- Accueil
- > Catalogue général
- > Exposition universelle. 1893. Chicago - Rapports. Comité 22. Céramique. Cristaux et verrer...
Rapports. Comité 22. Céramique. Cristaux et verrerie
-
-
- RAPPORTS
- SUR
- L’EXPOSITION INTERNATIONALE DE CHICAGO
- EN 1893
- p.1 - vue 1/36
-
-
-
- p.2 - vue 2/36
-
-
-
- MINISTÈRE DU COMMERCE, DE L’INDUSTRIE DES POSTES ET DES TÉLÉGRAPHES
- i°Xat
- EXPOSITION INTERNATIONALE DE CHICAGO EN 1893
- RAPPORTS
- PUBLIÉS
- SOUS LA DIRECTION
- M. CAMILLE KRANTZ
- COMMISSAIRE GENERAL DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS
- COMITÉ 22
- Céramique. — Cristaux et Verrerie
- PARIS
- IMPRIMERIE NATIONALE
- M DCCC XCIV
- Page de titre 3 - vue 3/36
-
-
-
- p.4 - vue 4/36
-
-
-
- COMITÉ 22 Céramique
- RAPPORT DE M. ALFRED HACHE
- FABRICANT DE PORCELAINES
- COMMISSAIRE RAPPORTEUR
- 3 .
- p.5 - vue 5/36
-
-
-
- p.6 - vue 6/36
-
-
-
- Comité 22.
- CÉRAMIQUE.
- APERÇU GÉNÉRAL.
- L’Européen qui débarque à New-York est tout surpris et comme grisé par ce qu’il voit, et les proportions colossales de tout ce qui l’entoure; s’il s’est embarqué en France, il a encore présente à la mémoire la difficulté avec laquelle, quelques jours avant, le transatlantique qui le porte est sorti du Havre, gêné dans ses évolutions par l’exiguïté de notre port français qu’il ne peut s’empêcher de comparer à celui dans lequel il entre pour ainsi dire à toute vapeur. Cette baie, ce port sont uniques au monde. Vous y voyez évoluer des quantités de bateaux à vapeur de toutes grandeurs, ferry-boats, transatlantiques, etc., qui se meuvent facilement, ayant tout l’espace voulu pour manœuvrer sans crainte d’abordage. Cette situation géographique explique en partie le développement colossal de New-York.
- Aussitôt à terre, un spectacle d’un autre genre s’offre aux yeux de l’Européen surpris. Il voit dans les rues, dans le quartier des affaires surtout, une vie dont ne peuvent se faire d’idée ceux qui n’ont jamais quitté le vieux monde; des constructions à un nombre d’étages dont nous n’avons pas d’exemple, et qui, de la cave au grenier, sont occupées par des magasins et des bureaux. On se rend compte dans ce premier coup d’œil que ce peuple est né pour les affaires, qu’il vit par les affaires, que les affaires absorbent tout, et que dans ces conditions il a organisé son existence en conséquence. Vous vous demandez si ces hommes sont bien du même sang et de la même origine que vous, si ce ne sont pas les représentants d’une race à part, bâtie exprès pour les luttes de l’existence. Non, il n’est rien de tout cela. Ce peuple, qui depuis 1876 a augmenté de 2 5 millions d’habitants, est composé des entreprenants ou des descendants des entreprenants, de ceux qui, se sentant du courage et de la vigueur, et trou-
- p.7 - vue 7/36
-
-
-
- 8
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- vant que la place qui leur était faite dans le vieux monde n’était pas suffisante pour eux, sont venus chercher ici une situation plus en rapport avec leurs aspirations. N’est-ce pas curieux de voir que ce pays d’Amérique, réputé à juste titre pour le pays des grandes entreprises, soit peuplé presque entièrement par des hommes qui, entravés dans leur bonne volonté par les idées routinières de l’Europe, et sentant que leur ambition ne pourrait se faire jour dans leur pays natal, se sont expatriés vers d’autres rivages plus hospitaliers pour les déshérités? Quelle perte pour la mère patrie! car,il ne faut pas se le dissimuler, le plus souvent ce sont les intelligences audacieuses et les entreprenants qui vont chercher de l’autre côté de l’Océan le terrain d’action qui leur manque ici. Là encore nous retrouvons la question sociale; car enfin, toutes ces forces, nous pourrions les conserver et en faire le profit de la nation, si une combinaison quelconque pouvait permettre de venir en aide à ces bonnes volontés.
- Après avoir poussé aussi loin que possible le développement de son agriculture, un pays comme celui des Etats-Unis ne pouvait manquer de tourner tous ses efforts vers la création d’une industrie nationale, de façon à pouvoir se passer dans un certain temps des produits étrangers ; et tout faisait croire qu’à l’abri de droits protecteurs énormes l’industrie américaine pourrait se développer facilement et rapidement. C’est ce qui a été tenté avec un plein succès dans bien des cas, mais pas pour la céramique qui est la partie industrielle qui nous occupe particulièrement pour le moment. Les 60 p. 100 de droit d’entrée sur la porcelaine décorée et les 55 p. 100 sur la porcelaine blanche ne suffisent pas à protéger l’industrie américaine contre la concurrence étrangère, et celle de la France en particulier : car l’Amérique est, et restera encore pendant de longues années, le marché le plus important pour la céramique française. Cette situation particulière est due à ce que l’industrie de la céramique exige une main-d’œuvre considérable, main-d’œuvre qui dans bien des cas ne peut être remplacée par la mécanique, et, comme la main-d’œuvre atteint des prix très élevés aux Etats-Unis, ces derniers se trouvent, malgré leur protection exorbitante, dans une situation d’infériorité marquée et contre laquelle ils ne peuvent rien.
- Le nouveau parti au pouvob, poursuivant cette idée de développement de l’industrie nationale, s’est dit que pour obtenir du travail à bon marché, il faut'commencer par avoir la vie à bon marché, et tous ses efforts vont tendre vers ce but. Pour l’obtenir, il va très probablement reviser le tarif douanier, les dernières élections ayant été faites sur cette question. Il est
- p.8 - vue 8/36
-
-
-
- 9
- CÉRAMIQUE.
- certain que si ce programme électoral est appliqué comme il doit l’être, certaine&industries américaines auront à souffrir de ce nouvel état de choses ; mais ce sont des détails auxquels on ne peut s’arrêter dans une entreprise de ce genre. Cette réduction des tarifs donnera, il est certain, une impulsion nouvelle à notre commerce d’exportation; c’est à nous d’en profiter et de ne pas nous laisser devancer par nos concurrents étrangers.
- L’EXPOSITION DE CHICAGO.
- r
- Les Etats-Unis, voulant montrer au monde leur puissance de production et leur activité à nulle autre pareille, ont choisi pour établir cette foire du monde Chicago, la reine des prairies, ce port maritime situé au cœur d’un continent, à plus de hoo lieues des mers.
- C’est là qu’au milieu du Jackson Park s’élève l’Exposition Colombienne, qui couvre plus de 1,200 acres de superficie, soit environ neuf fois et demie l’espace occupé par l’Exposition de 1889 à Paris.
- Cette Exposition est très belle, l’ensemble en est très joli et agréable à l’œil. Son emplacement sur le bord du lac Michigan lui donne un cachet tout particulier et pour ainsi dire unique au monde. Une critique cependant doit être faite, c’est que tout ce qui pourrait faciliter la visite de ces splendides bâtiments a été mis de côté. Le visiteur impartial se rend très bien compte que l’idée qui a présidé à cette installation a été de faire grand, plus grand que tout ce qui avait été fait jusqu’à ce jour, et, comme dans ce qui devait être exposé, rien ne pouvait primer la Tour Eiffel, les bâtiments ont été éparpillés dans le Jackson Park de façon à couvrir le plus de terrain possible et permettre à l’habitant de l’Illinois de s’écrier que l’Exposition de Paris serait perdue dans celle de Chicago.
