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Section française. Rapport du Groupe 37 [Décorations et mobiliers des édifices publics et des habitations]
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- ExFOSITIOH iHTERriïïTIOrmLE
- DE SfllHT-LoUIS 190^
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- MINISTÈRE DU COMMERCE, DE L’INDUSTRIE DES POSTES ET TÉLÉGRAPHES
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- EXPOSITION INTERNATIONALE
- DE
- SfllHT-LOUIS
- 190*1
- U.5 .R.
- SECTION FRANÇAISE
- RAPPORT
- DU
- GROUPE 37
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- M. Georges HOEHTSCHEL
- RAPPORTEUR
- PARIS
- COMITÉ FRRMÇRIS DES EXPOSXTXOMS fl L’ÉTRflHGER Bourse de Commerce, rue du Louvre
- IVl VER MOT. ÉDITEUR
- 1907
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- GROUPE 37
- Décoration et mobiliers des édifices publics et des habitations
- LISTE DES MEMBRES DE COMITÉ D’ADMISSION
- Président..........
- Vice-présidents. t.
- Secrétaire ........
- Ti ’èsorier.......
- Membi'es...........
- MM. Lucien Fontaine.
- Désiré Bloche.
- Georges Hoentschel. Louis Bigaux.
- Albert Gruchet.
- Louis Bergeotte.
- Félix Gatjdin.
- Philippe Monduit Fils. Georges Turck.
- La mission des membres du Comité d’admission du Groupe 37 a été des plus pénibles.
- Le défaut de renseignements préliminaires et l’attente, constamment ajournée des renseignements nécessaires pour étudier, exécuter et envoyer des travaux à Saint-Louis ont déçu beaucoup d’exposants,
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- dont une grande partie avaient déjà éprouvé des surprises lors de l’Exposition de Chicago.
- Un certain nombre d’industriels avaient également exposé aux Classes 38 et 44 et les membres du Comité d’admission ont dû accepter un Groupe d’exposants un peu divers pour mener à bonne fin leur travail.
- Après avoir demandé un emplacement d’environ 700 mètres et obtenu 477 mètres, nous nous sommes adressés à M. Bigaux, architecte, qui a tiré le meilleur parti possible pour relier en un très gracieux ensemble les exposants divers dont voici la liste :
- MM. Ausseur et Hipp, menuiserie et parquets.
- Louis Bergeotte, fer forgé.
- Louis Bigaux, décoration murale.
- Désiré Bloche, statuaire.
- Emile Bouillard, photographie et dessin.
- Achille-Louis Busson, fer forgé.
- Léonce Chauvet, panneaux décoratifs.
- Albert Cruchet, décorateur sculpteur.
- Adrien Duthoit, décoration murale.
- Mme d’ETiOLLES, peinture d’art.
- MM. Georges Farcy, photographies.
- Fontaine, serrurerie d’art.
- C. Fournier, doreur décorateur.
- Emile Galle, décorateur.
- Mlle Henry, aquarelles.
- MM. Georges Hoentschel, décorateur.
- Lemeyre, décorateur.
- Lecœur, menuiserie d’art.
- Paul Lefebvre, décorateur sculpteur.
- Sins, dessins.
- Turck, menuiserie d’art.
- Georges Vinant, photographie.
- Le groupement de ces exposants montre combien a été difficile la formation d’une Classe avec des éléments si différents.
- Le Groupe 37 était situé dans le Palais des Arts libéraux, en plein centre de ce Palais ; il avait une sortie masquée par la porte
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- monumentale, exécutée par M. Cruchet sur la Classe 43 et appuyée sur Ja Classe 44 avec, en bordure, une des grandes allées latérales.
- L’aménagement de cette Classe si dissemblable et si restreint fait grand honneur à M. Bigaux, qui en a étudié les plans et décidé les tons harmonieux et de très bon goût.
- Le milieu de la salle était occupé par une très jolie vitrine de style moderne dessinée par M. Edme Conty pour le Musée des Arts décoratifs et que l’Administration de celui-ci avait bien voulu lui prêter. Dans cette vitrine, M. Fontaine avait exposé une série de bronzes artistiques adaptés pour ornementations pratiques d’appartements ; elle comprenait des verrous, crémones, serrures, etc., d’un très joli effet.
- A droite et à gauche étaient deux salons ouverts de trois cotés ; l’un pris par M. Besson, où le maître ferronnier avait réuni de très jolies créations en fer forgé ; l’autre où M. Fournier exposait un charmant boudoir inspiré de l’époque Louis XV, mais seulement inspiré, car aucune des lignes n’était empruntée à cette époque, la recherche seule y faisait penser, le tout modelé spécialement ; la peinture traitée dans le goût de Pilment ou de Le Prince en complétait l’ensemble gracieux.
- Sur une des grandes faces se trouvaient de beaux envois de fer forgé de M. Bergeotte, et en façade une très jolie salle à manger en chêne ciré exposée par M. Turck, de Lille.
- L’ensemble de cette salle à manger était réellement imposant par la conception toute nouvelle de ses lignes harmonieuses et la recherche dans ses ornements d’une création toute spéciale et très nouvelle ; c’était un joli effort, dans ce qu’on est convenu d’appeler l’art nouveau, sans toutefois pour cela tomber dans l’exagération des lignes volontairement déformées.
- De l’autre côté, se faisant pendants, l’Exposition de M. Lecoeur et celle de M. Bigaux. La première faite simplement d’une porte style moderne, d’une grande richesse de goût et d’exécution parfaite. Cette porte, dessinée avec une recherche raffinée par M. Bigaux, avait été exposée déjà en 1900.
- M. Bigaux exposait un petit projet de cheminée avec son lambris d’une simplicité déconcertante pour le vulgaire, mais d’un raffinement de goût des plus sûrs.
- J’ai parlé plus haut de la Porte monumentale qu’avait exécutée très rapidement M. Cruchet, spécialement pour la baie de cette
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- Classe, s’inspirant en cela des siècles derniers, de gracieuses cariatides supportant de forts écussons.
- Le reste de cette Classe était, comme je l’ai dit, assez disparate. Il comprenait des photographies, des dessins et des projets, tous d’une recherche intéressante et complétant heureusement l’ensemble.
