliqués, qu’il fallait bien ne pas les payer d’un bas prix trop désespérant. Ils acquéraient ainsi presque des titres à l’estime des consommateurs du premier ordre, qui réclament avant tout la cherté que ne peuvent atteindre les fortunes les plus modestes.
- Aussitôt, pour conserver cette nature de supériorité, les maisons européennes commanditaires des tisserands de Cachemire leur ont demandé des châles de plus en plus somptueux, surchargés d’énormes dessins : des dessins, nous rougissons de le dire, que des artistes européens osaient composer; dessins qui n’avaient plus d’oriental que leur destination.
- Peu de personnes, en Europe, ont suffisamment apprécié la décadence qu’un tel renversement de rôles tend à produire dans l’Inde. Ces palmettes si charmantes, ces palmes si grandioses que nous admirons dans les cachemires véritablement cachemiriens, elles ne sont pas l’objet du pur caprice et de la seule imagination. La nature, en Orient, nous présente des feuilles à contours sinueux imités du cou de cygne ; sur ces grandes et belles feuilles le soleil a dessiné, gravé, colorié des ornements délicieux.' Les artistes de l’Inde les ont imitées, comme les sculpteurs de la Grèce ont imité les découpures de l’acanthe et ses volutes hardies dans leurs chapiteaux corinthiens. Aujourd’hui que l’horticulture a tiré de l’Indo-Ghine les superbes plantes appelées bigonias, chacun peut, en admirant leur feuillage, y reconnaître ce qu’a reproduit de plus pur et de plus gracieux le génie décorateur des artistes de Cachemire.
- Si vous voulez maintenir le caractère indigène et la supériorité des châles de l’Inde, mettez donc de côté tous les bizarres dessins allemands, anglais, français même :
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- demandez à des dessinateurs, à des tisserands, à des teinturiers orientaux qu’ils reproduisent la beauté des plantes de l’Orient, imitées sur les tissus de l’Orient, avec ce sentiment oriental qui devine et reproduit l’harmonie magique des couleurs dans le vrai pays du soleil, au plus beau milieu d’une zone à moitié torride, à moitié tempérée.
- En résumé, si je dirigeais le commerce des vrais cachemires en Europe, j’enverrafsnon pas des dessins, mais des dessinateurs dans l’Inde, et je leur dirais : Contemplez, étudiez cette éclatante nature; comparez les effets merveilleux de la lumière sur les plantes d’Asie, au point du jour , à l’aurore, à midi, le soir même, quand le soleil va disparaître. Acquérez le goût, le génie des artistes orientaux; alors vous pourrez composer des cachemires qui charmeront à la fois l’Orient et l’Occident.
- A côté des tissus de Cachemire, Bénarès et d’autres grandes cités, Goualior, Hyderabad et Nagpour, offraient, à l’Exposition, des châles où les fils d’or et d’argent se mêlaient avec la soie et le duvet de Cachemire; le mélangé présentait des tissus qui plaisaient à la fois par la richesse et la variété. En général, ils étaient remarquables par l’opposition des couleurs et l’effet presque magique de l’ensemble.
- La filature et les tissus de coton.
- L’industrie la plus nationale et la plus antique, pratiquée par le plus grand nombre de bras et poussée le plus loin vers la perfection que puisse atteindre la main de l’homme, c’est la fdature et la mise en œuvre du coton pour servir aux arts textiles.
- Dans cette grande industrie, l’Inde produit tout elle-
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- même; elle n’emprunte rien au Tibet, rien à la Chine. Dans le monde antique, elle était sans rivale chez les Romains, les Grecs et les Égyptiens, comme chez les Asiatiques. Pour la mise en œuvre du coton, elle ne fut égalée chez aucun peuple moderne jusqu’aux premières années du xixe siècle. Pendant longtemps, il a fallu que les Occidentaux, abusant du droit de conquête, accablassent de droits, en grande partie prohibitifs, les tissus de coton envoyés des trois Présidences dans les ports des trois royaumes. La prudente Angleterre n’a préconisé de ce côté la liberté du commerce qu’après avoir triomphé, par la prohibition et la servitude, des cotons ouvrés, et depuis si longtemps supérieurs, produits dans la péninsule hindoustanie.
- Sous les princes indigènes, sectateurs de Brahma, et plus tard sous les princes musulmans nationalisés sur les bords du Gange, de l’Indus et de la Jumna, la splendeur des cours encourageait les artistes à se surpasser eux-mêmes par la finesse incroyable des fils et par la légèreté, je dirais presque la volatilité des tissus diaphanes; tissus qu’on ne désignait qu’en prodiguant des métaphores qui traduisaient l'étonnement et l’admiration.
- Ce que depuis deux siècles ne fait plus l’opulence déchue des radjahs, des vizirs et des sultans, les agents de la Compagnie des Indes l’ont fait une fois, mais en petit et très-modestement, afin d’embellir l’Exposition universelle de i85i.
- A Dacca, ville autrefois si célèbre par ses tissus, le comité préparateur, agissant au nom du Gouvernement, a proposé, puis décerné l’humble prix de 2 5 roupies (Ô2f 5oc), pour récompenser la personne qui produirait la plus fine et la plus belle mousseline. Un artisan merveilleux, Hubioulla de Golkonda, reçut la somme pro-
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- posée, comme ayant tissé la pièce la plus parfaite. Ajoutons que le pauvre Hubioulla de Golkonda, quoique son oeuvre ait été justement appréciée, n’a pas reçu du Jury de Londres la moindre distinction. Sa pièce de mousseline avait 9 mètres de longueur sur 9 décimètres de largeur; elle pesait seulement 87 grammes, et l’on pouvait la faire passer dans un très-petit anneau. En définitive, ü aurait fallu io4 mètres d’un tissu si vaporeux pour peser un simple kilogramme.
- Lorsqu’un des grands Mogols renommés pour leur somptuosité, Jéhanghire par exemple, voulait encourager les plus habiles artisans qui fussent alors à Dacca, pour qu’en se surpassant eux-mêmes ils apportassent des voiles d’une transparence et d’une perfection dignes de parer la sultane merveilleuse qu’on appelait la Lumière du monde, ce n’était pas avec la misérable annonce de 2 5 roupies qu’il faisait naître et récompensait les chefs-d’œuvre des Arachnés de son empire.
- L’ingénieux M. Taylor a présenté des observations un peu complaisantes au sujet de la décadence de l’industrie cotonnière des Indiens, par l’avilissement des prix en Angleterre. Les mousselines de la plus rare finesse, assure-t-il > n’ont jamais formé qu’une faible partie des achats de l’Angleterre : une diminution quelconque, à ce sujet* n’a donc pas pu causer de ruine à Dacca; elle n’a pas empêché que les tissus les plus parfaits de ce foyer d’industrie ne conservassent dans l’Inde et dans le reste de l’Asie leur antique renommée; â présent même, elles sont encore jugée5 dignes d’être comptées parmi les présents les plus précieux que puissent recevoir les souverains indigènes. M. Taylor va plus loin : il affirme qu’aujourd’hui les belles mousselines qui proviennent des ateliers de Dacca sont supérieures à celles qu’on y produisait dans le siècle dernier;, suivant
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- son opinion, elles seraient parfaitement comparables aux merveilleux tissus fabriqués lors des plus beaux temps du fastueux règne d’Aureng-Zeb. Il nous paraît impossible d’accepter tant d’assertions dépourvues de preuves et qui contredisent toutes les traditions.
- D’autres mousselines, remarquables aussi pour leur finesse, étaient envoyées à l’Exposition; elles provenaient de Gotter, dans la principauté de Travancore, des États du maharadjah de Goualior et de Kischenighur, cité du Bengale.
- Dans les principaux centres de fabrication des trois Présidences, on avait envoyé les tissus de coton les plus variés, préparés pour suffire à tous les genres d’usages, depuis les grossiers tissus propres à l’emballage jusqu’aux plus belles percales ; depuis les toiles à voiles j usqu’au linge de table et de toilette qui convient à l’opulence; depuis les mousselines historiées ou brodées jusqu’aux gazes les plus légères.
- Les Circars ou districts du nord, â proximité de Calcutta , sont un centre de fabrication de fins calicots : on voyait leurs produits figurer à Londres.
- Les plus beaux duvets de coton récoltés à Dacca, remarquables pour leur ténuité, sont précieux pour fabriquer les mousselines les plus parfaites, parce qu’ils ont la qualité de ne pas se gonfler lorsqu’on soumet ces tissus au blanchissage. Ce gonflement, au contraire, est chéri dans Manchester, parce qu’il donne un aspect plus corsé à leurs tissus communs, où l’apprêt copieux de l’amidon-nier sert de supplément à la parcimonie de la matière filamenteuse.
- Dans un rapport à la Cour des Directeurs, M. James Taylor, médecin de la Compagnie dans le Bengale, celui que nous avons déjà cité, a fourni des renseignements
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- précieux sur la fabrique des cotons à Dacca; il avait fait préparer, pour l’Exposition universelle, la représentation graphique des diverses opérations, avec les instruments employés à la fdature : profitons de ses travaux et tâchons d’y joindre nos interprétations.
- La fileuse indienne carde son coton avec la mâchoire garnie de dents d’un poisson nommé loalie, appartenant a la famille des silures. Elle étire ainsi les filaments, après en avoir séparé les graines ou semences avec un petit rouleau de fer quelle fait aller et venir, comme celui d’un pâtissier, sur une table plane où le coton est étalé. Un petit arçon sert ensuite pour réduire les filaments à l’état d’un duvet vaporeux; par une légère torsion, la fileuse en fait un boudin peu serré, qu’elle tiendra dans sa main lorsqu’elle filera.
