Rapport général
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- Mai
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 4889 À PARIS
- RAPPORT GÉNÉRAL
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- Exemplaire offert
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- MINISTÈRE DE COMMERCE, DE L’INDESTRIE
- ET DES COLONIES
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1889
- A PARIS
- RAPPORT GÉNÉRAL
- PAR
- M. ALFRED PICARD
- INSPECTEUR GÉNÉRAL DES PONTS ET CHAUSSÉES, PRÉSIDENT DE SECTION AU CONSEIL D'ÉTAT
- TOME DEUXIÈME
- Travaux de l’Exposition universelle de 1889
- PARIS
- IMPRIMERIE NATIONALE
- M DCCC XCI
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- QUATRIÈME PARTIE
- TRAVAUX
- DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1889
- a.
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- QUATRIÈME PARTIE.
- TRAVAUX
- DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1889.
- CHAPITRE PREMIER.
- EMPLACEMENT DÉFINITIVEMENT ADOPTÉ.
- 4. Rappel des conclusions formulées le 40 mars 4885 par M. An-tonin Proust, au nom de la Commission d’études. — Dans un précédent chapitre(1), j’ai analysé les travaux et rappelé les principales conclusions de la Commission constituée par décret du. 8 novembre 18 8 4, pour l’étude préliminaire des dispositions d’ensemble de l’Exposition, ainsi que des voies et moyens propres à en assurer la réalisation.
- En ce qui concerne l’emplacement, le rapport présenté le îo mars 1885 par M. Antonin Proust, député, président de la Commission, concluait au choix du Champ de Mars et du Trocadéro, avec adjonction : i° du quai d’Orsay, entre l’avenue de La Bourdonnais et la rue de Constantine; 2° de l’esplanade des Invalides; 3° du Palais de l’Industrie et de ses abords.
- Un pont doublant celui des Invalides devait relier l’Esplanade et le Palais de l’Industrie.
- Les surfaces affectées à l’Exposition devaient dès lors être les suivantes :
- (1) Tome Ier, p. 3oh.
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- EXPOSITION DE 1889.
- 1 RIVE GAUCHE DE LA SEINE.
- mètres carrés.
- ' Champ de Mars proprement dit.. 463,2oo
- Champ de Mars. J Partie correspondante du quai. . 1 Bas-port de la Seine en face de 1 cette partie du quai / Quai d’Orsay entre le Champ de 1 Mars et l’esplanade des Inva- 15,ooo i5,64o j > 493,84o m. q.
- Quai d’Orsay.. . / lides 1 Parties de la berge occupées en \ face de cette partie du quai.. . [Esplanade, y compris la partie 56,5oo 11,060 67,560
- Esplanade J correspondante du quai 108,5oo j
- des Invalides. j Partie de la berge en face de l’Es-( planade 5,520 ] > 1 l4,020
- Total 2° RIVE DROITE DE LA SEINE. ( Terrains du Trocadéro 145,800 ] 675,420 675,420m.q,
- Trocadéro j Berge basse de la Seine en face ( du Trocadéro 4,ooo ] 149,800
- Champs-Elysées et Palais de l’Industrie i33,352 (l)
- Total . 283,102 283,102
- Total général
- 958,572
- Voici, à titre de rapprochement, quelles avaient été les superficies affectées aux expositions de 1867 et de 1878 :
- a
- . Exposition de 186j. mètres carrés.
- | Palais l65,8l6
- Champ de Mars. < T ,. j Jardins • 245,174 48,35o 459,34o m. q,
- \ Berge 8,395
- île de Billancourt
- Total
- 467,735 467,735 m.q.
- ....... 220,100
- Total général
- 687,835
- (1) On n’a compté pour les Champs-Elysées que la surface réellement occupée; en conséquence on a laissé de côté toute la chaussée du quai le long de la Seine et les massifs comprenant les pavillons de l’Horloge et Ledoyen.
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- EMPLACEMENT DÉFINITIVEMENT ADOPTÉ.
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- b. Exposition de 18y 8.
- Champ de Mars.
- 1 RIVE GAUCHE DE LA SEINE.
- mètres carrés.
- ’ Champ de Mars proprement dit.. 463,025 Partie correspondante du quai.. . i5,i 75
- 495,255 m. q.
- Berge basse de la Seine en face
- de cette partie du quai...... 17,o55 ]
- Quai d’Orsay entre l’avenue de La Bourdonnais et le pont de
- Quai d’Orsay... l’Alma......................... 23,985 |
- Berge basse en face de cette partie > 28,705
- du quai..................... 4,720 J
- Esplanade des Invalides.— Partie occupée par les expositions
- d’animaux vivants.......... .......... . .............. 66,23o
- Total..................... 590,190 590,190 m. q.
- 2° RIVE DROITE DE LA SEINE.
- I Terrains du Trocadéro......... 138,85o
- Partie correspondante du quai.. 11,020
- Berge basse de la Seine en face
- de cette partie du quai..... 930
- Terrain en bordure du quai de Billy, occupé par l’exposition du musée anthropologique.................................
- Total.......................
- i5o,8oo
- 4,545 155,345
- Total général
- 155,345 745,535
- Ainsi la majoration de surface devait atteindre 4o p. 100 environ, par rapport à l’Exposition de 1867 (en comptant pour cette Exposition l’île de Billancourt), et près de 3o p. 100, par rapport à l’Exposition de 1878.
- 2. Adoption presque complète des conclusions formulées par la Commission d’études. — Le Ministre du commerce et de l’industrie, commissaire general, a presque complètement adopte l’avis de la Commission d’études, au sujet de l’emplacement à assigner à l’Exposition universelle de 1889.
- Ce programme a pour ainsi dire été suivi de point en point, si ce n’est dans la partie relative à l’occupation partielle des Champs-Elysées et à leur jonction' avec l’esplanade des Invalides par un pont spécial.
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- EXPOSITION DE 1889.
- Le Palais de l’Industrie et ses abords ont été exclusivement réservés aux fêtes et aux concours temporaires. On a renoncé à établir pardessus la Seine un ouvrage reliant les Champs-Elysées à l’esplanade des Invalides. Cet ouvrage devenait inutile; d’ailleurs, pour ne pas gêner la circulation sur le quai de la Conférence, il aurait dû être placé à un niveau très élevé et eût coupé, d’une manière fâcheuse, la belle perspective des coteaux de Meudon.
- 3. Conditions mises par l’autorité militaire à l’occupation temporaire du Champ de Mars. — L’autorité militaire consentit à se dessaisir temporairement du Champ de Mars, sous la condition qu’un autre champ de manœuvres lui serait livré pour les exercices de la cavalerie. Elle porta du reste son choix sur le champ d’entraînement de Bagatelle, mais en demandant que le Ministère du commerce prît à sa charge les installations nécessaires.
- La ville de Paris se prêta, de son côté, à cette combinaison, sous la réserve que l’Etat lui payerait une indemnité de 8,ooo francs par semestre, pour les dégradations résultant du passage des troupes sur les voies du bois de Boulogne, et supporterait, en fin d’occupation, les frais de remise en état du champ d’entraînement.
- L’accord s’établit sur ces bases.
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- DISPOSITIONS GÉNÉRALES.
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- CHAPITRE IL
- CONCOURS OUVERT POUR LES DISPOSITIONS GÉNÉRALES DE L’EXPOSITION. - PLAN DÉFINITIF.
- 1. Concours ouvert pour les dispositions générales de l’Exposition. —: Par un arrêté rendu à la date du ier mai 1886, M. Loc-kroy, alors Ministre du commerce et de l’industrie, ouvrit, au sujet des dispositions générales de l’Exposition, un concours et ayant pour objet de provoquer la manifestation d’idées d’ensemble, d’en faciliter la comparaison et d’en dégager le meilleur parti à adopter».
- Tous les ingénieurs et architectes français étaient admis à prendre part à ce concours.
- Aux termes du programme publié par le Journal officiel du 2 mai 1886, l’Exposition pouvait englober le Palais de l’Industrie et les jardins avoisinants, l’esplanade des Invalides, le Champ de Mars et son square, les quais et les berges de rive gauche de la Seine entre l’Esplanade et le Champ de Mars. L’Esplanade et les jardins des Champs-Elysées devaient être réunis, soit par la construction d’un pont provisoire, soit par tout autre moyen. Les données, au point de vue de l’emplacement, étaient conformes à l’avis de la Commission d’études : l’administration n’avait encore renoncé, ni à faire déborder l’Exposition sur les Champs-Elysées, ni à doubler le pont des Invalides.
- La surface horizontale utilisable des bâtiments était fixée à 291,000 mètres carrés, y compris le premier étage du Palais de l’Industrie, compté pour 20,000 mètres; le rez-de-chaussée de ce palais avait été entièrement réservé aux fêtes, aux réceptions et à la distribution des récompenses.
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- EXPOSITION DE 1889.
- La superficie de 271,000 mètres carres se décomposait ainsi:
- Beaux-arts.......................... environ 32,000 mètres carrés.
- Agriculture.................................. 25,000
- Colonies.................................... . 6,000
- Machines........................................ 90,000
- Autres sections.............................. 118,000
- Total............................ 271,000
- Autour des bâtiments affectés à l’exposition des colonies devait être ménagé un espace libre et découvert d’environ 70,000 mètres, pour l’installation de kiosques, tentes, pavillons particuliers, etc.
- Toute latitude était laissée aux concurrents pour l’emplacement à assigner à chacune des parties de l’Exposition; mais, en aucun cas, il ne pouvait être prévu de construction sur le jardin public du Champ de Mars.
- Les constructions principales devaient être entièrement en fer, avec remplissage en briques, maçonnerie, staff, etc.
- Les concurrents étaient invités à étudier l’établissement, sur le Champ de Mars, d’une tour en fer à base carrée de 1 25 mètres de côté au niveau du sol et de 300 mètres de hauteur.
- Les projets devaient être déposés le 18 mai, exposés du 19 au 22 mai, et soumis aussitôt après au jugement d’une Commission présidée par le Ministre.
- L’arrêté autorisait l’attribution de douze primes, dont trois de A,ooo francs, trois de 2,000 francs et six de 1,000 francs, aux auteurs des projets qui seraient considérés comme les plus satisfaisants au point de vue de l’aspect décoratif et des dispositions générales. Seuls, les titulaires de ces récompenses seraient admis à participer, s’il y avait lieu, à un concours ultérieur.
- II était expressément stipulé que le Ministre aurait le droit de disposer à son gré des projets primés.
- Malgré l’extrême brièveté du temps dont disposaient les concurrents, le nombre des projets fut de plus de cent.
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- DISPOSITIONS GÉNÉRALES.
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- Constituée par arrêté du 2 1 mai 1886 sous la présidence du Ministre du commerce et de i’industrie et la vice-présidence du sous-secré-taire d’Etat des beaux-arts, la Commission se mit immédiatement à l’œuvre et termina ses opérations le 26 mai.
- Elle décerna les primes de 4,ooo francs à MM. Dutert, Eiffel et Sauvestre(1), Formigé(2); les primes de 2,000 francs à MM. Cassien Bernard et Nachon(1), de Perthes, Raulin; les primes de 1,000 francs à MM. Ballu, Fouquiau, Hochereau et Girault(1), Paulin, Pierron, Vaudoyer. Six mentions honorables furent en outre accordées à MM. Blondel, Claris et MorelGaston Hénard, Roux, Simil, Wal-wein et Bertsch-ProusC1).
- Le second concours, éventuellement prévu par l’arrêté ministériel du ier mai 1886, n’eut point lieu: les projets définitifs furent dressés sous la haute direction de M. Alphand.
- Je ne crois pas devoir étudier ici, même sommairement, les projets primés, qui ne constituaient d’ailleurs, pour la plupart, que des esquisses et des ébauches.
- Celte étude pourra trouver place, s’il y a lieu, dans la monographie que la Direction générale des travaux se propose de publier.
- L’intérêt qu’elle présenterait disparaît en grande partie devant la coopération si active apportée à l’œuvre définitive de l’Exposition par les titulaires des primes de 4,000 francs, MM. Dutert, Eiffel et For-migé, le premier comme architecte de la galerie des machines, le second comme constructeur de la Tour de 3oo mètres, le troisième comme architecte du Palais des beaux-arts et du Palais des arts libéraux.
- 2. Aperçu sur les conditions essentielles à remplir et les principales difficultés à vaincre dans l’étude des dispositions d’ensemble. — Les dispositions d’ensemble de l’Exposition universelle de 1889
- (,) Cosignataires du projet.
- w Pour chaque catégorie de récompenses, les auteurs de projets étaient classés ex œquo, par ordre alphabétique.
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- EXPOSITION DE 1889.
- devaient satisfaire à des conditions multiples, et la tâche n’était point facile pour ceux à qui incombait le soin de les arrêter.
- Tout d’abord, il était impossible de reproduire, fût-ce avec des variantes plus ou moins importantes, les dispositions admises dans les expositions antérieures ; il fallait absolument donner à l’entreprise un cachet de nouveauté et d’inédit, sous peine de ne point éveiller la curiosité publique et de compromettre le succès.
- Il était indispensable d’attribuer à l’œuvre des proportions plus grandioses et de la rendre plus éclatante, non seulement pour obéir à la loi du progrès, mais aussi pour rendre l’Exposition digne de l’anniversaire mémorable que la France allait célébrer.
- Malgré tout son mérite, l’Exposition de 1878 avait été empreinte d’une sévérité peut-être excessive. L’opinion demandait aux organisateurs de l’Exposition de 1889 d’y introduire plus de gaieté, de la rendre plus athénienne, sans en dénaturer néanmoins le caractère, sans la transformer en kermesse, sans nuire même à l’ordonnance majestueuse que doivent toujours conserver les grandes assises du travail et que les circonstances commandaient impérieusement de respecter.
- Si l’étendue des espaces affectés à l’Exposition offrait des facilités et des avantages incontestables au point de vue du développement et de la variété des palais ou pavillons et des installations, si elle permettait de ne pas accumuler les exposants les uns sur les autres, de séparer nettement les groupes distincts, d’accorder aux différentes classes et aux divers pays des emplacements d’une ampleur suffisante, elle présentait en revanche un écueil qu’il importait d’éviter a tout prix. Je veux parler du danger d’une division exagérée, d’une dissémination fâcheuse, qui eussent enlevé à l’œuvre son unité, masqué les vues d’ensemble, rompu les grandes lignes de la conception, jeté le trouble et la confusion dans l’esprit des visiteurs, fait de l’Exposition un simple assemblage d’exhibitions sans lien philosophique, porté obstacle à l’édification de bâtiments d’un aspect monumental.
- La longueur des distances à parcourir exigeait que l’on créât pour
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- DISPOSITIONS GÉNÉRALES.
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- les voyageurs des moyens de transport rapide entre l’esplanade des Invalides et le Champ de Mars.
- Une autre difficulté, qui sans doute n’était pas insurmontable, mais qu’il convient néanmoins de signaler, était celle du maintien des principales communications entre le centre de Paris et les quartiers du Gros-Caillou et de Grenelle : l’Exposition devait en effet englober plusieurs voies importantes au travers de l’esplanade des Invalides et du Champ de Mars, occuper une longue section du quai d’Orsay sur la totalité ou sur une grande partie de sa largeur, et rencontrer dans son développement le boulevard de La Tour-Maubourg, ainsi que l’avenue Bosquet et l’avenue Rapp, à leur jonction près du pont de l’Alma.
- Notons enfin que, tout en utilisant au mieux les espaces consacrés à l’Exposition, afin de donner de larges et belles proportions aux palais, aux parcs et aux jardins, il était nécessaire de réserver certaines disponibilités pour l’imprévu, de compter avec les hésitations de la première heure et avec les adhésions tardives des pays étrangers, de prévoir l’établissement ultérieur de pavillons spéciaux à certaines nations ou à certains industriels, de garder la place nécessaire à ces constructions, de la choisir de telle sorte que l’effet produit n’eût pas à en souffrir et pût même en profiter.
- Grâce au sens artistique de M. Lockroy, qui a présidé à l’élaboration, comme Ministre, commissaire général, grâce aussi à l’expérience et au grand talent de M. Alphand et de ses principaux collaborateurs, toutes les conditions ont été remplies, toutes les difficultés vaincues.
- L’œuvre a été superbe, éclatante, féerique.
- 3. Dispositions générales adoptées. — 1. Distribution des espaces. — Le premier problème à résoudre était celui de la distribution des espaces entre les divers groupes.
- Il fut admis en principe que les groupes I (œuvres d’art),II (éducation et enseignement, matériel et procédés des arts libéraux), III (mobilier et accessoires), IV (tissus, vêtements et accessoires),
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- Y (industries extractives, produits bruts et ouvrés), VI (outillage et procédés des industries mécaniques), prendraient place au Champ de Mars. L’exposition centennale des beaux-arts et l’exposition rétrospective du travail et des sciences anthropologiques vinrent ensuite s’adjoindre aux six premiers groupes.
- Les jardins du Trocadéro étaient naturellement désignés pour l’horticulture (groupe IX) : leurs pelouses, leurs arbres, leurs belles avenues, tout les rendait particulièrement propres à cette destination. Quant au palais du Trocadéro, qui contenait déjà divers musées, tels que celui des monuments historiques, il reçut l’exposition rétrospective de l’art français.
- Le quai d’Orsay fut affecté aux produits alimentaires (groupe VII) et à l’agriculture (groupe VIII).
- Ce dernier groupe débordait sur l’esplanade des Invalides, à laquelle étaient attribuées, indépendamment du groupe IX (économie sociale), les expositions suivantes, qui exigeaient un emplacement spécial et qui n’avaient pu trouver place ailleurs : colonies françaises et pays de protectorat, type de village javanais, Ministère de la guerre, postes et télégraphes, hygiène et assistance publique, Société française de secours aux blessés.
- Envisagée dans son ensemble, cette répartition était conforme aux vues de la Commission d’études instituée en 188Û. Elle avait le mérite incontestable d’être claire, facile à comprendre, rationnelle, de grouper les parties de l’Exposition qu’il y aurait eu inconvénient à séparer, et de n’enlever au Champ de Mars, pour les placer sur les pentes du Trocadéro, sur le quai d’Orsay et sur l’esplanade des Invalides, que des sections bien distinctes, susceptibles d’être vues isolément.
- 2. Champ de Mars. — C’est principalement sur le Champ de Mars que se sont concentrés les efforts des constructeurs. Les grands palais devaient en effet y être massés; son étendue considérable permettait du reste aux ingénieurs et aux architectes de donner libre carrière à leur inspiration, de déployer toutes les ressources de leur goût, de
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- DISPOSITIONS GÉNÉRALES.
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- leur art et de leur talent, de réaliser des conceptions nouvelles et originales.
- Au premier plan, près de la Seine et vers le centre de l’ancien parc de 1878, se dressait la Tour de 3oo mètres de hauteur, fanal gigantesque, arc de triomphe colossal, constituant pour l’Exposition l’entrée la plus imposante que l’on pût imaginer et symbolisant en quelque sorte la puissance du génie industriel à la fin du xixe siècle.
- En arrière, se développait le massif des palais, dont le plan général affectait la forme d’un immense ü ou, comme on l’a dit souvent, d’un «arc de triomphe renversé??.
- Tout d’abord on voyait, à gauche, le Palais des beaux-arts, consacré à l’exposition décennale et à l’exposition centennale de la peinture, de la sculpture, de l’architecture et de la gravure; à droite, son frère jumeau, le Palais des arts libéraux, consacré au groupe II ainsi qu’à l’exposition rétrospective du travail et des sciences anthropologiques; entre les deux, un jardin anglais prolongeant le parc. Les deux Palais des arts, véritables chefs-d’œuvre de décoration dus à M. Formigé, s’élevaient parallèlement au grand axe du Champ de Mars, l’un près de l’avenue de La Bourdonnais, l’autre près de l’avenue de Suffren. Avec leur charpente métallique peinte en bleu, leurs revêtements en terres cuites, leurs élégantes coupoles de 56 mètres de hauteur et de 33 mètres de diamètre, émaillées de tons bleu turquoise et topaze, ils produisaient un effet magique sous les rayons du soleil. Le relief des terrasses sur lesquels ils étaient édifiés contribuait à en faire ressortir les belles lignes. Quant au jardin, il se terminait par un long bassin aux gerbes jaillissantes et par la fontaine monumentale de M. Coutan : c’est là que s’effectuaient les manœuvres d’éclairage électrique et de coloration de l’eau, qui ont été à si juste titre admirées par le public.
- Le Palais des beaux-arts et le Palais des arts libéraux se raccordaient à deux grandes galeries de 3o mètres de largeur, parallèles à la Seine, faisant face l’une au carrefour de l’avenue Rapp et de la rue Saint-Dominique, l’autre à la rue Desaix, et formant des
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- EXPOSITION DE 1889.
- vestibules majestueux. La galerie Rapp était occupée par la sculpture; la galerie Desaix l’était par une partie du groupe II.
- Au delà de ces galeries, le visiteur rencontrait le Palais des industries diverses, consacré aux groupes III, IV et V, et à la classe de la carrosserie qui avait été détachée du groupe VI.
- Le Palais des industries diverses, établi sur les plans de M. Bouvard, comprenait : i° deux ailes prolongeant en quelque sorte les Palais des arts et séparées par un jardin haut; 20 un corps principal occupant le Champ de Mars sur presque toute sa largeur.
- Chacune des ailes se composait de trois galeries de 2 5 mètres et de deux galeries extérieures de i5 mètres, perpendiculaires à la Seine.
- Le corps principal était formé de sept galeries de 2 5 mètres parallèles à la Seine; d’une galerie de pourtour de 15 mètres vers la Seine, vers l’avenue de Suffren et vers l’avenue de La Bourdonnais; enfin d’une vaste galerie de 3o mètres suivant l’axe du Champ de Mars.
- A l’origine de la galerie de 3o mètres, sur le jardin haut, était élevé un dôme avec pavillons adossés, qui faisait face au Trocadéro et constituait un puissant motif de décoration. Quatre grands pavillons de raccordement rattachaient les ailes au corps principal.
- Le dôme central avait 65 mètres de hauteur; il présentait une pureté de lignes remarquable. L’effet en était des plus heureux, non seulement le jour, mais encore le soir, lorsqu’il était éclairé -extérieurement par des guirlandes lumineuses, tout en laissant filtrer et tamiser la lumière intérieure. Au sommet, on avait placé une statue colossale, sla France distribuant des palmes et des lauriers».
- La grande rotonde recouverte par la coupole et continuée par la galerie de 3o mètres éveillait une indicible impression de grandeur.
- Toute la carcasse du Palais des industries diverses, comme celle des Palais des arts, était en métal.
- Un jardin d’isolement de 3o mètres de largeur avait été d’abord ménagé en arrière du Palais des industries diverses.
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- VUE D'ENSEMBLE DES PALAIS DU CHAMP DE MARS
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- Mais ce jardin fut plus tard envahi par les constructions annexes et dut par suite être supprimé.
- Enfin on arrivait au palais le plus merveilleux, celui des machines, disposé parallèlement à l’Ecole militaire et affecté au groupe VI.
- Il était formé d’une immense nef de 42o mètres de longueur et 11 5 mètres de largeur, avec bas-côtés de 15 mètres à étage. Sa hauteur au faîtage atteignait 45 mètres.
- Des fermes ogivales en fer franchissaient d’un seul jet, sans appui intermédiaire et sans tirant, toute l’ouverture de la nef. Jamais encore pareil tour de force n’avait été réalisé, même en Angleterre et aux Etats-Unis d’Amérique, où cependant les ingénieurs et les constructeurs ont une réputation légitimement méritée de hardiesse et d’audace.
- Tous les visiteurs s’extasiaient devant ce vaisseau aux dimensions prodigieuses, devant ce monument élevé à la science, à l’art et à la métallurgie.
- Je ne saurais rendre trop hautement hommage à M. l’architecte Dutert, qui a conçu le Palais des machines, en a rédigé les projets de détail et en a dirigé l’exécution. Une part du succès doit être aussi attribuée à M. Contamin, ingénieur en chef du contrôle des constructions métalliques, dont les savants et laborieux calculs ont apporté un concours précieux à cette œuvre gigantesque et sans précédent.
- Tel était l’ensemble des palais du Champ de Mars.
- Vus des pentes du Trocadéro, ils présentaient une animation de formes, un chatoiement de couleurs, une variété de perspectives, un cachet de grandeur et d’élégance, dont l’effet était tout à fait saisissant.
- Le spectateur qui se plaçait sur le balcon du dôme central jouissait également d’un spectacle magnifique. U voyait se dérouler devant lui les ailes du Palais des industries diverses, les Palais des arts, les
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- EXPOSITION DE 1889.
- jardins, le parc, la tour Eiffel, et, entre les jambes de ce géant, le Palais du Trocadéro.
- L’œuvre était digne de la France et de ses hôtes étrangers, digne aussi des architectes et des ingénieurs qui l’avaient exécutée. Elle portait à son apogée le vieux renom de l’illustre directeur général des travaux.
- Après ce coup d’œil général, il ne reste à donner sur le Champ de Mars que quelques indications d’ordre relativement secondaire.
- Comme je l’ai indiqué chemin faisant, les objets et produits exposés étaient divisés en quatre séries : beaux-arts (groupe I), arts libéraux (groupe II), industries diverses (groupes III, IV et V), machines (groupe VI).
- Dans chacune de ces séries, les pays étrangers avaient en général des compartiments spéciaux. Il n’était guère apporté à cette règle que trois exceptions, savoir : i° pour le Palais des machines, où l’Angleterre, les Etats-Unis, la Belgique et la Suisse possédaient seuls des expositions dont l’importance justifiât l’attribution d’emplacements distincts; 2° pour la section du matériel des chemins de fer, qui, eu égard aux nécessités de ses installations, ne pouvait être divisée et devait par suite avoir un caractère international; 3° pour certaines nations, qui avaient élevé des pavillons spéciaux et groupé dans ces pavillons la totalité ou la presque totalité de leurs produits, afin de mettre mieux en évidence leur physionomie particulière.
- Il avait fallu abandonner le groupement de 1867 et celui de 1878, avec leur méthode poussée à ses extrêmes limites.
- La répartition y avait perdu au point de vue des appréciations d’ensemble sur les différents pays. Cependant elle était encore claire et raisonnée, et présentait l’immense avantage d’offrir plus de souplesse et d’élasticité pour les constructions.
- Un grand nombre d’édifices annexes étaient venus successivement se placer autour des palais.
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- En voici l’énumération sommaire :
- i° Sur la berge de la Seine, en allant de l’amont à l’aval :
- Le panorama de la Compagnie transatlantique;
- L’exposition du matériel de navigation et de sauvetage, où le visiteur trouvait des modèles de navires,des intérieurs de paquebots, des pièces d’artillerie de marine, des bateaux- et appareils de sauvetage, etc., et près de laquelle étaient réunis, dans un petit port de refuge, des yachts, canots à vapeur et autres embarcations;
- L’exposition de l’industrie du pétrole, où était installé un panorama représentant les principaux gisements pétrolifères d’Amérique et de Russie, et qui montrait les industries de l’éclairage, du chauffage et de la force motrice par les huiles et essences minérales;
- Une annexe de la classe des machines, comprenant notamment des pompes et des moteurs ;
- La station de la société FEclairage électrique;
- 2° Sur le quai de la Seine :
- L’histoire de l’habitation par M. Garnier, à laquelle nous ne nous arrêterons pas, parce que nous y reviendrons plus tard;
- 3° Dans le parc :
- A droite de la tour Eiffel, les pavillons des compagnies de Suez et de Panama, de la République Argentine, du Brésil, du Mexique, du Vénézuela, de la Bolivie, de l’Equateur, du Chili; le théâlre de la Grande-Bretagne; le pavillon de la mer; le Palais des enfants, qui devait d’abord contenir tous les spécimens de jouets et représenter les divertissements les plus variés, mais que l’on transforma en théâtre; etc.;
- A gauche de la Tour, le pavillon des manufactures de l’Etat; celui de l’exposition Eiffel, dont la coupole était un fac-similé de la grande coupole de l’observatoire de Nice; le pavillon du Gaz, où Ton pouvait suivre les transformations et l’état actuel de l’éclairage et du chauffage; celui de la Société générale des téléphones, dans les salons duquel on se pressait chaque soir pour les auditions des théâtres et dont l’étage supérieur montrait les appareils les plus perfectionnés; le pavillon finlandais; les chalets suédois et norvégien; les pavillons céramiques de MM. Brault et Perrusson; la taillerie de diamants de MM. Boas frères; le théâtre des Folies-Parisiennes, entièrement construit en acier par M. de Schryver et destiné à être plus tard envoyé dans l’Amérique du Sud, pour y servir de bibliothèque; l’isba russe; le pavillon Toché pour une exposition de fresques; le pavillon des tabacs turcs; etc. ;
- II. 2
- Ulr ni sitr.lt KAtiuSALE.
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- 4° Sur la partie antérieure du terre-plein, en avant du Palais des arts libéraux :
- Les pavillons de Nicaragua, rlu Lota (annexe du Chili) et du Salvador;
- 5° Sur la partie antérieure du terre-plein, en avant du Palais des beaux-arts :
- Le pavillon de Monaco, avec la belle exposition scientifique du prince Albert; Celui des pastellistes;
- 6° Le long de l’avenue de Suffren :
- Le dôme Villard et Cotard, renfermant un globe terrestre au millionième, dont la circonférence était de ho mètres et le diamètre de i 2 m. y5, et sur lequel on voyait toutes les voies de communication terrestres et maritimes;
- Les pavillons de l’Uruguay, de la République Dominicaine, du Paraguay, de Guatémala, d’Hawaï, des Indes anglaises, de la Chine;
- Le restaurant roumain ;
- Le pavillon de Siam;
- Le groupe égyptien de la rue du Caire, qui a eu tant de vogue et de succès;
- 7° Le long de l’avenue de La Bourdonnais :
- Le pavillon des aquarellistes, voisin de celui des pastellistes;
- Le pavillon de la presse, avec bureau des postes et télégraphes;
- La station d’électricité de la Compagnie continentale Edison;
- Le bâtiment des forges du Nord;
- Le pavillon Dillemont (fils de coton, dessins, broderies);
- Les écuries de MM. Milinaire frères;
- Le bâtiment des charbonnages de Mariemont et de Bascoup ;
- Le pavillon du Commissariat belge et de l’exposition Solvay;
- Celui de la colonie du Cap et des mines de diamant de Kimberley;
- Une annexe de la classe des appareils de chauffage et d’éclairage;
- Les bâtiments des fonderies et forges de l’Horme et des anciens établissements Cad; Ceux de l’Union céramique chaufournière et des tuileries de Montchanin;
- Le pavillon des forges de Saint-Denis;
- Celui de la Compagnie générale des asphaltes;
- Le bâtiment de MM. Goldenberg et C10 (produits métallurgiques);
- 8° Dans le jardin haut, entre les ailes du Palais des industries diverses :
- Les deux grands pavillons de la ville de Paris;
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- DISPOSITIONS GÉNÉRALES.
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- 90 Entre le Palais des industries diverses et le Palais des machines :
- Un immense abri occupant la moitié de la largeur du Champ de Mars, pour le matériel roulant des chemins de fer;
- Les stations de la Société de la transmission de force par l’électricité, du Syndicat des électriciens, de la Société Gramme;
- io° En arrière du Palais des machines, contre F avenue de La Motte-Picquet :
- De nombreux abris pour les générateurs qui devaient fournir la force motrice à l’Exposition;
- Les ateliers Ducommun (machines-outils, machines pour l’impression en couleur, station d’éclairage ) ; etc.
- Dans rémunération qui précède, je n’ai pas mentionné les restaurants , cafés ou brasseries.
- Plusieurs établissements de ce genre étaient disséminés dans le parc et sur divers autres points du Champ de Mars; de coquets pavillons avaient été établis pour les recevoir. Un grand nombre étaient installés au pourtour des palais. 11 y en avait de tous les pays, pour tous les goûts, et aussi pour toutes les bourses, plus cependant pour les bourses bien garnies que pour celles qui ne l’étaient pas : aussi voyait-on, à certains jours d’affluence, des milliers de visiteurs faire de véritables repas champêtres sous les promenoirs couverts, dans les allées du parc et des jardins, souvent même sur les pelouses dont il devenait impossible d’empêcher l’invasion.
- 3. Trocadéro. — Du Trocadéro j’ai peu de chose à dire.
- Le Palais était resté tel que l’avait légué l’Exposition de 1878 : c’est dans ses galeries que se trouvait l’exposition rétrospective des objets d’art français.
- Les jardins avaient été habilement aménagés pour le groupe de l’horticulture. Fleurs, fruits, arbres, tout y était disposé avec art et formait un ensemble d’une fraîcheur ravissante.
- Le matériel de l’horticulture y était largement représenté.
- L’administration municipale avait organisé une culture à l’eau
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- d’égout., comme celle de la presqu’île de Gennevilliers : on voyait l’eau féconder le sol et sortir avec une limpidité merveilleuse.
- A la partie inférieure du Trocadéro était la section d’aviculture.
- Çà et là, au milieu du jardin, le visiteur rencontrait divers pavillons, notamment: i° celui du Ministère des travaux publics, qui était d’un bel effet et dont le phare se profilait sur le ciel à 38 mètres de hauteur au-dessus du sol; 2° l’élégant chalet de l’Administration des forêts, construit avec des bois en grume d’essences variées provenant des forêts de l’Etat; 3° le pavillon du Gouvernement de Victoria.
- 4. Quai d’Orsay. — Le quai d’Orsay a une longueur de 1,200 mètres environ entre le Champ de Mars et l’esplanade des Invalides.
- Il était affecté aux produits alimentaires (groupe VII) et à l’agriculture (groupe VIII), y compris le matériel agricole détaché du groupe VI.
- Deux longues séries de galeries légères à charpente métallique s’y développaient parallèlement l’une à l’autre et couvraient une superficie de 26,000 mètres carrés.
- La section française occupait la partie comprise entre le Champ de Mars et la rue Malar; au delà se succédaient diverses sections étrangères.
- Vers le milieu de la distance du Champ de Mars à la place de l’Alma, les galeries étaient coupées par le très beau palais des produits alimentaires, construction à deux étages, élevée aux frais des exposants et sur laquelle je donnerai plus tard quelques détails.
- A côté de ce palais, on voyait l’intéressant pavillon du Portugal, avec ses vignes, ses vins, ses fruits, ses bois; etc. En face, la czarda hongroise attirait une nombreuse clientèle.
- Plus loin, près des rues Malar et Jean-Nicot, les galeries étaient de nouveau interrompues par diverses constructions au nombre desquelles il convient de citer le Palais très réussi de l’Espagne et le pavillon des colonies espagnoles.
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- VUE DE LA SEINE ET DE SES RIVES . Prise en amont du Pavillon du Portugal
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- Notons encore, un peu en deçà du boulevard de La Tour-Mau-bcurg, quelques édicules de la Belgique, de l’Aiitriehe-Hongrie, du Luxembourg et des Pays-Bas.
- Sur la berge, non loin du Champ de Mars, on visitait avec intérêt les bâtiments de l’ostréiculture et de la pisciculture, avec leurs parcs d’huîtres, leur exposition des procédés d’élevage, leurs aquariums à parois transparentes où des saumons, des truites et autres poissons prenaient leurs ébats sans souci des curieux qui les regardaient.
- Quelques pas encore et l’on pénétrait dans le bâtiment des chambres de commerce maritime, pour y admirer de remarquables plans en relief de nos principaux ports.
- 5. Esplanade des Invalides. — En remontant, de la Seine vers la rue de Grenelle, l’allée centrale de l’esplanade des Invalides, on avait à sa droite :
- Le pavillon du Ministère des postes et télégraphes;
- Le groupe du Ministère de la guerre, comprenant entre autres constructions un grand palais central (où étaient réunies l’exposition contemporaine et l’exposition rétrospective), le pavillon si intéressant de l’aérostation et celui des poudres et salpêtres;
- Le pavillon Geneste et Herscher, affecté aux applications du génie sanitaire (ventilation, chauffage, assainissement, désinfection);
- Ceux de l’Association des dames françaises et de l’Union des femmes de France;
- Le Palais de l’hygiène, spécialement affecté à l’hygiène de l’habitation;
- Le bâtiment de l’Assistance publique, abritant une exposition du matériel et des appareils employés dans les hôpitaux, asiles et autres établissements analogues ;
- Le pavillon des eaux minérales;
- Le groupe de l’économie sociale, avec son cercle ouvrier, ses types de maisons economiques, son restaurant populaire; etc.;
- Lexposition de la Société française de secours aux blessés, avec son train sanitaire ;
- En arrière et près de la rue Fabert, des annexes du groupe de l’agriculture.
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- A gauche de l’avenue centrale était l’exposition coloniale, si pittoresque, si attrayante, si instructive.
- Tout d’abord on admirait le Palais de l’Algérie et ses dépendances : maison kabyle, tentes, installation pour le forage des puits artésiens, café maure; etc. Ensuite le visiteur rencontrait le Palais tunisien et ses annexes : pavillon forestier, bazar, café-concert; etc.
- Puis se présentaient successivement :
- Le groupe de l’Annam-Tonkin, composé d’un grand pavillon, de la pagode des Dieux, d’un théâtre, d’un restaurant annamite et d’un village tonkinois;
- Le Palais central des colonies, avec le kiosque de la presse coloniale;
- Le pavillon de la Cochinchine;
- Le pavillon du Cambodge, inspiré de la pagode d’Angkor;
- Le bâtiment de Madagascar ;
- Le village sénégalais, avec sa fortification, sa tour et ses cases;
- L’exposition du Congo;
- Le village loango ;
- Les cases tahitiennes;
- Le village pahouin;
- La factorerie du Gabon;
- La case de colon de la Nouvelle-Calédonie et le village canaque;
- Les pavillons et la case pénitentiaire de la Guyane;
- Le bâtiment de la Guadeloupe;
- Une serre garnie de plantes exotiques; etc.
- Cette exposition coloniale constituait tout un monde; on y voyait les spécimens d’architecture les plus divers, les races les plus différentes, les produits naturels ou ouvrés les plus hétérogènes. Elle a été organisée avec beaucoup de talent et a obtenu un très grand et très légitime succès.
- A l’extrémité de l’esplanade des Invalides, dans l’angle formé par la rue de Constantine et la rue de Grenelle, se trouvait le village javanais, dont les habiles danseuses ont fait apprécier de tous leur originalité chorégraphique.
- Près de la sortie sur la rue de Grenelle, était édifié le panorama du Tout-Paris par M. Castellani.
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- ESPLANADE DES INVALIDES _VUE D'ENSEMBLE.
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- Contre la rue de Constantine, M. Barre, ancien collaborateur de Girard, a reconstitué le chemin de fer glissant de la Jonchères, avec quelques perfectionnements.
- Je dois encore mentionner, sur l’Esplanade, des annexes de la classe 63 (matériel d’entreprise), le pavillon de la République Sud-Africaine, l’établissement de balnéothérapie contigu à la Seine.
- L’exposition de l’Esplanade était formée d’éléments très variés; elle ne produisait pas l’impression d’ordre et de symétrie que le visiteur éprouvait au Champ de Mars et sur le quai d’Orsay.
- Néanmoins elle était fort belle et fort intéressante.
- 6. Maintien de quelques communications importantes al travers de l’Exposition. — Ainsi que je l’ai précédemment indiqué, l’enceinte de l’Exposition englobait un certain nombre de voies importantes sur lesquelles il était indispensable de maintenir la circulation : la tranchée du quai d’Orsay, au droit du Champ de Mars; le quai de Billy, au pied du Trocadéro; le carrefour des avenues Bosquet et Rapp, près du pont de l’Alma; le boulevard de La Tour-Maubourg.
- L’administration a pris le parti de sectionner l’enceinte et de réunir les diverses sections par des passerelles jetées sur ces voies de communication.
- Malgré toutes les mesures prises par la Direction générale, il s’est produit, les jours de grande affluence, quelques encombrements dans les défilés qu’avaient ainsi à franchir les visiteurs pour passer de l’esplanade des Invalides au Champ de Mars ou réciproquement.
- 7. Chemin de fer des visiteurs. — La distance entre l’entrée de l’esplanade des Invalides et l’extrémité du Champ de Mars, en suivant le quai d’Orsay et en longeant l’avenue de Sulfren, était de près de 3 kilomètres.
- Il importait de mettre à la disposition des visiteurs le moyen de franchir rapidement cette distance.
- A cet effet, l’administration a fait établir un chemin de fer à voie
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- de o m. 60, du système Decauville, ayant son origine près du Ministère des affaires étrangères et son terminus près du Palais des machines, et pourvu de trois stations intermédiaires : la première près du Palais espagnol, la seconde près du Palais des produits alimentaires, la troisième devant la tour Eiffel.
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- CHAPITRE III.
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- 1. Clôture de l’enceinte de l’Exposition. — Les terrains affectés à l’Exposition devaient être livrés à la Direction générale clés travaux au fur et à mesure que l’avancement des opérations rendrait cette remise nécessaire. C’est ainsi que le Champ de Mars fut occupé dès le mois de septembre 1886.
- Aussitôt après avoir pris possession des terrains, les ingénieurs devaient les clore, tant pour assurer l’ordre sur les chantiers que pour éviter les accidents.
- Comme en 1878, le système adopté fut celui des palissades en planches.
- Les planches avaient 2 m. 65 de hauteur, o m. 21 de largeur et 0 m. 02 5 d’épaisseur. Elles étaient clouées à 0 m. o5 de distance les unes des autres, sur trois lisses que maintenaient des poteaux placés à 2 m. 10 d’intervalle et solidement fixés dans le sol par des semelles et des contre-fiches.
- A toutes les entrées de l’Exposition, les palissades étaient remplacées par des clôtures en fer et des grilles légères, d’un modèle élégant : cette substitution s’imposait, non seulement par des raisons de convenance décorative, mais aussi par la nécessité de ne pas masquer certaines perspectives, notamment sur les deux rives de la Seine au droit du pont d’Iéna.
- Le développement linéaire des clôtures n’était pas de moins de 6,400 mètres.
- La dépense totale s’est élevée à 126,000 francs en nombre rond, savoir : 102,000 francs pour les palissades en bois et 2^,000 francs pour les grilles en fer. Le prix moyen, y compris tous les travaux
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- accessoires, est ressorti à 17 fr. 92 par mètre courant pour les clôtures en planches, à sBfr. 66 pour les autres clôtures ordinaires en fer et à 100 francs environ pour la grille artistique de la porte Rapp.
- 2. Travaux de sondage dans le Champ de Mars. — H importait de connaître avec pre'cision la nature du sous-sol du Champ de Mars, sur lequel devaient être édifiées les constructions les plus importantes et qui avait été d’ailleurs remanié et fouillé lors des expositions antérieures.
- Après une première expérience sur la résistance du terrain supérieur à l’écrasement, l’administration entreprit des sondages généraux, puis une étude spéciale de la zone destinée à recevoir le Palais des machines.
- Pour les recherches générales, elle creusa 5o puits de 1 m. 20 de diamètre situés en général vers la retombée des constructions métalliques et s’enfonçant au minimum a 6 mètres, au maximum à 9 mètres et en moyenne à 8 mètres : 18 à l’emplacement du Palais des beaux-arts, 10 à l’emplacement du Palais des arts libéraux, 2 à l’aile droite des galeries des industries diverses (près de l’entrée Desaix), 2 à l’aile opposée (près de l’entrée Rapp), i3 à l’emplacement du Palais des machines (6 du côté du jardin d’isolement, k du côté de l’Ecole militaire et 3 dans l’axe longitudinal des palais), etc. Ces puits ayant atteint le sable ou le gravier a une cote à peu près constante et à une profondeur moyenne de 7 m. 90, après avoir traversé une épaisse couche de remblais, des forages furent exécutés au fond de 9 d’entre eux : ils accusèrent pour la couche sableuse une puissance de 7 mètres et rencontrèrent ensuite l’argile plastique grise du bassin de Paris.
- Les résultats des sondages généraux pratiqués par l’administration furent confirmés plus tard par d’autres travaux de recherche, en vue de la construction de la Tour. Ainsi, à un point de vue d’ensemble, la question des fondations était résolue : c’est sur la couche de sable et de gravier que devaient être assis les bâtiments.
- Mais une étude plus complète était indispensable pour le Palais
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- des machines, eu égard à Couverture inusitée des fermes de ce palais, à leur poids, à leur poussée, et en outre aux bouleversements que le Champ de Mars avait subis en 1878, près de l’Ecole militaire.
- L’administration creusa, à l’emplacement des points d’appui des fermes, 17 puits supplémentaires, ouvrit une tranchée entre 2 de ces puits qui avaient fourni des données complètement divergentes et pratiqua des forages profonds, dont l’un descendit à 35 mètres, c’est-à-dire jusqu’à la cote (1.08) au-dessus du niveau de la mer. Les couches successivement rencontrées furent les suivantes : i° remblai sans consistance, sur une épaisseur extrêmement variable; 20 sables et graviers calcaires et siliceux (époque quaternaire), sur 7 mètres à om. 5o; 3° argile plastique sur 7 m. 5o, sablequartzeuxsur 1 m. 5o, argiles grises et panachées sur 8 m. 5o, marne blanche et argileuse sur 19m. ko (époque tertiaire); 4° craie blanche (époque secondaire).
- D’après ces sondages, la situation des terrains supérieurs était plus mauvaise encore qu’on ne l’avait supposé. Une véritable carrière de 60 mètres de largeur sur 200 mètres environ de longueur avait été établie en 1878 le long de l’Ecole militaire et l’extraction avait été souvent poussée jusqu’à la glaise. On trouvait d’ailleurs, pour ainsi dire à chaque pas, des débris de fondations remontant aux expositions antérieures, des égouts abandonnés, et même les vestiges des fossés qui entouraient jadis le Champ de Mars.
- Il fallut par suite, pour plusieurs retombées de fermes, renoncer à la fondation sur la première couche de sable et gravier et battre des pilots jusqu’à la couche de sable quartzeux intercalée dans les argiles.
- Les travaux d’exploration dont je viens de rappeler brièvement l’importance et les principaux résultats n’ont coûté que i4,6oo francs(1) environ.
- 3. Travaux de nivellement dans le Champ de Mars. — Le Champ
- ( ) Tous les chiffres de dépenses relatifs aux travaux exécutés sous la haute direction de M. Al-phand rn ont été fournis par l’administration.
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- de Mars était loin cle présenter une surface horizontale ou même une surface plane régulièrement inclinée. Il offrait au contraire, dans ses diverses parties, des irrégularités et des inégalités de niveau, résultant, d’une part, des remaniements qu’il avait subis en 1867 et 1878, et à la suite desquels il n’avait pas été complètement remis en son ancien état, d’autre part, des dispositions adoptées pour l’écoulement des eaux pluviales.
- D’après les levés de la Direction générale des travaux, six lignes de faîte, dont trois longitudinales et trois transversales, s’accusaient très nettement, la première suivant l’axe (de l’Ecole militaire vers la Seine), la seconde suivant l’avenue de La Bourdonnais, la troisième suivant l’avenue de Suffren, la quatrième parallèle à l’avenue de La Motte-Picquet et située à 10 mètres de la bordure de cette avenue, la cinquième suivant la voie transversale du Champ de Mars, la sixième suivant la terrasse du parc.
- Ces lignes de faîte, qui avaient elles-mêmes des points hauts et des points bas, divisaient le Champ de Mars en quatre secteurs, dont le thalweg aboutissait : i° pour le secteur est (angle des avenues La Motte-Picquet et La Bourdonnais), près du pavillon des travaux; â° pour le secteur sud, vers la rue Desaix; 8° pour le secteur nord, vers l’angle de la terrasse et de l’avenue de La Bourdonnais; 4° pour le secteur ouest, vers l’angle de la terrasse et de l’avenue de Suffren.
- Les lignes de faîte longitudinales avaient d’ailleurs leur pente générale dirigée de l’Ecole militaire vers la Seine : cette pente était surtout sensible le long des avenues de La Bourdonnais et de Suffren, où l’on constatait entre les deux extrémités des dénivellations de 4 mètres environ.
- La Direction générale des travaux ne pouvait maintenir tel quel le relief du Champ de Mars. Elle devait notamment constituer, au-dessus du niveau de l’ancien parc prolongé vers l’Ecole militaire, une grande plate-forme horizontale sur laquelle seraient élevés les palais.
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- La cote de cette plate-forme fut fixée à(35m.6o), de manière à équilibrer autant que possible les déblais et les remblais.
- Il fallut, par suite, décaper la zone voisine de l’Ecole militaire, faire un transport de terres vers le nord, et comme conséquence : i° établir un mur de soutènement contre l’avenue de La Motte-Picquet; 2° modifier le profil de l’avenue de La Bourdonnais, entre son extrémité sud et l’entrée du Palais des machines sur cette avenue.
- Les mouvements de terres furent exécutés, pour la plus large part, au moyen de wagonnets roulant sur des voies de o m. 5o, système Decauville.
- Le cube des déblais s’éleva à 190,000 mètres cubes; on eut à démolir 10,000 mètres cubes de vieille maçonnerie, généralement en béton, provenant des expositions antérieures, ainsi qu’une étendue considérable de chaussées empierrées; la surface à régler atteignit 4 16,000 mètres carrés.
- Toutes ces opérations donnèrent lieu aune dépense de 227,200 fr.
- 4. Établissement d’un réseau d’égouts dans le Champ de Mars. — Avant l’Exposition de 1889, l’assainissement du Champ de Mars était assuré par les égouts dont suit la nomenclature :
- i° Egout longeant l’avenue de La Motte-Picquet;
- 20 Deux branchements se détachant de cet égout et se réunissant en une galerie de 2 mètres de section, qui était établie dans le grand axe du Champ de Mars et qui, après un parcours de i5o mètres environ, tournait à gauche pour rejoindre l’égout de l’avenue de Suffren et se déverser ainsi dans la Seine en aval du pont d’Iéna;
- 3° Un branchement de 70 mètres environ de longueur, dirigé du sud-est vers la rue Desaix;
- A Un branchement symétrique vers la rue Saint-Dominique;
- 5 Un branchement de 110 mètres parallèle a la terrasse du parc et aboutissant a 1 égout de l’avenue de Suffren ;
- 6 Un branchement de 5o mètres, de même direction, mais plus rapproché de la terrasse;
- mm O
- /
- 8°
- Un branchement symétrique vers l’avenue de La Bourdonnais; Un égout traversant le parc dans toute sa largeur.
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- Ainsi, abstraction faite d’une bande de 10 mètres qui déversait ses eaux dans le caniveau de l’avenue de La Motte-Picquet, l’assainissement était opéré : pour le secteur est, par le branchement sud-est partant de l’Ecole militaire et par le branchement de la rue Saint-Dominique; pour le secteur sud, par le branchement sud-ouest venu de l’Ecole militaire et par le branchement de la rue Desaix; pour les deux secteurs nord et ouest, par les branchements voisins du parc; enfin, pour le parc, par l’égout transversal.
- Ce réseau, utilisé en 1867 et en 1878, était depuis longtemps jugé insuffisant et devait être complété.
- Un égout, type fut construit au travers du Champ de Mars
- entre le Palais des machines et le Palais des industries diverses.
- De cette première ligne se détachaient deux autres égouts, inclinés sur elle à 45 degrés environ, symétriques par rapport au grand axe du Champ de Mars et desservant les galeries parallèles à la Seine du Palais des industries diverses.
- Ces deux branchements, type étaient réunis, près du dôme central, par une galerie, type parallèle à l’avenue de La Motte-Picquet.
- Du milieu de cette galerie de jonction partait l’égout principal des jardins (type dans le jardin haut et dans le jardin bas), qui suivait de très près l’axe du Champ de Mars et débouchait dans l’égout transversal du parc, type en aval de la fontaine placée sous la Tour.
- Deux autres égouts, type se détachant de ceux des galeries des industries diverses, couraient parallèlement aux avenues de La Bourdonnais et de Suffren, le long des façades longitudinales des palais sur les jardins, et, arrivés aux extrémités nord des terrasses, se retournaient à angle droit pour aboutir à l’égout principal des jardins.
- Différents tronçons de l’ancien réseau complétaient le système.
- (l) Avec banquette pour recevoir une conduite d’eau de 0 m. 60 de diamètre.
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- Dès lors l’écoulement des eaux avait lieu :
- i° Pour le Palais des machines et les constructions voisines, par l’égout de l’avenue de La Motte-Picquet, l’égout transversal près du Palais des industries diverses, et les égouts des avenues de La Bourdonnais et de Suffren;
- 2° Pour le Palais des industries diverses, par les deux égouts à 45 degrés sur l’axe du Champ de Mars, les deux égouts longeant les façades longitudinales sur les jardins, ceux des avenues de La Bourdonnais et de Suffren, et les anciens branchements des rues Saint-Dominique et Desaix;
- 3° Pour les palais des beaux-arts et des arts libéraux et pour les constructions avoisinantes, par les deux égouts des façades intérieures, ceux des avenues de La Bourdonnais et de Suffren, et les anciens branchements près du parc de 1878;
- k° Pour les jardins et le parc, par les égouts des façades intérieures, le grand égout d’axe et l’ancien égout transversal du parc.
- Le développement du réseau était de h kilomètres environ, y compris 1,200 mètres d’anciens égouts modifiés, réparés ou remaniés.
- Il a été en outre établi 83a mètres de branchements pour 6 2 bouches et 17 regards(1).
- Les égouts ont été généralement construits en meulière et ciment.
- La dépense, tant à l’entreprise qu’en régie, s’est élevée à 2 3 2,10 o fr.
- 5. Travaux de viabilité. Renvoi à un autre chapitre. — Les travaux de viabilité ont dû être partiellement exécutés, dès l’origine, pour permettre l’approche des matériaux destinés aux palais et aux autres constructions.
- Néanmoins, comme ces travaux se rattachent intimement à ceux des parcs et jardins, je les y joindrai dans un chapitre spécial.
- 6. Voies ferrées destinées au transport des matériaux et, plus tard, des produits exposés. — Le transport à pied d’œuvre des matériaux de construction et, plus tard, des produits exposés, nécessitait
- (1) En dehors du Champ de Mars, l'administration a posd sur les quais et l’esplanade des Invalides 19 bouches conduisant les eaux
- de l’Exposition aux égouts municipaux par des branchements de 290 mètres de longueur totale.
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- la création, au Champ de Mars, d’un ensemble de voies ferrées se reliant à la gare de la Compagnie de l’Ouest.
- L’emplacement et le tracé de ces voies ont été étudiés de manière à desservir toutes les galeries des expositions diverses et le Palais des machines, sans gêner les installations, et à permettre le retour facile des wagons vides, sans entraver la circulation des wagons chargés.
- Voici quelle a été la structure du réseau jusqu’à une époque très rapprochée de l’ouverture de l’Exposition :
- i° Une voie de raccordement, se détachant de la gare du Champ de Mars, traversant l’avenue de Suffren et se développant, avec des courbes de 160 et de 3oo mètres de rayon, et une déclivité maxima de o,oo83, au travers du parc et du jardin bas;
- 2° Deux voies principales, Tune d’arrivée, l’autre de départ, s’étendant jusqu’à l’avenue de La Motte-Picquet et coupant parallèlement au grand axe du Champ de Mars les galeries des industries diverses et le Palais des machines, après avoir suivi la limite du jardin haut, côté de l’avenue de Suffren;
- 3° Près de l’origine de ces deux voies sur le raccordement avec l’Ouest, une voie de manœuvre les reliant par aiguilles et affectée aux manœuvres de machines;
- li° Onze voies de service parallèles à l’avenue de La Motte-Picquet et six voies perpendiculaires à cette avenue, rattachées entre elles et aux voies principales par des plaques tournantes, dont le diamètre était ordinairement de h m. 5o et exceptionnellement de 5 m. 2 5.
- Ces voies avaient un développement total de plus de 7 kilomètres.
- Dans les palais et aux abords, elles étaient uniformément placées à la cote (35.35), c’est-à-dire à om. s5 en contre-bas des terrasses et planchers; leur emplacement coïncidait d’ailleurs avec celui des passages réservés à la circulation. Grâce à cette double disposition, il a été possible de les laisser libres jusqu’au dernier moment, de les maintenir pendant la durée de l’Exposition en les recouvrant de sable en dehors des palais et de panneaux de parquet à l’intérieur des galeries, puis de les dégager et de les rendre rapidement à la circulation après la clôture de l’Exposition.
- Les rails, coussinets, éclisses, plaques tournantes et autres matériaux ont été fournis en location par la Compagnie de l’Ouest. L’administration a fait exécuter elle-même les travaux : exception n’a
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- été apportée à cette règle que pour les modifications intérieures de la gare du Champ de Mars, qui devaient nécessairement rester confiées à la Compagnie(1).
- Après la réception des voies, la Compagnie de l’Ouest s’est chargée de l’exploitation dans les limites et aux conditions suivantes. Moyennant une taxe de 1 franc par tonne de marchandise, elle amenait sur la voie principale d’arrivée, aux abords des plaques tournantes, les wagons chargés de matériaux de construction, remettait en ce point les wagons aux intéressés, puis les reprenait sur la voie principale de départ après leur déchargement. Les destinataires devaient effectuer eux-mêmes toutes les manœuvres nécessaires pour faire passer les véhicules de la voie d’arrivée sur les voies de service, les conduire à pied d’œuvre, les décharger et les ramener sur la voie de départ; ils disposaient, à cet effet, d’un délai de vingt-quatre heures, passé lequel la Compagnie percevait les frais de stationnement prévus par les arrêtés ministériels en vigueur. Le service de l’Exposition pourvoyait à l’entretien des voies.
- Ainsi organisée, l’exploitation a été des plus régulières. Les matériaux sont arrivés facilement sur le lieu d’emploi, sans qu’il se soit produit ni retard, ni encombrement, ni accident.
- Il en a été de même de la manutention des produits exposés : j’y reviendrai dans un autre chapitre, consacré à l’étude d’ensemble de toutes les questions qui se rattachent à cette manutention.
- Malgré le développement du réseau construit par l’administration, des voies de service supplémentaires ont dû être posées par les entrepreneurs des constructions métalliques et à leurs frais.
- C est ainsi que la Société des ponts et travaux en fer a établi une voie étroite qui traversait le jardin haut derrière la fontaine Cou tan
- {] La durée de la location était fixée à quatre années, et le loyer à a fr. 5o par mètre de simple voie, 85o francs pour chaque plaque tournante de 4 ni. 5o de diamètre, î, 4 oo francs pai plaque tournante de 5 m. a5 de diamètre, a.
- Goo francs par changement à deux voies, etc. L’administration se réservait de prolonger la location en payant, pour chaque mois supplémentaire, un quarantième des prix ci-dessus indiqués.
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- et longeait chacune des façades des palais des beaux-arts et des arts libéraux, jusqu’aux dômes.
- La Compagnie de Fives-Lille a également établi une voie provisoire dans le Palais des machines.
- Après l’achèvement des palais, une nouvelle communication a été créée entre les rails de l’Ouest et le Champ de Mars.
- Cette communication avait un double objet. D’une part, elle devait permettre l’accès du matériel exposé par les compagnies et administrations de chemins de fer à l’emplacement qui lui avait été assigné dans la galerie latérale, côté de Seine, du Palais des machines et dans la zone séparant cette galerie du Palais des industries diverses, entre le passage central et l’avenue de Suffren : un grand nombre de machines et de voitures n’auraient pu en effet tourner sur les plaques des voies principales. D’autre part, il avait été décidé que ces voies seraient coupées trois semaines avant l’ouverture de l’Exposition, pour l’enlèvement des remblais sur lesquels elles reposaient dans le jardin bas, et l’on ne pouvait se dispenser de ménager un autre moyen d’approche aux produits qui arriveraient à la dernière heure.
- La voie nouvelle établie pour satisfaire à cette double nécessité se détachait de la gare de l’Ouest, tant par un simple aiguillage et une courbe à faible rayon accessibles aux véhicules de faibles dimensions, que par un pont tournant de 1 ô mètres réservé aux machines et voitures à grand écartement d’essieux. Puis elle traversait en biais l’avenue de Suffren et longeait cette avenue jusqu a la rue Dupleix, en empruntant la plate-forme du chemin de fer des visiteurs, dont l’une des voies avait ainsi quatre files de rails. Enfin elle se reliait au réseau des voies de service, ainsi qu’au faisceau de voies installé par la classe du matériel des chemins de fer : un pont de 17 mètres et une plaque de i4 mètres, exposés par la Compagnie d’Orléans et par la Compagnie du Nord, donnaient accès à ce dernier faisceau de voies.
- Maintenue pendant touteja durée de l’Exposition, la voie latérale a l’avenue de Suffren a été utilisée, après la clôture, pour la réexpé-
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- dition des produits. Toutefois, comme elle n’aurait pas fourni un débit suffisamment rapide, on a dû rétablir l’ancienne communication, en modifiant légèrement le tracé primitif et en suivant la terrasse du Palais des arts libéraux, au lieu du jardin bas, afin d’éviter la reconstitution d’un remblai considérable et de ne pas détruire une partie du jardin qui devait être conservé.
- Les frais d'établissement des voies ferrées se sont élevés a 207,100 francs, non compris les droits d’octroi que la ville de Paris a réclamés sur les matériaux.
- On peut estimer à 75,000 francs la dépense d’enlèvement et de remise en état.
- Il résulte d’ailleurs des statistiques tenues par l’administration que le réseau du Champ de Mars a livré passage à 27,600 tonnes environ de matériaux de construction et à 3o,ooo tonnes de produits exposés.
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- CHAPITRE IV.
- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SLR LES OSSATURES MÉTALLIQUES DES PALAIS DU CHAMP DE MARS.
- 4. Origines et progrès successifs de l’emploi du fer en France dans la construction des charpentes métalliques. -— Les origines et les transformations successives de l’emploi du fer pour la construction des charpentes ont été savamment exposées dans une note que M. Con-tamin a bien voulu me communiquer et dans un mémoire que cet ingénieur a rédigé, en collaboration .avec MM. Eiffel etFouquet, poulie Congrès des procédés de construction, réuni à Paris en 1889.
- L’art de la charpente métallique ne remonte pas à plus de cent ans. 11 a eu d’ailleurs à vaincre beaucoup d’obstacles et de résistances, et n’a dû son développement qu’à la création des chemins de fer, aux perfectionnements réalisés dès lors par l’industrie métallurgique, et notamment à la substitution du laminage au forgeage pour la fabrication des fers du commerce et des fers profilés.
- L’une des premières applications du fer à la charpente des édifices a été faite au Théâtre-Français, vers la fin du siècle dernier. Les combles de ce théâtre furent établis en fer forgé. Mais les dépenses furent telles qu’en 1809, quand il fallut reconstruire la coupole de la Halle aux blés, détruite par un incendie, on eut recours à la fonte : les voussoirs des fermes de celte coupole, dont le diamètre était de ko mètres, furent fondus dans les établissements du Greusot, à Mont-cenis, qui étaient déjà puissamment outillés et jouissaient d’une légitime notoriété.
- Ce n’étaient là, du reste, que des travaux d’un caractère tout à fait exceptionnel : le bois continuait à être l’élément presque exclusif des charpentes.
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- Neanmoins l'appauvrissement des forêts, le renchérissement des bois, la difficulté de se procurer des pièces d’un fort équarrissage, l’augmentation incessante des espaces à couvrir avec un nombre d’appuis aussi restreint que possible, la multiplication des grands édifices pour la vie publique ou privée, tout devait pousser les ingénieurs à poursuivre leurs études et leurs recherches pour l’utilisation du métal.
- En 1837, Polonceau, alors ingénieur au chemin de fer de Versailles (rive gauche), imagina un nouveau système de fermes, qui mariait le bois, la fonte et le fer : les arbalétriers en bois étaient soutenus, au milieu de leur longueur ou même sur plusieurs points, par des bielles en fonte que bandaient des tirants et entraits en fer. Plus tard les arbalétriers en bois furent remplacés par des arbalétriers en fer à double t; il en fut de même pour les pannes.
- Le système Polonceau amena une véritable révolution dans l’établissement des combles, dont la portée put être accrue dans des proportions considérables. Il reçut d’innombrables applications : parmi les exemples les plus remarquables, on peut citer les grandes fermes de ho mètres d’ouverture, construites par Flachat a la gare Saint-Lazare.
- Lors de l’Exposition de 18/19, le jury récompensa par une médaille d’or M. Travers, auteur du comble en fer de la halle de la douane à Paris : ce comble, de 36 mètres de portée, faisait d’autant plus d’honneur à l’architecte qu’à cette époque les établissements métallurgiques n’exécutaient pas encore les fers laminés à double t pour les constructions civiles.
- En 1851, Baltard contruisait les Halles centrales de Paris, tout en métal, et inaugurait ainsi un nouveau type d’architecture, qui ne tarda pas à être imité dans un grand nombre de villes de la France et de l’étranger.
- Peu de temps après, on pouvait admirer, dans la grande nef du Palais de l’Industrie édifiée sur les plans et sous la direction de Bar-rault, le premier modèle de ferme en arc métallique à grande portée. Les profanes, aussi bien que les ingénieurs et les architectes, furent unanimes à apprécier le mérite de la nef centrale, dont le comble en
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- plein cintre, de près de 5o mètres d’ouverture et 35 mètres de hauteur au-dessus du sol, était solidement contrebuté par les deux nefs latérales et débarrassé de toute armature au-dessous de l’intrados. Les pièces laminées et rivées entraient pour une part importante dans l’ossature de ce comble; cependant le travail de forge, notamment pour les assemblages, y jouait encore un rôle capital.
- Depuis, chacune de nos expositions Universelles a marqué une étape nouvelle dans la voie du progrès et du développement des ossatures métalliques.
- Dès après 1855, les constructeurs redoublèrent d’efforts pour simplifier le profil des pièces et surtout leurs assemblages, pour éviter ou tout au moins pour circonscrire dans d’étroites limites l’emploi des pièces de forge, pour diminuer le nombre des soudures.
- Ils cherchèrent de plus en plus à confiner la fonte dans les parties purement décoratives de la construction, et spécialement à la remplacer par le fer dans les appuis supportant les combles élevés. Gomme le rappelle avec raison M. Contamin, le fer se prête mieux à la construction économique de ces appuis; il facilite leurs assemblages avec les pièces de la couverture et permet de donner à ces assemblages une rigidité qu’on ne saurait obtenir avec là fonte que moyennant des dispositions compliquées et coûteuses; il résiste mieux aux vibrations qui se produisent soiis l’action des vents violents. En outre, les pièces de fer sont, du moins aujourd’hui, d’une fabrication plus rapide; elles n’exigent pas les mêmes précautions dans le chargement, le transport, le déchargement et les manutentions de toute nature qui précèdent le montage.
- On vit aussi se manifester, d’abord timidement, puis avec hardiesse, une tendance à réduire l’importance des tirants et autres pièces à tendeurs, même dans les fermes surbaissées, et cela d’autant plus que la portée des fermes était plus grande. C’est qu’en effet les tirants et pièces du même genre nécessitent souvent un forgeage onéreux, exigent pour les assemblages un travail mécanique très soigné, comportent des soudures délicates à faire et n’offrant jamais une sécurité absolue. Il est impossible de connaître avec précision leur état
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- réel de tension, l’étendue des efforts qui s’y développent, les variations de ces efforts sous l’influence des changements de température. Enfin les bielles, tirants et entraits ont l’inconvénient d’encombrer la partie haute des édifices.
- Le Palais élevé pour l’Exposition de 1867 par M. Krantz, directeur des travaux de cette Exposition, mit bien en relief les procédés nouveaux de construction économique et industrielle des ossatures métalliques à grande portée. Dans la belle galerie du travail, dont le comble avait 34 mètres d’ouverture et 2 5 mètres de hauteur au sommet, les fermes se composaient de doubles arcs en fer, reposant sur des pilastres carrés du même métal; la corde des arcs était de 33 mètres et leur flèche de 6 mètres; des clochetons surmontaient les pilastres et recevaient un tirant qui allait d’un côté à l’autre de la galerie et devait annuler la poussée des arcs. Cette dernière disposition avait le mérite de dégager la nef, en reportant le tirant au-dessus de la couverture.
- Un nouveau pas fut franchi à l’Exposition de 1878. M. de Dion, chargé de l’étude du hall des machines, établit des fermes de 35 mètres d’ouverture et 22 mètres de hauteur sous clef, qui étaient dépourvues de tirant et qui constituaient avec leurs pieds-droits de véritables poutres en arc brisé, solidement encastrées dans le sol par leurs extrémités.
- 2. Combles à grande portée construits à l’étranger, de 1854 à 1889. — Nous venons de parcourir rapidement les transformations successives de l’art des charpentes métalliques en France, avant l’Exposition de 1889. ^ ne sera Pas sans ûd^rêt de mettre en regard quelques exemples de combles à grande portée construits depuis i854 en Angleterre et en Allemagne.
- Les données principales relatives à ces combles sont récapitulées dans le tableau ci-après.
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- DÉSIGNATION DES ÉDIFICES. DATE île la CONSTRUC- TION. OUVERTURE des FKRMKS. DISPOSITIONS ESSENTIELLES DES CHARPENTES METALLIQUES.
- met. cent.
- Gare de Ncw-Sfreel, à Birmingham. 1854 6 4 6 0 Les fermes sonL formées d’un arc en fer de 10 m. 3o de flèche, rallaché à un entrait polygonal par des bielles en fonte verticales et des croix de Saint-André. Elles reposent sur des appuis en maçonnerie ou en fonte.
- Cryslnl Palace, à Sydenham. . . 1862 31 70 Les fermes en plein cintre sont semblables à celles de la nef centrale du Palais de l’Industrie, dont elles paraissent dériver; mais elles ont moins de légèreté.
- Boyal Agnctillnra! Hall, à Isling-lon. 1862 38 10 Les fermes sont presque en plein cintre; leur flèche est de i5 m. 5/i. Elles offrent beaucoup d’analogie avec celles du Palais de l'Industrie et sont plus légères que celles du Crvstal Palace.
- Gare de Charing Cross, à Londres. 1863 5o 60 Les fermes sont formées d’un arc en fer de 8 m. 7 a de flèche, relié à un entrait polygonal au moyen de pièces verticales et de croix de Saint-André en fer. Elles reposent sur des appuis en maçonnerie.
- Gare de Cannon slreol, à Londres. 1865 58 03 Le comble est semblable au précédent. Les arcs ont une flèche de 18 m. 39.
- Gare de Sainl-Pancrace, à Londres. 1866 78 15 Les fermes de la gare de Saint-Pancrace, terminus du Midland railwav h Londres, sont extrêmement remarquables. Leur forme ogivale a ia plus grande similitude avec celle de notre Palais des machines de 1889. Elles présentent une flèche de 3o mètres en nombre rond. Les arcs descendent jusqu’au niveau du sol, où ils s’amarrent dans des massifs de fondation ; ils sont pourvus d’un tirant noyé sous les voies et les trottoirs.
- Gare de Sainl-David, à Kxeter. 1868 4 0 a 3 Les fermes sont du système Polonceau.
- Boval Allterl Hall, à Kensinglon. 1871 56 5o à 66 85 Le comble a une forme ellipsoidale. La flèche des fermes à l’intrados est de 9 m. i4, et leur ouverture de 56 m. f»o suivant le petit axe de l’ellipse, de 66 m. 85 suivant le grand axe; leur hauteur, de 5 ra. 40 au sommet, diminue jusqu’aux naissances où elles sont articulées.
- Gare de Saint-Enoch, à Glasgow. 1877 60 35 Les fermes, en anse de panier, de 25 mètres de flèche environ, ont une grande analogie avec celles de la gare de Saint-Pancrace. Le tirant est supprimé.
- Gare centrale, à Glasgow 1879 65 07 La couverture est portée par des poutres de 6 m. 10 de hauteur.
- Gare centrale, à Manchester.. . 1879 64 00 Les fermes, en anse de panier, de a5 mètres environ de flèche, sont semblables h celles de la gare de Saint-Enoch. H n’y a pas de tirant.
- Gare de Qneen Street, à Glasgow. 1879 51 81 Les fermes sont formées d’un arc en fer de 1/1 mètres environ de flèche, réuni à un entrait polygonal par des pièces convergentes.
- Gare de la Citadelle, à Carlisle. 1880 3p 10 La couverture repose sur des poutres droites i treillis que réunissent des pannes en cantilevcr, dessinant des arcs h la partie inférieure et des pans inclinés ii la partie supérieure.
- Gare de la place Alexandre, à Berlin (Métropolitain). 1883 37 5o Les fermes sont à peu près en plein cintre et se composent de deux demi-arcs, articulés au sommet et aux naissances. Le tirant est supprimé.
- Gare de Silésie, à Berlin 1884 54 35 Les fermes, en anse de panier, de 17 m. 5o de flèche, présentent trois articulations, l’une au sommet et les deux autres à peu près il mi-hauteur. Au niveau de ces deux dernières articulations est un tirant légèrement arqué et rattaché à l’arc par des pièces verticales.
- National Agricnllural Hall, à Ken-sington. 1886 5i 81 Les fermes en plein cintre, un peu surhaussé, sont solidement contrehulces par des constructions latérales. Elles n’ont point de tirant et reposent sur des colonnes en fonte.
- Exchange station, à Bradford. . 1888 3o 48 Les arcs ont i3 m. a6 de flèche et par suite sont presque en plein cintre. Ils n’ont point de tirant, mais sont contrebulés soit par des appuis en maçonnerie, soit par des arcs contigus. Les supports aux points communs de retombée des arcs sont en fonte.
- Halle de la nouvelle gare de Francfort. 1888 56 00 Les fermes en plein cint re sont articulées aux naissances. L’assemblage des semelles supérieures des arcs, à leur sommet, est rigide; au contraire, celui de l’ilme et des semelles inférieures offre une certaine élasticité.
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- Parmi les faits consignés an tableau précédent, il en est deux qui méritent de fixer l’attention : ce sont, d’une part, la grande analogie de forme entre le comble de la gare de Saint-Pancrace, à Londres, et celui de la galerie des machines de 1889; d’autre part, l’emploi du système des articulations à la clef et aux naissances dans les fermes de la gare de la place Alexandre, à Berlin.
- Je reviendrai plus loin sur les premières origines des articulations et sur les applications qui en ont été faites dans les palais de la dernière Exposition.
- 3. Principes qui ont présidé à l’étude des ossatures métalliques pour les palais de l’Exposition de 1889. — Malgré les progrès considérables dont nous venons de parcourir l’historique sommaire, les ingénieurs et les architectes appelés à dresser les projets de l’Exposition de 1889 se trouvaient aux prises avec les plus sérieuses difficultés.
- Le programme général conduisait à assigner aux palais des dimensions et en particulier une hauteur moyenne dépassant de beaucoup celles de 1878, supérieures même à celles qui avaient été jusqu’alors admises dans les édifices analogues.
- Bien que l’accroissement de hauteur dût, toutes choses égales d’ailleurs, entraîner, soit par lui-même, soit par l’action perturbatrice du vent, une augmentation du poids de métal au mètre carré couvert, il était indispensable d’arriver à des solutions économiques. C’était une œuvre malaisée, exigeant beaucoup de science et de talent, mais que facilitait cependant la réduction du prix des fers.
- La grande variété des types de charpente que devait comporter l’Exposition de 1889 (il n’y en avait pas moins de onze) et la brièveté relative du délai d’exécution rendaient encore la tâche plus complexe et plus ardue.
- Voici les principes qui présidèrent a l’étude des ossatures métalliques.
- Les appuis furent établis en fer, comme la charpente des combles;
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- on n’eut recours qu’exceptionnellement aux colonnes en fonte, dans des cas où leur usage était commandé par certaines exigences de la décoration.
- Les auteurs des projets s’attachèrent d’ailleurs à n’employer que des fers de fabrication et de qualité courantes, à ne leur attribuer que des formes simples, à ne leur faire subir que des façons peu dispendieuses et d’une vérification facile, à éviter les inflexions, à exclure le travail de forge. A la vérité, en s’astreignant à ne point contre-couder les pièces et en proscrivant le forgeage, ils augmentaient nécessairement le nombre et le poids des fourrures; mais la dépense n’en était pas moins réduite, grâce à la simplification de la main-d’œuvre et à la diminution du prix d’achat des matériaux.
- Pour les motifs qui avaient déjà prévalu en 1878, les tirants furent supprimés dans la plupart des fermes : la suppression de ces organes donnait aux nefs plus de grandeur et de légèreté; elle faisait disparaître un élément toujours incertain au point de vue de la sécurité; enfin, comme je le montrerai plus loin pour le Palais des machines, elle donnait finalement une économie appréciable, malgré l’accroissement qui pouvait en résulter dans les dimensions des autres pièces métalliques ou des culées en maçonnerie.
- Tous les tracés furent étudiés de manière à tirer le meilleur parti des propriétés résistantes du métal, à ne jamais lui imposer un travail incompatible avec ces propriétés.
- Les calculs furent exclusivement basés sur des hypothèses simples et d’une réalisation absolument certaine. On prit Comme réglé absolue de traduire et d’accüser franchement les résultats de ces calculs : l’application de ce principe devait satisfaire tout à la fois l’esprit et le regard, en conduisant à des formes rationnelles et d’un aspect agréable.
- 4. Indications spéciales au Palais des machines. — Parmi les ossatures métalliques des palais, c’était celle de la grande nef des machines qui Constituait l’œuvre capitale. L’espace à couvrir avait une
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- longueur de kzo mètres environ sur une largeür de n5 mètres, non compris les galeries latérales.
- La Direction générale des travaux avait résolu d’établir des fermes franchissant cette immense largeur d’une seule envolée et sans appuis intermédiaires. Sa conception se justifiait par divers motifs.
- Tout d’abord une halle si gigantesque, présentant des proportions si inusitées, devait produire un grand effet artistique, éveiller une indicible impression de grandeur et de puissance, offrir un cadre admirable aux merveilles de la mécanique moderne.
- Elle avait lé mérite de réduire le nombre des fondations dans le sol profondément bouleversé du Champ de Mars.
- Elle permettait de mettre en évidence les ressources et les moyens d’action de la métallurgie française.
- Enfin elle donnait de grandes facilités pour l’installation des machines et la circulation des visiteurs.
- La forme attribuée aux fermes fut celle d’une ogive surbaissée ayant Une ouverture de 106 m. 90 à l’intrados et 1 i4m. 3o à l’extrados, et une hauteur de 43 m. 5o sous clef.
- Le problème qui se posait à l’architecte, M. Dutert, et à l’ingénieur en chef du contrôle des constructions métalliques, M. Gontamin, présentait les plus sérieuses difficultés. Il était indispensable, je l’ai déjà dit, de réduire les dépenses au strict minimum, sans compromettre ni la sécurité, ni l’effet décoratif; il fallait arriver à une répartition rationnelle et économique de la matière, tout en n’adoptant aucune disposition incompatible avec les convenances architecturales.
- D’autre part, diverses circonstances, telles que le défaut de continuité de la fibre moyenne et l’éventualité du tassement des appuis, malgré tout le soin apporté aux fondations, fendaient impossible l’application des formules ordinaires de résistance en usage pour les poutres courbes.
- On prit le parti d’articuler les fermes sur leurs appuis et à leur sommet. Ce dispositif, depuis longtemps usité pour les ponts, parait avoir été inauguré par M. Mantiott, ingénieur en chef de la Compagnie
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- du Nord, sur le chemin de fer de Paris à Chantilly, près de Creil; mais il n’avait pas encore été employé en France dans la construction des édifices.
- Le système des articulations, en déterminant trois points de passage de la courbe des pressions, donnait une base certaine aux calculs, rendait la répartition des efforts intérieurs mathématiquement certaine, dans toutes les hypothèses de surcharge et de variation de température, et permettait une distribution rationnelle du métal. Les légers tassements que l’on pouvait redouter de voir se produire dans les fondations, eu égard à la nature du terrain, devenaient sans inconvénient. Il en était de même des variations de température, qui n’avaient d’autre effet que de faire jouer les deux moitiés de la ferme sur leurs tourillons; toutefois cette dernière considération, importante pour les arcs surbaissés, perd beaucoup de sa valeur pour des fermes a grande hauteur sous clef comme celles du Palais des machines : car l’action défavorable des changements de température sur un arc sans rotule diminue très rapidement quand la flèche augmente.
- On a critiqué les articulations, en leur reprochant de donner naissance à des efforts moléculaires supérieurs à ceux des arcs continus et d’accroître ainsi le poids des fermes. Théoriquement, la critique est fondée; elle eut été irréfutable, si les ingénieurs avaient pu calculer avec certitude le travail des fers, avec des fermes non articulées : mais, en fait, les incertitudes des calculs auraient obligé à n’admettre que des limites de travail beaucoup plus étroites et porté obstacle à l’emploi économique du métal.
- Ajoutons encore que les articulations ont facilité le montage.
- L’équilibre a été obtenu par les seules réactions des appuis, transformés à cet effet en véritables culées de ponts. On a supprimé les tirants, qui n’auraient pu être posés sous le sol, à l’exemple de la gare de Saint-Pancrace, par suite des nombreux ouvrages souterrains nécessaires à l’installation et au fonctionnement des machines.
- J’ai déjà exposé les raisons d’ordre général qui conduisent à éviter, autant que possible, les tirants, dans les fermes de grande
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- ouverture. Au cas particulier, la poussée pouvant dépasser 120,000 kilogrammes, le tirant aurait eu une section nette de près de 30,000 millimètres carrés et eût pesé au moins 35,000 kilogrammes, en tenant compte des manchons, s’il avait été en fer rond, ou des couvre-joints, s’il avait été constitué par une poutre, ainsi que des pièces d’attache sur les arcs et des appareils de tension. Ces pièces et appareils eussent été d’une fabrication coûteuse. La dépense, y compris les supports, les caniveaux et les regards, se serait élevée à plus de 1 5,ooo francs. Or le prix moyen des culées n’a pas dépassé 8,500 francs par arc, et il aurait été impossible de gagner plus de û,ooo francs, en réduisant à une action verticale les efforts auxquels ces culées étaient soumises.
- La composition des fermes a nécessité un contreventement énergique des travées extrêmes, pour résister aux efforts du vent dans le sens de l’axe de la construction, pendant la période de montage et après la mise en service.
- Je reviendrai plus loin sur les dispositions prises en vue de combattre la tendance au déversement.
- Les calculs ont été faits dans l’hypothèse très défavorable d’une surcharge de neige de 5o kilogrammes par mètre superficiel de couverture et d’une pression de 120 kilogrammes par mètre carré de section normale a la direction du vent.
- On a fixé a 9 kilogrammes par millimètre carré la limite du travail du fer.
- Le tableau d'autre part récapitule les principales données statistiques sur le poids et le prix de revient de l’ossature métallique du Palais des machines.
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- DÉSIGNATION. GRANDE NEF. ENSEMBLE DU PALAIS, y compris les galeries latérales, l’avant-corps de l’École militaire et le vestibule d’entrée.
- Surface couverte. 48,1 19 mèt. car. 62,013 mèt. car,
- Hauteur moyenne 36 m. 133 3a m. 56
- Volume abrité 1,738,684 mèt. cub. 2,019,186 mèt. cub.
- Poids total du métal (P 7,713,83s kilogr. 12,765,795 kilogr.
- Poids par mètre carré couvert 160 kilogr. 3oo 208 kilogr. 880
- Poids par mètre cube abrité 4 kilogr. 436 6 kilogr. 320
- Prix de revient total 3,58è,/iç)i francs. 5,533,190 francs.
- Prix moyen par kilogramme de métal 0 fr. 464 0 fr. 433
- Prix par mètre carré couvert 7/1 fr. 45 89 fr. 22
- Prix par mètre cube abrité 2 fr. 06 2 fr. 74
- I1) Non compris les verrières et tribunes. — (s) Non compris les frais d’agence.
- On voit que l’adjonction des annexes a sensiblement relevé le prix par mètre carré couvert et par mètre cube abrité. Le fait s’explique aisément: en effet, ces annexes comprennent iy,5oo mètres carrés de plancher au premier étage, calculés pour une surcharge de 5oo kilogrammes par mètre, et quatre groupes d’escaliers tout en métal; les verrières des deux pignons de la nef centrale représentent à elles seules un poids de 901 tonnes pour une surface verticale de 8,260 mètres carrés; le dôme du vestibule d’entrée donne un poids de 4o8 tonnes pour une superficie couverte de 1,000 mètres carrés.
- En 1878, les galeries similaires avaient une surface couverte de 45,q2/i mètres carrés et abritaient un volume de 90/1,702 mètres cubes, correspondant à une hauteur moyenne de 19 m. 70; le poids du métal était de 7,600 tonnes et la dépense totale de 4,2 10,000 fr., à raison de 55 fr. 4o la tonne; par suite, le poids au mètre carré s’élevait à 165 kilogrammes, le poids au mètre cube à 8 kilogr. 4o, le prix au mètre carré à 91 fr. 4o et le prix au mètre cube à 4 fr. 65. Ces poids et ces prix unitaires doivent être rapprochés de ceux de la grande nef de 1889 : car, en 1878, les galeries affectées aux machines étaient adossées à des pavillons d’angle et à d’autres constructions, comme la nef du Palais de la dernière Exposition l’a été a des
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- annexes. Ainsi fait, le rapprochement tourne à l’avantage du Palais de 1889, maigre l’abaissement du prix des fers, si l’on a égard aux proportions monumentales et surtout à la grande hauteur de ce palais.
- 5. Indications spéciales au Palais des industries diverses. — Le Palais des industries diverses, avec ses fermes de 3o, 25 et 1 5 mètres, et son dôme central, fournissait le type le plus complet d’une ossature formée de poutres évidées, reposant sur de simples piliers sans exercer sur eux aucune poussée, ayant leur membrure inférieure plus ou moins arquée en vue de l’elfet architectural et constituant par leur membrure supérieure les rampants des fermes.
- Gomme le rappelle avec raison M. Contamin, pour qu’une pièce posée sur deux supports de niveau n’exerce point de poussée, il suffit que la section médiane et les sections intermédiaires de cette pièce puissent résister aux moments de flexion et aux efforts tranchants développés par les efforts dont elle subit l’effet.
- Les fermes de la nature de celles qui ont été établies dans le Palais des industries diverses sont généralement un peu plus lourdes que les fermes constituées par des arbalétriers en poutres droites et un tirant. Mais il convient de remarquer que leur écartement est considérable, que leur part dans la dépense de construction n’est pas prépondérante, que d’autre part la simplicité de leur composition se prête à des prix unitaires réduits, et que dès lors, toute compensation faite, elles peuvent donner des solutions plus économiques.
- Les principaux chiffres statistiques sont les suivants :
- Surface couverte.. ............... io6,53i mètres carrés.
- Hauteur moyenne................... ' 12 m. i3
- Volume abrité..................... 1,292,647 niètres cubes.
- Poids total du métal.............. g,357,i4o kilogrammes.
- Poids par mètre carré couvert..... 87 kilogr. 835
- Poids par mètre cube abrité....... 7 kilogr. 239
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- EXPOSITION DE 1889.
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- Prix de revient total...................... 3,171,290 francs.
- Prix moyen par kilogramme de métal......... 0 fr. 338
- Prix par mètre carré couvert............... 29 fr. 76
- Prix par mètre cube abrité................. 2 fr. A 5
- A eux seuls, le dôme et ses annexes représentaient un poids de i,o46 tonnes pour une surface couverte de 1,871 mètres carrés, un poids au mètre superficiel de 559 kilogrammes et un poids au mètre cube de 1 7 kilogr. 56o. Les quatre pavillons d’angle avaient un poids total de 5i3 tonnes, un poids au mètre carré de 551 kilogrammes et un poids au mètre cube de 2/1 kilogr. 32 0.
- Si l’on considère isolément les galeries de 30, 2 5 et 1 5 mètres, les données qui les concernent se résument ainsi :
- n 1; c T r IM t T 1 n \T GALERIE <lc GALERIES «le GALERIES DE 15 METRES
- DEoluu A 1 lUn. 30 MÈTRES. 2 0 MÈTRES. sur LES AVENUES. sur LE JAJIDIN. ENTRE LES PAVILLONS de raccordement.
- Hauteur moyenne 22 m. 60 1 1 m. 25 g m. 5o 10 m. 65 16 m. ho
- Poids au mètre carré couvert 1 62 kilogr. 72 kilogr. 100 64 kilogr. 48 kilogr. 110 kilogr. 600 |
- Poids au mètre cube abrité. 7 kilogr. i5o 6 kilogr. h oo 6 kilogr. 710 h kilogr. 55o 6 kilogr. 7/10
- La comparaison avec les palais de 1878 est difficile, parce que ces palais n’offraient rien de similaire au grand dôme central de 1889, à la galerie monumentale de 3o mètres, ni aux pavillons d’angle.
- " Voici cependant les résultats auxquels on arrive pour l’Exposition de 1878, en laissant de côté les pavillons et dômes des vestibules, ces vestibules eux-mêmes, les galeries des machines et celles des beaux-arts. Les fermes de 2 5 , 1 5, 1 2 et 5 mètres, et autres constructions, couvraient une surface de 1/15,078 mètres carrés; leur hauteur moyenne était de 9 m. 6, et le volume abrité de 1,399,818 mètres cubes; le poids des ossatures s’élevait a 1 3,832 tonnes et la dépense à 5,172,000 francs (3e]h francs la tonne); dès lors le poids au mètre superficiel couvert atteignait 96 kilogr. 5, le poids au mètre cube abrité 9 kilogr. 88, le prix au mètre carré 36 fr. 10 et le prix au mètre cube 3 fr. 69.
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- Ici encore, le rapprochement est favorable à l’Exposition de 1889: cela est d’autant plus intéressant a constater qu’en 1878 les ossatures étaient presque toutes garnies de tirants.
- 6. Indications spéciales aux palais des beaux-arts et des arts libéraux. — Les nefs des palais des beaux-arts et des arts liberaux sont caractérisées par une distance de Sa m.70 entre les parements extérieurs des montants et par une hauteur sous clef de 28 m. 20.
- Comme dans le Palais des machines et pour les memes motifs, on a composé les fermes de poutres arquées, en tôle et cornières, articulées au sommet et sur les massifs de fondation. La nécessité d’établir des caves n’ayant pas permis de donnera ces massifs des dimensions suHisanl.es pour équilibrer la poussée, il a fallu recourir à l’emploi de tirants que l'on a placés et dissimulés sous le sol.
- La faible hauteur des poutres, l’étendue des vides que l’architecte désirait y ménager, la difficulté qui en résultait pour attacher les treillis aux membrures par un nombre suffisant de rivets, enfin la convenance d’éviter les larges plats dans les profils transversaux, ont conduit à jumeler les poutres. On a pu ainsi, en doublant les pièces, n’avoir que des treillis simples sans dépasser l’adhérence de k à 5 kilogrammes par millimètre carré imposée comme limite dans les calculs, et se trouver dans de bonnes conditions au point de vue des efforts de compression supportés par les plates-bandes.
- Les galeries latérales, ainsi que les galeries Rapp et Desaix et les galeries de pignon (coté de Seine), comportaient des fermes à rampants constitués par des arbalétriers en poutres droites et à treillis, dont la poussée était équilibrée par des tirants. Dès lors que les nécessités architecturales amenaient à Conserver des arbalétriers droits, les tirants s’imposaient : mais ces pièces ont été étudiées de manière à réduire les soudures au minimum.
- Quant aux dômes, pour être absolument certain des conditions de résistance de leurs éléments, on les a composés d’arceaux simplement appuyés à leur base sur un chemin polygonal, que supportaient de grands piliers verticaux, et venant buter librement à leur sommet
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- contre la poutre circulaire qui soutenait le campanile. Le calcul cle la poussée de chaque arceau a pu se faire sans aucune difficulté et a donné le moyen de l’équilibrer sûrement par des ceintures.
- Le poids au mètre carré couvert et au mètre cube abrité était forcément élevé du fait de la hauteur considérable des palais, de l’étendue des planchers (21,212 mètres carrés au premier étage et 1,600 mètres carrés au rez-de-chaussée), tous calculés pour une surcharge de 5oo kilogrammes par mètre carré, et aussi de l’importance donnée aux escaliers, aux verrières et aux grandes baies métalliques.
- Néanmoins, dans cette partie comme dans les autres, l’Exposition de 1889 soutient avantageusement la comparaison avec celle de 1878, ainsi que le montre le tableau ci-après, où l’on a considéré, pour 1878, les quatre pavillons, le dôme d’entrée et les deux vestibules parallèles à la Seine et à l’Ecole militaire :
- DÉSIGNATION. EXPOSITION DE 1889. EXPOSITION DE 1878.
- Surface couverte /i/i,ioo mèl. car. 17,873 mèt. car.