- La France a été dignement représentée sur les bords du lac Michigan; son exposition industrielle s’est montrée à la hauteur de sa réputation, et a été à juste titre très admirée par tous. Mais nous Français, nous pouvons cependant dire que notre industrie aurait pu faire encore mieux en faisant une exposition vraiment française; c’est-à-dire que les objets exposés auraient dû avoir ce cachet qui nous est envié par l’univers entier, tandis que trop souvent le désir de faire des affaires nous a entraînés à faire une exposition commerciale, à exposer des pièces spécialement faites pour le marché américain. C’est un tort, car pour prendre une place digne de la France sur ce marché si recherché de tous, il faut montrer notre goût et le faire accepter
- p.9 - vue 9/36
-
-
-
- 10
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- là-bas ; si nous atteignons ce but, nous n’avons plus de concurrence à craindre. Tandis que si nous nous transformons en copistes, nous perdons notre raison detre, car nous trouverons toujours des concurrents qui feront aussi bien que nous, et à meilleur compte. Nous avons une supériorité indéniable,c’est notre goût et le cachet que nous savons donner aux moindres choses; nous devons conserver ces avantages qui font toute notre force.
- p.10 - vue 10/36
-
-
-
- CÉRAMIQUE.
- 11
- LA CÉRAMIQUE FRANÇAISE.
- MM. F. Bapterosses et C‘% rue d’Haute ville, 5o, à Paris.
- Celle maison, qui est une des plus importantes de l’industrie de la céramique en France, n’expose qu’une partie de sa fabrication. Les produits expose's sont bien réussis et nous montrent que MM. Bapterosses et C!e peuvent faire autre chose que le bouton en émail, qui a été une des créations et le point de départ de cette importante maison et qui l’a fait connaître du monde entier. A Chicago elle expose de jolis spécimens de mosaïques, qui prouvent que depuis 1889 des progrès très sensibles ont été réalisés dans ce genre de fabrication.
- MM. Bawo et Dotter, rue de la Fonderie, 5, à Limoges.
- Cette exposition est bien, en général, et les pièces exposées sont soignées, mais comme ensemble elle laisse à désirer.
- Au premier coup d’œil il est facile de se rendre compte que l’idée qui a présidé à cette organisation a été de faire une exposition absolument commerciale, ce qui enlève tout caractère d’originalité aux pièces exposées. Plusieurs d’entre elles cependant sont belles; il faut citer en première ligne quelques plats décorés avec fonds gris, au grand feu de four et figures barbotines du meilleur effet, ainsi que deux beaux vases montés en bronze qui sont artistement peints avec des ors en relief.
- MM. Bigot et Bouzou, rue Oberkampf, 10, à Paris.
- MM. Bigot et Bouzou nous montrent une jolie collection de vases et de lampes en porcelaine richement décorés, entre autres, une paire de vases très remarquables représentant les Quatre Saisons. La composition et la décoration en sont très réussies. Plusieurs jolis services à café très bien traités, les uns avec sujets Watteau, les autres avec sujets japonais sur fond ivoire et or en relief.
- MM. Blondeau, Pichonnier et Durougueron, à Limoges.
- Cette maison, à l’exception de quelques pièces, n’a guère exposé que des services de fabrication courante, qui sont bien traités et réussis. En dehors de ces derniers il faut cependant remarquer tout particulièrement une très belle aiguière en biscuit du meilleur effet, ainsi que quelques coupes et grands bols bien décorés, avec imitations de cloisonnés très réussies.
- Comité 22. 3
- IMPRIMERIE NATIONALE.
- p.11 - vue 11/36
-
-
-
- 12
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- Mme Chesneau (Jeanne), rue Hautefeuille, 92, à Paris.
- Exposition de fleurs en émail pour garniture de chapeaux, etc. Ces fleurs sont très délicates et coquettes; elles sont bien fabriquées et peuvent rendre de grands services pour la parure des femmes.
- M. Chineaü (G.-F.-L.), boulevard Poissonnière, 10, à Paris.
- M. Chineaü expose une collection de statuettes en terre cuite ; la terre est belle et fine et la fabrication est soignée. Mais la partie artistique, qui devrait être la note dominante de cette exposition, laisse à désirer.
- Collectivité des Céramistes chambrelans , h Limoges.
- Cette exposition dénote un réel effort et du talent chez la plupart des exposants ; beaucoup de choses sont très bonnes, et gagneraient beaucoup à être présentées dans d’autres conditions.
- L’agencement d’une exposition du genre de celle qui nous occupe est déjà difficile en lui-même par suite de la variété des pièces et de leurs factures différentes; mais la tâche devient presque impossible, quand certaines pièces sont présentées, comme nous le voyons ici, dans des cadres dont les couleurs sont en complet désaccord avec la tonalité de la porcelaine, ce qui nuit à l’exposition en général. Certaines pièces cependant sont remarquables et très bien traitées, soit au feu de moufle ou au grand feu de four. Elles sont signées Bardelle, de Chebrier, Furlaud, Dumontel, Knœpflin, Saquet, Bragard, de Marsac, etc. ; d’autres, également bien, ne portent aucune signature.
- M. Delvavx (Georges), à Montigny-sur-Loing ( Seine-et-Marne ).
- Exposition de faïences artistiques très coquette, dans laquelle se trouvent quelques beaux vases bien décorés avec têtes rapportées. Malgré quelques imitations de la manufacture de Copenhague qui laissent à désirer, c’est une bonne exposition, intéressante et offrant une tonalité artistique très marquée.
- M. Fourmaintraux-Courquin (François), à Desvres (Pas-de-Calais).
- Dans cette exposition, il faut remarquer spécialement un joli panneau de revêtement de style persan, dont les couleurs sont très belles et bien employées, et plusieurs beaux plats imitant le vieux Rouen.
- M. Fovrmaintravx (Jules), à Desvres (Pas-de-Calais).
- M. Fourmaintraüx nous montre de belles imitations de vieilles faïences, et une trè belle aiguière de 1 m. 25 de hauteur, d’une exécution irréprochable aussi bien au point de vue de la fabrication que de la décoration. En somme, exposition soignée.
- p.12 - vue 12/36
-
-
-
- CÉRAMIQUE.
- 13
- MM. Gérard, Dufraisseix et C‘% à Limoges.
- Cette exposition se distingue des autres par la façon dont MM. Gérard, Dufraisseix et C16 sont arrivés à traiter la décoration de la porcelaine dure au grand feu de four. Jusque tout dernièrement, la décoration au grand feu de four ne se pratiquait pour ainsi dire que sous émail, et présentait de ce fait des difficultés très grandes qui expliquent le peu de développement de celte décoration qui est certainement la plus belle par l’intensité de ses couleurs et leur solidité.
- M. Valéry, chef de décoration chez MM. Gérard, Dufraisseix et Cie, à force de patience et de travail est arrivé à former une palette de couleurs, cuisant au grand feu de four et employées sur porcelaine cuite, ce qui est un avantage considérable pour ce genre de décoration. C’est donc un gros progrès dû aux recherches intelligentes de M. Valéry, recherches qui ont été stimulées et facilitées par MM. Gérard, Dufraisseix et Cie.
- Parmi les pièces décorées de cette façon nous remarquons spécialement un très beau surtout, avec ses deux bouts de table, pièces modelées par M. Damouse. Le sujet central représente un groupe de bergères, puis au bas sont placées quatre vasques détachées. Ces différentes pièces sont posées sur une table et, afin de former un ensemble, ces vasques se trouvent réunies entre elles par une volute qui, en les reliant, complète la pièce et la fait paraître dans son entier. Cette disposition est aussi ingénieuse qu’avantageuse pour le fabricant, car elle facilite beaucoup sa tâche en évitant les difficultés. Les deux bouts de table sont dans le même genre, mais alors il n’y a qu’un sujet, et le plateau est d’une seule pièce. L’ensemble de cette pièce principale est très bon et la décoration au grand feu très réussie; les tons en sont doux et harmonieux. Pour accompagner ce surtout, il y a un service de table complet, décoré de la même façon; comme grand feu de four c’est splendide et d’une réussite parfaite. Les fleurs de ce service sont particulièrement bien exécutées ; nous remarquons principalement de belles couleurs bleu clair, une jolie gamme de jaunes et de bruns, et des roses bien employés sans trop corser lestons; le tout est d’une bonne exécution.
- A côté, nous trouvons quatre beaux vases décorés également au grand feu avec des fonds variés. Ces pièces sont d’un joli modèle et fort bien traitées. Puis une certaine quantité de services de table de vente courante, décorés à la moufle avec des couleurs dégradées et des ors de plusieurs tons.
