Victoria en 1889
-
-
- p.n.n. - vue 1/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 2/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 3/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 4/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 5/124
-
-
-
- AUSTRALIE, EN AVANT !
- 1789-1889.
- VICTORIA EN 1889.
- PAR
- JULIAN THOMAS,
- N 0 2
- 2 0 3 5
- Par Autorité:
- ROBERT s. BRAIN, IMPRIMEUR DU GOUVERNEMENT, MELBOURNE.
- 2
- & 3
- Page de titre n.n. - vue 6/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 7/124
-
-
-
- DÉDICACE.
- AUSTRALIE, EN AVANT!
- CETTE BROCHURE, ECRITE PAR LES ORDRES DE LA COMMISSION ROYALE DU GOUVERNEMENT DE VICTORIA, CHARGÉ DE L’ORGANISATION DE LA SECTION DE VICTORIA À L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889, EST DEDIEE
- AU PEUPLE FRANÇAIS.
- p.n.n. - vue 8/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 9/124
-
-
-
- COMMISSION ROYALE
- DU GOUVERNEMENT DE LA COLONIE DE VICTORIA,
- CHARGE DE L’ORGANISATION DE LA SECTION DE CETTE COLONIE À L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS 1889.
- President et Commissaire Executif: L'HONORABLE W. F. WALKER, Représentant, Ministre des Douanes et du Commerce.
- Tice-Aresident : L'HONORABLE G. D. LANGRIDGE, Représentant, Ancien Ministre.
- Commissaires:
- L'HONORABLE SIR GRAHAM BERRY, Officier de l’Ordre de St. Michel et St. George, Agent-General à Londres.
- L'HONORABLE Francis Ormond, Sénateur.
- L'HONORABLE William IRVING WINTER, Sénateur.
- SIR J. GEORGE Long Innes, Juge de la Cour Suprême de la Nouvelle-Galles du Sud.
- M. Robert Reid, Président de la Chambre de Commerce de Melbourne.
- Le Docteur Andrew Plummer, Président de la Société d’Agriculture.
- M. Henry Burrows, Président de la Chambre des “Manufactures” de Melbourne.
- M. Hubert de Castella.
- M. L. L. Mount.
- Le Docteur Thomas Aubrey Bowen.
- M. James AITKEN.
- M. W. T. HANSFORD.
- D. M. Cameron, Secrétaire à Melbourne.
- Edward Huybers, Secrétaire à Paris.
- p.n.n. - vue 10/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 11/124
-
-
-
- PRÉFACE.
- EN écrivant un ouvrage qui a pour but de présenter au lecteur dans, un ensemble sommaire l’histoire de la colonie de Victoria et de son développement, je me suis trouvé dans la nécessité de faire appel au concours de personnes versées dans les différents sujets qui y sont traités. Je me fais un devoir d’offrir ici mes sincères remerciements pour leur généreuse obligeance à M. Henry H. Hayter, C.M.G., Statisticien du gouvernement; l’Honorable John L. Dow; M. J. Bosisto, C.M.G.; M. J. J. Shillinglaw ; M. Lucien Henry, de Sydney; et M. Hubert de Castella, l’un des représentants de Victoria à l’Exposition Universelle de Paris.
- JULIAN THOMAS.
- " The Age,"
- Melbourne, Mars 1889.
- p.n.n. - vue 12/124
-
-
-
- TABLE DES MATIERES.
- CIIAP. PAGE
- I .—Description Géographique de Victoria ..............................1
- II .—L’Australie en Général - - 1
- III .—Découverte de l’Australie - - 3
- IV .—Résumé Historique - - 6 V .—-Premier Établissement colonial - 12 VI .—Les Premiers Pionniers - - 14 VII .—Gouvernement - - - - 16 VIII .—Découverte de l’Or - - - 17 IX .—La Métropole - - - 18
- X .—Les Grandes Villes de l’Intérieur 21
- XI .—Autres Villes de Victoria - - 23
- XII .—Le Fleuve Murray - - - 24
- XIII .—Progrès de la Colonie - - 25 XIV .—Agriculture - - - - 27 XV .—Fertilité du Sol - - - - 28 XVI .—Le Climat 28
- XVII .—Production Agricole - - - 31
- Chap. Page XVIII .—Fruits 32
- XIX .—Des Terres en Général - - 33 XX .—Les Terres du Gouvernement- 35 XXI .—La Viticulture - - - 38 XXII .—Les Vignobles de Victoria - 42 XXIII .—L’Avenir des Vignerons - 44 XXIV .—Colonies d’Irrigation artificielle 44
- XXV.—Attractions pour les Capitalistes Etrangers - - - - 47
- XXVI .—Les Mines d’Or - - - 48
- XXVII .—Autres Minéraux - - - 49
- XXVIII .—Élevage du Bétail et Production de la Laine - - - - 49
- XXIX .—Nos Manufactures - - - 52
- XXX .—Les Chemins de Fer et les Télégraphes - . - - 53
- XXXI .—Travail et Prix du Salaire - 53
- XXXII.—L’Avenir ! .... 54
- TABLE DES ILLUSTRATIONS.
- Melbourne en 1840.
- Melbourne.
- Palais du Gouverneur, Melbourne.
- Palais de Justice, Melbourne.
- Hôtel de Ville, Melbourne.
- Musée National.
- “ Wilson Hall,” Salle de Lecture, Université de Melbourne,
- “ Ormond College,” Université de Melbourne.
- Les Quais de Melbourne.
- Hôtel de Ville, Collingwood.
- Hawthorn, un Faubourg de Melbourne.
- Ballarat.
- Carte.
- Sandhurst.
- Village de Province.
- Dans la Brousse.
- Fermiers dans la Brousse.
- Les Mines d’Or de Creswick.
- Les Mines d’Or de Clunes.
- Camp de l’Exploitation d’Or.
- Le Vignoble de St. Hubert.
- Le Vignoble de Sunbury.
- Le Vignoble de Château Tahbilk.
- L’Arbre Géant de Victoria.—Eucalyptus Amyg dalina.
- Mildura.—Colonie d’Irrigation Artificielle.
- p.n.n. - vue 13/124
-
-
-
- g
- Narandera
- 0 o c o
- C
- Brisbane
- 42,488
- NEW SOUTH WALES
- Jerilderie
- Sydney
- elbourne
- F y
- w 3
- 3
- g
- Joort 4
- Warracknabeal
- Yckandand.
- Dookie
- rakka
- hepparton
- Beechworth
- Fullers :
- = ‘ c
- 6
- 1
- 6
- - s
- ; Cas
- : 1
- x BC
- Merton
- OEdenhope
- 1 4
- 78
- Drbost
- Tamby
- Dartmoor
- erdown
- CARTE DE
- Stradbroke
- REFERENCE TO RAILWAYS.
- 4
- Middletor
- . &)
- "Bealiba -T Dunoil
- 59 § g
- 5 ,
- 3
- Bel Be Coxtowa
- 3. dë 55
- Seymour “Callarook
- 1
- mto [ G
- c
- C
- S 8 d Q 3 0 o°
- d e o 0 cuis 87
- 5
- 18
- 4g
- € $.
- S Promontory
- Town ) turoa -
- Lines open
- , being constructed
- , authorised.
- 88
- 3 ï?' 3055
- Bulil:
- % Donald
- ‘4. — * $51 21
- 1 •
- Branxholme. Hotspur
- Echelle par Milles
- 30 4
- Tis s/{3
- t NE
- o Cobden xePaF TE SBVI OTimboon
- 3 * s f 2
- , Fr (1
- TASMANIA
- 2 2142,478 obart
- 9 on
- Mhexham
- M°Shadwell
- MoRtlake MNograt
- Xi 35 %
- 1
- ghsis —
- 90
- 34
- 33
- ,
- Secos
- N G 0’1,0 G
- G FOLLETT GLindsay -,
- Framlinghamy ifordS gany wingtoref-agnambooi NHEY
- Gs 9-
- 14 1
- - 5 4 / 2 30/. 3 a PL S E § 8032
- D. ZAS% ty
- 4
- 3
- S1 33 11 48
- A
- 8
- 3
- 3
- 563 7
- 21 5- 0 B-
- V 9 5 "z . P ,
- 3 a.3583 V* VR %
- 3 S.1 sEAVEg
- G SANDHUR: “Newbridge
- Lockwood.
- StomleOore 0 7 X Bradford ( up. Walmero .
- 3 +
- 4
- 8.5
- oNavarre s
- oe/oo 6
- "7 Homebush
- : * Avoca d
- tos ,1
- pl.n.n. - vue 14/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 15/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889,
- I.
- Description Géographique de Victoria.
- La Colonie de Victoria, qui se trouve à l’extrémité sud-est du continent Australien, s’étend du trente-quatrième au trente-neuvième degré de latitude sud, et du cent quarante-et-unième au cent cinquantième degré de longitude est (méridien de Greenwich). Sa plus grande étendue en longueur est d’environ 676 kilomètres, tandis que sa largeur la plus considérable est de 418 kilomètres. La ceinture de ses côtes mesure près de 600 “miles” géographiques.
- Victoria est bornée au nord et au nord-est par la Nouvelle-Galles du Sud (capitale Sydney), et à l’ouest par l’Australie du Sud (capitale Adelaide). Au sud-est, ses rivages sont baignés par les vagues de l’Océan Pacifique, et au sud par l’Océan Austral. La superficie de ce pays d’or et de soleil est de 227,421 kilomètres carrés, c’est-à-dire près de la trente-quatrième partie de la superficie totale du continent australien. Le territoire de Victoria est par conséquent d’environ 5,177 kilomètres carrés plus petit que la Grande-Bretagne, et quatre fois plus grand que la Hollande.
- Bien qu’en étendue Victoria soit la plus petite des colonies australiennes, elle en est rélativement la plus peuplée, car sa population s’élève à plus d’un million d’âmes, ce qui représente quarante pour cent de la population totale de l’Australie; et c’est avec justice qu’elle a le droit de se considérer comme la plus riche et la plus prospère des colonies anglaises de l’hémisphère sud.
- IL
- L’AuSTRALIE EN Général.
- La superficie du continent australien s’élève à quelque chose comme 7,766,643 kilomètres carrés, et mesure 4,02 3 kilomètres de l’est à l’ouest, et 3,138 kilomètres du nord au sud. Sa partie nord se trouve entre l’équateur et le Capricorne, mais sa plus grande étendue n’est que subtropicale.
- De longues chaînes de montagnes s’étendent principalement du nord au midi, cependant leur altitude ne peut se comparer à celle des montagnes du vieux monde et de l’Amérique. La plus élevée a moins de 3,048 mètres au-dessus du niveau de la mer, et il y en a très peu qui excèdent 1,829 mètres. À cette altitude, néanmoins, dans la colonie de Victoria, les montagnes sont presque constamment couvertes de neige, bien que les
- p.1 - vue 16/124
-
-
-
- 2
- VICTORIA EN 1889.
- glaciers y soient inconnus. Des chaînes de montagnes moins élevées, qui se rattachent aux chaînes principales, couvrent le pays de l’est à l’ouest sur des centaines de kilomètres, mais dans l’intérieur il existe aussi des plaines vastes et arides, lesquelles, d’après les calculs des géomètres, sont au-dessous du niveau de la mer.
- Le pays est aujourd’hui assez bien exploré, et les dernières découvertes ont prouvé l’existence d’immenses plaines fertiles au nord-ouest de l’Australie de l’Ouest (Western Australia), qu’il y a dix ans on supposait être absolument stériles. Des forêts gigantesques se répandent sur le pays, et sont principalement composées des différentes variétés de l’Eucalyptus, dont la plupart fournissent des bois de construction d’une grande valeur. De bons pâturages aussi croissent dans la plupart des plaines, et, dans d’autres régions, on a découvert que les moutons se nourrissent avec avantage d’une plante qui croît dans un sol trop chaud pour l’herbage, et que l’on appelle ici le “ salt bush ” (arbrisseau salé).
- Des lacs d’eau douce et d’eau salée couvrent de considérables étendues de territoire, et forment comme une ligne interrompue çà et là, ce qui a conduit les géologistes à supposer qu’à une certaine époque la partie ouest de l’Australie était séparée de la partie est par une série de lacs qui se rattachaient les uns aux autres. Quelques-uns de ces lacs se sont formés dans les cratères de volcans éteints.
- Les fleuves sont peu nombreux. Le plus important est le Murray, qui, prenant sa source dans les "Victorian Alps,” forme pour une distance considérable la ligne frontière entre Victoria et la Nouvelle-Galles du Sud, puis, après un cours tortueux de 2,092 kilomètres, va se jeter dans la mer dans l’Australie du Sud. Le fleuve Darling, qui prend sa source près de la frontière de Queensland, se jette dans le Murray après un cours de 1,866 kilomètres. Indépendamment de ces fleuves, le Murrumbidgee et le Lachlan sont navigables dans l’intérieur pour quelque distance.
- L’approvisionnement naturel de l’eau en Australie offre des traits quelquefois caractéristiques. Par exemple, des rivières profondes et rapides vont parcourir pendant huit mois, quelquefois pendant l’année entière, des centaines de kilomètres de pays pour aller se perdre dans un lac qui n’a pas de dégagement. Quelquefois on pourra se procurer, à n’importe quel endroit de certaines plaines, de l’eau saumâtre à une profondeur de 9 à 24 mètres; en creusant plus avant, c’est-à-dire à une profondeur de 61 à 91 mètres, l’eau douce s’élèvera à quelques pieds dans le puits, et cependant aucune pluie ne sera tombée depuis des mois, et peut-être des années, aux environs des bassins des différentes rivières et des cours d’eau. Dans ces régions on rencontre une espèce de petit arbre dont on peut extraire de l’eau en le déracinant, en coupant sa racine et en la plaçant dans une vase quelconque. L’eau qui s’en échappe est douce et limpide. Le long de la côte, on peut aussi se procurer de l’eau en creusant dans le sable un peu au-dessus du niveau de la marée haute. Enfin on a creusé
- p.2 - vue 17/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 3
- avec succès des puits artésiens, qui répandent un approvisionnement inépuisable d’eau douce dans les plaines de la Nouvelle-Galles du Sud, et aussi dans les parties montagneuses du midi de Victoria. En cherchant de l’or dans la colonie de Victoria, on a découvert, sous des couches de lave et à une profondeur de 30 à 91 mètres de leur surface présente, les anciens lits des rivières qui existent aujourd’hui.
- Les richesses minérales de l’Australie, y compris l’or, l’argent, les pierres précieuses et tous les métaux utiles, sont immenses, et se trouvent distribuées sur toute l’étendue du territoire, à l’exception du charbon, qui jusqu’ici n’a été trouvé en quantité suffisamment rémunératrice que dans le nord-est de la Nouvelle-Galle s du Sud.
- Au début, l’Australie toute entière ne formait qu’une seule colonie de la couronne (1), dont le gouverneur résidait à Sydney, et qui était sous le contrôle direct du cabinet de Saint James. Aujourd’hui le continent est divisé en cinq colonies, ayant chacune son propre gouverneur nommé par la reine d’Angleterre, mais, à l’exception de l’Australie de l’Ouest, elles jouissent toutes de leur autonomie et possèdent chacune leur gouvernement parlementaire. L’île de Tasmanie, séparée de Victoria par le détroit de Bass, jouit aussi à présent de son autonomie.
- La masse de la population est d’extraction anglaise, cependant, à l’heure présente, les natifs d’Australie s’accroissent en plus grande proportion que les immigrants. La population indigène, qui n’a jamais été très considérable, disparaît rapidement, et n’est représentée que par quelques tribus qui résident principalement sur des terres spécialement réservées pour elles par les gouvernements de la Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria, bien qu’elles rôdent à plaisir sur de vastes superficies des terres inoccupées qui appartiennent aux territoires de Queensland et de l’Australie de l’Ouest.
- III.
- DÉCOUVERTE DE L'AUSTRALIE.
- Les Grecs et les Romains nous ont légué une tradition relative à l’existence d’un continent austral, mais les rumeurs sur lesquelles cette tradition était fondée offre aussi peu de substance que l’imagination qui a créa le fabuleux Atlantis. La date certaine de la découverte de l’Australie par les Européens est absolument inconnue. Celui qui découvrit le premier l’existence de l’Australie était un Français, nommé Guillaume le Testu, pilote provençal, qui, en 1542, aperçut un grand continent dans l’Océan Austral. Pendant la première partie du seizième siècle, ce continent paraît avoir été visité, ou simplement aperçu, par des navigateurs portugais qui en marquèrent la position sur des cartes manuscrites qui sont encore en existence. Pendant cette période un grand nombre de pionniers audacieux
- (1) On entend par colonie de la couronne, une colonie qui, à l’instar des colonies françaises est administrée par les représentants du gouvernement métropolitain, et ne possède ni parlement ni ministres responsables.
- B 2
- p.3 - vue 18/124
-
-
-
- 4
- VICTORIA EN 1889.
- s’embarquèrent sur des vaisseaux qui ne revinrent jamais au port. Bien des navires partirent du Tage et des ports de la vieille Espagne, à la recherche de nouveaux océans et de nouveaux mondes, et l’on n’en entendit plus parler.
- Sur les rivages situés au sud de Victoria, entre les ports de Warr-nambool et de Belfast, on put voir pendant bien des années les épaves d’un navire espagnol ou portugais. Elles sont maintenant ensevelies sous des montagnes de sable mouvant. On prétend que ces épaves étaient les dernières traces de quelque expédition depuis longtemps oubliée qui avait été envoyée à la découverte du grand continent austral. Ces épaves battues pendant des siècles par les flots de l’Océan étaient bien la preuve d’un désastre, mais elles n’indiquaient rien qui pût nous éclairer sur le sort des marins qui furent peut-être les premiers Européens qui foulèrent du pied le sol de Victoria et de l’Australie.
- En 1606, de Quiros, navigateur espagnol, découvrit une terre à laquelle il donna le nom de Terra Australis del Espiritu Sancto, pensant que c’était le grand continent austral à la recherche duquel il se trouvait. Mais il a été démontré que cette terre n’était autre que l’île de Santo dans le groupe des Nouvelles-Hébrides. Dans la même année, Torrès navigua dans le détroit qui porte aujourd’hui son nom, et qui sépare l’Australie de la Nouvelle-Guinée et longea la côte australienne au nord. Environ à la même époque, au commencement de 1606, quelques aventuriers hollandais s’embarquèrent à Java sur un petit navire appelé le Duyffhen (la Colombe). Ils s’avancèrent jusqu’au Golfe de Carpentarie, qui s’enfonce dans la portion nord-est du continent, où quelques hommes de l’équipage débarquèrent, et où plusieurs d’entre eux furent tués par les indigènes. Les renseignements rapportés en Hollande par ceux qui survécurent à cette expédition éveillèrent le désir d’acquérir d’autres informations, et une expédition fut envoyée pour fonder une colonie. On n’a aucune donnée sur l’endroit où le débarquement s’effectua, mais on dut bientôt abandonner le territoire en conséquence de l’hostilité montrée par les indigènes envers les Européens.
- À leur retour, les membres de l’expédition prétendirent que ce continent était un Eldorado couvert d’or, mais on n’ajouta qu’une foi médiocre à leurs récits. Les Hollandais essayèrent ensuite à plusieurs reprises de se procurer des renseignements sur la terre inconnue. Dirk Hartog, en 1616, toucha la côte nord-ouest et l’examina du dix-neuvième au vingt-cinquième degré de latitude sud. En 1619, Jan Edels longea la côte jusqu’au vingt-neuvième degré de latitude sud, et donna son nom à une partie de la colonie actuelle de l’Australie de l’Ouest. Trois ans après, l’extrémité sud-ouest de l’Australie fut découverte par un navire hollandais nommé le Leeuwin (la Lionne), et dans la même année, Francis Pelsart, sur un vaisseau appelé le Batavia, fit naufrage sur des récifs situés à environ 200 miles au nord de Swan River (Rivière du Cygne).
- p.4 - vue 19/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 5
- En 1642, Abel Jansen Tasman découvrit la Terre de Van Diemen, appelée aujourd’hui Tasmanie, et que bien longtemps après on croyait encore être une partie de la grande terre australienne. En 1664, le gouvernement hollandais baptisa le nouveau continent du nom de Nouvelle-Hollande, et pendant de nombreuses années les navigateurs hollandais tentèrent l’exploration des côtes ouest et nord-ouest de leur nouvelle possession.
- L’Australie, c’est-à-dire le cinquième continent, qui, après les États-Unis d’Amérique, est l’héritage le plus considérable de la race Anglo-Saxonne, fut de fait découverte par des Portugais, des Espagnols et des Hollandais, qui en explorèrent une partie des côtes.
- L’Angleterre ne prit aucune part à ces découvertes jusqu’en 1688, époque à laquelle William Dampier, le boucanier, sur son vaisseau le Cygnet, reconnut les rivages de la Nouvelle-Hollande, et, naviguant le long de la côte nord-ouest; il fut le premier Anglais qui foula du pied le sol australien.
- William Dampier, du comté de Somerset, était un marin audacieux, un « aventurier-gentilhomme," de la trempe des Drakes, des Hawkins, des Morgans, des Jean-Barts, des Surcoufs.
- Quelle que fût la paix qui régnât en Europe, au-delà des vagues de l’Atlantique et de l’autre côté de la ligne, les Anglais à cette époque n’accordaient aucune trêve aux Espagnols ni aux Portugais. Ces boucaniers avaient dans l’idée que l’Angleterre ne devait pas être simplement la reine des mers, mais qu’il était évident que sa destinée était de s’accaparer de toutes les contrées inoccupées dans le monde entier.
- À son retour en Angleterre, et en rendant compte de ses découvertes, le capitaine Dampier fut appelé au commandement du navire de guerre le Roebuck, et, en 1699, il explora une partie considérable de ce qui est aujourd’hui la colonie de l’Australie de l’Ouest. Il donna leurs noms à Dampier Bay, Dampier Islands, Roebuck Bay, et Buccaneer Islands. Dampier publia ensuite un intéressant récit de ses voyages. Mais l’homme qui découvrit réellement l’Australie, qui en fit un apanage de la couronne d’Angleterre, qui la donna à la race britannique, c’est le capitaine James Cook.
