Compte-rendu officiel
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- CONGRES
- INTERNATIONAUX
- DES
- SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES
- DE
- CONSOMMATION
- PARIS 1889 MARSEILLE 1890
- PARIS 1891
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- SIXIÈME CONGRÈS
- DES
- (Troisième Congrès International)
- Tenu à Paris du 13 au 16 Septembre 1891
- COMPTE RENDU OFFICIEL
- PARIS
- COMITÉ CENTRAL COOPÉRATIF DE FRANCE ÎO, Rue de Nesles, ÎO
- 1891
- Droits de reproduction réservés.
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- CONGRÈS COOPÉRATIF INTERNATIONAL
- de IPaifis 1891
- ORGANISÉ PAR LE
- COMITÉ CENTRAL COOPÉRATIF DE FRANCE
- PARIS, — 10, Rue de Nesles. — PARIS
- Président.
- Vice-Présidents.
- Secrétaire général.
- Secrétaires.
- Trésorier. Trésorier adjoint.
- MM.'Clavel, Président d’honneur de l’Abeille Suresnoise.
- ( Steinmetz, Délégué Administrateur de la Solidarité de Pantin ;
- < Fitsch, Président de la Société du XVIIIe Arrondissement.
- ( Lebeau, Membre de la Société La Picpus, Paris.
- Charles Robert, Membre de la Société coopérative de Versailles. ^ Audéoud, Président de la Société La Bercy, Paris ;
- ( Chevalier, Membre de la Société de Villeneuve-Saint-Georges. de Boyve, Membre de l'Abeille et Solidarité de Nîmes.
- Briotet, Membre de la Société La Revendication, Puteaux.
- llembreg du Comité :
- MM.
- Baudoin MM. Hermal MM. Tutin
- Bernardot Lambert Caldesaigues
- Collard Leglise Malepeyre
- Demouche Legrand Urbain
- Fabre Maillet Dubois
- Floiras Manseau Mac Guinness
- Gambier Richaud Passerat
- Ch. Gide Soria Delorme
- Girardot Surleau
- Guitton Marcadet
- Règlement général des Congrès des Sociétés coopératives de
- consommation
- Le Comité Central,
- Vu les articles 2, 3 et 4 des statuts de l’association générale des Sociétés coopératives de consommation, constituée sous le nom de Fédération nationale des Sociétés coopératives de consommation, portant q-ue la Fédération se réunit , tous les ans en Congrès dans la ville de France désignée par le Congrès précédent que le Congrès est composé des délégués des Sociétés ; qu’une. Société ne peut envoyer au Congrès avec voix délibérative^ qu’un seul dé-
- («5 Juillet J89j)
- '4.
- } légué, et que le Comité Central a pour mission | de préparer, avec l’aide d’un Comité local, le • Congrès suivant ;
- i ,
- f Vu la délibération du Congrès de Marseille | du i3 octobre 1890, exprimant le vœu que le l Congrès soit tenu alternativement une année à
- ‘Paris et l’année suivante en province ; i
- 1 Considérant qu’il importe de déterminer i d’avance, par voie de règlement général, les conditions fondamentales de l’organisation des i Congrès;
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- Après en avoir délibéré,
- Adopte le règlement général dont la teneur suit :
- ARTICLE PREMIER
- Les Congrès des Sociétés coopératives de consommation, institués par les statuts de la Fédération nationale, ont lieu alternativement, une année à Paris et l’année suivante dans la ville de province désignée par le Congrès qui aura eu lieu à Paris. Ces Congrès sont organisés et tenus conformément aux règles suivantes qui seront complétées, s’il y a lieu, pour chaque Congrès, par une délibération spéciale du Comité Central prise à cet effet.
- Art . 2
- Toutes les Sociétés coopératives françaises e étrangères de consommation seront admises au Congrès, sous la seule condition de se conformer aux obligations prescrites par le présent Règlement.
- Leurs délégués devront être munis d’un pouvoir régulier, signé par le Président et le Secrétaire des Sociétés et revêtu du timbre social. Après la vérification de son pouvoir, chaque délégué recevra une carte personnelle.
- Nul ne pourra être délégué s’il n’est coopérateur.
- Chaque Société pourra se faire représenter par autant de délégués qu’elle voudra, mais un seul aura voix délibérative.
- Plusieurs Sociétés pourront se faire représenter par un seul et même délégué ; mais ce délégué ne pourra représenter plus de cinq Sociétés.
- Toutes les Sociétés françaises et étrangères ainsi admises à faire partie du Congrès, auront droit de prendre part aux discussions et aux votes sur les questions d’intérêt général.
- Les Sociétés françaises pourront seules délibérer et voter sur les questions spéciales à la France.
- Les Sociétés qui ont adhéré au Comité Central pourront seules délibérer et voter sur tout ce qui concernerait exclusivement la Fédération nationale des Sociétés coopératives de consommation.
- Les adhésions doivent être envoyées au Président du Comité Central, io, rue de Nesles, à Paris. Les Sociétés qui ont besoin d’obtenir des Compagnies de chemins de fer une réduction de tarif, devront envoyer leur adhésion à la même adresse, dix jours au moins avant l’ouverture du Congrès.
- Art. 3
- Des invitations pourront être adressées aux représentants des Sociétés coopératives de production, des Syndicats agricoles et des Caisses populaires de crédit, ainsi qu’à des publicistes français ou étrangers.
- La liste des invités sera dressée par le Comité Central.
- Les membres du Comité Central et du Comité local, formé pour l’organisation du Congrès, s’il a lieu en province, auront droit d’assister aux séances ; ils auront voix consultative mais n’auront droit de voter qu’au tant qu’ils seront nommés délégués par leur Société.
- Art. 4
- Des cartes d’auditeurs, qui donneront seulement droit d’assister aux séances, seront mises à la disposition des Sociétés coopératives qui feront partie du Congrès.
- Art. 5
- Les délégués des Sociétés coopératives se réunissent en séance préparatoire le jour de l’ouverture du Congrès pour la vérification des pouvoirs et la distribution des cartes.
- Le Congrès s’ouvre le même jour par une séance solennelle.
- Dans cette séance un discours d’ouverture est prononcé par l’un des présidents d’honneur que le Comité central désignera parmi les hommes connus par leur dévouement à la coopération .
- La séance d’ouverture est publique pour tous les coopérateurs munis de leur livret de Sociétaire.
- Art. 6
- Le bureau du Congrès sera nommé par l’Assemblée dans sa première séanee. Il sera composé de :
- Un Président ;
- Quatre Vice-Présidents ;
- Quatre Secrétaires.
- Art. 7
- Le Comité Central peut nommer des Présidents d’honneur français et étrangers.
- Art. 8
- Un ordre du jour officiel des questions soumises au Congrès est préalablement imprimé et distribué, mais le bureau détermine l’ordre dans lequel les questions seront discutées.
- Toutes les propositions en dehors de l’ordre
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- du jour officiel seront déposées à la fin de chaque séance et renvoyées à une Commission d’examen qui fera son rapport à l’ouverture de la séance suivante sur leur prise en considération.
- Les propositions prises en considération seront discutées après l’épuisement de l’ordre du jour, sauf le cas d’urgence reconnu par le Congrès.
- Celles non prises en considération seront rejetées sans discussion.
- Art. 9
- Le temps accordé pour lire un rapport ou faire un discours, celui d’ouverture excepté, ne doit pas dépasser les limites suivantes :
- Rapport ou discours, 20 minutes :
- Réponse du rapporteur, 10 minutes ;
- Discussion sur le rapport, 5 minutes.
- Le même orateur ne pourra occuper la tribune plus de deux fois dans la même séance, sur le même sujet, à moins que l’Assemblée consultée n’en décide autrement.
- ART. 10
- Un compte rendu détaillé du Congrès sera préparé par les secrétaires, qui seront chargés, s’il y a lieu, de réviser le travail du sténographe. Le bon à tirer sera donné par le Président du Comité Central et la distribution des exemplaires sera faite par ses soins. Le Bureau du Comité Central aura le droit de fixer l’étendue des mémoires et communications dont l’impression serait demandée.
- S’il n’y a pas de sténographe, les membres du Congrès qui auront pris la parole dans une séance devront remettre à l’un des secrétaires, dans les vingt-quatre heures, un résumé de leurs communications pour la rédaction des procès-verbaux. Dans le cas où ce résumé n’aurait pas été remis, le texte rédigé par le Secrétaire en tiendra lieu ou le titre seul du mémoire sera mentionné.
- Art. ii
- Les Sociétés coopératives françaises prenant part au Congrès contribueront, par une cotisation de cinq francs, versée au moment de la vérification des pouvoirs, aux frais de l’organisation du Congrès et de la publication de son compte rendu.
- Les Sociétés coopératives étrangères seront exemptes de cette cotisation.
- Art. 12
- Le Bureau du Congrès statue en dernier ressort sur tout incident non prévu au réglement.
- Délibération relative au prochain Congrès de Paris (5 Juillet 1891)
- Le Comité Central,
- Vu la délibération en date du 13 octobre 1890, par laquelle le Congrès de Marseille a désigné Paris comme lieu du Congrès de 1891 ;
- Vu le Règlement général des Congrès en date du 5 juillet 1891;
- Arrête ce qui suit :
- Article premier
- Le sixième Congrès des Sociétés coopératives de consommation aura lieu, en 1891, à Paris.
- Il sera international.
- Il s’ouvrira le dimanche 13 septembre et se continuera les 14, 15 et 16 du même mois.
- Les séances auront lieu le jour et le soir.
- Art. 2
- Le Congrès siégera à la Mairie du VIe arrondissement, place Saint-Sulpice (Salle des examens).
- PROGRAMME
- du 6* Congrès de T’ar-is en 1891
- 1° Questions d’intérêt général. — Utilité des bibliothèques coopératives ; moyen de les fonder, de pourvoir à leurs dépenses, composition de leur catalogue. (Cette question a fait l’objet d’un concours ouvert entre les coopérateurs par le Comité Central. Le mémoire couronné servira de base à la discussion du Congrès.)
- Pour aider au développement de l’enseignement coopératif dans les conférences et dans les écoles, indiquer les éléments d’une leçon familière et pratique sur la coopération de consommation. (Cette question a été l’objet d’un concours ouvert par le Comité Central entre les instituteurs. Le mémoire couronné ser-
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- vira de base à la discussion du Congrès.)
- Projet de création d’une Caisse nationale de crédit. (Question renvoyée au Congrès de Paris par le Congrès de Marseille.) Examen d’un système de crédit proposé par VAlliance . des Travailleurs de Levallois-Perret. (M. Chevalier, rapporteur.)
- Examen de divers systèmes relatifs au contrôle des marchandises. (MM. Delorme et Briotet, rapporteurs.)
- Analyse des réponses faites par les Sociétés belges et françaises ou questionnaire du Comité Central relatif à la rémunération de leurs employés, commis, ouvriers et auxiliaires. (MM. Jacques et Charles Robert, rapporteurs.)
- 2° Questions spéciales à la France. —
- Exposé de l’organisation coopérative anglaise, avec indication de ce qui, dans cette organisation, peut convenir aux intérêts et au développement de la coopération en France. (Cette question a fait l’objet d’un concours ouvert par le Comité Central et dont le prix a été offert par le journal Y Emancipation. Le mémoire couronné servira de base à la discussion du Congrès.)
- 3° Questions spéciales an Comité Central. — Examen des diverses propositions relatives au mode d’élection des membres du Comité Central ainsi qu’à la présentation et à la publicité des candidatures. (M, Chevalier, rapporteur.)
- Rapport sommaire du Secrétaire générai sur les travaux du Comité Central depuis le dernier Congrès.
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- SIXIÈME CONGRÈS
- DES
- SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES DE CONSOMMATION
- (3e Congrès International)
- ORGANISÉ PAR LE
- COMITÉ CENTRAL COOPÉRATIF DE FRANCE
- Ouvert le Dimanche 13 Septembre 1891, dans la Grande Salle du Trocadéro
- Sous la Présidence d’honneur de M. J. CERNESSON
- LES SEANCES SUIVANTES
- ont eu lieu à la Mairie du VIe Arrondissement, Place St-Sulpice Les Lundi 14, Mardi 15 et Mercredi 16 Septembre 1891
- VAprès-Midi à 2 heures et le soir à S heures
- PRÉSIDENTS D’HONNEUR
- M. J. CERNESSON
- Professeur au Lycée de Sens, Président de la Société “ l’Econome
- M. JACQUES
- Administrateur délégué de la Société “ Coopérative Fédérale de Belgique ”
- M. HIPPOLYTE MAZE, Sénateur
- Rapporteur au Sénat de la Loi sur les Associations Coopératives
- M. J. T. W. MITCHELL
- Président du Wholesale (Magasin de Gros) d’Angleterre
- M. LEON SAY
- de l’Académie Française, Député ancien Président du groupe de l’Economie sociale à l’Exposition Universelle de 1889
- M. JULES SIEGFRIED, Député
- Président de la Commission Parlementaire de la Loi sur les Associations Coopératives
- M. E. EDW. VANSITTART NEALE
- Ancien Secrétaire Général de l’Union Coopérative de la Grande-Bretagne
- Dimanche 3 Septembre, a 2 heures 25, s’est ouvert dans la Grande. Salle des Fêtes du Trocadéro, devant plus de 4,000 personnes, le Troisième Congrès International des Sociétés Coopératives de Consommation.
- 120 Associations y étaient, représentées :
- 2 Sociétés anglaises. — 15 Belges. — 103 Françaises.
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- SOCIÉTÉS REPRÉSENTÉES AU CONGRÈS
- SOCIÉTÉS ÉTRANGÈRES
- Union Coopérative (Grande-Bretagne). Délégués... \j MM. Vansittart Nf.ale
- ( J.-C. Gray.
- Wholesale Anglais. — — — ... Mittchell.
- Union Fédérale (Belgique).. Yooruit de Gand — Société de Nivelle.........
- — — Marcinelle.......
- — — Luttre........... i,.
- — — Jemelle..........
- — — Pour la création. Union Economique, Bruxelles
- Avenir de Tournay..........
- Progrès de Roux............
- Caisse de Prêts, Bruxelles..
- Chempostel.................
- Termonde...................
- Anvers.....................
- Délégués. .. MM. Jacques.
- — Anseele.
- — | Jacques.
- — | Fransquin
- — > | Jacques.
- ~ . * ’ • J | Jaumain.
- Verhulst.
- SOCIÉTÉS FRANÇAISES
- Délégués.
- L’Abeille Nîmoise............. MM. rie Boyve.
- L’Abondance, de Mâcon......... Bridet.
- L’Abeille, de Marseille....... Boudou.
- L’Alimentaire P.-L.-M., Lyon Chiousse.
- L’Avenir Social, de Marseille.. Collard.
- L’Alliance des Travailleurs, Le-
- vallois.................... Gérard.
- L’Amicale, Saint-Ouen......... Gizon.
- L’Alliance des Quatre-Chemins,
- Pantin..................... Kessler,
- L’Abeille Suresnoise.......... Michel.
- L’Avenir, de Yaugirard........ Perraut.
- L’Avenir Social, de St-Denis... Simonin.
- La Boucherie Coopérative, de
- Nîmes...................... Bernardot.
- La Boulangerie, de Saint-Cha-
- mond....................... Collard.
- La Boulangerie, de Nemours. . Raimbault.
- La Confiance, Courbevoie...... Tutin.
- Comité des Bouches-du-Rhône. Collard.
- Délégués.
- Les Coopérateurs, Ste-Savine.. MM. Durand.
- L’Economat de la Carrière des
- Maréchaux,à Cernay-la-Ville. Tartary.
- L’Epicerie Coopérative, d’Am-
- boise...................... Surleau.
- L’Epargne P.-L.-M............. Soria.
- L’Economie, de Maisons-Alfort. Soria.
- L’Espérance, de Noisy-le-Sec. Paris.
- L’Economie Sociale, Clichy... Hannetelle.
- L’Espérance, de Limoges....... Audéoud.
- L’Egalitaire, Paris........... Crégut.
- Les Equitables Coopérateurs,
- de Lyon-Vaise.................... Chevalier.
- L’Economie Sociale, de Cha-
- ronne...................... Chellier.
- La Fourmi, Paris.............. Baudet.
- Le Familistère, Guise............... Bernardot.
- La Fourmi, Marseille.......... Cailleaux.
- La Fédération, P.-L.-M............... Chiousse.
- La Fédération, d’Annonay...... Clavel.
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- Délégués.
- La Fratîinelle, Marseille MM. Collard. Société de Bourg-de-Thizy....
- La Famille, Saint-Denis Dornoy. — de St-Maur-les-Fossés.
- La Famille, Paris Lesenfant. — du XVIIIe Àrrondissem.
- La Fraternelle, Tours Malepeyre. — d’Equeurdreville
- La Famille, rue Paul - Bert, — de St-Ouen-1’Aumône.
- Paris Pacotte. — de T-ith-St-Légec....
- La Fraternelle, d’Etampes Poussard. — de Grenoble
- La Fraternelle, Cherbourg.... Surleau. — de Montigny-s.-Avre..
- La Glaneuse, Marseille Surleau. — de Villeneuve - Saint -
- La Goutte d’Or, Paris Ch. Robert. Georges
- La Glaneuse, Jonage Clavel. — de Bercy, Paris
- L’Indépendance, Paris Henry. — de Foëcy
- La Locomotive, Saint-Etienne. Vaugin. — du Vésinet
- La Lilasienne, Les Lilas Kugler. — de Montceau-les-Mines.
- La Laborieuse, de Thizy Hermal. — de Sens
- La Moissonneuse, Paris Regnier. — de Martinet-s.-Auzannet
- Magasin de Gros, Paris Audéoud. — de St-Jean-de-Valeriscle
- L’Orléanaise, Orléans Antoni. — de Pomans
- La Picpus, Paris Urbain. — de Bourg-les-Valence.
- La Prévoyante Montpelliéraine Tutin. — de Guérigny
- La Paternelle, Paris.. Foulard. La Thémis, Paris
- La Prévoyante, Rosny-s.-Bois. Noël. L’Union, de Romilly
- La P.-L.-M., Grenoble Chiousse. L’Union, d’Orange
- La P.-L.-M., Montpellier Chiousse. L’Union Montrougienne
- La Renaissance, Nîmes de Boyve. L’Union des Messageries, Saint-
- La Revendication, Puteaux... Charles. Denis
- La Ruche Troyenne, Troyes... Duheix. L’Union du Ronzy.
- La Ruche Sociale, Marseille.. Garonte. L’Union des Travailleurs, de
- La Solidarité, de Pantin Léglise. Bol bec r
- La Société de Charenton-Saint- L’Union des Familles, Saint-
- Maurice Soria. Denis
- Société de Saint-Chamond. ... Ch. Robert. L’Union Economique, du Bel-
- — d’Aubervilliers Richel. Air
- — de Versailles Maljean. L’Union Ouvrière, Paris......
- — de St-Remy-s.-Avre.. Legrand. L’Union du Plateau de Belle-
- — de la Plaine-St-Denis Lebacle. ville
- — de la Carrière des Ma- L’Union du Bourget
- réchaux Lamy. L’Union Syndicale de Paris...
- — de Pont-Trambouze... Hermal. La Vincennoise
- Délégués.
- MM. Hermal. Galand. Fitsch. Durand. Demo laine Delaruelle. Chiousse. Chevalier.
- Chevalier. Audéoud. do Boyve. Carville. Audéoud. Cernesson. de Boyve. Bernardot. Audéoud. de Boyve. Bonnet. Gilbert.
- Ch. Henri. Clavel. Detrey.
- Foulard.
- Hermal.
- Hermal.
- Lecoque.
- Lhenry.
- Loth.
- Massenet. Ch. Robert. Soria. Vinen.
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- SEANCE D'OUVERTURE DU 13 SEPTEMBRE 1891
- SALLE DES FETES DU TROCADÈRD
- A l’entrée solennelle des Membres du Bureau et du Comité Central, l’Harmonie Piat exécute la Marseillaise.
- La séance est ouverte à 2 heures 25, sous la Présidence d’honneur de M. J. CERNESSON, professeur au lycée de Sens, président de la Société « l’Economie de Sens » et sous la présidence effective de M. CLA.VEL, Président du Comité Central Coopératif de France.
- A leur côté avaient pris place : M. Dupré, Inspecteur de l’Académie de Paris, délégué officiel de M. Bourgeois, Ministre de l’Instruction publique ;
- MM. Vansittart Neale, Mittchel, délégués anglais ;
- NM. Anseele, Jacques, Bertrand, Verhulst, Jaumain, Fransquin, délégués Belges;
- M. Ch. Robert, Secrétaire général du Comité Central et Président de la Société delà Participation aux bénéfices ;
- MM. Fitsch, Bernadot, Legrand, Guitton, Collard, Chevalier, Soria, Audéoud, Hermal, Briotet, de Boyve, Lebeau, Urbain, Baudoin, Maillet, Surleau, Marcadet, Tutin, Caldesai-gues, Malepeyre, Delorme, Mac Guinness, Membres du Comité Central; plusieurs journalistes.
- M. Cl avel prononce l’allocution suivante :
- Mesdames, Messieurs,
- J’ai l’espoir qu’en venant assister à cette fête, organisée pour l’inauguration de notre Congrès, vous n’avez pas cédé seulement à l’attrait que pouvaient vous offrir l’audition de quelques morceaux de musique et le talent
- des artistes qui doivent se faire entendre devant vous, mais que vous avez obéi en outre a u,n sentiment de sympathie pour ces associations Coopératives dont sans doute beaucoup d’entre vous font partie. Si je n’avais cette confiance, mon peu d’habitude de la parole m’aurait fait hésiter à la prendre devant une assemblée aussi nombreuse, mais je me rassure à la pensée que votre bienveillance est acquise à tous ceux qui s’occupent des questions intéressant le bien-être ou tout au moins l’amélioration du sort des classes les moins favorisées sous le rapportée la fortune. D’ailleurs, je ne compte retenir votre attention que pendant de très courts instants.
- Si ma qualité de président du Comité Central m’impose le devoir de prendre le premier la parole, elle me confère en même temps l’honneur et le privilège d’être l’interprète de mes collègues pour remercier tous ceux qui, en acceptant notre invitation, ont bien voulu nous donner une marque d’intérêt. C’est également en leur nom et au nom des Sociétés de Paris que je souhaite la bienvenue aux délégués de la province et de l’étranger, dont quelques-uns n’ont pas reculé devant les fatigues d’un long voyage pour venir prendre part à nos travaux.
- Je suis particulièrement heureux de pouvoir encore une fois serrer la main à M. Vansit-. tart Neale, ce noble vieillard qui, après avoir consacré un demi-siècle au succès de la coopération dans son pays, a définitivement pris sa retraite, recueillant au moment de son départ les témoignages les plus vifs de l’estime,
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- du respect et de la reconnaissance des Coopérateurs anglais.
- La présence de M. Vansîttart Neale à tous nos Congrès prouve que, si les Sociétés anglaises ont été plus particulièrement l’objet de sa sollicitude, il n’en porte pas moins un vif intérêt à nos efforts pour développer la coopération en France; en venant ici nous adresser un dernier adieu, il nous donne une nouvelle preuve de sympathie dont nous sommes fiers et qui sera pour nous un précieux encouragement.
- En parlant de l’un des plus illustres vétérans de la coopération, je ne saurais oublier que dans d’autres pays des hommes éminents se sont également dévoués à la propagation et au succès des Sociétées Coopératives et l’Assemblée s’associera certainement aux regrets que j’exprime au sujet de la mort du docteur de Paepe, ce vaillant patriote qui a tant contribué par sa parole et par ses écrits à la diffusion en Belgique des doctrines ayant pour but l’amélioration du sort et l’élévation morale des travailleurs.
- Malgré la retraite ou la disparition de quelques-uns de ses défenseurs, nous pouvons être rassurés sur l’avenir de la coopération en constatant qu’elle a recruté aujourd’hui assez d’adeptes pour pouvoir étendre au loin son influence bienfaisante. Cependant j’ai le regret d’être obligé de reconnaître que c’est avec une extrême lenteur qu’elle se développe en France; sans doute, les Sociétés existantes font chaque jour de nouveaux progrès et voient leur prospérité s’accroître avec le nombre de leurs adhérents, mais c’est à peine si les Sociétés nouvellement fondées compensent le nombre de celles qui ont définitivement disparu.
- Faut-il en conclure que les Congrès n’ont pas sur le mouvement coopératif l’influence qu’on leur attribuait? Faut-il chercher dans la trop grande fréquence de ces Assemblées la cause de leur impuissance? Je me borne pour aujourd’hui à poser à cet égard des points d’interrogation auxquels il sera temps de répondre lorsque nous aurons à fixer la date du prochain Congrès. Je remarquerai seulement que l’arrêt du mouvement coopératif en France peut en partie être attribué a une cause dont il ne dépend pas des Congrès
- de conjurer les effets, je veux parler de l’incertitude où nous sommes encore sur le régime qui sera définitivement appliqué aux Sociétés Coopératives. Il est vraiment regrettable qu’après deux années et demie d’études, le Parlement n’ait pu aboutir à nous doter d’une loi qui ne nous donnera peut-être pas complète satisfaction, mais avec laquelle nous saurons au moins à quoi nous en tenir.
- En attendant la promulgation de cette loi, les difficultés qui naissent de la législation actuelle, les tracasseries auxquelles les Sociétés sont en butte de la part des administrations financières de l’Etat, ne sont pas faites pour encourager ceux qui seraient tentés de créer des Sociétés nouvelles.
- Peut-être s’étonnera-t-on que le Comité Central n’ait pas agi plus énergiquement près du Sénat pour hâter la mise à l’ordre du jour du projet qui nous concerne ; mais son intervention s’est trouvée paralysée par cette double circonstance que le Président de la Commission sénatoriale est mort et que son rapporteur est tombé gravement malade. Ce sera pour nous un motif de plus de faire des vœux pour le rétablissement complet de la santé de l’honorable M. Maze, qui a déjà des titres à notre reconnaissance par la bienveillance avec laquelle il a accueilli nos réclamations.
- Le Comité Central ayant chargé son secrétaire général, M. Charles Robert,de vous exposer le résumé de ses travaux, je n’ai pas à vous entretenir des services qu’il a pu rendre à la coopération ; cependant, au risque de paraître rendre un témoignage dans lequel je suis personnellement intéressé, je tiens à déclarer qu’il a rempli sa mission avec zèle et une assiduité digne de vos éloges et que le grand nombre de Sociétés qui ont eu recours à son intervention et à ses lumières prouve l’utilité de cette institution.
- Bien que les membres du Comité tiennent leur mandat de l’élection libre des Sociétés, leur mode de recrutement a soulevé quelques critiques dont le Congrès aura sans doute à s’occuper ; il appréciera si' le mérite et la ca pacité des candidats doivent être la cause déterminante de leur choix ou si cette considération doit être écartée pour donner satisfaction au désir manifesté par certains groupes
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- locaux d’obtenir une représentation proportionnelle indépendante de l’élection.
- En terminant, je crois être l’interprète des sentiments de l’Assemblée en remerciant en son nom les hommes éminents qui ont bien voulu accepter le titre de Président d’honneur. En autorisant le Congrès à se placer sous leur patronage, ils donnent à la coopération elle-même un appui moral qui l’encouragera à poursuivre la mission qu’elle s’est donnée de concourir au progrès social en même temps qu’à l’amélioration du sort des travailleurs.
- Nous remercions particulièrement M. Cer-nesson d’avoir bien voulu accepter la lourde tâche de prononcer le discours d’ouverture. Sa parole aura d’autant plus d’autorité qu’il est lui-même fondateur et Président d’une Société Coopérative. Nous avons donc la bonne fortune de rencontrer en lui un homme qui joint à d’éminentes qualités oratoires une pratique suffisante de la coopération pour pouvoir nous donner d’utiles conseils.
- Enfin, je félicite les organisateurs de cette
- réunion, c’est-à-dire les administrateurs du Magasin de Gros, de la pensée qu’ils ont eue de donner plus d’éclat à notre Congrès en faisant de son inauguration une fête dédiée à tous les Coopérateurs.
- Les remerciements que nous pourrions leur adresser seraient superflus, car ils doivent se considérer comme amplement dédommagés de leurs efforts parle succès qu’ils ont obtenu en réunissant dans cette vaste enceinte une assemblée aussi imposante de coopérateurs. Quant aux artistes qui ont bien voulu leur prêter leur concours, ce n’est pas à moi qu’il appartient de les remercier; j’espére, Mesdames et Messieurs, que vous vous acquitterez vous-mêmes de ce soin, en ne leur ménageant pas vos applaudissements. Vous leur prouverez ainsi que les coopérateurs ne sont pas tellement absorbés par le souci d’intérêts matériels qu’ils ne sachent apprécier le charme des distractions offertes à l’intelligence et rendre hommage au véritable talent. (Applaudissements. )
- DISCOURS DE M. CERNESSON
- Messieurs,
- Aujourd’hui, pour la troisième fois depuis la célébration du centenaire de la Révolution française, les délégués des Sociétés Coopératives de France et de l’étranger se réunissent en un Congrès International.
- On a défini excellemment le rôle de ces Assemblées annuelles, qui tout en étudiant point par point toutes les questions liées au fonctionnement des Sociétés, formulent et proclament, avec une autorité toujours croissante, les principes supérieurs dont nous devons nous inspirer.
- C’est ici que les idées d’émancipation sociale, obscures et confuses encore dans l’âme naïve des foules, revêtent une forme sensible, s’adaptent aux nécessités inéluctables, passent, repassent et se transforment
- entre les mains d’hommes qui se sont tous trouvés aux prises avec les difficultés de la mise en œuvre ; c’est d’ici ensuite que chacun de vous les emporte, fortifiées et grandies par les efforts de tous, pour les transmettre aux Sociétés diverses, qui animées alors d’un même cœur, conduites par la même méthode, se dirigeront ensemble vers le même but.
- Ici encore, dans ce Parlement paisible, à l’abri des curiosités frivoles et des suggestions de la vanité, se poursuit sous une forme contraire, ce duel entre les deux doctrines opposées qui divisent le monde pensant : l’Evolution et la Révolution. Tant que ce grave débat, qui n’est pas près de finir, s’agite dans les organes de la presse ou dans l’orage des réunions populaires, on peut s’égarer en de vaines formules, suspecter les
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- mobiles et outrager les hommes, parce que dans ces mêlées confuses où les intérêts particuliers coudoient les sentiments généreux et en empruntent le langage, la sincérité elle-même peut être méconnue.
- Il n’en va pas de même parmi nous. Quand la discussion est circonscrite entre des limites déterminées ; qu’elle s’établit sur un objet précis, entre des praticiens qui l’ont longuement examiné d’avance, ces méprises ne sont pas possibles.
- Nous tous, dans les Sociétés que nous représentons, nous avons suivi notre œuvre commune dans ses débuts, ses tâtonnements, ses difficultés et ses succès ; nous avons manié, retourné, modifié une idée première, suivant les nécessités de la pratique courante ; tous, nous arrivons ici, avec la collection des observations que nous avons enregistrées, les qualités en quelque sorte professionnelles que nous avons acquises. Si l’un de nous était tenté de raisonner dans le vide, il reconnaîtrait vite qu’on n’en impose point à une Assemblée de coopérateurs éprouvés ; on ne reconnaît ici d’autre autorité que celle de la compétence établie, et il serait dangereux de risquer des théories gratuites devant ceux qui ont pratiqué l’action.
- Voilà pourquoi, à peine constitués depuis quelques années, nous travaillons déjà sur un terrain déblayé ; et voilà pourquoi .nous nous sommes déjà débarrassés de ces débats stériles qui bouleversent perpétuellement l’ordre régulier des discussions. J’ose dire qu’il est peu d’Assemblées, même parmi les plus anciennes, qui sur des matières aussi graves, avec une courtoisie aussi parfaite, délibèrent avec une aussi pleine possession d’elles-mêmes et de l’objet de leurs travaux.
- Enfin, si des préventions, des défiances, pénètrent ici avec nous dès le premier jour, il est impossible qu’elles ne se dissipent pas entièrement, au cours de ses entretiens familiers, à travers lesquels se trahissent l’âme et les convictions intimes. Il est impossible de ne pas reconnaître que tous, qui que nous soyons, suivant les excitations de notre tempérament, les préjugés de nos organes, les conditions de notre existence, nous portons en nous, sous une forme plus ou moins pure, un idéal commun, l’établissement de la jus-
- tice sociale parmi les hommes. Quand on a fait une telle constatation, on peut se combattre encore, on peut conserver des antipathies, mais une certaine estime mutuelle donne le ton à nos entretiens ; et quand nous nous sommes dispersés, il y a bien des attaques passionnées qui ne peuvent plus se reproduire.
- Messieurs, la Coopération a perdu cette année deux hommes qui, dans des voies différentes, lui ont rendu d’éminents services ; tous deux avaient participé à nos précédents congrès.
- L’un est M. le sénateur Foucher de Ca reil. Nous l’avons perdu au moment où son concours promis avec tant de bonne grâce nous aurait été si précieux au Sénat pour hâter le vote du projet de loi sur les Sociétés Coopératives, que nous attendons encore. Nous conserverons sa mémoire, messieurs, comme celle d’un homme de bien qui nous était entièrement dévoué.
- L’autre est le docteur César de Paëpe, dont la mort prématurée a jeté un deuil irréparable sur toute la démocratie belge. Nous avons ici de nombreux délégués belges : je ne veux pas rechercher s’ils appartiennent à une autre école que la sienne ; ils ne s’en sont pas préoccupés eux-mêmes, j’en suis sûr, lorsque cette noble existence s’est éteinte ; ils ont confondu leurs regrets émus avec ceux de la démocratie tout entière ; nous leur demandons d’y ajouter les nôtres, quand ils seront de retour dans leur pays. César de Paëpe avait reçu une éducation qui lui marquait dans le monde une place brillante, mais ce grand cœur s’était choisi la sienne dans les rangs du peuple.
- De tels choix perdent la fortune d’un homme, mais ils immortalisent sa mémoire. Il a vécu pour le peuple, et il est mort pauvre. La France, cela est possible, est le pays de toutes les légèretés, de toutes les insouciances ; mais, à toutes les époques, on y a toujours été sensible au désintéressement et au sacrifice.
- I
- Jusqu’à présent, messieurs, les orateurs qui m’ont précédé à cette place, et auxquels il a été attribué l’honneur d’ouvrir le Congrès,
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- vous ont montré le but et la voie naturelle de la Coopération..Sur ses assises à peine sorties de terre, ils ont figuré sous vos yeux, telle qu’ils la concevaient, l’architecture entière du futur monument avec ses étages réguliers, son aménagement confortable, et aussi avec ses lignes aériennes, ses perspectives infinies et son faîte sublime: vaisseau immense, destiné suivant eux à recevoir toutes les activités, toutes les misères actuelles comme aussi toute la richesse transformée, et les aspirations généreuses de l’humanité. C’est qu’ils avaient dans le cœur la foi ardente de l’apô-tre, dans l’esprit l’imagination presque religieuse de l’artiste, et qu’ils possédaient l’expérience consacrée par des années d’études et de travaux ; ils pouvaient sans trop de témérité entrevoir et montrer l’avenir.
- Pour moi, qui suis simplement un ouvrier delà première heure, ou si vous aimez mieux, un étudiant de première année, je dois me garder d’émettre devant vous des affirmations qui seraient certainement hasardées dans ma bouche ; et je ne puis prétendre à projeter sur la Coopération aucune lumière nouvelle.
- Je resterai bien mieux, il me semble, dans mon rôle modeste, en résumant brièvement les idées courantes qui ont agité jusqu’ici, d’une façon plus ou moins profonde, le monde Coopératif. Vous me permettrez en outre, après avoir envisagé les magnifiques espérances qui ont été ouvertes sur l’avenir de notre œuvre, d’exprimer quelques doutes et de risquer diverses objections devant nos maîtres et nos aînés. Ce sera, ce me semble encore sous une forme différente, provoquer l’attention autour de ces idées, que de solliciter des éclaircissements pour, les nouveaux venus, dont je représente ici, en matière de coopération, les timidités et les incertitudes.
- Tout d’abord écartons une. illusion. Une bonne part de nos concitoyens ont de la coopération une conception essentiellement élémentaire, restreinte, par conséquent inexacte. Et dans ce nombre, je ne comprends pas seulement ceux qui promènent de par le monde leur oisiveté vicieuse et égoïste ; ceux qui, préoccupés exclusivement de leurs intérêts particuliers, déploient toute leur activité en. jouant des coudes dans les rangs pressés ^du corps social, pour conquérir Les meilleures
- places ; ceux qui font consister la sagesse suprême à accroître une grande fortune, et lèguent à leurs enfants la même triste morale. J’y comprends aussi une grande partie des travailleurs eux-mêmes ; un très grand nombre d’esprits sincères qui appellent la justice de tous leurs vœux, et dont le dévouement incontesté est épars sur cent institutions bienfaisantes ou philanthropiques. J’y comprends encore ceux qui attendent de la Révolution seule la dispersion des égoïsmes, l’accession définitive de la classe ouvrière à la félicité publique ; en un mot, l’établissement de ce qui, pour eux, constitue l’ordre véritable.
- Une telle constatation est affligeante et rassurante à la fois. Affligeante, en ce sens qu’elle met en pleine évidence l’énormité de notre tâche ; rassurante, en ce qu’elle nous fait concevoir innombrable la légion de nos alliés naturels, qui seront conquis dès qu’ils nous auront connus.
- Quelle est donc, le plus généralement, l’idée que le public se fait de la coopération, ou plutôt d’une société coopérative ? car une réalité vivante est toujours plus sensible qu’une pure abstraction.
- Elle est simple, elle est trop simple :
- Administrée collectivement, une boulangerie, une épicerie, distribue aux sociétaires des denrées qui seront toujours saines, puisqu’on n’adra aucun intérêt à se tromper soi-même; et qui seront moins coûteuses, puisqu’on aura supprimé un intermédiaire, le boulanger ou l’épicier, et que les fonctions d’administrateur sont gratuites. Quelques maximes rudimentaires sur l'épargne et l’économie, ainsi heureusement imposées à l’ouvrier, se groupent autour de l’idée primitive.
- Voilà la coopération telle que la comprennent beaucoup de gens; voilà qui n’est pas fait pour effrayer ce bon M. Joseph Prud-homme, qui se pique de philanthropie à ses heures; et voilà M. Joseph Prudhomme — s’il nTest ni boulanger, ni épicier, bien entendu, — qui devient coopérateur .
- Que dirait-il maintenant s’il lisait nos livres, nos journaux, s’il assistait à nos conférences, s’il voyait, s’il entendait des phrases comme celles-ci :
- « La coopération a pour but de reprendre
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- 5 en sous-œuvre l'édifice social actuel, et de « le remplacer pierre à pierre. »—Je cite notre collègue, M. Chevalier.
- « Le but de la coopération est de modifier « radicalement le régime économique actuel,
- « en faisant passer la possession des instru-« ments de production et avec elle la supré-« matie économique, des mains des produc-« teurs qui les détiennent aujourd’hui, entre « les mains des consommateurs. » — Je cite notre autre collègue, M. Gide.
- - M. Joseph Prudhomme serait terrifié, sa face placide deviendrait cramoisie entre les deux branches de son faux-col légendaire.
- Quelle distance, en effet, messieurs, entre ces petites opérations de boulangerie ou d'épicerie, patronnées à la rigueur par M. Prudhomme, et cette dernière conception, si extraordinaire à première vue, du mouvement coopératif !
- Et cependant on conçoit très bien comment l’idée fondamentale, vulgaire et fruste en apparence, peut s’étendre peu à peu et s’élargir, chez un esprit naturellement ouvert au progrès.
- II
- En effet, on a écarté un intermédiaire, l’épicier ou le boulanger; les bénéfices de la société coopérative de consommation s’accroissent donc de ceux de l’épicier et du boulanger.
- Mais la société coopérative de consommation achète elle-même ses produits à des magasins de gros, qui prélèvent leurs bénéfices. Si l’on parvenait à écarter encore ce second intermédiaire^ de nouveaux bénéfices appa-.rattraient, seraient répartis entre les sociétés; les prix des. denrées diminueraient d’autant. Or, ce résultat ne peut être atteint que par le groupement des sociétés entre elles; cette idée de groupement a produit les syndicats de sociétés de consommation, le magasin de gros coopératif ; et, dans quelques grandes villes, des sociétés comprenant des succursales qui se considèrent comme assez puissantes pour être à elles-mêmes de véritables magasins de gros. Les Congrès de 1889 et de 1890 ont affirmé successivement leur désir de voir
- fusionner en un seul tous ces éléments diffé-rentSt
- Le magasin de gros central ou régional étant constitué, il est dirigé par les délégués élus de toutes les sociétés, il peut faire à propos et dans des conditions exceptionnelles d’immenses achats de produits, qu’il répartit au meilleur compte entre les sociétés fédérées ; il remplit vis-à-vis de celles-ci l’office que chacune d’elle remplit vis-à-vis de ses sociétaires. On peut même concevoir ce magasin de gros organisé de telle sorte que la similitude soit presque complète. S’il rendait strictement obligatoire pour toutes les sociétés de consommation la fourniture de toutes les denrées; s’il n’associait pas les sociétés, d’une façon permanente, au mécanisme de ses opérations; en un mot, s’il détruisait leur initiative, en subordonnant tout à la sienne, il perdrait une grande partie de sa raison d’être; il serait même funeste aux intérêts dont il aurait la garde.
- Mais il peut n’astreindre chaque société qu’à un certain minimum d’achats, comme la société coopérative se borne à y astreindre chacun de ses membres ; chaque société restant dès lors maîtresse de se procurer à sa convenance les produits du pays ou de la région. On peut le concevoir organisé de telle sorte que, contrairement à ce qu’on a prétendu, chaque société conserve son autonomie particulière, sous la seule réserve d’observer le statut fédéral,solennellement conclu.
- III
- Voici déjà deux intermédiaires écartés, le commerçant de détail et le commerçant de gros. Mais il en reste encore un troisième: le producteur manufacturier, dont l’unique fin est de vendre le plus cher possible. Si l’on pouvait se passer de lui, et créer des sociétés de production ? Les bénéfices s’accroîtraient encore. Mais on ne crée pas des, ateliers, on ne se procure pas un vaste outillage avec les faibles ressources qui ont permis de constituer les magasins de consommation. Que faut-il, en somme, pour fonder une société de consommation? Un cabinet, deux tréteaux et de la bonne volonté.
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- Pour fonder des sociétés de production, il en va différemment. Il faut des capitaux; et si l’on veut aborder certaine production, il en faut de considérables. Où les trouver ?
- Nos vaillants amis répondent : dans les bénéfices des sociétés de consommation, dans ceux des magasins de gros qui, partout où il jugera les conditions favorables, facilitera l’initiative locale ; qui, en premier lieu, installera des minoteries, parce que le pain est le premier aliment indispensable, et parce que l’établissement en est moins complexe; puis des manufactures de toute sorte, quincaillerie, rubanerie , passementerie, chapellerie , cordonnerie, etc.
- Le magasin de gros ainsi conçu, avec le? capitaux dont il disposera, ne paralysera pas les sociétés de consommation; il pourra au contraire disposer des siens, au nom de l’intérêt général, pour faciliter les débuts d’une société naissante, sauver du désastre une société embarrassée, et cela tout en constituant peu à peu les ateliers coopératifs.
- IV
- Pour obtenir ces résultats successifs, constitution du magasin de gros, puis d’ate'iers de production, les coopérateurs ont dû consentir l’abandon ou plutôt la réserve d’une partie de leurs bénéfices; nous devons déjà supposer en lui des idées d’avenir, que l’observation lui a peu à peu suggérées, et même le sentiment d’une solidarité supérieure, celle qui s’étend non pas seulement à la génération présente, mais aux générations voisines. C’est ainsi que la conception initiale, à mesure qu’on l’approfondit par la pensée et qu’on suit son développement quotidien, prend des proportions qu’on n’avait pas soupçonnées.
- Les bienfaits de l’union, la nécessité de règles prévoyantes sont peu à peu révélées à nos yeux ; et l’on finit par entrevoir la coopération comme une puissance formidable, irrésistible, capable de renverser pacifiquement l’ordre ou plutôt le désordre économique actuel, en restituant au consommateur sa véritable place. Le jour où un citoyen est saisi par l’idée coopérative, il est pris comme dans un engrenage, il faut suivre cette idée jusque
- dans ses dernières conséquences: il est difficile de s’arrêter en chemin.
- En même temps que l’idée nous emporte audacieusement vers un horizon presque illimité, l’application suit à distance, avec une lenteur prudente, mais enfin elle suit la même route; en suivant son pas égal et mesuré, on se sent devenir meilleur; tant qu’on restait dans les spéculations de la pensée pure, les facultés morales restaient inertes et ne vivaient point : la coopération leur ouvre un débouché et les rend agissantes pour le progrès pacifique.
- L’entreprise a beau n’ètre qu’à ses préludes : déjà on a le sentiment d’avoir créé une petite société soustraite, autant qu’il est possible, aux influences de la société qui l’entoure; où l’honnêteté est absolue, où l’on pratique la justice et la fraternité. Cette petite société, qui a la prétention d’être pour la grande un ferment rénovateur, offre l’image réduite d’une organisation équitable; le bien-être de ses employés, tous coopérateurs, est un de ses premiers soucis; en les associant à ses bénéfices, elle fait faire un pas à cette question parallèle de la participation ; elle ne les surmène pas; elle leur assure autant qu’elle peut des loisirs qui lui permettent de vivre de la vie de famille, de s’initier au mouvement intellectuel, et d’être vraiment des hommes; elle donne un exemple au commerce égoïste; elle pratique au jour le jour les vertus sociales qui conviennent à des réformateurs.
- V
- Est-ce tout? Ai-je marqué le dernier degré de la coopération ? Pas encore.
- La coopération a conquis l’industrie commerciale, l’industrie manufacturière. Il reste un dernier intermédiaire, car elle ne tire pas directement du sol les métaux, le bo;s, la houille, les fruits de la terre, toutes les matières premières des deux industries conquises. Une source dernière de bénéfices apparaît dont est frustrée le consommateur : logiquement, fatalement la coopération doit ambitionner la conquête agricole. Un écono-} miste éminent, M. Gide, nous l’annonce comme certaine ; il met d’avance à son ser-
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- vice une part des capitaux énormes qui seront réalisés par les futures Sociétés de production.
- Ainsi, par exemple, la coopération maîtresse d’une grande partie du sol, recueillerait le blé dans ses propres champs, le moudrait dans-ses minoteries, livrerait la farine à ses boulangeries, et vendrait enfin au consommateur du pain affranchi de la dîme exhorbi-tante que prélèvent sur lui les propriétaires et les producteurs. Il en serait de même pour tous les produits, tout serait consommé au plus bas prix.
- Quel rêve ! et il peut être réalisé par la puissance des consommateurs réunis. Toutes les forces productives d’un pays peuvent être conquises un jour, étape par étape; non seulement les classes ouvrières, mais les classes riches peuvent être confondues dans la coopération; la coopération deviendrait la maîtresse absolue du commerce et ne ruinerait pas le commerce; les commerçants actuels, devenus eux-mêmes coopérateurs, concourraient dans des conditions normales, à la vente, à l’échange, à la production ; ils auraient comme tout le monde, suivant leur activité et leur intelligence, droit aux bénéfices réalisés, mais ils n’auraient leur part aux dépens d’aucune activité, d’aucune intelligence. Le commerce ne serait pas détruit, parce qu’il serait devenu universellement honnête, parce qu’il serait le serviteur de la consommation au lieu d’en être le maître ; mais il ne s’exercerait plus en vue d’une fin individuelle, il s’exercerait dans des conditions régulières, en suivant pas à pas les besoins de la consommation ; la surproduction, le chômage disparaîtraient d’eux-mêmes ; à l’anarchie économique actuelle, succéderait l’ordre véritable.
- L’antagonisme des intérêts serait supprimé, car les intérêts seraient devenus identiques pour tous les consommateurs associés ; le marchandage, la spéculation et les mille fourberies commerciales auxquelles le consom--mateur aurait cessé d’être en proie, les principaux ferments de haine seraient éliminés entre les citoyens. Enfin les Sociétés Coopératives des différents pays, unis par les liens -d’une vaste fédération internationale, échangeraient librement leurs produits entre elles ; elles ne lutteraient pas plus entre elles pour
- la suprématie industrielle d’une nation qu’un coopérateur ne travaille pour l’extension exclusive de sa fortune. La concurrence internationale aurait cessé de jeter des éléments permanents de discorde entre les peuples ; et l'arbre de la fraternité, désormais immortel, étendrait enfin ses rameaux verts sur la scène apaisée de l’histoire.
- VI
- Messieurs, je n’entends point prendre tout entière à mon compte, ni réfuter une thèse aussi séduisante, servie par des arguments aussi pressants, inspirée par une foi aussi profonde dans la puissance de l’association. Mais j’ai voulu la résumer devant vous avant d’y opposer les objections et les doutes que ces dernières conclusions soulèvent parmi un certain nombre de coopérateurs. Je n’entreprends ni de la détruire, ni même de la diminuer; je viens appeler seulement la discussion autour d’elle ; car si brillante et si ingénieuse qu’elle paraisse, elle ne vivra, elle ne se répandra elle-même que si elle est l’objet de la contradiction parmi les hommes.
- En premier lieu, nous pouvons soumettre cette magnifique conception au contrôle d’une première expérience. Si l’on n’observe que la France, toutes les espérances sont, jusqu’à un certain point, permises ; rien du moins ne vient les démentir, puisque la coopération n’a pas encore franchi sa première étape, l’étape commerciale. La coopération anglaise est infiniment plus avancée ; elle est déjà en marche vers la seconde étape, i’étape industrielle ; le cas est intéressant à étudier.
- La Grande-Bretagne a deux magasins de gros ou wholesales, l’un anglais, l’autre écossais, plus de i^oo Sociétés Coopératives de Consommation, plus d’un million de coopérateurs. Ces deux wholesales font plus d’un milliard d’affaires ; ses six bateaux à vapeur traversent incessament les mers ; ils réalisent plus de ioo millions de francs de bénéfices ; là, la coopération possède de vastes bâtiments, des bibliothèques superbes, des restaurants, des salles de lecture où on lit tous les journaux du monde; elle possède des moulins à farine en Angleterre et en Ecosse, des fermes et des crémeries coopératives en
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- Irlande, dans les.comtésde Cork, de Limerick et de Clare, qui fournissent près de deux millions de francs de beurre àcesdeux w-holesales.
- Eh bien ! au dernier Congrès de Lincoln, le 17 mai 1891, M. Aclaud, membre du Parlement, constatait avec regret, dans son discours d’ouverture-, que les Coopérateurs avaient placé 2,750,000 francs.,, pour fonder des Sociétés de production ? non ; en actions du Çanal de Manchester. Et dans la même séance, M. Harrisson rangeait le manque de -capitaux parmi les causes qui avaient fait échouer ou végéter les Sociétés de production -récemment fondées ; le rapprochement est caractéristique. Dans la même séance, toujours^ M. Brown se plaignait de ce que beaucoup de Sociétés de Consommation refusaient d’acheter leurs produits aux Sociétés de production qui avaient survécu. Au même Congrès, sur une autre question qui nous touche de près, on a constaté que le Wholesale anglais refusait à ses ouvriers la participation aux bénéfices.
- L’expérience n’est pas décisive, mais enfin, je la prends sur le terrain le plus étendu où il nous soit donné d’en saisir une ; elle ne paraît pas favorable. On peut dire que la coopération anglaise a dévié de la voie où l’avaient engagée les pionniers de Rochdale, ses premiers fondateurs, mais il n’en est pas moins vraisemblable que cette déviation a eu lieu, et qu’elle est justement concomittante de la prospérité même de l’œuvre, ce qui donne à réfléchir. Certes, la production coopérative de France et d’Angleterre a pu réaliser -des merveilles isolées, surtout si l’on place la faiblesse de ses moyens en regard de la toute-puissance de la haute industrie, je n’en veux pour preuves que les résultats que la production coopérative française expose en ce moment même à Paris. Mais enfin la coopération de production n’a pas jusqu’ici pris un contact efficace avec la coopération de consommation; elle n’a pas encore modifié sensiblement l’état économique général ; la base scientifique des observations est encore trop faible pour qu’elle paraisse étayer avec une sécurité parfaite, surtout aux regards inexpérimentés •comme les miens, un aussi formidable amas de conséquences, comme celui dont je vous donnais tout à l’heure un aperçu.
- Sans doute la coopération offre une méthode quia tous les caractères de la certitude, de la prévoyance et de la continuité. Elle a en outre cet immense avantage de créer une dépendance étroite entre l’émancipation progressive des travailleurs et les efforts que les travailleurs eux-mêmes auront su déployer pour la conquérir; en même temps qu’elle améliore leur sort matériel, elle les initie au gouvernement de leur conquête future. Mais quelles vertus elle exige ! Quelle ligne de conduite inflexible, ses maîtres imposent à leurs adeptes !
- Pour qu’elle marche, nous disent-ils, avec sa force irrésistible vers son but, il faut qu’elle marche droit devant elle, sans s’égarer dans ces petits chemins où chacun de nous se complait suivant ses inspirations personnelles. Il ne lui est pas loisible — ce sont toujours ces maîtres éminents qui nous le déclarent — de rien distraire de ses ressources pour des caisses de retraite ou de prévoyance, parce que toutes ces ressources lui sont nécessaires pour la conquête industrielle; ils ne permettent même pas aux coopérateurs de devancer l’époque de la production, en constituant parallèlement et dès aujourd’hui des syndicats professionnels, isolés les uns des autres, parce que ces associations, si elles réussissent, facilitent simplement à quelques ouvriers d’élite le moyen d’exploiter un jour les autres, tendant par conséquent à inspirer le mépris du travail manuel; et parce que substituant l’égoïsme corporatif à l’égoïsme individuel, elles perpétueraient la concurrence entre elles, seraient toujours en lutte avec le consommateur et renouvelleraient sous une autre forme l’anarchie industrielle que nous voulons faire disparaître.
- La production doit être organisée sous l’égide exclusive de la coopération ; les Sociétés futures de production doivent tendre à devenir les tributaires exclusives des Sociétés de consommation.
- Un doute terrible traverse à ce sujet -certains esprits, doute que je livre à vos méditations, et sur lequel je n’insiste pas. Est-il bien certain que les hommes déploieront un jour pour le bien-être général la même ardeur que pour le bien-être particulier, et que du jour où ils verront se limiter à de justes.
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- bornes, mais des bornes infranchissables pour chacun, les bienfaits personnels de leur activité, est-il bien certain qu'ils déploieront vraiment leur activité tout entière ? Oui, Messieurs, je le crois en effet : si je ne le croyais pas, j’aurais cessé de croire au progrès humain ; mais ne sommes-nous pas bien éloignés de cette terre promise?
- C’est que cette dernière pensée nous attriste, dès que nous nous attardons à percerà travers les brumes du rêve, cet avenir prestigieux, et, hélas! si lointain. Ce n’est pas son incertitude, l’incertitude recouvre toutes les conceptions idéales ; ce ne sont pas les dif-fiultés qui s’interposent entre lui et nous, nous avons foi dans notre énergie ; c’est bien plutôt, çe me semble, la date si reculée de son avènement. Citoyens de la génération présente, ouvriers de la première heure, nous voulons bien renoncer pour nous à la réalisation immédiate de nos espérances, repousser avec une abstinence héroïque les fruits hâtifs que nous voulons laisser mûrir; avons-nous le droit d’associer toute notre génération à ce sacrifice et pouvons-nous repondre qu’il sera accepté par les autres générations de plus en plus impatientes?
- Je m’arrête sur ce. point, Messieurs; ce que je mets à nu devant vous dans leur sincérité, ce sont les scrupules d’un homme qui croirait vous manquer de respect, en vous présentant des certitudes absolues, quand il a quelques doutes au fond du cœur.
- VII
- Dans les préoccupations du coopérateur tel qu’on nous en montre la figure énergique, il n’y a pas place non plus pour toutes les questions innombrables qui nous passionnent et se partagent, à des degrés différents, nos préférences ; l’assistance du pauvre, la protection de l’enfance, l’hygiène de l’habitation, l’instruction publique et tant d’autres. Cette conséquence, déduite ou non déduite explicitement de la doctrine, peut paraître bien rigoureuse.
- On a beau répondre que la coopération, maîtresse de tout, arrivée au but suprême qu’on assigne à ses espérances et même — je ne sais si je force la pensée de nos maîtres
- — ayant réduit sans doute le gouvernement à n’être plus qu’un gouvernement de police et de voirie, résoudra tous ces desiderata par son action toute puissante. Ce but, s’il peut jamais être réalisé, je le répète, est fort lointain. Une ère transitoire s’ouvre à'nous, dans laquelle nous allons vivre, nous et nos fils ; aussi notre sensibilité inquiète restera longtemps étendue sur tant d’objets divers, parce qu’il est dans notre nature de ne pouvoir marcher sans trouble sur aucune souffrance, même quand un grand deuil est devant nous.
- La coopération, dira-t-on, ne prétend pas qu’il faille délaisser ni la pauvreté, ni l’éduca-cation publique; elle écarte seulement ces questions comme étrangères à son objet, et les laisse en d’autres mains.
- Il n’est donc pas exact, nous semble-t-il alors, que la coopération soit en mesure d’embrasser tout le problème social, puisqu’elle rejette de son sein quelques-uns de ses éléments consultatifs. Et c’est sur ce point que je devrais appeler votre attention. Il ne faut pas demander à la coopération ce qu’elle ne peut donner ; pas plus qu’aucune des lumières existantes, la coopération ne semble le phare vers lequel un citoyen puisse uniquement tourner les yeux.
- Ce qui doit nous faire craindre justement que la coopération ne s’attarde dans sa première étape, celle de la consommation, beaucoup plus que nous le souhaitons, ce sont ces deux éléments essentiels de la question sociale: la pauvreté et l’ignorance, qu’elle est obligée d’écarter de ses préoccupations, me paraissent précisément être aussi des éléments essentiels de son expansion future.
- Je m’explique, messieurs.
- VIII
- La coopération, telle qu’elle est constituée, améliore le sort des travailleurs; mais elle ne dispose pas encore dans ses magasins d’un nombre suffisant d’emplois pour donner du travail à tous ceux qui en manquent; le plus souvent, elle est même contrainte de prendre à son service plutôt des commerçants habiles, connaissant bien les ficelles du métier, que de véritables coopérateurs.
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- Elle est donc obligée de laisser en dehors de son action sociale non seulement les malheureux qui tendent la main aux passants, mais les demi-pauvres, ceux dont la vie est une suite interrompue de privations, tous ceux qui ne peuvent ni payer cinquante francs une part de sociétaire, ni payer toujours au comptant, ni atteindre le maximum statutaire de consommation. Il faut pour cela avoir un lendemain assuré : mais combien de sociétaires l’ont-ils ?
- Quand le salaire d’un ouvrier s’élève à 3, 4, 5 francs, cet ouvrier peut participer à la coopération. Mais quand un ouvrier reçoit pour salaire i fr.50, 1 fr. 25 et même o fr. 75 par jour, comment la coopération lui serait-elle accessible ? Et ne croyez pas que je cite des faits au hasard, que je veuille parler d’enfants, de vieillards, de malheureux travaillant isolément en temps de chômage, à quelque besogne de raccroc. Non, il s’agit d’hommes dans la force de l’àge, travaillant une grande partie de l’année, en nombre considérable, pour le compte d’un patron, et dont les plus heureux reçoivent 1 fr. 50 pour leur journée entière.
- Je précise.
- Les grandes forêts du Morvan, qui entourent Montsauche et Château-Chinon, appartiennent presque en entier à quelques grands propriétaires, porteurs des plus grands noms de la vieille France, qui ne pouvant exploiter de leurs propres mains, vendent leur bois sur pied à des marchands du pays. Ces marchands du pays revendent à leur tour à des marchands parisiens, et ces derniers enfin embauchent des ouvriers pour abattre le bois. Il faut absolument que les marchands parisiens rentrent dans leur argent, et qu’ils arrondissent leur fortune. D’autre part le pauvre est là, qui a besoin de manger... Vous comprenez, il y a toujours moyen de s’entendre avec lui... on appelle cela la liberté du travail, la liberté de l’offre et de la demande.
- Et voilà comment il se fait qu’en plein cœur de France, cent ans après la Révolution française, dans des contrées qu’aucun homme d’Etat n’a peut-être visitées, des hommes osent offrir à d’autres hommes ce salaire dérisoire, inhumain, de 1 fr. 50. Voilàcomment il a pu, en 1887, se former une grève menaçante ayant pour unique objet le relèvement
- du salaire de 0 fr. 75 à 1 fr. 10. ! Oui, le salaire journalier était tombé ào fr. 75.
- Comment vivent de tels hommes ? vous pouvez l’imaginer. Ils vivent en quelque sorte à l’état primitif, dans des huttes de branchage qu’on appelle des loges; ils n’en sortent que le dimanche pour descendre au village et acheter les provisions de la semaine. En dehors de leur soupe, ils ne consomment que des pommes de terre, « des treufîes » ordinairement pétries en boules énormes où l’on mange à même. Encore les bûcherons, pour la plupart, ne peuvent même pas manger de pommes de terre, « car il faut être économe, « mon ami », dirait M. Prudhomme en passant par là; « il faut songer à ses vieux jours »; ils ne mangent que du pain, trois livres par jour, et ne boivent que de l’eau pure. Les jours de fête, leur grand, leur unique régal, c’est le « frichti » au lard et toujours aux pommes de terre.
- Eh bien, ces hommes là, je ne les vois pas facilement au magasin coopératif. Ces gens rendus farouches, à qui la civilisation n’a jamais souri, quel intérêt peuvent-ils avoir à commencer une civilisation qui les écrase et dont nous sommes seuls à jouir ?
- M. Renan disait un jour que ce monde n’était peut-être pas quelque chose de bien sérieux ; mais qu’en tout cas, c’était quelque chose de charmant. Il ne semble pas, cher maître, que vous ayez jamais égaré vos rêveries délicieuses dans les forêts du Morvan. Comment ne voit-on pas que de tels malheureux sont un foyer permanent de troubles, une proie naturelle offerte à toutes les excitations révolutionnaires ; et que même, chez ces cerveaux primitifs, l’idée de révolution ne doit même pas se présenter avec ce cortège d’idées sereines qui flotte parmi les rouges des théoriciens, mais bien plutôt comme une sorte de Némésis furieuse, échevelée, brandissant le glaive au hasard pour assouvir sa haine?
- Comment encore pourrions-nous rendre de pareils hommes accessibles à l’idée, à la pratique de la coopération ?
- Et pour choisir un exemple plus frappant encore et plus universellement connu, je m’adresserai à vous, amis coopérateurs de la Grande-Bretagne, vous vénérable Vansittart Neale, héritiers des héroïques pionniers de
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- Rochdale, qui depuis plus de quarante années avez agrandi votre héritage dans des proportions fabuleuses, dites-nous si par l’effet de votre œuvre, la prostitution a diminué à Londres ? Dites-nous si la mortalité est moins effroyable dans les quartiers pauvres ? Dites-nous s’il n’y a pas actuellement dans cette même ville de Londres, où s’élèvent tant de palais magnifiques, plus de 30,000 malheureux qui couchent dans la rue ou dans des taudis infects? Une image surtout doit bien souvent se présenter à vos yeux, au milieu de la prospérité dont vous jouissez si honorablement, et qui est le fruit de vos longs efforts, c’est celle de votre sœur martyre, l’Irlande agonisante, décimée par la faim, et qui justement depuis quarante années a vu sa population réduite de moitié; depuis quarante années, partout où la pitié remplit des cœurs humains, une rumeur accusatrice dénonce ce forfait national, et s’élève jusqu’au ciel de tous les confins de l’humanité. L’Irlande doit-elle attendre que la coopération ait franchi ses trois étapes? Mais ce jour là, il n’y aura plus que des ossements dans ses prairies !
- La coopération, il faut donc le reconnaître, n’a pas jusqu’ici de face tournée vers les souffrances et les misères les plus lamentables ; elle ne peut les soulager, ni les faire concourir à sa propre extension ; et c’est en quoi je crois voir pour elle une cause de ralentissement, un affaiblissement de son autorité rénovatrice, qu’on nous montre si absolue. Le dernier Congrès de Lincoln s’est inspiré de ces craintes, quand il a discuté « sur le moyen le plus efficace de rendre la « coopération accessible aux classes pauvres. » Le Congrès n’a pu que recommander cette question à l’étude de toutes les Sociétés de la Grande-Bretagne. Aucune solution efficace n’a pu encore et ne lui sera, hélas ! de longtemps donnée ; il est à craindre que le mouvement coopératif favorise l’émancipation de ceux-là seulement qui sont déjà partiellement émancipés ; et c’est sans doute hors de notre influence qu’un soulagement doit être recherché pour tant de misères obscures, tant de souffrances inconsolées.
- IX
- Une autre question, extrêmement grave,
- reste soustraite à notre compétence, c’est celle de l’organisation normale de l’instruction publique parmi les classes laborieuses. Cette question, à laquelle l’Etat a déjà fait faire tant de progrès depuis vingt ans dans notre pays, l’Etat seul peut la résoudre définitivement, et tant qu’elle ne le sera pas, notre extension à nous, coopérateurs, sera nécessairement limitée.
- Certes, la République est le gouvernement qui a le plus fait pour l’instruction populaire; elle a rendu l’enseignement primaire gratuit et obligatoire ; elle a fait circuler, avec un esprit plus large, l’air et la lumière à travers les écoles ; elle a créé des écoles pro-fessionelles, des écoles primaires supérieures ; l’enseignement secondaire des jeunes filles ; elle a rendu de plus en plus facile l’accession dans les lycées et collèges des intelligences sorties de la classe laborieuse.