- Pour la filature commune, les Hindous ont trouvé plus expéditif et plus économique d’employer le rouet au lieu de la quenouille et du fuseau; mais ils ont conservé la filature à la main pour produire les fils d’une finesse extrême, nécessaires aux plus belles mousselines. Lorsqu’on suit avec attention toutes les manipulations nécessaires pour obtenir ce merveilleux produit de l’Inde, on reconnaît que la perfection en est due à l’attention incessante , aux soins infinis apportés par les ouvriers et les ouvrières. La nature elle-même a doublé le succès d’un tel ensemble de soins et de vive attention, en donnant aux peuples de l’Inde une délicatesse de toucher qu’on ne trouve au même degré chez aucune autre race humaine. On ne doit donc pas s’étonner que ces Indiens aient demandé leurs plus merveilleux chefs-d’œuvre textiles non pas à des mécanismes, mais à des mains délicates et pef' fectionnées ainsi par le bienfait de la nature. Un des écrivains de l’Hindoustan proclamait cette vérité lorsqu il
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- disait : « Entre tous les instruments, le premier, le meilleur et le plus parfait, c’est la main de l’homme. »
- Même avec ce présent de la Providence, il ne faut pas croire que la fileuse de l’Inde ait pu parvenir à produire des fils d’une finesse extraordinaire sans un long et judicieux empfoi de son intelligence. Les moyens mêmes quelle a fini par découvrir nous démontrent le contraire. Sans posséder la moindre notion scientifique, la fileuse indienne a compris qu’une broche, une aiguille en fer, d’un très-petit diamètre, au lieu d’un fuseau volumineux, ne pourrait pas conserver sa force de rotation pendant un assez grand nombre de tours. En conséquence, elle attache à cette aiguille un disque d’argile, qui, faisant l’effet du volant d’une mécanique, accumule et conserve la force motrice. Cette conservation, quant à sa cause, était chose inconnue aux bords du Gange; mais l’elfet portait avec lui sa démonstration. Quand on travaillera pour donner des fils à la plus belle mousseline, si l’aiguille tournait à la manière du fuseau libre, elle ferait effort avec tout son poids sur les filaments soumis à la torsion, et ce poids, quelque faible qu’il fût, suffirait pour les briser. Afin d’obvier à cet inconvénient, le bout inférieur de l’aiguille est supporté par un coquillage horizontalement et fixement établi; ce bout inférieur tourne dans une petite cavité pratiquée à la surface de la coquille, et n’occasionnant lors de la rotation qu’un frottement imperceptible.
- Par la difficulté qu’on éprouve à faire comprendre cçs actions délicates aux lecteurs qui ne sont pas mécaniciens, on peut apprécier l’intelligence de la fileuse indigène. Elle n’est parvenue à produire ses chefs-d’œuvre de ténuité et de régularité qu’en satisfaisant, par son esprit d’observation et d’invention, aux lois d’une science dyna-
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- mique impérieuse, qui commandait quoique invisible, et
- dont elle n’avait pas la moindre idée.
- Pour la filature délicate, on a reconnu que la température la plus favorable, agissant sur un air chargé d’une douce moiteur, est celle de 27 degrés centigrades. Sous la latitude de Dacca, cette condition exige que la fileuse travaille de grand matin, ou bien le soir, quand le soleil n’embrase plus l’atmosphère. Elle est quelquefois obligée de filer au-dessus d’un vase plein d’eau chauffée qui s’évapore et donne au duvet de coton le degré de moiteur indispensable au succès d’un travail si délicat.
- Quand on veut obtenir des fils très-fins sous le climat trop souvent sec du Gange supérieur, on travaille dans des ateliers souterrains; c’est le seul moyen d’opérer au milieu d’une atmosphère dont l’humidité ne soit pas inégale.
- Lorsque la fileuse indienne fait usage du rouet, celui quelle emploie a pour rayons de très-légers bambous rattachés à la circonférence par une corde élastique. Ce système, imparfait en apparence, est conservé même pour des rouets destinés aux dames opulentes et délicatement ornementés. Ce n’est donc point par économie que l’on s’abstient de donner au rouet une circonférence solide et rigidement assemblée. Une longue expérience a fait reconnaître que la corde polygonale qui relie tous les rayons procure à la roue une suffisante solidité ; en même temps elle procure au système une élasticité favorable à la douceur des mouvements.
- Blanchissage perfectionné des tissus de coton.
- Les mêmes localités qui sont célèbres pour la fabrication des tissus le sont aussi pour les industries secondaires qui concourent â leur donner la supériorité : tel est fart
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- du blanchiment tel qu’on le pratique à Barroche et surtout à Dacca.
- Les belles mousselines sont simplement mises à tremper dans l’eau, en les frottant au besoin dans ce liquide avec délicatesse. Toutes les pièces ainsi préparées sont ensuite plongées pendant quelques heures dans un bain composé de savon et de natron : carbonate de soude. Gela fait, on les étend sur une prairie; puis, pour aider aux effets blanchissants de l’air et de la rosée, de temps à autre on les arrose avec une eau pure.
- Les Indiens ont reconnu le besoin, lorsque les tissus sont à moitié séchés, de les soumettre à l’action de la vapeur d’eau. A cet effet, on les enroule en spirales, comme les marins lovent un câble; ils sont disposés ainsi sur une large claie établie horizontalement, et qui couvre une excavation pratiquée dans le sol : au fond de cette excavation se place une chaudière pleine d’eau que l’on chauffe et d’où sort la vapeur qui traversera la claie et les tissus qu’elle supporte. Ces tissus, lovés comme il vient d’être dit, empilés les uns au-dessus des autres, sont enfermés sous un cône de bambou qui s’élève jusqu’à deux mètres au-dessus du col de la bouilloire. A mesure que la vapeur est dispersée dans les différentes parties de sa prison conique, elle traverse les tissus en dilatant les pores des fils par l’action de sa chaleur. L’opération dure toute une nuit. Quand elle est finie, les tissus sont trempés de nouveau dans une eau alcaline; puis étendus sur le pré, comme ils l’avaient été la veille. Ces actions alternatives de l’air libre, de la rosée et de la vapeur d’eau sont renouvelées huit à dix fois, jusqu’au parfait blanchiment. Après un dernier usage de la vapeur, les tissus sont trempés dans une eau qu’on acidulé en y versant le jus d’un fort citron pour chaque pièce de toile.
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- Ces procédés, si méthodiques, sont pratiqués depuis longtemps. Tavernier, qui voyageait il y a deux siècles, rapporte que Barroche , dans ie pays de Guzerat, était un lieu fameux pour ses blanchisseries; elles étaient favorisées à la fois par de vastes prairies et par l'abondance des citronniers cultivés dans le voisinage.
- Certainement la chimie la plus perfectionnée n’indiquerait rien de plus judicieux que la série régulière qui nous présente tour à tour les actions de l’eau pure, d’un liquide alcalin et de la vapeur d’eau; puis celles de l’air» de la lumière et de la rosée; enfin, celle d’un bain d’eau acidulée : bain qui fait disparaître les moindres résidus alcalins et les dernières impuretés animales ou végétales. Le procédé peut sans doute paraître lent; mais il est par-fait et n’altère en rien la nature ni la force des filaments les plus délicats.
- C’est ainsi que le génie d’observation, chez les peuples étrangers aux théories modernes les plus puissantes, leur révèle parfois un ensemble d’opérations dont le système est précisément ce que prescrirait la rigueur de ces théories.
- Mais un petit nombre de nations, et des plus favorisées par la nature, découvrent chacune à peine deux ou trois semblables systèmes, si la fécondité des théories ne vient pas à leur secours ; tandis que le nombre de ces merveilleux enchaînements qu’exige le progrès des industries les plus délicates, ce nombre s’accroît tous les jours, et sans limites assignables, chez les peuples dirigés par la lumière des sciences. Ces derniers peuples, si récents qu’ils soient, l’emportent bientôt sur les premiers, célébrés depuis tant de siècles par leurs merveilleuses pra' tiques, découvertes avec lenteur à force de patience et de talent observateur.
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- La teinture sur coton et ses matières premières.
- Les artistes observateurs qui combinent et raisonnent ïe blanchiment avec tant d’habileté n’ont été ni moins ingénieux ni moins judicieux pour embellir par la teinture leurs toisons, leurs soies et leurs filaments végétaux. La nature avait fait beaucoup pour eux, en leur offrant le modèle des couleurs puissantes et des nuances infinies qui parent les feuilles, les fleurs et les fruits des plantes intertropicales. Ils ont eu l’art d’extraire les principes colorants les plus précieux avec des procédés souvent peu faciles à découvrir, et dont le résultat n’était annoncé ni par l’aspect ni par les qualités de la matière primitive. C’est ainsi qu’ils ont trouvé le secret de créer un bleu particulier à l’Inde, bleu si précieux que toutes les nations l’ont adopté, et ne le connaissent que sous le nom d'indigo, qui rappelle son origine.
- L’Exposition universelle de i85i a prouvé, dit avec autorité le savant docteur Royle, que les Indiens savent obtenir par la teinture les couleurs de tous les genres, avec une grande variété dans les nuances.
- Us connaissent le pouvoir et, si je puis parler ainsi, l’influence de chacune d’elles sur les autres, par un rapprochement d’où naît l’harmonie de l’ensemble et le grand effet des contrastes.
- C’est cet instinct, ce génie du coloriste oriental qui commandaient, dans le Palais de cristal, l’admiration des connaisseurs, même en présence des toiles peintes avec toute la science et le mérite des Occidentaux, Français, Anglais, Allemands et Suisses.
- Sur les cotons et les mousselines les plus fines, les Indiens impriment l’argent et l’or. Il paraît que chez les
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- Birmans on emploie le suc d’une plante qui contient en dissolution Yindia rubber; ce principe gommeux produit une adhérence durable entre les tissus et les follicules métalliques qu’on s’est proposé de fixer.
- A Dacca, les teinturiers exécutent en fabrique, et plus économiquement que les peintres dont nous parlerons plus tard, les contours des dessins que la broderie devra remplir sur les tissus. Pour imprimer ces contours, ils emploient des matrices en bois sur lesquelles on a grave les dessins en relief.
- Les cotons imprimés ou teints qui parvinrent en Europe, quand un grand commerce s’ouvrit avec l’Inde orientale, réunirent tous les suffrages et furent admires sous la dénomination générique d'indiennes.
