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Musée rétrospectif de la classe 84 : dentelles à l'exposition universelle internationale de 1900, à Paris : rapport
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- BIBLIOTHÈQUE DU CONSERVATOIRE NATIONAL des AI1TS & MÉTIERS
- N° du Catalogne c V -feccaa-Ts; imalion : 407^
- E al rie, le ^
- X±e
- MUSÉE RÉTROSPECTIF
- ’&m-
- DE LA CLASSE 84
- DENTELLES
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- COLLECTION DE MME PORGES
- Photdtypie Berthautl, Pans
- Médaillon Louis XIV, style Bérain.
- (Première époque du Point de France).
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- MUSEE RETROSPECTIF
- DE LA CLASSE 84
- DENTELLES
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1900, A PARIS
- RAPPORT
- DE
- M. E. LEFEBURE
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- Exposition universelle internationale
- de 1900
- SECTION FRANÇAISE
- CoumiiM.'xuc cjéuétaf 3e f &ocpo<Hliou :
- M. Alfred PICARD
- ^Diu’dmt cjéuétaf a3jc>iut 3e fg ocpfci talion, c^atcp 3e fa Section j^tauçabc
- M. Stéphane DERVILLÉ
- 'éfécjHC au eetvice cjénétaf 3e fa Élection jvauçaioe :
- M. Albert BLONDEL
- £Defé^jué au eetvnce àpéciaf 3tM Jlbuecee ceuleuuau.r :
- M. François CARNOT
- JlttcGitecle 3e<$ Jllljioée^ ceuteuuaucc :
- M. Jacques HERMANT
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- COMITÉ D INSTALLATION DE LA CLASSE 84
- Bureau.
- Président : M. Ancelot (Alfred), O. ancien président de l’Association générale du commerce et de l’industrie des tissus et des matières textiles, membre de la Chambre de commerce de Paris et de la Commission permanente des valeurs de douane.
- Vice-Président : 'M. Hénon (Henri), président de la Chambre syndicale des fabricants de tulles et dentelles, trésorier de la Chambre de commerce de Calais, membre de la Commission permanente des valeurs de douane.
- Rapporteur : M. Martin (Georges), président de la Chambre syndicale des dentelles et broderies.
- Secrétaire : M. Goulette (Eugène), président de la Chambre syndicale de la passementerie, mercerie, boutons et rubans de Paris.
- Trésorier : M. Noirot-Biais (Henri).
- Membres.
- MM. Baboin (Emile).
- Beli.an (Léopold), syndic du Conseil municipal de Paris.
- Crouvezieb (Charles).
- Darquer (Adolphe), président de la Chambre de commerce de Calais.
- Guye (Henri), juge au Tribunal de commerce de la Seine.
- Heuzey (Georges).
- Isaac (Auguste), président de la Chambre de commerce de Lyon.
- Lefébure (Ernest), O. ^.
- Loreau (Alfred), ingénieur des Arts et Manufactures, ancien député, conseiller général du Loiret, Régent de la Banque de France.
- Neveu (Etienne), ÿ*.
- Roussel (Alcide), dessinateur.
- Sébastien (Gustave), membre du Tribunal de la Chambre de commerce, à Saint-Quentin (Aisne).
- Vaciion (Marius), publiciste.
- Architecte.
- De Montarnal (Joseph de Guirard), architecte du Gouvernement, diplômé.
- COMMISSION DU MUSÉE RÉTROSPECTIF
- MM. Loreau (Alfred).
- Martin (Georges).
- Noirot-Biais (Henri).
- Rapporteur du Musée rétrospectif (section des dentelles).
- M. Lefébure (Ernest).
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- COLLECTION DE MME PORGÈS
- Phoioiyjiifi Riîrdiatid, Paris
- Rabat Point de France, avec personnages, couronne, dauphins et attributs guerriers.
- (Seconde moitié du XVIIe siècle).
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- L’Exposition rétrospective de 1900 embrassait dans son programme encyclopédique toutes les branches de l’activité humaine. Une tâche aussi immense ne pouvait réussir complètement dans la précipitation qui préside à l’installation d’une Exposition universelle. Car, s’il faut déjà un effort considérable pour appeler à ces grandes foires internationales tous les objets de fabrication moderne qu’on cherche à vendre, il n’en est pas de même pour les objets anciens jalousement conservés par des collectionneurs, qui souvent ne voudraient s’en dessaisir à aucun prix: ils ne les prêtent qu’aprcs maintes sollicitations et toujours avec crainte de perte ou de détérioration. De plus, beaucoup furent prévenus trop tard et n’avaient pas compris qu’on ne limitait pas cette Exposition centennale aux seules œuvres du dix-neuvième siècle. Dans ces conditions, un grand nombre de collectionneurs n’ont pas contribué à compléter cette Exposition comme ils l’auraient pu. Il en est résulté que beaucoup de sections, et notamment celle des Dentelles, présentaient des lacunes qui ne permettaient pas aux visiteurs de se faire une idée d’ensemble sur ces
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- industries depuis leur origine jusqu’à nos jours. Cela est d’autant plus regrettable que, l’origine de la Dentelle n’étant pas très ancienne, on aurait pu en réunir des spécimens de toutes les époques plus facilement que pour les industries dont le passé remonte aux temps les plus reculés.
- C’est à ces lacunes que nous allons chercher à suppléer.
- Il est certain que la dentelle ne paraît pas avoir l’importance d’une industrie avant le quinzième siècle. Tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet depuis Mme Bury-Palliser, la première qui ait bien approfondi la question, n’ont pu
- trouver trace de dentelles dans aucun tableau, ni sculpture antérieure à cette époque.
