Congrès international d'histoire comparée. Annales internationales d'histoire
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- CONGRÈS DE PARIS 1900
- 5e SECTION
- HISTOIRE DES SCIENCES
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- ANNALES
- INTERNATIONALES
- D’HISTOIRE
- CONGRÈS DE PARIS 1900
- SECTION
- HISTOIRE DES SCIENCES
- national
- LIBRAIRIE ARMAND COLIN
- PARIS, 5, RUE DE MÉZIÈRES
- 1901
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- CONGRÈS INTERNATIONAL
- D'HISTOIRE COMPARÉE
- PARIS 1900
- Ve SECTION
- HISTOIRE DES SCIENCES
- Président d’Honneur
- M. Marcelin Berthelot, membre de l’Institut
- Commission Permanente Président : M. Paul Tannery.
- Viee-prcsidents : M. le Dr Dureau, M. André Lalande. Secrétaire : M. le Dr Sicard de Plauzoles Membres adjoints ; M, Daniel Berthelot, M. le baron Carra de Vaux.
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- AVERTISSEMENT
- En dehors des Mémoires présentés au Congrès et publiés ci-après, la section d’Histoire des sciences a entendu :
- 1° Lecture, par Mlle Mélanie Lipinska, d’un chapitre de sa thèse de doctorat en médecine : Histoire des femmes médecins, éditée par G. Jacques et Cie, 1, rue Casimir-Delavigne, Paris, 1900 (586 pages in-8°).
- 2° Lecture, par M. le colonel de Rochas d’Aiglun, d’un opuscule : La Physique de la Magie, édité à Paris, 1900 (P.-G. Ley-marie, 42, rue Saint-Sulpice), 11 pages in-8°.
- 3° Lecture, par M. Fabius de Champville, d’un article : Contribution à Vétude des phénomènes ou des sciences connues qui expliquent les faits merveilleux ou étranges des temps passés, inséré dans les Annales des sciences psychiques, en septembre 1900.
- En outre, des communications orales, également analysées dans les Procès-Verbaux sommaires du Congrès, ont été faites :
- 4° Par M. Paul Tannery : — A. Sur un Manuel d'astronomie cambodgienne. — B. Sur l'Histoire de la géométrie au moyen âge, d’après les travaux de Maximilian Curtze. ^
- 5° Par M. Daniel Berthelot : Sur l'utilité de l'histoire des sciences dans Venseignement de la physique et de la chimie.
- 6° Par M. le Dr Capitan : Sur l'histoire du Préhistorique de h fin du XVIe siècle au XIXe.
- L’impression des mémoires ci-après a été particulièrement dirigée par M. Paul Tannery. Quelques notes, qu’il a ajoutées, sont marquées de l’initiale (T).
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- L’INTERPRÉTATION DE LA NATURE
- DANS LE VALERIUS TERMINUS DE BACON
- Quoique Bacon n’ait pas été étranger à l’idée de la science pour la science, le but auquel il tend est surtout de mettre le monde au service de l’homme ; et comme les phénomènes physiques ne révèlent pas leur secret au premier coup d’œil, l’opération essentielle de la méthode doit être ce qu’il appelle Y interprétation de la nature. Loin de prescrire à l’esprit, en face des choses, une attitude purement empirique et réceptive, il se propose donc de tracer d’avance un schéma des propriétés et des actions naturelles, schéma qui nous révélera, sous les apparences trompeuses de la sensation1, la structure réelle dont la connaissance nous rend maîtres des phénomènes. Il ne saurait y avoir de doute sur ce point, tant par le début même du Novurn Organum : « Homo, naturae minister et interpres », que par le titre primitif de cet ouvrage, Claris Interpretationis 2, et le sous-titre qu’il a conservé dans l’édition définitive : « Sive indi-cia vera de interpretatione naturae », et enfin par les nombreux opuscules de Bacon où revient cette formule : « De interpretatione naturae proœmium ; Gogitata et visa de inter-
- 1. « Impressiones sensus viliosae sunt ; sensus enim destituit et fallit. » Novurn Organum, I, 69. — « Calidum ad sensum res respectiva est, et in ordine ad hominem, non in ordine ad universum. » Ibid., II, 20. — «Tlie information of the senses is sulïicient, not because they err not, but because the use of the sense in discovering of knowledge is for the most part not immédiate. » Valerius Terminus, 15.
- 2. Commentarius solutus, 26 juillet 1608.
- Congrès d'histoire (V* section).
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- prelatione naturae ; De interpretatione nalurae sententiae duodecim » ; et enfin le plus important de tous, dont le titre un peu énigmatique est : « Valerius Terminus of the interprétation of nature, with the annotations of Hermes Stella 1. »
- A quelle date a été écrit le Valerius Terminus, c’est ce qu’il est difficile de déterminer. Il fut publié pour la première fois en 1734 dans les Lettres et Opuscules de Bacon, par Robert Stephen, d’après un cahier qui est évidemment lui-même la copie bout à bout, et par la main d’un secrétaire, de feuilles détachées et rédigées séparément par Bacon. Ce cahier porte de nombreuses corrections et additions de la main de l’auteur. Le fait même qu’il s'est occupé de faire recopier ces fragments et de les revoir montre qu’il y attachait de l’importance ; et en particulier il a pris la peine de recopier lui-même dix-huit fois, en forme de titre courant, les mots : of the interprétation of nature, comme l’a fait observer M. Spedding2. Si quelques parties de l’œuvre peuvent sembler antérieures à la composition de l’ouvrage anglais sur l’avancement des sciences, qui est la première forme du De Augmentis, et qui parut en 1605,il y en a d’autres qui complètent et reprennent cet ouvrage, et qui par conséquent sont postérieures. U en est ainsi notamment de la théorie des « idoles » et de celle des « directions » dont nous parlerons plus loin. — M. Spedding a cru, d’après une ligne qui figure sur la feuille du titre du manuscrit, et qui consiste en une série de signes analogues à ceux de l’astrologie, mélangés de quelques chiffres où l’on peut lire notamment 1603, que c’était là sans douteune date en rapport avec la composition de l’ouvrage. Dans une note assez longue3, il essaie plusieurs interprétations
- 1. Édition Ellis et Spedding, III, 215-252. Brilish Muséum, Ilarl. Mss. 0403.
- 2. Ellis, III, 209.
- 3. Ellis, III, 207-208.
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- de cette ligne; l’une qui la présenterait comme un mémorandum des positions des planètes au moment de la grande peste de Londres en 1603 ; l’autre qui lirait dans les premiers signes : mercredi 26 janvier 1603, ou mieux, vendredi 26 janvier 1603, ce qui est plus conforme au calcul des jours. — Mais ces ingénieuses hypothèses laissent beaucoup d’inexpliqué, comme il le reconnaît lui-même. Je crois que l’explication de cette ligne se trouve dans un toutauLre ordre d’idées : en effet, le soi-disant signe de janvier (le Verseauj étant surmonté du signe du Soleil doit être lu Eau distillée, comme chez tous les médecins du moyen âge L Dès lors, le prétendu chiffre 1603 n’est pas 1603, mais 16 oz, c’est-à-dire 16 onces, et la première moitié de la ligne s’interprète aisément : « Prenez mercure 26, eau distillée 16 onces. » Les derniers signes sont moins clairs : ils signifient sans doute : chauffer au bain-marie (ou peut-être faire bouillir) pendant quarante-cinq minutes. Mais en tout cas il ne saurait y avoir de doute qu’il s’agit là d’une recette médicale, qui d’ailleurs était encore en usage en France au commencement de ce siècle et qui servait de vermifuge.
- Cette note n’ayant donc aucun rapport avec la date où ces fragments furent réunis sous le nom de Valerius Terminus, je trouverais volontiers dans ce titre même une raison de retarder l’époque de ce travail. Terminus rappelle la phrase célèbre de la Préface du Novum Organum, prise par Kant pour épigraphe de sa Raison pure : « Infiniti erroris finis et terminus legitimus. » Mais, de plus, sachant combien Bacon se plaisait aux procédés cryptogaphiques, je ne puis m’empêcher de remarquer que ce nom, dont on n’a encore jamais donné d’interprétation plausible, donne par anagramme « Verulamius naturae minister », formule d’autant plus vraisemblable que, jointe au reste du titre :
- 1. Je tiens cette remarque de M. le Dr Lalande qui a étudié Arnauld de ^ illeneuve et autres médecins alchimistes.
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- « of the interprétation of nature » , elle reproduirait presque textuellement le début du Novum Organum : « Homo, nalurae minisler et interpres ». Enfin, ce qui ajoute à la probabilité de cette hypothèse, c’est que Bacon lui-même aimait peu son nom patronymique, et que, comme l’a remarqué déjà M. Spedding, c’est sous le nom de Verula-mius ou Lord Yerulam qu’il aspirait à être connu de la postérité l. — Or, Bacon n’ayant été créé baron de Veru-lam qu’en juillet 1618, c’est au plus tôt à cette date qu’il faudrait placer la transcription et la révision de ces fragments, je ne dis pas leur composition, qui est évidemment plus ancienne, au moins pour quelques-uns 2.
- Quant à la raison qui a décidé le chancelier à s’en occuper avec tant de soin, c’est, je pense, qu’ils indiquent un côté de sa méthode, qu’il ne voulait ni exprimer trop explicitement pour ne pas paraître construire un système, ce qu’il redoute beaucoup 3, ni sous-entendre complètement, de peur d’égarer les successeurs sur lesquels il comptait pour prolonger son œuvre scientifique 4.
- Cette idée que Bacon ne veut pas exprimer dogmatiquement est à mon sens celle du mécanisme métaphysique, tel que Descartes l’admet pour les qualités secondes, et il me semble que les exemples du Valerius Terminus, rapprochés de quelques autres passages, ne laissent pas de
- 1. Spedding. Bacon's Life, VI, 316.
- 2. Le nom de Valerius Terminus ne figure d’ailleurs que sur la lre page et non dans le titre courant, ni dans le corps du livre.
- 3. v Theoriom nullam integram aut universalem proponimus. » N O., I, 110.— « Certi viae nostrae sumus, sedis nostrae non item ». Thema cœli ad lin., etc. Je soupçonne aussi que Bacon, avec l'âge, était devenu plus « positiviste », plus méfiant même du mécanisme comme plan exclusif delà nature.
- 4. C’est d’ailleurs dans un sens analogue que M. Ellis interprétait cette indication du titre : avec les annotations d'Hermès Stella. Hermès, interprète, jettera une sorte de clarté stellaire sur les points qu’il ne convient pas de mettre en pleine lumière. — Malheureusement, une note de la table nous avertit qu’aucune des annotations d'Hermès Stella ne se trouve dans ce cahier.
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- doute sur cette idée directrice. C’est ce que je veux essayer de démontrer brièvement en faisant remarquer que ce caractère, s’il est exact, tranche la question débattue longuement encore par nos contemporains de savoir si Bacon est un aristotélicien scolastique ou le fondateur de l’interprétation mécaniste, qui est restée, pour parler son langage, la clef de la physique et même de la biologie.
- Cette idée est particulièrement exprimée dans le chapitre XI de l’ouvrage. Ce chapitre, dans une rédaction primitive, était d’ailleurs le premier, n’étant précédé que d’une sorte de considération générale sur les limites et la fin de la connaissance; et, dans le plan définitif, il devait « faire suite immédiatement », comme l’auteur l’indique, à l’inventaire des ressources humaines. Son but est de montrer comment on arrive à produire une qualité donnée, et par conséquent de donner les « directions » nécessaires pour ce résultat. (Je demande la permission de me servir ici en général du mot direction dans son sens anglais, comme il est employé dans le Valerius Terminus ; le mot français recette, qui en serait l’équivalent le plus approché, ayant un sens un peu étroit.) — « La plénitude de la direction, dit-il, exige deux conditions : certitude et liberté. U y a certitude quand la recette est infaillible ; liberté, quand elle n’est pas astreinte à l’emploi de certains procédés définis, mais comprend tous les procédés possibles. Une direction serait en effet inutile si elle nous renvoyait à des conditions que nous n’aurions pas sous la main. Soit, par exemple, la couleur blanche : la première direction sera que l’air et l’eau, intimement mélangés, produisent du blanc, comme dans la neige, la mousse, l’écume. Cette direction est certaine, mais très particulière. — Prenons comme seconde direction qu’il en sera de même de l’air mélangé avec n’importe quel corps incolore et plus épais. — Ajoutons dans une troisième direction les corps même colo-
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- rés comme le vin, la bière, dont la mousse est blanche. — Remarquons en qyatrième lieu que le mélange d’air peut se faire avec un corps plus subtil, comme dans la partie blanche des flammes. — Débarrassons-nous enfin de l’air lui-même comme condition du problème : la cinquième direction sera qu’on produit du blanc avec tous les corps inégalement transparents, mélangés comme ci-dessus : huile et eau, air et cristal, etc. »
- Nous voici arrivés à un passage de Bacon bien singulier par son caractère ésotérique : « Maintenant, » continue-t-il, « nous sommes affranchis de l’air, mais liés encore à des corps transparents. Monter plus haut par degrés, je dois m’en abstenir, en partie parce que cela allongerait trop l’exemple, mais surtout parce que cela découvrirait ce que, dans cet ouvrage, j’ai pris la résolution de réserver. En effet, parcourir toute l’histoire et l’observation des couleurs et des objets visibles serait une trop longue digression ; de plus, notre but est présentement de donner un exemple de direction libre (par conséquent de la distinguer et de la décrire), mais non d’exposer une formule d’interprétation qui puisse servir à la dégager et à l’atteindre. Mais si nous ne voulons rien révéler ici, nous prenons garde aussi de ne pas égarer le lecteur. Revenant donc à notre objet après cet avertissement, nous admettons pour sixième direction ceci : — Tous les corps ou parties de corps qui sont également inégaux, c’est-à-dire dans un rapport simple, représentent la blancheur. Nous allons l’expliquer, sans toutefois le prouver par induction. »
- Deux choses sont à remarquer dans ce curieux passage. La première est son caractère de philosophia occulta (je ne dis pas philosophia occultans). R est assez rare dans Bacon. Ce n’est pas cependant le seul exemple. Au chapitre XVIII du même ouvrage, Bacon dit encore que pour éviter les abus chez les uns et fortifier l’affection chez les autres, il est bon de communiquer la science sous une forme enve-
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- loppée, qui choisisse et adopte son lecteur, bien que cette méthode acroamatique ait été parfois employée abusivement par des charlatans h
- Le second point, et le plus important, est que cette idée d’ésotérisme s’introduit précisément à propos du degré de l’interprétation où l’on passe d’une recette pure et simple, fondée sur l’emploi de certains corps définis, doués de propriétés sensibles, à une formule de caractère purement abstrait et même géométrique. Et ce caractère si curieux ne paraîtra pas accidentel si l’on observe que, dans le De Interpretatione naturaeproœmium, il déclare que ce qu’on doit tenir en réserve « intra légitima et optata ingénia clausa », c’est « ipsam interpretationis formulam atque inventa per eadem 2 », c’est-à-dire précisément cette idée directrice du mécanisme sur laquelle s’est développée toute la science cartésienne. Cette sixième direction, plus libre que les autres, consiste en effet en ceci : « Tous les corps ou parties de corps qui sont également inégaux, c’est-à-dire dans un rapport simple, représentent la blancheur... Il faut entendre par là que l’absolue égalité produit (produ-ceth) la transparence, l’inégalité en ordre simple ou en rapport simple produit la blancheur 3, l’inégalité en ordre ou en rapport complexe ou relatif produit toutes les autres couleurs ; l’inégalité absolue ou sans aucun ordre produit
- 1. Cette idée est également exprimée dans le« Temporis partus masculus », les «Sententiae de Interpretatione naturae », les «Cogitata et Visa,» le «de Interpretatione naturae proœmium. » Les mêmes éloges et réserves se retrouvent encore en termes presque identiques dans Y Advancement of Learning (livre II, Ellis, III, 404, au paragraphe qui a pour manchette : « De methodo sincera, sive ad filios scientiarum ») et dans le De Augmentis, livre VI, chap. 2, où une distinction nouvelle est faite : la methodus ad filios est séparée de la méthode acroamatique, la première étant définie par la transmission des vérités avec leurs racines, à la manière des mathématiciens, et la seconde par l’obscurité de la forme et l’usage des paraboles.
- 2. Ellis, III, 520.
- 3. Cf. De Augmentis, III, 4. « Corpora duo diapliana intermixta, portio-nibus eorum opticis simplici ordine sive æqualiter collocatis, constituere Albedinem. »
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- le noir. Cette variété, si une illustration aussi grossière était nécessaire,pourrait être représentée par quatre figures : Tune unie, l’autre quadrillée, une autre, régulièrement striée, une quatrième, brouillée. Il est évident que celle qui est couverte de dessins réguliers admet la plus grande variété. »
- Chose curieuse : ce passage est si exactement l’expression de la formule mécaniste qu’il a été repoduit presque littéralement par Descartes dans les Regulae ad directionem ingenii. Il est difficile de décider s’il s’agit d’une traduction réelle ou d’une remarquable coïncidence. « Quid igitur sequetur incommodi, si caventes ne aliquod novum ens inutiliter admittamus et temere fingamus, non negemus quidem de colore quidquid aliis placuerit, sed tantum abstrahamus ab omni alio quam quod habeat figurae natu-ram et concipiamus diversitatem quae est inter album, cæruleum, rubrum, etc. veluti illam quae est inter has aut similes figuras ? Idemque de omnibus dici potest, cum figu-
- rarum infinitam multitudinem omnibus rerum sensibilium differentiis exprimendis sufficere sit certum h »
- Cette disposition mécanique des choses en elles-mêmes, Bacon ne l’appelle pas encore décidément, dans le Valerius Terminus, leur Forme, comme il le fera plus tard ; mais il indique déjà que tel est le sens raisonnable qu’on peut donner à cette expression antique. « Cette direction libre », dit-il, « n’est guère autre chose que ce que la philosophie classique visait non seulement dans les deux règles des Axiomes déjà citées, mais surtout dans ce qu’ils appelaient
- 1. Regulae, XII.
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- la Forme, la Cause formelle ou encore la Vraie différence : deux choses qu’ils semblaient proposer plutôt comme idéales et inconnaissables que comme des objets situés dans le champ de l’intelligence humaine. Car Platon y a renoncé, disant qu’il tiendrait pour un Dieu celui qui saurait les vraies divisions et définitions, qui ne peuvent se faire que par les vraies formes et différences. J’en tombe d’accord avec lui, et sans m’en faire gloire : car si un homme peut, par la seule force de ses anticipations, découvrir la forme, je suis prêt à lui décerner les plus grands éloges... » Bacon va donc presque déjà- jusqu’à adopter le mot. Il Fa fait définitivement dans le De Augmentis et le Novum Organum. Ce n’a pas été sans dommage pour son système : car c’est de là que sont parties les critiques de Liebig, de Maistre, Barthélemy Saint-Hilaire, Bouillier, dans sa Philosophie cartésienne, Heller, Natge, Séailles, Fonsegrive ; de certains de ses éditeurs eux-mêmes, Bouillet, Spedding, Fowler. Tous Font considéré plus ou moins sévèrement comme un éclectique sans homogénéité, conservant à côté d’idées modernes, des entités aristotéliciennes. Mais c’est faire tort à sa pénétration, et, de plus, oublier les avertissements qu’il n’a cessé de donner lui-même sur ce point. « Il est aisé de se tromper en croyant que les observations ou les notions d’un auteur sont les mêmes qu’une opinion ancienne, d’abord parce que nous sommes obligés d’exprimer les nouveaux concepts avec des mots anciens, ensuite parce que le vrai et le faux peuvent aboutir à des conséquences ou des conclusions semblables, de même que différentes lignes peuvent se couper en un même point F » Plus explicitement encore il dit dans le De Augmentis : « Id hujus-modi est (institutum nostrum) ut... ubi conceptus et notio-nes nostrae novae sunt et a receptis recedunt, maxima certe cum religione antiqua vocabula retineamus2. » Et dans
- 1. Valet'ius Terminus, XIX.
- 2. De Augmentis, III, 4.
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- le Novum Organum, il spécifie qu’il en est ainsi des Formes : « Cavendum autem et monendum quasi perpetuo, ne, cum tantae partes Formis videantur a nobis tribui, tra-hantur ea quae dicimus ad eas formas quibus hominum con-templationes et cogitationes hactenus assueverunt l. »
- La forme est donc la chose même, en tant que détermination rationnelle substituée à l’apparence sensible et constituant sa vraie nature objective. Elle est « ipsissima res » ; la chose donnée ne diffère de sa forme que comme diffèrent « apparens et existens », ce qui est relatif à l’homme et ce qui est en soi2. Prenant comme exemple le poli et le brillant du marbre, dont la forme consiste dans l’aplatissement parfait de la surface, il ajoute cette remarque : « L’égalité (evenness) est la disposition de la pierre en elle-même : le poli est pour la main, le brillant pour l’œil3. » De même pour la couleur en soi, dont il a décrit plus haut le schématisme, de même pour la chaleur en soi dont la forme ou le processus latent se ramène à un mouvement rapide des petites parties du corps. « Galidum ad sensum res respectiva est, et in ordine ad hominem, non ad univer-sum... Forma sive definitio vera coloris (ejus qui est in ordine ad universum, non relativus tantummodo ad sensum) talis est, brevi verborum complexu : color est motus expansivus, cohibitus, et nitens per partes minores 4. »
- Sur ce point, Bacon est donc entièrement d’accord avec Descartes : il fait, comme lui, consister la science dans la découverte des formes géométriques élémentaires ou des mouvements latents, insaisissables par leur petitesse, dont l’effet total se produit pour nos sens par des qualités secondes de couleur, de son, d’odeurs et autres propriétés analogues. Cette ressemblance n’est pas d’ailleurs la seule.
- 1. Novum Organum, II, 17.
- 2. Novum Organum, II, 13.
- 3. Valerius Terminus, XI.
- 4. Novum Organum, II, 20. Ellis, 262.
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- Outre le passage bien connu où Descartes déclare n’avoir rien à ajouter aux recommandations de Verulam touchant les expériences, j’ai relevé dans le Discours de la Méthode (et probablement encore d’une façon incomplète) les passages d’origine ou d’inspiration baconienne. J’en ai trouvé un grand nombre, et dont quelques-uns sont presque une traduction littérale : égalisation de tous les esprits par la méthode ; jugements sur la philosophie, la morale, les mathématiques des anciens ; impossibilité d’appliquer à l’Etat le doute méthodique utile aux sciences abstraites ; facilité plus grande de trouver la vérité pour un homme seul que pour un peuple ; enchaînement continu et unité des sciences ; opposition du scepticisme et du doute méthodique ; toute la théorie du mécanisme vital par les esprits animaux. Je ne cite que les principaux, et je regrette que les bornes de cette communication ne me permettent pas de vous présenter en détail et pour ainsi dire sur deux colonnes ces passages d’une si frappante analogie. Je n’ai pas encore pu faire le même travail sur les autres ouvrages de Descartes; mais je pense qu’il y aurait là aussi bien des ressemblances à noter. La célèbre comparaison de la philosophie à un arbre, dans la préface des Principes, se retrouve plusieurs fois dans Bacon L Je ne veux aucunement faire de ces analogies un grief contre Descartes ni l’accuser de plagiat : il s’est expliqué lui-même fort nettement sur cette méthode de pur examen des idées qui lui permet de prendre partout ce qu’il trouve vrai à le considérer intrinsèquement et à la seule lumière de l’évidence individuelle : ainsi le cogito chez saint Augustin et la preuve ontologique chez saint Anselme. Il n’y a rien que de fort naturel, ce principe d’objectivité géométrique une fois admis, qu’il en ait usé de même envers Bacon, et cela reste donc bien plutôt un éloge pour l’auteur du Novum
- 1. Novum. Organum, I, 80; De Augmentis, III, 1, etc.
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- Orgunum, qui a préconçu de tant de façons le développement ultérieur des idées scientifiques.
- Mais le point essentiel de cette ressemblance me paraît demeurer celui que je me suis efforcé de faire ressortir dans la première partie de cette étude. Bacon tient surtout à toute la science du xvue et du xvme siècle, parce qu’il en a, je ne dirai pas créé (elle existait déjà), mais adopté d’avance l’hypothèse directrice. D’Alembert a conscience de suivre l’idée de Bacon, comme il conserve sa classification des sciences, en déclarant que le monde, pour qui saurait l’embrasser d’un seul coup d’œil, serait un fait unique et une grande vérité : c’est concevoir la science comme un immense problème de mécanique. Il reste à savoir si cette conception, qui a tant produit, est définitive. Bacon et Descartes l’avaient conçue non seulement comme une hypothèse directrice, mais comme l’expression même de la nature des choses. Elle perdit ce caractère métaphysique par degrés, d’abord avec Leibniz, qui réduisait le mécanisme à n’être que l’antichambre de la vérité, puis avec Kant, qui en admettait le caractère entièrement phénoménal, mais lui assurait du moins une valeur absolue dans le domaine scientifique, en le considérant comme l’expression adéquate des lois nécessaires de la pensée. — Une autre méthode cependant s’est opposée à celle-là, même dans l’expérience pure : celle de Newton. Quand il dit dans un aphorisme célèbre, Hypothèses non fingo, c’est la science baconienne et cartésienne qu’il condamne au profit de la simple détermination des lois. Un exemple marque bien cette opposition : soit la pesanteur. En connaître la forme au sens baconien, ou le processus latent, ce serait l’expliquer par des courants d’éther, par le jeu d’écrans que se font les corps l’un à l’autre. En connaître la loi, c’est seulement savoir, en se résignant à ignorer le mécanisme du phénomène, que son intensité a pour mesure^-. Les positivistes, dans le même sens, (bien qu’Auguste Comte
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- incline parfois à considérer le mécanisme comme le canevas même de la science) soutiennent en thèse générale qu’il faut chercher les rapports observables des phénomènes sensibles, et négliger les mouvements ultimes qui les constituent. Stuart Mill, en réduisant la causalité à la succession invariable, a été le représentant le plus radical de cette idée; et par une conséquence singulière, quoique naturelle, il s’est complètement mépris sur les idées de Bacon. En effet, les célèbres tables du Novum Organum ont pour objet la recherche de la cause formelle, telle que nous venons de la définir, et celles du Système de Logique, que Mill croit semblables, s’appliquent au contraire à la cause antédécente, Les deux diffèrent donc du tout au tout, et de là vient que les critiques dirigées par lui contre Bacon tombent à faux.
- Entre ces deux « formules d’interprétation », il ne nous appartient pas ici de prendre parti. Nous ferons seulement remarquer qu’il ne faut pas s’étonner de ce fait que, dans l’histoire des sciences modernes, la plus exigeante de ces deux conceptions ait apparu la première, bien qu’elle corresponde en réalité à un état de la science plus avancé que la suivante. C’est en effet une loi de l’esprit humain que de commencer toujours par se poser le but le plus élevé, et par croire le monde plus immédiatement intelligible qu’il ne l’est en réalité. C’est l’expérience, dans l’ordre moral comme dans l’ordre physique, qui nous avertit par degrés de l’illogisme partiel des choses et de leur résistance à se mouler sans déchet dans les cadres tracés par la raison. Ce qui avait semblé d’abord l’expression même de la réalité devient alors une formule idéale que nous n’abandonnons pas, mais qui n’est plus pour nous qu’un état limite dont nous nous rapprochons graduellement. Telle est sans doute la véritable valeur de la forme baconienne et du plan cartésien des sciences ; ce qui suffît d’ailleurs à les maintenir au premier rang des idées directrices qui guident la forma-
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- tion de nos connaissances de la nature. J’inclinerais fort à croire que l’esprit de Bacon lui-même a parcouru d’avance ces deux étapes : car les textes où le mécanisme est affirmé chez lui de la façon la plus catégorique sont les plus anciens, et ses derniers grands ouvrages, le De Augmentis, le Novum Organum, ajoutent plutôt à cette idée des réserves positivistes, qui en excluent une interprétation métaphysique trop absolue. Ces réserves ont pu quelquefois le faire prendre pour un réformateur timide qui gardait quelque chose de la scolastique : mais la véritable manière de les comprendre me paraît être bien plutôt de les rapprocher de celles d’Auguste Comte et des restrictions modernes apportées à l’idée du mécanisme universel après sa période de pleine floraison.
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- SUR UN POINT DE LA
- PHILOSOPHIE SCIENTIFIQUE
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- Un des traits qui frappent le plus chez Auguste Comte, c’est l’unité de structure de son esprit, et l’unité de sa pensée. Non seulement il n’y a pas lieu de séparer sa philosophie scientifique de sa philosophie générale ; mais même pendant les trente ans qui se sont écoulés de ses premiers écrits aux derniers, l’évolution de ses vues essentielles est assez faible pour que ses premiers opuscules laissent entrevoir les caractères principaux de ses conceptions politiques et sociales de 1850. Dès lors il doit être possible de retrouver, quand on étudie quelque point de son œuvre, le retentissement du système tout entier. C’est, en tous cas, ce que nous voudrions essayer de faire pour cette tendance particulière de sa philosophie scientifique à enserrer constamment dans des limites assez étroites le domaine de la connaissance future.
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- Quand on lit les deux premiers volumes du Cours de philosophie positive, on est frappé de la facilité avec laquelle Comte découvre la faiblesse de notre intelligence et l’insuffisance de nos ressources. A chaque instant il est
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- disposé à marquer les bornes que ne pourra dépasser l’esprit humain dans tel ou tel ordre de recherches. Si, d’une façon générale, il accorde qu’un progrès est encore réalisable au delà de l’état actuel où est parvenue chaque branche de connaissances, il déclare en même temps qu’on ne doit pas se faire illusion sur la nature de ce progrès, qu’il juge difficile et ordinairement fort restreint. Veut-on des exemples précis? Après avoir, dans la troisième leçon, dressé le tableau des fonctions qu’étudie l’analyse mathématique, il dit : « Aucune considération rationnelle ne circonscrit régulièrement à priori le tableau précédent, qui n’est que l’expression effective de l’état actuel de la science... Sans doute, on admettra de nouveaux éléments analytiques, mais nous ne pouvons espérer qu’ils soient jamais fort multipliés, leur augmentation réelle donnant lieu à de très grandes difficultés. » Et voici comment, quelques pages plus loin, il explique sa pensée : « Ce parti — (celui qui consisterait à créer des éléments analytiques nouveaux) — quelque naturel qu’il paraisse, est véritablement illusoire, quand on l’examine d’une manière approfondie... Il est aisé de se convaincre de son insuffisance nécessaire. En effet, la création d’une nouvelle fonction abstraite élémentaire présente, par elle-même, les plus grandes difficultés. Il y a même dans une telle idée quelque chose qui semble contradictoire. Car un élément analytique ne remplirait pas évidemment les conditions essentielles qui lui sont propres si on ne pouvait immédiatement l’évaluer. Or, d’un autre côté, comment évaluer une telle fonction qui serait vraiment simple, c’est-à-dire qui ne rentrerait pas dans une combinaison de celles déjà connues? Cela paraît presque impossible... » Et pour faire toucher de plus près la difficulté, Comte cherche comment s’est introduite dans l’analyse la fonction ax a Elle a été formée, » dit-il, « en concevant sous un nouveau point de vue une fonction déjà connue depuis longtemps, les puissances, lorsque la notion en
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- a été suffisamment généralisée. Il a suffi de considérer une puissance relativement à la variation de l’exposant, au lieu de penser à la variation de la base, pour qu’il en résultât une fonction simple vraiment nouvelle... Mais cet artifice aussi simple qu’ingénieux ne peut plus rien fournir. Car en retournant de la même manière tous nos éléments analytiques actuels, on n’aboutit qu’à les faire rentrer les uns dans les autres. Nous ne concevons donc nullement de quelle manière on pourrait procéder à la création de nouvelles fonctions abstraites élémentaires remplissant convenablement toutes les conditions nécessaires. Ce n’est pas à dire néanmoins que nous ayons atteint aujourd’hui la limite effective posée à cet égard par les bornes de notre intelligence... Mais, tout bien considéré, je crois qu’il demeure incontestable que le nombre de ces éléments ne peut s'accroître qu’avec une extrême lenteur. »
- A l’occasion du problème de la résolution des équations, Comte dit : « Il y a donc lieu de croire que, sans avoir déjà atteint sous ce rapport les bornes imposées par la faible portée de notre intelligence, nous ne tarderions pas à les rencontrer, en prolongeant avec une activité forte et soutenue cette série de recherches ». Et quelques lignes plus bas : « Pour achever d’éclaircir les considérations philosophiques de ce sujet, il faut reconnaître que, par une loi irrécusable de la nature humaine, nos moyens pour concevoir de nouvelles questions étant beaucoup plus puissants que nos ressources pour les résoudre, ou en d’autres termes l’esprit humain étant beaucoup plus apte à imaginer qu’à raisonner, nous resterons toujours nécessairement au-dessous delà difficulté, à quelque degré de développement que parviennent jamais nos travaux intellectuels. »
- A propos du calcul infinitésimal, il dit : « L’analyse transcenderitale est encore trop près de sa naissance pour que nous puissions nous faire une juste idée de ce qu’elle pourra devenir un jour. Mais quelles que doivent être nos
- Congrès d'histoire (Ve section).
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- légitimes espérances, n’oublions pas de considérer avant tout les limites imposées par notre constitution intellectuelle, et qui, pour n’être pas susceptibles d’une détermination précise, n’en ont pas moins une réalité incontestable. » Jusqu’où s’étend le domaine où les mathématiques trouveront à s’appliquer? Comte n’hésite pas à lui assigner les bornes les plus étroites. « La physique organique tout entière et probablement aussi les parties les plus compliquées de la physique inorganique sont nécessairement inaccessibles, par leur nature, à notre analyse mathématique en vertu de l’extrême variabilité numérique des phénomènes correspondants. Toute idée précise de nombre lixe est véritablement déplacée dans les phénomènes des corps vivants, quand on veut l’employer autrement que comme moyen de soulager l’attention et qu’on attache quelque importance aux relations exactes des valeurs assignées... La considération précédente conduit à apercevoir un second motif distinct, en vertu duquel il nous est interdit, vu la faiblessse de notre intelligence, de faire rentrer l’étude des phénomènes les plus compliqués dans le domaine des applications de l’analyse mathématique. En effet, indépendamment de ce que, dans les phénomènes les plus spéciaux, les résultats effectifs sont tellement variables que nous ne pouvons pas même y saisir des valeurs fixes, il suit de la complication des cas que, quand même nous pourrions connaître un jour la loi mathématique à laquelle est soumis chaque agent pris à part, la combinaison d’un aussi grand nombre de conditions rendrait le problème mathématique correspondant tellement supérieur à nos faibles moyens que la question resterait le plus souvent insoluble. »
- L’étude des astres ira-t-elle jamais jusqu’à dépasser les conditions géométriques et mécaniques de leur déplacement? Sa réponse est sur ce point des plus catégoriques. « Nous ne saurions jamais étudier, '> dit-il, « par aucun moyen la structure minéralogique des astres, et, à plus forte raison,
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- la nature des corps organisés qui vivent à leur surface... En un mot,... nos connaissances positives par rapport aux astres sont nécessairement limitées à leurs seuls phénomènes géométriques et mécaniques, sans pouvoir nullement embrasser les autres recherches physiques, chimiques, physiologiques, etc. »
- Il faudrait à chaque instant s’arrêter dans la lecture d’Auguste Comte, si l’on voulait recueillir tous les passages où il assigne, à propos de tel ou tel problème, les limites de ce que peut l’intelligence humaine. Le progrès naturel des sciences a déjà montré son erreur sur quelques points ; mais peu importe ici qu’en fait il ait été bon ou mauvais prophète : ce que nous voulons mettre en évidence, c’est cette préoccupation constante de nous mettre en garde contre l’espoir d’une connaissance chimérique. En même temps nous voyons quel est le genre habituel d’arguments par lesquels il justifie ses restrictions. Il considère d’une part tel problème nouveau que l’esprit humain peut vouloir résoudre, et d’autre part les procédés et les méthodes par lesquels la science a jusqu’ici procédé pour les questions de ce genre : ces méthodes et ces procédés n’ont pas encore donné tout ce qu’il est permis d’en attendre, mais, par leur nature propre, ils sont insuffisants à nous faire vaincre la difficulté nouvelle; et c’est pourquoi nous devons reconnaître notre impuissance. Quant à songer que les procédés eux-mêmes peuvent changer, que les conceptions peuvent succéder aux conceptions de telle sorte qu’un but inaccessible aujourd’hui puisse cesser de l’être demain, c’est là une idée qui tout naturellement reste loin de son esprit. Eh bien ! c’est cette modestie exagérée, ce penchant à voir des bornes étroites arrêter partout l’élan de la pensée scientifique, que nous voudrions éclairer et expliquer par les tendances générales de sa philosophie entière.
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- Il n’est pas nécessaire d’avoir recours aux derniers écrits th Comte pour sentir quel prix il attache à une réorganisation définitive de la société. Dès 1822, il expose ses projets avec assez de clarté pour ne laisser aucun doute sur l’importance primordiale qu’offre à ses yeux celte réorganisation. C’est là pour lui l’idée dominante, la pensée du premier plan. Après les siècles de destruction, après surtout l’œuvre de la Révolution, — œuvre toute négative, — il faut reconstruire. Les peuples civilisés traversent une crise, marquée surtout par la lutte de l’esprit humain contre le vieux monde. « Depuis le moment où cette crise a commencé à se manifester jusqu’à présent, — (écrit-il dans son 3e opuscule, 1822) — la tendance à la désorganisation de l’ancien système a été dominante, ou plutôt elle est encore la seule qui se soit nettement prononcée. Il était dans la nature des choses que la crise commençât ainsi, et cela était utile afin que l’ancien système fût assez modifié, pour permettre de procéder directement à la formation du nouveau. Mais aujourd’hui que cette condition est pleinement satisfaite, que le système féodal et théologique est aussi atténué qu’il peut l’être jusqu’à ce que le nouveau système commence à s’établir, la prépondérance que conserve encore la tendance critique est le plus grand obstacle aux progrès de la civilisation et même de la destruction de l’ancien système. Elle est la cause première des secousses terribles et sans cesse renaissantes dont la crise est accompagnée. La seule manière de mettre un terme à cette orageuse situation, d’arrêter l’anarchie qui envahit de jour en jour la société, en un mot de réduire la crise à un simple mouvement moral, c’est de déterminer les nations civilisées à quitter la direction critique pour prendre la direction organique, à porter
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- tous leurs efforts vers la formation du nouveau système social, objet définitif de la crise, et pour lequel tout ce qui s’est fait jusqu’à présent n’est que préparatoire. Tel est le premier besoin de l’époque actuelle ; tel est aussi en aperçu le but général de mes travaux...» L’œuvre entière de Comte répond à cet aperçu et à ce plan.
- On ne peut revenir en arrière dans la marche de l’humanité et essayer défaire renaître l’état théologique qui réalisait jadis l’idéal le meilleur d’unité organique ; du moins il faut substituer àl’anarchie des esprits un nouveau pouvoir spirituel qui remplisse la même fonction que l’ancien. C’est si bien là la pensée fondamentale d’Auguste Comte qu’il se déclare en toute occasion plus rapproché d’intention et de tendance des hommes qui s’attachent au passé que des esprits indépendants qui continuent par leur liberté d’examen et de critique la tradition des philosophes du xvme siècle et de la Révolution. C’est ainsi qu’il laisse voir, toutes les fois que l’occasion s’en présente, dans quelle estime il tient le catholicisme, dont le rôle a été si bienfaisant à ses yeux, tandis que le protestantisme lui apparaît surtout comme instrument de dissolution. Il aime à se réclamer, pour justifier ses projets, d’hommes tels que Joseph de Maistre, et à rappeler que c’est des catholiques qu’il est le mieux compris et apprécié, a En pleine Sorbonne, — écrit-il à Stuart Mill, — un prêtre catholique a expressément recommandé, comme professeur à notre Faculté de théologie, l’étude générale de mon grand ouvrage, en y signalant une tentative de reconstruction où il reconnaît un esprit tout à fait indépendant de la philosophie purement négative du siècle précédent (Correspondance de Comte et de Mill, p. 547). — «Je viens de faire quelques études spéciales, — dit-il dans une autre lettre, — sur le catholicisme du moyen âge, et surtout en lisant, pour la première fois, le grand ouvrage de saint Augustin [La cité de Dieu). Plus je scrute cet immense sujet, mieux je me raffermis dans les sentiments où j’étais
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- déjà, il y a vingt ans, lors de mon premier travail sur le pouvoir spirituel, de nous regarder, nous autres positivistes systématiques, comme les vrais successeurs des grands hommes du moyen âge, reprenant l’œuvre sociale au point où le catholicisme l’avait portée, pour en consolider et perfectionner graduellement l’active réalisation finale, réservée, dès cette époque, à un autre régime mental... » Avec cette sorte d’affinité pour le catholicisme, se trouvent d’accord les tendances conservatrices de Comte en politique. En 1824, sous Charles X, il écrit à Yalat : « J’ai des approbateurs jusque dans le gouvernement, et je compte même faire remettre un de ces jours un exemplaire à M. de Vil-lèle par son beau-frère que je connais, après quoi j’en irai causer avec lui, pour lui développer certains points sur lesquels il est, je crois, possible de nous entendre... » Plus tard, en 1845, il est amené, dans une lettre à Stuart Mill, à envisager l’éventualité de la mort de Louis-Philippe ; et il en parle comme d’un désastre : « A la vérité, » dit-il, « le parti rétrograde est trop radicalement impopulaire ici pour comporter alors aucun succès sérieux; mais ce parti n’est point peut-être celui que je dois redouter le plus personnellement, soit à raison même de son impopularité, soit aussi par son propre sentiment de la nécessité d’une véritable organisation spirituelle, que je poursuis à ma manière ; j’en serais, je crois, respecté, ou du moins toléré, comme je le fus sous Villèle et sous Polignac, où mon attitude était exactement telle qu’aujourd’hui. Il n’en est nullement ainsi du parti révolutionnaire proprement dit... » Dans la préface du Catéchisme positiviste, il est plus catégorique encore : « Depuis trente ans que dure ma carrière politique et sociale, j’ai senti toujours un profond mépris pour ce qu’on nomma, sous nos divers régimes, Y opposition, et une secrète affinité pour les constructeurs quelconques. Ceux mêmes qui voulaient construire avec des matériaux évidemment usés me semblèrent constamment préférables aux purs démolisseurs,
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- en un siècle où la reconstruction générale devient partout le principal besoin ».
- Et maintenant où doivent aboutir, dans le système de Comte, de pareilles tendances? Où trouvera-t-il les éléments de cette réorganisation définitive qu’il veut accomplir à tout prix? L’esprit humain est arrivé à cette période de son développement que seule la science pourra fournir les bases d’un pouvoir spirituel, qui réalise l’ordre intellectuel et l’unité morale. Mais pour que la science se prête à cette fonction, il faudra qu’il s’y trouve des principes suffisants de stabilité. C’est pourquoi tout naturellement Auguste Comte sentira le besoin de trouver quelque chose de définitif et d’arrêté à jamais, soit dans les méthodes où elle est parvenue, soit dans les vérités qu’elle énonce. Tout le passé a pu concourir à préparer ces méthodes et ces vérités, les conceptions ont pu se remplacer les unes les autres,lesgrandes révolutions de la pensée scientifique ont pu produire tout leur effet bienfaisant dans la marche d’un progrès continu. Mais puisque le jour est venu où la science doit être le grand remède contre l’anarchie des esprits, contre le désordre, contre la dissolution intellectuelle et morale, il faut qu’en même temps elle apparaisse comme parvenue sinon au terme dernier de son progrès, du moins à cet état de consolidation où les transformations radicales ne sont plus à prévoir, où les notions fondamentales sont définitivement fixées, où les conceptions nouvelles ne sauraient plus différer beaucoup des anciennes, bref où il faut se borner à tirer encore tout le profit qu’il peut donner du trésor définitivement préparé par de longs siècles de recherches.
- Cela s’accorde d’ailleurs tout à fait avec la notion générale du progrès telle que la définit Comte. On sait comme il raille les philosophes du xvme siècle qui ont rêvé d’un progrès illimité. C’est là à ses yeux une chimère, et c’est même une contradiction. Car progrès signifie pour lui marche régulière vers une limite déterminée. Certes la
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- limite elle-même est inaccessible, et l’humanité ne l’atteindra pas mieux qu’une branche de courbe infinie n’atteint son asymptote ; mais comme elle, précisément, elle s’en rapprochera toujours davantage, ce qui ne se comprendrait pas si le but était lui-même à l’infini. Ainsi les transformations, les changements qui réalisent le progrès, ne vont pas au delà de toute limite, et restent en deçà d’un terme précis dont l’avènement de l’âge positif nous rapproche singuliè-ment. On voit à quel point cette idée générale du progrès — dont le progrès scientifique n’est qu’une application particulière, — se rattache étroitement aux tendances conservatrices et organisatrices d’Auguste Comte.
- En même temps on comprend son ardeur à détourner les savants de toute recherche qui lui paraît inutile. « Je ferais très peu de cas des travaux scientifiques, » écrit-il à Yalat, « si je ne pensais perpétuellement à leur utilité pour l’espèce... j’ai une souveraine aversion pour les travaux scientifiques dont je n’aperçois pas clairement l’utilité soit directe, soit éloignée. » Et cela est tout naturel pour qui ne sépare pas la science du rôle très grave qu’elle est appelée à jouer, en fournissant enfin les éléments de l’ordre social. La science ne s’appartient plus, à proprement parler : elle doit renoncer à vagabonder, à errer, à s’envoler au delà de limites soigneusement tracées. Plus de vaine curiosité, plus de caprice individuel, plus d’éparpillement d’efforts ! que les travaux s’organisent désormais, et que tout gaspillage de force intellectuelle soit évité par une indication clairement formulée des seules voies où quelque chose reste à trouver!
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- Ces réflexions nous amèneraient tout naturellement, sans changement de point de vue, à noter les répugnances
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- extrêmes que manifeste Comte à l’égard de toute idée dont il n’aperçoit pas une attache suffisante avec la réalité concrète. Peut-être est-il plus intéressant de présenter nos dernières remarques en nous plaçant directement au cœur de sa philosophie générale, c’est-à-dire en examinant la notion de positivité qui la domine.
- Nous ne nous arrêterons pas sur les premiers caractères de cette idée, à savoir l’exclusion de tout ce qui est théologique ou métaphysique, pas plus que sur la relativité qu’elle veut désigner. Toute connaissance est relative pour Comte, comme on peut dire que pour Kant toute connaissance est subjective, ce qui n’empêche ni l’un ni l’autre de se faire une idée très nette du réel. Et même pour Comte, positif, c’est essentiellement réel. « Considéré d’abord, » dit-il, « dans son acception la plus ancienne et la plus commune, le mot positif désigne le réel, par opposition au chimérique1 ». Toute conception qu’essaiera de formuler un' savant devra donc, pour être agréée, remplir certaines conditions qui en assurent la réalité, et nous garantissent qu’elle n’est point une chimère. Comte passe en revue les notions qui ont joué un rôle important dans toutes les sciences; mais dans le tableau qu’il présente de l’œuvre accomplie, il arrive tout naturellement que chaque idée a été utile, féconde, qu’elle a aidé à réaliser un progrès, et par conséquent la question de savoir si elle ne risque pas d’être un vain fantôme ne se pose même pas. Il n’y a pas lieu de se demander si elle mérite de prendre sa place dans la science positive, puisqu’on l’y trouve tout installée. Tout au plus pourrait-on chercher quels éléments de réalité concrète s’y trouvaient enfermés, grâce auxquels elle a pu jouer un rôle efficace ; mais aux yeux de Comte son caractère de positivité n’est pas discutable. C’est ainsi que dans les efforts passés tout a servi, tout a été utile, même les notions
- 1. Discours sur l'esprit positif, p. 64.
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- en apparence dépouillées de tout substratum réel, les imaginaires en mathématiques, les quantités négatives, la différentielle, en général les notions d’infini, infiniment grand et infiniment petit, en astronomie l’attraction universelle, etc. Mais tout autre est la situation de Comte en face des conceptions qui n’ont pas encore fait leurs preuves. Les ondulations de l’éther lumineux, les atomes, etc., toutes notions qui ont de plus en plus pénétré dans le langage des savants, et qui seraient très vraisemblablement traitées par Comte aujourd’hui avec les mêmes égards que l’attraction céleste, lui produisaient l’effet d’un monstrueux égarement de l’imagination.
- Il eût pris une autre attitude, s’il avait compris que le rôle d’une idée n’est pas dû tout entier à la part de réalité qu’elle enferme, qu’il s’explique aussi par une adaptation harmonieuse de l’idée à l’ensemble de notions théoriques qu’elle continue, de façon à prolonger le langage rationnel par lequel notre pensée essaie de traduire la vie de l’univers. Sa confiance dans les ressources de l’intelligence humaine aurait grandi, s’il avait renoncé à voir un lien trop étroit, trop rigoureusement déterminé et nécessaire entre ses conceptions théoriques et les faits qu’elles expriment ; s’il n’avait pas exigé une pénétration aussi directe des unes dans les autres, bref s’il avait rendu à l’esprit une part de liberté créatrice dans les notions les plus fondamentales de la science positive.
- Gaston Milhaud.
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- A N AT O L1U S
- SUR LES DIX PREMIERS NOMBRES
- Le petit traité publié ci-dessous nous est conservé dans le cod. Monac. gr. 384 (fol. 57v-59r), écrit sur papier oriental au xve siècle par plusieurs mains, très négligemment ; j’ai cherché en vain d’autres manuscrits. George Yalla en a eu un, qui lui a servi pour la traduction latine, sans nom d’auteur et mêlée d’interpolations de son cru, qu’il a insérée dans son œuvre monstrueux : De expetendis et fugiendis rebus, livre IIIe, chap. 10 à 20 (v. Jahrbuecher fuer class. Philologie, Supplementband, XII, p. 399 et suiv.)'. Dans la collection pythagorique des Theologumena arithmeticae (p. p. Ast, Lipsiae, 1 817) on trouve des extraits de notre opuscule, qui présentent généralement un texte meilleur, mais raccourci ; partant, il n’est pas inutile de publier le traité complet; je signale spécialement le fragment d'Heraclite, p. 36, 4 et suiv.
- Sur l’auteur, professeur de philosophie aristotélique à Alexandrie au me siècle, voir P. Tannery, La géométrie grecque, p. 42.
- Pour la matière, il y a des ressemblances avec Théon de Smyrne, p. 100 et suiv. (éd. Hiller), p. ex. :
- p. 33, ult. — 34, 4 = Théon p. 101, 14-19
- p. 34, 16 — 24 = » p. 102, 5-16
- p. 36, 3 en rem. = » p. 103, 16-18
- p. 39, 13. — 15 = » p. 106, 7-10.
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- Mais elles semblent plutôt provenir d’une source commune que d’un emprunt direct ;
- cp. p. 29, 12-15 à Théon p. 100, 1-2, p. 29, 16 >, p. 100, 3
- p. 31, 3 » p. 100, 11-12
- p. 31, 8 » p. 100, 18-20
- p. 31, 9 » p. 100, 17
- p. 35, 6-8 » p. 103, 2-5
- p. 35, 8-12 >, p. 103, 6-14.
- Les notices de Théon, p. 104, 14-19 sont dispersées dans Anatolius comme suit : p. 36, 44, 14-13, 23-24, et dans le passage d’Hérophilus il y a une variante remarquable (xoc' Anatolius, xï] Théon).
- Les passages de Solon et A Hippocrate, p. 37, se trouvent aussi réunis chez Philon De opif. mundi, 104-5 ; mais là aussi les variantes font l’hypothèse d’une source commune plus vraisemblable que celle d’un emprunt.
- Dans les notes critiques, je me suis servi des notations suivantes :
- M = cod. Monac. gr. 384 V — George Valla, De exp. et fug. reb.
- Theol. arithm. ou Theol. = 7 heologumena arithmeticac ed. Ast.
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- J.-L. IIEIBERG
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- éa-Tiav12 §é a’13 oi votpol (3poT<ov vopuÇoucnv. eti ipaalv oi IIu0ay6p£[oi xal to op0oycovtov Tpiycovov ûtco nuOayopoy ty]V aucnjacnv Xa^Etv Sià [/.ovàSoç xaTiSoVTOç toùç èv ocû'zôij <xpiQp.ouç.
- ITspl SuàSoç.
- Suàç àp/ri <xptd[xoO‘ upcoTY] au^Y]14 xal piETaêoXY]10 £tç SuàSa xal SmXao’caa'fjt.bv TYjç ptovàooç' upcpTY] toO (tti^ou tcov àpTicov ècm, a-uvT£0Eïa-a i<7oSuvapi.oO<Ta tco au’ aÙTYjç yivopivcp' 7] plv yàp auv0£(Ttç TauTYjç xal b TcoXuTrXaa,iaa,(/.bç Tb aÙTb irotEf, èul Se16 tcov àXXcov ô itoXtmXaataapt.bç TYjç a-uv0è<x£coç ptEi^cov* ptETa to cy]j/.£iov ypap.[jt.Y]V eSei^ev' £)(£i to àvàXoyov ty] üXy] xal itavTl at(70Y]Tco' EtxaÇov aÙTYjv èv àpETaïç àvSpia17, upo£è6y]xe
- 18
- 1. xô Iy7.wPoî:’v] corruptum ; continens V; fort, to ëv ywpouv, cf. Theol., p. 6, 14. — 2. sXs-fov] £Xs-fop.sv M Y. — 3. £va8txo'v] Theol. arithin., p. 7, 2, svaXcxo'v M profundum Y. — 4. "Opjpov] V, ôjx M.— 5. Xsyovxa] II. VIII, 16.— 6. xo'aaov] xo'aov M. — 7. ye] Theol., p. 7, 6, xi M.— 8. laxi'aç xporcov] Theol., p. 7, 9, in vestae modum V, laxtav xrpo'xspov M. — 9. çuXaaasiv] Theol., p. 7, 10, custodiri V, çuXaaaov M.— 10. Eùpi7ct'87]ç} Fragm. 938.— 11. oûxw] Theol.,
- y .. v
- £<JTt av
- p. 7, 12, xo' M.— 12. iaxi'av] uestam V, saxotdv M. — 13. <j’] as M. — 14. aù'Çr)] a’j'Çst M. — 15. p.sxa6oXir(] psxaSoX^ç M. — 16. srcl 8s] sx:st8Tj M; cf. Theol. arithm., p. 7, 33. — 17. àv8pta] âvSptav M.; cf. Theol. arithm., p. 7, 34. — 18. 7ipo6s'6ï)xs] Theol. arithm., p. 7, 34; Tcpo6ë6Xr)xs M.
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- yàp y]Sy] l' St'o xai ToXpuav 2 èxàXouv xal &pptr)V xai £o£av 8k GÔv6p.aÇov, ÔTt TàXï]6àç xai ^£û£oç èv SôÇrj. en xai TauTYjv èxàXouv xivïjatv, yÉVEarv, ptETa£oXY]V, SiaîpEorv, ptijxoç, aü'^Y)-aiv, xotvcoviav, to Tipoç Trt, Xoyov tov èv àvaXoyia' Tptwv yàp àptôpt&v fjyéaiç èv Tpiaiv 5poiç b Xoyoç b èv àvaXoyiqc.
- Ikpi TpiaSoç.
- Tptàç yiVETai ty] ouàSt cruvEXôoua-Yjç pt.ovàSoç’ TcpcoTÔç èari Tupia-déç' xaXEÏTat ûu’ èvuov TéXaoç, Sti n:pa>Toç Ta -rcàvTa aTjpiai'va àp^v xai picxov 3 xai TèXoç. Tà èljatara èîçi TauTYjç crEpivuvopiEV àuoxaXoOvTEç TpicroXêtouç4, Tptcrptàxapaç. EÙ^ai xai cnrovSai TpEîç 5 yivoVTat. TtpcoTov 6 e§ei£ev àpj(Y]V, ptéa-ov, teXoç' eSeiÇev èirupavEiav ptETà aY)pt£îbv xai ypapipui^v* Etxa>v èaTiv è-rcnréSou xai upcoTY] ôuoaTaa-tç èv Tpiycovotç' Tpia yàp aÜTcov yÉVY), iaoTiXEupov, io-oaxEXÉç, a-xaXyjvév' eti ycovtat EÜOuypaptptot toeiç, opôr], o^Eia, àptêXëTa’ ^povou pt-épy^ Tpia, èvEaToç, TcapE-XïjXuOoç, ptIXXov. EtxàÇoptEV 7 8k auTY]V 8 èv àpsTaïç aaxppo-auvY) 9‘ aupipiETpia yàp aÛTY] ptETa^b ûuEpoyyjç xai èXXEuj;£(oç, 0paa-uT7]Toç xai §EtXiaç. eottev 7] Tptàç10 èx SuàSoç xai piovàSoç 7] to avairaXiv* èx ptovàSoç xai SuàSoç xai ÉauTYj<; Tbv Ç-' noiei xaxà ctuvOeotv, oç11 ècm xupicoç 'irpcoTOÇ TèXstoç àptôptoç.
- rkpi TETpàSoÇ.
- TETpàç SixatoauvY) xaXEÏTat, èTcei to TETpàycovov to12 èit’ aÙT^Ç, TOUTECTt TO èptêaSoV, TY] TC£ptpt.éTpCi> tCTOV TCOV [XEV yàp13 Tipo aÙTYjç r\ uEpipi.ETpo; toO èptêaSoO toO TETpaycovou14 p.£ï‘(ov, twv 8k pi et’ aÙTYjv r\ 7t£ptpi£Tpoç toO èuiêaSoO èXàa<7CüV.
- 1. ^8t)] ^'87) £7:î îipàÇiv Theol. arithm., p. 7, 35; st'Sri M. — 2. 8iô xat xo'Xpiav] Theol. arithm., p. 7, 35; 8o-/.sxdXfAav M Y. — 3. piaov] Theol. arithm., p. 14, 25, jj.éa7)v M. — 4. xpiaoXSîouç] Theol. arithm., p. 14, 26; xpiauXXa®1’ M, om. Y. — 5. xpsï;] tptç Theol. arithm., p. 14, 27.— 6. îxpojxov] Txporroç M.— 7. sixdÇop.ev] EixaÇov Theol. arithm., p. 14, 31. — 8. aut^v] Theol. arithm., p. 14, 31 ; hune numerum V, où tt{v M. — 9. croxppoaùvT)] Theol. arithm., p. 14, 32; crw(ppoaùv7]v Y. — 10. xpiâç] 3uaç M V. — 11. o;J Theol. arithm., p. 14, 34, om. M V. — 12. to] Theol. arithm., p. 23, 16; xa M. — 13. xûv p.èv yap] Theol. arithm., P- 23,18; xwv p.év (evan.)J M, nam quadratum quidem V.— 14. xou xsxpayojvou] Theol. arithm., p. 23, 19; xexpdywvov M. . .
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- irpônoç TETpàytovoç xal èv àpTlotç TtpwTY) 1 TETpaxTÙç, ôti ol octzo (/.ovàSoç p.£^pt TETpàSoç tov Sixa TroioOtn xaXoùptEVov
- TèXElOV àptôfJLOV irptbTOÇ £§Ei£e TY)V (TTEpEOO <pu«KV' aï][i.£ÏOV yàp,
- £Ïra ypap.fjt.iQ 2, £tra èuitpàvEia 3, Etra crTEpsov, 6 èa-Tt cnï>p.a. toütov 4 tcov xapuaTtÇoVTtov TcatS&à 0 TcoioOtra aQpjfJia Tcupauu-Soç. eti croi^Eia TÉaaapa, aipat TcaaapEÇ TETpa^Ÿj toO èviau-toO Siatpoupièvou. TipcoTOÇ ô8£ àpTiàxiç àpTtoç, 7rpcüTOÇ èîclTpt-toç, TÏjç àpt/.oviaç upcpTY]* Tïjç Scà TEtraàpcov itra TràvTa èir’ aÙToO, èptêaSov G, ytovtai, uXEupal' xXlptaTa Tèa-aapa , àva-toXy;, Suotç, àpxToç, pEcrvjp^pta' cryjpiEta 8', ocvaToXixov, Sute-XOV 7, fJt£(7Y][J.£pEv6v, [J.£a-OUpàvy][J.a' àv£{XOl TtpÛTOl £\ ETE 8 TOÙ TcavToç to pèv voY]Tov, to Se aÈaÔYjTov, toO Se voyjtoO to pàv
- è‘ÎTEa,TY)|JtY] , TO 8k StaXEXTEXY) , TOÜ alcrOYJTOO TO pèv 1U<7TEÇ, T O
- Sè Eixaaia, à £tcrt SX àXXoE Ta ô'Xa Siaxoc7[j.Y]9^vat tpacri Stà oùalaç, aQnr)pt.aToç, Et'Souç, Xoyou. où ptovov 8k tov toO a(opt.aTOç èirE^SE Xoyov èv àpi0pi.oT<; TETpàç, àXXà xal tov tyjç ^X^' yàp tov oXov xocpiov tpaal xaTà àpptovtav 9 SioixEtaGat, oûtw xal to Çcoov t^u^oOaGai, SoxeT 8è t^Xeioç apptovla èv Tptcrl a-upt^tüvlatç ù^EaràvaE, ty) Sià 8', y]tiç èv èutTptTCf) xEtTai Xoyw, ty) Stà z èv YjuuoXtco, ty] Stà 'rrao-cbv èv oiîcXacnovi.
- OVTCiJV 8k àptôpujüV T£TTap(OV TCOV 'îipCüTCOV Ci' fl'y'8 , èv TOUTOtÇ xal tq tyjç tpu^Ÿjç t£éa10 TCEpEèyETat xaTa tov èvapptovEOV Xoyov, b p.àv S' toO fl' xal b (3' toO oc' SETcXàtJEOÇ, èv y» xEtTai y) Stà Tuaaûv crupt.'ptovta, ô 8k y' toO (3" YjpuoXtoç uEpté^cov aÙTOv xal
- TO Y^fUCTU TY]V Stà TtcVTE ffUfJttpüMaV ÛTtoSàXXEl , Ô 8k 8' TOÛ y"
- èîciTpiTOç, èv w y) Sia S aupt^tovla. ee Se èv tco Sai ocptOpco to nàv XEÏTai èx xa'1 crCjJHl'a^0?> àXY]0èç]2 àpa xal, oti al
- a-upt.<p(ovtat tzoccjou xaT’ aÙTbv .TEXoOVTat.
- 1. izpwTY)] T^ptuiroç M. — 2. Ypau.p.T]'] V, Theol. arithm., p. 23, 22; Ypxp.p.Tjv M.
- — 3. È7ïnpaveta] V, Theol. arithm., p. 23. 22; Ê7uçavEiav M. — 4. toutov] cor-ruptum; fort. Bià tou-o 7). — 5. raiBiâ] ncaSsiix M. — 6. sp.8a8ov] V, Èpt^xTOv M.
- — 7. ôuTtx.ov] Suaixdv M.— 8. ’p'ti] èitciM, om. Y.— 9. àpaoviav] Theol. arithm., p. 23, 32; harmonia V ; àppiovta; M. — 10. !§ex] V, iôia M. — 11. §' 1 V, TSTctpTtp M. — 12. àXT)0=ç] Theol., p. 24, 9; àXrjOw; V M.
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- Ilepl uEVTaSoç.
- UEVTOCÇ TTptüTÏ) UEpiÈXa^E TOU TiaVTbç àpt0pt.oO to eISoç, tou-TccrTt tov upcuTov àpTtov xal TOV TTEpiCTa-OV r\ yàp [xovàç, Et,' xal 'TIEptaaT) , àXX’ OtJX àpi0ptOÇ. ytVETai TOIVUV JJ.YJXEI, TOUTcCTl (7UV0£(7£t, àu'o TûûV UpCOTCOV àpTIOU Xal T:spi<TCTO0 , àppEVOÇ xal OïjXeoç' Sc'o xal outco 1 xaXEÏTat. <ruvT€0£ipt.ÈVY] auT^] St’ ÉauTYjç yiVETat b Slxa* TCEpl2 yàp tcuv àXXcov Èv.... xal 0f ift' xal r\' iy' xal XJ tS' xal Ç' èlàxptov iàv 2. T£Tpaycovt'(opt.évY] àsl TUEptÉ-yEt xal Xïjysi ecç ÉauTrjv 3’ TCEVTaxtç yàp Ctuevte4 xe\ eiçxu^ov p.Y)xuvopiÈVY] to TETpàywvov oXov TTEptéyzi xal eiç ÉauTY]V XrjyEr TCEVTaxiç yàp4 ^xe’ px£? b. ETt 0-^rjpt.aTa 'ttevte aTEpsà 6 taoTcXEupa xal laoycuvta, TETpàsSpov, 5 etti itupap.(ç, oxTaESpov, eIxo-aaESpov, xu^oç, <cSü)SExà£SpoV wv 7]> t'o ptiv irup'oç a-^yjpix «pYjcriv ô riXaTwv, Tb Se àépoç, Tb Se uSaTOç, Tb Se yyjç, t'o Se toO TîaVTOÇ 8. ETl 9 EXTOÇ TO0 YjXtOU Xal CTeXyJVY]^ Xal TcXaVOJfAEVOl TcivTE. ETt ol yvcopipiot 7rapàXXY]Xot xuxXot Èv ty) c^palpa ttÉvte, loTjptEpivoç, Tpoirixol Suo, àpxTtxbç xal àvTapxTixéç. Çcbvat TCcVTe, Suo xaTE^uyptÈvat, Suo EuxpaTOt xal pua SiaxExauutivY). aîa-0Y)a£tç ttèvte. t'o àirb toO10 t TrpwTov TETpàyoovov iaov Suai TETpaycovotç tw te àu'o Ttbv Tptûv xal tw à~'o Ttbv S\ ~kiyz-Tat11 TETpà^opSa12 èx T:pcoTou àpTtou Etvat xal ttcoStou 'ïtspiaaoO xaTa tov tcèvte voEtTat aupupama yEcoptETptxï] . eti ex tou p xal y'14 (TuvOéo-et ylvETat, Sib xal auTov èxàXouv yàptov. ets, Èàv xa0’ buoiavoOv cruv0£cnv tov Séxa auv0^ç, ptiao; EÛpicxETat
- 1. ouxco] h. e. appev zat 0fjXu, yàp.oç Theol., p. 24, 14. — 2. nepc... èav] cor-l'upta, m<er se e£ denarium aliis coniuncla numeris alios gignit 9. 11. 12. 13. 14 ut sint exlrema 5. 4. 6. 7. S. 9 V. — èv] seq. lac. 4-5 litt. M. — 3. lauTrjv] Theol., p. 24, 16; aùt^v M. — 4. ~èvxe... yàp] om. M, quinque 23 in cubum porrecta quadratum totum comprehendit ac in se desinit nam quinquies V; cf. Theol., p. 24, 17.— 5. pxe'] V Theol., p. 24, 19; <pxe' M.— 6. axepped] M. — 7. 8co3exai3pov <ov] om. V M, Theol., p. 24, 21. — 8. xô — rxvtoç] om. V. — 9. en] stxiv M, om. V, — 10. -où] supra scr. M. —
- 11. Xlyexac....yeco[XETpi-/.7Î] obscura, cf. Theol., p. 24, 26 sq.— 12. texpayopSo;
- Theol.— 13. xaxà xo'v] zaxà xcûv M, usxà xlv Theol.— 14. xal y'] Y, Beuxèpou *3Ù xp/xou M.
- Congrès d’histoife (V8 section).
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- ô e' xaTà ty]V àpt0p.Y]TtXY]V àvaXoytav otov 6' xat a\ y]' xat p , ç, xat y , <T xat o , ast Ta p xat t uotY)c>£iç, xat p.£aoç £6p£0rja-£Tat b t xoc'uoc ty)V àpi0p.Y)TtXY)V àvaXoytav, (bç SyjXoï to Stàypap.p.a.
- Ikpt É^àSoç.
- E^àç UpÛTOÇ TÉXstOÇ OCp t0{Jt-OÇ. toïç yàp aÛTYjç 2 pipEatv àptOp.£ÏTat a' y', a 3 uotEt tov Ç'" aua£ Ç-' <r\ &k y' <T\
- TptÇ (ST <T\ UpWTOÇ 4 CTUyXElTat E^ Yjp.t(7E0Ç, TptTOU, EXTOU» TETpayamÇ6p.£Voç u£pté^£t aÔTOv 5. é£àxtç yàp ç' ’Xç'" xuêtÇ6-p.£Voç Sè aÙTov cpiv, tov <Sè]> 7 T£Tpàywvov oOx£ti‘ éÇàxtçyàp
- 7^ç' mÇ'’ O'JTOÇ §£ 8 TOV p.£V «r'uEpté^Et, TOV Sè XÇT'oÙX E^Et.
- àpTtou xat uEptTToO tôov 9upcoT(ov, àppEVoç xat 0Y]XeOÇ, SuVap.£t xat uoXXauXaaiaapa) ytVETat, Sto xat àppEVo0Y]Xuç xat yàpioç xat àpTtouÉpta-CTOÇ xaXEtTat. xéxXyjTat 8k yàp.oç, StoTt aÙTOç plv toïç ÉauToO pipECTtv ÈaTtv taoç, (bç Sk^EixTai, xat yàpLOU Epyov to 6p.ota uotEïv Tà Exyova toïç yovEOat. xaO’ É^àSa upànov10 CUVko'TY] Y] àpp.OVlXY] p.£aOTY]Ç Xï]<p0éVTOÇ TO0 <Tf èutTptTOU pt£V Xoyou11 toO Y]', StuXaaiou Sè toO t(3'’ tco yàp aÙTto12 pipEt b Y] 13 twv àxpcov <C0u£p^£t xal14> ù’Kiplyj.'icu. xat àpi0p.Y)TtXY] Sè ptEaoTYjç XyjçGevtoç toO15 ç’ iqpttoXtou piv Xoyou tou 0', StuXa-crtou 8k toO i(T' tw yàp aÜTCp àpt0p.cp Tà 0' ùuEpé^Et toO àxpou xat ÛTzepéyevxi T<p y', eti àvaXoytav Ttvà àptOp.Y]TtXY]V •<Tà1G pipY] aÙToO Tà1;> a' y' auvTEOÉVTa uotEï. eti Se b Ç' xat tyjv y£(op£TptxY]V àvaXoytav <uot£ï18]> cbç piaoç Xyj^Geiç,
- 1. àct Ta p' xat] àsî xà jj. xat M, his V, aUt' xs Theon. Smyrn., p. 101, 18. Fig. 1 bis M. — 2. auxrjç] aùxoïç mut. in aùxou M, aùxrjç Theol., p. 33, 2. —
- 3. â] o M. — 4. 7xpôixoç] 7tpw M. — 5. aùxo'v H. — 6. aùxo'v M. — 7. 8é] om. M et Theol., p. 33, 5. — 8. Sé] Theol., p. 33, 6; [xév M. — 9. Txsptxxoü
- xùn] Theol., p. 33, 7; xtept xoûxwv M. — 10. 7:pw] M. — 11. ).oyov M. — 12. aùxw] Tlitol., p. 33, lti; aùxoû M. — 13. r)'M. ç' Theol. — 14. ùnepr/jt xat] Theol., om. M.— 15. tou] tov M. — 16. toc... —17. xa] om. M, cf. Theol., p- 33, 20. — 18. 7ioiEï] om. M, cf.Theon. Smyrn., p. 102, 14.
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- av 1 t'o y][atau XàfropiEV 2 tov y' xal <tov 3> SntXàarov t'ov t(3' 4. ytvsTat yàp yEcofXETptXY] [/.EaoTYjç y' Ç' t(3\ ETt StaaTaaEtç atouaTcov Etalv Ç . ETt TtpoaXaêoov b Ç' t'ov upÔTOV TETpàyoovov 8' icotEt t'ov Sexa.
- ÜEpi £%8o(j.(x8oç.
- éê’Sof/.àç [xovy] tcov èvt'oç Sexc/.Soç où y£vva oùSe yEVVàTat ùtc àXXou àpiQ[/.oO 7tXy)V 6it'o [xovaSoç" 8ib xal xaXEÏTat Oit'o tcov IIuGayopeiwv itapQÈvoç àpiYjTcop. tgüv <Sè 5> àXXcov tûv èvt'oç SexxSoç 6 ptiv S" Otto SuàSoç yEwaxat, yEwa Se aùv a:?] auT?) t'ov y]', b 8k ç' yEWàTat ûit'o TptàSoç, où yEwa Sè, 6 <Sà 5> y' xal b s,' yEvvcaatv, b pt.àv y" tov Ç^xal tovO", b 8k e t'ov i . aico uovàSoç ctuvteOeI;; b XJ itotEt t'ov xy)' TÈXEtov xal toïç ÉauToO ptipsatv taoupiEVov. YjpiÉpat aEXYjVYjç xyj’ xaO’ ÉêSofj.àoaç aup.uXY]pwO£taat. aico [xovàSoç XJ àptOfAolc Èv SiTtXaaiovt Xoyco ,rrpoaau^YjOtVT£ç itotouat t'ov upàiTov TETpàytovov ôpioO xal xu^ov t'ov <;8'' a 8' y\' iÇ' X(3' ££’. àit'o [xovàSoç XJ àptôfxoi £V TptuXaalovt Xoyco Ttpoaau!pr]QsvTsç itotoOat TETpàycovov xal XuSoV TOV ^xQ' TETpàytüVOV ÈX TOO xÇ', XUÉiOV EX TO0 0',
- oûtüjç* a.' y' 0' vXJ ira" a]xy' ^xG\ xal àsl b itapau^tov t'o ô[xotov Tîoisr ait'o 8 yàp toO b XJ Èv StirXaarovt itapau^tov xuSov àno toO iÇ' <Cjcoi£t’ • £Tt ÉoSofxà; ex tcov StaaTaaECov xal
- tôjv T£aaàpcov itspaTcov auVEaTcbaa Sslxvuat a&pca xal t'o opyoevixov uspaia piev ctyjixsiov, ypauuu], èTii^avaa, îua^oç, otaaTaa£t^ Se [XYjxoç, icXaToç, (3àGoç. XÈyETat b C tyjç TcpcoTY); aufx^toviaç àptGfx'oç Etvat ty|ç otà S" STU, àvaXoytaç te y£to [XETptxYj; a' ^ 8'. xaXsruat xal TE^Ea^opo;’ yovtfaa12 yàp Tà ÉTîTaf/^va. iv voaotç È7ttSY]Xot13 r\ ÉëSofxàç. toO tcptotôtuitou
- 1. [j.iuoî — av] Theon, [i:po; XrjçGsïaav M. — 2. XaScj^îv] Theoa, Àaowv M. — 3. tov] om. M. — 4. ifî'] Theon, ç' M. — 5. 81] om. M.— 6. àpiGarn] Tlieol., p. 41, 33; àptOp.ou M. — 7. ilxO'] Theol., p. 42, 2 (]/x8'), /.O' M, 28 V. — 8. a7;d]--o'corrosum M.— 9. 7toisï] om. M, facit V. — 10. p.év] ojv M, quidem Y.
- — 11. 8^] h. e. i/ÿ ; cf. Theon. Smyrn., p. 59, 21; y' p' M, 4. 3 V. — 12. yo'vtp.a] Theol., p. 42, 8 ; p.o'vtp.a M. — 13. Èjû8ï)Xa M.
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- opOoycovÊou 'upiycovou 6 X' Tteptlyjn 'Tocç TCEpl tyjv op0Y]V yoivlav TcXeupàç’ 'Tcov yàp uXeupcov r\ ptiv S' \ r\ St y\ nlavrjnai X'-
- aÙTrjç areX^vrjç «pàcraç X,'* Stç (j.y]Voei§t)ç, <$lç> 1 2 S'.^otom-oç , Slç
- à[Mpixup'Voç, an a£ irav(j£XY)voç. àpx'toç innaanep oç’ HpàxXEi-, to^’ xaxà Xoyov Se (bpécov 3 aupt.êàXXeiai Éé’Sofj.àç4 xanà cteXï) VY]V, SiaipEîTat Sè xa-uà touç apxTouç àQavaTOu f/.vr][i.Y]ç ai]ui.£Î(p 5. tcXeiocç innaanEpoç 6 *. ai icr/jpieptat Si’ innà pt-YjVwv xal
- ai nponai. to Siyjx no '............toO YjyEpiovixoO ptipouç Trjç ^u^yjç
- eîç X' SiaipeXnai, eiç e' alaGïjCTEiç xal no «pcovYj'nxév xal to yovtpiov. ôXoxXvjpa ptipY] toü acb^anoç XJ, xetpaXtq, ipàjrrçXoç, crcÉpva, ttoSeç (3\ yElpEç (3\ crrcXàyyva tjnopayoç, xapSla, nvEupuov, fjTcap , aTcXïjV, v£<ppol Suo. Hpo<piXoç 8 Se to toO àvQpco-tcou £VT£pov mrjyüv zïvai tprj<n xa\ onep sial npeïç ifiSop(.ocSeç. x£<paXï) ^pyj-rat uopotç o<pQaX[/.orç Suo, coal Suo, paixT/jpat Suo, anoixani. X' ôpa>pi.EV, atop-a, Siàcrraaiv, a%Yjp.a, piyE0oç, XpcopLoc, xlvyjcnv, anaaiv. <pa>vyjç p.£TaêoXal X\ o^Eia, (3ap£ïa, TC£pia"n:co(j.évY], SaaEïa, ^Xy], p.axpà, fipayiïa. xiVYja-Etç X\ avto, xaTW, £f/.7tpocrOEV, otuctOev, §£^à, àpiaTEpà, èv xuxXco. <p(ov7j-EV-ra a£Y]touco. innâyopSoç Xupa’ TépTiavSpoç 9 ètcI T/jç Xupaç10 (j/YjaiV
- f([xeTç tyjv TSTpayr^uv à-oaxpéiJjavTc; àoibïjv
- éTrxa^ôpSa) 11 (pôppuyYt véouç /.eXa^aopisv 12 üpivouç
- IlXàtaiV 1% inna àpiGpuîW auvécmjaE T/jV Tip.aup13.
- Ol Euptuot14 ETcl TcXeÏO-TOV ETTTaXlÇ 'TY]Ç T^fJLépaÇ piETaêàXXo’Jtn. TcàvTa <piX£SSop.a. ETiaî èx (3p£<pouç Eiçyyjpaç rjXixlai X\ TtaiSlou,
- 1. S'] V, xcxapxi] M. — 2. Si;] om. M, ac V. — 3. wpéwv] cbpi'cov] M,
- annonae V. — 4. £68op.a M, fort. é63op.aai. — b. àOavaxou — arjixsi'w] om. V;
- obscura. — 6. inaorspo;] septem stellae Y, tÇàaxepo; M.— 7. to 8iya xo] seq. lacuna 6-7 litt. M, om. Y; fort, xà 8r/_a (sine lac.), cf. Pseudo-Plut. plac. IV,
- 4. — 8. 'HpoçiXo;], cf. Theon. Smyrn., p. 104, sq. — 9. Tép7:av8po;] fr. 5. —
- 10. X'jpr); M. — 11. Ê7cxa-/dp8w] scr. §7txaxdvip. — 12. xsXa8r{c7ii)p.£v] M. —
- 13. Tifxaup] 35 b. — 14. sù'pi^oi] Theon Smyrn., p. 104, 18; eupirceioi M,
- Euripi V.
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- J.-L. IIE1BERG
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- l<pr\6o\j, uEipaxtau, VEavtcrxou, àvSpoç, Tcpea^uTou, jépovtoç, xal ôt’ é-nruà èviautàiv 1 pteTaSouvoptEV èx2 ptèv uaiSbç dç £<py]§ov, <èx Sè è^r)6ou3> dç ptdpaxa xal èul twv é£rjç yjXixiwv Xéya Sè TC£pl 'TOU'TWV SoXtoV 4.
- uaïç p,èv dwjêoç èwv eti5 vv)7uoç epxo; SSSvtcov <puaaç sxêàXXEi TtpwTov <èv 6> km'a e'tecu. toÙç S’ èTÉpouç ois Sv) TEXsast Osbç èTîtà èviauTOÛç, vjêrjç S’ è£s©àvY) 7 cr^p,aTX Ywopivvjç.
- TŸ) TptTXTY) 8 Sè YÉVStOV àsi;o|Asv(i)v 9 sirl yu»*)v Xoc^voutoci ^potŸjç10 àvOo; àp.£'.6op.Évv)ç. tv) Sè TETapiv] Tzaq tiç ev èêSop.28s<r<Tiv 11 àpiaroç tff)(uv, vj t’ 12 avSpsç crvjp.aT’ I^ouai13 àpsTvjç.
- TUÉp^TY] S’ wpiov àv§pa yâ\).OU p,E[Jt,VY]P-£VûV eTvOC'. x,al Tra(Sa)v Çy)tsTv è^o'tîutü) y£V£11v*
- TV) 8’ SXTY) ICEp’l TOXVTa VtOCTOtpTUETOCl VOOÇ àvSpOÇ,
- 0'j8’ è'pSeiv £0’ ôpiùç £PYa àvïàXap.va14 OéXei.
- èvcTa Sè vouv xat YXÛTTav £V âêSop,aaTV 15 [aey’ àptaToç
- oy.TO) 16 o’, àjJi^oTEpov 17 TÉaa-apa 18 x,xl Ssx,’ ety) 19.
- Tvj 8’ èvaTv] lu p.èv SûvaTai, [xxXay,a>T£pa 29 Sè aÙTOu Tcpoç 21 p.£YaXv)V àpETVjv yXonjux te22 y.ai ao<p(v). tÿ) Ssx,âTY] 23 Sè oauç tsXetxç xaTa piTpov ixoito, où/, av awpoç lot24 p,cïpav e^ojv OavaTOU.
- 'IuTcoxpaTY]?25’ £Tttoc EÈcrtv wpat, aç Y)Xo<iaç xaXéoptEV, uat-Siov, Tratç, p.£ipàxtov, veaviaxoç, àvrçp, 7rp£aêuTY]Ç, yépcov. uaiSiov ptèv àj^pi èuTa èzéœv oSovtoûv èxêoXyjç, uaïç a^pi yovrjç
- 1. IvtauTûv] yoSv aîuaç M. — 2. Ix] eîç M. — 3. èx 8e içvjêou] om. M. —
- Tp
- 4. So'Xwv] fr. 27; atoXcov M. — 5. eu] eau M. — 6. repûtov ev] 7tpoj M. — 7. èÇs<pav7]] £<pàvv) M. — 8. rpt oct?) M. — 9. jovïov aîifojjivwv M.— 10. Xàyvou t’ I’/vt) sîç M.— 11. l68op.a8satv M.— 12. 7) t’ M.— 13. ayjpaT’ e'/ouat] [xeté/oucrtv M.
- , , , TP
- — 14. à^<xXatp.va M. — 15. !68ou.aai M. — 16. oxtw] siç oxtw M.— 17. apcpo M.
- TP
- — 18. TÉaaapeç M. — 19. 8éx’ è'tt]] 8rj M. — 20. paXaxw M. — 21. 7tpdç] eau ~po'ç M. — 22. ts] to' M. — 23. Fort. T7;v 8exàTT)v. — 24. ’e'oi] Maj M.— 25. *l7C7coxpdtTrjç] 7rep'i I68op.à8tov 5; cf. Philo de opif. mundi 104-105.
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- EX^UîJECOÇ £Ç a à §lç £7ïTa, {JlEipàxLOV a^_pt yEVElOU 1 Xa^VGJ(T£(OÇ Èç Tà Tplç VEavlaxoç èç là TYjç aù^Yja-Eooç ôXou toO o-cbpiaTOç èç tà TETpàxiç àvrjp £e à^ptç èvoç £eovt(ov TCEVTYjxoVTa èç Ta ETtTaXlÇ Ttp£0-êuT7]Ç §S à^ptÇ £T(bv VÇ^ ÈÇ Tà ETCTaXtÇ Y)',
- t'o 2 §’ £VT£O0£V yéptov.
- Il£pi oy8oy.8oç.
- ôySoàç TcpwTOÇ xu£oç. àaipàXEia xaXsïTat xal iSpaa^a. crîrèppia aÙTŸjç 6 TrpcoToç àpTioç. auVTi0£Tat [xovàSt, TpiàSt, TETpàSt. aub [xovàSoç a<JVT£0£ia-a tioieî tov Xçr', <Cèv q> (Paa‘l }(_povcp 3> Tà ÉTTTàf/.Yjva ^laTuuoOa-Gat 4. y) 7t£pi£j(oucra Tà TraVTa ciîpaTpa oySoï], ôOev y| Ttapoiiua 'TràvTa oxtco. <pY]ai 8è ’EpaToa-GÈVY)Ç 5 <Y]' G> Tàç Tïàcxaç toO xocr[/.ou cnpaipaç iTEplyŸjv xuxXeio--Gar XèyEi 8k ou T(OÇ‘ OXTO) 8't] Ta§£ ' 'rraVTa, aùv OXTü) 8 §Y] 9 (j(patpY]atlü xuXIvSeto11 xvxXw loVTa12 èvvèa ty]V13 rcEpl yaiYjv.
- nEpi èwà^OÇ.
- èwàç TCpcoTOÇ TETpàytOVOÇ aTCO TTEpiCTCOO TCpWTOU, 0)Ç b S’aTib toQ upcoTou àpTtou. ysvvq tov [te'14 à:ib p.ovà£oç a-uvTEGEïa-a10, èv qj y povcp cpacxl Tà èvV£ap.Y]Va àpjfEffGai SiaTUiroOffQai. at Y]' a-ipatpat TCEpl èwaTY]V <ty]V16X> yfjv crTpé<poVTai. xaXEÏTai 8k xal âÙTY] zsXeacpépoç‘ teXeï yàp Tà èvvEàpt.Y]va. eti TèXstoç1', oti èx teXeiou toO y" Tplç18 ylvsTai. xal "OpcYjpoç19' ol §’ èvvèa TtavTEçavECTTYjaav . ÀEyETai xai touç<tcdv> aupupcoviaiv Àoyouç
- 1. yevetou] Theol., p. 42, 23 ; yeveou M. — 2. xo] Theol., 42, p. 27; xJ] M. —
- 3. Èv — ypôvw] Theol., p. 56, 3; in quo sane tempore... aiuntY, om. M. —
- 4. é-xapujva Siax'j^oüaOai] V, Theol., p. 56. 3; b:xà povâ8ïa xutzoùktOou M..—
- 5. ’EpaxcaO£V7]ç] fr. 17 Hiller ; cf. Theon. Smyrn., p. 105, 14 sq.— 6. 7]'] om. M, cf. Theon. Smyrn., p. 105, 13. — 7. xa8e] Theon, xà 8rj M. — 8. aùv ôxxw] cf. Theol., p. 56, 5. — 9. 87JJ Theol., 8’1] M, 8’èv Theon. — 10. açatp^at] Theol. Theon ; açaipcocn; M. — Tl. /.uXi'vSexo] Theon, zuXtv8exat ô M, Theol. —
- 12. xûxXb) tovxa] Theon., x’jxÀoovt M, xuxXocüv Theol. — 13.ÈvvÈa xrjv] Èvâx7)v Theol., cf. lin. 19; èvvéa xwv cod. Theonis.— 14. yevva xôv pie'] yevvàxai ptév M.:— 15. auvxsOei'ç M. — 16. xt]v] om. M, Theol., p. 58, 24. — 17. xeXetoï Theol. —
- 18. y' xpt'sj xpi'xou xpia M, y' Theol., p. 58, 22. — 19. "Opnrjpoç] II. VII, 161.— 20. (àvéaxav). — 21. xwv aupiçcoviûv] Theol., p. 58, 25; aupupcuv M.