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- DESCRIPTION DE L’EXPOSITION
- Il m’est très difficile d’établir une comparaison entre l’Exposition de la Classe 37 de la France et celles de l’Étranger, surtout à celle de l’Allemagne, car lorsque notre Classe comporte 22 exposants, la même, en Allemagne, en compte 334 ; cela tient à ce que nos Classes ont été divisées en d’autres Groupes d’abord, et qu’ensuite, il faut le reconnaître, l’effort de l’Allemagne a été très puissant en cette circonstance où son intérêt l’y guidait, étant donné l’importance de la colonie allemande habitant Saint-Louis ; l’Exposition de l’Allemagne a été des plus intéressantes et représentait un travail considérable.
- De jugement sur la Section française, il n’en sera pas de meilleur et de plus consolant que de penser au plaisir éprouvé en revenant dans les Sections de l’art décoratif français, après avoir longuement visité les salles innombrables dues à un grand effort certainement, mais peu récompensées par le goût.
- Je n’entrerai pas dans les détails de ces Expositions qui, quoique différentes, se ressemblent toutes comme ensemble, c’est la même main qui guide le crayon, le même cerveau qui conçoit les lignes pondérées, lourdes, décisives et qui, quelquefois, arrivent à un assez joli ensemble par la force imposante des volumes.
- Le grand hall d’entrée de cette Exposition, où l’orfèvrerie figurait dans de grandes vitrines en cuivre bien présentées, ne manquait certes pas de grandeur et avait une allure assez imposante ; le reste des décorations de ces pièces nous semblerait à nous dans de trop grandes proportions, mais vues dans le cadre de la gigantesque Exposition, elles ne faisaient qu’y gagner.
- Une des attractions les plus intéressante s de le Section française
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- était certainement l’érection du Pavillon national, inspiré du Grand Trianon et qui était d’un effet des plus gracieux.
- L’intérieur était en tout digne de l’ensemble ; la collaboration d’artistes les plus distingués et l’effort si justement récompensé de la Manufacture de Sèvres, aidaient à l’harmonie de cet ensemble incomparable.
- ETATS-UNIS
- La composition du Groupe 37 aux États-Unis était pour ainsi dire nulle au point de vue Arts décoratifs ; assimilés à notre Classe et sous ce titre, on avait groupé des industries diverses telles que : marbres, cuivres, parquets, etc..., correspondant plutôt à d’autres Class es.
- Les seules maisons avant exposé des ensembles présentaient des travaux ayant surtout rapport à des installations de bars, maisons de banques et autres. C’était de la menuiserie d’industrie sans prétention artistique.
- Une seule maison très importante à New-York, Baumgarten et C°, avait présenté une suite de salons inspirés du goût français, et dont la plupart des menuiseries, bois et fournitures, provenaient de France.
- Il ne faudrait cependant pas s’y tromper ; les États-Unis prétendent établir sous peu une concurrence victorieuse à nos industries artistiques et il conviendrait de ne pas prendre l’abstention que nous signalons ici pour une capitulation, c’est seulement l’effet d’une période de préparation. Sans doute, l’art français conservera encore ses droits et sa prépondérance pour quelques années, mais si la préparation américaine demeure latente, ne nous dissimulons pas qu’elle existe. La preuve en est qu’une industrie essentiellement française, glorieusement nationale, celle de la soierie, est depuis quelques années directement battue en brèche et très fortement menacée.
- Cette menace n’intéresse encore que relativement dans la soierie, celle qui nous touche plus particulièrement, la soierie d’appartement, mais le courant est formé : depuis 1890 la fabrication américaine,
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- qui était alors de 55 %, a plus que doublé ; les ouvriers qui se sont formés, les artistes instruits à nos écoles, documentés d’après nos méthodes, ayant appris le goût d’après nos meilleurs modèles, apporteront sur le sol américain une adaptation plus ou moins adroite de nos formules décoratives, ils les transformeront selon le goût américain, et quaiid cette lente, silencieuse mais sûre adaptation sera un fait accompli, les Etats-Unis deviendront pour nous un marché fermé. Avisons.
- AUTRICHE
- L’Exposition autrichienne était très savamment présentée, en ce sens que tous les efforts des collaborateurs de ce Groupe s’étaient réunis pour présenter leurs œuvres dans leur Pavillon national dont l’aménagement, les recherches dans l’art moderne et la grande préoccupation de faire nouveau, avaient atteint un but des plus appréciables. On remarquait l’unité de goût qui avait présidé à l’ensemble de cette installation et où chaque artiste avait déployé son talent dans l’intérêt général. La simplicité des lignes et la recherche dans les harmonies apportaient des appoints des plus heureux ; chacune des installations était surtout une manifestation de goût simplement rendue.
- Parmi les œuvres les plus dignes de remarque, même dans les ouvrages plus particulièrement usuels, nous pouvons citer la cheminée à gaz due au professeur Rudolf IIammel pour le dessin, et à M. Hardt-muth, de Vienne, pour l’exécution ; de même qu’au nombre des ouvrages de luxe, nous dirons la grâce de composition des cols de dentelles composés par le professeur Hedlick, qui ont un charme tout particulier ; une collection de verreries modernes dues au professeur Kotira était également tout à fait remarquable.
- Examinant plus minutieusement ces recherches, on pourrait peut-être craindre un peu de pauvreté dans l’exécution et trouver un caractère de courte durée pour des pièces destinées à vivre longtemps.
- Le reste des exposants de ce pays n’apportait rieli de nouveau et
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- n’était en somme que la répétition de ce que nous axons vu depuis des années.
- Cependant l’effort de l’Autriche dans le sens de l’art décoratif est des plus intéressants à suivre. Formé de nationalités si différentes, de l’élément allemand à l’élément slave, sans oublier l’élément polonais et l’élément tchèque, ce pays riche et productif où la vie industrielle et la vie agricole fleurissent avec une égale intensité, semble vouloir donner dans ses manifestations une impression d’opulence simultanément par Funion des industries de luxe, des innombrables souvenirs artistiques puisés aux meilleures sources de ses collections et de ses musées si riches en chefs-d’œuvre, et des éléments naturels empruntés aux moissons luxuriantes de ses champs et aux bois somptueux de ses forêts.