- Les Indiens, créateurs d’un art savant, sans science apparente, avaient découvert un phénomène capital. A chaque couleur dont il faut parer un tissu correspond une préparation liquide, que nous appelons un mordant; appliquée sur l’étoffe, dans les limites d’un dessin quel' conque, et puis séchée, si l’on plonge le tissu dans un bain qui contienne la couleur correspondant au mordant, elle est saisie, mordue, fixée. Le teinturier indien a forme de la sorte une gamme corrélative de mordants et de couleurs, qu’il a su renfermer dans des dessins variés, pittoresques, harmonieux, pour servir à la fois l’imagination des artistes et les besoins de l’industrie.
- Aujourd’hui nos, blanchisseurs en manufacture et nos teinturiers de tissus, éclairés, guidés par les plus grands chimistes, tels que Berthollet, et par des fabricants pleins d’invention, surpassent de bien loin l’industrie des Orientaux dans sa partie savante et manufacturière : ils ne leS font pas oublier comme coloristes.
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- Tapis de soie et de laine.
- Goulâb-Sing, radjah de Cachemire, avait envoyé plusieurs grands tapis dont la chaîne était en soie, et dont l’éclat était rehaussé par de brillantes couleurs; on admirait de ces couleurs la variété, la vivacité, le contraste et la singulière harmonie. Des tapis semblables , mais de moindres dimensions, provenaient d’Hyderabad, de Khyr-pour et de Tanjour.
- Un genre de produits moins connu comme appartenant à l’Inde est celui des tapis de laine. Il faut citer ceux de Goruckpour et surtout ceux de Mirzapour, recommandables par leurs grandes dimensions, leurs dessins pleins de goût et d’originalité. Ils attestent un art que sans cesse on doit louer dans l’industrie de l’Inde, l’art de combiner les couleurs.
- Dans les trois mois qui ressemblent au doux prim temps et qui sont l’hiver de ce beau pays, on retire des appartements les plus somptueux les jolies nattes à la fois si légères et si fraîches en été. Le plus souvent, ces nattes sont remplacées par des tapis indigènes; mais parfois l’opulence y substitue des tapis empruntés à la Perse.
- L’Exposition de 185 i avait montré combien sont liées entre elles toutes les parties de l’art indien, soit du dessin, soit de la coloration, et comment elles se font valoir les unes par les autres.
- Un fabricant de Bangalore avait eu l’idée malheureuse d’exécuter un grand tapis d’après le dessin et les coy,-leurs des tapis de l’Occident : les Européens juges de cet essai trouvèrent que l’effet était décidément inférieur au style.des tapis indiens, qui conquéraient tous les suffrages.
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- Chacun a pu remarquer dans le Palais de cristal le modèle d’un métier vertical propre à fabriquer des tapis. On voyait cinq tisserands hindous assis devant les fils de la chaîne; le chef ouvrier, un livret à la main, les dirigeait pour passer convenablement les fils de la trame diversement colorés.
- Tissus de poil de chameau fabriqués dans Vécole ouverte aux enfants des Thugs.
- A l’extérieur du Palais de cristal s’élevait une tente spacieuse, tissée par les familles de Thugs soumises à la réforme dans l’école des arts et métiers du Gouvernement. Cette tente, à l’égal de celle que les prisonniers de Cawnpore avaient exécutée, était comparable aux tissus indiens du même genre les plus estimés.
- Iiaccommodage des tissus en poil de chèvre du Tibet.
- Il est un art qui démontre à quel degré de perfection peut être portée l’adresse manuelle chez le peuple dont les mains ont reçu de la nature la plus rare délicatesse. Cet art consiste à réparer soit un accident, soit un defaut, dans les châles de Cachemire du travail le plus exquis. Nous allons voir que la même industrie s’applique avec non moins de succès pour raccommoder les percales et les mousselines qui peuvent être endommagées lors des opérations de blanchissage que nous avons exph' quées. Arrêtons-nous à ce dernier genre de travail.
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- Art de rentraire ou de raccommoder les tissus de coion.
- Les Occidentaux se formeront'difficilement une idée du degré de perfection auquel cette humble industrie est portée dans l’Inde. Des mains aussi délicates que celles qui tissaient les mousselines vaporeuses que les meilleurs juges appelaient, par métaphore, de Y air tissé [woven air), de pareilles mains pouvaient seules faire disparaître les défauts et réparer les accidents qui déshonoraient des chefs-d’œuvre dignes d’Arachné. Qu’on se figure l’attention, la patience et l’adresse indispensables pour retirer sans rien endommager, d’une pièce de tissu longue de dix-huit à vingt mètres, un fil défectueux, lorsque ce fil déparait la régularité parfaite d’une mousseline dont la finesse, en quelque sorte miraculeuse, devait servir de voile à la fille d’un roi, d’un maharadjah ou de leur premier vizir! Eh bien, à force de patience et de dextérité, non-seulement l’artiste enlevait le fil condamné, mais le remplaçait avec un succès si complet, que l’œil le plus exercé ne distinguait plus le fil nouveau parmi tous les autres; on n’apercevait pas même la place qu’occupait, au milieu du tissu, l’ancien fil dont les défauts étaient intolérables. Cette industrie existe encore.
- Quelques habiles dentellières de Valenciennes, de Bruxelles ou de Paris accomplissent dans un autre genre d’aussi grands miracles de dextérité; mais elles ne les surpassent pas.
- Des travaux plus faciles et plus fréquents ont pour objet tantôt de faire disparaître les nœuds faits par le tisserand et de rejoindre les parties d’un fil rompu, tantôt de réparer les mousselines, les percales et les simples calicots endommagés pendant le blanchissage.
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- Des broderies sur le coton et sur là soie.
- Dès 1744, l’abbé Guy on faisait remarquer en Europe, comme fabriquées à Dacca, les broderies les plus fines et les plus parfaites de l’Inde, exécutées avec des fils de coton, de soie, d’or ou d’argent-, puis les mouchoirs brodes et les mousselines, comme disent les marchands, superflues, qu’on estimait si fort en France. G’était Dacca qui brodait le mieux, avec ses fils de coton, les plus beaux tissus de coton; fart n’a pas disparu, et l’Exposition de i85i en offrait des preuves remarquables.
- La force de la vérité, qui triomphe de tout aux yeux des femmes dès qu’il s’agit de parer leur beauté, faisait confesser par une élégante lady, plus clairvoyante et plus impartiale ici que les Jurés britanniques, la supériorité des écharpes à broderies de l’Inde, quand ces broderies sont exécutées sur mousseline ou sur tulle; elle pensait qu’apportées par le commerce en Angleterre, et mises en œuvre pour les grandes parures de fête et de bal, elles obtiendraient un succès complet.
- Les écharpes brodées de Delhy ont toujours été fort admirées; le luxe de la cour du Grand Mogol faisait naître et récompensait leur supériorité. L’Europe n’attache pas autant de prix à ces chefs-d’œuvre; mais ils continuent d’être recherchés par les Orientaux dans les bazars de Java et.de Bassora comme ils le sont à Singapore.
- Pour ex écuter les belles broderies dont nous venons d’offrir l’idée, des artistes hindous en tracent au pinceau les contours sur la mousseline tendue dans un cadre de bambou; ce cadre est fixé seulement à deux tiers de mètre au-dessus du sol sur lequel sont assis les brodeuses ou les brodeurs. Des dessins complets et colorés leur servent de modèles.
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- Dans la ville de Dacca, beaucoup de brodeuses maho-métanes descendent à l’œuvre très-vulgaire de broder avec du coton sur les tissus de fausse soie appelée moungci, soie fdée par des vers phalènes nourris avec d’autres feuilles que celles du mûrier.
- Faisons remarquer un fait qui suffit à retracer l’origine différente des travaux de broderie dans les deux parties du monde. Tandis que chez nous le travailleur tire à lui son aiguille, dans l’Inde il la pousse en avant et l’éloigne de sa personne. L’écriture offre la même disparate : tandis que la main droite des Occidentaux écrit en avançant de gauche à droite, la main des Orientaux, depuis les Hébreux jusqu’aux Chinois, se rapproche de l’écrivain en avançant de droite à gauche.
- Les magnifiques broderies d’argent et d’or, en relief, sur les housses des éléphants; celles qui décoraient les dais royaux; les tapis sur lesquels les nababs fument le narguilé, toutes ces œuvres de grand luxe sont exécutées avec le plus de perfection à Bénarès et dans la ville de Mourchedabad.
- Education, industrie et parure de l’éléphant asiatique.
- Aristote a le premier donné des notions dignes d’un grand observateur sur cette merveille du genre animal, que les Hindous, dans leur langage figuré, nomment Kohi-rawant, la montagne mouvante ; il écrivait d’après l’étude qu’il faisait de ces animaux qu’Alexandre avait capturés dans l’armée de Porus et qu’il fit passer en Grèce : ce furent les premiers que vit l’Europe.
- Vingt-deux siècles plus tard, Buffon, l’Aristote français, ajouta considérablement aux observations, aux descriptions données par son devancier. Dans son Histoire
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- naturelle, les éléphants apprivoisés par l’Inde et leurs rapports avec les habitants de cette partie du monde occupent la presque totalité d’un admirable chapitre où l’auteur a réuni tous les genres de mérite, et ceux de la pensée et ceux du style. On a très-souvent accusé ce grand écrivain de donner trop de pompe à sa diction, même au sujet des plus humbles animaux. Personne ne pourrait lui faire un reproche pareil lorsqu’il décrit le plus imposant des quadrupèdes : e’est alors qu’il sait être à propos brillant, noble et majestueux, ce qui ne peut surprendre personne. Mais, dans les endroits consacrés à la pure utilité, le merveilleux écrivain se montre, sans le moindre effort, aussi simple que gracieux, et d’un naturel parfait d’expression; l’envie aurait dû ne pas fermer les yeux sur ce dernier mérite.