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- lyj.tv b 0', S' y (3\ èirÎTpiTov t'ov ^ upbç t'ov y", TyuuoXiov t'ov y'irpoç t'ov [3 , StTrXàatov S' 1 upb; (3'. upcoTo^ ettev STiéySoo;.
- Ilspt §£xà§oç.
- §£xàç SuvàptEi yEwàTat è£ apTiou xal TtEptao-oO 2‘ uEVTaxEÇ yàp §uo e . xvxXoç èarl naVToç xpiOaoO xal TrÉpaç- -rcepl aÙTov 3 yàp £ÈXobpt.£VOE <xal 4> àvaxàptTtTOVTEç éair£p xapLUT/jpa SoXt-^Evouaiv. ete opo; èarl TŸjç àuEEptaç t&v àpE0puov àirb ptovà-Soç <Cyàp 5> [x£^pi aùiou àptOutY^avTEç xal aTavTEÇ EV§£xa xal Sc0§£xa XotlTOV XéyO[i.EV. ETE 6 EEXOCTE 0 §E7lXoufJ.EVOÇ ex toO Séxa ctuvOeo-ee auyxEETat 7 otç, il; wv ixEÏvoç" b fxëv yàp Sixa a-uyxEE-Tac il; Évoç, (3' 8, y', SVô §£ x' ex olç toO ol 9 xal Slç tcov (3\ Slç twv y', Slç tcov xal àvàXoyov ai éçeI;y)ç SexiSzç. xaXEt-TaE <Sb10> y) §£xàç xpaToç xal uaVTÉXEEa, eueI iràvTa TispatVEE TOV ocpEÔfJLOV TCEpEE^OUaa Tlào-av tp'JTlV iVTOÇ ÉaUTYjç, àpTÉOU T£ xal ”n:£p[o-aoCi, xtvouptivou te xal àxEVYjTOU, àyaôoO xal11 xaxoO. xaXEETaE Se xal Ss^àç Tiapà t'o iràvTa Séjceo^xe. jccopÉcov te12 tay] TCEptfXETpoç ÉêSoptaScov EuptaxETaE toO eÇ"' TETpaycovou xal toO EY]f npojx’iQXO'jç" TcXEupal Si to'jtwv S' xal TETpaxiç yàp S' eÇ"' xal (É)^àxEÇ13 y' ey]', Tà §s S' xal Ç-' toeee t'ov e\ ete yéyOVEV EX TCOV TCpCOTCOV àpE0|JUL>V TY]Ç TETpaXTVOÇ CTUVT£0iVT(OV14, évoç, Suo, TpE(a>vl0), TEaa-àptov. ete Szxocç àpeO(je'ov yEvva t'ov £f xal v" ôauut.a(JTà TCEpEi^oVTa xàXX(y])l5‘ upcoTov fjokv aruvicrTY]-xev ex toO ^EuXaTÉou xal toO TpEuXaaÉo’j tcov xaTà t'o él;Yjç TUVTE0EptivCOV, ^StTtXaatCOV p.£V16> a" [3" S' Y]"’ (TaOTa1') S’ ècJTt ee'" TpEitXaac'cov Se18 oc' y' B' xÇ\ àicEp èarl pt/' TaOia (tuvte0£-
- 1. 8'] tov 8' Theol., p. 58, 27.— 2. nspiaaou] Theol., p. 63, 24; 7:eptaou M.— 3. aÙTo'v] Theol., aurouç M. — 4. xat] Theol., ac Y, om. M. — 5. ydp] enim V, om. M. — 6. exi] on M. — 7. auyxEttat] e corr. M. — 8. (3'] euan. M. — 9. a'] 7:pwTou M. — 10. 8é] Theol., autein V, om. M. — 11. xat] te xat Theol.
- — 12. ytopt'wv te] arearum ipsarum Y, ywptov te M ; quae sequuntur, obscura.
- — 13. IÇbtxtç] — I sustulit lac. chartae M. — 14. ouvteOévtwv] composilis V tjvteOIvtoç M, (ïuvSétwv Theol. — 15. Tpitov] — £5v sustulit lac. chartae M, ut infra 15 — 7), 17 raCrra, p. 40, 1. 1 -é-, 1. 3 — o'ç. — 16. 8tz:XaCTtwv piv] Theol., nam dupli primi <sunt V, om. M. — 17. TaCrra] Theol., p. 64, 3; qui V. — 18. 8e1 Theol., 8è ô M.
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- p£Va <jT0t£.r tov V£ . cov xal IlXà-rcov èv Tip.alcp 2 p.(è)p.vv]Tai Trjç tpu^oyovtaç àp^opsvoç oûtwç' p.(av àîcb TuavToç p.otpav xal to é^Ÿjç. §£UT£pov-<o 3> pèv ve" àptOp(bç)'SExà£oç èaTl auvOEaiç, b 8k ttue ty]ç 4 Suvotusi Ssxoc8oç’ èàv yàp àu.o povàSoç àypt SexiSoç 'iroXuTcXaatàaïQç, auv0Y)a£tç 5 tov 7tpo£tpY]pévov 6 àpiG-(XOV <TOV ']> TTCe’’ Tà SeTIIe'toO Ve" TO É'TCTaTcXàaiOV. TptTOV§èb ve’ Tptywvov èaTi. TèTapTov, èàv ^Yj^laïQç to ev 8 èv ypàpipa-atv, £Ùprja£iç tov 9 xaTà auvGsatv tov10 ve". TrÉpirrov y) yovi-[xwTaTY] é^àç ètp’ ÉauTY]V TioAuTrXaaiaaQEraa §uvàp.£i èirtyEWa tov AÇ , £aTi 8k Z,' toutou pipyj yEVvcopEva oütcoç- Slç ir\ , Tplç ip', T£Tpàxtç G', é£àxtç Ç', G'11 i(3' y', iy]' (L12, ylvovTat
- piv àptGp.oç §è b ve\ extov Tptywvot13 uevte xaTà to é^yjç yEvvwai tov ve’14, oTov y M5 <Tf t t£r < xa,16]>. TiàXiVTETpàycovoi e' ot xaTa to è^Yjç a" S" 0' tç' xe'1' ylvovTat18 ve'* èx 8k Tpiycovou xal TETpaycovou tq toO ô7.ou yèvEatç xaTa IIXaTtova19' èx [/.èv yàp laouÀEuptov Tptycnvtov Tpla a^YjpaTa20 auviaTaTai, Tiupa-p.lç21, oxTa£§pov, EtxoaàE^pov, to piv irup'oç a)(Yjp.a, to 8k otépoç, to 8k üSaToç, èx <£è22> TETpaycovwv b xu$oç, toOto 8k to a^Ÿjpa yvjç èaTiv.
- Les Theologumena ont dépouillé notre traité d’une manière assez inégale. Souvent ils ont pris presque tout à peu près littéralement et avec le titre ’AvaToTdou (Theolog. p. 14, 22-35; p. 63, 23-64, 27). Seulement la fin de l’ex-
- 1. roieï xov] Theol., efficiunt V, om. M.— 2. Tqiaîa)] 35 b.— 3. Beiirspov ô]
- Theol., 8euT£poû‘ M. — 4. xrjç] Theol., xfj M. — 5. auv07)'a£iç] Theol., o auv0 M.
- — 6. T:po£iprjpL£vov] Theol., Tcpfotov £Îpr)p.£vov M. — 7. tov] Theol., om. M. — 8. xô ev] Theol., xôv ve' M. — 9. to'v] Theol., tt[v M. — 10. tov] Theol., 8Éxa xo'v M. — 11. 0'] h. e. Èvvaxiç; similiter i[3' et irj'. — 12. trj' (3'] Theol., v(3' M.
- 13. xptytovoi] Tp'.'ft M, xpiycova Theol.— 14. ve'] Theol., vy' M.— 15. yn Theol., xpt'ç M.— 16. xa'] xa'yi'vovxat ve' Theol., om. M.— 17. xe'] V, Theol.; [3e' M.
- — 18. ytvovïai] Theol., gignunl V, ytvExai M. — 19. ItXaxwva] Tim. 64 e sqq.
- — 20. xpîa ayr[p.axa] Theol., xpiwv aTjpLEÏov M. tria... elenienta V; fort, xpt'a oxot^Eïa. — 21. rcupapuç] Theol., itupâfistov M. — 22. 81] Theol., Y; om. M.
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- J.-L. IIEIBERG
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- trait n’est pas toujours signalée; du chap. 2 ’AvorroXiou -rcepl SuàSoç n’appartient réellement à Anatolius que p. 7, 30-8, 5, du ch. 6 Tcepl É^àSoç ’AvoctoXiou seulement p. 33, 1-22, du ch. 8 ’AvauoXiou rien que p. 55, 34-56, 7 h L’extrait sur le nombre 7 (p. 41, 29-42, 27) est assez complet excepté le passage de Solon qui a été omis. Deux fois les extraits d’Anatolius, du reste assez fidèles, n’ont pas de titre spécial, mais sont introduits par oui ’AvoctoXioç.cpyjcrt (p. 6, 20-7, 16) ou a>ç «pyjo-tv 6 ’AvaToXioç (p. 23, 15-24, 10). D’autre part le nom d’Anatolius a été quelquefois omis, bien que son traité ait fourni les matériaux et même les mots; c’est ainsi que nous pouvons lui restituer maintenant Theolog., p. 24, 13-34 et p. 58, 21-27.
- Copenhague, le 2 mai 1900.
- J. L. Heiberg.
- 1. Ici même forme du passage d’Eratosthène que p. 38, 13-14; plus complet Théon, p. 105-106.
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- TRADUCTION
- ANATOLIUS
- SUR LA DÉCADE ET LES NOMBRES QU’ELLE COMPREND
- La nature de la décadé et des nombres qu’elle comprend, présente mille beautés évidentes pour ceux dont l’intellect perspicace est capable d’une telle contemplation. Nous en dirons autant qu’il sera possible sur chacun de ces nombres ; pour le moment et comme préambule, il suffit de remarquer que les Pythagoriens ont ramené tous les nombres à dix et qu’au-dessus de dix il n’y a plus de nombre nouveau, puisque, quelle que soit l’augmentation, dès qu’une dizaine est complétée, nous revenons à l’unité ; d’autre part, ils honoraient singulièrement le quaternaire, parce que c’est lui qui constitue la décade [1 2 -j- 3 -f- 4 10]1.
- Sur l'unité.
- L’unité est antérieure à tout nombre; tous naissent d’elle, elle-même ne naît d’aucun. Aussi est-elle appelée Semence, étant la matière des nombres, — car sans elle il n’y a plus de nombre, — indivisible, intransitive, ne sortant point de sa propre nature, même dans les multiplications 2; et même,
- 1. J’indique entre crochets [ ] les quelques additions que je fais au texte pour en faciliter l’intelligence.
- 2. Cf. Diophante, I, df. 6,
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- J.-L. HEIBERG
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- sinon en acte, au moins en puissance, à la fois impaire, paire, pairement impaire, cube, carré, et tout le reste. Elle désigne le point.
- Les Pythagoriens Pont appelée intellect et l’ont assimilée à l’Un, au Dieu intelligible, inengendré, Beau et Bien en soi ; d’autre part, s’ils avaient surtout en vue la Phronésis1 de l’Un, ils la comparaient en toutes choses à cette vertu, — car ce qui est droit et ne peut être contredit est un ; — de même ils y voyaient l’essence, la cause, le vrai, le simple, l’exemplaire, l’ordre, la symphonie ; dans la série du plus grand et du plus petit, l’égal; dans celle de la distance, le milieu; dans celle de la quotité, le mesuré; dans celle de l’antérieur et du postérieur en temps, l’instant présent. Ils ont encore imaginé de l’appeler Un récepteur (?), Nef, Char, Ami, Vie, Félicité. Ils ont dit aussi qu’au milieu des quatre éléments se trouve un cube unitaire enflammé, dont la situation centrale a été sciemment indiquée par Homère (Iliade, VIII, 16):
- « Autant au-dessous de l’Hadès que le ciel est au-dessus de la terre. »
- A cet égard la doctrine pythagoricienne paraît avoir inspiré Empédocle, Parménide, et même, peut-on dire, la plupart des sages d’autrefois, alors qu’ils disaient que la nature unitaire occupe la place centrale, comme le foyer [VHestia), et que par suite de l’équilibre, elle garde son siège. Et de fait, Euripide, comme disciple d’Anaxagore, parle ainsi de la Terre :
- « Mais les sages parmi les mortels pensent que tu es VHestia.. »
- Les Pythagoriens disent encore que leur maître, considé-
- 1. La première des Vertus dites cardinales, celle qu’on appelle d’ordinaire Prudence.
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- rant les nombres qui forment un triangle rectangle, a reconnu comment on peut les composer au moyen de l’unité.
- [(
- Sur le binaire.
- C’est à deux que commencent les nombres ; le premier accroissement à partir de l’unité, le premier changement donne le binaire ou le doublement. C’est le premier terme de la série des nombres pairs ; par addition, il équivaut à son propre carré; car en ajoutant le binaire à lui-même, ou en le multipliant par lui-même, on obtient le même résultat, tandis que, pour les autres nombres, la multiplication donne plus que l’addition. Le binaire désigne la ligne, qui vient après le point; il est en analogie avec la matière et tout ce qui est sensible. On l’a assimilé, dans la série des Vertus, à la Force, — car il a déjà fait un pas, — aussi l’a-t-on appelé encore Audace et Ardeur. D’autre part, on lui a donné le nom d’Opinion, parce que l’opinion comprend le vrai et le faux; et encore les suivants : Mouvement, Génération, Transformation, Division, Longueur, Augmentation, Communauté, Relatif, Rapport de proportion l.
- 1. Suit dans le texte, une phrase qui se traduit ainsi : « En effet, le rapport en proportion est, en trois termes, le mode d’être de trois nombres. » On ne peut voir là qu’une glose maladroite qui aura passé de la marge dans le texte, en se substituant peut-être à une phrase d’Anatolius. Cette glose ne serait valable que pour le chapitre sur le ternaire, et d’autre part, si une proportion est au moins entre trois termes, un rapport n’est jamais qu’entre deux. Si Anatolius a écrit quelque chose en cet endroit, ce serait plutôt ce qu’on trouve dans les Theologumena : « Car le mode de relation de deux nombres fournit toutes les relations. »
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- Sur le ternaire.
- Le ternaire provient de l’addition de l’unité au binaire ; c’est le premier nombre impair. Quelques-uns l’appellent parfait, parce qu’il est le premier qui signifie le tout, commencement, milieu et fin. Nous l’employons pour mettre en relief ce qui est extraordinaire, comme quand nous disons trois fois heureux ; les prières et les libations se répètent trois fois. Le ternaire désigne, en premier lieu, commencement, milieu et fin, puis la surface, qui vient après le point et la ligne ; c’est l’image du plan et la première hypostase dans les triangles, [3 = 1 2 est le premier nombre triangle
- effectif, 1 n’étant triangle qu’idéalement] dont il y a d’ailleurs trois genres, équilatéral, isoscèle, scalène. Il y a de même trois sortes d’angles rectilignes : le droit, l’aigu, l’obtus; trois parties du temps : le présent, le passé, l’avenir.
- Nous assimilons le ternaire, parmi les vertus, à la Tempérance, car elle est la juste mesure entre l’excès et le défaut K Le ternaire résulte du binaire plus l’unité, ou inversement. En l’ajoutant à la somme de l’unité et du binaire, on a 6, qui est proprement le premier nombre parfait.
- Sur le quaternaire.
- Le quaternaire est appelé Justice, parce que le carré qui en provient a une aire égale à son périmètre, tandis que, pour les nombres qui précèdent, le périmètre du carré est supérieur à l’aire, et que pour ceux qui suivent, le péri-
- 1. Suivent dans le texte des mots suspects : « la témérité et la lâcheté. » Entre cet excès et ce défaut, le juste milieu est la Force, non la Tempérance.
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- mètre est inférieur à l’aire. Il est d’ailleurs le premier carré, tant pour tous les nombres que pour les pairs en particulier. C’est la première tétractys, puisque la somme des termes consécutifs de 1 à 4 fait 10, qui est dit nombre parfait. C’est le premier nombre qui désigne la nature du solide ; car on a d’abord le point, puis la ligne, puis la surface, puis le solide, c’est-à-dire le corps. On le voit dans le jeu qui consiste à construire des pyramides avec des noix.
- Il y a quatre éléments, quatre saisons qui divisent l’année en quatre parties égales. D’autre part, 4 est le premier nombre pairement pair, le premier qui soit à un autre dans le rapport d’un tiers en sus et fournisse la première consonance, celle de quarte. Il présente [comme carré] une égalité complète, entre la valeur de l’aire, le nombre des angles, celui des côtés. Il y a quatre climats [directions], le levant, le couchant, le septentrion, le midi; quatre points [astrologiques], celui du levant, celui du couchant, celui du méridien, celui du milieu du ciel1 ; quatre vents principaux. De plus, l’univers comprend l’intelligible et le sensible : l’intelligible est objet, d’un côté, de la science, de l’autre, de la dialectique, tandis que le sensible est objet soit de la croyance, soit de la conjecture, ce qui fait 4.
- D’autres disent que l’univers est ordonné selon quatre principes, l’essence, la figure, l’espèce, la raison. Ce n’est pas au reste avec le corps seul, que, parmi les nombres, le quaternaire a du rapport; il en a également avec l’âme ; car, ainsi qu’on le dit, le rôle de l’âme dans l’être vivant est semblable à celui de l’harmonie dans le monde; or la parfaite harmonie consiste en trois consonances, la quarte dans le rapport d’un tiers en sus, la quinte dans le rapport de moitié en sus, l’octave dans le rapport double; dès lors, les quatre premiers nombres, 1,2, 3, 4, comprennent l’idée de l’âme sous le rapport harmonique; car 4 est double
- 1. Uimum cœli des astrologues.
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- de 2, et 2 est double de 1, ce qui correspond à la consonance d’octave; 3 est égal à 2 plus sa moitié, ce qui fait la consonance de quinte; 4 est égal à 3 plus son tiers, ce qui fait la consonance de quarte. Si donc dans le nombre 4 est représenté le tout que forment l’âme et le corps, il est également vrai qu’il achève l’accomplissement de toutes les consonances.
- Sur le quinaire.
- Le nombre 5 est le premier à renfermer les deux espèces, à savoir le premier pair et le premier impair ; car si l’unité est impaire, elle n’est pas nombre. Ainsi 5 provient en longueur, c’est-à-dire par addition, des premiers pair et impair, mâle et femelle; aussi lui donne-t-on cette dernière dénomination. En l’ajoutant à lui-même, on obtient 10, tandis que pour les autres nombres, 1+9=10, 2 + 8=10, 3 + 7 = 10, 4 + 6 = 10, les termes sont inégaux et ont 5 pour moyen L Si on élève 5 au carré, il reste conservé à la fin du nombre formé, 5 X 5 = 25. Si on passe au cube, le carré est conservé en entier et le nombre finit toujours par 5; en effet 5 x 25 = 125.
- Il y a cinq figures solides ayant tous leurs côtés égaux et tous leurs angles égaux : le tétraèdre ou pyramide, l’octaèdre, l’icosaèdre, le cube, le dodécaèdre; ce sont, d’après Platon, les formes respectives du feu, de l’air, de l’eau, de la terre et de l’univers. En dehors du soleil et de la lune, il y a cinq planètes; les cercles parallèles bien connus sur la sphère sont aussi au nombre de cinq, l’équateur, les deux tropiques, le cercle arctique et l'antarctique. Il y a cinq zones, deux glaciales, deux tempérées, une torride. Il y a cinq sens.
- 1. Je restitue, en le développant sans doute un peu trop, le sens probable d’un passage corrompu. - .
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- Le carré de 5 est le premier qui soit égal à la somme de deux carrés, celui de 3 et celui de 4. Un tétrachorde est regardé comme dérivé du premier nombre pair et du premier impair *, d’après quoi la consonance est géométriquement assimilée à 5. Comme ce nombre provient d’ailleurs de l’addition de 2 et de 3, on l’a appelé mariage. Enfin de quelque façon qu’on forme 10 par addition, on trouve 5 comme moyen arithmétique des deux termes; 9 et 1, 8 et 2, 7 et 3, 6 et 4; fais la somme de chaque couple, tu auras 10 et tu trouveras 5 comme moyen arithmétique, ce que montre bien la figure.
- Sur le sénaire.
- Le nombre 6 est le premier parfait; car il est égal à la somme de ses parties aliquotes; 1 + 2 -f- 3 = 6, et une fois 6 fait 6; deux fois trois font 6; trois fois 2 font 6. Il est ainsi le premier qui soit composé d’une moitié, d'un tiers et d’un sixième. Si on l’élève au carré, il se retrouve en finale : 6 x 6 = 36; de même si on passe au cube, mais alors le carré ne se retrouve plus : 6 x 36 = 216. Ce dernier nombre finit bien par 6, mais non par 36. Le sénaire provient par puissance ou multiplication du premier pair et du premier impair, des premiers mâle et femelle; aussi a-t-il été appelé Mâle-femelle, Mariage, Pairement impair. Le nom de Mariage lui vient proprement de ce qu’il est égal, ainsi
- 1. En tant que les longueurs des cordes du tétrachorde diatonique des canoniciens sont exclusivement composées des facteurs 2 et 3? Ce curieux passage est malheureusement corrompu d’une façon qui paraît irrémédiable. Si les Pythagoriciens ont désigné une consonance par 3 et si cette consonance est la quarte, 4/3, ce serait à cause de la relation géométrique 42 -f- 32 = 52. Mais si l’on part des nombres 3 et 2, dont la somme est 5, il s’agit de la consonance de quinte; de même plus loin, 7 = 4 -)- 3 est assimilé à la quarte.
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- qu’on l’a vu, à la somme de ses parties, et de ce que l’œuvre du mariage est de produire des enfants semblables aux parents. C’est sur le sénaire que se forme d’abord une médiété harmonique, — en prenant après 6, 8 dans le rapport d’un tiers en sus, et 12 dans le rapport double, car 8, comparé aux extrêmes, surpasse l’un et est surpassé par l’autre d’une même fraction de l’extrême ;
- [8 - « = § et 12-8=f]
- — et que peut se former en même temps une médiété arithmétique, — en prenant après 6, 9 dans le rapport de moitié en sus, et 12 dans le rapport double; car 9 comparé aux extrêmes, surpasse l’un et est surpassé par l’autre du même nombre, 3 h De plus les parties aliquotes de 6, à savoir 1,2, 3, forment la première proportion arithmétique dont il est la somme. Il est le terme moyen d’une proportion géométrique, si l’on prend comme extrêmes, d’une part sa moitié 3, de l’autre, son double 12. Les dimensions 1 2 des corps sont au nombre de 6. Enfin on obtient 10 en ajoutant à 6 le premier carré 4.
- Sur le septénaire.
- Le nombre 7 est le seul qui à la fois n’en engendre aucun autre de la décade et n’est engendré par aucun, sauf l’unité ; c’est pourquoi les Pythagoriens l’appellent Vierge sans mère 3, et en effet des autres nombres de la décade, 4 est
- 1. On forme ainsi, en résumé, le groupe pythagorien : G, 8, 9, 12, classique chez les musicographes anciens.
- 2. En les prenant chacune dans les deux sens.
- 3. Athéné (Minerve), dit Théon de Smyrne; Anatolius semble avoir, par scrupule chrétien, évité d’écrire le nom de la déesse, en lui substituant une périphrase d’ailleurs caractéristique pour tout païen.
- Congrès d'histoire (Ve section).
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- engendré par 2 et, avec 2, engendre 8; 6 n’engendre-pas, mais est engendré par 3; enfin 3 et 5 sont générateurs, 3 de 6 et de 9, 5 de 10. L’addition des sept termes consécutifs de 1 à 7 donne le nombre parfait 28, égal à la somme de ses parties aliquotes. Il y a 28 jours de la lune formant des semaines complètes. La suite de sept termes en rapport double à partir de l’unité aboutit à 64 qui est le premier nombre à la fois carré et cube : 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64. La suite de sept termes en rapport triple aboutit de même à un nombre à la fois carré et cube, 729, carré de 27, et cube de 9. — 1, 3, 9, 27, 81, 243, 729. Si on continue ces progressions, le septième terme aura toujours la même propriété; ainsi, dans la progression double, le septième terme à partir de 64[mc/«5] sera lecubede 16. Composé des trois dimensions et des quatre limites, le septénaire désigne le corps et l’organique ; les limites sont le point, la ligne, la surface, l’épaisseur ; les dimensions : longueur, largeur, hauteur. On considère 7 comme le nombre de la première consonance, celle de quarte, 4/3, et aussi delà première proportion géométrique, 1,2, 4. On le nomme encore Télesphoros [accomplissement]; car les enfants, nés à 7 mois, sont viables. Dans les maladies, la semaine est critique. Dans le triangle rectangle prototype, 7 est la somme des deux côtés de l’angle droit, 4 et 3. Il y a sept planètes et sept phases de la lune, deux croissants, deux quartiers, deux convexes, et la pleine lune. L’Ourse a sept étoiles.
- Heraclite 1 : Le septénaire contribue au compte des saisons et des temps de la lune; il se distribue dans les Ourses, ces inoubliables constellations.
- La Pléiade a sept étoiles. Les équinoxes sont au septième mois l’un de l’autre, de même les solstices. Si l’on met à part, dans l’âme, la partie souveraine, il y en a sept autres, correspondant aux cinq sens, à la voix et à la géné-
- \. Voir l’Observation à la suite delà Traduction.
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- ration. Dans le corps, il y a sept parties intégrantes : la tête, le cou, le tronc, les deux jambes, et les deux bras ; — sept viscères : l’estomac, le cœur, le poumon, le foie, la rate, les deux reins.
- Hérophile dit que l’intestin de l’homme mesure 21 coudées, ce qui fait trois septénaires.
- La tête a sept ouvertures : les deux yeux, les deux oreilles, les deux narines et la bouche. Nous voyons sept choses :1e corps, la distance, la figure, la grandeur, la couleur, le mouvement et le repos. La voix a sept formes : aiguë, grave, circonflexe, aspirée rude, aspirée douce, longue, brève. Il y a sept mouvements : en haut, en bas, en avant, en arrière, à droite, à gauche, en cercle. Il y a sept voyelles : a, e, yj, t, o, u, w. Il y a sept cordes à la lyre. Terpandre a dit de la lyre :
- « Mais nous, dédaigneux du chant sur quatre sons, nous ferons retentir des hymnes nouveaux sur la phorminx à sept tons. »
- Platon, dans le Timêe, compose l’âme de sept nombres. Dans les détroits, le courant change d’ordinaire sept fois par jour.
- Tout aime le nombre sept. De la naissance à la vieillesse il y a sept âges : enfant, éphèbe, adolescent, jeune homme, homme fait, homme mûr, vieillard ; et de sept ans en sept ans, nous passons de l’enfancq à l’éphébie, puis à l’adolescence et aux âges suivants.
- Voici à ce sujet les vers de Solon :
- « De l’enfant impubère, encore sans raison, le cercle des « dents pousse et tombe une première fois en sept ans.
- « Lorsque le soleil a accompli les sept années suivantes, « apparaissent les signes de la puberté. Au troisième septe-« naire, quand le corps a grandi, le menton se couvre d’un « duvet, fleur de la peau renouvelée. Au quatrième, cha-(c cun atteint le plus haut degré de la force, par laquelle « les hommes obtiennent les témoignages de la valeur. Au
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- « cinquième, il est temps pour l’homme de songer au « mariage et de chercher à laisser des enfants après lui. « Au sixième, l’esprit de l’homme atteint en tout sa matu-« rité, et il ne veut plus faire d’actes maladroits. Au sep-« tième et au huitième, pendant quatorze ans, avec la « puissance de l’esprit, éclate aussi en plus le talent de la « parole. Au neuvième, la capacité subsiste, mais la langue « et la sagesse ne suffisent plus pour les grandes oeuvres. « Quant au dixième, celui qui en atteint le terme, n’aura « pas succombé à une mort survenue avant l’heure. » Hippocrate : Il y a sept saisons, que nous appelons âges : petit enfant, enfant, adolescent, jeune homme, homme fait, homme mûr, vieillard. Petit enfant jusqu’à la chute des premières dents à sept ans; enfant jusqu a la production de la semence, à deux fois sept; adolescent jusqu’à l’apparition de la barbe à trois fois sept ; jeune homme jusqu’au complet développement du corps, à quatre fois sept; homme fait jusqu’à quarante-neuf ans, sept fois sept; homme mûr jusqu’à cinquante-six ans, huit fois sept; et au delà, vieillard.
- Sur l'octonaire.
- Huit est le premier cube; on l’appelle Solidité et Fondement. Sa racine est le premier pair. Il est la somme de 1 + 3 + 4. La somme des huit premiers nombres en partant de l’unité fait 36, nombre de jours pendant lesquels prennent forme, dit-on, les embryons des enfants qui naissent à sept mois. La sphère qui renferme l’univers est la huitième, d’où le proverbe : Huit est tout. Eratosthène dit que les huit sphères du monde tournent autour de la terre ; voici comment il s’exprime :
- « Tous ces huit sont entre eux harmoniquement adaptés1
- 1. Je complète le premier vers d’après Théon de Smyrne.
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- et les huit sphères de l’univers tournent circulairement autour de la neuvième, la terre. »
- Sur le novénaire.
- Neuf est le premier carré du premier impair, comme 4 lest du premier pair. Les neuf premiers nombres à partir de l’unité donnent comme somme 45 ; c’est le nombre de jours nécessaire, dit-on, pour que prennent forme les embryons des enfants qui naissent à neuf mois. La terre est la neuvième sphère autour de laquelle tournent les huit autres. Le novénaire est aussi appelé Télesphoros, comme amenant à viabilité les enfants qui naissent à neuf mois ; — Parfait, en tant que provenant du parfait 3, répété trois fois.
- Homère [Iliade, VII, 161] : « Ils se levèrent neuf en tout. »
- On dit encore que 9=4 + 3 +2, renferme les rapports de consonance; celui de tiers en sus, 4 à 3; de moitié en sus, 3 à 2 ; de double, 4 à 2. Enfin 9 est le premier nombre qui, par rapport à un autre, soit d’un huitième en sus.
- Sur la décade.
- Dix est engendré, par multiplication, d’un pair et d’un impair; car 5 x 2 = 10. C’est le cercle et la limite de tout nombre, car c’est à lui que nous tournons et revenons en arrière, comme à la borne les coureurs qui doublent le stade. Il est en effet la limite pour l’indétermination des nombres; car nous comptons depuis l’unité jusqu’à dix, puis nous disons : dix et un, dix et deux, etc. Quant à vingt, double de dix, il est formé par addition en répétant
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- deux fois les termes dont dix est formé; car si 10 = 1 +2 + 3 + 4, 20 est la somme de deux fois 1, deux fois 2, deux fois 3, deux fois 4; et de même pour les dizaines suivantes. La décade est surnommée Force et Toute-Parfaite, parce qu’elle limite tout nombre et qu’elle renferme à son intérieur toute nature, pair-impair, muable-immuable, bon-mauvais. On l’appelle aussi Dékhas, parce qu’elle reçoit tout b 10 = 4 + 6; mais 10 est aussi la somme des nombres du premier quaternaire, 1 —f- 2 —{— 3 —f— 4. Enfin 10 engendre le nombre 55 qui joint des propriétés remarquables. 1° Il est formé par la somme de quatre nombres en progression par rapport double —1 —j— 2 —J— 4 —(— 8, ce qui fait 15, — et de quatre en progression par rapport triple, 1+3 + 9-1- 27 = 40. — La somme [15 + 40] donne en effet 55. Ces nombres sont ceux dont parle Platon dans le Timée au début de la psychogonie : « Du tout une partie etc. » — 2° Le nombre 55 est la somme de la décade, comme 385 est la somme de la décade par puissance ; si en effet on multiplie par eux-mêmes les nombres de 1 à 10, et que l’on fasse la somme, on aura le nombre précité 385, qui est d’ailleurs égal à sept fois 55. — 3° 55 est nombre triangle ~. — 4° Si tu fais le compte [suivant la numération grecque] de la valeur des lettres pour £v (un), tu trouveras par addition 55. — 5° Le fécond senaire, multiplié par lui-même, donne comme puissance 36, qui a sept parties ali-quotes, engendrées comme suit : 2 X 18, 3 X 12, 4x9, 6 X 6, 9 x 4, 12x3, 18 X 2 ; la somme de ces sept parties 3 fait 55. — 6° 55 est la somme de cinq nombres
- 1. Ici se trouve intercalée dans le texte, sans y avoir réellement rapport, une annotation venue sans doute de la marge : « Comme rectangles dont le « périmètre est égal à l'aire, on trouve le carré 16 et l’oblong 18, dont les « côtés sont 4 et 6, car 4 X 4 = 16 et 3 X 6 = 18. »
- 10 X H
- 2. 55 est somme des dix premiers nombres consécutifs, et égal à---
- 3. En réalité les parties aliquotes de 36 sont au nombre de huit : 1 + 2 + 3-(-4+6 + 9-|-12-{- 18; et c’est cette somme qui fait 55.
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- triangles consécutifs, 3 + 6 + 10 + 15 + 21. Il est aussi la somme de cinq carrés consécutifs, 1 + 4+9 + 16 —|— 25. Or, suivant Platon, la genèse de l’univers dérive du triangle et du carré, le triangle équilatéral formant trois des solides réguliers, la pyramide, l’octaèdre l’icosaèdre, qui sont les formes du feu, de l’air et de l’eau, tandis que du carré provient le cube, forme de la terre.
- OBSERVATION
- Dans le numéro 1 de la Revue de philosophie (Paris, Carré et Naud), paru le 1er décembre 1900, j’ai résumé en deux pages, sous le titre Un nouveau fragment d'Iléraclile pp. 48-50), la communication verbale que j’ai faite au Congrès d’Histoire des Sciences, en présentant la contribution que nous offrait le célèbre mathématicien helléniste de Copenhague. Cette note a eu la bonne fortune de remplir son but, en suscitant, de la part de l’illustre philologue Gomperz une communication à l’Académie de Vienne, du 6 mars 1901, insérée dans YAnzeiger f ur philosophisch-historischen Classe. Il a proposé de corriger comme suit le texte d’Héraclite : Kaxà Xoyov 8k (bpéiov a\jg^èX\zrza.i t%8o[xaç < xa'i èç -rà > xarà asXTrjvYjv, 8icupzï/zca 8k xoruà tàç àpxTouç, àOavaTou [xvYjpYjç arjgEiù) (au duel), et il a traduit : « Gleicliwie in Ansehung des Jahreszeiten (?) erweist « die Siebenzahl ihre Wirksamkeit auch in Rücksicht der « Wandlungen der Mondes ; sie theilt ihre Macht aber in « Betreff der Sternbilder der Baren, diesen zwei Merk-« zeichen von unverganglichem Gedâchtnis. »
- Je me suis inspiré ci-dessus de cette traduction ; si d’ailleurs M. Gomperz, tout en remarquant que l’écrit pseudo-hippocratique Ilepl ÉSSopàSwv contient une division de
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- l’année en sept saisons, éprouve quelque scrupule à admettre que le fragment d’Héraclite vise cette division certainement peu répandue, il semble loisible, en se référant aux citations de Solon et du Pseudo-Hippocrate par Anato-lius, d’interpréter dbpécov par saisons ou âges de la vie de l’homme.
- D’autre part, j’avais écrit, dans la note précitée, que le texte retrouvé par Heiberg devait être attribué à TAnato-lius chrétien qui vécut dans la seconde moitié du me siècle de notre ère « et non pas à l’Anatolius païen qui fut maître « de Jamblique et auquel on a quelquefois pensé ». M. Gomperz, par une discussion très serrée, a démontré que [cet Anatolius païen est un personnage inventé mal à propos et que c’est du chrétien, qui, avant 278 de notre ère, occupait à Alexandrie la chaire officielle de philosophie aristotélique, que Jamblique a suivi les leçons. Si, et je m’en confesse, je n’ai pas cru, dans les quelques lignes que je rédigeais pour appeler l’attention sur un texte aussi curieux qu’obscur, rompre en visière, sur une question incidente, avec une opinion consacrée, il me sera peut-être permis de constater qu’en 1887, dans mon ouvrage La Géométrie grecque (Paris, Gauthier-Villars, p. 42) auquel je renvoyais, j’avais déjà mis en avant la thèse développée par M. Gomperz; les arguments qu’il a fait valoir me paraissent trancher définitivement la question, soulevée au reste, dès le xvne siècle, par Valois.
- J’ajouterai quelques nouvelles remarques; dans l’ouvrage de Théon de Smyrne, je suis désormais convaincu que les chapitres relatifs aux nombres de la décade sont étrangers au plan de l’écrivain platonicien et qu’ils représentent une interpolation byzantine. Mais s’il en est ainsi, il n’est plus guère possible de faire remonter avant l’ère chrétienne, comme j’y étais porté, la source commune où ont puisé Anatolius et l’auteur des chapitres en question de Théon de Smyrne. Je suis donc conduit à voir cette
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- source commune dans les Theologumena de Nicomaque (fin du Ier siècle de notre ère), aujourd’hui perdus, mais qu’au ixe siècle, Photius pouvait lire encore. Qu’Anatolius ait extrait de ce fatras un sommaire ad usum christiano-rum, que plus tard quelque littérateur byzantin ait fait le même travail avec un peu moins de scrupule pour l’introduction des noms des divinités classiques, qu’enfin Jamblique ou quelqu’un de ses disciples, pour les Theologumena que nous avons, ait compilé à la fois l’ouvràge original de Nicomaque et l’extrait condensé rédigé par Anatolius, ce ne sont là, il est vrai que des conjectures, mais je ne vois aucun indice qui puisse me conduire à les écarter.
- Je crois hors de propos de développer ici plus longuement l’opinion que j’émets ; quant à l’essai de traduction que j’ai tenté, j’ai à peine besoin d’ajouter que j’ai voulu faire œuvre non de philologue, mais simplement de vulgarisateur pour un genre d’écrits dont la connaissance est limitée à un cercle d’érudits très restreint. Les hellénistes reconnaîtront sans peine sur quels points et dans quel sens certaines corrections me semblent devoir s’imposer; mais ce ne sera qu’ailleurs que je reviendrai, à l’occasion, sur un texte en très mauvais état, qu’il ne faut par suite manier qu’avec la prudence consommée dont M. Heiberg nous a donné, après tant d’autres exemples, un nouveau modèle.
- Paul Tannery
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- NOTE
- SUR L’HISTOIRE DE LA RÉSOLUTION DES ÉQUATIONS CUBIQUES
- On sait que Tartaglia, et avant lui Ferro et Fiore, ont possédé une formule empirique pour résoudre l’équation cubique, et que c’est Cardano qui en a le premier donné la démonstration. Mais il serait intéressant de pouvoir signaler la série des tâtonnements qui ont conduit ces géomètres à trouver un résultat si remarquable, lequel ne peut manquer d’avoir sa source dans les connaissances mathématiques des anciens.
- Les géomètres grecs savaient déjà que certains problèmes du troisième degré pouvaient se réduire à celui des deux moyennes proportionnelles. Yièle énonça cette propriété pour toutes les questions du même genre, mais Sédillot1 a fait savoir qu’un auteur arabe, que Woepcke a démontré être Alkhayyami, avait mis à profit la même propriété pour résoudre, au moyen d’une construction géométrique, la plus simple des équations cubiques trinômes. Je crois que cette solution était connue des Italiens de la Renaissance, et qu’elle fut le point de départ de leurs recherches.
- Pour suivre plus aisément le fil des raisonnements, j’emploierai tout d’abord nos notations algébriques modernes.
- 1. Matériaux pour servir à l'histoire comparée des sciences mathématiques chez les Grecs et les Orientaux, p. 374.
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- EDUARDO SAAVEDRA
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- Soient deux moyennes proportionnelles à insérer entre deux quantités
- sjp et % — ^ et x et y ces inconnues.
- Les trois premiers termes de la progression nous donnent
- ** = y sfp,
- et les trois derniers
- d’où l’élimination dey produit l’équation cubique
- x3 px = q.
- La première de ces équations représente une parabole, la deuxième un cercle, et leur intersection nous donne la racine de l’équation troisième, comme dit l’auteur arabe.
- En réfléchissant sur cette solution, les Italiens auront aperçu le rôle important que l’abscisse du cercle devait jouer dans la formule désirée. La double valeur de cette abscisse, donnée par la deuxième des équations ci-dessus, est
- q ± v7^ —4pHy*
- 2 P
- et il s’agissait seulement de faire des combinaisons avec ces valeurs pour trouver celle de y qui conviendrait à la solution.
- Parmi la foule des combinaisons essayées, on ne pouvait pas oublier les racines cubiques de l’une et de l’autre des deux abscisses. Une racine cubique ne peut être appliquée qu’à une quantité de trois dimensions, et par conséquent il fallait multiplier l’expression de ces abscisses par un carré.
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- Le plus simple de tous était le même coefficient p, de sorte qu’on est parvenu à l’hypothèse
- La substitution de cette expression dans l’équation proposée donne la condition
- 3 ÿ/rt’ = — P, o“ y'=
- donc
- -vWÇïs+v'f-v'fïë’
- qui est la formule empirique dont la démonstration fut trouvée par Cardano.
- Sans doute il a fallu un grand effort d’esprit et une dépense de patience énorme pour parvenir à ce résultat, mais nous savons que les anciens mathématiciens ne se rebutaient par aucun travail, si pénible qu’il fût, et qu’ils surmontaient de grandes difficultés à force de persévérance et d’opiniâtreté.
- Toutefois, je pense qu’on ne peut méconnaître le rapport qu’il y a entre la solution algébrique primitive et la solution géométrique des Arabes, qui serait le point de transition des anciennes aux nouvelles méthodes.
- Madrid, le 13 juillet 1900.
- Eduardo Saavedra,
- Président du Conseil des Ponts et chaussées, Membre de l’Académie des Sciences.
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- EDUARDO SAAVEDRA
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- OBSERVATIONS DU PRÉSIDENT
- La recherche de l’ordre d’idées qui a conduit à une découverte mathématique constitue un problème tout à fait indéterminé, lorsque l’inventeur n’a pas donné des indications suffisantes pour le résoudre (ce qui est le cas en ce qui concerne les formules de Cardan). Il est vrai que l’on peut se proposer (ce qui est, en tout état de cause, un exercice intéressant) de trouver la voie la plus simple pour arriver à la découverte, en ne supposant que les connaissances possédées par l’inventeur. Cependant, même ainsi posé, le problème est moins bien défini qu’il ne paraît à première vue ; la détermination réelle de ce que connaissait et de ce qu’ignorait l’inventeur avant sa découverte, peut, en effet, laisser place historiquement à de graves incertitudes ; d’autre part, la simplicité d’une déduction mathématique, la facilité avec laquelle elle peut se présenter à l’esprit, ou encore son élégance, sont des caractères qui ne peuvent être l’objet que d’appréciations subjectives, c’est-à-dire variables suivant l’appréciateur, et cela dans une mesure assez large.
- D’après ces remarques, j’ai à peine besoin d’ajouter que je n’attache aucune signification proprement historique à l’ordre d’idées, conduisant aux formules de Cardan, que je vais opposer à celui qu’indique M. Saavedra.
- Je remarque tout d’abord qu’il est bien difficile de confirmer l'hypothèse que les travaux d’Omar Alkhayami aient été connus en Italie au xvie siècle. Non seulement il n’existe aucune traduction médiévale de son Algèbre, mais les trois seuls manuscrits que l’on en possède en Europe n’y ont pas été importés d’Orient avant le xvne siècle. On peut dire la même chose pour les précurseurs d’Alkhayami, comme Alkouhi, dont Woepckea également traduit des extraits. Si enfin la méthode géométrique des Arabes se rattache essentiellement, comme Zeuthen l’a si bien fait yoir, à des procédés qui remontent à Archimède, il est bien certain aussi qu’à l’époque de Scipione del Ferro et de Tartaglia, les écrits de l’immortel Syracusain étaient trop peu connus en Italie pour avoir pu y amorcer la recherche de la solution de l’équation cubique.
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- Au contraire, il existait dès lors à Venise un manuscrit de Diophante sur lequel Regiomontanus, en 1464, avait appelé l’attention, qu’il s’était même proposé de traduire, et dont en tous cas plusieurs copies ont été tirées au commencement du xvic siècle. Sans supposer la connaissance ou l’étude approfondie de cet auteur, on peut bien croire que quelques problèmes simples y avaient été remarqués et avaient suscité quelques autres questions semblables. Ainsi les deux problèmes de Diophante (IV, 1 et 2) : « Trouver deux nombres dont on connaît la somme (ou la différence) et la somme (différence) de leurs cubes » pouvaient naturellement provoquer les suivants : « Trouver deux nombres dont on connaît le produit et la somme (différence) de leurs cubes ». Ce problème se résout d’ailleurs immédiatement par une équation du second degré, si l’on prend pour inconnues les cubes des deux nombres, puisqu’alors il s’agit de trouver deux inconnues dont on connaît la somme (différence) et le produit (cube du produit donné).
- Mais supposons que Scipione del Ferro, avant d’obtenir cette solution, ait, dans un premier tâtonnement, pris comme inconnue la somme des deux nombres cherchés, pour en déduire ensuite, suivant une règle connue, les deux nombres dont le produit lui était donné. Soit p ce produit et soit 2q la somme des cubes. Le cube de la somme est égal à la somme des cubes, c’est-à-dire 2çr, plus trois fois la somme inconnue multipliée par le produit p. Le voilà donc en présence d'une équation cubique sans second terme
- x:i — 3 px + 2q,
- et il aura la solution algébrique de cette équation dès qu’il sera parvenu au calcul très simple des deux parties de la somme x.
- Or il est très remarquable que ce soit en réalité sous cette forme que Tartaglia ait fait connaître à Cardan la solution de l’équation cubique. Voici la traduction des vers 1 qui se rapportent au cas où elle a la forme ci-dessus :
- « Tu diviseras le terme indépendant (2q) en deux parties « telles que leur produit fasse exactement le cube du tiers du « coefficient de x. Puis tu prendras les racines cubiques de ces
- 1. Voir le texte dans les Vorlesungen de Cantar, II. 443.
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- « parties, et en ajoutant ces racines, tu obtiendras le nombre « cherché. »
- Autrement dit, soient u et v les racines cubiques, on aura x = u + i>, après avoir résolu le problème défini par les équations :
- u3 y3 = 2q, o3 u3 == p3 ou uv — p.
- La forme de l’énoncé de ce problème, dans les vers de Tarta-glia, semble même calquée sur le modèle diophantéen : « Parta? ger un nombre donné en deux nombres dont etc. »
- Peut-être l’un de vous, Messieurs, trouvera-t-il que d’après ces remarques la solution de Tartaglia contient une indication suffisante de la voie d’invention. Mais en ce qui me concerne, je crois, comme je l’ai dit, devoir laisser comme indécise la question au point de vue historique, et reconnaître sinon la probabilité, au moins la possibilité d'une découverte effectuée dans le sens exposé par M. Saavedra.
- Paul TANNERY.
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- BEITRAEGE ZUR LEBENSGESOHICHTE
- VON CARL FRIEDRICH GAUSS
- Niemand ist mehr als der Verfasser dieses Aufsatzes von der Wahrheit des Satzes durchdrungen, dass die Geschichte der Mathematik nicht aus der Geschichte der Mathematiker besteht. Jene Yerwechslung gehôrte einer heute schon ziem-lich weit zurückliegenden Vergangenheit an, in welcher man noch nicht so vorgeschritten war, dass man die For-schung nach der Entwicklung derGedanken, auch wenn sie in verschiedenen Persônlichkeiten vor sich ging, als für sich zuverfolgende Aufgabe erkannte. Nichts desto weniger würde es vielleicht abermals ein Fehler sein, wollte man über die Geschichte der Mathematik die der Mathematiker ganz vernachlâssigen. Menschen von besonders hervorra-gender Begabung, gleichviel auf welchem Gebiete, bôren nicht auf Menschen zu sein. Ihr Seelenzustand in dieser oder jener ZeitihresLebens, die freudigen oder schmerzlichen Ereignisse, welche in ihnen jene Seelenzustânde hervor-brachten, werfen oftmals, wenn sie erkannt sind, ein neues Licht auf ihre Werke und Lehren sie verstehen.
- Wo aber zeigte sich der Seelenzustand eines Menschen unverhüllter als in Tagebüchern und, wenn diese fehlen, in vertrauten Briefen an nahe Freunde ? Mit Becht schatzt man daher die Herausgabe des Briefwechsels grosser Mânner. Wissenschaftliche Ahnungen sind nicht selten in ihnen augedeutet, bevor sie zu Gedanken verdichtet sich
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- an die Ôffentlichkeil wagen dnrften, und persônliche Verhâltnisse werden aus ihren erkannt, deren BedeuLung soeben hervorgehoben wurde. Handelt es sich nun gar uni einen Mann, der seine Gedanken, seine Enideekungen gradezu geheim zu halten die Gewohnteit halte, so sind seine Briefe von doppeltem Werte, und mil durch den Genuss sich steigernden Heisshunger erwartete man die Drucklegung das Briefwechsels eines Gauss mit Schumacher, mit Nicolai, mit Alexander von Humboldt, mit Sophie Germain,, mit Bessel, mit Wolfgang Bolyai, mit Olbers, welche sich gegenseitig ergânzend den Vorhang einigermassen lüfteten, hinter welchem das Geistesleben von Gauss sich verbarg, Die meisten dieser Briefwechsel haben schon lange genug die Presse verlassen, dass ihr Inhalt zum Gemeingute werden konnte, nur der Briefwechsel mit Bolyai trâgt das Erscheinungsjahr 1899, der mit Olbers gar das Jahr 1900 auf seinem Titelblatte und ist erst zur Halfte, bis zum Jahre 1819, bekannt, wâhrend Olbers bis 1840 lebte und eben so lang den ihm wie Gauss zum Bedürfniss gewordenen schriftlichen Yerkehr mit dem Freunde fortsetzte. Es mag daher verstattet sein, jetzt inso-fern verfrüht, als der zweite Band des Briefwechsels noch nicht vorliegt, aber beziiglich des ersten Bandes noch nicht verspâtet, einiges in diesem Enthaltene hervorzuheben.
- Unsere eigenen Arbeiten haben uns weit mehr mit der Geschichte der Mathematik als mit der der Astronomie bekannt gemacht ; man wird darum entschuldigen , wenn wir Dinge weniger laut betonen, welche in jenem Briefwechsel fur den Astronomen wichtiger sein môchten, als wir es wissen. Andererseits wird man es uns nicht verü-beln, wenn wir, im Einklang mit der Überschrift : Beitrage zur Lebensgeschichte von Cari Friedrich Gauss, diese Lebensgechichte selbst als im Allgemeinen bekannt voraus-sezten. Yon der des anderen Briefschreibers müssen wir dagegen Weniges voranschicken.
- Congrès d'hisloire (Ve section). 6
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- Wilhelm Olbers ist 1758 als 8. Kind unter im Ganzen 16 Kindern eines Predigers in der Nahe von Bremen geboren. Er studierte von 1777 an in Gôttingen Medizin nnd liess sich 1781 als Arzt in Bremen nieder, wo er bald zn grosser Praxis und zu immer steigender Beliebtheit in seinem Berufe gelangte. Neben der Medizin befleissigle sich Olbers der Astronomie. Als lôjahriger Sehüler berechnete er 1774, ohne eigentlichen astronomischen Un terri cht erhalten zu haben, eine Sonnenfînsterniss. Auf dem Dache des von ihm in Bremen bewohnten Haüses richteteer eine Sternwarte ein. Im Jahre 1797 erschien von ihm eine Vorsc-hrift im Druck aus drei Beobachtungen die parabolische Bahn eines Kometen zu bestimmen, und er wandte dieses Verfahren auf zahlreiche durch ihn selbst entdeckte Kometen an.
- Wir stelien jetzt an dem An fange der fast 40 Jahre sich erhaltenden Freundschaft, die Olbers mit dem uni 19 Jahre jüngeren Gauss verbinden sollte. Josef Piazzi halte um 1. Januar 1801 in Palermo einen neuen Planeten, Ceres, entdeckt und im Laufe des gleichen Monats wenige weitere Beobachtungen angestellt ; dann war Ceres unsichtbar geworden. Die Astronomen suchten sie an Himmelsstellen, welche an nâherndberechnetenen Planetenelementen entspra-chen, aber vergebens, denn die damais übliche Bestimmung der Elemente war bei Planetenbahnen, welche in einiger-massen gestreckten Ellipsen bestanden, durchans ungenü-gend. Da verôffentlichte Gauss im December 1801 neue Elemente der Ceres, zu deren Berechnung er ihm eigentüm-liche Methoden benutzt halte, und welche vor den bisheri-gen Mutmassungen den grossen Vorzug besassen, dass sie sâmmtlichen Beobachtungen Piazzi’s gerecht wurden, was den anderen Elementenberechnern so wenig gelungen war, dass sie es vorzogen die Genauigkeit jener Beobachtungen anzuzweifeln, als in ihren eigenen Rechnungen den Feliler zu suchen. Olbers bediente sich sofort der neuen
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- Gauss’schen Elemente, durchforschte die Himmelsgegend, wo ihnen zufolge Gérés sich befinden musste und fand am 1. Januar 1802 den Flüchtling an dem vorans verkündeten Orte. In dem Februarhefte 1802 von Zach’s Monatlicher Correspondenz wurde die geglückte Wiederauffindung des Planeten verkündet. In dem dort abgedruckten Briefe an den Herausgeber der 'Zeitschrift sagte Olbers : « Mit Vergnügen werden Sie bemerkt liaben, wie genau Dr. Gauss’s Ellipse mit den Beobachtungen der Celles stimmt. Melden Sie doch dieses diesen würdigen Gelehrten unter Bezeugung meiner ganz besonderen Hochachtung. Oline seine mühsamen Untersuchungen über die elliplischen Elemente dieses Planeten würden wir diesen vielleichl gar nicht wiedergefnnden liaben. Ich wenigstens hatte ihn nicht so weit ostwârts gesucht. »
- Erinnern wir uns, dass der « würdige Gelehrte » ein junger Mann war, der erst im April sein 25. Lebensjahr vollenden sollte, und dessen Bescheidenheit in gradem Yerhâltnisse zu seinen Geistesgaben stand, was auch von bedeutenden Menschen niclit immer behauptet werden kann, so kônnen wir uns in seine Freude über diese Anerkennunghineindenken. Schon bevorjenes Februarheft erschienen war, erfüllte Herr von Zach den ihm gewor-denen Auftrag, Gauss die Wiederentdeckung der Gérés und den Anteil, der ihm daran zugeschrieben werde? mitzuteilen, und in Folge dessen richtete Gauss am 18. Januar 1802 einen ersten Briefan Olbers, den dieser am 22. Januar beantwortete. Beide Briefe sind in dem steifen fôrmlichen Style der Zeit geschrieben, aber man merkt doch, dass die gegenseitig geausserte Bewunderung mehr als nur Redensart ist, dass hier die Gesinnung durch die Form hindurchscheint.
- Wâhrend die ersten Briefe ihren wissenschaftlichen Inhalt von Ceresbeobachtungen nehmen, bringt der Monat April ein ungeahnt Neues. Am 2. April meldet Olbers, er habe
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- einen weiteren Planeten entdeckt, undjetzt schon frâgt er, ob etwa zwischen der Marsbahn und der Jupiterbahn, in jener grossen Lücke, welche Bode bereits vor der Enlde-ckung der Gérés auf ein sinnreiclies, wenn auch jeder wissenschaftlichen Grundlage entbehrendes Spielen mit Entfernungszahlen hin als Fundort eines aufzusuchenden Planeten bezeichnet hatte, ansser Ceres und der jetzt hinantretenden Pallas sich noch weitere Planeten finden würden? Àls Gauss sich sofort der Berechnung der Beob-acbtungen unterzog und seine ersten Pallaselemente einen Kreuzungspunkt der Bahn der Ceres mit der der Pallas vermuten liessen, da sprach Olbers am 23. April den Gedanken aus, Ceres und Pallas seien môglicherweise Bruchstücke eines einzigen grossen Planeten, der an jener Kreuzungsstelle der Babnen geborsten sei, und von welchen weitere Trümmer wiederum in der Nâhe jener Kreuzungsstelle zu suchen sein diirften. Gauss halte inzwiscben weitere Pallasbeobachtungen für seine Rechnung dienstbar gemacht, und nun war die gefahrbringende Nâhe der Bahnen von Ceres und Pallas verschwunden, aber Olbers batte sich mehr und mehr mit dem Zerstückelungsgedanken vertraut gemacht und erklârte am 15. Mai, er werde fortgesetzt nach weiteren Trümmern suchen. In seiner Antwort vom 18. Mainahm Gauss zu dieser Frage Stellung. Wie man es von dem rechnenden Astronomen nicht anders erwarten kann, gab er die Môglichkeit zu, dass immer genauere Elemente für beide Planeten, Ceres und Pallas, beschafft werden kônnten, welche jene Vermutung zur Gewissheit erheben miissten, aber er würde es nicht wünschen : « Was für einen panischen Schrecken, welchen Kampf derFrômmigkeit und des Unglaubens, Verteidigung und Anfechtungder Providenz werden wir nicht entsteben sehen, wenn die Môglichkeit, dass ein Planet zertrümmert werden kann, durch ein Faktum bewiesen ist ! Was werden diejenigen sagen, die ihr Lehrgebâude so gern auf die
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- unerschütterliche Festigkeit des Planetensystems gründen, wenn sie sehen, dass sie auf Sand gebaut haben, und dass ailes dem blinden und zufalligen Spiel der Naturkrafte iïbergeben ist! Ich für meinen Teil denke, dass man sich aller solcher Konsequenzen zu enlhalten habe. Es scheint mir eine fast frevelhafte Yermessenlieit, das, was wir bei unseren beschrankten Kraften in unserem Raupenstande in der uns umgebenden materiellen Welt an Vollkommenheit oder Unvollkommenbeit wahrnehmen oder wahrzunehmen glauben, zum Massstabe der ewigen Weisheit maclien zu wollen. »
- Die Durchforsehung des Ilimmels blieb nicht unbelohnt. Im Seplember 1804 entdeckte Ludwig Harding einen dritten Planelen, Juno ; Ende Mârz 1807 Olbers einen vierten, Yesta, und diese vier bildeten fortan für geraume Zeit die Asteroiden mit einem Sammelnamen, den Friedrich Wilhelm Herschel schon im Juni 1802, als erst Ceres und Pallas bekannt waren, einführte. Der Name der Yesta riihrt von Gauss her, den Olbers zur Namengebung aufgefordert liatte, und der dieser Einladung am 14. April 1807 nachkam. Damit war eine Art von Gevatterschafts-verhaltniss zwischen Gauss und Olbers erôffnet, welches sich weiter ausbilden sollte, nachdem Gauss Familienvater geworden war.
- Das Spatjahr 1804 brachte die Yerlobung mit Johanna Osthoff zu stande. Olbers hatte aus einzelnen Satzwendun-gen in Gauss’ Briefen Verdacht geschôpft, welchem er am 10. October Worte lieh. Am 16. October antwortete Gauss : « Ich habe wirklich auf ein sehr braves Madchen einige ernsthafte Absichten ; bis jetzt aber ist die Sache nur eine blosse Môglichkeit, die auch schwerlich eher mehr werden kann, als bis ich selbst klar in meine eigene Zukunft sehe. Ich trage mit Recht Bedenken, das Schicksal einer mir theuren Person von dem meinigen abhângig zu machen, so lange dies noch prekâr ist. « Am 23. JNovember
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- folgt die bestimmte Anzeige : » Gestern habe ich dem guten, frommen Mâdchen meine Hand zugesagt. » Fast ein Jahr spâter, um 7. October 1805 schreibt Gauss : « Der 9. October ist der Tag, der mich mit meiner geliebten Braut auf immer vereinigen soll. Sie ist so gut und hat mich so aufrichtig lieb, dass mir für dieses Verhâltniss kein Wunsch iibrig bleibt. »
- Bei weitem wârmer sind die Farben, deren sich Gauss in seinem Briefwechsel mit Wolfgang Bolyai bedient. Dieser studierte bekanntlich gleichzeitig mit Gauss in Gôttingen. Die beiden hochbegabten Jünglinge hatten dort ein über-schAviïngliclies Freundschaftsbündniss gegründet, über dessen Symbole man sich des Lâchelns kann erwehren kann. Beide wollten z. B. zu bestimmten Stunden eine Pfeife rauchen und dabei des Anderen, von welchem die Pfeife herstammte, gedenken u. s. w. Eine solche Erinne-rungspfeife Avar auch auf die letzte Stunde des Jahres 1799 verabredet. Gauss schreibt darüber : » Der letzte Decem-ber, der AArenigstens der letzte Tag sein AAÛrd, wo Avir siebzehn hundert nennen (wenn gleich mikrologischere Aueleger das Ende des Jahrhunderts noch ein Jahr Aveiter hinaussetzen) Avird mir besonders heilig sein, merke Dirs docli dass wenn Avir hier Mitternacht haben, bei Eucli Mitternachl sclion eine Stunde vorbei ist. Bei solchen feier-lichen Gelegenheiten gerath mein Geist in eine hôhere Stimmung, in eine andere geistige Welt, die Scheidewande des Raumes verschwinden, unsere kothige kleinliche Welt mit allem was uns hier so gross dünkt, uns so unglücklich und so glücklich macht, verscliAvindet, und ein unsterbli-cher reiner Geist stehe ich vereinigt mit allen den Guten und Edlen die unsern Planeten zierten und deren Kôrper Raum oder Zeit von dem meinigen trennten, und geniesse das hôhere Leben die bessere Freuden, die ein undurch-dringlicher Schleier jetzt bis zu dem entscheidenden Augenblicke unserm Auge verbirgt. « So sclrvvârmte Gauss
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- mitnicht ganz 23 Jahren. Von leidenschaftlicherer Artwar der Ungar Bolyai. Er war sein Leben lang eine aufgeregte Natur, unglücklich in seiner Ehe, unglücklich als Vater eines Sohnes, der ihm an hoher mathematischer Begabung glicli, aber mit den Talentenauch den Charakter des Vaters ererbte, dem die nervenkranke Mutter ihre eigene Reiz-barkeit nocb hinzugefügt hattc.
- Dem Studienfreunde gegeniiber schüttete Bolyai das llerz aus. Ihm schrieb er Ostern 1800, duss er ein Madchen kennen gelernt, das er liebe und von dem er geliebt werde, ihm meldet er im October 1802, dass er sein ..Madchen, welches er zwei Jahre lang mit allem heftigen Toben der Leidenschaft geliebt, jetzt heimgeführt habe. Aber ganz glücklich muss er sicb trotz der Hofïhung bald Vater zu werden schon damais nicht gefiihlt haben, denn er warnt Gauss sicb durch das Beispiel nicht reizen zu lassen : « Trau den Madchen nicht, wenn sie Dir aucb in lichtloher Flamme ewige Treue schworen, das helle Feuer brennt ab, und die Aschen sind dunkel. » Nun vollends, wieder 4 1/2 Monate spater, uni 27. Februar 1803 bricht er in die Worte aus : <- Traue keinem Madchen, wenn es aucb klar scheint wie ein Lichtstrahl, ihr Herz wie eine Ivrystallquelle von einem lieblich reinen Boden, mild wie die sanft kiïhlende Abend-luft im schwülen Sommer, traue nicht der weisse Schnee vergeht und liisst einen schwarzen Koth nach sich. »
- Diesem Ereunde vertraute Gauss jetzt um 28 Juni 1804 seine keimende Neigung zu Johanna Osthoff : «. Ein wun-derschones Madonnengesicht, ein Spiegel des Seelenfriedens und der Gesundheit, zartliche etwas schwârmerische Augen, ein tadelloser Wuchs, das ist etwas, ein lieller Verstand und eine gebildete Sprache das ist au ch etwas, aber nun eine stille, heitre, bescheidene, keusche Engelsseele die keinem Wesen wehe thun kann, die ist das beste. » Um Bolyai’s Adresse zu suchen liest Gauss dessen letzte Briefe durch.
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- Er findet den Satz ; « Traue keinem Mâdchen », den wir oben mitgeteilt haben. Da ruft er aus : « Freund, auf meine Johanna kann Dein grâssliches Gemalde in Ewigkeit nicht passen. Wisse also noch mehr. Ich kenne sie schon seit einem Jalire. Ich bin zwar gleicli das erste Mal, da ich sie sah, von ihren stillen Tugenden frappirt, habe sie aber immer ganz kühl von weiten beobachtet nnd erst seit Knrzem mich ihr mehr geniihert. Meine Überzeugung von der Vortrefïlichkeit ihres Herzens ist nicht das Résultat der Verblendung der Leidenschaft, sondern der unbefangensten Reobachtnug. »
- Gauss hatte sich keineswegs getauscht. Ein eheliches Glück von seltener Vollkommenheit erwartete ihn, das nur leider von zu kurzer Dauer sein sollte. Am 21. Angust 1806 wnrde in Braunschweig das erste Kind, ein Knabe, geboren. Er wurde Josef genannt nach Josef Piazzi, dem Entdecker der Ceres, Die Berechnung ihrer Bahn war es, welche Gauss mit einem Male einen Ehrenplatz unter den Astronomen verschafft halte, welche mittelbar dazn fiihrte, ihm einen Jahresgehalt zu sichern, der ihm gestattete, die Ehe mit seiner Geliebten zu schliessen. Die Erinnerung daran sollte die Namensgebung des Kindes festhalten.
- Gauss sidelte nach Gôttingen iiber. Auch liber diese Berufung, für welche Olbers krâftig gewirkt hatte, ist in dem Briefwechsel, welchen wir benutzen, Genaues zu finclen ebenso wie überdie Unterhandlungen mitPetersburg, wohin man Gauss damais gewinnen wollte, und auch über den Plan in Braunschweig selbst eine Sternwarte zu erbauen, für welchen Herzog Karl Ferdinand sehr einge-nommen war, bis eine Gegenstrômung die Oberhand behielt, von welcher erstmalig in einem Briefe vom 14 Mârz 1803 die Rede ist. Wer sie zu erregen wusste, ist aus den Briefen nicht zu entnehmen. Im August 1807 erging an Gauss die fôrmliche Berufung nach Gôttingen. Am 21. November langle die Familie in der neuen Heimat an. Am
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- 6. December schrieb Gauss seinen ersten Gôttinger Brief an Olbers, in welchem von im Ganzen giinstigen Eindrü-cken die Rede ist. In eben diesem Briefe kündigt er die Hoffnung an, Ende Januar abermals Yater zu werden : « Sie, teuerster Olbers, müssen mir dann Gevatter sein ; das dritte Mal müsste es dann Harding werden und das vierte Mal Sie wieder ; ich will doch sehen, ob ich die x\sleroiden einholen und mit ihnen Schritt halten kann ! »
- So wurde Olbers der Pathe von Wilhelmine Gauss, deren Erscheinen allerdings nicht mit der Regelmassigkeit eintraf, welche den von Gauss bereehneten Asteroidenbabnen zur Zierde gereichLe. Erst am 29. Februar 1808 wurde Wilhelmine, spater die Frau des berühmten Orienlalisten Ewald, geboren. Als drittes und letztes Kind von Jolianna Gauss lolgte am 10. September 1809 wieder ein Knabe. Er wurde Luclwig getauft, jedenfalls nach Harding.
- Wir konnen uns nicht versagen den kurzen aber herz-zerreissenden Brief wortlich wiederzugeben, der 4 1/2 Wochen spater am 12. October 1809 geschrieben ist : « Lieber Olbers ! Sie luden mich so freundlich ein, Sie zu besuchen, wenn meine Frau sich wohl befande. Jetzt hetindet sie sich wohl. Gestern Abend uni 8 Uhr habe ich ihr die Engelsaugen, in denen ich seit fünf Jahren einen Himmel fand, zugedrückt. Der Himmel gebe mir Kraft, diesen Schlag zu tragen, Erlauben Sie mir jetzt, teurer Olbers, bei Ihnen ein Paar Wochen in den Armen der Freundschaft Krâfte für das Leben zu sammeln, das jetzt nur noch als meinen drei unmündigen Kindern gehorend Wert hat. Erlaubt es der Arzt, so komme ich vielleicht diesem Briefe schon in ein Paar Tagen nach. »
- Noch kein voiles halbes Jahr ait folgte der kleine Louis, wie er in den Briefen heisst, um 1. Mârz 1810 der Mutter in’s Grab. Aus anderwreitigen früheren Yerôffentlichungen ist bekannt, was auch durch einen Brief an Olbers vom Anfang April 1810 Bestâtigung findet, dass der Gedanke
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- an die beiden anderen Kinder und deren Erziehung wesent-licli mitwirkten, um den jungen Wittwer zu bestimmen so früh schon sich neuerdings und zwar mit Minna Waldeck, einer nahen Freundin seiner ersten Frau, zu verloben. Das erste Kind aus dieser zweilen Elle war ein Knabe, hucjen, das zweite abermaîs ein Knabe, Wilhelm auf den Namen von Olbers gelauft. Dieser wurde dadurch den Scherzwor-len vom 6. December 1807 entsprechend der Pathe eines zweiten Kindes seines Freundes. Warum niclit schon bei der Geburt Eugens auf Olbers als Palhen gegriffen wurde, ist uns unbekannt. Wollle man aberglaubig sein, so müssle man liervorheben, dass Eugen allein von den drei am Leben gebliebenen Sôhnen dem Vater spater Ivummer bereitete.
- Zu der Ausbeute, welclie der Briefwechsel zwischen Gauss und Olbers fur die persônlichen Yerhaltnisse des Ersleren liefert, geluirt auch mancherlei über seine Univer-sitatslaufbahn. Yon Unterhandlungen mit Petersburg, von dem fallengelassenen Plane in Braunschweig eine Stern-warte zu erriehten, von der Berufung nach Gotlingen, welclie sicli ziemlich lang liinzog, bis sie im August 1807 zu Thatsache wurde, Avar schon die Rede. Gauss ist dieser Hochschule nie untreu geworden, aber an Yersuchungen sich anderwarts niederzulassen liât, es ibm niclit gefehlt. In den Briefen an Olbers erzahlt Gauss schon 1804, also noch vor der Yerlobung mit Johanna Osthoff, man habe ihm unter der Hand eine Professur der liôheren Malhematik in Landshut angeboten, Als er dann in Gottingen feste Stellung gefunden halte, schreibt er von Anerbietungen, die ibm 1809 aus Dorpat, im gleicbem Jahre aus Leipzig, 1810 aus Berlin gemacht wurden. Gauss warzudem über Manches in Gottingen zu klagen berechtigl, und die Regierung des Kônigreichs Westfalen keinesAvegs geeignet grosse Anbâng-lichkeit der von ihr abhângenden Professoren zu erzeugen. Yergleichen wir z. B. was Gauss am 11. Februar 1808 schreibt : « Die Connaissance des temps 1809 habe ich
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- schon seit 14 Tagen : auf der Bibliothek geht es etwas langsamer, es stehen derselben schlechte Aussichten bevor, die Minister in Gassel sollen sich hôchlich wundern, dass man für ein so überflüssiges Institut so viel Geld ver-schwende. Mankônneja sich vereinigen eine Leihbibliotbek zu errichten, die Bûcher circuliren lassen und nachher verkaufen. Auch sei für jede Fakultat ein Professor etwa mit einem adjoint vollig genug, auf den franzosischen Lyceen habe man auch nicht melir. So weit haben wir’s gebracht. » Man wird fast seine Verwunderung aussprechen dürfen, dass Gauss in solchen Verhaltnissen blieb, wenn er sich ihnen durch Entfernung entziehen konnte. Als entgegenwirkende Beweggründe nehmen wir, neben einer gewissen Sesshaftigkeit des Characters und entschiedener Unlust Lehrverpflichtungen einzugehen, die Unsicherheit damaliger staatlicher Zustande an, welche nirgend das Nichteintreten ahnlicher Zustande zu verbürgen gestattete ; wir nehmen ferner an, die Familienereignisse der Jahre 1809 und 1810, von welchen die Rede war, hatten gleich-falls mitgewirkt den Abschied von Gôttingen zu erschwe-ren. In dem Briefwechsel flnden wir allerdingskeine Gründe angegeben.
- Wirwenden uns zuletztzuNachrichten über wissenschaft-liche Leistungen. Die Berechnung von Planetenbahnen bil-dete den Anknüpfungspunkt des zwischen Gauss und Olbers gefiihrten Briefwechsels, kein Wunder dass namentlich in der ersten Zeit vielfach davon die Rede ist. Olbers verlangt die Méthode des neugewonnenen Freundes zu kennen ; dieser verspricht ihm nâhere Mitteilungen und schickt am 6. August 1802 einen « ganz summarischen Abriss » unter A ertrostung auf spatere ausführliche Bearbeitung, bei welcher er den gegenwârtigen Aufsatz, dessen Rücksen-dung er deshalb bedingt, benutzen werde. Es ist kein Zwei-fel, dass Olbers diesem Wunsche nachkam, dass also der erste Entwurf der Theoria, motus, wie man den Aufsatz
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- vom August 1802 zu nennen berechtigt ist, wieder in die Hande des Verfassers gelangte, aber im Nachlasse hat er sich, wie eine Fussnote des Herausgebers des Briefwech-sels bericbtet, nicht vorgefunden, er sei wahrscheinlicb, als die Theoria motus gescbrieben war, vernichtet worden, eine trotz der fast peiniichen Aufbewahrung, die Gauss zum Gliick für manche seiner Entdeckungen allen Notiz-biichern und fliegenden Zetteln angedeihen liess, kaum von der Hand zuweisende Annahme.
- Über den Druck der Theoria motus, der sich, nachdem der Verlagsvertrag mit Perthes 1807 abgeschlossen war, bis 1809 hinauszog, tritt nicht viel Neues hervor. Insbeson-dere wusste man schon lange, dass Olhers als Mittelperson die Yerhindung zwischen Perthes und Gauss anbahnte, und dass Perthes den Verlag zuerst ablehnte , dann aher do ch auf das Anerhieten einging und das Manuscript kâuflich erwarb. Das war immerhin ein Fortschritt gegenüber von den Disquisitiones arithmeticae, von welchen Gauss am 4. Mai 1802 erzalilt, kein Buchhandler liabe die Druckkosten dafür zahlen wollen.
- In der Theoria motus wurde 1809 die Metliode der kleinsten Quadrate im Drucke veroffentlicht, allerdings zu spat, um Gauss den Ruhm des Erfinders zu sichern, denn Legendre s Nouvelles méthodes pour la détermination des orbites des comètes, in welchen sie gleichfalls gelehrt ist, erschienen schon 1805. Gauss erhielt diese Abhandlung im Sommer 1806 durch Herrn von Zach mit dem Auftrage sie an Olbers weiter zu befordern. Am 8. July hatte er, wie aus einer Ausserung in Zach’s Monatlicher Correspon-denz (Bd. XIV, S. 184/hervorgeht, die Nouvelles Méthodes noch nicht gelesen ; am 30. July bat er Olbers um Erlanb-niss das Exemplar noch einige Wochen behalten zu diir-fen : « Bei vorlaufîgem Durchblattern scheint es mir sehr viel Schônes zu enthalten. Vieles von dem, was ich in meiner Méthode, besonders in ihrer ersten Gestalt, Eigen-
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- thümliches hatte, finde ich auch in diesem Bûche wieder. Es scheint mein Schicksal zu sein, fast in allen meinen theoretischen Arbeiten mit Legendre zu konkurriren. So in der hôheren Arithmetik, in den Untersuchungen über transcendente Funktionen, die mit Rektifikation der Ellipse zusammenhangen, bei den ersten Gründen der Geometrie und nun wieder hier. So ist z. B. auch das von mir seit 1794 gebrauchte Princip, dass man, um mehrere Grôssen, die man nicht aile genau darstellen kann, am besten darzustellen, die Summe der Quadrate zu einem Minimum machen miisse, auch in Legendre’s Werke gebraucht und recht wacker ausgeführt. » Am 4. October 1809 stellte Gauss an Olbers die Anfrage : » Erinnern Sie sich wobl noch, dass ich bei meiner ersten Anwesenheit in Bremen 1803 mit Ihnen über das Princip gesprochen habe, dessen ich mich bediente, Beobachtungen am genausten darzustellen, dass nâmlich bei gleicbem Werle der Beobachtungen die Summe der Quadrate der Differenzen ein Kleinstes sein muss ? Dass wir darüber 1804 in Rehburg gesprochen haben, davon sind mir noch aile Umstânde gegenwartig. « Am 24. Januar 1812 kam Gauss veranlasst durch einen Zeitungsarlikel des in Paris erscheinenden Moniteur aus der Feder Delambre’s nochmals darauf zu-rück ; » Unter meinen Papieren finde ich, dass ich im Juni 1798, wo mir ene Méthode eine langst angewandte Sache war, zuerst La Place’s Méthode gesehen, und die Unver-traglichkeit derselben mit den Grundsatzen der Wahr-scheinlichkeitsrechnung in einem kurzen Notizen-Journal über meine mathematischen Beschafligungen angezeigt hab'e. Im Herbste 1802 habe ich die VIII. Ceres-Elemente in meinem astronomischen Brouillon-Buche nacli der Méthode der kleinsten Qnadrate gefunden. Die Papiere, worin ich in früheren Jahren, z. B. im Frühjahr 1799 auf Meyberg’s Zeitgleichungstafel, jene Méthode angewandt habe, sind verloren gegangen. Das Einzige, worüber man sich wun-
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- dernkann, ist, dass dies Princip,was sich so leicht von selbst. darbietet, dass man auf den Gedanken allein gar keinen besonderen Wertlegen kann, nicht schon 50 oder 100 Jalire früher von Anderen, z. B. Euler oder Lambert oder Halley oder Tobias Mayer angewandt ist, obwohl es ja sehr leicht sein kann, dass z. B. letzterer so etwas angewandt hat, ohne es zu proklamiren, so wie jeder Rechner notwendig sich selbst eine Menge Vorteile und Methoden schafft, die er nur gelegentlich durch mündliche Tradition fortpflanzt. » Jetzt anwortete Olbers am 10. Marz 1812, er kônne gern und willig ôffentlich bezeugen, dass er jenen Grundsatz 1803 von Gauss gelernt liabe. Er sagt : « Ich erinnere mich dessen nocli so gut, als wenn es heute geschehen ware.Es muss sich auch nocli etwas dariiber niedergeschriebenes un ter meinen Papieren finden, denn ich batte mir ihn, zugleich mit Ihrer mir damais mitgeteilten Interpolations-formel, bemerkt. » Damit ist ein unzweideutiges âusseres Zeugniss für die Unabhângigkeit der Gaussschen Entdec-kung trotz ihrer verspâteten Yerôffentlichung geliefert, wenn es bei der allgemein anerkannten Wahrhaftigkeit von Gauss eines solchen bedürfte. Gleicli als sollte Gauss’ Yerwunderung, dass nicht noch mancher andre Rechner auf die Méthode der kleinsten Quadrate verfiel, ebenfalls Bestatigung finden, ist in der That auch für Daniel Huber aus Basel der Anspruch auf selbstândige Nacherfindung jenes Verfahrens erhoben worden, Der Zwischensatz in dëm Briefe vom 14. Januar 1812, dass man auf den Gedanken allein gar keinen besonderen Wertlegen kônne, wird verstandlich, wenn man sein Augenmerk auf die zahlreichen Yerbesserungen richtet, durch welche Gauss von Jahr zu Jahr die Anwendung der Méthode der kleinsten Quadrate erleichterte, um nicht zu sagen sie erst ermô-glichte. In einem Briefe vom 24. October 1810 erzahlt Gauss von einem neuen praktischen Kunstgriffe zur Ab-kürzung des bei der Méthode der kleinsten Quadrate sonst
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- so beschwerlichen Eliminirens. Er habe dasselbe jüngstauf 22 Gleichungen angewandt. Diese Briefstelle erweckte in uns persônlich deutliche Erinnerungen an die Vorlesung über die Méthode der kleinsten Quadrate, welche wir noch das Gliick hatten im Winter 1850 auf 1851 bei Gauss zu lioren. Er erwahnte damais jenes abgekürzte Yerfahren mit der Zusatzbemerkung, dass ohne dasselbe ein noch so gewandter Rechner mehrere Monate durch die eine Aufgabe mit 22 Gleichungen in Anspruch genommen sein würde, und irren wir uns nicht gar zu sehr, so fügte er noch bei, er habe den Yersuch durch den bekannten Kopfreclmer Zacharias Dase anstellen lassen.
- Man kann sich Arbeiten über die Méthode der kleinsten Quadrate nicht wohl denken, ohne dass gleichzeitig mit ilinen noch andere Frager* der Wahrscheinlichkeitsrech-nung in Angriff genommen würden. Yon diesem Gesichls-punkte ans ist eine Briefstelle von 4. Januar 1803 bemer-kenswert. Olbers hatte sich zweifelnd, wenn auch nicht bestimmt abweisend liber die Meinung, als seien Meteoriten Auswürfïinge von Mondvolkanen, geaussert. Darauf erwiderte Gauss : « Es müsste ein intéressantes Problem sein die Wahrscheinlichkeit zu berechnen, dass ein mit einer gegebenen tauglichen Geschwindigkeit vom Mond projicirter Kôrper die Erde erreiche. Ich glaube, sie muss sehr klein, und die Richtung des Wurfes in engen Grenzen eingeschlossen sein. Yielleicht mâche ich mich einmal daran. »
- Wir môchten auf drei Briefstellen hinweisen, welche uns eines allgemeineren Bekanntwerdens würdig erscheinen. Das Klügelsche Wôrterbuch war 1808 bis zu dem Buchsta-ben P einschliesslich gelangt. Fürdie noch fehlende Bande, die Klügel selbst, als er 1812 starb, noch nicht druckreif hinterliess, standen Artikel wie Quadrat (magisches), Zahl u. dergl. in Aussicht. Klügel versuchte im October 1810 Gauss für die Bearbeitung dieser zahlentheoretischen Artikel
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- zu gewinnen, Gauss meldet es seinem Freunde Olbers mit der Bemerkung : « Ich werde mich aber nur auf den Fall dazu verslehen, dass ich nicht pressirt werde. »
- Am 17. October 1811 spricht Gauss von seinen seit 6 Wo-chen im Gange befindlichen Untersuchungen überdie Diffe-renlialgleicbung ( a -)- $x -f- ya?2 ) y" -f (8 -f- ex) y'-\- y= o Wir lassen es dahingeslellt, ob man diese Àusserung. so zu deulen hat, dass Gauss thatsachlich von der Difîe-rentialgleichung ausgeliend zu der hyperyeometrischen Reihe gelangte, oder ob doch vielleicht seine Gedankenfolge die entgegengesetzie war.
- Wir haben Wolfgang Bolyai’s gedacht, des geistvollen Sonderlings, mit welchem Gauss seit der gemeinsamen Gottinger Sludienzeit befreundet war. Bolyai hatte insbe-sondere Arbeiten über die absolute Geometrie unternom-men. Von dieser müssen, wenn auch nur in sehr be-schrânktem Maasse, Gesprache der beiden jungen Mânner in Gottingen gehandelt haben, von ihr schrieb Bolyai an Gauss 1808, von ihr neuerdings 1831, als der Sohn Johann Bolyai sich dem gleichem Gegenstande erfolgreich zugewandt batte. Gauss liât 1816 die Parallelentheorien von Schivah und von Metternich in den Gôttingischen Gelehrten Anzeigen besprochen und bei dieser Gelegenheit seine Ansicliten angedeutet. Ein Jahr spâter, namlich am 28. April 1817, schreibt er an Olbers : « Ich konnne immer mehr zu der Uberzeugung, dass die Notwendigkeit unserer Geometrie nicht bewiesen werden kann, wenigstens nicht vom menschlichem Verstande, noch fur den menschlichen Verstand. Vielleicht kommen wir in einem anderen Leben zu anderen Einsichten in das Wesen des Raumes, die uns jetzt unerreichbar sind. Bisdahin müsste man die Geometrie nicht mit der Arithmetik, die rein a priori steht, sondern etwa mit der Mechanik in gleichem Rang setzen. »
- Am Ende der Notizen angelangt, welche wir zur Nieder-schriftdieses Aufsatzes gesammelt haben, überschleicht uns
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- selbst die Empfindung, man kônne uns vorwerfen, wirbe-trelen eine Wachskerze in der Hand einen schon durch einen Kronleuchter erhellten Raum. Vielleicht gestattet man uns den Trost, es sei nicht die Schuld der Kerze, wenn der Kronleuchter früher brâlinte, und irgend ein kleines Winkelchen zeige sicht jetzt doch besser beleuchtet.
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- Congrès d’histoire (V* section.)
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- PROPOSTO COME UNITÀ DI MISURA NEL 1675
- Poichè nel programma dei lavori del « Congrès d’Histoire des sciences », convocato a Parigi nella solenne occa-sione délia Esposizione Universale del 1900, è stata sapien-temente compresa la « Histoire de l’établissement des unités de mesure », nessuna occasione parvemi di questa mi-gliore per richiamare l’attenzione degli studiosi compelenti sul primo proponente di quella unità di misura fondamentale che ormaipuô dirsi generalmenle adottata, non essendo lontano il giorno in cui lo sarà universalmente, almeno da tutte le nazioni civili. Nè il titolo che io adduco in favore del riconoscimento di taie priorità è di quelli soggetti a dis-cussione o a sindacati, ma proprio l’unico dichiarato valido e senza eccezione possibile da uno degli scienziati, benchè non sempre sereno ed imparziale, pur tuttavia fra i più autorevoli : « Il n’y a qu'une manière rationnelle et juste d’écrire l’histoire des Sciences, c’est de s’appuyer exclusivement sur des publications ayant date certaine ; hors de là tout est confusion et obscurité1. » E la pubblicazione sulla quale io intendo di appoggiare la mia rivendicazione fu fatta nell’anno 1675 in Yilna nella stamperia dei Padri Frances-cani ed ha per titolo : « Misura universale, overo Trattato nel quai si mostra corne in tutti li luoghi del mondo si puô trovare una misura et un peso universale senza che hab-
- 1. Arago, Annuaire du Bureau des Longitudes pour l'an f8i2, pag. 462.
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- biano relazione con niun’altra misura e niun altro peso et ad ogni modo in tutti li luoghi saranno li medesimi e sa-ranno inalterabili e perpetui sin tanto che durera il mondo1 ». Ne è autore Tito Livio Burattini, intorno al quale stimo opportuno mandare innanzi alcune succinte notizie biografiche 2.
- Tito Livio Burattini nacque di cospicua famiglia in Agordo, ricca borgata dell’ alto Veneto, intorno al 1615 : giovane ancora lasciô la patria, o in cerca di maggiori fortune o spinto dal desiderio di allargare la cerchia delle proprie cognizioni, e nel 1637 si recô in Egitto. Quivi sog-giornô quattro anni, dedicandosi in particolar modo allô studio delle antichità, entré nelle piramidi, ne rilevô esatta-
- 1. Quest’ opéra è ormai divenuta di una eccezionale rarità e perciô ci sembra opportuno di farne qui seguire una breve descrizione. La prima carta dopo il frontespizio è costituita da una incisione alquanto grossolana che rappresenta il Tempo coi suoi attributi, seduto sopra un dado sul quale si legge : « Misura e peso universale di Tito Livio Burattini » e che nella mano destra tiene un pendolo deviato dalla verticale. Questa figura occupa la parte sinistra délia ta vola ; alla destra vedesi un colonnato diroccato presso un albero che parrebbe d’alloro, e nello sfondo una fabbrica pure in rovina. Nella parte superiore leggesi la scrilta seguente :
- Pendula dant Tempus mensuram, tempus et ista Dant pondus, Tribus his condimur et regimur.
