- Accueil
- > Catalogue général
- > Exposition universelle. 1904. Saint Louis - Section française. Rapport du Groupe 56 [Fils ...
Section française. Rapport du Groupe 56 [Fils et tissus de laine]
-
-
- p.n.n. - vue 1/175
-
-
-
- Vüju eitj.. i+
- MINISTÈRE DU COMMERCE, DE L’IMDUSTRIE DES POSTES ET TÉLÉGRAPHES
- EXPOSITION INTERNATIONALE
- DE
- SflinT-LOUIS us,
- 190^
- sECTion FR/mçmsE
- RAPPORT
- DU
- /#-------
- 'f: r. V\
- Zi. "V Sr/
- GROUPE 56
- ils. i!i jk •ÎK- Vv 7~
- Paul masse,
- VICE-PRÉSIDEMT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE D’AMIEHS.
- j FRMCISQUE bohmier*,
- MEMBRE DE LA CHAMBRE DE COMMERCE DE VIEMHE,
- CONSEILLER DU COMMERCE EXTÉRIEUR.
- RAPPORTEURS
- PARIS
- COMITÉ FRAHCAIS DES EXFOSITIOIIS fl L’ÉTRAHGER Bourse de Commerce, pue du Louvre
- ^•VERMOT, éditeur
- 1905
- Page de titre n.n. - vue 2/175
-
-
-
- p.n.n. - vue 3/175
-
-
-
- a 6 a a Ü11MH k IMMUilMMlHilMUlilM
- iüi ëïISSEj Sierra farasi Sierra ,c?n?K[p] LsizejeI ' nt ysr ^
- ffffffffjjffT¥lTTTTT¥TWTTWWTr¥TJJTfTTfJTTTTTTf
- PREMIÈRE PARTIE
- JURY DU GROUPE 56
- Le Groupe 56 comprenait 137 exposants se répartissant comme suit :
- L y compris les 28 établissements de
- Etats-Unis. . . . 43 LAmerican Woolen Company réu-
- nis en collectivité.
- France . 35 j y compris les exposants des collectivités de Roubaix et d’Elbeuf.
- Belgique. . . . . . . 8 Nicaragua 1
- Portugal. . . . . . . 14 Chine l
- Italie ... 2 Japon 5
- Bulgarie. . . . ... 3 Nouvelle-Zélande. . 1
- Mexique . . . . ... 20 Brésil 4
- La première réunion des jurés eut lieu le 1er septembre 1904 et les Bureaux furent constitués aussitôt.
- Les fonctions de président et de vice-président ayant été attribuées diplomatiquement, suivant accord entre la direction de l’Exposition et MM. les Commissaires généraux étrangers, M. Jones, américain, fut désigné comme président des Jurys des Groupes 51,52, 54,55 et 56 réunis sous le nom de Jury Vil, et M. Mali, beige, comme vice-président du Jury du Groupe 56.
- p.5 - vue 4/175
-
-
-
- 6
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- Le Jury de ce Groupe se trouva ainsi composé :
- Président : M. R. Jones, américain.
- Vice-président : M. Mali, belge, consul général de Belgique à New-York.
- Secrétaire : M. G.-M. Black, américain.
- Jurés : MM. W. France, directeur de l’école textile de Philadelphie; M. J.-R. Frank, secrétaire du Jury Vil, américain; b ,-D. Byrne, S. Dix, James Maccoll, américains; Francisque Bonnier, Paul Masse, français; Fong, chinois.
- L’Exposition du Groupe 56, quoique un peu éparse puisqu’elle était installée partie dans le Palais des Manufactures, partie dans le Palais des Industries variées, partie dans divers autres Palais ou pavillons nationaux, était pourtant concentrée surtout dans le Palais des Manufactures.
- 1
- p.6 - vue 5/175
-
-
-
- SECTIONS ÉTRANGÈRES
- N ou velle-Zélande
- L’Exposition de la Nouvelle-Zélande était située dans le Palais de l’Agriculture et comprenait un seul exposant :
- La Compagnie Mosgiel, d’Otago, dont les produits, couvertures et articles pour robes, dénotaient une fabrication encore primitive.
- Chine
- La Chine n’avait aussi qu’une seule Exposition placée dans la partie nord-est du Palais des Arts libéraux: : l’Exposition du Gouvernement impérial, comprenant des feutres pour tapis et chaussures. Rien d’intéressant à signaler.
- Japon
- Le Japon avait 5 exposants installés dans le Palais des Manufactures :
- Les maisons Horikawa Shinzaruro, de Kioto,
- Ogihara Kunizo, de Tokio-Fu,
- Tanioka Kintaro, également de Tokio-Fu, enfin I’Association des teinturiers, de Kioto et celle des peintres sur mousseline d’Osaka.
- Ces Expositions avaient des vitrines communes avec les Expositions de soieries et de cotonnades. Elles étaient heureusement situées et très bien éclairées. Bien que composées exclusivement de mousselines imprimées à la main et malgré leur peu d’importance, elles étaient intéressantes par la variété des tissus dont quelques dessins étaient vraiment artistiques.
- p.7 - vue 6/175
-
-
-
- EXPOSITION BE SAINT-LOUIS
- S.-
- Nicaragua
- L’exposant du Nicaragua était installé dans son pavillon national. C’était la maison Borjas Emeteria, de Léon, qui avait exposé des casi-mirs unis et façonnés, ainsi que des casimirs mélangés soie, mais de fabrication plutôt rudimentaire.
- Brésil
- Les exposants du Brésil, également installés dans leur pavillon national, étaient au nombre de 4 :
- La maison Feira, de Sant-Anna, Com. M. de Bahia (exposition de cordes en poils) ;
- La C° Fiacao e Tecidos Porto Alegrense, de Rio Grande du Sud (exposition de couvertures);
- La C° Italo-Brésilienne ;
- Et la C° Uniao Fabril, également de Rio Grande du Sud, qui toutes deux avaient exposé des lainages divers.
- Bulgarie
- L’Exposition bulgare, située dans le Palais des Industries variées, comprenait 3 exposants :
- La maison Beroff, de Gabrovo (draps divers pour vêtements) ;
- Boyadjieff, de Sliven (mêmes articles que la précédente) ;
- Et enfin la maison Kirkeselian frères, de Plodvic (exposition de fils de laine).
- Les produits exposés, comme ceux de la Nouvelle-Zélande, dénotaient une fabrication peu développée.
- Italie
- L’industrie italienne avait 2 représentants installés dans le Palais des Manufactures :
- Les maisons Cépolla Félice et Fils, de Chieti (fils de laine) et del Brun Giacomo, de Schio (Vicenza) (couvertures et lainages).
- Les articles exposés par ces deux maisons étaient de qualité plutôt ordinaire et ne témoignaient certainement pas des progrès réels que l’industrie italienne a cependant accomplis ces dernières années.
- p.8 - vue 7/175
-
-
-
- SECTIONS ÉTRANGÈRES
- 9
- Portugal
- Les exposants portugais du Groupe 56 étaient disséminés dans leur Section nationale au Palais des Manufactures. Ils comprenaient les maisons suivantes :
- Alcada et Filho, de Covilha. —Draps pour hommes. Médaille d’argent, Paris 1900.
- Balthasar Grégoria, de Covilha. — Châles.
- Bicho Mauvel Ferreira, de Covilha. — Draps pour hommes.
- Catalao Jéronymo N ave, de Covilha. — Draps pour hommes.
- Carp Boze et Comta, de Lisbonne. — Articles pour robes tout laine et mélangés soie. Médaille d’argent, Paris 1900.
- Corréa, José Christovao, de Covilha. — Draps et châles.
- Dias Januario et Irmao, de Covilha. — Draps pour hommes.
- Estrella et C°, de Lisbonne. — Couvertures et châles.
- Moraes, Amandio de et Irmao, de Covilha. — Flanelles.
- Ranito et Mesquita, de Covilha. — Draps pour hommes.
- Ratto Francisco Fernandez, de Covilha. — Draps pour hommes.
- Serra Eduardo Candido et Irmao, de Covilha. — Draps pour hommes.
- Antonio Aunes de Souza et Filhos, de Covilha. — Draps pour hommes. Médaille de bronze, Paris 1900.
- Tavares A. Paiva, de Covilha. — Draps pour hommes.
- D’une façon générale, les tissus exposés démontraient que l’industrie lainière portugaise a fait depuis 1900 de sensibles progrès. A cette époque, elle comprenait 100,000 broches de filature, et 2,500 métiers ; ces chiffres ont légèrement augmenté.
- Mexique
- L’Exposition mexicaine installée dans quatre vitrines isolées, au Palais des Manufactures, groupait 20 exposants :
- Arellano y Cya Alrerto, de Mexico. — Rubans de laine.
- Ayuntamiento, de Chiautla. — Couvertures.
- Cornu Pedro, d’Aguascalientes. — Casimirs, flanelles. Médaille de bronze, Paris 1900.
- Duron Reyes, d’Aguascalientes. — Casimirs.
- Encarnacion Maria Atoyatempan, de Puebla. — Couvertures.
- Fabrica « La Constancia », de Durango. — Casimirs, châles et couvertures.
- Fabrica « La Primavera », de Zacatecas. — Couvertures.
- p.9 - vue 8/175
-
-
-
- 10
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- Garcia (Martin), de Tulancingo. — Couvertures.
- Goriano del Estudo, de Tlaxcala. — Couvertures.
- Gonzales Diego Cholula, de Puebla. — Casimirs.
- Junta Local de Exposition, de Puebla. — Couvertures.
- Léon, Eugenia Viuda de Emery, d’Aguascalientes. — Couvertures.
- Moreno, Pedro Chilapa, de Puebla. — Châles.
- Muriedan Felipe, de San-Luis-de-Potosi. — Casimirs, châles et couvertures.
- Présidente Municipal de Mixtla, de Puebla. — Couvertures.
- Rueda Florencia, Cholula, de Puebla. — Casimirs.
- Stiker Valentin, d’Aguascalientes — Casimirs.
- Luisa de Teresa Vinda de Pelaez, d’Hidalgo deljParral. — Casimirs.
- La Farrica de Tejidos de Lanas (fabrique de tissus rde laine), de San lldefonso, à Mexico. — Casimirs, couvertures, draperies.
- Cette dernière maison qui avait obtenu une médaille d’or à l’Exposition de 1900, est une entreprise très importante pour la fabrication des flanelles, couvertures, tapis, tissus foulés et peignés. Elle occupe 5,000 ouvriers. Son Exposition vraiment intéressante, ainsi que celles de ses compatriotes démontraient que l’industrie lainière de ce pays a pris un sérieux développement en ces dernières années, et qu’elle pourra bientôt suffire aux besoins de la consommation mexicaine.
- Belgique
- L’Exposition belge groupait 8 exposants installés dans le Palais des Manufactures :
- L. et J. Garot, de Verviers. — Draperies et articles pour dames.
- La Société anonyme « La Lainière <» de Verviers. — Fils peignés, tissus tricotés.
- J. et J. Petit, de Verviers. — Fils cardés.
- La Société anonyme « Le Mérinos », de Neffe-Dinant. — Laine peignée, mousseline, étoffes légères, mérinos, etc...
- La Société Robert Ramlot et Cie, de Termonde. — Etoffes de poils, pures et mélangées, couvertures. — Médaille d’argent, Paris 1900.
- Voos J.-J., de Verviers, spécialité de draps militaires, feutres en laine ou poils.
- Peltzer et fils, de Verviers. — Draps de laine peignée et cardée, fils peignés, articles pour robes, étoffes en laine non foulées ou légèrement foulées, tricots, etc...
- p.10 - vue 9/175
-
-
-
- 11
- SECTIONS ÉTRANGÈRES
- La maison Peltzer et fils a été fondée en 1785, par Jean Henri Peltzer. Ses établissements sont situés à Yerviers, Andrimont et Renomprez, occupant une superficie de plusieurs hectares. Elle possède, en outre, un comptoir de vente à Bruxelles, un comptoir d’achats de laines à Buenos-Avres et une filature de laine peignée en Russie, à Czenstockowa. Les usines occupent environ 3,000 ouvriers. La force motrice est produite par % machines à vapeur développant une force de plus de 4,000 chevaux. La quantité de laine manipulée atteint annuellement le chiffre de 10 millions de kilos. La filature compte 70.000 broches à filer ou à retordre, produisant annuellement 3 millions de kilos de fils de laine peignée et cardée. Le tissage comprend 400 métiers mécaniques produisant plus de 30,000 pièces d’étoffes.
- Cette firme a introduit en Belgique l’industrie de la filature de laine peignée, ce qui lui valut l’honneur de se voir décerner le prix Gouvey, institué pour récompenser toute entreprise qui implante une nouvelle industrie en Belgique.
- MM. Peltzer et fils ont créé en faveur de leurs ouvriers une caisse de secours et de retraites basée sur les principes de la mutualité.
- Les établissements sont aujourd’hui dirigés par MM. Edouard, Paul et Georges Peltzer.
- Cette maison avait obtenu le Grand prix à l’Exposition de Paris 1900.
- Ivan Simonis, de Yerviers. — Exposition comportant des fils et tissus de laine cardée et peignée, des articles pour dames, des draps amazone, des draps pour administration, etc.
- La maison Ivan Simonis a été fondée en 1680. Ses établissements, situés à Yerviers et aux Surdents (Stembert), occupent une superficie d’environ 5 hectares. Cette firme possède un comptoir de vente à Bruxelles, et un autre à Leipzig (Allemagne). Elle occupe 1,500 ouvriers. La force motrice est produite par 3 machines à vapeur développant une force de 1,500 chevaux. La quantité de laine manipulée chaque année est d’environ 10 millions de kilos, dont plus de 8 millions sont absorbés par la maison elle-même.
- La maison Simonis possède 50,000 broches à filer et à retordre, produisant annuellement plusieurs millions de kilos de fils de laine peignée et cardée. Elle dispose de l’installation la plus complète : lavoir de laine, carbonisage, peignage, filature de laine cardée, tissage, teinture et apprêts. Le tissage comprend 500 métiers mécaniques produisant plus de 35,000 pièces par an.
- La maison a créé en faveur de son personnel tout un réseau d’œu-
- p.11 - vue 10/175
-
-
-
- 12
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- vres d’assistance et de prévoyance : caisse de secours en cas de maladie et d’accidents, caisse de retraites, dispensaire médical, orphelinat, patronage.
- Les établissements Ivan Simonis sont aujourd’hui dirigés par MM. Louis et Alfred'Simonis. Ce dernier est vice-président du Sénat de Belgique. Ces Messieurs ont, récemment, apporté dans leur fabrication des perfectionnements importants qui placent leur maison au rang des premières entreprises lainières du monde.
- Ainsi que nous aurons l’occasion de le revoir plus loin, à propos du marché des Etats-Unis, la maison Simonis a fondé, en 1899, avec M. Auguste Lepoutre, de Roubaix, à Woonsocket, dans le Rhode-Island, la Lafayettte Worsted C°, au capital de 1,500,000 francs, création qui fait honneur à l’esprit d’initiative de notre compatriote M. Lepoutre et de la maison Simonis.
- Etats-Unis
- La Section des Etats-Unis pour le Groupe 56 était magnifiquement située dans une galerie centrale du Palais des Manufactures. Elle se composait de vitrines séparées, très bien décorées et d’untrinstallation parfaite.
- Nous devons signaler avant toutes les autres, les Expositions de I’American Woolen. Company, installée dans un pavillon spécial, et des Arlington Mills, auxquelles le Jury n’a pas hésité à décerner le Grand prix.
- L’American Woolen Company constitue la plus vaste entreprise du monde pour l’industrie lainière. Son siège social est à Boston. Elle a été constituée en 1899, au capital de 50 millions de dollars, soit plus de 250 millions de francs. Elle comprend 28 établissements distincts répartis dans la Nouvelle-Angleterre et le New-York. Ces 28 établissements représentent 147 constructions séparées avec une surface de plancher de cinquante hectares.