- Dans son étude complète, l’Afrique n’est pas oubliée. Cependant on est frappé de voir combien cette contrée lui fournit peu de faits importants; ce qu’il faut attribuer à la faible intelligence des peuplades nègres qui chassent l’éléphant, le domptent et lui donnent une éducation imparfaite comme leurs mœurs et leur civilisation. Tout ou presque tout appartient à l’Asie, disons mieux appartient à l’Inde; et c’est là que Btiffon concentre son attention.
- Ce que la nature des choses conduisait à faire chez l’historien des races du monde entier devient une obligation plus étroite pour nous, dans la partie de notre ouvrage consacrée particulièrement aux forces productives de l’Inde et de ses populations.
- i. — Supériorité des Indiens dans l’éducation de l’éléphant.
- La Providence a donné l’éléphant à l’Asiatique, et surtout à l’Indien, pour suppléer à la puissance de l’homme
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- chez l’un des peuples les moins robustes, il est vrai, mais les plus intelligents.
- G’est l’Indien qui, le premier, communiquant à l’éléphant sa civilisation et son industrie, a découvert le secret de développer chez ce puissant et docile élève des affections morales et l’art de travailler pour l’homme1. De ce redoutable serviteur il a fait son confident, son ami, son défenseur, au besoin, et le compagnon ingénieux de son labeur.
- Le même ciel et la même terre convenaient merveilleusement à la nation favorisée par Brahma, ainsi qu’au roi des animaux de l’Asie orientale. D’après la mythologie de l’Inde, cet être privilégié ne peut vivre sur notre globe sans avoir reçu, par la métempsycose, l’âme de quelque grand sage et parfois de quelque dieu. Les Indo-Chinois vont plus loin : ils adorent, comme un être supérieur et privilégié, celui dont la divinité se manifeste par la blancheur infiniment rare de sa peau. Chose encore plus étonnante! cet hommage religieux, qui s’attache à la blancheur de l’épiderme, est rendu par un peuple et par des rois dont l’épiderme est presque noir.
- Dans l’Inde et dans l’Indo-Chine, tout concourait à l’alliance de l’homme avec le plus raisonnable des animaux. Une heureuse harmonie de douceur, de patience et d’activité réfléchie s’est établie entre l’Indien et l’éléphant. Aidés l’un par l’autre, on dirait qu’ils pratiquent à l’envi, et de concert, les arts de la paix et ceux de la guerre; la nature des lieux et la situation des contrées sont éminemment favorables à ces deux genres de services.
- L’éléphant le plus gigantesque est conduit par un humble
- 1 «Les Asiatiques, très-anciennement civilisés, se sont fait une espèce «d’art de l’éducation de l’éléphant-, ils l’ont instruit et modifié selon leurs « mœurs. » ( Buffon. )
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- cornac, les Anglais diraient un groom, d’autant plus parfait qu’il est moins pesant ; il se pose à cheval sur le col de l’animal. Il semble dépourvu des moyens qu’on jugerait indispensables à l’accomplissement d’une si rude tâche. Pour diriger un coursier quatre ou cinq fois moins massif que ce colosse, le plus robuste cavalier a besoin d’un levier de fer ou d’acier, c’est le mors, fixé, manœuvré par de fortes brides en cuir; à ce premier moyen coercitif il faut ajouter la pression de ses cuisses, de ses genoux, et le stimulant d’un fouet ou d’une cravache ; enfin, l’action perçante ou tranchante d’éperons européens ou de lames acérées qui servent à l’Africain pour sillonner les flancs du cheval, ensanglantés au besoin. Le faible cornac n’a pas de selle, pas d’étriers, pas de bride en sa main et pas de mors pour peser sur la bouche de l’animal; un modeste sceptre, un court bâton ferré, qui se termine en bec-de-corbin, présente une espèce de crochet avec lequel il peut gratter un endroit sensible à côté des oreilles de l’éléphant : voilà son seul moyen d’action matérielle. Mais il y joint l’action de sa voix ou plutôt les paroles réfléchies avec lesquelles il entretient, il conseille son compagnon et son ami* L’éducation d’aucun autre animal ne présentait de pareilles difficultés à vaincre et qu’on ait vaincues avec un si grand art;
- Je voudrais qu’un cornac intelligent écrivît ou fît écrire ce qu’en termes de gymnastique on pourrait appeler l’Ecole de l’éléphant; je demanderais qu’il expliquât par quels attouchements ou par quels accents il commande la marche et la halte, la conversion vers la droite et vers la gauche, la modération ou l’accélération du pas, et bien d’autres enseignements écoutés, compris et suivis.
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- ii. — De l’éléphant et de son caractère.
- Le climat des Indes méridionales semble plus propre que celui de toute autre partie du monde à la multiplication des éléphants de la plus grande espèce, laquelle est aussi la plus courageuse.
- Dans la zone tempérée, les parties les plus chaudes, et dans la zone torride, les parties les moins brûlantes, conviennent le mieux au développement des forces du géant des quadrupèdes. C’est dans la région moyenne des grandes chaînes de monts qui divisent l’Inde ou qui la limitent, montagnes abondantes en gras pâturages, c’est là qu’il atteint à la fois sa plus haute stature et ce courage physique inspiré chez les animaux, comme il l’est souvent chez l’homme, par le sentiment de leur force corporelle. Herbivore de sa nature, il ne cherche à détruire aucune race vivante; en même temps, les ennemis les plus hardis et les plus voraces, le tigre, le lion même, ne tentent pas sans grand péril de le choisir pour leur pâture.
- Cet être vraiment supérieur aux autres animaux, jusque dans ses plaisirs les plus doux, subordonne aux lois de la pudeur la reproduction de son espèce. Il lui faut la paix profonde, il lui faut les grands ombrages et le mystère des forêts pour ses rares accouplements, à peine renouvelés tous les deux à trois ans; mais la longueur biséculaire de sa vie permet encore une abondante reproduction de cet individu chaste et monogame.
- Dans les régions que nous venons de signaler, selon le grand naturaliste qui décrit avec tant d’éloquence et de sagacité la vie, les mœurs et l’organisation de ces animaux d’un ordre supérieur, «l’air étant plus tempéré, les eaux moins impures, les aliments plus sains, leur espèce arrive
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- à son plus grand développement; elle acquiert à la fois toute son étendue, toute sa perfection.»
- m.—Son organisation favorable aux arts.
- Ce merveilleux serviteur que la nature a créé pour prendre part à nos travaux, elle l’a doté des instruments à la fois les plus puissants, les plus délicats et les plus propres à 1’accomplissement des actions des genres les plus divers. De tels instruments sont en même temps les organes auxquels il doit une grande partie de son intelligence.
- Sa trompe flexible, et sinueuse en tout sens comme le corps d’un serpent, lui permet d’atteindre tous les objets, en haut, en bas, en avant, en arrière, et des deux côtés de sa tête. Dans ce long tuyau creux, il fait à volonté le vide et repousse avec puissance l’air et les liquides. C’est le double jeu d’une pompe, tantôt aspirante et tantôt foulante, qu’il alterne à volonté. Il soulève de lourds fardeaux par le retrait de l’air que sa force d’aspiration opère sur la face supérieure des corps contre laquelle il fait adhérer l’embouchure de sa trompe; il est, à cet égard, aussi savant que le physicien de Magdebourg, qui surprenait l’Europe moderne avec la force d’adhésion de ses plaques célèbres.
- Grâce à la même puissance d’aspiration, Torifice de sa trompe, dès le jour de sa naissance, fait fonction de lèvres pour aspirer le lait de sa mère et l’accumuler dans ce long et flexible réservoir. Ayant ainsi rempli sa corne d’abondance, il s’en sert pour boire, comme l’Espagnol se sert d’une conque; il en introduit l’oriflce au fond de sa bouche, puis il cesse d’aspirer, et, par une pression contraire , il injecte le lait dans le conduit étroit de son palais. L’instinct admirable de la nature, dirigé par la Provi-
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- dence, lui fait accomplir tout cela sans précepteur et dès le moment qui suit sa naissance.
- Sa trompe est en même temps son bras et sa main. L’orifice ou bourrelet qui la termine et le doigt flexible dont il est armé sont doués d’un sens exquis du toucher.
- Le même organe est aussi le siège de l’odorat. L’intérieur est tapissé par un immense nerf olfactif; ce nerf capital s’élargit de plus en plus depuis l’embouchure extérieure jusqirà la base frontale, comme la trompette s’élargit jusqu’à son pavillon sonore. La trompe transmet au cerveau la sensation fortifiée des odeurs, comme le pavillon de l’instrument à vent porte à l’oreille des auditeurs les vibrations imprimées par l’embouchure du plus retentissant des instruments musicaux. Aussi voyez l’éléphant, dont la masse informe n’oppose à l’air extérieur que des surfaces rugueuses et qu’un épiderme presque partout à l’épreuve des atteintes les plus violentes ou du choc des corps aigus les plus pénétrants; voyez ce qu’a d’exquis son odorat! Par le bienfait de sa trompe, il perçoit les moindres nuances des odeurs, tout aussi bien que la jeune beauté dont les organes déploient la plus délicate sensibilité. Buffon se complaît à montrer cette faculté pleine de grâce : «L’éléphant, dit-il, aime avec passion les parfums de toute nature, et surtout les fleurs odorantes; il les choisit, il les cueille une à une; il en fait des bouquets, et après en avoir savouré l’odeur, il les porte à sa bouche et semble les goûter. La fleur d’oranger est un de ses mets les plus délicieux; il dépouille avec sa trompe un oranger de toute sa verdure et en mange les fruits, les fleurs, les feuilles et jusqu’aux jeunes bois. Il choisit dans les prairies les plantes odoriférantes, et dans les bois, il préfère les cocotiers, les bananiers, le palmier et les sagous. En définitive, la délicatesse du toucher, la finesse de l’odorat, la facilité du
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- mouvement et la puissance de succion se trouvent réunies
- ài’extrémité du nez de l’éléphant. »
- iv.— Parallèle des plus grands miracles de la vapeur avec le travail de Véléphant.