- Hauteur moyenne a3 m. 36 2/1 m. 5g
- Volume abrité i,o3o,583 mèt. cub. /139,59a mèt. cub.
- f total du métal g,ng,3/i5 kilogr. 5,8/io,ooo kilogr.
- Poids. . < par mètre carré couvert 906 kilogr. 780 327 kilogr.
- ( par mètre cube abrité 8 kilogr. 800 i3 kilogr. 3oo
- 1 de revient total 3,7^1/1,390 francs. 3,/i5o,ooo francs.
- Prix ) inoyen Par kilogramme de métal.. . 0 fr. hi 0 fr. 589
- j par mètre carré couvert 8/1 fr. 91 192 francs.
- [ par mètre cube abrité 3 fr. 63 7 fr. 83
- Il convient d’observer que, si la hauteur moyenne est un peu plus faible en 1889 qu’en 1878, les parties élevées ont atteint un niveau supérieur et représenté une quote-part plus considérable de la surface totale.
- 7. Indications récapitulatives sur l’ensemble des expositions de 1878 et dé 1889. — Si au lieu de faire porter le rapprochement entre
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- les expositions de 1878 et de 1889 sur des galeries isolées, on envisage l’ensemble des palais, les chiffres sont les suivants :
- DÉSIGNATION. EXPOSITION DE 1889. EXPOSITION DE 1878.
- Surface couverte 212,644 mèt. car. 225,07.5 mèt. car.
- Hauteur moyenne 20 m. 42 12 m. 94
- Volume abrité. 4,342,416 mèt. cub. 2,913,694 mèt. cub.
- / total du métal 3i,s4s,28o kilogr. 27,870,000 kilogr.
- Poids. . < par mètre carré couverL 146 kilogr. 920 123 kilogr. 800
- ( par mètre cube abrité 7 kilogr. 190 9 kilogr. 56o
- [ de revient total 12,448,873 francs. 13,092,000 francs.
- Prix ) m°yen Par kilogramme de métal. . 0 fr. 397 0 fr. 469
- ] par mètre carré couvert 58 fr. 54 58 fr. 20
- [ par mètre cube abrité 2 fr. 86 4 fr. 48
- En 1878, la surface des caves atteignait 96,700 mètres carrés; en 1889, il n’y a eu que 38,711 mètres carrés de planchers et 4,6oo mètres de caves. Mais tandis que, dans les palais de 1878, la portée des solives ne dépassait pas 5 mètres, les nécessités de la décoration ont conduit à donner aux planchers de 1889 des portées de près de i5 mètres; celles des caves se sont élevées à 7 m. 5o.
- Un simple coup d’œil jeté sur le tableau précédent suffit à montrer les progrès remarquables réalisés dans la construction des matières métalliques, pendant la période de 1878 à 1889.
- 8. Observations sur l’emploi décoratif du fer. — Pendant longtemps, cela a été presque un axiome, que l’emploi du fer en grandes masses dans la structure des édifices ne se prêtait point à des effets décoratifs et que, si les constructions métalliques habilement calculées satisfaisaient l’esprit, du moins le goût et l’esthétique en étaient forcément bannis.
- Malgré leur mauvaise réputation artistique, malgré la sobriété de leurs œuvres, les ingénieurs avaient déjà donné plus d’un démenti à cet axiome.
- L’Exposition de 1889 en a fait définitivement justice et a démontré
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- que le fer pouvait être un précieux auxiliaire pour l’architecture moderne.
- Ainsi que l’expose M. Eug. Hénard, dans un article fort intéressant, publié par le journal l’Architecture, l’étude des charpentes en fer peut être comprise de trois manières différentes.
- La première consiste à prendre pour guide à peu près exclusif le calcul des résistances, sauf à ornementer après coup certaines parties à l’aide d’une décoration rapportée.
- Dans la seconde, l’architecte étudie tout à la fois les conditions de résistance et les formes du métal, de façon à lui faire produire par lui-même, avec le minimum d’auxiliaires décoratifs, tout l’effet esthétique dont il est susceptible.
- Enfin, dans la troisième, tout en accusant franchement les lignes principales de l’ossature, on en combine les formes avec celles d’autres matières, telles que terres cuites, faïences, briques, staff, fonte, zinc repoussé, etc.
- Les constructions du Champ de Mars offraient de remarquables spécimens de ces divers modes d’emploi du fer : le premier était représenté par la Tour de 3oo mètres, le deuxième par le Palais des machines, le troisième par les palais des beaux-arts, des arts libéraux et des industries diverses.
- Le système qui fait jouer au calcul un rôle, sinon exclusif, du moins tout à fait prépondérant, ne convient qu’à certains édifices exceptionnels, comme la tour Eiffel, ou les détails disparaissent devant l’ensemble.
- En pareil cas, l’œil passe sur les lignes secondaires pour s’arrêter seulement aux lignes maîtresses.
- Le sentiment du beau est produit par la pureté des tracés, par la grandeur de l’œuvre, par l’importance de l’effort accompli, par la difficulté vaincue.
- Les motifs de décoration demandent à être maniés avec beaucoup de prudence, de réserve, d’habileté et de légèreté de main; ils doivent, non seulement, s’harmoniser avec le fond sur lequel ils sont
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- rapportés, mais encore n'occuper qu’une place modeste : sinon, leur inutilité au point de vue de l’économie générale de la construction choque le regard aussi bien que la raison ; ils nuisent à l’aspect,, au lieu de le servir.
- Marier les convenances de la forme aux nécessités de la résistance, unir l’esthétique et le calcul dans l’étude des ensembles et des détails, rechercher une décoration sobre et élégante dans la mise en œuvre des matériaux eux-mêmes, tel est, avons-nous dit, le but du second système.
- Ce système a eu en M. Dutert un habile et heureux champion. Après avoir vu le Palais des machines, les sceptiques doivent être désarmés et comprendre combien étaient vaines leurs préventions contre le fer. À les croire, ce métal avait des profils trop maigres, des contours trop secs, trop raides et trop dépourvus de souplesse, des aspects trop peu variés et trop monotones, pour offrir des ressources à l’artiste; le mariage entre l’art et le calcul était une chimère, et la rigueur mathématique conduisait fatalement à des solutions que l’architecte était impuissant a assouplir, pour les plier à son goût et à son inspiration : l’Exposition de 1889 a montré l’inanité de cette doctrine.
- Tout d’abord, dans l’état actuel de l’industrie métallurgique, les matériaux, considérés en eux-mêmes et abstraction faite de la composition des charpentes, sont extrêmement variés. Indépendamment de la tôle, des rivets et des boulons, ils comprennent les cornières, les fers à simple ou à double t et les fers en u, auxquels le laminoir imprime les profils les plus divers et donne les proportions les plus différentes.
- La monotonie des surfaces lisses de la tôle dans les grands arcs peut être rompue par des renforts à saillie, qui contribuent d’ailleurs à la raidir et à la protéger contre le gauchissement.
- Les cornières, les fers à simple ou à double t et les fers en u donnent des lignes saillantes, fermes et fines, simples ou doubles, symétriques ou dissymétriques, qui, utilisées avec talent, sont susceptibles
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- de fournir des aspects agréables et harmonieux. Rien n’empêche du reste de les courber et de les contourner suivant les besoins : c’est operation courante, avec les moyens dont on dispose aujourd’hui.
- Les rivets et les boulons dessinent des lignes de points qui s’adaptent à des combinaisons multiples, dont on peut accuser plus ou moins les reliefs, et qu’il est possible, le cas échéant, d’orner à l’aide de rondelles.
- Lorsqu’il réunit ces matériaux afin d’en faire des pièces composées, l’architecte a toute latitude pour donner libre carrière à son imagination. Il a la faculté de choisir entre plusieurs formes différentes, selon les effets qu’il veut réaliser; d’employer par exemple des poutres isolées ou jumelées, à âme unique ou à caisson, à tables égales ou inégales, etc.; de mettre leur hauteur et leur largeur dans le rapport qu’il juge convenable ; de maintenir le même profil sur toute la longueur ou au contraire de varier ce profil; de munir les pièces d’une âme pleine ou ajourée, de diversifier les jours, d’élargir ou de serrer les mailles du treillis, de l’aménager par panneaux semblables ou par panneaux inégaux et alternés; d’arrondir les abouts ou de les couper carrément; de multiplier les lignes apparentes de rivets ou d’en réduire le nombre.
- Mais c’est surtout dans la composition des ensembles que la variété est pour ainsi dire indéfinie et que l’artiste se révèle par le dessin général de la construction : à l’heure actuelle, les progrès de la fabrication, du travail et du montage sont tels que, tout en conservant bien franchement aux constructions en fer leur caractère propre, on peut les soumettre à toutes les exigences de l’art. Je n’hésite même pas à affirmer que, pour certains éléments des édifices, et notamment pour les dômes, le fer apporte des ressources jusqu’alors inconnues et se prête aux tracés les plus gracieux.
- L’esthétique et le calcul ne font point aussi mauvais ménage qu’on l’a soutenu; les formules n’ont pas cette inflexible rigidité qu’on leur a souvent imputée. Sans doute, quand le constructeur s’attache exclusivement au minimum de dépenses, quand il s’impose de ne négliger aucune économie, quelque minime qu’elle soit, la théorie lui indique
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- une solution qui doit être préférée à toute autre : mais alors il fait œuvre purement industrielle et non œuvre artistique. Au contraire, quand il ne s’abstrait pas entièrement dans les considérations financières, quand il recherche l’ornementation nécessairement incompatible avec une étroite parcimonie, le calcul lui livre, à côté de la solution la plus économique, une infinité de variantes entre lesquelles il peut choisir, sans accroître notablement le prix: de revient, sans se livrer au gaspillage de la matière.
- Au surplus, outre les parties essentielles de l’ossature pour lesquelles le calcul a une importance capitale et parfois prépondérante, les édifices comportent toujours des parties secondaires, qui, tout en étant formées de fers du commerce, ne relèvent point de la résistance des matériaux ou du moins n’en relèvent que dans une faible mesure, et pour l’étude desquelles rien ne vient gêner ni entraver la conception de l’artiste : je citerai les verrières, les rosaces, les rampes d’escalier, les garde-corps, les détails des consoles, etc. Quant à la serrurerie proprement dite, elle est hors de cause.
- L’examen de détail du Palais des machines me permettra de présenter plus d’un fait précis à l’appui de cette thèse.
- Il y a lieu, du reste, de remarquer que l’architecture métallique est loin d’avoir dit son dernier mot et que l’industrie sidérurgique, malgré tous ses progrès, réalisera certainement dans l’avenir de nouveaux perfectionnements, dont l’art saura faire son profit.
- Néanmoins on doit reconnaître que, si le fer peut se suffire ou tout au moins ne pas réclamer un large concours aux matériaux étrangers, il lui faut pour cela certaines conditions spéciales, comme celles qui se trouvaient réunies dans la grande nef des machines.
- Le troisième système est sans aucun doute celui qui a le champ d’action le plus vaste, dont les ressources sont le plus variées et qui compte le plus d’adeptes.
- Tous ceux qui ont visité l’Exposition de 1889 ont été émerveillés du talent et de la virtuosité avec lesquels M. Formigé s’en est servi pour ses deux palais des beaux-arts et des arts libéraux.
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- Là le fer, bien que constituant la carcasse du monument, se montre plus discret et cède une large place à des matériaux, moins froids, plus faciles à modeler, tels que les terres cuites, les faïences, les grès, les briques, le staff : on obtient ainsi des effets et des jeux de tons et de couleurs véritablement admirables; on donne aux façades l’aspect d’aquarelles pleines de vie et de chaleur; on en fait des décors qui jettent autour d’eux le charme et la gaieté.
- C’est un style qui conviendrait parfaitement au climat de l'Orient et qui prend tout son éclat sous les chauds l'ayons du soleil d’été.
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- DES MACHINES Vue intérieure
- PALAIS
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- CHAPITRE V.
- PALAIS DES MACHINES.
- 1. Plan et description générale. — Le Palais des machines se composait essentiellement d’une grande nef de 690 mètres de longueur sur 1 i5 mètres de largeur, avec galeries latérales de îb mètres de large, pourvues d’un étage à 8 mètres de hauteur.
- D’après l’avant-projet de l’architecte, les galeries régnaient sur les quatre côtés, et la nef, formant voûte en arc de cloître barlongue, se terminait par deux croupes. Mais l’établissement de ces croupes souleva des objections de la part de l’ingénieur en chef du contrôle des construclions métalliques, qui en déclara l’exécution difficile et pleine d’inconnues redoutables : conformément à une décision prise par la Commission de contrôle et de finances, elles furent supprimées. Dès lors la grande nef se termina par deux pignons verticaux.
- Les galeries, limitées aux deux façades longitudinales, furent réunies, à l’intérieur de la nef, par deux tribunes adossées aux deux pignons et reposant sur des piliers métalliques.
- La couverture, un tiers pleine, deux tiers vitrée, était supportée par vingt fermes dont l’espacement fut réglé a 21 m. 5o, sauf pour la travée centrale et les travées extrêmes.
- Les fermes de la grande nef étaient constituées par des arcs métalliques, en ogive surbaissée, qui franchissaient toute la largeur sans appui intermédiaire et dont la hauteur sous clef atteignait Û3 mètres.
- On peut se rendre compte de l’immensité du hall ainsi formé, en remarquant que la colonne Vendôme eût pu être dressée sous le faîtage et que la nef du Palais de l’Industrie, aux Champs-Elysées, était moitié moins longue et moitié moins large.
- Un grand vestibule central, recouvert d’une coupole, et dans lequel
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- EXPOSITION DE 1889.
- montait un escalier à double révolution, reliait le Palais des machines à la galerie de 3o mètres du Palais des industries diverses. Trois autres escaliers desservaient les tribunes et les bas côtés faisant face
- r
- à l’Ecole militaire.
- 2. Fondations. —• Les fondations devaient comprendre deux rangs de vingt piles destinées à supporter les fermes de 11 5 mètres, et une série de points d’appui entourant la grande nef, pour les piliers des galeries latérales et des tribunes.
- Les indications précédemment données au sujet de la nature du sol dans l’étendue du Champ de Mars, et en particulier a l’emplacement du Palais des machines, me dispensentcl’y revenir ici.
- Je n’entrerai d’ailleurs dans quelques détails qu’en ce qui concerne les piles de la nef.
- Chacune de ces piles devait pouvoir résister à une charge verticale de 4i2 tonnes et à une poussée horizontale de 112 tonnes. Elles se composaient de massifs en maçonnerie de meulière et béton; le mortier était à base de ciment de Portland.
- Pour vingt-cinq des fondations, la couche de gravier, qui se trouvait au-dessous des terres rapportées, avait plus de 3 mètres d’épaisseur. On se contenta de couler un plateau de béton de 0 m. 5o à 0 m. 80 d’épaisseur, sur lequel s’élevait un bloc de maçonnerie de 7 mètres de longueur, 3 m. 5o de largeur et 3 m. 32 de hauteur, arasé à 0 m. US en contre-bas de Faire des palais.
- Pour cinq autres piles, situées du côté de la Seine, l’épaisseur de la couche de gravier n’était plus que de 1 m. 5o à 2 mètres. On fit porter le massif supérieur de maçonnerie sur un plateau de béton à large empâtement, surmonté lui-même d’une assise de maçonnerie d’épaisseur variable.
- Enfin, pour les dix dernières piles, situées en face de l’Ecole militaire, le long de l’avenue de La Motte-Picquet, l’épaisseur de la couche de gravier tombait à 0 m. 5o. Il fallut recourir à des pilotis traversant la couche de glaise.
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- PALAIS DES MACHINES.
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- Les pieux correspondant à chaque fondation étaient au nombre de vingt-huit; ils avaient o m. 33 de diamètre et de g à iû mètres de longueur. On les battait au fond d’une fouille descendue jusqu’au gravier; le battage était effectué au moyen d’un mouton à vapeur porté par un échafaudage qui s’appuyait sur les bords supérieurs de la fouille et se déplaçait à l’aide d’un double jeu.de rails, dans le sens longitudinal et dans le sens transversal. La fiche variait de 7 m. 5o à i3 mètres; l’enfoncement était considéré comme ayant atteint sa limite, quand il ne dépassait plus 1 centimètre par volée de dix coups du mouton, pesant 1,300 kilogrammes et tombant d’une hauteur de
- 1 m. ho.
- Après avoir recepé les pieux à 0 m. 80 en contre-haut du fond de la fouille, on coulait un plateau de béton de 1 1 m. 20 de longueur, 6 m. 5o de largeur et 1 m. 80 d’épaisseur; au-dessus s’élevait la couche intermédiaire de maçonnerie et le massif supérieur, comme pour les piles de la seconde catégorie.
- La résistance demandée au sol n’était que de 3 kilogrammes par centimètre carré, sous les massifs a faible empâtement de béton, et de
- 2 kilogrammes, sous les massifs à grand empâtement.
- Partout où la profondeur des fouilles n’excédait pas h m. 5o, on les a faites à parois verticales avec blindage; on les a creusées en talus incliné à 0 m. 60 de base pour 1 mètre de hauteur, et on leur a donné la forme d’un tronc de cône renversé à section elliptique, de manière a réduire le cube de déblais qu’eût exigé la section quadrangulaire et à combattre la tendance aux éboulements.
- Les sabots en fonte du pied des fermes reposaient sur les piles par l’intermédiaire d’un enduit en ciment et y étaient solidement amarrés par des boulons d’ancrage.
- Quant aux fondations des galeries latérales, elles ne présentaient aucune particularité et consistaient en des massifs de béton établis dans des puits et reliés par des arcs en meulière.
- 3. Charpente métallique de la grande nef. — Dans le chapitre
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- consacré aux considérations générales sur les ossatures métalliques, j’ai déjà fait connaître les dispositions capitales des fermes de la grande nef.
- Ces fermes avaient la forme d’une ogive surbaissée, présentant une ouverture de 11 4 m. 3o à l’extrados et de 106 m. 90 à l’intrados, et une hauteur de 43 m. 5o sous clef. Elles étaient articulées à leur base et à leur sommet; la portée d’axe en axe des rotules inférieures était de 110 m. Go.
- Chacune des volées se composait d’une poutre à caisson dont la hauteur dépassait 3 mètres à la clef et atteignait près de 4 mètres à la naissance. La semelle inférieure avait 0 m. 90 et la semelle supérieure om. 70 de largeur; leur épaisseur variait suivant les nécessités de la résistance du métal : au point le plus fatigué, elles comprenaient huit lames de tôle de 0 m. 01 superposées. Des montants en fer à double t, normaux aux courbes du profil, réunissaient les membrures d’extrados et d’intrados et divisaient l’arc en panneaux, alternativement larges et étroits, que croisillonnait un treillis en simple t.
- Une échelle de service fixée sur la membrure d’intrados et des trous d’homme ménagés dans les montants permettaient de visiter la ferme; arrivée au dernier grand treillis près du faîtage, l’échelle se retournait à angle droit, s’adossait au montant et donnait accès sur l’extrados.
- A sa base, la poutre à caisson s’amincissait et portait un coussinet en fonte, par lequel elle reposait sur la rotule en fonte. Cette rotule était parfaitement ajustée au tour;.elle se trouvait encastrée dans un sabot, assis sur une plaque de fondation énergiquement ancrée, comme je l’ai dit, au massif de la pile. Des coins d’acier chassés entre les talons bordant la plaque et le sabot donnaient le moyen de régler rigoureusement la position définitive de la ferme.
- Au sommet, le pivot était en acier et s’emboîtait dans deux coussinets en fonte adaptés aux deux poutres. Un fort collier en fer forgé enserrait extérieurement les deux coussinets et s’opposait à leur écartement. Deux rondelles d’acier, en forme de patère, pressées contre leurs faces antérieure et postérieure à l’aide d’un boulon passant au
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- centre de l’articulation, devaient empêcher les mouvements latéraux des poutres.
- Dans les calculs relatifs à la résistance des fermes, on a négligé les tympans qui portent la toiture et le chéneau, à cause de l’indécision qu’aurait apportée cet élément. Mais on a tenu compte des charges des galeries latérales, qui avaient pour effet de diminuer légèrement les moments fléchissants dans les arbalétriers.
- L’espacement normal des arcs était de 21m. 5o; ce chiffre s’élevait à 26 m. ko pour la travée centrale et à 2 5 m. 30 pour les travées extrêmes.
- Dans chaque travée et sur chacune des faces latérales de la nef, les fermes étaient réunies par une poutre à treillis, un arc et un chéneau.
- Cinq pannes par demi-travée soutenaient les rampants de la couverture et la partie vitrée. Ces pièces, placées dans un plan vertical, s’assemblaient sur l’âme des fermes, au droit des petits panneaux du treillis.
- Trois cours de chevrons, assemblés dans la hauteur des pannes, contribuaient à porter le système de petits fers qui formait les mailles de la couverture.
- Les deux pannes les plus voisines du faîtage étaient réunies par trois petits arceaux, dans le prolongement des chevrons, et supportaient des solives recevant le chemin de service de la couverture. Elles constituaient un tout très rigide.
- Les fermes articulées offrant moins de garanties que les fermes continues au point de vue du déversement, des contreventements très robustes étaient établis sur les trois travées du centre et sur les travées extrêmes. Ces contreventements se composaient de tirants en fer rond, avec tendeurs, assemblés sur les membrures d’extrados, au point de jonction des pannes. L’ensemble des tirants, formant de grandes croix de Saint-André, partait de l’angle du chéneau pour se prolonger jusqu’à l’articulation supérieure; la section des fers diminuait au fur et à mesure qu’ils se rapprochaient du faîtage. Des oreilles
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- ménagées sur la partie convexe des rondelles servaient de points d’attache supérieurs, au droit de l’axe en acier.
- Le poids d’une ferme courante était de 207 tonnes environ; celui d’une travée de pannes, chevrons et fers à vitrage, de 118 tonnes; enfin celui des pièces formant paroi verticale (sablières, chéneaux et arc d’une travée), de 48 tonnes 6.
- Les fermes de tête pesaient chacune 2 5o tonnes.
- Le tonnage total de la grande nef s’élevait à 9,225,000 kilogrammes. La surface d’appui de chaque rotule au-dessous du coussinet étant de 68 décimètres carrés, il en résulte que cette masse énorme portait sur une surface de fonte de 28 mètres carrés.
- Il convient encore de remarquer, en terminant ces indications sommaires, que les galeries latérales jouaient le rôle de contreforts et concouraient d’une manière très efficace à la stabilité générale de l’édifice.
- La construction de la grande nef des machines ne pouvait être abordée que par des usines de premier ordre, disposant de moyens d’action très puissants. Ce furent la Compagnie de Fives-Lille et la Société des anciens établissements Cail qui s’en rendirent adjudicataires, chacune pour moitié.
- Commencé dans les premiers jours, d’avril 1888, le montage a été terminé à la fin de septembre de la même année.
- Les deux sociétés ont eu recours à des procédés de levage également ingénieux, mais profondément différents, qui méritent que l’on s’y arrête quelques instants, surtout pour les fermes.
- Le système employé par la Compagnie de Fives-Lille a consisté, dans son ensemble, à assembler et à river à terre les éléments de chaque ferme de façon à former quatre grands tronçons (deux pieds-droits et deux arbalétriers), puis à lever ces quatre tronçons à l’aide d’échafaudages et enfin à les réunir par les quelques pièces nécessaires à leur raccordement. Ainsi le nombre des rivures et manu-
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- tentions à faire sur les échafaudages était réduit au minimum : sur 32,ooo rivures qu’exigeait la ferme, 19,600 étaient exécutées aux ateliers, io,3oo sur le sol du Champ de Mars et 2,100 seulement dans les échafaudages.
- Ces échafaudages comprenaient un pylône central et deux échafaudages latéraux et indépendants. Ils cubaient environ 900 stères.
- Le pylône central avait 22 mètres de long, dans le sens de l’axe de la nef, 19 mètres de large et Ixk mètres de haut, non compris les charpentes accessoires, et portait à sa partie supérieure un plancher à gradins, suivant à peu près l’inclinaison des arbalétriers des fermes. Un contrefort très robuste, placé dans l’axe, supportait le principal effort des poulies de levage. Deux treuils a double tambour cannelé, commandant ces poulies, étaient disposés sur un plancher adapté aux basses moises; deux autres treuils plus petits se trouvaient sur une plate-forme de service, immédiatement au-dessous du plancher supérieur. Dix-huit galets permettaient au pylône de se déplacer longitudinalement, en roulant sur quatre files de rails.
- Chacun des échafaudages latéraux se composait de trois parties, savoir : i° une partie principale ayant la même largeur que le pylône central, limitée comme lui par deux fermes consécutives, et munie d’un plancher supérieur à gradins suivant la courbure de l’arc métallique; 20 un avant-corps et un arrière-corps plus élevés, laissant libres deux échancrures par lesquelles pouvaient passer deux fermes successives, et couronnés par une plate-forme de service qui faisait saillie sur le nu de la face latérale du hall. Sur les deux plates-formes roulaient deux appareils de levage servant à monter la sablière basse, les arcs des faces latérales, le chéneau et les pannes. L’avant-corps, plus important et beaucoup plus haut que l’arrière-corps, servait conjointement avec le pylône central à lever les grands tronçons des fermes; il était en outre employé au montage des pièces de raccordement de ces tronçons : aussi était-il pourvu à sa partie supérieure d’une poulie de levage commandée par un fort treuil identique à celui du pylône central. L’ensemble se déplaçait soit perpendiculairement, soit parallèlement à l’axe de la nef, au moyen de 5o galets de
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- roulement, dont 2 8 pour les mouvements latéraux et 2 2 pour les mouvements longitudinaux : des coussinets en fonte que Ton plaçait au-dessus des tourillons ou que l’on enlevait, après avoir soulevé l’échafaudage à l’aide de vérins hydrauliques, permettaient de mettre en jeu la batterie de galets qui devait fonctionner et, simultanément, de mettre hors de service l’autre batterie.
- Pour le montage des fermes, les échafaudages étaient disposés de telle sorte que le plan de l’arc à lever passât en avant du pylône central et dans les créneaux séparant l’avant-corps et le corps principal des échafaudages latéraux; le créneau d’arrière correspondait alors à la ferme précédemment levée. Toutefois le montage de la première ferme a été opéré à l’arrière des échafaudages en meme temps que l’on montait la deuxième ferme à l’avant : ces deux fermes ont été reliées par les pannes et autres pièces de la toiture, et fortement consolidées par des haubans en acier, avant le déplacement des échafaudages.
- Lorsque, après l’achèvement d’une travée, il fallait passer â la suivante, on roulait le pylône central dans le sens de l’axe du Palais. Les échafaudages latéraux recevaient : t° un mouvement latéral vers l’axe, qui dégageait l’échancrure postérieure et permettait à l’arrière-corps de passer sous l’avant-dernière ferme montée; 20 un mouvement longitudinal d’une amplitude égale à la largeur de la travée; 3° un mouvement inverse du premier, ramenant les échafaudages à leur alignement. La traction avait lieu au moyen de câbles fixés à des pieux et s’enroulant sur les treuils des échafaudages.
- Maintenant que j’ai sommairement décrit les apparaux, il me reste à indiquer brièvement le mode de levage des pièces.
- Les fragments de fermes expédiés des ateliers et amenés par wagon jusqu’au droit des piles étaient rivelés et réunis en quatre tronçons, ainsi que je l’ai expliqué. On plaçait les pieds droits en dehors des échafaudages dans le plan meme de la ferme et les arbalétriers entre les échafaudages à l’aplomb de leur position définitive. Une petite grue roulante de 10 mètres de hauteur, à cheval sur les deux tronçons d’une demi-ferme, servait à la manutention.
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- Après avoir fixé sur les maçonneries de fondation les plaques d’appui à rotule, on effectuait le levage simultané des deux pieds-droits, puis celui des arbalétriers.
- Le levage des pieds-droits s’opérait par rotation, d’abord autour cfun axe auxiliaire en acier, jusqu'à ce que l’arête inférieure du coussinet fût venue en prise avec l’angle externe de la rotule et de la plaque cl’appui, puis autour de ladite arête, jusqu’à ce que le pied-droit fût arrivé à sa position verticale, enfin autour de la rotule, dans la dernière période du mouvement. La traction était produite à l’aide de câbles en chanvre actionnés par les deux treuils inférieurs du pylône central et passant sur des poulies mouflées, fixées d’une part au pied-droit, d’autre part à l’échafaudage latéral. Des haubans de retenue qu’on laissait mollir progressivement étaient attachés aux pieds-droits, pour les empêcher de sortir de leur plan de rotation et pour les retenir quand leur centre de gravité avait dépassé la verticale de l’axe de rotation. Des câbles en acier reliaient d’ailleurs à la base du pylône central les points d’attache des poulies sur les échafaudages latéraux. La durée de l’opération ne dépassait pas trois heures : l’équipe était de 16 hommes par pied-droit.
- Le levage des arbalétriers s’effectuait par soulèvement direct. Chacune de ces pièces était saisie à ses extrémités par des palon-niers sur lesquels agissaient des câbles mouflés ayant leurs poulies supérieures fixées sur les échafaudages; les quatre gros treuils placés à la hase du pylône central et des échafaudages latéraux actionnaient ces câbles. On commençait par donner aux deux tronçons des positions convenablement inclinées, après quoi on les levait à leur hauteur définitive. Leurs têtes, alors écartées de 2 mètres environ, étaient amenées en contact avec la rotule supérieure de la ferme, par une traction oblique, produite au moyen de deux palans que commandaient les treuils supérieurs du pylône central. Une fois le contact établi, on mettait en place le collier des coussinets et l’on boulonnait, puis l’on rivait les jonctions des arbalétriers et des pieds-droits : les pièces de raccordement nécessaires à ces jonctions avaient été préalablement levées à l’aide des grues roulantes des échafaudages 11. 5
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- latéraux. L’opération exigeait 80 hommes pour les deux arbalétriers et durait cinq heures.
- On u eu recours à un procédé spécial pour le montage des pièces de la toiture situées au-dessus de l’espace vide entre le pylône central et chacun des échafaudages latéraux, c’est-à-dire dans la zone limitée, pour chaque demi-travée, par la seconde et la quatrième panne. Ces pannes, assemblées et rivées au pied de lechafaudage latéral, étaient levées en une seule pièce à l’aide du chariot roulant disposé sur le plancher supérieur de cet échafaudage; elles portaient à chaque extrémité des galets par lesquels elles reposaient sur l’extrados des fermes. La panne à (la plus voisine de la panne faîtière) et la panne 3 étaient d’abord déposées sur les fermes, au-dessus de l’échafaudage et à l’écartement normal; on y assemblait les chevrons et autres pièces; puis, à l’aide de treuils placés sur le pylône central , on faisait rouler le panneau ainsi formé et on l’avançait vers la clef de la quantité voulue pour pouvoir monter de même la partie de couverture comprise entre les pannes 2 et 3; une nouvelle translation imprimée au double panneau l’amenait à l’aplomb de sa position définitive, et il ne restait qu’à le dépouiller de ses galets, en le soulevant au moyen de vérins, à le laisser descendre et à river les pannes sur les goussets d’attache adaptés aux fermes.
- Le levage et le montage des autres pièces n’ont donné lieu à aucune particularité qui mérite d’être signalée.
- En laissant de côté les tâtonnements du début, on peut estimer à une semaine le délai de montage d’une travée, y compris le déplacement des échafaudages : l’exécution à l’atelier ne pouvait être aussi rapide, de telle sorte que la Compagnie de Fives-Lille n’a pas complètement utilisé la puissance de son procédé.
- Le nombre moyen des ouvriers employés sur le chantier a été de 25o.
- Le système employé par la Société des anciens établissements Cail différait tout à fait, dans son principe, de celui de Fives-Lille. Il consistait à lever la ferme pur petits fragments n’excédant pas 3 tonnes
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- et à opérer le rivetage sur un plancher épousant la forme de l’arc et porté par des échafaudages. Sur les 32,000 rivures d’une ferme, 4,ooo seulement étaient exécutées dans les ateliers, 8,000 à pied d’œuvre et 20,000 sur les échafaudages.
- Ges échafaudages comprenaient cinq grands pylônes ayant une longueur de 16, 18 ou 20 mètres suivant leur hauteur, présentant une largeur uniforme de 8 mètres, relies par des moises à to mètres environ au-dessus du sol, et réunis au sommet par deux planchers continus en madriers, dont l’un à gradins suivait à peu près la courbure de l’arc, tandis que l’autre était réglé horizontalement à 35 mètres de hauteur.
- La plate-forme horizontale, large de 4 mètres, portait deux grues roulantes.
- Chacune des deux grues se composait : i° d’un pylône en fer de 1 2 mètres de hauteur reposant sur un chariot à quatre galets, susceptible de se déplacer parallèlement à la ferme; 20 d’un caisson en tôle de iom.8o de longueur, disposé en porte à faux a la partie supérieure du pylône et formé de deux poutres jumelles, laissant entre elles un long créneau; 3° d’un treuil roulant sur les poutres du caisson, normalement à la ferme, et pouvant transporter un fardeau d’une extrémité à l’autre de ce caisson. Les deux poutres jumelles étaient solidement reliées à leurs abouts; une potence supportait en outre par le milieu la poutre la plus éloignée du pylône. L’appareil était complété par une échelle conduisant à un plancher de service entouré de garde-fous.
- Bien que le chariot inférieur du pylône de la grue s’étendit du côté du caisson en porte à faux de manière a assurer la stabilité de l’appareil, on avait soin, au moment du levage des pièces, de le rattacher aux rails par des brides en fer et d’amarrer le pylône au sol par des haubans en fils d’acier tendus au moyen de petits palans.
- Les cinq échafaudages étaient supportés chacun par douze galets et pouvaient rouler parallèlement à l’axe de la nef. Pour les déplacer, on exerçait une traction convenable sur chacun d’eux au moyen d’un câble fixé en son milieu, allant passer sur une poulie de renvoi et
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- revenant s’enrouler autour du tambour d’un treuil disposé à la base de l’échafaudage. L’ensemble à mouvoir offrant un front de 102 mètres, des précautions étaient nécessaires pour que la translation fût bien uniforme : on suivait attentivement la marche à l’aide de repères tracés sur les rails et de fils à plomb adaptés à la charpente. Il ne fallait pas plus d’une heure et demie pour passer d’une ferme à l’autre.
- Les apparaux de montage se complétaient par deux grues en charpente, roulant sur les bas cotés, extérieurement à la nef. Ces grues, analogues à celles des échafaudages, étaient munies d’un caisson en porte à faux de 18 mètres de long avec treuil roulant dans le sens perpendiculaire à l’axe du Palais.
- Le cube total des charpentes atteignait 700 mètres cubes.
- Voici comment s’effectuait le montage des fermes.
- Après avoir boulonné et réglé les sabots en fonte et les rotules des naissances, on levait les pieds-droits par fragments de 3 tonnes au plus, jusqu’au-dessus du tympan portant chéneau ; le levage était opéré par les grues roulantes des bas côtés ; un échafaudage léger entourant les piles permettait d’établir à diverses hauteurs des planchers volants pour le travail des riveteurs. Lorsque le niveau du chéneau avait été atteint, les deux grues passaient à la ferme suivante. Pendant ce temps, les grues des échafaudages continuaient le montage de la ferme en levant et amenant les pièces à leur position définitive où elles étaient rivées : les deux demi-arcs se continuaient ainsi progressivement jusqu’à l’articulation supérieure.
- Jusqu’au dernier moment, des vérins à vis surélevaient légèrement la ferme, afin de laisser du jeu à l’articulation. Une fois le rivetage terminé, on décalait la ferme et on boulonnait le collier d’articulation. Tandis que les riveteurs travaillaient, les grues des échafaudages levaient les pannes comme je l’indiquerai plus loin, en remontant vers le faîtage, puis approvisionnaient sur le plancher horizontal des fragments de la ferme suivante.
- Quant à l’opération démontage des pannes, elle était également très simple. Ces pièces étaient rivées et amenées directement à pied
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- d’œuvre, au-dessous de leur emplacement. Avant de transporter les échafaudages d’une ferme à l’autre, on avait rivé les goussets d’attente sur la ferme terminée et on avait établi une petite bigue en charpente au droit de chacun de ces goussets. La panne était saisie, à l’une de ses extrémités, par un cordage passant dans la poulie de la bigue et s’enroulant à terre sur un treuil, à l’autre extrémité, par la chaîne d’une des grues roulantes des échafaudages; on la levait à son emplacement et on la rivait.
- Pour le levage des chevrons, on se servait de cordages commandés par des treuils et de poulies adaptées a des écoperches dont étaient munies les pannes avant leur montage. La mise en place et le rivetage, se faisant dans le vide, exigeaient beaucoup d’adresse.
- Des chèvres de 20 mètres de hauteur levaient les arcs et chéneaux des faces latérales.
- La durée du montage a d’abord été de douze jours, puis de dix jours par travée. Pendant la marche normale du travail, l’atelier comptait 2 15 ouvriers.
- En définitive, les deux sociétés de Fives-Lille et des anciens établissements Gail sont arrivées par des moyens divers à des résultats équivalents.
- Je serais fort hésitant pour exprimer une préférence en faveur de l’un ou l’autre des deux systèmes. D’ailleurs les éléments me font défaut pour comparer ces systèmes au point de vue de la dépense.
- 4. Charpente métallique des bas côtés. Rideaux en fer des pignons. Charpente de la coupole du vestibule central. — Les galeries des bas côtés avaient i5 mètres de largeur; la hauteur de leur faîtage était de 22 mètres; un plancher formant étage régnait à 8 mètres au-dessus du sol.
- Ces galeries se composaient d’une série de travées correspondant à celles de la nef, mais normales à son axe. Leur couverture reposait, vers l’intérieur, sur les montants et les arcs en plein cintre des faces latérales de la nef, et vers l’extérieur, sur des montants et des arcs
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- semblables disposés en regard des premiers dans le plan des façades. Une poutre à treillis, dont la face inférieure était en anse de panier très surbaissée, reliait chacun des montants extérieurs au montant correspondant de la file intérieure.
- L’entreprise a été divisée en quatre lots qui ont été attribués a la Société d’Ivry, à la Société de Saint-Denis, a M. Robillard et à MM. Moisant et Cle.
- Les dispositifs employés pour le montage n’ont rien présenté de bien nouveau. J’indiquerai, à titre d’exemple, le procédé de la Société de Saint-Denis. Après avoir monté l’étage inférieur à l’aide de chèvres, cette société a établi sur le plancher du premier étage un échafaudage roulant, couronné par une plate-forme à encorbellement extérieur sur laquelle pivotait une volée horizontale en bois : la ferme de façade, préparée sur le sol, était levée d’une seule pièce au moyen de deux treuils fixés aux montants de l’échafaudage et de chaînes avec poulie de renvoi placées sur l’encorbellement; une fois la ferme en place, on enlevait successivement les chéneaux et les pannes a l’aide d’un treuil adapté à la volée horizontale, et on les amenait en place par un déplacement de l’échafaudage sur ses rails et un pivotement de la volée.
- L’ossature des rideaux en fer formant pignons sur les avenues de Suffren et de La Bourdonnais n’appelle aucune explication. Elle a été exécutée par MM. Baudet et Donon.
- Je me borne à signaler les deux pylônes de 35 mètres de hauteur sur l’avenue de La Bourdonnais.
- Le vestibule central du Palais des machines comportait une coupole surbaissée reposant sur quatre pendentifs; les arcs-doubleaux qui limitaient les surfaces sphériques de ces pendentifs étaient en anse de panier : l’un de ces arcs se raccordait avec la travée centrale du Palais, l’autre formait l’entrée de la galerie de 3o mètres. Deux larges voussures renforçaient les arcs de côté et retombaient sur les murs verticaux de la salle.
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- La coupole a été montée par MM. Moreau frères.
- Il est entré 3,5ûo tonnes de fer, tant dans les bas côtés que dans le vestibule central.
- 5. Charpente en bois et menuiserie des combles. Couverture. Vitrerie. Parquetage. — La couverture de la grande nef était partie vitrée, partie pleine : les zones pleines se composaient de la totalité des deux travées extrêmes et, sur chaque versant, de l’espace compris entre le chéneau et la grande panne voisine.
- Dans l’étendue de ces zones, les petites pannes en fer portaient un chevronnage en bois auquel étaient fixés, à la partie supérieure, le voligeage et, à la partie inférieure, un plancher destiné à recevoir les toiles peintes et les staffs formant la décoration intérieure de l’édifice.
- Pour les travées extrêmes, ce travail de charpente et de menuiserie a été fait au moyen d’échafaudages volants, prenant leurs points d’attache sur les pannes et les chevrons en fer.
- Pour le surplus, on s’est servi d’échafaudages roulants, qui pouvaient parcourir toute la longueur de la nef et qui se composaient d’un socle et d’une sorte d’escabeau supérieur à gradins, susceptible de. se mouvoir sur le socle perpendiculairement à l’axe de la nef, de manière à échapper l’intrados des fermes, quand on voulait passer d’une travée à l’autre.
- Quant aux voûtes des bas côtés, elles étaient simplement recouvertes d’un plancher reposant sur les chevrons en fer, par l’intermédiaire de fourrures, et portant le voligeage.
- L’entreprise de ces travaux a été confiée à la Société des ouvriers charpentiers de la Villette.
- Les parties pleines de la couverture de la grande nef étaient constituées par des feuilles de zinc de 2 mètres surom. 80, s’agrafant l’une sur l’autre à pli vif sans entailles dans les angles des reliefs; chaque feuille était maintenue en tête par deux pattes d’agrafe en zinc, et sur chacun des reliefs de côté, par deux pattes passant sous le
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- tasseau et rabattues sur le relief; les couvre-joints, de 1 mètre de longueur par bout, étaient fixés par des gaines a dilatation.
- Au sommet, on avait établi un chemin de faîtage en zinc, avec garde-fou, auquel les ouvriers accédaient par six escaliers en tôle galvanisée suivant l’extrados des fermes.
- Les bas côtés étaient couverts par des ardoises de zinc de o m. 60 sur o m. 60, en losange, avec une patte obturatrice en tête et deux pattes d’agrafes sur les côtés.
- La superficie considérable occupée par les combles du hall des machines et par celui des galeries latérales exigeait ds précautions particulières pour récoulement des eaux pluviales. Cet écoulement était assuré : i° par deux chéneaux parallèles a Taxe, placés à la limite du vitrage de la nef et ayant leurs points bas sur l'extrados des grandes fermes: a0 par des rigoles suivant l’extrados des fermes entre ces chéneaux sous vitrage et les chéneaux bas de la nef; 3° par ces chéneaux bas, dont les points hauts se trouvaient, comme ceux des chéneaux sous vitrage, au milieu des travées; A0 par des tuyaux de descente établis sur les faces latérales de la nef, entre les chéneaux bas et les lignes séparatrices des voûtes des bas côtés; 5° par des chéneaux suivant ces lignes séparatives; 6° enfin par des tuyaux de descente situés sur les façades extérieures et pourvus de regards à leur base.
- Des dispositions minutieuses, qu’il m’est impossible d’étudier en détail, avaient été prises pour éviter les fuites.
- La coupole vitrée du vestibule central se terminait par un chéneau circulaire en zinc; les pendentifs et les voussures étaient revêtus de feuilles de plomb.
- La couverture vitrée de la grande nef était formée de feuilles de verre fournies par la Compagnie de Saint-Gobain. Ces feuilles, striées sur leur face inférieure, avaient om.ooB d’épaisseur, î m. qo à 9 mètres de longueur, et généralement o m. 5o6 de largeur; elles reposaient latéralement sur de petits fers à j_ portés eux-mêmes par des pannes secondaires. Un petit vide correspondant à la table du _l régnait entre les lames de verre et les pannes secondaires, et servait
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- tant à la ventilation qu’à l’écoulement des eaux de condensation de la buée intérieure.
- La pose a été effectuée au moyen d’échafaudages volants à gradins suspendus à la charpente métallique du comble. De grands filets tendus au-dessous de ces échafaudages assuraient la sécurité des ouvriers.
- Après coup, les verres ont été dépolis au moyen d’une mixture de lait et de blanc de Meudon.
- Les verrières des surfaces verticales, autres que celles de pignons, étaient en verre blanc : pour les mettre en place, on s’est servi d’échafaudages volants à moufles.
- Sur les pignons, les verres étaient teintés. Du côté de l’avenue de La Bourdonnais, une grande rosace dessinait les écussons des principales puissances et produisait un effet décoratif très puissant; du côté de l’avenue de Sufl'ren, une série de vitraux, appartenant à un exposant, M. Ghampigneulle, représentait la bataille de Bouvines.
- Un autre vitrail, ayant pour motif le Char du Soleil et également fourni par un exposant, ornait la grande baie médiane faisant face à l’Ecole militaire.
- Pour la peinture des fers, l’architecte a renoncé à la couleur grise ordinaire et lui a substitué une couleur jaune rougeâtre.
- Des échafaudages funiculaires ont été employés pour l’application de la troisième couche sur les petits fers de la couverture du hall, après la pose des vitrages; ils ont également servi au dépolissage des verres.
- Le parquetage du rez-de-chaussée se composait de frises de sapin clouées sur des lambourdes, qui reposaient elles-mêmes sur le sol et que consolidait un quinconce en piquets de chêne.
- Au premier étage, les lambourdes portant les frises étaient simplement posées sur les solives en fer et maintenues à l’aide de cales en bois, avec encoches s’engageant sous les ailes des fers à t.
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- L’ornementation inférieure en staff a conduit à supprimer tout hour-dis de plâtre.
- 6. Décoration. — Dans un précédent chapitre, j’ai dit que le Palais des machines constituait l’un des spécimens les plus remarquables des constructions en fer produisant par elles-mêmes un grand effet décoratif.
- Pour s’en convaincre, il suffisait de parcourir la grande nef.
- Ce qui frappait avant tout, c’était le profil hardi et grandiose des fermes. Mais, en regardant de plus près, on pouvait admirer une foule de détails.
- Je citerai, presque au hasard, la belle ordonnance du treillis des arcs, sa division en panneaux légers et alternés, la forme élégante des pannes à amortissements arrondis, celle de la poutre sablière, l’ajustement des arceaux en fer reliant les pieds-droits sur les faces latérales, le caractère original des piliers de tribune aux consoles évasées, le style des rampes d’escalier, etc.
- Je mentionnerai encore les contreforts des pignons, la base des pylônes de la façade principale sur l’avenue de La Bourdonnais, la balustrade couronnant la plate-forme de ces pylônes, les grands arcs rehaussés de nervures et les consoles des façades latérales.
- Quant aux éléments décoratifs auxiliaires, bien qu’ils aient été employés avec beaucoup de sobriété, leur rôle n’en était pas moins considérable, eu égard à l’étendue du Palais des machines.
- A l’intérieur de la grande nef, les parties pleines des plafonds avaient été décorées au moyen de toiles peintes à la colle : ce^ procédé s’imposait, par suite du très court délai dans lequel devait être achevée la construction. Sur chacun des panneaux courants compris entre deux chevrons était l’écusson d’une des principales villes de France ou de l’étranger, avec un cartouche d’encadrement et un motif composé des produits principaux de la ville ou de l’Etat. Dans les travées extrêmes et dans les trois travées du centre, de grands écussons en relief, accompagnés d’ornements en staff, complétaient
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- Coupole à l'extrémité de la Galerie d Honneur _ Vue intérieure
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- l’ensemble et en accusaient les grandes divisions. La superficie totale des toiles et peintures décoratives s’est élevée à 17,000 mètres carrés; l’entreprise en a été confiée à MM. Rubé, Chaperon et Jambon, dont le talent est si justement apprécié. M. Jules Martin, sculpteur, a modelé et exécuté les staffs.
- J’ai déjà parlé des deux verrières du pignon de La Bourdonnais et du pignon de Suffren.
- Le plafond du rez-de-chaussée des galeries latérales était garni de staffs.
- Dans le vestibule central, la coupole était percée de.larges panneaux à jour décorés de vitraux, qui formaient une grande rosace colorée et lumineuse, et qui représentaient les principaux végétaux du sol français (blé, vigne, chanvre, etc.). Le surplus de la décoration consistait, pour les panneaux pleins de la coupole et les pendentifs, en toiles peintes à la détrempe et posées sur un parquetage, pour les voussures et les arcs-doubleaux, en trophées et cartouches de staff'. On voyait, au-dessous de ta rosace, des cartouches accompagnés d’enfants et portant les noms des grandes industries (mécanique, tissage, ébénisterie, reliure, etc.); des groupes de figures s’enlevant sur un fond de tapisserie et consacrés aux sciences, aux arts, au commerce et à l’industrie; des motifs symbolisant l’agriculture, la marine, l’armée, les travaux publics, etc. Enfin quatre panneaux, indiquant en or sur fond bleu les dates de nos quatre expositions universelles internationales, arrêtaient l’œil à la hauteur de la naissance des arcs-doubleaux. La tonalité générale de la décoration était claire et blonde avec rehauts de brun, de bleu et d’ocre. Des vitraux d’une couleur très chaude avec bordure jaune d’or garnissaient les fenêtres ménagées dans les murs latéraux.
- C’est sous la coupole du vestibule central que se développait l’escalier d’honneur à double volée conduisant de la galerie de 3o mètres au premier étage des galeries latérales du Palais. On remarquait la belle rampe en fer forgé de cet escalier, étudiée par l’architecte dans le style du dernier siècle et exécutée par M. Maison, constructeur aux Riceys, et notamment le départ de celte rampe avec ses fleurons et ses
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- cartouches en bronze, ainsi que la délicate figure portant le bouquet de lampes électriques et due à l’ébauchoir de M. Cordonnier : à côté du monument de Fart contemporain, M. Dutert avait tenu à placer un échantillon de Fart ancien, du travail de forge et de ciselure à la main.
- Notons encore les intéressants candélabres en fer laminé, qui servaient à l’éclairage électrique du pied des autres escaliers.
- A l’extérieur, la porte d’entrée principale, du côté de l’avenue de La Bourdonnais, était surmontée d’un panneau de faïence qui portait le nom du monument, en lettres entrelacées d’une grande branche de laurier, et qu’enveloppait un rinceau : la céramique n’avait place nulle part ailleurs dans le Palais. L’archivolte du porche était en staff, modelé par M. Thiébault, sculpteur : à droite et à gauche, deux groupes de 10 mètres de haut, la Vapeur et FElectricité, exécutés en plâtre d’après les modèles de MM. Chapu et Barrias. Au-dessus se développait la rosace formée des écussons des principales puissances.
- L’acrotère en zinc du même pignon représentait les outils de l’industrie moderne.
- Des mosaïques en briques blanches et rouges, d’un dessin très simple, garnissaient les façades latérales entre l’ossature en fer et les baies vitrées. L’acrotère en zinc de ces façades était réduit a un bourrelet coupé de bagues et couronné au sommet de chaque comble par un caducée.
- 7. Dépenses. — Les dépenses de construction du Palais des machines se chiffrent comme suit :
- Maçonnerie et terrassements....................... 533,989 francs.
- Constructions métalliques..................... 5,533,189
- Charpente en bois, menuiserie, carrelage et parquetage....................................... 335,458(1)
- Couverture et plomberie....................... 2 56,5 0 3
- A reporter................ 6,659,139
- (l) Non compris une somme de 63,o38 francs mise h la charge des exposants pour la construction des parquets.
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- Report..................... G,G59,i3(j francs.
- Vitrerie.............................................. 219,695
- Décoration. — Sculpture et peinture............... A28,178
- Travaux divers......................................... 39,682
- Frais d’agence....................................... 19/1,377
- Total....................... 7,5/11,071
- ce qui fait ressortir le prix du mètre horizontal couvert à 121 francs environ, celui du mètre horizontal utilisé à 97 francs et celui du mètre cube occupé par l’édifice à 3 fr. 73.
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- CHAPITRE VI.
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- 4. Plan et description générale. — Gomme je l’ai précédemment indique', le Palais des industries diverses se composait essentiellement d’un corps principal, occupant le Champ de Mars sur presque toute sa largeur, et de deux ailes, s’avançant vers la Seine. Il était limité : au sud, par le jardin d’isolement de 3o mètres qui le séparait du Palais des machines; a l’est et a l’ouest, par les rues contiguës aux avenues de Suffren et de La Bourdonnais; au nord, parles galeries Rapp et Desaix et par le jardin haut.
- Sa superficie était de io6,53o mètres carrés.
- Le corps principal comprenait :
- i° Un groupe de sept galeries de 2 5 mètres d’ouverture, parallèles à la Seine, ayant leur origine à 53 mètres environ de l’avenue de La Bourdonnais, et s’arrê-. tant à 15 mètres de l’axe longitudinal du Champ de Mars;
- 2° Un groupe symétrique, du côté de l’avenue de Suffren;
- 3° Une galerie de 3o mètres d’ouverture, perpendiculaire à la Seine et comprise entre ces deux groupes de galeries de 2 5 mètres;
- h° Au pourtour, vers la Seine, l’avenue de Suffren et l’avenue de La Bourdonnais, des galeries de i5 mètres qui, sur le jardin haut, formaient promenoir couvert et abritaient des restaurants ou autres établissements analogues.
- A l’extrémité, côté de Seine, de la galerie de 3o mètres, était un grand dôme central avec pavillons adossés, constituant une entrée monumentale et faisant en quelque sorte pendant au Trocadéro; à son autre extrémité, la galerie de 3o mètres aboutissait à un escalier monumental, recouvert d’une coupole de moindres dimensions et donnant accès au premier étage des galeries latérales du Palais des machines.
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- Dôme central - Vue extérieure
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- Chacune des ailes se composait. :
- i° De trois galeries de 2 5 mètres, perpendiculaires à la Seine;
- 2° De deux galeries de 15 mètres ayant la même orientation et accolées au groupe de galeries de 2 5 mètres, l’une du côté du jardin haut, l’autre du côté extérieur.
- La galerie de i5 mètres, voisine du jardin, formait, comme celle du corps principal, promenoir couvert et abritait des restaurants.
- Les deux ailes étaient limitées, d’une part, aux galeries Rapp et Desaix, d’autre part, au corps principal.
- Quatre grands pavillons de raccordement s’élevaient à la rencontre des galeries de 15 mètres des ailes avec la galerie de même ouverture terminant le corps principal vers la Seine.
- 2. Fondations. — Les piliers des fermes reposaient généralement sur des massifs de béton, descendus dans des puits jusqu’à la couche de sable naturel et recouverts d’une chape en ciment arasée à o m. 6o en contre-bas du sol, c’est-à-dire à la cote (35).
- En certains points, on a rencontré d’anciennes maçonneries qui ont pu être conservées, ce qui a réduit d’autant les dépenses des fondations.
- Les galeries de i5 mètres, du côté du jardin, comportaient un sous-sol, avec plancher supérieur en fers à double t et voûtins de briques. Des arcs en maçonnerie de meulière, parallèles à l’axe de ces galeries, reliaient les massifs de fondation; les deux lignes d’arc étaient réunies par des murs perpendiculaires, fondés sur le sable vierge et échelonnés de 2 5 en 2 b mètres.
- Pour les galeries extérieures de i5 mètres, sous lesquelles il n’y avait point de caves, les deux files longitudinales de massifs de fondation étaient de même pourvues d’arcs en maçonnerie; mais on avait substitué aux murs transversaux des arcs établis de 2 5 en 2 5 mètres, au droit des piliers des fermes de 2 5 mètres.
- Ce dispositif était également appliqué aux fondations de la galerie de 3 0 mètres.
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- Enfin on avait eu soin de contrebuter aussi par des arcs les massifs de la dernière ligne de piliers, du côté du jardin d’isolement.
- Les fondations qui avaient le plus d’importance et qui exigeaient le plus de soin étaient celles du dôme central.
- Les pylônes reposaient sur quatre massifs, en béton et maçonnerie de ciment, contrebutés par une double ceinture d’arcs en maçonnerie. Ces massifs, dont le plan assez compliqué s’adaptait à celui des constructions, étaient évidés par raison d’économie. Trois d’entre eux purent être assis directement sur le sable; pour le quatrième, établi en un point où la couche sablonneuse avait disparu et avait été remplacée par un remblai de moellons, il a fallu battre des pilots de 8 mètres de longueur, traversant ce remblai et la couche de glaise. Tous quatre ont été construits dans des fouilles ouvertes en grand, avec talus de o m. 5o de base par mètre. De solides ancrages amarraient vigoureusement les piliers de la coupole.
- Quant aux piles des pavillons latéraux, elles ont été faites dans des puits et reliées également par des arcs en maçonnerie.
- La dépense totale des fondations du Palais s’est élevée à 388,ooo francs.
- 3. Charpente métallique des galeries de 25 mètres.—L’ossature métallique des galeries de 2 5 mètres était exclusivement composée de fers du commerce, disposition éminemment favorable au point de vue de la dépense et de la revente après l’Exposition.
- L’espacement des fermes était de 8 m. 333.
- Elles étaient portées par des piliers, formés de lames de tôle sur deux de leurs faces et de croisillons sur les deux autres. Ces piliers avaient 8 mètres de hauteur; de larges semelles les maintenaient sur les massifs de fondation, sans le secours d’aucun boulon d’ancrage; des lames de tôle placées a leur sommet recevaient l’about des arbalétriers; ils pesaient i,48o kilogrammes.
- Les fermes présentaient une flèche de 3 mètres; malgré ce surbaissement très accusé, leur aspect n’avait rien de désagréable a l’œil.
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- Elles étaient simplement constituées par une poutre à deux pans, dont la hauteur allait en croissant delà base au sommet et dont l’âme se composait de montants verticaux et de croisillons en fers cornières; les deux rampants rectilignes se raccordaient à l’intrados par une courbe. Ainsi que je l’ai déjà dit, la poutre avait été calculée de manière à ne point exercer de poussée sur ses appuis, et, par suite, était dépourvue de tirant. Son poids s’élevait à 4,760 kilogr.
- Neuf cours de pannes en fer composé reliaient les fermes les unes aux autres; en outre, les piliers étaient réunis par des entretoises qui supportaient les chéneaux.
- Un lanterneau surmontait chacune des galeries.
- La charpente métallique ainsi constituée a fait l’objet de quatre lots d’entreprise respectivement confiés à la Société des ponts et travaux en fer, à la Société des ateliers de Saint-Denis, à M. Roussel et à la Société des forges de Franche-Comté.
- Les piliers et les pannes ont été amenés sur le chantier prêts à être posés; les fermes sont venues en trois morceaux, que l’on aassemblés et rivés à pied d’œuvre.
- Chacun des constructeurs a eu recours à un mode de levage spécial.
- La Société des ponts et travaux en fer a employé deux grands pylônes en charpente de i5 mètres de hauteur, formés de quatre mâts et pourvus à leur base de galets de roulement qui permettaient de les mouvoir sur des rails parallèlement et perpendiculairement à l’axe des galeries. Chaque pylône était muni à sa partie supérieure d’une potence de 6 m. 10 de longueur avec poulie, pour le levage des pannes. Le levage des piliers et des fermes se faisait au moyen d’une poulie mou liée et d’un treuil de manœuvre.
- L’opération comprenait quatre phases bien distinctes pour le montage des piliers, des fermes, des pannes et du lanterneau.
- Les piliers étaient couchés sur le sol, la tête au-dessus du socle de fondation. On plaçait le pylône de telle sorte que le crochet de la
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- poulie mouflée fût à l’aplomb de ce socle; puis on dressait le pilier, en le supportant à son extrémité' inférieure par un petit chariot qui avançait graduellement.
- Quand les deux piliers correspondant à une même ferme étaient debout, on les haubanait. Les deux pylônes se mettaient, par un déplacement latéral, au tiers et aux deux tiers de la largeur de la galerie. On amenait la ferme sous les crochets, en la roulant à l’aide de gros boulins, manœuvre un peu longue et fatigante pour le métal : elle était alors soulevée et, dès quelle avait atteint la hauteur voulue, on la laissait reposer sur les piliers et on la boulonnait.
- Pour l’empannage, l’un des pylônes levait la panne faîtière. Ensuite les deux pylônes s’écartaient progressivement et levaient les autres pannes, ainsi que les entretoises des piliers.
- Le lanterneau était monté et boulonné après coup sans le secours d’appareils spéciaux; des cordages suffisaient au levage des pièces.
- Le chantier comptait 34 hommes (manœuvres, monteurs et riveteurs) ; son avancement moyen était d’une travée et demie par jour.
- Le mérite principal du système adopté par la Société des ponts et travaux en fer était d’offrir une grande sécurité dans les manœuvres et de donner des facilités de réglage.
- Le procédé mis en œuvre par la Société des forges et ateliers de Saint-Denis était plus simple.
- Cette société s’est exclusivement servie de chèvres ordinaires : deux chèvres solidement haubanées levaient les piliers et les pannes; deux autres grandes chèvres armées, placées au tiers et aux deux tiers de la galerie, levaient les fermes.
- L’équipe ne comptait que î 7 hommes et montait une travée par jour.
- Sur les chantiers de M. Roussel, le montage des [piliers et des pannes autres que la panne faîtière s’opérait à l’aide de deux chèvres à coulisses, dont la rallonge, formée par un fer à double t coulissant dans des guides en tôle, ne servaitqu’à l’empannage; celui des fermes
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- et de la panne faîtière s’effectuait au moyen d’une chèvre roulante à potence, qui se déplaçait suivant l’axe de la galerie et dont le chemin de roulement était à 2 mètres au-dessus du sol, de manière a passer au-dessus des fermes couchées à l’emplacement qu’elles devaient occuper.
- Pour lever un pilier, on amenait la chèvre au-dessus du socle de fondation; le pilier était saisi par le milieu de sa longueur; puis, quand il avait atteint la hauteur requise, on en abaissait le pied avec des cordages et on le laissait descendre jusqu’à ce qu’il reposât sur le socle.
- Une fois les deux piliers placés, la chèvre roulante saisissait la ferme par le milieu et la montait sur ces piliers.
- Ensuite on levait la panne faîtière, en se servant de la potence et d’un treuil distinct de celui qui avait été employé pour le levage de la ferme.
- Enfin les chèvres à coulisses mettaient en place les pannes intermédiaires et les entretoises.
- Le nombre des ouvriers était de 29 et l’avancement moyen de deux travées et demie par jour.
- Les dispositions prises par la Société des forges de Franche-Comté différaient sensiblement de celles que nous venons de passer en revue.
- Cette société se servait de deux échafaudages roulants, dont chacun portait deux chèvres, affectées Tune au montage des piliers et des fermes, l’autre au montage des pannes. Au lieu de lever successivement les fermes d’une même galerie, elle procédait par groupes de six galeries et levait deux séries de six fermes placées dans le même plan, avant de passer aux séries suivantes.
- Les appareils de montage se déplaçaient à cet effet perpendiculairement à l’axe des galeries. Après avoir, dans un premier mouvement de gauche à droite, monté deux séries de fermes, ils montaient les deux séries suivantes, dans un second mouvement de droite à gauche, et ainsi de suite.
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- Le chantier comptait 5o hommes et avançait en moyenne de trois travées et demie par jour.
- Ce système avait l’avantage de la rapidité. Mais, au début, il pouvait présenter quelque danger pour la stabilité des lignes de fermes, sous l’action du vent.
- Au total les quatre entreprises ont eu à monter 35o fermes, 420 piliers et 2,970 pannes, représentant un poids de 6 millions de kilogrammes environ.
- Le prix du kilogramme de fer mis en place était de 0 fr. 3 1 8 ; la dépense s’est élevée à 1,91 2,000 francs, y compris les frais d’agence.
- Comme, d’autre part, la surface couverte était de 81,170 mètres carrés, le poids par mètre carré a été de 74 kilogrammeset le prix correspondant de 2 3 fr. 55.
- 4. Charpente métallique des galeries de 15 mètres sur les avenues.
- — Les galeries de 1 5 mètres sur les avenues n’offrent aucune particularité qui mérite de nous arrêter.
- Leur type était semblable à celui des galeries de 2 5 mètres; les procédés de montage étaient les mêmes. Les fermes pesaient i,q5o kilogrammes.
- Le poids et la dépense se sont élevés à 452,000 kilogrammes et à 166,000 francs, pour une surface couverte de 9,3oo mètres carrés, ce qui fait ressortir par mètre carré un poids de 48kilogr. 6 et un prix de 1 7 fr. 86.
- 5. Charpente métallique des galeries de 15 mètres sur le jardin.
- — Les galeries de 1 5 mètres sur le jardin n’avaient qu’un seul pan.
- Les fermes étaient portées, vers l’extérieur, par des colonnes en
- fonte. Elles se composaient : i° d’un entrait à double t de om. 55 de hauteur, avec âme en tôle; 20 d’un rampant très léger en fers
- (l) Les chiffres donne's dans ce chapitre pour le poids par mètre carré couvert des diverses constructions, d’après les évaluations du service d’architecture, diffèrent un peu de ceux que j’ai cités page £7, d’après M. Conlamin. Mais l’accord se rétablit pour l’ensemble du Palais.
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- cornières; 3° de potelets s’appuyant sur l’entrait et supportant ce rampant. Leur poids était de 2,070 kilogrammes. Le mode de levage était le même que pour les fermes de 2 5 mètres.
- Les entraits portaient le plafond des galeries.
- En façade, un grand bâti en fer régnait sur toute la hauteur des fermes, pour recevoir la frise décorative.
- Le poids total a été de 217,000 kilogrammes^ et la dépense de 9/1,900 francs, pour une surface couverte de 6,000 mètres carrés environ, ce qui correspond à 36 kilogr. 16 et i5 fr. 82 par mètre carré.
- 6. Charpente métallique des galeries de 15 mètres reliant les pavillons de raccordement. — Les galeries surélevées de i5 mètres, établies entre les pavillons de raccordement, formaient soudure entre les cours perpendiculaires de galeries de 2 5 mètres, appartenant au corps principal du Palais et aux deux ailes.
- Chacune d’elles comportait huit fermes espacées de 8 m. 333 d’axe en axe.
- Ces fermes reposaient : i° sur les piliers extrêmes des galeries de 2 5 mètres du corps principal, dont l’intervalle était précisément de 8 m. 333; 20 sur les piliers extrêmes des galeries de 2 5 mètres des ailes, dont l’espacement atteignait 2 5 mètres; 3° entre ces piliers, sur des appuis intermédiaires.
- Les deux lignes de piliers étaient surmontées de pans de fer; de légères poutrelles en treillis, analogues aux poutrelles sous chéneaux des fermes de 2 5 mètres, entretoisaient les divers appuis d’une même ligne.
- Les fermes se composaient de deux gros fers en u dessinant un intrados en plein cintre; de fers cornières dessinant un extrados à deux pans rectilignes; d’une âme en tôle moisée dans les tympans et au faîtage par des barres de treillis et des montants en fers cornières; d’un tirant en fer rond, situé à 0 m. 2 5 des naissances et détruisant la
- (1) Non compris 41,000 kilogrammes pour le plancher des caves.
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- poussée sur les piliers; d’une lige de suspension, également en fer rond, par laquelle le tirant était soutenu au milieu de sa longueur.
- Sept pannes, dont cinq à treillis et deux à âme pleine (celles qui portaient les chéneaux), reliaient les fermes entre elles.
- L’éclairage et l’aérage étaient assurés par un lanterneau reposant sur les cinq pannes à treillis.
- Le poids des fermes s’élevait à 3,^09 kilogrammes.
- D’après les décomptes de l’administration, le poids total et la dépense des galeries de raccordement ont été de 2/19,000 kilogrammes et de 91,6 0 0 francs, pour une surface couverte de 2,2 5 0 mètres carrés, ce qui fait ressortir un poids de 110 kilogr. 7 et un prix de Z10 fr. 70 par mètre carré.
- 7. Charpente métallique des pavillons de raccordement. — Les quatre pavillons de raccordement ont été édifiés à la rencontre des galeries de 1 5 mètres des ailes avec celles du corps principal. Ceux qui touchaient au jardin central avaient îb mètres de largeur sur 16 m. 666 de longueur; ceux qui touchaient aux avenues de SufFren et de La Bourdonnais avaient i5 mètres sur chacune de leurs faces.
- Pour chacun d’eux, le comble reposait sur quatre piliers carrés de 1 mètre sur 1 mètre, entretoisés par des poutrelles en treillis couronnant elles-mêmes des pans de fer qui formaient séparation entre le pavillon et les galeries de 1 5 mètres à un ou à deux rampants.
- Ces pans étaient formés de montants en fer à double t, auxquels se fixaient les pannes des galeries, et soutenus eux-mêmes par un grand arc métallique en plein cintre. Les pieds-droits de l’arc étaient réunis, à 8 mètres au-dessus du sol, par une entretoise sur laquelle reposait la partie inférieure des montants. Un remplissage en briques reliait les montants les uns aux autres.
- L’espace de 1 m. 2 5 qui séparait les pieds-droits des arcs et les piliers du pavillon était rempli au moyen de faux piliers métalliques, n’ayant qu’un but exclusivement décoratif.
- Les combles avaient leur sommet 328 mètres en contre-haut du sol. Ils présentaient deux croupes droites, à fermes rigides constituées
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- Lomencier Hélio6. Bouvard Arch. » Mieuaement Phof.
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- par des poutres en treillis. Pour les pavillons d’angle du jardin central, ces deux croupes laissaient entre elles un long pan de 2 mètres; pour les autres pavillons, elles se rejoignaient.
- A leur partie supérieure, les arêtiers venaient buter contre une ceinture métallique destinée à supporter un grand motif de décoration.
- La face des pavillons regardant la galerie surélevée de i5 mètres a été conservée à jour jusques et y compris l’arc de fer, avec claustras du linteau à l’intrados.
- A l’extérieur, les pylônes et pans de fer ont reçu des motifs en briques.
- Le poids total des pavillons a été de 513,000 kilogrammes et la dépense de 196,600 francs, pour une surface couverte de 980 mètres carrés, ce qui correspond à 551 kilogrammes et à 209 francs par mètre carré.
- 8. Charpente métallique de la galerie de 30 mètres. — La galerie de 3o mètres, située dans l’axe du Champ de Mars, constituait la grande artère centrale de l’Exposition. Sa longueur était de 167 mètres et sa superficie de 5,oio mètres carrés. Elle produisait un effet grandiose.
- L’ossature métallique de cette galerie comprenait sept fermes reposant sur piliers et espacées de 2 5 mètres, chiffre égal à l’ouverture des galeries contiguës. Les fermetures latérales étaient faites de pans de fer, servant en outre à entretoiser la construction et à en assurer la rigidité.
- Au lieu de prendre jour par des lanterneaux supérieurs, M. Bouvard, architecte, avait établi dans les pans de fer latéraux des verrières comprises entre le dessous des chéneaux du vaisseau de 3o mètres et le faîtage des galeries de 2 5 mètres.
- Les piliers présentaient une hauteur de 12 m. 75.
- Les fermes, dépourvues de tirant, avaient une flèche de 11 m. 80 et affectaient à l’intrados la forme d’une ogive surbaissée, dont la courbe comprenait, de chaque côté de l’axe, deux arcs de cercle,
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- l’un de 8 m. 34 à la base et l’autre de 28 m. 20 à la partie supérieure. Leur extrados était à deux pans rectilignes. Chacune d’elles pesait 28,400 kilogrammes et consistait en une poutre composée, dont la hauteur au sommet atteignait 3 mètres.
- Les sept pannes de 26 mètres de portée, qui reliaient les fermes, étaient également en fer à double t a treillis et avaient une hauteur de 1 m. 10.
- Les travaux ont été répartis entre la Société des forges de Franche-Comté et la maison Roussel. Voici l’intéressant procédé de montage auquel a eu recours la Société des forges de Franche-Comté.
- Les appareils de levage ont consisté en deux échafaudages roulant au dehors de la galerie et parallèlement a son axe, pour le montage des piliers et des pans latéraux; un grand pylône, roulant dans l’axe de la galerie et concourant avec les deux échafaudages précités au montage des fermes; un échafaudage spécial, installé en avant du pylône, pour le montage des pannes.
- Les deux échafaudages latéraux levaient tout d’abord les piliers, pendant que s’achevait le rivetage de la ferme.
- Puis on approchait le pylône, en le plaçant de telle sorte que la ferme, une fois amenée à la hauteur voulue, reposât exactement sur les têtes des piliers. A ce moment, la ferme, rabattue autour du pylône, portait sur des calages; ses deux pieds, munis de pièces en fonte formant articulations, étaient fixés sur des wagonnets roulant parallèlement à l’axe de la galerie.
- On amarrait la ferme, par l’intermédiaire de pièces disposées dans ce but, aux chaînes de quatre treuils, dont deux fixés sur le bas du pylône et deux sur les échafaudages latéraux. Les pièces d’attache étaient placées au droit des deux premières pannes, en partant du faîtage, ainsi qu’aux deux angles d’extrados de la poutre. Les deux treuils du pylône, chacun d’une force de 20 tonnes, étaient du système Mégy, Echeverria etBazan,à limite de charge : si la ferme prenait poids d’un côté, on s’en apercevait facilement, le treuil chargé d’une manière anormale tournant sans effet jusqu’à ce que l’unifor-
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- mité de répartition fût rétablie. Les treuils des échafaudages latéraux étaient du même système et avaient leur limite de charge réglée à 6 tonnes, de façon à éviter le soulèvement, par des efforts supérieurs, des pieds reposant sur les wagonnets.
- La première opération du levage consistait à redresser la ferme. Pendant cette opération, les wagonnets devaient être calés avec soin, pour résister au recul qui aurait pu déterminer des chocs sur les échafaudages. Au fur et a mesure que s’élevait la masse de fer, les échafaudages latéraux se déplaçaient, de telle manière que les chaînes des petits treuils fussent toujours verticales.
- Dès que l’intrados de la ferme était sur le point de toucher la face du pylône, on agissait sur les wagonnets au moyen de treuils, pour les amener au droit de cet appareil. En même temps les engins de levage continuaient à fonctionner jusqu’à ce que les pieds de la ferme quittassent les wagonnets.
- On enlevait alors les articulations qui cessaient d’être utiles, et l’on amarrait sur le bas de la ferme les câbles de deux treuils placés en avant-du pylône, afin d’éviter tout frottement contre les piliers.
- Le rôle des échafaudages latéraux était terminé. Seul, le pylône continuait le montage. Durant cette deuxième période, le mouvement ascensionnel s’effectuait suivant un plan légèrement incliné, par suite de l’action des deux câbles d’amarrage.
- Lorsque la pièce était arrivée à hauteur, on lâchait ces câbles et les treuils de 20 tonnes laissaient retomber doucement la ferme sur ses deux appuis.
- Tel était le procédé de montage des fermes.
- Quant au levage des pannes, j’ai dit qu’il s’effectuait à l’aide d’un échafaudage spécial. Sur cet échafaudage était disposé un châssis en fer à pivot, avec chemin de roulement circulaire. Ce châssis portait une chèvre s’abaissant à volonté pour le passage sous les pannes et les fermes mises en place. Les montants de l’échafaudage étaient pourvus de glissières en fer, destinées à servir d’appui aux fermes en montage et à en éviter la déformation.
- Lorsque les pannes d’un versant étaient fixées, on faisait faire
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- demi-tour au châssis et, une fois l’échafaudage roulé sous l’autre versant, le montage était continué.
- Les chevrons en fer et le terrasson de faîtage se posaient au fur et à mesure de la mise en place des pannes, de façon à constituer une ossature complète.
- Malgré les tâtonnements du début, quarante jours ont suffi pour le montage des trois travées qui constituaient le lot de la Société des forges de Franche-Comté et dont le poids n’était pas inférieur à 390,000 kilogrammes.
- Le matériel de cette société a été également utilisé par la maison Roussel.
- Le poids total des fers de la grande galerie de 3o mètres a atteint 833,ooo kilogrammes et la dépense 3o6,5oo francs, pour une surface couverte de 5,oio mètres carrés.
- Ainsi le poids par mètre carré de surface a été de 166 kilogrammes et le prix de 61 francs.
- 9. Charpente métallique du dôme central et des pavillons adossés. — Le projet primitif du Palais des industries diverses ne prévoyait pas le dôme central et ne comportait qu’un porche d’entrée.
- Mais on ne tarda pas à reconnaître que ce porche ne suffisait pas et qu’un motif plus puissant était indispensable pour donner du relief au Palais et éviter qu’il ne fût écrasé entre ceux des machines, des beaux-arts et des arts libéraux. C’est alors que fut décidée l’édification du dôme monumental.
- A la suite d’études poursuivies de concert par M. Bouvard, architecte, M. Gontamin, ingénieur en chef du contrôle des constructions métalliques, et MM. Moisant, Laurent et Savey, constructeurs, l'administration s’arrêta aux dispositions que voici.
- Le dôme avait 3o mètres de diamètre et 65 mètres de hauteur.
- On y accédait par un porche flanqué de deux tours carrées et orné d’un balcon en encorbellement.
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- A droite et à gauche étaient deux pavillons limités chacun par quatre pylônes.
- Un balcon contournait l’intérieur du dôme à 8 mètres au-dessus du sol et permettait au regard d’embrasser, d’un côté, la grande galerie de oo mètres et la partie centrale du Palais des machines, de l’autre côté, les jardins, les palais des beaux-arts et des arts libéraux, la Tour et le Palais du Trocadéro.
- Quatre escaliers établis dans les pylônes donnaient accès à ce balcon et au premier étage des pavillons latéraux.
- L’ossature du dôme comprenait huit demi-fermes principales allant du sol au sommet de la coupole et présentant un développement de 6o mètres environ. Ces huit demi-fermes étaient accouplées deux par deux suivant les diagonales et venaient se réunir à leur sommet sur une ceinture dont la crête était à 55 mètres au-dessus du sol et que surmontait un motif de décoration de îo mètres de hauteur. A 8 mètres en contre-haut de leur hase, une première série d’arcs horizontaux de 20 mètres d’ouverture les reliait entre elles et recevait le plancher du premier étage des pavillons latéraux, ainsi que le balcon intérieur du dôme. Une deuxième série d’arcs placés à 17 mètres au-dessus des premiers supportait huit demi-fermes intermédiaires complétant la membrure. Jusqu’au sommet, des ceintures réunissaient les demi-fermes principales et les demi-fermes intermédiaires, et assuraient la rigidité de la construction.
- Les demi-fermes principales étaient formées de caissons de 1 mètre sur o m. 80; les demi-fermes intermédiaires étaient également constituées par des caissons de 0 m. 75 sur 0 m. 50.
- Des pans de fer reliaient les pylônes et recevaient les murs en briques de 0 m. 22 d’épaisseur, formant clôture et parement extérieur.
- Les pavillons latéraux, constitués au moyen de fermes ordinaires à deux rampants et à entrait surélevé, étaient divisés en deux étages par un plancher situé, comme je l’ai dit, à 8 mètres au-dessus du sol. Ce plancher se continuait par le balcon circulaire qui faisait
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- le tour de la nef centrale et que supportaient des consoles en encorbellement fixées à la première ceinture métallique.
- On a calculé les dimensions des pièces du dôme comme si celui-ci avait été complètement isolé, c’est-à-dire sans tenir compte du calage produit par les pavillons latéraux et la galerie de 3o mètres, non plus que du surcroît de résistance assuré par ces constructions soit contre l’action horizontale du vent, soit contre l’effet des charges verticales.
- Les efforts ont été évalués en estimant :
- A 200 kilogrammes par mètre superficiel développé, le poids de la couverture du dôme;
- A 200 kilogrammes par mètre carré, le poids des hourdis garnissant les pans de fer circulaires;
- A 120 kilogrammes par mètre carré, l’action du vent.
- Les ingénieurs ont eu en outre égard, pour les demi-fermes principales, à une partie du poids du plancher des pavillons latéraux, qui atteignait environ 8oo kilogrammes par mètre carré.
- Ils ont assigné au travail du fer des limites variant entre 7 et 11 kilogrammes par millimètre carré : en fait, ces limites sont supérieures au travail effectif, grâce au concours des pavillons latéraux et de la galerie de 3o mètres.
- Le calcul des fermes principales a été fait, en considérant l’ensemble des deux demi-fermes disposées suivant le même diamètre comme articulées à leur base et à l’intersection de leur prolongement avec l’axe du dôme. Les fermes intermédiaires ont été calculées avec appui simple sur les arcs et articulation au faîtage.
- Une disposition spéciale intéressante à signaler est celle à laquelle on a eu recours pour annuler la poussée des arcs recevant les fermes intermédiaires. Cette poussée, évaluée à 77,000 kilogrammes pour chaque retombée, se traduisait par des tractions sur un tirant horizontal placé à 1 m. ho du sommet de l’intrados et dissimulé dans le remplissage; les pieds-droits étaient, en outre, armés de contre-fiches et de tirants formant arbalétriers.
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- Le montage n’a exigé que dix mois.
- Je crois utile de donner quelques détails sur les procédés mis en œuvre par la maison Moisant.
- L’opération comprenait quatre phases distinctes :
- i° Montage des parties verticales du dôme et des raccords avec les pavillons annexes;
- 2° Montage de la coupole;
- 3° Montage des pavillons, des grands pylônes et de la façade principale;
- h° Montage de l’armature surmontant le dôme.
- Pour la première période, on a établi un grand échafaudage annulaire en charpente de bois, dont la plate-forme était à kh mètres de hauteur et qu’enveloppait complètement la surface intérieure de la construction.
- Cet échafaudage très léger ne cubait pas plus de 2/10 mètres cubes. Il se composait de seize fermes principales, solidement moisées et contreventées.
- Un escalier continu permettait d’accéder du sol, non seulement au sommet, mais encore aux planchers intermédiaires disposés pour les équipes d’ouvriers riveteurs.
- À la plate-forme supérieure était adaptée une voie de roulement de 2 m. 5o de largeur sur laquelle reposait l’appareil de levage.
- Cet appareil était lui-même composé : i° d’un chariot guidé, que l’on pouvait mettre en mouvement du niveau du sol au moyen d’une chaîne et d’un jeu d’engrenages commandant l’un des galets de roulement; 20 d’un long bâti indéformable porté par le chariot et placé normalement à la voie de circulation; 3° de deux trucs que l’équipe de terre éloignait ou rapprochait à volonté du chariot par un jeu de chaînes, de poulies, de vis sans fin et d’engrenages, en les faisant rouler sur le bâti, et qui portaient chacun une poulie à crochet destinée, pour l’un des trucs, à recevoir les charges, et pour l’autre truc, à recevoir la chaîne de commande d’un treuil d’engrenage placé sur le sol. Les deux poulies à crochet étaient réunies et mues par une chaîne de longueur invariable, fixée aux extrémités du bâti, de telle
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- sorte que, si Tune d’elles descendait, l’autre montait de la même quantité.
- Pour lever une pièce, on amenait les trucs aux extrémités de la grue; la poulie à crochet qui devait recevoir cette pièce était descendue, la saisissait et l’élevait sous l’action du treuil, puis la portait à l’emplacement voulu par un déplacement convenable du chariot et des trucs.
- Les fardeaux à soulever étaient toujours placés à l’extérieur du dôme. Leur poids était d’ailleurs limité à 3 tonnes : on avait admis cette limite afin de n’exagérer ni les dimensions de l’échafaudage, ni la puissance de l’appareil de levage.
- Pour la seconde période, on a installé autour de la plate-forme annulaire du premier échafaudage un double encorbellement, soutenu par des contre-fiches qui, vers l’intérieur, se prolongeaient en un pylône conique. Ce pylône se terminait par une plate-forme de lx mètres de diamètre, à 55 m. 6o au-dessus du sol.
- L’appareil a été reporté à ce niveau et a dû subir quelques modifications.
- L’une de ses extrémités pivotait autour du plateau métallique adapté à la plate-forme supérieure; l’autre était fixée à un tréteau à galets roulant sur une voie, au bord de l’encorbellement extérieur du niveau de ûû mètres.
- Les manœuvres, au lieu de s’effectuer à terre comme pendant la première période, se faisaient de la première plate-forme.
- Le montage des pavillons et autres constructions annexes, réalisé jusqu’au premier étage à l’aide de chèvres, a été achevé au moyen de l’appareil de levage du dôme, avec addition d’une bigue qui pouvait aller chercher et placer les pièces à plus de 3o mètres du centre.
- Aucun dispositif particulier n’a été nécessaire pour le montage de l’armature du groupe qui couronnait l’édifice. Cette armature était
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- en effet démontable en éléments qu’un seul homme manœuvrait facilement.
- Le dôme central et les constructions qui s’y rattachent ont exigé la mise en œuvre de i,o46,ooo kilogrammes de fer, pour une surface couverte de 1,871 mètres carrés; la dépense correspondante s’est élevée à 5o5,4oo francs. Le poids et le prix par mètre carré ont donc été respectivement de 559 kilogrammes et de 270 francs.
- 10. Indications récapitulatives sur le poids et le prix des charpentes métalliques. — Les chiffres d’ensemble à retenir pour les constructions métalliques du Palais des industries diverses sont les suivants :
- Poids total...........
- Dépense totale........
- Surface couverte......
- Volume abrité.........
- Poids par mètre carré . . Dépense par mètre carré Poids par mètre cube.. . Dépense par mètre cube.
- 9,357,i5o kilogr. 3,270,680 fr. (1b 1 o6,531 mèt. carrés. 1,292,6/17 mèt. cubes. 87 kilogr. 835 3 0 fr. 70 7 kilogr. 239 2 fr. 53
- 11. Charpente en bois et grosse menuiserie des combles. Couverture. Vitrerie. Canalisation souterraine. Parquetage et dallage. — La charpente en bois et la grosse menuiserie des combles ont été faites en location par la maison Poirier. Elles se composaient de fourrures en bois placées sur les pannes en fer, de chevrons et d’un voligeage en sapin rainé. Des boîtes en bois, servant à l’encaissement des chéneaux, étaient disposées sur les poutres à treillis reliant les piliers les uns aux autres. La dépense par mètre carré s’est élevée à B fr. 60.
- Pour les parties courantes de la couverture, on a employé des
- (1) Y compris les frais d’agence.
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- ardoises en zinc n° 10 du modèle de la Vieille-Montagne, posées en quinconce. Ces ardoises avaient o m. 60 de longueur et de largeur. Les deux côtés supérieurs étaient rabattus en dessus, pour former agrafure plate; les deux côtés inférieurs l’étaient au contraire en dessous et formaient des agrafures arrondies, afin d’empêcher l’eau de remonter par capillarité. Trois pattes d’attache, clouées sur le voli-geage, les fixaient au sommet et latéralement; les pattes latérales maintenaient l’ardoise sans gêner la dilatation. Un obturateur mobile en zinc, adapté à la patte supérieure de chaque ardoise, assurait l’étanchéité.
- Les demi-ardoises de larmier, de faîtage et de rive s’agrafaient sur des bandes de zinc encadrant la couverture.
- Des chemins en zinc, ménagés au-dessus des lanterneaux, et des échelles conduisant aux points les plus élevés des combles, facilitaient la circulation toujours dangereuse des ouvriers sur les couvertures en ardoises métalliques et servaient en outre aux opérations d’éclairage ainsi qu’aux secours contre l’incendie.
- Des chéneaux conduisaient aux tuyaux de descente placés dans l’intérieur des piliers.
- La dépense par mètre carré a été de 3 fr. 07.
- Les parties pleines du dôme étaient couvertes de tuiles émaillées, jaunes ou brunes, reposant par l’intermédiaire d’un voligeage sur une garniture étanche en zinc.
- Cette garniture empêchait les fuites qui, par suite des courbures de la coupole, auraient pu se produire aux joints des tuiles.
- Les diagonales comportaient chacune une série de cabochons posés en losange et fixés sur pan de bois au moyen de forts boulons. Ces pièces ne pesaient pas moins de 45o kilogrammes. Des cabochons analogues étaient placés dans l’anneau en briques formant la base de la coupole et dans la calotte supérieure.
- La vitrerie des combles a fait l’objet d’entreprises distinctes pour la fourniture et la pose : les compagnies de Saint-Gobain et de Dec-
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- quignies, Jeumont et Aniche, fournissaient les verres, qui leur étaient payés par l’administration; l’entrepreneur Murat était chargé de la pose et de l’entretien, et en était rémunéré par l’abandon des matériaux, ainsi que par une allocation en argent.
- Les verres avaient une épaisseur de o m. oo5. Ils étaient striés. On n’avait pas jugé à propos de les dépolir, mais il a fallu tempérer la lumière au moyen de vélums.
- Au lieu de placer les feuilles en recouvrement, disposition qui donne lieu a un encrassement rapide et amène des infiltrations, on a fait usage, aux joints, de la tringle Sartore-Murat, repliée en double crochet et munie d’un orifice d’écoulement pour la buée. Une couche de peinture à l’huile a d’ailleurs été appliquée sur les surfaces apparentes du mastic, afin de mieux assurer l’étanchéité.
- Le prix par mètre carré a été de 3 fr. 65.
- L’emploi du verre blanc dans la calotte sphérique du dôme n’eût point produit un effet satisfaisant; d’autre part, il était également impossible d’avoir recours aux vitraux peints sans se lancer dans des dépenses excessives : l’architecte a eu l’heureuse idée d’appliquer sur les verres des papiers transparents qui représentaient des dessins de vitraux.
- Par suite de l’installation des cafés ou restaurants au pourtour du jardin, les travaux de vitrerie verticale ont été limités aux portes d’entrée et aux deux faces latérales de la galerie de 3o mètres, en contre-haut des galeries adjacentes. Ces travaux fort simples n’appellent aucune explication particulière. Je me bornerai à signaler l’emploi de verres de couleur pour l’encadrement des verrières de la galerie de 3o mètres.
- Pendant que le chevronnage, le voligeage, la couverture et la vitrerie marchaient de front, on exécutait aussi la canalisation souterraine, destinée à recueillir les eaux des toitures et à les jeter dans les égouts du Champ de Mars.
- Cette canalisation se composait de tuyaux en grès vernissé de o m. 125 à o m. 20 de diamètre et de tuyaux en béton aggloméré, h. 7
- 1KPMHEM8 HATÏONALE,
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- dont le diamètre variait entre o m. i5 et o m. 5o. Les tuyaux en grès étaient raccordes avec les tuyaux de descente en zinc.
- Le prix du mètre linéaire a été de 1 fr. 33 à 3 fr. 54, pour les tuyaux en grès, et de 4 fr. 84 à 12 fr. 65, pour les tuyaux en béton.
- Dans presque toutes les parties réservées aux exposants, le sol a été couvert d’un parquet en frises de sapin clouées sur des lambourdes, qui reposaient elles-mêmes sur le terrain préalablement réglé à la cote voulue. A l’emplacement des voies ferrées, le parquet était formé de panneaux qui portaient sur les rails par l’intermédiaire de cales : ces panneaux, préparés par avance, ont pu être mis très rapidement en place, de telle sorte que les voies sont restées libres pour ainsi dire jusqu’à l’ouverture de l’Exposition; après la clôture, il a suffi de quarante-huit heures pour les enlever et rétablir la circulation des wagons.
- Un dallage en asphalte de o m. 01 5, sur fondation de o m. o4 de béton, a été établi dans les galeries donnant directement sur les jardins, ainsi que dans les galeries des restaurants et dans la galerie longeant l’avenue de La Bourdonnais.
- Sous-le dôme central, on a fait un dallage en ciment de 0 m. 02 porté par une couche de béton de 0 m. 08. Ce dallage présentait des dessins avec coloration grise et rouge, obtenue par le mélange au ciment d’une certaine proportion de noir de fer ou d’ocre rouge.
- Les travaux de parquetage et de dallage ont été faits en location.
- Le prix du mètre carré n’a pas dépassé 2 fr. 77 pour les planchers, 2 fr. i5 pour les dallages en bitume et 1 fr. 83 pour les dallages en ciment.
- Les deux tiers des dépenses ont été supportés par les exposants; en outre, les concessionnaires des restaurants ont dû acquitter les frais de dallage devant leurs établissements.
- 12. Effet architectural. Décoration. — Par le nombre de ses galeries, par la diversité des objets qu’il devait abriter, par la variété de destination des parties dont il se composait, le Palais des industries
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- diverses différait profondément du Palais des machines et de celui des beaux-arts. Il ne se rattachait point comme eux à une pensée unique; ses formes, sa décoration, son style, au lieu de concourir à l’expression d’une seule idée, pouvaient au contraire et devaient même traduire des idées multiples et complexes. Le cadre était moins limité et laissait à l’architecte une liberté d’allures beaucoup plus grande.
- Une autre circonstance tendait encore à accroître l’indépendance de l’artiste et du constructeur. Tandis que, presque dès l’origine, le projet de conserver le Palais des machines et les palais des arts avait germé dans l’esprit de M. Alphand et de ses collaborateurs, le Palais des industries diverses était appelé, au moins pour la plus large part, à disparaître après la clôture de l’Exposition. Ce caractère éphémère permettait à M. Bouvard de donner cours a sa fantaisie et de recourir davantage aux matériaux factices, aux revêtements d’imitation, aux procédés modernes de toute sorte.