- Mais remarquez d’abord que ces bienfaits si sensibles ont imparfaitement atteint la génération qui a actuellement l’âge du citoyen ; ensuite que le système actuel, quoique démocratiquement conçu, n’a point produit des résultats encore conformes à l’idéal démocratique. Cet idéal, ce n’est point seulement que chacun puisse gagner sa vie en travaillant, c’est que chacun prenne dans la société la place que ses facultés naturelles lui assignent ; et la société doit être organisée de façon telle, que chacun prenne cette place, non par une combinaison d’artifices et l’effet d’un hasard heureux, mais par le jeu régulier de son activité. S’il existe encore parmi nous une source profonde de troubles, cela ne tient pas seulement à l’inégalité des condi* tions; cette inégalité, loin d’être [choquante, serait inhérente à la nature des choses, si elle était en harmonie rigoureuse avec l’inégalité des facultés ; cela tient encore et surtout à cette disproportion dont un grand nombre ont le sentiment réfléchi, entre l’emploi qu’ils tiennent et celui pour lequel ils se sentaient propres. Ceux qui vivent avec la classe ouvrière ne rencontrent-ils pas tous les jours des artisans à demi-instruits, chez lesquels ils reconnaissent aisément les facultés endormies de l’artiste, du savant, ou de l’écrivain? facultés que la société n’a pas su éveiller, et qui vont périr à jamais pour elle ? Il en est
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- qui s’abusent sur eux-mêmes ; mais il en est qui voient juste. On s’imagine aisément ces trésors d’amertume ensevelis qui s’amassent parmi quelques-uns de ces hommes. Je vous montrais tout à l’heure comment l’idée de révolution sauvage pouvait s’implanter dans les cerveaux des misérab'es ; vous voyez maintenant de quelle façon se forme peu à peu, indécise dans ces intelligences arrêtées en leur développement, une théorie de la Révolution, parfois enveloppée de poésie et de sacrifice.
- D’un autre côté, nous connaissons tous des gens qui n’ont ni le sens de l’art, ni celui de la science, ni celui de la littérature, et qui cependant, de par leur fortune, peuvent toucher lourdement à toutes ces conquêtes sacrées.
- En un mot, parallèlement à l’anarchie économique dont nous parlait si éloquemment M. Gide, nous avons de plus en plus mitigée sans doute, mais enfin nous avons encore une certaine anarchie intellectuelle.. Je voudrais, en deux mots, en préciser les causes.
- Tout d’abord les pauvres, les véritables pauvres, particulièrement dans les grandes villes, sont en grande partie exclus des bienfaits de l’éducation publique ; la loi sur l’obli gation de l’instruction primaire les astreint tout au plus à une présence intermittente sur les bancs de l’école ; au poids de la misère qui pèse sur leurs épaules, vient s’ajouter celui de l’ignorance.
- D’autre part, en théorie sans doute, le fils d’un pauvre travailleur doué de facultés remarquables, peut suivre la voie qui lui convient; l’Etat, qui a créé des bourses, se charge de l’y diriger, quand il l’a choisie ; mais il lui apprend rarement à choisir. Cet enfant, dans les trois quarts des cas, n’accèdera au second degré de. l’Instruction publique qu’au-tant que ses parents, généralement ignorants, l’auront jugé utile; il restera voué à la profession de son père, à moins que son instituteur ne l’ait particulièrement remarqué, ou encore un monsieur ami de la famille, qui veut du bien à l’enfant — on cite ces exemples dans de petits livres ou dans les biographies, ce qui prouve qu’ils sont rares. Le sort d’une intelligence supérieure se décide ainsi au petit bonheur.
- 11 y a des gens pour trouver cela fort démocratique : je n’en suis pas. On parle « de la noblesse du travail manuel », — « du milieu dans lequel un fils de travailleur est appelé à vivre. » — Tout métier est noble en soi, puisque le travail est honorable ; mais tout métier devient vil entre des mains ineptes ; et quand au milieu dans lequel on est appelé à vivre, ce n’est pas notre organe, c’est notre nature qui nous y prédestine, dans une démocratie.
- Ici, l’Etat peut intervenir; il le peut en pénétrant davantage dans l’intimité de la vie scolaire, en s’efforçant de révéler à elles-mêmes les intelligences qui s’ignorent, en révélant à propos aux familles le trésor inconnu dont elles sont privilégiées dans la personne d’un de leurs enfants. Il n’a pas de mission plus haute, ni de plus noble raison d’intervenir quelque part.
- J’ai parlé seulement de la France ; et combien mon observation a-t-elle plus de force pour les pays étrangers chez lesquels l’instruction publique n’est ni gratuite, ni obligatoire, ni même officiellement organisée? Vous vous souvenez d’avoir entendu ici même, en 1889, M. Gerenino Palès, délégué espagnol, vous dire que les Sociétés Coopératives de Catalogne en étaient réduites à organiser des cours primaires pour les enfants de leurs Sociétaires.
- Dans quel but, Messieurs, vous ai-je si longuement parlé de cette question capitale deT’instruction populaire? C’est, je le répète, parce qu’elle est une partie intégrante de la question sociale; c’est aussi parce que notre extension future est intimement liée à ses progrès.
- Nous avons recherché bien des fois les moyens de répandre dans le public l’éducation coopérative, et nous voudrions en voir les progrès plus rapides. Nous avons caractérisé les obstacles et les difficultés de toute sorte que nous rencontrons sur notre route. Ne cherchons pas davantage, et disons-le courageusement : l’obstacle principal, c’est l’ignorance, que l’on ne voit pas assez. C’est une erreur de croire qu’il suffise de lancer un appel éloquent pour frapper les poitrines populaires, car il faut d’abord percer cette cuirasse épaisse, et il ne dépend pas de nous seuls de l’en dépouiller. On ne communique
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- pas dans un court entretien, une éducation d’une espèce particulière, qui est surtout une éducation moralisatrice, à ceux qui n’ont pas remué des idées générales ; l’éducation politique de la France n’est pas encore complète, après quarante années de suffrage universel : l’éducation coopérative, plus rudimentaire encore,, suit les mêmes retards pour les mêmes motifs.
- Depuis deux ans, le Comité Central Coopératif, avec un zèle dont on ne saurait trop le louer, a organisé partout des conférences ; il a envoyé auprès de nombreuses Sociétés des missionnaires comme MM. Audéoud, Fitsch, Siegfried et d’autres qui me pardonneront de ne pas les citer. M. Audéoud, notamment, a déployé une activité surhumaine, auquel je dois rendre hommage, et dont nous lui sommes tous profondément reconnaissants; c’est un véritable commissaire extraordinaire de la République... coopérative; il voyage sur toute la surface du territoire avec l’aisance infatigable... d’un ministre. Ces conférences ont fait certainement beaucoup de bien. Nos conférences, à nous, ne ressemblent pas à beaucoup d’autres. Vous le savez : jamais on a tant conférencië en France ; jamais ceux qui ont le bonheur d’être instruits n’ont déployé autant de bonne volonté pour instruire leurs concitoyens. Ont-Ils réussi? ont-ils réellement contribué à répandre des notions exactes sur toutes choses, la littérature, l’histoire, la politique surtout? Cela, je ne l’affirmerais pas. Il ne faudrait pas cependant en conclure que ces conférences sont absolument inutiles; elles sont très utiles parfois... pour la personne du conférencier.
- On ne peùt adresser la même critique aux conférences techniques et surtout aux nôtres : elles sont faites par des hommes qui n’en peuvent retirer aucun profit personnel, et dont l’ambition unique est de faire connaître sous son véritable jour, l’œuvre à laquelle ils ont voué leur vie. Ces conférences, néanmoins, produisent-elles tous les résultats qu’on est en droit d’attendre du talent de nos honorables amis, et de la sympathie qui les suit partout? Il serait téméraire de l’affirmer. Vous le savez bien, vous, délégués des Sociétés de consommation, vous surtout qui
- avez récemment contribué à fonder des Sociétés nouvelles, ce n’est pas seulement en dehors de vos Sociétés que vous avez à répandre l’éducation coopérative, c’est presque surtout au dedans; vous connaissez beaucoup de Sociétaires qui sont plutôt séduits par les avantages immédiats, qu’imbus des véritables principes de la coopération.
- D’où vient cela, mes chers concitoyens? De ce que l’éducation coopérative est essentiellement dépendante de l’insti uction publique générale. Sur la pièce de métal qu’il veut rendre inaltérable, l’ouvrier ne met pas une seule couche de peinture, il en met successivement'deux : la seconde serait inefficace, si elle n’était pas superposée à la première. La première couche, c’est pour nous l’instruction générale;la seconde, c’est l’éducation coopérative. Cette conclusion vous oppresse, vous ne pouvez pas vous y dérober.
- X
- Aussi, Messieurs, pour résumer ces trop longs développements, retenons ces points essentiels, et nous aurons un sentiment plus exact de notre rôle.
- La misère ou l’insuffisance des salaires qui ferme nos portes aux malheureux, et l’écrasement physique provenant du surcroît de travail ; l’ignorance encore beaucoup trop épaisse qui rendent tant de travailleurs sourds à la prédication coopérative; les raisons qu’on a données de la lenteur de notre propagation découlent de ces causes générales.
- Tant que ces causes n’auront pas disparu, la coopération pourra marcher sans doute, mais elle n’entraînera pas la classe ouvrière vers son émancipation, avec la force irrésistible qui est cachée en elle. La coopération ne peut pas prétendre à les faire disparaître, quand elle aura touché son but, car elle ne peut îatteindre sans que cette disparition ait eu lieu. Il y a là un cercle vicieux dont elle ne peut sortir qu’avec le concours d’un État démocratique.
- Et c’est pourquoi, nous tous, coopérateirrs, nous pouvons bien, et avec raison, ne pas donner accès à la politique parmi nous, et accueillir toutes les bonnes volontés sincères, mais nous ne pouvons nous désintéresser de
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- la nature de notre gouvernement, car selon qu’il sera neutre ou actif, nous pouvons végéter ou vivre.
- L’école libérale moderne, messieurs, a coutume de ne demander au gouvernement qu’une chose : la liberté. En fait, nous ne lui deman dons pas autre chose nous-mêmes, seulement il faut bien voir ce que cette idée de liberté renferme.
- L’Etat ne peut pas dire à l’initiative individuelle, il ne peut pas dire à la coopération qu’elle est libre de se mouvoir dans un cercle étroit que lui seul peut élargir, semé d’obstacles enracinés dans les lois et que lui seul peut écarter de la route. Ainsi, nous demandons la liberté de vivre légalement, la liberté d’acheter nos denrées où il nous plaît, sans que des mesures restrictives de la faculté d’échanger viennent entraver notre droit, et cela pour le plus grand profit du consommateur ; la liberté pour nos sociétés de se concerter entre elles et avec celles des autres pays, la liberté de rester les amis des autres peuples. Restitué à un état social meilleur, le pauvre doit être rendu libre de choisir entre ceux qui prennent une part de leurs bénéfices sur sa misérable vie, et nous qui voulons réserver les nôtres, pour qu’il soit heureux un jour. Par sa raison affranchie des ténèbres, par les loisirs auxquels il a droit, le travailleur doit être rendu libre de nous entendre, quand nous lui parlons le véritable langage de la fraternité.
- Un gouvernement capable de nous donner la liberté ainsi comprise, messieurs, est-ce que vous en connaissez beaucoup? Et voilà pourquoi, nous Français, malgré la précarité de notre état social actuel, et les amertumes que chacun de nous peut renfermer, nous sommes si indissolublement attachés au nôtre : c’est parce que nous attendons de lui seul la réalisation de toutes ces immortelles espérances; c’est parce que s’il ne les a pas encore réalisées, au désir de notre impatience, il est à nos yeux le seul dont la nature se prête à toutes les transformations reconnues nécessaires; parce que nous nous sentons le pouvoir de l’améliorer sans cesse; parce qu’il est celui que les oppositions consolident lorsqu’elles sont injustes, et qu’elles consolident encore quand elles sont justifiées, parce qu’il
- se , modifie et s’appuie sous la pression et le contrôle de l’opinion publique.
- L’initiative privée a pris dernièrement un essor considérable dans tous les sentiers de la générosité et même de la justice. Mais l’Etat qui lui doit la liberté ne peut la voir se fixer, nulle part d’un œil indifférent; il peut souvent lui permettre de naître ; il doit la suppléer toujours, partout où l’urgence en est démontrée ; en sachant reconnaître ce qu’elle ne peut réaliser seule, il connaît du même coup ce qu’il doit faire lui-même.
- Elle suit les sentiers: lui suit la grande voie; il doit recommander la patience aux déshérités de la vie; mais il n’attend pas, pour se préoccuper de leur sort, qu’ils se soient lassés de patienter, car l’autorité de ses conseils en serait compromise auprès des masses populaires. Les meilleures institutions ne doivent pas s’affirmer trop exclusivement à la suite des sinistres du travail et des mouvements de la rue, car les doctrines violentes bénéficieraient de ces coïncidences, si elles étaient trop souvent constatées. Sa méthode doit être sûre d’elle-même, prévoyante, normalement suivie, étendue d’ensemble à tous les maux depuis si longtemps caractérisés.
- Toutes les réformes ne peuvent se'faire en un jour; il y faut la puissance du temps; à chaque jour suffit sa peine, nous dit-on. C’est vrai ; mais entendons-nous sur la distribution de la tâche.
- Faut-il dire qu’une réforme doive être faite en son entier, puis une autre, puis encore une autre, et ainsi de suite ? Messieurs, ne le croyez pas. Cela serait vrai, s’il était possible d’isoler une réforme d’une autre; cela peut être vrai des réformes de détail ; cela n’est pas vrai des grandes. Toutes les grandes questions doivent être, sinon résolues, du moins étudiées simultanément, car quand on croira en avoir résolue une, après l’avoir étudiée isolément, on découvrira au cours de l’étude d’une seconde, des éléments parfois capitaux qu’on avait négligés dans l’étude de la première. Toutes les grandes réformes se tiennent, et il faut étendre sur toutes à la fois une large et robuste main, sans quoi celle qu’on aura cru élever jusqu’au faîte, croulera, privée de l’appui de ses voisines à peine ébauchées. La besogne sera longue, assurément :
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- on devra ajourner les ouvrages de moindre importance, et notre génération ne verra même pas le grand œuvre accompli. Mais grâce à nos efforts combinés, il faut que tous
- les murs en surgissent simultanément de terre sur toute la vaste étendue qu’il remplira glorieux dans les âges. {Applaudissements prolongés.)
- DISCOURS de M. VANSITTART NEALE
- UI. Vansittart IVeale, secrétaire de l’Union coopérative, rappelle que depuis l’organisation des Congrès en France, il a eu l’honneur d'y assister comme représentant de l’Union coopérative de la Grande-Bretagne.
- Il annonce que c’est la dernière fois qu’il prendra la parole en France comme secrétaire général, son âge et ses infirmités l’y obligent. C’est M. Gray qui le remplacera et il a l’honneur de le présenter aujourd’hui aux délégués français.
- Il se réjouit du développement de la coopération en France et il est heureux d’apporter de bonnes nouvelles du progrès de la coopération en Angleterre.
- Les affaires de nos deux magasins de gros, dit-il, se sont élevées en 1890 à francs 185.75 i.85°pour l'Angleterre et à 61.833.450 pour l’Ecosse.
- Les 1418 Sociétés de consommation de la Grande-Bretagne donnent les résultats suivants :
- Membres Ventes Bénéfices à distribuer
- 1.026.912 786.525.450 94.021.150
- Capital actions Capital Fonds de réserve
- 265.185.800 28.173.225 11.114.850
- Marchandises Terres et constructions Placements
- 78.700.375 114.740.750 135.135.450
- Ce sont de beaux résultats, fait-il observer, quand on songe que le mouvement a commencé seulement il y a 47 ans avec 700 francs ramassés péniblement, sou par sou, par 28 pionniers de la Société des Equitables de Rochdale. M. Neale parle ensuite des Sociétés de production qui, pour se développer et écouler leurs marchandises, ont besoin d’un marché étendu. Les Sociétés coopératives de consommation le leur donnent.
- De plus, les Sociétés de production, en
- supprimant les intermédiaires, voient leurs bénéfices augmenter.
- La coopération fournit donc aux travailleurs une source intarissable de richesses. Ils peuvent, par elle, devenir co-propriétaires du capital dont ils dépendent aujourd’hui.
- Il termine en faisant ressortir l’influence de la coopération au point de vue moral.
- Voici ses paroles :
- Bien au-dessus de la sphère matérielle des bénéfices repose une autre sphère, celle où réside l’esprit de fraternité, émanation de l’esprit d’association.
- La plante humaine placée dans une atmosphère favorable, avec une nourriture appropriée et soumise à cette culture raffinée donnée par l’association, doit se couvrir, j’en suis persuadé, d’un riche feuillage et donner des fruits abondants. Cette plante, au contraire, dans les conditions actuelles se dessèche et meurt dans l’atmosphère délétère de la haine et de la lutte.
- Dans l’existence humaine le spirituel est étroitement lié au matériel.
- Pour obtenir de l’association tout ce qu’elle peut donner, il est nécessaire d’organiser des Sociétés qui contribuent à former des caractères.
- La grande prérogative de notre intelligence est qu’elle nous permet de créer des institutions qui peuvent réagir sur nous.
- En avant donc, frères coopérateurs, en avant dans la voie qui nous est tracée. Transformons le commerce et l’industrie en les rendant honnêtes et équitables, et le jour viendra, non pas peut-être pour nous, mais pour nos descendants, où la solidarité, en se développant par l’usage de la coopération, fera régner entre tous les hommes la vraie fraternité.
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- ALLOCUTION DE M. BERNARDOT
- Délégué du Familistère de Guise
- Mesdames, Citoyens Coopérateurs,
- En m’accordant la parole dans cette grande et belle fête de la Coopération, votre Comité organisateur a voulu rendre hommage à la Société du Familistère de Guise, dont j’ai l’honneur d’être le représentant.
- Cet hommage, laissez-moi le reporter tout entier au Fondateur du Familistère, au philanthrope d’action, au regretté J. B. A. Godin, à l’homme qui a dévoué sa vie entière à chercher une solution pratique de la question sociale, qui a fait non seulement de la Coopération de consommation, non seulement de la participation aux bénéfices, mais qui a consacré par l’expérience l’association intégrale du Capital et du Travail.
- A l’homme dont la dernière pensée a été un grand acte de solidarité envers les travailleurs qui, par leur collaboration, l’avaient aidé à édifier sa fortune et à qui il a légué la part de cette fortune dont il pouvait disposer.
- Au moment où les rois et les princes de tous degrés se réunissent, pour se saluer et se congratuler, au milieu des peuples qui entretiennent encore si bénévolement leur luxe et leurs fantaisies guerrières ruineuses, nous pouvons .bien, nous les travailleurs, saluer la mémoire de ces hommes, de ces petits, de ces humbles qui n’ont trouvé dans leur berceau ni fortune, ni couronne, mais qui, par une volonté puissante, par un labeur de toute leur existence et par l’amour profond et désintéressé du progrès, aident à la marche de l’humanité dans la voie ascendante de la Liberté et de la Fraternité.
- Godin fut l’un de ces hommes.
- Je n’entreprendrai pas de vous faire ici une monographie du Familistère, ce serait abuser de la parole qui m’a été donnée. Après les
- souhaits de bienvenue que nous a adressés notre président, après le discours si plein de profondeur et de sens pratique de notre collègue en Coopération, M. Cernesson, après les paroles d’amitié du peuple Anglais, que vous a apportées M. Neale, de ce peuple qui à travers le détroit nous tend la main, parce qu’il est le peuple du travail et qu’il sait que le progrès ne saurait poursuivre sa route en dehors des nations.
- Je ne voudrais pas retarder longtemps le moment où notre honorable ami M. Fitsch doit remettre au doyen de la Coopération Française, à M. Clavel, le vieux lutteur de la première heure et des grandes difficultés, le témoignage d’estime et de sincère amitié auquel nous nous sommes tous associés.
- Permettez-moi seulement de souhaiter que l’union Coopérative française, qui a commencé à prendre corps en 1885, se développe encore ; permettez-moi de souhaiter que la solidarité devienne de plus en plus la grande force de nos Sociétés et que l’avenir des travailleurs, en qui se concentre la question sociale, s’éclaire encore au flambeau de la fraternité.
- Permettez-moi enfin de souhaiter que la Fédération Coopérative française s’internationalise et marche de pair avec les syndicats du travail. On l’a dit avec raison le quatrième Etat entre dans le jeu des nations et le temps n’est pas éloigné où ce quatrième Etat prendra sa large et libre place au soleil.
- Ce jour-là, qu’il se souvienne que la grande révolution dont il est issu voulait effacer les castes pour mieux asseoir l’égalité et la liberté, et qu’il n’oublie jamais que c’est au nom de cette liberté et de cette égalité qu’il revendiquait ses droits.
- Qu’il n’oublie pas qu’à côté des droits conquis il lui restera toujours l’accomplissement
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- des devoirs sociaux envers les faibles et les déshérités de la nature, et que ce sera de l’accomplissement de ces devoirs humanitaires que dépendront sa grandeur et sa prospérité.
- Il y a quelque temps, dans un langage d’une grande élévation, on traçait à la jeunesse républicaine de nos écoles l’idéal vers lequel doivent tendre tous nos efforts.
- Pour nous, travailleurs de tous ordres, l’idéal c’est la vie, non seulement matérielle, mais encore intellectuelle, assurée au plus petit d’entre nous, non au moyen d’une charité officielle plus ou moins bien organisée, mais par le travail qui élève l’homme et ennoblit son caractère.
- C’est la mutualité humaine s’établissant enfin et faisant disparaître à jamais la plaie honteuse du paupérisme.
- Le Monde du travail s’apprête à conquérir l’humanité, sa conquête sera d’autant mieux assurée et plus durable qu’elle sera plus pacifique.
- Sachons donc resserrer notre union pour augmenter notre force morale ; que nos sociétés grandissantes continuent à étendre leurs rameaux chez toutes les nations et saluons en l’avenir la République Universelle des Travailleurs. ( Vifs applaudissements.)
- Remise d’un Album à M. Clavel
- II. Fitscli, chargé par ses collègues de remettre à M. Clavel l’album contenant les photographies des Membres du Comité Central, en témoignage de reconnaissance pour son dévouement à l’idée coopérative, s’exprime ainsi :
- Monsieur le Président,
- J’ai le grand honneur d’ètre chargé auprès de vous d’une mission qui m’est bien agréable.
- Avant de remplir mon mandat tout tracé et tout défini, qui est de vous offrir le volume que je tiens, je me permets de saisir l’occasion qui se présente pour dire quelques mots, qui n’ajoutent rien cependant aux éloquents discours qui viennnent d’être prononcés.
- Les questions économiques et sociales sont à l’ordre du jour ; toutes les nations civilisées cherchent aujourd’hui les moyens à employer pour que les citoyens qui les composent aient au moins la vie assurée par le travail.
- Je l’ai dit, déjà en 1889, ces nations représentent des agglomérations d’hommes qui diffèrent entre eux par des côtés multiples. Il y a des inégalités de forces physiques et d’intelligence dont la nature est seule responsable ; il y
- a des inégalités de situation et de moyens d’existence dont je ne veux pas analyser les causes.
- Ces inégalités se partagent en deux divisions profondes : les hommes qui rapportent tous leurs actes à eux-mêmes, ce sont les égoïstes ; ceux qui pratiquent la mutualité sous toutes ses formes pour affirmer leur solidarité avec leurs semblables, ce sont les coopérateurs.
- Oui, nous Coopérateurs, nous cherchons l’organisation qui peut être créée en vue de donner à chacun, selon sa force, la place qui lui convient dans le mouvement général.
- Nous avons considéré d’abord que les hommes sont égaux devant les besoins matériels de la vie, et nous avons voulu les grouper en formant les Sociétés Coopératives de Consommation.
- Nous avons attribué à cette action si simple, des résultats et des progrès considérables qui ont été fort discutés, mais nous ne nous y arrêterons pas.
- Les Sociétés Coopératives répandues en France, ont voulu ensuite augmenter leur force et elles ont créé le Comité Central Coopératif de France qui les unit et qui ouvre le présent Congrès.
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- Membres de ce Comité, nous exécutons le mandat qu'elles nous ont donné en faisant tous nos efforts pour que l’association soit enfin comprise et produise ce que nous en attendons.
- Notre rôle est modeste, M. le Président, nous travaillons dans le silence, et le dévouement que nous apportons quelquefois à notre tâche, ne peut appeler ni récompense, ni reconnaissance.
- Mais à nous, vos collègues du Comité Central, à nous qui avons été les témoins de vos travaux et de votre dévouement particulier à notre cause commune, il nous est bien permis de vous offrir un souvenir qui affirme notre estime et notre gratitude.
- Vous ne trouverez pas dans ce volume de longues dissertations sur les principes delà coopération et sur les bienfaits qu’elle peut procurer. Vous y verrez seulement les physionomies reproduites de vos collègues et amis, et peut-être lirez-vous quand même sur chacune d’elles des pensées de confiance et d’espérance dans l’avenir.
- Les quelques mots que je viens de prononcer s’effacent, du reste, devant la dédicace inscrite en tête de ce volume et, dont je dois vous donner lecture :
- A Monsieur Frédéric Clavel, Président du Comité Central Coopératif de France.
- Cher Président,
- Il y a quelques mois, au Congrès coopératif de Lincoln, le Comité Central des Sociétés coopératives de France offrait au doyen de la coopération anglaise, Vansittart Neale, un album contenant les photographies de ses membres.
- Le Comité de France se joignait à cette occasion au Comité de la Grande-Bretagne, pour honorer un grand citoyen qui a consacré sa vie au service de la coopération.
- Cet acte de confraternité internationale a rappelé aux coopérateurs de France qu’ils ont depuis longtemps contracté une dette de recon_ naissance envers un de leurs compatriotes, l’honorable M. Clavel.
- Ce doyen de la Coopération française que nous sommes heureux de conserver à notre tête, grâce à son dévouement infatigable, s’est consacré, lui aussi, au service de la coopération,
- soit comme fondateur et Président de l’Abeille Suresnoise, soit comme conseiller de tous les coopérateurs qui ont eu besoin de lui, soit enfin comme Président du Comité Central Coopératif de France.
- Cette dernière mission n’a pas été la moins brillante de celles qu’il a remplies avec le désintéressement absolu dont il a toujours fait preuve. Le Président, toujours honoré et écouté du Comité Central, a servi de point de ralliement aux groupes disposés à s’unir.
- Lorsqu’il a fallu défendre la coopération française devant les Chambres ou la prémunir contre certains périls intérieurs, il a toujours montré que les intérêts de la Fédération des Sociétés coopératives doivent être dirigés par le libre suffrage de tous les coopérateurs.
- C’est ainsi seulement que la coopération française pourra devenir forte et servir véritablement à l’émancipation de la classe ouvrière. Tels sont les motifs d’un ordre élevé pour lesquels les membres du Comité Central, au nom de la Fédération nationale des Sociétés coopératives, ont l’honneur d’offrir publiquement cet album à leur Président en témoignage de leur profonde reconnaissance pour les longs et dévoués services qu’il a rendus aux Coopérateurs de France.
- Veuillez agréer, cher Président, le sincère hommage de nos sentiments respectueux et dévoués.
- Les membres du Comité Central.
- La salle tout entière a tenu à prouver, par ses acclamations enthousiastes, qu’elle s’associait de tout son cœur à la manifestation si affectueuse dont M. Clavel était l’objet, de la part de ses collègues et amis.
- !?I. Clavel s’adressant au public :
- « Cette partie du programme m’avait été soigneusement cachée, probalement par condescendance pour vous ; mes collègues ont sans, doute pensé que si j’étais informé de l’honneur qu’ils comptaient me faire en me remettant publiquement un témoignage de leur estime, je ne manquerais pas de préparer un petit discours approprié à la circonstance et que cela retarderait d’autant le plaisir que vous vous promettiez en venant assister à cette fête.
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- « Ainsi pris à l’improviste et dominé par l’émotion, je ne trouve que ces simples mots en réponse aux paroles beaucoup trop élogieuses que M. Fitsch vient de prononcer sur mon compte : « Mes chers collègues, je suis très touché du souvenir que vous voulez bien m’offrir et je vous en remercie du plus profond de mon cœur. »
- L’Harmonie de Clichy termine par l’exécution d'Aïda (Verdi), qui est brillamment enlevé aux applaudissements des assistants.
- Le concert organisé par le Magasin de Gros a suivi les discours.
- Grand succès pour les artistes qui ont bien voulu prêter leur concours à cette fête.
- A dixheures, un punch offert par les Sociétés parisiennes de la Seine aux délégués de province et de l’étranger réunissait également de nombreux délégués ; en l’absence de M. Clavel, M. Fitsch présidait. De nombreux toasts ont été portés.
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- DEUXIÈME SÉANCE DU CONGRÈS
- Tenue le 14 Septembre 1891, à la Mairie du 6e Arrondissement
- Quatre-vingt-dix-huit Sociétés étaient présentes.
- M. Clavel, Président du Comité Central, assisté de M. Fitsch, Vice-Président et de M. Ch. Robert, Secrétaire général, ouvre la séance à 2 heures 50, en faisant remarquer à l’Assemblée que le Bureau aurait dû être nommé la veille à la séance d’ouverture, conformément au programme du Congrès, mais que les circonstances que tout le monde connaît en ont empêché la formation.
- M. Clavel. — Avant de vous prier de constituer le Bureau, je vais vous donner communication de quelques lettres d’excuses adressées au Comité Central par trois Présidents d’honneur empêchés d’assister au Congrès :
- i° Lettre de M. Hippolyte Maze, rapporteur, au Sénat, de la loi sur les Associations Coopératives, retenu à la campagne par l’état de sa santé.
- M. Maze termine sa lettre par ces mots :
- « Dites bien au Congrès que je ferai tous « mes efforts pour que la loi sur les Associa-« tions Coopératives vienne en discussion « dans le plus bref délai possible, et assurez « tous vos collaborateurs de mon entier dé-« vouement à leur cause, ou pour mieux dire, « notre cause. »
- 20 Lettre de M. Léon Say, député, qui après s’être excusé de ne pouvoir suivre les travaux du Congrès, ajoute : « Qu’il serait « très honoré d’être sur la liste des Prési-« dents d’honneur avec les hommes distingués « dont on lui parlait dans la lettre d’invi-« tation. »
- Ÿ Lettre de M. Jules Siegfried, député, qui a prononcé le discours d’ouverture au précédent Congrès. M. Siegfried écrit ceci : « Je remercie le Comité Central de la de-« mande qu’il veut bien me faire d’inscrire « mon nom parmi ceux des Présidents d’hon-« neur du Congrès de Paris, ce que j’accepte « avec plaisir. Vous savez que je suis grand « partisan de la coopération. Veuillez dire au « Comité Central et aux Membres du Con-« grès, que je serai toujours heureux de leur « donner mon concours toutes les fois que je « pourrai leur être utile. »
- M. Clavel. — Je suis très heureux de communiquer au Congrès les lettres de ces personnages dont nous aurons le plus grand besoin pour mener à bien la loi coopérative ! que nous attendons depuis si longtemps.
- Vous avez à constituer le Bureau définitif du Congrès et je ne sais de quelle façon vous voudrez procéder.
- Avant de vous consulter sur le mode de nomination, je vais vous donner communication d’une liste qui m’est remise comme émanant du Comité Central.
- Voici les propositions du Comité Central :
- Président : M. Clavel.
- Je vous prie de croire que ce n’est pas moi qui me suis proposé.
- Vice-Présidents : MM. Fitsch, Lebeau, Chiousse et Bernardot.
- Si vous ne connaissez pas quelles sont les qualités de ces Messieurs, je vais vous les indiquer :
- M. Fitsch est Président de la Société du XVIIIe arrondissement, une des plus impor-
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- tantes de Paris et Vice-Président du Comité Central.
- M. Lebeau, Vice-Président du Comité Central, est membre de la Société Parisienne « la Picpus ».
- M. Chiousse est Secrétaire général de la Fédération des Sociétés Coopératives du Chemin de fer de P.-L.-M. Il réunit toutes les qualités nécessaires pour présider les séances du Congrès.
- M. Bernardot que la plupart d’entre nous connaissent, est le représentant du Familistère de Guise.
- Quant aux Secrétaires, au nombre de quatre, on propose pour cette fonction : MM. Chevalier, Tutin, Cernesson, Soria.
- Maintenant que je vous ai donné communication de cette liste, je vous demanderai comment vous voulez constituer le Bureau? voulez-vous le nommer par acclamation ou bien procéder à l’élection au scrutin secret ?
- M. Collard. — Je propose, puisque le Congrès est international, de réserver au moins deux places parmi les Vice-Présidents pour les étrangers.
- Je propose de nommer M. Jacques.
- II. C'iavel. — M. Jacques est déjà Président d’honneur.
- M. Collard. — Pour moi, c’est une question de principe; je ne dis pas qu’il y ait des Délégués qui ne sont pas dignes de notre confiance, mais je demande que l’on réserve des places au Bureau pour les Délégués étrangers.
- M. Cotli. — C’est à l’Assemblée à nommer son Bureau et je demande qu’on y procède immédiatement.
- M. Collard. — Citoyens, nous pensons dans nos Sociétés Coopératives qu’il ne faut pas dire : Accceptez tel ou tel Délégué, pour faire partie du Bureau, mais dire : votez pour le Délégué que vous désirez.
- Je demande que ma proposition soit mise aux voix.
- M. de Boyve. — Messieurs, je crois que si le Bureau a été choisi, c’est que nous sommes d’accord ; nous connaissons tous les membres que l’on nous propose, et si nous
- discutons davantage, il y eaa pour une heure à constituer le Bureau.
- M. Col Ii — Mais il y en a pour cinq minutes.
- M. Urbain. —Je propose, pour éviter de perdre beaucoup de temps, de voter par acclamation le Bureau choisi par des hommes dévoués à la coopération.
- M. foulard. — Il n’y a pas dans l’Assemblée de Comité Central, ce sont des Délégués venant discuter les intérêts de la coopération, c’est à ces Délégués à nommer le Bureau.
- Je propose M. Regnier de la « Moison-neuse ».
- M. Regnier. — Voulez-vous me permettre, puisque c’est moi l’intéressé, de vous donner mon avis ? Laissez tout à fait ma candidature en dehors, mais il vaudrait peut-être mieux que le Bureau fût constitué par de nouveaux éléments.
- Je retire donc ma candidature et laisse à l’initiative de mes collègues la nomination du Bureau. Je ferai remarquer que la plupart d’entre nous ne connaissent par les noms de leurs collègues et ne pourraient choisir un nom connu de nous.
- M. Fitscli. — Mon nom a été présenté; je remercie mes amis du Comité Central, mais je demande qu’on laisse en dehors ma candidature; je me retire et laisse l’Assemblée libre de désigner son Bureau.
- ll.Penault. — C’est un principe démocratique qui est en cause : dans toutes les réunions, le Bureau est toujours nommé par l'Assemblée.
- Tl. Bernardot.— Comme M. Regnier, je suis intéressé dans la question et je suis d’avis de me rallier à la proposition de nommer le Bureau par le Congrès lui-même.
- On vous propose quatre Vice-Présidents? Nous avons des représentants de l’Angleterre et de la Belgique. Je m’unis à l’idée de M. Regnier et de laisser deux places de Vice-Présidents aux délégués Anglais et Belges.
- Après la manifestation des suffrages, nous rentrerons dans la question pratique et nous 1 commencerons à travailler.
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- ML Collard. — Je maintiens ma proposition précédente concernant les étrangers.
- M. CliioMSse. — Mon nom a été présenté par le Comité Central sans que celui-ci m’ait demandé mon avis. J’en remercie mes amis et, en présence des propositions faites dans l’Assemblée, je retire ma candidature.
- M. Urbain. — Je me rallie à la proposition de laisser à l’Assemblée la nomination du Bureau, c’est plus démocratique. Je demande le vote par acclamation; que l’on procède aux votes.
- Quant aux désistements qui viennent de nous être offerts, nous les examinerons et nous verrons ce que nous aurons à faire.
- Le nom de M. Regnier est lancé.
- II. Clavel. — Messieurs; d’après les propositions qui viennent d’être faites et qui paraissent rallier la majorité de l’Assemblée, nous allons procéder au vote pour les fonctions de président, je vous demanderai un ou plusieurs noms.
- ML I.o8 ï» — Pour éviter les discussions, je demande qu’on nomme des Sociétés et non des personnalités. Le Délégué de la Société nommée prendra place au Bureau.
- ML Clavel. — C’est impossible, il faut un nom propre à mettre aux voix et l’on ne peut nommer que Monsieur tel ou tel.
- M. Uotlt. — Je demande que l’on mette ma proposition aux voix.
- M. Clavel. — Evidemment, quel que soit le vote de l’Assemblée, c’est elle qui est toujours maîtresse, mais il y a différents modes de procéder pour arriver à ce but.
- Les noms de MM. Clavel, Regnier, Kugler sont prononcés de nouveau.
- M. Urbain. — J’ai fait une proposition et je la reproduis : je demande que le choix du Bureau soit laissé à l’Assemblée et je propose que l’on vote non par bulletin secret, mais par main levée sur des noms proposés; celui qui aura réuni le plus de voix sera élu.
- M. Clavel.— Vous avez proposé comme président MM. Regnier et Clavel; je vous prie donc de voter sur le nom de M. Regnier, délégué de la « Moissonneuse » ou sur le nom de M. Clavel, Président du Comité Central.
- M. Urbain. —• Je crois qu’il est de principe de voter sur chaque nom séparément ; il serait bon de savoir quel est celui des deux qui est proposé, afin d’éviter la confusion.
- M. Penault. — S’il y a plusieurs noms proposés, qu’on les inscrive au tableau et qu’on vote sur chacun séparément.
- II. Jacques. — Permettez-moi, en ma qualité de Belge de vous faire remarquer que vous agitez des questions personnelles qu’il faut chercher à éviter dans l’intérêt même du Congrès. Qu’il me soit permis de présenter la candidature de M. Clavel. M. Clavel a préparé les travaux du Congrès, il est à même de les mener à bonne fin. Parmi les candidats, il s’en trouve qui sont dans les mêmes conditions mais qui ne sont pas au courant de toutes les questions de détail comme M. Clavel. On ne s’impose pas Président d’un Congrès sans en connaître les tenants et les aboutissants ; je propose à l’Assemblée de porter tous ses suffrages sur le nom de M. Clavel.
- M. Clavel. — Ceci est l’expression d’une opinion personnelle qui n’entrave en rien la liberté du Congrès de présenter d’autres noms pour la présidence. Vous voterez sur chacun d’eux, et la majorité décidera.
- M. Rose (de la Vincennoise). — Je demande la parole pour faire cette déclaration qu’il n’y a aucun parti pris de notre part; nous rendons justice à M. Clavel, mais nous sommes contre le principe de vouloir imposer une présidence ; c’est l’Assemblée elle-même qui nomme son Bureau et non le Bureau qui se nomme.
- M. Régnier. — C’est moi que l’on propose ; je n’aurais pas voulu être nommé, mais si c’est mon nom qui obtient les suffrages, ce sera au nom de la Moissonneuse que j’accepterai le mandat. Je reconnais que M. Clavel est d’une grande compétence et qu’il a rendu de grands services ; je trouve que la coopération ne va pas assez vite, il faut que l’on commence par quelque chose; l’éducation des travailleurs n’est pas faite, il faut la faire et par tous les moyens ; je ne veux pas que ma personnalité soit en jeu. En tant que personnalité je me retire, en tant
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- que délégué de la Moissonneuse j’accepte ; je supplie les autres délégués de bien me comprendre, je ne suis rien et tiens à vous le déclarer d’avance.
- MT. Paris, délégué de Y Espérance, de Noisy-le-Sec. — Voici ce que je demande : Vous n’êtes pas sans savoir que quand on fait un Congrès, tous ceux qui y viennent doivent y prendre une part active ; nous tenons à ne pas être annihilés dans ce Congrès, nous ne pouvons accepter ceci.
- M. Clavel. — J’ai à répondre à cela que nous n'imposons qui que ce soit, et s’il faut effacer mon nom, je suis prêt à le faire. Je veux bien rendre service, mais je ne m’imposerai à personne.
- M. Paris. — Nous sommes d’accord.
- M. Clavel. — Messieurs, il y a deux noms de proposés, en propose-t-on un troisième ?
- Plusieurs voix : Non !
- M. Clavel. — Je mets aux voix le nom de M. Régnier comme président du Congrès. Que ceux qui veulent l’accepter lèvent la main.
- M. U r S» ai sa. — Je demande la parole pour une motion d’ordre. Je viens dire que je suis l’adversaire absolu du scrutin secret ; il n’y a pas un seul des coopérateurs présents qui ne puisse voter tout haut ; je voterai pour M. Clavel qui a été la lumière du Comité Central. Cela ne m’empêche pas d’être avec les plus socialistes. (La clôture !) Que ceux qui sont d’avis pour M. Régnier lèvent la main.
- M. Régnier. — Je tiens à répondre à M. Urbain.que je n’ai pas plus peur du suffrage secret que du suffrage par acclamation. S’il y avait un autre moyen, je préconiserai le vote par appel nominal, de cette façon je laisse libre de voter soit par appel nominal, soit par main levée, et je n’ai peur ni de l’un ni de l’autre.
- II. Clavel. — Pour qu’il y ait la plus complète régularité dans le vote, je vous prie de vouloir, pour exprimer votre vote, prendre en main votre carte de délégué.
- Nous procédons au vote.
- Que ceux qui sont d’avis de nommer M. Régnier Président veuillent bien lever la main. — 15 voix.
- Que ceux qui sont d’avis de nommer M. Clavel Président du Congrès lèvent la main.
- Devant la grande majorité on peut se dispenser de compter ; nous avons constaté 15 voix pour M. Régnier; M. Clavel représente la grande majorité du Congrès.
- M. Clavel. — Je ne veux pas interrompre le vote pour vous remercier; je vous demande de désigner des noms pour les fonctions de vice-président.
- — M. Régnier.
- M. Collard. —Je demande que le premier nom soit un délégué étranger.
- iff. Faseolte, délégué de la Famille. — Messieurs, nous avons 4 vice-présidents à nommer ; je demande qu’il en soit pris 2 parmi les délégués étrangers et deux parmi les délégués français.
- M. Soria. — J’ai levé la main tout à l’heure à l’appel du nom de M. Régnier ; j’ai fait erreur, j’ai cru voter pour M. Clavel, président ; mon vote est donc pour ce dernier.
- Sont proposés comme vice-présidents : MM. Anseele, de Gand,
- Bertrand de Marcinelle.
- Ces deux délégués sont étrangers.
- Il n’y a qu’un seul délégué anglais et il ne sait pas un mot de français.
- MM. Bernardot, de Guise,
- Chiousse, de la Fédération P.-L.-M. Fitsch, du xvme arrondissement.
- M. Fitsch. — Messieurs, je vous en prie, ne votez pas pour moi ; je suis membre du Comité Central, j’ai là une situation qui peut gêner et je suis heureux de reprendre ma liberté dans cette séance.
- On inscrit les noms des candidats proposés sur un tableau.
- SI. Jaumain. — Je ferai remarquer qu’il a été désigné deux délégués belges ; il a été question de représenter l’Angleterre, je demande donc qu’elle soit représentée au bureau.
- M. Clavel. — J’ai demandé si M. Ber-
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- t-rand venait au Congrès. On m’a répondu que non.
- TI. Bertrand. — Je demande la parole pour vous faire remarquer que ma personna- : lité est distincte de celle de M. Louis Bertrand,, du journal Le Peuple, organe de la démocratie socialiste à Bruxelles, qui a assisté à Paris au Congrès Coopératif de 1889.
- Je suis donc M. Bertrand, de Marcinelle, employé de chemins de fer. J’accepte d’être candidat et je remercie le Congrès de faire une si large place aux étrangers.
- TI. CSaveï. — Nous sommes d’accord. Avant de passer à la désignation des candidats ....
- M. Pacotte. — Nous avons 5 candidats ; je demande que la place de deux étrangers soit assurée au bureau.
- M. Clavel. — Il y a là une question de principe sur laquelle le Congrès doit se prononcer ; les membres sont libres de porter-leur vote sur tel ou tel candidat, quelle que-soit la nationalité, mais si on demande que deux étrangers aient droit à la priorité et soient nommés vice-présidents, ce sera assurer la nomination de deux Belges. Je ne m’y: oppose pas, mais encore faut-il que le procédé? soit bien compris.
- I?I. Ré gosier. — Je demande la parole : sur les 5 candidats présentés il y a deux étrangers et deux français à élire ; je prie les camarades de me permettre de me retirer et ..je demande l’approbation, de mes co-délégués. Donc, le délégué de la Moissonneuse n’est pas candidat. .
- M. Jaeques. —Je crois que nous perdons un temps précieux ; je le répète, il y a; ici des Belges, venus pour- travailler dans le, but commun; je comprends que l’on offre, '•aune place à des délégués étrangers, mais. je n’admets pas qu’on force l’assemblée. Je demande que l’assemblée, çonserve sa liberté1 et qu’il ne soit pas question de nationalité : il ; n’y a ni Français,, ni Anglais, ni Belges, nous: sommes tous coopérateurs.
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- I?I. Joumain. — Le camarade An- ! vseele n’étant pas présent ne peut accepter sa candidature.
- Un membre du Congrès. — L’assemblée est maîtrésse de choisir ses candidats..
- R. Bernardol. — Au nom de l’assemblée, ne perdons pas notre temps. Nous allons procéder au vote ; ceux qui seront élus seront vice-présidents et vous resterez tous des hommes qui avez la force de votre opinion. Si un vice-président voulait imposer sa volonté, vous seriez assez forts pour lui imposer la vôtre.
- M. Clavel. — Je mets aux voix la candidature de M. Régnier. Cette candidature est acceptée.
- La candidature de M. Anseele est mise aux voix. Celui-ci étant absent, ne recueille pas le nombre de voix nécessaires pour être élu.
- Celle de M. Bertrand est acceptée.
- Celle de M . Bernardot est acceptée.
- Celle de M. Chiousse est acceptée.
- M. Clavel. — Messieurs, il nous reste à désigner les secrétaires qui ont des fonctions importantes, qui exigent une grande assiduité et une certaine facilité de rédaction ; ils sont également chargés de rendre compte des séances.
- On propose^ : ,,
- MM. Cernesson, de Sens ; . '
- Soria, de 1 ’ Union syndicale Chevalier, de Villeneuve-SLGeoeges ; Tutin. de la Confiance de Courbevoie; Lebourg, de Levallois-Perret.
- M. Cernesson. —Je ne puis accepter les fonctions de secrétaire ; je décline lacandida-ture.
- Tl. Claveü. — Comme il n’y pas d’autre nom, voulez-vous voter les 4 noms à la fois'?
- OU I. On passe au vote. Adopté.
- M. Clavel. — LelBureau étant constitué, je prie les vice-présidents et les secrétaires de prendre place au Bureau.
- Messieurs, je ne vous ferai pas perdre votre temps en vous adressant des remerciements ; au nom du Bureau, vous -pouvez être assurés de notre zèle et de l’impartialité la plus complète; - - , .
- Mais vous n’en avez pas fini avec les nominations.
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- Il faut encore que vous nommiez une Commission d’initiative qui sera chargée, aux termes du règlement, d’examiner les questions faites en dehors du Congrès, afin d’en rendre compte, de façon à ce que ces propositions puissent prendre place dans les débats.
- Nommons un ou deux délégués appartenant à l’industrie, parce qu’ils sont à même de donner un avis compétent; nous avons le représentant de la Société de Trith-Saint-Léger qui, contremaître dans une manufacture importante, aurait été excellent, mais les obligations de son travail l’obligent à se reti-tirer. Je vous prierai d’indiquer les noms.des délégués qui pourraient faire partie de cette Commission.
- Veuillez m’indiquer 7 ou 8 noms; nous les mettrons aux voix et nous irons vite ; je crois que vous serez tous consentants.
- ]TI. Gabriel Félix. — Ceux qui vont donner des noms en connaissent peut-être quelques-uns, mais la majorité ne les connaît pas, et il me semble bien difficile de désigner des noms dans ces conditions.
- Je demande qu’on donne une liste des noms des délégués à chacun des congressistes.
- M. Clavel. — Je vous dirai qu’il eût été impossible de vous donner cette liste d’avance car des adhésions nous sont arrivées au dernier moment; il aurait fallu connaître d’avance les noms des délégués pour faire cette liste.
- ML Aiadéoasd. — La liste des délégués se trouve entre les mains du Bureau pour la vérification des pouvoirs. Le Bureau pourrait la communiquer de vive voix.
- ML Chevalier. — Voici les noms des délégués, on peut vous les indiquer, mais je crois que vous les oublierez à mesuré qu’ils vous seront nommés.
- Un délégué de la presse émet un avis, c’est que les délégués désignés comme candidats se lèvent et disent les noms des Sociétés qu’ils représentent.
- M. Bernardot. — Il s’agit de nommer une Commission d’initiative ; nous ne nous connaissons pas beaucoup les uns des autres. Dans une Commission de ce genre, il s’agit de travailler et de faire de la bonne besogne; je meilleur moyen de constituer cette Com-
- mission serait que les personnes qui désirent en faire partie veuillent bien se désigner elles-mêmes et faire acte de bonne volonté; ce sera un moyen d’avancer le Congrès.
- M. Galand, Economie de Saint-Maur. — Je tiens à demander un renseignement: il peut y avoir des possibilités et des impossibilités. Il serait bon que les membres de cette Commission sachent à quoi ils s’engagent en acceptant.
- ML Clavel. — Les Commissaires viendront de g heures à midi pour travailler, étudier les questions et faire un rapport. Je comprends où veut en venir l’orateur qui vient de parler ; les membres ne sont pas assurés d’être libres, il désire savoir si on sera obligé d’assister à toutes les séances, oui; mais si nous suivons l’exemple donné par les pouvoirs législatifs, je puis vous dire que chaque Commission devant être composée de 11 membres, il il y en a en général deux ou trois qui travaillent; on ne s’engage pas d’une façon absolue. Lors même que vous accepteriez de faire partie de la Commission, vous pourriez dire au président : J’ai à m'absenter demain pour tel ou tel motif, veuillez m’excuser.
- Il n’y a jusqu’à présent à soumettre à cette Commission que deux questions qui pourront être débattues par le Congrès; les membres de cette Commission n’auront qu’à donner leur opinion sur la prise en considération des propositions qui seront faites; par conséquent, le travail ne sera pas bien fatigant.
- M. Urbain.— Je demande que l’on fixe le nombre des Commissaires.
- M. Jacques. — Je crois que la question la plus pratique serait de nommer une Commission spéciale pour chacune des questions, une seule ne répondrait pas à toutes, si on donne lecture des propositions qui seront parvenues; nous aurons des personnes qui auront des aptitudes spéciales pour discuter la question. A mon point de vue, il serait préférable de donner lecture de la proposition et de nommer une Commission qui serait chargée de discuter la question.
- M. Clavel est du même avis, mais le règlement dont il donne lecture s’y oppose. Toutes les propositions qui seront faites au Congrès en dehors seront sonmises à la Commis-
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- sion d’examen qui fera son rapport au Congrès. Si la Commission conclut à une prise en considération, le Congrès la discutera ; cela ne veut pas dire que cette Commission examinera toutes les questions, il est très possible que lorsque la Commission aura décidé de prendre une proposition en considération, le Congrès juge à propos de nommer une Commission spéciale. Je ne puis pas vous proposer autre chose, je suis obligé de suivre le règlement.
- Je demande qu’on propose des noms.
- Ils sont inscrits au tableau au fur et à mesure des propositions. Ce sont :
- MM. Verrhcjst, d’Anvers ;
- Collard, de Marseille;
- Vangin, locomotive de St-Etienne ; Kugler, Lilasienne ;
- Régnier, Moissonneuse;
- Vinen, 'Vincennorse ;
- Bonnet, Guérigny;
- Urbain, Picpus ;
- De BoyvE, Nîmes ;
- Michel, de l’Abeille Suresnoise.
- 71. Clavel. — Nous procédons au vote. Que ceux qui sont d’avis d’accepter les noms qui sont inscrits au tableau lèvent la main. Adopté.
- La Commission est donc composée comme il est indiqué ci-dessus.
- M. Clavel. - Il faut nécessairement que les membres qui ont été désignés veuillent bien se réunir ici demain matin, à 9 heures, de façon à examiner les propositions que je leur remettrai, sur lesquelles ils auront à faire un rapport sommaire au Congrès.
- Je vais donner connaissance au Congrès des différentes propositions qui ont été déposées et dont cette Commission aura à s’occuper. Voici la première :
- i° Les soussignés ont l’honneur de vous prier de mettre à l’ordre du jour la rémunération des membres du Comité de surveillance.
- 20 Etablissement d'un Annuaire de la Coopération, accompagné d’une statistique complète du mouvement coopératif tel qu’il en existe pour le syndicat du travail.
- Je puis donner une indication à ce sujet: si l’Annuaire n’a pas été fait, c’est parce que
- les Sociétés ont négligé de répondre aux demandes qui leur ont été adressées pour établir cette statistique. Nous avons adressé des circulaires où on demandait des renseignements statistiques; nous nous sommes adressés à 1100 Sociétés et 25 seulement ont répondu.
- Jugez s’il était possible d’établir une statistique ; cela ne veut pas dire que je vais à l’encontre de ce qui vient d’être proposé.
- Maintenant, il y a une autre question, et si même je la propose à la Commission d’initiative, c’est beaucoup en raison de son importance et un peu parce que je crains que les questions portées à l’ordre du jour et sur lesquelles nous avons à discuter n’occupent pas complètement toutes les séances.
- Voici cette question :
- Y a-t-il lieu, dans l’intérêt des Sociétés coopératives, de présenter des observations lors de l’examen du projet de loi sur les salaires? Le Comité Central, en l’absence du Congrès, représente les Sociétés pour faire vis-à-vis des pouvoirs publics, toutes démarches qui sont utiles, doit-il présenter des observations au sujet de ce projet de loi dont la principale disposition est que les salaires des ouvriers resteront non seulement à l’abri des saisies-arrêts jusqu’à un certain point, mais même à l'abri de la délégation que pourrait en faire l’ouvrier lui-même jusqu’à concurrence des 9/iop. Voilà pourquoi je crois que cette question a une grande importance.
- Le Comité Central a reçu des questions qui lui sont adressées par différentes Sociétés, entre autres par la Société Coopérative anonyme de Dombasle qui s’exprime ainsi :
- « Si on s’en tient aux termes du projet de loi déposé par le Ministre du Commerce, aucune retenue ne pourra être effectuée que dans la limite du i/ioe.
- « Que deviendront les Sociétés Coopératives comme les nôtres, qui existent dans un centre industriel et qui ne doivent leurs moyens d’existence qu’à la faculté qu’elles ont, du consententement de tous les asssociés, de pouvoir faire chaque mois, à la paye, les retenues des sommes qu’elles ont avancées pour leurs Sociétaires ? »
- Le Congrès doit examiner la question et dire au Comité : Suivant nous, il y a ou non
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- des observations à faire; la loi sera favorable ou défavorable aux ouvriers en leur ôtant tout crédit.
- Voilà une des questions.
- M. ©lievalier. — Sur cette question, je demande à être entendu par la Commission.
- M. Clavel. — Je dépose sur le Bureau, pour le mettre à la disposition de la Commission, le projet de loi et une lettre des Sociétés qui indique comment la question doit être posée. Je voudrais que les Membres qui ont été désignés veuillent bien prendre possession des pièces relatives aux différentes questions qui ont été posées.
- Voici une autre proposition :
- 4q Les soussignés ont l’honneur d’inviter le Parlement à voter la loi sur les Sociétés Coopératives, déposée depuis plusieurs années;
- 5° Les soussignés invitent les Délégués des Sociétés de consommation à prier le Sénat et la Chambre de tenir compte des intérêts des consommateurs, en supprimant les taxes qui pèseraient sur eux;
- 6° Les soussignés invitent les Délégués des Sociétés à voter pour la création d’un organe spécial au Comité Central.
- Ces trois propositions sont signées de MM. Collard, Soria, Chiousse, etc.
- M. Collard voudrait-il se charger de prendre ces différentes propositions pour les soumettre à ses collègues ?
- M. Collard. — Je demande que le rapport du Secrétaire général soit renvoyé à la Commission d’examen pour que la Commission puisse l’étudier; ce n’est pas dans un esprit d’hostilité, j’ai toujours soutenu le Comité Centrâl, si je le demande, c’est que, à chaque fois qu’il y a eu un rapport, il a été renvoyé à la Commission d’examen.
- Nous ne savons pas ce qui se passe dans le Comité Central, je suis persuadé qu’il fait ce qu’il peut, mais je dis que nous ne savons pas ce qui s’y passe; je crois que ma proposition n’est pas hostile et je demande donc d’inviter le Comité à déposer son rapport et à le renvoyer à la Commission d’examen.
- M. Clavel. — A l’égard de la proposi-ion faite par M. Collard, e dois déclarer que
- je ne puis consulter le Congrès; quand il aura eu connaissance du rapport, il aura alors à se prononcer sur son impression ou son renvoi à la Commission. J’estime que le Comité doit faire connaître au Congrès le résumé de ses travaux; quand vous aurez pris connaissance de ce résumé, vous prendrez une décision sur la suite à donner.
- M. Collard. — Je me rallie à ce qu’a dit M. Clavel. Je demande que l’on discute ce rapport.
- M. Clavel. — J’ai maintenant à demander au Congrès de vouloir bien fixer son ordre du jour : on a déjà fait des propositions, il a été demandé que, en raison de ce qu’un certain nombre de Délégués appartenant à des Sociétés ouvrières ne peuvent assister aux séances de jour et les séances du soir réunissant un plus grand nombre de Coopérateurs, les propositions importantes leur soient réservées, par exemple le rapport à faire par le Secrétaire général du Comité Central. Il y en a une autre qui est réservée également pour la séance du soir, c’est la discussion de l’organisation de la coopération anglaise, en ce qu’elle aura d’applicable aux Sociétés françaises. Il y a aussi le rapport qui a été fait sur l’examen des divers systèmes relatifs au contrôle des marchandises, enfin l’analyse des réponses faites par les Sociétés françaises aux questions du Comité Central : rémunération des employés, commis, ouvriers, etc.
- Il nous restera donc pour les séances de jour la question de l’utilité des Bibliothèques Coopératives. Le Mémoire couronné servira de base aux discussions du Congrès.
- Je viens de présenter ces questions par ordre; y a-t-il opposition à ce qu’elles soient renvoyées aux séances du soir?
- M. Collard. — Le Bureau est souve-verain.
- M. Clavel. — Il est possible que le Bureau soit souverain, mais je n’aime pas qu’il fasse sentir sa souveraineté.
- Si vous voulez, nous commencerons par la lecture des mémoires; avant de procéder à une discussion sur ces rapports, il faut que vous sachiez les raisons pour lesquelles tel mémoire a été primé.
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- ML. Soria. —Je demanderai au Congrès de modifier l’ordre du jour.
- Il y aurait intérêt à ce que les Délégués connaissent les travaux du Comité Central, et que les questions importantes.soient traitées dans la séance du soir, ce qui permettrait à un plus grand nombre de. coopérateurs parisiens de prendre part aux débats.
- Je demande donc que la deuxième question ayant trait au contrôle des marchandises, dont MM. Delorme et Briotet ont été nommés, rapporteurs, soit réservée pour demain soir, ayant moi-même un rapport à présenter sur ce sujet.
- M.. Briotet. — Je demande que ce rapport ne soit lu que demain soir, M. Delorme ne pouvant venir à la séance d’aujourd’hui.
- M. Clavel. — Le Congrès admettra que- le rapport sur le contrôle des marchandises soit remis à la séance de demain, car la première question sera étudiée ce soir. La deuxième question passe à l’ordre du jour de demain-.
- Lecture du rapport sur les Bibliothèques.
- M. Clavel. — Vous remarquerez que presque tous les prix et mentions ont été remportés par la ville de Nimes, à bon droit; c’est le foyer d’instruction le plus complet pour la coopération; nous pourrions même ajouter que si Nimes est assez avancée dans la coopération pour présenter des mémoires, c’est qu’elle a depuis longtemps des cours d’instruction coopérative, c’est vous dire que nous devrions en faire autant.
- M. Cernesson. — Parce qu’il y a de vieux coopérateurs à Nimes, tel que M. de Boyve.
- M. tle Boyve., — Je dois dire que M. Fabre, ancien ouvrier du Familistère de Guise, est un de ceux qui ont le plus contribué à répandre la coopération à Nimes. Je lui rends l’hommage qui lui est dû.
- M. Clavel. — Voici une lettre de M. Doumer, ancien député, ancien rapporteur de la loi sur les associations coopératives à la Chambre des Députés, qui, en sa qualité de chef du cabinet de M. le Président de la Chambre des Députés, mous informe que M.
- Floquet, invité par le Comité Central à assister au Congrès, s’excuse de ne pouvoir s’y rendre, étant obligé de partir pour Mont-sous-Vaudrey, afin d’assister aux obsèques de M. Jules Grévy.
- Je suis d’avis de remettre la discussion à ce soir, en raison de l’heure avancée; il y aura des discussions plus intéressantes.
- Quelques membres font remarquer qu’il reste assez de temps pour entendre la lecture de ce travail.
- M. Clavel. — Je croyais qu’il était plus tard que cela, et je prie un des vice-présidents de donner lecture du rapport sur la création des bibliothèques.
- M. Cranuin. — Il est inutile de lire ce rapport, nous pourrions l’étudier chacun de notre côté et l’on pourrait discuter demain en pleine connaissance de cause.
- M. Cernesson. — A propos du rapport, je soumets une question au Comité Central. Ne pourrait-il pas au Congrès suivant faire imprimer d’avance les rapports pour que nous puissions les étudier, toute longue discussion serait ainsi évitée.
- M. Bertrand.—Je ne puis que m’associer à la proposition faite par M. Cernesson; nous arrivons, nous ne pouvons pas consacrer tout notre temps au Congrès, ayant déjà reçu mission de visiter plusieurs Sociétés parisiennes pour nous rendre compte de leur fonctionnement ; nous ne sommes pas universels. Pour le rapport présenté par M. Jacques, nous avons demandé et obtenu de nos sociétés qu’il soit imprimé; je croyais voir ce rapport distribué à tous les membres.
- M. Clavel. — Vous demandez qu’un mois à l’avance, les délégués aient connaissance des rapports qu'ils auront à discuter.
- C’est juste, mais ce qui serait encore plus juste, c’est que les Sociétés n’attendissent pas la veille du Congrès pour nous faire connaître qu’elles y adhèrent. Que l’on n’accuse pas le Comité du retard apporté par les _So-ciétés.
- Au moment de l’exposition, nous avons pu le faire parce que nous avions une subvention : du Ministre du Commerce pour faire faire l’impression des rapports par l’Imprimerie
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- Nationale. Nous ne les avons pas envoyés aux délégués, mais à toutes les'Sociétés, de façon à avoir la certitude que tous les membres du Congrès auraient pris connaissance de ces rapports; nous ne pouvons pas le faire, parce que si nous vous présentions notre caisse vous trouveriez qu’elle est trop légère pour supporter tous les frais. Les Sociétés ne comprennent pas encore suffisamment la nécessité d’avoir un défenseur dans la Capitale.
- M. Cerne^on. — Malgré les observations, ma proposition est acceptable. Il y a là un manque d’organisation dont certainement je ne rends pas responsable le Comité Central, mais je le prie de bien vouloir faire le nécessaire pour qu’à l’avenir les rapports soient envoyés avant le Congrès, afin d’être discutés dans les Sociétés et par le délégué.
- M. Clavel. — Je suis le premier à admettre l’utilité de procéder comme M. Cer-nesson l’a demandé ; je puis affirmer que dans la mesure du possible, le Comité tiendra compte du voeu exprimé par M. Cernesson, et sur lequel vous êtes, je crois, tous d’accord.
- M. «le Boyve. — Je crois que toutes les Sociétés devraient payer une souscription au Comité Central ; je demande que les Sociétés fassent leur versement de 5 centimes par membre, nous pourrions faire tout ce que l’on réclame ; nous en sommes empêchés par l’état de notre caisse.
- M.Uhiosisse. — Il serait juste que les frais soient supportés par les Sociétés prenant part au Congrès, ainsi que nous le faisons au Congrès de la Fédération P.-L.-M.
- M.«le Boy vu*. —Votre organisation n’est pas la nôtre, nous devons verser 5 francs pour participer aux frais du Congrès.
- M. Urbain. — Je crois que nous discutons à côté de la question ; je considère le Comité Central comme indispensable au progrès de la coopération; toutes les Sociétés Coopératives, sans distinction d’opinion, devraient faire adhésion au Comité Central, puisque c’est le seul lien sans lequel nous resterons toujours impuissants.
- Pour' que ces adhésions puissent produire les effets que vous en attendez, il faut que chaque société commence par adhérer au
- Comité en lui versant la cotisation de cinq centimes par membre.
- Le délégué de l’Union des Ménagères. — Je demande qu’on envoie les rapports dans les sociétés beaucoup plus tôt, car les questions seront mieux -discutées.
- M. Cliiougie. — Dans le but de rassurer M. de Boyve, lorsque les Sociétés P.-L.-M. se réunissent, elles chargent leurs directeurs de faire les frais nécessaires.
