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Musée rétrospectif de la classe 112 : assistance publique à l'exposition universelle internationale de 1900, à Paris : rapport du comité d'installation
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- BIBLIOTHEQU DU CONSERVATOIRE NATIONAL des A HT S & ïCliTIEHS
- ! N° du Catalogue.dJZÀA—^
- iiPpRf^fetimation. JJJ.
- MUSÉE RÉTROSPECTIF
- DE LA CLASSE I12
- ASSISTANCE PUBLIQUE
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- HOTEL-DIEU AU XVe SIECLE
- Phototypie Berthaud, Paris
- Salle commune aux vieillards, aux enfants trouves et aux malades.
- Lits pour plusieurs personnes. — Saurs et neviees de l’Ordre du Saint-Esprit. (Reconstitution par MM. L. Terin et E. Chaperon).
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- MUSÉE RÉTROSPECTIF
- DE LA CLASSE I 12
- ASSISTANCE PUBLIQUE
- A L’EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1900, A PARIS
- RAPPORT
- DU
- COMITÉ D’INSTALLATION
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- Exposition rxniverselle internationale
- de 1900
- SECTION FRANÇAISE
- (3emmi«k«aite cjéuétaf De f êapanlicnt :
- M. Alfred PICARD
- £Ditccleiit cjénétaf aDjoint De f êocpfoitalion, cfatgé De fa Ifeetien jtauçai4e
- M. Stéphane DERVILLÉ
- £Défecjué an ^enûce cjénetaf De fa éjection j^tauçaije :
- M. Albert BLONDEL
- £Defécjué an éetsncc apéciaf De«> JlibiMeea centeunanec :
- M. François CARNOT
- Jbicfitecle De«I Jlilnoée.* ceutenuanec :
- M. Jacques HERMANT
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- COMITÉ D'INSTALLATION DE LA CLASSE 112
- Bureau*
- Président : M. Roussel (le docteur Théophile), membre de l’Institut et de l’Académie de médecine, sénateur de la Lozère, président du Conseil supérieur de l’Assistance publique.
- Vice-Président : M. Monod (Henri), C. membre de l’Académie de médecine, directeur de l’Assistance et de l’Hygiène publiques au Ministère de l’Intérieur, conseiller d’Etat.
- Rapporteur : M. Mourier (Charles), ^, maître des requêtes au Conseil d’Etat, membre du Conseil de surveillance de l’Assistance publique de Paris.
- Secrétaire : M. Millon (le docteur René), médecin des Dispensaires d’enfants de la Société philanthropique.
- Trésorier : M. Duval (Edmond), O. directeur du Mont de Piété.
- Membres.
- MM. Brueyre (Loys), ancien chef de la division des enfants assistés de la Seine, membre du Conseil supérieur de l’Assistance publique.
- Mines Charpentier ( Georges), présidente de la Société maternelle parisienne « la Pouponnière ».
- Cremnitz (Marguerite), présidente de l’Œuvre des Crèches parisiennes, membre de la Commission de surveillance des crèches de la Ville de Paris.
- MM. Dron (le docteur Gustave), député, conseiller général du Nord, membre de la Commission des hospices de Tourcoing, de l’asile des aliénés d’Armentières et du sanatorium de Saint-Pol.
- Dreyfus (Ferdinand), avocat à la Cour d’appel de Paris, vice-président du Comité des œuvres d’assistance par le travail, secrétaire du Conseil supérieur des prisons, ancien député de Seine-et-Oise.
- Gaufres (Jules), président de l’Orphelinat de la Seine, membre du Conseil supérieur de l’Assistance publique, ancien membre du Conseil municipal de Paris.
- Honoré (Frédéric), ingénieur des Arts et Manufactures, ancien président de la Société amicale des anciens élèves de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, directeur du Conseil de surveillance de l’Assistance publique.
- Minc Landrin (Amélie), inspectrice générale des services de l’enfance au Ministère de l’Intérieur.
- MM. P ayelle (Adrien), O. chef de bureau des services de l’enfance à la direction de l’Assistance et de 1 Hy giène publiques au Ministère de l’Intérieur.
- Piîan de Saint-Gilles (Armand), notaire honoraire, vice-président de la Société philanthropique, ancien membre du Conseil de surveillance de l’Assistance publique.
- Soulange-Bodin (l’abbé), curé de Notre-Dame de Plaisance.
- COMITÉ DU MUSÉE RÉTROSPECTIF
- Présidente : Mm0 Landrin (Amélie), chargée de l’organisation du Musée et du Rapport. Secrétaire : M. Dreyfus (Ferdinand).
- Membres : MM. Béranger (René); Payelle (Adrien); Péan de Saint-Gilles (Armand); Roussel (Charles); Strauss (Charles).
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- La chanté, l’assistance, ne sont pas des choses tangibles, mais des manifestations morales (individuelles ou collectives) d’une des formes de la solidarité humaine ; elles ne sont donc pas exposables elles-mêmes et ne peuvent être représentées dans une exposition que par les objets matériels servant à leur exercice.
- Ce sont seulement les objets de toute nature créés spécialement pour recueillir les dons destinés aux indigents et malades, les constructions élevées pour soulager leurs misères, les insignes et l’outillage imaginés pour la mise en action ou l’organisation des œuvres et institutions charitables, les portraits et souvenirs des hommes dont la philanthropie est
- Emmaillotements d’enfants assistés, en nourrice dans diverses provinces (dix-neuvième siècle).
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- demeurée glorieuse, qui peuvent figurer matériellement, symboliser en quelque sorte, les institutions et vertus publiques ou privées, qui constituent l’assistance, et c’est dans cet ordre d’idées que nous avons dû limiter nos recherches.
- Grâce au concours si large, si généreux de fonctionnaires du
- Ministère de l’Intérieur, de la lectionneurs dont Paris est des principaux établissements uns des membres du /'<,, reliques histori- J avons pu réunir d’objets divers, torique des mo-) pour l’assistance
- plupart des grands col-fier, des chefs de service charitables, de quelques-ÿ clergé en possession de ques de la Charité, nous ' des séries importances constituant un véritable Musée 1ns-) des usitées à toutes les époques privée ou publique aux enfants,
- aux vieillards, aux pauvres et aux malades ; qu’il nous soit permis d’adresser ici nos chaleureux remerciements aux dévoués collaborateurs-qui ont bien voulu nous prêter leur savant concours et assurer le succès de cette Exposition en nous confiant les pièces les plus rares et les plus précieuses de leurs riches et superbes collections.
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- Biberon gallo-romain en terre cuite (premier siècle).
- Biberon gallo-romain Biberon gallo-romain
- en terre cuite en terre cuite
- (premier siècle). Fouille du quartier St-Marcel,
- à Paris (premier siècle).
- Biberon en fer-blanc, Biberon de malade,
- Hospice dé Saint-Lô, i8i5. en étain (Gers).
- Biberon en étain, Château-Landon (dix-huitième siècle .
- Biberon en faïence. Biberon en faïence
- (Quimper).
- Biberon en faïence de Nevers.
- Biberon canari, porcelaine Biberon cruche, Biberon canard,
- (Haute-Garonne). faïence de Nevers. Hospice de Lorient.
- Biberon abreuvoir Biberon limande, en verre . Biberon bouteille,
- (Limoges) (Eure-et-Loir) en verre
- (dix-huitième siècle). (i83o). (Seine-Inférieure) (dix-septième siècle)
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- COLLECTION DE AI™ LANDRIN
- Biberons anciens divers.
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- Le Musée rétrospectif de l’Assistance
- A L’EXPOSITION
- Le Musée rétrospectif occupe deux salles situées au premier étage de l’ancienne Galerie des machines, au Champ de Mars.
- La première de ces salles, aménagée près du salon du Président de la République, renferme dans des vitrines des collections nombreuses et importantes, groupées méthodiquement.
- Une vitrine est consacrée aux spécimens de troncs à quêter; d’autres aux plats à quêter ; d’autres aux ornements, bannières et costumes traditionnels des membres des Confréries de charité; d’autres aux belles enseignes artistiques des maladreries et léproseries du quinzième siècle.
- Ailleurs on trouve d’admirables séries de vases de pharmacie et ustensiles de tous genres en étain, en fer, en cuivre, en faïence : pots, biberons de malades, outils chirurgicaux, vases divers, etc., provenant des officines des anciens hôpitaux.
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- Sur une paroi est étalée une des superbes tapisseries aux armoiries des fondateurs de l’Hospice de Beaune; sur une autre un long tableau ancien représentant la procession des membres d'une confrérie charitable; partout se dressent de curieux bâtons de processions en bois sculpté et doré emblématiques des confréries charitables.
- Ici sont rangés toutes sortes de registres, de vieux imprimés, de manuscrits, retraçant l’histoire des Monts de Piété de Paris, Bordeaux, Aix, etc.; là, des
- Vue d’ensemble d’une partie de la salle II et Musée rétrospectif de l’Assistance.
- collections d’autographes, portraits, miniatures, souvenirs des grands philanthropes : Haüy, abbé de l’Épée, saint Vincent de Paul, Montyon, Champion, etc.; ailleurs, de belles miniatures représentent les salles d’hôpitaux du Moyen Age.
- Plus loin, on trouve une collection incomparable de jetons des Beceveurs des Pauvres d’autrefois, des Administrateurs des biens des Pauvres, des Associations charitables : et une série de sceaux des Hospices, Maladreries, Léproseries du Moyen Age.
- Une autre collection est constituée par des billets de loterie de Charité (depuis la loterie des Enfants trouvés du dix-huitième siècle jusqu’à celles de nos jours), des bons de secours en nature, des cartes de travail dans les ateliers nationaux et les établissements de secours par le travail, etc. ; à côté on voit la série des reçus du droit des pauvres depuis le dix-huitième siècle conservés par la Comédie-Fran-
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- Procès-Verbal constatant fEta-don «l'un Enfaid.
- | — Modèle n° 18 ,
- -Vbmimstraticm generale be l'assistance publique à paris.
- AltKONDISSHME.Vl
- HOSPICE
- ENFANTS-TROÜVÉS
- PKOCÉS-VtRBAL
- «rài/aâlisi».
- \OM I)t l'ENf.-rr ;
- DES
- ET ORPHELINS.
- DATE DE E ÉTASIOy
- StGXAl.KMKNT Ot i ENF
- Taille
- Ne2
- Bouche
- Menton
- Visage
- Cheveux
- Sourcils
- Veux
- •S/ç/Uo iMiittnillt'n
- DESIGNATION
- DES VETEMENTS DE L’ENFANT LORS DE SON EvaSÎCN
- Nous, soussigné. de la commune d
- rauion d arrondissement d
- certifions d’après Tenqiicte que nous avons faite soi- ia demande de M. . ('reposé de t'.Admuuslraiioii des i Inspires de
- Paris, et de M. attaché ïéeeHe Administration, l'un et
- l'autre chargés de la surveillance des Entanls-Trouvcs et Orphelins placé* dans cette commune, que
- Élève de l'Hospice des n* de
- l'année 18 nu le 18 placé-
- chez
- placement le et qu’on ignore ce qu*
- de cette commune, s est évadé de ce qu* n’a pas reparu depuis,
- ‘St devenu qu (lj
- çaise ; enfin une superbe et considérable suite de gravures et estampes constituant une histoire iconographique de l’assistance, empruntée à la collection Hartmann.
- Enfin, dans le fond de la salle, on a reconstitué, avec une scrupuleuse exactitude, un spécimen des épouvantables cellules où on enfermait jadis les pauvres aliénés. Celle prise pour type est une des anciennes cellules de l'hôpital de Blois, et on a pu se servir, pour l’établir, des portes, fenêtres, ferrures, chaînes, carcans et autres pièces authentiques, conservées jusqu’ici, et transportées tout exprès de Blois à Paris, grâce à la grande obligeance du Bureau de bienfaisance de cette ville.
- Dans la seconde de ces salles, l’inspectrice générale, chargée de l’organisation de l’Exposition du Ministère de l’Intérieur, a fait reconstituer, d’après des documents authentiques, des scènes pittoresques destinées à rappeler les principales phases de l’histoire de l’assistance donnée aux enfants en France à diverses époques.
- Voici d’abord une salle d’hospice tenue par des religieuses de l’ordre du Saint-Esprit, fidèle reproduction de miniatures des quinzième et seizième siècles et des anciens costumes conservés pieusement par les dernières
- religieuses de cet ordre, montrant des enfants abandonnés, recueillis par les soins et aux frais des seigneurs hauts-justiciers, couchés ensemble au nombre de sept ou huit dans le même lit, auprès de ceux occupés par des malades adultes et des vieillards.
- A côté est un porche d’église du douzième siècle, sous lequel est scellé à gauche un berceau pour recevoir, comme auparavant la coquille, les enfants
- En foi de quoi nous avons rédige le présent Procès-Verbal, sur la réquisition du sieur Préposé de l’Administration,
- qui s’est chargé de donner connaissance de celle dis|>osition à M. le Procureur de la République a cl à M le Commandant
- de la Gendarmerie à
- Et avons signé, avec les sieurs
- lecture faite A le 18
- qui ont pu y donner lieu ; les habitudes de cet Enfant et le*. personnes qu’il fréquentait les démarches qui ont été faites par la personne chargée de l'Enfant pour découvrir le lieu de sa retraite .-enfin 4a manière dont cette personne agissait avec cet Enfant, et si l’évasion peut ou non lui être attribuée
- Certificat d’évasion d’enfant trouvé ou orphelin, vers 1840. (Collection de M"" Landrin.)
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- qu’on abandonnait et, les jours de fêtes, pour exposer des enfants trouvés, apportés de l’hospice voisin afin d’exciter la pitié des passants, qui déposaient leur obole dans un bassin placé au pied du grabat. Ces berceaux subsistèrent jusqu’au milieu du siècle dernier dans diverses églises.
- Plus loin, une façade d’hospice est percée d’une ouverture où est fixé un de ces tours importés d’Italie et introduits en France par le décret de janvier 1811, pour recevoir les malheureux enfants dont on désirait se débarrasser secrètement. Auprès, un de ces meneurs qui allaient recueillir dans les campagnes les enfants qu’on voulait abandonner se tient devant le tour, dans lequel il dépose successivement ou même empilés en tas, les infortunés nouveau-nés demi-mourants qui lui ont été confiés et dont il vient d’apporter des paniers pleins.
- Sur une console, six mannequins d’enfants habillés nous montrent les uniformes exacts des Enfants trouvés, depuis ceux du Moyen Age, les Enfants bleus de l’hospice de l’Enfant-Dieu et les Enfants rouges de l’hospice du Saint-Esprit, jusqu’à ceux des enfants du temps de saint Vincent de Paul et du dix-huitième siècle.
- Enfin, une large fenêtre permet de voir la primitive installation (peuplée de petits mannequins revêtus de costumes anciens authentiques) d’un des dépôts d’enfants trouvés, tels qu’ils étaient il y a cent ans, tels qu’ils subsistaient encore dans un grand nombre d’hospices à une époque peu éloignée de nous.
- Au centre de ces scènes est un groupe d’enfants trouvés de l’époque de la première République, alors que la Convention avait décidé (1792) qu’ils seraient élevés à la charge de la nation et porteraient le nom « d’Enfants de la Patrie » et « d’Orphelins de la Patrie » qu’ils conservèrent jusqu’en 1800. Ils sont revêtus des uniformes militaires qui leur furent affectés par décret en 1793 et dont il existe des dessins au Musée d’Artillerie et à la Bibliothèque nationale.
- La salle d’assistance ancienne, outre ces scènes, contient des collections considérables disposées dans des vitrines ou sur des gradins.
- Ici ce sont des séries de registres d’inscriptions d’enfants trouvés de toutes les époques, des spécimens de tous les genres de marques avec numéros matricules (colliers, médailles, boucles d’oreilles, etc.), qu’on leur mettait pour assurer leur identité; des signes de reconnaissance, parfois extraordinaires, souvent touchants, que les mères attachaient à leurs langes dans l’espérance de les retrouver et reprendre plus tard ; et autour les étranges engins de transport dont se servaient les meneurs.
- Là, ce sont les types d’emmaillotement, de l’époque gallo-romaine à nos jours, des jeunes enfants abandonnés envoyés dans nos provinces; les berceaux de toutes les régions ; les meubles destinés à apprendre à marcher ou à empêcher de tomber; les modes de portage des enfants. Plus loin, on a groupé les amulettes et remèdes occultes si chers aux populations superstitieuses pour le trai-
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- tement des maladies infantiles, surmontés de beaux dessins de Gaston Vuillier représentant des scènes de médications magiques dans la Lozère.
- Mentionnons encore des collections très complètes d’objets servant jadis à l’alimentation ou à l’habillement des nourrissons; de bonnets, de serre-tête, de
- Mobilier ancien pour l’élevage des enfants.
- (Collections du ministère de l'Intérieur et de Mme Landrin.)
- bourrelets, de hochets, de biberons (depuis ceux d’enfants romains ou gaulois jusqu’à ceux de notre enfance), parmi lesquels d’artistiques biberons en céramique antique, en vieux Rouen, en faïence de Nevers, et quelques-uns historiques comme celui de Paul-Louis Courier.
- L’ensemble de ces deux salles constitue, comme on le voit, un véritable musée rappelant les formes diverses qu’a prises la charité publique ou privée dans tous les temps pour venir en aide, depuis la naissance jusqu’à la mort, à ceux qui ont besoin d’être assistés.
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- Enfant trouvé dans son berceau. .
- Sculpture gallo-romaine en pierre (probablement ex-voto), trouvée près de Nuits. (Musée de Beaune.)
- XX
- L’Assistance du premier au dixième siècle
- L’instinct généreux qui amène l’homme — ou, pour être plus exact, certains hommes — à s’attendrir au spectacle des souffrances d’autrui et à faire personnellement de louables efforts pour les adoucir, est aussi vieux que l’homme lui-même. 11 est de tous les temps, comme de toutes les races, et si les mots « charité, bienfaisance, philanthropie » sont d’invention moderne, les idées qu’ils représentent datent de toute antiquité. Ces axiomes posés par tant de religions •. « Soyez secourables aux malheureux; celui qui donne aux pauvres prête à Dieu ; aimez-vous les uns les autres, etc. », n’ont fait que consacrer et encourager un état d’âmes préexistant, et, si les institutions charitables se sont développées avec les'civilisations, la charité privée, elle, répond certainement à un sentiment primordial né du contact des humains dès le jour où ceux ci ont constitué des groupes familiaux ou de voisinages rapprochant et mettant en parallèle l’inégalité des situations.
- Aussi, bien que les historiens ne nous donnent à cet égard aucun renseignement précis, il n’est pas douteux que chez nos ancêtres gaulois, bien plus avancés en civilisation qu’on ne l’imagine généralement, depuis longtemps sortis des limbes de la barbarie et organisés très régulièrement en groupes et castes ayant chacun leurs droits et leurs charges nettement définis, quelques disposi-
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- COLLECTION DE M. MARTIN LE ROY
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- tions fussent déjà prises pour venir au moins en aide à ceux que leur âge, les maladies, les infirmités, mettaient dans l’impossibilité de suffire à leur existence, en un mot, qu’il existait déjà un embryon d’Assistance publique. Cette hypothèse est d’autant plus vraisemblable qu’elle répond à ce que les auteurs romains nous apprennent du caractère des Gaulois, qu’ils représentent comme rudes et farouches de manières et d’aspect, mais en réalité secou-rables et assez facilement impressionnables.
- On sait de quels soins respectueux ils entouraient les malheureux idiots (comme du reste les Hindous, les Berbères et tous les autres peuples primitifs, surtout ceux d’origine asiatique) et qu’ils leur accordaient une sorte de vénération dont la tradition était si fortement enracinée qu’elle traversa les siècles sans presque s’effacer et se retrouve encore en notre temps dans les rapports de nos paysans avec les faibles d’esprit, ceux qu’ils appellent les « innocents ! ».
- En ce qui concerne les enfants, il est peu probable qu’ils s’arrogeassent le droit de tuer les débiles comme les Romains, car César en eût fait mention. Il est présumable que leurs mœurs ressemblèrent sous ce rapport à celles des Germains, qui partagèrent avec eux une partie du territoire qui devint plus tard la France, et dont Tacite a dit : « Les Germains n’exposent pas leurs enfants; on ne les voit point limiter le nombre de leurs enfants ou tuer ceux qui leur naissaient en trop. Ils regardent ces coutumes comme une infamie et chez eux les bonnes mœurs ont plus de force que n’en ont ailleurs les bonnes lois. »
- En tous cas, il ne semble pas qu’il existât chez eux des dispositions régulières pour sauvegarder l’existence des enfants trouvés, car les misérables qui ne pouvaient élever leurs enfants préféraient les vendre comme esclaves sur les marchés que de les abandonner.
- L’occupation romaine ne marqua pas beaucoup dans notre pays en ce qui concerne les questions d’assistance et on ne saurait s’en étonner, car le peuple romain, personnel et dur, est un de ceux chez qui les idées charitables s’étaient le moins développées.