- L’habile architecte ne se fit pas faute d’user de la latitude de conception et d’exécution que comportait le Palais des industries diverses. Il en profita, avec intelligence et talent, pour offrir au public, en même temps que des satisfactions de goût, de nombreux sujets d’études, pour mettre autant que possible en relief les divers matériaux, éléments ou modes de construction et de décoration de l’époque, pour ouvrir un champ d’expérience à des tentatives intéressantes. A cet égard, son programme répondait bien au but de l’Exposition; il répondait aussi à la mission de l’Etat, qui doit encourager les inventeurs, quand l’occasion s’en présente, et donner aux créations récentes le moyen de se manifester.
- Les galeries d’exposition proprement dite ont conservé une grande simplicité. Elles ne constituaient que des abris couvrant les produits exposés; l’objet essentiel de leurs dispositions était de fournir des espaces d’une utilisation commode et d’une répartition facile; M. Bouvard en avait soigneusement exclu toute ornementation encombrante, susceptible de nuire à l’effet propre des expositions et d’en compromettre l’harmonie.
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- L’importance décorative était concentrée sur les vestibules, les promenoirs, les galeries principales de circulation, ou réservée pour les motifs qui devaient contribuer à l’effet d’ensemble des édifices du Champ de Mars.
- Parmi ces motifs, c’est le groupe du porche ou vestibule central du dôme, qui a fourni l’élément essentiel de la décoration intérieure et extérieure. Situé dans l’axe du Champ de Mars et à l’extrémité du jardin, faisant face à la Tour de 3oo mètres et au Trocadéro, marquant l’accès principal au vaste quadrillage des expositions diverses et de là au hall des machines par la galerie de 3o mètres, formant en quelque sorte le rideau de la scène sur laquelle le public allait voir défiler devant lui une collection de chefs-d’œuvre, il devait fixer l’attention des visiteurs, frapper l’imagination par son aspect de grandeur et de richesse, présenter des dimensions exceptionnelles, occuper une place prépondérante dans la décoration générale, être au dedans comme au dehors digne des progrès de l’industrie contemporaine. Aussi l’architecte en a-t-il fait un monument remarquable, dominant toutes les autres constructions des palais, avec les formes hardies que permet de nos jours l’emploi du fer. On ne saurait trop louer en particulier la belle silhouette du dôme, ses contours élégants, qui charmaient le regard, surtout au moment où leurs cordons de feu les détachaient sur le ciel.
- Je dois, en passant, insister sur cette particularité de la coupole, qu’au lieu d’être, suivant l’usage, éclairée par une lanterne de sommet, elle avait sa partie supérieure pleine et sa partie inférieure ajourée entre les nervures de construction.
- Un tel dispositif, inapplicable avec la pierre, devenait au contraire facile et rationnel avec le métal; il offrait d’ailleurs l’avantage de faire pénétrer la lumière à l’intérieur de la coupole, dans des conditions qui accusaient son extrême légèreté et mettaient en valeur sa décoration polychrome.
- La galerie de 3o mètres étant l’artère maîtresse du Palais, livrant passage au courant le plus actif de circulation, reliant le dôme central au hall des machines, appelait une certaine orne-
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- mentation et par-dessus tout des proportions grandioses. Nous avons déjà vu que M. Bouvard avait pris le parti de lui attribuer une hauteur considérable et de l’éclairer latéralement par des frises de verrières, placées entre ses chéneaux et les toitures des galeries voisines. Au débouché des galeries de 25 mètres, des portes monumentales, de compositions différentes, caractérisaient la classe correspondante et faisaient de la nef une sorte de rue de l’industrie nationale.
- Les portiques qui se développaient de part et d’autre du dôme central, au pourtour du jardin, et qui servaient de promenoir en même temps que d’abri à des établissements de consommation, demandaient à être traités avec quelque élégance et à garder néanmoins la sobriété voulue pour maintenir en valeur les parties plus importantes du Palais. Ils étaient ornés d’une belle frise que supportaient de légères colonnettes en fonte : la hauteur de cette frise se justifiait par la nécessité de former un masque en avant de la nappe de zinc des couvertures.
- Les pavillons de raccordement édifiés à la limite du corps principal et des ailes, et les galeries surélevées de i5 mètres, coupaient heureusement la perspective et y apportaient la vie et le mouvement.
- Pour le Palais des industries de même que pour les autres, l’ossature était en fer. Quant aux remplissages, ils ont été faits en matériaux plus économiques et plus décoratifs, tels que la brique, les terres cuites, les ciments agglomérés, la faïence, le staff, le bois, le zinc ou le verre; la fonte, à cause de son poids et de son prix, n’a été admise que pour une faible part, soit lorsqu’elle contribuait à la résistance, comme dans les colonnes et consoles des portiques, soit lorsqu’elle s’imposait, comme dans les balcons du dôme et des pavillons adossés, ou dans les candélabres de la galerie de 3o mètres.
- Ces remplissages ont formé, avec la peinture, la décoration proprement dite.
- La répartition des diverses catégories de matériaux était d’ailleurs appropriée à l’emplacement qu’ils devaient occuper et à l’usage auquel ils pouvaient satisfaire.
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- Dans les parois verticales, l’architecte s’est principalement servi de la brique hourdée en mortier, enduite à l’intérieur, restant apparente à l’extérieur avec des tons variés, et agrémentée d’encadrements, de frises et de semis émaillés; il n’a pas employé moins de 2 millions 200,000 briques, dont 20,000 recouvertes d’émail. Le béton aggloméré polychrome a été utilisé pour les soubassements, pour les panneaux des pieds-droits encadrant l’ossature du porche central et pour les bossages intercalés dans les faces de remplissage. Les revêtements ornés en relief, qui, dans une construction d’un autre ordre, eussent peut-être été faits en terre cuite ou en céramique, étaient exécutés en staff : la facilité avec laquelle cette matière se moule, se fixe et se colore, la rapidité de sa fabrication, sa légèreté, son très bas prix, sa solidité, la recommandaient dans tous les ornements de haut et de bas-relief: frises, cartouches, écussons, statuaire, etc.
- M. Bouvard a largement profité, surtout pour les intérieurs, du talent et de l’habileté des peintres décorateurs. Frappé des effets obtenus dans les décors de théâtre, il y a eu recours pour l’ornementation des édifices qu’il avait à construire au Champ de Mars.
- Après ces indications générales, il ne me reste plus qu’à donner quelques détails sur la décoration, en commençant par le porche et le dôme central.
- Le grand chambranle, qui limitait les portes du rez-de-chaussée et la verrière du premier étage, comprenait une succession d’ornerçients et cartouches, portant des emblèmes de l’industrie, du commerce et de l’agriculture, exécutés en staff par M. Devêche, avec médaillon de M. Chrétien (sciences, commerce, arts et industrie). Des guirlandes et les écussons des principales villes de France, par M. Quillet, ornaient le tympan d’encadrement de ce chambranle. Les panneaux et les deux couronnements des pylônes d’épaulement du porche étaient de M. Denis pour les ornements, de M. Vital-Dubray pour les deux têtes YOrient et Y Occident; à la base et en avant de ces pylônes se détachaient deux groupes symbolisant 1 e Commerce (M. Gautherin) et Y Industrie (M. Gauthier). Sur le fronton, on voyait aux naissances la Science et
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- le Progrès, de M. Damé; au sommet, la Paix, la Concorde, la Force et le vaisseau de la ville de Paris, modelés par M. Groisy.
- Le dôme se raccordait avec les angles du porche par quatre grandes consoles en fer ornées de zinc estampé, que surmontaient des griffons dus à M. Rubin. Au-dessus des verrières, une couronne d’ornements en zinc, faits d’après les modèles de M. Germain, avec guirlandes et tètes de lion, reliait les arêtiers de la coupole et accompagnait le couronnement supérieur. Sur ce couronnement se dressait une statue gigantesque de 9 mètres de hauteur à la tête et de 1 o m. 80 aux ailes, la France distribuant des couronnes et des lauriers, œuvre remarquable et nouvelle en zinc, exécutée par la maison Coutelier, sur le modèle de Delaplanche, et qui portait à 75 mètres le relief extérieur du dôme.
- Ainsi que je l’ai déjà indiqué, la couverture des parties pleines du dôme était en tuiles vernissées, avec cabochons, de la maison Muller. Tous les autres ornements des toitures : arêtiers, crêtes, poinçons, épis, devants de chéneaux, amortissements, consoles, ont été établis en zinc estampé par MM. Ghenevière et Michelet.
- A l’intérieur, la décoration sculpturale en staff du dôme central comprenait : au sommet des piliers verticaux, quatre motifs avec têtes représentant YEurope, Y Afrique, Y Amérique et YOcéanie, par MM. Delhomme et Cordonnier; entre les arcs de raccordement de ces piliers, quatre autres motifs formés de pilastres encadrant des boucliers avec les armes de la République et supportant des frontons cintrés avec les figures symboliques des quatre agents de force, l’air, l’eau, la vapeur et l’électricité, par MM. Desbois, Plé, Rourgeois et Pécou. On remarquait encore, dans le couronnement des baies d’accès du premier étage, des têtes sculptées par M. Printemps, et sur divers points des parties métalliques, des ornements, enroulements, consoles et guirlandes, exécutés par MM. Ledru, Jolly, Trugard, par l’Union syndicale des mouleurs et par celle des ornemanistes.
- Sauf ces motifs de sculpture, l’ornementation intérieure des dômes consistait en immenses peintures décoratives sur toile, dues à MM. Lavas tre et Garpezat.
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- Au sommet, le drapeau tricolore flottait dans un ciel d’or. Il se développait autour d’une rosace formant ventilation et faite en bois découpé et peint; un rayonnement de flèches d’or en zigzag l’enveloppait et descendait jusque vers la base de la calotte, en se détachant sur un fond bleu et or, qui simulait l’air et la lumière.
- Au-dessus d’une frise d’ornements et de guirlandes sur fond bleu, étaient les verrières peintes à effet de vitraux et occupées par de grands ornements en forme de rinceaux se découpant sur un fond lumineux et doré, qui avait tout à la fois pour objet de colorer la surface extérieure du dôme et de donner un ton plus gai à la lumière intérieure.
- Sur les diagonales, des attributs et des emblèmes relatifs à l’Europe, à l’Asie, à l’Afrique et à l’Amérique, ornaient les panneaux pleins, entre les verrières : pour l’Europe, une colonne d’ordre ionique, des instruments d’architecture, une branche de laurier, un vase, un buste, une palette, des pinceaux, un plan, un livre, une pile électrique, un télescope, etc., symbolisant les arts et les sciences; pour l’Asie, une colonne persépolitaine, des vases chinois, des étoffes indiennes, des colliers de perles, un éléphant émaillé portant une tour, des éventails, etc.; pour l’Afrique, une colonne égyptienne à laquelle étaient accrochées une palme et des armes, un sphinx, des instruments de musique, des ornements de feuillages et d’osselets; pour l’Amérique, une machine a vapeur, un mât de navire, un poteau télégraphique, une enclume, une gerbe de blé, un caféier.
- En contre-bas des verrières, une ceinture avec crête se découpant sur les vitraux portait les écussons des divers pays, séparés par des pilastres. Elle reposait sur un entablement avec corniche à consoles, reliées par des guirlandes, et frise a panneaux de marbre, entourés de cartouches, qui limitait la base de la coupole.
- Puis apparaissait une grande frise de 8 mètres de hauteur, constituant le motif principal de la décoration intérieure. Cette frise présentait douze panneaux de figures peintes sur fond d’or brettelé et représentant les peuples du monde entier invités à l’Exposition universelle de 1889. Au centre et regardant le porche d’entrée, la
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- Lemercier Hélio^, • Bouvard Ar>ch Mieusemenf Phot.
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- Dôme central _ Vue intérieure de la Coupole
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- France, appuyée sur la Paix, le Progrès, le Travail et la Science, conviait les nations; à ses pieds, des génies préparaient les couronnes et F Histoire écrivait sur un papyrus les noms des lauréats; le drapeau tricolore l’enveloppait et flottait dans l’espace. De part et d’autre du panneau central, les peuples du Nord, du Midi, de l’Est et de l’Ouest arrivaient processionnellement, revêtus de leurs costumes nationaux, apportant leurs produits, conduisant leurs animaux : le défilé comptait i5o figures de k mètres de hauteur moyenne. A la partie inférieure, une bande d’inscriptions en lettres d’or sur fond de marbre expliquait l’ordre géographique de cette marche solennelle.
- Les autres parties du dôme et des pavillons adossés étaient également décorées d’ornements architectoniques, d’emblèmes, d’inscriptions, d’enroulements, d’écussons, de cartouches, sur les piliers, sur les murs, sur les arcs et dans les niches.
- Partout l’ossature métallique s’accusait par un ton uniforme de bronze avec rehaussé d’or.
- Dans la galerie de 3o mètres, la décoration avait été conçue en des tons calmes de tapisserie, laissant valoir les portes monumentales des industries diverses : les peintures des faces latérales ont été confiées à M. Floury, et celles des tympans transversaux à MM. Ama-ble et Gardy. Des ornements et sculptures en staff, par MM. Dupuy et Bailly, étaient appliqués sur les treillis des fermes, à leur sommet et à leurs naissances.
- Les portiques autour du jardin abritaient, en arrière du promenoir, divers établissements de consommation établis sur des données générales uniformes, mais avec des dispositions de détail laissées au gré des concessionnaires. Des peintures à l’huile sur toile couvraient les plafonds des promenoirs. La frise, sculptée et exécutée en staff, partie par M. Legrain, partie par M.Thisse, et rehaussée de peinture à l’huile, constituait une décoration en haut-relief, avec écussons, armes et inscriptions, formant encore une sorte de catalogue des pays exposants.
- Les deux galeries surélevées de 15 mètres avaient leurs parois
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- décorées par les pays qui les occupaient et leurs plafonds ornés de toile peinte.
- Quant aux quatre pavillons de raccordement, ils étaient entièrement décorés à l’intérieur de peintures à la colle sur toile marouflée. Dans l’un, près de l’avenue La Bourdonnais, M. Poilleux Saint-Ange avait caractérisé la France; les deux tympans latéraux représentaient le Champ de Mars, avant et pendant l’Exposition. Dans les trois autres , en allant vers l’avenue de Suffren, on voyait les colonies néerlandaises symbolisées par M. Carrière, la Suisse par M. Delmotte et le Japon par M. Motte. Sur les deux entrées des pavillons contigus aux avenues de La Bourdonnais et de Suffren, se développaient de grands motifs en staff avec figures et cartouches, par MM. Hainglaise et Boger, et des ornements par M. Flandrin.
- Tel était l’ensemble de la décoration du Palais des industries diverses. 18 statuaires, 16 sculpteurs d’ornement, 20 peintres décorateurs, 12 spécialistes divers y ont coopéré.
- C’est une œuvre considérable. Sans doute, il ne fallait pas la détailler à la loupe : une composition si vaste et si hâtive devait nécessairement présenter des imperfections, des exagérations; on pouvait notamment reprocher au grand porche d’être surchargé. Mais, à s’en tenir aux traits généraux, la conception était heureuse et l’exécution très satisfaisante; M. Bouvard et ses collaborateurs avaient parfaitement réussi à fixer l’attention du public, à l’éblouir, à l’étonner, à lui offrir des innovations, dont quelques-unes audacieuses, à exclure les banalités, qui sont la pire chose, surtout dans une grande Exposition universelle.
- 13. Dispositions prises pour l'illumination du dôme central. — L’illumination au gaz du grand dôme central a eu un légitime succès.
- Le pied de la statue surmontant la coupole était garni de globes, accusant nettement la demi-sphère sur laquelle reposait cette statue, de telle sorte que dans la nuit la France paraissait émerger d’une
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- boule de feu. Au-dessous, des rampes horizontales en globes blancs couraient le long des différents ressauts de la base.
- Plus bas, de gros globes dessinaient la silhouette des antéfixes, ainsi que de leurs jonctions horizontales.
- Les sommets des antéfixes étaient marqués par des bouquets de petits globes blancs. Entre ces motifs et le plan de la grande crête se trouvaient deux rampes circulaires horizontales en gros globes blancs.
- Dans les intervalles séparant les têtes de lion et de lynx qui formaient l’ensemble de cette crête, on avait disposé douze soleils à verres jaunes, d’un ton doré.
- Le centre des soleils était formé de cinq becs de gaz, placés en arrière d’un verre plat de forme circulaire et installés dans une lanterne à parois réfléchissantes, de manière à éviter les déperditions de lumière. Quant aux rayons, ils étaient constitués par de petits globes jaunes, montés avec un soin extrême.
- Au-dessous des soleils, se montraient des guirlandes composées de deux rangs de globes et reliées entre elles par des anneaux de globes, dont chacun correspondait à une ferme du dôme.
- Puis venaient les verrières, au travers desquelles filtrait la lumière intérieure.
- A la naissance de la coupole, au-dessus du grand chéneau, se profilaient des motifs de palmes, garnis de petits globes jaunes, semblables à ceux des soleils.
- Les frontons étaient garnis de rampes en globes blancs. Au sommet du grand fronton, brillaient les chiffres R. F. encadrés de lauriers, et au sommet des frontons des pavillons, des étoiles composées, comme le motif précédent, de petits globes jaunes.
- Les lettres R. F., inscrites dans un cercle lumineux, couronnaient les grands pylônes.
- Enfin, aux angles extérieurs des pavillons latéraux, des ifs ronds en petits globes complétaient l’ensemble.
- Le nombre de becs de gaz atteignait 4,ooo. Tous étaient munis de moyens de réglage. Des colonnes montantes placées dans les pieds-droits du porche en assuraient l’alimentation.
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- 14. Dépenses. — Les dépenses de construction du Palais des industries diverses s’établissent ainsi qu’il suit :
- Terrassements et maçonnerie..................... 7 07,4 41 francs.
- Constructions métalliques.......................... 3,171,993
- Charpente en bois, menuiserie, parquetage....... 38/1,1779)
- Couverture et plomberie......................... 827,26/4
- Vitrerie........................................ 954,609
- Travaux de décoration............................ . . 617,936
- Dépenses diverses..................................... 19,099
- Frais d’agence....................................... 177,039
- Total..................... 5,658,781
- ce qui donne 53 fr. 11 pour le prix du mètre horizontal couvert, 52 fr. 45 pour le prix du mètre horizontal utilisé et 4 fr. 87 pour le prix du mètre cube occupé.
- (1) Non compris une somme fie 198,8/16 francs mise à la charge des exposants pour la construction des parquets.
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- PALAIS DES BEAUX-ARTS _ FAÇADE SUR LE JARDIN
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- PALAIS DES ARTS. — GALERIES RAPP ET DESAIX. 109
- CHAPITRE VIL
- PALAIS DES ARTS. - GALERIES RAPP ET DESAIX.
- 1. Plan et description générale. — Le plan d’ensemble de l’Exposition, proposé par M. Alphand, comportait à droite et à gauche du Champ de Mars deux édifices jumeaux affectés, l’un aux beaux-arts, l’autre aux arts libéraux, et se reliant aux galeries des industries diverses par leur extrémité opposée à la Seine.
- Chacun de ces palais comprenait une nef centrale, longue de 209 m. 3o et large de 53 m. 5o, et trois galeries à étage de i5 mètres de largeur, enveloppant cette nef sur les deux faces perpendiculaires à la Seine, ainsi que sur la face la plus voisine du fleuve; la galerie de Seine se terminait par deux pavillons d’angle. Du côté de l’Ecole militaire, deux vestibules de 120 mètres de longueur et 3 0 mètres de largeur, dénommés cc galerie Rapp?9 et «galerie Desaix », rattachaient les palais des arts au Palais des industries diverses.
- Au centre du Palais des beaux-arts, comme au centre du Palais des arts libéraux, s’élevait une coupole de 56 mètres de hauteur, dont l’objet était tout à la fois de donner du mouvement a la silhouette de l’édifice, d’empêcher l’effet d’écrasement que la proximité de la Tour aurait pu produire sur des constructions à faible relief, de rompre la monotonie intérieure de la nef centrale et de contribuer à sa décoration, en y créant une vaste rotonde.
- L’étendue des espaces à couvrir sans points d’appui intermédiaires, l’élévation que devaient atteindre les bâtiments, la brièveté du délai d’exécution, l’économie que l’on voulait apporter dans la construction, tout interdisait l’emploi de la maçonnerie et commandait de recourir â une ossature métallique.
- Cette ossature demeurait apparente; mais la sécheresse de son
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- aspect avait pour correctif le moclelë et les colorations de la céramique, qui jouait, dans les palais des arts, un rôle beaucoup plus considérable que dans ceux des machines et des industries diverses. Les moellons de revêtement avaient été exclus comme donnant des tons trop monotones et trop pauvres, inconciliables avec la situation des palais et avec l’harmonie à établir entre leur caractère et celui des œuvres exposées.
- Le Palais des arts libéraux et celui des beaux-arts offraient la plus grande similitude et ne présentaient que des différences relativement secondaires.
- Voici tout d’abord quelles étaient les dispositions générales du premier de ces palais.
- Au-dessus de la grande nef, la charpente formait un berceau surbaissé, d’où se détachait la coupole portée par quatre piliers en fer; de chaque côté régnait un balcon en encorbellement, au niveau du premier étage des galeries de i5 mètres. L’entrée d’honneur débouchait sous la coupole, qui constituait comme un immense dais, à l’intrados duquel étaient peints les signes du zodiaque et les points cardinaux.
- Des escaliers doubles, placés aux deux extrémités de la nef, conduisaient par quatre montées aux galeries du premier étage et au balcon de la galerie Desaix.
- La lumière arrivait tant par les verrières de la couverture que par de vastes baies latérales.
- Les galeries de pourtour vers Grenelle et vers la Seine étaient closes et servaient entièrement aux expositions. Quant à la galerie voisine du jardin, elle était ouverte au rez-de-chaussée : la moitié antérieure formait un promenoir couvert; des restaurants ou des buvettes occupaient l’autre moitié.
- Extérieurement, l’entrée d’honneur s’accusait par trois arcades en plein cintre, épaulées à droite et à gauche par des pylônes et couronnées d’un attique. Tout ce motif central a été traité en maçonnerie de brique. Les encadrements des arcades, les pieds-droits et
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- PALAIS 'DES BEAUX-ARTS Entrée monumentale et Dôme
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- les archivoltes étaient ornés de terres cuites; les pylônes portaient des campaniles en charpente peinte et dorée; l’attique présentait des niches et des frises en terre cuite à fond d’or et d’émail. Sur les pieds-droits des arcades se détachaient quatre trophées en terre cuite, modelés par M. Michel, sculpteur, d’après une composition de M. Formigé et exécutés dans l’usine de M. Emile Muller : deux de ces trophées symbolisaient la Paix et le Travail avec leurs attributs, les deux autres représentaient des proues de'vaisseaux pavoisées et garnies de leurs agrès; jamais pièces aussi grandes n’avaient été faites dans ce genre. Les quatre tympans contenaient des médaillons à fond d’or et d’émail, avec des génies modelés par M. Allar. Dans les niches du couronnement étaient placées des figures allégoriques : la Photographie par M. Rodin, Y Enseignement par M. Boisseau, Ylmprimerie par M. Aubé. L’architecte avait choisi une horloge et un baromètre comme motifs des campaniles.
- Au-dessus de l’entrée d’honneur se profilaient les combles de la grande nef et la coupole émaillée de tons blanc, bleu, jaune et or. La composition décorative de cette coupole était exécutée avec les tuiles memes de la couverture, dont les dispositions rectilignes traçaient comme les points d’une vaste tapisserie ; nos faïenciers avaient offert à M. Formigé des ressources et des procédés d’une remarquable ingéniosité; chacun des éléments de la mosaïque était soit d’un seul ton, soit de deux tons séparés par une diagonale, ce qui permettait de créer des lignes obliques dans le canevas. Des arêtiers en faïence divisaient le dôme en fuseaux sur lesquels se dessinaient de grands cartouches; ces arêtiers venaient reposer, à leur partie inférieure, sur les amortissements d’un mur circulaire constituant la base de la coupole et couronné de vases. A son sommet, la couverture de la coupole était en verre serti par des nervures de cuivre repoussé et doré, que l’architecte avait fait modeler en torsade et qui se terminaient vers l’égout du vitrage par des dauphins; une pomme de pin sortant d’un épanouissement de rinceaux en cuivre doré formait le poinçon.
- De part et d’autre de l’entrée d’honneur et jusqu’aux pavillons des extrémités se développaient les travées courantes de la façade. Chaque
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- travée était limitée par des piliers en fer, croisillonnés sur les cotés et pannelés sur la face externe, avec remplissage en terre cuite de couleur naturelle. Ces piliers avaient leur base en fonte ornée et reposaient sur un socle en pierre de Lérouville; ils étaient reliés à leur partie supérieure par des arcs en fer et portaient sur l'entablement des écussons émaillés à reflet métallique, formant en quelque sorte chapiteau. Des ceintures de fer et de terre cuite dessinaient l’appui du premier étage, un cours de frises, la corniche et la balustrade. On remarquait surtout la grande frise en terre cuite à fond d’or, avec ses cartouches reproduisant les noms des principaux artistes français et ses gracieuses figures d’enfants. Au droit de chaque pilier, un amortissement en fonte recevait la hampe d’une bannière aux couleurs alternativement françaises et étrangères.
- Les pavillons d’angle sur la Seine étaient, comme le motif central, en maçonnerie revêtue de briques et de terres cuites; une corniche en charpente peinte et dorée surmontait leurs façades. M. Formigé les avait couronnés d’une coupole bleue avec filets blancs transversaux, se recoupant pour encadrer une ornementation en fleurettes blanches et rouges. Les deux petits dômes ainsi établis à l’extrémité du Palais présentaient la forme d’une voûte en arc de cloître; l’un d’eux était recouvert en faïence, l’autre en porcelaine.
- A l’autre extrémité, le Palais des arts libéraux s’adossait contre la galerie Desaix, dont les pignons, couronnés de frises rampantes en terres cuites et de corniches en bois peint, étaient flanqués de deux pylônes en maçonnerie revêtue de briques. De petits phares, placés aux sommets de ces pylônes et formés par des groupes d’enfants portant un globe lumineux, éclairaient les retours d’angle des terrasses.
- Comme je l’ai dit précédemment, le Palais des beaux-arts était presque la reproduction du Palais des arts libéraux. Je me bornerai donc à signaler quelques différences.
- A l’intérieur, un immense escalier établi sous la coupole donnait accès aux galeries du premier étage et offrait de vastes espaces pour
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- Lemereiec Hélio§. For>mi§* Arch Mieuaement Phot.
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- Vestibule central __ Escalier d'Honneur
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- l’exposition des chefs-d’œuvre de la peinture et de la sculpture; par son aspect grandiose et monumental, par son ornementation séduisante, il appelait les visiteurs et les attirait vers la partie supérieure de l’édifice.
- Le balcon de pourtour de la grande nef était supprimé.
- Une succession de salles divisait cette nef au rez-de-chaussée, ainsi que les galeries de 15 mètres au premier étage.
- A l’extérieur, pour ne point détourner l’œil des œuvres sculptées faisant partie de l’exposition de la classe 3, l’architecte avait banni la sculpture de la décoration architecturale vers la base du Palais : les trophées des pieds-droits de l’entrée d’honneur étaient remplacés par des arabesques purement ornementales en terre cuite de ton naturel, mais de dimensions exceptionnelles, fabriquées par M. Lœbnitz. Les médaillons, dus à M. Roty, représentaient la Poésie, la Couleur, la Forme, la Tradition ou Y Histoire. Les statues placées dans les niches du couronnement rappelaient la destination du Palais et figuraient la Sculpture (M. Thomas), la Peinture (M. Crauk) et Y Architecture (M. Marqueste).
- Au lieu d’être couvertes l’une en faïence, l’autre en porcelaine, les petites coupoles des pavillons d’angle, vers la Seine, l’étaient toutes deux en faïence.
- Un porche précédait le vestibule Rapp vers l’avenue de La Bourdonnais et constituait l’une des entrées principales de l’Exposition. Il avait fort grand air avec son arcade en tôle ornée de panneaux en terre cuite, sa frise rampante, sa corniche à consoles en bois rehaussé d’or, ses deux pylônes en maçonnerie et briques, que surmontaient des édicules en bois décorés de médaillons et couronnés par les globes lumineux dont j’ai déjà parlé.
- 2- Fondations. — Les fondations ont été descendues jusqu’au terrain solide, vers la cote (28.00), c’est-à-dire à 5 ou 6 mètres au-dessous du niveau ancien du Champ de Mars et à 7 m. 60 ou 8 m. 60 en contre-bas du niveau assigné au sol des palais. Elles étaient constituées par des massifs de béton correspondant aux points d appui.
- uirniMtnuB nationale»
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- Ces massifs, établis dans des puits de i m. 5o à 3 m. 5o de diamètre suivant les charges et reliés à leur sommet par des arcs en meulière, portaient des murs en maçonnerie noyés dans un remblai de 2 mètres de hauteur ou formant soutènement pour les galeries en sous-sol, du côté du jardin.
- Le nombre des puits a été de 6oo environ. Quant à la dépense des fondations, elle s’est élevée à 355,ooo francs, y compris les canalisations souterraines.
- 3. Charpente métallique de la nef centrale des palais. — Divers systèmes ont été étudiés pour la couverture de la nef centrale du Palais des beaux-arts et du Palais des arts libéraux. Dans le premier, les fermes consistaient en deux poutres droites couvrant à la fois les bas côtés de la nef et équilibrées sur les piliers qui devaient séparer ces différentes parties de la construction : la hauteur eût été excessive au faîtage et insuffisante sur les façades. Le second système laissait la nef indépendante et comportait l’emploi de fermes courbes très surbaissées et assez rigides pour ne soumettre les points d’appui à aucune poussée : ces fermes, avec leur section de 5 mètres de hauteur au sommet et de 2 mètres aux naissances, auraient été d’un aspect défectueux. C’est un troisième système, dû à MM. Formigé et Gonta-min, qui a prévalu, comme préférable au point de vue de la légèreté et des proportions de l’édifice : en voici les dispositions essentielles.
- Les fermes avaient la forme d’une ogive constituée à l’intrados par des arcs d’ellipse et à l’extrados par des arcs de cercle. Elles reposaient sur des pieds-droits verticaux qui s’évasaient vers l’intérieur de la nef, à 12 mètres au-dessus du sol, de manière à dessiner une sorte de chapiteau. Des articulations étaient ménagées à la base des deux pieds-droits et de l’ogive. Le profil ainsi dessiné avait un aspect très satisfaisant : l’architecte s’est en particulier félicité d’avoir choisi pour l’intrados des arcs elliptiques de préférence à des anses de panier, dont les variations brusques de courbure apparaissent toujours à l’œil et peuvent nuire à l’effet décoratif.
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- PALAIS DES ARTS LIBERAUX MonLa.Se de la, grande Nef ( M. M. de Schnyver et C*® )
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- PALAIS DES ARTS. — GALERIES RAPP ET DESAIX.
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- Des tirants noyés dans ie sol reliaient les sabots des articulations inférieures, pour combattre la poussée : la nécessité d’établir des caves sous les bas côtés, pour le service des restaurants, ne permettait point de donner aux massifs de fondation un large empâtement et de supprimer les tirants comme dans le Palais des machines.
- L’ouverture des fermes était de 48 m. 80, leur hauteur sous clef de i3 m. 5o, leur épaisseur au sommet de 1 m. 35, l’espacement intérieur des pieds-droits de 49 m. 80, leur épaisseur de 1 m. 5o, et la hauteur totale entre l’articulation du faîtage et le sol de 28 m. 87.
- Chaque ferme se composait de deux pièces jumelées, dont les membrures supérieure et inférieure étaient réunies par des montants et des treillis simples : ce dispositif donnait tout à la fois beaucoup de légèreté et une grande résistance au voilement. Les pieds-droits étaient a caisson.
- L’espacement des fermes avait été fixé à 18 m. 10, sauf pour les travées extrêmes, qui n’avaient que 6 m. 2 5 et qui se terminaient par des pignons vitrés.
- Sur chacun de ses versants, la couverture présentait six cours de pannes, l’un à o m. 85 de l’articulation du faîtage, quatre autres réunis par groupes de deux avec espacement de 1 m. 70, et le dernier près du chéneau. Les deux pannes du sommet portaient le chemin de faîtage.
- Les pannes étaient reliées entre elles par des chevrons métalliques, qui supportaient à leur tour les petites pannes et les fers à vitrage.
- Pour le Palais des beaux-arts, où il fallait beaucoup de lumière, la couverture était vitrée sur presque toute sa surface; pour le Palais des arts libéraux, le vitrage ne s’étendait de part et d’autre du faîtage que jusqu’à la quatrième panne.
- Les fermes pesaient de 5o à 54 tonnes.
- On mettait d’abord en place les piliers verticaux à l’aide de chèvres reposant sur le sol. Pour le surplus, le levage s’effectuait, par tronçons de 8 tonnes au plus, à l’aide d’échafaudages roulants, avec plates-formes en gradins, et de chèvres disposées sur ces plates-formes.
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- Les e'chafauclages occupaient toute la largeur d une travée et se composaient de palées réunies par des moises et des contre-fiches : celui du Palais des beaux-arts était muni de trente-deux galets de roulement de o m. 49 de diamètre; celui du Palais des arts libéraux, évidé dans sa partie médiane, n’avait que seize galets de o m. 90.
- 4. Charpente métallique des bas côtés des palais. — Les galeries latérales des deux palais étaient constituées par une succession de fermes très simples de là m. 55 d’ouverture, espacées de 9 m. o5 (moitié de l’espacement des fermes de la nef centrale) et s’appuyant, d’une part en façade, sur des piliers verticaux à caisson de 1 m. 10 de côté, d’autre part vers l’intérieur, soit sur les piliers de la nef, soit sur des piliers intermédiaires. Des arceaux en fer contrebutaient ces piliers à leur partie supérieure, dans le sens de la longueur des
- Chacune des fermes comportait deux arbalétriers en poutre droite a treillis, de 0 m. 35 environ de hauteur, réunis par un tirant en fer rond, avec aiguille pendante, et soutenus aux naissances par deux consoles en tôle. La flèche était de 2 m. 70 environ, et la hauteur sous faîtage au-dessus du sol de 19 mètres.
- Sept pannes à treillis portaient la couverture. Un large lanterneau vitré, établi au sommet de la construction, s’étendait sur chaque versant jusqu’à la troisième panne.
- Un plancher métallique, placé à 7 mètres au-dessus du sol et correspondant aux galeries de pourtour de la nef, séparait le rez-de-chaussée du premier étage.
- 5. Charpente métallique des dômes. — Les deux grandes coupoles du Palais des beaux-arts et du Palais des arts libéraux avaient 3o m. 5o de diamètre intérieur à la base et s’élevaient à 56 mètres au-dessus du sol (non compris le fleuron de 3 m. 75), c’est-à-dire à 29 mètres au-dessus du faîtage de la nef centrale. Elles étaient placées au centre d’une, salle beaucoup plus large, obtenue par le croisement de la nef de 5o mètres avec un transept également de 5o mètres.
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- Réduits au minimum de manière à ménager les perspectives, les points d’appui consistaient en quatre piliers de 26 m. 5o de hauteur, espacés de 34 mètres d’axe en axe, et occupaient les sommets d’un carré dans lequel s’inscrivait la base de la coupole. Ces piliers métalliques, constitués par huit membrures verticales réunies au moyen de treillis, présentaient en plan la forme d’une croix grecque, forme moins sèche que celle du carré; ils offraient à la fois beaucoup de légèreté et de résistance à la déformation. Des arcs en ogive avec tympans apparents les reliaient deux à deux, en épousant à la partie supérieure la courbure des fermes de la galerie centrale.
- Sur les piliers reposaient quatre poutres maîtresses, reprises par des poutres d’angle, de manière a dessiner un châssis octogonal régulier, circonscrit à la base du dôme : les poutres maîtresses se relevaient légèrement dans leur partie médiane, afin de dégager ce châssis.
- L’ossature métallique de la partie inférieure était complétée par des trompillons d’angle. Au Palais des beaux-arts, ces trompillons, très allongés, constituaient de véritables pendentifs reposant sur les grandes arcatures des piliers; au Palais des arts libéraux, dont les arcatures s’extradossaient à l’aide d’un tympan à jour, ils étaient beaucoup plus surbaissés.
- Au-dessus du châssis s’élevait un attique circulaire de 5 m. 80 de hauteur, limité par une ceinture supérieure et une ceinture inférieure, et divisé en vingt-quatre fuseaux par des montants dont la membrure extérieure s’infléchissait vers la base pour donner une assiette plus large et plus résistante : les montants avaient ainsi 1 m. 10 d’épaisseur au sommet et 2 m. 60 au niveau du châssis.
- La coupole proprement dite, qui surmontait l’attique, avait un profil ogival à arc elliptique. Elle était constituée par vingt-quatre demi-fermes, correspondant aux vingt-quatre montants de l’attique et aboutissant sur une couronne circulaire, à laquelle s’attachaient le fleuron et la clef pendante. L’épaisseur des fermes diminuait progressivement de 1 m. 10 à 0 m. 60. Quatre cours de pannes les réunissaient entre l’attique et la couronne de butée. Des chevrons montant
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- de l’attique au troisième cours de pannes divisaient en quatre fuseaux chacun des intervalles compris entre deux fermes consécutives.
- Dans la hauteur de l’attique régnait un remplissage en maçonnerie de briques creuses, avec châssis métalliques vitrés de 1 m. 60 de diamètre. Les fuseaux de la coupole, jusqu’au niveau du troisième cours de pannes, étaient garnis d’entrevous en terre cuite sur lesquels l’architecte avait fait maroufler les peintures de la décoration intérieure; le revêtement extérieur en tuiles émaillées s’agrafait sur des lattis en cornières; une enveloppe en zinc, interposée entre le lattis et le chevronnage, assurait l’étanchéité. Au-dessus de la troisième ceinture de pannes, la coupole était entièrement vitrée.
- Grâce aux heureuses proportions qui leur avaient été attribuées, les dômes du Palais des beaux-arts et du Palais des arts libéraux produisaient un effet esthétique irréprochable. Assez hauts pour donner aux édifices le relief que commandait le voisinage de la Tour de Boo mètres, ils restaient néanmoins, au point de vue de l’aspect intérieur, dans les limites consacrées par l’expérience : M. Formigé a pu ainsi éviter de recourir à l’expédient presque classique, qui consiste à faire deux coupoles emboîtées l’une dans l’autre, la première pour la perspective extérieure et la seconde pour la perspective intérieure.
- Toutes les pièces ont été calculées, abstraction faite de la solidarité du dôme avec les constructions voisines, de manière à résister par elles-mêmes aux efforts verticaux ou horizontaux, résultant soit de la charge permanente, soit des pressions accidentelles et en particulier de la poussée du vent.
- Le montage de l’ossature métallique des deux dômes a exigé quatre mois environ. On s’est servi d’un échafaudage , dont les éléments essentiels consistaient en deux palées doubles placées suivant les diagonales du carré de support de la coupole. Ces palées principales, reliées deux à deux par des palées plus petites au droit des poutres maîtresses du châssis, portaient à leur partie supérieure une série de gradins.
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- Toute la partie intérieure de cet échafaudage a été conservée, pour les travaux de couverture et de décoration de la coupole, longtemps après l’enlèvement de la partie extérieure.
- Les grands piliers, amenés en quatre tronçons de 7 tonnes et demie chacun, étaient assemblés à pied d’œuvre, puis levés d’une seule pièce. Pour cette opération, on les couchait, la tête au droit de la fondation et le pied sur un chariot roulant; on agissait ensuite sur la tête, au moyen de treuils et de palans, et on l’élevait progressivement, tandis que le pied s’avancait jusqu’à sa position définitive. Quand un pilier était complètement dressé, on le dégageait du chariot et on le laissait reposer sur le massif de maçonnerie, pour l’y fixer par de solides ancrages.
- Quant au levage des pièces constitutives de la coupole, il a été opéré à l’aide de bigues ou grues pivotantes.
- Les deux dômes pesaient ensemble 1,148 tonnes.
- 6. Charpente métallique des annexes et vestibules des dômes.— Des constructions annexes ont dû être établies au pourtour du dôme, pour compléter la largeur de 5o mètres de la nef et celle du transept.
- Au Palais des beaux-arts, ces annexes comprenaient essentiellement: i° huit piliers à caisson, placés à 8 m. 5o environ des grands piliers du dôme et suivant les côtés du carré défini par ces piliers; 2° un plancher métallique régnant à 7 mètres de hauteur et accessible par quatre escaliers ménagés aux angles ; 3° des arcatures reliant chacun des piliers du dôme aux deux piliers secondaires voisins; k° enfin les charpentes supportant la couverture.
- L’entretoisement des piliers du dôme et des piliers secondaires était solidement assuré par des pièces disposées sous le sol, par le plancher, par les arcatures, et, au sommet, par les pannes de la couverture. On avait eu soin de rendre les quatre piliers placés à la limite du transept indépendants des fermes contiguës de la nef, de manière à ne pas entraver le fonctionnement des rotules de ces fermes.
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- Des poutres jumelles, soutenues chacune par quatre piliers en maçonnerie, reliaient les quatre grands piliers du dôme pour porter le plancher.
- Les arcatures étaient formées de flasques jumelées présentant un aspect analogue à celui des grandes arcatures du dôme, auxquelles elles faisaient suite; un système de montants et de diagonales les rattachait aux pannes de la couverture.
- Dans le sens de la longueur de la nef, la couverture des annexes prolongeait celle du vaisseau principal. Dans le sens du transept, chaque annexe comportait une couverture présentant la même courbure que celle de la nef et reposant sur une ferme qui reliait les piliers extrêmes. Cette ferme reproduisait la partie correspondante des fermes de tête de la nef de 5o mètres. Elle recevait un masque en tôle pleine, terminé : i° au sommet, par deux longs pans, avec consoles à volutes décoratives, émergeant au-dessus de la couverture; a0 à la base, par une courbe à trois centres se raccordant avec l’intrados des fermes de 5o mètres. Les piliers étaient réunis à la retombée de la ferme par une poutre-tirant au-dessus de laquelle s’élevait un pan de fer, partiellement vitré; ils étaient en outre chaînés a la base et au niveau du plancher. Trois groupes de pannes doubles reliaient la ferme au châssis du dôme.
- Au Palais des arts libéraux, les annexes présentaient des dispositions identiques, si ce n’est que le plancher régnait seulement sur les deux faces du dôme parallèles à l’axe longitudinal du Palais, ce qui avait permis de réduire de moitié le nombre des piliers secondaires et des petites arcatures rattachant ces piliers à ceux du dôme.
- Les vestibules des deux palais comprenaient chacun un plancher à 7 mètres de hauteur et une charpente à deux longs pans, avec croupes extrêmes, portée par les murs en maçonnerie.
- De grands châssis vitrés, en plein cintre sur les jardins et en arc de cercle sur les avenues, remplissaient les baies des murs de façade des porches.
- Sauf certaines modifications, la partie métallique des vestibules
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- était faite d’après les types adoptés pour les galeries annexes de i5 mètres.
- 7. Charpente métallique des galeries Rapp et Desaix. — Les fermes de 3o mètres adoptées pour les galeries Rapp et Desaix avaient 6 m. 33 de flèche et comportaient deux grands arbalétriers rectilignes, reposant d’une part sur un mur en maçonnerie (côté du Palais des industries diverses), et d’autre part sur les piliers en tôle appartenant aux pignons des palais. Ces arbalétriers, formés de poutres à croisillons de o m. 70 de hauteur, étaient soulagés à 10 mètres de l’axe par des colonnes élégantes en fonte dont la hauteur atteignait 18 m. 44 et que surmontaient des consoles doubles en fer, avec volute en tôle enroulée, d’un excellent effet. Chacun des vestibules se divisait ainsi en une galerie centrale de 20 mètres de largeur et deux galeries latérales de 5 mètres : les petites galeries étaient pourvues d’une tribune, au niveau du plancher du premier étage des palais.
- Un tirant en fer rond avec aiguille reliait les deux arbalétriers au niveau de leur appui sur les colonnes èn fonte.
- Dix-sept cours de pannes réunissaient les fermes entre elles. Il y en avait deux entre chacune des naissances et la colonnade voisine, deux autres jumelés au droit de chacune de ces colonnades (dont la rigidité se trouvait ainsi bien assurée), quatre autres répartis sur chaque versant entre la colonnade et le faîtage, enfin un cours de pannes faîtières. Dans la galerie Desaix, les neuf pannes voisines du faîtage portaient un lanterneau vitré; dans la galerie Rapp, le vitrage s’étendait à toute la partie comprise entre les colonnades.
- L’espacement des fermes et des colonnes, devant coïncider avec celui des points d’appui du Palais, variait de 4 m. 70 à 14 mètres; la longueur totale des vestibules était de 117 m. 80.
- Quelques mois avant l’ouverture de l’Exposition, on s’est décidé à exécuter en fer les grandes arcades en plein cintre des porches.
- L’ossature de ces arcades a été disposée de manière à utiliser les
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- ornements en terre cuite, déjà fabriqués ou en cours de fabrication, et à recevoir la charpente et la couverture des galeries. Trois de ces arcades recevaient un masque vitré; la quatrième, celle de l’entrée Rapp, n’ayant point à recevoir de masque de cette nature, différait un peu des trois premières.
- 8. Charpente en bois. Menuiserie. Couverture. Vitrerie. — La grosse menuiserie s’est composée, pour la plus large part, de chevronnages en bois de sapin corroyé dans les combles. Ont été également exécutés en bois de sapin les refends du Palais des beaux-arts, les campaniles, les entablements et les couronnements des porches, ainsi qu’une assez grande étendue de parquets. Tous ces bois étaient fournis en location, avec faculté d’achat ultérieur par l’administration.
- Pour la couverture, on s’est servi d’ardoises en zinc à forme de losange; la vitrerie des combles était en glaces striées de grandes dimensions. Gomme je l’ai précédemment indiqué, les tuiles en faïence ou en porcelaine des dômes et des pavillons d’angle reposaient sur une première couverture en zinc. Les chéneaux étaient en fonte, avec joints en caoutchouc facilement démontables. De même que pour la menuiserie, le système de la location, sous réserve de rachat facultatif, avait été largement appliqué.
- Parmi les travaux divers, il y a lieu de mentionner spécialement ceux de sculpture ornementale en staff et de peinture décorative à l’intérieur des coupoles.
- 9. Observations sur le style des palais des arts, sur leur caractère décoratif et sur les matériaux employés à leur construction. — En étudiant l’emploi du fer au point de vue décoratif, j’ai indiqué, parmi les divers systèmes suivant lesquels peuvent être conçus les édifices à ossature métallique, celui qui consiste à associer le métal à d’autres matières, telles que terres cuites, faïences, briques, staff, etc.
- Le Palais des arts libéraux et le Palais des beaux-arts offraient de
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- véritables modèles de ce style mixte, où tous les effets de couleur et de relief peuvent se donner libre carrière.
- Sans se dissimuler, la charpente métallique ne se montrait qu’avec réserve et discrétion. L'architecte avait très heureusement résolu une difficulté d’ordre esthétique qui se présente, en pareil cas, dans l’usage du fer, et que je dois signaler en passant.
- Lorsque le fer est seul utilisé comme moyen d’expression architecturale, les faibles dimensions transversales et la légèreté des pièces peuvent produire de grands effets. Lorsqu’au contraire le métal est uni a la maçonnerie, l’opposition des masses risque de donner au métal un aspect de maigreur excessive. M. Formigé s’est prémuni contre ce défaut en augmentant la section de certaines pièces, en ayant soin de les habiller d’éléments facilement modelables et susceptibles de coloration, et en leur donnant ainsi tout à la fois de l’ampleur et de la richesse. Tels étaient notamment les piliers qui déterminaient les travées des façades. Ces piliers, formés de cornières d’angles, de plates-bandes et de croisillons, et garnis de panneaux en terre cuite, présentaient un corps et un volume comparables à ceux des pylônes en maçonnerie; l’élargissement de leur section avait d’ailleurs l’avantage, non seulement de leur donner l’assiette nécessaire, mais aussi d’y ménager des vides intérieurs pour le passage des tuyaux d’écoulement, des cheminées de ventilation et des fils électriques destinés à l’éclairage du monument. L’échelle des piliers était encore accrue par leur contact avec deux petites colonnettes en fonte d’une grande finesse et d’un dessin très délicat, qui soulageaient près de ses points d’encastrement la poutre en treillis ou sablière recevant les solives du plancher du premier étage.
- La discrétion mise par l’architecte à user du fer apparent ne l’avait point empêché cependant d’en étudier les formes avec beaucoup de goût et de donner au métal le caractère décoratif dont il était susceptible. Je citerai, par exemple, la corniche en tôle qui se développait le long de la façade en dehors du motif central et des pavillons d’angle, et dont les lignes contournaient les saillies des piliers : les modillons de cette corniche étaient ornés de volutes fort
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- bien dessinées et s’harmonisant parfaitement avec les détails si délicats des autres matériaux.
- Je dois encore mentionner l’ornementation, au moyen de feuillages en fonte, des arceaux en fer à jour couronnant les grandes baies vitrées, ainsi que le relief et la légèreté des amortissements en fonte au pied des mâts.
- Rappelons enfin la belle couleur bleue, si poétique, si gaie, dont tous les fers étaient revêtus.
- La pierre de taille ne jouait qu’un rôle tout à fait secondaire dans les soubassements et les impostes; la maçonnerie de moellons n’était utilisée que pour certains massifs intérieurs.
- Des divers matériaux dont s’était servi l’architecte, c’était la brique qui, en dehors du fer, s’imposait le plus à l’attention. Elle dominait dans le nu des murs et formait comme le fond général du décor. M. Formigé avait eu recours à un module nouveau, de grandes dimensions; les lits alternativement hauts et bas donnaient un canevas agréable à l’œil, et la couleur rosée fournissait une tonalité générale très séduisante. Tous les grands pleins des palais (vestibules, motifs de milieu, pavillons d’angle) étaient établis avec cette brique spéciale.
- Ensuite venait la terre cuite, dont la coloration rose comme celle de la brique se mariait si agréablement au bleu de l’ossature métallique. On la trouvait un peu partout : je citerai notamment, pour les grandes entrées des palais, les nervures des arcades, les panneaux de leurs pieds-droits,, la frise à fond d’or représentant une série de guirlandes et d’emblèmes; pour les façades, le garnissage des piliers, les bandeaux surmontant la sablière du premier étage, la belle frise à fond d’or, si gracieuse et si séduisante avec ses cartouches allongés et ses figures d’enfants, l’attique découpé à jour et divisé par les piédestaux des mâts; pour les vestibules Rapp et Desaix, les panneaux des arcades, les bas-reliefs des frises rampantes et les médaillons des édicules surmontant les pylônes. L’attique des façades offrait un spécimen de construction particulièrement intéressant; il
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- était formé de pièces creuses très légères s’ajustant entre elles, jointoyées en mortier et reliées par des attaches en fer très solides.
- La terre cuite émaillée ou la faïence se montraient dans les médaillons et surtout dans la couverture des dômes. Les dômes ayant un aspect décoratif, en dehors de leur forme même, sont assez rares. Il n’en n’existe guère que deux à Paris, celui du Val-de-Grâce et celui des Invalides. Jamais on n’avait tenté en France l’essai de coupoles colorées, analogues à celles dont l’architecture persane nous a laissé de nombreux exemples : M. Formigé a tenté l’épreuve et fait revivre chez nous la tradition orientale en la modernisant; son œuvre a été un des gros succès de l’Exposition. Les tuiles quadrangulaires dont s’est servi l’architecte étaient fixées sur l’ossature métallique par des attaches en fer; elles formaient un canevas harmonieux et présentaient un coloris charmant.
- Ainsi que je l’ai déjà indiqué, l’un des petits dômes couvrant les pavillons d’angle du Palais des arts libéraux comportait des tuiles en porcelaine : une expérience prolongée pourra seule révéler les mérites respectifs de la faïence et de la porcelaine, au point de vue de la résistance aux intempéries.
- Le bois n’occupait qu’une place accessoire : on le trouvait dans les corniches des pavillons d’angle et des vestibules de 3o mètres, ainsi que dans les édicules ou campaniles couronnant les pylônes. Au premier abord, cette association du bois à la brique et au fer peut inspirer quelque étonnement. Cependant, si l’architecte y a eu recours, ce n’est point comme à un moyen provisoire d’obtenir une décoration brillante, sauf à en sacrifier la durée : la renaissance florentine offre des exemples nombreux de corniches en bois dont l’état de conservation ne laisse rien à désirer; bien abritées et bien aérées, ces corniches ne s’altèrent pas. Le bois a pu ainsi apporter à M. Formigé, pour les couronnements, une solution tout à la fois rationnelle, élégante et économique.
- Pour avoir passé en revue tous les matériaux, il ne me reste à citer que le cuivre dont étaient formés les ornements du sommet des dômes et les nervures de leurs verrières. Ces nervures dissimulaient
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- habilement les angles de la surface polyédrique dessinée par les verres.
- L’effet d’ensemble obtenu par la mise en œuvre de tous ces éléments était des plus gais et des plus attrayants; les formes et le coloris des palais répondaient bien au caractère brillant et sérieux de l’Exposition de 1889.
- Malgré la variété des matériaux, le style demeurait néanmoins très châtié. L’architecte avait su échapper à l’écueil d’une polychromie trop complexe; il savait que le nombre excessif des couleurs, au lieu d’animer les impressions, les rend souvent confuses et ternes. Deux tons seulement dominaient dans l’ensemble : le ton bleu des fers et des dômes; le ton rosé et chaud de la terre cuite, avec rehauts d’or. Les autres tons employés en petites surfaces comptaient peu dans l’aspect général.
- M. Formigé a étendu, avec un succès incontesté, l’emploi des produits de la céramique unis au fer. Nous nous étions laissé devancer à cet égard par l’étranger, et notamment par l’Angleterre, où la terre cuite était beaucoup plus largement en usage. La tentative des palais des arts a été fort heureuse au point de vue industriel : car elle a donné une impulsion puissante à nos usines de céramique. Au point de vue artistique, elle n’a pas été moins remarquable, et l’on doit savoir gré à l’architecte d’avoir su créer dans le style mixte une œuvre si brillante à côté des constructions grandioses où s’épanouissait l’art du métal.
- 10. Dépenses. — Les dépenses de construction du Palais des beaux-arts, du Palais des arts libéraux et des galeries Rapp et Desaix
- se chiffrent comme il suit :
- Terrassements et maçonnerie....................... 2,229,398 francs.
- Constructions métalliques........................ 3,782,2/17
- Charpente en bois, menuiserie, parquetage....... 698,189(1)
- A reporter............... 6,659,834
- (I) Non compris une somme de 39,kUh francs mise à la charge des exposants pour la construction des parquets.
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- Report.................. 6,659,834 francs.
- Couverture et plomberie.......................... 539,272
- Vitrerie......................................... 1/13,965
- Décoration. — Sculpture et peinture............... 358,56g
- Travaux divers..................................... 18,000
- Frais d’agence.................................... 182,607
- Total................... 7,902,027
- ce qui donne 179 fr. 18 pour le prix du mètre horizontal couvert, 122 fr. 80 pour le prix du mètre horizontal utilisé et 7 fr. 66 pour le prix du mètre cube occupé.
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- CHAPITRE VIII.
- PROTECTION DES PALAIS DU CHAMP DE MARS CONTRE LA FOUDRE.
- 1. Avis d’une Commission spéciale chargée de l’étude des mesures à prendre pour protéger les palais du Champ de Mars contre la foudre. — Il était essentiel de protéger les palais du Champ de Mars contre la foudre.
- Une Commission spéciale fut chargée de l’étude des dispositions a prendre et proposa les mesures suivantes.
- Du côté de l’avenue de Suffren, des communications devaient être établies tous les 5o mètres entre les constructions métalliques et la conduite d’eau de o m. 6o de diamètre qui longe l’avenue et plonge en Seine.
- Du côté de l’Ecole militaire et de l’avenue de La Bourdonnais, les édifices devaient être mis en relation avec la nappe aquifère au moyen de tubes métalliques de o m. îo de diamètre, qui seraient formés d’éléments vissés les uns aux autres et qui plongeraient de 3 mètres dans l’eau.
- Des tubes analogues devaient être placés à chacun des angles des façades intérieures et devant le perron central du Palais des industries diverses.
- Les parties des constructions en fer qui seraient isolées par des murs devaient être réunies par des tiges métalliques traversant ou contournant ces murs.
- Enfin les colliers entourant les tuyaux de la conduite d’eau du Palais des machines devaient être soudés au plomb ou au zinc.
- Moyennant ces mesures, la Commission jugeait inutile d’adapter des pointes aux palais, dont la charpente constituerait avec la nappe aquifère souterraine un circuit complet.
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- PROTECTION DES PALAIS CONTRE LA FOUDRE.
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- 2. Dispositions prises par la Direction générale des travaux. —
- Le programme de la Commission a été suivi, du moins dans ses parties essentielles, par la Direction générale des travaux.
- Des communications, réparties comme le montre le tableau suivant, ont été établies, tous les 5o mètres, entre les édifices et la nappe aquifère ou la conduite d’eau de l’avenue de Suffren :
- COMMUNICATIONS
- avec avec
- LA HAPPE LA CONDUITE
- aquifère. d’eau.
- a a
- 8 //
- 2 //
- 9 5
- 3 n
- 7 H
- 5 U
- 2 3
- ^9 10
- 39
- DESIGNATION
- DES F.w: Vf)ES.
- Palais dos machines...........
- Palais des industries diverses..
- Palais des beaux-arts.........
- Palais des arts liberaux......
- Côté Suffren..............
- Côté La Motte-Picquel....
- Côté La Bourdonnais.......
- Côté Suffren..............
- Cour intérieure (jardin liant
- Côté La Bourdonnais.......
- Côté La Bourdonnai*.......
- Côté Suffren..............
- Totaux.. .
- Total général .
- Ainsi que l’indique ce tableau, les édifices, du côté de l’avenue de Suffren, au lieu d’être mis uniformément en relation avec la conduite d’eau de cette avenue, l’ont été tantôt avec la nappe aquifère, tantôt avec la conduite, suivant qu’il y avait économie à adopter l’une ou l’autre de ces deux solutions.
- Dans tous les cas, la prise de courant a eu lieu par un conducteur en fer carré, présentant une surface de o m. ôo par mètre courant et relié étroitement aux piliers à l’aide de tire-fonds.
- Lorsque la communication était établie avec la nappe aquifère, le conducteur se terminait à sa base par un perd-lluide cylindrique en tôle, de 1 mètre carré de surface, plongeant de î mètre dans la coucbe d’eau. Au-dessous du sol, le conducteur et le perd-lluide étaient contenus dans une file verticale de tuyaux en grès à emboîtement, de. o m. 3i de diamètre. Pour mettre ces tuyaux en place, on a creusé,
- ii.
- 9
- 11! MU >li: MH TUTIOXALt.
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- à 3 mètres des façades, des puits de î m. 20 de diamètre, que l’on a poussés jusqu’à 1 mètre en contre-bas du niveau de la nappe aquifère, c’est-à-dire jusqu’à 8 m. 5o de profondeur moyenne par rapport au sol ancien du Champ de Mars, et qui ont été ensuite remblayés progressivement, au fur et à mesure de la pose des tuyaux. Un solide tampon en chêne recouvrait l’orifice supérieur de la conduite en grès. Entre la façade et le point où il s’enfoncait verticalement, le conducteur était enfoui à o m. 5o dans la terre.
- Lorsque la communication s’établissait avec la conduite d’eau de l’avenue de Suffren, le conducteur était également placé au fond d’une tranchée remblayée de 0 m. 5o de profondeur, depuis la façade jusqu’à la conduite, à laquelle il était rattaché par un collier.
- Les prix unitaires ont été les suivants :
- Mètre linéaire de conducteur.......................... 3f 3oc
- Perd-fluide............................................. 18 00
- Mètre courant de tranchée entre la prise de courant et
- le forage ou le collier............................... 1 80
- Mètre linéaire de puits garni de tuyaux en grès...... 28 00
- Tampon en chêne......................................... i5 00
- Montage du perd-fluide, prise de courant, etc......... 7 70
- La dépense totale s’est élevée à iù,5oo francs.
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- CHAPITRE IX.
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- 1. Indications générales.— Les galeries de l’agriculture se développaient sur le quai d’Orsay, entre le Champ de Mars et l’esplanade des Invalides, et y couvraient une superficie totale de 26,060 mètres carrés.
- Elles se composaient de deux files de pavillons métalliques fort légers, fournis en location et montés, les uns sur la contre-allée, les autres sur la chaussée du quai, avec des façades d’un style très sobre et une décoration extrêmement simple. C’était, en effet, un vaste abri et non un palais qu’il s’agissait d’élever.
- La charpente métallique a été, pour la plus large part, empruntée aux constructions du Cinquantenaire des chemins de fer (17,500 mètres carrés); une autre partie a été prise dans les bâtiments qui avaient servi à l’installation provisoire de l’Hôtel des postes, sur la place du Carrousel (5,260 mètres carrés); MM. Millinaire frères ont fait le surplus en matériaux neufs.
- 2. Charpente métallique. — Au début des travaux de l’Exposition, la Compagnie parisienne, qui traitait avec la Société du cinquantenaire des chemins de fer pour la construction des galeries de Vin-cennes, offrit au directeur général des travaux, pour les annexes du quai d’Orsay, les fermes qui devaient devenir disponibles après la démolition de ces galeries. L’offre fut acceptée : elle permettait en effet une large économie, en assurant une double location des mêmes matériaux. Le prix convenu entre l’Administration de l’exposition et la Compagnie parisienne, remplacée plus tard par M. Kasel, était de 9 fr. 5o au mètre carré couvert.
- Q-
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- Les fermes ainsi utilisées se rattachaient à deux types, le premier de i5 m. 80 et le second de i3 m. 80 d’ouverture. On se servit des fermes de i5 m. 80 sur la contre-allée du quai d’Orsay, où elles formaient quatre galeries comportant respectivement 33, 33, Ù2 et 53 travées, en allant de l’avenue de La Bourdonnais au pont des Invalides: celles de i3 m. 8o furent établies sur la chaussée et constituèrent deux galeries, de 33 travées chacune, dans la partie courbe du quai entre l’avenue de La Bourdonnais et la place de l’Alma.
- Ces fermes, du système de Dion, étaient composées de fers cornières et de fers plats au minimum de dimensions. Seules, les pannes du lanterneau et les sablières avaient été faites en fer u ; les autres pannes étaient en bois. On peut juger, par le tableau suivant, de la légèreté de la construction.
- OUVERTURE des FERMES. LONGUEUR des TRAVÉES. - =g=gg " 1 —'-i POIDS
- D’UNE FERME. TOTAL d’une travée. par MÈTRE CARRÉ couvert. par MÈTRE CURE abrite.
- mètres. mètres. kilogr. kiiogr. kilogr. kilogr.
- i5 8o 5 1,368 a,i64 27.A 3.07
- i3 8o 5 1,166 2,099 3o.A 3.A0
- Le montage a été effectué au moyen d’un léger échafaudage roulant, qui permettait de lever les fermes à l’avant et de monter les travées par-dessus. L’avancement atteignait cinq travées par jour.
- Les appuis des fermes étaient fixés par des boulons, soit sur de petits massifs en béton, soit sur des semelles en fer à double t , lorsque cette dernière disposition paraissait nécessaire pour ne pas entamer les racines des arbres de la contre-allée.
- Par suite de la courbure du quai, il a fallu modifier un peu la charpente métallique, qui avait été établie pour des galeries rectilignes. Les remaniements ont porté sur douze travées; ils ont consisté en une recoupe des pannes et des sablières du côté du plus petit rayon et en un allongement des pièces correspondantes du côté du
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- plus grand rayon, de manière à laisser intacte la panne faîtière,c’est-à-dire la pièce la plus ouvragée.
- La pente longitudinale du quai d’Orsay, surtout à l’approche du pont de l’Alma, a donné lieu à certaines difficultés. Il a fallu, pour y pourvoir, combiner deux moyens, incliner un peu quelques travées et diminuer la hauteur de quelques fermes, en noyant la base de leurs appuis dans le sol.
- On s’est servi, pour la couverture, d’ardoises en zinc; les lanterneaux étaient vitrés en verre strié.
- Les eaux pluviales se déversaient dans des tuyaux de descente, que les dangers d’engorgement par les feuilles et les débris d’arbres avaient conduit à placer à une très faible distance l’un de l’autre.
- Les fermes des anciens baraquements provisoires du Carrousel (MM. Baudet et Donon) formaient sur la chaussée du quai d’Orsay, entre le pont de l’Alma et le pont des Invalides, deux galeries l’une de 27 travées, l’autre de 21 travées. Leur ouverture était de iû m. 60 et leur espacement de 8 mètres. Elles se composaient de deux arbalétriers en treillis maintenus par un tirant en fer rond et portant sur deux poteaux en L1, qui reposaient eux-mêmes sur des socles en briques. Les pannes étaient en fer à t.
- Chacune des fermes pesait 2,200 kilogrammes. Le poids total par travée était de 4,800 kilogrammes, ce qui donnait 4i kilogr. 1 par mètre carré couvert et 6 kilogr. 55 par mètre cube abrité.
- Le levage a été opéré au moyen de chèvres.
- Plusieurs décrochements ont dû être ménagés par suite de la pente du quai. Les mesures prises ont consisté, soit à assembler les pannes au-dessus des arbalétriers, alors qu’elles devaient normalement aboutir dans la hauteur de ces pièces, soit à faire varier la hauteur des socles en briques.
- Quant aux fermes Millinaire, employées entre le boulevard de La Tour-Maubourg et l’esplanade des Invalides, pour l’établissement de deux pavillons comptant chacun 20 travées, elles étaient construites
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- avec des fers en u et des fers plats et reposaient sur des massifs en béton.
- Les poids étaient les suivants :
- OUVERTURE des FERMES. LONGUEUR des TRAVÉES. POIDS
- D’UNE FERME. TOTAL d’une travée. par MÈTRE CARRÉ couvert. par MÈTRE CUBE abrité.
- mètres. mètres. kiiogr. kiiogr. kiiogr. kiiogr.
- l5 5 i,5oo l\, OOO 53.33 6.46
- l3 5 i,3oo 3,5oo 53.8 h 6.5a
- La couverture était en ardoises d’Angers; des lanterneaux avaient été ménagés à la partie supérieure comme dans les autres galeries.
- 3. Façades. — Voici comment était habillée l’ossature métallique.
- Pour les galeries provenant du Cinquantenaire des chemins de fer, les façades latérales extérieures se composaient d’un soubassement en briques surmonté d’un châssis vitré. Elles étaient montées entre les appuis des fermes, de manière à contreventer la construction.
- Sur les façades latérales intérieures, des pilastres en staff masquaient les poteaux et portaient des chapiteaux surmontés d’une corniche. La partie basse des travées était fermée par des balustrades en bois découpé. Au début, on s’était proposé de ménager des portes de î 5 en î 5 mètres et de laisser pour le surplus les travées ouvertes au-dessus de la balustrade, ou du moins de ne les munir que de rideaux relevés : le public circulant dans l’allée centrale aurait pu ainsi voir à droite et' à gauche l’intérieur des galeries. Mais les exigences des installations ont conduit à fermer sur beaucoup de points les travées par des cloisons en planches.
- Les façades-pignons épousaient le profil des fermes. Celles qui correspondaient aux entrées principales présentaient un motif central, avec fronton triangulaire surélevé, et deux bas côtés à rampant unique; l’architecte y avait ménagé une grande baie centrale, pourvue d’une porte à deux vantaux, et deux baies latérales de dimensions plus
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- réduites servant de croisées; la décoration était fournie par quatre pilastres et diverses sculptures, notamment à la rencontre des deux corniches du fronton. Les pignons secondaires, plus simples, comprenaient un soubassement en briques et un châssis vitré. De part et d’autre de la porte, ainsi qu’aux angles de la façade, s’élevaient des pilastres en bois. Au-dessous des rampants de la ferme courait un lambrequin.
- Pour les autres galeries, les façades étaient semblables ou analogues à celles que je viens de décrire sommairement.
- Je ne m’y arrête que pour signaler une disposition spéciale aux abouts des galeries faites avec les fermes des anciens baraquements de la Poste. Ces galeries, accolées à celles du Cinquantenaire, avaient un profil différent, qu’il eût été impossible d’accuser sur les pignons : aussi les a-t-on terminées, à chacune de leurs extrémités, par un petit pavillon en charpente profilé de façon à permettre l’identité des pignons des deux cours de galeries.
- 4. Travaux divers. — Les galeries de l’agriculture ont en outre nécessité quelques travaux d’importance secondaire, tels que terrassements, canalisation en tuyaux de grès vernissé recueillant les eaux des toitures et les conduisant à l’égout, peinture des cloisons fermant les travées sur les façades intérieures, ornementation intérieure des pignons par des motifs en bois, plâtre ou staff, etc.
- 5. Dépenses. — En définitive, les dépenses se sont élevées à 528,789 francs, savoir :
- Galeries provenant du Cinquantenaire des chemins de
- fer......................................... 315,617 francs.
- Autres galeries................................ 213,172
- Total pareil....•........ 028,789
- somme qui, répartie sur une surface de 26,060 mètres carrés, fait ressortir un prix unitaire de 20 francs environ.
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- CHAPITRE X.
- PAVILLONS DIVERS ÉLEVÉS PAR LA DIRECTION GÉNÉRALE DES TRAVAUX.
- S lor. Pavillons d’exposition P).
- 4. Annexe du Palais des machines pour la classe du matériel des chemins de fer. — La classe du matériel des chemins de fer ne disposant pas d’un espace suffisant dans le Palais des machines, il a fallu lui affecter la moitié (côté Suffren) du jardin d’isolement ménagé entre ce palais et celui des industries diverses.
- Cet espace supplémentaire, de 3o mètres de largeur, a été couvert sur une longueur de i65 mètres.
- L’annexe ainsi établie était à charpente métallique; elle comprenait une galerie centrale de 18 mètres d’ouverture et deux galeries latérales de 6 mètres chacune.
- Dans la galerie centrale, les fermes, espacées de 5 m. 3 7 5, se composaient de deux montants et de deux arbalétriers; la hauteur libre, suivant l’axe de la construction, atteignait 8 m. 70. Au sommet était ménagé un lanterneau de 5 mètres environ; pour le surplus, les arbalétriers portaient des pannes en bois, un voligeage et une couverture en zinc.
- Les galeries latérales n’avaient qu’un seul pan, formé par de petits fers à I qui s’appuyaient sur des longrines en bois. Ces longrines venaient se fixer, les unes contre des piliers adossés à la galerie centrale, les autres contre le Palais des machines ouïe Palais des industries diverses. La couverture était en verre strié.
- Le poids total des fers s’est élevé à 1 35,000 kilogrammes, chiffre
- O Ces pavillons sont classés dans l’ordre où les rencontrait le visiteur allant du Palais des machines à l’Hôtel des Invalides par le Champ de Mars, le quai d’Orsay et l’Esplanade.
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- l.emorc.ior* HclioS,
- PANORAMA TRANSATJ, ANTI Q U F.
- Nénof A^ch.
- Mieusemeot- Phot
- PAVILLON DE LA MARINE
- BerhscK-Proj&l Arch
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- PAVILLON DE LA MARINE.
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- correspondant à un poids par mètre carre de 33 kilogr. 27 pour la partie centrale et de 18 kilogr. 28 pour les rampants.
- Etablie en location, l’annexe a coûté environ 83,ooo francs, ce qui fait ressortir un prix de 17 fr. ko par mètre carre.
- 2. Pavillon affecté au matériel de la navigation et du sauvetage. — Les constructions destinées au matériel de navigation et de sauvetage se composaient d’un grand bâtiment et d’une annexe, situés sur le bas port du quai d’Orsay, en amont du pont d’Iéna. Ces constructions étaient complètement en bois (pitchpin à l’extérieur, sapin à l’intérieur), avec décoration extérieure en plâtre et staff, et reposaient sur des pilotis.
- Le bâtiment principal avait 116 mètres de longueur, 20 m. ko de largeur et i5 m. 35 de hauteur sous faîtage. Il comprenait une longue nef centrale et deux pavillons extrêmes, épaulés chacun de deux tours en charpente que réunissait un grand arc formant pignon et que surmontaient des sémaphores : dans l’une des tours avait été aménagé le cabinet du Ministre de la marine et dans une autre le bureau du Comité d’installation. Sur la façade de la nef, du côté delà Seine, courait un portique reliant les deux pavillons.
- Sur le pignon de chacun des pavillons extrêmes s’ouvrait une immense baie cintrée, formant portique et encadrée dans un chapiteau triangulaire : un cartouche supportant les armes de la Ville, avec des ancres et des drapeaux, ornait ce chapiteau. Outre les baies des pignons, un grand nombre d’ouvertures étaient ménagées dans les façades et jetaient la lumière dans la nef, qu’éclairait également un lanterneau.
- La décoration intérieure trouvait son élément principal dans la charpente même, peinte ton de bois avec filets rouges sur tous les chanfreins : on remarquait en particulier le grand plafond octogonal des pavillons, qui dessinait une étoile, avec poinçon pendant. Au-dessus et au-dessous des baies se développaient des frises peintes avec palmes, inscriptions et ornements divers.
- Extérieurement, la charpente était peinte ton bois foncé, et les
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- enduits de remplissage ton pierre avec filets verts au pourtour des bois; quant aux frises en staff, aux écussons et aux autres motifs, ils présentaient des couleurs diverses.
- Dans l’ensemble, l’effet obtenu par l’architecte, M. Bertsch-Proust, ne laissait rien à désirer.
- Malgré certaines difficultés, dues notamment à la proximité du fleuve, les dépenses ne se sont élevées qu’à 151,000 francs, soit à 53 francs par mètre carré couvert et à 4 fr. 60 par mètre cube abrité.
- 3. Pavillon des chambres de commerce (ports maritimes). — Le pavillon des chambres de commerce maritime, destiné à l’exposition des plans, perspectives et modèles en relief des travaux importants faits dans nos principaux ports de mer, était situé sur la berge basse de la Seine, rive gauche, immédiatement en aval du Palais des produits alimentaires. 11 couvrait un peu plus de 700 mètres carrés.
- Ce pavillon, fondé sur pilotis et construit en pans de bois légers, avec enduit en plâtre, recevait le jour de la partie supérieure, ce qui avait permis de conserver toutes les surfaces murales pour l’exposition des plans.
- Il comportait une sorte d’abside pour la vue panoramique du port de Boulogne, qu’exposait la Chambre de commerce de cette ville. Un petit portique formant promenoir assurait, dans cette partie de la construction, la libre circulation des visiteurs. Sur la façade, une grande loge de sept arcades permettait de jouir du panorama de la Seine.
- Des motifs en staff, des cartouches, des inscriptions, des crêtes découpées, des pylônes, des sémaphores, etc., constituaient la décoration extérieure.
- La dépense s’est élevée à 48,600 francs environ, soit à 66 francs par mètre carré, non compris les frais d’agence.
- C’est-M. Girault, architecte, qui a été chargé des travaux.
- 4. Pavillon de la balnéothérapie. — Ce petit pavillon, affecté à
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- PAVILLON DE L'HYGIENE ET DE L'ASSISTANCE PUBLIQUE
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- PAVILLONS DE L’HYGIENE ET DE L’ASSISTANCE.
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- l’exposition balne'othérapique, était situé sur la berge basse cle la Seine, en face de l’esplanade des Invalides. Construit comme le précédent par M. Girault, il se composait de pans de bois fondés sur pilotis, recouverts de planches jointives et décorés de treillages peints en divers tons.
- La dépense a été de 17,100 francs pour 370 mètres carrés (46 francs par mètre carré), non compris les frais d’agence.
- 5. Pavillons de l’hygiène et de l’assistance publique. — L’exposition d’hygiène occupait sur l’esplanade des Invalides une surface de 7,600 mètres, carrés, dont 3,360 mètres couverts et le surplus en jardins.
- Les bâtiments élevés par M. Girault, inspecteur des bâtiments civils, comprenaient quatre pavillons, savoir : i° un pavillon principal à trois nefs, de 38 mètres de largeur totale sur 35 mètres, consacré à l’hygiène de l’habitation; 20 en arrière, un pavillon carré de 20 mètres de côté, affecté à l’assistance publique; 3° à droite, une longue galerie de 5o mètres sur 20 mètres, consacrée aux eaux minérales; 4° à gauche, un pavillon de 2 4 mètres sur 16 mètres, affecté à l’exposition spéciale des applications du génie sanitaire par MM. Geneste, Herscher et Gie.
- En avant du bâtiment central était une fontaine surmontée de la statue de la déesse Hygie et entourée d’un bassin avec revêtement de faïence émaillée.
- Seul, le pavillon principal appelle quelques indications.
- Les murs extérieurs étaient formés de pans de bois, enduits en plâtre et reposant sur un soubassement en briques.
- On accédait à l’intérieur par trois grandes arcades vitrées, donnant sur un vestibule recouvert de trois coupoles d’une conception très hardie. Ces coupoles, de 9 mètres environ de diamètre, s’élevaient à 20 mètres au-dessus du sol. Elles étaient constituées par des méridiens et des ceintures horizontales en fer à t , avec revêtement en staff appliqué sur un treillis de fil de fer et recouvert lui-même de carton bitumé; la ceinture inférieure portait sur l’extrados de quatre
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- arcs, plein cintre, en charpente, dont les poteaux d’appui étaient également en bois. Huitoculus ménagés dans chaque coupole laissaient pénétrer abondamment la lumière.
- Le vestibule communiquait par trois portes avec trois galeries contiguës, séparées par des rangs de poteaux en bois que couronnaient des sablières; les fermes en charpente de ces galeries étaient extrêmement légères.
- Extérieurement, la façade présentait à sa base des plaques de marbre de diverses couleurs et des peintures rappelant les fresques retrouvées à Pompéi; les arcs, les tympans des frontons, ainsi que deux grandes niches ornées de vasques et de mascarons, avaient reçu une décoration polychrome; trois grandes portes en fer forgé et deux colonnes en porphyre des Vosges, surmontées de figures antiques, complétaient l’ornementation.
- Intérieurement, le vestibule était décoré d’arabesques, de frises et de cartouches, peints à fresque sur un fond composé de chaux et de marbre en poudre; ces peintures, exécutées à la manière des Italiens, donnaient l’illusion d’une salle de Thermes romains.
- Les matériaux ont été pris autant que possible en location. La dépense totale, pour l’ensemble des bâtiments de l’hygiène, n’a pas dépassé i4q,ooo francs(,), chiffre correspondant à 5o francs environ par mètre superficiel, y compris les frais d’agence.
- 6. Pavillons de l’économie sociale. — Les bâtiments que l’administration avait fait élever à ses frais pour l’exposition d’économie sociale comprenaient: i° une galerie d’exposition; 2° un cercle ouvrier; 3° un pavillon dit des villes et de l’étranger.
- Ces bâtiments, modestes et sévères comme il convenait à leur destination, ont été établis d’après les plans de M. Errard, architecte. Au point de vue de la construction, ils n’offraient pour ainsi dire aucune particularité appelant des explications et des développements dans un rapport général.
- ^ Non compris les frais supportés par MM. Genesle, Herscher et Gie, pour leur pavillo.i.
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- BUREAUX DES DIRECTIONS GÉNÉRALES.
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- La galerie centrale était constituée au moyen de fermes en fer, avec remplissage en briques apparentes et couverture en plaquettes de zinc affectant la forme de losanges; dans la façade s’ouvraient deux portes flanquées de pylônes en briques, avec dôme de couronnement en staff.
- Pour le cercle.ouvrier, l’architecte avait eu recours à des pans de fer apparents, avec remplissage en briques de deux tons, disposées en mosaïque; des bandeaux et quelques assises en briques émaillées vertes, ainsi qu’une frise peinte en imitation de carreaux de faïence, complétaient la décoration extérieure; la couverture était en tuiles mécaniques, avec rives et couronnements en staff.
- Quant au pavillon des villes et de l’étranger, il était construit en pans de bois, avec enduit en plâtre peint, et recouvert en zinc.
- La dépense a été de 95,5oo francs au total, ou de 60 francs par mètre carré, frais d’agence compris.
- Autour de ces divers bâtiments venaient se grouper les pavillons et maisons élevés par les exposants : maisons ouvrières de MM. Me-nier, Fanien, de Naeyer, de la Compagnie des mines d’Anzin et de la Société de la Vieille-Montagne; dispensaire et restaurant populaire de la Société philanthropique; pavillons de la Société Leclaire, de la Société de participation, des groupes de sociétés coopératives, de la Compagnie d’assurances Wrbaine, de la Compagnie d’assurances la New-York; colonne de la Central cooperative Boarcl.
- § 2. Bureaux et constructions diverses.
- 1. Bureaux des directions générales. — Après avoir occupé provisoirement des locaux dépendant du Ministère de l’agriculture, les trois directions générales ont été installées à titre définitif dans des pavillons situés au Champ de Mars, en bordure de l’avenue de La Bourdonnais.
- Les bureaux de la Direction générale des travaux ont pris place dans le pavillon élevé en 1878, à gauche de la rue Saint-Dominique :
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- cette construction n’a eu à subir que des remaniements de peu d’importance.
- Un second pavillon édifié en 1878, à droite de la rue Saint-Dominique, a été affecté à la Direction générale des finances; mais on a dû y apporter des modifications plus profondes et même en démolir une partie, pour permettre l’édification de la nouvelle porte Rapp.
- Quant au pavillon de l’exploitation, il a été bâti de toutes pièces sur un terrain appartenant à la ville de Paris, à peu près en face de la rue de l’Université. C’est le seul sur lequel j’aie à entrer dans quelques détails.
- Ce pavillon, complètement en bois, reposait sur des massifs de béton, reliés entre eux par des arcs en maçonnerie de meulière, qui formaient des chaînages longitudinaux et transversaux. Il avait 45 mètres de longueur et 1 5 mètres de largeur, et comportait un rez-de-chaussée et deux- étages.
- Les bureaux occupaient les deux étages, ainsi qu’une partie du rez-de-chaussée, où se trouvaient en outre les pièces affectées au service médical, un poste et le commissariat de police, un poste de pompiers.
- L’ossature se composait de fermes et de poteaux assemblés sur des semelles inférieures et réunis, au niveau de chaque étage, par des moises qui portaient les planchers.
- Les bordages extérieurs étaient formés de planches en sapin, avec couvre-joints; les bordages intérieurs étaient constitués par des frises à baguette ou des frises ordinaires, suivant qu’ils demeuraient apparents ou devaient être recouverts de tentures.
- Au rez-de-chaussée, le parquet a été posé sur bitume.
- Toutes les cloisons ont été revêtues de tentures et les plafonds de papier sur fond de toile en treillis.
- La couverture était en ardoises métalliques à recouvrement et a agrafes.
- Un service de secours contre l’incendie avait été organisé a chaque
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- PA VU. ,1.0 N DK LA PR LS SL
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- PAVILLON DE LA PRESSE.
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- étage, bien que l’on eût pris toutes les précautions possibles dans l’établissement des cheminées et appareils de chauffage.
- La dépense s’est élevée à 89,000 francs.
- Les trois pavillons étaient en dehors de l’enceinte réservée du Champ de Mars. Mais les directeurs généraux et leurs collaborateurs pouvaient néanmoins arriver directement à cette enceinte par des communications spéciales.
- 2. Pavillons de la douane et de la manutention. Postes de police. Postes de pompiers. — Je me borne à mentionner ces pavillons, sans étudier le détail de leur construction, malgré le soin avec lequel ils ont été établis.
- Ils ne présentaient point en effet de particularité utile à signaler dans un rapport d’ensemble.
- 3. Pavillon de la presse et des postes et télégraphes. — Ce pavillon, vaste et élégant, était placé en arrière du Palais des beaux-arts, près de l’avenue de La Bourdonnais.
- Il comprenait un corps principal, avec étage, et deux ailes.
- Le corps principal, exclusivement destiné à la presse française et étrangère, présentait : i° au rez-de-chaussée, un grand vestibule où débouchait l’escalier, une salle de réception, une salle téléphonique, une salle de comité, un salon de lecture et de correspondance, un couloir longitudinal aboutissant aux deux ailes; 2° au premier étage, une série de pièces.
- L’aile tournée vers la Seine était affectée au restaurant de la presse, et l’aile, côté de l’Ecole militaire, au bureau des postes et télégraphes, dont certains guichets, réservés aux journalistes, communiquaient avec le couloir du corps central.
- En avant, l’administration avait ménagé un jardin qui isolait le pavillon du passage public : une barrière en charpente et ferronnerie, aussi artistique qu’ingénieusement combinée, avec deux gracieux supports de lanternes, fermait ce jardin.
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- A l’extérieur, l’attention se fixait particulièrement sur la décoration du corps central. Des bandeaux d’angle, en chêne apparent et verni, encadraient le bâtiment et accusaient la construction en pan de bois; ils portaient une corniche saillante en bois, staff et terre cuite. Les baies étaient entourées de montants, d’appuis et de linteaux en bois; M. Vaudoyer avait relié d’une façon originale celles du rez-de-chaussée et de l’étage par des motifs en staff, avec médaillons et panneaux en mosaïque de verre. Des toiles peintes marouflées sur l’enduit, couvraient les pleins de la façade. Les tuiles contiguës aux arêtiers et celles des pureaux supérieurs étaient vernissées ton or.
- Quant à la décoration intérieure des locaux, elle avait été obtenue au moyen de toiles peintes au pochoir, en harmonie avec la destination des pièces. Le porche d’entrée était orné de deux figures en faïence sur fond or, représentant la Pensée et la Critique. Des panneaux de faïence peinte, genre Bérain, et un foyer également en faïence garnissaient les cheminées, encadrées de menuiserie. L’escalier à la française était décoré en plafond d’une toile allégorique et éclairé par un vitrail de la maison Champigneulle de Bar-le-Duc, qui avait également fourni les panneaux vitrés des croisées.
- Cette charmante construction a coûté 110,000 francs, y compris les frais d’agence.
- 4. Porte monumentale de l’esplanade des Invalides. — La porte de l’Exposition la plus rapprochée du centre de la Ville avait été placée sur le quai d’Orsay, près du Ministère des affaires étrangères. Eu égard à sa situation, elle devait avoir un caractère monumental, constituer un véritable édifice fixant de loin l’attention du public. D’autre part, il importait d’en raccorder le style avec celui des bâtiments de l’exposition coloniale, à laquelle elle donnait immédiatement accès, d’y grouper, en les mariant, les principaux types caractéristiques de l’architecture orientale.
- M. l’architecte Gautier, chargé de la rédaction du projet, chercha des inspirations dans les sveltes minarets du Caire et de Constantinople, les obélisques de Thèbes, les temples hindous, les charmantes
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- PORTE DE L'ESPLANADE DES INVALIDES
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- pagodes de la Chine et du Japon. Après divers tâtonnements, il s’arrêta aux dispositions suivantes.
- L’entrée, fermée par une grille mobile de 8 mètres d’ouverture, était encadrée par deux grands pylônes de 3 2 mètres de hauteur, dans la base desquels se trouvaient ménagés les passages de piétons avec les guichets et les loges pour les contrôleurs et les gardiens.
- Les édicules de soubassement ainsi formés étaient accompagnés de mâts, qui s’y reliaient par des motifs d’architecture et qu’ornaient des drapeaux. Us évoquaient le souvenir des Indes et de l’Egypte par leur dessin et leur ornementation; en outre, les porches des façades, au-dessus du passage des piétons, se composaient de pièces de bois assemblées d’après les Toris des enceintes sacrées du Japon. Au-dessus de l’entablement et sur la face principale, on remarquait deux élégantes figures supportées par des proues et représentant nos colonies d’Afrique et d’Extrême-Orient; des trophées avec boucliers, portant en lettres d’or les dates de 1789 et 1889, décoraient les faces opposées.
- Sur ces édicules se dressaient les fûts des deux pylônes, qui, par leur galbe et leurs proportions, appartenaient aux Indes, bien que leurs ornements fussent, au moins en partie, inspirés de la Renaissance. A la hauteur de l’astragale des chapiteaux, une cordelière dorée portant les drapeaux des puissances étrangères réunissait les fuis l’un à l’autre. Quatre grandes cornes dorées, sortes de crosses rappelant les pittoresques arêtiers des toitures chinoises, surmontaient les chapiteaux.
- Toute la partie supérieure des pylônes présentait la silhouette très découpée des bronzes du Japon et de la Chine. Quatre bustes de femmes, richement ornés et figurant V Europe, Y Asie, Y Afrique et Y Amérique, soutenaient, pour chaque pylône, une lanterne japonaise du genre de celles qu’on voit dans les temples de Nikko, de Kama-kina, de Schiba, etc. : ces lanternes étaient décorées de verroteries multicolores, de pendeloques, de cabochons et d’ornements variés, donnant l’illusion d’une pièce d’orfèvrerie; l’architecte avait muni leurs quatre faces de réflecteurs en glaces doublées de feuilles d’or.
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- DIl’MUEME nationale.
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- La carcasse était en charpente, recouverte de moulures et d’ornements en staff ou en maçonnerie. M. Gautier avait eu recours au zinc étampé pour les lanternes et leurs accessoires.
- Dans la peinture décorative, les jaunes dominaient, rompus par quelques cabochons et ornements d’un bleu turquoise; ils formaient un fond sur lequel se détachaient parfaitement les couleurs vibrantes des drapeaux et des oriflammes, ainsique le rouge, rehaussé d’or, des porches japonais.
- Cette porte très réussie fut surnommée la Porte d’or.
- Les travaux ont été exécutés autant que possible en location. Ils ont coûté, y compris les frais d’agence, û5,ooo francs environ, dont 12,000 francs pour la statuaire.
- 5. Guichets d’entrée. — Afin de faciliter les entrées, malgré l’affluence du public, l’administration a multiplié le nombre des guichets.
- Les petites constructions élevées à cet effet étaient en bois et vitrage, d’un type tout à la fois simple, économique et élégant; leur seule ornementation consistait dans une exécution très soignée des menuiseries. Elles reposaient, soit sur des pieux battus, soit sur une ondation légère en maçonnerie.
- Il y avait 20 guichets simples, 9 demi-guichets, k guichets doubles et 2 guichets triples.
- Dans les guichets simples, de beaucoup les plus nombreux, les visiteurs pénétraient en deux files par un porche, muni d’une barrière suivant son axe. Ils trouvaient à droite et à gauche les loges vitrées des agents préposés à l’oblitération des tickets. Puis ils arrivaient à un couloir unique, où ils rencontraient deux autres loges vitrées, pour les agents chargés du retrait des tickets oblitérés. Ainsi la distribution intérieure des édicules comportait quatre loges placées symétriquement, deux à deux, par rapport à l’axe, et séparées par un couloir central qui s’élargissait en porche vers l’extérieur.
- Dans les demi-guichets, l’édicule ne comprenait que deux loges.
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- CONSTRUCTIONS DIVERSES.
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- Il n’y avait plus ni porche, ni couloir; le public passait sous un auvent, entre le pavillon et une grille.
- Les guichets doubles ou triples étaient formés de deux ou de trois guichets simples accolés.
- La dépense s’est élevée à 2,010 francs par guichet simple, 1,065 francs par demi-guichet, 3,900 francs par guichet double et 5,790 francs par guichet triple, non compris les travaux relatifs à l’éclairage.
- 6. Water-closets. — Aux précédentes expositions, le Commissariat général avait construit lui-même les water-closets, puis en avait affermé l’exploitation. Les résultats avaient été satisfaisants au point de vue de la salubrité, mais non au point de vue du budget.
- En 1889, la Direction générale des travaux mit à la charge des concessionnaires le payement des dépenses de construction et d’exploitation, savoir : i° frais d’établissement en location des cabinets nécessaires pendant la période des travaux et la période de démolition, avec toutes les charges accessoires d’installation des conduites d’eau et de gaz; 20 frais d’établissement en location des water-closets destinés aux visiteurs de l’exploitation; 3° frais d’exploitation (consommation d’eau et de gaz, personnel, etc.); 4° redevance à payer à l’administration. Ces dépenses avaient comme contre-partie la perception d’un droit sur les usagers et le produit de la publicité intérieure et extérieure.
- Les cabinets provisoires consistaient en de petites constructions en bois, desservies par des tinettes ou évacuant à l’égout; l’administration fournissait gratuitement l’eau et le gaz.
