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Musée rétrospectif de la classe 100 : jouets à l'exposition universelle internationale de 1900, à Paris : rapport
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- MUSÉE RÉTROSPECTIF
- DE LA CLASSE 100 JOXJBTS
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- MUSÉE RÉTROSPECTIF
- DE LA CLASSE IOO
- JOUETS
- 1 UIOTHÈQUE ^
- CONSERVATOIRE NATIONAL ^ AI1TS & KÉTIEHS
- -üiaiojne
- ~ s Lima lion ,v ^7
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1900, A PARIS
- RAPPORT
- M. HENRY D9ALLEMAGNE
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- Exposition universelle internationale
- de 1900
- SECTION FRANÇAISE
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- Ç/ommi6ôa\ic cjéuétaf De f êocpoeitiou :
- M. Alfred PICARD
- ^Duedeut cjcuétaf aDjoiut De f êcepfoitaliou, cfatcjé De fa ffecliou jtauçaiàe
- M. Stéphane DERVILLÉ
- £Défétjué au deteice cjéitétaf De fa éjection jtauçabe :
- M. Albert BLONDEL
- £Defecjue au éetvlce àpéciaf De«$ JlloiMeed ceuteuuauoc :
- M. François CARNOT
- btcfitecte De<5 JlWdéee ceuleuuatice :
- M. Jacques HERMANT
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- COMITÉ ^INSTALLATION DE LA CLASSE IOO
- Bureau.
- Président : M. Chauvin (Alexis), ancien président de la Chambre syndicale des fabricants de jouets et jeux.
- Vice-Président : M. Jumeau (Emile), bébés.
- Rapporteur : M. Claretie (Léo), homme de lettres.
- Secrétaire : M. Lefèvre (Edmond), ancien fabricant de jouets en métal [maison Lefèvre frères].
- Trésorier : M. Sevette (Paul), jeux et jouets [maison Sevette, Roulleau et Loiseau].
- Membres.
- MM. Bortoli (Joseph), vice-président de l’Alliance syndicale du commerce et de l'industrie. Derolland (Basile), jouets en caoutchouc.
- Dumont (Prudent), jeux de jardin et de salon [maison Foin et Dumont],
- Jost (Jean-Anatole), jeux de précision.
- Maindron (Ernest), O. collectionneur.
- Perret (Paul), jeux et jouets [anciennes maisons veuve Narçon et Gavot], président de la Chambre syndicale des fabricants de jouets et jeux.
- Petitjean (Henri), voitures d’enfants et de poupées [maison Petitjean et Sevette]. Roussel (Charles), ingénieur des Arts et Manufactures, jouets en métal [maison Roussel et Dufrien], vice-président de la Chambre syndicale des fabricants de jouets et jeux.
- Vieil y (Gustave), jouets mécaniques, automates.
- V ogue (Alphonse), jeux [maison Wogue et Lévy].
- Commission du Musée rétrospectif.
- MM. C LARETIE (Léo).
- Maindron (Ernest).
- Perret (Paul).
- Rapporteur du Musée rétrospectif.
- M. D’Allemagne (Henry).
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- PRÉFACE
- n des Musées centennaux qui a le plus attiré les regards des nombreux visiteurs est, certainement, l’Exposition rétrospective de la Classe 100, organisée avec tant de science par M. Léo Claretie : le choix judicieux des objets, fait par son habile organisateur, a été une des causes prépondérantes de son succès près du public.
- La tâche était difficile de faire comprendre, par une foule plus ou moins bien disposée, le charme que peuvent dégager tous ces souvenirs d’un autre âge, caria comparaison entre ces jouets encore un peu primitifs et les brillantes poupées que l’on voyait en face, à l’exposition moderne, n’était certes pas, au premier abord, en faveur des jouets anciens.
- Elles ont cependant bien leur charme, toutes ces reliques, et, quand on veut les étudier d’un peu près, il s’en dégage un souvenir doux et agréable rappelant un peu l’impression que nous éprouvons quand, en ouvrant quelque mystérieuse boîte retrouvée dans la table de toilette d’une de nos ancêtres, il s’en échappe un léger nuage de cette poudre à la maréchale dont les anciens mémoires nous parlent à chaque instant et qui devient, pour nous, une vivante évocation du passé.
- Avec tous ces vieux jouets, on arrive à reconstituer l’histoire de plusieurs générations disparues; on peut, parla pensée, revoir nos aïeux trouvant un divertissement à manier ces poupées informes auxquelles le plus pauvre enfant du peuple refuserait aujourd’hui même un regard.
- Dans les choses de goût, plutôt encore que dans tout autre ordre d’idées, le luxe a pris des proportions que l’on ne peut plus maintenant enrayer ; on exige pour les enfants des jouets d’une richesse et d’une perfection telles, qu’on hésite à les leur abandonner, et, bien souvent, on voit les bébés préférer aux derniers cadeaux les fragments de leurs anciens jouets, qu’ils ont martyrisés et qu’ils sont parvenus, en quelque sorte, à s’assimiler ainsi davantage.
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- LE LUXE DES JEUX ACTUELS ET LA SIMPLICITÉ DES JOUETS ANCIENS
- C’est une erreur communément répandue aujourd’hui, de chercher à faire du jouet moderne une petite merveille réunissant tous les progrès de l’état actuel de la science.
- Les poupées de terre cuite qui ont été retrouvées dans les dernières fouilles étaient certes bien rudimentaires, et, quand nous les voyons soigneusement rangées dans les vitrines de nos Musées, on se demande comment des représentations aussi barbares n’ont pas effrayé les bambins au lieu de les faire sourire; et cependant tous ceux qui les ont possédées dans leur petit berceau d’osier, ont été au moins aussi heureux que les enfants de notre époque, quand ils reçoivent comme cadeau un bébé phonographe ou un singe musicien fumant une cigarette.
- LE JOUET CONSIDÉRÉ AU POINT DE VUE DE LA VIE SOCIALE
- Comme l’a dit si bien le rapporteur de la Classe de la bimbeloterie en 1867, le jouet correspond à une des nécessités de la vie sociale. On peut, à la rigueur, se représenter une famille sans dentelles, sans cachemires et sans bijoux; on ne saurait s’imaginer une famille sans jouets. Là où est l’enfant, là aussi est le jouet, qui est le premier instrument de l’activité humaine.
- Le jouet, tel qu’il se présente à nous, offre un but à atteindre; il est créé pour une destination des plus spéciales et doit remplir au moins une ou plusieurs des conditions essentielles que voici: être amusant, utile, bien fait et à bon marché.
- Le jouet, amusant avant tout, doit encore être utile à un point de vue quelconque. Il faut qu’il aide au développement de l’enfant : corps, esprit ou sentiment. Son degré d’utilité sera plus ou moins grand, selon que la personne chargée de distraire le bébé s’acquittera de sa tâche avec plus ou moins d’intelligence.
- Il faut enfin que le jouet soit bien fait et à bon marché. Ces deux qualités semblent, au premier abord, s’exclure l’une l’autre, mais, avec les moyens dont l’industrie dispose aujourd’hui, ce miracle peut être réalisé. L’enfant se dégoûte vivement d’un jouet qui a été mal établi et qui tombe en morceaux la première fois qu’il le rudoie un peu ; cette perfection que l’on doit atteindre dans la fabrication est justement une des caractéristiques de l’industrie française. A l’étranger, et particulièrement en Allemagne, on fabrique des joujoux qui, malgré les droits de douane et les frais
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- caricature parisienne
- /Va u s a/tond pair cecfauad anua ,
- Quand nous j'çaoonj' </n 'ils dont sortis, Chez le tonciesye on je présente •
- Nouvelle arc/rllante /.....
- On d'irurcrt/. . .. on a ‘e/u oa content . . . . l/"la c 'que c est que /‘Jour de t'efai-?
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- de transport, sont encore infiniment meilleur marché que nos produits nationaux; mais, dans ces objets d’importation, l’apparence est le plus souvent trompeuse et les dépenses qu’occasionnent de fréquents remplacements font regretter le bon marché, qui n’était en réalité qu’un leurre. On
- LES JOUETS
- d'après Rétif de la Bretonne
- ne saurait donc trop encourager les fabricants de notre pays à suppléer, par leur ingéniosité, à la position difficile où ils se trouvent placés par la concurrence étrangère.
- Pour l’enfant, la récréation est l’image de la vie réelle; il retrace dans ses amusements tout ce qu’il voit et tout ce qu’il entend autour de lui, et, sil’on prend la peine d’écouter un bébé dialoguant avec sa poupée, on ne
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- sera pas surpris de l’entendre lui faire les mêmes observations et les mêmes réprimandes que celles qu’il a encourues dans la journée, lui promettre des récompenses identiques et surtout lui administrer les mêmes punitions. C’est, en effet, bien souvent un soulagement et une satisfaction pour lui, quand il a été grondé ou mis en pénitence, de s’en prendre immédiatement à sa poupée et de lui infliger une correction qui rappelle celle qu’il a reçue lui-même, mais à laquelle il se fait un devoir d’ajouter des intérêts.
- Les enfants se plaisent en outre à reconstituer les scènes dont ils ont été les témoins ou dont les causeries des grandes personnes leur ont donné l’idée. Qui est-ce qui, dans son enfance, n’a pas joué au marchand, au maître d’école, au voleur et au gendarme? Quelquefois, les jeux ont une tragique issue; en parcourant les faits divers des feuilles publiques, on voit trop souvent les accidents causés soit par la petite guerre, soit par des reconstitutions judiciaires, et quand, dans leur tragédie pour rire, les petits acteurs ont condamné le délinquant à être pendu, ils aboutissent parfois à des catastrophes où le malheureux patient a joué son rôle plus complètement qu on ne l’avait pensé.
- Le jouet est, pour l’enfant, l’apprentissage de la vie : comme il veut toucher à tout, tout voir, apprendre et connaître, c’est par le jouet mis à sa disposition qu’il commence naturellement ; il le retourne, l’examine en tous sens, cherche à en comprendre l’usage ou l’emploi et, après l’avoir bien palpé, il finit immanquablement par le mettre en pièces.
- Sur ce sujet, il faut lire le curieux article paru dans le Magasin Pittoresque il y a une douzaine d’années. L’humoriste écrivain que nous citons voit mieux que tout cela, sa philosophie du jouet brisé va plus loin. Suivant lui, l’enfant qui casse son joujou obéit d’abord au premier besoin du corps et de l’esprit, le mouvement ; puis à un autre, la recherche de l’idéal. En crevant le ventre de son cheval, c’est l’inconnu qu’il veut connaître ; en tâchant de le reconstituer, c’est le mieux, c’est l’idéal qu’il cherche. Et il ajoute :
- Regardez donc sans irritation, ô jeunes mères! l’indiscipline de bambins qui folâtrent dans le bruit, au milieu des jambes et des bras de leurs poupées; éludiez la surprise de celui qui, crevant la peau du tambour, ne voit rien au fond et ne tire plus de la surface détendue le bruit qui le charmait. Il vient de faire l’expérience du savant qui pose les lois de l’acoustique ou du chimiste qui décompose l’air. Sa découverte est petite, incertaine, inutile à la science, mais elle jette autant de jour sur la nature humaine que les calculs les plus profonds. Ne les grondez pas trop pour ce qu’ils brisent, parce qu’ils veulent s’instruire; apprenez-leur à briser, brisez vous-même avec eux et reconstruisez.
- Les mamans pourront bien ne pas être de l’avis du philosophe, mais, en revanche, les marchands de jouets lui voteront un tambour d’honneur.
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- L'ENFANCE
- d’apuès le tableau de J. Eaux, deimme du u.oi, 1740.
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- DE LA NÉCESSITÉ DE CHOISIR JUDICIEUSEMENT LES JOUETS
- Les jouets que l’on met dans les mains de l’enfant doivent être choisis avec une grande circonspection ; ils doivent servir soit à développer sa force physique, soit à développer son intelligence et, dans une certaine mesure, sa sensibilité.
- Le jouet est, pour l’enfant, une source d’études, d’expériences muettes; et, si elles sont presque toujours inconscientes, elles n’en ont cependant pas moins leur valeur, et laissent très souvent dans son esprit une trace profonde ; c’est pourquoi nous ne saurions trop insister pour éviter que l’on donne à l’enfant des jouets d’apparence barbare, qui lui font croire à l’existence d'un monde qui ne se rencontre que dans les contes de fées ou dans les ténébreuses pratiques de la magie noire.
- LES JOUETS DANS L’ANTIQUITÉ
- Les résultats des fouilles faites pendant ces dernières années ont fait découvrir, dans les tombeaux des premiers chrétiens, un assez grand nombre de petits jouets romains : hochets, toupies, cerceaux, poupées, petits vases et petits ustensiles représentant les ménages des enfants d’à présent.
- Il ne faut cependant pas se dissimuler qu’à une époque éloignée de nous, les premiers jouets étaient encore infiniment plus simples : l’auteur du plus remarquable ouvrage qui ait été fait sur ce sujet, M. Becq de Fou-quières, nous dit en effet :
- Les joujoux des jeunes filles étaient de mille sortes; c’étaient surtout des objets qui n’étaient pas étrangers à la toilette : des cassettes, des corbeilles, des petits meubles à l’usage de l’enfance, des miroirs, etc.
- Lorsque Pygmalion tomba amoureux de sa statue, Ovide (Métam., X, 260) nous dit qu’il lui prodiguait les dons chers aux jeunes filles, tels que coquillages, pierres brillantes, petits oiseaux, fleurs aux mille couleurs, balles peintes, larmes tombées du tronc des Héliades.
- Les jeunes Romaines allant jouer l’été au golfe de Baïes étaient heureuses de découvrir quelques coquilles de nautiles, dont elles faisaient de petites nacelles.
- LES JOUETS AU MOYEN AGE
- Il ne semble pas qu’en France on se soit, à une époque très reculée, préoccupé beaucoup de la fabrication du jouet; si, en effet, nous consultons le Livre des Métiers d’Etienne Boileau, où ont été recueillis les règle-
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- ments de toutes les corporations d’arts et métiers, nous n’en voyons aucun qui se rapporte spécialement aux fabricants de jouets.
- Au Moyen Age, les tabletiers limousins avaient à peu près seuls monopolisé la fabrication des jouets en bois, à bon marché. A Paris, on se contentait de faire de petites flûtes de buis, des sifflets et des billes.
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- d'après une gravure en couleur éditée chez Martinet, en 1820.
- L’autorisation de fabriquer ce genre d’objets avait été concédée aux vanniers-tourneurs, en vertu de lettres patentes du 24 juin 1467.
- La plupart des jouets étaient vendus parles merciers, dont le commerce était alors à peu près aussi étendu, toute proportion gardée, qu’aujour-d’hui celui de nos grands magasins de nouveautés :
- Ces merciers à petits balots,
- Qui n’estaient que des grelots,
- Des boëtes et des poupées,
- Toutes figures élripées (sans vie),
- Des tableaux de piastres et de plom,
- Un moulinet, un violon,
- Un chifflel, un cheval de carte (carton),
- Pour Janot, pour Colin, pour Marte,
- Et cent autres petits bijous,
- Pour amuser les jeunes fous.
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- Au surplus, le besoin d’une fabrication bien élégante ne se faisait pas encore sentir ; en effet, si nous consultons les Etreines du Gros Guillame à Perrine (Paris, 1619, in-8°), nous voyons qu’il promet de donner une pirouette de bois, un bilboquet de sureau, une poupée de piastre, un chifflet de terre et un demi ceint de plomb. Voilà donc le beau partage de l’enfant de l’ouvrier, le jour des étrennes, en 1619 : un bilboquet de sureau, une poupée de plâtre qui se cassera la première fois qu’elle tombera à terre.
- Cependant peu à peu cette branche d’industrie, si délaissée au premier abord, prit une certaine extension.
- IMPORTATION DES JOUETS ÉTRANGERS
- Au dix-septième siècle, Colbert ne craignait pas de donner le mauvais exemple en faisant venir de l’étranger les jouets destinés à amuser le Dauphin; c’étaient les villes d’Augsbourg et de Nuremberg qui étaient réputées pour la fabrication des jouets, et c’est de là que les faisait venir le ministre de Louis XIV.
- Pendant tout le dix-huitième siècle, c’est également de l’Allemagne que nous tirions la bimbeloterie en bois : les ménages, fermes, bergeries, bonshommes et animaux taillés, peints et vernis. Manheim a conservé sa réputation pour les figurines; Nuremberg, Rodacli, Sonnenberg, Neustadt font avec succès le jouet de carton.
- Le Tyrol fabrique de grandes quantités de poupées à ressorts, d’animaux et de voitures en bois blanc sculpté.
- Londres et Birmingham ont une supériorité bien connue pour la poupée de cire.
- Toutefois, pour tout ce qui touche réellement aux objets de goût, si nous nous en rapportons au rapport de M. Natalis Rondot, nous voyons que toutes les fois qu’il s’agit de jouets gracieux, jolis, finis, nouveaux, Paris l’emporte sur tous ses rivaux, qui suivent son impulsion et travaillent d’après ses idées, ses dessins et ses modèles. Il est rare que l’on exporte des assortiments de bimbeloterie d’Allemagne ou d’Angleterre sans les compléter de nos jouets fins.
- Toutes les contrées fabriquent des jouets d’enfants pour leur consommation intérieure. La France et l’Allemagne sont à peu près les seules nations qui aient fait, de cette industrie, un objet de grande fabrication et de vente importante pour l’exportation. Chacun de ces deux pays excelle dans les genres spéciaux qu’il a créés.
- L’Exposition de 1855 a prouvé que nos fabricants de jouets n’ont cessé
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- d’améliorer et de perfectionner leurs produits, tout en les établissant à des prix très modérés, et qu’ils se sont maintenus au premier rang dans les genres qu’ils exploitaient.
- Les exposants étaient au nombre de 77 ; 30 étaient français et 47 étran-
- LE RÊVE D’UN ENFANT d’après une lithographie de Bénard.
- gers. Sur les fabricants français, 13 ont reçu une récompense; les étrangers en reçurent 21.
- La supériorité de notre goût est tellement évidente que beaucoup de pays étrangers imitent les jouets de France, moins leur luxe excessif. Le jouet de Paris ne se distingue pas seulement du jouet importé de l’étranger par la pureté de ses lignes et l’excellence de son goût ; ses qualités, sous le rapport le plus naturel du mot, ne peuvent pas être mises en parallèle avec les objets fabriqués hors de France. Le jouet de Paris est plus vivace, comme disent les enfants dans leur langage imagé, il a la vie dure et supporte plus victorieusement les caresses, quelquefois un peu brutales, de ces petites mains si curieuses de se rendre compte de ce qui est caché.
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- L’enfant reconnaît dans le jouet de Paris un concitoyen, et il le traite avec les égards afférents à cette condition. Toutefois, nous sommes obligés de reconnaître qu’au point de vue de la production à bon marché, nos voisins nous sont encore supérieurs : cette infériorité est due au prix modique qu’est payée la main-d’œuvre chez eux ; heureusement qu’avec les perfectionnements de l’industrie, la fabrication à la machine nous affranchit de jour en jour de ce tribut.
- JOUETS EN SUCRE OU EN PAIN d’ÉPICE
- La vente des poupées et autres figurines composées de friandises a long-
- ue PETIT MARCHAND DE BONSHOMMES EN PAIN D’ÉPICE
- d’aPKÈS LhNE LITHOGRAPHIE DE CaRLE VëRNET.
- temps fait partie des petits métiers de la rue qui sont désignés sous le nom de Cris de Paris.
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- Dans les Tracas de Parts, on trouve toute une description de ce petit commerce et on nous dépeint, sous les couleurs les plus vives, ces boutiques en plein vent qui sont, pour les enfants, le synonyme de paradis terrestre :
- Là le marchand qui songe au lucre,
- Vend des petits hommes de sucre,
- Des charrettes et des chevaux Qui ne souffrent pas grands travaux,
- Et que sans trouver trop eslrange Un enfant à déjeuner mange.
- Icy ce sont des gauffriers,
- Avecque leurs petits foyers,
- Et là le peuple sot admire Cent figures faites de cire,
- Dont les pieds et les mains par art Branlent sur un fil de richart (fil d’archal).
- Enfin ce ne sont que boutiques,
- Non de grandes pièces antiques,
- Mais de divers petits bijoux Que l’on a pour deux ou trois sous.
- DISTINCTION ENTRE LES JOUETS ET LES JEUX
- La Classe 100 contenait, outre les jouets destinés aux enfants, les jeux qui servent à récréer non seulement les adolescents, mais encore la plus notable partie du genre humain, car il n’est pas de personne si grave qui puisse se vanter de n’avoir jamais joué aux cartes, aux échecs ou aux dominos.
- La différence que l’on peut établir entre le jouet et le jeu, c’est que le premier est plus particulièrement destiné à divertir l’enfant, tandis que le second peut servir à son instruction et à son développement physique : ainsi certains jeux servent plutôt de prétexte à des exercices d’adresse et, parmi ces derniers, les plus habituels sont ceux du ballon, de la balle, du cerceau, de la corde, etc... L’enfant qui brise ses jouets conserve avec soin ses jeux, il sent qu’il trouvera en eux une consolation, un divertissement et qu’il ne s’en dégoûtera pas aussi vite que d’une poupée ou d’un polichinelle qui aurait cessé de plaire.
- C’est surtout à notre époque que l’on a compris tout le parti qu’il y avait à tirer de la manière dont les enfants devaient être récréés, et les résultats obtenus ont été des plus satisfaisants.
- Les jeux destinés aux grandes personnes présentent souvent des combinaisons et des difficultés réelles ; c’est ainsi que Leibnitz, le profond philosophe, a écrit un joli mot en parlant des jeux : dans sa huitième lettre à M. Rémond, il déclare, en effet, « que les hommes n’ont jamais montré tant de sagacité que dans l’invention des jeux ».
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- , . BIMBELOTERIE
- Le mot bimbelot, qui a donné son nom à toute la classe figurant dans le catalogue sous le nom de bimbeloterie, était autrefois un simple jeu analogue aux billes ou peut-être autric-trac; Dom Carpentier nous donne un exemple de 1454 et un autre de 1469, où il est question de jouer aux bibelots : nous n’avons malheureusement aucune donnée sur cette nature spéciale de jeu.
- Le Dictionnaire de Trévoux qualifie le mot «bimbelot» de « petit jouet d’enfant, comme poupée, moulinet, carrosse ou autre machine de carte ou de bois qui est propre à réjouir les enfants, ou autres colifichets de plomb ou d’étain, comme assiettes, aiguières, encensoirs, calices, etc... ».
- Au dix-liuitième siècle, si nous consultons le Dictionnaire des Arts et Métiers de Jaubert, nous relevons cette mention :
- Il y a deux sortes de bimbelots, les uns qui consistent en petits ouvrages fondus d’un étain de bas aloi ou de plomb, telles sont toutes les petites pièces qu’on appelle ménages d’enfants. Les autres consistent dans toutes ces bagatelles tant en bois qu’en linge, étoffes et autres matières dont on fait des jouets comme poupées, carrosses. Ce sont les merciers qui font commerce de ces derniers bimbelots; les maîtres miroitiers, lunetiers bimbeloliers font le trafic des autres.
- Enfin, si nous arrivons maintenant à la première moitié du dix-neuvième siècle, nous voyons, d’après le rapport de l’Exposition de 1849, que la bimbeloterie comprend une diversité infinie d’objets servant pour la plupart à l’amusement des enfants ou à l’ornement des étagères.
- 11 est très difficile, lisons-nous dans ce document, de se faire une idée de l’intelligence et même de l’imagination qu’exige la fabrication du jouet d’enfant. Il ne suffît pas d’atteindre à la limite du bon marché;*il faut incessamment varier les modèles, les façons et les genres. Le bimb.elotier. étudie toujours, vous rencontrerez celui qui fait les animaux devant la ménagerie ou dans les galeries du Muséum d’Histoire naturelle; tel autre note, d’après les relations de voyages, les types de races, les costumes, les allures des peuples étrangers ; tel autre s’attache à suivre au jour le jour et à traduire en jouets l’histoire européenne. En ce moment, dans bien des petites chambres on fait par grosse, en étain, des gardes mobiles et des hussards hongrois ; en bois, desKossuth; en poupées, des reines Victoria, des quakeresses, des chinoises ; en imagerie pour jeux de patience, des prises de Rome, des campagnes de Hongrie et toujours des familles de Napoléon; en marron ou en élastique (masquesgrotesques), b s héros des luttes du Parlement et de la presse. Dans la saison dernière, notre bimbeloterie a fait connaître l’Amérique, les principaux chefs et les scènes les plus dramatiques de la Révolution de 1848.
- En 1807, d’après une lettre adressée au ministre de l’Intérieur par la Chambre de commerce, il n’y avait à Paris, occupés à tous les menus ouvrages de tabletterie, d’ivoirerie, peignerie, etc., que 6000 individus parmi lesquels les bimbelotiers ne figuraient que pour une très faible minorité ; en 1849 on n’en comptait pas moins de 2162 tant fabricants qu’ouvriers,
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- savoir : 330 des premiers et 1832 des autres, ceux-ci se partageaient ainsi: 361 hommes, 1168 femmes et 103 enfants. La production de toute celle population dépassait 3660000 francs.
- Sur ces 330 fabricants, 81 travaillaient absolument seuls :
- 11 produisent une valeur de 50000 à 200000 francs
- 34 — — 23000 à 50000
- 44 — — 10000 à 25000
- 52 — — 5000 à 10 000
- 130 — — 1000 à 5000
- 50 — — moins de 1000
- Tandis que l’ouvrier en bimbeloterie de fer-blanc produit pour 3630 francs par an, l'ouvrier en fausses montres 3000 francs, la moyenne de production pour l’ouvrier en poupées est de 1500 francs, l’ouvrier en masques 1538 francs, l'ouvrier en mirlitons 1445 francs et pour l’ouvrier en petits ouvrages de perles de 1077 francs.
- PRODUCTION FABRICANTS OUVRIERS
- Poupées en peau et en carton, nues et habillées. . francs 1208950 90 805
- Jouets divers 737764 63 309
- Jouets militaires : fusils, sabres, gibernes, canons, ' 277650 22 105
- arcs, flèches, tambours
- Jouets mécaniques 249500 11 108
- Jouets en fer-blanc et fer battu (ménage, etc.). . . 196000 9 54
- Cartonnage, boîtes, jeux de patience 192800 18 75
- Animaux en carton, recouverts ou non de peau. . 135735 16 42
- Voitures et chevaux en bois 109750 15 43
- Raquettes et volants 103430 13 89
- Masques 91950 7 49
- Fausses montres 60000 3 39
- Soldats de plomb 55000 2 15
- Petits meubles 46 500 14 15
- Balles, ballons, mirlitons (96120 43 84
- Jouets tournés, cerfs-volants
- 3661169 330 1832
- Avant de passer à l’étude détaillée des différents jouets, nous tenons à remercier ici d’une manière toute particulière les personnes qui ont bien voulu nous aider dans notre travail et sans le concours desquelles notre tâche n’aurait certes pas pu être menée à bonne fin.
- Nous devons une mention particulière à M. Paul d’Estrée, qui a bien voulu se faire notre collaborateur en écrivant spécialement pour nous le ^chapitre si intéressant sur les jouets à bon marché.
- Nous sommes heureux de rappeler également tout ce que nous devons
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- à M. Eugène Muller, dont les précieuses indications bibliographiques nous ont été d’un si grand secours, et à M. Henri Martin, qui nous a signalé, dans les manuscrits de la Bibliothèque de l’Arsenal, des documents du plus haut intérêt.
- Mentionnons aussi les renseignements qui nous ont été si aimablement fournis par M. Funck-Brentano, qui est beaucoup trop connu par ses nombreux travaux, pour qu’il soit, ici, besoin d’une plus ample présentation.
- Rappelons enfin le nom des collectionneurs qui ont bien voulu nous laisser choisir dans leurs cartons les pièces nécessaires à nos reproductions : tels sont M. Sébillot, le sympathique directeur de la Revue des Traditions populaires, M. de Valpinçon, qui possède une curieuse collection de pièces de la fin du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuvième.
- Nous sommes heureux d’adresser ici nos remercîments à M. Albert Figdor, qui nous a fourni les plus précieux renseignements sur les jouets du seizième siècle et du dix-septième dont il possède de nombreux spécimens dans sa merveilleuse collection.
- Parmi les sources auxquelles nous avons eu recours pour notre travail, nous ne devons pas manquer de mentionner le curieux album qui a été mis à notre disposition par M. Arthur Maury, dont la remarquable collection de marionnettes est bien connue de tout le public parisien. Cet album, qui date des premières années de l’Empire, devait servir de référence à quelque commissionnaire en marchandises et faire partie d’une série de recueils où toutes les branches de l’industrie parisienne se trouvent représentées. 11 est composé de cinquante feuillets doubles qui donnent des modèles coloriés exécutés en grandeur naturelle de toutes les poupées, de leurs meubles ainsi que des ménages à leur service ; en outre, on y rencontre la représentation d’animaux en carton moulé, garnis de leur musique à soufflet ou d’un mécanisme ingénieux permettant de les faire mouvoir. Les soldats étrangers, et particulièrement les Allemands, sont abondamment représentés dans ce recueil, on y voit défiler tous les uniformes du commencement du dix-neuvième siècle; à côté des jouets, on a reproduit également quelques jeux, tels que le volant au cornet,, des arcs et des flèches, etc... Ce volume peut être considéré comme le plus précieux document que nous possédions à l’heure actuelle sur l’industrie du jouet au début du siècle dernier.
- En dernier lieu nous devons citer les noms de MM. Geoffroy, Gode-Iroy-Meyer, Mas, Mathias et Syrns, à l’obligeance desquels nous n’avons jamais fait appel en vain.
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- CHAPITRE PREMIER
- LES JOUETS DE LA PREMIÈRE ENFANCE
- Le hochet. — 1. Son utilité. — 2. Les hochets clans l’antiquité. — 3. Un hochet de Louis Ier, duc d’Anjou. — 4- Ues hochets au seizième siècle. — 5. Composition des hochets aux dix-septième et dix-huitième siècles. — 6. Les hochets d’après les anciennes gravures.
- Les crécelles. — 1. La crécelle et la claquette au moyen âge. — 2. Le jeu du Treu et du Loup. — 3. La crécelle du « Lutrin » de Boileau.
- Les moulins à vent. — 1. Les moulinets aux quatorzième et quinzième siècles. — 2. Les marchands de petits moulins et les cris de Paris. — 3. Différentes formes données aux moulins à vent.
- Les boîtes à surprise.
- PREMIÈRE PARTIE
- LE HOCHET
- I. — Son utilité,
- e premier des jouets que l’on met entre les mains de l’enfant aussitôt qu’il peut avoir une conception à peu près nette de ce qui l’entoure, est sans contredit le « hochet ».
- Le but de ce petit instrument a été de tromper la douleur que cause la première dentition, et de permettre à l’enfant de placer dans sa bouche quelque chose qui attendrisse la gencive et facilite à la dent sa sortie de l’alvéole. Bientôt on eut l’idée d’ajouter au hochet primitif un petit grelot qui, par son bruit, et son mouvement, devint une distraction pour les yeux et les oreilles.
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- II. — Les hochets dans l’antiquité.
- L’invention du hochet est attribuée à Archytas de Tarente, contemporain et disciple de Platon, célèbre savant de l’antiquité, inventeur de la poulie, de la vis et de la crécelle, qui imagina cet instrument pour amuser ses propres enfants. *
- Dans l’antiquité, la forme de ces petits joujoux était variée à l’infini ;
- HOCHETS ANTIQUES TROUVÉS A POMPÉ!
- on employait parfois à cet usage les crécelles ; d’autres fois, c’étaient des sortes de crotales composés de deux lames de bois ou de métal qui, réunies à un bout, battaient Tune sur l’autre en produisant un bruit infiniment plus agréable pour les enfants que pour ceux qui en sont les auditeurs involontaires.
- Une autre forme de hochet figure un petit cercle monté sur une tige et garni de grelots; M. Beck de Fouquières parle d’un hochet d’une forme plus compliquée et dont il donne la description suivante :
- Le plus rare de ces instruments se compose d’une tige sur laquelle est rivée une monture métallique formant un fer à cheval. Dans celle monture sont passées de petites tiges de fer mobiles, supportant chacune trois carrés métalliques qui étaient destinés à augmenter le bruit produit par les tiges. Ces instruments, qui faisaient la joie des enfants, mettaient en délire les initiés au culte de Bacchus. Athènes, dans ses fêles, retentissait souvent du bruit des crotales; et à Rome, en suivant les prêtres d’Isis, la foule agitait les sistres sacrés.
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- Co*
- $n \i
- ~hot. Larger, rue Chapon, Paris.
- PLAQUETTE RONDE EN NACRE. --- XV° SIECLE
- HOCHETS DES XVIe ET XVIIe SIÈCLES, NACRE, ARGENT ET CORAIL
- (COLLECTIONS DE MM. ALBERT FIGDOR ET IIENRY D'ALLEMAGNE)
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- Parmi ces petits jouets sonores, on rencontre, dans les collections d’antiquité, de petits vases d’argile qui résonnent comme un grelot quand on les agite.
- Il y avait aussi des jouets semblables qui avaient la forme de petits animaux, d’un canard (de Witte, cat. Beugnot, n° 105) ou encore d’un petit cochon (ibid., n° 223). Ceux en forme de cochon portaient très souvent des enfants couchés sur leur dos.
- III. — Un hochet du quinzième siècle d’après l’inventaire de Louis Ier, duc d’Anjou.
- Au Moyen Age, les hochets étaient souvent fabriqués par la corporation des Patenostriers d’os, de cor, de couvai et de coquilles ; parfois même ils consistaient en une dent de loup, car une superstition en usage à cette époque lui attribuait la propriété de chasser l’esprit malin.
- Mais tous ces jouets de la première enfance étaient destinés aux fils des artisans ou tout au plus des bourgeois de cette époque. Nous devons à l’obligeante communication d’un de nos confrères, M. Henri Moran-villé (1), la description d’un petit sifflet d’or qui faisait partie des joyaux de Louis Ier, duc d’Anjou. Le document auquel nous empruntons cette remarquable description est daté d’une manière certaine de l’année 1364-1365 :
- Un petit cifflet d’or longuet à iiij quarrées haiehiées à L, à couronnes et à arbres de lis; auquel lient une petite chayennetlede fil d’or entrelaciée à deux anelez d’une part et d’autre dudit cifflet. Et descend ycelle chayennette, qui est double, d’un anelet qui tient à un tournant d’or garni dessus et dessous de ij fueilles d’or de tréffle à jour ; et parmi la haute fueille passe un anelet roont qui tient au bout de deux mordans d’or, dont est garni un tissu de soie bleue qui a une voie de fil d’or au milieu ; lequel tissu fait escharpe à pendre à un enfant ledit cifflet. Et sont les costez bas d’iceulz deux mordans ouvrés, d’un leiz et d’autre, comme à demis fenestraiges enlevez ; et sur le plat qui fait la monstre, sont liaichiez à deux feuillettes chascun et à j demi fenestraige. Et ledit tissu est garni au lonc de xxxv L couronnées et de xxxv fleurs de lis toutes petites et d’or, qui y sont pour cloeure et sont rivées audit tissu. Et poise en tout ledit cifflet, avec sadicte garnison et ledit tissu ainsy garny comme dit est, iij onces ix esterlins et demi.
- IV. — Les hochets au seizième siècle.
- Au seizième siècle, on désigne sous le nom de demuret un hochet d’ivoire, de cristal ou d’argent terminé par un grelot ou par quelque autre ornement et suspendu à l’extrémité d’une chaîne ou d’une ceinture :
- (1) Voir l’article publié par M. II. Moranville dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, tome LXII année 1901. ’
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- 1580. — Une grosse cliayne d’or neufve, à quatre aigadières et le demurel à malhes.
- It. ungz desmouretz d'argent avec son stuc d’argent, ung cornet et une sonète d’argent surdauré, pes. 8 testons et demy. (Testament de Magalone de Port, Revue des Sociétés savantes, IIe série, p. 116.)
- Dans un curieux recueil de gravures sur bois qui fut publié en 1587, nous trouvons à la première gravure la représentation de hochet terminé par une sorte de dent ou de corne, et surmontant une sphère toute garnie de grelots; cette coutume de terminer ainsi les hochets peut être rapprochée de la mode des « jettatore » qui se retrouvent encore en Italie et servent à conjurer le mauvais œil. Parmi les exemples des hochets du dix-huitième siècle, nous citerons encore le remarquable bijou en corail garni d’une monture de vermeil; il fait partie de la collection de M. Albert Figdor et est en tous points semblable à celui qui se trouve représenté dans le portrait du petit Médicis par Bronzino, dans la galerie des Offices à Florence.
- Nous citerons également un autre hochet faisant partie de la même collection et qui est un véritable chef-d’œuvre de bijouterie. 11 se compose d’une sphère en vermeil toute garnie de clochettes et de grelots.
- V. — Composition des hochets aux dix-septième et dix-huitième siècles.
- A la fin du dix-septième siècle, le hochet consistait souvent en une
- LA JEUNE MÈRE
- tige de cristal de roche munie d’une monture en orfèvrerie où était ménagé un sifflet; des grelots fixés tout le long du manche agrémentaient ce jouet de la première enfance.
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- Comme s’appaifentles petits enfans.
- La mère douce, honnefte 8c naturel le, L’autre Ton fily parvn hochet appaife,
- Berce l’enfant encor à la tnammelle, La tierce,fait îefien marchera faife,
- Tout auffi toft qu’il veut fon cry pouffer: Au chariot, de peur de TofFencer*
- A Paris, Chez Guillaume le Bé, ruefaind le an deBeauuais, près U puits Cettain.
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- Depuis la fin du seizième siècle jusqu’au dix-huitième, on a fait, dans les Flandres, des hochets composés d’une figurine en argent représentant une sirène, tenant d’une main un miroir et de l’autre un peigne avec lequel elle s’apprête à démêler sa luxuriante chevelure.
- r Lorraine le 26 ^Aoiut tbçq èe Léopold l'Due Je Lomune et J £ù*Jj>eth Charlctes ? Orléans y' Fille Je son «Altesse Jteyale •Atone 'U Duc à Orléans
- Le hochet a été très souvent un objet de grand luxe, et, comme nous le voyons par les exemples cités plus haut, on en a fait en corail, garni de métal précieux; il est du reste à remarquer qu’on attribuait autrefois au corail un aussi grand nombre de vertus qu’on en accorde
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- LES JOUJOUX DE GEORGET
- CARICATURE CONTRE L’ANGLETERRE, FAITE AU MOMENT OU GEORGES III ÉTAIT TOMBÉ EX ENFANCE (1806-1807)
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- aujourd’hui à l’eau de Cologne. Le corail mettait à l’abri des sorts, chassait le diable et les esprits malins.
- Pline et Dioscoride ont porté jusqu’au septième ciel les vertus médicinales de cette substance, et Paracelse recommande de suspendre au cou des enfants des colliers de corail afin de les prévenir des convulsions et de les mettre à l’abri des charmes, des sortilèges et même des empoisonnements.
- On a retrouvé ce préjugé parmi les nègres des Indes occidentales, qui affirment que la couleur du corail varie avec l’état de santé de celui qui le porte.
- Mais, outre ces vertus, on a cru rendre le hochet des enfants encore bien plus efficace en y fixant des grelots pour effrayer l’esprit malin.
- VI. — Les hochets d’aprfs les anciennes gravures.
- On trouve d’anciens hochets figurés dans les gravures consacrées à l’enfance; dans la collection des gravures de modes qui se vendaient, au commencement du dix-septième siècle, chez Bonnard, on trouve le portrait du jeune prince de Lorraine, nommé duc de Bar ; il est représenté sur le bras de sa nourrice et on voit cette dernière tenant à la main un hochet, tout garni de grelots, terminé par un bout de cristal.
- Une gravure du dix-huitième siècle, représentant la jeune mère, nous montre un hochet à peu près identique.
- On peut aussi considérer comme un hochet cette marotte de la folie, toute garnie de grelots, qui était l’attribution des personnages jouant le rôle de fous auprès des rois de France.
- Dans l’album de M. Arthur Maurv, nous avons la représentation de ce qu’était un hochet à bon marché au début du dix-neuvième siècle : c’est une sorte de petit tambour en fer-blanc, fermé aux deux extrémités, et dans lequel on a préalablement renfermé quelques graines desséchées, destinées à produire un bruit analogue à celui des grelots quand ce primitif instrument est secoué par la main de l’enfant.
- LE HOCHET DE LA FOLIE d’après une lithographie du premier empire
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- DEUXIÈME PARTIE
- LES CRÉCELLES
- Ces petits instruments, qui servent maintenant à l’amusement des tout jeunes enfants, possèdent cependant des titres de noblesse remontant à une très respectable ancienneté ; toutefois, au lieu de servir de jouets, les crécelles avaient alors pour but d’appeler les fidèles à la prière.
- I. — ï.a crécelle et la claquette au Moyen Age.
- Au Moyen Age, les crécelles servaient pendant le temps où il était interdit de sonner les cloches.
- Dès le neuvième siècle, Amalarius, abbé de Hornbach, au diocèse de Metz, parlait d’instrument en bois destiné à annoncer les offices religieux.
- Le type le plus connu et le plus simple de crécelle consiste en six planches fixées autour d’un axe ; entre chacune de ces planches était un marteau que le mouvement de rotation envoyait frapper violemment contre la paroi de bois qui lui était opposée.
- Ces petits appareils étaient plus connus sous le nom de claquette. Ils étaient imposés aux lépreux, qui les portaient suspendus à leur ceinture et devaient les agiter pour signaler leur présence et éviter le contact avec les autres personnes.
- La claquette des ladres était formée de trois planchettes terminées par un grelot.
- Dans Pantagruel (1), il est fait mention de la claquette :
- Tira un transon de cosle bovine blanche et deux pièces de bois de forme pareille, l’une d’ébène noir, l’autre de brésil incarnat et les misl entre les doigts d’icelle, en bonne symétrie, en les cbocquant ensemble, faisoit son tel que le font les ladres en Bretagne avec leurs clicquetles.
- (1) Edition de 1530.
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- leux de Crecerelle, Moulinet, & autres,
- Un peu plus grands d’vne façon nouuelle, font tonner la gente Crecerelle, Courent dUpoft?, (urvncheualdebois:
- Puis de favon deftrempé en eau claire, Pendant qu’vn tourne vn moulinet à noix, Enfemblement vont desbouteillesfaire.
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- Il y a quelques années on pouvait encore voir, dans la célèbre collection
- de M. Jubinal, une crécelle en bois datant du quatorzième siècle et qui avait été vendue par le couvent de l’Escaladieu près de Bagnières. Cet instrument était de tous points semblable à celui dont se servent les enfants encore aujourd’hui, et il ne devait produire qu’une bien faible impression sur le tympan des fidèles qu’il conviait à la prière.
- Dans le recueil des Trente-six figures contenant tous les jeux, etc..., édité en 1587, la crécelle est désignée par ces deux vers :
- Un peu plus grands, d’une façon nouvelle Ils font tourner la gente crécerelle.
- Au seizième siècle, la crécelle faisait encore partie des menus accessoires du culte, et Pasquier, dans ses Recherches, la définit ainsi : « Petit moulinet dont nous usons le jeudy et le vendredv de la sepmaine sainte au lieu de cloche, que nous appelions cresserelle; il a emprunté son nom du son qu’il produit. » Dans certaines provinces, cet instrument est également appelé tartarelle, simandre, routelle.
- On a fait des crécelles de différentes formes : Dideron, dans ses Annales archéologiques, donne la description d’un de ces moulinets provenant de la cathédrale de Bourges; il est formé d’une table sur laquelle viennent retomber des marteaux mis en mouvement par la manivelle d’un cylindre. Cet antique instrument a été repris aune époque contemporaine, pour en faire un véritable jouet d’enfant qui était exécuté à Notre-Dame de Liesse et se vendait dans le commerce sous le nom de « moulin tapage ».
- A Burgos, on conserve encore une crécelle d’un genre tout particulier : elle est formée de six caissons creux assemblés en forme de croix; pour augmenter la sonorité, le bois est doublé de plaques de fer sur lesquelles, viennent frapper des marteaux mis en mouvement par une manivelle.
- CRÉCELLE phovenant du couvent d'Escaladieu (XIVe siècle).
- II. — Le jeu du Treu et du Loup.
- La crécelle n’a pas été seulement un jouet pour les petits enfants, elle s’est perpétuée dans nos jeux actuels, particulièrement dans le jeu le Chat
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- LA CRÉCELLE du LUTRIN de Roii.eau,
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- et le Bat, car l’instrument bizarre, dont le malheureux rat est obligé de jouer pour annoncer sa présence au chat, n’est autre qu’une variété de crécelle.
- Au seizième siècle, on retrouve à peu près le même jeu dans le Treu et le Loup ; la crécelle est alors remplacée par une latte dentelée attachée à une corde et que l’on fait tourner rapidement, de façon à obtenir une sorte de grincement plus ou moins sonore.
- III. — La crécelle du « Lutrin » de Boileau.
- Dans une des gravures qui ont été consacrées à l’histoire de l’immortel Lutrin, de Boileau, on représente le chantre imposant qui
- Pari bientôt précédé d’an serviteur fidèle,
- De Girot le bedeau tenant une crécelle
- Qu’il tourne avec grand bruit pour bâter le réveil
- Des chanoines plongés dans un profond sommeil.
- La crécelle actuelle se compose d’une languette de bois flexible que l’on fait tourner autour d’une roue dentelée; ce mouvement de rotation produit ainsi un son aigre qui réjouit beaucoup les enfants.
- Il est un autre genre d’instrument de supplice qui tient le milieu entre la crécelle et le tambour : c’est un petit appareil formé d’un cylindre terminé de chaque côté par des peaux tendues et emmanché dans une longue baguette de bois flexible. Dans l’intérieur du tambour se trouvent enfermées quelques billes de bois ou même des pois secs qui viennent, sous l’impulsion de la main de l’enfant, frapper violemment la peau tendue. Cette dernière est quelquefois remplacée par une cloison de bois très mince, et cet harmonieux instrumentproduit alors un son comparable à celui de la crécelle : c’est une raison qui nous a engagé à les étudier ensemble.
- LE JEU DU MOULINET d’apkès Katz (xvii® siècle).
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- TROISIÈME PARTIE
- LES MOULINS A VENT
- Ces objets sont une des plus anciennes représentations des jouets d’enfants que l’on puisse rencontrer, et, en feuilletant les missels du quatorzième siècle, on aperçoit, à la première page du calendrier, des enfants s’amusant à faire tourner les ailes de ces moteurs improvisés.
- I. — Les moulinets aux quatorzième et seizième siècles.
- En 1.390, Isabeau de Bavière fait réparer un moulinet qui devait être
- LE MARCHAND COLPORTEUR courant avec ses moulinets et «es ballons, d’après une gravure italienne du commencement du XVIIe SIÈCLE.
- d’un travail particulièrement soigné ; on trouve, en effet, la mention d’une somme d’argent payée à « Jehan du Vivier, orfèvre et valet de
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- chambre du roy, pour avoir rapparayé et mis à point un petit moulinet d’or garni de perles et de balais petits pour l’esbattement de Madame Isabel de France » (1).
- Dans le recueil des Trente-six figures contenant tous les jeux, etc..., de 1587, le jeu du moulinet est indiqué comme un de ceux qui étaient réservés à la première enfance (2) :
- Jeunes enfants grandelets tant soit peu,
- Sont amusez toujours à quelque jeu.
- Les uns s’en vont pour les papillons prendre,
- Autres au vent courent le moulinet ;
- Autres aussi, d’un maintien sotinet,
- Contre le mur vont les mouches attendre.
- Au seizième siècle, Rabelais, parlant de l’éducation de Gargantua, raconte qu’il entrait dans sa cinquième année quand on lui donna un petit moulin à vent.
- A peu près à la même époque, les enfants avaient imaginé de faire
- 'LE MARCHAND DE MOULINS A VENT
- SCÈNE ÉPISODIQUE TlltÉE DE LA GRAVl'RE « La G1UNDE FESTE DE NOTRE VILLAGE » TABLEAU DE VAN BrELGHEL, GRAVÉ PAR II. BERTRAND (XVIe SIÈCLE).
- des moulins à vent au moyen de quatre coquilles de noix tournant autour d’un axe, et on prétend même que c’est cette invention enfantine qui aurait donné, aux boisseliers, l’idée d’en faire un commerce lucratif.
- Une gravure italienne (3) du commencement du dix-septième siècle nous montre une légère variante dans la composition de ce moulinet à noix.
- (1) Comte de Laborde, Notice des émaux du Louvre, page 395.
- (2) Voir la gravure page 29,
- (3) A7oir page 42.
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- L B ÆAROJDE UR
- Q^uanJ/e livre combat au fond d’un peulaillur, Jeneparpne pas plus Lanu que letranper, C’est alors que je^fàis briller, E<tpow' entretenir ma aie
- Alan courape et mon industrie delà mets sans cesse est danp^er.
- ui Parts cités -Patimanl- rue de- Ict Fsrsimsrie
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- Dans cette estampe, on voit le bambino occupé à faire tourner un petit moulin qui surmonte deux coquilles de noix renversées. L’enfant fait manœuvrer son jouet à l’aide d’une ficelle, comme la chose se pratique dans le jeu de la toupie.
- II. — Les marchands de petits moulins et les cris de Paris.
- Le commerce des moulins à vent était une des branches de la pe-
- LE MARCHAND DE MOULINS A VENT d’après Bouchardon.
- tite industrie parisienne, et, dans la plupart des recueils contenant la suite des cris de Paris (1), nous trouvons une marchande tenant à la
- (1) Un des plus curieux recueils de ce genre est celui qui a été composé par Bouchardon et dont le titre exact est : a Etudes prises sur le bas peuple ou les Cris de Paris ». Ces compositions ont été gravées par Caylus et sont un des documents les plus curieux de la vie au dix-huitième siècle.
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- leux difFérents des plus ieunes.
- Ieunes enfans grandeletstantfoit peu, Sont amufez toujours à quelque ieu,
- Les vns s’en vontpourlespapilJons prendre:
- Autres, au vent courent le moulinet^ Autres auffi d’vn maintien fotînet, Contrele mur vont les moufches attendre.
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- main de longs bâtons où sont fixés des moulinets, et au-dessous de l’estampe on peut lire la légende :
- Pleurez, pleurez, petits enfants,
- Vous aurez des moulins à vent.
- ELeiû'etÇ .petite' Enfctflô, voicô aziretL cieô TTLouJinâ as vent .
- Dans une jolie gravure de l’époque de Louis XV, nous voyons que la même marchande propose à sa clientèle, outre des moulinets à vent, des hochets en osier munis de sifflets, et il est fort probable que, dans le vaste panier qu’elle porte au bras, elle tient en réserve d’autres jouets pour les enfants un peu plus grands. Comme il n’existait pas autrefois de corpo-
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- ration s’occupant spécialement de la fabrication des jouets d’enfants, cette industrie se trouvait naturellement répartie parmi les divers autres métiers. Les vanniers-quincailliers s’occupaient, par exemple, de la confection des hochets en osier dont le modèle est resté immuable et que nous retrouvons encore aujourd’hui dans la plupart des campagnes. Les
- maîtres tourneurs s’étaient réservé le soin de faire tous les objets pouvant être façonnés sur le tour, et, dans îes gravures qui représentent un artisan portant tous les produits et les instruments de sa profession, on voit que ces ouvriers fabriquaient, outre les quilles et les boules, de véritables joujoux, tels que des oiseaux, des chevaux et même des petits personnages.
- Stella n’a consacré que deux vers au jeu des moulins à vent, qui se trouve représenté sur la même planche que le jeu des épingles :
- Ce pendant que ces mignonnels Mettent au vent leur moulinet.
- III. — Différentes formes données aux moulins à vent.
- Les petits moulins à vent ont été construits de bien des manières :
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- tantôt c’est une sorte de croix perpendiculaire à l’axe du bâton; d’autres fois le moteur aérien affecte la forme des anciens télégraphes op-
- LE8 PETITS MOULINS
- d’après u.ne lithographie de Charpentier (xix^ siècle).
- tiques dont les grands bras se voyaient encore, il y a quelque temps,
- au sommet des tours de la plupart des cathédrales, tant à Paris qu’en province.
- Un peu pins tard, le moulin à vent fut perfectionné; il devint un véritable édicule surmonté d’un toit à quatre grands pans, où l’on n’a eu garde d’oublier les girouettes. Les bras de ces moulins sont placés sur un axe perpendiculaire aux murailles de cet édifice en miniature.
- Vers 1820, Carie Vernet n’a pas dédaigné de représenter une marchande ambulante chargée de tambours, de parasols en papier et de moulins à vent surmontés de panaches en plumes de paon, et cet ornement présentait, paraît-il, pour les enfants un attrait tout particulier.
- Au milieu du dix-neuvième siècle, la fabrication des moulins à vent était encore une des spécialités de la Forêt-Noire. Toutefois, le Jura était devenu sous ce rapport un centre actif de production. Paris seul avait conservé le monopole des moulins à vent en forme de parasol en papier qu’on vendait par les rues*
- LES MOULINETS A GIROUETTE
- D APRES UNE CARICATURE
- de la Restauration.
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- QUATRIÈME PARTIE
- LES BOITES A SURPRISES
- Dès le seizième siècle ou connaissait cet amusement qui. consiste à faire sortir un diable d’une boîte.
- Dans une farce racontée par Etienne Tabourot(i), qui mourut en 1590,
- LE DIABLE SORTANT D'UNE BOITE A SURPRISE d'après use lithographie de Gavarni.
- on voit qu’il était déjà question de ces figures de diable sortant violemment au moment où l’on soulevait le couvercle de la boîte où il était renfermé.
- (1; Etienne Tabouret des Accords, écrivain facétieux et poète français, né à Dijon en 1549, composa, vers 1570 sous le titre de « Bigari'ures du seigneur des Accords », un ouvrage aussi plein d’esprit que d'érudition.
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- Jean-Jacques Rousseau, dans Y Emile (iiv. II), fait allusion à ce jouet, et il en conseille l’emploi comme un moyen d’arriver à vaincre, chez l’enfant, la frayeur irraisonnée :
- Je n’imagine rien de si plaisant et de si utile que de pareils jeux, pour peu qu’on voulût user d’adresse à les ordonner. Je ferois dans une grande salie une sorte de labyrinthe avec des
- tables, des fauteuils, des chaises, des paravents. Dans les inextricables tortuosités de ce labyrinthe j’arrangerois, au milieu de huit ou dix boîtes d'attrapes, une autre boîle presque semblable, bien garnie de bonbons; je désignerais en termes clairs, mais succincts, le lieu précis où se trouve la bonne boîle ; je donnerais le çenseigne-ment suffisant pour la distinguer à des gens plus attentifs et moins étourdis que des enfants; puis, après avoir fait tirer au sort les petits concurrents, je les enverrais tons l'un après l’autre, jusqu’à ce que la bonne boîte fût trouvée : ce que j’aurais soin de rendre difficile à proportion de leur habileté.
- Figurez-vous un petit hercule arrivant une boîle à la main, tout fier de son expédition. La boîle se met sur la table, on l’ouvre en cérémonie. J’entends d’ici les éclats de rire, les huées de la bande joyeuse, quand, au lieu des confitures qu’on atlendoit, on trouve bien proprement arrangés sur de la mousse ou sur du coton, un hanneton, un escargot, du charbon, un gland, un navet, ou quelque autre paieille denrée. D'autres fois, dans une pièce nouvellement blanchie, on suspendra près du mur quelque jouet, quelque petit meuble qu’il s'agira d’aller chercher sans loucher au mur. A peine celui qui l’apportera sera-t-il rentré que, pour peu qu’il ait manqué à la condition, le bout de son chapeau blanchi, le bout de ses souliers, la basque de son habit, sa marche, trahiront sa maladresse. En voilà bien assez, trop peut-être, pour faire entendre l'esprit de ces sortes de jeux.
- Dans le Manuel des jeux, publié par Richard en 1837, on trouve l’explication de cette manifestation de la magie blanche :
- Ouvrez celte tabatière et voyez le don que je vous destine!
- Tom reçut le présent de son père et chercha à ouvrir la boîte. Quel fut son étonnement quand il vit s’élancer le diable avec ses cornes.
- M. Seymour expliqua le mécanisme : « La figure, dit-il, contient un fil de fer contourné en hélice comme un tire-bouchon, qui, dès que vous détruisez la pression qui le maintient, se détend pour reprendre sa forme primitive. »
- LE PETIT MOULIN A NOIX
- d’après U.NE GRAVl'KE ITALIENNE DU COMMENCEMENT DU XVIIe SIÈCLE.
- LE DIABLE A RESSORT
- CARICATURE REPRÉSENTANT LE SPECTRE ROUGE (1832).
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- CHAPITRE II
- CHEVAUX, VOITURES ET JOUETS A BON MARCHE
- Animaux. — 1. Le cheval de Troie. — 2. Le cheval bâton dans l’antiquité. — 3. Le jeu du porteur. — 4. Le cheval bâton au Moyen Age. — 5. Animaux divers donnés à Louis XIII enfant. — 6. Le cheval bâton aux dix-septième et dix-huitième siècles. — 7. Le cheval à bascule. — 8. Les chevaux mécaniques. — g. Le jeu du cocochet. — 10. Importation des jouets d’Allemagne. — 11. Animaux divers, les lions et les bergeries de la Forêt-Noire. — 12. Les animaux en carton moulé au début du dix-neuvième siècle. — i3. Animaux recouverts de peau, manières diverses de reproduire leur cri. — 14. Animaux mécaniques.
- Voitures.— 1. Du jeu intitulé « àtraisner le chariot ».— 2. Le chariot d’argent de Louis Ier, duc d’Anjou. — 3. Voilures données en présent aux enfants royaux. — 4* LTne voiture automobile au dix-septième siècle. — 5. Les anciennes voitures d’enfant à l’Exposition universelle de 1900. — 6. Chemins de fer servant de jouets d’enlant.
- Jouets à bon marché fabriqués à Notre-Dame de Liesse. — 1. Origine commune des jouets et des souvenirs de pèlerinage. — 2. Outils et instruments servant à la fabrication des jouets en bois. — 3. Description des articles fabriqués à Notre-Dame de Liesse. — 4. Prix de revient des principaux objets.
- PREMIÈRE PARTIE
- ANIMAUX
- I. — Le cheval de Troie.
- uand M. cle Buffon a déclaré que le cheval était la plus noble conquête de l’homme, il ne pensait certainement pas à l’utilité que l’on en pourrait tirer pour l’amusement de la jeunesse.
- Parmi tous les animaux, c’est cependant le cheval qui frappe le plus l’imagination des enfants et, chez beaucoup d’entre eux, le mot dada est souvent une des premières paroles qu’ils prononcent, quelquefois même nom qui paraît si doux au père et à la mère.
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- Dès la plus liante antiquité,
- LE CHEVAL DE TROIE d’après une miniature du Virgile du Vatican.
- il y eut un cheval qui acquit une célébrité incontestable : nous voulons parler du cheval de Troie; ce cheval, dans les flancs duquel on recélait une véritable armée, servait évidemment aux petits Romains d’arche de JNoé. Les animaux y étaient remplacés par quelques sculptures grossières destinées à représenter Ulysse suivi de sa vaillante cohorte.
- Dans le magnifique manuscrit connu sous le nom de Virgile du Vatican, se trouve une représentation des plus intéressantes du cheval de Troie, qui ressemble, à s’y méprendre, à un jouet, et c’est à ce titre que nous croyons pouvoir en donner ici la représentation.
- IL — Le cheval bâton dans l’antiquité.
- Dès une époque fort ancienne, le cheval devant servir de jouet a été fort simplifié : il se composait seulement d’un long morceau
- de bois terminé par une tête chevaline plus ou moins bien exécutée; dans la bouche de ce fougueux coursier était placée une guide, et rcnfant, enfourchant sa monture, pouvait se livrer à loisir aux douceurs de cette inoffensive équitation.
- Le journal /’Improvisateur Français cite, sur ce sujet, le texte de Plutarque relatif à une anecdote de la vie d’Agésilas, qui ne dédaignait pas de s’associer aux jeux de ses enfants :
- LE CHEVAL BATON
- SCÈNE ÉPISODIQUE TIRÉE DE LA GRAVURE « LA GRANDE FESTE DE NOTRE VILLAGE ».
- TABLEAU DE VAN BrEUGIIEL, GRAVÉ PAU P. BERTRAND (XVIe siècle).
- Comme il chérissait d’une tendresse extrême ses enfants, dit Plutarque, on rapporte que,, pendant qu’ils étaient tout petits, il jouait chez lui avec eux, se tenant sur un roseau de même
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- que sur un cheval. Comme un de ses amis le surprit un jour au milieu de cet exerci e, il le pria de n’en rien dire à personne jusqu’à ce que lui-même eût des enfants.
- Horace trouve qu’il est ridicule de se livrer à un plaisir aussi puéril et il plaisante ceux qui se plaisent à « equitare in anmcUne longa » ; mais Horace était un célibataire qui ne comprenait rien aux joies de la paternité.
- Iir. — Le jeu du porteur.
- On peut comprendre, dans le jeu du cheval, le jeu du porteur qui était une sorte de pénitence infligée à celui qui s’était montré inférieur dans quelque jeu d’adresse, comme d’atteindre avec une pierre ou avec une boule un but appelé limite. Celui qui la renversait était vainqueur, il montait sur le dos du vaincu et, lui couvrant les yeux avec les mains, se faisait porter jusqu’à ce qu’il eût atteint la pierre. Ce jeu, qu’on désignait
- sous le nom général de jeu « à monter sur un vaincu », prenait différents noms. En Attique, selon Hésycliius, on l’appelait FEncotylé. Pollux ajoute aussi qu’il s’appelait le « jeu du cavalier » et encore le « jeu du fardeau ».
- LE JEU DU PORTEUR
- d’après CNE image populaire DU COMMENCEMENT DU XIXe SIÈCLE.
- IV. — Le cheval bâton au Moyen Age.
- Le cheval de bois ainsi simplifié a eu également la faveur de tout le Moyen Age, et, dans les peintures des manuscrits du quinzième siècle, il n’est pas rare de voir de petits personnages, à cheval sur un bâton, se livrer à mille gambades au milieu de riches rinceaux qui habillent d’une manière si somptueuse les marges de ces précieux livres.
- Les articles d’inventaire du seizième siècle sont unanimes à nous montrer que les fils des plus grands seigneurs aimaient fort à se livrer à cette innocente distraction :
- 1556. —Demy quart veloux rouge cramoisy haulte couleur à 16 1. l’aulne, pour faire capa-
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- rasson à ung petit cheval de bois que lad. dame (la reine) donna à Mgr. le duc d Orléans son fils.
- ... 10 s. t. pour 5 aulnes de cosle jaulne et rouge par moitié pour servir à faire fillelz à deux pelitz chevaulx de bois painctz qui trainnent deux pièces d’artillerie que lad. dame a donné à Mgr. d’Orléans pour ses estrennes. (Argenterie de la reine, folios 1 et 13.)
- 1363. — Pour ung cheval de bois couvert de toille, amply de foing, pour servir aux paiges à aprendre à voltiger, 11 liv. (Compte de l’écurie du roi, folio 47.)
- Ainsi qu’on le voit par ces articles d’inventaire, les ‘jeunes enfants, au seizième siècle, recevaient également en présent des chevaux en ronde bosse que l’on peut considérer comme de véritables travaux de sculpture.
- Dans la précieuse collection de M. Albert Figdor, nous avons trouvé un de ces jouets qui a du être exécuté pour le fils de quelque grand seigneur; il se trouve représenté dans l’attitude de la marche, la tête légèrement inclinée, allure que l’on rencontre fréquemment dans les statues équestres de cette époque. Ce qu’il y a de , c’est
- que ce noble coursier a conservé encore intact son riche harnachement de velours rouge; la selle, la housse et les brides sont couvertes de somptueuses broderies d’or qui forment de gracieuses ara-
- d’après UNE GRAVURE DU COMMENCEMENT DU XVIIe SIECLE.