- On a vu, de nos jours, un ingénieux mécanicien faire mouvoir et, pour ainsi dire, animer d’énormes pilons dont chacun pèse autant que deux éléphants de prefcnière grandeur; ces pilons, une invisible vapeur les fait monter et descendre au gré du doigt d’un manouvrier appuyant sur la clef d’un robinet. On frappe ainsi des coups qu’aucun être vivant, avec un marteau, fût-il cyclopéen, n’avait frappés jusqu’alors. Par un admirable contraste, l’inventeur fait arrêter le monstrueux marteau à l’instant précis que désire le conducteur du mécanisme. On produit ce phénomène au point de transformer le choc qui comprime et transfigure les plus grandes masses d’un fer incandescent, et de le changer en pression assez légère pour casser une noix sans en meurtrir le fruit. L’industrie, avec raison, célèbre la merveille de cet éléphant à vapeur.
- L’éléphant, tel que Ta créé la nature, accomplit des actes d’une grande puissance et d’une tout autre intelligence, lui qui porte des canons et leur sert d’affût; lüiqui, par sa seule pression, enfonce des portes de ville et renverse des murailles; lui qui déracine de grands arbres. «Avec son doigt, il ramasse à terre les plus petites pièces de monnaie; il cueille les herbes et les fleurs, en les choisissant, nous l’avons dit, une à une; il dénoue les cordes, ouvre et ferme les portes en retirant ou tournant les clefs et poussant les verrous. On assure qu’il apprend à tracer des caractères réguliers avec un instrument aussi petit qu’une plume.
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- Sur un seul point, je suis surpris que le grand observateur de la nature, qui raconte si bien ces merveilles d’intelligence, puisse accepter l’exagération des voyageurs d’après lesquels tous les travaux de transport exécutés dans les Indes le seraient sans exception par le colosse, ainsi devenu le travailleur universel. Admirons en même temps comme un modèle charmant de clarté, de simplicité, je dirais presque de naïveté, l’énumération qu’il fait d’un choix d’opérations où l’intelligence de l’animal semble égaler celle de l’homme.
- « Pour donner une idée du service que l’éléphant peut rendre, il suffira de dire que tous les tonneaux, les sacs, les paquets qui se transportent d’un lieu à l’autre dans les Indes, sont voiturés par des éléphants; qu’ils peuvent porter des fardeaux sur leur corps, sur leur cou, sur leurs défenses et même avec leur gueule, quand on leur présente le bout d’une corde qu’ils serrent avec les dents; que, joignant l’intelligence à la force, ils ne cassent, ils n’endommagent rien de ce qu’on leur confie; qu’ils font tourner et passer les paquets du bord des eaux dans un bateau sans les laisser mouiller, les posant doucement et les arrangeant où l’on veut les placer; que, quand ils les ont déposés dans l’endroit qu’on leur montre, ils essayent avec leur trompe s’ils sont bien situés, et que, quand c’est un tonneau qui roule, ils vont d’eux-mêmes chercher des pierres pour le caler et l’établir solidement, etc. »
- Il faut voir l’éléphant, sur la côte de Malabar, s’employer au transport des bois nécessaires à construire, à radouber des navires. Pour qu’il traîne une lourde pièce, madrier ou mâture, attachée d’un bout avec un cordage, il suffit qu’on lui jette l’autre bout; il le porte à sa bouche, premier point d’arrêt; il le passe deux fois autour de sa trompe, puis il traîne sans conducteur la pièce de bois
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- INTRODUCTION.
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- jusqu’au pied du navire en construction. Chose encore plus merveilleuse! Rencontre-t-il une autre pièce de bois en travers de son chemin, il soulève le bout antérieur de la sienne, afinqu’elle glisse par-dessus avec facilité. Une fois, peut-être, aura-t-il appris cet artifice par l’indication de quelque chef de travaux, et plus n’est besoin de renouveler l’enseignement.
- Dans les marches et dans les opérations variées, imprévues, l’éléphant a besoin d’un conducteur. Son cornac, assis sur le cou du géant, nous l’avons dit, le régit avec une tige de fer pour l’aiguillonner dans les parties les plus sensibles de la tête; d’ordinaire, la parole sert plus que cet aiguillon; son cornac, je dirais plutôt son ami, raisonne avec lui, l’éclaire à propos par ses avertissements et l’exhorte au besoin à tenter un effort suprême. L’intelligent quadrupède comprend d’instinct cette voix; aussi longtemps quelle commande avec des égards, il redouble de zèle et d’intelligence afin d’exécuter des ordres qu’il prend à cœur et qu’il s’honore d’accomplir. Sur un seul point, l’éléphant, si merveilleusement instruit, ressemble trop à son maître asiatique; s’il est sensible au bienfait, il est en même t^mps implacable contre l’offense et souvent contre l’injure ou la seule dérision.
- Dans les circonstances importantes, indépendamment du cornac qui, sur le cou de l’éléphant, est trop loin des obstacles du sol, un serviteur à pied se tient, pour ainsi dire, à l’oreille du quadrupède ; il lui parle d’une voix grave, lente et soutenue; il l’avertit des mauvais pas et des objets qu’il faut éviter; il lui signale tout ce qui doit attirer son attention, mériter ses égards, exiger ses salutations ou nécessiter ses menaces et parfois ses coups terribles. Ce langage est compris et les conseils sont suivis*
- La civilisation nous présente ces deux contrastes éga-
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- lement dignes de notre admiration : d’un côté, l’homme qui s’identifie de la sorte avec l’éléphant; de l’autre, le chien de l’aveugle, qui sait quêter, demander pour cet ami dans le malheur l’obole de Bélisaire; qui sait le préserver des mauvais pas, du choc des obstacles inertes, et le sauver du heurt plus redoutable des hommes, des animaux ou des voitures qui croisent sa route. Ce que nous voyons chaque jour du service rendu par le petit chien qui conduitd’aveugle doit nous rendre facile à comprendre le même service rendu par l’intelligence humaine au plus grand, au plus intelligent des animaux.
- Au milieu de tous les succès obtenus par l’homme pour s’approprier, en quelque sorte, la force et les facultés du plus puissant des quadrupèdes, ses efforts ont échoué sur un point capital, celui de la reproduction. Cette impuissance fait un étrange contraste avec les succès que nous obtenons sur le reste de la nature.
- Entre tous les travaux de l’homme ayant pour objet d’amener certaines classes d’animaux à la servitude, il faut compter pour un de ses plus beaux triomphes l’influence de son génie sur la reproduction des êtres apprivoisés comme sur celle des plantes rendues utiles à ses besoins. Son industrie les a multipliés dans une bien plus grande proportion que ne le comportait leur état de nature au milieu de la création; il les a, par degrés, accoutumés à de nouveaux climats. Non-seulement il s’est rendu le maître , le dispensateur du nombre des individus à créer et des régions où peut s’entretenir la vie et s’opérer la reproduction; il a modifié, varié, perfectionné les espèces par le croisement, par l’alimentation et par le labeur systématique.
- Une vértu naturelle à l’éléphant, la pudeur, a suffi pour s’opposer à tous les efforts que l’homme a tentés dans
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- le désir de perpétuer cet animal une fois acquis à la
- domesticité.
- « A Tétât sauvage, et lorsqu’il peut céder à ses penchants, l’éléphant vit en troupes, heureux d’exister avec ses semblables ; la société qu’ils forment se partage en couples que la sympathie avait rapprochés avant des besoins plus doux. Quand s’approche le temps d’y céder, ces couples se réfugient en des lieux où nul regard ne puisse profaner la chasteté de leur amour : aussi jamais être humain ne les a vus ^accoupler. Dès l’instant que le but de la nature est atteint, le mâle s’abstient, quoique la gestation dure deux ans; ce n’est qu’à la troisième année que renaît pour lui la saison des amours, » comme parle BufFon qui nous présente ce tableau. Le puissant observateur s’élève à la plus haute éloquence en peignant une vertu que ne partage nul autre genre d’animaux.
- « Lorsque l’éléphant devient pour l’homme un compagnon de tous les jours, les conditions des plus doux moments de sa vie sont rendues impossibles. Sa passion contrainte dégénère en fureur; ne pouvant la satisfaire sans témoins, il s’indigne, il s’irrite, il devient insensé, violent, et Ton a besoin des chaînes les plus fortes et d’entraves de toute espèce pour arrêter ses mouvements et briser sa colère. Ici, l’individu seul est esclave; l’espèce demeure indépendante et refuse constamment d’accroître au profit du tyran. Cela suppose dans l’éléphant des sentiments élevés au-dessus de la nature commune des bêtes : ressentir les ardeurs les plus vives et refuser en même temps de se satisfaire, entrer en fureur d’amour et conserver la pudeur, sont peut-être le dernier effort des vertus humaines et ne sont dans ce majestueux animal que des actes ordinaires auxquels il n’a jamais‘manque; l’indignation de ne pouvoir s’accoupler sans témoins,
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- plus forte que la passion même, en suspend, en détruit les effets, excite en même temps sa colère, et fait que, dans ces moments, il est plus dangereux que tout autre animal indompté. »
- En vain des princes de l’Inde, non-seulement amis, mais adorateurs de ces animaux divinisés, ont fait les plus grands sacrifices dans le dessein de reproduire ceux qu’ils nourrissaient en grand nombre ; après d’impuissants efforts, ils ont pris le parti de séparer les mâles et les femelles, en renonçant à toute idée de propagation parmi les individus apprivoisés.
- Par conséquent, il n’existe aucun éléphant réduit à la vie domestique qui ne soit pas né dans l’état sauvage. L’art de les prendre et de les dompter exige des soins extrêmes, dont nous ne pouvons expliquer ici les détails et qui, depuis nombre de générations, sont restés les mêmes.
- Expérience proposée au Gouvernement britannique.