- D’ailleurs elle n’aurait pas eu d’emploi. Il ne faut pas oublier que le linge jusqu’alors était rare et gros. On dit que le roi Charles le Simple, mort en 929, n’avait que trois chemises! De même quand Isabeau de Bavière vint, eh 1385, épouser le roi Charles VI, elle apportait dans son trousseau trois douzaines de chemises : cela parut un luxe extraordinaire à la Cour de France. A quoi aurait pu servir alors la dentelle? C’est par la fine lingerie que la dentelle a été mise en usage à ses débuts. De même que le retour des Croisades fut l’occasion de rapporter beaucoup d’objets qui initièrent la noblesse au luxe de l’Orient, de même, quand François Ier revint de l’expédition d’Italie où il avait perdu, disait-il : « Tout fors l’honneur », il n’en rapporta pas moins le goût du beau linge et des fines garnitures dont la vogue commençait à se répandre dans les riches principautés de Gênes, de Florence, de Venise, où princes et artistes provoquaient avec ardeur la Renaissance de tous les arts. C’est en ornant les toiles fines de broderies à points clairs, à fils tirés, à points coupés, en les bordant de festons et de dentelures, que le besoin de la dentelle s’est manifesté. La Haute-Italie et notamment Venise paraissent (jusqu’à ce qu’on trouve quelque preuve du contraire) avoir été son berceau. Du reste les mots dentelle, aiguille, point, fuseau, ont des allures italiennes qu’on ne saurait nier. Adoptée dès son apparition, aussi bien à la cour de France qu’à celles d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne, alors possesseur des Flandres, la dentelle fut demandée de tous côtés et on se mit à la travailler presque partout en même temps, soit à l’aiguille, soit aux fuseaux. C’est ainsi qu’on trouve dès lors des traces de ces travaux dans presque tous les pays d’Europe ; mais, suivant les aptitudes locales des ouvrières, il se forma des
- Plioir à dentelle en bois sculpté. Région de l1 Auvergne (dix-septième siècle). (Musée du Tiocadèro.)
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- centres de production qui surpassèrent tous les autres. Les Flandres et la France viennent ainsi en premier rang à côté de la Haute Italie. On s'adressait aux artistes italiens pour avoir des modèles et des dessins, et alors ces derniers
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- Costume de Seigneur du temps de Louis XIII, d’après Abraham Bosse. (Bibliothèque nationale.)
- firent, à l’envi les uns des autres, graver ces Livres de patrons devenlis si rares aujourd’hui, et dont le plus connu est intitulé : Les singuliers et nouveaux pourc-traits et ouvrages de lingerie dédiés à la Rogne, par le signor Vinciolo (1).
- En France, où toute l’industrie était embrigadée en corporations, ce furent
- (1) Voir, pour la nomenclature de ces livres de patrons, dans la Bibliothèque de l’Enseignement des Beaux-Arts, le volume Broderies et Dentelles, par M. E. Lefébure,
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- d'abord les passementiers qui eurent le monopole de ce nouveau commerce et on appela passements les premières dentelles.
- Nous ne referons pas l’histoire détaillée delà dentelle sous les Valois; on
- la vit surtout garnissant de ses dents pointues les cols à fraises qui encadraient la tête des grandes dames et des seigneurs. Autant les peintures et les portraits montrant dans les vêtements quelques ornements analogues à la dentelle étaient rares, autant, à partir de François Ier, ils deviennent nombreux et intéressants à comparer. Sous Henri II (1547), François II (1559), Charles IX (1560), et Henri III (1574), les reines Catherine de Médicis et Marie Stuart ont laissé une trace profonde de leur goût pour les dentelles. Elles inaugurèrent ces carrés de fdet brodé mélangés de guipure et de point coupé dans la toile, qui sont si souvent employés depuis dans l’ameublement. Henri IV, prince jovial, époux de Marie de Médicis, aurait pu aussi être favorable à la dentelle, mais il était retenu par son ministre Sully qui, dans son austérité de huguenot, lui disait : « C'est de fer et de soldats que vous avez besoin et non de soieries et de dentelles pour habiller des muguets. »
- Sous Louis Xlll, malgré plusieurs édits de réglementation de luxe, les élégances se donnèrent libre carrière et on se rappelle que Cinq-Mars avait trois cents parures de cols et manchettes en dentelles, quand Richelieu le fit arrêter. Ce n’était plus les* collerettes plissées des Valois, mais de grands cols plats faisant bien valoir les dessins des dentelles qui garnissaient aussi les manchettes et même les bottes.
- On trouve les documents les plus exacts sur les dentelles qu’on portait à cette époque dans les intéressantes estampes d’Abraham Bosse, représentant les costumes et même les magasins avec leurs étalages d’une façon précise et tout à fait vécue.
- Le magasin de dentelles de la galerie du Palais, par Abraham Bosse.
- (Bibliothèque nationale.)
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- Cependant il faut arriver à Louis XIV et à son grand ministre Colbert pour trouver l’époque culminante de la dentelle én France. C’est ici que nous aurons
- Guipure et point coupé (seizième siècle). (Collection de M. l’abbé Bert.)
- à nous arrêter le plus volontiers dans notre récit, car ce sont des spécimens des plus beaux points de cette époque qui figuraient surtout à l’Exposition rétrospective de 1900.
- Plioir à dentelle.
- Région de l'Auvergne (dix-huitième siècle'. (Musée du Trocadèro.)
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- Devant d'autel, guipure à reliefs encadrant une sainte Thérèse (dix-septième siècle). (Collection ds M"“ Porgès.)
- CHAPITRE II
- La Dentelle de Colbert à la Révolution
- Quand Colbert entreprit de fonder les manufactures royales, il visa surtout à leur faire exécuter des œuvres hors ligne dans des travaux où la suprématie française était mal assurée. La porcelaine, les glaces, les meubles, surtout les tapisseries et les dentelles fixèrent son attention. D’une enquête qu’il fit sur la dentelle, il vit que cette industrie était déjà pratiquée dans plusieurs provinces de France, mais qu’on n'y produisait que des articles ordinaires. Il constata que dans le luxe qu’on déployait à Versailles, les gens de Cour, plus recherchés dans leurs ajustements, faisaient venir à grands frais d’Italie ces riches rabats en point de Venise qu’on payait à très haut prix. Ce fut donc à perfectionner les fabriques déjà existantes, en leur fournissant les éléments nécessaires pour faire le point aussi bien qu’à Venise,
- (Musée du Trocadéro.)