- besques dans le goût de
- la Renaissance. Les galons et les passementeries, qui forment le complé-
- plus remarquable
- LE JEU DU MOULINET ET DU CHEVAL BATON
- d'après UNE GRAVURE ALLEMANDE DU COMMENCEMENT DU XVIIIe SIÈCLE.
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- CHEVAL EN BOIS SCULPTÉ
- COUVERT D’UN HARNACHEMENT EN VELOURS CRAMOISI (x\’Ic SIECLE) (COLLECTION DE M. ALBERT FIG DO II)
- Larger, rne Chapon, Paris.
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- ment indispensable de ce bel habillement, sont d’un travail particulièrement soigné; le mors et les brides sont en fer doré et richement ouvragé. Sa hauteur, qui n’est que de 54 centimètres, indique bien que l’on se trouve en présence d’un jouet, ce qui donne à cette pièce un intérêt exceptionnel.
- Le jeu du cheval de bois (1) n’a pas été oublié dans le recueil publié en 1587 et ayant pour titre : Les trente-six figures contenant tous les jeux qui s y peurent jamais inventer et représenter pour les enfants tant garsons que filles, etc. :
- Pour le ballet soubz la jambe jetter El puis courir sans en place arrêter,
- Ces compagnons sont dès longtemps apris.
- Le même recueil donne une désignation du jeu du porteur qui offre avec le jeu du cheval la plus grande analogie : il consiste à porter le jeune camarade sur les bras ou, à la manière de saint Christophe, sur les deux épaules :
- La chaize Dieu l’un de ces jours s’appelle,
- Où cet enfant d'une mode nouvelle Se faicl porter sur les deux bras ainsi.
- L’autre est le jeu de saint Cliristofle aussi.
- LE CHEVAL BATON
- D'APRÈS LE LIVRE DE KATZ (K.I>'DERSPEEl) .
- Rabelais, décrivant l’éducation de Gargantua, raconte que son héros entrait dans sa cinquième année quand on lui donna :
- ... un beau grand cheval de bois, lequel il faisait pessader (piaffer), sauter, voltiger, etc.
- Lui-même d'une grosse poutre il fit un cheval pour la chasse, un autre d’un fût de pressoir pour tous les jours, et d'un grand chêne, une mule avec la housse pour la chambre.
- Tout le monde connaît la légende de Henri IV promenant sur son dos le petit César de Vendôme; un jour l’ambassadeur d’Espagne, l’ayant
- (1) Voir la représentation de ce jeu page 29; elle se trouve sur la même page que la crécelle.
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- surpris dans cette posture, en resta tout interloqué : « Monsieur l’Am-
- I1ENRI IV ET L’AMBASSADEUR D’ESPAGNE
- bassadeur, dit le roi, êtes-vous père? » Sur la réponse affirmative, le bon roi Henri reprit : « En ce cas, je fais encore un tour. »
- V. — Animaux divers donnés à Louis XIII enfant.
- •Au commencement du dix-septième siècle, en parcourant les Mémoires (THérocird, on voit que c’est une véritable arche de Noé qui fut donnée à Louis XIII enfant ; il reçut en effet :
- 1604. — Un pigeon ayant des ailes de toile d’argent.
- 1605. — Un lévrier nain de couleur noire, nommé Charbon.
- Un cheval de poterie.
- Un petit singe de poterie.
- Des chiens de verre et autres animaux faits à Nevers.
- Un petit lion de poterie.
- 1606. — Des poules et un renard d’ivoire.
- Une grenouille artificielle.
- Un chien barbet nommé Lion.
- Une meute de chiens (don du prince de Galles).
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- UNE SOIRÉE EN FAMILLE AU XYIO SIÈCLE LE JEU OU CHEVAL BATON
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- 1607. — Deux chiens barbets.
- 1608. — Des petites pièces de poterie; c’étaient des petits chiens, des renards, des
- blaireaux, des bœufs, des vaches, des écurieux (écureuils), des chiens couchés, des moutons, un assez grand chien, un dauphin.
- Une petite guilledine (cheval hongre).
- 1609. — Un petit mulet.
- Une haquenée baie.
- 1610. — Un caméléon.
- 1611. — Un bidet noir.
- Un chameau.
- Une chèvre.
- 1614. — Un petit mulet.
- 1618. — Six chevaux et une meute de quarante chiens (Don de la reine d’Angleterre).
- VI. — Le cheval bâton aux dix-septième et dix-liuitièmc siècles.
- Dans les emblèmes de Katz, en considérant la boutique d’un marchand
- UNE BOUTIQUE DE MARCHAND DE JOUETS EN HOLLANDE (1661)
- de jouets de cette époque, on voit que c’était l’article qui était le plus
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- L’ENFANCE, d'après Guillaume de Geijn (a Paris, de l’impression de Philippe Huart)
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- demandé. Ce jouet quelque peu primitif est placé à côté de la boutique, et on voit émerger d’un tonneau défoncé quelques douzaines de têtes de ces chevaux de bois si chers aux enfants.
- Au dix-septième siècle, dans une curieuse gravure de Guillaume de Geijn, représentant l’Enfance, nous voyons au milieu du tableau un mignon petit bébé, encore vêtu d’une robe longue, chevaucher gravement sur un cheval de bois et tenant à la main un petit moulinet.
- LE GRAND CHEVAL DE BOIS
- d’après CNE VIGNETTE DE lIüQUIER (\VIUe SIÈCLE).
- Un poète lillois de la seconde moitié du dix-huitième siècle, Feutry, a donné en ces termes son opinion sur cette pacifique cavalcade :
- Examinez cet enfant; il galope à toute bride sur un bâton; il croit monter un cheval d’Espagne de grand prix, richement caparaçonné et d’ancienne race arabe; il imagine prendre tous les airs de manège et se pavane dans les grâces qu’il étale ; mais, lassé de ses caracoles, il se repose et voit enfin que son superbe coursier n’est qu’un morceau de bois.
- Dans la plupart des gravures représentant des jeux enfantins, nous retrouvons le même amusement et quelquefois même on voit tout un
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- MAMELUCK, GÉNÉRAL ET OFFICIER
- (modèles tirés de l’album d’un fabricant de jouets)
- ÉPOQUE EMPIRE
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- régiment d’enfants à cheval sur un même bâton, le premier tenant
- LE CHEVAL BATON AU XYllI» SIECLE
- D'AI’UÈS UNE GliAVL'ISE ALLEMANDE.
- les rênes tandis que le charnier fouette impitoyablement cet insensible coursier.
- VIL — Chevaux à bascule.
- A partir du commencement du dix-neuvième siècle, on a fait les chevaux de bois à bascule et ils ont joui d’une vogue considérable : le roi de Rome a été représenté monté sur un de ces jouets nouveau modèle, et la gravure fut un moment très populaire sous le nom de « La première course de l’Enfance ».
- Cette gravure fut publiée vers 1813, d’après le dessin de J. Coudé, et elle fut lithographiée par Ruotte. Ce portrait du duc de Reicbstadt fut accueilli avec grande faveur dans le peuple, et il en fut exécuté plusieurs éditions sous des titres différents.
- Une gravure, dont le dessin doit remonter à 1820 environ, nous montre toutes les manières de jouer au cheval, depuis la simple canne jusqu’au cheval à balançoire. L’image est des plus grossières et devait faire partie de la pacotille de ces colporteurs qui passaient leur existence à parcourir la France en allant de foire en foire.
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- VIII. — Chevaux mécanique».
- Dans les brevets d’invention du premier quart du dix-neuvième siècle, nous trouvons deux mentions spéciales relatives à l’invention d’un cheval mécanique. La première, en date du 7 novembre 1822, mentionne le brevet qui fut pris par un sieur Gourdoux :
- LA PREMIÈRE COURSE DE L'ENFANCE
- Pour un cheval mécanique monté sur trois roues pouvant se diriger et gouvernera volonté, et se mettant en mouvement avec les deux mains du cavalier appliquées à deux manivelles placées de chaque côté du cou et faisant mouvoir un engrenage situé dans l’intérieur du cheval.
- Deux ans après, en 1822, la même collection contient un autre brevet accordé le 21 juin de cette année à un sieur Courbe :
- Pour un cheval mécanique monté sur trois roues, dont une petite et deux grandes sur le derrière, et qu’une personne fait mouvoir étant assise sur un siège fixé sur la croupe du cheval en faisant aller et venir alternativement en avant et en arrière deux leviers, dont elle en tient un de chaque main.
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- Il est à observer toutefois que ces chevaux articulés étaient d’un prix
- relativement élevé, et il faut plutôt les considérer comme des inventions curieuses que comme des objets vendus d’une manière courante dans le commerce des jouets.
- Au commencement du dix-neuvième s’iècle, il se faisait à Paris un grand commerce de chevaux en carton moulé ; ils provenaient presque tous du petit pays de Sonnenberg dans les environs de Nuremberg.
- Quand ces chevaux sortaient du moule en fonte destiné à leur donner leur forme définitive, ils étaient livrés dans les familles de paysans. Des artistes indigènes les couvraient d’une peinture barbare, et c’étaient ces animaux qui étaient importés en France par des maisons
- LE CHEVAL A BASCULE
- DAPHÈS une image populaire du COMMENCEMENT DU XIXe SIÈCLE.
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- de commission, d’où elles passaient ensuite chez les commerçants de détail.
- On ne saurait affirmer ici si c’est à une origine étrangère qu’il faut attribuer les animaux que nous rencontrons en grand nombre dans l’album de M. Arthur Maury; nous serions assez tentés de le croire en voyant les formes massives de ces chevaux montés sur une plate-forme à roulettes et qui, comme harnachement, en dehors de la bride, portent tantôt une selle, tantôt un bât. La queue est désignée d’une manière toute schématique : dans une masse de carton disposée en éventail, l’artiste peintre chargé de la décoration de ces animaux a indiqué par quelques gros traits de pinceau la masse des crins de la queue. Il faut vraiment toute la bonne volonté que les enfants témoignent à leurs jouets, pour qu’ils consentent à reconnaître un cheval dans cet animal vraiment digne de figurer dans l’Apocalypse.
- Le même recueil présente un général monté sur un cheval gris pommelé, dont la fabrication est évidemment beaucoup plus soignée que ceux dont nous parlions il y a un instant ; le petit cavalier, coiffé d’un immense chapeau à deux cornes, ne manque pas de grâce, et il est bien possible que ce jouet ait une origine parisienne, car il ne ressemble en aucune façon aux articles à bon marché venus probablement de l’autre côté du Rhin.
- Outre les animaux en carton moulé qui atteignaient presque toujours une taille assez élevée, on a créé, pour l’amusement des enfants, des chevaux en bois sculpté d’une dimension plus réduite. Ces animaux faisaient partie des bergeries que l’on avait coutume d’offrir aux enfants aux approches de la nouvelle année. Ces jouets étaient généralement contenus dans des boîtes ovales faites de bois tranché et, suivant la grandeur, renfermaient depuis douze jusqu’à cinquante et soixante sujets. Les chevaux, qui sont les pièces les plus importantes, mesurent environ cinquante millimètres de
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- hauteur; ils sont décorés au moyen d’une peinture au vernis qui donne des teintes assez transparentes.
- Comme procédé de fabrication, il paraîtrait que les artisans employaient le tour à la perche, pour dégrossir ces animaux et tracer les divers contours extérieurs. Les pièces, ainsi préparées, étaient remises à de jeunes garçons qui, à l’aide d’une hachette bien affdée, divisaient les bêtes les unes des autres et les remettaient ensuite à d’autres ouvriers qui les terminaient à l’aide d’un couteau.
- La plupart de ces jouets en bois, malgré leur structure quelque peu élémentaire, sont infiniment plus tins et plus délicats que les animaux en carton moulé; la raison consiste dans la part de personnalité que ces naïfs artistes sculpteurs ne manquent jamais d’apporter à leur travail, et la tâche leur est rendue d’autant plus facile qu’ils ne font que reproduire les êtres qu’ils ont continuellement sous les yeux; aussi, quand ces artisans veulent composer des ménageries formées d’animaux qu’ils n’ont jamais vus, les proportions sont beaucoup moins justes et il est souvent même difficile de juger quel est exactement le quadrupède qu’ils ont voulu représenter.
- IX. — Le jeu du cocochet.
- Notons enfin une autre manière de jouer au cheval dans laquelle les
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- petits acteurs cherchent à reproduire l’allure du coche ; pour ce jeu, il faut être trois, le premier se tient debout ayant une ficelle passée dans là bouche et quelquefois même la tête couverte d’une de ces figures de fantaisie usitées dans les cotillons et qui représentent une tête de cheval; le second penche sa tête dans le milieu du dos du premier et le saisit à bras
- le corps : c’est lui qui représente la voiture ou coche.
- Sur le dos de ce dernier, transformé pour la circonstance en siège de voiture, monte un troisième camarade muni d’un fouet et qui commande le mouvement.
- Quand les enfants ont une certaine pratique de ce jeu et marchent avec régularité, l’ensemble ne manque pas de grâce et il est étonnant que ce sujet n’ait pas plus souvent inspiré les artistes qui ont reproduit les jeux d’enfants.
- X. — Importation des jouets d’Allemagne.
- Au dix-neuvième siècle, si nous ouvrons un journal spécialement rédigé pour les enfants; le Bon Génie (1826), nous apprenons que c’est en Allemagne qu’il faut chercher les grandes manufactures de tous les petits objets qui arrivaient périodiquement vers la fin de l’année.
- C’est de la Forêt-Noire, dans le petit pays de Sonnenberg, dans les environs de Nuremberg, d’Ulm, de Stuttgart, qu’il faut visiter au milieu de la campagne, des bois et des montagnes, ces ateliers de peintres, de sculpteurs et de mouleurs en carton qui nous envoient toute cette infinité de jouets. C’est surtout en biver que l’on
- trouve des familles entières occupées à la confection des joujoux appelés joujoux d’Allemagne.
- Ce pays exporte annuellement seize mille quintaux de jouets de toutes sortes, dont la valeur est estimée à deux cent cinquante mille francs.
- LE JEU DU CHEVAL
- d’après une image populaire du COMMENCEMENT DU XIXe
- Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que ce même petit pays de Sonnenberg était également un centre de fabrication pour les chevaux en carton moulé.
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- XI. — Animaux divers. — Les lions et les bergeries de la Forêt-Noire.
- Une autre espèce de jouets, qui a été très en honneur au dix-liui-tième siècle, consiste en ces animaux fantastiques tenant le milieu entre les chiens et les lions ; le nombre de ceux qui sont parvenus jusqu’à nous peut seul nous donner une idée de la vogue dont ils ont joui à cette époque.
- Tous ces animaux sont faits sur un type unique ; tout d’abord on
- LES CHEVAUX JUPONNÉS
- SERVANT D’ACCESSOIRE DE COTILLON AU XIXe SIÈCLE.
- n’aperçoit qu’une gueule menaçante tout ensanglantée et si largement ouverte qu’elle semble vouloir tout dévorer. Cet être étrange, doué en outre d’une paire d’yeux terribles, se compose presque exclusivement d’une tête, tant elle est peu en rapport avec le reste du corps. Enfin ce monstre est muni de quatre pattes aux larges griffes et d’une queue formant une boucle victorieuse qui lui donne un air conquérant des plus comiques.
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- Ces animaux sont toujours en bois de sapin, et à l’origine ils étaient recouverts d’une peinture verte destinée peut-être à figurer du bronze : nous en avons reproduit deux intéressants spécimens dans la boutique du marchand de jouets au dix-huitième siècle.
- Enfin 11’oublions pas les animaux de basse-cour en bois sculpté, qui faisaient en général partie des boîtes vendues dans le commerce sous le nom de bergeries et étaient presque toujours importées en France de la Forêt-Noire.
- XII. — Les animaux en carton moulé au début du dix-neuvième siècle.
- Dans l’album de M. Arthur Maury, il y a toute une série d’animaux qui sont exécutés avec une naïveté surprenante ; on remarque d’abord une sorte de chien bouledogue monté sur une petite plate-forme à roulette, que
- A CHEVAL SUR UN BATON
- d’après une estampe destinée au jeu de la Fantasmagorie.
- l’on faisait aboyer à volonté en tirant un anneau placé sous le ventre de l’animal. Lui faisant vis-à-vis, nous voyons un lapin avec un air quelque peu égyptien, mais qui est cependant traité avec un peu plus de soin que son camarade le bouledogue.
- Si nous passons maintenant aux animaux montés sur des soufflets, nous trouvons un caniche tondu en lion dont la langue pendante devait se mouvoir à chaque insufflation de l’air; à coté sont deux chats, l’un à
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- LES JOUETS DU PREMIER AGE
- INSTRUMENTS DE MUSIQUE, PANTIN ET ANIMAUX A SOUFFLET (modèles tirés de l’album d’un fabricant de jouets) époque empire
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- poil ras et l’autre qui devait évidemment figurer un angora : ils ont tous deux la gueule entr’onverte, et la mâchoire inférieure, montée sur un axe, devait à chaque coup de soufflet donner fa parfaite illusion des miaulements plaintifs.
- Les moutons grands et petits, les chiens à longs poils et même les animaux féroces ne manquent pas dans ce curieux recueil ; à l’exception du mouton, dont la toison est figurée par un peu de coton cardé, tous les animaux sont simplement en carton peint.
- XIII. — Animaux recouverts de peau# Manières diverses de reproduire leur cri.
- Ce n’est qu’à une époque sensiblement postérieure que l’on a fabriqué des animaux empeaussés ; pour habiller les vaches, les chevaux et les chiens à poils ras, on se sert toujours de la peau de veau mort-né ; les
- UNE SITUATION DIFFICILE d'après « l’Inconvénient de faire ses visites a pieu
- CARICATURE EN COULEUR DU XIXe SIÈCLE
- peaux d’agneaux sont réservées aux moutons de toutes grandeurs et aux caniches frisés.
- Primitivement, pour imiter le cri de l’animal, on n’avait pas trouvé d’autre artifice que celui du petit soufflet lui servant de terrasse ; un peu plus tard, pour les joujoux de prix et particulièrement pour les moutons et pour les chèvres, le bêlement s’obtint en appuyant sur la tête qui s’incline légèrement et se redresse ensuite au moyen d’un ressort.
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- En considérant la statistique des fabricants de jouets on constate que, parmi les animaux, ceux que les enfants aiment le moins sont les bêtes féroces, les lions, les tigres, etc...; ceux, au contraire, qui obtiennent le
- L’EQUITATION SANS DANGER d’après use caricature politique de 1830.
- plus de succès auprès de tous les bambins sont les moutons, les chiens et les chats; mais aucun ne peut rivaliser avec le cheval, qui arrive sans contredit le premier dans la faveur des jeunes générations.
- XIV. — Animaux mécaniques.
- Dans l’album de M. Arthur Maury, on trouve déjà des animaux mécaniques mus par un mouvement d’horlogerie qui se remonte avec une clef comme une pendule; nous voyons ainsi un chien poursuivant un lapin et un chat se précipitant à la poursuite d’une souris, qu’ils n’atteindront jamais ni l’un ni l’autre, car la longue tige de fer reliant les terrasses sur lesquelles ils sont posés maintient entre eux les distances d’une manière rigoureuse.
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- Dans les brevets d’invention à la date de 1840, figure un brevet pris par un sieur Théroude au sujet d’un lapin de son invention qui, au moyen d’un ressort, accomplissait certains mouvements.
- Le même fabricant avait, à l’Exposition de 1849, soumis à l’appré-
- LE CHEVAL DE BOIS d’apiiès « les Tableaux de Paris »
- LITHOGRAPHIE DE MaRLET, 1820.
- dation du public des animaux dits veloutés qui étaient rendus avec assez de vérité ; cette opération s’obtient en plaquant sur le cartonnage de la poudre de drap maintenue avec de la colle forte.
- M. Théroude avait également exposé des chevaux recouverts de peau de veau mort-né, et, dit le rapport du jury, « ces objets sont manufacturés en Bretagne, où la main-d’œuvre et la matière première sont moins chères que partout ailleurs ».
- Paris avait acquis dans cette fabrication une supériorité incontestable, et, lisons-nous dans ie même document, « citer le nom de Théroude, c’est rappeler ces béliers, ces chèvres, ces moutons d’une imitation si parfaite et dont les bêlements, presque toujours naturels, attestaient l’habileté avec laquelle étaient réglés la course du barillet et le jeu des soupapes. » Les jouets mécan ques, à l’Exposition de 1849, étaient particulièrement remarqués du public ; ils avaient du mouvement, c’était là leur grande
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- séduction : on voyait le lièvre battant du tambour et aussi un siuge qui appuyait, en grimaçant, un archet sur un vrai violon et réussissait ainsi à produire des sons discordants.
- Les jouets mécaniques ont été connus à une époque très reculée, et
- Le petit cLeval .
- nous en faisons une étude sommaire à l’article des automates ; nous devons cependant citer ici cette petite merveille que nous décrit P. Le Loyer :
- Un orfèvre de Paris fil une galère d’argent qui se mouvait d’elle-même sur une table, les forçats ramant dedans. Quand elle esloit au bout de la table, elle tournoil court de l’autre côté; ce qu’elle faisoit cinq à six fois.
- A CHEVAL SUR LA BARRIÈRE d’après une vignette du premier empire
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- DEUXIÈME PARTIE
- LES VOITURES
- De tous temps, les enfants ont éprouvé une vive satisfaction à se faire traîner par leurs petits camarades, sur quelques planches en bois plus ou
- moins munies de roulettes. Cette primitive voiture, avec le temps, s’est modifiée, et c’est ainsi que nous sommes arrivés à ces délicieuses voitures de poupées qui encombrent les magasins de jouets aux alentours du jour de l’an.
- I. — Du jeu intitulé « A traisner le chariot ».
- Le jeu de la voit-urette, pour employer la locution moderne, était, dès le seizième siècle, mentionné parmi les jeux classiques auxquels se livraient les enfants. Dans le curieux recueil de 1587, une planche spéciale a été consacrée à cet amusement enfantin. On voit au premier plan un tout jeune enfant, encore vêtu de la longue robe et la tête couverte d’une sorte de bourrelet; il semble prendre un plaisir tout parti-
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- culier à sc faire traîner par un chien attelé à une petite voiture, tandis qu’un de ses petits camarades pousse par derrière et qu’un autre enfant armé d’un fouet commande la manœuvre. La même gravure représente un autre chien portant sur son dos un cavalier tout bardé de fer, et dans le lointain on voit deux groupes d’enfants occupés à se livrer à des jeux que nous n’avons pas pu identifier, mais qui semblent avoir une analogie avec certains jeux de société comme le Furet du Bois Mesdames. La légende qui accompagne cette planche indique simplement le nom du jeu, sans donner de renseignements qui permettent de l’identifier.
- H. — Le chariot d'argent de Louis Ier, duc d’Anjou.
- Les premières voitures qui soient mises au service des jeunes enfants
- CHARIOT D’ENFANT
- d’après le DE PROPRIETATIBUS RERUM, édition française de 1496.
- consistent évidemment dans ces espèces de petits chariots (1) montés sur
- (1) Ce primitif instrument semble avoir été, pendant tout le Moyen Age, employé d’une manière courante comme symbole de l’enfance. Nous retrouvons, en effet, un sujet tout à fait analogue dans un médaillon qui se trouve figuré sur une plaque en fonte de fer faisant partie de la remarquable collection de M. Albert Figdor et qui remonte aux premières années du seizième siècle.
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- A traifner le chariot, Ôc autres ieux.
- Autres auffi ioüent à blanle raoyne, Autres au icu,qui plus leur femble idoine, Qu’il eft dehors ou dedans arrefté.
- Le plus petit d'entr’eux exprès femeine Dedans vn char,qu’vn barbet puifTant traîne, L’autre à cheual fur vn chien eft monté :
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- roulettes qui servent à maintenir leurs premiers pas.
- Dans Y Inventaire de T orfèvrerie
- CHARIOT D’ENFANT d’après le DE PROPRIETATIBUS RERUM
- ÉDITION ESPAGNOLE, 1498.
- devant. Et audit baston roont qui fait aj liez des armes de Loys ; et poise en tout
- les enfants lorsqu’ils s’essaient à faire
- t des joyaux de Louis 7er, duc d'Anjou, qui a été publié par M. Henri Moran-villé (1), on trouve une longue description d’un de ces appareils dont la décoration ciselée et émaillée devait être une véritable merveille :
- Une cbaruette d’argent blanc à aprendre à aler enfans, laquelle est sur le devant de quatre basions à demi roons assamblés en esquarrie, et celli d’amont est le plus lonc et à ses bous a deux pommeaux à plusieurs costes ; et sur le dehors de chascun a un petit roont esmail à un escuçon des armes de Loys, et sur ledit bas-ton, à l’endroit des deux qui descendent aval, lesquelz s’i acouplent à deux petit esmaulz de ladicte devise et un pareil sur le cosle devant dudit baston, à l’endroit du milieu d’icelli Là où se acouple l’arc de ladicte cbaruette qui est tout roont. Et apuie ycelle cbaruette sur le devant du baston bas qui boute avant, lequel est à demi roont : et sur son bout a un esmail des armes de messire Jehan de Bueil. Et se porte et mainne ladicte cbaruette sur trois roes, l’une qui est près du bout dudit baston derrain devise, et les autres sur le bas des deux des coslez de lie, pendant à iij chayennettes, iij escuçons esmail-iij mars iij onces.
- lit. — Voitures dominées en présent aux enfants royaux.
- Nous avons vu qu’au Moyen Age on se préoccupait assez peu de construire pour les enfants des jouets un peu compliqués, il n’est donc pas étonnant qu’on ne trouve pas dans les inventaires de bien nombreuses mentions relatives aux voitures servant de jouets ; toutefois, M. Franklin cite, pour l’année 1383, parmi les cadeaux qui furent faits à Charles VI enfant, un petit engin à traire dans lequel il est difficile de ne pas reconnaître une voiture.
- Deux siècles plus tard, dans l’énumération des jouets qui furent donnés à Louis XIII enfant, on voit que ce prince avait reçu :
- (I) Inventaire de l’orfèvrerie et des joyaux de Louis Ier, duc d’Anjou, publié par M. Henri Moranville, dans la Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, tome LXII, année 1901.
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- VOITURE MÉCANIQUE
- (modèle tiré de l’album d’un fabricant de jouets)
- ÉPOQUE EMPIRE
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- 1603. — Un carrosse où il y avait quatre poupées; l’une représentait la reine, les autres Madame et Mademoiselle de Guise et Madame de Guiercheville.
- 1604. — Un petit carrosse plein de poupées.
- Un petit carrosse et une charrette.
- Au dix-septième siècle, dans l’album de Stella, nous voyons figurer au
- JEUX D’ENFANTS
- DAPRÈS CNE GRAVURE SUR BOIS DU XVIe SIÈCLE.
- premier plan de la planche intitulée le « volant », deux petits entants occupés à traîner un lourd chariot couvert d’un toit à quatre pans et fermé par des rideaux; à l’intérieur de ce véhicule, on aperçoit tout un monde de poupées qui partent ainsi gaiement pour la promenade.
- Cette minuscule voiture est faite exactement sur le modèle des fourgons qui suivaient les armées en campagne et dont on trouve la reproduction dans les grandes gravures sur cuivre représentant les batailles
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- de Louis XIV. Comme il s’agit ici d’un jouet, l’artiste a figuré des roues pleines maintenues seulement après l’essieu au moyen d’une clavette de bois. Les deux gamins qui sont attelés après cet engin à traire, s’acquittent consciencieusement de la tâche qu’ils se sont imposée et c’est ce qui a inspiré à l’auteur les vers suivants :
- Mais qui ne riroit des travaux Que souffrent ces petits chevaux Pour traisner celte carrossée.
- le Volant
- IV. — Une voiture automobile au dix-septième siècle.
- L’origine de ces petits chariots aurait même été l’occasion de la
- découverte de la voiture automobile qui fut faite au dix-septième siècle, si nous en croyons Edouard Fournier, toujours si amusant et si instructif dans ses anecdotes. Cet auteur raconte dans son livre sur Y Histoire des jouets, qu’un certain Jean Hautchs ou Jean Haupt, peut-être le même qui mit en faveur les comédies à marionnettes, dont le succès fut si grand en Allemagne vers la moitié du dix-septième siècle et qui lui auraient dû leur nom de Haupt actionen, excellait plus qu’aucun à Nuremberg dans
- ce genre de mécanique. Il ne s’en était même pas tenu aux jouets
- d’enfants : à force de fabriquer de petits chariots faisant leur évolution sur une table ronde, il avait fini par s’ingénier de mettre en mouve-
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- LA PROMENADE 1)U PETIT FRERE
- VNK I -1T110 ( i H A P HIK DE MaREKT, 1 82(>.
- 1) A P II ES
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- ment, d’après le même système de ressorts, des voitures qui faisaient deux mille pas en une heure. Il réussit et fut bientôt imité :
- LE JEU DU CHEVAL ET DE LA VOITURE d'après une gravure de Chodowiecki.
- Monconys dit avoir vu, en 1663, à Nuremberg, un carrosse de ce genre qui avait été commandé par le roi de Danemark, « lequel carrosse, lisons-nous dans la deuxième partie du journal de ses voyages, avance, recule et tourne sans chevaux et fait trois mille pas
- ,_o "
- LE REMORQUAGE DE LA VOITURE
- d'après UNE VIGNETTE DU XVIIIe SIÈCLE.
- géométriques en une heure, seulement par des manivelles que tournent deux enfants qui sont dans le corps du carrosse, qui font tourner les roues de derrière et celui qui est dedans tient un bâton qui fait tourner le dedans du carrosse, où sont attachées les deux petites roues pour braquer à l’endroit qu’il veut ».
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- CALÈCHE, CARRIOLE, CABRIOLET ET VOITURES DIVERSES
- (modèles tirés de l’album d’un fabricant de jouets)
- ÉPOQUE EMPIRE
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- Dès la lin du dix-huitième siècle, on s’était préoccupé de fabriquer des voitures pouvant être mises en mouvement par le voyageur qui y avait pris place. Dans le Dictionnaire des amusements mathématiques et physiques (1792), nous trouvons la description d’une de ces ingéneuses machines. Le but que s’était proposé l’inventeur était purement humanitaire, ainsi qu’il prend le soin de nous l’apprendre lui-même. L’explication du mécanisme est ainsi intitulée : « Comment on fabrique une voiture dont un goutteux puisse s’en servir sans secours d’hommes ni de chevaux ».
- Sans entrer dans des détails un peu trop compliqués, il suffit de dire
- que le mouvement était communiqué par une manivelle placée de chaque coté et agissant au moyen d'engrenages directement sur les raies des roues.
- UNE VOITURE AUTOMOBILE
- d’apiiès les amusements des sciences mathématiques ET PHYSIQUES, 1792.
- V.
- Les anciennes voitures d’enfants à l’Exposition de 1900.
- La carrosserie enfantine était assez bien représentée à l’Exposition rétrospective de la Classe 100 ; on y voyait, en effet, un curieux petit
- VOITURE EN VERRERIE DE NEVEIIS
- COLLECTION DE Mme LeLONG (XVIU® SIÈCLE)
- chariot tout garni de sculptures et dont la flèche, richement ouvragée, rappelait les sculptures hollandaises du dix-septième siècle.
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- On peut aussi attribuer au siècle du Grand Roi cette brillante calèche à huit ressorts, destinée à être traînée au moins par trois paires de chevaux.
- A la pcrtière de ce véhicule, on aperçoit la figure de quelque personnage d’importance venu visiter notre capitale : nous avons reproduit cette voiture dans notre planche représentant une boutique de marchand de jouets au dix-huitième siècle, elle est facilement reconnaissable à sa peinture jaune et à ses sièges en velours cramoisi.
- A peu près à la même époque, il nous faut placer le petit traîneau reproduit dans la même planche, au coté opposé et qui porte encore les armoiries de son dernier propriétaire.
- C’est évidemment pour quelques-uns des grands seigneurs de la «cour
- BERLINE AUTOMATIQUE
- COLLECTION LE M. DE BKUCK. — (FIN DU XVIIIe SIÈCLE).
- de Louis XY qu'a été faite cette voiture automobile à six chevaux que nous avons présentée couverte encore de son ancienne vitrine.
- La décoration de ce carrosse est faite avec grand soin, tous les panneaux sont couverts d’un treillis rouge et une paillette de métal précieux est placée au centre et à l’intersection de chacun des losanges. La caisse de la voiture est entièrement en fer et les personnages placés à l’intérieur sont éclairés par cinq grandes glaces qui leur permettent d’admirer la beauté des pays qu’ils traversent. Les roues de derrière sont en cuivre dentelé, et, comme ce sont elles qui devaient imprimer le mouvement à toute la machine, on a adopté cette disposition pour les empêcher de patiner. A l’intérieur de la caisse est contenu un mouvement.
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- d’horlogerie assez puissant pour entraîner à la fois le véhicule et les chevaux qui étaient censés le traîner.
- Sur la banquette du fond une noble dame en verre de Venise se tient gravement assise, tandis que sa suivante, sortie de la même manufacture, est modestement fixée sur la banquette de devant; derrière, deux laquais
- PAPA, DADA!
- PROMENADE A BELLEV1LLE DE M. DURAND, AZOR ET POLICHINELLE d’après use lithographie de Charlet, 1824.
- nègres, ainsi que le voulait la mode d’alors, indiquent le rang élevé occupé par la propriétaire de la voiture. Sur le siège, un cocher, coiffé de son tricorne, semble actionner avec son long fouet ses trois paires de chevaux.
- L’artiste qui a créé cette petite merveille s’est appliqué à représenter des chevaux gris pommelés couverts de riches harnachements en cuir rouge. Les coursiers ont la crinière nattée et sur la tête portent un panache de plume d’autruche ; la queue est tressée avec des rubans formant une boucle.
- Sur le cheval de gauche de la dernière paire se tient un postillon également
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- en verre cle Venise, qui conduit par la bride le cheval qui trotte à côté de lui.
- Cette pièce présente un intérêt réel pour l’histoire du jouet, car elle est essentiellement française et aucun des moindres détails n’a été négligé. Nous attribuerons à la fin du règne de Louis XVI ce petit carrosse
- LE PETIT CHARIOT d’apuès une lithographie de Charlet, 1S24.
- conduit par un paysan et qui, à l’Exposition, se trouvait faire pendant à la riche voiture dont nous venons de parler.
- Ce petit chariot, entièrement en carton et d’une décoration plutôt grossière, provient de l’Est de la France et il a été fabriqué dans le Jura, le pays des horloges mécaniques et des automates à bon marché. Le mouvement est peu compliqué ; le cocher agite désespérément son fouet sans pouvoir atteindre son coursier qui continue à décrire imperturbablement sa course en cercle.
- La curieuse berline qui avait été exposée, et qui fait partie de la collection de M. de Bruck (1), était évidemment un jouet d’une fabrication
- (1) Cette pièce fait actuellement partie cle la collection cle M. S. Dervillé.
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- VOITURE EN CARTON A MOUVEMENT D’HORLOGERIE VOITURE MÉCANIQUE EN MÉTAL ORNÉE DE PERSONNAGES EN VERRERIE DE NEVERS
- XVXIIe SIÈCLE. — (COLLECTION UE M. HENRY D’ALLEMAGNE)
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- bien plus soignée que le petit joujou du Jura, mais il a été plutôt traité comme automate que comme un jouet : cette petite calèche, mue par un
- UN ATTELAGE IMPROVISÉ d’après une gravure de 1845.
- mouvement d’horlogerie, avance en tournant légèrement, suivant l’inclinaison qui a été donnée au train de devant de la voiture. Par suite d’une
- LA JEUNE MÈRE
- d’après une vignette du premier empire
- ingénieuse combinaison de rouages, le cocher fouette ses chevaux tandis que le haut personnage qui est assis dans l’intérieur de la voiture porte
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- fréquemment à ses yeux un monocle, comme pour admirer le paysage. Sa compagne, mollement assise à côté de lui sur les coussins de la voiture, salue gracieusement de la tête. Derrière eux, un valet de pied garde la rigidité digne d’un domestique de bonne maison.
- Outre ces différents jouets, on pouvait voir, dans les vitrines de l’Exposition de 1900, une fort curieuse gravure coloriée qui représentait la voiture aux chèvres construite en 1812 pour promener le fds de Napo-
- UNE VOITURE IXVERSABLE d'après une vignette du premier empire.
- léon Ier. Cette estampe représente le petit roi de Rome traîné dans une délicate calèche et promené ainsi par un page, sur la terrasse nord des Tuileries.
- Le souvenir de ces promenades a été conservé dans un ouvrage (1) assez peu consulté maintenant, mais qui contient cependant sur cette époque des données fort intéressantes. Dans les Contes pour mes enfants, de Frédéric Soulié, nous lisons en effet :
- ... Pour lui, on força la nature, et, pourvu que voire bonne ait déjà passé l’âge de la jeunesse, elle a dû vous raconter que le roi de Rome allait à la promenade dans une belle voituie attelée de grands et beaux moutons blancs, dont les laines soyeuses pendaient jusqu’à terre. Je me les rappelle, moi, je me souviens de les avoir vus courir sur la terrasse du bord de l’eau, aux Tuileries... tandis que nous les suivions avec des cris de joie; car nous disions alors : Yive le roi de Rome ! R a vécu encore longtemps après. Qui nous eût dit que nos vœux étaient un souhait de malheur !
- Cette voiture, après bien des vicissitudes, est parvenue jusqu’à notre époque dans un état suffisant de conservation; elle avait été exposée à la dernière Exposition dans le pavillon de la Ville de Paris, en compa-
- (1) Cette citation est empruntée au remrrquable ouvrage que M. John Grand-Carterct a consacré au duc de Reichstadt sous le titre de l’Aiglon en image. — Paris, Fasquelle, 1901.
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- gnie de quelques reliques de meme nature. Une autre gravure de l’époque nous donne des renseignements précis sur la fabrication. Cette estampe porte en effet comme légende :
- « Voiture du roi de Rome dessinée par Antoine Carassi, exécutée par Trarnblav, carrossier, rue Duras, n° 9; gravée et ciselée par Boltzer. {La présente estampe) se vend à Paris, chez Carassi, rue Neuve-des-Mathu-rins, n° 27, et chez Boltzer, rue Saint-André-des-Arts, n° 35. »
- VI. — Chemins de fer servant de jouets d’enfants.
- Dès l’année 1855, les fabricants de soldats de plomb se sont ingéniés à obtenir avec leurs moules la reproduction des chemins de fer, qui étaient alors tout à fait une nouveauté ; il existe encore deux exemples
- île ces premières locomotives en étain remorquant derrière elles toute une série de wagons. L’un de ces curieux spécimens est au Musée germanique de Nuremberg et l’autre fait partie de la collection de M. Coisel, qui a bien voulu nous la communiquer.
- Déjà à cette époque existait la coutume de baptiser les locomotives, et le modèle que nous avons eu entre les mains portait le nom de « Vulcain ».
- Un peu plus tard, à l’Exposition de 1867, l’industrie des chemins de fer servant de jouets s’était perfectionnée et ces objets étaient alors en Jfer-blanc découpé et colorié.
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- « La fabrication parisienne, dit le rapport du Jury, approvisionne aujourd’hui les pays qui nous envoyaient naguère des jouets de ce genre. » De ce jouet l’on peut dire qu’il réunit, dans sa petite spécialité, les qualités essentielles : il est amusant, utile, bien fait et à bas prix.
- La maison J.-G. Allgcyer, à Erfurt, a importé en France, entre 1867 et 1870, un spécimen de chemin de fer mécanique d’un modèle réellement
- La Toiture enfantine
- intéressant; les wagons sont en fer-blanc découpé et peint, un mouvement d’horlogerie placé à l’intérieur de la locomotive lui donne assez de force pour traîner un train de six wagons. Ce jouet comprend une gare de
- LE PETIT CHARIOT d’après u.ne lithographie i e Deyekia.
- chemin de fer en zinc recouverte d’ornements en plomb ; line multitude de personnages figurant les voyageurs, les employés, chef de station, télégraphistes, etc..., donnent une apparence extraordinaire de vie à cette reproduction en miniature.
- Nous ne sommes pas étonnés de voir la vogue qu’obtint alors cette reproduction des chemins de fer ; il y avait alors trop peu de temps que
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- ce précieux moyen de locomotion s’était généralisé pour que les enfants ne se soient pas fait un devoir, en s’amusant avec leurs jouets, d’imiter leurs parents qui, naguère encore, empruntaient ce mode de transport par pur plaisir.
- LA PROMENADE DE LA POUPÉE d’après u>te vignette de 1820.
- TROISIÈME PARTIE
- LES JOUETS A BON MARCHÉ FABRIQUÉS A NOTRE-DAME DE LIESSE
- Pendant bien longtemps nous avons été tributaires de l'Allemagne pour la fabrication de jouets à bon marché et les produits de la Forêt-Noire se présentaient sur tous nos marchés avec la certitude complète qu’aucune fabrication française ne pourrait les supplanter, surtout sous le rapport de la modicité du prix de revient.
- C’est au commencement de ce siècle, qu’une petite ville du Laonnais, Notre-Dame de Liesse, entreprit de lutter contre la concurrence étrangère, et on peut dire que, dans ce tournoi pacifique, elle a remporté la victoire.
- Nous avons demandé à un des plus aimables et des plus érudits écrivains de notre époque, M. Paul d’Estrée, de vouloir bien faire, sur place, une petite enquête relative à cette question et il nous a communiqué un travail des plus intéressants que nous sommes heureux de reproduire ici.
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- SABRE DE BOIS, CANON A RESSORT ET JOUETS MILITAIRES
- DONNÉS COMME ATTRIBUTS AU MARÉCHAL SoULï(l).
- I. — Origine commune des jouets et des souvenirs de pèlerinage.
- « A Notre-Dame de Liesse, petite ville du Laonnais sur les confins de la Thiéraclie, la population, peu dense et très pauvre, condamnée à vivre sur un sol marécageux, ingrat autant qu’infertile, en a tiré des richesses inattendues; ces prairies, où les bestiaux refusent pour leur nourriture la luxuriante végétation, recèlent, sous leur inutile parure, des gisements tourbeux d’exploitation facile et lucrative ou se transforment, grâce à des engrais appropriés, en de plantureuses cultures maraîchères. Avant que les travaux de drainage et de canalisation entrepris en 1830, dans la vallée de la Souche, n’en eussent assuré le dessèchement et l’assainissement, le pays n’avait pour toutes ressources que la vente d’objets de pèlerinage et Ja fabrication de jouets d’enfants connus sous le nom caractéristique de « camelote (2) ».
- » Il semble, au premier abord, que ces deux industries ne doivent avoir enlre elles aucun point de contact. Rien n’est moins exact : leur
- (.) Dans cette caricature, on a fait figurer une herse porte-lumières pour railler le maréchal Soult qui suivait les processions un cierge à la main.
- (!) Le mot camelote a été complètement détourné de sa signification primitive; à l'origine ce terme servait à désigner une étoffe line et lisse faite sur le métier à deux marches. Son origine est exclusivement orientale et, dès le treizième siècle, cette étoffe se fabriquait en Syrie, dans l’Inde et en Chine. Marco Polo, dans le récit de ses voyages, dit expressément que le plus beau et le meilleur camelot se tissait en poil de chameau.
- On ne sait trop comment expliquer la transformation que ce mot a subie et qui lui fait désigner, dans le hngage des artisans de Liesse, une marchandise exécutée à bon marché et d’une fabrication plutôt rudimentaire.
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- JOUETS EMPLOYÉS COMME EMBLÈMES DANS LES CARICATURES POLITIQUES (1832).
- L — Le président Dupin représenté en pantin.
- 2- — Le maréchal Mouton, duc de Lobau, figuré par un mouton mérinos.
- — Louis-Philippe caractérisé par le coq gaulois, le moulin de Valmy et divers accessoires faisant allusion à sa perruque, à son avarice, etc.
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- commune exploitation procède, au contraire, d’un sentiment Lien humain. » Une dévotion, vieille de plusieurs siècles, amenait au sanctuaire vénéré
- MONSIEUR DE MONTALIVET REPRÉSENTÉ EN POÜPARD (1832).
- de Notre-Dame de Liesse une foule de pèlerins impatients de demander et d’obtenir la guérison de leurs maux, la fin de leurs tribulations, la
- MONSIEUR GUIZOT
- EN PASTEUR PROTESTANT (1832).
- réussite de leurs projets. Ils imploraient toutes ces grâces aux pieds d’une Vierge noire, apportée d’Egypte en l’espace d’une nuit par trois chevaliers du pays, les sires de Marchais, d’Eppes et de Goucy, prison-
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- niers du Soudan, et par la princesse Ismérie, fille de ce terrible Sarrasin.
- » Comme souvenir de leur pieux pèlerinage et de leur foi inébranlable, les fidèles rapportaient de Liesse des objets de toute sorte qui avaient « touché » la statue miraculeuse : des médailles qui en rappelaient la sainte effigie, quelques-unes en argent, presque toutes en plomb ; des bagues du même métal, de lourds chapelets, des images grossièrement enluminées de la Vierge Mère, des fioles pleines d’eau de la fontaine non moins miraculeuse et surtout de ces énormes « bouteilles à figures » fermées à la lampe d’émailleur, où des artisans naïfs, seuls possesseurs de ce merveilleux « secret », savaient suspendre, montant et descendant, à l’instar des ludions, dans une masse de liquide, les instruments, d’ailleurs informes, de la Passion.
- THÉÂTRE DES MARIONNETTES
- REPRÉSENTANT d’ArGOULT, ARMÉ DES CISEAUX DE LA CENSURE (1832).
- » En ces temps de fervente croyance, les pèlerins amenaient avec eux leur famille, et, si les parents s’empressaient autour d’objets répondant à leurs religieuses aspirations, les enfants recherchaient ceux qui convenaient à leur âge et à leurs goûts, et qu’une industrie consciente des
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- appétits humains disposait adroitement sur leur passage. Fallait-il donc les exclure de la fête à laquelle la Bonne Vierge, Notre-Dame de Joie, comme s’appelait son vieux nom français, conviait les dévots de son culte? Et ces chers petits êtres, que le moindre jouet met en liesse, revenaient, eux aussi, de leur pèlerinage, qui avec une crécelle, qui avec un moulin, qui avec un chariot, tous avec un de ces humbles et modestes joujoux dont la fabrication actuelle a conservé les traditions essentiellement simplistes. »
- II. — Outils et Instruments servant à la fabrication des jouets en bois.
- « Rien, en effet, de moins luxueux, partant de moins coûteux, que ces jouets dont le bois, plus ou moins violemment colorié, constitue le principal
- CAVALIER EN BOIS MONTÉ SUR UN CHEVAL A TÊTE D’HIPPOCAMPE
- REPRÉSENTANT LE DUC D’ORLÉANS (LE GRAND POULOTi (1832).
- élément. Produit bien français celui-là et que nous devrions défendre contre la concurrence à vil prix des articles similaires fabriqués par les Allemands de la Forêt-Noire.
- » A Liesse, les camelotiers d’autrefois — le nom date cle loin, mais les étymologistes n’en ont jamais exactement précisé l’origine — avaient
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- JOUETS MÉCANIQUES REPRÉSENTANT DIVERS JEUX ET PROFESSIONS
- (modèles tirés de l’album d’un fabricant de jouets)
- ÉPOQUE EMPIRE
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- un outillage des plus primitifs : ils se servaient du couteau et du tour à la perche et tous, restant chez eux, « travaillaient dans leur fin », c’est-à-dire qu’ils fournissaient la matière première en même temps que la main-d’œuvre.
- » Le couteau, tombé aujourd’hui en désuétude, était une lame longue, large, pointue et tranchante à souhait. Nous en avons retrouvé un type
- LE MOULIN TAPAGE
- TRANSFORMÉ EN TRANCHE-NUQUES ACCÉLÉRÉ ; LE BOUQUET FAIT ALLUSION AU MINISTRE DE LA JUSTICE PliRSIL (1832).
- d’âge respectable et consciencieusement rouillé. L’artisan l’employait pour la fabrication des crécelles et des moulins. Sur sa poitrine, munie d’un billot minuscule en buis ou en chêne qu’y retenait une solide courroie, il détachait d’une rondelle de tilleul les lamelles de bois destinées à son travail.
- » Chaque pièce était teinte ou coloriée à la mine orange, au bois de Brésil, à la pelure d’oignon. L’ouvrier les assemblait et les fixait, soit à la colle forte, soit à l’aide de pointes excessivement fines.
- » Les tiges cylindriques, auxquelles s’attachent la crémaillère des crécelles ou les ailes des moulins, sortaient du tour à la perche, instrument plus archaïque peut-être que le couteau. Dans l’humble atelier enfumé du feu de tourbe et mal éclairé par une fenêtre à petits carreaux verdâtres, passait, à vingt centimètres du plafond et traversant les murs, une perche de noisetier que chevauchait une corde, dont les deux extrémités, en se rejoignant, s’adaptaient à une pédale qui actionnait le tour. »
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- III — Description des articles fabriqués à Notre-Dame de Liesse.
- « Plus de soixante articles, variant de forme et de dimension, étaient créés par ce simple et fruste outillage, frustes et simples eux aussi, mais témoignant d’une certaine ingéniosité chez leur inventeur et rappelant, comme nous l’avons déjà dit, les mœurs, voire les costumes d’un autre
- GIRAFE ET PANTIN SERVANT A PERSONNIFIER M. MADIER DE MONTJAU
- d’après une vignette du journal « la Caricature » (1832).
- âge. La plupart n’existent plus aujourd’hui, mais quelques-uns méritaient de survivre.
- \ » La « fille trompeuse », par exemple. Il semble qu’avec son corsage brun, sa jupe rouge fortement arrondie aux hanches et surtout sa toque, cette figurine, dont les mouchetures noires et roses marquent les sourcils, les yeux, le nez et la bouche, soit une informe caricature des grandes dames de la cour de Henri III. Mais pourquoi ce nom de « fille trompeuse » ? Nous avons vainement interrogé d’anciens camelotiers, aujourd’hui octogénaires, qui n’ont pu nous donner de réponse satisfaisante ; nous croyons toutefois avoir trouvé la solution du problème. La fille trompeuse est, en réalité, une trompette, dont l’orifice s’ouvre dans la jupe de la poupée, à cette place même qui valut à la Vénus antique l’épithète de Callipyge. Jouant sur les mots, comme tout fils bien doué de
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- JOUETS A BON MARCHÉ
- FABRIQUE A N O T RE - D A ME - D E - LIE S S E (AISNE) (COMMUNICATION DE M. PAUL D’ESTRÉE)
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- notre vieille terre gauloise, le parrain de la fille trompeuse a trouvé, avec raison, cette désignation fine, euphonique et surtout plus piquante que celle de « fdle trompetteuse ».
- » Le puits est de forme moyen-âgeuse. De la margelle s’élèvent trois fils de fer qui viennent s’arrondir sous un pavillon conique où s’accroche
- LA BALANCE POLITIQUE
- A GAUCHE LA RÉPUBLIQUE, DE L’AUTRE CÔTÉ LE DUC DE BORDEAUX (HENRI V),
- AU CENTRE LA POIRE DE LoUIS-PlIILIPPE ET LE COQ GAULOIS.
- LE CAVALIER REPRÉSENTE LE DUC D’ORLÉANS (LE GRAND POULOT) MONTÉ SUR UN CHEVAL DE BOIS. Aü DERNIER PLAN, PARMI LES POUPÉES EN CARTON MOULÉ, ON RECONNAIT LE FUTUR NAPOLÉON 111 (1832).
- la poulie munie de son double seau. On dirait l’ébauche d’un de ces puits si délicieusement ouvrés que l’art gothique édifia sur le sol allemand.
- » Les « chariots à cinq et à huit barres » sont autant de réductions de ces chars rustiques qui faisaient partie des attirails de ferme aux dix-septième et dix-liuitième siècles.
- » Par contre, il est d’autres jouets dont il serait bien difficile de déterminer les origines. Ainsi le « cavalier », manière de Centaure à deux têtes, celle du cheval taillée en hippocampe, avec la queue représentée par un sifflet; le « coq... » terminé de la même façon; le « moulin
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- tapage », dont la tige, mue par une crémaillère, actionne un marteau qui s’abat sur une enclume ; enfin les « maréchaux », ces homoncules classiques, dignes d’une mention spéciale. Ce sont deux bonshommes jaunes qui, suivant la marche alternée et contraire des réglettes superposées où ils sont fixés, frappent à tour de rôle, de leurs marteaux rouges, une enclume de même couleur. Ils servirent d’armes, en 1831, à l’opposition
- LES MARÉCHAUX
- JOUET CLASSIQUE FABRIQUÉ A NOTRE-DAME UE LlESSE.
- républicaine qui ne pouvait pardonner à Louis-Philippe d’avoir déçu ses espérances. Aussi voulut-elle en manifester toute l’amertume dans une caricature où les « maréchaux » étaient figurés par le roi des Français et par le duc de Dalmatie, frappant à coups redoublés sur la tête de la France coiffée du bonnet phrygien. Qui sait si, dans ce jouet, créé sans doute par les artisans de Liesse, les « maréchaux » n’étaient pas les paladins de Marchais ou de Coucy s’escrimant de même sorte sur le crâne d’un infidèle... leur tête de Turc?
- » Combien encore d’autres articles de Liesse disparurent de la circulation ; les balances à main et à colonne ; les tartelettes et les claquettes ; les moulins à café et à fil de fer ; les canonnières appelées dans le pays « buquois », du vieux mot buquer (frapper) ; les chaises jaunes, tachetées de virgules et de stries rouges, les chaises violettes mouchetées de blanc ; les vaisseaux de fabrication plus moderne, au mât surmonté du drapeau
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- LA CHASSE A COURRE. — EPOQUE CHARLES X Bois sculpté
- (collection de m. a. jacquemin)
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- tricolore, qui marchent sur roues, tels les fameux chariots à voiles de la Chine. »
- IV. — Prix de revient des principaux objets.
- « Pour qui veut étudier la question du jouet au point de vue économique, rien de plus suggestif que la modicité des prix de vente, dans l’ancien article de Liesse, par rapport aux multiples détails de la main-
- LE MARÉCHAL SOULT ET LOUIS-PHILIPPE
- ASSOMMANT LA FRANCE RÉPUBLICAINE,
- D’APRÈS UNE LITHOGRAPHIE PUBLIÉE PAR LE JOURNAL « LA CARICATURE ».
- d’œuvre. Un exemple entre tous : les trompettes rayées, les bouteilles trompettes, les cigares trompettes, de si chétive apparence et d’une construction relativement compliquée ; le mécanisme qu’elles logent dans leur axe vertical et qui doit produire la sonorité se compose d’une lamelle de cuivre battant sur une augette de plomb, qu’obstrue en partie un tamponnet de bois. Or, ce jouet se vendait en fabrique un franc soixante-quinze la grosse, plus quinze pour cent d’escompte, soit un centime au plus la pièce.
- » Et les ouvriers qui confectionnaient toute cette camelote parvenaient,
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- et Lien péniblement encore, à s’en faire un salaire quotidien de deux francs.
- » Il n’est donc pas surprenant qu’à l’heure présente l’artisan liessois se soit désintéressé d’une production aussi ingrate. 11 ne s’occupe plus guère aujourd’hui que des crécelles, des moulins à ficelle, des quilles, des baguettes de tambour, des roulettes et, par intermittences, de canons et de jeux de croquet, tous articles de fabrication rapide et de vente
- L’ARMÉE ANGLAISE ET L’ARMÉE FRANÇAISE
- FRAPPANT A COUPS REDOUBLÉS SUR LA TÊTS DE NlCOLAS Ier. Lli SULTAN FAIT MANOEUVRER LA MACHINE (ALLUSION A LA guerre d'Orient)
- courante qui lui assure un bénéfice rémunérateur. Encore ne travaille-t-il plus « dans son bois »•. Ce sont des entrepreneurs, les « maîtres », comme il les appelle, qui lui fournissent les matières premières, du tilleul, ainsi que nous l’avons déjà dit, quelquefois du tremble pour les baguettes de tambour, les seaux et les baquets. Ils donnent, en outre du fil de fer, des ficelles et des cordes, du plomb et du cuivre en très minime quantité, mais jusqu’à cinq et six cents kilogrammes de ces clous minuscules dont nous avons parlé précédemment. Toutes les couleurs sont remplacées par
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- l’aniline, mais l’aniline reconnue inoffensive par les conseils d’hygiène. Le noir de fumée est encore en usage et la Colette sert au vernis qu’exige la confection de certains jouets.
- » L’ouvrier d’aujourd’hui n’apporte donc plus à la fabrication de l’article de Liesse que sa main-d’œuvre et son tour, le tour moderne, car il
- LES ÉTREXXES DU G R A X D PAPA 1er JANVIER 1833,
- d’après une lithographie de Chahlet.
- continue à travailler chez lui. Le plus actif et le plus habile parvient à réaliser parfois un salaire quotidien de huit francs ; mais son gain le plus ordinaire varie de quatre à cinq francs.
- » En présence de cette augmentation de la main-d’œuvre, et malgré la concurrence, les entrepreneurs ont dû relever un certain nombre de leurs prix. Les crécelles sont encore vendues à la commission deux francs soixante la grosse (le plus petit modèle), soit un peu moins de deux centimes la pièce ; les pelles ou les rateaux, trois francs soixante-quinze, c’est-à-dire un peu plus de trois centimes. Mais les baguettes de tambour ont été portées de quatre francs cinquante à six francs cinquante le mille :
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- vernies, elles coûtent un franc de plus. L’ouvrière qui les passe à la Colette reçoit trente centimes du mille et peut en vernir ainsi quatre mille dans sa journée de huit heures.
- » Les roulettes, dont usent en si grande quantité les marchands de jouets, leur sont vendues quatre-vingt-cinq centimes le mille, par série de deux cent cinquante. Elles sont payées à l’ouvrier à raison de leur diamètre, exemple : la roulette de dix lignes, cinquante centimes. L’entrepreneur la compte le double à l’acheteur, soit un franc,moins l’escompte, ce qui la ramène à quatre-vingt-cinq centimes.
- » Il est en revanche d’autres articles de Liesse qui atteignent un prix relativement élevé : ainsi les seaux à cent huit francs et les canons à deux cent cinquante-deux francs la grosse: à vrai dire, ceux-ci sont.d’une dimension respectable. Il est encore tel numéro de jeu de quilles rubanées qui se vend quarante-huit francs la douzaine.
- » Jadis l’article de Liesse ne quittait pas la France, aujourd’hui il s’exporte en Belgique, en Angleterre et jusqu’en Amérique. Il occupe, pendant la saison d’hiver, cent vingt ouvriers sur une population que le dernier recensement fait descendre à 1300 habitants, alors qu’il y a moins de trente ans elle en comptait plus de 1500.
- » Mais, quelle que soit la transformation subie par cette industrie primitive, celle-ci n’en conserve pas moins son originalité propre et, pour toutes les raisons que nous avons précédemment déduites, mérite une place spéciale dans le Musée, toujours ouvert, des jouets de France (1). »
- (l) Nous devons une partie de notre documentation à l’obligeance de la maison Dubon-Jeusset, qui, de père en fils, fait le commerce en gros de l’article de Liesse et qui a obtenu divei'ses récompenses aux expositions de 1878 et de 1889. (Note de M. Paul d’Estrée.)
- UN ENFANT AU COMBLE DU BONHEUR d’après une gravure de la Restauration.
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- CHAPITRE III
- LES POUPÉES, LEURS MEUBLES ET LEURS USTENSILES
- Les poupées. — 1. Les poupées chez les Romains. — 2. Les poupées au Moyen Age. — 3. Poupées de la Renaissance française. — 4- Envoi des poupées à l’étranger pour y porter les modes françaises. — 5. Magnificence des poupées aux dix-septième et dix-huitième siècles. — 6. Opinions de Furetière et de Savary sur l’envoi des poupées françaises à l’étranger. — 7. Principaux marchands de jouets à la fin du dix-huitième siècle et sous l’Empire. — 8. Les poupées servant de gravures de mode au dix-neuvième siècle. — 9. De l’esthétique en matière de jouets. — 10. Poupées parlantes et poupées marchantes. — 11. Le trousseau d’une poupée élégante sous Louis XVIII. — 12. De l’industrie des poupées à Paris, d’après un album de modèles de l’Empire.
- — i3. Les poupées à l’Exposition de i844* — i4- Division du travail pour la fabrication des poupées. — i5. Poupées en gutta-percha de MUo Iluret. — 16. De l’industrie, à Paris, de l’habillement des poupées. — 17. Les poupées à l’Exposition de i855. — 18. Poupées anglaises à l’Exposition de i855. — 19. Poupées de M. Greffier, dites « Bébés ». — 20. Trousseaux et layettes de poupées. — 21. De la taille des poupées. — 22. Poupées garnies de son.
- Intérieurs de poupées. — 1. Les maisons de poupées au dix-septième siècle. — 2. Appartement de poupée donné par Richelieu à Mme d’Enghien. — 3. Chambre donnée en 1675 par Mme de Thianges au duc du Maine. — 4- Cabinets garnis de figures d’émail. — 5. Les mobiliers de poupées à l’Exposition de 1900. — 6. Une naissance au dix-septième siècle.
- — 7. La boutique d’un marchand de jouets et d’automates au dix-huitième siècle. — 8. Chambre à coucher Louis XVI. — 9. Mobilier en acajou garni de bronze doré. — 10. Une chambre sous le Directoire. — 11. Les mobiliers de poupées aux Expositions de i844 et de 1867. — 12. Les meubles de poupées à l’Exposition de 1900. — i3. Des jouets proprement dits, exécutés d’une manière simple et destinés à l’amusement des enfants. — 14. La bijouterie de Saint-Claude.
- Les crèches. — 1. Les crèches à Marseille au dix-septième siècle. — 2. Les crèches napolitaines. —3. Une crèche de 1744 à l’Exposition de 1900.
- Les ménages d’enfants. — 1. Les petits ustensiles servant de jouets dans l’antiquité. — 2. Jouets divers fabriqués au Moyen Age avec la même terre que les ménages d’enfants.
- — 3. Bibelots, Bimbelots et Brimbillettes du douzième au dix-huitième siècle. —4- Petits ménages donnés en présent aux enfants royaux. — 5. Les jouets d’étain vendus à la loire Saint-Germain au dix-septième siècle. —6. Saisie de jouets armoriés en 1793. — 7. Les cheminées à la Popelinière. — 8. Jouets en étain vendus au dix-huitième siècle par les maîtres miroitiers, lunettiers, les orfèvres et les potiers d’étain. — 9. Fabrication des menus objets en fer-blanc et en étain au début du dix-neuvième siècle. — 10. Les ménages d’enfants à l’Exposition de 1900. — 11. Cuisines et ménages en miniature aux Expositions de 1849 de l855.
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- PREMIÈRE PARTIE
- LES POUPÉES
- I. — Les poupées chez les Romains.
- ous savons par les auteurs anciens que, vers la lin des Saturnales, il était d’usage de se faire de petits cadeaux consistant en cierges de cire et en petites figurines en terre cuite servant à l’amusement des petits enfants. Les collections du Musée du Louvre présentent un grand nombre de ces jouet» primitifs, et c’est évidemment dans cette coutume qu’il faut voir l’origine des poupées.
- Elles étaient en effet bien primitives, ces premières figures, et consistaient en un buste taillé tout d’un bloc dans lequel venaient s’ajuster
- POUPÉES ROMAINES
- d’après <1 LES JEl'X DES ANCIENS » DE M. 1ÎECQ DE FoUQUlÈRES.
- deux bras et deux jambes mobiles maintenus soit par un fil, soit par un petit pivot en bois dur.
- En dehors de ces poupées de terre, toujours plus ou moins grossières, les anciens ont fait des poupées de cire, et la perfection qu’ils savaient apporter à leur statuaire nous est une garantie du soin avec lequel
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- devaient être traités les pantins destinés à l’amusement des enfants. Malheureusement, ces poupées de cire étaient d’un prix élevé, ce qui en augmentait la rareté, et, de plus, leur extrême fragilité n’a pas permis qu’un seul de ces spécimens parvînt jusqu’à nous.