- Si les ressources du ComitéiCentral ne sont pas suffisantes, on pourrait faire payer les frais aux Sociétés venant au Congrès.
- M. «te Boyve. —- Nous avons des frais en dehors, c’est pour cela que je fais ressortir l’utilité du versement de la cotisation par les Sociétés ; c’est en ma qualité de trésorier que je prends la parole .
- Il y a des délégués qui demandent la création d’un organe spécial ; il y a longtemps que je l’ai demandé, mais cela ne peut être adopté, parce que les ressources manquent.
- Il y a deux sortes de cotisations : i° cinq centimes par an et par membre ; 20 le Comité Central a cinq francs par Société pour faire face aux dépenses du Congrès ; peut-il y faire face ? Mettons 100 Sociétés à 5 francs, soit 500 francs; avec'cette somme on ne pourrait pas satisfaire aux divers desiderata des Sociétés.
- Il est impossible de s’organiser sans argent, commençons donc par supplier les Sociétés de faire de la propagande en faveur du Comité Central ; si vous voulez l’améliorer, apportez lui les moyens nécessaires.
- UI. Soria.—Je reciens les dernières paroles de M. Urbain, nous disant qu’on devrait laisser tout esprit de parti.
- J’ai fait ce que l’on vient de demander, je me suis adressé à des Sociétés parisiennes et je ne croyais pas être appelé à parler aujourd’hui de cette antipathie qui existe, mais si vous voulez que les Sociétés parisiennes viennent au Comité Central, il faut que le Comité se sépare de la Fédération nationale.
- Nous voudrions que le Comité Central ait un titre bien distinct, mais, dès l’instant où le même titre est porté par un groupe commercial, je demanderai au Congrès s’il ne serait pas d’avis que le Comité Central ait un
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- titre tout à fait en dehors du Magasin de I Gros et nous ferons tous nos efforts pour lui amener le plus d’adhésions possible.
- M. Perraialt demande comment les Sociétés peuvent adhérer au Comité Central, ne connaissant ni son règlement ni ses statuts?
- M. Clavel. — Ils ont été envoyés au moyen du Bulletin du Ier février 1891, ainsi que dans la circulaire adressée à toutes les Sociétés le 16 juillet dernier.
- M. Soria. — Pour éviter la confusion entre le Comité Central et le Magasin de Gros, je demande que le Comité ne conserve que le titre Comité Central Coopératif de France et qu’il change de local.
- M. Urbain. — Je vous renouvelle l’appel que je vous ai fait il y a cinq minutes ; si vous voulez que le Congrès prochain produise tous les fruits que vous en attendez, il faut commence>r par le commencement et faire de la propagande pour le Comité Central ; il faut que toutes les Sociétés apportent leur cotisation de 5 centimes par membre, alors, le Comité pourra réaliser tous les désirs qui pourront survenir pour le Congrès suivant.
- M. Fitscb. — J’ai été frappé dès le début de cetto réunion du mouvement d’antagonisme qui règne entre les diverses Sociétés et le Comité, au point que l’on dirait que faire partie du Comité Central est un titre d’exclusion.
- Je vous prie de me pardonner mon appréciation, je suis peut-être dans le faux.
- M. Jacques. — C’est déjà la troisième fois que cette question revient sur le tapis, cette discussion s’éternise ; nous autres délégués étrangers, nous ne sommes pas ici pour discuter ces questions personnelles. Je réclame la clôture de la question.
- M. Clavel. — Que ceux qui sont d’avis de clore l’incident lèvent la main.
- L’incident est clos.
- M. Collard dit que les membres de la Commission d’initiative pourraient avoir encore une demi-heure pour se constituer. Je demande que ceux qui font partie de cette Commission veuillent bien rester au bureau.
- M. Clavel. — Je donne rendez-vous aux autres membres pour ce soir à 8 heures.
- La séance est levée à 5 heures ip.
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- TROISIÈME SÉANCE
- du 14 Septembre 1891, à 8 heures 1\2 du soir
- Présidence de M. Bertrand.
- M. Bertrand. — Messieurs, je crois devoir vous rappeler à l’exactitude de l’heure ; aujourd’hui nous l’avons dépassée. Je déclare la séance ouverte, et crois que nous ferions bien d’inviter les Présidents d’honneur, MM. Mitchell et Jacques, qui sont présents, à bien vouloir prendre place à mes côtés.
- MM. Mitchell et Jacques prennent place au Bureau.
- M. Bertrand.— Nous allons reprendre la suite des débats que nous avons été forcés d’interrompre; mais avant, je tiens à vous remercier de l’honneur que vous me faites en m’appelant à présider l’une de vos réunions. Je ne crains qu’une chose, c’est de ne pas être à la hauteur d’une mission dont je suis chargé pour la première fois. Je m’effacerai complètement en tant que personnalité et je reporterai tout l’honneur que vous me faites sur les sociétés belges. J’émets le vœu que vous me rendiez la tâche facile et que nos travaux soient empreints d’une grande cordialité.
- L’ordre du jour appelle la discussion sur les travaux du Comité Central. La parole est à M. Charles Robert pour la lecture de son rapport.
- M. Régnier. — De l’avis de plusieurs collègues, nous ne nous connaissons pas les uns les autres ; je crois que nous devrions procéder à un appel nominal, cela ne durerait pas longtemps et tout le monde se connaîtrait.
- M. Bertrand. — L’Assemblée se rangera à l’opinion de M. Régnier; si l’on n’y voit pas d’inconvénient, nous ferons l’appel.
- J e reçois une communication de M. Audéoud qui délègue ses pouvoirs à M. Nissard.
- ]?I. Collard. — Sur la manière de voter, je demanderai la parole.
- M. Bertrand. — Je vous l’accorderai tout à l’heure, après la lecture du rapport de M. Charles Robert, «sur les opérations du Comité Central, depuis le dernier Congrès.»
- L’appel nominal est fait par l’un des secrétaires, puis le Président donne la parole à M. Charles Robert.
- RAPPORT
- présenté au Congrès par le Comité Central, sur ses travaux de Vannée dans la Séance du Lundi 14 Septembre 1891
- Sociétés de province, a chargé ledit Comité Central d’y donner satisfaction autant qu’il le pourra, et notamment de présenter à chaque Congrès un rapport sur ses travaux (i). Conformément à ce vœu, nous avons l’hon-
- (i) Compte rendu du Congrès de Marseille, page 125.
- Messieurs,
- Dans sa séance du 15 octobre 1890, le Congrès de Marseille, sur la proposition de son président, M. Fitsch, prenant en considération le désir légitimement exprimé par M. Rey, de Marseille, de voir le Comité Central en relations aussi suivies que possible avec les
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- neur de soumettre au Congrès de Paris, au nom du Comité Central, le présent rapport relatif à l’année coopérative qui vient de s’écouler.
- Le Comité Central, depuis le mois d’avril dernier, insère dans le Bulletin de la Fêdé*-ration Nationale, aussi régulièrement qu’il le peut, un compte rendu sommaire de ses délibérations.
- Conformément à l’article 7 des Statuts, le Comité Central a siégé en séance ordinaire une fois par mois. Il a tenu, en outre, depuis le dernier Congrès et notamment pour la préparation du Congrès de Paris, plusieurs séances extraordinaires.
- Le Congrès sait que dans l’article 6 des Statuts publiés dans le Bulletin du icr février 11890, les attributions du Comité Central sont énumérées comme suit :
- i° Poursuivre la réalisation des vœux du dernier Congrès ;
- 20' S’occuper de toutes les questions intéressant la coopération qui se produisent dans l’intervalle des Congrès;
- 30 Renseigner les Sociétés sur tous les points qui lui seront soumis;
- 40 Provoquer, par une active propagande, par la presse, par des conférences et, en général, par tous les moyens qu’il jugera utiles, la création de Sociétés nouvelles partout où le besoin s’en fera sentir;
- 5° Préparer, avec l’aide du Comité local, le Congrès suivant.
- Nous suivrons, dans le présent rapport, l’ordre indiqué par cet article.
- CHAPITRE PREMIER
- Suite donnée aux vœux du Congrès de Marseille
- 1° Concours coopératifs
- Dans sa séance du 13 octobre 1890, le Congrès de Marseille, après avoir entendu un rapport de M. de Boyve sur l’instruction coopérative, a décidé que deux concours seraient ouverts chaque année, par le Comité Central, savoir :
- i° Un prix de 50 francs au minimum sera
- donné à tout coopérateur (membre actif d’une Société depuis un an au moins) qui aura fait le meilleur travail sur une question coopérative posée par le Comité Central;
- 20 Afin d’engager les instituteurs à étudier le mouvement coopératif et à en faire connaître les avantages à leurs élèves, un prix de 100 francs sera donné chaque année à l’instituteur qui aura fait le meilleur travail sur la coopération.
- Conformément à ce vœu, le Comité Central a ouvert deux concours dont les sujets sont inscrits à l’ordre du jour du Congrès, l’un avec un prix de 50 francs entre coopérateurs, sur la création des bibliothèques coopératives ; l’autre, avec un prix de 100 francs entre instituteurs, consistant en une leçon familière et pratique sur la coopération de consommation.
- Enfin, le Comité Central a accepté l’offre faite par le journal L'Émancipation, de Nîmes, d’un troisième prix de 50 francs,à décerner au meilleur Mémoire sur les applications que peuvent comporter en France les exemples donnés par la coopération anglaise.
- Le Comité Central a constitué dans son sein un jury chargé d’apprécier et de classer les mémoires produits dans ces trois concours.
- Dix mémoires ont été produits : 4 sur la première question, 4 sur la seconde et 2 sur la troisième.
- Le Comité Central a décidé dans sa séance du 2 août que tous les mémoires produits pour ces trois concours seront publiés in extenso dans le Bulletin et les manuscrits conservés dans les archives du Comité Central.
- 2° Vœux relatifs à Vorganisation d’un
- Comité d’instruction coopérative et d’un
- Comité de femmes.
- Dans sa séance du 13 octobre 1890, le Congrès de Marseille a chargé le Comité Central : i° de constituer un Comité d’instruction coopérative chargé de former des Comités régionaux et des Sous-Comités qui fonderaient des bibliothèques et feraient faire des conférences ; 20 d’organiser un Comité de
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- femmes chargé de la propagande coopérative ,{i).
- Les études relatives à ces deux vœux, dont le Comité Central comprend la haute importance, n’ont pas encore abouti.
- 3° Election des membres du Comité Central
- Le rapport lu au Congrès de Marseille par M. Suzan, le 15-octobre 1890 (2), demandait que le Comité Central fût réorganisé sur des bases plus larges, et qu’il fût formé de délégués des Comités régionaux.
- Sur la proposition de M. Chevalier, à laquelle s’est rallié M. Suzan, le Congrès de Marseille « considérant que le mode désolation à établir dans l’avenir est subordonné à l’importance que pourra atteindre le développement des Unions coopératives, conserve le mode de votation actuel, mais engage le Comité Central à étudier les différents systèmes qui lui seront proposés et à soumettre ses conclusions au prochain Congrès. »
- Le Comité Central s’est occupé à plusieurs reprises de cette question. Il a examiné divers systèmes et a entendu à ce sujet les observations de deux délégués de la Moissonneuse. Dans sa séance du 3 mai, il a chargé M. Chevalier, auteur de la résolution votée à Marseille, de préparer pour le Congrès de Paris, un rapport relatif tant au mode d’élection qu’à la présentation et à la publicité des candidatures.
- Le dépouillement des votes des Sociétés Coopératives pour le renouvellement par moitié du Comité Central a eu lieu le 4 janvier 1891. Le nombre des Sociétés qui ont pris part au vote s’est élevé à 76.
- 4° Magasin de Gros (ancien Centre régional de Paris).
- Le Centre régional de Paris, qui fait maintenant par mois 200,000 francs d’affaires avec : les Sociétés Coopératives, a remplacé désor- 1 2 mais cet ancien nom par celui de « Magasin ! de Gros », c’est ainsi que nous le désigne- i rons désormais dans le cours du présent ; rapport. J
- Le Comité Central s’occupe uniquement des j
- intérêts moraux de la Coopération ; il n’a pas à s’immiscer dans les opérations financières des groupements de Sociétés qui se réunissent pour l’achat en gros des objets de consommation. Mais il est évident que le développement de ces achats et les moyens employés pour y parvenir ne peuvent être considérés par le Comité Central avec indifférence. Il ne lui est pas permis sans doute d’exercer à cet égard une action directe quelconque, mais il ne lui est pas défendu, il lui est même commandé, d’avoir une opinion et de la faire connaître, s’il y a lieu, aux intéressés.
- C’est ainsi que, sans songer à restreindre, ce qui est entièrement hors de son pouvoir et de ses désirs, la pleine liberté des Sociétés, le Comité Central répondant le Ier février 1891 à une lettre du Comité fédératif des Bouches-du-Rhône a déclaré souhaiter le maintien des relations des Sociétés Coopératives et des groupes fédératifs avec un Magasin de Gros unique et central. Son opinion se trouve ainsi conforme à celle des coopérateurs anglais qui ont jugé utile de n’avoir pour toute l’Angleterre proprement dite, l’Ecosse restant en dehors, qu’un séul Wholesale (Magasin de Gros).
- Le Congrès de Marseille a lui-même partagé cette manière de voir, car dans sa séance du 13 octobre 1890, il a adopté un vœu tendant à la fusion du Magasin de Gros et du Syndicat des Sociétés de Paris (1).
- Ce vœu demandait au Comité Central d’aller au delà d’un simple avis. Cette ingérence ne nous a pas paru possible.
- Le Comité Central, aux termes de sa délibération du 3 mai, estime qu’il y a lieu de ne pas insister davantage et de laisser au contraire à ces deux groupes, comme à tous autres, la plus grande liberté d’action ou d’abstraction.
- Le Congrès de Marseille, par délibération du 13 octobre 1890 (2), a renvoyé purement et simplement au Comité Central, sans vouloir exprimer aucune opinion, une proposition tendant à ce qu’il y ait désormais incompatibilité entre le poste d’administrateur
- (1) Compte rendu, p. 40.
- (2) Compte rendu, p. /ri j.
- (x) P. 27 du compte rendu. (2) P. J4 du compte rendu.
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- du Magasin de Gros et celui de membre du Comité Central.
- A l’appui de ce vœu, on alléguait que le Comité Central pouvant avoir à s’occuper du Magasin de Gros, ceux de ses membres qui sont en même temps administrateurs de ce magasin seraient ainsi juges dans leur propre cause. S’il est vrai que le Comité Central devra se réjouir des succès d’un bon système d’achats en gros et s’affliger des échecs ou des fautes qui pourraient se produire dans cette partie du service actif de la coopération, ce ne sera jamais qu’à titre purement consultatif et officieux, comme le fait l’Union Coopérative anglaise lorsqu’elle s’occupe des statistiques et des résultats des deux Whole-sales anglais et écossais. Le Comité Central ne possède et n’exerce à l’égard du Magasin de Gros aucun pouvoir propre, aucune autorité positive, aucun droit d’intervention, aucune juridiction. Il n’a pas plus d’action matérielle sur le Magasin de Gros que sur le Syndicat ou tout autre groupement quelconque actuel ou futur relatif aux achats en gros. Rien, dès lors, ne s’oppose au cumul des deux fonctions. S’il en était autrement, on arriverait à ce résultat regrettable qu’un certain nombre de coopérateurs très expérimentés seraient bannis du Comité Central au grand préjudice de l’influence et de la compétence de ce Comité.
- Par ces motifs, le Comité Central, ainsi qu’il l’a déclaré dans sa séance du 3 mai, est d’avis qu’il n’y a pas lieu de donner suite à la proposition d’incompatibilité que le Congrès de Marseille lui avait purement et simplement transmis sans la prendre en considération.
- 5° Contrôle des marchandises à ïenlrèe et à la sortie des magasins
- Par délibération du U octobre 1890(1) le Congrès de Marseille, après avoir entendu la lecture d’un premier rapport sur le contrôle des marchandises à l’entrée et à la sortie des magasins coopératifs, a renvoyé la question au Comité Central en lui demandant d’examiner les divers systèmes qui pourront lui être soumis.
- Dans une lettre du 25 mai 1891 la Société coopérative de consommation des agents de la Compagnie P.-L.-M., à Dijon, insiste sur l’importance de cette matière, particulièrement en ce qui concerne l’épicerie, et demande sa mise à l’ordre du jour.
- La question a été inscrite au programme du Congrès par le Comité Central, qui a nommé rapporteurs MM. Delorme et Briotet et leur a adjoint M . Fitsch.
- 6° Caisse nationale de crédit
- Le Congrès de Marseille, après avoir entendu au sujet de la création d’une caisse nationale de crédit un rapport de M. Roy(i) et avoir été saisi de celui de M. Chevalier (2), a nommé dans sa séance du 14 octobre 1890, pour étudier encore la question, une commission de cinq membres composée de MM. Rostang, Rey, Chevalier, Cailleaux et De-mouche. Les conclusions de cette commission devaient être renvoyées au Comité Central qui aurait à prendre une décision avant le Congrès de Paris.
- Une lettre de M. Rey a été transmise à M. Chevalier, rapporteur, et la question est inscrite à l’ordre du jour.
- 7° Alternance des Congrès à Paris et en Province
- Le vœu émis dans ce sens par le Congrès de Marseille, le 13 octobre 1890(3), est consacré par l’article Ier de notre règlement général des Congrès de la Fédération nationale.
- CHAPITRE II
- Questions diverses intéressant la Coopération
- Beaucoup de questions ont été traitées dans nos correspondances avec les Sociétés. Nous nous bornerons à parler ici de notre pétition relative aux nouveaux tarifs de douanes, du Congrès de Lincoln et de la coopération de production.
- (1) P. 112 du compte rendu.
- (1) P. 81 du compte rendu.
- (2) P. 97 du compte rendu. (?) P. J4 du compterendu.
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- 1° Pétition du Comité Central à la Chambre
- des Députés contre les nouveaux tarifs de douanes
- Le Comité Central qui représente à la fois, par la force même des choses, avec l’autorité qu’il tient de son mandat électif, les intérêts des Sociétés coopératives de consommation, et d’une manière plus générale, l’intérêt de tous les consommateurs, ne pouvait rester inactif en présence de la nouvelle législation protectionniste qui va produire ou augmenter la cherté des choses nécessaires à la vie. Un Congrès où chaque délégué représente une Société déterminée n’a pas à cet égard la même liberté que le Comité Central où chaque membre tient son mandat de la Fédération tout entière.
- Le Comité Central a, en conséquence, pris la résolution d’adresser à la Chambre des Députés, pour protester contre de funestes exagérations, une pétition rédigée par l’un c’e ses membres, M. Charles Gide et qui a été publiée dans le Bulletin de la Fédération nationale du 15 mai 1891.
- La résolution du Comité Central répondait au vœu de la plupart des Sociétés coopératives. Plusieurs lui avaient écrit dans ce sens.
- La pétition du Comité Central, en date du 3 mai 1891, a été, par les soins de notre Président, M. Clavel, remise directement à M. le Président de la Chambre des Députés, qui l’a immédiatement renvoyée à la Commission des Douanes. En même temps le Co- | mité Central, qui avait fait imprimer sa pétition, la faisait distribuer à domicile à tous les députés.
- Il la faisait expédier aussi à tous les Syndicats professionnels d’ouvriers qui sont, d’après l’annuaire officiel, au nombre de 1006, aux 24 unions de syndicats ouvriers et à un très grand nombre de journaux.
- La pétition du Comité Central a été très remarquée. Déposée à la Chambre le 4 mai elle était lue à la tribune cinq jours après, par l’un des défenseurs les plus éloquents de la liberté commerciale, M. Léon Say :
- « N’avez-vous pas reçu des pétitions ? a-t-il dit ; nous en avons reçu beaucoup et parmi elles, il y en a une qui m’a profondément frappé et touché parce qu’elle est écrite dans
- un style très noble et avec beaucoup de modération. C’est une pétition de la Fédération des Sociétés coopératives de consommation. Elle vous demande en grâce de ne pas augmenter les denrées nécessaires à la vie des ouvriers ; elle dit qu’on a tâché à force de dévouement et par une habile organisation, de supprimer les intermédiaires onéreux, de constituer des Sociétés coopératives pour obtenir les objets d’alimentation à bon marché, et cette réduction de prix obtenue par tant d’efforts vous voulez l’enlever à l’ouvrier par vos lois douanières. » (Rumeurs sur divers bancs. Applaudissements sur d'autres.)
- L’orateur continue et donne connaissance à la Chambre des Députés du texte même de la protestation du Comité Central.
- « Voici cette pétition, dit-il :
- « Considérant que le législateur entrerait « dans une voie singulièrement dangereuse « s’il prétendait garantir un revenu minimum « aux propriétaires de la terre, des mines, « des fabriques, alors qu’il considère comme « impossible de garantir un salaire minimum « aux ouvriers^qui travaillent sur ces mêmes « terres, dans ces mêmes mines, dans ces « mêmes fabriques.
- « Considérant que les Sociétés coopérati-« ves françaises ont déjà commencé à nouer « avec les Sociétés coopératives des pays « voisins, Belgique, Suisse, Angleterre, des « relations d’affaires aussi profitables aux unes « qu’aux autres, et que ces relations seraient « rendues difficiles ou impossibles par des « barrières de douanes ;
- « Considérant que nous apprenons aussi, « par notre propre expérience, combien est « fâcheux, pour la masse des salariés, le « système qui prévaut pariout depuis quel-« ques années, et que nous sommes menacés « de voir encore exagérer en France par le « projet de la Commission des Douanes ;
- « Considérant que la fraternité entre peu-« pies autant que l’intérêt des masses doivent « nous engager à redoubler d’efforts contre « le protectionnisme.. . »
- Nous sommes heureux de reproduire dans le présent rapport, cette partie du compte rendu in extenso de la Chambre des Députés
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- (Journal Officiel du io mai 1891, page 84o), et de constater ainsi que le Comité Central coopératif a été dans cette circonstance solennelle l’interprète autorisé et écouté des convictions libérales et des vues à la fois patriotiques et internationales de la coopération française.
- 2° Congrès de Lincoln
- Le Comité Central, saisi en janvier 1891 d’une lettre de M. VansittartJNeale, le priant de se faire représenter au Congrès de Lincoln, a choisi MM. Audéoud et de Boyve, qui ont pris part aux travaux de ce Congrès (1). C’est le 26e Congrès de la coopération anglaise. Il a été présidé par M. Acland, membre du Parlement, et s’est ouvert le 17 mai dernier.
- Un épisode émouvant s’est produit dans ce Congrès. Le vénéré secrétaire général de l’Union coopérative de la Grande-Bretagne, M. Vansittart Neale, quittait ses fonctions actives, salué par les acclamations et les regrets d’un peuple de coopérateurs. Il a reçu à cette occasion, les témoignages les plus éclatants que puisse décerner à un grand citoyen, à un homme vraiment utile, la gratitude de ceux à la cause desquels il a voué ses efforts et sa vie.
- Le Comité Central coopératif de France a été heureux de joindre sa voix à cet imposant concert de justes louanges.
- 3° Coopération de production
- Nous ne parlerons de cet important sujet que pour citer un vœu d’une Société coopérative .
- La Persévérance de Romans et Bourg-de-Péage (Drôme), par lettre du 11 juin 1891, dit qu’elle se préoccupe depuis longtemps de la coopération de production tout en prévoyant les difficultés qu’elle aurait à surmonter pour arriver à un bon fonctionnement. Elle voudrait qu’on suivît dans ce but le système anglais, au moyen de la création d’une Société dont les actions seraient sous-
- (1) Le journal l’Émancipation, du 15 juin 1891, a donné un compte rendu des opérations du Congrès de Lincoln.
- crites par les Sociétés fédérées, mais à la condition que ces Sociétés assureraient l’écoulement des produits fabriqués en s’engageant à les prendre.
- La Persévérance expose que la coopération de production bien organisée est le moyen le plus efficace d’assurer à tous les points de vue l’émancipation du travailleur et elle demande sa mise à l’ordre du jour.
- Cette question rentre naturellement dans le paragraphe de notre programme qui concerne l’application à la France des expériences faites par la coopération anglaise ; la discussion qui ne peut manquer de s’établir sur ce point donnera, nous l’espérons, toute satisfaction à la Société La Persévérance.
- Nous ferons la même remarque au sujet de la lettre en date du 31 mai 1891, par laquelle la Société La Fourmi, Boulangerie coopérative, rue Bernard, à Marseille, demande que le Congrès soit appelé à s’occuper de la création d’un moulin coopératif qui aurait pour mission d’alimenter les départements du Rhône, Savoie, Drôme, Isère, Vaucluse, Gard, Var et Bouches-du-Rhône, luttant ainsi avec des produits de premier choix et des prix inférieurs, contre les gros minotiers.
- CHAPITRE III
- Renseignements demandés par les Sociétés
- Le Comité Central a reçu, dans le cours de cette année, environ 250 lettres posant des questions sur des points de droit intéressant l’administration intérieure des Sociétés ou ayant trait à des difficultés avec les différentes administrations fiscales, relativement à l’interprétation et à l’application des lois sur le timbre, les transferts d’actions ou d’obligations, l’impôt sur le revenu, les droits de mainmorte, les timbres-quittance, la licence pour la vente des boissons, les droits de détail, l’intervention des inspecteurs de la salubrité publique et des poids et mesures, etc., etc.
- Les réponses à faire à ces questions devant être opposées aux prétentions de l’administration, ont nécessité de véritables mémoires appuyés de considérants .souvent fort longs à développer.
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- En outre, les décisions prises par les fonctionnaires locaux ont donné lieu, de la part du Comité, à de nombreuses démarches près des administrations centrales, soit pour faire réformer les décisions prises contrairement aux précédents établis ou à la jurisprudence résultant des arrêts intervenus, soit pour obtenir la remise des amendes encourues par les Sociétés.
- Les nombreuses lettres de remercîments adressées au Comité Central prouvent que les Sociétés ont su apprécier à sa valeur Futilité de ses conseils et de son intervention.
- Trois Sociétés ont en outre été déchargées de la patente, sur la production de mémoires rédigés par les soins du Comité Central et, chose digne de remarque, les décisions intervenues à ce sujet ont été prises par des Conseils de Préfecture qui, jusque-là, avaient rejeté les requêtes des Sociétés relatives à la patente, les obligeant ainsi à faire les frais d’un pourvoi devant le Conseil d’Etat.
- Le Comité Central a eu plusieurs fois l’occasion de donner des conseils et de fournir des renseignements très détaillés sur les règles à suivre et les conditions à observer pour la fondation de Sociétés nouvelles.
- Enfin, un très grand nombre de Sociétés lui ont soumis leurs statuts, avec prière de les examiner et de leur signaler les points susceptibles de réformes. Cet examen et l’exposé des considérations qui militaient en faveur de l’adoption ou de la modification de telle ou telle clause ont nécessité pour chaque Société un assez long travail qui, quelquefois, se traduisait par un mémoire de quinze ou vingt pages.
- La compétence juridique et administrative de M. Clavel a été particulièrement utile au Comité Central, pour résoudre les questions contentieuses qui lui étaient soumises.
- Nous devons ajouter que le Comité Central a-souvent reçu la visite des délégués de diverses Sociétés, qui, pour certaines affaires délicates et compliquées, ont préféré un entretien verbal à la correspondance et sont venus lui parler, soit de modifications à leurs statuts, soit de difficultés contentieuses ou autres.
- Réciproquement et par un heureux échange
- 1 de communications personnelles, le Comité Central, sur la demande des Sociétés, a eu plusieurs fois l’occasion de déléguer un de ses membres pour assister, soit à leurs Assemblées générales, soit à des fêtes coopératives.
- Le Comité Central ne s’est pas borné à donner des consultations, des encouragements et des avis. Saisi par une Société de la question de savoir si les Sociétés coopéra-*-tives sont Soumises aux investigations administratives relatives à la salubrité, le Comité, dans sa séance du $ avril 1891, a décidé qu’il prendrait, en cas de poursuites, à sa charge, la défense de la première Société mise en cause. (Bulletin du 16 avril.)
- CHAPITRE IV
- Propagande pour la création de Sociétés nouvelles. Fâcheuse influence des retards que subit le vote du projet de loi sur les associations coopératives.
- Les efforts tentés par le Comité Central pour provoquer la création de Sociétés nouvelles, ne se sont pas ralentis depuis le dernier Congrès, mais ils sont évidemment contrariés par la situation indécise et précaire qui résulte, pour les Sociétés coopératives, de l’état de la législation.
- Les retards que subit le projet de loi sur les associations coopératives, voté en deuxième lecture, par la Chambre des Députés, le 7 juin 1889, et transmis au Sénat le 14 février 1890, grâce aux démarches faites par le Comité Central et à l’énergique intervention de M. SIEGFRIED, président de la Commission parlementaire de la Chambre, qui avait élaboré ce projet, ont une influence fâcheuse sur le développement de la coopération.
- Le Bulletin de la Fédération, du Ier juin 1890, a donné le compte rendu d’une séance de la Commission sénatoriale, dans laquelle ont été entendus les Membres du Bureau du Comité Central.
- Vous avez gardé le souvenir des éloquentes et sympathiques paroles prononcées au Congrès de Marseille par le regretté M. FOUCHER DE CAREIL, sénateur, président de cette Commission, qui a terminé son discours en
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- disant que la République doit être coopérative, car la coopération c’est la solidarité par l’association ! La Commission du Sénat paraît favorable au projet de loi, et nous nous empressons de dire que la cause principale de l’ajournement actuel, résulte de l’état de santé de l’honorable rapporteur, M. Hippo-lyte MAZE, qui, malgré son zèle et son dévouement aux intérêts de la coopération, a dû pendant longtemps, dans le cours de la présente année, s’abstenir de tout travail.
- Bien avant l’époque où l’honorable rapporteur a dû interrompre son travail, une délégation du Comité Central a été reçue par lui en décembre 1890 et a longuement conféré avec lui. En ce qui concerne les adhérents, la délégation a indiqué les inconvénients d’un système qui abandonnerait à chaque Société la faculté de fixer, sans aucun minimum, le chiffre du droit d’entrée, et permettrait de faire descendre le taux de ce droit à 10 centimes par an, par exemple. Ce serait, en réalité, admettre le principe de la vente au public et provoquer une réaction formidable du Commerce et du Trésor contre la coopération. Le Conseil d’Etat s’est prononcé dans le même sens. Par un arrêt récent, il a décidé qu’une Société qui reçoit des adhérents, moyennant un droit d’entrée de 23 centimes, doit être considérée comme ouverte au public et, par suite, soumise à la patente. Les délégués du Comité Central ont demandé : i° Que le droit annuel d’entrée des adhérents soit fixé à 1J20 au moins du montant de l’action ; 2° que les bonis soient ajoutés à ce droit pour l’achat d’une action.
- M. Jules Siegfried n’a pas cessé de nous promettre son concours actif pour l’époque pas trop éloignée, nous voulons l’espérer, où le Sénat renverra notre projet de loi à la Chambre des Députés. Le 9 décembre 1890, le Comité Central et le Magasin de Gros ont reçu sa visite. Il nous a posé de nombreuses questions et pris connaissance des documents que nous avons été heureux de mettre à sa disposition.
- Par lettre du 15 juin 1891, Y Alliance des Travailleurs de Levallois-Perret insiste sur la nécessité d’arriver à une prompte solution. Cette Société e p):e, avec beaucoup de rai-
- son, que la situation faite actuellement aux Sociétés de consommation, par la loi du 24 juillet 1867, n’est plus suffisante pour assurer le facile établissement et le bon fonctionnement de ces Sociétés, qui se trouvent, comme le dit très bien Y Alliance des Travailleurs de Levallois-Perret, « dans une situation mixte, entre la loi d’hier et celle de demain ».
- L'Alliance des Travailleurs demande au Congrès de nommer dans son sein, poursuivre cette question, une Commission spéciale qui resterait en fonctions jusqu’à solution définitive .
- Le Bureau du Comité Central n’a pas cessé un instant de s’occuper de cette affaire qui rentre au premier chef dans ses attributions. Il serait heureux, néanmoins, de trouver un concours efficace dans l'influence des personnes que le Congrès pourrait lui adjoindre à cet effet.
- Par lettre du 13 juin 1891, Y Alliance des Travailleurs de Levallois-Perret demande au Congrès d’obtenir que le premier paragraphe de l’article 10 du projet de loi, déposé au Sénat le 14 février 1890, soit modifié de manière à abaisser de 50 francs à 25 francs le chiffre minimum de l’action.
- Ce vœu, auquel le Comité Central s’est associé, a déjà été admis par la Commission sénatoriale.
- Le retard si regrettable apporté au vote du projet de loi a aussi pour conséquence d’empêcher MM. Ch. Gide et de Boyve de rédiger le Manuel populaire de. la coopération que, dans la séance du 13 octobre 1890, le Congrès de Marseille les a chargés de préparer (1 ). Le Congrès avait ajouté que, pendant six mois, les coopérateurs pourraient faire parvenir au Comité Central, à titres de mémoires de concours, toutes les propositions qu’ils pourraient juger bon de faire pour la publication de cet ouvrage.
- Aucune communication de ce genre n’a été reçue jusqu’à ce jour par le Comité Central.
- 9) Compte rendu, p. 41.
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- CHAPITRE V
- Préparation du Congrès de Paris. Elaboration d'un règlement général des Congrès.
- En ce qui concerne la préparation des travaux du présent Congrès, nous ne pouvons que vous renvoyer aux chapitres qui précèdent et à l’ordre du jour imprimé.
- Le Comité Central, par sa circulaire d’août 1891, demande aux Sociétés de faire connaître les questions qu’elles seraient d’avis de mettre à l’ordre du jour du Congrès de Paris, et les prie de répondre à un Questionnaire relatif au mode de rémunération des commis, employés, ouvriers et autres auxiliaires.
- Notre dévoué collègue, M. Jacques, président de la Fédération belge, a bien voulu prier le Comité Central de le charger de recueillir en Belgique les renseignements demandés par ce Questionnaire. Le Comité Central a répondu avec empressement à l’offre d’un concours si précieux, et c’est M. Jacques c\l\ vous rendra compte des informations données par les Sociétés belges, au sujet de la la rémunération de leurs employés et ouvriers.
- Parmi les réponses faites à notre circulaire, nous signalerons celle de la Boulangerie ménagère de la Guillotièré à Lyon, au capital de 6;ooo francs. Elle demande, par lettre du 12 juin 1891, s’il ne serait pas possible d’établir certaines règles, suivant lesquelles les membres d’une Société domiciliés à grande distance du Siège social pourraient être servis, à certaines conditions, par la Société la plus voisine, au lieu d’imposer aux distributeurs de leur propre Société des courses longues et pénibles.
- Elaboration d'un Règlement général des Congrès.
- Le Comité Central, qui avait à préparer le Règlement du présent Congrès, a pensé qu’il convenait de procéder par voie de règlement général, pour poser les principes applicables d’une manière constante à ces réunions, mais en se réservant la faculté d’arrêter, pour chacun des Congrès, eu égard à la localité où ils
- s’assembleront et aux circonstances, des dispositions spéciales et particulières.
- Un projet de rédaction relatif au Règlement général des Congrès a été imprimé et distribué, avant toute délibération, à tous les membres du Comité Central, ce qui a permis à nos collègues de province et même au Comité fédératif des Sociétés coopératives des Bouches-du-Rhône, de faire parvenir en temps utile des observations qui ont été soigneusement discutées.
- Conclusion
- Si, aux termes de l’article 6 des Statuts, le Comité Central a seul autorité pour parler au nom des Sociétés coopératives qui ont adhéré à ces mêmes Statuts, il doit être bien entendu que cette attribution n’implique à aucun degré une atteinte quelconque à l’indépendance des Sociétés fédérées. L’esprit des Statuts tend, au contraire, à développer dans leur sein toutes les initiatives et le goût de la liberté ; mais il ne faut pas confondre la décentralisation bien comprise avec la confusion, le désordre ou l’isolement stérile. Le Comité Central n’aspire point à la tyrannie. Sa seule ambition est d’agir dans la mesure de ses forces et de ses moyens, en fidèle mandataire du corps électoral dont il tient ses pouvoirs. C’est tellement vrai, que l’idée de faire reconnaître, par la loi soumise au Sénat, l’existence des Unions de Sociétés, Fédérations locales, Comités fédératifs, Groupements régionaux de toute espèce, appartient en propre au Comité Central. C’est lui qui a présenté un amendement dans ce sens, c’est lui qui l’a soutenu devant la Commission du Sénat. Si, comme nous le souhaitons, on voit s’établir dans les diverses parties de la France, sous la protection de la loi, des foyers lumineux et ardents d’activité locale, nous espérons qu’on voudra bien se souvenir dans l’Est, à Lyon, à' Marseille et ailleurs, que cette intervention tutélaire du législateur a été provoquée spontanément, en 1890, par le Comité Central de Paris.
- Il faudrait être tout à fait dépourvu d’expérience pour supposer que la tâche du Comité Central coopératif de France peut toujours s’accomplir sans difficultés. Cependant, tout
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- devient relativement aisé à ceux qui, animés d’un large esprit de conciliation et de paix, ne perdent jamais de vue les intérêts permanents et supérieurs de la coopération. Pour que les Sociétés françaises marchent avec succès dans la voie glorieuse où l’Angleterre les a devancées, il faut, avant tout, qu’en présence des attaques passionnées du commerce et de l’inertie d’un trop grand nombre de citoyens, ces Sociétés s’unissent et se concertent ; qu’inspirant aussi le respect par leur attitude, par leur nombre et par les principes qu’elles représentent, elles sachent conquérir les sympathies de l’opinion publique et du Parlement.
- Le Comité Central fait un chaleureux appel au concours de tous. Il n’est, d’ailleurs, à cet égard, que l’interprète de la pensée constante des précédents Congrès. Celui de Marseille, dans sa séance du 13 octobre, sur la proposition de M. Collard (1), avait adopté un voeu conçu dans cet esprit. Le Comité Central propose au Congrès de Paris d’imiter le Congrès de Marseille et d’adopter la motion sui vante :
- « Le Congrès de Paris, renouvelant les vœux précédemment émis, invite toutes les Sociétés françaises à envoyer leur adhésion au Comité Central coopératif de France ». (.Applaudissements 'plusieurs fois réitérés. )
- m. Bertrand. — Messieurs, j’accorderai la parole à qui désirera la prendre; mais
- ainsi que je l’ai déjà dit, j’espère que cette discussion ne sera pas personnelle et que nous n’aurons pas d’autre but que l’intérêt général.
- B. Charles Robert. — Je crois qu’il serait utile d’ouvrir la discussion, non seulement sur le rapport que je viens de lire au nom du Comité Central, mais aussi et en même temps sur le mémoire qu’a présenté M. de Boyve çlans l’un de nos concours coopératifs, au sujet des exemples que la coopération française peut trouver dans la coopération anglaise, et, d’autre part, sur le rapport de M. Chevalier, relatif au mode d’élection des membres du Comité Central. Ces divers documents touchent à des questions connexes et si le Congrès peut les entendre tous dans cette séance, les discussions qui portent sur les affairesjntérieures de la coopération française pourraient être terminées ce soir.
- M. Bertrand. — Je ne m’oppose nullement à l’opinion de M. Charles Robert; si le Congrès le permet, je donnerai la parole à M. de Boyve sur le rapport qui existe entre la coopération anglaise et la coopération française.
- Après échange de quelques observations, on commence par la lecture du rapport de M. Chevalier.
- (1) Compte rendu, p. 27.
- RAPPORT
- sur le mode de votation à employer pour Vélection des Membres
- du Comité Central
- Messieurs,
- Le Congrès de Marseille à émis le vœu suivant :
- « Le Congrès, considérant que le mode de votation à établir dans l’avenir est subordonné à l’importance que pourra atteindre le développement des unions coopératives, conserve le mode de votation actuel, mais engage le
- Comité Central à étudier les différents systèmes qui lui seront proposés et à soumettre ses conclusions au prochain Congrès. »
- Les unions Coopératives, dont nous nous plaisions à prévoir la formation, il y a un an, ne se sont pas encore créées, et le Comité Central n’a reçu qu’un seul rapport émanant du Comité fédératif des Bouches-du-Rhône, dont je vais vous donner lecture. Ce rapport est précédé de la lettre suivante :
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- Monsieur le Président du Comité Central des Sociétés Coopératives, à Paris.
- Au dernier Congrès des Sociétés Coopératives tenu à Marseille, il a été décidé que le Comité Central étudierait les différents systèmes proposés par les Coopérateurs pour l’élection des membres du Comité.
- Notre Comité local a étudié cette question et vous adresse ci-inclus un rapport sur ce sujet.
- Agréez, Monsieur le Président, mes salutations empressées.
- Le Délégué,
- P. Rey.
- Marseille, le 24 juin 1891.
- LECTURE DU RAPPORT DE M. COLLARD
- Messieurs,
- Dans ses précédentes séances, le Comité a examiné le mode d’élection qu’il y aurait lieu d’inviter les Coopérateurs à établir pour constituer le Comité Central de la Fédération Nationale des Sociétés Coopératives de France. Vous m’avez chargé de condenser j dans un rapport écrit les observations qui | avaient été faites à ce sujet, en même temps qu’au point de vue du fonctionnement du Comité Central lui-même.
- Je dois vous rappeler tout d’abord qu’au dernier Congrès, notre Comité Fédératif avait demandé pour cette élection l’établissement du scrutin de liste, et qu’après les observations présentées par plusieurs de nos collègues, et notamment par MM. Chevalier et de Boyve, nous nous sommes tous ralliés à l’ordre du jour suivant, présenté par M. Chevalier :
- « Le Congrès, considérant que le mode de votation à établir dans l’avenir est subordonné à l’importance que pourra atteindre le développement des Unions Coopératives, conserve le mode de votation actuel, mais engage le Comité Central à étudier les différents systèmes qui lui seront proposés et à soumettre ses conclusions au prochain Congrès. »
- Les arguments que nous avons fait valoir
- en faveur de l’élection des Membres du Comité Central par les centres régionaux subsistent encore et il nous est impossible d’abandonner cette partie de notre programme : nous pensons tous, comme le disait notre collègue, M. Suzan, qu’il y a lieu de créer des Comités sectionnaires dans toutes les régions de la France et qu’ensuite ces Comités délégueront leurs pouvoirs, dans une proportion à déterminer, à un ou plusieurs de leurs membres pour former le Comité Central.
- Les Comités Régionaux ne sont pas encore formés; il importe, Messieurs, que nous fassions tous nos efforts pour qui], s’en forme dans tout notre pays : nous pensons pouvoir compter sur l’aide du Comité Central qui a été chargé d’étudier les moyens de favoriser la constitution de groupements de Sociétés Coopératives. Ayant reçu ce mandat, le Comité Central ne peut s’y soustraire ; il comprendra que- si les Sociétés doivent elles-mêmes se grouper, il doit, de son côté, les engager à le faire et les aider de toute son influence pour arriver à ce but.
- Renvoyant à plus tard la demande de scrutin de liste pour l’élection que nous examinerons, nous allons voir quelles sont les améliorations qu’il conviendrait d’effectuer au régime actuel. .
- Nous avons tous été d’accord pour reconnaître qu’il n’était pas possible de laisser subsister un système permettant aux majorités d’être seules en possession de tous les sièges du Comité Central. Il est indispensable que dans un Comité qui doit être la représentation fidèle de tous les Coopérateurs, chacun puisse faire entendre sa manière de penser.
- Le problème posé était donc-le suivant : laisser subsister le scrutin de liste, puisque le scrutin régional n’est pas encore possible, et y ajouter un complément permettant aux minorités d’être représentées par des mandataires de leur choix.
- Nous avons examiné divers systèmes et voici celui auquel nous nous sommes arrêtés :
- « L’élection aurait lieu au scrutin de liste « et tous les candidats qui obtiendront le plus « de suffrages seront élus ; mais à chaque fois « que dix Sociétés présenteront une liste de
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- « candidats, elles auront droit à un délégué « si aucun des candidats n’est élu. »
- A ceux d’entre vous qui n’étaient pas à nos précédentes réunions et à ceux auxquels vous pourriez avoir à présenter votre opinion, quelques explications sont nécessaires pour bien faire comprendre le fonctionnement de ce mode d’élection; je les note ici pour mémoire.
- Le nombre des Sociétés qui [votent pour le Comité Central est de 80 environ, ioo au plus : dix Sociétés ont donc loyalement le droit de demander un délégué à chaque élection de 15 membres, soit la quinzième partie de la représentation totale, puisqu’ils sont la dixième partie.
- On procéderait donc de la manière suivante :
- A chaque élection, le Comité Central enverrait à chaque Société la liste de tous ses membres, sortants et restants, en ayant soin de séparer ces deux catégories ; il indiquerait en même temps la liste de toutes les Sociétés adhérentes. Quarante-huit heures au moins avant le dépouillement du scrutin, les groupes de dix Sociétés qui désirent être représentées au Comité Central, doivent saisir officiellement ce Comité de leur désir, et, au moment de la proclamation du scrutin, on déduit du chiffre de quinze celui des dizaines de Sociétés voulant un délégué. Admettons que l’on arrive à trois dizaines, les douze candidats ayant le plus de voix sont élus, on y ajoute les candidats de chacune des trois dizaines ayant le plus de suffrages. Si un de ces candidats figure dans les douze, la dizaine où il se trouve n’a pas droit.à un délégué spécial ; le treizième candidat en liste est élu en même temps que deux autres pour les deux autres dizaines.
- Il est bien entendu qu’une Société ne peut figurer dans plus d’une liste pour présenter des candidats.
- Je vous rappelle, Messieurs, que nous avons demandé la communication de la liste des Sociétés adhérentes. Il est certain que les électeurs doivent toujours avoir le droit de s’entendre avant d’émettre un vote de l’importance de celui dont il s’agit ici, de même que ceux qui désirent être candidats doivent
- avoir la possibilité d’exposer leur programme et de solliciter des suffrages s’ils se croient dignes de les obtenir : la plupart des membres du Comité Central ne savent pas les noms de ceux qui les ont nommés.
- FONCTIONNEMENT DU COMITÉ CENTRAL
- Le mode d’élection du Comité Central étant partiellement modifié, et la représentation des minorités étant admise, nous avons cru nécessaire de modifier en même temps le fonctionnement de cette institution.
- Voici le système adopté par nous :
- Les délégués sont tous nommés pendant le Congrès par les Sociétés adhérentes au Comité Central (présentes ou non) et au scrutin secret; ils se réunissent le lendemain du Congrès et nomment leur bureau : ce bureau entre immédiatement en fonctions.
- Le Comité Central est divisé en deux parties bien distinctes, le Bureau et les membres.
- Le Bureau se réunit au moins une fois par mois ; il est chargé de l’exécution des décisions'des délégués et représente les délégués et les Sociétés adhérentes.
- Les délégués se réunissent cinq fois par an, sauf circonstances graves : le lendemain du Congrès, en Décembre, Mars, Juin et à la veille du Congrès; l’ordre du jour de chacune des séances, sauf celle du lendemain du Congrès, est adressé à chacun des délégués quinze jours au moins à l’avance; les délégués peuvent voter par correspondance.
- La séance de J uin est consacrée à la discussion des rapports dont il sera parlé ci-après.
- La veille du Congrès, il sera donné lecture du rapport du Comité Central.
- Les séances de la veille et du lendemain du Congrès ont lieu dans les villes où se réunit le Congrès. '
- Chaque Congrès indique les questions à examiner par le Congrès suivant.
- Le lendemain du Congrès, le Comité Central se divise en sous-commissions pour étudier les questions dont les rapports doivent être faits aux Congrès suivants ; il renvoie à chaque sous-commission les questions qui l’intéressent. Les sous-commissions étudient les questions, reçoivent les avis de tous les
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- Coopérateurs, présentent des rapports dans la séance du Comité Central du mois de juin.
- Un mois au moins avant le Congrès, le Comité Central publie les rapports sommaires.
- Les Sociétés ont donc une année pour étudier les questions, et un mois pour étudier plus spécialement l’avis du Comité Central.
- Les délégués au Congrès ont un mandat réel et so^t à même de discuter en connaissance de cause.
- Telles sont, Messieurs, les modifications que nous avons décidé de demander aux Coopérateurs de France de faire à l’institution que nous avons toujours défendue et dont l’utilité nous semble indiscutable.
- Ayant seulement résumé nos débats, je n’ai pas de conclusion à vous présenter.
- Rapport lu à la séance du 9 juin 1891.
- . Collard Ed.
- M. Chevalier. — Le système proposé par le Comité des Bouches-du-Rhône aurait pour résultat de remplacer le Comité Central par un certain nombre de Comités régionaux, ayant pour point commun un bureau nommé par ces Comités et remplacerait les délibérations du Comité unique par celles de Comités multiples, qui ne seraient pas concordantes et ne pourraient le devenir que par une réunion générale de tous ces Comités.
- Il suppose des groupements régionaux qui n’existent pas en général ; ainsi le seul groupe compact ayant adhéré au Comité Central est celui de la région parisienne, qui comprend 30 Sociétés des départements de la Seine et de Seine-et-Oise ; celui de la région de Lyon, comprenant' les départements du Rhône, de la Loire, de Saône-et-Loire et de l’Isère n’est que de 9 Sociétés; celui de la région du Midi, comprenant les départements des Bouches-du-Rhône, du Gard et de l’Hérault n’est que de 6 Sociétés. Toutes les autres Sociétés étant dispersées sur tous les points du territoire, ne peuvent être groupées, et le système dont vous venez d’entendre le développement leur serait difficilement applicable, pour ne pas dire impossible.
- Nous voudrions certainement grouper toutes les forces éparses de la Coopération,
- sinon pour leur donner le même point d'application, mais au moins pour qu’elles suivent la même direction, et tous nos efforts doivent tendre à obtenir ce résultat, mais tant que nous n’y serons pas arrivés, nous ne pouvons songer à appliquer, pour la nomination des membres du Comité Central, un système électoral basé sur l’existence de Comités régionaux, et il nous paraît impossible de réunir plusieurs fois dans l’année un Comité Central dont les membres seraient dispersés dans toute la France.
- Votre rapporteur, Messieurs, aurait été heureux de trouver un système qui permette aux coopérateurs de la province de prendre une part active aux travaux du Comité Central afin de les y intéresser, et si nous ne pouvons admettre pour eux la possibilité de se déplacer plusieurs fois dans l’année, il avait pensé qu’il aurait été plus facile à un certain nombre des membres du Comité Central habitant la région de Paris, de se rendre en province, pour s’entendre avec leurs collègues, s’inspirer de leurs vœux, de leur tendance, afin de diriger les travaux du Comité Central dans le sens convenable.
- Mais son insuffisance ne lui a pas permis de trouver la formule qui rende bien sa pensée, ni de trouver un système qui y corresponde à la satisfaction de tout le monde.
- Aussi le Comité Central a décidé qu’il convenait de conserver le statu quo, et a adopté une proposition de notre collègue M. Soria, ainsi conçue :
- « Le Comité Central ne devant proposer aucun candidat aux Sociétés, décide que, tout nom de coopérateur qui lui sera envoyé par une Société ou par un groupe de Sociétés coopératives avant le premier Dimanche de Décembre, sera, sans autre désignation, placé par voie de tirage à la suite des membres sortants du Comité.
- « Cette liste de noms, avec indication de la Société ou groupe de Société à laquelle appartient le candidat, devra être encartée dans le Bulletin de la Fédération, paraissant 15 jours avant la date du scrutin. »
- Nous proposons donc au Congrès d’adopter la résolution suivante :
- «Le Congrès, considérant l’impossibilité de modifier actuellement le mode de votation pour l’élection des membres du Comité Central, décide
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- de conserver le mode actuel, et approuve le mode de présentation des candidats proposé par M. Soria. »
- Le Rapporteur, Chevalier.
- M. Bertrand. — La parole est à M. de Boyve.
- M. de Boyve lit son rapport sur. YOrga-nisation coopérative anglaise. (Voir annexe à la fin du volume.)
- M. Bertrand. — M. Cernesson a la parole.
- M. Cernesson. — Messieurs, je vous demanderai si le rapport était terminé avant le dernier Congrès de Lincoln; je veux simplement parler de l’échec relatif à la coopération de production qui a été manifesté au congrès de Lincoln. Nous qui voulons agrandir la production, nous devons bien faire attention.
- Le Wholeseale a placé 1,875,000 fr. en actions du canal de Manchester. Dans le Congrès, on a cité au nombre des raisons qui ont fait échouer le mouvement de la production, le manque de capitaux. En France, nous disons que les capitaux amassés doivent être employés pour former des centres de production.
- M. de Boyve. — Il y a un blâme de M. Lachlan sur le placement du Wholeseale dans le canal de Manchester.
- M. Cernesson. — Messieurs, remarquez que je ne prends rien à mon compte. Il s’est présenté à la tribune un rapporteur chargé d’examiner quelle a été la raison qui avait fait échouer les Sociétés de production ; quant à émettre un blâme quelconque....
- M. «le Boyve. — Loin d’être décourageant, cela montre que le Wholeseale a été blâmé.
- M. Harrisson, partisan des Sociétés de production, a formulé un blâme sur le placement du Wholeseale dans le canal de Manchester.
- M. «foulard. — Si j’ai bien compris, on a dit qu’il aurait été préférable de placer cette somme dans les Sociétés ouvrières ; mais il y avait peut-être un malentendu dans les Sociétés de production. J’ai beaucoup lu de leurs
- rapports, il peut se faire qu’il se soit glissé quelques erreurs.
- Je souhaite qu’il sorte de ce Congrès la conviction que nous travaillons dans le but d’arriver à une entente et que nous marchons dans une voie légale; le jour où la France comprendra l’avantage que nous avons à avoir des Sociétés de production, nous nous consacrerons entièrement à cette œuvre.
- M. Bèrnardot. — Après ce q*ii vient d’être dit, je n’ai pas grand chose à ajouter; je veux demander à M. Cernesson quel est le but de son interpellation.
- Il y a ià un fait regrettable au point de vue de la coopération, je n’avais pas bien saisi le but de la question.
- M. Cernesson. — Voici mon but : nous sommes des observateurs ; nous avons intérêt à compléter le travail de M. de Boyve, nous cherchons des exemples dans la coopération anglaise.
- Il faut que nous suivions ce qui a été fait dans la coopération anglaise. Ne négligeons rien ! tel était le but de mon observation. Je n’ai pas de pensée de derrière la tête.
- M. Gabriel, de la Moissonneuse. —Si j’ai bien compris, le Comité Central auraitl’inten-tion de décider sur le mode d’élection qu’on lui proposera ; certains délégués seront gênés. Nous sommes arrivés ici absolument ignorants de ce que nous devions faire ; on nous a lu un rapport très bien fait, mais qui ne nous permet pas de bien comprendre les questions ; il nous est impossible d’apporter nos voix sans avoir consulté nos Sociétés. Je demande donc que ces questions qui sont à l’ordre du jour soient communiquées d’avance aux délégués.
- ]TI. Bertrand. — Je crois que M. Gabriel n’a pas assisté à la séance de cet après-midi ; nous avons émis le vœu de voir les rapports imprimés au moins un mois d’avance, afin que l’on connaisse les questions sur lesquelles nous serons appelés à discuter. Mais le Congrès est ouvert, nous ferions œuvre stérile si nous remettions à une prochaine fois la discussion de ces rapports.
- M. Paris. — Ce n’est pas au point de vue du vote du Comité Central ; je précise :
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- un délégué représentant plusieurs Sociétés pouvait voter pour chacune de ces sociétés ; je ne peux pas comprendre qu’il y ait ici des délégués ayant 5 ou 6 cartes en main, pouvant voter pour 5 ou 6 Sociétés différentes. Par conséquent je demande, si c’est possible, que le Congrès décide que chaque délégué n’ait droit qu’à un seul vote.
- UI. XKertirand. — Le règlement est formel : chaque délégué a droit à autant de voix qu’il représente de Sociétés, jusqu’à 5. Le délégué a la confiance de ses mandataires.
- Bf. Pari». — Alors, je demanderai que le délégué qui représente 5 ou 6 Sociétés prouve qu’il est mandataire et qu’il connaît la manière de voir des Sociétés qui l’ont accepté comme délégué.
- ai. Bertrand. — Si l’on émet des doutes, il n’y a plus rien àfaire. Nous avons des pouvoirs signés.
- ai. Collard. — On ne devrait même pas donner une voix au délégué s’il ne sait pas ce qui se passe dans sa Société. M. Chevalier a lu un rapport renfermant celui qui a été présenté par le comité des Bouches-du-Rhône. Dans ce rapport, quia été envoyé depuis 4 mois, nous disons qu’il est indispensable que quelque temps avant le Congrès les Sociétés aient connaissance de ce qui va être discuté au Congrès.
- En effet, si vous avez assisté au dernier Congrès vous vous rappelez qu’on s’est occupé de ce qui devait être décidé dans Cette réunion.
- M. Iiéglise. —fLa question que je voulais poser a trait à la question posée par M. Cernesson, .c’est une question qui intéresse la coopération. 'Nous sommes réunis en un Congrès international, nous sommes ici pour faire de la coopération ; je demanderai que l’on nous dise si ce que l’on a cité sur les Sociétés anglaises est certain ou.erroné, ce n’est pas pour les (empêcher de faire ce qui leur plaît, je demanderai si les Sociétés françaises doivent prendre les Sociétés anglaises comme modèle dans le placement des.capitaux?
- ,Je demande à être renseigné sur le.fait cité plus haut.
- M. Bertrand. — Je demanderai au
- Congrès de vouloir bien songer que nous n’avons que quelques séances ; nous nous appesantissons sur un incident soulevé par M. Cernesson. Les Sociétés anglaises ont commis une erreur ; tout le monde peut se tromper.
- Un Délégué de la Vineennoise. — J’ai remarqué dans les deux rapports qui viennent d’être lus que, d’après le dire du président, nous aurions dû pouvoir nous rendre compte ; on veut nous entraîner dans une voie où je ne veux pas entrer ; si nous voulons prendre une décision nous devons consulter nos Sociétés ; pour ma part, je ne me crois pas un mandat assez défini pour voter pour ou contre ces rapports.
- HI. Cliioiasae. — Je répondrai en quelques mots, et dirais à ce sujet que je trouve juste que des petites Sociétés très éloignées, ne comptant que 50 ou 100 membres, puissent se cotiser pour couvrir entr’elles les frais d’un coopérateur connu à qui elles délèguent leurs pouvoirs ; on ne peut pas lui donner un mandat défini : quand on nomme un délégué, c’est qu’il représente entièrement'la Société et qu’on a confiance en lui.
- Les Sociétés P.-L.-M. ont envoyé des délégués en leur disant : Vous travaillerez pour nous, et ce que vous ferez sera bien fait.
- M. Chevalier. — Le Congrès ne prend aucune décision ferme, ses voeux ne sont exécutoires que quand les Sociétés se sont prononcées. Quand le délégué est convaincu, il remplit son rôle en cherchant à convaincre ses collègues de la Société ; je suis en communion d’idées avec ma Société, si j’avais un mandat ferme, je refuserai de prendre une décision qui ne serait pas en rapport avec mon mandat.
- M. Tansittart. — Si le Wholeseale a placé des capitaux dans le canal de Manchester, c’est qu’il a calculé qu’il ne ferait pas d’affaires si les frais de transport n’étaient,pas diminués.
- M. de Bayre. — Je crois pouvoir vous dire que si le Wholeseale a mis un million et demi dans le .canal de Manchester, c’est qu’il a compris que,.par ce .placement, il ne ferait pas de l’agiotage mais prendrait réellement des intérêts de ses commettants.
- M. .Bertrand- —Je crois.qu’il est utile
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- de revenir à Tordre du jour. Nous avons à nous occuper de la discussion de trois rapports, j’accorderai la parole à qui la demandera sur Tordre du jour.
- M. Collard. — Je rappelle que MM. Chiousse, Soria et moi avons signé et déposé une proposition au sujet de la création d’un organe spécial au Comité Central ; je demande qu’on la discute en même temps.
- M. Bertrand. — La Commission d’examen a-t-elle étudié la question et le travail est-il prêt ?
- M. Urbain. -- Le temps nous a manqué jusqu’à présent, mais la Commission s’en occupera à sa première séance.
- M. Gabriel Félix, délégué suppléant de la Moissonneuse demande la parole.
- Un Délégué. — On demande si un délégué suppléant a bien droit à la parole, quand le délégué est présent ?
- II. Régnier. — Oui, mais pas au vote; la Moissonneuse a envoyé un membre effectif et deux délégués suppléants ; dans ces conditions, les délégués ont bien droit de prendre la parole, mais il est bien entendu que le droit de vote est exclusivement au délégué effectif.
- HI. Chevalier. — Les délégués suppléants ont voix consultative. — Plusieurs délégués parlent à la fois, et un moment de confusion s’ensuit.
- HI. Bertrand. — Je vous demande pardon, on revient sur un sujet que je croyais épuisé ; nous sommes ici pour faire du travail et nous occuper de coopération ; si nous continuons de la sorte, nous n’avons plus qu’à lever la séance et nous en aller. Je vais mettre aux voix la continuation de Tordre du jour: que les délégués qui sont de cet avis lèvent la main... Conformément au vote que vous venez d’émettre, nous passons à Tordre du jour. Quelqu’un demande-t-il la parole sur le rapport de M. Ch. Robert ?
- Iff. Collard. — Au Congrès de 1889, une Commission a été nommée pour former un Comité Central. Cette Commission a fait des statuts, d’après lesquels le Comité Central était chargé de favoriser la constitution de
- nouvelles Sociétés coopératives ; le Rapporteur nous a dit qu’on n’avait pu donner suite à toutes les décisions prises par le Congrès. Le rapport contient une erreur relative aux caisses de crédit, sur lesquelles il n’aurait pas été, dit-on, déposé de rapport ; or ce rapport a été déposé. — M. Ch. Robert a oublié de nous parler de la constitution des Comités régionaux ; pour nous, nous croyons que c’est un point des plus importants.
- Au mois de février, le Comité Fédératif des Bouches-du-Rhône a écrit au Comité Central une lettre dans laquelle il disait :
- Le Comité Central a un organe qui est obligé de mettre les décisions du Comité Central ; celui-ci a décidé qu’il ne pouvait pas réaliser un groupement d’achats.
- Dans notre Comité régional, il y a un seul Conseil d’administration chargé des intérêts matériels et moraux de toutes les Sociétés réunies. Nous demandons au Comité de suivre la voie dans laquelle il s’était engagé à rester et de ne pas favoriser un seul groupement, mais indiquer dans son journal qu’il existe aussi quelque part une organisation propre à rendre des services et qu’il se mette à la disposition de toutes les Sociétés de France pour leur fournir la liste de tous les produits qu’elles peuvent y acheter et qu’il indique en même temps le moment où Ton peut faire des achats importants. Nous attendons encore la réponse à cette proposition.
- L’Union Syndicale de Paris, à qui nous nous sommes aussi adressés, n’a pas cru devoir garder le même silence. On dit que les Sociétés qui se sont adressées à nous, pour avoii des renseignements, n’ont pas eu à se plaindre de ceux que nous leur avons donnés.
- Si vous voulez, je crois qu’il serait bon de ne pas discuter autre chose ; nous nous contenterons pour la régularité des débats de ces trois petits points.
- M. CIi. Robert. — En ce qui concerne le rapport de la Commission, instituée par le Congrès de Marseille pour s’occuper d’une Caisse coopérative de Crédit, je me suis borné à dire que nous attendions ce document dont je n’avais pas eu connaissance ; il est arrivé, tant mieux. M. Chevalier en rendra compte au Congrès.
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- Le Comité Central a été chargé de faire un rapport sur les travaux de l’année 1890-1891; on lui reproche de n’avoir pas créé des groupements, des centres régionaux, mais il n'appartient nullement au Comité Central d’assumer cette tâche; il n’a pas à empiéter sur les initiatives locales, mais loin de se montrer indifférent à cette matière, il a proposé à la Commission du Sénat un amendement destiné à rendre possible la constitution légale des groupements, des unions régionales ou locales/* Sur ce point, je m’en réfère à mon rapport. Quant au refus fait par le Comité Central d’insérer dans le Bulletin delà Fédération une. communication relative à la création d’un Magasin de Gros à Marseille, ce refus est motivé par deux raisons: la première c’est que le Bulletin est en même temps l’organe du Magasin de Gros de Paris, auquel on ne peut imposer de favoriser les opérations d’un magasin rival; la seconde, c’est qu’en principe le Comité Central est partisan de l’unité d'achat; son rapport a fait connaître ses vues à cet égard, il a agi, en cette circonstance, d’une manière conforme à l’opinion qu’il professe.
- II. Collard. — Quant à la création des Comités régionaux nous savons que le Comité Central, et spécialement M. Robert, a fait proposer un amendement...
- M. CI». Robert. — C’est par le Comité Central tout entier que cette proposition a été faite.
- 11. Collard. — Je n’accuse pas; au contraire, je rends hommage aux auteurs de l'amendement, mais voici un autre grief. Il y a quelques mois, nous sommes allés à Lyon faire des conférences pour la création d’un centre régional, comme il y en a à Paris, Nîmes, Marseille, et il a été impossible aux organisateurs d’obtenir du Comité Central que le Bulletin annonçât les conférences.
- M. CI». Robert. — Si ma mémoire me sert bien, le nom du Comité Central était mentionné sur les lettres d’invitation à ces conférences, alors que nous n’en avions pas connaissance, cela nous a surpris. Le nom du Comité Central ne pouvait figurer sans son consentement en tête d’imprimés qui ne lui avaient pas été soumis.