- Mais si les manifestations artistiques sont nombreuses ici, si elles présentent un caractère particulier bien adapté à la vie facile et aux voluptueux des classes dirigeantes auxquelles elles s’adressent plus particulièrement, comme à leur clientèle naturelle, si en même temps elles ne perdent jamais le caractère de beauté que nous estimons nécessaire, c’est qu’elles sont établies sur les bases solides d’un enseignement peut-être encore perfectible, mais qui ne laisse pas que de posséder, et cela depuis des années déjà, une organisation scolaire et professionnelle comme aucun pays au monde, à l’exception de l’Allemagne peut-être, n’en possède. Nous avons personnellement de ce côté beaucoup à apprendre et à prendre. Si, d’une part, dans les écoles du pays dont nous parlons, la nature est l’objet de l’étude la plus constante et la plus étendue, d’autre part, les œuvres anciennes, depuis l’antique jusqu’aux dernières œuvres de Fart en Europe à la tin du xviiF siècle, sont pour les élèves des écoles des motifs à une incessante et inépuisable documentation. En outre, ici, l’association pour les industries d’art favorise largement le mouvement de rénovation artistique: un grand nombre de sociétés ont été créées comprenant les chefs des grandes et petites maisons industrielles, des dessinateurs et des architectes qui établissent entre eux des relations constantes, se tiennent mutuellement au courant de tous les procédés nouveaux de la marche en recul ou en progrès de la concurrence étrangère et, enfin, assurent aux élèves des écoles d’une part, de l’autre aux industries l’écoulement de leur production. Les Musées, ne se renferment pas comme les nôtres dans un égoïsme farouche et dans une hostilité boudeuse qui découragent les ouvriers d’art; ils ont innové au contraire le système du prêt à domicile des œuvres
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- artistiques nécessaires aux dessinateurs ou aux industriels ; modèles en nature, dessins, photographies, ouvrages et moulages, tout est à la disposition de chacun, et c’est ainsi que des grands centres d’art la beauté rayonne sur le pays tout entier.
- BELGIQUE
- Nous devons constater que l’effort des artistes décorateurs qui ont exposé dans cette Classe tout en étant très appréciable, a péché par le goût et les harmonies.
- Aucune manifestation nouvelle à part celle d’une maison dont je ne citerai pas le nom et qui s’est complètement trompée dans l’ensemble qu’elle avait exposé. Cette maison nous avait habitués à des choses meilleures.
- Le restant des exposants dans cette Classe était composé d’industriels ayant exposé des travaux de fer ordinaires et des travaux de parquetage de tout premier ordre comme goût et comme fini d’exécution.
- Il est surprenant que la Belgique n’ait pas affirmé ici un effort plus considérable, puisque c’est la Belgique, qui, il y a quelques années, a donné à la plupart des pays européens — l’Angleterre exceptée peut-être, et qui a su rester fidèle à ses traditions — le signal de renouvellement de l’art décoratif d’abord salutaire, mais qui, par un entraînement à l’imitation servile, est devenu tout à fait néfaste.
- Cependant il serait injuste, s’il est vrai qu’aucune manifestation nouvelle ne s’est produite, de passer sous silence quelques maisons déjà anciennes qui, pour n’avoir pas fait de grands efforts dans une voie originale, n’en ont pas moins continué à tenir honorablement la place que leurs services antérieurs leqr avaient acquises.
- Telle est la maison Vilmotte, qui persévère dans les bronzes d’art à représenter particulièrement bien l’industrie artistique liégeoise, comme la maison Tanto frères, de Bruxelles, dans l’industrie des armes qui, quoique ne concernant pas spécialement le Groupe dont
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- nous sommes chargé, a pourtant montré quelques damasquinures et sculptures sur bois pour les crosses de fusils de chasse, véritables armes d’art. Il y aurait également un manque d’équité regrettable à ne pas nommer MM. Guillon et Silas qui, remontant aux traditions jadis si florissantes de la tapisserie des Flandres, exposent des tapis flamands et des tapisseries à la main où tout n’est pas au même point satisfaisant, mais où il y a des spécimens tout à fait remarquables, tels que ceux adaptés aux meubles dans le salon si élégamment décoré du Pavillon royal de Belgique.
- MM. Biermans et Léonard n’étaient pas non plus sans se faire particulièrement distinguer par leur Exposition d’impressions et de papiers peints, quoique les dessins nous en aient paru généralement un peu forts de proportions, critique qui s’accorde sans doute mieux avec le peu d’élévation de nos appartements parisiens, en comparaison avec celles des hauts appartements bruxellois.
- Mais où l’oubli serait flagrant et particulièrement impardonnable, c’est à passer sous silence le groupe des dentelles appliquées à l’ameublement. L’industrie de la dentelle, célèbre dans maintes parties de la Belgique, a trouvé depuis quelques années dans l’application décorative une voie nouvelle, et rideaux, stores, tentures, ont bénéficié de ce nouvel apport de beauté. La Belgique, après l’industrie parisienne, ne laisse pas de tenir le premier rang dans cette industrie essentiellement artistique.
- Il faut regretter que beaucoup d’autres branches de la décoration fixe des édifices et des appartements soient aussi insuffisamment représentées ici, comme nous avons pris soin de l’indiquer plus haut, et ce regret se double quand on sait de quelles surprenantes œuvres d’art sont capables nos voisins belges, principalement dans la sculpture de bois appliquée au meuble, la marqueterie, la ferronnerie, les vitraux et la céramique.
- Un pays, d’ailleurs, où la vie intime a une aussi grande intensité, un pays où les rigueurs du climat resserrent la famille autour du foyer pendant de longs mois, ne peut faire autrement que de voir la décoration appelée à embellir ce foyer prendre un développement de plus en plus considérable, et le peu d’empressement de l’industrie artistique belge à répondre à l’invitation des organisateurs de l’Exposition ne signifie pas certainement que l’activité artistique décorative subisse en Belgique un temps d’arrêt, il y a à ce sentiment d’indifférence plusieurs ordres économiques que les limites étroites d’un rapport tel que l’est celui-ci ne nous permettent pas de signaler.