- Tous les navigateurs précédents qui nous ont laissé des marques de leur existence, à l’exception de Tasman, ont borné leur recherches aux côtes du nord et de l’ouest. Mais en 1770, quand le capitaine Cook quitta la Nouvelle-Zélande en se dirigeant vers nos rivages, il aperçut pour la première fois l’Australie à la Pointe Hicks (nommée d’après le lieutenant Hicks qui la découvrit). Cette pointe porte aujourd’hui le nom de Cap Everard, à Gippsland, entre le cap Howe et l’embouchure de Snowy River, dans la colonie de Victoria.
- De là, le capitaine Cook suivit la côte ; il découvrit Botany Bay et prit possession du pays en y arborant le pavillon de l’Angleterre. Du cap
- p.5 - vue 20/124
-
-
-
- 6
- VICTORIA EN 1889.
- Everard, son point de départ, an cap York, à l’extrémité nord de Queensland, Cook examina et reconnut minutieusement la côte. Dans la nomenclature des différentes régions de ce littoral on retrouve des traces évidentes de son passage. Le monde n’a jamais connu de navigateur si grand et si sérieux que cet apprenti mercier, fils d’un paysan de York-sliire. Même aujourd’hui, les navigateurs australiens se servent encore des cartes du capitaine Cook.
- IV.
- Résumé Historique.
- C’est en 1788 que l’établissement anglais de Port Jackson (Sydney) fut fondé et la colonisation primitive de la Nouvelle-Galles du Sud suivit. Dans le cours de cette même année et précisément à l’heure à laquelle le capitaine Phillip vient de découvrir Sydney Cove, l’emplacement actuel de Sydney qui, pendant plus d’un demi siècle, sera le centre de l’administration coloniale, c’est alors que cet homme pratique a décidé d’abandonner Botany Bay pour transplanter l’établissement anglais à Sydney, un des plus magnifiques ports du monde et qu’il avait eu le bonheur de visiter le premier, c’est alors que nous voyons arriver à Botany Bay, déjà célèbre par le débarquement de Cook, une autre expédition célèbre aussi par la fin tragique qui l’attendait aux îles de Santa-Cruz. Cette expédition était commandée par Jean François Galaup Comte de la Pérouse. Ses deux frégates l'Astrolabe et la Boussole mouillèrent dans cette baie et purent, grâce à la courtoisie et l’obligeance du capitaine Phillip, se ravitailler et se refaire d’un voyage qui, comme tous les voyages d’exploration de cette époque, avait été accompagné par des difficultés et menacé par des dangers dont il est fort douteux que nous puissions nous rendre compte aujourd’hui. La Pérouse resta à Botany jusqu’au mois de mars 1788, et après avoir rendu les derniers devoirs à son botaniste, Le Père Le Receveur, mort des suites de blessures reçues dans une rencontre avec des naturels des îles oceaniennes qu’avait visitées l’expédition, il partit avec l'Astrolabe et la Boussole-, il ne devait plus revenir.
- Les dernières traces que cette expédition ait laissées sont le nom de La Pérouse inscrit dans les annales de l’histoire de l’Australie et un monument sur un mole au nord de l’entrée de Botany Bay élevé en 1825 par Bougainville et Ducampier, les commandants de la Thétis et de l'Espérance.
- Ce monument est situé en face d’une colonne élevée au sud de l’entrée pour marquer l’endroit où eut lieu la prise de possession par le capitaine James Cook.
- Les premiers Européens qui posèrent le pied sur cette plage qui est maintenant le sol de Victoria furent M. Clarke, le subrécargue, et quelques hommes de l’équipage du Sydney Cove qui fit naufragé au commencement de 1797. Lorsqu’ils revinrent à Port Jackson, ils racontèrent qu’ils avaient
- p.6 - vue 21/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 7
- été jetés à la côte au sud du cap Howe. Au mois de décembre de la même année, le docteur Georges Bass, chirurgien de la marine royale, excellent marin d’ailleurs, et Flinders, élève de marine, partirent dans une baleinière manœuvrée par six matelots, et, doublant le cap Howe, cotoyèrent cette partie du littoral de Victoria connue aujourd’hui sous le nom de Gippsland, et, contournant le promontoire de Wilson (pointe extrême du sud du continent australien), ils mouillèrent dans Western Port, le 4 juin 1798. Le docteur Bass revint pourtant à Sydney sans avoir découvert la baie de Port Phillip. Jusqu'à cette époque on avait supposé que la partie sud de l’Australie devait avoir été relié à la terre de Van Diemen et que le large passage que nous appelons aujourd’hui le détroit de Bass n’était qu’une baie profonde. La découverte du docteur Bass fut d’une grande importance.
- Son sort fut des plus malheureux. Après avoir complété son relevé des points du détroit, il partit de Sydney pour l’Angleterre. Mais il revint avec le capitaine Bishop sur le brick Vénus dans l’intention de se livrer au commerce entre Sydney et l’Amérique espagnole. Pendant le voyage le capitaine Bishop devint fou, et Bass, prenant le commandement du navire, fit voile pour Valparaiso pour y commencer ses opérations commerciales. Les Espagnols tout d’abord consentirent à traiter avec lui, et furent pleins de cordialité; mais Bass et ses matelots furent fait prisonniers le premier jour qu’ils descendirent à terre. Ici s’arrête ce qui est connu de la carrière du docteur Bass. On apprit pourtant que les Espagnols l’envoyèrent travailler aux mines de mercure, mais, à partir de cette époque, on n’entendit plus parler de lui.
- Le lieutenant James Grant, commandant du bâtiment de guerre Lady Nelson, fut le premier Européen qui eut le privilège de voir la région sud-ouest de Victoria. En 1800, ce brave marin côtoya les rivages.du sud de l’Australie sur son petit navire, dont le tonnage n’était que de 60 tonnes, et, comme nomenclateur, il égala le capitaine Cook. Il baptisa les caps de Northumberland, Bridgewater, Nelson, Sir W. Grant et Otway; les monts Schank et Gambier, Lawrence Road, et l'île Julia Bercy. Portland fut nommé d’après le Duc de Portland, qui était alors un des secrétaires d’État de l’Angleterre. Le lieutenant Grant fut aussi le premier Européen qui, après Bass, parcourût le détroit. En 1801, Grant, avec le même navire, releva les points de la côte de Victoria du promontoire de Wilson au Western Port (port de l’ouest). Dans le cours de ce voyage, il débarqua à Phillip Island, dans la baie de Port Western, et cultiva un petit jardin avec une pelle à charbon, seul implément aratoire dont il pût disposer. Il retourna bientôt en Angleterre, et le lieutenant John Murray le remplaça au commandement du Lady Nelson. Ce fut ce dernier qui, le 5 janvier 1802, découvrit la magnifique baie du Port Phillip. Lorsqu’il en eut doublé le goulet et exploré les rivages, il fit hisser les couleurs unies de la Grande-Bretagne et de l’Irlande à terre et sur le navire, et prit possession du port au nom du roi George III. Dans son rapport, le
- p.7 - vue 22/124
-
-
-
- 8
- VICTORIA EN 1889.
- lieutenant Murray raconte que le paysage lui rappela cela de Greenwich. La colline du côté sud de la baie, connue de tous les Victoriens sous le nom de Arthur’s Seat (la Chaise d’Arthur) fut nommée par l’officier écossais d’après l’éminence qui se trouve au-dessus de la ville d'Edinbourg en Écosse.
- Le navigateur qui vint ensuite parcourir les eaux de Victoria fut Matthew Flinders, dont le gouvernement anglais avait su pleinement reconnaître les talents et les services qu’il avait rendus pendant l’expédition de Bass. Flinders partit de Spithead en juillet 1801, à bord de la corvette l'Investigator, dont on lui avait confié le commandement. Il avait pour instructions de relever minutieusement tous les points de la côte australienne. Sir John Franklin, l’explorateur des mers arctiques, l’accompagnait en qualité d’aspirant de marine.
- Le 26 avril 1802, le capitaine Flinders fit son entrée dans Port Phillip. Il gravit la colline Arthur’s Seat sur le rivage de l’est et la montagne You Yangs sur le rivage de l’ouest. Du sommet de cette dernière il put voir les magnifiques plaines de l’intérieur et les collines qui entourent la ville moderne de Ballarat. Cinquante ans plus tard, de ce même sommet on pouvait voir des caravanes de diligences, de charrettes et de piétons, qui, par milliers, parcouraient les routes conduisant aux mines d’or.
- Flinders, après cela, poussa vers le nord. De Sydney il s’avança dans le détroit de Torrès, et il navigua autour du continent pour la première fois. Il lui donna le nom d’Australie, et en prit possession au nom de la Grande-Bretagne.
- Le sort de Flinders, après ce que nous venons de raconter, fut des plus infortunés. Le premier navire sur lequel il s’embarqua de Sydney pour l’Angleterre fut naufragé sur le Barrier Reef (barrière de récifs). La relation de ce désastre, suivi du voyage de 700 miles entrepris par Flinders sur un simple canot, est l’une des plus frappantes de toutes les histoires des hommes de mer. Il mourut en 1814 à l’âge de quarante ans.
- La postérité reconnaît Flinders comme "le plus généreux, le plus instruit, et cependant le plus modeste des explorateurs de l’Australie.” Dans les trois personnalités de Dampier, de Cook et de Flinders, le courage et l’esprit d’entreprise de la race britannique ont trouvé de dignes représentants. Ils ont mérité l’estime et la reconnaissance de tous les Australiens.
- Les rapports de Murray et de Flinders décidèrent le Gouverneur King à envoyer M. Charles Grimes, géomètre général de la Nouvelle-Galles du Sud, pour faire une reconnaissance minutieuse de la baie nouvellement découverte. M. Grimes partit de Sydney en novembre 1802 sur la goëlette le Cumberland, avec ordre de faire le tour de Port Phillip. MM. James Flemming et James Meehan l’accompagnaient en qualité d’assistants géomètres, et la petite embarcation était sous le commandement du
- p.8 - vue 23/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 9
- lieutenant Charles Robbins, du navire de guerre le Buffalo, lequel était porteur de dépêches destinées à éloigner le commandant Baudin, que l’on savait être sur la côte avec les navires le Géographe et le Naturaliste sous ses ordres, et à qui l’on prêtait l’intention de vouloir annexer la côte sud-ouest de l’Australie au profit du gouvernement de la République française. Le Cumberland avait quitté Sydney le 23 novembre; le 8 décembre il se rencontra avec le commandant Baudin à Sea Elephant Bay, sur la côte est de King's Island, où les dépêches furent délivrées. Après avoir parcouru King's Island, le Cumberland continua son voyage, faisant son entrée dans Port Phillip le 20 janvier 1803.
- On a récemment trouvé dans les archives du Secrétariat Colonial de Sydney le " Journal d’Exploration de Charles Grimes, rédigé par James Flemming." Ce document démontre que la plus grande partie de la côte de Port Phillip, jusqu’à une certaine distance dans l’intérieur des terres, fut explorée par M. Grimes et ses compagnons. Ce fut le 2 février 1803 que l’on remonta pour la première fois le cours de la rivière Yarra. Un jour les membres de l’expédition prirent leur déjeuner à un endroit connu autrefois sous le nom de Batman’s Hill. Cet endroit a été déblayé pour faire place à la gare de Spencer-street, à Melbourne. Ils eurent, par conséquent, l’honneur d’être les premiers Européens qui mirent le pied sur l’emplacement où devait s’élever la capitale de Victoria. Le 7 février, M. Grimes remonta la rivière jusqu’à Dight's Falls (Studley Park). Dans la première relation, M. Grimes avait donné à cette rivière le nom de Great River (Grande Rivière).
- En posant les conclusions de son rapport, M. Grimes s’exprime ainsi:—" L’emplacement le plus convenable que j’aie vu pour la fondation d’un établissement colonial se trouve sur les rives de Freshwater River (le Yarra). Dans plusieurs endroits il y a de petites superficies de terre végétale, mais elles sont dépourvues de bois et d’eau. La campagne offre généralement de bons pâturages au milieu desquels s’élève un nombre très limité d’arbres pour la plupart petits et tordus.”
- Dans le courant de la même année, l’Angleterre envoya le lieutenant-colonel Collins sur les rivages de Port Phillip à la tête d’un petit nombre de soldats et d’un convoi de forçats, avec mission d’y fonder un établissement colonial, semblable à celui de Sydney. Il avait auparavant fait partie, en qualité de Commissaire du Gouvernement près des conseils de guerre, de l’expédition du capitaine Phillip, qui avait planté les premiers jalons de la colonisation anglaise dans la Nouvelle-Galle s du Sud.
- L’expédition, qui allait faire la première tentative de colonisation à Port Phillip, se composait de quatre cent deux personnes en tout. Elles se repartissaient de la manière suivante: 15 employés du gouvernement, 9 officiers d’infanterie de marine, 2 tambours, 39 soldats, 5 femmes mariées à des soldats et 1 enfant, 307 forçats avec 11 de leurs femmes et 1 enfant. Cette expédition partit du port de Spithead le 24 avril 1803, à
- p.9 - vue 24/124
-
-
-
- 10
- VICTORIA EN 1889.
- bord du vaisseau de guerre le Calcutta, portant cinquante canons, et jaugeant 1,200 tonneaux, et du transport de guerre l’Ocean, de 481 tonneaux.
- Pendant le voyage, le Calcutta fit relâche à Ténériffe, à Rio-de-Janeiro et à Simon’s Bay, où l’on acheta du bétail et des graines pour la nouvelle colonie. Le Calcutta doubla King's Island le 8 octobre, les terres voisines de Port Phillip le 9, et entra dans la rade le même jour. L’Ocean, qui pendant la traversé avait plus ou moins navigué de concert avec le Calcutta, était arrivé le 7, c’est-à-dire deux jours auparavant.
- Le débarquement s’effectua sur une partie du sud de la baie à environ huit miles de l’entrée de la rade, près de l’endroit où s’élèvent aujourd’hui la station balnéaire de Sorrento. On fit plusieurs explorations à l’intérieur qui aboutirent à une croyance générale que le pays n’était pas propre à la colonisation. Les premières entrevues avec les indigènes furent amicales, mais dans une occasion ils voulurent attaquer les Européens, et le chef, auquel on avait enjoint sans succès de se tenir à distance, fut tué d’un coup de fusil. Le 23 octobre on dit une messe pour remercier la Providence du voyage prospère qui venait de s’accomplir, et de l’arrivée au port sans avoir eu d’accident à déplorer.
- Comme il ne pouvait se procurer de l’eau douce, Collins résolut d’abandonner un pays qu’il considérait comme stérile et inhospitalier. En conséquence, le 27 janvier 1804, après un séjour d’un peu plus de trois mois, tenté sans nul doute par les magnifiques récits qu’il avait entendu faire au sujet de la beauté et de la fertilité de la Tasmanie, il y transporta sa petite colonie.
- Dans sa dépêche au colonel Collins, datée de Port Jackson le 26 novembre 1803, le gouverneur King s’exprime en ses termes:—" D’après les points relevés par MM. Grimes et Robbins, aussi bien que d’après votre rapport, il paraît que Port Phillip est entièrement impossible à tous les points de vue.” On a rendu public les Ordres du Jour publiés par le colonel Collins durant son séjour à Sullivan’s Bay, et qui furent imprimés sur les lieux avec une petite presse, qui avait été montée sous un gommier. Dans l’Ordre du Jour du 3 décembre, il regrette que les circonstances l’obligent à faire travailler ses hommes le dimanche pour le chargement de l’Ocean en vue du départ projeté, mais il motive cette action en disant:— “ Plus tôt nous aurons la possibilité de quitter ce pays décourageant et stérile, plus tôt nous pourrons recueillir les avantages et jouir du confort d’une terre plus fertile.” Dans une lettre à Lord Hobart, Collins conclut de la manière suivante:—" Quand le public connaîtra tous les désavantages de cette baie (Port Phillip), il est à supposer que les commerçants ne seront pas très anxieux de lui rendre visite.”
- La tentative de colonisation du colonel Collins à Victoria eut pour résultat direct de faire mépriser ce pays par les autorités de Sydney, mais en revanche on y prêcha le premier sermon, le premier mariage y fut
- p.10 - vue 25/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 11
- consacré, la première naissance d’un enfant appartenant à la race blanche y fut enregistrée, et la première fosse destinée à contenir les restes d’un Européen y fut creusée.
- On rapporte aussi que des officiers du Calcutta trouvèrent dans le lit d’un ruisseau quelques grains d’une substance brillante que quelques-uns d’entre eux pensaient être de l’or, mais la majorité fut d’avis que ce n’était que du mica. Ils avaient probablement la fortune à portée de leurs mains, ils ne surent pas la saisir!
- Un des forçats du convoi, William Buckley, réussit à s’évader, et quand Collins mit à la voile on prétendit qu’il était mort dans la brousse. Pendant vingt ans, Buckley, vivant avec les indigènes, fut le seul Européen qui habitât Victoria. Aucune tentative d’exploration soit par terre soit par mer ne fut renouvelée : le colonel Collins l’avait à jamais maudit ce pays qui plus tard devait fournir des millions d’or à l’Angleterre !
- L’historien de l’expédition, le lieutenant Tuckey, dit de Port Phillip :—« Le kangaroo semble y vivre en maître souverain du sol, et il est très probable qu’il conservera ses domaines pendant des siècles à venir.” Les Victoriens de la génération présente doivent se montrer pleins de gratitude pour ses rapports démoralisants, car sans ces derniers la magnifique colonie de Victoria eût été une colonie pénitentiaire à l’instar de Cayenne et de Nouméa.
- Néanmoins, pendant ces vingt-années une portion du territoire qui entoure Sydney avait prospéré. Le gros bétail et les troupeaux de montons s’y étaient accrus et multipliés. Le besoin de se mettre à la recherche de nouveaux pâturages se faisait vivement sentir. Les premiers pionniers qui s’établirent dans la fertile contrée située entre la mer et les Montagnes Bleues avaient dans l’idée qu’il devait y avoir un grand fleuve navigable ou une mer dans l’intérieur du continent de l’autre côté de la barrière impénétrable qui s’élevait devant eux.
- En 1817, MM. Wentworth et Blaxland déterminèrent l’altitude des Montagnes Bleues à la source de la rivière Macquarie. John Evans suivit le défilé de ces montagnes jusqu’aux luxuriantes plaines de Bathurst.
- À peu près à la même époque, l’explorateur Oxley fit plusieurs voyages sur les rives du Macquarie et du Lachlan, prouvant sans l’ombre d’un doute l’existence d’un immense bassin au sud-ouest et la probabilité d’un grand fleuve. Mais les Européens qui les premiers virent le Murray et pénétrèrent sur le territoire de Victoria, qui borde la Nouvelles-Galles du Sud, n’étaient ni de savants explorateurs ni des officiers du gouvernement, c’étaient deux simples éleveurs des bestiaux à la recherche de nouveaux pâturages. C’est en 1824 que Hamilton Hume et W. E. Hovell franchirent les Alpes Australiennes de la Nouvelle-Galles du Sud et découvrirent le Upper Murray (Haut Murray), qu’ils baptisèrent le Hume en l’honneur du père de l’un d’eux qui était officier du gouvernement à Sydney.
- p.11 - vue 26/124
-
-
-
- 12 VICTORIA EN 1889.
- Ils découvrirent ensuite l’Ovens et le Goulburn auquel ils donnèrent le nom de Hovell. Ils traversèrent ces deux rivières, et franchissant la chaîne de montagnes appelée le Dividing Ranges, ils arrivèrent de 16 décembre 1824 à Corio Bay, près de l’emplacement où se trouve aujourd’hui la ville de Geelong, après un voyage de plus de 643 kilomètres accompli en seize semaines. Ils s’en retournèrent alors sans avoir essayé d’y établir une colonie.
- Quelque temps après Hume accompagna comme second une expédition commandée par le capitaine Charles Sturt, un des plus braves et des plus intrépides explorateurs que le monde ait jamais vu. M. Hume mourut à Yass en 1873.
- En 1826, Hovell fut attaché à une expédition que l’on avait envoyée de Sydney pour fruster un dessein qu’on supposait aux Français de vouloir annexer une certaine portion de la côte sud. Cette expédition consistait en plusieurs détachements du 3e et du 4° régiments, sous les ordres du capitaine S. Wright et du lieutenant B. J. Burchall, et fut envoyée à bord du vaisseau le Fly et du brick le Dragon sur les rivages de Western Port Bay, à un endroit appelé Old Settlement Point, en face de French Island (île Française). Cet emplacement fut occupé pendant une année environ, puis, sur les instances du gouverneur Darling, il fut abandonné sous le prétexte qu’il n’était pas propre à la colonisation, bien que les rapports d’Hovell et des officiers justifiassent à peine la raison d’une telle décision. On peut encore voir aujourd’hui les ruines des habitations à Western Port.
- V.
- Premier Etablissement colonial.
- Après les faits racontés ci-dessus, notre colonie fut visitée par des baleiniers et des pêcheurs de phoques de Tasmanie, et dix ans plus tard le premier établissement colonial permanent fut fondé à Portland Bay, à 410 kilomètres à l’ouest de Port Phillip, par MM. Henty.
- M. Edward Henty, qui mourut en 1878, fut le fondateur réel et le père de la colonie dont Portland fut le . berceau. Edward était le fils de M. Thomas Henty, banquier et propriétaire dans le comté de Sussex, qui émigra avec son fils à Launceston, en Tasmanie, en 1831. Edward, inquiet s’assurer par lui-même des avantages que l’Australie offrait pour la colonisation, s’embarqua pour le golfe de Spencer et y resta deux mois à explorer et à examiner le pays. Ils retournait à Launceston à bord du Thistle lorsque le mauvais temps obligea ce navire à se réfugier clans la baie de Portland. Edward Henty fut frappé des avantages naturels que ce beau pays présentait. En Tasmanie, il était difficile de se procurer de bonne terre, tandis qu’à Portland on n’avait qu’à la prendre. À cette époque, excepté Buckley, il n’y avait pas d’Européens dans l’Australie du Sud proprement dite, car ceux qui étaient les plus rapprochés habitaient près de King George’s Sound à l’ouest et Twofold Bay à l’est.