- Yengono appresso il frontespizio, tre carte contenenti il proemio, e ven-tidue di testo, nessuna delle quali è numerata. Seguono finalmente quattro ta vole di disegni.
- Di quest’ opéra mi sono noti due soli esemplaricompleti : uno appartenente alla Biblioteca Nazionale Vittorio Emanuele di Roma, ivi contrassegnato con la notazione « 14. 34. N. 13 » ed è quello che abbiamo sotto gli occhi e che proviene « ex Bibliotheca S. Pantaleonis Schol. Piarum almae Urbis »; il secondo è posseduto dalla Biblioteca dell’ I. R. Accademia delle Scienze di Cracovia, alla quale fu donato dal defunto bibliotecario Cipriano von Walewski. Il Ciampi (Bibliografia critica, ecc. Firenze, 1834, pag. 49) ne cita un altro che dice il solo conosciuto in Polonia, ma mancante delle tavole.
- 2. Per la documentazione di queste notizie, qui brevemente riassunte, mi richiamo al mio maggior lavoro : Intorno alla vita ed ai lavori di Tito Livio Burattini, fisico agordino del secolo XVII. (Memorie del R. Istituto Vene-(o di scienze, lettere ed arti, Vol. XXY, N. 8). Venezia, tip. Carlo Ferrari, 1896.
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- mente le criple, clecifrô i geroglifici degli obelischi, e delle notizie raccolte giovô il Greaves che con la sua guida tenté dl penetrare i misteri délia sfinge egiziana. Una accurata descrizione dell’ Egitto, che il Burattini ave va stesa, andô perduta, ma dei dati e dei rilievi, che egli ave va con gran diligenza messi insieme, rimase qualche memoria, sia per il cenno fattone dal Greaves, sia per il più ampio ragguaglio che, sopra lettere dei Burattini, ne stese il Kircher in uno di quei suoi poderosi e ponderosi lavori di egittologia.
- Nel 1641 il Burattini tornô in Europa e, dopo breve sog-giorno in Germània, si trasferi in Polonia, dove defîni-tivamente fissô la sua residenza. Insinuatosi alla Corte di Ladislao IV, vi ottenne dapprima il titolo e la carica di Regio Architetto, si legô in istretta amicizia con un célébré scienziato polacco, Stanislao Pudlowski, professore nella Università di Cracovia, e con un francese che s’era, corne lui, recato in Polonia in cerca di fortuna, Pietro des Noyers. Non erano tuttavia molto avanzate le cose dei Burattini, non ostante alcune ingegnose invenzioni da lui proposte, quando si verificô alla Corte un cambiamento che doveva esercitare una grande influenza sul di lui avve-nire. Avendo infatti il re Ladislao IV, dopo la morte délia sua prima moglie, ch’era una arciduchessa d’Austria, impalmata la principessa Maria Luisa Gonzaga, primoge-nita di Carlo I duca di Mantova, gli italiani che vivevano alla Corte polacca cominciarono ben presto ad acquistar favore ed a farsi strada ; ed il nostro Burattini ne approfittô, volgendo in particolar modo la sua attività all’esercizio delle minière, argomento questo, col quale la sua stessa qualité di agordino lo rendeva familiare. Fin dal 1652 lo troviamo in Olkusz dov’erano minière di piombo e d’argento, e l’anno appresso otteneva la concessione vitalizia delle minière di ferro di Zaradow. Nel 1656, probabilmente con missione dei governo, è a Vienna dove s’incontra con Paolo dei Buono, zecchiere impériale ; l’anno successivo è
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- in Italia, mandatovi dalla regina Maria Luisa, che, dopo la morte di Ladislao IV, ne aveva sposato il fratello e successore Giovanni Casimiro II. Gli avvenimenti délia guerra lo richiamano in Polonia, dove ormai lo vediamo assumere le proporzioni di un uomo di Stato e partecipare, sia con am-bascierie e missioni diplomatiche al maneggio délia cosa pubblica, sia ancora, pagando di persona, prender parte a fatti d’arme. In condizioni difficilissime gli viene confidata l’am-ministrazione del tesoro del regno ; gli viene affidato l’inca-rico di batter moneta, e nella dieta del 30 agosto 1658 ottiene gratuitamente la cittadinanza polacca e viene ele-vato con lutta la sua famiglia e discendenza ail’ ordine equestre del Regno di Polonia con un solenne diploma, nel quale, dopo enumerati i molleplici servigi da lui resi allô Stato, viene dichiarato « ornamento di questo secolo. »
- La parentela contratta per via di matrimonio con una famiglia di magnati polacchi lo spinge maggiormente in alto, ed agli onori, fra i quali la elezione a segretario del Re, si aggiungono le dovizie derivantiper la massima parte dalla gestione delle minière e délia zecca del regno. Senon-chè la rapidità stessa con la quale era giunto il Burattini ai supremi onori e alla ricchezza, doveva suscitargli contro numerosi e potenti nemici. Nella grande dieta del regno di Polonia tenuta negli anni 1661-1662 furono mosse dalla nobiità polacca contro Tito Livio Burattini gravi e molte-plici accuse, dalle quali, sorretto dal favore del Re, riusci a scolparsi, cedendo tuttavia ad altro concorrente parte délia coniazione delle monete délia quale era stato incaricato con investitura perpétua.
- L’astro del Burattini cominciô ad impallidire alla morte délia regina Maria Luisa, avvenuta nel 1667, e specialmente dopo l’abdicazione del re Giovanni Casimiro seguita l’anno successivo. Il nuovo re, Michèle Wisnowiecki, salito al trono nel 1669, aveva in moglie una Eleonora d’Austria e perciô la Corte da franco-italiana si trasformô in tedesca.
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- Non tardô tuttavia il Burattini a ricuperare il favore reale, del quale ebbe segni nuovi e notevolissimi : nell’ ottobre 1672 egli era comandante di Varsavia, carica délia quale lo troviamo investito anche nel seitembre 1673, mentre il Re si trovava al campo contro i Turchi. Alla morte del re Michèle saliva al trono nel 1674 Giovanni Sobieski, la cui moglie, Maria Gasimira d’Arquien, era stata dama d’onore délia defunta regina Maria Luisa di Gonzaga, e quindi è sommamente probabile che il credito del Burattini, anzicbè scemare, siasi notevolmente accresciuto.
- Degli ultimi anni délia sua vita poco o nulla ci è noto : questo solo sappiamo, che egli mancô ai vivi nel 1682.
- Corne, con una vita cosi agitata e ripiena, Tito Livio Burattini abbia potuto occuparsi degli studi è un mistero che si spiega soltanto con l’acutezza dell’ingegno e con una attività veramente meravigliosa, e dell’ una e dell’ altra fanno fede amplissima i documenti che mi è riuscito di raccoglierne.
- Avuta, poco dopo il suo arrivo in Polonia, comunica-zione dal Pudlowski délia breve scrittura giovanile di Gali-leo intorno alla bilancetta, ne faceva argomento di studio attentissimo. « Doppo haver, scrive egli, ben considerata quest’operetta, pensai di farne un altra differentissima, il successo délia quale fu molto efficace, perché in luogo delli fili d’ottone che avvolgeva il signor Galileo attorno alla sua Bilancetta, io cio feci con la divisione minutissima delle linee trasversali e con tre cursori; perô che con questa faccio più presto cento operazioni, di quello se ne puo far una con quella del signor Galileo ; ma nulla dimeno non prelendo di levar la gloria di quel grand’ huomo, sapendo esser cosa facile aggiongere aile cose trovate. » Una prima redazione di taie suo lavoro essendo andata perduta nella occasione di certa aggressione da lui subit'a nel 1645, ne stese una seconda alla quale diede il titolo seguente : « La bilancia sincera di Tito Livio Burattini con la quale per
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- teoria e pratica con l’aiuto dell’ acqua, non solo si co-nosce le frodi dell1 oro e degli al tri metalli, ma ancora la bontà di tutte le gioie e di tutti i iquori.1 »
- E di qui appunto, seguendo il consiglio del Pudlowski, egli prese le mosse per la proposta délia « Misura Universale » : ecco anzi quale, con le parole del Burattini stesso2 (le quali io procurerô, per quanto è possibile, di sostituire aile mie), sarebbe stata l’occasione alla scoperta.
- Detto, nel proemio, délia presentazione da luifatta al Pudlowski délia scrittura intorno alla Bilancetta di Galileo, espone corne, arrivato a leggere in quai maniera « per via dell’ acqua trovavo la proporzione fra la sfera ed il cubo, restô un poco sopra di sè sospeso e poi mi disse queste for-mali parole : Yoi siete arrivato molto vicino a trovare una cosa tanto ricercata da tulto il mondo, cioè il peso e la misura universale, e suggiunse che moite e moite volte aveva egli a cio pensato, ma che mai haveva creduto potersi pesare un corpo nell’ acqua, che fusse in essa mergibile senz’attaccarlo a qualche corda o filo di métallo, corne io ail1 hora haveva mostrato potersi fare. Mi disse in oltre e mi scongiurô, già che havevo trovato quest1 invenzione, di
- 1. Bibl. Nat. de Paris. MM. Ital. 448, Suppl, fr. 496.
- 2. Poichè la edizione principe dell’ opéra capitale del Burattini è dive-nuta tanto rara, mi richiamo alla ristampa che, con una prefazione del prof. Lodovico Birkenmajer, ne fu cura ta dalla I. R. Accademia delle scienze di Cracovia col titolo seguente : Misura Universale di Tito Livio Burattini. Podlug wydania Wilenskiego z roku 1675 wydal powtornie wydzial Mat. Przyr. Akademii umiejetnosci w Krakowie. Ryciny na czte-rech tablicach wedlug oryginalu. W Krakowie. Nakladem Akademii Umiejetnosci. Sklad glowny w ksiegarni spolki wydawniczej polskiej. 1897. — Ne fu contemporaneamente édita una diligentissima traduzione polacca délia Signora Sofia Karlinski Birkenmajer, per cura délia medesima Accademia Impériale e Reale delle Scienze di Cracovia, col titolo seguente : T. L. Burattiniego Miara Powszechna. Traklat wydany y roku 1675 w Wil-nie po wlosku a obernie przetlomaczoni na Polski staraniem wydzialu matematyczno przyrodniczego Akademii. Z rycinami na iv. tablicach wedlug oryginalu. W Krakowie. Nakladem AcademiiUmiejetnosci, Sklad glowny
- ksiegarni spolki wydawniczej polskiei, 1897.
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- volervi applicar l’animo, e con l’aiuto dell’invenzione mera-vigliosa delli Pendoli trovata dal signor Galilei far dono al mondo di due cose tanto necessarie ail’ uso humano et alla vita civile ; cioè di statuire una misura et un peso universale. » Aramessa pertanto la veridicità di questo racconto, poichè il Pudlowski mancô ai vivi addi 4 maggio 1645, i primi studi e le prime ricerche del Burattini intorno a questo argomento dovrebbero farsi risalire a circa trent’ anni prima délia pubblicazione del suo lavoro, ed egli stesso dice d’essere stato « distratto da altre cure » dall’ atten-dervi subito ; e chi conosca la vita agitata del Burattini non durera fatica a prestar fede a taie sua affermazione.
- Ed è in relazione con le premesse la introduzione al lavoro nei termini seguenti : « Fra tutte l’opere lasciateci dal signor Galileo Galilei Accademico linceo (che sono moite e tutte ammirabi < io stimo cbe quella dei Moviment Locali di gran lunga s oeri tutte l’altre (benchè ogn’ una sia rarissima), ma sopi a tutto pare a me che quella delli Pendoli superi di tanto tutte l’altre, quanto supera l’oro tutti gli altri metalli, et il sole lo splendore di tutte l’altre stelle, bastando questa sola a render il suo nome immortale in tutti li secoli avvenire ; perché questi ci danno il Tempo, questo ci dà la Misura, e questa ci dà il Peso, tutte cose necessarissime alla vita civile e colle quali sole, per cosi dire, l’Universo si regola. Sopra questa sua mirabile inven-zione mai a bastanza lodata ho composto questa mia ope-retta, nella 'quale se vi sarà qualcosa di buonô, tutto doverà essere attribuito ail’ ingegno suo, perché senza di esso non haverei potuto far cos’ alcuna, e perô gli rendo quella gratitudine che da me gli è dovuta. — Donque li Pendoli saranno la base dell’ opéra mia, e da questi cavarô prima il mio Métro Gattolico, cioè misura universale, che cosi mi pare di nominarla in ingua greca, e poi da questa cavarô un Peso Cattolico, corne pian piano andarô spie-gando... »
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- Di qui adunque si ricava prima di tutto che alla misura lineare universale imponeva il Burattini il nome di « meïro », quello stesso cioè che tanti anni dopo doveva essere nuovamente proposto e definitivamente e quasi uni-versalmente accettato.
- Il nuovo sistema metrico, poichè cosi possiamo real-mente chiamarlo, dovendo fondarsi sulla proprietà dei pen-doli, incomincia il Burattini dallo stabilire sotto il titolo di « diffinizioni » alcune proprietà fondamentali di essi e dal trattare délia loro composizione, al quale proposito, detto di quelli a semplice filo e delle avvertenze da aversi nel curarne la sospensione e nel preparare nel miglior modo il filo, soggiunge : « Ma perché tali Pendoli moite volte fanno le vibrazioni per una spirale ovata, e perd sono false, cosi per ovviare a quest’ inconveniente la célébré Accade-mia del Gimento in Fiorenzaha inventato quest' altro modo di fare li Pendoli con un filo doppio, che forma un trian-golo isoscele, e la palla s ta nell’ angolo più acuto e cosi non puô andare di traverso e si puô alzare et abbassare a beneplacito tirando et allongando il capo del filo che passa per lo foro, ma la misura del Pendolo si deve prendere dal cateto del triangolo e non dalli lati. » Non appagandosi perd completamente neppure di questa disposizione, sugge-risce il Burattini un suo spéciale congegno di sospensione, intorno al quale stimo superfluo di entrare in particolari.
- Alla dicbiarazione di cio che sia effettivamente il « métro cattolico » premette il Burattini una « digressione » nella quale dice : « Se la lunghezza délia misura universale fusse tanto lunga quanto’ lmio capriccio se l’imaginasse, tal misura sarebbe imaginaria, ma corne questa è unita col tempo, anzi che si puo dire esser lo stesso tempo, cosi non è in poter mio, nè meno di niun altro di abbreviarla e d’allungarla di più di quello che gli è conceduto dalla natura e dal tempo... Di questa misura universale... se ne potrà prendere o una maggiore o una minor parte, corne
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- più sarà il piacere di ciascuna Nazione, e pure ogn’una saprà la misura che vien usata nelli Paesi altrui, benchè il mio desiderio sarebbe che almeno nelle misure e nelli pesi tutte le Nazioni del Mondo, dico di quelle c1 hanno qualche civiltà, usassero le medesirae, già che nella lingua e nelli costumi siamo tanto diversi gl’uni dagl’ altri. » E finalmente esce a dire : « Sono stato molto tempo perplesso in giudi-care quai parte mi doveva io prendere dell’ infinita et uniforme misura universale per costituire il Métro, e finalmente doppo havervi molto pensato, mi son risoluto di premier la lunghezza d’un Pendolo che fa una vibrazione nel tempo d’un minuto secondo, cio è che faccia in un hora 3600 vibrazioni, e benchè questa lungliezza sia un poco maggiore di quello che io la desiderarei, ad ogn modo è taie che facilmente gli huomini se ne possono ser-vire, e con essa conservaremo il tempo proporzionato a quello fu statuito dagli antichi, a i quali parve di dividere un hora in sessanta minuti et un minuto in sessanta secondi. Sara donque bene di metter qui sotto una tavoletta nella quale vedremo le vibrazioni che faranno dieci Pendoli di differente lunghezza, cioè principiando da un Pendolo, una vibrazione del quale sia un minuto secondo : il secondo sarà di due minuti secondi, e cosî di mano in mano sino a dieci minuti secondi. Da questa tavoletta vedremo di che lunghezza doverann’ esser e saranno tutte le loro lunghezze composte di numeri quadrati, pelli quali le radici saranno i minuti secondi » ; da essa ancora « si vede che la lunghezza delli Pendoli va in proporzione con li tempi, corne vanno li quadrati aile radici di questi, e le vibrazioni vanno sminuendo a proporzione dell’ augumentazione di queste radici. »
- Rinunzio ad entrare in ulteriori particolari riguardo a questa tavoletta per venire direttamente ai varii modi che l’autore suggerisce per trovare la lunghezza del pendolo che batte il secondo, cioè la « misura universale » da lui proposta.
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- Il primo modo consiste nell’ osservare « e numerare le vibrazioni che farà il Pendolo dal mezzogiorno d’un giorno fîno al mezzogiorno dell’ altro susseguente, cioè nello spa-zio d’hore ventiquattro inclusive, nel quai tempo il tuo Pendolo deve fare giustamente 86400 vibrazioni : ma prima di far quest’ osservazione tu la puoi fare d’una sol’ hora, il quai tempo tu puoi trovare per mezzo d’un esattissimo horologio a sole, e nel corso d’un hora deve fare il tuo Pendolo 3600 AÛbrazioni, e se ne farà più di detto numéro, lo devi allungare e facendone meno lo devi scortare, e questo far tante volte sin tanto che in un hora tu haverai 3600 vibrazioni giustamente. Accomodato c’ havrai il tuo Pendolo in maniera taie che (corne s’è detto) in un hora faccia giustamente 3600 vibrazioni, che sono tanti minuti secondi di tempo, farai poi la medesima osservazione nel corso d’hore 24, e se in questo tempo troverai precisa-rnente 86400 vibrazioni, dirai che il tuo Pendolo sarà gius-tissimo, e per conseguenza la misura universale sarà di quella lunghezza che dev’ essere. »
- Del secondo modo dirô brevemente che consiste nel dare al pendolo una lunghezza arbitraria, peresempio all’incirca quella délia statura diun uomo, metterloin luogo chiuso per sottrarlo ail’ azione del vento e mediante un orologio a sole od a ruote osservare il numéro delle vibrazioni che compirà in un' ora : divisa poi la lunghezza del pendolo, misurata dal punto di sospensione al centro délia palla, in 10000 parti uguali « coll’ aiuto delle linee trasversali » il cui uso aveva insegnato nel trattato délia Bilancetta, determinare con una regola del tre inversa la lunghezza del pendolo che darebbe le 3600 vibrazioni ail’ ora.
- Corne terzo modo suggerisce di assumere il quadrato di 3600, cioè del numéro delle vibrazioni che deve fare il pendolo cercato, il quadrato del numéro delle vibrazioni che compirebbe in un’ ora un pendolo qualunque, ottenendo la lunghezza di quello cercato dal rapporto fra i due quadrati.
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- Il quarto consiste nel ridurre ambedue i quadrati a mille-simi o a centesimi : la cercata lunghezza del pendolo risul-terà in tal caso rappresentata da quella determinata fra-zione del pendolo preso a caso.
- Mostra infine il Burattini due operazioni dirette ad otte-nere il numéro delle vibrazioni che farebbe un pendolo di lunghezza uguale ad un multiplo o ad una frazione di quello che batte 1 secondo.
- Dopo cio, passando alla « Divisione del Métro Catto-lico », viene a dire : « Moite considerazioni ho fatto circa la divisione del Métro Gattolico per potermene poi servire nelli pesi comodamente, corne più avanti diro e mostraro diffusamente, et in fine, doppo havervi molto pensato, l’ho diviso prima in quattro parti eguali, e poi ogni una di queste in altre quattro, cosi tutto il Métro sarà diviso in sedici parti. Io faccio questa divisione per quelle ragioni che poi mostraro in quest’ altro trattato del Peso universale. Ogni una di queste decimeseste parti si potrebbe dividere per'lo lungo in altre sedici et in altrettante per lo traverso, e poi coll’ aiuto delle linee trasversali resterebbe divisa ogni decimasesta parte in 256 parti, e tutto il métro in 4096 : ma lascio questa divisione abeneplacito d’ognuno. » Più innanzi egli insiste a non attribuire importanza alcuna al sistema delle divisioni e suddivisioni e soggiunge : « ogn’ uno lo divida corne più gli piacerà, che io me ne contento, bastando a me che’ 1 Métro sia délia lunghezza che dev’ essere. » Nessun cenno perd si trova di multipli del métro in alcuna parte del présente lavoro.
- « Del peso e délia misura corporea universale » tratta il Burattini in un successivo capitolo, e incominciando da questa seconda dice : « corne ho diviso la misura universale in sedeci parti uguali, cosî dal cubo di questa levarù un minor cubo li di cui lati saranno d’otto parti, che cosi l’area corporale sarà l’ottava parte del superiore. La terza misura sarà délia quarta parte per ogni lato, e l’area corpo-
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- raie sarà l’ottava parte délia seconda. La quarta sarà composta deir ottava parte e sarà l’ottava délia terza, e final-mente la quinta sarà per ogni lato una parte delle sedeci, e questa sarà l’ottava parte délia quarta, e la quattromillesima nonagesima sesta parte délia misura universale cubicata. » Giustificata la scelta. dei cinque cubi, prosegue : « Di questi cinque prendi’ 1 minore e faune un cubo, ciascun lato del quale sia una parte delle sedeci, il quai cubo per farlo ottimo si doverebbe far di métallo, corne stagno, overo ottone, e potrebbe esser vuoto, ma perô in maniera che non stasse a galla nelP acqua » e, detto delle avvertenze da aversi nella loro costruzione, richiamandosi a quanto già espose nella « Bilancia sincera », insegna, corne devono pesarsi nell’ aria e poi nell’ acqua, e corne se ne deduca il peso dell’ acqua contenuta4 in ciascuno. « Il peso dell’ aqua contenuta dal cubo minore, cioè da quello il di cui ciascun lato è una parte delle sedeci del Métro Cattolico, sarà il nostro Peso Cattolico. Il secondo cubo ne conterrà 8. Il terzo 64. Il quarto 512 et il quinto 4096. Già ho detto, quando parlava del Métro, che la sua lunghezza era un poco maggiore di quello c’ haverei desiderato che fusse, et hora dico che’l Peso Cattolico è un poco minore di quello ch’io l’haverei voluto, ma non si puo sforzar la natura e bisogna lasciarla l'are a suo modo. »
- Riconoscendo pertanto che non tutte l’acque sono uguali nel peso, suggerisce di prendere « dell’ acqua piovana, che cade nella Primavera, nell’ Estate e nel principio dell’ Autunno; non già nel tempo delle pioggie repentine, ma doppo c’ haverà piovuto una mezza giornata, e che poi sarà usata in un giorno nè caldo nè freddo » ed assicura « che in mille libre di peso non si trovarà una mezza libra di diffe-renza, nè forse un quarto dall’ una ail’ altra, il che da me è stato moite volte sperimentato. »
- E conchiude . « Questo è quanto presentemente posso dire délia Misura e del Peso universale : se piacerà questo
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- mio pensiero o che saranno queste cose stimate necessarie, ne havrô somma consolazione : se poi non saranno reputate tali, accettisi la buona volontà che ho di giovare a tutti, non pretentendo io niuna utilità particolare. «
- Procuriamo pertanto di vedere quale sia il posto che al Burattini viene a competere nella storia délia sua proposta.
- « On peut réduire à trois les unités qui paroissent les plus propres à servir de base, la longueur du pendule, un quart de cercle de l’équateur, enfin un quart du méridien terrestre ». Cosi si legge nel célébré rapporto intorno alla scelta d’una unità di misura presentato ail’ Accademia delle scienze di Parigi da Borda, Lagrange, Laplace, Monge e Condorcet addi 19 marzo 1791 L Restringendomi pertanto a parlare délia prima delle accfennate unità, comincierô dall’ osservare che la idea di servirsi del pendolo non segui cosi immediatamente la grande scoperta di Galileo, corne lo pretenderebbe il Signor de la Condamine1 2 3, poichè il primo cenno che noi ne troviamo non risale al di là dell’ anno 1660. Il Birch infatti nella sua History of the Royal Society menziona in più luoghi, a partire da questo stesso anno 1660, gli studi di Sir Cristoforo Wren e d’altri sul pendolo considerato corne misura universaleî*. Anche un precedente storiografo délia medesima Società, lo Sprat, aveva conservata memoria del fatto, trascurando tuttavia di tramandare anche la data relativa. Infatti fra i lavori délia Società anteriori ail’ anno 1667, nel quale la sua opéra vide per la prima volta la luce, egli menziona : « A discourse of the most convenient length of a Pendulum,
- 1. Histoire de l'Académie Royale des Sciences. Année M. DCC.LXXXVIII, etc. A Paris, de l’imprimerie royale, MDCC.XCI, pag. 7-8.
- 2. Histoire de VAcadémie Royale des Sciences. Année M.DCC.XLVII, etc. A Paris, de l’imprimerie royale, MDCC.LII, pag. 86.
- 3. The history of the Royal Society of London for improving of natural knowledge from ils vise, etc. By Thomas Birch, Vol. I, London, 1756, pag. 4, 7.
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- for making a Standard for a universal Measure » e fra gli strumenti inventati dai membri délia Società stessa ricorda :
- « A universal Standard, or measure of Magnitudes, by the help of a Pendulum, never before attempted1. » Noteremo ancora che un altro segretario délia Società Reale di Lon-dra, curando nel 1705 la pubblicazione delle opéré postume di Roberto Hooke, registra, prima d’una sérié di « Lectures concerning Navigation and Astronomy », una memoria relativa alla misura universale nei termini seguenti : « The last and best way hitherto thought of is, that by the length of a pendulum vibrating seconds... which, for ought I know, was first invented by the Royal Society, tho’ it has been since published by Monsieur Huygens, Monsieur Picart, and divers others 2. » E lTIooke medesimo, protes tando contro alcune affermazioni del Cassini rivendicante ail’ Accademia delle Scienze di Parigi alcune invenzioni concernent l’astronomia e la navigazione 3, scrive : « The 3d thing is about the fînding a standard for an universal measure by the length of a Pendulum vibrating a certain time. This, I believe, was first invented and tried by Sir Christopher Wren. some years before the beginning of the Society. — But that this length would not be the same, ail over the World, was discovered by me to this Society, 32 or 33 years since, as will appear by the registers of this Society 4. » Con la quale seconda protesta intende eviden-temente di alludere l’Hooke alla célébré osservazione del
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- 1. The history of the Royal Society of London for the improving of natu-ral knowledge, by Tho. Sprat. The fourth édition. London, 1734, pag. 247, 314.
- 2. The poslhumous works of Robert Hooke, etc. published by Richard Waller. London, 1703, pag. 458.
- 3. De l'origine et du progrès de l’astronomie et de son usage dans la géographie et dans la navigation, par M. Cassini. A Paris, de l’imprimerie royale. M.DC.XCIII, pag. 27-28.
- 4. Philosophical experiments and observations of the late eminent Dr. Robert IIookë, etc. published by W. Derham. London, M. DCCXXVI, pag, 390.
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- Richer 1 inserita nella raccolta alla quale prolude il lavoro del Gassini succitato, e se alla data délia pubblicazione di questa si riferisce l’Hooke, si comprende corne egli intenda di far risalire la osservazione sua ail’ anno 1660.
- Tornando pertanto ail1 argomento principale, dalle affer-mazioni dell’ Hooke risulterebbe che la idea di una misura universale, fondata sulla lunghezza del pendolo che batte un determinato tempo, sarebbe stata concepita dal Wren alcuni anni prima délia fondazione délia Società Reale di Londra : affermazione questa, la quale non ha l’appoggio di alcun documento.
- Il Grant, il quale ebbe agio di consultare il Journal Book délia Società Reale, trovô che : « the question of an invariable standard of measure, founded on the oscillations of the pendulum, had been discussed at several of the meetings of the Society, towards the close of the year 1661 and the beginning of the following year. At the meeting held on the 22d of January 1662 it is stated that the President, Lord Rrouncker, introduced the history and sche-mes of the pendulum experiment, and that a committee, consisting of the President, M. Boyle, Sir William Pettey, Dr. Wilkins and Dr. Wren, was appointed to make trials of it. » (Journal Book, vol. I, p. 46). — a It would appear that the experiments of the Committee were not successful, for, at the meeting held on Feb. 5, 1662, Dr. Wren was entreated to think of an easy way for a universal measure, other than the pendulum. » ( Journal Book, vol. I, p. 58 2).
- Aile difficoltà derivanti dalla non ancora avvenuta sco-perta del centro di oscillazione, si aggiunsero le obiezioni dalF Hooke avanzate nell1 adunanza del 14 dicembre 1664
- 1. Observations astronomiques et physiques faites en l'isle de Caïenne, par M. Richer. A Paris, de l’imprimerie royale, M.DC.LXXIX, pag. 66.
- 2. Note on the origin and the atteints made in the seventeenlh century to dérivé from physical principles an invariable standard of measure (Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, etc. Vol. XV, London, 1855, pag. 37-38).
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- nella quale « he remarked, among other disadvantages, which would accompany its practical application, that if, as was in ail probability the case, tbe force of gravi ty increased in intensity from the equator to the pôles, it would necessarily follow that in proceeding from the equator towards either of the pôles, the oscillations of the seconds’ pendulum would gradually be quickened l. » Questa divinazione, cosî caratteristica del genio di Hooke, fu dunque annunziata alla Società Reale nove anni prima del ritorno di Richer da Caienna.
- Ma gli studiosi hanno ai giorni nostri a loro disposizione una fonte di notizie ben più copiosa ed altrettanto sincera quanto quella rappresentata dai registri délia Società Reale di Londra, e che è costituita dal carteggio di Gristiano Huygens 2 : e la parte avuta da questo grande scienziato in siffatto argomento è ormai troppo ben nota perché abbia bisogno d’essere posta in evidenza.
- Non vorrô tuttavia tacere che in una rassegna storica spassionata e diligente di cosiffatte ricerche non puô passarsi sotto silenzio Gabriele Mouton, unodei puo abili astronomi del suo tempo, gran calcolatore, nato a Lione nel 1618 ed ivi morto addi 28 settembre 1694. In un ’opera, oggidi raris-sima, trovasi infatti la proposta di una misura universale ed invariahile ch’ egli chiamava col nome di « virgula geo-metrica », dedotta dalla lunghezza del pendolo e fondata sul sistema décimale. Quest’ opéra porta la data del 1670 3, e quindi apparisce posteriore ai lavori délia Royal Society, tut-
- 1. Op. cit., pag. 39.
- 2. Œuvres complètes de Christiaan Huygens publiées par la Société Hollandaise des Sciences. Tome III0, pag. 427-428, 438. Tome IVe, pag. 26, 34-35, 52, 59, 86-87. Tome Ve, pag. 120, 138, 149,158, 172, 187. Tome VIe, pag. 232-234, 259-261, 269.
- 3. Observationes diametrorum solis et lunae apparentium, meridiana-rumque aliquot altitudinum solis el paucarum flxarum, etc. Una cuni nova mensurarum geometricarum idea, novaque methodo eas communicandi et con-servandi in posteruin absque alteratione. Auctore Gabriele Mouton, Lugdu-nensi. Lugduni, M.DC.LXX.
- Congrès d’histoire (V* section.)
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- ta via la buona fede délia quale questo studioso diede saggio e la cura particolare con cui sono condotte ed eseguite tutte le sue ricerche valsero a rendergli assai benevoli gli storici délia scienza, e quando tutto il dietroscena, che è rappresen-tato dai registri délia Società Reale e dal carteggio di Cris-tiano Huygens, non era peranco noto, il merito délia proposta era senz’ altro al Mouton attribuito, e lo stesso Huygens ne fece onorevolissima menzione. Gosi il Delambre mette in evidenza una certa originalità nelle idee del Mouton, avver-tendo com’ egli proponesse di impiegare le oscillazioni d’un pendolo per conservare il tipo délia misura universale ch’ egli faceva derivare da un grado di meridiano 1.
- Ora, che il nostro Burattini avesse conoscenza di quanto prima di lui erasi operato per devenire ad una « misura universale », parmi di dover escludere per parecchie ragioni.
- Anzitutto nel proemio al suo lavoro cosi egli si esprime : « non so se saro arrivato ail’ approvazione universale, spero tuttavia che niuno (se non m’ inganno) sia sin’ hora arrivato tant’ oltre, perché doppo ch’ io travaglio attorno la présente operetta non ho mancato di domandare il parère delli primi huomini di questo secolo, senza perô dir loro quai fosse il mio fondamento, e tutti unitamente hanno lodato il mio pensiero, con dubio pero délia riuscita, nè cio senza ragione per la difficoltà dell’ attentato, non havendo niun autore scritto sino al présenté di tal mate-ria. » E da fonte non sospetta, cioè da privati carteggi fra altre persone, noi abbiamo indubbiamente che intorno ail’ argomento si affaticava il Burattini fino dal 1648 almeno 2, con che riuscirebbe confermata l’asserzione sua d’averne conferito col Pudlowski. Che se non si accenna esplicita-mente al fondamento ch’ egli intendeva di dare alla sua
- 1. Histoire de l’astronomie moderne par M. Délambre. Tome IIe, Paris, 1821, pag. 554.
- 2. Intorno alla vità ed ai lavoridi Tito Livio Burattini, etc. pag. 73.
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- proposta, cio riesce giustificato dalle sue stesse dichiara-zioni, e d’altronde vi è esplicitamente detto corne la proposta sua si sarebbe strettamente legata ai risultati ai quali era pervenuto con i suoi studi intorno alla Bilancetta galilei-ana. Nè l’accennare, corne vedemmo, ch’ egli fa in un luogo délia sua scrittura ail’ orologio « a ruote fatto col Pendolo, in venta to dal Signor Christiano Hugenio Olan-dese, Mathematico insigne de’ nostri tempi » deve far cre-dere ch’ egli avesse conoscenza dell’ Horologium oscilla-toriurn e delle proposte in esso contenute relativamente alla misura universale, poichè assai tempo prima délia pubblicazione di questo lavoro si costruivano orologi a pendolo, anzi uno di tali orologi, costruito da Salomone Cos-ter, fu mandato appunto da Tito Livio Burattini al Gran-duca Ferdinando di Toscana fin dai 25 settembre 1657.
- Di più l’affermare ripetutamente la inalterabilità e la immutabilità délia misura da lui proposta dimostra ch’ egli non aveva conoscenza nè dalla divinazione dell’ Hooke, nè degli esperimenti fatti dalla Royal Society, nè delle osser-vazioni che il Biclier aveva fatte a Gaienna. Che se final-mente avesse avuto il Burattini cognizione dell’ Horologium oscillatorium, non v’ ha dubbio alcuno che délia pre-ziosa scoperta relativa alla determinazione del centré di oscillazione egli avrebbe approfitato, riconoscendone con quel suo acuto ingegno la importanza somma per lo scopo ch’ egli si proponeva di conseguire.
- Se anche dunque non potrà riconoscersi al Burattini il merito di aver pubblicato il primo per le stampe la proposta di dedurre una misura universale dalla lunghezza del pendolo che batte il secondo, corne deve essergli riconos-ciuto quello d’averla battezzata per il primo col nome che presentemente essa porta, pure non potrà negarsi ch’ egli sia stato il primo, non solo a pensarvi, ma ancora a dare corpo al suo disegno, la cui base fondamentale era propu-gnata ancora un secolo dopo, in Francia dal Bouguer e dal
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- La Condamine, ed in Inghilterra dal Whitehurst e dall’ Hutton 1 ; e corne al Mouton si accorda che pervenne alla sua proposta indipendentemente da quanto prima di lui erasi tentato e fatto, cosî nel nostro Burattini dovrà rico-noscersi pari buona fede, contribuendo ancora in favor suo la atténuante del trovarsi in certo modo fuori délia grande corrente degli studi, e continuamente occupato nel disimpegnare mansioni gravissime, e che in gran parte non avevano con gli studi la benchè minima attinenza.
- A compimento délia sua proposta sulla « Misura Universale » il Burattini disegnava ancora di operare la misura di due o tre gradi da eseguirsi nelle grandi pianure délia Polonia e giovandosi di strumenti ch’ egli aveva préparai ail’ uopo; ma, dapprima le molteplici e svariate sue occupazioni, e poi la morte lo impedirono dal mandare ad 3 etto questo suo divisamento.
- Antonio FAVARO.
- 1. Sur les mesures naturelles, par v. s. m. Van dér Willigen (Archives du MuséeTeyler. Vol. III, pag. 143). Harlem, 1871.
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- SUR LES PROBLÈMES MÉCANIQUES
- ATTRIBUÉS A ARISTOTE
- Je voudrais apporter ma contribution à l’Histoire des sciences en essayant de caractériser les conceptions des Anciens sur la mécanique, telles qu’elles apparaissent dans les Problèmes mécaniques attribués à Aristote.
- L’ouvrage s’ouvre par une introduction au cours de laquelle, et au milieu de considérations d’ailleurs incohérentes, l’auteur pose une sorte de déclaration de principe ainsi conçue :
- A) Tà fj.lv oôv Ttepl xôv Çuyôv ytvôp.Eva d; xov -/.u-/.Xov àvàysxai, xà 81 repî xov fioyXôv d; xôv Çuyôv, xà 8'àXXa 7t:otvx« o"/e8ov xa7XEpîxà; xtV7)CFEtç xàç pup/avixà;
- xôv fioyXo'v.
- B) ”Exi 81 8ià xô fuà; ouori; xfj; Ix xoû xÉvxpou ypapLfiŸji; U7)01v ixEpov ixÈpw Y’spsaOaixcov cnr][j.s[ü>v xwv Èv àuxrj iaoxa^îoç, àXX' àEi xô xou piÉvovxo; rclpaxo; 7ioppokE-pov 8v 0âxxov, 7XoXXà xwv 0aup.aÇofi.£vwv T'jpôaivEi ^sptxàçxivrjaEiçxwvxôxXfji);- 7xspl wv lv xoï? l^opiÉvot; jxpo6X7[fi.aa[v loxai 8l(Xov. (p. 55. 1. 5-14) L
- La balance se ramène au cercle, le levier à la balance, l’action motrice des autres machines au levier.
- En outre, le fait que deux points d’une même droite issue du centre ne sont jamais déplacés aussi vite l’un que l’autre, mais que toujours le plus éloigné de l’extrémité fixe est mû plus vite, est la cause que beaucoup de choses dont on s’étonne arrivent dans les mouvements produits au moyen de cercles ; cela sera manifeste dans les problèmes subséquents.
- Ainsi, le mode d’action des machines consistant en un solide mobile autour d’un axe fixe est indiqué comme ayant sa cause dans ce fait d’ordre géométrique, que la longueur
- 1. Édition Didot, volume IV.
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- d’un arc de cercle répondant à un angle au centre donné croît en raison du rayon. Ce point est à retenir.
- Le premier problème qui se présente est relatif à la sensibilité de la balance ; voici en quels termes il est posé :
- C) IIpÛTOv jJLÈv oûv tà aup.6aivovTa 7rsp! tÔv Çuyàv àftopEÏTat, 8ià Tiva aiTtav àxpt6s'aTEpâ stm rà Çuyà ta p.Et£w tcuv IXaTTOvwv.
- Toutou 8’àpyir), 8tà xi kote Êv tü xuxXw r) 7cXeïov âtpEaTTjxuïa ypap.p.7] tou XEVTpoUj tt); Èyyù; ttJ aÙTÎj îayus xivoupi-
- VTJÇ, 0ÔÈTTOV tpipETXl T7jÇ ÈXaTTOVO; * • TO yàp 0aTTOV XEysTat Sr/coç- av te yàp Iv ÈXaTTOvi ypo'vw l'aov to'tiov SieÇIXOt), 0aTTOV sivat /Eyop.Ev, xxl Èàv ev l'atu ttXeEco.
- 'H 8è pLEiÇwv iv tao) y povw ypàcpEi p.EtÇova xûxXov ô yàp extoç (jieEÇojv tou evto'ç. (p. 55, 1. 34-43).
- En ce qui concerne la balance, la première chose qui donne matière à discussion, est la raison pour laquelle les plus grandes balances sont plus exactes que les plus petites. Le principe, dans cette question, est de savoir pourquoi, dans le cercle, une ligne s’écartant plus grandement du centre qu’une autre, et cette dernière étant mue par la même force, est déplacée plus vite? En effet « plus vite » se dit dans deux sens : de ce qui parcourt dans un moindre temps un espace égal, ou dans le même temps un espace plus grand. Or la plus grande ligne décrit, dans le même temps, un plus grand cercle, car le cercle extérieur est plus grand que l’intérieur.
- La valeur propre de à(pecn;Y]xma est « placée hors de, à-rco éoTYjxiua » ; je prends donc « tzXsXov àçeavTY]xufa ypap.p.rj toû xévTpou » dans le sens de « droite excentrique plus éloignée du centre, et non dans celui de droite diamétrale se prolongeant plus loin à partir du centre ». Il s’agit là de la ligne de direction de la force, et c’est à la perpendiculaire abaissée du centre sur cefte ligne que se rapporte le membre de phrase : 'H Se ptetTcov çv tacp j^povcp ypàcpet pieiÇova xuxXov. Quant à la suite des idées elle me paraît être la suivante : Une force de grandeur constante fait tourner la ligure plus ou moins vite suivant que sa ligne de direction est à une distance plus ou moins grande du centre. C’est un fait dont le pourquoi reste à trouver; si on le suppose acquis, il
- 1. Ces mots Tfjç eXccttovo? paraissent n’être qu’une glose venue de la marge (T). *
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- en résulte ce second fait que, étant donné deux balances dont l’une a le fléau plus long que l’autre, sous l’action d’un même excès de poids, le déplacement de l’extrémité du bras surchargé est plus sensible dans la première balance que dans la seconde, parce qu;il correspond à la fois à une plus grande variation angulaire et à un plus grand rayon. Si donc on a la raison du premier fait, on aura par cela même celle du second. Et en ce qui concerne cette raison commune, l’auteur ajoute immédiatement :
- D) Aitiov Bè toutou oti ÿépsTai Bûo La raison de ces choses est que la
- <pooà; 1] ypacpouaa tov xuxXov. p. 55, ligne qui décrit le cercle obéit à deux 1. 43-44). impulsions.
- Pour justifier ce dernier dire, l’auteur expose d’abord correctement la composition cinématique de deux translations rectilignes; puis, considérant deux positions successives de l’extrémité du fléau sur le cercle qu’elle décrit, il décompose le déplacement en deux autres dirigés suivant le rayon et la tangente issus du point qui marque la position initiale. La composante radiale répond à une action perturbatrice engendrée par la fixité du centre; suivant qu’elle est plus ou moins grande (pour une même valeur de la composante tangentielle), elle contrarie plus ou moins l’effet de la force qui agit suivant la tangente, et la rotation s’en trouve plus ou moins ralentie. Or cette composante radiale diminue à mesure que le rayon augmente, car on sait que de deux arcs moindres chacun que deux quadrants et sous-tendus par des cordes égales, celui qui est pris sur la circonférence de plus grand rayon a la plus petite flèche. Donc la même force est moins contrariée sur un plus grand disque, et, par suite, le fait tourner plus vite. Du reste, voici le texte :
- E) ’Eàv Bè Buoïv <pspopivoiv ànô Tïjç Si de deux choses déplacées par la 2ut?|; l<jyjjoç tô (zsv sxxpouoiTo tcXeïov, to même puissance l’une est détournée S’îXxttov, eù'Xoyov PpaBÛTEpov xtvYiOfjvat davantage et. l’autre moins, il est
- ^Xsîov ÈxxpouopLEvov tou ’s'Xgcttov conforme à la raison que la plus dé-
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- Èxxpouofj.Évou‘ o Soxeï doij.6afvEtv i~\ x% [j.£i'Çovo; xaî ÈXàxxovoç xwv lx xoü xÉvxpou ypa^ouatuv xoù; xûxXou;- ôtà yàp xô ÈyyuxEpov Elvat xou pivovxoç xfjç ÈXâxxo-vo; xô axpov ij xô xrjç gsiÇovo;, wcsTïEp àvxta-wjjLEVov e!? xoùvavxtov, Irl xô jaectov *, (IpaôuxEpov çipExai xô xfjç ÈXàxxovoç axpov.
- nâxr] [j.Èv oùv xuxXov ypacpouar] xouxo aupSatvEt, xal çlpsxai xrjv p.Èv xaxà <puaiv xaxà X7]V HEpioipEiav, xr]v 81 rapà y>uatv £t; xô -Xâyiov xai xô xÉvxpov.
- Me;Çm 8’à£t xrjv r:apà çuaiv f) ÈXàxxcov «pÉpsxar ôtà yàp xô ÈyyuxEpov Elvat xou xÉvxpou xou àvxta7rœvxoî xpaxEÏxai paX-Xov.
- "Oxi 81 ptEtî^ov xô Ttapà <puatv xivsixai r) ÉXâxxcov xfjçp. EtÇovo; xwv ex xou xÉvxpou ypaçouawv xoù; xuxXou;, lx xoVvôe ôfjXov, ”Eaxo) xux^oç, etc. (p. 56, 1. 30-46).
- tournée soit mue plus lentement * c’est ce qu’on voit se produire pour une droite plus grande et une autre plus petite, parmi celles issues du centre et décrivant des cercles; car le fait que l’extrémité du rayon moindre est plus rapprochée du point fixe que celle du plus grand, est cause qu’elle est déplacée plus lentement, comme si elle était tirée (davantage) en sens contraire. A la vérité toute droite décrivant un cercle éprouve cela, et est déplacée conformément à la nature suivant la circonférence, contre nature vers le côté, c’est-à-dire vers le centre. Mais toujours la plus petite est déplacée davantage contre nature, parce que (son extrémité) étant plus rapprochée du centre perturbateur est influencée davantage. Que le déplacement contre nature soit plus grand pour une droite moindre que pour une plus grande parmi celles décrivant des cercles, cela résulte de ce qui suit. Soit un cercle, etc.
- La suite du raisonnement consiste à opérer la décomposition de mouvement que j’ai indiquée plus haut, et à appliquer le théorème de géométrie sur la flèche de l’arc de corde donnée.
- Avant d’aller plus loin je dois présenter quelques observations.
- La théorie est tirée du rapprochement entre un concept d’ordre mécanique et ce fait d’ordre géométrique que, dans des arcs sous-tendus par des cordes égales, au plus grand rayon correspond la plus petite flèche ; or ce fait géométrique n’est pas du tout celui que l’auteur avait indiqué par anticipation, dans son introduction (B), comme devant servir de
- 4. Ces mots, èjù xô [xectov, « vers le centre », paraissent une glose venue
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- point de départ à son système. Le point de vue de l’introduction semble ici abandonné, et ce qu’il y a de curieux, c’est qu’il va être repris tout à l’heure à propos du levier.
- On remarquera aussi que la théorie, qui est jusqu’ici d’ordre dynamique, peut, par une transition toute naturelle, prendre un caractère statique qui la rend propre à la détermination de la condition d’équilibre du levier. Dire qu’une même puissance considérée dans deux posilions différentes fait tourner la figure plus vite dans un cas que dans l’autre, c’est dire que dans le premier cas elle agit plus efficacement. Ce passage de l’idée « plus vite » à l’idée « plus facilement, plus efficacement » est effectivement marqué dans la suite de l’exposition par le rapprochement des mots ôarrov et ôaov. On est alors conduit à prendre pour mesure àeïeffi.ca-cité d’une force de grandeur donnée, la distance de la ligne de direction au centre de rotation. Mais, toutes choses égales, l’efficacité est évidemment proportionnelle à la grandeur de la puissance, donc deux puissances antagonistes sont également efficaces, et par suite en équilibre, si leurs intensités quantitatives sont en raison réciproque des bras de levier.
- Voici maintenant pour le levier.
- F) ’E-st oè ôaxxov û~o xou iaou (bapouç x'.veixai [AîtÇcov xwv èx xou
- y.svxpou, Ion Sè xpîaxà Tcepi xov p.oyXiv, xb p.èv ÛTCO[jt.ôyXtov, ax:apxov xai xsvxpov, o'jo 8è |3ap75, 0 xe xivoüv xai xb xtvoûjasvov* 0 cuv xo xivoup,evcv papoç Ttpoç xo xivouv, xo p.?;xo; xxpcç xo p.î;xoç àvxnré7:ov6eV ate: b’oaa) av p.et£ov àfpeaxY)XY; xou tou, paov xtvVjasi.
- G) Alxta S’èoxlv Ÿ) ttpoXsyOeïïa, oxt tîXsïov craeyouffa ex xou xsvxpou p.si'Çova xuxXov ypâ<per wax’ à-o xvjç aùxŸjç îayûoç ixXéov (Aexaox^aexai xb xivoüv xb TuXeîov xou u7;op,oyAtou aTCéyov. "Eaxw p.oyXoç èÿ’ ou A B, fiipoq S’èep’ a> xb T, xb Sè xivoüv è<p* w xc A,u7:osJ.byvXiov èa>’ w xô E. To 8 s?’ to xb A xivrjarav £9’ <5 xb H, xivoüpisvov 8s xb è<p’ cü T (bapoc, £9’
- cb K.'(p. 58, 1. 38 — p‘. 59,1. 3.)
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- C’est-à-dire :
- F) « Comme, sous l’action du même poids, une plus grande « ligne, parmi celles issues du centre, est mue plus vite (05ttcv), « et que d’autre part trois choses sont à considérer dans le levier : « le point d’appui qui représente ici le fil (de la balance) ou le « centre, et deux poids, celui qui meut et celui qui est mû, il « s’ensuit que le poids qui est mû a avec le moteur la même « raison, mais inversée, que celle des longueurs (des bras). En « effet, si le moteur est plus éloigné du point d’appui, il mouvra « toujours plus facilement (fbaov). »
- Ce début ne soulève aucune difficulté, il marque simplement le passage du rapport « plus vite » au rapport « plus facilement, plus efficacement ». L’auteur pourrait s’en tenir là, mais il revient à la question : pourquoi un plus long rayon est-il mû plus vite? ou, ce qui revient au même, plus efficacement? et quoique cela ait déjà été expliqué à propos de la balance, il tient à rappeler l’explication. C’est à quoi il consacre la suite de l’exposition.
- G) « La cause est celle qui a déjà été dite, à savoir que la « droite plus éloignée du centre décrit un plus grand cercle ; de « sorte que le moteur plus éloigné du centre se déplacera davan-« tage h Soit AB un levier, T le fardeau, A le moteur, E le « point d’appui; A après avoir mû est au point H, et après avoir « été mû le fardeau T est au point K.»
- Le raisonnement s’arrête là brusquement. Mais l’auteur en a assez dit pour montrer évidemment que ce qu’il a en vue, c’est la comparaison des arcs décrits simultanément par les points d’application des deux forces, et lorsque pour rappeler la raison déjà donnée de l’efficacité, il se borne à dire qu’une plus grande efficacité correspond à un plus grand rayon, parce qu’au plus grand rayon correspond une plus grande circonférence et, par suite, un plus grand déplace-
- 1. Je néglige les mots àno rfjç aikrj; ta/uo; dont la présence ici ne répond à rien.
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- ment, il se réfère au principe suivant considéré comme primordial : l’efficacité est d’autant plus grande, que plus grand est le déplacement du point d’application, pour un déplacement donné du point de la machine auquel est appliquée la force antagoniste. Or la théorie qui a été faite pour la balance a un tout autre caractère, puisque, dans l’ordre d’idées qui y est suivi, une plus grande efficacité correspond à un plus grand rayon, parce qu’à un plus grand rayon correspond une plus petite flèche (pour une même corde) et, par suite, un moindre mouvement contre nature. Les deux points de vue sont bien distincts, et si l’auteur les identifie, c’est qu’il n’a pas conscience de la différence essentielle qui existe entre eux.
- Il me semble résulter de mon analyse que nous nous trouvons en présence de deux systèmes distincts.
- L’un correspond à l’admission pure et simple, à titre de postulat, d’un principe que j’appellerai la loi d'efficacité, et qui coïncide avec notre principe des vitesses virtuelles pour le cas particulier d’un système rigide mobile autour d’un axe fixe et de deux forces agissant tangentiellement aux trajectoires de leurs points d’application. Il n’est pas exposé explicitement dans les Problèmes mécaniques, mais il y est mis à contribution par son application au levier, et il est à remarquer que le fait géométrique auquel cette application est nécessairement liée, est précisément indiqué dans l’introduction (B) comme devant jouer un rôle fondamental dans la théorie des machines du type levier.
- L’autre, qui est développé tout au long à propos de la sensibilité de la balance, correspond à une tentative d'explication de la loi d’efficacité, tentative infructueuse qui ne pouvait qu’échouer, et ne constitue pas un progrès dans l’évolution de l’idée mécanique.
- Maurice Gallian,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
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- OBSERVATIONS DU PRÉSIDENT
- L’analyse approfondie à laquelle, en ce qui concerne la théorie du levier, M. Gallian a soumis la compilation connue sous le nom « les Mechanica d’Aristote », présente en particulier l’intérêt de soulever une question historique assez grave, que l’auteur s’est volontairement abstenu de discuter, mais qui me semble bien mériter d’être au moins posée.
- M. Gallian a nettement fait ressortir la juxtaposition, dans la théorie en question, de développements appartenant les uns au point de vue proprement statique, les autres au point de vue dynamique (sans compter ceux qui sont purement géométriques ou cinématiques). Faut-il voir là le résultat de la confusion, dans l’esprit d’un même auteur grec, de deux ordres de notions que nous sommes habitués à considérer comme bien distincts? Faut-il au contraire supposer que le compilateur aura utilisé deux écrits d’origine dilférente, représentant, pour ainsi dire, deux écoles dont chacune aurait, en pleine conscience, adopté un point de vue différent? Il s’agit, en somme, de savoir si nous pouvons ou devons faire pour la mécanique ce que nous faisons sans difficulté pour la géométrie, lorsque nous attribuons aux mathématiciens grecs du ivc siècle avant notre ère des notions aussi claires et aussi précises que les nôtres, touchant les concepts fondamentaux de la science.
- Je n’hésite pas, pour ma part, à pencher pour la première des deux alternatives indiquées. Tout d'abord il est bien certain que nous ne sommes pas en présence d’un ouvrage d’Aristote, c’est-à-dire d’un penseur auquel on ne peut dénier, en tout état de cause, d’avoir constamment visé la séparation des concepts emmêlés dans les significations imprécises des mots du langage usuel.
- S’il a créé d’ailleurs à cet égard une forte tradition qui a si longtemps maintenu ses déterminations, il n’a pu inspirer son
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- génie à ses successeurs immédiats: Si d’autre part j’ai parlé de compilation à propos des Mechanica, j’ai voulu seulement constater qu'il s’agit d’un recueil, sans ordre et sans méthode, de questions très diverses à la solution desquelles l’auteur n’a pas su imprimer le sceau d’une originalité personnelle (où par conséquent ont pu être intercalés postérieurement, sans qu’on ait les moyens de le reconnaître, des problèmes étrangers à la composition primitive). Mais nous n'avons aucun indice que telle ou telle de ces questions ait été antérieurement traitée par écrit ; l’auteur du recueil a pu les emprunter aux discussions orales dans le cercle de curieux1 où il vivait.
- Or, l’impression générale que laissent les Mechanica est qu’elles appartiennent à une époque où la science de la nature en est encore à balbutier, quand il s’agit de faire un raisonnement. On veut copier les mathématiques et on adapte des démonstrations géométriques qui, comme telles, peuvent être irréprochables (on est au temps d’Euclide), mais qui, pour la question physique dont il s’agit, ne signifient rien en réalité, parce que les concepts et les postulats dont on se sert ne sont point définis rigoureusement. Il faut attendre Archimède qui, le premier, donnera l’exemple d’une démonstration valable en matière de physique. Mais combien de fois, encore après lui, et non seulement au moyen âge, mais même dans des temps assez rapprochés de nous, l’appareil mathématique a-t-il fait illusion sur la portée réelle d’un raisonnement plus ou moins scientifique !
- Pour préciser ma pensée et montrer la confusion inévitable qui devait exister chez les Grecs entre le point de vue statique et le point de vue dynamique, j’appellerai l’attention sur le concept de la £orq, terme qui désignait en général la tendance d’un corps grave à descendre. Si le corps est libre ou suspendu sui-
- 1. Je ne veux pas dire savants, pas plus que je ne veux limiter ce cercle à de purs péripatéticiens. Il y a un indice que les Mechanica ont été écrites en Égypte, ce qui les rattacherait à Straton qui y dirigea l’éducation de Ptolémée Philadelphe, au commencement du me siècle avant J.-G. Au chap. I, il est parlé de roues d’airain ou de fer placées dans les temples et s’actionnant l’une l’autre comme des cylindres de friction. Or Héron (Pneumatiques, I, 32) et Clément d’Alexandrie (Stromales, V, 672) parlent de ces roues comme propres aux temples d’Égypte. Les fidèles les touchaient en entrant pour se sanctifier (Stà tô 8oxetv tov -/aXxàv àyvtÇetv).
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- vantla verticale de .son centre de gravité, cette tendance est précisément mesurée par la gravité ou le poids du corps ; mais s’il est suspendu au fléau d’une balance ou à l’extrémité d’un levier, les tendances relatives du poids et du contrepoids sont en raison composée des gravités et des bras de levier. Alors la tendance est ce que nous appelons le moment ; et le terme de momentum a précisément été introduit dans la langue scientifique par Commandai (en 1566) pour traduire poia) dans le commentaire d’Eutocius sur Y Équilibre des plans d’Archimède. Mais, d’une part, la notion de poTzrt dans ce sens se retrouve aussi clairement dans les Mechanica d’Aristote que chez Eutocius : d’autre part, le mot choisi par Commandin indique bien, dans son esprit, le point de vue dynamique pour une question que nous considérons, avec Archimède, comme purement statique1. Le Syracu-sain a d'ailleurs évité l’emploi du mot ambigu (boTr/j, mais il a été obligé d’employer l’expression LoppoTceTv (faire équilibre) aussi bien que ps::etv ( descendre, pour l’extrémité du fléau qui s’incline). Or, le terme grec correspondant au mot équilibre exprime proprement non pas l’équivalence des charges à chaque extrémité du levier (point de vue statique), mais bien l’équivalence des balancements qui précèdent le repos absolu dans l’état d’équilibre (point de vue dynamique). La notion moderne de moment, mais avec un caractère dynamique, existait donc en fait chez les Grecs au commencement du me siècle avant J.-C., tout en restant enveloppée dans le concept encore confus de poizrj. Elle doit, en réalité, être contemporaine de la découverte de la loi d’équilibre du levier, découverte sans aucun doute purement expérimentale. La démonstration mathématique qu’Archimède a donnée de Cette loi repose d’ailleurs, au fond, sur le postulat explicite que le levier s’incline du côté de la force dont le moment est le plus grand; elle ne porte donc que sur la ques-tian de proportionalité, et elle fait à l’expérience un emprunt considérable.
- Enfin si Archimède, pas plus qu’aucun des anciens, n’a dégagé
- 1. Il est vrai que le moment d’une force trouve tout aussi bien son application en dynamique. La distinction des deux points de vue a donc un caractère artificiel^ correspondant aux exigences de notre esprit beaucoup plutôt qu’à la réalité des faits.
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- la notion de moment, il n’en est pas moins permis de dire que le point de départ de la mécanique théorique a été la reconnaissance implicite d’un principe expérimental que l’on ne peut guère mieux formuler que comme principe à'égalité des moments, puisque c’est là la transcription littérale du mot grec qui signifie équilibre. Mais il faut limiter l’application de ce principe au cas où les forces sont des poids ou assimilables à des poids, c’est-à-dire parallèles, car les Grecs ont mal raisonné sur l’effet de forces concourantes. Il convient encore moins, au sujet d’un principe qui ne dépasse point l’explication des machines simples assimilables au levier, de parler d’une anticipation du principe des vitesses virtuelles, généralisation qui suppose un système susceptible de plus d’un seul mouvement, et dont la première étape n’est pas à chercher plus haut que dans un ouvrage de Galilée d’ordinaire trop négligé, le Discorso intorno aile cose che stanno insu l’acqua o che in quella si muovono, imprimé en 1612
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- NOTE
- SUR LES MÉCANIQUES DE BÉDI EZ-ZAMAN EL-DJAZARI
- ET SUR
- UN APPAREIL HYDRAULIQUE ATTRIBUE A APOLLONIUS DE PERGE
- L’un des principaux mécaniciens de langue arabe est Ismaîl el-Djazari qui fut surnommé « la merveille du temps, Bédî ez-Zamân. » Il vécut à la fin du vie siècle de l’hégire, et il laissa sur les machines pneumatiques et hydrauliques un traité volumineux qui présente par rapport aux traités grecs de Héron et de Philon une assez grande originalité. C’est dans cet ouvrage que se trouve la mention d’Apollonius de Perge que nous nous proposons de signaler. Mais auparavant il ne sera peut-être pas inutile de dire quelques mots de l’auteur arabe et de son œuvre.
- Le livre de Bédî ez-Zamân, dont le véritable titre doit-être : Recueil théorique et pratique utile à la construction des machinesexiste en plusieurs exemplaires : L’un à Sainte-Sophie de Constantinople, qui est d’une grande beauté, orné de titres en or et en couleur, accompagné de figures coloriées avec le plus grand soin, clairement dessinées, et où se voient beaucoup de personnages et d’animaux dans le goût persan ou indien ; ce manuscrit est daté
- 1. Kitâb el-DjâmV beïn, el-'ilm wa’l-'arnal en-nâfia fi sinâ'at el-hial. Ce titre est celui des mss. de Constantinople et d’Oxford. Le n° du ms. de Sainte-Sophie de Constantinople est 3606.
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- de l’an 755 de l’hégire. — Un autre à Paris1, beaucoup moins parfait : la première partie manque ainsi que les figures des deux dernières. Les figures existantes, quoique coloriées, sont assez grossières, et l’on n’y voit pas les personnages et les animaux qui illustrent le manuscrit de Constantinople. Cet exemplaire de Paris est daté de 890. Il a été copié, ainsi qu’il est dit à la fin, sur un manuscrit de 742, lequel avait été lui-même copié sur un manuscrit entièrement de la main de l’auteur, texte et figures, achevé en l’an 602 (1205-1206 de l’ère chrétienne). — Deux autres exemplaires sont conservés à Leyde sous le titre : Livre de la connaissance géométrique des machines2 ; l’ordre est troublé dans le second ; — et un cinquième se trouve à la bibliothèque Bodléienne d’Oxford 3.
- L’ouvrage est divisé en six parties dites espèces (nau). La première a trait aux clepsydres, dont elle décrit de nombreuses variétés, basées soit sur l’égouttement, soit sur la combustion lente d’un liquide. Selon l’usage arabe, Bédî ez-Zamân se place dans cette partie sous l’autorité d’Archimède, auquel il attribue plus spécialement la façon de disposer les signes du zodiaque autour d’un demi-cercle vertical. Nous avons indiqué naguère cette disposition dans notre Notice sur deux manuscrits arabes4. Les clepsydres servent à compter soit les heures égales (mostawiah), soit les heures de temps (zamànieh).
- La seconde partie n’a pas de titre propre dans les exemplaires de Constantinople et de Paris. Elle est intitulée à Oxford ; De poculis et vasis ad potandum accommodatis, et Hadji Khalfa5 l’appelle : el-awani el-'adjibah, les vases
- 1. N° 2477 du Catalogue de la Bibliothèque nationale.
- 2. Kitâb fî m'arifet el-hial el-handasieh. Nos 1025 et 1026 du Catalogue de Leyde.
- 3. Catalogue de la Bibliothèque Bodléienne, vol. I, n° DCCCLXXXVI.
- 4. Notice parue dans le Journal asiatique, 1891.
- a. Le bibliographe Hadji Khalfa mentionne le livre sous le titre : Livre ées appareils pneumatiques, (Kitâb el-âlât er-rouhâniet). Hadji Khalfa loue
- Congrès d'histoire (Ve section).
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- merveilleux. Il y est question de vases destinés à figurer dans des assemblées de buveurs et dont le mécanisme donne lieu à divers effets surprenants.
- La troisième partie concerne les tasses et les aiguières (.tasâs, abâriq). Hadji Khalfa, dans sa notice, a déplacé cette partie.
- La quatrième est consacrée aux fontaines [fawwârat), aux fontaines à jets d’eau plus particulièrement, et aux appareils qui sifflent d’une façon continue. C’est à l’occasion de ce dernier genre d’appareils qu’il est fait mention d’Apollonius de Perge.
- Dans la cinquième partie, qui a pour titre : Des appareils qui élèvent Veau, il ne faudrait pas s’attendre à trouver un traité de machines hydrauliques pratiques. Il s’agit bien de petites machines hydrauliques, mais qui ont le caractère de jouets ou du moins d’ustensiles merveilleux. Quelques appareils tout semblables se trouvent décrits dans le manuscrit mécanique d’Oxford qui contient une partie des Pneumatiques de Philon de Byzance [.
- La dernière partie du livre de Bédî ez-Zamân renferme des articles variés, dont plusieurs paraissent intéressants au point de vue géométrique, et donnent des procédés pour tracer les décorations que nous appelons « mauresques ». Bédî y parle notamment d’une porte qu’il fît pour l’Hôtel de ville (le dâr el-molk) de Médine.
- Voici, d'après le début du manuscrit de Constantinople, quelle a élé la carrière de Bédî ez-Zamân 2 et quel fut son
- but en composant son livre. Celui-ci commence ainsi :
- *
- Bédî ez-Zamân el-Djazari, et cite son ouvrage, ceux de Philon de Byzance et des fils de Mousa, comme les principaux textes sur la mécanique possédés par les Arabes.
- 1. Nous avons récemment achevé une édition des Pneumatiques de Philon de Byzance basée sur des manuscrits arabes d’Oxford et de Constantinople Cette édition, beaucoup plus étendue que le fragment latin, actuellement connu, de ces Pneumatiques, ne tardera pas à paraître. Elle comprend 74 articles.
- 2. Je ne crois pas que l’on sache sur notre auteur autre chose que ce
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- a A dit le cheïkh, le chef des travaux publics Bédî ez-Zamân Abou’l-'Azîz Isma'îl ibn er-Razzâh ez-Djazarih.. b EL, après la doxologie : « J’ai étudié à fond, d’après les livres des anciens et les travaux des modernes, les moyens de la mécanique touchant les mouvements tels que les pneumatiques, et les appareils à eau qui donnent les heures égales et les heures de temps, et le transport des corps par les corps hors de leur lieu naturel; j’ai médité sur les conséquences des démonstrations relatives au plein et au vide ; je me suis exercé à la pratique de cet art un long espace de temps, m’élevant du témoignage à la vision directe; j’ai suivi dans ces matières le chemin des plus anciens comme des plus récents, j’ai chaussé les sandales qu’ils ont chaussées... »
- Quand il fut ainsi formé par l’étude et la pratique, Bédî ez-Zamân désira écrire, et il le fît, dit-il, grâce à la protection de Nâsir ed-Dîn Aboul’l-Fath Mahmoud fils de Karâ Arslan fils de Dawoud, fils de Sokmân fils d’Ortok, prince de Diyâr Bekr2. Il servit ce prince après avoir, vingt années durant, à partir de l’année 570, servi son père et son frère qui l’avaient précédé au pouvoir.
- « Un jour, » raconte l’auteur, « que j’étais devant lui, et que je lui présentais quelque chose qu’il m’avait ordonné de lui faire, il me regarda, et, dans ce regard, il aperçut
- qu’il nous dit lui-même ici. M. II. Suter, dans son répertoire Die Mathema-tiker und Aslronomen der Araber und ihre Werhe, n’a pu consacrer à Bédî ez-Zamân el-Djazari que cinq lignes (page 137, n° 344), où encore il hésite deux fois sur l’orthographe de son nom.
- 1. Djazari, nom d’origine, dérive de Djéziret Ibn-Omar, ville située sur le Tigre dans le vilayet actuel de Diyar Bekr. Nous avons transcrit les autres noms de l’auteur tels que les donne le ms. de Constantinople, auquel on est porté à avoir confiance, à cause de sa grande beauté; néanmoins nous devons signaler la lecture Bazzâz, au lieu de Razzâh, Razzâz signifiant marchand de riz, et la lecture 'Izz au lieu de 'Aziz. L’auteur du catalogue de Sainte-Sophie a lui-même écrit Razzâz. Le ms. de Paris porte Abou’l- 'Izz.
- 2. Le Catalogue de Leyde indique que ce prince régna de 597 à 618 de l’hégire.
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- ce qui me préoccupait sans que je le lui expliquasse, et il frappa au but où je visais, et il découvrit par la perspicacité de son esprit cequeje cachais, et ilme dit: « Tu as construit des figures qui manquaient de modèle, tu les as fait sortir de la puissance à l’acte ; il ne faut pas que tu abandonnes l’œuvre à laquelle tu as consacré tes efforts et le bâtiment que tu as édifié. Je veux que tu me composes un livre qui renferme la description de ce dont l’idée t’appartient et dont tu as seul tracé la figure et l’interprétation. » Je fus forcé de me conformer à ce dessein et je ne manquai pas de recevoir cet ordre ; et 11e pouvant éviter de me soumettre, je dépensai de mes forces ce qu’exigeait l’obéissance. Ainsi je composai ce livre qui contient quelques-unes des fissures que j’ai bouchées, des thèses dont j’ai déduit les conséquences, des propositions que j’ai inventées, et où je ne sache pas qu’aucun autre soit arrivé avant moi. J’ai confiance dans la gratitude de tous les savants qui me liront. »
- Venons maintenant au passage où il est fait mention d’Apollonius, soit la septième proposition de la quatrième partie. Il s’agit de construire un instrument qui siffle continuellement; la force est fournie par de l’eau courante. Cette eau chasse l’air à travers un sifflet, et pour qu’il n’y ait jamais d’arrêt du son, on dispose une alternance de façon qu’une moitié de l’appareil se vide d’air et siffle, tandis que l’autre moitié s’emplit d’air de nouveau. Voici le texte de Bédî :
- « C’est un instrument à sifflement perpétuel, à deux boules et à deux trompettes dont l’une se tait tandis que l’autre sonne ; puis celle qui sonnait se tait, et celle qui se taisait sonne. Ou bien un musicien joue sans s’arrêter au-dessus d’un bassin, avec toutes sortes d’instruments tels que nous en avons décrit plus haut et que je ne rappellerai pas. Je rappellerai seulement l’instrument à sifflet parce qu’il a donné lieu à des confusions chez nos prédécesseurs.
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- J’ai rencontré un chapitre d’Apollonius en-Naddjâr l’Indien *, qui est connu ; l’auteur construit une roue hydraulique qui tourne avec lenteur et qui ouvre la vanne d’un réservoir d’eau après chaque demi-révolution. Ce temps est trop court pour le but proposé, même si la roue est plus lente dans sa révolution que l’auteur ne l’a imaginé. J’ai rencontré un autre appareil ancien sur lequel je n’ai pas trouvé de texte, mais une figure. L’instrument sifflant dans cet appareil est semblable au ney1 2 ; il a huit trous sur lesquels sont des espèces de doigts qui se meuvent ; et sur la figure on voit huit réservoirs avec sept soupapes et quatre roues hydrauliques dont une double. On disposa b appareil pour que l’ouverture de la vanne se fît après chaque révolution entière, la roue tournant avec lenteur. Mais je dis : même si la roue a plusieurs coudées de diamètre, son mouvement n’est pas assez lent pour donner aux alternances un espacement convenable.
- « J’ai rencontré un chapitre qu’a édité el-Bédî el-Fâdil IJibbet-Allah fils d’el-Hoséïn el-Astorlâbi3 à Bagdad en ol7 de l’hégire, et où il a fait merveille en réalité. La tonne de son appareil est celle d’un carquois (dja'bah) dans lequel est une balle de plomb, avec un fléau comme celui de la balance et deux plateaux suspendus par des chaînes ; il y a trois réservoirs, six soupapes et deux tubes à entonnoirs qui sortent du bassin. Mais cet appareil est connu et je décris ce que j’ai fait :
- 1. Apollonius de Perge est appelé parles Arabes en-Naddjâr, le charpentier; cf. notre Notice sut' deux manuscrits arabes, Journal Asiatique, 1891, où nous avons reproduit l’article du Kitah laxoârikh el-hokama sur Apollonius. Je ne pense pas qu’il faille attacher d’importance au titre d’Indien.
- 2. Espèce de flûte encore en usage en Orient, spécialement dans les cérémonies religieuses desMevlévi.
- 3. Cet auteur qui a mérité comme le Djazari d’être nommé « la merveille du temps, Bédî ez-Zamân, » fut médecin, philosophe, poète, mathématicien, astronome et fut spécialement réputé pour ses talents dans la construction des astrolabes. Il mourut en 534 de l’hégire, et il écrivit les « Tables mahmoudiennes ». — V. Suter, op. cit., article 278.
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- v( Soient deux réservoirs accouplés marqués i, x. Au fond du réservoir i est une ouverture munie d’une soupape marquée 0. Une chaîne attachée à l’anneau de la soupape s’élève vers le couvercle du réservoir dans l’angle Y). Le couvercle a la forme d’une tasse, soit d’une demi-sphère, et son bord est soudé au bord du réservoir. Entre ces deux bords est
- ménagée une ouverture étroite, où est fixé un tuyau ayant à son extrémité le sifflet; ce tuyau et le sifflet sont marqués Xa. A l’intérieur de la tasse est une sphère creuse légère, dont la moitié remplit presque la tasse; elle est
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- marquée o. On pratique de même en bas du réservoir x une ouverture munie d’une soupape X; une chaîne attachée à l’anneau de la soupape monte vers l’angle p. du couvercle. Entre les deux bords de la tasse et du réservoir est un trou où entre un tuyau muni d’un sifflet, marqué v. Dans la tasse est une sphère cr.
- « Entre les deux réservoirs on établit un support sur lequel repose un tuyau transversal ayant en son milieu une lentille percée d’un trou dans lequel passe un axe dont les deux extrémités sont affermies sur le sommet du support. La lentille est en u ; les deux extrémités du tuyau sont en à, <p. L’extrémité S, s’inclinant, appuie sur la sphère o; à cette extrémité est un anneau auquel s’attache la chaîne qui monte de la soupape 0. Cette soupape est actuellement entrée dans son trou. Au milieu du tuyau et en dessus est un entonnoir marqué y. L’extrémité <p est élevée au-dessus de la sphère cr. Elle a aussi un anneau auquel est attachée la chaîne qui monte de la soupape X ; et cette soupape est actuellement tirée hors de son trou.
- « L’eau coule dans le tuyau verseur, fait comme le montre la figure. Il est-de toute évidence qu’elle coule actuellement par l’extrémité S vers le réservoir i, et qu’elle se déverse dans la tasse, puis entre par l'étranglement yj, le trou 0 étant fermé. Donc l’air qui se trouve dans le réservoir i est chassé et repoussé dans le tuyau Ç, d’où il sort avec un sifflement. Cela dure jusqu’à ce que le réservoir t soit rempli et que l’eau s’élève dans la tasse. Une petite quantité d’eau soulève la sphère qui flotte, et l'extrémité S reposant sur la sphère s’élève ; l’extrémité <p s’abaisse ; le trou X se bouche; l’eau coule dans la tasse du réservoir x, et entre par l’étranglement p. ; l’air est alors repoussé dans le tuyau v d’où il sort en sifflant. Et cela dure jusqu’à ce que le réservoir a soit rempli et que l’eau s’élève dans la tasse. La sphère a flotte, soulève le côté <p du tuyau et fait pencher de nouveau l’extrémité S. Le réservoir i s’est vidé.
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- L’eau recommence à s’y déverser tandis que le trou 6 se bouche. Le tuyau £ siffle. L’alternance continue ainsi tant que l’eau coule dans le tuyau verseur. Si l’on ajoute un carquois (djacbah) dans lequel est une balle de plomb, le fonctionnement est assuré. C’est ce que je voulais expliquer ; je décris ce que j’ai fait. »
- L’auteur arabe fait suivre cet appareil de variantes. Dans l’une 'alternance est obtenue au moyen d’une cuiller double à bascule placée au-dessous des deux côtés d’un tuyau verseur, tandis que des siphons vident les réservoirs ; dans une autre ce sont de grands plateaux de balance qui basculent, combinés avec des siphons. Je n’ai pas à me prononcer sur le fonctionnement des appareils siffleurs de Bédî ez-Zamân ; mais il me semble que la critique qu’il adresse à la machine d’Apollonius n’est pas juste. L’auteur grec aurait su sans doute, par le moyen d’engrenages, faire tourner sa roue avec une lenteur convenable, ce à quoi le mécanicien arabe ne paraît pas penser. Il est néanmoins intéressant de l’entendre attribuer à Apollonius le principe de ces curieuses machines.
- Baron Carra de Vaux.
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- DIE KOMPROMISS-WELTSYSTEME
- DES XVI, XVII UND XVIII JAHRHUN DERTS
- Es ist bekannt, dass sich die grosse Reform des Copper-nicus nur sehr langsam hat Bahn brechen kônnen, und dass mannigfache Yersuche gemacht wurden, die gewalLige Umwalzung, welche die neue kosmologische Théorie in allen astronomischen, philosophischen und sogar religiôsen Anschauungen hervorgebracht halte, wenigstens teihveise zu paralysieren. Denn dass man mit der Weltordnung des P lolemaeus nicht mehr auszukommen vermôge, war doch allen Mannern der Wissenschaft nachgerade zur Gewissheit geworden, und nur die Scheu, einen radikalen Bruch mit der ganzen YTergangenbeit zur That werden zu lassen, be-wog manche dazu, von dem, was neu dargeboten wurde, nur einen Teil anzunehmen und es mit Beslandteilen des altcren Y'orstellungskreises, so gut es eben gehen wollte, zu einem Ganzen zu verschmelzen. Ganz die gleiche YVahr-nehmung machen wir ein Jahrhundert spâter, als Kepler in das coppernicanische Lehrgebaude den noch fehlenden Schlussstein eingesetzt und mit dem lastigen Beiwerke der Exzen ter und Epizykeln endgiltig aufgeraumt hatte. Audi jetzt fehlte es nicht an Leuten, die an den einfachen Ellip-sen, in denen nach Kepler die Planeten sich bewegen sol -ten, herumkorrigierten und Yerwickeltes an die Stelle des Natürlichen zu setzen bestrebt waren. Aile diese Konstruk-tionen fassen wir hier un ter dem, wie wirglauben, bezeich-nenden Namen der Kompromiss-Weltsysterne zusammen;
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- dieselben stimmen bei aller sonstigen Verschiedenheit darin überein, dass sie ein und das andere Stück ans den Systemen von Coppernicus und Kepler herübernehmen und damit Gebilde ihres eigenen, oft sehr wunderlichen Ideenganges verbinden. In den gangbaren Werken ist diese Phase in der Entwicklungsgeschichte der kosmischen Physik, wenn überhaupt, so doch zumeist sehr kurz abge-handelt worden, und so ist deshalb gewiss am Platze, die Gesamtheit dieser Bestrebungen emmal zusammenhangend und übersichtlich darzustellen h Wir werden sehen, dass selbst noch im XVIII. Jahrhundert, also in einer Zeit grossartigen Aufschwunges der Astronomie, Spuren dieser rüekschrittlichen Bewegung zu konstatieren sind.
- Chronologisch der erste Begründer eines Vermittlungs-systemes ist ohne Zweifel der Dithmarse Reymer Baer, als Rnymarus Ursus durch seine Streitigkeiten mit Tycho Brahe bekannt genug geworden. Die Anordnungen, welche beide Manner dem Weltall verleihen, ist bis auf einen doch mehr untergeordneten Punkt vollstândig die gleiche. Im Zentrum des Fixsternhimmels, der noch immer als ge-schlossene Kugelflache galt und beim Mangel von Spuren einer Fixsternparallaxe recht wohl für eine solche gehalten werden konnte, stand die Erde, und um sie bewegte siçh zuerst, wie sich von selbst versteht, der Mond, weiterhin aber die Sonne, die ihrerseits wieder den Mittelpunkt — oder richtiger gesagt, das « Punctum aequans » — für die Kreisbahnen samtlicher übriger Wandelsterne darstellte.
- 1. Einigen Aufschluss gewâhrt die Uebersicht, welche R. Wolf (Ilandbuch der Astronomie, ihrer Geschichte und Litteratur, 1. Band, Züri.ch 1890-01, S. 542 ff.) über die a Vermittlungssysteme » erteilt. Das Urteil des erfahrenen Historikers ist, wie gewôhnlich, gerecht und zutreffend, indem namentlich auch die relative Berechtigung solcher Ausgleichsversuche, vor allem für die unmittelbar auf Coppernicus folgende Période, zugestanden wird. Auch darin konnen wir beipflichten, dass in der Zeit nach Kepler, wo doch für die Augen eines jeden scharfer Blickenden jede Verwirrung und Komplikation geschwunden sein musste, die Yersuche, an dem wohl geordneten Bau zu rütteln, eine weit herbere Kritik verdienen.
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- Uj'sus gibt an1, dieses sein System drei Jahre vor dem Erscheinen von Brahes einschlagigem Werke « in extremo quodam angulo amplissimi regni Poloniae » ausgedacht zu haben, und wir sehen nicht ein, warum wir seinen Worten nicht Glauben schenken sollen, da die Art und Weise, wie sich der berühmte Astronom, der an seinen anerkannten Leistungen hatte genug haben kônnen, den Hergang eines litterarischen Diebstahles zurechtlegt2, einen sehr gekün-stelten Eindruck machen muss. Zudem bestand ein Gegen-satz zwischen beiden darin, dass Ursus, der freier Den-kende, der Erdkugel eine Umdrehung um ihre Achse, der durch Rücksichten aller Art befangen gemachte Brahe da-gegen vollstandige Ruhe zuschreibt. Ein besonders hohes Mass von Originalitatwerden wir beiden Hypothesen kaum beimessen kônnen, wenn wir uns entsinnen, dass ja auch aus dem Altertum schon ein ganz nahe verwandtes Welt-system vorlag, das sogenannte aegyptische, auf uns gekom-men ist, wenn es auch diesen Namen mit Unrecht trâgt und in Wahrheit einen spâtrômischen Ursprung hat3. Im letz-teren Falle sind Mond, Merkur und Venus insofern aus der
- 1. Raymarus Ursus, Fundamentum Astronomicum, Strasburg, 1588, fol. 37 ff.
- 2. Man unterrichtet sich hierüber am besten aus den Schilderungen von Friis ( Tyge Brahe) en historiske fremstilling efter trykte og utrykte kilder, Kopenhagen 1871, S. 138 ff) und Dreyer-M. Brunhs ( Tycho Brahe; ein Bild 'vissenschaftlichen Lebens und Arbeitens im XVI. Jahrhundert, Karlsruhe 1894, S. 189 ff.). Auch Tychos Briefe an Vellejus (Phil. v.Weistritz, Lebensbeschreibung des berühmten und gelehrten dânischen Sternsehers Tycho von Brahés, 1. Teil, Kopenhagen-Leipzig 1756, S. 169 ff.). verdienen in dicser Hinsicht Beachtung. Es steht fest, dass Ursus im Gefolge eines fremden Edelmannes in den achtziger Jahren einmal in Uranienborg war, hei dem aristokratischen Schlossherrm aber wegen seiner wenig feinen Manieren keine sehr freundliche Aufnahme fand. Seit 1583 habe, so sagt Brahe, ein Entwurf der neuen Wellordnung im Manuskripte existiert, und in diesem musse sich der Fremdling heimtückischerweise einen Einblick verschafft haben. Ein gewisser Erik Lange [Friis, S. 173) scheint den Unfrieden stiftenden Zwischentrager abgegeben zu haben.
- 3. Wirkennen dasselbe nur aus Andeutungen der Marcianus Capella {Wolf, Geschichte der Astronomie, München 1877, S. 230).
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- ptolemaeischen Reihenfolge herausgebracht, als ersterer zwar der Erde, zugleich mit Mars, Juppiter und Satura, verblieben ist, wogegen die beiden « unteren » Planeten zu Trabanten der selbst die Erde umkreisenden Sonne gemacht wurden. Wer sich diese Anordnung vor Augen hielt, konnte wahrlich ohne besondere Geistesanstrengung die nicht tief greifende Anderung anbringen, welche Ur^sus und Brahe vorgenommen haben.
- Abgesehen von dem oben erwahnten prinzipiellen, die astronomischen Rechnungen undTafeln jedoch nicht beein-flussenden Unterschiede der von beiden ersonnenen Système, wich Ursus von seinem Ivonkurrenten auch insofern ab, als er die Sonnenbahn ganz in die Marsbahn hineinfallen liess, wahrend Brahe âaîïir hielt, dass beide Kreise, waren sie ganz in der namlichen Ebene gelegen, sich durchschnei-den miïsslen. Diese letztere Annahme ware nach Ptole-maeus und auch noch nach Peurbach unzulassig gewesen, aber es gehorl jedenfalls zu Brahes Yerdiensten, dass er von den allen planetarischen Krystallsphaeren nicht wissen wollte, sondera die Bewegung im Weltraume für eine durchaus freie und unbehinderte erklarte. Ursus legte sein System dem gelehrlen Landgrafen Wilhelm von Hessen vor, und dieser ordnete an, dass sein genialer Hofmechani-ker Bürgi danach ein durcli Uhrwerk und Radverbindun-gen beweglich gemachtes Modell herstelle 1 ; die Zahnrader hat Beymer in seinem Bûche beschrieben. Als deshalb Bralie mit seiner eigenen Erfîndung hervortrat, konnte ihm sein Freund Bot/imann, Hofmathematiker des genannten Fürs-ten, mitteilen 2, er habe einen sehr nahe verwandten Auf-bau der Weltganzen schon im Bilde gesehen. Man kann sich denken, wie diese unerwartete Nachrichtden auf seine Geistesthat stolzen Gelehrten aufregen musste, und nun
- 1. Vgl. Wolf, Astronomische Milteilungen (Yierteljahrsschrift der Naturforschenden Gesellschaft in Zürich), Nr. LXVIII.
- 2. Dreyer-Brunhs, S. 192 ff.
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- entspann sich der hassliche, von beiden Seilen mit den verwerflichsten Mitteln geführte Federkrieg zwischen Brahe und Uf'sus, der sich noch über den Tod des letzteren (1600) hinaus fortsetzte. Um dies gleich vorwegzunehmen, so hatte Brahe noch einmal für die Prioritat seines Systèmes, auf welches er so grosses Gewicht legte, einen klei-nen Strauss auszukâmpfen ; der Schotte Duncan Liddel liielt von 1589-90 an der Universitât Rostock Vortrâge über eben dieses System auf das er, obwohl er zugab, dass Brahe dasselbe zuerst im Drucke bekannt gemacht habe, doch selbstandig gekommen sein wollte. Und obwohl des Ursus Buch, auf Tychos Andringen hin, von den kaiserli-chen Behôrden mit der Strafe der Ivonfîskation belegt, also eigentlich unschadlich gemacht worden war, so musste Kepler doch noch im Winter 1600-1601 eine besondere Streitschrift gegen den angeblichen Plagiator ausarbeiten, von der aber der Verfasser selbst anscheinend so wenig entzückt war, dass er sie, da Tycho selber (1601) inzwis-chen gestorben war, gar nicht der Oeffentlichkeit übergab1 2. Uns Neueren erscheint die bittere Fehde ebenfalls recht überflüssig.