- Ne serait-il pas possible que le Gouvernement britannique tentât un puissant et dernier effort dans quelque grande vallée des Himâlayas, où les bois, jusqu’à ce jour inhabités, approchent encore de l’état primitif? On établirait des étables spacieuses aux abords d’une forêt; on aurait de vastes pâturages où l’on ferait paître des éléphants mâles en compagnie des femelles qui n’auraient plus de petits à allaiter. Rien n’empêcherait les deux sexes de céder à leurs instincts doux et pudiques, de s’apparier et de s’éloigner en liberté dans la grande vallée sauvage, qui leur garantirait la solitude, la paix et la liberté, nécessaires à leurs amours. Plus tard, dût-on les chasser de nouveau suivant le mode accoutumé pour les prendre à l’état sauvage, on se rendrait maître des couples et de
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- leurs petits. N’aurait-on pas les observations les plus neuves et les plus précieuses à faire sur ces rejetons d’une génération déjà civilisée , sur les aptitudes conservées et sur la facilité probablement plus grande qu’offrirait l’éducation des jeunes éléphants? Je serais heureux, je l’avoue, qu’on essayât une expérience qui contribuerait au bonheur des animaux les plus intéressants de la création, en secondant le vœu sacré de la nature.
- Au moyen d’un signe distinctif imprimé sur l’ivoire des éléphants avant leur mise en liberté, ne pourrait-on pas rendre à chacun son ancien cornac, et vérifier jusqu’à quel point se seraient conservées la mémoire et l’affection de l’animal pour son premier conducteur ?
- S’il est vrai que la vie d’un éléphant soit de deux siècle^ et que tous les trois ans la femelle puisse produire un nouveau rejeton, ce n’est pas trop de supposer que chacune soit quarante fois mère, et pourvoie à vingt fois la multiplication des deux sexes. Il suffirait d’une reproduction beaucoup moins fréquente, même en ayant égard à toutes les causes de destruction, pour empêcher la diminution des animaux civilisés, auxquels, d’ailleurs, on ajouterait les conquêtes accoutumées sur les individus qui sont encore à Tétât sauvage.
- De l’éléphant employé pour les fêtes d’apparat.
- Après avoir expliqué l’utilité de Téléphant pour les arts de la production, indiquons son emploi dans les arts de luxe; nous l’étudierons ensuite dans les arts de la destruction, c’est-à-dire ceux de la guerre.
- La nature s’est complu à favoriser le penchant des Orientaux, et surtout des Indiens, pour le faste et Téclat des cérémonies civiles et religieuses. Aux abords des grands
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- fleuves dont les eaux sacrées portent avec elles la fécondité dans les champs et la docile piété chez les fils de Brahma, là s’élèvent les temples et les palais. L’azur des deux du Midi et la puissance des rayons du soleil prêtent leur splendeur aux solennités accomplies dans les beaux lieux. Une si vive lumière ajoute à l’éclat des costumes et des armes, où l’or, l’argent et les pierreries rehaussent l’aspect sévère du bronze, du fer et de l’acier!
- L’ornement le plus imposant, le plus étrange, ajoute à la majesté de ces fêtes : c’est le grand éléphant d’Asie, plus haut deux fois que le cheval de haute stature qui redresse sa tête avec une mâle fierté; cet éléphant, dont la masse et la force impriment une crainte respectueuse à l’homme, qu’il peut saisir avec sa trompe et lancer au loin comme un projectile, ou jeter sous ses pieds pour l’écraser comme un reptile1.
- C’est un spectacle saisissant que celui d’un cortège composé de pareils colosses, qui dans leur marche, même paisible, font trembler la terre sous leurs pas. Dans les cérémonies solennelles, et lorsqu’ils apparaissent dans un rang distingué, chacun d’eux a le sentiment calme, fier et satisfait de son rôle et de sa parure. On dirait un pontife de Bouddha! Voyez celui qui,porte un roi, un vizir, ou seulement un grand nabab! Son corps est couvert d’une ample chape et d’une étole de brocart, où l’or se dessine en relief sur un velours de pourpre ou d’azur. Son front est paré d’une mitre brodée, à laquelle sont attachés de nombreux et riches cordons qui descendent avec symétrie des deux côtés de sa tête et de ses défenses; les
- 1 « Si te maître veut que l’éléphant fasse peur à quelqu’un, à sa voix, l’éléphant s’avance vers cette personne avec la même fureur que s’il le voulait mettre en pièces, et lorsqu’il en est tout proche il s’arrête tout court sans lui faire aucun mal.» (Buffon.)
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- défenses elles- mêmes sont parfois entourées de cercles
- d’or en guise de bracelets.
- Trois hommes, léger fardeau, sont portés par le colosse : le conducteur, à cheval sur le cou de l’éléphant; le prince ou le grand seigneur, assis sur les coussins d’un vaste siège en ivoire artistement ciselé : c’est la chaise curule de la mollesse asiatique. Le grand personnage est abrité sous un dais dont la voûte, qui s’élève en hémisphère, est recouverte d’une soie richement brodée et garnie de franges d’or. En arrière, et sur un siège plus modeste, un serviteur agile fait osciller avec intelligence un long et large houssoir dont les crins sont des fils d’ivoire : un tel mouvement rafraîchit une atmosphère presque toujours embrasée et tient les insectes éloignés de la tête du souverain. Celui-ci montre à la foule émerveillée la fierté, la sérénité de son visage et la splendeur de son costumer son turban porte une aigrette implantée sur un faisceau de diamants; sa robe et le contour de sa coilfure font admirer leur mousseline vaporeuse, aux mille plis harmonieux; sa veste, brodée d’or et de perles, est tissée avec le plus fin duvet du Tibet, par la réunion des deux industries, où Bénarès ajoute son art à celui de Cachemire. Telle est l’idole politique offerte à l’admiration des spectateurs. Posé sur son müsnud, on nomme ainsi le trône ambulant, le souverain s’avance à la tête d’une troupe où d’autres éléphants, montés par les grands officiers et les principaux seigneurs, composent un cortège dont la magnificence et la grandeur n’appartiennent qu’à l’Orient.
- Le radjah de Mourchedabad, dont les prédécesseurs étaient vizirs du Bengale, voulant donner à Sa Majesté la reine Victoria quelque idée de la splendeur asiatique, a présenté pour hommage à la souveraine des trois Royaumes et des Indes l’équipage complet d’un éléphant
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- portant un trône, tel que je viens de le décrire. La reine Victoria, pour embellir l’Exposition de l’Hindoustan, s’est rangée la première au nombre des exposants; elle a fait placer dans le Palais de cristal le simulacre d’un éléphant qui portait la riche parure dont je n’ai rappelé qu’impar-faitement la somptuosité.
- Les conquérants britanniques, malgré la simplicité de leurs mœurs primitives, ont jugé nécessaire au prestige de leur puissance d’adopter la grandeur de cet apparat. Quand le gouverneur général visite les provinces de l’immense empire qu’il régit par l’imagination autant que par les lois, il voyage entouré d’un nombre prodigieux et d’hommes et d’animaux. Nous en avons donné l’idée en citant le cortège de ce lord Dalhousie qui promenait son despotisme en marchant accompagné de six mille serviteurs, avec cent trente-cinq chariots tramés par des bœufs, mille soixante chameaux et cent trente-cinq éléphants, groupés autour du colosse privilégié qui portait l’arbitre suprême de cent quatre-vingts millions d’hommes ! Alexandre à Babylone ne triomphait pas avec plus d’apparat.
- Emploi de Véléphant à la guerre.
- Avant l’invention des bouches à feu, l’éléphant prenait rang parmi les plus puissants auxiliaires des armées de l’Orient et du Midi; il n’a pas fallu moins que la discipline et l’intrépidité des Grecs conduits par Alexandre, et des Romains repoussant les efforts de Pyrrhus et d’Annibal, pour triompher de ces lignes d’éléphants qui marchaient en ordre serré dans le dessein d’enfoncer la phalange ou la légion. L’ennemi s’efforcait de tuer, de blesser le conducteur et les défenseurs placés sur la tour que portait l’éléphant; il tentait aussi d’effrayer ces animaux. Mais sou-
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- vent il trouvait plus facile de vaincre les hommes ainsi protégés que le belliqueux animal qui combattait à la fois avec ses pieds, ses défenses et sa trompe, pour écraser, ou percer, ou lancer dans les airs les adversaires qui ne fuyaient pas assez vite une si redoutable attaque.
- Aujourd’hui, dans les chasses, la cuirasse naturelle de l’éléphant ne résiste pas même aux longues et pesantes balles terminées par une pointe d’acier et lancées par des armes rayées. Tout cède aux moyens de détruire inventés par l’art moderne.
- La grande utilité que l'éléphant conserve encore dans les guerres asiatiques, c’est de servir comme moyen de transporter les canons, les équipages, les munitions, en des contrées privées de routes, à travers les marais, les jongles et les forêts, et pour faire franchir aux plus lourds fardeaux les rudes pentes des montagnes.
- Au xvme siècle, lors des guerres que les Français ont soutenues dans le midi de l’Inde, ils employaient l’éléphant. Tandis que l’attelage de bœufs, capable de gravir les plus fortes pentes, les montait en traînant une bouche à feu, l’éléphant la poussait en arrière, avec sa tête appuyée contre la pièce. Dans les temps d’arrêt, un de ses genoux arc-bouté contre une roue empêchait le recul; il avait de lui-même cette intelligence.
- C’est pour rendre des services de cet ordre qu’en 1818 un généreux roi d’Oude prêtait au gouverneur général, marquis de Hastings, trois cents de ses éléphants; ils servaient à combattre, au milieu des monts Himâlayas, les éléphants et les soldats du roi de Népaul. Ce grand service était rendu deux générations avant la confiscation, en pleine paix, du bienfaisant et beau royaume d’Oude.
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- TABLE DES MATIÈRES
- Pages.
- Hommage A S. A. R. le Prince Albert.............................. i
- Avant-propos. ................................................... v
- L’INDO-CHINE ET L’INDE.
- I. Indo-Chine...................................................... i
- Empire d'Annam ou Cochinchine............................... 3
- Population et territoire................................. Ibid.