- p.12 - vue 27/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 13
- Edward Henty visita Portland de nouveau en 1833. Quelques mois après son père lui fournit de tout le matériel nécessaire à la fondation d’un établissement agricole, des arbres fruitiers et des. semences de toutes espèces. Le 19 novembre le nouveau colon débarqua sur le territoire de Victoria ; c’était le premier qui atterrît enfin avec l’intention de se fixer dans le pays. La première habitation construite sur le sol de Victoria fut Richmond House, où naquit Richmond Henty, le premier citoyen victorien.
- Le courageux pionnier se mit de suite à l’ouvrage. Il laboura le premier sillon, planta le premier cep de vigne, ferra le premier cheval et tondit les premiers moutons de Victoria. Son frère Stephen et lui réussirent admirablement dans tout ce qu’ils entreprirent: aussi bien dans la pêche à la baleine que dans l’élevage du gros bétail et des montons, et une nouvelle occupation commença alors à être connue en Australie sous le nom de « squatting.” (1) M. Francis Henty, qui n’était qu’un enfant lorsqu’il débarqua à Portland avec son frère, mourut en janvier passé à Melbourne. Le nom de Henty, depuis la naissance de la colonie, a toujours joui de la plus grande estime dans la cité aussi bien que dans la campagne.
- Quand, en 1836, le major Mitchell, plus tard Sir Thomas Mitchell, fit son voyage célèbre, traversant une portion considérable de contrées jusqu’alors inconnues qu’il nomma Australia Felixc, il fut étonné de trouver des navires dans le port et des maisons sur un territoire qu’il s’attendait à trouver désert. Il pensa être au milieu d’un repaire de pirates, et les Henty supposèrent que le major et ses compagnons étaient une bande de bushrangers. (2) Il va sans dire que les Henty et le major ne se plaignirent pas de s’être mépris.
- Au commencement de 1835, une société se forma en Tasmanie pour coloniser Port Phillip. John Batman, une natif de Parramatta, dans la Nouvelles-Galles du Sud, en était à la tête. Il partit de Georgetown, le 12 mai, sur la petite goëlette Rebecca. Le 29, il mouillait dans la rade de Port Phillip, et, débarquant sur le côté ouest de la baie, il fit l’ascension du Station Peak (You Yangs) en suivant le chemin parcouru par Flinders, dont il avait une des cartes en sa possession. Il inspecta les magnifiques plaines appelées Iramoo par les indigènes, et que Hume et Hovell, bien qu’en les cotoyant, n’avaient pas aperçues. Batman remonta alors le cours des rivières Freshwater et Saltwater, décrites par le géomètre-général Grimes. Il appela le première Yarra Yarra, supposant que cela signifiait coulant toujours dans le dialecte indigène.
- Il eut plusieurs entrevues avec les indigènes, et négocia avec huit des chefs principaux le transfert en sa faveur et en celle de ses héritiers de
- (1) Squatting signifie s’établir sur des territoires inoccupés et nouvellement découverts sans posséder de titres réguliers de propriété : c’est le droit du premier occupant.
- (2) Les bushrangers étaient des voleurs de grands chemins qui attaquaient les voyageurs, les dévalisaient, les tuaient quelquefois, et se réfugiaient dans la brousse où il était presque impossible de les poursuivre,
- p.13 - vue 28/124
-
-
-
- 14 TÆG7WL4 EN 1889.
- 325,000 hectares de terre, pour paiement desquels il donna aux vendeurs 40 couvertures de laine, 20 tomahawks, 100 couteaux, 50 paires de ciseaux, 30 miroirs, 200 mouchoirs, 100 livres de farine, et 6 chemises. C’était une affaire digne de celle du capitaine hollandais qui acheta aux Indien l’île de Manhattan, l’emplacement actuel de New York. Ce marché, néanmoins, fut annulé par le gouvernement, ainsi que. le fut d’ailleurs un autre marché du même genre où il s’agissait de 41,000 hectares situés au-dessus de Gleelong. Finalement, le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud accorda à la Société Batman la somme de* sept mille livres sterling (175,000 francs) comme remise pour l’achat de terres à Port Phillip et comme compensation, “ reconnaissant les services que la société avaient rendus en concourant à la colonisation du nouveau pays.”
- Dans la même année Batman fut suivi de M. John Pascoe Fawkner. Le 27 juillet 1835, ce dernier fit partir de Georgetown la goëlette Enterprise, qui remonta le Yarra, et le 28 ou le 30 août fut amarrée à un arbre qui s’élevait où se trouve aujourd’hui l’Australian Wharf. On débarqua avec les provisions deux chevaux, deux porcs, trois chiens et un chat— premières importations dans l’établissement colonial que M. Fawkner peut en toute justice se vanter d’avoir fondé. Lorsque M. Fawkner débarqua sur les rives du Yarra au second voyage de Y Enterprise, il s’occupa de la culture d’un pré de 35 hectares sur la rive sud de la rivière. “ Il retourna la première motte de terre, bâtit la première maison, ouvrit la première église et fonda le premier journal de la colonie.” En résumé, il fut le père de Melbourne. M. Fawkner mourut le 4 septembre 1869.
- À Batman, cependant, on peut attribuer la gloire d’avoir été le premier à coloniser les rivages de Port Phillip. M. Batman mourut le 6 mai 1839, à son domicile sur le versant de Batman’s Hill, et fut enterré dans le vieux cimetière de Flagstaff Hill. Au commencement de 1882 on éléva sur sa tombe un obélisque de pierre bleue dont les frais furent couverts par une souscription publique. Le journal de M. Batman, ainsi que les actes de vente qu’il fit avec les indigènes, se trouvent maintenant dans la Bibliothèque nationale de Melbourne.
- VI.
- Les Premiers Pionniers.
- Batman et Fawkner furent bientôt suivis par d’autres pionniers qui immigrèrent de la Terre de Van Diémen. Le saurage blanc Buckley, qui avait vécu trente-deux ans avec les indigènes, devint l’interprète d’une société de colons. Le 10 novembre 1835, cinquante vaches Hereford pur-sang et cinq cents moutons furent débarqués. On amena du bétail de la Nouvelle-Galles du Sud par terre. Les plaines d’Iramoo se couvrirent bientôt des troupeaux de montons et des bestiaux des colons européens. L’officialisme s’éveilla soudainement au fait qu’il y avait une partie sud de l’Australie à gouverner et à taxer. L’église, en la personne du Révérend
- p.14 - vue 29/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 15
- M. Orton, ministre Wesleyan, était déjà venue à l’avant-garde. Ce dernier prêcha son premier sermon en avril 1836, à l’ombre des chênes Casuarina de Batman’s Hill. L’Etat se proclamait cinq ans plus tard.
- Le 29 septembre 1836, le capitaine Lonsdale, du 4e régiment, arriva à Port Phillip sur le navire de guerre le Rattlesnake, commandé par le capitaine Hobson, dont on a donné le nom à la baie d’Hobson, et il y exerça les fonctions de Magistrat-Résident. Il choisit l’emplacement présent de la ville de Melbourne, et, lors de sa visite, six mois après, en avril 1837, Sir Richard Bourke, gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, approuva le choix du capitaine Lonsdale. Le capitaine Hunter, secrétaire militaire; G. K. Holden, secrétaire privé; le capitaine P. P. King, et feu M. Robert Hoddle, géomètre, accompagnaient le gouverneur Bourke. M. Hoddle fit le plan de la ville de Melbourne, et le gouverneur lui donna le nom du Premier Ministre de la Grande Bretagne. Il donna aussi leurs noms aux rues principales. Avant cette époque, on ne connaissait la colonie que sous les noms de Bearbrass, Bearpurt, Batmania, Doutigalla, Yarrow Yarrow et Glenelg.-.
- Quelques mois plus tard on décrivait la colonie de la manière suivante:—" Bien qu’ayant à peine quinze mois d’existence, la ville de Melbourne contient environ cent bâtiments, parmi lesquels se trouvent des magasins, des auberges, une prison, une caserne et une école. Quelques-unes des habitations sont des maisons de briques assez bien construites. Un certain nombre d’habitants vivent sous des tentes ou des espèces de hangars couverts de chaume, en attendant qu’ils puissent se procurer de meilleurs logements. Il semble y avoir là beaucoup de bruit et de mouvement, et des bandes de prisonniers sont employés au nivellement des rues. Les lots de terrains urbains d’environ 3 ares chacun avaient été évalués à cinq livres sterling (125 francs) l'un, le géomètre jugeant sept livres (175 francs) un prix trop élevé; mais la beauté du pays a excité une telle manie de s’établir ici que les lots se sont vendus de vingt-cinq à cent livres sterling (de 625 à 2,500 francs).”
- La Banque d’Australie fut fondée en 1838; le premier journal, l'Advertiser, fit son apparition la même année. Dans l’intérieur des terres les bergers faisaient paître les troupeaux dans des plaines fertiles au nord et à l’ouest. Bien au-delà de Corio Bay, les colons venus de Tasmanie avaient découvert des terrains des plus fertiles. Le gouvernement avait pris possession du magnifique pays qui entoure le lac Colac, et qui fut après vendu par la Couronne à M. William Robertson, un des membres de la Société Batman. Depuis, les bestiaux Colac pur-sang ont acquis une grande renommé même en Angleterre. Le nom de Robertson, comme celui de Henty, jouit d’une grande notoriété dans la colonie. M. William Robertson, fils du précédent, est un lauréat de l’Université d’Oxford.
- La ville de Geelong, ayant pour port la bonne rade de Corio Bay, doit son existence à la fertilité des pâturages de la contrée de l’ouest.
- p.15 - vue 30/124
-
-
-
- 16
- VICTORIA EN 1889.
- Pendant longtemps elle fut la rivale puissante de Melbourne. L’exportation annuelle de la laine, du suif et des peaux, venant de la province de Port Phillip, s’accrut d’une manière régulière. Les immigrants venant d’Angleterre augmentèrent la population, des milliers d’hectares étaient en plein rapport, Melbourne devint une ville de premier ordre, et, en 1850, l’année qui précède la découverte de l’or, Port Phillip, qui n’avait pas encore quinze ans d’existence, avait un revenu de deux cent trente mille livres sterling (5,750,000 francs); son exportation s’élevait à sept cent soixante mille livres sterling (10,000,000 de francs), et sa population comptait plus de 76,000 habitants. De tels chiffres montrent que la colonie, même à cette époque peu éloignée de sa fondation, avait de grandes sources de prospérité, sans compter sa richesse en mines d’or; richesse qui devait la placer devant les yeux du monde civilisé d’une manière si éclatante, et devait faire de Melbourne le nom le plus connu de ceux de toutes les autres villes des colonies de l’Angleterre.
- VIL
- GOUVERNEMENT.
- L’année 1851 fut remarquable dans les annales de l’histoire de Victoria. En février eurent lieu les grands incendies de brousse. Sur des centaines de kilomètres, toute la campagne était enveloppée de flammes; les territoires les plus fertiles furent complètement ruinés par l’élément dévastateur; les troupeaux de moutons et les bestiaux furent abandonnés par leurs propriétaires ou leurs gardiens; ce fut un sauve-qui-peut général, chacun voyant sa vie en danger. La ruine et la désolation se répandirent sur le pays tout entier. Les cendres des forêts en flammes à Macedon, à une distance de 72 kilomètres, tombèrent clans les rues de Melbourne. Les annales de la colonie ne contiennent pas de jour plus funeste, plus désastreux que le Black Thursday (jeudi noir).
- Le 16 juillet suivant, M. Charles Latrobe, qui était surintendant de la colonie depuis 1839, fut promu Lieutenant-Gouverneur de la nouvelle “ Colonie de Victoria.” Le gouvernement responsable, c’est-à-dire l’autonomie, le droit de se gouverner elle-même, ne lui fut néanmoins accordé qu’en 1855.
- La Constitution présente est moulée sur celle du Royaume-Uni et sur celle de l’Amérique. Les deux Chambres votent les lois, qui sont soumises à l’approbation de la Couronne, représentée par le gouverneur de la colonie conseillé par des ministres ayant un siège dans le Parlement dont ils sont issus.
- Les deux Chambres sont électives. Le Conseil Législatif (Chambre Haute) est élu par des citoyens qui possèdent pour une certaine somme de propriété immobilière. Quant à l’Assemblée Législative (Chambre Basse), il suffit à tout citoyen d’une résidence de six mois pour le rendre électeur; en somme, c’est le suffrage universel.
- p.16 - vue 31/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 17
- En 1851, néanmoins, avant l’avènement du gouvernement responsable, le Conseil Législatif, établi par la loi qui sépara Victoria de la Nouvelle-Galles du Sud, se composait de trente membres: dix nommés par le gouvernement, et vingt élus par le peuple. Les premières séances de ce Conseil furent quelque peu orageuses, et le gouverneur Latrobe fut peut-être l’administrateur le plus nuisible que les Colonies aient jamais connu.
- VIII.
- Découverte de l’Or.
- Peu de temps après, cependant, un événement survint qui enleva toute idée politique de l’esprit des colons de Victoria: la découverte de l’or, "qui, dans l’espace d’une nuit, éleva Victoria à la position d’une nation, d’une puissance dans le monde.” D’un seul coup cette découverte avança ses destinées de plusieurs siècles!
- Déjà, en janvier 1849, un berger employé par M. J. Wood Beilby, propriétaire d’un établissement agricole situé sur la frontière de l’Australie du Sud, trouva de l’or dans une crique près des Pyrénées, une chaîne de montagnes à l’ouest de la colonie, nommée ainsi par le major Mitchell, qui était un des vétérans des guerres d’Espagne. Ce berger vendit son trésor à M. Charles Brentani, un bijoutier de Melbourne, mais il sut soigneusement cacher la localité de sa trouvaille jusqu’à ce que, tombant malade et étant soigné par son maître, par gratitude il lui livra son secret. Il lui dit qu’il avait trouvé et vendu de l’or. M. Beilby communiqua cette découverte au gouverneur Latrobe, mais celui-ci, suivant la tactique des autorités de Sydney, semblait vouloir passer ce fait important sous silence. Heureusement, il n’y avait pas que des bergers ignorants avec qui l’on dût avoir affaire.
- À cette époque, quand de toutes les parties du monde on se précipitait aux mines d’or de la Californie, l’Australie souffrait de le perte d’un grand nombre de ses habitants qui s’en allaient en foule attirés par l’amour du précieux métal. Ce qui paraissait être une calamité fut une bénédiction, car, lorsque les chercheurs d’or revinrent de Californie, ils furent frappés de la similarité qui existait entre le roc et le sol de leur patrie d’adoption et ceux du pays qu’ils venaient de quitter. Ils se mirent bravement à la recherche de l’or et il le trouvèrent. Un homme nommé Esmond découvrit de l’or en quartz à dunes, puis on en trouva à Buninyong et à Ballarat.
- Quand la nouvelle arriva à Melbourne, les gens de toutes les classes de la société furent saisies par la fièvre de l’or. Les comptoirs, les bureaux, les ateliers, les navires même, furent désertés et l’on se rua sur les placers.
- Immédiatement après les découvertes de Ballarat vinrent celles de Mount Alexander et Bendigo, qui, soufflant sur la flamme de l’excitation, la changèrent en frénésie. Tout le monde "se grisait de l’espoir de l’or!” De toutes les parties du monde des navires mirent à la voile pour cette
- C
- p.17 - vue 32/124
-
-
-
- 18 VICTORIA EN 1889.
- rade jadis si paisible. Victoria fut envahie, remplie par un nombre considérable de chercheurs de fortune : en une année plus de 80,000 nouveaux venus s’ajoutèrent à la population de la colonie! À dater de cette époque, elle avança à pas de géant.
- Que Victoria et sa capitale doivent être fières d’un progrès si colossal accompli en si peu de temps ! Et comme elles ont le droit de se parer avec orgueil du titre de merveilleuse ! Comme les vieillards ont lieu de branler leurs têtes blanchies par les ans lorsque, au milieu des réminiscences du passé, se rappelant Collins-street alors que celle-ci n’était qu’une forêt vierge, leurs yeux éblouis se promènent sur la foule élégante qui vient s’y presser à l’heure du Block!
- Qui voudrait reconnaître dans le Melbourne de 1889 la ville de broussailles de trente ans auparavant? Alors les rues étaient pleines de racines de gommiers et d’ornières profondes. La voie principale, Elizabeth-street, était pendant des mois entiers de l’année une fondrière remplie d’eau, dans laquelle on vit une fois- s’engloutir un charriot et son attelage de plusieurs chevaux, et où des charrettes traînées par des bœufs s’embourbaient chaque jour. On voyait de tous côtes des cabanes construites en tôle et des huttes faites d’écorces d’arbres. Ce qui est aujourd’hui l’importante municipalité de Melbourne Sud était une mer de tentes connue sous le nom de Canvas Town (ville de toile).
- Les vieux pionniers qui n’ont pas fait leur pelote, racontent d’étranges histoires sur ce qui se passait en ce temps-là où l’or était roi, et où chaque individu faisait ce qui lui plaisait, ou du moins ce qui, à ses propres yeux, lui semblait juste. Et cependant le registre des crimes était peu volumineux. La vie rude, pénible et grossière des mines, bien qu’elle eût produit quelques busbrangers, tentés par l’appât du butin énorme qui était à la portée de leurs mains, n’engendra que peu de délits. Avec l’or s’échappant de la poche de tous, la faim et le besoin étaient inconnus. Melbourne ne brillait peut-être par sa moralité pendant ces jours de fièvre, mais les criminels de profession y étaient peu nombreux; quant au paupérisme et au vagabondage, on n’en avait jamais entendu parler.
- IX.
- La Métropole.
- Melbourne est une des plus belles capitales du monde entier; c’est aussi la cité la plus importante et la plus populeuse de l’hémisphère sud. Y compris ses dix-huit faubourgs se trouvant tous dans un rayon de 16 kilomètres de l’Hôtel-de-Ville, Melbourne renferme 400,000 habitants: il a été décrit comme " une des cités les plus florissantes de l’Univers.” La ville, dont le plan fut bien compris, possède des rues larges et régulières, avec des trottoirs spacieux, bien pavés et bien éclairés. Une grande quantité d’arbres ont été plantés dans les rues, ce qui donne un ombrage bienfaisant, et repose la vue du promeneur.
- p.18 - vue 33/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 19
- Les édifices sont non-seulement beaux, mais un grand nombre d’entre eux possèdent un grand mérite au point de vue de l’architecture. Les cathédrales, chaque religion a la sienne, le Parlement, la Trésorerie, l’Hôtel-de-Ville, l’Hôtel des Postes, le Palais de Justice, la Douane, l’Université, le Musée, la Bibliothèque Nationale, la Galerie de Tableaux, les clubs, les théâtres, et bien d’autres institutions publiques sont dignes d’admiration. Les différentes banques sont logées dans des palais qui orneraient Thread-needle-street, à Londres. Les quais, sur les bords du Yarra, sont à présent assez vastes pour permettre aux bateaux à vapeur de gros tonnage d’y venir faire leur déchargement. Les magasins, les établissements de gros et les entrepôts peuvent supporter la comparaison avec ceux des grandes villes d’Europe.
- Le système de cable-tramway, dont on se sert à Melbourne, est reconnu comme étant le meilleur en existence. Les tramways passent dans toutes les rues principales, et se répandent dans les faubourgs. Le réseau total des tramways de Melbourne mesure 55 kilomètres.
- Tout ce qui tend à rendre la vie facile et agréable se trouve à Melbourne, et ce qui donne une preuve de la prospérité de ses habitants, ce n’est pas le grand nombre de beaux hôtels que l’on voit dans les faubourgs aristocratiques, mais bien les milliers de charmantes petites maisons qui s’étendent jusqu’à plusieurs kilomètres en dehors la ville, et offrent à la vue une diversité délicieuse, et annonce le bien-être.
- Toute personne visitant la colonie restera frappée de l’organisation parfaite de la distribution de l’eau dans la ville et les faubourgs. C’est à peine si la maison la plus humble ne possède pas sa salle de bain. Le réservoir le plus important est le Yan Yean, un lac artificiel au pied de la chaîne des montagnes appelée Plenty Ranges, à 30 kilomètres de Melbourne. Il y a quelques années on se plaignait de la qualité de l’eau du Yan Yean, mais aujourd’hui, bien qu’elle ne soit peut-être pas complètement transparente, il est saine et pure.
- La grande quantité des promenades, des parcs et des jardins publics, au milieu et à l’entour de Melbourne, sont des héritages sacrés légués au peuple par ses législateurs pour sa santé et son plaisir. Dans aucune autre ville du monde l’ouvrier ne jouit d’autant de récréations et de privilèges qu’à Melbourne.
- Ici, pas de religion d’État. Toutes les religions sont égales aux yeux de la loi de Victoria. Pas de budget des cultes; les églises sont absolument soutenues que par ceux qui les fréquentent au moyen de souscriptions volontaires.
- L’instruction est laïque et obligatoire. Les écoles publiques de l’État offrent une instruction laïque aux enfants dont les parents veulent l’accepter; mais si les enfants de six à quinze ans ne fréquentent pas les écoles de l’Etat, leurs parents doivent fournir la preuve qu’ils reçoivent
- C2
- p.19 - vue 34/124
-
-
-
- 20
- VICTORIA EN 1889.
- leur instruction, dont le degré est déterminé par la loi, dans des pensions particulières.