- La note dominante de cette exposition est certainement la décoration au grand feu de four traitée comme elle ne l’a jamais été jusqu’à ce jour. En effet, MM. Gérard, Dufraisseix et Cie paraissent avoir trouvé le moyen de produire industriellement ce genre de fabrication qui jusqu’alors avait été réservé à quelques spécimens recherchés des collectionneurs.
- M. Guilbert-Martin, rue Génin, 20, à Saint-Denis (Seine).
- M. GuiLBERT-MiRTiN a tenu à montrer aux Américains ce qu’il était capable de faire; aussi son exposition est-elle très belle et très intéressante. Elle nous montre depuis les mosaïques en marbre jusqu’à celles en émail, imitant les genres de Rome et de Venise. A signaler tout particulièrement une très belle tête de Christ, sur fond or, avec des bruns
- 3.
- p.13 - vue 13/36
-
-
-
- lù
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- et des rouges très réussis ; et une Cléopâtre irréprochable, montrant toute une gamme de bleu d’une beauté sans égale.
- M. Henry (L. /T.), rue Notre-Dame-de-Nazareth, 3o, à Paris.
- Cette exposition se distingue de celle de ses concurrents par la pureté de forme des pièces exposées; les vases en particulier sortent de l’ordinaire comme formes et sont bien. L’un d’eux, remarquablement décoré, est signé Faugeron.
- La Société kla Céramique», place des Carmes, 2, à Limoges.
- Cette maison est une des plus anciennes de France; elle fut fondée en 1760 par Pierre Pouyat, qui installa une fabrique de céramique h Saint-Yrieix. A la suite de la mise en exploitation des kaolins limonaires, François Pouyat acheta la fabrique de la Courtille, dans laquelle il fit faire de grands progrès à la fabrication de la porcelaine. Mais ce n’est qu’à partir de i84a que cette maison se développa rapidement et prit la situation qu’elle occupe depuis cette époque.
- La Société kla Céramique» a tenu à maintenir aux Etats-Unis sa vieille réputation et celle de la porcelaine française, aussi son exposition de Chicago est-elle d’un très bel ensemble.
- Il faut tout d’abord admirer la pièce principale de cette exposition, qui est un splendide surtout de table en biscuit, avec quelques parties émaillées. Cette pièce est entièrement en porcelaine, et le plateau est d’un seul morceau. C’est un véritable tour de force d’obtenir en porcelaine dure une pièce de cette importance, et celle qui nous est montrée est d’une réussite complète. Comme composition et sculpture, ce surtout est irréprochable; quant à la porcelaine, elle en est très belle, avec ses ajours découpés dans la pâte qui font opposition à d’autres dont l’émail seul remplit les vides, ce qui fait un effet charmant, la lumière étant tamisée par cette légère couche d’émail. A côté de cette pièce se trouve un splendide service de table, traité à peu près dans les mêmes conditions que le surtout, c’est-à-dire avec des parties ajourées et d’autres bouchées par l’émail. La porcelaine de ces pièces principales est tellement belle, quelles sont exposées sans aucun décor afin qu’il soit plus facile d’admirer la finesse delà pâte.
- Quoique ce surtout et ce service aient déjà été exposés à Paris en 1878, cela fait toujours honneur à la maison qui les a exécutés.
- Presque tous les genres qui se font en porcelaine se trouvent représentés dans l’exposition de la Société rcla Céramique ». Vous y voyez de jolis vases en bleu de four employé en trois tons différents avec des ors en relief qui sont très bien réussis et du plus joli effet. Un autre vase au grand feu de four, décoration bleue sur fond crème avec des feuillages verts et des fleurs roses, très réussi aussi et d’une tonalité très harmonieuse ; puis un cabaret d’une jolie décoration japonaise, nous montrant des roses sous émail de toute beauté. Enfin une jolie série de services de table décorés au feu de moufle et de services à poisson avec décorations marines très bien traitées.
- En résumé, belle exposition comprenant des spécimens de tout ce qui se fait en por-
- p.14 - vue 14/36
-
-
-
- CÉRAMIQUE. 15
- celaine; la pâte de la porcelaine est splendide ainsi que l’émail, et les décors sont bien traités avec goût.
- M. Lacroix (A.), avenue Parmentier, 186, à Paris.
- M. Lacroix (A.) expose sa palette, si appréciée, de couleurs vitrifiables pour la céramique. Cette palette est déjà très connue et très usitée de l’autre côté de l’Océan, où la maison Lacroix expédie déjà depuis quelques années de grandes quantités de tubes à couleurs.
- M. Lévy (Emile), rue Vieille-du-Temple, 128, à Paris.
- Celte exposition nous montre une jolie collection de vases convenablement décorés, ainsi que quelques services à café du meilleur effet.
- Manufacture nationale de Sèvres.
- L’exposition de notre Manufacture nationale est incontestablement très belle et très réussie. Elle montre tous les progrès réalisés dans l’art de la céramique en France, mais elle prête trop le flanc à la critique par la présence au milieu de ces nouveautés d’une assez grande quantité de pièces connues de longue date de tous ceux qui s’intéressent à la céramique.
- Comme fabrication nouvelle, il faut remarquer et admirer des grands vases au grand feu de four avec fonds céladon et ivoire qui sont du plus bel effet. Ils montrent une décoration en creux faite à la pointe, irréprochable d’exécution et de finesse, accompagnée de pâtes rapportées formant un ensemble parfait très riche et très agréable à l’œil. Dans les vitrines se trouvent de très jolis services à café décorés avec un goût exquis, et toute une collection de flambés, qui sont aussi réussis que les plus beaux flambés de Chine.
- La pâte de la porcelaine de Sèvres est toujours sans contredit la plus belle de toute la fabrication française, mais ces jolies pièces qui sont exposées à Chicago gagneraient beaucoup à être présentées d’une autre façon. En effet Jes produits de la Manufacture de Sèvres sont généralement placés dans les expositions à côté de ceux des autres manufactures nationales qui, elles, ont besoin de grandes surfaces murales pour fixer leurs tapisseries. Dans ces conditions, ces belles porcelaines se trouvent généralement placées au centre, sous un immense dôme, qui est loin de leur donner le jour qui leur convient. 11 faut espérer qu’à l’avenir la Manufacture de Sèvres sera placée (dans les expositions) au milieu de la céramique française; cela donnera un rehaut tout particulier à cette classe, et en même temps Sèvres y trouvera un jour aménagé exprès, qui fera ressortir la perfection de ses produits.
- MM. Muller (E.) et O% à Ivry-Port.
- MM. Muller et Cie ont fait à la World’s Pair une très belle exposition qui, tout en étant un succès par elle-même, peut être le point de départ de relations commerciales
- p.15 - vue 15/36
-
-
-
- 16 EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- nouvelles et très importantes avec l’Amérique; c’est à ce double point de vue quelle mérite d’être jugée.
- Jusqu’ici le staff a régné en maître de l’autre côté de l’Océan, et si la mode se met à lui préférer le grès céramique, ce sera un débouché sérieux pour notre industrie nationale. Dans cet ordre d’idée, MM. Muller et C10 ont fait de grands sacrifices pour montrer au Nouveau Monde ce que Fart céramique pouvait produire. Ils se sont appliqués à montrer tout le parti que l’on pouvait tirer de ces jolis produits du feu, et dans leur exposition, nous trouvons depuis des sièges du plus bel effet jusqu’aux reproductions des chefs-d’œuvre du vieux monde. Nous y remarquons tout spécialement la reproduction en briques émaillées de la Frise des archers, rapportée de Perse par M. Dieulafoy; cette œuvre est admirablement traitée et vraiment remarquable; lestons en sont parfaits. A citer aussi une reproduction très réussie du bas-relief de Jean Goujon de la fontaine des Innocents. Très beaux sphinx d’une belle couleur verte, imitant le vieux bronze. Gomme décoration d’intérieur nous trouvons deux panneaux très bien réussis; l’un d’eux, joli décor céladon avec sujets en relief couleur crème, l’autre du biscuit renfermant une horloge; ce dernier un véritable bijou. De belles jardinières bien traitées, ayant des formes artistiques très belles ; de beaux vases avec reflets métalliques et reproduction de la Lucca Délia Robhia. Le grès est très beau, d’un grain très serré et les émaux sont splendides.