- M. Collard. — Autre question. O11 nous dit que le Manuel coopératif, que MM. Gide et de Boyve devaient publier, n’avait pas paru à cause des retards que subit le vote de la Loi sur les associations coopératives ; je rappellerai que sur la proposition d’un de nos collègues, le Congrès de Marseille avait décidé que d’autres coopérateurs pourraient traiter ce sujet sous la forme de mémoires de concours. Je demande si on a publié les conditions du concours relatif à cet ouvrage populaire et s’il y a eu des candidats.
- M. Cl». Robert. — Le Congrès de Marseille a bien dit en effet, tout en chargeant MM. Gide et de Boyve de préparer un Manuel sur la coopération, que pendant 6 mois, des documents ou mémoires fournis par d’autres coopérateurs pourraient être utilisés pour cet ouvrage populaire. Aucun travail de ce genre n’a été reçu, suit dans le délai fixé, soit depuis son expiration. L’appel fait aux coopérateurs a été porté à leur connaissance par la publicité donnée aux délibérations du Congrès de Marseille.
- M. Collard. — A propos du règlement général des Congrès, adopté par le Comité Central, je constaterai que ce Comité a tenu compte d’une partie des vœux exprimés par le Comité fédératif des Bouches-du-Rhône, mais ce document contient des articles qui ont une grande importance. Ainsi l’article premier dit, que le Comité Central a seul le droit d’arrêter un règlement spécial pour le fonctionnement de chaque Congrès ; or, n’est-ce pas le Congrès de 1889, lui-même, qui a décidé la réunion du Congrès international suivant ?
- Il est impossible d’admettre que lorsque les Congrès ont lieu en province les invitations soient envoyées par le Comité Central de Paris.
- Les articles 5 et 7 portent atteinte au droit des Sociétés de province.
- M. Rerlrand, président, rappelle à l’ordre M. Collard sur la longueur de son discours.
- M. Collard. — En Angleterre déjà, ce sont les villes de province qui nomment les présidents d’honueur ; si on laissait le Comité
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- Central chargé de ce soin les provinciaux seraient mis de côté.
- U. Urbain. — Je demande la parole, parce qu’il me paraît que M. Collard nous fait sortir de l’ordre du jour que nous avons à discuter. Il n’y a plus lieu de discuter ce règlement du Congrès qui est ouvert.
- B. Bertrand. — Nous ne sommes pas ici pour entendre chicaner le Comité Central ; nous ne nous inquiétons pas de savoir s’il a outrepassé son droit.
- B. Collard. — Devant l’insistance du Président, je n’ai plus qu’à me retirer. Je demande que le Secrétaire ne profite pas de l’article io du règlement pour dénaturer mes paroles.
- M. Jomard. —Moi, coopérateur belge, je me faisais un plaisir de venir assister à vos discussions sur la coopération, mais je constate que je suis venu assister à une discussion de boutique.
- B. Bertrand. — Le Congrès doit se prononcer sur l’ensemble du rapport, pour l’approuver ou le désapprouver.
- Un Délégué. — Les Sociétés qui ne sont pas adhérentes au Comité Central ont-elles le droit de voter r
- ]fl. Chevalier. — Les Congrès émettent des vœux qui sont soumis à des discussions, soit dans vosSociétés, soit au Comité Central; mais vous faites une espèce d’adhésion au Comité Central, en tant que membre du Congrès, puisque vous êtes adhérent à une oeuvre que ce Comité a entreprise, vous vous donnez le droit d’émettre un vœu au sujet d’une décision prise par le Comité Central.
- B. Bétray. — Le Congrès de 1889 a émis un vœu résumant l’opinion générale et invitant le Comité à faire la fusion entre toutes les Sociétés coopératives de province et celle de Paris ; nous savons ici, que la Fédération n’a rien fait pour que cette fusion soit possible.
- Plusieurs voix demandent la clôture qui est prononcée et le Congrès vote à main levée l’approbation du rapport de M. Ch. Robert.
- I?I. Uesenfants. — Messieurs, je me suis abstenu dans le vote sur le rapport du Comité Central ; je ne suis pas contre le Co-
- mité, nous le respectons beaucoup, mais, soit par manque d’organisation ou autre cause, il arrive que des petites Sociétés paient directement les marchandises meilleur marché qu’à la Fédération... (Interruptions.) Plusieurs membres quittent la salle ; le Président agite la sonnette. M. Lesenfants reprend. S’il n’est question actuellement que des opérations du Comité Central, je reconnais m’être trompé, mais j’avais cru que vous mettiez aux voix un <ïvis sur la Fédération ou Magasin de Gros, c’est pour cela que je me suis abstenu.
- M. Cli, Robert. — On ne devrait pas oublier qu’il y a dans la Coopération Française deux organes. Le Comité Central Coopératif de France et le Magasin de Gros qui s’appelle aussi Fédération Nationale. Nous pourrons aisément faire cesser cette confusion, signalée par M. Soria dans la première séance, en décidant que notre papier à lettre et nos enveloppes porteront seulement ces mots: Comité Central Coopératif de France.
- ZŒ. Urbain. — Pour mettre tout le monde d’accord, je demande au Comité Central de prendre dans tous les actes qu’il aura à accomplir le titre de Comité Central Coopératif de France pour qu’on ne le confonde plus avec un organe dont il est séparé.
- B. Jacques.— Je demande que dorénavant le Comité ne mette plus à l’ordre du jour des Congrès des questions concernant la France, car, à Paris comme à Marseille, il y a toujours des discussions personnelles.
- B. Bertrand. — J’émets le vœu que la discussion de demain soit empreinte d’un peu plus d’aménité ; jusqu’à présent, j’ai la présidence de débats qui ne nous intéressent pa>, nous autres belges ; je crois que nous pourrions mettre aux voix la proposition de M. Urbain demandant que le Comité Central ne soit plus appelé que Comité Central Coopératif de France.
- M. Clavel. — Je ne mets aucune opposition au vœu qu’on vient d’émettre, mais je fais une réflexion qui a une grande importance au point de vue juridique, nous avons demandé au Sénat, tant pour le Comité de Paris que pour les Comités qui pourront se
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- former en province, que les Unions coopératives soient reconnues par la Loi ; je me demande si l’on verra dans cette simple expression : Comité Central Coopératif, l’idée d’Union. Le mot fédération le dit. Le mot Comité Central aura-t-il le même sens aux yeux de la Loi ?
- M. CIi. Robert. — Le Comité Central Coopératif de France étant formé par des adhésions et pouvant en montrer la liste, je crois qu’il n’y aura aucune difficulté.
- II. Ualaml. — Je croîs qu’on aurait pu prendre acte seulement de l’opinion émise par M. Ch. Robert.
- ?I. Urbain. — Je fais moi-même partie du Comité Central, j’étais d’accord avec M. Ch. Robert et suis certain d’être d’accord avec tous dans l’énoncé de cette proposition, pas une voix ne s’élèvera pour la combattre. Je prie M. Clavel de me permettre cette réflexion.
- II. Uotli. —J’ajouterai que si vous détachez le Comité Central de la Fédération, vous aurez des Congrès magnifiques.
- M. Bertrand met aux voix, par main levée, la proposition de M. Urbain qui est adoptée.
- II. de Bojve déclare retirer les conclusions de son rapport, ces conclusions n’ayant plus de raison d’être après le vote que l’on vient d’émettre.
- II. Fitfecli regrette que le retrait des conclusions de M. de Boyve ne lui permette plus de présenter des observations sur des questions de principe.
- II. Cli. Robert. —Je demande que la proposition faite par M. Jacques soit retirée par son auteur. Nous n’avons pas le droit de modifier le règlement du Comité Central, nous ne devons pas toucher à son texte, mais, ceci dit, je n’hésite pas à ajouter que pour ma part, si j’avais à m’occuper de l’organisation d’un prochain Congrès, je demanderais que les discussions tout à fait spéciales aux affaires intérieures de la coopération française aient lieu dans une réunion préalable avant l’ouverture du Congrès international.
- II. Jacques n’insiste pas et dès lors sa proposition n’est pas mise aux voix.
- On fixe l’ordre du jour de la séance de demain. Réunion à deux heures pour continuer la discussion.
- II. Bertrand. — Comme suite au désir exprimé par M. Soria, de discuter le soir les principales questions, permettant ainsi à un plus grand nombre de coopérateurs d’assister aux débats, je demande de renvoyer à la séance du soir le rapport relatif au contrôle des marchandises ainsi que celui sur la rémunération des employés.
- Adopté.
- La séance est levée à 11 h. 45.
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- QUATRIÈME SÉANCE
- du 15 Septembre 1891, à 2 heures 1\2 du soir
- Présidence de M. Clavee.
- La séance est ouverte à ^ heures i 2.
- Appel nominal. — 102 Sociétés représentées. — Le procès-verbal de la séance d’hier est lu par un secrétaire.
- W. Clavel. — Toutes nos félicitations au secrétaire qui a rédigé le procès-verbal de la séance d’hier. Avec un pareil secrétaire, on pourrait se passer de sténographe.
- A la séance d’hier, la lettre que j’ai lue était de M. Doumer, chef du cabinet de M. Floquet.
- Le procès-verbal est adopté.
- M. Clavel donne lecture de la lettre d’une société espagnole, La Bienhechora, qui avait assisté au Congrès de Marseille et qui n’a pu venir à celui-ci ayant été prévenue trop tard. Cette Société exprime la conformité de ses vues avec celles faisant partie du Congrès.
- Nous en sommes restés hier à l’audition des conclusions du rapport de M. Ch. Robert sur le Comité Central.
- itl. Urbain. — La Commission d’examen des propositions diverses a examiné le règlement du Congrès ; l’article 8 dit que la Commission doit déposer un rapport sur les questions examinées, à l’ouverture de la séance suivante.
- M. Clavel. - Vous pouvez déposer un rapport, mais après l’ordre du jour.
- Le règlement, en effet, ajoute ceci : les propositions prises en considération seront discutées après épuisement de l’ordre du jour, à moins que le Congrès décide l’urgence ; mais c’est au rapporteur de la Commission à demander l’urgence.
- M. Urbain.. — La Commission d’examen
- que vous avez nommée hier a eu à examiner di-| verses questions que je rappelle.
- Le première est relative à la rémunération des conseils d’Administration et des conseils de surveillance des Sociétés.
- M. Cli. Robert. — Je demanderai que cette question soit rattachée à l'analyse des réponses faites dans l’enquête faite sur la rémunération du personnel des Sociétés Belges et Françaises et soit renvoyée à une séance ultérieure.
- 3H. Urbain. — La Commission vous propose de prendre en considération la proposition de M.Charles Robert, d’après un vote qu’elle a émis à l’unanimité.
- ,?8. Clavel. — M. Ch. Robert a raison, de deux discussions nous n’en ferons qu’une.
- M. Urbain. — Voici la seconde question : les soussignés ont l’honneur d'inviter le Congrès à demander au Parlement de voter la loi sur les Sociétés Coopératives ; la Commission propose d’accepter cette proposition et proteste de la façon la plus énergique contre la négligence avec laquelle le Sénat reste depuis un temps si long dépositaire d’une proposition qu’il n’examine pas et contre le rapporteur qui, sous des prétextes de santé, ne dépose pas son rapport.
- Elle pense que la question aurait déjà dù aboutir au Sénat qui ne travaille pas assez.
- M. Clt. Robert. — Je demande que la phrase prononcée par M. Urbain au sujet de l’état de santé du rapporteur soit retranchée du projet de résolution. J’ai eu l’honneur de voir M. Maze dans le cours de cette année, et j’ai le regret d’avoir à vous affirmer que l’honorable sénateur, qui a consenti, sur la demande du Comité Central, à être président
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- d’honneur de ce Congrès, est atteint d’une très grave maladie qui lui a interdit tout travail ; je n’ai pas à apprécier la manière dont la Commission sénatoriale dirige ses travaux ; j’admets que le Congrès vote une proposition tendant à demander au Sénat d’accélérer les travaux de sa commission, mais je tiens à constater que le dévouement de M. Maze aux intérêts de la Coopération ne peut être révoqué ici en doute et qu’en ce qui le concerne, le retard dont nous regrettons si vivement les conséquences, résulte d’un cas de force majeure.
- JI. Pacotte. —J’appuie la proposition de la Commission et je trouve étrange que l’état de santé d’un homme arrête les travaux d’un Parlement en négligeant tous les intérêts des Coopérateurs.
- M. Fitscla. — Je demande la parole pour appuyer ce que vient de dire M. Ch. Robert. Jeme trouve, moiaussi,en rapportavecM. Maze et je remplis un devoir dont il m’a chargé en présentant au Congrès tous ses regrets de n’avoir pas pu accélérer le dépôt de cette loi à laquelle il a beaucoup travaillé.
- Je vous prie d’accepter ce que je dis, il n’y a pas de sous-entendu à cet égard.
- La question nous tient au cœur, nous sommes tous affligés qu’une loi pareille ne passe pas avant toutes les autres.
- YI. Pacotte. — Pour appuyer la proposition faite par la Commission, je trouve drôle que pour la personnalité de M. Maze, on oublie les intérêts de la Coopération.
- M. Ulavel. — Je crois que la question est assez importante pour n’être pas mise au vote légèrement. L’assemblée statuera.
- Le Congrès doit se borner à un simple vœu ; il ne faut pas blesser ceux dont nous demandons le concours.
- M. Urbain. — Je retire le membre de phrase : sous prétexte de santé.
- ifl. Cbicusse. — En ma qualité de signataire, je dois vous dire quelle est notre opinion; nous devons reconnaître que c’est au Parlement qu’il faut nous adresser ; nous avons besoin de lui et il n’a pas besoin de nous ; lui jeter un blâme serait maladroit ; per-
- sonne ne peut méconnaître que M. Maze s’est toujours occupé de nous.
- M. Pacotte. — Nous sommes ici pour représenter les intérêts généraux et non des personnalités.
- M. C’ernesson. — Le projet de loi n’est-il pas à l’étude depuis 1885 ?
- M. Claveï. — Il y a eu une Commission nommée en dehors du Parlement pour faire une enquête au sujet des questions ouvrières; elle a présenté un projet de loi concernant les Sociétés de production.
- Elle s’est bornée là ; cette enquête a duré plusieurs années et s’est terminée par le projet de loi qui a été présenté à la Chambre.
- C’est alors que plusieurs membres de la Commission, entre autres M. Lyonnais, député ouvrier, ont fait observer que peut-être ce projet pourrait être appliqué aux Sociétés coopératives de consommation, ce dont elles seraient bien aises.
- Sur la demande de M. Lyonnais, j’ai proposé à la Commission des Sociétés fédérées de faire une étude du projet de loi concernant les Sociétés de production pour le rendre applicable aux Sociétés civiles ; c’est moi qui ai porté la parole devant la Commission pour présenter un projet de loi indiquant...
- M. Kugler. —Je regrette, M. le Président, de vous rappeler à l’ordre du jour; je demande la mise aux voix du projet de la Commission. Discutons les intérêts coopératifs.
- M, Clavel. — Il ne s’agissait pas de ma personnalité, mais de donner des explications sur l’origine du projet de loi en question.
- Je ne continuerai pas, il n’est pas besoin de plus grandes explications ; il a fallu l’intervention de M. Siegfried pour que ce projet sortît des cartons et fût envoyé au Sénat.
- Il s’agit de rédiger un texte pour demander l’accélération des travaux.
- Nous avons tous intérêt à conserver M. Maze comme rapporteur, c’est le seul membre du Sénat qui connaisse tous nos besoins : je crois vous avoir lu une note de lui dans laquelle il nous assure de son concours pour que la délibération ait lieu dans un court espace de temps ; nous sommes obligés d’at-
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- tendre le retour du projet à la Chambre des Députés. Je voudrais que rien, dans le vœu qui sera formé, ne puisse blesser M. Maze car nous avons tous intérêt à le conserver comme rapporteur.
- JI. Urbain dépose au nom de la Commission l’ordre du jour suivant :
- Le Congrès proteste énergiquement contre les retards que subit au Sénat la discussion de la loi sur les Sociétés coopératives et demande que cette question soit enfin mise à l’ordre du jour.
- ]?I. Foulard. — On pourrait rayer le mot « proteste « et émettre un vœu ; si nous attendons quelque chose du Sénat, nous ne pouvons pas cependant lui dire : Faites-le.
- ]R. de Boyve. —Je suis d’avis que l’on mette « regrette » au lieu de « proteste. »
- M. IJrliaiii. — Je ne crois pas manquer de convenances en disant que nous protestons contre la négligence du Parlement lorsqu’il s’agit des intérêts de tous les travailleurs.
- ni. Foulard. —J’ai dit que nous avions affaire à une Chambre qui ne ferait que ce qu’elle voudrait. Je crois qu’il serait mieux d’émettre un vœu, car nous avons besoin d’elle. M. Maze nous dirait: Allez en chercher un autre. Il serait préférable de soumettre nos idées et de dire que nous « regrettons » mais pas que nous « protestons. »
- II. Régnier. — Je ne suis pas de ceux qui sèment des fleurs sur les hommes élus par le suffrage. Ils devraient s’occuper de ceux qui les ont élus, j’appuie la proposition, car ils sont nos serviteurs. Je suis d’avis que Ton proteste; si M. Maze a été bon pour nous, nous ne pouvons que l’en remercier ; mais cette loi est au Sénat depuis trop longtemps, que M. Maze passe la main à un autre, si sa santé l’empêche de travailler.
- II. Clavel. — Je mets aux voix la proposition telle qu’elle est faite par la Commission. « Le Congrès proteste énergiquement contre le retard que subit au Sénat la discussion de la loi sur les Sociétés coopératives et demande que cette question soit enfin mise à l’ordre du jour.»
- La proposition est adoptée.
- m. Demorlaine. — Je demande que
- le nombre de voix pour ou contre soit indiqué au procès-verbal.
- ni. Régnier. — Si on veut chercher le nombre de voix en comptant les cartes, il y a beaucoup plus de 18 voix.
- M. Clavel. — Le désir est exprimé que l’on mette au procès-verbal le nombre de voix réel ; j’ai, tant que me l'a permis ma vue, tenu compte des cartes présentées ; ce qu’il y a de certain, c’est que la majorité est acquise ; veut-on recommencer le vote ?
- Si nous mettons qu’il y a 18 voix qui protestent et 12 qui ne s’associent pas au vote, c’est que l’assemblée n’est pas d’accord de faire voter la loi.
- ni. Urbain. — Je n’ ai jamais vu chose semblable sur une question qui est tranchée par un vote acquis.
- M. Bertrand. — Nous autres étrangers, nous ne pouvons pas prendre fait et cause dans la question ; je demande cependant, si vous ne croyez pas qu’il serait dangereux d’indiquer le nombre de voix ? votre protestation aurait-elle plus de poids ?
- ni. Fitsch. — Je voudrais bien que l’on n’interprétât pas mon vote d’une façon différente que celle que je pense ; je tiens à déclarer que nous tenons tous à atteindre le même but, si la question est posée en d’autres termes, je m’associe à tout ce qui peut hâter la loi que nous attendons.
- M. Collard dit que la demande de M. Demorlaine semble indiquer le contraire.
- M. Clavel. — Il ne peut pas y avoir d’incertitude.
- Le membre qui vote contre la rédaction qui a été faite par la Commission ne vote pas contre l’urgence que le projet de loi aboutisse au Sénat.
- M. Urbain. — Quand un vote est fait, la question est adoptée ou non ; que l’on ne recommence pas la discussion.
- M. Chevalier. — Si nous devons continuer à discuter sur la valeur d’un adverbe, nous ne ferons rien de bon et ferions mieux de rester chez nous. Je viens ici pour travailler, que ceux qui ne veulent pas faire comme moi restent chez eux.
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- La proposition de M. Demorlaine mise aux voix est repoussée.
- Jfl. Crljain. — Trois questions. Les soussignés invitent les délégués des Sociétés de consommation à émettre le vœu que le Sénat et la Chambre tiennent compte des intérêts des consommateurs en supprimant les taxes qui pèsent trop lourdement sur eux ; la Commission propose la résolution suivante : Le Congrès ' approuve la conduite du Comité Central dans la campagne que ce Comité a entreprise contre le système protectionniste et l’invite à persévérer dans cette voie. Le Congrès proteste énergiquement contre les taxes votées par la Chambre des Députés et soumises aux délibérations du Sénat.
- ]?I. Chevalier. — La pétition que nous avons fait parvenir à la Chambre des Députés était l’expression du vœu unanime des coopérateurs. Je demande que les conclusions de la Commission soient adoptées.
- La résolution proposée est adoptée par acclamation.
- ]?I. Collard.— La Commission demande de renvoyer au Comité Central la proposition de M. Bernardot concernant la création d’un Annuaire coopératif. Il est nécessaire, que toutes les Sociétés se rendent compte du nombre et du fonctionnement de toutes les Sociétés de France et la Commission vous invite à renouveler votre vote tendant à ce que toutes les Sociétés coopératives de France aient affaire au Comité Central.
- 11. Beriiarilot. — Je voulais dire un mot qui n’aura pas d’influence sur le vote ; je m’occupe de faire un travail sur l’influence de la participation sur le mouvement ascensionnel de la classe ouvrière ; j’ai trouvé des renseignements dans tous les pays, sauf en France. Il n’y a rien chez nous et je vois là une inertie regrettable qu’il importe de supprimer, car il est très fâcheux au point de vue du développement de la coopération.
- L’Annuaire a une grande importance, il le faudrait complet pour rendre de grands services.
- La question est renvoyée au Comité Central.
- II. Collard dépose en son nom et aux noms de MM. Chiousse et Soria un vœu
- relatif à la création d’un organe spécial au Comité Central et dit :
- Je vous ferai remarquer qu’il y a une conclusion ; il faut pour cela que toutes les Sociétés adhèrent au Comité Central, c’est le seul moyen d’établir cet organe. Quelques-uns ont émis le vœu suivant : Création d’un organe spécial; cette proposition n’est pas nouvelle ; dans le rapport de M. de Boyve, il est indiqué que le Comité Central devrait avoir un organe spécial, le Congrès a manifesté le désir que le Comité Central soit en dehors du Magasin de Gros ; mais la Commission se demande s’il a les ressources nécessaires pour émettre un vœu relatif à la publication de cet organe. La Commission propose qu’aussitôt qu’on le pourra on fasse cette publication; elle l’invite à étudier cette question pouf le prochain Congrès.
- M. Clavel. — La même question se trouve dans les conclusions du rapport de M. de Boyve
- M. de Boyv». — J’ai dit que je retirais mes conclusions.
- M. Clavel, — M. de Boyve ayant retiré les conclusions de son rapport, rien ne nous empêche de voter sur cette seule question, c’est sous forme de vœu ; le Congrès renvoie la question au Comité Central en l’invitant à la trancher aussitôt que possible et de faire un rapport pour le prochain Congrès.
- M. Chevalier. — En principe, je suis favorable à la création d’un organe spécial, mais j’entends dire qu’il faut que le Comité Central soit séparé du Magasin de Gros ; lorsqu’on prie les Sociétés de verser leur cotisation elles ne le font pas ; on veut faire des Congrès et l’on met le Comité Central dans la nécessité de disparaître. Je sais qu’à côté de ce que l’on veut, il y a ce que l’on peut, dont il faut se contenter ; la réalisation de ce vœu est subordonnée aux ressources du Comité.
- JI. Collard. — La Commission est d’accord ; elle ne vous dit pas d’émettre le vœu qu’un organe soit créé dans un bref délai ; elle vous propose de décider qu’il y aura lieu de poursuivre l’idée qui a animé le Congrès et de séparer les deux organisations.
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- Si ce n’est pas possible, on devra faire un rapport au prochain Congrès.
- M. Drtray. — Je déclare que dans nos Sociétés il y a un obstacle ; le Magasin de Gros a dénigré les Coopérations parisiennes.
- M. Clavel. — Il est question du renvoi au Comité pour voir ce qu’il pourra faire et rédiger un rapport qui sera présenté au prochain Congrès.
- M. §oria. — Je demanderai que si le Comité trouve le moyen de réaliser ce vœu avant le prochain Congrès, cela se fasse.
- M. Clavel. — J’ai dit que le vœu était renvoyé au Comité qui examinera la question, et que, dans le cas où il ne pourrait pas luj donner une solution immédiate, un rapport serait fait au prochain Congrès.
- La proposition mise aux voix est adoptée.
- M. Clavel. — Les conclusions du rapport de M. de Boyve, étant retirées, nous pourrions passer au rapport concernant les bibliothèques coopératives.
- JI. Chevallier demande s’il ne doit pas avant donner les conclusions du rapport sur les questions relatives aux modes d’élection des membres du Comité Central, lesquelles sont :
- Le Comité Central ne devant proposer aucun candidat aux Sociétés, décide que tout nom de coopérateur qui lui sera envoyé par une Société ou par un groupe de Sociétés coopératives, avant le i"r dimanche de décembre, sera sans autre désignation placé par voix de tirage à la suite des membres restants du Comité.
- Cette liste de noms avec indication de la Société ou groupe de Sociétés auxquelles appartient le candidat devra être encartée dans le Bulletin de la Fédération paraissant quinze jours avant la date du scrutin.
- Nous proposons donc au Congrès d’adopter la résolution suivante :
- Le Congrès, considérant l’impossibilité de modifier actuellement le mode de votation pour l'élection des membres du Comité Central, décide de conserver le mode actuel et approuve le mode de présentation des candidats proposé par M. Soria.
- 1?I. Collard. —Il ne s’agit pas de discuter ce qu’a fait le Comité Central ; je dois dire que je me range à la proposition de M. Soria ; il serait bon que la liste de tous les membres qui sont désignés pour être candidats fût connue, mais je demande en outre s’il ne serait pas juste que l’on mît sur ce bulletin la liste de toutes les Sociétés qui ont le droit de voter.
- Quelqu'un qui veut être candidat, qui se croit digne de représenter la Coopération, peut-il faire connaître son programme; l’absence de la liste des Sociétés ne le lui permet pas ; voilà donc, deux choses distinctes du mode d’élection des candidats ; il s’agit d’avoir quelque temps d’avance la liste de toutes les Sociétés qui ont droit de vote.
- En outre, nous allons demander une modification au mode d’élection. Au Congrès de Marseille nous avons émis le vœu que le scrutin régional soit admis le plus tôt possible.
- Le nombre des membres du Comité Central étant très limité, 11 est très possible qu’un certain nombre de Sociétés s’unissent et choisissent un représentant pour elles toutes.
- Nous avons proposé un moyen qui est pratique.
- ]?ï. Clavel fait remarquer à M. Collard qu’hier soir il s’est tenu en dehors du règlement et le prie de ne pas recommencer aujourd’hui, ce qu’il semble vouloir faire.
- M. Collard continue en disant que plusieurs Sociétés ayant les mêmes idées peuvent se faire représenter au Comité Central par un seul délégué.
- M. Chevalier. — En principe, nous sommes partisans des solutions les plus complètes, nous sommes obligés de faire ce que nous pouvons et non ce que nous désirons; mais les Coopérateurs ne sont pas encore suffisamment éclairés. Le mode d'élection est simplement transitoire; lorsque la question sera posée, il est certain que la solution préconisée par le délégué des Bouches-du-Rhône sera votée.
- M. Clavel. — Je résume la question ainsi : le Comité accepte les conclusions du j rapport avec cette addition. Lorsque les So-I ciétés seront consultées sur les nominations
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- à faire, elles auront les noms des candidats et la liste des Sociétés ayant droit au vote.
- Cette proposition est mise aux voix et adoptée.
- M. Clavel. — Nous passons aux bibliothèques coopératives.
- M. Clavel cède la présidence à M. Régnier.
- M. Résilier en prenant la présidence donne connaissance au Congrès d’une lettre de M.Fougerousse qui, délégué de l’Union Coopérative de Milan, adresse un mandat de cinq francs pour constater l’adhésion de cette société au Congrès et annonce qu’il assistera aux séances du Congrès à partir du 1<; septembre, date de son retour à Paris.
- M. Régnier ayant une question à adresser à M. Fougerousse demande si celui-ci est dans la salle ou s’il y a quelqu’un qui le représente.
- M. Régnier voulait simplement connaître le nom de la Société dont fait partie M. Fougerousse. M. Fougerousse étant absent et personne ne prenant la parole en son nom, il est passé outre.
- La somme de 5 francs, adressée au trésorier du Congrès, sera renvoyée à la Société l’Union Coopérative de Milan.
- Les Sociétés étrangères étant les invitées des Société françaises.
- M.Eemardot donne lecture d’un rapport sur la création des bibliothèques coopératives. (Voir Annexe à la fin du volume.)
- M. Cernesson. — Je viens appeler votre attention sur un point du mémoire. Dans le rapport qui vient d’être lu et qui n’est pas sans défaut, je constate que la question des livres est plutôt laissée dans l’ombre, et je demande si nous ne pourrions pas confier au Comité Central le soin de dresser, à titre d’indication, un catalogue officieux’dans lequel on trouverait les ouvrages qui pourraient prendre place dans une bibliothèque coopérative ?
- 2° Dans le projet esquissé dans le mémoire, page 31, on indique, dans les 8 premiers Nos, des ouvrages traitant des questions ouvrières ; je n’ai rien à redire, je critique les Nosn, 12 et 14, au point de vue des bibliothèques
- coopératives. Il ne faut pas qu’elles fassent double emploi; généralement, partout, il y a dans la même ville une bibliothèque populaire ; il y a des villes où ces bibliothèques sont gratuites; j’en conclus par la proposition suivante :
- i° Le Congrès invite le Comité Central à étudier la composition d’un catalogue destiné à éclairer le choix des Sociétés.
- 20 Le Congrès émet le vœu que les Sociétés excluent de la bibliothèque les ouvrages littéraires et donnent la préférence aux traités d’économie.
- M. Régnier. — Je crois qu’il serait utile que M. Michel, qui est dans la salle, nous donne ses explications sur la question des catalogues. Peut-on lui donner la parole ?
- Oui.
- M. Fransquin. —Je demande que l’on discute d’abord le rapport.
- M. Clavel. — Met-on aux voix ?
- M. Cia. Robert. — Il serait bon, pour se prononcer sur les conclusions du rapport, d’entendre les observations qui peuvent être faites soit par M. Limouzin, soit par M. André Michel.
- ML André Michel a la parole. Je vous remercie de l’honneur que vous me faites en m’appelant à vous donner des explications ; je serai court, je vous avoue que c’est avec embarras que je prends la parole, je n’ai pas de formule toute faite.
- En ce qui concerne la constitution d’un catalogue, je dois dire que pour le choix d’un livre vous êtes plus compétents que moi.
- La Société Franklin que je représente a été fondée pour mettre au service de toutes les bibliothèques populaires toutes les ressources de l’association ; elle s’est entendue avec un éditeur ; si vous voulez que je m’en charge, j’irai chez l’éditeur et vous bénéficierez des remises qu’on nous fait.
- La Société Franklin a fondé les bibliothèques des régiments et des hôpitaux; l’idée est de faire quelque chose pour favoriser ce mouvement de bibliothèques populaires.
- Lorsque vous aurez besoin de nous, nous sommes à votre disposition : nous vous aide.
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- rons de nos services gratuits et, je ne m’avance pas trop, le jour où vous viendrez, nous se-rons trop heureux de vous apporter les conseils les plus absolus.
- M. Limousin. — Dans les villes où il y a une bibliothèque populaire, je crois qu’il n’y a jamais trop de centres d’instruction ; j’ai étudié le travail deM. Cabanis, qui a traité la question dans son ensemble. Il se trouve qu’il l’a peut-être traitée un peu trop au point de vue des ouvriers.
- Il est nécessaire que les Coopérateurs qui représentent la démocratie morale, reçoivent une instruction d’élite. M. Cernesson a dit : il est nécessaire d’avoir des discussions familières; les Coopérateurs sont appelés à jouer le rôle d’éducateurs.
- Je suppose que vingt Sociétés créent une bibliothèque et prennent un abonnement à des revues. Ils auront la quintessence de l’esprit français.
- Je crois qu’il est nécessaire que les'Coopé-pérateurs ne se restreignent pas aux questions d’économie politique; ils faut qu’ils apprennent le maniement parlementaire.
- M. Steinmetæ. — J’ai écouté le rapport de M. Cabanis, il est parfait. Les restrictions de M. Cernesson ont leur valeur; dans les villes où il existe des bibliothèques populaires ce serait faire double emploi.
- J’ai une question à adresser à la Société Franklin : pourrons-nous trouver à cette Société tous les ouvrages que demanderont les Sociétés Coopératives? S’il s’agit de livres socialistes, nous aiderez-vous à fonder des bibliothèques dans lesquelles nous pourrons nous procurer ces ouvrages ?
- M. André Mielael. — Il faut que tous les ouvrages demandés soient étrangers à toute polémique religieuse et soient moraux. Si l’on nous demandait les discours de Bossuet, peut-être... la Société les fournirait-elle. Si la question venait à être posée, le Çonseil ferait probablement cette réponse :
- Si l’on vous demande un livre qui peut être considéré comme un livre d’histoire, fournis-sez-le.
- Toutes les demandes adressées à la Société Franklin lui coûtent de 5 à io o[o; en vous proposant ses services, elle n’a aucune
- arrière-pensée; quant à imposer ses services, Non !
- Venez à nous, nous servons le bien public; mais si vous y venez avec sous-entendu, n’y venez pas.
- M. Fitscli. — Il est bien entendu que la proposition qui est faite par la Société Franklin nous suffît ; [c’est une offre qui nous est faite et dont nous profiterons dans la mesure qui nous conviendra.
- Dans le XVIIL arrondissement, il y a une bibliothèque qui existe depuis 186^, il y en a une autre dans la Société du XVIIIe; mais nous tous Coopérateurs nous sommes de la bibliothèque. La cotisation est de 40 centimes par mois ; chacun de nous prend autant de livres qu’il veut et le catalogue contient tous les ouvrages qui nous sont demandés.
- Les deux Sociétés marchent et ne se font pas de tort.
- M. Fraiis«|iain. — Je trouve qu’il faut que l’on constitue une bibliothèque coopéra-rative, mais il ne faut pas obliger les membres à payer une rémunération, la somme ne serait-elle que de 10 centimes par mois.
- On a dit qu’il n’est pas nécessaire d’établir des bibliothèques coopératives à côté des bibliothèques populaires.
- D’un autre côté, à propos des entretiens familiers, je dois exprimer un [regret : à la réunion du Trocadéro, on n’a pas fait appel aux femmes ; j’émets le voeu de faire établir dans les Sociétés cette propagande par les causeries familières.
- Il faut que les livres soient écrits de façon que tous nous puissions les comprendre.
- M. Cernesson. — Je n’ai pas prétendu que les coopérateurs ne devaient s’occuper que de coopération, j’ai voulu dire que là où il existe des bibliothèques communales, il est inutile que les Sociétés coopératives dépensent des sommes pour acheter des livres qui font double emploi.
- M. Urbain. —Je suis de l’avis de M. Limouzin : il n’y a jamais trop de livres dans une bibliothèque; je trouve que trois valent mieux que deux ; jamais nous ne saurons trop l’histoire qui nous apprend comment s’est formé notre pays et comment il faudra le défendre.
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- Quant aux inquiétudes qu’a exprimées le citoyen Steinmetz, je crois que nous pouvons accepter les offres faites par la Société Franklin et la remercier de la façon désintéressée et affectueuse qu’elle a mise à faire ses offres ; et si nous ne trouvons pas tout ce que nous désirons : nous le trouverons ailleurs, prenons ce que nous pourrons.
- Je demande au Congrès de ne pas tenir compte de la deuxième observation de M. Cernesson. Jamais on ne sait trop de choses, jamais on n’a trop d’occasions de s’instruire. La question finances ne doit pas nous arrêter.
- Vous voulez n’introduire que des ouvrages de philosophie, c’est trop aride, et si vous n’avez dans les bibliothèques que des ouvrages qui ne sont pas faits pour tous les cerveaux, elles seront désertées et vous aurez dépensé votre argent en pure perte.
- M. Bernnrdot. — Je crois que nous nous étendons trop; la maison Franklin se met à notre disposition, acceptons ses services, et commençons par établir des bibliothèques.
- Le rapport est très complet.
- Je demande que l’on mette aux voix les conclusions du rapport ; que le Comité Central aide le plus possible les Sociétés dans la formation de leurs bibliothèques.
- M. Bertrand. — Je me rallie à tout ce qui a été dit, mais je demande au Congrès de dégager le vote sur le rapport de la question de la librairie Franklin; nous ne sommes pas liés, nous pourrons nous adresser ailleurs.
- M. Fransquin et moi, émettons le vœu de voir chaque société établir des bibliothèques accessibles à tous, et que l’on passe à l’ordre du jour.
- M. CIi. Robert. — Inutile de voter quoi que ce soit sur la proposition de la Société Franklin, c’est moi qui ai pensé qu’il serait peut-être utile que cette maison vint se mettre à notre service.
- Ce Président. — M. Cernesson maintient-il ses conclusions?
- HI. Cernesson. — Oui. Le Congrès
- invite le Comité central à étudier la composition d’un catalogue de Bibliothèque coopérative destiné à éclairer le choix des sociétés. Cette proposition est adoptée.
- M. Régnier propose de laisser au Comité Central le choix des volumes que les sociétés pourront choisir.
- M. Bertrand. — M. Fransquin demande la priorité pour son ordre du jour.
- M. Régnier demande la lecture de l’ordre du jour de M. Fransquin. Il est ainsi conçu :
- Le Congrès coopératif, après la lecture du rapport très complet de M. Cabanis, émet le vœu de voir chaque société coopérative établir une bibliothèque dans le sens développé par ledit rapport et de voir ces bibliothèques accessibles gratuitement à tous et passe à l’ordre du jour.
- m. Régnier. — J’apprécie la proposition qui vient d’être faite ainsi que je l’ai fait pour la première proposition de M. Cernesson, mais je crois que la seconde ne doit pas être prise en considération; on ne doit pas. empêcher les sociétés d’acheter les livres qu’elles désirent.
- La proposition des délégués belges est votée.
- Les conclusions du rapport de M. Cabanis sont mises aux voix et acceptées.
- B. Clavel. — Comme le règlement indique que les propositions à faire en dehors de l’ordre du jour doivent être déposées à la fin de chaque séance, j’en dépose une qui est ainsi formulée :
- Je propose que les Congrès n’aient lieu que tous les cinq ans.
- La proposition est renvoyée à la Commission d’initiative.
- M. Briotet. — Je demande qu’à l’avenir les membres du Comité Central Coopératif de France soient admis à tous les Congrès, avec voix délibérative.
- La proposition de M. Briotet est renvoyée à la commission.
- La séance est levée à 5 heures 4^.
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- CINQUIÈME SÉANCE
- du 15 Septembre 1891, à 8 heures 20 du soir
- Présidence de M. Bernardot.
- M. Bernardot.— J’invite le Secrétaire à donner lecture du procès-verbal de la séance d’hier soir 14 septembre.
- Le Secrétaire donne lecture de son procès-verbal.
- M. liesenflants présente ces observations : on me fait dire qu’au moment où j’ai expliqué mon abstention, j’avais l’intention de parler contre le Magasin de Gros; j’ai voulu dire que jusqu’ici l’adhésion au Comité Central entraînait l’adhésion à la Fédération. Je demandais que les Sociétés fussent libres d’adhérer au Comité Central, sans pour cela être tenues de se servir à la Fédération. Je demande que le procès-verbal soit rectifié en conséquence.
- Le Secrétaire fait observer que c’est bien le sens de son procès-verbal si ce n’est le mot à mot du délégué. Il sera donné satisfaction à M. Lesenfants.
- M. Bertrand. — Tout le monde rend hommage à la manière dont sont rédigés les procès-verbaux, mais je désirerais qu’ils ne s’appesantissent pas sur certains détails qui n’ont pas d’importance.
- La proposition de M. Bertrand est adoptée.
- M. Bernardot. — Avant de passer à l’ordre du jour je vous remercie de l’honneur que vous me faites en m’appelant à présider une de vos séances ; j’espère que vous me rendrez la tâche facile. Nous sommes réunis pour travailler au développement de la coopération qui est un des éléments de l’avenir social, de l’avenir des travailleurs et dont le but est d’obtenir une meilleure répartition des richesses. Travaillons ! pour donner confiance à tous. Travaillons! pour montrer aux
- étrangers venus parmi nous que, si nous passons pour avoir l’esprit léger, tous nos efforts, lorsque la question sociale se trouve en jeu, tendent à la réaliser et que nous y travaillons ferme.
- Nous avons à examiner deux questions importantes :
- i° Analogie des réponses des sociétés belges et françaises pour la rémunération des ouvriers.
- Nous donnerons après, la parole à M. Mitt-chel pour son discours.
- En attendant, M. Jacques voudra bien nous donner lecture de son rapport sur les réponses des sociétés belges au sujet de la rémunération des ouvriers et employés.
- M. Jacques donne lecture du rapport suivant :
- Messieurs,
- Avant d’aborder le fond de la question, je considère comme un devoir de remercier les membres du Comité Central de la Fédération française, de l’honneur qu’ils m’ont fait, en me chargeant d’analyser les réponses faites par les Sociétés belges, au questionnaire élaboré par ses soins.
- J’aurais voulu présenter un travail plus complet que celui que je vais avoir l’honneur d’exposer, mais j’ai le regret de devoir avouer que mes démarches auprès de la grande majorité des Sociétés sont restées sans suites; mes efforts se sont heurtés à une indifférence que rien ne justifie.
- ♦ *
- Le Congrès me permettra, à ce sujet, d’attirer un instant son attention sur l’existence,
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- le but et la composition des Sociétés Coopératives en Belgique et il comprendra immédiatement les raisons qui motivent le silence et l’abstention de la majorité de ces Sociétés.
- Actuellement, en Belgique, la coopération est pratiquée par deux catégories de citoyens nettement tranchées.
- Nous avons d’une part, et ce sont les plus nombreux, ceux qui font de la coopération un instrument politique, qui ne voient en elle qu’un moyen d’arriver à certaines revendications sociales et à la solution des problèmes qui en sont la conséquence. D’autre part, ceux qui envisagent la coopération uniquement au point de vue économique, qui en excluent impitoyablement la politique et qui ne voient dans leur entreprise qu’un but à atteindre : celui d’améliorer leur situation matérielle et morale ainsi que celle de leur famille.
- Il n’entre pas dans mon intention dediscuter ni le programme, ni les aspirations des uns et des autres; si j’en parle ici, c'est uniquement en vue d’expliquer les raisons pour lesquelles mon travail n’est pas aussi étendu qu’il devrait l’être.
- Appartenant à cette minorité, je n’ai pu compter que sur le concours de ses partisans. Je me suis cependant adressé à toutes les Sociétés Coopératives, mais aucune de celles qui s’occupent de politique ne m’a répondu, je me vois donc forcé de présenter un travail incomplet, en tant qu’on doive le considérer comme l’expression des Sociétés belges.
- Il n’est qu’un exposé d’un petit nombre de celles-ci, de celles formant la seconde catégorie dont je parlais plus haut.
- *
- * *
- Ces réserves posées, je résume les réponses qui me sont parvenues et vous fais part des réflexions qu’elles me suggèrent.
- Le questionnaire a été envoyé à plus de 50 Sociétés sur lesquelles une quinzaine seulement ont répondu.
- Le nombre de sociétaires de chacune d’elle, varie entre 100 et 3.000. Ils sont tous membres effectifs, aucune de ces associations ne comprenant des membres adhérents.
- Trois systèmesdistinctsde rémunération des employés, commis, ouvriers et auxiliaires sont en usage dans ces Sociétés, savoir :
- A. Rémunération par traitement fixe;
- B. Rémunération par remises proportionnelles au chiffre des ventes avec allocation de certaines indemnités spéciales;
- C Rémunération par traitements fixes avec remises proportionnelles au chiffre des ventes et participation dans les bénéfices.
- * *
- Le système de traitement fixe renseigné sous la lettre A, est en vigueur dans les trois Sociétés Coopératives du personnel des administrations de l’Etat, de la province et de Ja commune à Anvers, à Termonde et à Bruxelles (rue de la Banque), lesquelles exploitent chacune une boulangerie, des magasins d’épiceries, d’aunages, de merceries, etc.
- La Société d’Anvers exploite en outre une cordonnerie avec atelier de fabrication, et celle de la rue de la Banque à Bruxelles possède un atelier de coupe et de confection de vêtements.
- Les traitements ou salaires dans ces Sociétés se décomposent comme suit :
- Les demoiselles de magasin chargées des fonctions de gérantes de rayon, ou autrement dit répartitrices, reçoivent des traitements variant de 60 à 123 francs par mois;
- Les magasiniers des salaires de 2.75 à 3.50 par jour;
- Les boulangers id. 1.25 à 5.25 id.
- Les porteurs id. 3. Ȉ 4.75
- Le chef cordonnier à Anvers un traitement de 130 fr . p. mois Le coupeur cordonnier id. id. 110 id.
- Le coupeurtailleur à Bruxelles un traitementde 275 id.
- Le caissier id. id. 180 id.
- Le comptable id. id. 150 id.
- Les ouvriers cordonniers et tailleurs travaillent à la pièce.
- Toutefois, la Société d’Anvers ajoute dans son bulletin, qu’elle recherche un moyen d’intéresser son personnel dans les bénéfices et celle de la rue de Banque, à Bruxelles, invoque une disposition de ses statuts permettant à l’assemblée générale annuelle de répartir éventuellement une partie des bénéfices entre son personnel, mais rien n’est précis à ce sujet.
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- * *
- Les Sociétés :
- La Prévoyance de Marcinelle;
- Le Progrès de Roux,
- Le Progrès de Luttre ;
- L’Avenir de Tournai;
- La Prudence de Namur;
- Les Sociétés d’employés des chemins de fer de Jemelle et de Nivelles ;
- La Ruche de Quiévrain ;
- L’Alliance de Manage, etc., etc.
- Qui n’exploitent que des magasins d’épiceries auxquels sont adjoints quelques autres articles, tels que : aunages, merceries, etc.,ont recours au second système, c’est-à-dire celui de la rémunération par remises proportionnelles au chiffre des ventes.
- Elles n’accordent à leurs gérants ou répartiteurs aucun traitement fixe. Ils reçoivent, pour toute rémunération, une remise proportionnée aux chiffres de leurs ventes, et qui varie entre i et 5 0/0 selon l’importance des magasins.
- En outre, chaque gérant a droit pour lui et sa famille au logement gratuit dans l’immeuble occupé par le magasin, et, suivant l’importance des Sociétés, il reçoit annuellement une somme de 60 à 100 francs pour l’indemniser des frais d’éclairage et de chauf-
- fage auxquels il doit faire face pour les besoins de la Société.
- Les avantages de ce système de rémunération paraissent être assez nombreux.
- Indépendamment du stimulant dont il est l’objet pour le personnel, il est d’un puissant auxiliaire pour les Conseils d’administration, en ce sens qu’il favorise le travail continuel chez leurs employés. Ceux-ci sont toujours en éveil et à la recherche d’améliorations à introduire dansjes installations, dans les marchandises, etc., de façon à éviter les réclamations des Sociétaires et augmenter le chiffre des ventes.
- Une dernière considération en faveur de ce mode de rémunération, c’est que le chiffre de la dépense étant toujours en rapport avec celui des recettes, et par conséquent avec celui des bénéfices, les mécomptes sont moins à craindre que dans le premier système où la rétribution reste toujours invariable, quelles que soient la situation des ventes et la marche des affaires.
- J’ai pensé qu’il serait utile, pour les membres du Congrès, de connaître la statistique des résultats obtenus pour l’année 1890 par les Sociétés pratiquant ce système de rémunération et dans ce but j’ai réclamé des Sociétés intéressées, les renseignements qui se trouvent consignés dans le tableau suivant :
- SOCIÉTÉS QUALITÉ du Personnel CHIFFRES des ventes en 1890 TAUX de la Remise MONTANT des remises accordées INDEMNITÉ do chauffage et d’éclairage SOMMES totales touchées par le personnel OBSERVATION S
- Jouit du logemt pour toute sa famille et reçoit en
- La Prudence Namur Gérante et 2 Adjointes 89.000 » 1 0/0 890 » 60 » 950 » outre 1,500 fr. de trait1 fixe pour lui et ses 2 adjointes.
- L’Avenir, Tournai .. Gérante 42.805 73 1 1/2 0/0 642 10 » 642 10 Jouit du loyer p toute sa famille.
- Le Progrès Luttre.. Id. 44.360 60 2.277 50 3 0/0 1 1/2 0/0 1.330 82 160 70 100 » 1.591 52 Id.
- Le Progrès, Roux . Employés du chemin de fer, Ni- Id. 16.833 » 5 0/0 814 65 50 » 89T65 Id.
- VelleS. , La Prévoyance Mar- Id. 29.813 94 2 0/0 447 19 100 » 547 19 Id.
- cinelle Employés du chemin de fer, Je- Jd. 48.645 56 2 0/0 1 0/0 972 90 60 » 1.032 90 Id.
- melle Id. 58.719 75 2 0/0 pour déchets 1.400 66 60 » 1.460 66 Id.
- La Société coopérative « Le Chempostel » de Ledeberg-lez-Gand, qui exploite une boulangerie, un magasin d’épiceries, d’aunages et un café, avait, jusqu’en ces derniers temps,
- pratiqué le premier système de rémunération, c’est-à-dire l’allocation de traitements ou de salaires fixes.
- Elle vient de modifier sa manière de faire
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- en adoptant le système de remises proportionnelles, compliqué de certaines combinaisons.
- Le personnel affecté aux magasins proprement dits, reçoit une remise de 3 0/0 sur le chiffre des ventes ainsi qu’une indemnité fixe pour les frais de chauffage, d’éclairage et d’entretien des locaux.
- En outre, les bénéfices sur la vente au détail des vins, liqueurs, cigares, etc., etc., dans le café sont acquis au personnel.
- Les boulangers et les porteurs de pains sont payés à la tâche, c’est-à-dire qu’ils reçoivent, les premiers, un salaire de fr. 1,25 par 100 pains fabriqués, et les seconds, un salaire de fr. 1,40 par 100 pains transportés, avec cette restriction que les porteurs ont à leur charge les frais d’entretien et de nourriture des chiens utilisés par eux pour la remise à domicile. Ces frais sont évalués à fr. 1,00 par jour.
- La Société est très satisfaite de l’application de ce nouveau système, lequel s’est traduit pour le premier semestre de l’année courante par les chiffres suivants :
- Le gérant et ses deux adjoints ont touché du chef de remises sur la vente une somme nette de fr. 1227, plus les bénéfices réalisés sur l’exploitation du café.
- Les boulangers, au nombre de deux, ont touché ensemble fr. 1514,71 et les porteurs également à deux, fr. 1306,66.
- La Société des Pharmacies Populaires de Bruxelles vient également de modifier son système de rémunération.
- Jusqu’au Ier janvier dernier elle accordait à ses gérants 4 0/0 sur le produit annuel des ventes, plus le logement, le feu et la lumière.
- Aujourd’hui elle alloue à tout son personnel des traitements fixes établis comme suit :
- 3,000 fr. pour les gérants pharmaciens ;
- 1,500 et 1,800 fr. pour les aides-pharmaciens et comptables ;
- i,20ofr. pour le magasinier et 540 fr. pour les grooms.
- En outre, ces agents recevront sans distinction, à la fin de l’année, une part dans les bénéfices, le taux en sera fixé ultérieurement.
- Les gérants continuent à être logés dans leur officine et à profiter de la gratuité des frais de chauffage et d’éclairage.
- Cette Société qui est la résultante d’une entente établie entre 84 Sociétés mutuelles, prend de jour en jour une grande extension. Elle possède actuellement 6 pharmacies situées dans les différents quartiers de la ville. Chacune d’elles est gérée par un pharmacien et un aide, tous deux diplômés. Un groom leur est adjoint; il est spécialement chargé des courses et du nettoyage des bouteilles, pots, mortiers, etc.
- J’aborde le dernier mode de rétribution qui est la réunion des deux précédents, combinée avec une participation aux bénéfices. Ce système est particulièrement mis en vigueur dans la Société du personnel des Chemins de fer, Postes, Télégraphes et Marine, l'Union économique de Bruxelles. Cette Société est à la fois une coopération de production et de consommation.
- Elle exploite une boucherie, une épicerie avec rayon spécial de tabacs, cigares et fournitures classiques, une cordonnerieavec atelier de fabrication, une lingerie, une chapellerie avec rayon spécial de cannes et parapluies et enfin un magasin de draps, nouveautés, flanelles, etc, etc.
- Elle occupe un personnel de 32 agents, rémunérés de la manière suivante :
- i° Sept reçoivent un traitement fixe, plus une indemnité proportionnelle au chiffre des ventes ;
- 20 Trois ont un traitement fixe, plus une par-ticipation"déterminée dans les bénéfices ;
- 3° Un reçoit un traitement fixe plus une indemnité proportionnelle au chiffre de la fabrication et un tantième'pour cent dans les bénéfices;
- 40 Quatre ont un salaire fixe ;
- 50 Dix-sept ont un salaire proportionné à leur travail,
- L'Union Economique base ces différents modes de rétribution sur les considérations suivantes :
- Elle estime que lorsqu’il s’agit du personnel
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- vendeur, il doit être intéressé dans les affaires au prorata du chiffre des ventes.
- L’allocation d’un tantième pour cent sur ce chiffre, est un encouragement pour ce personnel qui n’est pas en jeu à se désintéresser de la prospérité des affaires de la Société.
- Cette allocation ne pourrait être prise sans danger, tant pour la Société elle-même que pour les associés en particulier, sur les bénéfices, attendu que ceux-ci ne sont pas toujours le fait du personnel, mais bien celui des administrateurs à qui il appartient d'acheter les marchandises, d’en forcer le prix de vente, etc., etc.
- Quant au personnel qui n’est pas mêlé aux ventes, la Société a reconnu qu’il est cependant de bonne administration de l'intéresser, dans une certaine mesure, aux bénéfices généraux, de façon à stimuler son zèle, son dévouement et son initiative.
- C’est dans cette pensée qu’elle accorde à ses comptables une participation de 2 0/0 dans les bénéfices nets produits par tous les magasins.
- En ce qui concerne l’exploitation de la boucherie, qui est certes l’une des plus difficiles pour une société coopérative, l'Union Economique "ne la juge praticable qu’en faisant participer le maître boucher dans les bénéfices bruts qu’elle peut produire.
- Elle estime qu’une boucherie coopérative ne doit pas viser à réaliser des bénéfices mais s’appliquer avant tout à couvrir ses frais généraux. Dans ces conditions, il ne pourrait être question d’allouer au personnel un tantième sur les bénéfices nets, ceux-ci étant on ne peut plus aléataireset variant suivant les marchés, la température, etc. Ce tantième souvent deviendrait illusoire.
- On pourrait encore moins l’allouer sur les ventes, le boucher pouvant par exemple chercher son intérêt dans l’achat de viandes en grande quantité, dans le choix de bétail trop lourd, etc., situation qui l’amènerait à s’en débarrasser à tout prix afin de faire hausser le chiffre des ventes.
- En accordant au maître boucher un tantième sur les bénéfices bruts, on l'engage à
- travailler de façon à contenter les sociétaires tout en faisant produire à son bétail tout ce qu'il peut donner. Cela le porte aussi à veiller, pour ses achats, à ne pas dépasser les besoins de sa clientèle, les viandes non vendues en temps opportun pouvant se corrompre et le constituer en perte.
- Finalement, l’Union Economique a cru nécessaire de réunir les trois systèmes en faveur de son coupeur cordonnier. Celui-ci reçoit en premier lieu un traitement annuel et fixe de 1,800 francs, il touche ensuite une remise de 2 1 [2 ojo sur le prix des chaussures fabriquées ou réparées à son intervention. Cette remise a pour but de l’encourager à augmenter le chiffre de la production.
- Enfin, il lui est attribué ; ojo du bénéfice net produit par l’exploitation de la cordonnerie. Cette allocation a pour effet de l’exciter à travailler le plus économiquement possible en employant ses cuirs d’une façon rationnelle et en surveillant attentivement la façon des chaussures, le travail des ouvriers et les matières utilisées, etc., etc.
- Cette dernière remise lui a été accordée récemment, de sorte qu’il n’est pas encore possible d’en apprécier les effets, mais la Société en attend les meilleurs résultats.
- Je terminerai mon travail par un tableau qui montrera les résultats obtenus par l’Union Economique en 1890, par l’application des différents systèmes dont il vient d’être parlé. ( Voir ce tableau, page 73.)
- Tels sont, Messieurs, les seuls renseignements qu’il m’a été possible de réunir pour les Sociétés Belges.
- Il appartiendra au Congrès d’en apprécier la valeur. S’il m’est cependant permis de donner mon avis sur la question, j’émets le vœu de voir toutes les Sociétés Coopératives renoncer pour le personnel occupé par elles au système de traitements et de salaires fixes et admettre celui de la participation au prorata du chiffre d’affaires ou de bénéfices.
- Elle consacrerait ainsi le désidératum voté en 1890 par le Congrès de Marseille. (.Applaudissements . )
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- DÉSIGNATION des RAYONS QUALITÉ DES EMPLOYÉS etc., etc. CHIFFRES des VENTES en 1890 TAUX de la REMISE MONTANT de la REMISE PAYÉE TRAITEMENTS FIXES SOMMES totales reçues par les gérants, etc.
- Boucherie Gért, me-bouch. 41.656 21 5 0/0 sur 198 80 1.500 » 1.698 38
- bénéf. bruts
- Aide 240 » 240 »
- Epiceries Gérante 1/2 0/0 443 22 1.000 » 1.443 22
- Gérante adjte < 88.641 71 1/2 0/0 443 22 900 » 1.343 22
- Camionneur , 1/8 0/0 110 80 1.080 » 1.190 80
- Etoffes | Gérant ' 1 0/0 745 32 1.500 » 2.245 32
- Vendeur ( 74.532 74 1/4 0/0 186 33 900 » 1.086 33
- Chapeaux et Chaus-
- sures Gérant 45.660 46 1/2 0/0 228 30 1.400 » 1.628 30
- Coupr de chaus. 33.883 51 2 1/2 0/0 847 08 1,800 » 2.647 08
- Chaussures (fabri-
- cation) Plus 5 0/0 des bénéfices nets résultant de la fabrication à régler à la fin de l’année au
- moment des inventaires.
- Lingerie Gérante 30.356.48 1/2 0/0 151 78 800 » 951 78
- Comptabilité Comptable 6.093 13 1,2 0/0 71 84 1.700 » 1.771 84
- Aide 0,8 0/0 47 89 1.300 » 1.347 89
- Cordonnerie Les ouvriers reçoivent 2 fr. 1 75 à 3 fr. 50 par paire de chaussure confectionnée suivant le
- genre et le fini de l’ouvrage.
- M. Bernardot. — Je crois pouvoir adresser nos remerciements à M. Jacques pour un travail aussi bien fait ; les sociétaires ont une tendance à la participation.
- Nous allons passer à la lecture du rapport de M. Charles Robert.
- ÏŒ. Verulbs présente des observations sur le rapport de M. Jacques.
- i° M. Jacques, dans son rapport vient de nous dire que les sociétés d’Anvers étudient un système pour intéresser le personnel dans les bénéfices. Je demande, dans le cas où ce système serait appliqué dans une société française, de nous indiquer quel est le système qu’elles suivent, afin que nous puissions étudier la chose et l’adopter.
- 2° Le rapport de M. Jacques ne fait pas mention que nous avons aussi installé un café coopératif.
- Le président interrompt la discussion.
- M. Urbain demande s’il sera permis de revenir sur le rapport de M. Jacques.
- Le président répond affirmativement.
- M. Charles Robert donne lecture de son rapport sur le mode de rémunération du travail des ouvriers et employés de la Coopération.
- Messieurs,
- La question du mode de rémunération du travail des employés et ouvriers de la coopération nous paraît être du nombre de celles qui, dans nos réunions, doivent être maintenues d’une manière permanente à l’ordre du jour, pour qu’on puisse, chaque année, enregistrer et discuter les expériences faites et les résultats obtenus.
- C’est pour ce motif que le Comité Central n’a pas hésité à mettre cette année, dans le programme du Congrès de Paris, l’analyse des réponses faites par les Sociétés coopératives à un Questionnaire relatif à la rémunération de leur personnel, envoyé par lui aux Sociétés avec sa circulaire du 16 avril 1891.
- Notre collègue, M. Jacques, président de la Fédération belge, vous a parlé des Sociétés de son pays. J’ai à vous présenter l’analyse des réponses faites par les Sociétés françaises.
- I. — Observations Générales
- Le Congrès de Marseille s’est occupé de cette matière dans sa séance du 14 octobre 1890. A la suite d’une très intéressante discussion, il a adopté un vœu tendant à ce que
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- les Sociétés coopératives, tout en assurant un juste salaire à leurs employés, les intéressent à la prospérité de la Société par un quantum pour cent sur les bonis nets de chaque exercice (i).
- Il importe avant tout de bien s’entendre sur le sens et la portée de cette délibération, prise à l’unanimité par le Congrès de Marseille- Les explications qui lui ont été soumises avant son vote par plusieurs membres établissent clairement que s’il convient d’appliquer au personnel des Sociétés coopératives le principe de la participation, et si l’attribution d’une part des bonis est à cet égard la meilleure forme à employer, on se tromperait en considérant comme opposées à ce principe les Sociétés qui se bornent à allouer à leurs employés et ouvriers un quantum pour cent du chiffre des ventes brutes. Elles arrivent au même but, par une voie différente.
- Aussi, dans le tableau annexé au présent rapport, avons nous eu soin d’ouvrir une colonne qui porte en termes généraux cet intitulé : Le personnel reçoit-il une participation à quantum pour cent déterminé ?
- Cette colonne se divise en deux parties : dans la première, nous avons enregistré les réponses relatives à un quantum o/o du chiffre brut des ventes; dans la seconde partie de la même colonne se trouvent les réponses qui concernent un quantum o/o des bonis nets.
- La Société pour Vétude pratique de la participation aux bénéfices procède de cette manière. Elle a toujours assimilé à une participation aux bénéfices l’attribution au personnel d’un quantum pour cent sur le montant total des ventes brutes. C’est le système suivi notamment par l’imprimerie Marne et Cie, de Tours, par la librairie Georges Masson, à Paris, et par d’autres maisons qui ne veulent pas faire connaître le chiffre de leur bénéfice net.
- Les réponses des Sociétés contiennent des détails précis et minutieux sur le chiffre des salaires ou traitements de chaque catégorie d’employés, comptables, caissiers, distributeurs, ouvriers boulangers ou bouchers, avec l’indication des avantages, accessoires, logements, parts de la vente des caisses vides,
- tares de caisses pour les répartiteurs ou caissiers, ressources diverses qui s’ajoutent au salaire pur et simple, mensuel, journalier ou à la tâche des collaborateurs : boulangers, distributeurs et porteuses payés tant par 1,000 kilog., 3 kilog., ou un kilog. ; cavistes payés tant par barrique, etc.
- Ces documents précieux pourront être consultés avec fruit, mais, dans le présent rapport et dans le tableau annexé, nous avons cru devoir nous attacher surtout à rechercher les moyens employés par les Sociétés coopératives pour intéresser l’ouvrier et l’employé à la prospérité de la Société.
- Tous les Coopérateurs savent que le caractère de la gestion du magasin et de la boulangerie peut exercer, en bien ou en mal, une influence décisive sur la prospérité de l’association.
- Nombre des Sociétés qui ont répondu a u Que stion naire
- 44 Sociétés ont répondu à l’appel du Comité Central. Elles représentent 19847 membres, auxquels viennent s’ajouter 1503 adhérents, soit un chiffre total de 21,3 50 familles ou célibataires à servir.
- Les ouvriers boulangers, bouchers, cavistes, porteurs, les employés comptables, commis, caissiers,distributeurs,auxiliaires de toutordre, hommes et femmes, constituent pour les 44 Sociétés qui ont répondu au Questionnaire, un personnel total de 301 travailleurs.
- Ces chiffres donnent une proportion d’après laquelle il faut, en moyenne, trois employés pour servir 200 coopérateurs.
- III. — Salaire et Appointements
- Sur les 44 Sociétés dont nous analysons les réponses, 35 donnent à tous leurs employés et ouvriers,ou au moins à une partie d’entre eux, soit une rémunération fixe au mois ou à la journée, soit un salaire à la tâche, établi d’après la quantité produite ou le travail fait individuellement par chacun. Dans 9 Sociétés seulement, le personnel est uniquement rémunéré par une allocation calculée sur le chiffre total brut des ventes faites par la Société pendant une période quelconque.
- Quand^il y a rétribution proportionnelle à
- (1) Campte rend a,, p.75-.
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- la vente faite par chaque employé pris séparément et sans attendre les résultats de l’inventaire, c’est une guelte, un sursalaire, ou une rémunération à la tâche, mais s’il s’agit, au contraire, d’un quantum pour cent calculé sur l’ensemble des ventes faites par le magasin, on voit naître là immédiatement, d’une part, la solidarité entre tous les employés de ce magasin, et. d’un autre côté, lorsque la Société a des bonis, l’abandon, sous cette forme indirecte, d’une partie de ces excédents nets au profit du personnel pris dans son ensemble, ce qui constitue l’un des caractères essentiels de la participation.
- IV. — Gratification ou Etrennes
- Nous constatons d’abord avec satisfaction que toutes les Sociétés qui ont répondu au Questionnaire accordent quelque chose à leurs ouvriers et employés en outre du salaire.
- Celles qui n’allouent pas de participation sur les bonis en donnent une sur le chiffre brut des ventes ; les autres, au nombre de 15, donnent de simples gratifications.