- Obwohl, wie erwahnt, Brahe schon vier Jahre früher mit seinen Gedanken ganz im reinen hatte sein wollen, fiel die Verôffentlichung derselben doch erst in das Jahr 1587, in welchem er seine für die kometarische Astronomie wirklich bedeutsamen Beobaclitungen eines merkwür-digen Schweifsternes von 1577 mitteilte, Flier ist der Nachweis geführt, dass diese Himmelskôrper keine « Me-teore » sind und gewiss nicht der sublunaren Région ange-bôren. Ziemlich unmotiviert kommt er dann auf die copper-
- 1. Dreyer-Bruhns, S. 194.
- 2. Die Arbjeit (« Apologia Tychonis contra Ursum ») wurde von ihrem Autor liegen gelassen und erst in der neuen Gesamtausgabe (Kepleri Opéra Omnia, ed. Finsch, 1. Band, Frankfurt a. M.-Erlangen 1858, S. 227 ff.) dem Publikum überliefert.
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- nicanische Weltordnung zu sprechen und tadelt an ihr1, dass sie, die doch nur eine alte griechische Hypothèse, die des Aristarch, zu neuem Leben zu erwecken suche, die Erde als ein « grossirai, pigrum, inhabileque corpus », das nur zur Ruhe geschickt sei, mit verschiedenen Bewegungszu-standen ausstatten wolle. Wâhrend er diese Bedenken er-wog, habe sichihm ganz plotzlich — « quasi ex insperato » — eine neue, mathematisch, physikalisch und theologisch gleich befriedigende Théorie dargehoten, dieden Hypothesen des Ptolemaeus und Coppernicus ebenmassig vorzuziehen sei. Es ist ehen das sogenannte tychonisclie Weltsystem, dessen Eigenart oben bereits auseinander gesetzt worden ist.
- Man kann nicht leugnen, dass dasselbe, von einem Astro-nomen ersten Ranges ausgehend und die Ivlippe der ver-meintlicben Schriftwidrigkeit klug umschitFend, bei den Zeitgenossen Anklang fand, und wir begreifen und billigen auch, dass es ihn finden musste. Freilich musste man sich mit der ziemlich kurzen Darstellung des Jabres 1587 be-gnügen, und die naheliegende Frage, ob demi das neue System dem Praktiker auch eine exakte Vorausberechnung der planetarischen Konstellationen ermôgliche, blieb unerle-digt. Brahe 2 liegte allerdings die Absicht, in dem projek-tierten « Theatrum Astronomicum » die Planetentheorie
- •1. T. Brahe, De mundi aetherei recentioribus phaenomenis liber secun-dus, Frankfurt a. M. (Ausgabe von 1610), S. 185 ff.
- 2. Solange doch noch das geometrische Rüstzeug der altgriechischen Schule beibehalten werden musste, meint Prowe (Nikolaus Coppernicus, I, 2, Berlin 1883, S. 309) mit Fug, war es nicht so leicht, zwischen den Systemen Coppernics und Brahes die Wahl zu treffen. Es ist gesagt worden (.Eckert, Erinnerungen an Tyclio Brahe und sein Planetensystem, Basel 1846; Schinz, Würdigung des tychonischen Weltsystemes aus dem Stand-punkte des XVI. Jalirhunderts, Halle a. S. 1856), dass in jener Zeit sogar Gründe vorhanden waren, um der mit dem Zeugnis der Sinne vertragliche-ren geozentrischen ]Weltordnung Brahes dem Vorzug zu geben; immerhin môchten wir glauben, dass wenn letztere wirklich für kurze Zeit zu allge-meinerer Anerkennung durchgedrungen war, dabei das unglückliche theolo-gische Moment von ausschlaggebender Bedeutung war.
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- nach seinem Sinne mathematisch zu gestalten, allein dieses Werk ist niemals ernsthaft in angriff genommen worden, nnd mit der einzig vorhandenen Andeutung iiber die Epi-zykel der Planeten Saturn ist nicht viel anzufangen.
- Man versteht deshalb nur zu wohl, dass der ehrgeizige Mann, als er das vorzeitige Ende seiner Lebenstage heran-nahen fühlte, schwer unter dem Gedanken litt, die ver-meintlich wichtigste Ernte einer arbeitsreichen Beaekerung des Feldes der Wissenschaft nicht rechtzeitig unter Dach gebracht zu haben. Was er nicht mehr zu thun imstande war, sollte ein anderer leisten, und es ist bekannt, dass .er seinem Assistenten Kepler auf dem Sterbebette mit der Bitte anlag an seiner Statt die theoretische Begründung des tychonischen Systèmes durchzuführen. Dass seinem Ersuchen keine Folge gegeben werden konnte, lag in der Natur der Dinge, denn Kepler war, seitdem er in die Welt getreten, ein überzeugterCoppernicaner und hatte sich selbst widerlegen müssen, wenn er Tychos Wunsch erfüllen wollte. Es ist bisher des ersteren Stellung zu dem Système, dessen Pfleger er hatte werden sollen, noch niemals Gegen-stand eingehenderer Erôrterung gewesen, und es mag diese kleine Lücke in der Geschichte der Sternkunde deshalb nachstehend ausgefüllt werden.
- Kepler bewahrte sich auch in diesem Falle jenes wor-nehm objektive Urteil, das ihn in einer Zeitwüster litteraris-cher Parteistreitigkeiten so vorteilhaft auszeichnete ; er verfiel vor allem nicht in den Fehler modéra er Schrift-steller, das System Brahes deshalb, weil es auf einer irrigen Grundauffassung beruhte, in Bausch und Bogen zu ver-dammen 1 2. Schon seit Uebersendung der Erstlingsschrift
- 1. Nach Gassendi, richtiger Gassend (Tychonis Brahei, equitis Dani, astronomorum coryphaei, vita, Haag 1655, S. 179), hâtten Tychos Worte folgendermassen gelautet : « Quaeso te, mi Joannes, ut quando quod Tu Soli pellicienti, ego ipsis planetis ultro affectantibus et quasi adulantibus tribuo, velis eadem omnia in mea demonstrare hypothesi, quae in Coper-nicana declarare tibi est cordi. »
- 2. Am weitesten ging hier wohl Maedler (Geschichte der Himmelskunde
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- « Mysterium Cosmographicum » korrespondierten beide Mariner mit einander, und schon damais erklârte Tycho seine Doktrin für die « probablere » K Kepler hatte die Artigkeit2, die Behauptung des Ursus, dessen Gegner habe nur uralte Hypothesen des Apollonius Pergaeus wieder aufgewarmt, entsehieden zurückzuweisen, weil man ja von jenem alten Griechen so gut wie gar nichts zuverlâssiges wisse. Dagegen hat er schon frühzeitig gerade die Môglich-keit, mit hilfe jenes Systèmes gewisse Anomalien des Ko-metenlaufes zu erklâren, von sich abgewiesen3. In man -chen Fâllen, so bezüglich der Sonnenparallaxe, sei es natürlich gleichgiltig, ob man dem Coppernicus oder Tycho folge4. Ja er gibt letzterem sogar zu, dass auch bei seinen Annahmen die « Weltharmonie » bestehen bleiben kônne, und bemüht sich, seine bekannte Polyedertheorie, kraft welcher eine jede Planetensphâre einem platonischen Kôrper ein und einem zweiten solchen Korper umbeschrieben sein sollte, auch auf die tychonische Weltordnung auszu-dehnen 5. Rein referierend verhalt er sich gegen letztere zuerst in der « Epitome Astronomiae Gopernicae », uni dann allerdings spâter im gleichen Werke eine gründliche
- von der altesten bis anf die neuesle Zeit, 1. Band, Braunschweig 1873, S. 208 ff.). Er will die Autorschaft, dem klaren Texte des Kometenwerkes zum trotze, dem berühmten Astronomen geradezu abstreiten. Man kann nichts unhistorischeres lesen, als die Philippika gegen Tycho, aus der nur Maedlers Unfahigkeit hervorgeht, sich in den Geist früherer Zeiten zu versetzen.
- ,1. Kepler, Opéra, 1. Band, S. 44 ff.
- 2. Ebend£\, 1. Band, S. 266.
- 3. Ebenda, 1. Band, S. 524. In der Responsio ad Roeslinum heissl es : « Sag mir aber einer ex hypothesi Tychonis, wie es zugehe, dass der Komet anno 1577, sowohl aïs die zween vorhabende, in loco quadrato seines stillstandes und verschwindung den grôssesten motum diurnum gehabt. »
- 4. Ebenda, 2. Band, Frankfurt a. M.-Erlangen 1859, S. 331 ff.
- 5. Ebenda, 5. Band, Frankfurt a. M.-Erlangen 1864, S. 275. « Quarc etsi quis est imbecilis fidei homo, qui motum terrae inter sidéra capere non potest, is nibilominus gaudere poterit divinissimi hujus machinamenti con-templatione praestantissima... »
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- Widerlegung folgen zu lassen 'l. Aber immer suchte er pie-tatvoll zu retten, was sich retten iiess ; so bétont er in dem gegen Chiaramonti gerichteten « Hyperaspistes » nach -drücklich, dass der Grundfehler der tychonischen Hypothèse an der Richtigkeit der Satzes, wonach die Kometen weit von der Erde entfernt sind, nicht dass Mindeste ân-dere 2. Auch nimmt er einmal Brahe gegen einen unge-rechtfertigten AngrifF Galileis in Schutz 3. Ailes in Allem kann man sagen, dass Keplers Verfahren, auf der einen Seite die Wahrheitzu fôrdern und auf der anderen das Andenken des Mannes, dem er so viel verdankte, in Ehren zu halten, unsere vollste Billigung finden muss.
- Das tychonische System hat, wenn auch der berufenste Astronom des Zeitalters die Heeresfolge verweigerte, doch Anhânger und Bewunderer in Menge gefunden. Einer der frühesten, die wir zu nennen haben, war der Schlesier Origanus, recte Tost, dessen Ephemeridenwerk4 gleich deut-lich genug zeigt, wie vôllig unrecht Maedler mit seiner Meinung hat, nach Brahe habe man nicht rechnen kônnen. Origanus geht, ohne dies direktauszusprechen, von Keplers weltmagnetischer Théorie 5 aus und denkt sich von der Erde Fühlfâden auslaufend, welche die Planeten, zu denen natürlich auch die Sonne gehôrt, im Kreise herumführen. Neu ist aber die Folgerung, dass auch die Erdkugel selbst
- 1. Kepler, Opéra, 6. Band, Frankfurt a. M.-Erlangen 1866, S. 309, S. 334 ff. Fünf Momente sind für eine diesen Namen verdienende Weltordnung massgebend : I. Die Sonne hat eine zentrale Stellung ; II. uni sie zirkulieren die Planeten; III. zu letzteren gehort unsere Erde; IV. die Erdbakn ver-schwindet gegen dieFixsterndistanz ; V. Erde und Mond gehorén zusammen. Tycho ignoriert nach Kepler Punkl IV und vertauscht irrig Punkt I mit III.
- 2. Ebenda, 7. Band, Frankfurt a. M. 1868, S. 221 ff.
- 3. Ebenda, 7. Band, S. 279.
- 4. Origanus, Novae motuum coelestium ephemerides Brandenburgicae, Frankfurt a. O. 1609. Die theoretisch besonders intéressante Einleitung ist unpaginiert.
- 3. Vgl. Günthér, J. Kepler und der telluriseli-kosinische Magnetismus, Wien-Olmütz 1889.
- Congrès d'histoire (V" section).
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- an dieser zyklisehen Bewegung teilnehmen müsse, und da sie im Yerhâltnis zur Entfernung der iibrigen Weltkôr-per nür klein ist, so braucht sie zur Yollendung eineï* Umdrehung nur 24 Stunden. Man kônne sichnicht vorstel-len1, dass die Himmelskugel sich bewege, die Erde aber stillstehe, wie ja auch Maestlin in der Vorrede, die er, schon aus âusseren Rücksichten, sehr vorsichtig gefasst zu der ersten Verôffentlichung seines grossen Schülers lieferte. zutreffend bemerkt 2 : « Itaque multo probabilius et rationi magis consentaneum est, quod immenso hoc mundo a quo-tidiana rapiditate liberato solus hic globulus eo motu ince-dat. » Die Planetenbewegung behandelt Origanus ganz nach den tychonischen Grundsâtzen, will aber sonderbarer-weise wieder den Apollonius zu deren Urheber stempeln 3 : « Imita tores vero sunl nobilissimus Tycho et acutissimus Ursus. » Man darf wohl den vorsichtigen Gelehrten, der zwischen den beiden sich bekampfenden Parteien strengste Neutralilat bewahren môchte, als einen Anhânger des Ursus bezeichnen, weil er eben von diesem die Erdrotation adoptiert hat.
- Allerdings that ein Gleiches auch der intimste Anhânger Tychos, der von ihm zusammen mit Kepler und Tenynagel zur Ausarbeitung der Planetentafeln berufene Longomon-tanus, recte Langberg, aus Jütland. Yon ihm dürfen wir voraussetzen, dass er dem vom Meister vorgezeichneten Wege am bereitwilligsten folgte, und wenn wir also auch bei ihm einer Abweichung von der tychonischen Orthodoxie begegnen, so kônnen wir nur vermuten, dass eben doch wenigstens in diesem einen Punkte das Schwerge-wicht der Yernunft auch einen Tychoniker vom reinsten
- 1. Origanus, S. 132 ff. « Convertit autem motus hic proprie terrae, quae eundem locum in medio mundi tenens, non aliter ac globulus mobilis, parieti clavo seu axi afïixus, super polis et axe mundi ab occasu in orturn quotidie semel circumgyratur. »
- 2. Kepler, Opéra, 1. Band, S. 27.
- 3. Origanus, S. 121 ff.
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- Wasser zu sehr belastete, um sich ihren Argumenten ent-ziehen zu kônnen.
- Longomontanus nimmt sich also vor1, die Système der « drei grôssten Künstler », Ptolemaeus, Coppernicus, und Brahe, unter einander zu versôhnen. Natürlich so, dass das letztgenannte den Sieg davontragen muss. Nur die Behaup-tung, dass die sâmtlichen Fixsterne sich mit ungeheurer Geschwindigkeit um die winzige Erde herumdrehen sollen, will ihm nicht einleuchten, Aveil er die Ueberzeugung hegt, dass erstere durchaus nicht aile den gleichen Abstand vom Weltzentrum haben. Man müsse die Achsendrehung der Erde zugeben 2. Im übrigen zeigt Longomontanus im vollen Gegensatze zu Maedlers Ansicht, dass es allerdings môglich ist, ein abgerundetes astronomisches System anf grund der tychonischen Hypothèse zu konstruieren.
- Andere Tychonianer Avaren Magini3 4 5, Morin ^ und Ar-golib. Wenigstens Avird dies von dem letzteren behaup-
- 1. Longomontanus, Astronomia Danica, Amsterdam 1622.
- 2. Ebenda, S. 19. « Terrain autem super centro in medio moveri, et diurnam revolutionem ab occasu in ortum perficere magno compendio naturae nos cum D. Origano et aliis hujus saeculi praestantissimis viris, asserimus. »
- 3. Magini nimmt eine ungemein sonderbare Stellung ein, wie man aus seinem von Favaro edierten und trefflich kommentierten Briefwechsel ersieht (Carteggio inedito di Ticone Brahe, Giovanni Kepler e di altri celebri astronomi e matematici dei secoli XVI e XVII con Giovanni Antonio Magini, Bologna 1886). Briefe an Clavius und Adrianus Romanus (a. a. O. S. 215, 249) ergeben, dass Magini zumal das mathematische Wissen Tychos hôchst ungünstig beurteilte und dessen oben erwâhnte Bestimmung der gegenseitigen Lage von Sonnen -und Marsbahn zur Zielscheibe heftigs-ten Angriffes machte. Trotzdem stand er auch mit Brahe in lebhaftester Korrespondenz, welche grossenteils der Dâne Gellius Sascerides als Mittels-mann im Gange erhielt, und bei aller Verehrung gegen Coppernicus glaubte er dessen « Hypothèse von der mehrfachen Bewegung der Erde «verwerfen und sich, wenigstens ofïiziell, an die tychonische anschliessen zu müssen.
- 4. Von Morin kommen hier hauptsachlich in betracht die gegen Gassend gerichteten « Alae Telluris fractae » (Paris 1643); wir haben spalernoch auf diesen fruchtbaren Schriftsteller zurückzukommen.
- 5. Argoli, Ephemeridum juxta Tychonis hypothèses et caelo deductas observationes tomus primus (1631-1655), Padua 1638.
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- tet1 in den Schriften von Kaestner und Wolf, und in der That sind auch Epliemeriden, die Argoli herausgab, dem Titel zufolge nach tychonischen Grundsatzen berechnet. Bezüglich eines anderen Werkes desselben Autors scheint zwiscben der ersten und zweiten Auflage unterschieden werden zu müssen. Lansperg dagegen, der gelegentlich auch zu Brahes Anhângern gezâhlt wird 2, ist dies in Wahrheit niemals gewesen, sondern er war entschiedener Coppernicaner und lieferte als solcher ein Tafelwerk, wel-cher den « Rudolfinischen Tafeln » Keplers Konkurrenz machen sollte, dieses Ziel jedoch nach den übereinstim-menden Zeugnissen der Maria Cunitia und des Englânders Crabtree durchaus nicht erreichte. Gerade Lansperg ist wegen seiner entschiedenen Vertretung des heliozentrischen Parteistandpunktes vielfach angefeindet worden3.
- Wirklich nur der Not, und nicht dem eigenen Triebe gehorchend, stellte sich der Jesuit Riccioli auf die Seite Brahes. Um seine prekare Stellung nicht zu getahrden,
- 1. Kaestner, Geschichte der Mathemalik, 4. Band, Goettingen 1800, S. 113 fF. ; Wolf, Gesch. d. Astr., S. 246. Nach ersterem wâre das in dem fraglichen Werke (Pandosion Sphaericum, in quo singula in elementaribus regionibus, alque aetherea, mathematice pertractantur, Padua 1644) erlauterte System das tychonische, nacb letzterem das aegyptische gewesen. Die uns vorliegende zweite Auflage (Padua 1663) enthâlt jedoch (S. 224) einen vôllig widerspreclienden und dazu unangreifbar klaren Satz : « Luna in sphaera omnium minima distantissima a primo caelo debet existimari, cum citius etiam reliquis cursum deproperet ; post quam suo ordine collo-cari Mercurius, Venus, Sol, Mars, Jupiter et Saturnus... « Diesem Aus-prucbe zufolge ist Argoli Ptolemaiker und nicht Tychoniker gewesen.
- 2. Am 12. Mârz 1598 schrieb Ilerwart von Hohenburg an Kepler (1. Band, S. 61 lî.) : « Philippus Lansperg meditatur novas hypothèses planetarum, in quibus centrum fixum ponit, reliquos autem motus primi mobilis cir-cumferentiae ejusdem tribuit. » Kepler antwortet, dies sei die Ansicht des Ursus, nicht die des Lansperg.
- 3. Vgl. Kaestner, à. a. A., 4. Band, S. 421 ff. Als Gegner Lanspergs that sich insonderheit Fromond durch seinen « Ant-Aristarchus » (Antwerpen 1631) hervor, gegen den dann wieder der Solm des AngegrifTenen eine lebhafte Antikritik erofTnete. Die Diskussion drelit sich hier, wie auch sonst in ahnlichen Fallen, grosstenteils um Fragen, die fur die wissenschaft-liche Entscheidung überhaupt nicht in betracht kommen konnten.
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- stellt er in seinem Hauptwerke 1 den 49 zu gunsten des Coppernicus sprechenden Gründen 77 gegenüber, welche denselben widerlegen sollen, allein zwischen den Zeilen ist deutlich genug zu lesen, dass er die Argumente lieber gewogen als gezâhlt halte. Das tychonische System erschien ihm, der durch und durch ein Mann des Kompromisses war, als das relativ beste, doch konnte er sich nicht enthal-ten, daran noch eine weitere , dem Ausgleiche noch mehr entgegenkommende Aenderung anzubringen, indem er nâmlich auch Juppiter und Saturn der Erde als Satelli-ten direkt beigab, so dass also die Sonne nur Merkur, Venus und Mars als unmittelbare Begleiter behielt 2. Rein wissenschaftlich betrachtet, ist freilich diese Anordnung weit minderwertiger als die von Tycho getroffene. Riccioli neigte überhaupt zu Künsteleien ; eine derselben haben wir in den vorhandenen Geschichtswerken nirgends erwâhnt gefunden und wollen ihrer deshalb an diesem Orte geden-ken. Es sei empfehlenswert, wird gesagt, die Gestalt der Planetenbahnen mit Kepler als für eine von der reinen Kreisform abweichende zu erklâren, aber wirkliche Befrie-digung kônne man auch durch die Ellipse nicht erhalten, sondern einzig und allein « per motum spiralem omnibus planetis communem». Zitiert werden wegen ihrer Vorliebe für Spiralbewegungen der Araber Alpetragius 3 und der neuere Philosoph Patricius, übrigens eine der eigentüm-lichsten Erscheinungen einer an gelehrten Sonderlingen reichen Période, und jedenfalls nicht der entschiedene Anticoppernicaner, als welcher er da und dort hingestellt wird 4. Interpretieren wir Ricciolis Worte 5 richtig, so
- 1. Riccioli, Almagestum Novum, Bologna 1651.
- 2. Wolf, Gesch.d. Astr., S. 246 ; Maedler, Gesch. d. Himmelsk., 1. Band, S. 319.
- 3. Hiezu vgl. Günther, Studien zur Geschichte der mathematischen und physikalischen Géographie, Halle a. d. S., S. 79 ff.
- 4. Ebenda, S. 165 ff.
- 5. Riccioli, Astronomia Reformata, Bologna 1665, S. 63. Npchdem die
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- glaubte er, dass die Wandelsterne ihre Bahn in einer Kegelloxodrome beschreiben.
- Im Gegensatze zu dem Vorgenannten, dessen wahre Meinung aus seinen verschiedenartigen Aeusserungen nicht mit Sicherheit erschlossen werden kann, war der grosse Didaktiker Amos Comenius, recte Komensky, ein überzeug-ter Anhanger TychosK Das grôssere astronomische Werk, mit dessen Ausarbeitung er sich trug2, ist allerdings nicht zur Yollendung gelangt, aber wir besitzen dafür einen an-deren Beleg, der unwidersprechlich ist. Comenius hat namlich, wie im Gebiete anderer Diszij)linen, so auch in demjenigen der Astronomie, einen « Scliulaktus » angefer-tigt, und aus diesem erhellt3, wenngleich Tychos Name nicht genannt wird, die Ricbtigkeit dessen, was wir sag-
- Schwierigkeiten einer vollkommenen Einsicht in die anscheinend vorhande-nen Anomalien derplanetarischen Bahnen dargelegt sind, heisst es weiter : « Quo admisso, si concipimus solem velut circa conum spiras diurnas pera-gere, et eas modo laxiores modo angustiores tam in altum quam in latum des-cribere,et eo momento, quo fixa Stella, cum qua coeperit a meridiano eodem moveri occasum versus, revertitur ad eundem meridianum, non reverti, sed aliquando tardius, salvae erunt omnes apparentiae in solis motu. In planetis vero qui stationarii videntur, ac retrogradi, directive, facillime liujus apparentiae ratio assignabitur. » Man staunt darüber, dass es damais noch so grosse Schwierigkeiten bereitete, sich den Unterschied zwischen Sternzeit und wahrer Sonnenzeit, also eine selbst fur den Ptolemaiker nicht gerade schwierige Sache, klar zu machen, und dass da natürlich das Stillstehen und Rücklâufigwerden der Planeten noch verwickeltere Annahmen erfor-derlich machte, ist unschwer einzusehen.
- 1. Vgl. Günther, Comenius als Geograph und Naturforscher, Ausland, 65. Band, S. 241 ff., 260 ff.
- 2; Das Buch sollte Lansperg gewidmet sein und folgende Aufschrift tragen : « Astronomia ad lucem physicam reformanda, novis non ad placi-tum fictis, sed veris et realibus, e cœli natura desumtis hypothesibus superstruenda » (J. Millier, Zur Bücherkunde des Comenius, Monatshefte der Comenius-Gesellschaft, I, 1, S. 29 fT.
- 3. J. A. Comenii Didactica Opéra Omnia, Amsterdam 1657, III, Spalte 947 ff. « Sol et Luna pro centro gyrationis suae habent Terram, aeque ut stellae flxae, quamquam non adeo praecise... At Planetae centrum sui motus Solem habent, ideoque supra Solem constituti apogaei sunt (altis-simi) et directi, in opposito perigaei (humillimi) et retrogradi ; ad latera, per aliquot dies stationarii. »
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- ten. Ungemein wenig klar ist die Gharakteristik des Welt-systemes in der « Physik » ; wôrtlich genommen, muss diese Erklârung des Planetenlaufes den Erklârer als einen Anhânger des « aegyptischen » Systèmes erscheinen las-sen b Vielleicht war der géniale Schulmann mit sich selbst nur insofern einig, als er unter allen Umstânden die angeblich bibliscbe Lehre von der Ruhe der Erde aufrecht erhalten wissen wollte.
- Dass wâhrend des ganzen XYII. Jahrhunderts von einem endgiltigen Siégé der coppernicanisclien Kosmologie noch keine Rede sein konnte, ist bekannt, und eine endlose Litteratur, von der hier nur ein paar Proben namhaft gemacht sein môgen nahm bald für die geozentrische, bald für die heliozentrische Auffassung Partei. Von etwas hôherem Interesse sind ein paar aus der Elut emporra-gende Schriften deswegen, weil sie dem Kompromissge-danken in ganz eigentümlicher Weise Ausdruck verleihen; einige absprechende Redensarten, die ihnen bisher aus-schliesslich zu teil wurden 1 2 3, geben über die Sache jeden-
- 1. Des Johann Amos Comenius Entwurf der nach dem gôttlichen Lichte umgestalteten Naturkunde..., herausgegeben, übersetzt und erlautert von J. Reher, Giessen, 1896, S. 189.
- 2. Dahin gehôren : Lipstorp, Copernicus redivivus seu de vero mundi systemate, Leiden 1653; Herbinius, Famosae de solis vel telluris motu controversiae examen theologico-philosophicum, Utrecht, 1655 ; Megerlin, Systema mundi Copernicanum argumentis invictis demonstratum et conci-liatum theologiae, Amsterdam 1682. Weidler (Historia astronomiae sive de ortu et progressu astronomiae liber singularis, Wittenberg 1741, S. 550) erwahnt auch, als bemerkenswert, der Schrift einer gelehrten Dame : Jeanne Dumée, Entretiens sur l’opinion de Copernic touchant la mobilité de la terre, Paris 1680. Die Litteraturgattung hôrt übrigens mil dem Jahre 1700 noch keineswegs auf, sondern pflanzt sich, wie wir sehen werden, nocb tief ins nâchste SSkulum hinein fort.
- 3. Kaestner, a. a. O., S. 448 ff., Maedler, a. a. O., S. 324. Zumal der letz-tere scheint das Werk, das er verurteilt, ohne allerdings seinem Verfasser « einige gute Ideen » abzusprechen, niemals vor Augen gehabt zu haben. Er konnte sonst niclit wegwerfend aussern, Deusing habe von Kepler gar keine Ahnung gehabt, denn wie manauch sonst über ersteren denken mag, muss man doch zugeben, dass er eine ganz zweckentprechende Uebersicht über die kosmologischen Anschauungen der Gegenwart und Vergangenheit gibt und dabei den Keplerschen Gesetzen bewusste Rechnung tragt.
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- falls keinen genîigenden Aufschluss. Der Niederlânder A. Deusing (1612-1666), vom Niederrhein gebürtig, aber in Holland heimisch geworden, ist 1 seiner Grundstim-mung nach Tychoniker, indem er nur, ganz aus den von Longomontanus geltend gemachten Gründen, die tâgliche Bewegung des Erdkôrpers anerkennt. Ja, letzterem wer-den sogar noch einige andere Bewegungeu zugeteilt, ohne dass allerdings der Mittelpunkt seine Lage im Raume ver-andert. Der Kernpunkt dessen, was als wichtige Neuerung eingeführt wird, liegt in nachstehendem Satze 2 : « Suppo-sita terra immobili, planetae superiores circa solem mobilem rotantia per eccenlricum, una cumsole mobilem, aequalem homocentrico planetarum Tychonis, cujus eccentricitas ad solem relata eondem parallelum situm serval, cum tamen sole posito in universi medio, centri vicem gerente, vide-antur circa hune immobilem gyrari diffusiori orbe ». Die Bewegung einerseits der Sonne, andererseits der Planeten muss mithin wechselseitig so beschaffen sein, dass letztere anstandslos als um eine ruhende Sonne sich bewegend aufgefasst und auch berechnet werden kônnen. Gewiss ein zwar verzweifelter, aber keineswegs geistloser Versuch, das heliozentrische System unter der Firma dass die Zen-tralstellung der Erde nicht beeintrachtigt werden solle, durch eine Hintertliüre einzuschmuggeln.
- Noch anders geht J. Coccaeus — mutmasslich Koch — zu werke 3. Er erkennt überhaupt keinen unbewegten Himmelskôrper an, so dass also weder die Erde noch die Sonne das Zentrum der sichtbaren Welt darstellt. Jeder von diesen Weltkôrpern beschreibt ein en Kreis von glei-chem Halbmesser derart, dass der wirkliche Mittelpunkt
- 1. Deusing, De vero systemate mundi dissertatio raathematica, Amsterdam 1643.
- 2. Deusing, S. 43.
- 3. Coccaeus, Epistola de mundi, quae circumferuntur, systematis et novo alio illis certiore dialogismus paradoxum co.mplexa,- Amsterdam 1660, S. 30 ff.
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- des Universums die durch die Mittelpunkte jener beiden Kreise bestimmte Strecke halbiert, und zwar geht diese Gerade, gehôrig verlangert. auch durch die an der Him-melskugel befîndlichen Ivnotenpunkte der Ekliptik hin-durch. Die Umdrehung des « mundus elementaris » bringt den Wechsel zwischen Tag und Nacht liervor; die samt-lichen Planeten 1 umkreisen den idealen, durch keinen Kôrper besetzten Weltmittelpunkt. Damit war dann frei-lich der gordische Knoten durchschnitten und der Neben-buhlerschaft zwischen Erde und Sonne dadurch ein Ende bereitet2, dass beide als absolut gleichwertige kosmische Individuel! hingestellt wurden. Auf diesem Système einen astronomischen Kalkul aufzubauen, ist begreiflicherweise nie versucht worden.
- Wir haben die Ueberzeugung gewonnen, dass die Kom-promisstheoretiker des XVII. Jahrhunderts keineswegs engherzig an der tychoniscken Weltordnung festhielten, sondern aile nur denkbaren Variationen plausibel zu inachen beflissen waren. Auch die beiden Tychoniker der Folgezeit, die wir allein noch aufzufinden vermochten, suchen wrenigslens Tycho und Kepler mit einander zu ver-sôhnen, was ja auch keine logische Unmôglichkeit ist. Deide waren Geistliche, und dieser Umstand klart hinlang-licli darüber auf3, weshalb sie die Unbeweglichkeit der
- 1. Von den Planeten ist Saturn als Kugel mit zwei Henkeln abgebildet, ko wie man ihn vor Bekanntwerden von Huygens' Entdeckung des Ringes sich ihn allgemein vorstellte (Wolf, Gesch. d. Astr., S. 403 ff.).
- 2. Das System des Coccaeus hat eine gewisse Aehnlichkeit mit demjeni-gen des Philolaus, sowie wir uns letzteres auf Th-II. Martins Interprétation hin zu denken haben (Hypothèse astronomique de Philolaus, Bullettino di bibliografia e di storia delle scienze matematiche e fisiche, b. Band, S. 127 ff.). Statt der Sonne ware die « Gegenerde », statt des unausgefüllten Zentrums das « Zentralfeuer » zu setzen, um welch letzteres y0c4v und àv-i'-/0tov ihren Umlauf vollzogen.
- 3. Iliezu gibt Weidler (a. a. O., S. 611) ein überaus belehrendes Beispiel fuis einem Werke eines dritten Mônches, K. Thoma (Firmamentum Firmia-uum, Augsburg 1731). Der Auszug lautet folgendermassen : « Praeterea reprehendit eos, qui Copernicanum systema tanquam ridendam fabulam
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- Erde um jeden Preis relten zu müssen vermeinten. la diese Kategorie gehôren denn auch zwei deutsche Gelehrle aas der ersten Hâlfte des XYIII. Jahrhundert, der Jesuit Schreier und der Benediktiner Amorti
- Ersterer verkündet in den « Parerga ex universa ma-thesi » welche er einer grôsseren astronomischen Schrift folgen lâsst!, sein Glaubensbekennlnis in folgender These : « Systema Tychonicum bene explicat directiones, statio-nes, retrogradationes, planetarum. Non minus Ricciolinum. Nec non Copernicanum per suas maxime rationes opticas ~. Quod tamen aliunde falsum supponimus ». Die Bewegung der Sonne wird zuerst im exzentrischen Kreise dargestellt, sodann in der Ellipse, und letztere erhalt den Vorzug. Man konstatiert also, dass Schreier mit den Errungenschaften der Wissenchaft in guter Fühlung zu bleiben wünscht und dieselben soweit beriicksichtigt, als es sich nur immer mit dem vermeintlichen Dogma vertrâgt. Uebrigens hâtte er damais auch schon diese Rücksicht nichtmehr allzu strenge walten zu lassen gebraucht3. Mit ihm steht wesentlich auf
- explodunt. nec dubitat, ut nunc non pauci e romanis catholicis sunt, qui systema illud, tanquam hypothesin astronomicam, propugnant, ita multos plures fore, qui idem ut verum systema amplecterentur, nisi longe altior et fortior fidei et ecclesiae obstaret auctoritas. » Mit anderen Worten : Môge uns doch endlich die Kirchenbehôrde gestatten, das auch ôffentlich als Wahrheit anzuerkennen, was wir als solche im Herzen anerkennen, obwohl wir aus Diplomatie vor dem grossen Publikum uns so anstellen müssen,als benützten wir das heliozentrische System lediglich als eine bequeme Rechnungshypothese !
- 1. Schreier, Theoria Solis et Lunae, Ingolstadt 1728.
- 2. Was hier « optisch » genannt wird, würden wir nach unserem Sprach-gebrauche als « geometrisch » bezeichnen.
- 3. K. v. Prantl (Geschichte der Ludwig-Maximilians-Universitât in Ingolstadt, Landshut, München, 1. Band, München 1872, S. 541 fT.) erinnert daran, dass Schreiers unmittelbarer Vorgânger Nicasius Grammatici, ein bekannter Mathematiker seinen coppernicanischen Standpunkt ungc-scheut zur Geltung brachte (Planetolabium novum, Ingolstadt 1725). Ein gefahrlicher Boden für astronomische Neuerer war jedoch die kurbayerische Hochscbule immerhin, denn kurz zuvor(1719) war der Mediziner Trcyliiig zu wenigstens bedingtem Widerrufe angehalten worden, weil er die akademische These hatte drucken lassen (a. Prantl, I, S. 529) : « Ad
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- gleicher Stufe Eusebius Amort, eine in der bayerischen Gelehrten- und Kulturgeschichte vielgenannte Persônlich-keit1. Es scheint uns keinem Zweifel zu unterliegen, dass derselbe ursprünglich von tychonischen Grundsâtzen aus-gegangen, spâter aber zu einer Scheidung der Planeten ge-langt ist, die ihn die oberen Planeten der Erde wiederum zuweisen liess. Die Bahnen von Mond, Sonne — nebst Merkur und Venus —, Mars, Juppiter und Saturn werden — der betreffende Ausdruck war damais noch nicht ge-brâuchlich — als konfokale Ellipsen defmiert, in deren einem Brennpunkte die Erde steht2. Angesichts dieser Auf-fassung durfte das Wesen dieser Hypothèse, die unseres Wissens keine weitere Verbreitung fand, dahin gekenn-zeichnet werden 3 : Die Amortsche Théorie der Planeten-bewegung ist eine Vereinigung der sogenannten aegypti-sclien Weltsystemes mit den Neuerungen Keplers, Aus spâterer Zeit ist uns kein bewussier ernst zu nehmender Anlicoppernicaner melir bekannt, und die Kompromisssy-steme sterben aus, iveil kein Bedürfnis mehr nach ihnen vorliegt.
- Amort hatte sein Beslreben, die vorhandene Doktrin in seinem Sinne zu verbessern, nicht auf die Ellipsen ausge-dehnt, bezüglich deren er die Gesetze Keplers adoptierte. Gerade dieser Punkt hat aber auch einer lebhaften Kom-promissthâtigkeit zum Dasein verholfen, die insbesondere
- medicinam parum confert scire, quomodo coelum gradiatur ; nobis lamen systema mundi Copernicanum ceteris multo elegantius, ingeniosius, rationibus et argurnentis speciosionbus nixum, divina sapientia dignius neque sacris litteris adversum videtur. »
- 1. Ueber A morts Thatigkeit ist von uns an anderem Orte ausführlicher gehandelt worden (Forschungen zur Kultur-und Litteraturgeschichte Bayeras, 1. Buch, S. 103 ff.)
- 2. Es kommenhier namentlich zwei unter den vielen Werken, die Amort verfasst hat, in frage : Nova philosophiae planetarum et artis criticae svstemata adumbrata, Nürnberg 1723 ; Philosophia Pollingiana ad normara burgundicae. Regensburg 1730. Vgl. auch Acta Ei-uditorum Lipsiensia, 1724, b. 306 ff.
- 3. Günther, a. a. O., S. 106.
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- ihr Augenmerk auf die Frage richtete : Was hat der zioeite verni anziehenden Kôrper nicht. angenommene Brennpunkt für eine Bestimmung? Die Frage ware gar nicht aufge-worfen worden, wenn man damais bereils gewusst halte, dass ein Himmelskôrper sich.sehr wolil auch in einem Ke-gelschnitte beAvegen kann, dem nur eineinziger Brennpunkt zukommt h Die Versuche, auch für den anderen Brennpunkt einen Zweck auszumitteln, beginnen ziemlich friihe und laufen, mit geringen Abweichungen, immer auf das gleiche Endziel hinaus. Begriinder dieser Richtung ist2 der Jesuit A. Curtius, recte Kurtz, dessen hierher gehôriges Werk 3 ubrigens auch den Beifall Keplers fand4. Im einen Brennpunkte A der elliptischen Planetenkurve steht hier-nach die Sonne ; der andere Brennpunkt B \rerlritt die Stelle, die Ptolemaeus dem « punctum aequans » in der Théorie des exzentrischen Kreises angewiesen hatte ; Radiensek-toren, die von B aus nach dem Planeten gezogen werden, überstreichen in gleichen Zeiten gleiche Winkel, und solche, die von A aus nach dem Planeten gezogen werden, überstreichen in gleichen Zeiten gleiche Flâchen (Sektoren). Werden teleologischen Geist des Zeitallerskennt,kannhe-greifen, dass dieses Auskunftsmiltel vielen Anklang fand, und da die meisten Planetenbahnen nur wenig von einem Kreise abweichen, so trat auch die Fehlerhaftigkeit der Annahme nur unbedeutend hervor. Schon beim Mars, der eine stârkere Exzen trizilat besitzt, musste sich aber derFehler geltend machen, und so ist es denn auch dem Manne er-gangen, der diese neue Planetentheorie nicht nur in Wor-ten zu begriinden, sondera sie auch für die Berechnung der himmlischen Bewegungen nutzbar zu machen suchte.
- * 1. Die parabolische Bahn einzelner Kometen ist nicht allzu lange nachher erkannt worden (Reinhardt, Magister Georg Samuel Dôrffel, ein Beitrag zur Geschichte der Astronomie im XVII Jahrhnndert, Plauen 1882).
- 2. Weidler, S. 455.
- 3. Curtius, Novum coeli systema, Dillingen 1626.
- 4. Kepler, Opéra, 6. Band, S. 581.
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- Ism. Boulliau 1 (Bullialdus) war, wie seine erste Yerôf-fenllichung 2 clarthut, durch eine sorgfaltige geschichtliche Vergleichung der verschiedenen Weltsysteme, unler denen das tychonische niclit zuletzt berücksichtigt wurde, von der Richtigkeit der coppernicanischen Weltordnung über-zeugt worden, die er jedoch irrtümlich als eine Neu-belebung von derjenigen des Philolaus auffasste. Sein umfassenderes Werk nimml3 Keplers Lehren im wesent-lichen auf, obwohl gegen einzelne Punkte derselben gele-gentlich polemisiert wird; alsdann wird die erwâhnte, durch eine ziemlich mühsame Konstruktion der Ellipse an einem schiefen Kegel gerechtfertigte Erganzung angebracht, der Boulliau, wie sich von selbst versteht, einen hohen Wert4 unterlegt. Die Tafeln jedoch, welclie er aufgrund der « hypothesis elliptica simplex », Avie er sich ausdriïckte, berechnete, gaben dieser angeblichen Einfachheit nicht recht, denn sie waren ininder genau als die Keplerschen.
- GleicliAvohl wirkte eben diese Hypolhese in hohem Grade anregend, ja geradezu Schule-bildend ; noch 1696 fertigte der als solcher weit bekannte Globentechniker Zumbach von Coesfeld ein Modell des Planetensystemes nach Boul-
- 1. Wir haben den in mancherlei Versionen vorkommenden Namen so geschrieben, wie er von Poggendorff (Biographisch-litterarisches Hand-worterbuch zur Geschichte der exakten Wissenscliaften, 1. Band, Leipzig 1863, Spalte 258) als die korrekte Form angegeben wîrd.
- 2. Boulliau, Philolaus seu dissertatio de vero systemate mundi, Amsterdam 1639.
- 3. Boulliau, Astronomia philolaica, opus novum, in quo motus^planeta-rmn per novam et veram hypothesin demonstrantur,Paris 1645. Abgesehen gerade von der Neuerung, welche dem Autor als besonders wichtig erschien, ist das Werkden besten alteren Lehrbüchern der Astronomie beizuzahlen. So lautet wenigstens das Gutachten eines besonders berufenen Beurteilers [Lalande, Bibliographie astronomique, avec l’histoire de l’astronomie depuis 1781 jusqu’en 1802, Paris 1803, S. 221), und auch Wolf stellt (S. 432) ein analoges Zeugnis aus. Boulliau ist spiiter nochmals auf seine Lieb-lingsidee zurückgekommen (Astronomia philolaica clarius asserta, Paris, 1657).
- 4. Weidler, S. 575 ff.
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- liaus Vorschriften an. Die Englânder Ward[, Wing2, Streete 3 haben sich in ihren Schriften durchaus auch, wenngleich mit einzelnen Modifikationen, auf den gleichen Boden gestellt, und nicht minder that dies schon früher der als Fortifikationskünstler ausgezeichnete Graf Pag an 4. Natürlich fehlte es Boulliau auch nicht an Gegnern, unter denen der vorerwâhnte Morin der heftigste war5.
- Wie auf Boulliau 6, so hat naeh Baillys Ansicht7 das Werkchen von Kurlz auch auf Dora. Cassini Einflussgeübt. Indessen sah er sich dadurch nicht sowohl zur Annahme der « einfachen » Hypothèse, als vielmehr zu einer künst-lichen Abanderung der gestaltlichen Verhàltnisse der Pla-
- 1. S. Ward (Sethus Wardus), In Bullialdi astronomiae philolaicae funda-mentum inquisilio, Oxford 1633 ; Astronomia geometrica, ubi methodus proponitur, qua primariorum planetarum astronomia elliptica, sive circula-ris, possit geometrice absolvi, London 1638.
- 2. Wing, Astronomia Britannica, London 1669.
- 3. Streele, Astronomia Carolina ; A new Tlieory of the Celestial Motions, London 1661 ; ins Lateinische übcrsetzt von Doppelmayr, Nürnberg, 1705.
- 4. Graf Pagan, Tracta tus de theoria planetarum, in quo omnes orbes cœlestes geometrice ordinantur, contra sententiam communem astronomo-rum, Paris 1637.
- 5. Vornamlich ist hier zu denken an einen Anhang zu Morins viel besprochener Anleitung (Paris 1647), die geographische Lange zur See mittelst der Magnetnadel zu finden. Der Anhang ist besonders paginiert und führt die Aufschrift : « Joannes Baptista Morinus Prof. Reg.. ab Js-maeli Bullialdi convitiis iniquissimis juste vindicatus » (s. 1. e. a.). Tycho wird mit allem nur erdenklichen Lobe überschüttet, Boulliaus Name in den Staub gezogen, letzerem wird u. a. zum besonderen Verbrechen angerech-net, dass er eine ungleichfôrmige Aclisendrehung gelehrt habe (S. 6 : « Prius enim ipsi demonstranda est ilia telluris revolutio, deindeque revo-lutionum inaequalitas, quod neque fecit, nec ipse nec alius efïiciet sine paralogismis. Auch früher schon trat Morin fur Tycho gegen Boulliau ein ( Tycho Brahaeus in Philolaum pro telluris quiete, Paris 1642), wie er auch gegen Gassend, wie schon erwrahnt, gegen Lansperg (1634) und gegen Longomonlanus (1641) Streitschriften schleuderte, weil diese Astronomen es gewagt hatten, die Erde aus ihrer Ruhe zu bringen. Morins zahlreiche, wiewohl oberflâchliche Schriften lassen ihn als den verbissensten Anticop-pernicaner seines Jalirhunderts erscheinen.
- 6. Bailly, Histoire de l’astronomie moderne, 1. Band, Paris 1783, S. 267 ff. Vgl. dazu auch Montucla, Histoire des mathématiques, 2. Band, Paris 1758, S. 254 ff.
- 7. Bailly,a. a. O., 1. Band, S. 315.
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- netenbahn veranlasst1. Man lernt dieselbe am besten aus dem den Sachverhalt elemenLar darstellenden Kompen-dium 2 seines Sohnes kennen. Nach Kepler hat die betref-fende Kurve, wenn rt und r2 die beiden von den Brenn-punkten ausgehenden Fahrstrahlen sind, in bifokalen Koor-dinaten die Gleichung r4 + r2 — KonsL. ; nach Cassini soll an deren Stelle die folgende treten : rt. r2 = Konst. Die-se Linie, Welche seitdern den Namen Cassini-Kurve erhalten hat, weist eine weit grôssere Verschiedenheit der Gestaltungen auf ; für r{. r2 < a2, unter a den halben Brenn-punktabstand verstanden, zerfâllt sie in zwei getrennt lie-gende Ovale ; für r4. r2 = a2, geht sie in die bekannte Lem-niskate liber ; und wenn die Differenz (v1 v2—a2) betrachtliche Werte annimrat, so nâhert sie sicli mehr und mehr einer Ellipse, so dass also eine ganz leidliche Annâherung erzielt wird. Die Neigung, einfache Dinge in kompliziertere zu verwandeln, wird jedoch trotzdem bei diesem Versuche, einen Kepler zu « verbessern », immer tadelnswert sein, so sehr man auch den Verhâtnissen einer sich'nur langsam aus den Banden einer noch halb mittelalterlichen Anschau-ungweise losringenden Zeit Rechnung zu tragen geneigt sein mag.
- Nachwirkungen hat Cassinis Streben, eine neue Plane-tentheorie zu schaffen, wenn man von seinem Sohne absieht, wenigstens nicht in erheblicherem Masse gehabt3. Newtons Reform brach sich um die Mitte des XVIII. Jahr-hunderts überall die Babn : der letzte überzeugte Cartesianer, der hundertjahrige Fontenelle, starb im Jahre 1757. Spe-ziell in Grossbritannien machten die trefïlichen Handbücher
- 1. Dom. Cassini, Nova ratio inveniendi geometrice et directe apogaea, excentricitates et anomalias planetarum, Bologna 1669. Anderwârts scheint der Autor selbst auf sein Verfahren nicht mehr zurückgekommen zu sein.
- 2. J. Cassini, Élémens d’astronomie, Paris 1740, S. 149 ff.
- 3. Gallet in Avignon hat, anscheinend selbstàndig, von einem wesentlich identischen Prinzipe Gebrauch gemacht (Système nouveau des apparences des planètes, Journal des Savants, 1684).
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- von Gregory 1 und Keill 1 allen Velleitâten, Boulliaus Hypothèse wieder aufleben zu lassen, ein Ende. Man darf wohl behaupten, dass die Vermitthingssysterne, insoweit sie überhaupt einen Platz in der.Gescbichte derWissenschaft ein-zunehmen verdienen, von 1750 an ilire Rolle endgiltig aus-gespielt haben. MitRücksicht auf den oben betonten Um-stand, dass es an einer znsammenhângenden Uebersicbt iiber diese doch immerhin, zumal auch unter dem philoso-pbischen Gesicbtspunkte, merkwiirdigen Durchgangs-phase des menschlichen Erkenntnisfortschrittes bisher ganz gefehlt hat, dürfte es sich empfeblen, die einzelnen Haupt-momente iabellarisch neben einander zu stellen 3.
- I. Die Erde stabil ; die Planeten in Kreisen um die Sonne sich hewegend.
- Tycho Brahe.
- Magini.
- Morin.
- Gomenins.
- II. Die Erde rotierend; die Planeten in Kreisen um die Sonne sich hewegend.
- Raymarus Ursus.
- Origan us.
- Longomontanus.
- III. Modifikationen der in 1. angeführten Anordnung.
- Argoli (abgeândertes aegyptisches System?).
- Riccioli (abgeandertes tychonisches System).
- 1. Gregory, Astroiiomiae physicae et geometricae elementa, Oxford 1702.
- 2. Keill, Introductio ad veram astronomiam, seu lectiones astronoinicae babitae Oxonii, ebenda 1718.
- 3. Wer das Wesen historischer Arbeitkennt, wird keinen Zweifel hegcn, dass unsere Liste der Aslronomen, welche an dem einfachen Lelirsysteine des Coppernicus und Kepler herumzukünsteln trachteten, eine ganz voll-standige nicht sein kann. Immerhin halten wir es für wahrscheinlich, dass uns belangreichere Arbeiten auf diesem Gebiete nicht entgangen sind.
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- Deusing (ebenso).
- Schreier (tychonisches System mit elliptischer Planetenbahn).
- Amort (aegyptisches System mit elliptischer Planetenbahn).
- IV. Erde und Sonne beide beweglich.
- Goccaeus.
- V. Elliptische Planetenbahn mit Gleichstellung beider Brennpunkte.
- Gurtius.
- Boulliau.
- Graf Pagan.
- Ward.
- Wing.
- Zumbach v. Goesfeld.
- Streete.
- VI. Die Planetenbahn als Kurve vierter Ordnung aufge-fasst.
- Dominique Gassini.
- Jacques Gassini de Thury.
- Gallet.
- SlEGMUND GÜNTHER.
- Congrès d’histoire (Ve section).
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- LES PREMIÈRES
- EXPÉRIENCES DE MONTGOLFIER
- D'après des documents russes.
- En présentant à l’attention éclairée de la Section d’His-toire des sciences quelques documents sur les premières expériences aérostatiques de Montgolfîer, nous avons cru que cette réminiscence d’un passé déjà lointain à l’aube du xxe siècle serait bien placée, surtout dans un moment où le grand problème de la navigabilité de l’air, posé au monde savant par la découverte des Montgolfîer, semble aboutir à une solution favorable après plus d’un siècle d’efforts patients et généreux.
- Les documents qui font l’objet de notre communication sont conservés aux Archives principales du Ministère des Affaires Étrangères à Moscou. C’est la correspondance politique du prince Jean Bariatinsky, ministre de Russie à Paris, avec l’impératrice Catherine II. Les quelques dépêches du prince Bariatinsky, se rapportant aux premières expériences aérostatiques faites à Paris en 1783, contiennent des détails curieux sur celles-ci. De plus, pour donner à l’impératrice une idée plus précise sur ces expériences, le ministre a annexé à l’une de ses dépêches quatre aquarelles représentant diverses expériences de Montgolfîer et du professeur Charles. Ces dessins, très bien exécutés, présentent un certain intérêt pour tous ceux qui s’occupent
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- de cette branche de l’histoire des sciences ; c’est pourquoi nous avons cru utile de joindre à notre communication leurs reproductions photographiques.
- Le 30 novembre 1783 le prince Baria tinsky écrivait à l’impératrice1 : a Votre Majesté Impériale sait déjà d’après les journaux qu’un certain Montgolfier, natif du Languedoc, de la ville d’Annonais2, vient de trouver le moyen de soulever en l’air un fardeau d’une pesanteur considérable grâce à la fumée (!) Une expériençe du même genre a été faite ici à Paris par un professeur du nom de Charles au moyen d’air inflammable. Cet engin porte le nom de « machine aérostatique» . Depuis, les deux inventeurs ont fait ici plusieurs expériences; deux d’entre elles sont considérées comme remarquables :
- «1° M. Charles a lancé sur le Champ-de-Mars devant l’Ecole Militaire un ballon de plus de 12 pieds de haut, enduit de gomme élastique. Cette gomme a été préparée par lui en compagnie de deux mécaniciens, les frères Robert, de façon à ce qu’elle ne laisse pas passer la moindre bulle d’air à travers l’enveloppe du ballon. En quelques minutes le ballon monta et fut perdu de vue ; trois quarts d’heure plus tard, on le retrouva crevé dans un champ à quatre ou cinq lieues de Paris.
- « 2° Montgolfier a lancé à Versailles en présence du Roi, de la famille royale et d’une multitude de spectateurs une tente (ballon), faite en toile à voile, de 41 pieds de diamètre sur 57 pieds de haut. Une corbeille tressée, avec un mouton et deux oiseaux dedans, a été attachée sous la tente. Le lancement se fit de la grande cour du palais de Versailles. En quelques minutes le ballon monta à une hauteur de plus de 200 toises ; huit minutes plus tard il descendit dans le parc de Versailles près de Vaucresson, à 1700 toises de l’endroit de son ascension. .
- 1. Les dépêches sont en langue russe; nous en donnons la traduction.
- 2. Lisez « Annonay ».
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- « Le 21 novembre, M. Montgolfier a lancé un second ballon fait de toile à voile, de 46 pieds de diamètre sur 70 pieds de haut. Une galerie en bois, sur laquelle se trouvait un réchaud grillé avec du feu, a été fixée sous le ballon; on y a mis quelques bottes de paille. Deux personnes ont pris place sur la galerie : M. le marquis d’Arlandes, major de l’armée, et M. Pilatre de Rozier, bourgeois de Paris et savant. L’expérience a été faite dans lé jardin du château royal de La Muette. Votre Majesté verra d’après les extraits des journaux de Paris, que je prends la liberté de joindre à la présente, comment se passa cette expérience et ce que firent les voyageurs pendant leur trajet aérien. — Demain matin le professeur Charles tentera une expérience semblable dans le jardin des Tuileries. Il va lancer un ballon de taffetas, enduit de gomme élastique, de 26 pieds de diamètre. Sous le ballon sera fixé un char à la façon antique, fait de baguettes et recouvert de papier d’enveloppe. Les deux frères Robert monteront dans ce ballon.
- « Je me ferai un devoir de présenter à V. M. I. une copie du procès-verbal de l’Académie, qui sera dressé après cette expérience, ainsi que toutes les descriptions qui seront publiées à ce sujet. »
- Cette dépêche du prince Bariatinsky contient deux annexes : les nos des 22 et 29 novembre du Journal de Paris. Dans le premier se trouve le procès-verbal dressé au château de La Muette après l’expérience de Montgolfier ; dans le second, une lettre du marquis d’Arlandes à M. Fauj as de Saint-Fond.
- Le prince Bariatinsky tint sa promesse et sa dépêche suivante, datée du 4 décembre, contenait une description détaillée de l’expérience du professeur Charles. « Il est tout à fait impossible », dit-il, « de décrire la majesté de ce spectacle et le sentiment éprouvé par les quelques centaines de mille de spectateurs, au moment où le ballon fit son ascension dans les airs avec le char; la joie, la crainte, la
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- terreur et l’enthousiasme étaient peints sur tous les visages; encore maintenant le public est comme en délire et partout, dans toutes les classes de la société, on n’entend que conversations à ce sujet. Charles demeure Place des Victoires. Le jour de l’expérience, ainsi que le suivant, toute la place était couverte d’équipages et d’une foule innombrable, qui attendait son retour. Il est arrivé à Paris après le coucher du soleil en voiture de fiacre. Il a voulu passer inaperçu dans son logement, mais le peuple le reconnut au sortir de la voiture, s’en empara et le souleva plusieurs fois en l’air, au bruit des applaudissements et des cris enthousiastes de « Vive Charles! ». Les femmes lui jetaient des bouquets sous les pieds à son passage, les musiciens jouaient des fanfares et battaient des tambours.
- « Quelques heures plus tard, le ballon avec son char fut amené à la maison de Charles. Il était escorté par une foule portant des flambeaux, et l’affluence de peuple devint si grande, que la police et les gardes municipaux durent entourer le chariot pour conserver l’ordre.
- « Hier matin, Charles, Robert et Montgolfier ont été invités à l’Académie des Sciences, où ils furent reçus avec beaucoup d’honneurs par toute la société des savants. Charles n’a pas encore eu le temps de présenter à l’Académie la description de* sort voyage aérien, car jusqu’à présent il n’a pas eu un moment de libre, à cause de la quantité de gens de toutes sortes, qui viennent le voir et le féliciter; à l’Académie il a seulement fait une relation verbale, inscrite de mémoire par le secrétaire de l’Académie. Je joins à la présente une copie de cette relation, ainsi que deux journaux qui contiennent des descriptions de cet événement, et une lettre de Charles à un journaliste après son retour à Paris.
- « Cet événement est tellement extraordinaire et grandiose que j’ai eu l’idée que V. M. I. voudrait avoir au moins pour le moment des esquisses de ce spectacle. Je prends
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- donc la liberté de soumettre à Y. M. quatre dessins, représentant les expériences de Montgolfier et de Charles.
- « Ils ont résolu tous les deux de faire tout le possible pour perfectionner leur invention; leur plus grand désir est de faire un voyage aérien en Angleterre. On parle dans le public de lettres de Lyon, annonçant que le frère aîné de Montgolfier, le premier inventeur de la machine aérostatique, construit une pareille machine de 90 pieds de diamètre et qu’il a l’intention d’arriver à Paris en la montant. La première idée des deux frères Montgolfier — de trouver un moyen de se mouvoir par l’air — leur a été suggérée, comme ils le disent, par le siège de Gibraltar. »
- Plusieurs annexes étaient jointes à cette dépêche. D’abord, la relation verbale de Charles à l’Académie le 3 décembre, puis deux numéros du Journal de Paris, avec diverses descriptions de l’ascension de Charles, et enfin les quatre aquarelles, dont nous avons déjà eu l’occasion de parler. Les deux premières représentent les expériences du professeur Charles, le 27 août et le 1er décembre 1783. La troisième, représentant la première expérience de Montgolfier, porte une inscription se rapportant au dessin : a) la cage avec un mouton et deux oiseaux, b) poids de plomb. Enfin le dernier dessin reproduit Inexpérience du 19 octobre au jardin de La Muette;’on y voit le feu du réchaud fixé sous l’ouverture du ballon.
- Quelques jours après l’envoi de la dépêche précédente, le ministre de Russie revenait sur le même sujet. Voici ce qu’il écrivait dans sa relation du 11 décembre : « Les expériences de Charles et de Montgolfier occupent jusqu’à présent le public. Mais ce sont les gens instruits et les savants qui s’y intéressent le plus, car les inventeurs ont l’espoir de pouvoir parvenir à diriger ces engins comme des vaisseaux sur mer, quoique avec moins de précision; ils supposent qu’il sera possible de naviguer en l’air sans se conformer uniquement à la direction du vent. Ces hypothèses
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- en ont suggéré d’autres; en effet, si les voyages aériens atteignent une pareille perfection, beaucoup de choses en ce bas monde, grâce à la possibilité de se transporter avec vitesse d’un endroit dans un autre, prendront une nouvelle tournure, surtout les affaires politiques et commerciales. Les forces militaires et les mouvements stratégiques ne pourront plus échapper à l’ennemi ; pas une forteresse ne pourra tenir grâce aux machines aérostatiques qui lanceront d’en haut des matières inflammables. »
- Ces considérations, nous devons bien l’avouer, quelque fantastiques qu’elles eussent pu paraître il y a cent ans, n’ont point encore perdu toute leur actualité. Le prince Bariatinsky énumère plus loin tous les honneurs dont les inventeurs de l’aérostat ont été l’objet, les récompenses qu’ils ont reçues du roi, la manière dont ils ont été fêtés par le public. « Avant-hier », continue-t-il, « dans la Société scientifique libre qui porte le nom de Musée de Paris, a été prononcé un panégyrique en l’honneur des deux inventeurs; les duchesses de Chartres et de Bourbon ont couronné le buste de Montgolfier au son d’une cantate, composée pour l’occasion et exécutée par un orchestre. Hier, dans la séance de l’Académie, les deux frères Montgolfier ont été nommés « par extraordinaire » correspondants; pareille nomination n’a lieu ordinairement qu’au mois d’août. L’Académie accorde ce titre aux savants français et étrangers, qui se sont rendus célèbres par leurs travaux scientifiques ; cela leur donne le droit de siéger dans les séances de l’Académie. Le roi a accordé une pension annuelle de 2000 livres à Charles et une de 1000 livres à Robert et à Pilatre de Rozier comme aux premiers navigateurs aériens. On suppose que le marquis d’Arlandes sera promu à un grade supérieur. L’Académie des Inscriptions a reçu l’ordre de dessiner et de frapper des médailles d’or en l’honneur des deux inventeurs. De plus le roi, de son propre chef, a ordonné au directeur des bâtiments d’ériger
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- des monuments commémoratifs aux endroits des premières ascensions des deux voyageurs aériens.
- « Le succès de ces expériences a encouragé des recherches d’un autre genre qui paraissent à première vue non moins étonnantes. Dans le Journal de Paris ci-joint V. M. I. pourra lire qu’une certaine personne de Lyon s’engage à marcher sur l’eau comme sur terre ferme, sans même se mouiller les pieds. J’aurai l’honneur de rendre compte à V. M. des résultats de cette expérience. »
- Le ministre de Russie dut bientôt après avouer qu’il avait été dupe d’une plaisanterie innocente. Il continuait à envoyer tout ce qu’il pouvait recueillir de nouveautés sur la découverte de Montgolfier. Au mois de mars 1784 il écrivait à l’impératrice : « Avant-hier un certain Blanchard, mécanicien, a de nouveau fait une expérience aérostatique sur le Ghamp-de-Mars. L’affluence du public était aussi grande que les premières fois. Blanchard avait ajouté au ballon ordinaire, construit d’après la méthode Charles-Robert, des ailes attachées à la nacelle ; il comptait s’en servir pour diriger le ballon à sa guise, comme avec des voiles ; le ballon était séparé de la nacelle par un parachute en taffetas qui devait servir pour descendre à terre en cas d’accident. Tout était préparé pour l’ascension, mais le vent était si fort ce jour-là que le parachute se cassa avant d’avoir pu être assujetti à la nacelle. De plus, la foule enfonça la grille qui la séparait de l’aérostat; un élève de l’Ecole Militaire s’élança vers la nacelle pour y monter avec Blanchard et cassa les ailes qui y étaient attachées. Blanchard fut obligé de les enlever, en se vouant entièrement à la rage du vent. Le ballon monta en quelques minutes à une hauteur effrayante. » Les deux numéros du Journal de Paris, qui contenaient la description de l’ascension de Blanchard, ne se sont pas conservés.
- Une autre expérience eut encore moins de succès. « Ce matin, » écrivait le prince Bariatinsky le 11 juillet, « deux
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- abbés, Miolant et Janninet, s’apprêtèrent à lancer dans le jardin du Luxembourg une machine aérostatique, d’après la méthode Montgolfier. Le roi de Suède (qui se trouvait en ce moment à Paris) assistait à l’expérience. L’affluence des spectateurs était aussi nombreuse qu’à l’ordinaire. Comme les deux abbés manquaient d’argent, ils voulurent faire d’abord une collecte ; de plus ils ne laissaient entrer personne dans l’enceinte sans un billet, qu’ils vendaient à l’entrée. Mais l’expérience, plusieurs fois renouvelée, n’eut pas de succès, et les spectateurs s’en retournèrent mécontents. Le bas peuple fut extrêmement irrité ; il s’élança dans Pen-ceinte, déchira l’aérostat en mille morceaux et les brûla. Les deux abbés eurent beaucoup de peine à se sauver chez eux. »
- Quatre jours plus tard, le 15 juillet, Baratinsky annonçait une nouvelle expérience faite aux frais du duc de Chartres dans le jardin de Saint-Cloud. Le duc de Chartres lui-même, les deux frères Robert et un machiniste, leur aide, montèrent dans la nacelle. « Le ballon », écrit Baria-linsky, « fut perdu de vue en quelques minutes et continua son ascension avec une telle vitesse, que les voyageurs eurent bientôt à craindre le manque d’air. Le tuyau, que les frères Robert comptaient employer pour faire descendre et monter le ballon à volonté, se trouva endommagé et ne put servir à rien. Les voyageurs se virent obligés de percer l’enveloppe de l’aérostat. Aussitôt ils commencèrent à descendre avec vitesse près de Bellevue au bord de la Seine. Le ballon allait tomber dans un marais, mais par bonheur non loin de là se trouvait un paysan qui cria aux voyageurs qu’ils pourraient périr, s’ils se laissaient descendre dans e marais. Alors ceux-ci lui jetèrent une corde, au moyen de laquelle le paysan attira l’aérostat vers lui. Le duc de Chartres se trouve en bonne santé; ses compagnons sont également sains et saufs. »
- Une dernière fois nous trouvons la description d’une
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- expérience aérostatique dans la dépêche du 26 septembre 1784. « J’ai eu l’honneur », écrit Bariatinsky, « de porter à la connaissance de M. le vice-chancelier de Y. M. I. (comte Ostermann) une expérience aérienne faite la semaine passée par les frères Robert dans le jardin des Tuileries. Depuis lors, c’est-à-dire depuis dimanche passé jusqu’à jeudi, jour de leur retour, on n’avait aucune nouvelle sur leur sort. C’est seulement jeudi que l’on sut qu’ils avaient fait leur descente très heureusemënt à cinquante lieues de Paris et que les trois voyageurs étaient en bonne santé. Vendredi matin le Journal de Paris publia une courte description de leur voyage aérien, que je prends la liberté de joindre à la présente. »
- C’est là la dernière communication d’expériences aérostatiques de la part du prince Bariatinsky. Dans cette même année, il quitta son poste à Paris ; son successeur ne s'intéressait guère à ces expériences, car nous n'en trouvons pas mention dans ses dépêches.
- Pr. Nicolas Galitzyne.
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- SUR L’ÉVOLUTION DES IDÉES
- DANS LE DOMAINE DE LA GÉOLOGIE GÉNÉRALE
- Il entre évidemment dans le programme du Congrès d’Histoire comparée de retenir de chaque histoire prise en particulier ce qu’elle a de caractéristique — de propre, par conséquent, à intervenir dans les conclusions générales de ses études.
- A ce titre je crois d’un fécond intérêt d’appeler un instant votre attention sur l’évolution des idées dans le domaine de la Géologie.
- Parmi les histoires particulières des différentes sciences, celle de la Géologie paraît avoir des titres tout particuliers à l’attention des esprits philosophiques. Les théories qu’elle comprend sont dès tentatives d’interprétation de notre monde et des causes d’où il dérive, qui présentent avec les hypothèses cosmogoniques et avec la théologie naturelle elle-même d’incontestables liens de parenté.
- Or, une des choses qui frappent le plus fortement quand on étudie l’histoire de la Géologie, c’est la manifestation d’une véritable loi évolutive présidant à la succession des idées émises sur un même sujet.
- Chaque tentative d’explication de la nalure (même supposée infructueuse) contient en elle une manière de germe d’où résulte bientôt un essai plus heureux — et c’est peut-être l’explication de cette condition si souvent observée, qu’à de certains moments, les découvertes d’une catégorie
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- donnée « sont dans l’air ». Elles se font presque indépendamment des chercheurs qui pourtant les réalisent, et leur publication donne lieu à des luttes de vitesse entre des concurrents parfois nombreux.
- D’ailleurs le progrès en bien des cas se fait d’une façon pour ainsi dire occulte et c’est comme insensiblement, par exemple, qu’il s’accentue dans les éditions successives d’un même ouvrage — dans les ouvrages élémentaires successifs sur un même sujet.
- Aussi les nouveaux venus dans la science ne s’imaginent-ils pas aisément la rapidité des changements d’opinion qui ont précédé les enseignements actuels.
- Ce qui domine au début des études géologiques, c’est la préoccupation d’un contraste qui paraît évident entre le calme des temps présents et les crises, les révolutions, les cataclysmes des époques antérieures.
- Il y a eu en un mot une longue période de préparation, d’installation d’un milieu définitif, et c’est de celui-ci que nous jouissons. — C'est ce point de vue, suggéré tout naturellement par l’aspect bouleversé de maintes régions de la terre, qui inspire à Moïse son idée la plus générale sur l’allure de la création, et c’est également lui qui trouve son expression scientifique dans le Discours de Cuvier sur les Révolutions du Globe.
- Le fondement de cette doctrine célèbre est tout entier dans le domaine chronologique. — Suivant les autres points de vue la terre a été faite pour recevoir l’homme et, par conséquent, son installation a dû être courte par rapport à l’âge même de l’humanité ; et comme les phénomènes dont la surface du globe a gardé les traces sont fort nombreux, il faut qu’ils aient été fort rapides, fort intenses, dus à des causes toutes différentes par leur énergie et par leur allure de toutes les causes actuelles.
- En particulier, la succession d’innombrables faunes et d’innombrables flores, la sculpture de la surface terrestre
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- et le creusement des vallées, conduisent inévitablement à la conception des cataclysmes violents et, un moment, l’École cataclysmienne semble en possession d’un consentement universel.
- Cependant des faits de pure observation surgissent comme d’eux-mêmes contre la théorie.
- Les plus décisifs concernent encore les durées et, sans décrire ces localités remarquables qui méritent si exactement le nom de chronomètres naturels, on peut rappeler que l’étude des couches du sol y démontre la manifestation de réactions dont l’allure ne pouvait que coïncider avec celle des phénomènes actuels.
- A toutes les époques géologiques on constate le dépôt de vases marines, avec des détails tout pareils à ceux d’aujourd’hui; le dépôt des sédiments lacustres et fluviaux, les formations de deltas, la constitution de lagunes, la production de récifs de madrépores dans les océans et en un mot la réalisation d’un état de choses qui rappelle d’une façon intime la condition actuelle de la surface terrestre.
- Les différences abondent cependant dans la distribution des terres et des mers, dans la caractéristique zoologique et botanique des êtres vivants ; mais elles ne suffisent pas pour faire contraster les causes productrices au point de vue de leur allure.
- C’est là un point de vue presque opposé au précédent et qui cependant en découle d’une façon nécessaire, et il serait bien intéressant de montrer que la disparition de l’hypothèse cataclysmienne a été amenée, d’une façon tout à fait progressive, par les modifications qu’elle a subies peu à peu de la part de ses adhérents.
- Tout doucement les paléontologistes ont trouvé que les deux révolutions admises d’abord ne suffisaient point et Alcide d’Orbigny arriva à proclamer la succession de trente et une époques de destruction totale de la faune terrestre.
- Puis les trouvailles faites en maintes localités de liaisons
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- insensibles entre des périodes regardées d’abord comme nettement séparées fit diminuer ce nombre que Deshayes avait descendu à cinq.
- Finalement il s’est réduit de lui-même à zéro : il n’y a qu’une seule époque géologique marquée à chaque instant d’incidents locaux, mais n’admettant aucune interruption et, d’un bout à l’autre de son immense durée, les mêmes causes ont agi de la même manière, réserve faite d’une sorte de coefficient chronologique déterminé par les changements progressifs de la surface terrestre, consécutivement à l’évolution du globe qui perd peu à peu, et sans compensation, sa chaleur initiale.
- C’est bien là l’origine de cette doctrine fameuse, qui nous a valu tant de découvertes fécondes et que l’on connaît sous le nom, d’ailleurs bien défectueux, à'Actualisme.
- La justice veut que nous en fassions honneur à un géologue français, Constant Prévost, qui a consacré une grande partie de sa laborieuse existence à en justifier les grandes lignes.
- Constant Prévost est à cet égard moins connu dans le public que Charles Lyell qui de l’autre côté de la Manche fut comme son compétiteur. Celui-ci professait cependant un point de vue nettement différent et qui se signale par la largeur moins grande de sa philosophie, aussi bien que par des inexactitudes évidentes.
- On a pu le désigner sous le nom d'Uniformitarisme et en rattacher les origines premières à James Hutton qui fut l’un des fondateurs de la Géologie et que l’École écossaise ou plutoniste reconnaît comme son chef.
- Sous prétexte de prudence scientifique, les Uniformitaristes se refusent à rechercher les origines; ils se bornent à constater le recommencement, incessant suivant eux, des mêmes effets sous l’influence des mêmes causes.
- Les argiles par exemple résultent de la décomposition des gneiss, mais les gneiss résultent du métamorphisme des argiles.
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- On ne peut savoir la date d’apparition des êtres vivants, car les plus vieux fossiles ont été détruits par les opérations métamorphiques, etc.
- Je disais que ce point de vue n’est certainement pas exact et nous en avons des preuves directes qui sont autant d’appuis nouveaux procurés à la doctrine actualiste.
- Ces preuves nous sont procurées par la Géologie comparée qui, par l’observation des astres congénères de la terre, nous met sous les yeux le majestueux spectacle de l’évolution planétaire. On ne peut plus douter du commencement de la terre et de son passage par des stades successifs de développement, dont chacun est caractérisé par l’apparition de quelque grand groupe de phénomènes, dans le nombre desquels figure, à un certain moment, la manifestation première de l’activité biologique.
- De sorte que, parvenus à ce point, nous sommes en possession d’un ensemble de notions qui jettent sur l’histoire des âges géologiques une lumière insoupçonnée jusque-là.
- Il s’est réalisé à tous les moments des phénomènes qui se correspondent exactement d’une période à l’autre : ils peuvent être expliqués jusque dans les particularités les plus intimes par l’observation des phénomènes actuels.
- Ici encore la filiation des idées va se manifester d’une façon spécialement éloquente. Cette observation contemporaine qui a été la base principale de l’Actualisme va, peu à peu, introduire la considération d’une circonstance capitale qui justifiera l’institution d’une doctrine toute nouvelle.
- Pour Constant Prévost comme pour Lyell, tous les éléments contenus dans une formation géologique donnée sont de l’âge de cette formation même.
- Y voient-ils-par exemple des rognons siliceux, c’est que dans la mer ou dans le lac sous les eaux desquels le terrain inondé prenait naissance, des sources siliceuses se faisaient jour. A son retour d’Islande, le Dr Eugène Robert n’hésite pas par exemple à supposer que les meulières sili-
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- ceuses des environs de Paris témoignent de l’existence aux temps tertiaires, dans les régions où nous sommes, de sources tout à fait pareilles au grand Geyser d’aujourd’hui.
- Y constate-t-on des nodules phosphatés, c’est que la mer déposait de l’apatite. M. Lasne, par exemple, a fait avec beaucoup de détails* le récit des incrustations de phosphate qui se seraient faites sur des algues et qui se seraient ensuite accumulées sur le fond marin.
- MM. Gosselet et Barrois ont émis des idées pareilles pour les nodules phosphatés connus dans les Ardennes sous le nom de Coquins et qui auraient été accumulés, là où on les trouve, par les flots de la mer albienne.
- Y constate-t-on une couche pénétrée de minerai de fer, comme on le voit en Lorraine et dans beaucoup de points autour du Plateau central, c’est que la mer où cette couche a pris naissance roulait des flots ferrugineux.
- Dans un mémoire qui date de cette année même [Bull, soc. belg. de géol., t. XIII, p. 189, 1900), l’idée admise c’est que des sources ont amené le fer dans la mer toar-cienne, qu’il s’y est précipité et qu’il y a constitué des cônes de déjection.
- On a écrit sur le schiste cuivreux de Mansfeld des conclusions toutes pareilles.
- Enfin une roche est-elle bitumineuse comme le calcaire urgonien du Val de Travers (Jura suisse), on émet l’avis que l’asphalte est dû à la décomposition dans la mer de bancs de mollusques sous forte pression et à haute température 1.
- En résumé, dans cette manière de voir, uniformément acceptée il y a bien peu d’années et reprise encore de temps en temps, au moins pour des cas particuliers, les roches constitutives du sol sont formées d’éléments ayant tous le même âge et elles conservent immuablement dans la profondeur du sol les mêmes caractères essentiels.
- I.LCh. Knab. Comptes rendus, LXVI, 633, 1868.
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- Si ces roches ne sont pas identiques, c’est que les conditions du dépôt ont changé au cours des temps.
- Par exemple, des géologues éminents en arrivent à formuler cette doctrine (Vezian, Prodrome de Géologie, t. I, 445) que, durant les périodes géologiques, il s’est manifesté un ralentissement progressif des actions sédimentaires.
- Les anciens dépôts sont plus chimiques, et les récents sont plus mécaniques.
- Mais c’est la méconnaissance d’un des faits les plus importants dont la Géologie nous offre le spectacle : la modification incessante des masses sédimentaires dans leur structure comme dans leur composition sous l’influence des circulations variées dont elles sont le siège.
- Ce n’est que peu à peu que s’est dégagée la notion de cette vie intense qui règne dans les profondeurs du sol, au point de les faire ressembler aux régions d’un organisme en proie aux actions biologiques.
- Si un échantillon de roche est une chose morte, comme un oiseau empaillé ou une plante d’herbier, au contraire, la même roche, en place dans la couche dont elle est partie intégrante est vivante, bien vivante, c’est-à-dire le siège de transformations ininterrompues.
- Placés au point de vue de cette nouvelle doctrine qui peut s’accommoder de la qualification d'Activisme, nous aurons des quelques phénomènes qui viennent d’être rappelés une conception toute nouvelle.
- A la vue d’un gisement de meulières dans une couche tertiaire, nous n’admettrons pas nécessairement une source siliceuse tertiaire, et nous concevrons au contraire que le terrain, d’abord tout autrement composé, c’est-à-dire formé de matériaux dont le dépôt est compatible avec la vie des êtres organisés qui s’y sont fossilisés, — a subi une silicification du genre de celle qui a produit la pétrification de troncs d’arbres.
- * On sait d’ailleurs comment dans les phénomènes de con-
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- crétion de la silice intervient d’une façon active la collaboration des forces vivantes. Les radiolaires parmi les animaux, les diatomées parmi les plantes, jouissent du pouvoir d’arrêter la silice contenue dans les eaux en proportions infinitésimales et de la concentrer de façon à constituer des amas qui sont des sources de matière admirablement placée pour réaliser peu à peu les transformations qui nous occupent.
- Du reste ces remarques ne tardent pas à sortir du cadre cependant très large que nous venons d’entrevoir. Il se trouve en effet que la rencontre du sable quartzeux dans une roche peut ne pas suffire pour démontrer l’origine mécanique de celle-ci. Et l’on est autorisé à proclamer qu’on voit de vrai sable quartzeux se constituer peu à peu par un procédé entièrement chimique dans l’épaisseur des fossiles contenus dans la craie l.
- L’activisme se révèle là avec un caractère tout spécialement évident.
- Pour rendre compte des gisements phosphatés, on est ramené à des considérations toutes pareilles : ici encore les phénomènes incessants dont la profondeur du milieu géologique est le théâtre, amènent la concentration du phosphate d’abord disséminé dans la masse |du terrain comme il est disséminé dans les dépôts actuels.
- Et c’est ainsi que se font les gîtes d’exploitation si profitables sous les formes célèbres de bone-beds, de lits de coquins (comme on dit dans les Ardennes), de poches de sables comme à Beauval et à Ciply.
- Partout cette activité, jamais lassée, se manifeste sous les formes les plus variées. Le minerai de fer de Lorraine n’est pas de l’âge de la couche qu’il constitue et qui d’abord calcaire, pourvue ensuite, par un travail moléculaire, de la structure oolithique, est enfin devenue ferrugineuse sous l’influence des solutions convenables qui l’ont baignée len-
- 1. Voir Stanislas Meunier. Comptes rendus, t. CXXVIII, 1899, p. 1013.
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- tement ; pas plus que la houille ne s’est déposée à l’état de houille, ayant acquis, au contraire, très lentement son état spécial à la faveur d’une chimie qui n’arrête pas ses progrès.
- L’Activisme qui constitue à l’heure actuelle le dernier stade dans l’évolution des idées de Géologie générale fera-t-il place à quelque doctrine plus perfectionnée? Sans aborder la question je constate que son éclosion est liée de la manière la plus intime à l’ensemble des hypothèses qui l’avaient précédée : c’est là le point sur lequel il m’a semblé intéressant d’appeler un instant votre attention.
- Si, en effet, il pouvait sembler plus séduisant à première vue de rechercher des faits que de constater les voies qui ont procuré les résultats acquis, — en y réfléchissant, on reconnaît bien vite que l’histoire de la science renferme un enseignement éminemment profitable, par lui-même, à l’acquisition de conquêtes nouvelles.
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- INFLUENCE DU POSITIVISME
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- Développement des Sciences biologiques en France.
- Depuis quelques années, la philosophie positive est enfin étudiée, non plus dans un esprit de polémique, mais d’une façon objective ; l’histoire impartiale et désintéressée s’en est enfin occupée ; il suffit, entre autres preuves, de citer le beau livre que Lévy-Bruhl a consacré à l’exposition de « la Philosophie d’Auguste Comte ».
- L’influence que cette doctrine a tenté d’exercer ou a effectivement exercée sur les sciences morales, historiques et sociales est connue depuis longtemps ; et les récents travaux l’ont davantage mise en lumière. Il serait temps de chercher à savoir si elle a eu une semblable influence sur le développement des sciences naturelles. La question est d’autant plus légitime que l’importance reconnue à ces sciences par Auguste Comte était plus grande.
- J’ai eu dernièrement l’occasion de relever quelques documents qui établissent à coup sûr que le positivisme a joué un rôle qui n’est point négligeable dans l’évolution des sciences biologiques en France.
- La Société de Biologie, où se réunissent hebdomadairement tous ceux, physiciens, chimistes, naturalistes, médecins, qui, avec les physiologistes proprement dits, s’intéressent aux phénomènes de la vie, a été fondée à Paris au mois de mai 1848. Elle a eu successivement pour prési-
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- dents : Rayer, Claude Bernard, Brown-Séquard et Chauveau ; le président actuel est le professeur Bouchard. Elle constitue un ardent foyer de recherches ; on peut dire, et on a dit sans démenti possible, que l’histoire de ses travaux « serait l’histoire du progrès des sciences biologiques en France, car il n’est pas de découvertes » dont elle n’ait eu communication (Paul Bert). Cette Société a donc joué, depuis qu’elle existe, un rôle absolument prépondérant t dans le mouvement biologique français.
- Or, la Société de biologie est née littéralement sous les auspices de la philosophie positive. Le 7 juin 1848, Charles Robin, alors professeur agrégé à la Faculté de médecine et vice-président de la nouvelle Société, donnait à ses collègues lecture d’une étude, écrite d’ailleurs à leur demande, et intitulée : Sur la direction que se sont proposée, en se réunissant, les membres fondateurs de la Société de Biologie pour répondre au titre qu'ils ont choisi. Cette étiide est imprimée en tête du premier volume des Comptes rendus, paru en 1849. C’est un exposé doctrinal qui débute par la distinction des six sciences fondamentales, mathé-ir^tiques, astronomie, physique, chimie, biologie et science sociale, qu’avait reconnues et ainsi classées Auguste Comte. A son tour, la biologie se divise en quatre branches ; considérée du point de vue statique, elle comprend l’anatomie et la biotaxie : ce dernier nom désigne la science des lois de l’arrangement des êtres en groupes naturels, d’après la conformité de leur organisation ; considérée du point de vue dynamique, elle est la physiologie, c’est-à-dire l’étude directe des fonctions de chaque organe, et elle est, d’autre part, la science qui étudie l’influence du milieu ou des agents extérieurs sur l’être vivant. Robin remarque à ce propos que l’idée d’être organisé vivant est impossible, si l’on ne prend en considération le milieu ; et, pour montrer l’importance de cette partie de la biologie, il rappelle les admirables travaux de William Edwards. Ici encore, il est
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- donc bien le disciple du philosophe qui, dans sa Biologie, avait si puissamment mis en relief la doctrine des milieux. A côte de chaque science, ajoute Robin, il y a un art: nous dirions plütôt aujourd’hui une technique ; ainsi, à côté de la pathologie (histoire non naturelle) se place l’art médical.
- La connaissance la plus compréhensive de toutes les propriétés et de toutes les manières d’être des corps organisés, voilà donc ce que se propose la Société de biologie ; et les recherches, quelles qu’elles soient, doivent être dirigées vers un même but. « Nous avons pour but, écrivait Charles Robin, en étudiant l’anatomie et les classifications des êtres, d’élucider le mécanisme des fonctions ; en étudiant la physiologie, d’arriver à connaître comment les organes peuvent s’altérer et dans quelles limites les fonctions peuvent dévier de l’état normal. » R faut remarquer tout de suite que ce principe de subordination, qui est si bien dans l’esprit de la philosophie positive, ti’a pas cessé d’être en honneur à la Société de biologie. La plupart des recherches d’ordre morphologique qui y sont présentées aboutissent à des questions d’ordre physiologique ou posent des problèmes de cette nature.
- Comme conséquence, et en cela fidèle encore à l’esprit du positivisme, elle a toujours repoussé ce que le fondateur de la doctrine appelait le « particularisme scientifique ». Le fait seul de son existence est d’ailleurs une réprobation de ce particularisme. Auguste Comte craignait que les progrès de l’analyse ne fissent aboutir la science à l’excès des « spécialités ». De là résulterait, selon lui, « l’anarchie dans le domaine des sciences », et ce particularisme aboutirait à « l’égoïsme pratique » qui finit par éteindre l’ardeur même poilr la science. Contre ces dangers, la Société de biologie et, on peut le dire, la biologie française ont été préservées pat le souci constant de la prééminence de la physiologie, qui est, à proprement parler, la science des subordinations et des coordinations.