- C’est une nouvelle application pour nous des grès à la décoration intérieure de l’habitation, et les tons doux obtenus permettent d’espérer que cette branche de l’art céramique est a la veille de reprendre parmi nous le rang quelle occupait chez les anciens.
- A côté de cette fabrication artistique, MM. Muller et Cle ont exposé des spécimens d’nne fabrication plus courante, mais non moins intéressante et réussie; ce sont des briques en grès émaillé blanc, pour les parements des cours et des tunnels, et des creusets en plombagine d’une exécution parfaite; cette dernière fabrication est une création de l’usine d’Ivry.
- M. Peyrüsson (Edouard), à Limoges.
- M. Pevrosson n’a exposé à Chicago qu’un service à café décoré au grand feu de four, nous montrant des roses, des verts, des bruns et des jaunes du meilleur effet et d’un emploi parfait. Il est regrettable que cette exposition ne soit pas plus complète, car elle est très intéressante.
- ---- —I IL III il --
- M. Redon (M.), à Limoges.
- De tout temps, la maison Redon s’est beaucoup occupée de la décoration à fond d’en-gobe de couleur avec pâtes rapportées ou barbotines, et son exposition à Chicago présente une très jolie collection de pièces décorées dans ce genre. Certaines d’entre elles sont très belles. Il faut signaler entre autres de beaux vases grand feu avec pâtes rapportées, feuillages verts et course d’enfants sur fond gris et crème; des plats décoratifs du meilleur effet avec fonds céladon et barbotines, un joli coffret à bijoux et toute une série de buires et d’aiguières artistement décorées avec des fonds de grand feu com-
- p.16 - vue 16/36
-
-
-
- CÉRAMIQUE.
- 17
- binés avec des décors or au feu de moufle. Dans toutes ces pièces la décoration de moufle est employée avec discrétion de façon à égayer un peu le motif sans nuire en rien au grand feu qui ressort avec toute sa beauté.
- 11 faut citer aussi de jolis services de table et à café en biscuit teinté, imitant l’ivoire anglais. Eu résumé belle exposition, nous montrant de la porcelaine habilement décorée ou grand feu de four avec addition de décors à la moufle bien compris.
- RÉSUMÉ DE LA CÉRAMIQUE FRANÇAISE.
- Quoique plusieurs maisons importantes n’aient pas cru devoir exposer pour des motifs que nous n’avons pas à analyser ici, la céramique française était cependant bien représentée à Chicago, comme nous venons de le voir par la description de ses différentes installations; aussi, les visiteurs du Jackson Park affluaient-ils dans cette partie de l’Exposition. Du reste, il faut reconnaître que l’agencement de la classe était aussi coquet que possible et que le coup d’œil èn était agréable. Enfin elle fut prête une des premières; dès la première quinzaine de mai, son installation générale et les expositions particulières étaient entièrement terminées. Les intéressés doivent remercier tout particulièrement de ce résultat MM. les présidents et le secrétaire du Comité d’installation, M. Vidie, qui a fait tout le travail préparatoire de cette installation et prévu toutes choses.
- Nous ne pouvons en dire autant de la plupart des sections étrangères, ce qui nous forcera à écourter notre rapport à leur égard, plusieurs d’entre elles n’étant pas encore installées au moment de notre voyage à Chicago.
- Il faut cependant attirer l’attention des intéressés, comme nous l’avons dit au début, sur ce cpie l’univers entier a fait son possible pour prendre pied sur ce marché colossal; et l’on ne saurait trop le répéter aux industriels français, car si nous sommes encore en bonne situation, il ne faut pas nous endormir, nos concurrents nous serrent de près. Nous allons du reste nous en rendre compte, en examinant les plus importants d’entre eux. : -
- p.17 - vue 17/36
-
-
-
- 18
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- SECTIONS ÉTRANGÈRES.
- ALLEMAGNE.
- Manufacture impériale de Berlin.
- Cette Manufacture a fait des efforts considérables et des progrès inouïs depuis quelques années. Cette exposition nous montre tout le terrain gagné par cette usine, qui a apporté à Chicago de véritables tours de force. Ce qui aide encore à faire ressortir cette exposition, c’est la variété des pâtes employées, car vous y trouvez depuis les pâtes cuisant à 900 degrés environ, jusqu’à d’autres cuisant à la température de notre porcelaine dure, mais ces dernières en très petites quantités, il faut le reconnaître. Les pâtes cuisant à une température peu élevée ne sont pas agréables à l’œil, elles ont un aspect raide qui est loin du velouté de notre porcelaine, mais, dans bien des circonstances, elles rendent de grands services.
- Le goût artistique s’est modifié considérablement, et la plupart des pièces importantes sont d’une bonne composition et ont de la tournure. Nous remarquons tout d’abord un immense panneau allégorique de l’art allemand. Ce panneau, fait par M. le docteur Kips, est admirable et d’une réelle valeur, aussi bien artistique que céramique; les couleurs en sont fort belles et bien employées. Puis de jolis spécimens d’une façon toute particulière de traiter les bleus de four en les plaçant entre deux émaux. Une cheminée, une pendule et une glace, le tout monumental; à noter, comme importance de pièces, mais laissant à désirer comme coup d’œil, la porcelaine ayant l’aspect indiqué plus haut et ressemblant plutôt à du zinc émaillé qu’à de la porcelaine. Cette pâte permet d’obtenir des pièces de dimensions énormes ; ainsi une salle de bains complète est exposée : la baignoire est d’une seule pièce, et les murs sont garnis de panneaux fort artistement décorés en trois tons, avec une sobriété que nous n’étions pas habitués à trouver chez les Allemands.
- Manufacture royale de Saxe.
- Quoique l’exposition de cette Manufacture soit bonne, elle est loin des progrès réalisés par celle de Berlin. Elle nous montre des pièces de styles et de genres variés, d’une finesse de pâte remarquable, mais laissant à désirer comme décoration ; l’ensemble est d’une tonalité trop uniforme. Il faut cependant admirer un fond au grand feu de four d’une couleur chair, qui est très beau et très velouté, et sur lequel les barbotines font le meilleur effet.
- p.18 - vue 18/36
-
-
-
- CÉRAMIQUE.
- 19
- ANGLETERRE.
- Royal Worcester.
- Belle exposition, ayant bien le cachet anglais. Nous y voyons un service de table en pâte ivoire avec ajours et sculptures en rose du plus bel effet, le tout complet avec surtout, bouts de table, flambeaux, etc. Un service à café, d’un vert que les Anglais appellent pompéien, traité de la même façon que le service ci-dessus, mais avec les reliefs en vert. Cette couleur verte ressemble à celle des pièces de bronze trouvées à Pompéi, c’est une nouvelle couleur qui est très heureuse; elle fait le meilleur effet. Certaines pièces sont tellement à jour que ce sont de véritables dentelles. Cette manufacture possède aussi une manière toute particulière de traiter les ors en relief qui les fait ressembler à des filigranes d’Italie. Certaines pièces de cette exposition sont de véritables objets d’art; ainsi, nous trouvons une magnifique aiguière en pâte ivoire décorée avec ses ors de différentes couleurs, formant pour ainsi dire un sertissage à cette pièce. Cette décoration est complétée par des dessins à la pointe du plus bel effet; enfin un joli médaillon en porcelaine, qui paraît être enchâssé dans la pièce, nous montre un fond au grand feu de four avec un camée en barboline. Cette pièce est simplement splendide et unique en son genre : on ne peut faire mieux.
- MM. Doulton and C°, à Burslem.
- Cette maison a réalisé des progrès très sérieux depuis 1889, aussi son exposition est-elle très intéressante. Elle nous montre une jolie collection de vases et de buires bien traités avec des sculptures artistiques; quelques jolies tasses avec fonds fondus très réussis. Un très beau vase signé Ch. Labarre, décoré avec des ors bien employés en relief et en plat; il est surmonté d’une fort belle statuette de Christophe Colomb. Beaucoup de décorations avec des ors, employés très habilement et produisant le meilleur effet par suite de leur combinaison avec la peinture.
- MM. Doulton et Cte, à Lambeth.