- Par contre, elle contribua certainement à augmenter encore la misère des abandonnés en important l’abominable coutume de laisser ces enfants en proie aux bateleurs, si répandue alors en Italie, que Mucius Scævola et Sénèque le père (58 avant J.-C.) en parlaient comme d’un fait usuel et quotidien, et que des rhéteurs romains prononçaient des harangues retentissantes pour proclamer le
- Enfant romain portant la Bulla. Statuette trouvée à Viterbe.
- (Musée de Bruxelles.)
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- droit abominable de ceux qui avaient ramassé et recueilli des enfants abandonnés de les mutiler, de leur couper les bras, de leur rompre les os pour les envoyer mendier à leur profit.
- Peu d’enfants exposés échappaient à cet épouvantable sort ; cependant,
- parfois, en certaines circonstances, il était permis aux parents de les revendiquer et c’est pourquoi, en même temps que la coutume de pratiquer l’abandon, les Romains durent introduire et ‘répandre celle de prendre, en abandonnant les enfants, quelques mesures pour pouvoir plus tard, au besoin, prouver leur identité.
- Si les déductions fournies par l’étymologie grammaticale ne sont pas trompeuses, c’est ainsi qu’il faut faire remonter à l’influence romaine le nom et l’origine en notre pays des « Bulles » d’enfants trouvés.
- La bulle était un bijou de forme arrondie et gonflée comme une bulle d’eau, qu’on suspendait au cou. Elle était considérée comme porte-bonheur, détournant tout maléfice de celui qui la portait. Aussi en attachait-on soigneusement au cou des enfants lorsqu’on le pouvait, surtout des garçons. Elle était d’abord l’apanage des enfants des hautes classes, mais, après la seconde guerre punique, elle fut accordée à tous les « ingénus » ; toutefois, la bulle d’or était réservée aux fils de sénateurs et de chevaliers et les autres enfants portaient des bulles moins coûteuses. Celles des enfants du peuple étaient en cuir [butta scortca), faites de deux valves s’emboîtant pour former une sorte de boite, ou même étant remplacée par un simple nœud de cordelettes (;nodus).
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- Il est permis de supposer que ces bulles servaient parfois à enfermer quelques objets permettant ridentification ultérieure des enfants qu’on abandonnait (1), car c’était la seule partie de leurs vêtements qui ne leur fut jamais enlevée et qui restât sur eux, à poste fixe, sans aucun changement, jusqu’à l’époque de leur virilité, où ils la déposaient en même temps que la robe prétexte.
- De là est né sans doute l’usage vulgaire d’appeler par extension « bulles » les pièces d’identité trouvées sur les enfants abandonnés, usage qui se transmit dans le peuple comme tant d’autres mots de basse-latinité, et dont on retrouve des traces non seulement au Moyen x\ge (époque où l’expression était constante), mais même à notre époque, puisqu’elle est employée dans le règlement de l’Hôpital général de 1765, qui mentionne les « Bulles imprimées », et puisque dans les campagnes des environs de Paris et dans toute l’Ile-de-France on appelle encore les livrets des enfants assistés leur Bulle !
- Revenons à l’assistance aux enfants abandonnés dans les temps anciens. Des inscriptions datant de l’époque de Domitien font mention de donations faites par des particuliers à des muni-
- cipes, pour donner des secours alimentaires jusqu'à quatorze ans à un certain nombre d’enfants. Peut-être est-ce là qu’il faut chercher l’origine de l’usage, qui s’est, généralisé en France à une époque bien lointaine, de mettre à la charge des communes et des seigneurs le soin cl’élever les enfants abandonnés?
- Lorsque le christianisme se fut répandu en France, ce fut surtout par l’intermédiaire du clergé que s’exerça la bienfaisance. On quêtait pour les pauvres à tous les offices, les prêtres sollicitaient la générosité des personnages haut placés, et les sommes ainsi obtenues étaient employées à porter quelques adoucis-
- Enfant emmaillote. Statuette en pierre trouvée en Bourgogne.
- (Epoque g a llo-roma ine. )
- Enfant emmailloté portant le capuchon (cuculluE. Statuette en terre de Vichy.
- (Epoque gallo-romaine.)
- (1) Varron dit que les bulles contenaient des figurines ou amulettes (amuletum, fascinum). A celle décrite par Ficorri est adjointe en effet une figurine d'isis Fortune.
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- sements aux malades et à faire périodiquement, sous le porche des églises, des distributions de secours en espèces aux pauvres.
- Dans la plupart des monastères on accordait aux indigents et aux nomades des écuellées de soupe et des aliments; mais les moines se plaisaient surtout à créer des jardins médicinaux où ils cultivaient avec soin des plantes à vertus pharmaceutiques, indigènes, ou qui leur étaient envoyées des pays lointains par
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- Plan de l’Abbaye de Saint-Gall (commencement du neuvième siècle). (Partie des bâtiments réservés aux malades.)
- les religieux étrangers, et dont ils vendaient aux riches et donnaient gratuitement aux malades malheureux les produits. Ces cultures spéciales prirent une telle extension que c’était là, au Moye*n Age, que les étudiants en médecine étaient obligés de venir étudier la botanique médicale.
- Quelques couvents allèrent plus loin dans cette voie et ouvrirent une partie de leurs salles pour donner l’hospitalité aux pèlerins de passage, aux nomades et aux ouvriers malades. L’utilité de ces asiles, la nécessité d’étendre leur rôle et leur action furent vite reconnues, et les rois et grands seigneurs se décidèrent, aux cinquième et sixième siècles, à fonder à Lyon, à Autun, à Reims, à Paris, sous les noms de « Maisons-Dieu », « Hôtels-Dieu », ou « Hospitaux », des établissements spécialement, destinés à recevoir les malades ou infirmes et à les faire soigner par des corps d’infirmiers permanents appartenant en général à certains ordres religieux voués au service des pauvres.
- Ce furent les premiers établissements d’assistance proprement dits organisés régulièrement en France.
- Bien des particuliers, de leur côté, s'efforcaient de venir en aide aux besogneux en leur faisant donner ou porter à domicile les restes de leurs tables, et les
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- simples cultivés par les dames dans leur parterre, ou en leur prêtant comme abris quelques réduits de leurs dépendances.
- Une des formes de la charité la plus pratiquée à l’époque carlovingienne et au Moyen Age était la distribution d’aliments, dans les maisons riches, aux indigents. Non seulement dans nombre de cérémonies laïques ou religieuses on organisait ce qu’on appelait la « table des pauvres », mais encore, en beaucoup de châteaux et de demeures royales, on servait quotidiennement des repas à un certain nombre d’indigents... L’histoire a conservé le souvenir des tables des pauvres de Charlemagne et de saint Louis, de Gérault d’Aurillac, des évêques Eloi à Noyon,
- Yves en Bretagne, Gérard à Toul. Cet usage, si ancien, ne s’est pas encore perdu ; la tradition l’a perpétué en partie dans nos campagnes, et on sait que la coutume veut en Corrèze, dans les Cévennes, en Normandie, etc., que chaque fois qu’on sert dans une ferme un repas solennel en l’honneur de quelque grand événement familial : mariage, baptême, funérailles, il soit dressé dans la cour une « table des pauvres », où les vagabonds et les indigents viennent recevoir une petite part du festin.
- Résumons rapidement la situation, à cette époque, des enfants trouvés.
- La vie de saint Eloi constate qu’au septième siècle, les enfants « déposés dans une coquille à l’entrée de l’église » pouvaient être vendus à des particuliers (il en fut ainsi de saint Théau et de sainte Bathilde) ou livrés à des personnes qui se chargeaient bénévolement de les élever. Un prêtre ou le sacristain dressait procès-verbal de l’exposition et remettait l’enfant à un Nutricariiis (Nourricier) pour en prendre soin, moyennant une indemnité. On connaît la formule authentique d’un de ces procès-verbaux dressé à Tours; elle est curieuse : « La miséricorde divine ayant inspiré à la piété chrétienne d’en prendre soin, nous l’avons remis à X..., pour le nourrir et le prendre à son service ou en faire sa consolation, c’est-à-dire l'adopter conformément aux lois. X... a reçu le prix. » Suivant le décret de Théodose, le Nutricariiis acquérait un droit sur l’enfant : « s’il a voulu, comme père, comme maître, le nourrir, il s’ensuit qu’il l’emploiera dans sa maison ». En outre, un certain nombre d’asiles pour les enfants trouvés étaient, dès l’époque mérovingienne, annexés aux hospices de vieillards. Charlemagne, dans ses Capitulaires, ne fait guère que confirmer les dispositions existantes en édictant que « si un enfant exposé est adopté par la charité
- Enfant emmaillote avec bandelettes ornées. Sculpture de Notre-Dame de Paris (le Baptême).
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- d’un fidèle, que le fidèle donne un écrit : si, dans les dix jours écoulés, l’enfant n'est pas réclamé, il peut le conserver ». C’est sous son règne, et dans la partie Lombarde de son empire, que fut fondé à Milan en 767, par Dathéux, le premier établissement spécial pour recevoir les enfants « apportés à l’église » : « un préposé spécial les recueille, dit l’acte de fondation ; ils sont élevés au sein par des nourrices, puis nourris, vêtus et enseignés dans la maison pendant au moins sept ans ». Malheureusement, l’exemple donné par l’archiprêtre Dathéux ne semble pas avoir trouvé beaucoup d’imitateurs.
- Vers la fin de la période qui nous occupe on se préoccupa enfin sérieusement d’assurer le sort des enfants abandonnés. On régularisa leur situation, on astreignit légalement les bénéficiaires de divers privilèges, les seigneurs et hauts personnages civils ou religieux à faire nourrir et élever h leurs frais ceux trouvés dans les localités placées sous leur dépendance ou juridiction ; au dixième siècle, Olivier de la Crau fonda même cà Montpellier un hospice, placé sous la direction des confrères de l'ordre du Saint-Esprit, ayant pour but unique de recevoir les mères pauvres et les enfants abandonnés ou orphelins.
- Annona, figure allégorique des distributions aux pauvres, à l’époque romaine. (Plomb antique du Cabinet de France.)
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- 'PAR DONS ET INDULGENCES DE PLENIERE REMISSION, CONCÉDÉES A PERPETVITÉ par nos S aines Pètes les Papes, en faveur-des Quinze .ymets Aveugles de Paris Avec exhortation à tous Fideles d'élargir quelques aum6ncs, tant pour la réparation g) bâttmens de TEghfe, que pour l emretenement & nourriture defdits Pauvres Aveugles.
- Frontispice d’un imprimé concernant l’hôpital des Quinze-Vingts, au seizième siècle.
- (Bibliothèque nationale.)
- III
- L’assistance au moyen âge
- L’exercice de la charité, pondéré, régulier, pendant les premiers siècles de notre ère, prit au Moyen Age un caractère d’exaltation, pour nous incompréhensible par son caractère exagéré. Sous l’influence des prédications mystiques incessantes, des terreurs religieuses ou superstitieuses dont étaient pénétrés les esprits, du mélange des utopies chevaleresques et des rêveries dévotes, les cerveaux se surexcitaient de telle sorte qu’ils arrivaient à de véritables aberrations des sens, du raisonnement surtout et que, confondant les manifestations de la charité et celles de la névrose, ils étonnaient le monde par le spectacle des excès les plus répugnants sous prétexte de prouver leur amour du pauvre! Les biographes des personnages de cette époque, depuis béatifiés ou sanctifiés, ne se lassent pas de présenter à l’admiration de leurs naïfs lecteurs des scènes inouïes où, sous le couvert de la charité, leurs héros commettent des actes d’une saleté raffinée sans utilité pour personne, comme de baiser les ulcères des malades, de sucer leurs cancers, de boire leurs humeurs ou de se délecter de leurs crasses! Cette folie, contagieuse comme la plupart des folies, envahit toutes les classes. Pendant quelque temps, ce fut une fureur, et c’était à qui se distinguerait en inventant et commettant les plus invraisemblables et les plus repoussantes simagrées de toutes sortes sur la personne des lépreux, pestiférés, galeux, scrofuleux, etc.,
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- avec la conviction qu'ils attiraient ainsi sur leur dévouement l’admiration de tous et les bénédictions du Ciel.
- Longue est la liste des saints et bienheureux de tous pays dont les hagiogra-phes racontent complaisamment les hauts faits dans cet ordre d’idées, et chacun se souvient des anecdotes écœurantes dont sont émaillées les biographies de sainte Elisabeth de Hongrie, d’Edouard d’Angleterre, de sainte Hedwige, de Pierre Claver, de saint André de Corta, de saint François d’Assise, de sœur Marie de l’Incarnation, de la mère Agnès de Jésus, d’Angèle de Foligny, de sainte Catherine de Sienne, de l’évêque saint Louis, de saint Gérard, de Claire de Monte Falcone, etc., etc.
- Heureusement cette surexcitation des idées de charité par foi religieuse n’amenait pas que des démonstrations aussi déraisonnables et aussi inutiles. Elle avait aussi pour conséquence que bien des personnes riches, désireuses de racheter par la bienfaisance leurs péchés terrestres, consacraient une bonne partie de leur fortune, de leur vivant ou par legs après décès, à la fondation d’œuvres hospitalières.
- C’est de cette période, en effet, que datent les créations d’innombrables mala-dreries, Hôtels-Dieu pour malades, asiles pour vieillards, qui s’élevèrent sur tous les points du territoire. Au septième siècle, on ne comptait encore en France que sept ou huit hôpitaux et hospices; au douzième, il y en avait une trentaine. A cette époque, un événement politique qui devait avoir des résultats considérables à tous les points de vue, l’organisation des Croisades, vint, par une conséquence imprévue, donner un nouvel essor à la création des hôpitaux. Les Croisés, en effet, avaient rapporté d’Orient et introduit chez eux une effroyable maladie, la lèpre; l’apparition de ce fléau souleva une émotion considérable et de tous côtés s’élevèrent des maisons spécialement destinées à recevoir les malheureux qui en étaient atteints. En 1226, on pouvait énumérer en France deux mille léproseries!
- Sans doute, la plupart de ces asiles n’eurent qu’une durée éphémère et disparurent avec la maladie qui avait motivé leur création; mais ceux qui n’étaient pas exclusivement consacrés au soin des lépreux subsistèrent sous le nom de « Maladreries », « Maisons-Dieu », « Hôtels-Dieu », et le nombre s’en accrut assez rapidement pour qu’il s’élevât à environ cinq cents à la fin du Moyen Age.
- C’étaient en général des constructions massives, plus ou moins étendues (mais parfois aussi de simples tourelles situées à l’entrée d’un pont), que désignait à l'attention des passants une enseigne de fer grinçant accrochée à une potence et dont notre exposition possède des spécimens d’un haut intérêt. Le service intérieur était assuré par quelques religieux. Ils furent peu après l’objet d’une réforme administrative importante, qui influa considérablement sur leur développement : en effet, les maisons hospitalières, jusqu’au quatorzième siècle uniquement gérées et dirigées par le clergé et les religieux, furent à cette époque
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- sécularisées par le concile de Vienne, dont les décisions furent confirmées par le concile de Trente, et remises aux mains de conseils d’administration exclusivement laïques recrutés parmi les personnes les plus honorables de chaque ville. Cette décision eut pour résultat d’intéresser les riches particuliers bien davantage à ces œuvres hospitalières qu’ils pouvaient participer à diriger et dont le fonctionnement et l’action, mystérieuses ou même secrètes jusque-là, étaient maintenant rendues publiques, ouvertes à la surveillance et à la critique de tous.
- Enseigne de Maladrerie, en fer forgé (quinzième siècle). (Collection Le Secq des Tournelles.)
- Aussi de nombreux bourgeois et négociants, maintenant à même d’imposer leurs volontés en échange de leurs libéralités, s’empressèrent-ils de profiter des lois nouvelles et de prendre des dispositions en faveur des hospices sous réserve de l’adoption de telles ou telles mesures d’organisation ou installation qu’ils jugeaient utiles. Il en résulta un rapide accroissement du nombre et des richesses des hospices, en même temps que de sérieuses améliorations dans leurs services intérieurs.
- On doit citer, parmi les hospices les plus remarquables construits au Moyen Age, ceux de Tonnerre et de Beau ne.
- Celui de Tonnerre, fondé en 1293 par Marguerite de Bourgogne, consistait essentiellement en une grande salle de 88 mètres de long sur 19 de large, s’ouvrant sur une chapelle de même largeur, mais de 10 et 12 mètres seulement de profondeur. Cette sorte de hall était garni, des deux côtés, de séries de cellules
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- toutes pareilles, eu bois ouvragé, ouvrant sur un large couloir central, contenant chacune un lit, et destinées à recevoir les malades. Au-dessus des cellules régnait un balcon circulaire, communiquant avec les appartements privés de la duchesse de Bourgogne, qui permettait à celle-ci de voir tout ce qui se passait et de surveiller les services, sans éveiller l’attention des malades et du personnel. Dans des bâtiments latéraux, bien moins importants, étaient aménagés des locaux où logeaient les gens de service, la cuisine, le lavoir, le prieuré, etc.
- Celui de Beaune, fondé en 1443, par le chancelier Nicolas Rolin et sa femme Guigone de Salins, en l’houneur, dit-on, de la mémoire d’une fille qui leur avait été enlevée, et sous la condition qu’eux et leurs descendants auraient toujours une action prépondérante dans la direction de l’hospice et en nommeraient le maître, est certainement le plus complet et le plus luxueux de tous les édifices de ce genre. Nous pensons qu’il n’est pas sans intérêt d’en donner ici une description un peu détaillée, rédigée d’après les états, comptes et documents authentiques relevés dans les archives de cet hôpital même, pour donner une idée précise de ce qu’était un hôtel-Dieu au Moyen Age, car on peut le considérer comme ayant servi de modèle et de type à la plupart des édifices similaires contemporains.
- La grand’chambre constituait en réalité le véritable hôpital destiné aux pauvres. C’était, comme à l’hospice de Tonnerre, une immense nef longue de 72 mètres, large de 14 mètres, installée en dortoir et terminée par une chapelle séparée du reste de la salle seulement par une balustrade de bois ajouré.
- Cette salle était ornée et meublée avec un très grand luxe. Tous les meubles et lits étaient en boiseries sculptées; les jours de fêtes solennelles, les literies étaient cachées sous de superbes couvertures en tapisserie de haute lisse semée de tourterelles et de la devise : Seitllc, avec au centre les armes du fondateur, une d’elles figure à notre exposition. Aux murailles étaient suspendues des peintures de grand prix; les fenêtres étaient garnies de belles verrières.
- Les lits étaient au nombre de trente et un, chacun pouvant coucher un malade « et souvente fois deux », construits en lambroiserie (panneaux sculptés) à claire-voie surmontée de «deux petits ymaiges » et garnis d’un « lict de courtilz, d’un coussin, entourés d’oreillers de duvet en futaine avec taies, draps et couverture de drap rouge, munis de bancs pour s’asseoir et marchepieds de bois et de courtines de toile blanche chacune de trois toilles et demye ».
- Près de la chapelle était placée une grande table « en façon d’arche » garnie de nappes et serviettes pour « servir les malades ». Dans le reste de la salle étaient disposés des buffets, armoires, coffres fermants en bois ouvragé contenant le matériel de toute nature destiné aux malades de la grand’chambre. Le linge se composait de draps, serviettes de chanvre, nappes, chemises d’hommes et de femmes, robes d’hommes, « garde corps » de drap blanc. L’inventaire enfin
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- nous apprend que les ustensiles à l’usage des malades se composaient de pintes, chanveaulk (mesures), aiguières, gobelets, assiettes creuses, éc-uelles à oreilles, écuelles plates, plats, brocs et moutardiers en étain, de bouteilles en étain pour mettre aux pieds, d'un « eschauffeur » (coffre en étain rempli d’eau bouillante) pour placer sur la table, de petits « bassins de chambre », bassins à saigner, bassins de barbier, bassins à laver les pieds, bassinoires de lit en cuivre jaune ou rouge.
- Le service hospitalier aux indigents était complété par l’infirmerie réservée aux malades en danger de mort, contenant douze lits de chêne en bois sculpté, chacun pour deux personnes, garnis de matelas, coussins, draps, couvertures violettes et courtines en toile. Rien de pareil n’existait à Tonnerre.
- Cette salle était munie d’une cheminée devant laquelle était disposée « une couche de bois » avec matelas, couvertures, etc., « pour repousser les malades en son échauffeu ». Les buffets et coffres renfermaient les mêmes genres d’ustensiles et vêtements que ceux de la grand’-chambre, plus des robes fourrées et une centaine de petits matelas « pour mectre des-soubs les malades » probablement afin d’éviter de salir les grands matelas. Dans un coin était une grande aiguière de cuivre avec un bassin pour se laver les mains.
- Outre la grand’chambre des pauvres et l’infirmerie, l'Hôtel-Dieu de Beaune, recevant des pensionnaires payants, comprenait un certain nombre de chambres destinées aux nobles ou bourgeois désirant être soignés à l’Hôpital à leurs frais,
- Hospice de Tonnerre (treizième siècle). Reconstitution de la grande salle, par Viollet-le-Duc.