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- Tel est l’esprit que Charles Robin a, dès l’origine de la Société, essayé d’y. faire prévaloir. Mais il n’est pas le seul qui y ait apporté la pensée positive. L’un de ses premiers secrétaires, le Dr Segond, dans son mémoire, publié dans le premier volume des Comptes rendus et intitulé : Examen historique de la méthode suivie jusquà nos jours dans l'étude de Vorganisation des animaux et exposition d'un plan définitif d’anatomie humaine, s’appuie tout d’abord sur la fameuse théorie des trois états ; « dès lors, ajoute-t-il, l’histoire des sciences , parallèle à celle des sociétés, a pu constituer la seule philosophie vraiment acceptable. » L’on retrouve dans ce travail les mêmes préoccupations physiologiques que dans l’exposé, doctrinal de Robin, que j’analysais tout à l’heure. Segond distingue trois influences générales qui ont régi le développement de l’anatomie, celles de la zoologie, de la chirurgie et de la physiologie. « La zoologie, dit-il, trop exclusivement préoccupée de constituer la taxonomie, a dirigé les recherches sur les organes dont elle tire des caractères artificiels pour nos classifications. C’est à la direction zoologique qu’on doit, en grande partie, l’habitude routinière de commencer l’étude des vertébrés par l’examen du squelette, étude fort intéressante au point de vue de la forme et de la taxonomie, mais complètement irrationnelle quant à la notion de l’organisme. La chirurgie, de son côté, a considérablement contribué à imprimera l’anatomie une direction spéciale ». Et il déclare qu’« on doit déplorer » que l’action de la zoologie et de la chirurgie « ait éloigné jusqu’àcejour le véritable point de vue physiologique qui doit essentiellement dominer, soit dans l’ensemble, soitdansle détail, l’étude statique de l’organisme. » Deux autres mémoires du même genre de Segond sur l’anatomie pathologique et sur l’anatomie comparée, s’inspirent aussi des idées comtistes. Mais ces idées se manifestent encore mieux dans un autre travail du même auteur, publié dans le corne II des Comptes rendus de la Société, et qui est intitulé :
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- Histoire et systématisation générale de la physiologie.
- « Pour étudier les êtres vivants au point de vue dynamique, commence par dire Segond, l’esprit humain avait besoin d’une préparation préliminaire plus étendue ; et ce n’est qu’après rétablissement de la physique et de la chimie que, profitant des procédés logiques émanés de ces dernières sciences, la physiologie elle-même pouvait se constituer... C’est dans l’étude des phénomènes physiques que devait se développer au plus haut degré le procédé expérimental; aussi, peut-on dire que de la belle expérience de Galilée, date aussi bien l’établissement de la physique que le commencement de la physiologie positive. » Plus loin, Segond signale à son tour les dangers de « la décomposition scientifique, suite du régime des spécialités » qui « a produit tant de travaux précisément remarquables par un défaut complet de direction théorique ». Enfin, la conclusion du travail aboutit à l’idée que s’était faite A. Comte du rôle de la physiologie. « La physiologie animale, écrit Segond, considérée ainsi entre l’étude des végétaux, qui lui sert de base, et l’étude de la société, qui est son but, réalisera enfin sa haute destination. »
- Ainsi, le positivisme a donné à la Société de biologie des directions générales d’études et lui a imposé des tendances tout expérimentales. Mais, ce n’est pas seulement par ce qu’il a fait à la Société, par les principes qu’il y a répandus, que son influence s’est exercée, c’est aussi parce qu’il a empêché qu’on y fasse. Je signale ici l’incuriosité que la Société a longtemps manifestée à l’égard du transformisme.
- On sait combien Auguste Comte fut hostile à la doctrine de Lamarck et qu’il accepta la doctrine de Cuvier, de la fixité des espèces ; et Charles Robin, sur ce sujet, se montra beaucoup plus intransigeant. Or, ce ne fut que d’une façon incidente qu’il fut quelquefois question à la Société de biologie de l’évolution des organismes. A part un mémoire de Charles Rouget, de 4852, sur les polype?
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- hydraires, l’étude comparative de Charles Martins, en 1857, des membres thoraciques avec les membres abdominaux et les résultats des fameuses expériences de Brown-Séquard sur la transmission héréditaire de quelques mutilations et de l’épilepsie, on trouverait bien peu de communications qui s’inspirent de la théorie de l’évolution. Et surtout, cette théorie, contrairement à ce que l’on aurait pu attendre de la Société, n’y fut jamais l’objet d’un examen systématique, quand le darwinisme naissant et en progrès fixait l’attention de tout le monde scientifique. On peut penser que ceux qui, à la Société, auraient été capables de discuter cette question, ont été détournés de le faire par les tendances tout expérimentales et très positives qui y dominaient. Comme je l’ai dit ailleurs, nous avons ainsi en quelque sorte payé la rançon de l’esprit qui a présidé à notre fondation.
- Je voudrais, en terminant, signaler un document qui n’est point sans intérêt. On a pu souvent se demander si la philosophie positive avait eu quelque action sur l’esprit de Claude Bernard, de Claude Bernard, dont l’influence fut si considérable pendant tant d’années à la Société de biologie. Un texte au moins prouve que l’illustre physiologiste a, lui aussi, sacrifié à la théorie des trois états, et qu’il a vraisemblablement été touché par le corntisme. « L’esprit humain, écrivit-il dans la Revue des Deux Mondes du 1er août 1865, p. 656 {Des progrès dans les sciences physiologiques) , a passé par trois périodes nécessaires dans son évolution. D’abord le sentiment s’imposant à la raison, créa les vérités et la foi, c’est-à-dire la théologie. La raison ou la philosophie, devenant ensuite la maîtresse, enfanta les systèmes ou la scolastique. Enfin l’expérience, c’est-à-dire l’étude des phénomènes naturels, apprit à l’homme que les vérités du monde extérieur ne se trouvent formulées de prime abord ni dans le sentiment ni dans la raison. »
- N’est-il pas curieux de remarquer qu’aucun historien de
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- la philosophie n’a encore signalé le fait, si intéressant pour l’histoire du positivisme, que cette doctrine a présidé à la la naissance d’une société dont le développement est très étroitement lié à l’évolution des sciences de la nature à notre époque? Seul, l’illustre président de cette section du congrès a, d’un mot, indiqué cette action du positivisme. Dans l’admirable discours qu’il prononça à l’inauguration de la statue de Claude Bernard, le 7 février 1886, M. Ber-thelot dit quelque part : « La Société de biologie, fondée sous l’impulsion de l’esprit positif, est restée fidèle à l’esprit profond de son règlement, rédigé autrefois par Charles Robin. »
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- HISTOIRE DE LA MÉDECINE EN EUROPE
- AU MOYEN AGE1
- Chapitre IX. — la médecine au xme siècle
- Le xme siècle pour la médecine est le plus spéculatif du moyen âge ; c’est le siècle des interminables et insipides discussions sur Aristote, Averroës, Galien et Avicenne, ces juges toujours infaillibles mais pourtant quelque peu grisonnants et vieillis depuis si longtemps sous le harnois. La scholastique et ses subtilités régnent en maîtresses dans toutes les écoles d’Europe et dans tous les ouvrages de médecine et perturbent les jugements les plus sains ; les doutes s’accu-mulentsur lesdouteset les absurdités suivent. Pour en donner un exemple entre mille, on examinait gravement si la tisane d’orge convenait aux fébricitants : on concluait, après discussion, que cette boisson ne saurait leur être utile, parce qu’elle est une substance tandis que la fièvre est un accident !... et il y avait des gens pour comprendre cela !
- i. Le regretté Dr Millot-Carpentier, décédé au moment même où s’ouvrait le Congrès, avait détaché, pour les y présenter, trois chapitres d’une Histoire Générale de la Médecine qu’il a laissée inachevée. Nous publions l’un de ces chapitres, tant pour rendre un hommage mérité à la mémoire de l’auteur, que pour appeler l’attention sur l’existence d’un manuscrit susceptible d’être utilisé. Cependant le lecteur s’apercevra aisément qu’il a sous les yeux une rédaction de premier jet à laquelle ont fait défaut et la révision finale avec ses remaniements, et les retouches de la dernière heure; nous pouvions en effet, tout au plus, corriger quelques lapsus calami évidents. (T.) (Dr D.)
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- Si maintenant on ajoute les envahissements de l’astronomie clans toutes les questions médicales, établissant une liaison intime entre le corps humain et l’univers et surtout avec les planètes, et défendant aux médecins d’y apporter le moindre changement sans avoir pris soin au préalable de consulter la voûte céleste et ses constellations, on voit facilement l’état mental de nos pauvres ancêtres et l’on se souvient malgré soi de la fable de l’Astrologue et du puits.
- On ne saignait plus alors, on ne prescrivait pas davantage ni vomitifs ni purgatifs sans demander son avis au Bélier, au Chariot ou à la Voie lactée ; cela tournait à la démence.
- Et pendant ce temps, les cures merveilleuses par’ les ecclésiastiques continuaient.
- Innocent III défendit même aux médecins sous peine d’excommunication, d’entreprendre le traitement d’aucune maladie sans avoir au préalable fait appeler un prêtre. C’était une recommandation quelque peu tyrannique1.
- Il y eut cependant dans ce siècle bizarre quelques hommes remarquables parmi lesquels Gilbert d’Angleterre. Son compendium de médecine développe à loisir toutes les subtilités de la scholastique ; il fourmille d’antithèses, de questions insignifiantes, oiseuses, subtiles ; on lui reproche aussi l’abus des classifications et des divisions des maladies et de leurs traitements. Sa théorie roule sur les qualités élémentaires des quatre humeurs cardinales et de leur saveur ! Les pediculi capitis et corporis eux-mêmes n’échappent pas à cette fureur de classement ; ils proviennent les uns du sang, les autres de la pituite, quelques-uns de la bile, d’autres de l’atrabile ! ! ! Et c’est partout la même chose. La fièvre est une chaleur contre nature qui part du cœur, se propage dans les artères et trouble les fonctions du cerveau Gilbert admet, d’après Honaïn la théorie des forces assimilatrices et plastiques. Il y a pour lui deux âmes : l’âme
- 1. Ej. specul. doctrin. lib. XII, c. 2, f. 173 C.
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- végétale qui ne doit sa force qu’à la matière dont elle n’est qu’une forme et qui finit avec le corps ; l’autre, l’âme rationnelle qui n’est pas une forme, par conséquent n’est pas susceptible qu’on lui applique l’idée d’action et de passion, ne peut s’anéantir à la mort, survit au corps.
- Gilbert a bien observé et bien décrit la lèpre, comme aussi son analepsie qui est simplement le petit mal de l’épilepsie.
- Hippocrate reste toujours son maître et son guide, ce qui ne l’empêche pas de sacrifier comme les autres médecins au goût du jour; il est superstitieux comme tous ses contemporains et sa thérapeutique s’en ressent. Ainsi, pour guérir l’impuissance, il conseille de s’attacher au cou un papier sur lequel on a. écrit avec le suc de la grande con-soude : -}- Dixit Dominus Crescite -j- Uthihot -j~ et multi-plicamini -j- Thabechay -j- et replete ter ramAmat h -j-1.
- C’était peut-être pour ce médecin un moyen de suggestion et dans ce cas on en comprendrait la raison.
- Sa description de la blennorrhagie (gonoria) et du chancre montre bien combien ces maladies s’étaient répandues depuis les croisades. Pour guérir la léthargie, on trouve un bien singulier procédé dans le livre de Gilbert : il conseillait d’attacher une truie dans le lit du malade ! ! !
- Une autre personnalité médicale de l’époque, Pierre d’Abano, le zélé partisan d’Averroës, éclipse un peu la gloire de Gilbert d’Angleterre. Il naquit en 1250 à Padoue et mourut en 1310. Il fit un long séjour à Constantinople (où l’on étudiait encore) et se familiarisa avec les écrits des Grecs. Il vint ensuite à Paris, à Padoue et passa une année àTrévise; sa réputation était considérable. Le mépris que les principes d’Averroës lui inspirèrent pour la religion chrétienne et l’ardeur avec laquelle il défendait la cause de l’astrologie lui attirèrent de grandes persécutions. Quoi
- i. In Ed. Michaël de Capella in-4°, Venet. 1510, f. 286 a.
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- qu’il en sôit, Abano était un homme de valeur ; son ouvrage médical : Conciliafor dijferentiarum, fait bien connaître les théories de son temps. Il affirme, entre autres choses, que la force animale agit d’abord sur les nerfs et non sur les muscles ; que les forces des organes ne dépendent pas de leur corrélation; que le cœur ne saurait s’enflammer et n’est susceptible que d’une mauvaise complexion, etc.
- Il résout à la manière des scholastiques cette question curieuse : Si la chaleur et l’esprit sont identiques. « Ces deux choses sont semblables, dit-il, quant au sujet, mais différent l’une de l’autre. » En effet, la chaleur produit le pneuma ; or, le pneuma est une substance tandis que la chaleur n’est qu'une qualité. Celle-ci est le principe mouvant, l’autre est le principe mû ! ! !
- Et on était satisfait après cette explication et le Concilia-tor est plein de ces subtilités-là !...
- Comme ses confrères Pierre d’Abano était médecin astrologue. Il affirme que parmi les jours critiques influencés par la lune, le 20e est plus heureux que le 18e. — « La saignée n’est jamais, dit-il, aussi salutaire que dans le second quartier de la lune,... » etc.
- Thaddæusde Florence a vaillamment défendu Hippocrate; il a écrit, sur le vieillard de Cos et sur Honaïn, des commentaires qui ont eu pour effet de faire faire un retour dans la voie de la vérité aux médecins en leur rappelant qu’il n’y a en médecine, comme fondement scientifique, que l’observation directe des malades et l’analyse de leurs maladies1.
- Vincent de Beauvais, dominicain, surnommé doctor eru-ditus ou speculator, a été aussi déclaré le Pline du moyen âge. Il fut précepteur des enfants de Louis IX, et mourut en 1256. Il résuma tous les ouvrages de l’antiquité en un triple spéculum (doctrinale, naturale, historiale) ; il écrivit enfin une médecine populaire tirée des arabes2.
- 1. Expositiones in Ippocratem et Joannitium, in-fol., Venet. 1527.
- 2. Bulæus, vol. III, p. 713.
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- Simon de Cordo, de Gênes, médecin du pape Nicolas IY et chapelain de Boniface VIII, refit une botanique et une matière médicale moins confuse que celle des Arabes, après avoir étudié, dans les pays de production, tout ce qui avait été décrit par ces auteurs.
- Pierre d’Espagne, fils du médecin Julien, né à Lisbonne, d’abord archevêque de Braga, puis cardinal et évêque de Frascati, enfin pape sous le nom de Jean XXI, a composé une sorte de formulaire contre les maladies1.
- Nous avons particulièrement noté aussi une étude historique et critique sur les connaissances en oculistique de ce médecin philosophe devenu pape, étude due à la vaillante plume de M. le Dr G. B. Petella de Borne2. Hæser, dans son Histoire de la, médecine, avait déjà fourni bien des renseignements sur ce même sujet, attachant à tant de titres divers.
- Gomme médecin philosophe, il s’appelle Pierre d’Espagne (Petrus Hispanus) ; devenu pape, ce fut Jean XX, selon la chronologie des portraits existant dans la basilique de Saint-Paul hors-des-murs à Rome. Il est cependant plutôt connu sous le nom de Jean XXI.
- Pierre d’Espagne fut d’abord accusé de magie comme Gerbert' (Silvestre II), ce premier français qui porta la tiare, et il fut jugé par les frères dominicains de Colmar comme infestum religiosis.
- Nommé pape au conclave de Viterbe (29 septembre 1276), il mourut dans cette ville et non à Rome comme on l’a écrit, le 16 mai 1277, n’ayant régné et occupé la chaire de saint Pierre que quelques mois, écrasé sous les ruines d’une nouvelle chambre qu’il s’était fait construire. Ainsi finit le vir admodum literatus et literatorum valde amator, multa-rumque rerum scientia instructus.
- 1. In : Kœhler's vollstœndige etc... ou Histoire complète du pape Jean XXI, in-4°, Gœttingue, 1760.
- 2. In : Janus numéros de mars et avril 1898.
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- Il avait étudié à Paris les sept arts libéraux, partagés comme l’on sait en Trivium et Quadrivium, et mérita le qualificatif flatteur de Clericus universalis ; c’était aussi le magnus sophysta, logicus et disputator atque theologicus.
- C’est lui que l’immortel Dante Alighieri dans son Para-diso, Canto XII, v. 135, a placé parmi les docteurs en philosophie et en théologie :
- ................... Pietro Ispano.
- Lo quai giù luce in dodici libelli.
- Après ses études, il se rendit à Lisbonne où il fut nommé doyen et maître des écoles. C’est là que les honneurs et les dignités de l’église l’attendaient comme tant d’autres médecins de cette époque : Jean de Saint-Amand, Gilles de Corbeil, Richard de Wendrove, le chanoine de Saint-Paul de Londres, Simon de Gênes, chanoine de Rouen, premier sous-diacre et chapelain de Nicolas IV, Odon II, abbé de Sainte-Gefneviève de Paris, Rigord, moine de Saint-Denis, Jean de Saint-Gilles, anglais, théologien et médecin de Philippe-Auguste, etc.
- En 1249, Pierre d’Espagne est à Sienne; en 1274, il est fait archiater à la cour papale ; c’est dans l’intervalle qu’il vint à Paris et à Montpellier, professa la médecine et composa ses travaux.
- Deux ans après avoir été nommé archiatre, c’est-à-dire premier médecin du souverain, il obtint la tiare. Ce titre d’archiatre était réservé aux célébrités de notre profession; il avait comme équivalent le qualificatif d'Actuarius donné alors à tous les médecins en renom de la cour de Constantinople et qui reste comme nom propre à ce Jean fils de Zacharie qui sut le porter si haut par sa doctrine. (Le premier archiatre en France fut Archifus, archiatre de Childe-’bert et le dernier fut Dodard, archiatre de Louis XV.)
- Le Thésaurus pauperum de Pierre d’Espagne contient,
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- comme tous les ouvrages de ce temps, des préjugés, des fables et des remèdes empiriques. Hæser est le seul auteur qui cite son traité des yeux, tiré du manuscrit florentin publié par Zambrini.
- A la même époque parut le Lilium medicinæ de Gordon, médecin écossais qui professa à Montpellier en 1285. Les lunettes y sont mentionnées pour la première fois.
- Daremberg a dit de ce travail (ce qui du reste pourrait s’appliquer à tous les autres écrits de l’époque) : ce II y a peu d’ouvrages qui soient plus divertissants par toutes les recettes étranges, les prescriptions saugrenues et les superstitions comiques » (p. 295).
- Pierre d’Espagne a écrit dix-sept ouvrages dont trois ont été imprimés et dans ce nombre un livre sur les yeux ; les quatorze autres sont certainement dans les manuscrits des bibliothèques d’Europe et mériteraient d’être recherchés. Dans la Yaticane de Rome il en existe deux, l’un est un manuscrit latin n° 1392 (du fonds Urbinas)... Sententiæ super libro Physionomiæ Aristotelis ; l’autre est également un manuscrit latin (du fonds Palatin), n° 1085 sur parchemin du xme siècle : questiones super Viaticum Costan-tini, où M. le Dr Petella a trouvé cinq rubriques relatives aux yeux (f° 82 et 83 et une moitié de la première colonne du recto 84).
- Il y a aussi à la Vaticane un autre codex, ms. lat. n° 4455 ; Commentarium super dictis Ysaac; mais il est incomplet. Au fonds Vatican, n° 5377, appartient un autre codex : De aquis. medicinalibus, que le catalogue attribue à Pierre d’Espagne (?), on ne sait pas pour quelles raisons.
- Il existe à Venise, à la bibliothèque nationale de Saint-Marc, un manuscrit latin n° 11, VII, du xive siècle, ayant pour titre : Glossæ magistri Pétri Hispani super Tegui seu in Artem parvam Galeni.
- Le chapitre VIII du Thésaurus pauperum, le seul visé
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- ici, traite de passionibus oculorum. M. le Dr Zambrini l’a fait imprimer à Bologne en 1873, dans la Scelta di curio-sità litterarie inédite o rare dal secolo XIII0 al XVI0.
- Il existe nombre d’exemplaires du Trésor des pauvres ; le manuscrit latin du livre des yeux n’existe pas en Italie. Un exemplaire est à Oxford [De oculis ms. n° 3 in Collegio omnium animarum, cité par Antonio et Eloy). Il y en a trois autres à Paris ; mais l’original n’est pas encore trouvé.
- D’après l’exemplaire italien, le livre des yeux de Pierre d’Espagne est un grand in-4° sur papier du xve siècle de quarante-sept colonnes1. Ce livre a appartenu au célèbre médecin poète François Redi, le savant le plus complet du xviie siècle.
- Voici l’analyse très résumée.du livre des yeux de maître Pierre. Selon l’usage de l’époque, il commence par l’invocation classique : In nomine Dei... amen. M. le Dr Petella a apporté à cette analyse le soin le plus attentif. C’est d’abord la définition générale de l'œil que l’auteur appelle membre noble, rond, rayonnant, et de ses parties constituantes. Ily a, dit-il, sept tuniques et trois humeurs pour constituer l’œil. Cette anatomie est empruntée à l’arabe Johanni-cius, c’est-à-dire Honaïn fils d’Isaac ; comme lui, Me Pierre appelle secondina la choroïde et scleros la coque propre de l’œil. La quatrième tunique, qu’il nomme aranea tela, est probablement l'iris; la cinquième est Yuvée; la sixième est la cornée ; enfin la septième est la conjonctive. Des trois humeurs, il donne le nom d'albugineus à l’aqueuse; les deux autres sont restées : le cristallin et le corps vitré.
- Il dit à la fin du chapitre que chaque œil a huit muscles moteurs, (il les appelle lacerti), y compris l’élevateur et l’or-biculaire de la paupière. C’est en vérité . une anatomie fort complète.
- 1. Bibliot. Laurencienne de Florence numéro 186, 88.
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- La vision n’est pas autre chose, suivant l’antique théorie de la formation des images dans la lentille, que l’humeur cristallinienne.
- La pathologie de maître Pierre est fort intéressante. Il décrit Yohtalmia, de oh : contre, et de talmon : œil ; lapetrosi-las est pour lui de la ténébrosité, c’est-à-dire une humeur dans la paupière devenue dure comme pierre (chap. XXI) ; il veut peut-être parler du glaucome?
- Ses remèdes sont hygiéniques et médicamenteux; alimentation restreinte, spéciale, non irritante ; des purgatifs répétés, des remèdes empiriques et des collyres. Par exemple, pour la dureté de l’œil, il ordonne le bouillon de poissons frais et de viande, et de l’eau rougie; pour la pétrosité, la diète humide, le diaséné, l’aloès, le carpo-baume et l’hermodacte surtout ; Ponction des paupières avec du sang de tortue ou provenant de la crête d’un coq : les fumigations avec la décoction de Branc-Ursine [Acan-thus mollis) et de la mauve en cataplasme. Tous les excitants sont proscrits ainsi que « l’usage de la luxure ».
- Parmi les collyres, ceux à base de fiel d’hirondelle, de perdrix, de taureau, d’aigle, de vautour, de grue, de moineau, de renard, de chat, de tourterelle, sont fréquemment prescrits, toujours mêlés à du vin blanc.
- Fel galli cum succo celidonie et melle illinitis oculis visum acuit perfecte.
- Les maladies des muscles de l’œil proviennent, pour maître Pierre, du cerveau.
- Il traitait l’orgelet ainsi : Formica omnis decapitata et trita in palpebris posita ordeolos sanat.
- Il connaissait la fistule lacrymale qu’il soignait... par les exorcismes. Il parle deux fois du cancer et souvent de l’eau qui descend dans l’œil (cataracte). Il cautérisait la base des cils dans 1$ trichiasis avec une aiguille rougie et ensuite il badigeonnait avec de l’eau limarasicea... ?
- Le ptérygion (Punguia) est traité empiriquement avec du
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- sang d’anguille vivante ou avec le remède de Constantin : succus radicis lilij oculis immissus ungulam eorum delet.
- Au livre IIe du Viaticum relatif aux yeux, maître Pierre traite les cinq questions suivantes :
- 1° La obtalmia est calidum apostema ;
- 2° Panni et albugines in oculis ;
- 3° Crustula est sanguis ;
- 4° Lacrime (circa) exteriorem ;
- 6° Sunt quidam a vespere (inanteanon) videntes.
- Nous sommes maintenant au cinquième chapitre du Viaticum de Constantin qu’a commenté Pierre d’Espagne, qui connaissait certainement le liber de oculis de cet auteur. Ce livre traite également de his qui vespere non vident ; notre oculiste prescrit le même remède : cumepate caprino fumiget.
- Jean . XXI est assurément un des personnages les plus illustres du XIIIe siècle et comme philosophe et comme dialecticien ; nous venons de le dépeindre comme médecin, on peut donc le qualifier d’encyclopédiste, certainement plus théoricien que praticien au moins pour les maladies d’yeux. C’était un véritable savant représentant dignement l’Université de Paris au xme siècle, ayant tous les défauts de son temps, mais doué d’un esprit libéral auquel on n’était pas encore habitué, et ce qui est encore plus à sa louange, ne l’oubliant pas même avec la tiare.
- On a des doutes sur l’authenticité du Trésor des pauvres que d’aucuns et parmi ceux-ci notre distingué confrère, M. le Dr Petella, croient devoir attribuer comme simple compilation à son père Julien et peut-être même simplement à son archiatre du même nom. Il nous est impossible de trancher cette question. Nous gardons seulement de cette grande figure, de cette haute personnalité, l’esprit de suite et l’amour de toutes les sciences, cela suffit pour lui donner droit à la reconnaissance et à la sympathie de la postérité.
- Nous ne finirons pas ce chapitre sans dire quelques mots
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- des autres oculistes qui, au moyen âge, en Europe, ont eu quelque renommée.
- M. le Dr Gordon Norrie de Copenhague1 nous a facilité la tâche ... Son travail : Les oculistes dans Vancien temps et spécialement en Scandinavie, est une mine précieuse d’intéressants documents où nous allons puiser longuement.
- Il y a six cents ans environ, vivait dans le Brandebourg une famille Van Quitzow, qui était si puissante que l’électeur Frédéric II la dépouilla de vingt-quatre châteaux.
- Jean de Quitzow, en se battant contre un autre chevalier du nom de Kuno von Wolffen, tua son adversaire ; mais la lance de Kuno le blessa à l’œil gauche. Il rentra dans son manoir et resta sans soins pendant plusieurs jours, Il apprit alors qu’il y avait à la ville de Brandebourg un oculiste célèbre qu’il envoya chercher, mais qui ne vint que quelques jours après.
- Le cabinet de consultation du chirurgien et oculiste était une sorte de baraque en bois ouverte d’un côté et recouverte de l’autre par une toiture. Sur une large table étaient disposés les onguents, emplâtres et pansements, à côté d’amulettes et de toutes sortes d’objets.
- Sur une autre table les instruments, scies, couteaux, seringues, etc. On trouvait là également des chaises de tous genres pour les malades.
- Le chirurgien était un homme solennel et sérieux, portant une épaisse moustache et vêtu d’une longue robe ; il était assisté d’une sorte de pitre, de jongleur, qui appelait la populace à son de trompe et lorsque la foule était réunie et attentive, proclamait l’habileté et la spécialité de son maître, ou bien encore faisait la parade.
- Beaucoup de monde entrait, qui pour se faire enlever une dent, qui pour se faire ouvrir un abcès. Le valet faisait alors asseoir le client sur une chaise, lui adressait quelques
- 1. In : Janus, décembre 1896, p. 227, en anglais,
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- plaisanteries au gros sel et tandis que l’auditoire s’esclaffait, lui enlevait prestement la molaire ou la canine malade et la montrait au public. C’est toujours le même procédé dans nos foires.
- Le sire Jean de Quitzow dut donc attendre trois jours son tour de consultation. L’oculiste le visita et lui ordonna un onguent spécial qu’une vieille femme préposée à cet office lui appliqua aussitôt. Il demanda pour cela une très grosse somme ;... l’inflammation continua son œuvre pendant trois mois et finalement se termina par la fonte de l’œil (Neuermann : Ueber den Zustand der Wund-arzneikunst vor 560 Jahren in meiner Gegend)1.
- Dans Janus, ce vaillant et unique journal consacré d’une façon si spéciale à toutes les questions d’histoire et de géographie médicales, qui fait tant de louables efforts pour vulgariser et faire aimer cette partie délaissée de l’art médical, nous trouvons d’autres faits non moins instructifs avec leur cachet spécial, sur les oculistes au moyen âge; nous sommes heureux de les ajouter à l’étude que nous avons entreprise.
- On raconte et nous l’avons nous-même signalé, que le roi Jean de Bohême qui vivait à la cour joyeuse de France en 1337, fut atteint d’une inflammation très grave des yeux pour laquelle il consulta un oculiste en renom de Breslau ; mais, malgré le traitement suivi, le mal empira... et... l’oculiste, pour ses soins qui n’avaient pas été suivis de succès, fut noyé dans l’Oder !
- On s’explique alors très bien les difficultés que ce monarque rencontra désormais pour se faire soigner par un spécialiste. Cependant il découvrit à Prague un oculiste arabe qui voulut bien s’occuper de sou royal client, mais après avoir d’abord stipulé qu’il voulait être garanti contre le sort de son prédécesseur 2.
- 1, V. Walther, Journal der Chirurg. u. Augenheilk. Neue Folge VII, 1847, p. 92.
- 2. Magnus : Geschichte des grauen Staares, Leipzig, 1876, p. 203.
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- Les chirurgiens et oculistes faisaient alors de fréquents déplacements. Ils se faisaient annoncer dans les villes où ils allaient en déclarant que leur présence avait pour but : « de traiter les pauvres gens pour l’amour de Dieu, et les riches pour un modeste honorarium. »
- M. le Dr Pergens, de Bruxelles, a fait paraître cette année (1900), dans la première livraison de Janus, un article documenté sur Y ophtalmologie et sur la médecine anglaise au XIIIe et au XIVe siècle ; ce travail nous a paru devoir être relevé dans notre livre du moyen âge.
- L’ophtalmologie dont nous allons parler est celle qui avait cours au xme et au xive siècle dans le pays de Galles.
- Avant que lesGymry eussent des villes et des souverains, la Meddyginœth (médecine) était une des neuf branches d’art rural cultivées par eux. Les Gwydonniaid (hommes de science) étaient des prêtres qui traitaient les malades (par les herbes). Sous le règne de Prydain ab Aedd Mawr(1000 ans avant J.-C.), les gwydonniaid étaient divisés en trois ordres, les bardes, les druides et les ovates. Ces derniers s’occupaient de la médecine et des sciences.
- Les lois de Dyvnwal Mælmud (430 avant J.-G.) mentionnent la médecine comme ayant des privilèges spéciaux. Pline cite l’emploi du gui par les druides, de même le Ly copodium Selago, le SamolusV alerandi e te...
- Au vie siècle, le chef des bardes Taliesin donne quelques aperçus de la constitution de l’homme où ne manque pas la sagacité.
- Au xe siècle, les lois de Howel Dda (Houël-le-Bon) parlent des médecins et en particulier de celui de la Cour, dont c’était la douzième charge avec mission de soigner la famille royale et le personnel du palais, pour son entretien.
- Au xme siècle, Rhys Gryg régnait sur la partie méridionale du pays de Galles. Son médecin était Rhivallon, assisté de ses fils Cadwgan, Gruffydd etEinion; il était originaire de Myddvai (comté de Caermarthen).
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- Ils réunirent des prescriptions et en firent un recueil ; leurs descendants pratiquèrent à Myddvai jusqu’au milieu du dernier siècle.
- La légende de l’origine de la famille médicale anglaise est trop curieuse pour ne pas en dire un mot ici.
- Au xiie siècle vivait près du lac Llyn-y-van-Vach une veuve et son fils. Un jour celui-ci en gardant ses troupeaux vit sur la surface des eaux du lac une femme d’une admirable beauté... ébloui, fasciné, il lui offre tout ce qu’il a sur lui... son pain d’orge et son fromage... Elle se sauve en riant et en lui disant Crasdy far a! nidhawdd fy nala (Dur est ton pain, ce n’est pas facile de me prendre !).
- Une autre fois, il lui offre, selon le conseil de sa mère, un pain non cuit ; l’ondine le refuse ; enfin du pain modérément cuit lui plaît, la séduit. Elle accepte d’être sa femme aussi longtemps qu’il ne lui aura pas donné trois soufflets sans motif...
- Ils vécurent heureux pendant plusieurs années et eurent trois fils. De futiles sujets de discorde les séparèrent et Uondine disparut un beau soir emmenant avec elle tout ce qu’elle avait apporté en dot et laissant seulement à son époux ses trois fils, qu’-elle vint revoir de temps à autre.
- A son aîné, elle enseigna l’art de guérir; ce fils était Rhivallon, le médecin de Rhys Gryg.
- Rhivallon date du xme siècle ; il pratiquait la saignée, plaçait des sétons, faisait la taille, la trépanation, etc... il joignait à cette thérapeutique nombre de pratiques superstitieuses. Il faisait inscrire contre la fièvre, sur une pomme, une croix avec ces mots ô nogla pater ; sur une deuxième pomme ô nogla filius, et sur une troisième ô nogla spiri-tus sanctus, et cela pour trois jours. Le troisième jour, le malade devait être guéri.
- Pour savoir le pronostic d’une maladie, on prendra des violettes qu’on écrasera et qu’on liera aux jambes du sujet; si celui-ci s’endort, on peut être certain qu’il guérira.
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- Concernant les yeux, Rhivallon a laissé peu de chose : les douleurs de cet organe, la sécheresse des larmes, l’œil larmoyant, l’ophtalmie, la taie de la cornée, etc., sont les affections dont il s’occupe.
- Il recommande de faire une sorte de confiture avec le sang qu’on s’extrait du pouce au mois de février et d’en faire une potion qui a pour propriété de rendre les yeux sains.
- Contre la douleur dans l’œil, une pointe de feu, au creux du sourcil et une autre à la nuque sont souveraines.
- Le suc du fenouil rouge est parfait pour restaurer la vue.
- Pour la sécheresse des paupières, c’est le suc de fraises, la graisse d’un poulet et le beurre qu’il faut employer au mois de mai.
- Contre un œil rouge, rien ne vaut un séton sous la mâchoire. Enfin contre la taie le suc de hedera.
- Howel ou Hywel est le fils de Rhys, fils de Llywelyn, dont le père était Philippe le médecin, provenant d’Enion, le fils de Rhivallon.
- William Rona (1743) a traduit le livre de John Jones le médecin de Myddvai et le dernier descendant de cette famille.
- Ce livre est du pur charlatanisme et les plus fantastiques remèdes y sont vantés. La narcose pendant les opérations est indiquée avec des sucs de différentes plantes dont la mandragore. On pratiquait la trépanation, les affections mentales étaient connues ; il y avait trois sortes de pneumonie et l’on savait différencier les maladies de l’estomac et du tube digestif.
- Dans Pophtalmologie, le séton n’est plus employé ; pour certains collyres le vin est remplacé par l’hydromel ou par la bière. Le fiel d’un chat et la graisse d'une poule font voir des choses surprenantes au fond de l’œil. Les hémorragies étaient arrêtées au moyen de compresses de viandes fraîches, d’herbes, etc. Diverses maladies de peau, les piqûres et
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- morsures d’animaux venimeux étaient soignées par des conjurations et du vinaigre.
- On conservera la vue parfaite par une saignée faite au bras droit le 18 mars et le 20 avril au bras gauche. Suit une série de collyres où l’on trouve de tout, même du sulfate de zinc qui est le meilleur.
- On a raconté bien des anecdotes sur les oculistes du moyen âge. A l’un on demandait comment il avait appris l’art d’opérer la cataracte par abaissement, ce qui était la seule méthode alors employée. Il répondit naïvement que c’était après avoir crevé un certain nombre d’yeux, autant, disait-il, qu’il pourrait en tenir dans son chapeau l.
- L’étude que nous venons de faire du pape médecin Jean XXI, des oculistes du moyen âge, des différentes légendes anglaises sur l’origine de la médecine et de la chirurgie oculaire et autre dans le pays de Galles, nous a entraîné bien loin du sommaire de ce chapitre; le lecteur voudra bien nous pardonner d’avoir ouvert une aussi vaste parenthèse, au nom des choses curieuses pour notre art, que nous y avons placées.
- Nous continuerons maintenant la revue biographique des hommes remarquables de notre profession, qui ont terminé le xme siècle, et l’analyse de leurs travaux.
- Jean de Saint-Amand, qu’il ne faut pas confondre avec le martyrologiste du même nom, bien antérieur, fît une thérapeutique générale excellente, pleine de sagacité et d’observation. Il dit en substance que le traitement symptomatique doit toujours suivre les indications fournies par les causes. Un symptôme passager ne doit pas épouvanter le médecin et lui faire abandonner de suite son traitement général. Pour ce savant les vertus des remèdes sont essentielles, accidentelles ou réelles.
- Voilà pour la médecine ! c’est peu, on le voit; mais en
- 1. Freytag cité d’après Henermann. Abhandlungen d. vornemsten chir. opérât, am menschlichen Kôrper. Gis. et Leip. II, 1756, etc.
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- chirurgie c’est encore moins ! Dans les écoles scolastiques on ne trouve pour ainsi dire rien.
- Le plus ancien des chirurgiens du temps est Roger de Parme, qui devint chancelier de l'Université de Montpellier. Il s’est surtout rendu remarquable par son traitement des scrofulides par l’éponge dont l’iode, comme on sait, est la partie active. Pour le reste il suivait les méthodes arabes b
- Guillaume de Salicet, né à Plaisance, appartient à la même époque. Professeur à Bologne puis à Vérone où il vivait en 1275, il était un des meilleurs praticiens de ce temps. Parmi le grand nombre de ses observations, toutes parfaitement prises, nous avons relevé un cas de plaie énorme de la substance médullaire du cerveau dont la terminaison fut heureuse 1 2 3. Il fait suppurer les ganglions avant de les enlever. Son traité sur les ulcères des parties génitales est remarquable. Son livre De salute corporis a été imprimé en 1495 à Leipzig.
- Lanfranc, de Milan:i, tient une des places les plus en vue du moyen âge. Il vivait à l’époque des querelles des Guelfes et des Gibelins et fut exilé de sa patrie par Mathieu Vis-conti pour avoir pris une part trop active à ces disputes.
- Il vint à Paris où s’étaient également réfugiés des Italiens exilés, en 1295, ouvrit des cours publics, à la prière de Passavant doyen de la Faculté, et y acquit très vite une grande renommée. Nombre de ces Italiens exerçaient la chirurgie sans titre et sans recommandations d’aucune sorte; ce fut la cause de grands désordres. Déjà en 1271, plusieurs chirurgiens de Paris, sous la présidence de Jean Pitard, s’étaient détachés de la Faculté pour former un collège distinct, quoique toujours soumis néanmoins à la Faculté. Le siège de la corporation des chirurgiens était
- 1. Rogerii chirurgia, in-fol., Venet. 1546.
- 2. Guiehelm de Salicelo Chirurgia, in-fol., Venet. 1546.
- 3. Lanfranc praclica quæ dicitur ars Compléta totius Chirurgiæ, in-f°, Venet. 1546.
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- rue des Cordeliers, aujourd’hui rue de l’École-de-Médecine.
- C’était le collège des maîtres chirurgiens jurés de Paris ou chirurgiens de robe longue, qualification qu’ils prenaient pour se distinguer des barbiers-chirurgiens ou chirurgiens de robe courte.
- La médecine étant dans le début exercée par des prêtres et des clercs, et l’église interdisant de verser le sang, les médecins durent abandonner la pratique des opérations à des personnes étrangères à leur profession.
- Avant Jean Pitard, la chirurgie à Paris était entre les mains de quatre maîtres vivant ensemble et dont la demeure était une sorte d’infirmerie passagère ou une maison, un poste de secours1 2.
- D’autres chirurgiens se joignirent à ces premiers maîtres et la confrérie qui se réunissait dans l’église Saint-Jacques-la-Boucherie, se mit plus tard sous le patronage de Saint-Côme, petite église située au coin des rues des Cordeliers et de la Harpe, aujourd’hui disparue. C’est là qu’ils donnaient leurs consultations gratuites le premier lundi de chaque mois.
- Le première pièce authentique de la corporation des chirurgiens remonte au mois de novembre de 1341 Philippe-Auguste édicte que nul homme ou femme, nullus cyrurgicus nullave cyrurgica ne pourront désormais exercer la chirurgie sans être préalablement approuvés par le chirurgien juré au Châtelet et sans avoir reçu de lui, l’autorisation d’opérer (licentiam operandï) !...
- En avril 1352, le roi Jean confirme cette ordonnance3.
- Charles régent de France approuve ces précédents édits .
- En 1360, pareille faveur; et de même par Charles VI en 1381 ; par Henri Y en 1424 (occupation du pays par les
- 1. Quesnay. Recherches sur l'origine et les progrès de la chirurgie en France. In-4°.
- 2. Ordonnances des rois de France, T. I, p. 471.
- 3. Ordonnances, etc. XII, p. 496.
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- Anglais) ; par Charles VII en 1441, etc... Voilà seulement pour la période du moyen âge.
- Les barbiers à leur tour veulent se faire une place au soleil ; ils y arrivèrent bientôt.
- Au mois d’août 1301, on voit dans le registre des métiers de la ville de Paris, qu’il y avait alors vingt-neuf barbiers qui s’occupaient de petite chirurgie; en 1364, ils sont quarante... et le nombre ne fit qu’augmenter.
- En 1365 ,s’appuyant sur ce qu’ils étaient u envoïez querre par nuict agrant besoing, en deffault des mires et surgiens » ils demandèrent et obtinrent l’exemption du guet.
- Au mois de décembre 1371, les barbiers, qui avaient fait des statuts et s’étaient mis en confrérie sous l’invocation du Saint-Sépulcre, présentèrent ces statuts à Charles V qui les approuva et établit que le barbier et valet de chambre du roy serait garde et chef de toute la barberie et chirurgie du royaume. Cela dura jusqu’en 1668.
- Le 3 octobre 1372, Charles Vrégla les droits des barbiers à l’application des emplastres, oignemens, bosses, apos-tumes, playes ouvertes, édit confirmé en mai 1385 L
- Les barbiers dépassèrent les limites qui leur étaient assignées et mécontentèrent les chirurgiens qui obtinrent, le 4 mai 1423, que les barbiers ne feraient pas de chirurgie. Protestations comme bien l’on pense, et les barbiers eurent finalement gain de cause (4 novembre 1424).
- Les chirurgiens en appellent et le 7 septembre 1425, le Parlement rend un arrêt qui permet seulement aux barbiers le pansement des plaies, de traiter les clous et les bosses, et de saigner.
- La lutte était ouverte !
- Le 13 décembre 1435, les chirurgiens jurés voyant avec dépit l’ingérence des barbiers dans la pratique de leur art, adressèrent une supplique à l’assemblée de l’Université.
- 1. Ordonnances, etc. p. 440 et 530.
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- pour lui demander d’interdire l’exercice de cette profession à ceux qui n’avaient pas été examinés.
- Les batailles sérieuses allaient commencer.
- D’autre part, les médecins avaient quelques sujets de mécontentement à l’égard des chirurgiens, qui faisaient un peu de médecine ; les barbiers (entèrent un rapprochement avec les médecins.
- La faculté se réunit et se chargea de faire des cours en français. « Facultas permisit barbitonsoribus ut unum e magistris Facultatis sibi baberent qui Guidonem (Guy de Ghauliac) aliosve authores chirurgicos prælegerent verbis familiaribus. »
- En janvier 1505, les barbiers se soumettent à la Faculté, obtiennent des privilèges royaux et forment la corporation des chirurgiens de robe courte. Ils jurent : « estre vrays escholiers et disciples de la dicte Faculté... honneurs et révérence porteront à icelle et continueront les leçons des maistres lisans comme vrays escholiers. »
- Ambroise Paré appartint, comme l’on sait, à cette corporation.
- La Faculté eut encore au moyen âge à lutter contre les apothicaires qui cherchaient aussi leur indépendance.
- Les médecins avaient abandonné à des gens spéciaux le soin de préparer les médicaments que primitivement ils préparaient eux-mêmes, ou faisaient préparer dans leurs maisons sous leurs yeux. Ainsi se forma peu à peu la corporation des apothicaires qui, dès le xme siècle, fut placée sous le patronage des médecins.
- Sous Charles VIII, les statuts des apothicaires furent approuvés et dès lors, ils firent partie des six corps de métiers de la ville de Paris, dans la même section que les épiciers1.
- Nous n’avons trouvé aucune ordonnance concernant les sages-femmes au moyen âge.
- i. Ordonnances, etc. XIX, p. 413. — Traité de la police, 1, p. 587.
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- Voyons un peu maintenant ce qui se passait ailleurs, à la même époque et sur le même sujet.
- Il y avait en Angleterre, à Londres, au moyen âge, deux types de chirurgien : Le chirurgien militaire et le barbier-chirurgien ; les premiers formèrent l’aristocratie.
- A la troisième croisade (4189-1192) ils étaient tous deux au service des nobles et des rois, comme en France, du reste, et comme dans tous les autres pays, ils servaient comme gens de savoir, c'est-à-dire instruits.
- Au xive siècle seulement, ils eurent leurs grades et on les connut sous diverses appellations : chirurgien royal, chirurgiens communal, etc.
- Ce n’est qu’en 1415 que les statuts de leur corporation furent établis.
- Parmi les grands noms historiques de ces chirurgiens il convient de signaler et de retenir ceux de Wiseman, Che-selden, Thomas Morestede dont la vie peut servir de modèle, etc.
- Une corporation distincte des chirurgiens proprement dits, celle des barbiers, a existé en Angleterre, à Londres en particulier, de temps immémorial. Une première mention en est faite en 1369.
- En 1423, le 15 mai, une pétition du maire et des alder-men de Londres demande au roi que désormais, médecins et chirurgiens ne forment plus qu’une seule corporation.
- Le 23 mai 1423, la Faculté de médecine était dûment constituée et quinze jours après, maître Gilbert Kymer jurait fidélité devant le maire et ses adjoints en qualité de Recteur de la dite Faculté avec Thomas Morestede et John Harwe, chirurgien du roi, comme surveillants de chirurgie.
- Au 27 septembre de la même année, maître John Sum-bershede et maître Southwell étaient présentés à la cérémonie du serment comme Reviseurs de médecine.
- Combien de temps médecins et chirurgiens furent-ils réunis à Londres ? l’histoire ne le dit pas et on ne trouve
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- plus mention de cette union après 1425. On suppose que les événements si graves pour les Anglais qui se passèrent en France alors ont été la principale cause de cet événement. La dispersion des membres de la Faculté se fit aimablement pour les besoins du service militaire, voilà ce qui est parfaitement établi.
- Les médecins aidèrent les barbiers à obtenir une charte qui date de 1425; elle confirme celle de 1415 qui leur octroyait le droit de pratiquer la chirurgie.
- Les médecins ne furent réellement constitués en corporation que par des lettres patentes d'Henry VIII en 1518.
- Les chirurgiens se réunirent en société de chirurgie en 1435 ; ils étaient dix-sept à Londres.
- Quant à la confrérie des barbiers, elle se perd dans la nuit du temps. On sait qu’ils assistaient les moines dans leurs opérations et lorsque l’édit de Tours de 1163 vint interdire aux prêtres la pratique de la chirurgie, les barbiers peu à pen les remplacèrent et obtinrent alors la qualification de barbiers-chirurgiens .
- Les barbiers ont donc précédé les chirurgiens proprement dits. Ils obtinrent en 1462 leur charte d’incorporation en Compagnie. Parmi leurs grands noms l’histoire nous a laissé : William Cloves, John Halle et John Banester qui illustrèrent cette Compagnie au moyen âge.
- En analysant pour « Janus » une brochure de M. le Dr D’Arcy Power, intitulée : Comment la chirurgie devint une profession à Londres (Londres 1899, in the Medical Magazine), nous avons eu la bonne fortune de recueillir les renseignements qui précèdent et qui peuvent se rapprocher à beaucoup de points de vue de ceux que nous avons signalés pour notre pays. C’est à peu près la même évolution, les mêmes luttes, les mêmes institutions; le moyen âge n’aura donc vraiment été qu’un trait d’union, un tunnel, pourrions-nous dire, entre les temps primitifs glorieux de notre art et la renaissance où les grandes clartés sont enfin revenues.
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- Nous sommes maintenant à la Faculté de Montpellier dont les titres d’ancienneté datent de 1220. Cette grande école qui a maintenu à travers les siècles son illustration, fut longtemps la rivale de la Faculté de Paris qui prétendait à la supériorité, un peu en raison du nombre de ses élèves, beaucoup par orgueil à cause de sa situation géographique dans la capitale de la France.
- Ces deux écoles de médecine étaient les seules officielles du pays au moyen âge ; nous avons vu qu’il en existait d’autres pouvant servir d’intermédiaire.
- Nous avons étudié l’organisation de la plupart des autres universités du monde connues à cette époque ; nous n’y reviendrons pas, nous réservant toutefois, au courant des événements qui vont suivre, de dire quelques mots des hommes qui s’y illustrèrent et des travaux qu’ils ont produits.
- Au moyen âge, l’Université de Paris attirait à ses cours une foule énorme d’étrangérs. Montpellier, par sa situation, était le centre intellectuel des Espagnols, des Italiens et des peuples du Levant... La médecine arabe et juive avait fourni les premiers éléments de ses connaissances médicales ; les rois lui avaient prodigué leurs faveurs. Les médecins y étaient exempts de tailles, d’aides, d’octroi, de logements militaires, etc., tout comme à Rome et dans les villes de l’empire des Césars. Us avaient aussi leurs jours de fêtes souvent bien tumultueuses ; les étudiants y avaient leur roy et nombre de cérémonies gaies dont nous avons parlé dans notre dernier travail. Les médecins avaient également leurs statuts et Saint-Luc était leur patron comme à Paris; l’exercice de la profession était défendu à tous ceux qui n’avaient pas pris leurs grades à Montpellier ; les professeurs étaient nommés au concours (Edit de 1498).
- A Paris, la Faculté était composée de tous les docteurs régents ; à Montpellier seulement des professeurs.
- Les études y étaient presque aussi longues ; l’étudiant
- Congrès d'histoire (V“ section).
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- devait être maître ès arts comme à Paris et après la troisième année, il subissait l’examen du baccalauréat suivi de quinze autres examens pour arriver au doctorat ; les frais d’études et d’entretien étaient moindres et les épreuves plus faciles.
- Enfin, il y avait beaucoup plus de livres à Montpellier qu’à Paris.
- La capitale au point de vue doctrinal représentait la tradition hippocratique ; à Montpellier, jusqu’à François Ier, ce furent les Arabes qui dominèrent ; il y avait donc rivalité entre ces deux écoles, et il faut bien l’avouer, motifs de rivalités dont la Renaissance a retenti plusieurs fois dans de célèbres procès au Parlement .
- Nous ne tarderons pas à donner la vie d’une des plus belles figures de cette illustre Faculté, de Guy de Chauliac, le rénovateur de la chirurgie.
- Nous nous bornerons pour continuer rémunération des médecins célèbres du xme siècle, à cette période si troublée de notre profession, à signaler Lan franc dont nous avons déjà dit quelques mots. Ce proscrit à l’esprit si vif semble avoir introduit avec lui la science médico-chirurgicale en notre patrie. Il enseigna à Paris et il y était seul professeur en 1295 quand il donna sa Grande Chirurgie.
- Henri de Mondeville, que le regretté professeur Nicaise a si bien étudié et fait magistralement revivre, fut le digne continuateur de Lanfranc qui était élève de Guillaume de Salicetdont il adopta toutes les méthodes.
- Lanfranc resta à Paris jusqu’à la fin de ses jours et eut à cœur de faire de son pays d’adoption la première Académie chirurgicale du monde. Comme chirurgien il est curieux à étudier ; il n’osait pas ouvrir un abcès ! un bubon l’effrayait et il tremblait pour une paracentèse. Il pansait toutes les plaies de façon à obtenir une réunion per primam, à moins d’impossibilités topographiques des blessures, telles les plaies provenant d’un instrument piquant ou bien pénétrant
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- jusqu'aux os, ou compliquées de douleurs, ou bien encore s’étendant à une des grandes cavités du corps, el si le blessé était malsain, si la plaie provenait de la morsure d’un animal venimeux, etc... contre les charbons pestilentiels, il employait la thériaque avec un succès inimaginable même alors que tout espoir semblait perdu. Il traitait les plaies des, nerfs par la suture et faisait la ligature des vaisseaux sanguins.
- Sa description des chancres est très remarquable, de même que son observation d’un vomissement urineux chez un malade atteint de la pierre.
- Pour terminer ce long chapitre il nous faut encore signaler Brunus, le professeur émérite de l’Université dePadoue, le grand chirurgien du xme siècle.
- Il fit partie de la seconde école italienne dont les principes étaient diamétralement opposés à ceux de la précédente.
- Il naquit en Calabre à Longoburgo.
- Comme originalité, au lieu de traiter toutes les plaies par des remèdes humides comme Roger et Roland, il cherchait au contraire à les dessécher et obtenait ainsi de remarquables succès '. Dans les cas vicieux il fracturait une deuxième fois les os dont il cherchait à bien affronter les morceaux et remédiait ainsi à de tristes difformités avec un grand sens chirurgical.
- Théodoric, élève de Hugues de Lucques, fut d’abord moine de l’ordre des Frères prêcheurs, puis il devint pénitencier d’innocent IY, évêque à Bitonto puis à Cervia et se lixa enfin à Bologne où il mourut en 1298 2.
- Théodoric fut un des chirurgiens les plus distingués de son siècle ; il suivit la tradition de son maître Hugues de Lucques et, comme celui-ci, réduisait les fractures avec des appareils où les parties de bois si effrayantes de ces vieilles
- 1. Brunus. Chirurt7. lib. I. c. 3, fol. 107 a.
- 2. Sarti, Vol. 1, p. 450.
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- machines hippocratiques étaient remplacées par des lacs de toile. Il opérait les hernies en appliquant des caustiques sur la tumeur...,etc.
- Richard de Windmere, médecin de Grégoire IX, termine la série des médecins du siècle dont nous venons de nous occuper ; il fut chef de l’hôpital Saint-Jean d’Oxlord; on lui doit un traité très curieux sur les signes de la fièvre. •
- Le voile qui cachait les progrès de notre art se déchire peu à peu de tous côtés; la tradition, le servilisme des médecins commence à faire place à quelques lueurs d’originalité... On sent qu’il souille un vent de réforme dans les sphères intellectuelles et on prévoit les espérances que semble bien promettre le xive siècle qui paraît.
- l)r MILLOT-CARPENTIER.
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- ET LA MÉDECINE ANCIENNE
- Pour la plupart des auteurs, l’histoire du rachitisme commence vers le milieu du xvic siècle, h l’apparition du petit traité De Rachitide. C’était d’ailleurs le sentiment de l’auteur lui-même, de Glisson Ce fut aussi celui de Van Swieten qui a écrit sur le sujet un chapitre admirable d’érudition~. C’est enfin celui de nos contemporains. Presque seul M. Lannelongue a formulé cette sage réserve : « S’il est difficile de démontrer l'existence du rachitisme dans l’antiquité, on ne peut non plus faire dater son origine de la première description qui en a été faite. La discussion reste donc ouverte, ne pouvant être close par l’évidence des faits, ni parcelle des citations ;i. »
- La question nous paraît ainsi parfaitement posée : aussi est-ce en faisant appel à l’évidence des faits et des citations (pie nous espérons démontrer que la maladie est de deux mille ans plus vieille qu’on ne le dit. Mais, avant d’en venir à ce chapitre des origines, il nous faut examiner l’opinion de ceux qui, trouvant à Glisson des devanciers plus près de lui, se bornent à avancer d’un siècle l’âge convenu du rachitisme.
- M. Spillman, auteur d’une toute récente et fort remar-
- 1. Glisson, De rachilide, London, 10:50, p. 3.
- 2. Van Savieten, Commentaires. Paris, 1773, t. V, p. 544.
- 3. O. Lannelongue, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie, 1881, t. XXX, p. 376.
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- quable monographie, nous dit que la première observation à peu près certaine de rachitisme remonte à 1554 et qu’elle est due à J.-B. Théodose; puis il cite les noms de Zacutus Lusitanus, d’Ambroise Paré, de Fernel,de Savard, de Méry, de Jacobs Spon et conclut : « Cette période assez obscure, dans laquelle le rachitisme fut souvent confondu avec l’ostéomalacie, prit fin avec Glisson qui fit paraître le premier mémoire donnant une description détaillée du rachitisme 1 2. »
- Quatre seulement des auteurs, énumérés sont quelque peu antérieurs à Glisson et pourraient avoir des titres à la priorité dans la connaissance du rachitisme : ce sont Théodose, Ambroise Paré, Fernel et Zacutus Lusitanus. Examinons :
- Théodose, médecin de Bologne, avait écrit vers 1540 (la dédicace est datée de 1541) des Lettres médicinales qui furent publiées seulement en 1553 après sa mort. La quarante-deuxième est une consultation pour un enfant : « Le cas s’est présenté à moi d’un enfant qui souffrait de plusieurs mauvaises affections. En premier lieu, son tempérament penche vers le froid et l’humide, ce qui rend pâle la peau de tout le corps, au point qu’il paraît tendre à la cachexie et qu’il se forme en lui beaucoup de crudités. Cette affection est une faiblesse telle de la puissance motrice que, bien qu’âgé de dix-sept mois, il ne peut se mouvoir d’aucune façon, ni se tenir debout, et que, posé par sa nourrice dans son berceau, il peut à peine tenir sa tête redressée. Un autre symptôme, le plus cruel de tous, c’est l’inclinaison en dehors des trois vertèbres au niveau des fausses côtes, ce qui est un mode de gibbosité ; enfin, les côtes elles-mêmes paraissent courbées en forme d’arc »
- Il est fort probable, en raison de l’âge de l’enfant, des
- 1. Louis Spillmann, Le rachitisme, Paris, 1900, p. 7 et suiv.
- 2. Is. Bapt. Theodosii, medici Bononiensis clarissimi, Médicinales epistolæ, LXV1II; Basileæ apud Nie. Episcopium, 1553. Epist. XLII.
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- troubles digestifs, de la gibbosité et de la déformation thoracique, qu’il s’agit bien là d’un cas de rachitisme. Cependant, Van Swieten se prononce pour la négative, invoquant l’absence de quelques symptômes tels que la tuméfaction du ventre, les saillies osseuses au niveau des jointures, la dépression latérale du thorax, la saillie en pointe du sternum et les nodosités des extrémités costales b Van Swieten nous semble bien sévère. C’est seulement dans les livres que les maladies sont pourvues de tous leurs signes. Dans la clinique journalière, il faut nous contenter à moins. Aussi, à ne considérer bien entendu que les temps modernes, acceptons-nous la formule même dont use M. Spillmann, quand il fait honneur à Théodose « de la première observation à peu près certaine de rachitisme ».
- S’il peut rester quelque doute sur la part prise par le médecin de Bologne à l’introduction dans la nosologie de l’entité morbide dont nous résumons l’histoire, il n’en va pas de même en ce qui concerne Ambroise Paré, qui, lui, a vu sûrement des rachitiques, et cela un siècle avant Glisson. Il en a dit les principales difformités : et le pied-bot, et le genou dévié, et le dos bossu.
- « Il m’a semblé bon, dit-il, d’escrire un vice dont le patient, selon la disposition, est nommé en latin varus, sçavoir est quand le pied est tourné vers le dedans. Au contraire, quand le pied est tourné vers la partie extérieure, on nomme le patient qui a tel vice valgus, qui se fait aussi de même cause, et l’un et l’autre vice est nommé du vulgaire pied-bot et n’advient pas seulement aux pieds, mais aux genouils pareillement. »
- Un peu avant, Paré avait traité de ceux qui sont voûtés « ayant l’espine courbée », et il en avait dit : « Quelques-uns, et principalement les filles, parce qu’elles sont plus mollasses, deviennent bossues, pour ce que leur espine n’est pas droicte, mais en arc ou en figure de S, et tel accident 1. Van Swieten, Commentaires, t. V, p. 545.
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- leur advient quelques fois par cheute ou coup, ou quelque vice de se situer, comme nous avons montré au livre des Luxations ; ou pareillement parce que les folles mères, subit qu’elles voyent leurs filles se pouvoir tant soit peu tenir debout, leur apprennent à faire la révérence, les faisant baisser l’espine du dos, de laquelle estant encor les ligaments laxes, mois et glaireux, en se relevant, pour la pesanteur de tout le corps dont l’espine est le fondement, comme la carine d’une navire, se contourne de côté et d’autre et se ployé en ligure de la lettre S, qui fait qu’elles deviennent tortues et bossues, et quelquefois boiteuses. Aussi plusieurs filles sont bossues et contrefaictes pour leur avoir, en leur jeunesse, par trop serré le corps. Qu'il soit vray, on void que de mille filles villageoises, on n’en trouve pas une bossue, à raison qu’elics n’ont eu le corps astreint et trop serré. Par quoy les mères et nourrices y doivent prendre exemple 1. »
- C’est bien du rachitisme qu’il s’agit ici ; il est reconnaissable à ses traits les plus nets : déformations des pieds et des genoux, déviation latérale du rachis, gibbosité, sans parler du milieu, mais ces traits, pour s’imposer à l’alten-lion et à la mémoire des successeurs de Paré, auraient voulu être fondus en un type unique, être associés sous un nom commun.
- Ambroise Paré est donc le premier médecin français qui ait donné place au rachitisme dans sa pathologie. C’est à tort qu’on oppose parfois à cette priorité un passage de Fernel qui se rapporte manifestement à l’ostéomalacie. Il y est question d’un soldat à qui, « du fait de la maladie, les os des jambes, des bras et des cuisses étaient devenus si mous et si flexibles qu’à la manière de la cire ils suivaient facilement dans quelque sens qu’on les tordît 2 ».
- 1. A. Paré, Œuvres, Lyon, 1633, XXIIIe livre, ch. vin et xl, pp. 674 et 676.
- 2. Fernel, Universa medicina, Coll, allobr., 1679, p. 784 (de abditis rerum causis, lib. II, cap. 9).
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- Cette mollesse cireuse des os, étrangère à la symptomatologie du rachitisme, était connue depuis longtemps. « Parfois, dit Galien, le corps tout entier des petits enfants récemment nés est humide à ce point que chez eux la nature des os tient plus de la cire que de la pierre b »
- C’est cette phrase qui a inspiré à Zacutus Lusitanus le passage auquel il doit de figurer parmi les premiers peintres du rachitisme. Il nous dit lui-même son emprunt : « Parcourant les écrits qui nous restent de Galien, je tombe sur celte pensée qui, loin de manquer de charme, sent au contraire l’élégance habituelle à son auteur et montre en lui une facilité d’esprit qui n’est pas chose méprisable. Cette pensée, la voici : « Le corps tout entier des petits enfants, etc... J’ai toujours été convaincu que cette opinion était pleine de vérité et de raison, mais je l’avais très rarement vérifiée par moi-même, lorsque je fus appelé auprès d’un enfant qui était dans sa cinquième année. Sorti de l’utérus avec des pieds si mous et si flexibles qu'ils se prêtaient comme de la cire à toutes les torsions, il était parvenu à cet âge sans que les diverses médications instituées eussent réussi à le guérir ~. »
- Ces lignes sont extraites de la Pratique médicale admirable, comme l’auteur a lui-même intitulé son livre. Le chapitre où elles se trouvent, et qui traite des pieds de cire (livre III, ch. cxxvii), n’est qu’une dilution, souvent ridicule, du chapitre correspondant de Fernel. On y rencontre nombre d’expressions et de pratiques communes, et même des phrases entières copiées mot à mot. Il est vrai que Zacuth a placé à sa première page ce qu’il appelle « un svllabus des auteurs dont l’autorité et les sentiments font 1 ornement de cet ouvrage », et que, dans cet index bibliographique, on lit en son rang le nom de Fernel; mais on y
- 1. Galien, Commentaires in Aph., t. XVII, b, p. 029.
- 2. Zacutus Lusitanus, De praxi meclica admirnncla, Amsterdam, 1634, p. 437.
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- trouve aussi ceux d’Albert le Grand, d’Arnauld de Ville-neuve, de Corneille Agrippa, de Théophraste Paracelse et quelques autres aussi suspects, tandis qu’à la première ligne brillent ces mots inattendus : Ecriture sainte.
- Après cela, on pensera sans doute avec nous que, comme Fernel et à plus juste raison encore, le juif portugais Zacuth doit être rayé de toute histoire sérieuse du rachitisme. Mais, à ne retenir ainsi que les seuls noms de Théodose et d’Ambroise Paré, est-ce à dire que le rachitisme a été vu, connu, décrit pour la première fois dans la seconde moitié du XVIe siècle? Loin de là. Mais, avant de jusLifier notre thèse et d’en venir enfin à la vieille médecine grecque, il nous faut, dans cette route que nous remontons vers les origines, franchir une plus aride étape, celle qui correspond au moyen âge des historiens.
- La médecine, au moyen âge, a eu deux foyers : Salerne 1 et l’empire arabe. L’histoire du rachitisme ne doit à aucun d’eux beaucoup de lumière. On ne peut attacher aucune valeur à cette strophe du fameux poème :
- Ad præveniendas in virginibus difformitates.
- Le premier vers est ainsi conçu :
- Itæc quoque rachiiivis reciè observanda jubebis.
- Mais il ne se lit pas, non plus que ceux qui le suivent, dans les éditions antérieures à l’œuvre de Glisson. Ils manquent notamment tous à l’édition de Curion, qui est de 1628 et reproduit les vers qu’avait commentés Arnauld de Villeneuve. Or, c’est là pour Daremherg ~ le véritable critérium. Arnauld aurait été « le plus ancien témoin de la rédaction primitive. Dans les éditions suivantes et dans les manuscrits on rencontre un grand nombre de vers qui ne
- 1. Coll. Salernil., éd. de Renzi, Naples, 1852,1.1, p. 513.— Medic. Salerni-tana..., per Johannem Curionem, Francf., 1628.
- 2. Ch. Daremberg, La Médecine. Histoire et doctrines. Paris, 1865, p. 162.
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- doivent pas faire partie d’une édition critique du Regimen Salernitanum ».
- Le « régime de Salerne » écarté, reste la médecine arabe. C’est une chose étrange que, sur le point de pathologie qui nous occupe, ce ne soient pas les Latins du moyen âge qui nous aient transmis les enseignements classiques, que ce soient les Arabes. Ainsi Avicenne (x-xie siècle) parle en fort bons termes des difformités qui surviennent chez les enfants et de leurs diverses causes. Dans la première partie du Cantique, on lit :
- « 188. Les causes de la grandeur des membres sont la force et la puissance formatrices et aussi la force nutritive.
- « 189. Les causes de la petitesse des membres sont le contraire de celles qui en font la grandeur.
- « 190. La cause de l’altération des formes est semblable aux précédentes.
- « 191. Parmi ces causes, est la nourrice, si elle commet des fautes en habillant l’enfant, en le levant ou le baissant.
- « 192. Cela vient encore si par hasard on lui donne trop de nourriture ou quelle ne soit pas bonne à être utilisée h»
- Deux cents ans avant Avicenne, Sérapion l’Ancien ~, parlant de la gibbosité, disait : « Cette affection arrive surtout aux petits enfants, et plus ils sont petits, plus il leur est facile d’y échapper. Mais quand ils dépassent sept ans, ils n’en guérissent pas du tout, ou ils se rapprochent de la vieillesse, car leurs membres sont secs et soudés. »
- Cette comparaison des petits infirmes avec de petits vieux convient tout à fait aux rachitiques, comme leur convenaient les aphorismes d’Avicenne. Mais il ne faudrait pas se méprendre sur l’originalité de ces documents. Ils ne. sont sans doute que le souvenir ou la traduction de textes grecs. Les médecins arabes avaient en mains des traductions syriaques de tout ce que la vieille médecine grecque avait laissé d’utile
- 1. Avicenne, Œuvres, Lyon, 1522, p. 445.
- 2. Is. Sérapion, Practica, Lyon, 1525, fol. XI.
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- et de vrai. Le fait a été bien mis en lumière par Lucien Leclerc1 2 3, et Sérapion en fournit la preuve surabondante. Il aime à citer ses auteurs : or, les noms qui reviennent le plus souvent dans sa Pratique sont ceux d’Hippocrate, de Galien, d’Asclépiade de Bithynie, de llufus d’Ephèse, d’Archigène, de Magnus, de Philagrius et enfin de Paul d’Egine, qui n’était séparé de lui que par un intervalle de deux siècles.
- On le voit, si le rachitisme a été vraiment connu de nos plus vieux classiques médicaux et décrit clairement par eux, lo notion a pu s’en transmettre facilement sans grand arrêt et sans trop d’altération. Or, qu’il ait été reconnu, observé, dépeint aux plus belles époques de la médecine ancienne, c’est ce qu’un petit nombre de documents, deux surtout, vont suffire à démontrer.
- Les deux pièces capitales du dossier du Rachitisme avant Glisson sont dues l’une à Soranus d’Ephèse, l’autre à Galien. La première, exhumée depuis soixante et quelques années seulement, est un chapitre du Traité des Maladies des Femmes. Bien qu’il en existe une traduction française nous proposons une version nouvelle du chapitre qui nous intéresse, version que nous croyons fidèle, ayant suivi mot à mot le texte grec d’une rare clarté *. L’autre pièce a été accessible de tout temps, et l’on peut s'étonner qu’elle ait échappé à l’érudition de Yan Swieten et de ses successeurs : c’est une page du de Morborum causis.
- Voici le chapitre de Soranus :
- 1. L. Leclerc, Histoire de la médecine arabe. Paris, 1876, t. I, p. 123.
- 2. Soranus d’Épiièse, Trailé des maladies des femmes, trad. par Fr. Ilergott, Nancy, 1895.
- 3. Val. Rose, Sorani gt/næciorum velus Iranslatio latina cum additis græci lexlus reliquiis, Lipsiæ (Teubner), 1882, p. 286.
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- « Chapitre XL. Comment il finit asseoir les petits enfants et leur apprendre à marcher.
- « Quand le petit enfant essaye de marcher ou de se tenir debout, il faut aider ses mouvements. S’il veut en effet se tenir trop longtemps assis, il devient d’ordinaire bossu ; le rachis se courbe, les os manquant encore de consistance. Cette même bâte à se lever et marcher fait que les jambes dévient par rapport aux cuisses. Cela se produit et se voit surtout à Rome. Les uns pensent que la ville est infiltrée par-dessous d’eaux froides, d’où la facilité des refroidissements : quelques autres disent en outre que les femmes y ont des accouplements trop fréquents ou se livrent à ces étreintes après s’être enivrées. Mais la vérité est qu’elles ne savent pas élever leurs enfants. C’est que les Romaines n’ont pas en elles cette grande tendresse qui fait avoir l’œil à tout, à la manière des femmes de pure race grecque. »
- « Aussi, personne ne surveillant les mouvements des petits enfants, les membres deviennent contrefaits chez la plupart d’entre eux. Et en effet tout le poids du corps repose sur les jambes, alors que le sol est ferme et dur, d’autant qu’il est le plus souvent pavé. Aussi, ce sur quoi l’on marche étant résistant, les parties supérieures lourdes et leur support délicat, il est inévitable que les membres finissent par céder, les os n’ayant pas encore acquis leur fermeté. »
- Ces lignes ont élé écrites vers le milieu du second siècle de notre ère. On ne peut y méconnaître les caractères de notre rachitisme, ni surtout les conditions habituelles de son apparition. L’âge du petit malade, la déformation du. rachis et des membres, et cette formule si juste qne la jambe est déviée par rapport à la cuisse sous l’action de la pesanteur, le milieu enfin où se rencontre l’affection, tout cela est bien observé et bien dit. Soranus, il est vrai, n’accuse pas la mauvaise alimentation ; il écarte les opinions de ses
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- confrères sur les effets nuisibles, soit du refroidissement extérieur, soit de l’ivrognerie et de la débauche maternelles ; mais il résulte de ses propres paroles que d’autres que lui incriminaient à Rome, pour expliquer le mal, l’ingestion d’un lait qu’ils avaient deux raisons pour une de dire adultéré.
- Aussi clair est le chapitre que Galien, qui connaissait certainement le livre de Soranus, consacre dans son de Morborum causis', aux changements de la plastique, aux mutations survenues chez les enfants dans la forme des parties. Pour lui, cela est dû soit à une cause intra-utérine, soit à une faute commise au cours de l’accouchement, soif enfin à un emmaillottement défectueux.
- « De plus, ajoute-t-il, durant tout le cours ultérieur du développement, tantôt par Veffet d'une nourriture excessive, tantôt par suite de mouvements mal ordonnés, il arrive, chez l’enfant qu’on laisse se tenir debout et marcher plus tôt qu’on 11e devrait ou se remuer trop fort, que plusieurs membres deviennent contrefaits. D’une part, l’excès de nourriture entrave le* fonctions naturelles; de l’autre, les mouvements intempestifs et violents ébranlent et contournent les membres dans un sens vicieux. Ainsi les jambes, en raison du poids des parties situées au-dessus d’elles, se dévient en dehors ou en dedans de leur direction ancienne. Ceux qui ont la jambe plus droite qu’il ne faudrait sont bancals ; ceux qui ont l’angle plus creux encore sont cagneux. J’appelle bancal, (^Xacrév, ce qui tend vers le dehors, et cagneux, px'.oov, ce qui a une tendance contraire. »
- Galien considère ici la courbe à concavité externe formée normalement par l’union du fémur avec les os de la jambe et dessinée si nettement sur le squelette. Les expressions qu’il emploie sont tout à fait justes : la courbe est redressée, bpBozzpx, chez les bancals ; elle est plus creuse encore, xotXoxépa, chez les cagneux.
- 1. Galien, De morborum causis, cap. 7, t. VII, p. 27.
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- Continuant sa description, Galien ajoute aux précédentes une autre déformation, l’aplatissement latéral du thorax et, comme l’eût fait Soranus, en cherche la raison dans la coquetterie de ses contemporaines : « Les parties thoraciques, elles aussi, sont souvent déformées du fait des nourrices, qui ont le tort d’entourer et de serrer la poitrine des enfants du premier âge. C’est surtout chez nous que l’on peut voir cela se produire constamment chez les filles. Leurs nourrices, voulant accroître la largeur des hanches et des flancs pour lui faire dépasser de beaucoup celle du thorax, enveloppent celui-ci dans un bandage en serrant très fort les régions scapulaire et thoracique, et comme, dans cet effort, la tension est souvent inégale, il arrive que la poitrine fait saillie en avant, ou inversement, que la partie opposée, la région rachidienne, devient bossue.' Il arrive aussi quelquefois que le dos, comme cassé, s’incline obliquement, en sorte que l’on voie une des épaules mal développée, petite et fortement déprimée; l’autre, au contraire, saillante, soulevée et accrue dans toutes ses dimensions. »
- Aplatissement latéral de la poitrine, saillie du sternum, cyphose , scoliose, ce sont encore les signes du rachitisme. Si on les rapproche des lésions des membres inférieurs décrites tout à l’heure, on a une esquisse à laquelle il ne manque qu’un trait, la déformation de la tête.
- Cette déformation, Galien ne l’ignorait pas. Dans un autre ouvrage, dans le troisième commentaire au second livre des Epidémies \ il rétablit et interprète une phrase d’IIippocrate, fort maltraitée par les traducteurs et commentateurs. Littré lui-même en donne un texte grec et une traduction française également inintelligible 1 2. La vraie version reste celle de Galien, celle qu’ont suivie Cornarius3,
- 1. Galien, éd. Kuhn, t. XVII, a. 450.
- 2. Littré, Œuvres d'Hippocrate, t. V, p. 118.
- 3. Cornarius, Hippocrate (en grec), Bâle (Froben), 1538, p. 316.
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- Van der Linden 1 2 3 * et Anuce Foes'L « Les excès de nourriture et les vents qu’ils engendrent causent des augmentations de volume des parties encéphaliques, du moins jusqu’à ce que les os se soient consolidés. » Et à cette phrase déjà claire, Galien ajoute ces mots qui sont une allusion très juste au retard de la soudure des fontanelles chez les rachitiques : « Et chez ces enfants les os ne se consolident que plus tard. »
- Les têtes ainsi faites étaient dites phoxées. Qu’était-ce qu’une tête phoxée? « Une tête ayant ses saillies (celle du front et celle de l’occiput) proéminentes à l’excès, qu’elle lésait toutes les deux ainsi ou qu’elle n’en ait qu’une, l’autre faisant défaut h n
- On le voit, cette épithète phoæë convenait également au front olympien du rachitique et au bregma pointu de l’adé-noïdien h
- Nous retrouvons un écho ou plutôt un souvenir de ces fragments de Galien touchant une maladie qui ne saurai! être que le rachitisme, dans le morceau suivant où Paul d’Egine5 parle de la conformation de la tête : « La petitesse de la tête est le signe particulier d’une mauvaise disposition du cerveau, mais sa grosseur n’est pas nécessairement une bonne chose. Si elle est due à l’énergie de la force intérieure qui a modelé une matière louable et abondante, c’est un bon signe, mais si elle a seulement pour cause la masse de la matière, ce n’est pas bon. » Paul dit encore : « S’il y a harmonie dans la forme de la tête, c’est toujours un bon
- 1. Van der Linden, Hippocrate, édition grecque-latine, Leyde, 1765, l. I, p. 70?.
- 2. Anuce Foks, Economie hippocratique, Francfort, 1638, p. 18, au mol à y. paaia.
- 3. Galien, Commentaire au livre VI des épidémies, édition Kuhn, t. XVII, a. 817.
- h. Sur la question des têtes phoxées, voir notre travail : « Hippocrate el le faciès adénoïdien ». La Presse médicale, 1878, 3 Mars.
- 5. Paul d'Egine, Œuvres (en grec), Bàle, 1338, p. 17.
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- signe... Mais les têtesphoxées ont une de leurs saillies, l’occipitale ou la frontale, insuffisante, ou, au contraire, plus développée qu'il ne conviendrait. Aussi, le plus souvent, dirons-nous de ces têtes ce que nous disons de la grosse tête et les condamnerons aussi ! »
- Paul d’Egine, nous le répétons, écrivait deux cents ans seulement avant Sérapion. La tradition est donc ininterrompue, ou peu s’en faut, qui va d’Hippocrate à Glisson.
- Armand Delpeuch.
- Congrès d’histoire (Ve section).
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- ALCUNE LINEE DEL
- MOVIMEXTO della CHIRURGIA ITAL1ANA
- y EL SECOLO DE CI MO TERZO
- 1. La Francia, per oltre mezzo secolo, ha diretto, con grande efïicacia di dottrina, gli studii di storia della cliirur-gia. Nel falto, a Parigi vennero ripubblicati i libri chirurgici d’Ippocrale da G. P. Pelrequin (1877-1878); la chirurgia di Paolo d’Egina da IL Briau (1855); e la chirurgia di Al-bucasis da L. Leclerc (1861). Il capolavoro della chirurgia francese del secolo XVI, cioè Topera di A. Pareo, fuToggelto di sapienti indagini sloriche di G. F. Malgaigne (1840-1841) ; delT opéra di Pietro Franco, contemporaneo del Pareo, si occupé poi Eduardo Nicaise (1895). Quesli perô, prima di percorrere, per brève tralto, la chirurgia del secolo XVI, illustré quella del secolo XIV, stampando, corredate di dotlo commento, Topera di Enrico de Mondeville (1893) e Topera di Guido de Ghauliac (1890), con ambo i quali aulori la Francia, nel trecento, aveva iniziato il suo glorioso mo-vimento chirurgico. Della storia della chirurgia del secolo XIII un nuovo ed importante contributo fu dato da C. Daremberg (1850-1860). Quesli ebbe un duplice merito : ritrovô le Glosse che i Quattro Maestri avevano scritlo sulla chirurgia di Ruggiero e di Rolando, ed esaminô non solo queste glosse, ma il poema chirurgico salernitano che era stato scoperto da Littré. Nel nobile campo di studii in cui militô il compianto Nicaise, fu ed è tuttora, con pari onore.
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- un doito tedesco : Giulio Pagel dell’ Université di Berlino. Fu questi il primo a far conoscere la chirurgia di E. de Mondeville, la quale giaceva inedita da 600 anni, e fu anche il primo che ne delineô il valore scientifico in rapporto al progresso modemo dell’ arte.
- Tutta quesLa vasta sérié di lavori ho volute qui ricordare, perché essi raccolgono veritesori perintendere,direitamente od indirettâmente, la genesi, lo svolgimento e l’efRcacia ciel magistero chirurgico ilaliano del secolo XIII, il quai tema è l’oggelto délia présente comunicazione.
- 2. Ad intendere ed ordinare la sloria délia chirurgia del secolo XIII, gli eruditi, fino ai giorni noslri, giovaronsi di una fortunala pagina di Guido de Chauliac. Questi rag-gruppô i veri chirurgi del secolo XIII in tre sette. La prima setla isalernitana od indigena), rappresentata da Ruggiero, llolanclo e dai Quattro Maestri, curava le ferite e gli ascessi con gli ammollienti. La seconda fgreco-araba), costituita da I gone, Bruno e Teodorico, faceva uso, nei suddetti casi, dei disseccanti e del vino, La terza setta (ecclettica od ita-liana) leneva una via di mezzo, medicando con dolci unguenli ed empiastri, ed era promossa da Guglielmo di Saliceto e da Lanfranco di Milano. Questa divisione, data da Guido, era stata precedula clall’ altra fatta daEnrico de Mondeville, délia quale, auspici il Pagel ed il Nicaise, è possibile ora avéré conoscenza. Enrico, ricordata la classifîca che Galeno aveva dato dei medici antichi (la setta dei metodici, F altra degli empirici « emothicorum », e la terza dei logici), dis-tribuisce' i chirurgi del secolo XIII anche in tre sette. P rende la prima il nome dalla Scuola di Salerno, e, quasi a rafforzare questa origine, Enrico pone in essa, a fianco di Ruggiero, di Rolando e dei Quattro Maestri, il ricordo di un medico piii antico, quale fu Alfano : una delle caratte-ristiche di questa setta è la seguente « vulnera... omniu replebanl tentis usque ad summum et sic inlroducebant omnibus vulneribus calidum apostema ». Corne seconda
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- setta Enrico menziona quella fondata da Guglielmo e da Lanfranco : questi, temperando i difetti délia prima, in alcune ferite « imposuerunt tentas, aliquibus non ». La vita nuova délia chirurgia del secolo sorge, a giudizio di Enrico, con la setta ordinata da Ugone e Teodorico; è l’op-tima secta : non introducevano questi alcun corpo estraneo nelle ferite; il loro intendimento era la semplicità delmedi-care L Enrico sceglie a guida Thedericum in cura vulne-ram, e perfeziona il programma di lui, e diffonde questa maniera di medicare le ferite « ...nos, scilicet J oh. Pi tard et ego... primi dictam eu ram ad partes portavimus galli-canas, et eadem in curandis vulneribus Parisiis et in mul-tis eæercitibus usisumus priores ~ ».
- Il giudizio di Enrico, genialmente interpretato oggidî, prima dal Pagel e poi dal Nicaise, ci fu guida a studiare. nel 1894, il Magistero Chirurgico di Teodorico 1 2 3. Ora ci indirizza nel ricercare le linee caràtteristiche del movimento chirurgico del secolo XIII.
- Non ha guari, il Brissaud, inaugurando il corso di Storia délia Medicina, ha consigliato una delle vie da seguirsi perché l’insegnamento délia Storia délia Medicina si elevi a dignità di Scienza : « Le professeur... étudiera les progrès, c’est-à-dire les vérités conquises 4 ». Noi siamo lieti seguire
- 1. Pagel J.-L., Die Chirurgie des Ileinrich von Mondeville (Ilermonda-ville) nnchdem Berliner und drei Pariser Codices zum erslen Male herausge-geben. Berlin, 1890-1891; in « Langenbeck. Archiv. für Klinische Chirurgie »; BandXL, 233, 653, 869; Band XLI. 122, 467, 765,746; Band XL11, 172, 426, 644, 895. Cfr. p. 753 [XL].
- Nicaise E., Chirurgie de Maître Henri de Mondeville, composée de 1306 à 1320; Traduction française avec des notes, une introduction et une biographie, etc. Paris, 4893, p. 207.
- 2. Pagel, op. cit. [XL], p. 721. — Nicaise, op. cit., p. 187.
- 3. Del Gaizo M.,11 magistero chirurgico di Teodorico dei Borgognoni ed alcuni codici delle opéré di lui. Napoli, 1894 (Atti délia R. Accademia Medico-Chirurgica).
- 4. Cfr. Janus : Archives internationales pour l'Histoire de 1a. Médecine, etc. Harlem, 1900 [An. V; liv. IV], p. 201 (riassunto del discorso del Brissaud, dato dal Laloy).
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- questa via. Nel tracciare la storia délia chirurgia del secolo XIII, ci sembra che il progresso dell’ arle in quel secolo puô orienLarsi intorno a queste Ire linee :
- 1). Governo delle soluzioni di continue dell’ intestino.
- 2 ). Primi tentalivi di una terapia chirurgica fondaia sulla ’semplicità del medicare.
- 3). Organizzamento delle scuole chirurgiche.
- 3, Beniamino Travers in Inghilterra (1812), Enrico Ludo-vico Weber in Germania (1838), ed, in modo spéciale, Jobert de Lamballe in Francia (1826) crearono nella prima meta del secolo XIX un Ara novella circai mezzi per curare le ferite intestin ali Illuminarono eglino i fatti clinici con la luce délia anatomia patologica, che, già, si incami-nava verso il campo istologico, e colla luce delFesperienza. Il Weber voile, più direttamente, risalire alla storia; ma, in questo studio retrospetlivo, un lavoro, di gran merito, fu pubblicato più tardi : lo élaboré in Napoli, nel 1859, il chiaro cbirurgo Luigi Amabile, coadjuvato da un suo col-Iega, Tommaso Virnicchi '1 2. La storia dell’ arte nelle soluzioni di contiimo dell’ intestino, scritta in modo qua e là incerto od anclie erroneo, dagli autori che avevano prece-duto J’Amabile, ebbe da quesli un’ ordinata e sicura espo-sizione. La quale, nel mio lavoro su Teodorico, io volli in parte controllare, riscontrando, ad una ad una, le-fonti, la (pial cosa compirô anche nel présente mio scritto.
- La chirurgia, dunque, del secolo XIII ereditava dalla medicina antica un aforisma ed una pratica.
- 1. Travers, Inquiry inlo lhe process of nature in rcparing injury of lhe intestins, illustrating the treatment of penelrating ivounds, and strangulaled hernia. London 1812. — Weber, Sut modo di curare le ferite inlestinali. Firenze 1838 (Traduzione aunessa aile opéré di Scarpa). — Jobert de Lam-balle. Mémoire sur les plaies du canal intestinal. Paris, 1826 ; — Traité théorique et pratique des maladies chirurgicales du canal intestinal. Paris, 1829;— Traité de Chirurgie plastique. Paris, 184-9.
- 2. Amabile e Virnicchi, Sulle soluzioni di conlinuo dell' intestino e sul loro governo. Napoli, 1859.
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- L’aforisma era quello d’Ippocrate : « si quid intestino-rum gracilium discinditur non coalescit » ; i libri di Galeno lo avevano insegnato sotto più limitato aspetto « Le intestina grosse sono facili a risanare, difficili ail’ opposto le gracili : insanabile poi del tutto il digiuno ». La pra-tica era un tentaLivo di C. Celso. Questi, quantunque con' dubbia speranza, consigliava la sutura delle grosse intestina ; l’esame dello stato di queste doveva essere norma a praticarla o non ; il modo di eseguire la sutura era quello di avvicinare e fermare la ferita intestinale aile pareti addo-minali.
- « Si tenius intestinum perforatum est, nihil profici posse... Latius intestinum sui potesl : non quod certa ficlucia sit ; sed quod dubia spes certa desperatione sit potior: interdum enim glutinatur.
- « Tum si utrumlibet intestinum lividum aut pallidum, au/ n'njrum est... medicina omnis inanis est. Si ea sui coloris sunt, cum magna festinatione succurrendum est...