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- BRÉSIL. — BULGARIE. — CHINE. — MEXIQUE. NOUVELLE-ZÉLANDE. — PORTUGAL,
- Ces pays, sous le couvert de la Classe 37, avaient exposé chacun quelques menus objets sans aucune importance.
- JAPON
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- Si, oubliant Les efforts faits en Europe, nous nous transportons au Japon pour juger ceux que ce pays a faits et ce qu’il nous a présenté à cette Exposition, nous nous trouvons merveilleusement surpris des qualités admirables que ce peuple est en train de reconquérir en s’inspirant des belles traditions du passé.
- Quelques pièces présentées par ses quatre exposants étaient remarquables par la délicatesse des lignes, l’harmonie de leurs tons et les recherches précieuses dans leur raffinement.
- 11 serait à souhaiter que des décorateurs européens s’inspirent de ces recherches en les appropriant à nos besoins.
- Rappelons d’abord que c’est la vingt-septième Exposition à laquelle le Japon participe depuis celle de Vienne.
- Mais jamais cette nation débordante d’activité n’avait demandé et occupé un emplacement aussi considérable. Dans les Classes les plus diverses, le Japon a été représenté dans chacune d’elles. Si parfois les produits exposés ont été discutés, du moins le goût qui avait présidé à son organisation a fait l’admiration générale ; depuis, les remarquables progrès accomplis parle Japon en ces dernières années dans toutes les voies industrielles ont émerveillé et, dans une certaine mesure, inquiété les concurrents.
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- Nous nous bornerons à prendre pour exemple quelques-uns des produits artistiques les plus éminemment représentatifs : tels entre autres les tapisseries. L’art de la broderie fut en honneur dès la plus lointaine antiquité chez les Japonais, mais celui de la tapisserie, du moins telle que nous la comprenions en Europe au beau temps des tapisseries de Bruxelles, d’Arras ou de Paris, puis relativement plus près de nous à la grande époque des Beauvais et des Gobelins, ne fut jamais pratiqué en Extrême-Orient. Ici, nous avons pu voir que les tapisseries de Kawashima étaient spécialement remarquables ; c’est un art tout nouveau au Japon et en quelques années arrivé à la perfection. Rien dans aucun pays, si ce n’est naturellement nos Gobelins qui demeurent infiniment supérieurs, ne saurait être comparé à ce merveilleux travail. Les chefs-d’œuvre les plus parfaits de l’ancienne peinture japonaise ont d’abord servi de modèles pour l’exécution et on ne peut que féliciter le Japon d’avoir eu le bon goût de conserver ainsi les traditions de composition et de couleur, qui sont la gloire de l’art japonais.
- La décoration intérieure des appartements n’a pas présenté moins d’intérêt et c’est encore la même marque de fabrique Kawashima qui tenait ici la première place, avec un pavillon décoré selon les formules du style national. Les principaux motifs décoratifs avaient été demandés aux revêtements d’un des plus célèbres temples de Kioto, la ville essentiellement artistique du Japon, et les éléments de la construction étaient tous empruntés sans exception au pays lui-même.
- Où il convient de se montrer plus réservé, c’est sur l’accueil à faire au mobilier qui garnissait ces appartements. Et l’on serait surpris du peu de goût qui a présidé à sa composition, si on ne voulait bien se rappeler que le meuble, tel du moins que nous le comprenons dans tout l’Occident, était jusqu’à ces dernières années un objet totalement inconnu au Japon où une chaise, un fauteuil, une table, n’ont jamais existé, les Japonais s’asseyant sur le sol couvert de nattes et de coussins et ne se servant en guise de tables que de légers plateaux de laque légèrement surélevés de manière à être plus à portée de la main.
- Les traditions faisant donc complètement défaut de ce côté-là, les industriels qui ont essayé d’implanter chez leurs compatriotes l’usage de notre mobilier n’ont pu que s’inspirer de nos modèles et de nos idées, et de tenter de les transformer à leur usage ; l’adaptation a donné des résultats déplorables. Sans doute, la fabrication demeure, comme elle l’est toujours au Japon, irréprochable tant le soin de
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- l’artisan y est méticuleux, mais le modèle français japonisé donne un ensemble dont on ne saurait trop blâmer l’incohérence. Il est indispensable, si les industriels japonais veulent continuer dans cette voie, qu’ils oublient de regarder ce que nous avons fait, même aux meilleures époques, pour revenir exclusivement à leurs traditions nationales, et puisque les modèles manquent, interpréter ces traditions de manière à en tirer des meubles qui ne cessent pas d’être, dans le sens artistique, de leur propre race et non l’accouplement bâtard de deux styles dont la conciliation est impossible. Le Japon le comprendra rapidement et donnera sans tarder de ce côté comme de tant d’autres, des preuves de son merveilleux talent d’assimilation ; le Japon n’est pas pour rien l’Empire du soleil levant.
- ITALIE
- La plus pauvre des Expositions ; c’est la suite du manque de goût qui préside à toutes les Expositions que nous voyons depuis quelques années, et n’offre aucun intérêt pour la reproduction.
- Gomment un pays qui a un passé artistique si merveilleux que celui de la Grèce peut seul lui être comparé, a-t-il pu en arriver à ce degré de déchéance? Simplement par l’oubli de ses traditions. Il convient de dire que la situation nouvelle créée par la réalisation de l’unité italienne n’a pas été pour servir les intérêts de l’Art. Si, au point de vue politique, elle a eu les résultats heureux que nous constatons déjà, et qui, par la suite, nous n’en doutons pas, continueront de se réaliser, elle fut plutôt néfaste au point de vue artistique, en enlevant à chaque ville une certaine part de son autonomie et la confiance que la cité italienne, qu’elle fut Florence, Sienne, Pérouse ou n’importe quelle autre agglomération d’éléments essentiellement vivants, avait dans les ressources de son génie propre. Cette confiance, chaque ville de l’Italie unifiée la possède encore, mais où trouver des raisons de préparer, d’élaborer lentement et ardemment son avenir? C’est sur son passé que les yeux de ses artistes demeurent obstinément fixés. Entourés de chefs-d’œuvre, ils s’ingénient à
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- mettre en valeur ce passé, sans doute plus glorieux qu’aucun autre, mais qui a le défaut d’être mort. La vie est absente de la production artistique italienne.