- que Colbert concentra tous ses efforts. Sa correspondance avec Mgr de Bonzy, ambassadeur du roi près la république de Venise, donne bien tout le détail de cette organisation. A Paris, la manufacture est établie d’abord dans l’Hôtel de Bcaufort. Mais c'est surtout à Alençon et à Argentan que la manufacture royale fit souche, et poussa d’assez profondes racines pour avoir survécu jusqu’à nos jours, bien qu’elle n’ait plus joui, après la mort de Colbert, de la puissante protection qu’il lui assura à ses débuts.
- Les premières dentelles qu’on fit sous la direction des ouvrières venues de Venise furent certainement travaillées tout à fait comme celles qu’on faisait dans la ville des doges. Colbert en fut si satisfait qu’il écrivait à son ambassadeur : «Je
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- Grand volant Point de France (Fin du XVIIe siècle)
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- dois vous dire que l'on fait maintenant dans le royaume des collets rebrodés à reliefs aussi beaux qu’à Venise. »
- Cela explique l’hésitation des connaisseurs à attribuer soit à Venise, soit à nos manufactures françaises, quelques belles et rares pièces qui nous restent de cette époque, telles entre autres que le magnifique rabat d’homme au musée de Cluny. Ceci nous amène à signaler que pendant le seizième, le dix-septième et le dix-huitième siècle les hommes portaient autant de dentelles que les femmes, et se préoccupaient aussi bien que les grandes dames du choix des dessins et de la qualité des ouvrages. C’est à cette double collaboration, qui ne s’est plus jamais retrouvée depuis, que la dentelle a dû la supériorité de sa fabrication depuis l’é-poque de Colbert jusqu’à la Révolution. On peut dire que le siècle qui s’est écoulé de 1665 à 1780 a été l’âge d’or de la dentelle et que rien n’a surpassé ce qui a été produit de pièces remarquables dans cette magnifique période.
- L’Exposition rétrospective présentait dans la collection de Mmc Porgès un devant d’autel à dessin de rinceaux fleuris, brodés à reliefs encadrant au milieu une figure de sainte Thérèse serrant un crucifix sur sa poitrine, qui donne assez l’idée des dentelles genre des luxueux points de Venise qu’on dut faire en France à l'époque de Colbert.
- Une autre bande de la même collection est aussi de même travail, mais certainement postérieure en date à la précédente. Les fleurs sont bien inspirées de Venise mais accompagnées d’opulents feuillages, qui rappellent les beaux velours garnissant les meubles de l’époque du grand Roi.
- Quelques dessinateurs continuèrent durant le dix-huitième siècle à suivre la tradition italienne, et c’est à ce genre que se rattache le col à plastron de
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- la collection Doistau, orné d’une couronne qui enlace les tiges des rinceaux.
- Mais les artistes du Louvre, chargés de fournir les modèles pour les Manufactures royales, s’affranchirent assez vite de toute influence étrangère et commencèrent ces ravissantes dentelles, si justement dénommées Point de France par le Roi lui-même.
- Un très beau fragment de cette époque figurait dans la collection Porgès. Peut-être n’est-ce qu’un morceau détaché d’une pièce plus importante, mais, tel qu’il est, il représente bien un motif complet. Au milieu trône le soleil royal : il est sur-
- Itabat guipure aux fuseaux (fin du dix-septième siècle).
- (Collection de M'"e Doislau.)
- monté d’une sorte de dais dans le haut et accompagné de chaque côté par deux trophées portant des sabres croisés et des drapeaux.
- Jamais on n’a tiré meilleur parti de toutes les ressources artistiques que présente la dentelle à l’aiguille. Sur un fond de grands réseaux picotés se détache bien nettement cette sorte d’architecture idéale, qui encadre si gracieusement l’emblème triomphant du soleil mis en valeur par tout ce qui l’entoure. Les formes sont précises sans lourdeur, accentuées dans les parties principales par des broderies en relief discrètes et savamment distribuées, et impriment à tout cet ensemble une élégante noblesse qui n’a jamais été surpassée. Il est incontestable que ces points de France de la grande époque des Manufacfures royales
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- sont infiniment supérieurs, au point de vue de la composition artistique, à toute la production vénitienne qui évolue toujours dans la môme donnée de rinceaux plus ou moins ouvragés.
- Lorsque vint le mariage du petit-fils de Louis X1Y, le jeune duc de Bourgogne,
- Col à plastron, style vénitien du dix-huitième siècle. (Collection de Mm: Doistau.)
- avec la princesse Marie-Adélaïde de Savoie, c’étaient deux enfants qu’on unissait, car le duc avait quatorze ans et sa fiancée onze seulement.
- Les points de France qu’on fit pour cette occasion sont représentés par une petite pièce délicieuse de la collection Iklé. C’est un carré qui a pu servir de jabot : le travail est du même genre et le dessin du même caractère que dans le morceau précédent, mais déjà cependant il y a moins de noblesse et de netteté dans le style; la composition est plus maniérée en gardant son élégance.
- Au centre, une princesse assise sous un dais semble jouer du clavecin ou de l’orgue. Un petit prince chante derrière elle aussi bien sans doute qu’un oiseau
- Point de France (dix-septième siècle). (Collection Iklé.)
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- qui lui sert de peudaut : deux personnages placés un peu plus haut jouent des instruments. C’est un homme en habit de cour qui joue du \iolon, et en
- Guipure à gros reliefs (dix-septième siècle), façon Venise. (Collection de Mme Poryès.)
- face une dame qui tient une petite lyre ou harpe ; plus bas deux autres, homme et dame, chantent tenant à la main leur cahier de musique : puis
- Grand volant d’aube en Point de France (époque de Louis XIV). (Collection de M. l'abbè Bert.)
- deux autres musiciens encore, dont l’un joue du violoncelle et l’autre des castagnettes, pendant qu’un enfant met genou en terre et offre des fleurs. Tout
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- cela est gai, pimpant et dans des proportions qui conviennent admirablement à la dentelle.