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- ou trop peu fortunés pour se faire soigner chez eux. C’était la chambre Sainte-Anne, où étaient quatre lits pour hommes ; la chambre Saint-Jeau-Baptiste, avec quatre lits pour hommes ou femmes; la grand’chambre basse, avec deux lits réservés aux hôtes de distinction.
- Ici, les lits étaient à colonnes, surmontés d’un châssis de bois avec tringles de fer, garnis d’un ciel et de « goucteros frangés », et la garniture se composait d’un matelas « de duvet » avec toile de coutil, un drap de coutil, un coussin ou oreiller pareil avec taie de toile, un drap, une couverture perse et trois courtines
- Vue du Musée centennal. (Première salle.)
- A droite, tap’isserie de l'hôpital de Beau ne.
- de lin et une de chanvre pendues à trois verges de fer. Le mobilier comprenait, outre les coffres et armoires, plusieurs tables et escabeaux.
- Le service des malades était complété par la cuisine et l’apothicairerie.
- Dans une des pièces était disposée « une lithière de sapin ferrée servant à porter les malades de la ville à l’hôpital », munie d’une couche, un coussin, un oreiller et une couverture rouge.
- Deux siècles plus tard, le P. Fadiri (Nai ration Historique du couvent de l'ordre de Saint-François, 1619) constatait que le luxe d’ameublement de ces chambres n’avait pas diminué : « Toutes ces chambres, dit-il, sont si richement et si mi-gnardement meublées qu’il ne se peut rien désirer de plus. Les gentilhommes de trois ou quatre lieues à la ronde et les habitants de Beaune se font porter à cest hospital où ils sont logez selon leur condition, estant impossible qu’en leurs chasteaux et maisons ils soyent si proprement logez et mieux servis. »
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- L’administration de l’Hospice et de ses biens était confiée à un maître ou recteur laïque qui rendait ses comptes annuellement à un Conseil composé des héritiers et descendants des fondateurs, du maire et des échevins de Beaune. La direction des services hospitaliers était confiée à la supérieure, ou maîtresse des sœurs, élue par elles, aidée d’une « assistante ». Les religieuses professes, qui ne relevaient d’aucun ordre religieux et constituaient un groupe spécial régi par les règles établies dans une bulle pontificale spéciale de Pie II (1459) sur la demande de Rollin, portaient le nom d’ « Hospitalières de Beaune » et étaient au nombre de six, venues du béguinage de Malines ; par la suite, elles furent portées à quatorze ou quinze recrutées parmi les « novices», dont elles furent autorisées à se faire assister, et dont le nombre n’est pas déterminé par le règlement. Enfin, au-dessous des novices étaient placées des « postulantes », jeunes filles de 14 à 18 ans venant aider les femmes de l’Hospice une fois par semaine seulement en attendant leur admission au noviciat. Cette hiérarchie a été maintenue jusqu’à nos jours et est encore en vigueur.
- Enfin la direction religieuse était confiée à un confesseur et deux chapelains logés dans un bâtiment spécial.
- Les soins médicaux étaient assurés par un « chirurgien et barbier de l’Hôpital » touchant annuellement 8 livres de gages, et « chargé des saignées ».
- Nicolas Rollin avait assuré à l’Hôpital un revenu de 1 000 livres tournois, sur lequel devait être prélevée la somme nécessaire pour distribuer chaque matin, à tous les pauvres qui se présenteraient, « pour cinq sous tournois de pain blanc. » Cette distribution avait lieu sous un auvent garni, par ordre du fondateur, de sièges pour qu’ils pussent se reposer.
- Après ces importants édifices hospitaliers de Tonnerre et de Beaune, on peut mentionner, parmi les plus intéressantes créations contemporaines, l’hôpital Saint-Barthélemy (aujourd’hui hôpital militaire d’Auffredy), fondé en 1203 par Alexandre Auffredy et sa femme Pernelle, négociants de La Rochelle, pour célébrer le retour inespéré, après sept ans d’absence, de sept navires chargés de marchandises qu’ils avaient envoyés « en pais fort loingtains » ; les Hôtels-Dieu d’Issoudun, d’Angers, de Chartres; l’Hôpital des passants, à Orléans, etc.
- A Paris, on reconstruisit les bâtiments du petit hôpital Saint-Christophe, fondé, croit-on, en 656, par saint Landry, grâce à des subventions accordées par Louis YII et le Chapitre de Notre-Dame, pour assurer l’entretien d’un certain nombre de malades et de pauvres dans cet hôpital, et qui prit le nom d’Hôtel-Dieu, qu'il a conservé. Pendant les règnes suivants, de nombreux dons royaux, legs et privilèges l’enrichirent considérablement. Divers documents des Archives nous donnent, sur son installation, quelques renseignements précis qu’il est intéressant de recueillir pour l’histoire de l’architecture et du matériel hospitaliers.
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- Les salles de malades étaient divisées en deux nefs, longues d’environ douze mètres, hautes, voûtées en ogives ; chacune comptait six rangées de lits
- Hôpital Saint-Barthélemy fondé par Aufïrédy, à La Rochelle (treizième siècle;. (Miniature du Cartulaire de l'hôpital (ms. de 14l>7)-
- et au fond se dressait un autel pour les services religieux. Les trois principales portaient le nom de salle Saint-Thomas, salle Saint-Denis, et infirmerie.
- Les lits larges servaient à quatre ou cinq malades, adultes ou vieillards,
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- couchés à côté les uns des autres, parfois même tête-bêche, sans distinction de sexe, d’âge, ni d’état sanitaire, ou six ou sept enfants, et étaient garnis de paillasses, matelas et draps. Une « ordonnance des salles et chambres où les lits pauvres sont logés », rendue au quinzième siècle, dit : « ... pour lesquels lits fournis faupt avoir 3000 draps linges », dont 1000. « en buée », 1000 qui sèchent et 1000 dans les lits; « à chacun faupt une couverture et trois buraulx ». L’énumération comprend aussi 60 cottes de blanchet fourrées et 30 bottes fourrées « pour les pauvres quant on les lève pour aller aux chambres aisées ».
- Afin d’entretenir les garnitures de literie, chaque chanoine de Notre-Dame devait léguer à sa mort, pour l’Hôtel-Dieu, un matelas et deux draps.
- Grâce au registre des délibérations de l’Hôtel-Dieu, nous savons exactement comment les boiseries des lits des malades étaient établies. Chaque couche, d’après une commande faite à un menuisier, le 21 mai 1333, avait 6 pieds de long, 4 de large; le dossier, 4 pieds de haut; l’entre-deux, 4 pieds de haut; « le tout à panneaux pleins, enchassillés et à jour par dessous » ; au devant, deux panneaux couchés ; sur le chevet un ais de 6 pouces de large ; sous les couches, un banc mobile de même longueur pour poser les malades quand on change les lits.
- Les soins étaient donnés aux malades par plusieurs médecins, chirurgiens et apothicaires, aidés de quarante religieuses « portant voile noir et habit gris de religieuse », de quarante postulantes en habit bleu et de quarante « filles novices, portant habit blanc en attendant le voile noir de religieuse », dirigées par une supérieure vêtue du manteau orné d’hermine.
- L’administration était confiée à un gouverneur laïque assisté du proviseur.
- En dehors des salles des malades, l’édifice comprenait diverses annexes pour lingerie, blanchisserie, droguerie, cuisines. Près de l’entrée de l’Hôtel-Dieii ou « Maison-Dieu » s’élevait une chapelle bâtie en 1380, par Oudart de Macconox, dont Jean Henry, « chantre et proviseur », disait naïvement que c’était « à costé de la sacrée-maison ung petit lieu si nest, si poly et si bien orné de précieux ornements que tous ceux qui passoient, à la seule inspection du lieu, estoient excités à dévotion ».
- A Paris également existaient alors quelques petits hôpitaux, tels que l’hôpital Saint-Gervais, supprimé depuis, administré par }es Filles Hospitalières de Sainte-Anastasie ; l’hôpital Saint-Jacques, destiné aux pèlerins de Saint-Jacques de Com-postelle ; l’hôpital Sainte-Marie ; l’hôpital des Haudriettes (fondé en 1306, par Etienne Haudi), pour femmes veuves; l’hôpital de la Croix-de-la-Reine (plus tard, la Trinité), fondé par J. Paalé et G. Escuacol au douzième siècle, pour recevoir les pauvres et hospitaliser les pèlerins, desservi par des religieux Trinitaires ou « Frères âniers », et qui devint en 1345 un orphelinat et hospice d’enfants trouvés; l’« Ostellerie Sainte-Opportune » pour les femmes pauvres sans places,
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- confié à des religieuses de Sainte-Catherine ou Catherinettes, et qu’on appela plus tard hôpital Sainte-Catherine ; l’hôpital Saint-Lazare, pour les derniers lépreux ; les Hospitalières de la Charité-Notre-Dame pour les femmes malades, etc.
- En outre de ces créations hospitalières destinées à la fois cà recevoir les orphelins, les vieillards et les malheureux atteints de maladies de tous genres, on vit apparaitre des établissements spéciaux destinés aux infortunés frappés
- Hôtel-Dieu de Paris au quinzième siècle (vue extérieure). Miniature du Livre de la vie certaine, par Jehan Henry (i483).
- (Archives de VAssistance publique de Paris.)
- par certaines infirmités incurables. C’est ainsi qu’en sus de l’hôpital d’aveugles préexistant, saint Louis dota Paris de l’hospice des Quinze-Vingts, destiné à recevoir les 300 chevaliers (quinze fois vingt) aveuglés par les musulmans pendant les croisades, et qu’en 1295 fut fondée, à Chartres, une maison analogue, les Six-Yingts, pour 120 aveugles. Tous ces malheureux portaient un costume particulier et un insigne (lleur de lis simple en cuivre pour ceux de Paris, fleur de lis surmontée d’un croissant pour ceux de Chartres), et, ceints d'une courroie à laquelle pendait un tronc à quêter, parcouraient les villes et les campagnes pour exciter la pitié des habitants et recueillir les ressources nécessaires à l’entretien de leurs maisons assez mal dotées.
- Nous venons de signaler les petits troncs à quêter ou tirelires que portaient les aveugles pour recueillir les aumônes. D’autres malheureux, chargés de quêter
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- pour des institutions hospitalières, comme les Incurables de Laval, certains moines mendiants, etc., en étaient munis également. Tous ces établissements, en effet, ne vivaient guère que de la charité publique et cherchaient par tous les moyens à la provoquer. Aussi les quêtes à domicile et dans les rues, foires et lieux d'assemblées, étaient-elles soigneusement organisées et les quêtes dans les
- Hôtel-Dieu de Paris au quinzième siècle (vue intérieure). Miniature du Livre de la vie certaine, par Jehan Henry (i483).
- (.Archives dej’Assistance publique de Paris.)
- églises, avec affectations déterminées à telle ou telle œuvre, 'étaient-elles [multiples.
- Aussi peut-on s’étonner qu’on n’ait signalé jusqu’ici dans aucune église de France l’existence de troncs fixes vraiment anciens. Les plus vieux connus sont en bois nu ou sculpté parfois bardés de fer, mais, d’après leur facture, remontant au plus au dix-septième siècle. Pourtant il y en avait certainement dès le Moyen Age et la Renaissance, dans notre pays, analogues à celui fort élégant du quinzième siècle conservé au Musée de Munich et qui provient d’une église d’Allemagne ; mais, en France, on ne peut guère citer, comme appartenant à ces époques lointaines, que quelques troncs monumentaux, en forme de bornes, placés isolés à des carrefours de route, en Bretagne, notamment, près de Briec.
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- Par contre, on a recueilli dans les collections et musées un certain nombre de petits troncs portatifs, en fer plus ou moins ouvragé de style roman ou gothique, dont nous avons pu exposer de nombreux spécimens très remarquables, prêtés par MM. Le Secq des Tournelles, Lacoste, abbé Gounelle. Plusieurs portaient les marques ou armoiries des monastères ou des églises où ils avaient servi à quêter dans les rangs des fidèles.
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- SCEAUX 1) HOSPICES. MALADRERIES ET LÉPROSERIES 1)E FRANCE
- î. — Beauvais, Ilôpital Saint-Lazare 1477 •
- 2. — Blois, Hôtel-Dieu de l'Aumône 1282).
- 3. — Hôpital de Reims 'quatorzième siècle).
- 4- — Paris. Hôpital des Quinze-Vingts (i3c>5).
- 5. — Valenciennes, Hôpital Sainte-Elisabeth (iy.63).
- <>. — (Chartres. Hôpital Saint-Julien (i352).
- 7. — Lille, Hôpital Comtesse (i5i6).
- 8. —Grand-maître de l’Hôtel-Dieu de Lusignan ^.sei-
- zième siècle),
- 9. — Paris, Hôpital Saint-Antoine quatorzième siècle).
- 10. — Paris, bourse de l’Hôtel-Dieu (i44°)-
- ji. —Léproserie de Corbeil (i9.63).
- 12. — Jean, prieur de rilôtel-Dieu de Rouen 1249).
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- ARCHIVES NATIONALES
- Sceaux d’hospices, maladreries et léproseries de France. (xme, xive et xve siècles).
- Phototypie Berthaud, Paris.
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- Troncs portatifs à quêter (du treizième au quinzième siècle.)
- (Collections Lacoste, Le Secq des Tonrnelles, Brach et l’abbé Gounelle.)
- IV
- L’assistance au Moyen Age (suite)
- Sur l’histoire de l’assistance aux enfants pendant le Moyen Age nous possédons un certain nombre de renseignements authentiques intéressants. Le nombre des abandonnés était assez considérable. On sait que, pour éviter sans doute qu’ils ne fussent déposés dans les rues ou au seuil des maisons, les chapitres de diverses églises faisaient, depuis une époque déjà ancienne, sceller sous le portail une sorte d’étal de marbre ou de coquille dans le genre des bénitiers, où les nouveau-nés pouvaient être exposés et qu’on remplaça ensuite par de petits grabats fixés ou crèches. « Dedans la grande église de Nostre-Dame, à main gauche, écrivait Bouchel vers cette époque, il y a un bois de lit qui tient au pavé, sur lequel on met les enfants trouvés », et les archives de la Maison-Dieu d’Amiens nous apprennent, en 1408, « qu’assez près dudit enfant » on mettait « du sel en signe de ce qu'il n’était pas baptisé ».
- On portait même à ce berceau les enfants qui avaient été abandonnés en d’autres lieux, et les comptes de l’Hôtel-Dieu mentionnent, en 1543, le paiement de cinq sols tournois à un sergent à verge pour avoir porté au « berceau de l’église de Paris ung petit enfant qui avoit été laissé à la porte dudit Hôtel-Dieu ».
- Les enfants ainsi recueillis étaient remis, en province, aux seigneurs sur les fiefs desquels ils avaient été déposés et qui étaient astreints par la loi à les faire élever, soin dont ils se déchargeaient généralement sur les hôpitaux placés sous leur protection. A Paris, les doyens, chanoines et chapitre de Notre-Dame s’occupaient d’un certain nombre d'entre eux qu’ils avaient « accoutumés de recevoir et faire nourrir pour l’amour de Dieu », disent les lettres patentes de 1536, mais aucun document ne prouve que cette assistance fût générale ou obligatoire.
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- Les enfants exposés sous le porche des églises de Paris étaient chaque matin inscrits sur un registre par une femme salariée, commise à ce soin par les mar-guilliers, et portant le titre de « Dame des Enfants trouvés », et étaient ensuite
- envoyés à l’Hôpital Saint-Christophe, plus tard Hôtel-Dieu.
- Cet hospice ne pouvant suffire à recevoir dans ses salles tous les abandonnés, l’évêque et le chapitre de Notre-Dame se décidèrent à créer pour eux un hôpital spécial. Ils affectèrent à cet usage une petite maison située près Saint-Landry, au bas du port l’Evêque, qu’on nomma « La Couche ». Les enfants trouvés qu’on y portait étaient nourris et entretenus avec les aumônes réunies dans les églises et divers legs et redevances.
- L’administration fut confiée au chapitre Notre-Dame, auquel on adjoignit plus tard les seigneurs justiciers de Paris.
- En 1362, des bourgeois de Paris et l’évêque Jean de Meu-lan fondèrent la Confrérie des pauvres enfants, qui construisit, en 1363, place de Grève, « près la Maison aux piliers », un hôpital du Saint-Esprit ou Hôpital des Grèves pour les enfants « gisants en rue, sans aucune retraite ». Il existait déjà au treizième siècle des œuvres semblables dans diverses villes de province.
- Nous avons parlé de l’Hôpital du Saint-Esprit de Montpellier, fondé au dixième siècle par la confrérie uniquement laïque de l’Arche du Saint-Esprit; on en avait fait de semblables depuis à Dijon, Marseille, Arles, Beaucaire, Aix, Poligny, Toulon, Bergerac, Troyes, etc., où on élevait les enfants trouvés et les enfants confiés ’ par de pauvres femmes venues faire leurs couches dans la maison ; mais à l’Hospice du Saint-Esprit de Paris, on ne pouvait recevoir, par suite de lettres patentes de 1445, que les enfants légitimes : les bâtards étaient envoyés à la Couche. Les orphelins du Saint-Esprit portaient
- Costumes des enfants trouvés et orphelins (Enfants rouges, enfants bleus, enfants trouvés) au quinzième siècle.
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- un uniforme bleu de ciel qui les fit baptiser par le peuple « les Enfants bleus ». Les jours de fêtes solennelles on apportait de la Couche ou de l’Hotel-Dieu
- quelques-uns des petits enfants trouvés qu’on plaçait dans le grabat sous le porche de Notre-Dame pour exciter « le peuple à leur faire charité », et auprès du berceau se tenaient deux ou trois nourrices et était disposé « un
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- Ancien berceau (Auvergne).
- bassin pour recevoir les aumônes des gens de bien ». Une lettre patente de Charles VII nous apprend que ce le lieu où étaient les enfants était désigné par ces mots : ce Faites bien aux povres enfants trouvés », enfin un arrêt du Parlement de 1546 ordonnait que « le berceau et boîte étant en ladite église Nostre-Dame, pour recevoir les enfants et aumônes à eux faites, demeurerait en cette église ».
- Avant de clore cet aperçu de l’organisation de l’assistance aux enfants trouvés au Moyen Age, nous croyons intéressant de signaler dès cette époque l’origine d’un mode d’assistance qu’on croit généralement tout à fait moderne : c’est le secours à domicile aux mères. Il est rapporté, en effet, dans les délibérations de 1’ « Honorable Conseil » de l’Hospice général de Marseille, au douzième siècle, que non seulement on recueillait les enfants abandonnés par les mères après leurs couches, mais encore qu’on envoyait des secours à leur domicile à celles qui déclaraient vouloir conserver et élever leurs enfants.
- La charité, à cette époque, ne semble pas seulement avoir été une vertu : elle était évidemment, dans l’esprit de ceux qui l’exerçaient, une sorte de pieuse redevance qu’ils devaient payer, dans leur propre intérêt, s’ils voulaient obtenir le pardon de leurs péchés.
- Ce n’étaient pas toujours les sentiments de fraternité, de solidarité, qui ne devaient guère naître que bieh plus tard, qui les inspiraient, mais surtout la pensée quelque peu égoïste qu’ils s’assuraient, par une sorte de contrat avec la Providence, le tranquille exercice des jouissances terrestres et la faculté de pécher, au moins véniellement, en achetant ce droit par des dons aux pauvres !
- De cette conception, certainement, vint l’idée que, pour festoyer et boire sans pécher, il était nécessaire que tout festin servît en même temps de prétexte à des largesses charitables de la part des convives, comme une sorte de dime prélevée sur leurs plaisirs : on imagina alors de faire figurer dans les salles des repas ce qu’on appelait les « pots et escuelles à aumosnes » ou « nefs ».
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- C’étaient des vases de grandes dimensions, en fer ouvragé, en cuivre, en argent, en vermeil, placés sur la table ou sur un dressoir et dans lesquels on faisait mettre une part de chaque mets pour être ensuite distribuée aux pauvres. 11 est fait mention d’un de ces pots à aumônes, en argent, pesant plus de 12 marcs et estimé 40 livres d’or, dans les comptes de la reine Jeanne d’Evreux (1372), et d’un autre de 11 marcs, prisé 60 livres, dans l’inventaire après décès de Richard Pipe, évêque de Reims (1389).
- Au « pot à aumosnes », pour recevoir les aliments cuits, on adjoignait souvent une « corbeille à aumosnes » où on déposait les pâtes et fruits et une sorte de tronc pour glisser son obole en espèces.
- Le soin de recueillir et distribuer les « parts à Dieu » ainsi accumulées dans des pots et corbeilles à aumônes était dévolu, dans les palais royaux et demeures seigneuriales, à un chapelain spécial, qui recevait en conséquence le titre d’aumônier. Cet office, imaginé chez les Mérovingiens, au sixième siècle, demeura en vigueur jusqu’à la fin du Moyen Age. Les aumôniers, nous apprend en effet Olivier de la Marche dans sa description des usages en vigueur à la cour de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, « disaient aux repas le Bénédicité et les Grâces et levaient devant le prince la nef où était l’aumône ».