- Cependant, dans les reproductions de l’ancien exécutées sinon avec tout le goût désirable, du moins avec une incontestable conscience, il y aurait à citer dans l’industrie artistique de l’orfèvrerie et de l’émail la maison Bernasconi, de Milan, de Angelis dont les copies d’art pompeux sont l’honneur de Naples, comme celles de M. Aniglis, dans l’art de la Renaissance, sont celui de Florence. Les camées sont restés en Italie une industrie florissante, le joaillier De Caro représente ainsi l’art napolitain, comme l’art si vénitien de la dentelle triomphe par la maison Jesurum. Les marbres et leur travail, consciencieux jusqu’à l’effet, sont également l’orgueil de l’art italien. Les maisons Andréini, de Florence ; Barsanti, Bitta, de Lucques ; Lazza-rini, de Cannes, Royini, de Bolterra, y sont au premier rang, la maison Barsanti a même exposé une reproduction d’une table pompéienne en marbre absolument réussie. Nous ne saurions manquer non plus de citer les mosaïques. On sait l’adresse extraordinaire que les ouvriers mosaïstes modernes de ce pays ont hérité de leurs prédécesseurs du xvii0 siècle et de la Renaissance, qui eux-mêmes en tenaient la tradition des maîtres de Ravenne, de St-Marc de Venise, des Sien-nois et des Siciliens de Monréal et de la Chapelle-Palatine. La maison Salvéati, de Venise, continue à présenter les plus beaux spécimens de cette industrie, de même que MM. Cacciaponte, de Naples, Molaroni, de Pesaro ; Priori, de Crémone ; Vivante, de Murano et Signa, de Florence, exposant des terres cuites, des céramiques et des majoliques, sans doute trop servilement copiées de l’ancien, mais qui ont au moins le mérite d’être d’une exactitude parfaite et d’un prix abordable qui, à défaut des originaux, met la copie à la portée de tous.
- Dans l’industrie des meubles, nous ne saurions citer que la maison Vittoris Ferrari, de Milan, pour ses imitations de l’antique et de rares tentatives sur l’art moderne. La rénovation de l’art décoratif s’impose à l’Italie, si elle désire marcher au niveau des autres nations européennes ; nous ne doutons pas qu'elle ne tarde à le comprendre et que cet admirable pays, où une renaissance, depuis dix ans, s’est produite dans la littérature avec des auteurs comme d’ANNONZio, Braga et Mme Mathilde Seræo ; dans la musique avec des compositeurs tels que Giordano, Puccini et Massagni; dans la science avec Marconi et son admirable invention de la télégraphie sans fil,
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- DESCRIPTION DE L EXPOSITION
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- ne retrouve parmi des travaux de ces artistes de quoi se placer au premier rang des producteurs artistiques épris d’originale beauté.
- HONGRIE
- Les résultats obtenus par les exposants de ce Groupe étaient très appréciables et sans avoir à juger du goût qui avait présidé à cet effort, on pouvait reconnaître la progression obtenue depuis quelques années.
- C’est ainsi que nous ne saurions passer sous silence les émaux exposés par M. Bachrurch, de Budapest, non plus que les bronzes d’art de M. Harasitz, de la même ville. Ceux dus à M. Kissling, sur-
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- tout en ce qui regarde quelques très beaux modèles de bronzes d’éclairage, étaient particulièrement remarquables.
- Cne industrie singulièrement intéressante en Hongrie, et on ne s’en étonnera pas en réfléchissant combien elle y a de tradition ancienne, c’est l’industrie du cuir appliquée à la décoration des appartements, meubles ou revêtements. Les cuirs d’art de M. Bel-mont, de Vezprem, et ceux de M. Fishof, de Budapest, les premiers sur des dessins dus à la main extraordinairement experte en ce genre de travail de M. Sandor Nagy, sont des plus remarquables.
- Dans la partie de la peinture décorative, nous n’avons à signaler que les frises et les panneaux de M. Kurrel qui ornaient le pavillon de l’Exposition hongroise, mais pour ce qui concerne le mobilier et la décoration d’appartements, nous nous en voudrions de ne pas arrêter l’attention sur la chambre d’enfant exposée par MM. Lindner, Mano, de Budapest, d’après la composition de MUo Marixka Undy, qui est d’une grâce absolument charmante et essentiellement personnelle à cette délicate artiste. Le mobilier de MM. Schmidt Miska, de Budapest, était d’un Louis XVI auquel un Français trouverait beaucoup à redire, mais qui semblait répondre parfaitement aux exigences de l’esprit hongrois. M. Simni Lajos exposait également un meuble qui nous a paru être digne d’intérêt ; l’ensemble pourtant, présentait également une lourdeur qui n’est guère compatible avec
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- la conception plutôt frêle que nous avons de l’ameublement dans le style féminin de la fin du xvine siècle. 11 est vrai qü’il fut toujours, même à l’origine, interprété plus lourdement en Allemagne ; nous n’avons pas à nous prononcer, c’est affaire de goût.
- GRANDE-BRETAGNE
- Aucun effort n’avait été fait de ce côté dans notre Classe et, sauf deux installations dont nous parlerons plus bas, personne, en gens pratiques, n’avait participé à cette manifestation.
- L’une des deux installations remarquées était l’aménagement du Palais Royal emprunté à la reproduction de différentes pièces de Hampton-Court. Ce sont là, malheureusement, des pièces tristes et sans aucun intérêt de ligne et d’harmonie et qui, déplacées et mises dans un autre milieu que celui brumeux de l’Angleterre, ne gagnent pas à être vues. L’art y est tout à fait étranger.