- Les chiffres de ces gratifications sont très variables. Elles descendent, dans certaines Sociétés, jusqu’à 5 francs, et s’élèvent dans d’autres jusqu’à 100 francs, d’après l’importance de la fonction.
- La Boulangerie des Travailleurs de Rive-de-Gier (Loire), qui compte 367 membres, a un porteur de pain auquel le Conseil ne décerne aucune gratification officielle, mais qui touche, année moyenne, 3 à 400 fr., donnés à titre d’étrennes le Ier janvier par les Sociétaires individuellement.
- V. — Participation a Quantum déterminé
- CALCULÉE SUR LE CHIFFRE BRUT DES
- Ventes ou sur les Bonis.
- 22 Sociétés donnent à tous leurs ouvriers et employés ou à quelques-uns d’entre eux, soit comme rémunération unique, soit comme complément du salaire, des allocations proportionnelles au chiffre brut des ventes.
- 7 Sociétés seulement calculent cette allocation sur leurs bonis nets.
- Ainsi, sur les 44 Sociétés qui ont répondu au questionnaire', 29 intéressent leur personnel sur l’ensemble de leurs opérations ; 15 So-
- ciétés, comme on l’a vu tout à l’heure, se bornent à donner de simples gratifications ou des élrennes.
- VL — Détails spéciaux RELATIFS A QUELQUES SOCIÉTÉS
- Nous croyons utile de compléter les chiffres trop abstraits que nous venons d’indiquer en y joignant des détails relatifs à quelques Sociétés et en reproduisant leurs observations.
- Nous devons rappeler d’abord, à cause du grand intérêt qui s’y attache, les observations présentées au Congrès de Marseille par notre collègue M. Steinmetz, au sujet de la Solidarité de Pantin.
- Les Coopérateurs savent que dans son très intéressant Rapport sur la rémunération du travail dans les Sociétés de consommation, lu au Congrès de Marseille le 14 octobre 1890 (1), M. Steinmetz, administrateur de cette importante Société, déclare qu’il trouve la participation aux bénéfices nets rationnelle et juste en ce qui concerne les ouvriers et employés de l’industrie et du commerce, mais qu’il ne croit pas applicable au personnel des Sociétés Coopératives de consommation le système d’un prélèvement sur des bonis ou excédents dont les Coopérateurs ont fait l’avance sous forme de majoration du prix payé par eux, et qui ne sont pas de véritables bénéfices industriels et commerciaux. M. Steinmetz a critiqué dans son rapport, d’une part, les allocations proportionnelles au chiffre d’affaires, accordées à chaque employé sans traitement fixe et qui sont trop variables, et d’autre part, l’attribution à forfait d’une allocation proportionnelle unique à un chef répartiteur qui commande de simples salariés, et devient parfois le maître de la Société Coopérative .
- La Solidarité de Pantin aadopté un système mixte. A des salaires gradués, elle ajoute une rémunération proportionnelle calculée à la fois d’après le nombre des consommateurs servis, et d’après la somme des marchandises distribuées mensuellement par chaque employé.Ce mode de rétribution, organisé avec beaucoup
- (i) Page du compte rendu.
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- de soin, permet de récompenser chaque employé selon son mérite.
- La Société Coopérative alimentaire de Rethel,c{\i\ a 324 actionnaires et 138 adhérents, a un employé principal qui reçoit pour lui, sa femme, trois jeunes filles et un garçon de magasin,2 1/2 0/0 sur le montant des ventes, le logement, le chauffage et l’éclairage. L’employé chargé d’inscrire les ventes et d’en recevoir le montant reçoit demi pour cent sur les ventes. Le boulanger et son aide reçoivent 215 francs par mois et la porteuse de pain, qui est payée à l’heure, a reçu l’an dernier 745 fr. 50. C’est un système mixte. La Société ajoute à ces détails l’observation suivante : « Le système ci-dessus exposé a été adopté après un essai consistant en traitements fixes et gratifications annuelles fixées par le conseil d’administration. Notre nouveau mode est, selon nous, préférable au premier. Il stimule le personnel, le pousse à soigner les marchandises et à attirer les consommateurs par tous les moyens en son pouvoir, de façon à augmenter le montant des ventes. Les prix des marchandises sont toujours fixés parle Conseil d’Administration.»
- La Fraternelle de Cherbourg, qui compte 1734 sociétaires, 20 employés à traitements fixes, dont 6 femmes et 5 ouvriers boulangers payés tant par journée, a des statuts qui permettent d’accorder des gratifications. Nous reproduisons la note suivante, jointe à ses réponses : « Antérieurement, dit la Société, nos statuts allouaient trois parts sur les bonis pour les employés. A la révision de nos derniers statuts, la Commission supprima ces parts en insérant un article d’après lequel l’Assemblée Générale peut, chaque année, voter une somme pour être répartie aux employés. Aujourd’hui, nos Sociétaires refusent d’allouer quoi que ce soit. Il serait préférable que les statuts réservassent une certaine part des bonis pour être distribués aux employés par le Conseil d’Administration,suivant le mérite de chacun. »
- La Boucherie coopérative Saint-Charles, du Creusot, qui compte 200 sociétaires, a un maître boucher qui paie son garçon boucher et reçoit environ 200 francs par mois de traitement fixe, 20 francs de gratification et une
- participation de 5 0/0 sur la vente brute. Il y a un secrétaire à 40 francs par mois qui reçoit une gratification de 10 francs. Les résultats sont médiocres. La Société se propose de remplacer le salaire fixe du boucher par deux participations cumulées, l’une sur la vente brute de 6 0/0 ou 6 francs par 100 kilogs vendus, la seconde de 40 0/0 sur les bonis nets.
- La Moissonneuse 11’a pas répondu au Questionnaire, mais son représentant au Congrès de Marseille a dit, dans la séance du ^octobre (1), qu’elle donne à ses 150 employés un salaire fixe et.une part proportionnelle au chiffre d’affaires, lorsque ce chiffre s’élève au-dessus d’une certaine somme.
- La Ruche sociale de Marseille donne à son gérant un appointement fixe et une gratification proportionnelle (2).
- Les employés des magasins coopératifs de consommation de l'Association du familistère de Guise participent aux bénéfices généraux de cette grande association et ils reçoivent en outre, sur frais généraux, une allocation proportionnelle à l’accroissement des affaires. Sous l’influence de ce stimulant, le chiffre des ventes a immédiatement augmenté de 20 0/0 ( 3 ;.
- Voici, pour terminer notre analyse, une observation qui va réjouir les ennemis de la par-cipation auxbénéfices. Une Société quicompte 5 00 sociétaires donne à ses deux boulangers cinq pour cent sur les bonis ; à la question de savoir quels sont les résultats, bons ou mauvais, du système adopté, elle répond : « Si nous n’y tenions la main, pour faire des bénéfices, les deux boulangers feraient mal cuire le pain. » C’est ici un cas isolé, une exception, et, dans tous les cas, un inconvénient que la surveillance fait aisément disparaître. Nous avons tenu néanmoins à le mentionner.
- Nous n’hésitons pas, en effet, à mettre en lumière, au sujet de la participation, les objections comme les arguments. Nous demandons à nos adversaires d’en faire autant lorsqu’ils nous attaquent.
- Notre tâche de rapporteur de l’enquête
- (1) Page 74 du Compte rendu.
- (2) Page 75.
- 0) Ibid.
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- faite par le Comité Central est remplie et nous pourrions nous arrêter là; nous demandons cependant au Congrès la permission de compléter ce travail en mettant sous ses yeux une autre analyse. Elle a des liens étroits avec celle qui précède. Je veux parler des discussions qui viennent d’avoir lieu en Angleterre, au sein du Wholesale anglais, au sujet de la participation des ouvriers et employés de cette Société de vente en gros. Ces intéressants débats se sont terminés, à notre grand regret, par un vote contraire à la participation. Nous allons essayer de les résumer, en historien fidèle, d’après les comptes rendus donnés par le Cooperative- News.
- VII. — Lâ PARTICIPATION DU PERSONNEL DES
- FABRIQUES COOPÉRATIVES ET DES MAGASINS
- COOPÉRATIFS DEVANT LE WHOLESALE ANGLAIS
- Cette question est actuellement plus importante pour la coopération anglaise que pour nous, car, en Angleterre, il s’agit à la fois, du personnel employé dans les stores coopé-.ratifs (i) et des nombreux ouvriers appartenant à divers corps d’état, qui remplissent les ateliers des usines et fabriques appartenant aux deux Wholesales anglais et écossais.
- Le Wholesale anglais qui a son siège à Manchester occupe 2,200 ouvriers et fait 225 millions de francs d’affaires par an ; c’est une association qui, au lieu d’avoir pour actionnaires des individus, se compose de 949 Sociétés Coopératives de consommation. Ce Wholesale prend toutes les formes : il est à la fois acheteur en gros d’épiceries, d’étoffes, de vêtements confectionnés, de meubles, de provisions diverses, d’articles de ménage ; il fait des opérations de banque ; il est armateur, possédant plusieurs navires; il est meunier; enfin c’est un grand chef d’industrie dont les usines fabriquent du savon, des tissus, des chaussures, du chocolat, des confitures et des biscuits, pour un chiffre total annuel de neuf millions 125,000 francs. Ces usines sont la propriété de la plus grande personnalité coopérative qui existe au monde, mais rien de
- (1) Norwich Society donne une participation à ses .employés. — La Société de Bolton donne aux
- siens 2 1I2 0/0 de son profit net.
- coopératifne les distingue des fabriques patronales ordinaires. Elles emploient de simples salariés, tandis que le Wholesale écossais, beaucoup moins brillant que son grand frère anglais, s’est placé au-dessus de lui au point de vue moral, en trouvant bon et juste de donner à son personnel, en outre du salaire, une participation dans les bénéfices.
- A ce point de vue, des incidents du plus grand intérêt viennent de se produire, au sein du Wholesale anglais, depuis le Congrès de Lincoln.
- Lors des dernières réunions trimestrielles locales du Wholesale anglais qui s’appelle Cooperative Wholesale Society, tenues en juin dernier, l’ordre du jour appelait les délégués à examiner une proposition de la Norwich cooperative society limited portant « que « le comité général soit prié de préparer ou « d’obtenir un plan ou des pians pour mettre « à exécution, d’une manière efficace, dans « les divers départements de la Société du « magasin de gros ( Wholesale society), les « résolutions favorables votées par les deux « Congrès coopératifs de Dewsbury et d’Ips-« wich au sujet de la participation aux béné-« fices, et de soumettre lesdits plans à une « future assemblée. »
- On a délibéré, dans les premiers jours de juin en assemblées locales à Newcastle, Londres, Nottingham et Bristol, et le 15 juin, en assemblée plénière du Wholesale à Manchester. Nous allons résumer, d’après le Cooperative News, les arguments fournis de part et d’autre, mais voici d’abord le résultat des votes.
- Si l’on fait la récapitulation des votes pour et contre dont la participation a été l’objet dans ces réunions, on trouve les chiffres suivants :
- Assemblée générale de Man- Pour Contre
- chester 43 406
- Branche de Newcastle 86 71
- — Londres 51 2 49
- — Nottingham.... 35 3i
- — Bristol / 15
- 22} 572
- Ce qui donne 225 voix pour la participation et 572 contre.
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- Les orateurs qui ont combattu la participation dans ces diverses réunions sont :
- A Londres, MM. Smith, Tweddell;
- A Nottingham, MM. Slater , <J .-T.-W. Mitchell, président du Wholesale, que nous sommes heureux de voir siéger parmi nous comme président d’honneur;
- A Manchester, MM. Brearley d’Oldham; Watson, de Farnworth; Redfearn, de Heck-monwike; Hardern, d’Oldham; Whilney, de Crewe; Hind, membre du Comité général du Wholesale, et encore MM. Tweddell et Mitchell.
- "Les orateurs qui ont rompu des lances dans ce tournoi pour soutenir la cause de la participation sont:
- A Newcastle, M. Stocker;
- A Londres, MM. Patrick, de Norwich; Tutt, Dowd, E.-W. Grening, Kent, Ham-bly;
- A Nottingham, MM. Douse, Clarke, Evans, Deacon ;
- A Manchester enfin, MM. F.-J. Hould, de Norwich, et Lânder, de Bolton.
- Nous allons chercher à grouper de notre mieux les considérations qu’on a fait valoir dans les deux sens.
- S’il m’arrivait, ça et là, de m’associer avec une certaine vivacité aux regrets de la minorité vaincue, je prie les honorables membres de la majorité triomphante, et en particulier notre président d’honneur M. J.-T.-W. Mitchell, d’être bien convaincu que les critiques que j’adresse à ses idées ne m’empêchent pas d’éprouver une franche sympathie pour sa personne.
- La participation aux bénéfices doit lutter en Angleterre contre la triple alliance du Wholesale anglais,représentépar M. Mitchell, des Trade-Unions et de quelques représentants du socialisme, mais cette cause a pour elle l’entente cordiale du Wholesale écossais et d’un groupe d’hommes considérables à la .tête desquels est placé M. Vansittart Neale.
- Nos deux vice-présidents d’honneur anglais nous montrent ainsi qu’on peut ne pas penser de même sur toutes choses et s’unir cependant dans l’amour de la coopération de consommation.
- Voici l’analyse des objections et des argu-
- ments qui ont été présentés contre ou pour la participation des personnes dans les assemblées du Wholesale anglais..
- I. — Première objection tendant à contester l’autorité des vœux émis en faveur de la participation par les Congrès de Dews-bury et dlpsioich.
- Les adversaires de la participation ont dit d’abord qu’au Congrès d’Ipswich, après une très vive discussion, le principe de la participation n’a été admis qu’à une très faible majorité :; qu’à Dewsbury, la résolution n’a passé que grâce à des réserves dans sa rédaction, de nature à impliquer la participation dans les pertes comme dans les bénéfices ; que la question, du commencement à la fin, est pleine de difficultés et de dangers c.t qu’il faut la laisser de côté jusqu’au jour où les ouvriers auront été suffisamment préparés pour pouvoir courir le risque de perte en même temps qu’ils profiteraient des chances de bénéfices.
- Les auteurs de la seconde objection affichent la prétention de poser un principe.
- II. — L’ouvrier et ïemployé ne doivent recevoir que le salaire pur et simple aussi élevé que possible sans doute, mais rien au delà.
- Les adversaires de la participation ont dé claré, dans cette discussion, que le Wholesale fait tout ce qu’il doit lorsqu’il paie un bon salaire pour chaque jour de bon travail. Le partage des bénéfices, a-t-on dit, est une de ces théories qu’il est difficile de mettre en pratique. On a essayé plusieurs fois à Oldham et on est toujours revenu au vieux système du salaire pur et simple. Le salaire de l’ouvrier contient à forfait, d’avance, la part des profits qui peut lui être due. S’il est admis à un partage direct du bénéfice, partagera-t-il la perte? On a ajouté que le Wholesale s’est formé par l’adhésion d’une multitude de gens qui gagnent dans l’industrie 2.6 shillings, et dans l’agriculture 12 shillings par semaine et qui ne doivent rien, en sus du strict salaire, aux ouvriers, plus aisés qu’eux, qui travaillent dans les fabriques du Magasin de gros. On a affirmé que le Wholesale paie d’ailleurs les
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- plus hauts salaires. Le système proposé, a-t-on dit, n’est pas celui qui ferait le plus juste et le plus large partage de la richesse produite par les ateliers coopératifs. A Lei-cester les ouvriers du Wholesale reçoivent le salaire fixé par la Trade-Union : si le Wholesale donne plus, il sera en perte. Si les ouvriers ont, par leur salaire, tout ce qui leur est dû, pourquoi le capital leur ferait-il un don supplémentaire ? Le Wholesale a essayé dans la draperie avec un mode aussi bon que possible, mais le résultat n’a pas été satisfaisant. Il y avait gain dans les branches faciles et rien dans les autres. Comment appliquer le principe dans la fabrique de Batleymill où il y a de mauvais résultats? Les ouvriers qui travaillent là aussi bien qu’ailleurs supporteront-ils une part des pertes ?
- J’interromps mon analyse pour dire qu’il y avait peut-être là une belle occasion d’établir un vaste plan de solidarité entre tous les ateliers du Wholesale, considérés comme travaillant ensemble à un but commun, celui du succès de la coopération. On trouve dans le système de la maison Laroche-Joubert un beau modèle de double participation, appliquée l’une au bénéfice spécial de chaque atelier considéré en lui-même, et l’autre à l’ensemble des bénéfices de l’établissement tout entier.
- Je m’arrête et Je me hâte de reprendre mon analyse des objections.
- I II. — H ne serait pas juste d'accorder
- aux employés des magasins coopératifs
- une part des bénéfices qui ne viennent
- pas d’eux.
- Qui donc, s’écrient les orateurs de la majorité du Wholesale, qui donc fait le bénéfice dans les magasins locaux ? c’est le public acheteur. Qui fait le bénéfice du Wholesale ? Ce n’est pas le personnel du Wholesale.
- Les bénéfices de la coopération ne doivent être distribués qu’aux consommateurs. La participation est diamétralement opposée à l’esprit et au génie de la coopération. On fera ainsi de petits capitalistes privilégiés au détriment de la masse. Distribuer des bénéfices à une sélection de travailleurs, c’est créer une aristocratie ouvrière. La motion de la Société Norwich affaiblirait le Wholesale
- anglais qui est,, au point de vue coopératif, une des plus belles institutions du monde.
- Les vrais producteurs du bénéfice sont les consommateurs qui viennent acheter les produits et ce bénéfice se partage entre eux.
- Ici, je demande la permission d’ouvrir encore une parenthèse :
- Le producteur qui a créé par ses efforts un article mis en vente, espère trouver un acheteur qui, en lui payant un juste prix, lui donnera d’abord le remboursement de ses avances, matières premières, etc., puis le profit légitime qui est le fruit du travail.
- Il est bien évident que si le producteur ne trouve pas de consommateur pour acheter sa marchandise, ce producteur sera privé de tout bénéfice.
- Mais, de ce que le consommateur, s’il achète l’objet, sera la cause d’un bénéfice pour le producteur, il ne s’ensuit pas que ce consommateur ait le droit d’emporter à la fois, chez lui, l’objet fabriqué, son boni de Coopérateur et le bénéfice de l’ouvrier fabricant !
- Ce qu’on doit au consommateur coopérateur c’est la restitution, la ristourne d’un excédant de prix fixé à dessein trop haut.
- Ce qu’on doit au producteur, c’est une part du produit de son travail.
- Si le même individu est à la fois producteur et consommateur coopérateur, il touchera une participation comme producteur et une ristourne ou boni comme consommateur.
- Voici une quatrième objection.
- IV.— Objection tirée de ce que si la participation était adoptée par le Wholesale
- anglais, elle serait réclamée ailleurs.
- Les orateurs de la majorité du Wholesale. disent que si la participation pouvait être adoptée, elle diviserait le monde des travailleurs en deux camps ennemis, ceux auxquels on donnerait une participation et ceux auxquels on la refuserait. Ils font remarquer que les résolutions votées par les deux Congrès ne visent que les ouvriers des fabriques et usines et laissent en dehors de la participation les employés, commis et auxilliaires des magasins coopératifs.
- Si on l’accorde à tout le personnel du Who.-
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- lesale, il faut l’accorder aussi aux employés de chaque société locale. Çes adversaires de la participation ont demandé si les délégués des sociétés locales, présents à Manchester, sont prêts à proposer à leurs Sociétés respectives de faire chacune^chez soi pour les commis et employés des magasins, ce qu’on demande au Wholesale de faire en grand pour les ouvriers de ses fabriques ?
- S’il pouvait être juste, ont dit ces orateurs, de donner un bonus à certains ouvriers, il faudrait le donner à tous. Il est impossible d’établir des différences entre un ouvrier et un employé, entre un comptable de Manchester et un commis de Leicester. Si on admet la résolution il faut l’accepter pour les « distributive » comme pour les « productive depart-ments ». Si l’on veut établir la participation, il faut la donner à tout le monde, car tous les modes de travail sont également utiles et méritants. Et ici naît la difficulté. Sur quel principe s’appuyer? Si on entre dans cette voie, il faut donner un bonus à l’ouvrier de passage, à une balayeuse, comme au directeur.
- A Manchester comme ailleurs, on a beaucoup insisté sur les difficultés pratiques que peut soulever l’établissement de la participation.
- V. — Difficultés pratiques.
- La difficulté pratique, a-t-on dit, gît dans la règle à suivre pour distribuer le bénéfice. La participation est impraticable. Plusieurs adversaires disent qu’ils ne seraient pas hostiles à la participation si on leur présentait un bon plan, mais ce plan n’existe pas. La participation est impraticable parce qu’il n’y a ni taux, ni règle uniforme pouvant s’appliquer à tous les services. Si on compare le capital nécessaire dans telle ou telle industrie, au nombre des ouvriers qu’emploie cette industrie, on voit que dans certaines fabriques 5 livres sterling de capital par tête d’homme suffisent, tandis qu’ailleurs, par exemple à Dunston mill, il faut 1,000 livres de capital pour une tête d’ouvrier. Puis les résultats, pertes ici, bénéfices là, sont très dissemblables. — Le bénéfice moyen net des fabriques du Whole -sale est de 9 0/0 environ, mais dans telle fa-
- brique il y a 47 1/4 0/0 de perte, et dans telle autre 48 5/8 0/0 de bénéfice.
- La majorité du Wholesale admet que la coopération paie des salaires supérieurs à ceux de l’industrie privée, mais elle lui recommande d’éviter un système qui complique les affaires et crée des jalousies entre ouvriers ! « Donnez au travailleur, disent-ils, tout ce qu’il doit recevoir, mais donnez le lui tout de suite, une fois payé sous forme de salaire. Si le Wholesale admet la participation, tout le personnel d’employés et de commis des Sociétés locales s’agitera pour l'obtenir aussi ! »
- Enfin, c’est la dernière objection, l’accord qui peut résulter entre ouvriers et patrons de la participation aux bénéfices, préoccupe sérieusement les Trade unionistes.
- VI. — Objection tirée de ce que la participation pourrait nuire à la puissance des:
- Trade Unions.
- C’est M. Whitney (de Crewe) qui s’est placé à ce point de vue. Il considère la question comme capitale. D’abord favorable au Profit-Sharing, il y est maintenant opposé, bien qu’il soit en même temps Trade unioniste et ardent coopérateur. Il a entendu parler au Congrès de Lincoln d’un patron qui a établi la participation, et la conséquence a été que ses ouvriers ont quitté la Trade- Union. L’espoir d’un boni précaire est cependant moins, important pour l’orateur que la certitude, en cas de chômage, d’être aidé et secouru aux frais de la Trade Union.
- J’espère n’avoir pas affaibli en les analysant les objections des orateurs de la majorité du Wholesale.
- Les défenseurs de la participation ont, de leur côté, vaillamment soutenu la proposition libérale delà Société de Nor toi ch. Voici leurs principaux arguments.
- I. Il appartient à la coopération de donner le bon exemple.
- Les orateurs de la minorité ont dit que les. coopérateurs devraient tenir le premier rang en ce qui touche la rémunération des ouvriers
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- qui travaillent pour eux ; qu’on a souvent re- I proché aux coopérateurs de ne pas remplir sous ce rapport tout leur devoir vis-à-vis des ouvriers qui peuplent leurs usines, et que si le Wholesale anglais refuse la participation, il se met dans la position d’un simple capitaliste exploitant. Quelqu’un a dit que les Sociétés coopératives de consommation doivent donner l’exemple en traitant leur personnel mieux que les capitalistes ordinaires.
- II. Le bon exemple a été donné par
- le Wholesale écossais.
- On a rappelé que le Wholesale écossais et un bon nombre de Sociétés de production anglaises pratiquent le système de la participation.
- La Société de consommation de Norwich l’a établi chez elle. Le Profit Sharing, ont dit les orateurs de la minorité, est une nécessité qui s’imposera tôt ou tard. Si le Wholesale anglais prétend ne pouvoir l’accepter, tant pis pour le Wholesale ! Si la coopération ne veut pas perfectionner autant que possible la rémunération du travail fait pour son compte, alors nous sommes bien loin du salut par la coopération. Beaucoup d’entreprises privées ajoutent quelque chose au salaire proprement dit, sans participation quelconque aux pertes. La participation est à la fois utile et juste.
- Les défenseurs de la participation devant le Wholesale ont élevé la question à la hauteur d’un principe.
- C’est leur troisième argument.
- III. La participation est conforme à Véquité
- et à la justice.
- Les champions du Profit Sharing ont dit que le travailleur doit avoir un intérêt plus direct dans l’œuvre de ses mains et une plus forte part du bénéfice qu’il produit ; ils ont -demandé qu’on établisse un plan de rémunération fondé sur l’équité et la justice pour tous, unionistes ou coopérateurs ; ils ont trouvé inutile de trop insister sur le caractère de la justice de la participation, parce que d’autres coopérateurs ont déjà affirmé et réaffirmé que c’est un principe juste et bon. Mais il faut savoir agir d’après ce principe.
- M. Clarke dit que le moment est venu de
- donner au travailleur une plus forte part du profit dû à sa collaboration.
- Le jour où le Wholesale anglais et son président, l’honorable M. Mitchell, voudront étudier la question au point de vue pratique, les documents à consulter ne leur manqueront pas pour l’élaboration d’un plan méthodique et rationnel.
- M. Bernardot, membre du Conseil du Familistère de Guise, qui préside ce soir l’assemblée du Congrès et la Société pour l’étude de la participation aux bénéfices, s’empressera de fournir à nos chers collègues anglais tous les modèles dont ils pourront avoir besoin.
- Les orateurs de la minorité ont ajouté un quatrième argument.
- IV. —L'idée d'une participation ajoutée au
- salaire normal est conforme aux vrais
- principes de Véconomie industrielle.
- Ils ont rappelé, à ce point de vue, qu’il n’est pas bon de payer des salaires supérieurs au taux normal et qu’il vaut mieux donner à l’ouvrier une part des bonis ou excédents nets. S’il y a des pertes, comment l’usine rentrera-t-elle dans ce bénéfice avancé à forfait ? On aura donc donné un bénéfice à l’ouvrier alors que l’inventaire se sera soldé en perte? Le bonus ne doit pas être escompté. Il ne doit être payé que lorsqu’il a été créé et constaté.
- Il y avait dans les assemblées du Wholesale un Trade unioniste dévoué à la participation.
- C’est lui qui a fait valoir le cinquième argument.
- V. — La participation est un instrument de
- paix sociale.
- M. Hoult (Norwich) présentait un projet de résolution tendant, à ce qu’un plan fût préparé pour introduire la participation aux bénéfices dans tous les départements du Wholesale anglais, conformément aux résolutions votées dans les deux Congrès de Dews-bury et d’Ipswich. Comme Trade unioniste il croit que la participation tendra à cimenter les bons sentiments entre employeurs et employés. S’appuyant sur le principe d’un droit de l’ouvrier en tant qu’homme, il demande que le travail soit justement apprécié
- II
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- et rémunéré dans chaque département du Wholesale anglais.
- Tout un ensemble de considérations se groupe dans le sixième argument qu’il suffit d’indiquer.
- VI. — Avantages de la participation.
- Les promoteurs de la participation n’ont pas oublié de dire qu’elle stimule le zèle et l’économie, intéresse l’ouvrier à son travail, et que c’est un moyen jd’augmenter le confort de la vie dans la période d’activité comme aux jours de la vieillesse.
- Nous considérons comme très utile aux coopérateurs de France l’étude de ces discussions anglaises. Nous y trouvons, en effet, de précieux renseignements. L’auteur du présent rapport, pour sa part, se félicite d’entendre MM.Tweddell et Slater, par exemple, affirmer carrément que si la participation s’établit quelque part, elle ne manquera pas de se propager de proche en proche et d’être souhaitée par le personnel de toutes les maisons prospères. Ces honorables membres du Wholesale anglais s’en inquiètent : nous nous en réjouissons. Par contre, nous nous étonnons d’apprendre que d’importants et expérimentés coopérateurs anglais considèrent les bons résultats, les bénéfices, les bonis d’une Société de consommation comme dus uniquement aux acheteurs qui viennent se faire servir aux comptoirs du magasin, paraissant ne voir ainsi dans le zèle, l’intelligence, la politesse, l’empressement et la fidélité des employés, distributeurs, comptables et autres que des quantités négligeables dont il n’y a pas lieu de tenir compte le jour où l’on partage les profits.
- Quant aux objections nombreuses analysées ci-dessus, elles ont été maintes fois réfutées, non seulement par la parole et la plume, mais encore et surtout par la pratique journalière des maisons où la participation est en vigueur.
- Ces difficultés prétendues insurmontables n’existent pas. Ainsi personne en France n’a songé à chercher, pour toutes les fabriques et usines, la formule fantastique et introuvable d’un taux uniforme de participation, ni â pro-
- poser l’adoption de règles absolues. *Non, chacun, suivant son milieu, a tenu compte de la valeur relative des concours, des proportions diverses du capital et de la main-d’œuvre.; les taux pour cent du quantum de la participation varient à l’infini, précisément à cause de ces éléments si différents dont il est nécessaire de trouver la résultante.
- Les coopérateurs de France qui, dans leurs Congrès successifs, ont écouté toujours avec respect et parfois avec enthousiasme les discours pleins de force, de logique, d’éloquence et de foi raisonnée prononcés devant eux par les maîtres et les doyens de la coopération anglaise, MM. Edw. Vansittart Neale et Georges Jacob Holyoake, ne seront point troublés par le non possumus du Wholesale anglais. Ces hommes vaillants ne se découragent pas pour si peu. M. Holyoake a répondu d’avance à ces attaques en publiant un nouvel ouvrage intitulé : « The cooperative Movement To-day » où il dit que la participation aux bénéfices dans l’industrie est le premier degré de la coopération. La coopération de consommation crée simplement une nouvelle catégorie de débitants et elle permet de faire des économies de capital, tandis que la coopération productive contribue à faire des hommes et augmente les ressources du travailleur. C’est la seule forme de coopération qui puisse résoudre le problème de l’union d’intérêt entre le capital et le travail (i).
- Oui, la participation a été vaincue à Manchester, mais ce n’est pas pour elle une bataille de Waterloo. Oui, jusqu’à nouvel ordre, les ouvriers qui travaillent dans les usines du grand Wholesale continueront d’être au régime du salaire pur et simple'; les employés de cette grosse maison coopérative resteront, eux aussi dans le statu quo, moins favorisés dans ces belles fabriques, dans ces riches magasins, qui sontles dépendances du temple auguste de la démocratie coopérative anglaise, que les ouvriers et les employés de quelques marchands ou fabricants,simples patrons,simples bourgeois d’Angleterre ou de France. Oui, malgré les vœux successifs des Congrès de Dewsbury et d’Ipswich, l’esprit de négation et de rou-
- (1) Coop News, 20 juin 1891, p. 641.
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- tine l’a malheureusement emporté et ferme provisoirement à l’expansion du Profit Sha-ring le magnifique champ de travail que lui offrirait le Wholesale, anglais.
- Ce puissant patron coopératif récalcitrant a déjà commencé à subir les conséquences de son refus. Il a reçu les compliments empressés des écrivains qui se plaisent à cribler de sarcasmes et à tourner en ridicule le familistère de Guise et son fondateur Godin ! Mais, patience! une sorte de pressentiment qui n’a rien de mystique, dit à beaucoup de personnes que l’avenir appartient, sous
- l’égide de la propriété individuelle et de la liberté, à la participation d’abord, puis à l’association coopérative de production entre le capital et le travail. Ces personnes pensent que la solution est là. Les dénigrements systématiques et les résistances opiniâtres ne prévaudront pas contre cette grande idée qui marche quand même et malgré tout, lentement mais sûrement, à la conquête du monde industriel et de la conscience publique. {Ap-p tau dissemen ts. )
- Des bravos unanimes accueillent la fin du rapport de M. Charles Robert.
- Voir,, d’autre part, le Résumé, pour les Sociétés françaises, des 44 réponses faites au Questionnaire du Comité Central sur le mode de rémunération des Commis, Employés, Ouvriers et autres Auxiliaires.
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- Numéro d’ordre
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- SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES
- DE CONSOMMATION
- RÉSUME, pour les Sociétés françaises, des 44 réponses faites au Questionnaire du Comité Central sur le mode de rémunération des Commis, Employés, Ouvriers et autres Auxiliaires.
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- NOMS NOMBRE des Socié- taires NOMBRE des Em- ployés LE PERSONNEL LE PERSONNEL REÇOIT-IL EN OUTRE INDICATION par rapport aux appointements de la valeur du quantum 0/0 sur les ventes brutes ou les bonis
- et ADRESSES des SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES reçoit-il des appointements ou salaires fixes ou à la tache? de simples gratifications annuelles? une particq quantum 0/0 sur le chiffre brut des ventes ? ation à un déterminé sur les bonis ou excédents nets? du système adopté
- Abeille Nimoise, à Nîmes (Gard). 600 3 Oui Non Non Oui, 10 0/0 » »
- Abeille Suresnoise, à Suresnes (Seine). 596 5 Oui Non Non Oui, 1 0/0 4 0/0 Bons (Les employés sont plus consciencieux).
- Agents de la Cie P. L. M., à Dijon (Côte-d’Or). 500 9 Oui Oui 25 à 60 fr. Oui, 0,60 0/0 sur les ventes de 'l’épicerie aux distributeurs. Non » Bons
- Société coopérative d’alimentation des Chaprais, à Besançon (Doubs). 403 8 Oui, excepté pour le boulanger et. le distributeur. Non Oui, 6 centimes par 3 kilog. au boulanger ; l fr. 20 par 1,000 kilog. au distributeur. Non x> »
- Société coopérative d’alimentation des employés du chemin de fer, à Yesoul (Haute-Saône). 960 14 Oui Oui ; mois doublé aux petits traitements; 100 fr. au maximum Non, mais à l’étude. Non »
- Société coopérative alimentaire de Re-thel (Ardennes). | 324 action. 138 adhér. 9 Oui Non Oui. 2 1/2 0/0 à l’employé principal pour lui et les cinq autres; 1/2 0/0 au comptable et au caissier. Non y> X>
- L’Econome de Sens (Yonnei. | 400 8 Oui Oui, le commis chef épicier a 40 fr. pour six mois Oui,4 employés d’épicerie ont 1/2 0/0 de la recette brute répartis entre eux. Non 11,25 à 5,45 0/0 »
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- Numéro d’ordre NOMS et ADRESSES des SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES NOMBRE des Socié- taires NOMBRE dec Em- ployés LE PERSONNEL reçoit-il des appointements ou salaires fixes ou à la tâche? LE PERSONN de simples gratifications annuelles? EL REÇOIT-IL une partici] quantum 0/1 sur le chilire brut des vendes ? EN OUTRE ation à un déterminé sur les bonis ou excédents nets? INDICATION par rapport aux appointements de la valeur du quantum0/0 sur les ventes brutes ou les bonis RESULTATS du système adopté
- 8 L’Economie de Jlai-sons-Alfort (Seine). 441 4 Non Oui., mais minimes. Oui 3 0/0 Non » »
- 9 L’Economie coopérative des Riceys (Aube). 67 1 Non, une indemnité totale de 25 fr. est répartie entre les adminis -trateurs. Non Oui 31/2 0/0 Non » »
- 10 Société coopérative des employés du chemin de fer P. L . M., à Grenoble (Isère). 600 8 Oui Oui 20 à 40 fr. Non Non » »
- 11 L’Epargne P. L. M., à Paris, rue des Charbonniers. 42 1 Non Non Oui, 2 0/0. Non )) »
- 12 Epicerie coopérative d’Amboise (Indre-et-Loire). 147 3 Oui Non Non Non )) ! )>
- 13 Espérance de Limoges (Haute-Vienne). 125 3 Non Non Oui, 4 0/0. Non » »
- 14 La Fraternelle de Cherbourg (Manche). 1734 25 Oui Non Non Non » )>
- 15 Société coopérative des forges de la Chaussade, à Gué-rigny (Nièvre). 1485 22 Oui Oui, chacun 5 fr. au jour de l’an. Non Non ï> )>
- 16 L’Indépendance, rue Ordener, 90, Paris. 260 8 Non Oui, 20 fr. chacun. Oui, 2.35 0/0 pour 5 titulaires et 0.85 0/0 pour trois aides. Non » »
- 17 La Laborieuse , à Saint-Jean de Vale-riscle (Gard). 40 1 Oui Non Non Non )> Bons
- 18 La Laborieuse , à Thizy (Rhône). 250 Néant 28 socié -taires à tour de rôle Non Non Oui, 2 0/0. Non X> Bons
- 19 La Locomotive , à Saint-Etienne (Loire). 1013 15 Oui Oui, 5 à 20 fr. ’ Non Non » »
- 20 L’Orléanaise, à Orléans (Loiret). 70 L (Les sociétaires distributeurs b. tour de rôle Oui Non Non Non )) »
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- NOMS LE. PERSONNEL LE PERSONNEL REÇOIT-IL EN OUTRE INDICATION par rapport aux appointements de la valeur du quantum 0/0 sur les ventes brutes ou les bonis RÉSULTATS du système adopté
- Numéro d’ordrg et ADRESSES des SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES. NOMBRE des Socié- taires NOMBRE des Em- ployés reçoit-il des appointements ou salaires fixes ou à la tâche? de simples gratifications annuelles Une particif quantum 0/0 sur le chiffre brut des ventes? ation à un déterminé sur les bonis ou excédents nets?
- 21 La Paternelle, 33, rue Planchât, Paris. 64 3 Oui Non Oui, 0 50 0/0 au se-crétaire comptable plus 10 c. par sociétaire; 3 0/0 à la distributrice . Non » Très bons
- La Persévérance, rue cle l’Armillerie, à Romans (Drôme). 180 2 Non Non Oui, chacun 3.25 0/0. Non » )) ;
- 23 La Picpus, Paris. 680 10 Oui pour 6 employés, non pour les 4 comptables. Non Oui, un tant 0/0 aux 4 comptables. on » »- 4
- 24 La Prévoyante, à Saint-Ouen- l’Aumône. 130 5 Oui Non Non Non » Bons |
- ;25 La Revendication, à Puteaux (Seine). 1.900 action- naires et 500 adhé- rents 25 Oui Oui, au prorata des traitements de 15 à 50 fr. (excepté les boulangers). Non Oui, 2/26 sur huit parts des « excédents de caisse.» Egal à peu près aux gratifications. Excel- lents
- ;26 La Sociale, à Brienon (Yonne). » 2 Oui Non Non Ouf, 10 0/0 au distributeur ))’ )) ï
- 27 La Solidarité, à Pantin (Seine). 744 24 Oui Non Oui Non , Bons
- 28 La Solidarité, (à Ro anne (Loire). 205 9 Oui Oui, 10 fr. Non Non » Bons
- 29 L'Union économique dm Sel-Air, à Paris. 229 2 Non Non Oui, 3 0/0 Non i ))
- 30 L’Union des ouvriers de la Petite-Raon (Vosges). 115 3 Oui, pour le bo ulanger. Non, pour les deux commis. Non Oui. 2.10 0/0 à partager entre les: deux commis. Non » Bons
- 31 L’Union de Romilly-sur-Seine (Aube). 300 3 Non Non Oui. 3 25 0/0. Non » Bons
- 32 L’Union des travailleurs, à Saint-Etienne (Loire). 3200 20 Oui • Non Non Oui, 5 0/0. 6)30 0/0 »
- 33 Boulangerie coopérative du Champ-du-Houlin, à Mont-ceau-les-Mines (Saône-et-Loire). 115 3 Oui Oui, environ 30 fr. Oui. 20/0 pourlesven-tes-de pain, 2.25 0/0 pour l’épicerie. Non » Très bons
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- © NOMS NOMBRE des •Socié- taires NOMBRE des Em- ployés LE PERSONNEL LE PERSONNEL REÇOIT-IL EN OUTRE INDICATION par rapport aux appointements de la valeur du quantum 0/0 sur les ventes brutes ou les bonis
- | Numéro d’ordi et ADRESSES des SOCIÉTÉS COOPÉKATIVES reçoit-il des appointements ou salaires fixes an à la tâche ? de simples gratifications annuelles? Une partici] quantum 0/C sur le chiffre brut des ventes? atiom à un déterminé sur les b.onis ou excédents nets? RÉSULTATS du système (adopté
- 34 Société coopérative de boulangerie des employés du chemin de fer P. L. 31., à Montpellier (Hérault). 107 1 (boulanger gérant qui emploie sa famille). Oui Non Oui, 20/0 sur les ventes d’épicerie. Non 1 » »
- 85 La Fourmi, boulangerie coopérative, à la Belle-de-Mai, Marseille. 300 6 Oui Non Non Non l! » )>
- 36 Boulangerie SIéna -gère de la Gui Ho-tière, à Lyon (Rhône). 279 4 • Oui Non Oui, au-dessus d'un certain chiffre 0,02 c. par kilogr. vendu. Non Environ 12 francs par mois. (Excel- lents
- 37 Boulangerie coopérative « la Pré -voyante », au Creu-sot (Saône-et-Loire). 120 3 Oui Non Non Non » »
- 38 Boulangerie « La Renaissance», de Nîmes (Gard). 250 3 Oui Non Non Oui, 5 0/0 )> »
- 39 Société coopérative de Rochecorbon (Indre-et-Loire). 200 3 Oui Oui Non Non » Bons
- 40 Boulangerie des travailleurs de Rive-de-Gier (Loire). 367 5 Oui Non Non Non » Bons
- 41 Boulangerie coopérative des travailleurs de Saint-Cha-inoud (Loire). 500 5 Oui Non Non Oui, 5 0/0 aux 2 boulangers . )) »
- 42 Boulangerie coopérative de ViUel'a-gnan (Charente). 850 sociét. 850 adhér. 6 Oui *Oui, 50 fr. Non . . N on i P »
- 43 LaConcordede la\7il-ledien, Boucherie coopérative,au Creu-sot (Saône-et-Loire). 255 2 (Un boucher qui paie son garçon et un secrétaire). Oui, pour le secré taire. Non, pour le boucher. Oui, mais rarement. Oui, 6 0/0 ou 6 fr. par 100 kilogr. vendus. Non » Bons
- 44 Boucherie coopérative Saint-Charles, au Creusot (Saône-et-Loire). 200 sociét. 15 adhér . 2 (Un boucher qui paie son garçon et un secrétaire). Oui Oui, 20 fr. au boucher. — 10 fr. au secrétaire. Oui, 5 0/0 au boucher. Non » Médio- cres
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- lie Président. — C’est avec une grande émotion que je vous remercie du silence et de l’attention avec lesquels vous avez écouté les rapports de MM. Jacques et Charles Robert; vous avez prouvé que vous comprenez la grandeur de la question de la classe ouvrière.
- Autrefois, lorsque le maître avait nourri l’esclave, il ne devait plus rien; le seigneur féodal agissait ainsi avec ses serfs, de même qu’aujourd’hui le capital semble tenir pareil langage vis-à-vis des salariés ; lorsqu’il a payé l’ouvrier, il croit ne plus rien lui devoir. Le Congrès ne peut que regretter de voir le Wholesale anglais repousser la participation aux bénéfices.
- M. Bes*tiartlot. — La parole est à M. Mitchell pour son rapport en anglais. M. de Boyve en donnera la traduction au fur et à mesure.
- M. de Boyve. — Messieurs, M. Mitchell désire que je lise son discours et il répondra quelques mots à M. Charles Robert.
- Lecture du rapport de M . Mitchell :
- Je suis heureux de venir devant vous comme représentant de l’Union Coopérative de la Grande-Bretagne et d’Irlande. Je serais plus heureux encore si je pouvais m’exprimer dans votre belle langue française. Cependant, j’espère que si nos langues sont différentes, nos désirs et le but que nous poursuivons sont semblables : nous cherchons tous l’amélioration sociale de la race humaine et principalement l’amélioration de. la classe des déshérités. Une bienveillante Providence a largement distribué ses dons sur les nations de la terre et nous voyons dans la coopération un moyen de les répartir équitablement, et en rapprochant tous les peuples, un moyen aussi de favoriser les patrons les plus pauvres.
- Cette politique commerciale m’est familière; elle est celle qui dirige les actes des Whole-sales anglais et écossais.
- Je vais donc vous exposer ce que nous faisons.
- Nous avons entrepris deux genres de coopération, celle de la consommation et celle de la production. Nous avons dans notre Fédération 948 Sociétés Coopératives de consommation.
- Qui sont les propriétaires ?
- Ce n’est pas un individu.
- Les propriétaires sont des associations dont chaque membre a sa part de pouvoir législatif et sa part de capital.
- Ce capital s’élève maintenant à près de 50 millions.
- Les affaires s’élèvent à près de 225 millions. La Fédération ne fait des affaires qu’avec ses membres, sauf des cas exceptionnels. (Applaudissements.)
- M. Mitchell prend la parole en anglais, et M. de Boyve traduit à mesure.
- M. Mitchell. — Nous désirons qu’il y ait une distribution équitable des richesses ; des individus n’ont pas le droit de devenir riches au détriment du plus grand nombre.
- Si le commerce, l’industrie et la finance étaient conduits par analogie à ceci, vous ne verriez pas dans le monde des individus s’enrichir et devenir des tyrans.
- Il y a en France 17,000,000 de personnes qui s’occupent d’agriculture et environ 5,000,000 qui travaillent dans les manufactures.
- Pourquoi ces 17,000,000 paieraient-elles pour les 5,000,000 qui travaillent dans les manufactures }
- Nous voulons que les produits soient distribués entre tous également.
- Si nous pouvions parler ^votre langage, nous vous dirions que nous voulons prouver que les bénéfices doivent être distribués dans la consommation et non autrement. S’il n’y a personne pour acheter les denrées, à quoi la participation servira-t-elle ?
- Je pourrais vous tenir toute la soirée ; mais si vous pouviez parler notre langage et si nous pouvions apprendre votre langue, nous pourrions vous convaincre et vous donner des idées complètement différentes de celles que vous a données ce soir notre ami Ch. Robert.
- Nous venons de vous parler de toutes les fabriques que nous possédons et le bénéfice va à plus de 800,000 personnes ; nous avons fait 125 ,000,000 de bénéfices qui ont été distribués entre ces personnes ; si vous arrivez à distribuer les richesses entre la masse des personnes, vous serez obligés de distribuer entre les consommateurs ; si vous faites cela, personne ne pourra devenir riche au détriment des autres.
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- Laissons faire, chacun de notre côté, ce que nous croyons être bien et nous verrons plus tard qui a raison et qui arrivera le plus vite à une distribution plus équitable des richesses.
- Travaillons tous à l’amélioration des classes ouvrières, nous arriverons au désir de tous ceux qui sont ici : une meilleure distribution des richesses du monde. (Applaudissements répétés. )
- M. Verlmst. — Après avoir envoyé les réponses au Bulletin que nous avait fait parvenir le Comité Central de France, je dois ajouter que la société d’Anvers autorise ses membres à se pourvoir dans ses magasins de tout ce que nous y vendons ; ils peuvent toucher des dividendes, mais ils n’ont aucune part dans le fonds de réserve.
- Nous avons ouvert un café dont M. Jacques ne fait pas mention ; le gérant ne touche pas de traitement fixe, il a la moitié des bénéfices sur la bière et les liqueurs débitées.
- Dans le rapport de M. Jacques, il est dit que la société d’Anvers recherche le moyen d’intéresser son personnel dans les bénéfices ; voici son opinion à ce sujet:
- Nous trouvons que les Sociétés n’ont pas seulement pour devoir de procurer à leurs membres les denrées au prix le plus avantageux, qu’elles doivent donner une rémunération équitable à leurs employés ; si nous pouvons les intéresser dans les bénéfices nous devons le faire; le moyen est difficile, mais j’invite les Sociétés françaises qui auraient admis cette manière de faire, vouloir bien me la communiquer afin que nous puissions appliquer le même système à des employés qui nous sont dévoués et qui travaillent pour nous.
- Pendant que j’ai la parole, je dois dire que je suis étonné d’apprendre que des Sociétés permettent à leurs employés d’accepter des étrennes. [Bravos.)
- ME. Anseele. — Je viens donner quelques renseignements pour compléter le rapport de M. Jacques sur les salaires et vous prier de nous excuser si nous avons tant tardé à le faire. Le Vooruit de Gand, qui a secondé le dernier mouvement socialiste belge, a été i absorbé par la grève et les conférences ou
- meetings où sa présence était nécessaire, qu’il est bien excusable d’avoir attendu jusqu’à ce jour pour répondre verbalement devant le Congrès international à votre questionnaire.
- Au Vooruit, les salaires sont plus élevés que dans les fabriques patronales où les ouvriers gagnent de 3 à 3 fr. 50, tandis qu’au Vooruit les salaires varient pour le menu travail entre 4 fr. et 4 fr. 50, soit une augmentation de 25 à 30 pour cent en notre faveur.
- Nous avons la participation dans trois de nos services : dans la boulangerie pour les boulangers et les porteurs de pain, et dans le service des charbons.
- Dans les autres services, la participation a existé pour une très minime part (1 franc à 1 fr. 2<! par-semaine), les résultats n’étaient pas en rapport avec nos vues, mais comme les employés en cause avaient fait leur devoir, le Conseil d’administration a, dans ces services, supprimé provisoirement la participation, ma>s a augmenté les salaires des ouvriers. En résumé, la participation a été organisée dans trois services d’une façon heureuse et le Comité cherche un système pour pouvoir l’appliquer à tous.
- En principe, et pour répondre aux idées anglaises, les Belges croient que la Coopération est un des moyens de réforme universelle.
- La Coopération doit travailler au développement des principes humanitaires partis de France, principes qu’il ne faut pas restreindre.
- Si nous n’appliquons pas à tous ces principes humanitaires qui régissent le monde, nous n’avons aucun droit à l’existence.
- Quoique le rapport de M. Jacques fasse une distinction parmi les Coopérateurs Belges, je ferai remarquer que la Coopération socialiste n’a aucunement enrayé le mouvement, au contraire.
- La Coopération a été créée en Belgique non seulement pour émanciper les travailleurs, mais aussi pour arriver à modifier le salariat actuel et prouver aux patrons, qui touchent des bénéfices hors de proportion du travail qu’ils ont produit, que les ouvriers peuvent eux-mêmes faire leur besogne et se passer d’eux.
- La Société Coopérative ne doit pas être une maison de commerce et les Coopérateurs des
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- commerçants où le principe adopté est chacun pour soi et Dieu pour tous.
- Nous devons tous nous baser sur la formule humanitaire : Chacun pour tous et tous pour chacun. En un mot, et pour montrer ce que pensent les Coopérateurs Belges de la question sociale, pour démontrer que l’humanité doit légir le monde, nous sommes disposés à sacrifier non seulement notre temps et notre intelligence, mais aussi notre vie, si c’est nécessaire. (Applaudissements répétés.)
- M. Vansittart Neale. — La Coopération anglaise n’est pas exactement celle préconisée par M. Mitchell, et si celui-ci a poussé ses collègues du Wholesale anglais à ne pas suivre la majorité des Coopérateurs anglais, il ne faut pas en conclure que le système anglais est mauvais.
- D’ailleurs, je ne pense pas qu’on ait le droit de dire: tel ou tel système est le meilleur; celui qui stimulera le mieux l’ouvrier sera préférable.
- M. Urbain. — Lorsque j’ai demandé la parole, je ne m’attendais pas aux émotions que cette discussion m’a fait éprouver. Nous avons été profondément émus et même remplis d’admiration pour la façon savante dont M. Charles Robert a étudié la coopération anglaise ; je lui adresse mes félicitations personnelles.
- Si je suis heureux, c’est quand je vois de telles idées exprimées par une bouche semblable, idées profondément socialistes. Je ne veux dire qu’un mot relativement au discours de M. Mitchell.
- Après l’union d’idées que j’ai applaudies le premier, M. Mitchell a dit: Ne nous critiquons pas les uns les autres. Qu’on me permette de dire que le Congrès n’aurait pas lieu d’être international s’il ne pouvait pas y avoir de critiques qui n’atteignent en rien l’esprit de fraternité qui est le fond de la Coopération et qui unit tontes les Coopérations des peuples différents.
- Parlant de la distinction que le rapport de M. Jacques fait entre les deux écoles des Coopérateurs Belges : la Coopération socialiste n’est pas une méthode si fausse puisqu’elle appuie les revendications du peuple Belge; c’est qu’il est nécessaire de voir les moyens
- d’arriver à la solution des problèmes qui en sont la conséquence, et les applaudissements que le Congrès a accordés aux paroles de M. Anseele prouvent qu’il en comprend toute l’importance.
- Lorsqu’on ne possède pas l’instrument à l’aide duquel les citoyens d’une Union marchent vers l’avenir, il est tout naturel qu’on cherche à l’obtenir, et je félicite la majorité Belge de cette tendance à l’obtenir.
- Je regrettais que la minorité n’ait pas cru devoir donner des renseignements, je ne le regrette plus puisque le citoyen Anseele est venu donner les motifs de leur abstention et développer son idée en Coopération.
- M. de Boyve donne des explications sur ce qu’a dit M. Vansittart Neale : M. Van-sittart Neale a dit que le système deM. Mitchell était critiqué par la Coopération anglaise.
- M.Ultarles, de Puteaux. — Le principe de la participation existe à la Revendication. Le mode de répartition adopté consiste à donner aux employés une part des excédents de caisse au prorata de leur traitement. Ce système donne satisfaction aux employés qui, reconnaissant la sollicitude de l’Administration à leur égard, sont d’autant plus dévoués qu’ils savent la considération dont ils sont l’objet.
- Cette répartition consiste à leur donner une part des Bonis alloués au Conseil d’administration.
- Les employés ont un traitement fixe, mais l’administration les augmente suivant leurs mérites ; cela est équitable. Les employés ont manifesté leur contentement; ils ont un grand dévouement et leurs paroles sont sincères.
- ,ti. Bertrand. — Messieurs, je ne prends la parole que pour un instant, pour répondre deux mots au délégué Belge relativement aux distinctions que nous établissons.
- Je suis heureux queM. Anseel ait complété le rapport de M. Jacques; la Coopération est l’émancipation des classes ouvrières, je tiens à déclarer ici que, comme lui, nous voyons dans la Coopération une meilleure répartition des richesses.
- M. Jacques. Je ne puis que m’associer à M. Bertrand : lorsque j’ai accepté de
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- faire l'analyse des réponses faites par les Sociétés Belges, je n’avais pas l’intention de faire une question politique, sans quoi j’eusse décliné l’honneur que l’on voulait bien me faire, j’ai traité la question économique.
- Restant sur ce terrain, nous intéressons tout notre personnel aux bénéfices dans la mesure de nos forces.
- VI. Bernardot. — Le Congrès comprend les raisons de M. Jacques, il est évident qu’on arrivera à relier le point de vue économique et le point de vue social ; la question est posée, je demande au Congrès de lui donner connaissance d’un ordre du jour qui m’est présenté.
- II. C ollard demande que la question de rémunération du Conseil soit traitée.
- Ue IPrrsideMt demande qu’on lui transmette cette proposition par écrit.
- 11. Urbain. — L’observation présentée par M. Collard est juste ; il a été décidé que •cette question serait ajoutée au rapport de M. Jacques.
- M. Charles Robert. — Le Congrès de Marseille a voté d’une manière précise. Le 14 octobre 1890, il a émis le vœu que la Société accordât un quantum 0/o du boni net ; c’est une formule trop absolue; il serait bon de donner au vœu émis par le Congrès de Marseille plus d’élasticité, d’autant plus qu’il y a une catégorie d’employés pour lesquels le quantum sur le chiffre d'affaires vaut mieux que le quantum net.
- .VI. Bernardot. — Je vais clore la discussion sur la participation des employés et mettre aux voix l’ordre du jour suivant :
- « Le Congrès, confirmant en principe le vœu émis par le Congrès de Marseille, émet le vœu que les Sociétés coopératives, tout en assurant un juste salaire à leurs employés, doivent les intéresser à la prospérité de ces Sociétés par un tant pour cent sur les affaires ou les bonis nets de chaque exercice. »
- L'ordre du jour est adopté.
- VI Bernardot. — Voici la question de M. Collard :
- Les soussignés ont l’honneur de vous prier de. mettre à l’ordre du jour la proposition suivante :
- Rémunération des membres des Comités d’administration et des Comités de surveillance.
- VI. Tutin. — L’ordre du jour appelle la lecture du Rapport sur le contrôle des entrées et sorties de marchandises.
- Le rapporteur venu aujourd’hui pour lire ce rapport ne pourra venir demain. Je demande que cetfe question ne soit point renvoyée et qu’on entende dès maintenant la lecture de ce rapport.
- La question de la rémunération est renvoyée à la séance suivante.
- VI. Bernardot. — L’ordre du jour appelle l’examen de divers systèmes relatifs au contrôle des marchandises.
- La parole est à M- Delorme.
- Messieurs,
- L'année dernière, au Congrès de Marseille, nous déposions un rapport concluant à l’utilité indiscutable d’un contrôle sérieux dans nos Sociétés coopératives.
- Les avantages d’un bon contrôle sont nombreux en effet, et il nous suffira d’en rappeler quelques-uns :
- Le gaspillage des marchandises est refréné, les employés sont stimulés, la confiance qu’ont les sociétaires en leurs administrateurs est d’autant plus grande que les preuves de la bonne gestion sont plus faciles à produire. Et ces preuves mathématiques, défiant toutes critiques, sont les meilleurs indices de la solidité d’une Société.
- Beaucoup pensent — nous ne voyons pas bien pourquoi — qu’il n’est pas nécessaire d’établir un contrôle : « Cela est trop coûteux, disent-elles, si, pour éviter 500 francs de coulage, il nous faut dépenser 1,000 francs.. C’est là un rouage inutile, un embarras d’écritures de plus, qui, au lieu de simplifier la machine, nuit plutôt à son bon fonctionnement. »
- Permettez-nous, Messieurs, d’être encore du même avis que l’année dernière.
- Nous disons encore : « Oui, un contrôle est utile, et tous les Conseils d’administration, ne serait-ce que pour échapper à la suspicion qui règne si souvent dans les Sociétés, devraient faire tous leurs efforts pour en établi I un ».
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- Et, d’ailleurs, est-il prouvé qu’un contrôle soit aussi onéreux que quelques Sociétés paraissent l’affirmer ?
- Notre réponse, basée sur l’expérience, est celle-ci :
- Non, un contrôle n’entraîne pas de perte ; il procure, au contraire, des bénéfices, malgré les frais occasionnés ; la dépense est moins grande que les profits que l’on en retire et cette dépense les égalerait-elle, que nous serions toujours d’avis qu’il faut quand même établir un contrôle. C’est la garantie des administrateurs intègres, en un mot, c’est la clarté pour chacun et l’honnêteté pour tous.
- L’utilité du contrôle est incontestable ; mais où commence le plus difficile, c’est le choix d’un contrôle et surtout l’établissement de ce contrôle.
- Les Sociétés qui se forment actuellement sont impardonnables de n’en pas créer un ; établi au commencement du fonctionnement, les sociétaires le trouveront tout naturel, ceux qui viendront par la suite suivront le mouvement et tous, après un certain temps, ne pourraient pas comprendre que l’on pût s’en passer.
- Dans les nouvelles Sociétés qui peuvent profiter de l’expérience des anciennes, il n’y a donc rien de si facile ; la difficulté, c’est d’en créer un dans les Sociétés qui existent déjà depuis longtemps et qui n’en ont jamais eu ou qui en ont de défectueux.
- La résistance que l’on trouve chez beaucoup de sociétaires lorsqu’il faut changer leurs vieilles habitudes, les coutumes locales, la mauvaise volonté des employés qui dans la journée, lorsque les administrateurs sont à leurs travaux, ne se gênent pas, bien souvent, pour monter quelque cabale à des sociétaires ayant l’oreille facile.
- Toutes ces causes viennent rendre la tâche très ardue.
- Nous ne saurions trop, malgré tous ces déboires, engager toutes les Sociétés qui n’ont pas de contrôle à en établir un ; où d’autres ont bien réussi elles peuvent réussir aussi, elles en recueilleront assurément les fruits.
- Si elles doutent encore, qu’elles s’adressent à celles qui en font usage et qu’elles leur
- demandent si elles ont l’intention de t’abandonner.
- Si elles ont cette intention-là, le contrôle pourrait, dans quelques cas, tout en étant bon, être onéreux, mais si elles continuent de s’en servir, c’est qu’elles y trouvent leur avantage et alors l’utilité en est prouvée.
- Messieurs, lorsque nous avons accepté la trop lourde charge de vous présenter un système de contrôle qui satisfasse toutes les Sociétés, nous ne nous sommes pas abusés sur la difficulté de notre tâche : la différence d’habitude, le mode de distribution des marchandises, les ventes au comptant ou à crédit rendent, malgré notre désir, l’emploi d’un contrôle uniforme bien difficile, pour le moment, du moins; nous avons cru, néanmoins, bien faire en recherchant parmi ceux qui existent les meilleurs spécimens.
- Avant de vous en donner connaissance, permettez-nous, Messieurs, de remercier ici toutes les Sociétés dont nous avons mis la bonne volonté à l’épreuve, de tous les renseignements et documents qu’elles nous ont envoyés avec autant de bienveillance. Elles nous ont énormément facilité notre travail et ont prouvé que chez elles la devise « chacun pour tous » n’était pas un vain mot.
- Après avoir classé tous ces renseignements, nous nous sommes particulièrement arrêtés sur les modes de contrôles suivants, qui nous paraissent remplir les meilleures conditions :
- La Fraternelle, de Cherbourg.
- Les Employés de chemin de fer P .-L.-M., de Grenoble.
- Lee Équitables Coopérateurs, de Lyon.
- La Société du XVIIIe, de Paris.
- La Revendication, de Puteaux.
- Tous ces contrôles, sauf quelques petites questions de détail, ont beaucoup d’analogie entre eux, et malgré l’éloignement de. ces Sociétés qui se trouvent Jes unes aux extrémités, les autres au centre de la France, on voit, en prenant connaissance de ces contrôles, que tous ceux vraiment efficaces fonctionnent de la même manière et que l’on ne peut en faire de sérieux qu’en y dépensant le temps et l’argent nécessaires.
- Pourtant, dans les contrôles cités plus haut, celui de la Société du XVIIIe arrondis-
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- sement mérite qu’on s’y attache tout particulièrement, du moins quant au système de répartition des marchandises.
- Ce système de répartition, nouveau pour nous, nous a étonnés dans la simplicité et la vivacité de son fonctionnement. Il est vrai que la Société du XVIIIe est fondée et surtout fonctionne d’après des habitudes toutes particulières qu’il serait très difficile, sinon impossible, de faire prendre à toutes les autres Sociétés, surtout les anciennes.
- Voici comment se fait la distribution des marchandises dans cette Société :
- La valeur d’une marchandise est représentée par des tickets, comme dans les chemins de fer, le billet représente la valeur du voyage auquel on l’a destiné.
- Les commandes faites par le Conseil d’administration sont inscrites sur le livre dit « des commandes » avec un numéro d’ordre ; ce numéro doit être rappelé par le fournisseur lors de sa livraison; il doit aussi figurer sur la facture et sert de contrôle à la réception pour l’exécution delà commande.
- Ce livre imprimé forme un tableau donnant le plus de renseignements possible ; il est toujours à la disposition du chef de magasin, lors de l’arrivée des marchandises, pour y accuser leur réception et faire part de ses observations.
- Cet accusé de réception se fait vis-à-vis de la commande et sur la même ligne. Aucune commande ne peut échapper à son exécution.
- En même temps que la marchandise est reçue à la Société, la facture doit parvenir au Conseil d’administration.
- Les délégués spéciaux de semaine (ils sont deux à tour de rôle) enregistrent, au fur et à mesure qu’elles arrivent, toutes les factures, en donnant à chacune d’elles un numéro d’ordre; et ils les classent ensuite par fournisseur.
- Cet enregistrement donne tous les renseignements utiles et sert à contrôler les marchandises arrivées. Puis ce contrôle fait, le délégué chargé de ce travail reporte sur un autre livre dit « d’entrées et de sorties », par natures et par catégories, les marchandises reçues en indiquant le ou les numéros de chacune d’elles, le poids brut des marchandises
- (de chacun des colis), la date de la réception, le nom du fournisseur, etc., etc.
- Ce délégué est encore chargé, de concert avec le chef de magasin, de faire mettre en vases ou en paquets, les marchandises arrivées pour les destiner à la vente.
- Ces paquets sont généralement faits d’un poids courant et déterminé d’avance par le Conseil d’administration.
- La quantité de ces paquets est soigneusement notée sur le livre d’entrées et de sorties qui dure un an.
- Ils sont ajoutés à la quantité trouvée au dernier inventaire . et ainsi de suite, chaque fois que le besoin de marchandises se fait sentir.
- Pour les marchandises déjà en paquets le travail est plus simple, car il n’exige ni le pesage ni le mesurage.
- Chaque fois que le délégué aux marchandises a constaté la quantité de paquets de marchandises provenant d’un colis désigné, il prépare autant de tickets qu’il y a de paquets.
- Pour faire bien comprendre nous allons donner des exemples :
- Prenons une caisse de sucre portant le numéro 2341 que nous avons noté à la réception sur le livre d’entrées comme pesant 50 kilogr.; l’employé chargé du pesage a fait 25 paquets de 1 kilogr. et 50 paquets de 1 demi-kilogr.
- Nous notons en face l’arrivée du colis 2343, pesant 5 o kilos, que nous avons fait 2 5 paquets de 1 kilogr. dans la colonne des kilogr., et 50 paquets de 1 demi-kilogr. dans la colonne des demi-kilogr.