- L’American Woolen Company possède un outillage total de 606 assortiments de cardes, 210 peigneuses, 463,370 broches, 7,000 métiers mécaniques. En quatre ans elle a consacré 30 millions au perfectionnement et à l’augmentation de cet outillage. Elle fabrique des draps cardés et peignés pour vêtements. Sa collection comprend chaque année 60,000 articles ou genres différents. Ses draps pour uniformes ont été pris comme types par le Gouvernement fédéral.
- p.12 - vue 11/175
-
-
-
- SECTIONS ÉTRANGÈRES
- 13
- Le trésorier et le chef effectif de la Compagnie est M. William Wood. Le président du Conseil d’administration est M. Frédéric Ayer de Lowell.
- Les Arlington Mills de Lawrence (Massachusetts) sont une association actuellement au capital de 15 millions. Elles forment 12 à 15 constructions représentant une surface de plancher de plus de 16 hectares.
- La Société des Arlington Mills a une filature de coton de 114 cardes, 114 peigneuses, 62,600 broches, et occupant 800 ouvriers.
- Son outillage lainier comporte 120 cardes, 82 peigneuses, 1,300 métiers mécaniques, 43,500 broches. Cet outillage avec celui de la teinture occupe 3,500 ouvriers.
- Les établissements Arlington fabriquent à peu près tous les genres d’étoffes peignées pour costumes de dames et d’enfants, articles unis ou nouveautés, à damiers, rayures ou autres dessins, teints en pièces en laine ou en tops.
- Ils fabriquent des serges tout laine, des cachemires chaîne coton, des alpagas unis et mohairs, des articles armurés avec effets Jacquard, ainsi que les étoffes les plus variées pour doublures de vêtement. Ils ont un représentant en Europe qui visite les grands centres de la mode et les tient ainsi au courant des dernières créations des dessinateurs étrangers et des goûts nouveaux de la consommation. Ils fabriquent, en outre, pour la vente aux tisseurs et fabricants, indépendamment des fils de coton, des fils peignés pour draps d’hommes, pour le tricot et la bonneterie (fils unis ou fantaisie, deux bouts, retors et jaspés, fils de mohair et d’alpaga écrus ou teints, et fils pour franges). Us fabriquent aussi des fils peignés mérinos obtenus par un mélange de laine peignée et de coton peigné. Ces fils demandés surtout dans la fabrication du tricot où ils ont sur les fils tout laine l’avantage de diminuer le retrait des tissus au lavage, permettent d’obtenir, dans tous les genres, d’une façon économique, des tissus solides à l’aspect brillant et flatteur.
- Enfin, une autre partie des produits des Arlington Mills consiste en tops de peigné faits de presque toutes les laines du monde. Nous verrons plus loin comment cette fabrique de tops annexée en 1896 aux établissements Arlington, a facilité le développement de l’industrie américaine de la laine peignée.
- Le président de la Société des Arlington Mills est M. William
- p.13 - vue 12/175
-
-
-
- 14
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- Whitman, de Boston, et le trésorier M. Franklin W. Ilobbs. Les Arlington Mills ont des agents de vente à Boston, New-York, Baltimore, Chicago et Saint-Louis.
- Les autres exposants de la Section américaine étaient :
- Les Ballardvale Mills, de Ballardvale (Massachusetts). — Fabrique de belles flanelles blanches, 15 assortiments de cardes, 140 métiers, 10,000 broches, apprêts. Agents de vente à New-York et à Boston.
- Les Charlottesvile Woolen Mills, de Charlottesvile (Virginie). — Fabrique d’articles pour uniformes et habillements militaires. Fournit tous les collèges des Etats-Unis. Capital 1,500,000 francs. 5 assortiments de cardes, 29 métiers, 2,100 broches.
- Chase L.-C. et C°, de Boston, mohairs et peluches pour ameublements, robes.
- La Cocheco Woolen Manufacturing Company, de Rochester (New-Hampshire). Capital 750,000 francs. — Fabrique de draps grande largeur, meltons, casimirs, etc.., 18 assortiments de cardes, 122 métiers, 8,280 broches. Occupe 270 personnes. Agents de vente à New-York et à Boston.
- La Gonic Manufacturing Company, de Gonic (New-Hampshire). Capital 500,000 francs. — Fabrique les étoffes pour robes, 12 assortiments de cardes, 102 métiers, 6,000 broches, teinture et apprêts. Occupe 200 ouvriers. Agents de vente à New-York et à Boston.
- Ces deux compagnies ont pour trésorier M. Benjamin Phipps, de Boston.
- Harding Whitman et C°, de Boston, avaient exposé des étoffes peignées pour robes, des fils et des tops de peigné. Cette maison qui a des succursales à New-York, Philadelphie, Baltimore, Chicago et Saint-Louis, est l’agent de vente des Arlington Mills de Lawrence, de la Eddystone Manufacturing C° de Eddystone (Pensylvanie), des Whitman Mills et des Manomet Mills de New-Bedford (Massachusetts).
- La Navajo Indian Blanket Stores Company, de Denver (Colorado), couvertures de laine.
- Parker, Wilder et C°, agents de vente à Boston, exposition de lainages divers. i
- p.14 - vue 13/175
-
-
-
- SECTIONS ÉTRANGÈRES
- 15
- Les Pendleton Woolen Mills, de Pendleton (Oregon). Société au capital de 200,000 francs, constituée en 1896. — Trésorier, M. F.-E. Judd. — Couvertures, châles indiens et tapis. 2 assortiments de cardes, 11 métiers, 460 broches. Teinture et apprêts, 50 personnes occupées.
- La Seymour Woolen Factory Company, de Seymour (Indiana). Capital 400,000 francs ; trésorier, M. John Oesting, — Couvertures, flanelles, 10 assortiments de cardes, 62 métiers, 4,000 broches, teinture et apprêts. — Occupe 150 ouvriers.
- Les Sterling Mills, de Lowell (Massachusetts). Capital500,000 francs. Président et trésorier, M. Benjamin Phipps. — Flanelles, thibets, étoffes pour robes et cheviots, 13 assortiments de cardes, 102 métiers, 6,600 broches, teinture. — 190 personnes employées. Agents de vente à New-York et à Boston.
- Les Talrot Mills, de North Billerica (Massachusetts) existant depuis 1884, actuellement au capital de 1,500,000 francs. Trésorier, M. Frédéric Clark. — Flanelles, étoffes pour robes, casimirs, cheviots. 23 assortiments de cardes, 202 métiers, 12,000 broches, teinture et apprêts. — 400 personnes occupées. Agents de vente à Boston et à New-York.
- A signaler l’institution récente par ces établissements de pensions de vieillesse et d’invalidité en faveur de leur personnel. Ces pensions sont servies sans retenue sur les salaires, après au moins 15 années de services continus. La quotité en est fixée suivant un pourcentage de la moyenne annuelle des salaires pendant les 10 années précédant l’entrée en jouissance. Pour un temps de service allant de 15 à 35 ans, ce pourcentage est égal au nombre d’années de service. Après 35 ans, le pourcentage est de 50 0/0. Aucune pension servie n’est supérieure à 2,500 francs. Pour les pensions de vieillesse, le minimum d’âge pour l’entrée en jouissance est de 70 ans.
- Wostbrock Henry, de Midland-Park (New-Jersey). — Flanelles brodées de soie.
- Baeder Adamson et C°, de Chicago. — Exposition de poils et feutres.
- Sauf ce dernier exposant installé dans le Palais des Industries variées, et les Pendleton Woolen Mills, installées dans le Palais de
- p.15 - vue 14/175
-
-
-
- 16
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- l’Agriculture, tous les exposants des Etats-Unis étaient installés dans le Palais des Manufactures (1).
- (1) L’administration américaine n’a pas encore publié la liste officielle des récompenses Nous croyons bien faire en reproduisant une liste partielle des récompenses du Groupe 56 parue dans le Textile colorist de Philadelphie.
- Eta.ts-ILsis
- American Woolen Company.
- Arlington Mills............
- Ballardvale Mills...........
- Harding Whitman et C° . . Charlootesville, Woolen Mills,
- Chase L.-C. et C°..........
- Cocheco Woolen Manuf. et C° Gonic Manufacturing C°. . . . Pendleton Woolen Mills . . Seymour Woolen Factory C° .
- Sterling Mills..............
- Talbot Mills................
- Wostbrock Henry.............
- Grand prix.
- Médaille d’or.
- Grand prix. Médaille d’or. Médaille d’argent. Médaille d’or.
- Belgique
- Garot L. et J..................................... Grand prix.
- Ixan Simonis.......................................... —
- Yoos J.-J............................................ —
- Peltzer et Fils....................................... —
- 1'
- p.16 - vue 15/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE
- Le Comité d’admission du Groupe 56 fut constitué au mois de
- février 1903.
- Il était ainsi composé :
- MM. Ernest Levallois.............. Président
- Jules Blin....................... Vice-président
- Florent Carissimo.............. —
- Jules Rousseau.................
- Gustave Bernheim............... . Secrétaire
- Henry Glorieux.................. Trésorier
- Membres : MM. Eugène Blin, Francisque Bonnier, Fraenkel-Blin, H. Garnier, Aimé Lefebvre, Paul Masse, Auguste Poiret, Albert Prouvost, François Roussel, Paul Simon, Henri Ternvnck.
- La première réunion eut lieu le 30 mars 1903. On délibéra sur le choix d’un architecte. M. de Montarnal, qui s’était distingué en 1900 dans l’organisation de la Classe 82, fut choisi à l’unanimité ; et dans le but de donner plus de cohésion et plus d’intérêt à l’Exposition du Groupe 5ô, on décida de réunir dans un même local les vitrines de tous les fabricants de ce Groupe.
- Le Comité prit la résolution de construire lui-même le pavillon qui devait recevoir cette Exposition, à charge par le Commissariat général d’y contribuer pour une part de 20 francs par mètre pour chaque exposant, ainsi qu’il en avait pris l’engagement.
- Au cours des réunions suivantes, les fabricants de Roubaix, désireux de faire apprécier leur puissance productrice dans tous les genres, proposèrent de faire une Exposition d’ensemble, tout en conservant chacun leur droit à une récompense individuelle ; les
- p.17 - vue 16/175
-
-
-
- 18
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- fabricants d’Elbeuf firent part de leur intention de faire une Expo sition collective avec, au contraire, une récompense unique.
- Ces deux propositions furent adoptées.
- Le Comité, après avoir examiné les offres des différents entrepreneurs de vitrines, fit choix de M. Cheminais, comme présentant toutes garanties en raison des aptitudes qu’il avait montrées dans les Expositions précédentes, notamment et en dernier lieu à Paris en 1900, et à Hanoï en 1902.
- Le 27 juillet, par décision de M. le Commissaire général, le Comité d’admission fut transformé en Comité d’installation avec les mêmes membres et le même Bureau.
- La crainte de ne pas recueillir un nombre important d’adhésions pour une Exposition aussi lointaine, suggéra l’idée de fusionner les trois Groupes 54,55, 56. (Coton, lin et laine).
- Cette combinaison avait l’avantage de diminuer les frais généraux et permettait de présenter au public une Exposition plus complète, plus variée et plus attrayante.
- L’entente s’établit facilement entre les présidents des trois Groupes et les trois budgets furent centralisés entre les mains du trésorier général.
- Le Bureau des trois Groupes réunis fut ainsi composé :
- MM. Berger, président,
- Maigret, trésorier général,
- Bernheim, secrétaire général.
- Membres : MM. Martel, Levallois, Lang et Mascré.
- M. de Montarnal fut conservé comme architecte des trois Groupes réunis et M. Cheminais comme entrepreneur.
- Ce dernier devait fournir les vitrines suivant un type adopté par les Comités, d’accord avec l’architecte, au prix de 300 francs le mètre courant sur un mètre de profondeur, rendues et posées à Saint-Louis.
- Les dépenses du Groupement furent évaluées de la manière suivante :
- Construction d’une galerie spéciale.................... 45,000 francs
- 210 mètres de vitrines à 300 francs. . ................ 63,000 —
- Décoration.......................................... 12,000
- Gardiennage............................................. 3,800
- Honoraires de l’architecte.............................. 8,000
- Total............... 131,800 francs
- ce qui représentait pour 210 mètres une dépense de 627 fr. 60 pai mètre. y
- p.18 - vue 17/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE 19
- Pour éviter toute surprise, le Comité décida de taxer chaque exposant à 680 francs par mètre courant de vitrine en comptant les retours à 200 francs; il décida en outre de charger M. Cheminais, moyennant un forfait de 220 francs par exposant, du transport aller et retour, du gardiennage, des tentures et de la représentation devant le Jury, ce qui porta à 900 francs la quote-part de chaque exposant. Grâce à ces sages mesures, les dépenses prévues n’ayant pas été atteintes, les exposants au lieu d’avoir la désagréable surprise d’un versement supplémentaire, auront la satisfaction de toucher une ristourne. ^
- Les fonds versés par les exposants des trois Groupes se sont élevés
- à la somme de...................................... 162,512 francs
- auxquels il convient d’ajouter..................... 12,433 —
- reçus de M. le Commissaire général pour sa participation à la construction de la galerie. ______________
- Soit en tout une somme de....................... 174,945 francs
- dans laquelle la part contributive des exposants du Groupe 56 a été de................................................ 63,500 francs.
- Pour le Groupe 56, les expéditions ont été faites partie via Boulogne, Londres, Boston, et partie via Boulogne, Londres, New-Port. Les colis étaient au nombre de 53 et d’un tonnage de 9,142 kilogrammes. Ils sont parvenus à Saint-Louis du 26 maçs au 24 avril 1904.
- La galerie où les Expositions des trois Groupes étaient réunis était de forme rectangulaire, située au centre même du Palais des Manufactures.
- Elle traversait une cour circulaire entourée de colonnes et qui, recouverte d’un dôme, aurait été un cadre merveilleux pour la brillante Exposition des tissus français ; malheureusement les ressources limitées laissées à la disposition de l’architecte ne lui ont pas permis de donner suite à ce beau projet. Néanmoins la galerie, telle qu’elle a été exécutée, constituait un salon digne de son contenu.
- Elle mesurait plus de 50 mètres de longueur sur 14 de largeur, avec des voies de 2m,50.
- Elle était réunie par 2 vestibules de jonction aux façades circulaires du Palais; d’un côté, au sud-ouest, vers les Groupes de la bijouterie, et au nord-est vers le Groupe des fourrures, de sorte qu’en dehors des professionnels, le grand public attiré par ces deux industries de luxe ne manquait pas de visiter la galerie des tissus.
- Les vitrines des trois Groupes étaient d’un même modèle ; il en résultait pour la Section un grand caractère d’unité et une agréable impression.
- p.19 - vue 18/175
-
-
-
- 20
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- De style moderne, en noyer teinté et ciré, elles avaient des motifs sculptés d’ornements empruntés à la plante et des frises dont le fond vieil or était relevé de fleurs serties.
- Les vitrines destinées à la draperie étaient ouvertes, c’est-à-dire sans glace, afin de permettre aux visiteurs de mieux juger de la qualité de la marchandise.
- Celles destinées aux tissus nouveautés et aux fantaisies délicates possédaient des glaces d’une hauteur de 2m,25 sur la plus grande largeur possible, ce qui, tout en avantageant les installations, leur donnait beaucoup plus de clarté.
- Le Groupe du lainage occupait seul un peu plus du tiers de la superficie totale, qui était de 800 mètres environ.
- L’Exposition d’ensemble des fabricants de Roubaix occupait le centre de la galerie en 2 îlots que réunissaient des portiques décorés.
- La tenture des murs, leur couronnement composé d’un large bandeau couvert de cartouches et d’inscriptions, le vélum léger des plafonds, tout cela se fondait en une gamme douce et discrète qui faisait ressortir encore mieux, si c’est possible, la richesse des étalages et les couleurs si variées de ton des Expositions.
- Les Expositions des Groilpes 54, 55 et 56, quoique ne se trouvant pas sur un des grands passages du public, n’en ont pas moins été beaucoup visitées, non seulement pour les motifs indiqués. plus haut, mais aussi à cause de la perfection de leur installation et de la supériorité de leurs produits.