- Le morceau de la collection Porgès de même forme est plus remarquable
- Point de France 'époque Régence). (Collection de M'ne Porgès.)
- encore. Au milieu un personnage, jeune homme debout, vêtu en guerrier à l’antique, coiffé d’un casque avec l’aigle éployée, est surmonté d’une couronne fer-
- Rabat point de France (époque Régence).
- (Collection de Mme Cornely, maintenant au Musée des Avis décoratifs.)
- mée de prince royal, supportée par deux anges : au-dessus encore, un petit Bac-ehus à cheval sur un tonneau. A droite et à gauche, des dauphins accotés
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- marquent bien qu’il s’agit de l'héritier du trône. Deux enfants agenouillés, tout pareils à celui que nous avons signalé dans la pièce précédente, offrent des présents. Des génies volent au milieu de légers branchages et portent des palmes et des couronnes. Ces couronnes sont destinées à deux jeunes guerriers avec casques, qui sont plus bas que le personnage principal. Lui-même marche victo-
- Ilabat d’homme, orné de pagodes et de paons (épocpic bonis XV). (Collection de Mm" Doistau.)
- Heusement sur un entassement d’armes et d’étendards. C’est certainement le Dauphin, fils de Louis XIV, qui est représenté ici en triomphateur, avec ses deux fds en jeunes guerriers, le duc de Bourgogne et le duc d’Anjou.
- La longue pièce échancrée aux extrémités, sortant de la même collection, a dû servir de garniture pour une table de toilette. C’est un beau morceau du règne de Louis XIV. On y retrouve les dauphins et pour motif principal, plusieurs fois répété, une dame s’appuyant sur une longue canne et se servant d’un éventail. Différents personnages, les uns en buste, les autres en pied et portant des corbeilles de fruits, puis des chiens, des oiseaux circulent dans un fond lleuri plein de charme et de poésie.
- Trois autres très beaux points de France de même style et de la même fabrication figuraient à l’Exposition rétrospective et par leur dimension dépassaient de beaucoup les pièces que nous venons d’examiner, car ce sont de grands volants mesurant plus de 0m,60 en hauteur sur une longueur de 3m,30. Ces volants servaient de garnitures de rochets et d’aubes qui ont été faits pour des prélats;
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- COLLECTION DE MME DOISTAU
- Pliototypie Berthaud, Paris
- Grand Volant Point de France (Commencement du XVIIIe siècle)
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- on on voit d'analogues dans les portraits de Bossuet, de Fénelon et des autres évêques, peints par Hyacinthe Bigaud etXattier. Ils 11e portent pas, comme les précédents morceaux, des personnages et des emblèmes qui marquent s’ils ont été faits à l’usage des princes. Mais 011 peut constater que la pièce, appartenant à l’abbé Bert, est dessinée dans le même style que le beau médaillon à soleil de la collection Porgès, avec ses vases de Heurs surmontés de dais enguirlandés.
- Le rocliet prêté par Mme Lionel Normant est un
- Fichu en point orné de chasses et motifs genre des porcelaines de Saxe (époque Louis XV).
- (Collection de M"'c la comtesse Foy.)
- dent, est d’une moins bonne époque. Quelle différence dans le dessin ! Sans doute on y retrouve quelques motifs analogues aux dentelles point de France que nous venons d’examiner, mais la composition s’est alourdie, elle a perdu cette élégance si parfaite que nous avons signalée tout à l’heure pour adopter les emmanchements rocailleux d’un goût plus discutable. Nous sommes sous la Bégence, au début du règne de Louis XV. Ce même alourdissement du dessin va s’accentuant dans le rabat point de France de la collection Cornély, tandis
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- que celui en guipure aux fuseaux, qui appartient au Musée des Arts décoratifs, garde la légèreté et la distinction de l’époque Louis XIV.
- Il faut rattacher au même style la pièce de la collection Porgès, et aussi les deux morceaux travaillés sur un fond à jour différent des autres.
- On arrive ensuite au style rococo, où se fait sentir l'influence de la Reine
- lîobe en Valenciennes, époque Louis XV.
- Mademoiselle de Beaujolais, par Nattier. (Musée de Versailles.)
- Marie Leczinska, alors les chinoiseries dominent. Mmo Doistau et Mme la comtesse Foy avaient prêté deux pièces, qui, bien que flamandes d’origine, figuraient à l'Exposition rétrospective. La première est un rabat carré en travail aux fuseaux, où l’on voit des pagodes autour desquelles des paons sont perchés sur des fleurs dont les feuillages sont des palmes.
- Avec la seconde nous constatons combien les porcelaines de Saxe sont fort à la mode. On s’en inspire pour dessiner sur les dentelles de petits kiosques, de petits paysages, avec rochers et rivières, ou des chasseurs et leurs chiens pour-
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- suivent de petits cerfs. C’est ce qu’on voit dans ce fichu très finement exécuté en point à l’aiguille.
- La Reine Marie-Antoinette, dans la première partie de son règne, donne un élan particulier à la production des dentelles. Elle aime les fleurs, la tulipe et l'œillet; elle aime particulièrement les roses ; elle en met partout des guirlandes enrubannées.
- L’Exposition rétrospective en montrait un beau spécimen dans un morceau de
- Haut volant au Point d’Argentan, époque Louis XVI. (Collection de M"‘e Verdé Belisle.)
- grand volant point d’Argentan, prêté par Mme Yerdé Delisle, et qui a été reproduit bien souvent, mais avec moins de grâce que dans ce spécimen bien authentique du style le plus féminin et le plus charmant qu’on ait jamais pratiqué.
- Aussi la dentelle française était alors en grande faveur, et nous pouvons en citer comme preuve un document inédit, extrait de l’ancienne Bibliothèque du savant Gourajod, mort il y a quelques années. C’est un Rapport sur le commerce de la France avec l’étranger en l’année 1773 (1).
- Les importations de dentelles en France s’étaient élevées à 433470 livres, dont la majeure partie, 399600 livres, venait des Flandres.
- Les exportations montaient au chiffre de 3732103 livres, dont le plus gros chiffre, 1 176536 liv res, pour l’Angleterre.