- Tout récemment, on vient cependant de découvrir à Rome une poupée de bois des plus intéressantes; M. Geoffroy, l’éminent directeur de l’Ecole de Rome, a mis à jour deux sarcophages provenant du nouveau quartier de Prati-di-Castello, qui présentent, pour l’archéologie, un intérêt considérable. Un de ces tombeaux portait l’inscription « Crepereia Tryphanea » ; le sarcophage avait été construit avec un soin tout particulier, et il était fermé par des frettes en fer soudées à l’étain qu’il a fallu briser à coups de marteau, pour ouvrir le couvercle. A l’intérieur on a trouvé les ossements d’une jeune fille qui devait appartenir à la plus
- haute classe de la société, si on en juge par la richesse des bijoux qui étaient disposés à ses côtés. Suivant en cela un très ancien usage, on avait enfermé avec la défunte les objets qui lui étaient le plus familiers et pour lesquels elle devait avoir une prédilection marquée; c’est ce qui explique la présence de deux peignes en bois assez semblables à ceux qui sont encore aujourd’hui en usage sous le nom de peignes fins; puis un petit miroir en argent, dont les siècles avaient à peine oxydé la surface polie et qui semblait presque avoir conservé l’image de celle qui n’était plus.
- En dehors de ces bijoux et de ces accessoires de toilette, le cercueil contenait, en outre, une poupée en bois sculpté; cette statuette, haute de 30 centimètres environ, était articulée aux bras et aux jambes, et le travail en était particulièrement soigné ; les mains surtout étaient d’un modelé tout à fait remarquable. On a relevé des traces de dorure sur cette poupée, ce qui indique avec quel soin cet objet avait dû être traité.
- 7
- LES AMUSEMENTS DE LA POUPEE d’apkès les emblèmes de Katz.
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- Dans l’antiquité, il était d’usage, au moment où les jeunes filles devenaient nubiles, qu’elles allassent déposer sur l’autel de Vénus leur poupée ainsi que les autres jouets qui avaient fait les délices de leur enfance : c’était une manière de témoigner la scission qui s’opérait entre leur ancienne et leur nouvelle situation.
- Ce sacrifice de leurs plus chers amusements montrait qu’elles se trouvaient aptes à remplir les devoirs qui incombent à une mère de famille et cette cérémonie donnait lieu à des dédicaces, dont plusieurs formules nous ont été conservées :
- « Philoclès le consacre, ô Hermès, sa balle rebondissante, sa retentissante crécelle de buis, ses osselets qu’il aimait tant, son rapide sabot, jouets de son jeune âge. »
- « Timarète, avant son mariage, consacre à Artémis Lymnète son tambour, sqn ballon affectionné, le réseau qui enveloppait ses cheveux. Elle, vierge, elle consacre encore à la déesse vierge, ses poupées vierges aussi et les toilettes de ses poupées. O fdle de Latone, étends la main sur la jeune Timarète et que celte pieuse enfant soit par toi protégée. »
- On a fait aussi, dans l’antiquité, des poupées d’une matière relativement assez précieuse, puisque Antoine Riche, dans son Dictionnaire des antiquités., signale une poupée articulée en ivoire qui fut trouvée dans un tombeau d’enfant près de Rome ; mentionnons encore un objet de la même catégorie, découvert en Sicile et publié par le prince Biscaré dans son ouvrage « Degli antichi ornementi e trastulli de Bambini ».
- IL — Les poupées au Moyen Age.
- Pour toute la période se rapportant aux premières années des temps
- FABRICANTS DE POUPÉES AU MOYEN AGE u’aphès le « IIORTUS SANITATIS ».
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- POUPÉE DE LA RENAISSANCE FRANÇAISE.
- Collection de M. S. Dervillé.
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- gothiques, nous n’avons presque aucun renseignement sur ce que pouvaient être les poupées destinées à l’amusement des enfants ; il est permis de supposer que les enseignes de pèlerinages et les Vierges de fabrication commune devaient, dans bien des cas, leur être mises dans les mains autant dans une pensée religieuse que pour leur procurer une distraction et les apaiser pendant un instant.
- III. — Poupées de la Renaissance française.
- Un des plus curieux spécimens des jouets au seizième siècle est, sans contredit, cette poupée aux vêtements somptueux qui avait été exposée dans la classe des accessoires du costume : elle fait partie de la collection de M. S. Dervillé(l).
- Cette poupée, du temps des Valois, se tenait avec dignité dans une vitrine de glaces maintenues par une légère armature d’acier poli. Dans cet étroit emplacement, elle avait certes grand air, cette représentante des modes du seizième siècle ; elle était vêtue d’une robe de soie blanche parsemée de fleurettes en broderie de soie orange et bordée de galons assortis. Mais le temps a passé sur toutes ces nuances, il a décoloré les unes et gratifié les autres d’une délicieuse patine qui donne une harmonie parfaite à toutes ces couleurs en les mariant si bien les unes aux autres.
- La robe de soie est divisée par des lignes de piqûres, s’entre-croi-sant de façon à former des losanges au centre de chacun desquels est une fleurette brodée en soie qui a pris maintenant la couleur des feuilles que l’automne commence à dorer.
- Au bas de la robe est un double galon orné de cannetille de soie qui
- POUPÉE AVEC TÊTE EN TERRE CUITE
- XVIIe SIÈCLE, TRAVAIL ITALIEN
- (Collection de M. A. Bulteau.)
- (1) Cette poupée provient de la collection de M. Paul Eudel, qui l’avait acquise lui-même de M. Albert Goupil. (Consulter à ce sujet les Propos de Valentin, par Edmond Bonnafte, page 42.)
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- remonte de chaque côté an droit des deux grandes coutures et forme une sorte de chevron à quatre branches. Les manches sont recouvertes d’une pièce d’étoffe flottante toute garnie de galons ; le dessin des broderies
- diffère légèrement de celui qui se rencontre sur le reste de la robe. Sur le côté est placée une série de boutons en forme de grelots.
- Cette poupée, qui est une personne fort élégante, possède des gants d’une richesse peu commune ; les manchettes sont couvertes de broderies formant un décor de fleurettes et de fruits, et portent au centre un médaillon allégorique. Toutes les coutures sont soulignées par des cordonsde perles fines aux formes les plus variées.
- Au bras droit de cette poupée est suspendue une aumônière en soie qui, dans son temps, a du être de couleur blanche ; elle disparaît sous une profusion d’ornements brodés en argent. Enfin le vêtement se termine par un col droit tout garni de galons à l’intérieur; une fraise, plissée à tuyaux, est bordée d’une guipure où viennent s’entre-mêler des fils bruns s’harmonisant avec les broderies de la robe.
- De son bras gauche, #la grande poupée soutient un bébé vêtu d’une ample robe de moire bleue aux reflets chatoyants; aux épaules sont rattachées des fausses manches de grandes dimensions, toutes découpées à feston : elles recouvrent les manches du juste-au-corps en soie jaune, cerclées de fil d’argent tressé.
- Au-dessous du corps est un plissé bouillonné destiné à augmenter l’ampleur de la jupe ; cette dernière est bordée d’une fine dentelle d’argent qui remonte sur le devant en un double rang.
- L’enfant est vêtu suivant la même mode que sa maman, on retrouve dans son costume les mêmes boutons en forme de grelots et autour de son visage s’étale une fraise que le temps a seulement quelque peu malmenée.
- POUPÉE AVEC TÊTE EN TERRE CUITE (1)
- XVIIe SIÈCLE, TRAVAIL ITALIEN
- (Collection de M. II. Bllteau.)
- (1) Cette poupée, ainsi que celle qui se trouve reproduite à la page précédente, appartient plutôt à la sculpture religieuse qu’aux jouets. La tcte et les mains sont en terre cuite, disposition que l’on rencontre dans la plupart des personnages des crèches napolitaines du siècle dernier.
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- POUPÉE EN BOIS VÊTUE D’UNE ROBE BRODÉE
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- La tête de cette petite poupée est en bois sculpté, exécutée avec une grande naïveté ; le nez, droit, forme la continuation directe du front; les sourcils-sont indiqués par un simple coup de pinceau ; les cheveux, d’un
- POUPÉE DE MODE HABILLÉE D'ÉTOFFE (.1) (Collection de AJ. Henry D'Allemagne.) (xviii6 siècle.)
- blond filasse, se trouvent divisés en deux parties égales et ornés de quelques petits bijoux. Les vêtements de ces deux poupées sont relativement dans un état de conservation très remarquable, et ils peuvent être considérés comme un des pins précieux documents que nous possédions sur les modes de cette époque.
- (1) Ces poupées étaient complètement plates et ne présentaient qu’une seule face décorée; toutes les parties apparentes du corps, les pieds, la tête et les mains, étaient en carton peint.
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- Nous devons signaler également une autre poupée du seizième siècle, appartenant à M. Albert Figdor; elle présente, avec celle dont nous venons de donner la description, une assez grande analogie surtout sous le rapport du vêtement. Cette jeune personne, qui mesure 77 centimètres de hauteur, est vêtue d’une robe aussi remarquable par sa richesse que par son coloris. L’étoffe est entièrement couverte de broderies formées d’une succession de fleurons rattachés, les uns aux autres, par des liens; cette disposition forme une sorte de losange dans lequel l’habile artiste qui a composé ce dessin a inscrit une couronne fleuronnée, cette robe est en soie verte brochée d’argent, tous les ornements qui ont un relief très sensible sont formés de fils d’argent et d’or ingénieusement disposés. Les bords de ce vêtement sont garnis d’un large galon qui forme uné sorte de cours de poste divisé par des fleurettes quadrilobées. La tête de cette poupée représentant un enfant joufflu est douée d’un caractère tout à fait remarquable; l’expression à la fois naïve et naturelle prouve que les plus habiles sculpteurs du seizième siècle ne craignaient pas d’avilir leur talent en faisant même des modèles de jouets. La collerette de cette riche poupée est garnie d’une guipure qui complète admirablement cette somptueuse toilette.
- IV. — Envoi des poupées à rétranger pour y porter les modes françaises.
- Il faut arriver jusqu’à la fin du quatorzième siècle pour trouver la mention de cadeaux de poupées.
- La plupart des poupées dont il était question dans les inventaires, n’étaient pas uniquement destinées à l’amusement des enfants ; ainsi, il est bien évident que les^ poupées qui furent envoyées en 1391 à la reine d’Angleterre étaient plutôt destinées à montrer à la Cour quelles étaient les modes nouvelles que la reine Isabeau de Bavière avait introduites à la Cour de France en épousant Charles VL
- En effet, M. de Laborde, dans le Glossaire de son catalogue des émaux du Louvre, nous apprend que ces poupées avaient été payées la somme de 459 livres 16 sols à Robert de Varennes, brodeur et valet de chambre du roi : « pour pouppées et mainages d’icelles pour la royne d’Angleterre. » Et il s’agit évidemment d’un envoi semblable à celui dont nous parlions. Peut-être seulement, ce qui n’eût pas été un perfectionnement sans importance, les poupées dont il est parlé étaient-elles tout à fait de la taille de la reine à laquelle on les adressait, de telle sorte qu’après avoir jugé sur elles de l’effet de la toilette, elle pût aussitôt s’en parer.
- Toutefois, il ne faut pas croire qu’au quinzième siècle les poupées,
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- Voila Cages de l’iiutocences,,
- Ou noue devons tous revenir, Four joiiir des biens a/venir, Qui Jonc icy notre espérances ;
- L Opes" ou l'on. Seoir tour pardonner; L'Ope? ou l'on ignore* la haines,
- Ou. rien, ne peur vous Chagrines' ;
- L Ope* d'Or de la. vie humaines .
- L'tZgcs qui braiie* les On/ers - .
- L'.Ogeo ou la- vie' esc peu pénibles; L’tiges ou la. Æort esc peu terribles.
- Les Ciel,esc tout plein de Çourouar, Four quiconque les Jcandalis Cs .
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- comme jouets d’enfants, ne fussent pas répandues dans la société parisienne ; Antoine Astéran, qui a écrit vers le milieu du quinzième siècle un éloge de Paris, nous donne la description de quelques-uns des nombreux objets qui étaient mis en vente dans les galeries du Palais : il cite entre autres « ces présents chers aux petites filles, des poupées charmantes et merveilleusement habillées ».
- p]n 1455, nous voyons figurer dans les comptes de Raoulin de la Rue, marchand de Paris, la vente d’« une poupée faite en façon de demoiselle à cheval et un g varlet de pied». Ce jouet était destiné à la jeune Madeleine de France, fille de Charles VII, qui se trouvait alors à Chinon.
- En 1497, Anne de Rretagne fit faire une grande poupée pour l’offrir à la reine Isabelle d'Espagne, et, comme la première fois qu’telle fut présentée, ses vêtements ne furent pas jugés assez riches, on la fit habiller à nouveau et parer de plus beaux atours : cette dépense est portée dans les inventaires pour la somme de 7 livres tournois payée à l’ouvrier « pour avoir fait faire et refaire par deux fois, par l’ordonnance et
- commandement d’icelle dame (la royne) une grande poupée pour l’envoyer à la royne d’Espagne ».
- En 1550, les dépenses secrètes de Henri II mentionnent une somme de 9 livres 4 sous pour six poupées apportées de Paris pour Mesdames, et Philibert Delorme, dans son Traité d'architecture, parle, au livre II, cha-
- (1) En Allemagne, on faisait des poupées d'une forme tout à fait caractéristique et qui se rapprochaient un peu de ces poupons sans bras ni jambes en usage en France depuis le commencement du dix-neuvième siècle : les poupées allemandes se terminaient en une sorte de cône allongé, disposition qui les rendait plus faciles à tenir dans les petites mains des enfants.
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- pitre y, « d’oyselet » ou de poupées fabriqués avec une sorte de carton-pâte coulé dans des moules :
- Esluc d’une poste que vous moulerez sur des creux où il y aura tel devis et ouvrage qu’il vous plaira. Comme on voit estre faict à plusieurs compositions de senteur, ovselet de Chypre, miroirs venant du Levant et Constantinople, auxquels pays, ainsi que j’ay entendu, ils enrichissent tous les planchers de leurs chambres et cabinets, de telles façons et compositions desquelles j’ai veu la manière qui est très aisée, très belle et petite despense.
- Enfin, malgré la vogue des jouets de Nuremberg, nous voyons qu’à Munich, la duchesse de Bavière fait venir de France des poupées. En 1571, cette princesse voit sa famille s’accroître d’une fdle ; Madame Claude de France, duchesse de Lorraine, qui est une de ses bonnes amies, veut faire à la petite princesse un présent qui puisse agréer à la mère, et aussitôt elle pense à quelque belle poupée de Paris bien attifée selon la dernière mode. En attendant que la petite fdle puisse s’en amuser, la mère, ainsi édifiée sur les parures nouvelles, y prendra plaisir et agréable enseignement. Madame Claude écrit donc à cet effet à P. Hotte-mann : « Elle vous prie de lui envoyer des pouppées non trop grandes et jusques à quatre et six, des mieux abillées que vous pourrez trouver, pour envoyer à l’enfant de Madame la duchesse de Bavière, accouchée puis n’aguières. »
- V. — Magnificence des poupées aux dix-septième et dix-liuitième siècles.
- Dans les premières années du dix-septième siècle, parmi les jouets qui
- furent donnés à Louis XIII enfant, nous relevons , dans le Journal de Hé-roartl, de nombreuses mentions de poupées et de marmousets destinés à amuser le jeune prince :
- 1604. — De petits marmousets en poterie.
- 1605. — Un petit homme de carte plâtrée.
- Un suisse fait de poterie. Un marmouset à cheval tenant une laisse de lévrier.
- Un homme de poterie.
- 1606. — Une poupée représentant un petit gentilhomme très bien habillé.
- 1608. — Des anges, jouant de la musette et de la flûte, des sielleuses, un capucin en poterie.
- LE COUCHER DE LA POUPÉE
- FRAGMENT DU TABLEAU DE VaN OSTADE (XVU® SIÈCLE).
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- Au dix-septième siècle, le luxe des poupées ne connut pas de bornes et, dans ses Historiettes, Tallemant des Réaux nous raconte que Louis d’Epernon, qui abandonna son évèclié de Toulouse pour se faire soldat, dépensa deux mille écus pour offrir à Mademoiselle de Bourbon un jouet réellement digne d’elle :
- Il en cousta au cardinal de la Va-lelle deux mille cscus pour une poupée, la chambre, le lict, tout le meuble, le déshabillé, la loileüe et bien des habits à changer pour Mademoiselle de Bourbon (1), encore enfant.
- L Y PROMENADE DE LA POUPEE d’après une gravure allemande DU XVIII9 SIÈCLE.
- Au siècle suivant, nous voyons citer dans le Mercure de France, à la date du 27 juillet 1722, une petite mention qui montre que dans cet ordre d’idées le luxe n’avait fait que progresser :
- Madame la duchesse d’Orléans a fait présent à l’Infante Reine d’une toilette superbe convenant à l’âge de la princesse, avec une poupée magnifique dont la garde-robe est complète et fournie d’habits variés; on dit que ce présent monte à près de vingt-deux mille livres.
- Quelques années plus tard, le roi Louis XV ne lit pas preuve d’une moindre prodigalité, puisque nous lisons, dans le journal de Barbier, qu’il fit don d’une poupée de vingt mille livres à l’Infante venue d’Espagne pour l’épouser.
- Il paraît que Jean-Jacques Rousseau fulminait contre de pareilles folies et que le luxe déployé dans les jouets de son temps avait particulièrement le don de l’exaspérer.
- VI. — Opinion de Furetiôre et de Savary sur l’envoi des poupées françaises
- à l’étranger.
- Dans le Roman Bourgeois de Furetière (page 57), il est encore question de cette coutume d’envoyer à l’étranger des poupées pour donner l’idée des modes nouvelles :
- « Enfin, il y auroit un greffe ou un bureau estably, avec un estalon et toutes sortes de mesures pour régler les différons qui se formeroient dans la juridiction, avec une figure vestuë
- (1) Depuis duchesse de Longueville.
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- selon la dernière mode, comme ces poupées qu’on envoie pour ce sujet dans les provinces. Tous les tailleurs seroient obligez de se servir de ces modelles, comme les appareilleurs vont prendre les mesures sur les plans des édifices qu’on leur donne à faire. »
- Un peu plus tard, au dix-huitième siècle, Savary dans son Dictionnaire du Commerce, paru en 1723, parle de ces « belles poupées qu’on envoie
- JEUNES ENFANTS DANS UN PARC JOUANT A LA POUPÉE d'après le tableau de Coypel (XVIIIe siècle).
- (Gravure de Joulain.)
- toutes coiffées et richement habillées dans les cours étrangères pour y porter les modes françaises des habits ».
- Dans la relation du voyage que Deisbeck fit en Allemagne et notamment à Vienne en 1788, nous lisons que dans cette dernière ville « on suit généralement les modes françaises ; on fait venir des poupées de Paris, afin que les dames puissent en faire imiter les costumes par leurs modistes. »
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- Boucher Jnv ^
- LE DEJEUNE
- charmant ta d igueur agréable To?v feu divin disstpe de la, tabler
- Me Bacchus calme les accès Mt les déboute et les eocces,
- X Original' est dans le CabineV du Roy .
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- VII. — Principaux marchands de jouets à la fin du dix-huitième siècle
- et sous l’Empire»
- Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, le marchand en vogue pour la vente des poupées était un sieur Juhel, rue Saint-Denis, qui tenait « un des plus fameux magasins de jouets d’enfants, poupées à ressorts et autres joujoux d’Angleterre ». (Almanach Dauphin pour 1777, suppl., p. 6.)
- Les colifichets et joujoux en or se trouvaient au Petit Dunkerque, magasin célèbre situé à l’angle de la rue Dauphine et du quai Conti. (.Baronne d'Oberkircli, t. Ier, p. 230.)
- A peu près à la même époque, un autre magasin, qui disputait aux premiers la faveur du public, était la boutique ayant pour enseigne Au Singe Violet. Le propriétaire était un certain Biennais, marchand tabletier ébéniste, qui vendait tous les jeux possibles pour les grandes personnes et tenait en même temps les jouets d’enfants ; dans cette échoppe on pouvait trouver, par la même occasion, des souvenirs en écaille et en ivoire garni d’or, de même que des pipes en vraie écume de mer, des parapluies et des parasols.
- Au dix-neuvième siècle, le marchand le plus renommé est Darbo, Aux Trois Singes ; il demeure rue de Richelieu, 95, vis-à-vis la rue Feydeau ; sa carte est ainsi libellée :
- Darbo lient magasin de tabletterie dans tous genres, des jouets d’enfants du plus nouveau goût, cartes géographiques découpées par département, des arcs, carquois et flèches et autres jeux, et fait des envois en province; on trouve chez lui un bel assortiment de pipes fines et de tuyaux.
- Le même Biennais, que nous avons vu au dix-huitième siècle, tient encore boutique ouverte sous le premier Empire, rue Saint-Honoré, 119 ; il s’intitule alors « marchand orfèvre, tabletier-ébéniste », et son commerce était analogue à celui du Petit Dunkerque. On trouvait chez cet honorable industriel toutes les coûteuses futilités destinées à l'amusement des dames, pour le plus grand préjudice de la bourse des maris.
- 11 existait en 1808, à Paris, huit marchands en gros s’occupant spécialement de la vente des jouets d’enfants ; on trouvait dans ces maisons tous les joujoux, depuis les plus simples jusqu’aux plus coûteux, ainsi que nous pouvons nous en faire une idée des plus exactes, par le curieux album de M. Arthur Maury.
- L’un de ces marchands, nommé Lobjoy et demeurant rue Saint-Antoine, avait la spécialité de la fabrication de ces ravissants petits meubles de
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- LE DUC DE REICHSTADT EN POUPÉE
- MARIÉE, MAMELUCK, POLICHINELLE ET BABY (modèles tirés de l’album d’un fabricant de jouets)
- ÉPOQUE EMPIRE
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- BlEjVNAfSM? table fier êbemstre et évxmtailliole', Tie/it Fabrique- etMagasin de meuble, secrétaire, commode , table de%/eux.,Tj'iet/\xeo en lableoployante, cl'Ebene et d/uvire•, Da/me/^o, Boîteopour Jouer au Quinine, Boîte»
- aFevert/iâ et à Quadrille, Fiche* et Jtttvnj d&Fdcre et dlvatte ,Zoto Daup/iinetàXioret, Cornet de Thictnica enCuire. verni* et sans être vernie. Carnet/de Creyw en* cidrerdu/taia élan bois, uraiDe4.de Creopesrlnÿlaij,Dc/ui/u?ldj detoufeojyroaoeurpour icTrictrac, Jeucc Doye, Jeucc de ê/zu/a, de Renardr<Jeuv DecAets, EcÂiÿuets dipoireetdDbeiu ^ etmFlaroyain.Jeucc deDameo, du’atre.Bafeaucc eéCui/là'e pour leBiribiJeuoc deHoncAettBdleJcJBidiard, Jeace deJ 1 Domino, e t /eut ce çtu concerne lanuice/nentdeo damer Jouet* d'en/àntaCui/lered àpumcb, Bourae* cyclone eyol/occ
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- CARTE D’ADRESSE DE BIENNAIS
- MARCHAND TABLETTE!!, ÉBÉNISTE, É VANTAILLISTE (XVIIIe SIÈCLE).
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- poupées, dont beaucoup étaient vendus dans les somptueuses boutiques du Palais-Royal.
- Les autres marchands étaient :
- Cacheleux, rue Saint-Denis, 116, qui s’intitulait : marchand de jouets des Enfants de France;
- Cochet-Dehenne, rue du faubourg Montmartre, 51 ;
- Dubois, rue Saint-Honoré, 53 ;
- Nerville, rue Saint-Denis, 199 ;
- Revenus, rue Grenetat ;
- Rlieimbolds et Cie, rue Rourg-l’Abbé, 11 ;
- Stos, Palais du Tribunat, 228.
- VIII. — Les poupées servant de gravures de mode au dix-neuvième siècle.
- L’habitude de se servir des poupées comme de gravures de modes se
- ROBES DE POUPÉES
- DESTINÉES A ÊTRE ENVOYÉES COMME MODÈLES PO ER PORTER A L’ÉTRANGER LES XODES FRANÇAISES (1).
- retrouve encore au dix-neuvième siècle ; en 1849 on se sert encore de la poupée pour donner à l’étranger une idée des modes françaises :
- Les ouvrières parisiennes, dit M. Nalalis Rondot dans son excellent rapport sur l’exposition de 1849, n’ont pas de rivales pour l'habillement de la poupée ; elles savent, avec une prestesse et une habileté merveilleuses, tirer parti des moindres morceaux d'étoffe pour créer une toilette
- (1) L’idée de se servir de ces petits mannequins, comme carte d'échantillon, a été reprise de nos jours par le plus grand nombre des industriels qui s’occupent du vêtement féminin. Ces modèles en réduction présentent l’avantage de tenir moins de place dans les vitrines d’exposition et de présenter une grande économie dans les frais d'établissement.
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- BTENNAIS M“ ORFEVRE,'TABLETT1ER.EBENISTE,HUE Si HONORE Ni 119.
- Trtetracs. ÆoÆecs. Ztareuers arec f/eoes e/’/notre et £/ene, Loû?, /tonc/iets, fîatpitetùv êtres et/'/ecAsrt £a//ons/ £i/âoçuets, £t&s, guettes t/e^£t//ar(/r, 7a/leatur tte £en/io, 7afù £ou/ette-r .Cue/tSu's. Ca/eautc, Casyues, Cor/cc/Zs £ottes à Ctè/cs, Jetions, Cornets, S) es à/louer /e Cres/>r et £ /tasse -t/ia\ £oites et /lusse à aryent et tout ce yut a. raffort att/curc
- Atecossaires Je toi/etfe four /lommee c/four ^/cmm&r en ara/ou rrottse/es /tteces' e/tan/enf et en permet/, autres fetits' Afccessatres t/e tou tesj/rant/uirs />our /a éar/e atnot pu en mure çutsz, Canes a //etcons t/e toutes'y rarta/eurs, £u/ets en a/yent et esif/yue ,• J/cu/>/csl_J ^yû/r/fues dans /eyenre antÿueyarnis c/e tronœs et c/e mar/re
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- CARTE D’ADRESSE DE RIENNAIS
- MARCHAND ORFÈVRE, TABLETIEIt, ÉBÉNISTE (XIXe SIÈCLE).
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- élégante. Le mantelet, la casarecka et la robe d’une poupée d’un franc sont la reproduction fidèle et correcte des modes nouvelles; et, dans ces costumes chiffonnés avec tant de coquetterie, l’habilleuse ne se montre pas seulement excellente lingère, couturière ou modiste; elle fait preuve en même temps de goût dans le choix des tissus et le contraste des couleurs. Aussi la poupée est-elle expédiée dans les départements et souvent à l’étranger comme patron des modes; elle est même devenue un accessoire indispensable de toute exportation de nouveautés confectionnées et il est arrivé que, faute d’une poupée, des négociants ont compromis le placement de leurs envois. Les premiers mantelets vendus dans l’Inde furent d’abord portés sur la tête, en mantille parles dames de Calcutta; la poupée modèle arriva enfin et l’erreur fut reconnue.
- IX. — De l’esthétique en matière de jouets.
- Il n’y a que bien peu d’années, depuis surtout que le public commence
- LA POUPÉE DE CARTON MOULÉ DANS LES « GRIMACES » DE BOILLY
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- POUPÉES HABILLÉES ET POUPÉE EMPEAUSSÉE
- (modèles tirés de l’album d’un fabricant de jouets)
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- à s’intéresser à ce que nous avons qualifié si improprement d’« art décoratif », que l’on a commencé à donner aux poupées des physionomies ayant un peu de vie et d’expression ; jusqu’alors on s’était contenté de faire des figures de convention qui ne se rapprochaient du visage humain que d’une manière tout à fait problématique. Nous trouvons dans une image de Boilly la représentation d’un de ces poupards en carton moulé qui n’ont ni bras ni jambes, dont les cheveux sont indiqués par une application noire ; la bouche, ridiculement petite, est surmontée d’un nez minuscule, tandis que des yeux en amandes, de dimensions extraordinaires, viennent donner à cette figure un cachet de barbarie achevé.
- M. Hippolyte Rigault, dans un article paru il y a quelques années, s’indigne contre la laideur que les fabricants s’obstinaient à infliger aux poupées dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle.
- Françaises ou étrangères, disait-il, toutes ces demoiselles les poupées ont leur défaut et je veux leur dire avec grand égard tout ce que j'ai sur le cœur. Qu’est-ce qu’une poupée, s'il vous
- UNE SITUATION DIFFICILE d’après une lithographie de Francis (1832 ).
- plaît? Ce n’est pas une chose ni un objet, c’est une personne, c’est l’enfant de l’enfant. Celui-ci lui prête par l’imagination, la vie, le mouvement, l’action, la responsabilité. 11 la gouverné comme il est lui-même gouverné par ses parents, il la punit ou la récompense, l’embrasse,
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- l’exile ou l’emprisonne selon que la poupée a bien ou mal agi ; il lui impose la discipline qu’il subit et partage avec elle l’éducation qu’il reçoit.
- Rien de meilleur que ces applications spontanées du bien et du mal, rien de plus propre à développer la conscience morale de l’enfant. C’est la moitié de l’éducation de la petite fille que celle comédie charmante de maternité jouée par elle à son profit. Voilà le sens philosophique de la poupée; aussi, tout ce qui rendra plus facile l’illusion volontaire de l'enfant, tout ce qui donnera plus de fondement à son affection et à son autorité maternelle en faisant de la poupée une personne vraisemblable, tout cela sera un progrès.
- X. — Poupées parlantes et poupées marchantes.
- Dans le journal Le bon Génie, feuille périodique spécialement rédigée pour les enfants, nous voyons qu’à l’exposition de l’Industrie française en 1823, il y avait des poupées qui prononçaient assez distinctement
- L’ENFANT A LA POUPÉE (1820).
- u papa » et « maman » quand on leur touchait les mains. Le brevet, pour cette invention, ne fut pris que le 21 janvier 1824 par le sieur Maëlzel, mécanicien à Paris.
- La mécanique de cet inventeur, dite poupée parlante, prononçait par le jeu de ses bras les deux mots « papa » et « maman » ; la machine était formée d’un soufflet, placé dans le corps de la poupée, qui se trouvait
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- actionné par le bras gauche de la poupée et fonctionnait au moyen d’un excentrique ; le son était produit par le passage de l’air à travers un cornet et par un dispositif ingénieux, le soufflet, s’ouvrant et se fermant deux fois de suite, articulait deux syllabes qu’avec une certaine bonne volonté on pouvait prendre pour les mots « papa » et « maman » ; c’était au bras droit que revenait l’honneur de faire prononcer le mot « maman » ; pour le côté gauche, le mécanisme était identique, il y avait simplement une modification dans la forme du cornet.
- Dès 1826, on ne s’était pas contenté des poupées parlantes, on avait également voulu faire des bébés capables de marcher, à condition toutefois qu’ils y fussent un peu aidés par leurs petites mamans.
- Dès cette époque on connaissait le moyen de faire ouvrir et fermer les yeux des poupées au moyen de contre-poids : l’on avait ainsi des bébés "dormeurs faisant la joie de tous les jeunes enfants.
- Toutes ces poupées étaient d’une fabrication soignée et avaient les bras et les jambes articulées; on voit, par ce détail, à quel degré de perfection était déjà parvenue la fabrication française.
- XI. — Le trousseau d’une poupée élégante sous Louis XVIII.
- C’était surtout dans le quartier Saint-Martin que l’on procédait à l’habillement des poupées élégantes, et le Journal des Dames et des Modes, de 1821, nous initie à la composition du trousseau d’une poupée bien vêtue :
- Adèle à peine avait six ans :
- Age d’or de la vie où l’on n’est occupée Que du soin d’orner sa poupée;
- Adeline en faisoit ses plus doux passe-temps.
- Il faut pour sa poupée une robe, des gants,
- Souliers mignons, large ceinture,
- Schall, collier et ce qui s’ensuit,
- Plume de coq, dont on fait un esprit ;
- En un mol complète parure,
- Tout ce qu’il faut au bal pour attirer les yeux,
- Bref, ce qui fait qu'en voyant une belle,
- Que parent ses attraits et la mode nouvelle,
- Chacun s’écrie : elle est au mieux !
- Pourquoi, lui dit un jour un grave personnage,
- Parer votre poupée avec de tels habits?
- Il serait mieux, à mon avis,
- De lui donner celui des enfants de votre âge :
- Petite robe et pantalon,
- Chapeau noué sous le menton, ;
- Cheveux bouclés, ajustements commodes,
- Tels qn’on les a dépeints dans le Journal des modes.
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- XII. — De l’industrie des poupées à Paris, d’après l’album d’un fabricant de jouets de l’Empire#
- Dans l’album de M. Arthur Maury, nous voyons que, tout à fait au début du dix-neuvième siècle, l’industrie des poupées (1) était fort développée sur-
- ILIES IF A SiÏÏ[t>D HABILES
- tout sous le rapport du costume; nous rencontrons, en effet, une poupée en grand costume du Directoire, ornée d’un chapeau à plume, les jambes enveloppées dans un vaste pantalon flottant ; cette somptueuse poupée est
- (1) Il est à remarquer que toutes les poupées qui figurent dans ce recueil sont de fabrication française et que, pour cette branche de l'industrie du jouet, nous n’avons pas été obligés de nous adresser à l’Allemagne, qui est restée pendant bien longtemps notre fournisseur attitré pour les joujoux en bois ou en pâte de papier.
- La plupart des poupées exécutées à cette époque sont en carton moulé et les mains seules sont en bois découpé. Sans être ce que l'on peut appeler des jouets fins, ces petites figurines ont été cependant établies avec un assez grand soin, étant donné surtout la modicité du prix auquel elles devaient être livrées dans le commerce.
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- POUPÉES HABILLÉES SUIVANT LES MODES RÉVOLUTIONNAIRES
- (modèles tirés de l’album d’un fabricant de jouets)
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- encadrée d’une Religieuse et d’un Père Capucin avec lesquels elle semble, du reste, faire très bon ménage. Il est à remarquer que la plupart de ces poupées sont d’une construction des plus rudimentaires : les jambes sont remplacées par deux petites tiges de bois fixées sur une planchette carrée, ou bien encore la poupée est supportée par un bâton unique fixé sur un morceau de bois tourné ; la décoration du corsage est obtenue au moyen
- LE SOMMEIL DE L’INNOCENCE d’après une lithographie de Lécurieur (1 823).
- d’une sorte de ruclié ou de plissé qui devait pouvoir s’établir à très bon marché. Dans les têtes en carton moulé brillent deux yeux d’un bleu faïence qui regardent avec une fixité désespérante ; les cheveux, peints à même le carton, consistent en boucles d’une régularité et d’une symétrie assez peu vraisemblables.
- Les sujets représentés par les poupées, dans cet album, sont les plus divers : tantôt c’est un bébé en jupe courte ou bien une grande dame en costume de soirée; on y voit aussi une mariée littéralement couverte de fleurs d’oranger, qu’elle aurait vraisemblablement bien du mal à supporter si la proportion était tant soit peu exacte.
- Les étrangers n’ont pas été oubliés dans ce recueil; on y rencontre une Suissesse couverte d’un ample chapeau et coiffée d’une longue natte
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- qui lui tombe presque jusqu’aux pieds. A côté est une Espagnole avec sa mantille et, au-dessous, une Italienne aux jambes peu vêtues, qui devait figurer quelque ballerine. Plusieurs de ces demoiselles en carton sont vêtues de robes écossaises ou d’étoffe à fleurettes imitant un peu le papier peint ; elles sont généralement fort décolletées, avec un corsage très bas et un énorme nœud couvrant toute la poitrine.
- Deux de ces poupées portent en sautoir une décoration qui a fait sup-
- POUPÉES DE PAPIER (époque 1830).
- poser que l’artiste avait voulu représenter le petit roi de Rome ; à côté, on voit deux petits garçons portant le costume de la fin du dix-huitième siècle : l’un est couvert d’une sorte de carmagnole et coiffé du bonnet phrygien, souvenir de l’époque révolutionnaire; l’autre, qui devait être un aristocrate, possède un grand col de lingerie plissée, un superbe gilet vert fermé par trois boutons et une petite veste courte à parements; la tête est couverte d’uu vaste feutre à deux cornes ressemblant à peu près à la coiffure des incroyables.
- Dans ce même volume on trouve des bébés empeaussés dont le corps est bourré de sciure de bois : c’est ce genre de poupées qui est resté le plus en usage jusqu’à la fabrication des bébés en carton moulé, dont les membres sont reliés par des caoutchoucs et qui font le bonheur des enfants de la génération actuelle.
- XIII. — Les poupées à l’Exposition de 1844.
- Le commerce des poupées a été longtemps avant de prendre en France l’extension qu’il a acquise aujourd’hui; il nous faut arriver jusqu’en 1844, à l’exposition de l’Industrie, pour voir citer deux noms dont l’un surtout est devenu aujourd’hui particulièrement célèbre : MM. Belton et Jumeau. Ces messieurs, demeurant rue Salle-au-Comte, avaient exposé une col-
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- lection soignée de poupées nues ou habillées qui étaient très bien fabriquées. Ils faisaient un grand commerce de cet article, dont une partie pour l’exportation (.Rapport du Jury, t. III, page 635).
- Dans le même document, nous trouvons une mention toute particulière accordée à un autre fabricant :
- M. Brouillet, 116, rue Saint-Denis, fabrique des poupées bien faites se tenant debout sans le secours de bâtons : on peut facilement habiller et déshabiller ces poupées, en sorte qu’elles peuvent servir aux petites filles à couper et coudre des habillements. M. Brouillet fabrique un grand nombre de poupées et de petits habillements.
- XIV. — Division du travail pour la fabrication des poupées.
- En 1849, les poupées devinrent l’objet d’une fabrication plus active et plus variée, et, dans le rapport du jury de l’exposition de cette année, nous lisons la mention suivante :
- L’extension des affaires a déterminé l’introduction dans celle industrie de la division du
- POUPÉES SERVANT DE MANNEQUIN POUR LES PERRUQUIERS d’après la grande encyclopédie de Diderot et d’Alembert.
- travail, et en peu d’années, grâce à ces heureux effets, les prix ont baissé, la confection a été améliorée et la vente s’est accrue.
- La poupée est composée de dix pièces :
- 1° Un buste en cire ou en pâle ;
- 2° Un corps tantôt en carton, tantôt bourré de sciure de bois (dans ce cas il est recouvert d’une peau d'agneau) ;
- 3° Une denture en paille ou en émail;
- 4° Des yeux peints en verre ou en émail;
- 5° Des mains en bois ou en pâle ou en peau jaune ;
- 6° D’une chevelure frisée et coiffée;
- 7° De bas et de linge de corps;
- 8° D’une toilette complète ;
- 9° D'un chapeau;
- 10° De souliers.
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- Chacun de ces détails est confié à des mains spéciales, ce qui en augmente la perfection.
- Le buste en cire a été longtemps tiré d’Angleterre-, celui que l’on fait à Paris a moins de mignardise mais plus de vérité dans le modelé. Le corps en carton est établi par milliers de grosses au prix de 23 cenlimes la douzaine : ce prix esl, dit-on, plus élevé qu’en Saxe d’où on les lirait auparavant. Nous avons des modistes, des perruquiers, des fleuristes pour poupées.
- C’est un peu par les poupées et les images que la plupart des peuples des deux mondes connaissent la France et se familiarisent avec ses usages, ses idées, ses costumes. Si l’on ouvre une caisse destinée à Yalparaiso, à Mexico, Smyrne, etc., on y trouvera dans ce qu’on appelle un assortiment : des grisetles, des paysannes, des canlinières, des mobiles, des grandes dames en toilette de maringe, de ville ou de bal, des reines, des marquises du siècle dernier, etc.... *
- Au dix-huitième siècle, la division du travail, dans l’industrie du jouet, était à peu près inconnue; si nous nous reportons, en effet, aux costumes des métiers qui ont été gravés par Engel-breclit, en Allemagne, nous voyons que se sont les mêmes industriels qui fabriquaient tous les objets en carton moulé, aussi bien les sujets religieux, tels que les Agmts Dei ou les Vierges rayonnantes que les masques de carnaval. Une curieuse représentation, tirée de ce recueil, nous montre un artisan la tête couverte de plusieurs masques; il tient à la main les pinceaux servant à décorer son ouvrage, tandis que son autre bras est chargé d’une sorte de plateau où sont fixées les pièces déjà terminées. Ce fabricant est accompagné de sa digne épouse, qui porte sur son poing un splendide perroquet aux brillantes couleurs; sur sa jupe, en dessous d’un agneau pascal, se trouve une sébie de bambini destinés vraisemblablement à jouer le rôle d’Enfant-Jésus dans les Nativités. Tout au bas de la robe de cette commerçante bien achalandée, on voit un chasseur en bois sculpté, couchant en joue un cerf qui repose sur une terrasse verdoyante.
- MANNEQUIN POUPEE DE LINGÈKE
- XV. — Poupées en gutta-percha de Mu« Cali.vte lïuret.
- En 1850, on voit apparaître une nouvelle invention qui est la poupée de la demoiselle Huret. Le grand progrès réalisé par ces poupées réside dans leur fabrication en gutta-percha qui les rend infiniment plus solides. Par ce procédé, on arrivait également à avoir des articulations offrant beaucoup plus de résistance, ce qui est une considération essentielle quand il s’agit de jouets d’enfants.
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- Sédiseur de poupées.
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- Les tôles de ces poupées, dit le brevet du 16 décembre de cette année, sont en porcelaine et terminées par une partie sphérique qui permet de leur faire prendre tous les mouvements que l’on veut.
- XVI. — De l’industrie, à Paris, de l’habillement des poupées.
- MUe Huret avait, à l’origine, pensé livrer an commerce scs bébés complètement nus, laissant aux enfants le soin cle les habiller; malheureusement, les petites filles, qui sont fort expertes pour déchirer et
- LÀ TOILETTE DE LA POUPÉE d’après une lithographie de J. David (1835).
- défaire ce qu’elles ont entre leurs mains, sont beaucoup moins aptes à confectionner quelque chose d’aussi difficile que de la lingerie et des vêtements destinés à leurs enfants d’adoption. 11 s’est créé alors toute une industrie de lingères, de fourreurs, de cordonniers, de modistes, qui travaillèrent à habiller ce petit peuple en miniature.
- Le métier était assez rémunérateur et les femmes y gagnaient de 3 à 4 francs par jour ; le centre de cette industrie était dans les rues avoisinant le passage Choiseul, et on y cite plusieurs maisons spéciales de confection pour poupées qui ont fait plusieurs fois fortune.
- Les perruques de ces poupées qui, à l’origine, étaient simplement peintes sur le carton moulé, ont été ensuite faites en filasse et, pour les
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- jouets soignés, on essaya de l’astrakan ; malheureusement, cette fourrure avait des épis, ce qui obligea à renoncer à son emploi, et, pour avoir de petites boucles fines, on était obligé de couper la peau dans le milieu
- du dos de l’animal, ce qui devenait beaucoup trop onéreux pour un jouet.
- On a employé ensuite de la chèvre du Thibet, dont quelques fabricants se trouvèrent très satisfaits, mais, de nos jours, tous les cheveux des poupées sont en soie et on obtient ainsi des perruques beaucoup plus chatoyantes et ayant réellement une apparence de vérité.
- XVII. — Des poupées à l’Exposition de 18oo.
- En 1855, nous trouvons trois maisons qui continuent avec activité à s’occuper de la fabrication des poupées ; c’est d’abord M. Jumeau, dont nous avons déjà cité le nom en 1844.
- Cet industriel expose des poupées conservant le cachet d’élégance et de bon goût qui a toujours distingué les produits de celle maison, où l’on fabrique non seulement des poupées de luxe, mais aussi des poupées ordinaires, avec ou sans trousseau, qui sont habillées avec soin et dont les prix motivent la vente importante qu'il fait en France et pour l’exportation.
- Puis M. Voit de Hildburghausen, dont l’exposition se compose d’une collection de têtes de poupées en carton dont les types de physionomies sont jolis et distingués; elles sont coiffées et ornées avec beaucoup de goût.
- Le travail de cette maison était des plus intéressants au point de vue
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- de notre industrie, car il y avait là un effort notoire tendant à nous affranchir du tribut que nous payons à la Saxe et à l’Angleterre pour l’acquisition des têtes en porcelaine ou en cire.
- XVIII. — Poupées anglaises à l’Exposition de 1855.
- Dans cette même Exposition de 1855, en effet, on mentionne que les jouets anglais sont très bien et très solidement établis, les poupées et les
- POUPÉE, MEUBLES ET ÉTOFFES
- EXÉCUTÉS EN CIRE PEINTE (XVIIIe SIÈCLE).
- (Collection de M. Constantin.)
- figurines en cire sont d’an beau travail, mais leurs prix élevés s’opposent à ce que ces industries prennent de l’importance pour le commerce extérieur.
- Mme Monlanari présente des poupées en cire de grandeurs et de genres variés, exécutées avec un soin et une perfection remarquables.
- M. Napoléon Montanari, de Londres, présente des groupes statuettes et figurines en cire d’une exécution parfaite.
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- M. Richard Montanari, de Londres, présente des lêtes de poupées on cire recouvertes d'une mousseline claire; celle invention, qui paraît être bonne, n’a pas encore la sanction de l’usage ni du temps.
- (,Rapport du Jury de l'Exposition de 1855, pages 1218^19.)
- M. Natalis Rondot, qu’il nous faut toujours invoquer sous peine de n’être pas exact, va nous expliquer dans son rapport sur les objets de parure, de fantaisie et de goût à l’Exposition de Londres, comment la poupée française ne porte jamais un buste qui lui appartienne :
- La plupart des bustes de poupées sont faits de papier mâché. C’est la Saxe qui les fournit et c’est d’Angleterre que nous tirons les bustes de cire. On a imaginé de faire en France des bustes de porcelaine ; mais cette fabrication, négligée chez nous, a été introduite en Bavière, en Prusse et en Autriche; elle a acquis un certain développement à Cobourg, Sonnenberg et Nuremberg. Les bustes qui viennent de ces fabriques sont assez bien exécutés; la partie postérieure de la tête est coupée, car, celle porcelaine devant payer l’entrée à raison de 3fr,80 par kilogramme, on est obligé de diminuer le plus possible le poids de ces objets. Les bustes numéro 4 coûtent à Cobourg 10 francs la douzaine et la douzaine pèse à peu près 2 kilogrammes. Les frais de transport sont d’environ 3 francs par douzaine.
- En France, les bons peintres sur porcelaine croiraient déroger en peignant des têtes de poupées, de sorte qu’on est obligé d’employer celles de Cobourg et de Sonnenberg, qui supportent un droit de douane de 7 p. 100.
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- Pour lutter contre la concurrence anglaise, nous avons essayé de faire en France des figures de cire pouvant également être employées pour les poupées; nous devons même faire observer que nous avons été, à une époque beaucoup plus ancienne, les premiers à exécuter en cire de véritables statues coloriées à l’imitation de la nature. Les Anglais nous ont ensuite copiés et nous avons été longtemps leurs tributaires sous ce rapport. Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet qui sort un peu de notre cadre, car les reproductions de personnages grandeur naturelle sont plutôt du domaine de la statuaire proprement dite que du jouet.
- XIX. — Poupées de M. Greffier, dites bébés.
- Cette même année 1855, un exposant français, M. Fr. Greffier, avait présenté « des poupées genre japonais, connues sous le nom de bébés ; les modèles sont jolis, la fabrication excellente et à bas prix. Cette industrie, qui commence en France, paraît avoir de l’avenir » (.Rapport du Jury).
- L’Exposition montrait des poupées articulées parfaites et d’un genre tout nouveau qui étaient présentées par divers fabricants français.
- XX. — Trousseaux et layettes de poupées.
- Au point de vue de la layette et de l’habillement des poupées, nous avons toujours eu la prépondérance sur tous nos voisins.
- Les trousseaux se composent de seize pièces, dont trois robes, des souliers, bas, chapeau, sac et gants compris.
- Les layettes comprennent dix pièces, tabayole, bavoir, béguin, brassière, crème, camisole, langes, serviette et bourrelet.
- Nous ne saurions terminer cette étude sans donner un aperçu des prix qu’atteignaient, vers le milieu du dix-neuvième siècle, les costumes de poupée ainsi que sa lingerie et les accessoires de sa toilette.
- M. Natalis Rondot nous donne sur ce sujet tous les renseignements désirables.
- Les cordonniers pour poupées font, les uns les souliers et les bottines de soie, les autres les chaussures de peau. Les chaussures de soie se vendent depuis 33 centimes la douzaine de paires jusqu’à 3 francs; celles de peau coûtent de 6 à 30 francs la douzaine : c’est 3 p. 100 moins cher qu’en Allemagne.
- La différence de prix est plus grande encore pour les bas de colon : on les vend à Paris 4fr,50 la grosse de paires ordinaires (3 centimes la paire) et les bas fins à semelle et à jour ne valent guère que 3 francs la douzaine.
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- Quant aux perruques de poupées, on les paie depuis 2fr,25 la douzaine jusqu’à 15 francs. Les coiffures formées avec des cheveux implantés sont un peu plus chères.
- LE JOUR DE L’AN d'après une lithographie de Gavarnt.
- Le prix des robes, des chapeaux et des gants de poupées est à l’avenant. Bref, si l’on veut une poupée cossue, mais pas trop dépensière cependant, voire une poupée mère de famille, à qui, en outre de son trousseau, il faille une lavette pour son poupon, on devra mettre, pour avoir le tout en belle confection, 4fl',50 environ.
- XXI. — De la taille des poupées.
- On peut, d’une manière générale, dire que les poupées ont atteint trop souvent des dimensions considérables.
- Nous avons vu que les poupées grecques et romaines figurant dans nos musées varient entre 6 et 18 centimètres ; les poupées françaises, au contraire, varient de 15 centimètres à 1 mètre. Les deux tailles les plus usuelles sont 25 et 45 centimètres : on en fabrique autant de ces dimensions que de toutes les autres tailles ensemble.
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- XKN. — Poupées garnies de son.
- Au dix-huitième siècle, les têtes de poupées étaient en bois sculpté et peint avec un art pins ou moins raffiné ; quant au corps, il était formé quelquefois de la même manière, mais, le plus souvent, des rognures d’étoffes roulées et maintenues par un lien léger formaient les bras, à l’extrémité desquels étaient fixées des mains de bois ; avec sa robe de soie brochée ou son bel habit à la française, le petit personnage, ainsi construit, était loin de faire mauvaise figure.
- Toutefois, ce genre de poupées coûtait fort cher à établir, surtout en raison des parties sculptées qui devaient être exécutées à la main par des artisans spéciaux. Pour mettre ce genre de jouets à la portée de toutes les bourses, on s’est appliqué à substituer les procédés mécaniques au travail manuel.
- L’invention du carton moulé a complètement modifié la fabrication des poupées, et nous sommes maintenant bien loin de l’informe bébé en peau blanche ou rose qui a fait les délices des enfants pendant la seconde moitié du dernier siècle.
- La peau de ces poupées était découpée à la machine et cousue simplement de façon à former un sac ; le son dont elle était bourrée lui donnait une certaine consistance et permettait, dans une faible mesure, de remuer les bras et les jambes de la poupée. Mais malheur au petit indiscret qui, pour se rendre compte de la manière dont son jouet était fabriqué, venait, avec des ciseaux, à pratiquer une saignée dans les jambes de son bébé : le son s’échappait à flots malgré les pleurs du coupable involontaire, et plus il serrait contre lui son enfant d’adoption, plus il en accélérait la destruction, jusqu’au moment où la peau complètement vidée n’ofîrait plus que l’aspect d’un vieux gant surmonté d’une tête grimaçante.
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- A L AGE DE CINQ ANS d’après une lithographie de Deveria.
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- DEUXIÈME PARTIE
- INTÉRIEURS DE POUPÉES
- Après avoir étudié les poupées, il convient de s’occuper du logement de ces intéressants petits personnages.
- Certes, toutes les poupées n’avaient pas un intérieur qui leur fût propre : la plupart d’entre elles devaient se contenter de partager la chambre de leur maîtresse, et celles qui n’avaient pas été assez favorisées pour avoir un lit à elles en étaient réduites à coucher entre les bras de quelque fauteuil, quand leur jeune tyran ne les oubliait pas simplement sous un meuble ou dans quelque coin de la maison.
- I. — Les maisons de poupées au dix-septième siècle.
- Au dix-septième siècle, on a fait, dans les Pays-Bas, mais surtout en Allemagne, à Augsbourg et à Nuremberg, des intérieurs en réduction qui présentent un intérêt non moins vif pour l’histoire du jouet que pour l’étude du mobilier et de la vie privée il y a quelque deux ou trois cents ans.
- Ces maisons de poupées étaient de véritables monuments, et on peut encore voir au Musée germanique de Nuremberg une de ces constructions qui ne mesure pas moins de 2 mètres 27 centimètres de hauteur sur une profondeur de 60 centimètres et une longueur de 75 centimètres. Cet édifice est divisé en trois étages, comprenant au rez-de-chaussée une cour, un escalier avec vue sur le jardin, une écurie, une chambre de domestique et une pharmacie; au premier étage, le palier de l’escalier, la cuisine et la salle commune servant aussi de salle à manger; au deuxième étage, une autre salle commune, un office et une chambre à coucher.
- Dans ces admirables reproductions, les plus petits détails sont traités avec un soin infini, et on peut dire que de la cave au grenier il n’est pas un ustensile servant à la vie réelle qui ne soit figuré dans ses proportions et à sa place bien exacte. ' ;
- Depuis trois siècles on n’a pas cessé de faire ces maisons de poupées, et la plus ancienne que l’on puisse citer est conservée au Musée d’art çB Albert V, duc de Bavière. Ce monument a été construit en 1558 et l’inventaire du mobilier qui le garnit a été, dressé quarante ans plus tard, en 1598. J1 se compose de trois étages : un sous-sol, un premier et un second ; if se trouve en communication avec l’extérieur par quatre portes et seize fenêtres. .
- L’un des plus intéressants spécimens de ces Dockenhaus fait partie de
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- JOUET EN CARTON ET EN PAPIER DORE représentant l’oratoire de Mme de Maintenon à Saint-Cyr (XVIIe siècle)
- (COLLECTION DE M. IIENRY D1 ALLEMAGNE)
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- la collection de M. Albert Figdor, qui nous a déjà fourni de si précieux documents pour tout ce qui concerne les anciens jouets d’enfants. Cette maison de poupées remonte aux premières années du dix-septième siècle et se rapproche, par ses dispositions principales, de celles qui sont conservées au Musée germanique. A l’étage inférieur est la grande salle commune qui sert à la fois de cuisine, de laiterie et de réfectoire pour les serviteurs. Dans l’angle, à gauche, est un fourneau tout encombré de marmites, de casseroles et de réchauds. Autour de la pièce, la vaisselle d’étain est soigneusement rangée dans des étagères, les moules à pâtisserie alternent avec les pots à lait et une longue théorie de chandeliers atteste que les habitants de cette demeure sont loin d’être ennemis de la lumière. Par la porte entr’ouverte, on aperçoit un petit personnage qui revient du cellier, où il est sans doute allé quérir quelque cruche ventrue remplie de vieux vin du Rhin. Dans la seconde partie du sous-sol, au pied de l’échelle de meunier qui fait communiquer avec le premier étage, on aperçoit un métier à tisser qui est un véritable chef-d’œuvre de mécanisme.
- Au-dessus de ces dépendances, réservées au service, se trouve le « bel étage », ainsi qu’il est dénommé en Allemagne. A droite est la chambre à coucher avec son lit décoré de sculptures dans le goût de la Renaissance, puis un magnifique buffet'à deux corps et une petite couchette où repose un enfant en carton; nous pouvons seulement, tant ils sont nombreux, énumérer en passant tous les accessoires, rouets, dévidoirs, paniers à ouvrage, qui se trouvent sur les tables ou sur le plancher de la pièce.
- La seconde chambre est un véritable salon, chauffé par un poêle monumental en faïence; une grande armoire à porte pleine, une table, deux fauteuils et quelques dressoirs complètent l’ameublement.
- A l’origine, tous ces petits chefs-d’œuvre n’ont pas été créés uniquement pour divertir les enfants et leur permettre de coucher leur poupée après lui avoir servi à dîner ; ceux qui, pour la première fois, ont fait établir ces modèles en réduction ont eu une pensée plus haute, ils ont voulu que ces Dockenhans puissent servir à l’éducation et à l’instruction de la jeunesse, et une gravure, qui est conservée au Musée germanique de Nuremberg, montre clairement que le but de ces jouets était d’habituer les petites filles à leurs futures fonctions de maîtresses de maison.
- II. — Appartement de poupée donné par Richelieu à Mm0 d’Engliien.
- On a fait également en France des intérieurs de poupées qui, si nous nous en rapportons aux descriptions données par les contemporains, devaient être bien supérieurs aux pièces similaires fabriquées à l’étran-
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- ger. Il semble, en effet, que de véritables artistes se soient appliqués à créer des appartements en miniature, et le souvenir d’une de ces curieuses reconstitutions nous a été conservé par Tallemant des Réaux :
- Le Cardinal donna à Mmo la Duchesse d’Anghien une petite chambre où il y avoit six pouppées, une femme en couches, une nourrice quasv au naturel, un enfant, une garde, une sage-femme et la grand’mamm. Mlle de Rambouillet, Mlle de Bouteville et autres jouoient avec elle.
- On déshabilloit et couchoit tous les soirs les pouppées; on les rhabilloit le lendemain ; on les faisoit manger, on leur faisoit prendre médecine. Un jour elle voulut les faire baigner et l’on eut bien de la peine cà l’en empescher.
- III. — Chambre donnée en 1675 par Mme de Thianges au duc du Maine*
- Un peu plus tard, le jeune duc du Maine reçut en présent un cadeau à peu près analogue :
- En 1673, lisons-nous dans le Ménogiana, Mme de Thianges donna en élrennes une chambre toute dorée, grande comme une table, à M. le duc du Maine ; au dessus de la porte il y avait en grosses lettres : Chambre du Sublime.
- Au dedans, un lit et un balustre avec un grand fauteuil dans lequel était assis M. le duc du Maine, fait en cire fort ressemblant. Auprès de lui, M. de la Rochefoucauld auquel il donnait des vers pour les examiner. Autour du fauteuil, M. de Marcillac et M. Bossuet, alors évoque de Condom. A l’autre bout de l’alcôve, Mme de Thianges et Mme de La Faeylte lisaient des vers ensemble. Au dehors du balustre, Despréaux et un peu plus loin La Fontaine, auquel il faisait signe d’avancer. Toutes ces figures étaient de cire, en petit, et chacun de ceux qu’elles représentaient avait donné la sienne.
- IV. — Cabinets garnis de figures d’émail.
- Vers le milieu du dix-huitième siècle, ou continua à faire de ces petits intérieurs en réduction, mais ils paraissent avoir été bien plutôt des objets d’étagères que des jouets destinés à amuser les enfants.
- En 1745, Raux le Fils, marchand de bijoux, rue du Petit-Lion, faisait annoncer dans l*e Mercure (numéro de novembre) qu’il tenait à la disposition de ses clients « des petits cabinets de carton à la forme des » cabinets de la Chine, renfermant des personnages d’émail, des hommes, » des femmes, des joueurs, des musiciens; plus, de petits corps de logis » de même matière avec des appartements fort jolis où se passent des » histoires véritables ».
- V. — Les mobiliers de poupées à l’Exposition de 1900.
- Ce ne sont cependant pas uniquement les mémoires du temps qui nous donnent une idée de ce qu’étaient autrefois les intérieurs de poupées, et nous avons à présenter au lecteur mieux qu’un récit plus ou moins fidèle. En reprenant les petits meubles qui avaient figuré à la dernière exposition et en les disposant dans un cadre approprié à chaque époque,
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- nous sommes parvenus à faire des reconstitutions montrant ce qu’était, dans les deux derniers siècles, le mobilier d’une poupée appartenant à la meilleure classe de la société.
- VI. — Une naissance au dix-septième siècle.
- Un des plus curieux spécimens est sans contredit cette réunion de meubles qui avaient été exposés par M. Bernard ; ces jouets avaient été collectionnés par Mme Agar et ils avaient été fabriqués, parait-il, pour la princesse de Nassau. Il est fort possible qu’à l’origine, ces différents objets avaient dû servir à représenter une Nativité, mais, comme
- LA POUPÉE EN LISIÈRE
- d’après CNE GRAVURE DU XVIIIe SIÈCLE.
- ils ne présentent aucun caractère religieux, nous les avons donnés sous le nom de « Une naissance au dix-septième siècle ».
- Le principal personnage est couché dans un lit somptueux muni de quatre colonnes et surmonté d’aigles en bronze doré. Les rideaux et le baldaquin sont en serge verte toute garnie de galons formant de riches arabesques.
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- Non loin de là, presque dans la cheminée, est une nourrice assise près de son poupon qu’elle berce au moyen d’une longue lanière d’étoffe. Enfin, au premier plan, deux personnages venus probablement en visite pour féliciter la nouvelle accouchée.
- Ces deux dernières poupées sont remarquables par la richesse de leur costume, notamment celui du seigneur qui porte sur la poitrine un aigle à deux têtes et dont le vêtement est bordé d’une riche fourrure : ce personnage faisait partie de la collection de Mme Lelong, et c’est à titre d’invité qu’il est appelé à figurer dans cette scène de famille.
- VII. — La boutique d’un marchand de jouets et d’automates au div-liuitième siècle.
- La reconstitution de cet intérieur, que nous avons tentée au moyen des
- L’HEUREUSE MÈRE
- d’après une gravure ALLEMANDE DU XVIIIe SIÈCLE.
- objets de notre collection, a été un prétexte pour présenter au lecteur ces différentes pièces d’une façon un peu moins banale que le catalogue d’un marchand de jouets.
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- Fortier-Marotte
- INTÉRIEUR DE LA BOUTIQUE D’UN MARCHAND DE JOUETS & D’AUTOMATES AU XVIII”0 SIÈCLE
- Reconstitué d’après les objets bxposés £àr Mi Henry D’ALLEMAGNE.
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- Nous ne nous occuperons ici que des principaux personnages, c’est-à-dire du chapelier qui propose à un acheteur bénévole de changer son bicorne contre un chapeau rond auquel il vient de donner un coup de fer. Derrière eux un courrier, armé de sa longue canne, semble attendre les ordres de son maître ; au premier plan, une bonne vieille femme assise écarte les bras avec stupéfaction à la vue d’un traîneau qui semble être pour elle un objet inconnu. Au-dessus d’elle, le propriétaire de cette boutique bien achalandée présente un pantin prêt à se mettre en mouvement pour la plus grande joie des nombreux enfants venus voir cet antique représentant de l’industrie française.
- VIII. — Chambre à coucher Louis XV I.
- A côté de cette vitrine, on pouvait apercevoir l’intérieur Louis XVI exposé par Mme Marius Paul me.
- LA POUPÉE SERVANT DE MANNEQUIN POUR LES MODISTES ^1830).
- Au fond de la chambre un lit de milieu garni de ses rideaux en toile de Jouy, à côté une commode en marqueterie supportant une pendule et deux candélabres ; au premier plan, un petit poêle en fonte, discrètement masqué par un écran.
- Une des pièces les plus intéressantes de cette exposition était un
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- minuscule métier à broder, que l’on peut voir placé sur un bureau derrière un mortier en bronze.
- C’est probablement pour mettre à l’abri la correspondance secrète des deux poupées, que l’on a placé ce joli petit secrétaire à abattant garni de blets de cuivre : l’une des deux propriétaires de cet intérieur est venue s’asseoir contre ce meuble comme pour protester contre toute tentative d’effraction.
- Enfin, tout à fait en avant, une jeune personne; la taille svelte étale ses grâces et montre au public étonné l’incomparable supériorité des modes françaises.