- Cochinchine proprement dite................................... A
- Baie de Touranne. — Récente expédition des Français et des
- Espagnols................................................... 5
- Commerce à développer en Cochinchine...................... 7
- Royaume de Siam.......................................... Ibid.
- Population et territoire....................................... 8
- Presqu’île, ville et détroit de Malacca........................ 9
- Situation de la ville de Malacca............................ 10
- Ile et port franc de Singapore.............................. 11
- Création d’un port franc à Singapore........................... 12
- Population de l’île de Singapore en i85i. ..'............... i3
- Description de la ville de Singapore........................ 14
- La rade et le commerce maritime............................. 15
- Tableau du commerce de Singapore, de 1851 à 1852 .. . ...... 16
- Poulo-Pénang... ............................................ 17
- Population et territoire de Poulo-Pénang.....................Ibid.
- Province de Wellesley.......................................... 19
- Etablissements des détroits orientaux........................Ibid.
- Les marins malais au xixe siècle.. . ....................... 20
- Comment l’islamisme des Malais détourne les vents obstinés.... 25
- Supériorité de l’officier britannique.......................... 26
- Triste marine de Siam. Barbaries siamoises.................. 27
- Les proscrits sauvés........................................... 28
- Les côtes occidentales de l’Indo-Chine......................... 29
- Provinces de Ténassérim....................................... . 3i
- Topographie et ressources du pays.............................. 32
- Pégu........................................................ 33
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- 492
- TABLE.
- Page».
- Empire Birman ou royaume d’Ava................................. 34
- Territoire et population....................................... 35
- Commerce direct des Birmans avec les trois royaumes britanniques. 36
- EMPIRE BRITANNIQUE DES INDES ORIENTALES.
- Commencements de la Compagnie des Indes britanniques........... 3 7
- Organisation définitive de la Compagnie réunie des Indes orientales. . 3g lre partie. Gouvernement de la Compagnie dans la métropole.. . . 43
- Idée du commerce de la Compagnie, â partir de sa constitution
- générale (année moyenne, de 1708 à 1728).................... 46
- Objets du commerce qu’on effectuait à l’époque de 1708........... 47
- IIe partie. Organisation de la Compagnie dans l’Inde...........Ibid.
- Hiérarchie des serviteurs de la Compagnie Sans l’Inde.......... 48
- Distinction des deux services covenantés et non covenantés..... 5o
- Opérations de la Compagnie pour les importations et les exportations .......................................................... 51
- Pouvoirs souverains délégués dans l’Inde à la Compagnie........ 53
- Commerce personnel des agents de la Compagnie.................. 54
- Privilège de la Compagnie renouvelé............................ 55
- Revenus de la Compagnie........................................ 56
- RÉVOLUTION COMMERCIALE ET GOUVERNEMENTALE.
- Des écrivains historiques relatifis à l’Inde moderne........... 56
- L'historien James Mill...........................................
- Travaux historiques de Macaulay................................ 58
- Appréciations générales relatives aux jugements de lord Macaulay. 5g
- Les commencements de Bobert Clive................................ 6g
- Campagne de Clive au Bengale................................... 72
- Le cachot noir ou black-hole...................................
- Succès de Clive au Bengale....................................... 75
- Bataille de Plassy; chute de Sourajah-Dowla.................... 81
- Outrages de Clive et de ses conseillers envers la Cour des Directeurs.......................................................... 85
- Triste résultat des conquêtes pour la Compagnie des Indes...... 86
- Second retour de Clive en Angleterre........................... 87
- Maux excessifs de la centralisation du pouvoir, pour administrer
- trente millions d’âmes, à cinq mille lieues de distance..... 88
- Vices de l’organisation métropolitaine de la Compagnie des Indes
- orientales, au xvme siècle............. ... ........... Ibid.
- Tentations infinies et démoralisation, dans la métropole, au sujet
- des Indes orientales........................................ 8 g
- Excès-du mal au Bengale........................................ go
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- TABLE.
- 493
- Pages.
- Troisième mission de Clive....................................... 94
- Révolution introduite dans le gouvernement des vice-rois du
- Bengale.................................................... 101
- Du commerce des consommations intérieures, pratiqué par des
- serviteurs de la Compagnie.................................. io5
- Les traitements de l’armée et les réformes militaires........ 107
- Quelques erreurs de l’historien Macaulay sur l’administration et
- les exploits de lord Clive................................... 110
- Jeu des actions de la Compagnie, savamment préparé par lord
- Clive. .................................................... 11/i
- Première intervention du Parlement.............................. 117
- Retour de lord Clive en Angleterre........................... Ibid.
- Ce qu’étaient au xvm® siècle les nababs de la Compagnie des Indes. 119
- L’Inde après le départ de Clive................................. 12 4
- Opinion de M. Malcolm Ludlow sur lord Clive et lord Macaulay. 131
- Gouvernement de Warren Hastings.......»............... 13 2
- La charte de la Compagnie renouvelée en 1773................. i44
- Salutaires mesures adoptées a l’égard de la Compagnie........... 14 5
- Création d’un gouverneur général; composition de son conseil.. i46
- Création d’une Cour suprême de justice au Bengale............Ibid.
- Enormes traitements fixés par l’Acte du Parlement............ 1 4 8
- Intervention du Gouvernement dans les affaires et dans les revenus de la Compagnie..................... .......................Ibid.
- Désordres produits dans l’Inde par l’impéritie parlementaire.... 14 9
- Anarchie de la nouvelle justice introduite dans l’Inde....... 15 2
- Lutte de Hastings contre Hyder-Ali........ . ................ 157
- Les grands besoins d’argent après les grandes conquêtes ....... 158
- Usurpation et spoliation de Bénarès. .. ..................... 159
- Les spoliations du viziriat d’Oude.......................... 161
- Les meilleurs côtés du gouvernement de Hastings.............. 164
- Un gouverneur général de l’Inde jugé par le Parlement d’Angleterre............................................................ 167
- Tableau d’une évolution dans la Chambre des communes......... 171
- Sage opinion de M. Malcolm Ludlow sur les jugements de lord
- Macaulay................................................. 182
- Projets d’intervention directe du Gouvernement britannique dans
- les affaires de l’Inde................................... 184
- Création d’un ministère, appelé Bureau de contrôle, pour surveiller le gouvernement de l’Inde................................ 186
- De quelle manière pouvait fonctionner l’institution du contrôle.. 187 Comment fut violée, dès le principe, la loi qui constituait le
- Bureau de contrôle..................................... 189
- Empiétements du Bureau de contrôle sur l’autorité de la Compagnie à l’égard de ses subordonnés........... ................ Ibid.
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- 494
- TABLE.
- Pages.
- Empiétement sur l’action financière de la Compagnie......... 190
- Rapports irréguliers du Bureau de contrôle avec les dettes de
- l’Inde.................................................. 191
- Impuissante humilité de la Cour des Directeurs.............. 192
- Macpherson, le faux Ossian, gouverneur par intérim.......... 198
- Les lords Macartney et Cornwallis. .......................... 199
- La forteresse et la principauté de Courg conquises par lord Cornwallis .......................... 20O
- Gouvernement intérieur de la principale présidence, amélioré sous
- lord Cornwallis........................................ 201
- M. Malcolm Ludlow, historien et jurisconsulte, pris pour guide sur les droits de propriété dans leurs rapports avec le Gouvernement britannique.......... ............................. 202
- Parallèle des systèmes hindou et musulman sur la propriété. . . . Ibid.
- Introduction du système britannique.......................... 2û3
- Premiers essais pour améliorer la perception des revenus.... 206
- Opinions et travaux financiers de sir John Shore, lord Teignmouth. 2 07 Régulation célèbre de lord Cornwallis pour immobiliser les propriétés du Bengale, à partir de 1793.................. 208
- La grande mesure du gouverneur Cornwallis après soixante ans
- d’exercice............................................... 213
- Comment se continue la situation précaire et périlleuse des zé-
- mindars................................................. 216
- Grande et belle enquête sur le sort de l’Inde, sur ses revenus et
- sur sa colonisation par des Anglais...................... 217
- Comment sont dépossédés les propriétaires au Bengale........Ibid.
- Comment le Gange facilite périodiquement la dépossession des
- zémindars................................................ 21S
- Le fisc, servi par les rivières, porte également la main sur les
- domaines des zémindars anglais............................ 219
- Sir John Shore, nommé plus tard lord Teignmouth............. 221
- NOTIONS ESSENTIELLES SUR LES POPULATIONS DE L’INDE.
- i. Tribus aborigènes........................................... 222
- Les Gourkhas................................................. 224
- Les Garrows............................................... Ibid.
- n. Les Hindous..................................................... 2 25
- La religion des Hindous...................................... 227
- Des hymnes et des commentaires dont se compose le Véda...... 229
- Publication du Eédapar la Compagnie des Indes orientales : Exposition universelle à Londres,i85i.................... 2 31
- M. Max Muller, éditeur du Véda ; son hommage au génie d’Eugène Burnouf.........................................* .... Ibid.
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- TABLE.
- 495
- ’ages.
- Les travaux d’Eugène Burnouf honorés par ia France et par
- l’Exposition universelle de 1851.......................... 2 34
- Les brahmanes ou prêtres de Brahma........................ . . 237
- Le code sacré de Manou; les castes qu’il établit............. 238
- Parallèle et séparation des peuples où règne l’inégalité du brahmanisme et de ceux où règne l’égalité chinoise et bouddhique. . . 240
- Lutte implacable entre le brahmanisme et le bouddhisme.......