- u Sutura autem neque summae cutis, neque interioris mem-branae per se satis pro/îcit ; sed utriusque b.. ».
- Presso le Scuole Arabe, di cui Albucasis (secolo X-XL puô considerarsi aver rappresentato la più alta espressione, l’aforisma, suindicato, oscillô tra la formola d’Ippocrate e l’altra di Galeno. In vero, nell’ esporre quali fossero le loro manovre circa le ferite dell’intestino, gli Arabi non intesero riferirsi che aile sole grosse intestina, anzi aile sole piccole lesioni di questa regione « scias, vulnus quod est magnum amplum, praecipue si est in uno intestinorum gracilium, tune non est ingenium nisi subtüiatio, neque est sanatio omnino ». Perô, Albucasis ricordava la guarigione spon-tanea di due casi di ferite, dai quali era lecito supporre poter guarire anche le intestina tenui. In quanto alla
- 1. A.-C. Celsi, De Medicina. Neapoli, 1851 (edizione curata dal de Renzi) ; Lib. VII, cap. xvi, p. 24b.
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- pratica, questa gli Arabi riducevano a riunire le labbra delle ferite mercè teste di grosse formiche, le quali, dopo essersi fatte attaccare con le loro mandibole a quelle labbra, si spiccavano dal busto. Era un tal modus suturae cum for-micis un processo degli Arabi, ma non proprio di Albu-casis. Questi immaginô la sutura con un filo sottile, prépara to con intestino di un altro animale, e forse la praticô introducendo in essa corne corpo estraneo anche una por-zione dell’ intestino dell’ animale dal quale aveva ricavato il filo « possihile est ligetur intestinum cum filo subtili, quod abstersum est ex intestino animalis annexo cum eo... ». Merito di Albucasis fu di insegnare di doversi cucire la ferita esterna « deinde reduce ipsum [intestinum], et sue rulnus » L
- 4. Un vero periodo délia chirurgia delle vie intestinali ha luogo nel secolo XIII, per opéra delle Scuole Crisliane. La venerabile Scuola di Salerno ne segna l’inizio, e due sla-dii ne determinano lo svolgimenlo.
- Il primo stadio è rappresentato da Ruggiero, da Rolando e dai Quattro Maestri; di esso fa anche parte Bruno da Lon-gobucco. La regione dell’ intestino cui la chirurgia dirige la sua opéra è quella sola delle grosse inteslina. Alla sutura sono associati i corpi stranieri, salvo che da Bruno : erano questi i primi passi dell’ arte che mirava ad evitare il danno che poteva seguire o dal non esser fermati i lembi o dall’ esser facile il versamento.
- Il secondo stadio si svolge con Guglielmo e Lanfranco. Quegli, che eccelle corne duce, guida il chirurgo al governo delle ferite delle intestina graeili, inaugura i processi a sutura continua, insegnando la sutura da pellicciaio, quella sutura che fu poi cosi accetta ai chirurgi dei secoli posteriori, ed anche nel nostro secolo parve dovere avéré il suo posto.
- I. Albucasis, Chirurgia, Argentorati 1332, p. 236-238.
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- Tra i due stadii è Teodorico ; egli partecipa dell’ uno e delF altro stadio, pur avendo una propria e ben distinta individualité.
- Ricostrurremo, a passo a passo, il cammino da i suddetti chirurgi percorso.
- a) Ruggiero di Salerno (1220) non fa menzione di quanto avevano indicato gli Arabi per bocca di Albucasis. Egli, nelle soluzioni semplici ed incomplète delle intestina grosse, fa la sutura con aco sottilissimo e filo di seta, riu-nendo gli orli su di un cannello di sambuco assottigliatis-simo. Se l’intestino fuoriuscito è raffreddato, Ruggiero, prima di operare, dà ail’ organo il calore, giovandosi del calore di qualche animale vivo, diviso per metà. Circa la ferita addominale consiglia chiuderla con ritardo, quando, cioè, siasi consolidato l’intestino :
- « Si intesfinum per aliquod vulnus foras exierit, et per lon-fjum, vel ex obliquo. ita quoi! major pars sana remaneat, inci-s.um fuerit : sic subvenire valemus. Primo per inlervalla, si fri-gida facta fuerint intestina, aliquod vivum animal per medium scindatur, et super intestina ponatur, et tandiu sic relinquatur5 quousque intestina cale fiant.... Intérim praeparetur cannellus de sambuco ad modum vulneris inteslini, ita quod longitudine sua superet longitudinem vulneris ex utroque latere unciam unam ; cannellus vero valde subtilietur et per vulnus inteslini intromit-fatur, et subtilissima acu suatur et filo de serico. ..
- « Quibus intromissis, vulnus tandiu dimittalur apertum. quousque videris intestinum conglutinatum l... »
- b) Rolando (1250), che avevain pregio dichiararsi disce-polo di Ruggiero « Ego Roland us Parmensis in opéré praesenti juxta meum posse in omnibus sensum et littera-turam Rogerii sum secutus », ripete, nel governo delle ferite intestinali, le parole di Ruggiero. R capitolo xxix del 3° libro dell’opera di Ruggiero « De inteslinis si per
- 1. De Renzi S., Collectio Salernitana. Napoli, !8o3, t. II, p. 480,
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- aliquod vulnus exirent », Rolando riproduce nel capitolo xxvi del 3° libro del suo libello chirurgico, col tiiolo « De vulneribus intestinorum si foras exierint qualiter ad pro-prium locum reducuntur 1 ».
- c) Dei Quattro Mae s tri (1270) riordinô e pubblicô la glosse Guido d’Arezzo verso il 1300. Eglino, qualunque sia il loro nome e la loro personalità, commentando il testo di Ruggiero, riprodotto da Rolando, accettano l’usanza dei corpi estranei alla sutura, perô, invece del cannello di sam-buca, scelgono a trachea di qualche animale. Consigliano la sutura intercisa a punti separati « tanti punti quanti sono necessarii ». Per il riscaldamento del viscere fuoruscito si giovano del corpo di un cagnolino o di un Colombo, diviso ])er metà. Ritengono dover restare aperta la ferita esterna ; ricordano che altri abbiano detto di chiuderla. È dal loro scritto che si apprende precisamente che eglino, e quindi i loro predecessori, Ruggiero e Rolando, abbiano dirette le loro cure chirurgiche solo aile ferite delle grosse intes-lina.
- « ... Si aufem propter moraux aliquod [intestinorum] infrigi-clatum fuerit, tune accipiatur eatulus vel columbus, et scin-dalur per medium dorsi et calidum superponatur...
- « ...Si aliquod gracilium intestinorum infrigidatum fuerit vulneratum, pocius cure divine quam humano auxilio relinqua-tur yaliquo enim illorum vulnerato mors festina subsequitur. Si autem aliquod grossorum intestinorum vulnereiur... accipiatur canellus, et intestinum vulneratum superponatur, et ex utraque parte una uncia excedat in canello; tune fiat filum aliquod cum quo levetur intestinum, et fiant tôt puncti quoi erunt necessarii, et sit quidem huiusmodi cannellus de trachea arteria alicujus animalis. Sed tune queritur. utrum pellicule, scilicet mirach et siphac, quibus intestina involvuntur, sunt
- 1. Cfr. Cyrurgia Guidonis de Cauliaco etCyrurgia Bruni, Theodorici, Bolandi, Lan franci etc. ; Venetiis 1519, p. 160.
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- suende. Quidam dicunt quod sic; sed dico quod solum intesti-num est suendum... » 1
- Le glosse, scoperte dal Daremberg, apparvero nel vol. II délia Collectio Salernifana di S. De Renzi (1853). Nel vol. III segui. un commento che il dotto storico francese diè su quesle glosse. Nel vol. IY apparve una lettera del Daremberg al Malgaigne, la quale dilucidava i sette libridel poema « De secretis mu lier uni, de chirurgia et de modo medendi ». Il capitolo 44 del libro secondo De Gyrurgia è la traduzione in versi di quanto avevano insegnato Ruggiero, Rolando ed i Quallro Maestri. Per il riscaldamento, scinde la gallina ed il cane :
- « Per medium scindas gallinam sive catellam Aut aliquid simile supra intestina locatum Sicque relinquatur donec calefactio fiat Intestinorum. »
- Il corpo estraneo, clie viene associato alla sutura, è il cannello di sambuco, o la trachea arteria :
- « Hinc de sambuco liceat preparare tuellum Vulneris ad formas intestinique capacem,
- Qui superet vulnusin longum, sit spaciumquc Unius digiti per utrumque latus...
- Aut trachea arteria vice commutata tuelli. »
- La sutura non deve recar danno alla compage dell’ intestin o :
- « ... nec suture fiat nocumentum Vulneris, et suhtilis acus filo suât ipsum. »
- Deve serbarsi aperta la ferita estera a :
- « ... dimittito vulnus apertum
- Usque tibi pateat quod viscera consolidentur. »
- 1. De Renzi, op. cit., p. »68.
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- E quanclo è grande quesla ferita, la chirurgia salernitana propone, mercè l’introduzione di uno stuello o di un panno, una specie di iognatura; la propone per consiglio di Ruggiero e di Rolando, il quai consiglio è accolto da i Quattro Maestn e dall1 2 autore o dagli auto ri del poema chirurgieo.
- E merito del Prof. Davide Giordano di avéré, non ha guari, rilevato, dalla lettura del testo di Rolando, questa risorsa délia chirurgia del secoloXIII, nella quale egli, che è cosi erudito storieo quanto valoroso chirurgo, ha riseon-trato uno schéma délia odierna chirurgia intestinale. Ripor-terô qui i versi che la commentano; il Giordano ha ripor-tato tradotto il testo di Rolando, in cui si legge quasi il testo di Ruggiero.
- Il Prof. Giordano la chiama Fognatura Bolanclica, ma a lui non sarà certo discaro che sia chiamata Fognatura Saler7 nilana, unificandosi la duplice persona di Ruggiero e di Rolando nel nome glorioso délia Scuola di Salerno '.
- Il poema dice, dunque, cosi :
- « At si sit magnum vulnus, superaddimus istud,
- Quod pannus longus vulnus mittatur in ipsum In longum, metas plage quod transeat ipsas Egrediens ; partem sue cautius interiorem Vulneris hune supra pannum, rubeus quoque pulvis Huic apponatur; pannum qui manserit intus,
- Cotidie versus pendentem contrahe partem,
- Et pannum rénova ; quod cum fuerit solidatum Vulnus, tune ilium trahe finihus ipsis Nondum conclusis ~ .. »
- 5. Bruno (1252) riscaldava l’intestino mediante una spugna, immersa nell’ acqua calda o in « veterivino ». Egli era per il processo usato dai medici salernitani : Modus cum quo est possibilis restauratio disrupationis intestino-
- 1. Idem,op. cit., 1. IV, p. 115.
- 2. Giordano D., Chirurgia operatoria italiana. Torino, 1900, p. 294.
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- rum si fuerit parva, est ut cum acu suhtilissimo ac filo cle serico diligenter suatur ; deinde, si eut diximus, intestina intromittanlur, (ilorumque quoque capita ex vuliiere dependeanl, donec incarnationem recipit intestinum ». E proprio il processo di Ruggiero : « diligentissima sutura (sempre nel easo di piccola ferila) mereè ago sottilissimo e filo di seta ; apertalaferita esterna, durante la restaurazione intestinale ». Bruno, perd, cou sagace intuito, non intro-duce il corpo estraneo (eannello di sambuco, o trachea di un animale); eonsiglia, inoltre, che ifili pendano fuori délia ferila. Descrive, ed è vero, il processo degli Arabi « iste est modus sulurae cum formica secundum viam fiduciae \Albucasis\ » ; ma non lo raccomanda. Sono qui di opposto parère Weber ed Amabile, nell’ apprezzare i precetti di Bruno; quegli vincolando Bruno agli Arabi, questi allonta-nandolo : bisogna, perd, convenire che la descrizione di quanto praticavano gli Arabi è data con la maggiore preci-sione, anzi il dotto Galabro conchiude « ilia enim capita \ for mica rum] remaneant annexa intestino donec liberetur et sanetur, et non penilus accidet nocumentum ». Sembra che egli voglia ascollare Albucasis, evitando le grosse ferite, ed assolutamente quelle delle inlestina gracili « Inquit Albucasis : si vulnus magnum et amplum fuerit et maxime in uno intestinorum gracilium tune non est ingeniatio, neque est subtiliatio ipsius, nec sanatio omnino 1 ».
- Una personalità dislin la da Bruno ha Teodorico (1260;. Io ho procuralo mellere in luce questa personalità ; contro le parole di Haller, eco lontana di una sentenza di Gnido de Chauliae che diceva aver Teodorico rapito omnia quae Brunus dixit..., io ho dimostrato dover riconoscere in lui un padre délia chirurgia italiana b Questa personalità rifulge dal modo corne Teodorico concepi il governo delle ferite iritestinali.
- 1. Cfr. Cyrurgia etc. cit., p. 84.
- 2. Cfr. il mio lavoro su Teodorico.
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- De vulnere intestini è il capitolo xix del libro di cliirur-gia di Teoclorico ; precedenlemente ha egli trattato « De vulnere ventris et eius anathomia. »
- Ruggiero dimentica il processo degli Arabi; Bruno piin-lualmente lo descrive; Teodorico lo riprova : « Albucasis autem clocet quamdam suturam cumcapitibus formicarum, quarn indignant reputavi libro isto ; débiliter post abscis-.sionem corporis a capitibus capita ipsa se tenent... ex quali bet confricatione recedunt ».
- Vuole Teodorico la sutura cou l’ago sottilissimo, consi-gliata da Ruggiero ; perd, preferisce un fllo tratto dall’ intes-tino di altro animale, ed in mancanza un filo di seta « suât desuper intestinum cum acu et filo subtilissimo de intesli-nis animalium facto, vel de serico subtili si istud haberi non potest ». Fa egli un regresso, introducendo, alla maniera di Ruggiero, un corpo estraneo nell1 intestino « accipiatur igitur aliquantulum de sambuco, qui satis sit grossitudinis sicut convenit intestino, et attenuatus in tantum quantum digitis mollescat ». Eccelle, perd, Teodorico su Bruno, perché cuce, con tutta coscienza, la ferita esterna : « Dico ergo quod non oportet vulnus ventris teneri aper-fum, donec intestinum interius incarne tur, quae multapos-sunt ex hoc pericula evenire ». E dà qui due importanli ragioni, che consigliano la chiusura : entrata funesta dell’aria ; facile fuoriuscita dei visceri :
- « Quoliescumque mutabitur in/ïrmus, aer exterior subintrabit et faciet in intestino torsiones et dolores, qua re affligetur infir-mus et sanitas prolungabitur ,* et forsan ex dolorihus qui infirmo accident accidentia prava consurgent.
- h Vulnere r,emanente aperto forsitan exibunt sepius intes-tina... ».
- Conchiude, non si seguano gli stolti : si chiuda la ferita « stolidis ne credas; suatur vulnus ». Teodorico è preoccu-pato dall’azione dell’aria sugbinterni visceri. Ei riscalda
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- quindi, e ripelute volte, con vino caldo « ablutis primo opiime cum vino nigro calido intestinis, poslea mundentur optime intestina cum stupa molli et délicat a valde et vino nigro calido... Medicus sil fest inans ante videlicet quam allerationem ah aere suscipiant [intestina] ».
- Per il riscaldamento e la riduzione dell’inteslino, Teodo-rico, oltre il vino « veteri vino nigro forte et bene calido », di cui bagnava una spugna; ollre l’acqua calda « si non fuerit vinum praesens fac cum aqua donec [intestina] delu-mescanl » ; usô pure il corpo di un animale vivo (speeie di un porcello), diviso per meta : « Vinum (rispetto all’acqua) lamen calefacif et confortât. Si vero nec sic redierint, fin-dalur porcellus vel aliquod aliud animal per medium, et quanto calidius poterit, dum adhuc pene vivil super intestina. ponalur, et dimiltatur c/uousque cale/iant et molles-cant et regrediantur ».
- Ma a quale région e delle intestina volse Teodorico le sue cure?
- I chirurgi anteriori a lui se limitarono recare il soccorso dell’arte aile sole grosse intestina; Teodorico non solo.cura queste, ma seinbra il primo che si cimenta nel tentare l’in-Lervento cbirurgico nelle intestina gracili, pur nconoscen-done le gravi difficoltà, ed escludendo, in modo assoluto, il tratto del digiuno :
- « Intestinorum lamen quod nominatur jéjunum omnino sanari non potcst ’ et illud propter militas et magnas venas existent es in eo, et subtilitatem substantiae suae et vicinitatem ejus a<l [.nervos], et propter coleram primam defluentem ad ipsum ».
- Salvo, dunque, il tratto del digiuno, « caeterorum (si riferisce aile intestina g rossa et subtilia, meno la parte sud-delta) si aliquod fuerit vulnerâtum, quadruplex est inten-tio in curaiione ipsius ». Innanzi a questi precetti, Amabilc esclama : Teodorico è un ecclettico cd un pensatore. Ed ecclettico e pensatore osiamo reputarlo noi. Una vecchia
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- scuola si chiude con Bruno; ne sorge una nuova con Teodo-rico, per ingiganlirsi con Guglielmo di Saliceto -1.'
- 6. Guglielmo (1275) splende per essersi accinto a curare, in modo piu preciso di Teodorico, le ferite delle intestina gracili, le quali egli, pur ritenendo gravi e mortali, dichia-rava non doversi abbandonare all’opera sola délia nalura. Un di Maestro Ottobono di Pavia chiese ajuto a Guglielmo, perché questi recasse le sue cure ad un uomo, che con un coltello si era ferito il ventre ; l’infelice aveva l’intestina ferite nel senso longitudinale e nel trasverso e fuoruscite. Chi legge corne sia descritto il caso da Guglielmo, vede trattarsi, senza dubbio, d’intestina gracili (Amabile'. Guglielmo si servi, appunto in quel pericoloso cimento, délia sutura da pellicciaio « post ablutionem conduxi partes intes-tinorum eu ni sutura facta ad modum pi liparior uni ». Alla maniera di Teodorico, chiuse di poi la ferita addominale « reduxi ea [intestina] ad interiora : post hoc conduxi partes abdominis exteriores unicasutura ». Il caso fu coronato da esito felicissimo « simul continuait curam cum, Magistro Octobono, et curatus fuit : et habuit infirmus post curatio-nern uxoreni et filios et viril longo tempore ».
- Alla mente di Guglielmo balenô la necessità délia sutura continua eduratura, délia quale scriveva che fatta ad modum c/uo operantur piliparii... propter continuitatem fili magis durai. Nel testo in volgare dell’opera di Teodorico si legge « el durar de la cosidura molto sie utile in questo caso a cio che la natura abbia più longo tempo in la gene ration e de la parte... ».
- Guglielmo rigettô l’uso di introdurre corpi estranei :
- « neque hoc (uso di pezzi d’intestino di qualche animale, su i quali fermavansi i lembi e facevasi la sutura), neque aliud est utile in hac operatione ».
- Di tutto questo Guglielmo scrisse in due capitoli dell’ opéra sua 2.
- 1. Cfr. Cyrurgin etc. cil., p. il8*.
- 2. Cfr. i Capitoli xv e xvi délia Chirurgia di Guglielmo (edizione latina
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- Lanfranco (1295) non accoglie anche egli l’uso di corpi estranei, perché tali mezzi non valgano a consolidare le inteslina gracili, nè sono ntili al governo delle intestina grosse « intestinorum suturam (eseguita con l’introduzione dei corpi estranei) non approho : quare nec propter hoc iutestina gracilia solidantur, nec grossis sunt utilia intes-tinis ». Consiglia la sutura con aco quadrato e filo ince-rato « cum acu suatur quadrato et filo incerato subtili ».
- Due cose sono le più salienti tra i precetti di Lanfranco.
- Innanzi aile difficoltà dell’intervento efficace, slante la piccolezza délia ferita esterna, od innanzi, forse, al dubbio se veramente esista la lesione dell’intestino, egli non si lascia vincere dal timoré che possa con un intervento esplo-rativo recar forse danno al paziente. Con sapiente coraggio, che sarà, dopo seicento anni, l’ardire comune di ogni chi-rurgo, Lanfranco consiglia dilatare la ferita esterna « si vulnus exterioris non sit latum amplietur aliquantulum »! Si badi che egli non faceva qnesto per intromettere le intes-tina fuoruscite, pratica già comune; con l'amplietur era per tentare un intervento efficace su ferite delle intestina, quali altrimenti non pote va, per la ristrettezza délia ferita esterna, curare. L’altro importante insegnamento di Lanfranco è circa il perché riesca sovente infruttuosa l’opéra del chirurgo. Egli calcola la gravita delle lesioni intestinali, deducendola dalla importanza délia funzione, diremo, mec-canico-chimica dell’organo « eorum [stomaci et intestinorum] actio corporis nimis est necessaria ; sunt enim diges-tionis... propria instrumenta, et eorum officia adeo corporis necessaria quod sine eis corpus non potest ullo modo permanere. Si patientur ergo solucionem continui périt eorum actio nisi cito ruinera solidentur, quod est difficile.., quod in continuo motu manent 1 » .
- « Placenliae 4476 »; edizione italiana « Venezia 1491 »). Queste due preziosissime edizioni si conservano nella Biblioteca Nazionale di Napoli.
- i. Cfr. Cyrurgia etc. ci2.,pp. 179-180.
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- Dalle noie qui raccolte si deduce che, ne! secolo XIII, la chirurgia, dirigendosi aile cure delle ferite inteslinali, acqnista, in queslo campo di operazioni, la coscienza délia propria missione. I limiti che rappresentano, per cosi dire, gli estremi di questa sérié di alii chirurgici, sono da un lato la sicurezza con cui Lanfranco procédé ad esploràre se possa intervenire efficacemenle suH’intestino ferito, e dalL altro lato la sicurezza con cui Teodorico, dopo aver gover-nato la ferita intestinale, chiude quella dell’addome. Nel far la sutura dell’intestino, il chirurgo ha dinanzi che quella unione meccanica dovrà essere seguita da una ade-renza biologica dei lembi inteslinali. Si préoccupa dunque del modo di eseguire la sutura, ed al concetlo di averla di lunga durata riunisce l’altro di far che il fîlo non gu asti i lessuti che dovranno con la loro attività biologica dar luogo alla adesione; di qui l’uso del filo incerato, proposto da Lanfranco. L’intuito del quale, confortato, circa Ire secoli dopo, da Girolamo Fabrizio di Aquapendenle (1592), di-viene un fatto di esperienza, nel nostra secolo, dopo le ncerche di Jobert (1826), il quale dimostra che il filo incerato divida meno violentemente le tuniche in paragone del filo non cerato.
- I chirurgi del secolo XIII intuiscono pure che le loro manovre concorreranno allô reintegrazione dei tessuti, quando esse siano tali da non turbare l’andamento fisiolo-gico dell’organo da essere restaurato. Di qui, prima Bruno, e poi Guglielmo e Lanfranco , ripudiano ogni corpo stra-niero, da altri associalo alla sutura. Lo studio di Lanfranco circa il perché siano gravi le ferite deU’inleslino, la quai cosa egli ritrova nella atlività, corne dissi chimica e meccanica del luho digerente, darà mosse d’indagini al grande Fallopio, il quale, nel 1571, insegnerà « che la quantità delfintestino che s’ha da pigliare nel cucire col filo non dovrà essere nè molta nè poca ma médiocre, perché se si piglia poca, per il moto perpetuo dell’intestino si rompe-
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- ranno i punti, poichè non è dubbio alcuno che gli intestini distendendosi si muovono molto et di moto assai grande, et se si piglierà quantità maggiore di quella che conviene, si chiuderà esso intestino rendendo stretta più del dovere la sua cavità, onde ne seguono i dolori molestissimi e infestis-sima passione di fianchi, et perô per schifare tali inconve-nienti et pericoli, piglisi nel cucire médiocre quantità dalf intestino 1 ». I quali studii, inaugurati da Lanfranco e percorsi da Fallopio, hanno una nuova fase, quando il grandissimo Cesare Magati (1616) pratica una sutura che è da pellicciaio, ma è una sutura a sopragitto spirale e senza toccare la mucosa « quasi velis intimarn superficiem intestini utraque ex parte intactam relinquere ».
- . Magati, guidato da osservazioni cliniche, précédé G. 13. Verduc (1693), patologo sperimentato, il quale, a sua volta, précédé Jobert (1826), che praticherà la sutura, fa-cendo, perô, precedere la giusta posizione délia superficie dei lembi, ripiegati questi in dentro (mucosa contro mucosa) .
- Un vero lume intorno alf efficaeia immediata degfinse-gnamenti che i chirurgi del secolo XIII diedero sul governo delle ferite delfinteslino, ci vien dato dai chirurgi del secolo XIV. Ne indicherô solo tre : De Monde ville, Mon-dino ed Arcolano.
- De Mondeville (1306-1320), discepolo di Teodorico, ri-leva tutta l’importanza délia chiusura délia ferita esterna :
- « Si possibile sit et in instanti vulnus parietis extrinsecum consuatur, ne aer qui est putrefaclivus et frigidus respectu caloris intranet subintret vulnus et causet putrefactioneni in con-cavitate ventris et dolorem et torsionem circa intestina. Vidi enim aliqua hujusmodi vulnerum statim clausa et suta a modernis procurata brevi tempore absque dolore curari unica praeparatione; et vidi consimilia vulnera procurata ab antiquis
- 1. Cfr. ]a Cliirurgia del Falloppio (Venezia 1637; traduzione) ; lib. VII, cap. 40.)
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- cum tentis aperla teneri et praeparari bis aut ter in die cum albumine ovi'sed hujusmodi patientes ante 8 dies repleto ventre sanie et ultra modum tumefacto sicut hydropici perierunt 1 2 ».
- Mondino (1315) cura le ferite delle intestina gracili, perô, dice non potersi giovare, in tal governo, délia sutura : rilorna egli aile formiche degli Arabi. Indietreggiô cosi egli; perô, il meril.o di lui è di aver coscienza del poter risanare la suddetta regione deU’intestino quando sia ferito :
- « Si ipsum [vulnus] sit de grossis intestinis dehent labia ejus sui cum sirico sicut labia aliorum membrorum. Si vero sit ex subtilibus intestinis tune non sustinet suitionem, nisi sit pro-fundavalde, et talis impediet operationem ejus, propter quod melius est ut retineantur conjuncta labia vulneris cum capitibus formicarum » ~.
- Giovanni Arcolanoè , in verità, del secolo XV ; lutta via lo ricordo perché egli (1427) non si arresta innanzi aile ferite deU’intestina gracili ; vuole la sutura da pellicciajo, perô anche egli fa un passo indietro, associandosi il corpo estra-neo alla maniera dell’antica Scuola di Salerno :
- «... Si intestinum sit de crassis suatur sutura pellipariorum, si vero de subtilibus suatur similiter sed involvatur cum intes-tino alicuius animalis circum consuto ut suitionem intestini débité conservet » 3.
- Speculando, specie su Bruno e Lanfranco, vediamo che nei loro libri è parola di atti chirurgici intorno aile ernie 4,
- 1. Pagel, op. cil. [XLI], p. 474. — Nicaise, op, cil., p. 363. Al Prof. Amabile non furono noti (1859) gli scritti del de Mondeville, editi nel triennio 1890-1893.
- 2. Cfr. il capitolo De anatomia siphac ncll’ Anatomia di Mondino.
- 3. Cfr. il capitolo De anatomia siphac et mirach dei Commentaria di G. Arcolano su Rhazes.
- 4. Cfr. Nicaise E., Chirurgie de Pierre Franco, etc. Paris, 1895, pp. 28-81. Cfr. pure, circa Lanfranco, il Puccinotti, Storia delta Medicina. Napoli 1863, t. II, p. 136.
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- perô questo ardire prenderà incremento e diverrà pa-trimonio délia scienza nei secoli posteriori. Dal secolo XIII e dal secolo XIV la chirurgia delle vie intestinali esce addi-tando ai secoli posteriori questi problemi :
- 1) Rendere connine l’inlervenlo nelle ferite delle intes-tina gracili ;
- 2) Escogitare mezzi di cure nelle sezioni complété ;
- 3) Ricercare i soccorsi dell’arte nelle ferite di arme da fuoco ;
- 4) Intervenire nelle soluzioni con perdita di sostanza in seguito a strozzamento ernioso ;
- 5) Rendere di uso comune la pratica di esplorare attra-verso la ferita addominale, se sia necessario e possibile l'inter vento efficace.
- 7. Ed eccovi alla seconda linea del movimento chirurgico del secolo XIII : la semplicità del medicare, proposla da Teodorico (1260) nel governo delle ferite.
- Affinchè la ferita cicalrizzi, nécessita assolutamente la suppurazione ; la formazione del pus rappresenta quasi un lavorio fîsiologico, perche si conduca a sanità la parte ferita : ecco il concetto che dominava da secoli, prima di Teodorico, e domino di poi lino ai giorni nostri. Oggi è una vittoria evitare la suppurazione; e, quanto questa vit-toria non possa raggiungersi, è dovere assoluto del chirurgo rimuovere il pus al più presto possibile, prevenire l’esten-dersi délia suppurazione, combattere rinfluenza di essa sull1 intero organismo. Prima, perô, delle moderne ricerche avevasi per prècetto « bisogna agevolare la suppurazione, la fusione, la cosi detta maturazione ». Veramente in questo precetto era una bugia, che nascondeva un germe di verità, perché suppurazione era un mezzo sinonimo di guarigione. Pagel e Nicaise hanno il merito di aver dimos-trato che Teodorico, discepolo di Ugone, sia stato il primo a sostituire aU’antico trattamento delle ferite, mercè suppu-rativi, un trattamento nuovo, semplice, che eviti, anzi, la
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- suppurazione. Teodorico inizia, ed il De Mondeville compléta ; questi considéra il contatto dell’aria corne causa efficiente alla formazione del pus; di qui tutta la premura di lui nel sotlrarre la ferila da questa azione nociva.
- Non è pagina del libro di Teodorico, dove non si scorge la nuova via che egli segue. Nei capitoli : « De universali cura vulnerum quae fiunt in carne ; —- De medicinis conso-lidativis et cicatrizantihus; — De vulnere capitis simplici in carne tantum sine deperditione substantiae\ — De quolibet vulnere in carne universaliter ; — De vulnere palpe-brarum », sembrami che possa il lettore intendere il cam-mino, per il quale poneva Teodorico Farte chirurgica.
- « Patet ergo (egli dice) luce clarius quod intentio mundifica-tionis et exiccationis vulnerum non est per oleum et axungiam et alla putrefactiva, ex quitus suas pultes componunt et curant ruinera cyrurgici imperiti... nos dicimus vinum omnium vulnerum fore optimam medicinam...
- « Omne unctuosum maculai vulnus et conjunctionem prohibet labiorum... Unguentorum scriptorum in libris maxima est mul-titudo; non curavimus tamen multa pvnere, quum nec vulneri-hus multum convenient nisi raro... Praedictus tamen vir mirabilis Magister, Dominus Hugo, omnia fere ruinera cùm solo vino et stupa et ligatura decenti sanabat, solidabat, et pulcher-rimas cicatrices sine unguento aliquo inducebat. « Tum (insorge nel capitolo delle ferite delle palpebre) medicus vulnere perfecte mundificato et diseccato, reducat partes divisas ad invicem, sicut fuerunt tcmpore sanitatis, et si fuerit necessaria forte sutura, puncta, secundum magnitudinem vulneris et sicut necesse fuerit, imponanturfilum cum quo suerCdum est sit subtile de seta non torta... Plumaceoli [sint] halneati in vino calido et expressi, quibus optime collocatis supponatur plumaceolus de stupa sicca... Cura praedicta servetur in omnibus vulnerihus faciei praecipue si vulnera nondum ab aere fuerint alterata. « Non enim (replica in un altro punto) est necesse stuellum in capite suturae, sicut faciunt stolidi, ponere... nisi impedire naturam,prolungare mor-bum, prohibere conglutitionem et consolidationem vulneris,
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- deturpare mcmbrum, et cicatrizationem impedire, et qaod dete-rius est, cum curis suis faciunt imperiti, ut fréquenter vulnera plana cancerentur, et concava fislulentur 1 ».
- Il momento, segnato da Teodorico nella storia dell’arte, précédé di 600 anni i lavori di Alfonso Guérin e di Giuseppe Lister. La cura di Teodorico fu una conquista dell’ nrs longn; fu fatta genialmente, ma fu stérile nel suo dif-fondersi, perché, sorta nel campo delLempirismo, le man-cava quella sicurezza scientilica, che appena nel nostro secolo la chirurgia potè avéré, in falto di terapia, mercè il lume délia patologia sperimentale. Guérin e Lister sor-gono, quando si conosce che l’aria eserciti azione dannosa sulle ferile, non per l’ossigeno od altro suo costituente, né operi direttamente per le sue condizioni termiche, igrome-triche o harometriche, ma per germi di minirni organismi, viventi accidentelmente in essa, l’attivilà dei quali si esplica, quando la lesione âpre loro le vie dei tessuti. A dir più pre-cisamente, Guérin e Lister sorgono, quando la terapia chi-rurgica, illuminata dalle mirabili esperienze sulle fermenta-zioni, è in grado di insegnare che la pulizia e l’igiene deh-hono essere i due primi suoi requisiti.
- Insomma la scienza insegnô corne capitali nemici delle ferite i germi, più die nell’aria libéra, esistenti nelle sale polverose degli ospedali ed annidati sugli oggetti da servire alla medicazione, o sugli strumenti, o sulle mani degli stessi chirurgi 2.
- La remota antichità aveva intuito l’importanza dei far-maci asettici; lo aveva confessato per mezzo di Galeno, che desiderava servirsi nelle suture di corde fine, fatte di mate-ria la più aseltica. Sono un dieci anni che il dotlo medieo ateniese, Angelo Anagnostakis, illustrô queste pratiche
- 1. Cfr.délia Chirurgia di Teodorico i cap. 3 et 13 dei lib. I; ed i cap. I,
- 2, 7 ed 8 dei lib. II.
- 2. Cfr. Giordano D., op. cil., pp. 41-56.
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- délia vecchia medicina « La méthode antiseptique chez les anciens 1 2 ».
- Intanto, i precetti che informarono la nuova terapia chi-rurgica, sostenuta da Teodorico e da Enrico, seguirono un cammino, fîno ai nostri giorni, quasi latente. Era un patn-monio délia scienza, il quale, perô, giaceva sepolto. Attra-verso il lunghissimo tempo sorsero aile volte insigni legis-latori che insegnarono precetti che erano in armonia di quelli di Teodorico ed Enrico, perô li insegnarono atlingen-doli non a fonte storica, ma alla fonte diretta délia osser-vazione clinica. Indicherô qui due diquesti legislatori. Uno di essi è de’ primordii del secolo XVII, è Cesare Magati, chirurgo in Roma nell’ospedale di Santa Maria délia Conso-lazione, ed autore del libro preziosissimo De rara vulne-rum medicatione (1616). L’altro legislatore è del secolo XVIII ; rappresenta la Scuola di Firenze ; è Angelo Nan-noni, discepolo di Antonio Benevoli, e maestro, a sua volta, del proprio figliuolo Lorenzo ~.
- 8. L’organizzazione delle scuole chirurgiche è la terza hnea del movimento, che abbiamo voluto studiare.
- Nel secolo XIII il chirurgo non è solo presso la sacra persona del Papa, o presso le corte dei principi; nè è solo condotto al servizio delle città, delle campagne e delle ar-mate, ma è al servizio délia scienza e degli studiosi : comincia ad essere maestro di chirurgia.
- La prima scuola chirurgica è un ramo del grande albero délia Scuola Salernitana. È fondata da Ruggiero (1220); autore questi di una Chirurgia e di una Practica Medicinae1 più che allô studio delle operazioni chirurgiche soltanto, mira a quello delle malattie chirurgiche. Egli parla quasi in nome di una facoltà : « Sociorum nostrorum et illustrium
- 1. Si cfr. i lavori storici del Pagel, del Nicaise, del Wolzendorf, nonchè una sérié di splendide letture di storia délia scienza del Laboulbène, del Reclus, del Le Dentu, édité nella Revue scientifique.
- 2. Cfr. il mio lavoro su Teodorico.
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- viroru/n, ut operari consuevimus, in scriptis redigere deliberata ratione censuimus, ut curam quam a nobis reciperent retinere valeant. » Egli insegna «. quaecumque ab egregio doctore communiter et privatim recepi.., or-dine in scriptis redigere decrevi ». L’efïicacia délia Scuola si puô misurare sia dal tributo che le rende Rolando Par-mense, divulgando, in qualità di discepolo, la chirurgia di Ruggiero; e sia dalle Glosse, le quali registrano appunto scritti da persone riuniLe in vero carattere di collegialità, il quai legame, piü tardi, si estende in guisa, federato anche ad all.ro centro di studii, che gli insegnamenli sono tradotli nella forma del verso :
- « Multorum sécréta legent hoc codice, mixtim Dogmata Witter mi, mixtim quoque verba Bogeri,
- Mixtim multorum pandet liber iste virorum 1 »
- Bruno è nativo di Longobucco in Galabria « Brunus gente Calaher, patria Longoburgensis ». Questa sua origine lo dirige alla scuola di Salerno, dalla quale, corne già dissi, egli apprende corne curare le ferite inlestinali. Ma Bruno disconosce la scuola che gli fu madré; prende una veste greco-araba « perscrutans omnia vestigia veterum sapientium ». Diviene, perô, lui un caposcuola. Nel 1252, nel febbrajo, stando in Padova « in loco Sancti Pauli », compie la sua Cyrurgia magna, inviandola ad Andrea da Vicenza, venerabile suo amico. Di poi intitola a Lazzaro da Padova, altro amico suo, un compendio di Chirurgia : la Cyrurgia parva. Le fonli antiche studia col lume delle osservazioni cliniche « illud cum experimenlo et ratione perpensa recognitione decrevi ». Raccomanda ai discepoli laprudenza « déclina te ad viam producentem salutem, et dimitte egritudines terribiles, in quibus non est fiducia sanifatis. Ex hoc enim veniet super te successio laudabilis, fama et gloria magna ».
- 1. De Renzi, op. cit., t. IV . 93.
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- La chirurgia magna e parva di Bruno ebbero gran dif-fusione nei secoli XIV et XV. Si puô dedurre dal gran numéro dei codici, specie dei primordii del Secolo XV, che si riscontrano nelle Biblioteche. In una brève ricerca, io ne notai tre nelle Biblioteche di Firenze, e due in Napoli, dei quali uno in volgare « Comenza la Ylorghia minore di Mayslro Bruno » 1 2). Ma non si limité qui la dilfusione,
- Lo studio di Padova, sino al cadere del secolo XVI, obli-gava il lettore di Anatomia ad attenersi alla « explicationem textualem Anatomiae Mundini~ ». Un simile primato ebbe la Ghirurgia di Bruno. Si puô dedurre dagli Statuti délia Univesità e dei Collegi dello Studio di Bologna.
- Dagli Statuti di Bologna del 1395 « Statu ta Collegii Medicorum Civitatis Bon. Phisice Doclorum », e da fram-menti degli Statuti del principio del secolo XV, si rileva corne quel collegio si servisse negli esami del libro di Bruno :
- « Pro prima lectione super tercia Fen quarti canonis Avicenne, et pro secunda lectione super prima parte cirusie Bruni. » [Si vegga — De forma tenenda in examine Cirosie — nella Kubrica XXII degli Statuti del 1395].
- «... et pro secunda lectione super prima parte cirosie Bruni » [Rub. XXIII dei frammenti suddetti].
- La Chirurgia di Bruno era insegnata nelFUniversità Bo-lognese. Ed invero ne è fatta menzione nella Hub. XXXV degli Statuti dell’Università :
- « De modo legendi in Chirurgia...
- «*... quod omni anno in principio studii incipiant legere Cirur-qiam Bruni, qualecta, legatur cirurgia Galieni... 3 ».
- 1. Cfr. il mio lavoro « Contributo allô studio delle fond délia storia délia Medicina » (Napoli, 1891 ; Bolletlino délia R. Accademia Medico-Chirur-f?ica.)
- 2. Cfr.Del Gaizo M. Délia pratica dell' anatomia in Italia sino al 1600. Napoli 1892 (Atti delta R. Accademia Medico-Chirurgica).
- 3. Cfr. l’opéra di Carlo Malagola (Bologna, 1888) « Statuti dell' Université e dei Collegii dello Studio di Bologna ».
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- Un’altra scuola si organizza sotto il nome di Ugone da Lucca, padre probabilmente di Teodorico. Questi ne tra-duce in iscritto i precetti, li studia in rapporto ai libri di Galeno, li conforta con proprie osservazioni, li affida, più che ad italiani, ad uno straniero, il quale diviene creatore délia chirurgia didattica in Francia : intendo ricordare Enrico de Mondeville, discepolo di Teodorico, verso il 1280.
- Due volte rédigé Teodorico la sua chirurgia : una prima volta tra il 1243 ed il 1254, nel quai tempo egli, che era medico e frate dell’ordine di S. Domenico, stava in Roma, presso il Pontefîce Innocenzo IV Fieschi ; una seconda volta, dopo il 1266, quando, già Vescovo di Bitonto nelle Puglie, era divenuto Vescovo di Cervia nel Ravennate.
- Diedi ampio esame, nel mio lavoro, di questa chirurgia di Teodorico. Il De Mondeville notô esistere due opéré di Teodorico : Una chirurgia maqtia ed una parva. Questa paru a non ho visto ; perô, nella Biblioteca Nazionale de Napoli, esaminai un codice, alquanto diverso nelle sui parti dalla Chirurgia édita di Teodorico, il quai codice reca il grazioso titolo « Cirurqia quae intitulafur /ilia principis ».
- Nel mio lavoro dimostrai fra quali limiti poteva sup-porsi esser questo codice un’immagine, forse, délia più antica redazione che Teodorico diè délia sua chirurgia.
- Teodorico armeggia contro Salerno. L’antagonismo ap-pare due volte. Quando egli descrive un uomo ferito da saetta, che la Scuola di Salerno era stata incapace a curare ; e quando contrasta a Rolando il cqso di aver curato questi, con mezzi chirurgici, un ernia pulmonare !.
- Perô, anche a Teodorico era stata di vital nutrimento la Scuola di Salerno. Si intende da quanto egli scrisse sul governo delle ferite intestinali; e chiaramente appare dal
- 1. Cfr. Cyrurgia etc. cit.\ pp. 117 e 160.
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- mezzo di anestesia chirurgica da lui usato, il quai mezzo era una vecchia pratica, insegnata fin dal 1130 dalla gran Farmacopea Salerniiana (Y Antidotario di Nicola il Prepo-sito1). Si aggiunga una sérié di cognizioni patologiche e terapeutiche, circa malattie nervose e dell’organo délia vista, le quali conoscenze Teodorico aveva preso dall’opera di Ruggiero 2.
- Per Teodorico, intanto, il mandato del chirurgo si es-tende. Egli tratta di oftalmiatria, e, con sicurezza, delle malattie délia pelle. La sua cultura è veramente vasta : egli è anche un valoroso ippiatra3.
- Per Guglielmo e Lanfranco la scuola chirurgica avanza in perfezione.
- Guglielmo nel 1275 compiva a Yerona la sua chirurgia che dinanzi. aveva elaborato in Bologna « sigillavimus et complevimus emendative lihrum Cirurgie nostre die sab-bato XIII merise junii in civitate Verone, in qua facieba-mus nioram, eo quia salarium accipiebamus a comuni anno currenti MCCLXXV. Verum est quod in ipsum ordi-navimus cursorie ante hoc tempus Bononie per anno s quatuor ». Al quai libro egli premise una pratica medica « Summa curationis et conservationis ».
- Lanfranco scrive la sua parva Cyrurgia e la Practica quae dicitur ars compléta totius Cyrurgie.
- In arnbo i due maestri è il connubio tra la medicina ope-ratoria e la dottrina generale medica, anzi questa in Lanfranco tende(ad essere fisiopatologia. Lanfranco insiste perché i chirurgi non ignorino scientiam medicina e; insiste nel dimostrare « necessarium cyrurgico scire partes omnes et singulas medicine ». Il valore maggiore di Guglielmo e
- i. Cfr. la Bibliografia data nel mio lavoro e la recente mêmoria del-l'Husemann di Goltinga « Weitere Beifrâf/e zur ehirurgischen Anàsihesie in Miltelaller. Leipzig 1900 (in Deutsche Zeitschrift für Chirurgie).
- 2,. Si cfr. il paragrafo 9 del mio lavoro su Teodorico.
- 3. Nel suddetto mio lavoro ho dato un censimento dei codici manoscrilli dell’ opéra Mulomedicina ovvero Practica equorum di Teodorico.
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- di Lanfranco sta nel fatto che i loro libri sono ricchi di storie cliniche ; vi si notano, fra i libri di entrambi, oltre quaranta casi clinici '. Guglielmo conduceva i discepoli suoi negli ospedali : a Bologna nella leproseria « ad poméria urbis », ed a Gremona in hospitio. In un caso di morte per ferita di saetta, egli âpre il cadavere per il sospetto che la saetta non fosse avvelenata 1 2.
- Lanfranco era cacciato da Milano, quando cola ferveva la lotta tra Guelfi e Ghibellini; ripara in Francia : prima a Lione e poia Parigi. La sua persona puô esser rittratta con l’onore che gli rende Enrico che lo chiama maestro, corne chiama maestro Teodorico; e si puô confermare col giudizio pronunziato dnl Malgaigne, nel nostro secolo : « Lanfranc le véritable créateur de la chirurgie en France3 ». La bandiera dei chirurgi, consegnata da Teodorico e da Lanfranco ad Enrico de Mondeville, era volere di Dio che in Francia si circondasse di gloria nel cammino successivo di cinque secoli, per sventolare in un giorno del secolo XVIII, su quel splendido monumento délia scienza, sul quale si vide scritto il nome délia grande Accademia di Chirurgia !
- Il secolo XIII, nel dedicarsi allô studio délia medicina operatoria, vide che non era possibile manifestarsi il genio chirurgico senza sorgere prima il genio anatomico. Del quale bisogno di ralforzare la chirurgia mercè fonda-menta anatomiche si fece nunzio Federico II che nel 1241 promulgava in Napoli la famosa legge de medicis :
- « Salubri etiam constitulione sancimus ut nullus chirurgicus ad practicam admittatur, nisi testimoniales litteras offerat magis-trorum in medicinali facultate legentium, quod per annum sal-
- 1. Si cfr. Puccinotti, op. cit., pp. 115, 134-145.
- 2. Era il cadavere di messer Bonifacio, nipote del Marchese Oberto Pallavicini.
- 3. Malgaigne J. F., Œuvres complètes d'Ambroise Paré. Paris, 18i0, t. I, p. 44 (introduzione).
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- tem in ea parte medicinae studuerit, quae chirurgiae instruit, facultatem, praesertim anatomiam liumanorum corporum in scholis didicerit, et sit in ea parte medicinae perfectus, sine qua nec incisiones salubriter fieri poterunt, nec facta curari. »
- Il pensiero di Federico, che era il pensiero di tutti i chi-rurgi del secolo XIII e specie di quelli délia seconda metà di esso secolo, fu tradotto in atto a Bologna, fra il 1307 ed il 1313, sorgendo con Mondino un insegnamento regolare e pratico dell’ anatomia. L’opera e la pratica anatomica del Mondino, che mirava specialmente al perfezionamento délia chirurgia, fu tenuta in onorenei secoliXIY, XY e XYI, in Italia e fuori. La Francia che aveva reso gentile omaggio a Teodorico e Lanfranco, per opéra di Enrico, rese nuovo omaggio ail’ Italia, dopo del 1326, mercè Guido che onorô del nome di maestro Bertruccio, che era stato discepolo di Mondino. L’opera del quale mi sia lecito dire fu la prima pietra di quell’ edificio scientifîco che costituisce oggi l’ana-tomia delle regioni.
- In alcuni miei lavori (1892-1895) io esaminai l’opera e l’efficacia dei Papi e délia Chiesa Cattolica sul progresse délia chirurgia e dell’ Anatomia del secolo XIII-XIV. Alla severa sentenza di Haller contrapposi una minuta rassegna di fatti, attinti aile opéré dei chirurgi e degli anatomici dei secoli XIY-XYI. La quai cosa riusci ail’ unisono di quanto avevano scritto il Portai, il de Benzi e specialmente Federico Hoffmann, ci rca al buon seme délia scienza sparso dalla Chiesa
- Darô qui termine al mio lavoro, notando che nel secolo XIII il chirurgo fu pieno si di ardire, ma quello ardire fu amore verso 1’ egra umanità. L’ amore si ingigantî aile volte, quando la chirurgia dovè operare a cielo aperto, ossia su teriti raccolti sul campo di guerra, î quali erano spesso
- i. Cfr. Del Gaizo M., Dell' azione dei papi %ul progresse dell' anatomia e délia chirurgia sino al 1600. Milano, 1893.
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- veri cavalieri délia Croee, perché pugnanli in difesa délia fede religiosa. L’amore era non solo carità verso il pros-simo, ma carità verso Dio, creatore e redentore deU’uomo.
- Lan franco fu, se non mi inganno, tra i chirurgi quegli che più sposô alla scienza queslo duplice sentimento di amore, rendendosi, cosi, precursore di quella robusta elo-quenza con cui, nel secolo XVI, il più gran chirurgo délia Francia, Ambrogio Paréo, additerà la missione nobilissima cbe ha il medico rispetto ail1 infermo : « Je le pansay, Dieu le guarist » !
- Modestino DEL GAIZO.
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- APPENDICE
- I. - CODICI MANOSCRITT1 CONSULTATI
- A. — La chirurgia di Teodorico.
- 1) — Biblioleca Nazionale di Napoli (VIII, D, 55 — nuova collocazione) — Codice cartaceo (29 cm X 21 cm.) ; secolo xiv-xv.
- Il codice è in lingua latina ; sul tastello délia ligatura si leggeva Theodorici Practica Chirurgiae • oraperô èstato rilegato a nuovo. La prima pagina e la seconda contengono dei ricettarii, scritti con carattere diverso da quello del codice. Nelle pp. 3, 4 e 5 è l’indice « Incipit Liber cirurgiae editæ a fratre Theodorico de ordine predicatorum — Capitula libri primi ». Segue il testo « Incipit Cyrurgia édita et compilata a fratre Theodorico de ordine predicatorum ».
- L’opéra è divisa in tre libri non in quattro corne nella edizione del 1519 da me esaminata. L’introduzione è ben diversa da quella délia edizione suddetta; nulla si dice sulla storia del libro, nè si accenna ad essere un’opera che riformi un’altra, già, tempo innan-zi, compilata. « Tractaturi (è scritto nel codice) de vulneribus et cirurgie scientiam tradituri ut sapientibus et insipientibus satis-fiat cum tali stylo curabimus tradere quod guis intelligat et pru-deris cirurgicus non contemnat. »
- La partizione dell’opera è diversa nel codice, rispetto alla edizione,
- CODICE
- « Idcirco de causis vulnerum sive de solucionis continuitate primo pertractabimus, consequenter ipso-rum curas et remedia exponemus. Tractabimus autem in hujus artis
- EDIZIONE 1319
- « Dividitur autem liber iste in quatuor partes. In prima parte agi-tur universaliter de vulneribus, de ulceribus, defluxu sanguinis et medi-cinis ipsorum,de judiciis mortis,de
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- primo nostro libro de vulneribus in genere, scribendo ipsorum curas et canones generales. In aliis vero li-bris sequentibus vulnerum, ulce-rum, fistularum, cancrorum et alio-rum morborum qui ad scientiam istam pertinent curas et remedia, sicut in unoquoque corporis humani membro exerçenda sunt, brevi qui-dem et veraci stylo fideliter expo-nemus. »
- vulneribus nervorum, de cura apos-tematis calidi, atque spasmi. In se-cunda parte tractatur de eisdem... a capite usque ad pedem. In tertia parte dicetur de fistulis, cancro, formica, cancrenis, scabie et cete-ris apostematibus et infectionibus... In quarta parte et ultima finiemus librum scribendo aliqua nobis pro-bata de dolore capitis,... et trac-tando de egritudinibus oculorum, auriuin, narium, oris, dentium, artretice et podagra, et sic vita comité finiemus concedente Domino librum istum. »
- Il primo libro del codice comprende 39 capitoli, redatti in 28 pagine.
- Il secondo lia 03 capitoli, ehe vanno da pagina 30 ad 80 ; précédé un indice del libro.
- Il terzo libro contiene 00 capitoli, e va da pag. 81 a 13b.
- Salvo lievi modifiche nei tiloli dei singoli capitoli, questi cor-rispondono quasi a quelli dell'edizione più volte ricordata. H buono notare che il codice abbia per ogni carta un numéro ro-mano.
- Il codice si chiude con queste parole :
- « Explicit Cirurgia quae intitulatur Filia Principis; édita et compilata a Theodorico ex ordinc Predicatorum. »
- Segue un indice alfabetico, incompleto, che si referisce proba-bilmente ai medicinali, di cui è parola nel testo.
- Il ligurare, nel codice, il nome di Teodorico, senza alcun titolo gerarchico; la mancanza del quarto libro ; ed il titolo, che si dà allopera « Cirurgia quae intitulatur füia Principis » concor-rono a far sospettare che il codice sia stato redatto non dall’opera delinitiva di Teodorico, ma Su quella che egli consegnô la prima volta al Vescovo di Valenza. Perd, limitano questo suggerimento alcune altre considerazioni : la distribuzione dei singoli capitoli quasi uniforme nel codice e nella edizione; e l’essersi ricor-dato nei codice la resezione délia parte di polmone fuoriuscita, alla quale, corne più volte ho detto, si lega il nome di Rolando.
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- Bisogna, intanto, aggiungere che anche nell’edizione del 1519 si legge il nome che Teodorico dié alla terapia chirurgica, che riguarda le ferite. Nel capitolo xi del 2° libro « De quolibet vulnere in carne universalitér », Teodorico scrive : « Et qui diligenter attendent lihrum istum quem intitulavi Filia Principis, magnam partem eorum quae in cyrurgicis modernorum scripta sunt, auc-toritale veterum et ratione evidentissima et praesenti doctrina poterit reprohare ».
- 2) Ibidem (XIII, G. 31) — Codice cartaceo (20 c. X 15 c.); secolo xiv-xv.
- E una miscellanea di cose medico-chirurgiche.
- Precedono un’effemeride astrologica, un indice ed alcune rieette (pp. 1-18). Segue una rapsodia del testo di Teodorico « Comenza Thedrico mazor de la cirogia di tute le piage ». — Al venerahile padre et amigo carissimo egregio homo et per la gracia de Dio Vescovo di Valenza S. — Thedrico de la giesia de butonti maistro indegno. »
- Il testo si continua senza titolo di capitoli, meno qualche segno marginale di divisione; si chiude con un « explicit pars prima ». L’altra parte, se cosi si voglia dire, essendo il testo tutto scon-volto, ha capitoli distinti in numéro di 24. Trascrivo la dicitura di alcuni :
- 1) De la universal curatione de piage le quale si fano in la carne.
- 2) De la dieta de le piage del regimento de la pustiema calda.
- 3) Del modo de retornar li budelli dentro del corpo et de medegar li budelli fridi et del regimento de l’altri intestini.
- 4) De le piage penetrative a la parte interiore.
- 5) De la curation de le piage fatte in li nervi...
- 23) De la rotura del craneo et lo modo de medegar.
- 24) De la dieta del infermo el quai ha rotto l’osso de la testa.
- Questa parte, spettante a frammenti délia chirurgia di Teodorico,
- finisce col « Deo gratias ».
- Il codice contiene scritture sull’uso del salasso in chirurgia ; sulla cura dell’ eresipela e dello spasmo ; ha due ricettarii ; reca precetti di Avicenna, Razes e Bruno; uno degli articoli comincia con i SS. nomi « Jésus et Maria ». Questo codice pare délia line
- Congrès d'histoire (Ve section).
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- del secolo xlv e principio del secolo xv, e l'altro è forse ad esso eoevo. Mi sembrano clegni di esame, perché essi dimostrano esistere lesti délia Chirurgia di Teodorico con varianti notevo-lissime, rispetto aile edizioni su indicate, tra oui quella del 1519. Forse questo testo, impresso in più edizioni. è la Chirurgia magna, ehe Enrico de Mondeville attribuiva a Teodorico : la Parva sarebbe o la F ilia Principis, ovvero qualche scrittura ridotta sul tipo del testo volgare da noi ritrovato. Essendo staia due Arolte redatta dalla propria mano di Teodorico l’opéra di chi-rurg-ia (al primo partire del Vescovo di Valenza ; e dopo le successive preghiere di lui, che desiderava un testo riformatoe com-pleto), non è impossibile che alla prima redazione, la più antica, possa rispondere la Filin Principis,
- B. — La Chirurgia di Bruno.
- 1) Ibidem ( VIII, 1), 50). — Codice membranaceo (25 c.X 17 c.) ; secolo xiv.
- E un esemplare miniato, elegante, e tanlo più in pregio perché appartenue, nel secolo xvm, a Domenico Cotugno, che fusplen-dido collettore di libri e di mss. medici in Napoli.
- Sul tastello si legge M. Bruni Longobuc. Chirurgia Anno MCCLV. Nell’ ultima pagina è la firma Dominici Cotunnii. Co-mincia : Incipit cyrurgia magna Bruni etc. ; termina con l'expli-cit liber secundus cirurgie Bruni Long. — Deo gratias. — Amen.
- 2) Ibidem (VIII, G. 07)— Codice membranaceo (25c. X l9c.) ; secolo xiv; scritto a due colonne.
- E una miscellanea ; reca effemeridi astrologiche ed un rozzo schéma di figura umana con le parti da salassare nelle singole in-fermità.
- A p. 11 si legge... Comenza la Ylorghia minore di maystro Bruno.
- Di questo codice diè un esame, dal punto di vista grafica, il bibliotecario A. Miola (1878) : « Le scritture in volgare dei primi tre secoli délia lingua ricercate nei codici délia Bih. J\az. di Napoli. »
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- C. — La Chirurgia di Guglielmo da Saliceto.
- 1) Ibidem (VIII, D, 32) — Godice cartaceo (36 c. X 24 c.); secolo xv e forse, in alcuni punti è anche di tempo posteriore, essendo un miscuglio di codici, certamente di tempo diverso. i
- Contiene l'opéra di Medicina di Guglielmo, e, dopo questa, il teste chirurgico « Incipit cirurgia Gulielmi Placentini »; segue un Tractatus de matrice doctissimi viri Antonii Guarnerii, edun breve trattato « Hoc est regimen de sanitate conservanda in tem-pore peslis », sul margine superiore del quale si legge Ugo de Senis di carattere diverso da quello del codice.
- 2) Biblioteca dei Padri delV Oratorio di Napoli (Pil. XVI, n. xvn); codice membranaceo, in-fol. grande ; secolo xiv. Reca il titolo Placentinus Gullielmus, De summa conservationis et curationis. Contiene il trattato di Chirurgia. Fu illustrato dal P. Enrico Mandarini (1897) « I codici manoscrilti délia Biblioteca Oratoriana in Napoli »/ cfr. p. 54-56.
- II. — Di ALCUNE ANTICHE EDIZI0N1 CONSULTATE
- A. -- Collezione di chirurgi antichi.
- Biblioteca del! Università di Pavia (71, F, 2)... Cyrurgia Gui-donis de Cauliaco et Cyrurgia Bruni, 7eodorici, Rolandi, Lan-franci, Rogerii, Bertapaliae. — Noviter Impressis. Nell’ ultima pagina si legge : Venetiis, per Berardinum Venetum de Vitali-Jjus, Anno Domini MCCCGGXIX; die XX mensis Februarii. Sotto è la figura dell’ Evangelista S. Marco con il leone alato, e le iniziali dello stampatore B. V.
- B. — Chirurgia di Guglielmo.
- 1) Biblioteca Nazionale di Napoli (IX, K, 7). « Guillelmus de Saliceto, Scientia Medicinalis. »
- Da p. 482 a 232 contiene il testo chirurgico — Termina : P la-
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- centiae impression ad exemplar originalis A. ab Inc. Domini M.CCCC.LXXVI; Die XXV Maij.
- 2) Ibidem (VIII, E. 10)— « Placentino Chirurgia » : Testo italiano ; termina : Qui finisce la cirugia de maistro Guielmo de Piasenza divisa in V. libri volgarmente impressa en la inclita cita de Venezia per Nicola de U Ferari... neli anni ciel nostro Signore M. CCCC. LXXXXI; a di XVI Feurer régnante lo illmo principe Augustino Barbadico.
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- NOTES
- Sur l'état des sciences anatomique et physiologique à la venue de Vesale et de Harvey, et en particulier de ces sciences au Moyen-Age.
- Les sciences qui ont pour but l’étude du corps humain ont atteint à l’heure actuelle un haut degré de perfection, surtout l’anatomie, car la physiologie a encore bon nombre de problèmes à élucider. Dans tous les pays, quantité d’hommes éminents consacrent leur vie à l’étude de ces sciences, et les publications dont elles sont l’objet sont innombrables.
- Or, le corps de doctrines qui constitue actuellement les sciences biologiques est de date assez récente. L’anatomie telle que nous la concevons ne remonte guère au delà de Vesale ; quant à la physiologie, elle a été complètement rénovée et pour ainsi dire créée par Guillaume Harvey (1578-1657), médecin de Charles Ier, qu’il ne faut pas confondre avec Gedeon Harvey, également fameux comme médecin de Charles II, et qui mourut vers 1700. La découverte de la circulation du sang remonte à une période comprise entre 1621 et 1628, qu’on ne peut guèrè préciser, Harvey ayant enseigné durant plusieurs années les faits nouveaux avant de les publier (1628. Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus. Francofurti). Cette découverte avait été précédée elle-même de travaux importants, qui certainement ont beaucoup aidé Harvey,
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- et qu’on peut classer sous deux cédules : 1° ceux relatifs aux valvules, 2° ceux relatifs à la petite circulation 1 ; du jour au lendemain elle renversa tout l’édifice antérieur ; ius-qu’alors on n’avait eu que les idées les plus fausses sur la physiologie des appareils de la circulation et de la respiration.
- La résistance fut du reste longue et opiniâtre, puisque, un demi-siècle plus tard, Jean Mery (1645-1722), dont Voltaire parle à plusieurs reprises et non sans raison comme d’un des plus éminents chirurgiens et anatomistes de son temps, au sein même de l’Académie des sciences, dont il fut membre dès l’âge de 39 ans, s’inscrivit contre les théories de Harwey sur la circulation fœtale, théories qui sont restées valables. Ce fut une lutte épique qui dura plus de 20 ans ; Mery mourut sans avoir été convaincu.
- Quant à Vesale, l’anatomiste bruxellois (1514-1564), il fut le restaurateur et on pourrait dire le créateur de l’anatomie moderne : se mettant au-dessus des préjugés, des lois et des exigences de son siècle il disséqua, et on le vit, à Paris, passer des nuits entières à déterrer des corps morts, soit au cimetière des Innocents, soit à la butte de Montfau-
- 1. Valvules, Fabrizio d’Acquapendente, mailre de Harvey (1537-1619). De venarum ostiolis liber, 1603. Il parle des valvules dès 1574. — Charles Estienne 1546. — Cannani de Ferrare (1515-1578), au témoignage de Fallope en 1547, décrit les valvules des veines rénales, iliaques primitives et azygos. — Berengario de Ferrare, illustre prédécesseur de Vesale et commentateur de Mundinus, 1550, décrit les valvules mitrale, tricuspide, les valvules des orifices des veines pulmonaires, les valvules sigmoïdes aortiques et pulmonaires.
- Petite circulation. — Michel Servet, en 1553 « de christianismi restilu-tione », nie le passage direct du sang du ventricule droit au ventricule gauche, reconnaît que le sang passe des artères pulmonaires dans les veines de môme nom, et de là au cœur gauche. Mais cette découverte n’était nullement basée sur l'expérience, uniquement sur l'hypothèse. — Cesalpin d’Arezzo (1519-1603), en 1570, soutint la môme opinion en y mélangeant certaines théories de Galien. — Colombo de Crémone, disciple de Vesale, en 1570, donne une description de la petite circulation infiniment plus claire que celle de Servet et de Cesalpin.
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- con, bravant l’accusation d’impiété et de sacrilège et les supplices qui punissaient alors cette témérité.
- L’analomie et la physiologie telles que nous les concevons remontent à Yesale et à Harvey, mais ce serait une grande erreur que de considérer le médecin anglais et le médecin bruxellois comme les fondateurs de ces sciences. Avant eux il existait un ensemble de doctrines maintenant démodées et inacceptables sur bien des chapitres, mais qui font preuve d’un manifeste effort, et dont certaines sont vraies. Auparavant nous avons Galien, que Daremberg considérait comme un grand anatomiste; nous avons les médecins arabes Haly (ibn-el) Abbas(xe s.), Avicenne (xie s.)., et nos vieux auteurs du Moyen-Age, entr’autres Guillaume de Salicet (*j- 1277), Henri de Mondeville y 1320), Guy de Chauliac (y 1363), et Pierre Franco(*j- 1561 ) ; ce dernier, quoique contemporain de Vesale, se rattache au Moyen-àge par ses tendances et ses doctrines. Ils firent île l’anatomie, et la lecture de leurs ouvrages est éminemment suggestive ; ils énoncent quantité de vérités anatomiques qu’on pense généralement être d’une époque plus récente.
- Du reste, depuis que l’homme existe, il a toujours tenté d’expliquer les phénomènes biologiques, sinon par l’expérience, du moins par l’!:ypothèse on en trouve des exemples dans les plus vieilles littératures sacrées et profanes des anciennes civilisations du monde. Bien avant le Christ, les Chinois, les Indous s’en étaient préoccupés, et un des livres védiques, traduit en 1846 par Hessler, est consacré à l’étude de l’anatomie et de la médecine. Et il est possible que celui qui voudrait examiner à ce point de vue les monuments qui nous restent des civilisations de Thèbes, Memphis, Ninive et Babylone, y trouverait quelques notions d’anatomie. Dans certains passages de l’Iliade et de l’Odyssée, il y a preuves de telles connaissances. On en parle aussi dans la littérature sacrée des grandes religions actuellement existantes : les livres Saints, le Talmud, le
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- Coran. Cicéron, Lucrèce, Ovide et Pline se sont occupés quelque peu de médecine et d’anatomie, et même, paraît-il, les empereurs Auguste et Hadrien.
- Galien (128-198) 1 2 disséqua ; il disséqua des animaux qui, par leur morphologie, se rapprochent le plus de l’homme, les anthropoïdes.
- Après lui on ne disséqua plus : on se contenta de le traduire, de le commenter, de le piller plus ou moins complètement et plus ou moins exactement. Son influence se maintint durant un millénaire et demi, et il y a trois siècles encore, on ne jurait que par Galien.
- Les Arabes traduisirent Galien sans rien y ajouter'. Avicenne (xie s.), ce prodigieux génie de l’Orient, reconnu de ses propres contemporains, ce Platon et cet Aristote de l’Islam, a paraphrasé l’œuvre de Galien, et en particulier son traité sur « l’utilité des parties » mais non celui des « administrations anatomiques ». C’est sur ce travail
- 1. Avant Galien on fit peu d’anatomie : on ne disséqua guère avant Alexandre (350-324) ; même chez les Barbares les dépouilles mortelles de l’homme étaient sacrées. Peut-être les embaumeurs de l’ancienne Egypte ont-ils eu quelques notions d’anatomie ; plus sûrement en tout cas les sacrificateurs.
- Anaxagore, Démocrite, Empédoclc, au ve siècle avant l'ère chrétienne, disséquèrent des animaux. Hippocrate, né vers 460, n'avait aucune connaissance anatomique. Aristote, né en 304, fut plutôt un naturaliste qu’un anatomiste. L’école d’Alexandrie, Praxagoras de Cos et ses élèves Iléro-phile vers 320, et Erasislrate, petit-fils d’Aristote, mort en 257, furent de remarquables anatomistes ; les deux derniers, protégés et encouragés par Ptolémée Sotcr et Ptolémée Philadelphc, disséquèrent des cadavres (les Plolémées, du reste, disséquèrent aussi) et laissèrent des ouvrages perdus dans la suite, transmis en partie par Galien. Au ier siècle de notre ère, nous avons Celse et Rufus ; les œuvres de Ru fus sont malheureusement perdues : c’était un anatomiste éminent au témoignage de divers auteurs: Citons encore Arétée de Cappadoce sous Trajan. et Soranus d’Ephèse.
- 2. En anatomie, les Arabes n’ont rien trouvé; du reste le Coran leur interdisait toute dissection, et quand nous trouvons chez eux quelques faits non signalés dans les auteurs grecs et latins dont nous possédons les œuvres, c’est bien vraisemblablement que ces faits ont été empruntés à des médecins de l’antiquité dont les œuvres ne nous sont pas parvenues.
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- que notre Moyen-âge a vécu, et son influence a persisté durant près de cinq siècles.
- Avant Avicenne, au xe siècle, un autre médecin persan, Haly ibn-el Abbas, fît aussi de Galien une paraphrase qui eut une grande vogue, quoique moins considérable que celle d’Avicenne. L’œuvre d’Haly ibn-el Abbas s’appelle le Maleky, celle d’Avicenne le Canon. Le Canon fut traduit en latin au xue siècle par Gérard de Cremone et ce fut sur cette traduction qu’étudièrent les auteurs du Moyen-âge. Enfin, à la fin du xme siècle, on se décida à traduire direc-ment Galien du grec en latin ; ce fut Nicolas de Reggio qui rendit ce grand service à la science de son temps, lui permettant ainsi de posséder un texte beaucoup plus sûr.
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- *
- Nos auteurs du Moyen-âge proclament hautement la nécessité de l’étude de l’anatomie pour le médecin et principalement pour le chirurgien.
- Mondeville 1, dans sa chirurgie, composée de 1306 à 1320, dit :
- « Il est nécessaire pour le chirurgien opérateur de savoir l’anatomie, ce qui peut être démontré présentement de trois manières.
- 1. Henri de Mondeville (Hermondaville), un des pères de la Chirurgie française, chirurgien de Philippe le Bel, de Philippe le Itutin et des armées royales, professeur d'anatomie, de médecine et de chirurgie dans les Ecoles de Montpellier et de Paris, composa, de 1306 à 1320, sa Chirurgie, œuvre maîtresse. Il naquit en Normandie vers 1270 ; il est difficile de préciser exactement la localité et la date. Il fut élève de Théodoric de Bologne. " Sa réputation était grande, sa clientèle nombreuse ; partisan du libre examen, il chercha à développer l’initiative individuelle; son érudition était profonde, sa critique sagace; il connaissait les auteurs grecs et arabes et les ouvrages italiens ; ses indications bibliographiques étaient nombreuses, ce qui était une nouveauté pour l’époque, a 11 mourut vers 1320.
- Voir pour de plus amples détails '.Chirurgie de Maître Henri de Mondeville, édition de 1893, par E. Nicaise; F. Alcan, éditeur, Paris.
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- 4° Par les autorités... etc., (Galien, Avicenne).
- 2° Cela peut être prouvé par un exemple : car un aveugle opère de la même façon sur du bois qu’un chirurgien sur le corps dont il ignore l’anatomie. Or l’aveugle, en coupant du bois, se trompe parfois. Ainsi lorsqu’il veut couper le bois suivant sa largeur, s’il vient à le placer suivant sa longueur il en coupe quatre fois plus qu'il ne pensait . De même le chirurgien opérateur qui ne sait pas l'anatomie commet des erreurs dans ses opérations.
- 3° Gela peut être démontré encore par le raisonnement puisque aucun artisan ne travaille bien sur un objet qu’il ne connaît pas. »
- Guy de Chauliac 1 dit, dans sa Grande Chirurgie, composée en 4363 :
- « Il y a quatre utilités dans la science anatomique : l’une et certes la plus grande, pour démontrer la puissance de Dieu ; — la 2e pour discerner les parties affligées ; — la 3e pour prévoir les futures dispositions du corps; — et la 4e pour connaître les parties et leurs passions parce qu’il faut diversifier la cure suivant leurs différences. »
- t. Guy de Chauliac, le plus illustre des prédécesseurs d'Ambroise Paré, naquit dans les dernières années du xiii® siècle près de Mende, au village de Chaulhac, 'jui existe encore (arrondissement de Marvejols, canton de Malzieu). D'abord simple garçon de ferme, l'appui des seigneurs deMercœur lui permit de s'instruire. Il étudia à Toulouse, Montpellier, Bologne et Paris. Il fut à Avignon médecin des papes Clément VI, Innocent VI et Urbain V; Clément VI notamment fut un de ses protecteurs I il est vraisemblable que c’est lui qui a fait subir à ce pape l'opération du trépan). Il fut chanoine et prévôt de Saint-Just de Lyon et du diocèse de Mende. Il mourut près de Lyon en 13G8. Il composa en 1363 sa Grande Chirurgie, véritable monument de la science française au Moyen-Age. La vogue et le succès de cet ouvrage furent prodigieux ; de 1363 à 1478, c’est le principal traité de chirurgie; il en existe 66 manuscrits. Depuis 14~8 (découverte de l'imprimerie en 14451, cet ouvrage a eu 129 éditions. Il a été traduit dans presque toutes les langues, même en hébreu : on en trouve des exemplaires dans presque toutes les grandes bibliothèques du monde. Guy de Chauliac fut ami de Pétrarque. — Pour do plus amples renseignements, consulter la Grande Chirurgie de Guy de Chauliac avec notes et commentaires par E. Nicaise, 1890 ; F. Alcan, éditeur, Paris.
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- Et un peu plus loin :
- « Les chirurgiens qui ignorent l’anatomie faillent bien souvent, en coupant nerfs et ligaments. Doncque tu sauras la nature de chaque particule : et outre ce, les situations et façons qu’elles ont en tout le corps, et selon chaque membre : quand il advient plaie, tu cognoitras apparemment si le nerf est coupé, ou le tendon, ou le ligament. »
- Franco 1 en 1561 dit :
- « Tout ouvrier est tenu de savoir le lieu et nature du sujet auquel il œuvre, autrement il erre. »>
- Quels sont donc les moyens dont les médecins à cette époque disposaient pour étudier l’anatomie? — Guy de Chauliac dit ceci, qui est très remarquable :
- « L’anatomie est acquise par deux moyens : l’un est par la doctrine des livres, lequel moyen, bien qu’il soit utile, toutefois n’est pas suffisant à expliquer les choses qui ne sont connues que de sens. L’autre moyen est par l’expérience en des corps morts . Or nous faisons expérience ès
- i. Pierre Franco naquit à Turriers en Provence (aujourd’hui chef-liou de canton clans l'arrondissement de Sisterom entre 1500 et 1505. Il appartenait probablement à la religion réformée. « Franco est sur un terrain beaucoup plus modeste et passe sa vie dans une société toute différente de celle où a vécu A. Paré (soncontemporain). Mais il invente des opérations qui doivent rester dans la pratique, et il n’y a pas de chirurgiens qui ait doté la chirurgie de plus de découvertes » (E. Nicaisel. 1° il pratique couramment la cure radicale des hernies, en conservant le testicule qu’on enlevait avant lui : cl ms la hernie épiploïque il lie et cautérise l’épiploon avant de le rentrer dans le ventre : le premier il parle de la hernie crurale, et il décrit les adhérences de l'intestin au sac et indique le moyen de les détruire . On lui doit l’opération de la hernie irréduclihle avec ou sansouverture du sac, bien avant J.-L. Petit. 2° Il se distingua brillamment dans le traitement de la pierre dans la vessie; divers procédés de Laille, il invente notamment la taille hypogastrique. 3° Il excellait dans l’opération de la cataracte par abaissement. 4° Amputations. 5° Accouchements : opération césarienne, version podaüque, forceps. 5° Bec-de-lièvre. Il publia sa Chirurgie en 1516 et. mourut peu après. Fin tant que chirurgien, on doit le considérer comme 1 égal d’Ambroise Paré. Comme anatomiste il est à remarquer que, quoique contemporain de Yesale, il se rattache au moyen-âge et a l’antiquité. Voir 1 édition de 1805 par E. Nicaise, avec une introduction historique et Phisto-riquo du Collège de Chirurgie. F. Alcan, éditeur. Paris.
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- corps fraîchement morts pour avoir été décapités ou pendus à tout le moins, des membres organiques intérieurs et de la chair des muscles, de la peau, et de plusieurs veines et nerfs principalement quant à leur origine. »
- Et ensuite il nous raconte qu’on disséquait à l’École de Bologne, alors florissante et prospère, profitant de la décadence où était tombée celle de Salerne. Mundinus de Luzzi, qui fit un traité original, qu’on imprima deux siècles plus tard, et Bertruccius son élève, qui enseignait vers 1315, faisaient à Bologne quatre leçons sur le mort.
- « En la première était traité des membres nutritifs (viscères abdominaux) parce que plus tôt ils se pourrissent; — en la seconde des membres spirituels (organes de la cage thoracique) ; — en la troisième des membres animaux (contenu de la boîte crânienne) ; — en la quatrième on traitait des extrémités (membres) ».
- Ceci nous prouve qu’on reconnaissait alors l’utilité de la dissection : mais on disséquait peu et sans profit ; l’influence du livre était trop grande et l’esprit scientifique nullement porté vers l'expérimentation ; on raisonnait, on émettait des hypothèses qui dénotaient très souvent des intelligences éveillées, mais on faisait de l’anatomie comme de la philosophie ou des mathématiques. Puis l’influence de Galien était trop grande. On l’étudiait soit sur la traduction du Canon par Gérard de Crémone (xne s.), soit sur le Pante-gni (traduction de la Té/vï] taTptxr, faite sur l’arabe par Constantin au xie s.), soit sur la Regalis disposilio (traduction du Maleky par Etienne d’Antioche, 1127). Guy de Chauliac étudiait indifféremment snr la Regalis dispo-sitio ou sur la traduction directe de Nicolas de Reggio.
- D'autres, comme Henri de Mondeville, qui enseignait l'anatomie vers 1304 à Montpellier, commentaient un texte, celui d’Avicenne généralement, et faisaient des démonstrations sur des dessins. La bibliothèque nationale possède ceux d’Henri de Mondeville.
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- Guy de Chauliac dit encore :
- « Nous faisons aussi de l’anatomie ès corps desséchés au soleil, ou consumés en terre, ou fondus en eau bouillante et courante. Nous voyons ainsi l’anatomie des os, cartilages, jointures, gros nerfs, tendons et ligaments », procédés employés actuellement 'macération, corrosion). Dans son traité, Chauliac indique longuement la manière de préparer les viscères abdominaux et thoraciques par la dissection.
- Un édit de Frédéric II, 1230, exigeait du médecin un an d’anatomie sur le corps humain ; cet édit fort sage, et qui faisait grand honneur à l’intelligence du souverain qui le promulgua, resta lettre morte, à cause des difficultés matérielles et des préjugés régnant à celte époque, qui eurent raison des esprits éclairés, désireux de s’affranchir de la tutelle du livre. La scholastique était alors souveraine et maîtresse. Nos vieux auteurs, partisans des causes finales, s’ingénient à tout expliquer, et bien entendu jamais par l’expérimentation ; du reste si leurs explications sont quelquefois fausses, elles sont toujours ingénieuses.
- Ils procédaient dans leurs études avec beaucoup de méthode. Avicenne, étudiant un organe, passe en revue successivement l’anatomie, la physiologie et la pathologie, seul ordre logique, Arétée de Cappadoce faisait de même.
- La logique et le sens critique veulent de même qu’on étudie l’embryologie d’un organe avec son anatomie. Nos vieux auteurs avaient le même souci. Ils avaient une théorie du développement de l’être, qui, quoique non formulée explicitement, est celle-ci :
- L’homme et la femme sécrètent du sperme (l’ovaire était un testicule, la trompe un canal déférent) ; ces deux spermes se mélangent. Mais le sang menstruel qui n’est pas rejeté au cours de la grossesse sert à la constitution de l’embryon. Dès lors, des tissus et des organes de l’individu, les uns sont d’origine spermatique, d’autres proviennent du sang menstruel, d’autres procèdent de cette double origine.
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- Chaque fois qu’un des auteurs précités étudie un tissu, un organe, il ne manque jamais de dire s’il est spermatique ou sanguin.
- De plus, ces auteurs avaient reconnu la nécessité d’étudier avant les organes ce que nous appelons aujourd’hui les tissus, les systèmes, en un mot ce qui constitue l’anatomie générale ; ils n’avaient pas le microscope, mais bien avant Bichat ils ont eu le concept de l’anatomie générale.
- Mondeville exprime les idées suivantes : pour étudier le corps, il faut l’étudier dans les parties qui le composent, dans ses membres '. Des membrès, les uns sont consem-blables, consemblablessimples ouconsemblables composés; les autres officiaux. Les consemblables simples sont ceux qui, coupés en quelque partie que ce soit, sont toujours semblables à eux-mêmes (os, nerf).
- Quant aux membres consemblables composés ou officiaux, c’est en réalité la même chose. Un membre official est un organe qui a à remplir une fonction; un organe (membre eonsemblable composé) est toujours composé de plusieurs tissus (membres consemblables simples). C’est une vérité actuelle énoncée par Chauliac et Mondeville.
- Classification de Mondeville.
- 1° Membres consemblables simples spermatiques : os, cartilage, ligament, nerf, artère, veine ;
- 2° Membres consemblables simples, non spermatiques : chair, graisse, pannicule adipeux, axonge (graisse périvis-cérale), fibre ;
- 3° Superfluités des membres simples : moelle osseuse, ongle, poil, cheveu ; c’est admis actuellement pour ces trois derniers, qu’on considère comme dépendances de la peau.
- 1. Membre n'a pas le sens exact d'aujourd'hui ; il s’applique à toute partie du corps, tissu, organe, appareil, « partie solide du corps, formée par le premier mélange des humeurs, comme les humeurs sont formées par le premier mélange des aliments et les aliments par le premier mélange des éléments. » (Mondeville, Avicenne).
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- 4° Membres composés officiaux : a purement spermatiques : corde, membrane, peau; b spermatiques et non spermatiques : muscle et lacerte. Etudiant un tissu, un organe, un membre, ils s’étendent toujours longuement sur ses qualités physiques, et donnent d’assez longues définitions.
- Voici en quelques mots leur anatomie générale.
- La raison de la création des os est de soutenir le corps entier et chacun de ses membres (Mondeville) ; il y en a pour contregarder et défendre les parties internes, comme le crâne, la poitrine et le dos (Chanliac); les dents ne sont pas toujours considérées comme des os (M.) ; la moelle osseuse assure la nutrition de l’os : gravité de son inflammation (M.).
- Le cartilage est presque de la nature de l’os : il est fait pour suppléer le défaut de l’os et là où il faut de la souplesse, paupières, nez, oreilles, épiglotte ; les cartilages peuvent donner insertion à des muscles (M.J ; ils sont faits pour que les extrémités articulaires des os frottent mollement l’une contre l’autre.
- Des ligaments, les uns relient les os entre eux, les autres les entourent (périoste) ; d’autres suspendent les organes internes.
- Les tendons ou cordes sont de la nature des nerfs (C.) ; ils naissent des muscles et reçoivent des nerfs de sensibilité et mouvement.
- Des membranes, les unes entourent les os, tel le péri-cràne ; les unes suspendent les organes : reins, matrice ; les unes contiennent les fluides: membranes de l’œil ; les autres séparent des choses qui ont un but différent : diaphragme; d’autres préservent les organes : péricarde.
- La membrane est sensible, de même matière que le nerf.
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- Les nerfs naissent du cerveau et de la moelle, portent aux membres motricité et sensibilité ; 75 nerfs : 7 paires crâniennes. sensitives; 30 rachidiennes, motrices; 1 impair (queue de cheval). Toutefois, les uns et les autres possèdent une vertu sensitive et motrice, les uns davantage il est vrai, les autres moins (M.J.
- Les artères naissent du cœur, portent dans chaque membre le sang vital et l’esprit ; par leur dilatation elles attirent l’air qui purifie le cœur, par leur contraction elles expulsent les vapeurs.
- Les veines naissent du foie, portent aux membres le sang nutritif.
- Le muscle est un instrument de mouvement volontaire et manifeste (G.), volontaire et naturel (M.) ; il a la forme d’un rat (G.). Les muscles sont composés de nerfs, de ligaments, de chair qui remplit leurs filaments, et d’une membrane qui les couvre. Les lacertes, pour Guy, représentent des muscles grêles et allongés, pour Mondeville, des muscles larges.
- La chair protège le corps du froid comme un vêtement ; par son humidité elle rafraîchit le corps en été ; elle le protège du choc des corps durs; elle remplit les interstices des organes.
- Chair glanduleuse (glandes) ; théorie assez particulière : la nutrition d’une partie se fait par une partie semblable à elle ; le lait sera donc blanc puisqu’il est le résidu de la nutrition des mamelles qui sont blanches, et il est nécessaire que la nourriture de celles-ci soit blanche. De même le chyle, qui se rend de l’estomac dans le foie, passe à la couleur rouge du foie. La chair glanduleuse amène le sang à une couleur semblable à la sienne : elle attire les superfluités des principaux membres, ainsi du foie, et les recueille dans son tissu lâche.
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- Voyons maintenant en quoi consistait leur splanchnolo-gie.
- De l'anatomie de la poitrine et des membres qui y sont contenus : Mondeville.
- La poitrine est étendue du cou et des épaules au diaphragme : placée au-dessus du ventre pour que les superfluités ne soient pas expulsées à travers la poitrine et pour que la poitrine soit près de la bouche par laquelle elle aspire Pair.
- Le contenant est représenté par le thorax en avant, le dos, les côtes latéralement. Le thorax est constitué de 3 os : l’os supérieur du thorax ^ l’os inférieur '1 2, qui protège l’estomac et est mobile ; la partie moyenne du sternum qui fait corps avec les 14 os du thorax3.
- Il y a douze vertèbres dorsales : elles laissent passer les nerfs rachidiens.
- Il y a 7 vraies côtes et b côtes imparfaites, fausses, incomplètes, menteuses, s'articulant avec les flancs du ventre et obéissant à la contraction et à la dilatation des organes nutritifs4.
- Les mamelles occupent une place notable, « honneste et ainsi elles peuvent être monstrées honnestement » ; réchauffées par le cœur, elles lui renvoient sa chaleur, ce qui fait que cet organe se réchauffe lui-même. Aux mamelles se rendent des veines venant de.la matrice et amenant le sang menstruel. Dans la mamelle il y a des cavités où se forme le lait.
- 1. Les deux clavicules et la partie supérieure du sternum.
- 2. L’appendice scaphoïde.
- 3. Sternum et cartilages costaux des vraies côtes.
- 4. Abdomen.
- Congrès d’histoire (Ve section). 17
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- Cœur. -—Le cœur est l’organe principal par excellence ; spermatique; ce n’est pas du véritable lacerte 1, car alors les mouvements du cœur seraient volontaires (réflexion intéressante : malheureusement le myocarde est le seul muscle strié automatique; ils ne soupçonnaient pas les fibres musculaires lisses). Il a la forme d’une pomme de pin ; il est au milieu de la poitrine, comme un roi au milieu de son royaume ; sa pointe est portée à gauche pour ne pas comprimer le foie et pour réchauffer la partie gauche qui est froide. Il donne aux membres le sang vital, la chaleur et l’esprit. Le cœur seul a du sang dans sa substance ; dans tous les autres membres 2 3 le sang est contenu dans les veines. La têle du cœur se rattache aux parties postérieures de la poitrine par des ligaments qui n’ont pas d’égaux en force dans tout le corps :L
- Le cœur donne à tous les autres membres du corps entier le sang vital, la chaleur et l'esprit. Il est composé de deux ventricules 4; le gauche est plus élevé que le droit;
- 1. Muscle.