- MM. Doulton et Cie ont fait moins de progrès que leurs voisins ; leurs grès sont cependant beaux. Nous remarquons un certain nombre de belles pièces prises et modelées dans la masse, qui ont une certaine valeur, ainsi qu’un certain nombre de décors en gravure sur fond gris, qui sont du meilleur effet. La pièce principale est une immense buire de 2 mètres de hauteur, qui est fort belle; elle est bien décorée avec ses tons bruns et bleus, elle est bien modelée et forme un ensemble agréable.
- p.19 - vue 19/36
-
-
-
- 20
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- MM. Brown, Westhead, Moore and C°.
- Les produits de cette maison sont fort beaux et décorés avec goût; la sculpture et les ornements sont bien traités.
- Il faut remarquer tout particulièrement une jolie série de services à thé et à café, genre Saxe, avec fond crème à l’intérieur ; un très beau vase signé Sieffert, une collection d’assiettes merveilleuses avec portrait ou paysage signé Bouillemier ; en résumé très belle exposition.
- MM. Daniel and sons.
- Sous cette raison sociale nous trouvons exposés les produits de Minton et ceux de Wedgwood.
- Minton, avec ses fonds de couleurs sur lesquels sont appliquées des barbotines de Solon, toujours la même facture, est stationnaire depuis quelques années. Wedgwood au contraire est en progrès, son genre est plus fin et sa pâte plus transparente.
- Outre les expositions anglaises que nous venons de détailler, nous devons encore citer Coalport, Arüp brotliers de Londres, Godwin et Hewitt, etc., ce qui montre combien la céramique anglaise fait d’efforts pour être bien représentée à cette foire du monde.
- D’après ces différentes expositions je suis convaincu que la céramique anglaise sera pour notre industrie nationale la concurrente la plus redoutable aux Etats-Unis.
- BELGIQUE.
- MM. Bocn frères, à la Louvière.
- L’exposition de cette maison à Paris en 1889 était belle, mais n’était rien 'a comparer avec celle de Chicago;les progrès faits sont énormes et très remarquables. Nous remarquons au centre de l’exposition leur grand Vase aux amours, d’une réussite parfaite et d’un joli dessin. Le coloris en est très bon, d’une douceur délicieuse qui fait de cette pièce un véritable objet d’art sous tous les rapports. Le fond est d’un gris bleuté très agréable, les amours sçmt en joli ton ivoire, les pampres en couleur naturelle; le tout d’une belle tonalité s’harmonisant bien, et d’un modelage parfait. Puis vous avez dans cette exposition .des pièces splendides imitant avec une rare perfection tout ce qui a été fait en faïence jusqu’à ce jour, depuis les vieux Rouen jusqu’aux faïences persanes. Dans ces dernières nous remarquons surtout des coloris splendides; les bleus, les verres et les tons bruns sont très beaux et employés admirablement.
- Nous y trouvons aussi une fort belle exposition de carreaux de revêtement, imitation des Persans, et une jolie vue de forêt, genre Delft.
- p.20 - vue 20/36
-
-
-
- CÉRAMIQUE.
- 21
- PAYS-BAS.
- MM. Ioost Thooft et Labouceère, à Delft.
- Très belle exposition de faïence fine à pâte blanche, décorée en bleu sous couverte; mais rien de nouveau à signaler dans cette fabrication, c’est toujours la même facture et la même manière d’employer les bleus. Parmi les pièces les plus remarquables de cette exposition, il faut signaler de merveilleuses copies de Rembrandt; on ne peut rien imaginer de plus beau et de mieux traité. Quantité de jolis paysages, marines, effets de neige, etc. Quelques imitations de vieux Delft assez bien réussies. En général bleu admirablement employé et ayant une transparence et une profondeur de ton inouïes. Il est regrettable qu’à côté de ces pièces qui ont une réelle valeur artistique nous trouvions des essais de pièces avec des reflets métalliques qui sont complètement manquées, et qui nuisent à l’ensemble de cette exposition.
- ÉTATS-UNIS.
- L’industrie de la céramique existe aux États-Unis, mais elle n’est réellement importante que pour la fabrication des pièces hygiéniques qui se font en quantités considérables. Certaines usines font également la porcelaine d’hôtel, mais elle est d’une si mauvaise qualité et si mal façonnée, qu’il n’y a que son prix excessivement bas (5op. 100 de différence environ) qui lui permette d’exister. Quant aux quelques services de table, garnitures de toilette, etc., qui sont exposés, ils sont loin d’être bien; cette fabrication ressemble à de la mauvaise porcelaine allemande.
- The Knowles, Taylor and Knowles C° expose cependant quelques pièces bien traitées, la porcelaine est belle et les décorations coquettes. Puis la Rookwood Pottery nous montre toute une collection de ces faïences qui ont été si admirées à Paris en 1889, mais elles paraissent avoir donné tout ce qu’elles pouvaient. L’exposition de cette manufacture vaut à peine celle qu’elle avait au Champ de Mars.
- Comme nous venons de le voir, l’Amérique n’est pas encore en état de se passer de la céramique étrangère; et nous ne saurions trop engager nos nationaux à profiter de cette situation qui dans un pays comme celui-là pourrait bien ne pas s’éterniser, surtout si les droits de douane restent ceux qu’ils sont aujourd’hui.
- p.21 - vue 21/36
-
-
-
- p.22 - vue 22/36
-
-
-
- COMITÉ 22 Cristaux et Verrerie
- RAPPORT DE M. JAMES VIDIE
- MAÎTRE DE VERRERIE
- COMMISSAIRE RAPPORTEUR
- p.23 - vue 23/36
-
-
-
- p.24 - vue 24/36
-
-
-
- Comité 22.
- CRISTAUX ET VERRERIE.
- Nous pouvons répéter en 1893 ce que disait M. de Luynes dans son rapport sur l’Exposition de 1889 : s 11 ne faut pas s’attendre à rencontrer dans les expositions qui se succèdent à de si courts intervalles de temps ces résultats nouveaux et ces progrès éclatants qui sont la suite des efforts produits pendant des périodes de longue durée. »
- Cependant, les objets réunis dans la classe de la verrerie ont fourni l’occasion de constater la continuité des progrès obtenus dans les différentes branches de l’application du verre, l’accroissement considérable de la puissance de sa fabrication et l’extension très intéressante prise par la production des verreries artistiques.
- Nous avons pu constater, en 1893, les progrès du verre sous toutes ses formes et ses attributions bien différentes.
- Le verre remplaçant avantageusement la fonte et le grès, tel est le progrès réalisé depuis 1889 par M. Léon Appert. Nous donnerons plus loin la description de cette nouvelle fabrication, appelée à rendre les plus grands services et qui a été une des plus grandes attractions de la classe XXII à l’Exposition de Chicago.
- M. Appert (L.-A.), rue des Chasses, 34, à Clichy-la-Garenne (Seine).
- M. Léon Appert, l’ingénieur verrier auquel nous devons tous une si grande reconnaissance pour tous les progrès qu’il a su faire réaliser à notre industrie, depuis les fours Boetius perfectionnés par lui, jusqu’au soufflage mécanique qui permet de souffler les pièces des plus grandes dimensions sans le secours d’ouvriers spéciaux, nous a fait une exposition de ses produits dont l’intérêt aussi pratique que scientifique a fait l’admiration de tous les visiteurs.
- L’exposition de M. Léon Appert comprenait :
- i° Des spécimens de tuyaux et tubes en verre de toutes longueurs et jusqu’à 50 centimètres de diamètre, fabriqués par son procédé breveté en Europe et aux Etats-Unis sous le nom de Procédé de moulage méthodique du verre;
- 20 Des spécimens de bacs ou boîtes rectangulaires en verre de toutes dimensions
- p.25 - vue 25/36
-
-
-
- 26
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- utilisés pour l’emmagasinage de liquides de toute espèce et en particulier pour la construction des accumulateurs d’électricité.
- Le verre, par sa qualité d’inaltérabilité et de mauvaise conductibilité, est le corps le plus convenable pour cet emploi aussi bien au point de vue chimique qu’au point de vue électrique.
- Le procédé de moulage méthodique du verre, basé sur l’étude des phénomènes de malléabilité, permet de mouler mécaniquement, et par suite sans main-d’œuvre de nature spéciale, des pièces des plus grandes dimensions qu’il avait été jusqu’ici impossible de produire tant au point de vue du poids qu’au point de vue du volume.