- IX. — Mobilier en acajou garni de bronzes dorés. .
- La chambre à coucher de l’époque Empire, faisant partie de la collection de M. Miclion, est d’une incomparable richesse : ce sont évidemment, parmi tous les objets similaires, ceux qui ont été traités avec le plus de soin et qui ont dû être fabriqués pour quelque personnage haut placé.
- Tous les meubles qui composaient cette chambre sont en acajou massif et, détail intéressant à noter, ils sont garnis de leurs bronzes traités avec un soin et une perfection que l’on rencontre rarement dans les meubles servant aux usages courants de la vie.
- Quoi de plus délicieux, en effet, que cette petite méridienne recouverte de soie rouge et dont les accotoirs sont ornés de cornes d’abondance d’où s’échappe une sorte de palmette ; le lit, la commode et la console sont à l’unisson. Chacun de ces meubles est muni de sa petite garniture si fine, si bien proportionnée, que l’on dirait que ces bronzes ont été ciselés au pays de Lilliput, tant il y a d’harmonie dans tout l’ensemble.
- La pendule principale, placée comme il convient sur la commode, est en léger cuivre étampé et surmontée d’une couronne de fleurs artificielles d’un goût peut-être un peu problématique, mais il faut tenir compte que nous sommes en face d’un ménage de poupée et ne pas se montrer trop exigeant.
- Le long du mur on aperçoit deux petits tableaux dont le sujet est figuré au moyen de fines découpures : ils représentent des paysages de quelques pays poétiques entrevus dans les rêves de la maîtresse de céans, qu’on voit gravement assise dans la méridienne.
- Dans le fond de la pièce sont deux autres pendules, l’une en forme de lyre surmontée d’un bouquet en bronze, l’autre de style plutôt gothique semble rappeler la Restauration.
- Au premier plan, un brave soldat au brillant uniforme s’apprête vrai-
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- semblablement à danser un menuet avec une belle personne dont la robe sévère est en conformité avec le style du mobilier de la chambre.
- Ce petit intérieur, d’une proportion et d’une homogénéité remarquables, est évidemment une des plus curieuses reliques du passé qu’il uous ait jamais été donné de rencontrer.
- X. — Une chambre sous le Directoire.
- La pièce suivante que nous avons le plaisir de présenter serait évidemment plutôt digne d’être un salon qu’une chambre à coucher. Tou-
- tefois, nous ne pouvons lui attribuer une autre destination, quand nous apercevons cette poupée couchée dans un lit tout rehaussé d’or et qui tient entre ses bras une mignonne créature venue sans doute pour saluer sa maman à son réveil.
- A côté du lit se trouve ce meuble indispensable dont l’inévitable porte à coulisse rappelle les meubles similaires faits à cette époque.
- Pour donner à la scène un plus grand aspect de vérité, on n’a pas oublié d’y placer la lampe d’Argand, connue vulgairement sous le nom
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- do quinquet : elle est ornée encore de son abat-jour en papier vert.
- Nous ne pouvons passer en revue chacune des pièces de ce mobilier, tant il est riche et compliqué; disons seulement que ces petits meubles n’étaient pas des modèles, mais qu’ils avaient été spécialement créés pour amuser des enfants.
- La plupart des poupées que l’on aperçoit au premier plan dans ce charmant petit intérieur, ont dû être habillées par les enfants eux-mêmes, car la coupe aussi bien que la couture de ces vêtements dénotent une touchante naïveté.
- Au point de vue de l’ébénisterie, la fabrication est des plus simples : c’est du bois blanc simplement cloué et ajusté d’une manière un peu
- L’ENFANT SAGE POUPÉE ET PANTIN
- YIGXETTES SERVANT A i/lLLUSTRATlON DES OEUVRES DE BeRQUIN.
- sommaire ; le tout est recouvert d’une peinture d’un vert éteint que viennent rehausser de petits ornements où une pointe de mixture d’or est destinée à figurer les bronzes.
- Dans un coin de la chambre on aperçoit un petit poêle rond élevé sur trois pieds, dont le tuyau, monté verticalement, vient pénétrer dans la boiserie.
- Sur l’armoire placée au fond, est rangée toute une riche vaisselle d’argent, une cafetière, un sucrier, un pot à lait et une chocolatière; tout cela semble certes un peu grand pour les petits personnages qui se tiennent au premier plan, aussi est-il préférable de supposer que cette vaisselle servira aux enfants à préparer la dînette, et espérons qu’ils ne manqueront point d’y convier les petits personnages qui semblent être les légitimes propriétaires de ce petit ameublement.
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- CHAMBRE DE POUPÉE. — ÉPOQUE DIRECTOIRE
- COLLECTION DE M. MICIION
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- XI. — Les mobiliers <le poupées aux Exjîositions de 1844 et de 1867.
- Dans les diverses Expositions qui se sont succédé depuis le commencement du siècle, les fabricants ont eu à cœur, pour attirer l’attention du public sur leurs mobiliers de poupées, de constituer de petits intérieurs munis de tous les accessoires représentant en diminutif ceux employés dans la vie réelle : c’est ainsi qu’en 1844, M. Kopp, habitant 56, rue du Temple, avait, dans sa vitrine, installé un fort joli modèle de salle à manger où chacun des meubles, d’une proportion rigoureusement étudiée, occupait la place assignée par l’usage et l’habitude ; on admirait
- POUPÉES D'ESCAMOTEUR
- d’aPKÈS « LES AMUSEMENTS DES SCIENCES MATHÉMATIQUES ET PHYSIQUES » (XVIII0 SIÈCLE).
- surtout un dressoir garni de toute sa vaisselle et une minuscule table à manger où ne manquaient ni un verre ni une assiette.
- A l’Exposition de 1867, l’on pouvait voir, dans les vitrines de la classe de la Bimbeloterie, un brillant salon décoré dans le goût de l’époque et où la richesse tenait plus ou moins lieu de bon goût.
- Dans cet étroit espace, on avait réuni des poupées en toilette de gala vêtues de robes traînantes, épaules nues et entourées de poupées masculines en costumes de sénateurs, de maréchaux, de conseillers d’Etat et de préfets.
- Nos voisins d’outre-Manche avaient préféré à cet étalage de luxe, la représentation d’un intérieur de famille, une chambre à coucher : une maman en robe de matin, charmante de simplicité et de grâce, admire un beau baby habillé pour la promenade et que le papa regarde avec ûmotion.
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- XII. — Les meubles de poupées à l’Exposition de 1900.
- Notre Exposition de l’année dernière était particulièrement riche en meubles de poupées : nous en avons reproduit quelques-uns dans la chambre du dix-septième siècle, et on peut se rendre compte que dès cette époque le travail était déjà très satisfaisant.
- Pour l’époque de Louis XIV, nous avons ces fauteuils en bois recouvert de cuir dignement occupés par deux poupées qui semblaient toutes lières de se trouver dans de si beaux meubles (1).
- Comme caractéristique de l’époque Louis XV, nous citerons le merveilleux canapé en bois de noyer garni en canne qui avait été exposé par Mme Lelong : toutefois, ce meuble atteint une telle perfection dans son exécution, une telle pureté de lignes dans ses contours, que nous préférons voir en lui le chef-d’œuvre de quelque maître ébéniste.
- Pour toute cette catégorie d’objets qui a trait aux meubles de petites dimensions, il est bien difficile d’établir une distinction entre les jouets d’un travail soigné et les diminutifs, modèles ou pièces exceptionnelles exécutées par quelque habile artisan.
- XIII. — Des jouets proprement dits exécutés d’une manière simple et destinés à l’amusement des enfants.
- En passant en revue les différents intérieurs dont nous avons eu à nous occuper, il n’y a guère que la chambre Directoire qui, en raison même de la naïveté de sa fabrication, puisse être considérée d’une manière tout à fait certaine comme un jouet destiné à amuser les enfants ; on avait le plus souvent recours à des artifices peu dispendieux pour la décoration des meubles : les cuivres des commodes consistent en une décoration peinte ou en papier gaufré et doré.
- Nous donnons ici la reproduction d’un secrétaire qui rentre tout à fait dans cette catégorie : le meuble est formé de planchettes de hêtre simplement assemblées avec de petits clous ; extérieurement il est garni avec du papier rose destiné à imiter vaguement le bois des îles ; les moulures et les sculptures consistent en bandelettes de papier découpé et estampé; les ferrures sont tout à fait rudimentaires, les pivots sont formés de simples petits clous ; l’entrée de la serrure est figurée par un petit carré de papier, et les poignées et les anneaux sont de petits fils de cuivre.
- (I) Voir pages 101 et 102.
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- A la meme époque on a fait des commodes de poupées tout en carton, galbées et cintrées comme leurs grandes soeurs. On trouve aussi quelquefois, datant du meme temps, de petites commodes en paille, c’est-à-dire en carton recouvert de mosaïque de paille ; ces petits meubles sont garnis à l’intérieur de vignettes en papier polychromé, découpées avec soin et fabriquées pour les travaux que les grandes dames d’alors ne dédaignaient pas de faire comme passe-temps ; ce genre d’ouvrage est désigné maintenant sous le nom de travail de Sêcrêtan.
- Les petits sièges de poupées étaient dignement représentés dans les vitrines de l’Exposition. Pour l’époque Louis XVI, nous avons une ravissante chaise toute couverte de sculptures et garnie encore de son vieux damas; à côté de cette chaise et appartenant également à Mme Marins Pauline, on pouvait apercevoir un élégant petit fauteuil de bureau en acajou, couvert de cuir vert et décoré d’ornements dorés au petit fer. Enfin, n’oublions pas de mentionner une chaise de l’époque romantique, où l’artisan avait eu l’intention de figurer l’art gothique le plus pur, suivant en cela le mode de son temps.
- Nous pouvons difficilement ici passer en revue tous les autres meubles que l’on voyait sur les planches des vitrines; désignons au hasard ce petit buffet à deux corps de l’époque Louis XIII, muni de minuscules tiroirs qui semblent avoir été faits par des doigts de fée, tant ses ornements sont menus et délicats. A côté, une armoire énorme qui mesure près d’un demi-mètre de hauteur et dont les portes pleines, toutes garnies de moulures, ont du servir, il y a environ deux cents ans, à renfermer le trousseau de quelque poupée bien-aimée.
- Avec le dix-huitième siècle, nous voyons apparaître toute la série des petits meubles en placage ; les bois les plus rares ont été mis à contri-
- SECRÉTAIRE ORNÉ DE GARNITURE EN PAPIER
- ÉPOQUE LOUIS XVI.
- (Collection de M. Heniiy D'Allemagne.)
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- bution pour l’orncmeiitation de ces précieux jouets : voici une commode ventrue à peine haute de vingt-cinq centimètres, et qui est munie de ses trois tiroirs dont les poignées sont en argent massif ; un peu plus loin, une toilette dont le dessus est formé de trois compartiments portant au centre une glace, et de chaque côté deux cases où venaient se ranger méthodiquement les petits pots de porcelaine de pâte tendre, les sacs à poudrer
- H!
- BUFFET DE POUPÉE EN CHÊNE, ÉPOQUE LOUIS XIII (Collection- de U. IIe.nry D’Allejiagse.)
- et les boîtes à mouches destinées à l’accoutrement de la poupée préférée.
- Ces petits meubles sont généralement garnis, en outre, de deux tiroirs, l’un tout étroit qui occupait la largeur d’un des côtés, et l’autre placé dans le milieu, sous la glace, servait à ranger ces billets du matin que les grandes dames du dix-liuitième siècle aimaient à écrire tout en faisant leur toilette.
- Accordons enfin un souvenir à cette console de l’Empire couverte d’un marbre blanc et garnie de fdets de cuivre ; elle était en belle place au milieu de la vitrine et servait de support à une pendule presque monumentale, accompagnée de deux chandeliers placés avec autant de symétrie que dans la vie réelle.
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- XIV. — La bijouterie de Saint-Claude.
- La réputation de la fabrication parisienne a toujours été notoire, aussi bien pour les jouets que pour tous les autres articles de goût. Il a cependant fallu s’adresser à la province pour obtenir une production à bon marché, qui était surtout utile pour les amusements des enfants.
- JOUETS DE PETITE FILLE ET DE PETIT GARÇON d’après une lithographie du second Empire.
- Longtemps nous avons été tributaires de l’Allemagne pour tous les objets en bois d’un prix minime, et ce n’est que vers le commencement de ce siècle, après le grand incendie qui détruisit Saint-Claude en 1799, que les habitants de cette ville se mirent à façonner, avec du bois léger, de petits meubles, de petites voitures et toutes sortes d’articles connus sous le nom de joujoux d’Allemagne.
- Pour être sincères, il faut avouer que la plupart des modèles avaient
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- été empruntés à nos voisins, et qu’au début on se contenta de les copier exactement.
- Tout ce qui vient de cette contrée est désigné sous le nom de bijouterie de Saint-Claude : c’est une dénomination un peu ironique
- LES PLAISIRS DE L’ÉTÉ d’après use vignette du premier Empire.
- peut-être, qu’importe ? Cette bijouterie, sans doute, n’est pas taillée dans l’or, mais, ce qui vaut mieux, elle en produit.
- Les artisans parisiens, en voyant la vogue obtenue par ces articles, ne voulurent pas rester en arrière et, dans le rapport de l’Exposition de 1849, on parle de ces millions de lits, de fauteuils et de chaises en miniature qui sortent annuellement des mains des ébénistes bimbe-lotiers du quartier du Temple et du faubourg Saint-Antoine, pour être expédiés de là dans toute la France et même, ne craignons pas de le dire, dans le monde entier.
- LA PETITE CLASSE d’après use vignette du premier Empire.
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- TROISIÈME PARTIE
- LES CRÈCHES
- En étudiant ces minuscules reproductions d’intérieurs de poupées, nous ne pouvons omettre de faire rentrer dans cette catégorie les crèches et les autres représentations de la naissance du Christ : ces petites scènes destinées aux enfants font évidemment bien plutôt partie du jouet que de la statuaire religieuse.
- I. — Les crèches à Marseille au dix-septième siècle.
- Deux des épisodes de la naissance du Christ ont particulièrement inspiré les partisans qui se livraient à ce genre d’industrie : on a représenté, en effet, tantôt l’adoration des mages, tantôt l’adoration des bergers dans l’étable de Bethléem. Ce genre de représentation, qui a été très en honneur en Italie, a été également usité dans le midi de la France et particulièrement à Marseille. L’auteur d’une explication des usages et coutumes des Marseillais (1683), Marchetti, attribue à saint François d’Assise i’inveution de ces crèches :
- Nous apprenons, dil-il, des chroniques de son Ordre, que cet homme séraphique fil un Oratoire le jour de Noël où il représenta le plus au naturel qu’il put, la nativité de Notre-Sei-gneur après en avoir obtenu la permission du Saint-Siège, de crainte que, si l’on en usait autrement, on ne condamnât cette nouveauté.
- Il lit choix d’une longue et chétive étable que la longueur et l’injure du temps avaient tellement usée qu’elle n'avait plus que la moitié du couvert. Les ornements que sa piété lui donna consistaient en un ingénieux mélange qu’il fit de papier, de mousse et de paille....; quantité de cierges et de lampes éclairaient ce lieu, et les figures de bois, qui représentaient le saint Enfant Jésus, la sainte Vierge sa mère et son père le bienheureux saint Joseph, y étaient posées auprès d’un âne et d’un bœuf qu’il y avait fait conduire avec de la paille et du foin pour leur nourriture.
- Cette étable étant fréquentée par un grand nombre de religieux qui allaient faire leurs prières devant ces images de bois, le bruit de cette nouvelle dévotion y attira les paysans d’alentour, lesquels, pour imiter l’allégresse des pasteurs qui furent les premiers à l’adoration du Verbe incarné, firent celte visite avec leurs guitlares et leurs guittarines.
- II. — Les crèches napolitaines.
- Cependant, les gens de la Provence n’ont pas été les seuls à établir ces petites reconstitutions, et le pays où ce genre de représentation était le plus en honneur est sans contredit la région napolitaine.
- A Naples et dans les environs, il n’était pour ainsi dire pas de maison où, à l’approche de Noël et de la nouvelle année, on ne s’empressât
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- (le reconstituer la scène de la Nativité au moyen de petits personnages en bois ou en terre cuite. Ces petits acteurs sont traités avec un soin et une
- POUPÉES EN PAPIER DESTINÉES A ÊTRE DÉCOUPÉES ET COLLÉES Collection de M. Henry D'Allemagne. — (xviue siècle.)
- recherche de la vérité tout à fait remarquables ; le visage ainsi que les mains sont peints et décorés avec une très réelle habileté; les vêtements, presque toujours en soie, sont exécutés avec le plus grand soin et les petits personnages sont couverts de bijoux d’argent, beaucoup même portent des colliers de perles fines et il est vraiment surprenant de voir la quantité de ces petites poupées qui sont parvenues intactes jusqu’à nous,
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- Les crèches napolitaines comportent une quantité considérable d'accessoires qui ont tous été établis avec une rigoureuse précision pour se trouver exécutés à la même échelle que les personnages principaux.
- On retrouve encore actuellement chez les marchands napolitains, des cornemuses, des havre-sacs, des plats et des assiettes en faïence décorée, de la vaisselle plate en étain sans compter tous les animaux que l’on faisait figurer dans ces petites reconstitutions des crèches pour leur donner un plus grand cachet de vérité.
- III. — Une crèche de 1744 à l’Exposition de 1000.
- En Allemagne, du coté de Nuremberg, on n’a pas manqué de repré-
- senter des Nativités au moyen de personnages en bois. Nous avons été assez heureux pour retrouver, à Naucy, toute une série de ces petits personnages qui ont certes dû sortir des mains de quelque ingénieux artisan
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- allemand. Ces poupées germaniques diffèrent essentiellement des poupées italiennes, en ce qu’elles sont traitées d’une manière beaucoup moins artistique, mais d’une façon qui se rapproche davantage dû jouet, ce qui, pour nous, présente un intérêt sensiblement plus considérable.
- Les pieds et les mains de ces marionnettes religieuses ont un développement qui dénote d’une manière irréfutable leur origine teutonne ; la
- tète ne manque certes pas de caractère, mais on ne saurait leur reprocher d’avoir un caractère trop angélique et trop étliéré.
- Nous pouvons assigner une date certaine à ces poupées de bois, puisque l’on trouve la date de 1744 gravée
- LES PLAISIKS DE L'ENFANCE D
- d’après uke vignette nu premier Empire. d une manieie paitaitement
- lisible sur la semelle d’un des personnages. Toutes ces poupées sont d’une taille beaucoup plus élevée que leurs congénères napolitaines et elles atteignent toutes, d’une manière à peu près égale, une hauteur de 75 centimètres.
- Si nous passons maintenant à la description de la scène, nous voyons saint Joseph et la Vierge Marie agenouillés devant le berceau de l’Enfant
- Jésus. Ces deux personnages portent les vêtements de riches bourgeois de l’époque, et tous les détails du costume ont été scrupuleusement exécutés ; il ne manque à l’habit de saint Joseph ni un bouton ni aucun des agréments qui étaient alors à la mode, on lui a même orné la poitrine d’un riche jabot en dentelle et son pantalon, serré au genou, est maintenu par une élégante petite boucle d’acier.
- Le costume de la Vierge, qui est d’une grande richesse, est en soie brochée couleur gorge de pigeon et il est recouvert d’une sorte de gaze dorée d’un très heureux effet. Les autres personnages de la scène portent des costumes de fantaisie destinés, dans l’esprit de l’habile couturier qui les a confectionnés, à reproduire les costumes des Rois Mages sur lesquels il ne devait avoir que des données plutôt insuffisantes. Au dernier plan se tiennent les bergers, facilement reconnaissables, à la longue robe de bure et à la peau d’agneau qui recouvre leurs épaules. Tous les personnages de cette scène sont exécutés avec un soin remarquable; au point de vue de la structure intérieure, tous les membres sont articulés au moyen de noix permettant de leur faire prendre toutes les positions que l’on juge à propos de leur donner.
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- POUPEES DE CRÈCHE. — XVIIIe SIÈCLE
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- QUATRIÈME PARTIE
- LES MÉNAGES D’ENFANTS
- I. — Les petits ustensiles servant de jouets dans l’antiquité.
- Depuis la plus haute antiquité, on a eu l’idée de reproduire en diminutif, pour les enfants, les ustensiles de la vie réelle. Depuis que le monde est monde, cette coutume a prévalu, et dans les tombeaux des premiers chrétiens on a découvert, outre une grande variété de jouets, toute une série de ces petits objets que, depuis bien longtemps, on a qualifiés du nom de « ménages ».
- Celte coutume de faire des petits ustensiles en métal pour amuser les enfants s’est conservée en France pendant tout le Moyen Age : Dans le savant ouvrage de M. Forgeais, Plombs historiés trouvés dans la Seine, il est plus d’une fois question de ces petits meubles en étain que l’on a quelquefois qualifiés d’amulettes ou d’enseignes de pèlerinage, mais qui étaient bien, en réalité, de véritables jouets d’enfants.
- II. — Jouets divers fabriqués au Moyen Age avec la même terre que les ménages d’enfants.
- On peut faire la même observation pour les jouets en terre qui devaient sortir des mains des mêmes artisans que les ménages d’enfants. Il faut tenir compte, en effet, de l’action prépondérante qu’exerçait l’influence religieuse : tout se rapportait alors aux choses du culte, et c’est une des raisons qui rendent si rares, au Moyen Age, les représentations de la vie civile. Volontiers, on donnait aux enfants, pour les distraire, de pieuses statuettes et le monogramme du Christ se retrouvait même sur les hochets destinés à l’amusement des nouveau-nés.
- Nous devons à l’obligeante communication de M. Albert Figdor, les renseignements les plus précis sur ces jouets dont on aurait peine à retrouver des spécimens, même dans nos musées nationaux. Dans les fouilles qui ont été pratiquées à Quarré-les-Tombes, chef-lieu de canton de l’Yonne (1), on a mis à jour des tombeaux d’enfants qui contenaient toute une série de ces objets (2); nous citerons entre autres trois frag-
- (1) Arrondissement d’Avallon, dont il n’est distant que de 18 kilomètres.
- (2) Ils dépendent maintenant de la collection de M. Albert Figdor.
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- ments do statuettes représentant l’Enfant-Jésus qui porte, soit le Monde crucifère, soit un emblème qui semble être la colombe personnifiant l’Esprit-Saint. Notons également une curieuse petite pièce qui représente le Fils de la Vierge dans son berceau, la tête appuyée sur un coussin et soutenant de sa main gauche un globe surmonté d’une croix.
- Outre ces objets de piété, on a trouvé, au même endroit, quelques sujets en terre qui rentrent plutôt dans le domaine de la fantaisie : telle est cette figure de fou, d’un style vraiment charmant et qui, avec son bonnet à grelots, rappelle tout à fait les représentations que l’on rencontre dans les manuscrits du quinzième siècle ; ce petit personnage tient à la main une marotte qui semble être sa vivante image.
- Enfin il ne faut pas oublier de mentionner ce cavalier monté sur un cheval à l’allure massive ; il porte au bras droit un trou indiquant que ce jouet devait être suspendu au-dessus du berceau de l’enfant qui, pendant tant de siècles, a reposé en paix dans la nécropole de Quarré-les-Tombes.
- III. — Bibelots, bimbclots et Brimbillettes du douzième au dix-liuitième siècle.
- Au douzième siècle, on désignait sous le nom de Beubelet l’ensemble de tous ces petits objets fabriqués en étain qui, à partir du seizième, sont désignés d’une manière courante sous le nom de « bibelots ou bimbelots ».
- L’acception de ce mot doit être entendue dans le sens de petit ménage, c’est-à-dire la réunion de vases et ustensiles faits pour amuser les enfants, à l’imitation des pièces de service en usage dans une maison bien montée.
- Au dix-septième siècle, dans le Dictionnaire des antiquités de Borel, aux mots « bimbelots, brimbillettes », on donne comme définition: « babioles, jouets d’enfants, d’01'1 vient bimbelotier, marchand de brimbillettes, du latin bimba qui signifie poupée ».
- IV. — Petits ménages donnés en présent aux enfants royaux.
- Les petits ménages d’enfants ont été un des premiers jouets qui aient été mis entre les mains des enfants royaux ; ainsi nous voyons que les premiers cadeaux que reçut Charles VII, furent un hochet d’argent doré et un petit chaudron de cuivre jaune. D’autre part, dans les mémoires d’Héroard, on trouve toute une liste de petits ustensiles de cuisine donnés à Louis XIII enfant :
- 1605. — Un petit ménage d’argent.
- Un petit ménage de plomb.
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- JOUETS D’ENFANTS EN TERRE BLANCHE. — XVe SIÈCLE Trouvés dans les fouilles de Quarré-les-Tombes Yonne)
- COJ.J.liCTION 1)1' M. AM1KHT l'IGDOR !
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- Une fontaine de bois.
- Un petit puits d’argent. '
- 160G. — Deux petits couteaux.
- Un petit réchaud.
- Une petite écuelle.
- Une petite fontaine de verre (donnée par les verriers de la verrerie de Saint-Gormain-des-Prés).
- 1G07. — Une coupe d’argent doré.
- Un pot d’argent.
- Des balances.
- 1G08. — Une horloge de sable (sablier).
- Une paire de couteaux et leur gaine.
- Au surplus, le futur roi de France savait fort bien se servir de tous ces jouets et le meme document nous montre l’enfant royal s’amusant à faire la cuisine tout comme un fds de roturier :
- LES PETITS MÉNAGES D’ENFANTS, EN ÉTAIN d'après des emblèmes de Katz. — (xvn8 siècle.)
- 1607. — 11 va à la chambre de la reine où il fait faire du feu et y mettre sa petite marmite dans laquelle il met du mouton, du lard, du bœuf et des choux.
- Il s’amuse à cueillir des herbes pour faire un potage et se met à faire son potage. 1612. — M"e de Vendôme et lui s’amusent à faire des confitures.
- Il est permis de supposer que le Dauphin, fils de Louis XIV, se délectait des mêmes amusements, car les objets suivants, relevés dans Yinventaire
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- du mobilier de la Couronne pour F année 1690, ne semblent pas avoir été destinés à d’antres qu’à lui :
- Un petit ménage de poupée composé des pièces qui ensuivent, sçavoir :
- Un petit brazier à huit pans et une petite corbeille à huit pans en façon d’ozier.
- Quatre petits flambeaux de deux pouces de hault et un rouet.
- Cinq chaises, un fauteuil et une table à huit pans.
- Quatre petits colimaçons et deux coquetiers.
- Dix petits paniers en façon d’ozier de plusieurs formes.
- V. — Les jouets iVétain vendus à la foire Saint-Germain au dix-septième siècle.
- Si l’on fabriquait pour le Dauphin ces petites merveilles d’orfèvrerie en argent massif, les bourgeois de cette époque pouvaient acquérir à la foire de Saint-Germain l’équivalent de ces objets, qui étaient fabriqués alors en étain fin. Certes, la matière était moins précieuse et le travail
- d’une moins grande perfection, mais les enfants n’y regardent pas de si près et les menus bibelots achetés chez Mlle Hutin, marchande de poterie d’étain à la foire Saint-Germain, ont dû faire d’innombrables heureux. A la date du 14 férvier 1666, nous trouvons dans les Continuateurs de Lo-ret {1) la description de tous ces petits ménages d’enfants :
- Ensuite prenant le chemin Devers la Damoizelle Hulin,
- J'ûs encore quelques allarmes A l’aspect des éclalans charmes Que fait voir son Etain Royal Qui, sans mentir, n’a point d’égal. Pots, plats, assiétes, écuelles, Chenels, bassins, croix et chapelles, Passent pour vaisselle d’argent A l’œil assez intelligent,
- Et mille autres pièces gentilles Aussi merveilleuses qu’utiles.
- l’Utile avant 1 Agréable.
- (1) Jean Loret naquit à Carentan au commencement du dix-Septième siècle; il publia, en 1646, des poésies burlesques et eut l’idée de créer une chronique périodique dans laquelle il relatait les petits faits de natui’e à intéresser la Cour. Du 4 mars 1650 au 28 mars 1665, il adressa à M"" de Longueville cette Gazette en vers burlesques qui obtint le plus grand succès. Les continuateurs de Loret furent La Gravette, de Mayolas, Robinet, Boursault, etc...
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- USTENSILES DE CUISINE EN FER-BLANC A L'USAGE DES ENFANTS
- MODÈLES TIRÉS DE L’ALBUM d’UN FABRICANT DE JOUETS DU PREMIER EMPIRE.
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- VI. — Saisie de jouets armoriés, eu 1793.
- Ces petits ustensiles étaient le plus souvent d’une dimension extrêmement réduite et, de nos jours, on les qualifierait plutôt de breloques.
- C’est probablement à ce genre d’objets qu’il est fait allusion dans un procès-verbal de saisie opérée chez un bijoutier parisien le 25 messidor, an II.
- Nous avons retrouvé l’acte original de cette saisie qui fut faite chez Lcnormand, rue du Sentier, 34, en exécution d’une lettre du Comité de Salut public en date du 19 prairial. Les objets incriminés étaient au nombre de huit : une petite bouilloire, un petit gobelet, deux petits pots ou boëtes, une boëte à savonnette, une boëtc à éponge, un plat à barbe et un vase à anses. « Est à observer, dit ce document, que tous ces joujoux n’ont que la forme des objets énoncés et qu’ils ont à peine la hauteur d’un demi-pouce. »
- Cette mesure rigoureuse avait été probablement prise en raison des armoiries dont ces pièces étaient recouvertes; elles furent déposéès à la Monnaie par Claude Neveu, membre du Comité de Surveillance.
- VII. — Les cheminées à la Popelinière.
- Au dix-huitième siècle, les jouets d’enfants ont quelquefois servi de satire et c’est là une invention dont notre époque ne saurait s’attribuer la gloire. En parcourant le Journal de Barbier (tome 1Y, pages 326 et 336), on voit qu’il était de bon ton, pour les étrennes de 1748, de donner de petites cheminées en métal ou en carton dont la plaque de fond était mobile et pouvait s’ouvrir comme une porte de placard. Ce jouet était imagiué de telle façon qu’en faisant manœuvrer cette porte dérobée, elle donnait passage à une belle dame richement habillée qui allait rejoindre un gentil seigneur : c’était une manière de rappeler l’aventure fâcheuse arrivée à M. de la Popelinière, dont la femme avait inventé cet ingénieux subterfuge pour aller rejoindre le duc de Richelieu dans une maison contiguë à son hôtel.
- Ce modèle de cheminées à la Popelinière a joui d’une certaine vogue et il a été exécuté dans un grand nombre d’appartements à une époque où les poêles mobiles n’étaient pas inventés, et on peut dire qu’ils se trouvaient ainsi avantageusement remplacés.
- Nous avons exposé à la Classe J 00 un de ces petits modèles de cheminées, qui montre que le système était aussi ingénieux que pratique ; tout l’âtre ainsi que le fond et les côtés étaient montés sur une plaque
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- ronde mobile en son milieu, et il suffisait d’un léger effort pour faire
- CUISINE ENFANTINE
- d’après un album d’images du second Empire.
- tourner toute la machine avec le feu tout allumé dans la pièce voisine : ainsi se trouvait résolu le moyen de chauffer avec un même feu visible deux pièces complètement séparées en apparence.
- VIII. — Jouets en étain vendus au dix-huitième siècle par les maîtres miroitiers-lunettiers, les orfèvres et les potiers d’étain.
- Pour en revenir aux bimbelotiers et aux marchands de jouets d’enfants, nous voyons, dans le Dictionnaire des Arts et Métiers de Jaubert, « que ce sont les maîtres miroitiers et lunettiers qui font le trafic des menues pièces en étain de bas aloi ou en plomb qu’on appelle ménages d’enfants. L’art de faire ces bagatelles et le débit qu’on s’en procure forment
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- un commerce considérable ; il s’en consomme non seulement beaucoup dans Paris et dans les provinces, on en envoie aussi à l’étranger et jusque dans l’Amérique espagnole. »
- Ces artisans n’avaient du reste pas le privilège exclusif de ce genre de fabrication, puisque le même document nous apprend que « les orfèvres et les potiers d’étain donnent le nom de menuisiers, comme qui dirait faiseurs de menus ouvrages, aux ouvriers de leur communauté qui ne fabriquent et ne font négoce que de petits ouvrages, tels que les ménages d’enfants ».
- IX. — Fabrication des menus objets en fer-blanc et en étain au début
- du dix-neuvième siècle.
- Au commencement du dix-neuvième siècle, l’industrie des ménages d’enfants était très développée à Paris, et dans l’album de M. Arthur Maurv nous en voyons la représentation d’une multitude de pièces. On fabriquait ces objets soit en fer-blanc, soit en étain, et ce recueil nous montre toute une série de casseroles, de pots à lait, de cafetières, de sucriers, de tasses et de soucoupes, sans oublier un plateau découpé à jour qui était évidemment composé de la même matière. L’ingénieux marchand qui avait fait établir tous ces modèles n’avait pas oublié les ustensiles de cuisine, qui figuraient là tous au grand complet depuis la rôtissoire jusqu’au gril, à la lèchefrite et à la boîte au sel. Les ustensiles du feu étaient aussi soigneusement indiqués et l’artiste avait représenté avec vérité les chenets, pelles et pincettes et braseros d’enfants servant à la cuisson de ces repas .imaginaires.
- Les mêmes articles se fabriquaient en étain et ils étaient beaucoup plus soignés ; ils sont désignés dans le recueil sous le nom de « Jouets fins polis et tournés ». On retrouve parmi eux le petit sucrier orné de guirlandes, qui rappellent encore bien la décoration en honneur sous le règne de Louis XVI ; puis, ce sont des chandeliers, des bougeoirs, une minuscule lèchefrite ornée de perles et de fines gravures au burin, une jolie petite chaise, du plus pur style Empire ; au-dessous, des cuillers, des couteaux, des fourchettes, des tasses et un hanap sont de la même grandeur que des chenets et des pelles et pincettes.
- On fabriquait aussi pour les enfants des plats ronds et ovales à bords contournés, que nous n’aurions pas hésité à attribuer au règne de Louis XV.
- Dès cette époque, l’horlogerie enfantine était exécutée d’une manière
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- ORFÈVRERIE DE TABLE A L’USAGE DES ENFANTS
- ÉTAIN FIN TOURNÉ ET POLI
- MODÈLES TIRÉS DE L ALBUM ü'UN FABRICANT DE JOUETS DE L'EMPIRE.
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- courante et l’on faisait des montres en étain accompagnées de leurs clefs, qui devaient avoir un attrait tout particulier pour nos ancêtres. Tous ces jouets se vendaient à la livre pour les petites pièces et à la grosse pour les objets un peu plus importants.
- X. — Les ménages d’enfants à l’Exposition de IOOO.
- Cette coutume de faire des jouets en étain remonte à une époque fort ancienne, et nous avons exposé deux petits flambeaux de cette matière mesurant à peine quatre centimètres de liant; sur l’un des deux on peut lire une inscription en lettres gothiques qui semble, d’une manière à peu près évidente, reporter au quinzième siècle la date de fabrication de ces objets.
- Nous avons pu nous procurer un petit dressoir eu chêne remontant
- à l’époque de Louis XI11 et qui recèle encore sa vaisselle : c’est un véritable service de poupée en faïence qui garnit la tablette de ce petit meuble ; au centre, un minuscule plat en Ne-vers bleu portant en son milieu une corbeille de fleurs et de fruits ; à droite et à gauche deux mignonnes assiettes en faïence de Strasbourg polyebromée. Sur la tablette repose une tasse, un saladier et un petit bol à peine grand comme la moitié d’un dé à coudre.
- Dans l’intérieur du buffet, on voit, par la porte entr’ouverte, l’extrémité d’un plat ovale aux bords contournés, enfin, sur le socle, sont dressées deux assiettes ornées de fleurs et de feuil-ages; au milieu de la tablette du buffet est dressé un plat à barbe en ancienne porcelaine de la Compagnie des Indes.
- Tous ces petits récipients sont si bien proportionnés à la grandeur du meuble, qu’en les voyant ainsi reproduits on a peine à croire qu’ils étaient réservés à l’usage exclusif de poupées tout juste hautes d’une coudée.
- Au Temps de Louis XVI on a fait encore des cuisines garnies de
- LA TENTATION
- d’après une gravure du premier Empire.
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- tous leurs ustensiles en cuivre rouge, et c’est probablement à un de ces intérieurs qu’il faut reporter cette petite fontaine à la Chardin qui, dans une de nos vitrines, côtoyait une petite console garnie de ses pots à lait, une ancienne bassinoire grande comme une pièce de un franc et quelques paires de chenets pas plus hauts que le petit doigt. '
- Nous ne pouvons manquer de signaler l’intéressante batterie de cuisine destinée à l’amusement des enfants, qui avait été exposée par M. A. Mazure. Ces objets, exécutés en cuivre jaune, avaient été traités avec un soin tout particulier et étaient l’exacte reproduction des ustensiles en usage dans les Flandres à la fin du dix-huitième siècle. Chacune des pièces portait uu poinçon, orné de la couronne royale, qui devait être la marque distinctive du maître chaudronnier, des mains duquel étaient sortis tous ces charmants modèles en réduction. D’après le style et l'ornementation de ces objets, il semble qu’on doit, d’une manière certaine, en faire remonter l’origine aux dernières années du règne de Louis XVI.
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- XI. — Cuisines et ménages en miniature aux Expositions de 1849 et de 1855.
- La fabrication des ménages de poupées ne pouvait manquer de tenter les industriels qui s’étaient fait une spécialité des jouets d’enfants ; aussi voyons-nous, dans plusieurs des Expositions de la première moitié du dix-neuvième siècle, que le sieur Collin, demeurant, 10, rue d’Anjou, était renommé pour la fabrication des jouets et des ménages qu’il exécutait avec le plus grand soin.
- Ce fabricant avait en outre exposé une cuisine dont les cuivres scintillants faisaient l’admiration de toutes les futures ménagères qui les apercevaient.
- En 1849, on avait exposé également des réductions de cuisines, d’ateliers, ainsi que de maquettes des principaux magasins d’épicerie et de nouveautés qui étaient alors en vogue.
- A la même époque, on fabriquait des ménages en porcelaine, en faïence et en terre cuite décorés à Paris, mais qui avaient été manufacturés dans les départements de Seine-et-Oise, de la Moselle et du Haut-Rhin.
- En 1855, cette branche d’industrie avait pris une grande extension, et le rapporteur de l’Exposition de cette année nous apprend que M. Larbaud « a monté à Paris un atelier pour la fabrication des petites batteries de cuisines et des ménages dont il fait un commerce considérable ». Le rapporteur ajoute que « l’on est vraiment surpris du soin et de la perfection avec lesquels ces petits objets sont faits ».
- On faisait alors également de petits objets de table en étain doré ou argenté, et ceux qui sortaient du magasin de M. Soldke attiraient particulièrement la faveur du public.
- INNOCENTES DISTRACTIONS d’après une vignette de la Restauration.
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- CHAPITRE IV
- JOUETS MILITAIRES
- Les soldats de plomb. — 1. Les soldats de plomb chez les Romains. — 2. Soldats de plomb et enseignes de pèlerinage au Moyen Age. — 3. Louis XIII et les petits hommes de plomb dressés sur la table percée. — 4- Une armée de soldats en argent de 5oooo écus. — 5. Armements commandés par Colbert à Nuremberg en 1662. — b. L’armée de carte faite par Henry Gessey en 1670. — 7. Fabriques de soldats de plomb à Nuremberg. — 8. Emploi du soldat de plomb pour l’éducation et l’instruction des enfants. — 9. Différentes espèces de soldats de plomb. — 10. Matière servant pour la fabrication des soldats de plomb. — 11. Supériorité des soldats du type plat. — 12. Fabrication des soldats de plomb dans des moules en bronze et en ardoise. — i3. Origine française du type en ronde bosse. — i4- Sujets divers fabriqués en plomb. — i5. Reproduction des événements de la vie civile. — 16. Soldats de démonstration. — 17. Soldats de démonstration Louis-Philippe. — 18. Le jeu de la guerre. — 19. Galère chargée de soldats de plomb. — 20. Scènes épisodiques de la vie militaire. — 21. Soldats de plomb des dix-huitième et dix neuvième siècles. — 22. Dimensions des anciens soldats de plomb. — 23. La Grande Armée. — 24. Soldats inversables. — 25. Les jouets en plomb à l’Exposition de i855. — 26. Une armée de soldats de carte au début du dix-neuvième siècle. — 27. Soldats en carton moulé du premier Empire. — 28. L’état-major de Napoléon III. — 29. Les petits soldats. — Leur emploi dans les caricatures et dans les pièces satiriques.
- Equipement militaire. — 1. Le jeu d’armes de Maximilien Ier. — 2. Le jeu de canonnière d’après le recueil de 1587. —3. Jouets militaires donnés à Louis XIII enfant. — 4- Les pétards au dix-septième siècle. — 5. L’artillerie enfantine au dix-neuvième siècle. — 6. Armes et armures d’enfants à l’Exposition de 1867.
- PREMIÈRE PARTIE
- LES SOLDATS DE PLOMB
- I. — Les soldats de plomb chez les Romains.
- e genre de petits jouets en plomb a été connu des Romains et, quoique les exemples qui sont parvenus jusqu’à nous ne soient pas nombreux, il paraît probable, cependant, que dès cette époque on fabriquait, pour ramusement des enfants, des petites figurines en métal moulé.
- Un des plus curieux exemples que l’on en puisse citer, est le petit César à cheval qui fut découvert de Pesaro. D’autre part, on a trouvé à Rossege en
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- Carinthie un cavalier de plomb monté sur une terrasse, qui semblerait bien avoir appartenu à la catégorie de ce que nous appelons aujourd’hui les soldats de plomb ; on ne saurait cependant se montrer absolument affirmatif sur ees différentes figurines, car il est bien difficile d’établir une distinction entre le cavalier du jeu d’échecs et les soldats à cheval servant à amuser les enfants.
- IL — Soldats de plomb et enseignes de pèlerinage au Moyen Age.
- Pour le Moyen Age, on cite différents objets qui rentrent dans cette catégorie : telles sont les figures de saint Georges et de saint Martin, la représentation de la fuite en Egypte et autres menus sujets qui sont autant des enseignes de pèlerinage que des jouets proprement dits.
- Pour tous ces petits diminutifs en plomb, il nous paraît du reste
- CAVALIER EN PLOMB DU XIIL SIÈCLE (Collection Meyers.)
- rationnel d’admettre la même théorie que M. Paul d’Estrée a développée dans son article sur la fabrication des jouets à bon marché à Notre-Dame de Liesse.
- Il est en effet bien évident que dans les lieux de pèlerinage, où les familles ne manquaient pas de venir au grand complet en amenant leurs enfants, les fabricants, ayant pour les parents des représentations d’objets
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- saints, ne manquaient pas de tenir leur boutique bien achalandée en futilités diverses pour les enfants.
- La plus ancienne et la plus incontestable représentation de soldats de plomb que l’on possède est un curieux cavalier qui remonte à la tin du treizième siècle; il faisait autrefois partie du cabinet de feu M. le professeur Serrure et il avait été acquis par le lieutenant général Meyers, qui l’a reproduit dans le catalogue de sa collection, publié à Bruxelles en 1877.
- UN CAVALIER DU MOYEN AGE TRAITÉ EN SOLDAT DE PLOMB (Collection de M. Victor Gay. — xive siècle.)
- Cette pièce, que l’on peut considérer comme une représentation à peu près unique des jouets d’enfants du temps de saint Louis, figure un chevalier bardé de fer, courant à bride abattue pour mériter le prix du tournoi. Il est, en effet, évident qu’à cette époque du Moyen Age, pour entretenir chez les enfants le sentiment des nobles traditions chevaleresques, on leur donnait de préférence, comme jouets, des reproductions de ces luttes en champs clos qui étaient le passe-temps favori de leurs parents. Cet apprentissage de la guerre était considéré comme une des plus utiles leçons que l’on puisse inculquer à l’adolescence, et cette manière d’envisager la vie était bien en rapport avec l’esprit des Croisés.
- Ce petit soldat de plomb est représenté sous ses deux faces, et toutes les pièces de l’armure et du harnachement sont indiquées par des lignes d’un dessin vigoureux; les étoffes sont reproduites par une sorte de quadrillé que la fonte du plomb a encore accentué davantage. Il mesure 6 centimètres de hauteur et devait, à l’origine, reposer sur une petite terrasse qui se trouve aujourd’hui repliée le long des jambes du cheval.
- On peut rapprocher de ce curieux spécimen le petit homme d’armes à cheval qui faisait partie de la collection de M. Victor Gay et publié par lui dans son Glossaire archéologique. C’est un cavalier couvert d’une riche armure, dont la tête est protégée par un casque conique ; de son
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- bras droit il tient une lance, tandis qu’un large bouclier protège le côté gauche. On remarquera le soin avec lequel est dessinée la terrasse servant à supporter ce petit groupe ; l'artisan a pris soin de la découper de manière à représenter un double ornement quadrilobé, sur lequel reposent les pieds du cheval.
- Nous possédons des données absolument certaines sur ces anciens
- SOLDATS DE CARTE, i> après une image populaire du début du règne de Louis XV.
- OFFICIERS DES GARDES FRANÇAISES
- (Collection de M. François Carnot.)
- jeux d’armes qui ont servi à exercer les fils des preux chevaliers du Moyen Age. Il existe, en effet, à Vienne, dans une des vitrines du Musée Impérial, deux jouets d’enfants qui remontent à la seconde moitié du quinzième siècle. Le catalogue (numéros 33 et 44) explique que ces deux petits cavaliers représentent des chevaliers harnachés pour un tournoi ; chacune des pièces, en bronze fondu, est montée sur roulettes et disposée de façon à donner l’illusion d’un jouet véritable : une cordelette de chanvre permettait de lancer les adversaires l’un contre l’autre avec une force telle, que les lances volaient en éclats pour la plus grande joie de la jeune assistance qui regardait ce combat héroïque (I).
- III. — Louis XIII et les petits hommes de plomb dressés sur la table percée.
- Ces anciens exemples de jouets militaires en étain sont rares, et il faut arriver jusqu’au dix-septième siècle pour trouver des mentions détaillées sur la manière dont étaient établies les petites armées servant à l’amusement des princes. Dans les mémoires d’Héroard, on voit que Louis XIII enfant reçut des jouets en argent qui peuvent être considérés comme les prototypes des soldats de plomb actuels.
- (1) Tous les documents contenus dans cet article nous ont été communiqués par M. Albert Figdor; nous sommes heureux de remercier ici cet érudit collectionneur et nous avons reproduit intégralement les renseignements qu’il a si heureusement l’ecueillis pour noti'e travail.
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- En 1606, on donne au futur roi de France « un trompette turc à cheval », puis, quelques jours plus tard, « un cheval noir et un gendarme dessus ». La même année, nous voyons le jeune prince remplir le rôle de grand maître de l’artillerie : « Mené au jardin, il fait attacher son » canon d’argent, avec une jarretière et la jarretière au derrière de la » ceinture de son tablier et se promène, la faisant rouler après lui ».
- SOLDATS DE CARTE, d’après une image populaire du début du règne de Louis XV.
- ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL ET ÉTAT-MAJOR DES TROUPES D’iNFANTERIE
- (Collection de M. Henry D’Allemagne.)
- En 1610, nous trouvons, toujours dans le même document, la mention absolument évidente de l’emploi des soldats de plomb pour l’amusement du jeune roi : « Il envoie quérir ses petits hommes de plomb, en dresse des escadrons sur la table percée ». Puis : « Il s’amuse à mettre en diverses figures de bataillons ses hommes de plomb ».
- IV. — Une armée de soldats en argent de 50000 écus.
- La plus remarquable armée en métal destinée à servir de jouet à un enfant est évidemment celle qui fut établie en 1650, pour apprendre à Louis XIV, à peine âgé de 12 ans, l’art de faire manœuvrer les troupes.
- Deux artistes de grand talent s’associèrent pour mener à bonne fin cette œuvre considérable; un sculpteur de Nancy, Georges Chassel, créa tous les modèles, cavalerie, infanterie, sans oublier les machines de guerre, et cette armée en miniature fut exécutée par l’orfèvre N. Merlin, avec un soin et une perfection remarquables.
- L’ensemble de ces troupes, ainsi qu’il est dit dans le Voyage de Lister à Paris, remplissait une quantité de boîtes et ne coûta pas moins de cinquante mille écus.
- G’est probablement à cette armée de soldats en argent qu’il est fait allusion dans la Muse de Cour par Perdon de Subligny; l’auteur nous parle de divers mouvements exécutés par ces braves guerriers qui
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- n’étaient cependant pas des automates, et il ne faut voir dans cette description qu’une certaine emphase poétique :
- On ne s’entretient à Paris
- Que d’une machine sans pris
- Qui vous vient, dit-on, d’Allemagne;
- On dit que par certain ressort Elle fait voir une campagne,
- Des lignes, des fossez, un fort,
- Une armée en bataille et tantost défilée,
- Diverses actions de différens soldats,
- Et mesme ordre et mesme embarras Qu’il se voit dans une mélée Que ces soldats d’argent massif,
- L’un sur un beau cheval qui se montre rétif,
- L’autre sur un qui court ou sur un qui se cabre,
- Tenant avec grâce à la main Ou le pistolet ou le sabre,
- Paroissenl animez d’un mouvement humain.
- Vous ne trouvez plus de délices,
- A ce qu’on dit, depuis le jour Que ces beaux soldats sont en cour,
- Que dans leurs petits exercices ;
- Tous les courtisans sont cbarméz De vous voir commander ces nouveaux armez Et de l’ordre qui part déjà de vostre teste Pour les faire marcher au combat qui s’apresle.
- V. — Armements commandés par Colbert à Auremberg en 1662»
- Cette merveilleuse armée d’argent dont nous venons de parler servit à l’amusement du dauphin, fds aîné de Louis XIV, mais on voit que Colhert n’hésitait «pas à s’adresser à l’étranger pour procurer au dauphin des jouets dignes de lui. Nous trouvons en effet, dans une lettre qu’il écrivit le 18 août 1662, à son frère Charles Colbert qui occupait alors la place d’intendant en Alsace, le passage suivant :
- « Je vous conjure de vous souvenir de ces petits armemens, comme pièces d’artillerie, figures d’hommes et de chevaux, que je vous ay prié de faire faire par les maislres les plus industrieux d’Augsbourg et de Nuremberg, pour servir aux divertissements de Mgr Je Dauphin. A quoy il me semble que l’on pourroit ajouter une petite attaque de place d’une jolie invention et qui fust bien exécutée, dont M. de Louvat, qui se rendra bientôt à Pbilipsbourg, et mon cousin pourroient prendre le soin. » (Correspondance de Colbert, tome V, page 2.)
- VI. — L’armée de carte faite par Henry Gessey en 1670.
- Quand le dauphin eut atteint sa huitième année, on se préoccupa de faire exécuter pour lui une armée d’un métal moins précieux que celle qui avait été établie par le sculpteur de Nancy, mais dont le
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- mérite artistique était au moins égal, sinon supérieur. Nous ne pouvons faire mieux sur ce sujet que de citer l’article que M. Gay a consacré dans son Glossaire archéologique au mot petite armée :
- 1669. — A Pierre Couturier, dit Montargis, 305 livres pour son paiement des journées
- UN RÉGIMENT DE CAVALERIE d’après Papillon (xv me siècle).
- qu’il a emploiiées à garder et gouverner la machine de la petite armée de Mgr le Dauphin de Viennois (Louis de France, né le premier novembre 1661) pendant les quatre derniers mois de l’année, à raison de 50 s. par jour. [Reg. du Très. Rog., Bibliothèque Richelieu, Ms Colbert, n° 19, f° 46.)
- 1670. — 22 septembre. Au sieur Gessey, pour employer au payement de partie des petites
- UNE CHARGE DE CAVALERIE d’après Papillon (xviii® siècle).
- figures de soldatz composant une armée de 20 escadrons de cavalerie et de 10 bataillons d infanterie de carte, que Sa Majesté a commandé estre faiste pour Mgr le Dauphin.... 6000 livres.
- ...28 octobre. A Henry Gessey, pour employer au paiement des ouvriers qui travaillent à faire une petite armée pour Mgr le Dauphin.... 6000 livres. — 24 novembre. Au sieur Jessey pour employer au paiement de la petite armée de Mgr le Dauphin.... 10000 livres. — 18 décembre. Au sieur Jessey pour employer au paiement des ouvriers qui travaillent à faire la petite armée de cartes de Mgr le Dauphin... 4000 livres. —28 décembre. Au sieur Jessey pour employer au paiement de ladite armée de cartes... 2000 livres. — 11 février 1671. Au sieur
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- Gissey, pour parfait remboursement de 28963 livres 14 sous à quoy monte la despense de la petite armée de Mgr le Dauphin... 963 livres 14 sous (Comptes de la maison du Roy, page 182).
- Les soldats de cartes n’ont pas été exclusivement fabriqués en France ; en effet, au Musée germanique de Nuremberg, on trouve, à
- LES BOMBARDIERS d’après Papillon (xvme siècle).
- côté d’une fort curieuse collection de soldats de plomb, une remarquable série de soldats de cartes exécutés avec un soin merveilleux.
- L’INFANTERIE d’après Papillon (xviii6 siècle).
- Il est vraiment à regretter que l’industrie moderne ait délaissé ce procédé, car il est à peu près évident que des soldats de papier traités avec soin ne pourraient manquer de jouir d’une grande faveur auprès des enfants.
- VII. — Fabrique de soldats de plomb à Xuremberg.
- L’industrie des soldats de plomb est essentiellement allemande et les plus célèbres fabriques se sont, depuis l’origine, toujours concentrées à Nuremberg.
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- LES SOLDATS DE CARTE AU XVIIP SIÈCLE gravés par Papillon.
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- C’est en effet au dix-huitième siècle que ce jouet d’enfant apparaît assez brusquement dans la vieille cité de Nuremberg. Les soldats de plomb semblent comme un écho des victoires du grand Frédéric, et le premier fabricant qui ait livré au commerce ce nouveau genre de jouet fut Jean-Georges Hilpert, qui mourut en 1794. Ce fabricant fut, dans sa partie, un véritable artiste, et représenta d’une manière remarquable le grand Frédéric, son état-major, ainsi que les principaux uniformes de l’armée prussienne.
- L’apparition des soldats de plomb à Nuremberg semble contemporaine des premiers arbres de Noël, dont ils ne devaient certes pas être une des moindres attractions.
- Dans les premières années du dix-neuvième siècle, les successeurs de Hilpert et Sthal coulèrent en plomb les effigies de Napoléon Ier et de ses maréchaux, d’Alexandre Ier et de Frédéric Guillaume, de Brunswick, etc... En dehors de ces personnages célèbres, les mêmes fabricants ne dédaignèrent pas d’octroyer l’immortalité aux « vieux de la vieille » et aux « prodigieux cosaques », car la transformation en jouets est la meilleure manière que l’on ait jamais connue d’assurer la popularité à une figure quelconque.
- VIII. — Emploi du soldat de plomb pour l'éducation et l'instruction des enfants.
- Le soldat de plomb n’est pas un jouet comme tous les autres ; il est incontestable qu’il a été créé pour servir de distraction aux enfants, mais, chez les Allemands, il est même quelque chose de plus. Nos voisins, qui savent admirablement tirer parti de l’influence que peut avoir le jouet sur l’éducation des enfants, ont fait du soldat de plomb un amusement en quelque sorte national destiné à réchauffer leur patriotisme et (à entretenir dans leur coeur les plus nobles traditions de l’honneur et du courage.
- Ceux qui, après Hilpert, ont continué à fabriquer pour le monde entier ces petits guerriers de métal, les Heinrichsen, se sont adressés aux meilleurs artistes de leur époque pour reproduire les plus célèbres batailles depuis la guerre de Troie jusqu’aux événements contemporains. De plus, pour rendre plus instructives ces reconstitutions du passé, ils ont eu recours à des notabilités du monde des lettres qui ont écrit de petites notices explicatives; par ce moyen, les enfants peuvent se mieux pénétrer des faits historiques dont ils ont les reproductions matérielles sous les yeux.
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- Tous les détails de l’équipement des soldats de plomb sont exécutés avec une scrupuleuse recherche de la vérité, car les fabricants se sont aperçus depuis longtemps que les enfants sont, sous ce rapport, des juges particulièrement sévères'.
- M. Léon Duplessis, consul de France à Nuremberg, a publié en 1889 une étude détaillée sur ce sujet, qui pourrait être utilement consultée par ceux de nos industriels qui voudraient suivre les exemples de ces maisons de Nuremberg.
- IX. — Différentes espèces de soldats de plomb.
- Il existe deux espèces de soldats de plomb absolument distinctes : le type plat et le type en ronde bosse.
- La plus ancienne est sans contredit le type plat; il dérive évidemment de ces soldats de cartes fabriqués pour le dauphin et dont on retrouve plusieurs exemples pour les deux derniers siècles.
- X. — Matière servant pour la fabrication des soldats de plomb.
- A l’origine les soldats de plomb étaient, ainsi que leur nom l’indique, fabriqués avec du plomb ; l’emploi de cette substance présente un grave inconvénient, celui de pouvoir être nuisible pour les enfants qui les porteraient à leur bouche ; en second lieu les jouets fabriqués avec cette matière ne sont pas suffisamment malléables. Le plomb, en effet, qui a été tordu et détordu une fois ou deux, casse net à l’endroit où il a été plié.
- On emploie maintenant une combinaison d’étain et d’antimoine qui est à la fois plus flexible et plus résistante ; aussi, de nos jours, les enfants peuvent-ils redresser les fusils et remettre en place les sabres de tous ces braves guerriers, sans avoir à craindre que ces armes terribles ne se brisent entre leurs mains.
- Un des autres avantages qui font rechercher cette composition, c’est que cet alliage reste toujours brillant, ce qui est d’un grand intérêt pour donner l’illusion du fer poli des armes et des cuirasses : ce métal se rapproche très sensiblement de celui qui est employé pour les caractères d’imprimerie.
- Les anciens soldats de plomb qui sont parvenus jusqu’à nous sans avoir été coloriés sont devenus complètement noirs, et l’éclat du nouveau métal a été une des raisons dominantes de son adoption.
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- XI. — Supériorité des soldats du type plat.
- Le type plat est infiniment préférable sous tous rapports au type en ronde bosse ; il présente d’abord le grand avantage de la légèreté et de la modicité de son prix, puisqu’il est environ trois fois moins lourd et par suite trois fois moins cher que l’autre ; de plus, il se prête mieux à un groupement en ordre de bataille et, quand toutes les unités employées
- LA MUSIQUE MILITAIRE
- d'après une gravure de mode éditée a Augsbourg AU XVIII» SIÈCLE.
- sont bien à la même échelle, c’est le meilleur moyen d’obtenir la plus complète illusion de la réalité.
- Les soldais de plomb du type plat font l’objet d’un commerce beaucoup plus important que celui des soldats en ronde bosse ; entre autres avantages, le type plat prend moins de place dans les boîtes et est par suite d’un emballage et d’un transport beaucoup plus faciles.
- En France, les boîtes de soldats de plomb, qui sont faites en un bois résineux tranché fort mince, proviennent presque toutes de Gérardmer, dans les Vosges.
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- En Allemagne, la fabrication des boîtes en bois contenant les soldats de plomb est concentrée dans la petite ville de Sonnenberg en Thuringe; c’est du reste là, ainsi cjue nous l’avons vu, que se font la plupart des jouets en bois que l’Allemagne exporte chaque année.
- Le type plat offre enfin une dernière supériorité pour la fabrication des soldats de ,plomb : en raison de la modicité du prix des moules, on peut renouveler les modèles plus souvent et par suite suivre plus exactement le goût du jour.
- XII. — Fabrication des soldats de plomb dans des moules en bronze et en ardoise. *
- Au dix-huitième siècle, le type plat était le seul qui fût connu ; les soldats étaient coulés dans des moules en bronze formés de deux parties, l’une servant à façonner le devant, et l’autre, le dos du soldat. Ces moules étaient munis de rivets correspondant à des trous percés dans l’autre partie : cette disposition avait pour but d’empêcher les deux moitiés du moule de glisser, car sans cette précaution on aurait obtenu des épreuves défectueuses. A la partie extérieure de chacune des parties du moule, le fabricant a rivé une tige de fer destinée à être fixée dans un manche en bois : cette disposition permettait de saisir le moule à deux mains et de le tenir fortement serré, tandis qu’une autre personne versait par en haut le métal en fusion. A la partie supérieure du moule était réservé un conduit en forme d’entonnoir, permettant au métal en fusion de se répandre dans toutes les parties du moule. L’artisan chargé d’établir ces matrices devait avoir la précaution de les graver de telle sorte, que le métal ne rencontrât aucun obstacle et pût aisément se répandre dans toutes les parties qui avaient été réservées à cet effet.
- Les moules devaient être tenus verticalement au-dessus d’une table de pierre ou de métal, car nous voyons que l’emplacement destiné à mouler la terrasse sur laquelle reposent ces petits guerriers, est formé d’une simple élégie prise aux dépens du moule en bronze, et cette disposition a été adoptée de préférence à toute autre pour que la pièce, une fois fondue, pût aisément sortir du moule. Les soldats de plomb étaient presque toujours placés deux par deux dans un même moule, un officier et un simple troupier, un musicien et un soldat.
- Actuellement, la fabrication est tout autre, on a abandonné les moules en bronze qui avaient l’inconvénient d’être fort chers à établir et de s’user très vite. De nos jours, on emploie des moules en ardoise formés
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- MESSAGER CROATE ALLANT PORTER DES TROUPES FRAICHES A RADETZKY
- ü‘APRÈS UNE CARICATURE ITALIENNE DU XIXe SIÈCLE
- IHIOV
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- de deux plaques munies d’un système d’emboîtage qui leur permet de s’ajuster l’une sur l’autre.
- Avant de laisser pénétrer dans les parties laissées vides le métal en fusion, on doit avoir le soin de recouvrir de plombagine tout l’intérieur du moule.
- Les soldats de plomb, une fois fondus, sortent de leur enveloppe aussi brillants que de l’argent bruni ; ils sont alors remis aux mains d’habiles ouvrières dont le métier consiste à enlever les bavures venant de la fonte : c’est ce qu’en terme de métier on appelle la « reparure ».
- Garde a vous !
- Pour les sujets plus compliqués, tels que les petites voitures, chariots, locomotives, l’ouvrage de ces ouvrières consiste à plier, suivant certaines lignes, le modèle qui a été fondu à plat. Une autre équipe d’artisans reprend ensuite ces objets pour fixer, au moyen de la soudure, les pièces qui doivent compléter cet assemblage.
- Quand les soldats de plomb sont prêts à recevoir le décor, on les remet à des femmes qui font chez elles ce travail. A cet effet, elles enfilent dans une mince baguette toute une rangée de ces braves guerriers et, après avoir étalé sur la table une série de coupes contenant les différentes couleurs, elles procèdent à l’habillage en mettant successivement sur chaque troupier les couches de peinture au même endroit.
- Actuellement, il existe en Allemagne 20 fabriques occupant 150 ouvriers sans compter les ouvriers en chambre chargés de la peinture, qui sont environ trois à quatre fois plus nombreux.
- La production annuelle des soldats de plomb atteint le chiffre de
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- 1250000 francs, dont les deux tiers au moins sont pour l’exportation.
- Le prix de ce genre de jouets est extrêmement variable, suivant la qualité de la matière employée et le soin apporté au décor. Des séries de 144 boîtes contenant chacune 10 soldats, c’est-à-dire une armée de 1440 hommes, sont livrées au commerce à des prix variant depuis 7 fr. 50 jusqu’à 225 francs.
- XIII. — Origine française clu type en ronde bosse.
- Le type en ronde bosse peut être considéré comme ayant été inventé
- LE DÉSERTEUR
- d'après une lithographie de Chawlet.
- en France : c’est du moins ce qui résulte du témoignage d’un auteur qui ne peut être suspecté de partialité en notre faveur.