- De l’instruction supérieure, en outre l’Université de Melbourne, à laquelle plusieurs de ceux, qui ont mis pied à terre ici sans le sou, sont aujourd’hui en état d’envoyer leurs enfants, les ouvriers ont aussi leur “collège.” Ce dernier fut fondé par l’Honorable Francis Ormond, un des commissaires de l’Exposition de Paris, qui donna il y a deux ans la somme de 125,000 francs pour cet établissement. M. Ormond a bâti également le collége, faisant partie de l’Université, qui porte son nom. Le Collége des Ouvriers compte déjà deux mille élèves; les femmes y étant admises, comme les hommes, pour partager avec eux les bienfaits d’une institution, qui, si elle ne puisse pas se comparer avec le- Conservatoire des Arts et Métiers à Paris, établi par la Convocation Nationale de 1794, prouve toujours que l’on reconnaît la valeur de l’instruction technique en Victoria comme partout ailleurs.
- La Bibliothèque Nationale, le Musée, la Galerie des Tableaux, le Jardin Botanique, le Jardin Zoologique offrent une récréation et une instruction gratuites à l’ouvrier d’art au manœuvre aussi bien qu’au commis et à l’employé de bureau.
- Melbourne renferme un grand nombre de sociétés scientifiques et et littéraires, sociétés de prévoyance et de secours mutuels, de clubs, de sociétés musicales, d’orphéons, de fanfares et d’institutions sociales combinés pour satisfaire toutes les classes et toutes les sectes. Une société française, à laquelle est attaché un club, existe aussi à Melbourne.
- En fait, d’amusements les habitants de Melbourne sont des mieux partagés car ils ont cinq théâtres, dont plusieurs, le Princess Theatre entre autres, seraient dignes d’une ville comme Paris, et plusieurs salles de concert. Toutes les semaines de grands concerts sont donnés dans le Palais de l’Exposition et à l’Hôtel-de-Ville. Indépendamment du Maire et du Secrétaire de la Ville, qui, en dehors de Londres, sont les fonctionnaires civils les plus importants, Melbourne possède un Organiste de la Cité dont la position dans le monde musical est équivalente à celle du Poète Lauréat (1) dans la littérature. Mais malgré l’inclination des Victoriens pour les théâtres et les concerts, c’est surtout en plein air qu’ils prenent la plupart de leurs amusements populaires. Dans le noble jeu de “ cricket ” nos jeunes gens ont fait marque en jouant à “ Lord’s ” contre les Gentlemen et les Joueurs d’Angleterre, les deux sociétés qui possèdent les meilleurs joueurs de cricket de l’antique Albion. Il est impossible de trouver dans n’importe quelle ville du monde entier une organisation plus parfaite que celle qui existe au Cricket Ground de Melbourne. Là le Pavillon des membres n’est pas seulement une magnifique tribune, mais il contient une salle à manger, une
- (1) Le Poète Lauréat en Angleterre est un homme de lettres choisi parmi les plus illustres de la nation britannique et qui reçoit du gouvernement une subvention annuelle. C’est lui qui est appelé à faire le panégyrique de tous les grands événements de son époque.
- p.20 - vue 35/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 21
- salle de billard et une salle des bains. Le jeu de football est aussi populaire ici qu’en Angleterre. On se propose d’envoyer incessamment une équipe de canotiers à Londres pour se mesurer avec les canotiers anglais.
- Après le cricket, ce sont les courses de chevaux qui tiennent la plus grande place dans l’affection du peuple de Victoria. Les jeunes gens australiens des deux sexes se trouvent aussi bien sur une selle que les Arabes ou les Comanches indiens. Melbourne a deux magnifiques champs de courses à quelques minutes de la cité par le chemin de fer. À Fleming-ton a lieu tous les ans en novembre (le printemps d’ici) la course la plus importante de l’Australie : le Melbourne Cup. De toutes les parties du continent et de la Nouvelle-Zélande et de la Tasmanie, une foule immense appartenant à toutes les classes de la société se donne rendez-vous dans la capitale de Victoria. La semaine du Cup est le carnaval de l’Australie. Si Flemington ressemble à Epsom, on peut dire aussi que le champ de course de Caulfield est l’Ascot de l’Australie. Un étranger venant à Melbourne au moment du Cup pourra peut-être acquérir une meilleure connaissance des mœurs australiennes que s’il parcourait le pays tout entier. Chaque année l’on compte plus de 100,000 visiteurs qui viennent assister au Cup, et cependant le nouveau-venu sera étonné de voir au milieu d’une foule si considérable les sergents de ville brillent par leur absence; qu’il y a à peine une trace d’ivrognerie, et qui parmi tant de monde assemblé la bonne humeur seule est à l’ordre du jour. Ici, où les heures de travail sont bien moindres que dans n’importe quelle autre partie du monde, celui qui se livre au travail manuel ou au travail de tête n’a aucune tentation de faire des saturnales de ses jours de fête. Il y a moins d’ivrognerie et pas plus de crimes que partout ailleurs. Une considération importante pour tous, c’est que la moyenne de la mortalité à toutes les périodes de la vie est ici bien au-dessous de celle de l’Europe. Par conséquent, ceux qui, animés par un esprit d’entreprise, viennent s’établir dans ce pays ont plus de chances d’élever leurs enfants et de jouir d’une bonne longévité que s’ils étaient restés dans le pays qu’ils ont quitté.
- X.
- Les Grandes Villes de L'INTÉRIEUR.
- Il ne faut cependant pas juger Victoria seulement par sa capitale. Les villes de l’intérieur ont le droit aussi d’être mentionnées.
- La ville de Ballarat, la seconde de la colonie, est située à 160 kilomètres de Melbourne. Elle porte dignement le titre de Cité de l'Or. Au commencement de l’exploitation des mines d’or, le rendement de Ballarat était simplement fabuleux. Aucun territoire de l’Univers n’a donné une quantité si considérable d’or en un si court espace de temps. Il a été constaté que des placers d’environ trois mètres carrés ont donné de dix à douze mille livres sterling (de 250,000 à 300,000 francs) d’or chacun! À la
- p.21 - vue 36/124
-
-
-
- 22
- VICTORIA EN 1889.
- mine du Prince Régent, des individus ont fait seize mille livres sterling (410,000 francs) chacun pour quelques mois de travail! À l’une de mines, un baquet plein de résidus a rendu trois mille trois cent vingt-cinq livres sterling (83,125 francs). Le Welcome Nugget (lingot bienvenu), trouvé en 1858, fut vendu dix mille cinq cents livres sterling (157,500 francs)!
- Ces temps-là sont passés, mais Ballarat tel qu’il est maintenant est encore plus merveilleux que quand les lingots d’or " étaient plus abondants que les mûres,” que quand l’or "était répandu sur la terre comme des milliers de semences jetées au hasard.” Il y a quinze ans Anthony Trollope a pu dire en toute justice que Ballarat l’avait frappé plus qu’aucune autre des villes de l’Australie. Que, “au point de vue de l’excellence de l’architecture de ses bâtiments et du confort général, c’est certainement la métropole des mines d’or de l’Australie.”
- Sturt-street, la voie principale, a 2 kilomètres 500 mètres de longueur sur 65 mètres de largeur. Au milieu il y a une belle rangée d’arbres qui s’alignent sur toute son étendue. Les principaux bâtiments et édifices qui se trouvent des deux côtés de ce boulevard magnifique sont l'Hôtel-de-Ville, la Poste, le Mechanics’ Institute, les banques, le théâtre, l’Hôpital et plusieurs grandes églises. La population est de 40,000 âmes. Les réservoirs qui servent à l’alimentation de la ville ont une capacité de 270,000 hectolitres. Ces travaux ont coûté trois cent mille livres sterling (7,500,000 francs).
- Le Lac Wendouree ajoute maintenant au charmant aspect de la ville. Des centaines de petits yachts, des quantités de bateaux à vapeur en miniature et de bateaux à rames sillonnent le lac, dans lequel on trouve des perches, des truites et des carpes. Le Jardin Botanique, de l’autre côté du lac, est disposé avec un goût exquis et est bien entretenu.
- La plus belle laine du monde entier se produit près de Ballarat, et des cultures splendides existent sur les propriétés de Sir William Clarke, à quelques kilomètres de la ville, et sur les petites fermes de la forêt de Bungarée. Ballarat est aujourd’hui non-seulement une cité d'or, mais aussi un centre important dans l’intérieur des terres.
- La ville de Sandhurst, ou, comme on l’appelait autrefois, Bendigo, est à un peu plus de 160 kilomètres de Melbourne. Il a environ la même population que Ballarat, c’est-à-dire 40,000 âmes. En 1851, peu après la première découverte de l’or, on s’aperçut que Sandhurst possédait le précieux métal en quantités considérables. En très peu de temps il devint fameux pour le nombre de ses énormes lingots, dont le plus connu est le Victoria Nugget qui fut acheté par le gouvernement de Victoria et offert à la Reine d’Angleterre. En 1872, Sandhurst prit son rang comme une des villes principales de Victoria. Cette ville est certainement égale à n’importe quelle ville européenne de la même dimension. Les édifices les plus remarquables sont la Loge des Francs-Maçons, l’Hôtel-de-Ville et l’Hôpital ainsi qu’un très-beau théâtre. Les rues de Sandhurst sont plantés d’arbres
- p.22 - vue 37/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 23
- importés d’Angleterre, dont l’ombrage est aussi agréable aux habitants qu’aux visiteurs. Dans le centre de la ville se trouve un jardin de fougères magnifiques de toutes espèces appelé Rosamond's Bower. Pall Mall est le quartier principal des affaires. Les rues ont une longueur totale de 160 kilomètres.
- Sandhurst n’est pas riche en or. Il possède d’autres richesses. L’arrondissement produit annuellement plus de 363,476 hectolitres de grains, 25,000 tonnes de foin et quelque chose comme 2,726 hectolitres de bon vin. Des fruits de toutes espèces croissent d’une manière luxuriante dans un bon sol volcanique.
- À Sandhurst et à Ballarat on a établi des Ecoles de Mines auxquelles sont attachés des musées contenant des spécimens techniques et géologiques, des modèles de machines employées dans les mines, des outils de mineurs, des sections de mines, et des cartes et des plans géologiques. Dans ces écoles on enseigne non-seulement l’art du géomètre et de l’ingénieur .et tous les sujets des différentes branches de la science qui a rapport aux opérations minières, aussi bien au point de vue théorique qu’au point de vue pratique, mais aussi une quantité d’autres sujets n’ayant aucun rapport avec les mines. L’Ecole des Mines de Sandhurst possède environ quatre cents élèves, et celle de Ballarat environ cinq cents. Des écoles de dessin, crées par la Commission Royale de l’avancement de l’enseignement professionnel, sont établies dans vingt-cinq différents endroits de Victoria. Il y a plus de trois milles élèves sur les rôles de ces écoles. Une exposition du travail des élèves a lieu tous les ans à Melbourne, et des expositions locales se tiennent dans les autres villes.
- XI.
- Autres Villes de Victoria.
- Geelong, qui est classé comme la quatrième ville de Victoria, est situé d’une façon pittoresque sur les rives de Corio Bay. A une certaine époque on pensait que cette ville continuerait à être la rivale de Melbourne, et sa belle rade, sa situation et la richesse de ses cultures étaient faites pour entretenir cette illusion. Mais ce n’était qu’une illusion, et bien que Geelong fût toujours prêt par son entreprise à se placer à l’avant-garde, c’est Melbourne qui l’a dépassé. Il y a là plusieurs manufactures de lainages, et les draps de laine douce de Geelong sont très renommés dans les colonies.
- Il y a aussi un grand nombre de villes importantes sur le territoire de l’ouest de Victoria. Warrnambool, un magnifique port de mer, en est le centre. Belfast et Portland viennent après Warrnambool comme ports de mer. Hamilton, près de la frontière de l’Australie du Sud, est la capitale d’un beau district pastoral. À l’est, Sale chef-lieu du territoire de Gippsland, est une division vaste et prospère de la colonie, et qui fut découverte en 1839 par M. Angus MacMillan.
- p.23 - vue 38/124
-
-
-
- 24 FZCTDAZA EN 1889.
- Echuca, sur le Murray, est la principale ville au nord de Victoria. Autrefois c’était l’endroit où s’effectuait le passage des bestiaux de la Nouvelle-Galles du Sud. Pendant les mois d’hiver, quand les eaux du Murray se trouvent grossies par tous ses affluents des Alps Australiennes, des bateaux à vapeur se rendent à Albury d’un côté, et de l’autre dans l’Australie du Sud, dans la Nouvelle-Galles du Sud, et très loin dans l’intérieur des terres. Echuca, comme port de commerce, vient immédiatement après Melbourne pour le tonnage total des navires qui y viennent et qui en partent. La chose la plus remarquable à Echuca est le parc, principalement parceque la nature y a été encouragée, pour ainsi dire embellie. Assis là sur les souches des arbres dans une indolence heureuse et exempte de soucis, en regardant le fleuve se jeter vers la mer avec un bouillonnement d’écume blanche à laquelle un beau soleil dans un ciel toujours d’azur vient donner des reflets éblouissants, en écoutant le doux gazouillement des oiseaux voltigeant dans les airs, l’âme boit à satiété les délices du murmure des ruisseaux et de la brise subtile qui vient doucement caresser le feuillage des arbres géants.
- Le pont du chemin de fer à Echuca est le plus beau travail de ce genre qui existe dans l’hémisphère sud. Il est bâti en fer et plus de 465 tonnes de ce métal ont été employés à sa construction. Il a 580 mètres de long et a coûté cent vingt-quatre mille livres sterling (3,100,000 francs). Il fut érigé aux frais des deux colonies et inauguré en mars 1879.
- XII.
- Le Fleuve Murray.
- Le Murray forme la frontière nord de Victoria sur une distance de 1,609 kilomètres. Il fut découvert en 1830 par le capitaine Sturt. De la Nouvelle-Galles du Sud cet explorateur suivit le cours du Lachlan jusqu’au Murrumbidgee, et ce dernier jusqu’à l’endroit où il va se perdre dans un magnifique fleuve de 110 mètres de largeur et de 6 mètres de profondeur qu’en l’honneur du Secrétaire Colonial d’alors, Sir George Murray, il baptisa du nom qu’il porte aujourd’hui.
- Laissant le corps principal de son expédition en dépôt sur le Murrumbidgee, le capitaine Sturt descendit le fleuve dans une baleinière, un frêle esquif construit en sept jours. Le capitaine surmonta tous les obstacles— aussi bien les herbes dangereuses sur le fleuve que l’hostilité des indigènes sur les rives—et arriva, après un voyage de trente-deux jours, à un grand lac peu profond, où, trouvant impossible de se forcer un passage jusqu’à la mer à travers la navigation difficile du Lac Alexandrina, il revint sur ses pas. Le retour fut un voyage de souffrances continuelles, car toutes les provisions étaient épuisées. Le pauvre Sturt perdit un oeil faute de soins par une maladie des yeux appelée le blight. Il mourut en Angleterre en 1869. Peu d’hommes ont fait autant de bien à l’Australie que celui qui
- p.24 - vue 39/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 25
- découvrit le Murray, et peu d’hommes aussi, il est honteux de le dire, ont reçu une somme si maigre de récompense et d’honneurs pour leurs services.
- Jusqu’en 1851, le père des eaux de l’Australie, le Murray, fut presque une aqua incognita. Aucun son, excepté peut-être le cou-ï! d’un indigène nomade ou le cri aigu d’une poule d’eau s’échappant de son nid au milieu des roseaux, n’avait réveillé les échos du grand fleuve. Les pélicans et les magnifiques grues bleus et blanches battaient paresseusement des ailes au-dessus de sa surface dont l’aviron et l’élice du bateau à vapeur n’avaient pas encore déchiré la robe virginale.
- En 1853, le capitaine Francis Cadell, sur le petit bateau à vapeur Lady Augusta, parcourut le Murray jusqu’à une distance de près de 2,000 kilomètres de son embouchûre. Le capitaine Cadell fut un véritable argonaute, car il exploita la terre de la vraie toison d'or en ouvrant une vaste superficie de territoire propre à l’élevage des moutons. Le Murray serait un des fleuves les plus utiles de monde entier si un système de barrage était établi à ses sources qui permît d’enfermer ses eaux et de les conserver pour aider à la navigation pendant les mois de sécheresse. Mais les sources du Murray et ses affluents ,sont dans la Nouvelle-Galles du Sud, et jusqu’à présent aucune action collective n’a été décidée à ce sujet.
- XIII.
- Progrès de la Colonie.
- Il y a à peine cinquante-deux ans que le premier Européen s’est établi à Victoria: aujourd’hui elle possède un million d’habitants. La colonie est sillonnée en tout sens par un réseau de 3,800 kilomètres de chemins de fer, et couverte de villes prospères. Son importation est évaluée à vingt millions livres sterling (500,000,000 francs); son exportation à seize millions cinq cent mille livres sterling (412,500,000 francs). L’année dernière on a extrait 625,000 onces d’or; le produit de l’élevage des moutons et des bestiaux s’est élevé à neufs millions de livres sterling (225,000,000 de francs) ; et les produits agricoles à sept millions quatre cent mille livres sterling (185,000,000 de francs). Des manufactures se sont établies et développées dans la capitale et dans les autres villes de la colonie, et la valeur annuelle de ce qui se manufacture dans le pays est évaluée à douze millions cinq cent mille livres sterling (312,500,000 francs). Le revenu de la colonie s’élève à près de sept millions de livres sterling (175,000,000 de francs).
- • Il y a partout des écoles de l’État, des églises et des journaux—cinq journaux quotidiens existent à Melbourne seulement. Nous avons un Observatoire dont nous sommes fiers et un Astronome du Gouvernement qui, de même que notre botaniste, est un savant d’une réputation universelle. Nous avons aussi des forces navales et militaires, et nos côtes sont bien protégées par des fortifications bien armée. En province l’armée territoriale et les bataillons de volontaires apprennent le métier des armes aux jeunes
- p.25 - vue 40/124
-
-
-
- 26
- oS Co P -R -8-S 54 O &
- gens de Victoria. Le nombre des hommes de vingt à quarante ans (ce que l’on appelle communément l’âge des soldats) est de cent vingt mille à Victoria, tandis qu’en Australie il est de quatre cent mille. Nous n’avons aucune crainte d’une invasion étrangère. Les Victoriens sont fiers de leur colonie et aussi d’avoir du sang britannique dans leurs veines. Plus de quatre-vingt-quinze pour cent de la population victorienne est anglaise ou d’origine anglaise. On parle ici de la Grande-Bretagne comme du “ home.” Malgré l’établissement de l’Université qui confère tous les degrés, excepté ceux en Théologie, un grand nombre de nos jeunes gens vont tous les ans au collège en Angleterre (principalement, dit-on, parce que les examens y sont plus faciles).
- Néanmoins il y a encore de la place ici pour un grand nombre d’hommes énergiques et accoutumés au travail, car bien qu’à côté des troupeaux du squatter on puisse voir les champs de blé et de pommes de terres du petit fermier, ou les vignes du viniculteur, il y a un grand nombre de forêts à déboiser et de bons terrains à cultiver. Les habitants, à Victoria comme dans les autres colonies, ayant une tendance à se centraliser dans les villes, la population urbaine s’élève à plus de la moitié de la population entière de la colonie. Les manufactures et les industries renferment peut-être une proportion trop grande de nos jeunes gens. Les filles aussi aiment mieux travailler à la machine à coudre dans les manufactures d’habillements que d’entrer en service, bien que cette dernière occupation soit plus lucrative et plus facile. Les immigrants qui sont reçus avec le plus de plaisir à Victoria sont les domestiques, d’une part, et les cultivateurs, les fermiers et les vignerons, tous ceux enfin qui peuvent travailler le sol et le rendre productif.
- Il n’y a peut-être pas de pays dans le monde qui offre autant d’attraction au travailleur que la colonie de Victoria. Là il n’est pas rare pour l’ouvrier ou le cultivateur de voir plusieurs patrons se disputer ses services et surenchérir l’un sur l’autre pour les obtenir. Ce que l’on appelle le système des huit heures, fondé sur la division du jour en trois parties de huit heures chacune—une consacrée au travail, une consacrée au repos et l’autre consacrée au plaisir—est en existence dans la colonie depuis trente ans, et aucun patron ne voudrait s’aviser de demander à ses employés de travailler une minute de plus que le temps reconnu. La main-d’œuvre est si élevée et le travail si constant qu’un homme diligent et consciencieux peut non-seulement élever sa famille d’une manière convenable mais aussi économiser chaque semaine une somme égale à celle qui recevrait en Angleterre pour la même somme de travail. Une instruction gratuite .est fournie par l’État, et quand ses fils et ses filles seront élevés, ils trouveront facilement -un emploi de sorte qu’au lieu d’être un fardeau ces derniers viendront augmenter la somme de bien-être du foyer. Il n’y a peut-être pas de meilleur champ que Victoria pour le capitaliste, car ici l’argent fait l’argent. Des placements sûrs et avantageux se .trouvent tous les jours, et il y a à peine de risques à courir.
- p.26 - vue 41/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 27
- XIV.
- AGRICULTURE.
- À la fondation de la colonie les difficultés inhérentes aux opérations agricoles dans un pays neuf avaient à être vaincues. Le fermier pionnier avait à apprendre les particularités et les conditions spéciales du sol et du climat avec lesquels il allait avoir à lutter dans un pays inconnu, et ceci devait ce faire dans les conditions les plus difficiles. Il fallait faire venir le matériel agricole, les outils aratoires, etc., de pays très éloignés ; les chevaux, le gros bétail, les moutons, les porcs et la volaille devaient aussi venir de l’étranger, et il fallait apprendre par une expérience plus ou moins coûteuse quelles étaient les races d’animaux qui s’acclimateraient le mieux et quel était leur meilleur genre de traitement.
- En développant l’agriculture au milieu de ces difficultés, il y avait encore d’autres obstacles à vaincre. Il n’avait que très peu de villes de sorte que les marchés pour la vente des produits étaient très limités, et il arrivait fréquemment que quand il obtenait une bonne récolte, le fermier trouvait le port rempli de produits étrangers. Non-seulement il y avait très peu de marchés, mais l’accès aussi en était difficile. Il n’y avait de route ni à travers les forêts, ni au milieu des plaines, ni au-dessus des collines. Il fallait faire des routes soi-même et jeter des ponts sur les rivières avant de pouvoir mener ses produits au marché. Tout ce travail gigantesque avait à être fait par les fermiers qui étaient éloignés des écoles, des églises et des institutions sociales.