- (1) Archives de M. F. Carnot.
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- Ce qu’on vendait ainsi, c’était des points d’Alençon, d’Argentan où l’on se vantait alors de faire le point royal, des Valenciennes, des Chantilly blancs et noirs, des points de Paris, des guipures et des dentelles de fil du Puy, qui en faisait aussi en fil d’or et d’argent. Les envois du Puy se faisaient par caisses contenant de quatre à six cartons. Chaque carton renfermait cent pièces de douze aunes chacune qu’on assortissait suivant la demande, dans les prix de 300 livres jusqu’à 1200 livres chaque carton. Un grand nombre de ces caisses étaient embarquées au Havre et à Cadix pour les Indes espagnoles. Il se vendait aussi beaucoup de bonnets et de barbes pour la coiffure.
- L’Exposition rétrospective contenait de nombreux bouts de dentelle, des barbes et plusieurs fonds de bonnet de cette époque Louis XVI.
- Mais, à l’approche de la Révolution, cette grande prospérité disparut.
- Dans ses dernières années, Marie-Antoinette, inquiète de la tournure menaçante des événements, ne porte plus que des vêtements simples. Ce sont des mousselines à pois : ses lingeries sont garnies de dentelles à bordures légères, surmontées de petits semés ou fleurettes : plus de beaux dessins, plus de ces points de France si riches et de si noble allure aux grands réseaux picotés. A mesure que les temps s’assombrissent, on ne garnit plus le linge et les robes de la reine qu’avec du marli, petite bande à réseaux semés de mouches ou points d’esprit et bordée d’un simple feston.
- Plioir à dentelles.
- (Musée du Trocndêro.)
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- OONSf*
- COLLECTION DE MME CASIMIR-PÉRIER
- Phototypie Rerlhaud, Pans»
- Volant en Point dArgentan (Premier Empire)
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- Echarpe, épocjue Directoire.
- (D'après une photographie de la Bibliothèque des Arts décoratifs.).
- CHAPITRE III
- La Dentelle depuis la Révolution jusqu’à nos jours
- Après la Révolution vient le Directoire; à ce moment David règne en maître dans les Arts, et son style, qui s’inspire de l’époque romaine, se retrouve dans les dessins des dentelles. La raideur et la sécheresse des lignes posent à l’antique d’une façon prétentieuse et manquant de naturel.
- Sous l’Empire, des dentelles à petits semés persistent d’aborcl : mais, au lieu de feuilles de rose ou de tulipe, ce sont les feuilles de laurier et d’olivier que l’on emploie, et peu après les abeilles impériales viennent remplacer la fleur de lis.
- Noblesse d’origine et Noblesse d’épée se parent à l’envi de leurs blasons pour assister aux fêtes que donne Napoléon. Nous le constatons sur les deux plastrons prêtés par Mme Porgès. Le luxe de la cour impériale cherche à reprendre les allures des plus riches époques; ce sont partout des guirlandes et des draperies retenues par des torsades et des glands
- Devant de corsage (Premier Empire)
- (Collection de Mme Porgès.)
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- accompagnés de fleurs, qui marquent leur date. Les branches de chêne et de laurier, alliées à la rose de la Malmaison, ornent les dentelles destinées aux femmes des grands dignitaires dans la nouvelle chevalerie, la Légion d’honneur.
- Un très beau volant en point d’Argentan, de la Collection de Mmc Casimir
- Périer, a été une des pièces les plus admirées à l'Exposition rétrospective pour la richesse du dessin et la belle qualité du travail.
- Sous la Restauration, on a cherché à reprendre \ei traditions de Marie-Antoinette : mais on avait perdu pendant la période révolutionnaire et impériale ce cachet d’élégance qui marque les objets de l’époque Louis XYL Les dentelles de la Restauration sont à gros semés, avec des bordures fleuries sans ondulation ni souplesse. Les fleurs de lis sont des poncifs, et les roses, qui ne sont plus étudiées sur nature, paraissent lourdes et raides comparées à celles du siècle précédent.
- Une curieuse estampe de ce temps (Musée Carnavalet) est un prospectus de la Fabrique de Chantilly, Oise, industrie française (sic), qui nous montre qu’on vendait alors des robes de blonde garnies de trois volants, des écharpes, des bonnets avec des barbes, comme en porte la dame assise dans cette image, et nous voyons dans le fond un châle avec un bouquet au milieu et une bordure de roses qu’on portait étagée en deux rangs.
- On mesure toute la distance qui sépare le goût de l’époque Louis XVI avec celui delà Restauration, quand on met en comparaison le prospectus que nous venons de signaler avec celui de Langlumé jeune, négociant en dentelles à Bordeaux, encadré d’un si joli dessin de l’époque Louis XYL
- Dessus de lit provenant de la Malmaison.
- (.D'après une photographie de la Bibliothèque des Arts décoratifs.)
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- Sous Louis-Philippe, les dentelles furent très à la mode, mais les dessins de cette époque ne peuvent être cités comme modèles. C’est le temps où le cachemire des Indes était si recherché qu’une jeune femme se serait crue déshonorée si elle n’en avait eu deux ou trois dans sa corbeille de mariage. Les écharpes et les volants étagés qu’on portait, comme on peut le voir sur le portrait de la Reine Marie-Amélie du Musée de Versailles, manquaient de caractère, et les bouquets qui les ornaient, mal combinés et tout de convention, ressemblaient souvent aux palmes de cachemires.
- Sous le second Empire, la consommation des dentelles fut considérable. Ce fut le temps où, d’après Félix Aubry [Rapport sur /’Exposition universelle de Londres en 1851), la dentelle à la main occupait en France 240000 ouvrières.
- On admire beaucoup les robes de mariage de l’impératrice Eugénie, garnies de hauts volants en points d’Alençon. La Ville de Paris offrit pour le baptême du prince impérial un berceau, dont toute la garniture et les rideaux, d’une grande richesse, étaient en dentelle semée d’abeilles, et marqués aux coins de la couronne impériale.