- Gœtlie, dans son livre intitulé Poésie et Vérité, a intercalé un conte d’enfant qu’il dénomme le Nouveau Paris. On voit qu’à cette époque les
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- JOUETS A MUSIQUE REPRÉSENTANT DES SOLDATS ALLEMANDS
- (modèles tirés de l’album d’un fabricant de jouets)
- ÉPOQUE EMPIRE
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- soldats de plomb étaient déjà considérés comme Je jouet favori de la jeune génération :
- Alerte apporta plusieurs boîtes dans lesquelles je pus apercevoir un petit monde de guerriers entassés les uns sur les autres ; je dois avouer que je n’avais jamais rien vu d’aussi beau. Ce n’était pas des cavaliers de plomb plats comme les nôtres, mais des hommes et des chevaux fabriqués en ronde bosse avec les corps parfaitement formés ; tout ce travail avait été exécuté avec une remarquable habileté.
- Le meme auteur, dans une charmante fantaisie, nous fait assister à la bataille que se livrent ces minuscules armées. Le combat a lieu « entre » les amazones et la cavalerie grecque ; on entend siffler de petites balles » d’agate qui vont porter la mort dans les rangs ennemis. Mais les » victimes de ces coups de canons ne tardent pas à se relever, afin de » recommencer la lutte pour le plus grand plaisir des enfants ».
- Ce passage de Goethe est peut-être le premier hommage littéraire rendu à ces modestes soldats de plomb qui ont depuis causé le bonheur de tant de milliers d’enfants, sans compter les parents qui n’ont pas manqué de s’intéresser à ces jeux.
- La fabrication des soldats en ronde bosse est complètement différente de celle du type plat ; chacune des pièces qui compose ces petits personnages est fondue séparément et c’est au dernier moment que les pièces sont ajustées et soudées les unes aux autres. Il en peut résulter quelquefois une confusion au point de vue des uniformes et même des nationalités qui se trouvent ainsi mélangées d’une manière fâcheuse.
- Goethe n’a pas été le seul littérateur à s’occuper des soldats de plomb en ronde bosse ; à une époque presque contemporaine, Andersen a écrit, en effet, sur les soldats d’étain massif, un conte pour les enfants qui est considéré en Allemagne comme un véritable chef-d’œuvre en ce genre.
- XIV. — Sujets divers fabriqués en plomb«
- C’est évidemment la vie militaire que l’on s’est appliqué le plus souvent à reproduire au moyen de toutes ces figurines ; mais ces représentations sont loin d’avoir été exclusives des autres sujets et ce serait mal juger l’ingéniosité des fabricants, que de croire qu’ils n’ont pas su trouver de modèles dans un ordre d’idées différent. Nous avons eu, sur cette matière, les documents les plus intéressants fournis par un collectionneur distingué doublé d’un érudit, M. Coisel, qui nous a montré les curieux spécimens que renferme sa collection particulière.
- Une des plus importantes pièces est ce tournoi qui a été édité vers 1840 et qui est la reproduction exacte d’une miniature du quinzième
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- siècle. La pièce principale représente la tribune d’honneur où se pressent nobles dames et illustres seigneurs venus pour assister aux grands coups d’estoc et de taille que vont s’administrer les valeureux chevaliers combattant pour faire triompher les couleurs de leurs dames.
- Pour donner une plus parfaite apparence de réalité, toutes les ligures, après avoir été découpées, sont plaquées sur un fond destiné à donner l’illusion de la profondeur. Cette scène de tournoi est très importante ; elle comprend deux fous vêtus de leur costume bigarré, plusieurs hérauts d’armes couverts de superbes vêtements, qui embouchent la trompette pour annoncer le début du combat ou faire entendre une fanfare d’honneur célébrant les exploits du vainqueur. Les principaux acteurs de la scène sont des chevaliers couverts de brillantes armures et montés sur des chevaux richement caparaçonnés ; des lices aux couleurs blanches et bleues indiquent les limites du champ clos.
- XV. — Reproduction des événements de la vie civile.
- La représentation des événements contemporains a tenté également les éditeurs de ces jouets en plomb ; c’est à cette catégorie d’objets qu’il faut attribuer une curieuse reproduction de l’avenue des Champs-Elysées, que nos voisins d’outre-Rhin fabriquaient couramment pour le commerce d’exportation. Quelques années avant la guerre de 1870, ce jouet était livré au commerce dans de petites cassettes en bois de sapin recouvertes de papier mordoré et portaient, à côté de l’indication du nom du fabricant J.-C. Allgeyer, la mention des médailles remportées à l’Exposition de 1867.
- Dans cette amusante reconstitution, on distingue tout d’abord un magnifique arc de triomphe tout en plomb sur lequel se détache le groupe monumental de Rudde ; tous les autres bas-reliefs sont représentés avec une scrupuleuse exactitude. A l’autre extrémité de l’avenue nous trouvons une imitation quelque peu problématique de la place de la Concorde avec son Obélisque et quatre des statues monumentales. Certes, les proportions ne sont pas rigoureusement gardées, et cette dame qui se promène avec son ombrelle marquise, arrive facilement à la hauteur de la statue de la ville de Strasbourg, mais on aurait mauvaise grâce à reprocher, au fabricant, cette légère erreur.
- De chaque côté de l’avenue sont deux rangées d’arbres, qui figurent la promenade chère aux Parisiens et, sur les bords de la route, les candélabres à deux branches alternent avec les modestes becs de gaz.
- On fabriquait déjà à cette époque des pièces compliquées et, il y a
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- LA GRANDE ARMÉE
- Soldats en bois sculpté et peint
- (collection de m. fabius)
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- quarante ans, les enfants pouvaient s’amuser avec de petites voitures forme gondole dont les roues memes étaient mobiles autour de leur essieu.
- Le meme fabricant a reproduit par un procédé identique d’autres lieux de délices des Parisiens : c’est ainsi que nous avons retrouvé un jouet
- L’EXERCICE A L’ÉCOLE d’apkès une lithographie de 1820.
- figurant le Jardin de Tivoli avec sa grille armoriée, sa buvette en plein air et le kiosque des musiciens occupé par l’infanterie de ligne.
- Dans ces jouets, tous les détails sont traités avec un grand souci de se rapprocher le plus possible de la réalité; il n’est pas jusqu’aux arbres eux-mêmes, auxquels on ne se soit appliqué à donner autant de mouvement que le comporte la matière employée.
- XVI. — Soldats de démonstration.
- Les soldats de plomb n’ont pas seulement servi à amuser les enfants, ou à flatter la manie des collectionneurs d’uniformes, mais on a pris soin de faire aussi toute une série de modèles désignés sous le nom de soldats de démonstration.
- Dans la collection de M. Coisel, nous avons rencontré six petits sujets destinés à représenter des cavaliers. Ces petits personnages sont en ronde bosse et ils ont été faits en un métal extrêmement épais; la terrasse sur laquelle ils reposent est beaucoup plus massive que celle des soldats ordinaires. Comme ils étaient employés pour expliquer aux soldats les divers mouvements de troupe, on a pris soin de distinguer le capitaine
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- en plaçant sur sa tête une masse de métal, assez disgracieuse du reste, mais qui présente le double avantage de le caractériser d’une manière absolue et ensuite de permettre à l’officier instructeur de le saisir plus facilement entre ses doigts. .
- XVII. — Soldats de démonstration Louis-l'hllippe.
- En dehors des cavaliers employés pour figurer les mouvements de détachements à cheval, on a fait aussi, pour l’infanterie, des petits soldats
- de démonstration d’un genre assez particulier.
- Il nous a été donné, dernièrement, de rencontrer une série de six de ces pièces qui présentent un réel intérêt. Ce sont des soldats du temps de Louis-Philippe, faciles à reconnaître à leur immense shako sur lequel on peut encore apercevoir un coq. Ces braves troupiers, assez semblables à des pions de jeu d’échecs, sont simplement fi-gurés à mi-corps; ils reposent sur une embase ronde percée d’un trou circulaire : cette disposition devait permettre de les placer sur des croisillons mobiles dont le mouvement
- croisillon pour la manoeuvre des soldats figurait assez bien une armée
- en marche.
- Ces petits soldats de démonstration se distinguent par des inscriptions indiquant que le premier représente le colonel, le second le lieutenant-colonel et les autres les divers détachements.
- Actuellement, pour les cours de manœuvre dans l’armée allemande, on ne se sert plus des antiques spécimens ayant l’apparence d’un cavalier ou d’un fantassin, on emploie des plaques massives dont la couleur et la forme varient suivant l’importance des détachements que l’on veut figurer..
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- XVIII. — Le jeu de la guerre.
- La Franco fut toujours pitoyable aussi bien pour les pauvres que pour les opprimés, et les sympathies qu’elle témoigna à la Pologne en sont une preuve irrécusable. Un des plus célèbres généraux de ce pays, Mierolawski, qui s’était retiré en France après 1848, voulut témoigner à
- l^A Gverre
- COMPOSITION DE CLAUDINE BONZONNET STELLA
- (XVIIe SIÈCLE.)
- sa patrie d’adoption son sentiment de reconnaissance et ce fut pour elle qu’il écrivit son traité du jeu de la guerre, que les Allemands s’empressèrent d’utiliser eu le désignant sous le nom de « Kriegesspiel ». Le champ de bataille est une carte d’état-major dressée à une assez grande échelle pour pouvoir installer les soldats de plomb destinés à figurer les effectifs des diverses armées. L’habileté de ce jeu consiste à savoir utiliser adroitement les endroits fortifiés et à profiter de tous les accidents naturels du terrain. Certaines règles précises attribuent la victoire à celui des joueurs qui a su adopter, pour l’emplacement de ses troupes, la position la plus favorable; on suppose alors que, dans la réalité, la victoire lui aurait infailliblement été assurée.
- Le jeu de la guerre a été un des passe-temps favoris des souverains,
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- qui trouvaient ainsi l’occasion de faire, en miniature, des campagnes aussi instructives et moins meurtrières que dans la vie réelle.
- L’empereur de Russie Nicolas Ier avait, paraît-il, pour ce jeu, une véritable prédilection ; on conserve encore précieusement à Saint-Pétersbourg, au Palais d’hiver, la carte dont il se servait pour faire évoluer son armée de soldats de plomb. On raconte qu'un jour, se trouvant à Berlin, il engagea une partie avec celui qui devait être plus tard Guillaume Ier ; les deux armées se rencontrèrent à Bautzen, où eut lieu une bataille décisive dans laquelle le tsar de toutes les Russies remporta une victoire complète.
- XIX. — Galère chargée de soldats de plomb.
- A l’Exposition rétrospective des jouets, les soldats de plomb étaient représentés d'une manière fort honorable ; signalons d’abord cette
- galère que nous avons reproduite avec autant de soin que mérite une pièce de cette importance. A l’arrière, se tiennent deux clairons tandis qu’à côté d’eux les artilleurs s’apprêtent à mettre le feu à une minuscule pièce de canon. Entre les mâts, sur le pont de cette galère, 12 soldats vêtus de l’habit bleu au parement rouge exécutent une décharge de mousqueterie. Tout à fait à l’avant du bateau, un artilleur vient de mettre le feu à un mortier d’où s’échappent des torrents de fumée.
- Les matelots n’ont pas été oubliés, on aperçoit quatre braves marsouins occupés à grimper dans les cordages ; tout en liant du grand mât, dans une sorte de corbeille, se tient assise une vigie qui, les bras en l’air, exécute, au moyen de ses bras étendus, une série de signaux.
- Au point de vue de la fabrication, nous ferons remarquer que les soldats qui sont à bord de ce vaisseau de guerre appartiennent au type plat; l’ancre, les canons et le mortier sont de la même fabrication; quant au bâtiment lui-même, il est formé de surfaces plates soudées les unes aux autres; il mesure 13 centimètres de longueur sur une largeur de 4 centimètres; sa hauteur est de 19 centimètres et toutes les pièces qui le composent sont entièrement en plomb.
- PREMIER ESSAI D’EQUITATION D’UN JEUNE MILITAIRE d'après exe image populaire du début
- DU XIXe SIÈCLE.
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- Phot. Larger,
- Chapon, Paris.
- GALÈRE GARNIE DE SOLDATS DE PLOMB
- (COLLECTION DE M. HENRY d’aLLEMAGNE)
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- Il existe, au Musée germanique de Nuremberg, un autre petit bateau à peu près identique; la seule différence consiste dans le nombre des mâts qui, dans ce spécimen, sont au nombre de trois. Il est cependant à peu près évident que les plaques formant les grands cotés ont été fondues dans le même moule et que cette dissemblance provient seulement d’une fantaisie du monteur, qui a, par cette addition, cherché à agrémenter son œuvre.
- XX. — Scènes épisodiques de la vie militaire.
- On a fait également, au dix-huitième siècle, des reproductions de scènes militaires d’un genre mixte; les personnages qui composent ces divers épisodes sont en plomb recouvert d’une peinture vernie; tous les accessoires, au contraire, sont en bois décoré ou laissé dans sa couleur naturelle, suivant les besoins de la cause.
- Nous possédons un échantillon de ce genre de travail; il est représenté par six petits groupes qui, en raison de leur exiguïté, ont passé à peu près inaperçus au milieu des autres objets qui figuraient dans les vitrines.
- La principale scène représente des soldats dans une ferme occupés à faire bombance; ils sont au nombre d’une demi-douzaine assis autour d’une table chargée de victuailles; quelques paysans sont occupés à les servir. Au centre de la terrasse, on voit trois énormes tonneaux, qu’un soldat est consciencieusement occupé à vider dans des baquets. Sur la droite se trouve un petit groupe de deux soldats, dont l’un offre sa gourde à un camarade.
- La seconde scène représente une voiture destinée à aller chercher le fourrage pour la compagnie; un peu plus loin on trouve un autre équipage, qui constitue tout à la fois l’ambulance et la voiture chargée de porter les vivres pour les soldats ; des quartiers de moutons sont entassés dans des paniers ou pendent sur les côtés de la voiture. A l’intérieur, deux hommes gisent lamentablement sur des matelas.
- La cuisine en campagne est figurée par un soldat agenouillé, faisant bouillir la marmite au-dessus d’un feu installé en plein champ.
- LA PETITE ARMÉE d'après une image populaire du début
- I)U XIXe SIÈCLE.
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- Une autre petite scène représente la forge : un maréchal et son aide sont occupés à ferrer un cheval blanc encore tout harnaché.
- L’exercice du canon n’a pas été oublié : six servants se tiennent autour d’une pièce qu’ils s’apprêtent à faire partir à l’aide d’une mèche placée à l’extrémité d’une longue tige de fer. Dans ces divers petits sujets, les personnages et les animaux seuls sont en plomb, les voitures sont en bois peint et laqué. Les terrasses sur lesquelles reposent ces diverses petites scènes sont formées d’une planchette couverte d’un petit sable tin maintenu au moyen d’une couche de colle.
- Les divers personnages mesurent environ de 32 à 35 millimètres de hauteur; les chevaux et les voitures sont faits à la même échelle.
- L’ensemble de ces objets est traité avec un grand soin, mais on ne saurait leur attribuer une origine française et, à l’inspection des uniformes, il est à peu près certain que c’est dans la ville de Nuremberg qu’ils ont été fabriqués par quelque habile artisan.
- XXI. — Soldats de plomb des dix-huitième et dix-neuvième siècles.
- Une collection de soldats de plomb bien pins précieuse a été obligeamment prêtée par M. François Carnot.
- Le cavalier qui se trouve sur la première ligne est un officier des gardes du corps de la maison du roi Louis XV (1). Les trois soldats qui marchent à la suite sont des grenadiers de la garde prussienne du roi Frédéric II, 1744-1750. Vient ensuite un fantassin Louis XV, dont nous avons retrouvé le moule qui avait servi à le fondre. Les trois derniers soldats de la première ligne et les quatre premiers de la seconde ligne représentent l’infanterie légère française vers 1797. Les soldats, qui portent le schako surmonté d’un pompon rouge, appartiennent à la même arme, mais ils ne datent que de 1801. Les trois derniers soldats de la seconde ligne et les trois premiers de la troisième portent runiforme de l’infanterie de ligne espagnole vers 1805, troupes de la division de la Romania. Le fifre et le tambour qui viennent ensuite dépendent de l’infanterie légère du régiment de Guadalaxara, tandis que le dernier troupier est un sapeur de la garde.
- Le cavalier qui précède les quatre hussards est l’officier des troupes d’infanterie légère de la division de la Romania ; derrière lui viennent quatre hussards figurant le premier régiment de lanciers de la garde
- (1) Nous sommes redevables de tous ces renseignements à M. G. Glasser, sous-directeur des chemins de fer du Midi, dont l’érudition n’a d’égale que la bonne grâce avec laquelle il veut bien en faire profiter ceux qui ont recours à lui.
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- SCÈNES ÉPISODIQUES DE LA VIE MILITAIRE formées par des soldats de plomb de l’époque Louis XV
- (COLLECTION DE M. HENRY d’aLLEMAGNe)
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- en 1810. Le cavalier suivant appartient au régiment de hussards du temps de Louis-Philippe. Directement au-dessous se trouvent des officiers et des soldats d’infanterie de ligne 1830, ainsi que la musique de la meme arme vers 1841-1850.
- Au bas de la page, on voit deux cosaques du Dou, 1813-14, la lance en
- AMUSEMENT I)’UN BON PÈBE ET SOUMISSION o'uN BON FILS
- Le roi Charles X est représenté en jésuite et tient sur ses genoux son fils le duc d’Angoulème. — Caricature relative à l’expédition d’Espagne.
- arrêt, ils semblent s’apprêter à pourfendre une innocente bergère assise au milieu d’un troupeau de moutons et de chèvres qu’elle garde paisiblement. Dans cette curieuse collection de soldats de plomb, la plus grande partie était, comme on le voit, destinée à représenter l’armée française; cependant il est à peu près évident que tous ces jouets ont été fabriqués en Allemagne, probablement à Nuremberg : de nos jours encore, c’est de cette ville que toutes les puissances tirent leurs petites armées de métal.
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- XXII. — Dimensions des anciens soldats de plomb.
- Les anciens soldats de plomb étaient d’ordinaire beaucoup plus grands que ceux qui se fabriquent actuellement; avec leurs fusils, les soldats de la division de la Romania mesurent 11 centimètres; dans la même arme, les olficiers et les sapeurs sont environ un centimètre plus petits.
- Les cavaliers, chose étonnante au premier abord, sont beaucoup moins grands que les fantassins, ils ne mesurent que 9 centimètres de haut. Les grands grenadiers de la garde prussienne du roi Frédéric II mesurent 8 centimètres un quart. Les lanciers de la garde ont 9 centimètres. Les soldats d’infanterie légère ne mesurent que G centimètres et demi; enfin, les soldats du temps de Louis-Philippe, dont le schako, d’une dimension déjà fort raisonnable, est surmonté d’un interminable plumet, ont 62 millimètres de hauteur.
- Dans la fabrication actuelle, on a adopté pour les soldats deux grandeurs déterminées, 30 millimètres pour l’infanterie et 40 millimètres pour la cavalerie.
- XXIII. — La grande armée.
- A une époque assez rapprochée de nous, les fabricants se sont complu à reproduire en ronde bosse le type du premier Empire ; telle est la grande armée, dont les cavaliers sont mobiles et qui, par l’ensemble de sa fabrication, se rapproche des procédés actuels.
- XXIV. — Soldats inversables.
- Dans le premier quart du dix-neuvième siècle, on fabriquait à Paris de petits soldats qui étaient qualifiés d’immortels; ces petites figures, qui étaient connues sous le nom de «prussiens », étaient composées de moelle de sureau fixée sur la moitié d’une balle de plomb. En raison de la légèreté de cette matière, le centre de gravité de l’hémisphère en plomb tendait toujours à ramener dans la position verticale ces petits soldats qui, à peine étendus sur le sol, se relevaient avec une énergie toujours nouvelle.
- XXV. — Les jouets en plomb à l’Exposition de 1855.
- Nous savons, par le journal le Bon Génie de 1826, qu’il y avait alors à Paris, dans le quartier Saint-Martin, une importante fabrique de soldats d’étain. Toutefois, ce sont toujours les étrangers qui ont eu la spécialité de ce genre de fabrication.
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- SOLDATS DE PLOMB DES XVIIIe ET XIXe SIÈCLES.
- (COLLECTION DE M. FRANÇOIS CARNOT)
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- Dans le rapport de l’Exposition de 1855, nous voyons que M. Sohlke, de Berlin, avait exposé une représentation de la bataille de l’Alma en soldats d’étain : c’était une œuvre compliquée, pleine de mouvement et
- UN FUTUR TAMBOUR-MAJOR AU JARDIN DU PALAIS-ROYAL
- d’après une caricature DU COMMENCEMENT DU XIXe SIÈCLE.
- d’intérêt; les attitudes des différents personnages avaient un cachet de naturel que l’on trouve rarement dans ce genre d’objets.
- M. J.-Tli. Haselbach, de Berlin, avait présenté, à la même Exposition, des soldats et des représentations de navires en étain qui étaient très bien fabriqués.
- Dans cette Exposition de 1855, on pouvait voir également des soldats en bois représentant les uniformes français qui venaient d’être nouvellement introduits dans l’armée. Ce travail provenait de l’Allemagne et avait été exposé par M. Huelse de Dresde. Ainsi qu’on le voit par ce rapide exposé, nous étions alors complètement tributaires de nos voisins d’outre-Rhin pour cette importante branche de l’industrie du jouet, et aujourd’hui encore, notre pays ne peut complètement suffire à la production de cet article si apprécié de tous les enfants.
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- XXVI. — Une armée (le soldais de earle au début du c'Iix-neuvième siècle.
- Au moment des glorieuses campagnes de Napoléon Ier, un simple ouvrier boulanger de Strasbourg, M. Boersch, conçut l’idée de reproduire d’une manière vivante les innombrables corps de troupes qui passaient alors à Strasbourg pour aller à la conquête du monde.
- Dans une humble échoppe s’ouvrant sur la rue par une large baie en plein cintre, cet ingénieux artisan, une fois son travail terminé, dessinait la silhouette des soldats qu’il avait rencontrés dans les rues de la vieille cité, et, quand son image avait été ainsi soigneusement établie,
- LES SOLDATS DE CARTE SOUS LE SECOND EMPIRE d’après la vignette ornant iæ couvercle d'un jeu de découpage.
- il en découpait habilement les contours à l’aide d’un canif et, au moyen de couleurs qu’il avait soin de préparer lui-même, il retraçait sur son papier les brillants uniformes qui, comme un clair rayon de soleil, avaient gaiement traversé la vrille.
- M. Boersch était un artiste consciencieux; pour n’omettre aucun détail, il invitait à venir se reposer dans sa demeure quelques soldats des régiments que l’étape avait amenés à passer la nuit à Strasbourg.
- Il est intéressant dé rapprocher par le souvenir cette armée de soldats
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- de carton que l’on pourrait, à bon droit, comparer à celle qui fut établie par Henri Gessev en 1670 pour le Dauphin, fils de Louis XIV.
- Les soldats de carton qui ont été fabriqués à Strasbourg vers 1810, présentent cette particularité qu’ils donnent les renseignements les plus précis sur les uniformes et sur les accessoires de toutes les armées qui se firent les auxiliaires du grand Empereur.
- i Boersch établissait tout d’abord une maquette, puis, petit à petit, les régiments se formaient et les officiers se trouvaient à la tète des corps de troupes, qu’on peut évaluer facilement à 200 ou 300 hommes. Actuellement, tous ces brillants militaires, rangés par régiment, sont pieusement conservés dans des boites en carton, où des étiquettes, ornées d’une vignette dans le goût de l’époque, indiquent si c’est la légion noire ou les chasseurs à cheval qui vont se dresser fièrement devant nous dans leur attitude de combat.
- C’est véritablement la Grande Armée que l’aimable dépositaire de ce trésor, M. Kolb, a fait défiler devant nos yeux; il ne faut pas compter, en effet, moins de 5000 hommes, répartis en 36 régiments qui forment un des plus vivants souvenirs de ces temps héroïques, qu’il nous soit encore donné de posséder.
- XXVII. — Soldats en carton moulé du premier Empire.
- Dans les premières années du dix-neuvième siècle, on a fabriqué de grands soldats de carton creux représentant les grenadiers de' la garde impériale ; nous avions exposé un spécimen de ce genre de jouet, qui figurait un sergent-major portant au bras gauche les chevrons d’ancienneté. L’uuiforme de cette arme d’élite est reproduit, dans ce jouet, avec une rigoureuse exactitude; on retrouve l’immense bonnet à poil de ces vieux braves et leur impeccable culotte de peau.
- Ce genre de soldats devait être d’une vente assez courante, puisque le fabricant qui les a édités a pris soin de faire estamper sur une mince feuille de papier cuivré le glorieux aigle de Napoléon 1er. Les fusils sont en bois et la batterie est indiquée par un petit ornement en étain fondu spécialement à cet effet. Ces vétérans portent en outre, suspendu à un baudrier de peau, un sabre en étain fin, contenu dans un fourreau de cuir noir.
- Tous les détails du costume ont été traités avec un égal soin, depuis les épaulettes jusqu’aux parements de l’habit. Quelques-uns de ces grenadiers porteut, en outre, sur leur poitrine, l’étoile des braves, formée
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- d’une mince feuille de papier doré et estampé ; ils sont montés sur une terrasse carrée peinte en vert et mesurent 32 centimètres de hauteur.
- Ces guerriers en carton, d’un travail aussi soigné, devaient être d’un prix de revient assez élevé ; dans la suite, on imagina de simplifier
- le travail en employant du carton moulé. Dans le recueil des brevets d’invention, à la date du 12 septembre 1845, nous trouvons la description d’une invention due à un sieur Eckel, qui proposait d’établir en carton comprimé tous les jouets qui étaient autrefois fabriqués en plomb ou en étain.
- / Nous avons eu la bonne fortune de rencontrer des spécimens de ce genre de fabrication qui ont été édités au moment de la guerre de Crimée. M. René Musnier, l’heureux possesseur de ces curieux jouets, nous a communiqué une douzaine de grenadiers de la garde impériale française,
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- facilement, reconnaissables à leur pantalon bleu à bande rouge ; ces petits soldats étaient destinés à se mesurer contre des fantassins russes, qui portent déjà le grand vêtement gris ardoise destiné à rendre les troupes moins visibles à une certaine distance. Ces soldats sont armés de fusils à baïonnette en étain tin, et c’est, du reste, la seule partie métallique du jouet. Ils présentent aussi cette particularité qu’ils sont tous variés de mouvement ; les attitudes de ces petits personnages sont fort intéressantes, et, s’ils présentent, dans les détails du costume, un peu moins d’exactitude que les soldats de plomb, ils ont, sur ces derniers, la supériorité d’être infiniment plus solides et de mieux ressembler à des jouets destinés à l’amusement de l’enfance.
- XXVIII. — L’Etat-Major de Xapolcon III.
- C’est par un procédé analogue que l’on a établi une curieuse série de portraits représentant le grand Etat-Major de Napoléon III, et dont un exemplaire (1) est tombé entre nos mains.
- Ce jouet, qui est plutôt une œuvre d’art de sculpture, qu’un amusement destiné aux enfants, représente Napoléon III entouré de sa maison militaire et des principaux généraux de l’époque. On reconnaît facilement le général Canrobert qui se tient les bras croisés et la tête liante, puis Mac-Mahon, le général Vaillant, le général Pélissier à la forte corpulence ; nous citerons, en outre, les noms bien connus de Hamelin, Regnaud de Saint-Jean d’Angély, Baraguay d’Hilliers, Magnans, Niel et le jeune prince Napoléon complètement imberbe.
- On reconnaît aussi les aides de camp que distinguent les aiguillettes, et au centre du groupe est un magnifique spahis vêtu de son burnous blanc. Toutes les armes se trouvent réunies dans cette collection ; on trouve, en effet, un capitaine de dragons de l’impératrice, reconnaissable à ses revers blancs, un colonel de carabiniers, un colonel de gendarmerie de la garde. La gendarmerie, le corps du train des équipages y figurent également. Notons enfin les régiments d’élite, tels que les lanciers de la garde, les cent-gardes et les guides, qui se trouvent représentés dans cet état-major soit par un colonel, soit par un capitaine de ces diverses armes.
- Cet état-major comprend quarante personnages, tous variés autant d’attitude que de mouvement et de physionomie. L’artiste a pris soin de modeler chacun des sujets avec sa taille proportionnée ; ils sont
- (1) Provenant de la collection de M. Le Vaillant.
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- montés sur de petites plates-formes rondes en bois de sapin recouvertes de peinture verte et ils mesurent de 12 à 14 centimètres de hauteur.
- XXLX. — Les petits soldats. — Leur emploi dans les caricatures et dans les pièces satiriques.
- Dès la fin du dix-huitième siècle, on se préoccupait de stigmatiser les insuccès militaires en caractérisant les armées en campagne par des figures empruntées aux jouets militaires des enfants. Ces documents sont particulièrement précieux pour notre sujet, car il est à peu près établi que ces petits soldats de bois dessinés dans les caricatures sont les reproductions exactes des joujoux qui étaient alors mis entre les mains des enfants.
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- LÉGENDE EXPLICATIVE DE LA GKANDE ARMÉE DU CI-DEVANT PlIINCE DE CoNDÉ.
- nous est celle qui figure « la grande* armée du ci-devant prince de Condé » ; elle est représentée par des régiments de cavalerie et d’infanterie dressés sur le parquet d’une salle du château de Worms.
- Au premier plan on aperçoit Mlle de Condé, la tête couverte d’un chapeau à plume, qui est occupée à déballer une armée de 10000 hommes envoyée à Mgr le prince de Condé. L’ancienne abbesse de Remircmont passe ces troupes de carton au duc d’Enghien, qui les dresse et les range en bataille ; de l’autre côté de la scène, un chien, répondant au
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- nom de Buttord, renverse aisément ces troupes fragiles ; sur son collier on peut lire cette inscription : « J’appartiens au Père Duchesne. »
- Le prince de Condé est représenté au milieu du tableau, fumant une énorme pipe, tandis que son écuyer, d’Autichamp, médite les plans de l’attaque de la ville de Clermont (Oise).
- Toute cette scène, qui avait pour but de ridiculiser la contre-révolution que l’on cherchait alors à établir, est en quelque sorte la mise en image d’un article paru le 23 mars 1791 dans le journal le Moniteur :
- « Un voyageur — homme digne de foi — raconte qu’en passant, il y a » peu de temps à Worms, il a appris que M. de Condé avait reçu de Stras-» bourg, dans une caisse de huit à dix pieds de long, dix mille hommes » tous bien armés et bien équipés, moitié cavalerie, moitié infanterie.
- » Cette plaisanterie, de quelque lieu qu’elle arrive et surtout si elle » vient de France, n’a pu choquer M. de Condé en sa qualité d’homme » de guerre. Il y aura vu l’envie de lui apprendre qu’il est aussi ridicule » que criminel de bouder la Patrie et de nourrir en soi le désir de se » trouver à la tète d’un parti de rebelles dans l’espoir de renverser la » fortune publique (1) ».
- Au commencement du dix-neuvième siècle, lorsque Gustave IV, roi de Suède, fut dépouillé par la France de Stralsund et de Rugeu, on publia sur cet infortuné monarque une caricature intitulée : « Gustave le Petit. Déménagement du roi de Suède, 28 juillet 1807. » Dans cette image, le roi est figuré s’enfuyant en caleçon de la ville de Stralsund et emportant toute une série de soldats et de cavaliers en bois représentant l’infanterie et la cavalerie suédoises.
- Sous Louis-Philippe, le journal la Caricature fit paraître au moment du siège d’Anvers, 26 septembre 1832, une grande image satirique montrant le bon roi Louis-Philippe à genoux sur un tabouret, faisant marcher une armée de soldats de bois montés sur des croisillons articulés. Derrière lui se trouve la table du Conseil des ministres recouverte du traditionnel tapis de drap vert. A l’extrémité de l’image on aperçoit le maréchal Soult faisant manœuvrer un canon à ressort au moyen duquel
- (1) Le Moniteur juge utile de faire suivre cet entrefilet de quelques appréciations bien senties relatives à la conduite du Prince de Condé :
- « La personne de qui nous tenons cet article assure que M. de Condé jouit au château de Worms de » toutes les déférences dues autrefois cil France aux ci-devant Princes du sang. Vingt-quatre hommes » sont toujours de garde auprès de sa personne; mille ou mille deux cents Français soit ci-devant gen-» tilshommes, soit ci-devant soi-disant nobles, composent sa cour. L’électeur de Mayence est venu faire » visite au château avec tout l’appareil de l'étiquette rendant à M. de Condé comme aux princes souve-» rains allemands. Ce simulacre de grandeur occupe les soins de chaque jour, mais l’ennui d’une repré-» sentation vide de jouissances réelles ne manquera point son effet naturel.
- » M. de Condé ne peut manquer de donner congé â cette cour et de se débarrasser d'une foule im-» portune —il reviendra vivre dans sa patrie sous l’empire des lois, dans ce sein de la Philosophie et des » Arts. »
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- il envoie des pois chiches, et 'quelques-uns de ces projectiles sont épars sur la table. A côté de lui se tient l’amiral de Rigny occupé à faire évoluer dans une cuvette les escadres combinées composées du Suffren, du Résolu, du Calypso, etc... De l’autre côté de la table se tieut un personnage, probablement un amiral anglais, sonnant la charge au moyen d’une petite trompette de bois d’un sou. Le duc d’Orléans, communément désigné dans le journal la Caricature sous le nom de
- LES SOLDATS DE CARTE SOUS LE PREMIER EMPIRE GREXADIERS ET FUSILIERS I>E LIXFAXTERIE I)E LIGXE DE 1800 A 1815
- d'après une image populaire de l’époque
- « Grand Poulot », marche à la tête des soldats de bois; il est monté sur un cheval probablement fabriqué à Notre-Dame de Liesse et s’élance à l’assaut de la ville d’Anyers, figurée pur de petites maisons en bois peint, telles qu’on eu vendait à cette époque dans les boîtes de jouets qui étaient données aux enfants.
- Au-dessus de la tête du duc d’Orléans, le dessinateur a marqué une toise pour bien indiquer que les projectiles venant de la place assiégée passaient au moins à six pieds au-dessus de sa tête. Dans le texte qui accompagne cette pièce satirique, le chroniqueur du journal la Caricature se défend d’avoir voulu tourner en ridicule l’armée, déclarant qu’il a voulu seulement atteindre le gouvernement qu’il ne jugeait pas à la hauteur de la situation.
- Les étrangers n’ont pas manqué d’employer ce mode de caricature pour railler les généraux malheureux ; c’est ainsi que les Italiens ont représenté un messager croate sous les traits d’un véritable croquemi-taine coiffé de l’aigle à deux têtes et le front garni d’une redoutable paire de cornes ; d’une enjambée formidable, il franchit le détroit et va porter à Radetzky des troupes fraîches sous forme de soldats de bois qu’il a entassés dans ses bottes, dans sa musette, et dont il porte un plein panier sur l’épaule.
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- DEUXIÈME PARTIE
- ÉQUIPEMENT MILITAIRE
- Les enfants éprouvent certes une grande jouissance à aligner sur une table leurs petits soldats de plomb et à s’exercer au métier des armes en composant, à l’aide de leurs troupes, de célèbres mouvements stratégiques. Toutefois, cet amusement guerrier est souvent, par eux, jugé trop calme et ils lui préfèrent des plaisirs plus bruyants ; aussi a-t-on songé à les affubler de casques et de cuirasses pour leur permettre de jouer au soldat avec plus de vraisemblance.
- Dès le Moyen Age on a donné aux enfants royaux des diminutifs des engins de la guerre : en 1383, Charles VI, âgé de quinze ans, reçoit un petit canon de bois.
- I. — Le jeu d’armes de Maximilien Ier.
- Un des passe-temps les plus recherchés des jeunes seigneurs au Moyen Age consistait dans les jeux d’armes, dont nous avons déjà dit quelques mots en parlant des soldats de plomb. Ces tournois en miniature consistaient à lancer l’un contre l’autre deux chevaliers, et quelquefois la violence du choc faisait voler les lances en éclat. Ces champions étaient parfois tout en métal et c’est à cette catégorie qu’appartiennent les deux cavaliers de bronze montés sur roulettes, qui figurent dans le Musée Impérial de Vienne.
- Dans d’autres circonstances, ces hommes d’armes ont été traités avec un soin tout particulier et exécutés avec autant de perfection et de précision que les véritables armures. Le document le plus curieux que nous possédions sur ce sujet est tiré d’un traité intitulé : Der Weisz Runig, c’est-à-dire le récit des faits et gestes de l’empereur Maximilien 1er. Cet ouvrage, qui a été publié par Marx Treitzaurwein, en 1773, reproduit les anciens bois de Hannsen Burgmair ; la planche 15 représente les différents jeux auxquels se livre le jeune Maximilien, de concert avec ses jeunes compagnons de race noble. On aperçoit, en effet, un adolescent occupé à faire partir un petit canon, tandis qu’un autre tire de l’arbalète; quelques-uns jouent au jeu du porteur, à la manière de saint Christophe, mais la scène la plus intéressante est une fort belle représentation du jeu d’armes : quatre enfants se tiennent autour d’une table couverte
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- d’un tapis dans les médaillons duquel on lit des initiales H-B et G-L. Deux enfants, d’une douzaine d’années environ, placés aux extrémités de la table, manœuvrent, en les poussant avec la main, deux cavaliers montés sur des chevaux couverts de leur housse et portant sur le poitrail lin sac de lancier formé d’un épais rembourrage destiné à amortir les chocs. La gravure représente la lutte au moment où l’une des poupées, couverte de son armure, vient de renverser son adversaire, qui se jette violemment en arrière en élevant sa lance comme pour demander grâce. Le graveur a évidemment voulu représenter le jeune Maximilien dans la personne de cet adolescent, dont les cheveux sont retenus par une sorte de cercle formant couronne. Le combat a comme spectateurs deux jeunes gens, la tète couverte de grands chapeaux à plumes, qui semblent prendre un vif intérêt à ce combat.
- - L’intérêt qui se rattache à ces jeux d’armes est d’autant plus considérable, que nous avons pu, grâce à l’aimable communication de M. Albert Figdor, reproduire un de ces minuscules chevaliers qui a été établi pour servir de jouet à quelque enfant royal.
- Cet objet, auquel s’attache un intérêt historique de premier ordre, faisait autrefois partie de la collection Kuppelmayer et il a été acheté en 1895 par le Musée Germanique à Nuremberg pour la somme énorme de 47500 francs, le prix le plus élevé qui ait, croyons-nous, jamais été payé pour un jouet.
- L’armure de ce chevalier comprend un casque orné de trois petites plaques gravées ; une cuirasse, dont les bords sont couverts d’ornements entrelacés ; au centre se trouve un médaillon, où est gravée la lettre A, tandis que l’initiale R est reproduite dans le dos. Après la cuirasse est fixé le support permettant d’arrêter la hampe de la lance à l’endroit précis où elle forme un épaulement nettement accusé. Les brassards et les autres parties de l’armure sont couverts de bandes gravées avec la plus grande perfection ; entre la cuirasse et la petite figurine de bois, on n’a pas manqué de placer un petit coussin d’étoffe de laine recouvert de soie noire et rouge, et cette matelassure porte dans la langue du Moyen Age le nom de Gambeson ou Gamboison ; c’était une sorte de pourpoint qui servait à garantir contre l’âpreté du frottement de la cotte de maille ou des plates (cuirasses); ce vêtement rembourré avait, en outre, l’avantage de préserver l’armure contre l’oxydation résultant de la transpiration de celui qui la portait. Le mannequin sur lequel est montée cette petite armure est une poupée-de bois dont la partie supérieure du corps est rigide jusqu’aux cuisses ; les bras, les mains et les jambes sont articulés de manière à pouvoir lui donner tous les mouvements désirables. Il est
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- LE JEU D’ARMES DE MAXIMILIEN Ier
- GRAVURE EXTRAITE DU TRAITÉ (( DER WEISZ KUNIG »
- Écrit par Treitzaurwein en 1512 et publié en 1752
- d’après LES ANCIENS BOIS DE HANS BURGMAIR
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- habillé dune culotte de soie, jaune et noire recouverte d’un pantalon de cuir tailladé.
- Le mannequin du cheval est entièrement revêtu d’une couverture de tournoi mi-partie rouge et jaune. Un détail intéressant à noter est le double rembourrage en coutil piqué, qui sert à protéger la tête du cheval et à atténuer la violence des chocs qu’il avait à subir à chaque rencontre. C’est pour le même motif que l’on a pris soin de placer sur le devant du poitrail du coursier un sac de lancier, qui est une espèce de bourrelet servant également à amortir les coups. Le cheval est représenté dans l’attitude de la course, les jambes de derrière sont fixées au châssis, tandis qu’un mince support tient le reste du corps en avant.
- Ce jouet tout entier est fixé sur un cadre de bois d’apparence massive, dans lequel sont entaillées de petites roues permettant de faire manoeuvrer le sujet.
- A l’extrémité de la plate-forme est un crochet de fer après lequel devait être fixée la cordelette de chanvre servant à lui imprimer le mouvement. Pour la facilité du jeu d’armes, il est vraisemblable d’admettre que le châssis glissait entre deux coulisseaux empêchant les écarts à droite et à gauche et obligeant les champions à s’aborder de front.
- Ce qu’il y a de curieux à remarquer dans le cavalier de la collection Kuppel-mayer, c’est l’intégrité absolue avec laquelle ce jouet est parvenu jusqu’à nous.
- Il existe cependant dans certaines collections particulières des portions plus ou moins importantes de ces anciens jeux d’armes; nous citerons notamment le petit chevalier qui dépend de la collection de M. Albert Figdor et qui a été gracieusement mis à notre disposition par ce savant collectionneur.
- Cet homme d’armes, que nous reproduisons ci-contre, mesure 27 centi-
- CHEVALIER PROVENANT D’UN ANCIEN JEU D’ARMES
- (Collection de M. Albert Figdor.— xvie siècle.)
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- mètres de hauteur et il est traité de la même manière que celui que nous venons de décrire, quoique le travail en soit d’une moins grande richesse. La partie supérieure de l’armure est à peu près intacte et il ne manque qu’un gantelet et probablement une rondache placée du côté gauche. Cette armure était bien destinée au jeu du tournoi, car elle présente une disposition particulière fort intéressante : l’arête de la cuirasse, au lieu d’être au milieu de la poitrine comme ordinairement, est fortement déviée sur le côté droit pour offrir moins de prise à la lance de l’adversaire.
- Sur le côté droit de la cuirasse est fixé le support de la lance qui se trouvait ainsi maintenue avec une solidité telle, que le chevalier devait infailliblement renverser son adversaire si sa lance n’était, brisée par le choc.
- Ce petit homme d’armes devait avoir les jambes recouvertes d’un vêtement de cuir doublé de soie, analogue à celui du Musée de Nuremberg. Le casque que nous avons figuré placé à ses pieds présente une grande analogie avec celui de la petite armure, publiée dans le Recueil des jeux de 1587 (1) et que le dessinateur a représentée sur le dos d’un chien barbet. Il est, du reste, à peu près évident que cette figuration, qui s’expliquait peu au premier abord, avait trait à ces jeux d’armes, qui ont été si en honneur jusqu’à la fin du seizième siècle.
- II. — Le jeu de canonnière, d’après le recueil de 1587.
- Un vieux proverbe déclare qu’il ne faut pas jouer avec le feu ; il faut cependant croire que cette expression de la sagesse des nations n’avait déjà plus, dès le seizième siècle, force de loi, car le recueil : Les trente-six figures contenant tous les jeux, etc., nous montre les enfants s’amusant les uns avec des canonnières, les autres avec des pétards.
- La canonnière est un engin des pins pacifiques, composé d’un morceau de sureau à l’intérieur duquel glisse une baguette dont l’extrémité est garnie d’étoupes. La partie opposée de la canonnière est fermée par une petite grille ou le plus souvent par un bouton percé de trous. On peut se servir de cet instrument de deux manières, soit en insérant sous la petite grille une feuille de papier qui éclate avec fracas sous la pression de l’air violemment chassé par la baguette munie d’étoupes, ou bien, ce qui est encore plus simple, en remplissant d’eau cette seringue d’un nouveau genre, et c’est à cet exercice qu’est occupé l’un des enfants reproduits dans l’image ci-contre.
- Le pétard, d’un maniement plus dangereux, est allumé au moyen
- (1) La planche est intitulée : à traisncr le chariot et autres jeux. — Voir la reproduction de cette gravure page G7.
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- (ancienne collection kuppelmaver)
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- Ces e n fan s-cy, vous mettent en lumière, leux de gliffoire, &c ieux de canonnière, leu de pallet aufll pareillement:
- Mais ces deux ont Pâme cauterifée, Qui d'vn pétard aufïi d'vne fufée, Veulent brûler les paffans finement.
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- d’une longue tige munie d’une mèche. L’artilleur en herbe maintient avec une brindille tenue de la main gauche la pièce d’artifice qu’il s’apprête à faire partir.
- UI. — Jouets militaires donnés à Louis XIII enfant.
- Au dix-septième siècle, Louis XIII enfant prenait un vif plaisir à tous les simulacres de la vie des camps. Dès l’année 1602, on lui donne une épée; l’année suivante il reçoit des armes complètes de la hauteur d’un demi-pied, puis une épée, une lance et une autre paire d’armes complètes.
- Les Mémoires d’Héroard nous donnent une longue liste de ces jouets reçus en présent par son jeune élève :
- 1604. — Une petite arquebuse et son fourniment.
- Une arquebuse d’un pied et demi de long.
- 1605. — Une arbalète.
- Un mousquet dans un fourreau de velours vert et une bandoulière brodée d’or et d’argent.
- Un pistolet.
- 1606. — Trois piques de Biscaye, non ferrées.
- Un petit canon d’argent (donné par Sully qui venait de lui faire visiter l’Arsenal).
- Un petit arc et des (lèches.
- Un bracelet d’ivoire à tirer de l’arc.
- Une écharpe de gaze d’or et d’argent où pendait un poignard à l’antique.
- Un beau canon.
- Une sarbacane de verre.
- 1607. — Une arbalète à jalet.
- Un arc et un trousseau de flèches.
- Deux petits pistolets.
- Un petit canon.
- Une escopette.
- 1608. — Un poignard garni de rubis.
- 1611. — Des armes complètes.
- A la date de 1604, Héroard nous rapporte que le futur roi « fait de petites actions militaires avec ses soldats. M. de Marsan lui met le hausse-col, le premier qu’il ait mis. »
- « Quelque temps après il demande son hausse-col et toutes ses armes, les prend, les considère, s’en joue, en est ravi. »
- « Un peu plus tard, il se fait botter et éperonner, met en écharpe son épée, et marche en cavalier résolu. »
- IV. — Les pétards au dix-septième siècle.
- Stella, dans son Recueil des jeux, mentionne l’amusement qui consiste à fabriquer de petits canons avec de vieilles clefs forées.
- La transformation d’une clef en arme meurtrière est des plus
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- simples : un trou percé sur le côté tout près de l’anneau sert de lumière à cet engin de destruction, et un morceau de bois forme l’affût.
- les Petits Canons
- COMPOSITION DS CLAUDINE BoüZONNET STELLA (XVIIe SIÈCLE).
- Au dix-septième siècle on désignait cet amusement sous le nom de pétard, c’est du moins ce qui résulte des vers que Stella a gravés au-dessous de sa planche :
- Asseurement ces mirmidons Vont forcer avec leurs canons Les Citadelles les plus forles ;
- Car par quelle arme ou par quel art Peut-on mieux en ouvrir les portes Que par le Clef ouïe Pétart.
- C’était probablement un pétard plus inoffensif qui avait été donné au dauphin, fds de Louis XIV. Dans une lettre en vers qui lui est adressée par Perdou de Subligny(l) le 10 juin 1666, nous trouvons la description de cette canonnière à air comprimé :
- Est-il vray ce qu'on dit avec tant d'asseurance,
- Que faisant tirer vos canons,
- Vous avez fait trembler un mareschal de France?
- Certes nous nous en étonnons.
- (1) Les continuateurs de Loret, édition Rothschild. — La Muse de Cour, 10 juin 1666.
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- Quoi ! Monsieur de Grand-Mont, en entrant dans la salle Où vous campez tous vos soldats,
- Luy que sa valeur martiale Rendoit intrépide aux combats,
- Vous l’avez effrayé de vostre artillerie Pour un peu de papier qui voila dans ses yeux,
- Et vous en avez fait encore raillerie?
- Hé! que ferez-vous, je vous prie,
- Quand vous serez un peu plus vieux ?
- Un des frontispices de Berquin est consacré aux exercices militaires chez les enfants; au centre de la gravure on voit un vieux soldat qui fait faire l’exercice du fusil à un enfant, pendant que ses camarades jouent au sabot ou à la main chaude.
- V. — L’artillerie enfantine au dix-neuvième siècle.
- Dans l’album d’un fabricant de jouets du début du dix-neuvième siècle, on voit que les canons et leurs caissons étaient compris au
- LE JEU DU PETIT CANON d'après une lithographie de François (xixe siècle).
- nombre des jouets les plus demandés par les enfants. Il est probable que cette artillerie pour rire était fabriquée en France, si l’on en juge, par la perfection apportée au travail de cette petite carrosserie. Les chevaux, au contraire, aux formes lourdes et disgracieuses, devaient
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- L’ARTILLERIE ENFANTINE
- (modèles tirés de l’album d’un fabricant de jouets)
- EPOQUE EMriRE
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- être importés de Nuremberg ou de Sonnenberg, et c’est à Paris que se complétait l’assemblage de ces jouets.
- En 1826, le quartier Saint-Martin, à Paris, était réputé pour la fabrication des sabres en fer-blanc, des gibernes et des sabretaches en peau, mais tous ces articles étaient d’un prix relativement élevé et peu à la portée de toutes les bourses.
- Le véritable centre de fabrication pour l’équipement militaire était autrefois la petite ville de Plombières et en général le département des Vosges : en 1853, on y établissait déjà pour un million de cuirasses, de fusils et de sabres.
- 11 y a une cinquantaine d’années on construisait également dans ce pays de fort jolies pièces de canon, où la charronnerie était faite en bois de palissandre, les roues étaient cerclées en acier poli et maintenues par des clous de même métal. La pièce elle-même, en cuivre finement gravé, complétait cet ensemble traité plutôt comme un modèle que comme un jouet.
- On peut faire rentrer dans l’équipement militaire les tambours, car le bonheur des enfants coiffés d’un casque et sanglés dans une cuirasse ne devient complet que quand ils peuvent faire suffisamment de bruit pour rendre intolérable à leurs parents le séjour du logis.
- Il faut croire que le succès des tambours d’enfants fut bien considérable, car, en 1840, on en vendait à Paris pour 54400 francs.
- Les fusils ont été, depuis une époque très ancienne, un des jouets les plus recherchés de nos futurs soldats, et c’est encore la petite ville de Plombières qui était la plus renommée pour ce genre de fabrication. A l’Exposition de 1867, elle avait envoyé toute une série de modèles de fusils à aiguille qui attirèrent l’attention du public par le soin avec lequel ils étaient fabriqués.
- VI. — Armes et armures d’enfants à l’Exposition de 1867#
- A l’Exposition de 1867, un des principaux fabricants d’armures d’enfants, M. Andreux, exposait les produits de sa manufacture de Plombières :
- Voici, dit un rapporteur contemporain, une pièce rayée qui semble plutôt un modèle réduit qu’un jouet ; le canon sur son affût se comporte comme une pièce véritable; tout ce qui sert à la charger se trouve à sa place : le caisson qui s’accroche à l’affût est monté sur ses roues ; le timon garni n’attend plus que les limoniers et les chevaux ou mulets de volée pour que la pièce entre en campagne.
- Avant d’établir son industrie à Paris, M. Andreux l’exerçait Plombières, où l’Empereur venait chaque année. Sa Majesté eut l’occasion de visiter ses ateliers, qui l’intéressaient. Elle y
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- retourna et, s'étant convaincue qu’elle avait sous la main l’homme qu’il lui fallait, elle lui fit exécuter, sur ses indications (c’était vers 1859), le premier modèle du canon rayé qui devait contribuer à faire victorieuse, pour la France, la campagne d’Italie.
- FUSILS ET PISTOLET SERVANT DE JOUETS D’ENFANTS
- (MODÈLES TIRÉS DE l’album d’u.\ FABRICANT D3 JOUETS DU COMMENCEMENT DU XIXe SIÈCLE.)
- M. Andreux vend des pièces de canon depuis 9 francs la douzaine, des sabres à 10 et à 12 francs la douzaine.
- On compte par milliers les armes que vend l’armurier de l’enfance, ainsi que nous le voyons par le tableau ci-dessous :
- Pièces de canon. 7000
- Sabres damasquinés. 1500
- Sabres à bon marché. 10000
- Fusils. 70000
- En 1848, les Belges étaient les seuls fabricants d’armes jouets; depuis 1867, ils ont complètement abandonné cette branche d’industrie et à cette heure le marché de l’Europe nous appartient.
- Notons, en terminant, les outils de jardinage de même provenance, qui sont établis en acier bleui orné quelquefois de gravures et de dessins formés de perles taillées à facettes et artistement combinés. Les ouvriers de cette région fabriquaient, avec une décoration analogue, de charmants petits modèles de pelles et de pincettes de dimensions fort restreintes.
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- TROMPETTES ET
- (modèles tirés
- TAMBOURS POUR LES ENFANTS
- DE L’ALBUM D’UN FABRICANT DE JOUETS) époque empire
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- CHAPITRE V
- JOUETS MECANIQUES
- Les pantins. — 1. Définition du pantin. — Origine de ce mot. — 2. La vogue des pantins de 17^7 à 1766. — 3. Les pantins en papier. — Leur fabrication. — 4* Pantins satiriques. — 5. Pantins mystérieux. — 6. Pièces de vers sur les pantins. — 7. Les modes à la pantin.
- Les automates. — 1. La tête parlante construite par Albert le Grand au commencement du treizième siècle. — 2. Automates hydrauliques. — 3. Joueurs de trompette automatiques de la cathédrale de Strasbourg. — 4- Jouets à automates donnés à Louis XIII. — 5. Automates construits pour Louis XIV. — 6. Les têtes parlantes de Valentin Merbiz et de l’abbé Mical. — 7. Tête parlante de Wolfang de Kempelen. — 8. Automates de Vaucanson. — g. Automate joueur d’échecs. — 10. L’automate trompette. — 11. Les automates à l’Exposition universelle de 1900. — 12. Le voltigeur mécanique. — i3. Les sauteurs chinois. — 14. Les cabrioles du pantin. — i5. Invention de jouets mécaniques par Cruchet. — 16. Les jouets mécaniques. — 17. Les automates aux expositions de 1849 et de *855. — 18. Les oiseaux chanteurs.
- Les marionnettes. — 1. Définition de la marionnette. — 2. Les marionnettes dans l’antiquité. — 3. Les marionnettes et les anciennes divinités. — 4- Origine du mot « marionnette ». — 5. Les théâtres de marionnettes dans l’antiquité. — 6. Succès obtenu au seizième siècle par certaines marionnettes. — 7. Les plus célèbres montreurs de marionnettes. — 8. Pièces écrites par Malézieu pour les théâtres de marionnettes. — 9. Les marionnettes au genou. — 10. Les théâtres de marionnettes en Italie. — 11. Les marionnettes du théâtre Séraphin. — 12. Les fabricants de marionnettes au dix-neuvième siècle. — l3. Les théâtres enfantins.
- Les ombres chinoises. — 1. Leur origine orientale. — 2. Les ombres chinoises et la lanterne magique au seizième siècle. —3. Les spectacles d’ombres chinoises au dix-huitième siècle. —4. Opinion du baron Grimm sur les ombres chinoises. — 5. Les ombres chinoises du théâtre Séraphin. — 6. Ombres chinoises séditieuses et têtes d’expression. — 7. Le jeu des ombres chinoises.
- PREMIÈRE PARTIE
- LES PANTINS
- I. — Définition du pantin. — Origine de ce mot.
- n étudiant les poupées, nous avons vu qu’elles étaient simplement articulées de façon à conserver la position qui leur est imposée par l’enfant; le pantin au contraire est une petite figure peinte, généralement en bois ou en carton, à laquelle on imprime différents mouvements au moyen de fils de fer ou de cuivre que l’on tire par derrière.
- D’Alembert, dans son Encyclopédie méthodique, a ainsi défini le pantin :
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- Ce sont de petites figures peintes sur du carton, qui, par le moyen de petits fils que l’on tire, font de petites contorsions propres à amuser les enfants.
- La postérité, ajoute-t-il, aura peine à croire qu’en France des personnesd’un âge mûr aient
- LE PETIT MONTREUR 1)E PANTIN d'après une lithographie de Galle « La Veuve d’un ant ».
- pu, dans un accès de vertige assez long, s’occuper de ces jouets ridicules et les rechercher avec un empressement que dans d’autres pays on condamnerait à peine à l’âge le plus tendre.
- L’auteur du Dictionnaire des origines porte un jugement moins sévère sur cet état de frénésie qui avait envahi les salons et généralement toutes les réunions de bonne compagnie : « Il faudra bien, dit-il, pardonner » cette frivolité à notre siècle, en considérant que ces petites figures » peignent par leur égalité, la promptitude avec laquelle les plus faibles » ressorts peuvent mettre en jeu la machine humaine. »
- Au sujet de l’origine même du mot pantin, on est loin d’être d’accord ; M. Franklin cite à ce sujet une opinion qui semble vraiment fort plausible : « On a prétendu, dit-il, que ces jouets devaient leur nom à la » petite ville de Pantin, près Paris, dont les habitants auraient eu jadis la ') réputation d’être excellents danseurs. On a rappelé à ce sujet quatre » vers d’une ancienne chanson » :
- Ceux de Pantin, de Sainl-Ouen, de Saint-Cloud,
- Dansent bien mieux que ceux de la Villelte,
- Ceux de Pantin, de Saint-Ouen, de Saint-Cloud,
- Dansent bien mieux que tous ceux de chez nous.
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- POLICHINELLE ET SON VÉLOCIPÈDE
- (modèle tiré de l’album d'us fabricant de jouets) époque empire
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- II. — La vogue des pantins, de 1747 à 1756.
- Vers le milieu du dix-huitième siècle, les pantins jouirent d’une vogue considérable, et Barbier, dans son journal de 1747, s’exprime ainsi :
- Naw)et X- c.
- MO SI EUR FANFA-W
- Jouant' aweo MonAienr Pokctunelte/ et/ Co/n/jagme?
- FPartf cAez tVaut&t TJ6D'Ejtm?y?eà Port auBles
- Jra^onarù Sc
- Dans le courant de l’année dernière, on a imaginé à Paris des joujoux qu’on appelle pantins, pour d’abord faire jouer les enfants et qui ont servi ensuite à amuser tout le public. Ce sont de petites figures faites de carton, dont les membres sont séparés, c’est-à-dire taillés séparément et attachés par des fils pour pouvoir jouer et remuer. Il y a un fil derrière qui répond aux différents membres et qui faisant remuer les bras, les jambes et la tête de la figure la font danser. Ces petites figures représentent un arlequin, Scaramoucbe, un mitron, berger, bergère, etc... et sont peintes en conséquence de toutes sortes de façon. 11 yen a eu de peintes par de bons peintres, entre autres par M. Boucher, un des plus fameux de l’Académie, et qui se
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- vendaient cher (I). Il y en avait aussi qui étaient de figures assez libres. Ce sont donc ces fadaises qui ont occupé et amusé tout Paris, de manière qu’on ne peut aller dans aucune maison qu’on n’en trouve pendus à toutes les cheminées. On en fait présent à toutes les femmes et filles, et la fureur en est au point qu’au commencement de cette année, toutes les boutiques en sont remplies pour les étrennes. Cette invention n’est pas nouvelle, elle est seulement renouvelée, comme bien d’autres choses. EL il y a vingt ans que cela était de même à la mode. Il y a une chanson de caractère et consacrée pour cette petite figure :
- Que pantin serait content S’il avait l’art de vous plaire,
- Que pantin serait content S’il vous plaisait en dansant ;
- C’est un garçon complaisant, .
- Gaillard et divertissant Et qui, pour vous satisfaire,
- Se met tout en mouvement.
- Sur cet air de pantin, chacun a fait des chansons de toute espèce. Celle sottise, ajoute Barbier, a passé de Paris en province.
- Dans l’Improvisateur français, l’auteur déplore la mode qui sévit à cette époque, et il trouve ridicule la place que les Français donnent à ce genre d’amusement :
- On vit autrefois des Français Qui de pantins remplissaient chaque étage,
- Salon, boudoir, corridor, cabinet,
- Et qui depuis, dans leur transport volage,
- Ont adopté le bruyant bilboquet.
- 11 n’était pas rare alors de rencontrer dans la poche d’un respectable magistrat un beau pantin à côté d’un papier qui devait décider de la vie, de la réputation, ou de la fortune des plus illustres citoyens :
- D’un peuple frivole et volage,
- Que le pantin soit la divinité !
- Faut-il être surpris qu’il chérisse une image-
- Dont il est la réalité.
- III. — Les pantins en papier. — Leur fabrication.
- Ces pantins, qui étaient si à la mode au dix-huitième siècle, étaient de simples images gravées et coloriées ensuite à l’aquarelle. On les trouvait alors couramment dans le commerce sous la forme d’estampes, et c’était un plaisir pour les amateurs d’assembler les membres répartis au gré du hasard sur la feuille de papier. Le travail était fort simple ;
- (1) Mme la duchesse de Chartres avait payé son pantin 1 500 livres.
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- SOUDARD ET VIVANDIÈRE DESTINÉS A ÊTRE MONTÉS EN PANTIN
- D’APRÈS UNE ESTAMPE DU XVIIIe SIÈCLE.
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- après avoir collé le tout sur une mince feuille de carton, on découpait chacune des pièces et on les assemblait aux jointures au moyen d’un petit fil retenu de chaque côté par une perle ; derrière on fixait, au moyen de cordelettes, ces différentes attaches à un point unique formé soit par un nœud, soit par un anneau que l’opérateur tenait dans la
- LA PREMIÈRE LEÇON D’ÉQUITATION d’après une lithographie de Francis, 1832.
- main. 11 ne restait plus qu’à faire danser le sujet, qui se contournait sinon de la façon la plus élégante, du moins d’une manière fort drolatique pour la plus grande joie des spectateurs.
- Nous avons encore retrouvé de ces anciennes feuilles qui n’avaient pas
- été découpées et nous en donnons ici la reproduction : l’une figure un grand seigneur richement habillé, la taille ceinte d’une écharpe de soie ; il porte fièrement en sautoir une guirlande de fleurs dont il semble aussi content que de la décoration la plus recherchée. Un chapeau à grande plume couvre sa perruque bouclée, et ainsi habillé il a, ma foi, fort grand air. Sans aller jusqu’à affirmer que le modèle primitif est dû à Boucher, il est évident que ce jouet a été dessiné par un artiste auquel aucune des ressources de son art n’était inconnue. On remarquera que pour la facilité des mouvements les bras sont d’une seule pièce, tandis que les jambes et les cuisses sont articulées chacune sépa-
- POL1CH1NELLE
- EN TÈTE DE PIPE
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- UN PANTIN ARISTOCRATIQUE
- Î-IÈCKS DESTINÉES A ETRE DÉCOUPÉES ET MONTÉES (XVIIIe SIÈCLE).
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- rément : cette disposition était indispensable pour permettre au pantin de danser avec grâce.
- La seconde planche est une caricature qui représente un soudard la tête couverte d’un large feutre et la main droite appuyée sur sa rapière. A côté de lui se tient sa digne compagne, ornée d’une paire de boucles d’oreilles respectables.
- Dans ces pantins, seules les jambes et un bras sont mobiles : ils étaient vraisemblablement destinés à figurer ensemble et à exécuter quelque bourrée campagnarde.
- IV. — Pantins satiriques.