- Les water-closets définitifs comprenaient, indépendamment de deux chalets antérieurement concédés par la Ville et situés l’un au Tro-cadéro et l’autre, d’abord au quai d’Orsay, puis- sur l’esplanade des Invalides : i° six chalets extérieurs nouveaux pour hommes et dames, placés entre le Palais des machines et le Palais des industries diverses, près du pavillon de la douane, près du Palais des produits alimentaires, près du carrefour Malar, à l’angle de la rue
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- Saint-Dominique et de la rue Fabert, et près du pilier nord de la Tour^; 2° deux chalets extérieurs pour hommes et deux chalets pour dames, groupés dans l’angle des avenues de Suffren et de La Motte-Picquet, et dans l’angle des avenues de La Motte-Picquet et de La Bourdonnais; 3° trois installations intérieures, près de la porte Rapp, près de la porte Desaix et dans le bâtiment de la Direction générale de l’exploitation.
- Je dois encore mentionner un grand nombre d’urinoirs préexistants ou établis à l’occasion de l’Exposition.
- Les chalets extérieurs pour hommes et dames avaient 9 m. 90 de longueur sur 5 m. ko de largeur. Une cloison longitudinale les divisait en deux parties égales : le côté des dames comprenait 8 cabines, dont 2 à toilette; le côté des hommes avait 6 cabines, 1 lavabo et 1 urinoir à k stalles.
- Les chalets affectés exclusivement, soit aux hommes, soit aux dames, présentaient la même longueur et la même largeur. Pour les hommes,
- 11 y avait i3 cabines, 1 lavabo et 1 urinoir à 9 stalles. Pour les dames, il y avait 17 cabines, dont 2 à toilette, et 1 lavabo.
- Constitués au moyen de panneaux en fonte et tôle avec colonnettes, tous ces chalets étaient pleins jusqu’à 2 mètres en contre-haut du sol et vitrés au-dessus de ce niveau.
- Les installations intérieures comportaient, savoir : i° celle de la porte Rapp, 19 cabines, 1 grand lavabo et 1 urinoir de 16 stalles pour les hommes, 22 cabines et 1 lavabo-toilette pour les dames; 2° celle de la porte Desaix, i5 cabines, 1 lavabo et 1 urinoir de
- 12 stalles pour les hommes, 25 cabines et 1 toilette pour les dames; 3° celle du bâtiment de l’exploitation, 5 cabines et 1 lavabo de chaque côté.
- Le tout à l’égout était toléré.
- L’administration avait fixé le tarif à 15 centimes pour les cabines de luxe et à 5 centimes pour les cabines ordinaires; l’usage des urinoirs était gratuit.
- (l) Ce dernier chalet avait d’abord été élevé au Trocadéro.
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- CONSTRUCTIONS DIVERSES.
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- D’après les renseignements que m’a fournis la Direction générale des travaux, la dépense des installations peut être estimée à 220,000 francs, dont 187,000 francs à la charge des concessionnaires et 32,6oo francs a la charge du budget de l’Exposition. Les redevances dont ce budget a bénéficié n’ont pas été inférieures à 99,000 francs (un peu plus de 3 francs par 1,000 visiteurs admis dans l’enceinte). L’opération a été certainement fructueuse pour les concessionnaires, dont la recette brute doit être évaluée à plus de 500,000 francs.
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- CHAPITRE XI.
- PAVILLONS D’EXPOSITION ÉLEVÉS PAR LES MINISTÈRES ET PAR LA VILLE DE PARIS.
- 1. Pavillon du Ministère des travaux publics. — Le pavillon des Travaux publics a été construit par M. de Dartein, ingénieur en chef des ponts et chaussées, professeur d’architecture à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole des ponts et chaussées.
- Il comprenait : i° une salle principale carrée de i5 mètres de côté, à laquelle on arrivait par un perron avec marquise; 2° deux salles latérales de îk m. ko sur 7 m. 10; 3° en arrière, une salle plus petite et deux tourelles.
- Au-dessus de la salle principale s’élevait une tour à quatre étages graduellement rétrécis, qui se terminait par une lanterne de phare. Celte tour, dont le sommet se trouvait à 38 mètres de hauteur environ au-dessus du sol, était pourvue d’une série de balcons auxquels les visiteurs accédaient par un escalier logé dans l’une des tourelles et d’où ils jouissaient d’un coup d’œil magnifique sur le Trocadéro, le Champ de Mars et la vallée de la Seine.
- La grande salle carrée, haute de 1 2 mètres, était éclairée à la partie supérieure par le vide correspondant à la tour, ainsi que par des châssis vitrés ménagés dans la couverture, et latéralement par quatre grandes fenêtres ouvertes dans des pignons dont elles épousaient la forme. Quant aux salles latérales, elles recevaient la lumière de vitrages supérieurs et de fenêtres. Ces salles communiquaient d’ailleurs avec le salon central par de larges haies; leur toiture basse et plate découvrait complètement les pignons et les fenêtres du bâtiment principal.
- Grâce aux dispositions adoptées, l’éclairage des dessins placés
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- Lemercior Heho§.
- d© Dariain,Ingénieur4 en chef.
- Hu^uenin Phot
- PAVILLON DU MINISTERE DES TRAVAUX PUBLICS
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- PAVILLON DU MINISTÈRE DES TRAVAUX PUBLICS
- Vue intérieure
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- PAVILLON DES TRAVAUX PUBLICS.
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- contre les murs ne laissait rien à désirer; la ventilation de l’édifice s’effectuait dans des conditions non moins satisfaisantes.
- L’ossature était entièrement métallique. Les parois consistaient en pans de fer hourdés de briques et formés de piliers tubulaires qui recevaient la retombée des fermes ou des arêtiers, de poteaux intermédiaires a double t , de poteaux d’huisserie et de pièces horizontales (sablières ou traverses) ou de pièces inclinées à 45 degrés dans les pignons.
- Quatre fermes, croisées deux à deux, portaient la tour; elles étaient en plein cintre à l’intrados et polygonales à l’extrados. Ces fermes, appuyées sur des piliers tubulaires, recevaient une charge totale de 80 tonnes; un chaînage octogonal en acier, éprouvé à 12 kilogrammes par millimètre carré, contenait l’effort de poussée.
- Les parois de la grande salle avaient o m. 22 d’épaisseur; partout ailleurs, cette épaisseur était réduite à o m. 11. On avait employé des briques ordinaires de diverses nuances et de diverses provenances (jaune paille venant de Dunkerque, brun foncé, rouge et rose, venant de Suresnes et de Paris), et des briques émaillées, blanches, brunes, bleues turquoise et jaunes, fabriquées à Ivry. Aux deux étages inférieurs de la tour, M. de Dartein s’était servi de briques creuses, afin de réduire la charge.
- Les rives et les consoles des chéneaux avaient été exécutées en fonte moulurée, de manière à composer, avec les frises en briques de couleur, des couronnements décoratifs. Les aigrettes des chéneaux et les lambrequins du premier balcon et des marquises étaient en tôle découpée; les garde-corps des balcons étaient en tôle.
- Un soubassement en maçonnerie de meulière formait la base de l’édifice.
- M. de Dartein avait surtout compté, pour la décoration du bâtiment, sur sa forme, sa structure et les effets de couleur obtenus, soit à l’aide des matériaux, soit au moyen de la peinture des fers, ainsi que des bois employés dans les plafonds et des parois intérieures non garnies de dessins.
- La silhouette était tout à la fois simple, élégante et mouvementée;
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- toutes les parties de la construction se reliaient bien les unes aux autres; la gradation de leur hauteur et celle des retraites avaient été habilement étudiées.
- A l’intérieur, la salle centrale avait grand air; le regard montait librement dans la tour, jusqu’au vélum tendu à 19 mètres au-dessus du sol.
- L’ossature métallique restait apparente sur ses deux faces. Les couleurs employées à la peinture extérieure des fers étaient le brun foncé, la cendre verte et le bleu marine; sur la face intérieure, c’était uniformément le vert clair. On avait partiellement doré le socle en tôle et la coupole en cuivre martelé de la lanterne, pour faire apparaître au loin le sommet de la tour. Les vitrages des baies de la grande salle, comme ceux de la tour, étaient en verre coloré.
- * Des culs de bouteille opalins formaient des bandes dans les bordures des baies de la salle principale.
- Dans son ensemble, le pavillon unissait à la gaieté nécessaire pour une exposition le caractère de sérieux et de solidité qui convenait à un ouvrage établi par le Ministère des travaux publics. Il était digne du savant ingénieur qui en avait dressé les projets et dirigé l’exécution.
- Les dépenses se sont élevées à iô5,ooo francs, dont 80,000 francs pour la charpente métallique.
- Un second pavillon beaucoup moins important, en fer et briques, construit à côté de l’édifice principal, était spécialement affecté au service des phares.
- Au début, un intervalle de 3 mètres avait été réservé entre les deux pavillons. Mais, au dernier moment, par suite de l’abondance des modèles et des dessins, il a fallu improviser dans cet intervalle une galerie supplémentaire en charpente de bois.
- 2. Pavillon du Ministère de l’agriculture (Administration des forêts). — Le pavillon élevé par l’Administration des forêts dans le parc du Trocadéro était certainement l’une des constructions les plus
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- de Géjfftep, Conservateur* des Forêts — Leblanc, Arch .
- Lemercier
- Heko£.
- PAVILLON DES FORETS Vue intérieure
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- PAVILLON DES FORÊTS.
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- roussies et les plus attrayantes de l’Exposition. Tous les visiteurs s’accordaient à en admirer la fraîcheur, la grâce, l’élégance et l’originalité.
- La maçonnerie et le métal en avaient été complètement exclus. Du bois, rien que du bois, employé pour la plus large part en l’état où il avait été extrait de la forêt et montrant les ressources si multiples et si variées qu’il pouvait encore offrir aux constructeurs malgré le triomphe du fer.
- Fondé sur pilotis, le pavillon s’élevait au-dessus d’un petit monticule que l’on franchissait par deux escaliers, aux marches taillées dans le sol et maintenues par des traverses de bois brut : ces escaliers aboutissaient a des vestibules ménagés dans des avant-corps, l’un à l’extrémité droite, l’autre a l’extrémité gauche de la façade principale.
- Après avoir franchi l’une ou l’autre des deux portes, on arrivait dans une grande salle d’exposition de 3 A mètres de longueur sur iA mètres de largeur, décorée dans le fond par un bassin avec rocailles. Deux escaliers, placés de part et d’autre du bassin, conduisaient à une galerie de 5 mètres, dite du reboisement, disposée parallèlement à la façade et surélevée de î mètre par rapport au sol de la grande salle. Cette galerie donnait accès : i° a trois dioramas très habilement rendus et faisant assister les visiteurs aux opérations du reboisement des montagnes et de la correction des torrents; 2° à deux petites salles d’exposition intercalées entre les dioramas; 3° à deux salles d’angle occupées par l’administration et par les gardes, et formant annexes. Autour de la façade et des deux faces latérales régnait, sur toute la hauteur du rez-de-chaussée, une terrasse couverte de 5 mètres de largeur, qui venait aboutir aux deux annexes.
- Deux escaliers parallèles à la façade se détachaient de la galerie du reboisement et montaient à la galerie du premier étage, qui contournait toute la grande salle. Cette galerie, située au-dessus de la terrasse du rez-de-chaussée, était fermée extérieurement et ouverte au contraire vers l’intérieur du pavillon; elle comprenait quatre petits salons d’angle et deux salles d’exposition correspondant aux vestibules du rez-de-chaussée.
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- Tel était le plan général de l’édifice.
- Sa silhouette charmait l’œil; les pignons élancés de ses deux avant-corps rappelaient les plus beaux spécimens de chalets suisses.
- Toute la décoration extérieure était en bois grume (non dépouillé de son écorce), d’essences forestières françaises : chêne, orme, hêtre, châtaignier, frêne, aune, bouleau, érable, peuplier, merisier, sorbier, cormier, pin, sapin, épicéa.
- Les colonnes de la terrasse du rez-de-chaussée étaient formées de troncs d’arbres, dont quelques-uns avaient un âge fort avancé : on voyait un sorbier et un cormier de 200 ans, un épicéa de 190 ans, un hêtre raboteux de 160 ans, un chêne rouvre de i5o ans, un sapin de 120 ans, etc. L’architecte avait dessiné les chapiteaux au moyen de branchages entrelacés et les tores de la base avec des cordes d’écorce de tilleul; la base elle-même avait été constituée à l’aide de plateaux de même essence que les colonnes. Des balustrades élégantes couraient au pourtour de la terrasse.
- Les parois étaient découpées par des pilastres en panneaux recouverts avec des demi-rondins ou baguettes de bois revêtus de leur écorce aux teintes variées. L’inscription Forêts, placée sur chacun des deux pignons des avant-corps, avait été faite en lambeaux d’écorce. Quant à la couverture, elle était en bardeaux de chêne.
- A l’intérieur, le bois ouvré et le bois grume avaient été mélangés; la colonnade des escaliers, les revêtements en écorce aux couleurs variées, les balustrades et les plafonds fournissaient une décoration aussi séduisante que celle de l’extérieur.
- Les bois employés dans la construction ont été, pour la plus grande partie (i,2Ùo mètres cubes), exploités dans la forêt de Fontainebleau, où étaient préparés les panneaux, les chapiteaux, les balcons, etc. La forêt de Montceaux, près de Meaux, a donné 272 colonnes cubant i32 mètres. En outre, l’administration a fait venir des châtaigniers (26 mètres cubes) de la forêt de Marly, des mélèzes (2 mètres cubes) de la forêt de Gompiègne, des sapins et des épicéas (ù mètres cubes) de la forêt de Gérardmer (Vosges) : ces essences n’existaient ni a Fontainebleau, ni à Montceaux.
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- PAVfLLCW DU MINISTERE DE
- LA GUERRE
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- PAVILLONS DE LA GUERRE.
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- M. de Gayffier, conservateur des forêts, et M. Leblanc, architecte, ont été spécialement chargés de la construction du bâtiment, sous l'autorité de M. L. Daubrée, directeur des forêts au Ministère de l’agriculture.
- 3. Pavillons du Ministère de la guerre. — L’emplacement affecté sur l’esplanade des Invalides à l’exposition militaire présentait une superficie de 16,000 mètres carrés.
- On accédait à cette exposition par une porte fortifiée du moyen âge, précédée d’un fossé avec pont-levis et flanquée de deux tours à mâchicoulis et courtines avec guettes aux angles : un colombier militaire était installé dans l’une des tourelles.
- Les bâtiments comprenaient : i° un pavillon principal; 20 divers pavillons annexes, notamment celui de l’aérostation militaire et celui des poudres et salpêtres, ainsi que deux hangars, dont l’un pour le matériel roulant réglementaire.
- Nous ne nous arrêterons qu’au bâtiment principal.
- Ce bâtiment mesurait i5o mètres de longueur environ sur 2 2 mètres de largeur, et comportait un rez-de-chaussée et un étage. Il était construit dans un style sévère et orné d’attributs relatifs à l’art de la guerre. L’ossature se composait exclusivement de bois et de briques, avec revêtement extérieur en plâtre.
- Trois grandes portes cintrées, auxquelles on arrivait par de larges perrons et qui fournissaient les principaux motifs de décoration, étaient ménagées dans la façade est, c’est-à-dire dans la façade tournée vers l’allée centrale de l’Esplanade, la première au milieu et les deux autres aux extrémités du bâtiment. Leur sommet dépassait le faîtage.
- La porte du centre constituait la partie la plus monumentale de l’édifice et offrait l’aspect d’un arc de triomphe. Quatre colonnes de 1 5 mètres de hauteur portaient un entablement surmonté d’un acro-tère avec trophées et dépouilles militaires. Entre les colonnes s’ouvrait le grand arc en plein cintre: des figures guerrières de l’ancienne Gaule, du moyen âge, de la Renaissance et du siècle de Louis XIV ornaient les claveaux de l’archivolte; dans les tympans, deux Renommées
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- tenaient des couronnes de lauriers. Une colonnade secondaire supportait le plancher du premier étage dans la largeur de la baie.
- Les portes extrêmes étaient encadrées par de gros pilastres; des pyramides en saillie sur ces pilastres avaient été décorées de trophées et d’allégories militaires.
- Trois portes de moindres dimensions donnaient également accès au pavillon du côté de la façade postérieure.
- Le rez-de-chaussée était éclairé par un grand nombre de fenêtres cintrées, qui en occupaient toute la hauteur et entre lesquelles se détachaient des pilastres. Le premier étage recevait la lumière par les vitrages de la couverture : par suite, la partie correspondante des murs était pleine et figurait un attique décoré au moyen de panneaux.
- Après avoir franchi la porte principale, on se trouvait dans un immense vestibule, au fond duquel se développait l’escalier conduisant au premier étage : cet escalier reposait sur des colonnes en stuc de marbre, supportant des corniches et des arcs qu’ornaient des bas-reliefs et des cartouches sculptés.
- Au rez-de-chaussée, une grande galerie, coupée seulement dans son axe par une file longitudinale d’appuis en bois, occupait toute la partie de la nef située à droite du vestibule. Des salles plus petites se succédaient dans la partie de gauche et derrière l’escalier; la plupart avaient 11 mètres de largeur.
- Le premier étage se divisait, à droite comme à gauche de l’escalier, en salles nombreuses qui présentaient généralement une largeur de 11 mètres.
- Des fermes en bois de 22 mètres d’ouverture formaient la carcasse du comble.
- Les travaux ont été exécutés, sous la haute direction de M. le général Gervais, puis de M. le général Coste, par M. l’architecte Walwein.
- 4. Pavillons de la ville de Paris. — Dans les premières études de distribution du Champ de Mars, deux emplacements avaient été réservés sur la terrasse, entre les ailes du Palais des industries diverses,
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- PAVILLON DE LA VILLE DE PARIS
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- pour deux pavillons destinés l’un au Ministère de l’instruction publique et des beaux-arts, l’autre à la ville de Paris. Le Conseil municipal avait d’ailleurs voté un crédit de 700,000 francs, applicable tant à l’établissement du pavillon de la Ville qu’à la préparation et à l’installation des objets qui devaient y prendre place.
- Plus tard, le Ministère de l’instruction publique et des beaux-arts dut, faute de ressources suffisantes, renoncer à son projet, et les deux emplacements furent attribués à la Ville qui y fit élever, par les soins de M. Bouvard, architecte, deux constructions de 75 mètres de longueur sur 90 mètres de largeur chacune : la surface couverte était ainsi de 3,ooo mètres carrés.
- Le crédit primitivement ouvert par le Conseil municipal en vue d’un pavillon unique n’ayant pas été augmenté, il fallut s’ingénier pour trouver des dispositions économiques, dignes néanmoins de l’emplacement d’honneur assigné aux bâtiments.
- A cet effet, l’administration loua à très bas prix des fermes métalliques provenant de l’exposition du Cinquantenaire des chemins de fer et s’en servit pour constituer la charpente de deux nefs, assez peu élégantes par elles-mêmes, mais très convenablement décorées.
- Les fermes étaient réunies par des pans de bois hourdés en plâtre, formant des parois pleines, très commodes pour les expositions murales intérieures : la hauteur de ces parois atteignait 1 1 mètres à la naissance des toitures. Un lanterneau vitré éclairait chacune des nefs.
- La décoration extérieure consistait en applications de menuiserie et de bois moulurés, avec treillages d’ornement : des pilastres, correspondant aux fermes, divisaient les faces latérales en panneaux rectangulaires et supportaient un chéneau saillant avec consoles; les panneaux étaient garnis de treillages et de bois découpés. Des mâts avec oriflammes surmontaient l’édifice.
- Sur chaque face était ménagée une porte disposée en avant-corps, de manière à rompre la monotonie du mur, et terminée par un fronton en auvent, qui abritait un écusson en staff aux armes de la Ville.
- Intérieurement, toutes les parois non recouvertes par les objets d’exposition étaient décorées de peintures sur toile, à tons unis sur le
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- EXPOSITION DE 1889.
- fond, avec bordures d’encadrement et grande frise à la partie supérieure : cette frise comprenait les inscriptions des divers services administratifs. Quatre panneaux décoratifs remis par M. Poileux Saint-Ange et représentant Y Enseignement, Y Assistance publique, les Arts et les Sciences, ornaient les pignons.
- La distribution était formée par des cloisons de km. 90 de hauteur, laissant à la nef tout son effet d’ensemble.
- En dehors de la grosse construction, la plupart des travaux ont été confiés aux sociétés ouvrières de Paris, régulièrement organisées : ces sociétés avaient ainsi une exposition toute naturelle de leurs œuvres; elles ont fait preuve de beaucoup de soin, d’activité et de capacité.
- L’un des pavillons était affecté a la direction des travaux de Paris, et l’autre au surplus des services.
- Nota. Indépendamment des pavillons passés en revue dans ce chapitre, divers ministères ont élevé d’autres constructions d’ordre relativement secondaire, qui n’appellent aucune indication spéciale.
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- Lemorcier Hélio^. A-Ballu Arch. Lévj Phol.
- PALAIS DE L'ALGERIE
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- PALAIS DE L’ALGÉRIE.
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- CHAPITRE XII.
- PALAIS ET PAVILLONS DES COLONIES FRANÇAISES ET DES PAYS DE PROTECTORAT.
- 1. Algérie. — Pour les colonies et les pays de protectorat, il importait de placer dans leur cadre ordinaire les objets et produits exposés, de les grouper dans des constructions rappelant l’architecture locale.
- C’est ce qui a été fait, en particulier, avec beaucoup de talent et d’habileté pour notre belle colonie algérienne.
- Un pavillon ou plutôt un palais du style mauresque le plus pur, tout au moins à l’extérieur, s’élevait au milieu de massifs nombreux et luxuriants de palmiers, de cocotiers, de lataniers, de cory-phas, etc., entre un souk animé par les marchands indigènes et un parc où l’on voyait les tentes des hauts plateaux, la maison kabyle du Djurjura, le paddock des juments de Tiaret, un puits artésien en activité, le kiosque de l’Oued Rhir, le pavillon rustique des lièges, l’exposition des plantes rares du Jardin d’essai. L’illusion était complète : par les journées ensoleillées dont l’été de 1889 était si prodigue, les visiteurs pouvaient se croire au delà de la Méditerranée. Tous ceux qui avaient visité l’Algérie se prenaient à regretter que nos colons eussent abandonné l’architecture arabe, si élégante, si originale, si appropriée au climat, pour copier servilement les constructions massives des régions froides dans leurs monuments, dans leurs habitations particulières et même dans les bâtiments ruraux ou industriels.
- Le très grand succès de l’exposition algérienne doit être attribué pour une large part à son installation, organisée de main de maître par M. Muller, conseiller de Gouvernement, commissaire de
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- cette exposition, et par M. Albert Ballu, habile architecte, qui avait passe cinq années en Algérie et dessiné pour la Commission des monuments historiques les principaux spécimens de l'architecture arabe.
- Placé à l’angle du quai d’Orsay et de l’avenue centrale des Invalides, le pavillon s’ouvrait par un grand vestibule, précédé d’un porche à trois arcades du côté de la Seine et percé, vers l’avenue centrale, d’une porte monumentale qu’encadraient des faïences et qui rappelait le Mihrab de la Pêcherie à Alger.
- De ce grand vestibule, dont la coupole imitait la kouba de la mosquée de Sidi-Abderrahman et au milieu duquel se dressait la statue de l’Algérie par M. Ch. Gautier, on entrait dans une longue galerie richement décorée d’arcades, de faïences, de moulages d’antiques, de vitraux peints par M. Oudinot, et d’un plafond rouge et or, copié sur celui du salon de l’archevêché d’Alger. C’est là que M. Müller avait fait disposer les documents généraux.
- La galerie aboutissait au salon d’honneur, entièrement revêtu d’arabesques en plâtre et de riches étoffes indigènes.
- A droite était le jardin entouré d’arcades en portiques, sous lesquelles se tenaient les marchands indigènes. A gauche se trouvait l’exposition proprement dite, comprenant quatre travées respectivement affectées, la première (en partant de la Seine) aux beaux-arts, aux arts libéraux et à l’instruction publique, et les trois autres aux produits des départements de Gonstantine, d’Alger et d’Oran : la travée des beaux-arts se terminait par un salon de lecture, et les travées des trois départements, par des salles spécialement réservées aux vins* Ces salles débouchaient sur une grande galerie extérieure où étaient placés les objets encombrants. Les quatre travées de la galerie extérieure couvraient plus de i,boo mètres carrés et néanmoins suffisaient à peine pour contenir tout ce que les producteurs algériens avaient envoyé.
- M. l’architecte Ballu et M. Marquette, depuis longtemps inspecteur des monuments dans le diocèse d’Alger, avaient ingénieusement groupé dans les façades des spécimens remarquables de l’architec-
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- ture mauresque. L’effet était des plus pittoresques, quel que fût le point de vue.
- Vers le quai, on voyait le porche inspiré par le tombeau du dernier dey d’Alger, en arrière la grande kouba dont j’ai déjà parlé, à gauche un minaret élancé et tout revêtu de faïences, puis une loggia en encorbellement également ornée de faïences, à laquelle conduisait un escalier reproduit du musée d’Alger.
- Du côté de l’avenue centrale des Invalides, c’était une seconde loggia, le pavillon de la Kasbah, célèbre par le coup d’éventail de i83o, le souk se développant autour d’un jardin où la flore algérienne s’épanouissait dans toute sa splendeur.
- Vers les Invalides, une longue façade plus sévère, ornée de portiques, de grilles et de faïences, reproduisait l’une des faces de la cour du musée d’Alger et constituait l’une des parties les mieux réussies de la construction.
- Enfin du quatrième côté, on avait le parc avec le fourmillement, la vie intense, le bruit des campements indigènes, du village kabyle, du café-concert algérien, de la nouba des.tirailleurs, etc.
- J’ai indiqué quelques-uns des monuments où M. Ballu avait cherché ses modèles. Les spécimens ainsi réunis remontaient à des époques très diverses. La mosquée de Sidi-Abderrahman, par exemple, date du xme siècle : c’est le plus ancien édifice religieux d’Alger, après la Djama-kébir ou grande mosquée de cette ville; c’est aussi la mosquée la plus riche et la plus curieuse de l’Algérie, si l’on excepte celles de Sidi-Bou-Medin près de Tlemcen et de Sidi-el-Kettani à Constantine.
- La Pêcherie et la Djama-Djedid (mosquée nouvelle), où ont été pris également plusieurs motifs épars dans le Palais, appartiennent au xvic siècle. Le tombeau du dernier dey d’Alger est d’art moderne. Grâce au soin avec lequel avaient été ménagées les transitions, cette diversité d’origine et d’époque n’était nullement choquante.
- La seule concession faite aux exigences de l’Occident était d’avoir percé extérieurement beaucoup plus de jours que n’en comportait la couleur locale; dans les demeures de l’Orient, en effet, les murs
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- extérieurs ne présentent que clés ouvertures rares et fort étroites, et les jours sont pratiqués sur les cours intérieures.
- A l’intérieur des salles d’exposition, le décor cessait : on se trouvait dans de vastes halls aux charpentes de fer, d’un aspect sobre et sévère, où les produits entassés de la culture et de l’industrie attestaient le travail, l’intelligence et la ténacité de la race européenne. Plus d’ornementation architecturale, mais des amoncellements de riches minerais, de belles céréales, de bois et de lièges, de laines et de tabacs, d’alfa et de crin végétal, et une exhibition surprenante de i,65o producteurs de vins dans un pays où la viticulture est née d’hier.
- Au dehors, le visiteur avait été charmé par le pittoresque, par les gracieuses silhouettes, par les attachantes perspectives, par l’attrait invincible de l’Orient; au dedans, il était retenu par le spectacle instructif d’une production puissante et variée.
- Les dépenses de construction du Palais et de ses dépendances et celles de la décoration générale se sont élevées à 3oo,ooo francs. A ce chiffre il convient d’ajouter environ 20,000 francs pour établissement des annexes du parc et création des jardins.
- 2. Tunisie. — Le groupe tunisien était un peu moins étendu que celui de l’Algérie; cependant il avait un développement considérable.
- A la suite d’un concours ouvert en 1887, le projet de M. Saladin, architecte, fut classé en première ligne et exécuté avec quelques additions.
- Les bâtiments comprenaient un palais central, un pavillon pour les forêts, un souk ou bazar, un pavillon pour les produits du Djerid, diverses boutiques et un café-concert.
- Le Palais central occupait environ 800 mètres carrés, non compris une cour (ou patio), entourée d’arcades, sur les quatre côtés de laquelle se succédaient les salles et les galeries d’exposition. Tous les motifs de sa décoration extérieure et intérieure étaient tirés des édifices de Tunisie.
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- Je crois intéressant de donner la nomenclature sommaire des principaux éléments de la façade :
- i° Façade principale (vers l’avenue allant du quai à l’Hôtel des Invalides) : au milieu, un portique à arcades emprunté au palais du Bardo à Tunis; à droite, la kouba de Sidi-ben-Arouz (Tunis); à gauche, motif du Souk-el-Bey (Tunis);
- 2° Façade latérale droite : fenêtres du Dar-el-bey à Tunis; entrée de là Zaouïa-Suleïmaniya (Tunis); colonnes de Sidi-Abid-el-Gahriani (Rérouan);
- 3° Façade latérale gauche : mêmes fenêtres que sur la façade latérale de droite; entrée latérale composée avec une porte de Mouknine (Sahel tunisien);
- l\° Façade postérieure : au milieu, porte de Lalla-Réjane de la grande mosquée deKérouan; à droite, loggia d’une maison située rue Bab-Djelladine à Kérouan; à gauche, façade d’une maison de la même ville et minaret de la mosquée de Sidi-ben-Arouz (Tunis).
- En entrant dans le Palais par l’avenue médiane des Invalides, on se trouvait dans un vestibule ouvert sur la cour centrale : ce vestibule était décoré d’un plafond en staff copié sur les plafonds des palais de Tunis.
- Une fontaine en agglomérés de marbre de diverses couleurs ornait la cour; les arcades du pourtour rappelaient celles de la cour de Sidi-Saheb à Kérouan (connue sous le nom de Mosquée du Barbier); les murs étaient couverts de faïences anciennes, provenant des démolitions faites dans le palais du Bardo ; au-dessus, l’architecte avait disposé des moulages, d’après des originaux venant de Tunis et représentant des dentelles fines et déliées (Nackcha Hadida), dont l’art arabe du Maghreb a fait un emploi si fréquent; les plafonds des galeries étaient exécutés en staff et leur décoration rappelait celle d’un plafond du Dar-el-Bey à Tunis.
- Le pavillon de gauche de la façade principale, appelé aussi pavillon du Bey, était décoré intérieurement de faïences anciennes, de plafonds peints imitant ceux du Bardo, et de vitraux de couleur sertis dans des découpures en plâtre (chemsahs), fabriqués à Paris par les mêmes procédés que les vitraux arabes; des revêtements en staff reproduisaient divers éléments de décoration locale, et M. Saladin y avait placé les originaux des Nackcha Hadida dont j’ai parlé plus haut.
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- Le pavillon de droite de la façade principale portait dans sa grande baie un ensemble de vitraux exécutés à Paris, d’après des motifs tunisiens, et dans sa véranda tournée vers l’Hôtel des Invalides, cpiatre chemsahs fabriqués à Tunis en vue de l’Exposition.
- La coupole au-dessus de l’entrée principale de la façade postérieure reposait sur un tambour à seize pans, percé de huit fenêtres : ces fenêtres, comme les douze baies de la partie carrée immédiatement placée sous le tambour, étaient garnies de vitraux de couleur, mis en plomb a la française, mais conçus et décorés à l’arabe.
- Le Palais central a été fait en pans de bois hourdés de plâtre, avec substruction en maçonnerie et couverture en zinc. On a eu soin de prendre pour les couleurs des tons rappelant aussi fidèlement que possible les matériaux employés dans la construction des édifices qui avaient servi de modèles. Les corniches étaient peintes en rouge et recouvertes de tuiles émaillées en vert.
- Le pavillon des forêts consistait en un petit bâtiment oblong. Sa carcasse en bois était revêtue de troncs de palmiers, a l’instar des constructions de Nefzaoua (partie sud du Djerid tunisien).
- Pour le souk ou bazar, M. Saladin avait copié l’entrée d’une petite mosquée de Ksour (contrôle du Kef) et tracé la silhouette extérieure, en s’inspirant de celle des souks couverts de Tunis et de Mouknine. Le mode de construction était d’ailleurs le même que celui du Palais central.
- Le pavillon du Djerid rappelait les maisons en briques creuses des oasis de Tozeur et d’El-Oudiane (Djerid tunisien); il empruntait sa décoration intérieure aux objets exposés.
- Quant aux boutiques et au café-restaurant, c’étaient de simples constructions en bois, avec revêtement en planches rabotées et peintes, imitant celles de Tunis.
- Tel était le groupe tunisien. L’originalité de son architecture, la variété et le caractère pittoresque des aspects sous lesquels il se présentait aux visiteurs, le charme et la vivacité de ses colorations, enfin
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- PALAIS CENTRAL DES COLONIES
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- ia fidélité scrupuleuse apportée dans les reproductions et les copies, tout contribuait à attirer le public et à assurer le succès de l’exposition tunisienne.
- Le Palais central a coûté 17/1,000 francs. Si l’on y ajoute 54,ooo francs pour la construction du souk, du pavillon du Djerid, du pavillon des forêts, des boutiques et du café-restaurant, el 37,000 francs environ pour l’établissement et l’entretien des jardins, l’embaraquement des spahis, le service des eaux, l’éclairage, la décoration des fêtes et diverses installations, on arrive à un total de 265,000 francs.
- 3. Colonies et pays de protectorat autres que l’Algérie et la Tunisie. — L’exposition des colonies et des pays de protectorat, à l’exception de l’Algérie, de la Tunisie et de Madagascar, a été organisée, sous la direction de M. Louis Henrique, commissaire spécial de l’exposition coloniale, par MM. Sauvestre, architecte en chef des colonies françaises; Foulhoux, architecte en chef de l’Indo-Chine; Fabre, architecte du Cambodge; Yildieu, architecte du Tonkin; de Brossard, architecte adjoint, et Martin, inspecteur des bâtiments.
- Au premier rang, je dois signaler le Palais central des colonies, édifié sur l’esplanade des Invalides, parallèlement à la rue de Con-stantine, entre les rues Saint-Dominique et de l’Université.
- Ce bâtiment mesurait dans ses lignes extrêmes 7/1 mètres de longueur sur 26 mètres de largeur. Il comportait une grande salle carrée, flanquée de deux séries de salles sur les deux ailes. Des galeries aménagées au premier étage formaient avec le rez-de-chaussée une surface totale d’exposition de 2,208 mètres carrés; en arrière de la grande salle médiane, étaient deux étages de bureaux. On accédait au Palais par une porte principale ouverte au milieu de la façade et par deux portes percées dans les pignons extrêmes.
- La salle centrale s’accusait à l’extérieur par un dôme quadrangu-laire de 3o mètres de hauteur; de part et d’autre de la porte principale étaient deux avant-corps, servant de poste aux troupes indigènes. Des tourelles aux toitures élancées encadraient les ailes; de hautes
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- fenêtres à pignon, placées au niveau des galeries du premier étage, donnaient du mouvement aux façades.
- Les parois extérieures étaient constituées par des pans de bois, montés sur soubassement en briques et rehaussés de couleurs vives dans le goût colonial.
- Au-dessus de la porte principale, l’architecte avait disposé des panneaux décoratifs sculptés, représentant des fleurs et des fruits coloniaux; la façade portait les écussons de nos colonies peints sur toile marouflée aux allèges des grandes baies.
- A l’intérieur, la charpente était apparente et présentait huit fermes, dont six en plein cintre et deux en anse de panier surbaissée, près des pignons.
- Le pavillon de la Cochinchine, situé à la droite du Palais central des colonies, mesurait h\ mètres de façade sur 3o mètres de profondeur. Il ne représentait point de toutes pièces un édifice existant, mais résumait les caractères intéressants et typiques de l’architecture locale; ses formes générales, aussi bien que ses détails si originaux et si séduisants, étaient empruntés aux temples et aux maisons de notre colonie.
- Notons en passant la pureté de l’art cochinchinois, comparé à celui du Céleste-Empire, et le soin avec lequel y sont évités les trompe-l’œil, les singularités, les mensonges de construction, si familiers aux architectes chinois : c’est ainsi qu’on n’y voit ni faîtages infléchis, ni abouts de toits relevés.
- La porte d’entrée, dont la couverture reposait sur quatre colonnes en bois avec base en granité, était décorée de consoles d’angle richement sculptées; d’habiles sculpteurs annamites avaient jeté à profusion sur les chambranles et les impostes une richesse et une diversité de dessin merveilleuses.
- Après avoir franchi cette porte, on pénétrait dans une cour centrale ornée, comme dans toutes les habitations annamites, d’un bassin à rocher, de plantes aquatiques, de faïences et de dragons.
- Au fond de la cour,'un perron de cinq marches, décoré de deux
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- PAVILLON DE LA COCHINCHINE
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- PAVILLON DE LA COCHJNCHINE.
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- lions, conduisait au vestibule de la grande salle. Deux autres escaliers, à droite et à gauche de la cour, donnaient accès aux salles des deux ailes.
- La grande salle développait 20 mètres de façade sur 11 mètres de largeur. Dans le vestibule, on voyait trois portes en menuiserie, remarquables par le fini et la délicatesse de leurs sculptures, ainsi que des fermes composées d’entraits superposés, qui reposaient sur des coussinets en bois sculpté représentant des scènes de théâtre, des légendes ou des animaux bizarrement assemblés. Dans la salle elle-même, la charpente, demeurée apparente et supportée par vingt-quatre piliers en bois avec socle léger en granité, présentait, comme celle du vestibule, des entraits richement moulurés et échelonnés les uns au-dessus des autres, mais avec interposition de supports sculptés, d’où se détachaient des consoles soutenant les pannes rondes et diminuant leur portée; l’éclairage était assuré par cinq grandes baies circulaires, garnies de verres de couleur suE lesquels avaient été gravés des dragons et des oiseaux fantastiques.
- Deux larges portes mettaient la partie centrale en communication avec les galeries en retour d’ailes, d’un développement de Bo mètres sur 9. Les fermes de ces galeries reproduisaient fidèlement les dispositifs en usage dans le pays. Chacune d’elles reposait sur quatre colonnes rondes en bois de yao, l’ouverture de la travée médiane étant double de celle des travées extrêmes. Leurs entraits étaient recourbés; leurs arbalétriers, de forme tourmentée, se composaient, pour chaque pan, de deux pièces, dont l’une portait sur le poinçon et la première colonne et l’autre sur les deux appuis; la pièce inférieure s’assemblait a chapeau sur la colonne extrême et la dépassait pour supporter la panne formant saillie sur le toit; des consoles soulageaient les abouts. Le poinçon, au lieu de soutenir l’entrait comme dans nos combles, était porté par cette pièce a laquelle sa courbure donnait la résistance voulue. Des traverses reliaient les fermes entre elles. L’écartement des pannes rondes ne dépassait pas 1 mètre, par suite du poids considérable de la couverture en tuiles. Les lattes apparentes étaient peintes en bleu ou en vert clair; cette coloration se mariait
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- heureusement avec le ton de bois des pannes et le ton de terre cuite des tuiles.
- Une crête en faïence, provenant de la manufacture de Cholon, près de Saigon, couronnait la partie centrale de l’édifice; elle mesurait, au centre, plus de 3 mètres de hauteur et représentait des scènes de théâtre, ainsi que des animaux fantastiques; au sommet était une fleur de lotus, accotée de deux immenses dragons symboliques aux replis tortueux.
- J’ai dit que l’arcbitecte s’était inspiré des spécimens les plus intéressants de l’art annamite : il avait, par exemple, relevé sur des pagodes du Goviap, de Cholon et de Chodoué, et sur de nombreuses maisons particulières, les menuiseries des baies, la silhouette des pignons de la grande salle, les deux édicules décorant le fond de la cour.
- Les bois avaient été, au moins en grande partie, travaillés à Saigon. Quant aux peintures des soubassements, elles ont été exécutées à Paris par dix-neuf artistes annamites, envoyés spécialement d’Indo-Chine pour cet objet, et dont l’imagination, la sûreté de main et la rapidité de travail étaient véritablement surprenantes : jamais ils ne faisaient d’esquisses; la composition arrêtée par avance dans leur esprit se traduisait sans aucune hésitation; ils savaient imprimer à leurs personnages les attitudes les plus diverses, les expressions les plus différentes.
- A droile du pavillon de la Cochinchine s’élevait celui du Cambodge, dit Pagode d’Angkor, parce que, dans sa composition, M. Fabre, architecte, chef du service des travaux publics à Pnom-Penh, _s’est inspiré de divers motifs du temple d’Angkor-Wat.
- On sait que le Cambodge présente des ruines nombreuses d’anciens monuments : ces ruines, dont quelques-unes dépassent certainement en étendue celles de Karnak et de Balbek, sont comme les témoins d’une ancienne civilisation très avancée et attestent la puissance de la race, aujourd’hui disparue, qui peuplait jadis la région comprise entre le Mékong et le Grand-Lac.
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- PAVILLON DU CAMBODGE (PAGODE D'ANGKOR)
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- PAVILLON DU CAMBODGE.
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- L’un des édifices les plus gigantesques était le temple d’Angkor-Wat, dans les inscriptions duquel on a relevé la date du 11e siècle, âge des plus anciens monuments de l’Inde. Il occupait une superficie de près de 6,000 mètres carrés; un fossé de 200 mètres de largeur l’entourait; au centre était une tour de 80 mètres de hauteur. D’inappréciables richesses artistiques y étaient accumulées et en faisaient sans contredit l’un des plus beaux spécimens de l’art khmer.
- C’est là que M. Fabre a pris ses modèles pour le pavillon du Cambodge à l’Exposition.
- Ce pavillon se composait de deux galeries et contre-galeries se coupant à angle droit; il mesurait 28 mètres de longueur sur 17 mètres de largeur.
- On y accédait par des gradins rachetant la hauteur d’un soubassement à grosses moulurations décoratives.
- L’élément capital de la construction était la tour centrale de ho mètres, dont la silhouette générale affectait une forme parabolique et dont les étages décroissants symbolisaient autant de parasols destinés à indiquer la puissance et le rang du dieu ou du personnage en l’honneur duquel le monument était édifié. Dans l’ensemble, cette tour figurait une fleur de lotus épanouie, portant à son sommet la quadruple tête de Brahma, l’être suprême hindou.
- De part et d’autre de la porte d’entrée, les gradins étaient ornés du fameux Song ou lion khmer, animal fantastique dont l’art local a réellement abusé et qui pèche d’ailleurs par son manque de vigueur, son aspect canin et le caractère hiératique de sa pose.
- Les portes, les frontons, les frises, les pilastres étaient couverts de sculptures, d’après des moulages pris sur les lieux par MM. Delaporte et Fournereau. Sur le grand fronton dominant le péristyle, Vichnou tenait un ennemi par les cheveux et en écrasait un autre sous son pied. Au-dessus, Vichnou couché enfantait une fleur de lotus portant Brahma. Plus haut encore, on apercevait Sirah sur le taureau Nandhi. Ainsi se succédaient les sujets jusqu’à la majestueuse figure de Brahma, précurseur de tous les dieux, les dominant et regardant les quatre points cardinaux.
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- Le pavillon de Y Annam-Tonkin, situé à gauche du Palais central des colonies et en bordure de l’allée médiane de l’esplanade des Invalides, a été construit sur les plans de M. Vildieu, architecte adjoint des bâtiments civils de l’Indo-Chine, à Saigon.
- Il comprenait deux salles principales de 2 5 mètres de longueur sur 8 mètres de largeur, parallèles l’une à l’autre et reliées, près de leurs extrémités, par deux galeries transversales de 11 mètres sur 5. L’espace libre entre ces quatre salles constituait un atrium carré, au milieu duquel se dressait un Bouddha gigantesque, reproduction du génie Tran-Yu (le Sombre Guerrier) : d’après les Chinois, Tran-Vu est un des quatre génies préposés à la garde du ciel et veille plus spécialement sur le Nord; après la prise d’Hanoi par le corps expéditionnaire français, les indigènes, qui respectent leurs dieux, mais qui les punissent aussi, lui ont infligé une rétrogradation de deux dignités dans la hiérarchie divine, pour n’avoir point su empêcher cet échec.
- A droite et à gauche du pavillon étaient deux terrasses d’accès, décorées latéralement d’un mur à haie circulaire.
- On arrivait par un large escalier à l’entrée principale, composée de trois grandes portes en plein cintre, séparées par de hautes colonnes : la porte centrale, surmontée de trois chapiteaux étagés et découpés en forme de croissant, était empruntée à la pagode de Quang-Yen, près d’Haï-Phong; les colonnes reproduisaient celles de la pagode de Chien-Tsi. Une autre porte était ménagée à l’arrière, dans la façade opposée à l’allée médiane de l’Esplanade.
- Dans chacune des grandes salles, la toiture reposait sur douze colonnes aux angles moulurés, portant à leur partie inférieure des sentences de Confucius en caractères chinois. Les plafonds à peintures allégoriques, représentant des fleurs, des fruits, des plantes, des dragons, des animaux divers, étaient en paillottes tressées, tendues horizontalement. Au-dessous de l’un d’eux, on voyait un immense vélum en soie brochée et brodée de fils d’or, avec une inscription en caractères rouges sur fond jaunâtre, qui signifiait : «Tout ici appartient à l’Empire d’Annam.»
- La charpente apparente en bois dur du pays, taillée sur place avant
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- PAVILLONS DE L’ANNAM ET DU TONKIN.
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- son envoi en France, était ornée de moulurations, sculptures symboliques et frises décoratives à double paroi.
- Au dehors, les maçonneries affectaient, à la hauteur des corniches, les formes retroussées propres au style annamite. La couverture comportait une série de toits étagés; on y avait employé des tuiles chinoises aux couleurs variées, d’un très bel effet. D’habiles artistes, venus de l’Indo-Ghine, avaient décoré les murs de panneaux peints à même : les peintures des plafonds étaient l’œuvre des mêmes artistes.
- Des dragons exécutés au moyen de moulages pris au palais de Gia-Long ornaient les perrons des deux façades. Mentionnons encore, parmi les détails intéressants, le cloisonnement avec ornementation géométrique à jour, adapté aux baies circulaires des terrasses, ainsi que des sujets en faïence (animaux, têtes humaines à la face grimaçante, etc.), qui complétaient l’ensemble décoratif.
- A gauche du pavillon précédent était la Pagode des Dieux d’Hanoi (Tonkin), située en bordure de l’allée médiane de l’Esplanade.
- Ce bâtiment en forme de t comprenait une salle de 15 mètres de longueur et 7 mètres de largeur, à cheval sur une autre salle de 8 mètres de long et 6 mètres de large. La charpente apparente en bois dur du pays, taillée sur place avant expédition en France, consistait en fermes ornées de sculptures, d’animaux à figures symboliques. La façade présentait, entre colonnes, une paroi complète en bois travaillé, formée de cinq panneaux avec soubassement plein et sculpté; à la partie supérieure, on avait disposé des galeries de longs balustres serrés, faits de main d’ouvrier.
- Le Théâtre annamite, qui a été très en vogue, reproduisait la décoration et les dispositions intérieures en usage dans le pays. Il pouvait contenir 5oo personnes.
- Construit tout en bois, l’édifice présentait des panneaux découpés et recouverts de moulures, qui méritaient de fixer l’attention. Les peintures, où dominaient le rouge, le jaune et le bleu, étaient quelque peu criardes, mais rappelaient bien le style de l’Annam.
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- La scène se trouvait à peu près au niveau du sol. Elle était entourée sur trois faces par des rangs de sièges s’élevant en amphithéâtre jusqu’à la galerie du premier étage; cette galerie de pourtour enveloppait toute la salle et communiquait directement par deux escaliers avec le vestibule. A l’arrière de la scène, trois portes servaient à l’entrée et à la sortie des acteurs.
- Une troupe indigène, venue de l’Annam avec ses costumes, ses décors et ses accessoires, donnait plusieurs représentations par jour.
- Avant de quitter l’Indo-Chine, je dois encore dire deux mots du Village tonkinois.
- Ce village, placé à l’extrémité de l’exposition coloniale, derrière le pavillon du Cambodge, occupait une enclave de 3o mètres de profondeur sur 2 5 mètres de largeur. Il comprenait un circuit de cases de à mètres de largeur, faites de bambous assemblés, qui constituaient une charpente délicate portant une couverture en paille épaisse; au centre était un abri de î o mètres sur 5, plus élevé que le long pan et formé d’une charpente légère, avec appentis recouvert de paille et parois de frise en joncs tressés; une porte couverte, en forts bambous, donnait accès au village.
- Des ateliers de travail étaient organisés dans ce groupe d’habitations; la plupart des industries tonkinoises y étaient représentées (sculpteurs sur bois, brodeurs, laqueurs, tisseurs, bijoutiers, forgerons, etc.).
- Les autres constructions coloniales qu’il me paraît utile de mentionner sont les suivantes.
- Le Sénégal était représenté par un village, entre le groupe de l’Annam-Tonkin et la rue de Constantine. En tête de ce village, on avait établi : i° une fortification ou lata, muraille en ligne brisée de 3 mètres de hauteur moyenne, renforcée par deux tours circulaires à toiture conique en paille; 2° un fortin appelé Tour de Saldé, en pans de bois hourdés de plâtre, qui présentait des meurtrières, des embrasures de défense et des échangettes saillantes, et dont le plan carré
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- avait 9 mètres de côte'. A l’arrière, on rencontrait une série de cases types, les unes en pieux bruts avec parois et couverture en paille, comme le ccGoompan»(5 mètres sur 6), d’autres en maçonnerie grossière, comme la forge et la mosquée.
- Pour le Gabon-Congo, l’exposition coloniale comprenait une factorerie du Gabon, un village loango (Congo) et un village pahouin (Gabon).
- Le village pahouin, situé en arrière de l’aile droite du Palais central des colonies, occupait un espace de 26 mètres de profondeur sur 20 mètres de largeur. A droite et à gauche se développaient deux longs pans de cases ayant une largeur de 2 m. 5o, fermées par des parois en écorce d’arbre avec pieux bruts, et recouvertes par une toiture en paillottes juxtaposées, dont la hauteur au faîtage atteignait 2 mètres en moyenne. Au fond étaient deux cases analogues de 7 mètres de longueur. Enfin l’ensemble se complétait par une case centrale de 5 mètres de côté, ouverte de toutes parts, faite de pieux supportant une toiture plus haute en paillottes, et entourée d’une palissade en pieux et en joncs refendus horizontaux.
- Le village loango, séparé du précédent par la place de Papeete, consistait en neuf cases isolées, dont huit avaient 2 m. 5o de côté et la dernière 5 mètres de longueur sur 2 m. 5o de largeur : toutes étaient formées de pieux bruts verticaux, de panneaux mobiles en joncs tressés et d’une couverture en paillottes. Une palissade de pieux et joncs jointifs refendus défendait le village.
- La Guyane avait une maison et une case pénitentiaire.
- La maison, construction carrée de 15 mètres de côté, s’élevait derrière le pavillon du Cambodge et reproduisait scrupuleusement l’habitation Le Blond (ai kilomètre de Cayenne). Elle était portée par un soubassement en maçonnerie et bâtie en pans de bois du pays, avec remplissage de carreaux de plâtre. Autour du rez-de-chaussée régnait une véranda ou varangue, défendue par un garde-fou en bois vernissé de la Guyane et munie de nattes formant persiennes. On
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- accédait au premier étage par un escalier intérieur en bois violet. La toiture était faite d'amantes ou plaquettes cle bois indigènes à recouvrement.
- Quant à la case pénitentiaire, c’était un petit bâtiment très simple, de 9 mètres sur 6, établi en pans de bois du pays posés jointifs, avec couverture en plaquettes.
- Pour la Nouvelle-Calédonie, l’Administration coloniale exposait une case de colon et un village canaque.
- La case de colon concessionnaire de la transportation avait 9 m. 5o de longueur sur 5 m. 5o de largeur, non compris deux appentis de 2 mètres de portée. Des parois en bois brut recevaient une toiture composée de chevrons, voliges et paille.
- Le village comprenait cinq cases, dont une principale circulaire, de 7 mètres de diamètre. Les parois de cette case s’élevaient à hauteur d’homme; elles étaient formées de pieux verticaux, de chevrons en bois léger et flexible et d’écorces de niaouli; au centre, deux troncs d’arbre du pays constituaient un poinçon portant une haute toiture conique en paille de 8 mètres; des tabous ou bois sculptés, représentant des figures symboliques, flanquaient la porte. On retrouvait le même mode de construction dans trois autres cases circulaires de moindres dimensions et dans une cinquième case a plan carré. Des tabous supportant un linteau sculpté indiquaient l’entrée et la sortie du village.
- Le pavillon spécial de la Guadeloupe était une construction démontable, d’aspect élégant, exposée par un ingénieur métropolitain comme type d’habitation pour les pays chauds. M. Guesde, délégué de la colonie, avait dirigé avec goût l’ornementation intérieure et la décoration des varangues, au moyen des objets exposés.
- L’auteur de l’article inséré au Journal officiel sur l’exposition de la Guadeloupe a reproché avec raison à ce bâtiment de n’être pas suffisamment élevé au-dessus du sol et d’exposer ainsi ses habitants à la malaria : mieux eût valu un pavillon à étages.
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- La superficie totale réservée à l’exposition des colonies et pays de protectorat, autres que l’Algérie et la Tunisie, était de 26,825 mètres carrés, dont 10,646 mètres carrés affectés aux bâtiments et villages, comme l’indique le tableau ci-dessous :
- Palais central des colonies........................
- I Pavillon delà Cochinchine. . . .
- Pavillon du Cambodge..........
- Pavillon de l’Annam-Tonkin. . .
- Pagode des Dieux..............
- Théâtre annamite..............
- Restaurant annamite...........
- Village tonkinois.............
- Village sénégalais.................................
- (Factorerie du Gabon Village pahouin . . . Village loango.......
- Guyane
- Nouvelle-Calédonie.
- Pavillon...........
- Case pénitentiaire . ,
- Case de colon......
- Village canaque.. . .
- Pavillon de la Guadeloupe...............
- Restaurant créole.......................
- Pavillon de Madagascar......................
- Pavillon des renseignements commerciaux
- Pavillon de la presse coloniale.........
- Serre...................................
- Pavillons divers........................
- 1,520 m. carr. 1,100 3o5 880 15o 325 13o 1,675 1,670 120 65o 600 225 56 5o 325
- *9®
- 100 110 kj5 9 6
- 280
- 600
- Total pareil
- 10,666
- A elle seule, llndo-Chine a dépensé 826,000 francs pour ses pavillons (Cochinchine : 106,000 francs; Cambodge : 120,000 francs; Annam-Tonkin : 82,000 francs; Pagode des Dieux : 8,000 francs; Village tonkinois : 3,000 francs).
- L’elfectif des indigènes civils venus pour l’Exposition s’est éleve a
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- 3o5 (2o3 Indo-Chinois, 61 Sénégalais, 20 Congolais, 10 Canaques et 11 Tahitiens).
- Les troupes coloniales participant au service extérieur de surveillance comportaient un effectif de 106 officiers, sous-officiers et soldats, dont 66 tirailleurs et miliciens pour la Cochinchine, i3 tirailleurs et 6 spahis pour le Sénégal, 10 tirailleurs sakalaves et 11 cipahis indiens.
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- CHAPITRE XIII.
- PALAIS ET PAVILLONS ÉLEVÉS PAR LES EXPOSANTS FRANÇAIS (,).
- 1. Palais des produits alimentaires. — Dès leur constitution en 1887, les comités d’admission du groupe VII (produits alimentaires) se trouvèrent en présence d’une situation toute particulière.
- L’administration avait décidé que les diverses classes de l’alimentation seraient réunies dans un palais spécial, sur le quai d’Orsay, entre le pont de l’Alma et le pont d’Iéna, au lieu d’être, comme lors des précédentes expositions, disséminées un peu partout et reléguées dans des salles accessoires, hors des grands courants de circulation du public.
- Mais, d’autre part, elle n’avait prévu au budget aucun crédit pour la dépense de construction de ce palais, qu’elle entendait laisser à la charge des exposants, en échange de la faculté qui leur serait concédée de faire déguster leurs produits. C’était une dérogation à la règle générale : car il était de principe que les galeries seraient mises gratuitement à la disposition des exposants et que ceux-ci auraient seulement à supporter les frais d’installation proprement dite.
- Malgré Ja rigueur de la mesure prise à l’égard du groupe VIT, malgré les appréhensions que pouvait inspirer l’éloignement du point désigné pour l’édification du Palais des produits alimentaires par rapport au Champ de Mars, centre principal de l’Exposition, les comités durent s’incliner devant une détermination irrévocable et rechercher les moyens de pourvoir aux frais de construction.
- La tâche était d’autant plus difficile que la faculté de dégustation
- (1) Saufle Palais des produits alimentaires qui était affecté à tout un groupe et présentait une importance exceptionnelle, les constructions sont rangées dans l’ordre où les rencontrait un visiteur allant de la partie supérieure du Champ de Mars à l’esplanade des Invalides.
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- ntrriiMr.ruE nationale.
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- sur place, offerte en compensation des charges d’établissement du Palais, était illusoire pour beaucoup d’exposants et devait d’ailleurs être restreinte dans de justes limites, sous peine d’amener des encombrements et de compromettre la bonne tenue de l’Exposition. Sauf pour les bières, les comités jugèrent impossible d’autoriser tous les exposants a faire goûter leurs produits devant leurs vitrines ou gradins. Ils n’admirent que l’organisation de bars collectifs, installés au milieu des salles et exploités par des concessionnaires, et l’installation d’un restaurant central, pour les produits qui devaient être préparés ou chauffés.
- Ne pouvant provoquer les adhésions des exposants sans leur indiquer la quote-part des frais à laquelle ils auraient à faire face, les comités durent arrêter avant tout les dimensions et les dispositions du Palais. Ils prirent comme base les résultats de l’expérience de 1878 et résolurent d’ailleurs de créer des galeries pour la fabrication des produits alimentaires sous les yeux du public. M. Raulin, architecte, reçut d’eux un programme détaillé et put dresser un projet et un détail estimatif très précis.
- M. Prévet, président du groupe VII, qui avait pris une part considérable à tous les travaux préparatoires, demanda, d’accord avec les directeurs généraux, et obtint de la Commission de contrôle et des finances, dont il était membre : i° que le budget de l’Exposition fit l’avance delà somme de 600,000 francs nécessaire a la construction, à la décoration et à l’aménagement du Palais, cette avance devant être remboursée au fur et à mesure de l’attribution des espaces; 20 qu’il assumât l’aléa de l’opération, pour le cas où des mécomptes se produiraient sur le nombre des exposants. Cette double mesure était indispensable : d’une part, en effet, on ne pouvait ajourner l’édification du Palais, jusqu’à ce que l’on eût recueilli toutes les adhésions, généralement si tardives pour les produits alimentaires; d’autre part, il fallait indiquer aux exposants un chiffre ferme pour leur contribution et ne pas les laisser sous le coup d’une augmentation éventuelle et incertaine, devant laquelle beaucoup d’entre eux auraient certainement reculé.
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- Lomercier Hélio£ Raulin Anch. Neurdein Phot
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- Telles furent les conditions dans lesquelles le groupe VII éleva son beau palais, l’un des édifices les plus artistiques de l’Exposition de 1 88q.
- La courbure du quai dans la partie où il fallait édifier ce palais, la grande différence de niveau du quai proprement dit et de la berge basse, qui devaient l’un et l’autre servir d’assiette à la construction, le défaut de précédent donnant des indications sur le dispositif à adopter, enfin l’obligation de respecter autant que possible les plantations existantes, tout concourait à rendre l’étude du projet extrêmement difficile.
- Après bien des tâtonnements, on se décida à épouser la courbure de la Seine, ce qui, entres autres avantages, permettait de mieux utiliser les espaces disponibles et d’établir plus convenablement les caves. Le Palais fut composé de deux parties contiguës : i° l’une n’ayant qu’un rez-de-chaussée et occupant le quai sur une longueur de 83 mètres et une largeur de i3 mètres; 2° l’autre ayant un rez-de-chaussée et un étage, et occupant le trottoir du quai et la berge basse, sur une longueur moyenne de 1Ù7 m. 60 et une largeur de 27 m. 60. Le plancher de la partie située au-dessus du quai était à un niveau intermédiaire entre ceux du rez-de-chaussée et du premier étage de la partie située au-dessus du trottoir et de la berge,
- Suivant la normale au cours du fleuve, l’édifice comprenait trois nefs, la première de 1 3 mètres de largeur, correspondant à la partie assise sur le quai, la seconde et la troisième de 1 3 m. 80 de largeur, correspondant à la partie assise sur le trottoir et sur la berge. Ces trois nefs longitudinales étaient coupées en leur milieu par une nef transversale de i5 mètres d’ouverture, se prolongeant vers la Seine pour former un avant-corps baigné par les eaux et flanqué de tours que surmontaient des belvédères.
- Deux autres nefs transversales de i3 m. 80 de largeur, placées aux extrémités du corps de bâtiment sur la berge, dessinaient des avant-corps de moindre saillie.
- Le corps de bâtiment sur le quai avait 11 m. 70 de hauteur a la
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- pointe des fermes (non compris le lanterneau), sauf au droit de la nef transversale de i5 mètres, où cette hauteur atteignait 12 mètres.
- Pour le surplus de l’édifice, la hauteur du premier étage était de 9 m. 55 dans les nefs longitudinales, 10 mètres dans la galerie transversale du milieu et 9 m. 70 dans les galeries transversales extrêmes; le rez-de-chaussée se divisait en deux zones, l’une haute de 5 m. 02 et large de 20 m. 80, vers la Seine, l’autre n’ayant qu’une hauteur de 2 m. 3o entre le trottoir du quai et le plancher du premier étage.
- Le sol de la nef sur le quai n’était élevé que de quelques marches. Après avoir franchi cette nef, on montait au premier étage ou on descendait au rez-de-chaussée des galeries de la berge par les volées d’un large escalier établi dans l’axe de l’édifice. Deux autres escaliers occupant les nefs transversales extrêmes mettaient aussi en communication le rez-de-chaussée et le premier étage du corps de bâtiment sur la berge, et rattachaient par des paliers l’intérieur de l’édifice avec diverses parties du quai. Enfin deux jonctions avaient été ménagées entre la galerie du quai, vers ses extrémités, et le premier étage des galeries de la berge.
- Dans les angles des cours comprises entre la galerie du quai et les pavillons de l’agriculture, deux petits bâtiments bas abritaient des générateurs et des machines.
- Voici comment se répartissaient les espaces couverts.
- La nef transversale de 1 5 mètres, dans l’étendue du corps de bâtiment sur le quai, était exclusivement consacrée à un vestibule. De part et d’autre se développaient des galeries de fabrication : vers le pont d’Iéna, celles delà boulangerie et de la pâtisserie (classe 68); vers le pont de l’Alma, celles de la confiserie, des liqueurs, etc. (classe 72).
- Au premier étage du corps de bâtiment sur la berge, la nef transversale de 15 mètres avait été affectée à de vastes escaliers dont j’ai précédemment parlé, à un vestibule et à un buffet-restaurant avec orchestre, qui empiétait en outre, à droite et a gauche, sur la
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- nef longitudinale voisine de la Seine et qui avait vue sur le lleuve. Du côté du pont d’Iéna, la galerie contiguë au quai abritait les classes 67 et 68 (céréales, produits farineux, etc.; produits de la boulangerie et de la pâtisserie), et la galerie opposée, les classes 69, 70 et 71 (corps gras alimentaires, etc.; viande et poissons; légumes et fruits); du côté du pont de l’Alma, la classe 72 (condiments et stimulants; sucres et produits de la confiserie) avait tout envahi : on n’avait réservé aux deux extrémités qu’une partie des nefs tranversales pour les escaliers et les vestibules.
- Une balustrade séparait seule le premier étage de la nef du quai et permettait ainsi aux visiteurs de voir au-dessous d’eux cette nef avec ses machines en mouvement et la mise en œuvre des différents procédés de fabrication.
- Plusieurs balcons accessibles au public s’ouvraient sur la Seine et donnaient des vues charmantes.
- Les galeries du premier étage sur la berge, comme celle du quai, étaient éclairées et ventilées par des lanterneaux, au sommet des combles, ainsi que par de larges baies, tout au pourtour du Palais; des vélums tamisaient la lumière.
- Le rez-de-cbaussée du bâtiment, côté de Seine, constituait une sorte de salle hypostyle, entièrement affectée à la classe 73 (boissons fermentées). L’architecte en avait réglé le sol à peu près horizontalement, à partir du point le plus élevé de la berge; ainsi, entre le plancher et la surface inclinée de la berge, se trouvait une zone susceptible d’être envahie sans inconvénient par les eaux.
- Par sa situation, par son orientation vers le nord, parla direction de la lumière quelle recevait, cette salle offrait une fraîcheur relative.
- Des points d’appui légers la divisaient en six travées dans le sens de la largeur et en trente-trois travées dans le sens de la longueur. Sur les six divisions dans le sens de la largeur, quatre seulement étaient affectées à l’exposition ; les deux autres, opposées à la Seine, étaient séparées des premières par un cloisonnement et servaient de caves. Le sol de ces caves se trouvait partie au niveau général du
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- plancher de la salle, partie au niveau du trottoir du quai : clans cette dernière zone, leur hauteur 11e dépassait pas 2 m. 3o. Une hancle de 2 mètres en avait été distraite, le long de la galerie de travail, pour les transmissions de mouvement ainsi que pour l’usage du personnel de cette galerie. Des escaliers reliaient les deux étages de caves.
- Le public disposait de deux voies longitudinales, l’une principale contre le cloisonnement des caves, l’autre moins importante contre la façade, côté de Seine. Il existait en outre une troisième voie longitudinale, passant au milieu des expositions, mais discontinue sur beaucoup de points.
- Du côté des vins, les caves étaient communes aux produits de tous les exposants, sous la garde d’un agent spécial; du côté des bières, elles étaient au contraire réparties : le gradin supérieur permettait d’accéder aux divers compartiments, sans passer par les salles d’exposition.
- La salle du jury de la classe 73 et les bureaux de cette classe avaient été placés dans l’avant-corps.
- De grandes baies vitrées, ouvertes sur la Seine et montant jusqu’au plafond, éclairaient la salle et y jetaient assez de lumière, malgré sa largeur de 17 mètres, tout en lui laissant la fraîcheur voulue : la réverbération des rayons solaires sur les eaux du fleuve contribuait d’ailleurs adonner du jour. Des dalles en verre avaient été disposées dans le plancher au-dessus des caves, là où cette mesure était nécessaire.
- Des cuisines, des offices et des cabinets pour les jurys occupaient les tours encadrant le pignon central, vers la Seine.
- Telle était, dans ses grandes lignes, la distribution des espaces.
- Deux stations de bateaux et une halte du chemin de fer Decauville desservaient le Palais des produits alimentaires.
- Les visiteurs accédaient à la galerie de fabrication par le grand vestibule central. Diverses autres portes donnaient également accès à cette galerie.
- J’ai déjà mentionné les escaliers conduisant du corps de bâtiment
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- sur le quai aux deux étages du corps de bâtiment sur la berge; ces deux étages communiquaient avec ceux d’un pavillon voisin, élevé par le Comité portugais; le public pénétrait en outre au rez-de-chaussée, par une grande porte donnant directement sur l’extérieur.
- L’entrée aux caves avait lieu par quatre portes, dont deux situées dans les cours et deux aboutissant au trottoir du quai, entre les galeries d’agriculture et le parapet.
- Fait aux frais des exposants, le Palais devait être construit avec la plus grande économie; cependant la proximité de la Seine, le danger des crues et même celui des débâcles rendaient certaines précautions et certaines dépenses indispensables, notamment pour la partie de l’édifice située sur la berge : l’inondation de février 1889 a montré l’absolue nécessité en même temps que l’efficacité des mesures de protection prises par l’architecte.
- La fondation du bâtiment de la berge se composait de 200 pilots de sapin, d’environ 10 mètres, reliés par des longrines en fer à double t formant moises; les longrines du périmètre extérieur étaient hourdées en briques et mortier de ciment.
- Le plancher du rez-de-chaussée reposait sur des poutres et des solives en fer; mais, au lieu de le fixer à ce solivage, M. Raulin l’avait formé de panneaux susceptibles de flotter, en cas de crue du fleuve.
- Quant au plancher du premier étage, il était complètement en sapin et portait sur des piles, les unes en meulière et ciment (vers la Seine), les autres en moellon et plâtre (vers le quai), et sur quatre rangées de poteaux en fer.
- Pour les nefs, l’architecte avait employé des fermes démontables du système de Dion, améliorées dans quelques-uns de leurs éléments. Ces fermes étaient réunies par des solives en sapin. En dehors des lanterneaux qui couronnaient les combles, des ardoises sur voliges sans chevrons constituaient la couverture de l’édifice.
- Les parois extérieures dans les parties non vitrées et les cloisons intérieures étaient faites au moyen de panneaux démontables, en
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- tubes de fer et résidus de découpage de tôle, formant paillasse à un hourdis enduit sur les deux faces, soit de plâtre, soit de ciment.
- Les tours et leurs escaliers étaient montés en brique avec poteaux tubulaires en fer aux angles et reposaient sur un soubassement en meulière et ciment; les pylônes des pignons avaient également une ossature en fer.
- Entre les piles du sous-sol sur la Seine, les espaces vides au-dessous du plancher du rez-de-chaussée étaient garnis de barrières à claire-voie, arrêtant les corps flottants et les épaves de toute sorte charriées par les eaux.
- Les eaux pluviales, du côté de la Seine, s’écoulaient directement dans le fleuve par des gargouilles; vers le quai, elles étaient recueillies par des tuyaux de descente placés à l’intérieur des pylônes.
- Au point de vue de l’architecture extérieure, les façades étaient dans des conditions très différentes. Tandis que, du côté du quai, il y avait très peu de recul, vers la Seine, au contraire, la perspective se développait librement. C’est donc sur le bâtiment de la berge que M. Raulin avait dû surtout concentrer ses efforts.
- La saillie des trois nefs transversales et celle des tours qui encadraient le pignon central rompaient très heureusement la monotonie presque inévitable avec des lignes droites un peu longues. En outre, l’architecte avait fait largement emploi du staff, qui donne des moyens de décoration tout à la fois abondants et économiques.
- Sur les piles en meulière des travées courantes et en avant des fermes en fer, se dressaient des mâts entourés de décorations en staff dans la hauteur du premier étage et au-dessus de la corniche de couronnement. Les neuf travées médianes entre le pignon central et les deux pignons extrêmes se divisaient en groupes de trois, qui étaient limités par des mâts plus hauts, surmontés d’oriflammes. L’ornementation en staff était plus ample et plus saillante pour ces mâts que pour les autres. De riches motifs d’inscription, avec ornements faisant silhouette, reliaient les mâts intermédiaires. Vers la base, on voyait des panneaux, des gaines, des chutes de gibier, de légumes et
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- de fruits, des frises de vigne, de pommier et de houblon, des gargouilles ornées de feuilles aquatiques, des vases, des consoles, etc.
- La corniche, à consoles et à fleurs dans les métopes, était couronnée d’une riche crête à cornes d’abondance. Aux mâts s’accrochaient des guirlandes mobiles, composées de nœuds, boules et grosses pirouettes.
- Chacun des pignons était soutenu de puissants pylônes, portant également des mâts avec oriflammes et luxueusement décorés de pilastres, cartouches, motifs avec têtes de bétail, corniches, acro-tères, etc.
- Pour produire un effet de contraste, l’architecte avait traité plus sobrement la partie inférieure des tours et réservé la richesse à la partie supérieure, que surmontaient une plate-forme partiellement couverte et un belvédère à deux étages.
- Les larges baies des travées courantes, au premier étage, étaient encadrées de pieds-droits avec chapiteaux et possédaient de hautes allèges, contre lesquelles venaient s’adosser les vitrines. Extérieurement ces allèges avaient été décorées au moyen de bandeaux avec postes, de panneaux et de motifs en long coupés par une couronne de fruits, au centre de laquelle se trouvaient des produits alimentaires sur des coupes, vases, etc. Une porte pratiquée dans l’allège médiane de chaque groupe de trois travées donnait accès à un balcon.
- Les baies correspondantes, au rez-de-chaussée, présentaient aussi des pieds-droits avec chapiteau, mais n’avaient que des allèges plus basses et plus simples.
- Dans les pignons, les baies accusaient la forme des nefs; elles étaient entourées d’un important chambranle orné d’entrelacs, de vigne et de houblon. Des cartouches, avec monogramme de la République, et des tableaux d’inscription, avec couronnes, palmes, flambeaux, couronnaient les pointes. Chaque pignon avait un balcon du même dessin que ceux des travées courantes.
- Les faces latérales étaient traitées comme la face principale, dont les éléments décoratifs se retrouvaient également dans les parties de la façade postérieure, correspondant aux deux cours.
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- Pour le bâtiment du quai, l’architecte avait adopte une décoration un peu différente.
- Les pignons, dont les grandes baies épousaient le profil des fermes, étaient soutenus de pylônes, portant des mâts d’oriflammes et décorés d’entrelacs et de branchages de vigne ou de houblon; de riches corniches avec crête et d’importants écussons avec la tête et le monogramme de la République en ornaient la partie supérieure. Sur le pignon central, plus ample, se détachait un tableau d’inscription.
- Chaque salle de fabrication avait huit baies s’ouvrant sur le quai et rappelant la forme de celles des pignons. Les trumeaux étaient ornés de gaines galbées, soutenant des corbeilles de dragées, de massepains, de fruits, etc.
- Une haute frise à panneaux, surmontée d’une corniche à consoles, modillons et denticules, supportait un petit acrotère orné de pal-mettes et de petits piédestaux terminés par des boutons d’amortissement. Entre la grande frise et le couronnement des baies, les tympans étaient garnis de motifs circulaires figurant des produits alimentaires et accompagnés de branches de fruits.
- Toute la décoration en staff a été exécutée avec talent, sur les dessins de l’architecte, par M.Trugard, sculpteur ornemaniste.
- Passons maintenant à la décoration intérieure.
- Au premier étage du bâtiment sur la berge, le voligeage avait reçu une décoration jeu de fond, variant de couleur suivant les nefs, avec encadrements d’étoffes et pannes réchampies. Des lambrequins découpés, vert et or, rouge et or, vieil or et argent, agrémentés de glands, de sequins, de filets et de monogrammes, étaient accrochés aux chéneaux entre les fermes. Une frise avec panneaux fond rouge, portant monogrammes et accompagnés de galons et de rinceaux, décorait le haut des murs au-dessus des vitrines.
- On voyait aussi à cet étage de nombreuses peintures en harmonie avec la nature de l’exposition : i° dans l’avant-corps vers la Seine, sur les murs des tours, quatre figures représentant la Vendange, la Moisson, la Pêche et YElevage des volailles; au plafond, des treillages,
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- des oiseaux, des pampres; autour de la grande baie, des cartouches, rinceaux, fleurs et galons (les deux motifs principaux étant des paons montés sur de courtes colonnes); 2° sur le pignon de la salle réservée à la classe 69, comme entourage de la grande baie, une décoration analogue à la précédente, avec deux figures symbolisant le Lait et les OEufs; 3° sur le pignon de la classe 72, réservé à la confiserie, la même décoration, avec des figures symbolisant les Bonbons et les Fruits; 4° sur divers points de la classe 72 , trois grands panneaux représentant des champs de cacaotiers, d'arbrisseaux à thé et de noisetiers, et des panneaux ornés de guirlandes, de rubans et de légers feuillages; 5° dans la classe 68, des panneaux analogues ornés de guirlandes, d’autres panneaux ornés d’amphores, de palmes et de rubans, et un Champ de blé, avec des javelles et des moyettes.
- L’escalier reliant le premier étage au rez-de-chaussée, côté de l’Alma, contenait trois grandes peintures : YIntérieur d’une usine pour la fabrication de l’alcool, des Moulins à orge et un Laboratoire de liqueurs. Il présentait aussi, autour de la grande baie, deux allégories: la Distillerie, sous la forme d’une femme nue mêlée à des vapeurs s’échappant d’un alambic, et le Cordial, représenté par un chien du mont Saint-Bernard, portant une bouteille au cou et venant au secours d’un voyageur.
- L’escalier opposé, côté d’Iéna, avait été décoré aux frais du Syndicat des vins de Champagne. On y voyait une grande carte du vignoble de la Champagne en 1889, deux panneaux donnant les noms et les marques des hq maisons exposantes, une bacchante avec des Amours, les armes de douze villes, quatre tableaux représentant les principales manipulations, et toute une série d’ornements en relief, peints et dorés, tels qu’encadrements, cartouches, coupes, flûtes, etc.
- Sur le quai, les décorations étaient les suivantes : autour de la grande baie du vestibule central, des écussons et des rinceaux, deux figures représentant le Laitage et Y Art culinaire; au pignon, côté de l’Alma, la vue intérieure d’un atelier de chocolaterie et la vue perspective extérieure de l’usine de Noisiel (peintures faites par les soins de la maison Menier); au pignon opposé, des galons, des entrelacs
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- avec médaillons circulaires, des céréales, et, de part et d’autre de la porte, deux forts de la Halle, en guise de cariatides, supportant un linteau décoré de pains, brioches, etc.; au-dessus des baies regardant les quais, quatorze motifs originaux, tous differents et composés de cartouches, de produits alimentaires, de branchages, de rubans, etc.
- Au-dessus des descentes à la classe 7 3 , l’escalier central présentait deux panneaux d’inscriptions avec décorations analogues.
- Dans les salles du rez-de-chaussée de la berge, les points d’appui étaient pourvus de chapiteaux et de bases; les poutres et les solives, réchampies de tons vifs variant selon les sections, avec parties laissées en bois naturel; les entrevous, garnis de toiles peintes, aux couleurs variées, représentant des raisins, des feuilles de vigne, du houblon, de l’orge, des verres, des monogrammes, etc. Les murs avaient reçu, dans leur partie supérieure, une frise semblable à celle du premier étage, et, dans les trumeaux, des amphores avec palmes et rubans.
- Tout cet ensemble a été exécuté avec autant de rapidité que de talent par M. Henri Motte, artiste peintre décorateur.
- J’aurais encore à relater certains détails d’aménagement : mais ces détails trouveront mieux leur place dans un chapitre ultérieur, qui sera consacré à l’installation des classes et où sera d’ailleurs indiquée la distribution des espaces.
- La surface totale utilisée (non compris les étages des belvédères, les balcons, les perrons et les dessus de parapets) était de 8,822 mètres carrés, dont Ù57 mètres carrés pour les vestibules, 365 mètres carrés pour les escaliers, 7^601.q. 5o pour les caves, 187 mètres carrés pour le couloir de service des machines, 173 mètres carrés pour les dépendances dans les tours, 55 mètres carrés pour les salles du jury de la classe 73, 35 mètres carrés pour les bâtiments des générateurs.
- Avec les maçonneries extérieures, les bâtiments occupaient sur le sol une surface de 5,510 mètres carrés.
- Les travaux autres que ceux de la décoration intérieure et des bâti-
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- ments des générateurs, payés directement par les classes 68 et 72, ont été établis à forfait pour la somme de 330,000 francs, ce qui donne pour prix du mètre carré utilisé 3 7 fr. 55.
- On ne pouvait espérer un résultat plus satisfaisant, eu égard aux conditions difficiles dans lesquelles l’édifice devait être construit, aux mesures de préservation qu’il fallait prendre contre les crues de la Seine, et à l’ornementation extérieure qui s’imposait pour attirer les visiteurs.
- La décoration générale et diverses opérations accessoires ont entraîné une dépense de 70,000 francs.
- Les développements que je viens de consacrer au Palais des produits alimentaires seront peut-être jugés un peu longs pour un rapport général. Mais c’est un hommage légitimement dû aux grands efforts déployés par les organisateurs du groupe VII, qui, subissant une dérogation au règlement, ont été contraints d’élever eux-mêmes ce palais et d’en supporter les frais.
- 2. Globe terrestre au millionième. — MM. Villard et Gotard ont entrepris une œuvre fort intéressante de vulgarisation scientifique, en exposant un globe terrestre au millionième. En effet, les cartes planes ne peuvent, quel que soit le système de représentation, figurer sans déformation que des superficies de peu d’étendue; elles ne permettent point d’embrasser avec quelque exactitude l’ensemble de la terre.
- D’autre part, les globes usuels sont en général beaucoup trop petits pour offrir des indications détaillées en rapport avec l’état actuel des connaissances géographiques.
- Le globe de MM. Villard et Gotard avait un diamètre de 1 2 m. 73 et une circonférence de ko mètres : 1 kilomètre de distance réelle y était représenté par 1 millimètre; Paris y occupait une zone d’environ 1 centimètre. On y avait tracé les chemins de fer, les grandes lignes de navigation maritime, les principales communications télégraphiques.
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- II était formé d’une ossature en fer recouverte de panneaux en carton. L’ossature comprenait une série de méridiens réunis à un noyau central, avec pivot inférieur reposant sur un pylône également en fer. Les panneaux consistaient en feuilles de carton enduites de plâtre durci et appliquées sur les méridiens par l’intermédiaire de fourrures en bois. La surface totale était divisée en quarante fuseaux de 9 degrés ou de îo grades chacun, présentant par suite une largeur de î mètre à l’équateur; chaque fuseau était lui-même partagé suivant les parallèles de îo en îo grades; il y avait ainsi près de six cents panneaux de dimensions diverses. Tout était combiné de manière à faciliter ultérieurement le démontage et le transport du globe.
- Quant au bâtiment, il comportait une charpente métallique à coupole et recevait le jour tant de la partie supérieure que de grandes verrières ménagées dans les parois.
- Les visiteurs arrivaient, soit par un escalier, soit par un ascenseur, à une terrasse et une passerelle d’où ils pouvaient voir la région polaire et les régions tempérées de l’hémisphère nord. Ils descendaient ensuite par un chemin en spirale ét parcouraient ainsi la zone tropicale, ainsi que toutes les régions inférieures jusqu’au pôle sud.
- A la base se trouvait dans une fosse le support du globe, avec son appareil de mise en mouvement qui permettait de le faire tourner autour du pivot.
- L’étude de la sphère de MM. Villard et Gotarcl était des plus instructives. Elle donnait de la grosseur de la terre une notion accessible à l’esprit, ne fût-ce que par le rapprochement entre ses dimensions et le petit espace correspondant à la ville de Paris. Elle mettait bien en lumière la faible hauteur relative des montagnes, qui rident à peine la surface de l’écorce terrestre et que l’on avait dû se borner à figurer par la peinture : car la plus élevée, celle du Gra-vinsakar, dans l’Himalaya, n’eût produit qu’une saillie de moins de o m. 009.
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- L’Europe, qui a tenu une si grande place dans l’histoire et le développement de la civilisation, y était comme perdue à côté d’énormes continents à peine explorés.
- On pouvait aussi se faire une idée plus précise du système solaire. À la même échelle, le soleil aurait eu près de i,4oo mètres de diamètre et se serait trouvé à i5o kilomètres environ; la lune aurait eu 3 m. 5o de diamètre et se serait trouvée à 384 mètres.
- Une série de tableaux exposés dans le pavillon contenaient des données statistiques sur l’étendue, la population, le mouvement commercial et les productions dominantes des divers pays, et complétaient heureusement les données géographiques du globe.
- L’entreprise, digne du grand concours auquel avaient été conviés tous les peuples, offrait ainsi un haut intérêt scientifique et pratique, en même temps qu’elle avait une véritable portée philosophique.
- 3. Pavillon des pastellistes. — Pour abriter les œuvres de nos pastellistes, il fallait une construction répondant par son caractère et sa coquetterie au genre de peinture qu’elle était destinée à renfermer.
- M. Hermant, l’habile architecte, a merveilleusement réalisé ce programme et créé, dans le style Louis XV, un élégant pavillon, une véritable bonbonnière.
- De forme rectangulaire, ce pavillon occupait une surface de 2 00 mètres carrés environ. Il était surmonté d’une terrasse avec balustrade, aux quatre coins de laquelle des groupes d’enfants maintenaient des mâts pavoisés aux couleurs nationales.
- Au centre de la façade, un escalier de quelques marches conduisait à la porte d’entrée, en forme de portique, au-dessus de laquelle un joli cartouche portait le nom de la Société des pastellistes.
- L’ornementation extérieure tout en staff, enduit d’une teinte rose, ressortait parfaitement sur le fond vert clair de la muraille. De grands vases d’une forme très riche étaient placés dans des niches encadrées de gracieuses sculptures et se détachaient d’un treillage
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- également en staff. MM. Bouet, Deloye et Hainglèse ont su imprimer à cette ornementation un cachet de fantaisie très remarqué.
- Sur une frise disposée en contre-bas de la terrasse, on avait inscrit en lettres d’or les noms de nos célébrités artistiques.
- Autour du pavillon, des plantes et des arbustes semés avec beaucoup de goût complétaient la décoration, dont l’ensemble charmant était bien en harmonie avec la destination de l’édifice.
- Le coût des travaux a été de 3o,ooo francs environ.
- 4. Pavillon Perrusson. — Le pavillon céramique de MM. Per-russon père et fils et Marius Desfontaines était en lui-même une exposition des produits de la tuilerie d’Ecuisses (Saône-et-Loire).
- Les plans en avaient été dressés par M. Ferré, architecte.
- Sa forme élégante et riche faisait ressortir d’une manière très heureuse tous les produits de la fabrication céramique.
- Il s’élevait sur une terrasse qui, en le détachant du sol, lui donnait plus d’élégance et de hardiesse. Cette terrasse était construite en briques émaillées et garnie d’ornements en terre cuite; des vases garnis de belles plantes en agrémentaient, le contour. A droite et à gauche se trouvaient deux bassins reposant sur le sol. Les marches des escaliers étaient revêtues de carreaux mosaïques du plus bel effet, constituant une sorte de tapis.
- Chacune des quatre faces du kiosque représentait un portique entre colonnes ornées de cariatides en terre cuite. Des briques émaillées aux différentes couleurs formaient sur le fond rouge brique une décoration fort agréable à l’œil.
- Le dôme supérieur, surmonté d’une lanterne à coupole, était recouvert de carreaux vernissés.
- A l’intérieur, la décoration consistait en panneaux de terre cuite et de faïence sur fond émaillé en jaune d’or. La voûte, d’un ciel gris-bleu, était décorée au moyen de carreaux émaillés à fleurons d’un ton jaune pâle très doux.
- Bien qu’il eût des proportions très modestes, le pavillon Perrusson méritait l’attention du public.
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- Les industriels auxquels était due cette construction y ont consacré une somme de 55,ooo francs, chiffre relativement considérable, mais qui s’explique parles frais de création de modèles et de moules spéciaux.
- 5. Pavillon Brault. — M. Brault, céramiste a Choisy-le-Roi. avait élevé dans le style des xve et xvie siècles un pavillon destiné a mettre en évidence les mérites de ses «produits céramiques appliqués à la décoration architecturale n.
- Ce pavillon fournissait un exemple d’emploi de la terre cuite blanche substituée à la pierre, avec assemblage au moyen d'ancres et de tirants en fer.
- A l’intérieur, on voyait notamment deux grandes cheminées, l’une moyen âge, l’autre Renaissance, exécutées d’après des types du muséo de Gluny et en matériaux sortant de l’usine Brault.
- 6. Pavillon du Gaz. — L’industrie du gaz à laquelle les capitaux français ont consacré plus d’un milliard, qui comprend près de 1,000 usines et qui occupe un personnel de 26,000 employés et ouvriers, ne pouvait se dispenser de prendre une large part à la grande manifestation industrielle de la lin du xixe siècle.
- Les représentants les plus autorisés de cette industrie se proposèrent, en conséquence, de grouper les efforts de tous les gaziers de France, pour réunir dans une exposition collective les applications du gaz, quelles qu’elles fussent, et pour présenter au public, installés et fonctionnant dans les conditions pratiques de la vie domestique, les appareils les plus variés et les plus perfectionnés de l’éclairage, du chauffage, de la force motrice, de la ventilation, etc. Ils jugèrent d’ailleurs inutile de remettre sous les yeux des visiteurs les procédés de fabrication à l’usine et de distribution dans les villes, qui s’étaient peu modifiés depuis la belle exposition de la Compagnie parisienne en 1878.
- Sur l’initiative de la Société teclmiq France, puissamment secondée par 1
- ue de l’industrie du gaz en a Compagnie parisienne, la
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- plupart des établissements répondirent à l’appel qui leur était adressé; dès la fin de mars 1889, les souscriptions atteignaient 250,000 francs.
- Un très élégant pavillon fut élevé par M. l’architecte Picq, qui s’acquitta de sa tâche avec beaucoup de goût et de talent.
- Les façades de l’édifice se développaient sur une longueur de 3o mètres et une largeur de 18 mètres. Il comportait un sous-sol, un rez-de-chaussée et un étage, donnant ensemble une surlace d’exposition de 1,284 mètres carrés. Sa hauteur au faîte était de 24 m. 90; une tourelle d’angle avait son sommet a 34 mètres au-dessus du sol.
- Le sous-sol, qui, dans l’habitation, réunit en général tous les services domestiques, comprenait, outre une cuisine, l’exposition des métiers, des appareils et des moteurs à gaz, ainsi que des laboratoires de chimie et de physique, disposés pour toutes les expériences se rattachant à l’industrie du gaz.
- Au rez-de-chaussée se trouvaient la galerie consacrée à l’exposition rétrospective de l’art de l’éclairage, la salle des fêles, la bibliothèque, le grill-room et le fumoir.
- Un ascenseur Edoux, actionné par le gaz, conduisait du vestibule au premier étage où l’on rencontrait les salons, la salle à manger, le billard, la chambre à coucher, le boudoir, le cabinet de toilette.
- C’était un hôtel moderne, avec toutes les installations de confort et de luxe que réclament les exigences de la vie contemporaine.
- Le style adopté pour la décoration extérieure était celui de la Renaissance. Chaque façade avait un aspect différent en rapport avec la distribution des pièces. A l’entrée, un porche largement ouvert, avec double perron, était suivi d’un vestibule et surmonté, au premier étage, dans l’entre-colonnement de cet avant-corps, d’une véranda légère. Du côté du jardin, un balcon et des colonnades accusaient les grandes salles établies sur cette face du bâtiment. A la suite était la rotonde, reliée à l’avant-corps du grill-room, que couronnait une
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- terrasse à l’italienne. La dernière façade, correspondant aux pièces accessoires, était d’une ordonnance plus simple.
- La décoration intérieure avait été traitée avec beaucoup de soin et heureusement complétée par un mobilier artistique. Il m’est impossible d’en faire ici une étude détaillée : je signalerai seulement les parties les plus remarquables. Au rez-de-chaussée, l’escalier, avec sa magnifique rampe, montrait des panneaux anciens sculptés en plein bois; un plafond à poutres du moyen âge, des meubles en vieux chêne, des verrières et un lustre en fer poli de la même époque donnaient au bureau-vestiaire un cachet de simplicité voulue; la salle des fêtes, qui occupait toute la rotonde (coupée au premier étage par une galerie en surplomb), produisait un grand effet avec sa coupole recouverte de verres colorés et sa belle statue de Philippe Lebon, l’inventeur du gaz; dans le grill-room, on voyait une décoration polychrome, où les faïences de Sarreguemines tenaient une place importante et au milieu de laquelle se détachait une superbe cheminée en faïence; la bibliothèque était remarquable par son plafond en vieux bois sculpté, sa cheminée, ses meubles, ses magnifiques vitraux; des tentures orientales ornaient le fumoir. Au premier étage, la décoration changeait d’allure, car on entrait dans l’appartement particulier, approprié à la vie de tous les jours. Le public voyait, dans la galerie dominant le vestibule, une balustrade en vieux bois sculpté, continuant la rampe de l’escalier; dans le grand et le petit salon du style Louis XVI, restitués d’après Gauvet, des meubles en bois de l’époque, recouverts en vieilles tapisseries de Beauvais; dans la salle à manger, des meubles Henri II et une riche cheminée en bois sculpté; dans la salle de billard, des tapisseries anciennes et une corniche lumineuse; dans le cabinet de travail, de style gothique, des spécimens intéressants de meubles et de tentures et un très beau lustre en fer forgé; dans la salle de bains, des faïences et des laves émaillées avec dessins en style Pompéi ; dans la chambre a coucher et le cabinet de toilette, un mobilier Louis XV du style le plus pur.