- Les Expositions universelles de Paris en 1855 et 1867 furent une ère de grande prospérité pour la dentelle véritable. La France en exportait dans tous les pays; elle fournissait la Havane et toute l’Amérique espagnole de mantilles en blonde de Caen et de Bayeux. On portait alors beaucoup de grandes pièces en dentelle, des manteaux de cour, des jupes, des châles et de grandes pointes. Une de ces pointes en dentelle noire figurait à l’Exposition rétrospective, après avoir été médaillée à l’Exposition de 1867. Elle est ornée de bouquets de roses dont les fleurs sont ombrées par le travail et la différente grosseur des fils employés, disposition nouvelle alors et qui a été depuis souvent exploitée dans tous les genres de dentelle.
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- (Musée Carnavalet.)
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- Mais ces succès commerciaux pour la dentelle à la main furent suivis d’une
- Vignette-adresse de marchand de dentelles (époque Louis XVI).
- crise qu’on attribue à des causes multiples : la guerre de 1870, le ralentissement des exportations, la concurrence de plus en plus grande des imitations faites à la mécanique, le développement du costume tailleur et des vêtements de sport dans le monde élégant, toutes ces entraves ont diminué beaucoup la consommation des dentelles véritables. Un grand nombre d’ouvrières ont été amenées à quitter un métier qui ne leur assurait plus un gagne-pain régulier.
- Cette épreuve, loin de diminuer la valeur artistique des dentelles à la main, ne fit que susciter des efforts plus énergiques des fabricants pour garder à leur industrie une supériorité incontestable. Jamais autant de recherches sur la réfection des points anciens, dont la tradition s’était perdue, n’ont été faites. On s’est beaucoup occupé en France, en Bel- (Premier Empire)
- . (Collection de M"‘e Porgès.)
- gique, en Autriche, de renouveler les dessins, de
- trouver de nouveaux effets décoratifs et de tirer tout le parti possible des
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- ressources de la fabrication pour arriver à faire de la dentelle à la main une industrie d’art capable de figurer dans les Musées et dans les Salons annuels. Il y a, sous ce rapport, un progrès considérable sur tout ce qui s’est produit en den-
- La Reine Marie-Amélie.
- Peinture de Winterhalter. (Musée de Versailles.)
- telle depuis le commencement du dix-neuvième siècle, et qui permet d’augurer une nouvelle renaissance de cette belle industrie.
- Un curieux spécimen de ces tentatives est la couverture de livre pour le texte en idiome normand de la Bulle de flmmaculée-Conception qui est à la Bibliothèque vaticane. Elle est ornée des armoiries de l’archevêque de Rouen et de ses suffragants les évêques de Bayeux, d’Evreux, de Séez et de Coutances, qui l’ont
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- fait exécuter à Bayeux. Les armes de Rouen s’enlèvent au milieu sur un fond
- d’Argentan, les quatre autres sont aux angles du cadre formé d’un entre-deux en point de Colbert.
- En résumé, tout incomplète que fût cette partie de l’Exposition rétrospective, elle a présenté encore un ensemble suffisant pour affirmer une fois de plus la haute réputation des* dentelles françaises. Il était utile de montrer, combien par ses traditions artistiques et par la finesse et la perfection de ses ouvrages, la dentelle peut prétendre à une des premières places, dans ces grandes assises des Arts et de l’Industrie, où l’on cherche à établir par rang de mérite le classement des produits de l’activité humaine.
- Nous ne pouvons terminer sans exprimer tous nos remerciements aux collectionneurs qui nous ont permis de reproduire les objets qu’ils avaient prêtés : sans ces illustrations notre texte perdrait son principal intérêt.
- e t
- Couverture de livre au Point Colbert Point d’Argentan ; dix-neuvième siècle' (Bibliothèque Vaticnne.)
- Eventail dentelle noire de Bayeux. (Exposition de 1889.)
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- DENTELLES IMITATION
- VALENCIENNES MÉCANIQUE (1873)
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- Mantille blonde imitation (187b).
- DEUXIÈME PARTIE DENTELLES IMITATION
- JACQUARD (Joseph-Marie)
- (1752-1834)
- (D'après une estampe de la Bibliothèque nationale.)
- Après avoir rendu compte des dentelles véritables exposées dans la Section rétrospective, nous devons dire quelques mots des dentelles qu’on fait à la machine, et qui étaient représentées par deux collections très intéressantes d’échantillons classés chronologiquement, prêtées l’une par M. Hénon, de Calais, l’autre parM. Do-gnin, de Lyon.
- Calais et Lyon sont en effet les deux centres principaux où s’exerce en France cette fabrication, dont les développements, au cours du siècle qui s'achève, ont été vraiment merveilleux.
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- Ce sont les Anglais qui sont parvenus, h la (in du dix-huitième siècle, a transformer le métier à bas des bonnetiers de Nottingham pour lui faire produire les premiers tissus à mailles claires qu on a appelés tulles, et pendant quarante ans ils ont été presque seuls à fabriquer le tulle de fil et de coton.
- On signale cependant qu’il y eut d’assez nombreux métiers faisant du tulle uni de soie à Nîmes et à Lyon dès 1802. Un ouvrier minois, bonnetier en soie, avait inventé ce métier qui faisait un tulle à maille presque carrée. On brodait ces tulles à Condrieu (Rhône) pour en faire des voiles et des mantilles pour l'Espagne en imitation des blondes de Catalogne. Mais ces métiers étaient moins perfectionnés ([ue ceux des Anglais.
- Très jaloux de leurs inventions, les Anglais prohibaient sévèrement l’exportation de leurs machines et punissaient de bannissement et même de mort quiconque en transporterait à l’étranger.
- De son côté, la France, dans un esprit aussi peu pratique au point de vue de son développement commercial, frappait d’amende et de prison les tentatives d’importation des métiers d’outre-Manche.
- Les tulles anglais n’en étaient que plus recherchés par les élégantes, et on raconte que l’impératrice Marie-Louise elle-même encourageait les gens qui lui procuraient des tulles en contrebande malgré les menaces de l’Empereur.