- Ceux qui se livrent aujourd’hui à l’agriculture sur les terres de la Couronne ou des fermes achetées à ceux qui les ont fondées, n’ont aucune de ces difficultés à vaincre. Les grandes villes leur offrent des marchés pour l’écoulement de leurs produits, et fournissent le matériel agricole ainsi que les machines les mieux perfectionnés construites soit dans le pays, soit en Angleterre ou en Amérique; des graines des plants de toutes espèces ont été importés de chaque partie du monde ; toutes les races de bétail peuvent se procurer, et les conditions du sol et du climat sont si bien connues que l’on peut se livrer au travail de toutes les branches de l’agriculture avec une connaissance parfaite du meilleur genre de traitement à employer. Des routes ont été faites dans toutes les directions; on a construit des ponts sur les fleuves et les rivières à tous les points où cela était nécessaire, et les chemins de fer se sont étendus dans toutes les portions de la colonie qui sont cultivées, et ils suivront de près les nouveaux colons qui iront s’établir sur les terres inoccupées.
- En dehors de tous ces avantages on a établi des écoles au milieu de chaque groupe agricole; on a bâti des églises dans tous les villages, et les territoires les plus éloignés du centre de la colonie jouissent d’avantages sociaux qui ne peuvent être surpassés dans aucun autre pays du monde.
- p.27 - vue 42/124
-
-
-
- 28
- WT^Z2 EN 1889.
- On a fait beaucoup dans un court espace de temps. Il n’y a que cinquante-trois ans que le premier Européen s’est établi à Victoria, mais bien moins de temps encore s’est écoulé depuis que la marche du progrès s’est réellement accentuée avec l’accroissement de la population, c’est-à-dire un peu après la découverte de l’or en 1851.
- XV.
- Fertilité du Sol.
- On ne fut pas longtemps à découvrir que le sol de Victoria était des plus fertiles. Il avait toutes les apparences de la richesse, et lorsqu’on en fit l’essai il fit plus que réaliser les espérances que l’on avait fondées. Quelques années après l’arrivée des premiers colons, les pommes de terre de Port Fairy avaient déjà une grande réputation de supériorité sur celles des différentes parties de l’Australie, et d’autres produits furent bientôt après cultivés avec un succès égal. On cultivait la pomme de terre à Belfast et à Warrnambool sur la côte sud-ouest de la colonie. Ces districts sont encore renommés pour la culture des tubercules, des carottes, etc.
- Le sol est d’origine volcanique, très friable et d’une couleur rougeâtre tirant sur le chocolat. Il est si riche qu’il peut se prêter à toutes sortes de cultures sans avoir besoin d’engrais avant des années. On obtient souvent un rendement de 30 à 37 tonnes à l’hectare, et une récolte de 25 tonnes à l’hectare est une chose très commune. Les territoires de Lancefield, de Daylesford, de Kyneton, de Ballarat et de Gippsland contiennent tous des terres de la même nature, et dans toute la colonie un grande proportion du sol est très fertile.
- Même dans les contrées de la colonie où le rendement est inférieur, le défaut ne vient pas tant de la nature du sol que du manque d’humidité. Il y a dans le nord de la colonie des districts qui possèdent moins d’humidité que de certains autres. Dans ces localités le rendement est généralement pauvre, mais ce qui prouve que le sol est excellent, c’est que dans les saisons de pluie on obtient de très belles récoltes.
- Victoria ayant des vastes étendues de sol fertile dans toutes les parties de son territoire, et par conséquent sous des conditions climatériques différentes les unes des autres, ses produits sont abondants et des plus variés.
- XVI.
- Le Climat.
- " C’est le plus beau climat du monde entier.” Tel est verdict de tous les colons observateurs qui ont assez voyagé pour donner du poids à leur opinion. Il n’y a pas ici d’hiver dans le sens européen du mot. L’époque de l’année appelée hiver est simplement la saison pendant laquelle il y a plus de pluie et moins de chaleur qu’en été. Peu d’Australiens ont vu de
- p.28 - vue 43/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 29
- la neige. Sur les montagnes de l’intérieur et les plateaux avoisinants il tombe quelquefois un peu de neige, mais juste en quantité suffisante pour blanchir la terre pendant quelques heures. Les arbres indigènes sont toujours verts et leurs feuilles ne tombent pas pendant l’hiver, néanmoins les arbres anglais et . des autres pays subissent la transformation habituelle, probablement par respect pour les vieilles traditions de famille. En résumée l’hiver n’est qu’une forme modifiée de l’été. Le bétail n’a pas besoin d’être rentré et nourri à l’étable pendant l’hiver. Le bélier mérinos, qui produit la plus belle laine de l’univers, reste dans les pâturages pendant toute la durée de cette saison sans avoir même une haie pour s’abriter; le gros bétail se traite de la même manière, et non-seulement il peut vivre clans les prairies pendant tout l’hiver, mais encore il s’y engraisse pour l’abattoir. Il en est de même pour les vaches que les métayers vont traire en pleine campagne. Tout fermier qui sait ce que c’est que d’avoir à organiser des étables et à emmagasiner du fourrage pour l’hiver, comme cela se pratique en Angleterre, en Amérique et en Europe, sera à même de comprendre quels avantages Victoria possède avec son climat sans hiver.
- Pour se faire une idée bien nette de ce qu’il tombe de pluie à Victoria il sera nécessaire de prendre note des traits physiques de la colonie. La côte est du continent australien se termine à environ 160 kilomètres sud de la frontière du nord de Victoria, dans l’arrondissement de Gippsland. De son extrémité une chaîne de montagnes en forme d’éperon, appelée le Great Dividing Ranges, s’avance vers l’ouest et s’étend à travers la colonie de Victoria. Cette chaîne de montagnes divise la colonie en deux parties, c’est-à-dire la division nord et la division sud, ou si nous prenons le cours entier de la chaîne de montagnes, y compris la partie est de la côte du continent qui s’étend dans Victoria, nous aurons la colonie divisé en un district du littoral et un district de l’intérieur. Sur le littoral, le territoire, qui a un peu plus de 160 kilomètres de largeur, jouit d’une pluie abondante, tandis que dans l’intérieur du pays, qui a une superficie d’environ 160 kilomètres du fleuve Murray, la moyenne de la pluie est un peu moindre. Sur tout le littoral la pluie est suffisante à la cultures des céréales, des tubercules et de certaines racines. Le blé, l’avoine et l’orge s’y cultivent avec succès, et des pâturages permanents de gazon anglais peuvent y être semés avec avantage. Les tubercules et les racines y viennent bien aussi. On a obtenu d’excellentes récoltes de pommes de terre dans beaucoup de districts, et bien que les navets n’aient pas eu beaucoup de succès, mangel-wurzel (Beta hybrida) et les betteraves rendent d’une manière satisfaisante.
- D’après les calculs météorologiques, l’humidité de Melbourne peut être prise comme représentant le moyenne des districts du littoral de la colonie, et pendant vingt-quatre ans sa moyenne a été d’un peu plus de 61 centimètres. Ceci est supérieur à l’humidité de Londres (58 centimètres) et à celle de Paris (55 centimètres). Dans le nord des contrées de l’intérieur l’humidité moyenne de la pluie tombée pendant l’année est généralement
- p.29 - vue 44/124
-
-
-
- 30 FZC'TWi EN 1889.
- au-dessous de 50 centimètres, et quelques endroits particulièrement secs n’ont pas plus de 25 centimètres. Dans les sections des contrées du nord où la moyenne annuelle varie de 22 à 45 centimètres, on cultive l’avoine, l’orge et le blé, et les récoltes sont des plus satisfaisantes, mais les racines (betteraves, arrowroot, etc.) sont cultivées avec moins de succès.. Dans les sections où la sécheresse prédomine, c’est-à-dire, où il n’y a que de 20 à 22 centimètres, le blé est la seule des céréales qui donne un bon rendement.
- Il est important de remarquer que la plupart des fermiers de Victoria sont établis dans les contrées du nord, et si le climat semble y être trop sec, il faut se rappeler qu’il y a là des avantages qui font plus que compenser le manque d’humidité. La terre est généralement prête à recevoir la charrue, et même quand quelque défrichement est nécessaire le travail est très léger et peu coûteux. Les bestiaux se développent admirablement dans les climats chaud.
- Le climat est indubitablement plus sec qu’on pourrait le désirer, mais avec les avantages mentionnés plus haut, les fermiers arrivent à faire prospérer leur industrie. Les cultivateurs de blé de la colonie de l’Australie du Sud (Adelaide), ceux qui produissent le plus de blé en Australie, ont à lutter contre un climat plus sec encore et leur production par hectare est inférieure à celle de Victoria. Ce n’est que dans les régions les plus sèches de l’intérieur que l’orge et l’avoine ne peuvent se cultiver avec succès, de sorte qu’un petit nombre de cultivateurs sont obligés de borner leurs opérations agricoles à la culture du blé.
- Si cependant nous examinons les contrées de Victoria où la sécheresse se fait le plus sentir, nous trouvons que les habitants y sont dans une condition prospère qui est produite par les avantages qui contrebalancent le manque d’humidité. Par exemple, le système économique que l’on emploie ici pour la culture et la récolte permet au fermier de réaliser de bons bénéfices sur un rendement relativement peu considérable. C’est à peine s’il y a du bois dans les contrées sèches. Les arbres croissent en assez grande quantité cependant pour fournir le bois nécessaire à la construction des barrières et des palissades, mais chaque ferme possède une plaine d’une grande étendue qui est prête à être labourée sans aucune préparation. Cette terre est aussi fertile, est aussi facilement préparée que celles des prairies de l’Amérique de l’Ouest, tandis qu’un système plus économique pour la récolte peut y être adopté. La sécheresse particulière de l’air permet de faire usage du stripper (faucheuse et batteuse combinées), tandis qu’en Amérique il faut faucher le blé, le mettre en bottes, le transporter et le battre. Dans l’Australie du Sud où le système économique du stripper est adopté, les cultivateurs arrivent à faire leurs affaires avec un rendement d’un peu moins de 4 hectolitres seulement à l’hectare. Dans les parties sèches de Victoria, le système de culture est le même et le rendement varie de 9 à 10 hectolitres à l’hectare ; les prairies naturelles y sont excellentes, et comme il y fait chaud le bétail y devient très beau. Par
- p.30 - vue 45/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 31
- conséquent les fermiers, dans ces localités, tirent leurs bénéfices de la culture des céréales et de l’élevage combinés; ils sont généralement tous à leur affaire et paraissent contents d’un sort qui ferait envie à tous les cultivateurs d’Europe. En outre un système d’irrigation est établi par le gouvernement, qui fera des contrées arides les portions les plus productives de la colonie.
- XVII.
- Production Agricole.
- La richesse du sol, sa fécondité jointe à la chaleur douce du climat, fait que les produits de la colonie sont abondants et variés. Dans les districts du littoral là où les céréales de toutes sortes sont cultivées, le rendement est tout ce que l’on peut désirer d’une terre sans engrais.
- La moyenne totale de la colonie est toujours inférieure aux résultats obtenus par les fermiers qui comprennent bien l’agriculture. Le système d’exploitation des fermes de Victoria réclame de grandes améliorations. La majorité de ceux qui se livrent ici au travail de la terre n’ont fait aucune étude en agriculture, et le système employé, comme cela arrive presque toujours dans les pays nouvellement découverts, n’est pas appelé à produire les meilleurs résultats. Les quelques fermiers qui comprennent bien l’agriculture, qui connaissent la manière de cultiver leurs terres, obtiennent de 30 à 37 hectolitres de blé, d’avoine ou d’orge à l’hectare dans les districts où la moyenne générale ne dépasse pas de 13 à 17 hectolitres. Des récoltes plus abondantes que ces dernières ont été souvent enregistrées, mais de 30 à 37 hectolitres est ce que peut rapporter la terre bien cultivée.
- Quant à ce qui concerne les pommes de terre, le mangel-wurzel, les betteraves et les pois, on peut remarquer la même différence entre la moyenne donnée par un mauvais système de culture et une méthode bien entendue. On considère 12 tonnes de pommes de terre à l’hectare un rendement rémunérateur, mais on obtient fréquemment de 30 à 37 tonnes. La paille de blé et la paille d’avoine donnent de 5 à 10 tonnes. Le foin, le trèfle et la luzerne se cultivent avec succès dans tous les districts du littoral. Le maïs aussi y croît très bien et donne de bonnes récoltes dans les terrains humides ; on en obtient facilement 90 hectolitres à l’hectare.
- La manière défectueuse dont on traite la terre est cause qu’une grande quantité de produits agricoles dont la culture réussirait dans la colonie sont négligés, la tendance de nos fermiers étant de laisser de côté la rotation et de circonscrire toute leur attention à la culture d’une seule espèce de grain; de sorte que la culture du blé ici est plus importante que la plupart des autres branches de l’agriculture. Dans tout le nord et dans l’intérieur des terres le blé se produit avec avantage.
- On se livre depuis quelques années à la culture du houblon, et il y a des districts importants le long de la côte et près des montagnes qui conviennent parfaitement à ce genre de culture. Le sol et le climat d’ici
- p.31 - vue 46/124
-
-
-
- 32
- VICTORIA UN 1889.
- conviennent mieux au houblon que ceux de l’Angleterre ou ceux de l’est de l’Amérique, ainsi que le prouve les récoltes obtenues. On en récolte fréquemment de 2,540 à 3,375 kilogrammes par hectare dans un sol vierge et sans engrais. La Californie est le seul pays du monde qui puisse montrer des résultats qui égalent ceux de Victoria. Cependant, malgré l’abondance des récoltes et la qualité supérieure du houblon, il a peu de cultivateurs qui paraissent comprendre la véritable manière de le préparer pour le marché. Par conséquent il n’y en a qu’une petite quantité qui soit propre à l’exportation et qui puisse être envoyée sur les marchés de Londres ; mais comme l’art de traiter le houblon commence à être mieux compris, bientôt, sans aucun doute, la colonie en fournira une grande quantité à l’exportation.
- Le tabac est une des produits sur lesquels on peut compter dans un avenir prochain. Le climat et le sol sont excellents pour la production du tabac, et l’on peut s’attendre à ce que la culture de cette plante de valeur se développe à mesure que la population s’augmentera et que le progrès fera son chemin.
- XVIII.
- Fruits.
- Par ce qui précède on aura pu se rendre compte que le climat de Victoria ressemble à celui du midi de l’Europe et il s’ensuit naturellement que les produits variés de la France, de l’Italie et de l’Espagne peuvent se cultiver dans la colonie. Ce n’est pas simplement une théorie car des expériences ont déja été faites, et elles ont toutes prouvé que les différentes industries rurales du sud de l’Europe peuvent être introduites ici avec l’assurance d’un succès plus grand que celui dont elles jouissent dans leur propre pays.
- On a fait l’essai des fruits de toutes sortes : les poires, les pommes, les prunes, les cerises, les pêches, les abricots, les raisins, les oranges, les citrons et les olives, et l’on a trouvé qu’ils florissaient d’une manière qui fait l’étonnement des gens du midi de l’Europe eux-mêmes. Dans quelques-uns des districts les plus populeux, des vergers de 35 à 50 hectares ont été plantés d’arbres fruitiers et leur nombre s’est rapidement augmenté. Ils sont très nombreux aux environs de la capitale où ils sont associés à la culture maraîchère. Grâce à la variété des conditions climatériques, les fruits des régions tempérées peuvent s’y cultiver. Tout ce que l’on a pu obtenir de mieux en Europe et en Amérique a été importé et une grande variété d’espèces croissent à ravir dans ces vergers et s’y propagent avec une grande rapidité.
- Les mûriers surtout y poussent d’une manière luxuriante, et l’introduction de la culture du ver à soie n’est qu’une question de temps. La seule raison qui empêche la colonie de produire plus de fruits, d’huile d’olive et de soie c’est qu’elle est trop prospère, que la main-d’œuvre y est si chère que d’autres industries qui réclament moins de travail absorbent toute l’attention
- p.32 - vue 47/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 33
- de la population. La Californie, dont le climat ressemble tant à cela de Victoria, nous enseigne cependant qu’en faisant usage de machines et en adoptant un système de direction du travail qui économise la main-d’œuvre, une grande quantité des industries du midi de l’Europe peuvent être exploitées avec succès, même lorsque la population est limitée et les salaires très élevés.
- L’attention des colons s’est dernièrement portée sur le fait qu’en Californie la culture des fruits se développe d’une manière merveilleuse par l’application du procédé qui consiste à faire sécher les pommes, les raisins, les groseilles, les abricots, les prunes, etc., et à les conserver dans des boîtes de fer blanc pour l’exportation, et l’on est en train de s’efforcer d’introduire le même système dans la colonie.
- La vigne et les arbres fruitiers de toutes sortes poussent rapidement aussi bien sur le littoral que dans l’intérieur de la colonie, et les colons qui s’occupent spécialement des vignobles ou des vergers sont en général plus à leur aise que les cultivateurs de grains.
- XIX.
- Des Terres EN Général.
- Les terres que l’État donne gratis sont généralement sans valeur et seulement susceptibles d’être obtenues dans les pays mal gouvernés et inaccessibles. Même dans les États-Unis d’Amérique, où l’on donne des petites fermes aux colons qui viennent s’y établir, on ne peut se procurer des terres de l’État près des lignes de chemins de fer sans payer un certain prix par hectare. Dans cet pays, quand on construit une nouvelle ligne de chemin de fer, le gouvernement donne à la compagnie qui a entrepris la construction de la ligne la moitié des lots de terrain qui bordent la voie ferrée. Les lots de l’État et ceux accordés à la compagnie s’alternent, c’est-à-dire que le premier lot appartiendra à l’Etat, le deuxième à la compagnie, le troisième à l’État et ainsi de suite. Ce qui fait que les terres du gouvernement, ayant le voisinage du chemin de fer, augmenteront de valeur et seront vendues de 4 à 8 shillings (5 à 10 francs) de plus par acre. En un mot les terrains gratis ne peuvent s’obtenir dans aucune partie du monde où il y a des chemins de fer, des marchés, ou d’autres avantages sans lesquels la terre n’a aucune valeur. Comme Victoria possède les avantages énumérés ci-dessus': chemins de fer, grandes routes, ponts, écoles, gouvernements locaux, et tous les avantages de la civilisation moderne, il n’y a pas de terre gratis, il y a, ce qui répond mieux aux besoins, de la terre à bon marché.
- Dans les États-Unis où l’on peut obtenir pour rien de la terre de l’État, les colons préfèrent l’acheter aux compagnies de chemins de fer, aux propriétaires et à une distance peu éloignée des grandes villes. On considère qu’il vaut mieux payer la terre de deux à trois livres sterling (50 à
- P
- p.33 - vue 48/124
-
-
-
- 34 EZCrm EN 1889,
- 75 francs) l’acre,(1) près d’une ville qui possède une gare de chemin de fer, de quinze à vingt livres sterling (375 à 500 francs) près des grands centres de population et de vingt à quarante livres sterling (500 à 1,000 francs) dans les districts, où l’on peut planter les arbres à fruits et où il y a un bon système d’irrigation, que d’aller s’établir dans les terres incultes de l’État. Comme en Amérique, il y a dans quelques-unes des colonies australiennes des portions de territoire éloignées des centres où le prix de la terre est purement nominal et par conséquent bien meilleur marché qu’à Victoria; mais si l’on se rend compte de l’endroit inaccessible où ces portions de territoire sont situées et de leur distance considérable des marchés, on verra qu’elles devient réellement plus cher: l’argent de l’achat ne se donne qu’une fois pour tous, mais se trouver à une grande distance du marché signifie, sous la forme de charroi, le paiement d’un lourd impôt qui finit par représenter l’intérêt annuel d’une grosse somme d’argent.
- Dans la colonie de Victoria la terre est réellement à bon marché. Elle donne un si bon intérêt sur l’argent placé que les capitalistes la considère comme une des meilleures spéculations. Pendant les vingt années qui viennent de s’écouler, le gouvernement a offert au public des terrains à très bas prix, afin d’encourager la colonisation. Des terres d’une valeur de deux à trois livres sterling l’acre (50 à 75 francs) ont été cédées à une livre sterling avec dix ou douze ans pour payer le prix d’achat. Ce fait, ainsi que le mauvais système de culture employé, est suffisant pour démontrer que la terre n’a jamais pu s’élever à sa propre valeur. Si un système perfectionné de culture, donnant les meilleurs résultats dont le sol soit susceptible, avait été employé, et si aucune terre ne pouvait se procurer sans qu’on soit obligé de l’acheter des propriétaires qui en connaissent la valeur, le prix de la terre se serait élevé à son taux intrinsèque. Mais la terre de la meilleure qualité a toujours pu s’obtenir au prix d’une livre sterling l’acre avec des paiements à longs termes, et le sol n’a pas été développé comme il aurait pu l’être.
- Même à présent les acheteurs ont le bénéfice de ces circonstances. Ils peuvent se procurer des terrains près des marchés et des lignes de chemin de fer à très bon marché. Dans les districts secs de l’intérieur, où la terre augmente de valeur depuis qu’on a fait des essais sur ce qu’elle peut pro-duire, des bons terrains se vendent de deux à trois livres sterling l’acre. Des fermes avec habitations et dépendances changent de propriétaires au prix de deux livres dix shillings à quatre livres dix shillings (62 fr. 50 à 112 fr. 50) l’acre. On peut prendre ces prix comme la moyenne établie. Néanmoins, dans les positions spéciales, près des grandes villes, le bon terrain agricole vaut de vingt à vingt-cinq livres sterling (500 à 625 francs) l’acre, et celui qui est propre à la culture de la pomme de terre vaut de trente à cinquante livres sterling (750 à 1,250 francs), mais ces prix sont
- (1) L’acre anglais représente un peu plus des deux cinquièmes de l’hectare.