- Ce titre d’aumônier ne fut pas, du reste, le seul mot que nos ancêtres firent dériver du substantif « aumône ».
- Dès le onzième siècle, alors qu’elles sortaient en litière ou à cheval, des châtelaines avaient soin de suspendre à leur ceinture une bourse d’assez large ouverture remplie de menue monnaie, pour qu’elles pussent facilement y puiser sans trop se déranger quand des pauvres faisaient appel à la charité sur leur passage.
- En raison de leur usage spécial, ces bourses à fermoir de métal reçurent le nom d’« aumônières », et jamais, sur les miniatures des peintres du temps, une grande dame n’est représentée sans que sur la jupe se profile, bien en évidence, la silhouette de son aumônière comme un attribut symbolique de sa bienfaisance.
- Les châtelains, les riches marchands, les pèlerins adoptèrent à leur tour, au douzième siècle, l’usage de l’aumônière :
- C’est pèlerins qui là gisoit Une riche aumônière avoit Qui iert laeiée à sa coroie,
- Aumônière (seizième siècle). Collection D'Allemagne.)
- lit-on dans le Roman de Renard. On en faisait de plusieurs sortes, comme l’indique le Dit cVnn Mercier :
- J’ai les diverses aumosnières Et de soie et de Cordouan Et si en ai de plaine toile...
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- Ancien berceau iSavoie et Cantal'.
- sans compter les aumônières sarrasines (les plus à la mode au treizième siècle), s’ouvrant par le milieu et couvertes de broderies armoriées où il était bien interdit aux ouvrières de « meller fd de coton aveques soie, pour ce que c’est
- decevance à ceux qui n’i si connoissent ».
- On finit même par créer un adjectif « aumônier », depuis tombé en désuétude, dans les villes, mais encore en usage dans certaines campagnes, pour désigner les personnes généreuses à l’égard des pauvres; le sire de Joinville racontait • de saint Louis : « Le Roy fut si large aumos-nier, que partout là où il aloit en son royaume, il faisoit donner aux poures églises, à maladreries, à Mesons-Dieu, à hospitaulz », et l’auteur de Berlhe disait son héroïne « preude femme et bonne aumosnière ».
- Pour rendre plus efficace et plus large le secours aux malheureux, diverses combinaisons furent imaginées. Des hommes de bien eurent l’idée d’associer leurs efforts et constituèrent sous le nom de confréries des sortes d’associations ayant pour but la bienfaisance, le soin des malades, l'enterrement des pauvres. L'exemple donné parles laïques fut suivi par les congréganistes et, en 1550, saint Jean de Dieu fonda l’ordre religieux des Frères de la Charité ; il trouva facilement des imitateurs et on créa dans chaque ville des Charités. A Paris, notamment, on vit naître à peu d’intervalle la Charité Notre-Dame, Notre-Dame de la Charité, les hospices de la Charité, etc.
- Puis l’idée se répandit, se généralisa, prit une forme en quelque sorte administrative, et les autorités ecclésiastiques ordonnèrent d’organiser dans toutes les paroisses, sous le nom de « Charité pour les pauvres honteux », une sorte de bureau de bienfaisance composé du curé et de ses marguilliers.
- De leur côté, les gouvernants cherchèrent à créer des ressources charitables nouvelles en ordonnant que le produit de certaines amendes serait consacré à secourir les malheureux, en affectant à l’assistance une partie des impôts ou des redevances prélevés dans les foires et marchés.
- Il faut avouer, toutefois, que ces bonnes intentions se traduisirent parfois par
- Ancien berceau Auvergne).
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- Ancien berceau Région clu Berry
- des mesures étranges et qui ne dénotent pas chez leurs auteurs un bien sincère souci de l’intérêt et de la santé des pauvres gens qu’elles prétendaient favoriser ! Ainsi, en 1300, Philippe le Bel donne des lettres en latin confirmant certains privilèges de la ville de Marziac, en Languedoc, et portant un article, où il est dit : « Les bouchers qui vendent de la viande dans ladite ville doivent la vendre bonne et saine ; si elle n’est pas bonne et saine, elle sera donnée aux pauvres par les ordres du bailli et des consuls, et le prix en sera rendu aux acheteurs. »
- On retrouve la même prescription textuellement dans des chartes données en 1307 à la Ëastide-de-Tournay ; en 1308 à Lapeyrouse, à Villeneuve-de-Berg, à Trie; en 1323àVillefranche-dc-Rouergue, etc. Dans d’autres villes, Cyrien, Montolieu, les viandes plus ou ou moins corrompues étaient confisquées par les représentants du roi et de la ville, chacun par moitié, et distribuées par leurs soins évidemment aux pauvres aussi !
- Nous n’insistons pas davantage sur cette bizarre conception au Moyen Age des devoirs moraux de l’Etat envers les malheureux.
- Avant de passer à la Renaissance, mentionnons encore qu’au Moyen Age quelques tentatives furent faites pour donner une aide momentanée aux victimes du chômage. Ainsi, après la guerre de Cent ans, les magistrats et bourgeois de Reims ouvrirent des ateliers pour secourir les ouvriers sans travail. Mais, malgré les disettes répétées qui se succédèrent à cette époque, rien de définitif, ni de bien sérieux, ne fut organisé en ce sens, et pendant les temps de famine on voyait de lamentables troupes de gens sans pain, hommes, femmes, enfants, parcourant les campagnes en proie à toutes les horreurs de la faim, cherchant en vain h prolonger leur vie en dévorant des herbes et des racines sauvages implorant inutilement la pitié et jonchant les fossés de leurs
- Sceau de Jeanne, concierge et berceuse d’Artois à Paris (quinzième siècle}.
- (Collection des Archives nationales.)
- maigres cadavres.
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- Alimentation d'un enfant.
- Livre des emblèmes, ms. du commencement du seizième siècle. (Bibliothèque de l'Arsenal.)
- V
- L’assistance pendant la Renaissance
- La Renaissance n’apporta pas moins d’ardeur que le Moyen Age à la diffusion et à la multiplication des institutions charitables.
- Il semble qu’au seizième siècle, il se produisit même un véritable mouvement d'exaltation des idées de charité, et la plupart des sermons n’étaient que la paraphrase et le développement du proverbe alors si populaire :
- « Charité oingt, péché poingt? »
- Il se créa de toutes parts des congrégations religieuses se consacrant uniquement au soin des malades, non seulement dans les hôpitaux mais aussi à domicile. En même temps, on fondait partout des confréries de Charité laïques dans le but de venir au secours des malheureux en général ou de ceux appartenant à telle ou telle corporation.
- Plat à quêter.
- Travail français, seizième siècle. (Colleclion D’Allemagne.)
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- BOURSES A QUÊTER
- N*1 i. — Bourse velours bleu, brodé or et argent, soies et paillons de couleur. Au fond, deux écus armoriés sous une couronne ducale ; supports. deux licornes {dix-huitième siècle}.
- '.Collection Baudillier.)
- N° 2. — Bourse velours orange, brodé or, argent et soies dé couleur. Ecu aux armes de la Ville de Paris, posé sur des drapeaux (dix-huitième siècle).
- - (Collection Baudillier.)
- Nt 3. — Bourse en brocart soie et or. Deux cœurs réunis sous une couronne de comte seizième siècle).
- {Collection de Mme Piet-I^ataudrie.)
- N° 4-'— Bourse velours rose* brodé or, argent et soies de couleur. Ecusson aux armes des Le Tel-lier, timbré d'un heaume de face à lambrequins- et entouré du collier de Saint-Michel (fin du dix-septième siècle).
- Collection Baudillier
- N° 5. — Bourse brodée et pailletée or et argent sur fond de soie. Travail espagnol du dix-septième siècle.
- (Collection de Mme Piet-Lataudrie.)
- N° 6. — Bourse velours rouge, brodé de. fleurs de lis d’or et d’étoiles. Au fond, écu losangé aux armes d’une princesse de la maison de Condé. accosté de deux palmes et surmonté d'une couronne fleurdelisée (dix-septième siècle^.
- (Collection Bonnemère.)
- N° 7: — Bourse en brocart soie et argent. Au milieu, aigle à deux tètes. Travail allemand du seizième siècle.
- (Collection de Mme Piet-Lataudrie.)
- N° 8. — Bourse velours rouge, brodé or et argent, soies de couleur. Au fond, cartouche avec les deux écus de France et de Pologne (Louis XV et Marie Leczinska), sous la couronne royale dix-huitième siècle).
- (Collection Baudillier.)
- N1? 9. — Bourse velours rouge, brodé de fleurs de lis d’or et de divers ornements. Au fond, cartouche avec un écü armorié surmonté d'une couronne ducale (dix-huitième siècle).
- (Collection Baudillier.)
- Les numéros i. ?.. 3. 4» fi- 8. 9, sont de travail français.
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- COLLECTIONS DE MME PIET-LATAUDRIE, DE MM. BONNEMÈRE
- ET BAUDILLIER
- Bourses à quêter.
- (XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles).
- Phototvpie BerthhuJ, Pans
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- La Renaissance marque le début de l'introduction de règles administratives bien arrêtées dans les réglementations et le fonctionnement des établissements charitables. En 1546, François 1er ordonne la réforme des hôpitaux; en 1553, Henri II prescrit l’emploi des revenus de ces maisons ; en 1560, François II leur donne un règlement; en 1561, Charles IX enjoint aux officiers de justice de faire rendre compte aux personnes commises à la régie des biens des hôpitaux, ordonne que les administrateurs des hôpitaux « ne seront ni ecclésiastiques, ni nobles, ni officiers, mais simples bourgeois, bons économes, nommés par les fondateurs » et devront dresser inventaire de la fortune et du matériel de chaque maison; en 1591, enfin,
- Henri IV constitue une Chambre de la charité chrétienne pour assurer un service d’assistance publique.
- En 1554, François Ier créa un bureau général des pauvres, chargé de lever annuellement sur les seigneurs, les ecclésiastiques, les communautés et tous les propriétaires une taxe d’aumône pour l’entretien (seizième siècle),
- des établissements des indigents.
- Des arrêts nombreux furent pris pour contraindre les seigneurs à faire face aux charges résultant pour eux de l’entretien des mendiants, des enfants trouvés et des orphelins et pour imposer aux gouverneurs et directeurs d’hospices des règlements propres à assurer le sort des enfants qu’on leur remettait, stipulant les conditions de leur placement chez les nourrices pendant les premiers temps et plus tard chez les paysans. Dans une des vitrines de l’Exposition, figure un registre manuscrit d’hôpital datant du seizième siècle, où sont consignés les gages, les vêtures, etc., donnés à divers cultivateurs pour les enfants trouvés qui leur étaient confiés, témoignage précieux de l’ordre qui régnait dès cette époque dans la tutelle de ces enfants.
- Des arrêtés du Parlement, des lettres patentes de Henri II, renouvelèrent l’obligation pour les seigneurs justiciers de la ville et des faubourgs de Paris de supporter de leur côté les dépenses nécessaires pour élever les enfants trouvés déposés à la Couche et les orphelins placés à la Trinité. Elles nous apprennent que les enfants trouvés de la Couche étaient envoyés en nourrice et que l’intendance pour leur nourriture et « entretenement. » était exercée par trois veuves notables nommées par le Procureur général et aidées d’un délégué notable. Les premières titulaires de ces charges furent les veuves Marie de la Croix, Anne Guyon et Catherine de Moussy, assistées de Thibault Choisi.
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- La maison de la Couche était trop petite pour suffire longtemps à recevoir tous les enfants abandonnés qu’on y amenait, et l’Ilôtel-Dieu trop encombré de malades pour leur donner refuge. Une enquête de 1531 nous dépeint leur triste sort : « placés dans les salles des malades dix ou douze dans un lit, tant au pied qu’au chevet ».
- Aussi, en 1536, on décida la fondation de l’hospice des Enfants-Dieu, rue Portefoiu, au Marais, qui prit plus tard le nom d’hospice des « Enfants Rouges » en raison de la couleur des robes d’uniforme que portaient les enfants trouvés qu’on y élevait, et d’un orphelinat rue Saint-Denis ; mais ces établissements furent vite insuffisants encore et, le 11 août 1552, un arrêt du Parlement ordonnait
- que les redevances des seigneurs Hauts-Justiciers (1) et les aumônes , destinées aux enfants trouvés recueillies dans les églises seraient versées aux mains des administrateurs de la Trinité chargés d’élever ces enfants, et qu'en retour les dits administrateurs devraient appointer et loger une femme chargée de retirer de l’église de Paris « en la forme et manière habituelles à cetle église » les enfants exposés pour les faire apporter à la Trinité où ils seraient soignés par les nourrices, puis, par les soins des administrateurs, « baillez à sages-femmes honestes et connues pour iceux eslever et nourrir ».
- En 1577, on décida de transférer une partie de ces enfants à l’Hospice de la Charité chrétienne, au faubourg Saint-Marcel.
- Quant aux orphelins qui ne pouvaient trouver place à l’Hospice du Saint-Esprit, ils étaient, à Paris, répartis dans divers hospices, tels que celui de la rue Saint-Denis et celui des Orphelines de la Miséricorde. A Toulouse, ils étaient recueillis par l’Hôpital du Corps-Dieu, à Pontoise et Provins par les Hôtels-Dieu, à Lille par l’Hôpital des Bluets, etc.
- Dans toutes ces maisons hospitalières dirigées par des confréries laïques ou « commissions gratuites », les enfants nouveau-nés étaient enregistrés puis
- (Gravure en couleur de la collection Hartmann.)
- vl) Ces redevances devaient constituer des sommes importantes, car leur taux était assez élevé. Comme Haut justicier, la Maison Saint-Germain des Prés payait, à elle seule, 150 livres pour les Enfants trouvés.
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- confiés à des nourrices qui les emmenaient à la campagne. A Marseille, les nourrices et gardiens étaient payés 4 à 6 sols de Provence par mois; en Flandre, les taux des salaires avaient été élevés de 9 à 12 livres au quinzième siècle, à 50 et 70 livres à la fin du seizième. On les ramenait ensuite à l’hospice, où on enseignait aux garçons, à partir de 7 ans, divers métiers et la musique. L’ap-
- €patf)0it grâces f facultés botte? et octrois pat
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- L’IIôtel-Dieu de Paris au seizième siècle (vue intérieure).
- (D’après une gravure sur bois de la Bibliothèque nationale.)
- prentissage durait quatre à cinq ans, puis ils étaient admis maîtres sans dépense. Un apothicaire, Ilouel, montrait même sa profession aux orphelins du Saint-Esprit. Les professeurs artisans ne touchaient pas d’appointements, mais recevaient diverses indemnités de déplacements et autres et avaient l’avantage d’être nommés maîtres dans leur corporation au bout de quelque temps sans frais de banquet ni diplôme. Les filles apprenaient la couture et étaient mariées « du mieux qu'on peut selon leur état » aux dépens de l'Hôpital. Les orphelines de la Miséricorde jouissaient même de ce privilège, très grand alors, d’apporter une dot à leur époux, simple compagnon.
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- Pendant cette période, le nombre des hospices s'accrut sensiblement partout.
- En province, l’administration hospitalière fut remise d’abord aux mains des baillis et sénéchaux, puis à des conseils d’administration composés de bourgeois et échevins désignés par les communes et des représentants des patrons et fondateurs.
- A Paris, l’Hôtel-Dieu, géré par une administration entièrement religieuse depuis son origine, passa entre les mains d’une administration laïque le 2 mai 1505, par arrêt du Parlement, en raison des graves abus qui s’étaient introduits dans sa gestion, et ce nouveau régime ne tarda pas à lui rendre toute sa prospérité financière : ses revenus, tombés en 1504 à 6049 livres, étaient, dès 1506, montés à 15543 livres, et depuis ne firent que s’accroître rapidement, grâce aux dons et legs des particuliers, aux privilèges, redevances de toute nature et dîme sur les impôts que lui accordèrent les rois.
- Les autres hôpitaux de Paris et ceux des provinces profitèrent aussi de ces largesses et améliorèrent également leur organisation administrative.
- L’installation matérielle des malades, les dispositions prises pour leur assurer des soins médicaux sérieux, pour les protéger contre les contaminations, pour pourvoir à leur alimentation, suivirent-elles une progression aussi satisfaisante, c’est ce dont il est malheureusement permis de douter, car les statuts des hôpitaux rédigés au dix-septième siècle ne constatent que des améliorations bien insuffisantes encore. Ils interdisent par exemple de « mectre ungmallade de peste avec ceulx qui n’en sont point mallades », mais ils admettent que chaque lit doit être occupé par plusieurs malades à la fois ; un médecin (un seulj est bien attaché à l’Hôtel-Dieu de Paris, mais il est « dispensé » de faire ses visites en cas de peste, etc. !
- L’idée ancienne de créer de grands travaux temporaires afin d’occuper les hommes dépourvus de tout moyen d’existence par suite de circonstances imprévues semble avoir pris un développement considérable au seizième siècle. Un édit de François Ier, en 1548, prescrit d’employer aux travaux publics tous les mendiants valides. Nombre de grands personnages, de leur côté, s’efforcèrent d’appliquer le même principe à l’assistance privée aux malheureux. C’est ainsi qu’on vit Sully, désireux de donner les moyens de subsister à une foule de pauvres ouvriers sans ouvrage pendant une disette terrible, consacrer des sommes considérables à leur faire faire à ses frais personnels, dans ses propriétés de Rosny-sur-Seine et de Villebon, des travaux parfaitement inutiles d’ailleurs pour lui, mais qui constituaient une forme de cette « assistance par le travail » si justement préconisée aujourd’hui. « On recevait indifféremment tous ceux qui s’offraient pour ce travail, écrit l’auteur du Supplément aux économies royales, et jusqu’aux plus petits enfants, auxquels on ne donnait quelquefois pas plus d’une demi-livre de terre à
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- porter; on avait eu la précaution de faire faire pour cet effet un nombre infini de hottes de toutes grandeurs. On distribuait à tous ces pauvres, le matin, un morceau de pain, à dîner une grande écuellée de soupe, et le soir uu morceau de pain et un salaire en argent proportionné charitablement à l’âge et au travail. » La dépense à Yillebon seulement s’éleva à 80000 livres.
- Vue du Musée centennal (deuxième salle). Ancien mobilier infantile des provinces de France.
- Si l'autorité civile intervenait de plus en plus régulièrement dans les questions d’assistance, le clergé, nous l’avons dit, ne renonçait pas au rôle charitable dont il avait eu autrefois le monopole et multipliait ses efforts pour rendre son intervention et sou concours dans les questions de bienfaisance aussi considérables que possible. Pour faire face aux dépenses qu’entraînaient les larges et incessantes distributions de secours, l’entretien des établissements de toutes sortes soutenus par lui, il multipliait les appels à la générosité des catholiques. La quête pour les pauvres devint une des principales prescriptions liturgiques dans les églises. On l’introduisit dans toutes les circonstances où on put espérer qu’elle fût fructueuse : messes, mariages, baptêmes, enterrements, fêtes paroissiales, cérémonies corporatives, etc. On inventa même des ustensiles spéciaux pour recevoir les offrandes. C’est au seizième siècle qu’apparaissent, d’abord dans les
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- églises du Midi de la France, puis un peu partout, les plats à quêter. C’étaient de vastes coupes en cuivre ornées de dessins au repoussé ou gravés, qu’on faisait passer dans les rangs des fidèles pour recueillir leurs oboles. Souvent, les ornements qui les recouvraient étaient appropriés aux circonstances : c’étaient des emblèmes religieux, des armoiries du monastère, de l’évêché ou de l’église qui s’en servait, des inscriptions ou légendes faisant appel à la libéralité. Parfois, ils étaient destinés spécialement à servir dans une cérémonie particulière et portaient
- des insignes appropriés ; c’est ainsi qu’on voit l’effigie de saint Hubert au fond d’un beau plat à quêter qui circulait parmi les chasseurs pendant la messe célébrée annuellement en l’honneur de leur patron, le 3 novembre.
- Les plats à quêter étaient quelquefois en étain, mais généralement en bronze, parce que ce métal sonore résonnait mieux sous le choc des deniers que les fidèles laissaient tomber. Ces quêtes étaient fructueuses et leurs produits ne laissaient pas de tenter, paraît-il, la cupidité de certains assistants peu scrupuleux, qui parfois, en feignant de verser leur obole, subtilisaient quelques-unes des monnaies déjà déposées dans le plat. Ces larcins émurent même quelques curés qui, par mesure de précaution, eurent l’idée de faire visser au centre de leurs plats un chandelier de cuivre où on plaçait un cierge allumé pour permettre au quêteur de bien voir si les fidèles ne faisaient pas de leurs doigts un usage abusif!