- La Compagnie des manufactures de Saint-Gobain, Ghauny et Cirey, qui s’est rendue acquéreur des brevets de M. Léon Appert, en Europe, pour fabriquer des tuyaux de 1 mètre de diamètre et de 1 m. 3o à 1 m. 5o de long et d’une épaisseur de 10 à 12 millimètres, peut fabriquer aussi des bacs ronds en verre d’une capacité allant jusqu’à 200 litres et plus et des bacs rectangulaires allant jusqu’à i5o litres.
- La perfection des produits obtenus, leur régularité et leur bas prix, permettent de donner par ce procédé des applications nouvelles et considérables à l’emploi du verre.
- Vitres perforées pour ventilation. — L’exposition de M. Léon Appert comprenait en outre des spécimens de verres à vitre perforés employés pour la ventilation des lieux habités.
- Ces verres à vitre sont fabriqués par des procédés brevetés au nom de la Société Appert frères.
- C’est sur les indications de M. Emile Trélat, qui leur en avait fait la demande, que MM. Appert frères ont entrepris cette fabrication.
- Ces verres sont fabriqués sous deux types de formes différentes, l’un d’une épaisseur de 3 millimètres et perforé de 5,ooo trous par mètre carré, l’autre d’une épaisseur de 4 millimètres 1/2, perforé de 2,900 trous au mètre carré, d’une longueur allant jusqu’à 2 mètres et de 75 centimètres de largeur.
- Ces trous sont de forme tronconique, la petite base devant être placée à l’extérieur de la vitre mise en place ; ils ont un diamètre de 3 millimètres à la petite base et de 7 millimètres à la grande pour l’échantillon de 2,900 trous et un diamètre de 2 millimètre 1/2 à la petite base et de 5 millimètres à la grande pour l’échantillon de 5,ooo trous.
- Ces vitres donnent une ventilation moyenne de 3 décimètres carrés par mètre de vitres posées.
- Ces vitres, qui ont l’avantage de produire une ventilation insensible, tout en donnant une lumière agréable et diffuse, sont employées dans un grand nombre d’établissements de toutes espèces, tels que les lycées, les hôpitaux, les casernes, les gares de chemins de fer, etc.
- La Société Appert frères exposait également une série de 5oo modèles de bobèches unies ou moulées par un procédé breveté au nom de M. Etienne Walter; ces bobèches, de formes les plus variées, se recommandent par leurs teintes fines et délicates, par leur transparence ou leur translucidité obtenue par l’emploi de verre opalin, transparent ou opaque, qui permettent d’apprécier la fabrication de la maison Appert frères.
- p.26 - vue 26/36
-
-
-
- CRISTAUX ET VERRERIE.
- 27
- Tous ces objets sont obtenus par le découpage, à l’aide de diamants, de pièces circulaires dans le centre desquelles est pratiqué également au diamant un trou destiné à laisser passer la bougie.
- Le découpage s’exécute dans des boules en verre soufflées par les procédés brevetés de soufflage mécanique du verre par l’air comprimé (brevet de MM. Appert frères). Ce procédé permet de souffler d’une façon inoffensive et sans fatigue pour l’ouvrier des pièces quelconques, telles que des manchons de verres à vitre et les boules dont un spécimen de i m. 60 de diamètre était exposé en 1889, et qui a été une des attractions de la classe XIX.
- Ce procédé a valu à MM. Appert les plus hautes récompenses dans toutes les expositions et le prix Monthyon décerné par l’Académie des sciences en 1886 : c’est dire que la maison Appert frères aurait obtenu la plus haute récompense à l’Exposition de Chicago, si la France avait accepté le jury tel qu’il avait été constitué par l’Administration américaine.
- M. Léveillê (E.), boulevard Haussmann, 74, à Paris.
- L’exposition de M. Leveillé très complète, quoique placée dans un jour peu favorable et un espace un peu resserré, peut se diviser en trois parties bien distinctes.
- Première partie :
- Des pièces en haute fantaisie, telles que vases, cache-pots, coupes, buires ên verre neutre ou strass avec ou sans coloration, ou avec des couvertes de ton différent de la masse permettant à la taille et à la gravure de produire des dessins en relief qui sont absolument personnelles à cette maison.
- Toutes ces pièces, très appréciées par la haute classe américaine, représentent un grand effort produit dans un sens artistique et ont de plus aux yeux des connaisseurs un immense avantage, celui de ne pouvoir jamais être exactement reproduites, ce qui fait de chacune de ces pièces, un original.
- Nous avons remarqué surtout : deux vases de forme et de décoration japonaises en verre doublé de rouge au cuivre, gravés en creux de branches et de fleurs de pêcher, celles-là dorées par parties, celles-ci émaillées de blanc et de rose avec quelques frottis d’or, le tout produisant un magnifique contraste avec la teinte rouge sombre du fond; une jardinière rectangulaire en verre lourd et colorations intérieures, sur une des faces de laquelle se trouve en relief une plaquette de même matière représentant une peau de lion dont l’effet est rehaussé par l’introduction d’une feuille d’or pur appliquée entre les deux verres ; de nombreux verres, vases et coupes taillés à côtes torses ou droites coupées par des couleurs variées, obtenues par la projection d’oxyde métallique dans la masse du verre pendant la fusion, et éclairés par une quantité de petites craquelures du plus heureux effet; puis enfin des imitations de pierres dures, telles que sardoine, jade, agathe, etc., offrant à l’œil les plus grandes variétés de forme et de couleur.
- Toutes ces pièces si diverses d’aspect nous montrent de quelles ressources abondantes un artiste industriel peut disposer pour arriver non seulement à la copie exacte des matières dures précieuses, mais encore à la production d’effets décoratifs inconnus jusqu’à ce jour.
- p.27 - vue 27/36
-
-
-
- 28
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- La deuxième partie de cette exposition, entièrement consacrée au service de la table, comprend, entre autres choses intéressantes, une série complète de verres et de carafes de tailles et de formes diverses inspirées des splendides orfèvreries religieuses de la Renaissance française, en verre légèrement teinté, puis en cristal blanc d’une grande pureté, des verres, des buires, des coupes de forme Louis XVI et Louis XV, ornés de gravure, de taille ou de dorure selon la forme, le style et l’usage de chacune de ces pièces.
- Troisième partie :
- Une très intéressante suite de carafes à déguster les vins, de formes très mouvementées, de décorations très nouvelles comme gravure ou taille, s’adressant surtout aux orfèvres qui peuvent librement donner carrière à leur goût artistique, en complétant par le métal la décoration très suggestive de la pièce.
- De l’ensemble de cette exposition, dont les vitrines en 1889 avaient été tant remarquées et lui ont valu une médaille d’or, qui montra à Londres en 1890 et à Moscou en 1891, où seule la maison Léveillé représentait la cristallerie française, et enfin aux deux derniers Salons du Champ de Mars où quelques-unes de ses pièces furent acquises par les musées nationaux, il ressort que M. Léveillé est arrivé à faire de chacun de ses produits autant d’ohjets d’art, par la conscience qu’il apporte au fini et à l’exécution de ses dessins, à.la pureté des formes et aux soins qu’il donne à sa fabrication pour en varier constamment les effets.
- Il a certainement contribué à relever, surtout parmi les gens de goût, le discrédit dans lequel était tombée notre verrerie de fantaisie aux dépens des verreries allemandes et étrangères.
- Du reste l’empressement de tous les directeurs des musées étrangers à acquérir les meilleurs morceaux de Cette maison prouve surabondamment l’excellence de celte fabrication et du goût qui y préside.
- MM. Dâüm frères (dépôt à Paris, 3a, rue de Paradis), à Nancy.
- Cette exposition comprend :
- i° Une assez grande quantité d’objets décorés par simple application d’or. Ces objets , pour la plupart des services de table et de fantaisie, affectent principalement le caractère des verreries du xvme siècle, taillés en plein à petites côtes plates et facettes ; ils prennent avec l’or un riche éclat, mais valent surtout parleur légèreté d’aspect et de matière. Quelques-uns de ces types sont des copies exactes de modèles du xvme siècle ;
- a0 D’autres objets d’une valeur supérieure, également taillés, sont ornés de gravures fines à la roue serties d’or.