- En ce qui concerne le Groupe 56, cette supériorité des produits n’a pas été contestée. De l’avis des jurés américains et des jurés étrangers, l’Exposition française du textile laine laissait bien loin derrière elle les Expositions des autres pays. Aussi les récompenses ont-elles été décernées non pas en se basant sur celles obtenues dans les précédentes Expositions, mais bien sur le mérite réel des exposants et la valeur des produits exposés.
- Nous trouvons dans le Textile colorist de Philadelphie, de novembre 1904, journal qui fait autorité dans le monde textile américain, l’appréciation suivante : « On ne saurait trop insister sur » la beauté et la supériorité des Expositions textiles françaises, l’élé-» gance et le fini des articles, le goût et la symétrie des installations » et enfin la politesse attentive de ceux qui en avaient la garde.
- » L’Exposition textile française a été l’Exposition modèle, et elle a » réellement mérité les récompenses qui lui ont été décernées. »
- Or, nous allons voir que l’industrie lainière française en a recueilli
- p.20 - vue 19/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE
- 21
- une belle moisson. Ainsi que nous l’écrivions à M. le Commissaire général, avant de quitter Saint-Louis, c’est une véritable victoire remportée par notre pays au point de vue textile.
- Les exposants français du Groupe 56 se répartissaient comme suit,
- par ville :
- Roubaix................................. 17
- Tourcoing................................. 1
- Glageon................................... 1
- Corbie.................................... 1
- Paris..................................... 4
- Elbeuf.................................... 8
- Sedan..................................... 1
- Vienne.................................... 1
- La Bastide-Rouairoux...................... 1
- Le catalogue de la Section française en donnait 40. Cette différence provient de ce que les cinq maisons :
- Motte Etienne et C°. — Les fils d’Alfred Motte.
- Motte-Bossut fils. —Motte et Blanchot.
- Wibaux-Florin, Désiré fils
- avaient été inscrites par erreur dans le Groupe 56, alors qu’elles appartenaient au Groupe 54 (fils et tissus de coton).
- Nous allons donner la liste des fabricants français qui ont participé à l’Exposition de Saint-Louis et y ont assuré le succès de notre pays. Nous consacrerons à chacun une notice particulière mentionnant la récompense obtenue, le genre de fabrication, le chiffre d’affaires, les récompenses obtenues aux Expositions précédentes, ainsi que tous les autres détails intéressants à signaler.
- Nous grouperons naturellement les divers exposants par ville ou région, de la façon suivante: Roubaix, Tourcoing, le Cambrésis et Paris, Elbeuf, Sedan, Vienne et le Midi (région du Tarn et de l’Hérault.)
- M. Charles Marteau ayant fait, en 1900, l’historique de l’industrie de Roubaix et de celle de Tourcoing, nous ne croyons pas devoir y revenir.
- Nous nous contenterons, dans cette revue de l’industrie lainière française, de signaler les progrès ou transformations effectués depuis 1893, date de l’Exposition de Chicago, et surtout depuis 1900, sans négliger pourtant les notes historiques que nous avons pu nous procurer sur les autres villes.
- Par contre, nous nous étendrons assez longuement sur l’histoire
- p.21 - vue 20/175
-
-
-
- 22
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- peu connue de l’industrie lainière des Etats-Unis et les progrès que cette industrie a réalisés, principalement depuis l’Exposition de Chicago. Nous avons cru qu’une étude spéciale sur l’industrie américaine conviendrait mieux à notre mission de rapporteur, et serait d’ailleurs plus intéressante que de rappeler, à propos de l’industrie française, ce que ceux qui nous liront savent certainement déjà.
- Cette étude nous a même paru d’une incontestable utilité. En effet, à notre époque de concurrence internationale, il est imprudent pour un pays de ne pas observer et regarder grandir ceux qui sont appelés à devenir plus tard ses rivaux. Sans doute, actuellement, l’industrie lainière des Etats-Unis n’a que très peu de visées ambitieuses sur notre marché européen, se contentant du magnifique marché intérieur mis à sa disposition. Mais l’extension de ce marché ne sera pas illimitée. Surtout, elle pourra devenir beaucoup moins rapide que l’accroissement de la capacité productrice de l’outillage lainier des États-Unis dont nous verrons le prodigieux et continu développement. Alors les fabricants américains seront bien obligés à leur tour de chercher des débouchés et de devenir nos concurrents. Il était donc indispensable de faire connaître à notre industrie française les progrès et les ressources de sa rivale probable d’outre-mer. — Tel a été notre but dans cette étude.
- 1 '
- p.22 - vue 21/175
-
-
-
- RÉGIONS DU NORD, DU CAMBRESIS ET PARIS
- ROUBAIX
- oubaix est le centre de fabrication lainière le plus considérable de l’Europe. Ses produits sont connus et répandus dans le monde entier. Ainsi que récrivait le distingué rapporteur de l’Exposition de 1900 :
- « L’industrie roubaisienne tout d’abord spécialisée à la laine a fait peu à peu entrer dans ses combinaisons d’autres textiles, si bien qu’elle est arrivée à produire et qu’elle produit en réalité, dans les meilleures conditions, des tissus dans lesquels le coton, la soie, le lin, ou le jute occupent une certaine place quand ils ne l’occupent pas tout entière.
- » C’est ainsi qu’on relève dans la production de la fabrique de Roubaix : les draperies, nouveautés et fantaisies de tous genres, en pure laine, laine et coton et tout coton, pour hommes, femmes et enfants ; articles de coton en tous genres teints et écrus, spécialité pour pantalons et gilets ; satins de chine noir et couleur ; flanelle, doublure, pachas, tartans, articles de confection pour hommes et pour femmes, robes en classique et fantaisie, nouveautés, serges, che-viottes, étoffes pour chaussures, velours, velvets, guipures, rideaux, reps et cretonnes moulinées, tissus pour ameublements, tapisseries, soieries, velours, tapis de table en jute, coton et soie, portières, couvertures de laine et coton, bonneterie, toiles à bâches, toiles à sacs, feutres, tissus tout coton en toile et croisé, spécialement destinés aux colonies françaises de l’Indo-Chine, Madagascar, etc...
- p.23 - vue 22/175
-
-
-
- 24
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- » Toutes les matières, hors le jute, arrivent à l’état brut à Rou-f baix et y subissent toutes les transformations qu’exige leur emploi en
- fabrique.
- » Les laines notamment y sont soumises aux opérations de triage, lavage, peignage, de filature et de teinture.
- » Le coton, la soie, le jute et le lin y sont simplement filés et teints.
- » Les tissus, quelle que soit leur nature, y sont teints et apprêtés. »
- En 1901, on trouvait à Roubaix 129 fabriques de tissus de tous genres, 23 filatures de laine peignée, 5 filatures de laine cardée, 12 filatures de coton, 1 filature de soie, 8 peignages de laine, 39 établissements de teinture, chinage et impression, 17 apprêts, 5 fabriques de bâches et 12 retorderies de laine et coton. — Depuis 1900, bien qu’il n’y ait pas eu de nouvelle statistique, on estime que ces chiffres se sont à peu près maintenus.
- Les tissus de Roubaix jouissent d’une réputation universelle par leur qualité, leur variété et leur bon goût. Il s’en fabrique depuis les prix les plus bas jusqu’aux prix les plus élevés. La production s’en élève chaque année à plus de 300 millions de francs, dont 140 millions sont exportés en pays étrangers, colonies françaises ou pays de protectorat.
- Nous lisons dans le Bulletin commercial et industriel de Roubaix cette appréciation sur la situation de l’industrie roubaisienne en 1904:
- « Dans son ensemble, l’année 1904 a été plutôt mauvaise. En rai-» son d’une alimentation insuffisante, et aussi par suite des grèves » qui se sont produites au printemps, la production des peignages, » des filatures de laine peignée et des tissages a été inférieure à celle » de 1903. La filature de la laine peignée a été particulièrement » malheureuse ; la filature de la laine cardée, au contraire, a joui » d’une certaine activité. La situation n’a pas cessé d’être mauvaise » pendant toute l’année, pour la teinture en draperie. Il y a eu » amélioration pour la teinture des tissus laine et soie. D’une façon » générale, les ventes de tissus ont été moins actives qu’en 1903. Il » est impossible d’en fixer l’importance.
- » Au chapitre des matières, on constate que le poids des laines » brutes importées a été d’environ 100 millions de kilos pour les » arrivages de la Plata, et de 50 millions de kilos environ pour les » arrivages d’Australie. Les laines croisées entrent pour 65 0/0 dans » les importations et les laines mérinos pour 35 0/0. La proportion » des suints a été de 85 0/0 dans les laines d’Australie importées soit
- o.
- p.24 - vue 23/175
-
-
-
- 25
- SECTION FRANÇAISE
- » de Londres, soit directement; celle des lacées a été de 15 0/0, » La valeur moyenne de ces 2 catégories a atteint 2 fr. 15 le kilog. » pour les suints et 4 fr. 60 pour les lavés. La valeur moyenne du » kilog. de laine peignée exporté a été de 5 fr. 25.
- » Les deux conditionnements de Roubaix ont enregistré ensemble, y savoir : laine peignée 32,450,493 kilos ; laine filée : 8,430,231 ki-» los ; laines brutes et blousses : 2,240,059 kilos; coton: 3,548,720 ki-» los; soie : 38,887 kilos.
- » 11 a été constaté à l’exportation 3,120,000 kilos de fils de laine » peignée et 67,000 kilos de laine cardée. A l’importation, excep-» tion faite des fils mohairs, dont il a pu être importé 250,000 kilos » environ, on peut considérer comme nulle l’importation des fils de » laine peignée. Celle des fils de laine cardée peut être évaluée » approximativement à 150,000 kilos >'.
- D’une façon générale, la fabrique de Roubaix avec ses accessoires, peignage, filature et teinture, pendant la période de 1893-1900, a suivi une marche progressive et ascensionnelle.
- Depuis 1900, elle a eu à réparer les suites du krach de la laine et à lutter contre les difficultés créées par les lois sur le travail. Cette période de malaise a provoqué dans la fabrication des tissus une concurrence de plus en plus vive, dont le résultat a été que les fabricants ont abordé les genres les plus différents, et que la variété des articles fabriqués a été plus grande que jamais.
- En 1904, grâce à d’ingénieuses combinaisons, les prix de vente des tissus sont restés à peu près stationnaires, bien que le prix moyen des matières employées ait sensiblement augmenté.
- Une fois de plus, grâce à sa vitalité exceptionnelle, l’industrie rou-baisienne a pu surmonter facilement la crise qu’elle vient de traverser.
- Roubaix avait organisé, à Saint-Louis, une magistrale Exposition d’ensemble qui témoignait de sa puissance productrice et permettait de se rendre compte de la situation prépondérante que cette ville occupe dans l’industrie textile.
- Les deux matières premières qu’on y travaille plus particulièrement : la laine et le coton, y figuraient dans leurs transformations successives, donnant ainsi une idée du degré de développement de son outillage.
- La laine était représentée à l’état brut, lavée et peignée, par diverses grandes maisons de peignage qui ont poussé cette industrie à un si haut degré de perfection.
- p.25 - vue 24/175
-
-
-
- 26
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- Toutes les provenances s’y coudoyaient; à côté de toutes les sortes d’Australie : Port-Philippe, Sydney, Adélaïde, Nouvelle-Zélande, Tasmanie, nous apercevons les laines du Cap, Buenos-Avres et de Montevideo, les laines de France, d’Espagne, d’Italie, du Maroc, du Levant, etc...
- Toutes les laines mérinos ou croisées, fines ou communes figuraient dans les vitrines où elles étaient classées suivant leur qualité, leur finesse et leur longueur par un triage irréprochable. A côté des peignés, on avait placé les sous-produits tels que blousses, bourres et chardons, qui venaient attester par leur présence les soins qui président à toutes les opérations et qui ont valu au peignage roubaisien sa réputation universelle.
- Les peigneurs avaient tenu également à montrer le parti qu’ils savent tirer du suint en mettant en vue les potasses, la suintine, les savons, les huiles de tissage, les tourteaux, extraits des eaux de lavage qui, autrefois, étaient jetés à la fosse.
- Grâce a la récupération et à la mise en valeur de ces sous-produits et aux perfectionnements incessants du matériel, le prix de façon du peignage a pu diminuer de près de 50 0/0, en moins de 20 ans.
- La filature de laine peignée roubaisienne poussée par les besoins de la fabrique où les changements sont constants a dû s’outiller pour produire tous les genres. Malheureusement, elle s’était abstenue ou à peu près à Saint-Louis, n’étant représentée que par des maisons qui, a côté de leur tissage, possèdent une filature.
- Par contre, la filature de cardé figurait à l’Exposition avec une grande variété de fils ; à côté des écrus allant de 3,000 à 24,000 mètres, on y remarquait aussi toute la série des fils mélangés et couleurs, les fils neigeux, les fils boutonnés de soie ou de coton, les fils pure laine alternant avec des laine et coton ou des laine et soie.
- La fabrique de tissus de Roubaix était représentée par les premiers fabricants de cette ville, et, malgré leur nombre restreint, leur Exposition était l’une des plus complètes et des plus brillantes que nous ayons eu l’occasion d’admirer.
- Elle comprenait, on peut le dire, tous les genres connus, attestant ainsi l’esprit d’initiative de cette ville de fabrique à qui rien ne semble difficile, et qui aborde sans hésiter des spécialités qui depuis de longues années semblaient constituer un monopole pour certains centres industriels.
- A côté des belles draperies unies pour hommes, en peigné et en
- p.26 - vue 25/175
-
-
-
- 27
- SECTION FRANÇAISE
- cardé, on remarquait de jolis draps fantaisie, couleurs et mélangés, complétés par des satins de chine pour doublures.
- Les articles pour robes comprenaient toute une variété de tissus depuis les plus bas prix jusqu’aux étoffes les plus riches et une gamme de nuances d'une grande variété de coloris et de dessins : les serges, les satins, les popelines, les voiles, les amazones, les moires, les peluches, les Jacquards, les rayés soie, les articles mélangés de ramie ou composés de bourrette produisant les plus heureux effets.
- Citons encore les satins Liberty, les mousselines teintes en nuances ombrées et dégradées, les tissus mohairs, les crépons, les crispés, les zibelines, les articles formant rayures ou carreaux au moyen de fils fantaisies divers, les mouchetés, les bouclés et d’autres nouveautés dont nous ignorons le nom et qui paraissaient à Saint-Louis pour la première fois.
- Nous devons signaler l’Exposition des teinturiers de Roubaix qui sont de précieux auxiliaires de la fabrique en mettant à sa disposition un outillage de premier ordre, permettant de donnera chaque genre de tissu et à chaque genre de laine leur traitement spécial. Enfin, nous devons une mention spéciale aux impressions sur velours de coton et sur peluche de coton, de lin et de soie qui attiraient l’attention des connaisseurs.
- EXPOSANTS
- Allart (Léon) et Cie. — Compagnie générale des industries textiles. — Grand prix.
- Maison fondée en 1849 par M. Allart-Rousseau, père du gérant actuel : M. Léon Allart. — Peignage de laine, fabrique de feutres, cloches pour chapeaux classiques et fantaisies, feutres en pièces pour chaussures, confections, doublure et ameublement. — Le peignage peut produire 150,000 kilos par semaine.
- Cette maison fait annuellement, rien qu’en feutres et chapellerie, pour 1,500,000 francs d’affaires. Elle occupe 1,500 ouvriers, 1,300 au peignage et 200 à la fabrication des feutres.
- Elle avait exposé des laines brutes, des laines lavées, des laines peignées, des blousses mérinos et croisées, des feutres pour doublures, confections, ameublements et chaussures.
- La maison Léon Allart et Cie avait obtenu précédemment les récom-
- penses suivantes : Anvers 1885, médaille d’or; Paris 1889, médaille ^or- — M. Léon Allart fut fait chevalier de la Lésion d’honneur à
- p.27 - vue 26/175
-
-
-
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- l’occasion de cette Exposition. En J 900, la maison fut mise hors concours, M. Léon Allart étant membre du Jury.