- Pendant longtemps, les quêtes publiques au profit de la bienfaisance n’étaient guère confiées qu’aux membres du clergé, aux religieux ou religieuses et aux pauvres pensionnaires des divers hospices. Un ingénieux et philosophe prélat, dont l’histoire n’a pas conservé le nom, pensa très justement que ces appels à la charité seraient plus fructueux s’ils étaient faits par des femmes du monde, en mesure de compter non seulement sur la bonté anonyme des paroissiens, mais encore sur la clientèle mieux assurée des gens désireux de leur plaire, de rivaliser de générosité sous leurs yeux, de reconnaître même, en leur étant agréables, des services ou des politesses dont elles les avaient favorisés. Il demanda donc à des dames de qualité de quêter dans les églises, à l’occasion de telle ou telle solennité, et le succès obtenu fut si grand que la quête pour les pauvres devint, au seizième, et surtout aux dix-septième et dix-huitième siècles, une des principales préoccupations mondaines de beaucoup de personnes. Toutes les dames de la noblesse, même celles de sang royal, voulaient quêter. Ce fut une véritable mode où on déployait les précieuses ressources d’une coquette diplomatie pour obtenir de
- Plat à quêter en cuivre repousse, travail français (seizième siècle).
- (Collection Gaudefroy.}
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- Plat à quêter.
- Travail vénitien (quinzième siècle). (Collection D’Allemagne.)
- plus belles recettes que ses rivales. Il y avait des toilettes de quête et, comme les belles mains ne pouvaient se résigner à manier les lourdes tirelires ni les plats de cuivre des anciens quêteurs, on les remplaça par de coquettes bourses évasées en étoffes précieuses, ouvertes comme des gobelets. Le goût des artisans et l’amour du luxe firent de ces accessoires de la charité des bibelots admirables.
- On connaît de ces bourses qui sont de véritables œuvres d’art. Etablies généralement en velours, elles étaient couvertes de galons et plumetis et surtout ornées des armoiries de leurs nobles propriétaires brodées en or, argent et soie. On en put voir à l’Exposition, aux armes des Gondé, des Montmorency, des Lusignan, des d’Orléans, de Marie-Antoinette, etc. D’autres, demeurant la propriété de municipalités pour servir dans certaines cérémonies, portent les armes de Paris ou de Lyon. Ajoutons qu’on en voit même parfois
- aux insignes républicains et napoléoniens. Au dix-neuvième siècle, les dames ne renoncèrent pas à ces bourses à quêter, mais elles semblent avoir attaché moins de prix à leur beauté. Beaucoup même, renonçant aux bourses personnelles, se servent des bourses ornées de broderies symboliques que possèdent toutes les églises, sauf pour les mariages et certaines cérémonies, où la mode est de faire faire par les couturières des bourses de soie blanche ou assorties à l’étoffe de la robe.
- Mentionnons, en terminant, un genre d’établissements destinés à protéger les intérêts des pauvres qui apparut pour la première fois en France pendant la période qui nous occupe, le Mont-de-Piété.
- C’est, en effet, en 1577 que fut ouvert à Avignon le premier Mont-de-Piété français.
- Cette institution était déjà ancienne en Italie. Dès 1440, le moine Barnabé de Terni avait obtenu des notables de Pérouse qu’ils s’associassent dans un but de bienfaisance afin d’arracher les pauvres gens aux exactions criantes des prêteurs juifs, et avait obtenu qu’ils constituassent par leurs offrandes un fonds à l’aide duquel on ferait aux gens du peuple des prêts gratuits sur nantissement d’effets mobiliers. Cette forme nouvelle de bienfaisance donna des résultats tels, que l’institution de Pérouse fut successivement imitée dans nombre de villes :
- Tronc à quêter portatif en fer, avec coquille et bâtons de pèlerins en sautoir.
- (seizième siècle) (Collection Lacoste.)
- Tirelire à quêter portative (seizième siècle'.
- (Collection Filsjean.)
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- Orvieto, Viterbe, Bologne, Parme, Padoue, Florence, Milan, Césène, Savoue, Man-toue, Naples, Turin et enfin Rome (1539). Ces maisons furent appelées Monti di pieta, c’est-à-dire banques de charité. Comme elles opéraient gratuitement, elles rendaient de réels services et obtenaient les plus hauts patronages; néanmoins, c’est seulement au seizième siècle qu’on tenta de les introduire dans notre pays. L’exemple avait été donné en terre alors papale : Avignon; il fut suivi, en 1583, par une autre ville du Midi, Beaucaire, sous le nom de Mont-de-Piété (qui, comme on le voit, francise l’expression italienne, mais ne la traduit nullement), mais le développement de l’institution nouvelle se borna là pour bien des années encore.
- Ancien berceau, époque Henri II. (Auvergne.)
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- construit sous Henri IV en 1609. (Collection Hartmann.)
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- Dix-septième et dix-huitième siècles
- Des faits que nous venons de résumer il résulte que, contrairement à ce qu’on croit généralement, l’assistance aux enfants trouvés était déjà légalement organisée dans toute l’étendue de la France à la fin de la Renaissance et que c’est une erreur de prétendre qu’il n’existait rien dans cet ordre d’idées avant les dispositions prises par Louis XIII. Les mesures pour établir leur état civil ou reconnaître leur identité ; les dispositions pour assurer leur existence, créer des ressources pour les élever, déterminer les personnalités obligées de les prendre en charge suivant les lieux et circonstances de leur abandon ; la désignation des établissements tenus de les recevoir aussitôt recueillis, l’indication même des premiers soins et de l’éducation qui devaient leur être donnés, avaient fait l’objet de nombreux édits, ordonnances et arrêts légaux les indiquant avec précision.
- Malheureusement les ressources prévues pour faire face aux dépenses de leur entretien étaient trop souvent insuffisantes ou aléatoires, et l’autorité, la compé-
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- tence des personnes chargées de surveiller les établissements ou on les élevait à peu près illusoires. Aussi, malgré les intentions généreuses des législateurs, les plus graves abus s’étaient introduits presque partout, et la situation de ces pauvres enfants, surtout de ceux confiés aux hospices, était devenue digne de toute pitié.
- A La Couche notamment, les prescriptions du Parlement réglant l’organisation étaient tombées en désuétude, la direction n’était plus exercée par deux veuves notables et un assesseur, mais par une seule femme (veuve d’ailleurs, ce qui faisait désigner l’établissement sous le sobriquet de «Maison de la Veuve ») aidée de deux servantes qui, d’après un document de 1642, donnaient aux enfants des soporifiques, les laissaient mourir d’inanition et les vendaient même, moyennant vingt sols, à des mendiants, des bateleurs, des filles de mauvaise vie, et des gens qui les faisaient servir à des opérations magiques ! Quant à les faire allaiter par des nourrices, il n’en était plus question.
- De pareils faits émurent profondément les âmes compatissantes et il se trouva un prêtre, Vincent de Paul (dont l’esprit de bienfaisance s’était déjà manifesté par la fondation de la Confrérie laïque des dames de la Charité, de la congrégation religieuse des Filles de la Charité, et par sa campagne pour adoucir le traitement des galériens), qui prit en main la cause des malheureux enfants trouvés et se consacra à l’amélioration de leur sort. Vincent de Paul avait groupé autour de lui un certain nombre de dames pour les aider et encourager à l'exercice de la charité : il les envoya visiter La Couche « tant pour y découvrir le mal, que pourvoir s’il n’y avait pas quelque moyen d’y remédier».
- La vue de ce qui se passait dans la « Maison de la Veuve » excita si vivement leur compassion, qu’elles résolurent de se charger au moins de quelques-uns des pauvres enfants. Elles louèrent à cet effet, en 1638, une maison hors la porte Saint-Victor, dont une d’elles, Mlle Legras, nièce de M. de Marillac, garde des sceaux, et sœur de Legras, secrétaire de Marie de Médicis, prit la direction, aidée de quelques Filles de la Charité que Vincent de Paul détacha des couvents de cet ordre qu’il avait déjà installés à Paris depuis 1629 avec le concours de cette même demoiselle Legras, et on y transporta douze des enfants trouvés à La Couche. C’était peu, si on considère que le nombre des abandons s’élevait annuellement à Paris, à celte époque, à quatre cents environ ; mais c’était un début, et Vincent de Paul travailla ardemment à développer l’œuvre commencée. A l’aide de quelques subsides on put substituer l’allaitement par des nourrices à celui par des chèvres ; et, en 1640, augmenter le nombre des enfants. Vincent de Paul sut émouvoir la Cour, l’associer à son projet et obtint de Louis XIII une rente de 4000 livres, puis de Louis XIV, en 1644, une autre allocation de 8000 livres de revenu. Mais les dépenses croissaient chaque jour, et les dames fondatrices, ne sachant comment y faire face, étaient presque décidées à renoncer à leur œuvre,
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- lorsque Vincent de Paul intervint encore, ranima leur courage, et obtint du roi qu'il leur concédât le château de Bicêtre ; plus tard, comme on y estimait l'air trop vif pour les enfants, on les ramena à Paris, faubourg Saint-Denis. Vincent de Paul, — depuis canonisé par l’Eglise pour sa bienfaisance, — mourut peu après, en 1660, mais l’institution ne disparut pas ; soutenue par les dames patronnesses, elle put se suffire jusqu’à l’époque où Louis XIV la comprit dans l’ensemble
- L’Infirmerie de l'Hôpital de la Charité de Paris. (D'après uns gravure d'Abraham Bosse.)
- d’établissements hospitaliers de Paris qu’il groupa sous le nom d’Ilospice général. Elle prit alors le nom d’Hôpital des Enfants-Trouvés.
- L’Hôpital des Enfants-Trouvés demeura confié aux soins des Dames de Charité et des Filles de la.Charité, mais la haute direction en fut confiée au directeur et receveur de l’Hôpital général. Pour faire face aux dépenses, on lui attribua 20000 livres de rente et à maintes reprises on lui accorda des subventions extraordinaires de 120000 et 150000 livres, et des parts importantes sur les produits des octrois. Malgré tout, le nombre des enfants augmentant sans cesse, il fallut chercher de nouvelles ressources. En 1717, sur la demande de M. de Mesmes, premier président du Parlement, le roi donna l’autorisation d’émettre une loterie à 25 sols le billet « dont on devait tirer cinq sols au profit de l’établissement des Enfants-Trouvés digne d’une charité et d'une attention particulière*. En mai 1721, le
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- prix du billet fut modifié et abaissé à vingt sols avec 15 p. 100 de bénéfice pour les Enfants-Trouvés. Cette loterie produisit plus de 240000 livres par an à l’œuvre jusqu’en 1755, époque où l’intervention intéressée de divers chanoines et communautés amena des modifications de prix du billet qui produisirent un effet désastreux et firent baisser les recettes dans des proportions énormes. La loterie des Enfants-Trouvés finit par disparaître en 1776 comme toutes les autres, supprimées elles aussi, pour laisser la place libre aux trafics de la Loterie royale !
- Il n’est certainement pas sans intérêt de rechercher comment les enfants étaient
- traités à La Couche .et à l’Hôpital des Enfants-Trouvés.
- On sait que l’abandon d’un enfant était un crime puni par la loi. Aussi, lorsqu’un enfant était exposé à la porte d’une maison, d’une église ou dans la rue, un des premiers soins de l’autorité était de rechercher trace des parents pour pouvoir les poursuivre, et on ne l’admettait définitivement à l’hôpital qu’après constatation régulière de son abandon par père et mère inconnus. L’examen de l’enfant avait lieu aussitôt sa découverte par les soins d’un commissaire enquêteur du Châtelet, qui le faisait « démailloter devant le feu ». Ajoutons qu’on envoyait également à ces hôpitaux les enfants dont les mères étaient mortes en couches à l’Hôtel-Dieu. Au certificat d’abandon, on joignait les signes de reconnaissance trouvés sur l’enfant.
- Aussitôt l’enfant admis, la Sœur préposée à cet office lui fixait au cou un collier supportant un sachet où était enfermé le certificat des commissaires, puis on le portait à la chambre des nourrices sédentaires attachées à l’établissement, au nombre de deux d’abord, et par la suite jusqu’à vingt en 1787, époque où on leur substitua l’allaitement artificiel. On faisait ensuite prévenir une des nourrices habitant la province de venir le chercher dans le plus bref délai. Malheureusement les difficultés de communications amenaient trop souvent les nourrices à charger des intermédiaires de se rendre à l’hôpital en leur lieu et place pour prendre les enfants et les leur apporter. Elles s’adressaient aux individus qui alimentaient de
- Avril Mil Sept Cent Quar. Quatre*
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- LOTERIE DES ENFANS-TROUVEZ à Vingt Sols le Billet. Vingt-Huitième Million«
- Mil Cinq Cent Trente Sept Nom
- Pour Loterie.
- Billet de loterie des Enfants trouvés (1717-1755) (Collection de Mme Landrin.)
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- nourrices sur place et de domestiques les bureaux de placement ou « de recom-manderesses », comme on disait alors. Ainsi naquit l’industrie des meneurs et meneuses qui donna lieu à tant d’infâmes trafics, et eut pour première conséquence d’encombrer l'hospice de Paris de nouveau-nés qu’ils apportaient de province moyennant salaires pour les abandonner en venant chercher les nourrissons, tirant ainsi double profit de leurs déplacements !
- Revenons au traitement des enfants de l’Hôpital. Ils étaient donc envoyés chez des nourrices de province jusqu’à leur sevrage ; on remettait à celles-ci, en même temps que l’enfant, sa bulle, formule imprimée et complétée à la main constatant son identité.
- Les nourrices recevaient des gages fixés d’abord (1660) à cinq livres pour les dix-huit premiers mois, quatre livres l’année suivante et trois livres les dix-huit derniers mois, puis augmentés successivement et portés (1773) à huit livres pour le premier mois, sept livres les onze mois suivants, cinq livres par mois d’un an à deux ans, six livres la deuxième année, cinq livres les années suivantes, jusqu’à sept ans. Comme on le voit, le temps dit « de sevrage » s’étendait au commencement jusqu’à quatre ans et à la fin jusqu’à sept ans. On donnait ou envoyait aussi aux nourrices des vêtures pour les enfants qui leur étaient confiés, c’était à l’origine « robbe » couverture, linge, maillots, chemises, « corps » ; en 1701, ces vêtures, variant avec l’âge de l’enfant, coûtaient en moyenne sept livres chaque; et, en 1751, elles comprenaient une layette la première année, et, les six années suivantes, de petits trousseaux composés d’une robe, deux à quatre chemises, quatre béguins, quatre mouchoirs, quatre tours de cou, deux paires de bas de laine, deux couches, deux langes, deux cornettes, un bonnet, des souliers.
- Des Sœurs de charité de La Couche étaient chargées de visiter annuellement les enfants dans leurs placements et changer ceux qui étaient mal
- Hôtel-Dieu de Paris au dix-huitième siècle. Gravure de la Géométrie de Marresson Mallet (1702). (Bibliothèque nationale.)
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- placés ; puis on adjoignit aux Sœurs, pour ces tournées, des femmes veuves.
- Les enfants sevrés étaient ramenés par les nourrices à Paris où on les recevait à l’Hôpital succursal du faubourg Saint-Antoine, à la Pitié ou à la Salpêtrière pour y être élevés ; mais on reconnut vite les inconvénients de ce système et l’intérêt de les laisser à la campagne ; aussi, en 1761, un règlement nouveau préconisait l’avantage d’en faire des cultivateurs pour repeupler les campagnes désertes, et décidait qu’ils seraient dorénavant, autant que possible, placés à partir
- OUS Prêtres Vicaires de L’Hôtel-Dieu de Paris, fouflignés, certifions que
- eft entré - malade audit Hôtel-Dieu , le
- mil fepr cent G, ’ruj--------------- où après avoir été affilié —-
- tant fpirituellement que corporellement, y eft décédé — le ----------
- Certificat de décès à FHôtel-Dieu de Paris au dix-huitième siècle. t(Collection de Mme Landrin.)
- de 6 ans jusqu’à 16 ans chez des cultivateurs ou artisans rustiques, moyennant une indemnité aux patrons, de 40 livres par an pour les garçons de 6 à 12 ans, 30 livres pour ceux de 12 à 14, et 40 livres pour les fdles de 6 à 16 ans, « étant à présumer que les garçons parvenus à quatorze ans et les filles à seize seront alors en état d’être utiles à ceux qui s’en chargeront. » Cette organisation si simple et si logique, qui donnait aux pauvres abandonnés la possibilité de trouver une nouvelle famille d’adoption dans les villages où ils avaient grandi, et favorisait leur avenir, donna les meilleurs résultats et n’a guère été modifiée depuis.
- A Paris, l’assistance aux enfants trouvés était donc, dès cette époque, organisée sur des bases donnant à ces déshérités des garanties sérieuses ; il n’en était malheureusement pas de même en province, où ils continuaient à être régis par les anciens errements, et où il n’existait guère déniaisons spéciales. Partout il y avait conflit entre les communes, les hospices et les seigneurs pour éluder la loi. On ne les acceptait dans les hospices que de mauvaise grâce, on ne votait pour eux
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- que des subsides insuffisants, on cherchait à s’en débarrasser en les faisant porter à Paris par les meneurs. Un arrêt de 1779 constate qu’on amenait à l’Hôpital des Enfants-Trouvés de Paris, chaque année, « plus de 2000 enfants nés dans les provinces très éloignées de la capitale » et qu’ils souffraient tellement d’un pareil transport que près des neuf dixièmes périssaient avant l’âge de trois mois. Le besoin d’une organisation aussi sérieuse que celle de Paris était évident, mais les
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- Je fotijjtgné ‘Trépofé par Mefjieurs les Adminijlrateurs de F Hôtel - Dieu (efr de F Hôpital General de Pans , à la Recette des Deniers de F Aumône ordonnée cflre payée par les Habitant de ladite Ville de Paris, par Déclaration du Roy du 2i. OSlobre 1709. regijlrée au Parlement le 2J. du même mots , Confejfe avoir reçu de M ci*u c'c C cWL
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- pour (ju*Art « V y °y(L'U/tCU/t CLe^it-oyyfna- été employé au Rôle arrêté eiéçlaré executoire par Arrcjf de la Cour du 13. Novembre 1709,. conformément à ladite Déclaration.
- Fait à Pans le r7uyt>t^ _______— _i7^_________________
- Quittance d’aumône à l'Hôpital général de Paris (1720). (Collection de Mm! Land vin.)
- efforts pour la réaliser demeurèrent infructueux jusqu’à l’époque de la Révolution.
- Nous nous sommes étendue un peu longuement peut-être sur les améliorations réalisées dans la situation des enfants trouvés pendant les dix-septième et dix-huitième siècles, parce que cette partie de l’assistance fut certainement une de celles où les progrès furent les plus sensibles, mais on aurait tort de croire que les autres branches demeurassent immuables et ne fussent pas, de leur côté, l’objet de mesures réformatrices importantes.
- Les hôpitaux pour malades, notamment, furent sensiblement améliorés et leur organisation complètement refondue.
- O11 a remarqué que, depuis leur origine jusqu’à la fin de la Renaissance, les hôpitaux et hospices 11’étaient pas spécialisés (sauf ceux d’aveugles) et recevaient
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- indistinctement les mendiants, les invalides, les enfants et les malades. Il n’est que trop aisé de comprendre les graves conséquences de pareille promiscuité à tous les points de vue, et on peut même s’étonner qu’une pareille situation ait pu se prolonger si longtemps.
- Un des premiers essais de séparation dans les attributions hospitalières, à Paris, fut la création de La Couche pour les enfants trouvés, et de l’Hospice du Saint-Esprit pour les orphelins.
- Mais ce ne fut que sous Louis XIV que le système de séparation s’affirma et
- que les hôpitaux reçurent définitivement des affectations bien distinctes.
- Louis XIV, qui voulait que toutes les branches de son administration fussent soumises à sa volonté, organisa à Paris l’Hôpital général qui centralisait la direction des cinq hôpitaux de Paris, la Pitié, le Refuge, Sci-pion, Bicêtre et la Savonnière.
- En 1672, cette organisation fut étendue à toute la France et, en 1698, la gestion des derniers hôpitaux confiés au clergé ou à des religieux fut attribuée à des administrateurs presque tous laïques.
- On se préoccupa activement en même temps de procurer aux hôpitaux les ressources nécessaires pour faire face aux dépenses de traitement des malades.
- Nous avons dit qu’après la disparition de la lèpre la plupart des léproseries et maladreries ouvertes à la suite des croisades disparurent. Les biens appartenant à ces établissements furent convertis en titres de bénéfice appliqués au profit de titulaires ecclésiastiques, de communautés et de quelques grands seigneurs. Cette situation se prolongea deux siècles, et ce ne fut qu’en 1612 que Louis XIII institua une commission chargée de revendiquer tous les biens appartenant en principe aux pauvres, et de les attribuer définitivement aux hospices. Ils furent malheu-
- J E fouflîgnc , Secrétaire du Roi en la Grande Chancellerie « Notaire Honoraire au Châtelet de Paris, Receveur Général & Charitable de 1 Hôpital-General} Rcconnois avoir reçu dft M
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- Quittance de loyer d’une propriété de l’Hôpital général de Paris (1773'. (Collection de Mme Landrin.)