- Ce procédé, employé par MM. Daüji, permet d’obtenir d’élégantes et sobres décorations qui mettent en valeur les finesses de la gravure. Cette décoration convient tout particulièrement aux différents bibelots style Louis XVI qui étaient exposés ;
- 3° Quelques types d’émaux à un ou plusieurs feux.
- Parmi les pièces les plus remarquables en ce genre , nous signalerons un vase en forme de lampe arabe symbolisant le Jour, dont les bordures, supérieures et inférieures
- p.28 - vue 28/36
-
-
-
- CRISTAUX ET VERRERIE. 29
- présentent de larges figures de chauves-souris ou de hérons en émaux gris et roses, très ert relief et fort bien venus malgré plusieurs feux.
- En plus de ces émaux opaques, nous avons beaucoup admiré un vase à branche d’é-glantine en émail transparent, d’une richesse de ton absolument remarquable;
- 4° Des corrosions à l’acide fluorhydrique qui ont fait le succès de MM. Daum depuis deux ans ; nous avons pu juger des progrès réalisés par ce procédé en examinant différentes pièces du plus heureux effet.
- Nous signalerons entre autres une jardinière cabossée qui offre, traversée par une gigantesque rose de Noël, un paysage où les saules tout couverts de grésil donnent nettement la vision du poète : « l’hiver quand la ramée est un écrin de givre». Celte jardinière a fait l’admiration de tous les connaisseurs.
- Enfin ces industriels, ces artistes devrais-je dire, ont tenu à nous montrer des échantillons d’ouvrages tout à fait précieux dans le genre des cristaux taillés à deux et plusieurs couches de verres diversement colorés où excellent les maîtres tels que Rousseau, Rrocart et Gallé, de Nancy.
- Dans les uns, doublés à une seule mais très épaisse couche, ils ont sculpté à la molette et fouillé profondément certains motifs, par exemple : ce flacon (mauve sur mauve), aux violettes fanées dont les pétales recroquevillées furent pour l’exécutant un chef-d’œuvre de patience. Nous signalerons encore dans ce genre celte potiche de grande dimension (rouge ou vert bouteille) où s’accroupissent des Gueux, de Callot, puis enfin cette urne de Louis XVI où une guirlande de rose se détache en teinte naturelle sur la panse bleutée et qui, pour en enrichir les tons, a été nimbée d’or puis repassée au moufle.
- A côté d’une quinzaine de pièces de ce genre, nous en signalerons deux en verre triplé : le vase aux cyclamens (mauve, rouge, vert), et la boule aux tulipes roses, dont les couches sont toutes transparentes et dont ces teintes (rouge et vert notamment) eussent dû s’éteindre par la superposition, si le verrier n’avait pas su répartir les épaisseurs de ses trois teintes de verre.
- En résumé, l’exposition de MM. Daum était très remarquable, et le succès qu’ils ont remporté auprès des amateurs américains doit les engager à persévérer dans cette voie absolument artistique qu’ils ont entreprise depuis si peu de temps et qui, espérons-nous, les engagera à prendre part à nos prochaines expositions.
- MM. Charboiœeaux et 0e, à Reims (Marne).
- Les verreries à bouteilles n’étaient malheureusement pas représentées dans la classe aa , malgré l’importance considérable de cette branche de l’industrie verrière en France.
- MM. Charbomeadx et Cie, s’étant décidés tardivement à demander un emplacement dans notre classe, n’ont pu obtenir qu’une petite vitrine dans la classe de la distillerie.
- Cette maison, qui ne date que d’une vingtaine d’années, et qui n’a jamais pris part à aucune de nos grandes expositions, a fait réaliser de grands progrès à la fabrication des bouteilles dites champenoises.
- p.29 - vue 29/36
-
-
-
- 30
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- Elle a été une des premières verreries qui aient construit des fours à bassin, et ses procédés de fabrication lui ont valu la clientèle des premières marques de champagnes pour la limpidité de son verre et la résistance de ses bouteilles à la pression. Aussi espérons-nous que les affaires qu’elle a pu ébaucher à Chicago l’engageront à l’avenir à prendre part à nos prochains grands concours.
- M. Vessière aîné (Justin), à Baccarat (Meurthe-et-Moselle).
- MM. Vessière, de Baccarat, avait à Chicago la représentation pour ainsi dire delà gravure, et nous avons pu constater, comme dans toutes les expositions, la supériorité de la gravure française.
- AUTRICHE-HONGRIE.
- La verrerie autrichienne, une des industries les plus importantes de ce pays, était largement représentée à l’Exposition de Chicago.
- Ce pays éminemment verrier par suite du bas prix des matières premières, et principalement de la main-d’œuvre qui est payée 3o p. 1 oo au-dessous de la nôtre, a fait en réalité de grands progrès.
- Leurs teintes toujours criardes nous ont paru plus atténuées et leurs décors à l’or brillant nous ont semblé plus sobres qu’en 1889.
- Ce sont certainement les plus terribles concurrents que nous ayons en Amérique pour toutes ces fantaisies bon marché qui s’importent par grandes quantités.
- Si nous sommes arrivés en France à pouvoir lutter contre cette redoutable concurrence par les progrès que nous avons réalisés dans nos verreries malgré l’augmentation toujours croissante de notre main-d’œuvre, il nous reste encore à faire connaître à l’étranger et principalement en Amérique que le bon goût dans nos articles n’est pas sacrifié au bas prix des marchandises qui s’y exportent.
- En France, nos principales verreries, en dehors de la fabrication proprement dite du verre, possèdent des tailleries très importantes et des ateliers de décors qui leur permettent de livrer à leur clientèle des pièces absolument terminées.
- En Bohême l’organisation est toute différente.
- Les verreries sont généralement de peu d’importance et situées loin des grands centres au milieu de forêts où elles trouvent à bon marché leur combustible sur place, et profitent d’une main-d’œuvre peu coûteuse.
- Les pièces fabriquées sont expédiées, telles quelles sortent des arches, à
- p.30 - vue 30/36
-
-
-
- CRISTAUX ET VERRERIE.
- 31
- des négociants occupant dans les grandes villes des ateliers importants, soit de taillerie, soit de décors.
- Ces maisons, dont nous n’avons pas idée en France, occupent un nombreux personnel, composé en grande partie d’enfants qui produisent à bon compte toutes ces mille fantaisies qui, malgré leur mauvais goût généralement, se vendent par grandes quantités par suite de leurs bas prix.
- C’est ainsi que nous voyons figurer dans nos expositions de grandes maisons qui passent pour fabricants et qui ne sont en réalité que des décorateurs sur verre.
- M. Lôtz (/o/i.) War., à Klostermühle.
- Cette maison a trouvé un genre nouveau avec ses vases en flammes héliotrope rehaussés d’or qui font grand effet.
- Le vase en agate foncée de 1 m. 20 de hauteur sur socle faisait l’admiration des visiteurs ; sa ceinture bronzée sertissant des pierreries cabochons et ses anses têtes de griffons en faisaient en réalité une très belle pièce. Les vases, services à bière, cabarets en teintes opalisées avec décors d’or en relief donnaient une idée de la fabrication courante.
- M. Moser (Ludwig), à Carlsbad.
- Que d’orl Que d’or! Telle était la réflexion de chaque visiteur.
- En effet, cette maison, une des plus importantes de Bohême en son genre, avait exposé des vases, coupes, cabarets, tellement surchargés de décors or brillant et or relief qu’il n’était pas possible de voir en quelle matière étaient les objets exposés.
- Leur verrerie en opalisé rose et vert recouverte de filigranes d’or, avec jonc uni en argent, était très réussie et donnait une note nouvelle comme décoration.
- M. Lobmeyr (J.-L.), à Vienne.
- Les cristaux de cette maison, gravés en creux et rehaussés d’or, étaient accompagnés de petits sujets genre camée qui faisaient très joli effet et formaient un ensemble d’assez bon goût. En dehors de ces pièces très soignées, des émaux translucides étaient également très réussis, mais étaient bien loin de valoir les pièces ci-dessus.
- En résumé, cette exposition était une des meilleures de la section autrichienne.
- M. Raghmann frères.
- Ces messieurs fabriquent la verrerie courante de fantaisie en uni, taillée, gravée et décorée. Leurs formes absolument allemandes sont lourdes et de mauvais goût et leurs services de table très ordinaires.