- Carissimo (Florent et Henri), Grand prix. Maison fondée en 1846. Spécialité de tissus chaîne soie, lainages et nouveautés en tous genres pour robes, draperies et confections.
- Cette Exposition qui comprenait des crépelines laine, tissus unis, armurés, Jacquard en laine peignée, des amazones et satins de laine cardée, des satins soie, éoliennes, armures soie, siciliennes, crépelines soie, était vraiment remarquable par la variété des genres, la richesse des coloris et la qualité des produits.
- La maison Carissimo importe presque toutes les laines nécessaires à l’alimentation de ses 12,300 broches de filature et de ses 563 métiers à tisser pouvant faire tous les genres de tissus unis, carreaux, Jacquard, Son chiffre d’affaires annuel est en moyenne de 6,000,000 de francs consistant pour une partie en exportations en Angleterre, en Amérique, en Italie, en Belgique, en Hollande, en Suède et en Norvège. Elle occupe une moyenne de 600 à 700 ouvriers au profit desquels elle a créé une caisse de secours en cas de maladie et des pensions de retraite.
- La maison Carissimo avait obtenu, aux Expositions précédentes, les récompenses suivantes : Paris 1867, une médaille d’argent; Vienne, 1873, une médaille de progrès; Paris 1878 et 1889, une médaille d’or ; Paris 1900, Grand prix.
- Elle s’est vu décerner, en 1899, par la Société des Industriels du Nord de la France une médaille d’argent pour la bonne tenue de ses ateliers et les soins apportés à la protection de son personnel, et en 1904, la même récompense pour l’ensemble des mesures concernant la sécurité et la santé des ouvriers prises dans ses usines de Roubaix et de Fourmies.
- Il n’est pas besoin d’insister sur la notoriété de cette maison. M. Henri Carissimo, dont la ville de Roubaix a eu à déplorer la perte pendant la durée de l’Exposition, est mort président du Tribunal de commerce. — Son frère et associé, M. Florent Carissimo est vice-président de la Chambre de commerce.
- A. Denis et Benoist — Grand prix.
- Maison fondée en 1881 sous la raison sociale Caucheteux etC16. En 1895, M. Caucheteux s’étant retiré des affaires, MM. Denis et Benoist devinrent les seuls gérants et, en 1898, les seuls propriétaires sous la raison sociale A. Denis et Benoist.
- p.28 - vue 27/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE
- 29
- Spécialité de tissus teints et imprimés artistiquement à la planche. Teinture, impression et apprêts de velours et peluches en tous textiles. Spécialité de teinture et de mercerisage d’articles d’ameublements ainsi que de teinture d’articles jute et coton, ton sur ton, camaïeux et 2 tons absolument opposés, le tout obtenu dans un même bain.
- Cette maison fait un chiffre d’affaires de 1,500,000 francs. Elle occupe 300 ouvriers en faveur desquels elle a pris des mesures d’hvgiène et de sécurité qui lui ont fait décerner par la Société des Industriels du Nord une médaille d’argent.
- Récompenses aux Expositions précédentes : Paris 1889, Bruxelles 1897 et Paris 1900, médaille d’or.
- Louis Glorieux et fils. Grand prix. Maison fondée en 1810 sous la raison sociale Glorieux-Cateaux. — Fabrique de tissus pour robes et confections.
- Cette Exposition qui comportait une grande variété d’articles classiques et fantaisie, était aussi remarquable par la qualité des produits.
- La maison Glorieux et fils a 802 métiers mécaniques produisant 100,000 mètres par semaine. Elle fait 6 millions de francs d’affaires, dont 2 millions environ pour l’exportation. Elle occupe plus de 800 ouvriers.
- Elle a obtenu une médaille d’or aux Expositions de Bruxelles 1897 et de Paris 1900. Elle a également obtenu, en 1900, un Grand prix en collectivité, Classe 115.
- M. Henry Glorieux était trésorier des Comités d’admission et d’installation du Groupe 56 à l’Exposition de Saint-Louis. 11 a fait preuve dans l’accomplissement de ses fonctions d’un zèle et d’un dévouement dignes de tous éloges.
- La maison Louis Glorieux et fils a participé, en 1903, à la création de l’Andrew s Mill Company pour la fabrication des étoffes en laine pour robes, à Franckford, près Philadelphie (Etats-Unis),
- Ribaucourt (Edouard), sous la raison sociale, Hannart frères. Grand prix avec félicitations du Jury.
- Maison fondée en 1819 et considérée comme la plus importante du monde pour sa spécialité. — Teinture et apprêts des tissus.
- Elle avait exposé des tissus teints en pure laine, laine et coton, laine et soie, coton et soie et pur coton. A signaler surtout son Exposition très remarquable de tissus ombrés dont M. Ribaucourt est l’inventeur breveté, et qui lui ont valu les félicitations du Jury.
- p.29 - vue 28/175
-
-
-
- 30
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- La maison fait 6 millions d’affaires et occupe 2,400 ouvriers. Elle avait déjà obtenu un Grand prix à l’Exposition de 1900.
- M. Ribaucourt est vice-président de l’Union des teinturiers et apprêteurs de Roubaix. Il a été nommé, en 1903, par M. le Ministre du Commerce, examinateur des Cours de teinture à l’Ecole nationale des Arts industriels de Roubaix.
- Motte (Alfred) et Cie. Grand prix. — Maison fondée en 1879. _______
- Peignage de laines. Société par actions actuellement au capital de 5,200,000 francs.
- Cette maison fait partie du groupe d’usines fondées depuis 50 ans par M. Alfred Motte père, et ensuite par ses fils, MM. Albert et Eugène Motte.
- Ce groupe d’établissements tous gérés séparément, quoique la plupart aient les mêmes associés sous des raisons sociales différentes, comprend, avec la maison Alfred Motte et Cie, les firmes suivantes :
- Motte et Delescluse frères, teinturiers apprêteurs d’articles de laine et coton ;
- Motte et Meillassoux frères, teinturiers apprêteurs d’articles de laine ;
- Motte (Alfred) frères, filateurs et retordeurs de laines ;
- Motte et Bourgeois, teinturiers d’articles de draperies et confections ;
- Motte et Blanchot, filateurs et retordeurs de coton ;
- Les fils d’AuFRED Motte, fabricants de velours et de draperies coton ;
- Les fils d’Alfred Motte, fabricants et apprêteurs de guipures et rideaux ;
- Motte, Meillassoux, Caulliez et Delaoutre, filateurs de laine et peigneurs en Pologne russe ;
- Motte (Etienne) et Cie, filateurs de coton;
- Motte et Debonnet, filateurs de laine* de bonneterie ;
- La Czenstockovienne, filature, teinture et tissage de coton; tissage de jute.
- La maison Alfred Motte et Cie, fondée en août 1879, sous forme de Société par actions, au capital de 2,600,000 francs, est, aujourd’hui, au capital de 5,200,000 francs. Elle a conquis par ses développements successifs le second rang des peignages de la région, immédiatement après la Société anonyme de peignage, fondée 26 ans avant, en 1853. Elle est dirigée par M. Eugène Motte, député du
- p.30 - vue 29/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE 31
- Nord, chevalier de la Légion d’honneur, et par MM. André, Edouard et Albert Meillassoux, associés de MM. Albert et Eugène Motte, dans cinq des firmes énumérées précédemment. Créée d’abord pour le peignage de la laine fine, elle aborde, aujourd’hui, tous les genres fins, demi fins et communs, ainsi que les agneaux croisés.
- Son outillage se compose de 61 peigneuses Leister, 48 peigneuses Noble et 150 peigneuses Offermann-Ziegler. Sa production annuelle de laines peignées peut atteindre 10 à 11 millions de kilos en Plata fin et commun, Australie fine et commune, et diverses provenances, telles que laines de France, Maroc, Cap, Chili, Espagne, etc.
- Elle a un rayon spécial pour le lavage à fond de la laine destinée à l’exportation. Elle a produit, en 1903, 1,900,000 kilos de lavés. Elle vient d’installer une annexe pour le travail des laines de mégisserie. Ce travail comprend le délainage et le traitement des peaux.
- Elle occupe environ 2,000 ouvriers de toutes catégories, dont 2/3 travaillent le jour et 1/3 la nuit.
- Son chiffre total d’affaires est de 5 millions de francs ; un tiers de la production en laine peignée est destiné à l’exportation.
- Depuis dix ans, une Société de Secours mutuels, approuvée par arrêté ministériel, existe dans l’établissement. Elle est alimentée par les cotisations des ouvriers adhérents, à raison de 0 fr. 20 par semaine et par des subventions patronales suivant les besoins de manière qu’il n’y ait pas de déficit dans la caisse. Cette Société assure à ses membres 2 francs par journée d’incapacité et les soins médicaux. Elle accorde des indemnités ou gratifications spéciales pour les mariages, naissances, décès, etc. Elle compte environ 500 adhérents.
- La firme Alfred Motte et Cle avait obtenu précédemment les récompenses suivantes : Paris 1889, médaille d’or ; Moscou 1819, médaille d’admission; Chicago 4893, hors concours; Anvers 1894, Grand prix; Bruxelles 1897, diplôme d’honneur et croix de la Légion d’honneur, décernée à M. Eugène Motte ; Paris 1900, hors concours.
- Motte et Bourgeois ; j
- Motte et Delescluse frères ; [ Grand prix en collectivité.
- Motte et Meillassoux. )
- Motte et Bourgeois. Maison fondée en 1873. — Spécialité de teinture et d’apprêts sur draperies pour vêtements d’hommes, donne
- p.31 - vue 30/175
-
-
-
- 32
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- aux tissus teints et apprêtés par ses procédés un fini et une souplesse qui lui ont valu la grande réputation qu’elle possède. Chiffres d’affaires : plus de 3 millions de francs à façon. 800 ouvriers. — Paris 1878et 1889, médaille d’argent; Paris 1900, hors concours, membre du Jury.
- Motte et Delescluse frères. Maison fondée en 1855. — Spécialité de teinture, d’impressions et d’apprêts sur tous tissus.
- Paris 1900, hors concours.
- Motte et Meillassoux frères. Maison fondée en 1868. — Spécialité de teinture, d’impressions et d’apprêts sur articles pour robes et confections pure laine, laine et soie, laine et coton. — Paris 1878, médaille d’or ; Paris 1899, Grand prix ; Paris 1900, hors concours.
- Follet César et Joseph. Grand prix. Maison fondée en 1831. — Tissus pour robes, draperies pour hommes et pour confections de dames, unis, façonnés, brochés, Jacquard en pure laine, laine et soie, teints en pièces et tissés teints. Fabrication visant avant tout à la bonne qualité quel que soit le prix.
- Cette maison fait un chiffre d’affaires de 9 à 10 millions, dont à peu près la moitié pour l’exportation. Elle occupe 800 ouvriers. Elle a créé, sans demander, aucune cotisation aux ouvriers, une caisse de secours en cas de maladie administrée par les ouvriers eux-mêmes. Elle assure, en outre, une retraite de dix francs par mois après 15 ans de présence à l’usine et constatation par le médecin de l’incapacité de travail. Elle accorde aussi des indemnités aux réservistes et aux femmes en couches.
- La maison César et Joseph Pollet est en train d’installer, en métiers continus, une filature de 15,000 broches, dont 6,000 fonctionnent déjà.
- Elle avait obtenu une médaille d’or à chacune des Expositions de 1878, 1889 et 1900.
- Emile Roussel. Grand prix. Spécialité de teinture et apprêts sur tissus. A obtenu le Grand prix à l’Exposition de 1900. M. Emile Roussel, qui est le fondateur de la maison et membre de la Chambre de commerce de Roubaix, a été fait chevalier de la Légion d’honneur à l’occasion de l’Exposition de 1900.
- Roussel (François) père et fils. Grand prix.
- Maison fondée en 1849. — Spécialité de tissus fantaisie pour robes, remarquables par la grande variété des genres et leur bel
- p.32 - vue 31/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE
- 33
- aspect, malgré leur bon marché, cette maison fabriquant un genre de tissus au-dessous de 1 fr. 25 le mètre.
- Elle fait environ 8 millions d’affaires, dont un million et demi pour l’exportation. Elle est la seule maison de son importance ne faisant son gros chiffre que sur un seul genre de tissus : la robe.
- Elle occupe 900 ouvriers.
- Elle avait précédemment obtenu les récompenses suivantes : Paris 1867 et 1878, médaille d’argent ; Lyon 1872, médaille d’or ; Paris 1889, médaille d’or ; Paris 1900, médaille d’or.
- M. François Roussel est ancien président de la Société industrielle et commerciale de Roubaix, président de la Chambre de commerce et ancien juge au Tribunal de commerce. M. François Roussel a, en outre, occupé, de 1898 à 1904, la présidence du Syndicat des fabricants de Roubaix.
- La maison François Roussel père et fils a participé, en 1903, à la création de l’Andrexv’s Mill Company pour la fabrication des étoffes en laine pour robes, à Franckford, près Philadelphie (Etats-Unis).
- Société anonyme de peignage. Grand prix. Etablissements fondés en 1851, sous la raison sociale Amédée Prouvost et Cie, devenus, en 1881, la Société anonyme de peignage.
- Les marchandises exposées comprenaient particulièrement : 1° des laines mérinos d’Australie et de la Plata ; 2° des croisés d’Australie et de la Plata ; 3° des rubans de peigné représentant des types de laines d’Afrique, du Levant, de France, de Russie, d’Allemagne, de Hongrie, d’Italie. .
- La Société anonyme de peignage constitue le plus grand peignage mécanique de laines existant en France. Son capital, au début de 600,000 francs, est, aujourd’hui, de 12 millions. Sa production annuelle est de 12,500,000 kilos dépeigné, ce qui représente environ 6 millions de francs de façons de peignage. Elle exporte annuellement à peu près 2 millions de kilos de peigné. Elle occupe 2,500 ouvriers et employés et a institué une caisse de retraite pour ses vieux serviteurs.
- La Société anonyme de peignage avait obtenu précédemment : Anvers 1894, un diplôme d’honneur ; Bruxelles 1897, un Grand prix ; Paris 1900, un Grand prix.
- Ternynck (Henry) et fils. Grand prix. Maison fondée en 1896. —
- 3
- p.33 - vue 32/175
-
-
-
- 34
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- Draperies, lainages et doublures. Cette maison qui a 442 métiers et 18,000 broches de filatures fait, annuellement, pour 5 millions de francs d’affaires, sur lesquels un million d’exportations en Angleterre. Elle occupe 800 ouvriers.
- Récompenses obtenues précédemment : Bruxelles 1897, hors concours, membre du Jury; Paris 1900, médaille d’or; Hanoï 1902 Grand prix.
- M. Henry Ternvnck est ancien président du Tribunal de commerce et président de la Société industrielle et commerciale de Roubaix.
- Huet et Mac-Avoy. Médaille d’or. Maison fondée en 1859. — Fabrique de tissus pour robes. Cette maison qui exposait pour la première fois, présentait des lainages unis et fantaisie pour robes, vraiment remarquables par leur qualité, leur variété et leur bon goût.
- Elle fait annuellement 9 millions d’affaires, dont 4 millions pour l’exportation. Elle occupe 1,000 ouvriers.
- Lefebvre (Louis) et P. Bastin. Médaille d’argent. Cette maison a pris la suite de la maison Lefebvre-Ducatteau frères, laquelle avait elle-même succédé, en 1844, à la firme Lefebvre-Ducatteau-Soyer-Yas-seur, fondée vers 1820. Filature de laine cardée. Exposition de fils de laine cardée mélangés soie et coton prélevés sur les livraisons mêmes de la maison et rentrant pour la plupart dans les genres de fils fantaisie.
- Chiffre d’affaires : 3 millions. Ouvriers occupés : 500. Exposition de Paris 1900, Grand prix en collectivité. *
- Masurel (Georges), sous la raison sociale G. Masurel-Leclercq. Médaille d’argent. Maison fondée en 1900. — Tissus robes et doublures pour vêtements de dames. Draperies et doublures pour hommes. Spécialité de tissus en laine brillante et alpagas, pachas, Orléans, béatrice.