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- reusement détournés encore une fois de leur destination régulière et de leur but humanitaire sous Louis XIV et concédés aux religieux Lazaristes ou Carmélites, et on dut chercher ailleurs des sources de revenus assez élevés pour équilibrer les budgets hospitaliers. On les trouva en faisant bénéficier ces établissements de parts importantes sur les droits d’octroi, de foires, de ventes et circulation du vin.
- Hôtel-Dieu de Paris. — Lavage du linge (gravure du dix-septième siècle). (Bibliothèque nationale.)
- En 1699, le Roi créa même au profit de l’Hôpital général une taxe sur les théâtres et spectacles, autorisant la direction de l’hospice à percevoir un neuvième en sus sur le prix des entrées « aux opéras, comédies et autres spectacles publics ». Ce fut l’origine de ce droit des pauvres si discuté encore aujourd’hui. Tous ces droits, complétés par les fondations particulières qui 11e cessaient de se multiplier, firent de la plupart des hôpitaux des institutions riches et capables de se suffire. L’IIôtel-Dieu de Paris percevait à lui seul, en 1788, la somme énorme de 1405875 livres. 11 est vrai qu’il en dépensait 1 600000!
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- Le mobilier des hôpitaux fut l’objet de transformations et innovations plus ou moins heureuses : les anciens lits en estrade furent remplacés par des lits à colonnes surmontés d’un plafond ou ciel de lit et encadrés de courtines et rideaux les fermant sur toutes les faces, d’un bien plus bel effet, sans doute, pour les
- Parvià Notre. Dame.
- IIôtel-Dieu de Paris. — Mobilier. — Soins aux malades (gravure du dix-septième siècle).
- (Bibliothèque nationale.)
- visiteurs princiers qui aimaient à parcourir les salles en grand apparat, mais infiniment moins hygiéniques ; les pharmacies furent meublées d’admirables vases en faïence artistique de Moustiers, Rouen, Nevers, Marseille ; les ustensiles en poterie furent presque tous remplacés par des ustensiles en étain; on introduisit dans les hôpitaux l’usage des baignoires de cuivre, forme sabot, en remplacement des anciennes cuves en bois des étuvistes...
- Le personnel médical se modifia également.
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- JETONS DES RECEVEURS DES PAUVRES DE PARIS
- Première ligne de la planche : modifications successives du type du droit dans les jetons
- des Receveurs des pauvres.
- Philippe de Ckailliou.
- Jean de Bourges, échevin de i635 à 1637.
- Jean de Faverolles, contrôleur général des gages de la Chambre des Comptes, conseiller de ville, i653, échevin de 1657 à 1659.
- G. Perichon, du corps de la mercerie, élu consul de i653 à i655.
- C. Maillet. du
- Claude Simonet, corps de la mercerie, consul en i652:
- Pierre Helyot, conseiller de ville en 1646, échevin de i647 à 1649.
- Denis Béguin, du corps de la mercerie, consul en 1660.
- Jean Bachelier,
- du corps de la mercerie, Nicolas de Faverolles, consul en 1678, du corps de la mercerié,
- conseillerde ville en 1680, élu consul en 1657,
- juge en 1684.
- Jean Levieulx. .
- du corps de la draperie, ,®aïl Chuppin,
- quartinier en 1640, conseillerde ville en i63o,
- consul en 1659, échevin de ifi39è io^i.
- échevin de i658 à 1660.
- Roger Ballard.
- du corps de la librairie Achille de Harlay,
- et de l’imprimerie. Premier Président du
- consul en 1600 et juge • Parlement de Paris
- en 1666. ' de 1689 à 1707.
- Louis Pocquelin, Eustache de Faverolles,
- du corps de la mercerie, échevin de 1661 à i663. élu consul en 1661.
- Louis Gellain. B. Chauvin,
- du corps de la mercerie, administrateur de l’hos-élu consul en 1679. pice de la Trinité.
- François de Baisse. Revers du jeton
- S. de la Hargerie. précédent.
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- COLLECTION DE M.
- H. SARRIAU
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- Malgré le nombre considérable des malades soignés à l’IIôtel-Dieu, on crut longtemps qu’un unique médecin, venant seulement une ou deux fois par semaine, et un barbier chirurgien suffisaient pour assurer ce lourd service. Cependant, après un siècle d’expérience, en 1636, on se décida à donner au médecin un adjoint; puis, en 1638, on porta le nombre des médecins à trois; en 1651, le nombre des malades étant de 2200, le doyen delà Faculté, Guy-Patin, réunit les docteurs en médecine, leur exposa l’impossibilité pour trois médecins de soigner tant de gens, et obtint que quatre autres docteurs offrissent leur service gratuitement. Ils furent agréés sous le titre de « médecins charitables », et le nombre des médecins ordinaires fut en outre porté, quelques années après, à quatre. En 1735, le corps médical de cet hôpital se composait de sept médecins ordinaires, de sept médecins expectants, un chirurgien en chef, douze compagnons chirurgiens, treize chirurgiens commissionnaires et deux sages-femmes. Ce fut le début du bureau des hôpitaux.
- En outre de la réorganisation intérieure des hôpitaux existants, on se préoccupa d’en élever d’autres dans des conditions d’installation architecturale qu’on estimait mieux appropriées. C’est pendant les deux siècles qui précédèrent la Révolution qu’on construisit de nouveaux hôpitaux à Versailles, Lyon, Draguignan, Toulon, Bordeaux et, à Paris, ceux de Saint-Louis, Saint-Jacques du Haut-Pas, la Pitié, Saint-Antoine, la Charité, le Midi, etc.
- Malgré toutes ces créations nouvelles et l’agrandissement des anciennes constructions, les hôpitaux étaient encore trop peu nombreux et trop petits, dans les grandes villes, pour répondre aux besoins de la population, et il en résultait des agglomérations de malades dans chacun d’eux qui avaient des conséquences épouvantables. Gomme au moyen âge, on était obligé de coucher souvent les malades cinq ou six dans le même lit, « blessés, fiévreux, galeux, aliénés, femmes en couches, enragés, varioleux, phtisiques, ensemble », dit un rapport du temps, à raison de six malades dans chaque grand lit de 52 pouces de large et de quatre dans les petits lits de 3 pieds de large. Les cadavres des morts séjournaient plusieurs heures côte à côte avec leurs compagnons vivants encore, ce qui faisait
- L’hôpital Cochin, en 1780.
- (Gravure en couleur de la collection Hartmann.
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- dire à Sauvai, en 1650, dans un langage qui semblerait comique à force de politesse précieuse s’il ne constatait au fond l’existence d’une situation aussi épouvantable : « On voudrait bien que les malades ne fussent pas tous ensemble dans le même lit, à cause de l’incommodité, n’y ayant rien de si importun que de se voir couché avec une personne à l’agonie et qui se meurt. » La promiscuité alla plus loin encore, et, en 1785, Tenon, Bailly et Larochefoucauld-Liancourt, chargés d’une enquête par l’Académie des Sciences, constataient à l’Hôtel-Dieu qu’on avait placé des malades non seulement dans les lits, mais encore sur les ciels de lit garnis d’un matelas et auxquels on ne pouvait accéder qu’à l’aide d’une échelle !
- L’assistance à domicile aux pauvres non hospitalisés, favorisée par diverses dispositions, prit plus d’extension qu’elle n’en avait aux siècles précédents. Dans presque toutes les paroisses, sous Louis XIV, on organisa un bureau de charité composé du curé, des seigneurs, du juge, du procureur général, des marguilliers, et de quelques notables habitants, assistés de dames de charité; en 1642, un édit créa à Paris le Bureau des Pauvres, chargé de la répartition des sommes importantes attribuées au soulagement des misérables épars dans tous les quartiers de la ville. Les fonds destinés à ces largesses étaient perçus par les soins de dignitaires spéciaux, qui reçurent le titre de Receveurs des Pauvres. Cette charge était enviée et considérée comme très honorifique. Des jetons étaient même frappés au nom des titulaires et leur étaient offerts par l’administration, comme hommage, à leur entrée en charge. Ces médailles étaient ordinairement en bronze; cependant on assure qu’il en existe quelques-unes en argent, qui servaient sans doute de jetons de jeu ou étaient données par les Receveurs, comme souvenirs à leurs amis; on a retrouvé des bourses armoriées pleines de jetons portant même effigie. La collection de ces jetons, telle qu’elle existe dans les riches mé-dailliers des Feuardent, des Sarriau, etc., est fort intéressante, car elle nous révèle la série complète des noms des receveurs des pauvres (parmi lesquels figure un Poquelin, évidemment parent de Molière), et souvent ceux de pères et de fils qui se succédaient dans ces charges.
- Mentionnons encore parmi les fonctionnaires du Bureau des Pauvres les administrateurs des pauvres, qui avaient aussi souvent leurs jetons.
- Diverses associations et chapitres d’églises organisèrent, sur les mêmes bases à peu près que le Bureau des Pauvres officiel, des bureaux de charité privés, qui distribuaient surtout des secours en nature sous forme de médailles, remplissant l’office de bons, à échanger d’après leurs inscriptions, contre un pain, une livre de viande, un fagot, de la braise, un bain, un lavement, une saignée ou une demi-saignée au bras ou à la jambe...
- D’autre part, il s’organisait des associations, ayant pour but de soigner les malades dans leurs demeures mêmes à la campagne ou à la ville. Une des plus célèbres est celle fondée en 1617, à Châtillon, par Vincent de Paul, alors curé de
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- Jeton de secours de la paroisse Saint-Louis-en-l'Ile. (Collection H. Sarriau.)
- ce village, et dont nous avons déjà parlé. Vincent de Paul réunit vingt-quatre filles ou dames riches de la région en une association dirigée par une assistante élue, et dont le règlement, rédigé par lui, dit, article 10 : « Les Sœurs de la confrérie serviront tour à tour les malades pendant un jour seulement (pour ne pas porter préjudice à leur ménage). On préparera la nourriture des malades et on les servira de ses propres mains; on en usera à leur égard comme une mère pleine de tendresse en use à l’égard de son fils même; on leur dira quelques petits mots de Notre-Seigneur, et on tâchera de les égayer et de les réjouir, s’ils paraissent trop frappés de leur mal. » La nouvelle association eut un vif succès
- dans les hautes sphères, des confréries analogues furent fondées de tous côtés. Mais l’enthousiasme des débuts se calma assez vite et l’expérience montra que le dévouement des femmes riches et nobles ne pouvait se soutenir bien longtemps ni suffire à la tâche. Vincent de Paul comprit que son œuvre serait plus efficace confiée à d’humbles servantes et il fonda dans ce but, en 1623, sous la direction de Mlle I œgras de Marillac, la congrégation des Filles de la Charité, « qui ne seraient pas des religieuses, dit-il, n’ayant pour monastère que la maison des malades, pour cellule qu’une chambre de louage; pour chapelle que l’église de leur paroisse; pour cloître que les rues de la ville ou les salles des hôpitaux; pour grille, que la crainte de Dieu! »
- L’assistance par le travail devint un rouage administratif avec Louis XIV, qui en régla l’organisation et le fonctionnement sous le nom d’« Ateliers de charité », et son œuvre fut complétée par Louis XVI, qui en étendit l’effet à tout le royaume
- et ordonna d’ouvrir dans chaque province un atelier public de travaux pour les malheureux pendant la morte-saison. Le travail se faisait à la tâche et était payé en nature (pain, riz, légumes) et non en espèces.
- Enfin les dernières années du dix-huitième siècle marquèrent l’aube d’un groupe d’institutions charitables qui peuvent être considérées parmi les plus glorieuses pour ceux qui les ont créées : celles destinées à l’éducation des malheureux que leurs infirmités semblaient à jamais écarter de toutes les satisfactions intellectuelles et exclure de la vie normale, les aveugles et les sourds-muets.
- Jeton de secours delà paroisse St-Germain-l’Auxerrois. (Collection H. Sarriau.)
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- L’abbé Michel de l’Epée avait auprès de lui deux jeunes parentes sourdes-muettes auxquelles il s’intéressait vivement et dont il désirait ardemment soulager l’infortune. Quelques savants éducateurs s’étaient déjà livrés à l’étude de méthodes pour enseigner l’écriture et la lecture aux sourds-muets, notamment Lucas, le Père Vanin, de Roussel, Saboureux de Fontenay, et, en 1748, le Juif espagnol Ro-
- drigues Péreire présentait à l’Académie des Sciences plusieurs élèves qu’il avait formés avec succès. Mais la méthode de Péreire présentait certaines difficultés et ses émules, Er-naud et l’abbé Deschamps, limitaient leur œuvre à l’éducation particulière de quelques sourds-muets privilégiés, l’abbé de l’Epée voulut faire mieux. Il imagina tout un système de signes manuels permettant de représenter et traduire par des gestes les sons de la parole et voua sa vie à faire profiter de son invention le plus grand nombre possible de sourds-muets. Il fonda dans ce but, en 1760, à Paris, une école spéciale où il réunit jusqu’à soixante-douze élèves et qui donna de tels résultats qu’on s’empressa de l’imiter en bien des pays étrangers. En France même, l’archevêque de Cicé et l’abbé Sicard créèrent une école semblable à Rordeaux. En 1789, l’abbé de l’Epée mourut, mais son école ne disparut pas avec lui et l’abbé Sicard prit sa succession. Le gouvernement de Louis XYI s’était intéressé sans doute aux remarquables efforts de l’abbé de l’Epée en faveur des sourds-muets, mais il n’avait pas cru devoir leur donner une sanction officielle, il s’était borné à lui concéder, en 1785, une partie de la maison des Célestins et le titre d’« Etablissement d’éducation des Sourds-Muets ». Cette école demeura une institution purement privée pendant toute la vie de l’abbé de l’Epée : c’est à la Révolution qu’il était réservé d’en faire une institution d’Etat.
- Charles-Miciiei., Abbé de L’ÉPÉE (1712-1789).
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- Un autre homme de bien, Valentin Haüy, alors simple commis aux Affaires étrangères, poursuivait, à peu près à la même époque, un but analogue à celui de l’abbé de l’Epée, mais au profit des jeunes aveugles. Haüy avait assisté, dans le jardin du Palais-Royal, à un spectacle à la mode récemment inauguré, le concert des aveugles, où on exhibait cyniquement, pour exciter la curiosité et la risée publique, une douzaine de malheureux atteints de cécité, avec des lunettes sur le nez, exécutant une symphonie discordante. La vue de cette exhibition révoltante, tournant en ridicule la misère des gens, indigna Haüy et lui inspira cette pensée qu’il serait possible de faire reconnaître aux aveugles les notes sur une feuille de musique et distinguer un nt d’un sol, si ces notes étaient imprimées en caractères saillants qu’ils puissent distinguer en les palpant de leurs doigts.
- L’idée fondamentale sur laquelle devait reposer l’enseignement des aveugles était trouvée. Haüy voulut lui donner une forme pratique et passer de la théorie à l’application. Il se construisit lui-même un jeu de caractères très grands et saillants pour imprimer sur du papier mou les caractères d’écriture et les notes de musique en gaufrant le papier et laissant ainsi une trace en relief. Cette boîte de caractères existe encore et figure à l’Exposition, prêtée par la Société Valentin Haüy. L’innovation essayée d’abord au profit d’un aveugle de bonne volonté, Lesueur, réussit, et Haüy fonda en 1785, rue Coquillère, une école privée pour vingt-cinq aveugles qui fut transférée en 1786 rue Notre-Dame-des-Victoires, et fut l’embrvon de notre Ecole nationale des Jeunes Aveugles.
- Nous avons signalé à l’époque de la Renaissance la création des Monts-de-Piété.
- Au dix-septième siècle, le gouvernement les considérant toujours comme institutions charitables, se consacrant exclusivement à des prêts gratuits aux
- Valentin HAÜY (1745-1822), d'après une gravure contemporaine.
- (Collection de la Société Valentin Haüy.)
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- pauvres, en encouragea le développement. L'initiative privée en avait fondé à Carpentras, Nancy, Sedan et Arras; en 1626, Louis XIII rendit un édit autorisant à en créer dans les principales villes du royaume et Louis XIV à son tour prescrivit en 1643 qu’on en organisât dans cinquante-trois villes du royaume. Il ordonnait la gratuité pour les prêts d’un écu et au-dessous, mais autorisait un intérêt de 15 p. 100 pour les prêts de plus d’un écu. Ces ordonnances ne furent guère suivies
- Louis XVI distribuant des aumônes (1788). D’après le tableau de Hersent. (Musée de Versailles.)
- d’effet et six villes seulement (parmi lesquelles Montpellier et Bordeaux) s’y étaient conformées avant la fin du siècle. Peut-être est-ce en raison des abus qui s’étaient peu à peu introduits dans la gestion et l’organisation de ces institutions; peut-être aussi leur développement fut-il entravé victorieusement par la lutte énergique que soutenaient contre eux les puissantes associations des prêteurs lombards israélites lésés dans leurs intérêts; toujours est-il qu’on ne semble avoir accueilli leur création qu’avec une certaine méfiance, malgré la haine qu’inspiraient trop justement les usuriers; et Paris lui-même n’en put être doté qu’en 1778 par une société d’actionnaires qui fit les frais de l’entreprise et se réserva naturellement d’en recueillir les bénéfices.
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- Ne terminons pas ce rapide exposé de l’organisation des œuvres et institutions de l’assistance privée ou gouvernementale avant la Révolution sans mentionner la fondation, sur des bases nouvelles, des premières grandes sociétés de bienfaisance qui ont rendu dès leur apparition de si grands services et se sont propagées et développées si rapidement.
- En 1765, fut fondée à Paris la première Société de charité maternelle recrutée parmi les plus hautes dames de France et dont firent même partie la reine Marie-Antoinette et ses dames d’honneur.
- Vers la même époque, un groupe d’hommes bienfaisants se constituait sous le titre de « Société Philanthropique », pour s’occuper de toutes les branches de l’assistance. L’action de cette Société, qui a traversé sans être atteinte toutes les crises politiques et prospère encore, fut immense. Son initiative et son ingéniosité pour le bien amenèrent la création d’une quantité d’institutions très utiles auxquelles on n’avait pas songé auparavant. C’est elle, par exemple, qui imagina les dispensaires médicaux; c’est elle qui substitua aux dons en espèces aux mendiants (qui n’atteignaient que rarement leur destination) et aux lourds jetons des anciennes églises les bons imprimés sur carton ou papier et destinés à être échangés chez les fournisseurs contre la livraison de secours en nature, tels que pain, viande, lait, chauffage, vêtements, couvertures, etc.
- Tronc portatif à quêter, en argent, d’un couvent d’Eure-et-Loir. (Dix-huitième siècle.)
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- V XI
- Révolution et dix-neuvième siècle
- Tour à manivelle de l’hospice d’Amiens.
- (Dix-huitième siècle.)
- L’objet de ce rapport n’étant pas de retracer une histoire de l’Assistance, mais uniquement de signaler les faits, les traits de mœurs, qui peuvent dater et expliquer l’introduction et l’adoption des mille ustensiles, meubles et objets variés servant à pratiquer la bienfaisance et constituant ce qu’on peut appeler le matériel de la charité, et dont le Musée rétrospectif nous a fourni l’occasion de mettre de nombreux et curieux spécimens sous les yeux du public, nous ne pouvons insister sur les mesures * législatives, si importantes qu’aient été leurs conséquences politiques, morales, ou même pratiques lorsqu’elles se sont traduites uniquement par des changements dans les législations ou des réformes administratives.
- C’est le cas de la plupart des décisions relatives à l’assistance prises pendant la première République, le Directoire, l’Empire et la Restauration.
- Nous serons donc brefs sur la période moderne, nous bornant à peu près à signaler les mesures officielles et les tentatives privées qui ont introduit quelques innovations dans l’ordre d’idées qui nous occupe.
- Malgré les efforts du gouvernement et des particuliers pour soulager les malheureux, la misère était extrême à la fin du dix-huitième siècle. Les ressources, pourtant considérables, dont disposaient les établissements charitables ne suffisaient pas à leur entretien et trop souvent étaient absorbées, en majeure partie, par des dépenses somptuaires sans profit pour personne et que nul ne pouvait modérer, car leurs titres de fondation leur permettaient d’échapper à tout contrôle et toute surveillance. L’organisation des bureaux de charité était loin d’être assez
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- ENFANTS ASSISTÉS EN 1793
- Enfants de la Pairie, garçon et fille (ci-devant Enfants bleus). — Orphelin de Paris (ci-devant Enfant du Saint-Esprit). — Elève de la Patrie, officier (ci-devant Enfant de la Pitié!.
- (Dessins de M. L. Perin ; maquettes de M. E. Chaperon).
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- large ; les installations matérielles des hôpitaux et asiles étaient déplorables. Ce n’était que dans l’appel direct à la bienfaisance des passants que les innombrables
- # IvW
- D Ë C R
- DE LA CONVENTION NATIONALE,
- Du 19e. jour de Floréal, an second de la République françaife, une & indivisible.