- 2. Organes.
- 3. Ligaments du péricarde.
- 4. Voici quelques notes indispensables à l’in lerprétation de ces textes Les artères naissent du cœur et les veines du foie : le sang se forme dans le foie (à rapprocher du rôle hématopoïétique que de nos jours certains physiologistes font jouer au foie). Les veines transportent le sang nutritif; la veine kylis (veine cave inférieure) apporte le sang du foie au cœur droit; la veine cave supérieure transporte ce sang nutritif du cœur droit à l’extrémité supérieure du corps; la veine artérieuse (artère pulmonaire) mène le sang nutritif du cœur droit au poumon. Les artères transportent le sang vilal et l’esprit, du cœur gauche à tout le corps. Le sang nutritif est grossier, le sang vital d’essence supérieure. — Le poumon a pour unique fonction d’amener l’air dans le cœur pour le rafraîchir ; l’air pénètre dans les oreillettes; pour ce, du poumon il gagne les oreillettes par l’artère veinale (veine pulmonaire), qui ne renferme que de l’air et jamais de sang. — Telle est, dans ses lignes générales, la physiologie de la circulation et de la respiration, au moyen-âge et dans l’antiquité ; ces théories régnèrent jusqu’à la découverte de la circulation pulmonaire et jusqu’aux travaux de Harvey. Il y a quelquefois des variantes suivant les auteurs; ainsi Mondeville ne décrit pas la veine artérielle et fait amener le sang nutritif au poumon par l’artère veinale. De même la veine artérielle pour certains ne venait pas
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- dans la paroi intermédiaire existe un troisième ventricule. Sur chacun des ventricules principaux se trouve un appendice cartilagineux, fort et flexible, présentant une cavité à la façon d’une oreille de chat b qui se contracte et se dilate tour à tour. « La raison de ces cavités est qu’il y reste en réserve pendant quelque temps de la nourriture et de l’air pur pour tempérer et nourrir le cœur. »
- « Au ventricule droit se rend une veine venant de la veine rameuse2, apportant un sang grossier, épais et chaud pour nourrir le cœur. Elle pénètre par ce ventricule dans la substance du cœur, à travers laquelle le sang se répand, afin que les diverses parties de l’organe s’en nourrissent. Ce qui reste dans ce sang, trop abondant pour la nutrition du cœur, est rendu plus subtil par la vertu du cœur et chassé dans la cavité de la paroi intermédiaire, où il s’échauffe, se subtilise, se digère et se purifie. Ainsi purifié il passe dans le ventricule gauche où il donne naissance à l'esprit qui est plus clair, plus subtil, plus resplendissant que toutes les choses corporelles formées des quatre éléments et est, par conséquent, plus proche de la nature des choses supercélestes. Il forme entre le corps et l’âme un lien amical et approprié et est l’instrument immédiat de l’âme, ce qui fait que les esprits sont les porteurs des facultés. »
- Du ventricule gauche du cœur, à côté de la cavité de son oreillette, sortent deux artères, dont l’une a une seule tunique : artère veinale3, portant du cœur au poumon la portion de sang nutritif destinée à le nourrir, et se divisant dans sa substance. « Le cœur est reconnaissant au poumon du bienfait qu’il en reçoit, l’air, au point de lui céder pour sa nourriture du même sang dont il se nourrit. » L’autre,
- du cœur, mais se branchait sur la kylis ; la kylis pouvait envoyer un rameau descendant dans l’abdomen, correspondant à la portion abdominale de la veine cave inférieure.
- 1. Auriculæ vel corniculæ cordis, oreillettes avec leurs auricules.
- 2. Veine cave inférieure.
- 3. Veine pulmonaire.
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- grande artère1, a deux tuniques; elle donne naissance à toutes les artères. Elles contiennent et transportent l’esprit vital et le sang. Cet esprit est l’instrument de toutes les facultés de l’âme; il est dit cardiaque ; passant dans les ventricules du cerveau, il est soumis à une nouvelle digestion et devient l'esprit de l'âme; dans le foie, il devient l'esprit nutritif ; dans les testicules, l'esprit générateur. Il devient ainsi esprit de toute espèce pour que, grâce à lui, les vertus puissent exécuter leurs multiples opérations.
- Poumon. — C’est un membre spermatique official, composé de chair lâche, c’est le van du cœur (ventilabrum cor-dis). Il reçoit les parties humides, froides et catarrhales du cerveau; il est enveloppé d’une membrane nerveuse 2 3. Il estcomposé des deux spermes et de plus d’une chair légère et spongieuse, des ramifications de l’artère veinale :1, de la veine artérielle4 et du tube du poumon5 6. Il est divisé par le milieu, comme l’est toute la poitrine, par une membrane qui prend naissance dans le diaphragme ti.
- Le poumon a pour rôle d’aspirer l’air froid du dehors, afin de rafraîchir et aider le cœur; de modifier et purifier l’air aspiré avant qu’il se rende au cœur, afin que cet organe ne soit pas blessé par ses qualités excessives7 ; d’aspirer les superfluités du cœur en les expulsant avec le souffle.
- Lorsqu’il aspire de l’air, il se remplit et il se gonfle jusqu’à combler presque toute la cavité de la poitrine ; lorsqu’il chasse l’air dans l’expiration, il s’affaisse et retombe vide comme le soufflet des forgerons, ou comme une vessie crevée vide d’air.
- 1. Aorte.
- 2. La plèvre qui est en effet fort sensible.
- 3. Veines pulmonaires.
- 4. Artère pulmonaire.
- 5. Trachée et bronches.
- 6. Médiastin et plèvres médiastines.
- 7. On admet aujourd’hui qu'un des principaux rôles des voies respiratoires, surtout des voies respiratoires supérieures, est de préparer l’air pour le poumon, en le mettant au degré de chaleur et d’humidité voulu.
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- Le poumon entoure l’enveloppe du cœur 1 ainsi que ses appendices 2, et est en contact avec lui lorsqu’il est rempli d’air ; quand il est vide, il ne le touche pas.
- Diaphragme. — Le diaphragme est composé de deux membranes et d’une couche intermédiaire de chair lacer-teuse3. Il sépare les organes spirituels4 des organes nutritifs 5. Il a un rôle respiratoire. L’enveloppe du cœur naît du diaphragme6.
- Une lame verticale médiane divise toute la poitrine par le milieu 7. Une autre membrane tapisse intérieurement toute la poitrine 8.
- Delà membrane inférieure du diaphragme naissent le péritoine, les didymes et de ceux-ci le péritoine du scrotum9.
- 1. Péricarde fibreux.
- 2. Oreillettes et auricules.
- 3. Le muscle doublé delà plèvre et du péritoine.
- 4. Thorax.
- . Abdomen.
- . Centre phrénique : ligaments de Teutleben ; le péricarde considéré par Beau et Massiat comme le tendon creux du muscle du diaphragme.
- 7. Médiastin et plèvres médiastines.
- 8. Plèvres.
- 9. Les didymes sont les prolongements péritonéaux en culs-de-sac qui, par le canal inguinal, pénètrent dans la cavité préformée des bourses; ce sont les conduits vagino-péritonéaux des auteurs contemporains. Le péritoine du scrotum, c’est la vaginale. Nous nous trouvons ici en présence d’un fait des plus remarquables. On savait il y a plusieurs siècles que la vaginale dérive du péritoine et que les cavités de ces deux séreuses sont susceptibles de communiquer ensemble. « La partie interné du scrotum qui enveloppe les testicules, comme le péritoine la région des organes de la nutrition, est de la substance du péritoine. Dans ce dernier il y a comme les deux cônes [coins] d’une bourse, un peu étranglée par la substance du scrotum. Ils ne diffèrent d’une bourse qu’en ce que, entre eux et le scrotum, il y a un léger étranglement et non un grand. La partie du péritoine ainsi étranglée qui est entre la cavité du péritoine et celle du scrotum, et passe entre la chair extérieure et l’os du pubis, des deux côtés de la verge, est appelée didyme, c’est-à-dire douteuse, parce que nous devons toujours craindre son relâchement et sa rupture ». (Mondeville, édit. 1893, p. 81). Guillaume de Salicet, du reste, en 1275, connaissait la descente des testicules (Pifteau). Le relâchement et la rupture du siphac, c’est la hernie.
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- De Vanatomie de la poitrine et de ses parties : Chauliac
- La poitrine ou thorax est l’arche ou coffre des membres spirituels.
- Le cœur est principe de vie et partant, comme roy et seigneur, il est assis au milieu de la poitrine. « Au cœur il y a deux orifices; par le dextre entre et sort le rameau de la veine ascendante qui porte le sang du foie en haut 1 ; et une portion, qui est dite veine artérielle2, va pour nourrir le poumon, et le résidu, montant plus haut, se ramifie en plusieurs rameaux jusqu’aux extrémités. Et du senestre orifice en sort la veine pulsable de laquelle une portion va au poumon qui est dite artère veinale, portant les vapeurs fumeuses au poumon et introduisant l’air pour rafraîchir le cœur ; et l’autre portion 3 se ramifie en haut et en bas comme il a été dit des autres veines. Et sur ces orifices il y a trois petites peaux 4 qui ouvrent et ferment l'entrée du sang et de l'esprit en temps convenable. Et près d’iceux il y a deux oreilles par lesquelles entre et sort l’air pur qui lui est préparé du poumon. On trouve aussi au cœur un os cartilagineux pour l’affermir et le fortifier. Le cœur aussi est couvert de certaine cassette forte et membraneuse nommée de Galien péricarde, à laquelle descendent des nerfs 5 comme aux autres entrailles du dedans. Le cœur est lié avec le poumon et est soutenu et affermi par le médiastin. Desquelles choses il appert qu’il a alliance avec tous les
- 1. Le rameau qui entre est la veine cave inférieure : celui qui sort, la veine cave supérieure. Le sang est formé dans le foie : il contient 4 humeurs, le sang, la mélancolie, la bile, le phlegme.
- 2. Artère pulmonaire.
- 3. La veine pulsatile est l’origine de la crosse aortique;ce tronc se divise ensuite, donnant les veines pulmonaires (artère veinale) et l’aorte.
- 4. Ce sont les valvules sigmoïdes avec leur physiologie.
- b. Nerfs phréniques.
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- membres. Appert aussi qu’il est de si grande dignité qu’il ne peut souffrir et soutenir passions longuement. Sur le cœur volette le poumon pour le rafraîchir ; duquel la substance est rare spongieuse blanche : dans laquelle sont insérés 3 sortes de vaisseaux, savoir est le rameau de la veine artériale lequel, comme dit est, a son origine du dextre ventricule du cœur, et le rameau de l’artère vénale qui vient du senestre. Et parmi ceux-ci sont les rameaux de la trachée artère qui lui apportent l’air pour le cœur. Lesquels 3 vaisseaux se divisent par tout le poumon jusqu’en minimes. Le poumon a 5 loupins 1 ou penons, deux au côté gauche et trois au côté droit.
- « Derrière le poumon, vers la cinquième vertèbre, passe le meri ou œsophage ; passe aussi la veine cave ascendante et tous deux traverserit le diaphragme. Passe aussi la mere aorte montant du cœur en haut. Et tout ceci avec la trachée fait un tronc plein ou garni de membranes 2, forts liens, et chair glanduleuse jusqu’à la geule 3.
- « Conséquemment en la poitrine il y a trois pannicules ou membranes ; en premier est la membrane qui par dedans couvre toutes les côtes, laquelle est nommée plèvre. Secondement est le médiastin qui départ tout le four en partie dextre et senestre. Tierce ment est le diaphragme qui sépare tous les membres spirituels des nutritifs; il est composé de la plèvre, du sifac4, d’un pannicule tendineux 5 (né des nerfs à lui envoyer des nœuds de l’eschine), et de parties charnues principalement près des côtes. Dequoy il appert que c’est un muscle duquel l’opération est pour haleiner, et si aide à l’expulsion des superfluités, comme dit Galien ».
- 1. Ce sont les lobes.
- 2. Médiastin.
- 3. Pharynx.
- 4. Péritoine.
- 5. Le centre phrénique : les nerfs sont les phréniques; les nerfs prenaient part à la constitution des membranes. Il décrit au diaphragme une portion tendineuse centrale, et une portion charnue périphérique.
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- Dans Guillaume de Salicet l, le plus grand chirurgien du xme siècle, nous trouvons la curieuse description suivante des veines du thorax :
- « Les veines allant au pannicule, divisant la poitrine 2 par le milieu et allant nourrir la poitrine3, se détachent du second petit rameau de la grande veine ayant son origine dans la gibbosité du foie 4, lequel rameau va au diaphragme, et du diaphragme va au pannicule, divisant la poitrine suivant sa longueur. Et viennent avec ceux-ci d’autres veines du troisième rameau des veines engagées dans l’oreillette droite du cœur lui-même 5. » Il décrit très bien le trajet des vaisseaux et nerfs intercostaux, avec déductions opératoires.
- De Vanatomie des organes nutritifs (viscères abdominaux) d'après Guillaume de Salicet, Mondeville, Guy de Chauliac et Pierre Franco.
- Nos auteurs décrivent le péritoine sous le nom de siphac, et la paroi abdominale antérieure sous celui de mirach, deux termes empruntés aux Arabes.
- Péritoine. — Pour Mondeville, le péritoine entoure de
- 1. Guillaume de Salicet naquit en Lombardie, au début du xme siècle, au village de Saliceto près de Plaisance. Il fut professeur de médecine et de chirurgie à Bologne : il acheva en 1275 sa Chirurgie et mourut en 1277. Son œuvre est des plus remarquables. Consulter « la Chirurgie » de Guillaume de Salicet, traduction et commentaire par le Dr Pifteau. Toulouse, imprimerie Saint-Cyprien, 1898.
- 2. Veines médiastines.
- 3. Veines intercostales.
- 4. La gibbosité du foie est le bord postérieur de cét organe, la grande veine est la veine cave inférieure ; ses origines, qui ont lieu dans la gibbosité, sont les veines sushépatiques : le second petit rameau est la grande azygos, d’où naissent les médiastines et les intercostales.
- 5. Veine cave supérieure avec ses branches. — Voir l’ouvrage de notre maître, M. le Dr Pifteau, p. 464, auquel nous empruntons ce commentaire.
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- tous côtés immédiatement tous les organes de la nutrition ; il prend naissance dans la partie inférieure du diaphragme ; de lui naissent les didymes. Il s’insère aux vertèbres du dos '. L’estomac, la matrice et les reins s’y relient de mêftie au moyen de quelques forts ligaments. Le péritoine a pour fonction de contenir les organes de la nutrition, de les protéger, de les rattacher au dos.
- Pour Franco, le péritoine est composé de deux tuniques, et il est étendu par-dessus tous les vaisseaux de la nutrition2 ; il entoure tous les viscères. « Ledit péritoine descend aux testicules pour les couvrir et avec lui descendent les vaisseaux esparmatiques préparans, et par même voie remontent les diaculatoires ou expellans3. Aucuns disent que ledit péritoine est percé en ce lieu ; or il n’y a nulle apparence, mais fait un processus ou voye, comme la cavité d’un doigt de gank ». Franco dit encore que l’épiploon est attaché au fond du ventricule5.
- Paroi abdominale antérieure. — Mondeville décrit sous le nom de mirach la paroi abdominale antérieure sans le péritoine. Il essaye de décrire les muscles de cette paroi : des lacertes 6, les uns descendent du thorax, d’autres montent du pubis, d’autres viennent des deux côtés ; les uns sont longitudinaux, les autres latitudinaux, les autres transversaux. « Par les lacertes longitudinaux s’exerce la vertu attractive, par les transversaux la vertu retentive et parles latitudinaux la vertu expulsive. La raison de la création du mirach, c’est qu’il aide à l’expulsion du fœtus, des ventosités, des matières stercorales et de l’urine ». Ghauliac
- 1. Insertion du mesentère.
- 2. Ces deux remarques sont intéressantes, la seconde, notamment, les vaisseaux jouant en effet le plus grand rôle dans la constitution des fossettes et replis péritonéaux.
- 3. Canaux déférents.
- 4. Processus vagino-péritonéal.
- 5. Grande courbure de l’estomac.
- 6. Muscles.
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- dit que les muscles de l’abdomen sont au nombre de 8, et décrit à peu près leurs insertions.
- Guy de Chauliac fait la remarque suivante qui aurait été d’actualité il n’y a pas encore très longtemps : « Si le sifac n’est cousu avec le mirach, ne se fera bonne incarnation. » Ce conseil opératoire donné par Guy de Chauliac a été longuement discuté il y a peu d’années.
- OEsophage et estomac. — Mondeville connaissait la direction de l’oesophage : « il adhère aux vertèbres du cou et à celle du dos jusqu’à la cinquième ; en ce point il s’éloigne des vertèbres et se porte à la partie antérieure delà poitrine ». Guillaume de Salicet savait que l’œsophage est innervé par le pneumogastrique, — Mondeville compare l’estomac à un petit chien, ce qui prouve que, de tout temps, les anatomistes ont aimé les comparaisons bizarres. Il est presque rond, il a une légère gibbosité sur un de ses bords 1 ; en lui s’accomplit la première digestion.
- Puis cette phrase qui montre qu’ils connaissaient la dépendance mutuelle des organes les uns envers les autres : « Il est nécessaire à tout le corps ; s’il s’abstenait de sa fonction, tout le corps périrait nécessairement. Il est, eu égard à ses fonctions, non seulement un membre principal et noble, mais le principal par excellence et le plus noble, parce que, s’il cesse ses fonctions, les membres principaux sont détruits. Il en est de même du foie et de quelques autres. Les fonctions de l’estomac sont d’être le réservoir de tout le corps, et de digérer la nourriture, de purifier, de séparer les fèces, et de retenir le chyle comme s’il était le cuisinier de tout le corps. »
- Intestins. — (Mondeville). Au nombre de six; la cause de leur création est que les fèces soient évacuées par eux.
- Le duodénum, long de 12 travers de pouce, est le portier; il est droit ~, il ferme la porte inférieure de l’estomac.
- 1. Grosse tubérosité.
- 2. Il ne distingue pas le duodénum du pylore ; quant à la direction qu’il donne au duodénum, elle est complètement fausse.
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- Le jéjunum est toujours vide, car il reçoit de la vésicule du fiel la bile qui l’irrite et en chasse les fèces et les matières stercorales1, et il donne naissance à plusieurs mesaraïques 2 qui aspirent son contenu.
- Puis vient l’intestin grêle ou iléon qui est enroulé.
- Après lui est disposé le borgne 3, dit Salicet, « il est percé en une de ses parties à la manière d’une bourse »; Salicet veut probablement parler de l’appendice iléo-cœcal. Mondeville dit : « les fèces y séjournent longtemps jusqu’à ce que tout leur ait été extrait par les dernières mesaraïques qui y prennent naissance ». Aucune allusion à la valvule iléo-cœcale.
- Ils décrivent bien le parcours du côlon : « les fèces y sont dépouillées de toute chose utile; aussi aucune mesaraïque n’y aboutit. » Mondeville a raison en disant qu’aucun phénomène d’absorption ne se passe dans le gros intestin, quoique pourtant il attribue cette fonction au cæcum4; mais il a tort au point de vue anatomique en limitant les branches d’origine de la veine-porte à l’intestin grêle et au cæcum.
- « Le rectum, longaon, a, vers sa terminaison, quatre lacertes qui séparent les fèces qui sortent de celles qui restent, et les retiennent et les expulsent parfois volontairement. » Mondeville fait allusion aux valvules et replis qui existent dans le rectum ; mais il en a mal compris la physiologie; le rectum, ainsi que le veut la théorie de O’Beirne, ne contient de matières stercorales qu’au moment
- 1. A rapprocher de l’opinion du professeur Duval pour qui la bile jouerait un grand rôle dans la physiologie de l’intestin en balayant les épithélium qui se desquament après chaque digestion, et en rendant plus actif l’acte de leur renouvellement.
- 2. Branches d'origine de la veine-porte.
- 3. Cæcum.
- 4. Ils faisaient même jouer un très grand rôle au cæcum, le considérant presque comme un deuxième estomac. Or chez certains animaux, les oiseaux notamment, le cæcum est considérable et remplit un rôle des plus importants dans la digestion, rôle comparable à celui de l’estomac.
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- de la défécation. Chauliac fait remarquer que l’intérieur du reotum est divisé en cellules, ce qui est vrai.
- La raison de la longueur de l’intestin, pour jMondeville, est « pour que lorsqu’on prend de la nourriture, on ne soit pas obligé de l’expulser immédiatement; pour que la digestion, faite incomplètement dans l’estomac, se complète dans les intestins; pour que le suc de la nourriture qui aurait échappé à un système de mesaraïques soit saisi par l’autre ».
- Foie. — (Mondeville) Dans le foie s'accomplit la troisième digestion; il est entouré d’une membrane nerveuse 1 qui le relie au dos et au diaphragme 2, qui retient sa substance qui n’est ni visqueuse, ni ferme, et qui lui donne la sensibilité. La raison de la création du foie est qu’en lui soit engendré le sang nutritif.
- Il a la forme de la main ; les appendices du foie sont comme les doigts de la main ; la gibbosité 3 4 représente le dos de la main; le zyma% la paume. Il a cette forme pour mieux s’appliquer sur l’estomac, pour renforcer la vertu digestive de cet organe. La chaleur est pour l’estomac comme celle du feu pour un chaudron, une marmite. Le foie est placé du côté droit de l’estomac.
- De la substanee du foie naissent 3 veines : « Du zyma naît une grande veine 5 de laquelle naissent toutes les mesaraïques; ces veines sont à la veine porte comme les rameaux à leur arbre ou à leur tronc. De ces mesaraïques les unes rejoignent le fond de l’estomac, d’autres le duodénum, d’autres le jéjunum, d’autres les circonvolutions de l’intestin grêle, d’autres le cæcum et rapportent de ces organes au foie le suc delà nourriture. C’est dans les veines
- 1. Péritoine.
- 2. Ligaments triangulaires, coronaires et suspenseur.
- 3. Face supérieure et bord postérieur.
- 4. Face inférieure.
- 5. Veine-porte.
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- mesaraïques que commence la troisième digestion, de même que la première commence dans la bouche b Elles apportent à la veine-porte le chyle déjà un peu modifié ; par cette veine il entre dans le foie, puis est dispersé à travers les veines du foie et digéré en elles. L’office de la veine-porte et de toutes les mesaraïques est d’apporter au foie le chyle venant des dits membres, et non pas de rien porter du foie aux autres membres.
- Quand les veines capillaires qui forment les racines de la veine-porte se sont répandues à travers la substance du foie dans sa partie inférieure, elles se rendent toutes dans sa gibbosité et constituent la grande veine qui, sortant de la gibbosité du foie, porte le nom de veine rameuse, veine kylis, veine profonde 2. Elle se divise en deux troncs dont l’un monte, l’autre descend, se divisant un grand nombre de fois jusqu’aux veines capillaires. Par elles et par leurs rameaux le sang nutritif est porté du foie à chacun des membres du corps ». Suivant les auteurs, une troisième veine ou sort directement du foie, ou se branche sur la rameuse; c’est la veine artérielle (artère pulmonaire, qui, pour Chauliac, naît du cœur), qui porte du foie au poumon le sang nutritif bilieux et subtil.
- Salicet désigne soiisle nom de réticule le réseau des veines sushépathiques; c’est du réticule que naissent toutes les veines de l’économie.
- Guy dit ceci, curieux comme ébauche de physiologie générale : « L’estomac est génératif du chyle, le foie géné-ratif du sang, principe de la sanguinification et des veines.
- 1. Ceci est assez curieux : auraient-ils soupçonné les propriétés chimiques de la salive? De même pour eux la luette et le voile du palais jouaient un rôle de défense pour l’organisme, en empêchant l’air d’être nuisible, et pour ce, ils insistent beaucoup sur les affections de la luette. Ceci est à comparer au rôle que l’on fait jouer actuellement aux amygdales (phagocytose).
- 2. Ces veines qui se rendent dans la gibbosité sont les veines sushépa-tiques : la veine profonde, rameuse, kylis, est la veine cave inférieure qui, pour ces auteurs, naissait dans le foie.
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- La masse sanguine contient en soy quatre substances naturelles et nourrissantes qui sont envoyées avec le sang pour engendrer et nourrir tout le corps. Quant aux humeurs non naturelles, ebes sont séquestrées et envoyées aux lieux chargés de leur expulsion : la cholere à la vescie du fiel, la mélancholie à la ratte, le phlegma aux joinctures, la superfluité aqueuse aux rognons et à la vescie. »
- Vésicule du fiel (D’après Mondeville). — Sac membraneux qui pend du zyma du foie, est le réservoir de la bile. Elle a 3 canaux, un par lequel elle attire labile du foie ', cela pour que le sang nutritif soit purifié de la bile ; un second 1 2 par lequel elle envoyé la bile aux intestins, « la bile en effet stimule et lave ces derniers et aide la vertu expulsive » ; par un troisième canal elle envoie au fond de l’estomac la bile qui fortifie et renforce sa digestion ; ceci est une erreur complète au point de vue anatomique et physiologique. Guillaume de Salicet et Chauliac la commettent égalemeut.
- Rate (Mondeville), « le spleen porte en français le nom de rate; c’est le réservoir de la mélancolie. La rate a deux canaux : Lun par lequel elle attire la mélancolie du foie et l’autre par lequel elle l’envoie à l’orifice de l’estomac ; il ne sort rien de la rate que par l’estomac. Les raisons d’être du premier canal sont au nombre de deux : pour que, de la mélancolie ainsi attirée, la substance de la rate fasse sa nourriture après l’avoir digérée, et pour que le sang nutritif soit débarrassé de l’infection mélancolique. Les raisons d’être du deuxième canal sont que la mélancolie par sa poncticiié excite l’appétit de l’estomac comme le font les astringents acides.
- La rate est située à gauche de l’estomac, entre ce dernier et les côtes, s’inclinant vers le dos. Elle a une forme
- 1. Canaux hépatique et cysliques.
- 2. Cholédoque.
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- oblongue, et elle est pour l'estomac comme une couverture ou comme une langue qui le réchauffe. »
- Ce chapitre contient des erreurs : la rate ne possède pas de canal excréteur ; ce qu’il décrit comme canaux excréteurs, ce doit être les vaisseaux courts et l’artère splénique. Quant à la physiologie de Mondeville, elle est inexacte; du reste la physiologie de la rate n’est pas encore définitive à l’heure actuelle *. Salicet d t que la rate est reliée au foie par des vaisseaux sanguins, c’est le tronc cœliaque et ses branches.
- Grand épiploon, zirbus, omentum. Pour Mondeville il est composé de veines et artères venant de l’estomac entrelacées, et de sang menstruel coagulé par le froid ; il défend les organes nutritifs des dommages extérieurs. Il s’étend de l’estomac au pubis, et entoure, en dedans du péritoine et de toute part, tous les organes nutritifs internes 1 2.
- Pour Chauliac, l’épiploon est composé de S tuniques mises l’une sur l’autre, d’artères, de veines et de graisse en ahondance. Son origine est des parties du péritoine qui touchent le dos. a Quand cette particule sort par les plaies du ventre, elle est facilement altérée à cause de sa graisse ; il faut la lier et non retrancher, de crainte d’hémorragie. » Cette double remarque, sur la facilité avec laquelle l’épiploon s’infecte et saigne, fait le plus grand honneur à Guy de Chauliac.
- Aucune allusion au pancréas.
- Appareil génital. — Pour Mondeville, « la matrice est l’appareil de la génération chez les femmes, semblable à
- 1. Schiff, à notre époque, a voulu faire jouer à la rate un rôle dans les phénomènes de la digestion; la rate secréterait un ferment qui agirait sur les éléments peptogènes du sang, théorie discutable.
- 2. Il ajoute cette réflexion bizarre : l’épiploon est plus développé chez l’homme que chez les animaux parce que l’homme a la peau du ventre plus mince et garnie de moins de poils. Mais à notre époque aussi, on a souvent abusé du principe des causes finales.
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- l’appareil de la génération chez les hommes, sauf qu’il est renversé : le col de la matrice représente la verge chez l’homme, la matrice, le scrotum. La matrice est formée de deux tuniques ; elle est placée sur le rectum en bas, entre ce dernier, la vessie et les autres intestins. La raison de sa position au milieu de ces organes est que ceux-ci protègent l’embryon contre les dommages extérieurs. La matrice n’a chez les femmes que deux cavités ou cellules : les au très animaux ont autant de cavités qu’ils ont de bouts de mamelles L La matrice a un long cou comme le canal de l’urine ; à chaque extrémité de son cou se trouve un orifice : l’interne se ferme après l’époque de la conception tandis que l’externe reste ouvert ; celui-ci est fait de manière à pouvoir s’ouvrir et se fermer en tout temps : il s’appelle vulve 2 ».
- Le clitoris a pour fonction « d’altérer 3 l’air qui pénètre dans la matrice, comme la luette fait pour l’air qui pénètre dans la bouche. Le col présente dans sa cavité, entre ces deux orifices, de nombreux enroulements et plis rapprochés et placés Fun dans l’autre 4, comme les feuilles d’une rose avant qu’elle s’ouvre ou comme l’orifice d’une bourse fermée par un cordon ».
- 1. Mondeville désigne sous le nom de cellules les angles supérieurs de la cavité utérine, évasés en forme d’entonnoir, précédant les orifices tubaires, et qu’on désigne généralement sous le nom de cornes utérines. Ces cornes utérines peuvent être plus ou moins profondes ; chez certaines espèces animales, il peut même y avoir deux cavités utérines adossées côte à côte, répondant chacune à une trompe. Mais il ne peut y en avoir plus de deux, il y aurait-il 8 ou 10 mamelles, ainsi que cela se rencontre chez certains animaux.
- 2. Ce qu’il appelle col, c’est le vagin ; l’orifice interne est ce que l’on désigne actuellement sous le nom de col utérin. — Il est vrai que le col utérin s'oblitère au niveau de sa portion tout à fait interne après la ménopause.
- 3. Altérer dans le sens de modifier.
- 4. Ces plis désignent non pas l’arbre de vie, que l’on rencontre dans la cavité vaginale, ainsi qu’on pourrait le penser à première lecture, mais ces replis de la muqueuse vaginale qui existent quand aucune cause n'a encore déplissé le vagin, et qu’on observe au mieux chez le nouveau-né.
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- Il assimile l’ovaire à un testicule et la trompe au canal déférent. « Plusieurs veines se rendent du foie à la malrice ; à l’époque de la grossesse elles apportent la nourriture au fœtus; ces mêmes veines, à l’époque de la naissance, apportent des autres membres 1 à la matrice les superfluités qui forment les règles, lesquelles sont expulsées par la nature au moment voulu. »
- Pour Chauliac, « l’amarry2 est le champ de la génération humaine et par conséquent l’organe qui reçoit la semence. Sa situation est entre la vescie et le boyau cuber. Sa forme est ronde avec deux cornes 3 au chef desquelles est un petit testicule 4 planté d’en haut, et par devant elle a un ample canal5. Elle est comme la verge renversée ou mise au dedans. Car elle a au-dessus deux bras avec les testicules, comme la bourse des testicules6; elle a aussi un ventre commun au milieu comme les parties du penil ; elle a aussi la vulve comme un balane 7 et la mitre ; elle a aussi le tentigo 8 comme un prépuce ; elle a aussi sa longueur, comme la verge, de 8 à 9 doigts. Elle a colligeance ou alliance avec le cerveau, le cœur, le foie et l’estomac, et est attachée au dos 9. Entre elle et les mamelles sont continuées les veines du lait et des menstrues : raison de quoy, dit Galen, qu’Hippocras disait le laict estre frère du menstrue ; parquoy ils n’advient pas que d’un mesme temps les menstrues versent bien et que la femme allaicle 10. » Parlant de
- 1. Organes.
- 2. « Amarry », matrice.
- 3. Trompes de Fallope.
- 4. Ovaire.
- 5. Vagin.
- 6. Il compare la disposition des trompes au-dessus de l’utérus à celle des canaux déférents au-dessus du scrotum.
- 7. « Le bout de la verge est nommé balane, c’est-à-dire gland ; la pertuis, mitre ; le chapeau, prepuce » (Guy de Chauliac).
- 8. Clitoris.
- 9. C’est une inexactitude, le principal moyen de fixité de l’utérus, représenté par les ligaments larges, étant latéral.
- 10. C’est vrai, une bonne nourrice n’est pas réglée.
- Congrès d'histoire (Ve section).
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- la verge, Mondeville dit : « Le nom de membre honteux lui fut donné par les hommes, mais les noms de verge et de membre par excellence lui ont été donnés par les femmes, comme il ressort de leur façon de parler, et cela pour cause ». Elle a pour fonction d’expulser l’urine et le sperme ; « c’est le seul membre qui diminue ou augmente sans lésion de sa substance 1 ; son augmentation sert au coït, sa diminution à ses autres fonctions ». Il faut qu’elle soit assez longue pour atteindre le lieu de la génération dans la matrice, au moment de l’émission de la semence; mais si elle était trop longue, le sperme se refroidirait en elle avant de tomber dans la matrice. — Elle est constituée d’un cartilage. La verge est creusée pour qu’elle puisse se remplir parfois d’esprits et de vapeur 2. Dans le canal de la verge il y a 3 trous : un par lequel passe l’urine qui est le plus élevé, celui de l’éjaculation qui est plus bas, et un troisième décrit d’après Avicenne pour les pollutions nocturnes inconscientes3.
- Mondeville connaissait le cloisonnement des bourses, le processus vagino-péritonéal, la dépendance étroite qui unit la tunique vaginale au péritoine. Il dit plus loin : « Le sang nutritif, ayant subi une nouvelle digestion dans les lesticules et les vaisseaux spermatiques, forme la matière spermatique ».
- Mondeville : « La raison de la mobilité du prépuce est que son frottement favorise les mouvements de la matière spermatique, de sorte qu’elle jaillit plus rapidement des testicules et des vaisseaux spermatiques, afin de procurer dans le coït une plus grande jouissance. »
- Chauliac, ayant comparé la matrice à un champ, compare la verge à un laboureur. Il donne une description assez correcte du cordon spermatique .
- 1. Tissu érectile.
- 2. Cette hypothèse a persisté longtemps.
- 3. Ce 3e orifice n'existe pas. Mondeville, n’admettant qu'un seul orifice urétral pour les deux canaux éjaculatoires, commet une erreur ; il est du reste vraisemblable qu'il se contente de désigner, parce deuxième orifice, l'utricule de Morgagni.
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- Salicet explique la sensibilité du gland « pour qu’il y ait plus grande délectation dans le coït. » Il parle aussi des orifices qui s’ouvrent dans le canal de l’urètre. Pour M. Pifteau il aurait connu la descente des testicules.
- Franco décrit ainsi les vaisseaux spermatiques. « Les vaisseaux spermatiques, vulgairement preparans, sont quatre : assavoir deux veines et deux artères, La veine dextre vienldela veine cave, et la senestre de la veine émul-gente 1 le plus souvent. Les deux artères naissent et procèdent de la grande artère, vis-à-vis l’une de l’autre, un peu au-dessous des émulgentes2 3. Us passent sur l’os pubis avec le processus de péritoine ; ces quatre vaisseaux vont au testicule. Les diacalatoires ou expellans prennent leur naissance et origine du milieu du testicule, et sont appuyés et soutenus en un corps glanduleux nommé épidymi pour monter par dessus l’os pubis par la même voye et conduit du péritoine nommé par cy-devant processus, que les vaisseaux préparans sont descendus, et sont annexez et assemblez par une commune membrane, outre celle dudit péritoine, avec les vaisseaux préparans, jusques à la supérieure partie de l’os pubis. Auquel endroit se séparent d’avec les dits préparans et se vont insérer les dits diaculatoires au commencement du col de la vessie où il y a deux glandules nommées prostates, c’est-à-dire assistantz, dans lesquelles la semence se blanchit davantage qu’elle n’a esté ès testicules et se rend plus visqueuse, ou en somme prend sa dernière forme :i. » Franco décrit les enveloppes des bourses.
- 1. Veine rénale.
- 2. Artères rénales. .
- 3. Dans les vaisseaux spermatiques, appelés pour cette raison préparans, le sang commence à subir la série des transformations par l’intermédiaire desquelles il va devenir du sperme ; aussi est-ce pourquoi ces vaisseaux viennent de si haut et sont variqueux. Dans le testicule, deuxième transformation- : (( l’action du testicule est de cuire le sperme et le rendre blanc et apte à faire génération par sa température « température ici dans le sens de nature, constitution. Enfin dernière transformation dans la prostate. Il considérait donc la prostate comme une glande dépendant, non de
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- Il décrit au testicule un « muscle suspenseur venant des flancs, afin que les testicules soient participans du mouvement volontaire » ; c’est le cremaster, et le cremaster dépendant des muscles abdominaux, suivant l’opinion de Mathias Duval, Henle et Richet. — Il dit que la verge « est le laboureur du champ de génération et nature humaine ». — Il cite la curieuse hypothèse suivante, avertissant du reste le lecteur qu’il la rejette. Les mâles seraient engendrés au côté droit 1 et les femelles au côté gauche, parce que le vaisseau spermatique gauche vient de la veine rénale et charrie un sang « impur, excrémenteux et séreux ». Il rejette cette hypothèse, attendu que la castration du testicule droit n’empêche pas la possibilité d’engendrer des fils, et celle du testicule gauche la possibilité d’engendrer des filles L
- Appareil urinaire. — Les reins sont au nombre de deux : Salicet, Chauliac, Mondeville et Franco s’accordent tous à dire que le droit est plus haut situé que le gauche, alors que c’est le contraire qui est vrai. Mondeville décrit bien la région lombaire comme constituée de cinq vertèbres; il connaît l’épaisse couche musculaire qui délimite en arrière cette région, mais sans en énumérer les différents plans. Il sait qu’en dehors de cette épaisse masse musculaire, la paroi abdominale postérieure est infiniment plus mince. Par contre, grosse erreur, il place un feuillet péritonéal en arrière du rein. Il désigne sous le non d’axonge le tissu adipeux périrénal, qui a pour fonction de tempérer et diminuer la
- l’appareil urinaire, mais de l’appareil génital ; c’est l’opinion actuelle. Franco ajoute que le produit de la sécrétion prostatique, plus fluide que le sperme, ou bien a pour fonction de le diluer, ou bien, déversé dans l’urètre en dehors de l’éjaculation, lubréfie le canal.
- 1. Testicule droit.
- 2. Nous avons retrouvé cette réfutation dans l’œuvre d’Amboise Paré, que Franco ne cite pas ; mais j’ai lieu de supposer que Franco l’a empruntée à Ambroise Paré. Quanta l’hypothèse, elle remonte à l’antiquité; Censo-rinus l’attribue à Anaxagone et à Empédocle.
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- chaleur des reins due à l’irritation de l’urine ; il connaît les calices et bassinets; la veine kylis 1 2 3 donne une veine à chaque rein : elles sont dites conduits urinaires ou canaux des reins 2 et pénètrent dans la substance spermatique qui est au milieu des reins, où elles apportent de la susdite veine l’aquosité urinale qui n’est cependant pas tout à fait dépourvue de sang ; de cette aquosité ainsi amenée dans les reins, la vertu séparative de ces derniers attire et sépare le sang pour leur propre nutrition : cette aquosité ainsi dépouillée prend le nom d'aquosité urinale et est envoyée par les deux canaux urinaires 3 à la vessie, (Mondeville).
- Chauliac dit : « En chacun d’iceulz (reins) double canal ou col : par l’un ils attirent l’aquosité de la veine cave et par conséquent du foie, par l’autre ils transmettent à la vessie cette aquosité dite urine. Entre les deux rognons, sur les vertèbres, passent la veine cave et l’artère aorte, desquelles veines assez près des rognons naissent les vaisseaux spermatiques, »
- Pour Mondeville, la vessie est constituée de deux membranes ; le col est un peu charnu, allongé chez les hommes et se continuant par la verge en traversant le périnée ; court chez les femmes, se rattachant à la vulve. Placé chez l’homme entre l’os du pubis et le rectum ; chez les femmes entre cet os et la matrice ; à la vessie se rapprochent près de son col les canaux urinaires internes qui des reins apportent l’urine. Il y a au col de la vessie un lacerte 4 qui, lorsqu’il est contracté, retient l’urine ; lorsqu'il se relâche l’urine est immédiatement expulsée. — Et ceci qui est très curieux : « Les canaux urinaires internes pénètrent dans deux trous de la tunique externe de la vessie, près du col. Lorsque l’urine a ainsi pénétré entre les deux tuniques de
- 1. Veine cave inférieure.
- 2. Pori uritides vel canales renum.
- 3. Uretères.
- 4. Sphincter.
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- la vessie, par un mouvement naturel, elle remonte un peu entre l’une et l’autre tunique vers le fond, car le fond est plus élevé que le col ; elle trouve alors la tunique interne perforée et pénètre ainsi dans la cavité de la vessie. Parle fait que l’urine chemine ainsi entre les deux tuniques, il arrive que plus la vessie est remplie d’urine, plus les tuniques sont fortement pressées l’une contre l’autre, et comme les trous des deux tuniques ne sont pas placés vis-à-vis l’un de l’autre, l’urine ne peut refluer par eux, à moins que le col de la vessie ne soit obstrué au point qu’il n’y puisse absolument rien passer 1 2 ».
- Franco fait cette remarque intéressante : les vaisseaux de la rate et des reins sont à la fois des vaisseaux de nutrition et de fonction ; mais la « vessie et la vésicule du bel ne sont pas nourriz par les mesmes conduits dont ils attirent les excrements et superfluitez ».
- Système nerveux. — Ils connaissaient les ventricules du cerveau : ils désignaient le ventricule latéral sous le nom de ventricule antérieur. Mondeville dit que ce ventricule « semble en former deux »‘b Le troisième ventricule est appelé ventricule moyen, ventricule du milieu. Le quatrième ventricule est désigné par eux sous le nom de troisième 3.
- Pour Mondeville, dans le ventricule antérieur « réside la faculté imaginative, recevant du sens commun les appa-
- 1. Ceci est curieux, car en effet on admet aujourd’hui que la portion terminale de l’uretère chemine obliquement dans la paroi vésicale, de telle sorte que plus la vessie est pleine, plus l’urine a de mal pour pénétrer par l’orifice urétéral. Ici un rapprochement s'impose.
- 2. Veut-il dire que ce ventricule antérieur est bilatéral, ou veut-il désigner, par là, l’étage supérieur frontal et l’étage inférieur sphénoïdal de ce ventricule? Cette dernière interprétation paraît la plus vraisemblable.
- 3. Les ventricules antérieurs et le ventricule du milieu correspondent à n’en point douter à nos ventricules latéraux et à notre ventricule moyen : le troisième ventricule correspond-il à notre quatrième ventricule ? c’est moins sûr.
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- rences des choses sensibles ; lesquelles il a lui-même reçu du monde extérieur, apportées qu’elles lui sont par les organes spéciaux1. Le ventricule du milieu est beaucoup plus petit que les autres ; c’est en lui que se trouve la faculté d’appréciation, c’est là qu’on discerne, réfléchit et juge des choses présentées. » Dans le troisième ventricule, plus grand que celui du milieu, plus petit que le premier, est le siège de la mémoire : il thésaurise les pensées et les perceptions.
- Chauliac dit : « A la première partie du ventricule antérieur est assigné le sens commun, à la seconde l’imagination ; au ventricule du milieu est située la pensée et la raisonnante ; à celui de derrière la mémoire et la recordation. »
- Guillaume de Salicet admettait les mêmes localisations cérébrales.
- Entre les divers ventricules se trouvent des conduits où circulent les esprits. Le nerf optique etlenerf acoustique sont creux, pour que les esprits puissent y circuler; ornous savons actuellementque ces deux nerfs, qui sont plutôt des expansions du cerveau que des nerfs proprement dits, sont vésiculeux au début de leur développement. Il y a là un rapprochement curieux à faire, simple coïncidence du reste : l’optique et l’acoustique sont les seuls nerfs ayant ce mode de développement, et c’étaient les seuls nerfs considérés comme creux par nos anciens auteurs.
- Relativement aux .méninges : « Les vaisseaux de la pie-mère imbibent la substance du cerveau ; la dure-mère a pour fonction de le protéger » (Salicet). Il ajoute : « La pie-mère est tissée à la manière d’un rets par les artères et les veines, liant et tenant ces artères et ces veines assujetties ensemble par sa constitution panniculaire ; la pie-mère se continue avec le cerveau en certains endroits au moyen des veines et des artères qui sortent de ce pannicule et pénètrent les commissures et divisions du cerveau ».— « De la dure-mère sort par les commissures le péncrane » (Chauliac), ce qui
- 1. Les organes des sens.
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- est une erreur anatomique ; mais ils pensaient qne le péri-crane et la dure-mère étaient de même nature et avaient les mêmes fonctions, ce qui est vrai, la dure-mère dans ses feuillets externes fonctionnant comme périoste.
- « La nuque ou moüelle du doz sort du parencéphale 1 et non pas nue, ains enveloppée de deux taies 2, tout ainsi que le cerveau, descendant par le milieu des vertèbres jusqu’à la fin du doz. De laquelle naissent principalement les nerfs motifs » (Chauliac).
- Relativement aux nerfs, Chauliac dit : « Il y a sept paires de nerfs qui naissent immédiatement du cerveau et trente par le moyen de la nuque et un sans compagnon qui naît du bout de la queue3. » Relativement à la physiologie des nerfs, il ajoute « Scavoir si le sens et le mouvement sont portés par un même nerf ou par divers ? Galien semble tenir qu’aucunes fois, c’est par un, aucune fois par divers. Et encore plus difficile de rechercher si les susdites facultés sont portées substantiellement, ou par irradiation » : la question est difficile, « parquoy il faut mieux la laisser dormir ».
- La première paire crânienne, ce sont les nerfs optiques, « nerfs concaves et qui, lorsqu’ils se séparent du cerveau, sont réunis un tant soit peu »4. La deuxième paire est représentée par les trois nerfs moteurs du globe oculaire et le ganglion ophtalmique, « nerfs venant aux yeux par l’orifice de l’œil qui est au crâne 5, lesquels nerfs donnent
- 1. Partie postérieure du cerveau.
- 2. Les méninges.
- 3. Il y a 12 paires de nerfs crâniens et 31 paires rachidiennes. La classification actuelle des nerfs crâniens est celle de Soemmering et Vicq d’Azyr, remontant à la fin du siècle dernier. Avant, Willis n’admettait que 10 paires, décrivant du reste nos 12 paires, mais les classant autrement.
- 4. Chauliac dit « les nerfs optiques procèdent des deux côtés et s’unissent dedans le crâne, et puis se despartent à chaque œil du côté qu’ils naissent et non pas en croisant ou changeant de dextre à seneslre comme aucuns ont pensé. » Il décrit le chiasma, mais il n’y a que contact des nerfs entre eux, sans entrecroisement. L’expression de Guillaume de Salicet « nerfs concaves » désigne le chiasma.
- 5. Trou optique et fente sphénoïdale.
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- aux yeux le mouvement et la sensation ». Chauliac dit que les muscles moteurs de l’œil sont au nombre de six. La sixième paire fournit à la langue ses nerfs sensitifs, correspondant au lingual du trijumeau, et la septième fournit à la langue ses nerfs moteurs correspondant au grand hypoglosse. L’interprétation des troisième, quatrième et cinquième paires est plus délicate, et nous entraînerait dans de trop longs détails : la cinquième est peut-être l’auditif.
- Chauliac et Salicet décrivent très bien la membrane et les milieux de l’œil ; les méninges accompagnent le nerf optique jusqu’au globe oculaire ; la sclérotique, la secon-dine 1 et la rétine naissent du nerf optique ; l’aranée 2 de la rétine ; la cornée vient de la sclérotique et la conjonctive du périoste crânien 3. Ils ne signalent que 7 nerfs cervicaux au lieu de 8 ; c’est qu’ils ne considèrent pas l’atlas comme une vertèbre; les nerfs du diaphragme naissent de la cinquième paire cervicale.
- Chauliac appelle le crâne <« le'potde la tête ». Il est constitué de sept os : le frontal, c’est le coronal, « quelquefois ayant une commissure qui traverse le milieu du front 4 » ; les pariétaux sont appelés os vernals par Salicet ; l’occipital, c’est l’os lambdoïde ; les temporaux sont les pierreus, r là sont les trous des oreilles » ; le sphénoïde « paxillaire ou basilaire, est comme un coing sur le palais, asseurant et soutenant tous les dits os ». Ils connaissaient les os vor-miens. Salicet décrit l’atlas sous le nom de passile ou sus-tentaculum.
- Nous pourrions continuer la lecture et la critique de nos vieux textes en passant à l’étude des membres, mais l’intérêt en est moins considérable et nous serons bref à ce sujet; ils décrivent assez bien les os, avec des comparaisons tou-
- 1. Choroïde.
- 2. Membrane hyaloïde.
- 3. Almuchate.
- 4. Suture médio-frontale, métopique.
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- jours imagées; ils connaissent les principaux vaisseaux. Quant aux muscles, ils n’en ont qu’une connaissance des plus imparfaites : ils ne disséquaient pas assez.
- Le but que nous nous sommes proposé en empruntant ces textes à nos vieux auteurs a été de rappeler que, bien avant Vesale et Harvey, des esprits éclairés avaient abordé l’étude de l’anatomie et de la physiologie avec un certain sens critique et y avaient apporté des vues ingénieuses et qui sont souvent curieuses à rapprocher des théories actuelles. — Faisons encore remarquer que bien avant Vesale on a disséqué.
- Du reste, on peut diviser le Moyen-âge en trois périodes : dans une première on s’inspire exclusivement de la science arabe ; dans une seconde, on délaisse les Arabes pour revenir aux Grecs, que l’on écoute du reste tout aussi aveuglément ; dans une troisième enfin on arrive, sinon à l’expérimentation, du moins à l’observation .
- Le xme siècle est le dernier des siècles exclusivement conservateurs et au xive siècle déjà on a commencé à délaisser les Arabes et les Grecs et on tâche d’observer; mais ces efforts ne furent alors que le propre de quelques esprits de génie et restèrent isolés. Au xve siècle, le mouvement s’accentue. Le xvie siècle fut vraiment novateur; ce fut, pour le point qui nous occupe, l’âge d’or de l'anatomie.
- Nous nous proposons ultérieurement de tirer de nouvelles conclusions de ces textes — de revenir sur l’état de l’anatomie dans l’antiquité — et d’essayer d'aborder l’œuvre de Vesale et de son époque. Pour le moment, si ces quelques pages ont pu inspirer à certains le désir de lire de plus près nos vieux textes, notre but aura été pleinement atteint.
- Victor NIGAISE.
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- DE L’EXPRESSION « DIAPHRAGMA
- DANS L’HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE
- Il y a un point dans la cartographie des Anciens (des Grecs, bien entendu, car eux seuls ont eu vraiment une science géographique), que nous voudrions fixer d’une façon plus précise, c’est la question du Diaphragma. On appelle ainsi la division du monde habitable, de /’ Oecoumène, en deux parties égales par une ligne tirée dans le sens de la plus grande dimension, celle de la longueur, nous dirions de la longitude. Dans cette question, il nous faudra distinguer deux choses, le mot même de diaphragme, employé souvent pour désigner cette ligne de séparation, et le tracé, de cette ligne elle-même. Ce sont les deux points que nous allons successivement examiner.
- I. Observons d’abord — et ceci est très important — que Femploi du mot Diaphragma dans un sens géographique est très rare ou plus exactement unique. Dans la langue usuelle, il ne signifie pas autre chose que séparation — en médecine, il a un sens identique. Non seulement la langue des géographes l’emploie peu ou point, mais elle se sert d’un autre terme pour indiquer la ligne de démarcation des deux parties égales de VOecoumène. Par exemple, Aga-thémère, parlant de l’œuvre de Dicéarque, nomme cette ligne eOGeioc àxpaxoç Topr,, soit une simple coupure en ligne droite. Strabon se sert de l’expression ‘ypap.p.Y) ou ligne et il appelle ainsi l’équateur ia"y]p.£pivï] ypap.p.r), la ligne des jours égaux. Il précise encore cette façon de parler quand il dit
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- qu’Eratoslhène divise la longueur de la terre habitée — to Tyjç obtoufiivYjç ypdccpst ; c’est l’emploi du verbe pour
- le substantif, mais l’expression demeure la même. Plolémée se sert d’une expression analogue pour indiquer la ligne qui sépare en deux VOecoumène. — Plus tard, quand on rencontre un écho de cette doctrine dans Cosmas Indico-pleustes, il appelle cette ligne tb [/.EcraÎTaTov tou xoa-pou, le milieu du monde.
- En réalité, cette expression de Diaphragma employée par les modernes pour désigner la ligne médiane du monde ne se trouve pas avec ce sens chez les géographes anciens. Un seul géographe et explorateur, Scylax de Caryarida l’a employée; encore faut-il remarquer que sous le nom de Périple de Scylax nous avons, comme on sait, une compilation appartenant à différentes époques. Le passage se trouve à la fin du Périple et est intitulé 1 Aià^pay^a otà tyjç ôaXaTTYjç aTtb trjç Eupcourj; dç tï|V ’Aarav etueixox; £uôù xoct’ ôpOov, c’est-à-dire en ligne presque droite, de Ghalcis par Samos au Mont Mycale sur la côte d’Asie-Mineure. Puis plus bas il est question d’un £T£pov §ià<ppay{j.a opOov xoct’ eOÔu c’est-à-dire tout droit par le cap Malée, Cythère, la Crète, l’île de Rhodes et de là à la côte d’Asie. Mais quel est ici le sens exact du terme §ià<ppay|xa ? Il semble certainement avoir celui de traversée, à moins que l’on n’admette que l’auteur ait lui-même proposé deux lignes ou tronçons de lignes pour diviser le monde et que le dernier correspondrait partiellement avec la ligne médiane de Dicéarque. Cette hypothèse elle-même est assez difficile à admettre, car l’auteur compte du cap Malée en Asie par la Crète et Rhodes 4.270 stades; il a ainsi l’air de tracer un itinéraire.
- Quoi qu’il en soit, les modernes ont pris cette expression de ôià<ppayp.a dans le sens de ligne de séparation de VOecoumène, donnant ainsi une acception géographique au sens général du mot, mais sans indiquer l’origine de cette acception.
- 1. Geogr. Graeci minores, I, 95.
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- Ainsi ont fait, en France, Gossellin et Vivien de Saint-Martin, en Allemagne, Reinganum et Hugo Berger. M. Berger, dont la contribution à l’histoire de la géographie ancienne a été si considérable, constate simplement le fait; il croit que ce terme de diaphragme s’est d’abord appliqué au Taurus, puis de là s’est étendu à toute la ligne séparant les deux moitiés de VOecoumène, ligne dont le Taurus n’était qu’une section. Ne peut-on pas supposer que cette expression était le terme vulgaire, celui de la langue courante, par lequel on désigna plus particulièrement le parallèle de Rhodes, regardé par certains géographes comme marquant le milieu de VOecoumènel Du reste, nous faisons de même quand nous disons la Ligne tout court pour désigner l’équateur ; nous prenons un terme très général pour l’employer dans un sens technique, sans qu’il nous soit besoin de le qualifier autrement.
- Voyons maintenant ce qu’il faut entendre par cette division du monde, communément exprimée par ce terme de diaphragme.
- II. Cette idée de la division du monde en deux parties est d’origine ionienne. Homère, par exemple, se représente la terre comme un disque entouré par le fleuve Océan et au milieu duquel est la mer Intérieure, à distance égale des Hyperboréens au Nord et des Ethiopiens au Sud. Mais il ne saurait être question ici d’une doctrine précise, ni d’une représentation graphique quelconque. Les premiers géographes grecs, tels que Anaximandre, Hécatée, Hellanicos, eurent-ils une doctrine à ce sujet, nous n’en savons rien1. Hérodote, sans faire de théorie géographique, a cependant des idées qui méritent, pour notre sujet, d’être retenues. Au Nord du monde, il place l’Europe, et au Sud, lui faisant pendant, la Libye et l’Asie. Il sépare l’Europe des deux autres parties du monde par une ligne formée par le détroit de Gadès, la Méditerranée, le Phase, l’Araxe et la Cas-
- 1. Hérodote, IV, 32.
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- pienne. Nous tenons déjà ici le diaphragma presque en fait, dans son premier dessin, et nous pouvons déjà saisir cet élément cartographique qui va se perpétuer à travers toute l’antiquité. Cette idée se retrouve dans l’enseignement d’Aristote. Dans ses Meteorologica l 2, le philosophe dit que la longueur de la terre l’emporte en étendue sur la largeur et que la ligne qui s’étend des colonnes d’Hercule à l’Inde est, en étendue, dans la proportion de 5 à 3 à celle qui va d’Ethiopie au Palus Mæotis et aux dernières extrémités des contrées de laScythie. Ainsi Aristote nous donne les deux dimensions de la carte qu’on peut regarder comme la plus ancienne; mais il n’est pas question ici de l’île de Rhodes sur laquelle se coupaient les latitude et longitude d’Eratosthène.
- La doctrine d'Aristote a dû certainement donner naissance à la célèbre division de Dicéarque, son disciple : il n’a fait, en somme, que préciser la doctrine du Maître. La théorie de Dicéarque ne nous est connue que par le texte suivant d’Agathémère ~.
- « Aixodap^oç S’ôpl^Ei tt)V yyjv oùy^ uSacriv, àXXà Tou-Yj £Ü0Eia àxpaTfp, àub Ety]Xo>v Stà SapSoOç, Aaxs.Xta;, IIeXotcow/jctou, Kapiaç, Auxiaç, IIap.yuXtaç, KiXuuaç xal Taupou ëooç ’lfJLaoO OpOUÇ. TÔV TOtVUV 'TOUGOV ’ZO [j.kv BopEiov, t'o Sè Notiov
- OVOp.à^£l. »
- Il est évident que, dans ce texte, boïÇzi veut dire diviser et non borner et Agathémère marque bien en quoi consiste l’originalité de Dicéarque. Avant lui, les terres étaient considérées comme séparées par la mer Intérieure. Dicéarque au contraire, ne prend pas pour base de sa division un accident physique, mais une pure ligne droite (Top.ïj EùGàa àxpàuco) quelque chose comme un tracé géométrique dont les accidents topographiques ne sont que l’expression visible
- 1. Météor., Il, o. 26.
- 2. Geogr. Graeci Minores, II, 472.
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- intermittente. C’est ce que signifient les mots employés par Agathémère, une coupure absolument droite. Le parallèle de Rhodes n’est pas nommé ici, mais il est évident que du Péloponèse à la Carie, nous devons passer par cette île. A part cela, nous tenons tous les éléments du Diaphragma tel que les Anciens se le sont figuré, c’est-à-dire, se prolongeant à travers l’Asie par le Taurus et le Mont Imaüs. D’après Strabon, ces monts sont l’extrémité orientale du Taurus 1 ; ils bornent l’Inde au Nord, de l’Arie à la mer Orientale (soit du Turkestan au golfe du Bengale). Ces montagnes portent les noms de Imaüs, Hemodus et Paropa-misus (le Pamir). Strabon parle ici d’après Arrien 2 qui i“apporte que le Taurus coupant toute l’Asie (ziu.vœv ttjv ’Acrtav uàcnrjv) porte différents noms, et que les Macédoniens avec Alexandre l’ont appelé Caucase.
- Dicéarque, par sa ligne, détermine donc deux hémisphères ou plus proprement deux sections (car sa division ne s’applique qu’à VOecoumène) : le Nord et le Sud. C’est là l’essentiel de la division de Dicéarque; c’est ce qui a fait penser que sa carte avait été vraiment construite, car cela permettait d’orienter les points par rapport au Diaphragma et aux directions du Nord et du Sud. Mais il faut bien retenir que toute idée scientifique est absente d’une telle carte, puisqu’elle ne s’appuyait sur aucune notion astronomique. C’est Eratosthène qui devait avoir le mérite de faire cette révolution ; on ne peut donc que sous réserves, regarder Dicéarque comme le précurseur d’Eratosthène. Et cela d’autant plus que Dicéarque n’a nullement tracé un méridien à la hauteur de l’île de Rhodes, comme l’a écrit Vivien de Saint-Martin, assertion qui ne repose sur aucun texte.
- Avec Eratosthène, la ligne appelée vulgairement diaphragma prend une valeur scientifique, mais, comme nous l’allons voir, elle n’est plus le diaphragme. Chez Dicéarque,
- 1. Strabon, XV, 1, 11.
- 2. Ilist. Indica, 2, 2.
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- cet élément n’avait qu’une valeur empirique. Il était étroitement lié à l’idée qu’il se faisait du monde. Or, ses connaissances ne devaient pas aller, au Nord, plus loin que les Scythes, au Sud, plus loin que les Ethiopiens : il devait rejeter comme Polybe, au dire de Strabon, toute la partie N. E. de l’Europe, puisqu’il n’ajoutait pas foi aux voyages de Pythéas. Dans de pareilles conditions sa ligne était bien le milieu du monde. Et du reste, de la part des Grecs, une pareille conception n’était-elle pas naturelle? Ce n’était pas pour eux une question d’amour-propre que de mettre au centre du monde la Méditerranée, qui fut la « mer grecque » avant d’être la « mer romaine ». Cette idée correspondait à leurs connaissances géographiques touchant les extrémités de l’Oecoumène ; ils trouvaient, dans l’axe de la Méditerranée, le Taurus avec une orientation analogue, et qui leur semblait prolongé par les montagnes de l’Arie et du Nord de l’Inde. De là à combiner tous ces éléments pour en faire une sorte de démarcation visible de l’Oecoumène, il y avait un procédé tout naturel et il est très compréhensible que les Grecs y aient eu recours.
- Eratosthène, comme tous les Anciens, distingue dans le monde la terre habitée, l’Oecoumène. Sur l’univers dont la circonférence est évaluéepar lui à 252.000 ou 250.000 stades *, il découpe une partie dite Oecoumène ; c’est sa carte ou table, nival;, comme dit Strabon; il lui donne 77.800 stades de long (O. Est) et 38.000 de large (S. Nord), afin que la largeur soit moindre que la moitié de la longueur ~, et sur cette carte, Eratosthène trace par un procédé scientifique, c’est-à-dire d’après l’astronomie, un certain nombre de parallèles. Ces parallèles scientifiquement relevés sont au nombre de sept, calculés d’après la durée du jour solsticial, ce qui per-
- 1. M. Hugo Berger a longuement et savamment discuté ces deux chiffres (Voy. Die geographischen Fragmente des Eraiosthenes p. 101).
- 2. Strabon, I, iv, o.
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- met de les comparer avec notre latitude, comme nous le faisons dans le tableau suivant.
- Tableau des parallèles calculés par Eratosthène.
- Parallèles Durée du jour Latitude
- solsticial correspondante
- I. Méroë (Confluent du Nil et de l’Atbarah)
- et sud de l’Inde 13 heures 16° 46'
- 2. Syène et golfe Persique 13 — 1/2 24° 13'
- 3. A 400 stades au Sud d’Alexandrie 14 — 30° 49'
- 4. Rhodes et golfe d’issus 14 — 1/2 36° 32'
- b. Borysthène et Bretagne (Angleterre)
- méridionale 16 — 49° 03'
- 6. Nord de la Bretagne 19 — 61° 20'
- 7. Thulé 24 — 66» 33'
- Il y a certainement dans Eratosthène d’autres parallèles cités, mais leur distance est évaluée en stades et non calculée astronomiquement. Le parallèle de Rhodes, vulgo diaphragma, est calculé scientifiquement; ce n’est pas une ligne arbitrairement tracée et joignant bout à bout des accidents topographiques plus ou moins à la suite les uns des autres. Elle est calculée en effet de telle façon que tous ses points soient également distants de l’équateur (TcapàXXrjXoç t;y) tcrr)fJLeptvrj ypafjqjurj). Ainsi la situation des lieux par rapport au diaphragma n’a plus, comme nécessairement chez Dicéarque, une valeur fictive, mais est une réalité scientifique. — De plus, à travers ce parallèle, Eratosthène trace le premier méridien par Méroë, Syène, Alexandrie, Rhodes, le Borysthène. Cette longitude est la seule qu’il ait donnée avec celle de Carthage, de la mer de Sicile et de Rome. C’est donc lui et non Dicéarque 1 qui a coupé le diaphragme par un méridien et construit ainsi vraiment une carte d’après des données mathématiques.
- Mais ce parallèle de Rhodes que nous continuons encore à nommer Diaphragme, mérite-t-il encore ce nom? Oui, si
- 1. Strabon, II, i, 40.
- Congrès d’histoire (Ve section.)
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- l’on ne considère que la nomenclature topographique, puisque, des colonnes d’Hercule1 2, il se prolonge par le détroit de Sicile, l’extrémité du Péloponèse et de l’Attique, Rhodes, le golfe d’issus, le Taurus, jusqu’aux extrémités de l’Inde, car le Taurus d’Eratosthène se prolonge, bien entendu, à travers toute l’Asie. Mais cette ressemblance du diaphragme dans Eratosthène et dans Dicéarque n’est qu’apparente. Rhodes, en effet, est située pour Eratosthène à 3.750 stades -d’Alexandrie, celle-ci à 10.000 de Méroë, Méroë à 3.400 stades du parallèle de la Cinnamomifère (Guardafui) et de Taprobane (Ceylan), ce qui met le parallèle de Rhodes à 17.150 stades de la terre habitée au Sud et à 20.850 stades de la limite du Nord.
- Donc, ce diaphragme n’est plus, dans Eratosthène, la séparation absolue de l’Oecoumène en deux parties égales.
- Ces données d’Eratosthène se rencontrent identiques dans Hipparque avec toutefois une très légère différence ~. Hip-parque admet aussi une ligne droite des colonnes d’Hercule en Gilicie par Rhodes; mais, en Asie, il ne lui donne pas tout à fait le même prolongement qu’Eratosthène : il veut que le côté septentrional de l’Inde ne soit pas dans l’axe du parallèle de Rhodes, mais plus au Nord.
- Que va maintenant devenir cette idée du diaphragme à l’époque romaine, avec Pline, Strabon et Ptolémée? Avec le premier, toute notion astronomique disparaît3. Il semble revenir à l’idée d’un simple tracé linéaire, une mesure graphique comme avait fait Dicéarque ; il parle de la largeur de la terre habitée qu’il estime à 8.568.000 pas et il pense qu’on peut prendre cette largeur suivant deux lignes, ce qui montre bien l’absence d’un élément astronomique dans sa division. L’une et l’autre partent des bouches du Gange; la
- 1. Strabon, II, i, 1.
- 2. Strabon, I, i, 11.
- 3. Hist. ATat., II, 108-109. Les mesures de Pline se retrouvent dans le Dr mensura orbis de Dicuil.
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- première passe par l'Inde, la Parihique, Issus, Chypre, Rhodes, le cap Ténare, Lilybée de Sicile, Calaris de Sardaigne et Cadix; l’autre par l’Euphrate, la Cappadoce, la Phrygie, la Carie, Éphèse, Délos, Corinthe, Patras, Leuca-de, Brindes, Rome, les Alpes, les Pyrénées, l’Océan.
- On voit que les deux lignes diffèrent sensiblement et que les derniers points de la seconde sont bien vagues. Mais notons que, quand il s’agit de déterminer l’autre dimension de la terre fixée par lui à 4.490.000 pas, Pline fait passer sa ligne par Méroë, Rhodes et le Tanaïs. Il y a donc là une persistance de la cartographie d’Eratosthène.
- Strabon étend la terre sur 70.000 stades 1 d’Ouest en Est et lui donne du Nord au Sud 38.800 ou 38.100 stades. Mais sur ce chiffre 30.000 ou 29.300 seuls appartiennent réellement à l’Oecoumène. Cette Oecoumène de Strabon commence au Sud à la région Cinnamomifère (comme celle d’Eratosthène) ; mais au Nord, la différence est grande entre la carte d’Era-toslhène et Hipparque et celle de Strabon. On sait que Strabon, comme Polybe, ne prête pas créance aux récits de Pythéas 2 ; il traite même notre grand Marseillais de menteur. Dans ces conditions, on ne peut demander à Strabon d étendre la limite de rOecoumène jusqu’à Thule; il l’arrête à 9.000 stades de Marseille, à la hauteur de notre 52° degré Nord. De là, la nécessité pour lui de rejeter la Bretagne sur la côte Ouest de la Gaule et de mettre au nord de la Bretagne, l’Hibernie qu’il déclare presque inhabitable à cause du froid. En conséquence, le parallèle de Rhodes est encore bien moins le milieu de l’OEcoumène qu’avec Era-tosthène. Strabon le place à 11.500 stades de la limite Nord de la terre habitée et à 18.500 de celle du Sud. Pour cette seule mesure, il se rapproche d’Eratosthène.
- Quant à la constitution topographique du parallèle, Strabon reprend les données de ses devanciers, c’est-à-dire, les
- i. Strabon, II, v, t».
- Strabon, III, i, 't.
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- colonnes d’Hercule, le détroit de Sicile, le golfe d’issus, le Taurus, et le fait aboutir à la mer Orientale, entre l'Inde et la Scythie. — Mais ici encore nous sommes loin du Diaphragme réel entre les deux parties de l’QEcoumène.
- Il en est de même dans Ptolémée. Celui-ci ne se sert nullement du parallèle de Rhodes pour établir sa division entre les deux parties du monde; il insiste toutefois sur l’importance de ce parallèle, sur lequel sont calculées les longitudes *. Et c’est suivant ce parallèle que lui-même compte la longueur de la terre habitée. Il l’étend des îles Fortunées au pays des Sères, en passant par le cap Sacré, le Métis, les colonnes d’Hercule, Calpé, Calaris de Sardaigne, Lilybée de Sicile, le Ténare, Rhodes, Issus; de là, parla Mésopotamie, à la Médie, à Ecbatane, aux Portes Cas-piennes, etc. Il donne à ce parallèle une longueur égale à 177° 15'. A quelle dimension réelle cela répond-il? nous ne le saurions dire, car ce n’est pas le lieu pour nous de nous engager dans une discussion sur la valeur du stade. Une chose au moins est certaine, c’est qu’en prenant sur le parallèle de Rhodes la plus grande longueur de la terre habitée, Ptolémée suit les traditions de la géographie ancienne. Mais s’il la suit, il n’en est pas dupe, car si, dans la pratique, il compte sur le parallèle de Rhodes tout un ensemble de lieux, il sait bien que leur latitude n’est pas exactement la même ; la preuve c’est qu’il donne une latitude différente au cap Ténare (34°20'), à Rhodes (36°) et aux portes Caspiennes (37°).
- Enfin Ptolémée, comme Marin de Tyr, arrête au 63° la terre habitée au Nord; donc, le parallèle de Rhodes étant au 36°, il s’en faut que le soi-disant cliaphnujme soit chez lui une véritable limite de démarcation.
- On peut dire que la géographie scientifique des Grecs avait sacrifié le diaphragme en tant que séparation des deux
- l. Ptolémée, I, 10, 12.
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- PAUL MEURIOT
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- parties de l’QEcoumène. Mais c’était là une donnée empirique se rattachant aux plus vieilles conceptions géographiques et s’expliquant, nous l’avons dit plus haut, par la situation même du monde grec; une fois maîtresse des esprits, elle ne devait plus les quitter. Avec l’hellénisme, elle se répandit dans le monde oriental, comme le prouve ce que rapporte Cosmas Indicopleustes. Les sages de l’Inde lui auraient dit que si l’on tendait une corde de Tsina à l’empire romain, elle couperait le monde en deux et aboutirait à Gadès L Cette ligne est le ^.lacdicczov toQ xoap.ou. On voit par là combien les traditions sont fortes dans le domaine de la science, et comment ce domaine peut être envahi par des procédés empiriques dont il est parfois fort difficile de se défaire.
- Paul Meuriot.
- I. Migne, Patres Graeci, t. LXXXVIII, p. 93-98.
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- SUR LA CONSTITUTION D’UN
- RÉPERTOIRE RIBLIOGRAPHIQUE
- DE L'HISTOIRE DES SCIENCES
- De 110s jours l’activité littéraire dans le domaine de l’histoire des sciences a pris un accroissement si considérable que la constitution d’une bibliographie particulière pour ce domaine devient déjà de plus en plus désirable. Naturellement on peut, on doit même comprendre dans les bibliographies des différentes sciences les écrits relatifs à leur histoire, et si l’on avait un recueil complet de telles bibliographies, on pourrait sepasser d’un répertoire bibliographique composé particulièrement pour l’histoire des sciences. Mais, d’une part, la composition de bibliographies générales des sciences est excessivement laborieuse, et je ne crois pas que nous en possédions, à l’heure actuelle, une seule qui soit à même de nous fournir des renseignements satisfaisants sur la littérature relative à Vhistoire de la science; d’autre part, la constitution d’une bibliographie de l’histoire des sciences en général contribuerait évidemment à rompre l’isolement actuel des différentes branches de cette histoire, et cela aurait lieu même si, dans la bibliographie, les différentes sciences restaient entièrement séparées les unes des autres, tandis que l’utilité de la bibliographie augmenterait considérablement, si l’on pouvait y classer ensemble les écrits relatifs à l’histoire des différentes sciences.
- Mais un tel classement est-il possible?
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- A notre avis, on peut répondre par l’affirmative, au moins dans un certain sens. Sans doute, parmi les recherches de l’histoire d’une certaine science, il y en a un très grand nombre se rapportant à des points particuliers et n’ayant de l’intérêt que pour les spécialistes dans cette science ; aussi, selon nous, il serait peu à propos de classer ces recherches sans avoir égard en premier lieu à la matière dont elles traitent. Les écrits de cette nature devraient donc être classés par sciences.
- Pour ce qui concerne les autres recherches sur l’histoire des sciences, il me semble qu’elles peuvent être convenablement classées ensemble. Les traités généraux de l’histoire des différentes sciences formeront alors une première section, où l’ordre des écrits sera le même que dans le système de classification des sciences ; dans des notes on pourra signaler les plus importants ouvrages sur l’histoire de certaines branches de la science en question. Dans la seconde section on comprendra les traités relatifs à des périodes particulières du développement des sciences, par exemple, l’antiquité et le moyen âge, classés par ordre chronologique des périodes; dans chaque période, les écrits seront rangés comme dans la première section. Ces deux sections seront évidemment d’une grande utilité lorsqu’il s’agira de composer une histoire générale des sciences qui puisse satisfaire même les spécialistes.
- Dans le répertoire bibliographique projeté il conviendrait d’avoir aussi deux autres sections, où tous les écrits seraient classés ensemble, indépendamment des sciences dont ils traitent. L’une de ces sections comprendrait les recherches sur l’histoire des sciences des différents pays, rangées d’après les pays, et pour chaque pays dans l’ordre chronologique des sujets traités. L’autre section serait consacrée à des biographies scientifiques d’éminents savants, et ici l’ordre chronologique est sans doute aussi le plus convenable. On voit de
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- suite quels grands services ces deux sections pourraient rendre aux recherches sur l’histoire des sciences.
- En résumé, le répertoire bibliographique projeté aurait les sections principales suivantes :
- I. Traités de l’histoire générale des différentes sciences.
- II. Traités de périodes particulières du développement des différentes sciences.
- III. Histoire des sciences dans différents pays.
- IY. Biographies d’éminents savants.
- V. Recherches sur des points spéciaux dans le domaine des différentes sciences.
- Dans les sections I-IV, les écrits relatifs à différentes sciences sont classés ensemble, tandis que la section Y n’est qu’un recueil de bibliographies, chacune se rapportant à une certaine science.
- Il va sans dire que, à la fin du répertoire, serait ajouté un index complet des noms et des matières.
- G. Enestrôm.
- (Stockholm)
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- NOTES
- SUR LES MANUSCRITS FRANÇAIS
- De Munich 247 à 252 et de Vienne 7049-7050.
- Dans une visite que j’ai faite, en octobre 1899, de quelques bibliothèques étrangères, je me suis proposé, comme but accessoire à des recherches d’un tout autre ordre, d’examiner les manuscrits français intéressant l’histoire des sciences au xvne siècle. Je crois utile d’appeler l’attention sur deux groupes de ces manuscrits.
- I
- Tout d’abord à Munich, les six codices gallici 247 à 252 constituent un seul ouvrage anonyme, comprenant en tout 1982 pages gr. in 4, sous le titre général : Application de VAlgèbre et des Lieux Géométriques pour la solution des Problèmes de Geometrie. Il est divisé en deux livres.
- Le livre I « Des Problèmes indéterminez » se subdivise en trois chapitres, dont les deux premiers traitent chacun cent problèmes. Le chap. I « Des problèmes indéterminez simples » se borne aux lieux à une droite; le chap. II «Des problèmes indéterminez plans » concerne les lieux au cercle. Quant aux lieux à une conique, ils sont l’objet du chap. III « Des problèmes indéterminez solides », partagé en trois sections comprenant, elles aussi, chacune cent problèmes. Section I « Des problèmes indéterminez qui sont
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- des lieux a une parabole donnée. — Section II « Des problèmes indéterminez qui sont des lieux a une hyperbole donnée. » — Section III « Des problèmes qui sont des lieux a une éllipse donnée ».
- Le livre II « Des problèmes déterminez » contient quatre chapitres, dont chacun renferme encore cent problèmes, sauf le dernier qui n’en présente que soixante-cinq. Malgré cette anomalie, l’ouvrage paraît bien complet.
- Les titres des chapitres de ce livre sont les suivants : I « Des problèmes simples » c’est-à-dire des problèmes du premier degré, se résolvant par l’intersection de deux droites. — II « Des problèmes plans» solutions obtenues par l’intersection de droites et de cercles. — III « Des problèmes solides et plus que solides » exigeant l’intersection de coniques ou de courbes de degré supérieur. — IV « Des problèmes qui regardent les touchantes des lignes courbes, les plus grands et les plus petits (maxima et minima) et les centres de gravité. »
- Comme pour indiquer l’auteur de ce volumineux travail, le manuscrit 252 contient à la suite, dédiée a Ozanam, une-Exercitatio imprimée pour soutenance, le 31 août 1092, au collège de la Société de Jésus de Toulouse, sous la présidence du H. P. Mourgues. L’examen de l’ouvrage m’a permis de relever quelques autres indices concordants : l’auteur, tout au début, renvoie à sa Geometrie pratique (Ozanam en a publié une en 1684) et aussi à son Traité des Lieux Géométriques (titre d’un ouvrage d’Ozanam resté manuscrit, dont un exemplaire a existé dans la bibliothèque d’Aguesseau). Enfin le passage suivant permet de fixer aux environs *de 1700 (en tout cas après 1696) la date de la rédaction de l’ouvrage.
- (Livre II, chap. IV, probl. 1)... « La même méthode de M. de Fermât a été aussy extrêmement abrégée par M. Leibnis, mais nous ne parlerons pas icy de cet abrégé, tant parcequ’il est expliqué bien au long dans un livre
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- imprimé depuis peu et composé par Monsieur le marquis de l’Hôpital, que parce qu’il demande une longue explication pour estre bien entendu1 ».
- Je ne crois pas qu’on puisse hésiter à attribuer à Jacques Ozanam (1640-1717) l’ouvrage anonyme de Munich. Ce fécond mathématicien a laissé assez de travaux pour qu’on puisse apprécier le degré d’intérêt que pourrait présenter une étude de cet ouvrage plus approfondie que l’examen sommaire auquel j’ai pu me livrer. Je ne veux nullement exagérer cet intérêt, car il est bien clair qu’on ne peut espérer une révélation importante, mais je signale au moins que les deux derniers chapitres peuvent offrir quelques curieux détails pour l’histoire de la nomenclature des lignes courbes : par exemple, Ozanam désigne les épicycloïdes sous le nom de cycloïdes géométriques ; il parle d’une ligne du cœur, différente de notre cardioïde, et ayant pour équation :
- ax ' = a2 y — 2 ny 2 -f- y3.
- Livre II, ch. IV, probl. 43, il dit ligne de Descartes pour le folium (représenté sans ses branches indéfinies), quand il est rapporté à son axe sous l’équation : ax2 -j- 3 x~ y — ay '1 — y3. « Cette courbe » remarque-t-il « a été apel-lée ligne de Descartes, parce que M. Descartes en a parlé le premier et qu’en cette façon il semble l’avoir inventée 2 ».
- D’autre part, au problème précédent, il dit ligne inclinée (a-t-il oublié d’ajouter de Descartes ?) pour la même courbe sous la forme d’équation indiquée en premier lieu parle philosophe3 et restée classique : x',s -f- y3 = axy.
- 1. Ozanam se borne donc à expliquer, après les méthodes de Fermât et de Descartes pour les tangentes, celles de Iludde et de Sluse.
- 2. Descartes a effectivement, dans une lettre du 23 août 1638 à Mer-senne (Œuvres de Descartes, éd. Adam et Tannery, II, p. 316), proposé sa courbé sous la forme que choisit ici Ozanam. Le philosophe avait voulu voir si Roberval reconnaîtrait son galand (le folium).
- 3. Dans une lettre à Mersenne pour Fermât de janvier 1638 (Œuvres de D., I. p. 400).
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- Gzanam ne fait d’ailleurs aucune mention de l’identité des deux courbes.
- En tout état de cause, l’ouvrage que je viens de signaler constitue évidemment un document qui ne peut être négligé par qui voudrait se rendre exactement compte de l’état de la géométrie analytique, au moment précis où le calcul infinitésimal commençait à être connu en France.
- II
- J’ai été moins heureux avec un autre ouvrage anonyme (également des dernières années du xvne siècle), que renferment les sept codices gallici de Munich 390 à 396. Cette fois, il s’agit d’une compilation, où sont rangées par ordre alphabétique sous les noms de personnages historiques, de savants et d’érudits de diverses époques, des notes fournissant des renseignements souvent curieux, mais d’ordinaire empruntés à des sources connues. Celles qui ont un cachet personnel sont assez rares, et la seule où j’ai trouvé une indication pouvant conduire à identifier l’auteur concerne une polémique qu’il aurait soutenue contre l’historien Varillas, au sujet de la comtesse de Châteaubriant. Mais cette piste ne m’a amené qu’à un placard anonyme. Somme toute, il n’y a guère à tirer de ce Dictionnaire ; cependant je cède à la fantaisie de transcrire la note curieuse qui concerne le fondateur du Journal des savants.
- « Salo. — J’ai tous ses Mss. et ses Recherches où il y a bien des choses fort belles et très curieuses. Il lésa mis par les lettres alphabétiques. Le P, qu’il avoit presté à M. Galois me manque et il le garde encore, quoiqu’il m’appartienne. J’ay remarqué qu’une grande partie de ces Messieurs là qui empruntent des livres n’ont point de conscience, et qu’ils gardent sans scrupule ce qui ne leur appartient point. M. Salo s’est servi du nom d’Hedouville qui estoit à son
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- service, lorsqu’il donna au public les premiers Journaux des Sçavans. »
- III
- La Hofbibliotliek de Vienne renferme, sous les nos 7049 et 7050, un recueil de lettres manuscrites du xvne siècle, achetées en France vers 1720 par le comte de Hohendorf, qui y était ambassadeur. Le nombre des pièces est de 491 ; comme elles ne sont point cataloguées, je crois intéressant de donner le relevé que j’en ai fait. Comme on le verra, le classement a été fait par ordre alphabétique des noms des signataires ; les nombres que j’indique sont ceux inscrits sur les lettres :
- Ms. 7049.
- 1 à 2. Arcerius à Didier Hérauld. — Franeker, 1599. —7 cal. jun. 1602.
- 3. Arnauld à Nublé, datée d'Angers.
- 1. Argoli à Boulliau. — 1646.
- 5. Auzout (?) à Nublé.
- 6. Balleydens à Du Houssay, 19 janvier 1650.
- 7. Beaugrand à [Mersenne?], 20 février 1632
- 8 à 14. Florimond Debeaune [sic) à Mersenne. — 26 février 1638. — 25 septembre 1638. — octobre 1638 (pour Roberval).
- — 13 novembre 1638. — 5 mars 1639. — 26 même mois. — 12 même mois.
- 15 à 24. Bernard à Nublé, datées de Neuilly : 22 février 1647.
- — Même année, 3 mars. — Sans date. — 10 mai. — 22 mai. — 6 août.—Sans date.—1660, 13 octobre. —1664. — Du même(?) à Thoinard, 1666.
- 25. Billy (Jacques de) à Boulliau, 31 juin 1656.
- 26. Blanchinus (Bianchini?) à Thoinard, 4 non. mart. 1704. 27 à 28. Bluet à Nublé, 28 août et 26 octobre 1646.
- 29. Dubois à Nublé, 6 juillet 1664.
- 30 à 35. Boissieu à Nublé. — 23 avril, 22 août, 6 octobre
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- 1616. —Épitaphe imprimée, rédigée par Boissieu pour une dame
- — 16 novembre 1646. — 12 juillet 1654.
- 36 à 47. Boulliau—k Mochinger, 18 avril 1650.—Au prince Léopold de Toscane, 25 avril 1650. — à la princesse Élisabeth,
- 22 juillet 1650. — à Mn° Schufman (engrec), boédromion 1651.
- — à Gronovius, 1 mars 1643. — à l’abbé Michaele Giustiniani,
- 23 juin 1656. —à Vincent Fabricius Gedanensis, même date. — à Johannes ldhodius, 22 septembre 1656. — à Bernard Medon, 2 février 1658 et 1 avril 1663. — à Thomasinus, évêque de Citta Nuova. — à Mllr Archangela Tarabotti.
- 48. Bourdais à Nublé, 1 octobre 1646.
- 49. Le Bret à Ménage.
- 50. Brochard k Nublé, Amboise, 15 août 1667.
- 51. Brun k Mersenne, Bergerac, mars 1642.
- 52. Burattini k Desnoyers, 8 avril 1646.
- 53. Le Camus k Nublé.
- 54 k 56. Canterus k Hérault. — Les nos 51 et 55 semblent ne former qu’une seule lettre de 1601 ; l'autre est de 1602.
- 57 k 67. Casaubon. — k Hérault, 1600, 6 kal. maii, 8 kal. junii; 1601, 6 id. julii; 1600, 27 octobre; 1602, 3 non. maii, kal. jul., 13 kal. sept.; 1603, 25 fév. — k Christ. Puteanus, 12 kal. feb. 1604. — copie d’un billet de Casaubon, sans adresse. — k Hérault, prid. kal. jan. 1611.
- 68. Catherinet k Nublé, 5 décembre 1660.
- 69. Cavalieri k Mersenne, 17 mars 1646.
- 70. Deschamps k Mersenne, Pâques 1643.
- 71. Chapelain k Nublé.
- 72. Du Chesne k Boulliau, 14 mars 1645.
- 73. Cossart(?) k Mersenne, 31 janvier 1617.
- 71. Coltaenius (?) k Boulliau.
- 75 k 76. Columbi (?) k Mersenne, Aix, 19 novembre et 21 octobre 1617.
- 77 k 80. Dalibrav k Nublé. — 24 fév. 161. (?). —non datée. — 18 août 1616. — non datée.
- 81. D’Aubigné k Nublé.
- 82. D’Avezan k Delà Lande, 7 mars 1655.
- 83. Fabricius k Boulliau.
- 81. Fabry k Nublé, 29 mars 1617.