- p.34 - vue 49/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 35
- des exceptions. Il arrive fréquemment que les éleveurs de moutons paient de deux à trois livres pour des terrains vierges croissant d’herbe et de broussailles qu’ils consacrent strictement à l’élevage de leurs moutons, et le cultivateur peut, en général, faire rendre à sa terre un bénéfice plus considérable que l’éleveur. La valeur actuelle de la terre est minime quand on le compare à ce que le sol est susceptible de produire; mais le prix est réglé par les circonstances du pays. Ces circonstances qui tendent à empêcher le prix de la terre de hausser sont la population limitée, la quantité des terres du gouvernement offertes au prix nominal d’une livre sterling l’acre, avec des facilités de paiement et l’absence d’un bon système de culture. Quand les terres de l’État seront toutes occupées, quand la population se sera accrue, la demande ayant introduit un meilleur système de culture, la terre aura une bien plus grande valeur qu’elle n’a maintenant. Le moment est donc favorable pour obtenir des terrains à bon marché. On peut toujours acheter des fermes car il s’en trouve souvent à vendre, et ceux qui achèteront d’ici à quelques années feront non-seulement de bons bénéfices sur leurs opérations agricoles, mais en même temps ils auront l’avantage de voir la valeur de leurs propriétés s’élever d’une manière considérable.
- XX.
- Les TERRES DU GOUVERNEMENT.
- La colonie de Victoria a une superficie d’environ 56,250,000 acres. Sur ce nombre quelque chose comme 15,530,000 ont été aliénés à des propriétaires particuliers. Une superficie de près de 7,584,000 acres est en voie d’aliénation d’après un système défini d’arpentage, et, déduisant les routes, les réserves pour les mines et . les forêts de l’État, il reste environ 30,000,000 d’acres procurables pour la- colonisation. De ces 30,000,000, 11,500,000 appartiennent au mallee country (pays des landes) qui est situé à l’extrémité nord-ouest de la colonie. Le mallee country a été réservé par l’État qui le loue à bail aux éleveurs sous des conditions particulières. Cette partie du territoire de Victoria/ dans sa condition actuelle, étant dépourvue d’eau et couverte plus on moins de broussailles et d’arbrisseaux, est impropre à la culture et à l’établissement des petites fermes. Le mallee est divisé en deux parties, c’est-à-dire, les confins et l’intérieur. Sur les confins des lots de différentes dimensions qui s’élèvent jusqu’à 20,000 acres, se louent pour une période de vingt ans, et dans l’intérieur, des lots d’une étendue plus grande se louent aussi pour la même période de temps. Dans le cas des subdivisions de terre sur les confins le prix du loyer est fixé par des règlements et des concessions sont accordées à ceux qui les demandent sans qu’ils aient besoin de se soumettre au système des enchères publiques. Les loyers fixés pour les concessions de l’intérieur sont de 2 pence (20 centimes) par mouton et 1 shilling (1 fr. 25) par tête de gros bétail pendant les cinq premières années; le double de cette somme pour les cinq années
- D 2
- p.35 - vue 50/124
-
-
-
- 1
- 36 VICTORIA EN 1889.
- qui suivent, et 6 pence (60 centimes) par mouton et 3 shillings (3 fr. 75) par tête de gros bétail pour les dix autres années. À la fin de ces termes à bail la terre revient à l’État, et l’on donne une compensation au locataire pour les améliorations qu’il a faites à la propriété pendant la durée de son bail. À l’expiration des baux, la terre ayant été améliorée, on espère qu’elle sera propre à être occupée par les petits fermiers. La plus grande partie du mallee country est déjà occupée et ceux qui l’occupent ont déjà commencé à l’améliorer..
- Une superficie appartenant à l’État d’environ 20,000,000 d’acres, en dehors du mallee country, est maintenant offerte au public, d’après une loi passée en 1855. Cette superficie est divisée en terres pastorales, en pâturages et en terres agricoles. Les terres pastorales sont divisées, en concessions capables de contenir et de nourrir de 1,000 à 4,000 moutons et de 150 à 500 têtes de gros bétail. Elles sont louées à bail pour une période de quatorze ans au prix de 1 shilling (1 fr. 25) par mouton et 5 shillings (6 fr. 25) par tête de gros bétail. On a estimé qu’il ne fallait pas moins de 10 acres de terre pour suffire à la nourriture d’un mouton, et c’est sur cette moyenne que l’on se base pour déterminer la superficie de chaque concession. S’il y a plus d’une demande d’occupation pour chacune de ces divisions de terrain, la division est mise aux enchères et est donnée au dernier enchérisseur. Les locataires sont sous l’obligation de détruire les lapins, les chiens sauvages, les kangaroos et les wallabies, et à la fin du bail on accorde une compensation de 2 shillings 6 pence (3 fr. 10) par acre au locataire pour les barrières, les puits, les réservoirs et les barrages qu’il a faits pendant la durée de son bail.
- Les terres pour la culture et les pâturages, qui s’élèvent à environ 8,712,000 acres, sont divisées en lots qui n’excèdent pas 1,000 acres chacun. Ces lots sont loués à bail pour un terme de quatorze ans à un prix qui ne peut être moindre de 2 pence (20 centimes) ni supérieur à 4 pence (40 centimes) par acre, et l’estimation de la qualité de la terre se fait par les employés du gouvernement. Un plan des territoires inoccupés a été dressé et montre la superficie de chaque lot avec son numéro d’ordre. Le pétitionnaire doit faire sa demande pour un lot déterminé en indiquant son numéro sur le plan, et s’il y a plus d’une demande pour le même lot, un Land Board (1) décide celui des pétitionnaires qui doit obtenir la concession. On n’exige pas que le locataire réside sur ses terres, mais il a à détruire les lapins et autres animaux nuisibles à l’agriculture et à entourer son terrain dans l’espace de trois ans. À l’expiration de son bail une compensation, qui ne dépasse jamais 10 shillings (12 fr. 50) par acre, lui est accordée pour les travaux qu’il a faits sur la propriété. Sur ces terres louées à bail on permet
- (1) Le Land Board est une sorte de Conseil d’administration des terres de l’État. Il connaît de tout ce qui est relatif aux conditions des baux, et juge les conflits qui se produisent entre les inspecteurs du gouvernement et les fermiers. Les demandes de terre lui sont adressées et il décide quelles sont les terres destinées à être mises aux enchères publiques.
- p.36 - vue 51/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 31
- au locataire de cultiver tout ce qui est nécessaire à sa consommation, mais il n’a pas le droit de vendre ses produits. L’avantage de ce système consiste tout entier en ce que le locataire, sur ses 1,000 acres, a le droit de choisir 320 acres pour lesquels il peut obtenir un titre de propriété définitif aux conditions suivantes :—Si, par exemple, un locataire choisit dans ses 1,000 acres 320 acres pour lesquels il désire avoir un titre de propriété, il devra payer annuellement une somme de 1 shilling (1 fr. 25) par acre pendant six ans. Au bout de six ans il aura la faculté de continuer à payer 1 shilling par an et par acre jusqu’à concurrence de 20 shillings (25 francs), ce qui constitue le prix d’achat de la terre, ou de verser immédiatement la somme de 14 shillings contre laquelle on lui délivrera ses titres de propriété. Les autres conditions imposées pour ce genre de transaction sont que celui qui obtient un bail doit résider sur sa concession, ou à une distance qui ne doit pas excéder 6 kilomètres, pendant six ans, et que pendant cette période de temps il fera faire, ou fera lui-même des travaux d’amélioration qui à l’évaluation faite par des experts devra représenter une somme de 25 francs par acre. Ceux qui ne résident pas sur leurs terres ont à payer deux livres sterling (50 francs) par acre et à améliorer leurs concessions jusqu’à concurrence de 25 francs dans l’espace de trois ans, s’ils veulent obtenir leurs titres de propriété. Sous les lois actuelles, on accorde aussi des licences pour le droit d’établir des pâturages sur des terrains aurifères et les forêts de l’État.
- Une quantité limitée de terres de l’État se vend tous les ans aux enchères, et des baux spéciaux sont accordés pour les marécages ; mais la plus grande partie des terrains du gouvernement se loue ou se vend aux conditions indiquées plus haut. Par ce qui précède on aura pu comprendre que le seul moyen d’obtenir des terres du gouvernement c’est de prendre à bail une concession de 1,000 acres que l’on devra améliorer pour avoir le droit de choisir 320 acres pour lesquels on obtiendra des titres de propriété définitifs. Dans quelques années toutes les terres de l’État se trouveront prises dans ces conditions car la demande en est très grande, et le fait que ces terres sont si recherchées par ceux qui veulent se vouer à l’agriculture est la meilleure preuve de leur valeur que l’on puisse donner. Là où des grandes superficies de terrains gratis attendent que les colons viennent s’en emparer, il doit y avoir des conditions anormales qui les rendent impropres à être occupées par des cultivateurs. Dans la colonie de Victoria la demande pour les terres a toujours dépassé l’offre, et quand de temps en temps on en a placé à la disposition du public on a toujours trouvé des colons anxieux de les obtenir. Pour le nouvel arrivant la terre doit valoir autant sinon plus que pour les colons déjà établis, car tandis que les fermiers des colonies sont enclins à suivre les vieilles routines de l’agriculture, le nouvel arrivant apporte avec lui les derniers perfectionnements en usage là où la concurrence est plus grande, c’est-à-dire, au milieu des pays plus anciens et plus peuplés.
- p.37 - vue 52/124
-
-
-
- 38 FZCÎ^^ EN 1889.
- XXI.
- La Viticulture.
- On peut dire en toute assurance que tout pays où la vigne croît en abondance et où le raisin se développe jusqu’à un degré de maturité parfaite est un pays appelé à devenir un grand vignoble. L’Australie peut être considérée comme possédant ces qualités, et, favorisée par la variété des climats des différentes parties de son territoire, qui tous sont favorables à la culture de la vigne, elle peut non-seulement fournir des vins légers semblables à ceux de France et d’Allemagne, mais aussi ceux plus alcoolisés que produisent l’Espagne, le Portugal et l’Italie.
- M. Hubert de Castella, l’un des commissaires de Victoria à l’Exposition de Paris, a, dans un livre intitulé John Bull’s Vineyards (Les Vignobles de John Bull), donné un compte rendu très intéressant des progrès de l’industrie vinicole dans la colonie de Victoria. Ce fut en 1838 ou en 1839 qne M. William Kyrie alla d’Arnprior à Monara dans ce qui était alors un magnifique désert, et où aujourd’hui la vigne se développe d’une manière si luxuriante, couvrant de sa belle robe verte une immense étendue de territoire.
- Comment cette merveille s’est accomplie on est encore à se le demander, mais ce n’en est pas moins un fait acquis. Ce n’était pas seulement l’exploration d’un simple individu allant à l’aventure pour faire des découvertes, c’était mieux que cela, c’était un pionnier qui voulait fonder quelque chose de durable car il avait emmené avec lui son bétail et ses troupeaux de moutons, et au risque de sa santé et même de sa vie, il accomplit un tour de force prodigieux de colonisation. Avec une surface immense de terrains vierges et inoccupés s’étendant devant lui il y aurait pu choisir des terres plus vastes et plus profitables. Mais si l’on tient compte du climat et de la beauté du paysage, c’est à peine s’il aurait pu trouver un endroit si séduisant dans tout le continent australien.
- M. Kyrie apporta avec lui quelques ceps de vigne dont quelques-uns étaient encore en bon état à la fin de son voyage. Le beau plateau sabloneux qui s’étendait devant la petite habitation de ce premier colon était un sol d’alluvion très riche. Les vignes y furent plantées ; elles poussèrent et se développèrent d’une façon si surprenante qu’il fut bientôt évident qu’une plus grande étendue de terre consacrée à ce genre de culture serait d’un bon rapport. De ce petit commencement sortirent les vignobles de Yering et de Saint-Hubert, le premier étant la propriété de M. Paul de Castella, et l’autre, qui est l’un des plus grands du monde entier, appartenant à M. Hubert de Castella. Après la fondation de ces premiers vignobles beaucoup d’autres se sont formés graduellement. Il y a trente ans on comptait à peine 2,000 acres de vigne en culture, aujourd’hui nos vignobles couvrent une étendue de 12,000 acres, et plus de 45,435 hectolitres de vin ont été produits l’an dernier.
- p.38 - vue 53/124
-
-
-
- VICTORIA UN 1889. 39
- À l’époque dont nous parlons plus haut, quelques uns des vins de la colonie avaient déjà trouvé leur placement à l’étranger et avaient obtenus des appréciations favorables. C’est aussi à cette époque que l’attention se porta tout d’un coup sur l’établissement des vignobles. Le gouvernement de Victoria offrit, sous des conditions spécialement favorables, dans des localités différentes, des terres qui étaient considérées comme les plus propres à la culture de la vigne. Les journaux se mêlèrent au mouvement et encouragèrent les vignerons en publiant dans leurs colonnes les comptes rendus de leurs efforts, des succès obtenus et de leurs espérances. Des avocats, des médecins et des capitalistes prirent des terres en vertu de la loi pour l’encouragement de l’industrie vinicole et les firent cultiver à leur compte. Et enfin des compagnies se formèrent pour l’exploitation de grands vignobles. Comme il a été dit précédemment, en moins de deux ans plus de 2,000 acres furent plantés avec ceps, et tout semblait indiquer une grande et immédiate prospérité.
- Malheureusement, comme le remarque M. de Castella, le goût des habitants de la colonie était porté vers les liqueurs fortes. Les amateurs des vins de Porto et de Xérès s’étaient mis à la tête du mouvement, les districts les plus chauds furent proclamés les meilleurs, et l’on prit en pitié les vignerons qui s’établirent sous des climats tempérés en les plaignant de leur manque de jugement.
- Mais il n’était pas suffisant pour les viticulteurs qui avaient choisi pour types les vins alcoolisés du bas commerce d’obtenir, en laissant le raisin arriver à sa maturité naturelle, des vins nouveaux égaux en richesse à ceux d’Espagne et de Portugal; plusieurs d’entre-eux laissèrent leurs raisins sur les ceps jusqu’à ce qu’ils fassent complètement désséchés, et l’on raconte qu’un vigneron amateur avait mis ses grappes de raisins sur les toits en zinc de sa maison et de ses caves, avant de les passer au pressoir, pour les y laisser s'améliorer, disait-il, pendant deux jours sous le rayons d’un soleil ardent. Les vins faits de cette manière, non pas du jus de la grappe, mais de sirop, incapables de fermentation, n’étant qu’un composé de sucre et d’alcool, se tournèrent bientôt en vinaigre.
- Le chaud district du Murray, dont Rutherglen est le centre, fournit à présent un tiers du vin récolté à Victoria. Une vaste plaine d’un sol rouge, lourd et des plus fertiles, ayant un diamètre d’environ 45 kilomètres, s’étend le long du fleuve Murray, qui avec la rivière Ovens et la chaîne de montagnes appelée le Barambogie Ranges, la renferme complètement dans un cercle parfait. La grande route principale de l’Australie, la route de Sydney à Melbourne, passe au milieu de cette plaine, et avant qu’on songeât à l’agriculture, comme on y avait découvert trois ou quatre riches mines d’or, une population des mineurs aisés s’y était établie.
- Dans cette vaste plaine où la nature n’avait élevé aucune barrière contre la culture, un demi million d’acres furent offerts aux cultivateurs il y a aujourd’hui quinze ans. Une foule d’hommes intelligents, forts et âpres à
- p.39 - vue 54/124
-
-
-
- 40 bldT^M EN 1889.
- la besogne s’y établirent; des maisons et des fermes s’y élevèrent comme par enchantement ; les routes droites qui les séparaient les unes des autres étaient bordées par des lignes de clôtures qui s’étaient élevées en une nuit, comme les toiles d’araignée à la veille d’un jour de pluie. Quelques années plus tard des champs sans fins de blé et d’avoine, des plantations de tabac, des vergers contenant des oranges, des citrons et des limons, et enfin des vignes y avaient remplacé l’herbe indigène.
- Quant à la vigne elle avait été plantée comme un moyen de spéculation par des fermiers anglais, écossais et irlandais qui n’entendaient rien à l’art de faire le vin ; ils l’avaient cultivée parce qu’on leur avait dit que le pays était propre à la viticulture. Peu d’étrangers se trouvaient parmi eux, et à cette époque il y avait réellement tout à faire dans ce pays. Il n’y avait pas de marché pour l’écoulement des produits et les chemins de fer n’étaient pas encore construits. Une réaction eut lieu, et, un peu avant l’Exposition de Melbourne en 1880, un des plus grands vignobles du district, appartenant à une compagnie, fut vendu pour une somme qui représentait à peine la valeur de la terre.
- À la même époque, près du centre minier de Rutherglen, sur un petit morceau de terre qui venait aboutir à un terrain défoncé par la pioche des mineurs à la recherche de l’or, un Allemand entre deux âges et célibataire, à moitié homme' de lettres et vigneron consommé, cultivait un petit vignoble de six acres. C’était une espèce de solitaire; il cultivait sa vigne, faisait son vin lui-même, et accumulait le produit de ses récoltes. Ses futailles étaient ses amies, et ce n’était que de temps en temps, pressé par le besoin, qu’il se résignait à se séparer de quelques-unes d’elles. Quand la demande pour le vin colonial commença à reprendre à Melbourne, un aubergiste, son voisin, prit des échantillons qu’il soumit à un marchand de vin de la cité. Celui-ci, frappé de leur qualité et apprenant que, pour obtenir ces vins, il fallait trouver le vigneron dans une disposition d’esprit favorable, arriva un beau jour avec une somme ronde pour le tenter, et avec un contrat dont les chiffres étaient en blanc.
- La cave de notre vigneron était une petite barraque en bois garnie des futailles françaises. Il y en avait cent vingt, contenant 280 hectolitres de vin, produit de six acres pendant trois ans, qu’il avait emmagasinées sous un toit fait d’écorces d’arbres près de sa chambre à coucher, afin qu’il pût les surveiller même pendant son sommeil. Et réellement elles avaient de la valeur ces futailles: on les lui paya mille six cent quatre-vingt livres sterling (42,000 francs), c’est-à-dire à raison de 150 francs l’hectolitre. La nouvelle de cette vente se répandit avec .la rapidité de l’éclair dans tout le district; ce n’était plus une fiction. Le petit hangar, le petit vignoble avec sa couronne des belles feuilles vertes que chacun pouvait voir, glorifié, à l’entrée du village, révélait l’avenir!
- Mais cela n’en resta pas là. Six mois après on apprit que les 280 hectolitres de notre vieil Allemand avaient été mis en cercles, et vendus aux
- p.40 - vue 55/124
-
-
-
- I" 1 t
- $ * -1
- VICTORIA EN 1889. 41
- enchères publiques à Melbourne en un seul jour en lots de 120 litres, et que l’entreprenant acheteur avait réalisé le double de la somme qu’il avait payée au vigneron. Quand peu après d’autres négociants apparurent dans le district en quête de vins semblables, et prêts à les payer le même prix, on recommença à faire des tranchées et à planter la vigne avec une nouvelle ardeur. En quatre ans le nombre d’acres plantés de vignes, dans le district de Rutherglen seulement, s’éleva de 700 acres en 1881 à 3,500 en 1885; et aujourd’hui, en 1889, les vignobles de Victoria couvrent une étendue de 12,000 acres.
- Il est futile de dire qu’un pays qui produit du vin en grande quantité n’en peut exporter que quand ses marchés en sont encombrés. Pourquoi en serait-il ainsi? Si ses habitants ne sont pas accoutumés à boire du vin, et si ses vins sont bons, n’existe-t-il pas des grandes facilités pour l’exportation ? Comme on l’a dit avec raison, tout dépend du prix et de la qualité. Le premier est gouverné par le coût de la production. Dans le pays chauds les opérations requises pour la culture de la vigne sont réduites à leur minimum. Mille ceps à l’acre, ce qui est la moitié de la quantité requise dans les pays plus froids, sont suffisants pour donner une récolte normale. La chaleur développe la vigne, et elle porte plus de fruits avec moins de labeur en hiver pour la taille et les soins à donner aux bourgeons, et aussi pour les autres travaux nécessaires en été quand la grappe doit être exposée aux rayons du soleil. Quant à l’extraction des mauvaises herbes, opération sans laquelle on ne peut espérer une bonne récolte, dans les pays, froids il est nécessaire de sarcler constamment, même de labourer ; tandis que dans les pays chauds, si les mauvaises herbes sont tant soit peu dérangées dans leurs croissance, elles sont détruites par le soleil, qui, lui, aime la vigne. Par conséquent, les dépenses d’un vignoble s’accroissent ou décroissent en proportion de la moyenne de la température sous laquelle il se trouve situé.
- Dans les districts chauds de Victoria on a estimé que la main-d’œuvre nécessaire à la culture d’un acre de vigne, si l’on emploie des journaliers, s’élève à la somme de trois livres (75 francs), non compris les dépenses occasionées par les vendanges. Un vignoble de 15 acres peut être cultivé par un fermier et sa famille pour une somme d’argent insignifiante. Il trouvera le temps de s’occuper de sa vigne sans pour cela négliger les autres travaux de sa ferme.
- L’esprit d’entreprise de quelques particuliers ne suffit pas à développer un pays et à le faire reconnaître comme un pays vignoble. Les viticulteurs qui s’établissent et font de la grande culture se trouvent à la tête du mouvement: ayants de grands intérêts engagés, ils doivent étudier tout ce qui est relatif à leur industrie et essayer les nouveaux modes recommandés par les spécialistes de la profession. Toutefois si ces quelques personnalités représentent l’esprit dirigeant, les petits fermiers sont ceux qui, pris d’ensemble, doivent concourir à faire connaître Victoria comme un pays des
- p.41 - vue 56/124
-
-
-
- 42 FZCT0Æ7J EN 1889.
- vignerons ainsi que le Sud de la Gaule était connu à Rome bien avant l’Empire Romain.