- Relatif aux Déclarations fur l'état civil des Enfans.
- T ik Convention nationale, après avoir entendu le rapport de Ton comité de légflacion fur l'exbofé qui lut î été fait, que lofficicr public de la commune de Paris a refufq de recevoir la déclaration faite par une. citoyenne , que l’enfaat dont elle eft deveWe mère eft d’un autre que de fon mari ;
- Confidérant qu’il eft dans les principes de notre lég.flanon que la loi ne reconnoît d’autre père que celui quieftdéligné par le mariage ; qu’une déclaration contraire eft immorale, & qu’une mère ne fauroit être admife à difpofer à fon gré de l’état des enfans de fon mari,
- Approuve le refus fait par l’officier public de la commune de Paris, de recevoir une femblable déclaration, & décrète que fa£e de naiflance énoncé dans celui fait par le commiflaire de la feftion de Chalier, le 13 pluviôfe, n.° 85 , fera rédigé fans faire mention de cotte déclaration , & que ft elle a été inférée fur le regiftre de la feftion, elle y fera rayée.
- Vifé par Ctnfpecleur. Signé CordieR.
- Collationné à l’original par nous préfidentfit fecrétaires de la Convention nationale. A Paris , le iç Floréal, an fécond de la république, une & indivifible. Signé VoullaND, ex-prijident ; PCCHOLLE St N. HaUSSMaNN , fecrétaires.
- du. département-, il fera imprime & envoyé aux direSoues des diflrtds, am U fesont confgner fur leurs registres, & le feront ’ irventr aux municipalités , pour y être également configné, publie & affiche par-tout où bcfotn fera, O exécuté fuivant fa forme & teneur.
- Fait à Bourg, au direftoire du Département de l’Ain, le it Prairial, an fécond de la république françaife, une & mdmftble.
- Certifié conforme à C original.
- Par extrait Marchand , fecréu
- Pour copie conforme:
- Le Commiffaire des Adminiflrations civiles Police & Tribunaux•
- Il PRÉSENT DÉCRET a été la & confgné fur le rcgijîre
- A Bcurg régénéré, de l'Imprimerie de Prilipon St comp»
- Affiche révolutionnaire relative aux enfants adultérins (1794). (Collection de Mme Landrin.)
- misérables avaient confiance, et la mendicité s’accroissait en proportion effrayante.
- L’Assemblée nationale de 1789, à peine réunie, voulut porter remède à cette situation. Elle chargea une commission composée de membres éminents de la noblesse, du clergé et du tiers état d’étudier les mesures à prendre, mais elle
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- n’eut le temps de réaliser qu’une petite partie des dispositions proposées en confiant à l’Administration publique le droit de surveillance des établissements charitables et en portant les dépenses des enfants trouvés à la charge de l’Etat. Néanmoins les admirables études de cette Commission ne demeurèrent point stériles : elles servirent de base à la Convention pour élaborer la célèbre loi de 1793 proclamant le droit $o\iy les pauvres à l’assistance, qu’elle n’eut d’ailleurs le temps ni le moyen d’appliquer, et inspira la plupart des lois et décrets unifiant et réorganisant toutes les branches de l’assistance qui les régissent encore aujourd’hui.
- Au point de vue de l’assistance, ce qui semble surtout caractériser la période révolutionnaire et une partie du dix-neuvième siècle, c’est l’effort constant pour l’unifier et la rendre plus efficace en plaçant ses principaux rouages sous l’autorité directe des représentants de l’Etat, lui assignant des ressources importantes bien déterminées garantissant son bon fonctionnement, et conférant au gouvernement le droit de contrôle sur les œuvres privées elles-mêmes pour assure le loyal emploi des deniers destinés aux pauvres.
- Dès l’an IY (1795) il est créé dans les attributions du Ministère de l’Intérieur un service général d’où relèvent toutes les institutions et mesures intéressant la bienfaisance, sous le nom de « Direction de l’Assistance publique ». Elle avait dans ses attributions l’assistance aux enfants trouvés et aux orphelins, les secours aux adultes, aux mendiants, aux infirmes, aux malades, aux vieillards. Avec les années son autorité s’étendit encore, et elle embrassa les sociétés de bienfaisance et de secours mutuels, les monts-de-piété, les caisses d’épargne, etc. Son fonctionnement fut définitivement régularisé par des décrets et ordonnances successifs de 1828 (créant les inspections générales des établissements de bienfaisance), de 1841 (organisant les établissements généraux de l’Etat), de 1852, 1879, etc.
- Le budget des nouveaux services fut constitué à l’aide des sommes fournies par la saisie et vente de tous les biens de communautés, la création d’une caisse de secours publics, la remise à des commissions administratives des biens des établissements hospitaliers, l’imposition aux départements d’une grande partie des dépenses concernant les individus qui y avaient leur domicile de secours.
- Un des points d’assistance qui préoccupait le plus l'opinion publique à cette époque, était l’amélioration du sort des enfants trouvés. Sous l’influence de Jean-Jacques Rousseau, de d’Alembert (qui était lui-même un enfant trouvé), de Diderot et des philosophes qui avaient tant contribué à diriger les esprits vers les idées humanitaires, un puissant mouvement de pitié envers les abandonnés se manifestait dans toutes les classes de la société. Chacun cherchait à témoigner de l’intérêt qu’il portait aux malheureux repoussés par leurs protecteurs naturels auxquels l’Etat, malgré ses efforts, ne peut se substituer avantageusement. Le greffier receveur de l’hospice des Enfants-Trouvés lui-même, Hombron, dans un mémoire que nous avons eu sous les yeux, écrivait ces lignes intéressantes :
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- « Combien eût été plus grand le vertueux Vincent de Paul, si, concevant l’idée heureuse et bienfaisante d’ouvrir un asile aux enfants trouvés, il lui fût aussi venu à la pensée de faire concourir les mères elles-mêmes au succès de son entreprise ; si, au lieu de partir de l’idée d’un abandon irrévocable et de s’occuper des moyens d’en réparer le tort, il avait fait tourner ses efforts, son zèle, sa pieuse influence, vers les mères qui abandonnaient ces enfants ou à qui on les enlevait pour les
- Vue d’ensernble d’une partie de la salle II du Musée rétrospectif de l’Assistance.
- engager à les reprendre, dût-on même les secourir pour les aider à remplir les devoirs de la maternité. »
- Mais cette idée de secours aux mères n’était pas encore mûre et dut attendre près d’un demi-siècle pour se réaliser.
- En ce qui concerne le sort des enfants que les hospices étaient obligés d’accueillir chaque jour, plusieurs lois furent votées pour assurer le paiement de leurs frais d’entretien par les municipalités, substituées en cela aux droits et aussi aux devoirs des anciens seigneurs. Le gouvernement, qui avait assumé sur lui le soin des enfants trouvés, crut relever leur situation en décidant, d’abord, qu’ils seraient dorénavant désignés sous le nom d’orphelins, puis, en 1793, qu’ils prendraient le titre pompeux à'Enfants de la patrie, et les dotant, les filles de cocardes tricolores, les garçons de pittoresques uniformes militaires à la mode du jour. Appellations et uniformes subsistèrent sans modification, jusqu’en 1801, où l’Etat remplaça la
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- rubrique v d’enfants delà patrie » par celle « d’enfants assistés » et fit revêtir aux abandonnés un costume civil de modèle semblable dans toute la France.
- Il fallut des années pour qu’on comprît l’influence néfaste de ces vêtements spéciaux constituant pour eux un véritable stigmate d'origine qui les désignait aux quolibets et aux méchancetés des autres écoliers, à l’hostilité des paysans et
- à la malveillance des dévotes qui les considéraient comme des enfants du péché; et pour qu’on se décidât à laisser aux inspections départementales la liberté de leur délivrer des vêtures variées permettant de les habiller comme tous leurs camarades d’école et selon la coutume du pays où ils habitaient.
- Du reste, des dispositions légales successives ont sensiblement modifié les compositions du groupe d’enfants confiés à la surveillance des inspecteurs départementaux. Aujourd’hui, ils n’ont plus seulement sous leur direction des enfants trouvés ou délaissés, ils ont également les orphelins recueillis par l’Assistance, les enfants légitimes secourus temporairement et même les enfants ayant encore leurs parents, lorsque ceux-ci ont été déchus de l’autorité paternelle par les tribunaux et qu’ils ont été classés dans la catégorie des enfants abandonnés.
- Nous avons dit comment, autrefois, se faisaient les abandons d’enfants : les mères les plus dénaturées les « délaissaient » dans la rue, exposés aux pires dangers et même à être dévorés par les animaux errants ; les autres les portaient dans la boîte ou berceau installée à cet effet sous le porche des églises, ou, lorsque furent ouverts les hospices du Saint-Esprit, les déposaient sur la fenêtre
- { Servit. eviériewr, N° 3. ) ' (Série L, n° 1.—Module rt° 3.)
- Avis à MM. les Maires et aux Médecins et Chirurgiens du Placement des Enfants dans les Communes.
- HEP1JBUQIIS FRANÇAISE.
- LIBERTÉ, EGALITE, FRATERNITÉ
- Administration Générale des Hôpitaux, Hospices civifs eS Secours de Paris.
- HOSPICE ENFANTS DE
- TIL
- DES
- LA PATRIE.
- Désiijnation du Sexe.
- Année \v\A dlmmatrieulft : ,
- Nom de^nAarit : -(jIüJlhc.0, Prénom :
- Dit.- h .
- Date de la Naissance: 0\ J
- Date du départ de l'iiosgiÿe : Uvmv
- Vacciné
- PLACEMENTS SNCCEtfSIKS.
- CtVtfié le ^ %'> \‘bi
- Femme fà ou Commune d UGiv Canton d
- Confié le y
- Femme —
- Commune
- Observations des Autorités, des Médecins et Chirurgiens, sur les soins donnés par la Nourrice à l’Enfant, sur la conduite de cet Enfant, les maladies dont il a été successivement attaqué et son assiduité à fréquenter les Instructions Primaire et Religieuse.
- MM. les Médecins et Chirurgiens consigneront en outre sur cette feuille l’état de l’Enfant à chacune de leurs visites.
- Il est IA:n recommandé à MM. les Médecins et Chirurgiens de ne pas perdre ce Bulletin, qu’ils devront représenter aux Préposés et aux Inspecteurs envoyés par l’Administration, et renvoyer aux Préposés dans le cas où l’Enfant s'évaderait, sortirait de leur surveillance, ou viendrait à mourir.
- Fiche d’enfant trouvé.
- Formule en usage pendant la seconde République. (Collection de Mm‘ Landrin.)
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- basse, toujours ouverte, disposée par les constructeurs de ces établissements tout exprès pour les recevoir. Mais, quel que fût le mode choisi, il constituait toujours un danger pour les mères; car l’abandon était qualifié crime par la loi,
- Tour d’hospice en i8i5 et meneur breton y déposant des enfants. {Reconstitution par Mme Laiulrin, décor par Chaperon.)
- et celles qui s’en rendaient coupables, si elles étaient découvertes, étaient sévèrement punies. x4ussi beaucoup de malheureuses, dans la crainte de la justice, n’hésitaient pas à commettre un forfait plus abominable encore et tuaient de leurs propres mains leur nouveau-né, dont elles faisaient disparaître le cadavre ! Les infanticides se multiplièrent tellement qu'il fallut chercher un moyen de les
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- Hotte, paniers, bissac de meneurs d’hospices, 1811-18C0.
- (Collection de Mme Landrin.)
- entraver efficacement. On imagina, en 1811, d’établir, à l’exemple de Rome, des tours à la porte des hospices.
- Le tour était un cylindre de bois ouvert’ d’un côté, pouvant pivoter sur des axes fixes aux centres du fond et du couvercle. Il était ajusté dans une embrasure de même grandeur pratiquée dans le mur de l’hospice. On le tournait habituellement de manière à ce que son ouverture fût à l’extérieur. La mère y déposait son enfant et avertissait, en tirant le cordon d’une sonnette, la veilleuse qui se tenait dans la salle, de l’autre côté du mur; celle-ci faisait pivoter le tour, amenait ainsi l’ouverture vers l’intérieur, prenait l’enfant et remettait la machine en place, sans avoir pu même apercevoir
- la mère, dont le secret était ainsi assuré. L’intention qui avait mû les inventeurs de cet instrument était, à coup sûr, des plus louables, mais ils n’avaient pas prévu les abus qu’il allait engendrer. En effet, l’impunité qu’il assurait aux abandons en accrut le nombre dans des proportions si formidables, qu’en certaines villes, comme Vannes, on dut faire des tours à quatre compartiments pour recevoir plusieurs enfants à la fois, et donna même naissance à une nouvelle industrie digne d’exécration, celle des meneurs d’hospices.
- Les meneurs étaient des individus sans scrupules qui parcouraient les campagnes, afin de recueillir les enfants dont les femmes voulaient se débarrasser, et se chargeaient, moyennant rétribution, de les porter au tour des hospices de villes plus ou moins éloignées. Ils revenaient de leur tournée apportant des hottes et des paniers où étaient empilés ces pauvres êtres qu’ils plaçaient dans le Tour, morts ou moribonds à la suite des fatigues, des souffrances, du manque de soins et de nourriture endurés pendant leur barbare transport. A peine parvenait-on à en faire vivre un sur dix, et on ne peut taxer d’exagération cette déclaration faite à une Commission d’enquête par une religieuse d’hospice : « Le tour n’est pas seulement la boîte aux abandons, il est encore la boîte aux infanticides », en faisant allusion à cette mortalité.
- Le tour, d’ailleurs, 11e réussit pas à lutter contre l’infanticide proprement dit, car une enquête a démontré, en 1850, que la croissance du nombre des infanticides était bien plus élevée dans les départements où il existait des tours que dans ceux où il n’y en avait jamais eu. Aussi les tours, établis d’abord dans 248 hospices dépositaires d’enfants assistés sur 303, furent supprimés peu à peu, et le dernier subsistant, celui de Brest, disparut à son tour en 1862.
- Ils furent remplacés très avantageusement, par l’admission à bureau ouvert
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- et on lutta contre l’abandon par l’extension d’abord, la généralisation ensuite dans tous les départements, d’un système généreux inauguré en 1849 et qui amena une diminution croissante du nombre des délaissements : celui du secours temporaire aux enfants conservés par leurs mères, pour aider celles-ci à les élever.
- N°-3o. ) Certificat d’Ûrigine.
- ADMINISTRATION GENERALE DLS HOPITAUX ET HOSPICES CIVILS DE PARIS.
- HOSPICE DES
- ORPHELINS.
- CERTIFICAT
- D’ORIGINE.
- ec&etoY
- l'Hospice des Orpliolins de Taris,
- C^.“^rïV.ri;r.™éi;ïï ifeHur-adi; Haceroent des Eleves, certifie 'que Lct nommé <t- CO UA
- Su « alfù; ----------------------------------— -----—7-
- dtî.rr'n.ui'nM,Mal"OU *1 du est Élève dutlit Hospice, qu' a etc admisc~-le
- ™t par ordre de M "
- <\ù,Cùj'j a été immatriculé* sous le n* M 3-, — de l'année -fS tQ —— et qu'«é!éc - en est sorti 4L. le , 1110 i. r\, „ V, î« , fit tS /» r ' t 7
- C»/ï!y^e/lîüijf/nrir/*». «A.G fy "'*-*‘1
- et que, d'après le Registre-Matricule dudit ^Hospice et les pièces déposées en ses Archives, cet *: Éleve est n
- demeure U persom. qu'il, se prupo.em d'e-
- SS£iSrtS:EHn^:;
- gpSiSS
- (Collection de Mme Landrin.
- Ou sait qu on entend par « admission à bureau ouvert » la présentation et acceptation directe des enfants dans les hospices dépositaires d’enfants trouvés ou abandonnés. Un bureau est disposé où on apporte les enfùnts et où se tient un employé représentant la Commission de l’hospice, tutrice des enfants abandonnés. L enfant, présenté par ses parents ou les personnes qui l’ont trouvé, est pris en charge pour le département et ses nom, prénoms, âge et toutes
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- autres indications relatives à son origine et son identité, sont inscrits sur uu registre à côté du numéro d’admission qui lui est donné, et de la mention que ses père et mère ont disparu ou sont hors d’état de pourvoir à son existence et qu’aucun collatéral ou ami ne consent à s’en charger. Autrefois, les formalités et
- formules d’admission étaient arrêtées par la Commission des hospices, et par conséquent variaient dans chaque département, mais, depuis quarante ans, elles ont été fixées par un règlement général et sont maintenant unifiées.
- Les registres réglementaires ont donc remplacé partout les anciens registres et feuilles d’admission qu’on retrouve dans les archives des anciens hospices. Sur ces vieux manuscrits, on lit les procès-verbaux des trouvailles d’enfants exposés auxquels sont épinglés les signes de reconnaissance trouvés sur eux pour servir un jour à prouver leur identité, s’ils venaient à être réclamés par leurs parents ou appelés à profiter de quelques legs ou donations. Nous avons recueilli et exposé une série considérable de menus objets de reconnaissance que les pauvres mères attachaient à leurs enfants avant de les abandonner, dans l’espoir de les retrouver un jour. Que de choses attendrissantes parmi ces souvenirs, encore imprégnés de larmes !
- Telle mère épingle un billet navrant implorant la pitié pour son petit. Telle autre met dans le lange la moitié d’une carte à jouer, dont elle a gardé l’autre partie pour justifier plus tard de ses droits maternels; une autre encore (probablement, quelque petite actrice) ne trouve rien de plus précieux à donner, pour la
- 3t>: 1 À ti\
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- Hôpital de Saint-Omer.
- BULLETIN DE DEPOT
- D'UN ENFANT EXPOSÉ.
- L’an mil huit cent r/uaï*^t&eœtj\cQ‘
- du mois de.
- huit cejit jfuaïenxL/eatjle
- heures di^
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- il a etc déposé dans le tour de l’Hôpital de St.-Oiner , uu enfant du sexe —
- âgé d'ltli4>»/ portant lessignes naturels suivants :
- ayant reçu le baptême aytu / son exposition sous les noms de
- y i mposés^ar'y^7 * il était vêtu de
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- '/.
- /L-'l/L yÙŸeJ y'/HueJ' é' f /Ze/ <*//____
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- Fait a Saint-Omer, te //
- Ancienne feuille d’admission d’enfant trouvé (1802). (Collection de Mme Landrin.)
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- reconnaissance de son enfant, que le programme sur satin rose d’une représentation du Pied de Mouton à Lyon, en 1810, où elle avait figuré! Des mères bressanes ont cousu aux maillots des pauvres petits, probablement légitimes, mais abandonnés par misère, les minuscules couronnes et bouquets artificiels dont les mariées de ce pays avaient coutume d’orner leur coiffe et leur corsage ; des Normandes ont fixé de même la cocarde de perles qui décora leur bonnet de mariage; beaucoup, par un sentiment de piété qui s’allie étrangement avec l’idée
- de l’abandon de leur enfant, ont attaché à son cou des médailles de sainteté ou des scapulaires.
- llélas ! les années sont passées ; l'oubli, la misère, la mort peut-être, ont empêché presque toujours ces espérances de se réaliser, et les signes de reconnaissance, inutiles, sont demeurés à tout jamais enfouis dans les archives des établissements hospitaliers !
- La Convention, dans un plan général d’organisation de l’Assistance, voulait que les fonds de secours centralisés par l’Etat et répartis ensuite proportionnellement à leurs besoins dans tous les départements, permissent d’assurer outre les services des enfants assistés, dont nous venons de parler, ceux des secours en travail pour les valides, secours à domicile pour les infirmes et les vieillards,
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- maisons de santé (hôpitaux) pour les malades sans domicile, les vieillards et les infirmes, secours pour les accidents imprévus. Une partie de ces mesures seulement put recevoir de suite un commencement d’exécution. Les autres ne furent réalisées que plus tard par les gouvernements ultérieurs.
- La période révolutionnaire, qui a si profondément influé sur l’organisation des établissements hospitaliers au point de vue du fonctionnement administratif et financier, ne semble avoir amené aucune modification intéressante dans le mode d’installation : les meubles, les ustensiles des hôpitaux sont restés les mêmes à peu près que par le passé. Ce n’est que bien plus tard que les progrès des sciences médicales imposèrent de larges réformes matérielles et qu’on comprit la nécessité de faire entrer partout l’air et la lumière; de supprimer ces tentures, véritables réceptacles des miasmes et des microbes, qui enfermaient tous les lits; de remplacer le bois des meubles et les poteries poreuses par le fer, le cristal, l’émail, la lave; d’arrondir les angles des salles et de revêtir les surfaces murales de matières aseptiques et facilement nettoyables.
- Les hospices pour infirmités spéciales, tels que celui des Jeunes Aveugles et celui des Sourds-Muets, déclarés-Institutions nationales en 1791, et mis à la charge de l’Etat, furent longtemps ballottés d’immeuble en immeuble et leur installation ne put être l’objet de soins plus sérieux.