- Ce n’est que sous la Restauration, en 1816, qu’on parvint avec mille précautions a introduire en cachette, et pièce à pièce, de quoi monter les premiers métiers qui fonctionnèrent à Calais.
- Mais il ne faut pas croire qu’on parvint dès le commencement à imiter les dentelles par la machine, bien que ce fût le but poursuivi avec acharnement par tous les inventeurs.
- Tulle bmtlé à la main.
- (Thomas Pain-West, 1820.)
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- Les brevets étaient pris, fréquents et nombreux en Angleterre et en France, mais tous ne parvenaient à produire que des réseaux tulle (1), à mailles plus ou moins perfectionnées, toutes uniformes entre elles. On se bornait à fabriquer ces tulles en plein, c’est-à-dire sans solution de continuité dans toute la largeur du métier. La lingère ou la confectionneuse découpait dans ces pièces des morceaux de forme et de dimension appropriées à
- Piano à percer les cartons Jacquard, actionné par la vapeur.
- l'usage auquel elle voulait les appliquer. Elle taillait ainsi des robes, des volants, des voiles et des garnitures de bonnets qu’on employait tels quels; ou qu’on brodait à la main plus ou moins richement. Un peu plus tard on fit ce meme tulle uni en bandes de différentes largeurs. C’est sur ces bandes de tulle qu’on venait broder à l’aiguille des motifs analogues à la dentelle.
- Puis on réussit à produire par les combinaisons du métier le tulle broché, c’est-à-dire un réseau dans le fond clair duquel on pouvait interposer des tissus mats formant dessin avec des effets de grillés, de mou-
- (1) Ces détails techniques sont extraits du livre de M. Hénon, l’Industrie des Tulles et Dentelles mécaniques. (Paris, Belin frères.)
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- ehes, de jours et d’armures. C’était déjà un progrès; mais ce n’était encore là qu’un article incomplet, car il fallait ensuite le terminer à la main en passant à l’aiguille le gros fil qui devait contourner les fleurs et autres motifs du dessin. Les imitations ne prirent tous leurs développements qu’après l’année 1833,
- Métier circulaire.
- où des fabricants français trouvèrent le moyen d’appliquer le système Jacquard aux métiers faisant la dentelle mécanique, et firent une imitation assez parfaite de la dentelle noire de Chantilly.
- Dès ce moment l’industrie française, maîtresse d’un procédé de fabrication qui lui permettait d’aborder les dessins les plus variés, de les interpréter mécaniquement sans aucun travail complémentaire à la main, prit une extension chaque année plus considérable.
- Le nombre des métiers se multipliait à Calais, on y travaillait jour et nuit, si bien que les habitants de la ville se plaignirent du bruit incessant des machines. Devant ces tracasseries les fabricants allèrent s’établir au faubourg Saint-Pierre-les-Calais, où ils trouvèrent plus d’espace et de facilités. Et Saint-Pierre, qui ne possédait tout d’abord que quelques centaines d’habitants, s’est transformée par le développement de l’industrie tullière, et est devenue à la fin du dix-neuvième siècle une grande ville de 46000 habitants.
- Lyon progressait aussi dans la fabrication des tulles et des imitations de dentelles en soie ; mais les succès de l’industrie tulliste provoquèrent la hausse des salaires et l’établissement de fabriques concurrentes à Cambrai et à Caudry, dans le Nord, à Saint-Quentin, et à Grand-Couronne près Rouen.
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- En dehors des articles de soie c’est le fil de lin qu’on employait d’abord pour imiter la dentelle. Mais, comme le lin est cher et plus difficile a travailler, on l’abandonna et on ne se servit plus que du coton. Les cotons fins ne se produisant bien alors qu’en Angleterre, les fabricants de dentelles imitation luttèrent pendant bien des années pour obtenir des réductions de droits de douane sur les fils de coton, qui sont la matière première de leur industrie.
- Des perfectionnements de plus en plus ingénieux furent apportés aux métiers, que les mécaniciens français étaient arrivés à fabriquer aussi bien que les Anglais, dont jusqu’alors nous étions tribu-
- . . i . Imitation dentelle coton (1876).
- taires. Dans les premiers temps
- les métiers étaient étroits et fonctionnaient lentement. Leurs mouvements étaient opérés par des pédales, à l’aide des pieds et des mains. Plus tard on put doubler leur vitesse par le système rotatif. Enfin on arriva, avec la machine à vapeur comme force motrice, à obtenir une production plus régulière et plus rapide.
- Aujourd’hui la fabrication des tulles et des dentelles mécaniques est une de nos grandes industries nationales. Elle maintient son importance
- et ses succès malgré
- la concurrence des Anglais à Nottingham, et des articles similaires que font les Suisses à Saint-Gall, et les Allemands à Plauën.
- C’est par le goût et l’élégance de leurs dessins que nos fabricants gardent leur suprématie. On peut voir, par les gravures qui accompagnent ce rapport, comme sont bien comprises les Valenciennes mécaniques qu’on emploie par milliers de mètres dans les lingeries confectionnées.
- Imitation guipure coton (1848).
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- Les imitations de point à l’aiguille et de guipure garnissent les jupes des actrices et les robes de bal pour l’exportation. Aucune difficulté de dessin n’arrête plus nos fabricants, et ils font aussi bien sortir de leurs grands métiers, armés de jacquards puissants, de grands volants ou de simples motifs séparés comme la feuille d’applique que nous reproduisons. Les mantilles en blonde imitation vont couvrir la tête des Anda-louses, des Mexicaines et des Havanaises ; c’est par millions que se comptent les exportations de tulles et de dentelles mécaniques que la France expédie dans le monde entier.
- Et alors se pose la question que chacun nous fait : Cela remplace-t-il la dentelle véritable ?
- Evidemment, dans beaucoup d’emplois ordinaires, la dentelle mécanique, par son bon marché relatif, a supplanté la consommation de la dentelle
- à la main, et la production de cette dernière en a subi une crise dont elle se ressent encore. Mais, par contre, la facilité de faire des modèles de robes de confections, de lingeries, garnies de dentelles peu dispendieuses, a augmenté les occasions de faire entrer les dentelles dans l'ornementation des vêtements féminins.