- Nous avions en magasin, au moment de l’inventaire, 12 paquets de 1 kilogr. et 23 paquets que nous venons d’ajouter, cela fait 37; il restaitvou il devait rester pour la même raison, 12 tickets représentant la valeur de ces 12 kilogr. de sucre auxquels nous ajoutons 23 nouveaux tickets; or, si le dernier ticket vendu portait le numéro 428, les 12 restants porteront les numéros de 429 à 440, et ceux représentant la valeur des 2 5 kilogr. de sucre entré dans le magasin des ventes porteront les numéros de 441 à 465.
- Si les colis contenaient des paquets de bougies, on opérerait de même; et ainsi de suite, chaque fois qu’une denrée est nécessaire à l’alimentation des magasins.
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- II est évident que chaque fois que l’on met en vente un objet quelconque, dont la valeur est représentée par un ticket, il est nécessaire, pour que l’employé chargé de la distribution des denrées ou de cet objet puisse justifier la sortie de cet objet, de représenter un ticket.
- Il n’y a donc pas moyen qu’il y ait fraude ni coulage, ou du moins on s’en apercevrait aussitôt.
- Nous allons de notre mieux vous expliquer le fonctionnement de ce contrôle.
- Les employés chargés de la distribution sont à leur comptoir et la caisse est occupée par le personnel qui lui est nécessaire.
- Un sociétaire pénètre dans le magasin muni de son livret, sur lequel il a écrit ou fait écrire les marchandises dont il a besoin.
- Il dépose son livret à un guichet derrière lequel se tient le distributeur des tickets qui les donne en conséquence des besoins.
- Pour faciliter son travail, on a disposé une armoire à casier semblable à celle dont on se sert dans les chemins de fer pour la distribution des billets des voyageurs et, comme là, les tickets représentent non des parcours, mais la valeur des denrées distribuées dans le magasin ; ils sont rangés par lettres alphabétiques, par nature de marchandises ; chaque sorte de marchandises, par prix, par poids et quantité.
- Ainsi, par exemple, pour les vins, nous aurons dans le même prix des tickets pour i litre, 2 litres et litres.
- Si les denrées demandées par le Sociétaire ne peuvent être pesées d’avance, l’employé préposé à la distribution des tickets indique, à l’employé chargé de servir ces denrées, les quantités demandées ; ce dernier, après avoir pesé la marchandise, en annonce le poids au distributeur de tickets qui donne le numéro ; ce numéro est inscrit immédiatement sur le paquet pour éviter les erreurs.
- Une fois que les tickets pour un Sociétaire sont tirés de leur casier respectif, ils sont timbrés à la date du jour et passés au comptable, qui en établit le décompte, qu’il inscrit sur le livret du Sociétaire, sur une feuille faite exprès ou main-courante et sur le compte particulier du Sociétaire.
- Le Sociétaire, muni de ses tickets, va se faire servir,' l’employé, en servant, oblitère
- les tickets, qu’il conserve et par lesquels on établit la sortie des marchandises manquantes au moment d’un inventaire.
- On pourrait être tenté de croire que ce système est bien long; mais celui qui en a bien compris le fonctionnement le trouve simple et facile, rapide, quoique l’explication en soit longue ; et on peut dire que grâce au livre d’entrées et de sorties, on peut à chaque instant connaître la situation des marchandises du magasin par une soustraction dans chaque marchandise.
- Un exemple : Nous voulons savoir ce qu’il ' doit rester de paquets de bougies à i franc en magasin. Le livre d’entrées accuse 500 paquets de cette sorte : il suffit de demander au distributeur de tickets quel est le premier numéro à prendre. Supposons que ce soit 280, si nous retranchons de 500, nous trouvons 220, ce qui indique que 220 paquets doivent se trouver en magasin
- Nous aurions assurément préconisé ce système qui a une valeur réelle, mais nous avons cru que s’il était possible de s’en servir au XVIIIe arrondissement où les sociétaires s’approvisionnent pour ainsi dire en demi-gros, où chacun peut inscrire sur .son livret les marchandises dont il a besoin, il serait i impraticable dans la plupart des Sociétés.
- Il ne faut pas perdre de vue, en effet,
- : qu’elles ont été fondées surtout pour donner un peu plus de bien-être à celui qui travaille, i Presque toutes cherchent à retirer des mains ; des détaillants qui l’exploitent, l’ouvrier qui n’a souvent comme avance que le gain de sa | semaine, quelquefois même son gain quotidien, et la preuve de ce que nous avançons est que ; dans presque toutes les Sociétés coopératives les droits d’entrée ont été aussi réduits qu’ils pouvaient l’être.
- Comment, malgré les beauxrésultats obtenus à la rue Jean-Robert, pourrait on appliquer ce système de contrôle dans une Société exclusivement ouvrière, où beaucoup de sociétaires ne savent malheureusement pas ou presque pas lire et écrire, ou n’ayant pas le temps de venir faire leurs provisions, envoient leurs enfants qui marchent à peine, chercher le 1/2 litre de vin ou quelquefois le 1/4 de litre I et les o fr. 10 de beurre pour mettre dans la I soupe, et ainsi de tous les articles.
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- Voyez combien de tickets à manipuler.
- Le coût de ce contrôle pour des Sociétés débutantes et peu fortunées nous paraît aussi trop élevé. En dehors de ces quelques raisons, nous trouvons ce système excellent pour les Sociétés qui servent à leurs sociétaires des quantités assez fortes de marchandises déterminées à l'avance. Quand, par l’intermédiaire des Sociétés côopératives, les coopérateurs auront acquis un peu plus d’aisance pour leur permettre de faire des achats assez forts, ce que nous souhaitons vivement, nous dirons à ces Sociétés: le contrôle du XVIIIe est le meilleur de tous.
- Mais les choses étant différentes nous avons dû, par conséquent, choisir un mode de contrôle qui puisse s’adapter à n’importe quelle Société et qui ait déjà donné des preuves de son efficacité.
- Celui en vigueur à la Revendication de Puteaux nous paraît le mieux réunir ces qualités.
- Il ne diffère du reste, comme nous le disions plus haut, que de très peu avec les contrôles de : la Fraternelle de Cherbourg, des Employés P.-L.-M. de Grenoble et des Equitables Coopérateurs de Lyon, etc.
- Ce n’est qu’une question de disposition dans les feuilles de contrôle, et si nous avons pris celui de la Revendication, c’est qu’étant sur les lieux, il était beaucoup plus facile pour nous de se rendre compte de son fonctionnement.
- Voici comment il fonctionne :
- Toutes les marchandises, au fur et à mesure de leur arrivée à la Société, sont reçues par l’employé-chef du magasin de réserve, qui constate si elles sont conformes comme qualité aux échantillons et si les quantités et les factures concordent avec les bons de commande; il les inscrit alors sur le journal des entrées et remet les factures au comptable, après avoir noté les observations, s’il y a lieu.
- Les marchandises, dans le magasin de réserve, sont, autant que possible, empaquetées et étiquetées.
- Quand le besoin d’une sorte de marchandise se fait sentir au magasin de détail, le chef de ce magasin le demande à l’employé du magasin de réserve. Celui-ci délivre les arti-
- cles demandés et les inscrit sur le journal des sorties.
- L’employé au détail lui donne décharge.
- Ces deux livres sont signés tous les jours par les administrateurs délégués pour le service de surveillant de semaine, après qu’ils se sont assurés, au moyen des factures et des reçus, si les inscriptions sont régulières.
- Le résultat du dépouillement du journal des entrées et de celui des sorties est récapitulé journellement sur un registre spécial appelé : Contrôle du magasin de réserve, lequel est divisé en autant de colonnes qu’il y a de sortes et de prix de marchandises.
- Les entrées et les sorties étant superposées, il est facile par un simple examen, de constater les quantités de marchandises entrées et sorties, et, en faisant la différence, de savoir exactement ce qui reste ou doit rester au magasin de réserve ; elles sont, de plus, relevées mensuellement, ce qui permet un inventaire rapide.
- Les marchandises étant ainsi entrées au magasin de détail, nous allons examiner de quelle manière elles en sortent.
- Chaque employé à la distribution reçoit un livre de fiches à souches à décalque. Les fiches et les souches portent le même numéro, de sorte qu’elles puissent toujours être comparées; les feuillets sont perforés, ce qui rend le pliage sur la souche et la séparation faciles.
- Le sociétaire entrant au store s’adresse à l’employé et se fait servir les articles dont il a besoin ; celui-ci, après avoir servi le sociétaire, inscrit sur la fiche renversée sur la souche, le numéro du livret, les marchandises distribuées et leur valeur.
- Ces inscriptions se reproduisent, naturellement, sur la souche, par -le procédé du décalque.
- L’employé, ayant fini de servir, remet au sociétaire la fiche ; celui-ci la porte lui-même, ainsi que son livret, à la caisse, où il la remet à un débiteur qui tient une feuille dite de journée, laquelle contient autant de colonnes qu’il y a de catégories de marchandises sur je livret (vin, liqueurs, épicerie, pain, confection et chaussures), plus trois autres colonnes, une pour les paiements au comptant, une pour les dûs, une pour les sommes versées
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- par le sociétaire pour s’acquitter des dettes antérieures.
- Le débiteur ayant reçu du sociétaire fiche et livret, inscrit dans la colonne vin le total du vin, dans la colonne épicerie le total de l’épicerie, etc., additionne tous ces totaux partiels et le porte dans la colonne des totaux. Il reporte les mêmes inscriptions sur le livret des sociétaires, il garde la fiche et passe le livret au caissier. Le sociétaire paye au guichet du caissier, celui-ci lui remet son livret.
- A la fin de chaque journée, l’addition de ces feuiles étant faite, le total donne le montant de la recette qui doit se trouver dans la caisse.
- Le lendemain, deux contrôleurs classent les fiches par numéro d’ordre, s’assurent qu’aucune n’est absente, signalent celles qui manquent (ce qui se voit maintenant très rarement), ainsi que les erreurs qui auraient pu se commettre au préjudice comme à l’avantage de la Société. Dans ce cas, ayant le numéro du sociétaire inscrit sur la souche de la fiche manquante ainsi que de celle sur laquelle des erreurs auraient été constatées, celui-ci est immédiatement appelé, afin de régulariser sa situation vis-à-vis de la caisse.
- Le contrôle de caisse est donc parfaitement exact ; examinons maintenant celui de la sortie des marchandises.
- Un livre de contrôle composé comme celui du magasin de réserve d’autant de colonnes qu’il y a d’espèces de marchandises, est tenu à jour parles contrôleurs,
- Les entrées au magasin de détail doivent nécessairement correspondre aux sorties du magasin de réserve. Pour la sortie, les contrôleurs font le dépouillement des fiches sur un brouillard et portent ensuite la récapitulation de cl\aque article sur le tableau de sorties dans sa colonne respective.
- L’addition de ces deux tableaux (entrée et sortie) faite, on peut obtenir immédiatement le produit de la vente, le bénéfice réalisé par article, ainsi que les marchandises restant au magasin.
- Chaque sociétaire, outre son livret qui reste en sa possession, pourrait avoir son compte personnel, il n’y aurait besoin, pour cela, que de classer les fiches par numéro de sociétaire.
- Ce contrôle fonctionne à la Revendication depuis le mois de Novembre dernier ; cette Société en a obtenu des résultats très appréciables. Son fonctionnement a nécessité une augmentation de i p. °/0 sur les frais généraux, mais les bénéfices, loin de diminuer, ont augmenté de près de à 2 °/0 (1 fr. 85).
- Il faut donc en conclure que le contrôle était nécessaire à la Revendication.; nous sommes convaincus, pour les raisons que nous avons données en commençant, que ce n’est pas seulement dans quelques Sociétés, mais dans toutes, qu’un contrôle sérieux s’impose.
- M. Chevalier. — Je désire poser une une question à M. Delorme. Quel est le prix de revient du contrôle employé dans la Société de Puteaux?
- II. Charles. — 1400 francs d’imprimés et 6000 francs de personnel pour 4000 Sociétaires etunchiffred’affaires de 1.300.000francs par an.
- Ces frais ont été dépassés dès le début, aujourd’hui ils sont moindres.
- M. Chevalier. — Je recherche le prix de revient pour cent des deux Sociétés Puteaux et XVIIIe arrondissement.
- M. Filsch (18e arr.). — Si l’on veut connaître le prix d’une marchandise à son entrée, il faut inscrire le prix de cette marchandise; ce système est tellement rationnel qu’on l’a pratiqué pendant 2} ans au XVIIIe; nous l’avons abandonné pour cause d’économie, cela nous coûtait 150 francs par mois pour le dépouillement ; maintenant nous avons les tickets qui suppriment les comptables, cela ne nous coûte que la valeur des tickets et des dépenses d’imprimés.
- Le prix de ces tickets est de } francs le mille en tout pour le contrôle ; notre système se développe, car il y a des objets manufacturés, les tickets ne sont pas établis, mais chaque marchandise a un numéro d’ordre et un numéro d’entrée.
- Il faut qu’en même temps l’on fasse une réception. sévère des marchandises, il ne coûte rien de les compter comme dans ces maisons de commerce où l’on manipule toute espèce de marchandises.
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- Quand l’entrée est bien faite, la sortie se contrôle facilement.
- ME. Bernardot. — La parole est à M. Soria pour la lecture de son rapport.
- ]fï. Soria. — Avant de vous donner connaissance de mon rapport, je dois vous dire que mon but a été de faire passer sous vos yeux plusieurs systèmes de sortie de marchandises, car si tous sont bons comme résultats, je ne crois pas que le même puisse être accepté partout, nos Sociétés ayant à tenir compte de l’emplacement, des ressources et moyens dont elles disposent. Ce que nous devons empêcher dans l’intérêt même de la coopération, c’est que des Sociétés fonctionnent sans contrôle de sortie, et il y en a, malheureusement .
- ME. Bernarclot. — La question est intéressante. Je vous prie de vouloir bien écouter les orateurs ; la séance se continuera mieux et l’assemblée en profitera.
- M. Soria.
- Messieurs,
- Le programme du Congrès portant sur la grande question du contrôle ou sortie de marchandises dans les Sociétés, j’ai cru devoir porter à votre connaissance celui adopté par l'Economie de Maisons-Alfort.
- Dès le début de cette Société, la sortie journalière par quantité et espèces avait été adoptée, mais avec l’accroissement du nombre de sociétaires, ce contrôle dont la justesse est infaillible devenait impossible et, surtout
- trop coûteux, par le temps et la grande attention qu’il nécessitait.
- Plusieurs systèmes furent étudiés : les uns suffisaient à de petites Sociétés, telle l'Epargne P.-L.-M., qui se trouve bien du système délaissé par VEconomie, d’autres, tel que celui de M. Fitsch, étaient bons pour de fortes Sociétés comme celle du XVIIIe Arrondissement, où les adhérents consentent à prendre la quantité minima de marchandises fixée à l’avance par le Conseil d’Administra-tion ; malheureusement, le plus grand nombre de Coopératives ne peuvent imposer à leurs sociétaires de s’approvisionner de certaine quantité de telle ou telle marchandise, alors que le désir ou les ressources de l’acheteur ne lui permettent d’en prendre qu’une quantité moindre ; d’autre part, le local, en général si exigu des Sociétés, leur défend d’en distraire une partie pour y installer le magasin de réception dit de réserve, dont il était question dans le rapport de M. Delorme, au Congrès de Marseille, et qui faciliterait beaucoup le contrôle, objet de nos préoccupations.
- Après examen, nous décidâmes de faire notre sortie par espèces, système presque identique à celui employé dans les Sociétés belges, dont M. Jacques nous parlait au dernier Congrès; ce contrôle de marchandises nous donnant de bons résultats, je vais avoir l’honneur de le soumettre à votre appréciation.
- Dès qu’une livraison est faite à la Société, un administrateur ou, à défaut, le répartiteur
- EXEMPLE
- En supposant un magasin coopératif fournisseur des Sociétés :
- Prix de Montant Montant Montant
- répartition Quantités de de la de la
- à l’unité livrées l’achat répartition majoration
- 3f.40 18 kil. Menier à 14 fr. 10 le paquet de 4 kil. 500. . . 56 f.40 61 f. 20 4f.80
- 2 10 10 » Poitrine à 180 fr. 0/0 kil 18 » 21 .. 3 »
- 1 15 200 » Mécanique à 108 fr 216 » 230 » 14 »
- 0 45 1800 lit. Vin n° 2 à 0.33 + 0.05 divers frais 684 » 810 « 126 »
- 2 20 12k il. Tapioca n° 1 à 180 fr 21 60 26 40 4 80
- 3 » 30 » Café n« 1 à 270 fr 81 » 90 » 9 »
- 3 45 48 » Balais soie à 3 fr 144 » 165 60 21 60
- Total de la Facture 1,221 » 1,404 20 183 20
- Autres factures 520 » 598 » 78 »
- Id. . . 2,300 » 2,645 » 345 »
- Id. 700 » 805 » 105 »
- 4,741 f.« 5,452 f.20 711 f. 20
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- vérifie les marchandises livrées, au moyen de la facture sur laquelle il appose son visa ; le trésorier, possesseur du prix-courant de répartition s’empare ensuite de la facture, ajoute au montant d’achat de chaque article, le chiffre obtenu par la majoration, en porte le total dans une colonne, puis fait ressortir à côté le boni résultant de cette majoration ; après avoir fait les totaux de chaque colonne il les porte sur un carnet spécial, de façon qu’en totalisant le produit de chaque colonne il puisse, au moment voulu, se rendre compte de la valeur des marchandises emmagasinées depuis le précédent inventaire. {Noir le tableau 'page 97.)
- Notre trésorier sait donc que, par suite de la majoration subie, l’achat de 4,741 francs de marchandises donnerait, une fois réparti, un encaisse de 5,452 fr. 20, soit 711 fr. 20 de majoration ou boni brut, sur lequel il y aurait lieu de défalquer le pour centage usuel pour coulage, qu’une Société bien gérée voit se réduire à sa plus simple porportion.
- Mais, comme selon toute probabilité l’inventaire accusera une certaine quantité de marchandises restant en magasin, la personne chargée du travail doit soustraire du montant total de la majoration, la somme de boni non recouvrée par suite de la présence, au siège social de ces marchandises.
- EXEMPLE
- U Inventaire constate que le magasin est approvisionné de :
- 4 kil. 500 Menier Achat 14 f. 10 Répartition 15 f. 30 Boni brut non encaissé 1 f. 20
- 3 kil. Poitrine 5 40 6 30 » 90
- 50 kil. Mécanique 54 » 57 50 3 50
- 100 lit. Vin no 2 38 )) 45 >, 7 »
- 2 kil. Tapioca n° 1 3 60 4 40 » 80
- 10 kil. Café n° 1 27 )) 30 » 3 )>
- 10 Balais soie 30 » 34 50 4 50
- 172 f. 10 193 f. » 20 f. 90
- C’est donc 20 fr. 90 cent, qu’elle aura à retrancher des 711 fr. 20 cent., produit de la majoration totale que la Société eût encaissée si toutes les marchandises avaient été réparties, soit un trop perçu de 690 fr. 30 cent.
- Si, après avoir défalqué de cette somme, le montant du pourcentage prévu pour coulage, il existait un écart reconnu trop sensible, le Conseil d’Administration devrait alors s’en émouvoir et prendre telle mesure qui lui paraîtrait indispensable pour garantir les intérêts de l’Association.
- Quelques comptables, pour s’éviter du travail, établissent sur le total général des factures la moyenne du pourcentage de majoration, pour le faire subir, au moment de l’inventaire, au montant général des marchandises restant en magasin ; c’est là une grave erreur que je dois signaler en passant, car il peut se faire que la majeure partie des mar-
- chandises portées à l’inventaire soit loin d’avoir à subir la majoration moyenne, telles que sucre, café, chocolat, etc... et, alors, le résultat de l’opération est faux.
- Ce serait bien prétentieux que de vouloir vous donner ce système comme la perfection, mais son peu de complication a, selon moi, le très grand avantage de ne pas nécessiter de comptable spécial, d’être mis à la portée de tous et, par suite, de devenir moins coûteux, tout en ne demandant que très peu de temps, ce qui n’est pas à dédaigner, car les Sociétés qui jusqu’à ce jour sont restées rebelles à l’organisation du contrôle de sortie des marchandises, n’ont reculé que devant le chiffre approximatif des dépenses ou le temps relativement long de l’opération.
- En présence des multiples systèmes cités et qui tous, par la pratique, sont reconnus bons, le devoir du Conseil d’Administration
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- de ces Sociétés est de rechercher celui qui lui paraîtra réunir le plus de sûreté et répondra le mieux aux besoins de l’Association, tenant compte des éléments dont il dispose, mais surtout de l’intérêt moral et effectif qu’a une coopérative à posséder un contrôle bien organisé.
- M. Jacques. — Je n’ai pas préparé de rapport sur la question de contrôle des marchandises, mais j’approuve totalement le système qui vient de nous être présenté par M. Soria.
- Dans notre Société, lorsque nous recevons une marchandise, nous la facturons au nom du répartiteur au prix de vente ; cette facture contient un accusé de réception ; le répartiteur reçoit les marchandises et en est responsable vis-à-vis de la Société.
- Si la marchandise n’a pas son emploi, elle sera inventoriée, c’est l’intérêt du répartiteur.
- Si ces marchandises doivent être détaillées, il est certains déchets qui doivent se produire; pour éviter tout cela, nous ne facturons que 98 kilos sur 100 au gérant.
- Sur les huiles, qui sont fournies en fûts, nous ne facturons pas 100 kilos, l’huile est mise en bouteilles et on ne facture que celles* que l’on en a tirées.
- La Société de Namur accorde 1 °/0 sur toutes les marchandises se vendant au poids ou à la mesure. Extrait d’une lettre de la Société de Namur, lue par M. Jacques, et établissant qu’après avoir accordé 1 % pour le coulage, au dernier inventaire, on a constaté un bénéfice de 28 francs.
- Les fonctions de gérant ne sont confiées qu’à des gens qui peuvent verser un cautionnement et passer un contrat avec les Sociétés. Ils signent un acte qui autorise les Sociétés à prélever tout déficit qui pourrait se produire dans leur gestion.
- Pour les marchandises dont la recette se fait journellement par le comptable, chaque client reçoit un décalque des marchandises qu’il emporte, la Société conserve l’original ; c’est donc un contrôle constant. J’estime que les administrateurs ont déjà assez de besogne sans leur imposer d’avoir à assurer les comptes particuliers de chaque sociétaire ; je j
- me mets à la disposition de qui voudra me demander des explications complémentaires.
- ]fl. Verliuls. — Le mode que vient de définir M. Jacques fonctionne aussi à Anvers : nous faisons des affaires pour un million et demi par an et ce système de contrôle ne demande qu’une heure de travail par jour.
- M. Fitscli. — Je n’ai de préférence pour aucun système ; pour nous, le meilleur est celui que nous avons adopté. Il faut que les Sociétés voient celui qui peut le mieux leur convenir; celui de Belgique est très économique, mais n’est pas suffisant pour nos Sociétés parisiennes. Nous devons pouvoir répondre à tout.
- Je vais faire une remarque à propos de ce que disait M. Jacques sur le système d’entrée et la responsabilité du répartiteur.
- Dans notre Société nous précisons les poids et quantités remis aux répartiteurs sans leur laisser de tant pour cent pour compenser leurs déchets résultant de la distribution.
- M. Otaries. — Le contrôle employé à la Revendication a un fonctionnement très simple, l’examen en est très facile, son efficacité n’est pas contestable et la rapidité avec laquelle le Conseil de cette Société peut se rendre compte du mouvement des marchandises lui fait croire que le système employé est un des meilleurs.
- Cependant, à la lecture d’un rapport, si détaillé qu’il soit, il est assez difficile d’en comprendre le mécanisme.
- M. Chevalier me demandait tout à l’heure quels étaient les frais que ce contrôle avait coûté. Je le lui ai dit, mais ce que j’avais oublié, c’est de dire que les frais généraux n’avaient augmenté que de 1 %, tandis que les bonis avaient augmenté de 2 °/0.
- En outre, la Société a la satisfaction d’avoir procuré les moyens d’existence à trois pères de famille.
- UI. Bernardot demande au Congrès de remettre à demain la question : i° sur la Caisse nationale; 20 sur la rémunération des membres du Conseil d’Administration et du Conseil de surveillance.
- Adopté.
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- M. Bernardot — Il y a une autre proposition qui m’est envoyée, sur la création d’un Orphelinat destiné à élever les enfants des coopérateurs décédés.
- M. Jacques. — Je me tiens à la disposition de qui voudra demander des explications sur cette question.
- Le Président. — Si vous êtes de mon avis, nous renverrons cette question à la séance de demain.
- M. Bernardot. — Le Congrès est-il d’avis de se réunir demain à une heure ?
- Adopté.
- La séance est levée à minuit.
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- SIXIÈME SÉANCE
- du 16 Septembre 1891, à 2 heures li2 du soir
- Présidence de M. Cl.wel.
- M. Clavel. — Un grand nombre de délégués doivent partir ce soir; bien qu’il y ait peu de monde, nous ouvrons la séance.
- Je suis chargé par M. Ch. Robert de vous présenter toutes ses excuses, il est retenu par une réunion de son Conseil d’administration.
- Je crois inutile de faire l’appel nominal.
- Lecture du procès-verbal dé la séance d’hier 15 septembre.
- Observation de M. de Boyve. J’ai retiré mes conclusions non pour gagner du temps, mais parce qu’elles se trouvaient dans un autre rapport.
- Le procès-verbal est adopté.
- La parole est au rapporteur de la Commission d’initiative.
- M. Chiousse prend la présidence.
- M. Cfaioiisse. — Ainsi qu’il est d’usage, je vous remercie pour les coopérateurs de la Compagnie P.-L.-M., de l’honneur qui m’est fait de présider votre dernière séance.
- Il est indispensable que toute discussion oiseuse soit écartée. Nous avons à reprendre nos travaux et nous ne devons pas nous écarter de l’ordre du jour.
- La parole est à M. Urbain, rapporteur de la Commission d’initiative.
- Lecture du rapport de M. Urbain:
- La Commission a étudié plusieurs questions qui lui ont été renvoyées par le Congrès.
- Ces questions, après avoir été examinées et discutées, vont vous être soumises ainsi que les conclusions de votre Commission d’initiative.
- i° Proposition de MM. Surleau, Durand, Audéoud et Malpeyre,
- Le Congrès, considérantque la coopération ne doit pas avoir seulement pour but la répartition à bon marché des marchandises à ses sociétaires :
- Emet le vœu que les Sociétés coopératives fondent des institutions de prévoyance et des orphelinats destinés à élever les enfants des sociétaires décédés.
- La Commission ne peut que s’associer aux sentiments généreux qui ont guidé les auteurs de la proposition; mais en présence des difficultés que rencontre son application et espérant qu’elle deviendra réalisable plus tard, elle en propose le renvoi au Comité Central .
- M. Chiousse. — La discussion est ouverte,
- II. Clavel. — Aux termes du règlement, les différentes propositions doivent être discutées après épuisement de l’ordre du jour; or, celui-ci comporte encore deux questions, nous pouvons cependant entendre la suite du rapport de M. Urbain.
- Le président se range à l’avis de M. Cla-vel.
- M. Urbain donne lecture de la proposition concernant les Congrès :
- « Je propose que les Congrès n’aient lieu que tous les cinq ans et j’appuie ma demande sur les considérations suivantes :
- i° Les Congrès gagneraient beaucoup en autorité si ces grandes assemblées étaient moins fréquentes; on ne voit aujourd’hui dans ces réunions annuelles qu’une sorte de conférence, intéressante sans doute pour ceux qui y assistent, mais s’occupant plus souvent d’idées spéculatives pour l’avenir que des conditions présentes de la coopération.
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- 2° Les questions intéressant réellement la coopération ne sont pas tellement nombreuses qu’elles puissent fournir chaque année un nouvel aliment à la discussion ; dans l’espace de quatre ou cinq ans, il peut se produire des faits nouveaux sur lesquels il est utile de se concerter, mais avec des Congrès annuels^ nous en serons bientôt réduits, si cela n’a lieu déjà, à discuter sur des hors-d’œuvre qui donneront lieu sans doute à de brillantes joutes oratoires, mais à la suite desquelles les délégués retourneront vers leurs Sociétés bien embarassés de dire ce qu’ils ont appris de nouveau.
- 3° Les Sociétés, voyant le peu de fruit qu’elles retirent des Congrès, finiront par s’en désintéresser et renonceront à faire les frais d’une délégation qui ne leur procurera aucun avantage.
- Dès aujourd’hui, elles ne paraissent pas attacher une grande importance à ces réunions, puisque, malgré les circulaires et les sollicitations du Comité Central, elles s’abstiennent de proposer des questions à mettre à l’étude.
- Les décisions des Congrès ne semblent pas avoir été prises en considération par les Sociétés qui persistent dans leurs errements primitifs .
- 4° Les Congrès annuels occasionnent des frais hors de proportion avec les ressources du Comité Central.
- 5° Enfin le Comité Central, obligé de s’occuper sans cesse de Congrès, n’a plus la possibilité de consacrer ses séances à des études plus sérieuses; il n’avait pas fini avec le Congrès de Marseille qu’il a dû s’occuper de celui de Paris.
- La Commission propose la résolution suivante :
- En raison des travaux du Comité Central, l’Assemblée émet le vœu que le prochain Congrès ait lieu en province, dans le courant de l’année 1893, tout en laissant au Comité Central la faculté de convoquer le Congrès avant cette époque si des circonstances exceptionnelles l’exigeaient.
- M. Briotet demande qu’à l’avenir les membres du Comité Central soient admis avec voix délibérative à tous les Congrès.
- MM. Audéoud et Malpeyre demandent que les membres du Comité Central qui manqueront trois fois de ,suite sans se faire excuser ou remplacer soient considérés comme démissionnaires .
- Quatrième proposition signée par 10 délégués :
- Les soussignés délégués au Congrès ont l’honneur de vous prier de mettre à l’ordre du jour la proposition suivante :
- Rémunération des membres des Comités d’administration et des Comités de surveillance.
- Ils vous prient d’agréer l’assurance de leurs sentiments confraternels.
- La rémunération des membres du Comité de surveillance et des Conseils d’administration des Sociétés est mise aux voix.
- Le Congrès est favorable à la proposition .
- M. Ua*l*aiHi. — Sur la dernière proposition qui a été soumise à la Commission : y a-t-il lieu de présenter des observations, lors de la discussion du projet de loi sur les salaires ?
- Il n’est pas utile de donner lecture du projet de loi, la Commission a pensé qu’il est excellent, elle lui donne son approbation et désire qu’il soit voté rapidement.
- Il y a des Sociétés, entre autres celle de Dombasle, qui demandent qu’une exception soit faite en leur faveur pour leur permettre d’user de la saisie-arrêt contre ceux de leurs sociétaires qui ne paieraient pas.
- La Commission a pensé qu’il n’y avait pas lieu de donner suite à cette demande. Lorsqu’une Société veut se prémunir contre les sociétaires qui ne paient pas, elle peut faire une retenue sur le bénéfice, de façon à constituer un fond de réserve quigarantitsuffisamment la Société ; cette précaution qui est dans les mœurs est amplement démocratique et la Commission s’y est arrêtée.
- M. ©lavel. — M. Urbain indique dans son rapport que les Sociétés demandent à pouvoir user de la saisie-arrêt pour se garantir des dettes que les sociétaires pourraient faire; ce n’est pas cela, les Sociétés qui existent dans les centres industriels ne pratiquent pas ainsi vis-à-vis de leurs sociétaires, mais elles touchent elles-mêmes par délégation des
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- sociétaires à la caisse, les avances qu’elles ont pu faire dans le courant du mois.
- Les Sociétés demandent que les ouvriers aient la faculté de continuer à donner cette délégation et, d’après le projet de loi, cette faculté est retirée aux sociétaires qui ne peuvent faire de délégation au delà du dixième de leurs salaires.
- Les Sociétés demandent une plus grande liberté, il y a une grande différence entre la retenue volontaire et la saisie-arrêt.
- M. Urbain. — Merci de la rectification. La Commission a examiné les deux points de vue de la question, ce que la loi a refusé aux Sociétés, c’est de toucher plus du dixième du salaire des sociétaires.
- La Commission a pensé que l’ouvrier est aussi honorable que le plus riche des patrons; c’est porter atteinte à la dignité de l’ouvrier que de lui retenir son salaire; le travailleur qui consent à donner sa délégation oublie sa dignité, ce que la Commission ne peut pas admettre.
- L’ouvrier doit payer lui-même ses dettes.
- Le Président appelle la discussion sur la création d’une Caisse de crédit.
- La parole est à M. Chevalier, Rapporteur.
- M. Wagner demande la parole pour parler de la réunion du Congrès tous les cinq ans.
- M. Jacques demande la continuation de la discussion sur le contrôle des marchandises.
- Le Président dit que cette discussion viendra après le lecture du rapport de M. Chevalier sur la création des Caisses de crédit.
- Lecture du rapport de M. Chevalier.
- Le Congrès de Marseille a nommé une commission de cinq membres composée de MM. Rostand, Rey, Chevalier, Cailleaux et Demouche, pour étudier cette question sur laquelle deux rapports avaient été déposés.
- Cette Commission s’est réunie au mois de Mai à Marseille, et avait conclu à l’adoption du principe de la création d’une Caisse de crédit, alimentée par les profits des Magasins de Gros coopératifs dont la création paraît depuis longtemps nécessaire et par la souscription d’un capital à déterminer, souscrit parles
- Sociétés coopératives de consommation et les Sociétés de secours mutuels.
- M. Rey fut chargé de rédiger un rapport dans ce sens et envoya la lettre suivante, qu’il demanda de considérer comme rapport.
- Monsieur Chevalier,
- Je vous adresse quelques mots à la hâte pour résumer ce que nous avons fait au dernier Congrès, et lors de votre dernier voyage à Marseille au sujet de la Caisse de crédit des Sociétés coopératives.
- A la suite du vote du Congrès, la Commission nommée pour étudier cette question s’est réunie, vous compris, chez M. Rostan. Vous avez proposé comme moyen, de faire servir une partie des bénéfices du Centre régional ou d’un Magasin de Gros quelconque, mais surtout du Centre régional, pour l’établissement de cette caisse. Moi, je proposais de demander à toutes les Sociétés de France de participer par des versements transformés en actions, laissant naturellement les Sociétés libres de les prélever sur leurs bonis ou leurs fonds de réserve, en un mot laissant agir dans ce cas, comme toujours, en toute liberté. *
- Je vois de gros inconvénients à demander au Centre régional d’employer le moyen que vous proposez. D’abord il ne faut pas oublier qu’il est nécessaire d’avoir une encaisse importante, le chiffre est à étudier et pour cela il faudrait que toutes les Sociétés qui pourraient le faire souscrivissent à cette œuvre. A cause de cela, je considère qu’il n’est pas bon qu’un groupe quelconque ait la priorité. Si nous tenons compte des petites divisions qui existent entre les coopérateurs, surtout entre les personnalités importantes, il n’y a pas à douter qu’une œuvre mise sous le patronage d’un groupe ne trouvera pas l’appui des groupes dissidents, ce serait donc manquer le but que nous nous proposons.
- Ensuite est-il certain que l’Administration du Centre régional accepterait cette tâche, et pourrait décider toutes les Sociétés adhérentes à contribuer à l’œuvre dont il s’agit?
- Quant aux moyens à employer pour aider les Sociétés qui auraient à s’adresser à la Caisse de crédit, ces moyens je les accepte en principe quels qu’ils soient, qu’il leur soit livré des marchandises ou qu’il leur soit ouvert un compte.
- Comme vous le pensez, je crois aussi que les avances en marchandises seraient préférables à des avances de fonds.
- En résumé :
- i° Nécessité de créer une Caisse de crédit.
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- 2° Eviter de mettre un groupe quelconque à la direction de cette Caisse, pour lui donner un caractère d’indépendance complète.
- 3° Etudier par quels moyens on pourrait engager les Sociétés à souscrire à cette Caisse.
- 4° Ferait-on des avances de fonds ou de marchandises aux Sociétés?
- 5° Quelles garanties pourrait-on prendre vis-à-vis des Sociétés emprunteuses ?
- Je me résume dans cette lettre, que je vous prie de considérer comme rapport, le temps me manquant absolument pour faire davantage.
- Croyez-moi bien à vous, mon cher coopérateur.
- P. REY.
- L’œuvre collective qui paraît la plus urgente est certainement celle des Magasins de Gros coopératifs, pour cette raison que dans les Sociétés coopératives de consommation la question la plus délicate est celle des achats ; vous n’ignorez pas combien il est difficile de se prononcer sur la valeur des échantillons soumis aux Commissions d’achats, et toujours présentés sous une apparence flatteuse qui a pour but ordinaire de faire passer des produits de qualité médiocre pour des produits de qualité supérieure ou même simplement de bonne qualité ; une grande expérience ne suffit pas toujours pour distinguer la valeur des produits soumis à l’appréciation des consommateurs, et l’excessive mobilité des Conseils d’administration augmente singulièrement les chances de succès des marchands de produits alimentaires qu’on est tenté d’appeler fabricants de produits chimiques.
- Ces marchands, qui trompent sur la qualité, emploient aussi les moyens de corruption les plus condamnables pour se créer ou introduire des complices au sein même de nos Conseils d’administration, il est peu d’exemples qu'ils y réussissent, mais leurs agissements bien connus suffisent amplement pour jeter la suspicion et la défiance sur les hommes les plus désintéressés, et ce n’est jamais sans crainte "qu’on se charge de la délicate mission d’approvisionner le magasin de sa Société. Pour approvisionner des Magasins de Gros, les inconvénients disparaissent pour plusieurs raisons : d’abord on peut y créer des moyens de vérification et de contrôle de la valeur qualitative des produits qu’on ne peut avoir dans
- la Société isolée, on peut organiser des soumissions auxquelles ne peuvent être admis que les producteurs les plus connus par leur probité commerciale, et au surplus, ces Magasins de Gros ne pouvant exister que dans les localités ou les produits prennent naissance, ou pénètrent dans notre pays, il est plus facile d’y être renseignés sur la valeur réelle des produits emmagasinés.
- Les résultats merveilleux auxquels sont arrivés les coopérateurs anglais ne font-ils pas désirer de voir les coopérateurs français atteindre le degré de prospérité de nos voisins d’outre-Manche, et sommes-nous donc assez dénués d’esprit d’organisation, d’initiative, d’abnégation, de discipline, pour désespérer d’y arriver ? Ce qui s’est fait en Angleterre est-il impossible en France r
- Nous aimons trop notre pays pour avouer une telle infériorité.
- M. Rey semble indiquer que nous avons quelques préférences pour l’organisation de la rue de Nesles, c’est vrai, parce que c’est jusqu’à présent la seule organisation régulière que nous connaissions dans ce sens, mais comme nous savons faire le sacrifice de nos préférences personnelles, dans l’intérêt supérieur de la coopération, nous nous rallierons toujours à l’organisation qui réalisera notre idéal.
- Puisque l’organisation de Magasins de Gros est la plus urgente désorganisations collectives, que c’est celle qui nous permettra le plus facilement la réunion des capitaux pour créer une Caisse de crédit, en accumulant les profits de ces magasins qui, selon nous, peuvent être facilement réalisés par un prélèvement de 2 % sur la valeur des marchandises, suffisant pour payer les frais généraux, l’intérêt du capital, constituer une réserve importante, assurer à la consommation un bénéfice important et facilement réalisable par la suppression des bénéfices prélevés par les intermédiaires qui disparaissent du même coup. Nous ne comprenons pas bien pour quelle raison, si les Sociétés se refusent à faire cette organisation ' des Magasins de Gros, elles adhéreraient plus facilement à la souscription d’actions pour constituer une Caisse de crédit dont les avantages ne peuvent être niés,
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- mais qui sont moins immédiats et moins certains .
- Nous ne croyons pas à l'efficacité d’une Caisse de crédit pour aider à la création de Sociétés nouvelles, parce que pour nous, l’idée coopérative ne se manifeste que par la création de Sociétés coopératives, qui nécessite une suite d’efforts, de sacrifices, d’études, sans laquelle l’éducation coopérative ne peut se faire. Tout ce que nous devons faire dans ce cas, c’est de prodiguer nos conseils, d’indiquer comment il faut procéder pour créer une Société, et quelles sont les méthodes à employer pour l’approvisionner, et, au moyen de nos Magasins de Gros, mettre les Sociétés nouvelles au niveau des plus anciennes pour le bon marché et la bonne qualité des marchandises .
- Si les raisons qui viennent d’être exposées vous paraissent convaincantes, nous vous demandons de faire auprès de vos Sociétés une propagande incessante pour les convaincre à leur tour, et nous nous adressons surtout aux Sociétés puissantes qui ne doivent pas seulement appliquer notre belle devise [tous pour chacun, chacun pour tous) au cercle restreint de leurs relations immédiates, mais à tous les faibles, et lorsque nous aurons réussi à créer nos Magasins, à constituer un capital important, les Sociétés, gênées pour des causes accidentelles, trouveront auprès de nous un crédit suffisant pour rétablir une situation prospère, et les Sociétés qui voudront élargir leur cercle d’action, créer des boulangeries, construire leur immeuble, créer des minoteries coopératives, trouveront les capitaux nécessaires dans la caisse de crédit, et nous aurons pour la garantie -des avances faites, la | probité incontestée et incontestable de nos j Sociétés coopératives et, pour gages dans d’autres cas, les immeubles construits ou les organisations collectives créées.
- En conséquence nous proposons au Congrès de voter les résolutions suivantes :
- i° Le Congrès reconnaît l’utilité d’une Caisse de crédit pour aider au développement des Sociétés coopératives.
- 2° Il reconnaît l’urgence de la création de Magasins de Gros dans les pays de production et les ports de commerce.
- 3° Que les bénéfices des Magasins de Gros
- doivent être capitalisés pour créer une Caisse de crédit, qui peut être alimentée en même temps par des actions souscrites exclusivement par les Sociétés coopératives de consommation.
- 4° Que des avances de marchandises soient faites aux Sociétés accidentellement gênées et des avances de fonds aux Sociétés ou groupes de Sociétés, les avances faites étant garanties dans des conditions à déterminer par des statuts à élaborer.
- 5° Les membres du Congrès et le Comité Central feront la propagande nécessaire pour engager les Sociétés à adopter les résolutions qui précèdent.
- Je dois aussi vous donner lecture d’un rapport et d’une proposition de la Société Y Alliance des travailleurs de Levallois-Perret, relative à la création de Caisses de prêts dans les Sociétés coopératives.
- La Société Y Alliance des travailleurs de Levallois-Perret a adressé au Comité Central un très intéressant rapport, relatif à la création de Caisses de crédit, ayant pour objet d’avancer aux travailleurs, désirant faire partie des Sociétés coopératives, les fonds nécessaires pour se libérer vis-à-vis des détaillants qui leur fournissent les marchandises à crédit.
- Je ne puis mieux faire que de vous donner lecture de ce rapport, très bien fait d’ailleurs.
- Lecture du rapport :
- « Une des causes et peut-être la principale des difficultés d’extension que rencontrent à leurs débuts les Sociétés de Consommation, est sans contredit la question de crédit.
- « Cette question a été beaucoup agitée, peu examinée et pas du tout résolue.
- « Nous demandons qu’elle fasse l’objet d’un examen très approfondi de la part des membres du Congrès.
- « Parlant de cette question, nous nous appuyons sur des observations personnelles faites par nos Sociétaires et par nous-mêmes dans notre rayon d’action, la commune de Le-vailois-Perret, une des plus populaires de France (quarante mille habitants). En raison de l’agglomération de la population, nous sommes relativement peu nombreux (400), après 9 ou 10 mois de fonctionnement : la principale
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- cause est celle-ci : c’est que, dans Levallois, nombre d’ouvriers en place qui pourraient être des nôtres, qui le voudraient même, en sont empêchés par des obligations contractées depuis longtemps envers leurs fournisseurs habituels : épiciers, boulangers, bouchers,etc-
- « Ces dettes, toujours renouvelées et jamai^ éteintes par la faute de l'inertie du principaj intéressé, empêchent de venir à nous un nombre considérable de consommateurs de toutes les conditions, ouvriers, gens de labeur, employés de commerce et d’administration, etc. Il y a là un mal ou un malaise, comme on voudra, qu’il importe de combattre et qu’il n’est possible de combattre qu'en faisant appel à la fraternité en faveur de la consommation.
- « Nous proposons donc que parallèlement aux Sociétés de Consommation, il soit établi des Sociétés de prêts ou avances sur titres jusqu’à concurrence de la valeur des actions émises par les Sociétés de Consommation en faveur des souscripteurs qui auront besoin d’une somme relativement peu importante pour se libérer de dettes anciennes contractées chez leurs fournisseurs habituels.
- « Afin d’éviter tous motifs de poursuites et permettre à ces libérés devenir s’approvisionner chez nous, le remboursement du capital avancé s’effectuerait par la retenue entière ou partielle des sommes à leur revenir à titre de répartition de bénéfices en fin d’exercice avec intérêts (non composés) et calculés au maximum à 5 %•
- « Une autre combinaison pourrait également être mise en pratique, dans le même ordre d’idées.
- « Parallèlement aux Sociétés de consommation s’établiraient une ou des Sociétés de prêts, fournissant aux adhérents, à une Société quelconque, les moyens de se libérer de leurs dettes vis-à-vis de leurs anciens fournisseurs pour tous les articles mis en vente par la Société de consommation de laquelle ils veulent faire partie, moyennant un intérêt à débattre (maximum 5 °/0) et qui serait prélevé sur les parts de bénéfices revenant en fin d’exercice à ses associés.
- « La Société, pour ainsi dire financière, qui servirait de complément aux Sociétés de Consommation devra pour sa fondation, son éta-
- blissement, être inspirée des mêmes principes; de solidarité et de bienfaisance ou philanthropie sociale que les Sociétés de Consommation existantes, c’est-à-dire ne pas faire d’affaires de banque dans le sens propre du mot et encore moins de spéculation.
- « Le meilleur moyen, croyons-nous, de créer ces sortes de Sociétés pseudo-financières serait de faire appel pour la constitution du capital à ceux de nos sociétaires qui, sans être fortunés, jouissant d’une certaine aisance, fourniraient le capital nécessaire avec l’assurance d’un intérêt bien garanti de 5 °/0 par exemple. Sans être très nombreux, les sociétaires de cette catégorie sont, à notre estimation, en nombre suffisant et répondront, nous en sommes convaincus, à l’appel que les Sociétés de Consommation voudront bien leur adresser. »
- En effet, Messieurs, nous savons tous qu’à la suite de chômage ou de maladies, les ressources du ménage étant épuisées, les ouvriers sont malheureusement obligés d’avoir recours au crédit de leurs fournisseurs, et une fois engagés dans cette voie, grâce à la plume à trois becs, et à un certain laissez-aller, vous savez combien il devient difficile de se dégager.
- Les Sociétés coopératives ayant en général adopté le principe de la vente au comptant, sont malheureusement fermées à cette classe intéressante de travailleurs; plusieurs Sociétés se sont préoccupées de cette situation et se sont efforcées d’y remédier, la plupart en créant une Caisse noire, alimentée soit par dons volontaires, soit par des cotisations régulières.
- Les avances faites, le sont sous la garantie morale d’un ou deux sociétaires, qui garantissent l’honorabilité du bénificiaire, et il n’est pas, ou il est peu d’exemples qu’on ait fait faillite aux engagements d’honneur qui résultent de ce système.
- Nous sommes donc d’avis, que le Congrès émette le vœu, que les Sociétés coopératives établissent des caisses de ce genre, formant un compte absolument séparé de celui de la Société, et administrée par une Commission indépendante du Conseil d’administration.
- Nous ne croyons pas que les Sociétés coopératives puissent créer une Caisse collective, parce que ce genre de prêts étant des prêts»
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- d’honneur, ne peuvent être faits qu’à des personnes connues des sociétaires qui prêtent leur garantie et ne sont eux-mêmes connus que dans leur Société, ces Caisses, créées pour des besoins locaux, doivent être locales et, sous la réserve [de ces observations, nous proposons au Congrès d’approuver le rapport de la Société Y Alliance des travailleurs.
- Je dois cependant faire remarquer qu’au Congrès de 1889, un de nos amis, M. Maillet, président de la Société de Montigny-sur-Avre, frappé de la facilité avec laquelle on grève d’opposition le salaire de l’ouvrier, demandait au Congrès d’émettre le vœu qu’une loi interdise la saisie-arrêt sur les salaires.
- Cette proposition était peut-être un peu absolue, parce qu’il est évident que les gros traitements auraient aussi bien pu profiter de cette loi que les petits salaires, etqu’une solution aussi radicale aurait pu gêner les ouvriers obligés d’avoir recours au crédit qui leurserait refusé, vu l’absence de garantie, mais il n’est peut-être pas impossible de faire intervenir des dispositions législatives qui permettent aux ouvriers de liquider une position embarassée, par des moyens simples et peu coûteux.
- Ainsi un ouvrier, engagé envers plusieurs fournisseurs, pourrait obtenir par la justice de paix un arrangement qui lui permette de se liquider dans un délai suffisant, au moyen d’un prélèvement équitable sur son salaire, •sans être contraint d’imposer à sa famille et à lui-même les privations des choses nécessaires, et puisqu’il est question de lois sociales, en voilà une très simple, qui rendrait de grands services, et faciliterait la création de Caisses dont la Société Y Alliance des travailleurs demande la création.
- Nous proposons donc au Congrès :
- i° D’approuver les conclusions du rapport de la Société Y Alliance des travailleurs;
- 20 De charger le Comité Central d’obtenir des pouvoirs publics l’établissement d’une loi qui réglemente d’une manière équitable la faculté qu’ont les commerçants de frapper d’opposition le salaire des travailleurs.
- lie Président. — J’accorderai la parole à qui voudra la prendre sur la création des Caisses de crédit.
- M . tffollard. — Je demande la parole a nom des Sociétés de Marseille.
- L’année dernière on nous disait que l’Angleterre avait une banque spéciale, cette banque n’est pas seulement pour les Sociétés coopératives, mais elle leur fait des avantages qu’elle ne fait pas à tout le monde.
- M. de Boyve. — Il y a la banque de Woheleseale qui fait un chiffre d’affaires considérables et qui est pour les Sociétés coopératives.
- M. Collard. —Je retire ce que je viens de dire à ce sujet. Un certain nombre de Caisses d’épargne ont demandé le libre emploi d’une partie de la fortune de leur caisse. Une Commission a été nommée à la Chambre des Députés. M. X... en est le rapporteur et il conclut à la prise en considération.
- On pourrait aider les Sociétés de consommation et de production, il y aurait ainsi quelque chose de fait pour les Sociétés de coopération.
- C’est tout ce que je voulais dire.
- Si nous avons beaucoup de groupes d’achats, ces groupes n’arriveront pas à un bon résultat .
- En attendant qu’une caisse spéciale puisse fonctionner, nous demandons que le Magasin de Gros soit formé par la réunion de toutes les Sociétés.
- M. Ilopnoy. — Je suis de l’avis de M. Collard. Je fais partie d’une petite Société et je crois que les Sociétés coopératives devraient chercher à devenir un peu propriétaires.
- Ma Société est toute petite, nous doutions de trouver à nous loger, on ne voulait pas de nous ; nous avons dû acheter un terrain à un propriétaire qui nous en a facilité l’achat.
- J’ai toujours entendu dire qu’il faut songer à réunir des capitaux, nous y sommes arrivés en créant des parts qui ont été prises par les sociétaires mêmes ; nous étions 144 sociétaires, nous avons acheté un terrain de j 5,000 francs et émis 500 obligations; nous avons été indécis par la suite, à cause de 40 sociétaires qui se sont retirés.
- On prête plus facilement à une Société coopérative; il y a chez nous plus d’argent qu’on ne croit.
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- Voici ce que nous avons fait : nous avons décidé que le boni de trois années serait converti en obligations ; nous avons un père de famille qui en a déjà 18, ses enfants travaillent et il a confiance dans l’œuvre entreprise.
- S'il s’était agi de prêter au commerce, il . n’aurait pas eu cette confiance.
- On arrivera à un très bon résultat, l’ouvrier sera fier de devenir propriétaire; nos immeubles sont habités par les sociétaires mêmes.
- Nous avons des habitations saines, nous avons été encouragés par quelques négociants ; s’il faut hypothéquer pour faire des capitaux, on le fera.
- Je propose que nous cherchions à faire de l’argent par les bonis.
- Applaudissements.
- II. Millier. — Les établissements ne travaillent pas seulement avec leurs capitaux de fondation ; si nous le voulons bien, au lieu de placer notre argent dans des établissements financiers, nous pourrions créer une banque et obtenir de grands avantages pour nos achats.
- II. Fitsels. — Pour ma part, j’approuve les considérations du rapport de M. Chevalier, je trouve qu’il est difficile de créer de toutes pièces une caisse de crédit.
- Que toutes les Sociétés donnent leur adhésion au Centre régional, de façon à donner des bénéfices réels. Je suis renseigné; le Magasin Central devient de fait une petite caisse de crédit.
- On désirerait beaucoup avoir des caisses de prêts qui permettraient à l’homme malheureux de ne pas interrompre sa consommation. Au XVIII0 arrondissement il y a une caisse d’économie.
- Celui qui est prévoyant prélève le sou par jour qui est nécessaire pour se créer un fonds de prêt. Ce moyen est simple et pratique et je m’étonne qu’il ne vienne pas à l’idée de tous
- II. OTalcpeyre. — Je confirme ce que vient de dire M. Fitsch au sujet du Magasin de Gros.
- Il lui a été reproché, dans la dernière Assemblée générale, de ne devoir à ses fournisseurs que 109,000 francs, tandis qu’il lui était
- dû 160,000 francs par ses sociétaires ; je crois que le crédit est ainsi établi.
- II. Jacques. — On a fondé en Belgique une nouvelle Société, la Caisse de prêts, formée avec des obligations de 100 francs. Chaque sociétaire qui se présente doit s’inscrire pour une obligation de 100 francs dont il se libère par versements mensuels de 2 francs ; dès le premier versement il peut emprunter 100 francs, mais il doit se libérer d’après les engagements qu’il a pris.
- Au bout de quelques années, il est son propre banquier; je crois que ce système, appliqué dans les Sociétés, pourrait réussir ; chaque Société pourrait s’inscrire pour 2, 3 ou 4 obligations. Les Sociétés qui ont de l’argent pourraient acquitter de suite leurs obligations .
- Nous ne prêtons pas en espèces, nous prêtons en marchandises.
- Je crois que ce système pourrait être appliqué à la création d’une banque entre les Sociétés coopératives.
- M. Charles. — La caisse de prêts existe à la Revendication. Tous les sociétaires peuvent y participer sans versement préalable. La caisse de prêts étant alimentée par les droits d’entrée de 1 fr. 23 versés par les adhérents à la Société, il n’y a pas lieu de demander aux sociétaires aucune souscription, pour profiter d’une institution fondée pour les aider. La caisse de dépôt est également instituée surtout pour combattre les maisons de crédit ou d’abonnement qui sont les charançons de la classe ouvrière, qui vendent pour 100 francs une marchandise qui n’en vaut pas la moitié.
- M. Charles ajoute que la caisse de prêts avance jusqu’au 3/3 de l’avoir du sociétaire sans intérêts, tous les prêts étant gratuits.
- II. Briotet — La caisse de prêts peut parfaitement fonctionner par le Magasin de Gros ; si vous voulez qu’il en soit ainsi, il faut que toutes lesSociétés se réunissent et s’entendent.
- M. Bornoy. — Je suis partisan du Magasin de Gros, nous en avons eu besoin et nous y avons trouvé ce que nous désirions; si nous voulions grouper de grands capitaux dans
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- le Magasin de Gros, cela augmenterait notre puissance ; les Sociétés pourraient s’aider, ce serait la concentration des forces de la coopération .
- M. G à g» obi. — Je viens pour appuyer le magasin de gros.
- M. Soria. — Vous me permettrez de parler de Y Union Syndicale, où nous pratiquons aussi la solidarité, en aidant de nos deniers ou de notre crédit les Sociétés nouvelles ou gênées financièrement. L’ Union Syndicale, la Moissonneuse, VÉgalitaire, l’Union du XIXe, la Bellevilloise et autres Sociétés de la Seine, ont aidé bien des petites coopératives sans leur faire souscrire d’engagements. Je tenais à dire cela pour qu’on laisse un peu le Magasin de Gros de côté pour s’occuper de la création d’une caisse de crédit.
- Ii© Président. — La discussion dégénère, il faut nous renfermer dans la question d’une caisse de crédit.
- La parole est à M. Chevalier.
- M. Chevalier. — Lorsque j’ai parlé de l’utilité d’un Magasin de Gros, j’évitais de préconiser une organisation plutôt qu’une autre. Que chacun de nous ait ses préférences, je le conçois, mais évitons qu’une association coopérative en combatte une autre; chaque fois que nous serons à même de nous rendre service les uns aux autres, c’est à la coopération tout entière que nous rendons service.
- Je considère pour moi comme un devoir de soutenir toutes les Sociétés de crédit qui pourraient s’établir; d’autre part, on parle de demander aux Sociétés de capitaliser les produits au lieu d’en disposer ; un certain nombre de Sociétés semblent comprendre l'utilité de cette capitalisation. L’exemple qui nous est donné par le commerce doit être suivi dans un but d’intérêt collectif. Que l’on fasse tout son possible pour répandre ces idées qui permettront à la coopération de prendre de l’extension .
- En Angleterre, les Sociétés coopératives ont pu établir des magasins de gros, commander des navires, c’est un exemple que nous, Français, nous pouvons faire réussir aussi bien que les Anglais ont pu le faire.
- M. Hampden. — Il faudrait savoir s1 les caisses de crédit sont pour les Sociétés ou pour les sociétaires.
- M. Chevalier. — Je vous ferai remarquer qu’il s’agit là de deux propositions : l’une, caisse de crédit alimentée par les Sociétés et pour elles-mêmes ; l’autre, alimentée par les membres des Sociétés et pour eux seuls.
- lie Président. — La liste des orateurs étant épuisée, je vais vous donner lecture des conclusions du Rapporteur. Si vous le désirez nous les voterons ensemble.
- Aux voix,
- Le principe d’un Magasin de Gros est adopté.
- ]?I. Lotit, de Y Union ouvrière, demande à motiver son vote.
- Le principe d’un Magasin de Gros est adopté par Y Union ouvrière, à condition que ce soit l’élément ouvrier qui le dirige.
- M. Chioiasse. — Je mets aux voix la proposition de la Société de Levallois-Perret.
- Adopté.
- Ce Président. — Comme complément, M. Soria dépose l’ordre du jour suivant :
- Comme suite à la décision prise par le Congrès de 1891 sur le titre du Comité Central cooperatif de France, le Congrès invite les délégués présents à faire, en faveur du Comité Central, toute la propagande possible pour engager les Sociétés groupées ou isolées, à y adhérer, faisant ainsi acte d’attachement au principe que représente le Comité Central et preuve de solidarité avec la coopération tout entière.
- L’adoption est soulignée par des applaudissements.
- I^e Président. — L’ordre du jour appelle la sanction à donner aux différents rapports sur le contrôle des marchandises. La discussion d’hier nous a pleinement éclairés, je propose de mettre aux voix.
- M. Briotet. — 11 est impossible de formuler une conclusion, nous avons reconnu que le moyen de contrôle le plus simple est celui qui se rapproche le plus de celui du XVI11° arrondissement. Nous n’avons pas encore
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- trouvé le moyen de l’appliquer aux Sociétés <jui font un petit détail. C’est aux Sociétés à choisir le mode qui leur conviendra le mieux.
- - M. Bernardot.— C’est, je crois, la solution la plus simple à donner à la question.
- ' ]fl. Fransqnin. — Je ne puis qu’engager toutes les sociétés à accepter le système du 18e Arrondissement qui est le plus simple.
- M. Bernardot explique son ordre du jour : Si on voulait appliquer notre contrôle dans certaines sociétés on ne le pourrait pas, on doit adopter un contrôle qui soit facile à employer et selon le milieu, c’est aux sociétés à l’étudier; le contrôle est nécessaire.
- .TI. Soria. — Mes conclusion sont motivées par la multiplicité des procédés exposés;-je demande qu’on recherche le meilleur. Etant d’avis de faire passer plusieurs systèmes de contrôle sous les yeux des sociétés, les mettant ainsi à même de choisir celui qui leur paraîtra répondre à leurs besoins et à leurs ressources.
- lie Président. — Les conclusions de M. Soria sont conformes à celles de M. Bernardot.
- lie Président. — Je vais résumer la ^discussion : ce qui est très bon pour une société de 600 membres peut ne pas s’appliquer à uns société de 14,000 membres comme La Moissonneuse.
- M. Bernardot se ralie aux conclusions de M.. Soria.
- Puisque M. Bernardot retire son ordre du jour, c’est celui de M . Soria que nous allons voter.
- En présence des multiples systèmes cités et qui tous sont parla pratique reconnus bons, le Congrès estime qu’il est du devoir du Conseil d’Administration des Sociétés de rechercher celui qui lui paraîtra réunir le plus de sûreté et répondra le mieux aux besoins de l'association tenant compte des éléments dont il dispose, mais surtout de l’intérêt moral et effectif qu’a une coopérative à posséder un contrôle bien organisé.
- Adopté.
- lie Président. — L’ordre du jour appelle la discussion sur la question suivante :
- Orphelinats et Sociétés de prévoyance.
- M. Urbain. — La Commission demande le renvoi de la question au Comité Central.
- M. Durand. — Comme signataire, j’accepte les conclusions de la Commission d’initiative, mais je demande que le projet soit envoyé aux pouvoirs publics pour être subventionné. Je demande que les Belges donnent des renseignements au Comité Central.
- M. Fitscli. — Je m’associe à la proposition qui à été faite; le 18e Arrondissement a une caisse des Orphelins qui est basée sur le même principe que la participation. La Caisse des Orphelins a pour but de prendre les orphelins que les Administrations refusent, pour empêcher qu’ils deviennent des malheureux dans l’avenir.
- M. Bernardot. — La question est appliquée au Familistère de Guise d’une manière absolue. Nous mettons à la disposition du Comité Central tous les renseignements que nous possédons sur la question.
- M. Collard. — Il me semble que la proposition de la Comission est trop absolue.
- M. Perrault. — On renvoie la question au Comité Central, tandis que chaque Société devrait travailler de son côté, cela n’empêcherait par le Comité Central de faire ce qu’il pourrait.
- M. Urbain. — Si la Commission a demandé le renvoi au Comité Central, elle n’est pas indifférente aux autres institutions de prévoyance ; quant à ce que vient de dire M. Perrault, la Commission ne pouvait pas non plus proposer des moyens d’exécution, tout ce qu’elle pouvait demander au Congrès c’est de donner son approbation au projet qu’ont en vue les auteurs de la proposition.
- Laissez-moi vous dire mon opinion personnelle ; cette question nous entraînera dans des dépenses considérables et on se heurtera toujours au même obstacle; la Coopération a d’excellents résultats, elle forme réellement quelques économies, mais il faut que les travailleurs pensent aux grandes oeuvres qui sont pour eux d’un grand intérêt; je voudrais que que l’ouvrier capitalisât son boni dans les Sociétés .
- M. Bertrand. — Je crois que nous pouvons dire un mot. Je pourrais dire qu*à la
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- suite des conversations que nous avons eues avec certains membres du Congrès, l’idée de prendre la question en considération n’est pas mûre ; c’est pour cela que je propose l’ordre du jour suivant :
- Le Congrès, considérant le caractère éminemment utile et humanitaire delà proposition présentée, mais, d’autre part, envisageant le peu d'éléments dont dispose actuellement le Congrès pour discuter la question, émet le vœu de voir renvoyer celle-ci à l’examen du Comité Central, et de voir toutes les Sociétés s’en occuper sérieusement, afin de présenter ladite question à l’ordre du jour du prochain Congrès international.
- M. Fitsch. — Je n’ai pas prétendu exposer un système, j’ai voulu montrer ce que peut l’initiative individuelle, on ne fait rien sans cela.
- Le Président met aux voix l’ordre du jour de M. Bertrand, complété par M. Li-mouzin.
- Adopté à l’unanimité.
- L’ordre du jour appelle la délibération sur la proposition déposée par M. Clavel concernant la réunion des Congrès nationaux tous les cinq ans et non tous les ans.
- L’Assemblée émet le vœu que le prochain Congrès ait lieu en province en 1893.
- M. Urbain. — M. Cerneson demande s’il y a des conclusions pour l’avenir; nous avons examiné les difficultés capitales; chaque Congrès entraîne trop de travail, il y a beaucoup de questions à étudier et beaucoup à faire pour exécuter les volontés de ces Congrès, il y a une correspondance considérable ; le Comité Central manque de tout pour continuer les Congrès annuels.
- M. Bertrand. — C’est la première fois que j’assiste à un Congrès coopératif en France; je crois qu’à la suite des discussions' nous devons nous arrêter à l’argument de M. Clavel; nous ne sommes pas encore complètement mûrs; je crains que si nous continuons, nous arrivions à discuter des questions politiques: il vaudrait mieux nous en tenir à un Congrès bi-armuef.
- M. Collard. — Je suis d’avis de faire un Congrès tous les ans; au Congrès de 1.889, on est venu en peu pour la Coopération et
- beaucoup pour l’Exposition. Plus nous allons, plus les Congrès ont de succès.
- II. Bertrand. — Je dirai comme M. Clavel; il pensait que, d’ici à peu de temps., toutes les questions seraient épuisées et que nous resterions sans plus rien avoir à faire; il me semble qu’il est nécessaire d’étudier le plus tôt possible les grandes questions qui nous sont posées.