- Transférés, en 1845, dans des constructions disposées spécialement à leur usage, les jeunes aveugles furent pourvus d’un matériel d’enseignement perfectionné. Depuis, ils ont été encore améliorés comme installation sous l’influence de directeurs et professeurs distingués, comme Barbier et Braille, qui imaginèrent de remplacer les caractères ordinaires en relief par des combinaisons de points saillants plus faciles à distinguer et à lire par palpation. Une bibliothèque de livres imprimés par cette méthode fut constituée.
- Les sourds-muets, eux, avaient trouvé un asile en 1793, rue Saint-Jacques, à l’ancien séminaire Saint-Magloire, et dès 1823, cet immeuble leur ayant été concédé définitivement, l’immeuble fut reconstruit et installé conformément aux besoins de l’école. Il fut organisé et agencé, pour apprendre aux enfants des professions manuelles leur permettant de subvenir plus tard à leur vie malgré leur infirmité, des ateliers de typographie, sculpture sur bois, menuiserie, cordonnerie. L’institution de Bordeaux fut plus lente à s’améliorer matériellement et n’a été installée réellement d’une manière conforme à ses besoins et à toutes les règles de l’hygiène qu’en 1863. D’abord consacrée aux sourds-muets des deux sexes, elle est, depuis 1859, réservée aux filles, exclues au contraire de l’établissement de Paris.
- Les aliénés, jusqu’à la fin du quinzième siècle, n’avaient pas d’asiles spéciaux, et leur sort était épouvantable. On les enfermait dans des cabanons obscurs, annexés aux bâtiments de certains hôpitaux ordinaires, enchaînés par les pieds au centre de leur cellule, sous prétexte de les empêcher de se blesser en heur-
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- tant les murs, souvent avec un carcan de fer au cou, nourris connue les pires criminels, couchés sur une poignée de paille, soumis aux plus abominables traitements. Notre cellule d’aliéné, qui vient de l’ancien hôpital de Blois où elle était établie au siècle dernier, en est un dernier vestige.
- En 1641, les Frères de la Charité avaient bien été chargés d’installer dans un hôpital, à Charenton, un service de traitement des aliénés, mais il était limité à quatorze lits, c’est-à-dire presque nul. Ce fut seulement en 1796 qu’on consacra
- Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa. [Tableau de Gros, an Musée du Loui're.)
- entièrement la maison de Charenton à la destination qu’elle a conservée et qu’on ordonna d’v prendre « toutes les dispositions nécessaires pour y établir un traitement complet pour la guérison de la folie ». Malheureusement le nombre de pensionnaires qu’elle pouvait recevoir était bien restreint, et les autres aliénés continuaient à être incarcérés dans les affreux cachots des hospices. En 1802, on consacra, outre Charenton, à des aliénées femmes une partie de l’Hôpital de la Salpêtrière; à des aliénés hommes des locaux au château de Bicêtre.
- Ce fut seulement au temps de Pinel, qui fut médecin en chef de Charenton, que la situation des aliénés changea complètement; grâce à ses généreux efforts et à sa persévérance, on renonça au système de coercition et d’intimidation seul employé jusqu’à lui. On leur retira -leurs chaînes, on les traita en malades, on
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- étudia et on tenta des méthodes curatives. L’installation des établissements spéciaux d’aliénés fit d’immenses progrès sous son impulsion et celles des éminents aliénistes formés à son école qui vinrent après lui, Esquirol, Georget, etc. Le quartier des hommes de l’hospice de Charenton fut reconstruit d’après leurs principes de 1838 à 1845; celui des femmes, quelques années après.
- Les progrès accomplis grâce à Pinel au commencement du dix-neuvième
- siècle dans les méthodes
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- Reconnoùietnce numé rctèe.
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- SECONDE SOCIÉTÉ.
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- de la Rente qui écherra à ladite Action . et participer aux Accroissemens qui auront lieu à mesure des extinctions qm survendront, jusqu'au maximum de trois mille livres de Reir* —
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- Titre d'action de la Caisse d’épargne Lafargue (1793}. (Collection de Mme Lnndrin.)
- de traitement ne se maintinrent, hélas! qu’eh partie, les anciens errements furent bientôt repris; les maisons de fous redevinrent des maisons de supplices; les appareils perfectionnés de bains, de douches, qu’on avait créés pour la cure, furent transformés en instruments de torture; et il fallut encore longtemps pour qu’on obtînt enfin l’adoption définitive dans IS ces établissements d’un régime plus humanitaire et plus rationnel.
- L’organisation des secours à domicile, commencée sous l’ancien régime par la création des Bureaux de charité, fut étendue et complétée par la Révolution qui, en 4796, reconstitua ces bu-
- reaux sous le nom de Bureaux de bienfaisance, qu’ils conservent encore; leur gestion fut confiée à des administrateurs (assistés de dames patronnesses et de visiteuses) nommés par les préfets, chargés de répartir des aumônes et des secours en nature aux pauvres et de leur faire donner des soins médicaux, à l’aide des crédits qui leur sont ouverts par les municipalités sur leurs budgets.
- Mentionnons aussi, parmi les institutions diverses créées successivement à
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- cette époque parles services d’assistance pour soulager les malheureux, les dépôts de mendicité, les maisons de secours, les asiles de vieillards, les asiles de convalescents, le service de médecine gratuite, etc. On autorisa aussi des essais de création de Caisses d'épargne et de bienfaisance.
- L’Assemblée nationale voulut régulariser l’institution des Ateliers de charité et les placer sous la surveillance des administrations départementales. En 1791, on organisa dans Paris des travaux de terrassements pour les hommes nécessiteux et des travaux de filature pour les femmes et les enfants. D’autres ateliers furent successivement ouverts dans toute la France. L’Empire recourut aux mêmes mesures en 1810, et la Royauté en 1817, 1830 et 1837, ainsi que la deuxième République en 1848 sous le nom d'Ateliers nationaux; malheureusement l’organisation de ces derniers laissait bien à désirer : l’embrigadement imprévoyant des hommes venus en masses de toutes les parties de la France, mal surveillés et laissés trop facilement aux suggestions pernicieuses du désœuvrement, eurent des conséquences graves auxquelles on ne pouvait remédier; ils furent fermés, après le rapport de M. de Falloux, et les tristes événements qui suivirent leur dissolution jetèrent sur l’institution elle-même, considérée comme mode d’assistance gouvernemental, un discrédit qui subsiste toujours. Cependant l’Administration a continué à recourir à ce système, à la suite des crises industrielles ou pendant les hivers exceptionnellement rigoureux, mais toujours sous une forme temporaire. C’est l’initiative privée qui assuma la tâche de donner à ce mode de secours une existence permanente et stable, en créant les œuvres d'Assistance par le travail qui rendent des services considérables et ne présentent pas les mêmes inconvénients que les anciens ateliers nationaux, parce qu’elles ne s’adressent qu’à un nombre limité de malheureux et ne provoquent pas d’agglomérations importantes.
- L’abolition des monopoles, en 1789, amena la disparition des monts-de-piété, considérés comme des institutions de banques favorisées au profit de spéculateurs privés, et les maisons libres de prêts sur gages se multiplièrent de toutes parts; inutile d’ajouter que les exploitations éhontées des pauvres, les iniques exigences et la mauvaise foi des prêteurs ne tardèrent pas à produire de tels scandales, qu’il fallut de nouveau chercher à y porter remède, et on ne trouva rien de mieux que de revenir à l’ancienne conception des monts-de-piété. Certains furent rétablis en 1797, et une loi de 1799 restreignit l’existence des maisons de prêts à celles spécialement autorisées par le gouvernement, puis ces mesures furent complétées en 1804 par une ordonnance fermant toutes les maisons privées et enfin en 1805 par un décret reconstituant tous les anciens monts-de-piété non encore réouverts. Plus tard, ils furent reconnus d’utilité publique, à la condition que les bénéfices de l’exploitation fussent attribués aux hôpitaux.
- Leur organisation fut modifiée à diverses reprises et l’intérêt fixé à 12 p. 100,
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- MONT DE PIÉTÉ,
- CIIEF-UIU, Rues de Paradis et des Blancs-Manteaux.
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- Montj^Piété, pour Nantissement J un F&£t
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- puis à 9,05 p. 100. Depuis longtemps, en effet, la plupart s’étaient écartés du principe même qui avait inspiré leur fondateur, en supprimant la gratuité des prêts et exigeant des emprunteurs un intérêt fort élevé en sus des frais et droits divers prélevés par les nombreux commissionnaires qui s’étaient installés peu à peu comme intermédiaires entre le public et les monts-de-piété. Seuls, les monts
- de-piété de Toulouse, Angers, Grenoble et Montpellier avaient continué à prêter sans intérêts ni bénéfices. On sait quelles réclamations souleva cette exploitation et qu’elles amenèrent les Chambres à supprimer les agences des commissionnaires, puis à établir une réglementation- nouvelle plus libérale. On tenta même de faire disparaître cette tourbe envahissante d’acheteurs de reconnaissances qui exploite cyniquement la misère des malheureux emprunteurs trop pauvres pour retirer leurs objets engagés, mais sans y réussir jusqu’ici.
- Pendant que les institutions de bienfaisance dirigées par l’Etat suivaient une marche progressive rapide, étendant de plus en plus leur action, la charité privée, de son côté, redoublait ses efforts et déployait une véritable ingéniosité pour venir le plus possible en aide aux malheureux en comblant les lacunes, hélas! trop nombreuses, laissées par l’Assistance officielle et en soulageant les misères que l’Administration n’a pas toujours, jusqu’ici, les moyens d’atteindre.
- Des philanthropes, dont le nom est une gloire pour la France, consacrèrent leur fortune, les uns à créer des prix pour les actes de dévouement, comme Montvon (qui avait déjà pendant l’émigration donné 5000 francs par an pour les soldats républicains prisonniers, 15000 francs pour les pauvres d’Auvergne, et en 1814 une
- ftenow'SÜsment Si*
- Les Effets ci-dessas ont été CDçagérpoar tra an. Le Dégagement nepour ra s'effectuer qu’eu rapportant 1a présente Reconnaissance, et en payant ta somme prêtée , ainsi que les droits du Mont de Piété, qui sont de un pour cent par chaque mois, du montant du Prit : le unois commencé se paie en entier, U droit d’enregisuxmcijy ifui eUuf ifw» demi pour crntt ojunl été supprime à tump-cet du iw jumtier 18:17. Faute de dégager daus le délai convenu, le Nantissement sera vendu dam le cours du treizième mou ; mais s’il ne l’était qu’a-près ce delai, ta. droite ne seront retenus, sur 1e produit de <a rente, que pour quatorze mois; et en cas d'avarie du Nantis-seincul, U sera paye au propriétaire, poor iudeuunté, le montant de â’évataitioa portée en la présente*
- Aux tenues de f Article 98 du Réglement général d’organisation du Mont de Piété, la présenté Reconnaissance n’est valable que pendant trois ans, à compter de si date: et apré» ce délai, le Boni appartiendra aux RospiccA.
- Les iWe^ux sont ouverts, sn-oirf«
- et, pour les Bc»ou*ei!cnens et Dé,
- 'nçu^-em-rni, depuis 9 heures dn matin jusqu’#» 4 heures de relevée; , depuis 9 heures du rnatm jusqu’à 1 heuree de relevée.
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- Reconnaissance du Mont-de-piété de Paris (1829). (Collection de Mme Landrin.)
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- rente de 15000 francs pour dégager du Mont-de-piété les effets des mères indigentes) ; les autres à fonder des maisons de retraite pour les vieux ouvriers, comme Brézin, etc.
- En 1818, deux hommes qui se servaient de l’influence d’une grande fortune pour propager toutes les idées utiles à leur pays, M. de la Rochefoucauld-Liancourt et M. Benjamin Belessert, présidèrent à la création d’une Caisse d’épargne et de prévoyance à Paris. Cet exemple fut suivi par Bordeaux, Metz, l’année suivante, puis par Rouen, Marseille, Nantes, Troyes, Brest, Le Havre, Lyon, et, vingt ans après, 270 fonctionnaient en France !
- En 1859, il y en avait 388. La loi de 1835 en fixa l’organisation et le fonctionnement.
- Des gens de bien imaginèrent d’organiser, en faveur des enfants, des asiles qui ont rendu tant de services qu’à présent on se demande comment on a pu rester si longtemps avant d’y songer, et à leur tête il faut citer Marbeau, qui eut le premier, en 1844, l’idée féconde des Crèches où on élève et garde les enfants jusqu’à trois ans, et se dévoua généreusement à la propagation de ces établissements qui ont sauvé l’existence de tant de petits malheureux et fait disparaître les abominables garderies libres.
- Les sociétés de bienfaisance anciennes, après avoir traversé l’époque révolutionnaire, prirent l’initiative de quelques créations dont le besoin était évident: la Société Philanthropique ouvrit les premiers dispensaires médicaux et les fourneaux économiques; la Société de Charité maternelle organisa les distributions de layettes et médicaments, aux mères et nouveau-nés pauvres. Ces sociétés virent rapidement se créer des associations charitables analogues complétant et étendant leur œuvre. Il se fonda en France 83 sociétés de charité maternelle distribuant chaque année environ un million de francs, dus à la
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- générosité privée et aux subventions de l’Etat, des départements et des municipalités, en secours aux femmes en couches mais aux catholiques seulement. Pour remédier à cette injuste inégalité et permettre aux femmes qui ne remplissaient pas les conditions religieuses ou civiles exigées des Charités maternelles de bénéficier, elles aussi, de l’aide dont elles avaient besoin, on fonda en 1835 l’Association des mères de famille et plus récemment la Société protectrice de l’enfance, la Société pour la propagation de l’allaitement maternel, la Mutualité maternelle, etc.
- Ce mouvement enfanta d’autres créations de bienfaisance basées également sur le principe de l’association des capitaux versés volontairement pour réaliser une idée charitable. De nombreuses sociétés se formèrent partout en France pour créer des asiles de femmes enceintes et de convalescents des deux sexes, des sanatoriums, des dispensaires, des ouvroirs, des vestiaires où on trouve gratuitement des vêtements; des distributions de lait stérilisé pour les jeunes enfants; des banques du pauvre consentant des prêts gratuits; des groupes s’occupant de patronner les adolescents sans famille, les jeunes filles sans place; des orphelinats et des apprentissages, des maisons de retraite ou de refuge et des asiles pour les vieillards, des caisses de loyer; des hospitalités de nuit; des fourneaux économiques; des sociétés s’occupant de faciliter les mariages civils, de procurer des emplois aux malheureux sans ressources et même aux libérés des prisons, de fournir des appareils orthopédiques aux mutilés, de donner l’enseignement et de trouver du travail aux sourds-muets, aux aveugles, aux incurables, etc.
- Nous nous arrêtons ici, car le peu que nous avons dit sur les progrès de l’Assistance publique et cette simple énumération des institutions d’assistance privée suffisent, sans que nous insistions davantage, pour donner une idée vraiment réconfortante, et dont notre pays peut être fier, de la grandeur et de l’importance des efforts réalisés en France par les gouvernements et l’initiative individuelle pour adoucir les souffrances des malheureux, pendant la dernière période centennale représentée dans notre Musée rétrospectif.
- Amélie LANDR1N.
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- Jetons des Commissaires des pauvres de la paroisse Saint-Sulpice (dix-huitième siècle . (Collection de M. H. Sarriau.)
- CATALOGUE ALPHABÉTIQUE
- DES EXPOSANTS
- D’Allemagne (Mmc Henri).
- Plats à quêter; bourses à quêter; aumônières; instruments pénitentiaires.
- Archives nationales.
- Empreintes de sceaux d’hospices, etc.
- Association Valentin Haüy.
- Portraits; autographes; instruments d’enseignement aux aveugles de Valenlin-Ilaüy; livres anciens d’enseignement aux aveugles, etc.
- Bach.
- Troncs portatifs; mortiers d’hôpitaux; plats à quêter; statue de saint Martin.
- Badin (Mme Marguerite).
- Chaperons et vêtements de Confréries de charité.
- Baudillier.
- Bourses à quêter.
- Bocquillot (Mrae Marie).
- Berceaux anciens ; biberons, etc.
- Bonnemère (Mme Eugène).
- Bourse à quêter.
- Buisson-Tardiveau (Mme).
- Bannières et ornements de Confréries de charité d'Eure-et-Loir.
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- Bureau de Bienfaisance de Blois.
- Cellule d’aliénés ancienne.
- Carlier (E.).
- Documents sur l’Assistance.
- Chevrier (Alexandre).
- Vases de pharmacie.
- Comédie-Française
- Quittances anciennes des droits des pauvres (dix-septième et dix-huitième siècles).
- Destriché (Mme Isabelle).
- Berceaux et meubles d’enfants.
- Durand (Roger).
- Documents et manuscrits sur les Charités.
- Durand (Mme Joséphine).
- Bonnets de baptême; anciens meubles et colliers d'enfants; bannière de Charité. Evêque du Mans.
- Documents sur l’Assistance.
- Ferré (Abbé).
- Tableau de 1760, représentant les Frères de la charité de Garancière; bannières et ornements de charité.
- Feuardent.
- Collection de médailles et jetons relatifs à l’Assistance.
- Filles de la Charité.
- Portraits de saint Vincent de Paul et de Mme Legras de Marillac.
- Filsjean.
- Bourse et troncs à quêter.
- Geoffroy (frères).
- Estampes relatives à l’Assistance.
- Gounelle (Abbé).
- Bourses; plats et troncs à quêter ; mortiers; ex-voto : panneaux peints.
- Gaudefroy (Mrae).
- Biberons; ustensiles d’hospice en étain; plat à quêter de Saint-Hubert.
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- Hartmann (Mme).
- Collection de 200 estampes et gravures relatives à l’Assistance. Hermneau (Abbé).
- Bâtons et cierges de Confréries de charité de Loii’-et-Cher.
- Hospice du Puv.
- Ancien carcan d’aliéné.
- Hotel-Dieu de Beaune.
- Tapisserie de lit ou courtine armoriée de l’IIôtel-Dieu, quinzième siècle; ustensiles anciens de l’infirmerie; plans et vue de l’Hôtel Dieu.
- Hotel-Dieu de Chartres.
- Chartes et documents ; collection de i5o vases de pharmacie ; meubles d’hôpital.
- IIuguet (Abbé).
- Bâton, vêtements et ornements de Confréries de charité.
- Lacoste (Mme).
- Six troncs à quêter ; instruments pénitentiaires ; hochets d’enfants.
- Lalande.
- Plat à quêter en étain.
- Landrin (Mme).
- Documents, gravures, jetons, vêtements, bonnets, biberons, meubles, objets anciens relatifs à l’Assistance.
- Landrin (Armand-Alexandre).
- Portraits et documents relatifs à Champion, dit le Pclil manteau bleu.
- Landrin (Pierre).
- Collection de cartes, médailles et documents relatifs aux Ateliers nationaux. Langlois (Abbé).
- Troncs, ustensiles, vêtements, documents provenant de Confréries de charité.
- Le Secq des Tournelles (Henri).
- Enseignes et ustensiles d’hôpital ; coquilles à quêter ; troncs à aumônes. Mieusement.
- Photographies d’anciens hospices.
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- Ménard (Abbé).
- Bourse à quêter de la Duchesse de Montmorency.
- Ministère de l’Intérieur.
- Documents sur l’Assistance et les Enfants trouvés ; manuscrits ; collection de meubles d’hospice ou d’élevage ; biberons ; emmaillotements ; vêtures ; bonnets de baptême, etc.
- Mont-de-Piété de Bordeaux.
- Imprimés et documents sur le Mont-de-Piété.
- Mont-de-Piété de Paris.
- Imprimés et documents sur le Mont-de-Piété ; portraits des fondateurs et directeurs, gravures.
- Musée de Chartres.
- Vêtements de Confréries de charité.
- Boger (Fernand).
- Meubles d’hôpital.
- Boger (Mlle).
- Baignoire d’hôpital du dix-huitième siècle.
- Roger (Léon).
- Ornements, draps mortuaires de Confréries de charité; statue de saint Martin, du quinzième siècle.
- Sain (Mmc).
- Plats à quêter.
- Saffroy.
- Documents et affiches relatifs à l’Assistance.
- Sebillot.
- Gravures relatives à l’Assistance.
- Syndicat de la Presse judiciaire.
- Série de dessins originaux de M. llenouard relatifs aux vagabonds, etc.
- Veuclin.
- Ornements, vêtements, et documents relatifs aux Confréries de charité.
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- TABLE DES MATIÈRES
- Introduction.................... .............................
- Le Musée rétrospectif de l’Assistance à l’Exposition.
- L’Assistance du premier au dixième siècle.....................
- L’Assistance au moyen âge.....................................
- L’Assistance au moyen âge (suite).............................
- L’Assistance pendant la Renaissance...........................
- L’Assistance aux dix-septième et dix-huitième siècles. . L’Assistance pendant la Révolution et le dix-neuvième siècle Liste des Exposants.........................................
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- 46
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- — IMPRIMERIE BELIN FRÈRES
- SAINT-CLOUD.
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