- La dentelle imitation a pour elle la consommation ordinaire à bas prix, qui se contente de la peu près. Elle fabrique de grandes quantités de rideaux en tulle broché et en guipure coton, elle a un vaste champ de production pour les tulles unis de tous réseaux et de toutes grosseurs, dont la consommation, soit en soie, soit en coton, atteint des chiffres importants. Elle règne en maîtresse dans les tulles fantaisie, pour voilettes, pour modes, ruches, boas, qui en emploient des milliers de mètres. Mais la production artistique lui est fermée et reste exclusive-
- Grand volant de dentelle, imitation Chantilly (1886).
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- ment réservée à la dentelle véritable. Il y a toujours entre elles la distance qui existe entre une peinture et une image imprimée, entre un diamant et un morceau de verre taillé ; aussi, malgré les progrès réalisés dans les métiers mécaniques, nous ne pouvons que répéter ce que nous avons déjà dit ailleurs (Rapport sur l’Exposition de 1889, Imprimerie nationale). La machine, si habile qu'elle soit, porte en elle-même un vice de constitution qui la rend rebelle à la production artistique. L’art est absent dans ce qu’elle fait, parce que le calcul y remplace l’effort et l’émotion. On ne sent pas derrière l’œuvre de cette main de fer vibrer une intelligence personnelle ; une régularité mathématique remplace ces hésitations pleines de charme qui trahissent l’effort, surtout d’une main de femme.
- Les fabricants d’imitation conviennent eux-mêmes, comme nous le lisons dans un Rapport de la Chambre syndicale de Calais, qu’on ne saurait trop encourager la vraie dentelle, car jamais la dentelle à la mécanique n’est plus demandée qu’aux époques où la dentelle à la main est en faveur.
- Les deux industries se sont heurtées au début par suite de la surprise et de la confusion que l’apparition des premières dentelles mécaniques a jetées dans l’esprit de la clientèle. Mais on commence à mieux comprendre que chacune a son emploi séparé, suivant la personne et le costume qu’elles doivent orner ; on prévoit que, si les dames perdaient le goût de la vraie dentelle, la ruine de son imitation suivrait fatalement.
- Dentellière.
- (Collection Hartmann.)
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- C’est dans cette conviction qu'aujourd’hui les fabricants de ces deux industries, qu’on croyait rivales, travaillent à ramener pour la dentelle à la main une ère de prospérité bien désirable pour les plus habiles ouvrières de nos provinces françaises.
- E. LEFÉBURE.
- Feuille d’applique imitation.
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- Imitation application soie '1899).
- LISTE DES EXPOSANTS
- Bert (l’abbé), chanoine à Agen.
- Trois aubes et trois rochets en Point de France, Point Colbert, etc.
- Blanck (J.).
- Une collection de Points d’Alençon, Angleterre, Blonde, Fils tirés.
- Bourgeot (Mrae).
- Série de Points d’Alençon et d’Angleterre.
- Doistau (Mme).
- Collection de Points de France, dont un bas de rochet.
- Dognin (Paul).
- Une collection de dentelles noires et blanches à la mécanique. — Fabrication lyon naise.
- Dreyfus-Gonzalès (Mme).
- Collection de Points d’Alençon et de Malines. Point de Sedan.
- Edwards (Alfred).
- Volant Point d’Argentan.
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- Règle à dentelle, région du Puy. {Musée du Trocadèro.)
- Foy (Mme la comtesse).
- Collection de Points d’Alençon. — Deux fichus à personnages. Hénon (Henri).
- Dentelles à la mécanique depuis la création des métiers à dentelles jusqu’à nos jours. Fabrication calaisienne.
- Iklé (Léopold).
- Quatre morceaux de Points de Venise gros relief. — Point d’Espagne et Point de France. #
- Lefébure (Mme).
- Pointe en dentelle noire de Bayeux dite Chantilly, à fleurs ombrées.
- Lionel Normant (M”°).
- Différentes dentelles. — Points d’Alençon. — Un rochet Point de France.
- Malézieux (Mme).
- Rabat et barbe en Point de France.
- Martin (Mme).
- Chasuble, guipure de Miricourt; collection de guipures noires du Puy.
- Niles (Mrae).
- Dentelles à fils tirés.
- Oppenheim (Félix).
- Deux pièces d’Argentan.
- Casimir Périer (Mme Jean).
- Grand volant en Point d’Argentan.
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- PORGÈS (Mme).
- Collection de dentelles. — Point de France, Argentan, Alençon, Angleterre, Point à la Rose, Binche. — Point de Venise.
- Petit (Auguste).
- Nappe à carrés de filet brodé, avec animaux et personnages.
- Riboud (Mme).
- Collection de dentelles ; Point d’Alençon ; Lacis; Point de Bruxelles.
- Rikoff (Mme).
- Collection de Points d’Alençon ; Points d’Angleterre; Guipures de Flandre.
- Sghelcher (Mme).
- Nappe filet, travail italien.
- Verdé Delisle (Mrae).
- Fond de bonnet. — Fragment d’un grand volant Point d’Argentan.
- Woernitz (Mme Jules).
- Blanchisseuse de dentelle.
- (Gravure de la collection Hartmann.)
- Collection de bandes et morceaux en Point d’Alençon et d’Argentan.
- Plioir à dentelle.
- (Musée du Trocadèro.)
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- Eventail en Point d’Alençon. (.Exposition de 1889.)
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- TABLE DES MATIÈRES
- Pages
- Première partie. — Dentelles à lu main.
- Chapitre Ier. — La dentelle jusqu’à Colbert........................... 7
- Chapitre II. — La dentelle de Colbert à la Révolution.............. 12
- Chapitre III. — La dentelle depuis la Révolution jusqu’à nos jours. ... 23
- Deuxième partie. —Dentelles imitation.......................................3i
- Liste des exposants.........................................................3g
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- SAINT-CLOUD. — IMPRIMERIE RELIN FRÈRES
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