- La seconde installation remarquée, représentait la seule maison de commerce qui ait exposé, la maison Warring et Gillow qui avait fait un grand effort de... déplacement; on ne voyait dans cette manifestation que le souci de faire des affaires et d’étaler là plutôt une carte d’échantillons de choses faites et refaites depuis longtemps. On pouvait malgré cela rencontrer dans la quantité, des reproductions de chambres entièrement en harmonie de bois comme ce peuple nous avait habitués à en voir il y a quelques années. Malheureusement cela n’a pas continué.
- Et cependant dès 1835, à la suite du rapport déposé au Parlement par les grands représentants des industries nationales inquiets de la qualité de leur production artistique, un mouvement avait commencé, qui prit à la suite de l’Exposition de Paris 1855 et surtout de celle de 1867, une importance considérable. L’Angleterre, n’admettant pas qu’elle put être jugée inférieure et demeurer en arrière dans n’importe quelle voie ouverte à l’activité humaine, décida d’avoir dans le délai le plus rapide que les circonstances le lui permettraient, un art et une industrie essentiellement nationaux. Mais
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- se jugeant en même temps incapable d’accomplir elle-même l’effort nécessaire à la rénovation qu’elle désirait, elle rejeta toute vulgaire considération de vanité et demanda aux peuples qui étaient encore en possession d’une tradition, de l’aider à renouer le fil de celles que, depuis plus de cent ans, sa négligence coupable avait laissé rompre. Elle ouvrit des enquêtes à l’extérieur comme à l’intérieur, il n’y en eut pas moins de quatre de 1835 à 1880, enquêtes qui ne se perdirent pas en de vagues considérations, mais aboutirent à des rapports précis et circonstanciés à la suite desquels il se produisit, en quelques années, une transformation radicale de l’art industriel sur toute la surface de l’empire britannique, transformation basée sur l’admirable principe établi par Ruskin « il convient de répandre le goût de l’art dans les foules, non afin que chaque ouvrier accomplisse sans goût le métier d'un artiste, mais afin qu’il fasse son art, son métier d’ouvrier ».
- Cette rénovation, lentement préparée mais indiscutablement obtenue, a donné pendant vingt-cinq ans, des résultats indéniables dont nous avons pu facilement nous rendre ^ compte, non au cours de nos Expositions successives, car depuis 1878 où elle avait triomphé, l’Angleterre, comme elle vient de le faire à l’Exposition dont il est question ici, s’est tenue volontairement à l’écart, mais par la constatation de ce simple fait qui s’impose, que l'importation en France des meubles, ouvrages de bois, étoffes, verres, cristaux et métaux, provenant d’Angleterre et ayant un caractère artistique, augmenta dans une proportion décevante pour notre amour-propre national, tandis que notre exportation des mêmes produits d’art diminuait d’autant.
- Sans doute, et heureusement pour nous, selon que nous le constatons ici, ce mouvement semble s’être progressivement arrêté, le goût du public français, parait s’être peu à peu détourné de l’importation anglaise, principalement en ce qui concerne le meuble et l’étoffe. 11 n’en est pas moins vrai que nos industries d’art ont, du fait de l’activité anglaise, couru quelque temps un réel danger. Cette activité, si nous en jugeons par l’abstention de l’Angleterre à l’Exposition de Saint-Louis, s’est sensiblement ralentie et ce doit nous être une raison de redoubler la nôtre afin d’ouvrir plus larges à notre art si riche de tout son passé, si plein de promesses d’avenir, les voies dans lesquelles, pour le plus grand intérêt de notre pays, il a le devoir de marcher.
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- ALLEMAGNE
- On peut dire que tous les efforts faits dans ce pays au point de vue des arts étaient portés dans cette Classe et ils furent considérables.
- Sous l’instigation d’Écoles spéciales émanant des principales villes de ce pays, et dirigée chacune par des artistes choisis particulièrement, ces efforts et recherches sont venus se grouper pour produire cet ensemble imposant.
- Sans entrer dans les détails, nous jugerons l’ensemble correspondant à la même idée et issu du même cerveau sans originalité, mais avec puissance, trop raisonné et manque absolu de délicatesse.
- Ce sont des ensembles imposants qui donnent des sensations de lourdeur et d’ennui. Parfois ce qui constituerait des défauts pour notre race prend ici des qualités et donne d’heureux résultats. Ces installations sont faites d'ordinaire pour représenter des pièces servant à la méditation et au travail, telles que pièces de musique et librairies, mais on n’y trouve ni la sérénité de certains intérieurs, ni le confortable d’autres.
- Il convient de consacrer d’abord quelques lignes à la description du pavillon allemand à l’Exposition ; ce pavillon qui ressort du domaine fragile des architectures élevées souvent à grands frais pour ne durer que quelques mois, va disparaître et nous manquerions à toute équité en ne fixant pas le souvenir des qualités de somptuosité et de grandeur qu’il présentait, caractéristiques de la plupart des constructions allemandes, fussent-elles transitoires.