- Comment les brahmanes ont conservé leur caste et leur autorité
- sociale*. ................. • ............................ 242
- Comment a dégénéré le brahmanisme............................ 248
- Poésie des Hindous ; ses rapports avec les trois règnes de la nature. 2 51
- Le drame chez les Hindous : Sacountala....................... 253
- Un poème épique : le Ramâyâna................................ 258
- Une science cultivée par les Hindous : le calcul............. 261
- Illusions sur l’astronomie des Hindous....................... 262
- Les arts cultivés par les Hindous, défavorisés par l’Angleterre.. . Ilid. ni. Les Mahométans; leurs irruptions au milieu des Hindous.. .. 263
- Immigrations par le Nord-Ouest................................ 264
- Immigrations par le Sud-Ouest................................ 266
- Amour des mahométans pour la carrière des armes.............. 267
- Attractions des indigènes vers l’islamisme.................... 268
- iv. Les Parsis.................................................... 272
- v. Les Chrétiens dans l’Inde................................... 270
- Immigrants arméniens.....................................* . . . 274
- Invasion des chrétiens occidentaux: les Portugais........... 27.5
- Les Français dans l’Inde..................................... 277
- Territoire et population des Portugais et des Français dans l’Inde. 278 Des chrétiens anglais; leur isolement au milieu des populations
- indigènes............................................... Ibid.
- Race britannique mélangée................................... 279
- Nécessité d’une chrétienté fortement protégée dans l’Inde.... 281
- Nombre de convertis^au protestantisme, donné par M. Kaye, en
- 1852 , pour l'Inde britannique............................. 282
- Du clergé gouvernemental.....................................Ibid.
- Tableau de la dotation des cultes qui dominent dans chacun des
- trois royaumes............................................ 2 83
- Rivalité latente du catholicisme et du protestantisme dans l’Inde. Ibid. Les missionnaires protestants......................... 284
- vi. Les Jdifs.................................................. 286
- Progrès de la puissance du gouvernement de la Compagnie dans
- l’Inde au xixe siècle....................................... Ibid.
- Le comte de Mornington, marquis Wellesley, gouverneur
- GÉNÉRAL DES ÏNDES : 1798 À l8o5 ............................ Ibid.
- La conquête et la destraction de l’empire de Mysore. ......... 288
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-
- TABLE.
- Pages.
- Bataille de Malvilly; premiers succès du colonel Wellesiey, qui
- deviendra le duc de Wellington ............................ . 292
- Caractère et gouvernement de Tippou-Saliib................... ag3
- Le partage des dépouilles.................................... 296
- Noble désintéressement du marquis Wellesiey................ 298
- Profonds dissentiments du gouverneur général et de la Compagnie
- des Indes................................................. 299
- Établissement général des alliances subsidiaires par le marquis
- Wellesiey................................................ 3o3
- Des résidents................................................ 306
- Résultats obtenus. .......................................... 3o8
- Les successeurs du marquis Wellesiey......................... 3i8
- Sir Georges Barlow, gouverneur transitoire, fin de i8o5...... 319
- Gouvernement de lord Minto, comte de Moira, de 1806 ài8i3, 320
- Renouvellement de la charte de la Compagnie, en x813......... 321
- Gouvernement de lord Hastings, dei8i3ài823.................... 322
- Guerre contre les Pindaries et les Mahrattes.................Ibid.
- Mesures déplorables contre les produits manufacturés de l’Inde.. 324
- Gouvernement de lord Amherst, dei823ài828..................... 325
- Gouvernement général de lord Bentinck, 1828 à i835. L’Inde
- une fois administrée dans l’intérêt des Indiens........... 327
- Réformes administratives et financières....................... 328
- Les indigènes appelés à siéger dans les tribunaux.............. 33o
- Efforts tentés en faveur de l’enseignement du peuple......... 331
- Enseignement des missionnaires écossais offert aux j eunes Hindous. 334
- La loi rendue protectrice pour les indigènes convertis.......Ibid.
- Création d’un collège médical ouvert aux natifs................ 335
- Mesures adoptées contre l’immolation des jeunes filles....... 336
- Les suttis, ou sacrifices des veuves, supprimés par lord Bentinck. 33y Charte de la Compagnie : renouvellement pour vingt années, en
- i833...................................................... 338
- Les successeurs de lord William Bentinck.
- Intérim de sir Charles Metcalfe, i836............»...........33 g
- Lord Aukland, i836 à 1842....................................34i
- Sur la famine de i838 et sur le besoin des irrigations....... 342
- Envahissements des Anglais au delà de l’Indus................ 344
- Première iniquité contre Sattara, principauté séquestrée en 1839. 345
- Lord Ellenborough, 1842 à i844...............................35a
- La Compagnie destitue lord Ellenborough...................... 354
- Belles qualités de cet homme d’État........................... Ibid.
- Lord Hardinge, i844 à i848................................ 356
- Origine et croyance des Sikhs... . . ........................ 357
- Runjet-Sing devenu roi de Lâhore; tristes guerres après sa mort,................................................ 358
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- TABLE,
- 497
- Pages.
- Création du gouvernement de Cachemire........................ 36o
- Première association formée dans ia métropole pour la réforme
- du gouvernement de l’Inde.................................. 361
- Les réformateurs et le radjah de Sattara sous le gouvernement
- de lord Hardinge . . . ....................................Ibid.
- Gouvernement de lord Dalhousie, de i848 à i855............. 363
- Lord Dalhousie et le commandant des forces, sir Charles Napier. 365
- Lord Dalhousie et le nouveau commandant des forces, sir John
- Campbell..................................................... 372
- Lord Dalhousie et les souverains indigènes...................... 373
- Lord Dalhousie et la principauté de Sattara..................... 376
- Lord Dalhousie et l’orphelin héritier du roi de Lahore......... . 379
- Lord Dalhousie et le fournisseur Jotie Persâd................. 3 80
- Lord Dalhousie et les partisans du 5 p. 0/0 réduit au 4 p. 0/0
- subtilisé : The swindled four per cérium................... 382
- La principauté de Nagpore annexée............................. 383
- Lord Dalhousie et la confiscation du royaume d’Oude........... 384
- Comment la Compagnie a progressivement exploité la richesse et
- l’alliance du royaume d’Oude.............................. Ibid.
- Erection du viziriat d’Oude en royaume ; esquisse d’un règne
- illustre............ ........................................ 389
- Un nouveau règne exploité ...................................3 g 5
- Jugement porté sur Oude par le prédécesseur de lord Dalhousie. 398 Lord Dalhousie arrive dans l’Inde et tourne ses regards vers le
- royaume d’Oude............ ............................... Ibid.
- Ce que deviennent les sujets par le fait d’une annexion dans l’Inde. 4o5 Les Indes représentées à l’Exposition universelle de i85i.. 4o6
- Caractère indigène de T exposition des Indes britanniques.....407
- Comment s’est préparée dans l’Inde l’Exposition universelle... 4o8
- Matières premières exposées..................................... 4io
- Les collections de matières animales et végétales envoyées de
- l’Inde, jugées par le grand Jury international de i85i..... 4i3
- 1. Produits alimentaires................,.......................... 4i5
- ii. Substances végétales utiles aux arts : les gommes et les huiles... Ibid.
- ni. Les teintures et les couleurs.................................. 41 y
- iv. Matières textiles : les cotons, la jute, etc...................4i8
- V. Les bois utiles aux arts........................................41 g
- vr. Produits du règne animal. . ........... . ;....................Ibid.
- Tableau des produits industriels les plus remarquables et des procédés
- les plus ingénieux qu’offrent les arts de l’Inde...........Ibid.
- Travaux du professeur Royle................................... 421
- Céramique employée aux usages généraux........................ 422
- Céramique réfractaire.. ,..........,.......................... 42 3
- Produits poreux et perméables.................................424
- introduction. — IV. 32
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-
- 498
- TABLE.
- Pages.
- Perfection du travail et du bon goût de la céramique indienne.
- Ecole nouvelle de Madras.................................... 424
- Production du fer et de l’acier................................425
- Fabrication du voutz, le célèbre acier de l’Inde............... 427
- Applications remarquables de l’acier indien.................... 4 28
- Application au poli parfait des pierres dures dans les monuments. 429
- Application aux ornements architectoniques.......................43o
- Application au travail des vases précieux...................... 431
- Alliage des métaux et ses applications.........................433
- Alliage du fer, du cuivre, du zinc et de l’étain : les bidderys.. .. 434
- La nielle appliquée aux bidderys...............................435
- Les armes et les équipements...................................Ibid.
- Travail artistique des métaux précieux : jugements dus à M. le duc de Luynes, membre de l’Institut, rapporteur du XXIIIe Jury........438
- I. Les bijoux...................................................... 439
- II. Les émaux.................................................... 44o
- Les nielles .................................................. 441
- De l’ivoire employé dans les arts délicats de l’Inde..........Ibid.
- Le XXXe Jury de 1851 et les beaux-arts de l’Inde......-.......444
- Rapport de M. le comte de Laborde sur les beaux-arts et leurs applications à l’industrie. ,
- i° Vues générales........................................... 446
- 20 Considérations et jugements propres à l’Inde................ 447
- Examen des arts textiles de l’Inde............................... 45o
- Production de la soie......'..................................Ibid.
- Travail des soieries.......................................... 452
- Les tissus formés avec le duvet des chèvres du Tibet........ 454
- La filature et les tissus de coton............................... 45g
- Blanchissage perfectionné des tissus de coton.................465
- La teinture sur coton et ses matières premières............... 467
- Tapis de soie et de laine.....................................469
- Tissus de poil de chameau fabriqués dans l’école ouverte aux
- enfants des Thugs. . ..................................i ... . 470
- Raccommodage des tissus en poils de chèvre du Tibet...........Ibid.
- Art de rentraire ou de raccommoder les tissus de coton........ 471
- Des broderies sur le coton et sur la soie......!..............'.. 472
- Education, industrie et parure de l’éléphant asiatique........ 473
- l. Supériorité des Indiens dans l’éducation de l’éléphant.......... hqi
- 11. De l’éléphant et de son caractère............................... 477
- m. Son organisation favorable aux arts...........................478
- IV. Parallèle des plus grands miracles de la vapeur avec le travail de
- l’éléphant.................................................. 48o
- Expérience proposée au Gouvernement britannique............... 485
- De l’éléphant employé pour les fêtes d’apparat................ 486
- Emploi de l’éléphant à la guerre............................. 489
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- ERRATUM.
- Page 327. Au Heu de: de 1828 à 1825, lisez: de 1828 à 1835.
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