- À Rutherglen, le district que nous devons prendre comme exemple, il y a cinq vignerons qui cultivent 200 acres chacun—ce qui n’est pas un mauvais commencement,—et cent quarante-sept fermiers qui ont une moyenne de 12 acres chacun plantés en vignes. C’est sur ces derniers que .repose l’avenir de l’industrie vinicole. Leur vin leur coûte environ 15 centimes le litre, et s’il peuvent le vendre, pris à leur ferme, à 45 centimes pendant l’année qui suit la vendange, comme il y a une moyenne de 10 hectolitres à l’acre, ils auront réalisé un bénéfice de 300 francs par acre, ce qu’aucune autre récolte ne peut donner.- Une culture basée sur de tels résultats ne peut que se développer d’une manière considérable.
- L’excellence des différentes sortes de vins sur laquelle ce développement doit se fonder est digne d’être mentionnée, car à côté du climat et du sol que Victoria possède, et aussi à côté de l’expérience qu’elle est sure d’acquérir en la matière, il y a la question des différentes espèces des raisins qui décident de la qualité du vin. Or, à l’opposé de certains pays du vieux monde où l’on a été obligé de déraciner des vignes qui avaient été cultivées pendant des siècles pour les remplacer par des meilleures espèces, Victoria a, dès le commencement, consacré son attention aux meilleures espèces seulement.
- XXII.
- Les Vignobles de Victoria.
- William MacArthur, de Camden (Nouvelle-Galles du Sud), le fondateur de la viticulture australienne, et après lui les principaux planteurs dans toute l’Australie ont tiré leurs plants des meilleurs vignobles de l’Europe. À la Bourgogne, ils ont pris les Pineaux; à l'Hermitage, le Syra et le Roussane ; à Bordeaux, les Cabernets, les Sauvignons et le Malbec; à la Suisse, le Chasselas; au Rhin, les Reislings; à la Hongrie, le Tokay; à l’Espagne et à l’île de Madeire, le Grenache, le Pedro-Ximenes et le Ver-deilho. Cette nomenclature comprend les meilleures espèces connues et Victoria ne cultive pas d’autres. Mais Victoria, née d’hier, n’a pas encore eu le temps de chercher dans ses vastes territoires ceux qui sont le plus propres à l’accroissement de ses plantations. En France et en Allemagne, une colline située sur le meilleur versant d’une montagne échappant aux vents froids du nord, un terrain graveleux qui attire et retient les rayons du soleil, une rivière ou un lac qui donne de la chaleur pendant la nuit, ont peut-être créé Pouillac, Nuits et Rudesheim. Qui peut dire si dans l’Australie, où tout se trouve au rebours, qui peut dire si d’une vallée dans les montagnes, d’un plateau possédant une température moins élevée, ou de quelque district qui n’est pas encore planté de vignes, ne surgiront pas un jour, sinon des grands crûs, tout au moins des grands ordinaires ?
- p.42 - vue 57/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 43
- Toutes les collines au nord des chaînes- de montagnes du centre de Victoria, de Stawell à Bendigo, formant un zigzag de 300 kilomètres des montagnes et des ravins plus ou moins aurifères, et toutes produisant ou étant capables de produire de bons vins, sont couvertes de villages qui n’attendent qu’un signal pour accroître leurs plantations. L’arrondissement de Stawell, par exemple, avec une population rurale de 3,500 habitants, possède soixante-seize vignobles dont trois ont une moyenne de 60 acres chacun et les autres soixante-treize une moyenne de 8 acres chacun. A Ararat, trente-huit vignerons cultivent 10 acres chacun; à Marong, il y a une moyenne de 3 acres. Strathfieldsaye, près de Bendigo, qui contient plusieurs vignobles d’une réputation ancienne sur l’Emu Creek, compte soixante-trois viticulteurs: trois avec plus de 60 acres, les autres avec une moyenne de 5 acres chacun. Castlemaine aussi possède des vignobles de valeur, et il y en a un grand nombre sur les rives de la rivière Goulburn sous la même latitude et parmi lesquels se trouve le célèbre vignoble de Chateau Tahbilk. Le Tahbilk égale le Saint-Hubert en étendue et en production, et c’est une autre preuve de ce que l’on peut faire à Victoria en viticulture avec des soins et de l’attention. Un peu plus loin au nord, il y a Benalla et d’autres districts où la vigne se développe avec succès.
- Tous les vins de cette région de Victoria sont forts et généreux, d’une couleur magnifique. Leur couleur rouge est en quelque sorte semblable aux beaux vins de Roussillon et d’Asti, et nous avons, vu à Emu Creek, à Stawell, et quelquefois dans d’autres vignobles plus petits où ils avaient fermenté en petite quantité, des vins de couleur rubis semblables à ceux de l’Hermitage et de la Valteline. Nous espérons que ces derniers figureront avec honneur à l’Exposition de Paris.
- Si les vins du Murray peuvent se comparer à ceux d’Espagne et de Portugal; ceux de Bendigo, de Stawell et de Goulburn à ceux du Rhône et des Pyrénées, les vignes près de Melbourne, poussant dans un climat plus froid, à un ou deux degrés de latitude plus au sud, et souvent visitées par les pluies, produisent des vins qui ont plus de ressemblance avec ceux de Bordeaux et du Rhin. Les bons vins de Sunbury, d’Essendon et du Yarra ont obtenu une grande réputation dans les colonies.
- Jusqu’à ce jour, à l’exception des vignobles aux environs de Melbourne et sur le Yarra, tout le littoral au sud de Victoria, la partie la plus tempérée de l’Australie et peut-être la plus fertile, une langue de terre d’environ 650 kilomètres de longueur sur 80 de largeur, s’étendant du cap Otway à la rivière Glenelg, tout le littoral du sud a à peine été essayé pour la viticulture. Il y a plus de 6,000,000 d’hectares sur ce littoral qu'autrefois l’on considérait comme une région trop froide pour la culture de la vigne, et qui peut devenir l’une des parties les plus riches du continent australien pour ce genre de culture.
- p.43 - vue 58/124
-
-
-
- 44
- VICTORIA EN 1889.
- XXIII.
- L’AVENIR DES VIGNERONS.
- La dernière Exposition Coloniale de Londres a servi à placer les vins d’Australie sous les yeux des connoisseurs et à leur donner une position importante et favorable dans l’industrie vinicole. Aujourd’hui tout le monde s’accorde à dire qu’il y a un grand avenir pour cette industrie dans la colonie de Victoria.
- Les vins d’Australie sont à présent admis sur les marchés anglais en payant un droit d’entrée des plus minimes, et, comme conséquence naturelle, la demande s’est accrue d’une façon importante. La vente des vins du crû est elle-même considérable en Australie; la consommation va s’augmentant d’année en année, et, comme l’a remarqué Sir Charles Dilke dans Greater Britain, " avec le temps et des soins attentifs, l’Australie peut devenir le vignoble du monde entier.”
- Il se peut que nos vignerons ne donnent pas encore à la vinification tout le soin que celle-ci requiert. L’art de faire le vin et les coupages n’a pas encore atteint en Australie cet degré de perfection dont il jouit en France. Nous ne possédons ici aucun centre d’industrie vinicole qui, même en petit, ressemble à Bordeaux. Et. cependant il n’y pas de plus grande certitude de faire une immense fortune qu’en établissant à Victoria des grandes caves où l’on emmagasinerait les vins achetés aux petits vignerons, où on les laisserait arriver à leur degré convenable de maturité, où on ferait le coupage et où on le mettrait en bouteilles, comme cela se pratique à Bordeaux. Il nous faut ici pour nous instruire des Français experts dans l’art de faire le champagne aussi bien que les vins ordinaires blancs et rouges.
- Bien que les vins d’Australie se consomment parmi nous davantage qu’autrefois, il n’en est pas moins vrai que des millions de francs se dépensent annuellement pour l’achat des vins importés d’Europe. Si l’on faisait fermenter nos vins avec discernement, si on les coupait avec art, la consommation en deviendrait générale sur la table du riche comme sur la table du pauvre. Le gouvernement de Victoria reconnaît la grande importance de l’industrie vinicole; il a fait les concessions les plus grandes aux vignerons, et il a établi un Conseil de Viticulture qui s’occupe de tout ce qui a trait aux intérêts vinicoles.
- XXIV.
- Colonies D'IRRIGATION artificielle.
- L’expérience la plus intéressante qui ait jamais été faite par aucun des gouvernements australiens pour le développement des ressources du sol est le projet pour l’établissement à Victoria et dans l’Australie du Sud de ce qu’on appelle Colonies d’Irrigation artificielles. Il y a un peu plus
- p.44 - vue 59/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889. 45
- de deux ans, MM. George et W. B. Chaffey firent une demande au gouvernement de Victoria pour obtenir la concession d’une grande superficie de ce que l’on considérait alors être de la terre sans aucune valeur, située sur le Murray qu’ils se proposaient de changer en vergers, en clos de vignes et en champs couverts d’épis d’or au moyen de l’irrigation. Pour mettre le projet à exécution, il était nécessaire que certains droits définis pour se servir des eaux du fleuve fussent accordés aux innovateurs. Les membres du gouvernement arrivèrent à la conclusion que les pouvoirs qu’ils possédaient sous les lois en vigueur ne leur permettaient pas d’accorder les concessions demandées ; mais l’entreprise était si tentante et si pleine de promesse qu’un projet de loi intitulé: Loi pour l’encouragement de la construction d’ouvrages hydrauliques, fut presenté au Parlement et fut promulgué comme loi de l’État en 1886. Un des paragraphes de cette loi ordonnait que la concession demandée par MM. Chaffey fut offerte au public pendant deux mois. Cependant aucune soumission ne fut reçue par le gouvernement excepté celle de MM. Chaffey, et maintenant ils sont en train de mettre leur projet à exécution. Les soumissionnaires donnaient comme exemple le remarquable et rapide succès qui avait couronné une leur entreprise semblable, en Californie. Un ranche que l’on avait habitué à regarder comme absolument impropre à l’agriculture avait été soudainement transformé, comme par la baguette d’un magicien, en un des meilleurs producteurs de fruits au monde entier. Cet établissement californien, appelé Ontario, d’après le pays natal de ses promoteurs canadiens, fut fondé en 1882. L’honorable Alfred Deakin, secrétaire d’Etat de Victoria, le visita en 1885, comme membre d’une Commission Royale nommée pour faire une enquête sur la répartition de l’eau dans la colonie, et un mémorandum publié à son retour donna un compte rendu brillant de sa position actuelle et de son avenir. En trois ans ce ranche à bestiaux avait été transformé en un district agricole des plus prospères et avait une population de 2,500 âmes.
- C’est un établissement de cette espèce que MM. Chaffey ont fondé à Victoria: il s’appelle Mildura, d’après le district pastoral qui forme la portion principale de la concession, se trouve à la pointe nord-ouest de la colonie, et s’étend le long des rives sud du Murray à gauche et à droite du point où celui-ci se rencontre avec le Darling qui vient du nord, se jeter dans ses eaux. Le contrat avec le gouvernement est daté du 31 mai 1887; les concessionnaires sont déjà entrés en possession de 50,000 acres, et leurs travaux sont très avancés. Plus tard leur concession contiendra 250,000 acres. Le droit de se servir des eaux du Murray est concédé pour un terme de vingt-cinq ans avec la faculté, pour le preneur, de renouveler le contrat pour une autre période de vingt-cinq ans.
- MM. Chaffey se sont engagés à dépenser 250,000 francs la première année, 875,000 francs pendant la première période de cinq ans, 3,500,000 francs pendant les cinq années suivantes, 1,875,000 francs pendant la
- p.45 - vue 60/124
-
-
-
- 46
- VICTORIA EN 1889.
- troisième période de cinq années, et 1,250,000 francs pendant la quatrième période de cinq années—c’est-à-dire une somme de 7,500,000 francs en vingt ans en travaux d’irrigation, d’agriculture, d’horticulture, etc., et la fondation d’un établissement pour la conserve des fruits. Un collège d’agriculture doit y être établi, et un cinquième de la concession, avec son système d’irrigation, sera réservée pour ce collège. Il n’y a pas dix-huit mois que l’on a commencé les travaux à Mildura, et, dans ce court espace de temps, la concession a fait des progrès immenses.
- Environ 23 kilomètres des canaux principaux viennent d’être complétés, et sont à présent en pleine opération, ainsi qu’environ 30 kilomètres des canaux distributeurs. Le travail réticulaire de la ville est très avancé. Environ 4 kilomètres de tuyaux de fonte y sont employés.
- Près de 2,000 acres de terre pour l’horticulture ont déjà été défrichés; 1,300 acres sont préparés à recevoir leur plants, et 450 acres ont été couverts d’arbres fruitiers et de vignes. À peu près 30 kilomètres y ont aussi été deblayés pour la formation des rues et des routes. La ville se bâtit aussi rapidement que le permet le nombre d’ouvriers que l’on peut se procurer, et des maisons s’élèvent dans toutes les directions. On estime que pendant la prochaine saison des semailles une étendue additionnelle de 1,000 acres sera plantée de vigne et d’arbres à fruits.
- La terre à Mildura et à Renmark est offerte à raison de 375 francs l’acre pour l’agriculture et de 500 francs pour la culture des fruits sur un système de paiement à termes. L’eau se délivre à l’encoignure la plus élevée de chaque lot, et chaque acheteur de terres jouira de cette manière d’une quantité d’eau suffisante pour l’irrigation pendant les longs mois de sécheresse. Les industries les plus importantes seront la culture de la vigne et la vinification. Les qualités excellentes du climat de Victoria pour ce genre de culture ont été suffisamment démontrées, et il est inutile pour nous d’y revenir. L’industrie des raisins secs a aussi de grandes chances de succès. Le premier établissement de culture par l’irrigation d’Ontario, mentionné plus haut, a, dans l’espace de trois ans de sa-fondation, exporté 550 tonnes de raisins secs. En Australie il y a un champ immense et varié pour la consommation sur place et pour l’exportation.
- Il y a aujourd’hui plus de 3,000,000 d’âmes en Australie qui, dans ce pays où les étés et les chaleurs durent une grande partie de l’année, sont généralement grands consommateurs des fruits de toutes sortes, et s’ils étaient plus abondants clans le pays on en consommerait encore davantage. L’importation annuelle de fruits frais et conservés dans les colonies australiennes s’élève à une valeur de plus de 18,750,000 francs, de sorte que les colonies elles-mêmes seront un excellent marché pour les établissements de culture par l’irrigation. Pour le surplus il y a le marché anglais, et MM. Chaffey ont une connaissance parfaite des variétés de fruits qu’il faut cultiver pour l’exportation; ils sont familiers avec les meilleures et les plus récentes méthodes de conserver aux fruits leur saveur et leur fraîcheur
- p.46 - vue 61/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- pendant un temps relativement considérable, et ces fruits pourraient être placés sur les marchés anglais et étrangers aux époques les plus favorables. La nomenclature suivante contient quelques-uns des fruits pour lesquels le sol et le climat de Mildura et de Renmark sont particulièrement favorables:—Raisins, groseilles, abricots, pêches, poires, prunes, figues, olives, oranges, limons et citrons.
- D’après une des clauses de leur contrat avec le gouvernement de Victoria, MM. Chaffey se sont engagés à établir une usine à Mildura où l’on fera sécher les fruits, où on les soumettra aux meilleurs procédés de conserve et où on les mettra en boîtes. De sorte que les cultivateurs trouveront là un marché tout prêt pour leurs produits. Ce projet, en vérité, est fascinateur. La culture des fruits ne demande pas autant de labeur qu’une grande quantité des travaux agricoles auxquels on se livre dans les colonies.
- Les colons, ainsi que les promoteurs de Mildura s’empressent de le dire, n’auront pas à vivre d’une vie solitaire dans la brousse. On leur promet tous les avantages d’une ville bien administrée, des écoles, un collège d’agriculture, des églises, des cabinets de lecture, des banques, des hôtels; des fours à briques où ils pourront se procurer ces dernières au plus bas prix pour la construction de leurs maisons; des scieries à vapeur où ils pourront se procurer leur bois de charpente; des magasins de toutes sortes où ils seront à même de se procurer toutes les choses de première nécessité et de luxe qu’ils pourraient désirer.
- « Et pour l’usage de tous, le sol donnera Les produits de tous les climats!”
- XXV.
- Attractions pour les Capitalistes Étrangers.
- Le succès qui a accompagné l’établissement des Colonies d’irrigation artificielle sur le Murray devrait être suivi de la fondation de bien d’autres entreprises du même genre. Il y a une quantité considerable de terres dans la colonie de Victoria qui jusqu’à présent n’a été employé qu’à y faire paître les montons et le gros bétail. Il y a aussi beaucoup d’eau dans nos fleuves et nos rivières si on la conservait et si on savait l’utiliser d’une manière convenable. L’application du capital à la conduite de l’eau dans les terrains arides pour les rendre fertiles et leur faire produire dix fois ce qu’ils auraient produit sans système d’irrigation ouvre un champ vaste aux spéculateurs et de l’occupation pour des milliers de personnes de toutes les classes et de toutes les conditions. Le capitaliste obtiendrait des intérêts vastes et reguliers pour ses placements. Le petit cultivateur accoutumé à la culture de la vigne, de l’olive et des autres fruits en Europe, trouverait un pays où il pourrait bientôt posséder les terres qu’il cultive, et une condition de vie, et surtout de climat, bien supérieure à tout ce qu’il aurait laissé en Europe.
- p.47 - vue 62/124
-
-
-
- 48
- VICTORIA EN 1889.
- MM. Chaffey ont montré le chemin à Mildura. Il y a de la place à Victoria pour beaucoup d’autres colonies d’irrigation artificielle sur les mêmes lignes, et d’après nos lois les sujets étrangers peuvent acquérir des propriétés réelles et personnelles, en disposer comme bon leur semble et avec la même liberté que s’ils étaient sujets de la Grande-Bretagne. Il y a une somme considérable de capital étranger placé sur la propriété immobilière de la ville de Melbourne. Dans la fondation des colonies d’irrigation artificielle un tel capital trouverait un placement encore plus avantageux.
- XXVI.
- Les Mines d’Or.
- Le grand arc à l’entrée de la section de Victoria à l’Exposition de Paris représente le montant total de ce qu’on a trouvé de ce métal dans la colonie jusqu’à ce jour. Ce pays-ci fut le pays de l’or par excellence; et cependant on verra que maintenant l’agriculture a pris la précédence, et la culture de la vigne dans l’avenir est appelé à jouer un rôle aussi important que les mines d’or. L’année dernière la quantité d’or obtenu s’élevait a 625,026 onces (1), ce qui est un décroissement sur les années précédentes. Depuis la découverte de l’or en 1851, on en a trouvé 55,636,000 onces à Victoria.
- De 1871 à 1879, la quantité d’or obtenu d’année en année a constamment diminué; mais pendant les trois années qui suivirent il y eut une
- amélioration, qui, cependant, ne s’est pas maintenue, et la production a
- encore décru graduellement depuis 1882; elle est inférieure en 1887 à n'im-
- porte quelle année depuis 1851. Le tableau suivant donne la quantité d’or
- obtenu de 1871 à 1888:-
- Onces. Onces.
- 1871 1,355,477 1880 829,121
- 1872 ... 1,282,521 1881 ... 858,850
- 1873 ... 1,241,205 1882 ... 898,536
- 1874 ... 1,155,972 1883 810,047
- 1875 1,095,787 1884 ... 778,618
- 1876 963,760 1885 ... 735,218
- 1877 809,653 1886 665,196
- 1878 775,272 1887 617,751
- 1879 758,947 1888 ... 625,026
- Les États-Unis à l’heure présente produisent plus d’or que l’Australie.
- Et cependant l’exploitation des mines d’or est encore un agent très important dans la prospérité de notre pays. Le nombre des vieux chercheurs d’or s’élève encore à 30,000, et ils sont le nerf et l’âme des établissements miniers. On a trouvé aussi à Victoria pendant le cours de l’année qui vient de s’écouler environ 26,000 onces d’argent. L’exploitation des mines d’or est maintenant dans notre colonie une industrie systématique. On ne trouve plus l’or à la surface du sol ou dans les lits des ruisseaux comme
- (1) L’once anglais représente un peu plus de 31 grammes.
- p.48 - vue 63/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 49
- aux premiers jours. On cherche le quartz à des centaines de pieds au-dessous de la surface du sol, et la mine la plus profonde a environ 650 mètres de profondeur. Le roc dans lequel c’est-à-peine si l’on peut apercevoir une particle d’or est réduit en poudre dans les moulins. À l’aide de l’eau et du mercure on sépare les atomes d’or de la poussière, et on en retire le précieux métal. De nos jours le procédé pour obtenir l’or est devenu presque une manufacture. Cependant l’opinion de tous les vieux mineurs est qu’il y a encore à Victoria une quantité considérable d’or qui n’a pas été découvert. Il est étrange, toutefois, que peu de mines ici soient aussi rémunératrices que celle du Mont Morgan, dans le pays de Galles, découverte par le vieux mineur’ australien, M. Pritchard Morgan, aujourd’hui représentant du peuple au Corps Législatif Britannique pour le district de Merthyr.
- XXVII.
- Autres Minéraux.
- On a à plusieurs reprises extrait de l’étain, du cuivre, de l’antimoine, du plomb, et du fer dans la Colonie de Victoria. Bien des tentatives ont été faites pour trouver de la houille, mais les couches exploitées jusqu’à ce jour n’ont donné qu’un maigre résultat. Des couches plus épaisses ont été découvertes à Moe et à Mirboo, dans le Gippsland, et on espère que des houillières importantes s’y formeront bientôt.
- Les métaux suivants existent aussi à Victoria, mais ils n’ont pas encore été découverts en quantité suffisante pour en permettre l’exploitation :—Le bismuth, le cobalt, le cadmium, le manganèse, le molybdène, le platine et le zinc. Différentes variétés de pierres à chaux et de marbre, ainsi que du kaolin et d’autres argiles existent aussi, et ont, jusqu’à un certain point, déjà été exploités.