- Le Pavillon allemand était construit sur une hauteur. Il avait une façade imposante divisée par un avant-corps relié à deux arrière-plans et couronnée par une coupole élevée. Il avait trois étages, percé de hautes fenêtres et inspiré du style corinthien. Des groupes harmonieux l’ornaient, dus au professeur Christian Behrens, de Bres-lau ; quelques parties, tels les chapiteaux étaient des copies de l’ancien : telles autres, les balustrades étaient des originaux. La toiture s’inspirait d’un souvenir de Charlottenbourg et la coupole ou-
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- yrait de larges baies par lesquelles apparaissaient des cloches dont la voix s’entendait de toutes les parties de l’Exposition, deux fois par jour. La façade de la coupole portait un haut cartouche aux armes de Prusse avec les initiales du Grand Frédéric (F. R., en opposition avec notre R. F. national) et la devise Nex soli cedit ; la coupole elle-même était surmontée d’une grande figure dorée symbolisant le génie de la Paix; elle tournait à tous les vents, ce qui n’était pas sans quelque ironie. La couleur sombre du monument et l’ingénieuse patrice de la toiture accentuaient le caractère historique du monument, autour duquel les arbustes et les verdures donnaient une idée intéressante de Fart horticole tel qu’il est compris en Allemagne. En entrant, on se trouvait dans une pièce circulaire supportée par des colonnes et qui reproduisait le vestibule du château de Charlotten-bourg. Les portes à panneaux de glace et les parois à panneaux de marbre prenaient et renvoyaient la lumière ; une pièce adjacente servait de salle de correspondance et de lecture aux membres de la presse germanique. En reprenant la visite par le centre on entrait dans une grande salle copiée également^sur une de celles du château précité, divisée par de hauts pilastres de pierre ou de stuc ; ornée de vues des principales villes d’Allemagne et des bustes des grands hommes des différentes provinces de l’Empire. D’autres pièces élégamment décorées recevaient les membres de la commission impériale. Un escalier, reproduction de celui si célèbre du même château, conduisait aux salles supérieures ; la décoration générale en stuc était directement moulée sur l’original, et le plafond était une adroite copie qui achevait parfaitement l’illusion. La grande salie centrale présentait le grand caractère adopté par la civilisation prussienne lorsqu’elle tenta de s’assimiler notre art français au siècle de Voltaire et de Mine de Pompadour. De là si l’on passait dans la salle voisine, on se trouvait au milieu de panneaux de Gobelins exécutés à Rerlin même, en 1695, pour célébrer les victoires du grand électeur, panneaux qui sont la propriété personnelle de l’Empereur actuel. Après cette pièce somptueuse dénommée salle des Gobelins, il serait fastidieux d’insister sur la richesse des autres pièces, telles que la salle de Rran-debourg, tendue de velours rouge, et la galerie de chêne également caractéristique de l’art allemand, ornée de portraits dont quelques-uns étaient de très grande valeur.
- Si nous avons autant insisté sur la somptuosité du Pavillon allemand, c’est dans le désir de montrer quel effort tout à fait extraordinaire avait été fait sous l’impulsion impériale, pour que l’art aussi
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- bien que l’industrie germaniques fussent représentés ici axec un faste et un éclat qui donneraient de la patrie allemande une irrésistible impression de grandeur.
- Mais cette grandeur n’est jamais séparée en Allemagne du caractère utilitaire qui est le fond même du caractère allemand. Aussi la Section allemande d’éducation artistique est-elle loin d’être à dédaigner et nous apportera-t-elle les plus puissants éléments d’information sur la marche des idées concernant l’art décoratif, tel qu’il est compris chez nos voisins de l’Est, et fortement secondé par les subventions des villes autant que par l’aide impérial qui ne lui est pas ménagée en aucune de ses manifestations. Ne prenons qu’un exemple, celui d’une Exposition organisée par l’école d’éducation pour les artisans de quelque grand-duché comme celui de Bade ou de Carls-ruhe, nous y verrons que les travaux, les dessins, les projets exposés indiquent les incessants efforts tant des élèves que des directeurs même de ces institutions, où toutes les branches de l’art industriel sont simultanément l’objet des études les plus attentives. Le bienfaisant effet d’institutions telles que celles-là s’est déjà fait sentir sur la production des industries d’art en Allemagne, elles ne peuvent qu’élever encore le niveau intellectuel de la masse des ouvriers allemands.
- Maintenant que semble s’être arrêté, comme nous le disons plus haut en parlant de la Section anglaise, le grand effort de rénovation artistique tenté par l’Angleterre il y a vingt ans, c’est l’Allemagne qui se trouve être le concurrent le plus redoutable de notre pays dans le domaine des industries d’art. La colonisation de plus en plus étendue lui permet d'espérer, pour l’écoulement de ses produits, une expansion qui l’autorise à essayer de renouveler ses méthodes d’enseignement et ses procédés d’industrie. C’est depuis 1881, lors de la création du musée d’art industriel de Berlin, que cette tendance s’est manifestée pour la première fois et que la parole impériale proclama les prochaines victoires allemandes sur le terrain artistique et industriel.
- La préparation de la lutte pour l’organisation des industries d’art fut lente et méthodique : elle s’inaugura par la création d’écoles et de musées qui s’ouvrirent dans les principaux centres où une expansion artistique pouvait avoir quelque raison d’être et comprit, dès l’origine, l’installation de 59 écoles générales et de 50 écoles d’art spéciales pour l’industrie près des villes ou dans les régions diversement spécialisées. On pourvut tous les centres industriels d’établis-
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- sements d’instruction technique en même temps qu’artistiques, s’attachant à garder dans les moindres agglomérations et jusqu’au fond des campagnes des usines ou simplement des ateliers, de manière à ce que les frais de fonctionnement fussent réduits au minimum, tout en leur procurant par l’échange de vues et de modèles l’instruction et l’éducation professionnelles les plus étendues. Les sociétés pour le développement des industries d’art prirent la tête de ce mouvement, multipliant les centres industriels, développant renseignement, formant ainsi des mutualités puissantes qui, en quelques années, parvinrent à relever le niveau des capacités, non seulement parmi les ouvriers mais concurremment parmi les contremaîtres et chefs d’industrie entraînés dans le mouvement. C’est plus particulièrement par la création de musées, la participation des industries aux Expositions régionales ou internationales et les concours périodiquement institués, que ces sociétés ont obtenu ces résultats sur lesquels les statistiques exposées dans la partie allemande réservée à l’instruction publique et aux beaux-arts nous donnent ici, par des graphiques ingénieux, les renseignements les plus instructifs.