- Cette maison qui a 790 métiers, 22,000 broches de filature et de retordage, était le seul des divers exposants qui soit outillé spécialement pour produire les articles en laine brillante dits articles de Bradford. Elle a, en effet, une filature continue anglaise pour cette fabrication.
- Son chiffre d’affaires, qui au début était de 4 millions, s'élève actuellement à 6 ou 7 millions, dont environ 2,500,000 francs pour l’exportation.
- Elle occupe 1,100 ouvriers dont M. G. Masurel-Leclercq facilite l’affiliation aux Sociétés de Secours mutuels.
- p.34 - vue 33/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE 35
- La maison est de fondation trop récente pour avoir pu concourir aux Expositions précédentes.
- TOURCOING
- Très variée et d’origine fort ancienne, l’industrie de Tourcoing embrasse plus particulièrement les diverses branches de l’industrie textile et notamment la transformation de la laine et du coton bruts en produits manufacturés à tousles degrés. Le travail de la laine a, de tous les temps, été la principale industrie de Tourcoing.
- Actuellement le peignage mécanique de la laine s’effectue dans 11 établissements renfermant environ 460 machines peigneuses. La valeur industrielle de ces établissements peut être évaluée à
- 23 millions de francs.
- Les peignages mécaniques occupent 4,800 ouvriers et la production annuelle est de 35 millions de kilos de peigné.
- La filature de laine peignée comprend 26 établissements réunissant un ensemble de 417,000 broches d’une valeur industrielle de 19 millions de francs. Elle occupe environ 4,600 ouvriers et produit annuellement 12,500,000 kilos de laine filée.
- La filature de laine cardée s’effectue dans 7 établissements possédant ensemble 45,000 broches et ayant une valeur industrielle de 3,500,000 francs. Elle occupe 850 ouvriers et produit 2 millions de kilos de fils cardés.
- En 1904, il est entré par la gare de Tourcoing environ 75 millions de kilos de laines brutes qui ont été transformées en laines peignées, soit pour le négoce, soit pour les besoins de la fabrication des tissus et de la bonneterie. Le bureau de la condition publique de Tourcoing a conditionné pendant la même année 1904 près de
- 24 millions de kilos de peigné. Enfin, il est sorti en 1904 par la douane de Tourcoing, pour l’exportation à l’étranger, pour plus de 70 millions de francs de laines peignées, de fils de laine et de déchets de laine. En 1901, la valeur de ces exportations n’était que de 60 millions.
- En quatre ans, l’industrie de Tourcoing, en ce qui concerne les tissus de laine, a pris une extension considérable. On peut en juger par les chiffres de sa production actuelle dans les différents genres de tissus.
- Voici ces chiffres que nous redevons à l’aimable obligeance de M. Eugène Jourdain, le très distingué président de la Chambre de commerce de Tourcoing.
- p.35 - vue 34/175
-
-
-
- 36
- EXPOSITION DE SAINT-LOEIS
- de francs
- 65 millions
- 36 millions —
- 37 millions
- 9 millions et demi 2 millions et demi 7 millions
- 157 millions de francs
- Draperies pour hommes .
- Draperies pour femmes .
- Robes et confections . .
- Doublure et satins de chine
- Draps melton et similaires.
- Tissus d’ameublement.. .
- Soit une production totale d’environ roi minions ue irancs en tissus de laine de tous genres.
- L’industrie des tissus de laine de Tourcoing, bien que représentée à Saint-Louis par une seule maison (il est vrai des plus importantes), s’y montrait pour ainsi dire tout entière, tant l’Exposition de cette maison comprenait de genres variés, présentant un ensemble de presque tous les articles fabriqués à Tourcoing, sauf cependant les articles à bas prix avec chaîne coton et trame en laine renaissance.
- EXPOSANTS
- Mathon et Dubrulle. Grand prix. Cette maison a été créée en 1880 pour faire suite à la maison Scrépel-Roussel, de Roubaix, établie depuis 1840, et dont elle reprenait le tissage mécanique, les collections, etc... et s’assurait le concours du personnel.
- La fabrication de la draperie pour homme a été l’objet de son attention toute spéciale, et, en 1885, elle atteignait le chiffre de un million de francs d’affaires.
- En 1887, elle construit l’important établissement qu’elle occupe aujourd’hui, et en 1890 son chiffre est porté à 2 millions.
- En 1894, elle crée un rayon d’articles doublures de tous genres et sa production atteint cette fois 6 millions. En 1897, elle ajoute à sa fabrication les articles pour femmes, tels que lainages unis et nouveautés, Jacquard, cheviotte, amazone, satins drapés, fantaisies en mélangés et autres genres pour robes, costumes et manteaux.
- Pendant ce temps, elle développe toujours son rayon de draperies pour homme ; elle s’attache surtout à l’article moyen de consommation ; elle devient même dans ce genre un des plus grands producteurs de France.
- Sa fabrication se chiffre alors à 9 millions.
- En 1899, la maison E. Mathon et Dubrulle crée un établissement de teinture et d’apprêts de draperie dont la production atteint 150 pièces par jour.
- La fabrication atteint maintenant une valeur de près de i l millions
- p.36 - vue 35/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE 37
- et sa production en teinture et apprêt de draperie marche sur le pied de 800 à 900,000 francs.
- L’établissement occupe 1,100 hommes et 400 femmes. Les salaires s’élèvent annuellement à 1,750,000 francs. La force motrice est de 1,050 chevaux en 2 moteurs. Installation électrique: 1,500 ampères, 8 générateurs d’une puissance de 2,000 mètres de surface de chauffe.
- Le matériel se compose de 1,000 métiers, tous en grande largeur; 15 grands bohinoirs : 12 ourdissoirs mécaniques :12 encolleuses Ven-damme, cannetières, métiers continus à retordre de Bischwiller, doubleurs Ryo, moulins à ourdir à la main et tout le matériel nécessaire à l’alimentation du tissage. Les ateliers de teinture et d’apprêts comprennent 15 laveuses dégraisseuses, 10 fouleuses, 5 foulars pour lavage et fixage, le matériel de décatissage, 15 bacs de teinture et accessoires ; 8 laveuses, 4 turbines, 6 tondeuses double cylindre Grosselin, 3 laineuses, 2 rameuses sécheuses, 3 presses cylindriques, 1 presse hydraulique de 600,000 kilos de force; chariots de presse, tables et colonnes de décatissage, maniques, rame à air, et en général tout ce qui convient à l’achèvement complet de la teinture et de l’apprêt.
- L’Exposition de la maison Mathon et Dubrulle se composait de lainages unis et nouveautés Jacquards, amazones, satins drapés et articles fantaisies pour robes, costumes et manteaux, ainsi que de belles draperies pour hommes.
- La maison avait précédemment obtenu les récompenses suivantes : Anvers 1894, médaille d’argent; Lyon 1894, hors concours , M. Mathon étant vice-président du Jury de sa Classe; Paris 1900, Grand prix avec félicitations du Jury.
- En 1903, elle a participé à la création de l’Andrew’s Mill Company, pour la fabrication des étoffes en laine pour robes, àFranckford, près Philadelphie (États-Unis).
- Nous tenons, en terminant cette rapide description des Expositions de Roubaix et de Tourcoing, à payer un juste tribut d’admiration aux industriels de ces deux villes dont les efforts sans cesse renouvelés ont porté les industries du peignage et de la filature, du tissage et de la teinture à un si haut degré de perfection. Plusieurs d entre eux, véritables pionniers de l’industrie française, n’ont pas hésité à aller planter le drapeau national à l’étranger en fondant des fabriques, notamment en Russie et aux États-Unis. Citons ^IM. Motte, Meillassoux, Caulliez et Delaoutre qui ont créé en Po-
- p.37 - vue 36/175
-
-
-
- 38
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- logne russe un peignage et une filature de laine, ainsi que les fondateurs de la « Czenstockowienne », également en Russie, et qui comprend la filature, la teinture, le tissage du coton et le tissage du jute. Ces deux entreprises font partie du groupe d’établissements créés par M. Alfred Motte père et ses fils, MM. Albert et Eugène Motte. Citons encore M. A. Lepoutre qui, en société avec la maison Simonis, de Yerviers, a fondé aux Etats-Unis, à Woonsocket, dans le Rhode-lsland, la « Lafayette Worsted Company » pour la filature du peigné et enfin MM. Glorieux, Mathon et Dubrulle et François Roussel père et fils, qui ont fondé aussi aux États-Unis, à Franckford, près de Philadelphie, l’Andrew’s Mill Company pour la fabrication des étoffes de laine pour robes.
- Grâce aux qualités bien connues de leurs industriels, à leurs écoles techniques très bien organisées, à leurs marchés lainiers de premier ordre, aux prix relativement bas auxquels ils ont la houille et la main-d’œuvre, Roubaix et Tourcoing nous semblent appelés à un brillant avenir.
- PARIS, GORBIE et GLAGEON
- Le a Sentiér » était représenté à Saint-Louis par deux maisons qui avaient fait une Exposition très complète des magnifiques tissus de Picardie dont les qualités de nouveauté et de bon goût sont universellement connues. On y .remarquait, en première ligne, une belle gamme de voiles unis et à damiers de tons différents, gazés, pastillés ou incrustés de jolies impressions en velours ajourés, qui, avec des dessous de couleurs vives, formaient des ensembles charmants. On y voyait aussi, dans une note plus sévère, des brochés sur fond voile ou étamine, des effets de galons tissés en nuance pompadour, d’autres avec garnitures de feuilles et de feuillage ; des draps amazone ou cachemire très souples et très soyeux; de superbes quilles et bordures en rayures de fave soie, produisant des effets brochés sur fond voile, tout à fait riches, tout en restant légers et transparents ; des éoliennes tissées avec de fines dentelles, des gazes ajourées, dans les tonalités de pastels adoucis et veloutés qui donnaient à ces Expositions un cachet de haute élégance.
- Ces tissus, pour être d’un prix modeste, n’en rivalisent pas moins comme fini et comme éclat avec les belles étoffes de Lyon.
- Suivant les caprices de la mode, ces tissus haute nouveauté se composent des textiles les plus variés, tels que soie, scliappe, coton
- p.38 - vue 37/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE 39
- mercerisé, cachemire, chameau, vigogne, angora, mohair, alpaga, laine, coton, ramie, etc...
- Toutes ces matières s’v rencontrent, s’v fondent sans se heurter et arrivent à produire ces effets aussi heureux qu’inattendus qui donnent aux tissus de Picardie une renommée universelle.
- Cependant le mérite de l’emploi de ces matières hétérogènes ne revient pas tout entier au fabricant, mais une part en relient aussi au filateur, qui malgré l’origine différente de ces textiles et* leur peu d’affinité naturelle, arrive ou à les mélanger ou à les assembler pour produire les fils fantaisie contenant dans leur contexture même les effets qui apparaîtront plus tard dans les tissus.
- Dans ces conditions le filateur devient pour le fabricant de tissus « haute nouveauté » un véritable collaborateur.
- Deux des filateurs français qui avaient exposé à Saint-Louis appartenaient à cette catégorie, et n’avaient pas présenté de fils classiques. L’un avait exposé des fils fins en pure laine et en laine et soie, gazés et non gazés, des fils mélangés de toutes sortes, des vigoureux, des jaspés, des neigeux, des fils variés avec boutons, flammés ou bouclés, des fils ondés, des cordonnets, des zibelinés, des lézards, des mouchetés, des spirales, des moires, etc... L’autre, en dehors des fils gazés et des fils fantaisie courants, exposait des fils laine et ramie, laine et lin, laine et coton écrus et couleurs, des fils coton et soie, et des fils à la ouate de tourbe et à l’eucalyptus qui jouissent d’une grande vogue dans la fabrication des tissus hygiéniques.
- Nous n’aurions garde d’oublier la magnifique Exposition de tresses balayeuses, de couvertures de voyage, d’astrakans, de peluches aux couleurs diaprées et de toutes ces jolies et riches imitations de fourrures qui font croire à la réalité, tant la compétence du fabricant a su s’inspirer de la nature elle-même. Cette fabrication est essentiellement picarde. Elle a son siège à Bohain.
- EXPOSANTS
- Garnier (Henri), Paris et Bohain. Grand prix. Maison fondée en 1886. —Spécialité de tissus astrakans, peluches et tresses balayeuses. Exposition remarquable par la belle qualité des genres astrakans, imitant à s’v méprendre comme aspect et toucher les fourrures de ce nom.
- Chiffre d’affaires : 1 million dont 100,000 francs pour l’exportation. Ouvriers occupés : 200.
- p.39 - vue 38/175
-
-
-
- 40
- EXPOSITION DE SAINT-^OUIS
- Cette maison axait obtenu une médaille d’or à l’Exposition de Paris 1900.
- Bernheim (Gustave) et Cie à Paris. Médaille d’or. — Maison fondée en 1835. Fabrique de tissus,, lainages haute nouveauté laine et soie, laine coton et soie. Cette maison a toujours été une des premières dans son genre de fabrication. Son Exposition qui dénotait un véritable goût artistique, comportait des damassés double tissu faisant matelassé avec des motifs velours soie, des grenadines unies et brochées, des voiles, éoliennes, gazes soies, des draps amazones, des Kachemyrs de l’Inde, des foulardines, des mélangés vigoureux, ainsi que des Jacquards noirs et couleurs.
- La maison Gustave Bernheim et Cie qui a ses fabriques à Lignv (Nord) et à Murlu (Somme) fait un chiffre d’affaires annuel de 1,800,000 francs dont un tiers pour l’exportation. Elle occupe de 500 à 700 ouvriers, suivant les besoins. Le personnel principal ainsi que les meilleurs ouvriers sont intéressés sur les bénéfices.
- Elle a obtenu des médailles à toutes les Expositions universelles, notamment une médaille d’or aux Expositions de Paris 1900 et d’Hanoi 1902.
- M. Gustave Bernheim était secrétaire des Comités du Groupe 56, à l’organisation duquel il a collaboré avec beaucoup d’activité et de dévouement.
- Levallois et Cie, Paris. Médaille d’or. Maison fondée en 1837. — Tissus nouveauté pour robes et confections de dames, pure laine, laine et soie, laine soie et coton. Impressions sur laine, coton et soie. Broderies pour robes sur tissus de laine et de coton.
- Cette ancienne maison après avoir, pendant de longues années, fabriqué des mérinos et châles à Crèvecœur (Oise), a dirigé ses efforts vers les nouveautés en tous genres, spécialement depuis l’entrée de M. Levallois, en 1864.
- Son Exposition se composait de tissus exécutés spécialement et exclusivement pour elle et dont elle avait fourni les indications et les dessins à ses fabricants.
- Elle fait environ 6 millions d’affaires, dont 1,800,000 francs pour l’exportation. Elle occupe 120 employés et 20 voyageurs ou représentants. Elle a organisé en faveur de son personnel la participation aux bénéfices après 5 années de présence. Une Société de Secours mutuels fonctionne entre les garçons de magasin.
- p.40 - vue 39/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE
- 41
- La maison avait obtenu précédemment les récompenses suivantes :
- Une médaille d’argent à l’Exposition de Paris 1855; une médaille d’or aux Expositions d’Amsterdam 1883,Barcelone 1888, Hanoï 1902. Hors concours, Paris 1900.
- M. Levallois a été membre des Comités des Expositions de Paris 1878, 1889, Barcelone 1888, Glascow 1901.
- Comme président du Groupe 56 à l’Exposition de Saint-Louis, il a su organiser, à la satisfaction de tous et avec un dévouement au-dessus de tout éloge, cette brillante manifestation de l’industrie lainière française.
- Benedictus (Philippe), à Paris. Médaille d’argent. Tulles, dentelles, nouveautés et mousseline de soie. Cette maison a son siège social à Paris, avec succursale et tissage mécanique à Lyon et un autre tissage à Yoiron (Isère).
- Ouvriers occupés : 5 à 600 suivant les saisons ; chiffre d’affaires : 1 million. Produits réputés.