- Ils fabriquent principalement les vaporisateurs à des prix extrêmement bon marché.
- p.31 - vue 31/36
-
-
-
- 32
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- M. Raschesohn ( démens), à Ulrichstal.
- Echantillonnage complet de l’or brillant sur toutes les pièces ordinaires exposées. Leur verre jaspé imitant l’ambre rehaussé de cet or allemand fait beaucoup d’effet. Comme mauvais goût, c’est on ne peut plus réussi.
- M. Goldberg ( Charles), à Haïda.
- Des décors en hlas rose et ors, avec sujets genre Watteau sur de l’opale blanche, étaient agrémentés d’une bordure supérieure en décor dentelle très fouillée qui représentait une grande somme de travail.
- De nombreux objets courants, principalement en opale et en rubis, indiquaient la fabrication bien ordinaire de cette maison.
- M. Erlauch Goünt Harrüsh, à Vienne.
- Comme services de table, unis, taillés et gravés, cette maison nous donnait une très bonne impression de sa fabrication.
- Les formes n’étaient pas nouvelles, mais le verre était assez blanc et les tailles et les décors très fouillés.
- M. Inwald, à Vienne.
- Beaucoup d’effet et rien de bien saillant dans cet amas de pièces de toutes sortes; services de table unis, taillés et gravés; vases, coupes, jardinières en bleu, jaune, vert, rouge; on se serait cru dans une volière de perroquets.
- Eblouis au premier abord, vous ne voyiez que la médiocrité dans chaque pièce que vous examiniez.
- Malgré ce mauvais goût indiscutable, cette exposition a obtenu, paraît-il, un grand succès auprès des Américains.
- J’oubliais de signaler les services à glace couchés moelleusement dans le satin blanc de leurs écrins et tenant la place d’honneur, dans le salon de cette maison, ce qui doit indiquer une des spécialités de cette fabrique.
- MM. Lazarüs et Rosenfeld, à Steinschoneau.
- Services de table bien allemands, unis, taillés et décorés, dont les bas prix font pardonner la mauvaise fabrication. De l’effet, beaucoup d’effet, mais rien à faire ressortir de toutes ces pièces mal exécutées.
- p.32 - vue 32/36
-
-
-
- CRISTAUX ET VERRERIE.
- 33
- MM. Tscuernigh et 0% à Haïda et Carlsbad.
- Enfin, nous pouvons examiner avec plaisir quelques objets de bon goût en visitant cette exposition.
- Les services de table sont irréprochables, les formes très réussies, et malgré la sobriété des décors il n’est pas possible de laisser ces comptoirs et vitrines sans s’y arrêter quelques instants.
- Cette maison avait envoyé à Chicago un grand choix de services à vin, à punch, des brocs et carafons très soignés en blanc, taillés et gravés avec décors très sobres en or, qui nous ont absolument séduits.
- Les fantaisies en couleurs sont par exemple bien moins heureuses, ainsi que les articles d’éclairage, tels que lampes, globes décorés et taillés.
- ÉTATS-UNIS.
- Si la main-d’œuvre américaine n’était pas payée 75 p. 100 de plus qu’en France, il ne serait plus possible pour nous d’exporter une seule pièce de verrerie en Amérique.
- Les installations de ces grandes verreries de Pittsburg et d’ailleurs sont absolument irréprochables comme outillage, et leurs presses à mouler tellement merveilleuses comme fonctionnement, quelles arrivent à nous donner de la verrerie moulée que vous prendriez à première vue pour de la verrerie admirablement taillée.
- Il ne nous reste donc plus à exporter aux Etats-Unis que les pièces richement taillées ou décorées pour lesquelles la main-d’œuvre joue le plus grand rôle, ainsi que toutes nos fantaisies bon marché en teintes nouvelles , qui sont encore appréciées de l’autre côté de l’Atlantique.
- Profitons donc des quelques années qui nous restent encore à leur livrer nos produits, car avant peu les trois huit américains auront gagné le continent, et la lutte ne sera plus possible pour nous.
- Libbey Glass Company, à Toronto (Ohio).
- Beaux cristaux richement taillés, mais d’un prix exorbitant.
- Les services de table ont une finesse de taille irréprochable et les vases, flacons, coupes, etc., sont également très remarquables.
- On voit, dans cette exposition, des saladiers en cristal taillé à3ooet4oo francs, des bols h punch de 1,000 francs, des vases de 1,200 à i,5oo francs.
- La vente en est-elle courante?
- En résumé cette exposition importante nous a fait voir que les tailleurs sur cristaux
- p.33 - vue 33/36
-
-
-
- 34
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO.
- étaient capables de faire des merveilles, el il est regrettable que les prix toujours marchandés en France ne nous permettent pas de tailler nos cristaux aussi minutieusement.
- MM. Strauss and Sons, à New-York.
- Quelques très jolis services de table dont les prix varient de 2,000 à 5,000 francs le service.
- Les carafes sont assez élégantes comme formes, et leur taille représente bien quinze journées de travail d’un excellent tailleur.
- Des jardinières, vases, coupes, services à glace très finis complètent cette exposition qui, sans valoir la précédente, forme un ensemble très réussi.
- MM. Macbeth (Geo.) and O, à Pittsburg.
- Cette usine a réuni tous les spécimens de sa fabrication de verrerie d’optique et d’éclairage :
- Des calottes en verre et récipients pour éclairage de wagons, des verreries de lanternes de chemins de fer, en différentes couleurs, des cives de toutes teintes pour les signaux ainsi que pour les lanternes ; des verres de lampe et des globes de toutes dimensions dont la fabrication est très soignée.
- MM. Hicks and C°, à Chicago.
- Invention nouvelle qui consiste à fabriquer des planchers et toitures en verre absolument solides.
- Des grillages en fer sont enfermés, entre deux feuilles de verre, d’une épaisseur de 2 à 3 centimètres et formant corps ; il n’est pas possible de percer ces planchers malgré le choc le plus violent.
- Pour le vitrage ou la toiture les feuilles sont moins épaisses et d’après les pièces exposées à cet effet avec des parties brisées ou fendues, nous constatons qu’il n’y a pas à craindre la chute d’éclats de verre et que, même fendue, la toiture serait suffisante pour se garantir complètement de la pluie.
- BELGIQUE.
- Il est regrettable que nos manufactures françaises n’aient exposé ni verres à vitres ni glaces.
- La Belgique au contraire n’avait envoyé à Chicago que ses plus beaux spécimens de verres à vitre unis, blancs et de couleur, gravés au sable ou à l’acide, et quelques glaces d’assez grandes dimensions qui, malgré la lim-
- p.34 - vue 34/36
-
-
-
- CRISTAUX ET VERRERIE.
- 35
- pidité de leur verre, ne pouvaient rivaliser avec les glaces de Saint-Gobain ou d’Aniche, que tous les Français ont tant regretté de ne pas pouvoir admirer.
- Nous signalerons parmi ces verreries spéciales :
- La Société anonyme des verreries de Jdmet; MM. Lambert et Cle, de Jumet; la Société anonyme des verreries de la Roue, à Lodelinsart; la fabrique de Sainte-Marie d’Oignies, une des plus anciennes de Belgique; les verreries de La Planche et Mondron (Léon).
- ITALIE.
- Comme à toutes les expositions, nous avons pu voir clans le salon Sal-viati ces merveilles de croque en bouche, en verre, que nous connaissons tous depuis bien des années, mais nous n’avons remarqué ni formes ni teintes vraiment nouvelles à pouvoir signaler.
- p.35 - vue 35/36
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- CÉRAMIQUE.
- Pages.
- Aperça général......................................................................... 7
- L’Exposition de Chicago................................................................ 9
- La céramique française.............................................................. . 11
- Sections étrangères................................................................... 18
- Allemagne........................................................................ 18
- Angleterre....................................................................... 19
- Belgique........................................................................ 20
- Pays-Bas........................................................................ 21
- Etats-Unis....................................................................... 21
- CRISTAUX ET VERRERIE
- France............................................................................ 2 5
- Autriche-Hongrie...................................................................... 3o
- États-Unis........................................................................... 33
- Belgique.............................................................................. 34
- Italie.............................................................................. 35
- p.36 - vue 36/36
-
-