- Au dix-huitième siècle, on s’est servi de ce moyen pour tourner en ridicule les personnages influents qui ne jouissaient pas de la faveur du
- public; c’est ainsi que l’on a fait la caricature d’André Boniface Riquetti, vicomte de Mirabeau, frère puîué du célèbre orateur. Envoyé aux Etats généraux de 1789, par la noblesse de la Sénéchaussée de Limoges, il y combattit les idées nouvelles et émigra de bonne heure. Son embonpoint et son goût pour le vin l’avaient fait nommer Mirabeau - Tonneau. Dans cette caricature sous forme de pau-tin, on l’a représenté la tête émergeant d’un foudre, tandis que les bras sont formés de deux cruches de l’orifice desquelles sortent les poignets entourés de manchettes en précieuse dentelle ; de la main droite il tient une dame-jeanne remplie d’un généreux liquide, et de la gauche un verre à pied. Les cuisses de ce grotesque personnage sont formées de petits tonneaux, et les pieds sortent du goulot de bouteilles renversées qui tiennent lieu de jambes. Sur la poitrine on lit cette inscription :
- A cet ardeur de boire, à ce ventre en tonneau,
- Qui ne conoilrai le cadet Mirabeau.
- Par une singulière ironie, le décorateur qui a enluminé ce pantin n’a pas manqué de représenter les talons rouges, et personne n’ignore qu’à cette époque; ce détail de toilette était l’indice de la suprême élégance.
- Jeune, Demoiselle Anglaise satùrfazsanl ses désirs près sortis
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- MIRABEAU-TONNEAU EN PANTIN
- d'après une estampe contemporaine.
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- Y. — Pantins mystérieux.
- La plupart des pantins dont nous venons de parler élaient simplement mus à la main au moyen de ficelles apparentes ; mais on a fait aussi une autre espèce de pantins plus mystérieux, dont nous devons l’indicatiomà l'obligeance de M. Eugène Muller. Ces petits acteurs en papier semblent se mouvoir tout seuls, au grand étonnement des enfants surpris de ce spectacle. Le mystère consiste en un fil de soie que l’opérateur doit préalablement attacher entre ses genoux, et, quand le moment du spectacle est venu, il ne lui reste qu’à fixer adroitement sur ce fil le
- UNE DISPUTE A PROPOS D'UN PANTIN d’après une carte de visite du premier Empire.
- pantin qui s’y trouve attaché par le rebord de son chapeau; un léger mouvement imprimé aux jambes de la personne qui donne la représentation suffit pour donner une vie factice à ce petit pantin de papier, pour le plus grand bonheur des jeunes assistants.
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- ARLEQUIN, POLICHINELLE ET BOBÈCHE
- (modèles tirés du l’album d’un fabricant de jouets)
- ÉPOQUE EMPIRE
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- vr. -
- ’ifcces de vers sur les pantins.
- On a composé de nombreux couplets sur la manie qu’avaient les grandes personnes de jouer avec les pantins; nous citerons à ce sujet quelques strophes tirées des A-propos de société de Collé :
- J'ai vu tout
- Par le trou de la serrure;
- Pantin, je vous le jure,
- Pour lui m’a donné du goût.
- Tu dansais,
- Pantin ! lu sautais sans cesse,
- Avec tant d’adresse,
- Qu’en moi-meme je disais :
- Ah ! mon père !
- Qu’il est donc plaisant,
- Qu’il est donc divertissant !
- Ah ! mon père !
- Sachez où l’on vend
- De quoi me donner autant De contentement.
- VII. — Les modes à la pantin.
- La faveur vraiment extraordinaire, dont l’amusement des pantins a joui auprès du public, a eu une influence jusque sur les vêtements et les coiffures des dames du dix-huitième siècle. La mode s’empara alors de ce prétexte et les modistes, aussi bien que les ouvrières en robes, habillaient leurs clientes à la Pantin.
- Le rédacteur du journal « la Bigarrure », 1754, montre toutes les folies auxquelles ses contemporains se sont livrés au sujet des pantins.
- Un pantin est un de ces chefs-d’œuvre que le génie français, fatigué d’enfanter des prodiges, s’est délassé à composer il y a quelque temps. 11 y a des pantins-magistrats, des pantins-abbez, des pantins petits-maîtres et des pantins-femmes de qualité et l’on n’était point à la mode si l’on n’avait dos pantins.
- Un homme à bonne fortune s’est ruiné à entretenir chez lui 40 ouvriers qui, le jour et la nuit, s’occupaient à faire de ces figures mouvantes qu’il distribuait ensuite dans tout Paris à ses connaissances et à ses amis et amies.
- Une dame a vendu presque toute sa garde-robe et une partie de ses bijoux pour avoir, dans son cabinet de toilette, 50 pantins des plus brillants.
- Enfin la vogue extraordinaire des pantins, venant à diminuer à la Cour et dans la Capitale, les provinciaux leur ont donné une retraite honorable chez eux.
- LES ÉTRENNES DES ENFANTS SAGES
- DAPIÎÈS UN ALBUM DE LITHOGRAPHIE DU PREMIER EMPIRE.
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- DEUXIÈME PARTIE
- LES AUTOMATES
- Les automates ont-ils été connus des anciens? (Test là un point contestable qu’il est bien difficile de préciser maintenant, car il faut tenir compte de l’amplification que prend toute chose quand elle passe de bouche en bouche. En effet, avant d’être fixée dans les mémoires des écrivains, la tradition n’a, pendant de longues années, d’autre moyen de se transmettre : ainsi, à l’origine, les statues de Dédale arrachèrent à Anacréon cette exclamation : « Allons, cire, tu vas parler. » Les Grecs, émerveillés, s’écrièrent : « Elles vont marcher », et les générations suivantes n’ont pas manqué de dire que ces figures se seraient mises à courir si elles n’avaient été chargées de liens.
- Le Dictionnaire des origines cite Archytas de Tarente, vers l’an 408 avant Jésus-Christ, qui parle d’un automate avec un peu plus de vraisemblance : c’était un pigeon qui s’élevait dans l’air et s’y maintenait pendant assez longtemps; arrivé à la fin de sa course, il s’abattait sans effort sur le sol, mais il est fort possible que ce miraculeux oiseau n’ait été qu’un cerf-volant ingénieusement combiné.
- I — La tête parlante construite par Albert le tîrand au commencement du treizième siècle.
- Au Moyen Age, on cite la fameuse tête parlante qui aurait été construite par Albert le Grand, évêque de Ratishonne, au treizième siècle; Thomas d’Aquin, disciple de l’illustre savant, considérant cette invention comme une œuvre du démon, la brisa à coups de bâton, et, en voyant ce désastre, le grand docteur s'écria : « Ainsi périt trente années de travail. »
- II. — Automates hydrauliques.
- Dans ces temps reculés, où les accusations de magie et de sorcellerie étaient fréquentes, les inventeurs de toutes ces machines ingénieuses ne pouvaient que difficilement échapper à la calomnie aiguisée par la bêtise humaine; c’est ainsi que l’on considéra comme magicien Gerbert, qui devait être nommé pape au dixième siècle, sous le nom de Sylvestre IL Il avait construit à Reims une horloge hydraulique et, sur la demande d’Othon III, il avait établi à Magdebourg un cadran sidéral, que ses concitoyens ne pouvaient comprendre et enregistrèrent saus hésiter dans le domaine de la sorcellerie.
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- I ..On a l’honneur d’annoncer au Public qu’on a apporte de Londres unde PIECE MECANIQUE, inventée & faite par Sr. NEVILL.
- Toutes les Perfonnes Curieufes & les Amateurs des ouvrages de genie peuvent fe procurer le plaifir de voir une Pièce adMirable qu’on peut appeller un chef d’oeuvre ; cet ouvrage merveilleux eft au jugement des perfonnes les plus éclairées, le plus curieux & le plus ingénieux qu’on ait jamais prefenté au Public. Leurs Majeftès d’Angleterre S. A. S. Monfgr. le Prince Stadthonder héréditaire & tous les Ambaffadeurs qui relident à la Haye, ont érée Içs premiers à l’admirer, &ne fètbrit point laffés' de la voir très fouvent, ainfi quantité d’autres perfonnes de la première diftinftion; qui font accourus W fbulo pour l’eXaminer ( alternativement & ont exprimé la plus grande fatisfaélion en la 'voyant & tous en ont fait l’êloge. Cette pièce unique dans lé monde, eft la repréfentation d’une Drapperie, ra vaillant dans toutesfes Branches au naturel par Trente trois figures qui offrent un coup d’œil mervailleux et par le poüroir mécanique de trois mille deux cent & vingt dexRouës, ou' mouvements différons, qui fervent à les faire movoir. Les Figures font d’un pié & demi de hauteur, qui travaillent aufli naturellement que fi ellçs étoient vivantes, elles reprefentent des perfonnes de different âge, de huit ju.îqu’à quatre-vingt ans, Hommes, Femmes & Enfants, travaillant à la fabrique de differentes étoffes, & elles montrent toutes les manœuvres, depuis la tônfurc des Bebris jufqu’à la fabrique complctte d’une Pièce de Drap et autres differentes Etoffes, tirées d’après'^ nature d'os premières fabriques d’Ànglettere. Dans l’ordre fuivant,
- le< On y voit un Berger gardant les Moutons, & portant un agneau fous fon, bras. a. L’Evêque de Blaze, premier Inventeur de l’art peigner la Laine. 3. Le fameux Jacques de Newbury, le plus grand Drapier qu’on ait jamais connu. 4. Lie Tondeur qui tient une brebis entre fes. jambes’ & par les coups des ,ciféaux qu’il donne, la brebis fe remué, fe leve Si fo rabaiffe. 3. Rç Separeur de laine tjdi fhit les quatre divifiotis prime, fécondé', tierce & la laine mère. 6. Le Bat-
- teur, qui bat la laine avec deux gaules fur un clais pour en Lire fortir la pouffiere. 7. I.e Laveur, qui tord la laine, enfui-te la détord & s’arcté un moment pour en laiffer fortir l’eau. g. I,e Cardcur, ou le Drouflepr qui drouffe la laine fur un banc. 9. La Cardeufe en fin, qui carde fur fes genoux, elle réduit la laine en petits rouleaux, 1 o. Le Peigneur de laine, qui eft & côté de'fon fourneau, pour rechauffer, fes peignes. 11 „ Le fécond Peigneur, qui tire la laine au fin. 1 a. Utie vielle Filleufe qui file avec deux quenouilles faifànt tourner fon rouçt avec fon pied droit, i 3. La petite Devideufc qui dévidé le fil de fa grand Mere & le Marteau d’avertiffement frape tous les quatre vingt tours de l’hafjres afin qu’elle nouéfon échevaux. 14. La Doubleufe, qui fait tourner fes deux hafpes, elle double le fil de fa fille. 1 y. Le Maître à l’Ovale, qui fa|t tourner l’Ovale, avec fes deux mains pour tordre le fil, forme des nouveaux écheveaux. 16. Son Garçon qui fait le tdur de !* Ovale foutes les minutes pour nouvelles fils, & porte Une Bobine pour en fournir, quand il en manque. 17. Le Teinturier qui trampe la laine dans la chaudière, la retire pour voir fi elle eft affez haute en coleur. 18. Un moulin à ratifier, où l’on voit frifer le drap qui pàffe gradullement fous la rappe. 19. La Bobineufe qui dévidé les Bobines qui doivent fervir pour faire la chaîne. 20. Le Maître Tifferant qui fait tourner fon moulin à ourdir avec la main .gauche, & avec la droite fait palier dans fes doigts tout le fil qu’il dirige fur le moulin, il s’arête trois minutes en haut & trois minutes en bas, afin que le fil foit mis régulièrement fur le moulin, pour former la chaîne. 21 & 2 2. Le Grand Metier à Tifferant travaillant avec fes deux Ouvriers, où on volt continuellement des lames & des chaffes de la navette qui paffent dan? la chaine " & ils fe renvoient la navette de l’un à l’autre pour faire le Drap. 23. Un Moulin à fouler, où l’on voiries deux Maillets qui battent continuellement fur le draps qui eft dans la pille» 24. Le Noppeur qui tire avec les pinçettes les nœuds & bourrillons du drapfortant du metier. 2 s & 26. Deux Moulins d'une nouvelle invention, avec deux ouvriers, dont l’un fait les nuances & l’autre forme la chaîne pour des étoffes flambées ou chinées. 27, Un Maître Tifferant travaillant dans un metier drèffant nne étoffé & faifanf des fleurs fans avoir befbin dé Tireur. 28. L’Efpoulufe qu. dévide les tuyeaux pour la navette. 29. Le l.ainier qui releve le poil du drap avec des chardons fur une table. 30. Le parèur qui rabat le poil du drap qni eft fuspendu fur une barre. 3t. Le Tondeur qui tond le poil du drap avec des -grands cifeaux d’une nouvelle invention. 32. Le Plieur du drap pour la preffe qui met un carton à chaque plie, pour donner le Tuftre. 33. Le Preffcur du Drap fe repofent très fort fur l’arbre dé la preffe; qui eft la Clôture de çette admirable pieçe Mécanique, fi bien compliquée, ( toute differente de celle de l’horlogerie, car il ny at ni Ciîyndre, ni balancer, ni Chaînera monter pour y imiter une tems fixe ) en tournant feulement une feule Roué qui conduit toutes les autres & font travailler les 33. Figures à la fois, et chaqué*un fait de differente Maneuvres qui furprend tous les plus favants Mecaniftes en jugeant des combinai-fons & des difficultés qu'on a eu à furmonter pour faire exécuter la multiplicité de tous les differents mouvements, qui s’y font. Audi at il fàlut fept anns, de travail pour compliqûer le tout en femble.
- On pourra voir travailler cette admirable Production de Mécanique à la Sale de l’Auberge du brochet bleù, tous les Jours depuis 4. heures du foir jusqu’à 6. moyennant une Gratification {d’un Florin par perfonne, pourvu qu’il y ait qu moins une Compagnie de to. à douze pçrfonne, les perfonnes de diftiéhon payeront a leur générofité.
- NB. Si quelque Curieux veuf acheter cette pieçé mécanique, elle eft à vendre, & on pourra voir toutes les figures & le roUage mccaniqùe tous les matins de puis 10 heyres jusqu’à 3 en payant feulement, 3 Baze».
- On prie de né pas toucher aux pièces de cét Ouvrage.
- PROSPECTUS D’UNE PIÈCE MÉCANIQUE POUR DÉMONTRER LES DIVERSES PHASES DE LA FABRICATION DU DRAP
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- Los automates hydrauliques ont été fabriqués aussi pendant le quinzième siècle, et Ollivicr de la Marche, dans la description du mariage de Marguerite d’York et du duc de Bourgogne, en 1458, nous parle d’une fontaine, où « il y avait personnages et morisques mou van s moult bien et soubtivement faicts. »
- III. — Joueurs de trompette automatiques de la cathédrale
- de Strasbourg.
- Au seizième siècle, on a fait en France quelques pièces à automates assez intéressantes; M. Magnin, dans son Histoire îles marionnettes, nous dit, en effet, « qu’à la fin du seizième siècle on voyait dans la cathé-» drale de Strasbourg, au bas d’un escalier qui conduisait à la nef aux » orgues, un groupe de bois sculpté représentant Samson monté sur un » lion, dont il ouvrait la gueule. De chaque côté se tenait une figure de » grandeur naturelle : l’une embouchant une trompette, l’antre tenant à » la main un rouleau pour battre la mesure.
- » Les ressorts de cette pieuse marionnette s’étaient usés à force de se » mouvoir. »
- IV — Jouets à automates donnés à Louis XIII.
- L’est de Nuremberg que l’on faisait venir les jouets à automates
- LES PETITS FORGERONS AUTOMATIQUES (1) d'après une encyclopédie ALLEMANDE nu XVIe SIÈCLE.
- travaillés avec art; ainsi, nous trouvons dans les relations d’Héroardla mention suivante de jouets qui furent donnés à Louis XJII enfant :
- 1608. — Un petit carrosse marchant par ressorts.
- Un instrument fait à Nuremberg, en forme de cabinel, oii il y avait un grand nombre de personnages faisant diverses actions par le mouvement du sable au lieu de l’eau. 1G10. — Une petite galère qui marchait par ressorts et dont les hommes voguaient par les mômes moyens.
- (I) La ligure que nous reproduisons ici provient d’une encyclopédie allemande publiée à Nuremberg, en 1553, sous le nom de Deliciæ philosophicæ et mathemalicæ. La gravure est donnée pour expliquer la solution du problème suivant : Comment obtenir l’accord avec trois marteaux de poids différents.
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- ^/dsiccade'nue, des Jctences ce dit dans son raport que, ces értes parlantes peiroentgetter U plus grand ;our sur UMecarusme de- l'Organe Vocal, etsicr le mistere, de U parole, Elle q/oiUe (pie cet Ouvrage est . digne de,son approbation,par Sa, nouvaute par son, importance . et p or son eæecution
- OLscyfiC 3$ ^
- ^^(S/diMd^ ï^r efpst ^7 àv^rP ° ïh^ /fa /é*e /7?î CtU.
- LES TÈTES PARLANTES DE L’ABBÉ MIC AL
- D'APRÈS une gravure contemporaine portant une dédicace de d'auteur
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- ^ . . V. — Automates construits pour Louis XIV.
- Sons Louis XIV, on réalisa de véritables prodiges au point de vue de la composition des automates; pour amuser le roi, on avait construit une pièce à automates des plus compliquées; ce groupe consistait en un carrosse à huit chevaux, couverts d’un harnachement complet et conduits par un élégant postillon. Quand la machine était remontée, on voyait le cocher faire claquer son fouet et les chevaux partir en agitant leurs jambes; le carrosse tournait sur la table où il était placé et, arrivé devant le roi, il s’arrêtait, un page descendait alors et ouvrait la portière à une dame qui mettait pied à terre et, avec une révérence profonde, présentait un placet et remontait en voiture ; d’un mouvement simultané, le page refermait la portière et l’attelage se remettait en mouvement.
- M. Franklin cite un autre automate tout aussi curieux que la voiture dont nous venons de parler ; cette petite merveille fut construite pour Louis XIV déjà vieux par le savant père Truchet. C’était un théâtre sur lequel se jouait un opéra en cinq actes. Il suffisait de tirer une petite boule pour animer toute la machine. Les mouvements des personnages étaient rendus avec une admirable vérité, et les décors changeaient d’eux-mêmes quatre fois au moment voulu.
- Cet opéra, dit Fontenelle qui l’avait vu, recommençait quatre fois de suite sans qu’il soit besoin de remonter les ressorts, et, si l’on voulait arrêter le cours de la représentation à quelque instant que ce fût, on le pouvait au moyen d’une détente cachée dans la bordure ; on avait aussitôt un tableau ordinaire fixe, et si l’on retouchait la boule tout reprenait où il avait fini. Ce tableau, long de 16 pouces 6 lignes (45 centimètres environ) sans la bordure et haut de 13 pouces 4 lignes, n’avait que 1 pouce 3 lignes d’épaisseur pour renfermer toutes les machines. Quand on les voyait désassemblées, on était effrayé de leur nombre prodigieux et de leur extrême délicatesse.
- LA CHUTE DE POLICHINELLE d’aphès une gravure SUR CUIVRE DU XVIIIe SIÈCLE.
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- VI — Les têtes parlantes de Valentin Merbiz et de l’abbé Mical.
- Il a été souvent question, dans les mémoires du temps, des têtes parlantes faites à l’imitation de celle d’Albert le Grand, et entre autres, de celle qui fut faite par Valentin Merbiz pour l’amusement de la reine Catherine de Suède ; cette tête pouvait, paraît-il, au gré de son inventeur, répondre aux questions en hébreu, en grec, en latin et en français.
- D’autre part, on voit mentionnées également les deux têtes parlantes qui furent l’œuvre de l’abbé Mical et présentées par lui le 2 juillet 1783 à l’Académie des Sciences.
- La première tête pouvait distinctement prononcer la phrase suivante : « Le roi donne la paix à l’Europe. » La seconde ajoutait : « La paix couronne Je roi de gloire. » La première tête continuant le dialogue ajoutait : « Et la paix fait le bonheur des peuples. » On pouvait même, en appuyant sur un certain ressort, obtenir cette nouvelle phrase : a O roi adorable, Père de vos peuples, leur bonheur fait voir à l’Europe la gloire de votre trône. »
- Ainsi qu’on peut le voir par la gravure qui reproduit ce prodige de mécanisme, les têtes parlantes de l’abbé Mica! étaient placées sous une sorte de dôme et reposaient sur un socle destiné à contenir tous les rouages de la machine.
- Le Dictionnaire universel rapporte que ces têtes furent brisées par leur auteur, mais Montuchat raconte qu’elles furent vendues à un prix élevé à un noble étranger.
- VII — Tête parlante de YVolfang de Kempelen.
- Wolfang de Kempelen, né en 1737 et Conseiller de la Chambre des domaines de Hongrie, avait, paraît-il, fait une tête parlante supérieure à celles de l’abbé Mical. Enfin, dans le Journal des savants d’octobre 1787, il est question d’une quatrième machine parlante, construite par C.-S. Kratzenstein.
- Comme toutes les inventions surprenantes ne tardent pas à être mises à profit par les plagiaires fort avisés, un ventriloque, en 1783, exploita cette idée et fit courir tout Paris en annonçant l’arrivée d’une figure parlante des plus rares.
- C’était une tête d’environ un pied et demi, qui était suspendue en l’air par un ruban et répondait distinctement à toutes les questions. Après de longues dissertations, on découvrit le secret de ce ventriloque; à défaut d’autre mérite, il eut du moins celui d’être le premier à exploiter cette innoceute supercherie qui a fait le succès d’un nombre considérable de ses confrères aux époques suivantes.
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- LE JOUEUR DE GALOUBET, LE CANARD ET LE JOUEUR DE TAMBOURIN
- PIÈCES AUTOMATIQUES CONSTRUITES PAR VaüCANSON.
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- AVEC PERMISSION
- DU MAGISTRAT DE LA VILLE,
- On exbofera a la vûe du Publique les 3. chefs d'Oeuvres Mechaniques du Célébré Mon-fieur VAUCANSON >. Membre de l'Academie Royale des Sciences de Paris, qui confifient en trois Figures Automates. scavoir:
- A première » Ùn homme de Grandeur naturelle habillé en SAUVAGE qui joue Onze airs fur la Flûte traverfiére par les mêmes mouvements des Levres des doits & le fouffle de fa bouche comme l’homme vivant.
- La fécondé, un homme auflî de Grandeur naturelle, habillé en BERGER PROVENÇAL qui joue 20. airsdiffèrens furie Flûtet de Provence d’une main & du Tambourin de l’autre avec toute la preçifion & perfe&iôn de même qu’un habile joueur.
- La troifiéme un CANARD artifiçiel en Cuivre d’oré qui Bois, Mange , Croüafie Barbote dans l’eau & fait la digeftion commo un Canard vivant.
- Ces 3. Pièces qui ont fait mériter une Récompenlè a l’Àutheur d’une Penfion de 8» mille & ç. çent Livres par le Roy, & qui ont engage un grand nombre des Perfonnes de diftinftion a des longs & pénibles Voyages pour les voir, marque mieux leur mérite qu'un plus long detail. On Elpere que dans cette Ville un chacun fera charmé de profiter de l'occafion de les voir & qu’ils en feront la différence du nombre des bagatels, que l’on fait voir tous les jours au publique. Comme le Proprietaire doit fe trouver le 12. a Francfort il donnera pendant 8- jours a commencer ce jourd’huy 2. Réprefentations par jour-a 3. & 5. heures apres mi<îy au Poil du Miroir , l'on payera 24. Sols au première, 16. au fécond & 8. au troifieme place, & comme il n’y a aucune tricherie dans ces beaux ouvrages l’on enfera voir l’interieur a découvert en payant 24. Sols par perfonne , l’on vend auflî dans la même Sale le mémoire prefentè par l’Auteur a Meilleurs de l’Academie Royale qui contient un ample detail des pièces contenues dans ces ouvrages & auffi l’Approbation des Meilleurs de l’Academie. Les Compagnies particulières pourront les voir: en avertiffànt d’avance & payeront 3, Livres par Perforine étant aumoin au nombre des huits..
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- VIII. — Automates de^Vaucanson.
- Les plus célèbres automates du dix-huitième siècle furent sans contredit ceux dus au génie de Yaucanson.
- Le premier que l’illustre mécanicien montra à Paris, en 1738, fut le
- LA FILEUSE, POUPÉE AUTOMATIQUE
- COLLECTION DE M. DE BrüCK (XVIII
- siècle).
- joueur de flûte(1); sa hauteur était d’environ 5 pieds et demi, avec un piédestal carré qui contenait une partie du mécanisme.
- (1) Vaucanson avait ainsi réalisé une idée qu’il avait conçue, en voyant, dans le jardin des Tuileries, le faune jouant de la flûte, de Coysevox. Un des oncles de Vaucanson, qui ne vit là qu’une extravagance, eut lui-même celle de menacer son neveu d’une lettre de cachet, s’il persistait dans son projet. Vaucanson parut d’abord y renoncer; mais, trois ans plus tard, il revint avec une nouvelle ardeur, pendant le sloi-sirs forcés que lui fit une longue maladie; et ses calculs étaient si justes que la machine résulta pleinement et, tout d’abord, de la combinaison des différentes pièces qu’il avait demandées à plusieurs ouvriers chargés séparément des diverses parties de l’automate. Aux premiers sons que rendit cette statue, le domestique de Vaucanson tomba aux genoux de son maître, qui lui parut dès lors plus qu’un homme, et tous deux s’embrassèrent en pleurant de joie. {Biographie de Vaucanson, par Ulysse Tencé.)
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- Ce remarquable sujet ne se contentait pas d’être un musicien distingué, il savait au besoin prendre les attitudes qui conviennent à un artiste amoureux de son art et il s’en acquittait de manière à rendre jaloux ses confrères de l’Académie de musique.
- Comme principe moteur, le mécanisme du flûteur automate consiste en un ressort qui met e n mouvement neuf soufflets partagés en trois séries de trois soufflets chacune, servant à donner le vent avec plus ou moins d’intensité ; des réservoirs séparés étaient mis en communication avec chacune des séries et ces différents récipients aboutissaient à un même tuyau se terminant dans la bouche de l’automate.
- Le même ressort met en mouvement un cylindre noté comme ceux des serinettes ou ceux des orgues de Barbarie et, suivant la nécessité, les lames saillantes de ce cylindre viennent se placer automatiquement selon que les notes ont besoin d’un vent faible ou fort. Tout un autre système de ressorts était destiné à ouvrir ou à fermer les lèvres de l’automate. Enfin, sept leviers, communiquant avec les sept doigts qui règlent la flûte, forment le complément du mécanisme. Ce joueur de flûte se trouve maintenant à Vienne, en Autriche, et c’est à notre connaissance le seul automate authentique de Vaucanson qui subsiste. A la même époque, Vaucanson construisit un joueur de tambourin placé sur un piédestal, comme le joueur de flûte, et dont le mécanisme était analogue.
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- LA JOUEUSE DE VIELLE AUTOMATIQUE
- COLLECTION DE M. DE BRUCK (XVIIIe SIÈCLE)
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- En 1741, le même inventeur confectionna un canard (1) qui était une pièce encore plus admirable ; ce palmipède, une fois mis à l’eau, nageait et barbotait avec autant d’aisance que ses confrères naturels. Pour compléter l’illusion, l’inventeur l’avait disposé de telle sorte, qu’il pouvait étendre ses ailes, lisser ses plumes, allonger le cou et manger dans la main. Au moment où il avalait la nourriture, il laissait voir, pendant la déglutition, le mouvement naturel des muscles du cou; on raconte même qu’au moyen d’ingrédients propres à résoudre, dans l’estomac, les aliments qu’il avait avalés, il parvenait à digérer sa nourriture, ce qui semblait être la plus parfaite imitation de la nature,* à laquelle on soit jamais parvenu.
- Parmi les autres automates de Vaucanson, on signale encore l’aspic, dont se servait l’actrice jouant le rôle de Cléopâtre dans la tragédie de Mar-montel : au moment précis où la reine se résout à la mort, on voyait, sur la scène, l’automate de Vaucanson se précipiter sur le bras de l’artiste, en faisant entendre un sifflement.
- Vaucanson (2) a utilisé sa science des automates pour diminuer la morgue des ouvriers lyonnais employés à la fabrication de la soie brochée. Pour cela, l’inventeur avait construit un métier où le travail se faisait d’une manière automatique et le moteur n’était autre qu’un magnifique baudet qui, sans instruction préalable, accomplissait la tâche dont les tisseurs lyonnais croyaient avoir seuls le secret : c’était la meilleure manière de montrer aux orgueilleux artisans qu’il n’était pas besoin d’être grand clerc pour conduire un métier à fabriquer la soie. Cette line satire fut fort peu goûtée, de ceux auxquels elle s’adressait, et on raconte même que les premiers métiers furent brisés par les ouvriers lyonnais sous prétexte que la substitution du travail mécanique au travail à la main serait une ruine pour les habitants de la contrée.
- (L) Encouragé par le succès, Vaucanson exposa, en 1741, deux canards et un joueur de tambourin et de galoubet qui ne furent pas accueillis avec moins d'étonnement et d’admiration que son joueur de flûte. Les canards boivent, barbotent dans l’eau, coassent comme un volatile vivant de cette espèce; ils font mouvoir leurs ailes, se dressent sur leurs pattes, inclinent le cou à droite et à gauche et l’allongent pour prendre le grain qu’ils mangent, digèrent et rendent par les voies ordinaires. Ils imitent toutes les allures du canard qui avale avec précipitation et redoublent ainsi de vitesse dans les mouvements de leur gosier pour transmettre la nourriture jusqu’à leur estomac, où elle subit une sorte de trituration, de macération qui en change sensiblement l’apparence. La construction de leurs ailes pourrait défier l’œil anatomiste ; elles ont été copiées exactement sur celles d’un canard vivant, avec leurs formes, leurs cavités, leurs articulations et leurs os. (Biographie de Vaucanson, par Ulysse Tcncé.)
- (2) Vaucanson mourut le 21 novembre 1782, en pleine possession de son génie. Il avait, par son testament, donné son cabinet de mécaniques à la reine Marie-Antoinette qui, n’estimant que fort médiocrement un pareil legs, accueillit l’idée d’en gratifier l’Académie des Sciences; mais les intendants du commerce réclamèrent les machines relatives aux manufactures et, de là, des contestations par suite desquelles' cette précieuse collection fut en partie dispersée et perdue pour la France. Ce qui en restait devint, en 1798, avec deux autres dépôts du même genre, le noyau du Conservatoire des Arts et Métiers, dont une des salles porte le nom de l’illustre mécanicien. (Biographie de Vaucanson, par Ulysse Tcncé.)
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- FIGURANT UNE CUISINE DE POUPÉE
- BRONZE DORÉ CISELÉ PAR CAFFIERI
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- IX. — Automate joueur d’écliecs.
- En 1770, parut l’automate joueur d’écliecs, qui avait été combiné par le baron Wolfang de Kempelen. Ce seigneur n était pas un artisan ordinaire, puisqu’il fut Conseiller des finances de l’Empereur, directeur des salines de Montgris et référendaire de la Chancellerie hongroise à Vienne : il était déjà fort connu par son invention de la tête parlante.
- Ce fut à Presbourg que le joueur d’échecs fut exhibé pour la première
- fois; 1 automate, habillé d un riche costume de prince asiatique, était assis devant une table portant un échiquier reposant sur une sorte de buffet liant de trois pieds sur douze de large et quatre de long; le tout était monté sur roulettes. Ce socle était creux et fermé par deux portes et l’inventeur ouvrait alternativement chacun de ces deux vantaux pour bien faire constater au public qu’aucune supercherie n’était possible. Dès qu’un amateur se présentait pour faire une partie d’échecs, l’exlii-biteur, saisissant uue longue clef de fer, remontait le mécanisme, et, pendant cette opération, on entendait distinctement le grincement des roues et des ressorts.
- Quand la partie commençait, l’automate saisissait dans la main la pièce qu’il voulait faire avancer et la posait sur le carré où elle devait rester; s’il faisait un faux mouvement, ou si son adversaire cherchait à le tromper en faisant suivre à ses pièces une marche insolite, il secouait la tête chose à sa place. Quand l’autom
- DANSEUSE AUTOMATIQUE
- COLLECTION DE M. DE BlUJCK (XVIIIe SIÈCLE).
- d’un air mécontent et ramenait toute te avait réussi à faire son adversaire
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- échec et mat, on pouvait voir ses lèvres s’agiter et on entendait une sorte de grincement rauque qui indiquait la fin de la partie.
- Un jour, en Allemagne, le mannequin courut un grand danger; il se trouvait dans une ville en concurrence avec un fameux prestidigitateur, dont il était parvenu à accaparer presque toute la clientèle. Le faiseur de tours, pour ruiner son rival, entra un jour au moment de la représentation et cria de toutes ses forces : « Au feu! au feu! »; on vit alors l’automate faire des mouvements désespérés et oublier complètement son rôle : l’exliibiteur n’eut que le temps de placer la machine derrière un rideau pour éviter une catastrophe.
- A la suite de cet incident eut lieu un procès dans lequel on dut dévoiler devant le juge en quoi consistait la manœuvre de l’automate. Le baron, pour expliquer le mystère, ouvrit à la fois les deux portes du buffet servant de socle à la statue animée, et on put voir, tranquillement assis sur un petit banc à roulettes, un véritable joueur d’échecs qui, au moyen d’un échiquier de voyage, suivait la partie et n’avait d’autre préoccupation que celle d’actionner les leviers destinés à faire mouvoir les pièces de l’échiquier placé à l’extérieur. 11 pouvait se rendre compte de la partie qui se déroulait à la vue du public, au moyen d’une table aimantée indiquant les coups que venait de jouer l’adversaire de l’automate.
- Cette machine merveilleuse fut achetée par le grand Frédéric et elle resta à Berlin, où au bout de quelques années elle ne tarda pas à tomber dans d’oubli.
- Napoléon, dans un des séjours que la victoire lui fit faire à Berlin, opéra en quelque sorte la résurrection de l’automate et éprouva, dit-on, un vif dépit de n’avoir pu triompher de la machine.
- Depuis cette époque, l’automate retrouva son ancienne splendeur et on le produisit de nouveau de ville en ville. Vers 1825, un certain M. Maelzel, s’en étant rendu acquéreur, le montra à Paris et à Londres, où il excita au plus haut point la curiosité publique.
- X. — L’automate trompette.
- Ce même M. Maelzel avait exhibé à Vienne, en 1809, un mannequin des plus curieux, connu sous le nom de « l’automate trompette »; on le présenta d’abord en public vêtu d’un uniforme de trompette de dragons, il jouait alors toutes les marches de cavalerie et les sonneries de service; au second acte, il changeait de costume pour revêtir Puni forme de trompette d’un régiment français de la garde; ainsi vêtu, il exécu-
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- LA PETITE MONTREUSE DE POUPEE MÉCANIQUE
- PUBLIÉE DANS LES « CRIS DE PARIS » DE BOUCHARDON ( XVIIIe SIÈCLE).
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- tait toutes les sonneries françaises, la marche de Dussek et les allégros de Plevel. Le dernier morceau de chaque acte était accompagné à grand orchestre.
- XI. — Les automates à l’Exposition universelle de 1900.
- Dans l’Exposition rétrospective de la Classe 100, les automates étaient représentés d’une manière très complète : ce sont d’abord les deux poupées (1) faisant partie de la collection de M. de Bruck (2), dont l’une est munie d’un mouvement qui lui permet de se mouvoir d’une manière
- L’ÉLÉPHANT INDIEN
- COLLECTION DE M. DE BRUCK (XVIIIe SIÈCLE).
- circulaire, taudis que l’autre, d’une construction beaucoup plus compliquée, représente une joueuse de vielle qui, tout en se promenant, charme ses loisirs en faisant marcher son instrument. Ces deux pièces sont aussi intéressantes par leur costume que par l’ingénieux mécanisme dont elles sont munies, et il est curieux de remarquer l’analogie qui existe entre l’une d’elles et la poupée qui se trouve reproduite (3) dans la série des Ois
- (1) Voir pages 225 et 227.
- (2) Elles appartiennent maintenant à M. S. Dervillé.
- (3) Voir la gravure page 229.
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- JOUET AUTOMATIQUE DU XVIIIe SIECLE Figurant un atelier de cordonnerie et une forge
- (COLLECTION de M. HENRY D’ALLEMAGNE)
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- de Paris de Bouchardon sous la désignation de la « charmante catin ».
- La même collection comprenait un éléphant richement caparaçonné, portant sur son dos un cornac habillé en indien. Cette pièce curieuse de mécanique effectuait des mouvements multiples quand le ressort était mis en mouvement : il s’avançait d’un pas grave en faisant marcher sa trompe, tandis que son conducteur s’essayait à lancer des flèches au moyen de son arc.
- XII. — Le voltigeur mécanique.
- Nous avons exposé un autre automate remontant à l’époque de
- LE VOLTIGEUR!^MÉCANIQUE
- MONTÉ SUR UN PORTIQUE EN BOIS SCULPTÉ, PEINT ET DORÉ COLLECTION DE M. HENRY D’ALLEMAGNE (ÉPOQUE LoülS XVI) .
- Louis XVI : cette pièce qui provient, selon toute vraisemblance, d’un cabinet de physique avait été traitée avec un soin remarquable; elle figure un acrobate se livrant aux exercices de la barre fixe; le mouvement est des plus compliqués, car il consiste en une série de fines corde-
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- lettes passant à l’intérieur de la barre fixe et reliées à des contrepoids. Le mouvement est donné au moyen de leviers semblables à des touches de piano; l’on aperçoit alors l’équilibriste saluer le public, puis faire un rétablissement sur les bras qui se termine par une culbute. Pour remonter les contrepoids à leur place, on continue à appuyer sur les pédales et le petit personnage exécute un rétablissement en sens inverse, puis il écarte légèrement les jambes, les referme et salue une dernière fois le public, pour le remercier en quelque sorte de sa bienveillance.
- Cette pièce de précision est montée sur deux pilastres de forme carrée,
- terminés par des vases ; une riche décoration en bois sculpté et doré indique sa date avec plus de certitude que si le chiffre en était gravé sur le bois.
- Dans le supplément de la Magie blanche, on décrit un jouet, qui devait être un objet analogue, sous le nom de «Voltigeur mécanique » ; l’automate .est attaché par les mains à une barre de fer, lisons-nous dans ce recueil, et cette barre représente une corde bien tendue; les bras sont inflexibles aux coudes, mais ils peuvent se mouvoir circulairemeut auprès du tronc, étant attachés aux omoplates par une espèce d’articulation mobile ; pour faire mouvoir cette pièce, on avait recours aux bons offices d’un compère qui tournait la manivelle; on voyait alors l’automate, dont les bras, en commençant, étaient parallèles à l’horizon, s’élever peu à peu jusqu’à ce que les mains fussent posées verticalement et parallèlement au reste du corps. Avec le secours d’un nouveau mouvement imprimé à la manivelle, la partie supérieure des bras se posait en avant et entraînait, au contraire, le reste du corps. Pour compléter l’illusion, le compère devait, au moyen d’un léger fil d’archal, détacher l’automate de la barre pour empêcher que la supercherie ne fût découverte par le public.
- XIII — Les sauteurs chinois.
- LE VOLTIGEUR MÉCANIQUE
- d’après « LES RÉCRÉATIONS PHYSIQUES ET MATHÉMATIQUES » (XVIIIe SIÈCLE).
- Un modèle d’automate très curieux est évidemment le clown chinois, qui descend les escaliers : ce sauteur est posé d’une certaine façon au haut des marches; au bout de quelques secondes, il commence à s’agiter, fait la culbute et se retrouve dans la même position sur la marche suivante; nouvel intervalle de repos, nouvelle culbute et ainsi de suite jusqu’au bas.
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- Ce joli jouet n’est autre chose qu’une fontaine intermittente, dont le liquide est du mercure passant d’une cavité dans l’autre par un petit trou
- LES SAUTEURS CHINOIS
- D’APRÈS « LES RÉCRÉATIONS PHYSIQUES ET MATHÉMATIQUES » (XVIIIe SIÈCLE;.
- de communication, et déplaçant ainsi le centre de gravité jusqu’à déterminer la chute du corps; la vitesse acquise complète la culbute et remet les choses dans l’état primitif.
- XIV — Les cabrioles du pantin.
- Un pantin est représenté dans une cage de verre; il suffit de faire tourner lentement de droite à gauche, et de poser bien d’aplomb la boîte qui renferme tout le mécanisme pour voir le pantin effectuer sa rotation autour de l’axe horizontal qu’il entoure de ses mains. Les articulations qui réunissent ses membres donnent lieu à divers incidents. La rotation s’opère tantôt dans un sens, tantôt dans un autre ; les jambes vont de çà, de là; les culbutes alternent, tout le corps se disloque et se rassemble alternativement
- LA PROMENADE DE POLICHINELLE
- D’APRÈS UN RECUEIL DE SUJETS DIVERS (ÉPOQUE DE LA RESTAURATION;.
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- aven force contorsions comiques. Les mouvements sont dus à une chute
- de sable fin : le mécanisme est placé dans une partie de la boîte dissimulée par une cloison. L’axe, autour duquel se meut le pantin, est continué de l’autre côté de la cloison, et fait corps avec une petite roue placée au-dessous du réservoir de sable; ce sable, en tombant, met en mouvement la roue et le pantin. Lorsque le réservoir est épuisé, un mouvement de droite à gauche imprimé à l’appareil replace le sable dans la trémie et le pantin continue ses cabrioles.
- Disons en terminant un mot des automates construits par les frères Droz de la Chaudefond, en 1776; le premier était un enfant écrivain qui reproduisait avec exactitude tout ce qui lui était dicté; le second, un jeune dessinateur exprimant sur son papier les objets qu’on lui demandait; la troisième pièce était une fillette assise devant un clavecin. Le dernier sujet enfin qui se trouve reproduit dans la gravure ci-contre était un tableau mécanique des plus compliqués.
- L’AUTOMATE ECRIVAIN
- CONSTRUIT PAR CES FRÈRES Dl'.OZ DE LA
- Chaudefond.
- XV. — Invention de jouets mécaniques, par Crucliet.
- Dans son volume sur les jeux et les jouets, M. Nicolle parle d’un modeste inventeur qui fit faire un progrès notable aux jouets mécaniques :
- Le père Crucliet (I), dit-il, était un ancien marin de Trafalgar, qui, après avoir passé quelque temps en captivité, alla se fixer à Londres en 1813, où il fabriquait des modèles de jouets : on lui demandait entre autres des petites guillotines, et c’est le modèle de l’instrument de supplice qui symbolisa la terreur de 93 en France, que l’Angleterre donnait à ses enfants pour leur servir de récréation. Il en fut fait alors des milliers. Peu après, vers 1820, le père Grucfiet inventa à Paris les jouets à pédale : la pédale touchée, le personnage planté sur la boîte qui cachait le système levait le bras, posait son chapeau sur sa tête, l’ôtait pour saluer et du meme coup lirait la jambe en arrière. Puis vint un ivrogne qui portait une bouteille à sa bouche; comme il reposait sur une spirale de laiton, son corps ébranlé titubait. M. Crucbet rêvait de réaliser un priseur; il y réussit et ce jouet fut le type des mouvements compliqués : le petit personnage tirait la tabatière de sa poche, l’ouvrait, la présentait en avant, ayant l’air de dire : « En usez-vous? », la ramenait à lui, lévigeaitla poudre, portait la prise à son nez, puis à petits coups secouait son jabot; après quoi, lorsqu’il avait fermé sa boîte et l’avait remise dans sa poche, il regardait les spectateurs la tête inclinée en saluant de la main. Le savetier, le rémouleur, tous les corps de métier découlèrent pour ainsi dire de ce priseur. Le hasard ayant apporté le joueur de clavecin de Vaucanson à raccommoder à M. Cruchet, il en surprit le mécanisme, le simplifia pour le joujou, et eut ainsi ses automates musiciens.
- (1) Cruchet était le fabricant des accessoires de l'Opéra et il joignait à cette spécialité la fabrication de tous les ornements en pâte.
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- RirnisEHTATIOW des OUVRAGES DE MÉCHAKIQ.UE IXVEÜTfs ET Éx1ÉCUt£> FU LES SIEURS P« J. 3R. O Z ET H» £.» J» DROZ CÉLÉBRÉS ARTISTES DELA CnAUDEFOND.
- On a cru flirt phifir aux amateurs du DclTcin comme «ceux des ouvrages de Mèche nique, en téuniffant fur une même planche de» objets, qui, fucceffivcment., ont fait l’admiration de toute l’Europe, & de procurer à ceux qui ont déjà vu ce» morceaux le moyen de fc le» rappelles facilement, * aux auEre* de sen Former une jufte rdcc. La première picce repréfente un enfant de deux an» à-peu-près, affis fur un tabouret & écrivant fur un pupitre: cet enfant qui écrit indifféremment tout ce qu’on juge à propos de lui diéler, obfervc tout ce qu'une perfonne vivante fetoie en pareil cas. Mance convenable * C i *S mots » *tcr®5 *nit'a 65 * difpoïumn jufte des ligne», fécouemçnt de ta plume trop chargée d'cncre &c. La féconde pièce eft aulfi un enfant de l’age du premier qui manie le crayon avec beaucoup d’adrefle* ce petit deffinateur exprime fur Ton papier tou* te* objets qu on lui demai» e, c por es, gures animaux, payfages &es La troifiéme pièce cft une fille de dix à douze ans, affife fur un tabouret & touchant d’un clavecin organifé; cet automate qui, ainli que la pièce fui vante, eC de la compofttion du fieur J. Dkoz fils, imite avec prédit on- Je* •mouremens que ont commu
- nement ceux qui touchent de cet infftumenti on aperçoit même jusqu’au foulévcment de U gorge caufé par la refpiration. Le quatrième morceau-cil un payfage tel qu’on le voir repréfenté ici: le pay&n tnverfe le pay&gc avec fon àne, H.fc rend au Moulin, le .bien de berger aboyé; un mftant après un oerger lort dun antre, .approche de U bergère endormie, porte fa llutc à la bouche, en joue, l'écho répette 4 petit bruit, la bergère a’éveillc, prend fa gtmfarc, èr il» font concert enfeorblc: enfuite la bergère reprend fa première attitude, & le berger, ne voulant pas être vu du paylan qui rcv,cmk c reure ans a grotte e a ergete. Du relie les oifeaux chantent, le» chévtes broutent, l'horloge fur le grand portail montre les heures, & deux Dames éxccutent un menuet au fon d'un tympanon.
- Dédiée à Mr. Jaquet-Droz, Horloger & Méchanicien cclcbre.
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- XVI — Les jouets mécaniques.
- Sous l’Empire, on a construit de très nombreux jouets automatiques, dont le mécanisme était fort simple, ce qui les mettait à la portée de toutes les bourses.
- Dans le curieux album de M. Arthur Maury, nous avons reproduit un
- certain nombre de ces automates enfantins qui, tous, dérivent d’un même prin-
- »
- cipe. Les sujets sont montés sur un petit chariot à roues et l’enfant, en tirant cette petite voiture, actionne, au moyen d’un pignon, ces acteurs improvisés : c’est ainsi que nous avons les joueurs de volant, les petits rémouleurs aiguisant leur couteau, les joueurs de cartes, le grand rémouleur à deux personnages, le moulin, le meunier et l’âne. Les corps de
- POLICHINELLE PROMENANT SES ENFANTS
- D’APRÈS Xi N RECUEIL DE SUJETS DIVERS (ÉPOQUE DE LA RESTAURATION).
- métier n’ont pas été oubliés, dans ces merveilleuses interprétations de la vie réelle : deux menuisiers, placés auprès d’un établi, frappent à coups de maillet pour mortaiser une planche ; un charron, par des coups répétés, raffermit les bandages d’une roue.
- Les jeux d’enfants ont été également représentés dans cette véritable galerie du jouet, et nous trouvons le jeu de bague sous ses différentes formes, horizontalement, comme ceux qui existent encore dans l’avenue des Champs-Elysées, ou bien encore disposés verticalement, à la manière de certaines balançoires rotatives.
- Tous ces jouets présentent un réel intérêt pour notre étude, car ils ont effectivement servi à amuser les enfants, et l’album en question indique qu’ils étaient exécutés dans des grandeurs différentes pour se plier aux exigences de la bourse des parents.
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- Les automates aux Expositions de 1849 et de 1855.
- A l’Exposition de 1849, on avait nous dans le Rapport du jury, « réunissaient les mérites d’une exécution parfaite et d’une mobilité souvent très prolongée ; les danseurs de corde sont plutôt des pièces d’horlogerie que de bimbeloterie. »
- Un des plus fameux fabricants d’automates était, à l’Exposition de 1852, M. Tbéroude; il avait exposé des animaux de grandeur naturelle, exécutant tous les mouvements qui caractérisent leur espèce, le tout avec une vérité qui faisait illusion.
- Près de ces pièces remarquables, mais aussi d’un prix élevé, M. Tbéroude exposait des jouets mécaniques à ressorts, de genres très variés, très jolis et de prix modérés, ce qui lui permettait d’en faire la vente pour l’exportation et currence étrangère.
- exposé des automates, qui, lisons-
- LE RETOUR DE LA VILLE d'après uxg lithographie de 1832.
- lutter avec succès contre la con-
- XVIII. — Les oiseaux chanteurs*
- Enfin, une dernière espèce d’automates consiste dans la reproduction des oiseaux chanteurs ; ces pièces tiennent beaucoup plus à l’horlogerie qu’aux jouets; toutefois, comme la dernière Exposition les avait compris dans le domaine de la Classe 100, nous leur devons une mention spéciale.
- Dès l’année 1817, on avait exposé à Londres un colibri placé dans le médaillon d’une tabatière; en touchant un ressort, la plaquette centrale s’ouvrait d’elle-même et on voyait se dresser un petit oiseau, qui venait gazouiller fort gentiment en ouvrant le bec et en agitant les ailes. Son morceau terminé, le petit musicien empenné se couchait de lui-même sur le côté, et le couvercle se refermait avec un petit bruit sec.
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- Ces oiseaux chanteurs ont continué à être exécutés d’une manière courante, principalement en Suisse. De nos jours, on se sert, pour vêtir l’oiseau, de plumes provenant d’oiseaux-mouches; on obtient ainsi une bien plus grande approximation de la vérité, et, quoique ces pièces automatiques soient relativement assez communes, elles ne manquent jamais d’amuser les spectateurs, grands on petits.
- Vers la même époque, on montrait, à Londres, une araignée artificielle de grosseur ordinaire ; elle était susceptible de courir sur une table dans tous les sens, et, si l’on venait à la saisir, par le corps, elle agitait désespérément les pattes. Le mouvement était obtenu au moyen de cent quinze roues, dont quelques-unes n’étaient visibles qu’au microscope.
- Outre les oiseaux-mouches, dont le prix était fort élevé, l’industrie parisienne a fabriqué des oiseaux d’une espèce un peu plus grosse qui, placés dans une cage, voltigent de branche en branche, trémulant la mandibule inférieure du bec et agitant les ailes comme un oiseau vivant.
- Ces tours de force sont plus simples qu’ils ne le paraissent : ils consistent dans l’adroite dissimulation du support qui ne quitte jamais l’oiseau dans le fouillis de branchages, dans lequel il semble s’élever et retomber; c’est cette pièce qui renferme la transmission du mouvement du bec, lequel ne remue que lorsque l’oiseau est au repos.
- Quant au chant, inutile d’expliquer qu’il est produit par une serinette cachée dans le socle de la cage.
- TROISIEME
- PARTIE
- LES MARIONNETTES
- I — Définition de la marionnette*
- Les marionnettes se distinguent des poupées et des pantins en ce que ce sont moins des jouets d’enfants que de petits acteurs en miniature, destinés à paraître sur les théâtres qui font les délices du premier âge. Toutefois, la marionnette étant, par son essence, un jouet destiné à amuser les enfants, sa place se trouvait tout naturellement marquée dans cette étude.
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- II. — lies marionnettes dans l’antiquité.
- Les marionnettes articulées remontent à la plus haute antiquité; ainsi, au temps de Périclès, les enfants faisaient usage d’une sorte de marionnette en bois, dont les membres se mouvaient au moven de bis.
- En Grèce, les théâtres de marionnettes avaient un endroit qui leur était spécialement réservé; nous trouvons la mention de ce fait dons un mémoire de M. Victor Prou. A Athènes, au beau temps des marionnettes, des « nevropcistes », ainsi que les appelaient les Grecs, le théâtre de Bacchus fut le lieu ordinaire de leurs exploits. »
- Dans la traduction faite par Apulée, au deuxième siècle de notre ère,
- du traité De Mundo, que l’on attribuait alors à Aristote, l’auteur nous a laissé une description des mouvements compliqués que ces petites figures de bois accomplissaient.
- Voyez, dit-il, ceux qui représentent au moyen de figures de bois les hommes et tous leurs gestes; ils tirent un fil correspondant au membre qu’ils veulent faire mouvoir, la tête fait un signe, les yeux tournent, les mains accomplissent l’acte demandé, et l’ensemble figure assez bien un être vivant.
- Il ne serait pas impossible que les anciens eussent connu un jouet mécanique assez semblable au pantin mis en mouvement par le mercure,
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- qui fut construit il y a quelques années. En effet, dans un fragment d’une comédie intitulée « Dédale », il est dit que ce célèbre architecte grec fit mouvoir, en y versant de l’argent liquide, une statue en bois représentant Vénus.
- Les Romains ont parfaitement connu les marionnettes articulées, et on peut en voir encore quatre exemplaires bien caractéristiques, qui sont conservés dans le cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale. Elles sont en os et d’un style assez grossier; l’une d’elles est complète et
- elle a les bras et les jambes mobiles.
- ° •
- Au musée de Rouen, il existe aussi deux jolies marionnettes romaines en terre cuite; les figures sont nues jusqu’à mi-corps et une draperie descend sur les cuisses, mais malheureusement les jambes n’existent plus; l’on voit cependant nettement l’endroit où elles venaient se fixer, ainsi que les petits tourillons, probablement en os, autour desquels elles étaient mobiles.
- IU. — Les marionnettes et les anciennes divinités.
- On a dit que pour faire l’histoire des poupées, pantins ou marionnettes, il fallait commencer par étudier les divinités anciennes. Sans être opposés à cette théorie, nous ne saurions l’adopter dans toute sa rigueur, car elle peut froisser certaines croyances ou certaines convictions.
- Nous ne pouvons cependant passer sous silence l’exemple qui nous a été donné par les Romains, chez lesquels on promenait processionnelle-meiit de grandes et grotesques marionnettes, parmi lesquelles on remarquait celles de Manducus, sorte de croquemitaine à grandes dents, qui remuait la mâchoire inférieure.
- Cette figure était tombée du rang de divinité à celui de simple jouet et, revêtant les costumes de chaque siècle, elle est devenue le type du casse-noisette allemand.
- IV. — Origine du mot « marionnette ».
- C’est, toutefois, au début du Moyeu Age qu’il faut placer l’origine du mot « marionnette ». M. Magnin, auteur d’une étude des plus remarquables sur ce sujet, a donné une étymologie fort intéressante :
- Il était d’usage, depuis le dixième siècle, de célébrer à Venise une cérémonie annuelle nommée la « testa delle Maria », en mémoire des douze fiancées enlevées, en l’an 944, par des pirates venus de Trieste, et aussitôt reprises des mains des ravisseurs. Pendant Luit jours, on conduisait en grande pompe, dans la ville et dans les environs, douze belles jeunes filles couvertes d’or et de bijoux. Elles étaient désignées par le doge et mariées aux frais de la
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- T) on Quichotte NV» r/.chNxvi.
- D on, jQiùcÀotle mit l’JEpe'e eu Leu main, pour Secourir b/leliscLnor'c et Guüf'eros et il rompit tout Le tabtecuu àe JUciitfv Pierre, et Irisa, toutes ses maruonnettes crevant tuer ^ es JA ores.
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- Seigneurie. Avec les progrès du luxe, la dépense devint assez considérable pour que le nombre des « Maries » fût réduit d’abord à quatre, puis à trois. Enfin, le choix des fiancées soulevant trop de brigues dans l’Etat, on prit le parti de les remplacer par des figures de bois. Ce changement fut très mal accueilli par le peuple.
- Comme du nom latin « Maria » le Moyen Age avait formé « Mariola », qui des jeunes filles passa aux statues de laVierge exposées àla vénération publique dans les églises et dans les carrefours, de môme, à la naissance de notre langue, nos aïeux ont dérive du nom de « Marie » plusieurs gracieux diminutifs « Marote, Mariotte, Mariole, Mariette, Marion et môme Marionnette ».
- (l’est aussi l’avis de Ménage. Dans son Dictionnaire étymologique de la langue française, au nom « Marionnette », il dit avec raison : « Bochard a mal rencontré en dérivant marionnette du latin mario. »
- Par imitation, nous avons désigné pendant longtemps en France les petites statuettes de laVierge, sous le nom de « Mariette » et même de « Marionnette » : il y avait même à Paris une rue qui portait autrefois ce nom.
- La première mention qu’on rencontre du mot « marionnette », ayant une acception scénique, est fournie par les Sêrées, de Guillaume Bouclier, publiées en 1584 et en 1608. On lit, en effet, dans la dix-lmitième Sérée, qui traite des boiteux, boiteuses et aveugles :
- ... El luv veul dire qu’on trouvoit aux badineries, bastelleries et marionnelles Tabary, Jehan des Vignes et Franc à Tripe, toujours boiteux et le badin ès farces de France, bossu ; faisant tous ces contrefaicts quelques tours de champicerie sur les théâtres.
- V. — Les théâtres de marionnettes dans l’antiquité.
- Au point de vue de la manière de mettre en mouvement les marionnettes, les choses ont peu changé depuis l’ancienne Grèce : on dressait une charpente *à quatre pans, que l’on couvrait de draperies et dont le plafond était assez élevé pour que, placé dans le haut de cette sorte d'épiscenium improvisé, le maître du jeu pût diriger, sans être vu, les mouvements de ses comédiens. C’est l’appareil ainsi décrit qui dut, dans de moindres proportions toutefois, être adopté en Grèce et en Italie par tous les joueurs de marionnettes ambulants. Cette disposition s’est, à peu de chose près, perpétuée jusqu’à nos jours, et l’on peut la reconnaître dans les baraques quadrangulaires de nos marionnettes en plein vent.
- Nous ne pouvons faire mieux que de citer, à ce sujet, l’ouvrage de M. Magnin, qui est sans contredit la plus consciencieuse étude qui ait été faite sur les marionnettes :
- Comme chez nous, le névrospasle antique, âme et intelligence unique de son spectacle, devait occuper le centre de ce postscenium étroit, sorte de petit retranchement que les Italiens nomment castello, les Espagnols castillo et nous caslellet, probablement par suite de l’ancienne dénomination latine. Le savant jésuite Quadrio, trompé par un passage obscur d’Hesychius, où ce lexicographe mentionne un divertissement autrefois en usage en Italie, a cru reconnaître dans le mot xopuôaXXi'a le caslellet des marionnelles actuelles et dans certains masques de bois,
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- Les Comédiens de bois .
- UN THÉÂTRE DE MARIONNETTES A LA FIN DU XVIIIe SIÈCLE
- (d’après une vignette d’un almanach contemporain)
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- appelés xuptGtjia, le nom particulier des marionnettes italiques. C'est tout un petit roman philologique, qui n’a pas la moindre réalité. Le jeu rustique dont il s’agit, consacré peut-être à Diane, consistait à se couvrir la tête d’un masque de bois, £uXtvov, et à s’entre-cho-
- quer le front à la manière des béliers. Il n’y a rien là qui ait rapport aux marionnettes.
- La plus ancienne représentation que l’on possède sur ce sujet est tirée du fameux manuscrit d’Herrade de Landsberg, abbesse de Holien-
- LES MARIONNETTES I)U IIORTUS DELICIARUM
- CONSERVÉ AUTREFOIS A LA BIBLIOTHÈQUE DE STRASBOURG.
- bourg. Ce merveilleux recueil était connu sous le nom de Hortm Delkiarum, et était, sans contredit, le plus précieux joyau de la bibliothèque de Strasbourg, qui fut détruite en 1870.
- La seule reproduction que nous possédions maintenant de ce manuscrit est due àM. Maurice Engelhard, qui publia, en 1818, un volume in-octavo, où les miniatures sont reproduites. Dans une de ces miniatures, on nous représente deux guerriers armés de pied en cap, et tenant à la main deux glaives de dimension formidable; un vaste bouclier leur permet de parer les coups. Le miniaturiste, pour bien expliquer la manœuvre de de ces marionnettes, a dessiné une grosse corde, qui les traverse de part en part. De chaque côté d’une table étroite, deux bateleurs font mouvoir la ficelle et mettent en mouvement ces guerriers pour rire : cet exemple nous montre que, dès le douzième siècle, les spectacles de marionnettes étaient d’un usage courant dans les habitudes féodales.
- VI — Succès obtenu au dix-septième siècle par certaines marionnettes»
- Au seizième siècle, les marionnettes furent appelées à jouer les pièces alors en vogue de Gargantua et de Pantagruel, et ces misérables poupées de bois avaient alors plus de succès que les meilleurs acteurs de l’époque.
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- Nous avons vu que, jusqu’à la fin du seizième siècle, le théâtre comique
- était illustré chez nous par Jehan des Vignes, Franc à Tripe et Tabary, qui fut peut-être un aïeul de Taba-rin. Les marionnettes durent revêtir les costumes de ces personnages;
- Jehan des Vignes, entre
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- autres, sous le nom altéré de Jean de la Ville, devint un bonhomme de bois haut de huit ou onze centimètres, composé de plusieurs morceaux qui s’emboîtaient et se démontaient : c’est le pantin appelé encore « Godenot ».
- Les spectacles de marionnettes devaient être bien fréquents, et les farces qui y étaient jouées n’étaient pas toujours anodines , puisque nous
- un théâtre portatif de marionnettes voyons que Thiers, dans
- son livre sur les jeux, déclare que ce divertissement, qui est défendu aux protestants, doit à bien plus forte raison ne pas être toléré pour les catholiques :
- On ne doit pas trouver étrange que les farces, bouffonneries, les marionnettes et tous les vains amusements de celte nature soient interdits aux véritables fidèles qui font profession de la religion catholique, puisqu’ils le sont même aux hérétiques que nous appelons « prétendus réformés » ; car voici ce que porte en termes exprès un des articles de leur discipline : « Les momerieset baslelleries ne seront point souffertes? ne faire le Roi boit, ne le Mardi gras, semblablement les joueurs de passe passe, tours de souplesses, marionnettes. »
- Vit. — lies» plus célèbres montreurs de marionnettes»
- Le spectacle des marionnettes était, dans la seconde moitié du dix-septième siècle, fort à la mode, et à la foire Saint-Germain se trouvait le théâtre d’un certain Francizin, qui était alors le mieux machiné que l’on puisse rêver» Ce Francizin donnait sur cette scène minuscule une
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- DON QUICHOTTE POURFENDANT LES MARIONNETTES
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- sorte de parodie de la pièce des « Amours de Jupiter et de Sémélé », qui était jouée à la salle des Marais par les comédiens du roi(l).
- LE CABINET DE CIRE
- Croquis du Boulevard du Temple dessine d’apres nature
- Mayolas, dans une lettre envers, adressée à S. A. la duchesse de Nemours, nous a conservé le souvenir du nom et des exploits du sieur Francizin :
- LE PETIT ITALIEN MONTREUR DE MARIONNETTES
- Pour le gain des riches marchans Le roy fil un tour à la foire Pour son plaizir et pour leur gloire; Ensuite il reprit son chemin,
- Et moi j’entray chez Francizin.
- Ce joueur de Marionnettes A des Machines si parfaites,
- Des figures pareillemant,
- Qu'il ne fut rien de si charmant Et l'on n’a point vû de merveilles En France à celles-là pareilles.