- Je désire faire remarquer au Congrès que les deux premières séances ont été stériles au point de vue de la Coopération internationale ; nous émettons le vœu qu’à l’avenir l’on ne discute pas d’autres questions que celles d’intérêt international
- M. Clavel. — Je me suis aperçu que l’on manque de confiance dans les Congrès: il faut que la Presse, ainsi que vous le demandez tous les jours, s’occupe de nous; pour cela, il faut que nous ayons des programmes intéressants; j’émets le doute que, si vous continuez les Congrès annuels, vous ayez des programmes qui ne passent pas à côté des questions de la Coopération.
- Ce qui me fait demander que les Congrès soient plus éloignés c’est aussi la question financière.
- Vous nous avez renvoyé des questions, nous ne demandons pas mieux que de vous satisfaire ; mais je dois vous confesser quelque chose, c’est qu’au Congrès de 1889, nous n’avons pas pu faire imprimer le compte rendu des séances.
- Je crois que les Congrès pourront être plus.' fréquents le jour où toutes les Sociétés comprendront qu’il faut un lien, ce qu’elles n’ont pas encore compris.
- Il faut, pour que les rôles soient bien tenus, qu’il soit discuté des questions intéressantes pour les Sociétés. Dans le Congrès actuel, il y a eu certainement des questions intéressantes pour vous qui êtes des hommes intelligents.; mais quand on demandera aux délégués : Qu’est-ce qu’on a fait dans ce Congrès ? je crains q,ue beaucoup, ne soient embarrassés die donner un résultat.
- J’ai posé une questionla Commission a pris un terme moyen ; elle. trouve que l’absence de Congrès nuirait, à la. Coopération; je me rallie aux conclusions de la Commission!
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- quidemande que les Congrès soient bi-annuels ; au prochain Congrès, nous verrons s’il faut en revenir aux Congrès annuels ou bien éloigner l’époque des réunions pour les Congrès futurs.
- Je vous demande de ne pas discuter, mais de voter les conclusions de la commission ; ceux qui ne seront pas d’avis que le Congrès soit remis à deux ans, voteront contre et la majorité décidera.
- La proposition de la commission est mise aux voix et adoptée.
- MM. Gizon et un de ses collègues déposent l’ordre du jour suivant :
- « Considérant que tous les Congrès tenus antérieurement en province ont eu lieu dans la région Sud de la France, demandent que celui dont la date sera fixée à cette séance, soit tenu dans la région Est qui compte un grand nombre de Sociétés coopératives.
- M. Urbain. — Je demande de ne pas fixer la réunion dans telle ou telle ville ou dans tel ou tel quartier d’une ville.
- Uc Président. — Le règlement est formel mais il peut être changé. Il ne reste plus qu’à discuter l’ordre du jour de M. Gizon et de son collègue, tendant à la réunion du prochain Congrès dans une ville de l’Est, autant que possible.
- Adopté.
- ]?I. Uliiousse. — J’allais demander au Congrès de choisir la ville de Grenoble ; mais il est préférable que la désignation du lieu soit laissée à la décision du Comité Central.
- M. M.ugler. — La Commission propose d’accepter tous les membres du Comité Central avec voix délibérative dans les Congrès futurs. Le Comité Central étant le Comité exécutif des Congrès, il n’est pas possible que le Comité Central soit juge et parti.
- M. Briotet. — J’avais prévu les observations de M. Kugler.'On dit que le Comité Central ne peut pas être juge et parti dans sa propre cause ; mais il ne peut être engagé que sur les travaux qu’il a effectués.
- Je demande qu’il prenne parti dans les questions générales qui sont traitées aux Congrès.
- M. Fitscb. — Il est certain que les membres du Comité Central ont à étudier toutes les questions qui paraissent vous intéresser dans l’avenir; d’autre part, les membres du Comité Central ont mandat d’un grand nombre de Sociétés.
- M. iîorn«j . — Nous avons choisi comme membres du Comité Central les gens qui inspirent le plus de confiance et nous ne leur donnerions pas voix délibérative? Ce serait de la défiance !
- B. €r«gtit, de VEgalitaire. — Sur la proposition relative à un magasin de gros, me plaçant au point de vue socialiste, je me suis abstenu ; mais je reconnais que sur la question qui se pose, vous avez séparé le Comité Central du magasin de gros ; vous demandez qu’au prochain Congrès les membres du Comité Central puissent avoir voix délibérative. Si vous acceptez, vous vous laisserez dominer par le Comité Central.
- M. Urbain. — Je n’accepte pas la suspicion pour mon compte personnel; le Comité Central ne m’entraînera pas où je ne voudrais pas aller; je veux votre confiance jusqu’au bout ou je ne veux rien du tout.
- Qu’avez-vous à redouter du Comité Central ?
- !?I. Uollard appuie les paroles du délégué de Y Egalitaire.
- Le Président résume la question pour la ramener à son point de départ. Nous désirons que le Comité Central soit l’émanation directe de la Coopération française, et si nous lui donnons notre confiance lorsque nous sommes en province, pourquoi la lui refuser lorsque nous sommes en Congrès.
- M. Perrault. — Le règlement du Congrès dit que chaque Société est représentée par un membre.
- Uc Président met aux voix la proposition de la Commission pour accorder dans les Congrès voix délibérative aux membres du Comité Central. .
- La proposition est adoptée par 37 voix contre 17.
- MV Collard demande que les membres du Comité local d’organisation des Congrès
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- en province aient également voix délibérative aux Congrès.
- lie Président fait remarquer que le cas n’est plus du tout le même.
- La proposition de M. Collard, mise aux voix, est rejetée.
- I<e Président. — Le membre du Comité Central qui manque, sans excuse, à trois séances consécutives, est considéré comme démissionnaire.
- M. Soria ayant demandé si le membre du Comité Central se faisant, pour cause d’éloignement, représenter par un coopérateur plus à proximité, serait rendu responsable des absences de son suppléant, on ajoute que dans le cas où le délégué suppléant manquerait, c’est lui qui serait démissionnaire et non le membre du Comité Central qu’il a été chargé de représenter.
- Cette proposition est mise aux voix et adoptée.
- Ije Président. — L’ordre du jour appelle la discussion sur la rémunération des membres du Comité de surveillance et des Conseils d’administration des Sociétés.
- La Commission propose au Congrès la résolution suivante :
- « Le Congrès est favorable à la proposition et engage les Sociétés à la mettre en application dans la mesure du possible.
- La proposition, mise aux voix, est adoptée à l’unanimité.
- Discussion sur la loi que l’on demande au Gouvernement de faire voter le plus tôt possible sur le salaire des travailleurs.
- M. Urbain, rapporteur, donne l’explication de cette proposition de loi.
- Ii© Président. — Cette question est de celles qui intéressent le plus les travailleurs et auxquelles on s’empresse de donner son adhésion. Si vous êtes de cet avis, je vous prie de la voter.
- La proposition est adoptée.
- M. Régnier, de la Moissonneuse, fait la proposition suivante :
- Je demande que la question suivante soit mise à l’ordre du jour du prochain Congrès:
- Aucun délégué ne pourra représenter plus d’une Société; chacune d’elle aura le droit d’envoyer un délégué par 500 membres.
- Pas d’opposition.
- lie Président.— Messieurs, l’ordre du jour est épuisé : c’est vous dire que nous allons nous séparer et regagner nos pays ; mais avant, permettez-moi de venir vous remercier de l’honneur que vous m’avez fait de m’appeler à présider l’une de vos séances; je souhaite que le Congrès porte beaucoup de fruits, que l’union devienne un fait accompli et qu’il n’y ait plus qu’un seul principe : la Coopération.
- Nous ne sommes ici que dans un but : l’émancipation des peuples et la paix sociale.
- M. Clavel.
- Messieurs et chers Collaborateurs,
- Les travaux du Congrès étant arrivés à leur terme, il ne me resterait plus qu’à déclarer la séance levée; mais, avant de le faire, permet-tez-moi de vous remercier d’avoir facilité la tâche du Président par la courtoisie que vous avez toujours apportée dans les discussions et par le soin que vous avez pris vous-mêmes, à de très rares exceptions près, de vous conformer au règlement.
- Je crois devoir aussi me faire l’interprète des sentiments de l’Assemblée en remerciant publiquement M. le Maire du VIe arrondissement de l’empressement avec lequel il a mis une salle de ‘délibération à la disposition du Congrès. Outre que cet acte de bienveillance est un encouragement direct donné à la Coopération, il nous a évité des frais qui peuvent recevoir une application plus utile.
- Je souhaite, Messieurs et chers Collaborateurs, que vous ayez puisé dans ces réunions, qui ont mis en contact les représentants les plus autorisés de la Coopération, une nouvelle confiance dans l’utilité des Sociétés coopératives et en même temps la ferme volonté de faire tous vos efforts pour que ces Associations soient complétées par les institutions accessoires qui ont fait l’objet des délibérations et des vœux du Congrès.
- Nous remercions nos amisles Belges de la part très active et très éclairée qu’ils ont prise aux débats; le calmeetla concision qu’ils ont apportés dans la discussion, peuvent nous être d’un bon exemple, ànous, Français, qui sommes parfois trop verbeux. J’éprouve personnellement pour eux une telle sympathie que je suis pres-
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- que tenté de partager les idées de ceux qui rêvent l’annexion de la Belgique à la France.
- Pour les délégués Anglais, nous échangeons depuis longtemps des rapports bienveillants qui me dispensent de les assurer de nouveau de toute notre amitié; nous souhaitons que la verte vieillesse de M. Vansittart Neale se prolonge encore bien des années et lui permette de revenir quelquefois voir ses amis de la France et de leur apporter ses bons conseils qui ont été si profitables à la Coopération anglaise.
- Quant à M. Mitchell, nous avons vivement applaudi hier ses chaleureuses paroles en faveur des consommateurs; mais, tant qu’il n’appliquera pas aux producteurs ses généreux efforts pour une plus équitable répartition des richesses, nous resterons séparés de lui de toute la largeur de la Manche.
- Messieurs les Délégués Français, il serait peut-être téméraire à moi, en raison de mon âge, de vous dire au revoir, mais soyez assurés que, tant que Dieu me conservera quelques forces, je continuerai à les consacrer au service de la Coopération.
- M. Verrliust, d’Anvers. — La députation belge vous remercie en mon nom de l’accueil que vous lui avez fait ; nous mettons à votre disposition les connaissances que nous possédons pour tous les renseignements dont vous pourriez avoir besoin au sujet de la Coopération.
- M. Cliionsse. — Nous croirions notre tâche incomplète si nous n’adressions nos remerciements chaleureux à M. Clavel et au Comité Central. L’âge de M. Clavel et sa situation lui auraient permis de se retirer; il
- reste parmi nous et nous apporte son appui, son expérience ainsi que s^o hautes relations.
- Nous lui adressons nos remerciements les plus sincères et nous lui souhaitons de rester parmi nous pendant de longues années, qu’il soit longtemps encore le porte-drapeau de là Coopération française !
- J’adresse des remerciements particuliers à tous les membres qui ont] fait la rédaction des rapports pendant le temps de leur repos.
- Je remercie aussi M. Urbain qui nous a apporté son expérience et dis à nos camarades les Belges que nous profiterons de leurs bons avis. (Bravos unanimes.)
- M. Bernardot. — Je demande à remercier les Compagnies de Chemins de fer qui ont facilité les moyens de transport aux délégués coopérateurs se rendant au Congrès, et propose au Congrès d’adresser toutes ses félicitations à M. de Boyve, qui met tout son savoir et sa fortune au service de la Coopération . (Applaudissements.)
- M. Cliioiisae. — Si je n’ai pas proposé de remercier les Compagnies de Chemins de fer, c’est que ma situation d’employé de la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée aurait pu faire supposer que je voulais me montrer flatteur.
- A 6 h. 1/2, le Président déclare la séance levée et les travaux du Congrès terminés.
- Les Secrétaires du Çongrès :
- Chevalier — Soria Lebourg — Tutin
- Le Président, Clavel.
- Paria, lmp. J. Bolbach, 25, rue do Lille.
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- SIXIÈME CONGRÈS
- DES
- SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES DE CONSOMMATION
- (3e CONGRÈS INTERNATIONAL)
- Septembre 1831
- CONCOURS COOPERATIFS
- Ouverts par le Comité central
- PARIS
- 10, 3riu.e de KTesles, ÎO
- PARIS
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- RAPPORT
- de la Commission chargée de statuer sur les trois Concours ouverts par le Comité central coopératif de France
- Les trois sujets proposés nous ont valu dix mémoires, dont quelques-uns sont très bons et la plupart satisfaisants. C’est là un résultat qu’on peut considérer comme très encourageant, si l’on tient compte non seulement de la modicité des récompenses offertes aux concurrents, mais surtout de la publicité assez limitée des journaux coopératifs qui ont annoncé ces concours.
- I
- LEÇON FAMILIÈRE SUR LA COOPÉRATION (Prix de cent francs. Concours ouvert entre instituteurs par le Comité Central)
- Quatre mémoires
- A. Le mémoire portant pour épigraphe cette phrase d’About: « Les uns te conteront que le pouvoir prime tout ; d’autres te diront que c’est le savoir ou l’esprit. Non, mon fils, c’est le cœur,» se distingue entre tous les autres mémoires, non seulement par son étendue, mais aussi par la forme ingénieuse et pittoresque de son exposition.
- L’auteur a supposé un dialogue entre un instituteur et ses élèves, et c’est en parlant de l’achat de crayons et autres fournitures d’école qu’il s’élève peu à peu aux considérations les plus hautes sur le but et les avantages de la coopération de consommation. Les renseignements et les chiffres donnés sont puisés à bonnes sources ; le style est clair, la forme attrayante.
- Le principal défaut de ce travail est d’être trop long ; il contient des développements qui pourraient être abrégés.
- Les perspectives grandioses que nous ouvre l’auteur sur l’avenir de la coopération, sur le développement de la richesse de la France, sur le rôle de la France dans le monde, occupent aussi une place exagérée et même ne sont pas tout à fait à leur place dans un travail de ce genre qui doit être, — l’auteur paraît l’avoir un peu perdu de vue, — « une leçon familière sur la coopération. »
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- A relever aussi une assertion discutable, c’est que l’idée coopérative est d’origine française*
- Les Anglais, dans leurs manuels, ne manquent pas de dire, avec raison, que l’idée coopérative lancée dans le monde par les Pionniers de Rochdale, est d’origine anglaise.
- Malgré ces quelques défauts qui pourront aisément être corrigés par Fauteur, la Commission n’a pas hésité à lui décerner le prix.
- B. Parmi les trois autres mémoires, le travail portant pour épigraphe: « La Coopération est une des formes de la Révolution, » a attiré aussi d’une façon spéciale l’attention de la Commission.
- Ce mémoire répond d’une façon beaucoup moins heureuse au programme. Ce n’est pas, à vrai dire, une leçon familière sur la coopération, c’est au contraire une étude technique sur l’organisation des Sociétés coopératives de consommation,'hérissée de détails sur la partie commerciale, la tenue des écritures, la comptabilité, les bilans, la façon d’établir les prix, etc., etc. Cependant, comme ces renseignements ne sont certainement pas inutiles pour guider des coopérateurs qui voudraient fonder une Société, et comme l’auteur en les exposant fait preuve d’une compétence indiscutable, la Commission estime que ce mémoire est digne d’une mention honorable.
- C et B. Les deux autres mémoires, tout en présentant de bonnes parties, n’ont pas paru pouvoir faire l’objet de récompenses.
- Le mémoire ayant pour épigraphe : « Aide-toi, le ciel t’aidera », est incomplet. II semble que l’auteur n’ait traité qu’un chapitre de son sujet, renvoyant le reste à une autre fois. Quelques assertions ressemblent beaucoup à des erreurs, si elles n’en sont pas positivement, par exemple l’espoir que les Sociétés coopératives de consommation pourront donner à leurs actionnaires un intérêt très élevé.
- Le mémoire ayant pour épigraphe : « Excelsior» est aussi insuffisant; il ne dit rien, par exemple, de l’emploi des réserves, et, sur quelques points aussi, n’est pas très exact, notamment quand il attribue à une faveur de l’Etat l’exemption pour les Sociétés de consommation de l’impôt des patentes. C’est une exemption qui découle de la nature même de ces Sociétés, leur rôle n’étant pas d’acheter pour revendre dans le but de réaliser un bénéfice sur des tiers, mais la distribution ou la mise en réserve d’un boni qui n’est qu’une restitution aux sociétaires d’une portion d’un prix majoré.
- II
- BIBLIOTHÈQUES COOPÉRATIVES
- Prix de 50 francs. Concours ouvert entre Coopérateurs par le Comité Central)
- Quatre mémoires également ont été produits.
- Ici, la tâche de la Commission a été un peu plus difficile.
- Un des mémoires cependant, celui portant pour épigraphe: « Fais ce que dois, advienne que pourra » a dû être écarté. Les arguments avancés par l’auteur en faveur de l’instruction, notamment qu’elle pourra permettre à l’ouvrier de devenir officier, conseiller général, voire meme député, ne sont certainement pas ceux qu’il convien-
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- cirait d'invoquer. L’auteur ne paraît pas non plus très au courant de l’organisation d’une bibliothèque. Il a eu il est vrai l’idée — et c’était une fort bonne idée — de dresser le catalogue d’une Bibliothèque coopérative. Malheureusement les connaissances bibliographiques de l’auteur n'étaient pas suffisantes pour lui permettre d’exécuter ce travail.
- Mais entre les trois autres mémoires l’hésitation était permise et la Commission a été un peu embarrassée pour le classement.
- Elle a été d’accord 'cependant pour donner la préférence au mémoire portant pour épigraphe : «Utile dulci ». Ce travail n’est certainement pas sans défauts. Le reproche le plus grave qu’on puisse lui adresser c’est d’être un peu en dehors du sujet ou du moins à côté. C’est plutôt une étude sur les bibliothèques populaires en général, que sur les bibliothèques coopératives en particulier. Les règlements sur l’organisation sont beaucoup trop compliqués et superflus dans un travail de ce genre, et le point qui aurait le plus grand intérêt pratique, à savoir le catalogue des livres pouvant constituer le noyau d’une bibliothèque coopérative, est justement laissé dans l’ombre.
- Néanmoins, les avantages des bibliothèques coopératives et de l’instruction coopérative, en général, sont bien mis en lumière. Les renseignements sur les réunions populaires, sur les soirées pour les enfants, sur l’organisation du cercle d’études coopératives de Nîmes, sont très intéressants et très propres à servir d’exemples et de modèles aux Sociétés coopératives qui voudraient se contituer. A ces divers titres, le mémoire « Utile dulci » paraît très digne de la récompense qui lui est conférée.
- Les deux autres mémoires, l’un portant pour devise : «Vouloir c’est pouvoir », l’autre : « Les petits ruisseaux font les grandes rivières », se valent à peu près et seraient dignes d’une mention ex œcjuo.
- Cependant, à faire un choix, le mémoire « Vouloir c’est pouvoir », paraît répondre le mieux au programme. Il donne d’excellents conseils et de bons renseignements sur l’organisation d’une bibliothèque coopérative. C’est un travail utile, bien qu’il y ait un peu trop de rhétorique dans la péroraison, et la Commission lui décerne une mention.
- Quant au mémoire «Les petits ruisseaux font les grandes rivières», il vaudrait mieux que le précédent, au point de vue de la forme et de l’exposition, mais il se tient en dehors du sujet. C’est plutôt une causerie sur la coopération en général qu’une étude sur l’organisation des bibliothèques coopératives. L’auteur a pris la forme du dialogue, qui a certes l’avantage d’être beaucoup plus attrayante, mais qui se prête malaisément à l’exposition de la question et entraîne de fréquentes répétitions.
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- ni
- LA COOPÉRATION EN ANGLETERRE
- (Prix de 50 francs olfert par le journal T« Émancipation », pour un concours à ouvrir sur ce sujet par le Comité Central)
- Deux mémoires seulement ont été présentés, et entre les deux le choix ne pouvait être douteux.
- A. Le mémoire portant pour épigraphe :
- « Quand sur une personne on prétend se régler,
- « C’est par ses beaux côtés qu’il faut lui ressembler. »
- Répond pleinement au programme et de la façon la plus heureuse. L’auteur ne s’est point perdu dans des considérations historiques ou économiques sur le mouvement coopératif en Angleterre. Se renfermant exclusivement sur le terrain pratique, il s’attache à dégager chacun des principes essentiels de l’organisation coopérative en Angleterre ; et, dans une série de courts paragraphes, il compare chacun de ces principes ou de ces institutions avec les principes ou les institutions qui leur correspondent dans l’organisation coopérative en France, de façon à tirer de cette opposition une série d’enseignements. C’est au point de vue de la forme un vrai catéchisme coopératif. Mais le parallèle entre l’organisation coopérative dans les deux pays en rend la lecture beaucoup plus attrayante que ne l’est d’ordinaire celle des catéchismes. L’auteur paraît du reste tout à fait au courant de l’organisation coopérative en Angleterre et les conclusions qu’il en tire pour notre pays paraissent aussi très sages.
- La Commission n’a donc éprouvé aucune hésitation à lui décerner le prix.
- B. Le mémoire portant pour épigraphe : « Tuons l’individualité au profit de la collectivité», — ce qui, entre parenthèses, est une devise singulièrement dangereuse et qui ne saurait être acceptée telle quelle par des coopérateurs, — est un travail non seulement trop court (quatre pages), mais insuffisant. L’auteur ne donne que des renseignements très vagues sur la coopération en Angleterre, et par conséquent reste trop en dehors du sujet.
- Les plis cachetés correspondant aux Mémoires couronnés ayant été ouverts, la Commission a la satisfaction de proclamer, comme suit, les noms des lauréats :
- ï. — Leçon familière sur la coopération.
- Prix : M. ANTON1N, instituteur à Nîmes.
- Mention : M. Charles LECLERC, instituteur aux Lilas (Seine).
- II. — Bibliothèques coopératives.
- Prix : M. CABANIS, Nîmes.
- Mention : M. THOLOZAN, Nîmes.
- III. — La Coopération en Angleterre.
- Prix : M. de BOYYE, Nîmes.
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- Ier CONCOURS
- OUV ERT [[ENTRE INSTITUTEURS
- Leçon familière et Pratique
- SUR LA COOPÉRATION DE LA CONSOMMATION
- MÉMOIRE COUROKHÉ
- AYANT POUR DEVISE :
- « Les uns te conteront que le pouvoir prime tout ; d’autres te diron c’est le savoir et l’esprit. Non, mon fils, c’est le cœur. »
- (ABOUT, Le Roman d’un Brave Homme).
- Par JVL. y\.NTONIN
- Instituteur a Nîmes
- SOMMAIRE
- INTRODUCTION. — Exemple pris dans la vie scolaire. — Les Pionniers de Rochdale. — État de la Coopération en Angleterre. — État de la Coopération en France.
- Avantages immédiats de la Coopération. — Épargne. — Crédit. — Falsifications. — Solidarité. — Moyens d’instruction.
- But ELEVÉ de la COOPÉRATION. — Amélioration sociale. — Moyens d’arriver à cette amélioration.
- Notre Devoir de participer a la Coopération.
- Conclusion. — Annexe. — Statuts d’une Société coopérative de Consommation.
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- LEÇON FAMILIÈRE
- d'un Instituteur à ses élèves
- SUR LA COOPÉRATION
- INTRODUCTION
- Le maître. — Mes enfants, je suis content de vous ; vous vous êtes bien appliqués ce dernier mois. Votre écriture est bonne : à partir d’aujourd’hui, au lieu d’une leçon d’écriture tous les jours, vous n’en aurez plus que trois par semaine. Le mardi et le vendredi l’écriture sera remplacée par le dessin. Seulement pour dessiner, il faudra que chacun de vous se procure une feuille de papier bulle, du fusain, un porte-fusain et un crayon à dessin.
- Un élève.— Monsieur ces objets coûtent-ils cher? Je crains que mes parents refusent de faire cette nouvelle dépense et qu’ils ne veuillent pas me donner l’argent nécessaire à ces achats.
- Le maître. — Rassurez-vous. Pour avoir tous ces objets, il suffit d’une dépense bien minime qui ne dépassera pas un franc pour toute l’année. Calculons ensemble. Voyons, Paul, toi qui étais dans la classe l’année dernière ?
- L’élève Paul. — Monsieur, un crayon qui peut servir un an coûte 5 sous. Il faut 1 sou de fusain par mois. Une feuille que nous plions en quatre et qui dure deux mois coûte 2 sous. Cela fait donc pour toute l’année, 3 sous de crayon, 8 à 9 sous de fusain, et 8 sous de papier, soit un total de 19 à 20 sous tout au plus.
- Un élève. — Et le porte-crayon, monsieur?
- Le maître. — La dépense du porte-crayon n’est pas indispensable. Nous en fabriquerons un nous-mêmes pour ceux qui n’en seront pas pourvus. Et puis, il y a un moyen de diminuer cette dépense : c’est d’imiter vos camarades de l’année dernière.
- Un élève. — Comment ont-ils fait, monsieur?
- Le maître. — Paul, qui est au courant, va vous le dire.
- L’élève Paul.— Nous avons apporté 8 sous chacun que nous vous avons remis. Vous avez fait vous-même les achats pour tout le monde et nous avons eu de la sorte, avec cette somme, crayons, fusain, et papier pour toute l’année.
- Le maître. — Il faut ajouter aussi que, toutes ces fournitures payées, il y a eu un peu d’argent de reste. J’en ai acheté quelques gommes que j’ai distribuées à ceux qui ont obtenu le plus de bonnes notes.
- Un élève. — Mais, monsieur, je ne comprends pas comment tout cela a pu se faire ?
- Lemaître. —• Rien de plus simple, mon enfant. Les crayons que vous achetez 3 sous pièce, m’ont coûté 1 fr. 40 la douzaine. Le papier que vous payez 2 sous la feuille, on me le vend 80 centimes la main de 24 feuilles. On vous fait payer le fusain un sou les 4 bâtons, on me le compte à moi 50 centimes le paquet de 10 bâtons. Calculez maintenant la somme qu’il a fallu à vos 30 camarades de l’an dernier pour avoir leurs fournitures ; comptez ensuite la dépense qu’ils auraient faite si chacun s’était approvisionné séparément et vous pourrez vous rendre compte de l’économie qu’ils ont réalisée.
- Un élève. — En agissant séparément, et d’après les calculs de tout à l’heure, chaque élève aurait dépensé 1 fr., ce qui aurait fait pour toute la classe une dépense de 30 fr.
- Vous avez fourni 30 crayons : à 1 fr. 40 la
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- — 10 —
- douzaine, ils vous ont coûté 3 fr. 50. A raison de 1 feuille tous les 2 mois il faut à un élève, pour les huit mois pendant lesquels on dessine, 4 feuilles et pour toute la classe 120 feuilles, c’est-à-dire 5 mains. A 80 centimes la main le papier a donc coûté 4 fr.
- Si chaque élève emploie 4 bâtons par mois, il lui en faut 32 par an et, pour 30 élèves, 960 ou 8 paquets qui coûtent 4 fr.
- 3 fr. 50 pour les crayons, 4 fr. pour le papier et 4 fr. pour le fusain, cela fait une dépense totale de 11 fr. 50 et, par conséquent, une économie de 18 fr. 50.
- Le maître. — Vous voyez bien. En apportant 12 fr., c’est-à-dire 40 centimes chacun, il reste encore, toutes fournitures payées, 50 centimes pour les gommes dont je parlais tout à l’heure.
- Un élève. —- Mais, monsieur, ce n’est pas possible. D’un côté on aurait dépensé 1 fr. et de l’autre 40 centimes seulement pour les mêmes achats r Nous avons dû nous tromper dans nos calculs.
- Le maître. .— Non, mon ami, il n’y a aucune erreur dans les calculs que nous venons de faire. C’est tout simplement parce qu’ils ont acheté leurs fournitures en commun que vos camarades de l’année dernière ont dépensé deux fois moins qu’à l’ordinaire et qu’ils ont eu même quelques gommes en plus.
- Un élève. —i II faut faire comme l’année dernière. Je crois, monsieur, que tout le monde sera de cet avis. Mais c’est drôle tout de même. Je ne me rends pas bien compte de cette grande différence.
- Un autre élève. — C’est que monsieur y met de sa poche.
- Un autre élève. — C’est qu’on vend meilleur marché à monsieur, qui est un homme, plutôt qu’à nous qui sommes des enfants.
- Un autre élève. — C’est que le marchand vous connaît et vous donne ses marchandises à des prix de faveur.
- Un autre élève. — C'est que vous marchandez, ce que nous ne pouvons pas faire.
- Le maître. — Oh ! mon secret est bien simple. C’est que, au lieu d’acheter feuille par feuille, sou par sou, aux petits marchands
- voisins, j’achète le tout à la fois à un grand papetier du boulevard.
- Un élève.— Mais, monsieur, acheter douze crayons l’un après l’autre ou une douzaine à la fois, n’est-ce pas la même chose ?
- Le maître. — Pas tout à fait, mon ami. Ecoute. Que préfèrerais-tu ? qu’on te donne 24 sous tout de suite ou 2 sous tous les mois pendant toute l’année ?
- Le même élève. — Oh î monsieur, je préférerais et de beaucoup avoir 24 sous, et même rien que 20 sous tout de suite, plutôt que d’attendre à la fin de l’année pour avoir cette somme. Si on me donnait 20 sous en une seule fois, je pourrais acheter un bel objet, tandis qu’il me serait peut-être bien difficile de le faire si je ne recevais que 2 sous mois par mois, car je pourrais bien en dépenser quelques-uns avant la fin de l’année.
- Le maître. — Sans compter que dans le premier cas tu peux te procurer l’objet tout de suite et en jouir immédiatement, tandis que dans le second cas il te faudrait attendre au moins dix mois pour l’obtenir. Eh bien ! le papetier et tous les autres marchands sont de ton avis. Ils préfèrent vendre d’un seul coup leur marchandise plutôt que petit à petit. C’est pourquoi pour une forte commande, pour le gros, comme on dit en terme de commerce, ils vendent à des prix inférieurs à ceux du détail.
- Pour une autre raison aussi, les marchands en gros vendent leurs marchandises meilleur marché que les détaillants. Réfléchissez au cas qui nous occupe, et vous comprendrez pourquoi le papetier, sur le boulevard, peut vendre à des prix moins élevés que les petits j marchands chez lesquels vous vous approvisionnez d’ordinaire.
- Un élève. —C’est que, monsieur, il faut que les petits marchands gagnent quelque chose. Et pour faire des bénéfices, ils vendent leurs marchandises plus cher qu’elles ne leur coûtent.
- Un autre élève. — Je comprends maintenant, monsieur. J’ai une idée... Ce que nous faisons pour nos crayons et nos feuilles de dessin, ne pourrait-on le faire pour toute autre chose r Si nos pères et nos mères s’en-
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- tendaient, ne pourraient-ils pas acheter meilleur marché qu’ils ne le font, le pain, le vin, la viande, les légumes, le charbon et les autres denrées ?
- Le maître. — Mais oui, mon petit ami. On peut tout aussi bien s’entendre pour acheter du sucre, du café et d’autres épiceries que pour acheter du fusain ou des crayons. Vos parents peuvent s’entendre aussi bien que vous mêmes, s’associer et former ce que l’on appelle des Sociétés coopératives. Il existe déjà beaucoup de ces associations. Il s’en crée même tous les jours de nouvelles.
- Un élève. — Et dans ces sociétés, économise-t-on autant que nous lorsque nous achetons en commun nos crayons et nos fusains?
- Le maître. — Oui, mes amis. Ce que vous faites en achetant ensemble ce qui vous est nécessaire pour dessiner est une société coo pérative. Une société de quelques instants, il est vrai, et qui ne porte que sur trois objets : papier, crayon et fusain. Mais que l’association ait pour but l’achat de trois ou d’un plus grand nombre d’objets, qu’elle soit formée d’hommes ou d’enfants, qu’elle dure quelques jours ou plusieurs années, si l’on achète directement aux fabricants ou aux marchands en gros de grandes quantités de marchandises, on est sûr de réaliser des bénéfices. Et ces bénéfices sont d’autant plus grands que l’on fait un plus grand chiffre d’affaires.
- Les pionniers de Vers la fin de l84Ldans un village anglais, Rochdaie. à Rochdale, 28 pauvres tisserands résolurent, pour faire leurs achats en commun, de verser chacun par semaine deux pences (quatre sous). Après 22 appels, ils eurent de quoi acheter un sac de farine. On se moqua d’abord de ces ouvriers qui. n’entendant rien aux affaires, voulaient acheter du sucre, du beurre, du thé, du lard et du fromage. Mais ces braves tisserands ne craignaient ni la raillerie ni la peine; ils avaient confiance dans leur entreprise, rien ne les rebuta ; ils firent leurs premiers achats et réalisèrent quelques bénéfices. Leur nombre s’accrut bientôt et avec lui le chiffre d’affaires et les bénéfices. En 1847, ils étaient 74 sociétaires. En 18.;". ouaLc ans après la création de cette société, ils étaient 110, faisaient 48,580 francs d’affaires et mettaient de côté à la fin de l’année 1,800 francs de béné-
- fices. Aujourd’hui, cette société compte plus de 10,000 membres. Elle fait tous les ans de 7 à 8 millions d’affaires, réalise un bénéfice annuel de un million et demi et possède un capital de 8 millions de francs.
- Grâce à l’exemple de ces]hardis Pionniers La coopération en de Rochdale, de nombreuses sociétés du même Angleterre, genre se sont créées dans le voisinage et dans tout le reste de l’Angleterre. D’après les renseignements fournis par le monument que la coopération britannique avait élevé sur l’Esplanade des Invalides, lors de notre dernière Exposition universelle, l’Angleterre comptait, en 1887, 1216 sociétés coopératives, avec ^million de membres, c’est-à-dire 1 million de familles, ce qui représente un sixième de la population anglaise. Ces sociétés, qui s’entendent entre elles pour faire leurs achats collectifs, riches de 245 millions et demi, faisaient à cette époque 811 millions de vente annuelle 'et réalisaient ainsi tous les ans un bénéfice de 76 millions. Ces chiffres ont considérablement augmenté depuis lors. En 1890, l’année dernière, les sociétés coopératives anglaises étaient au nombre de 15 54, avec 1 million 117,055 membres. Les ventes de l’année ont atteint le chiffre énorme de 1 milliard 80 millions de francs. Les bénéfices réalisés se sont élevés à 104,250,000 francs, et le capital de réserve/qui était en 1887 de 254 millions et demi, est aujourd’hui de 306 millions et demi (1).
- Un élève. — Pas bêtes les Anglais, lorsqu'il s’agit de gagner de l’argent.
- Un autre élève. — Mais, monsieur, en France, personne n’a-t-il eu l’idée d’organiser de pareilles associations ?
- Le maître. L idée meme de ces associa- La coopération en tions, comme tous les mouvements démocra- France, tiques, d’ailleurs, est une idée française. C’est un Français, Fourier (2), un fou de génie, qui
- (1) Ces derniers chiffres sont tirés du compte rendu du dernier congrès coopératif anglais, publié par M. de Boyve dans son journal Y Emancipation (numéro de juin 1891}.
- (2) Né à Besançon (1772-1857}. Petit employé de magasin, Fourier passa la plus grande partie de sa vie dans des emplois obscurs, indifférent à tous les événements politiques de son époque, complètement absorbé dans ses idées qui font la matière de 4 à 5 gros volumes.
- Parmi les utopies, les divagations qui y abon-
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- a le premier conçu les associations coopératives et entrevu pour la première fois les merveilleux résultats de ces sociétés. C’est en France, en 1831, dix ans avant les Pionniers de Rochdale, que s’est formée la première de toutes les sociétés de coopération. En 1848, principalement, de nombreuses sociétés, coopératives prirent naissance. Malheureusement, ce grand mouvement n’a pas abouti comme en Angleterre. Nos divisions politiques ont puissamment contrarié les progrès de ces associations. Mais ce qui a peut-être le plus contribué à l’insuccès du mouvement coopératif c’est que, dans notre pays, il n’y a eu aucune association sagement organisée, rapidement prospère, qui ait servi de modèle et d’exemple, comme les Pionniers de Rochdale ont fait pour l’Angleterre. Chacune des sociétés coopératives françaises a été créée sur un plan difféient et a poursuivi un but particulier. Elles ont vécu isolées les unes des autres, sans aucun lien, sans aucune vue commune.
- Aujourd’hui la coopération française semble entrer dans une voie nouvelle, et ses progrès s’accentuent de jour en jour. Il existe actuellement dans notre pays 1,100 sociétés coopératives.
- Quelques-unes, déjà riches, sont en pleine prospérité.
- La Société Philanthropique de Saint-Remy-sur-Avre, fondée en 1872, comptait 1,940 membres l’année dernière. Elle a fait 710,000 fr. de ventes et a réalisé 82,700 fr. de bénéfices. De plus, elle est propriétaire de l'immeuble qu’elle occupe, évalué 151,000 francs, et son fonds de réserve dépasse 200,000 francs.
- Le dernier rapport de la Société civile coopérative du XVIIP arrondissement de Paris accuse, pour 2,000 sociétaires, 700,000 fr. de ventes annuelles, ‘>6,500 fr. de bénéfices, une réserve de 32,000 fr..à laquelle il faut ajouter un immeuble de 300,000 francs.
- dent, on trouve dans ses ouvrages de hautes et profondes vérités. Par exemple, Fourier a pressenti le rapide développement des communications : il a deviné les conséquences du reboisement intelligent; il a affirmé le premier que les progrès de la civilisation se mesurent sur les progrès de la condition et du droit de la femme. Il a révélé on peut dire, la puissance de l’association dont il a réglé le plan et prévu les résultats.
- La Revendication de Puteaux, qui date de 1882, compte déjà 2,100 membres. Elle possède un immeuble de 90,000 fr. et une réserve de 18,000 fr. L’an dernier les ventes, qui ont atteint le chiffre de 596,000 fr.,ont donné 96,000 fr. de bénéfices.
- La Laborieuse de Troyes, fondée en 1883, comptait, au commencement de 1891, 1,850 sociétaires. L’année derniè:e, elle a réalisé 75,000 fr. de bonis sur une vente annuelle de 650,000 francs.
- La Fraternelle de Cherbourg, Y Union de Limoges, la Solidarité de Pantin, Y Alliance des Travailleurs de Saint-Etienne, la Moissonneuse de Paris, dont la plus ancienne remonte à peine à l’année 1880, font en moyenne de 400 à 500 mille francs d’affaires annuelles.
- Mais ce qui est plus réjouissant que tout cela, c’est que toutes ces sociétés commencent à sortir de l’isolement dans lequel elles ont vécu jusqu’à ce jour. Elles se groupent, s’entendent entre elles, comme les sociétés anglaises, pour faire leurs achats en commun.
- Grâce à l’mitiativedes coopérateurs Nîmois, elles se réunissent tous les ans en Congrès national ; elles ont même provoqué des congrès internationaux et se sont mises en rapport avec les sociétés anglaises et belges. Elles onb fondé deux magasins de gros coopératifs : le « Centre régional » devenu « Magasin de Gros » et la Chambre Syndicale.
- Le premier de ces magasins, fondé en 1887, a fait, à cette époque, 281,000 francs d’affaires. En 1890, l’année dernière, le montant des ventes s’est élevé en chiffre rond à la somme de 1,720,000 francs.
- Mais il reste beaucoup à faire encore. On calcule que les détaillants, les commerçants, les intermédiaires, comme les appellent les économistes, renchérissent de plus d’un tiers le prix des marchandises. Comme les 38 millions de Français qui vivent en France dépensent annuellement pour leur entretien environ 30 milliards, il est facile de voir que si tous les habitants de notre pays s’approvisionnaient à des sociétés coopératives, il en résulterait une économie annuelle de 10 à 11 milliards de francs.
- Un élève. — 10 milliards, deux fois l’indemnité que nous avons donnée aux Prus-
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- Avantages de la coopération.
- La coopération facilite l’épargne.
- siens en 1871, c’est une jolie somme! Cela vaut la peine de former des Coopératives... ou plutôt des Sociétés coopératives... Tiens, mais j’y pense, les coopératives, est-ce la même chose que les sociétés dont vous nous parlez ?
- Le maître. — Oui, mon ami.
- Un elève. — Je sais alors ce que c’est, monsieur. Je connais ces associations : il y en a une dans mon quartier.
- Un autre élève. — Je le connais, moi aussi, ce magasin. On y vend le sucre, le café, les légumes plus cher qu’ailleurs.
- Un autre élève. — Moi aussi, monsieur, je l’ai vu ce magasin, et papa dit comme ça « que ce sont les riches qui ont formé ce magasin pour achever de tuer le pauvre monde. » ( 1 ')
- Le maître. — Mais oui, mes enfants, cette « Coopérative », comme l’appellent vos camarades, est une association analogue à celles dont je vous parlais tout à l’heure.
- D’abord, il n’est pas vrai qu’elle ait été fondée par des personnes riches en vue de s’enrichir davantage au détriment du pauvre. Elle a été créée par des personnes de toutes conditions et dans le but de venir en aide aux familles ouvrières, aux petites gens.
- Il peut bien se faire que les denrées soient aussi chères que chez l’épicier voisin, que quelques-unes soient plus chères même. Mais cette cherté n'est qu’apparente. En fait, en y regardant de près, ceux qui s’approvisionnent au magasin coopératif achètent bien meilleur marché que chez n’importe quel épicier de la ville.
- Revenons pour un moment à nos crayons de tout à l’heure. En achetant tous ensemble les objets qui vous sont nécessaires pour le dessin, vous économiserez 18 fr. 50, avons-nous dit. Mais, je vous le demande, à la fin
- (1) Textuel. Il faut dire que cette leçon a été réellement faite, il y a près de deux ans, à des élèves à l’occasion du fait qui sert d’introduction au présent mémoire.
- Je cite ces paroles authentiques, rapportées par un élève, pour bien montrer l’idée que se fait la classe ouvrière des Sociétés coopératives, et l’ignorance du public et du public ouvrier, en ce qui concerne la coopération.
- de l’année, serez-vous plus riches les uns que les autres ?
- Un élève. — Oh ! monsieur, vous avez bien raison. Aux vacances prochaines, aucun de nous ne sera plus riche que maintenant. Nous aurons même oublié que nous avons fait des économies aujourd’hui.
- Le maître.— Personne de vous, en effet, ne se doutera qu’il a économisé 12 sous en s’associant avec ses camarades.
- Au lieu de faire cette année comme vos camarades de l’an passé, supposez que je vous dise : si vous ne voulez pas apporter en une seule fois 11 fr. 50, c’est-à-dire le prix total de vos fournitures, apportez au moins la moitié de cette somme, afin de pouvoir faire les achats. Puis, au fur et à mesure que vous en aurez besoin, vous prendrez papier, fusain ou crayon au prix du marchand voisin. A la fin de l’année nous rembourserons ceux qui auront apporté le premier argent ou bien nous leur en tiendrons compte quand ils s’approvisionneront.
- Qu’arrivera-t-il alors ?
- Un élève. — A la fin de l’année il restera entre vos mains l’économie que nous avons calculée tantôt et qui s’élève à 18 fr. 50.
- Le maître. — Et ces i8fr. 50, à qui appartiendront-ils ?
- Un élève. — A tous, à chacun.
- Le maître. — Et si alors, au moment d’aller en vacances, je vous remets à chacun les 60 centimes, qui vous reviendront, vous apercevrez-vous de l’économie réalisée ?
- Un élève. — Oui, monsieur. Et nous serons d’autant plus contents que nous aurons économisé ces 60 centimes sans nous en douter, sans y prendre garde.
- Le maître ." — Eh bien ! on ne fait pas autre chose dans les sociétés coopératives. On vend les marchandises au prix ordinaire ; on réalise de cette façon un certain bénéfice que l’on répartit à la fin de l'année ou bien tous les six mois entre les Sociétaires, proportionnellement à leurs achats dans le magasin. Les membres des sociétés coopératives font ainsi des économies sans se gêner en
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- quoi que ce soit, sans s'imposer aacune privation, sans s’en apercevoir même.
- Je suis sûr qu’un jour,ou l’autre on a dit à chacun de vous en lui donnant une tire-lire : « Tiens, voilà, au lieu de dépenser les sous que tu reçois, tu les feras glisser dans cette fente et bientôt tu amasseras de quoi acheter un gros joujou ou un beau cartable. » Vous avez précieusement soigné tout d’abord cette tirelire ; vous lui avez confié avec joie vos premiers sous ; quelque temps*après, vous avez regretté de ne pas les avoir à votre disposition ; une autre fois, vous avez essayé d’en faire sortir un ou deux; un beau jour, finalement, après avoir maudit cette sournoise tirelire, vous l’avez brisée contre le mur pour en avoir le contenu. Et l’objet de classe, le joujou, vous ne l’avez jamais acheté.
- Cette histoire est aussi celle de beaucoup de grandes personnes. C’est qu’en effet, il est très difficile de mettre quelques sous de côté. Economiser quand on a déjà un petit pécule, est chose relativement facile. Mais former ce petit pécule, cela suppose une persévérance de chaque jour, une force de volonté dont peu de personnes sont capables.
- Et puis, pour économiser, faut-il encore pouvoir le faire , c’est-à-dire pouvoir prélever quelque chose sur son gain. Quand ce gain est à peine suffisant pour l’entretien de sa famille comment mettre de côté ? comment économiser ? Avec les Sociétés coopératives aucune de ces difficultés n’existe. Plus de tentations de briser la tire-lire, de dépenser la petite épargne, péniblement amassée : on ne l’a pas sous les yeux, ni à sa disposition immédiate.
- Aussi pauvre que l’on soit, aussi modique que soit la valeur de ce que l’on gagne, il faut se nourrir, se vêtir, et c’est précisément sur les dépenses journalières de la nourriture, sur les achats de vêtements que l’on économise. En adhérant à une Société coopérative on fait forcément des économies, malgré soi ; sans effort, sans lutte, sans privation d’aucune sorte. Ce qui a fait dire à un apôtre ( i ) de la coopé- • ration : dans les magasins coopératifs « on fait l’épargne sans douleur ». Il .aurait pu ajouter:
- (i) M. Ch. Gide. Avenir de la coopération, discours prononcé à Paris le 1} juin 1888.
- sans prendre des airs de parcimonie et des habitudes d’avarice.
- Il semble au premier abord que le marchand qui fait crédit rend service à son client. En réalité, il porte atteinte à sa bourse, il trouble son repos et compromet sa dignité et son indépendance. Le crédit est la plaiedes ménages pauvres. Premièrement le marchand qui vend à crédit ne manque pas de faire payer plus cher ses marchandises et cela n’est que justice. Comme il n’a pas à se gêner avec ses débiteurs il ne manque pas de leur passer ses denrées avariées ou médiocres et ceux-ci acceptent sans se plaindre, dans la crainte de se voir refuser les marchandises dont ils ont besoin.
- Quand on ne paye pas comptant on achète plus facilement et beaucoup plus. Il en est des dettes comme de l’épargne, elles font la boule de neige ; elles vont toujours grossissant, et avec elles augmentent les ennuis, les soucis qui empoisonnent le pain de chaque jour. Neuf fois sur dix elles conduisent à la misère et à la ruine. Dans tous les cas, elles abaissent et humilient celui qui les a contractées, car le débiteur est toujours à la merci de ses créanciers ou de ses fournisseurs.
- La coopération, en posant comme première condition la vente au comptant, conduit non seulement à l’économie et à l’épargne, mais surtout elle évite les dettes avec toutes leurs conséquences. Elle donne le repos, fait contracter des habitudes d’ordre et de prévoyance que l'on conserve toujours et que l’on apporte ensuite dans tous les actes de la vie.
- Très probablement vous avez entendu bien des fois vos parents se plaindre delà mauvaise qualité des denrées ou des objets qu’ils venaient d’acheter. On ne m’a pas fait le poids ! Quels mauvais légumes ! Quels mauvais souliers ! On ne vend plus rien de bon! On ne fait plus rien de bien! disent-ils sans cesse.
- Les marchands sont si nombreux en effet, la concurrence est si grande, ils ont tant de frais à payer que, pour faire des bénéfices, les uns vendent des produits frelatés et toxiques, comme ce négociant qui a failli empoisonner 300 habitantsde la villed’Hyères, qui s’étaient approvisionnés à son magasin ; les autres fraudent sur le poids tandis que les plus hon-
- La coopération supprime le crédit.
- La coopération évite les
- falsifications et les tromperies.
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- La coopération développe l'esprit de solidarité.
- nêtes débitent delà mauvaise marchandise au prix des denrées de premier choix.
- Aux Sociétés coopératives rien de pareil à craindre. Là, point de tromperies, ni sur le poids ni sur la qualité des marchandises. Ce sont les sociétaires eux-mêmes qui font les achats et, comme ils ont tout intérêt à être bien servis, ils ne sont pas assez sots pour acheter de mauvais produits.
- Les coopérateurs ont moins à craindre d’être trompés que le reste des consommateurs. En s’adressant directement au producteur, en demandant le vin, leslégumes, par exemple, aux propriétaires, ils obtiennent des produits naturels exempts de*fraude. Les marchands à qui ils s’adressent, pour conserver leur clientèle, — les achats des magasins coopératifs sont toujours considérables —les servent en confiance, font leur possible pour qu’ils soient satisfaits et fassent de nouvelles commandes.
- D’un autre côté, une société peut avoir des garanties qu’il est difficile à un particulier d’obtenir. Celui qui achète un demi-kilogramme de beurre, par exemple, ne peut pas demander un échantillon pour en vérifier la qualité. Il ne peut pas non plus intenter un procès au vendeur s’il a été trompé par ce dernier. Tandis qu’une association qui achète le beurre par grandes quantités peut très bien obtenir un échantillon, s’assurer de la qualité et même soutenir un procès si sa bonne foi a été surprise. On dupe couramment un particulier, mais on hésite à tromper une société nombreuse et riche. Aussi, pour toutes ces raisons, trouve-t-on au magasin coopératif et au même prix que chez l’épicier voisin, des marchandises de meilleure qualité et sur le poids desquelles on peut être sans inquiétudes.
- Je ne sais pas si vous en avez fait la remarque, mais en récréation, quand vous vous amusez, c’est entre camarades de chaque classe que vous organisez vos jeux. Je ne parle pas des petits, qui ne peuvent être les compagnons des grands, mais les élèves de la première classe, par exemple, ne frayent pas avec ceux de la deuxième, bien que ces derniers soient de leur taille et de leur âge et quelquefois même plus âgés et plus habiles.
- Un élève. — C’est vrai, monsieur. On
- fait ainsi parce qu’on se connaît mieux entre élèves de la même classe*
- Le maître. — Et oui ! voilà la raison. Etant toujours ensemble ' vous vous connaissez mieux, vous sympathisez davantage et vous êtes plus unis. Supposez maintenant que vous, vous viviez isolément, séparés les uns des autres. Ne vous fréquentant plus vous serez bientôt indifférents les uns aux autres. Si vous vous rencontrez, vous n’éprouverez plus qu’une méfiance réciproque. Pour un rien, vous vous querellerez et peut-être même en arriverez-vous aux coups. Ici il y a bien, de temps à autre, quelque rixe; vous échangez bien, il est vrai, de temps à autre quelques coups de poing, mais, somme toute, vous vivez en bonne intelligence, et je suis sûr que si l’un de vous rencontrait dans la ville un de ses camarades en lutte avec un enfant étranger à l’école, il prendrait parti contre ce dernier et viendrait en aide à son condisciple. Quand on est ensemble, en effet, il s’établit des liens de sympathie, d’amitié, de solidarité. Rien que le fait d’appartenir à la même société est déjà un commencement d’affection. Plus la société est active, plus cette affection se fortifie et se développe. Or, aucunes associations ne demandent plus. d’activité que les sociétés coopératives, Les coopérateurs sont toujours en conférence ou en réunions. Us se réunissent pour nommer ceux qui seront chargés des achats et des ventes, pour choisir les administrateurs de la société, pour contrôler les comptes, pour régler les bénéfices, pour les répartir entre chaque sociétaire, pour fixer l’emploi de ces bénéfices. Et quand la réunion n’a pas d’objet précis, ils se réunissent em core pour causer de leurs affaires ou des améliorations à introduire dans leur société.
- L’isolement amène l’indifférence, la méfiance, la haine. L’association fait naître la sympathie, la solidarité, l’union, la confiance, toutes choses indispensables pour entreprendre et réaliser n’importe quelle oeuvre utile et durable.
- Chacun pour tous, tous pour chacun, disent les coopérateurs, et c’est en mettant en pratique cette devise qu’ils obtiennent les grands résultats dont je parlais en commençant. Si les Pionniers de Rochdale ont été si
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- unis, s’ils ont persévéré avec tant d’ardeur, sans découragement, sans défaillance; s’ils ont obtenu de si beaux succès, c’est à leur solidarité qu’ils le doivent, c’est qu’ils avaient inscrits sur leurs murs : « Nous ne travaillons pas pour nous-mêmes, mais pour toute la classe ouvrière à laquelle nous appartenons. »
- La coopération Je vous disais, il y a un moment : si vous donne les moyens vouiez réellement économiser, après avoir fourni les premières avances, payez vos fournitures au prix ordinaire ; à la fin de l’année vous aurez mis de côté 18 fr. 50 qui seront à votre disposition. Si, à ce moment je venais vous dire : puisque vous ne comptiez pas sur ces 60 centimes qui reviennent à chacun, cela ne vous gênera en rien d’y renoncer. N’en prenez que la moitié et avec les 9 fr. 25 qui resteraient, ce n’est plus quelques gommes que nous pourrions obtenir, mais des livres pour la bibliothèque, des objets pour le musée scolaire ou des instruments pour notre laboratoire. Si nous faisions ainsi tous les ans, nous aurions bientôt une bibliothèque fournie, un musée et un outillage scolaire complets pour le plus grand bien de tous et sans . que ni vous ni vos parents vous ne fissiez des sacrifices.
- Mieux que cela'. Si au lieu de prendre la moitié des bénéfices qui vous reviennent vous consentiez a les laisser en commun, après avoir enrichi la bibliothèque ou le modeste cabinet de physique et chimie, il \ous reste-terait encore 9 fr. 25, qui seraient toujours votre propriété et qui pourraient servir l’année suivante à l’achat de plumes, de cahiers, de livres de classe. Envous revendant de nouveau ces objets au prix ordinaire des détaillants, comme la dépense annuelle de toutes vos fournitures dépasse le chiffre de 500 francs, ce n’est plus 18 francs 50 d’économie que vous auriez à la fin de l’année, mais 200 francs au moins. Voyez alors quelles améliorations nous pourrions faire dans notre classe et, en même temps, quelles économies pour chacun de vous !
- Aussi faible que soit le prélèvement qu'elles opèrent sur leurs bénéfices, comprenez-vous maintenant les importantes améliorations, le grand bien que peuvent faire les Sociétés
- coopératives qui comptent de 5 à 6 mille membres et qui font non pas 30 ni 500 francs, mais des millions d’affaires toutes les années.
- L’association de Rochdale, en consacrant seulement à l’instruction le 2 1/2 o/ode ses bénéfices, possède aujourd’hui une bibhothè-que de "plus de 15,000 volumes. Elle a une magnifique salle de conférences, des salles de lecture et des collections de toutes sortes.
- Elle fait faire des cours scientifiques et de langues étrangères. En un mot, elle permet à ses membres de compléter leur instruction et leur fournit tous les moyens pour le faire.
- Sans doute la coopération procure des But élevé de la avantages immédiats : elle permet d’obtenir coopération, des marchandises de bonne qualité ; elle donne des habitudes d’ordre et d’économie ; elle facilite l’épargne ; elle fortifie et développe la solidarité ; elle multiplie l’effort individuel, et tous ces avantages réels, immenses, ne sont pas à dédaigner. Il est même bon de les proclamer hautement, de les mettre en évidence et de les bien faire connaître à tout le monde. Mais tous ces résultats ne sont que la première étape de la coopération qui poursuit un but plus grand, plus noble, plus élevé.
- « Si la coopération n’avait d’autre but ni d’autre avenir que de créer quelques boutiques d’épicerie perfectionnée ou quelque mécanisme d’épargne plus ou moins ingénieux, elle n’aurait pas rallié, dans une même foi et dans une même espérance, des millions d’hommes de tous pays et de toutes langues,
- Anglais, Italiens, Allemands, Américains ou Russes, témoin le Russe de Karkof, Nicolas Balline, qui écrivait, aux coopérateurs français réunis àTours cet automne ( 1888), dans une lettre que je lus pour lui au milieu d’un auditoire ému jusqu’aux larmes : « Je suis heureux dépenser que, Français ou Russes, nous voyons dans la coopération le même idéal, de même que je suis heureux de penser, quand je regarde une étoile, que mon frère la regarde aussi ! » Une étoile, c’est le mot ; non point une boutique, mais une étoile vers laquelle des millions d’hommes ont levé les yeux pour chercher le mot de l’énigme sociale, et qui, si elle n’a pas encore révélé son secret, a du moins fait descendre d’en
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- Comment la coopération amène à l’amélioration sociale.
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- haut, dans plus d’un cœur ulcéré, ce rayon d’or qui s’appelle l’espérance » (i).
- Les coopérateurs, en effet, commencent bien par ouvrir des boutiques, mais sur ces murs de ces boutiques ils gravent des inscriptions comme celles-ci :
- La Société a pour but et pour objet d’améliorer les conditions domestiques et sociales de ses membres.
- (Pionniers de Rochdale.)
- Nos vues sont de considérer la valeur morale et industrielle plutôt que la richesse comme la véritable base de la grandeur d’un pays.
- (Chevaliers du Travail (Etats-Unis.)
- La Société tiendra à ce que ces trois mots : Liberté, Egalité, Fraternité, soient profondément gravés dam les coeurs et mis en pratique (Économie populaire. Nîmes.)
- Dans ces boutiques, le soir venu, les volets fermés, on discute des questions de ce genre :
- Quels sont les moyens les plus efficaces d’améliorer les conditions du peuple ?
- (Pionniers de Rochdale.)
- Des mai soifs ouvrières et des logements ouvriers.
- (Économie populaire.)
- Participation des ouvriers aux bénéfices.
- (Économie populaire.)
- La coopération, vous le voyez, ne se borne pas à créer des magasins,, elle poursuit un idéal. Et cet idéal, c’est la répartition plus équitable des richesses, le relèvement des faibles et des déshérités, l’adoucissement des souffrances et des misères humaines, la suppression de tous les maux, de toutes les injustices et de toutes les opressions de ce monde.
- Mais pour réaliser cet idéal, pour en arriver à la paix sociale, pour assurer le relèvement de l’ouvrier, pour que dans l’ordre social il prenne place à côté du bourgeois et surtout pour qu’il conserve cette place, il ne suffit pas d’être riche, d’être propriétaire de ses outils, ni même d’avoir amassé de grands
- (i) Cette citation et aussi la plupart de celles qui suivent sont tirées de l’Avenir de la coopération, discours de M. Ch. Gide, déjà cité et dans lequel j’ai puisé une bonne partie des idées de ce travail.
- capitaux, il lui faut l’instruction, l’éducation économique, les hautes facultés morales sans lesquelles il n’arrivera jamais à un résultat sérieux et durable.
- Quel que soit le parti qui arrive au pouvoir, s’il n’est pas capable de prendre lui-même la direction des affaires, s’il n’est pas en mesure d’assurer sans interruption la continuation de la vie politique et sociale, il est condamné. Les exemples abondent dans l’histoire.
- Rappelez-vous les Jacques. Ils étaient le nombre, ils étaient la force. Puissants pour détruire, mais incapables de se diriger, sans aucune espèce d’instruction ni d’éducation politique, ils étaient impuissants à rien fonder et, après leurs victoires sanglantes et terribles/ils retombaient le lendemain dan, le même état de servage avec les mêmes peines et les mêmes souffrances.
- Au xive siècle, après les premiers désastres de la guerre de Cent ans, lorsque la royauté eut donné la mesure de son incapacité, et que la noblesse eut fait l'expérience de son impuissance à diriger et à défendre la France, la bourgeoisie avait la partie belle pour prendre la direction des affaires dans notre pays. Elle essaya bien vite, aux Etats généraux de i de se substituer à la noblesse et de prendre en mains le pouvoir, mais ce mouvement ne dura qu’un jour. Cette tentative échoua misérablement parce que, à cette époque, à quelques exceptions près, la bourgeoisie n’était pas suffisamment instruite et expérimentée pour être un parti de gouvernement.
- La Révolution a abouti parce que, en 1789, les bourgeois, le tiers état, dont l’instruction était supérieure à celle des autres classes, étaient prêts depuis longtemps et capables de prendre la direction des affaires nationales.
- La République a été définitivement établie dans notre pays lorsque le parti républicain a pu fournir des ministres, des diplomates, des généraux, des administrateurs capables, c’est-à-dire lorsqu’il a été suffisamment prêt pour diriger les destinées de la France.
- Il en est de même du parti ouvrier à notre époque. Ceux qui rêvent d’arriver aux pre-
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- mières places de la société et de prendre la direction du mouvement économique par la force, parce qu’ils sont le nombre, les socialistes révolutionnaires, comme ils s’appellent eux-mêmes, « peuvent être vainqueurs dans cent batailles ; les légions ouvrières peuvent promener de capitale en capitale le drapeau rouge victorieux, si elles ne sont pas en mesure de remplacer sur l’heure les propriétaires capitalistes, entrepreneurs, commerçants, par des hommes tirés de leur propre sein, tout cela ne servira de rien et tout sera à recommencer. Et, comme le dit Herzen, un des pères du nihilisme : « Quand bien même la » poudre ferait sauter aujourd’hui ce vieux » monde, on le verrait renaître de ses cen-» dres, hélas ! toujours bourgeois ! »
- Pour prendre rang dans la société, à côté des classes dirigeantes, il faut que la classe ouvrière possède l’instruction et l’expérience ; il faut qu’elle puisse fournir des hommes pratiques, capables de mettre en mouvement et de diriger « cet immense appareil de production, de circulation et de répartition qui entretient la vie économique dans notre pays et qui, s’il venait à s’arrêter un seul jour, entraînerait la mort du corps social tout entier, de même que l’arrêt dans la circulation du sang entraînerait instantanément la suppression de la vie ».
- Cette instruction, cette expérience indispensable des affaires, il est impossible à l’ouvrier de l’acquérir dans les conditions où il se trouve actuellement. L’instruction, il ne peut guère l’obtenir dans les écoles élémentaires où il ne fait que passer et où les programmes sont forcément restreints et incomplets. La pratique du commerce, l’administration des capitaux, la science de la fabrication, de la production, ce n’est pas en travaillant comme salarié qu’il pourra jamais l’obtenir.
- Pour compléter l’instruction qui lui est nécessaire, pour s’exercer aux pratiques commerciales, se familiariser avec les questions financières, s’initier au mécanisme de la production, la classe ouvrière n’a qu’un moyen : c’est de faire elle-même ses propres affaires, c’est de s’organiser en associations coopératives.
- - A la salle de lecture ou à la bibliothèque, au
- moyen de Revues, de livres et de tous les instruments mis à sa disposition, par les conférences et dans les discussions entre sociétaires, toutes choses qui existent dans n’importe quelle Société coopérative bien organisée, l’ouvrier peut continuer et développer l’instruction qu’il a ébauchée à peine sur les bancs de l’école primaire. Obligé de s’occuper lui-même de l’achat des marchandises, d’administrer les fonds de la société, d’étudier l’origine, la provenance des différents produits dont il s’approvisionne, l’ouvrier acquiert au magasin coopératif les connaissances spéciales et la pratique des affaires qui lui sont indispensables pour arriver à la place à laquelle il aspire et à laquelle il a droit.
- La coopération, dit l’Américain John Samuel, secrétaire du bureau coopératif des Chevaliers du Travail, « c’est iaseule voie que j’aperçoive par laquelle les travailleurs puissent s’élever à la position qu’ils peuvent et qu’ils doivent occuper.... parce que le magasin coopératif leur donnera avec le capital, l’habitude des affaires, leur apprendra le mécanisme de la grande production collective dans toutes ses parties, leur donnera les moyens d’exercer une action de propagande par des conférences, congrès, centres régionaux, leur donnant la puissance et leur apprenant en même temps à user de cette puissance pour leur plus grand avantage et pour le plus noble des desseins. »
- Et, remarque très importante, tandis que les socialistes veulent arriver à une réforme sociale par la violence, qui ne saurait créer rien de durable, en préconisant la haine et en prêchant la guerre des classes, les coopérateurs tendent au même but par une évolution lente mais sûre, en rapprochant les différentes classes de la société, en faisant appel au concours de tous, aussi bien à celui des bourgeois qu’à celui des ouvriers.
- En présence de la gravité, de jour en jour plus importante, des questions sociales qui s’agitent dans tous les pays de l’Europe et de l’Amérique, l’intérêt autant que le devoir de tout le monde est de s’occuper de ces questions et de chercher à les résoudre. Et comme la plus pratique, la meilleure, la plus efficace de toutes les solutions proposées est la coopé-
- II est de notre devoir de devenir coopérateurs.
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- ration, le devoir de chacun est tout tracé : c’est de fortifier le mouvement coopératif en adhérant aux sociétés déjà existantes ou en créant de nouvelles associations partout où elles n’existent pas encore.
- Ce devoir, pressant pour tous, est encore plus impérieux pour nous Français.