- Partout la ventilation était largement assurée, soit au moyen de
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- certains appareils d’éclairage procurant à la fois la lumière et le renouvellement de l’air, soit par des orifices d’évacuation ménagés dans les moulures et les corniches des plafonds. Grâce aux dispositions prises à cet effet, l’air vicié s’écoulait lentement. La plupart des conduits d’évacuation aboutissaient à une cheminée unique, au centre de laquelle se trouvait un tuyau métallique servant à l’échappement des produits de la combustion du calorifère et de tous les appareils de chauffage de l’habitation : en hiver, ce dispositif provoquait le tirage nécessaire pour le renouvellement de l’air; en été, un foyer d’appel composé d’une ou de plusieurs couronnes assurait l’aération.
- Les appareils d’éclairage, distribués aux abords de l’édifice, comprenaient quatre grands candélabres avec foyers analogues à ceux de la rue du Quatre-Septembre et donnant une intensité lumineuse de plus de 65 becs Garcel; deux cariatides et deux candélabres surmontés de lanternes avec bec parisien (système Schülcke); un groupe d’enfants supportant quatre lanternes, dont deux avec bec dit industriel et deux avec bec Guibout-Giroud; un candélabre du modèle de la ville de Paris, avec bec Kraussé.
- L’édifice lui-même était brillamment illuminé par quatre torches fixées à chacun des angles et par deux flambeaux tenus à une hauteur de 55 mètres entre les mains du génie placé au sommet de la cou-
- Dans le sous-sol, la salle des machines était éclairée par des lampes du système albo-carbon, qui est aujourd’hui si répandu et dont le caractère essentiel est d’exalter le pouvoir éclairant du gaz par un mélange de vapeur de naphtaline. A côté de la machine Lenoir, on voyait celles de MM. Otto, Havel, Benz, et des moteurs moins puissants (Forest, Salomon, Tenting, Bisschop), répondant aux besoins de la petite industrie; plusieurs de ces machines mettaient en mouvement un appareil dynamo-électrique servant à l’éclairage du petit salon, ainsi qu’une pompe rotative destinée au service cl’eau du pavillon et au fonctionnement de l’ascenseur Edoux. On remarquait aussi deux beaux compteurs de 5oo becs, construits, l’un par
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- la Société anonyme de fabrication des compteurs, l’antre par la Société Nicolas, Ghamon, Foiret, Siry, Lizars et Cie, et un compteur spécial, à déclenchement électrique, de MM. Brunt et Gie.
- Le laboratoire renfermait tout le matériel du chimiste des usines à gaz. Une chambre photométrique, peinte en noir, contenait le photomètre de Dumas et Régnault, employé à Paris pour la vérification du pouvoir éclairant du gaz; un second photomètre, pour l’étude du rendement lumineux de tous les appareils usuels d’éclairage; les appareils de M. Violle, destinés a produire l’unité ou étalon de lumière, accepté par le Congrès international de 1881 (quantité de lumière émise normalement par 1 centimètre carré de platine à la température de solidification).
- La cuisine montrait divers types de fourneaux au coke et au gaz (modèle de la Compagnie parisienne, modèle Fletcher, etc.). Elle recevait la lumière de quatre becs a récupération, système Wenham, avec cheminées d’appel et gaines d’évacuation.
- Avaient pris place dans la rotonde industrielle presque tous les becs dits à récupération, créés dans ces dernières années et se rattachant soit au type Wenham (foyer constitué par une nappe horizontale qui éclaire du haut en bas), soit au type Schülcke (foyer composé d’une ou de plusieurs couronnes de papillons verticaux) W. A côté se trouvaient de nombreux spécimens d’appareils établis pour des usages divers, par exemple des fers à repasser, des brûloirs à café, des fers a souder, de petits fourneaux pour la fusion des métaux, des étuves à température constante, des appareils pour le brûlage des tissus, pour le chauffage rapide de l’eau, etc. L’emploi du coke était également représenté par un calorifère de cave, type Michel Perret, et par des fourneaux de cuisine ou autres.
- Au rez-de-chaussée, le vestibule était éclairé par deux bouquets de lumière, que portaient des hommes cj’armes en bronze, et par une lanterne en fer forgé; à la partie supérieure de l’escalier, les organisateurs avaient placé un appareil à récupération, système Cromartie,
- (l) Le principe des becs à récupération est dû à un Français, Chaussenol, cpii obtint en i83f) un prix de 9,000 francs de la Société d’encouragement.
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- avec rondelle ajourée emportant au dehors les produits de la combustion des becs du vestibule.
- Le grill-room avait surtout pour objet de montrer dans quelles conditions doit être installe un etablissement public (café, bar, brasserie), où le gaz est utilisé à l’éclairage, à la cuisine, à la ventilation. Je signalerai deux grils apparents, disposés suivant la méthode anglaise, dans la grande cheminée; quatre becs à récupération, du système Siemens, installés dans le plafond; un bec central dit Sun-Burner, éminemment propre a une ventilation énergique; des conduits en tôle et poterie, évacuant les vapeurs et les fumées.
- L’éclairage de la bibliothèque était obtenu par un lustre, d’une forme nouvelle, composé d’une série de petits becs à récupération et dont la lumière pouvait se régler sans variation sensible du coefficient de consommation. Une vitrine contenait la série des produits tirés, par Ja Compagnie parisienne, du goudron et des. eaux ammoniacales, résidus de la fabrication du gaz. A peine est-il nécessaire de citer quelques-uns de ces produits. Le brai sert à la préparation des briquettes, du charbon de Paris, du bitume, etc. Les huiles lourdes sont employées pour la conservation du bois, le chauffage à haute température, les éclairages extérieurs dans les lampes à insufflation d’air. Les huiles légères sont une véritable mine pour les savants et les industriels. Le benzol, le toluol, etc., fournissent les dérivés colorants (la fuchsine, le bleu-lumière, le vert-lumière, la safranine, le noir, le rouge Saint-Denis, etc.), ainsi que la vani-line, l’essence de mirbane, l’essence de Niobé, l’antipyrine, la saccharine et l’exalginc; la naphtaline donne le jaune Martin, le rose de naphtaline, la galléine, la céruléine; des phénols on tire l’acide picrique, l’acide salicylique, la coumarine, l’hydroquinone, la mé-linite et l’émilite ; l’anthracène est utilisée pour la préparation du rouge, du bleu et de l’orange d’alizarine. Le traitement des eaux ammoniacales fournit le sulfate d’ammoniaque, l’alcali et les sulfo-cyanures.
- Dans le fumoir et les petites pièces voisines, le public voyait un lustre en bronze doré, de style oriental, avec becs a incandescence
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- du système Aüer; un appareil d’allumage automatique, commandé par la porte d’entrée; etc.
- L’éclairage de la salle des fêtes constituait une réduction de celui d’une salle de spectacle ou d’une salle de réunion, dont la ventilation est réalisée en faisant concourir la chaleur des appareils lumineux au renouvellement de l’air des espaces éclairés. La maison Delafollie, Castoul et Cie y exposait un lustre avec cheminée d’appel et y appliquait les procédés d’allumage et de ventilation mis en pratique avec succès au théâtre Beaumarchais. Huit petits lustres étaient en outre placés dans les entre-colonnements(1).
- Dans la galerie de l’exposition rétrospective, les visiteurs étaient en présence des appareils d’éclairage de tous les temps et de tous les pays, depuis la lampe romaine jusqu’au lustre du premier empire, collection inappréciable, savamment classée par M. Henri d’Allemagne, ancien élève de l’Ecole des chartes. Cette galerie offrait un haut intérêt historique et permettait de suivre pas à pas les immenses progrès réalisés pendant la succession des siècles.
- Au premier otage, l’éclairage très brillant de la salle à manger était obtenu par une série de becs du type Wenham, disposés dans un caisson qui faisait partie du plafond. Ces becs se trouvaient en quelque sorte sertis dans des culs-de-lampe en tôle découpée, dont les ajours donnaient issue à l’air vicié. Dans les salles à manger ordinaires, on emploierait, bien entendu, des appareils moins puissants.
- Les appareils destinés au chauffage de l’eau par le gaz pour les salles de bains sont aujourd’hui fort répandus. Celui du pavillon du Gaz avait été construit par M. Barbas; son fonctionnement offrait toute sécurité et l’eau y était rapidement portée â la température voulue; le chauffage d’un bain donnait lieu à une dépense en gaz de 1,000 à 1,200 litres et à une dépense en argent de 3o à ko centimes, au tarif de Paris.
- L’emploi du gaz dans les chambres à coucher exige de la prudence,
- (l) Extérieure ment, la coupole apparaissait comme un globe lumineux. Je mentionne en passant les verres perforés de celte coupole, qui donnaient d’excellents résultats pour la sortie naturelle de l’air chaud.
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- mais ne doit pas nécessairement être proscrit : rien n’interdit, par exemple, de disposer près d’une armoire a glace des bras légers et élégants munis de becs de gaz. Les cabinets de toilette, bien qu’attenant à la chambre à coucher, se prêtent également à l’utilisation du gaz, non seulement pour l’éclairage, mais aussi pour le chauffage de l’eau. Il suffit d’avoir une bonne ventilation. C’est ce que les organisateurs du pavillon du Gaz s’étaient attachés à prouver.
- Orné dans le style Louis XVI, le grand salon ne pouvait, sans anachronisme, recevoir de becs a récupération. Il fallait imiter les bougies de cire ou même les chandelles. Le lustre et les torchères étaient en conséquence garnis de bougies en porcelaine avec flamme de gaz.
- Dans la véranda brûlaient des becs à incandescence. Le premier éclairage de ce genre est connu sous le nom de lumière Drummond : un bâton de chaux était porté au rouge par un chalumeau à gaz hydrogène ou à gaz ordinaire; ce système s’est peu répandu. Ensuite est apparu le hec Tessié du Motay, où le gaz était brûlé par de l’oxygène pur et qui a eu le même sort. En 1889, M. Clamond a réalisé un grand progrès, en brûlant simplement le gaz clans une mèche en magnésie. A côté du hec Clamond, il y a lieu de placer le bec Aüer von Welsbach, qui donne aussi de très bons résultats : ce bec comprend un brûleur Bunsen, surmonté d’une mèche en gaze légère imprégnée d’oxydes métalliques; il est entouré d’un verre ordinaire.
- Ainsi que je l’ai déjà indiqué, le petit salon était éclairé à l’électricité; on se servait d’un moteur à gaz pour actionner la machine dynamo-électrique. Les appareils en verre de Venise, de Salviati, affectaient la forme de fleurs colorées.
- Dans la salle de billard, indépendamment d’une double suspension en cuivre à becs Sugg, munis de rhéomètres à membrane, qui assurait un éclairage puissant du billard, les constructeurs avaient aménagé une corniche lumineuse éclairant l’ensemble de la salle et n’y laissant pénétrer que de la lumière tamisée par des verres plus ou moins dépolis et colorés. La pièce était d’ailleurs chauffée au gaz : les appareils usités pour ce mode de chauffage sont aujourd’hui nombreux; ils re-
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- posent sur l’incandescence de matières telles que l’amiante, la fonte ou la terre réfractaire.
- L’éclairage du cabinet de travail se rapprochait beaucoup de celui de la bibliothèque. Un lustre portait un bec central à récupération et plusieurs becs à bougies; le lustre et les appliques de la cheminée étaient disposés de telle sorte qu’on pût y adapter un tube métallique flexible, pour l’alimentation de la lampe de bureau : les lampes de ce genre se sont notablement perfectionnées et donnent maintenant une lumière douce et calme. Gomme la salle de billard, le cabinet de travail était chauffé au gaz.
- 7. Pavillon des téléphones. — La Société générale des téléphones avait groupé les types d’appareils et le matériel de sa fabrication dans un pavillon de 3i 1 mètres carrés, en fer et bois, dont le corps central était surmonté d’une tourelle de concentration de réseau téléphonique et dont le faîte était orné de poteaux, herses et autres organes employés dans la construction des lignes aériennes.
- Des écussons aux armes des différentes villes dotées de réseaux téléphoniques et des inscriptions rappelant les noms de Graham Bell et d’Edison complétaient, avec des trophées de drapeaux, la décoration extérieure.
- Au centre de la façade principale, sous le porche, se trouvait un large vestibule donnant accès de part et d’autre à deux salles d’auditions téléphoniques affectées aux théâtres. Le corps central du premier étage était occupé par le bureau desservant les abonnés compris dans l’enceinte de l’Exposition; à droite et à gauche, deux vastes salles d’exposition renfermaient des spécimens d’appareils, de câbles et de fils de cuivre ou de bronze siliceux.
- Le bureau central, installé pour le service du réseau spécial de l’Exposition, était relié à différents bureaux de Paris. Il comptait 99 abonnés. La longueur totale des lignes en fil double était de 2ÛÛ kilomètres, dont 1Û2 pour les lignes d’abonnés et 102 pour 98 lignes auxiliaires.
- Les auditions théâtrales avaient principalement pour objet de faire
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- entendre le chant et la musique de l’Opéra et de l’Opéra-Comique : 6o personnes pouvaient écouter simultanément la représentation du premier de ces théâtres, et 6o autres celle du second.
- Pendant les soirées de relâche de l’Opéra, la communication était établië avec l’Eden-Théâtre. Dans l’après-midi, les quatre salles se trouvaient en relation avec les Folies-Parisiennes, théâtre du Champ de Mars.
- C’est en 1881, lors de l’exposition d électricité, que des auditions de ce genre ont été pour la première fois organisées. En 1889, la distance plus grande entre le Champ de Mars et les deux théâtres, et d’autre part le nombre plus considérable des téléphones â desservir avec le même circuit, augmentaient la difficulté.
- Dans chaque théâtre, l’installation comprenait six microphones placés sur la scène, trois à droite et trois à gauche de la loge du souffleur. Chacun des microphones était, avec deux accumulateurs, dans le circuit primaire d’une bobine d’induction, dont le fil induit se reliait à une ligne à double fil allant au pavillon et y desservant 20 téléphones récepteurs.
- Comme en 1881, on avait installé la liaison de telle sorte que, pour chaque auditeur, le téléphone de l’oreille gauche communiquât avec un microphone placé à gauche sur la scène et le téléphone de l’oreille droite avec un microphone placé à droite, ce qui permettait de suivre les déplacements du chanteur.
- Ces auditions ont fonctionné du 9 juin au 6 novembre. Le nombre des entrées payantes s’est élevé à 29,090 pour l’Opéra, 3û,ooo pour l’Opéra-Comique, 2,Û25 pour l’Eden-Théâtre, 21,921 pour les Folies-Parisiennes, soit au chiffre total de 8 7,636.
- La durée des auditions variait de dix à quinze minutes. Elles coûtaient 1 franc, pour les représentations du soir de l’Opéra et de l’Opéra-Comique, et Bo centimes, pour les matinées de l’Opéra-Co-mique, ainsi que pour les représentations des autres théâtres.
- Indépendamment des appareils destinés aux auditions théâtrales, la Société générale avait installé d’autres appareils automatiques, dits thédtrophones, où le public jetait 5o centimes pour avoir une
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- audition musicale de cinq minutes et entendre des pianos mécaniques placés rue Caumartin : plus de 2/4,000 personnes ont fait usage fie ces intéressants et ingénieux appareils.
- Je dois encore signaler l'installation par M. Ader, sur la tourelle de concentration, d’une fanfare de 20 trompettes, actionnée électriquement par quatre musiciens qui se tenaient derrière le pavillon. Chacun de ces musiciens fredonnait des airs de chasse dans un petit appareil ayant l’aspect extérieur d’un téléphone; le son s’amplifiait et prenait une intensité considérable.
- 8. Panorama de la Compagnie transatlantique. — La Compagnie générale transatlantique a exposé au Champ de Mars un vaste panorama et une série de dioramas d’un puissant attrait. Ici je ne puis guère séparer le contenant du contenu, l’édifice des tableaux qui s’y déroulaient sous les yeux des visiteurs.
- C’est à M. Eugène Péreire qu’appartient la première idée de ce panorama, dont l’étude a été poursuivie sous la direction de MM. Day-mard, ingénieur en chef, et Grolous, ingénieur de la Compagnie. L’exécution de l’édifice a été confiée à M. Nénot, l’architecte dont la nouvelle Sorbonne a consacré le nom; celle de la toile panoramique, a M. Poilpot; enfin celle des dioramas, à MM. Poilpot, Hoffbauer, Monténard et Motte.
- L’édifice fort élégant, élevé par M. Nénot sur les bords de la Seine, dans l’axe de l’avenue de La Bourdonnais, reposait pour partie sur le quai et pour partie sur pilotis au-dessus du fleuve. En plan, il affectait la forme d’un dodécagone régulier, dont les côtés opposés étaient à ko mètres de distance environ l’un de l’autre : cette forme, très agréable à l’œil, avait en outre l’avantage de faciliter l’établissement de la charpente métallique démontable, qui constituait l’ossature du pavillon.
- Au sommet était un dôme vitré servant à éclairer la salle et surmonté d’un lanterneau d’aérage. Immédiatement au-dessous régnait une haute frise à colounettes et arcades. Puis venaient onze grands
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- panneaux carrés de 6 mètres de côté, tendus de toiles Cf ni représentaient, soit le cycle complet des services d’une ou plusieurs lignes de bateaux, soit le plan de l’un des grands ports desservis par la Compagnie (deux cartes pour les services de l’Atlantique Nord, deux pour celui des Antilles, deux pour ceux de la Méditerranée, deux pour ceux des côtes de France, d’Espagne et d’Algérie; trois plans pour les ports du Havre, de Marseille et de Saint-Nazaire). Plus bas encore, un balcon couvert, surplombant la Seine, faisait le tour d’une galerie destinée à l’éclairage des dioramas.
- Deux pylônes, avec tourelles contenant des leux électriques, accusaient l’entrée et portaient les noms des 72 navires composant la flotte de la Compagnie. A la partie supérieure du péristyle, un fronton à arcades et colonnettes encadrait un grand tableau ovale, sur lequel était dessiné l’un des paquebots.
- La rotonde avait ainsi un caractère tout à la fois artistique et instructif.
- Au fond du vestibule, les visiteurs prenaient sur leur droite un escalier qui les conduisait au premier entrepont de la Touraine, dans le couloir desservant les cabines de ire classe. Après avoir parcouru ce couloir, ils trouvaient un second escalier aboutissant à la plateforme, au centre meme de la grande toile qui représentait toute la flotte de la Compagnie transatlantique en rade du Havre.
- Ils voyaient, au delà de l’avant de la Touraine, la ville et son port; sur la gaucbe, Sainte-Adresse et la pointe de la Hève se profilant dans un rayon de soleil; sur la droite, l’emboucbure de la Seine, Honfleur, Trouville, la pointe de Dives, enfin la pleine mer.
- A tribord, en allant de l’arrière à l’avant, se montraient en premier plan les cinq grands bateaux de la ligne de New-York (la Champagne, la Bourgogne, la Bretagne, la Gascogne et la Normandie); un peu plus loin, dans le même ordre, les bateaux des Antilles (la France, la Ville-de-Paris, la Ville-de-Bordeaux, h Saint-Laurent, le Labrador). De l’autre bord, on apercevait /’Eugène- Perdre, entouré des trente bateaux du service méditerranéen.
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- La plate-lorrne où le public était admis, délimitée par une balustrade circulaire de 7 mètres de diamètre, avait une superficie de près de 5o mètres carrés et occupait les deux tiers de la passerelle du commandant, beaucoup plus grande ici qu’en réalité: la largeur de cette passerelle avait été en effet portée de 2 mètres à 10 mètres, pour permettre l’accès d’un plus grand nombre de spectateurs.
- Le diamètre de la grande toile mesurait 35 mètres environ; l’axe de la Touraine était excentré et séparé par une distance de 3 m. 2 5 de celui du panorama.
- Le paquebot, représenté en vraie grandeur, était matériellement construit sur une longueur de 3o mètres; les 2q mètres terminant l’avant jusqu’à l’étrave et les 106 mètres complétant l’arrière étaient fictifs et peints sur la toile : pour le spectateur placé au centre de perspective, le raccordement ne laissait rien à désirer et la masse tout entière apparaissait avec un aspect saisissant de réalité; lorsqu'on s’écartait du centre, la partie vraie et les parties fictives d’avant et d’arrière formaient des angles, mais ces angles restaient tellement ouverts que l’illusion 11’en était pas sensiblement atteinte.
- Sur la passerelle se dressait le roof de la timonerie, dans lequel on avait installé l’appareil à vapeur pour la commande des machines à gouverner, un compas de route, les tableaux des règlements maritimes et l’armoire aux pavillons. A bipartie antérieure et en dehors de la plate-forme réservée au public, étaient rangés de tribord à bâbord un compas étalon (système Thomson), deux transmetteurs d’ordres, un gong avertisseur, un poste de communication téléphonique. A bâbord, le long de la passerelle du commandant, se trouvait plié un canot Bertbon.
- Le pont-promenade, à l’étage au-dessous de la plate-forme, laissait voir, dans la partie réelle arrière, l’amorce d’un roof où était l’entrée des premières classes; à bâbord, une baleinière de 8 mètres; sur-la partie réelle avant, deux passerelles légères rejoignant les parties pleines du pont, qui supportaient à bâbord et à tribord deux lile-boats de 7 m. 3o, puis deux autres petites passerelles amorcées en nature et se continuant fictivement dans la toile.
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- En quittant la passerelle du commandant, les visiteurs descendaient par un second escalier dans l’intérieur du navire et pénétraient dans une cabine de luxe, copie exacte de celles qui existent, au nombre de deux, sur chacun des steamers de la ligne de New-York. Pour rendre l’illusion plus frappante, deux hublots ouverts donnaient vue sur le côté de la toile qui figurait la pleine mer.
- Le public descendait encore, arrivait au rez-de-chaussée, dans la partie enveloppée par les onze dioraraas, dont chacun correspondait à un côté du dodécagone (l’entrée occupait le douzième côté). Ces dioramas représentaient diverses scènes de la vie à bord et plusieurs vues intéressantes, dont voici la nomenclature :
- i° Fumoir de irc classe de la Touraine;
- 2° Salle à manger de i,c classe de la Champagne;
- 3° Atelier d’ajustage et de montage des chantiers de la Compagnie à Penhoël, près de Saint-Nazaire;
- 4° La Ville-de-Rome sortant du port d’Alger;
- 5° Salon de conversation de la Bretagne;
- 6° La Bourgogne entrant dans le port de New-York;
- 7° Un carré de 3° classe sur la Gascogne;
- 8° L’Eugène-Péreire entrant dans le port de Marseille;
- C)° Embarquement sous la tente du Havre;
- io° Vue générale des chantiers de la Compagnie à Penhoët;
- i iu Chaufferie abord de la Champagne.
- Les spectateurs circulaient autour du dodécagone central et pouvaient, selon les effets à obtenir, s’approcher plus ou moins du fond du prisme peint en noir à l’extrémité duquel était fixée la toile. Entre celle-ci et la barrière retenant le public, des écrans guidaient l’œil et l’empêchaient de s’égarer.
- Une fois le tour des dioramas achevé, les visiteurs remontaient par un escalier dans la partie du vestibule affectée à la sortie.
- Après avoir indiqué ce qui apparaissait aux yeux du public, pénétrons pour un instant dans les coulisses du monument, afin de rendre compte des principaux artifices auxquels l’artiste a eu recours.
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- Tout d’abord il fallait masquer soigneusement le haut et le bas de la toile du panorama. Pour cacher la partie supérieure, il a suffi de suspendre au centre du panorama un grand vélum conique, qui arrêtait les rayons visuels supérieurs et les empêchait d’arriver aux: deux, grands réflecteurs de calicot blanc et à la rampe de gaz, servant au double éclairage de la toile; ce vélum limitait d’ailleurs la hauteur du mât et des agrès, sans choquer la vraisemblance.
- Pour dissimuler le bas de la toile, deux moyens ont été employés : du côté de tribord, l’excentricité donnée à l’axe du navire, alors que la plate-forme réservée au public occupe le centre du panorama, a permis de maintenir le spectateur à distance de la lisse d’appui, et le regard dirigé tangentiellement à celle-ci passait forcément au-dessus du bord inférieur de la toile. De l’autre côté, au contraire, l’accès restait libre jusqu’au flanc du navire, dont les flots battaient la carène; l’effet était obtenu par des portants de toile peinte figurant des vagues et maintenus par des chevalets dont la disposition sur le sol avait été très étudiée.
- La position relative des mâts, cheminées, manches à vent, etc., changeant d’un côté ou de l’autre de l’axe du navire, on s’était résolu à ne permettre la vue du paquebot dans toute son étendue qu’à bâbord ; les parois mêmes du roof de timonerie ont servi à dissimuler le navire du côté de tribord.
- Les dioramas étaient éclairés à l’aide de châssis vitrés recouvrant une galerie dodécagonale, de 2 m. 5o de saillie, qui courait autour de la base du monument et lui donnait un diamètre de 4o mètres, tandis que celui du panorama ne dépassait pas 35 mètres. Des réflecteurs renvoyaient la lumière sur les dioramas.
- J’ai mentionné précédemment des moyens d’éclairage au gaz : le panorama était en effet ouvert le soir jusqu’à la fermeture de l’Exposition.
- Pour la grande toile panoramique, on avait installé au-dessus du vélum une plate-forme circulaire, sur le contour de laquelle brûlaient 35o becs de gaz à récupérateur du système Delmas Giroud, donnant
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- chacun deux carcels d’intensité et consommant 120 litres à l’heure. Celte plate-forme, suspendue à la toiture par de solides câbles en fer, supportait elle-même la partie inférieure du vélum. La lumière artificielle , comme la lumière naturelle, n’arrivait au public que par réflexion sur la grande toile. Le gazier préposé à l’allumage montait par une échelle dissimulée dans l’intérieur du mât,
- Des rampes de gaz de 1 3 à 1 k becs Delmas éclairaient de même les dioramas.
- Les toiles et les bois étaient recouverts d’un enduit ignifuge; on avait du reste pris toutes les précautions voulues pour étouffer rapidement les incendies et pour évacuer presque immédiatement les visiteurs par des portes de secours.
- Tout cet ensemble faisait grand honneur a M. Poil pot, à M. Nénot, aux divers artistes qui avaient peint les toiles dioramiques. 11 honorait aussi et surtout la Compagnie générale transatlantique, cette puissante société dont la flotte avait, en 1888, une jauge totale de 160,000 tonnes et, une force-vapeur de iâg,ooo chevaux, et parcourait dans l’année 775,000 lieues marines.
- 9. Constructions diverses du groupe d’économie sociale. — Au premier rang doivent être placées les maisons ouvrières, dont le but était de présenter des modèles d’habitations confortables et hygiéniques, pour les classes laborieuses.
- La maison «Menierw reproduisait celles de l’usine de Noisiel. Elle contenait deux logements contigus, avec façade sur la rue, et se composait d’un rez-de-chaussée, d’un étage, d’un grenier et d’un hangar. Chaque logement se composait de quatre pièces, dont deux au rez-de-chaussée et deux au premier étage. Cette construction, faite avec des matériaux provenant de l’usine, a coûté 7,000 francs, pour une surface de 100 mètres carrés environ.
- M. Fanien, fabricant de chaussures à Lillers (Pas-de-Calais), avait fait élever une maison destinée à l’habitation d’une famille et comprenant : au rez-de-chaussée, une salle à manger servant de pièce commune et une seconde pièce dans laquelle se trouvait l’escalier; au
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- premier étage, deux chambres à coucher; dans les combles, un grenier. Une cour, avec puits, complétait l’installation, qui, à Paris, a coûté 3,5oo francs pour ûi mètres carrés, mais dont le prix a Lillers ne dépasse pas 1,800 a 2,000 francs.
- L’importante Compagnie des mines d’Anzin, dont le personnel ouvrier est très considérable, présentait un spécimen des maisons quelle a fait construire à Anzin. Ce type, destiné comme le précédent à l’habitation d’une famille, comportait un rez-de-chaussée, avec une grande pièce commune et une chambre à coucher, ainsi qu’un grenier où avaient été aménagées deux petites pièces; à gauche se trouvaient un hangar et les communs. La dépense a été de 3,000 fr.
- La Société philanthropique avait élevé deux bâtiments : i° un dispensaire; 20 un restaurant populaire avec fourneau économique et quelques petits logements.
- Le dispensaire, construit dans des proportions réduites, n’occupait pas plus de 70 mètres carrés. Il comprenait : au rez-de-chaussée, une salle d’entrée et un bureau, une salle réservée aux médecins, une salle de pansement, une salle pour douches, une salle de bains, un lavabo, une buanderie et une soufrerie; au premier étage, une salle d’attente, un dortoir d’attente et un dortoir ordinaire, un dortoir de maternité, un dortoir des mères, une lingerie de la maternité et une lingerie de l’asile de nuit.
- Le restaurant populaire, pourvu d’un fourneau économique, n’avait pas d’étage. A droite de l’entrée centrale étaient deux salles, l’une ouverte, l’autre fermée; à gauche, on trouvait le fourneau, un garde-manger et Un magasin à charbon, puis une série de petits logements auxquels on accédait par une loggia ayant son accès sur la face latérale. La surface occupée était de 126 mètres carrés.
- Pour la construction du fourneau économique, le budget de l’Exposition a pris à son compte une somme de i3,ûoo francs, ne laissant ainsi que 1,600 francs à la charge de la Société.
- La Société Leclaire, pour la participation du personnel aux béné-
- n. ih
- Uli'tUUERIB NATIONALE.
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- fices, avait un pavillon dont la façade, ornée de colonnes supportant un fronton gracieusement décoré et surmonté de mâts avec drapeaux, se détachait au milieu d’un ensemble de constructions plus simples. Ce pavillon, sans étage, comprenait deux salles, dont la plus grande était affectée à l’exposition de la Société. Sur le fronton était inscrit la devise : Labor.
- Les travaux, exécutés en location, ont coûté ai,5oo francs environ, pour une surface de 120 mètres carrés.
- A côté du pavillon de la Société Leclaire on voyait celui de cela Société de participation??, dont le but est de faciliter l’étude pratique des diverses méthodes de participation du personnel aux bénéfices.
- Cette construction, assez analogue à la précédente, comportait une salle unique d’exposition de i5o mètres carrés de superficie.
- Au centre de la façade était ouverte une entrée en forme de portique, avec frise portant en inscription le nom de la Société; deux colonnes complétaient la décoration.
- La dépense en location a été de 16,500 francs.
- J’ai encore à signaler les pavillons des deux compagnies d’assurances l’Urbaine et la New-York.
- Le pavillon de l’Urbaine consistait en un petit édicule de 36 mètres carrés. Quatre colonnettes ornaient la façade et portaient une frise sur laquelle on lisait le nom de la Compagnie; une balustrade surmontait la corniche. Au-dessus de la porte, un fronton, décoré des armes de la Ville, contenait un cartouche avec les mots ccFondée en 1858 ??. Sur la face arrière du bâtiment, un tableau indiquait les divers genres d’assurances dont se charge la Société.
- Plus important que le précédent, le pavillon de la New-York occupait une superficie de 100 mètres carrés. Il était tout en bois, sur piliers en briques, et comprenait un rez-de-chaussée, servant à l’exposition, et un premier étage, destiné à l’installation de bureaux. Deux portes, séparées par un large pilier, s’ouvraient dans la façade,
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- qui présentait au premier étage trois larges baies avec colonnettes et dont les pleins étaient en frises, affectant la disposition des parquels. Au-dessus de la toiture, semblable à celle d’un chalet, une tourelle à jour servait de piédestal à une reproduction minuscule de la Liberté éclairant le monde. Vu dans son ensemble, ce pavillon avait un aspect assez élégant et eût mérité un meilleur emplacement.
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- CHAPITRE XIV.
- PALAIS ET PAVILLONS ÉTRANGERS (1).
- 1. République Argentine. — M. A. Ballu, architecte, a édifié pour l’exposition de la République Argentine un palais très remarquable par son importance, l’originalité de sa composition, la gaieté et la richesse de son ornementation.
- D’après le programme imposé à l’architecte, ce pavillon devait plus tard pouvoir être démonté, transporté et remonté à Buénos-Ayres. Il fut, par suite, formé d’une ossature en fer et de remplissages en matériaux résistants ; la carcasse était d’ailleurs simplement boulonnée.
- La superficie couverte était de i,6oo mètres carrés environ, correspondant à une longueur de 69 mètres et à une largeur moyenne de 23 mètres. La construction comportait un étage de i,4oo mètres carrés de surface.
- Au centre, une grande coupole vitrée à arêtes rentrantes de 9 m. 60 de diamètre s’élevait à 3o mètres en contre-haut du sol; quatre com-paniles de k m. 70 de diamètre, également vitrés et montant à 21 m. 5o, entouraient la coupole centrale. De chaque côté régnait une aile à trois nefs, terminée par un grand pignon décoratif. Aux quatre angles étaient des pylônes supportant des groupes décoratifs dus au talent de M. Barrias.
- Trois larges baies s’ouvraient dans la façade principale. Celle du milieu était ornée d’un groupe allégorique de M. Hugues, qui représentait la République Argentine appuyée sur un taureau et ayant à sa droite et à sa gauche un moissonneur et un forgeron. Des loggias avec balcons surmontaient les deux baies latérales, dont les frontons
- {1) Les pays sont rangés par ordre alphabétique. Quelques pavillons secondaires, dont la description ne m’a' pas été fournie, sont laissés de côté ou rappelés seulement par une vue.
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- PAL, AI S DE LA REPUBLIQUE ARGENTINE
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- PALAIS DE LA REPUBLIQUE ARGENTINE.
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- portaient de superbes mosaïques exécutées d’après les cartons de MM. Barrias et Roll, et représentant, l’une un berger dans la Pampa, l’autre un laboureur.
- Le motif des loggias avec balcons en fer forgé se reproduisait le long des façades et des pignons.
- La charpente en fer était munie de fontes ornementales ou moulurées, partout où il y avait lieu de ménager des sculptures et des saillies.
- A l’extérieur, le remplissage était formé de grès émaillés, de terres cuites, de briques vernissées, de faïences, de porcelaines, de mosaïques, de revêtements de verres en appliques ou en cabochons saillants éclairés le soir par la lumière électrique. La couverture était en cuivre pour les garnitures des coupoles, en zinc pour les longs pans, en verre coloré pour les dômes et les lanternes supérieures.
- Plusieurs innovations ont été justement appréciées. Je citerai notamment l’emploi des grès d’un aspect chaud et coloré, avec parties émaillées, pour les soubassements et le pignon de la façade postérieure; des verres ondulés américains pour les vitraux, qui sont de véritables mosaïques de couleur sans peinture appliquée ; de la dorure pour les fers et fontes, au lieu des tons gris traditionnels; delà porcelaine et de la mosaïque de porcelaine pour les revêtements des bases des coupoles et des pylônes d’angle, ainsi que des façades latérales; des verres appliqués et taillés sur les mosaïques et les faïences; des cabochons de verre moulés ou mis en plomb et ornant soit les mosaïques, soit les porcelaines, soit les terres cuites, soit même les fers et fontes (balustrades, crêtes et portes) ; enfin des étoffes décoratives à reflets métalliques, placées au dehors comme au dedans de l’édifice.
- A l’intérieur, les pendentifs de la grande coupole étaient ornés de quatre sujets allégoriques en bronze : Y Agriculture (Ch. Gautier), le Commerce et Y Industrie (Turcan), Y Art (Lefèvre) et la Science (Pépin). Ces sujets se développaient en peinture dans les coupoles correspondantes, qui portaient ainsi seize tableaux : pour l’agriculture, la pêche et la vendange (Tony Robert-Fleury), l’exploitation des bois et la culture de la canne a sucre (Saint-Pierre); pour le commerce
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- et l’industrie, le grillage du cuivre et la tannerie (Besnard), les chemins de fer et le téléphone (Gervex) ; pour les arts, l’architecture et la sculpture (Jules Lefebvre), la peinture et la musique (H. Le Roux); pour la science, la physique et la chimie (Merson), l’électricité et l’astronomie (Gormon).
- Le grand vitrail faisant face à l’entrée, au-dessus du premier palier, avait été composé d’après un carton de Toché : c’était la République française recevant en 1889 la République Argentine au Champ de Mars. Le mérite de son exécution revenait à M. Oudinot.
- On voyait encore dans la grande nef des œuvres de Montenard, Barrias, Faivre, Duffer, Chancel, Lameire et Duez.
- De nombreux documents envoyés du musée de La Plata ont inspiré les praticiens.
- La charpente métallique a été établie par la Société des ponts et travaux en fer, qui y a employé 597 tonnes de fer ou de fonte.
- La dépense s’est élevée à 1 million, non compris l’éclairage électrique (50,000 francs) et l’ameublement (150,000 francs). On voit que la République Argentine avait tenu à se présenter dignement.
- 2. Belgique. — La Belgique n’avait pas de pavillon spécial pour l’ensemble de ses produits, qui étaient répartis dans les palais ou galeries du Champ de Mars, du quai d’Orsay et de l’esplanade des Invalides.
- Parmi les constructions diverses élevées par ses exposants, il en est deux qui, à raison de leur nature, méritent d’être mentionnées : ce sont les maisons ouvrières de M. de Naever et de la Société de la Vieille-Montagne (groupe de l’économie sociale).
- M. de Naeyer, grand industriel à Wilbroek et à Grainhem, possédant également des ateliers à Lille, présentait deux types de maisons, bâties par une équipe d’ouvriers belges avec des briques provenant de Belgique. Ces maisons pouvaient recevoir plusieurs familles, réparties au rez-de-chaussée et au premier étage dans des logements composés de deux pièces assez vastes.
- La maison exposée par la Société des mines et fonderies de zinc de
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- la Vieille-Montagne avait l’aspect cl’une ferme. Elle comportait, au rez-de-chaussée, une salle commune, une grange, une vacherie, une porcherie et un fournil; au premier étage, deux chambres et deux cabinets; dans les combles, un grenier. Son aménagement très pratique répondait bien aux besoins des ouvriers de la Vieille-Montagne, qui se livrent à la culture de la terre et à l’élevage, en même temps qu’à leurs travaux professionnels. Les travaux ont été faits, pour la plus grande partie, en fourniture, et la dépense s’est élevée à 9,600 fr.; la surface couverte était de 100 mètres carrés.
- 3. Bolivie. — Le pavillon bolivien, beaucoup moins important que celui de la République Argentine, attirait cependant l’attention des visiteurs par son architecture originale, due à M. Fouquiau.
- C’était un édifice pittoresque surmonté d’une coupole de 12 mètres de hauteur et flanqué de quatre tours carrées de 3o mètres de hauteur, avec campaniles. Trois grands cintres surmontaient la façade d’entrée et les deux façades latérales. En avant était un porche sur colonnes torses. Le style général se rapprochait de celui de la Renaissance espagnole; les assises horizontales aux tons alternativement rouges et blancs charmaient le regard.
- A l’intérieur, on trouvait un premier hall, qu’entourait une galerie supérieure richement ornée et que garnissaient des produits agricoles, forestiers et industriels. Puis venait un salon carré, entièrement réservé à la Compagnie minière Huanchaca.
- Une annexe contenait un diorama zoologique ou, dans une clairière de forêt vierge, on voyait de nombreux spécimens d’oiseaux et de reptiles préparés avec beaucoup d’art.
- Enfin deux salons, séparés par une reconstitution de galerie minière du plus heureux effet, étaient affectés à diverses industries minières.
- Les dépenses de construction se sont élevées à 85,ooo francs.
- 4. Brésil. — L’emplacement concédé à l’empire du Brésil avait une superficie totale de 1,200 mètres carrés environ. Mais âoo mètres seulement devaient être occupés par le bâtiment principal : le surplus
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- était réservé actes annexes (serres, galerie de communication, kiosque de dégustation, etc.).
- Le pavillon proprement dit comprenait trois étages de galeries entourant un atrium, surmonté cTune coupole vitrée et orné d’un vélum.
- Une tour carrée de h o mètres de hauteur contenait l’escalier donnant accès aux galeries du premier et du deuxième étage, puis au campanile et à la terrasse sur laquelle il était élevé.
- Au rez-de-chaussée, un petit salon était réservé au Comité; au-dessus de ce salon et au deuxième étage, une terrasse couverte d’une banne permettait d’embrasser la vue d’ensemble du Champ de Murs et de ses palais.
- Parallèlement a la façade, une galerie ajourée en fer reliait le pavillon à la serre.
- La décoration sculpturale du pavillon se composait de six statues, personnifiant avec leurs attributs six des principaux fleuves ou rivières du Brésil, et de divers motifs d’architecture, proues de navires, caïmans, têtes, consoles, etc.
- Des faïences décoratives entouraient les grandes baies des façades. Le motif central de la façade principale était surmonté parla sphère qui figure sur le drapeau brésilien.
- A l’intérieur, la charpente en fer restait apparente; la coupole, les pendentifs, les frises des corniches, les soffites et les plafonds étaient décorés de guirlandes et de bouquets peints en camaïeu sur fond d’or.
- La serre était ornée extérieurement de zincs d’art peints et intérieurement de panneaux décoratifs.
- Une partie du bassin précédemment existant dans les jardins du Champ de Mars ayant été mise à la disposition du Syndicat franco-brésilien, un système spécial de chauffage y fut installé pour maintenir la température de l’eau a 3o degrés et y cultiver la Victoria Regia, célèbre plante de l’Amazone.
- A la dernière heure, un pavillon a été construit sur les bords du bassin pour la dégustation du café et d’autres produits du Brésil.
- Les travaux ont fait l’objet d’un concours; M. Dauvergne, architecte, auteur du projet jugé le meilleur, a été chargé de l’exécution.
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- Les dépenses, pour le pavillon principal et les annexes, se sont élevées à 372,000 francs, y compris le chauffage de la serre et du bassin, l’éclairage électrique et les vitrines, mais déduction faite des matériaux repris en compte par les entrepreneurs.
- 5. Chili. — Le pavillon du Chili était fort intéressant, surtout au point de vue de la construction. Il devait être, après l’Exposition, démonté, transporté et réédifié à Santiago, pour y servir à une exposition permanente.
- L’édifice devait pouvoir résister aux tremblements de terre, qui malheureusement ne sont point rares au Chili.
- Après un concours, le Comité a choisi le projet dressé par MM. Moisant, Laurent et Savey, ingénieurs constructeurs, en collaboration av.ec M. Picq, architecte.
- Notons, en passant, que M. Picq avait déjà été chargé d’une œuvre analogue : la bibliothèque Schœlcher, montée à Paris dans l’ancien emplacement du Palais des Tuileries et transportée ensuite à la Martinique. Il a fait également, pour l’Exposition de 1889, le pavillon de l’industrie du gaz et les installations de la Société de secours aux blessés militaires.
- Conformément au programme, le système adopté a été celui d’une ossature en fer avec panneaux décoratifs.
- Le bâtiment couvrait une superficie de 500 mètres carrés et comprenait un rez-de-chaussée et un étage. Il se composait d’un corps principal carré, de 20 mètres de côté, d’un avant-corps pour l’entrée principale et d’un arrière-corps pour l’escalier desservant le premier étage. Le corps principal était surmonté d’un grand dôme de 3o mètres de hauteur et flanqué de quatre pylônes avec petits dômes de couronnement. Deux balcons en saillie se profilaient sur les façades latérales.
- L’ossature en fer demeurait apparente. Les pylônes étaient formés de montants en cornières et tôles avec traverses et croisillons. Entre ces pylônes existaient des pans en fer à t, recevant, sur la face extérieure, des remplissages en béton polychrome, en faïence et en
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- mosaïque, tandis que la face intérieure se trouvait hourdée de cloisons en briques avec enduit en plâtre.
- La double paroi laissait un vide intermédiaire, utilisé pour la ventilation de l’édifice et permettant de réduire notablement les variations de température. L’air, venant de galeries ménagées sous le sol, circulait entre les parois, se répandait dans la salle par des bouches placées sous les appuis des croisées au rez-de-chaussée et au premier étage, et s’évacuait par le sommet du dôme central, qui, à raison de ses dispositions, constituait un foyer d’appel.
- A l’intérieur, le premier étage était en galerie de 5 m. 8o de largeur, au pourtour du pavillon, et laissait ainsi au-dessus de la salle du rez-de-chaussée un espace vide de 7 m. 70 de côté. Avec ses minces piliers en fer, son escalier occupant toute la façade du fond et sa lanterne sous le dôme, la construction présentait un aspect fort satisfaisant d’élégance et de légèreté. Les plafonds étaient formés de caissons en staff, supportés par des poutres et des solives; ceux du centre, sous la galerie de la lanterne, avaient un fond de mosaïque d’or.
- La dépense a été fixée au chiffre de iâo,ooo francs(1).
- 6. Égypte. —L’Egypte n’avait ni palais ni pavillon. Mais elle était largement représentée, au point de vue des constructions, par la fameuse rue du Caire, dont le succès a dépassé toutes les espérances.
- L’habile commissaire général, M. Delort de Gléon, et l’architecte, M. Gillet, sans pouvoir montrer, comme ils l’auraient voulu, des motifs variés de toutes les belles époques et de tous les genres, se sont attachés à reproduire une ancienne rue arabe du Caire, avec son bazar, ses échoppes, ses cafés, ses maisons à moucharabys, et un superbe minaret de 3o mètres de hauteur. Toutes les boiseries, venues d’Egypte avec leur poussière séculaire, ont été mises en place sans modification ni retouche. Les personnes qui ont visité la capitale égyptienne admiraient la fidélité du tableau et le talent avec lequel
- (1) A l’exposition du Chili se rattachait l'élégant pavillon de la Compagnie de Lola et Co-ronel, affecté depuis à la République de Costa-Rica.
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- Servent Arch
- Lemercior Hélio^
- PAVILLON DE COSTA-RICA
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- PAVILLONS DE L’ÉQUATEUR ET DE L’ESPAGNE.
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- les organisateurs de l’exposition avaient restitué des spécimens d’un art si remarquable et souvent si pur. La superficie couverte était de 1,000 mètres carrés.
- Outre les bâtiments, on voyait une tente extrêmement riche empruntée au Palais du khédive.
- Pour animer la rue du Caire, le commissaire général y avait appelé de nombreux indigènes. Le personnel égyptien comptait environ 22 5 personnes, dont 75 recrutées à Paris et i5o venues de l’Orient. Il se divisait en deux groupes, celui des négociants qui vendaient leurs produits et celui des indigènes dont la présence avait pour objet principal de donner à la rue du Caire la couleur locale : boutiquiers, artisans (tourneur, potier, etc.), muezzin, coiffeur, cuisinier, etc.
- Mentionnons encore la belle collection de 60 ânes blancs du Hedjaz.
- 7. République de l’Équateur. — Le pavillon de la République de l’Equateur, construit sur un terrain de 100 mètres carrés, représentait un temple du Soleil au temps des Incas.
- La porte, entourée de fines moulures et ornée de faces humaines sculptées, était surmontée d’un fronton d’aspect monumental. On remarquait des figures d’animaux montées sur socle et placées tant aux angles de la construction qu’aux côtés de la porte, ainsi qu’une frise décorée de bas-reliefs intéressants.
- M. Chedanne, auteur du projet, et M. Paquin, architecte chargé de l’exécution, avaient pu, grâce à l’obligeance de M. Hamy, conservateur du Musée ethnographique du Trocadéro, prendre le moulage de quelques pièces authentiques et donner ainsi un caractère suffisant de fidélité à la reproduction.
- 8. Espagne. — Le beau pavillon espagnol était l’œuvre de M. Ar-turo Mélida, professeur à l’Ecole des beaux-arts de Madrid, directeur des travaux, et de M. Poupinel, architecte adjoint.
- Ce pavillon, destiné à recevoir les produits alimentaires, a été
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- construit sur la berge de la Seine, entre le pont des Invalides et le pont de l’Alma. Il présentait line longueur de 70 mètres, une largeur de 15 mètres et une surface couverte de 1,050 mètres carrés, et comportait un rez-de-chaussée et un étage.
- Le rez-de-chaussée était presque exclusivement consacré aux vins et liqueurs.
- Le bâtiment se composait d’un corps principal et de deux pavillons d’angle.
- Au premier abord, les façades extérieures étonnaient quelque peu par leur variété de styles : mais les exemples de groupements de ce genre ne sont pas rares en Espagne, dans les constructions de la fin du xve siècle et du commencement du siècle suivant. Le rez-de-chaussée et la partie centrale, en briquetage, avec leurs baies arabes, se rattachaient au style Mudejar; l’étage du corps principal, en dehors de la partie centrale, avec ses fenêtres à ogives encadrées de faïences Azulejos, appartenait au style gothique fleuri; les pavillons d’angle remontaient aux débuts de la Renaissance et donnaient un spécimen du style dit Plateresco.
- Des panneaux décoratifs composés par M. Mélida et imitant la faïence rappelaient les armes et écussons de l’Espagne. Sur le pavillon central, l’architecte avait reproduit les aigles gigantesques de la façade de San Juan de los Reyes.
- Chaque étage comprenait une salle centrale, deux galeries et deux salles extrêmes correspondant aux pavillons d’angle.
- Au rez-de-chaussée, la charpente restait apparente et reposait sur cent colonnes à fût octogonal, garnies de faïence à la base et surmontées de chapiteaux de trois types différents, que M. Mélida avait empruntés à Santa Maria Rlanca de Tolède.
- Au premier étage, le plafond de la salle centrale reproduisait un plafond de la Sinagoga del Transito à Tolède; ceux des galeries et salles d’angle étaient en papier peint imitant charpente et entrevous.
- Les carrières de Huelva avaient envoyé de superbes escaliers en marbres blancs et de couleur.
- L’édifice a été entièrement exécuté en pans de bois : à l’extérieur,
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- PAVILLON DE LA GRANDE-BRETAGNE.
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- ces pans de bois étaient revêtus d’un enduit en plâtre et de staff; à l’intérieur, ils portaient un garnissage en planches jointives jusqu’à 2 mètres au-dessus des parquets et en planches espacées de 1 mètre entre ce niveau et celui du plafond, avec revêtement en toile encollée et peinte à la colle en blanc. L’air circulait entre les deux parois et les variations de température étaient ainsi maintenues dans des limites restreintes. Le plafond du premier étage était formé de toiles légères couvertes d’un papier d’apprêt, sur lequel on avait collé le papier décoratif envoyé d’Espagne.
- De grands lanterneaux ménagés dans la couverture en zinc assuraient l’aération.
- Une équipe de onze sculpteurs espagnols a fait les crêtes de l’édifice, les pilastres, les panneaux ornés de hérauts, les bossages, les retombées d’arc au premier étage et les chambranles des portes.
- Les dépenses se sont élevées à iqû,ooo francs : une grande partie des matériaux n’a d’ailleurs été fournie qu’en location.
- 9. Grande-Bretagne. — Les produits de la Grande-Bretagne étaient répartis dans les galeries générales d’exposition, où une place leur avait été réservée. Cependant la section anglaise comptait un certain nombre de constructions secondaires.
- Deux de ces constructions méritent une mention spéciale.
- La première est celle qu’occupait le Comité britannique. C’était un petit pavillon très simple, élevé par M. Charlton Humphreys : ses parois se composaient d’un revêtement extérieur en tôle ondulée et galvanisée, d’une couche de feutre goudronnée et d’un revêtement intérieur en bois; sa toiture, également en tôle ondulée, portait une couche de chaume qui donnait au bâtiment l’aspect d’un cottage. A l’intérieur, on trouvait, outre le vestibule, trois salles richement décorées et meublées, dont l’une pour le Conseil, une autre pour le président du Comité et la dernière pour le secrétaire. La salle du Conseil, en particulier, avait été traitée avec beaucoup de goût et de luxe par M. Faulkner Armitage : les visiteurs pouvaient y admirer un très beau plafond à panneaux en plâtre fibreux avec peintures
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- décoratives, des tapisseries d’un dessin et d’un coloris remarquables sous lesquelles disparaissaient entièrement les murs, un ameublement en vieux chêne d’ancien style richement sculpté et estimé à plus de 20,000 francs, un magnifique spécimen de tapis, une véritable profusion d’armures, de faïences et de pièces en fer forgé.
- Un édicule beaucoup plus modeste doit être cité, sinon pour ses mérites intrinsèques, du moins pour la signification qui s’y attachait : c’est la colonne placée au centre du groupe de l’économie sociale par l’Union coopérative des sociétés de consommation de la Grande-Bretagne (Central cooperative Board). Pour toute décoration, cette colonne, haute de 7 m. âo, avait une frise agrémentée de feuillage et surmontée d’un chapiteau très bas. Elle portait les noms des sociétés de l’Union et de leurs nombreuses succursales.
- 10. Guatémala. — La République de.Guatémala avait un pavillon spécial en bois verni, fort élégant et très léger, surmonté de quatre tourelles.
- Cette construction était décorée au moyen de faïences aux couleurs nationales, qui lui imprimaient un cachet de fraîcheur et de gaieté. Elle se composait d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage avec terrasses et balcons circulaires.
- La dépense s’est élevée à 55,ooo francs.
- 11. Hawaï. — L’exposition du royaume d’Hawaï était installée dans un chalet très coquet, fort original et imité des habitations du pays.
- Le bâtiment, de forme carrée, avait des murs en briques de couleurs variées. Au pourtour régnaient des galeries ouvertes abritées par des auvents en chaume. La façade, agrémentée de frises en céramique aux tons éclatants, jetait une note gaie sur la simplicité un peu sévère du pavillon.
- Au-dessus de la porte d’entrée on voyait dans le fronton un panneau en terre cuite finement exécuté et figurant l’écusson royal d’Hawaï.
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- PAVILLON DES INDES ANGLAISES
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- La dépense a été de 21,000 francs.
- 12. Indes anglaises. — Le Serai indien a été projeté et dessiné par M. Purdon Clarke, conservateur du Musée indien de South Ken-sington, qui avait déjà été chargé du pavillon des Indes à l’Exposition universelle de 1878 et du Palais indien à l’exposition coloniale de 1886.
- MM. Joubert en ont entrepris la construction moyennant 2,850 livres (71,250 francs).
- L’édifice occupait une superficie de 775 mètres carrés environ (56 m. ko sur i3 m. 70). Il comprenait un long bâtiment avec hall central et une véranda occupant toute la partie basse de la façade antérieure.
- Dans toute la longueur du bâtiment régnait une galerie desservant de part et d’autre vingt cases avec larges ouvertures arquées. Ces cases, affectées pour la plupart à des magasins, étaient reproduites de l’original d’Ajmere (ou Adjemir). Elles ne s’élevaient qu’à mi-hauteur des murs; des fenêtres percées au-dessus de ce niveau éclairaient la galerie.
- Le hall central comportait deux étages de huit colonnes, supportant une lanterne octogonale et un dôme à base circulaire. Au rez-de-chaussée, les colonnes étaient copiées sur la mosquée Katub à Delhi; elles présentaient des facettes planes, et, conformément au système hindou, M. Purdon Clarke avait orienté ces facettes parallèlement et perpendiculairement à l’axe du bâtiment, au lieu de les orienter vers le centre de la salle et normalement aux rayons. Cette dernière disposition avait été au contraire adoptée pour les colonnes du second étage, reproduites d’après la mosquée de Muhafïiz Khan à Ahmedabad. La lanterne avait huit fenêtres à trois ouvertures, avec meneaux à large chapiteau; un arc ogival de décharge surmontait intérieurement chacune de ces fenêtres. Des moulures puissamment accusées ornaient le plafond sous le dôme. Le milieu de la salle était occupé par une fontaine en marbre blanc : quatre lions fantastiques, copiés à Muttra, portaient un bassin au centre duquel une grande
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- fleur de lotus lançait quatre jets d’eau; l’ensemble était dans le style archaïque de l’Inde bouddhiste.
- L’aspect extérieur présentait du mouvement et de la richesse. Au milieu de la façade principale, deux hauts minarets, conçus avec quelques modifications dans le style d’Ahmedabad, flanquaient un massif dans lequel s’ouvrait la porte ogivale copiée de la mosquée d’Ajmere; en arrière se profilait le grand dôme central de i5 mètres de hauteur.
- Douze petits dômes surbaissés recouvraient la galerie centrale.
- De petits minarets s’élevaient aux quatre angles; sur chaque face latérale, deux autres minarets encadraient la porte de la galerie.
- En avant de la façade, la véranda à forte saillie portait sur des colonnes massives; elle était surmontée d’une balustrade ajourée. M. Purdon Clarke avait pris son modèle au Panch Mahal de Futtv-pore Sikri.
- Deux crêtes étagées à créneaux se développaient à l’aplomb de la limite de la galerie et au sommet du mur extérieur.
- La surface du mur était coupée d’abord par un rang de fenêtres copiées sur la mosquée de Muhafîiz Khan a Ahmedabad, puis par des bandeaux d’ornement échelonnés dans toute la hauteur avec espacement de 1 m. 20 et se continuant sur les minarets et le porche.
- Des bandeaux verticaux dessinaient à la partie supérieure les grandes divisions de la galerie.
- L’ensemble de la construction devait être coloré de manière à simuler le grès rouge du fort d’Agra et du marbre blanc; les procédés d’exécution n’ont pas donné à cet égard des résultats entièrement satisfaisants.
- On a pu constater par la description précédente que le pavillon présentait une grande variété de styles. Mais, suivant l’exemple des anciens constructeurs mongols de l’Inde, on avait pris soin de tenir chaque style dans des limites convenables; grâce à cette précaution, l’effet architectural était assez harmonieux.
- 13. Maroc. — Les installations du Maroc, situées à l’extrémité,
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- côté de Seine, de la rue du Caire, occupaient une superficie de 1,900 mètres carrés environ. Elles comprenaient : i° un grand pavillon, dit Pavillon impérial, de 168 mètres carrés de surface; 20 une tente marocaine; 3° une grande galerie et un café maure.
- Dans le pavillon impérial se trouvaient les produits et objets fabriqués fournis par les magasins impériaux, tels que broderies, tapis, armes, cuirs, étoffes de laine, soieries, faïences. Des salons y étaient également aménagés pour les commissaires marocains et français. La décoration intérieure rappelait avec beaucoup d’exactitude les peintures et devises arabes d’un palais de Mequinez.
- La tente servait de café et de salle de danse.
- Quant à la galerie, elle abritait des marchands juifs, presque tous de nationalité marocaine, vendant divers objets du pays. A l’extrémité s’élevait le café maure.
- Fidèles aux traditions de l’art du Maghreb, les architectes ont tenu à maintenir leurs façades dans une note de grande simplicité et d’éclatante blancheur, ce qui les distinguait de celles de l’Egypte.
- La dépense a été de 161,000 francs, soit de 85 francs environ par mètre carré.
- 14. Mexique. — Le Palais du Mexique rappelait le style architectonique des races qui peuplèrent jadis cette partie du nouveau continent.
- La reconstitution de ce style n’était point chose facile. Il n’en reste pour ainsi dire plus de vestiges; le vandalisme des soldats de Cortcz et le zèle évangélique des missionnaires ont détruit presque tout ce que les Aztèques avaient écrit, soit sur la pierre de leurs monuments, soit sur les fibres de magney de leurs manuscrits. Mais la Commission comptait parmi ses membres un savant archéologue, M. le docteur Penafiel, et un habile architecte, M. Antonio Anza, qui ont su mener l’œuvre à bien, grâce à leurs connaissances personnelles et aux indications fournies par les ouvrages de Batissier, Humboldt, Lenoir, Husson, Lord Kingsborough, Dupaix, etc.
- D’après les données les plus certaines, les édifices aztèques
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- comportaient parfois deux étages, mais plus souvent un étage unique. Ils recevaient la lumière par une cour intérieure et n’avaient d’autres ouvertures extérieures que les portes par lesquelles on y accédait. Leurs façades, légèrement inclinées, donnaient à la construction une forme pyramidale. Leurs murs étaient formés d’assises horizontales de grandes pierres, sur lesquelles alternaient des dessins de grecques et de méandres; au sommet étaient disposés des almenas ou créneaux, analogues a ceux des édifices mauresques. La couverture était en terrasse. Enfin le caractère symbolique de l’art se manifestait par de grands bas-reliefs représentant les images des divinités et des rois, ou les attributs propres a l’affectation spéciale du monument. Ce sont ces données qui ont servi de base au projet.
- Le pavillon élevé au Champ de Mars était inscrit dans un rectangle de 70 mètres de longueur et 33 mètres de largeur. Il comprenait : i° un corps principal au milieu duquel se détachait un avant-corps en saillie et qui présentait une longueur de 4o mètres; 20 deux ailes également en saillie à l’avant et à l’arrière, dans lesquelles étaient ménagées les quatre portes donnant accès aux salles d’exposition.
- L’avant-corps central figurait un Temple du Soleil et symbolisait la religion des anciens fondateurs de la ville de Mexico. On sait que cette religion était essentiellement astronomique; les prêtres, très instruits et très savants, avaient dû, pour fixer les règles de célébration des fêtes du feu, se livrer sur le mouvement des astres à des calculs auxquels Laplace a rendu hommage et qui révélaient des connaissances plus étendues que celles de Rome, sous Jules César, et même de l’Europe, sous François Ier et Charles-Quint.
- Les dispositions générales de cet avant-corps étaient empruntées aux anciens Teocalli. A la base on voyait un grand escalier à pente très rapide, par lequel montaient les victimes destinées au sacrifice, qui se consommait sur une grande pierre placée sous un portique. De part et d’autre de l’escalier étaient les deux vases où brûlait constamment le feu sacré;-on avait orné les piédestaux supportant ces vases de treize soleils représentant les époques de célébration des fêtes du feu (les années, les périodes de quatre ans et les cycles ou
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- périodes de cinquante-deux ans marquaient des dates consacrées pour ces fêtes); au centre de la figure formée par les treize soleils se trouvait le signe du feu copié à Xochicalco.
- Au-dessus de l’escalier était un portique avec deux cariatides trouvées à Tula par M. Penafiel. Une corniche de Xochicalco couronnait ce portique et portait à son sommet le signe du soleil, exécuté d’après celui que possède aujourd’hui Berlin et orné en son milieu de la figure de Tonatiuh, présidant a la création de Cipatli et XOxomoco, le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres.
- En dehors de l’avant-corps central, la construction présentait un soubassement ayant la même hauteur que l’escalier et correspondant aù rez-de-chaussée. Sur ce soubassement alternaient les grecques et les méandres, dessinés d’après des fragments de terre cuite que M. Penafiel avait découverts à Texeoco. Les portes d’entrée qui y étaient percées, au droit des pavillons latéraux, avaient été empruntées au Codex Mendocino ; leurs montants étaient richement décorés par les nahui-oUin; les deux solstices et les deux équinoxes s’y trouvaient également représentés. Ces portes avaient pour couronnement des épis de maïs, dont les tiges s’entrelaçaient en laissant l’espace nécessaire aux signes représentatifs de la réforme du calendrier mexicain.
- Sur la façade principale, au-dessus du soubassement, c’est-à-dire au niveau du premier étage, étaient de grands encadrements, que divisaient des pilastres avec grandes grecques copiées à Xochicalco. A la base des trois divisions de l’encadrement de chacune des ailes, l’architecte avait placé les teponaxtles de Tlaxcala, séparés par une rose de style grec qui était empruntée à la coiffure de la tête gigantesque de Totec, l’une des idoles du grand temple de Mexico.
- Dans les encadrements des deux ailes, on remarquait six bas-reliefs en bronze, exécutés par M. Contreras, sculpteur mexicain, et dédiés aux divinités protectrices que préféraient les Aztèques, savoir :
- i° A l’extrême droite de l’édifice, Tlaloc, dieu des pluies, des nuages et des tempêtes, versant les eaux de la main droite, lançant la foudre de la main gauche, paré de grandes ajorcas de pierres précieuses et portant au pied le caetli;
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- ;2° La déesse Centiotl, protectrice de l’agriculture, la Gérés mexicaine, portant aux mains et au cou des épis de maïs;
- 3° Clialchihuill, dont la coiffure était ornée de riches plumes et le cou d’un collier, et dont les mains saisissaient le courant cl’un fleuve destiné à donner la vie et la force à la terre (cette divinité s’unissait à celle qui présidait aux pluies du ciel pour féconder le sol au profit de l’agriculture);
- k° Cnmaxtli, dieu de la chasse, couronné de plumes, ayant le corps couvert de dessins et tenant, dans la main droite un arc et des flèches, dans la main gauche une petite corbeille;
- 5° Xochiquetzcil, déesse des arts, dont les mains et la coiffure étaient ornées de fleurs, attributs de son nom;
- 6° Enfin Yacalcutli, représentant le commerce.
- La composition de ces bas-reliefs avait imposé des recherches patientes à la Commission et au sculpteur; il avait fallu choisir, dans les nombreuses descriptions données par les codex ou recueils manuscrits et dans les anciennes peintures, des formes sculpturales dégagées de la profusion de signes symboliques dont les anciens Mexicains enveloppaient souvent leurs divinités et qui en rendaient la figure tout à fait fantastique.
- Six autres bas-reliefs en bronze, dus aussi à M. Contreras, ornaient les encadrements de la façade, entre l’avant-corps central et les ailes, et représentaient : ceux de droite, les trois monarques qui, coalisés, reculèrent les frontières de l’empire mexicain; ceux de gauche, les trois guerriers aztèques qui se distinguèrent le plus dans la lutte contre les conquérants.
- Le caractère de ces bas-reliefs différait profondément de celui des bas-reliefs des ailes; leur saillie était beaucoup plus accusée; ils avaient plus de vie et d’animation. M. Contreras s’était efforcé de symboliser par l’attitude des personnages leurs traits caractéristiques, leurs qualités physiques et morales.
- Voici la liste des sujets :
- i° Netzahualcoyotl, roi desAcotlhnas, grand législateur, prudent politique, poète inspiré, que M. Contreras avait figuré récitant sa composition célèbre adressée au dieu inconnu, à la cause des causes;
- 2° Ixcoati, roi guerrier et conquérant, qui était représenté tenant dans la main
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- droite la devise de Tenoxtilan, portant le vêtement royal et conduisant son peuple à la lutte contre les Atzacapozalcas ;
- 3° Tolopihuatzin, roi de Tacuba, revêtu de riches vêtements et du manteau royal, et donnant un ordre;
- A0 Le brave Cacama, le chevalier tigre, armé de la masse et du bouclier, et s’élançant courageusement au combat;
- 5° Le vaillant Cuillahuac, le héros de la Nuit-Triste, coiffé d’une tête d’aigle et saisissant de la main droite le macana;
- 6° Cuahutemoc, en habit de guerre, coiffé d’un casque de bois avec plumes de quetzal, portant une cotte de mailles en écailles de serpent, un manteau royal, des bracelets de pierres précieuses et un grand collier, lançant le dard et rejetant les propositions de paix du conquérant.
- La décoration générale ornant le fond des grands encadrements de la façade principale se répétait sur les autres façades.
- L’édifice était couronné par une corniche semblable à celle de l’avant-corps central et par des créneaux, dont M. Penafiel avait trouvé le type dans les environs de San Juan Teotihuan.
- Ces courtes indications suffisent à montrer l’étendue des efforts faits par la Commission mexicaine pour reproduire avec toute la pureté possible le style de l’architecture aztèque et pour symboliser la vie religieuse, militaire et sociale des fondateurs de Mexico.
- Intérieurement, le pavillon comportait au rez-de-chaussée une grande salle centrale et deux salles latérales de moindres dimensions, correspondant respectivement au corps principal et aux deux ailes. Ces salles, auxquelles s’ajoutaient le bureau de la Direction et deux pièces affectées au service des commissions, étaient éclairées par la partie supérieure; la lumière se tamisait au travers de plafonds en verre dépoli et se répandait uniformément, grâce à une très heureuse disposition de doubles verres extérieurs, appelés tragaluces.
- Un très bel escalier à double rampe, placé au milieu de la salle principale, conduisait au premier étage, formé par des galeries contournant les salles et reposant sur des colonnes : cet étage comprenait une salle destinée à l’exposition des œuvres de peinture des artistes mexicains.
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- La décoration était d’un excellent effet. Je dois signaler avant tout celle de l’escalier monumental, à la naissance duquel l’architecte avait disposé deux statues de jeunes Indiennes, supportant des candélabres : ces statues représentaient les deux civilisations qui ont existé sur le vaste territoire dont se compose aujourd’hui la République du Mexique, la civilisation du Sud et celle du Nord, la civilisation maya et la civilisation aztèque; toutes deux étaient revêtues du costume propre à la race qu’elles figuraient; la jeune Maya s’appuyait sur un fragment de la décoration employée aux édifices de Yucatan et dans laquelle quelques auteurs ont cru voir la trompe d’un éléphant, tandis que Y Aztèque s’appuyait sur un ornement symbolisant la réforme du calendrier mexicain. Notons encore la décoration des plafonds, les corniches, les bases et les chapiteaux des colonnes, pour lesquels on s’est servi d’éléments puisés dans les vestiges de l’ancienne civilisation du Nord. L’ameublement s’harmonisait avec la construction.
- Dans le principe, les matériaux employés par les Aztèques consistaient en briques séchées au soleil; plus tard, ces matériaux primitifs firent place à la pierre, que les architectes allaient parfois chercher à de très grandes distances et transportaient en blocs de dimensions considérables. C’est une construction de ce dernier genre que la Commission s’est attachée à imiter.
- Le pavillon du Champ de Mars devant être démonté après l’Exposition et rétabli à Mexico, pour y servir à un musée des antiquités mexicaines, fut formé d’une ossature en fer avec revêtements intérieur et extérieur.
- L’ossature se composait de montants reliés par des entretoises en tôle èt cornières, à leur sommet, à leur hase et au niveau des planchers.
- A l’intérieur, le revêtement était en bois de sapin.
- Pour le revêtement extérieur, on songea d’abord à la céramique et à la fonte, qui eussent offert de grandes facilités pour l’ornem en talion. Mais le transport de la céramique à Mexico après l’Exposition aurait sans doute donné lieu à de graves mécomptes; d’autre part, la
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- fonte, même sous une épaisseur réduite, eût conduit à des poids excessifs. On s'arrêta à un système de panneaux en tôle, recouverts de zinc estampé ; il fallut d’ailleurs recourir à la tôle d’acier : car les expériences auxquelles procéda le constructeur démontrèrent l’impossibilité d’obtenir sans rupture, avec la tôle de fer, les plis qu’exigeaient les dessins à représenter dans les assises du soubassement.
- Les feuilles de tôle avaient o m. ooi5 d’épaisseur; leur longueur et leur largeur moyennes étaient respectivement de 1 m. 5o et de o m. 6o. Elles furent reliées entre elles, horizontalement au moyen de vis et verticalement au moyen de couvre-joints rivés.
- Des baguettes en bois ou tasseaux, vissés sur la tôle, recevaient les agrafes des feuilles d’ornementation en zinc estampé. L’architecte et le constructeur s’étaient vivement préoccupés des ondulations que ces feuilles pourraient subir par suite de la très grande différence entre la dilatation du zinc et celle de l’acier; ils avaient étudiédiverses dispositions pour y remédier : mais ils furent amenés à reconnaître que, les bandes de zinc n’étant point dressées dans un plan continu et présentant de nombreuses saillies, le seul effet de la température serait de modifier légèrement la forme des éléments constitutifs, de faire varier un peu les angles, sans produire aucune déformation d’ensemble.
- L’estampage du zinc fut fait au moyen de matrices en fonte, représentant les dessins des divers motifs de décoration. On eut soin de donner une légère inclinaison aux plans de relief des grecques, au Heu de les dresser normalement au fond. Cette inclinaison, reproduite des anciens monuments mexicains, avait pour but d’accroître les contrastes de lumière et d’ombre, et de faire ainsi apparaître les grecques avec un relief supérieur à celui qui leur était effectivement attribué; elle facilitait en outre l’opération d’estampage, au point de vue du dégagement des feuilles de zinc après chaque passage dans la matrice.
- Le surplus de l’ornementation extérieure était : i° en zinc fondu, pour le motif de couronnement de l’avant-corps central, pour les figures supportant le portique, pour les signes et vases du feu, pour
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- les Uyponaxlles décorant les tabliers sous les divinités et pour le couronnement des quatre portes d’entrée; 2° en bronze, pour les douze bas-reliefs.
- A l’intérieur, on avait formé les planchers de tôles ondulées portant les hourdis; la couverture était également constituée en partie par des tôles ondulées et galvanisées. Enfin les colonnes étaient en fonte.
- Le poids des fers et tôles entrant dans la construction s’est élevé à 65o tonnes environ. C’est la maison Cail qui a été chargée des travaux.
- Tel fut le Palais si original et si réussi de la République du Mexique. Il méritait, à tous égards, les quelques développements que je viens de lui consacrer.
- 15. Monaco. — L’édifice fort gracieux, élevé par M. l’archilecte Janty pour la principauté de Monaco, rappelait le type des constructions italiennes.
- 11 se dressait au milieu d’un jardin arrangé avec goût et orné de palmiers et autres plantes exotiques, écloses sur les bords de la Méditerranée.
- Le bâtiment principal, d’une blancheur éclatante, était flanqué de quatre tourelles, avec arceaux, colonnettes et petits toits en tuiles. Au rez-de-chaussée régnait une jolie terrasse; une loggia, abritée par une marquise, servait de vestibule; sur les bas côtés se trouvaient les entrées de deux petits salons.
- A l’intérieur, le pavillon comprenait une grande salle très élevée et deux galeries terminées par des colonnes, dans le genre vénitien.
- Une serre, remplie de Heurs et de plantes rares et fermée par une rotonde vitrée que surmontait la couronne princière, faisait un agréable fond de verdure.
- Les bandeaux et médaillons en terre cuite et céramique, sortant des ateliers de la Société industrielle et artistique de Monaco, contribuaient à développer le caractère de grâce et d’originalité de la construction.
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- PAVILLON DK MONACO
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- 16. Nicaragua. — Sur le retour de la terrasse des arts libéraux, vers la Seine, s’élevait le charmant pavillon du Nicaragua. C’était un chalet en bois aussi pittoresque qu’original, aux proportions élégantes et pleines de fantaisie. M. Sauvestre, l’habile architecte de la tour Eiffel et du Palais central des colonies, avait su y déployer son goût habituel.
- L’extérieur était tout en charpente et menuiserie de pitchpin et l’intérieur lambrissé en frises de sapin rouge du Nord; la toiture en tuiles-écailles de couleur, d’un petit module, avec épis en terre cuite, présentait le même aspect que celle du Palais des colonies.
- Au rez-de-chaussée, le pavillon comprenait un grand salon principal et deux salons annexes.
- Un escalier extérieur conduisait à une terrasse, d’où le regard embrassait le Champ de Mars.
- Cette terrasse donnait accès à un petit bureau, dominant toute l’installation intérieure de l’exposition du Nicaragua, au milieu de laquelle on remarquait notamment un très intéressant modèle en relief du Canal interocéanique.
- Sur de grands panneaux en bois étaient peints les portraits des présidents successifs de la République du Nicaragua.
- La dépense totale de cette gracieuse construction a été de 5oo,ooo francs environ.
- 17. Paraguay. — Les constructions du Paraguay comprenaient un pavillon octogonal de 7 mètres de largeur et 9 mètres de hauteur, un pavillon central de 10 mètres de côté et 8 mètres de hauteur, une tourelle ou mirador à trois étages, de 3 mètres de côté et 1 5 mètres de hauteur, et des annexes; elles couvraient un peu plus de 180 mètres carrés.
- C’est M. Cadiot, commissaire délégué et consul, qui a tracé les grandes lignes de l’œuvre, dont M. Moreau a été l’architecte.
- Les bâtiments, devant être démontés après l’Exposition et transportés à Asuncion pour y abriter un musée commercial français, ont été faits en fer et bois : il a fallu tenir compte des variations
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- considérables de la température au Paraguay, où le thermomètre descend parfois jusqu’à k ou 5 degrés pendant la nuit et remonte ensuite à ho degrés vers midi.
- La tourelle, élégante et originale, reproduisait le mirador qui surmonte au Paraguay toutes les maisons isolées et d’où le guetteur pouvait jadis apercevoir les Guaranis pillards ou les bêtes féroces. Quant aux deux pavillons, leurs colonnes légères, mi-palmier, mi-torses, leurs ogives capricieuses, leurs toitures avancées et découpées étaient empruntées soit à des églises de Villa-Rica, soit à des monuments du xviie siècle, élevés sous la domination espagnole.
- Dans la décoration extérieure, on remarquait notamment l’ornementation des portes en découpages doublés de verres de couleur. A l’intérieur, la décoration se composait de peaux d’alligators, de tigres, de chats, etc., formant une tapisserie sur laquelle étaient disposés des plumes d’autruche, des flèches, des arcs d’indiens, etc.
- Les frais de construction se sont élevés à A5,ooo francs.
- 18. Pays-Bas. — Parmi les diverses constructions des Pays-Bas, une mention spéciale est due à la taillerie de diamants et au kam-pong javanais.
- La taillerie de diamants était installée au Champ de Mars, dans une petite construction très réussie, due à M. Ed. Niermans, architecte hollandais et membre de la Commission néerlandaise de l’Exposition.
- Cette construction reproduisait une charmante maison hollandaise du xvie siècle, d’un style très pur, avec une jolie façade en briques et des balcons ajourés. Au-dessus des fenêtres, on pouvait voir des imitations de vieilles faïences de Delft. Les ornements en fer forgé étaient d’un travail très soigné. La menuiserie des châssis à petits carreaux avait été exécutée d’après des modèles anciens; ces châssis, à quatre battants, étaient défendus dans la partie basse par des volets.
- Des balustrades en terre cuite blanche couronnaient l’édifice, ou l’on pénétrait par une porte en arcade à plein cintre.
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- Lemercier Hélioi
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- Neurdein Phol.
- PAVILLONS DU PARAGUAY
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- PAVILLON DES PAYS-BAS.
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- Au rez-de-chaussée se trouvaient une salle de travail ouverte au public et des bureaux ou cabinets latéraux. Dans les ateliers était une vitrine centrale, du style Renaissance, renfermant pour près de 2 millions de diamants, qu’exposaient MM. Boas d’Amsterdam; à côté des procédés modernes usités pour la taille du diamant, les visiteurs voyaient les meules employées au xve siècle et se livraient ainsi à d’utiles rapprochements.
- Les bureaux du Commissariat général néerlandais occupaient le premier étage.
- Les dépenses de construction, en toute fourniture, se sont élevées à ùo,ooo francs, pour une surface couverte de 1 Ixk mètres carrés.
- A l’extrémité de l’esplanade des Invalides, derrière le panorama du Tout-Paris, se développait le village ou kampong javanais, habité par une population malaise de soixante personnes. C’était un coin de l’Extrême-Orient, fidèlement reproduit par MM. Bernard et Niermans.
- Deux tours à la toiture pyramidale flanquaient l’entrée du village; aux extrémités de la façade se dressaient de gracieux belvédères avec galerie couverte.
- Le village se composait d’une série de maisonnettes en bambou, amenées à grands frais de l’île de Java et auxquelles avaient été ajoutées quelques habitations indiennes.
- Le regard s’arrêtait tout d’abord à la maison du chef, élevée sur pilotis par mesure de défense contre les attaques des fauves. Un restaurant y avait été installé, où se débitaient les produits du pays.
- Plus loin on remarquait d’autres installations, telles qu’une chapellerie, une cuisine indigène et surtout un théâtre où dansaient des bayadères, au son d’un orchestre composé principalement de cloches de gongs. Ces danseuses, fort jeunes, avaient été obtenues à grand-peine du prince de Pranger, qui ne voulait pas les laisser sortir de son harem. Leur physionomie douce, intelligente et gracieuse, leur mimique décente, expressive et mélancolique, leurs riches accoutrements aux couleurs étincelantes, leurs pierreries, leurs coiffures originales en plumes, ont eu un très grand succès, non seulement au
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- kampong, mais aussi dans les salons où elles allaient donner des représentations, comme nos artistes en vogue.
- Les dépenses des travaux, exécutés en toute fourniture, se sont élevées à 297,000 francs, pour une surface construite de 1,200 mètres carrés.
- 19. Portugal. — Deux emplacements avaient été attribués à la section portugaise, l’un dans le Palais des arts libéraux, l’autre dans le Palais des industries diverses. Mais le Comité se vit obligé de solliciter un espace supplémentaire sur le quai d’Orsay, entre le Palais des produits alimentaires et le pont de l’Alma, et d’y élever un pavillon spécial a trois étages.
- Ce pavillon, affecté aux produits alimentaires, à l’agriculture et aux productions coloniales, dut être édifié très rapidement. L’habile architecte choisi par le Comité, M. Jacques Hermant, eut recours à des procédés sommaires qui lui permirent d’arriver en temps utile, tout en faisant une œuvre justement remarquée au point de vue artistique.
- La construction était fondée sur pilotis, couronnée par une terrasse et surmontée d’une élégante tourelle. Elle se composait d’un immense pan de bois revêtu intérieurement et extérieurement de planches en sapin brut, sur lesquelles se développaient des toiles; les plafonds étaient de même formés de toiles tendues sur les solives; des corniches en bois et des motifs d’ornement en staff, tels que cadres de baies, colonnes, culs-de-lampe, cartouches, balustres, etc., complétaient la décoration.
- En somme, ce n’était qu’un décor de théâtre, mais un décor très réussi, dont les formes reproduisaient des spécimens de l’architecture portugaise au xvme siècle : à cette époque, l’influence de l’art français a provoqué dans le Portugal l’éclosion d’un style caractéristique.
- M. Hermant avait emprunté la plupart des détails à des palais de Goïmbre et de Lisbonne, ainsi qu’au cloître de Belem.
- Au pavillon était annexée une construction moins importante, établie
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- PAVILLON DE SAN SALVADOR
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- PAVILLONS DU PORTUGAL ET DU SALVADOR.
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- suivant les mêmes procédés et dans le même style, et destinée à la dégustation des vins. La décoration intérieure de cette annexe rappelait l’aspect des posadas nationales; autour de la salle courait un balcon, orné de vignes artificielles, qui rattachait le premier étage de la construction principale au premier étage du Palais des produits alimentaires.
- L’installation de la section portugaise, due à un artiste d’une grande habileté, M. Bordallo Pinheiro, peintre décorateur et peintre sur faïence, était l’une des plus curieuses et des mieux réussies de l’Exposition. Les produits, groupés avec une parfaite entente des effets, constituaient à eux seuls la majeure partie de la décoration. 11 convient de signaler en particulier les faïences et les majoliques de M. Pinheiro, pour leur puissance de modelé et de coloris.
- La dépense de construction s’est élevée à 210,000 francs, pour une surface couverte de 760 mètres carrés.
- 20. Salvador. — Le Salvador avait deux petites constructions : un pavillon central pour les produits manufacturés, un pavillon annexe pour l’agriculture et la sylviculture.
- Ces pavillons ont été établis d’après les plans de M. Lequeux, architecte.
- De l’annexe j’ai peu de chose a dire : on y relevait le style classique des édifices de la République.
- Quant au pavillon central, il se composait d’un rez-de-chaussée, avec fenêtres garnies de grilles à encorbellement, et d’un étage comprenant sur sa façade un atrium ouvert par trois baies en ogive, avec colonnettes légères. Sur chacune des faces latérales se détachait un balcon. Un dôme quadrangulaire, recouvert de tuiles émaillées aux couleurs nationales (blanc et bleu), surmontait la construction, qui se rattachait au style hispano-mauresque.
- Intérieurement, on trouvait au rez-de-chaussée un vestibule, des bureaux, un escalier et une salle spacieuse; au premier étage, l’atrium et une salle d’exposition.
- L’élément véritablement intéressant, le seul sur lequel je puisse
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- m’arrêter, était celui de la décoration céramique empruntée à l’ethnographie des anciennes populations de l’Amérique centrale : les pièces ont toutes été fabriquées à Gien, d’après les indications précises de M. Remi Siméon et les cartons de M. Lequeux.
- Sur la façade principale, la frise elles pilastres du premier étage portaient les signes des cinquante-deux années du cycle mexicain. Ce cycle se composait de quatre treizaines : les années y étaient désignées par quatre signes seulement (lapin, roseau, silex et maison), qui se reproduisaient par suite treize fois dans l’ordre suivant lequel je viens de les énumérer. Au centre de la frise était placé, entre deux colon-nettes, le signe de la vingtième année du seizième cycle, à partir de i 090, époque de la réforme du calendrier par le chef militaire Ghal-chiuhtlatonac, c’est-à-dire celui de l’année 1889. Au-dessus des quatre pilastres, on voyait deux motifs représentant des sauterelles en train de dévorer des plantes : les Mexicains symbolisaient ainsi les temps de disette.
- La frise du rez-de-chaussée portait les signes des mois au nombre de dix-huit : on devait les lire de droite à gauche. Sur les pilastres se trouvaient les signes des vingt jours : telle était en effet la durée du mois; pour compléter l’année de 865 jours, on ajoutait cinq jours complémentaires. Le troisième jour, le huitième, le treizième et le dix-huitième étaient représentés par les mêmes signes que les années et déterminaient les quatre périodes quinaires ou semaines à l’expiration desquelles se tenaient les marchés.
- On remarquait encore au premier étage et au rez-de-chaussée le symbole du jour et celui de l’année.
- Sur la façade postérieure, les pilastres du premier étage étaient revêtus, comme ceux du rez-de-chaussée de la façade principale, des signes représentant les jours. Ces signes avaient en effet un double rôle. Ils servaient aussi de base à l’art divinatoire et permettaient aux nécromanciens de tirer les pronostics généthliaques, à l’aide de formules religieuses contenues dans un livre dit lieu. du soleil ou des naissances. Pour ces pronostics, chacun des caractères commençait une tridécatéride ou série de treize jours; les vingt tridécatérides
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- formaient une période de 260 jours, après laquelle les signes revenaient dans le même ordre. Afin d’éviter la confusion avec Tannée ordinaire, on avait créé neuf signes cr nocturnes», que Ton ajoutait aux vingt signes des jours et qui se reproduisaient quarante fois durant l’espace de 360 jours. Les cinq jours complémentaires ne recevaient pas les signes de la nuit.
- ''Au rez-de-chaussée, la frise se divisait en trois parties. Les sections extrêmes contenaient les figures et les noms des souverains de Mexico; ces personnages étaient assis sur la chaise à dossier et couronnés du diadème; un signe placé devant leur bouche figurait la parole et signifiait qu’ils étaient versés dans l’art de la rhétorique : parmi les noms, on relevait celui de Montézuma, sous le règne duquel les Espagnols arrivèrent au Mexique. La partie centrale donnait les signes ou noms de quatre villes. Les quatre pilastres portaient les noms de vingt-huit localités anciennes.
- Sur chacune des façades latérales, les pilastres du premier étage et la frise du rez-de-chaussée étaient décorés de signes généthliaques. Les pilastres du rez-de-chaussée reproduisaient une partie des noms de localités déjà représentés sur la façade postérieure.
- Notons encore de grands tableaux représentant une fête publique, la fête du soleil, le port de la Libertad et le lac d’ïlopango.
- La dépense totale s’est élevée à 65,ooo francs.
- 21. Siam. — Le royaume de Siam exposait un petit édifice en bois, rouge et or, d’une grande richesse extérieure, entièrement construit à Bangkok.
- Ce pavillon était carré; il avait 8 mètres de coté et 10 environ de hauteur totale. 11 se composait de quatre salles à frontons, adossées Tune à l’autre, sans cloisons séparatives : les salles communiquaient ainsi librement entre elles et avec un salon central de réception.
- On avait orné les salles de tables et de tabourets. La grande table du salon central était de forme octogonale.
- Les visiteurs accédaient au pavillon par quatre escaliers de six marches, placés au centre des quatre faces et ayant chacun, à droite
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- et. à gauche, sur un piédestal, des divinités guerrières qui brandissaient des armes, telles que tridents, arcs, sabres, poignards, etc.
- Les quatre entrées étaient surmontées d’un Bouddha et ornées d’idoles, de flammes, de pendentifs.
- Des toits coquets à trois étages, peints en vert avec bordure jaune et se terminant en pointes recourbées, couvraient entièrement le pavillon siamois; ils reposaient sur des piliers très coquets, revêtus de morceaux de glaces et de verroterie aux reflets chatoyants.
- Le plafond était à compartiments peints en rouge et ornés de rosaces d’or.
- Cette petite construction a été très justement appréciée par le public.
- 22. République Sud-Africaine. — Le pavillon de la République Sud-Africaine occupait une superficie de 2 64 mètres carrés. Construit en bois, sur les plans de M. Marchegay et d’après des indications fournies par notre consul à Pretoria, il comprenait une salie rectangulaire de 20 mètres sur 9 mètres et une véranda avec colonnade et balustrade, en tons bleus sur fond blanc. Deux panneaux décoratifs de M. Toché, représentant des Boers à cheval, ornaient l’entrée.
- La forme surbaissée de la toiture, ses cheminées de ventilation, les fenêtres à guillotine et même l’aspect général de l’ensemble rappelaient certaines habitations des groupes miniers du Transvaal.
- A l’intérieur, les charpentes avaient été laissées apparentes et simplement vernies, avec filets et ornements en rouge vif. Sous la tôle ondulée de la couverture était tendue une toile imperméable, décorée de tons et fleurons blancs et bleus.
- La construction a été démontée après l’Exposition de Paris et transportée à Amsterdam, 011 elle sert également de local d’exposition pour les produits du Transvaal.
- 23. Turquie. — Le pavillon des tabacs turcs, élevé d’après les plans de M. Pucey, au milieu d’un massif d’arbres et de plantes,
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- donnait par sa décoration extérieure et intérieure une idée assez exacte de l’architecture musulmane. Il comportait une ossature en fer, enduite de plâtre, et comprenait un corps principal flanqué de deux ailes.
- Une balustrade en fer protégeait le rez-de-chaussée et formait galerie autour du pavillon.
- Les vitrages des hautes fenêtres étaient composés de grandes pièces de verre d’un ton jaune d’or, répandant à l’intérieur une lumière semblable à celle du soleil couchant.
- Au-dessus de l’auvent qui abritait la porte d’entrée, on remarquait sur la façade de larges baies avec arcs en ogive, qui semblaient s’ouvrir sur un premier étage.
- Un panneau sculpté, portant une inscription en caractères arabes, se détachait au milieu de la frise.
- Signalons encore la toiture formant terrasse et découpée en forme de parasol. Cette toiture très saillante, ornée de mâts aux: oriflammes bariolées, constituait par son originalité la partie la plus remarquable de la construction.
- Les travaux ont coûté 63,ooo francs.
- 24. Vénézuela. — Le pavillon des Etats-Unis de Yénézuela a été construit sur les plans de M. Paulin, architecte, qui s’est inspiré du style de la Renaissance, importé par les Espagnols dans leurs colonies d’Amérique.
- Ce pavillon couvrait une surface de Û55 mètres carrés environ. H se composait : i° d’un bâtiment principal, mesurant 20 mètres de longueur sur un peu plus de 17 mètres de largeur; 20 à droite, en regardant la façade principale, d’une aile constituée elle-même par deux pavillons distincts, l’un vers la façade, l’autre à l’arrière; 3° a gauche , d’une tourelle avec belvédère.
- Dans le bâtiment principal, on rencontrait successivement un grand salon d’honneur, avec plafond vitré en verres de couleur; un patio ou cour carrée, entourée de piliers et de colonnes, avec couverture en fer et verre dissimulée par un vélum; des galeries basses
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- IWI-JUMERIE SATIOXALE.
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- enveloppaient cette cour sur ses deux faces latérales et sur sa face postérieure. Une loggia précédait l’entrée postérieure; deux vérandas terminaient les façades latérales. Le patio et les galeries rappelaient les dispositions ordinaires des habitations du pays.
- L’annexe de droite comprenait une salle octogonale, d’abord destinée à la dégustation du café et du chocolat, mais affectée en fait à l’exposition des minerais d’or, et une salle d’anthropologie consacrée aux types des populations indiennes du Vénézuela.
- Dans la tourelle étaient, au rez-de-chaussée, un salon pour la Commission; à l’entresol,un bureau; et, au premier étage, un salon-belvédère. Un escalier en limaçon conduisait à ces deux dernières pièces.
- La construction était essentiellement provisoire. Elle affectait l’apparence d’un édifice en pierre; cependant l’architecte avait fait en bois quelques parties secondaires, comme la loggia, la petite salle octogonale et les vérandas.
- On peut évaluer à 51,000 francs les frais de construction.
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- HISTOIRE DE L’HABITATION.
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- CHAPITRE XV.
- HISTOIRE DE L’HABITATION.
- 1. Objet et économie générale de l’exposition historique des habitations humaines(1).— L’exposition historique des habitations humaines se développait sur le quai d’Orsay, dans toute la largeur du Champ de Mars.
- Cette exposition, due à l’initiative de M. Charles Garnier, présentait le plus haut intérêt, non seulement au point de vue de l’art et de l’archéologie, mais aussi au point de vue philosophique.