- 11 reprézenle justement Et tout à fait naïvement Des Amours la trame fidèle De Jupiter et de Sémelé,
- Qu’au Marais les Comédiens Dont on aime les entretiens Avec une allégresse extrême On fait voir à notre Roy même.
- (1) Le théâtre des Marais fut longtemps le rival et l’émule de l’hôtel de Bourgogne; c’est évidemment 1 un des théâtres les plus anciens de Paris, mais les historiens ne peuvent se mettre d'accord sur la date certaine de son origine. Ce fut là que Corneille lit représenter sa pièce du Cid, qui fut jouée en 1636.
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- MARIONNETTE LOUIS XV
- (COLLECTION DE M. IIENRY D’ALLEMAGNE)
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- Toutefois, si habile que fût Francizin, il ne put avoir un succès égal à celui de Jean Brioché ou Briocci, qui joignait à sa qualité d’imprésario celle d’arracheur de dents, et il ne semble pas que le cumul de deux professions ait présenté pour lui le moindre inconvénient.
- Per te il iLy a. plus de danza du, petit Marmot !
- LE MONTREUR DE MARIONNETTES AMBULANT
- Dans les dépenses de menus plaisirs du roi, on voit qu’en 1669, Louis XIV fit venir à Saint-Germain-en-Laye le célèbre artiste : on lit, en effet, dans les registres :
- A Jean Brioché, joueur de marionnelles, pour le séjour qu’il a fait à Sainl-Germain-en-Laye pendant les mois de septembre, octobre et novembre 1669, pour divertir les enfants de France, 1365 livres.
- Cette mention, ainsi que la suivante, proviennent des papiers de Colbert conservés à la Bibliothèque nationale.
- Brioché avait été précédé à la cour par un autre maître de marionnettes, François Daitelin, qui avait obtenu, dès 1657, une permission du lieutenant civil pour montrer ses poupées à la foire de Saint-Germain :
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- A François Daitelin, joueur de marionnettes, pour le paiement de cinquante-six journées qu’il a demeurés à Saint-Germain-en-Laye pour divertir Mgr le Dauphin, à raison de 20 livres par jour, depuis le 17 juillet jusqu’au 15 août 1069, et de 15 livres par jour, pendant les derniers jours dudit mois, 820 livres.
- Antoine Hamilton, dans nue lettre adressée à la fdle de Jacques U, décrivant la fête patronale de Saint-Germain-en-Laye, raconte qu’il trouva tous les habitants de cette ville et du Pecq sortant du spectacle :
- Blanchisseuses et soubrettes,
- Du dimanche dans leurs habits,
- Avec les laquais leurs amis
- (Car blanchisseuses sont coquettes),
- Venoient de voir ajuste prix,
- La troupe des marionnettes,
- Pour trois sols et quelques deniers On leur fit voir, non sans machine,
- L’enlèvement de Proserpine.
- Le second Brioché, François, Fanchon ou Faulichon, comme l’appelait
- familièrement le peuple de Paris, fut successeur de Jean Brioché et plus célèbre encore que son père, immortalisé par Boileau dans l’épître adressée à Racine (1667) :
- Et non loin de la place où Brioché [préside...................
- Cette place était située à l’extrémité nord de la rue Guénégaud alors nouvellement bâtie.
- La gloire de Brioché s’est perpétuée pendant tout le dix-huitième siècle, et, dans une sorte de résumé du Mercure galant, intitulé « La nouvelle Bigarure », nous trouvons, au mois de mars 1754, le compte rendu d’une pièce jouée par les comédiens italiens avant leur départ pour Fontainebleau. Ce spectacle était une petite parodie de l’acte de Pvginalion et était intitulé : « Brioché ou l’origine des marionnettes » par Gaubier, ancien valet de chambre du Roi.
- LES PETITS PANTOMIMES
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- Le théâtre représente l’atelier où Brioché faisait ses petites figures ; on en voit plusieurs paquets de toute espèce attachés en différents endroits. Au milieu de l’atelier, sur une table, est une petite marionnette debout dont on feint que Brioché est amoureux. Voici comme il exprime son tourment :
- L’ouvrage de mes mains, une Marionnette,
- A donc pu m’enflammer î Ma folie est complète ;
- Ali ! si j’avais prévu le tort que j’en reçois,
- Ce bois pour qui je brûle aurait brûlé pour moi.
- Dans le moment qu’il s’approche de l’objet insensible de ses feux pour le faire mouvoir, on entend une symphonie vive et tendre, la scène devient plus éclairée, la Marionnette s’anime. Jugez de la surprise de ce nouvel être et de celle de Brioché. La Marionnette fait des questions sur tout ce qu’elle voit ; petit à petit, elle développe ses idées et ses sentiments. Elle a pour maîtres Brioché et l’Amour.........
- Les marionnettes ont été quelquefois employées comme moyen de raillerie, et on trouve sur ce sujet une curieuse anecdote dans « le Théâtre de la Foire » par Le Sage et d’Orne vâl, année 1722 :
- Les auteurs de l’Opéra-Comique voyant encore une fois leur spectacle fermé, plus animés par la vengeance que par un esprit d’intérêt, s’avisèrent d’acheter une douzaine de marionnettes et de jouer dans une loge, où, comme des assiégés dans leurs derniers retranchements, ils rendirent encore leurs armes redoutables. Leurs ennemis, poussez d’une nouvelle fureur, firent de nouveaux efforts contre Polichinelle chantant; mais ils n’en sortirent pas à leur honneur.
- Ce fut à ce moment que le directeur du théâtre « Delaplace et Dolet » fit peindre sur un rideau un grand polichinelle avec cette devise : « J’en valons bien d’autres. »
- Au dix-huitième siècle, on employait parfois les marionnettes pour la représentation de ce qui correspondrait à notre époque à une revue de fin d’année. Dans le Mercure de France, on raconte la mésaventure arrivée au directeur d’un théâtre de marionnettes qui, dans une pièce de ce genre, s’était avisé de faire concurrence à un montreur de phénomènes; celui-ci eut recours à la plus insigne mauvaise foi pour ruiner l’établissement de son trop industrieux voisin :
- « A la foire de Saint-Germain, on a exhibé un monstre décoré du nom » de Bullialdus, assez semblable au loup, mais portant une longue barbe.
- » En 1750, on avait exhibé un rhinocéros.
- » Ces monstres avaient été visités par tout le monde, ce fut un en-» gouement général, les dames inventèrent une coiffure au « rhinocéros » ; » il en allait être de même pour le nouveau monstre, un incident de car-» naval empêcha la nouvelle mode.
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- » Mais le Directeur des marionnettes s’empara du sujet. Le Directeur » de rétablissement des « Grandes marionnettes » s’attira de l’argent et des » spectateurs. Ce jeu était composé de cinq ou six acteurs automates qui
- LE DÉMÉNAGEMENT D’UN THÉÂTRE DE MARIONNETTES d’après une vignette du premier Empire.
- » représentaient assez bien, l’un le monstre à la grande barbe, l’autre » l’ancien rhinocéros, le troisième un dromadaire que l’on voit actuelle-» ment à la foire, le quatrième un petit cheval qui tire des coups de » pistolet, boit dans un verre, joue aux cartes, dit la bonne aventure, etc.
- • Les Polich.ineis •
- » Toute cette ménagerie artificielle conduite par Polichinelle, qui leur » faisait faire à chacun leurs exercices et disait à cette occasion quantité » de ces gentillesses qui lui sont ordinaires, a été trouvée si charmante » que tout le monde y est accouru par préférence aux animaux réels et » même à la comédie........ Le bateleur des marionnettes, voyant le con-
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- le montreur de marionnettes au genou
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- » cours extraordinaire que lui attirait son spectacle, avait été obligé » d’élargir considérablement sa baraque, pour qu’elle pût contenir tous » les spectateurs qui y accouraient en foule. 11 avait fait faire des gra-» dins, des amphithéâtres, des loges, des balcons, etc... et tout cela » d’une manière aussi solide qu’elle peut l’être pour un temps passager.
- » Les possesseurs de raretés vivantes, voyant déserter leur spectacle » pour courir aux marionnettes, en ont été vivement piqués de jalousie. » Ils se sont plaints à la police sans pouvoir faire interdire ce spectacle. » Alors ils ont inventé de faire casser le cou à une cinquantaine de per-» sonnes pour arriver à leur lin. Ils gagnèrent à force d’argent un char-» pentier qui s’introduisit la nuit dans la baraque, arracha une partie » des clous et des chevilles-qui consolidaient les gradins... »
- Le lendemain tout s’écroula, une centaine de spectateurs culbutèrent, les uns tués, les autres dangereusement blessés. Le spectacle fut déserté.
- VIII. — Pièces écrites par Malézieu pour les théâtres de marionnettes.
- Au dix-huitième siècle, les marionnettes jouissaient toujours d’une faveur égale, et Malézieu, de l’Académie française, ne dédaigna pas d’écrire des pièces de théâtre spécialement composées pour ces minuscules acteurs. Ces représentations, qui avaient lieu chez la duchesse du Maine, devinrent tout à fait à la mode et l’on raconte que Voltaire ne manquait pas de faire venir chez lui les joueurs de marionnettes qui passaient dans la contrée.
- IX. — Les marionnettes au genou.
- On peut considérer comme le type de la marionnette enfantine, le jeu qui consiste en deux petits personnages maintenus par une corde dont l’une des extrémités est fixée à un petit piquet placé au bout d’une planche. Le montreur de marionnettes fait mouvoir ces petits acteurs au moyen de la corde dont l’autre bout est attaché à l’une de ses jambes, tandis que ses mains sont occupées à jouer de la cornemuse ou à battre du tambourin : les plus habiles barmans de ce genre de spectacle accompagnaient la musique d’une complainte ou d’un dialogue destiné à compléter l’illusion.
- Sur ce sujet, nous avons le rapport de Gérôme Cardan, natif de Pavie, qui a été cité par M. Magnin :
- J’ai vu, dit-il, deux Siciliens qui opéraient de véritables merveilles au moyen de deux statuettes de bois qu’ils faisaient jouer entre elles. Un seul filles traversait toutes deux de part en part. Elles étaient attachées d’un côté à une statue de bois qui demeurait fixe et de
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- l’autre àla jambe que le joueur faisait mouvoir. Ce fil était tendu des deux côtés. Il n’y a sorte de danse que ces statuettes ne fussent capables d’imiter, faisant les gestes les plus surprenants des pieds, des jambes, des bras, de la tête, le tout avec des poses si variées, que je ne puis, je le confesse, comprendre le ressort d’un aussi ingénieux mécanisme; car il n’y avait pas plusieurs fils, tantôt tendus et tantôt détendus ; il n’y en avait qu’un seul dans chaque statuette et ce fil était toujours tendu. J'ai vu beaucoup d’autres figures de bois mises en
- LES MARIONNETTES AU GENOU
- mouvement par plusieurs fils alternativement tendus et détendus, ce qui n’a rien de merveilleux. Je dois dire encore que c’était un spectacle vraiment agréable que dé voir à quel point les gestes et les pas de ces poupées étaient d’accord avec la musique.
- De nos jours on ne connaît plus ce genre d’amusement et nos enfants se divertissent aux aimables facéties du sieur Guignol, qui cause leur bonheur et crée pour eux une attraction de plus à la promenade des Champs-Elysées.
- Guignol est d’une invention relativement récente et son origine est purement lyonnaise. Un habitant de cette ville, M. Laurent Mourguet, avait créé un théâtre de marionnettes sur lequel il faisait représenter des pièces de sa composition. Mourguet avait pour ami un certain
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- Tisserand qui, pour exprimer la satisfaction que lui procuraient toutes ces plaisanteries, ne manquait pas de s’écrier à chaque fois : C'est guignolant.
- Mourguet, ayant trouvé l’expression singulière, l’introduisit dans le dialogue d’un de ses personnages qui, du coup, fut baptisé du nom de
- LA COMÉDIE DU CHAT
- « Guignol ». C’est en souvenir de ce fait que, sur nos modernes théâtres de marionnettes, l’estimable Guignol porte toujours le traditionnel costume qui a fait sa gloire. 11 se compose d’une sorte d’habit en gros drap orné de larges boutons métalliques, et il porte toujours comme coiffure une sorte de chapeau de feutre à visière relevée, dont les bords viennent lui recouvrir les oreilles.
- Pendant longtemps un figurant a été l’accessoire obligé des théâtres de Guignol ; sur l’étroite planche qui servait de scène, on voyait
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- toujours un magnifique chat qui devait assister impassible à toutes les bastonnades que l’intraitable Guignol infligeait à la maréchaussée, et la présence de ce félin ajoutait, paraît-il, un certain éclat à la représentation.
- X. — lies théâtres <le marionnettes en Italie.
- Outre ce genre de marionnettes, qui est réellement des plus pri-
- L’ORCHESTRE D’UN THÉÂTRE DE MARIONNETTES
- rnitifs, on a fait aussi des théâtres analogues à celui que nous appelons aujourd’hui le théâtre de Polichinelle.
- Dès l’année 1774, il existait à Milan, une scène où l’on faisait agir de petits acteurs en miniature qui étaient alors appelés Fantoccini :
- C’était presque toujours, dit Magnin en parlant des fantoccini, un seul joueur qui faisait mouvoir tous les personnages et qui, en même temps, récitait ou improvisait toute la pièce.
- Ce maître Jacques de marionnettes avait soin de varier ses intonations suivant les rôles, au moyen du sifflet pratique appelé en Italie « fischio » ou « pivelta ».
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- Enfin dans le Journal des Dames et des Modes de 1824, nous trouvons toute une description de ce genre de spectacle qu’un voyageur qui a séjourné à Rome à cette époque raconte dans ses tablettes. Parlant du spectacle de marionnettes, il dit :
- Entrons, rien de plus gai, de plus animé que l’aspect de la salle; toutes les places sont prises et, si la musique ne faisait pas partie nécessairement du divertissement, on s’emparerait de l’orchestre où s’étale une énorme basse avec des violons et autres instruments. Gomme toutes ces figures romaines sont épanouies! comme elles sont sûres d’avoir du plaisir! comme leur impatience soulève la toile encore abaissée !
- ... Le spectacle commence. Je n’ai pas été trompé dans mon attente; les acteurs ont joué avec beaucoup d’ensemble et de précision ; personne n’a été tenté de siffler ; il semble que tous ces automates fussent animés, tant leurs mouvements étaient rapides et leurs gestes pleins de justesse.
- Ils ont représenté une comédie jouée sur un des grands théâtres de Rome ; ils font la caricature des mauvais comédiens en imitant leur diction et en gesticulant comme eux. Ainsi les marionnettes ont leur but critique et contribuent à corriger les défauts des grands théâtres. Après la comédie vient le ballet qui est très bien exécuté. Il serait à désirer qu’on établît à Paris des marionnettes pour servir d’école de correction aux acteurs des théâtres royaux.
- XI. — Les marionnettes du théâtre Séraphin.
- Les fameux fantoches du théâtre Séraphin qui ont joui, ajuste titre,
- SÉANCE DE MARIONNETTES A DOMICILE
- d’une réputation presque européenne pendant le premier quart du dix-neuvième siècle, appartenaient évidemment à ce genre de marionnettes.
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- La plupart de ces acteurs en miniature, qui ont causé le bonheur d’un si grand nombre d’enfants, ont été recueillis par un collectionneur émérite, M. Arthur Maury, qui a môme tenté ces dernières années une nouvelle restauration du théâtre Séraphin.
- Parmi ces antiques marionnettes on retrouve le type le plus curieux et le plus populaire ; nous signalerons particulièrement une de ces poupées qui était destinée à jouer le rôle à transformation ; à un moment donné, celui qui la faisait mouvoir s’écriait : « Les bras m’en tombent » ; aussitôt, par un habile déclanchement, chacun des bras de l’automate se détachait du corps et, par un simple renversement de l’étoffe formant les manches, devenait une charmante petite danseuse qui concourait au ballet final de la pièce.
- Un autre personnage de cette troupe mérite une mention spéciale : c’est le sieur Polichinelle qui, par son esprit et sa gaîté, avait su s’attirer l’affection de tous ces jeunes spectateurs ; c’était, au surplus, un acteur émérite doué d’un mécanisme perfectionné qui lui permettait de faire mouvoir les yeux et d’ouvrir la bouche, ce qui ajoutait beaucoup d’expression à la physionomie. A tous ces talents, Polichinelle joignait le mérite d’être un excellent cavalier; il lui arrivait, en effet, souvent de faire son entrée sur la scène monté sur un magnifique caniche dressé à ce genre d’exercice ; c’était, alors, des tonnerres d’applaudissements que le grand acteur accueillait avec modestie, comme il convient au vrai mérite.
- XII. — Les fabricants de marionnettes au dix-neuvième siècle.
- Dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, les fabricants de jouets
- se sont préoccupés d’établir despoupées pouvant être employées comme acteurs dans les théâtres servant de jouets à des enfants. A l’Exposition de 1844, M. François, demeurant faubourg du Temple, avait présenté des spécimens intéressants de ce genre de fabrication.
- LE PETIT GUIGNOL
- d’après une lithographie de la Restauration.
- A l’Exposition de 1849, on avait exposé une série de personnages
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- destinés à ces petits théâtres ; les renseignements que nous trouvons dans le rapport du jury de cette année constituent un document précieux sur ce sujet :
- Les personnages et les grotesques, à partir de 2fr,50 la douzaine, sont préférés à ceux de Nuremberg, Neustadt, Sonnenberg. Ils sont pour la plupart modelés avec goût et grimés avec esprit. Leur fabrication est très importante tant à Paris, dans le VIe arrondissement (le Temple) que dans le Jura et dans l’Isère.
- En 1849, on vendit à Paris pour 18 810 francs de polichinelles et de pantins.
- XIII. — Les théâtres enfantins.
- Le premier théâtre enfantin que nous trouvions en France date de Louis XIV. 11 y avait en 1662, à Troyes, un organiste fort habile, nommé Jean Raisin, dont le talent ne pouvait cependant suffire à l’en-
- PETITS MUSICIENS ET ACTEURS
- DANS LE GOÛT CHINOIS D’APRÈS PlLLEMENT, XVIIIe SIÈCLE.
- tretien de sa nombreuse famille. La misère rend ingénieux : il inventa une épinette fort large à clavier intérieur dans laquelle il cachait un de ses fils âgé de quatre ans, qui exécutait sur l’invisible clavier les airs les plus nouveaux. Il vint à Paris chercher fortune et eut une très grande vogue à la foire Saint-Germain. Encouragé par ses succès, Raisin conçut le projet de former, avec sa petite famille et d’autres enfants, une troupe de jeunes comédiens ; le roi accorda la permission : ce fut « la troupe de Mgr le Dauphin », qui débuta au mois de juin 1664 sur le
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- théâtre du Palais-Royal où elle obtint un prodigieux succès. Quoiqu’on ne mît pas alors de réclames dans les journaux et que les comptes rendus des théâtres fussent loin d’être suivis avec le même intérêt qu’aujourd’hui , chaque soir la foule venait rire et applaudir « Tri-cassin » et cette délicieuse farce « l’anclouillette de Troyes » qui coûta la vie au jeune fils de Raisin, ainsi que la tragique aventure en est racontée tout au long dans les Enfants célèbres de Fréville.
- pinx. Les petits Cornediexis . cl.Dufu,
- Heur&tuc cL^e âge d'or, cru s ans T*e ca&ur s cnit s s livrer a. d'inrvoceirts plaisirs Hans ces sirrvpLes enfiuvts verve bardrve Veut caretèrvter tnes Levers désirs .
- La vogue de ces jeunes acteurs hit si considérable, qu’ils méritèrent une mention spéciale dans une lettre en vers adressée à « Madame » par
- Robinet; à la date du 21 février 1666, nous trouvons l’appréciation de Fauteur sur cette jeune troupe :
- Cependant au Palais-Royal,
- Avec un plaisir sans égal,
- On peut voir la Troupe enfantine Qu’on nomme la Troupe Dauphine,
- Dont les acteurs, à peine éclos,
- Des plus vieux méritent le los.
- Sur tous le Fils de la Baronne,
- Actrice si belle et si bonne,
- Dont la Parque a fait son butin,
- A, comme Elle, le beau Destin De charmer chacun sur la Sceine Quoiqu’il n’ait que douze ans à peine.
- Et certes, il sera quelque jour Fort propre aux rôles de l’Amour.
- Un peu plus tard, le 6 mars 1666, le même auteur revient sur ce sujet et insiste sur le charme de ces marionnettes vivantes :
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- Vous avez, pour tout dire enfin,
- La troupe du charmant Dauphin,
- Dont les acteurs encor en graine Peuvent guérir de la migraine,
- Soit dans les rôles sérieux,
- Soit dedans les facétieux.
- Ces marionnettes vivantes Sont tout à fait divertissantes,
- Et l’on croid vraisemblablement Que ce soit un enchantement.
- Après une tournée peu heureuse en provinee, la « troupe de Mgr le Dauphin » revint à Paris, où, malgré l’appui de Molière, elle cessa d’exister en 1667 par suite de la mauvaise administration de la femme de Raisin qui avait pris la succession de son mari.
- Les petits acteurs furent engagés pour la plupart dans différents théâtres de Paris et de province. Deux d’entre eux, Baron et le cadet des frères Raisin, se distinguèrent par la suite sur les théâtres de la capitale.
- En 1677, Dominique Normandin, escuyer sire de Grille, qui avait été obligé, sur les réclamations de l’Académie royale de musique, de transformer son théâtre de marionnettes alors trop populaire, établit au Marais le spectacle des Bamboches, où il fit jouer de jeunes enfants; mais, à Paris, la nouveauté dure peu et, le jeu des acteurs cessant d’être un spectacle neuf, le théâtre dut fermer ses portes.
- Un célèbre faiseur de marionnettes, Berthrand, renouvela cette tentative en 1690, quand, à la requête des comédiens français, une ordonnance du lieutenant de police, du 10 février de la même année, interrompit le cours des représentations.
- Drouin, plus heureux que ses prédécesseurs, forma, en 1731, une petite troupe d’acteurs et de danseurs ; elle joua sur la scène de l’Opéra-Comique, alors théâtre de la Foire. Tout Paris raffola longtemps de ces aimables enfants, dont le plus âgé n’avait pas treize ans et le plus jeune à peine quatre.
- Audinot, en 1770, fonda l’Ambigu-Comique, boulevard du Temple, et y donna des représentations de ses bamboches qu’il remplaça bientôt par des enfants ; ce théâtre gagna beaucoup puisqu’on lit daus les registres de l’ancien Opéra, à l’article des redevances des divers spectacles forains qu’il payait à l’Opéra en 1784, 36 livres par représentation, et l’année suivante cette rétribution fut portée à 30,000 livres par an.
- Ce succès avait troublé la tête de tous les fils de bonne famille de Paris et dans chaque habitation on montait un petit théâtre.
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- De cette scène sortirent deux célèbres danseuses, Mmcs Bigottini et Cliévigni, et un acteur, Damas, de la Comédie-Française.
- Plusieurs autres se fondèrent à cette époque, celui des Jeunes artistes, rue de Bondy ou rue de Laucry, et celui des Jeunes élèves, rue de Thionville (rue Dauphine).
- La troupe de M. Hurpy n’eut pas moins de succès et fut comme
- une pépinière de bons acteurs : Monrose, Granville, Virginie Déjazet, qui obtenait déjà des bravos et des couronnes dans de petits rôles travestis.
- Un décret impérial de 1807 supprima les petits spectacles que nous voyons cependant reparaître en 1814.
- Comte, célèbre ventriloque et physicien, en établit un dans une jolie
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- salle qu’il fit bâtir en 1826 passage Ghoiseul, mais les artistes n’étaient déjà plus de tout jeunes enfants et au Gymnase enfantin, qui s’ouvrit en 1831, passage de l’Opéra, on y voyait des acteurs de dix-sept et dix-huit ans. Ainsi que chez Comte (1), les ballets y étaient médiocres.
- Jusqu’alors ces théâtres n'avaient été que des entreprises plus ou
- moins lucratives et qui avaient fourni à la scène quelques sujets d’élite, dont cependant l’éducation n’était nullement faite. Aussi Pierre Castelli, homme de cœur et de talent, conçut en 1831 le projet d’établir une bonne école dramatique, de « recueillir parmi les enfants de familles
- (1) C’est sur l’emplacement de ce théâtre que fut construite la salle des Bouffes-Parisiens exploitée par Olfenbacli. Sur les billets était imprimée cette devise :
- Pour les mœurs, le bon goût, modestement ils brillent Et sans danger la mère y conduira sa fille.
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- honnêtes, mais peu aisées, tous ceux qui annonceraient d’heureuses dispositions, de les élever comme ses propres enfants, sans qu’ils apportassent d’autre rétribution que leur zèle et leur reconnaissance ».
- Le début de la troupe se fit à Rouen au mois d’avril, elle parcourut la province, puis la Hollande, l’Allemagne en 1833 et 1834 et vint à Paris, en septembre 1836, après une tournée triomphale.
- ALEXANDRE DELRUE, RÉGINE GR00T ET FÉLIX BRIET
- Jamais enfants acteurs n’avaient réuni au plus haut degré toutes les qualités qui font les grands artistes.
- Leur maître, ayant pour devise ces mots de VÉmile de Jean-Jacques Rousseau : « La nature veut que les enfants soient enfants avant que d’être hommes », ne força jamais leurs moyens, les conduisit en écoliers avec heures fixes pour jouer, apprendre leurs rôles, les menant lui-même en guise de récréation au Théâtre-Français, où il leur avait fait remarquer la diction puissante de MUe Mars, la verve originale de Montrose.
- L’étude remplaça la routine et, dans ce Gymnase, l’éducation y était donnée comme l’instruction. Les engagements à ceux à qui la carrière dramatique sourira ne manqueront pas; pour les autres, l’instruction qu’ils ont reçue leur permettra d’en embrasser une de leur choix.
- Tous les acteurs de ce théâtre étaient de petits prodiges ; Edouard Groot, d’abord acteur, devint le chef d’orchestre; son frère Jules était le premier sujet du corps de ballet, et leur sœur Régine une des merveilles de la troupe.
- Le régisseur Alexandre Delrue, premier comique, a dix ans; une « bonne petite fille fort douce et fort modeste qui ne déchire jamais ses
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- robes, ne cause point pendant les prières et ne brise point ses joujoux
- CÉLESTINE THUILLIER, PAUL COLOMBÉRI ET IRMA GRENIER.
- dans des moments de colère », Gélestine Thuillier, actrice de douze ans, fait couler des larmes. Voyez ce petit « bonhomme tout rond, tout court, tout potelé, au regard malin, à la mine réjouie », c’est Félix Briet, le second comique.
- Admirez Eugène Mine, jeune premier en « uniforme, en frac bourgeois ou en costume moyen âge », qui vient faire sur la scène quelques déclarations plus ou moins passionnées.
- Et cet autre, Paul Colombé-ri, à qui on fut obligé de confier des rôles graves parce qu’à onze ans, devenu gros et fort, il n’avait plus la tournure de son rôle :
- « Quand la graisse vient, adieu le comique », a dit Moessard.
- N’oublions pas une mignonne sylphide, Fanny Deléchaux, et deux petites danseuses parisiennes vives et sémillantes, Rosette Welde-mann et Flore Mazelin, qui débuta à Strasbourg avec Fanny en 1835.
- ROSETTE WELDEMANN, FLORE MAZELIN ET LOUIS
- DANS LE BALLET ANACRÉONTIQUE.
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- QUATRIÈME PARTIE
- LES OMBRES CHINOISES
- I. — Leur origine orientale.
- La lumière nous vient de l’Orient, c’est un axiome adopté maintenan par tout le monde. Faut-il ajouter que les ombres que nous avons appelées chinoises ont été importées chez nous des pays où l’on se plaît à placer le berceau de l’humanité ? L’origine des ombres chinoises est assez
- LA BOUTIQUE DU COLPORTEUR
- d'après une image populaire traitée en ombre chinoise, éditée a Metz au commencement du xixe siècle.
- peu précise, et ce qu’il y a de plus certain, c’est que cette récréation a toujours été connue dans les pays orientaux et particulièrement en Chine.
- Dans le Céleste-Empire, toute une classe de bateleurs se livrait à cette industrie en se couvrant la tête d’une sorte de lanterne terminée par un long voile, derrière lequel ils se dissimulaient tant bien que mal : ainsi se trouvait réalisé, par ces impressam à la longue natte, le rêve que n’ont même osé entrevoir les plus imaginatifs de nos directeurs de théâtres, puisque ces baladins portaient sur leurs épaules, les acteurs, les décors et jusqu’au théâtre même.
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- IL — Les ombres chinoises et la lanterne magique au seizième siècle.
- Nous serions tentés de croire que les ombres chinoises ont une très grande parenté avec les lanternes magiques, et que, du jour où fut trouvé le moyen de projeter des images sur un écran blanc, l’idée vint tout naturellement d’employer le même procédé pour obtenir des projections noires en interposant des images complètement opaques. A l’appui de cette conjecture, nous pouvons citer le livre des Subtiles et plaisantes inventions de J. Provost, natif de Tolose, l’an 1584 (lre partie, p. 51). Cet auteur nous décrit la lanterne vive qui servait d’enseigne aux barbiers et aux pâtissiers à la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle. Les figures étaient « faictes de cartes » et représentaient principalement des soldats, cavaliers et fantassins ; fauteur, du reste, prend la peine de nous faire assister à ces défilés militaires dans la petite description que nous reproduisons ci-dessous :
- Quatre hommes à cheval faicls de carte ou de papier fort... tenant chacun la iance à l’arrest... et faut que les jambes de devant se lèvent pour représenter un cheval qui bondit... Au milieu poserez de mesme quatre harquebusiers morionnés et l’espée au coslé. Plus bas encore rangerez quatre picquiers, entremeslant, si vous voulez, quelques lévriers courants après un lièvre ou toutes autres fantaisies ce que férés tailler à quelques barbiers, car ils savent celte gaillarde maîtrise sur le doigt, et ce sont eux aussi qui tiennent communément de ces lanternes la nuit contre leurs châssis pour amuser les passants à compter l'ordre de celte gendarmerie.
- Ensuite vient la description de l’espèce de roue artificielle à laquelle tient cette cavalerie.
- Elle était mise en mouvement par la flamme et la fumée montant en haut et s’entonnant dans les destours, logettes et cavités de ladite roue artificielle. Or ce sera plaisir de voir à travers du papier, à la clarté de la chandelle, les tours et passages de ces braves guerriers, sans rompre jamais leurs rangs, mais surtout gardez bien, pour une précaution très nécessaire que, par quelque empeschement, ce mouvement ne s’arreste, de peur que le feu ne prenne aux eslouppes, en danger de combustion militaire : ce serait grand dommage de perdre si pauvrement tant de braves hommes.
- III — Les spectacles d’ombres chinoises au dix-liuitième siècle.
- Il faut cependant arriver à la fin du dix-huitième siècle pour trouver les ombres chinoises servant de représentation dramatique et accompagnées d’un dialogue destiné à augmenter l’intérêt de ces sortes de représentations. Dans un ouvrage qui a paru en 1774, les Nouvelles Récréations physiques et mathématiques, de M. Guyot, nous trouvons tout un
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- chapitre consacré aux ombres chinoises et l’auteur déclare que ces petits spectacles, qui étaient vus depuis peu à Paris, ont été fort goûtés ; puis il nous donne des renseignements très circonstanciés sur la manière
- JUtci le caractère yuc-j asrnynerois ccùt J'Ultouellc' Je celle'jeune personne''. <Jj/ troicve Je la lonllsans leaueaup ^ finesse y Je la clarté Jane 1er tJtvs, et le /aient Je les concerta ir anecjlactlile ; un esprit fort’ mJusirieitæ, mate tpn nest>point domine'par une imagination liai otve et y ni rie s'attache jjuèrre .an une ervac/itude tccrujeulerure - (7n ‘ ne rclromre point élans la copte lo caractère tle^yuie/e' yu annonce-/ l ortpinal/rnazs le ne%- a-papnc Jacis la JJ/iouetle'—dp edprinie plus Je^/inesse <
- MACHINE SURE ET COMMODE POUR TIRER LES SILHOUETTES
- D’APRÈS UNE ESTAMPE DU XVIIIe SIÈCLE.
- dont doivent être faits les tableaux destinés à fournir des ombres chinoises.
- On doit, dit-il, plaquer sur le tableau deux ou plusieurs formes humaines et découpées, on obtient des variations de ton en variant le nombre de papiers superposés; ces dispositionsétant prises, on fait à une haute cloison une ouverture de 4 pieds de long sur 2 pieds de haut et on la
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- UN THÉÂTRE D’OMBRES CHINOISES A LA FIN DU XVIIIe SIECLE (d'après la vignette d’un almanach contemporain.)
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- couvre d’une loile très claire et très fine ou de gaze d’Italie; après avoir installé une forte lampe à réflecteur, on présente devant l’ouverture le châssis qui sert de décor. C’est derrière et très près de ces châssis qu’on fait mouvoir de petites figures d’hommes ou d’animaux, faites de carton et découpées, dont on rend diverses parties mobiles, selon l’effet qu’on veut qu’elles produisent par le moyen de leur ombre; pour les faire agir à volonté, on attache à ces parties mobiles de petits fils de fer qu’on dirige tous vers les pieds de la figure et qu’on termine en forme d’anneau, afin de pouvoir les passer entre les doigts de la main droite pendant qu’on soutient cette même figure avec la gauche, au moyen d’un autre fil de fer : de celle manière, on peut les faire avancer, reculer et gesticuler, sans qu’on aperçoive lamanœuvre qui les fait agir ainsi.
- IV. — Opinion du baron de Grimm sur les ombres chinoises.
- Le baron de Grimm, dans sa correspondance de 1*770, raconte, non sans une certaine ironie, la haute estime en laquelle il tient les ombres chinoises :
- Je ne connais pas de spectacle plus intéressant pour les enfants, dit-il; il se prêle aux enchantements, au merveilleux et aux catastrophes les plus terribles. Si vous voulez, par exemple, que le diable emporte quelqu’un, l’acteur qui fait le diable n’a qu’à sauter par-dessus la chandelle placée en arrière de la toile, et il aura l’air de s’envoler avec sa proie par les airs. Ce beau genre vient d’être inventé en France, où l’on en a fait un amusement de société aussi spirituel que noble; mais je crains qu’il ne soit étouffé dans sa naissance par la fureur de jouer des proverbes. On vient d’imprimer « l’Heureuse pêche pour les Ombres à scènes changeantes ». Le titre nous apprend que celte pièce a été représentée en société, vers la fin de l’année 1767.... Il faut espérer que nous aurons bientôt un théâtre complet de pareilles pièces. (Correspondancc littéraire, etc... 15 août 1770, t. Vif, p. 49.)
- Les ombres chinoises du théâtre Séraphin.
- Le vulgarisateur en France des ombres chinoises, car on ne peut
- pas dire qu’il en fut l’inventeur, fut Dominique Séraphin, qui installa un théâtre d’ombres chinoises à Versailles, dans un lieu de divertissement public à l’enseigne du Jardin royal. Le succès de ce nouveau spectacle fut si grand, que le bruit en arriva jusqu’aux oreilles de la reine, et elle fit demander Séraphin pour lui faire donner trois représentations pendant tout le
- COMMENT ON FAIT MOUVOIR LES OMBRES CHINOISES i T .nor
- derrière L'ÉCRAN carnaval- Le 22 avril 1784,
- Séraphin reçut l’insigne honneur de donner à son entreprise le titre de « Spectacle des Enfants de
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- France » ; il transporta son industrie sous les nouvelles galeries du Palais-Royal, dans le local que lui ou ses héritiers ont occupé jusqu’en d858.
- Déjà à cette époque le théâtre de Séraphin était considéré comme une des curiosités de Paris et jugé digne d’attirer l’attention des visiteurs de la capitale. Thierry en parle en ces termes dans son Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris :
- L’on y voit des feux arabesques d’un nouveau genre et des tableaux où se passent des scènes nouvelles et amusantes. Les ombres chinoises, produites par différentes combinaisons de lumières et d’ombres, y représentent au naturel toutes les altitudes de l’homme et y exécutent des danses de cordes et de caractère avec une précision étonnante. Des animaux de toutes espèces y passent en revue et font tous les mouvements qui leur sont propres sans qu’on aperçoive ni (il, ni cordon pour les soutenir et les diriger.
- 11 existe encore une affiche du théâtre Séraphin pour la représentation du 19 août 1785. Ce jour-là, on offrait au public le tableau du Palais-Royal, les chaises parlantes et diverses métamorphoses. D’autres
- pièces eurent une vogue qui s’est conservée presque jusqu’à nos jours; telle est la fameuse pièce du « Pont cassé», qui obtient toujours le même succès. Notons encore « la Chasse aux canards », « le Magasin de Rhotomago », etc...
- En 1790, Séraphin céda son entreprise à un nommé Moreau, qui donna comme spectacle d’ouverture « Arlequin changé en nourrice ». Cette direction toutefois ne fut pas heureuse et la même année Moreau dut se retirer pour rendre la place à l’ancien propriétaire, Séraphin. Celui-ci apporta quelques améliorations et quelques transformations dans le théâtre, et ne tarda pas à reconquérir les faveurs du public.
- Le prix des places était assez élevé, puisque l’on payait une livre quatre sols aux premières et douze sols aux secondes.
- Pendant la Révolution, le théâtre de Séraphin suivit le mouvement et les comédiens de carton jouaient « la Fédération nationale ».
- Le 11 pluviôse an II (31 janvier 1794), ce théâtre en miniature donna
- FRONTISPICE D'UN RECUEIL DE PIECES POUR LES THÉÂTRES D’OMBRES CHINOISES
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- une représentation au bénéfice des indigents de la section de la Montagne, et la pièce qui eut alors beaucoup de succès était intitulée : « La pomme à la plus belle, ou la chute du Trône. »
- Séraphin, le fondateur du théâtre, mourut en 1800, laissant son entreprise à son neveu Joseph François, qui ne parvint qu’avec difficultés à soutenir le théâtre. Paul Royer, son gendre, lui succéda un peu avant 1860 ; à la mort de ce dernier, sa veuve transporta le théâtre du Palais-Royal au boulevard Montmartre, 11 ne ferma définitivement ses portes que le 15 août 1870 (1).
- VI. — Ombres chinoises séditieuses et têtes d’expression.
- En 1817, on a employé les ombres chinoises pour représenter des
- OMBRES CHINOISES.—Cricursdes rues.— Marchands ambulants de Paris. »• 8.
- ProfriM ttdtteur fPrywl ) P«brK|'« 4* PELLEai?* twpiwar-CArw. t EPI>Au
- IMAGE POPULAIRE DU COMMENCEMENT DU XIXe SIÈCLE
- figures jugées alors comme séditieuses. A cette époque, tous les anciens
- (1) Ce théâtre a été réouvert dans ces dernières années par M. Arthur Maury, qui y a reconstitué les anciennes pièces jouées par des marionnettes.
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- officiers qui avaient servi l’empereur possédaient, comme pomme de canne, un petit balustre en bois tourné dont les moulures étaient disposées de telle sorte, qu’en interposant ce petit objet entre une source lumineuse et un écran blanc, on obtenait la projection du profil de
- LA PENSÉE SÉDITIEUSE
- (On apercevait en transparence, dans les parties réservées en blanc, les profils de Louis xvi, de Marie-Antoinette et du Dauphin.)
- l’Empereur. Cette mode lit fureur pendant quelques mois, mais un jour survint une panique qui fit disparaître à tout jamais cet emblème séditieux.
- Le public n’en continua pas moins à faire ses délices des ombres chinoises grotesques, et la meilleure preuve c’est qu’en 1818, il se faisait un commerce assez actif de figures pouvant servir à ce genre d’amusement; voici ce que le Dictionnaire des Découvertes nous apprend à ce sujet :
- Ce sont des têtes d’expression ou de fantaisie exécutées avec quelques coups de ciseaux, pour être vues à la lampe comme des silhouettes, par la projection de l’ombre sur le mur; mais, au lieu d’offrir un corps opaque et noir, ces découpures se dessinent par le contour des clairs et produisent l’effet du dessin à l’estompe fait à la lampe d’après la bosse. Le prix de quinze têtes découpées et renfermées dans un portefeuille est de 3 francs.
- Les vendeurs sont : Bance, rue Saint-Denis; Pélissier, au Palais-Royal, et rue Richelieu, au « Petit-Dunkerque ».
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- VII. — Le jeu des ombres chinoises.
- Les ombres chinoises ont été adoptées fort souvent par les dessinateurs du temps de Louis-Philippe et, vers 1832, on voit toute une série de diableries en ombres chinoises représentant les sujets les plus abracadabrants et quelquefois même les plus libres.
- Les ombres chinoises ont été employées comme jeu d’enfant et l’on
- DÉCOR SERVANT POUR LA REPRÉSENTATION DE LA PIÈCE DES « DEUX SOURDS »
- vendait dans certaines fabriques des feuilles prêtes à être découpées, qui contenaient à la fois les décors et tous les personnages devant jouer un rôle dans ces pièces importantes; telles sont : « le Tailleur et son apprenti», « l’Andouille indigeste », « les Deux sourds », etc...
- 11 y a eu de nos jours une nouvelle mode qui a remis en honneur les ombres chinoises; nous devons savoir gré aux rénovateurs de ce genre vraiment intéressant, car cette tentative, couronnée de succès, nous a valu de belles pages comme « l’Epopée », «la Marche à l’Etoile », etc..., que tout le monde a encore présentes à la mémoire.
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- CHAPITRE VI
- JOUETS ET INSTRUMENTS DE PHYSIQUE AMUSANTE
- La lanterne magique. — 1. Son invention par Roger Bacon. — 2. La lanterne magique du Père Kircher. — 3. Définition donnée par Richelet. — 4- Le montreur de lanterne magique et les « Cris de Paris ». — 5. Différentes sortes de lanternes magiques à la fin du dix-huitième siècle. —6. Projections obtenues sur un nuage de fumée. — 7. Le Singe et la lanterne magique. (Fable de Florian.)
- Fantasmagorie. — En quoi cet appareil diffère de la lanterne magique.
- Le kaléidoscope. — 1. Son invention en 1817. — Il supplante le jeu du Casse-tête chinois. — 2. Brevets d’invention relatifs au transfigurateur ou kaléidoscope. — 3. Caricatures sur le kaléidoscope.
- Le phénakisticope. — Le phénakisticope prototype du cinématographe.
- Jouets aimantés et jouets électriques. — 1. Le dessinateur automate. — 2. La pendule magnétique. —3. La promenade de la souris. — 4- La course des chevaux électriques. — 5. Le petit chasseur. — 6. Les appareils de physique amusante aux Expositions de i855 et de 1867.
- Ballons et parachutes.
- PREMIERE PARTIE
- LA LANTERNE MAGIQUE
- I. — S011 invention, par Roger Bacon.
- l existe toute une série de délassements destinés autant à la récréation des grandes personnes qu’à l'amusement des enfants ; ce genre de spectacle était en très grand honneur au dix-lmi-tième siècle, et il était alors connu sous le nom de Récréations physiques et mathématiques.
- Les applications curieuses que l’on a obtenues par ce procédé sont extrêmement nombreuses : nous nous contenterons de citer seulement celles qui ont le plus retenu l'attention du public.
- La plus admirable découverte qui ait été faite dans cet ordre d’idées
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- est évidemment la lanterne magique, dont les applications multiples sont maintenant tout à fait à l’ordre du jour. Tous les procédés de projection et d’agrandissement qui rendent à l’heure actuelle de si notables services à la science et à l’industrie ont, en effet, pour base essentielle la primitive lanterne magique, dont l’invention remonte au plus haut Moyen Age : la tradition l’attribue à Roger Bacon, ce fameux moine
- THÉORIE DE LA LANTERNE MAGIQUE d’après « A HS MAGNA LUCIS ET UMBRÆ », par le Père Kircher, 1645.
- anglais qui aurait en même temps inventé la composition de la poudre à canon. Il découvrit la lanterne magique un jour qu’il se livrait à de profondes études sur la nature des ombres et sur leur décroissance et leur extension progressives.
- Bette précieuse découverte ne fut considérée que comme un jouet par le savant, qui en fît part à ses amis pour les divertir. L’étrangeté de cette invention frappa les esprits craintifs de cette époque, et on ne tarda pas à accuser de maléfices et de sortilèges le génial savant.
- La chose fit tant de bruit qu’elle parvint jusqu’aux oreilles du pape, qui, croyant peu à l’intervention de l’esprit malin en cette circonstance, fît venir les appareils construits par Roger Bacon. Après les avoir expérimentés lui-même, il déclara qu’il n’y avait là aucune malice, mais au contraire un jeu fort intéressant et qu’il fallait être soi-même possédé du démon pour pouvoir y trouver une intervention diabolique. Innocent IV se divertit beaucoup à faire fonctionner la nouvelle machine, et il se fit même un plaisir de montrer la lanterne magique à ses familiers.
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- II. — La lanterne magique tlu Père Kirclier.
- Oii.a également attribué l’invention de la lanterne magique au Père
- f'Jffci i/c la; X an faune/ 771
- LA PIECE CURIEUSE .
- Inventée Par le Pere Kircker Je fuite Allemand
- él
- sef ùcaézo7V.
- Pourjalrejouer cette Lanterne ilfiait a/oair une miu'iu/le trel blanchet ou un itiop t?'e,lftn/ pour que 1er couleurs soient plut fvvoet .pose?' la Lanterne su?' une toile portative' afin de la mouvoir a 'volonté^ la mettre a S. pieds du dr'ap, a Humer la Lantei'ne avec une/ forte mèche et dhïiilè/ d'o--live tires le ti/yuu deJ 'vereg environ/ a moitiéipour les mets -tre à leiasfoyert distraire toute autre limitere,prendre une des bandeJ de orerre peint/ sur la/ yü 'elle est des peti* -tesfiyureSf la faire/ passd renversé dans la coulisse de la Lanterne en face de la lumière^ à linstant onrvéra/sur le/ drap lesfyureS enyrandiSdelles n'eùnentrpasparfaitement distinctes ilfaudrolt erifoncer les luyaur ou les tirer; ods bien approcher la table ou la rëculer an en précaution e£P un peu d'attention^ On obtiendra' taule/ la clarté/yrasseur, et Illusiont yue cette instrument peut produire.
- A PARIS' on tff 8^,
- Kircner, dont l’érudition et la fécondité d’imagination sont généralement connues : la lanterne magique est, en effet, décrite dans son ouvrage Magnes sive de magnetica arte (Rome, 1645), et nous pouvons voir, par une
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- curieuse gravure du dix-septième siècle, que son procédé est sensiblement le môme que celui qui est encore aujourd’hui en usage.
- A l'intérieur d’une boîte parfaitement close et munie d’une cheminée pour l’échappement de la fumée, il a placé une lampe garnie d’un réservoir; en avant de cette lampe est une monture métallique conte-
- DÉM0NSTRAT10N DU MÉCANISME DE LA LANTERNE MAGIQUE
- d’après UNE GRAVURE SUR BOIS DU XVIIe SIÈCLE.
- uant les verres d’une longue vue et aboutissant à une ouverture percée dans la paroi latérale de la caisse. Devant ce faisceau de rayons lumineux, il faisait défiler une série de Saints finement peints sur de petits médaillons en verre : l’exemple que nous avons sous les yeux reproduit des sujets religieux, et la figure projetée sur le mur montre l’âme de quelque pécheur endurci brûlant dans les inextinguibles feux de l’enfer.
- IIL — Définition donnée par Riclielet.
- Au dix-huitième siècle, la lanterne magique était considérée par les contemporains avec une certaine appréhension, c’est du moins ce qui
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- ressort de la définition qn’en donne Richelet dans son Nouveau Dictionnaire français, édité en 1719 :
- C’est une petite machine d’optique qui fait voir dans l’obscurité, sur une muraille blanche, plusieurs spectres et monstres affreux, de sorte que celui qui n’en sçait pas le secret croit que cela se fait par art magique.
- IV. — Le montreur de lanterne magique et les « Cris de Paris ».
- Le métier de montreur de lanterne magique faisait partie de la séide des métiers qui sont reproduits dans les Cris de Paris. Les Savoyards avaient la spécialité^ de parcourir la France en montrant la lanterne magique, et ce métier était généralement associé à celui de joueur d’orgue de Barbarie qui faisait aussi voir « le marmotte en vie ».
- Carie Vernet a reproduit ce petit métier parisien et nous montre ce modeste imprésario parcourant les rues en criant :
- « Lanterne magique, pièce curieuse à voir. »
- Un peu plus loin on aperçoit son confrère, le joueur d’orgue de Barbarie, qui s’eu va mélancoliquement chercher aventure en portant sa musique sur son dos.
- V. — Diverses sortes de lanternes magiques à la fin du dix-huitième siècle.
- Cet instrument devait naturellement tenir une place prépondérante dans les amusements des sciences mathématiques et physiques ; aussi trouvons nous dans le recueil qui porte ce nom une description fort intéressante, qui indique les divers perfectionnements qui avaient été apportés à cet appareil à la fin du règne de Louis XVI.
- LE MONTREUR DE LANTERNE MAGIQUE d’après les « Cris de Paris » de Car le Vernet (xixe siècle).
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- La lanterne magique est un de ces instruments qu’une trop grande célébrité a presque rendu ridicule aux yeux de bien des gens. On la promène dans les rues ; on en divertit les enfants et le peuple; cela prouve, avec le nom qu’elle porte, que ses effets sont curieux et surprenants.
- On peut construire des lanternes magiques de deux manières, soit en se servant de la lumière artificielle, soit en employant à cet effet les rayons du soleil. Dans ce dernier cas, ses
- ia Lajilcrnc? MagujucJ
- effets sont assez semblables à ceux du microscope solaire. Quand on a recours à une lampe comme source lumineuse, on a le soin de placer un miroir sphérique qui réfléchit vivement la lumière et éclaire les objets dessinés sur la bande de verre.
- On savait déjà à cette époque la manière de faire des projections animées au moyen de deux plaques de verre, dont l’une est fixe, tandis que l’autre porte la partie mobile.
- Par ce moyen, un homme ôtera son chapeau et le remettra, une figure grotesque branlera la mâchoire, un forgeron frappera sur une enclume, on verra tourner un moulin; une femme paraîtra faire la révérence; un danseur de corde marchera sur la corde de l’un à l’autre bout.Pour empêcher que le frottement ne gâte la peinture, l’on aura l’attention d’interposer une forte bande de papier pour tenir les surfaces des deux verres respectivement éloignées l’une de l’autre.
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- Pour donner une idée de celle petite mécanique, nous allons indiquer la manière d’imiter une tempête. On prend deux bandes de verre d’environ quinze pouces de longueur, qui soient encadrées dans des châssis assez minces pour que toutes deux puissent entrer ensemble et glisser facilement dans la coulisse. On dessinera sur loule la longueur d’une de ces bandes de verre les effets de la mer, depuis la plus légère agitation, jusqu’à la tempête la plus horrible. On divisera, pour cet effet, son dessin en cinq parties : la première représentera un temps calme et des nuages tranquilles ; la seconde, une légère agitation et quelques nuages ; la troisième, une agitation des vagues plus sensible; la quatrième, une mer plus agitée et des
- « Voilà la lanterne magique » d’après une caricature allemande DU COMMENCEMENT DU XVIIIe SIÈCLE.
- nuages qui s’obscurcissent; et la cinquième, nn temps très sombre et un soulèvement général des flots. Il faut avoir attention à ne pas trancher tout à coup les différents effets contenus dans les espaces et à les amener au contraire par degrés; c’est de là que dépend l’effet pittoresque de ce tableau. Sur l’autre verre, on peindra des vaisseaux de diverses formes et grandeurs et à différents éloignements. Il ne faut peindre sur ce verre que la partie des vaisseaux qui doit paraître hors de l’eau. Si on fait passer doucement le verre dans sa coulisse et qu’à l’endroit où commence la tempête on lui fasse faire quelque balancement, on produira par ce moyen les effets d’une mer qui, peu à peu, devient agitée et forme enfin une tempête. La manière dont on a peint les nuages contribuera aussi à augmenter beaucoup l’illusion ; à mesure qu’on retirera ce verre, ces effets cesseront eL la mer paraîtra s’apaiser petit à petit. Si, dans le même temps, on fait couler très doucement le verre sur lequel sont peints les navires,
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- il semblera qu’ils traversent le tableau, et, en les agitant un peu lors delà représentation de la tempête, ils paraîtront alors être battus par les Ilots. On peut, au moyen de deux verres ainsi disposés, représenter une bataille, un combat naval et mille antres choses que chacun peut imaginer à son gré; ils peuvent aussi servir pour représenter quelques actions singulières ou grotesques entre plusieurs personnages, et quantité d’amusements qu’un génie industrieux pourra facilement imaginer.
- VI. — Projections obtenues sur un nuage de fumée.
- Une des plus amusantes applications de la lanterne magique consiste à remplacer l’écran blanc par un nuage de fumée sur lequel viennent se
- dessiner les images projetées par la machine; ce petit subterfuge a dû être employé bien souvent par les évocateurs d’esprits qui, à la fin du dix-huitième siècle, savaient se montrer si habiles à exploiter les gens simples. Dans l’Encyclopédie de Panc-koucke, nous trouvons une longue description indiquant la manière d’accomplir cette sorte de prodige merveilleux :
- Pour cet effet, il faut avoir une boîte de bois ou de carton d’environ quatre pieds de haut et qui ait sept à huit pouces carrés h sa base ; elle doit aller en diminuant de figure et de forme, de manière que vers le haut elle donne une ouverture de six pouces de long sur un demi-pouce de large. Il faut ménager au bas de cette boîte une porte qui ferme exactement, afin d’y pouvoir placer un réchaud de feu sur lequel on jettera de l’encens, d’où la fumée s’étendra en nappe en sortant par l’ouverture de ce tuyau. C’est sur cette nappe de fumée qu’on dirigera la lumière qui sort de la lanterne magique, qu’on aura soin de rendre moins étendue, en allongeant son tuyau mobile. Les figures ordinaires peuvent servir à cet effet, et ce qui paraîtra extraordinaire, c’est que le mouvement de la fumée ne change point la forme de la figure et qu’il semblera qu’on peut la saisir avec la main. Dans cette récréation, la fumée n’arrêtant pas tous les rayons de lumière, la représentation est bien moins vive, et elle paraîtrait même peu, si on ne réduisait pas l’étendue de la lumière à son plus petit foyer, afin de lui donner plus de clarté. Par ce même procédé, l’on peut faire paraître un fantôme sur un piédestal placé au milieu d’une table :
- VUE EN COUPE D’UNE LANTERNE .MAGIQUE d’après le « Dictionnaire des sciences physiques et mathématiques ».
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- mais l’illusion deviendra bien plus piquante si la cause n’en est pas connue. Il faut avoir une lanterne magique ordinaire des plus petites qui se vendent; on l’enferme dans une boîte suffisamment grande pour contenir un miroir incliné mobile, dont l’effet est de renvoyer le cône de lumière qu’il reçoit de la lanterne magique placée vis-à-vis de lui. L’endroit de la boîte qui se trouve au-dessus de la cheminée de cette lanterne doit être percé à jour par quelques
- L’ORGUE DE BARBARIE, LA LANTERNE MAGIQUE ET LA MARMOTTE EN VIE
- trous, pour laisser échapper la fumée de la lampe; et on doit mettre sur cet endroit un petit réchaud de figure oblongue et de grandeur à pouvoir y mettre quelques petits charbons. L’ouverture faite en dessus de la boîte, pour laisser passer l’objet réfléchi par le miroir, doit être cachée, autant qu’il est possible, aux yeux des spectateurs. Le verre qui doit entrer dans la coulisse pratiquée au tuyau de la lanterne magique doit être mis en mouvement verticalement par un petit cordon, qui, porté sur deux poulies de renvoi, sortira par un des coins de la boîte, afin qu’on puisse facilement le faire descendre ou l’élever par son propre poids. On peindra sur ce verre un spectre, ou .telle autre figure plus agréable qu’on jugera à propos, en observant qu’il doit être dessiné en raccourci, attendu que la nappe de fumée occasionnée par l’encens qu’on doit mettre dans le réchaud, et qui s’élève au-dessus de lui, ne coupe pas à angle droit le cône de lumière que produit la lanterne, et que, dès lors, la figure du spectre doit paraître plus allongée sur cette fumée qu’elle ne l’est sur le verre.
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- VII. — Le Singe et la lanterne magique. Fable de Florian.
- La lanterne magique permet d’obtenir des effets qui sont parfois tout à fait surprenants. Le Père Kircher, aux travaux duquel nous avons déjà eu si souvent recours, explique comment on peut faire paraître un appartement semé de rubis, de topazes et d’émeraudes : « Après avoir fermé tous les volets d’une chambre exposée au grand soleil, ou ouvre, dit-il, un petit espace rectangulaire par où entrent les rayons du soleil; ceux-ci sont reçus par une suite de prismes en cristal maintenus dans une sorte de cadre. On fait ensuite traverser les mêmes rayons à travers six lentilles taillées à facettes, placées autour d’un septième verre de même diamètre; ces facettes percent les rayons colorés de manière à former des taches brillantes sur le sol de la pièce, qu’on
- serait tenté de croire pavée de pierres précieuses de la plus belle eau. » La lanterne magique a été immortalisée dans la fable de Florian intitulée : le Singe et la Lanterne magique :
- LE MONTREUR AMBULANT DES VUES D’OPTIQUE d’après une lithographie du Premier Empire.
- Les spectateurs, dans une nuit profonde, Ecarquillaient les yeux et ne pouvaient rien voir, L’appartement, le mur, tout était noir.
- « Ma foi, disait un chat, de toutes les merveilles Dont il étourdit nos oreilles Le fait est que je ne vois rien.
- — Ni moi non plus, disait un chien.
- — Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose, Mais je ne sais pour quelle cause,
- Je ne distingue pas très bien. »
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- DEUXIÈME PARTIE
- FANTASMAGORIE
- En quoi cet appareil diffère de la lanterne magique.
- En 1827, on construisit, sous le nom de « fantasmagorie », une espèce de lanterne magique perfectionnée, et d’après la description que
- LES VUES D’OPTIQUE SUR LE CHAMP DE FOIRE d’après une gravure italienne DU COMMENCEMENT DU XIXe SIÈCLE.
- nous trouvons dans le journal le Bon Génie, à la date du 16 septembre de cette année, il semble que cet appareil se rapproche sensiblement de la lanterne de projection, telle qu’elle est aujourd’hui en usage.
- nl.liliiii li,j
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- L’appareil destiné à produire la fantasmagorie est placé derrière nue toile, en sorte que les spectateurs n’aperçoivent pas la source de la lumière et n’en voient que les effets. La toile dont on se sert est complètement noire et la salle, dans laquelle est donné le spectacle, doit rester dans une obscurité profonde. ;
- Il existe encore bien d’autres points de dissemblance entre ces deux
- 2 :
- LE JEU DU CHEVAL, vu en fantasjiagokie
- appareils; 'dans la lanterne magique, la lumière passe librement dans le double tuyau qui contient les deux lentilles et va projeter un gros rond lumineux sur la toile qui est blanche. Les verres, sur lesquels sont peints les objets qu’on veut montrer, sont transparents, ainsi que les couleurs de ces peintures, en sorte que les objets paraissent coloriés sur un fond blanc.
- Dans la fantasmagorie, au contraire, les \rerres sont noirs et opaques, et il n’y a de transparent que les objets qui y sont représentés. Par suite de cette disposition, la lumière, interceptée par ces verres opaques, ne peut projeter un rond sur la toile ; on y voit paraître seulement l’objet représenté, qui est la seule partie transparente du verre.
- Cet objet paraît beaucoup plus lumineux dans la fantasmagorie que dans la lanterne magique, parce que, dans la première, tout est complètement obscur autour de lui; il y produit aussi d’autant plus d’illusion, que, le spectateur ne Aboyant ni la machine, ni la toile, la figure lumineuse semble être suspendue dans l’air, au milieu des fenêtres, et qu’enfin, s’il n’est pas prévenu, il ne sait comment expliquer cette apparition.
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- TROISIÈME PARTIE
- LE KALÉIDOSCOPE
- I, — Son invention en 1817. — Il supplante le jeu du casse-tête chinois.
- Le kaléidoscope fut inventé en 1817 par l’Ecossais Brewster, et il lit fureur à Paris pendant les trois ou quatre années qui suivirent. Cet amu-
- sement recueillit en quelque sorte la faveur du public qui n’a jamais su
- LE TRIOMPHE DU KALÉIDOSCOPE
- OU LE TOMBEAU OU JEU CHINOIS
- se passer de hochet. 11 est à peine utile de rappeler la succession des jouets pour lesquels se sont passionnés nos ancêtres, et on peut dire que le kaléidoscope a succédé au casse-tête chinois comme, au siècle précédent, la mode des pantins avait succédé à celle des bilboquets. Pour célébrer la victoire du kaléidoscope, on édita, chez Delaunay,
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- place Vendôme, 2, une gravure intitulée le Triomphe du kaléidoscope ou le tombeau du jeu chinois. Dans cette planche, le kaléidoscope est représenté sous les traits d’une charmante jeune femme vêtue d’une robe rose toute parsemée de bouquets et de guirlandes de fleurs; elle tient d’une main une image figurant les diverses combinaisons de l’invention nouvelle, et de l’autre, un petit cylindre renfermant le jeu de glaces destiné à la multiplication des images. La déesse qui personnifie le nouveau jouet du jour, foule aux pieds un Chinois qui, étendu à terre, se livre au jeu du casse-tête, condamné à l’oubli commue coupable d’avoir cessé de plaire. L’engouement qui se produisit en faveur du kaléidoscope donna naissance à de nombreuses compétitions, et, pour l’année 1818, le recueil des brevets d’invention est rempli de déclarations des divers inventeurs qui, tous, prétendent avoir ajouté quelque importante modification ou quelque perfectionnement appréciable à la lucrative invention.
- Il — Brevets d’invention relatifs au transtlgurateur ou kaléidoscope.
- Le 6 juin 1818, Alphonse Giroux prend un brevet pour avoir rendu mobile l’une des tables de verre noir ou miroir pour l’instrument d’optique nommé kaléidoscope.
- Le 8 juillet de la même année, un sieur Allard prend un brevet pour des procédés au moyen desquels on varie dans le kaléidoscope les figures du plan d’observation et le tableau des objets.
- Le Dictionnaire des découvertes déclare que l’invention du kaléidoscope doit être attribuée à M. Windsor fils. Cette invention, d’origine anglaise, était importée à Paris en 1818; voici comment est décrit ce jouet, qui a eu la bonne fortune d’amuser tant de grands enfants :
- Le transfigurateurou kaléidoscope est une espèce de lunette armée, à l’extrémité qui touche l’œil, d’un verre lenticulaire, et à l’extrémité opposée, d’un verre dépoli. On introduit dans l’espace ménagé entre ce dernier verre et un troisième verre placé à un pouce et demi du précédent, des objets d’un petit volume, comme morceaux d’étoffe de différentes couleurs, coquillages, pierres fausses, etc... Ces objets en se mêlant se combinent à l’œil de mille manières piquantes toujours régulières et jamais semblables, effet produit par la réunion de trois verres en forme de triangle et régnant dans toute la longueur du tube. Ces verres sont revêtus à leur face extérieure d’un morceau d’étoffe ou de papier de couleur foncée, de manière à produire intérieurement l’effet d’une glace. C’est en venant se réfléchir dans cette triple surface que les objets réunis à l’extrémité du tube présentent, à l’aide du mouvement de rotation imprimé à l’instrument, les combinaisons agréables et variées qui ont fait un moment la vogue du transfigurateur.
- Ce jouet est une prétendue invention anglaise dont M. Robertson a fait depuis longtemps ’applicalion dans son cabinet et dont M. Chevalier, ingénieur, a retrouvé la description dans un livre imprimé il y a plus de cinquante ans.
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- III. — Caricature sur le kaléidoscope.