- XXVIII.
- Élevage du Bétail et Production de la Laine.
- Aux premiers jours de Victoria la laine était souveraine, maintenant l’Australie produit plus de laine qu’aucun autre pays du monde. L’exportation annuelle de la laine de Victoria varie de 45 à 67 millions de kilogrammes. La laine victorienne atteint toujours les prix les plus élevés sur les marchés de Londres. M. George A. Brown, un écrivain connu favorablement, s’exprime ainsi sur ce sujet :—
- Bien que les intérêts commerciaux, manufacturiers, agricoles et miniers, se soient développées à Victoria dans une proportion plus grande que dans le reste des autres colonies australiennes, l’élevage ne le leur cède rien en importance. Avec un climat qui est admirablement propice au parfait développement de tous les animaux domestiques, des pâturages naturels excellents, et à peine une maladie parmi les bestiaux, excepté
- E
- p.49 - vue 64/124
-
-
-
- 50
- VICTORIA EN 1889.
- celles occasionnées par la négligence on la mauvaise administration, il n’était que naturel que le pays devînt renommé pour l’excellence de ses moutons et de son gros bétail. Dans cette branche de colonisation, comme dans presque toutes les autres industries, l’énergie et l’esprit d’entreprise des colons de Victoria les ont placés au premier rang, et, depuis bien des années les éleveurs de moutons et de gros bétail des colonies voisines ont cherché à améliorer leurs bestiaux en achetant des béliers et des taureaux dans les fameuses fermes d’élevage de Victoria. Nos éleveurs sont arrivés à amener toutes les espèces d’animaux domestiques à leur plus haut degré de perfection ; mais c’est surtout dans l’élevage des moutons qu’ils ont obtenus les plus grands succès.
- Ce résultat est certainement en partie dû aux soins des éleveurs, mais il est dû dans une plus grande mesure au beau climat, à l’atmosphère pure et sèche, et à l’excellence des pâturages. Depuis l’occupation première de la colonie par les Européens, un grand changement a eu lieu dans l’industrie de l’élevage. Les vieux colons suivaient l’ancienne méthode patriarcale. Les propriétaires des bestiaux étaient toujours à la recherche d’eau et de nouveaux pâturages, et comme il y avait une immense étendue de territoires inoccupés et que les bestiaux étaient relativement peu nombreux, ils se développèrent merveilleusement bien sous ce système. Tout cela est changé depuis longtemps; les bestiaux paissent aujourd’hui dans les champs comme en Europe, avec cette différence cependant que, sous le climat de Victoria, ils restent dans les pâturages en hiver comme en été. Des fermes de reproduction et de croisement des espèces pour les moutons et le gros bétail sont établies depuis longtemps, et les animaux y sont traités avec autant de soin que dans les meilleurs établissements du même genre du vieux monde. Les questions qui affectent l’élevage des bestiaux ont toujours été d’un grand intérêt pour les habitants de Victoria dont un certaine partie de la population est composée d’éleveurs.
- Victoria, sous son ancien nom de Port Phillip, a été la première des colonies australiennes qui démontra au monde que les mérinos, dont la laine est d’une finesse exceptionnelle, d’une longueur remarquable, d’une douceur et d’un lustre particuliers, pouvaient s’élever en grande quantité sur les immenses pâturages de l’Australie. Pendant près d’un demi-siècle la laine produite par les troupeaux de Victoria a occupée une place des plus importantes dans l’estime des manufacturiers européens, et a toujours réalisé les prix les plus élevés sur tous les marchés d’Europe. Bien que des progrès immenses aient été faits par les producteurs de la laine des autres colonies australiennes, Victoria cependant maintient avec orgueil sa place au premier rang. L’avantage que Victoria possède sur les autres pays dans la production de la laine du mérinos, est peut-être dû à l’habileté des éleveurs ; mais on admettra, et nous ne saurions trop le répéter, que la beauté de la laine de Victoria est principalement due au climat et aux pâturages du pays. En été, la chaleur, d’après le thermomètre,
- p.50 - vue 65/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 6
- est en vérité très forte, mais telle est la nature de l’atmosphère que les Européens peuvent travailler sous un soleil ardent sans que cela nuise en rien à leur santé. En hiver, le froid n’est jamais excessif; on voit rarement de la neige sur les montagnes les plus hautes. Les gelées sont frequentes, mais ne sont jamais assez sévères pour affecter le bétail, et la gelée la plus intense se dissipe en moins de deux heures sous les rayons d’un soleil bienfaisant. Le climat ressemble beaucoup à celui dans lequel les troupeaux de mérinos furent élevés dans leur vieille patrie, la Péninsule espagnole, quand ils passaient l’été dans les montagnes de Montanat et l’hiver dans les plaines de l'Estremadure. Bien des gens versés en la matière pensent que c’est dans cette particularité de climat que se trouve le secret de la beauté des laines-mérinos de Victoria. Victoria a été surnommée avec raison le pays de la toison d’or, car il est ses toisons dorées qui ont, plus que toute autre industrie, répandu la fortune sur le pays.— Les moutons ont des pieds d’or, et partout où l’empreinte de leurs pas se voit, la terre se change en or !
- Cependant, à mesure que l’agriculture fait de progrès, une plus grande quantité de terrains étant soumis à l’action de la charrue, les colonies d’irrigation artificielle prenant la place des pâturages naturels, la production et l’exportation de la laine doivent nécessairement décroître. Le nombre du gros bétail non plus possède beaucoup des chances de s’accroître. Néanmoins, l’élevage des chevaux jouira toujours d’une grande importance dans la colonie. En Australie les courses de chevaux sont l’amusement le plus aimé du peuple. Un champ de courses est la première des choses qui s’établissent dans un territoire nouvellement ouvert aux colons. Les habitants de Victoria aiment les chevaux presque autant que les arabes les aiment. La selle fut une des premières nécessités pour nos premiers colons, car il n’y avait pas d’autre moyen de locomotion. Dans toute la colonie il n’y avait rien qui pût barrer le passage à un cavalier. Le pays n’avait pas des barrières, la surface de son sol était agréablement ondulée, et l’on pouvait parcourir à cheval presque tous les points des chaînes de collines. Les chevaux de cette époque étaient forts, de bonne race, et durs à la fatigue. La plupart de ces nobles animaux travaillèrent toute leur vie sans même avoir de fers aux pieds. Les exploits de ces chevaux élevés en plein air au vieux temps du squatting semblent fabuleux à ceux qui sont habitués aux chevaux élevés et nourris à l’écurie, et certainement il serait impossible pour aucun de nos chevaux d’écurie d’aujourd’hui de rivaliser en privations et en fatigues avec les anciens chevaux des squatters.
- À mesure que le pays se développa, on jeta des ponts sur les fleuves et sur les rivières, on commença à former des routes et les véhicules devinrent à la mode. En premier lieu les cabriolets et les dogcarts furent employés, mais ceux-ci furent bientôt remplacés par le buggy américain.
- Le commerce avec l’Inde pour fournir à l’armée la remonte de la cavalerie et de l’artillerie a dernièrement assumé des grandes proportions;
- p.51 - vue 66/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 52
- rien que de Melbourne on envoie plus de 3,000 chevaux par an. Les chevaux d’omnibus sont d’un beau type, et un prix remunérateur est payé pour ce genre de chevaux. Un grand nombre d’éleveurs en ont entrepris l’élevage pour le marché. C’est un type d’animaux de la plus grande utilité, car ils sont propres à faire le travail de certaines fermes, à être attelés à un tombereau ou à une charrette, aussi bien qu’à un cabriolet ou un dogcart. Ils commandent toujours un bon prix, s’ils sont sains et bien bâtis, comme chevaux d’omnibus et chevaux d’artillerie pour l’Inde. De trois à quatre ans ils se vendent facilement de 500 à 750 francs par tête. Les chevaux pour les équipages de luxe sont abondants et d’une grande variété. Depuis quelques années, un goût prononcé s’est manifesté pour les bidets que l’on élève en grand nombre dans certaines localités. Ils sont d’une hardiesse merveilleuse, et ont un trot aussi rapide que la plupart des chevaux d’attelage légers. Leur nourriture et leur entretien coûtent très peu et ils sont plus dociles que les chevaux.
- Les mulets, qui sont pourtant mieux adaptés à notre climat sec que les chevaux, n’ont jamais été beaucoup employés. Un établissement d’élevage de ces animaux sur une grande échelle, comme à Kentucky, aux États-Unis, aurait un grand succès ici.
- XXIX.
- Nos Manufactures.
- Le nombre des manufactures à Victoria, à le fin de l’année dernière, était de 2,854, employant environ 50,000 ouvriers. Il y a un accroissement annuel dans cette direction. Les manufactures de lainages produisent pour une somme de 4,250,000 francs de marchandise. Mais les établissements pour la conserve et la salaison des viandes produisent pour 6,500,000 francs de viandes mise en boîtes, dont la plupart furent exportées; le prix minime de la viande à Victoria, comparé au prix d’Europe, en a fait une des industries les plus rémunératrices. Les manufactures de biscuits de mer et autres ont produit 4,500,000 francs; la confiserie, 2,200,000 francs, et les confitures, 3,300,000 francs. Les Australiens sont très friands de confitures à leurs repas, et ces manufactures de confitures ont encouragé la culture des fruits. Ainsi ou cultive les framboises en quantités énormes dans les parties les plus hautes de la colonie, spécialement près des chaînes de montagnes dans lesquels le Yarra et ses affluents ont leurs sources. La quantité récoltée dans la saison 1887-88 est de 274,280 kilogrammes, où à peu près 51,000 kilogrammes de plus qu’en 1886-87, mais environ 51,000 kilogrammes de moins qu’en 1884-85 et 1885-86. Depuis l’établissement des manufactures de confitures, ce fruit est en grande demande, et l’on en achèterait davantage si la production était plus considérable.
- p.52 - vue 67/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- 53
- XXX.
- Les CHEMINS DE FER ET LES TÉLÉGRAPHES.
- Les chemins de fer et les télégraphes dans la colonie de Victoria sont la propriété du gouvernement, et ont été construits avec le capital emprunté en Angleterre à cet effet. La dette publique de la colonie a été principalement contractée dans le but de construire ces chemins de fer. Les lignes pourraient se vendre du jour au lendemain pour une somme supérieure à celle de la dette publique de la colonie. Les prix des places et du transport des marchandises, s’ils ne sont pas à aussi bon marché qu’en Europe, sont du moins réduits à leur minimum. Les chemins de fer sont administrés par un Conseil d’administration composé de trois commissaires dont le devoir, après avoir assuré l’intérêt des emprunts, est de réduire le prix des places et du transport des marchandises dans toute la mesure du possible.
- De nouvelles lignes sont généralement construites pour donner accès aux districts nouvellement formés. Environ 4,000 kilomètres de voie ferrée sont entièrement complétés ou en cours d’exécution.
- Les télégraphes sont attachés à l’administration des Postes. De Melbourne on peut envoyer un télégramme dans le village le plus éloigné des villes au centre de l’Australie pour 2 fr. 50. Aucun pays du monde n’est mieux servi sous ce rapport. Il y a maintenant dans la colonie plus de 6,500 kilomètres de fils télégraphiques. Victoria est, par les cables télégraphiques de l’Archipel d’Orient et de l’Asie, à 13,695 milles anglais de Londres. Le projet pour poser un cable au travers du Pacifique jusqu’à l’Amérique du Nord a des nombreux partisans ici.
- XXXI.
- Travail et Prix du Salaire.
- Victoria, comme tous les pays d’Australie, est un paradis pour les ouvriers des deux sexes. Les salaires des servantes sont excessivement élevés. Les bonnes obtiennent 650 à 1,500 francs par an, logées et nourries. Les domestiques mâles, de 650 à 1,875 francs. Les gages des domestiques dans les fermes sont presque aussi élevés. Les salaires des ouvriers varient de 62 fr. 50 à 100 francs par semaine, et la moyenne peut s’estimer à raison de 10 shillings (12 fr. 50) par jour. Les manœuvres, hommes de peine, etc., obtiennent de 7 fr. 50 à 10 francs par jour. En proportion du salaire la vie est à meilleur marché en Australie que dans n’importe quel pays du monde. Les objets de première nécessité: la viande, la farine et les légumes, coûtent moins cher qu’en Europe. Les loyers, les vêtements et les objets de luxe, par exemple, coûtent plus cher. Mais les ouvriers et leurs familles mangent de la viande trois fois par jour, et s’achètent un nouveau vêtement au moins
- p.53 - vue 68/124
-
-
-
- 54
- VICTORIA EN 1889.
- une fois tous les six mois. L’organisation du travail par les sociétés ouvrières est dans un état très avancé, plus avancé peut-être que dans aucun des pays du continent d’Europe.
- Tous les ans, au mois d’avril, il y a une fête publique, le jour les huit heures, c’est-à-dire l’anniversaire du jour où il fut décidé par une loi que l’ouvrier ne devait donner aux patrons que huit heures de travail par jour. Il y a une grande procession à travers les villes et les faubourgs de toutes les corporations, bannières et musiques en tête, et cette procession est un spectacle plus imposant que celle du Lord Maire à Londres, et est souvent passée en revue par le gouverneur et les ministres.
- Une preuve saisissante de la prospérité de la classe ouvrière nous est fournie par les statistiques des caisses d’épargne. Tous les ans les dépôts confiés à ces établissements par les artisans, les journaliers, etc., s’accroissent d’une manière surprenante. Les spéculateurs, à Melbourne, peuvent perdre leur argent en spéculant sur les terres, mais la majorité des travailleurs se sont tenus à l’écart de cette folie, et, comme les Français, ils ont préféré placer soigneusement leur argent dans les caisses d’épargne. À Victoria, la fortune est plus également distribuée qu’en n’importe quel pays de l’Univers. Le peuple étant heureux, satisfait et prospère, le bien-être de la société y est assuré.
- XXXII.
- L'AVENIR !
- Quand on a devant les yeux le progrès colossal de cette colonie de cinquante ans d’existence, on se demande, ébloui, fasciné, où s’arrêteront ces merveilles de civilisation et de bien-être. L’avenir est là nous montrant du doigt ce que nos pères ont fait et ce qui nous reste à faire dans ce beau pays d’or et de soleil. Les tours de nos édifices, les clochers de nos cathédrales nous redisent l’histoire du passé, les labeurs de nos devanciers, et ce que la terre fertile et généreuse qui nous porte nous réserve de gloire et de prospérité dans l’avenir. L’avenir! il est là plein des promesses; il nous annonce qu’enfin il y aura un endroit sous la calotte des cieux où le paupérisme sera inconnu!
- Les premiers colons de Victoria, les fermiers, les squatters, les commerçants, les mineurs et les marins ont été un sujet de conversation dans le monde entier. Pendant la fièvre de l’or, le sang, l’intelligence, aussi bien que les bras et les muscles de l’Europe se sont répandus sur nos rivages, et ce qu’il y avait de meilleur a survécu. Ces argonautes ont fondé une grande colonie par le seul concours de leur énergie puissante, et c’est avec justice que Victoria passe pour la plus riche, la plus prospère et la plus énergique des colonies britanniques.
- Malgré cela, laissant de côté toute question d’égoïsme, ses habitants furent les premiers à élever la voix en faveur de la Fédération, c’est-à-dire,
- p.54 - vue 69/124
-
-
-
- VICTORIA EN 1889.
- Or
- Ot
- de l’unité politique du grand continent de l’Australie. L’avenir nous promet cette fédération, et alors les peuples des différentes colonies marchant la main dans la main à la conquête du progrès, unis avec la mère patrie, l’antique Albion, seront prêts pour la défense commune de leurs libertés.
- Dans les siècles à venir des millions d’êtres heureux et prospères béniront, dans un concert immense, la mémoire du Capitaine Cook, qui a découvert cette terre de félicité de la Croix du Sud et l’a légué à leurs ancêtres !
- AUSTRALIE, EN AVANT!
- 1 (e)
- Par Autorité: Robert S. BRAIN, Imprimeur du Gouvernement, Melbourne.
- p.55 - vue 70/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 71/124
-
-
-
- 4
- 8)
- MELBOURNE EN 1840.
- »aw
- /ponete ha
- te
- Aoa. 221 fE/AA
- I2 Met eng Seteien
- led —2lu
- NT
- iheeee atheish o-uivagrdeu
- DDRDOnegisAde EekAseACE
- pl.n.n. - vue 72/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 73/124
-
-
-
- Mo
- fi is
- 1 iley itili y ilel l i®
- en JlseSae hane ormes tel tti
- 1 t
- pl.n.n. - vue 74/124
-
-
-
- 5 -
- ts
- A +
- - e fni
- en - o -
- - --=========
- N i | 4
- p.n.n. - vue 75/124
-
-
-
- pl.n.n. - vue 76/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 77/124
-
-
-
- pl.n.n. - vue 78/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 79/124
-
-
-
- Tetli = au Vagit
- r
- 4 A
- 1 sta
- tels.
- “gond Felansat iass and 91 1
- , oae
- pl.n.n. - vue 80/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 81/124
-
-
-
- pl.n.n. - vue 82/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 83/124
-
-
-
- i 2
- TTTTTTT
- 2: gongeo
- woll si 0)
- 1
- 85
- I H
- tery
- 52% si.
- 24
- 2,
- LE VIGNOBLE DE ST. HUBERT
- _
- pl.n.n. - vue 84/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 85/124
-
-
-
- fil
- aoer weteagr WWW Le A-aae
- S
- 25 ,
- a
- 5.
- BS foin , Aei : Nntna
- IW
- 4
- 4 prasan gd’e. decar, trie Sl« pivint
- —. tnT ne — 4
- 4 la
- weuh-,
- pl.n.n. - vue 86/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 87/124
-
-
-
- E P
- far
- oo. 9
- 665%
- LE VIGNOBLE DE CHATEAU TAHBILK
- : fee 1 1 11. se-
- : AS.P dh s . droun,.
- 5 =E0 kee, vee,,’.
- pl.n.n. - vue 88/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 89/124
-
-
-
- L'ARBRE GEANT DE VICTORIA.—Eucalyptus AMYGDALINA.
- ", HSi 4
- 7
- -0202 woerl
- 221
- Are
- pl.n.n. - vue 90/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 91/124
-
-
-
- HOTEL DE VILLE, MELBOURNE.
- 1
- K.
- A
- 162
- 2 ES
- ale
- milhe-L wi gree -llillind-il
- feti teititu you neseio fieecndedi -=-==
- pl.n.n. - vue 92/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 93/124
-
-
-
- pl.n.n. - vue 94/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 95/124
-
-
-
- 4
- konsces n
- Thet
- WILSON HALL,” SALLE DE LECTURE. UNIVERSITE DE MELBOURNE
- sale
- Je
- hente
- Minrsy 2
- : are
- i Blarge PdE-an folco 25 mpitbnt 2053 aldins
- G
- pl.n.n. - vue 96/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 97/124
-
-
-
- “ORMOND COLLEGE,” UNIVERSITE DE MELBOURNE
- pl.n.n. - vue 98/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 99/124
-
-
-
- woe vea
- Mig: : Kw -tot
- : W ses
- diconil A
- seee iode eoiets sach aeeend
- Centte aossedie fesette
- 2
- 1
- ^^
- 4
- cfts , has
- pl.n.n. - vue 100/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 101/124
-
-
-
- HOTEL DE VILLE, COLLINGWOOD.
- •5
- p
- El A
- (a limise m if laimss
- pl.n.n. - vue 102/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 103/124
-
-
-
- pl.n.n. - vue 104/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 105/124
-
-
-
- Bib.
- ;
- s s
- ienst
- 1 Aid thl
- ere il Vam-neT RIAeoTE
- =----Knigs
- t to-re mohn wenr
- NI
- — - tCOSt
- ton” (sel
- pl.n.n. - vue 106/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 107/124
-
-
-
- OOT MART iguinm iiliiüi WMI
- se
- 55 V. 8
- 3S
- /ES ou • RS
- NE
- CoCTeem il beogo ewono Saeeltre WoestReR
- W Gy the
- "
- nmeee
- om 2 cent
- 1
- 0
- 5, El
- 5
- 4 fnk 2700 507
- one sengdl tas SI -a C 7 iln hrer TeeT oisame MOUme ng
- in. ho 4 w Emete -07, .4 4.
- maeie es ge
- NT 7. Cwsdte obehe JL. -11 -Lue Ton-
- §SKS
- W gmaie sieg tenim « 00% BCE 9
- 20*9 CFET 2%.
- TGe
- pl.n.n. - vue 108/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 109/124
-
-
-
- Annt Dr
- g» wei vel Mai sg NSA
- WF ur as
- eens Snh Ci 1
- -:."-5.334
- pl.n.n. - vue 110/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 111/124
-
-
-
- Sr.
- , le) ton./
- teeeeese Te > crtot
- »
- en
- RAORA tneen r
- T000 Zlt
- Poeoes agpseni hineee —ee NOMSACIP
- an tomes
- 1 W sadees taSg aeos P whset
- the" sag teaey Ce CCsne
- i 1
- T.6 te
- 1
- 5 a . (n t d. on.
- DANS LA BROUSSE.
- fte
- pl.n.n. - vue 112/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 113/124
-
-
-
- 2.
- II : s. : 01
- gerke
- -A 9 •
- Men
- F. 8
- 148 1
- 1 Fa
- pl.n.n. - vue 114/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 115/124
-
-
-
- pl.n.n. - vue 116/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 117/124
-
-
-
- «
- G
- r
- 1
- # * A
- eoooen
- ponte -.1
- I. , F — g-mn
- ‘ 42
- nie eger t. ie
- y. e -Ut
- * wi
- oas gl
- 454 , fg «
- 181.411
- S 3801
- ------cymii 1 th •
- ==---===-
- **-
- AoSilum yrSutut r 0
- pl.n.n. - vue 118/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 119/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 120/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 121/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 122/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 123/124
-
-
-
- p.n.n. - vue 124/124
-
-