- Depuis la Révolution, nous avons engagé ou soutenu de nombreuses guerres et des guerres doublement ruineuses, qui ont augmenté nos charges et qui, en diminuant notre prestige et notre influence dans le monde, ont fortement compromis nos relations commerciales avec l’étranger. Nous avons subi deux invasions désastreuses à la suite desquelles nous avons payé de très onéreuses contributions de guerre. Nous avons changé plusieurs fois la forme du gouvernement, remplaçant la Monarchie par la République ou l’Empire, et vice versâ, l’Empire par la Monarchie ou la République. Nous avons vécu divisés en plusieurs partis toujours prêts à en venir aux mains. Et pourtant, malgré tous ces désastres, malgré toutes ces divisions et ces luttes, en présence de la concurrence étrangère toujours grandissante, la fortune nationale n’a pas cessé de s’accroître. La richesse de la France, évaluée en 1789 à 38 milliards de francs, s’élevait en 1889 au chiffre de 220 milliards.
- Au lieu de l’histoire de ce siècle, supposez maintenant une autre période de cent ans pendant laquelle les Français, instruits par l’expérience, abandonnent leurs discussions et leurs rancunes. Convaincus de la puissance et des merveilleux résultats de la coopération, sup-posez-les s’organisant en associations coopératives sans distinction de classe, poursuivant un même but : l’intérêt général, la justice pour tous, le relèvement social, la paix sociale! On verrait disparaître alors tous les procédés malhonnêtes du commerce : falsification des mar_ chandises, fraudes sur le poids ou la quantité, réclames grotesques et mensongères, spéculation effrontée et honteuse, concurrence effrénée et déloyale. En économisant 10 milliards sur la consommation annuelle, la richesse de la France serait bientôt centuplée. Et avec cette économie que de travaux ne pourrait-on pas entreprendre ! Que d’améliorations ne pourrait-on pas apporter aux misères et aux
- j souffrances humaines ! Les canaux, les che-| mins et tous les grands travaux que l’on n’ose i pas commencer à cause de la question finan-j cière, comme ils seraient vite entrepris et exé-j cutés ! Plus de marécages malsains ! Plus de j terrains incultes, et notre pays mieux cultivé, j plus riche, pourrait nourrir un nombre double j d’habitants ! Plus d’habitations malsaines ou j de logements insalubres ! Plus de malheureux mourant de faim ! Plus de malades sans res sources ! Plus de travailleurs invalides dans le besoin ! Plus de vieillards dans la misère ou le dénuement ! Plus d’ignorance ! Plus de haines ! Plus de convoitises ! A la place de tout cela : le bien-être, le travail, l’activité la plus grande, la plus large, la plus intelligente, la chaude sympathie, l’union des pensées et des cœurs !
- Le sort des batailles, la gloire militaire ont permis à la France d’occuper, pendant une longue période de l’histoire, le premier rang parmi les pays de l’Europe. Dites-moi si de semblables résultats ne lui vaudraient pas encore la première place à la tête des nations! Que dis-je, la fortune des armes, les succès politiques ! Mais la France a connu aussi d’autres gloires : elle a toujours été au premier rang pour la grandeur des idées et la noblesse des sentiments. Elle a toujours combattu pour le droit, la justice, l’idéal. Elle a reçu au Moyen Age le beau surnom de « Soldat de Dieu ». Elle se doit donc à ses traditions. Après avoir proclamé les immortels principes de 89, après avoir pris l’initiative du mouvement démocratique de ce siècle, elle doit poursuivre ce qu’elle a si bien commencé et réaliser la noble devise qu’elle a inscrite sur son drapeau. Elle a donné au monde l’exemple d’une grande Révolution politique, elle lui doit celui d’une évolution sociale pacifique, intelligente, sage et toujours continue.
- La coopération est une idée française : ce serait une honte de l’abandonner ou de la renier quand les autres peuples la mettent en pratique. Et s’il est vrai que l’exemple de la France est contagieux, que pour se répandre et se réaliser les idées doivent venirde France, ou tout au moins revêtir la forme française, nous manquerions au plus sacré de nos devoirs si nous ne nous hâtions pas de mettre en
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- Conclusion,
- pratique la coopération et d’en montrer les merveilleux résultats.
- L’organisation, le fonctionnement d’une société coopérative ne va pas sans quelques difficultés. — Mais quelles sont les institutions humaines parfaites ? — Dans certains cas le magasin coopératif est plus éloigné que l’épicerie voisine; il n’est ouvert que dans la soirée; on n’y trouve pas toutes les marchandises d’approvisionnement; il faut attendre quelquefois un certain temps pour se faire servir et passer à la caisse. Encore ces inconvénients ne sont-ils qu’au début : ils disparaissent avec le développement et la prospérité de la société.
- Les plus grands obstacles viennent de nous-mêmes. Ce sont l’ignorance dans laquelle nous sommes des avantages et du but de la coopération, la défiance, les habitudes déjà prises et toujours difficiles à rompre.
- Ne croyez pas non plus aux difficultés de l’administration.
- Rappelez-vous l’histoire des Pionniers de Rochdale ; vous verrez qu’il n’est besoin ni de grands capitaux, ni du secours d’aucune intelligence supérieure ; il suffit, pour assurer le succès d’une société coopérative, d’avoir de la bonne volonté et des sociétaires ayant foi dans leur oeuvre et poursuivant tous avec ardeur et conviction le but commun.
- C’est aujourd’hui la dernière leçon d’écriture du mardi. Vous allez copier comme modèle les statuts d’une Société déjà existante et en pleine prospérité. Vous écrirez en gros les titres, en demi-gros les articles les plus importants que je soulignerai au tableau et le reste en fin.
- Quand vous aurez copié cela sur une feuille détachée que vous aurez soin de conserver, maintenant que vous connaissez le noble but de la coopération -et que vous êtes convaincus de ses heureuses conséquences, je suis sûr que vous ne vous arrêterez pas à un simple commencement de coopération, comme nous ferons pour le dessin, mais que, devenus hommes, vous entrerez dans le mouvement coopératif et que vous formerez au besoin des sociétés de ce genre s’il n’en existe pas là où vous serez appelés à vivre.
- Annexe.— Statuts d’une Société coopérative de consommation.
- DÉNOMINATION et BUT de la Société
- Article premier. — Entre ceux qui ont adhéré ou qui adhéreront aux présents statuts, il est formé une Société civile coopérative anonyme à capital variable, qui portera le nom de.....Elle a son siège à..., rue...
- Art. 2. — Cette Société a pour but :
- i° D’acheter en gros ou de produire elle-même des objets de consommation de toute nature pour les revendre au détail et au cours du jour aux sociétaires (i) ;
- 2° D’établir entre ses membres des caisses de retraite et d’épargne, de faire aux associés des avances de fonds pour l’achat ou la construction de leur maison ;
- Ÿ De compléteret de développer l’instruction de ses membres ainsi que leur éducation économique ;
- 4° D’assurer aux sociétaires tous les bénéfices, plaisirs et bienfaits de l’association.
- DURÉE DE LA SOCIÉTÉ
- Art. — La durée delà Société est illimitée. Après la mort, la retraite ou l’expulsion de l’un de ses membres, la Société ne sera pas dissoute ; elle continuera de plein droit entre les autres sociétaires.
- FONDS SOCIAL
- Art. 4. — Le capital est fixé au minimum de.... (1,000 fr., 2,000 fr.).
- Art. 5. — L’apport de chaque associé est fixé à 50 fr., à raison de 5 francs en souscrivant et 1 franc au moins tous les mois, jusqu’à complète libération. On peut se libérer en une seule fois. L’intérêt de l’action libérée est fixé à 3 0/0.
- Art. 6. — Chaque associé sera pourvu :
- i° D’un livret-action portant le timbre de la Société, la signature du président, du trésorier et "d’.un délégué, et sur lequel figureront les statuts de la Société;
- (1) C’est en revendant au cours du jour, c’est-à-dire au prix des détaillants que l’on peut réaliser des bénéfices et entrer dans la voie des améliorations, ce qu’on ne pourrait jamais faire en vendant au prix de revient.
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- 2° D’un livret de magasin où l’on inscrira les achats faits au magasin.
- Ces livrets qui coûtent 50 centimes seront payés par le sociétaire.
- Art. 7. — Les actions ou parts ne pourront être transmises à un autre associé qu’avec l’autorisation du Conseil d’administration. Le transfert sera signé par le cédant et le cessionnaire sur un registre spécial.
- Art. 8. — Un sociétaire démissionnaire ne sera remboursé, déduction faite de sa perte s’il y a lieu, que 6 mois après sa démission. L’intérêt de son compte cessera à partir du jour de sa démission.
- Art. 9. — Si un sociétaire quitte la localité, il est considéré comme démissionnaire et remboursé comme tel, 3 mois après son départ, l’intérêt de son compte cessant le jour de son départ.
- Art. 10. — Les héritiers d’un sociétaire défunt seront remboursés 3 mois après le décès, l’intérêt du compte cessant le jour même du décès.
- Art. 11. — Pour éviter à la Société de recevoir un associé susceptible de n’être pas admis par elle conformément aux statuts, les créanciers d’un sociétaire ne pourront faire vendre les actions de la Société. Les droits des créanciers se borneront à la saisie et le remboursement leur sera fait conformément à l’article 8.
- Art. 12. — Chaque associé pourra prendre plusieurs actions et les libérer de suite entièrement. Mais la Société se réserve le droit de rembourser une partie des actions si elle ne trouvait pas l’emploi convenable de tous les fonds dont elle disposera. Le remboursement sera fait en commençant par les plus gros actionnaires.
- Art. 13.— La responsabilité de chaque associé est limitée au montant de son apport social.
- Art. 14. — Tout sociétaire qui aura laissé passer 3 mois sans opérer les versements de son apport non libéré sera appelé à fournir des explications au Conseil. Deux mois après cet appel, s’il n’est pas rentré dans l’ordre réglementaire, il sera considéré comme dé-
- missionnaire et remboursé conformément aux dispositions de l’article 8.
- Art. 15, — Tout sociétaire ne se fournissant pas au magasin pour une somme de 15 francs au moins par trimestre, sera considéré comme démissionnaire et remboursé comme tel.
- Art. 16. — Sur la proposition, soit du Conseil d’administration, soit de la Commission de surveillance, soit même d’un Sociétaire, l’Assemblée générale peut prononcer l’exclusion d’un sociétaire qui se serait rendu coupable d’actes, paroles ou écrits ou faits pouvant nuire à la dignité et à la prospérité de l’association. Le remboursement du compte du sociétaire exclu aura lieu selon les dispositions de l’article 8.
- ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ
- Art. 17. — La Société est administrée par un Conseil composé de 15 membres, élus au scrutin de liste. Il est renouvelable par tiers tous les ans en assemblée générale. Les membres sortants sont rééligibles.
- Art. 18. — Le Conseil est chargé de tout ce qui concerne l’administration de la Société.
- Il représente la Société dans le sens le plus large en justice et dans ses rapports avec les tiers ; il traite valablement au nom de la Société pour achats, loyers, transactions, placements ; donne quittance et consent à tout désistement ou mainlevée.
- Il a la direction de toutes les affaires sociales ; il nomme, révoque les employés, reçoit provisoirement les nouveaux sociétaires, accepte les démissions, procède, s’il y a lieu, aux radiations provisoires, refuse l’admission de toute personne qui ne présente pas les conditions de moralité qu’il juge nécessaires, s’occupe de l’état de la caisse, dirige les inventaires et les soumet, accompagnés d’un rapport, aux assemblées générales.
- Il peut déléguer tout ou partie de ses pouvoirs à celui ou à ceux de ses membres qu’il désigne à cet effet. Les membres, agissant en vertu d’une délégation, n’ont à justifier à l’égard des tiers que d’un extraff signé du président et du secrétaire de la délibération
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- qui les a autorisés à traiter, laquelle devra spécifier les pouvoirs accordés.
- Art. 20. — Le président dirige les travaux du Conseil, veille à l’exécution de ses décisions et à l’observation du règlement intérieur, signe la correspondance et les procès-verbaux En cas d’absence, il est remplacé par un des vice-présidents.
- Art. 21. — Le secrétaire rédige les procès-verbaux qu’il signe avec le président. Il se charge de la correspondance, de l’envoi des circulaires et convocations ; il tient le registre matricule des associés. Il est aidé par le secrétaire-adjoint qui le remplace au besoin.
- Art. 22. — Le trésorier tient la comptabilité générale ; il effectue les recettes, solde les dépenses, surveille les opérations du magasin. Il est tenu de présenter ses livres à toute demande qui lui en est faite par les membres de la Société.
- Art. 23. — Les membres du Conseil sont tour à tour de service au magasin.
- Art. 24. — Tout membre du Conseil qui, sans excuse valable, se sera absenté trois fois consécutifs des réunions ordinaires, sera considéré comme démissionnaire. Il sera pourvu à son remplacement dans la prochaine assemblée générale.
- COMMISSION DE SURVEILLANCE
- Art. 2 j. — L’Assemblée générale nomme tous les ans une commission de 3 à 3 membres. Cette élection a lieu sur une seule liste, au scrutin secret. Les membres sortants sont rééligibles.
- Art. 26 — Cette commission délègue chaque mois deux de ses membres pour assister aux séances du Conseil d’administration. Ils peuvent prendre part à la discussion mais ils n’ont pas voix délibérative.
- Art. 27. -- Tous les droits sont donnés à la Commission pour exercer utilement son mandat. Si les intérêts de la Société lui paraissent compromis, elle convoquera de plein droit une assemblée générale extraordinaire.
- Art. 28. — A chaque assemblée générale elle fait son rapport sur les comptes du Con-
- seil, qui doivent lui être présentés dix jours au moins avant l’assemblée générale.
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
- Art. 29. — Une Assemblée générale aura lieu tous les six mois.
- Art. 30 — Les Sociétaires sont convoqués au moins 10 jours à l’avance. Les lettres de convocation indiquent l’ordre du jour de l’Assemblée.
- Art. 31. — La réunion est ouverte par le président du Conseil, assisté du secrétaire, qui fait l’appel nominal des associés pour constater que le chiffre réglementaire pour délibérer est atteint, c’est-à-dire que le nombre des membres présents représente le quart du capital souscrit. L’Assemblée nomme ensuite son bureau.
- Art. 32. — Les membres de l'Assemblée générale n’ont qu’une voix, quelque soit le nombre de leurs actions (1).
- Art. 33. — Les décisions sont prises à la majorité des membres présents : elles sont valables et engagent la Société.
- Art. 34. — Des assemblées générales extraordinaires peuvent être convoquées en tout temps, soit par 1 e Conseil, soit par la Commission. Cette convocation est de rigueur lorsque dix membres au moins en adressent par écrit la demande motivée au Conseil.
- INVENTAIRE
- ET PARTAGE DES BÉNÉFICES
- Art. 35. — Il sera dressé un inventaire à la fin de chaque année. Il sera fait tous les trimestres un inventaire particulier qui sera affiché dans le magasin et qui pourra être publié dans les journaux. Il portera le visa de la Commission de surveillance.
- (1) Dans les sociétés par actions, le capital est prépondérant, l'influence est en raison des actions que l’on possède, de sorte que deux ou trois riches capitalistes devenant acquéreurs de la plus grande partie des actions, annulent l'influence des petits actionnaires.
- En n’accordant qu’une voix à chacun des sociétaires, les Sociétés coopératives remédient au précédent inconvénient et empêchent que le fonds social et l’influence soient accaparés par quelques-uns au détriment des autres associés.
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- Art. 36 (1). — Le bénéfice est divisé en 100 parts, qui sont réparties comme suit :
- i° 65 ojo seront portés au compte particulier des coopérateurs au prorata de leurs achats ;
- 20 30 ojo au fonds de réserve;
- 30 5 ojo à la fondation et à l’entretien d’une bibliothèque, salle de lecture et autres moyens d'instruction.
- Art. 37. — Si le sociétaire n’avait pas complété son apport social, sa part dans les 65 0/0 serait portée d’office à son compte de cotisation.
- Art. ^8. — Le Conseil d’administration décidera du placement des fonds des comptes particuliers.
- Art. 39. — Si un sociétaire se trouve dans un cas de maladie, de chômage constatés, il peut, sur sa demande, recevoir partie ou totalité des bénéfices portés à son compte. Cette demande devra être adressée au Conseil d’administration qui décidera.
- ACHATS
- Art. 40 (2). — Les achats ainsi que les répartitions se font au comptant.
- Art. 41.—Tout sociétaire qui prêterait son livret de Magasin ou céderait des marchandises à une personne étrangère à la Société, outre la révocation qui en résulterait, resterait seul responsable des poursuites qui pourraient être intentées à la Société pour ce fait.
- MAGASIN
- Art. 42. — Les opérations journalières du Magasin seront consignées sur un livre, ou Livre de vente. Sur ce livre seront inscrits le
- (1) Cette clause et celle contenue dans l’article 2 sont les plus importantes. L’avenir des Sociétés coopératives en effet dépend de ces deux conditions : pouvoir acquérir des bénéfices, savoir régler l’emploi de ces bénéfices.
- Il semble au premier abord que les bénéfices doivent être répartis proportionnellement au capital souscrit. Mais en y regardant de près on voit que c’est ce qui contribue à produire ces bénéfices, c’est-à-dire les achats qui doivent en bénéficier. C’est pour cela aussi qu’il est plus légitime, plus équitable, de régler la répartition des bénéfices au prorata des achats.
- (2) Par la vente au comptant, on supprime le crédit, on évite de compromettre la Société, on fait contracter aux sociétaires des habitudes d’ordre et d’économie.
- N° d’ordre, le nom du sociétaire et le détail des marchandises délivrées et portées sur son livre de Magasin.
- Art. 43. — Chaque soir, après la clôture de la distribution, l’addition des opérations inscrites sur le registre des ventes doit être vérifiée et signée par le membre du Conseil de service.
- Les recettes de chaque jour sont remises au trésorier le plus tôt possible par ledit délégué qui en est responsable tant qu’il les détient.
- Art. 44. — Un registre de réclamations sera en permanence au Magasin, où chaque sociétaire pourra consigner ses réclamations et observations. Dans le séance qui suivra, le Conseil délibérera sur les faits inscrits, et la réponse sera mise en regard pour que le sociétaire puisse prendre connaissance de 'a suite donnée.
- Art. 45. — Le prix des marchandises mises en vente sera basé sur celui des marchandises de la localité et sera affiché dans le Magasin. Les statuts, le compte rendu annuel et les inventaires seront également affichés.
- RÉSERVE
- Art. 46. — La réserve appartient, non pas aux sociétaires individuellement, mais à la Société, considérée comme personne indépendante.
- Art. 47. — Le fonds de séserve est destiné à augmenter le capital social, à parer aux éventualités et aux pertes, à rembourser les emprunts et à fonder tous les établissements utiles à la Société.
- REVISION ET DISSOLUTION
- Art. 48. — Toute demande de révision des statuts signée de 20 membres au moins, devra être communiquée au Président du Conseil d’administration deux mois au moins avant l’Assemblée générale. Elle sera inscrite sur les lettres de convocation. Cette révision ne pourra être acceptée par l’assemblée qu’à la majorité des deux tiers des votes exprimés.
- Art. 49.— La dissolution de la Société ne
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- sera valablement votée que par une majorité des deux tiers des sociétaires. Dans ce cas, la réserve sera remboursée aux associés au prorata de leurs achats. Les associés présents dans la Société au moment du vote de la liquidation auront seuls droit à cette distribution.
- DISPOSITIONS GÉNÉRALES
- Art. 50. — Tout sociétaire, par le fait de son entrée dans la Société, est censé connaître
- les présents statuts et avoir promis de les observer.
- Art. 51. —Toute discussion politique et religieuse est formellement interdite dans les assemblées.
- Art. 52. — Tous les mois aura lieu une réunion des sociétaires où sera étudiée une question économique ou sociale. Cette question, choisie par le Conseil, sera affichée d’avance dans le Magasin.
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- IIe CONCOURS
- Ouvert entre Goopérateurs par le Comité Central
- CRÉATION DES
- BIBLIOTHÈQUES COOPÉRATIVES
- Le Mémoire couronné portant pour Épigraphe : « UTILE DULCI », a pour auteur M. CABANIS, coopérateur, à Nîmes.
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- CRÉATION
- DES
- BIBLIOTHÈQUES COOPÉRATIVES
- De l'utilitèJ au point de vue de la propagande, de la création d'une Bibliothèque coopérative dans chaque Société de consommation. — Moyens de fonder cette bibliothèque> de pourvoir à ses dépenses et d'en composer le catalogue.
- COOPÉRATION ET INSTRUCTION
- Coopération et instruction ont le même but général.
- Si la coopération a pour but principal le relèvement de la condition matérielle de l’ouvrier, l’instruction a pour but le relèvement de sa condition morale et intellectuelle.
- Mais il ne faut pas se le dissimuler, le mouvement coopératif a aussi pour résultat d’élever le niveau moral et intellectuel et le mouvement en faveur de l’instruction exerce une certaine influence matérielle sur la situation des travailleurs. Ils donnent donc tous deux le même résultat : l’élévation de leur condition morale et matérielle, le bien-être.
- Les Sociétés coopératives doivent donc faire tous leurs efforts pour augmenter la valeur intellectuelle de l’individu, pour dissiper cette nuit morale qu’on appelle l’ignorance et jeter sur leurs membres un rayon de lumière : VInstruction.
- *' Nécessité de VInstruction
- La nécessité de l’instruction est incontes- ,
- table. Comme le faisait fort justement remarquer M. de Boyve, dans son rapport sur 1’ « Enseignement coopératif », qui fut présenté au Congrès de Marseille (i),
- « L’instruction est le levier du monde-« c’est elle qui permet aux génies de résou; « dre les grands problèmes scientifiques ou « d’exprimer leurs idées dans un langage « sublime, c’est elle qui, dans une sphère « plus modeste, permet à l’apprenti de deve-« nir ouvrier et, quand les circonstances sont « favorables, à l’ouvrier de devenir patron. « C’est elle enfin qui permettra aux tra-« vailleurs d’arriver à une organisation indus-« trielle plus conforme à la justice et les « convaincra que les moyens pacifiques sont « encore les meilleurs pour atteindre ce but.
- « Sans instruction, les mouvements sociaux « ne peuvent aboutir, sans elle le suffrage « universel peut être nuisible, car sans elle « les hommes sont des mineurs incapables de « se diriger eux-mêmes.......
- « La nécessité de l’instruction a été pro-
- (x) Nous recommandons la lecture de ce rapport â tous les coopérateurs.
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- « clamée bien haut dans un Congrès coopé-« ratif anglais, à Plymouth, par un membre « de la Chambre des Lords, le comte « de Morley. Écoutons-le : «Une grande « révolution s’accomplit pacifiquement depuis « 50 ans. Le pouvoir qui était autrefois entre « les mains de la minorité de la Nation, les « employeurs, passe graduellement entre les « mains de la majorité, les employés. Il est « donc plus que jamais nécessaire qu’ils « s’instruisent dans les sciences économiques. « et sociales. »
- Instruction Coopérative
- Donner l’instruction élémentaire est le devoir de la famille ou de l’État ; mais il ne suffit pas que les écoles destinées à la jeunesse enseignent les éléments des sciences, il faut aussi que, sortis des écoles, ceux qui ont reçu cette première instruction puissent trouver dans des livres, mis à leur disposition, ce qui peut charmer leurs loisirs, ce qui est capable de fortifier leur esprit, enfin, tout ce qui peut leur apprendre à réfléchir, à discuter et développer en eux la formation d’un jugement pratique.
- Les Sociétés coopératives sont un terrain bien préparé pour l’instruction. Qu elles jettent à pleine main la semence; elles pourront compter sur une riche moisson !
- Il est surtout nécessaire qu’elles répandent une des formes de l’instruction : la tenue des livres ; elle est indispensable pour former des employés capables et elle doit préparer les coopérateurs à devenir industriels.
- Combien y a-t-il de coopérateurs capables de vérifier leur compte rendu semestriel? Combien ignorent comment s’établit un bilan? Combien peuvent contrôler la gestion de leur société ?
- Cette science si importante et si négligée dans la 'Coopération mérite d’être mieux connue, car son ignorance cause souvent bien des déboires dans nos Associations françaises.
- Utilité
- « L’instruction est désirable pour tous,
- « mais, pour les coopérateurs, c’est une « question de vie ou de mort », disait le professeur Stuart, dans un Congrès coopératif anglais'. L’exemple le plus frappant à l’appui, est celui de la colonie de New-Lanark, fondée par Robert Owen : « Aussi « longtemps que la Société fut un centre « d’instruction et de discussion, tout marcha « bien; aussitôt que l’étude des questions « sociales cessa, par suite de l’absence des « chefs, la Société périclita. »
- Enfin, dans l’histoire de la coopérationà Halifax, M. William Cooper, un des fameux 28 pionniers de Rochdale, après avoir constaté que les hommes intelligents ont fait défaut à la Société de Brighouse, émet à ce sujet l’avis suivant, qui nous paraît clore utilement ce chapitre :
- « Si l’intelligence a manqué à Brighouse, « j’ën conclus que là, comme en beaucoup de « Sociétés, on a commis quelque faute. Où « manquent les salles de lecture, les bibliothè-« ques et les moyens d’instruction, il faut « s’attendre à ne point rencontrer le tra-« ailleurv intelligent. Celui-ci cherchera ail-« leurs la satisfaction de ses goûts.
- « Mais il est prouvé par l’expérience que « si la Société coopérative est assez sage, « assez libérale, pour fournir à ses membres, « salle de lecture et autres, elle attire à elle « immanquablement ceux qui ont besoin de « la nourriture de l’esprit. »
- BIBLIOTHÈQUES COOPÉRATIVES
- Fondation
- Au point de vue coopératif, une Société dont la première pensée est l’éducation de ses membres, est sûre de prospérer; si elle néglige cette branche si importante de la coopération, elle risque fort de végéter.
- La création d’une bibliothèque s’impose donc aux Sociétés coopératives soucieuses de leur avenir, car elle est un puissant auxiliaire de l’instruction.
- Si quelques-unes oubliaient ce devoir, voici le programme bien simple que nous soumettons à l’attention de tout coopéra-
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- teur de bonne volonté qui, sans autre mobile que l’amour sincère du progrès de la Société dont il fait partie, voudra entreprendre la fondation d’une bibliothèque coopérative.
- * *
- Il expliquera au Conseil d’administration le but excellent de l’oeuvre projetée et lui demandera son appui. Il fera comprendre aux membres que l’ignorance est une maladie qui, partout où elle s’introduit, entraîne à sa suite la misère et la mort ; qy’il serait utile dé contribuer à développer l’instruction. Toute initiative prise dans ce sens est un puissant moyen d’influence morale.
- Il devra parler du plaisir que procurent les bons livres, exposer à tous qu’une première mise de 200 francs peut former le noyau d’une bibliothèque coopérative et faire remarquer que 100 volumes à 2 francs chacun en moyenne, suffisent pour composer une bibliothèque.
- Il indiquera que si 50 associés, par exemple, versent 1 franc chacun et si le Conseil d’Administration veut bien voter un crédit de de 100 francs, les 50 francs restants seront facilement couverts par une cotisation hebdomadaire de o fr. 05 imposée à chaque membre ou par le 2 1/2 p. 0/0 du bénéfice net du magasin, que toutes les Sociétés doivent prélever pour l’instruction.
- * *
- En résumé, lorsque l’avoir de la Société ne permettra pas de créer la bibliothèque avec ses propres fonds, il faudra faire appel à la bonne volonté de tous, demander des dons de livres ou d’argent, tant aux membres qu’aux personnes du dehors sympathiques à l’oeuvre et imposer une cotisation hebdomadaire aux adhérents.
- Mais nous croyons que la majeure partie des Société françaises peuvent, sans inconvénient, prélever sur leur fonds de réserve, la somme nécessaire pour cette fondation et que toutes décideront d’allouer un pour cen-fage annuel pris sur le bénéfice net pour
- l’entretien et le développement de leur bibliothèque (1).
- Organisation
- IJn Comité de 5 à 11 membres devra être nommé par l’Assemblée générale. Ce Comité, nommé pour un an, choisira dans son sein :
- \Jn Président, chargé de la direction générale. Un Secrétaire, pour faire la correspondance et tenir procès-verbal des réunions du Comité.
- Un Trésorier, pour encaisser les souscriptions, cotisations ou autres recettes, et payer les dépenses.
- Un Bibliothécaire, pour soigner et prêter les livres, inscrire les sorties et les rentrées et mettre à jour le catalogue.
- Ce Comité a pour attributions : l’examen des ouvrages offerts, les acquisitions de nouveaux livres, et la surveillance de la gestion.
- Il a seul le contrôle des fonds destinés à l’éducation.
- Il se réunit une fois par semaine pour recevoir les plaintes des adhérents et statuer sur les demandes de livres inscrites sur un carnet spécial de recommandation, où chacun peut inscrire les ouvrages qu’il désire voir acquérir, en ayant soin d’indiquer dans des colonnes spéciales : le titre, le nom de l’auteur, celui du libraire et le prix. Une colonne est laissée pour permettre aux autres membres de faire leurs observations.
- * *
- Les Registres nécessaires pour la tenue d’une bibliothèque peuvent se réduire à 4 :
- i° Le Catalogue ou liste des ouvrages que possède la bibliothèque. On y inscrit, dans des colonnes préparées à cet effet, le numéro d’ordre du livre, numéro que l’on répète sur le volume, le titre de l’ouvrage, le nom de l’auteur, la provenance, le prix, la date d’acquisition et les observations utiles. Voici un modèle :
- (1) La Société coopérative de Bologne (Italie), prélève 20 0/0 de ses bénéfices pour l'instruction.
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- N" d’ordre TITRE DE L’OUVRAGE * AUTEUR PROVENANCE PRIX DATE de l’entrée OBSERVATIONS
- I Histoire des Equitables Pionniers de Rochdale. G.-J. Holyoake. • Don de M. X... O 6o 15 juillet 1891
- Ce registre peut être perfectionné au moyen de répertoires et en classant les ouvrages.
- I. — Par l’indication des titres.
- II. — Par la nature des questions traitées dans le volume.
- III. —: Par noms d’auteurs.
- De cette façon, si l’on connaît seulement le
- titre d’un ouvrage, on le trouve à son ordre alphabétique.
- Si l’on désire savoir quels ouvrages la bibliothèque contient sur telle ou telle matière, on n’a qu’à consulter le catalogue au titre en question.
- Si l’on a une prédilection pour un auteur quelconque, le catalogue donne la liste des ouvrages que l’on peut trouver sous ce nom dans la bibliothèque.
- 2° Le Livre de Prêts, portant la date du prêt, le N° d’ordre du volume, le titre du livre, le nom du lecteur, sa signature, le terme fixé pour la restitution, la date de la restitution et les amendes s’il y a lieu.
- DATE du prêt No d'ordre TITRE de l’ouvrage NOM de l’emprunteur SIGNATURE TERME fixé pour la restitution DATE de la restitution AMENDES
- Ier juin 72 Le Contrat de participation. X... 15 juin 28 juin O IO
- 3° Le Carnet de demandes :
- TITRE DE L’OUVRAGE demandé AUTEUR EDITEUR PRIX OBSERVATIONS
- La Fille de son père. Marie Howland. Guillaumin et Ce, Paris. ? »
- 4° Le Livre de Caisse indiquant l’entrée et l’emploi des fonds de la Bibliothèque. Les recettes sont inscrites sur la page de gauche et les dépenses sur la page de droite.
- Budget
- Nous avons indiqué dans la création de la Bibliothèque la manière de pourvoir aux dépenses qu’elle entraîne pour sa fondation, son entretien et son agrandissement.
- Prélèvement sur le fonds de réserve de la somme nécessaire à son établissement ou, en cas d’impossibité, appel aux bonnes volontés.
- Cotisation hebdomadaire de prélèvement de 2j2 o[o du bénéfice net.
- Montant des amendes encaissées pour retard dans la rentrée des livres prêtés.
- Le paragraphe ci-dessous peut, dans certains cas, être un moyen d’augmenter ses ressources.
- Prêts de Livres
- On devra n’accorder le droit aux livres qu’aux Sociétaires, aux personnes présentées par un membre et agréées par le Comité ; on devra demander une rémunération de io cen-
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- times par volume et par quinzaine. Cette méthode a parfois l’avantage d’augmenter la propagande, de stimuler le goût de la lecture et crée des ressources pour acheter de nouveaux livres ou pour rétribuer, s’il y a lieu, le bibliothécaire.
- La durée du prêt ne doit pas excéder 15 jours ou l’inscription devra être renouvelée chaque quinzaine.
- Une amende deofr. 10 par semaine de retard sera établie contre tout lecteur qui n’aurait pas rapporté son livre à l’expiration du délai fixé. Il est responsable des détériorations que subiraient les volumes prêtés.
- Catalogue
- La nomenclature des livres pouvant entrer dans une bibliothèque coopérative peut varier à l’infini. Comme la liste des volumes serait trop longue, nous préférons, pour faciliter le travail des sociétés, leur indiquer la nature des ouvrages qui doivent y figurer :
- i° Questions ouvrières.(Coopération, Participation, Mutualité, Assurances, Salaires et Travail.)
- 2° Economie politique, sociale, agricole et industrielle. (Ouvragesélémentaires, Entretiens, Histoire économique.)
- Ÿ Liberté commerciale. (Douanes, Protection, Libre-Echange, Traités de Commerce.)
- 4° Biographie d’hommes utiles. (Robert Owen , Fourier, Cabet, Saint-Simon, Franklin, Leclaire, Godin, etc.)
- 5° Arithmétique commerciale. (Calcul, Comptabilité, Tenue des Livres, Intérêts et Comptes-courants.)
- 6° Crédit. (Crédit public, Crédit agricole, Crédit populaire, Caisses d’épargne, Caisses de prêts.)
- 7° Hygiène.
- 8° Finances publiques. (Législation, Budgets, Impôts, Octrois, etc.)
- 9° Littérature, Romans. io° Arts et Sciences. ii° Géographie et Voyages.
- 12° Histoire.
- i^° Droit. (Droit des gens, Droit des femmes, etc.)
- 140 Education, Enseignement.
- Choix des Livres
- Le choix des livres est d’une très grande importance. Ils doivent être triés avec soin. Si la bibliothèque est peu nombreuse, il faut qu’on puisse dire que ses livres occupent la première place dans les divers genres auxquels ils appartiennent.
- Les Gomités doivent s’efforcer de rejeter tout ce qui leur paraîtrait inutile, nuisible ou immoral. Dans la littérature légère, beaucoup d’ouvrages ne valent rien ; quelques-uns peuvent être bons, il s’agit de choisir les meilleurs.
- « J’ai été chargé de former trois biblio-« thèques, disait Greenwood, j’ai reçu plus « de livres que d’argent et, du système de « donner des livres, j’ai constaté que les trois « quarts n’ont aucune valeur ou ne sont pas à « la portée des membres. Malgré cela, sou-« vent des livres de valeur m’ont été offerts « par des personnes qui s’en réservaient « l’usage. »
- Salles de Lecture
- Bien que le sujet du concours soit limité aux bibliothèques, nous devons étendre notre étude aux salles de lecture, qui sont intimement liées à la question es bibliothèques.
- Sans elles, les bibliothèques sont des corps sans membres, incapables de fonctionner utilement. Ce n’est pas tout d’avoir des livres, il faut les faire lire et surtout les faire comprendre. L’organisation d’un cabinet de lecture est nécessaire pour cela.
- Les salles de lecture peuvent être composées très modestement. Les frais peuvent être diminués si on a soin de demander aux membres les plus favorisés d’offrir les journaux qu’ils reçoivent et qu’ils ont lus dans la journée.
- L’attrait des journaux est un sûr garant de la fréquentation des bibliothèques. On se rend à la salle de lecture pour lire les journaux, pour voir les revues illustrées ; ceux-ci lus,
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- on prend un livre et, petit à petit, l'habitude ou l’intérêt pris aux ouvrages font de ce passant un lecteur assidu.
- Entretiens familiers
- Tout le monde est capable de raisonner bien ou mal, mais généralement mal. Il faut donc rechercher les moyens d’apprendre à réfléchir, à discerner ce qui, dans une étude, -peut être bon ou mauvais et fixer le jugement.
- On obtient ce résultat au moyen d’entrer tiens familiers souvent renouvelés. Il suffit d’organiser des causeries sur une question traitée dans un livre de la bibliothèque, de choisir parmi les membres trois ou quatre lecteurs capables de bien connaître l’ouvrage, qui servent de moniteurs, et de faire résumer la lecture en redressant les erreurs.
- La lecture à domicile, si elle permet de lire quand on veut, d’avoir le livre là, à côté de soi, de l’utiliser selon son humeur, de le quitter pour se livrer à ses occupations et le reprendre sitôt le travail terminé, a l'inconvénient de ne pas éclairer le lecteur sur certains points qui peuvent lui paraître obscurs, de le priver de la discussion d’où jaillit si souvent la lumière. On y acquiert le bénéfice de l’effort personnel, mais on est privé des efforts faits par d’autres dans le même sens et des échanges de vues qui suivent toute lecture en commun.
- C’est là un des avantages des entretiens familiers.
- Confèrences
- Si le livre est une source d’instruction, l’enseignement parlé n’a pas moins d’importance.
- Les conférences instruisent non seulement les sociétaires, mais en excitant la presse à les -annoncer; elles font connaître la société et la rendent populaire. Elles sont donc excellentes pour propager l’idée coopérative.
- Les conférences publiques sont forcément un peu superficielles, étant trop courtes et faites avec trop peu de suite pour pouvoir instruire beaucoup. Néanmoins, si leur résultat immédiat n’est pas toujours considérable, elles donnent le goût de l’instruction et elles
- fournissent l’occasion de faire réfléchir les auditeurs à une foule de questions aussi bien scientifiques que morales, sur lesquelles les 'ouvriers ont souvent des idées préconçues et fausses.
- * *
- A Nîmes, où les bibliothèques municipales et particulières ouvrent gratuitement leurs portes aux lecteurs, les sociétés de consommation n’ont pas encore créé de bibliothèques coopératives.
- - Cependant, dans un but d’instruction mutuelle, diverses institutions ont été fondées par les coopérateurs.
- Nous croyons devoir en donner une brève analyse pour montrer aux autres sociétés combien sont variés et peu coûteux les moyens d’instruction :
- Société d'Economie populaire
- C’est en 1884 que fut fondée la Société d’Economie populaire. Elle a pour but de réunir dans des sentiments fraternels des citoyens de conditions diverses et de leur permettre d’étudier ensemblè les questions sociales. Elle espère y arriver par l’instruction. — Les réunions, où assistent les coopérateurs de toutes les sociétés Nîmoises, ont lieu une fois par mois.
- Les questions qui doivent être soumises à la discussion sont choisies par l’assemblée un mois à l’avance. Un rapporteur est désigné pour introduire le sujet (son rapport ne doit pas se prolonger au delà de vingt minutes). Le rapport est ensuite discuté par les membres de la Société, ayant toute liberté pour exprimer leurs opinions et les conclusions soumises au vote.
- Le vote a pour objet d’obliger le rapporteur à défendre ses idées et donner plus d’intérêt et d’animation à la discussion.
- Ce genre d’instruction, qui se fait entre camarades, est une école mutuelle d’où l’on revient avec un peu de science pratique. Il donne aux coopérateurs l’habitude de raisonner et de parler en public, et il résulte de cet échange d’idées une fraternité de bon aloi.
- Nous le recommandons comme undes meil-
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- leurs moyens d’instruction économique et sociale.
- Soirées littéraires
- Le succès qu’obtinrent les conférences et l’absence des femmes à ces réunions décidèrent quelques coopérateurs à créer, à côté de la Société d’Economie populaire, des soirées hebdomadaires où viendraient les femmes et les enfants, qu’il importait de gagner au mouvement.
- Lectures choisies, chants, récits dramatiques ou patriotiques, monologues, poésies faites, chantées, récitées ou dites par des membres, tel est l’ensemble de ces soirées.
- La lecture est généralement tirée d’un sujet intéressant la classe ouvrière, la causerie suit. Ces soirées, toutes de famille, ont la plus grande portée.
- « Quand vous donnez l’éducation à un gar-« çon, dit M. Jules Simon, vous faites un « homme éclairé ; quand vous donnez l’édu-« cation à une fille, vous «faites une famille « éclairée. »
- Il faut donc instruire la femme pour améliorer l’humanité. Dans la coopération, il faut que, par son développement intellectuel et moral, elle soit non seulement une alliée, mais une aide.
- Faute de mettre en pratique ces recommandations, bien des sociétés péricliteront et aboutiront à un échec certain.
- Soirées enfantines
- L’instruction économique est actuellement presque nulle à l’école; il importe donc d’enseigner aux enfants les notions élémentaires de l’économie sociale.
- Ce but a été pleinement atteint, à Nîmes, au moyen de soirées enfantines organisées spécialement dans ce sens.
- Des morceaux enfantins, des pièces composées par des membres, sur un sujet intéressant ou expliquant la coopération : voilà le programme. Un petit théâtre de Guignol, quelques poupées, un peu de bonne volonté de la part de quelques coopérateurs : voilà le matériel. Un succès fou et la discussion de sujets si graves par des enfants : voilà le résultat.
- Qui reculera devant un moyen de propagande et d’instruction aussi efficace ?
- * *
- Cherchons à faire prévaloir le bon sens sur la légèreté d’esprit ; considérons l’instruction comme notre meilleure auxiliaire ; tâchons d’agir nous-mêmes,associons-nous, instruisons-nous.
- La réforme individuelle étant le point de départ de tout progrès social, que chaque coopérateur se fasse missionnaire parmi le peuple, pour lui montrer le but à atteindre et les moyens d’y parvenir.
- L’expérience prouve que, par la liberté et l’instruction, un peuple peut faire de grandes choses dans le domaine de l’économie sociale. Voilà un fait acquis. Cette vérité doit briller à nos yeux, comme un phare au milieu des obscurités du temps présent.
- Conclusions
- En terminant, nous émettons le voeu que le Comité central choisisse dans son sein trois membres chargés :
- i° De développer l’instruction coopérative, en publiant, comme en Angleterre, des petits traités, courts, faciles à lire, dans le genre de : « Comment Bob devint coopérateur. » — « Les cinq raisons qui m’ont engagé à devenir coopérateur, » — le Rapport sur l’enseignement coopératif, etc. » — (En 1889, l’Union coopérative anglaise a vendu 100,000 de ces Traités et en a distribué gratuitement 125,000.)
- Les Sociétés doivent acheter un certain nombre de ces brochures et les distribuer à leurs membres.
- 20 D’aider la création de bibliothèques coopératives, tant par la propagande que par des subventions en espèces ou en dons de livres ; de leur faciliter le choix des ouvrages ; de fonder, si les fonds le permettent, une bibliothèque circulante mise à la disposition des Sociétés adhérentes à la Fédération;
- 30 D’ouvrir des concours plus fréquents sur des sujets intéressant la coopération et de publier la réponse primée dans le bulletin;
- 40 De recommander vivement aux Sociétés, en dehors des bibliothèques, les salles de lec-
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- ture, les causeries familières, les conférences, j les soirées littéraires ou enfantines et les cours, en insistant sur la nécessité des leçons de tenue des livres ;
- D’user de son influence auprès des pouvoirs publics, pour faire admettre dans le programme des écoles des notions élémentaires sur la coopération.
- NOTA
- Nous recommandons aux Sociétés qui désirent créer des bibliothèques populaires coopératives, d'adresser leurs demandes à la Société Franklin, dont le siège est 1, rue Christine, à Paris, et qui peut leur fournir un grand choix de livres choisis, avec une réduction de 30 % en moyenne.
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- IIIe CONCOURS
- PRIX OFFERT PAR LE JOURNAL « L'ÉMANCIPATION
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- APERÇU DE L'ORGANISATION COOPÉRATIVE ANGLAISE
- LE MÉMOIRE COURONNÉ A POUR DEVISE ;
- Quand sur une personne on prétend se régler,
- C’est par ses beaux côtés quil lui faut ressembler.
- ( Molière).
- ET POUR AUTEUR :
- M. E. DE BOYVE
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- APERÇU
- DE
- L’ORGANISATION COOPÉRATIVE ANGLAISE
- Le programme de ce Concours était conçu dans les termes suivants :
- « Donner un aperçu de l’organisation coopérative anglaise et indiquer spécialement ce qui, dans cette organisation, pourrait convenir aux intérêts et au développement de la coopération en France. »
- La coopération en Angleterre peut être considérée comme ayant adopté une forme définitive, celle qui rsmonte à 1844, date de la fondation de la Société de consommation de Rochdale.
- Depuis cette époque, la coopération de consommation a marché de succès en succès.
- En recherchant les causes de ces résultats, nous devons recueillir d’utiles renseignements pour notre mouvement coopératif français.
- LES PIONNIERS DE ROCHDALE
- Tout d’abord, nous remarquons que les coopérateurs anglais ont eu .sur nous un grand avantage. Ils ont eu dès le commencement une Société-type, celle des Pionniers de Rochdale, qui a servi de modèle à toutes celles qui se sont constituées depuis.
- LEURS PRINCIPES
- Toutes les sociétés anglaises, en effet, ont adopté les règles suivantes :
- Vente des denrées au prix du marché, répartition des dividendes au prorata des achats,
- ventes et achats au comptant, capitalisation des bonis individuels, large part des bonis versée au compte de réserve, après une retenue de 2 1 [2 o[o environ pour l’instruction, réunion fréquente des coopérateurs, égalité dans le vote, quel que soit le nombre des actions. Cette unité de vues entre les sociétés coopératives a certainement contribué à rendre plus facile leur groupement.
- SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES FRANÇAISES
- En France, au contraire, les sociétés de consommation ont été créées un peu au hasard, sans principes bien arrêtés, les plus nombreuses vendant presque à prix coûtant, les autres au prix des détaillants; la plupart, sinon toutes, distribuant aux sociétaires leurs bonis après chaque inventaire, beaucoup versant des sommes insignifiantes au Compte de réserve. — Les questions d’instruction n’ont jamais préoccupé les esprits, et la nécessité de l’union de tous les coopérateurs, sous la direction d’un pouvoir central librement élu, ne paraît même pas encore aujourd’hui avoir été reconnue par la généralité des coopérateurs !
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- L’UNION COMPRISE
- PAR LES COOPÉRATEURS ANGLAIS
- Les coopérateurs anglais, avec leur sens pratique, se sont rendu compte que si l’union était reconnue nécessaire dans une société et la rendait forte, l’union de toutes les sociétés donnerait une puissance considérable au mouvement coopératif, aussi bien au point de vue moral qu’au point de vue matériel.
- Ce qui a facilité cette union dès le début, c’est l’entente générale sur le but à poursuivre par la coopération : Capitalisation des bénéfices de la consommation et organisation de l’industrie coopérative.
- LES COOPÉR ATEURS FRANÇAIS
- SANS PROGRAMME
- Les Sociétés coopératives françaises n’ont pas formulé de programme social. La plupart n’ont songé qu’à l’intérêt de leur petit groupe, et la question des bénéfices a été pour celles-là le seul idéal.
- SOCIALISTES ET COOPÉRATEURS
- Dans ces conditions, le mouvement coopératif n’a pu être compris par les groupes socialistes qui l’ont accusé d’être un mouvement bourgeois.
- En Angleterre, au contraire, beaucoup de chefs socialistes collectivistes, tels que Sydney, Webb, miss Potter, etc., font partie de l’Union coopérative.
- POINT DE DÉPART
- DES MOUVEMENTS
- Il faut bien se pénétrer de ces deux points de départ différents du mouvement des Sociétés coopératives de consommation ( i) anglaises et françaises, avant de rechercher dans l’organisation de nos voisins ce qui peut nous convenir.
- (i) Je souligne ce mot, car j’ai laissé en dehors de ce travail le mouvement coopératif de 1848 (,Sociétés de production) qui me mènerait trop loin.
- ^MAGASIN PE GROS (Wholesale)
- La première chose à laquelle pensèrent les coopérateurs anglais, quand la coopération commença à prendre racine, fut d’avoir un magasin de gros.
- Plusieurs tentatives furent faites de 1850 à 1855, mais sans succès. C’est seulement en 1862, dix-huit ans après la création de la Société de Rochdale, que s’organisa le Wholesale anglais, qui fait aujourd'hui 275 millions d’affaires.
- Ecoutons celui qui en a été le principal promoteur, M. Greenwood; les raisons qu’il a fait valoir pour engager ses concitoyens à fonder cette institution peuvent profiter aux coopérateurs de tous les pays. Les voici :
- i° Le Wholesale ayant à faire des achats considérables, s’adressera directement au producteur et les sociétés coopératives auront leurs denrées dans les meilleures conditions possibles de prix et de qualité;
- 20 Les plus petites sociétés auront les mêmes avantages que les plus grandes et pourront distribuer leurs marchandises au même prix que le plus grand négociant ;
- 3° Les dividendes des sociétés augmenteront et s’égaliseront ;
- 4° Les Sociétés n’auront plus à faire des achats considérables pour atteindre les prix les plus bas ; elles posséderont donc un capital disponible plus important;
- 5° Les Sociétés feront l’économie d’un acheteur et éviteront les erreurs qu’il pourrait commettre.
- Ces arguments indiscutables décidèrent les plus récalcitrants. La ville de Manchester, près de laquelle se trouvait le plus grand nombre de Sociétés coopératives en Angleterre, fut choisie comme siège du Wholesale; 50 sociétés se réunirent pour lancer l’affaire; le chiffre total de leurs membres était de 17,543 personnes et le capital souscrit de 24,975 fr. Ce capital, après trois semaines, s’élevait à 61,375 francs.
- A la fin de la deuxième année, le Wholesale comptait 31,030 actionnaires. En 1868, 74,737 et en 1871, 114,588. Le Wholesale possédait alors un capital-actions de 61 o,2 5ofr.
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- et en valeurs 642,700 fr. Dans huit ans, les membres adhérents avaient sextuplé ! Aujourd’hui, le magasin de gros possède 6 bateaux à vapeur qui vont chercher des marchandises dans tous les pays de production.
- Cette simple différence démontre que notre Magasin de gros ne pourra se développer que si les Sociétés françaises augmentent leur souscription et si elles sont nombreuses à souscrire.
- MAGASIN DE GROS FRANÇAIS j
- Quel encouragement pour les Sociétés j françaises à soutenir de toutes leurs forces leur magasin de gros naissant* de la rue de | Nesles, 10 ! . |
- STATUTS DU WHOLESALE ANGLAIS
- Voici maintemant quelques articles des statuts du Wholesale anglais qu’il nous est bon de connaître :
- — Les Sociétés actionnaires doivent souscrire à 3 actions de 125 fr. pour chaque fraction de 20 membres. Un versement de 1 fr. 23 doit être fait sur chaque action souscrite et les dividendes servent à compléter l’action.
- — Elles peuvent envoyer autant de délégué^ aux réunions générales qu’elles ont de fois 500 membres.
- — Le Conseil directeur se compose de 16 membres.
- — Les élections des membres du Comité et de la Commission de surveillance se font en Assemblée générale sur les noms proposés et envoyés sous enveloppe par chaque Société adhérente ; cette liste, classée par ordre alphabétique, est remise, avant le vote, à chaque délégué ; une Société ne peut avoir qu’un seul représentant dans le Comité. |
- — Les administrateurs [sont nommés pour J
- 18 mois et rééligibles.
- CAPITAUX NÉCESSAIRES !
- pour |
- LE DÉVELOPPEMENT D’UN MAGASIN DE GROS j
- On voit de suite quelle différence existe entre le Wholesale anglais et notre magasin de gros.
- Une Société coopérative anglaise souscrit, pour 1,000 membres : 1,875 francs.
- Une Société française souscrit au Magasin de gros, quel que soit le nombre de ses j sociétaires : 500 ou 1,000 francs. |
- BONNES CHOSES A RETENIR
- Pour faire de forts achats dans de bonnes conditions, il faut des capitaux considérables. C’est ce que nos Sociétés françaises ont à apprendre.
- Il me semble encore que les élections sous pli cacheté ont l’avantage d’empêcher toute influence dans les élections. Elle est une garantie contre tout esprit de parti.
- Enfin le paragraphe des statuts qui n’autorise qu’un seul représentant d’une même Société dans le Conseil d’administration du Magasin de Gros me paraît fort sage.
- WHOLESALE ÉCOSSAIS
- L’Ecosse a fondé son Wholesale 5 ans après l’Angleterre. Il était indispensable pour éviter aux Ecossais des frais de transport trop onéreux.
- Le Wholesale Ecossais a la même organisation que le Wholesale Anglais, tout en ayant un Conseil d’administration différent.
- Il fait la plupart de ses achats avec le Wholesale anglais et j envoie même des délégués au moment des assemblées générales.
- La seule différence entre le magasin d’Ecosse et celui d’Angleterre, c’est que le premier donne une participation dans les bénéfices à ses ouvriers et que le second se contente de leur donner un salaire.
- Le Magasin de gros français n’ayant pas encore abordé la production, nous n’avons pas à nous arrêter sur cette question.
- BANQUE COOPÉRATIVE ANGLAISE
- Le Wholesale a aussi une banque, qui est en compte courant avec environ 400 banques anglaises, dans les principales villes d’Angleterre ; ce qui permet aux Sociétés de faire leurs versements sans frais. Les bénéfices sont divisés proportionnellement aux affaires de chaque Société.
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- Notre Magasin de gros n’a pas pris assez d’extension pour qu’il songe encore à organiser une banque.
- RIEN DE COMMUN
- entre les
- Wholesales et le Comité Central
- Avant d’aborder l’étude d’un autre organe de l’Union coopérative de la Grande-Bretagne, nous devons faire remarquer que le Magasin de Gros a un Conseil d’administration tout à fait étranger au Comité central. Ce dernier ne peut en aucune façon lui dicter des ordres. Le Congrès lui-même n’a aucun pouvoir sur lui. Il est le Magasin de gros de l’Union coopérative, reconnu par tous comme tel, mais ses administrateurs n’ont de comptes à rendre qu’aux Sociétés actionnaires qui les nomment.
- EXEMPLE A SUIVRE
- Nous croyons que cette indépendance fait la force du V/holesale. C’est pourquoi conseillerions-nous d’établir le même régime en France.
- CONGRÈS
- C’est en 1869 seulement que la nécessité d’une entente entre toutes les Sociétés coopératives se fit sentir en Angleterre.
- Le premier Congrès eut lieu à Londres et 64 délégués y assistèrent. Notre premier Congrès de Paris* en 1885, fut plus nombreux. Chaque année le nombre des délégués anglais a été en augmentant et, au dernier Congrès de Lincoln (1891), le nombre des délégués s’élevait à 670.
- Les coopérateurs anglais considèrent que ce sont les Congrès qui ont le plus contribué à l’extension du mouvement coopératif.
- En se réunissant tous les ans, dans une ville différente, les coopérateurs, affirment dans chaque partie de l’Angleterre leur existence. En invitant un homme politique ou un savant à les présider, ils savent que la presse reproduira son discours et répandra ainsi leurs principes en tous lieux.
- AVIS
- AUX COOPÉRATEURS FRANÇAIS
- Les organisateurs de nos Congrès ont peut-êter un peu trop perdu de vue le rôle que joue la presse comme moyen de propagande. Il importe de ne pas l’oublier. Les Congrès ont le grand avantage de mettre en contact des coopérateurs des différents centres d’un pays et de leur donner les moyens de s’entendre sur leur programme.
- NOMINATION DES DÉLÉGUÉS
- En Angleterre, chaque Société peut nommer un délégué par 500 membres. En France, nous nommons un délégué par Société. Une Société de 20 membres a donc autant d’influence dans un Congrès qu’une Société comme la Moissonneuse de Paris qui a 15,000 membres ! Est-ce raisonnable et juste ? Nous ne le croyons pas. Que dirait-on au point de vue politique, si Paris ne pouvait nommer qu’un député, comme la plus petite circonscription de France ?
- CONSEIL CENTRAL (Central Board)
- C’est à la suite du premier Congrès que s’organisa l’Union Coopérative représentée par un Conseil Central, chargé de défendre les intérêts des côopérateurs, de centraliser leurs demandes, d’organiser les conférences, et de veiller à l’exécution des décisions des Congrès.
- Le Conseil Central est composé de 53 membres : le centre de l’Angleterre nomme 9 membres, le Nord 7, le Nord-Ouest 11, l’Ecosse 10, le Sud 9 et l’Ouest 7.
- Les élections se font de la manière suivante : chaque Société désigne sur une feuille spéciale les candidats qu’elle propose dans sa section ; cette feuille est envoyée au bureau du Conseil central, qui donne par ordre alphabétique la liste des candidats. C’est sur cette liste que les Sociétés sont appelées à voter, le nombre de leurs voix étant égal à celui des délégués qu’elles peuvent envoyer au Congrès. Le résultat du vote doit être retourné au Secrétaire général, sept jours avant la réunion du Congrès, dans
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- des enveloppes spéciales indiquant le nom de la Société et la section à laquelle elles appartient.
- Le dépouillement a lieu le premier jour du Congrès par des 'scrutateurs nommés par l’Assemblée, et le résultat est proclamé le 2e jour.
- Les six sections se réunissent deux fois par an; uné fois, le' samedi avant l’ouverture du Congrès, pour la lecture du rapport ; et une autre fois, le dernier jour du Congrès, pour nommer le Bureau et s’occuper des affaires générales du mouvement.
- CONSEIL UNI (United Board)
- . Un Conseil au 2e degré appelé Conseil uni, composé de 12 membres, nommés par chaque section (celle du Nord-Ouest en nomme 3, celle de l’Ouest 1, et les quatre autres 2), se réunit 3 fois par an, en Septembre, Décembre et Mars. C’est le Conseil uni, pouvoir dirigeant de l’Union coopérative.
- Chaque section se réunit mensuellement. Tous les procès-verbaux des séances des sections, du Conseil uni, du Conseil central et des Congrès sont publiés dans le Cooperative News.
- ' COMITÉ CENTRAL FRANÇAIS
- : En France, jusqu’à présent, nous n’avons qu’un Comité Central nommé par toutes les Sociétés coopératives fédérées et qui siège à Paris.
- ' Les membres du Comité, habitant la pro-‘ vince, peuvent se faire représenter par un coopérateur de Paris, mais ne peuvent’ se faire entendre, ni faire prévaloir leurs* opinions autrement que par des intermédiaires, que rien n’empêche après tout, de voter dans un sens contraire à leurs idées.
- D’un autre côté, comme il n’y a pas de règle' quant à la proportion de délégués que peut nommer une région, tel centre régional ayant peu de coopérateurs peut être représenté au Comité Central par j ou 4 délégués, tandis que tel autre, très nombreux, peut ne pas être représenté du tout. ' .
- REPRÉSENTATION NORMALE
- • Quand toutes les Sociétés coopératives auront compris la nécessité d’être reliées entre elles par un pouvoir central, seul capable de défendre leurs intérêts et de Centraliser leurs demandés, ce jour-là il sera important de faire une carte de la France : coopérative, afin que' chaque partie de la j France soit représentée au Comité, central 1 proportionnellement au nombre de ses électeurs.
- Ce jour-là, les Sociétés coopératives comprendront peut-être mieux le but de la coopération et seront plus disposées à faire quelques sacrifices pour son développement. Le Comité central pourra alors se réunir au moins une fois par àn, en dehors des Congrès, pour étudier avec fruit les questions d’intérêt général.
- CENTRES RÉGIONAUX
- L’utilité de diviser la France en sections a aussi son importance. Elle créera des centres d’études (centres rigionaux) qui devront donner leur avis sur les questions soumises au Comité central.
- l Nous ne comprenons, d’ailleurs, Futilité des centres régionaux que comme des centres d’études et de propagande, mais jamais 'comme des Centres commerciaux. Ce serait créer des rivalités commerciales qui feraient : le' plus grand tort au mouvement coopératif. L’exemple de l’Angleterre et sa longue j expérience doivent nous éclairer à cet égard.
- 1 BUDGET DE L’UNION COOPÉRATIVE
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- ; anglaise
- j L’Union coopérative a un budget assez 1 considérable.- Chaque Société lui donne 20 centimes par membre et par an, si la ! Société a moins de 500 membres. Les Sociétés versent 100 francs; si le chiffre des sociétaires dépasse 500. Le budget de l’Union ! s’élève à 90,000 francs, les sections dépensent de 2,500 à 5,200 francs. Le secrétaire général, les secrétaires, les comptables reçoi-j vent des appointements.
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- BUDGET FRANÇAIS
- En France, les Sociétés adhérentes sont encore peu nombreuses et leurs cotisations ne permettent pas de payer les fonctionnaires du Comité central. Il faudra y arriver un four si nous voulons que le mouvement soit vraiment démocratique. C’est le seul moyen d'avoir jdes hommes qui puissent consacrer tout leur temps au mouvement.
- COMITÉS DIFFÉRENTS
- EN ANGLETERRE
- L’Union coopérative est divisée en différents Comités :
- Le Comité der Sociétés de Production, chargé de l’organisation de l’industrie coopérative.
- Le Comité de l’Éducation, chargé des eçons de tenue de livres, de l’étude de la coopération et de la distribution de prix.
- Le Comité International : entente avec les Sociétés coopératives étrangères.
- Le Comité Parlementaire : rapports avec le Parlement et les Conseils municipaux.
- Le Comité de Propagande: coopération, livres, conférences.
- Le Comité U niversitaire : envoi des fils distingués de coopérateurs à l’Université aux frais de l’Union.
- Le Comité des Femmes, chargé de faire de la propagande dans les familles et de donner des leçons coopératives dans les écoles.
- ORGANISATION
- DE COMITÉS EN FRANCE
- Des Comités de 'ce genre pourront s’organiser en France, mais les Coopérateurs ne sont pas encore assez nombreux ni assez unis pour qu’ils puissent fonctionner avec fruit. Notre Comité Central, avec son dévoué Président, M. Clavel, peut momentanément suffire à tout.
- COMITÉS DE FEMMES
- La création d’un Comité de Femmes aurait
- son utilité comme moyen de propagande. Il serait à désirer que le Comité central y songeât.
- JOURNAL COOPÉRATIF ^ANGLAIS
- Le Cooperative News, journal de la Coopération Anglaise, est soutenu par les Sociétés actionnaires. Ces Sociétés nomment les Administrateurs et les Rédacteurs. Il a 3 5,000 abonnés.
- JOURNAL FRANÇAIS
- Le Bulletin de la Fédération est soutenu par le Magasin de gros et le Comité central. Il serait important qu’il eût un Comité de rédaction, qui serait nommé en Assemblée générale, et un rédacteur en chef. Il conviendrait aussi de faire payer aux Sociétés leur abonnement, afin d’alléger les charges du Magasin de gros et du Comité central.
- Exterminant ce parallèle entre les institutions anglaises et françaises,, il est un point sur lequel il est nécessaire de fixer Inattention.
- CONSTITUTION
- DES SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES ANGLAISES
- Les Sociétés coopératives anglaises sont ouvertes à tout le monde. L’action est de 25 francs au minimum et on paie 1 fr. 2 y en entrant. Les non actionnaires né reçoivent que la moitié du bénéfice sur leurs achats, l’autre moitié est versée au compte de réserve. Il n’y a ainsi aucune exploitation de l’acheteur, comme dans les Sociétés commerciales françaises, et c’est une manière de conduire le non sociétaire à devenir coopérateur. L’inté— rêt sur l’argent laissé à la Société est compté à 5 p. 100; ce taux d’intérêt encourage l’associé à laisser des bénis à la Société et à les capitaliser.
- En Angleterre, les Sociétés payent l'Income-Tax (impôt sur le revenu) sur le total de leurs revenus ; il n’y a donc pas de différence, vis-à-vis du fisc, entre une Société qui vend au public ou celle qui ne vendrait qu’à ses sociétaires, comme en France. Mais, comme nous venons de le dire, les Sociétés coopératives anglaises distribuant une moitié des bénéfices à l’acheteur non sociétaire, en font ainsi
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- un demi-coopérateur, tandis que la Société commerciale, telle qu’elle existe en France, détruit les sentiments de solidarité, développe l’esprit de lucre, les sociétaires partageant entre eux les bénéfices que leur apportent les acheteurs étrangers.
- CONCLUSIONS
- i° Faire une vive propagande en faveur du Comité central et du Magasin de gros, sans lesquels le mouvement coopératif ne peut se développer.
- 2° Rappeler que, conformément au vote des différents Congrès de Paris, Lyon, Tours et Marseille, le but de la coopération est de préparer les travailleurs à l’industrie coopérative .
- Le jour où le commerce et l’industrie seront coopératifs, les bénéfices de l’un comme de l’autre seront équitablement distribués entre le consommateur et le producteur et les fortunes tendront à s’égaliser. La coopération réalisera ainsi* par une simple évolution, le désir des socialistes.
- 3° Nomination des Administrateurs du Ma-
- gasin de gros par correspondance et sous pli cacheté. Une Société ne devra être représentée que par un membre dans le Conseil d’administration.
- 4° Eviter la confusion entre le Magasin de gros et le Comité central. Rappeler que ce sont deux administrations distinctes.
- 5° Nomination des délégués au Congrès d’après le système anglais, soit un délégué par 500 membres.
- 6° Chercher à donner une part plus active aux membres provinciaux du Comité central.
- 70 Création de centres régionaux chargés d’étudier les questions soumises au Comité central.
- 8° Création de Comités d’études et de propagande, comme en Angleterre.
- 90 Nomination d’un comité de rédaction pour le Journal de la Fédération. Ce Comité ne peut être nommé que par les propriétaires du Journal, c'est-à-dire le Magasin de gros et le Comité central.
- Plus tard, le Bulletin de la Fédération devra devenir indépendant, comme le Cooperative News.
- Paris. — Imprimerie J. Bolbach. 55, rue de Lille.
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