- En représentant les types caractéristiques de l’habitation depuis l’origine des temps, l’éminent architecte de l’Opéra s’était proposé de faire revivre l’humanité, de montrer son développement progressif à travers les âges, de jalonner ses étapes successives dans la voie du progrès matériel, moral et intellectuel, de mettre en lumière tous les degrés qu’elle avait dû franchir pour arriver de ses humbles débuts au merveilleux épanouissement de l’époque contemporaine. La vie et la condition de l’homme n’ont point en effet de témoin plus fidèle que son habitation : il y laisse l’empreinte indélébile de ses mœurs, de ses goûts et de sa civilisation.
- Ressusciter ainsi le passé n’était point une tâche facile, quelle que lût la science de celui qui l’entreprenait.
- L’espace, l’argent et le temps manquaient pour une œuvre complète et longuement méditée. M. Garnier a dû se restreindre à une large esquisse, se borner à un nombre limité de spécimens, ne reproduire pour la plupart des constructions que les parties les plus
- (1) J’ai du, dans cette partie de mon rapport, faire de nombreux emprunts à une notice de M. Ammann, ainsi qu’à un article de M. Glermont-Ganneau, membre de l’Institut, insère' au Journal officiel.
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- typiques et les plus intéressantes, étudier surtout les façades et ne rendre praticables que les rez-de-chaussée, ce qui d’ailleurs suffisait en général à la reproduction des divers systèmes de décoration. Malgré toutes ces restrictions, le visiteur trouvait assez de points de repère pour apprécier, au moins sommairement, les variétés de style, de dispositions ou de matériaux.
- L’architecte s’est attaché aux habitations usuelles, laissant de côté les palais ou autres monuments exceptionnels, qui sont beaucoup plus connus et qui ne peuvent donner une mesure exacte de la civilisation des peuples.
- Pour chaque époque, il a recherché de préférence le type le plus ancien, c’est-à-dire celui qui est ordinairement le plus ignoré et qui marque le mieux l’évolution correspondante dans le génie, les ressources et la situation des habitants.
- Parfois les documents abondaient, au point de devenir embarrassants par leur discordance. Trop souvent aussi, ils faisaient presque entièrement défaut : dans ce dernier cas, M. Garnier a été contraint de renoncer à l’archéologie certaine, de composer d’après un petit nombre de données plus ou moins authentiques, en prenant comme guide l’analyse des usages, des relations, de l’état commercial, des grands faits historiques, en recourant aux lumières des savants les plus autorisés; il a eu soin, du reste, de s’assurer la précieuse collaboration de M. Ammann, professeur agrégé d’histoire et de géographie au lycée Louis-le-Grand.
- Tout en restant dans la vérité, l’architecte s’est efforcé de varier l’arrangement, de telle sorte que la diversité de composition, d’emplacement ou d’importance vînt en aide à la diversité des caractères architecturaux.
- Un concours très efficace lui a été apporté par les entrepreneurs et notamment par MM. Rubé, Chaperon et Jambon, qui étaient chargés de la partie pittoresque et décorative et dont il est inutile de rappeler les aptitudes, les connaissances et le talent supérieur d’exécution.
- Appréciée dans son ensemble et scs lignes générales, comme doit
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- l’être une ébauche, l’œuvre cle M. Garnier était fort réussie et fort instructive. Elle constituait une belle et excellente préface de l’histoire plus détaillée et plus mûrie qui se fera peut-être quelque jour, soit à Paris, soit dans sa banlieue.
- La série des types se déroulait méthodiquement, suivant un ordre permettant d’en saisir les rapports et la filiation. Elle embrassait deux périodes bien distinctes : la période préhistorique^ s’étendant depuis l’apparition de l’homme sur la terre jusqu’à la formation des peuples, et la période historique, partant de l’origine des nations pour suivre le développement de la civilisation.
- La période historique se subdivisait elle-même en trois branches : i°civilisations primitives; 2° civilisations nées des invasions des Aryas; 3° civilisations contemporaines des civilisations primitives, mais n’étant point entrées en communication avec elles et n’ayant exercé aucune influence sur la marche générale de l’humanité.
- 2. Période préhistorique. — a. Abris naturels ou primitifs, — Lorsque les Egyptiens ont construit sur les bords du Nil leurs gigantesques pyramides et élevé les plus anciens monuments qui aient survécu, le monde avait déjà derrière lui un long passé qui se perd dans la nuit des temps et sur lequel les patientes recherches des savants n’ont encore pu jeter que peu de lumière.
- Au début, l’homme menait une existence nomade et vivait uniquement des produits de la chasse et de la pêche, ainsi que des produits naturels du sol.. Ses seuls instruments étaient des outils ou des armes en silex, grossièrement taillés à l’aide de percuteurs. A cet âge de la pierre éclatée, il en était réduit à utiliser tels quels les abris offerts par les accidents de terrain ou par les forêts : il n’avait que des abris sous bois ou des abris sous roches; tout au plus savait-il disposer, au pied des rochers qui le garantissaient contre le vent, de grossiers treillis de bandes d’écorce entrelacées. C’est par ces campements primitifs que s’ouvrait l’histoire de l’habitation.
- Plus tard les mouvements de baisse des eaux découvrirent des
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- grottes ou cavernes où l’homme put s’installer : l’Exposition montrait un spécimen de ces refuges des Troglodytes. Mieux défendu contre les intempéries et les attaques des animaux féroces, il fut à même d’améliorer son outillage, de substituer la pierre polie à la pierre éclatée, d’entreprendre des travaux et d’élever des habitations artificielles.
- b. Abris artificiels. — Les cités lacustres, dont les principales dispositions ont été révélées notamment par l’exploration des lacs de Suisse, furent peut-être les premières habitations bâties de main d’homme. Gomme le montrait le spécimen du quai d’Orsay, ces cités étaient de véritables villages sur pilotis, avec des cabanes rondes ou rectangulaires, faites de branchages, de paille et de joncs entrelacés, et réunies à la rive par une passerelle mobile ou du moins facile à enlever. Inaccessibles aux ennemis de toute sorte, elles offraient à l’habitant une sécurité et un confort relatifs, qui lui permirent d’aborder la civilisation, de commencer la culture de la terre et l’élevage des troupeaux, d’inventer la poterie, de découvrir l’usage des métaux.
- Aux âges de la pierre succéda celui du bronze et du fer. Pourvu d armes plus puissantes, l’homme quitta les lacs pour asseoir sa demeure sur la terre ferme. Il dut néanmoins se contenter de huttes ou cabanes rustiques, formées d’une charpente grossière, de murailles en terre battue et en paille, d’une couverture en chaume.
- M. Charles Garnier a reconstitué plusieurs de ces buttes. L’une d’elles, d’une authencité indiscutable, a été établie d’après un modèle en terre cuite trouvé au sud de Rome, sous les laves d’un ancien volcan dont les éruptions ont cessé antérieurement à la période historique et dans le cratère duquel est aujourd’hui le lac d’Albano : ce modèle, fabriqué par les habitants de la région, a été recouvert par les laves, alors que le volcan n’était point encore éteint. Une autre cabane, à moitié enfouie dans le sol, était conforme a un type dont on voit des vestiges dans un grand nombre de pays, et particulièrement dans les montagnes de l’Auvergne, qui constituent en Europe Pline des premières terres découvertes par les eaux.
- L’architecte avait aussi représenté, comme se rattachant à la même
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- HISTOIRE DE L'HABITATION HUMAINE Cité Lacustre. Maison Eôypdenne {14-00 av.J.C )_ Maison Assyrienne (yooav.J.C.)
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- époque, une construction en grandes pierres brutes ou ailée couverte : pendant longtemps, on a considéré comme des monuments druidiques et attribué aux Gaulois les dolmens, les menhirs, les alignements de pierres levées; mais l’érudition contemporaine a détruit cette légende et assigné aux prétendus monuments druidiques une origine beaucoup plus reculée.
- Tels ont été les souvenirs donnés à la période préhistorique, à l’enfance de l’humanité.
- Peu à peu l’homme avait augmenté ses moyens d’action, amélioré son sort, relevé sa condition matérielle et morale; il était en même temps devenu plus sociable. La vie isolée ou par petits groupes avait fait place à la vie collective; les nations étaient nées, et avec elles l’histoire.
- 3. Période historique. — a. Civilisations primitives. — On sait que la race humaine est communément divisée en trois familles: blanche, noire et jaune. La famille blanche est la seule qui ait travaillé au développement historique de la civilisation. Elle se subdivise elle-même en trois groupes de peuples : les Chamites, les Sémites et les Japhétistes ou Aryas.
- Les Aryas ne sont arrivés que les derniers. Aussi rencontrait-on d’abord, sur le quai d’Orsay, les habitations des Chamites (Egyptiens) et des Sémites (Assyriens, Phéniciens, Israélites, Pélasges et Etrusques).
- La maison égyptienne se présentait la première au visiteur, telle quelle avait pu être à l’époque la plus brillante de l’histoire du peuple égyptien, c’est-à-dire vers l’an îàoo avant J.-G., sous le règne du grand Sésostris, Ramsès IL C’était l’habitation d’un bourgeois ou d’un noble : car les artisans n’avaient que des huttes en roseaux et en limon.
- Pour son travail, M. Ch. Garnier a eu recours aux peintures égyptiennes, aux ouvrages de Ghampollion et deNicolini, et aux données fournies par M. Maspero.
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- La façade était percée de trois portes : une porte centrale, haute et étroite, avec imposte à claire-voie en bois peint, que flanquaient deux-petites fenêtres; deux portes latérales, en forme de pylônes, avec judas carrés fermés par des verrous en bois, que surmontaient deux fenêtres et sur les battants desquelles étaient peints les oudjas ou yeux sacrés d’Osiris.
- Au débouché de la porte centrale, un long couloir desservait, à droite, une grande salle, et à gauche, trois petites pièces. Des motifs de peinture, tels qu’étoiles à cinq branches, oies volantes, frises et plinthes de fleurs de lotus, ornaient les parois et les plafonds.
- Un petit escalier extérieur, accolé à la face d’arrière de l’édifice, conduisait à une terrasse bordée d’un parapet plein : la partie gauche de cette terrasse était occupée par une chambre haute.
- Au-dessus et au pourtour régnait une galerie à jour formée de colonnettes, qui, avec six colonnes minces placées aux quatre angles ainsi que de part et d’autre de la porte principale, supportaient une toiture plate et débordante. Les colonnes et colonnettes étaient surmontées de chapiteaux s’épanouissant en fleurs de lotus; les chapiteaux des colonnes portaient en outre des bandelettes flottantes; les piédestaux étaient formés de simples calottes sphériques.
- En avant de la maison se trouvaient deux bassins rectangulaires remplis d’eau avec bordure de plantes et fleurs en bandes diagonales.
- Une très belle collection d’antiquités appartenant à M. Dano et la présence de nègres et d’Arabes augmentaient l’illusion produite sur le public.
- Les Assyriens, qui possédèrent pendant plus de 2,000 ans.les bassins du Tigre et de l’Euphrate avant d’être soumis par les Perses en 538 avant J.-G., furent d’abord nomades. Aussi l’habitation assyrienne était-elle représentée par deux types : une tente et une maison.
- Latente, restituée d’après un bas-relief du British Muséum, avait en plan la forme d’un rectangle; elle présentait des parois verticales et un toit plat avec deux demi-coupoles aux extrémités. Une armature de perches et de cerceaux, et des poteaux extérieurs, à têtes moulurées
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- avec bandelettes flottantes, en maintenaient l’étoffe. On y accédait par une porte avec vélum incliné et soutenu par un cadre en bois. Elle était en laine blanche, revêtue de broderies sertissant des ornements de cuir, où les motifs de l’arbre sacré et de la palmette se combinaient avec des fleurs de lotus superposées.
- Restituée d’après les ouvrages de Place, Thomas et Layard, et les bas-reliefs du Louvre, la maison correspondait à la fin du vne siècle avant notre ère; c’était plutôt une partie de palais qu’une habitation ordinaire. Elle présentait deux tours quadrangulaires de hauteurs inégales, reliées par une courtine avec porte très étroite surmontée d’une imposte à jour. La partie inférieure de la tour de gauche était occupée par des cadres rectangulaires à stries cannelées descendant jusqu’au socle; sur la façade on voyait un disque ailé sculpté en relief et une inscription en caractères cunéiformes; au-dessus se montrait une galerie ouverte, à deux baies, avec deux groupes de colon-nettes géminées, puis un couronnement de créneaux à gradins, conforme au type qui a laissé des traces, non seulement dans l’architecture des Perses et des Sassanides, mais aussi dans l’architecture arabe. Quant à la tour basse de droite, elle était surmontée d’une corniche de profil égyptien. Une décoration polychrome très sobre avait été appliquée au-dessus de la porte et d’une petite fenêtre de la tour basse.
- Les documents faisaient quelque peu défaut pour la restitution de la maison phénicienne. Tout en disposant de certaines données éparses et en recourant aux lumières de M. Renan et d’autres savants illustres, M. Ch. Garnier a dû livrer carrière à son imagination et faire une œuvre en grande partie conjecturale.
- Telle que l’a conçue l’architecte, la maison consistait en un édifice aux couleurs éclatantes, dressant vers le ciel ses masses de charpente curieusement travaillées. Elle reposait sur un soubassement en pierre de taille, flanqué de plusieurs bornes, que l’architecte avait empruntées aux réservoirs d’Hadrumète. A gauche, une tour avec de longs mâts; à droite, un corps principal étagé, avec une élégante loggia; comme
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- couronnement, une plate-forme. Une inscription en caractères archaïques indiquait que l’habitation avait été construite sous le règne de Hiram, c’est-à-dire vers l’an 1 ooo avant J.-G.
- Quelque doute que l’on pût concevoir sur l’authenticité de la reproduction, il était impossible de n’y point voir la marque du caractère et de la richesse du peuple de marchands dont les flottes puissantes ont sillonné les mers pendant de longs siècles, jusqu’à la destruction de Tyr par Alexandre le Grand, en 332.
- De même que l’habitation assyrienne, l’habitation israélite était représentée par une tente et une maison : en effet, les Israélites ont mené une vie nomade en Mésopotamie, avant de se fixer en Palestine, vers l’an i5oo avant J.-C.
- La tente, rappelant celle des Assyriens, moins les demi-coupoles, était en pièces de cuir teint, avec décoration en damier à cases rouges et jaunes. Elle a été établie d’après un spécimen figuré dans un tombeau égyptien, qui date de l’époque où les Hébreux, avant Moïse, vivaient sur les bords du Nil.
- Quant à la maison, elle a été construite sur des bases tout à fait conjecturales; M. Garnier paraît s’être souvenu de l’édicule monolithe de Siloam, monument funéraire célèbre. C’était un édifice de pierres de taille, d’aspect très lourd, ne comportant qu’iin rez-de-chaussée. On y entrait par une porte à crossettes, à montants inclinés, que surmontait une baie jouant le rôle d’imposte; à droite de la porte, on avait plaqué un pilastre permettant de figurer certaines dispositions de chapiteaux et de bases attribuées à l’art salomonien. Plus loin était une fenêtre de même style que la porte, avec claustra de bois. De l’appareil lisse de la façade se détachaient quelques blocs à bossages ou refends. Au sommet régnait une corniche de profil égyptien , dans le cavet de laquelle étaient sculptés des ornements symboliques, dont on ne pouvait nier le caractère israélite, mais qui n’étaient peut-être point là à leur place.
- Au. corps de bâtiment principal était rattachée une aile en retraite, de moindre hauteur, devant laquelle un escalier à deux volées don-
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- A.f.wyriennr' { 700 av. J C)
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- Maison des Hébreux (1000 av. J.C.)
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- nait accès à une petite terrasse munie de garde-fous; de là un second escalier conduisait à la terrasse haute du corps principal.
- Diverses inscriptions en caractères hébreux étaient gravées sur des cartouches creux ou sur des cartouches en saillie et contenaient deux passages des Psaumes, ainsi qu’une indication faisant remonter l’édifice au règne de Salomon. Les cartouches en saillie ont été très critiqués.
- Nous passons maintenant de l’Asie à l’Europe. Les terrasses, qui conviennent aux pays ou il pleut rarement et où la neige est presque inconnue, vont faire place aux toitures.
- La maison des Pélasges a pu être restituée d’après des monuments qui subsistent encore partiellement et d’après les renseignements fournis par les fouilles de l’ile de Santorin. La date en était rapportée au xve siècle avant notre ère.
- Cet édifice, très simple, se composait de quatre murs, en blocs de pierre non équarris et ajustés sans mortier, et d’une couverture en troncs d’arbres et terre. Il attestait la civilisation primitive du peuple qui a possédé la Grèce, jusqu’au jour où les Hellènes l’en ont expulsé. Les murs présentaient un spécimen satisfaisant de l’appareil cyclo-péen ou pélasgique.
- Pour l’habitation étrusque, M. Ch. Garnier a été guidé par les modèles en terre cuite que l’on trouve dans nos musées et par les résultats de fouilles en Toscane.
- Cette habitation, à laquelle il assignait la date de 1000 ans avant J.-G., était d’une construction beaucoup plus savante que la maison des Pélasges et attribuait une civilisation fort avancée au peuple dont la domination puissante en Italie s’est prolongée jusqu’à la conquête romaine.
- Les murs du rez-de-chaussée étaient en pierre de taille. On y avait ménagé une porte de forme trapézoïdale. Aux angles se dressaient des pilastres cannelés. Des caractères étrusques étaient gravés dans les murs; près de la porte, une plaque de terre cuite scellée
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- représentait une amphore avec pampres et raisins, indiquant le nom du propriétaire.
- Au pourtour du premier étage courait une galerie couverte en bois, à forte saillie, portée sur des montants inclinés et à laquelle on accédait par l’arrière au moyen d’un petit escalier en pierre. Le tout était couvert par une toiture, avec cheminée centrale.
- La chambre intérieure était décorée de peintures à fresque, avec des frises de dauphins, des semis de croix pattées et des damiers a cases polychromes. A l’extérieur, les bois étaient également ornés de couleurs éclatantes.
- b. Civilisations nées des invasions des Aryas. — Tandis que les Sémites et lesChamites prospéraient autour des rives de la Méditerranée, les Aryas menaient une vie assez misérable en Asie, entre la mer Caspienne et l’Himalaya. Mais, vers l’an i5oo avant J.-C., la troisième famille de la race blanche commença à sortir de l’espace où elle était antérieurement confinée; peu à peu elle occupa une partie de l’Asie et toute l’Europe, depuis le Gange jusqu’à l’océan Atlantique, éliminant ou absorbant les sociétés qui l’avaient précédée dans ces régions. Ce fut l’événement le plus considérable des temps historiques, l’origine de toute la civilisation moderne.
- L’expansion des Aryas se produisit d’abord dans les vallées de l’Indus et du Gange, dans l’Hindoustan, où leurs descendants forment encore les castes nobles. Aussi la première maison aryenne représentée à l’Exposition était-elle une maison hindoue, de l’an 3oo avant notre ère.
- Les proportions de cet édifice et ses formes un peu tourmentées caractérisaient bien l’imagination de la vieille Inde. Au-dessus d’un soubassement très élevé se trouvait un rez-de-chaussée de grande hauteur, auquel on accédait par un escalier aux rampants ouvragés et où le jour ne pénétrait que par des fenêtres de petites dimensions. La porte était percée dans une sorte de courtine, à droite et à gauche de laquelle le bâtiment présentait deux saillies fort accusées; des inscriptions en caractères indiens archaïques en surmontaient le linteau.
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- Les deux étages comportaient des balcons soutenus par des consoles et par des colonnes et colonnettes; ils étaient couronnés par une corniche monumentale. Quant à la toiture, elle se composait de deux combles demi-circulaires, avec frontons, correspondant aux deux ailes et normaux à la façade, et d’un troisième comble perpendiculaire aux premiers et correspondant à la courtine.
- La reconstitution a été basée sur les indications d’un bas-relief du tope de Sanchi, sur des renseignements de M. Grandidier et sur des études de M. Fergusson.
- Après la maison hindoue on rencontrait la maison persane, établie d’après les documents communiqués par M. Dieulafoy.
- Les Perses étaient des Aryas qui, conduits par Cyrus, avaient détruit l’empire des Sémites assyriens, en 538 avant J.-C., et conquis toute l’Asie occidentale : après une domination éphémère, ils furent eux-mêmes soumis par les Grecs sous Alexandre le Grand, en 33o.
- L’édifice avait des formes élégantes et se caractérisait par l’apparition de la coupole, due à l’emploi rationnel et intelligent delà brique. Il se composait de deux parties bien distinctes : i° l’habitation des hommes, vaste salle largement ouverte a la vie extérieure, communiquant avec le dehors par une grande arcade et recouverte d’un dôme au travers duquel des ouvertures laissaient pénétrer le jour; 20 l’habitation des femmes, salle latérale, n’ayant que des fenêtres étroites et grillagées d’un style presque roman et recouverte d’une série de petites voûtes parallèles. Les façades, ornées d’arcades à faible relief et de colonnes, étaient couronnées de créneaux à gradins dérivant de l’architecture assyrienne. Avec ses harmonieuses combinaisons, la brique émaillée apportait une note de gaieté et dessinait bien les principales lignes de l’édifice.
- Faute d’espace, l’architecte avait dû supprimer les retours d’équerre et le jardin central.
- Les dernières migrations aryennes se sont tournées vers l’Occident, en pénétrant au nord de la mer Caspienne et du Caucase.
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- C’est environ i4oo ans avant J.-G. que les Germains se sont fixés dans l’Europe centrale; ils y ont conservé leur indépendance jusqu’au règne et aux conquêtes de Charlemagne, c’est-à-dire jusqu’au vme siècle de notre ère, mais se sont montrés extrêmement rebelles au progrès.
- M. Ch. Garnier a reproduit, d’après les bas-reliefs de la colonne Trajane et de la colonne Antonine, un village germain du ier siècle de l’ère chrétienne. Les maisons consistaient en de simples huttes en paille avec liens circulaires en osier; le sol y était en contre-bas du terrain naturel. L’une de ces huttes se distinguait par sa forme conique très prononcée. En avant, on voyait une maisonnette en bois, perchée sur quatre troncs d’arbre grossièrement équarris et couverte d’une toiture à deux versants; les charpentes portaient des signes barbares peints en rouge, noir et jaune, et quelques caractères runiques peints ou gravés; une tête de bœuf sauvage décorait la paroi antérieure : pour l’exactitude du tableau, il eût fallu suspendre à la façade quelques têtes d’ennemis tués à la guerre. Cette maisonnette servait d’observatoire, destiné à déjouer les attaques.
- Les Gaulois, qui s’étaient avancés plus loin que les Germains, ont gardé moins longtemps leur indépendance : Jules César les a soumis 5o ans avant notre ère.
- Il y avait abondance de documents au sujet de l’habitation de nos ancêtres.
- La cabane gauloise9 restituée au Champ de Mars, était très curieuse. Un toit de chaume, maintenu par une armature de rondins et deux troncs d’arbre disposés horizontalement en croix, reposait sur des pieux et des quartiers de roc implantés dans un mur circulaire en pierres sèches, dont il était isolé par un vide assez considérable. On descendait par quatre marches au niveau du sol circonscrit par ce mur. Autour de la fosse ainsi formée régnait une banquette sur laquelle était placé le foyer : la fumée s’échappait par un trou ménagé dans la toiture. Au centre, un clayage laissait passer les eaux, qui se drainaient dans le sol.
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- Vers l’an 1000 avant J.-C., les Grecs ont commencé à remplacer les Pélasges clans la péninsule hellénique. Leur civilisation a jeté le plus vif éclat jusqu’à la conquête romaine.
- M. Ch. Garnier a reproduit une maison du temps de Périclès (vers à3o avant notre ère), d’après un bas-relief du musée du Louvre, le Triomphe de Bacchus, dont il a scellé un moulage, à titre de pièce justificative, sur l’un des murs latéraux.
- L’édifice était simple : on n’ignore point, en effet, que les Grecs consacraient surtout leur génie artistique à la décoration des temples et monuments publics. En avant se trouvait un petit corps de logis, sans étage, avec soubassement en pierre de taille à bossages et porte d’entrée trapézoïdale, où les étrangers recevaient l’hospitalité; au delà était une cour contenant un autel quadrangulaire orné de têtes de bélier, de guirlandes et d’une dédicace aux dieux domestiques; puis on arrivait au corps principal, pourvu d’un étage. Sur la façade, l’architecte avait appliqué un Hermès, rappelant le rôle de la sculpture dans la vie hellénique; il y avait aussi gravé l’inscription suivante : «Héraclès habite ici; que rien de mauvais n’y entre, r.
- Les Italiotes avaient supplanté les Etrusques. Rome, fondée en 752 avant J.-C., conquit le Latium, l’Italie et tout le bassin méditerranéen.
- La maison romaine reproduisait exactement une maison de Pompéi, avec sa boutique, ses chambres du rez-de-chaussée où habitaient les maîtres, ses petites chambres sous le toit réservées aux esclaves, son atrium intérieur entouré d’un portique, son impluvium au centre. La porte d’entrée à pilastres et fronton était percée dans un mur en pierre de taille, à refends horizontaux. Au-dessus du premier étage et dans l’un des angles de l’édifice se voyait une petite terrasse, avec une charpente permettant de la couvrir. Des peintures à fresques, de couleurs vives et gaies, ornaient les murailles; le sol était recouvert de mosaïques sur lesquelles on lisait, près du seuil, le classique Sahe.
- A droite et en avant était une fontaine à réservoir; à gauche, un jardin clos de murs à hauteur d’appui, avec une autre fontaine à
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- gradins et à bassin de marbre blanc, flanqué de deux cippes à tête humaine.
- Sur le mur de gauche, le visiteur retrouvait Y Album tabulis inscri-bendum, muraille blanche destinée à recevoir les affiches électorales, les annonces de location, les affiches de spectacle, et où les gamins de l’antiquité ne se faisaient pas faute de risquer des dessins ou inscriptions.
- L’intérieur de la maison avait été livré a des marchands italiens, qui y vendaient des reproductions d’objets antiques.
- L’empire romain, qui s’était étendu et avait porté la civilisation dans toutes les parties du monde connu, se divisa, à la fin du ive siècle de notre ère, en deux moitiés, l’empire d’Occident et l’empire d’Orient, dont les destinées furent désormais distinctes.
- En Occident, la civilisation romaine ne tarda pas à être bouleversée par une série d’invasions, celle des Huns, de 35o à A5o après J.-G., celle des peuples germaniques et particulièrement des Francs, aux vie et vne siècles, celle des Scandinaves au ixe siècle. A la suite de ces bouleversements apparurent des types nouveaux, que l’histoire de l’habitation passait en revue.
- Mais, avant d’aborder ces types, M. Ch. Garnier montrait le chariot des Huns, avec ses roues pleines, son gros œuvre en bois grossièrement taillé et peint en brun, ses lourdes ferrures, ses parois en claies d’osier arrondies à l’avant, son berceau en grosse toile. C’était la maison roulante dans laquelle les féroces soldats d’Attila, Asiatiques de race jaune, traînaient leur famille, leurs bagages, leur butin, tandis qu’ils se tenaient eux-mêmes à cheval, poussant devant eux leurs immenses troupeaux.
- Le chariot des Iïuns a été reconstitué d’après le texte d’Ammien Marcellin et divers autres documents.
- La maison gallo-romaine, que l’on voyait derrière le chariot des Huns et qui pouvait être contemporaine de Clovis (vers 5oo), montrait les conséquences de l’invasion des Huns et de celle des Francs.
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- Maison romane f IX® Siècle )_ Maison du moyen-â6e ( XIII? Siècle )_ Maison de la’Renaissance (XVI? Siècle)
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- L’édifice était pittoresque et encore confortable; il avait conservé dans son plan quelques traditions de l’art classique : mais, construit à l’aide de débris empruntés à des monuments en ruine, fûts de colonne, chapiteaux, fragments d’arcade, il attestait la désolation dont avait souffert l’Occident.
- La dissémination des documents a obligé l’architecte à composer d’imagination. Telle qu’il l’a restituée, la maison donnait comme un avant-goût de l’art roman.
- L’ère des invasions dans l’Occident s’est terminée par celle des Northmans, au ixc siècle.
- Ces pirates audacieux, qui devaient aux forêts de la Norvège et de la Suède leur excellent matériel de navigation, leur empruntaient aussi les matériaux de construction des maisons.
- La maison Scandinave restituée par M. Garnier, d’après les documents transmis par M. Boberg, architecte suédois, s’élevait sur un soubassement en blocs de granité à peine dressés, mais à assises régulières; elle était entièrement en bois, sans peinture ni ornements.
- Quand les invasions eurent pris fin, la civilisation de l’Occident put reprendre sa marche ; s’assimilant les nouveaux éléments apportés parles barbares, elle produisit des types nouveauxà peu près communs à toute l’Europe occidentale.
- L’architecte avait groupé, autour d’une place publique ornée d’accessoires authentiques, trois maisons caractéristiques et particulièrement intéressantes : la maison romane du xc siècle, la maison du moyen âge (époque de saint Louis, xmc siècle), la maison de la Renaissance (époque de Henri II, xvie siècle). Pour cette partie de son œuvre, il pouvait puiser à pleines mains dans des documents certains, copier même des modèles en les adaptant de manière à réaliser un ensemble harmonieux : le type de la Renaissance notamment reproduisait une maison d’Orléans, sauf suppression d’un étage et adjonction d’une tourelle d’angle en encorbellement.
- Je ne m’attarderai point à décrire les spécimens ainsi groupés :
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- les styles qu’ils avaient pour objet de caractériser sont classiques et n’appellent aucune explication spéciale.
- Pendant les transformations successives de l’empire d’Occident, par suite des invasions barbares, l’empire d’Orient continuait à vivre jusqu’au xve siècle. C’est l’époque byzantine, dont la civilisation n’a été qu’un alliage des anciennes civilisations grecque et romaine.
- M. Gh. Garnier a pu se borner à la copie textuelle d’une maison de la Syrie centrale, remontant au vi® siècle et dessinée sur place par M. le marquis de Yogüé.
- Cette maison, avec sa façade à deux rangs de colonnes superposés, son petit porche sur colonnes, sa toiture plate, ses inscriptions pieuses en langue grecque, l’indication de sa date et du nom de son architecte (Domnos), était incontestablement très réussie.
- Les populations slaves de l’Europe orientale ont obéi à l’influence byzantine, qui les a dotées de leur religion et de leur civilisation.
- Cette influence se révélait dans la maison serbe ou bulgare du xic siècle et dans la maison russe du xve siècle, établies, la première d’après divers croquis, dessins ou textes qui lui assuraient une suffisante exactitude, la seconde d’après quelques rares documents de l’époque et surtout d’après un dessin extrait de YOuvrage sur les antiquités russes.
- La maison russe était plus ornée que la maison serbe : elle appartenait en effet à une époque plus récente et à une nation relativement plus policée. Mais toutes deux avaient des traits communs : elles étaient en bois l’une et l’autre, par suite de la richesse des forêts et de la rareté des carrières; elles comportaient un rez-de-chaussée servant à l’habitation des hommes et un premier étage isolé, auquel conduisait un escalier extérieur et qui constituait une sorte de gynécée ou terem, affecté aux femmes.
- La maison arabe annonçait une civilisation nouvelle, celle des Musulmans.
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- Tandis que l'influence byzantine avançait vers le Nord, elle était refoulée au Sud par l’invasion des Arabes, que le prosélytisme religieux entraînait hors de leur péninsule.
- M. Garnier a cherché à reconstituer une maison du-ive siècle de l’Hégire, c’est-à-dire du xie siècle de notre ère. A cet effet, il a combiné divers éléments dont l’exactitude individuelle n’était pas douteuse, mais qui provenaient peut-être de lieux différents et d’époques diverses. La construction haute aux grands murs nus, le couronnement crénelé, la terrasse, la porte avec arcade en fer à cheval, l’avant-conr, les moucharabys, c’est-à-dire les fenêtres combinées pour permettre aux femmes de voir sans être vues, les arabesques, tout était de pur style : néanmoins, au point de vue de l’ensemble, il eût peut-être mieux valu copier une maison de date un peu plus récente, comme il en existe encore au Caire, à Damas ou à Jérusalem.
- L’architecte a pris son second type de maison musulmane dans le Soudan, où la religion et la civilisation mahométanes ont pénétré au xic siècle.
- C’était une construction massive, aux ouvertures étroites et peu nombreuses, établie d’après les indications de divers voyageurs.
- Les exigences du climat avaient rendu presque inappréciable l’influence de l’architecture arabe sur cette région de l’Afrique, où cependant le mahométisme était si puissant.
- c. Civilisations isolées. — Pour clore l’histoire de l'habitation, M. Ch. Garnier a réuni quelques types correspondant à des races diverses, qui sont restées isolées jusqu’à une époque relativement récente et n’ont point participé à la marche générale de l’humanité.
- Cette série se divisait en trois parties consacrées, la première à la race jaune et aux races qui en sont dérivées, la seconde à la race nègre, la troisième aux populations indigènes du continent américain.
- Dans le groupe affecté à la race jaune se plaçait tout d’abord
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- l’habitation du Japon, dont la civilisation remonte au moins à 0,000 ans avant J.-G. et qui n’a été abordé qu’en î 54s par la navigation européenne.
- Cette maison, dont on ne saurait fixer la date, mais qui était authentique au point de vue de ses dispositions d’ensemble comme au point de vue de ses dispositions de détail, présentait des formes délicates et élégantes. Elle avait un rez-de-chaussée, fortement surélevé au-dessus du sol, avec galerie couverte de pourtour, et un premier étage avec balcon; la saillie de sa toiture était très accusée; le nombre de ses baies et leur étendue répondaient bien à la nature du climat et au caractère des habitants; le bois y jouait d’ailleurs un rôle prépondérant.
- Les voyageurs européens ont pénétré pour la première fois en Chine au xive siècle. Je ne rappellerai point ici l’immobilité proverbiale de ce pays, dont la civilisation, si ancienne et déjà si avancée plus de 5,ooo ans avant notre ère, ne s’est pour ainsi dire pas modifiée.
- La maison chinoise édifiée sur le quai d’Orsay ne différait guère des types actuels : on y retrouvait le portique couvert, la toiture retroussée et à deux gradins, les formes générales aujourd’hui si connues de tous ceux qui ont étudié, même superficiellement, la vie des nations étrangères.
- Remontant vers le Nord, le visiteur passait ensuite à la race boréale des Esquimaux et des Lapons, qui paraît se rattacher à la race jaune.
- M. Garnier représentait les deux demeures de cette race, au moment où elle a été connue des navigateurs Scandinaves (xe siècle). Rien de plus primitif : une hutte en peaux de phoque ou de renne, pour l’été, et un entassement de blocs de glace, où l’on ne pouvait s’introduire qu’en rampant, pour la saison hivernale.
- Après la race jaune, la race nègre.
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- Les types d’habitation dans l’Afrique équatoriale sont très nombreux. Ce sont des huttes ou cabanes en bois et paille, de dimensions généralement restreintes.
- L’architecte avait choisi trois spécimens, l’un en forme de ruche placée à une certaine hauteur du sol, supportée par des pieux et n’ayant d’accès que par une échelle; un autre, ressemblant de loin à un vaste champignon; un troisième, à couverture conique élancée et très saillante.
- Le premier de ces spécimens reproduisait une peinture égyptienne du xve siècle avant notre ère, relatant les exploits de Ramsès 11 (Sésostris).
- Enfin on arrivait aux populations indigènes de l’Amérique, c’est-à-dire à des sociétés aujourd’hui disparues.
- Trois cabanes, trois wigwams, avec décoration d’armes et de trophées, donnaient l’aspect des campements de Peaux-Rouges, à la fin du xve siècle, quand Christophe Colomb découvrit le nouveau monde. Le visiteur remarquait notamment une hutte circulaire dont les parois étaient formées de pièces de bois, non équarries et placées les unes à côté des autres.
- Puis venait la curieuse habitation des Aztèques, race cruelle et élégante que Fernand Cortez trouva installée au Mexique, vers l’origine du xvie siècle. Cette étrange maison était tout en pierre, y compris sa couverture à gradins.
- La dernière construction reproduisait le type de l’habitation des Incas, les fils du Soleil, les maîtres pacifiques du Pérou, dont la conquête de Pizarre fit disparaître la civilisation spéciale au début du xviesiècle. Elle était massive; ses murs ne présentaient que peu d’ouvertures; on y accédait par des portes trapézoïdales; une terrasse étagée la surmontait. Sa structure était en rapport avec la chaleur du climat.
- Pour ces dernières restitutions, M. Garnier a puisé dans les ouvrages de Charnay, de Gaillabaud et de Fergusson, ainsi que dans les collections des musées.
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- 4. Conclusion. — Telle a été l’œuvre de M. Ch. Garnier.
- Les quelques critiques qui ont pu lui être adressées ne sauraient la dépouiller de son caractère artistique et scientifique, ni en diminuer le mérite, d’autant plus grand qu’elle a dû être exécutée dans un délai extrêmement court.
- La dépense n’a pas dépassé 577,000 francs.
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- CHAPITRE XYI.
- IA TOUR DE 300 MÈTRES.
- 1. Origines de la Tour de 300 mètres. — L’idée d’une tour de grande hauteur n’est pas nouvelle.
- Sans remonter à la tour de Babel, de célèbre mémoire, je rappellerai qu’en 1833 un ingénieur anglais bien connu, Trevithick, proposa d’ériger une immense colonne en fonte ajourée de î ,ooo pieds de hauteur (3oû m. 8o), en l’honneur du bill de réforme voté l’année précédente par le Parlement.
- Cette colonne circulaire devait reposer sur un soubassement en pierre de 18 mètres de hauteur, présenter un diamètre de 3 o mètres à la base et de 3 m. 6o au sommet, et se terminer par un chapiteau avec plate-forme de î 5 mètres de diamètre, portant une statue de 12 mètres de hauteur. On y aurait employé i,5oo plaques de fonte de 3 mètres de côté et de o m. o5 d’épaisseur, avec évidement circulaire de î m. 8o de diamètre, assemblées au moyen de brides et de boulons. Le poids total de la partie métallique eût été de 6,ooo tonnes environ. Un ascenseur placé dans l’axe de la colonne et mû par l’air comprimé devait franchir les 3oo mètres en cinq minutes , à la vitesse de î mètre par seconde.
- Trevithick évaluait la dépense à a millions de francs et le délai d’exécution à moins d’un an. Il chercha à provoquer une souscription publique; ses plans furent présentés au roi Guillaume le ier mars 1833. Mais il mourut le 21 avril de la même année, et personne ne reprit le projet.
- En 18Ô8, les Américains entreprirent à Washington la construction d’un obélisque qui devait avoir 183 mètres de hauteur.
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- Arrivé à 46 mètres, on s’aperçut que la pyramide penchait sensiblement et l’on suspendit les travaux, pour ne les reprendre qu’en 1877, après avoir fait de nouvelles fondations; la hauteur fut d’ailleurs réduite au chiffre déjà très respectable de 169 mètres.
- Ce monument a été inauguré le 20 février 1885, jour du cinquantième anniversaire de la fondation de Washington.
- Sa section extérieure est un carré de 16 m. 75 de côté, sur les 45 premiers mètres à partir de la hase, et de 10 m. 69 au-dessus du chapiteau, c’est-à-dire à 1 52 mètres environ de hauteur. Il est évidé intérieurement : les parois ont lx m. 56 d’épaisseur à la base et 0 m. 5o au sommet. Les fondations présentent un large empâtement et descendent à 11 m. 28 en contre-bas du sol.
- Sur toute la hauteur, les parements sont en marbre blanc; sauf dans la partie supérieure, où les murs étaient trop minces pour comporter une maçonnerie mixte, le marbre est plaqué sur de la maçonnerie de granité.
- Les matériaux ont été montés au moyen d’un ascenseur à vapeur, à treuil et double câble en fils d’acier. Cet ascenseur sert aujourd’hui à porter sur la plate-forme les visiteurs qui hésitent à gravir l’escalier de 910 marches.
- La dépense d’établissement s’est élevée à 7,100,000 francs.
- A l’occasion de l’Exposition de Philadelphie, MM. Clarke et Reeves, ingénieurs américains, proposèrent de bâtir une tour de 3o4 mètres; mais, malgré le génie novateur du nouveau monde, leur projet n’aboutit pas.
- Il a été également question d’élever à Bruxelles une tour de 200 mètres en bois.
- Récemment les Italiens ont achevé, à Turin, une tour de 170 mètres, dite Mole Antonelliana, que couronne le Génie de la maison de Savoie.
- En 1881, M. Sébillot, ingénieur, était revenu d’Amérique avec le dessin d’une tour de Boo mètres, surmontée d’un foyer électrique
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- pour l’éclairage de Paris. MM. Bourdais et Sébillot reprirent en commun l’idée de cet édifice, qui aurait eu 370 mètres de hauteur, dont 300 en pierre et 70 en fer. Un autre projet d’une tour complètement en fer fut encore présenté en 188B a la Commission de l’Exposition par M. l’architecte Bourdais.
- De leur côté, MM. Nouguier et Kœchlin, ingénieurs de la maison Eiffel, et M. Sauvestre, architecte, avaient dressé l’avant-projet d’une grande tour métallique de 300 mètres. L’entreprise était bien faite pour tenter un constructeur habile, expérimenté et audacieux, comme M. Eiffel : il n’hésita point a en assumer la charge et à présenter des propositions fermes au Ministre du commerce et de l’industrie, en vue de comprendre la Tour dans le cadre de l’Exposition universelle de 1889.
- Dans la pensée de M. Eiffel, cette œuvre colossale devait constituer une éclatante manifestation de la puissance industrielle de notre pays, attester les immenses progrès réalisés dans l’art des constructions métalliques, célébrer l’essor inouï du génie civil au cours de ce siècle, attirer de nombreux visiteurs et contribuer largement au succès des grandes assises pacifiques organisées pour le centenaire de 1789.
- Les ouvertures de M. Eiffel reçurent un accueil favorable de l’administration. Lorsque, à la date du ier mai 1886, M. Lockroy, alors Ministre du commerce et de l’industrie, arrêta le programme du concours pour l’Exposition de 1889, il y inséra l’article suivant : «Les concurrents devront étudier la possibilité d’élever sur le Champ de Mars une tour en fer à base carrée, de ia5 mètres de côté à la base et de 3oo mètres de hauteur. Ils feront figurer cette tour sur le plan du Champ de Mars, et, s’ils le jugent convenable, ils pourront présenter un autre plan sans ladite tour, n
- On peut dire que, dès cette époque, le travail était décidé en principe.
- Peu de jours après, le 12 mai 1886, M. Lockroy instituait une Commission pour l’étude et l’examen du projet de M. Eiffel.
- D’après ce projet, la Tour devait se composer essentiellement de
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- quatre montants ou arbalétriers, formant les angles de l’édifice et se fondant en une poutre unique à section rectangulaire, vers la hauteur de 200 mètres. Il n’y entrait que des fers laminés : l’acier, auquel on avait un instant songé, eût coûté beaucoup plus cher et n’aurait pas donné les mêmes garanties de stabilité.
- Les montants avaient une forme courbe qui les amenait graduellement, comme je viens de le dire, à converger vers le sommet, alors que leurs pieds s’écartaient à la base et y dessinaient un carré de îoo mètres de côté. Le tracé était établi de telle sorte que l’action du vent développât seulement des actions longitudinales : soit des compressions augmentant celles que produirait le poids propre, soit des extensions se retranchant au lieu de s’ajouter, mais en laissant prédominer la compression. Dans ces conditions, il était inutile d’entretoiser les montants, qui pouvaient demeurer indépendants les uns des autres.
- Les calculs, opérés pour la plupart à l’aide de la méthode graphique, prévoyaient pour l’action du vent deux hypothèses différentes : dans l’une, la Tour subirait du haut en bas une poussée horizontale de 3oo kilogrammes par mètre carré de surface choquée;dans l’autre, la poussée varierait régulièrement et par degrés insensibles, depuis 200 kilogrammes à la base jusqu’à 4oo kilogrammes au sommet. Ces calculs furent plus tard complétés dans d’autres hypothèses, qui correspondaient à une poussée de 3oo kilogrammes au mètre carré, agissant soit sur le quart supérieur, soit sur la moitié supérieure, soit sur les trois quarts à partir du sommet, le reste de la Tour ne subissant aucune action analogue.
- La limite de résistance admise pour le métal était de î o kilogrammes par millimètre carré. Ce chiffre pouvait paraître un peu fort : mais les valeurs attribuées à l’action du vent excédaient notablement les pressions observées dans nos climats.
- Une sous-commission, composée de MM. Phillips, inspecteur général des mines en retraite, membre de l’Académie des sciences, Colli-gnon, inspecteur général des ponts et chaussées, professeur à l’Ecole polytechnique, et Gontamin, ingénieur, professeur à l’Ecole centrale,
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- rédigea un rapport concluant à l’approbation, sous certaines réserves d’importance relativement secondaire.
- Cette conclusion fut ratifiée par la Commission, étant entendu que le mécanisme des ascenseurs serait étudié avec plus de précision et que des spécialistes donneraient leur avis sur les mesures à prendre au sujet des phénomènes électriques qui pourraient se produire.
- La Commission avait examiné en outre divers projets présentés par MM. Boucher, Bourdais, Henry, Marion, Pochet, Robert, Rouyer et Speyser; elle les avait écartés, comme irréalisables ou insuffisamment élaborés.
- Le 8 janvier 1887, MM. Lockroy, Ministre, commissaire général de l’Exposition, Poubelle, préfet de la Seine, dûment autorisé par le Conseil municipal, et Eiffel, soumissionnaire, signaient une convention aux termes de laquelle ce dernier s’engageait définitivement à exécuter la Tour de 3oo mètres et a la mettre en exploitation à l’ouverture de l’Exposition de 1889.
- M. Eiffel demeurait soumis au contrôle des ingénieurs de l’Exposition et de la Commission spéciale instituée le 12 mai 1886.
- Il recevait : i° une subvention de i,5oo,ooo francs, échelonnée en trois termes, dont le dernier échéant à la réception de l’ouvrage; 2° l’autorisation d’exploiter la Tour pendant toute la durée de l’Exposition, tant au point de vue de l’ascension du public qu’au point de vue de l’installation de restaurants, cafés ou autres établissements analogues, sous la double condition que le prix de l’ascension serait limité, les jours ordinaires, à 5 francs pour le sommet et à 2 francs pour le premier étage, et les dimanches ou jours fériés, à 2 francs pour le sommet et à 1 franc pour le premier étage, et que les concessions de cafés, restaurants, etc., seraient approuvées par le Ministre; 3° la continuation de la jouissance pendant vingt ans à compter du ier janvier 1890.
- A l’expiration de ce dernier délai, la jouissance de la Tour devait faire retour à la ville de Paris, qui était d’ailleurs substituée à l’Etat dans la propriété du monument, dès après l’Exposition.
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- Ainsi le traité passé entre l’Etat, la Ville et M. Eiffel avait le caractère d’un contrat de concession, n’accordant aux concessionnaires que des droits limitativement énumérés : il excluait notamment le monopole des reproductions de la Tour. (Voir un avis de la section des travaux publics, de l’agriculture, du commerce et de l’industrie du Conseil d’Etat, en date du 9 mars 1889, inséré au Journal officiel.)
- Il avait fallu beaucoup de ténacité à M. Eiffel et quelque courage au Ministre, commissaire général, pour conclure cette convention.
- Sans parler des sceptiques qui avaient mis en doute la possibilité de mener à bien une œuvre si nouvelle et si gigantesque, on avait assisté à une véritable levée de boucliers de la part des artistes.
- Voici une lettre fort curieuse, au point de vue historique, qui était adressée à M. Alphand, vers le commencement de février 1887, et qui portait la signature des peintres, des sculpteurs, des architectes et des écrivains les plus connus :
- Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu’ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisée du nom de «tour de Babel».
- Sans tomber dans l’exaltation du chauvinisme, nous avons le droit de proclamer bien haut que Paris est la ville sans rivale dans le monde. Au-dessus de ses rues, de ses boulevards élargis, le long de ses quais admirables, du milieu de ses magnifiques promenades, surgissent les plus nobles monuments que le génie humain ait enfantés. L’âme de la France, créatrice de chefs-d’œuvre, resplendit parmi cette floraison auguste de pierres. L’Italie, l’Allemagne, les Flandres, si fîères à juste titre de leur héritage artistique, ne possèdent rien qui soit comparable au nôtre, et de tous les coins de l’univers Paris attire les curiosités et les admirations. Allons-nous donc laisser profaner tout cela? La ville de Paris va-t-elle donc s’associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d’un constructeur de machines, pour s’enlaidir irréparablement et se déshonorer? Car la tour Eiffel, dont la commerciale Amérique elle-même ne voudrait pas, c’est, n’en doutez pas, le déshonneur de Paris. Chacun le sent, chacun le dit, chacun
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- s’en afflige profondément, et nous ne sommes qu’un faible écho de l’opinion universelle, si légitimement alarmée. Enfin, lorsque les étrangers viendront visiter notre Exposition, ils s’écrieront, étonnés : Quoi? C’est cette'horreur que les Français ont trouvée pour nous donner une idée de leur goût si fort vanté? Ils auront raison de se moquer de nous, parce que le Paris des gothiques sublimes, le Paris de Jean Goujon, de Germain Pilon, de Puget, de Rude, de Barye, etc., sera devenu le Paris de M. Eiffel.
- 11 suffit d’ailleurs, pour se rendre compte de ce que nous avançons, de se figurer un instant une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu’une noire et gigantesque cheminée d’usine, écrasant de sa masse barbare Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des Invalides, l’Arc-de-Triomphe, tous nos monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées, qui disparaîtront dans ce rêve stupéfiant. Et pendant vingt ans, nous verrons s’allonger sur la ville entière, frémissante encore du génie de tant de siècles, nous verrons s’allonger comme une tache d’encre l’ombre odieuse de l’odieuse colonne de tôle boulonnée.
- C’est à vous qui aimez tant Paris, qui l’avez tant embelli, qui l’avez tant de fois protégé contre les dévastations administratives et le vandalisme des entreprises industrielles, qu’appartient l’honneur de le défendre une fois de plus. Nous nous en remettons à vous du soin de plaider la cause de Paris, sachant que vous y dépenserez toute l’énergie, toute l’éloquence, que doit inspirer à un artiste tel que vous l’amour de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est juste. Et si notre cri d’alarme n’est pas entendu, si vos raisons ne sont pas écoutées, si Paris s’obstine dans l’idée de déshonorer Paris, nous aurons du moins, vous et nous, fait entendre une protestation qui honore.
- De la forme de cette philippique je ne dirai rien : les grands écrivains qui Pont revêtue de leur signature avaient cependant donné jusqu’alors a leurs lecteurs une idée différente de la langue française.
- Dans le fond, l’attaque était tout à fait excessive, quelles que fussent les vues des protestataires sur la valeur esthétique de l’œuvre. Le crime qu’allaient commettre les organisateurs de l’Exposition, de complicité avec M. Eiffel, n’était point si noir que Paris dût en être à jamais déshonoré. De pareilles exagérations peuvent s’excuser de la part des artistes, peintres, sculpteurs et même compositeurs de musique : tout leur est permis; ils possèdent le monopole du goût; eux seuls ont le sentiment du beau; leur sacerdoce est infaillible; leurs oracles sont indiscutables. Peut-être les auteurs dramatiques, les
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- poètes, les romanciers et autres signataires de la lettre méritaient-ils moins d’indulgence.
- M. Lockroy, qui, pour être ministre, n’avait rien perdu de son esprit si fin ni de sa verve si mordante, remit à M. Alphand une réponse que j’ai plaisir à reproduire, en me bornant à en retrancher un passage pour ne point citer de nom propre :
- Les journaux publient une soi-disant protestation à vous adressée par les artistes et les littérateurs français. Il s’agit de la tour Eiffel, que vous avez contribué à placer dans l’enceinte de l’Exposition universelle. A l’ampleur des périodes, à la beauté des métaphores, à l’atticisme d’un style délicat et précis, on devine, sans même regarder les signatures, que la .protestation est due à la collaboration des écrivains et des poètes les plus célèbres de notre temps.
- Cette protestation est bien dure pour vous, Monsieur le Directeur des travaux. Elle ne l’est pas moins pour moi. Paris «frémissant encore du génie de tant de siècles», dit-elle, et qui «est une floraison auguste de pierres parmi lesquelles resplendit l’âme de la France», serait déshonoré si on élevait une tour dont «la commerciale Amérique ne voudrait pas». «Cette main barbare», ajoute-t-elle dans le langage vivant et coloré qu’elle emploie, gâtera le « Paris des gothiques sublimes », le Paris des Goujon, des Pilon, des Barye et des Rude.
- Ce dernier passage vous frappera sans doute autant qu’il m’a frappé, car «l’art et l’histoire français», comme dit la protestation, ne m’avaient point appris encore <jue les Pilon, les Barye, ou même les Rude, fussent des gothiques sublimes. Mais quand des artistes compétents affirment un fait de cette nature, nous n’avons qu’à nous incliner......
- Ne vous laissez donc pas impressionner par la forme qui est belle, et voyez les faits. La protestation manque d’à-propos Vous ferez remarquer aux signataires qui vous l’apporteront que la construction de la Tour est décidée depuis un an et que le chantier est ouvert depuis un mois. On pouvait protester en temps utile : on ne l’a pas fait, et «l’indignation qui honore» a le tort d’éclater juste trop tard.
- J’en suis profondément peiné. Ce n’est pas que je craigne pour Paris. Notre-Dame restera Notre-Dame et l’Arc-de-Triompbe restera l’Arc-de-Triomphe. Mais j’aurais pu sauver la seule partie de la grande ville qui fût sérieusement menacée : cet incomparable carré de sable qu’on appelle le Champ de Mars, si digne d’inspirer les poètes et de séduire les paysagistes.
- Vous pouvez exprimer ce regret à ces Messieurs. Ne leur dites pas qu’il est pénible de ne voir attaquer l’Exposition que par ceux qui devraient la défendre; qu’une protestation signée de noms si illustres aura du retentissement dans toute l’Europe et risquera de fournir un prétexte à certains étrangers pour ne point parti-
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- cipcr à nos fêtes; qu’il est mauvais de chercher à ridiculiser une œuvre pacifique à laquelle la France s’attache avec d’autant plus d’ardeur, à l’heure présente, qu’elle se voit plus injustement suspectée au dehors. De si mesquines considérations touchent un ministre : elles n’auraient point de valeur pour des esprits élevés que préoccupent avant tout les intérêts de l’art et l’amour du beau.
- Ce que je vous prie de faire, c’est de recevoir la protestation et de la garder. Elle devra figurer dans les vitrines de l’Exposition. Une si belle et si noble prose signée de noms connus dans le monde entier ne pourra manquer d’attirer la foule et, peut-être, de l’étonner.
- Cette page bien française a dû étonner quelque peu les expéditionnaires du Ministère : la correspondance administrative n’est malheureusement d’ordinaire ni si vive, ni si gaie, ni si spirituelle; sa sévérité s’accommode mal à nos vieilles traditions gauloises. Si M. Lockroy pouvait faire école, l’exercice des fonctions publiques serait moins monotone et certainement mieux apprécié. Le Ministre avait su mettre les rieurs de son coté. Son procès était gagné.
- Les muses tentèrent, il est vrai, des retours offensifs. On se rappelle les vers suivants de François Coppée :
- Le flâneur, quand il considère Les cent étages à gravir Du démesuré belvédère,
- Demande : «A quoi peut-il servir?
- Tamerlan est-il à nos portes?
- Est-ce de là-haut qu’on surprend Les manœuvres de ses cohortes ! »
- — Pas du tout; c’est un restaurant.
- «À ces hauteurs vertigineuses Le savant voit-il mieux les chocs Des mondes et des nébuleuses?»
- — Non pas; on y prendra des bocks.
- Et voici la grande pensée,
- Le vrai but, le profond dessous :
- Cette pyramide insensée,
- On y montera pour cent sous.
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- A cette fantaisie poétique j’avoue préférer les Humbles ou le Passant, fallut-il débourser cent sous pour les lire, comme pour faire l'ascension de la Tour. Goppée ajoutait encore :
- Le mont Blanc hausse les épaules En songeant à la tour Eiffel.
- Sans doute. Mais le mont Blanc lui-même excite sans doute les railleries de la terre, sur l’écorce de laquelle il n’est parvenu à dessiner qu’une rugosité presque imperceptible; le soleil raille la terre, dont il a i,Aoo,ooo fois le volume. Quel est le géant qui puisse se vanter de ne point être traité de pygmée par plus grand que lui et de ne point éveiller la pitié ?
- 2. Comparaison entre la hauteur de la Tour et celle des monu-
- ments les plus élevés du monde. — Il ne sera pas sans intérêt de rappeler ici la hauteur des plus grands monuments du monde :
- Colonne de la place Vendôme.............................. A3 mètres.
- Colonne de la Bastille............................... A 7
- Tours de Notre-Dame de Paris............................. 66
- Panthéon................................................. 79
- Capitole de Washington................................... 93
- Cathédrale d’Amiens..................................... 100
- Flèche des Invalides.................................... io5
- Dôme de Milan......................................... 109
- Saint-Paul de Londres................................... 110
- Cathédrale de Chartres. . ........................... 1 13
- Tour Saint-Michel à Bordeaux......................... 11 3
- Cathédrale d’Anvers..................................... 120
- Saint-Pierre de Rome................................. 13 2
- Tour Saint-Etienne à Vienne.......................... 1 3 8
- Cathédrale de Strasbourg............................. 1 A2
- Pyramide de Chéops................................... 1 A 2
- Cathédrale de Rouen..................................... i5o
- Cathédrale de Cologne................................ j 56
- Obélisque de Washington................................. 169
- Tour Mole Antonelliana à Turin.......................... 170
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- 3. Renseignements sommaires sur les grandes piles métalliques construites avant 1889. — Pour donner la genèse complète de la Tour, M. deParville, dans son intéressant ouvrage sur l’Exposition universelle, a rappelé les origines des piles métalliques de ponts et leurs progrès successifs.
- Il me sera permis de suivre son exemple. Loin d’affaiblir les mérites de M. Eiffel, mes indications sommaires ne pourront que mettre mieux en relief le grand talent de ce constructeur.
- Le plus ancien viaduc à piles métalliques est celui de Crumlin, dans le pays de Galles, entrepris en i853. Les piles ont 53 mètres de hauteur et sont formées de trois palées, dont les deux extrêmes ont un léger fruit; chacune des palées extérieures se compose de colonnes en fonte creuse ou arbalétriers, reliés par des entretoises et croix de Saint-André en fer; deux arbalétriers supplémentaires, jouant le rôle de contre-fiches, ont été ajoutés a la palée médiane.
- Peu de temps après fut élevé le viaduc de la Sitter, en Suisse (î 854-1856). Les piles étaient constituées par un soubassement en maçonnerie de 9 m. 80 et une superstructure en fonte de 47 m. 80, formée elle-même de châssis superposés; le travail était hardi, mais la matière mal employée.
- Ensuite vint le viaduc delaSarine, près de Fribourg (1857-1862 ). Les piles de ce viaduc comprenaient un soubassement maçonné de 2 7 mètres de hauteur au maximum et une superstructure métallique de 43 m. 3o; leurs dispositions rappelaient celles de Crumlin, sauf suppression des étais; pour chaque pile, les arbalétriers convergeaient vers le sommet. C’est l’usine du Greusot qui a exécuté ce viaduc à forfait; l’ingénieur en chef était M. Nordling.
- Passé au réseau central de la Compagnie d’Orléans, M. Nordling eut bientôt à construire deux grands viaducs : l’un, celui de Busseau-d’Ahun, au passage du chemin de fer de Montluçon à Limoges sur la Creuse; l’autre, celui de la Cère, à la traversée de cette rivière par la ligne de Figeac à Aurillac. Il n’hésita pas à recourir au système des piles métalliques reposant sur un soubassement maçonné : la h. 18
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- hauteur de la superstructure variait de 20 à 34 mètres pour les deux viaducs. Les piles étaient analogues à celles du viaduc de la Sarine; leurs arbalétriers en fonte convergeaient vers le sommet et dessinaient un tronc de pyramide à quatre pans, pour le viaduc à deux voies de Busseau-d’Ahun, et a huit pans, pour le viaduc à une voie de la Gère; chaque pile comportait huit arbalétriers. MM. Gail et la Compagnie de Fives-Lille se chargèrent de l’entreprise.
- A cette occasion, M. Nordling a étudié avec beaucoup de soin et de science les conditions de résistance des piles métalliques, notamment sous l’action du vent. Les calculs auxquels il s’est livré démontrent que les efforts de compression ou de traction développés dans les arbalétriers sont loin de croître proportionnellement à la hauteur des piles.
- On lira avec fruit le mémoire qu’il a publié dans les Annales des ponts et chaussées (1864, 2 e semestre). Ce mémoire signalait comme l’une des conquêtes de l’art moderne l’application de la charpente métallique aux piles des viaducs et la possibilité d’atteindre ainsi des hauteurs auxquelles on n’apercevait pas de limites. En terminant, M. Nordling indiquait diverses améliorations qui lui paraissaient susceptibles d’être réalisées dans l’avenir; il discutait aussi la question du choix du métal employé a la confection des arbalétriers (tuyaux en fonte creux et à brides; poutres en fer à t ou en croix; tubes en tôle) : mais il évitait de choisir entre ces solutions, dont seule la pratique devait démontrer la valeur relative.
- Plus tard, M. Nordling a eu à établir quatre viaducs à piles métalliques, au passage de la ligne de Commentry à Gannat sur la rivière de la Bouble, le ruisseau de Bellon, la rivière de la Sioule et le ravin de Neuvial, et a rendu compte de ces travaux dans un mémoire inséré en 1870 aux Annales des ponts et chaussées.
- La hauteur totale des rails au-dessus du soubassement en maçonnerie, au point le plus élevé de chacun des viaducs, variait de 39 à 62 mètres et celle de la superstructure métallique des piles de 35 à 55 mètres. L’entreprise a été confiée, pour deux des viaducs, à
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- M. Eiffel, et pour les deux autres, à MM. Cail et à la Compagnie de Fives-Lille, agissant en participation.
- Dans leur ensemble, les dispositions des piles reproduisaient celles de Busseau-d’Ahun et de la Cère, en particulier pour la composition et la forme des piles, qui étaient formées d’arbalétriers en fonte creuse avec étrésillonnage en fer et qui dessinaient un tronc de pyramide. Cependant elles réalisaient quelques perfectionnements : le nombre des arbalétriers était réduit à quatre; leur creux était rempli de béton; pour combattre l’action du vent, M. Nordling avait ajouté des jambes de force aux piles des deux viaducs les plus élevés, ceux de la Bouble et de la Sioule, et recourbé le pied des arbalétriers des deux autres viaducs suivant une parabole du troisième degré ; grâce à cette modification , les amarres engagées dans les arbalétriers avaient pu être remplacées par des amarres susceptibles d’être facilement visitées et retirées.
- Ce n’était pas seulement en France que s’élevaient des ouvrages de cette nature.
- En 1870, M. Nordling donnait le relevé suivant des viaducs à piles métalliques existant en Europe :
- Angleterre................................................... 1
- Suisse...................................................... h
- Espagne.................................................... 8
- France....................................................... 6
- Italie....................................................... 3
- Autriche..................................................... t
- Total........................ 2 3
- Les piles de tous ces ouvrages continuaient à être formées d’arbalétriers en fonte; la question de l’emploi des montants en fer n’était point encore résolue par les ingénieurs européens, bien que l’expérience eût été déjà tentée dans l’Inde.
- Depuis, les ponts et viaducs à piles métalliques se sont multipliés
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- tant en France qu’à l’étranger; les arbalétriers en fonte ont d’ailleurs fait place aux arbalétriers en fer. Je citerai les exemples suivants :
- France.. . Viaduc de Saint-André-de-Cubzac pour le passage du chemin de fer de Gavignac à Bordeaux sur la Dordogne. (Livré en 1886.)
- Viaduc de Garabit pour le passage de la ligne de Marvejols à Neus-sargues sur la gorge de la Truyère.
- Angleterre. Viaduc de Wishaw pour le passage d’un embranchement du Caledonian sur la vallée de la Calder (1880).
- Viaduc d’Atlock pour le passage du chemin de fer du nord de l’Etat de Punjab (Inde) sur l’Indus ( 1883 ).
- Viaduc à la traversée du ravin de Blaaw-Krantz (colonie du Gap) par la ligne de Port-Alfred à Grahamstown (188/4).
- Pont du Forth pour le chemin de fer d’Edimbourg vers le nord de l’Ecosse (1890).
- Allemagne. Viaduc d’Oschützthal en Saxe (1883).
- Suisse . . . Viaduc d’Ossingen sur la Thur (1875).
- Viaduc de Stein pour le passage du chemin de fer de Winterthur à Singen sur le Rhin (1875).
- Viaduc du chemin de fer du Righi sur la coupure du Sclmurtobel.
- Portugal.. Pont Maria-Pia à Porto, pour le passage du chemin de Lisbonne à Porto sur le Douro (1877).
- Viaduc de Sanla-Gomba sur le Rio Daô, pour la ligne de la Beira-Alta.
- Viaduc sur la Tamega pour la ligne du Douro.
- Pont Luiz Ier sur le Douro à Porto (1885).
- Russie. . . Pont de Iékathérinoslav sur le Dnieper (188/1).
- Norvège .. Viaducs de Lysedalen, Solbergdalen et Haabolbach, pour la ligne de Ghristiania à la Suède (1879 à 1881).
- Amérique. Viaduc de Oak-Orchard pour la ligne de Rome à Watertown et Ogdens-burg.
- Viaducs de la ligne de Cincinnati-Southern.
- Viaduc de Bridgefork pour la même ligne.
- Viaduc de Dale-Greek pour l’Union-Pacific.
- Viaduc aux abords du pont Saint-Charles pour le passage du chemin du North Missouri sur le Missouri (1871).
- Viaducs des chemins de fer aériens de New-York.
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- Viaduc du chemin de fer de Lima à Oroya (Pérou) sur la vallée de l’Aqua de Varrugas (1873).
- Viaduc du Haut-Portage, au passage de la ligne de l’Érié sur le Genesee-River.
- Pont du chemin de Limon à Punta-Arena sur la Matina (Costa-Rica).
- Pont de Dixville sur la rivière de Kentucky (1877).
- Viaduc de la ligne de New-York au lac Erié sur la gorge de Kinzua.
- Je ne multiplierai pas ces exemples. Ils sont assez nombreux pour établir combien les ingénieurs ont eu souvent recours au fer, depuis quelques années, dans la construction des piles de ponts ou de viaducs.
- Les arbalétriers en fonte avaient le défaut d’étre trop élastiques, de présenter des difficultés pour l’exécution des joints et parfois d’éclater par suite de la congélation de l’eau accumulée a l’intérieur.
- Parmi les ouvrages que je viens d’énumérer, il en est quelques-uns qui méritent de nous arrêter quelques instants.
- Le premier est le pont Maria-Pia sur le Douro. Au point où ce pont devait être établi, la rivière a i5 à 20 mètres de profondeur; le courant est rapide et le sol affouillable ; ces circonstances eussent rendu difficile et coûteuse la fondation d’appuis intermédiaires. On a pris le parti de franchir le Douro au moyen d’un arc métallique de 1 60 mètres de corde et 37 m. 5o de flèche (a l’intrados), qui est articulé aux naissances et qui supporte le tablier par l’intermédiaire de deux palées en fer. Ce tablier est raccordé aux remblais du chemin de fer par deux viaducs de rive avec piles métalliques, dont la hauteur, au-dessus du socle en maçonnerie, atteint 43 mètres. Les palées et les piles sont formées de quatre arbalétriers à caisson en tôle et cornières, légèrement inclinés sur la verticale et réunis deux à deux par des entretoises et des croix de Saint-André. C’est la maison Eiffel qui a été chargée de l’exécution des travaux, à la suite d’un concours; les calculs ont été faits parM. Seyrig, alors ingénieur de M. Eiffel.
- Plus tard, le Gouvernement portugais a édifié dans le même système le pont Luiz Ier, situé également a Porto sur le Douro. Ici
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- encore le fleuve est franchi par un arc unique, de 172 m. 5o de corde et 38 mètres de flèche, portant deux tabliers, l’un supérieur a 62 mètres au-dessus de l’étiage, l’autre inférieur à 10 mètres seulement au-dessus de l’étiage. A droite et à gauche, le tablier supérieur se prolonge et repose sur des piles métalliques, dont les arbalétriers ont la section d’une grande cornière avec arête et bords renforcés. Le travail a été exécuté conformément aux projets de M. Seyrig, qui avait déjà collaboré au pont Maria-Pia; il a été achevé en 1885.
- L’un des viaducs les plus remarquables est celui de Garabit, au passage de la ligne de Marvejols à Neussargues sur la vallée de la Truyère. Il a été conçu par un ingénieur très distingué du corps des ponts et chaussées, M. Léon Boyer, qui est mort prématurément à Panama, directeur général des travaux du Canal interocéanique. Ce viaduc devant présenter des dispositions analogues à celles du pont Maria-Pia, la construction en a été confiée à M. Eiffel, en vertu d’un marché de gré à gré. Le grand arc a 16 5 mètres de corde et 52 mètres de flèche, et porte par deux palées le tablier supérieur, qui est à 122 m. 5o au-dessus du fond de la vallée. Ce tablier se prolonge de part et d’autre et repose sur des piles métalliques, dont la hauteur au-dessus du soubassement en maçonnerie dépasse 60 mètres. Les quatre arbalétriers des piles ont la forme d’un caisson ouvert sur l’une de ses faces, ou d’un u, ce qui permet de visiter et d’entretenir facilement les fers; d’après le projet, ils devaient converger vers un même point et dessiner ainsi un tronc de pyramide, conformément à la règle indiquée par M. Nordling; mais diverses circonstances ont conduit à abandonner cette disposition. Le travail a été terminé en 18 8 5.
- Je dois encore signaler le magnifique pont du Forth, qui a été inauguré au commencement de 1890. Ce pont, le plus grand qui ait encore été construit, présente, au-dessus du bras de mer qu’il franchit, deux immenses travées de 51 8 mètres d’ouverture chacune; il est dans le système que les Américains et les Anglais appellent canli-lever bridge. Les parties les plus hautes des piles sont à 11 0 mètres au-dessus du niveau de la mer.
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- Ces brèves indications montrent que la construction des piles métalliques remonte déjà à une époque éloignée et que, depuis longtemps, les ingénieurs ont substitué les arbalétriers en fer aux arbalétriers en fonte et réduit leur nombre à quatre. Mais elles montrent en même temps combien, dans les ouvrages les plus considérables, on était resté loin de la hauteur assignée à la Tour du Champ de Mars. Elles mettent aussi en lumière la part si large prise par M. Eiffel dans l’étude et l’exécution des travaux de ce genre : par sa science, par son expérience, par les progrès considérables qu’il a réalisés dans les procédés de montage, par la puissance de production de ses ateliers, cet éminent constructeur était tout désigné pour entreprendre l’œuvre colossale qui a définitivement consacré sa réputation.
- 4. Choix de l’emplacement définitif de la Tour. — La première question à résoudre était celle de l’emplacement définitif de la Tour.
- De graves objections étaient faites au choix du Champ de Mars.
- Etait-il rationnel de construire la Tour dans le fond de la vallée de la Seine? Ne valait-il pas mieux la placer sur un point élevé, sur une éminence, qui lui servirait en quelque sorte de piédestal et en augmenterait le relief?
- Ce gigantesque pylône n’allait-il pas écraser les palais du Champ de Mars?
- Convenait-il d’édifier un monument définitif dans l’emplacement où seraient sans aucun doute organisées les expositions futures, de s’astreindre ainsi à le faire nécessairement entrer dans le cadre de ces expositions, alors que la nouveauté des installations est l’un des éléments essentiels, sinon l’élément primordial du succès?
- Certes les critiques étaient graves. Mais, en éloignant la Tour, on eût tout à la fois compromis le succès financier de l’entreprise et perdu une forte part du bénéfice qu’elle devait apporter à l’Exposition de 1889. 11 ne restait donc à choisir qu’entre le Champ de Mars et la place du Trocadéro.
- L’adoption de ce dernier emplacement n’eut fait gagner qu’une hauteur de 25 mètres environ, chiffre bien minime relativement aux
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- 3oo mètres de la Tour; elle aurait donné lieu aux plus sérieuses dif-cultés pour l’assiette des fondations sur un sol profondément excavé par les anciennes carrières de Paris; enfin le contact immédiat du monument avec le Palais du Trocadéro eût certainement produit un effet désastreux.
- Il fallut accepter le Champ de Mars. Du reste, à côté de ses inconvénients, cette solution avait de réels avantages : elle permettait notamment d’utiliser la Tour comme entrée monumentale de l'Exposition, en face du pont d’Iéna, d’éviter par suite la construction d’une entrée spéciale et de réaliser de ce chef une grosse économie, tout en dotant le concessionnaire d’une subvention de i,5oo,ooo francs.
- Cette dernière considération, qui avait si justement frappé M. Lock-roy, n’a peut-être pas toujours été suffisamment appréciée.
- Une fois l’emplacement du Champ de Mars admis en principe, les convenances de la distribution des palais conduisirent à placer la Tour à peu près à mi-distance entre le dôme du Trocadéro et la coupole du Palais des industries diverses, vers la partie supérieure de l’ancien square de la Ville et assez loin de la Seine pour ne pas rendre les fondations trop onéreuses.
- 5. Esquisse générale de la Tour. — La silhouette et la structure générale de la Tour ont été vulgarisées par tant de reproductions de toute nature qu’il est à peine nécessaire de les rappeler en quelques mois.
- La Tour a trois étages : les plates-formes correspondantes sont respectivement à b7 m. 63, 115 m. y3 et 276 m. i3 au-dessus du sol; la dernière est couronnée par un campanile, dont la terrasse supérieure se trouve à 300 mètres en contre-haut du Champ de Mars.
- L’ossature se compose essentiellement de quatre arbalétriers ou piliers. A la base, les centres de ces pièces dessinent un carré de 1 00 mètres de côté environ.
- Entre le sol et la plate-forme du premier étage, les arbalétriers sont rectilignes et fortement inclinés; ils constituent ainsi les quatre angles d’un tronc de pyramide quadrangulaire. Ensuite ils se cour-
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- Lomoroier Hélioô.
- Mi eusement Phot.
- TOUR EIFFEL _ ETAGE INFERIEUR
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- bent, de manière à venir se confondre à une certaine hauteur au-dessus de la plate-forme du second étage. Des cadres puissants les réunissent vers le niveau des plates-formes du premier et du second étage; ils sont en outre reliés par des traverses et des croisillons, tant entre leur point de jonction et la seconde plate-forme qu’au droit des panneaux situés immédiatement au-dessus de cette plate-forme.
- De grands arcs de 7 à mètres de diamètre se développent entre les piliers, à l’étage inférieur, mais sans contribuer à la résistance de l’édifice : leur rôle est purement décoratif.
- Les arbalétriers ont au niveau du sol une section carrée de i5 mètres de côté. Ils sont formés de quatre poutres d’angle, solidement rattachées par des traverses et des croisillons.
- Autour des plates-formes régnent des galeries en encorbellement, que supportent des consoles et qui concourent avec les arcs inférieurs à l’ornementation du monument.
- 6. Fondations. — Les pieds de la Tour reposent sur quatre piles, qui, en raison de leur orientation, portent les noms des quatre points cardinaux : ce sont, du côté de la Seine, la pile nord (vers Paris) et la pile ouest (vers Grenelle), et, du côté de l’Ecole militaire, la pile est (vers Paris) et la pile sud (vers Grenelle).
- Le poids total du monument étant évalué à 9,000 tonnes, il fallait que ces piles offrissent une grande résistance et fussent assises sur un sol présentant des garanties absolues de solidité.
- Sans revenir ici sur les indications que j’ai précédemment données au sujet du sous-sol du Champ de Mars, je rappellerai qu’au-dessous d’une couche de terrain peu consistant on rencontre le sable et le gravier résistant sur 7 mètres environ, puis l’argile plastique grise du bassin de Paris et enfin la craie.
- Toutefois ce n’est là qu’une donnée générale, que la proximité de la Seine pouvait et devait même avoir modifiée à l’emplacement de la Tour. Aussi le premier soin de M. Eiffel fut-il de procéder à des sondages minutieux.
- Au droit des deux piles d’arrière (côté de l’Ecole militaire), ces
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- sondages révélèrent la présence du sable et du gravier compacts à 7 mètres en contre-bas du sol, c’est-à-dire à la cote (27), qui est précisément celle de la Seine (retenue du barrage de Suresnes); ils accusèrent d’ailleurs une puissance de 6 mètres environ pour la couche sableuse, sur laquelle on put dès lors asseoir facilement les fondations, en leur donnant pour base une couche de béton de 2 mètres d’épaisseur coulée à l’air libre.
- Pour les deux piles d’avant, la couche de sable et gravier solide avait été complètement enlevée par les eaux à sa partie supérieure et remplacée par des alluvions de faible consistance. Des sondages faits à l’air comprimé, au moyen d’une cloche en tôle de 1 m. 5o de diamètre, et poussés jusqu’à 16 mètres au-dessous du sol, montrèrent qu’elle était dérasée à la cote (22), c’est-à-dire à 5 mètres sous l’eau. Ces sondages rencontrèrent, avant d’arriver à l’argile plastique , outre le banc ordinaire de sable et gravier, un banc de sable pur, un banc de grès ferrugineux et un banc de calcaire chlorité qui s’était formé au fond d’une dépression dans l’argile. On avait ainsi un ensemble de couches incompressibles, dont la puissance dépassait ?) mètres.à la pile ouest et atteignait près de 6 mètres à la pile nord, et sur lesquelles les maçonneries pouvaient être fondées avec d’autant moins de danger que la pression par centimètre carré était limitée à 4 kilogrammes dans les hypothèses les plus défavorables. Les fondations furent exécutées à l’air comprimé, dans des caissons en tôle de 15 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur, au nombre de quatre par pile, descendus jusqu’à la cote (22 mètres).
- Les fondations de chaque pile se composent de quatre massifs correspondant aux quatre arbalétriers et orientés suivant la projection horizontale des arêtes delà Tour, c’est-à-dire à 45 degrés par rapport à l’axe du Champ de Mars.
- Chacun des massifs comprend, en allant de la base au sommet: i° une couche de béton qui a, pour les piles est et sud, 10 mètres de longueur, 6 mètres de largeur et 2 mètres d’épaisseur, et pour les piles nord et ouest, i5 mètres de longueur, 6 mètres de largeur et
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- 6 mètres d’épaisseur; 2° un bloc de maçonnerie de pierre de Souppes, affectant la forme d’une pyramide à face verticale sur l’avant et à face inclinée sur l’arrière, dont les dimensions sont telles qu’elles ramènent la résultante oblique des pressions en un point très voisin du centre de la fondation ; 3° deux assises de pierre de taille de Château-Landon, destinées à recevoir les sabots d’appui et normales à la direction des arêtes. Tous les mortiers ont été faits avec du ciment de Boulogne.
- Au centre de chaque bloc de maçonnerie de moellon sont noyés deux grands boulons d’ancrage de 7 m. 80 de longueur et 0 m. 10 de diamètre, qui, par l’intermédiaire de sabots en fonte et de fers à 1, intéressent la majeure partie du bloc. Ces ancrages ne sont pas nécessaires pour la stabilité, que le poids propre de la Tour suffit à assurer par lui-même; ils donnent un excès de sécurité contre la tendance au renversement et ont, en outre, été utilisés lors du montage en porte à faux des montants de l’étage inférieur.
- La pression verticale sur le sol de fondation, y compris l’effort du vent, atteint : i° pour chacun des massifs des piles est et sud (côté de l’Ecole militaire), 3,320 tonnes qui, réparties sur 90 mètres carrés, donnent une charge de 3 kilogr. 7 par centimètre carré; 20 pour les autres massifs, 1,970 tonnes qui, réparties sur 60 mètres carrés, donnent 3 kilogr. 3 par centimètre carré.
- La pression oblique exercée par la Tour à la partie supérieure de chaque massif est de 565 tonnes, en négligeant l’action du vent, et de 875 tonnes, en ayant égard à cette action. On estime que les maçonneries ordinaires ne travaillent pas à plus de 4 ou 5 kilogrammes par centimètre carré. Quant au travail de la pierre de taille de Châleau-Landon, sous les sabots, il ne dépasse pas 3o kilogrammes par centimètre carré, alors que la résistance de cette pierre à l’écrasement s’élève à 1,235 kilogrammes.
- On voit donc que les fondations ont été traitées très largement, au point de vue de leurs dimensions et du choix de leurs matériaux.
- Néanmoins, pour être complètement sûr de pouvoir maintenir
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- les pieds de la Tour, quoi qu’il arrive, dans un plan parfaitement horizontal, M. Eiffel a ménage' dans chacun des sabots un logement pour y installer une presse ou vérin hydraulique de la force de 800 tonnes. Ces presses devaient permettre de déplacer les arêtes et de les relever de la quantité nécessaire, sauf à intercaler des coins en acier entre la partie supérieure du sabot et la partie inférieure d’un contre-sabot en acier fondu sur lequel venait s’assembler le montant en fer. Elles ont opéré, quand cela a été nécessaire, le nivellement rigoureux de tous les points d’appui : c’était merveille de régler la position d’une masse si considérable, comme un géomètre règle son niveau à bulle d’air à l’aide de vis.
- Chacun des vérins se composait d’un piston de 0 m. 43 de diamètre se mouvant dans un cylindre de o m. oq5 d’épaisseur : piston et cylindre étaient en fer forgé. L’eau, comprimée à la main par une pompe foulante, pénétrait dans le fond du cylindre par un tuyau de 0 m. 006 de diamètre. Avant de sortir des ateliers de MM. Vollot, Badois et Cie, les appareils avaient été essayés à une pression de 600 atmosphères, qui correspondait à un poids de 900 tonnes.
- En dehors des massifs, on a établi les fondations d’un soubassement décoratif constitué par des dalles en béton Goignet, que supporte une ossature métallique.
- Toute l’infrastructure est noyée dans un remblai arasé au niveau du sol, si ce n’est pour la pile sud, où une cave a été aménagée pour recevoir les générateurs et machines des ascenseurs.
- Attaquées le 28 janvier 1 887, les fondations ont été complètement terminées le 3o juin suivant, date à laquelle a commencé le montage de la partie métallique. Pendant ces cinq mois, on a exécuté 31,000 mètres cubes de fouilles et 12,000 mètres cubes de maçonnerie, dont une grande partie à l’air comprimé.
- 7. Montage de la partie métallique. — Les parties inférieures des piles ont pu être montées par des moyens assez simples et sans autres
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- appareils que des bigues munies de treuils de levage. On mettait successivement en place et bout à bout les tronçons de montants, qui pesaient de 2,5 oo à 3,ooo kilogrammes; aussitôt arrivé à sa position, le tronçon en montage était réuni au tronçon précédent par des broches, puis par des boulons. Ensuite venaient les treillis et les entretoises qui, en réunissant les portions de montants déjà levées, réglaient leur position relative et les consolidaient en même temps par la constitution d’un tout indéformable. Derrière les équipes de monteurs suivaient les équipes de riveteurs qui substituaient aux boulons des rivets posés à chaud et formant la véritable et définitive liaison des pièces entre elles.
- Dès la hauteur de i5 mètres, l’emploi des bigues a cessé d’être avantageux et on a dû recourir à des engins mécaniques plus perfectionnés, à des grues spéciales, qui ont été fort habilement construites par M. Guyenet, sur le programme de M. Eiffel.
- Ces grues étaient pivotantes; elles avaient une portée de 12 mètres, qui leur permettait de desservir chacun des quatre montants de la pile et tous les points intermédiaires; leur force était de â,ooo kilogrammes. Elles ne prenaient leur point d’appui que sur les parties déjà montées et cheminaient progressivement sur les poutres de roulement des ascenseurs, au fur et à mesure que s’élevait la superstructure. Quelques détails ne seront pas inutiles sur les dispositions ingénieuses appliquées à cet effet.
- Nous verrons plus loin que dans l’angle de chaque pilier de la Tour, vers l’intérieur, sont établies, parallèlement au montant, deux poutrelles formant le chemin des cabines ou wagons des ascenseurs. La semelle supérieure de ces poutrelles était percée de trous équidistants, dont on se servait pour y fixer par des boulons et à la hauteur voulue un fort châssis, composé lui-même de deux traverses et de deux longerons qui portaient des trous correspondants. A ce châssis était articulée une sorte de hotte ou de pyramide renversée, qui constituait le bâti de la grue.
- Voici comment l’on procédait pour hisser la grue. Une forte poutre en fer, traversée en son milieu par une longue vis de rappel, était
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- boulonnée horizontalement sur le chemin des ascenseurs, à a m. 5o environ en avant du châssis; la vis était d’autre part reliée au bâti de la grue, de sorte que, pour déplacer celle-ci, il suffisait de déboulonner le châssis et d’agir sur l’écrou de la vis. Des vérins de sûreté, disposés à la partie inférieure du châssis, mettaient à l’abri des accidents que la rupture de la vis aurait pu provoquer.
- Une fois la grue élevée d’un échelon, on fixait le châssis, on déboulonnait la traverse de manœuvre et on la faisait cheminer à son tour par un mouvement de la vis. L’appareil de levage pouvait ainsi occuper rigoureusement la position qui lui était assignée.
- Les monteurs variaient à volonté la portée de la grue, grâce à un mécanisme très simple permettant de modifier la hauteur du point d’attache des tirants de la volée. L’arbre étant mobile autour d’un axe horizontal, on en assurait la verticalité constante, quelle que fût l’inclinaison du chemin de roulement, par la manœuvre d’une vis fixée au bâti et commandant un écrou monté dans la cra-paudine.
- Quatre grues de ce genre ont fonctionné avec une précision parfaite. Chacune d’elles pesait 12,000 kilogrammes.
- L’inclinaison des piles tend naturellement à les renverser. Cette tendance ne peut avoir d’effet que lorsque la pile est arrivée à une hauteur telle que la projection du centre de gravité des masses dressées tombe en dehors du carré des appuis. Le calcul a montré que cette hauteur était de 3o mètres environ.
- Jusqu’à cette cote, le montage s’est effectué comme s’il s’était agi de piles verticales. Du reste, outre la sécurité théorique puisée dans les résultats du calcul, on avait la garantie pratique résultant des amarrages définitifs de la Tour, qui étaient plus que suffisants pour s’opposer, le cas échéant, à tout mouvement.
- Le poids des pièces mises en place sur les 3o premiers mètres de hauteur dépassait i,45o tonnes.
- Pour continuer le montage, on a établi douze échafaudages en
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- charpente de 3o mètres de hauteur, implantés de façon à pouvoir soutenir à leur sommet les trois montants intérieurs de chaque pile.
- Ces échafaudages ou pylônes, de forme pyramidale, n’ont pas exigé moins de 600 mètres cubes de bois. Ils reposaient sur des pilotis battus au refus.
- Chacun des montants portait sur la plate-forme supérieure du pylône correspondant, par l’intermédiaire d’une console provisoire à table horizontale et de boîtes à sable, comme celles que l’on emploie pour le décintrement des ponts.
- Rien n’était plus simple que de régler avec une précision rigoureuse la position des pièces. S’agissait-il d’incliner un peu la pile? Il suffisait de faire écouler des boîtes la quantité de sable voulue : la console suivait le mouvement. S’agissait-il au contraire de relever la pile? Il suffisait d’agir sur la console au moyen de vérins hydrauliques prenant leur point d’appui sur la plate-forme supérieure du pylône.
- Ces moyens de réglage, s’ajoutant à ceux que l’on s’était ménagés dans les appuis inférieurs, rendaient M. Eiffel absolument maître de la position des piles.
- On a pu ainsi poursuivre le montage en porte à faux jusqu’à la hauteur du premier étage de la Tour; la partie inférieure des piles servant de contrepoids à la partie située au-dessus du sommet des pylônes, aucun basculement n’était à craindre.
- A la hauteur de 55 mètres, il fallait placer le premier rang de poutres horizontales destinées à réunir les piles. Ces poutres ont 7 m. 5o de hauteur et pèsent chacune 70 tonnes; de plus elles sont inclinées selon le plan des faces de la Tour. On a dû, pour les poser, recourir à de nouveaux échafaudages verticaux de à 5 mètres de hauteur, fournissant sur chaque face de la Tour une plate-forme de 2 5 mètres de longueur.
- Les pièces métalliques devant constituer la partie centrale de chacune des poutres ont été montées sur ces plates-formes et le montage
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- ainsi amorcé a continué en porte à faux, à droite et à gauche, de manière à venir rejoindre les piles voisines.
- Une difficulté sérieuse était de réaliser avec précision le plan de montage à la jonction des poutres et des piles. Malgré tout le soin apporté à l’érection des piles, on pouvait concevoir quelques craintes à cet égard : le seul tassement des pylônes eût suffi pour déterminer des déviations empêchant la soudure des pièces. Néanmoins, grâce aux moyens de réglage précédemment décrits, le résultat final n’était pas douteux.
- On avait eu soin de donner aux piles une inclinaison sur la verticale légèrement inférieure à l’inclinaison définitive, de manière à laisser un jeu de o m. o5 à o m. 06 enlre les piles et les poutres. Quand celles-ci ont été à remplacement qu’elles devaient occuper, on a abaissé les piles en les faisant pivoter à l’aide des boites à sable et des vérins de base. L’opération a si bien réussi que les trous de rivet se sont mis mathématiquement en coïncidence et que la rivure a pu être effectuée sans aucun alésage.
- Signalons, en passant, qu’on vérifiait fréquemment l’écartement des piles au moyen de fils d’acier repérés avec le plus grand soin.
- Les quatre poutres une fois mises en place ont formé un cadre horizontal puissant, sur lequel sont venues se reporter les poussées dues a l’inclinaison des piles.
- La partie résistante du premier étage de la Tour étant ainsi constituée, ce fut un grand pas de fait pour la réussite de l’œuvre.
- Un second rang de poutres horizontales fut placé sans difficulté au-dessus du premier et l’on continua le montage des piliers entre la première et la deuxième plate-forme, au moyen des quatre grues qui avaient déjà servi pour la partie située au-dessous de la première plate-forme.
- Toutefois, comme il aurait été trop long de prendre les pièces sur le sol en n’employant au levage que ces seuls appareils, M. Eiffel créa un relais sur le plancher du premier étage et y installa une grue mue par une locomobile de 10 chevaux. Cette grue prenait à terre les
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- matériaux, les élevait au niveau cle la première plate-forme et les déposait sur des wagonnets, que Ton amenait ensuite au point voulu en les faisant rouler sur une voie circulaire et où les pièces étaient reprises par les grues des piliers.
- Lorsqu’on arriva a préparer la jonction des quatre piliers deux à deux par les poutres horizontales qui devaient les réunir au-dessous de la seconde plate-forme, on constata dans les écartements de légères différences tenant à ce que les deux piliers, côté de Grenelle, étaient de o ni. oo5 à o m. 006 trop élevés. La rectification fut opérée à l’aide des vérins hydrauliques de la base.
- Le deuxième étage de la Tour put être terminé en juillet 1888 : un feu d’artifice était tiré le 1 h du même mois, jour de la Fête nationale, au niveau de la seconde plate-forme.
- Pour la partie supérieure de la Tour, M. Eiffel a encore utilisé les grues qui avaient servi aux deux premiers étages, mais en réduisant leur nombre à deux et en leur faisant subir quelques modifications.
- Ces modifications étaient indispensables. En effet, les chemins inclinés de roulement n’existaient plus et les appareils devaient prendre leur point d’appui sur le montant vertical formé par le guide central des ascenseurs Edoux.
- Comme la surface de ce montant par rapport aux patins des grues eût été beaucoup trop faible, si on avait établi le contact direct, on interposa un jeu de cadres ayant chacun 3 mètres de hauteur et présentant une largeur suffisante pour qu’il fût possible de boulonner les patins sur la bordure verticale de ces cadres. Trois cadres superposés formaient un chemin vertical de 9 mètres de hauteur, sur lequel le déplacement des grues à l’aide des vis de relevage s’opérait dans les conditions précédemment expliquées. Quand une grue avait parcouru ainsi un jeu de cadres de 9 mètres et qu’il fallait procéder a son relevage, on disposait un autre jeu de trois cadres au-dessus des premiers; la grue était remontée et les trois cadres inférieurs, devenus disponibles, pouvaient être reportés au-dessus des cadres en service pour la marche en avant.