- Hubinet (Louis), à Glageon (Nord). Grand prix. Spécialité de fils fantaisie, fils à la ouate de tourbe, fils à l’eucalyptus, fils laine et ramie, fils laine et lin, fils laine et coton, écrus et mélangés, fils coton et soie, fils gazés, etc.
- Cette maison fait 5 millions d’affaires, dont 1,800,000 francs pour l’exportation. —Outillage : 49.500 broches occupant 518 personnes. Une caisse de secours fonctionne dans l’établissement. Elle est alimentée par les amendes, par une retenue sur les salaires et par une cotisation de la maison égale aux produits des amendes et des retenues sur les salaires. Elle est administrée par les ouvriers eux-mêmes.
- Paris 1889, médaille d’argent; Paris 1900, hors concours, membre du Jury/
- Masse (Paul), à Corbie, hors concours, membre du Jury et rapporteur du Groupe 56.
- Cette maison a été fondée en 1844 ; la raison sociale était, à cette époque, Hubert Masse et II. Cressin fils.
- Originairement, elle s’occupait de fils laine pour la bonneterie du Santerre ; elle avait ensuite créé le fil retors laine et grège, qui servait de chaîne dans la fabrication du châle cachemire français, industrie essentiellement nationale qui avaitpris naissance en Picardie, s était de là implantée à Lyon et à Nîmes et s’était ensuite étendue à
- p.41 - vue 40/175
-
-
-
- 42
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- ♦
- l’Allemagne, à l’Autriche et à l’Ecosse. Malheureusement cette belle industrie a disparu, emportée par les caprices de la mode.
- Entré comme employé en 1855, M. Masse est devenu associé en 1866 et propriétaire de l’établissement en 1881. L’outillage comprend 10,000 broches de filature, 7,000 broches de retordage et une importante teinture.
- En 1881, M. Masse a fondé, avec ses propres deniers, une Société de Secours mutuels, spéciale à l’établissement. Elle est maintenant alimentée et dirigée par les ouvriers eux-mèmes et subventionnée par M. Masse, suivant les inventaires; elle est, en outre, fortement aidée par lui quand les ressources sont épuisées.
- En raison de la crise qui sévissait et qui sévit encore sur les genres classiques, M. Masse a dû renouveler tout le matériel et s’est appliqué à produire des fils simples et retors, écrus, teints et mélangés les plus variés pour bonneterie, draperie, châles et tissus robes. Il s'est surtout spécialisé dans les fils haute nouveauté pour le « Sentier », et dans les fils gazés très fins pour mousseline et pour voiles.
- Bien que n’avant pas à le juger, le Jury a tenu à examiner son Exposition, et lui a adressé ses félicitations pour la perfection de ses produits.
- Médaille d’argent, Paris 1867 ; médaille d’or, Anvers 1885; médaille collective, Moscou 1891 ; médaille d’or, Paris 1889; diplôme d’honneur, Bruxelles 1897 ; hors concours, membre du Jury, Paris 1900 ; hors concours, membre du Jury, Saint-Louis 1904.
- M. Masse a été, successivement, membre des Comités d’organisation de Moscou, de Bruxelles, de Paris et de Saint-Louis.
- Il est vice-président de la Chambre de commerce d’Amiens.
- ♦
- p.42 - vue 41/175
-
-
-
- RÉGIONS DE L’OUEST, DE L’EST,
- DU SUD=EST ET DU MIDI
- ELBEUF
- ’ application du nouveau tarif douanier faisait présager, en 1893, une sérieuse reprise d'affaires pour l’industrie elbeuvienne.
- Les droits afférents aux produits étrangers, tout en ne répondant & pas complètement aux desiderata de la fabrique, constituaient cependant une notable amélioration et les fabricants d’Elbeuf espéraient retrouver la prospérité qui, pendant de si longues années, avait assuré du travail à la population ouvrière de cette ville.
- Mais les variations de la mode qui délaissait de plus en plus les articles nouveautés en laine cardée pour favoriser la production croissante des articles peignés, vinrent porter un nouveau coup à l’industrie elbeuvienne. Roubaix, plus spécialement outillé pour ce genre de fabrication et pouvant par conséquent établir ces sortes à des prix inférieurs, trouva une nouvelle source d'alimentation alors qu’Elbeuf, tributaire du Nord pour les fils peignés, fut placée, malgré ses apprêts remarquables et sa teinture ajuste titre très renommée, dans un notable état d’infériorité.
- D’autres obstacles, de l’avis des fabricants d’Elbeuf, vinrent encore s’opposer au complet développement de leur industrie ; les soubresauts répétés et considérables de la matière première qui, en ces dernières années, atteignit des cours jusque-là inconnus et qui se
- p.43 - vue 42/175
-
-
-
- 44
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- maintient encore maintenant à des prix excessifs, les charges résultant des nouvelles lois industrielles, furent autant de causes qui vinrent arrêter l’essor d’une fabrication déjà très atteinte et qui luttait pourtant pour reprendre la place qu’elle occupait autrefois et que la supériorité de ses produits aurait dû lui maintenir.
- Si l’on ajoute encore que la consommation abandonne de plus en plus les beaux articles pour rechercher chaque jour davantage les articles bas prix, on verra nettement qu’Elbeuf, qui tenait sa réputa^-tion de la finesse et de la beauté de ses draps, se trouvait dans des conditions très défavorables pour combattre avantageusement une concurrence de jour en jour plus redoutable.
- Et pourtant, malgré toutes ces conditions adverses, l’industrie elbeuvienne est en progrès. Sans rompre avec les anciennes traditions, sans abandonner la fabrication des beaux draps fins, de ses nouveautés renommées, elle a cherché dans la production de genres nouveaux et tout différents une alimentation qui lui permettrait de vivre et de prospérer.
- Les draps noirs fins, les beaux articles en cardé et môme en peigné (Elbeuf apprête si bien ces genres que bon nombre d’apprê-teurs y travaillent presque exclusivement pour des fabricants d’autres villes qui leur envoient leur étoffe à traiter), les draps d’administration et de livrée forment toujours le fond de la fabrication elbeuvienne ; mais l’on y a adjoint d’autres articles dont la production ne cesse de croître et qui permettent d’augurer heureusement de l’avenir.
- Deux surtout, en dehors des draps de troupe (17 lots adjugés à Elbeuf en 1902), ont pris une place importante': les draps de dames et les flanelles laine et coton. Pour les draps de dames, Elbeuf concurrence avec avantage les produits allemands et autrichiens ; ses apprêts, sa teinture lui assurent une incontestable supériorité dans ces genres, supériorité reconnue par les producteurs des autres centres. Cela est tellement vrai que d’autres villes envoient teindre et apprêter à Elbeuf de grosses quantités de draps de dames. Ces genres en cardé sont en telle faveur depuis 2 ou 3 ans qu’il n’est pas jusqu’à la filature de cardé, pendant de longues années si malheureuse, qui n’en ait profité.
- Les filateurs du rayon elbeuvien ont à peine le nombre de broches suffisant pour répondre aux demandes locales et sont encore sollicités par les fabricants du nord et de l’est, pour obtenir des livraisons de fils cardés.
- p.44 - vue 43/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE
- Les flanelles mic-mac, en laine et coton, prennent aussi une place de plus en plus importante sur le marché ; elles ont l’avantage sur les flanelles pure laine d’étre entièrement irrétrécissables au lavage, d’être d’un prix de revient inférieur et elles tendent peu à peu à remplacer les flanelles tout laine dans la grande consommation.
- Et ce ne sont pas seulement les genres qui se modifient. L’industrie elle-même se transforme ; les petites usines à Elbeuf, comme partout ailleurs du reste, disparaissent peu à peu pour faire place à la grande industrie qui produit plus vite et plus économiquement. Le nombre des fabricants qui était monté en 1858 jusqu’à 280 tombe pour une production plus forte, à 60, en 1893 ; 48, en 1900 ; 43, en 1904.
- L’outillage se modifie et se perfectionne. Le tissage mécanique se substitue presque complètement au tissage à la main. En 1879, 6,509 métiers à main battaient pour la fabrique d’Elbeuf ; en 1889, l’on n’en compte plus que 2,068 contre 1,184 métiers mécaniques ; en 1893, il y a encore 1,348 métiers à main contre 1,515 métiers mécaniques ; en 1900, la proportion tombe à 325 contre 2,008 ; en 1904, 222 contre 2,089.
- En filature même progrès ; si le nombre de broches après être monté de 52,000, en 1879, à 75,000 environ, en 1893, reste à peu près stationnaire, la même transformation s’opère pour les métiers à tisser ; les métiers à la main sont remplacés presque partout par le selfacting et les métiers continus dont la production est supérieure en qualité et en quantité ; les assortiments se perfectionnent, permettant avec les mêmes laines de produire des filés plus beaux et plus fins, et d’employer des matières qu’on n’avait pu jusque-là utiliser.
- Malgré la diminution du prix moyen de l’étoffe qui après avoir été de 9 fr. 40, en 1890, descend en 1893, à 8 fr. 98, en 1900, à 8fr. 25 (année de hausse exceptionnelle), en 1902, à 7 fr. 55 et, en 1904, à 7 fr. 40, le chiffre d’affaires progresse. Après être tombé à 60, 57 et même 54 millions, il remonte en 1894, à 64 millions, en 1900, à 65 millions et à 66 millions, en 1904. De même, la production, qui était de 4,117,596 kilos, en 1890, passe à 4,659,100 kilos, en 1893, 4,707,860 kilos, en 1900 ; 4,777,820 kilos, en 1902 ; 4,924,400 kilos, en 1904.
- La progression, on le voit, est constante. Malgré des difficultés toujours croissantes, malgré la concurrence toujours plus grande de centres industriels géographiquement mieux situés ou plus
- p.45 - vue 44/175
-
-
-
- 46
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- favorisés au point de vue de la main-d’œuvre, la fabrique d’Elbeuf par des efforts continus, par d’importants sacrifices consentis pour améliorer son outillage, par la création et l’entretien d’une école technique qui lui assure un noyau de contremaîtres et d’ouvriers instruits et expérimentés, est parvenue à maintenir sa réputation et à développer son chiffre d’affaires. Après une longue crise qui put faire craindre, un moment, une décadence rapide, Elbeuf, surtout depuis ces dernières années, semble retrouver une vitalité nouvelle. Aussi les fabricants elbeuviens peuvent-ils, sans trop d’optimisme, espérer voir reparaître une prospérité qui fit autrefois la fortune de leur place et lui assura un renom qu’après tant de vicissitudes elle conserve encore.
- La collectivité d’Elbeuf, à l’Exposition de Saint-Louis, groupait les meilleurs et les plus importants fabricants et filateurs de cette place.
- L’Exposition de la filature comprenait une grande variété de fils unis, mélangés, retors et fantaisie tels que boutonnés, jaspés, bouclés, etc... allant de 4,000 mètres à 22,000 mètres au kilog., et formant plusieurs gammes de nuance d’un très bel effet. Elle démontrait l’habileté et le talent incontestables des filateurs elbeuviens.
- L’Exposition de draperie n’était pas moins variée. Elle présentait un ensemble d’à peu près tous les genres de tissus cardés. On y remarquait les beaux draps noirs pour vêtements de cérémonie, des moskowas et taupelines pour pardessus, des cheviottes unies et mélangées, des draps pour chapellerie, ameublement, billards et voitures. Citons aussi des tissus cardés de la plus haute nouveauté pour hommes, tissus qui ont fait et font encore à Elbeuf une réputation sans égale. Mais nous devons surtout une mention spéciale aux draps pour administration, aux draps militaires pour officiers, aux draps amazones et pour manteaux de dames, d’une très grande solidité, d’une qualité de matières premières supérieure, et d'un apprêt irréprochable donnant le toucher agréable de la peau de gant et le brillant de la soie. On peut dire que les fabricants elbeuviens ont presque atteint, dans ces derniers genres, les limites de la perfection, ce qui leur a valu, avec le Grand prix, les félicitations unanimes du Jury.
- Collectivité d’Elbeuf
- Grand prix, avec tes félicitations du Jury.
- Alloend-Bessand frères. — Exposition de fils unis et mélanges
- p.46 - vue 45/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE 47
- retors et fantaisie, flanelles laine et coton, boutonnés; etc... allant de 4,000 mètres à 22,000 mètres au kilog.
- Maison fondée en 1899. — Filature et retordage de laines cardées pures et mélangées coton. —17 assortiments de cardes. — 12,000 broches. — Production annuelle de 450,000 à 500,000 kilos, représentant un chiffre d’affaires de 400,000 à 420,000 francs, chiffre considérable si l’on tient compte qu’il s’agit seulement de filature à façon.
- La maison qui occupe 120 à 130 ouvriers est la plus importante filature de la région d’Elbeuf.
- Beer (Lucien). Maison fondée en 1860, et qui a eu successivement les raisons sociales suivantes : J. May et D. Chedville; D.Chedville ; Chedville et Beer ; et, enfin, Lucien Beer.—Filature et retorderie de laine cardée. Exposition remarquable de fils laine simples et retors très variés et de façon irréprochable. — Rouen 1884, hors concours, membre du Jury ; Paris 1889, médaille d’argent ; Paris 1900, médaille d’or.
- Blin et Blin. Maison fondée en 1822. —Exposition de draps noirs, de draperies pour hommes et pour dames, de flanelles garanties sans retrait. — Tous les articles sont filés, tissés, teints et apprêtés dans l’établissement. Chiffre d’affaires : 10 millions de francs, dont 4 millions pour l’exportation.
- La maison Blin et Blin a des contrats très importants avec le Gouvernement français pour la fourniture des draps destinés à l’habillement des troupes de terre et de mer. Elle occupe 1,600 ouvriers au profit desquels elle a institué des secours médicaux gratuits, ainsi que des pensions de retraite sans retenue sur les salaires.
- Hors concours, membres du Jury aux Expositions de Paris 1878, 1889 et 1900 et Bruxelles 1897.
- La maison Blin et Blin a obtenu dans les Sections d’Economie sociale les récompenses suivantes : Paris 1889 et 1900, médaille d’argent ; Amsterdam 1895, médaille d’or ; Rouen 1896, diplôme d’honneur.
- Canthelou (A.) et fils. Maison fondée en 1877. Spécialité de draperies pour hommes et pour dames, marque très réputée sur le marché de Paris. — 2 millions d’affaires dont 400,000 francs pour l’exportation. Ouvriers occupés, 300. — Récompenses aux Expositions précédentes: Paris 1889, médaille d’argent; Rouen 1896,
- p.47 - vue 46/175
-
-
-
- 48
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- membre du Jury ; Paris 1900, Exposition collective de la Chambre de commerce d’Elbeuf, diplôme d’honneur.
- Fraenckel - Blin. Maison fondée en 1855 à Bischxviller, transportée à Elbeuf en 1872. — Draperies unies pour hommes et pour dames, spécialité de draps noirs pardessus pour hommes, cheviottes unies et mélangées, draps d’administration et pour l’armée. Draps pour rohes et manteaux de dames.
- Chiffre d’affaires en 1890: 4 millions ; en 1894, 7 millions ; en 1897, 9 millions ; en 1900, 10 millions et demi ; en 1903, Il millions et demi, dont 2 millions pour l’exportation.
- La maison possède tout l’outillage nécessaire aux opérations de la fabrication et elle trouve encore à occuper une grande partie du matériel des filatures, teintures et apprêts d’Elbeuf qui travaillent à façon :
- Elle occupe 2,000 ouvriers. Deux Sociétés de Secours mutuels, hommes et femmes, ont été créées sous le patronage et avec le concours des chefs de l’établissement dans lequel fonctionne une caisse de secours pour les femmes en couches.
- La maison Fraenckel-Blin a obtenu aux diverses Expositions précédentes, les récompenses suivantes: Paris, 1878, médaille d’argent; Le Mans 1880, médaille d’or; Paris 1889, médaille d’or; Anvers 1894, diplôme d’honneur et croix de la Légion d’honneur; Paris 1900, hors concours, membre du Jury. Le Jury de 1900 avait attribué un Grand prix à la maison Fraenckel-Blin ; mais l’un des associés ayant été nommé tardivement membre du Jury, la maison fut placée hors concours.