- Les caricaturistes de l’époque se sont emparés de ce sujet qui prêtait si bien à la plaisanterie d’un genre qui obtient toujours grand succès auprès du public; un graveur de la rue Saint-Jean-de-Beauvais, Charron, publia une planche intitulée les Prodiges merveilleux du kaloïdoscope ou le joujou de la cour des fontaines au Palais-Royal. Cette pièce, qui est fort curieuse comme estampe, donne, en même temps que la représentation des modes d’alors, une assez fâcheuse idée de la conduite des jeunes personnes de cette époque.
- QUATRIÈME PARTIE
- LE PHÉNAKISTICOPE
- Le pliémtkisücope prototype du cinématographe.
- Quelques années après le kaléidoscope, on inventa un jouet qui obtint
- FIGURE EXPLIQUANT LA THÉORIE DU PÈRE KIRCIIER(I)
- POUR LA DÉFORMATION ET LE REDRESSEMENT DES IMAGES (XVIIe SIÈCLE).
- (1) Anastase Ivircher était un savant jésuite allemand, né en 1602, à Geysen ; après avoir enseigné à Wurtzbourg la philosophie et les langues orientales, il fut contraint, par les calamités de la guerre de Trente Ans. de se retirera Avignon et de là il se rendit à Rome. Ce fut dans cette dernière Aille qu’il édita ses principaux ouA rages, dont l’un des plus importants est l’Ars mai/na lucis et umbræ, 1645. C’est à cet ouvrage qu’est empruntée la gravure que nous reproduisons ci-dessus.
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- oà. Le Jou/ou de la Cour der FonLam&f aie jCadaz# doya/
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- alors, auprès des enfants, le plus vif succès. Il présente pour nous un intérêt de premier ordre, car il est l’ancêtre de ce fameux cinématographe qui fit courir tout Paris il y a quelques années, au moment de son invention.
- Le phénakisticope est construit de façon à utiliser le jeu d’optique résultant de la persistance des impressions lumineuses que produisent sur la rétine les images éclairées. L’illusion du mouvement est produit dans cet appareil par la succession rapide d’un certain nombre de scènes légèrement différentes entre elles, et par le mouvement accompli par les divers acteurs qui les composent; on verra, de cette façon, une
- æ Paris ' CJic-is lB4U<dtM'>nf~.’urJe Ptmtnrfrc Dasnc*
- AMUSEMENTS DE PHYSIQUE
- DÉFORMATION DES IMAGES ET LEUR REDRESSEMENT SUR UN MIROIR CYLINDRIQUE.
- écuyère, faisant de la voltige sur un cheval, passer au travers d’un cerceau pour retomber ensuite gracieusement sur sa selle.
- Tous les sujets peuvent prêter à cette représentation, et l’image animée présentera d’autant plus de réalité, qu’elle sera composée de la succession d’un plus grand nombre de scènes, dans lesquelles les mouvements seront suffisamment gradués.
- Les inventeurs de cet amusement ayant trouvé que le nom « phénakisticope » n’était pas suffisamment barbare, avaient imaginé ceux de
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- « tliaumatrope », « fantascope», mais le public, qui avait déjà eu beaucoup cle peine à s’habituer à la première dénomination, refusa d’accueillir les autres, ce en quoi il eut pleinement raison.
- Un autre divertissement, que l’on peut mettre au nombre des amusements physiques et mathématiques, consiste dans le redressement d’images qui sont présentées au joueur dans l’état où elles se trouveraient après avoir été réfléchies par un miroir concave. U y a quelques années, cet amusement fut vendu dans les boutiques du jour de l’an comme une des dernières inventions de l’industrie parisienne.
- Cette découverte aurait été digne de figurer dans l’ouvrage si remarquable qu’Edouard Fournier a publié sur le Vieux neuf, car le Père Kircher, dans son traité Ars magna lucis et umbræ (Rome 1645), cite cette expérience à l’appui de sa théorie sur les miroirs concaves et convexes. Nous reproduisons, en outre, une gravure ayant servi à ce jeu, et qui remonte certainement aux premières années du dix-huitième siècle; elle porte encore le nom de l'éditeur, et se vendait à Paris, chez J. Baudemont, sur le pont Notre-Dame.
- CINQUIÈME PARTIE
- JOUETS AIMANTÉS ET JOUETS ÉLECTRIQUES
- Tous ces amusements faisaient partie du domaine des représentations de physique, qui étaient alors fort appréciées par certains amateurs. Dans toutes ces expériences, il y avait une pointe de surnaturel, ou tout au moins d’incompréhensible, qui les faisait rechercher par un public spécial. Les spectateurs semblaient trouver un secret plaisir à ces représentations, et ils ne manquaient pas d’attribuer à une puissance occulte les effets merveilleux qui y étaient produits.
- Une des ressources les plus habituellement employées, pour faire arriver les prodiges à point nommé, était assurément le phénomène de F aimantation. L’une des plus curieuses applications a été l’automate dessinateur.
- I. — Le dessinateur automate.
- En 1772, on montrait au public une boîte magique, devant laquelle était assise une figurine qui copiait automatiquement un paysage ou un
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- portrait placé clans l’intérieur du couvercle de la boîte; tout le secret consistait en un cercle de carton muni d’une forte laine aimantée qui
- venait placer mécaniquement devant le crayon du pantin le sujet que ce dernier était censé avoir reproduit.
- A peu près dans le même moment, ou présentait dans les lieux de divertissement publics un automate qui dessinait le portrait du roi d’Angleterre, ou bien écrivait toute une phrase qu’on lui dictait. La figure était trop petite pour qu’on pût penser qu’il y eût un homme caché dans son corps, et elle paraissait indépendante de la table sur laquelle elle reposait. Le mécanisme consistait en un cylindre creux, actionnant au moyen d’un levier le bras de l’automate; sous la table était caché un dessinateur qui dessinait ou l’automate uessinateür écrivait au moyen d’un crayon terminé par daprès les « récréations physiques ime pointe métallique : par conséquent-, tout
- ET MATHÉMATIQUES ». 1 1 , 1
- ce que le compère dessinait dans sa cachette, se trouvait reproduit par le pantograpbe caché dans l’estomac de l’automate.
- II. — La pendule magnétique.
- C’est en utilisant les mêmes propriétés de l’aimant que l’on était arrivé à construire la pendule magnétique, composée d’une tortue en liège flottant dans un bassin rempli d’eau et circulant autour d’un cercle gradué, où étaient inscrites les heures; on pouvait voir la tortue suivre méthodiquement les diflérentes divisions du cadran avec une régularité que l’on aurait aimé à trouver dans bien des montres du temps. Le secret de ce véritable jouet scientifique consistait dans l’application de l’aimant. En effet, à l’intérieur de la boîte contenant cette horloge aquatique, se trouvait une véritable pendule, dont les aiguilles, fortement aimantées, attiraient d’une manière irrésistible la petite tortue en liège, qui cachait sous sa carapace un morceau de fer.
- Ut. — La promenade de la souris.
- Enfin, pour terminer la série des jouets aimantés, signalons la promenade de la souris, dont les mouvements sont réglés d’une façon
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- absolument analogue à ceux de la tortue dont nous venons de parler : une souris en carton est placée dans une petite cour devant la maison, une plaque de fer, fixée à la partie inférieure de la souris, est en communication directe avec un aimant situé dans un tiroir, au-dessous de
- LA BOUTIQUE D’UN MARCHAND DE JOUETS
- D ’a P R È S UN ALBUM n’iMAGES DU SECOND EM P IB E .
- la plate-forme. L’opérateur peut lever la souris pour montrer qu’il n’existe aucun rouage, aucune ficelle, mais il doit toujours avoir le soin de la replacer au-dessus de l’aimant; il lui suffit alors de faire mouvoir le tiroir soit avec le pied, soit par tout autre moyen détourné, et les spectateurs aperçoivent avec admiration la souris aller et venir, entrer par une porte, sortir par l’autre, avancer ou reculer, comme dans la vie réelle, et lie prendre du repos qu’au moment précis où l’opérateur le lui commande.
- L’idée des jouets aimantés fut reprise dans le premier tiers du'dix-neuvième siècle, et le journal de Dublin University Magazine parle, dans
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- mi article du mois de juin 1838, d’un cygne construit de telle manière, que l’on en pouvait, à l’aide de l’aimant, diriger les mouvements.
- Les jouets aimantés, dits jouets magnétiques, ont été présentés, à
- LA BOUTIQUE D’UN MARCHAND DE JOUETS d'après un album d’images du second Empire.
- l’Exposition de 1855, par Ismayer, de Nuremberg; ce fabricant en avait exposé de nombreux modèles, d’une fabrication fort régulière et dont les prix, des plus abordables, lui permettaient de faire de nombreuses affaires pour l’exportation.
- IV. — La course des chevaux électriques.
- Un des jouets électriques qui, sous le règne de Louis XVI, a eu le plus de succès, est la course des chevaux : cet appareil se composait d’un cercle supportant quatre ou cinq sellettes en carton imitant des
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- PETITS CHARIOTS REPRÉSENTANT LES JEUX DE BAGUE
- (modèles tikés de l’album d’ux fabricant de jouets) ÉPOQUE EMPIRE
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- chevaux lancés au galop ; ce cercle était lui-même supporté par une croix
- métallique, dont les extrémités pointues étaient dirigées en sens inverse. En reliant ce petit appareil au fil conducteur électrique, le cercle tournait avec une vitesse proportionnée à la force de l’électricité et à la résistance que l’air opposait au passage du fluide électrique qui, pendant tout le temps de l’électrisation, s’échappait par les pointes des fils de laiton et formait une espèce de course de chevaux fort amusante.
- LA COURSE DES CHEVAUX ÉLECTRIQUES d’après les « Récréations physiques et mathématiques ».
- V. — Le petit chasseur.
- Un autre jouet électrique plus curieux encore, c’est le petit chasseur, dont nous avons été assez heureux de reproduire un spécimen datant de l’époque du Directoire : il dépend de la collection de M. Michon, et nous l’avons fait figurer au centre de la petite chambre où se trouvait déjà un mobilier de cette époque.
- Pour le fonctionnement de ce petit appareil, il faut, au moyen d’une chaînette, établir une correspondance entre le canon en fer du fusil et la terrasse, sur laquelle est posé le sujet; on place alors le personnage
- sur une plaque métallique, préalablement électrisée et contenue dans une plaque de verre destinée à former isolement : le chasseur se trouvant ainsi chargé d’électricité, il suffit d’approcher du fusil un petit sujet figurant une pièce de gibier, où se trouve dissimulé un morceau de fer. A l’approche de cet objet, l’électricité du chasseur, tendant à s’échapper, provoque chez l’automate un mouvement analogue à celui d’une personne qui épaule un fusil et l’opérateur ressent alors une commotion proportionnée à la charge d’électricité emmagasinée préalablement.
- Nous sommes obligés d’avouer que, sous le rapport de la physique amusante, nous sommes infiniment au-dessous de ce qui était connu et de ce qui s’exécutait déjà couramment à la fin du dix-huitième siècle.
- LL PETIT CHASSEUR d’après les « Récréations physiques
- ET MATHÉMATIQUES ».
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- Vf. — Les appareils de physique amusante aux Expositions de 1855 et de 1867.
- On s’est plu à reprendre, dans le second tiers du dix-neuvième siècle, un certain nombre de ces jouets scientifiques qui avaient été en si grand
- LES VUES ANIMÉES DE LA LANTERNE MAGIQUE
- d’après UNE GRAVURE DU XVIIIe SIÈCLE.
- honneur à la fin du siècle précédent. Une des plus curieuses inventions qu’on fit paraître à ce moment était intitulée : les oracles de l’araignée magique.
- Le secret de cette pièce était basé sur les propriétés de l’aimant; ce jouet consistait en une boîte de forme carrée à l’intérieur de laquelle on voyait se mouvoir une araignée métallique, qui se déplaçait suivant cer-
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- tailles influences occultes et s’arrêtait ensuite brusquement devant l’une des réponses inscrites dans d’élégants petits cartouches en bordure du cercle. Le centre de la boîte était occupé par une sorte de couvercle hexagonal doublé d’un questionnaire qui indiquait les demandes qu’il était permis de poser à l’oracle. Un petit signe, perceptible seulement pour les initiés, indiquait au démonstrateur où se trouvait la pointe d’une aiguille aimantée dissimulée dans l’épaisseur du carton : il ne restait alors qu’à faire coïncider cet aimant avec le petit cartouche contenant la réponse qu’on voulait faire prononcer par la bête devineresse. En vertu de l’attraction de l’aimant, l’araignée, après quelques oscillations, s’arrêtait devant la réponse voulue qui, suivant le cas, remplissait de joie le demandeur ou le couvrait de confusion.
- Dans la plupart des Expositions universelles du dix-neuvième siècle, on a vu figurer ces jouets scientifiques en plus ou moins grand nombre; c’est ainsi que le rapport du jury de l’Exposition de 1855 nous donne les renseignements suivants :
- M. André Voisin LES jouets préférés
- confectionne princi- d’après une lithographie de i,a Restauration.
- paiement les tables à
- combinaisons, les coffrets et autres pièces de grande physique amusante.
- Ces objets exposés pour la première fois révèlent au public les secrets des prestidigitateurs; toutes ces pièces exigent une rigoureuse précision et nécessitent l’emploi de plusieurs industries dans la môme fabrique. Les produits exposés sont d’une exécution parfaite.
- Un peu plus tard, en 1867, nous entendons de nouveau les doléances du rapporteur du jury, qui se plaint du peu de développement pris par cette branche de l’industrie parisienne :
- Les jeux de physique amusante et d’escamotage, dit-il, n’ont pas fait de progrès depuis quelques années.
- L’électricité permet de transmettre le mouvement à une assez grande distance. L’aiguille du cadran semble tourner d’elle-même au gré du spectateur ; le tambour bat aux champs frappé par des baguettes invisibles, dès que l’enfant presse sur un fil électrique. Ces jeux ne plaisent pas longtemps, les tours d’escamotage qui exigent de l’adresse sont plus recommandables et les enfants en sont plus friands.
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- SIXIÈME PARTIE
- BALLONS ET PARACHUTES
- Certes ils ne remontent pas à une époque bien reculée ces petits ballons rouges qui font le bonheur des enfants et qui, depuis quelques
- années, sont surtout employés *à faire une publicité des plus ingénieuses.
- La légende veut qu’ils aient été inventés par un savant qui, sur le point de mourir de faim, eut l’idée d’enfermer un peu de gaz hydrogène dans des vessies préalablement teintes en rouge. L’idée n’avait certes pas demandé un bien remarquable effort d’imagination, mais il en est de cette petite invention comme de l’œuf de Christophe Colomb : personne avant lui n’en avait eu l’idée.
- En même temps que des ballons, on fit comme jouets de petits parachutes; à l'Exposition de 1855, il en est fait mention d’une manière toute spéciale.
- LE PARACHUTE DE L’INNOCENCE d’après une lithographie du premier Empire.
- M. Châtelain, dit le rapporteur, est l’inventeur du parachute jouet d’enfant. La vogue de ce jeu a été prodigieuse; il se vend moins maintenant, mais il conserve sa place dans les jouets en usage en France et s’exporte encore pour des sommes relativement importantes.
- M. Châtelain a en outre inventé, pour enlever les montgolfières, un système qui fait disparaître les dangers d’incendie que présentaient les anciens procédés.
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- LE RENOUVELLEMENT DES JOUETS
- i) ’ A 1> n È S V A G E I T II O G H A 1> III E
- I) E M A P, E E T ( 1 8 1 5 )
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- CONCLUSION
- énéralement la grande époque de la distribution des jouets est le jour de l’an, et, si rapide que soit cette étude, nous ne saurions la terminer sans dire un mot de la période des étrennes attendue avec tant d'impatience par les enfants, redoutée au contraire par les parents souvent comme un écueil, toujours comme un moment difficile et ennuyeux à passer, institution des étrennes remonte à l’époque romaine; la tradition en attribue l’invention à Tatius Sabinus qui reçut la Verveine du bois sacré de la déesse Strénia, en signe de bon augure pour l’année qui venait de s’ouvrir.
- La coutume de se faire des cadeaux à cette époque de l’année fut dénommée Strénia, puis Strena, d’où nous avons fait étrennes.
- A l’origine, l’habitude était d’envoyer au début de l’année des présents consistant en figues, en dattes et en miel; plus tard, ces modestes cadeaux furent transformés en monnaies d’or ou en médailles d’argent.
- Une coutume, qui s’est perpétuée assez longtemps, consistait à offrir des bougies de cire enguirlandées de pampre : elles étaient envoyées pour obéir à un décret du tribun Publicius qui avait décidé que, pour, éviter les abus auxquels donnaient lieu les cérémonies des étrennes, il était interdit d’envoyer à quelqu’un plus riche que soi autre chose que des bougies de cire ou des cierges.
- Chez les Gaulois, on peut, avec un peu de bonne volonté, voir dans la distribution du « gui sacré », la reproduction de la cérémonie des étrennes : c’est peut-être à cette antique origine qu’il faut faire remonter le dicton populaire : « Au Gui l’an neuf. »
- Le christianisme proscrivit les étrennes et les cadeaux qui en étaient la conséquence, car il y voyait un reste de tradition de l’antiquité païenne. Toutefois, pendant les fêtes chrétiennes qui marquaient le commencement de l’année, on ne tarda pas à voir réapparaître la cou-
- La première
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- tume clos distributions de cadeaux : à l’occasion de la nouvelle année, les grands seigneurs réunissaient leurs vassaux et leur distribuaient des présents consistant le plus souvent en vêtements.
- La mode des cadeaux au commencement de l’année se continua de la même manière jusqu’au milieu du seizième siècle, époque où l’on
- FRONTISPICE DU LIVRE DE EATZ « KINDERSPEEL » portant comme devise : Ex nngis séria (XVIIe siècle).
- reporta au commencement de janvier le premier jour de l’an cpii, jusque-là, devait coïncider avec le jour de Pâques.
- Au moment de la Révolution, époque où l’on voulait tout réformer, un édit fut rendu qui supprima les étrennes ; néanmoins le public passa outre et il est bien certain cpie l’usage d’échanger des étrennes durera autant que le monde.
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- y'a&Zf,
- a> r/za* t&vz&s^fzazzr /8*?.
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- Nous ne pouvons manquer de citer, sur ce sujet, la curieuse anecdote que nous trouvons dans un volume spécialement consacré au jour de l’an et aux étrennes et qui est certainement l’étude la plus complète qui ait jamais été faite sur ce sujet. L’auteur, M. Eugène Muller, raconte comment le célèbre peintre Carie Vernet fut amené à composer la singulière caricature que nous reproduisons ici, et l’histoire ajoute un charme encore plus grand à cette fine composition :
- /Sa/.
- Carie Vernet (1 ) habitant la rue Chapon, qui depuis bien longtemps est le centre des fabriques de jouets, eut un jour le désagrément de voir sa voiture brisée par le lourd carrosse d’un chaland qui faisait ses emplettes dans une boutique. Un modeste peintre en bâtiment était alors sur son échelle occupé à enjoliver l’enseigne d’un marchand de joujoux. Il reconnut l'illustre artiste, accourut à son aide et répara de son mieux les dégâts de l’équipage. Vernet, reconnaissant, lui offre une pièce d’or : « Oh! monsieur Carie, s’écrie le brave homme, ce n’est pas bien, vous voulez humilier un confrère. — Pardon, mon ami, répond Vernet, touché de cette fierté, mais vous m’avez rendu service; dites-moi comment je puis m’acquitter envers vous.
- (1) Antoine-Charles-Horace Vernet, dit Carie, naquit à Bordeaux en 1758. En dehors de ses grandes compositions historiques, il excella dans la caricature des mœurs populaires où il porta tant d’esprit, qu’on a dit que ses caricatures étaient des épigrammes du dessin.
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- JOUETS MÉCANIQUES REPRÉSENTANT DIVERS EXERCICES ET PROFESSIONS
- (modèles tirés de l’album d’un fabricant de jouets)
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- — Rien de plus facile, répond le badigeonneur, vous avez une heure à perdre ici tandis qu’on raccommode votre voiture, prenez mes pinceaux et esquissez les attributs que je dois peindre sur celte enseigne. »
- Le grand artiste sourit et jeta un coup d’œil au tableau de la boutique ; il hésitait peut-être à s’exécuter lorsqu’il se vit entouré, harcelé par trois personnes : c’étaient le monsieur au carrosse, sa femme et son domestique qui s’avisaient de l’accabler de reproches parce qu’en lu brisant sa voiture ils avaient cassé une de leurs lanternes...
- Vernel, indigné, observe les trois personnages, y reconnaît trois bonnes caricatures, et leur déclare qu’il va les indemniser cà l’instant.
- Il saisit alors la palette et les pinceaux de l’ouvrier, monte lestement à son échelle et croque les trois figures de ses adversaires sous la forme de trois chiens.
- Depuis que l’on a compris en France l’importance qui s’attache aux jouets des enfants, on a pensé de sauver de la destruction tous ces documents capables, un jour à venir, de présenter un véritable intérêt tant au point de vue historique qu’au point de vue industriel.
- Il y a déjà longtemps, en 1887, une voix des plus autorisées, celle de M. Victor Fournel dans le Parti National, s’élevait pour réclamer rétablissement d’un musée du jouet dans une des vastes salles encore inutilisées du Palais du Trocadéro :
- Il serait piquant et curieux, dit l’éminent écrivain, de rechercher comment l’histoire des faits ou celle des mœurs se traduit dans ce domaine enfantin ; comment les courants d’opinion,
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- après avoir passé des journaux, des salons, du théâtre à la rue, finissent par marquer leur empreinte jusque sur les produits naïfs ou malins des fabricants de jouets, infligent à tel polichinelle le profil d’un homme d’État, font de tel pantin le reflet ou la parodie des préoccupations du jour, nous donnent dans les poupées l’étiage du luxe, l’abrégé vivant des fantaisies et des extravagances de la mode, proportionnent les plus grands événements à la taille de M. Lucien et de MUo Lili, écrivent enfin la chronique du temps en carton, en bois peint, en étain colorié, en chiffons bleus ou rouges, parallèlement aux bonshommes de pain d’épice, aux têtes de pipes et aux produits des confiseurs.
- UNE BOUTIQUE DE MARCHAND DE JOUETS AU XVII® SIÈCLE d’après le livre de Katz iatitulé « les Emblèmes >;.
- Mais ce n’est pas un simple cabinet, c’est un conservatoire, un musée qu’il faudrait leur ouvrir! Vous figurez-vous ce que pourrait être une promenade à travers ces galeries de poupées, de polichinelles, de soldats de plomb et de ménages séculaires ? Cet intéressant microcosme ne serait-il pas, à sa manière, une résurrection du temps passé?
- On peut dire, sans crainte de se voir démentir par ceux qui ont le courage de leur opinion, que les jouets, surtout quand ils sont ingénieux, amusent autant les grandes personnes que les enfants. Les gens les plus graves et les intelligences les plus élevées ne craignent pas de montrer l’estime qu’ils ont pour les joujoux; nous citerons à ce sujet une fort piquante anecdote publiée il y a quelques années dans une biographie de Déjazet : c’était peu de temps après le succès des Prés-Saint-Gervais, une pièce qui avait été écrite par M. Victorien Sardou pour la célèbre artiste. Celle-ci, de passage à Lyon, est trouvée par les reporters dans un appar-
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- tement encombré de jouets, Déjazet explique alors aux journalistes stupéfaits que, M. Sardou ayant la toquade des jouets, elle s’est fait un devoir de lui en expédier, pour sa collection, de toutes les villes où elle passait.
- Il n’y a que bien peu d’années que nous nous sommes préoccupés du parti qu’il y avait à tirer du jouet pour l’éducation et l’instruction
- LA BOUTIQUE D’UN MARCHAND DE JOUETS d’après un album d’images du second Empire.
- des enfants : pendant bien longtemps nos aïeux ont dû se contenter du minuscule moulin à vent ou de l’hypothétique cheval de bois, et personne ne se mettait l’esprit à la torture pour trouver un jouet qui pût amuser les enfants en les instruisant et développer à la fois leurs facultés morales et leurs qualités physiques.
- Les Allemands ont été, sous ce rapport, plus pratiques que nous, et ils se sont livrés à des recherches scientifiques qui ont donné naissance à des instruments pouvant être aussi bien comptés comme jouets
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- que comme matériel d’enseignement : tels sont les bouliers compteurs, les dés et les dominos appliqués à l’arithmétique.
- L’Allemagne a mis aussi les instruments scientifiques au nombre des jouets ; c’est M. Héring, maître d’une école urbaine de Saxe, qui le
- LA BOUTIQUE D’UN MARCHAND DE JOUETS d'après on album d'images du second Empire.
- premier eut cette idée : il exposa, en 1867, un véritable, cabinet de physique pouvant servir à la fois aux études et aux récréations.
- Certains autres jouets sont, chez les Allemands, destinés à enseigner la musique à l’enfance sous forme de récréation; d’autres encore ' ont pour but d’exercer les enfants aux travaux manuels.
- Cette opinion n’est certes pas nouvelle et, en étudiant le rapport du jury de l’Exposition de 1867, nous trouvons les mêmes doléances : « Sans doute, dit le rapporteur, l’industrie des jouets a fait de grands progrès
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- au point de vue de la fabrication, le goût s’est épuré, les formes, la couleur, l’arrangement général sont plus satisfaisants qu’autrefois ; mais le jouet, au lieu de s’améliorer dans le sens de F amusement, de l’utilité et du bon marché, n’a progressé qu’au point de vue de l’aspect et s’est déraisonnablement jeté dans le luxe. »
- Nous sommes heureusement entrés dans une meilleure voie et nous pouvons affirmer, sans crainte d’être contredit par nos descendants, qu’on ne pourra pas, pour l’Exposition de 1900, enregistrer les mêmes plaintes que celles que nous venons de reproduire.
- L’industrie du jouet, après avoir subi un temps d’arrêt, s’est régénérée d’une manière superbe, et c’est avec confiance que nous voyons, dans l’avenir, la prospérité toujours croissante de cette branche de l’industrie française.
- Henry-René D’ALLEMAGNE.
- DÉSESPOIR D’ENFANTS
- d’après une gravure allemande DU COMMENCEMENT DU XIXe SIÈCLE.
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- LISTE DES EXPOSANTS
- M. Georges Alix. — Une commode Louis XV en bois de noyer à trois tiroirs.
- M. le comte d’Aunay. — Un jeu de nain jaune, dix-huitième siècle.
- M. A. Bailly. — Un jeu de loto, époque Louis XVI.
- M. J. Bernard. — 6 pièces : Deux petits lits avec garniture, bois sculpté, dix-huitième siècle; un petit lit Louis XIV, bois sculpté, dix-huitième siècle; un berceau, bois sculpté, dix-huitième siècle; une armoire, bois sculpté, dix huitième siècle; une vitrine, bois sculpté, dix-huitième siècle.
- Mme veuve Bonne. — 40 pièces : Deux poupées avec trousseaux ; meubles et bibelots divers.
- M. Pierre Bortoli. — 2 pièces : Une poupée habillée, époque Louis XV; un jouet scientifique en bois, commencement du dix-neuvième siècle.
- M. Bouchet. — Un ancien modèle de bateau.
- M. Ch. Bruck. — 5 pièces : Une vitrine, Napoléon III passant une revue, personnages et soldats sculptés et peints ; un éléphant et une calèche, pièces automatiques du commencement du dix-neuvième siècle; deux rouleaux de jeux du dix-huitième siècle, sortes de loteries.
- Mllc Berthe Brunswick. — 50 pièces : Huit poupées de cire habillées de soie et garnies de dentelle véritable; quatre poupées avec têtes en bois sculpté; quatre poupées de crèches en bois sculpté; deux poupées, l’une en costume de l’époque de 1830, l’autre habillée suivant les modes de 1850; un petit secrétaire du premier Empire en acajou et bronze vert; une papeterie et une valise de poupée en maroquin; une collection de chandeliers en bronze doré, étain et bois; une collection de pendules et cartels de différents styles.
- M. A. Bulteau. — 4 pièces : Une poupée représentant la Vierge aux sept douleurs avec couronne d’argent; une poupée habillée, robe de soie brochée, sandales, tête en terre cuite; une poupée habillée et son fauteuil; un bébé au maillot, carton peint.
- M. François Carnot. — 58 pièces : Un jeu de dominos en pâle tendre; un jeu de loto, Louis XV ; un jeu de nain jaune, marqueterie Louis XV ; une collection de soldats de plomb, Révolution; un jeu de tarots; un jeu de cartes à rire; marques à jeu, Louis XVI; des jetons; un moulin en ivoire; émigrette; perspective en carton découpé.
- Mmo la vicomtesse de Clairval. — 8 pièces : Une poupée époque 1856, avec son trousseau ; une poupée en ancien costume d'élève de la Légion d’honneur; une commode de poupée Louis XVI, acajou et marbre; un couvert en vermeil donné par le général Daumesnil à sa Pdle; une petite pendule ancienne, bronze doré; un bougeoir en nacre, premier Empire; une tasse émail de Chine; une théière en vieux Saxe.
- M. Georges Claretie. — Un jeu d’échecs du temps de la Révolution française, soldats de la République et soldats autrichiens.
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- M. Léo Claretie. — 10 pièces : Une poupée habillée, manteau jaune, justaucorps et jupon de soie mauve brodée, tcle, mains et pieds cire; une poupée habillée, corsage et jupe soie rose brodée, tête cire; une poupée habillée, marquis Louis XV, habit bleu, cire ; une poupée habillée, tunique à jupe brodée, manteau de cour, cire; une poupée habillée, soie grenat, cire; un seigneur Louis XV, manleau rouge, tête cire; un seigneur à genoux, tunique aubergine, tête, mains et pieds en cire; un nègre habillé, juslaucorps velours vert, tête, jambes en cire noircie; un nègre habillé, habit bleu, terre cuite; un nègre habillé, tête, mains, pieds en cire.
- M. Louis Constantin. — Une poupée en costume Louis XV, assise sur un canapé, à côté d’un berceau, œuvre d’une demoiselle Didot, belle-sœur de Bernardin de Saint-Pierre.
- M. Paul Dablin. — 100 pièces : Jouets de l’époque de la Révolution et du dix-huitième siècle; soldats de plomb, époque 1783; soldats cartonnés, époque révolutionnaire et Empire; un jeu d’oie, époque de la Révolution ; deux jeux de caries, époque de la Révolution ; un jeu de bordje trou-madame.
- M. Henry D’Allemagne. — 460.pièces : Poupées en bois articulées servant à la composition d’une crèche; poupées civiles d’un travail analogue, dix-huitième siècle; poupées en papier vêtues d’étoffe, destinées à être envoyées cà l'étranger comme gravures de modes, dix-septième siècle; marionnette Louis XV; poupées en cire et poupées en carton de diverses époques; scènes épisodiques en plomb de la vie militaire; galère chargée de soldats de plomb; petite armure provenant d’un jeu d’armes; soldats en bois et en carton; pièces mécaniques : le voltigeur acrobate, équilibriste; voitures munies d’un mouvement d’horlogerie, traîneau et calèche; ustensiles des ménages d’enfants; pendules, horloges, chandeliers et bougeoirs; collection de petits meubles en bois des îles : commodes, bureaux et toilettes à poudrer; crédences et buffets en chêne et en noyer; lits avec leurs accessoires et vêtements de poupées; modèle d’hôtel de ville en bois sculpté, dix-septième siècle.
- M. Devaux. — Collection de petites poteries gallo-romaines : quatre jeux de tarots, dix-huitième siècle; onze jeux de caries, dix-huitième siècle; un jeu de tarot, dix-neuvième siècle; quatre jeux de cartes, époque révolutionnaire; deux jeux de caries, époque Empire; un jeu de cartes, époque Restauration; divers documents concernant la corporation des carliers; enveloppes de jeux de cartes.
- M. Dervillé- — Superbe tableau de biribi, accompagné de son sac d’olives à tête d’ivoire sculpté.
- Mme Renée Doumic. — 3 pièces : Deux poupées de crèche : nègre et bergère, bois sculpté, dix-huitième siècle; un jouet carton, perspective des Champs-Elysées, 1820.
- M. Doumic. — Jouets et objets divers.
- Mme Anne-Marie Duval-Foule. — 3 pièces : Une boîte contenant une Psyché, une poupée en carton et ses divers costumes aussi en carton, vers 1823; un couteau et une fourchette pour poupée, argent, 1823; un service à thé, porcelaine blanche décorée or, 1823.
- Mme Joseph Egger. — Un jouet du dix-huitième siècle ; berger assis dans un petit fauteuil en ébène, sculpté et garni en étoffe de l’époque.
- M. Elie Fabius. — 3 pièces : Un porteur d’horloges; un groupe : le passage de la Bérézina; un petit médaillon.
- M"e Lucy Flobert. — 3 pièces : Une malle de poupée, 1840; un châle de poupée, 1860 ; une robe de poupée, 1870.
- M. Georges Garnier. — 5 pièces : Un culbuteur, Louis XVI, bois; une poupée de la Guyane française; une poupée de modes fixée sur carton; une boîte de bonne aventure, une assiette en porcelaine de Worcester ayant fait partie d’un ménage fait pour la reine Victoria et marquée à son chiffre.
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- Mme Andrée Gonord. — Un bébé à remontoir mécanique faisant remuer tête, yeux, bras et jambes, pleurer et appeler maman, papa ; tête cire, 1860.
- M. Grand-Carteret. — 10 pièces : Estampes anciennes reproduisant des poupées et autres jouets.
- M. G. Hartmann. — 43 pièces : Collection d’images sur la bimbeloterie et les jeux.
- M. Hiekel. — Un jeu de dominos ayant appartenu au roi de Rome. Ces dominos sont en nacre et contenus dans une boîte d’ébène incrusté d’acier.
- MUo Mathilde Hurel. — Un jouet scientifique, le petit culbuteur, 1850.
- M. Félix Jacquemin. — Ua chasse à courre aux cerfs comprenant des cavaliers, des piqueurs, de nombreux chiens et deux cerfs dont un blessé. Ces pièces sont en bois sculpté et peint, époque Charles X.
- Mme Aline Kugelmann. — 13 pièces : Un bassin cuivre; une carafe, deux verres; un porte-pincettes avec pelle et pincettes; un lustre flamand, cuivre avec agrafe; deux dévidoirs; une poupée, jeune fille à la quenouille; deux rouets; un berger provenant d'une crèche; un canon, deux flambeaux, cuivre; deux statuettes d’ivoire.
- Mme Lanquet. — 32 pièces : Une poupée ancienne avec trousseau composé de trente et une pièces.
- Mmc Lefol. — 4 pièces : Jetons gravés et teintés, emblèmes et devises, fin du dix-huitième siècle; un jeu des monuments de Paris, premier Empire; un jeu de loto avec sac de numéros en buis, premier Empire; un jeu de dominos, Restauration.
- Mme veuve Lelong. — 6 pièces : Une petite cuisine bronze doré signée Coffiéri, fourneau, tourne-broche, table servie de deux plats garnis, un couteau et bouquet d’herbes; fontaine et son pied et couvercle ; sur le fourneau, deux grilles et deux casseroles à couvercles^ poulets en émail à la broche, petite chaise, un pichet, quatre casseroles, un gril et son poisson, deux cuillers et deux broches, le tout en argent ; berger, bergère et Amour au sommet, en vieux Saxe; deux petites consoles Louis XIV, bois doré et marbre; une marionnette François 1er, avec costume du temps ; un petit canapé, Régence, canné bois naturel; une petite berline en émail de Xevers attelée de quatre chevaux, postillon et personnages.
- M. Henri Léman. — 4 pièces : Deux hochets en terre cuite antique représentant un enfant nu couché sur le dos d’un porc: une poupée articulée en terre cuite représentant un guerrier debout, casqué et cuirassé et tenant un bouclier terre cuite grecque ; une collection d’osselets en verre de l’époque grecque, accompagné de dés à jouer en pierre dure.
- Mme Berthe Lener. — 47 pièces : Une collection d’instruments de musique, réduction de grandeur naturelle en argent, écaille et bois.
- M. Majesty. — 2 pièces : Un jouet ancien en ivoire avec trois personnages mécaniques; un nécessaire Louis XV, argent, maroquin et acier.
- M. Auguste Masure. — 10 pièces, ustensiles de cuisine comprenant : une bassine pour le pot-au-feu ; une casserole à cuire les légumes; une daubière ; deux grils; deux chandeliers ; une paire de mouehettes, cuivre, fin du dix-huitième siècle; une pelle à feu en fer, époque Louis XVI.
- M. Arthur Maury. — Un album contenant une série de peintures à l’aquarelle : poupées, soldats, animaux, petits meubles, commencement du dix-neuvième siècle.
- Mme Michon. — Mobilier complet de l’époque du Directoire, comprenant une grande armoire à deux portes, un secrétaire, une commode, deux tables, un lit, une table de nuit, six fauteuils et quatre chaises, poêle en tôle vernie, cheminée en plâtre, accessoires divers, sucrier,
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- cafetière, chocolatière et menus ustensiles en argent plaqué; collection d’ustensiles de ménage en terre vernissée, appareils d’éclairage tels que lustres, lampe à la Quinquet, chandeliers. Tous ces objets, traités exactement à l’échelle, étaient destinés à la même habitation de poupée. Mobilier Empire en acajou garni de bronzes dorés et ciselés : lit, commode, toilette, pendules, vases à fleurs, fauteuils et sièges assortis à l’ameublement; poupées diverses, jeux et almanachs.
- M. Edwige Midon. — Une poupée vêtue en diseuse de bonne aventure.
- M. Niffle-Anciaux. —20 pièces : Deux hochets en argent; une très petite poupée articulée, bois; une petite serpe, lame d’argent avec devise, manche ivoire; deux petits livres de prières; un rouet; un coffret de mariage; une bassinoire en dinanderie, dix-septième siècle; une paire de chandeliers, dix-septième siècle, cuivre; un canon sur son affût, cuivre; un jeu de roulette en ivoire avec lézarde en métal ; bilboquet et toupie en ivoire, ‘dix-septième siècle ; un jeu d’optique avec cylindre en cuivre poli formant miroir, etc.
- Mme Marguerite Paulme. — 30 pièces : Cinq petits fauteuils, de la Renaissance à Louis XVI, bois et acajou; deux petites chaises et deux tabourets Louis XV; deux commodes, Louis XIV et Louis XVI, marqueterie de bois, acajou et bronze doré; un secrétaire acajou garni de bronze doré, Louis XVl; trois bureaux Louis XV et Louis XVI, bois sculpté; un petit lustre flamand et flambeaux, Louis XIII, cuivre poli; un poêle flamand, Louis XIII, cuivre poli; une bassinoire, Louis XIII, cuivre poli; deux meubles vitrés, Louis XV, bois de placage ; un petit chiffonnier, Louis XVI, bois rose et marqueterie ; un lit de milieu, Louis XVI, noyer sculpté; un buffet-dressoir, Louis XVI, bois sculpté; un métier à broder, Louis XVI; deux cartels appliques, Louis XVI, montés moderne en baromètre et thermomètre, bronze doré; deux petites gravures en couleurs, Louis XVI, par Debucourt, « le Compliment », « les Bouquets » ; une toilette trépied, Empire, acajou ; deux petites corbeilles, Louis XVI, vannerie.
- Mlle Marguerite Peauger. — 4 pièces : Un bloc paysage à transformation, premier Empire; une robe poupée, soie brochée; une boîte treize deniers de mariage en argent; une boîte représentant en silhouette Louis XVI, bois sculpté.
- M. Georges Pellerin. — 3 pièces : Un rouet monté sur trépied avec sa quenouille, époque Louis XIV; un dévidoir complétant le rouet, époque Louis XIV; une petite table en chêne sculpté, de fabrication lorraine, Louis XV.
- M. Maurice Petit. — 9 pièces : Deux poupées montées sur pied ; trois poupées négresses, pieds indépendants; quatre poupées minuscules habillées.
- M. le Président du Caveau. — Le grelot de Collé.
- M. Sully-PrudRomme. — 2 pièces : Un écran en carton représentant un théâtre, orchestre et avant-scène formant le cadre, le fond mobile fait défiler devant les yeux quatre scènes de comédie; un jeu appelé « la dot », composé de cartes représentant les personnes d’une noce.
- M. H. Tardy. — 6 pièces : Un petit fauteuil Louis XIII, bois noir tourné, garni; un petit fauteuil Louis XV, bois doré, garni; un petit fauteuil, dix-huitième siècle, bois tourné, garni ; une petite chaise, dix-huitième siècle, bois tourné, siège paille; un berceau, dix-huitième siècle, bois tourné décoré ; un chariot, dix-huitième siècle, bois sculpté, peint et décoré.
- M. Léon Vix. — 2 pièces : Deux vases en terre provenant des fouilles de Bernés, près Persan-Beaumont, cinquième siècle; un coffret de nacre garni d’améthystes, époque LouisXVI.
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- TABLE DES PLANCHES HORS TEXTE
- Les jouets de l’enfant Jésus, quinzième siècle (frontispice).
- Le jour de l’an...., caricature parisienne du premier Empire.................................. 8
- L’enfance..., tableau de J. Raux, 1740........................................................ 11
- La tour du Temple..., jouet de l’époque révolutionnaire....................................... 14
- Le jour de l’an..., recueil des tableaux de Paris de Marlet................................... 18
- Hochets des seizième et dix-septième siècles.................................................. 22
- Comment s’apaisent les petits enfants, 1587................................................... 25
- Les joujoux de Georget..., caricature du premier Empire....................................... 26
- Jeux de crécelle et de moulinet, 1587......................................................... 29
- La crécelle du Lutrin, de Boileau.................. .......................................... 31
- Le moulinet de l’enfant du maraudeur, dix-huitième siècle..................................... 35
- Jeux différents des plus jeunes, 1587..............;.......................................... 37
- Le premier jour de l’an, caricature du premier Empire......................................... 38
- Cheval en bois sculpté, seizième siècle....................................................... 46
- Le jeu du cheval bâton, dix-septième siècle................................................... 49
- L’enfance, de Guillaume de Geijn, dix-septième siècle......................................... 51
- Mamcluck, général et officier, premier Empire................................................. 52
- Les jouets du premier âge; pantins et animaux à soulllet......................... ............ 60
- A traisner le chariot, 1587...................................................................... 67
- Voiture mécanique, premier Empire.............................................................. 68
- La promenade du petit frère, de Marlet, 1826.................................................. 71
- Calèche, carriole, cabriolet et voitures diverses............................................. 72
- Voitures mécaniques en carton et en métal, dix-huitième siècle............................. .. 76
- Jouets employés comme emblèmes dans les caricatures politiques, 1832.. ....................... 83
- Jouets mécaniques représentant divers jeux et professions..................................... 86
- Jouets à bon marché fabriqués à Notre-Dame de Liesse......................................... 88
- La chasse à courre, époque Charles X.......................................................... 90
- Poupée de la Renaissance française............................................................ 98
- Poupée en bois vêtue d’une robe brodée, seizième siècle....................................... 100
- L’enfance, de F. Guérard, dix-septième siècle................................................. 103
- La faiseuse de poupées, d’Engclbrecht, dix-huitième siècle.................................... 104
- L’adolescence, de N. Guérard, dix-septième siècle............................................. 105
- M. de Voltaire dans sou cabinet de travail, 1778.............................................. 106
- Le déjeuner, de Boucher, dix-huitième siècle..................................................... 109
- Leduc de Reichstadt en poupée................................................................. 110
- Carte d’adresse de Biennais, tabletier, dix-huitième siècle....................................... 113
- Carte d’adresse de Biennais, orfèvre, dix-neuvième siècle........................................ 114
- Poupées habillées et poupée empeaussée, premier Empire........................................ 114
- Poupées habillées suivant les modes révolutionnaires.......................................... 118
- Le faiseur de poupées, d’Engelbrecht, dix-huitième siècle..................................... 122
- La marchande de jouets d’enfants, de Philipon, 1830........................................... 126
- Intérieur d’une maison de poupée, dix-septième siècle......................................... 130
- L’oratoire de Mme de Maintenon à Saint-Cyr, dix-septième siècle............................... 130
- Une naissance au dix-septième siècle.......................................................... 132
- Intérieur de la boutique d’un marchand de jouets et d’automates au dix-huitième siècle............ 134
- Chambre à coucher Louis XVI.................................................................. 134
- Chambre à coucher du premier Empire........................................................... 136
- Chambre de l’époque Directoire................................................................... 138
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- Poupées de crèche, dix-huitième siècle..................................... ................. 148
- Jouets d’enfants provenant des fouilles de Quarré-les-Tombes (Yonne), quinzième siècle....... 130
- Ustensiles de cuisine en fer-blanc à l’usage des enfants..................................... 133
- Orfèvrerie de table enfantine en étain poli et tourné........................................ 137
- Buffet chargé de son ancienne vaisselle, Louis XIII.......................................... 138
- Exercice dos enfants pour la guerre, dix-huitième siècle........-............... ............ 162
- Les soldats de carte de Papillon, dix-huilieme siècle........................................ 169
- La vie d’un soldat, d’Horace Vernet, dix-neuvième siècle........................... ......... 171
- Déménagement du roi de Suède, 1807......................................... ................. 172
- Messager croate portant des troupes fraîches à Badelzky, dix-neuvième siècle................. 174
- Jouets à musique représentant des soldats allemands.......................................... 176
- La Grande Armée.............................................................................. 178
- Galère garnie de soldats de plomb, dix-huitième siècle.....................»................. 182
- Scènes épisodiques de la vie militaire, Louis XV............................................. 184
- Soldats de plomb des dix-huitième et dix-neuvième siècles.................................... 186
- L’attaque du Mamelon Vert, siège de Sébastopol, 1833......................................... 190
- La grande armée du ci-devant Prince de Coudé, dix-huitième siècle............................ 192
- Le siège d’Anvers, 1832....................................... ............................. 194
- Le jeu d’armes de Maximilien 1er, de Hans Burgmair,'seizième siècle................... ...... 196
- Un jouet seigneurial, cavalier du seizième siècle............................................... 198
- Le jeu de canonnière et glissoire, 1387....................................................... 199
- L’artillerie enfantine, premier Empire.......................................................... 202
- Trompettes et tambours pour les enfants, premier Empire...................................... 204
- Polichinelle et son vélocipède........................................ ...................... 206
- Soudard et vivandière, pantins en papier, dix-huitième siècle...................... ......... 209
- Un pantin aristocratique, dix-huitième siècle................................................ 211
- Mirabeau-Tonneau en pantin.................................................................... 213
- Arlequin, polichinelle et bobèche........... ................................................ 214
- Prospectus d’une pièce mécanique démontrant la fabrication du drap... ...................... 217
- Les têtes parlantes de l’abbé Mical.......................................................... 219
- Les occupations d’une châtelaine au dix-huitième siècle...................................... 220
- Les joueurs de galoubet et de tambourin et le canard de Vaucanson, dix huitième siècle....... 222
- Prospectus des pièces mécaniques de Vaucanson................................................ 223
- Pendule figurant une cuisine de poupée, bronze ciselé par Caffiéri, dix-huitième siècle...... 226
- La petite montreuse de poupée mécanique, de Bouchardon, dix-huitième siècle.................. 229
- Jouet automatique du dix-huitième siècle..................................................... 230
- Les automates des frères Droz de la Chaudefond, dix-huilième siècle.......................... 233
- Don Quichotte et les marionnettes, dix-huilième siècle................ ...................... 241
- Les comédiens de bois, dix-huitième siècle................................................... 242
- Don Quichotte pourfendant les marionnettes................................................... 243
- Marionnette Louis XV......................................................................... 2:46
- Pygmalion, 1739............................................................................... 248
- Le montreur de marionnettes au genou, dix neuvième siècle.................................... 230
- Les polichinelles, recueil des tableaux de Paris de Marlet................................... 234
- Le grand rémouleur.............................................................................. 238
- Les ombres chinoises à la fin du dix-huitième siècle......................................... 267
- La lanterne magique deBosio, dix-neuvième siècle............................................. 278
- Le kaléidoscope du Goût du jour, Restauration................................................ 287
- Les prodiges merveilleux du kaléidoscope, dix-neuvième siècle................................ 289
- Les jeux de bague, premier Empire............................................................ 294
- Le renouvellement des jouets, Marlet, 1823................................................... 298
- Les « étrennes à ma tante » pour 1817........................................................ 301
- Jouets mécaniques du premier Empire........................................................... 302
- Les étrennes du Bon genre, 1809.............................................................. 304
- Une bonne plaisanterie, lithographie de 1820................................................. 303
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- TABLE METHODIQUE
- PRÉFACE
- 1. Le luxe des jeux actuels et la simplicité des jouets anciens.................... 8
- 2. Le jouet considéré au point de vue de la vie sociale................................. 8
- 3. De la nécessité de choisir judicieusement les jouets............................... 12
- 4. Los jouets dans l’antiquité....................................................... 12
- o. Les jouets au Moyen Age........................................................... 12
- 6. Importation des jouets étrangers.................................................... 14
- 7. Jouets en sucre ou en pain d’épice................................................. 16
- 8. Distinction entre les jouets et les jeux............................................ 17
- 9. Bimbeloterie.................................................................... 18
- CHAPITRE PREMIER
- LES JOUETS DE LA PREMIÈRE ENFANCE
- Première partie. — Les hochets.
- 1. Leur utilité......................................................................... 21
- 2. Les hochets dans l’antiquité......................................................... 22
- 3. Un hochet du quinzième siècle, d’après l’inventaire de Louis Ier, duc d’Anjou........ 23
- 4. Les hochets au seizième siècle....................................................... 23
- 3. Composition des hochets aux dix-septième et dix-huitième siècles...................... 24
- G. Les hochets d’après les anciennes gravures............................................... 27
- Deuxième partie. — Les crécelles.
- 1. La crécelle et la claquette au Moyen Age................................................ 28
- 2. Le jeu du Treu et du Loup................................................................ 30
- 3. La crécelle du « Lutrin » de Boileau..................................................... 32
- Troisième partie. — Les moulins à, vent.
- 1. Les moulinets aux quatorzième et seizième siècles........................................ 33
- 2. Les marchands de petits moulins et les cris de Paris.................................... 36
- 3. Différentes formes données aux moulins à vent............................................ 39
- Quatrième partie. — Les boîtes à surprises
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- CHAPITRE II
- CHEVAUX, VOITURES ET JOUETS A ROX MARCHÉ
- Première partie. — Animaux.
- 1. Le cheval de Troie.................................................................... 43
- 2. Le cheval bâton dans l’antiquité...................................................... 44
- 3. Le jeu du porteur................................................................... 45
- 4. Le cheval bâton au Moyen Age........................................................ 45
- 5. Animaux divers donnés à Louis XIII enfant........................................... 48
- 0. Le cheval bâton aux dix-septième et dix-huitième siècles............................. 50
- 7. Chevaux à bascule.................................................?............... 53
- 8. Chevaux mécaniques.................................................................. ai
- 9. Le jeu du cocochet.................................................................. . 57
- 10. Importation des jouets d’Allemagne................................................. 58
- 11. Animaux divers. —Les lions et les bergeries de la Forêt-Noire...................... 59
- 12. Les animaux en carton moulé au début du dix-neuvième siècle............................. 60
- 13. Animaux recouverts de peau. — Manières diverses de reproduire leur cri............. 61
- 14. Animaux mécaniques................................................................... 62
- Deuxième partie. — Les voitures.
- 1. Du jeu intitulé « A traisner le chariot »................................................ 65
- 2. Le chariot d’argent de Louis Ier, duc d’Anjou............................................ 66
- 3. Voitures données en présent aux enfanls royaux........................................ 68
- 4. Une voiture aulomobile au dix-septième siècle........................................... 70
- 5. Les anciennes voilures d’enfants à l’Exposition de 1900.................................. 73
- 6. Chemins de fèr servant de jouets d’enfants............................................... 79
- Troisième partie. — Les jouets à bon marché fabriqués à, Notre-Dame de Liesse.
- 1. Origine commune des jouets et des souvenirs de pèlerinage.............................. 82
- 2. Outils et instruments servant à la fabrication des jouets en bois..................... 86
- 3. Description des articles fabriqués à Notre-Dame de Liesse............................ 88
- 4. Prix de revient des principaux objets................................................ 91
- CHAPITRE III
- UES POUPÉES, LEURS MEUBLES ET LEURS USTENSILES
- Première partie. — Les poupées.
- 1. Les poupées chez les Romains........................................................... 96
- 2. Les poupées au Moyen Age............................................................... 98
- 3. Poupées de la Renaissance française.................................................... 99
- 4. Envoi des poupées à l’étranger pour y porter les modes françaises..................... 102
- 5. Magnificence des poupées aux dix-septième et dix-huitième siècles.........'.......... 106
- 6. Opinion de Furetière et de Savary sur l’envoi des poupées françaises à l’étranger:.... 107
- 7. Principaux marchands de jouets à la lin du dix-huitième siècle et sous l’Empire...... 110
- 8. Les poupées servant de gravures de mode au dix-neuvième siècle........................ 112
- 9. De l’esthétique en matière de jouets.................................................. *14
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- 10. Poupées parlantes et poupées marchantes............................... ................... 116
- 11. Le trousseau d’une poupée élégante sous Louis XV111....................................... 117
- 12. De l’industrie des poupées à Paris, d’après l’album d’un fabricant de jouets de l’Empire.... 118
- 13. Les poupées à l’Exposition de 1844.......................................................... 120
- 14. Division du travail pour la fabrication des poupées................... ................ 121
- 15. Poupées en gutla-pcrcha de MUe Galixte Huret.............................................. 122
- 16. De l’industrie, à Paris, de l'habillement des poupées..................................... 123
- 17. Des poupées à l’Exposition de 1855........................................................ 124
- 18. Poupées anglaises à l’Exposilion de 1855.................................................. 125
- 19. Poupées de M. Greffier, dites bébés.......................................................... 127
- 20. Trousseaux et layettes de poupées........................................................... 127
- 21. De la taille des poupées.................................................................. 128
- 22. Poupées garnies de son.................................................................... 129
- Deuxième partie. — Intérieurs de poupées.
- 1. Les maisons de poupées au dix-septième siècle........................................... 130
- 2. Appartement de poupée donné par Richelieu à Mme d’Enghien............................... 131
- 3. Chambre donnée en 1675 par Mme de Thiangcs au duc du Maine.............................. 132
- 4. Cabinets garnis de figures d’émail...................................................... 132
- 5. Les mobiliers de poupées à l’Exposition'de 1900......................................... 132
- 6. Une naissance au dix-septième siècle........................................................ 133
- 7. La boutique d’un marchand de jouets et d’automales au dix-huitième siècle................... 134
- 8. Chambre à coucher Louis XVI............................................................. 135
- 9. Mobilier en acajou garni de bronzes dorés.................................................. 136
- 10. Une chambre sous le Directoire................................................................ 137
- 11. Les mobiliers de poupées aux Expositions de 1844 et de 1867................................... 139
- 12. Les meubles de poupées à l’Exposition de 1900................................................ 140
- 13. Des jouets proprement dits exécutés d’une manière simple et destinés à l’amusement, des
- enfants.................................................................................. 140
- 14. La bijouterie de Saint-Claude................................................................. 143
- Troisième partie. — Les crèches.
- 1. Les crèches à Marseille au dix-septième siècle.............................................. 145
- 2. Les crèches napolitaines.................................................................. 145
- 3. Une crèche de 1744 à l’Exposition de 1900................................................... 147
- Quatrième partie. — Les ménages d’enfants.
- 1. Les petits ustensiles servant de jouets dans l’antiquité.................................... 149
- 2. Jouets divers fabriqués au Moyen Age avec la même terre que les ménages d’enfants.......... 149
- 3. Bibelots, bimbelots et brimbillettes du douzième, au dix-huitième siècle.................... 150
- 4. Petits ménages donnés en présent aux enfants royaux.................................... 150
- 5. Les jouets d’étain vendus à la foire Saint-Germain au dix-septième siècle.................. 152
- 6. Saisie de jouets armoriés en 1793.......................................................... 154
- 7. Les cheminées à la Popclinière............................................................ 154
- 8. Jouets en étain vendus au dix-huitième siècle par les maîtres miroiticrs-luncltiers, les
- orfèvres et les potiers d’étain....................................................... 155
- 9. Fabrication des menus objets en fer-blanc et en étain au début du dix-neuvième siècle... 156
- 10. Les ménages d’enfants à l’Exposition de 1900............................................... 158
- 11. Cuisines et ménages en miniature aux Expositions de 1849 et de 1855........................ 160
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- CHAPITRE IV
- JOUETS MILITAIRES
- Première partie. — Les soldats de plomb.
- 1. Les soldais de plomb chez les Romaius................................................. 161
- 2. Soldais de plomb et enseignes de pèlerinage au Moyen Age................ 162
- 3. Louis XIII et les petits hommes de plomb dressés sur la table percée.......... 164
- 4. Une armée de soldats en argent de 50000 écus.......................................... 165
- 5. Armements commandés par Colbert à Nuremberg, en 1662................ 166
- 6. L’armée de carte faite par Henry Gessey en 1670......................•................. 166
- 7. Fabriques de soldats de plomb à Nuremberg............................................. 168
- 8. Emploi du soldat de plomb pour l’éducation et l’instruction des enfants..... ......... 170
- 9. Différentes espèces de soldats de plomb............................................... 172
- 10. Matière servant pour la fabrication des soldats de plomb............................ ... 172
- 11. Supériorité des soldats du type plat................................................... 173
- 12. Fabrication des soldais de plomb dans des moules en bronze et en ardoise........ ...... 174
- 13. Origine française du type de ronde bosse.................................................. 176
- 14. Sujets divers fabriqués en plomb..................................................... 177
- 15. Reproduction des événements de la vie civile..... . .*................................... 178
- 16. Soldats de démonstration.................................................................. 179
- 17. Soldais de démonstration Louis-Philippe....................................................180
- 18. Le jeu de la guerre...................................................................... 181
- 19. Galère chargée de soldats de plomb........................................................ 182
- 20. Scènes épisodiques de la vie militaire................................................. 183
- 21. Soldats de plomb des dix huitième et dix-neuvième siècles................................. 184
- 22. Dimensions des anciens soldats de plomb................................................... 186
- 23. La Grande Armée........................................................................... 186
- 24. Soldats inversables.................................................................... 186
- 25. Les jouets en plomb à l’Exposition de 1855........................................... 186
- 26. Une armée de soldats de carte au début du dix-neuvième siècle........................... 188
- 27. Soldats en carton moulé du premier Empire............................................... 189
- 28. L’Etal-Major de. Napoléon 111............................................................ 191
- 29. Les petits soldats. — Leur emploi dans les caricatures et dans les pièces satiriques...... 192
- Deuxième partie. — Équipement militaire.
- 1. Le jeu d’armes de Maximilien Ier......................................................... 195
- 2. Le jeu de canonnière, d’après le recueil de 1587......................................... 198
- 3. Jouets militaires donnés à Louis XIII enfant........................................ 200
- 4. Les pétards au dix-septième siècle...................................................... 200
- 5. L’artillerie enfantine au dix-neuvième siècle............................................ 202
- 6. Armes et armures d’enfants à l’Expositiou de 1867........................................ 203
- CHAPITRE V
- JOUETS MÉCANIQUES
- Première partie. — Les pantins.
- 1. Définition du pantin. — Origine de ce mot................................... 205
- 2. La vogue des pantins de 1747 à 1756....................... . ... ........... 207
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- 3. Les pantins en papier. — Leur fabrication.................................................... 208
- 4. Pantins satiriques.................................................. ............... • • •• 212
- . Pantins mystérieux........................................................................... 214
- . Pièces de vers sur les pantins............................................................... 213
- 7. Les modes à la pantin........................................................................ 215
- Deuxième partie. — Les automates.
- 1. La tête parlante construite par Albert le Grand au commencement du treizième siècle ..... 216
- 2. Automates hydrauliques................................................................... 216
- 3. Joueurs de trompette automatiques de la cathédrale de Strasbourg........................ 218
- 4. Jouets à automates donnés à Louis XIII................................................. 218
- 5. Automates construits pour Louis XIV.............................................-..... 220
- 6. Les têtes parlantes de Valentin Merbiz et de l’abbé Mical................................ 221
- 7. Tête parlante de Wolfang de Kempelen................................................. 221
- 8. Automates de Vaucanson................................................................. 224
- 9. Automate joueur d’échecs................................................................ 227
- 10. L’automate trompette.................................................................. 228
- 11. Les automates à l’Exposition universelle de 1900... .................................... 230
- 12. Le voltigeur mécanique................................................................. 231
- 13. Les sauteurs chinois.................................................................... 232
- 14. Les cabrioles du pantin................................................................. 233
- 13. Invention de jouets mécaniques par Cruchct.............................................. 234
- 16. Les jouets mécaniques................................................................. 236
- 17. Les automates aux Expositions de 1849 et de 1855........................................ 237
- 18. Les oiseaux chanteurs................................................................. 237
- Troisième partie. — Les marionnettes.
- 1. Définition de la marionnette........................... ................................ 238
- 2. Les marionnettes dans l’antiquité.......................................................... 239
- 3. Les marionnettes et les anciennes divinités............................................... 240
- 4. Origine du mot « marionnette »............................................................ 240
- 5. Les théâtres de marionnettes dans l’antiquité.............................................. 242
- 6. Succès obtenu au dix septième siècle par certaines marionnettes............................ 243
- 7. Les plus célèbres montreurs de marionuctl.es.............................................. 244
- 8. Pièces écrites par Malézieu pour les théâtres de marionnettes.............................. 231
- 9. Les marionnettes au genou................................................................ 251
- 10. Les théâtres de marionnettes en Italie.... ............................................... 234
- 11. Les marionnettes du théâtre Séraphin...................................................... 255
- 12. Les fabricants de marionnettes au dix-neuvième siècle..................................... 256
- 13. Les théâtres enfantins................................................................. 257
- Quatrième partie. — Les ombres chinoises.
- 1. Leur origine orientale...........................................................................264
- 2. Les ombres chinoises et la lanterne magique au seizième siècle.............................. 265
- 3. Les spectacles d’ombres chinoises au dix-huitième siècle........................................ 265
- 4. Opinion du baron de Grimm sur les ombres chinoises............................................ 268
- 5. Les ombres chinoises du théâtre Séraphin........................................................ 268
- 6. Ombres chinoises séditieuses et têtes d’expression.............................................. 270
- 7. Le jeu des ombres chinoises.................................................................... 271
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- CHAPITRE VI
- JOUETS ET INSTRUMENTS DE PHYSIQUE AMUSANTE
- Première partie. — La lanterne magique.
- 1. Son invention par Roger Bacon...................................................... 275
- 2. La lanterne magique du Père Kirclier............................................... 275
- 3. Définition donnée par Richelct..................................................... 27G
- 4. Le montreur de lanterne magique et les cris de Paris............................... 277
- 5. Diverses sortes de lanternes magiques à la fin du dix-huitième siècle.............. 277
- 6. Projections obtenues sur un nuage de fumée...............................•......... 280
- 7. Le singe et la lanterne magique. Fable de Florian.................................. 282
- Deuxième partie. — Fantasmagorie.
- En quoi cet appareil diffère de la lanterne magique.................................... 283
- Troisième partie. — Le kaléidoscope.
- 1. Son invention en 1817. — R supplante le jeu du casse-tête chinois.................. 285
- 2. lirevets d’invention relatifs au transfigurateur ou kaléidoscope................... 286
- 3. Caricatures sur le kaléidoscope.................................................... 288
- Quatrième partie. — Le phénakisticope.
- Le phénakisticope prototype du cinématographe....•..................................... 288
- Cinquième partie. — Jouets aimantés et jouets électriques.
- 1. Le dessinateur automate............................................................... 291
- 2. La pendule magnétique................................................................. 292
- 3. La promenade de la souris........... .............................................. 292
- 4. La course des chevaux électriques.................................................. 294
- 5. Le petit chasseur.................................................................. 295
- 6. Les appareils de physique amusante aux Expositions de 1855 et de 1867.............. 296
- Sixième partie. — Ballons et parachutes........................ 298
- Conclusion............................................................................... 299
- Liste des exposants...................................................................... 309
- Table des planches hors texte............................................................. 313
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