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- L’installation était telle que les grues, sans changer d’altitude, pouvaient monter tout un panneau. Leur relevage, pour préparer le montage du panneau suivant, y compris le changement des six cadres correspondants, n’exigeait que quarante-huit heures, bien que le poids des engins à déplacer par reprises successives atteignit 45 tonnes.
- Les deux grues étaient fixées sur les deux faces opposées du pilier central des ascenseurs, de manière a s’équilibrer. De grands cadres horizontaux réunissaient leurs bâtis, afin d’empêcher le renversement par rotation en cas de rupture de boulons. Du reste, on retrouvait là toutes les autres mesures de précaution qui avaient été prises aux étages inférieurs, notamment l’adaptation de vérins de sûreté sous les châssis des grues.
- Les motifs qui avaient fait établir un relais sur la première plateforme conduisirent à en créer un second sur la seconde plate-forme, puis un troisième sur le plancher disposé à 200 mètres de hauteur pour le changement de cabine de l’ascenseur qui dessert le dernier étage. Ainsi, pendant la dernière phase du montage, les matériaux étaient pris successivement par trois treuils à vapeur, avant d’être définitivement saisis par la grue supérieure.
- C’est le 31 mars 1889 que, le montage étant terminé, on a pu hisser le drapeau tricolore au sommet du paratonnerre qui surmonte la plate-forme située à 300 mètres au-dessus du Champ de Mars.
- J’ai laissé de côté jusqu’ici le montage des parties décoratives.
- Cette opération n’appelle en effet aucune explication spéciale. Il suffira d’indiquer que les arcs de l’étage inférieur ont été posés pendant que l’on montait les piliers au-dessus de la première plateforme et avant l’enlèvement des échafaudages.
- Le montage de la Tour fait le plus grand honneur à M. Eiffel et à ses collaborateurs. Il a été organisé et dirigé avec un rare talent, et peut être cité comme un modèle d’ordre, de simplicité, d’ingéniosité, de précision, de rapidité et de sécurité.
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- Pour des constructeurs moins expérimentes, moins rompus à toutes les difficultés des grands travaux métalliques, la tâche eût été à peu près irréalisable.
- Il s’agissait de mettre en place, en atteignant des hauteurs jusqu’alors inconnues, un poids total de 7,3 00,000 kilogrammes de 1er ou de fonte (non compris les caissons de fondation ni la machinerie des ascenseurs). Avec les accessoires, planchers, etc., ce poids dépasse 9 millions de kilogrammes.
- Le nombre total des pièces différentes entrant dans la construction était de 12,000; pour chacune d’elles, on devait faire un dessin spécial et déterminer mathématiquement les moindres détails, notamment la position des trous de rivets. Quarante dessinateurs et calculateurs y ont travaillé sans relâche pendant deux ans et ont produit plus de 3,ooo épures ou feuilles d’atelier, cotées au dixième de millimètre à l’aide de calculs logarithmiques.
- Les assemblages ne comportaient pas moins de 7 millions de trous à percer et de 2,5oo,ooo rivets à poser, dont 800,000 à la main sur le chantier.
- Ces quelques chiffres suffisent à caractériser la grandeur de l’entreprise, d’autant plus difficile qu’elle devait être menée à terme dans un délai de deux ans.
- Malgré l’importance du travail de montage, on n’a pas vu sur le chantier ces équipes nombreuses que l’on pouvait s’attendre à y trouver; le nombre des ouvriers 11’a point dépassé 2 5o : c’est qu’en effet 011 avait réduit au minimum non seulement l’usage de la force humaine, mais aussi les opérations à pied d’œuvre. Les pièces arrivaient des ateliers de Levallois-Perret préparées jusqu’à l’extrême limite de ce qu’il était possible de ne pas faire au Champ de Mars; il n’y avait plus aucun trou à percer, aucun ajustage à opérer; la plupart des rivets étaient posés; les éléments de la construction s’adaptaient les uns aux autres, sans aucune retouche.
- A ce dernier point de vue, le montage de la Tour mettait bien en lumière la différence profonde qui existe entre la méthode française et la méthode anglaise ou américaine. Dans la Grande-Bretagne et le
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- nouveau monde, le travail est généralement poussé beaucoup moins loin à l’atelier et, par suite, bien plus développé sur le lieu d’emploi; les pièces ne sont pas préparées avec un soin aussi minutieux à Tusine; elles arrivent plutôt dégrossies que finies; après les avoir présentées, le monteur les retouche, s’il y a lieu, et en achève la préparation.
- Quelle est de ces deux méthodes la meilleure? Sans me prononcer, je puis dire tout au moins que celle des constructeurs français a des mérites incontestables; elle ne laisse rien à l’imprévu, elle assure à toutes les parties de la construction une précision rigoureuse, elle restreint et simplifie les ateliers de montage.
- Je viens de louer M. Eiffel et ses collaborateurs immédiats.
- Une juste part d’éloges est due aussi au personnel plus modeste des chefs d’atelier, chefs d’équipe, monteurs, riveteurs, ouvriers de toute catégorie. Les uns et les autres ont rivalisé de zèle et se sont passionnés pour l’œuvre commune, ne reculant ni devant la fatigue, ni devant les intempéries, travaillant en plein hiver comme par les journées les plus chaudes, abordant tous les obstacles avec une confiance absolue et la ferme volonté d’atteindre le but.
- A cette occasion, il ne sera pas inutile de faire remarquer que les ouvriers se sont habitués progressivement à travailler aux plus grandes hauteurs, avec le même calme qu’au niveau du sol; jamais le vertige ne les a saisis; ils étaient du reste protégés par de vastes planchers.
- Des suppléments de salaire, portant successivement le prix de l’heure à 1 franc, ont été accordés aux monteurs, au fur et à mesure que s’élevait la Tour, pour les récompenser de leur dévouement et de leur courage.
- 8. Plates-formes. Campanile. Décoration de la Tour. — La plateforme du premier étage forme un grand carré au centre duquel est une ouverture béante permettant à l’œil de plonger jusqu’au sol ; sa surface est de 4,2oo mètres carrés. Une galerie couverte extérieure,
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- à arcades dorées, constitue sur tout le pourtour un vaste promenoir de 2 m. 6o de largeur et 2 83 mètres de développement; elle est portée par des consoles en encorbellement. Le plancher est formé de fers à t et de poteries creuses.
- M. Sauvestre, architecte de la Tour, a construit sur la première plate-forme quatre salles destinées à des restaurants ou à des brasseries et pouvant contenir chacune 5oo à 6oo personnes. Ces salles sont d’architecture différente et ont été affectées pendant l’Exposition à un bar anglo-américain, à une brasserie flamande, à un restaurant russe et à un restaurant français. Les cuisines et les caves sont en contre-bas, juchées dans les mailles de la charpente métallique.
- La deuxième plate-forme aune superficie de îjioo mètres. Sur le pourtour règne une galerie couverte analogue a celle du premier étage, présentant comme elle une largeur de 2 m. 6o, mais n’ayant plus qu’un développement de i5o mètres.
- La partie centrale de la deuxième plate-forme sert principalement de gare de passage entre les ascenseurs inclinés des deux premiers étages et l’ascenseur vertical supérieur. Pendant l’Exposition, le journal le Figaro y avait installé une imprimerie; on y trouvait aussi un bar et une boulangerie-pâtisserie.
- La troisième plate-forme, la dernière qui soit accessible au public, est, comme je l’ai dit, à 276 m. i3 en contre-haut du sol. Elle porte une galerie couverte de 16 m. 5o de côté, garnie de glaces sur tout son pourtour et d’où l’on peut observer, à l’abri du vent et des intempéries, l’admirable panorama qui s’y développe sous les yeux des spectateurs.
- Immédiatement au-dessus de cette galerie est une grande salle avec balcon, à laquelle on arrive par un petit escalier tournant. La salle a été découpée en chambres affectées, les unes à des laboratoires scientifiques, les autres à l’appartement particulier que s’est réservé M. Eiffel. Sur le balcon court une petite voie ferrée où circulent le soir deux projecteurs électriques Mangin.
- Par-dessus la galerie du troisième étage et la salle superposée, qui constituent la partie inférieure du campanile, se dressent et se
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- croisent à angle droit deux arceaux dirigés suivant les diagonales de la section carrée de la Tour et portant l’édicule du phare. On peut accéder à la hase de cet édicule, soit par un escalier en hélice qui s’enroule à l’air libre autour d’un gros tuyau placé dans l’axe de la Tour, soit, si le vent est trop fort, par l’intérieur même de ce tuyau, qui est armé d’une échelle.
- Quelques échelons gravis dans le tuyau conduisent à la lanterne.
- Enfin on arrive à la terrasse de 1 m. 80 de diamètre qui surmonte cette lanterne et qui est à 3oo mètres du sol. C’est là que Hotte le drapeau français.
- Les galeries-promenoirs des trois plates-formes accessibles au public contribuent puissamment à la décoration de l’édifice, qui est complétée par les grands arcs reliant les piliers à leur base et par le campanile.
- Sur la grande frise couronnant le premier étage sont inscrits les noms des savants ou ingénieurs français du siècle, auxquels on est redevable des principaux progrès de la science. M. Eiffel a voulu tout à la fois rendre un éclatant hommage à leur génie et placer son œuvre sous leurs auspices.
- La Tour est peinte d’une couleur chaude et dorée, qui va se dégradant vers le sommet.
- 9. Escaliers et ascenseurs. — Les trois grandes plates-formes de la Tour sont desservies par des escaliers et par des ascenseurs.
- Deux mots d’abord des escaliers.
- Dans chacune des piles est et ouest est disposé, entre le sol et la première plate-forme, un escalier droit de î mètre de largeur, comptant 36o marches et coupé par de nombreux paliers. L’escalier ouest était spécialement affecté à la montée; sept minutes suffisaient pour le gravir sans se presser; il pouvait débiter 2,000 à 2,5 00 personnes par heure. Celui du pilier est était réservé à la descente.
- De la première à la deuxième plate-forme, chacun des piliers est pourvu d’un escalier hélicoïdal de o m. 60 de largeur sans paliers,
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- beaucoup plus raide que les précédents et comptant 38o marches. La montée s’effectuait par les escaliers nord et sud; elle exigeait huit à neuf minutes; le débit total était de 2,000 personnes à l’heure(1). Les escaliers est et ouest étaient affectés à la descente.
- De la deuxième à la troisième plate-forme, il existe un escalier hélicoïdal, de 1,062 marches, qui est installé dans l’axe de la Tour, mais qui n’a pas été livré au public.
- • Les escaliers conduisant du sol à la première plate-forme ont été très fréquentés, surtout à la descente : on pouvait s’en servir sans trop de fatigue et on y gagnait tout à la fois de ne pas subir l’attente des ascenseurs et de jouir d’un beau spectacle.
- Quant à l’ascension mécanique, elle est assurée par les appareils suivants :
- Du sol à la première plate-forme, deux ascenseurs Roux, Comba-luzier et Lepape, placés dans les piliers est et ouest;
- Du sol à la deuxième plate-forme (trajet direct), un ascenseur Otis placé dans le pilier nord ;
- De la première à la deuxième plate-forme, un second ascenseur Otis placé dans le pilier sud;
- De la deuxième à la troisième plate-forme, un ascenseur Edoux.
- Dans les ascenseurs Rouæ, Combaluzier et Lepape, la cabine est mise en mouvement par deux chaînes sans fin, qui sont fixées sur ses deux faces latérales et qui constituent la partie véritablement originale du système.
- Chacune des chaînes est formée d’une série de bielles articulées entre elles, munies de galets sur les axes d’articulation et circulant dans deux gaines qui sont adaptées aux poutres de la voie des cabines et qui enferment, l’une le brin inférieur, l’autre le brin supérieur du circuit. Les bielles sont au nombre de 176, dont 1 spéciale de 3 mètres de longueur pour l’attache de la cabine sur le brin inférieur,
- (1) Ces chiffres sont ceux que m’a donnés M, Eiffel, L’administration parait admettre des chiffres notablement moindres.
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- 9 de 2 mètres, dites tendeurs et placées immédiatement en avant de la pièce d’attache, et 173 de 1 mètre de longueur : parmi ces dernières, 10, dites de contrepoids, sont beaucoup plus lourdes que les autres et appartiennent au brin supérieur; elles équilibrent une partie du poids de la cabine. Les gaines sont munies intérieurement de nervures, servant de chemin de roulement pour les galets de guidage; une fente longitudinale ménagée dans la gaine inférieure livre passage à l’attache de la cabine.
- Les deux chaînes passent : i° à leur partie inférieure, c’est-à-dire vers le niveau du sol, sur des roues motrices de 3 m. 86 de diamètre, à arbres accouplés; 20 au sommel, c’est-à-dire un peu au-dessus de la première plate-forme, sur des poulies de renvoi de 3 m. 5o de diamètre, à arbres indépendants.
- Les roues motrices sont pourvues chacune de douze bras terminés à leur extrémité par une mâchoire en acier, qui, en saisissant les bielles à leur renflement, leur imprime le mouvement dont est animé le circuit.
- Chaque roue motrice est actionnée, au moyen de deux chaînes Galle à triple cours de mailles, par un piston plongeur de 1 m. o5 de diamètre et 5 m. o5 de course, qui se meut horizontalement dans un cylindre en communication, par une conduite de o m. 2 5 , avec des réservoirs d’eau emmagasinée sur la deuxième plate-forme. Les chaînes Galle ont l’une de leurs extrémités fixée au bâti ; elles passent sur deux poulies de 1 m. 60 de diamètre dont est armée la tête du piston, puis engrènent avec un double pignon de 0 m. 60 de diamètre calé sur l’arbre de la roue motrice. La pression de l’eau agit dans le sens de la montée de la cabine; à la descente, cette eau est évacuée sous l’action de la partie de charge non équilibrée par le contrepoids des brins supérieurs et s’écoule vers l’usine élévatoire qui doit la renvoyer dans le réservoir de la seconde plate-forme.
- Entre la conduite d’amenée de l’eau sous pression et la conduite d’évacuation sont placés les distributeurs des deux cylindres. Chaque distributeur est formé d’une boîte en fonte à trois compartiments, séparés par deux soupapes en bronze partiellement équilibrées. Les
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- tiges des deux soupapes sont actionnées par des cames montées à l’inverse sur le même arbre, de façon à agir tantôt sur une soupape, tantôt sur l’autre, selon que l’arbre est sollicité dans un sens ou dans l’autre. Le mouvement est donné à cet arbre par un double câble tendu sur le parcours de la cabine et placé sous la main du conducteur, qui peut ainsi faire varier la vitesse à toute hauteur. La cabine est d’ailleurs arrêtée automatiquement aux deux extrémités de sa course par l’intermédiaire d’une tringle et de deux taquets de butée que heurtent les têtes des plongeurs dans leurs positions extrêmes.
- La cabine se compose de deux caisses superposées et porte quatre roues qui lui permettent de circuler sur une voie fixée aux poutrelles du chemin de l’ascenseur. Elle peut contenir 100 personnes, dont 70 debout et B 0 assises.
- Aucun moyen d’arrêt automatique n’y a été adapté. Les constructeurs ont en effet jugé tout accident impossible. Suivant eux, si une rupture venait à se produire dans le circuit, les bielles de la partie du brin inférieur comprise entre la cabine et la roue motrice se coinceraient dans leur gaine et seraient en tout cas retenues par les mâchoires de cette roue; l’arrêt immédiat serait certain et tout se bornerait aune secousse. On ajoute qu’il y a deux circuits et que chacun d’eux a la puissance voulue pour supporter la charge entière de la cabine.
- Gela est exact. Mais l’arrêt est subordonné à la bonne liaison du châssis de la cabine avec le circuit, a la résistance des gaines contre lesquelles les bielles se coinceraient en passant subitement d’un état de tension a un état de compression, et aussi à la résistance des bras des roues motrices, qui, si le coincement ne se produisait pas, subiraient seuls l’action du choc. Il faut encore que les roues motrices ne se décalent pas et que ni leur arbre, ni les chaînes Galle ne se brisent. On voit donc que la sécurité repose tout entière sur les conditions de bonne résistance des divers organes. S’il était possible, sans de trop grandes transformations, de pourvoir la cabine d’un frein automoteur, le public y trouverait une garantie supplémentaire très précieuse.
- La durée de l’ascension de la cabine est d’une minute. Mais, en
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- ayant égard aux stationnements d’extrémité, le nombre des voyages par heure est limité à 10, ce qui correspond à un débit de 2,000 personnes en une heure pour les deux ascenseurs. En fait, on n’a généralement pris que 80 personnes à la fois et il a suffi d’effectuer 8 voyages à l’heure pour assurer un service régulier.
- M. Gontamin s’est livré à des calculs extrêmement intéressants sur le travail des différents organes et a eu l’obligeance de me les communiquer. Ges calculs ont un caractère trop technique pour être reproduits ici. Je me borne à citer quelques chiffres.
- La vitesse de translation des pistons plongeurs se multiplie par 1 3 à la circonférence des roues motrices : ainsi pour 1 mètre de déplacement de ces pistons, la cabine parcourt i3 mètres; par suite, la course des pompes, toute restreinte qu’elle soit, suffit à produire l’ascension totale.
- Le poids de la cabine à vide est de 6,4oo kilogrammes environ, partiellement équilibrés par les contrepoids du brin supérieur des circuits : la différence suffit pour vaincre les frottements à la descente et refouler l’eau des pompes.
- La dépense d’eau par ascension est de 8 m. c. 736, soit de 87 lit. 36 par personne, s’il y a 100 voyageurs. En tenant compte, d’une part, de ce que la hauteur de chute de l’eau est de 120 mètres, et d’autre part, de ce que les voyageurs pèsent chacun 70 kilogrammes en moyenne et sont élevés à 54 m. 2 5 , le rendement utile est de o,363. Au cas où il y a moins de 100 voyageurs, ce rendement est réduit d’autant.
- La vitesse de l’eau dans la conduite d’amenée de l’eau motrice est de 2 m. q6; il en résulte une perte de charge de 1 5 mètres, qui ramène à io5 mètres ou 10 atmosphères environ la pression sur les pistons.
- Dans les ascenseurs Otis, la cabine est mue par un palan relié à un piston hydraulique.
- Au pied de la Tour est un long cylindre de 0 m. g65 de diamètre intérieur et de 11 mètres de longueur environ dans lequel se meut le
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- piston, commandé par l’eau emmagasinée sur la seconde plate-forme. La course de ce piston est de 10 m. 700. Deux tiges le rattachent à un chariot mobile, portant six poulies à gorge de 1 m. 5s de diamètre.
- Le cylindre et la voie du chariot reposent sur deux poutres inclinées, parallèles aux arbalétriers et présentant une longueur de ko mètres. A l’extrémité supérieure de ces poutres sont installées six poulies fixes en correspondance avec les poulies du chariot pour constituer un immense palan mouflé à douze brins. Chacun des brins comprend quatre câbles en fil d’acier de 0 m. 023. L’attache du dormant sur le sommet des poutres est faite par l’intermédiaire de palonniers qui assurent une égale tension des quatre câbles.
- Le garant s’élève jusqu’au-dessus du deuxième étage, guidé par des poulies à joues, puis se divise en deux groupes qui descendent de chaque côté de la voie de l’ascenseur pour venir s’attacher sur le truc de la cabine.
- Ces premières indications suffisent à expliquer le fonctionnement général de l’ascenseur. Lorsque le piston hydraulique tire le chariot de haut en bas, la cabine est entraînée en sens inverse : il suffit pour cela de mettre l’eau sous pression à la partie supérieure du cylindre ; le déplacement du piston se multiplie d’ailleurs par 1 2, nombre des brins du palan.
- Pour la descente, on établit la communication entre les deux extrémités du cylindre : la cabine descend alors sous l’action de son poids, en faisant remonter le chariot du palan et le piston.
- Pendant l’arrêt, l’eau ne circule ni ne s’introduit dans le cylindre.
- Le principe étant ainsi connu, je dois entrer dans quelques détails complémentaires.
- Afin de réduire le travail du piston à la remonte, on a équilibré une partie du poids de la cabine par un contrepoids pesant 2 3,500 kilogrammes. Ce contrepoids consiste en un truc chargé de gueuses de fonte, qui est relié à la cabine par deux câbles de 0 m. 023 mouflés trois fois et passant sur des poulies de renvoi au-dessus du deuxième étage pour redescendre de chaque côté du chemin de l’ascenseur,
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- parallèlement aux câbles principaux; il se meut sur une voie de 45 mètres de longueur adaptée à l’arbalétrier.
- Les manœuvres d’eau dans le cylindre moteur se font au moyen d’un distributeur ingénieux. Ce distributeur est formé d’un cylindre à trois tubulures, dans lequel se meut un piston double avec garniture de cuir embouti : deux des tubulures communiquent avec le haut et le bas du cylindre moteur; la troisième reçoit le tuyau d’ame-née d’eau sous pression. Suivant la position du piston double, la décharge fonctionne à la base du cylindre moteur et l’eau sous pression arrivant au sommet produit l’ascension, ou bien la décharge est interceptée, l’eau circule d’une extrémité à l’autre du cylindre moteur et la descente s’opère sous le poids de la cabine, ou bien enfin toute circulation de l’eau est suspendue et il y a arrêt. Comme l’effort nécessaire pour manœuvrer directement le piston double du distributeur serait excessif, on a recours à un servo-moteur qui fonctionne par rapport au distributeur, de même que celui-ci par rapport au grand cylindre hydraulique, et sur lequel le conducteur peut agir à l’aide de câbles, ce qui lui permet de régler l’allure de l’ascenseur. Aux extrémités de course des cabines, l’arrêt, s’obtient automatiquement au moyen d’une oreille venue sur le piston moteur.
- La cabine est analogue à celle des ascenseurs Roux, Combaluzier et Lepape. Elle se compose de deux caisses superposées, dont la capacité n’est que de ko personnes, parce qu’on a voulu asseoir tous les voyageurs, à raison du changement d’inclinaison des piles entre la première et la deuxième plate-forme : cette inclinaison passe en effet de 54 degrés à 74 degrés. Les couloirs de service sont formés de marchepieds qui oscillent sur des balanciers et que le conducteur peut placer horizontalement par une simple manœuvre de levier.
- Nous avons vu que la cabine est suspendue à six câbles, dont deux reliés au contrepoids et quatre appartenant au système des poulies mouflées. Un seul de ces câbles pourrait supporter, sans se rompre, le poids du véhicule et des voyageurs. Néanmoins un appareil de sécurité a été adapté au châssis de la cabine ; le truc du contrepoids est
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- pourvu d’un appareil semblable, qui rend sa chute impossible. Voici comment sont disposés ces appareils.
- Les câbles s’attachent deux à deux sur une flasque traversée par deux axes fixés au châssis. Cette flasque porte deux rainures en arc de cercle qui lui permettent d’osciller autour de l’un ou l’autre des axes, au cas de rupture ou d’allongement exagéré de l’un des câbles. En tournant, elle déclenche deux taquets servant de butée à des ressorts qui se détendent et mettent en jeu des leviers armés de coins en bronze. Ces coins viennent serrer contre les faces latérales du rail et contre des bandes d’acier fixées à des mâchoires dont est pourvu le châssis et qui circulent à la hauteur du champignon. Le frottement ralentit aussitôt la marche et amène un arrêt rapide. Les dispositions des coins comportent des détails extrêmement ingénieux, sur lesquels le cadre de mon rapport m’empêche d’insister.
- Dans le cas, fort peu probable, où tous les câbles viendraient à se rompre simultanément, un régulateur à force centrifuge, placé dans l’intérieur des galets qui supportent les mâchoires, opérerait le déclenchement et ferait agir les ressorts dès que la vitesse de descente dépasserait 3 mètres.
- Les appareils de sécurité des cabines ont été essayés avec succès. Pour en faire l’épreuve, on a relevé les cabines de k ou 5 mètres au-dessus de leur position initiale, au moyen de grosses cordes en chanvre, qui ont été ensuite coupées simultanément; les coins de serrage sont entrés aussitôt en fonction et l’arrêt a été très rapide.
- La vitesse d’ascension, susceptible d’atteindre 2 mètres par seconde, a toujours été limitée à î m. 5o. En pratique, l’ascenseur Otis qui fait le service entre le sol et la deuxième plate-forme a accompli en moyenne 9 voyages par heure; son débit était de 360 personnes. Quant â l’ascenseur faisant le service entre la première et la deuxième plate-forme, il a effectué 1 2 voyages et transporté 480 personnes par heure.
- Le poids de la cabine â vide est de 11,000 kilogrammes.
- La dépense d’eau par ascension s’élève à 7 m. c. 810. En supposant la cabine garnie de ses ko voyageurs, le rendement utile ne
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- dépasse pas o,368 ; ce rendement diminue d’ailleurs avec le nombre des passagers.
- On estime à 10 mètres la perte de charge de l’eau dans son trajet du réservoir au cylindre moteur.
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- Le type habituel des ascenseurs Edoux est bien connu. Il comporte une cabine portée par un piston hydraulique que soulève de l’eau sous pression.
- L’application la plus importante qui ait été faite de ce système est celle du Palais du Trocadéro. Là, le cylindre mesure près de 70 mètres de longueur; un puits très profond a dû être foré pour le loger dans le sous-sol; d’autre part, l’équilibrage de l’ascenseur a exigé l’emploi de câbles énormes, dont le poids est égal à la moitié de celui du volume d’eau déplacé par le piston.
- Au Champ de Mars, ces deux inconvénients ont heureusement disparu. Au lieu de chercher à franchir d’une seule volée les 160 mètres qui séparent la deuxième et la troisième plate-forme, ce qui eût été d’une réalisation fort difficile, on a divisé cette hauteur en deux étapes par un plancher intermédiaire placé à 80 mètres au-dessus de la deuxième plate-forme. L’ascenseur hydraulique ne parcourt que l’étape supérieure; ses cylindres ne descendent dès lors pas sensiblement en contre-bas de la seconde plate-forme. Quant à l’étape inférieure, elle est desservie par une cabine qui fait contrepoids à la première et qui lui est reliée par des câbles : lorsque le contrepoids est au niveau de la seconde plate-forme, l’ascenseur est au sommet de sa course; lorsqu’il s’élève, l’ascenseur s’abaisse, et le contact s’établit au plancher intermédiaire où sont transbordés les voyageurs d’une cabine dans l’autre.
- Le piston unique dont sont ordinairement pourvus les ascenseurs Edoux a été remplacé par deux pistons plongeurs. Ces pistons ont 0 m. 3 2 de diamètre et se déplacent dans des cylindres en acier de 0 m. 38 de diamètre; ils sont articulés à leur sommet sur un palon-nier dont le milieu porte la cabine. Les voyageurs sont soustraits par ce système d’articulation à l’influence des légères variations que
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- l’inégalité des frottements dans les garnitures peut provoquer dans la vitesse des deux pistons. Ajoutons encore que les pistons sont en tôle d’acier, comme les cylindres, sauf sur une petite longueur où l’on a employé la fonte pour obtenir la charge nécessaire a l’enlèvement des voyageurs de la cabine suspendue, et qu’à la sortie des cylindres, ils s’engagent dans les colonnes de guidage de manière à être soustraits à l’action du vent.
- De la partie supérieure de la cabine affectée à l’étape supérieure et des deux extrémités du palonnier parlent quatre câbles qui passent sur des poulies placées en haut de la Tour et viennent ensuite supporter la deuxième cabine. Deux de ces câbles s’attachent sur un palonnier; les deux autres sont fixés directement au corps de la cabine. Des tendeurs ont été établis pour remédiera leur allongement, qui a dépassé un peu les prévisions premières.
- Les colonnes-guides sont adossées à une grande poutre-caisson pleine de 160 mètres de hauteur, occupant le centre de la Tour, et à deux autres poutres de section moindre, allant l’une de la seconde plate-forme au plancher intermédiaire et l’autre de ce plancher à la troisième plate-forme.
- Les deux cylindres moteurs sont alimentés par un réservoir de 20,000 litres de capacitéqui a été établi au sommet de la Tour; l’eau arrive dans ces cylindres par un même distributeur, qui assure l’égalité d’admission et par suite l’égalité de déplacement des pistons plongeurs.
- Les cabines sont dépourvues de banquettes. Elles ont 1 h mètres carrés et peuvent emporter 63 personnes.
- Bien que deux des câbles suffisent largement pour porter la cabine suspendue et qu’ainsi la double suspension donne à elle seule des garanties satisfaisantes de sécurité, on n’en a pas moins muni cette cabine d’un frein du système Backmann, qui présente les dispositions suivantes. Chaque colonne de guidage de la cabine porte intérieurement une saillie hélicoïdale, dans laquelle circule un fuseau très mobile, portant extérieurement une spire de même pas que celui de la gaine et tournant autour d’un axe fixé à une traverse de la cabine. Le haut
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- du fuseau est tourné en forme de tronc de cône; la pièce d’attache à la cabine porte un tronc de cône creux susceptible de s’emboîter sur celui du fuseau. En cas de chute, les deux surfaces coniques se mettent en contact, se serrent et déterminent un frottement qui arrête la rotation du fuseau : la cabine est alors supportée par les saillies de la colonne et du fuseau.
- On peut évaluer à quatre minutes la durée de l’ascension de la seconde à la troisième plate-forme, non compris une minute pour le transbordement au niveau du plancher intermédiaire. L’ascenseur a pu faire en moyenne 8 voyages par heure; sa capacité de débit était donc de 5oo personnes environ.
- La dépense d’eau par ascension totale est de 12,800 litres environ ; un réservoir placé sur la plate-forme intermédiaire reçoit l’eau de décharge, qui est ensuite remontée à 280 mètres, c’est-à-dire élevée de 76 mètres. Il est facile de vérifier qu’en supposantes cabines pleines, le rendement mécanique est de près de 60 p. 100.
- L’usine élévatoire qui fournit l’eau sous pression nécessaire aux ascenseurs est installée dans le pilier sud de la Tour. Elle comprend : i° une batterie de quatre chaudières inexplosibles du système Collet, dont chacune peut produire par heure i,5oo kilogrammes de vapeur à 10 kilogrammes de pression (l’un de ces générateurs reste en réserve); 20 pourleservice des ascenseurs Roux, Combaluzier etLepape et des ascenseurs Otis, deux pompes du système Girard installées par la maison Quillacq d’Anzin et commandées par un moteur à distribution Wheelock; 3° pour le service de l’ascenseur Edoux, deux pompes Worthington, avec cylindres Compound en tandem.
- 10. Protection de la Tour contre la foudre. — J’ai dit précédemment que la Commission instituée le 12 mai 1886, pour l’étude et l’examen de l’avant-projet de M. Eiffel, avait conclu à demander l’avis de spécialistes sur les précautions à prendre en vue de protéger la Tour contre les accidents de la foudre.
- MM. Becquerel, membre de l’Institut, Mascart, membre de l’Insti-
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- tut, directeur du Bureau central météorologique, et Georges Berger, président honoraire de la Société internationale des électriciens, ont été en conséquence appelés à formuler des propositions sur cette question spéciale. Une note rédigée par leurs soins a été remise, le 2lx juin 1886, au Ministre du commerce et de l’industrie.
- Le problème consistait à mettre la masse métallique en communication parfaite avec la couche aquifère du sous-sol. Dans ce but, MM. Becquerel, Mascart et Berger ont proposé l’immersion dans l’eau de gros tuyaux en fonte, mis en communication avec les parties basses de la superstructure métallique au moyen de câbles, barres ou lames de cuivre à section suffisante pour débiter une quantité considérable de fluide électrique. Les attaches de ces conducteurs avec les pièces métalliques de la Tour devaient s’épanouir de façon à multiplier les points de contact.
- Indépendamment de ce dispositif destiné à la protection générale de la Tour, les auteurs de la note conseillaient de protéger les balcons en plaçant à chacun de leurs angles des paratonnerres obliques à pointes et en disposant le long de leurs faces une série de paratonnerres à pointes ou d’aigrettes. Ils indiquaient aussi l’adaptation d’un paratonnerre vertical à pointe, de hauteur modérée, au-dessus de l’édicule culminant de la Tour.
- Enfin ils recommandaient d’entamer les travaux de protection en même temps que ceux de fondation des socles, afin de préserver les ouvriers, dès que la construction aurait atteint une certaine hauteur.
- Sauf quelques variantes, les mesures proposées ont été prises. C’est ainsi que l’écoulement de l’électricité atmosphérique dans le sol se fait pour chaque pile par deux conduites de fonte de o m. 5o de diamètre, qui sont immergées au-dessous du niveau de la nappe aquifère sur une longueur de 18 mètres et qui se retournent verticalement à leur extrémité jusqu’au niveau du sol, où ils sont mis en relation avec la masse métallique.
- M. Mascart a rendu compte, d’après un rapport de M. Foussat,
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- chef du service électrique, d’un fait intéressant qui s’est produit le q août 1889, pendant un violent orage.
- Quelques semaines auparavant, on avait enlevé la pointe de bronze avec bout de platine terminant la tige centrale du sommet, parce qu’elle éprouvait des oscillations menaçantes. A 9 heures ko du soir, une décharge avec détonation formidable se produisit sur le paratonnerre; des gouttelettes rouges s’en détachèrent, dues sans doute à la combustion dans l’air de parcelles de fer volatilisées; les paratonnerres de la troisième plate-forme laissèrent aussi échapper à diverses reprises des fusées lumineuses avec crépitement. Cependant, ni le gardien du phare, qui était près de son appareil, ni les deux hommes qui manœuvraient les projecteurs électriques, ni M. Fous-sat qui se trouvait près d’eux, adossé à la rampe et regardant le paratonnerre central, ne reçurent la moindre secousse. Les instruments météorologiques placés au bas de la Tour n’éprouvèrent aucun dommage.
- Par mesure de prudence et à cause de l’abondance de la pluie, M. Foussat rentra dans les laboratoires avec les deux hommes préposés à la manœuvre des projecteurs qui furent préalablement éteints. A ce moment, un nuage descendu jusqu’au niveau du phare parut vivement éclairé; certains observateurs, placés à quelque distance dans Paris, crurent qu’après l’éclair le sommet de la Tour avait été enveloppé d’une lueur assez éclatante pour éclipser la lumière des projecteurs.
- Le coup de foudre du 9 août 1889 a prouvé que la communication de la Tour avec le sol était parfaite et peut être invoqué comme une preuve de la sécurité dans l’édifice.
- 11. Phare et projecteurs. — La Tour est signalée au loin par un phare électrique, dont la fourniture et l’installation ont été confiées a MM. Sautter, Lemonnier et Gie.
- D’après les conditions qui leur étaient imposées, ces constructeurs devaient rendre visible le faîte du monument, depuis la distance de i,50o mètres jusqu^à l’horizon, sans solution de continuité et avec
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- une intensité sensiblement égale, quel que fût l’éloignement de l’observateur.
- La lampe électrique est alimentée par un courant continu de îoo ampères et 70 volts, que produisent des dynamos disposés dans l’usine du pilier sud et qui donne une lumière évaluée à 5,500 becs Garcel (suivant la direction d’intensité maximum). Les charbons ont o m. o3o de diamètre. Ils sont supportés par un régulateur du type dit à électro-moteur, qui est en usage pour les projecteurs de la marine. Trois tiges filetées, manœuvrées par une couronne, permettent d’abaisser la lampe jusque dans la chambre de service. Pendant le fonctionnement, un petit prisme à réflexion totale, établi dans le plan focal, renvoie l’image des charbons sur un écran et met le gardien à même de suivre la marche de l’appareil.
- Le crayon positif se trouve a la partie supérieure de l’arc; le faisceau lumineux qui en émane présente son maximum d’intensité dans une direction inclinée de 45 degrés environ au-dessous du plan horizontal passant par le cratère du charbon.
- L’optique comprend : i° un tambour dioptrique de feu fixe, de om.6o de diamètre; 20 une série de cinq anneaux catadioptriques prolongeant le tambour à sa partie inférieure; 3° un tambour extérieur mobile, à lentilles verticales.
- Le tambour fixe dioptrique dirige les rayons vers l’horizon géographique du sommet de la Tour (67 kilomètres), saufla divergence due aux dimensions de la partie incandescente du charbon, et multiplie par 12 environ l’intensité de la lumière, qui est dès lors portée a 70,000 carcels. Eu égard à la hauteur de la Tour et à la divergence des faisceaux entre lesquels les lentilles divisent la lumière, il faut être à plus de 4 kilomètres pour commencer à percevoir les. rayons de ces faisceaux.
- Les anneaux catadioptriques, au lieu de renvoyer les rayons lumineux dans la même direction que le tambour fixe dioptrique, comme dans les appareils ordinaires de phare, sont inclinés et calculés de manière à répartir également la lumière dans un angle de 11 à 1 2 degrés au-dessous de l’horizon et à éclairer le sol à partir de
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- i,5oo mètres du pied de la Tour; dès qu’on dépasse cette distance, on perçoit les éclats produits par les lentilles verticales. Les angles de divergence des anneaux vont en croissant à partir de l’horizon; la lumière réfractée est, par suite, d’autant plus intense que les points à éclairer sont plus éloignés, ce qui permet d’obtenir sensiblement l’uniformité du champ lumineux; l’intensité de cette lumière est de 2 à î 5 fois celle de la lumière focale.
- Le tambour mobile comprend quatre groupes de trois éclats chacun, colorés aux couleurs nationales. L’intensité de la lumière émise par le tambour dioptrique est de 5oo,ooo carcels dans les éclats, qui sont ainsi visibles h Sy kilomètres en temps moyen; quant à l’intensité de la lumière transmise par les anneaux catadioptriques, elle varie, dans les éclats, de 20,000 à 90,000 carcels, suivant que l’on s'écarte de i,5oo à 5,000 mètres de la Tour. Ces chiffres, comme ceux que j’ai précédemment cités, résultent non de mesures photométriques, mais de supputations et de calculs d’ailleurs très plausibles.
- Il faut une minute environ pour la révolution complète du tambour mobile; chaque éclat a une durée de trois secondes. Le mouvement de rotation est imprimé par un moteur électrique agissant au moyen d’un pignon sur une couronne dentée qui fait corps avec le tambour; une dérivation prise sur la conduite générale d’électricité alimente ce moteur, dont la puissance est, du reste, peu considérable, attendu que toute la partie tournante repose sur une pointe en acier trempé; on fait varier la vitesse par des résistances introduites dans le courant d’excitation; des galets-guides placés latéralement préviennent les effets des oscillations de la Tour sur le mouvement de rotation.
- La portée du phare étant de 200 kilomètres en ligne droite, on peut, des points élevés, l’apercevoir bien au delà de l’horizon géographique; il a été vu du haut de la cathédrale de Chartres (75 kilomètres) et du haut de la cathédrale d’Orléans (115 kilomètres).
- Tout en répondant parfaitement au but que les constructeurs
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- s’étaient proposé, le phare de la Tour n’est point supérieur à ceux dont se sert l’Administration des travaux publics.
- Dans les derniers phares qu’a établis cette administration et dont elle avait exposé un spécimen, l’intensité mesurée des éclats atteint 600,000 becs Carcel. Ce chiffre aurait pu être dépassé de beaucoup avec les mêmes appareils par la simple substitution, aux machines magnéto-électriques actuelles, de machines semblables, mais d’un type plus puissant.
- Au point de vue des appareils optiques, le service des phares a abandonné le système des lentilles verticales tournant autour d’un tambour de feu fixe, pour n’employer qu’une optique unique à lentilles annulaires juxtaposées; l’effet de cette disposition a été d’augmenter notablement l’intensité des éclats en diminuant leur durée, qui est encore suffisante.
- La répartition de la lumière dans un même azimut, entre la limite de la portée lumineuse et le point le plus rapproché du rivage où il soit utile de voir le phare, s’obtient, sans déviation des anneaux cata-dioptriques, en calculant avec deux foyers différents convenablement choisis le tambour dioptrique et les anneaux catadioptriques. On place dans le plan focal du tambour dioptrique la partie la plus incandescente du charbon inférieur, dans le plan focal des anneaux catadioptriques la partie la plus incandescente du charbon supérieur. La portion de la source lumineuse qui, pour chaque partie de l’appareil, se trouve en dehors du foyer correspondant, envoie ses rayons entre l’horizon et le phare, le faisceau le plus intense étant toujours orienté sur l’horizon. On réalise ainsi, tout à la fois, la distribution cherchée et une plus grande utilisation de la lumière.
- La rotation de l’optique et par suite la succession des éclats se font avec une régularité parfaite, grâce à l’introduction d’un nouveau frein à friction; des avertisseurs électriques signalent les incidents anormaux de la marche.
- Revenons à la Tour, après cette courte digression.
- Deux grands projecteurs Mangin de 0 m. 90 circulent sur la terrasse
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- ménagée au-dessus de la troisième plate-forme. Ces projecteurs, construits comme le phare par MM. Sautter, Lemonnier et Cie, sont montés sur roues et sur affûts; ils peuvent donner des rayons plongeant jusqu’à 45 degrés au-dessous de l’horizon, pour éclairer les objets dans le voisinage même de la Tour. Leur foyer lumineux est une lampe électrique à arc de même intensité que celle du phare ; les rayons sont réfléchis par un miroir apfanétique en un faisceau très limité, dont l’intensité moyenne atteint de 6 à 8 millions de carcels. Avec de bonnes lunettes, on distingue à 11 kilomètres les objets sur lesquels tombe ce faisceau.
- 12. Surveillance exercée sur les travaux de la Tour. Conditions de stabilité de l’édifice. — La Commission instituée le î 2 mai 1886 par M. le Ministre du commerce et de l’industrie, pour examiner le projet présenté par M. Eiffel, a été ensuite investie d’une mission de contrôle et de surveillance sur l’exécution des travaux. Elle s’est acquittée de son rôle avec beaucoup de soin et de dévouement, et a toujours su concilier les exigences de la sécurité publique avec les besoins d’une exploitation qui méritait toutes les sympathies de l’État.
- Vers la fin de l’Exposition, M. Contamin lui a présenté un rapport général fort intéressant, dont il ne sera pas inutile d’extraire quelques indications relatives à la stabilité de l’édifice.
- Les fondations, exécutées suivant toutes les règles d’art, présentent les garanties les plus complètes d’une longue existence et sont parfaitement appropriées aux charges qu’elles ont à supporter.
- L’ossature s’est comportée aussi bien qu’on pouvait le désirer; elle n’a subi aucune déformation apparente. Jamais elle n’a éprouvé d’oscillations ni même de vibrations sensibles, sous l’action des fortes bourrasques et de l’affluence des visiteurs. Le fait est d’autant plus remarquable, en ce qui concerne l’influence du vent, que les édifices élevés sont parfois soumis à des oscillations d’une grande amplitude : sans parler des cheminées d’usines et pour ne citer que les phares, on a observé dans certaines de ces constructions des mouvements assez
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- forts pour faire déverser le liquide contenu dans des vases, pour déplacer les objets mobiles et pour éveiller une impression analogue à celle du balancement d’un navire; il n’en résulte, du reste, pas de désordres dans les maçonneries, qui se comportent comme une verge élastique. Si des phénomènes du même ordre n’ont point été constatés dans la tour du Champ de Mars, cela tient sans doute à la proportion considérable des vides par rapport aux pleins et à la facilité avec laquelle l’air passe entre les pièces de la charpente. Je crois savoir que l’on se propose d’entreprendre des observations précises à cet égard.
- Malgré les résultats très favorables d’une expérience qui s’est déjà prolongée pendant deux ans, il y a lieu de remarquer que les fatigues moléculaires de la matière dépassent, dans la plupart des pièces, les limites ordinairement admises. Cet excédent est en partie imputable aux majorations des poids effectifs par rapport aux prévisions du projet; le devis primitif ne prévoyait que 6,300,000 kilogrammes pour la partie métallique, et les relevés accusent 7,350,000 kilogrammes; le poids des matériaux divers était évalué à i,54o,ooo kilogrammes, et ce chiffre a été très notablement accru par suite du développement donné aux restaurants, cafés et autres constructions analogues. Dans l’ensemble, on peut estimer l’augmentation à i/5 ou 1/6.
- A l’état normal, c’est-à-dire sans surcharges accidentelles, les compressions des montants doivent osciller autour de 8 kilogrammes par millimètre carré; dans le cas d’un ouragan exerçant une pression de 300 kilogrammes par mètre superficiel, elles atteindraient et dépasseraient peut-être 11 kilogrammes.
- La présence de 10,000 personnes dans la Tour ajouterait à ces efforts un demi-kilogramme.
- Quoiqu’il en soit, on est encore loin de la limite d’élasticité; il suffira de pourvoir à un bon entretien, d’empêcher l’oxydation et de vérifier périodiquement qu’aucune déformation permanente ne s’est manifestée.
- Les ascenseurs demanderont une surveillance intelligente et
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- continue; à l’occasion, quelques changements de détail pourraient être utilement apportés à certains d’entre eux.
- 13. Dépenses de construction. — D’après les renseignements qu’a bien voulu me fournir M. Eiffel, le poids des fers de la construction s’est élevé à 7,3^7,000 kilogrammes, non compris la machinerie des ascenseurs.
- Le prix total de la construction a atteint 7,457,000 francs, chiffre notablement supérieur aux prévisions.
- 14. Renseignements statistiques sur les ascensions. — La Tour a été ouverte au public à partir du 1 5 mai 1889.
- Au début de l’Exposition, le service se faisait exclusivement par les escaliers. Les dates de mise en service des ascenseurs ont été les suivantes :
- Ascenseur Roux, Combaluzier et Lepape du pilier est
- (du sol à la première plate-forme)............... 26 mai
- Ascenseur Otis du pilier nord (du sol à la seconde
- plate-forme)......................................... 2 juin
- Ascenseur Roux, Combaluzier et Lepape du pilier ouest
- (du sol à la première plate-forme).................. 9 juin
- Ascenseur Edoux (de la seconde à la troisième plateforme).............................................. 13 juin
- Ascenseur Otis du pilier sud (de la première à la seconde plate-forme)................................ 16 juin
- Le tableau ci-après récapitule, pour chaque semaine du 10 mai au 6 novembre, le nombre des ascensions par étage (l) et le montant des recettes brutes de toute nature.
- (1) Non compris les ascensions gratuites, du reste peu nombreuses.
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- SEMAINES. NOMBRE TOTAL DES ASCENSIONS. RECETTES BRUTES
- Ie1' ÉTAGE. 2e ÉTAGE. 3e ÉTAGE. de toute nature.
- 1889. Du 15 au 21 mai 29,922 17,637 // fr. c. 69,769 65
- Du 22 au 28 mai 35,633 18,338 // 86,85o 70
- Du 29 mai au 6 juin 59,703 29>79* H i63,io5 25
- Du 5 au 11 juin 85,2 66 63,022 U 200,719 75
- Du 13 au 18 juin 85,609 69,720 16,596 266,635 i5
- Du 19 au 2 5 juin 81,673 52,656 22,609 277,668 95
- Du 26 juin au 2 juillet 70,268 46,919 25,180 256,556 35
- Du 3 au 9 juillet 73,110 68,369 25,591 266,378 65
- Du 10 au 16 juillet 96,057 65,209 29,336 336,178 2.5
- Du 17 au 23 juillet 81,376 57,216 29,668 393,389 35
- Du 26 au 3o juillet 63,620 63,696 25,878 228,689 60
- Du 3i juillet au 6 août 83,3io 56,698 28,367 293,916 20
- Du 7 au i3 août 85,513 58,289 26,268 293,o56 00
- Du 16 au 20 août 106,5i8 71,517 29,761 336,656 55
- Du 31 au 27 août 93,582 65,836 29,386 318,569 76
- Du 28 août au 3 septembre 9^775 65,782 33,636 335,658 65
- Du 6 au 10 septembre *08,799 73,067 37,53o 372,879 10
- Du 11 au 17 septembre 110,905 75,166 35,5o5 382,076 i5
- Du 18 au 2 6 septembre 81,529 57,821 3o,2o6 290,798 65
- Du 2 5 septembre au ier octobre 73,689 69,606 37,925 261,676 70
- Du 2 au 8 octobre 68,759 67,201 26,666 266,35o go
- Du 9 au i5 octobre 77,809 62,979 25,696 360,687 3o
- Du 16 au 22 octobre 64,999 63,988 26,360 329,097 i5
- Du 2 3 au 29 octobre 66,2o3 60,697 20,893 213,679 35
- Du 3o octobre au 6 novembre 76,937 66,710 26,653 253,666 3o
- Totaux 1,953,122 1,273,776 573,i 66 6,509,901 80
- Ainsi, pendant la période de 176 jours qui a séparé l’ouverture de la Tour au public de la clôture de l’Exposition, le nombre moyen des visiteurs a été par jour de 11,100. En laissant de côté la période originaire, jusqu’à la mise en service de l’ascenseur Edoux, on trouve une moyenne de 11,800, dont 7,900 pour la seconde plate-forme et 3,900 pour la troisième.
- La journée de plus grande affluence a été celle du 10 juin (lundi de Pentecôte) qui-a donné 23,202 visiteurs, dont 12,782 sont montés à la deuxième plate-forme; le troisième étage était encore fermé.
- Il y a lieu de citer aussi le lundi 9 septembre, jour durant lequel la Tour a reçu i8,àoo personnes, dont 12,300 sont allées à la seconde plate-forme et 6,770 à la troisième.
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- Le tarif des jours ouvrables était de 2 francs pour le premier étage, 3 francs pour le deuxième et 5 francs pour le troisième. Ces chiffres étaient respectivement réduits à 1 franc, 1 fr. 5o et 2 francs, le dimanche entre 11 heures du matin et 6 heures du soir. Les visiteurs pouvaient indifféremment user des escaliers ou des ascenseurs entre le sol et la deuxième plate-forme, sans avoir de surtaxe à acquitter dans ce dernier cas.
- Il ne s’est produit ni le moindre désordre, ni le plus petit accident.
- 15. Indications sur le champ de visibilité de la Tour. — Si la terre affectait une surface sphérique passant par le pied de la Tour, l’horizon géographique, pour le sommet de l’édifice, serait limité par une circonférence de 67 kilomètres de rayon.
- L’observateur placé sur la dernière plate-forme accessible au public aurait encore un horizon de 1 3o kilomètres de diamètre.
- En fait, on peut apercevoir des points sensiblement plus éloignés, mais situés à une altitude supérieure à celle du Champ de Mars. Au contraire, des points plus rapprochés peuvent sortir du champ de vision, si leur altitude est inférieure à celle du pied de la Tour. Le rayon visuel peut en outre être intercepté par des obstacles placés sur sa trajectoire.
- Le degré de transparence de l’air exerce d’ailleurs une influence considérable sur l’étendue à laquelle la vue peut s’étendre.
- MM. Mizon et Tronquois ont dressé, en ayant égard à la sphéricité de la terre, aux reliefs du sol et à la réfraction atmosphérique pour des conditions moyennes de température et d’état hygrométrique, une carte de «ce que l’on peut voir de la tour Eiffeln. Cette carte comprend, au sud-ouest, dans la direction d’Auteuil, un point visible à 107 kilomètres.
- En général, avec une bonne lunette, le regard porte à une distance comprise entre 65 et 80 kilomètres; le cercle ordinaire de visibilité embrasse Fontainebleau, Etampes, Pontoise, Chantilly, Melun, etc.
- Au sud-ouest, on peut distinguer la cathédrale de Chartres; en
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- TOUR EIFFEL.
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- avant de Sens, on voit un sommet situé à 88 kilomètres, Champigny-le-Ghapitre. Exceptionnellement, on a aperçu la forêt de Lyons à 90 kilomètres.
- 16. Utilité de la Tour au point de vue des expériences et recherches scientifiques. — Dès le début, on a compris les services que pourrait rendre la Tour au point de vue des expériences et recherches intéressant les sciences et notamment la météorologie, l’astronomie, la physique, la biologie, les études micrographiques de l’air.
- Plusieurs laboratoires ont été en conséquence disposés au sommet de la Tour. Jusqu’ici ce sont les observations météorologiques, faites sous la direction de M. Mascart, qui ont été de beaucoup les plus nombreuses et qui ont donné les résultats les plus curieux.
- Sur la petite plate-forme de 1 m. 60 de diamètre qui couronne la lanterne du phare, sont installés des instruments à lecture directe (thermomètres à maxima et à minima et psychromètre placés sous un abri), des instruments enregistreurs (thermomètre, hygromètre abrité, pluviomètre), des instruments transmettant et enregistrant à distance leurs indications d’une manière continue (thermomètre, girouette, anénomètres pour la vitesse horizontale et la vitesse verticale du vent), enfin un téléphone. L’un des laboratoires qui se trouvent au-dessus de la troisième plate-forme contient en outre un baromètre à mercure et un baromètre enregistreur. L’enregistrement à distance s’est fait d’abord au pied de la Tour; aujourd’hui, il s’effectue au Bureau central météorologique (rue de l’Université).
- Les observations du vent ont commencé au milieu de juin 1889 ; celles de la température et de la pression, le 1er juillet ; celles de l’humidité et de la pluie, dans le courant du même mois.
- Le journal la Nature a publié, dans son numéro du 25 janvier 1890, un article fort complet sur les faits qui paraissaient alors acquis, relativement à la vitesse du vent et à la température. Je résume brièvement ces faits.
- D’après les observations enregistrées depuis le milieu de juin
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- jusqu’au ier octobre, la vitesse du vent à 3oo mètres de hauteur serait notablement supérieure a la vitesse près du niveau du sol. Tandis que l’observatoire du sommet de la Tour donnait une vitesse moyenne de 7 m. o5, des instruments identiques placés à 21 mètres de hauteur, sur la tourelle du Bureau central météorologique, n’accusaient que 2 m. 2 4. On connaissait bien l’influence retardatrice des obstacles que l’air rencontre à la surface de la terre; mais on ne supposait pas des effets si considérables.
- La vitesse du vent à 300 mètres est d’ailleurs restée, pendant 39 p. 100 du temps, au-dessus de 8 mètres par seconde, et pendant 21p. 100, au-dessus de 10 mètres.
- Dans les stations basses, la vitesse a son minimum vers le lever du soleil et son maximum vers le milieu du jour. Sur la Tour, le minimum s’est produit entre 9 et 1 0 heures du matin et le maximum au milieu de la nuit, et les variations diurnes suivent une loi tout à fait analogue à celle qui a été constatée sur les montagnes.
- Le rapport entre la vitesse au sommet de la Tour et la vitesse au Bureau central météorologique a atteint sa plus grande valeur (5) entre 2 et h heures du matin, et sa plus faible valeur ( 2 ) entre 10 heures du matin et 3 heures du soir.
- Voici maintenant les données obtenues par le rapprochement entre les températures au sommet de la Tour et dans le parc de Saint-Maur (point soustrait aux actions perturbatrices de Paris).
- Lors du maximum diurne, la température sur la Tour est plus basse qu’au pied. La différence dépasse notablement la valeur théorique de i°,6, calculée en admettant une décroissance de 1 degré pour 180 mètres d’altitude. Par contre, la nuit, les minima de la Tour sont supérieurs à ceux du sol. Ainsi, au sommet de l’édifice, les journées sont relativement fraîches et les nuits chaudes; l’amplitude des variations diurnes y est très atténuée. Gela s’explique par la faiblesse des pouvoirs absorbant et émissif de l’air, qui s’échauffe très peu directement dans le jour et se refroidit aussi très peu dans la nuit, alors qu’au contraire le sol et par suite les couches inférieures
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- de l’atmosphère sont bien pins sensibles. Pendant les nuits calmes et claires, la température sur la Tour est fréquemment de 5 à 6 degrés plus haute qu’à la base.
- Autant qu’on en peut juger d’après la courte période de juin à octobre, la marche annuelle de la température serait soumise aux memes lois que les variations diurnes. Le sommet de la Tour serait plus chaud que le sol, pendant la saison froide, et plus froid, pendant la saison chaude.
- Au moment des changements de temps, la modification se manifeste sur la Tour plusieurs heures et parfois plusieurs jours avant de se produire sur le sol. On en a vu un exemple frappant au mois de novembre 1889 : vers la fin de ce mois, un changement de régime s’est accusé au sommet de la Tour plus de deux jours avant de se faire sentir et même avant de s’annoncer par le moindre symptôme dans les régions inférieures.
- Ces indications sommaires montrent jusqu’à quel point les conditions météorologiques, à 300 mètres seulement de hauteur, diffèrent des conditions observées près du sol; elles suffisent à mettre en évidence les services que la Tour pourra rendre pour le progrès de la science.
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- CHAPITRE XVII.
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- 8 1er. Champ de Mars.
- 1. Description sommaire des parcs et jardins. — Malgré l’étendue des palais et autres constructions édifiés au Champ de Mars, des espaces considérables étaient affectés aux parcs et jardins. En se dirigeant du pont d’Iéna vers le dôme central, on rencontrait successivement l’ancien parc de 1878, puis le jardin bas établi en prolongement de ce parc et au meme niveau, entre les terrasses des palais des beaux-arts et des arts libéraux, enfin le jardin haut aménagé entre les ailes du Palais des industries diverses. Des massifs, des pelouses, des plantations, étaient en outre disséminés aux abords des pavillons, sur le pourtour extérieur des palais, et notamment le long des avenues de Suffren et de La Bourdonnais.
- Une grande partie du parc de 1878 dut être sacrifiée pour la Tour de 3oo mètres et pour de nombreux pavillons; les chemins et allées durent être profondément remaniés, soit pour faire place aux constructions, soit pour en assurer une distribution pittoresque. Cependant on s’efforça de conserver intact ou à peu près intact tout ce qui était susceptible de l’être. C’est ainsi qu’il fut possible de maintenir à droite et à gauche de la Tour deux pièces d’eau du plus heureux effet.
- Sous la Tour et suivant le grand axe du Champ de Mars étaient disposées deux grandes pelouses rectangulaires de h 2 mètres de longueur sur 36 mètres de largeur, que séparait une fontaine d’excellent style, due à M. de Saint-Vidal. Latéralement se développaient les parties du parc comprenant les deux pièces d’eau dont je viens de parler.
- Le jardin bas avait 240 mètres de longueur sur 180 mètres de
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- largeur. Ses proportions, relativement restreintes, paraissaient grandies par l’habileté avec laquelle il avait été tracé. Dans l’axe était une pelouse cle 114 mètres de long sur 36 mètres de large, prolongeant celles de la Tour et suivie d’un long bassin, a l’extrémité duquel se trouvait la fontaine Goutan et où jouaient les fontaines lumineuses dont nous étudierons plus tard l’installation et le fonctionnement. De chaque côté de la zone centrale, un jardin paysager avec corbeilles de fleurs, plantes ornementales, arbustes et arbres aux nuances harmonieuses, s’étendait jusqu’au pied de la terrasse : on remarquait notamment près de cette terrasse des plates-bandes de rhododendrons, ainsi que des houx et des magnolias taillés en pyramide et dont la flèche atteignait le sommet de la balustrade; ces plantations avaient été faites dans le but d’obtenir une floraison éclatante se prolongeant pendant deux mois et laissant après elle de beaux feuillages. Combinés avec la pelouse rectangulaire et le bassin, les jardins anglais corrigeaient la sécheresse qu’eussent présentée des lignes droites trop multipliées et jetaient sur l’aspect d’ensemble un ton de charmante gaieté.
- Deux larges allées, recouvertes de légers vélums, avaient été ménagées dans le jardin bas le long de la pelouse et du bassin. On accédait aux terrasses des beaux-arts et des arts libéraux par quatre escaliers, et au jardin haut par deux autres escaliers encadrant la fontaine Goutan.
- A la décoration du jardin bas il y a lieu de rattacher celle des terrasses des arts, dont chacune avait reçu soixante palmiers (C/m-mœrops eæcelsa) d’un volume considérable et d’une hauteur de ù mètres. Cette ornementation exotique et originale était fort appréciée.
- Sur la grande terrasse haute, une pelouse de 76 mètres de longueur et 36 mètres de largeur précédait l’entrée du dôme central. Au centre de cette pelouse se dressait la statue de la République» De magnifiques rangées de platanes enveloppaient les pavillons de la ville de Paris sur trois de leurs faces, vers les galeries des industries diverses et vers le jardin bas, et formaient des berceaux de verdure à l’abri
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- desquels les visiteurs pouvaient venir respirer et prendre du repos en plein air.
- Des allées avec vélums reliaient les escaliers de la fontaine Goutan et le dôme central, ainsi que les galeries Rapp et Desaix.
- Dans l’étude des dispositions d’ensemble ou de détail, l’une des préoccupations dominantes avait été de ne point couper la perspective des palais. C’est pour ce motif que l’on s’était borné à l’établissement de pelouses sur toute la zone centrale, du pont d’Iéna au dôme du Palais des industries diverses; de nombreuses percées existaient d’ailleurs dans les plantations des deux jardins anglais situés au pied de la terrasse des beaux-arts et de la terrasse des arts libéraux.
- Les pelouses de la zone médiane, malgré la régularité de leurs formes, produisaient sur l’œil une impression agréable, grâce à leur fraîcheur, au coloris de leurs bordures de fleurs, à la variété et à l’effet décoratif des œuvres d’art dont elles étaient ornées.
- En dehors des grands jardins, des massifs avaient été créés autour des constructions particulières élevées en bordure des avenues de Suffren et de La Bourdonnais, de même que sur divers autres points. Dans chaque cas particulier, le service s’était efforcé de choisir des arbres et arbustes s’harmonisant avec l’architecture des pavillons ou appartenant à des espèces originaires du pays dont relevait l’exposition.
- C’est surtout pour IV Histoire de l’habitation » que se sont manifestées les préoccupations de ce genre. Il fallait en effet doter chaque construction d’un jardin en rapport avec son caractère, avec sa date, avec les mœurs des habitants du pays. Grâce à un travail patient et minutieux de recherches archéologiques et géographiques, la Direction générale des travaux est parvenue à reconstituer assez exactement les paysages des temps passés et les paysages contemporains pour les contrées les plus lointaines.
- Aussi les essences présentaient-elles une merveilleuse diversité. On comptait au Champ de Mars environ koo variétés d’arbres forestiers et d’arbres d’ornement et plus de 600 variétés d’arbustes à feuilles caduques ou persistantes : je citerai en particulier les érables, les
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- bouleaux, les catalpas, les plaqueminiers, les féviers, les noyers, les mûriers, les peupliers, les robiniers, les micocouliers, les sorbiers, les ormes, les tilleuls, les virgiliers et les variétés les plus décoratives du genre conifère. M. Laforcade, jardinier en chef, avait eu du reste le soin de créer dans les pépinières de la ville de Paris, en vue de l’Exposition de 1889, un arboretum extrêmement riche, qui a rendu les plus grands services pour rornementation des jardins.
- Tout, dans les parcs et les jardins, portait l’empreinte du goût et du talent incomparables de M. Alphand, si intelligemment secondé par M. Laforcade. Le succès fut complet, non seulement le jour, mais aussi le soir, alors que les guirlandes de petites lampes électriques ponctuaient, comme autant de vers luisants, les lignes principales des massifs, que les arbres étaient semés de globes lumineux, que tout alentour se profilaient les palais et leurs dômes, que les fontaines lançaient leurs gerbes enflammées de mille couleurs, qu’au delà de la Seine le Trocadéro se dressait brillamment éclairé, que la Tour se montrait embrasée a la lueur des feux de Bengale et promenait majestueusement les pinceaux de lumière de ses projecteurs. L’impression était profonde ; la féerie était saisissante. Si le voyage dans l’autre monde se prêtait à quelque retour ici-bas, si quelqu’un de nos ancêtres eût pu revenir passer quelques heures sur cette terre, les organisateurs de l’Exposition auraient certainement entendu crier à la sorcellerie et demander pour eux un bûcher en place de Grève.
- 2. Travaux de jardinage. — Des indications détaillées sur les travaux de jardinage ne sauraient trouver place dans un rapport nécessairement sommaire. Je dois me borner à des renseignements généraux, en souhaitant que ces renseignements suffisent pour faire appréciera leur juste valeur les mérites des hommes habiles et expérimentés , qui, en un délai très court et moyennant de faibles dépenses, ont pu créer de toutes pièces des jardins riants sur un sol auparavant aride et inculte.
- La première série d’opérations, toutes de prévoyance, a consisté à
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- MUUEhtfc NAriOîU
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- recueillir soigneusement, pour la réemployer plus tard, la terre végétale qui se trouvait à l’emplacement des constructions et spécialement de la Tour; à agir de même pour les arbustes; à créer une gazon-nière, afin d’éviter les achats si onéreux de gazons qui s’étaient imposés en 1878; à maintenir ou à mettre en bon état d’entretien les massifs du parc qui devaient être conservés. Ces opérations ont coûté 57,000 francs.
- Ensuite vinrent les travaux de mouvement des terres, de vallonnement, de premier dressement, d’apport de terre végétale, etc., qui donnèrent lieu à une dépense de 89,600 francs environ (dont 56,ooo francs pour 17,000 mètres cubes de terre végétale fournis par adjudication).
- Plus tard furent exécutés le nivellement définitif a jet de bêche, la plantation des arbustes et des arbres, l’ouverture des tranchées d’irrigation, la pose des drains, le règlement du sol, en un mot toutes les opérations définitives, entreprises au fur et a mesure que les emplacements devenaient disponibles, et généralement effectuées en régie, sauf le transport des arbres qui fit l’objet d’une adjudication. Le coût fut de 362,000 francs.
- Une fois les parcs et jardins achevés, il fallut pourvoir à leur entretien et à la réparation des dégâts. Ce ne fut pas l’un des moindres soucis de l’administration : pendant les jours d’affluence, et surtout le soir, la foule envahissait les pelouses et les massifs, foulait les gazons, endommageait les plantes et les arbustes; mais le lendemain, comme par un coup de baguette, toute trace des dégradations avait disparu et'les.jardins se présentaient revêtus de leur toilette de fête. Les dépenses de ce chef s’élevèrent à 169,800 francs.
- 11 fut en outre nécessaire d’organiser une police spéciale des parcs et de poser des clôtures en fil de fer pour protéger les pelouses contre le piétinement des visiteurs : les frais correspondants montèrent à 33,ooo francs.
- Au total, les dépenses de jardinage, majorées des frais d’agence, furent, pour le Champ de Mars, de 728,000 francs, y compris les frais spéciaux de police, et de 697,500 francs, sans ces frais.
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- Ce dernier chiffre, portant sur une surface de i3o,ooo mètres carrés, fait ressortir un prix unitaire de 5 fr. 36 par mètre carré.
- Le nombre des arbres, arbustes ou végétaux variés dépassait 33,ooo; on a employé près de 100,000 plantes pour les garnitures de printemps et d’été; le personnel des jardiniers s’est composé de 60 agents ou ouvriers pendant la durée de l’Exposition.
- 3. Travaux de voirie. — De nombreuses voies de circulation ont dû être aménagées tant pour les piétons que pour les visiteurs, au travers des parcs et jardins du Champ de Mars. Le tableau suivant en donne la surface et le prix de revient par mètre carré :
- NATURE DES VOIES DE CIRCULATION. SUPERFICIE. PRIX par MÈTRE CARRÉ. OBSERVATIONS.
- Trottoirs sablés mot. car. i,o5o fr. c. 0/17 Bordure comprise.
- Trottoirs bitumés 9>910 2 90 Idem.
- Chemins sablés 16,^100 0 l3
- Chemins gravillonnés 22,3oO 0 16
- Voies empierrées 4o,6oo 2 62
- Voies pavées i3,ioo 3 90
- La dépense totale d’établissement s’est élevée à 193,000 francs : toutes les voies pavées ont été construites avec des pavés de rebut provenant des dépôts de la ville de Paris; les trottoirs bitumés ont été faits en location.
- Les chaussées empierrées ou pavées, devant servir à l’approche des matériaux destinés aux palais, ont été créées pour ainsi dire dès le début.
- Une fois les voies terminées, l’administration a eu à les entretenir, à les arroser, à les nettoyer.
- Sur ce service s’est greffé celui de l’enlèvement des ordures ménagères et des produits du balayage (1) : l’opération s’effectuait tous les matins avant l’ouverture des guichets de l’Exposition, et l’on estime a
- (1) Une laxe spéciale a été acquittée de ce chef par divers concessionnaires et a produit, une somme de i2,4oo francs.
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- 8o mètres cubes environ le volume des détritus de toute nature qu’il a fallu évacuer journellement.
- Les frais d’établissement et d’entretien des voies de circulation du Champ de Mars se sont élevés à 700,700 francs.
- 4. Travaux de décoration. — Parmi les travaux de décoration, la place d’honneur appartenait aux deux fontaines monumentales, et spécialement à celle qui terminait le jardin bas, près de la terrasse du Palais des industries diverses.
- En partant de la Seine, on rencontrait tout d’abord la belle fontaine de M. de Saint-Vidal, élevée sous la Tour de 3oo mètres. La partie sculpturale de l’œuvre, la seule sur laquelle j’ai à insister ici, se divisait en deux motifs qui, malgré leur corrélation, n’en étaient pas moins bien distincts.
- Le motif inférieur se développait autour de la vasque de 2 3 mètres de diamètre, aménagée au pied du monument, et représentait les cinq parties du monde sous la forme de femmes, beaucoup plus grandes que nature, dans une attitude et avec des attributs, des traits et une expression de physionomie appropriés à la région qu’elles devaient personnifier.
- Ainsi YEurope, ayant à sa gauche une pile de livres et une presse à imprimer, et paraissant absorbée dans une méditation profonde, représentait la pensée philosophique, dont son visage portait la vigoureuse empreinte.
- Dans Y Amérique vivait la pensée industrielle, à la recherche de la fortune et de la suprématie commerciale.
- L'Asie, odalisque mollement couchée dans une pose sensuelle, avait près d’elle un nargileh et incarnait la poursuite des plaisirs matériels.
- Dans Y Afrique se révélaient les premiers efforts de la pensée au contact de la civilisation.
- Quant a Y Océanie, elle figurait la race humaine dans son état primitif.
- Le motif supérieur, reposant sur un lit de nuées, comprenait six
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- figures mythologiques, symboles des principaux éléments de l’activité humaine.
- C’était tout d’abord la Nuit et le Jour, l’une sous la figure d’une femme, l’autre sous les traits d’un jeune homme aux ailes déployées : la Nuit ou l’Erreur tentait vainement d’arrêter le Jour ou la Vérité, qui échappait à ses étreintes.
- Puis venaient Mercure, qui, avec son caducée et sa bourse, représentait le travail et l’instinct de production; Clio, muse de l’histoire; et enfin les deux images gracieuses du Sommeil et de VAmour, qui tiennent une si large place dans l’existence.
- Les deux groupes se rattachaient l’un à l’autre dans la conception de l’artiste. M. de Saint-Vidal avait placé l’Histoire au-dessus de l’Europe, théâtre des plus grands événements historiques; Mercure surmontait l’Amérique, qu’il semblait prendre sous sa protection; l’Amour se tenait près de l’Asie ; le Sommeil s’étendait sur l’Afrique et l’Océanie.
- Cette double allégorie témoignait de l’art, du talent et de l’imagination de son auteur.
- Les travaux ont coûté 57,5oo francs, dont 35,ooo francs pour le statuaire.
- A l’extrémité du jardin bas, entre le Palais des beaux-arts et le Palais des arts libéraux, s’élevait la superbe fontaine du Progrès, plus connue sous le nom de Fontaine lumineuse, véritable monument commémoratif de 1789, en même temps que souvenir allégorique de l’Exposition. Voici quels étaient les principaux éléments de la composition décorative.
- La statue de la France, appuyée sur les emblèmes du Travail, entourée du Commerce, de Y Agriculture, des Lettres et des Arts, formait le couronnement de l’œuvre; elle était portée sur la barque du Progrès, vaisseau allégorique de la ville de Paris.
- Les eaux jaillissaient, s’échappant de cornes d’abondance soutenues par des génies.
- A la proue de la nef, deux Renommées et un Coq gaulois semblaient chanter la gloire de la nation.
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- Une République, coiffée du bonnet phrygien, tenait la barre du gouvernail.
- Aux côtés, sur des récifs, étaient représentées Y Ignorance et la Routine, renversées par la course du vaisseau.
- Au milieu des bassins et des jaillissements d’eaux, comme dans les remous de la barque, nageaient des tritons et des naïades portés sur des dauphins, qui lançaient à leur tour mille jets d’eau scintillants.
- Pour rappeler le fleuve qui traverse Paris, la Nymphe de la Seine était figurée au bas des vasques, à la source des bassins.
- Enfin quatre statues allégoriques, placées aux angles, terminaient le monument, au-dessous duquel se développait le grand bassin. Deux grands perrons latéraux, continuant la double allée centrale, permettaient d’admirer sous tous leurs aspects les groupes de sculpture et les cascades.
- Je réserve pour un chapitre spécial la description des vasques et l’explication des effets d’eau.
- L’ensemble de la belle statuaire du monument commémoratif de 1889 est l’œuvre de M. Jules Goulan ; l’architecture, les combinaisons des vasques, des bassins et des gerbes sont dues à M. Formigé; la distribution des eaux et l’exécution des appareils lumineux électriques ont été dirigées par M. Bechmann.
- Abstraction faite de la partie hydraulique et de l’éclairage électrique, dont je parlerai plus loin, la dépense s’est élevée à 3i 1,600 francs ; l’installation technique, moins l’éclairage électrique, a coûté 2^3,200 francs.
- Indépendamment des deux escaliers accolés à la fontaine du Progrès, six autres escaliers donnaient accès du jardin bas au jardin haut et aux deux terrasses des beaux-arts et des arts libéraux. Au sommet des talus limitant ces terrasses régnaient des balustrades décoratives, moulurées suivant les dessins de M. Formigé.
- Les escaliers et les balustrades étaient, comme les maçonneries apparentes des fontaines, en béton aggloméré, système Coignet.
- Pour les fondations assises sur des terres de remblai, l’architecte
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- a eu recours à des massifs de béton, portés par des grillages en charpente de fers à t, qui reposaient eux-mêmes sur des pilotis.
- Les frais de construction ont été de io8,4oo francs environ; le mètre linéaire de marche d’escalier est revenu à 33 fr. 5o, et le mètre de balustrade a 68 francs.
- Gomme je l’ai déjà indiqué, deux galeries de vélums avaient été établies dans le jardin bas, parallèlement au grand axe du Champ de Mars; elles étaient interrompues au droit de la grande gerbe lumineuse et des entrées du Palais des beaux-arts et du Palais des arts libéraux. Ces galeries se prolongeaient dans le jardin haut, jusqu’à proximité du dôme central, avec deux retours d’équerre vers les vestibules Rapp et Desaix.
- En même temps qu’ils fournissaient aux visiteurs un abri contre le soleil et la pluie, les vélums contribuaient à la décoration générale.
- La charpente qui les portait avait été étudiée de manière à réunir la solidité à l’élégance et à la légèreté. Les fermes, de 6 mètres d’ouverture, étaient espacées de 4 mètres; elles se composaient d’arbalétriers moisés en X, réunis par une panne faîtière et deux sablières, et reposant sur des mâts. Ces mâts se rattachaient à deux types : les uns, de 7 mètres de hauteur, étaient décorés de cartouches et surmontés de lances dorées et enrubannées; les autres, de 12 mètres de hauteur, séparés par un intervalle de 2 4 mètres (correspondant à six travées), étaient pavoisés d’oriflammes aux couleurs nationales et ornés de socles moulurés, ainsi que de grands écussons. Des patins et des contre-fiches, enfouis dans le sol, en assuraient la stabilité.
- La couverture était formée d’une toile rayée de rouge et de blanc; au-dessous, une autre toile à bandes alternativement jaunes et blanches constituait le plafond.
- Latéralement, un membron décoré d’une torsade en zinc étampé recouvrait la sablière; en contre-bas courait un lambrequin de toile rouge et blanche, richement découpé et tenu rigide par une frange de perles en bois bronzé. Ce lambrequin se retournait aux abouts des
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- galeries pour suivre les rampants des fermes; deux hampes, dirigées suivant l’inclinaison des pignons, servaient d’attache à nn grand écusson décoratif.
- Un vélum analogue, mais présentant une largeur de i3 mètres et comportant par suite une charpente plus solide, recouvrait le pont d’Iéna. De nombreux trophées de drapeaux, fixés sur des vergues et des beauprés au droit des piles et contre les parapets, complétaient la décoration du passage.
- Les surfaces couvertes étaient de 4,3oo mètres carrés pour le (lhamp de Mars et de 2,o4o mètres carrés pour le pont d’Iéna. La dépense correspondante s’est élevée a 11 q,3oo francs.
- Quatre kiosques à musique avaient été établis dans les jardins : deux d’entre eux étaient situés sur la grande terrasse, entre les pavillons de la ville de Paris et les galeries des industries diverses, et les deux autres, dans le jardin bas, aux angles formés par la grande terrasse et par les petites terrasses des palais des arts.
- L’un des kiosques du jardin haut affectait la forme octogonale et comportait une ossature métallique. Des colonnes soutenaient les fermes en treillis, que recouvrait une toiture en zinc, avec voligeage apparent. Le soubassement, en roche de Saint-Maximin et briques de Bourgogne, reposait sur une fondation constituée par des puits de béton et des arcs en meulière. Le kiosque ayant été fourni gratuitement par un exposant, l’administration n’a eu à supporter que les dépenses de fondation et de construction du soubassement (3,2oo fr. environ).
- Le second kiosque de la grande terrasse présentait une forme analogue. Mais il était tout en bois, avec décoration en toile peinte, et n’avait par suite nécessité aucune fondation. Le prix de revient était de 6,ooo francs.
- Quant aux kiosques du jardin bas, ils étaient tous deux en treillage et charpente de bois, avec couverture en zinc, et reposaient sur un soubassement en béton de ciment. Chacun d’eux avait coûté 5,ooo francs.
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- Au total, les travaux de décoration, y compris la statue de la République (7,500 francs), ont entraîné une dépense de 867,800 francs.
- § 2. Trocadéro. — Quai d’Orsay. — Esplanade des Invalides.
- 1. Trocadéro. — La plus grande partie du parc existant au Trocadéro devait être consacrée aux expositions d’horticulture.
- D’après un premier projet, la surface affectée à ces expositions était de 35,ooo mètres carrés environ. L’administration comptait enlever les arbustes, les arbres de deuxième grandeur et la plupart des massifs, mais conserver les arbres de grandes dimensions et maintenir l’ordonnance générale dans ses lignes maîtresses, de manière à faciliter plus tard le rétablissement des lieux en leur ancien état.
- L’affluence des demandes d’exposants ne permit pas de réaliser ce programme. Il fallut rendre disponible une surface de 62,000 mètres carrés et se résoudre a bouleverser temporairement la plus grande partie du parc.
- On dut exécuter des travaux considérables, préparer le sol pour les expositions particulières, enlever la terre végétale à l’emplacement des pavillons et des serres, en aménager au contraire de vastes tapis sur la partie de la chaussée du quai de Billy comprise dans l’enceinte, sur l’emplacement des nouveaux massifs, sous les tentes et sous les vélums, transplanter beaucoup d’arbres, d’arbustes et d’arbrisseaux, créer des massifs, modifier la composition générale du parc, pourvoir ensuite à l’entretien, prendre les soins nécessaires aux concours temporaires qui s’échelonnaient du 6 mai au 28 octobre, réparer les dégâts occasionnés par la foule.
- La main-d’œuvre et les fournitures de toute espèce furent considérables et entraînèrent une dépense de 218,000 francs, soit de 3 fr. 5o par mètre carré. Ce chiffre est inférieur à ceux que j’ai indiqués pour le Champ de Mars : mais, au Trocadéro, l’entretien dont l’administration avait la charge était limité à une partie de la surface et, d’autre part, l’état antérieur du parc avait permis de réduire les frais de premier établissement.
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- A la dépense de jardinage et de viabilité il y a lieu d’ajouter celle des vélums (42,800 francs) et celle des tentes (28,700 francs).
- 2. Quai d’Orsay, berge et esplanade des Invalides. — En ce qui concerne le jardinage, les travaux exécutés sur la berge, le quai d’Orsay et l’esplanade des Invalides se sont bornés à l’établissement de massifs et de pelouses autour de quelques constructions; la dépense correspondante n’a pas dépassé 29,700 francs.
- Un vélum, semblable à ceux du Champ de Mars et du Trocadéro, a été établi sur l’allée centrale des Invalides et couvrait une surface de 2,64o mètres carrés; il a coûté 38,4oo francs.
- Enfin la suppression des rues Saint-Dominique et de l’Université, au travers de l’Esplanade, a modifié le régime d’écoulement, des eaux et obligé à un remaniement des bordures, ainsi qu’à la création de nouvelles bouches d’égout.
- § 3. Passerelles et escaliers.
- 4. Indications générales. —Le périmètre de l’Exposition rencontrait un certain nombre de voies importantes sur lesquelles il était indispensable de maintenir la circulation. Il a fallu par suite sectionner l’enceinte et en réunir les diverses parties au moyen de passerelles et d’escaliers plates-formes.
- Ces ouvrages étaient les suivants :
- i° Sur le boulevard de La Tour-Maubourg, près du pont des Invalides, deux passerelles démontables en fer, l’une du système Seyrig (Compagnie française du matériel des chemins de fer), l’autre du système Brochocki;
- 20 Sur le carrefour des avenues Bosquet et Bapp, près du pont de l’Alma, une passerelle monumentale au sujet de laquelle j’entrerai plus loin dans quelques détails ;
- 3° Sur la tranchée du quai d’Orsay, deux passerelles démontables en fer, l’une du système Eiffel (côté du Gros-Caillou), l’autre du système de Schryver (côté de Grenelle);
- h° Sur le quai de Billy, deux passerelles en bois à poutres américaines, l’une vers Paris, l’autre vers Passy, fournies par M. Poirier.
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- Leur longueur totale, non compris les escaliers d’accès, était de 326 mètres et leur largeur de 6 mètres. Pour les calculs de résistance, on avait admis une surcharge de 3oo kilogrammes par mètre carré, chiffre porté par exception à Aoo kilogrammes dans l’étude des escaliers plates-formes du quai de Billy.
- La plupart des tabliers ont été considérés comme objets d’exposition, de telle sorte que la dépense sur le budget de l’Exposition a été limitée aux culées ou autres points d’appui, aux escaliers d’accès et a quelques autres travaux secondaires.
- Afin de faciliter l’écoulement des visiteurs, les jours fériés, on a non seulement doublé la passerelle des Invalides, comme je l’ai déjà indiqué (1), mais encore établi un passage sous l’arche de rive dupont de l’Alma : ce passage se détachait d’un escalier reliant le quai d’Orsay à la berge en amont du pont et aboutissait au pavillon du Portugal.
- Enfin trois escaliers en bois, dont l’un sur la rive droite de la Seine et deux sur la rive gauche, donnaient accès aux pontons de la Compagnie des bateaux-omnibus.
- Les dépenses imputées sur le budget de l’Exposition se sont élevées à 185,ooo francs environ, savoir :
- Passerelles du boulevard de La Tour-Maubourg.... 1 9,800 francs.
- Passerelle du carrefour de l’Alma................ 7-6,500
- Passerelles de la tranchée du quai d’Orsay....... 18,000
- Passerelles du quai de Billy..................... 56,000
- Dégagement sous le pont de l’Alma................ 6,800
- Escaliers de communication avec les berges....... 7,o5o
- Imprévus......................................... 13,565
- Total............... 186,695
- soit, 185,ooo francs en chiffre rond.
- (1) Avant la construction de la seconde passerelle, il avait fallu, à certains jours, laisser passer les visiteurs sur le boulevard de La Tour-Maubourg, après l’avoir barré pour la circulation publique.
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- Malgré toutes les mesures prises, on a constaté des encombrements aux abords et à la traversée des passerelles du quai d’Orsay, les dimanches et autres jours de grande affluence.
- 2. Passerelle de l’Alma. — La passerelle, tout à la fois la plus importante et la plus pittoresque, était celle de l’Alma, construite sur les plans de M. Gautier, architecte. Son tablier, placé à 6 mètres au-dessus du sol, avait 65 mètres de portée; il était suspendu a deux arcs ogivaux en fer, de 5o mètres d’ouverture et de 2 5 mètres environ de hauteur à la clef. Huit pylônes de 36 mètres d’élévation, dont quatre de chaque côté de la passerelle, et deux escaliers complétaient l ouvrage qui présentait une légèreté remarquable. L’arc était décoré avec les écussons des anciennes provinces de France et les drapeaux des puissances étrangères, et les pylônes à l’aide de différentes allégories : cette décoration produisait le plus heureux effet.
- La partie métallique a été confiée à MM. Moisant, Laurent, Savey et Cie, qui se sont parfaitement acquittés de leur tâche.
- Ces constructeurs ont eu à vaincre des difficultés réelles dans le montage, qui devait être conduit de manière à ne point entraver la circulation très active au carrefour de l’Alma et à réduire le délai de pose au strict minimum : ils ont pu mener à bien l’opération en dix jours et éviter les échafaudages ordinairement employés en pareil cas.
- Chaque moitié de la passerelle a été montée en porte à faux au moyen d’une bigue articulée. Installée sur un pylône provisoire en bois ayant la hauteur de la retombée, pour le levage du pied-droit et du premier tronçon, la bigue a été ensuite placée sur des guides agrafés à l’extrados de l’arc et progressivement déplacée pour le levage des quatre autres tronçons complétant le demi-arc. Les garants des palans de levage que portait la bigue s’enroulaient sur des treuils établis au niveau du sol; ces mêmes treuils commandaient par deux autres palans la translation de la bigue sur ses appuis; le mouvement de relevage de la volée articulée était obtenu par l’emploi de palans à vis manœuvrés depuis la chaussée.
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- Le porte à faux a été maintenu d’abord par l’encastrement des retombées sur les fondations, puis par deux palées. C’est en agissant à l’aide de vérins sur ces palées qu’a été faite la jonction des deux demi-arcs au sommet.
- Le poids total de la charpente métallique n’a pas dépassé 97 tonnes, soit 323 kilogrammes par mètre carré de surface couverte par le plancher.
- MM. Richebois et Grenié, entrepreneurs, ont levé d’une seule pièce et tout assemblés les huit pylônes décoratifs.
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- CHAPITRE XVIII.
- DISTRIBUTION DES EA.UX.
- 1. Rôle du service des eaux. — A peine est-il nécessaire d’insister sur le rôle important du service hydraulique de l’Exposition, dirigé avec talent par M. Bechmann, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- Ce service devait pourvoir à l’alimentation des exposants et des visiteurs, à l’arrosage et au nettoiement des galeries, au fonctionnement des fontaines, à l’arrosage des parcs, des jardins et de leurs allées, à la consommation des chaudières à vapeur, à l’extinction des incendies.
- La tâche était d’autant plus lourde que rien n’existait au Champ de Mars, en dehors du parc de la Ville, qui, d’ailleurs, n’était muni que de quelques bouches d’arrosage à basse pression.
- 2. Emploi de l’eau de source et de l’eau de Seine.— Dès l’origine, il fut admis que l’on emploierait concurremment l’eau de source et l’eau de Seine, savoir :
- L’eau de la Vanne, pour l’alimentation des restaurants, cafés, etc. ;
- L’eau de Seine à haute pression, élevée par les machines d’Ivry dans les réservoirs de Villejuif, pour l’arrosage et le nettoiement des galeries, l’alimentation des fontaines d’ornement et celle des bouches d’incendie ;
- L’eau de Seine à basse pression, provenant du réservoir de Grenelle et refoulée par les pompes de l’usine du quai de Javel, pour l’arrosage des pelouses et allées des jardins du Champ de Mars;
- L’eau de Seine, puisée directement dans le fleuve, près du Champ de Mars, pour l’alimentation des générateurs à vapeur.
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- DISTRIBUTION DES EAUX.
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- Plus tard, on a utilisé la décharge de la cascade du Trocadéro, pour augmenter les nappes d’eau de la fontaine Goutan et les effets du bassin inférieur.
- 3. Marché avec MM. Rogé et Gibault. Convention avec la ville de Paris. — M. Rogé, administrateur délégué des forges de Pont-à-Mousson, fournisseur des fontes de la ville de Paris, en vertu d’une adjudication de 1886, et M. Gibault, adjudicataire d’un lot d’entretien de la fontainerie de Paris, se mirent d’accord pour proposer au Commissariat général une combinaison fort économique.
- Ils offraient d’établir et d’entretenir les conduites moyennant des prix au mètre linéaire qui n’ajoutaient aux frais de pose et de dépose qu’un loyer minime, sous la seule réserve qu’ultérieurement les tuyaux et raccords seraient repris par la Ville aux conditions du marché général de M. Rogé, déduction faite du loyer payé sur le budget de l’Exposition. Ils formulaient des propositions sinon identiques, du moins analogues, pour les appareils de distribution.
- Accueillant les ouvertures faites par ces industriels, la Direction générale des travaux conclut avec eux un marché dont les bases essentielles étaient les suivantes.
- La location, la pose, l’entretien et la dépose d’un mètre courant de conduite en fonte, soit en terre, soit en égout, toutes fournitures et mains-d’œuvre comprises, devaient être payés à raison de :
- 5a1 00e pour les tuyaux de i' 1110 de diamètr
- 3 k 5o — 0 80 —
- 25 00 — 0 60 —
- *9 00 — 0 5o —
- i5 75 — 0 ko —
- 11 75 — 0 3o —
- 11 00 — 0 25 —
- 9 5o — 0 20 —
- 7 5o — 0 15 —
- 5 75 — 0 10 —
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- Le marché fixait, en outre, les prix ci-après :
- i° Location, pose, entretien et dépose d’un robinet-vanne : 5o à /ioo francs, pour des diamètres variant de o m. î 5 à o ni. 6o;
- 2° Location d’appareils conformes aux types de la ville de Paris et repris par elle : 2 5 p. ioo du prix de la fourniture, calculé d’après la série d’entretien de la lontainerie de la Ville, frappée du rabais de 6. 2 p. ioo;
- 3U Location d’appareils non repris par la Ville : ko p. ioo du prix calculé comme il vient d’être dit.
- Les soumissionnaires étaient tenus d’exécuter et d’entretenir, au compte des exposants et concessionnaires, les travaux de raccordement entre la canalisation générale et les installations particulières. Ils ne pouvaient percevoir, pour ces travaux, des prix supérieurs a ceux de la série d’entretien de la lontainerie de Paris, frappés du rabais de 6. 2 p. î oo ; tous les recouvrements demeuraient a leur charge, sans recours contre l’administration.
- La Direction générale des travaux se réservait la faculté, soit de prolonger la location moyennant un intérêt de 5 p. ioo l’an, soit de conserver tout ou partie des conduites et appareils, à la condition de payer les prix de fourniture et de pose consentis par les soumissionnaires à la ville de Paris.
- En même temps qu’était approuvé le marché intervenu entre la Direction générale des travaux et MM. Rogé et Gihault, le Ministre du commerce, de l’industrie et des colonies et le préfet de la Seine, dûment autorisé par le Conseil municipal, signaient une convention par laquelle la ville de Paris s’engageait :
- i° A reprendre les tuyaux et raccords au prix de î 20 francs la tonne; les robinets-vannes, avec un rabais de 1 5 p. 100 sur les prix de la Ville; les appareils de distribution, avec le même rabais sur les prix de la série d’entretien, frappés eux-mêmes du plus fort rabais actuel ;
- 20 A fournir, au prix de 0 fr. 10 par mèlre cube, l’eau de source destinée à l’alimentation; au prix de 0 fr. o5, l’eau de Seine à haute pression; et gratuitement, l’eau de l’Ourcq et l’eau de Seine à basse pression.
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- 4. Travaux de distribution. — Les conduites du Champ de Mars formaient six réseaux distincts, dont quatre pour le service général et deux pour le service mécanique.
- L’eau de la Vanne était fournie principalement par la conduite de o m. 4o de l’avenue de La Bourdonnais, branchée elle-même sur la conduite de om.6o de l’avenue Bosquet. Une fde de tuyaux de om.ào, ayant son origine en face du jardin d’isolement (entre le Palais des machines et le Palais des industries diverses), se développait dans l’égout de ce jardin jusqu’à la rencontre du premier égout oblique, ou elle détachait un embranchement de o m. 2 0 qui, après un parcours de 119 mètres, se divisait en deux conduites de 0 m. i5 formant un circuit complet dans les égouts de ceinture des nouveaux jardins et suivant ainsi les portiques occupés par les restaurants. A ce réseau s’ajoutaient la conduite de o m. ih, existant antérieurement dans l’égout du parc inférieur, et quelques prises directes sur les conduites des avenues de La Bourdonnais et de SufFren.