- Franchet et Olivier (Marcel). Maison fondée en 1891. Spécialité de nouveautés fines, de draperies pour hommes et femmes. Exposition remarquable par la finesse des matières employées et le grand teint des nuances.
- Chiffre d’affaires : 2 millions, dont un quart pour l’exportation. Cette maison occupe 350 ouvriers.
- Exposition de Paris 1900, Grand prix.
- M. Franchet est chef de maison depuis plus de 30 années sous les raisons sociales: Franchet et Puget, Elie et Franchet, Olivier et Franchet et, actuellement, Franchet et Olivier. Il a participé à toutes les Expositions et obtenu les plus hautes récompenses dont 2 médailles d’or et un Grand prix.
- Hennebert (Emile). Maison fondée en 1837. Draps militaires,
- p.48 - vue 47/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE 49
- draps pour administration, draps fins pour l’exportation, le tout en pure laine et remarquable par la qualité, la finesse et l’apprêt.
- Cette maison occupe 260 ouvriers. Elle a exposé pour la première fois en 1900, avec l’Exposition delà Chambre de commerce d’Elbeuf qui a obtenu un Grand prix.
- Lefebvre (Aimé) et fils. Maison fondée en 1875. Draps unis pour administrations, chapellerie, voitures, billards, ameublements. —-Draps militaires. — Articles se signalant par leur bas prix eu égard à leur qualité.
- Maison faisant pour 1,500,000 francs d’affaires, dont 200,000 francs pour l’exportation, occupant plus de 300 ouvriers.'Société de Secours mutuels en faveur des ouvriers de l’établissement. Récompenses obtenues aux Expositions précédentes : Paris 1889, médaille d’argent ; Paris 1900, médaille d’or.
- SEDAN
- C’est surtout avant l’introduction sur le marché des tissus en laine peignée et des tissus fantaisie pour hommes, que la ville de Sedan qui avait la spécialité de fabriquer des draps cardés unis, a connu des années de grande prospérité. Elle avait alors une réputation universelle pour ses draps couleurs pour pardessus et ses draps noirs pour vêtements de cérémonie.
- Pendant longtemps, cette fabrication a occupé plus de 4,000 métiers à bras répartis pour la plupart dans les villes du voisinage, mais par suite des caprices de la mode, les fabricants ont été obligés peu à peu d’abandonner les anciens articles et d’en créer de nouveaux ; ils ont été aussi obligés de remplacer les métiers à bras par des métiers mécaniques.
- Depuis 1893, les industriels qui ont voulu se maintenir ont transformé complètement leur outillage et augmenté leurs moyens de production.
- En 1904, la production de Sedan s’est élevée à 3,224,276 kilos de draperie, représentant une valeur totale d’environ 18 millions de francs.
- 11 faut ajouter à cette production celle de l’industrie du feutre établie principalement aux environs de Sedan. Les trois maisons importantes de ce genre emploient en moyenne 6,000 kilos de matières premières par jour, ce qui correspond à une production annuelle de
- 4
- p.49 - vue 48/175
-
-
-
- 50
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- 5 à 6 millions de francs. Cette dernière fabrication, qui prend de jour en jour de l’extension, est appelée, si elle continue, à acquérir une très grande importance et à remplacer en partie celle de la draperie dans cette région.
- Sedan n’était représenté à Saint-Louis que par un seul fabricant, mais le plus important. Son Exposition vraiment remarquable comprenait de beaux articles amazones et zibelinés pour dames et des draperis unies et nouveautés pour hommes, ainsi que des feutres pour emplois variés.
- Rousseau (Jules). — Grand prix. Ancienne maison Rousseau frères, fondée en 1846. Fabrique de draps et de feutres. Cette maison qui a complètement transformé sa fabrication depuis 20 ans, fait un chiffre d’affaires de 3 millions, soit le sixième de la production totale de Sedan.
- Elle possède une filature de laine cardée à Pont-Maugis, où elle a créé, en 1897, une fabrique de feutres.
- M. Rousseau est, nous affirme-t-on, l’inventeur des tissus mixtes (tissu d’un côté, feutre de l’autre) et des apprêts spéciaux pour ces articles.
- Il a créé un important comptoir en Angleterre où il exporte la moitié de sa fabrication. Depuis 1878, il a obtenu dans les Expositions universelles : 3 médailles d’argent, 4 médailles d’or et un diplôme d’honneur.
- M. Jules Rousseau est juge au Tribunal de commerce, membre de la Chambre de commerce et président du Comité de direction de l’école de tissage de Sedan.
- VIENNE
- Jusqu’en 1721, la fabrication des draps n’exista pour ainsi dire pas à Vienne. Elle n’était représentée à cette époque que par quelques ateliers familiaux qui produisaient seulement et en très petite quantité des tissus grossiers. Vienne était pourtant très bien située pour devenir un centre de fabrication drapière. Elle est, en effet, traversée par la Gère dont les eaux sont réputées à cause de leur excellence pour le foulage et la teinture des draps. Elle n’est, en outre, distante que de quelques lieues de la Valloire, le canton du Dauphiné qui, au xvme siècle, produisait de toute la province « la plus grande quantité et la meilleure qualité de laine ». Mais le logement des gens de guerre chez l’habitant qui était une obligation permanente
- p.50 - vue 49/175
-
-
-
- 51
- SECTION FRANÇAISE
- pour les Viennois rendait impossible la tranquillité indispensable à l’industrie. En 1715, la construction d’une caserne remédia en partie à cette situation.
- En 1718, un sieur Buisson, originaire de Limoux, qui axait travaillé pendant sa jeunesse dans les fabriques de Carcassonne et était ensuite venu à Lyon pour s’initier au commerce de la draperie de cette place, s’installa dans le village de Feyzin, à quelques kilomètres de Vienne, et y fit fabriquer des draps imitant ceux de Carcassonne, des ratines, des droguets et quelques serges façon de Londres. En 1721, voulant étendre sa fabrique et attiré par les avantages qu’offrait Vienne pour la fabrication drapière, il vint s’y fixer.
- En 1722, il s’associa un marchand de produits tinctoriaux de Lyon, nommé Berger. Mais cette collaboration n’eut pas les résultats que Buisson en attendait et en 1727, Buisson dut faire appel aux capitaux de MM. Bevoire, Charvet et Martin, riches drapiers de Lyon qui devinrent ses associés. Depuis 1718, date de son installation à Feyzin, jusqu’en 1721 qu’il vint à Vienne, c’est-à-dire en trois ans, la fabrique de Buisson avait fait 60 pièces. Pendant les deux années 1721 et 1722, elle en fabriqua 82; pendant l’année 1723, 110; pendant l’année 1724, 114; pendant l’année 1725, 125; pendant l’année 1726, 139;. pendant les quatre premiers mois de l’année 1727, 107, enfin du 1er mai 1727 au 1er mai 1728, 249. Cette production comprenait des draps, des droguets, des ratines et des draps façon de Londres, qui étaient vendus à Paris, en Bretagne, Guyenne, Auvergne, Bourgogne, Franche-Comté, Languedoc, Dauphiné, Lyonnais et Savoie. La consommation annuelle de la fabrique de Buisson, dans les années les plus fortes, comportait 200 à 220 quintaux de laine et pour la teinture environ 50 quintaux de garance et 2 quintaux 1/2 de cochenille.
- En 1728, cette fabrique emploie environ 400 ouvriers tant de la ville que des villages voisins. Elle donne du travail à 12 métiers et l’on s’occupe de perfectionner des ouvriers pour en monter d’autres. Elle a bien un foulon, mais qui n’est pas encore « en état » et pour lequel Buisson songe à faire venir un ouvrier de Hollande. La teinture établie en 1727 est insuffisante. Elle n’a qu’une chaudière de cuivre; il en faudrait encore deux, une de cuivre et une d’étain, avec 2 cuves. On est obligé d’envoyer presser les draps à Lyon, ce qui occasionne des droits de douane et de péage. On manque de presseurs et de tondeurs, mais Buisson en ferait venir de Hollande.
- p.51 - vue 50/175
-
-
-
- 52
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- D’après ses prévisions, l’outillage et les bâtiments nécessaires pour l’extension de sa fabrique coûteraient :
- Foulons.................... 7,000 à 8,000 livres.
- Presses . 10,000 livres.
- Teinture.................... 6,000 livres.
- Buisson ne put donner suite à ces projets. Il fut même obligé, vers 1729, par le manque de ressources, de cesser les affaires. Sa fabrique fut reprise par deux seulement de ses associés, les sieurs Revoire et Charvet. En 1730, la fabrique Revoire et Charvet avait 16 métiers répartis dans les divers quartiers de la ville. MM. Revoire et Charvet avaient fait venir des ouvriers du Languedoc et même de l’étranger pour « dresser ceux du pays à filer au tour à la Hollandaise » ce à quoi ils avaient très bien réussi. Ils avaient construit un foulon, installé deux rames et créé un atelier de teinture avec deux grandes chaudières de cuivre pour teindre les laines.
- Ils essaient un genre dit « Londrin dauphin croisé » destiné à remplacer les draps anglais qui se vendent dans le Levant. Cet essai obtint un plein succès, ainsi qu’en témoigne une lettre de M. de Villeneuve, notre ambassadeur à Constantinople. MM. Revoire et Charvet qui ont l’intention de monter cette fabrication demandent pour cela une subvention royale sous forme de prêt sang intérêt de 80,000 livres remboursables 20 ans après, des lettres patentes attribuant à leur fabrique le titre de manufacture royale, des exemptions d’impôt et de charges publiques et enfin le monopole de cette fabrication.
- En 1732, le 11 mars, est promulgué un arrêt du Conseil d’État Royal « portant règlement pour les manufactures de draps, ratines, serges et autres étoffes qui se fabriquent en Dauphiné » et notamment à Vienne.
- En 1742, la manufacture Revoire et Charvet a 30 métiers battants et fabrique 258 pièces en 6 mois. En 1741, elle a 56 métiers dont 10 chôment faute d’ouvriers. Les 46 autres occupent 300 personnes. La production de l’année 1747 est de 912 pièces ayant les unes de 28 à 30 aunes, les autres de 38 à 40 aunes, d’autres 65 aunes de longueur. En 1750, la fabrique Revoire et Charvet a 60 métiers occupant de 500 à 600 ouvriers. La production de cette année est de ! ,260 pièces.
- En 1763, la fabrique Revoire et Charvet est devenue la manufacture royale des sieurs Charvet frères. En 1765, cette dernière occupe
- p.52 - vue 51/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE
- 53
- dans la ville de Tienne et les bourgs environnants, 204 cardeurs, 809 fileurs, 117 tisserands et un personnel total de 1,530 ouvriers ou ouvrières. Elle consomme annuellement 10 à 12 quintaux d’organcin qu’elle achète tout mouliné, 20 à 21 quintaux de laine peignée qui Aient toute filée de Tourcoing, 21 à 22 quintaux de laine peignée achetée toute filée à Ambert, 23 à 24 quintaux de laine filée dans le Gévaudan, 40 à 42 quintaux de filoselle achetée toute filée dans le Languedoc, le Comtat et le Dauphiné et 18 à 20 quintaux de fils venant de Bretagne. Cette consommation de filature occupe 220 personnes dans les autres provinces du Royaume.
- Les genres fabriqués comprennent des ratines façon de Hollande et des ratines à la Dauphine qui se vendent surtout à l’étranger, principalement en Espagne et en Suisse, des ratines doubles broches imitant les croisés d’Angleterre et qui sont même préférées à ces derniers par les étrangers à cause de leur plus belle qualité et de leur plus bas prix, des ratines en laine du Dauphiné vendues en Suisse et dans le Piémont, des toiles et peluches remplaçant les articles anglais (les Anglais tout en les faisant plus étroits ne peuvent les établir aux mêmes prix), étoffes vendues en Allemagne et en Russie, des bourgs remplaçant les bourgs du Levant et imitant parfaitement les articles similaires d’Angleterre, vendus en Suisse et en Allemagne, des droguets soie et filoselle remplaçant les droguets de Milan et se consommant en Allemagne, des popelines supérieures à celles de Nîmes, des ferrandines Tendues en France et surtout en Italie et en Suisse.
- Les ateliers de la manufacture des frères Charvet étaient établis dans le quartier Saint-Martin (l), sur les bords de la Gère. A cette époque la laine se lavait dans des bacs établis sur le cours de la rivière et au moyen de rateaux mus à la main. Le battage s’effectuait à l’aide de baguettes dont un ou deux ouvriers frappaient la laine étalée sur une table à claires-voies. La filature comprenait deux opérations : le cardage sur un banc garni de cardes dit « baudet » et le filage avec un rouet manœuvré par un ouvrier. Dans ces conditions la production était extrêmement réduite et deux ouvriers ne
- (1) En 1830, les gendres et successeurs des frères Charvet, MM. Badin, Lambert et Savoy, abandonnèrent le quartier Saint-Martin et firent construire à Bèchevienne, sur les bords de la Seveine, une usine mue par la force hydraulique à laquelle ils ajoutèrent ensuite la vapeur, usine tout à fait moderne pour l’époque. Cette maison cessa les affaires vers 1850 et l’usine a été occupée depuis 1856 par les propriétaires actuels, MM. Bonnier et fils qui ont transformé totalement l’ancienne fabrication et ont décuplé les proportions de l’établissement.
- p.53 - vue 52/175
-
-
-
- 54
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- pouvaient carder et filer qu’environ deux écheveaux ou 2,500 mètres par jour. La manœuvre du métier à tisser s'exécutait aux pieds et à la main et deux ou trois ouvriers étaient occupés pour un métier, se lançant la navette de fun à l’autre. On foulait généralement aux pieds dans des bacs dits « cercueils », nom qui resta plus tard à la fouleuse à maillets bien que celle-ci ne rappelle en rien un cercueil. On lainait à la main avec des croix garnies de chardon, deux ou trois ouvriers travaillant sur la meme pièce, On tondait les draps tendus sur une table au moyen d’énormes ciseaux bien dénommés « forces » ou « efforces » pesant de 1*7 à 18 kilogrammes, manœuvrés par un ouvrier qui employait 30 à 40 jours de travail pour tondre une pièce de 20 mètres environ. Le lustrage était obtenu à l’aide de cartons placés entre chaque pli d’étoffe. Suivant les articles, la pièce ainsi encartée était recouverte de plaques de fer chauffées et ensuite, placées sous une presse à vis serrée par la manœuvre d’un cabestan auquel s’attelaient 3 ou 4 hommes.
- Après la Révolution, Vienne chercha à développer les industries qui languissaient dans son. sein. La draperie parut aux habitants l’élément le plus sûr d’une prompte prospérité. Des draps lisses souvent écrus qu’on vendait aux négociants de Lyon et d’Annonay, des draps croisés et capucins fabriqués de laines beiges, grises café ou noires, naturelles et teintes, des draps façon de Carcassonne dits « vingt sixains », des droguets façon d’Angleterre, des serges façon d’Orange, des droguets sur fils de chanvre, des ratines larges en laine de Ségorie teintes et dites serges de Valence fabriquées spécialement pour le Levant et des ratines communes employées à l’habillement des troupes : tels furent les genres fabriqués, Le progrès ne commença guère à se faire jour qu’avec la génération qui suivit la Révolution de 1789. Le tissage à un seul ouvrier par métier, appliqué en Angleterre par John Kay dès 1757, ne se propagea à Vienne que vers 1810-1815. Vers cette époque, apparurent les premiers assortiments à ploquets et les machines à filer en gros. Ils mirent un temps assez long à se vulgariser de même que les machines à lainer et à tondre qu’on ne construisit qu’après 1820. Le premier assortiment à continu fut placé vers 1842. La machine à filer en gros avait 30 a 40 broches et nécessitait trois ouvriers : un fileur tournant la roue et manœuvrant le chariot et deux gamins metteurs de ploquets. Ceux-ci finissaient généralement par se déformer les jambes par suite de la position continuelle que nécessitait leur travail. Lue seconde machine, dite « Jeannette », servait à surfiler ou filer en
- p.54 - vue 53/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE 55
- fin le fil fait à la machine à filer en gros. Cette seconde machine avait, généralement, 40 à 60 broches. Elle fut remplacée plus tard par la mull-jenny qui avait de 100 à 150 broches. Celle de 120 broches était le plus généralement employée.