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- 85 à 86. Fleury k ...?, 25 août 1648 et réponse.
- 87 k 88. Frenicle. — Sans adresse, avril 1647. — k Mersenne,
- 16 août 1 647.
- 89. Girault. — Sans adresse, 23 février 1671.
- 90 k 93. De Gruès k Nublé, 16 janvier, 1er février et 5 octobre 1650 (cette dernière avec l’adresse : Maison de M.' Salo) ; 9 septembre 1665.
- 94. Michèle Giustiniani (k Boulliau), 10 juin 1654.
- 95 k 96. Gronovius k Boulliau; 9 kal. mart. 1659. — prid. non. sept. 1651.
- 97 k 98. Heinsius à Didier Hérault, 13 août 1649 et 5 kal. dec. 1648.
- 99 k 100. Hevelius (sans adresse), 8 avril et 3 juillet 1647.
- 101. Huygens k Mersenne, 28 octobre 1646.
- 102 k 115. Joly. — Vers latins sur le cardinal de Richelieu. — k Nublé, 15 mars 1645, et même année, 7 avril, 11 juillet, 8 août, 26 septembre (pièce n° 106 bis), 27 octobre. —Lettre non datée. — 7 août et 27 novembre 1646; 13 mars, 12 avril, 2, 20 et 24 août 1647.
- 116. Joulin k Nublé, Amboise, 8 août 1645.
- 117 k 118. lssali k Nublé, 8 décembre 1660 et 6 janvier 1661.
- 119 k 120, Lambecius k Boulliau, 11 janvier et 22 avril 1649 (?).
- 121. Landrin au Premier Président k Paris, 23 août 1638.
- 122. Lantin k Boulliau, Dijon, 24 janvier 1655.
- 123. Loyaulté k Nublé, 2 janvier 1645.
- 124. De Lyonne k Nublé, 3 mai 1617.
- 125 k 126. De Louëtière k Nublé, 2 juin 1645 et 23 mars 1655.
- 127. Raffaello Magiotti k Mersenne, 1646.
- 128. Copie d’une lettre de Torricelli k Mersenne, sans date.
- 129. Martin k Nublé, 26 juin 1646.
- 130. Du Maurier k Nublé, 18 mai 1666.
- 131. Medon k Boulliau, 11 kal. novemb. 1657.
- 132 k 192. Ménage k Nublé. — 4 mai 1636. — 4 et 21 octobre, 11 novembre 1644. — 5 mai, 7 et 10 mars, 6 et 9 juin, 14 et 21 juillet 1645. — n° 143, sans date. — 25 juillet, 11, 15 et 29 août, 22 et 25 décembre 1645. — 1 et 22 janvier 1646. —nos 152
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- et 153, sans date.— 23 février 1646. — n° 155, sans date. — 1er février, 9, 11 et 16 mars, 25 mai, 20 juillet 1646. — n° 162, sans date. — 17 août, 14 et 21 septembre, 15 novembre, 7 et
- 21 décembre 1646. — 18 et 25 janvier, 22 février, 25 mars, 12 avril, 8 et 22 mars, (mai?) 1 juillet, 2 août 1647. — 13 et 23 octobre 1660. — nos 180 à 192, sans date.
- 193 à 203. Papiers de Mersenne : — Lettre sans adresse. — à Saint-Martin. — Extrait de la main de Mersenne de lettres de Fermât et de Frenicle. — à Monseigneur (?), deux minutes.
- — Pièce sur la lumière. — Pièce à l’adresse de l’auteur d’une physique. — à Monseigneur (?), minute. — Copie d’une lettre de Mersenne à Monseigneur (?). — Deux copies d’une lettre de Mersenne à Hosselin, conseiller du roi, 8 septembre 1648.
- 204. Nardi à Naudé, 6 juillet 1640.
- 205 à 216. Naudé à Boulliau. — 9 janvier et 13 septembre 1639. — Copie d’une lettre de Liceti à Naudé, 6 kal. sept. 1639.
- — n09 208, 212 et 216, sans date. —9 novembre 1648. —31 janvier, 24 février, 19 juin et 3 juillet 1646. — 13 avril 1645.
- 217. Mezeray à Nublé.
- 218 à 221. Mochinger— à Mersenne, 28 septembre 1648. — à Boulliau,février 1650, 23 septembre 1651, 1652.
- 222 à 249. Desnoyers. — Sans adresse, du 6 mai 1647. — à Roberval, 16 mai, 26 juin et 19 décembre 1646; 8 mai, 26 juin et 17 juillet 1647. — Sans adresse, 17 juillet 1647. — à Roberval, 31 juillet 1647. — Sans adresse, même date. — à Saint-Martin, 25 septembre 1647. — à Roberval, même date.
- — sans adresse, 30 octobre et 13 novembre 1647. — à Roberval, 4 décembre 1647.— à Mersenne, 9 décembre 1647.— à Roberval, 16 janvier 1618. — Sans adresse, 18 mars 1648. — à Mersenne,
- 22 et 29 juillet 1648. — à Roberval, 21, 28 octobre et 2 décembre 1648; 17 février, 5 mars, 12 et 19 mai, 17 septembre 1649.
- 250. Oudart, billet pour Roberval du 13 février 1651.
- Ms. 7050.
- 251 à 306. Fr. Ant. Pagi à Thoinard. — Cette correspondance porte de fréquentes marques de communication à Des-
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- noyers. Le n° 270 manque. — Les lettres sont datées d’Aix : — 1680, 3 janvier, 6, 18 et 24 juin, 2i juillet (copie], 7, 10, 26 et 30 août. 16 septembre, 25 novembre et 10 décembre. — 1687, 10 mars, 27 juin, 20 août, 30 septembre.— 1688, 14 janvier, 3 et
- 10 mars, 26 juillet, 20 août, 17, 21 et 27 septembre, 11 et 24 octobre. —1689, 17, 24 et 29 août, 7 février, 21 mars, 25 avril,
- 11 juillet, 8 août, 12 et 14 septembre, 14 et 17 octobre, 14 et 16 novembre. —1690, 9 janvier, 21 février, 22 et 24 mars, 5 mai, 22 juin. — 1691, 12 décembre et 15 septembre. — 1696, 29 octobre. — 1698, 11 août, 10 novembre. —1699, 30 janvier. — 1692, 26 mars. — 1693, 16 janvier, 2 février.
- 307. Pellisson, fontainier, à Nublé, de Montpellier, octobre 1659.
- 308 et 309. Perot Thou (?) à Nublé, du Cloistre (?), 28 juin 1707, et sans date.
- 310 et 311. Du Puy à Nublé, 18 octobre 1646 et 31 mars 1647.
- 312. Me. Le llagois à Nublé, 25 mars.
- 313. Ragrin, jésuite, à Nublé.
- 314. Rapin à Nublé.
- 315. Réaux à Nublé, 7 septembre 1646.
- 316 à 320. Johannes Rhodius k [Boulliau]. — Padoue, 4 non. aug., 10 k. sept. 7 k. sept. 1646 ; 17 février 1658; 10 janvier 1657.
- 321 à 330. Rigault à Boulliau. —Toul; 1643, 8 avril, 5 septembre, 17 octobre et 3 novembre. — 1644, 21 mars. — 1645,
- 3 juin. — 1644, 16 octobre, 10 novembre et 24 décembre. — 1651, 9 k. mai.
- 331. La Rivière à Boulliau. —Angers, 21 décembre 1644.
- 332. Michael Rogerius à D. Hérault. — 10 k. oct. 1640.
- 333. De Sainte-Marthe au Président de Jay.
- 334. Sanson. géographe ordinaire du Roy, à Desnoyers, 24 mars 1665.
- 335. Sarrau à Boulliau, 24 février 1645.
- 336 k 399. Sauinaise k Boulliau. — Les nos 344, 345, 346, 372, 373, 374 ne sont pas datés; les nos 375, 376, 377, 379 sont adressés k Saint-Sauveur, 14 août, 22 août et 11 septembre 1642,
- 4 septembre 1642 (?). —Les autres sont datées : — Leyde, en 1638,
- Congrès d'hisloire (V8 section).
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- 7 mars, 18 avril, 23 mai, 5 et 10 octobre, 21 novembre et 19 décembre; en 1639, 13 février, 3 juillet, 1 août, 3 octobre,
- 17 décembre (lettre non numérotée) : en 1640, 16 janvier et 13 mars (non numérotée). —Dijon, en 1641, 13 septembre, 23 octobre, 9, 16 et 30 novembre, 16, 21 et 28 décembre. —1642,
- 18 janvier, 1, 15 et 22 février, 1, 8, 15, 22 et 29 mars, 5 et 12 avril. — Tailly, 1612, 18 avril, 2 mai; 1613. 21 mars. — Leyde, 1614, 26 décembre. — 1615, 29 mai, 3 et 17 septembre, 28 août,
- 8 et 22 octobre, 5, 12 et 18 novembre, 31 et 4 décembre. — 1616, 28 janvier, 26 mars, 16 et 24 juin, 19 juillet, 21 août. — 1652, 5 septembre et 12 décembre.
- 100. De Saubiervace (?) à Nublé. — Grenoble, 30 mars 1645. 101 à 102. Scalig-er à Didier Hérault. — La Haye, 12 kal. sept, et 5 non. oct. 1603.
- 103. Scarron à Nublé.
- 404. Made Scarron (la sœur du poète) à Nublé.
- 105 à 107. Madeleine Scudéry à Nublé.
- 108 à 412. Arcangela Tarabotti à Boulliau. — 19 novembre 1650. — Copie de la précédente. — Copie de la réponse de Boulliau, 27 décembre 1650. —Arcangela Tarabotti à Boulliau, 16 février et 16 décembre 1651.
- 113 à 416. Le Tenneur à Mersenne. — Tours, en 1647, 21 mars, 16 décembre, 1 octobre et 13 septembre.
- 117 à 421. Giac.-Filippo (Tomasini), évêque de Gitta-Nuova, à Boulliau. — Padoue, en 1616, 29 mai, 20 juin, 3 juillet, 3 août,
- 15 septembre.
- 122 à 423. Valette (?), official de Laon, à Nublé, 24 mai 1656, 31 mai 1659 (?).
- 124 à 125. Wallis à Brouncker (pour Roberval). — Oxford,
- 16 et 20 octobre 1656.
- 426 à 428. De Vallois à Nublé. — 2 décembre 1614, 30 avril 1646, 25 novembre 1660.
- 429. H. Vi^uier à Isaac Hérault, 10 mai 1652.
- 430. Le -Tarer à Nublé.
- 131. Commandeur de Vieuville à Boulliau. — Malte, 21 uin 1613.
- 132. Janus Ylitius à Boulliau. — La Haye, 10 octobre 1641. 433. Francesco Voretta à ? — Lettre italienne.
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- 434 à 436. Isaac Voss(ius) à Boulliau. — Florence, 17 avril 1642. — Rome, 6 k. sext. — Amsterdam, 6 mars 1645.
- Les pièces qui suivent du n° 437 au n° 464 sont des copies, sauf une exception.
- 437[à 438. Le R. P. Norris, Augustin, à Mgr de Saint-Asaph, Florence, 26 septembre 1686. — Réponse, 20 novembre 1686.
- 439-440. Seconde lettre de Norris à Saint-Asaph, 17 janvier 1687. — Réponse du 27 mai.
- 441. Dodwell à Saint-Asaph.
- 442. Troisième lettre de Norris à Saint-Asaph, 1er juillet 1687.
- 443. Saint-Asaph au P. Pagi, 15 octobre 1686.
- 444 à 445. Pagi à Saint-Asaph, 10 décembre 1686 et 19 octobre 1687.
- 446-448. Saint-Asaph à Pagi, 27 septembre 1686 (autographe); 26 juin et 2 juillet 1686.
- 449- 458. Pagi à.Saint-Asaph, 7 et 29 août 1686.
- 450- 461. Pièces de la Correspondance de Fermât sur la réfraction. — Fermât à la Chambre, août 1657. — à Mersenne [décembre 1637] — à Clerselier, 3 mars et 10 mars 1658: — Clerselier à Fermât, 15 mai 1658. — Rohault à Fermât, même date. —- Fermât k Clerselier, 2 et 16 juin 1658. — Clerselier à Fermât, 21 août 1658. — Fermât à la Chambre : février 1662 (.Synthesis ad Refractiones) : lettre du 1er janvier 1662 suivie de b Analysis ad Refractiones.
- 462. [Beaugrand] à Mersenne contre Descartes.
- 463. [Roberval à Fermât] lettre du [11 octobre 1636.]
- 464 à 466. Pièces anonymes, datées du 2, 6 et 25 août, et dont l'objet est littéraire.
- 467 à 468. De la même main, pièces de vers latins : l’une in lihros Historiarum Roherti Monteti Salmoneti [Monteitli, Histoire des troubles de la Grande-Rretagne, Paris, 1661], l’autre De fucosa amicitia Jo. Capelani ad Joannem Licinium.
- 469 a 473. Anonymes à Nublé, datées de — Paris. — La Chevallerie. — Le Mans, 2 novembre. — La Haye, 7 juillet 1672. —Du trou de la grande mine devant la Mothe, 26 mai 1645.
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- 474 a 476. Copie de lettres de la IReine Christine, (Londres 8 et 19 mai 1659, Hambourg, 17 décembre 1661) à Mlle Scudéry et du Maréchal d’Albret à Costar, 3 avril 1658.
- 477. La Milletière à... (autographe ?), 15 mars 1645.
- 478. Copie d’uné lettre de... à M. de Barchay, à Lyon (question d’archéologie), datée d’Aix, 7 août 1645.
- 479. Copie d’une lettre adressée à la reine Anne d’Autriche. 481 à 491. Ces dernières pièces sont des minutes de Nublé
- pour : M. de Ponnat, 30 août 1650. —M. Bernard. —-Une dame, 4 décembre 1658, — le Dr Arnault, 18 septembre 1666. — à M. Costar. — à M. de Yallois, 1660. — à Joulin, 6 octobre 1689. — Les nos 486, 488, 491 (ce dernier écrit par Mllc Nublé, c’est-à-dire la mère de Nublé, le 20 juin 1647) sont sans adresse. — Le n° 185, du 24 juin 45, non signé, est adressé à Nublé.
- Comme on le voit d’après le relevé qui précède, le Recueil Hohendorf intéresse autant, sinon plus, l’histoire des lettres el de l’érudition que celle des sciences mathématiques ou naturelles. Il est clair d’autre part que le fonds principal de ce pecueil est constitué par la correspondance de Nublé, un avocat au Parlement de Paris, qui paraît avoir été en relations assez intimes avec Sallo. Les autres séries importantes proviennent des papiers du philologue Didier Hérauld (1579-1649) ; de ceux de l’astronome Ismaël Boulliau (1605-1694) érudit dont la correspondante inédite, qui touche à tous les sujets, même à la politique, remplit, à la Bibliothèque Nationale, de nombreux volumes : enfin — et c’est là la partie la plus intéressante pour l’histoire de la science proprement dite, — nous rencontrons un assez bon nombre de pièces provenant certainement de Lhéritage du mathématicien Roberval (1602-1675) et c’est ainsi que s’explique aussi la présence de papiers de Mersenne, qui devraient figurer dans le Recueil que nous possédons à Paris (Bibl. Nat. fr. nouv. acq. 6204, 6205, 6206), mais dont Roberval s’était emparé à la mort du Minime.
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- Au contraire, la présence des pièces 451-461 soulève un problème qui précisément m’avait fait rechercher à Vienne le'Recueil Hohendorf, mais que je n’ai pu résoudre. Ces pièces, dont l’existence avait été connue de Libri et dont il y a à la Bibliothèque Nationale, dans le ms. fr. n. a. 3280, une copie faite en 1844 par Despeyrous envoyé à cet effet en mission à Vienne, semblent bien, comme l’a dit Libri, provenir des papiers de Clerselier (les unes étant de sa main, les autres copiées pour lui); il les a insérées (avec quelques changements) dans le tome III des Lettres de M. Descartes (1667). J’ai repris le texte de Vienne et indiqué les variantes de la vulgate dans mon édition des Œuvres de Fermât (t. II, Paris, Gauthier-Villars, 1894). Mais cet ensemble avait-il été conservé par Clerselier dans ses papiers relatifs à Descartes, qui ont passé entre les mains de Legrand, puis de Marmion, mais dont on n’a pas de trace depuis 1705? S’agit-il au contraire d’une copie authentique faite par Clerselier pour quelque curieux de telles choses? Dans la première hypothèse, on pourrait garder l’espérance que les papiers de Clerselier et de Legrand, si importants pour la Correspondance de Descartes, auraient été dispersés et non anéantis ; mais en tout cas il n’y en a point d’autres dans le recueil Hohendorf que la correspondance relative à la réfraction. La seconde hypothèse reste donc possible, quoiqu’elle ne soit confirmée par aucun signe extérieur.
- Il y a, dans les mss. de Vienne, une autre pièce (n° 195) de la correspondance de Fermât. Cette pièce est l’original d’une ancienne copie (ms. Vicq d’Azyr-Boncompagni) d’après laquelle je l’ai publiée dans les OEuvres de Fermât (II, Lettre 48).
- Parmi les lettres scientifiques du Recueil Hohendorf, je puis encore signaler comme déjà imprimées : la lettre de Burattini à Desnoyers, par M. Favaro [Atti del Reale Isti-tuto Veneto di scienze, lettere ed arti, LIX2, 1900), à qui
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- j’en avais signalé l’existence ; — la lettre de Huygens à Mersenne, imprimée d’après une minute incomplète et une ancienne copie de l’original, tome I de la Correspondance de Huygens, n° 14.
- Dans le volume en cours d’impression des Œuvres de Descartes, M. Adam et moi avons inséré des extraits des lettres de Letenneur à Mersenne, particulièrement curieuses pour l’histoire de l’expérience dite de Pascal, faite par son beau-frère Périer au Puy de Dôme. J’y publierai également, en Appendice, la lettre de Beaugrand à Mersenne (n° 462), violente attaque contre Descartes, et les sept lettres de Florimond Debeaune, dont on ne connaissait jusqu’à présent ni un autographe, ni une ligne écrite en français.
- J’arrête ici ces remarques, mais je dois en terminant exprimer toute ma gratitude pour la complaisance infatigable que m’a témoignée, à Munich, M. Boll, le custos des manuscrits, savant qu’ont assez fait connaître ses recherches sur l’astrologie grecque. A Vienne, le vice-directeur de la Hofbibliotek, M. Gœldlin de Tiefenau, a de même déployé à mon égard une courtoisie d’autant plus grande que j’avais plus à lui demander ; mais ce n’est malheureusement aujourd’hui qu’à sa mémoire que je puis payer mon tribut en regrets douloureux.
- Paul Tannery.
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- LETTRES INÉDITES
- ADRESSÉES AU PÈRE MERSENNE
- PRÉAMBULE
- Si l'on veut approfondir l'histoire des sciences, il ne suffit pas de s’attacher aux grandes œuvres et aux grands noms, ou du moins il faudrait reconstituer le milieu intellectuel dans lequel ces œuvres ont été conçues, pour apprécier quelles idées étaient déjà véritablement « dans l’air » et ont trouvé par suite un accueil plus ou moins unanimement favorable; quelles autres, au contraire, plus complètement originales, ont été tout d’abord incomprises et, comme telles, soit négligées, soit combattues plus ou moins longtemps. Depuis la constitution des sociétés savantes et le développement de la presse scientifique, les moyens d’information, relatifs à cette question, se sont multipliés ; mais pour la période antérieure, on n’a guère, comme ressources, que les correspondances qui ont été conservées, et dont la majeure partie est jusqu’à présent restée inédite, car les publications ont surtout porté sur les matières d’érudition.
- En dehors de la collection Hohendorf, dont j’ai parlé dans l’article qui précède, on connaît assez l’existence, à la Bibliothèque Nationale de Paris, du Recueil de lettres au Père Mer-senne, lequel remplit trois gros volumes (français nouv. acq. 6204, 620b, 6206). Il y a là un véritable trésor de renseignements inédits sur les sujets les plus divers; mais depuis une douzaine d’années que ce trésor est à la disposition des travailleurs, .il n’a guère été utilisé, sauf pour les lettres signées de noms illustres. Or en fait, les lettres au P. Mersenne émanaient, pour la plupart, de correspondants qui n’ont guère dépassé
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- l’emploi « d’utilités » ou même de simples « comparses », quoique plusieurs, dans des circonstances plus favorables, auraient pu sans doute s’élever aux troisièmes ou même aux seconds rôles, Mais c’est précisément dans cette couche intellectuelle que nous pouvons le mieux trouver, pour l’histoire des idées, le complément indispensable à l’étude des ouvrages capitaux.
- C’est à ce titre que j’ai proposé de joindre aux Mémoires présentés au Congrès, une série de lettres inédites à Mersenne. Mon but est d’ailleurs de donner un spécimen moyen de la correspondance reçue par le Minime ; je n’ai donc pas choisi spécialement des lettres en raison de leur intérêt pour telle ou telle question; j’ai réuni celles qui venaient d'une même région de la France, en fait la région bordelaise. Il m’a semblé que des publications partielles de ce genre, intéressant l’histoire locale, en même temps que l’histoire générale, pourraient être simultanément entreprises avec fruit par divers travailleurs, sans présenter les mêmes difficultés que la publication intégrale de cette énorme correspondance 1.
- Je n’ai à ajouter que quelques mots sur les règles que j’ai adoptées pour la publication des lettres ci-après ; l’orthographe a été scrupuleusement observée (même les fautes évidentes, qui peuvent être intéressantes, ont été conservées). Toutefois j'ai fait la distinction de Vi et du j, et celle de Vu et du i\ distinction qui n’existe point de fait dans les originaux, où les formes différentes pour ces lettres, se rapportant à leur position comme initiales, médianes, ou finales, sont simplement graphiques, non orthographiques. Au contraire, je ne me suis pas astreint à respecter la ponctuation qui, en général, est très irrégulièrement mise et qui suit des errements trop différents des nôtres. Pour les accents, j’ai adopté la règle, plus ou moins régulièrement suivie au xvne siècle, d’accentuer l e fermé final, soit seul, soit suivi de le muet, soit des lettres es. Je n’ai ajouté d’autres
- 1. Si, par exemple, j’ai choisi la région bordelaise, c’est que mon excellent ami M. Ilochart a bien voulu se charger pour moi des recherches indispensables sur la personnalité des correspondants de Mersenne; en particulier il a débrouillé la généalogie de la famille d’Espagnet, reconstitué l’histoire de François du Yerdus et a réuni sur Thomas Martel les documents que j’ai utilisés.
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- accents que là où ils se trouvent réellement dans les manuscrits b J'ai introduit les signes d’apostrophe, très souvent omis ; pour les cédilles j’ai suivi les autographes. Enfin j’ai résolu les abréviations non habituelles.
- Paul Tannery.
- A
- Pierre Trichet à Mersenne.
- Pierre Trichet, avocat à Bordeaux, mort en 1644, est le père de Raphaël Du Fresne ou Trichet du Fresne (avril 1611-4 juin 1661), érudit assez connu, lequel se trouvait déjà à Paris en 1631, lorsque les deux lettres ci-après furent écrites, le 9 janvier et le 27 ax^ril). Pierre Trichet a laissé en manuscrit quelques poésies latines, mais rien, que l’on sache, du Traité historique qu’il projetait sur les instruments de musique, et qui paraît avoir été l’occasion de ses relations avec Mersenne. D’autre part, c’est par les Trichet, semble-t-il bien, que Mersenne, à une date postérieure, connut les Fssays du périgourdin Jean Rey, assez connu dans l’histoire de la chimie ‘1 2.
- I. — (Bibl. Nat. fr. n. a. 6206, p. 91.)
- Mon reverend pere, Estant de retour de la ville de Xainctes, ou je m’estois retiré a cause de la contagion qui estoit a Bourdeaux, j’ay trouve despuis peu de jours chez le
- 1. Par suite, je n’ai pas accentué en général IV ouvert final, suivi d'un s, comme dans après ; l’usage de l’accent ouvert ne s’est en effet répandu que dans la seconde moitié du xvne siècle. On doit d’ailleurs remarquer qu’alors, dans le corps des mots, l’accent n’est pas une indication plioné-Lique, c’est un signe abréviatif remplaçant l’s ; ainsi égal et esgal représentent en fait une même orthographe; égal en est une autre.
- 2. A sa réédition des Essays en 1777, Gobet a ajouté une lettre de Jean Rey, datée du Bugue, 21 mars 1643, et une autre de Brun, apothicaire, de Bergerac, le 22 avril 1640. Ces deux lettres sont les seules du Recueil de la Correspondance de Mersenne, qui aient été imprimées avant 1888, date à laquelle ce Recueil est entré à la Bibliothèque Nationale.
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- maistre de la poste une lettre de vostre part qui s’addres-soit a moi, daltée en derniere datte du 15 d’octobre dernier, de laquelle je receus un indicible plaisir, et ne suis que marri de n’avoir assés de doctrine et suffisance pour respondré pertinement aux questions que vous me proposés, lesquelles estant toutes philosophiques et mathématiques meriteroient d’estre aussi traittées philosophiquement et mathématiquement, ce que mon incapacité [de] 1 ne me permettant, je ne veux pas m’y arrester beaucoup.
- Pour la première, scavoir en quel moment se faict le son dans un tuiau d’orgue, ou bien des que le vent touche la languette, ou bien lorsqu’il est parvenu aux extrémités du tuiau, je respons avec Galen 2 et dis que tout ainsi qu’en la voix humaine les cartilages servent d’instrument pour former la voix, laquelle se faict premièrement au gosier en la partie que les Grecs appellent larins, puis se dilate et s'augmente dans le palais de la bouche jusques a ce qu’elle soit parvenue au bord des levres; que de mesme au tuiau d’orgue il semble que le son se face immédiatement lorsqu’il vient a frapper la languette, se dilatant par apres dans l’es-tendue de tout le tuiau. Que le son ne se face pas plus tost que cela, l'exemple de l’aspre artere au gosier le monstre assés, laquelle seule se remplit d’air externe pour faire enfler les poulmons, et iceux ayant attiré l’air le rejettent par après par la mesme artere, et en le rejettant il vient a passer par le larinx sur lequel repose la luette, et a mesme instant se vient a former la voix : neantmoings il est vrai qu’elle a besoing des autres ressorts de la bouche, et d’autres adminieules pour estre bien articulée et parfaicte.
- La seconde question proposée est pourquoi deux tuiaux qui ne sont pas justes a l’octave ou a l’unisson se font trembler : sur quoi j’ay a vous respondre que vous présupposés comme véritable une chose qui est grandement doubteuse,
- 1. Mot à rayer.
- 2. En marge : « 7 et 8 de usu partium. »
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- qu’il faudroit avoir premièrement esprouvé avant d’y adjous-ter foi, et puis, si cela arrive infailliblement, c’est lors qu’il en faudroit recercher la cause. Que si quelqu’un en a faict l’expérience, il est a craindre que les tuiaux estoint mal posés et qu’ils ont tremblé par quelque autre accident. Gela veux-je bien croire que lorsque l’octave et l’unisson ne sont pas en leur juste proportion, que le son qui en resuite est comme chancelant a cause de son inesgalité.
- Quant a la troisième question, qui est de scavoir combien le son d’un instrument de musique qui faict la double ou triple octave en bas est entendu de plus loing et plus tardivement que le son qui est a la double ou a la triple octave en haut, j’advoue franchement que cette question me semble difficile et de haute levée, et que je me defïie fort de la pouvoir résoudre : toutesfois il faut que je vous die ce que j’en pense. Pour trouver ce que vous demandés, il ne faut a mon advis que cercher la différence qu’il y a entre la distance du son de la double ou triple octave d’en haut, et le son de la double ou triple octave d’en bas : car si on a trouvé a quelle distance se peut ouir le premier son, on pourra aisément, par la différence qu’il y a d’icelui a l’autre suivant et opposé, dire combien loing on se peut reculer pour ouir cettui-ci. La supputation et l’essai qu’il en faudra faire vous sera très facile, si vous jugés que j’aye bien rencontré : sinon je vous quitte le dé comme estant mieux versé que moi en cet estude.
- Peut estre aussi que mon fils, qui est de par de la, pourra satisfaire sur le subject de cette question, s’il veut tant soit peu l’examiner. Mais que dis-je? qui doubte que vous ne la puissiés résoudre, s’il vous vient a gré, puisque vous estes venu a bout.d’autres choses plus subtiles? et que vous en promettés encore de pins grandes, comme de trouver le moyen de faire des orgues qui prononcent aussi bien les paroles et les discours que les hommes, de laquelle promesse vous estes obligé de vous acquitter.
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- Quant a moi, tout ce que je prétends en mon livre est seulement de traitter historiquement des instruments de musique sans m’amuser a des recerches qui surpassent la capacité de mon esprit. Sur quoi voulant avoir vostre jugement, je m’estois mis en chemin pour vous aller voir a Paris, durant que la contagion afïligeoit la ville de Bour-deaux : mais apres m’estre arresté à Xainctes pour quelques affaires, survint la rigueur de l’hyver qui m’empescha et destourna de passer outre, joint que la contagion ayant cessé a Bourdeaux, il a esté expédient que je m’en retournasse : neantmoins si je peux mettre ordre a mes affaires, j’espere vous aller voir dans quelque mois. Cependant, je serai bien aise de voir en lumière les livres de musique que vous promettés et principalement celui des instruments de musique, n’ayant encore pu recouvrer vostre Traitté de l’Harmonie Universelle, combien que j’aye employé plusieurs personnes pour me l’apporter. Voila tout ce que j’ay a vous escrire pour le présent, sauf a vous dire que mon fils vous desduira l’ordre et la méthode de mon livre, et a vous asseurer que je suis et serai toute ma vie,
- Mon Reverend Pere,
- Vostre très humble et affectionné serviteur,
- Trichet.
- De Bourdeaux, ce 9 janvier 1631.
- (Adresse)
- Au Reverend pere Mersene religieux au couvent des Minimes de la place royale, a Paris.
- II. — (Bibl. Nat. fr. n. a. 6206, p. 330.)
- Mon Reverend Pere, J’ay prins tant de plaisir a la lecture de vostre lettre et au récit des questions que vous y avés desduit, que je m’estois proposé de vous faire responce
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- tout a l’instant: mais ayant esté obligé par courtoisie d’aller aux champs, j’ay tardé sans y penser pins que je ne de vois a vous escrire. Or m’arrestant a ce qui mérité plus d’estre examiné et laissant a part le reste, je vous dirai touchant l’ame de la viole que sans elle l’instrument ne resonneroit jamais si bien : d’autant que comme l’ame dans un corps organisé sert pour lui causer le mouvement et faire agir tous les sens, que de mesme dans la viole, l’ame sert pour communiquer le son de la table supérieure a l’inferieure, et fait mesme chose qu’une branche d’arbre opposée a la violence du vent, laquelle par ce rencontre le faict siffler plus qu’il ne feroit.
- Quant a la question pourquoi nous ne formons point de voix quand nous soufflons de toute nostre force, c’est qu’il ne se faict point de collision d’air a l’issue du souffle dans la concavité de la bouche, d’autant qu’il sort librement sans aucun empeschement, tout ainsi que faict le vent qui sort des soufflets qu’on tient en main.
- L'autre question, scavoir combien aigue ou grave est la voix de ceux qui parlent si bas qu’ils ne peuvent estre entendus, me semble pareille a cette autre question qu’on pour-roit faire avec mesme raison, scavoir quelles sont les voix et les accords que 'font deux muets qui veulent ensemble chanter en musique.
- La question suivante m’aggrée davantage, scavoir en quel estât est le larynx tant lorsqu’on chante l’aigu que lorsqu’on chante le grave. Je ne scai pas ce que vous avez leu touchant cela, ni ce qu’en disent les anatomistes : mais voici ce que j’en pense : c’est que le larynx servant a former les unes et les autres voix, s’amplifie et se dilate lorsqu’on chante a voix grave, mais venant a chanter a l’aigu se res-trecit.
- Quant a l'exemple que vous m’envoyés pour satisfaire a ma réquisition, ce n’est pas a mon advis ce que je vous ay demandé : ains^ voulois voir un exemple en musique figu-
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- rée par chifres ou se trouvassent les syncopes et les dissonances meslées avec les consonances. Mon fils m’a enfin envoyé vostre docte Traité de l’Harmonie Universelle, lequel j’ai leu avidement avec autant de plaisir que je voudrois de bon cœur que le reste de vos œuvres touchant la musique fut imprimé tant pour le bien et instruction du public que pour votre consolation en particulier, a qui tant de belles inventions ne peuvent apporter que de l’honneur, de quoi j’aurai subjet de me resjouir comme estant,
- Mon Reverend Pere,
- Vostre très humble et affectionné serviteur,
- Trichet.
- Bourdeaux, ce 27 avril 1631.
- B
- J. Lacombe à Mersenne.
- Le R. P. Lacombe, de Toulouse, était confrère en religion de •Mersenne. Les deux lettres ci-après qu'il lui écrivit de Blaye, le 30 juin et le 18 août 1640, furent, entre Descartes et Mersenne, l’objet d’un échange d’observations (Lettres de Descartes des lo septembre, 30 septembre et 28 octobre 1640). Une troisième lettre de Lacombe semble avoir été communiquée en original par Mersenne à Descartes et, par suite, se trouver perdue aujourd’hui.
- Des extraits des deux lettres conservées ont été imprimés, avec quelques observations, par M. Charles Adam et moi dans la nouvelle édition des Œuvres de Descartes (Correspondance, tome III, Léopold Cerf, 1899; pages 182, 197, 198, 219, 220, 221).
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- III. — (Bibl. Nat. fr. n. a. 6204, p. 392.)
- A Blaye, ce 30e Juin 46â0.
- Mon Reverend Pere très humble salut en J. C.
- Je sens bon et mauvaix gré au R. P. Augier de ce qu’il vous a parlé de moy, bon gré de m’avoir procuré la cognois-sance d'une personne que j’estime et que j’honore si particulièrement que je fais la vostre, mauvaix de ce qu’il vous a trompé me représentant a vous tout autre que je ne suis. Je ne suis ny homme d’estude ny homme de travail pour avoir faict de grandes spéculations et si j’avois commencé a tracer quelque traicté de philosophie, ce n’estoit pas pour mon propre genie, mais pour satisfaire a Monsieur le Duc de S. Simon et l’Evesque de Bazas qui m’avoient prié de mettre par escrit diverses choses de philosophie que j’avois avancé dans la conversation, qui n’estoit pas si conforme a la doctrine commune ny aux principes d’Aristote, ce que j’avois faict a dessein pour rendre la conversation plus agréable et pour treuver moyen de dire quelque chose devant un Prélat qui scait incomparablement mieux que moy la philosophie des Peripateticiens. Comme j’avois entrepris ce travail a leur sollicitation, je l’ay discontinué des qu’ils ont cessé de m’en parler. Je vous dis cecy pour vous détromper sur les impressions qu’on vous peut avoir donné de moy et afin que vous n’attendiez de moy rien de grand ni d’extraordinaire. Neanmoins puisque vous voulez que j’use de franchise envers vous et que vous demendez que je vous escrive mes sentiments sur quelques difïicultez, je ne douteray point de publier mes ignorances devant vous. Ces difïicultez me sont aussi bien difïicultez qu’a vous et je desirerois bien de recevoir vos lumières sur ces suhjects. Je
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- ne suis point les principes d’Aristote que je treuve pour la pluspart peu intelligibles et peu conformes au sens commun de ceux qui ne se laissent pas conduire a l’aveugle et qui veulent aprendre la doctrine par lumière et non par foy. Ainsi vous ne devez treuver estrange si mes sentiments ne s’accordent pas avec sa doctrine.
- La raréfaction, si on la veut admettre en toute sorte de corps, ne peut commodément a mon avis estre expliquée qu’en disant que les indivisibles de la matière sont indif-ferens de leur nature, aussi bien que les esprits, a occuper un plus grand ou plus petit espace et qu’en la raréfaction ils en occupent un plus grand, en la condensation un plus petit. Que si, comme il n’est pas aussi necessaire de l’estendre davantage, on restraint la raréfaction a l'eau et a l’air, je crois que pour l’ordinaire elle se faict par le meslange de beaucoup de petits corps igneéz, ce que je me persuade d’autant plus aisément que la dilatation ne se faict d’ordinaire que par l'impression de la chaleur. Je dis qu’elle se faict ainsi d’ordinaire, parce qu’elle se faict autrement quand elle arrive sans chaleur, comme quand pour éviter le vuide l’eau monte en se raréfiant. Pour expliquer donc comme elle se faict en ce rencontre, je présupposé que toute pénétration ne répugné pas a la nature, mais seulement la pénétration d’une matière semblable (car je ne tiens pas qu’il n’y ait qu’une seule matière commune) : ainsi en la mixtion les éléments entrent l’un dans l’autre. La raréfaction donc en ces te occasion se faira en ce que le feu sortira de l’eau et occupera quelque espace particulière. Les mesmes principes qui servent a l’explication de la raréfaction, servent aussi pour la condensation. J’estime que l’eau et l’air ne different que par le plus grand ou moindre meslange de feu. L’eau glacée a peu ou point de feu, l’eau liquide en a davantage, l’air encor davantage; quand donc le feu se retire de l’eau, elle se glace et quand il se retire en partie de l’air, en une certaine proportion l’air devient eau. Ce n’est
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- donc pas la plus grande ou moindre raréfaction seule qui faict la distinction de l’eau et de l’air, et ainsi il n’est pas necessaire que l’air condensé dans une harquebuze se convertisse en eau parce qu’il retient tout son feu.
- Geste doctrine, comme vous voyez, présupposé que le feu est distinct de l’air ou que ce n’est pas seulement un air raréfié; ses effects et la vivacité de son mouvement ou de son action tesmoigne a mon advis assez ceste différence.
- Pour la lumière, c’est la chose du monde ou mon esprit trouve moins de lumière. Je vous diray neanmoins comme a tastons ce que j’en pense. Je crois que nous devons faire deux différences de lumière, la primitive ou substantielle, et la seconde ou accidentelle. La première est ou la mesme substance du feu, ou bien certes une autre substance plus subtile qui accompagne d’ordinaire le feu et par la participation de laquelle se font toutes les couleurs. La seconde est l’image de la première et telle est, comme je crois, celle que nous voyons dans l’air, qui n’est autre chose que l’image de ceste lumière primitive qui est au soleil, image, dis je, ou médiate ou immédiate, c’est à dire ou image ou image d’image. Les escailles du poisson, le bois pourry, le ver luisant, etc. sont illuminez par la lumière substantielle, quoy que leur esclat soit offusqué durant le jour par un plus grand. Gela présupposé, il est aisé d’expliquer comme la lumière se porte en un instant, ou au moins dans un temps imperceptible, du ciel a la terre, puisque la cause, des qu’elle est, peut produire son effect, d’ou s’ensuit que pleusieurs causes subordonées, et dont les unes dépendent des autres, peuvent agir en mesme instant. De ce que la lumière ramassée produict le feu, cela vient de ce qu’elle est accompagnée de quantité d’esprits igneez qui estants ramassez font un corps de feu.
- L’origine des âmes des plantes et des animaux ne vient point du ciel ny de l’ame universelle, ny des éléments, mais bien de la terre et de l’eau, ou au commencement elles ont
- Congrès d'histoire (Ve section).
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- esté logées par la disposition du Créateur, comme il se collige de la Genese. Elles commencent d’agir lorsqu’elles rencontrent un corps qui puisse servir d’instrument a leurs premières actions, et de mesmes elles cessent d’agir lorsque ces organes leur manquent, de sorte qu’en quelque sens il est vray qu’elles sont tirées de la matière, non quant a leur estre, mais bien quant a leur operation. Vous trouverez peut estre estrange que j’aye dit que ces âmes ne vienent point des éléments et qu’elles vienent de la terre et de l’eau, mais je ne crois pas que la terre et l’eau soient les premiers éléments, mais je pense que ce sont des mixtes.
- Je ne treuve point que le flux de la mer se puisse expliquer par le Soleil et la Lune, bien que je croie que ces astres contribuent a faire les plus grandes marées. La cause la plus probable de ce flux se doit prendre, selon mon jugement, des esprits igneés et autres semblables a ceux qui forment les vents, lesquels s’eslevent de certaines contrées et se meslent parmy les eaux et leur impriment ce mouvement. Ce qui semble estre sensible en ceste mer Oceane ou la marée est tousjours accompagnée d’un petit vent qui sort de l’eau, et ou dans douze heures, qui est la durée du flux et reflux ordinaire, on a veu quelquefois trois flux et trois reflux, quelquefois sept, les vents estant pour lors fort grands et extraordinaires.
- Vous me demendez en fin quelque raison contre les Athées qui soit convainquante. Vous examinerez si celle-cy est de ceste nature. Nécessairement une partie de la contradiction subsiste et chasse sa contradictoire, tontes deux ne pouvant estre ensemble. Mon estre est maintenant et avant cinquante ans mon non estre estoit et mon estre n’estoit pas. Je demende maintenant quel a esté plus tost, l’estre absolu ou le non estre absolu : on ne peut dire que c’a esté le non estre absolu, car tout estre eust esté impossible, l’estre ne pouvant sortir du non estre. Il faut donc dire que l’estre absolu a esté plus tost et l’estre absolu c’est Dieu.
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- Les difïicultez des Athées ne me semblent pas avoir grand poids. J’avoue bien que précisément l'infinité ne vient point de l’independance de quelque cause. Platon, qui a creu sa matière sans cause, ne l’a pas pour cela admise infinie. Partant je ne crois pas que pour preuver la dépendance des créatures, il faille argumenter par leur limitation, mais bien par leur imperfection, car elles sont toutes dépendantes de leur operation, elles le sont donc en leur estre, elles peuvent recevoir, perdre, elles sont sousordonées les unes aux autres, et il semble clair que ces choses ne peuvent subsister avec l’independance, car pourquoj ne seroinl elles absolument indépendantes? Certes on ne scauroit rendre raison pourquoy quelques estres finis seroint indépendants et non tous, et moins encore pourquoy ceux qui seroint indépendants le seroint en quelque considération et non absolument, Quant a la seconde, il est évident que le mal n'est destruit que par un bien qui soit de mesme ordre : le bien de l’homme n’oste que le mal de l’homme et non celuy du cheval et de l'ange. Ainsi le bien infini, qui est en Dieu, n’ostera ny tout mal ni mesme précisément l’infinité du mal, mais seulement tout mal et toute infinité de mal qui s’opposera au bien qui est en Dieu. Je scay bien qu’il est malaisé de convaincre entièrement un esprit subtil qui ne veut que fuir, mais je ne crois pas qu’un bon esprit qui veut ceder a la raison puisse treuver aucune probabilité dans le parti des Athées. Voila, mon Reverend Pere, ce que mon obéissance vous rend, non que je croye satisfaire a vos diffi-cultez, mais seulement a mon devoir étaux volontez quej’a^ de me tesmoigner,
- Mon Reverend Pere,
- Vostre très humble et très affné serviteur,
- F. J. Lacombe, M. I.
- (.Adresse)
- Au Reverend Pere, Le Reverend Pere Mersenne Religieux Minime, a Paris, a la place Royale.
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- IV. — (Bibl. Nat. fr. n. a. 6204, p. 212.)
- Mon Reverend Pere très humble salut en J.-C.
- Je ne trouve point estrange que vostre esprit ne soit pas satisfait de mes solutions, puis que le mien mesme ne l’est pas. Nous vivons icy dans les tenebres, et a mon advis nos plus grandes démonstrations physiques ne vont pour l’ordinaire qu’a monstrer que les choses peuvent estre selon les idées que nous en concevons, et non qu’elles soient ainsy en elfect. C’est de la sorte, crois je, que mes sentimens expliquent la possibilité des choses en la façon que je les conçoys, et non la vérité de leur estre qui nous est cachée. Vous m’obligés infiniment de me faire voir les difficultés que mes solutions ont laissé en vostre esprit, qui ne me semblent pas insolubles.
- Sur ce que j’avois dict que la raréfaction pouvoit estre expliquée par l’indifference des indivisibles materiels, semblable a celle des esprits, a occuper un espace ou divisible ou indivisible, plus grand ou plus petit, vous demandés 1° comment l’air comprimé, trouvant la liberté, se porte avec tant de force a se dilater comme il estoit devant la compression, s’il est indifferent d’estre condensé ou raréfié? 11°. Que je n’ay pas dict que les corps fussent indiiferens, mais les indivisibles. Car chasque corps demande une certaine disposition en ses matières, c’est a dire, d’estre plus ou moins rares, d’avoir plus ou moins de pores, etc. Et lorsqu’it vient a perdre cet estât, il souffre violence, de sorte que l’empechement estant osté, il revient a son premier estât, chasque chose ayant la puissance naturelle de se maintenir et pourvoir a son bien, si elle n’est pas empêchée par une autre plus puissante. Et cette mesme solution sert a ce que vous demandés apres, par quelle force l’arc bandé
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- se desbande, la corde estant ostée? Car c’est par la force que ce corps a de conserver sa naturelle figure et disposition, tandis qu’il n’est pas empeché.
- 2° Vous demandés quelle différence il y a entre la matière et les esprits, si les uns et les autres sont indivisibles? R°. Qu’elle est très grande, en ce que les indivisibles de la matière ne peuvent subsister naturellement sans l’union de leurs semblables, parce que la fin des estres estant l’action, et les indivisibles de la matière ne pouvant agir seuls, pour estre trop foibles, ils demandent la société de leurs semblables, que les esprits ne demandent pas : un esprit indivisible ayant en soy toute la force spirituelle qu’il peut avoir.
- A ce que vous adjoustés, que la matière ne peut estre conceue divisible, si elle est composée d’indivisibles, et que c’est comme un principe, ex divis. nihil indivisibile, je dis qu’il est inconcevable tout au rebours, comme de deux indivisibles ne se fera un divisible, ainsy que de deux imités un nombre. Si deux esprits estoient joincts ensemble, ils pour-roient estre mis dans l’estât de leur première division, et ainsy le composé de ces deux indivisibles seroit divisible. On peut dire le mesme d’un composé de deux indivisibles materiels.
- Yostre 3e difficulté est comprise dans la première, et une mesme solution les resoult toutes deux. Vous dictes en suitte, qu’il est inconcevable que les matières, pour si dif ferentes qu’elles soient, se puissent penetrer, parce que chascune d’entre elles a ses dimensions corporelles qui sont les sources de l’impénétrabilité. Et moy je dis que je ne puis assés admirer cette erreur commune, que les dimensions soient cause de l’impenetration, puisque aussy dans la doctrine commune les accidens, qui ont aussy leurs dimensions, pénétrent la matière, et de mesme la force pénétré la matière. Il est malaisé de concevoir sans autre raison que celle de la nature des dimensions, comment une dimension semblable peut de soy avoir de la répugnance avec une
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- autre semblable et plus encor qu’elle aye la force de la chasser, puisqu’il semble que les dimensions ne soient pas entre les choses actives. La vraye raison de cette répugnance se prend du dehors, et non de la nature de la dimension, et consiste en ce que la nature nefaict rien en vain, et l’assemblage de plusieurs matières semblables, aussy bien que de plsieurs forces semblables, seroit en vain en un mesme espace : raison qui n’a point de lieu aux matières dissemblables, non plus qu’aux forces dissemblables. Or comme la nature a la puissance d’arriver a sa fin, chasque matière et chasque force a la force de repousser la semblable aussy bien que la contraire.
- Les petits vuides de Democrite que vous semblés admettre pour expliquer la condensation ne me semblent point admettables, si vous n’avés d’autre raison qui vous les face admettre que la condensation, puisqu’il semble que la nature abhorre le vuide, et que la condensation se peut expliquer autrement.
- Vous demandés encor, si les parties ignées occupent de soy quelque espace sans autre matière. Je croy que pour l’ordinaire elles n’en occupent pas, mais qu’en la raréfaction elles en occupent, parce que pour lors elles sortent de l’autre matière, y estant nécessitées, soit pour esviter le vuide, soit par la chaleur, soit par quelque aultre violence estrangere. D’ou vient que ceste violence cessant et les choses devant retourner a leur estât naturel, les parties qui estoient sorties rentrent dans l’autre matière. Et ainsy se faict la condensation, quand elle vient apres la raréfaction. Et quand elle se faict avant la raréfaction, une partie de la matière subtile qui estoit dans les pores entre dans l’autre matière. Ou bien autrement, selon la première doctrine, quelques parties indivisibles, qui occupaient un espace, commencent a en occuper un plus petit, selon qu’elles y sont déterminées par les agents extérieurs qui leur font violence.
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- Vous me demandés de plus si une corde d’arc, en se desbandant, va plus viste au commencement de son mouvement ou plus lentement, et avec quelle proportion? Je croy qu’elle se meut plus viste au commencement : ce qui semble estre sensible en ce que la flesche va plus viste a mesure que la corde quiluy donne l’impression estoit plus bandée. Il semble encor que cette vistesse ne se relaschepas esgallement, mais moins au commencement qu’a la fin.
- Pour ce qui regarde la lumière, je croy avoir expliqué en ma Ie lettre comme en un instant tout l’espace qui est entre le ciel et la terre pouvoit estre illuminé par les lumières secondes, quoy que non pas par les premières, dont le mouvement est successif, quoy que imperceptible ; ce que l’experience nous semble faire voir en ce que la derniere lumière est foible au commencement ; et lorsque la lumière passe plus avant, elle reçoit des mouvemens successifs, ce qui se faict parce que a la lumière seconde qui arrive la première, succédé la primitive qui arrive apres.
- Ce que vous adjoustés, que vous soupçonnés quelque mystère en la lumière, sçavoir qu’elle est comme un milieu entre les corps et les esprits, aussi bien que les corps glorifiés ; et qu’elle tient en partie de la nature des corps et en partie de celle des esprits, me semble fort gentil, mais je ne croy pas qu’il soit necessaire de l’admettre, sinon de la lumière seconde, ainsy qu’il semble évident que les especes intensionnelles se pénétrent dans un mesme espace, et si vous l’admettiés de la lumière première, que vous croyés avec moy n’estre pas distincte de la substance du feu, comment pourroit subsister vostre doctrine, que l’im-penetration vient des dimensions, puisque le feu est un corps?
- Je ne loge pas les âmes des plantes et des animaux dans les elemens primitifs, mais bien dans la terre et dans l’eau. Je croy qu’elles sont dans leur estre indépendantes de la matière, mais pour cela elles ne sont pas spirituelles, mais
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- materielles et composées des parties divisibles comme les corps. Et je ne voy pas comme on peut establir ces âmes et les autres forces, s’il y en a, pour des principes physiques et les rendre dependans de la matière, puisque entre les premiers principes l’un ne dépend point de l’autre. Et ce qu’on respond dans l’escholle, qu’ils ne dépendent point l’un de l’autre en mesme genre de principes, ne me semble nullement solide. S’il y de voit avoir quelque dépendance entre les principes, il y auroit plus de raison de dire que la matière dépend de la force, puisque la force est plus par-faicte, qu’au rebours : outre que cette dépendance materielle n’est ny explicable ny concevable. Ces elemens primitifs ne sont point ceux des chimistes, mais bien les principes de toutes les qualités premières : et sont pour le moins quinze en nombre. Ils sont premiers principes materiels sans recourir à cette première matière vulgaire, laquelle ne pouvant estre nettement conceue, je la range avec vous entre les choses imaginaires. Or et bien que je croye que ces elemens primitifs sont les vrays elemens et tiennent lieu de matière première, je ne pense pas néant-moins qu’ils soient tous communs a tous les corps, de mesme qu’en la philosophie d’Aristote on admet des mixtes imparfaicts, bien que on croye que les quatre elemens vulgaires soient les principes materiels des mixtes.
- Je ne voy pas comme avec quelque apparence de raison les athées peuvent rendre toutes choses indépendantes. Ils ne peuvent pas au moins nier qu’il n’y aye quelque production en la nature, car il y a des mouvemens et des unions, et mesme des especes comme celles qui se voyent aux miroirs, sans que ces estres soient composés des atomes eternels. Que s’il y a quelque production, pour quelle raison niera on que tout ce au dessus de quoy on pourra concevoir un estre plus parfaict ne puisse estre pro-duict? Or pouvoir estre produict et estre absolument indépendant, ne s’accordent pas ensemble. Certes tout ce que nous concevons distinctement comme possible est possible.
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- Or nous concevons distinctement que tout estre qui n’est pas tout estre, et qui n’est pas absolument parfaict, peut estre produict. Puisque nous voyons par expérience qu’il y a des estres imparfaicts qui sont produicts, de dire que toutes choses soient esgallement parfaictes, comme veulent les athées, cela choque si fort le sens et l’experience, que je ne sçay comme on l’a peu seullement penser. Diront ils que mon image représentée dans un miroir est aussy par-faicte que moy?
- Contre ce que j’avois taché de monstrer, que Dieu estant un bien infiny, ne doive pas cesser tout mal, parce qu’il contient tout bien en eminencè, et non pas formelement, vous objectés que l’eminence estant plus puissance que la formalité, elle doit faire ce que fait la formalité. Mais l’eau de vie, qui est extrêmement chaude en eminence, ne chasse pas le froid formel, parce qu’il ne luy est pas contraire, la contrariété ne se pouvant trouver qu’entre les choses de mesme ordre. Ainsy donc Dieu estant tout bien et tout estre en eminence, ne chassera pas tout mal et tout estre imparfaict, mais au contraire il pourra produire tout estre imparfaict, comme le chaud eminent de l’eau de vie peut produire le chaud formel.
- Ceux qui expliquent le flux et reflux de la mer par ce double mouvement de la terre, outre qu’ils expliquent une chose certaine par des choses incertaines, se trouvent courts a expliquer les expériences très certaines, desquelles je vous ay escrit de trois et de sept reflux dans douze heures : auxquelles j’en adjouste une autre que j’ay veu souvent de mes yeux. C’est qu’aux moys de juillet et d’aoust irrégulièrement et sans ordre certain de temps, la marée entrant dans la Dordogne, il s’esleve quelquefois tantost vers un rivage, tantost vers l’autre, une grande montagne d’eau, qui tient un cinquiesme ou un sixiesme de la largeur de la riviere, et se meut beaucoup plus viste que la marée. On appelle cela le Mascaret. Comment expliqueront-ils encor diverses autres sortes de flux et de reflux qui se trouvent en
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- des puits et en des fontaines? Aux Pjrenées, il y a une fontaine appellée en langage du pays La fort estorbe, c’est a dire, la fontaine du destourbier, qui a chasque deux heures a son flux et reflux : le flux durant une heure, et le reflux durant une autre ; et cela seulement durant le printemps et l’esté, et quelquefois durant l’automne, mais jamais durant l’hyver. En ces mesmes Pyrénées, il y a une autre fontaine qui a son flux et reflux dans cinq heures.
- Vous demandés par conclusion, quel est le principe du mouvement des choses graves, et d’ou vient que leur mouvement est plus viste a la fin qu’au commencement. Je croy que ce que les philosophes vulgaires ont dict du centre de la pesanteur et de la legereté sont des fictions. Tant s’en faut que la pesanteur soit cause du mouvement en bas, que le mouvement en bas ou l’effort a de se mouvoir, est cause de la pesanteur. Et de la vient que celuy qui estsoubs l’eau n’en sent point la pesanteur, parce qu’estant en son lieu elle n’a point de mouvement en bas. Je pense donc que le gros attire la partie, et que aussy la partie se meut vers le gros pour se joindre a son semblable, de sorte que si la terre estoit au ciel, la partie y monteroit par mouvement et par attraction. La plus grande vistesse du mouvement sur la fin vient a mon advis de ce que la puissance attractive agit plus fortement de prés que de loing.
- Il ne me reste rien plus a vous dire sinon que je suis,
- Mon Reverend Pere,
- Yostre très humble et très affectionné serviteur en J.-C-
- F. J. Lacombe M. I.
- J’ai esté constrainct de me servir d’une main estrangere pour me treuver indisposé..
- De Blaye ce 18 d’Aoust 46AO.
- (Adresse)
- Au Reverend Pere, Le Reverend Pere Mersenne, Religieux Minime. A Paris a la place Royale.
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- C
- Aubert à Mer senne.
- Cet Aubert ne fait en réalité pas partie des correspondants de Mersenne à titre scientifique; mis accidentellement en rapport avec le Minime à Paris par le jésuite Chastellain, il se sera offert à Mersenne pour faire ses commissions à Bordeaux et sa lettre du 31 août 1646 n’aura été conservée qu’au sujet du prétendu miracle dont il y est parlé. Mais cette lettre a un autre intérêt, par suite de la mention qui est faite du conseiller Etienne d’Espagnet *, fils du président Jean, le philosophe hermétique. Ni le père, ni le fils ne figurent parmi les correspondants attitrés de Mersenne, mais il est aisé de deviner l’objet des deux lettres transmises par l’intermédiaire d’Aubert. Il s’agissait des pièces inédites de Yiète, que possédait Etienne, et que demandaient les Elzevirs pour un second volume de leur édition, parue précisément en 1646. Voir la préface Elzevirii ad lectorem, mentionnant à cet égard l’intervention « tum R. P. Mercenni, tum alio-rum præstantium virorum ».
- V. — (Bibl. Nat. fr. n. a. 6204, p. 420).
- Mon très Reverend Pere,
- J’ay receu celle qu’il vous a plu me faire la faveur de m’escrire du 16e de ce mois; (elle)1 2 m’a esté rendue avecq deux adressente a Monsieur Despaignet que je luy ay rendues en main proppre. Je ne manqueray de vous envoyer le tuyau d’orgues dont me parlez, lorsque je l’auray receu : pour ce qui est du miracle, qu’avez apris estre arrivé a une servante de Bourdx, je vous diray que le bruit en a
- 1. En 1646, Jean d’Espagnet, s’il vivait encore, ce qui est improbable, aurait eu plus de quatre-vingts ans. Sur Etienne d’Espagnet, ami intime de Fermât, voir ce que j’ai dit dans l’avertissement, p. XV du tome III des Œuvres de F. (Paris, Gauthiers-Villars, 1896). Son nom revient encore dans la lettre suivante, de François du Verdus à Mersenne.
- 2. Mot oublié par inadvertance.
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- esté grand, mais Made la présidente de Pontac, voullant scavoir la veritté, la fist venir chez elle et s’estant enquis d’elle on sa main luy avoit esté couppée, elle luy dist que s’estoit a l’hospital, ou ma ditte dame s’estant transportée au dit hospital, elle fist venir le chirurgien lequel dit ne cognoistre la ditte servante : par ainsy l’on cogneust que c’estoit une fourbe et par plusieurs autres discours qui se sont trouvez n’estre véritable : c’est tout ce que j’en ay peu apprendre ; s’il ce présente quelque occasion de vous servir icy, je vous supplie vouloir employer celluy qui prend la liberté de se dire,
- Mon très reverend pere,
- Yostre très humble et très obéissant serviteur,
- Aubert.
- A Bourdx ce XXXI Aoust 16b6.
- Je sallueray avecq vostre permission le R. P. Chastel-lain 1 en qualité de son serviteur.
- (Adresse)
- Au Reverend, Reverend Pere Marceline, minimes de la Place Royalle a Paris.
- D
- François du Ver dus à Mer senne.
- François Bonneau, seigneur du Yerdus, rejeton d’une famille parlementaire de Bordeaux, né en 1620, mort le 20 août 1675, perdit son père, le conseiller François Bonneau de Cansec, à l’âge de deux mois. Elevé pour vivre en gentilhomme, il alla passer quelques années à Paris à partir de 1639 et s’y adonna
- 1. Le R. P. Chastellain (Jean) est un jésuite dont il existe deux lettres dans la Correspondance de Mersenne.
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- particulièrement aux mathématiques. C’est pendant cette période qu’il dut rédiger l’exposé de la méthode des tangentes dite de Roberval, tel qu’il figure parmi les Œuvres de ce dernier dans les anciens Mémoires de VAcadémie des Sciences, t. VI. Dès cette époque, il est en relations amicales avec Mersenne et lui adresse un court billet, que j’ai publié, à propos du géomètre Chauveau, dans le Bulletin des Sciences mathématiques de février 1895, et qui est également reproduit dans la nouvelle édition des Œuvres de Descartes [Correspondance, II, 1898, p. 115).
- Au commencement de 1644, Du Verdus part pour Rome avec la maison de l’ambassadeur Saint-Chamond. Il entre en relations avec les savants italiens, notamment avec Torricelli, auquel Mersenne l’a recommandé. Il lui adresse, du 9 avril 1644 au 19 mai 1645, une dizaine de lettres, publiées par Jacoli dans le Bullettino Boncompagni, VIII, p. 410-456; et il a, même avant Mersenne, connaissance de l’expérience du vide. Mais • cependant son tuteur a singulièrement compromis sa fortune. Il est obligé de rentrer à Bordeaux vers la fin de 1645 et, en 1648, il entame en reddition de compte un interminable procès.
- Après les troubles de la Fronde, on le retrouve à Paris, fréquentant la société de Michel de Marolles, cherchant à publier des traductions de Bacon, mais ne trouvant pas d’imprimeur. Il revient à Bordeaux, parvient à faire éditer à Paris chez Legras, en 1660, les Eléments de la vraie politique, de M. Hobbes', dans l’avertissement et dans l’Epître dédicatoire, il se porte comme soutenant de la monarchie absolue, et, semble-t-il, cherche à obtenir quelque faveur royale. Mais plus ou moins déçu de tous cotés, il tourne à la misanthropie avec une teinte de mysticisme et meurt à Bordeaux, à l’âge de cinquante-cinq ans, laissant un curieux testament où on lit cette phrase assez émouvante :
- « Dieu m’avait donné des amis ; il me les a ôtés ; ils m’ont laissé ; je les laisse et n’en fais point mention. »
- VI. — (Bibl. Nat. fr. n. a. 6204, p. 358).
- Monsieur et trez Reyerend Pere,
- Si le nombre despersones curieuses et sçavantes etoyt un peu plus grand en ce1 vilage-cy, je vous rendrois par des
- 1. Du Verdus semble mettre régulièrement une cédille sous le c suivi de le, de 17 ou de Y y. Je ne reproduis pas cette particularité orthographique.
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- lelres bien frequentes un compte fidele du profit que je ferois en leur conversation ; et si l’obstination de celuy qui jouytde ma fortune n’etoyt extreme etsez fuites incroyables, je serois bientôt debarrassé de tout le reste des ataches de ma patrie et vous me verriez bientôt du nombre de vos auditeurs, si vous me faysiez l’honneur de m’y soufrir. Mais quelque engagé que je soys icy, je suis toujours à vous de tout mon ceur et sensiblement obligé au souvenir que vous avez de moy dans vos letres à Monsieur Martel. Sa conversation est si sçavante et si douce qu’ele me ravit, et je ne mantiray point si j’asseure que depuis mon retour d’Italie je n’ay rien goûté corne notre pyrronisme ; il m’a de plus fait part de vos nouveles et de sez pansées sur le vuide de Toricelli et la réponse de Monsieur des-Cartes : je lui dirois quelque chose de la découverte de l’Ile 1 de l’an passé, si j’osois vous en demander quelque particularité. Mais outre que nous espérons Fhonneur de revoyr bientôt Monsieur d’Espagnet pour qui nous avons impatiance ; outre que j’oze esperer de ses bontez ordinayres en ma faveur qu'il ne me celera pas ce dont vous lui aurez fait les relations, je doy vous dire en vérité que le dessein de cete letre est un peur remercimant et le désir que j’ay d’etre en vos bones grâces corne je suis de tout mon ceur,
- Monsieur et trez Reverend Pere,
- Votre trez humble et trez fidele serviteur,
- • Duverdus.
- J’ay mile obligations a Monsieur Mylon et ne sçauroy
- 1. Je ne sais pas quelle est cette découverte. M. Hocharta conjecturé que ce passage faisait allusion à un opuscule du fameux astrologue William Lily (Guillaume Lile, comme disaient alors les Français) sur un parhélie du 2 avril 1047. Je pense que le sens obvie est celui d’une découverte géographique, et que, chez Du Verdus, l’orthographe île, et non isle, ne doit pas étonner. Mais je ne vois pas de quelle île il peut être question.
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- m’empecher de l’asseurer s’il vous plait icy de mon trez humble service.
- Bordex le 7e may 1648.
- (Adresse)
- A Monsieur [et trez Rd pere, le Rd pere Mersenne, prez la place Royale a Paris.
- E
- Thomas Martel à Mersenne.
- Des trois lettres ci-après, deux ont été écrites à Paris en 1613; la troisième, du 15 juillet 1648, est datée de Bordeaux, où un procès au Parlement retenait Martel et où il avait renoué avec François du Verdus des relations déjà anciennes et qui devaient devenir encore plus étroites. Mais en fait Martel paraît avoir surtout vécu à Paris; les quelques renseignements, d’ailleurs très incomplets, que l’on a sur son compte proviennent de Sorbière [De vita et morihus Pétri Gassendi, dans les Œuvres de G. Lyon, 1658) et de Michel de Marolles (Mémoires, Discours). Sorbière notamment représente Martel comme très particulièrement lié avec Gassend et avec le médecin Abraham Duprat ; il s’occupait avec eux de toutes les branches de la philosophie, même de dissections d’animaux. Les affaires publiques l’ont pris, mais ne l’ont pas absorbé. Sorbière l'a retrouvé chez Marolles avec François du Verdus et tous deux sont de son bord contre l’excellent abbé, qui trouve exagérés leur scepticisme et leurs opinions politiques. Sorbière enfin fi dédié à Martel son premier Discours sceptique dans lequel il lui fait jouer un rôle sous le nom de Philotime. Mais Martel lui-même ne paraît avoir laissé aucun écrit.
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- VII. - (Bibl. Nat. fr. n. a. 6205, pp. 418-419.)
- Mon R. Pere,
- Ce matin seulement je me suis mis à examiner ces passages d’Aristote marqués dans Ja letre de Mr de la Chambre 1 2 3, mes occupations ne me l’aiant permis plus tost.
- 11 me semble que Mr de la Chambre s’esloigne mal à propos du sentiment de S1 Thomas, parce qu’il fait dire à Parmenides une chose contre les loix du raisonnement. Car Aristote mesme apporte pour solution de sa raison qu’elle n’est pas concluante; voici ses termes : xai r\ Autiç tcy] ptèv Ôti urj £’ ô'ii où auptiTEpatveTai Et Mr de la Chambre
- mesme, en reformant Sfc Thomas, n’a peu éviter de tomber dans le mesme inconvénient. Il croit qu’il faut mettre : Or est il que ce qui n’est pas un, est autre que ce qui est; donc ce qui n’est pas un, n’est point. Il est évident que ces deux propositions sont mesme chose, estre autre que quelque chose, et n’estre pas cette chose. Je n’estime pas aussi que Parmenides prouvoit cette mineure par cette proposition : Ce qui est un, est; donc ce qui n’est pas un, n’est pas. Car ainsi le raisonnement de Parmenides ne seroit pas moins impertinent que celui de Melissus qui disoit que tout ce qui n’est point faict, n’avoit point de commencement, parce que ce qui est fait en avoit; et cependant Aristote dit particulièrement de celui de Melissus : naAXov S'à Me Ai ottou ;popTr/.bç Aéyoç H.
- Je m’allois exercer sur ces passages qu’il vous marque estre les plus difficiles du livre, lorsque Mr Hohhé 4 m’est
- 1. Martin Cureau de la Chambre (1594-1000), médecin du roi, fut de l’Académie française dès 1635, plus tard de l’Académie des Sciences (1666).
- 2. Aristote, Phys., I, 186 A 23.
- 3. Aristote, Phys., I, 181 A 10.
- 4. Le célèbre Thomas Hobbes; il semble que ce serait lui qui aurait mis en branle toute cette discussion.
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- Venu dire que vous desiriez retirer son caier; j’ai du déplaisir de l’avoir tint retenu sans vous donner de satisfaction. Je ne laisserai pas d’y penser, cependant j’ai mieux aimé vous envoier ce peu que j'avois commencé d'examiner que rien du tout. Je demeure,
- Mon reverend pere,
- Vostre très humble affectionné serviteur,
- T. Martel.
- Ce 7 nobre 1643,
- (Adresse)
- Au Rev.J Rev.d Pere Mersenne de l’ordre des fr. Minimes.
- VIII. — (Ribl. Nat. fr. n. a. 6205, p. 236-’23B.)
- Mon Reverend Pere,
- J’ai leu avec attention le passage d’Aristote que Mr de la Chambre trouve le plus difficile du livre. Il est si vrai à mon sens que je ne pense pas que sans beaucoup de hardiesse à suppléer ou reformer le texte on en puisse venir à bout, mais deux choses me semblent rendre celte hardiesse raisonnable et necessaire, l’une qu’evidemment Aristote a affecté l’obscurité, et lui mesme l’escrit à Alexandre 1 : or l’obscurité d’un auteur vient d’ordinaire de ce qu’il dit beaucoup moins qu’il n’entend, et à cela il n’y a autre remede que de sous-entendre et deviner; l’autre, qu’il ne se peut faire que l’espace de 18 siècles n’ait causé beaucoup de corruption au texte, surtout en ces livres de Physique, dont l’intelligence ne pouvoit guider les copistes, sans que je vous remarque ce que Strabon en dit 2 ; or la moindre alte-
- 1. Lettre supposée, dans Aulu-Gelle, XX, 5.
- 2. Geogr., XIII, p. 419 de l’édition de 1587.
- Congr d'histoire (V° section).
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- ration, qui rend obscur le discours le plus net et le plus clair, fait devenir inintelligible celui qui est obscur. Je vous ai voulu prévenir de ceci afin que vous condamniez moins la liberté que je me suis donnée en cette mienne explication du passage.
- Mais avant d’y venir, je vous fairai part de l’explication d’un autre que Mr de la Chambre dit n’avoir pas esté entendu par aucun des interprètes, et cpie lui mesme ne me semble pas entendre. Je mettrai le texte parce qu’il est court : erra xai toOto octotcov, t'o Tcavxbç dvat àpyjjv /roü Tcpàyf/.aToç xai g/}] 'ToO ypovoo (je corrige : où yàp toO ^povou) xal yevÉcxewç p.Y] TYjç àuArj;;, àXkx àXXouoaxioç, wa-irsp oOx àGpoaç y£VO[xév'/]<; [j.£Tx£o'Xrjç l 2. Aristote, apres avoir fait voir la mauvaise conséquence du raisonnement de Melissus, veut ensuite faire voir la fausseté de ses propositions, et commence par celle-ci, que tout ce qui est fait a principe. De plus, dit-il, cela est impertinent, qu’il y ait principe de tout ce cpii est fait, car il n’y en a point du temps, ni de la génération, je n’entends pas de la simple, mais de celle qui se faictdes qualitez, qui est proprement alteration, qui n’est pas un changement qui se fasse en un instant, mais par une succession continuelle. Car Melissus avouoit qu’il y avoit une alteration continuelle de l’estre, comme nous vismes dans les commentaires ou son opinion est amplement expliquée.
- Mais je viens au passage dont voici ma traduction- :
- « Quand à Parmenides, ses raisons sont à peu près les « mesmes, quoiqu’il en ait quelques autres particulières, u et la solution est en partie qu’il pose une chose fausse,
- « en partie qu’il ne conclud pas » (J’aime mieux traduire ainsi que comme Mr de la Chambre, ces 7'aisons sont contre
- 1. Aristote, Phys., I, 186 À 13. La correction proposée est malvenue, et l’interprétation manquée.
- 2. Aristote, Phys., I, 186 A 22.
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- Parmenides parce qu’ici Aristote respond aux raisons de Parmenides, aiant au chap. precedent réfuté son opinion, ce qui est bien different, et à cause de ce xal y) Xücnç, qui a relation aux raisons de Parmenides, et non à celles qui sont contre lui. Apres il n’est pas vrai que les raisons apportées immédiatement auparavant contre le raisonnement de Melissus facent contre Parmenides, qui ne disoit pas que ce qui est faict a commencement, et qui vouloit bien que l’estre, estant un, fust immobile, mais non à cause de son infinité, comme Melissus, car il le posoitfini).
- « Il pose une chose fausse, en ce qu’il pose que ce qui « est se dit simplement, estant vrai qu’il se dict en plusieurs « maniérés; et il ne conclud pas parce que, si on prend seu-« lement les choses blanches, » au lieu des choses qui sont qu'il veut nestre qu'une, u bien que le blanc n’en signifie « qu’une, il y aura toutefois plusieurs choses blanches et « non une seule; car le blanc ne sera pas un, ni par conti-« nuité, ni par définition, car autre chose sera l’estre blanc,
- « autre en estre le subjet, quoique l’estre blanc ne se « puisse pas séparer. » (Le texte est ; xal oùx euToa Ttapà t'o Xeux'ov oùSèv ^coptarov, ce qui semble n’avoir aucun sens. Je mets xal oux ètirl t'o Xeux'ov oùSev %(opwtov, prennant t'o Xeux'ov abstraitement pour la mesme chose que t'o efoou Xeuxco) 2 « car il n’est pas tel parce qu’il se puisse séparer, « mais parce qu’il est autre de ce qui est blanc » (icije prends To Xeuxov concretè) « et en quoi il se trouve, mais Parme-« nides n’a pas pris garde à cela. »
- « Il faut aussi de nécessité que ceux qui disent que ce « qui est, est un, posent que ce qui est ne signifie pas seu-« lement l’estre qui s’attribue, » (il y a xa0’ o5 av xaTYjyo-?Y]0Yi; je mets xaô’ o av xaTrjyopYjÔYi) (< mais aussi celui qui « est par soi et qui est un par soi, car l’accident se dit de
- 1. La traduction de la Chambre est la bonne.
- 2. Correction manquée, comme en général les suivantes, toutes trop hardies.
- Congrès d'histoire (Ve section).
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- « quelque subjet. C’estpourquoi, » s'il ri y a que l'estre qui s'attribue qui soit, « ce à quoi il est accident ne serapas, car il « sera autre que ce qui est; il y aura donc quelque chose qui « ne sera pas, » ce qui est contradictoire. « Il n’y aura pas « mesme aucun accident de ce qui est par soi » (le texte est : où j oc p S y] icnou ocbbco ùnzp yov t b ÔTcep ov; je mets où Sr] zgtcu àXXo û-rràpyov tco ÔTisp ov) « car l’estre en un autre, » qui est la nature de l'accident, « ne sera plus, si ce qui est « ne comprend plusieurs choses, de sorte que chascune « soit; mais on supposoit que ce qui est ne signifie qu’un « estre », ce qui est impossible. « Si donc ce qui est par « soi n’est accident d’aucune chose, mais quelque chose lui « est accident, » (le texte est û ouv t'o ÔTCEp ov p.Y]£evi crap-ëéëYjxev àXk' exeivco, t( p.aÀXov ; je change ôckX exeivco t'i, p.aTAov etc.) « ce qui est par soi signifie beaucoup plustost « ce qui est que ce qui n’est pas. Car si ce qui est par soi « est la mesme chose que ce qui est blanc, » comme ils le veulent, a puisque l’estre blanc n’est rien par soi, car « aucun estre ne lui peut estre accident, car aucun « estre n’est point qui ne soit par soi, » comme il est supposé, « il s’ensuit que ce qui est blanc n’est point, » puisqu'il n'est blanc que par l'estre blanc qui n'est pas, comme nous venons de dire, « non de sorte qu’il soit quelque « chose qui n’est pas proprement, mais absolument un « néant. Car il est vrai de dire que ceci est blanc, ce qui « ne signifie pourtant rien qui soit », comme nous venons de prouver.
- C’est ce que j’ai pensé sur ce passage que je vous envoyé, puisque peut estre je serois empesché trop longtemps de vous l’aller communiquer de bouche ; vous le lirez, s’il vous plaist, exactement, à cause de la difficulté, pour bien juger si je dis rien ou contre le sens generalement, et la suite des choses, ou contre l’intention d’Aristote. Si vous l’approuvés, j’en serai glorieux, sinon je ne serai pas au moins deceu au peu de cas que je fais de mes sentiments.
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- Je vous donne le bonjour et demeure,
- Mon R. Pere,
- Yostre très affectionné et obéissant serviteur,
- T. Martel.
- (Adresse)
- Au Rd Pere, Rd Pere Mersenne l.
- IX. — (Bibl. Nat. fr. n. a. 6204, pp. 366-367.)
- Mon Rd Pere.
- Quelque ouverture de commerce que vostre bonté m’ait faicte, le respect que je vous doibs, et la cognoissance que j’ai de vos occupations me fait escrire rarement et me prive de la satisfaction d’obtenir quelqu’une des vostres que vostre courtoisie ne vous permettroit pas de refuser aux miennes. Je n’ai d’ailleurs rien digne de vous qui vous les puisse rendre agréables, et tout ce que je vous y pourrois tesmoi-gner de ma dévotion à vostre service, persuadé que vous en estes, vous les rendroit autant importunes que superflues. Mais ne pouvant demeurer longtemps sans estre en peine de l’estât de vostre santé, qui m’est très chere et que je ne serois pas bien satisfait d’apprendre d’autre que de vous mesme, je vous le demande sans scrupule comme une chose qui ne vous peut desplaire, et que j’ai quelque droit de sca-voir, par les souhaits passionnés et continuels que je fais pour elle. Outre le plaisir de la posséder, vous l’emploies si glorieusement pour vous et si utilement pour les autres qu’on s’y doibt esgalement intéresser pour l’amour de vous et pour l’amour de la philosophie que vous enrichissez tous
- 1. Cette lettre, sans date, a évidemment suivi la précédente à peu d’intervalle.
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- les jours de vos belles spéculations et de vos expériences. Je me promets que vous m’en fairez quelque part, et des nouveaux desseins que vous faictes pour le public, avec les nouvelles que j’attends de vostre santé. Le loisir que j’espere va resveiller ma curiosité dans laquelle je ne me suis jamais mieux satisfait que par ce que la vostre a descouvert. Si mes affaires se terminent ce Parlent, je pourrai reprendre l’estude et le dessein de retourner auprès de vous, qui fait ma plus forte passion; si j’ai ce bonheur, je ne doubte pas que vous ne me souffriez comme autrefois, mais je crains bien d'avoir besoin de vostre entremise pour m'obtenir la mesme faveur d’une personne que vous estimez beaucoup et à qui vous m’avez donné. Vous entendriez que c’est Mr Hobs l, quand je ne vous le dirois pas, à qui j’ai des obligations infinies. Je scay qu’il est à St Germain et lui ai escrit diverses fois pour apprendre de lui mesme particulièrement en quel estât il est, et s’il me fait toujours l’honneur de m’aimer, sans avoir eu ce contentement. Gela s’accorde si peu avec les bontés qu’il m’a tesmoignées, qu’il faut bien qu’il me croie indigne de leur continuation par quelque manquement qui m’est inconnu. J’ose vous conjurer, Mon Rd Pere, en lui faisant tenir celle que je lui envoie, de scavoir de lui le subjet qu’il pense avoir de me traitter si diversement du passé, l’asseurer de toute la recognoissance dont je suis capable pour mille bienfaits quë'je tiens de lui, et de m’obtenir la satisfaction de scavoir de ses nouvelles. Et si je ne vous suis pas importun, faites moi la grâce de m’apprendre si vous possédez tousjours Mr Gassend à Paris, ou s’il est retourné en Provence. J’en suis beaucoup en peine depuis longtemps, d’autant plus que je l’ai vu travaillé d’une indisposition dangereuse, et que tout fait peur pour ces testes qui sont si cheres au monde. Je joins en cela à l’interest general le mien particulier, pour les obligations que je lui ai. Ces soins où je suis pour vos meilleurs
- 1. Thomas Hobbes.
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- amis vous seront sans doubte agréables, et leur amitié vous faira supporter cette liberté que je n’ai prise qu’à sa faveur. J’attends de leurs nouvelles avec les vostres et vous prie d’aimer tousjours celui qui sera toute sa vie,
- Mon Rd Pere,
- Vostre très humble, très obéissant et très affé serviteur,
- T. Martel.
- A Bourdx , ce 28 juillet 16A8.
- (Adresse)
- Au très Rd Pere, Reverend Pere Mersene de l’ordre des Minimes a Paris.
- FIN
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- CORRECTIONS ET ADDITIONS
- Page 64, ligne 20 : lire lehren (non Lehren). — 65, 2 : aus ihnen. — 65, 8, des Briefwechsels. — 65, 13 : mettre un point, non une virgule, après verbarg. — 65, 33-34 : voraussetzen. — 66, 10 : Hauses. — 66, 18 : am (non nm). — 68, 8, hinzutre-tenden. — 68, 9-10 : Beobachtung. — 74, 5 : Eugen. — 74, 21 : zur Thatsache. — 79, 20 : Mondvulkanen. — 79, 31 : feh-lenden. — 80, 24 : namlich. — 30, 28 : menschlichen. — 80, 33 : gleichen.
- Page 95, 14-15 : protestando.
- Page 102, ligne 15, colonne 2 : Mettre un point, non un point d’interrogation, après vite. — 103, 10, col. 1 ; toutwv. — 104, note 1 : Ajouter de la marge après venue.— 105, 2, au lieu de curieux, lire très remarquable. — 105, ligne 2 du texte-G : wa-c’aTCO.
- Page 112, ligne 17 : supprimer le trait d’union après doit. — 115, 2 : el-Djazari.
- Page 117, ligne 2 et note 1. — L’épithète hindi (indien), donnée par le texte à Apollonius doit avoir été écrite par erreur au lieu de liindasi (géomètre). — (C. de Y.).
- Page 120, ligne 12 et suiv. : Aux trois dernières phrases, substituer ce qui suit :
- Quant à la machine attribuée à Apollonius, c’est apparemment celle que nous avons trouvée dans le traité des clepsydres attribué à Archimède et dont nous avons donné la description abrégée dans notre article précité : Notice sur deux manuscrits arabes (Journal asiatique, 1891, I, p. 307). Cette machine dépend d’une roue à eau et d’un engrenage ; les réservoirs s’y
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- CORRECTIONS ET ADDITIONS
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- vident par le moyen de siphons, mais le sifflement est intermittent. C’est sans doute avec l’intention d’obtenir un sifflement continu que Bédî ez-Zamân a inventé d’autres appareils ; cependant la critique qu’il adresse au géomètre grec sur la lenteur de sa machine demeure obscure pour nous. — (C. de Y.)
- Page 121, ligne 16 : lire alteren. — 122, 8 : so (au lieu de es). — 122, 17 : Anordnung. — 123, 17 : au lieu de vorlag, lire nâmlich. — 123, note 2 : lire (1. 3), Dreyer-Bruhns ; (1. 7), Brahes; (1. 10), Schlossherrn ; (1. 13), diesen. — 124, 19 : nichts.
- — 124, 30 : des Weltganzen. — 124, note 2 : Dreyer-Bruhns.
- — 125, 22 : im Reinen. — 125, 25-26 : Hier hat er den Nach-weis geführt. — 126, 18 : konnte (au lieu de musste). — 126, note 2 : (1. 2). So lange; (1. 9), den Vorgang. — 127, 4: des Planeten. — 127,16 : vor (au lieu de in). — 128, 6 : entschieden.
- — 128. 7 : Zuverlassiges. — 128, 20 : Copernicanæ. — 128, ligne 4 des notes : Unhistorischeres. — 134, note 2 : Fermer la parenthèse à la fin. — 139, 16. : Mettre un point au lieu d'une virgule, après Keplers.— 139, note 2, 1. 4 : Mettre une virgule après Burgundicæ. — 140, 1 : Mettre une virgule après zweite.
- — 140, 12 : übrigens. — 140, 16-17 : Radienvektoren. — 141, note 1, 1. 4 : wird. — 142, note 5 : point et virgule après gezogen (1. 7) : guillemets après paralogismis (1. 11). — 143, 13 : lire die Differenz (r^ — a2).
- Page 172, ligne 32 : virgule après Honaïn. — 173, 2 : virgule après forme.
- Page 227, ligne 15 : Arcolano è.
- Page 246, ligne 13, lire Harvey.— 248, note 1, ligne 9, supprimer petit-fils d’Aristote.
- Page 252, lignes 25-26, au lieu de Pantegni, lire Tegni (ou Micrategni). Il y a eu, lors de l’impression, à l’occasion d’un changement de la rédaction primitive de M. Y. Nicaise, un malentendu dont je suis responsable. En fait, le radical tegni (ars) se retrouve dans les titres de trois traductions (ou adaptations) dues à Constantin l’Africain. La Micrategni (ars parva, d’ordinaire appelée simplement Tegni) est sans contredit l’ouvrage qui a été le plus couramment étudié et commenté au moyen âge, comme résumant la science galénique. La Megategni (ars magna) correspond aux quatorze livres de la Thérapeutique (Methodus
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- HISTOIRE DES SCIENCES
- medendi) de Galien. On n’a pas encore déterminé, pour ces deux traités, quels sont les intermédiaires arabes qui peuvent remonter jusqu’au temps du khalife Almansour (vme siècle). Enfin la P ante ff ni ^ que Constantin donne comme un travail personnel, et qui a été imprimé en 1525 dans les œuvres d'Ysaac Israelita (Ishak ibn Soleiman, mort en 932), est en réalité une traduction du Maleky d’Haly ibn el-Abbas (T.).
- Page 295, titre courant, lisez Enestrôm.
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- TABLE DES MATIÈRES
- Mémoires
- André Lalande. L’ « interprétation de la nature » dans le Vale-
- rius Terminus de Bacon....................................
- Gaston Miliiaud. Sur un point de la Philosophie scientifique
- d’Auguste Comte...........................................
- J.-L. Heiberg. Anatolius sur les dix premiers nombres.......
- Eduardo Saavedra. Note sur l’histoire de la résolution des équations cubiques...............................................
- MoritzCANTOR. Beitraege zur Lebensgeschichte von Cari Friedrich Gauss...................................................
- Antonio Favaro. Il métro proposto corne unità di misura nel
- 1675 .....................................................
- Maurice Gallian. Sur les problèmes mécaniques attribués à
- Aristote..................................................
- Baron Carra de Vaux. Note sur les Mécaniques de Bédî Ez-Zamân El-Djazari et sur un appareil hydraulique attribué à
- Apollonius de Perge..............'........................
- Siegmund Günther. Die Kompromiss-Wellsysteme des xvi, xvu
- und xviix Jahrhunderts....................................
- Nicolas Galitzyne. Les premières expériences de Montgolfier,
- d’après des documents russes..............................
- Stanislas Meunier. Sur l’évolution des idées dans le domaine de
- la Géologie générale......................................
- Dr Gley. Influence du positivisme sur le développement des
- sciences biologiques en France............................
- Dr Millot-Carpentier. Histoire de la médecine en Europe au xme siècle...................................................
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- 318 HISTOIRE DES SCIENCES
- Armand Dklpeccii. Le rachitisme et la médecine ancienne........ 197
- Modestino del Gaizo. Alcune linee del movimento délia chirur-
- gia italiana nel secolo decimoterzo.......................... *210
- Victor Nicaise. Notes sur l’état des sciences anatomique et physiologique à la vènue de Vesale et de Harvey, et en particulier
- de ces sciences au moyen âge................................. 21')
- Paul Mei riot. De l'expression « diaphragma » dans l’histoire de
- la géographie ancienne. ..................................... 283
- (iustaf Enestrôm. Sur la constitution d’un répertoire bibliographique de l'histoire des sciences.............................. 294
- Paul Tannerv. Notes sur les manuscrits français de Munich, 247
- à 252, et de Vienne, 7049-7050............................... 297
- Paul Tannerv. Lettres inédites adressées au Père Mersenne...... 311
- Corrections et additions......................<................ 341
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