- L’eau de Seine à haute pression provenait du réservoir de Villejuif, dont le trop-plein est à l’altitude 89 mètres et qui alimente le réservoir de Passy par une conduite maîtresse présentant successivement les diamètres de 1 m. 10,0 m. 80 et o m. 60, et empruntant le boulevard de Grenelle, le quai d’Orsay et le pont d’Iéna. Un embranchement de 0 m. 60 se détachait de cette conduite, boulevard de Grenelle, au droit de l’avenue de La Motte-Picquet, suivait cette avenue jusqu’à l’Ecole militaire, pénétrait dans l’enceinte de l’Exposition, longeait la façade du Palais des machines, côté Sulfren, s’engageait dans l’égout du jardin d’isolement, le parcourait dans toute sa longueur, allait s’appuyer contre le tronçon de conduite de 0 m. ào affecté à l’eau de source, et s’y rattachait par deux robinets-vannes qui, en cas d’accident, eussent permis de substituer l’eau de la Vanne à l’eau de Seine.
- A la rencontre des deux égouts obliques, l’embranchement de o m. 60 détachait deux branches de 0 m. 3o, formant un circuit complet dans les égouts des jardins. Ce circuit était coupé par une conduite de 0 m. 3o et de o m. 2 5 placée dans l’égout d’axe du Champ
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- de Mars, passant sous la fontaine monumentale et alimentant les effets d’eau de cette fontaine et du bassin.
- Une autre conduite de o m. 5o, disposée à la suite de la précédente dans un des égouts de l’ancien parc, reliait le circuit antérieurement décrit à la conduite de Villejuif, près du pont d’Iéna, ce qui assurait une double alimentation par les deux extrémités.
- Sur la conduite de o m. 5o étaient greffés : i° une file de tuyaux qui, contournant la grande pelouse du jardin bas, alimentait la grande gerbe; 2° un raccordement de secours, au moyen duquel le service à haute pression pouvait suppléer au manque d’eau dans le réseau à basse pression.
- Des conduites principales, qui viennent d’être énumérées, partaient de nombreuses ramifications de o m. 20, 0 m. 1 0 et 0 111. 06, distribuant l’eau de lavage et assurant les secours d’incendie dans toute l’étendue des palais.
- L’eau de Seine à basse pression, destinée à l’arrosage des pelouses et allées, provenait du réservoir de Grenelle, dont le trop-plein est a la cote 5o mètres. Cette eau, arrivant par une conduite de o m. ko sur le quai d’Orsay, était amenée dans l’enceinte de l’Exposition par une canalisation de o m. 3o suivant l’égout du parc inférieur, se continuant au delà de l’axe du Champ de Mars en tuyaux de 0 m. 2 5 et se rattachant, vers l’angle de la rue de l’Université, à la conduite d’eau de l’Ourcq de l’avenue de La Bourdonnais, sur laquelle 011 avait pratiqué une prise éventuelle de secours.
- Une conduite de 0 m. i5 s’embranchait sur cette canalisation à la rencontre de l’axe du Champ de Mars, suivait l’égout central et contribuait à l’alimentation des divers rameaux de 0 m. 10 et o m. 06, qui portaient l’eau d’arrosage dans les différentes parties du parc et sur tout le pourtour des bâtiments.
- Les eaux de décharge de la cascade du Trocadéro étaient utilisées, ainsi que je l’ai dit, pour augmenter, sans consommation supplémentaire, les nappes de la fontaine monumentale et pour fournir des bouillonnements dans les roseaux de la grande gerbe, ainsi qu’au-tour du vaisseau symbolique du Progrès. Elles sortaient en effet de
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- la grande vasque à un niveau suffisant pour assurer ce service avant de se rendre à l’égout.
- Elles se réunissaient dans une conduite de o m. 60, qui, après avoir suivi en tranchée l’allée centrale du parc du Trocadéro, empruntait la galerie placée sous le trottoir aval du pont d’Iéna, à côté de la conduite de même diamètre de Villejuif-Passy. Au débouché du pont, sur la rive gauche, cette conduite était rattachée à celle de o m. 5o du réseau à haute pression, qu’un jeu de robinets permettait d’isoler, lorsque la grande gerbe était au repos, et qui transmettait alors l’eau du Trocadéro d’abord a la prise de om. ko desservant les roseaux du bassin octogonal, puis à une conduite de o m. 3o alimentant la ceinture du vaisseau. En manœuvrant les robinets dans le sens inverse, on supprimait l’utilisation de l’eau du Trocadéro et on rétablissait le service de la grande gerbe.
- Les remaniements nécessaires avaient d’ailleurs été opérés dans les trop-pleins de la grande vasque, le trottoir du pont d’Iéna et la galerie sous ce trottoir.
- L’eau de Seine destinée au service mécanique était puisée dans le fleuve à iBo mètres environ en aval du pont d’Iéna, au moyen de machines élévatoires qui relevaient de la Direction générale de l’exploitation et sur lesquelles je me réserve de donner quelques renseignements dans le chapitre spécialement consacré à l’étude d’ensemble des installations mécaniques.
- Deux réseaux étaient établis, l’un pour l’amenée des eaux d’alimentation, l’autre pour l’évacuation des eaux de condensation, de vidange et de trop-plein.
- La conduite principale d’alimentation avait om.6o de diamètre, partait du réservoir en tôle établi sur le quai d’Orsav, gagnait le trottoir de l’avenue de Suffren (côté des maisons), suivait ce trottoir à o m. 8o au-dessous du sol, traversait l’avenue au droit du Palais des machines, et venait se placer dans l’égout construit sous l’une des allées de circulation de ce palais, parallèlement à son axe et à ao mètres de distance du côté de l’Ecole militaire. Une file de tuyaux de o m. ko s’en détachait en face de la section belge, traversait la nef
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- et venait alimenter une conduite longitudinale de même diamètre, posée egalement en égout, dans line position symétrique de la première, et s’étendant le long des sections suisse, belge, américaine et anglaise.
- Pour l’évacuation, des conduites de o m. ào et o m. 60 suivaient en sens inverse le même parcours, mais avec une pente continue et régulière vers la berge, de telle sorte que, dans l’avenue de Sulfren, la profondeur de la tranchée croissait constamment depuis le Palais jusqu’à la Seine. La conduite de o m. 60 traversait le mur de quai, passait sous la rampe d’accès et le terre-plein du bas port, et débouchait dans le fleuve en face de l’avenue de Sulfren.
- Indépendamment de cet ensemble considérable de travaux exécutés au Champ de Mars et au Trocadéro, radministralion a eu à faire quelques travaux de moindre importance, notamment sur le quai d’Orsay et à l’esplanade des Invalides.
- Divers prolongements de conduites en location ont en outre été établis sous le contrôle de la Direction générale des travaux, dans l’intérêt et aux frais de quelques exposants et concessionnaires, tels que rAdministralion des forêts, les classes de l’hygiène et de la navigation maritime, le Syndicat des électriciens, etc.
- La canalisation exécutée au compte de l’administration présentait, comme le montre le tableau suivant, une longueur de plus de 20 kilomètres.
- DÉSIGNATION. 0'" GO. 0m 50. 0,n 40. 0"‘ 30. 0"' 25. O fcO 0 0"' 15. 0"' 10. 0"' 0G. TOTAUX.
- SERVICE GÉNÉRAL. mètres. mètres. mètres. mètres. mclies. mètres. mètres. mètres. mètres. mètres.
- Champ de Mars Trocadéro Quai d’Orsay Esplanade des Invalides. 1,007 G2 3/i4 63 2G7 17 n3 97 41 73 2,082 39 848 i4 1,25a i4 2,84g A4 3,gi4 g5 281 00 3gg 20 3,121 77 210 00 15,458 38 38G 3G 4g 1 00 3gg 20
- SERVICE MÉCAX1QUE.
- Champ ( Atimenlalion. de Mars. j Evacuation. . 1/197 00 i,4o5 00 " 2 15 5o 215 5 0 « « » 5gi 12 " 1,712 5o 2,211 Ga
- Totaux 4,2 54 2 0 2G7 17 08G 70 2,082 3p 848 i4 1,262 14 9,84g 44 5,1 SG 27 3,33i 77 20,559 üG
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- Si l’on y ajoute les 1,31 6 m. 88 de conduites posées au compte des particuliers (28 m. 58 de 0 m. 60; io2m.qûde om.3o;pm.3o de 0 m. 2 5 ; 18 k m. 1 5 de 0 m. 2 o ; 1 3 5 m. 11 de 0 m. 1 5 ; k5 3 m. 6 2 de om.io; ûo3m. 18 de 0 m. 06), on arrive a un total général de 21,972 mètres, soit 22 kilomètres.
- Les canalisations ont été formées de tuyaux cylindriques avec joints a bagues, de manière a faciliter la dépose et un nouvel emploi des fontes dans Paris. De distance en distance ont été intercalés des bouts de 0 m. ko de longueur, destinés à recevoir les prises et per-metlant ainsi d’éviter le percement de tuyaux entiers, ce qui eût considérablement accru la proportion des rebuts lors de la reprise par la Ville.
- À tous les embranchements on avait placé des robinets-vannes à corps cylindrique, du type Herdevin, ou des robinets à boisseau renversé en bronze, du type Gibault, suivant le diamètre des conduites.
- Les appareils hydrauliques de distribution étaient au nombre de 276 : en voici la nomenclature :
- DÉSIGNATION. BOUCHES D’INCENDIE. POSTES D’EAU. BOUCHES D’ARROSAGE. FONTAINES WALLACE. BORNES- FONTAINES.
- [ Palais des industries diverses et Champ \ Parcs ; i5 // 198 8 Il
- de ) Palais des machines // 8 // II II
- Mars. J priais des beaux-art.s 11 2 k // II H
- \ Palais des arts libéraux n 8 U II H
- Trocadéro n n n 2 n
- Quai d’Orsay 1 n h II 2
- Esplanade des Invalides 9 u // 2 2
- Totaux 18 ko 202 12 h
- Sauf les postes d’eau, formés de robinets de 0 m. où à raccord, avec boyaux d’incendie, tous ces appareils étaient des types en usage au service municipal de Paris.
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- 3/i 2
- Des 18 bouches à incendie, i3 étaient alimentées par l’eau de rivière a haute pression et les 5 autres par l’eau de source.
- Les bouches d’arrosage du parc et des jardins recevaient l’eau de Seine a basse pression, et celles des palais l’eau de Seine à haute pression : ces dernières ont été utilisées comme orifices de puisage, par addition de cols de cygne mobiles, et comme bouches d’incendie, par addition de boyaux à raccord placés a proximité.
- Les fontaines Wallace étaient du type réduit en usage dans les promenades et squares de Paris.
- Quant aux bornes-fontaines, elles étaient conformes au dernier modèle à base carrée avec robinet à contrepoids.
- 5. Contrôle et importance de la consommation. — La convention avec la ville de Paris rendait nécessaire le contrôle de la consommation en eau de source et en eau de Seine à haute pression. L’administration a employé à cet effet quatre compteurs d’eau à grand débit, de systèmes divers, offerts par des exposants.
- Le compteur placé sur la prise de o m. ho d’eau de source avait été construit par M. Parenthon et comportait un clapet, dont la levée, proportionnelle au débit, s’enregistrait à la fois mécaniquement et électriquement. Ce compteur fut installé tardivement, mais parut néanmoins donner des résultats satisfaisants; ses indications ne fournissaient d’ailleurs qu’une sorte de contre-vérification : car la consommation était accusée par les compteurs divisionnaires des abonnés.
- Deux compteurs, l’un du système anglais Deacon, à tige levante et enregistreur, l’autre imaginé par M. Frager et construit par la maison Michel, et donnant naissance a un petit courant dérivé que mesurait un compteur ordinaire, furent disposés à la suite l’un de l’autre sur la conduite de om.6o d’eau de Seine a haute pression, près de l’avenue de Suffren, mais de manière à pouvoir être isolés par des robinets-vannes. Le premier a été arrêté dès l’origine et on ne l’a pas remis en service; le second, au contraire, a fonctionné d’une manière continue.
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- Le quatrième compteur, imaginé par M. Parenty, fut adapté à la deuxième prise d’eau de Villejuif, près du pont d’Iéna. Il mesurait l’abaissement piézométrique entre deux points déterminés de la conduite. L’installation en fut très tardive; quelques comptages suffirent d’ailleurs à vérifier la consommation absolument constante de la grande gerbe.
- La consommation enregistrée pour le règlement des comptes avec la ville de Paris s’est élevée à 195,6/10 mètres cubes en eau de source, et à i,8o3,35o mètres cubes en eau de Seine à haute pression, tant pour le service général que pour le service spécial des abonnés.
- 6. Dépenses et recettes. — Les dépenses en travaux acquittées sur le budget du service hydraulique et du service mécanique ont été de 278,700 francs, non compris la part afférente aux fontaines.
- D’autre part, la caisse municipale a reçu, conformément à la convention passée entre le Ministre du commerce et de l’industrie et le préfet de la Seine, une somme de 110,745 francs pour fourniture d’eau de source et d’eau de Seine à haute pression; à ce chiffre s’ajoutent 1/1,200 francs environ de dépenses en régie et de frais d’agence.
- Mais les exposants et concessionnaires ont dû payer à l’Administration de l’Exposition l’eau dont ils avaient besoin en dehors du service général.
- Ils souscrivaient des polices analogues à celles de la Compagnie générale des eaux. Le prix du mètre cube, dans les limites fixées par ces polices, était de 0 fr. 20 pour l’eau de source et de 0 fr. 10 pour l’eau de rivière, chiffres très réduits, si on les rapproche de ceux de la Ville qui sont respectivement de 0 fr. 33 et 0 fr. 16. Pour les excédents, la redevance était majorée d’un quart et portée en conséquence à o fr. 2 5 pour l’eau de source et 0 fr. 125 pour l’eau de Seine. Les abonnés acquittaient par avance et en un seul terme le montant de leur abonnement; quant à la somme correspondant
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- aux: excédents, elle était réglée mensuellement. L’eau était d’ailleurs exclusivement livrée aucompteur.
- Le nombre des concessions a atteint 2 34, dont 110 pour l’eau de source et 124 pour l’eau de rivière.
- L’Administration de l’Exposition a perçu de ce chef une somme de 93,707 francs : 46,32 8 francs ont été déduits des dépenses, a titre de reversement sur dépenses des ministères, et 47,379 francs figurent aux recettes comme produits de l’Exposition.
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- DISTRIBUTION DU GAZ D’ÉCLAIRAGE.
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- CHAPITRE XIX.
- DISTRIBUTION DU GAZ D’ÉCLAIRAGE.
- 1. Rôle du gaz à l’Exposition. — Dès l’origine, l’administration résolut d’utiliser clans une large mesure la lumière électrique pour l’éclairage de l’Exposition.
- Néanmoins le gaz devait encore avoir un rôle considérable et répondre à des besoins importants, savoir :
- Eclairage des parcs et palais dans les parties auxquelles l’électricité n’était point réservée;
- Eclairage de nuit, dans toute l’étendue de l’Exposition, afin de faciliter la surveillance pendant les heures de fermeture;
- Eclairage des postes de pompiers, de police, d’octroi, des établissements particuliers, etc.;
- Service des illuminations;
- Alimentation des moteurs à gaz de la galerie des machines;
- Alimentation des cuisines des restaurants, où le gaz était seul autorisé comme combustible.
- 2. Marché conclu avec la Compagnie parisienne du gaz. — Aux termes d’un marché conclu avec la Compagnie parisienne du gaz, dans les premiers mois de l’année 1888, cette société s’engagea à faire, pour le compte de l’administration : les travaux de canalisation et de branchements dans l’enceinte de l’Exposition, y compris la tranchée du quai d’Orsay; l’installation des appareils d’éclairage; le service et l’entretien de ces appareils, ainsi que des conduites et branchements; la fourniture du gaz; la dépose et l’enlèvement des conduites destinées à disparaître après la clôture de l’Exposition; tous les remaniements nécessaires pendant la durée de l’entreprise.
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- Les branchements particuliers étaient compris clans le marché, au même titre que les branchements du service public.
- Les appareils déjà existant dans l’enceinte de l’Exposition et appartenant à la ville de Paris devaient continuer à faire partie de l’éclairage municipal.
- Les principales conditions financières étaient les suivantes.
- Le parc du Trocadéro, celui du Champ de Mars, le quai d’Orsay et l’esplanade des Invalides appartenant à la ville de Paris et devant lui être remis à la fin de l’Exposition, aucune indemnité n’était payée pour la fourniture et la pose des conduites qui y seraient installées : ces conduites devaient rester en place après l’Exposition et passer au service municipal.
- Dans les parties du Champ de Mars autres que le parc, les conduites étaient fournies en location, moyennant une indemnité mensuelle réglée sur le pied de 6 p. 100 l’an de la somme représentant la valeur de ces conduites, d’après le bordereau de la Ville.
- La pose desdites conduites était payée aux prix ci-après, qui
- comprenaient l’entretien :
- Conduites de omai6, le mètre courant........ ooc
- — 0162 — ........... . 570
- — 0 135 — ........... . h 00
- — o 108 — ............. 2 80
- — 0 081 — .......... 2 35
- — 0 o54 — ............. 2 30
- Sur les points où les conduites devaient être drainées, il était accordé une plus-value de 2 à 3 francs suivant le diamètre.
- L’administration avait à acquitter les frais de dépose, aux prix de la série municipale, et les frais de réparation des conduites déposées, sur mémoire présenté par la Compagnie.
- Le gaz brûlé par les appareils publics de la ville de Paris continuait à être payé à raison de 0 fr. 1 5 par mètre cube. Pour le surplus de la consommation, le prix était fixé à 0 fr. 20, soit que le gaz fût fourni à l’Etat, soit qu’il le fût à des particuliers; une convention
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- DISTRIBUTION DU GAZ D’ECLAIRAGE.
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- ultérieure réduisit ce chiffre à o fr. i5, pour le gaz employé aux illuminations.
- Le service et l’entretien des appareils était taxé à o fr. o85 par appareil et par jour, sauf pour les appareils municipaux auxquels s’appliquait le prix ordinaire de o fr. o65 : cette allocation comprenait l’allumage et l’extinction, le remplacement des verres de§ lanternes, le nettoyage journalier et l’entretien.
- 3. Travaux de canalisation. — Au Trocadéro, sur le quai d’Orsay et sur l’Esplanade, les installations existantes suffisaient à tous les besoins. Mais au Champ de Mars, en dehors du parc, tout était à créer.
- Dans cette partie de l’Exposition, on prévoyait une consommation de 1,100 mètres cubes par heure, dont 4oo mètres cubes pour la tour Eiffel, 3oo mètres cubes pour le dôme central, 200 mètres cubes pour le Palais des machines et 200 mètres cubes pour les jardins et établissements privés.
- La Compagnie parisienne du gaz eut a poser 6,320 mètres de conduite, savoir : 36o mètres en tuyaux de 0 m. 216, 3,276 mètres en tuyaux deom. 162, 2,120 mètres en tuyaux de o m. 108, h 00 mètres en tuyaux deom. 081, i65 mètres en tuyaux de o m. o54.
- 4. Consommation. — La consommation journalière moyenne, abstraction faite de l’éclairage exceptionnel du Trocadéro, aux jours fériés, s’est élevée à 18,000 mètres cubes en nombre rond :
- Candélabres..........................................
- Dôme central (3,762 becs)............................
- Galerie des machines et Syndicat des électriciens....
- Tour Eiffel (3,836 becs).............................
- Palais du gaz........................................
- Palais et parc du Trocadéro (i5,ooo becs)............
- Guichets; postes de pompiers, de police et d’octroi. . .
- ( Eclairage............ 2,0/10 m. cubes )
- Abonnés. r., «. Q a
- Chaullage.............. 3,boo )
- 2,500 m. cubes. 98°
- 200
- 1,080
- 670
- 6,700
- 9°
- 5,6/io
- Total ,
- 17,760
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- Les jours de fête, ce chiffre s’augmentait de 25,800 mètres cubes pour l’illumination complète du Palais du Trocadéro.
- En ne tenant compte que du gaz consomme pour l’éclairage, l’intensité lumineuse était de 2 3,000 carcels a l’heure pour les jours ordinaires et de 69,000 pour les jours de fête.
- 5. Dépenses et recettes. — Les dépenses de travaux ont été de 79,300 francs.
- Celles de la consommation ont atteint 211,700 francs, non compris l’illumination du dôme central et de la Tour, qui figurait au crédit des fêtes.
- Mais les abonnés ont payé à l’Administration le gaz qui leur était fourni : le prix fixé par les polices était de 0 fr. 3o pour le gaz destiné à l’éclairage et de 0 fr. 20 pour le gaz destiné au chauffage. H y a eu, de ce chef, une recette de 266,498 francs : 208,196 francs ont été déduits des dépenses, à titre de reversement sur les dépenses des ministères, et 38,303 francs figurent au compte des recettes comme produits de l’Exposition.
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- CHAPITRE XX.
- FONTAINES LUMINEUSES.
- 1. Succès des fontaines lumineuses. — Le succès des fontaines lumineuses ne s’est pas démenti un seul instant; elles ont constitué l’un des principaux attraits des soirées de l’Exposition.
- Longtemps avant l’heure à laquelle devait commencer leur fonctionnement, le public envahissait le pourtour du bassin et les parties élevées des parcs et jardins; chacun choisissait sa place, en prenait possession et la gardait avec une constance inébranlable, sans que rien pût l’en chasser.
- La première plate-forme de la Tour était un observatoire très recherché; des grappes de spectateurs se succédaient aussi sur les escaliers tournants qui donnent accès a cette plate-forme. Le grand balcon du dôme central recevait les privilégiés.
- C’était surtout aux jours de fêtes que la foule, avide du plaisir des yeux, offrait un curieux spectacle. Dès le milieu de l’après-midi, toutes les chaises disponibles étaient occupées et s’accumulaient à proximité des fontaines. Une fois à leur poste d’observation, les visiteurs y prenaient un repas dont ils avaient eu soin de se munir; puis ils attendaient, bravant le soleil ou la pluie, la chaleur ou la fraîcheur du soir. En arrière venaient s’entasser peu à peu les spectateurs moins prévoyants, moins patients ou moins heureux, qui n’avaient pu se procurer un siège et devaient demeurer debout.
- On voyait ainsi, les uns à côté clés autres, les types les plus divers, les représentants des nationalités les plus différentes, les costumes les plus variés. Toutes les parties du monde, toutes les classes de la société, tous les degrés de la civilisation, de l’intelligence, de l’instruction ou de la fortune, tous les âges, se réunissaient et se confondaient,
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- obéissant à l’impulsion de cette force irrésistible qui pousse l’homme à voir, à admirer et à s’instruire.
- Les différences de caractère et de tempérament des spectateurs se manifestaient par leur attitude pendant les longues heures d’attente. Ici,l’impassibilité et la résignation le plus absolues; là, au contraire, l’impatience et la fièvre comme dans un théâtre où l’on guette la levée du rideau. Tantôt un sérieux imperturbable; tantôt une gaieté exubérante, que le moindre incident suffisait à provoquer ou à ranimer. Que de sujets d’étude, pour celui qui voulait regarder de près ces masses cosmopolites!
- Enfin le signal était donné. La fontaine monumentale laissait couler des flots de lave; du bassin inférieur s’élancaient des gerbes de feu retombant en pluie de diamants, de perles, de saphirs, d’émeraudes, d’or ou d’argent; l’une de ces gerbes montait à une hauteur prodigieuse, changeait de forme par enchantement, s’élevait presque verticalement ou s’épanouissait comme un saule pleureur aux longs bras. Les couleurs, les nuances du prisme, se succédaient et se mariaient dans un ruissellement de feu; les teintes les plus douces et les colorations les plus vives se remplaçaient alternativement ou se juxtaposaient.
- Des cris d’admiration s’échappaient de toutes les poitrines. L’œil suivait, attentif et émerveillé, ces transformations véritablement féeriques; l’esprit cherchait à en pénétrer le mystère; le cœur battait d’émotion devant cette inexplicable victoire de la science.
- 2. Origines des fontaines lumineuses. — L’installation des fontaines lumineuses n’était pas prévue dans le plan primitif des parcs et jardins du Champ de Mars.
- Ce plan comprenait quatre pièces d’eau échelonnées suivant l’axe du Champ de Mars : la première, dans le jardin haut, entre les pavillons de la ville de Paris; la seconde, à la limite du jardin haut et du jardin bas; la troisième et la quatrième, dans ce dernier jardin.
- De ces quatre fontaines la deuxième devait seule présenter un aspect monumental : M. Formigé, architecte, était chargé de la
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- construire; la décoration sculpturale en était confiée à M. Goutan. Les trois autres consistaient en des bassins allongés, avec effet d’eau semblable à ceux qui ont été établis aux Champs-Elysées devant le Palais de l’Industrie.
- Ce fut la constitution du Syndicat international des électriciens qui détermina le directeur général des travaux à doter l’Exposition de fontaines lumineuses analogues à celles que l’on avait pu voir aux expositions de Londres (1884 et i885), Manchester (1887) et Glascow (1888).
- Le principe de ces fontaines a été découvert par un éminent ingénieur suisse, Colladon, qui en a fait, dès i84i, l’objet d’une communication à l’Académie des sciences. Voici Inexpérience à laquelle a procédé ce savant : elle est facile à comprendre et à reproduire.
- Un orifice est ménagé vers la base d’un réservoir plein d’eau : une veine liquide s’en échappe.
- Dans la paroi opposée et au même niveau est enchâssée une lentille derrière laquelle on place une lampe.
- Le faisceau lumineux qui sort de la lentille traverse horizontal e-ment la masse d’eau sans subir de déviation, arrive à l’orifice par lequel sort la veine liquide, et, par un phénomène de réflexion totale, s’emprisonne pour ainsi dire dans cette veine, dont il suit la trajectoire parabolique et qu’il illumine sur son parcours.
- Pendant longtemps, l’appareil de Colladon ne franchit guère les limites du laboratoire. A peine s’en servit-on pour produire certains effets magiques dans des représentations théâtrales, et notamment pour illuminer la fontaine qui coule au deuxième acte de Faust et la cascade de Cendrillon.
- En T 861, un Français, M. Delaporte, prit un brevet pour des fontaines lumineuses. Comme le rappelle M. de Parville dans ses Causeries scientifiques de 188g, il installa au milieu du grand bassin des Tuileries une fontaine de ce genre, dont la gerbe prenait successivement les trois couleurs du drapeau national.
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- M. le colonel Bolton, inspecteur des eaux cle Londres, reprit en 1884 l’idée de M. Delaporte, à l’occasion de l’Exposition d’hygiène qui s’organisait dans la capitale de la Grande-Bretagne. Il aménagea une gerbe puissante dont les divers jets jaillissaient au-dessus de dalles en verre, recouvrant des cheminées pratiquées dans le plafond d’une chambre souterraine; des foyers lumineux très intenses, disposés dans cette chambre, illuminaient les différentes branches de la gerbe; des verres de couleur, intercalés sur le parcours des faisceaux lumineux et susceptibles d’être facilement déplacés, permettaient de varier la coloration des eaux; enfin un jeu de robinets donnait le moyen de changer instantanément la forme de la gerbe et le débit de ses éléments constitutifs.
- Le résultat fut si satisfaisant que les expositions de Manchester et de Glascow offrirent au public le même spectacle, avec quelques perfectionnements d’ordre secondaire.
- Tels étaient les précédents quand fut résolue la création de fontaines lumineuses à l’Exposition de 1889.
- M. Bechmann, ingénieur en chef du service des eaux, et M. For-migé, architecte, se rendirent à Glascow et en rapportèrent des indications précises, d’après lesquelles purent être arrêtées les bases du projet.
- 3. Dispositions générales de la pièce d’eau. — Les dispositions primitivement adoptées pour les pièces d’eau des parcs et jardins du Champ de Mars subirent un remaniement complet. Une seule de ces pièces d’eau fut maintenue : celle qui avait été prévue à la limite du jardin haut et du jardin bas. Elle reçut d’ailleurs un développement considérable et une forme rappelant la belle cascade de Saint-Cloud.
- La pièce d’eau unique comprend trois bassins étagés.
- Le bassin le plus élevé, d’une faible étendue, enveloppe le vaisseau allégorique qui supporte le groupe décoratif principal de la fontaine Goutan.
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- Quatre cornes d’abondance placées deux à deux de part et d’autre du navire y projettent de grosses veines paraboliques. En outre, une série d’ajutages noyés sous les flancs du vaisseau laissent échapper de l’eau, qui vient frapper la carène et bouillonne en simulant les flots.
- La nappe ainsi formée se déverse d’une hauteur de 1 m. 80 dans le bassin immédiatement inférieur.
- Ce second bassin occupe toute la largeur disponible entre les deux escaliers qui livrent accès du jardin bas au jardin haut. Une margelle peu élevée le limite à l’arrière et latéralement; la bavette qui le ferme vers l’avant a une longueur de plus de do mètres.
- Il reçoit, outre l’eau du bassin supérieur, celle qui sort en jets paraboliques de quatre urnes placées au pied des groupes ornant la margelle, celle que lancent trois dauphins émergeant vers barrière, enfin celle qu’v laissent retomber deux jets d’eau verticaux, disposés symétriquement par rapport au grand axe, dans de petits îlots de rocaille.
- Arrivées à la bavette, les eaux se heurtent contre un ressaut brusque qui les fait bouillonner; puis elles descendent, en cascade de 3 m. 3o de hauteur, dans le bassin inférieur.
- Le troisième bassin, de beaucoup le plus vaste, comprend trois parties distinctes.
- De ces trois parties la première fait suite au deuxième bassin, présente la même largeur et se raccorde par des arrondis avec la suivante.
- La seconde consiste en un canal de ko mètres de longueur et 17 mètres de largeur.
- La troisième a une largeur intermédiaire entre celles des bassins supérieurs et du canal et présente une forme octogonale.
- Toutes trois constituent une vasque unique, bordée d’une margelle a faible relief et offrant une surface de près de 2,000 mètres carrés.
- 11. a3
- ii'Mîir.nia flvrio:UL8.
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- Le centre de la partie octogonale coïncide avec ie point d’intersection de l’axe longitudinal du Champ de Mars et de la ligne joignant les centres des rotondes des beaux-arts et des arts libéraux. C’est là que jaillit la grande gerbe analogue à celle de Glascow. Des touffes de roseaux en fonte de fer dessinent une triple enceinte, derrière laquelle se dissimulent les nombreux ajutages alimentant cette gerbe.
- Quatorze touffes isolées et rangées en ligne de part, et d’autre de l’axe, dans la partie supérieure du bassin et dans le canal, entourent des gerbes plus petites, qui sont de deux types différents et alternés.
- En même temps que le débit de la cascade et des gerbes, la vasque reçoit les jets lancés par deux dauphins et deux urnes qui reposent sur le mur de ceinture du bassin intermédiaire. Le débit total est ainsi de 35o litres par seconde et dépasse 1,100 mètres cubes par heure. Un long déversoir de ho mètres, formé d’une lame de tôle peinte en blanc, est adossé à la margelle ouest du canal; il limite les variatons de niveau à om. o3 et jette le trop-plein dans l’égout d’axe du Champ de Mars.
- Tous les effets sont susceptibles d’être illuminés et de revêtir diverses couleurs.
- La grande gerbe se prête aux combinaisons les plus variées de débit et de hauteur. Pendant le jour, on a eu soin de la réduire à de simples bouillonnements, afin de ne point masquer le groupe du Progrès qui domine l’ensemble de la pièce d’eau.
- Partout la hauteur des roseaux a été calculée de telle sorte que les dalles en verre recouvrant les cheminées d’éclairage soient dissimulées aux yeux des spectateurs.
- 4. Sous-sols. — Au-dessous des bassins ont été établis de vastes sous-sols destinés à recevoir les appareils d’éclairage.
- Ces sous-sols se divisent en deux parties bien distinctes et entièrement isolées l’une de l’autre.
- La première comprend : i° une grande chambre rectangulaire,
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- placée sous la fontaine monumentale et les bassins supérieurs, occupant toute la largeur de l’ouvrage, présentant dans l’autre sens une profondeur de 7 m. 5o et recouverte de voûtes d’arêtes, en béton Goignet, qui laissent à la clef une hauteur libre de 2 m. 60; 20 deux longues galeries parallèles de 1 m. 5o de largeur et 1 m. 80 de hauteur, reliées entre elles à leurs deux extrémités par des galeries transversales de même hauteur et exécutées en béton aggloméré. Un escalier, s’ouvrant dans l’axe du Champ de Mars, en arrière de la pièce d’eau, donne accès dans la grande chambre, qui communique elle-même avec les galeries par deux autres escaliers. Elle est pourvue de nombreuses cheminées d’aération, les unes dissimulées dans les groupes en plâtre, les autres débouchant dans le gazon de part et d’autre du canal; les orifices des jets paraboliques fonctionnent, du reste, comme autant d’aspirateurs par où l’air vicié s’échappe au dehors.
- La seconde partie, mise à la disposition de MM. Galloway and Sons, qui s’étaient chargés de rétablir au Champ de Mars leur installation de Glascow, se compose : i° d’une chambre circulaire placée sous la grande gerbe, exécutée en béton aggloméré et recouverte d’un plafond en bois avec lames de plomb; 20 d’une galerie oblique de 1 m. 2 5 de largeur sur 2 mètres de hauteur, reliant cette chambre à l’étage inférieur du pavillon de manœuvre élevé dans le jardin, côté La Bourdonnais. La ventilation en est assurée au moyen d’une turbine placée sous le pavillon de manœuvre et mue soit à la main, soit par un petit moteur électrique.
- 5. Alimentation.— L’alimentation est fournie par plusieurs canalisations reliées séparément aux conduites de distribution des parcs et jardins.
- Pour la grande gerbe, une prise de 0 m. ûo, placée sous bouche à clef, jette l’eau de Seine à haute pression dans une conduite de même diamètre. Cette conduite pénètre dans la galerie oblique, la longe jusqu’à la chambre circulaire et y aboutit à un appareil distributeur muni de dix clapets, qui correspondent à autant de colonnes
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- montantes traversant le plafond et par là à une conduite de distribution noyée dans le bassin octogonal.
- Les clapets peuvent être manœuvres à distance, du premier étage du pavillon de manœuvre, au moyen de leviers actionnant des transmissions en fil de fer; des contrepoids les ramènent automatiquement sur leur siège. Chacun d’eux commande un groupe d’ajutages, dont on modifie à volonté le débit.
- Une soupape de sûreté, pourvue d’un ressort, est adaptée à la conduite d’adduction des eaux, en avant du distributeur, pour parer aux coups de bélier et prévenir les accidents qui en seraient la conséquence.
- Grâce à ces dispositions, le chef d’équipe, qui, du haut du pavillon de manœuvre, domine toute la pièce d’eau, varie au gré de son inspiration les effets de la grande gerbe et les combine avec le jeu des colorations.
- Les jets des vasques supérieures et les petites gerbes du canal sont alimentés par la conduite d’eau de Seine à haute pression, de o m. 3o et de o m. 25 de diamètre, qui se trouve dans l’égout parallèle à l’axe du Champ de Mars, sous les fontaines mêmes.
- Tout l’ensemble est commandé par une prise unique dont le robinet-vanne est placé, sous bouche à clef, vers l’angle nord-ouest du canal. La file de tuyaux, à laquelle est adapté ce robinet, fait une boucle dans la galerie transversale souterraine .établie à l’extrémité nord du canal, traverse le radier de la grande vasque, vient se développer au-dessus de ce radier, court sous l’eau suivant l’axe du bassin en détachant, de part et d’autre, des rameaux qui desservent séparément chacune des petites gerbes, pénètre dans la grande chambre rectangulaire et s’y divise en plusieurs branches pour porter l’eau aux divers ajutages.
- En outre, mais le jour seulement, l’eau de décharge de la cascade du Trocadéro arrive par la conduite qui, le soir, alimente la grande gerbe et fait ainsi un double service. Une prise spéciale de o m. âo,
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- voisine mais distincte de celle de la grande gerbe, est le point de départ d’une conduite à deux branches, courant sous le radier du bassin octogonal et alimentant les ajutages destinés à former les effets de bouillonnement au milieu des roseaux; au delà, un prolongement de o m. 3o de diamètre gagne la chambre rectangulaire et porte le surplus de l’eau du Trocadéro dans la vasque supérieure, où elle débouche sous les flancs du navire et sert à figurer les flots.
- 6. Dispositions de détail des effets d’eau. — La grande gerbe comporte environ cent ajutages, portés par des tuyaux en cuivre rouge, qui partent des couronnes de distribution et viennent, en contournant les cheminées par où arrivent les faisceaux lumineux, se dresser au-dessus des dalles en verre, de manière à être baignés par la lumière et à en intercepter le moins possible.
- Ces ajutages sont groupés au-dessus des dix-sept cheminées, dont une occupe le milieu du bassin octogonal, six autres formant un premier cercle et les dix dernières un deuxième cercle concentrique. Le premier groupe comprend un jet central et des jets verticaux de plus petit diamètre; il en est de même des six groupes du premier anneau circulaire. Quant aux six groupes du second anneau, ils se composent d’un gros jet légèrement incliné sur la verticale dans la direction du centre et d’une sorte de tuyère à griffes, d’où s’échappe une petite gerbe en éventail.
- L’ensemble est alimenté par les dix conduites de distribution correspondant aux dix clapets dont j’ai précédemment parlé. Cinq de ces conduites desservent les gros jets, savoir : l’une, le jet central; deux, les jets du premier cercle groupés par trois et par alternance; deux, les jets inclinés du second cercle groupés par cinq. Les cinq autres conduites desservent de même les jets secondaires groupés d’une manière identique.
- Quand les clapets des cinq premières conduites sont ouverts en grand, les jets de fort diamètre dominent et s’élancent à grande hauteur; quand ce sont lés autres, les gros jets s’abaissent ou s’effacent et les petits projettent des nuages de poussière; toutes les
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- combinaisons intermédiaires peuvent être réalisées par une manœuvre convenable des clapets.
- Les quatorze petites gerbes sont alternativement de deux types : huit comportent dix-sept ajutages verticaux, groupés comme pour la grande gerbe et la reproduisant pour ainsi dire à une échelle réduite; six présentent, autour d’un jet central, cinq ajutages aplatis d’où sortent des jets en éventail, figurant la corolle d’une fleur. Toutes sont alimentées par un tuyau en cuivre rouge entourant la cheminée d’éclairage et sur lequel se branchent les tubes, munis de petits robinets de réglage, qui viennent isolément au-dessus de la dalle de verre aboutir à chacun des ajutages.
- Quatorze gros ajutages creux, placés horizontalement ou légèrement inclinés vers le haut, donnent naissance aux jets paraboliques de la fontaine monumentale. Les jets verticaux de la vasque intermédiaire sont simplement constitués par un ajutage isolé.
- Un dispositif intéressant a dû être imaginé pour les jets paraboliques de la fontaine monumentale.
- On avait remarqué que les veines liquides pleines s’éclairaient difficilement sur une grande longueur, aussitôt qu’augmentaient leurs dimensions transversales. Les ingénieurs eurent alors l’idée de substituer au jet plein un jet creux, dans lequel la lumière pénétrerait sans avoir à traverser d’abord un réservoir d’eau. Ils construisirent, à cet effet, des ajutages spéciaux, composés de deux troncs de pône emboîtés l’un dans l’autre et portant des prolongements cyliïidriques; l’eau en pression, amenée dans l’espace annulaire, s’en échappe sous forme d’une veine creuse; les rayons lumineux, venant d’un foyer placé derrière l’appareil, traversent librement le tronc de cône intérieur et se réfléchissent sur la paroi intérieure de la veine, qu’ils illuminent sur une étendue plus considérable.
- Ce dispositif nouveau a fait l’objet d’une note de M. l’ingénieur en chef Bechmann,présentée parM. Troost à l’Académie des sciences, le 18 mars 1889.
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- 7. Éclairage. — L’éclairage général était obtenu au moyen de 48 lampes à arc, dont 18 de 6o ampères pour la grande gerbe et 3o de 4o ampères pour le surplus des effets d’eau. Ces lampes, dont les crayons ont o m. 018 de diamètre, étaient groupées par trois en tension et rattachées par des fils isolés à deux tableaux de distribution, où venaient aboutir des câbles, également isolés, qui fournissaient respectivement des courants électriques de 36o et 4oo ampères sous 170 à 180 volts, produits par des machines de 3oo chevaux de force à l’usine Gramme située dans le jardin d’isolement.
- Parmi ces lampes, trente-trois sont des régulateurs à main, dont les porte-charbons, légèrement inclinés sur l’horizontale, pénètrent par de larges échancrures dans l’intérieur d’un réflecteur parabolique en étain, de telle sorte que l’arc puisse être maintenu au foyer et donner un faisceau lumineux à rayons parallèles. Deux de ces lampes étaient placées sous la cheminée centrale de la grande gerbe, seize sous les autres cheminées de la même gerbe, deux sous les jets verticaux de la vasque intermédiaire; les treize autres servaient h éclairer les jets paraboliques. Ces dernières étaient dans des niches pratiquées à la base des cheminées verticales ou inclinées, qui livraient passage aux faisceaux lumineux et dans lesquelles les rayons se réfléchissaient sur des miroirs concaves métalliques, pour se diriger vers les. ajutages, doublés eux-mêmes d’une chemise en zinc nickelé. Les faisceaux du pourtour de la grande gerbe avaient une inclinaison assez prononcée sur la verticale, de telle sorte qu’ils concouraient a éclairer le jet central depuis la base jusqu’au sommet.
- Chacune des quinze autres lampes était formée d’un régulateur automatique, presque vertical. Pour quatorze d’entre elles, affectées aux petites gerbes, les rayons subissaient une double réflexion, la première horizontale sur un miroir sphérique en verre argenté, la seconde verticale sur un miroir plan de même nature incliné à 45 degrés. Pour la dernière, affectée à l’un des jets paraboliques, la seconde réflexion était supprimée. Ces lampes, construites par MM. Sautter, Lemonnier et Gie, ont fonctionné avec une grande régularité ; malgré la double réflexion, elles perdaient moins de lumière
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- que les régulateurs a main; un simple déplacement des miroirs permettait d’en tirer des faisceaux parallèles, convergents ou divergents, verticaux ou inclinés.
- Toutes les lampes étaient pourvues de commutateurs automatiques à résistance fixe, qui, en cas d’accident, séparaient la lampe du circuit, sans nuire au fonctionnement des deux autres lampes placées sur la même dérivation.
- 8. Coloration de la lumière. — Au-dessus de chaque lampe et à une distance variable, sur le parcours du faisceau lumineux, on amène à volonté une série de chariots roulants portant des verres colorés de cinq nuances différentes : rouge, jaune, vert foncé (bleuâtre), bleu indigo, vert clair (jaunâtre). Le blanc est obtenu par la lumière naturelle, sans interposition d’aucun verre. Pour masquer entièrement le foyer lumineux, il suffit de superposer deux ou tro'is verres colorés, qui forment écran et interceptent les rayons.
- Dans chacun des deux sous-sols, les châssis mobiles portant les verres colorés d’une même nuance forment cinq groupes.
- Sous la grande gerbe, les groupes correspondent, l’un à la cheminée centrale, deux aux six cheminées du cercle intermédiaire prises trois par trois en alternant, et les deux dernières aux dix cheminées du cercle de pourtour prises de même cinq par cinq. Chacun des groupes est mis en mouvement par un fil qui, pour les quatre derniers, décrit un polygone régulier, triangle ou pentagone. En imprimant a ce fil un mouvement de translation, d’une amplitude égale à la course des châssis, on place les verres colorés sur la trajectoire de la lumière ou on les efface.
- Pour les autres effets d’eau, les cinq groupes comprennent chacun de quatre à sept châssis. Les fils de commande décrivent des lignes très irrégulières en plan et en profil et parcourent de longs circuits; ils agissent d’ailleurs comme ceux de la grande gerbe.
- Ainsi chacun des deux sous-sols comprend vingt-cinq circuits, pouvant être mus isolément au moyen d’un levier ou d’un volant à main.
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- Dans la chambre circulaire, les vingt-cinq fils viennent aboutir à vingt-cinq volants à gorge, montés sur un même arbre et armés chacun d’un ergot saillant. Une barre, reliée à cet arbre et susceptible de tourner autour de lui, porte vingt-cinq doigts mobiles qu’on peut fixer à volonté dans des encoches dont la position correspond à celle des ergots. Lorsqu’on veut actionner des fils déterminés, on place les doigts mobiles dans les encoches qui correspondent aux volants à mettre en mouvement; puis on imprime à la barre un mouvement de rotation autour de l’arbre : les doigts mobiles entraînent les ergots et par suite les volants, avec les fils qui y sont rattachés. Cette manœuvre, faite pour cinq circuits respectivement choisis dans les cinq groupes, amène simultanément des verres colorés devant tous les foyers lumineux. On efface la combinaison précédente, en donnant quartier à la barre arrivée à fin de course et en la remettant en place; les volants et les fils, qui avaient été mis en mouvement pour produire cette combinaison, sont ramenés en arrière et sortent de la trajectoire du faisceau lumineux.
- Dans la chambre rectangulaire, les volants sont remplacés par des leviers en fer forgé réunis comme ceux des postes Saxby et Farmer, pour les aiguillages de chemins de fer. Les vingt-cinq leviers sont groupés par cinq; leurs tiges portent les couleurs des verres qu’elles servent à manœuvrer. A la barre unique de manœuvre sont substituées deux barres, l’une pour exécuter la combinaison de couleurs, l’autre pour effacer la combinaison précédente.
- Pour la grande gerbe, les châssis sont en bois, roulent par de petits galets en fonte sur des fers plats et sont commandés par des cordelettes de chanvre, qui passent aux angles sur des poulies en fonte. Pour les autres effets d’eau, les châssis sont en fer, leurs roulettes en bronze, les circuits en câbles de fil de fer galvanisé avec tendeurs en cuivre, et les poulies de renvoi en bronze : la manœuvre en est facile, malgré le tracé sinueux des circuits et leur longueur, qui atteint 120 mètres.
- 9. Direction des manœuvres. — Un chef d’équipe, placé au
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- premier étage du pavillon spécial que j’ai précédemment mentionné, commandait les manœuvres d’éclairage et de coloration.
- Il communiquait, à cet effet, avec les agents de la chambre circulaire, au moyen de dix-sept boutons électriques. Deux de ces boutons mettaient en mouvement des sonneries, servant la première au signal attention et la seconde au signal en route. Les autres correspondaient à quinze voyants réunis en un tableau, près de la batterie de volants : cinq voyants donnaient les signaux lampes, châssis, changements, en service, hors service; cinq correspondaient aux cinq groupes; les cinq derniers indiquaient les couleurs.
- Les signaux étaient répétés dans la chambre rectangulaire.
- En pratique, pour éviter des communications compliquées, qui auraient pu être mal comprises, on avait arrêté par avance et affiché dans chacune des deux chambres dix séries de dix combinaisons caractérisées chacune par cinq chiffres désignant les couleurs applicables aux cinq circuits : le nombre 70,698, par exemple, signifiait que le premier circuit devait être mis au jaune, le second au vert clair, le troisième au rouge, le quatrième au bleu et le cinquième au vert foncé.
- Le chef d’équipe transmettait d’abord le signal attention ou changements, puis l’indication du chiffre de la série : aussitôt les préposés des deux chambres préparaient les barres de manœuvre, d’après le premier nombre de cette série, et les mettaient en mouvement au signal en route; après quoi, ils passaient au second nombre de la même série et ainsi de suite.
- On réalisait ainsi des modifications de couleurs d’une rapidité surprenante.
- En même temps, le chef d’équipe maniait lui-même les leviers de commande des clapets de distribution et variait incessamment la forme de la grande gerbe. Ces changements, combinés avec ceux des colorations, produisaient une admirable diversité d’effets. L’un des aspects les plus merveilleux de la grande gerbe était celui que l’on obtenait, en supprimant les jets de pourtour et lançant à toute hauteur le jet central, qui, éclairé par la convergence des divers foyers
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- lumineux, brillait d’un vif éclat et se colorait de trois teintes successives par zones étagées.
- Le pavillon de manœuvre constituait l’exposition de la maison Coi-gnet. Il était construit en béton moulé de diverses teintes et orné de mosaïques.
- Un escalier à vis, auquel on accédait par une porte en fer forgé, conduisait du sous-sol jusqu’à une légère passerelle en bois, qui aboutissait à une cage vitrée recouverte d’une toiture en tuiles multicolores. C’était dans cette pièce que se tenait le chef d’équipe et qu’étaient placés les appareils de commande des mécanismes de la grande gerbe.
- 10. Exécution des travaux. Traité avec MM. Galloway and Sons; opérations en régie. — Par une convention de novembre 1888, MM. Galloway and Sons s’étaient engagés à rétablir au Champ de Mars et à faire fonctionner pendant la durée de l’Exposition leur installation de Glascow, moyennant le prix forfaitaire de 56,2 5o francs, plus 2 5q francs par soirée supplémentaire au delà du 3i octobre. De son côté, l’administration devait leur livrer le pavillon de manœuvre, le sous-sol circulaire et la galerie de communication, leur fournir l’eau sous à 5 mètres de pression et prendre les mesures nécessaires pour que le Syndicat des électriciens amenât à l’entrée de la chambre souterraine un courant d’intensité convenable. Ce marché ne visait que la grande gerbe.
- Quant au surplus des installations, il a été fait tout entier en régie, sauf la fourniture de fa moitié des lampes a arc? mise à la charge du Syndicat des électriciens. L’autre moitié des lampes a été commandée à la maison Sautter, Lemonnier et Gie. MM. Rogé et Gibault ont établi les canalisations et la robinetterie. C’est sur les indications directes de M. l’ingénieur en chef Bechmann qu’ont été étudiés dans les moindres détails et exécutés les ajutages, les châssis, les verres colorés, les chariots roulants, les leviers, les transmissions, etc. : le personnel de l’atelier central des machines élévatoires
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- de la Ville a apporté son concours le plus dévoué à l’accomplissement de cette tâche difficile.
- M. Bechmann a tout conduit avec beaucoup de science et d’habileté. Grâce à des prodiges d’adresse et d’activité, les fontaines ont été prêtes pour la date d’ouverture de l’Exposition.
- 11. Observations sur le fonctionnement des fontaines lumineuses. — Dès le début, le fonctionnement des fontaines lumineuses a été réglé à une heure par soirée, en trois séances de vingt minutes séparées par des intervalles de même durée. Jusqu’à la fin de septembre, la première séance commençait à q heures; à partir de cette époque, il a fallu l’avancer d’abord d’une demi-heure, puis d’une heure.
- Au signal convenu, tous les jets lumineux surgissaient à la fois. Les robinets de la canalisation n’étaient ouverts qu’après la mise en service des appareils d’éclairage et devaient toujours être fermés avant l’extinction, de telle sorte que jamais l’eau n’apparaissait sans être illuminée.
- L’appareillage hydraulique et mécanique n’a subi aucun accident pendant toute la durée de l’Exposition. Le service électrique a été un peu moins satisfaisant : on a eu beaucoup de peine à obtenir l’intensité de 180 volts; des interruptions ou autres accidents se sont produits à diverses reprises; faute d’appareils donnant des faisceaux lumineux convergents, l’éclairage des jets paraboliques a souvent laissé à désirer. Mais ces imperfections ont passé à peu près inaperçues.
- Dans l’ensemble, le succès a été complet.
- L’engouement du public s’est traduit par les reproductions à échelle réduite faites dans les hôtels, les cafés et même les habitations particulières, et par les vœux unanimes formés en faveur de la conservation des fontaines lumineuses du Champ de Mars ou de leur translation sur un autre point de Paris.
- La vogue de ces fontaines n’est certainement point épuisée. Elle sera d’autant plus prolongée que les effets d’eau et de coloration se prêtent à une diversité pour ainsi dire infinie.
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- D’ailleurs l’expérience de 1889 n’a été, sans aucun cloute, que le prélude d’installations encore plus intéressantes et plus parfaites. On peut, dès aujourd’hui, prévoir un certain nombre d’améliorations et de perfectionnements.
- 12. Dépenses. — Les dépenses se sont élevées à 2/13,200 francs
- environ, savoir :
- Entreprise Galloway (y compris six soirées supplémentaires) ............................................ 56,25o francs.
- Canalisation d’eau.................................... 79,000
- Lampes Sautter, Lemonnier et C,e..................... . 17,800
- Construction d’appareils par l’atelier de la Ville.. . . 32,000
- Fournitures et main-d’œuvre pendant la durée de
- l’Exposition........................................ 11,000
- Frais accessoires et divers, surveillance, etc. 38,069
- Honoraires et frais d’agence........................ 9,1 o5
- Total................... 243,2i4
- 13. Visites et conférences. — L’entreprise Galloway s’était réservé la disposition et la police de ses locaux, du reste trop étroits et trop difficilement accessibles pour recevoir beaucoup de visiteurs. Seuls, quelques privilégiés ont pu pénétrer dans les sous-sols de cette entreprise et dans le pavillon de manœuvre.
- Il en a été autrement pour les installations de la chambre rectangulaire. Des permissions de visite ont été délivrées à un grand nombre de personnes. M. Bechmann a même fort obligeamment organisé une série de conférences extrêmement instructives.
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- CHAPITRE XXI.
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- 1. Concours ouvert pour la construction et l’exploitation du chemin de fer des visiteurs. — Comme je Fai précédemment indiqué, l’étendue considérable des espaces affectés à l’Exposition de 1889 rendait nécessaire l’établissement d’une voie ferrée, pour le transport des visiteurs entre les diverses parties de l’enceinte.
- En 1887, un concours fut ouvert pour la construction et l’exploitation de cette voie ferrée.
- Il s’agissait alors d’un chemin de fer partant de l’angle de la rue de Constantine et du quai d’Orsay, suivant ce quai, traversant à niveau le Champ de Mars, longeant l’avenue de Suffren et l’Ecole militaire, empruntant, mais avec un tracé aérien, la partie de l’avenue de La Motte-Picquet comprise entre le Champ de Mars et l’esplanade des Invalides, contournant l’Esplanade près de l’Hôtel des Invalides et le long de la rue de Constantine, revenant ainsi à son point de départ et formant par suite un circuit complet. C’eût été un chemin de fer de ceinture.
- Le concours n’ayant pas abouti, je ne m’attarderai point à l’étude du programme.
- Trois concurrents formulèrent des propositions.
- Une Commission de seize membres, à laquelle étaient adjoints avec voix consultative les trois directeurs généraux et le chef du service mécanique et électrique, fut constituée pour le jugement des projets.
- Diverses circonstances empêchèrent l’administration de donner suite à celui de ces trois projets que la Commission avait placé en première ligne.
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- 2. Concession à MM. Gaillot et Gallotti. — La Direction generale des travaux reprit l’étude de la question sur de nouvelles bases. Elle renonça, avec raison, au circuit ferme, qui n’était nullement nécessaire et qui eût présenté le double inconvénient de comporter une dépense considérable et d’entraver la circulation dans l’avenue de La Motte-Picquet. D’après le projet auquel elle s’arrêta définitivement, le chemin de fer partait de l’angle de la rue de Gonstantine et du quai d’Orsay, suivait ce quai, passait à la base du Champ de Mars, longeait l’avenue de Suffren et avait son terminus près du Palais des machines!
- Un cahier des charges fut dressé en vue d’une adjudication restreinte.
- Ce cahier des charges définissait soigneusement le tracé, imposait la double voie sur tout le parcours, assignait à l’écartement des rails la limite maximum de 1 mètre et la limite minimum de o m. 60, et prescrivait, tant pour la construction que pour l’exploitation, toutes les mesures propres à faciliter la visite de l’Exposition, à assurer la sécurité publique et à sauvegarder les intérêts de la circulation sur les avenues, boulevards ou rues traversées, tout en réduisant les dépenses à ce qui était indispensable. Le concessionnaire ne recevait ni subvention ni garantie; il assumait complètement les charges de l’opération et s’en rémunérait par la perception d’une taxe de o fr. 2 5 pour chaque voyageur transporté, entre deux points quelconques de la ligne; l’Administration de l’Exposition prélevait, à titre de redevance, une quote-part de la recette et c?était sur le taux de cette redevance que portait l’adjudication.
- Seuls, MM. Gaillot et Gallotti acceptèrent les conditions fixées par l’administration; ils ne consentirent d’ailleurs qu’une redevance, pour ainsi dire nominale, de 0 fr. 1 o par 100 francs de recette.
- La concession leur fut accordée par arrêté du Ministre du commerce et de l’industrie, en date du 19 juillet 1888.
- 3. Convention entre MM. Gaillot et Gallotti, d’une part, et M. De-cauville, d’autre part. — Aux termes d’un traité du 9 novembre
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- 1888, approuve le 2 5 du même mois par le Ministre, MM. Gaillot et Gallotti transmirent à la Société Decauville aîné une partie de leur entreprise.
- Les bailleurs fournissaient gratuitement la plate-forme, non compris les bâtiments des gares et haltes, qui étaient faits à frais communs avec le preneur. Celui-ci faisait la superstructure et assurait l’exploitation avec du matériel lui appartenant et entretenu par ses soins; toutefois les bailleurs devaient supporter pour moitié les dépenses de personnel, celles d’achat de combustible, les indemnités d’accidents, la redevance due à l’administration. MM. Gaillot et Gallotti, d’une part, et la Société Decauville, d’autre part, percevaient en communauté les recettes afférentes au transport des voyageurs, à la publicité dans les gares ou haltes, dans les voitures et sur les clôtures, aux produits des restaurants et débits, à la revente des gares, haltes et abris.
- 4. Construction. — A partir de son point d origine, près du Palais de l’Algérie, la ligne traversait à niveau l’esplanade des Invalides, suivait la contre-allée du quai d’Orsay entre les deux rangées d’arbres voisines des maisons, franchissait (encore à niveau) le boulevard de La Tour-Maubourg, entrait en tranchée à 90 mètres de l’axe du pont de l’Alma, passait le carrefour Rapp sous un pont de 20 mètres de longueur, regagnait par une tranchée de 78 mètres le niveau de la contre-allée, continuait a suivre le quai, traversait à niveau l’avenue de La Bourdonnais près de laquelle elle se reliait a la voie du dépôt, présentait une nouvelle tranchée de 196 mètres pour le passage de l’avenue du pont d’Iéna qu’elle franchissait en tunnel sur ko mètres, arrivait à la chaussée de l’avenue de Suffren, puis en empruntait le trottoir convenablement élargi jusqu’au terminus du Palais des machines.
- Les ouvrages d’art consistaient, nous venons de le voir, en un pont sous le carrefour Rapp et en un tunnel près du pont d’Iéna.
- Au carrefour Rapp, il fallut tout à la fois relever de 1 m. 5o le niveau de la chaussée et écrêter l’égout collecteur sur une hauteur de
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- 1 m. 20, ce qui clu reste laissait encore 2 mètres pour le passage des ouvriers et des wagonnets dans cet ëgout. Le pont était en charpente; la voûte de l’égout était remplacée par un plancher, partie en rails jointifs de 3o kilogrammes sous les voies, partie en madriers sous l’entrevoie et les accotements, le tout recouvert de ballast; la tranchée aux abords avait des parois verticales, solidement maintenues par des blindages en bois.
- Près du pont d’Iéna, des dispositions analogues furent adoptées pour le tunnel et les tranchées aux abords; mais comme il n’y avait pas d’égout à franchir, on put abaisser les rails et ne pas modifier le relief de la chaussée.
- La circulation publique put être ainsi préservée de toute perturbation sérieuse, aux points où elle était le plus active et où il importait de ne point l’entraver.
- Le profil, assez accidenté, comportait des pentes de o m. 025 et même de 0 m. 0287.
- Le rayon des courbes descendait à 3o mètres en pleine voie. Il existait une courbe de Û3 mètres de rayon faisant le quart de cercle complet.
- L’une des sections les plus difficiles du tracé était située immédiatement au delà de l’avenue de La Bourdonnais; elle comportait une courbe et une contre-courbe de 3o mètres de rayon, sans alignement droit intercalé, à cheval sur deux rampes fort prononcées.
- Les voies, de o m. 60 d’écartement, étaient formées de rails en acier pesant 9 kilogr. 500 par mètre courant et rivés sur des traverses également en acier; ces traverses affectaient la forme d’un n et avaient leurs abouts fermés au marteau-pilon, de manière à mieux résister au glissement dans le ballast. Chaque élément de voie, long de 5 mètres, comprenait huit traverses.
- Entre les stations extrêmes étaient échelonnées trois haltes : la première, dite de Y Agriculture, près des rues Jean-Nicot et Malar; fa seconde, dite de YAlimentation, à mi-chemin entre le carrefour Rapp et l’avenue de La Bourdonnais; la troisième, dite de la Tour Eiffel, près du pont d’Iéna.
- il. a h
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- Des dispositions bien étudiées avaient été prises pour assurer l’ordre et la méthode dans l’embarquement et le débarquement des voyageurs.
- Le chemin de fer était pourvu de clôtures.
- La ligne offrait deux types de signaux : les uns à main, les autres électriques. Les signaux à main étaient de simples disques commandés par des leviers et des fils de transmission. Les signaux électriques, du système Baillehache, consistaient en une sonnerie mise successivement en marche a la station suivante, d’abord par le chef de gare expéditeur, puis par le train lui-même à son passage sur une pédale; cet appareil fut appliqué non seulement aux gares, mais aussi aux passages à niveau, avec substitution d’un gros timbre à la sonnerie. Les gares étaient, en outre, reliées par des téléphones.
- 5. Matériel roulant. — Les machines en service étaient au nombre de neuf, la plupart du système Mallet-Gompound, articulées et à quatre essieux. Elles s’inscrivaient dans des courbes de 20 mètres de rayon. Leur poids ne dépassait pas 9 tonnes 5 à vide et 12 tonnes en ordre de marche. Leurs chaudières étaient timbrées à 1 2 kilogrammes et les valves d’admission dans les grands cylindres réglées à 6 kilogrammes. D’après une déclaration de la Société Decauville, elles étaient susceptibles de remorquer 280 tonnes en palier et alignement droit; dans le service de l’Exposition, elles ont traîné, non compris leur propre poids, 5o tonnes, dont 2 3 tonnes de matériel et 27 tonnes de voyageurs.
- Il y avait £9 voitures en service, correspondant à 7 rames de train et se décomposant ainsi : 4 voitures de luxe fermées, à deux essieux et 20 places; 7 voitures de luxe ouvertes, montées sur deux bogies, d’une longueur de 9 m. 2 5, d’un poids de 3 tonnes et d’une contenance de 56 places; 38 voitures analogues de 2e classe.
- Un dépôt, avec remise à locomotives, fosse de réparation, atelier, magasin, bureau, etc., avait été établi sur un terrain mis à la disposition de l’Exposition par la ville de Paris, dans l’angle du quai d’Orsay et de l’avenue de La Bourdonnais.
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- 6. Exploitation. — La pose de la voie a été achevée le ier mai, entre l’esplanade des Invalides et la tour Eiffel, et le i 5 juin, entre la tour Eiffel et le Palais des machines.
- L’exploitation était dirigée par un ingénieur en chef.
- Le nombre total des agents a varié de 278 à 285; pour le minimum de 278, il se décomposait ainsi :
- I ingénieur en chef;
- 173 agents de l’exploitation proprement dite (5 chefs de gare, 12 sous-chefs de gare, 12 chefs de train, 10 conducteurs, i3 aiguilleurs, 20 signaleurs, 8 accrocheurs, 3 chefs d’équipe, ài hommes d’équipe, 1 interprète, k contrôleurs chefs, 20 contrôleurs de billets et 2h receveuses);
- 5i agents de la traction (1 chef de traction, 1 sous-chef du dépôt, 12 mécaniciens, 12 chauffeurs et 2 5 ouvriers du dépôt);
- 53 agents de la voie (1 brigadier chef, 1 brigadier, 6 chefs de passage à niveau, 3i gardes-barrières, i3 hommes d’équipe).
- Le mouvement des trains a atteint 298 par jour. Chaque train, composé d’une voiture de luxe fermée, d’une voiture de luxe ouverte et de cinq voitures ordinaires, représentait 356 places.
- II fallait douze minutes pour franchir la distance totale de l’esplanade des Invalides au Palais des machines.
- Je résume dans le tableau suivant les principaux chiffres relatifs au trafic, tels qu’ils m’ont été fournis par les concessionnaires ;
- MOIS. NOMBRE de TRAINS. KILOMÈTRES PARCOURUS. NOMBRE DE VOYAGEURS payants 0). TONNAGE BRUT remorqué.
- Mai A,507 5,750 7>77° 7,828 7,828 9,352 9,5oo 12,922 20,708 21,870 21,900 26,450 458,362 862,602 955,5o6 1)091,970 1,166,575 i,479,54o tonnes. 176,307,000 244,387,i4o 3i5,526,420 327,570,390 332,i56,25o 4o2,g3o,86o
- Juin
- Juillet Août
- Septembre . 1er octobre au 6 novembre ». Totaux
- 43,o35 1 i3,35o 6,oi4,555 1,798,878,060
- t1) Le nombre total des voyageurs transportes a été de 6,Zi43,5oo.
- 24.
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- EXPOSITION DE 1889.
- Malgré l’intensité de la circulation, il ne s’est produit qu’un accident, imputable à l’inobservation des règlements.
- La consommation moyenne de combustible par kilomètre parcouru a été de 4 kilogr. 24, et le prix de revient kilométrique des trains de 5 fr. qo.
- 7. Résultats financiers. — Les dépenses d’établissement et la valeur du matériel fixe ou roulant peuvent s’évaluer ainsi :
- Dépenses en travaux (pose de la voie, signaux, bâtiments, clôtures, etc.)................................... 3oo,ooo francs.
- Valeur du matériel fixe (voie, aiguilles, signaux, etc.) 109,000
- Valeur du matériel roulant........................... 348,000
- Frais de remise en état des lieux......................... 5o,ooo
- Total..................... 807,000
- Quant aux dépenses et aux recettes d’exploitation, elles ont été les suivantes :
- MOIS. DÉPENSES. RECETTES. EXCÉDENT des RECETTES sur les dépenses.
- francs. francs. francs.
- Mai 7 6, 7 6 0 i36,655 61,915
- Juin 90,320 261,63o 171,310
- Juillet 1 10,260 278,090 167,830
- Août 115, î 80 3i3,59o 198,610
- Septembre 126,160 366,960 222,780
- Octobre 95,160 280,660 i85,3oo
- Novembre 65,760 86,270 i8,5i 0
- Totaux 675,580 1,701,6.35 1,026,055
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- POLICE DES CHANTIERS.
- B73
- CHAPITRE XXII.
- POLICE DES CHANTIERS.
- 1. Période de construction. La première mesure à prendre consistait à protéger les chantiers contre l’invasion des personnes étrangères aux travaux. Aussi l’administration s’empressa-t-elle de clore, comme je l’ai dit précédemment (page 2 5), le périmètre affecté à l’Exposition.
- La surveillance des dix-huit portes de service et celle du passage réservé aux piétons, entre les avenues de La Bourdonnais et de Suffren, fut confiée à la police municipale : j’indiquerai plus loin, dans un chapitre spécial (tome III), l’étendue du concours apporté par cette administration et l’habileté avec laquelle elle s’est acquittée de sa tâche.
- Aux termes d’un ordre de service du k février 1887, les entrepreneurs étaient munis d’une lettre qui les autorisait à pénétrer sur les chantiers et à y faire entrer les ouvriers, les chevaux et les voitures nécessaires a l’exécution de leurs travaux. Les contremaîtres et autres agents des entrepreneurs recevaient des lettres de service personnelles et temporaires. Quant aux ouvriers, ils devaient être reconnus par les surveillants, sous le contrôle des architectes et des ingénieurs.
- Etaient également admises à l’entrée les personnes nanties, soit d’un permis annuel de circulation, soit d’une autorisation de dessiner, de peindre, de prendre des vues photographiques, soit d’une permission individuelle ou collective valable pour une visite.
- Les agents préposés a la garde des portes devaient tenir fermement la main à ce que les lettres ou autorisations précédemment énumérées fussent produites par les intéressés; ils devaient aussi s’assurer
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- EXPOSITION DE 1889.
- que les permis n’étaient point périmés et veiller à ce qu’ils fussent exclusivement utilisés par leurs véritables titulaires.
- A l’intérieur de l’enceinte, la consigne prescrivait d’empêcher le débit des boissons alcooliques, de prévenir les rixes et les disputes, et d’assurer la liberté du travail.
- En avril 1888, le nombre des ouvriers s’était notablement accru et dépassait déjà le chiffre de 1,000. On commençait d’ailleurs à constater une certaine fermentation, provoquée par des excitations venant de l’extérieur, par le mécontentement d’ouvriers qu’il avait été impossible d’embaucher, par le ressentiment d’autres ouvriers qu’il avait fallu éconduire. Malgré la ferme résistance opposée par les travailleurs à toutes les tentatives de grèves, des mesures plus rigoureuses de contrôle devenaient indispensables.
- D’accord avec les entrepreneurs, l’administration résolut de subordonner l’entrée des ouvriers à la production de tickets ou jetons dont la couleur variait à chaque quinzaine, le ier et le 16 de chaque mois. Les entrepreneurs recevaient, sur la demande qu’ils en faisaient le 10 et le 2B du mois, les tickets qui leur étaient nécessaires; ils les distribuaient au personnel, après les avoir revêtus de leur estampille et d’un numéro spécial à chaque ouvrier ; en cas de prêt de complaisance ou de perte, ce numéro facilitait les recherches et les mesures de précaution ou de répression. .
- Pendant les heures de travail, les jetons restaient déposés au bureau de l’entreprise pour n’être rendus aux ouvriers que lors de la sortie des chantiers; cette disposition était utile, tout à la fois au point de vue de la bonne tenue des ateliers et du contrôle des entrepreneurs sur le travail de leur personnel. Les ouvriers qui avaient à sortir pour des motifs légitimes, en dehors des heures normales, pouvaient recevoir un jeton assurant leur rentrée. Ceux qui quittaient l’enceinte de l’Exposition sans cause justifiée se voyaient dans l’impossibilité d’y revenir et perdaient ainsi le bénéfice de la journée ou de la demi-journée.
- Les tickets périmés étaient rendus par les entrepreneurs le jour ou au plus tard le lendemain de la distribution des nouveaux tickets.
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- POLICE DES CHANTIERS.
- 375
- Ces mesures, appliquées à partir du 6 août 1888, ont donné des résultats d’autant plus satisfaisants que les ouvriers étaient les premiers à en reconnaître l’utilité.
- Le nombre des jetons délivrés par l’administration s’est successivement accru au point d’atteindre 38,350 pendant la seconde quinzaine d’avril 18 8 9 ; au total, il s’est élevé ài66,55o,dui6 août 1888 au ier mai 1889. Observons, en passant, qu’eu égard aux mutations fréquentes dans le personnel ouvrier, les entrepreneurs recevaient toujours un nombre de tickets supérieur de 5o p. 100 au moins à l’effectif des ateliers.
- Du début des travaux au ier octobre 1888, plus de 26,000 visiteurs avaient été autorisés à pénétrer sur les chantiers. Parmi les sociétés ou délégations ainsi admises dans l’enceinte de l’Exposition, on peut citer la Société amicale des anciens élèves de l’Association polytechnique, la Société centrale du travail professionnel, avec une centaine d’élèves de l’Ecole des hautes études commerciales, des comités d’expositions étrangères, l’Association et le Comité de la presse départementale, l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole centrale (groupe de Paris), la Société centrale des architectes, l’Association philotechnique, le Syndicat des entreprenèurs, etc.
- Au mois d’octobre 1888, les exposants allaient commencer les préparatifs de leur installation. Le directeur général jugea nécessaire d’interdire l’accès des chantiers à toutes les personnes étrangères à l’Exposition. Cette consigne fut assez bien observée.
- Le 6 mai 1889, jour de l’ouverture de l’Exposition, le service des entrées passa à la Direction générale des finances et celui de la police intérieure à la Direction générale de l’exploitation.
- 2. Période de démolition. — Au lendemain de la clôture de l'Exposition, c’est-à-dire le 7 novembre 1889, la Direction générale des travaux dut organiser les chantiers de démolition et reprendre, en conséquence, le service de la police.
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- EXPOSITION DE 1 889.
- De cette date au icr décembre, le public continua à être admis de midi à k heures, moyennant la remise d’un ticket de 1 franc, dans les parties de l’enceinte du Champ de Mars qui pouvaient être laissées accessibles, sans inconvénient pour les travaux. Le nombre des visiteurs qui profitèrent de cette faculté s’éleva a 117,376. Les ouvriers étaient reconnus au moyen de tickets spéciaux.
- A partir du ier décembre, les ouvriers eurent libre accès dans leurs chantiers respectifs, clos par les entrepreneurs quand cette mesure était utile; d’autre part, le public put pénétrer gratuitement dans les jardins du Champ de Mars : le service de police se trouva dès lors réduit à des mesures d’ordre et de surveillance ne présentant aucune particularité qui mérite d’être signalée.
- FIN DU TOME DEUXIEME.
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- TABLE DES MATIÈRES.
- QUATRIÈME PARTIE.
- TRAVAUX DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1889.
- Piifjes.
- Chapitre premier. — Emplacement définitivement adopté......................... 3
- 1. Rappel des conclusions formulées le îo mars 1885 par M. Antonin Proust, au
- nom de la Commission d’études.....................................
- 2. Adoption presque complète des conclusions formulées par la Commission d’études.
- 3. Conditions mises par l’autorité militaire à l’occupation temporaire du Champ de
- Mars..............................................................
- Chapitre II. — Concours ouvert pour les dispositions générales de l’Exposition. —
- Plan définitif.............................................................................. 7
- 1. Concours ouvert pour les dispositions générales de l’Exposition.................. 7
- 2. Aperçu sur les conditions essentielles à remplir et les principales difficultés à
- vaincre dans l’étude des dispositions d’ensemble.............................. 9
- 3. Dispositions générales adoptées....................................................... 11
- Chapitre III. — Travaux préparatoires....................................................... 9 5
- 1. Clôture de l’enceinte de l’Exposition................................................. 95
- 2. Travaux de sondage dans le Champ de Mars......................................... 96
- 3. Travaux de nivellement dans le Champ de Mars..................................... 97
- h. Établissement d’un réseau d’égouts dans le Champ de Mars.......................... 99
- 5. Travaux de viabilité. Renvoi à un autre chapitre................................. 3i
- 6. Voies ferrées destinées au transport des matériaux et, plus tard, des produits
- exposés........................................................................... 3i
- Chapitre IV. — Considérations générales sur les ossatures métalliques des palais du Champ de Mars............................................................................... 36
- 1. Origines et progrès successifs de l’emploi du fer en France dans la construction
- des charpentes métalliques......................................................... 36
- 2. Combles de grande portée construits à l’étranger, de 1854 à 1889................ 39
- 3
- 6
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 3. Principes qui ont présidé à l’étude des ossatures métalliques pour les palais de
- l’Exposition de 1889....................................................... 4i
- 4. Indications spéciales au Palais des machines................................... 4 s
- 5. Indications spéciales au Palais des industries diverses...................... 47
- G. Indications spéciales aux palais des beaux-arts et des arts libéraux........... 49
- 7. Indications récapitulatives sur l’ensemble des expositions de 1878 et de 1889.. . 5o
- 8. Observations sur l’emploi décoratif du fer................................... 5i
- Chapitre V. — Palais des machines....................................................... 57
- 1. Plan et description générale.................................................. 57
- 2. Fondations................................................................... 58
- 3. Charpente métallique de la grande nef........................................ 59
- 4. Charpente métallique des bas côtés. Rideaux en fer des pignons. Charpente de
- la coupole du vestibule central............................................ 69
- 5. Charpente en bois et menuiserie des combles. Couverture. Vitrerie. Parquetage. 71
- 6. Décoration.......................................................................... 74
- 7. Dépenses............................................................................ 76
- Chapitre VI. — Palais des industries diverses. . . ............................................ 78
- 1. Plan et description générale......................................................... 78
- 2. Fondations.......................................................................... 79
- 3. Charpente métallique des galeries de 25 mètres..................................... 80
- 4. Charpente métallique des galeries de i5 mètres sur les avenues.................... 84
- 5. Charpente métallique des galeries de i5 mètres sur les jardins.................... 84
- 6. Charpente métallique des galeries de i5 mètres reliant les pavillons de raccor-
- dement ........................................................................... 85
- 7. Charpente métallique des pavillons de raccordement.................................. 86
- 8. Charpente métallique de la galerie de 3o mètres..................................... 87
- 9. Charpente métallique du dôme central et des pavillons adossés....................... 90
- 10. Indications récapitulatives sur le poids et le prix des charpentes métalliques.. . . 95
- 11. Charpente en bois et grosse menuiserie des combles. Couverture. Vitrerie. Cana-
- lisation souterraine. Parquetage et dallage....................................... q5
- 12. Effet architectural. Décoration..................................................... 98
- 13. Dispositions prises pour l’illumination du dôme central........................... 106
- 14. Dépenses.......................................................................... 108
- Chapitre VII. — Palais des arts. — Galeries Rapp et Desaix.............................. 109
- 1. Plan et description générale........................................................ 109
- 2. Fondations................................................................... 113
- 3. Charpente métallique de la nef centrale...................................... 114
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- TABLE DES MATIERES.
- 379
- h. Charpente métallique des bas côtés............................................ 116
- 5. Charpente métallique des dômes............................................... 110
- 6. Charpente métallique des annexes et vestibules des dômes..................... 119
- 7. Charpente métallique des galeries Rapp et Desaix............................. 121
- 8. Charpente en bois. Menuiserie. Couverture. Vitrerie.......................... 122
- 9. Observations sur le style des palais des arts, sur leur caractère décoratif et sur
- les matériaux employés à leur construction................................. 122
- 10. Dépenses..................................................................... 12fi
- Chapitre VIII. — Protection des palais du Ciiamp de Mars contre la foudre.............. 128
- 1. Avis d’une Commission spéciale chargée de l’étude des mesures à prendre pour
- protéger les palais du Champ de Mars contre la foudre...................... 128
- 2. Dispositions prises par la Direction générale des travaux.................... 129
- Chapitre IX. — Galeries de l’agriculture............................................... 131
- 1. Indications générales........................................................ 131
- 2. Charpente métallique......................................................... 131
- 3. Façades...................................................................... 134
- h. Travaux divers................................................................ 135
- 5. Dépenses...................................................................... 135
- Chapitre X. — Pavillons divers élevés par la Direction générale des travaux............ 136
- S 1er. Pavillons d’exposition.
- 1. Annexe du Palais des machines pour la classe du matériel des chemins de fer. . i36
- 2. Pavillon affecté au matériel de la navigation et du sauvetage................ 137
- 3. Pavillon des chambres de commerce (ports maritimes).......................... i38
- U. Pavillon de la balnéolhérapie................................................. 138
- 5. Pavillons de l’hygiène et de l’assistance publique........................... i3q
- 6. Pavillons de l’économie sociale.............................................. îôo
- § 2. Bureaux et constructions diverses.
- 1. Bureaux des directions générales............................................. 1 ô 1
- 2. Pavillons de la douane et de la manutention. Postes de police. Postes de pompiers. 1 ô3
- 3. Pavillon de la presse et des postes et télégraphes........................... 1 ^3
- h. Porte monumentale de l’esplanade des Invalides. .............................. 1 ^
- 5. Guichets d’entrée............................................................ 1 ^
- 6. Water-closets................................................................ 1^47
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- TABLE DES MATIÈRES.
- Chapitre XI. — Pavillons d’exposition élevés par les ministères et par la ville de Paris. i5o
- 1. Pavillon du Ministère des travaux publics....................................... i5o
- 2. Pavillon du Ministère de l’agriculture (Administration des forêts).............. i52
- 3. Pavillons du Ministère de la guerre.......................................... 155
- 4. Pavillons de la ville de Paris............................................... 156
- Chapitre XII. — Palais et pavillons des colonies françaises et des pays de protectorat, i5g
- 1. Algérie......................................................................... 159
- 2. Tunisie......................................................................... 162
- 3. Colonies et pays de protectorat autres que l’Algérie et la Tunisie........... 165
- Chapitre XIII. — Palais et pavillons élevés par les exposants français................. 177
- 1. Palais des produits alimentaires............................................. 177
- 2. Globe terrestre au millionième............................................... 189
- 3. Pavillon des pastellistes....................................................... 191
- 4. Pavillon Perrusson.............................................................. 192
- 5. Pavillon Brault................................................................. 193
- 6. Pavillon du Gaz................................................................ 193
- 7. Pavillon des téléphones......................................................... 201
- 8. Panorama de la Compagnie transatlantique..................................... 2o3
- 9. Constructions diverses du groupe d’économie sociale.......................... 208
- Chapitre XIV. — Palais et pavillons étrangers.......................................... 212
- 1. République Argentine............................................................ 212
- 2. Belgique..................................................................... 214
- 3. Bolivie......................................................................... 2i5
- 4. Brésil.......................................................................... 2i5
- 5. Chili........................................................................... 217
- 6. Egypte.......................................................................... 218
- 7. République de l’Equateur...................................................... 219
- 8. Espagne......................................................................... 219
- 9. Grande-Bretagne................................................................. 221
- 10. Guatémala..................................................................... 222
- 11. Hawaï....................................................................... 222
- 12. Indes anglaises............................................................ 2 23
- 13. Maroc........................................................................ 22/1
- 14. Mexique....................................................................... 226
- 15. Monaco........................................................................ 232
- 16. Nicaragua..................................................................... 233
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 381
- 17. Paraguay........................................................................ 233
- 18. Pays-Bas..................................................................... 2 34
- 19. Portugal........................................................................ 236
- 20. Salvador........................................................................ 237
- 21. Siam............................................................................ 239
- 22. République Sud-Africaine........................................................ h4o
- 23. Turquie........................................................................ 2/10
- 24. Vénézuela.................................................................... 241
- Chapitre XV. — Histoire de d’habitation................................................ 2 43
- 1. Objet et économie générale de l’exposition historique des habitations humaines.. . 2 43
- 2. Période préhistorique........................................................ 245
- 3. Période historique........................................................... 247
- 4. Conclusion................................................................... 262
- Chapitre XVI. — La Tour de 3oo mètres.................................................. 263
- 1. Origines de la Tour de 300 mètres............................................ 263
- 2. Comparaison entre la hauteur de la Tour et celle des monuments les plus
- élevés du monde............................................................. 272
- 3. Renseignements sommaires sur les grandes piles métalliques construites avant
- 1889......................................................................... 273
- 4. Choix de l’emplacement définitif de la Tour..................................... 279
- 5. Esquisse générale de la Tour.................................................... 280
- 6. Fondations...................................................................... 281
- 7. Montage de la partie métallique.............................................. 2 84
- 8. Plates-formes. Campanile. Décoration de la Tour................................. 292
- 9. Escaliers et ascenseurs........................................................ 294
- 10. Protection de la Tour contre la foudre........................................ 3o4
- 11. Phare et projecteurs.......................................................... 3o6
- 12. Surveillance exercée sur les travaux de la Tour. Conditions de stabilité de
- l’édifice................................................................. 310
- 13. Dépenses de construction................................................... 312
- 14. Renseignements divers sur les ascensions................................... 3i 2
- 15. Indications sur le champ de visibilité de la Tour.......................... 3i 4
- 16. Utilité de la Tour au point de vue des expériences et recherches scientifiques. . . 315
- Chapitre XVII. — Parcs et jardins. — Viabilité......................................... 318
- 8 1er. Champ de Mars.
- 1. Description sommaire des parcs et jardins................................... 318
- 2. Travaux de jardinage........................................................ 321
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- 382 TABLE DES MATIÈRES.
- 3. Travaux de voirie............................................................ 3*2 3
- 4. Travaux de décoration...................................................... 3a A
- § 2. Trocadéro. — Quai d’Orsay. — Esplanade des Invalides.
- 1. Trocadéro.................................................................... 32g
- 2. Quai d’Orsay, berge et esplanade des Invalides.............................. 33o
- S 3. Passerelles et escaliers.
- 1. Indications générales.......................................................... 33o
- 2. Passerelle de l’Alma..................................................'..... 332
- Chapitre XVIII. — Distribution des eaux............................................ 334
- 1. Rôle du service des eaux..................................................... 334
- 2. Emploi de l’eau de source et de l’eau de Seine.............................. 334
- 3. Marché avec MM. Rogé et Gibault. Convention avec la ville de Paris.......... 335
- 4. Travaux de distribution..................................................... 337
- 5. Contrôle et importance de la consommation................................... 342
- 6. Dépenses et recettes........................................................ 343
- Chapitre XIX. — Distribution du gaz d’éclairage........................................ 345
- 1. Rôle du gaz à l’Exposition................................................... 345
- 2. Marché conclu avec la Compagnie parisienne du gaz.............................. 345
- 3. Travaux de canalisation........................................................ 347
- 4. Consommation................................................................ • • 347
- 5. Dépenses et recettes........................................................... 348
- Chapitre XX. — Fontaines lumineuses....................................................... 34g
- 1. Succès des fontaines lumineuses.............................................. 34 g
- 2. Origines des fontaines lumineuses.............................................. 35o
- 3. Dispositions générales de la pièce d’eau....................................... 352
- 4. Sous sols...................................................................... 354
- 5. Alimentation................................................................... 355
- 6. Dispositions de détail des effets d’eau........................................ 357
- 7. Eclairage...................................................................... 35g
- 8. Coloration de la lumière....................................................... 36o
- 9. Direction des manœuvres..................................................... 361
- 10. Exécution des travaux. Traité avec MM. Galloway and Sons; opérations en régie. 363
- 11. Observations sur le fonctionnement des fontaines lumineuses..........»..... 364
- 12. Dépenses...................................................................... 365
- 13. Visites et conférences...................................................... 365
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- TABLE DES MATIÈRES. 383
- Chapitre XXL — Chemin de fer des visitedrs.................................................. 366
- 1. Concours ouvert pour la construction et l'exploitation du chemin de fer des
- visiteurs........................................................................ 366
- 2. Concession à MM. Gaillot et Gallotli................................................ 367
- 3. Convention entFe MM. Gaillot et Gallotti, d’une part, et M. Decauville, d’autre
- part.............................................................................. 367
- h. Construction.......................................................................... 368
- 5. Matériel roulant.................................................................... 370
- 6. Exploitation........................................................................ 371
- 7. Résultats financiers................................................................ 372
- Chapitre XXII. — Police des chantiers....................................................... 373
- 1. Période de construction.......................................................... 373
- 2. Période de démolition............................................................ 375
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- TABLE DES PLANCHES.
- DISPOSITIONS D’ENSEMBLE.
- Pages.
- Vue générale de l’Exposition, prise du Trocadéro....................................... 12
- Vue d’ensemble des palais du Champ de Mars......................................... 14 -15
- Vue de la Seine et de ses abords, prise en amont du pavillon du Portugal............... 20
- Vue d’ensemble de l’esplanade des Invalides............................................ 22
- PALAIS DES MACHINES.
- Vue intérieure.............................................................................. 57
- Retombée des fermes de la grande nef................................................... 60
- Montage de la charpente métallique (Compagnie de Fives-Lille).......................... 63
- Montage de la charpente métallique (Société des anciens établissements Cad) ........... 67
- Galeries latérales du premier étage.................................................... 69
- Façade (côté de l’École militaire)........................................................ 70
- Pignon de La Bourdonnais.................................................................... 70
- Coupole à l’extrémité de la galerie d’honneur (vue intérieure)......................... 75
- PALAIS DES INDUSTRIES DIVERSES.
- Dôme central et pavillons adossés (vue extérieure)..................................... 78
- Portique sur le jardin.. .................................................................... 8à
- Galerie d’honneur........................................................................... 87
- Dôme central (vue intérieure)................................................................ 91
- Dôme central (montage de la charpente métallique)..................................... . . . . q3
- Dôme central (vue intérieure de la coupole)........................•. •......... 1 oA
- PALAIS DES ARTS. - GALERIES RAPP ET DESAIX.
- Palais des beaux-arts. Façade sur le jardin............................................ 109
- Palais des beaux-arts. Entrée monumentale et dôme....................................... 110
- Palais des beaux-arts. Vestibule central; escalier d’honneur........................... 112
- Palais des arts libéraux. Montage de la grande nef..................................... 1
- II. 25
- IUPIUMEIUE NATIONALE.
- p.385 - vue 467/474
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- 386
- TABLE DES PLANCHES.
- Palais des arts libéraux. Vue intérieure.................................................... 117
- Palais des arts libéraux. Vue intérieure de la coupole centrale............................. 118
- Galerie Rapp................................................................................ 1 a 1
- Porte Rapp.................................................................................. 1 a a
- PAVILLONS DIVERS ELEVES PAR LA DIRECTION GENERALE DES TRAVAUX.
- Pavillon de la marine (planche donnant en même temps la vue du panorama transatlan-
- tique)..................................................................................... 137
- Pavillon de l’hygiène et de l’assistance publique............................................. 189
- Pavillon de la presse......................................................................... i43
- Porte de l’esplanade des Invalides............................................................ 1A 5
- PAVILLONS D’EXPOSITION ÉLEVÉS PAR LES MINISTERES ET PAR LA VILLE DE PARIS.
- i5o i5o 15a i5a 155 i57
- PALAIS ET PAVILLONS DES COLONIES FRANÇAISES ET DES PAYS DE PROTECTORAT.
- Pavillon du Ministère j Vue extérieure, des travaux publics, j yae intérieure.
- (Vue extérieure. Pavillon des lorets. . . j
- ( Vue intérieure.
- Pavillon du Ministère de la guerre
- Pavillon de la ville de Paris............
- Palais de l’Algérie...................................................................... i5q
- Palais tunisien.......................................................................... 163
- Palais central des colonies.............................................................. 165
- Pavillon de la Cochin- Vue extérieure.................................................... 166
- c^ne............... Vue intérieure..................................................... 166
- Pavillon du Cambodge (pagode d’Angkor)...................................................... 169
- Pavillon de l’Annam-Tonkin.................................................................. 170
- PALAIS ET PAVILLONS ÉLEVÉS PAR LES EXPOSANTS FRANÇAIS.
- Palais des produits alimentaires................................................................. 179
- Pavillon des pastellistes........................................................................ 191
- Pavillon du Gaz................................................................................. 196
- Pavillon des téléphones.......................................................................... 201
- p.386 - vue 468/474
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- TABLE DES PLANCHES. 387
- PALAIS ET PAVILLONS ÉTRANGERS.
- Palais de la République Argentine.................................................... 219
- Pavillon de la Bolivie............’.................................................. 2i5
- Pavillon du Brésil................................................................... 2 1G
- Pavillon du Chili...................................................................... 217
- Pavillon de Costa-Rica................................................................. 218
- Rue du Caire......................................................................... 218
- Pavillon de l’Equateur................................................................. 219
- Pavillon de l’Espagne.................................................................. 220
- Pavillon du Guatemala.................................................................. 222
- Pavillon des Indes anglaises........................................................... 228
- Pavillon du Maroc.................................................................... 2 2 h
- Palais du Mexique.................................................................... 226
- Pavillon de Monaco..................................................................... 282
- Pavillon de Nicaragua.................................................................. 233
- Pavillon du Paraguay................................................................. 2 3A
- Pavillon du Portugal................................................................... 236
- Pavillon de San-Salvador............................................................... 287
- Pavillon de Siam....................................................................... 289
- Pavillon de la République Sud-Africaine............................................... 2/10
- Pavillon des tabacs turcs............................................................ 2 A1
- Pavillon du Vénézuela.................................................................. 2^2
- HISTOIRE DE L’HABITATION.
- Cité lacustre. Maison égyptienne. Maison assyrienne.................................. 267
- Maison assyrienne. Maison des Hébreux.............................................. 2 5o
- Maison romane. Maison du moyen âge. Maison de la Renaissance......................... 267
- TOUR EIFFEL.
- Vue d’ensemble.. ....................................................................
- Étage inférieur...................................................................... 280
- Montage.............................................................................. 285
- PARCS ET JARDINS. - VIABILITÉ.
- Fontaine de Saint-Vidal.............................................................. 826
- Fontaine Coutan...................................................................... ^26
- Passerelle de l’Alma................................................................. ^3ü
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- 388
- TABLE DES PLANCHES.
- FONTAINES LUMINEUSES.
- Vue des fontaines............................................................ 3h 9
- PLANS DE L’EXPOSITION.
- Plans.
- Plan du Champ de Mars......................................................... I
- Plan du Trocadéro............................................................. II
- Plan du quai d’Orsay (avec plan généra! d’assemblage)......................... I!I
- Plan de l’esplanade des Invali les............................................ IV
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- pl.1 - vue 471/474
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- Légende des (lasse:
- Classe
- Place du
- Exposition rétrospective des Objets d'Art ibaaçais
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- Gravé j>ar Erfuutf, F
- Echelle
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- pl.2 - vue 472/474
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- pl.3 - vue 473/474
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- Echelle
- pl.4 - vue 474/474
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