- Sans doute, les résultats ne paraîtront pas uniformément satisfaisants ; bien des ameublements incommodes, lourds et disgracieux, bien des bijoux affectés de prétention, bien des étoffes aux harmonies désaccordées choqueront la délicatesse de nos sentiments artistiques, mais comment ne pas admirer, contribuant à la décoration murale, l’application de la fontaine de marbre du professeur Bielsch, sculpteur à Carlsruhe ; la chambre de travail de la maison Kimbel et Friederichsen, de Berlin ; les mosaïques religieuses, heureusement inspirées de celles de Bavenne, du professeur Detken, exécutées par la maison Puhl et Wagner, également de Berlin ; le grand lustre électrique présenté par Auguste Laubich, de Magdebourg : la chambre d’un amateur d’art de Curt Stoving, la chambre d’enfants et la salle à manger d’Arno Koerning et d’ANTON Huber. Sans doute la salle de réception de l’architecte Obbriech, de Berlin, semblera bien raide et bien nue à nos yeux particulièrement épris de la mollesse infléchie des lignes courbes, mais l’appartement d’un collectionneur du professeur Cari Hoffacker, de Carlsruhe, est d’une disposition infiniment bien adaptée à son usage ; de même que, dans un style tout différent, le boudoir de satin jaune d’A. Biberfeld, de Berlin, est tout à fait séduisant. Certes les meubles, dans leur généralité, affectent une rigidité d’apparence qui en accentue la froideur et présentent une incommodité d’usage véritablement excessif, mais
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- il serait injuste de ne pas accorder un éloge au mobilier dans le style Marie-Louise de Praechtel, de Berlin, et au grand paravent de cuir patiné de G. Hulbe, de Hambourg, qui sont d’une exécution irréprochable.
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- CONCLUSIONS
- Dans un rapport présenté au Parlement en 1884 sur la nécessité pour l’industrie française d’une réorganisation complète de l’enseignement technique et professionnel, M. Eugène Luiller s’exprimait ainsi :
- « Toutes les dispositions sont unanimes sur la nécessité de cette réorganisation générale : de grands efforts ont été faits pour dire toute la vérité ; ces efforts ne comptent pour rien à côté de ceux qui restent à faire. L’initiative des chefs d’industrie est très louable, celle des syndicats ne l’est pas moins et le développement attendu de ses institutions salutaires permet d’espérer que les œuvres d’enseignement professionnel, bien loin d’être abandonnées et de péricliter seront encouragées, soutenues, développées, perfectionnées, mise à la hauteur de tous les besoins de notre industrie contemporaine. Mais cela ne suffit pas. L’intervention de l’État est ici nécessaire autant que légitime. Les Chambres ont pour devoir strict d’organiser cet enseignement technique indispensable et dont les bienfaits seront appréciables. Il n’y a point de sacrifices trop grands pour un si grand objet. »
- Ce que disait ce rapport de 1884 est resté rigoureusement exact encore à l’heure actuelle. Sans aucun doute depuis 1884 nos industries d’art ont accompli des progrès considérables ; au lieu de nous trouver en arrière comme nous l’étions à cette époque et comme nous étions menacés d’y rester, nous avons regagné le temps perdu et nous sommes depuis des années déjà — l’Exposition de 1900, celles de nos salons annuels par leurs sections d’art décoratif l’ont prouvé surabondamment — à la hauteur de nos concurrents les plus actifs.
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- Cependant il ne faudrait pas s’illusionner, l’augmentation sûre et progressive de l’importation des produits des industries artistiques étrangères continue et, d’autre part, dans les centres industriels départementaux jadis si florissants, on ale regret de déplorer la décadence et quelquefois la complète disparition des industries artistiques autrefois en plein état de production, et par lesquelles nos vieilles provinces françaises avaient vécu et s’étaient souvent acquis un renom universellement répandu. C’est ainsi que la bijouterie, l’ébé-nisterie, les dentelles, les broderies, les étoffes précieuses, la céramique ont de bien des endroits de production, totalement disparu ou v ont perdu de leur importance et de leur beauté. Cela est infiniment regrettable, et il est de toute nécessité, si grands progrès que nous ayons accomplis en ces dernières années, de veiller à cet incessant danger. * *
- Certes, lorsque nous nous ingénions à reproduire des œuvres soignées, leur beauté laisse bien loin en arrière celle des produits de nos concurrents, mais le Président de la Chambre de Commerce de Lyon le faisait remarquer avec raison, le jour où la fabrication par les canuts de la Croix-Rousse d’un beau lampas, d’un velours ciselé ou d’un drap d’or deviendra une curiosité historique entretenue coûteusement par l’Etat, comme celles des Gobelins, Lyon ne sera plus que le centre banal d’une industrie découronnée. Il faudrait donc se garder de n’avoir en vue qu’une production sans doute supérieure, mais si coûteuse qu’elle risquerait de ne plus répondre qu’à des besoins relativement restreints, puisqu’elle ne s’adresserait plus qu’à des fortunes exceptionnelles. Ce serait là une grave erreur, un principe absolument contraire, en outre, au régime démocratique et social qui a fait depuis trente ans la grandeur de notre pays.
- Un autre danger, en outre, apparaît: L’imitation de l’art étranger. Il a envahi notre art national et l’atteint gravement dans ses forces vives ; après avoir connu l’imitation de l’art anglais, voici actuellement que notre bel art français vit sur l’imitation de l’art belge et de l’art allemand ; il est temps que nous réagissions contre ces errements et que, laissant à l’étranger ce qui lui appartient, ce qu’il a avec raison puisé dans son propre fonds national, pour notre part, nous fassions de même et que nous ne prenions qu’à nos sources nationales, l’inspiration que nous attendons.
- C’est ainsi, c’est par la réforme de notre enseignement artistique déplorablement organisé, par l’étude incessante de notre passé glorieux et de la nature inépuisable qui nous entoure, par la restaura-
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- tion parfois de procédés anciens, par la découverte, s’il se peut faire, de procédés nouveaux, par une décentralisation intelligente, par la haute direction de nos écoles d’Art demandée à des délégations des Chambres de Commerce, des.associations corporatives, des Chambres syndicales patronales et ouvrières, que nous ne tarderons pas à atteindre les résultats de nos efforts dans une rénovation de nos industries artistiques et à obtenir à nouveau la suprématie, sur tous les autres, de notre art français.
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- TABLE DES MATIÈRES
- Liste des membres du Comité d’Admission............................... 5
- Description de l’Exposition.......................................... 9
- Etats-Unis.................................................. 1.0
- Autriche.................................................... 11
- Belgique .................................................... 13
- Brésil, Bulgarie, Chine, Mexique, Nouvelle-Zélande,
- Portugal........................*..................... 15
- Japon........................................................ 15
- Italie....................................................... 17
- Hongrie...................................................... 19
- Grande Bretagne............................................. 20
- Allemagne................................................... 22
- Conclusions.......................................................... 27
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