- En 1830, 4,000 ouvriers, sur 13,000 habitants, étaient occupés dans la ville de Vienne au travail des lainages. Ils produisaient annuellement 20,000 pièces de 30 mètres environ. En 15 ans, grâce â l’invention ou au perfectionnement de l’outillage, la production doubla.
- En 1835 Vienne fabriquait environ 40,000 pièces. Ses relations commerciales s’étaient étendues. La fabrication des draps avait reçu un développement continu.
- C’est vers cette date que l’on commença à mélanger dans certains draps des bas et des tricots hors d’usage effilés à la main ainsi que des déchets de filature. En 1845, l’effilage commença à se faire avec des machines appelées « effilocheuses ». A partir de 1850, on effila avec ces machines presque tous les genres de tissus de laine et depuis cette époque, l’emploi de la « laine renaissance » n’a fait que se généraliser de plus en plus dans la fabrication viennoise.
- Si pendant quelques années, de 1835 à 1840, Vienne n’augmenta pas la production de ses draperies, elle perfectionna son outillage et varia sa fabrication. Les draps fantaisies nouveautés, d’abord dédaignés, s’imposèrent aux fabricants et ce genre de draperies acquit bientôt une assez grande extension. Plus de 250 fabricants pour 6,000 ouvriers avaient donné, il y a 70 ans, au vallon étroit de la Gère, un aspect extraordinaire. Partout des roues hydrauliques tournant sous le flot, des faubourgs bruyants, des teintureries noires, des bruits de métiers. La vapeur et le perfectionnement des machines ont eu raison de cette multiplicité de maisons. A partir de 1856, les industriels de Vienne, comme ceux de toutes les autres villes, qui ont voulu progresser ou simplement se maintenir, ont été obligés de transformer complètement leur matériel et de modifier leur genre de fabrication.
- C’est de 1856 à 1870 que la fabrique de Vienne a été le plus prospère. Néanmoins pendant cette période, le nombre de fabricants a constamment diminué d’année en année, à tel point qu’en 1871 il n’v en avait déjà plus que 120, et qu’en 1904 ce nombre est réduit à 26. Par suite de la grande concurrence des fabriques du Nord et des demandes de la consommation, les prix de vente de la draperie ont suivi parallèlement une marche descendante. D’où la nécessité pour les fabricants de transformer leur outillage afin de produire davantage
- p.55 - vue 54/175
-
-
-
- 56
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- et plus économiquement. La production qui en 1880 était de 1,772,668 kilos, était, en 1890, de 2,356,211 kilos; en 1900, de 3,348,346 kilos et en 1904 de 4,005,276 kilos représentant pour cette dernière année une valeur de 18 millions de francs seulement. En effet, le prix moyen du mètre oscille entre 2 fr. 50 et 3 francs, soit en moyenne 4 fr. 50 le kilo.
- Au point de vue de l’outillage, les assortiments de cardes ont été élargis ; les mull-jenny de 120 broches ont été remplacées par les selfacting ou renvideurs de 300 à 500 broches ce qui fait qu’un assortiment de lm 80 et un selfacting de 300 à 500 broches, produisent 400 à 600 fois plus que le « baudet » et le rouet primitifs. Les métiers a bras ont fait place aux métiers mécaniques battant 100 et même 120 coups à la minute. Les fouleuses mécaniques à cylindres ont remplacé celles à maillets. La laineuse mécanique simple ou double a remplacé le lainage à la main si fatiguant et la tondeuse longitudinale où le travail de l’ouvrier est réduit à sa plus simple expression produit en une heure ce que le travail exténuant des tondeurs aux forces, produisait en un mois. Il en est de même de toutes les autres opérations accessoires de la fabrication.
- Vienne possède actuellement 43,580 broches de filature, 1,430 métiers mécaniques et seulement 10 métiers à bras.
- La situation des ouvriers de la fabrique viennoise n’a pas moins changé. D’après des documents officiels, en 1800, les ouvriers lai-neurs et tondeurs gagnaient 1 fr. 40 à 1 fr. 50 par jour et les fileurs 1 fr. 75 à 1 fr. 80; les femmes 75 à 90 centimes, et les enfants 35 centimes. Jusque vers 1850, les salaires ne subirent guère d’augmentation. A cette époque, à part les ouvriers tisserands et fileurs dont le rendement était très variable, les ouvriers à la journée ne gagnaient que 1 fr. 25 à 1 fr. 50, les femmes de 60 à 90 centimes et les enfants de 35 à 60 centimes. La journée de travail était de 13 à 15 heures et les enfants commençaient à travailler à l’age de 7 ans. Aujourd’hui, tous ces salaires sont doublés, triplés et même quadruplés. La journée moyenne est de 10 à 11 heures et les enfants ne travaillent qu’après 13 ans.
- Il se dégage donc de ces rapprochements une constatation intéressante entre toutes. C’est que, contrairement à un préjugé bien connu, les salaires ont suivi une marche ascendante au fur et à mesure que l’outiHàge mécanique s’est développé et perfectionné. Cette augmentation des salaires n’à même pas été la seule conséquence heureuse du machinisme tant décrié. L’emploi de ce dernier a encore eu pour
- p.56 - vue 55/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE
- résultat de diminuer dans des proportions que l’on sait le côté pénible du travail de l’ouvrier et de donner à ce travail une dignité qu’il n’avait pas toujours autrefois. La plus grande partie et dans certains cas la totalité des efforts physiques demandés j adis à l’ouvrier est, aujourd’hui, fournie par la machine. Le travail de l’ouvrier est devenu de plus en plus un travail de surveillance et de direction des forces mécaniques. Enfin c’est en grande partie aux progrès mécaniques qu’on est redevable de la remarquable diminution dans le coût du mètre de drap. Cette diminution a mis à la portée des ouvriers de notre époque le vêtement de laine à des prix et qualités qui feraient l’étonnement des ouvriers du vieux temps. Malgré la modicité des salaires, le drap coûtait En 1800-1810 de 20 fr. à 100 fr. le mètre;
- En 1830-1850 de 6 fr. à 30 fr. le mètre.
- Aujourd’hui il coûte de 1 fr. 50 à 10 fr.
- Si la situation des ouvriers de la fabrique viennoise s’est ainsi considérablement améliorée, il n’en est pas tout à fait de même de la situation des fabricants eux-mêmes. Ces derniers se trouvent, en effet, dans des conditions d’infériorité manifestes vis-à-vis de leurs concurrents du Nord et du Midi.
- Par suite de leur situation géographique : 1° la houille leur revient à 50 0/0 plus cher qu’à leurs collègues du Nord; 2° ils ne peuvent pas, comme ces derniers, profiter des fluctuations avantageuses des marchés lainiers et cotonniers de Roubaix et de Tourcoing ; 3° à cause de leur éloignement de ces marchés ainsi que des grands centres de la fabrication des vêtements, ils ont à supporter, sur leurs matières premières et leurs tissusf un double transport très onéreux dont sont presque dispensés les industriels du Nord.
- Aris-à-vis de leurs concurrents du midi, les fabricants viennois paient des salaires de 30 àN50 0/0 plus élevés.
- Enfin, il faut tenir compte que Vienne, par le fait de son genre de fabrications se trouve aussi dans des conditions défavorables. Vienne produit principalement des articles à bon marché pour la fabrication desquels elle se sert surtout de déchets de laine et de laine renaissance. Or, on sait que l’utilisation de ces matières premières exige plus de façons et occasionne par suite des dépenses de main-d’œuvre supérieures à celles de la manipulation des laines mères.
- Il est facile de voir, pour toutes ces raisons, que si les industriels viennois augmentent la quantité de leur production, c’est au prix d efforts et de sacrifices considérables et que le chiffre relativement
- p.57 - vue 56/175
-
-
-
- 58
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- élevé de cette quantité serait à tort considéré comme un signe de prospérité pour eux-mêmes.
- L’activité de la fabrique viennoise, au point de vue des profits de l’entreprise, est une activité à peu près sans résultat. Elle se dépense presque toute entière en achats de matières premières, en achats, entretien et perfectionnements d’outillage, en paiements de salaires, avec seulement un taux très bas de rémunération pour le capital et un coefficient de bénéfices à peu près nul.
- Les industriels de Vienne, sans se décourager et avec un désintéressement qui leur fait honneur, luttent énergiquement pour développer (c’est le meilleur moyen de la maintenir) leur industrie locale à laquelle est liée l’existence des 3/4 de la population viennoise. Confiants dans l’avenir, ils espèrent bien voir luire un jour, eux aussi, une période de prospérité dans laquelle ils seront récompensés de leurs réels efforts.
- L’industrie viennoise était représentée à Saint-Louis par un de ses plus importants fabricants.
- Parmi les tissus exposés, on voyait à peu près tous les genres fabriqués dans la ville deVienne. A côté des beaux articles cuirs mélangés pour dames, on remarquait les molletons si réputés pour la confection des vareuses et pèlerines pour hommes, les articles teints et mélangés genre anglais tels que: meltons, sergés, présidents etmos-kowas, les articles chasse, les articles cardés fantaisies nouveautés pour hommes et enfin les draps imprimés imitant à s’y méprendre les plus belles draperies fantaisies nouveautés. Cette Exposition a été déclarée hors concours, avec félicitations du Jury pour la supériorité des produits présentés.
- EXPOSANTS
- Bonnier et fils. — Hors concours, le chef de la maison M. Francisque Bonnier étant membre et rapporteur du Jury. — Maison fondée en 1852 par M. Antoine Bonnier, père du chef actuel. — Fabrique de draps pour hommes et pour dames. — Spécialité de draps imprimés et de molletons pour vareuses et pèlerines. — Draps unis, teints en pièces, mélangés et fantaisies nouveautés. Ouvriers occupés : 700.
- Cette maison est la première qui ait introduit, en France, la fabrication des articles genre anglais, avec chaîne coton, tels que cheviots, présidents et moskowas pour la confection des vêtements d’hommes.
- p.58 - vue 57/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE 59
- Tous les articles sortant de la maison sont préparés, cardés, filés, tissés, teints ou imprimés et apprêtés dans son établissement.
- Grand prix aux dernières Expositions internationales d’Amsterdam, Lyon, Anvers et Bruxelles. Hors concours, membre du Jury, Paris 1900.
- M. Francisque Bonnier a été successivement membre des Comités d’admission et d’installation des Expositions d’Amsterdam 1895, Bruxelles 1897, Paris 1900 et de Saint-Louis (Etats-Unis) 1904.
- Il a fondé ou participé à la fondation des œuvres suivantes :
- Mutualité Maternelle de Vienne et de F Isère ; Fédération des 90 sociétés de Secours mutuels de l’arrondissement de Vienne.
- Président de ces deux Sociétés depuis leur fondation, il est aussi vice-président du Comité départemental de la Mutualité institué par arrêté préfectoral, vice-président de la Fédération mutualiste du sud-est de la France et administrateur de la Fédération nationale de la Mutualité française.
- Depuis le 1er janvier 1893, M. Bonnier alloue annuellement à tous ses ouvriers ayant 65 ans d’âge et 30 ans de service dans son établissement, une pension de retraite de 300 francs, sans aucune retenue sur les salaires.
- Dans la Section d’Economie sociale à l’Exposition de Saint-Louis, la Mutualité maternelle de Vienne et de l’Isère a obtenu le Grand prix, et son président également le Grand prix comme collaborateur.
- RÉGION DU TARN ET DE L’HÉRAULT
- La fabrication de la draperie dans la région montagneuse du Tarn et de l’Hérault remonte au moins au xvme siècle.
- Cette région manufacturière comprend toute la vallée du Thoré et principalement les trois centres de Castres, Mazamet et la Bastide-Rouairoux.
- Castres
- On y a longtemps fabriqué des étoffes communes, dites « Péruviennes », « Castraises » pour la Bretagne. Aujourd’hui, grâce à l’initiative de quelques gros façonniers qui n’ont pas hésité à renouveler complètement leur outillage pendant ces dernières années, et ont pu changer totalement leur genre de fabrication, grâce aussi au bas
- p.59 - vue 58/175
-
-
-
- 60
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- prix de la main-d’œuvre, Castres rivalise avantageusement pour les étoffes de robes en nouveautés et le plaid bas prix avec les maisons importantes de Roubaix, de Reims et les maisons étrangères, principalement les maisons allemandes.
- Mazamet
- L’industrie lainière de cette ville remonte au delà du xvme siècle. Il y a 30 ans, Mazamet était de beaucoup la ville la plus manufacturière la plus importante de la région par le nombre de ses usines. Mais une nouvelle industrie, le délainage des peaux de mouton, est venu absorber peu à peu l’ancienne et réduire considérablement le nombre des fabricants, autrefois si nombreux. Les plus importantes maisons de draperies, à la suite de grèves, ont abandonné la fabrique pour s’adonner exclusivement au commerce de la laine, beaucoup plus facile et bien plus lucratif.
- Mazamet n’a plus, aujourd’hui, que deux ou trois maisons fabriquant la draperie nouveauté, dont une seule a une certaine importance et une dizaine de fabricants de molletons et flanelles dont deux ou trois importants.
- La Bastide-Rouairoux
- L’industrie de cette localité, qui est maintenant celle du département où les fabricants de nouveautés sont les plus nombreux, est aussi fort ancienne. On y fabriquait auxvin® siècle et dans la première moitié du xixe, des draps unis, mélangés ou teints en pièces lisses et croisés, zéphirs et cuirs laines qui avaient une certaine réputation et que les fabricants allaient vendre dans les principales foires de la région.
- C’est vers 1848 que M. Rarthe, associé avecM. Alquier,et père du fabricant actuel, M. Joseph Barthé, inaugura dans le pays la fabrication de la nouveauté. En 1858, il substitua à la force hydraulique, donnée par la rivière et irrégulière comme le débit de cette dernière, la vapeur qui lui permit de fabriquer en toute saison tous les genres de tissus été et hiver pour hommes. En mettant à la disposition de ses confrères ses machines à teindre, à laver et à sécher, il développa considérablement l’activité industrielle de la Bastide.
- La période de 1858 à 1870 fut la plus prospère. Après la guerre de 1870, les affaires devinrent de plus en plus difficiles et chaque
- p.60 - vue 59/175
-
-
-
- SECTION FRANÇAISE
- 61
- année voyait disparaître quelque nouvelle maison, à tel point que d’une quarantaine de fabricants qu’on comptait en 1870, il n’y en a plus aujourd’hui que 9 ou 10 continuant le même genre d’affaires ; seuls les fabricants qui renouvelèrent leur outillage résistèrent à cette crise.
- Parmi les causes de cette décadence, il faut citer le voisinage du Bas-Languedoc qui, attirant un grand nombre d’ouvriers, renchérit un peu la main-d’œuvre et la rendit plus exigeante dans la région de la Bastide.
- Il faut citer aussi l’avènement de la nouvelle industrie du délainage, dont il a été fait mention plus haut ; mais la cause principale fut l’essor énorme pris par la fabrique de Roubaix. En raison de cette concurrence, ce n’est qu’au prix de grands efforts et par la variété de ses genres que la fabrique de la Bastide peut se maintenir.
- Le Bulletin de la Chambre de Commerce de Mazamet, pour 1904, expose comme suit la situation actuelle de l’industrie drapière de cette ville et de la Bastide-Rouairoux :
- « L’année 1904 dénote sur l’année précédente une diminution de 320,916 kilos dans le total des expéditions, soit 1,135,522 kilos en 1904, contre 1,456,436 kilos, en 1903.
- » Ce déficit se décompose comme suit :
- » 213,858 kilos pour Mazamet ; 822,314 kilos, en 1904, contre 1,036,172 kilos, en 1903.
- » Et 107,055 kilos pour la Bastide-Rouairoux : 313,208 kilos, en 1904, contre 420,266, en 1903.
- » La sensible amélioration que nous avions eu la satisfaction de signaler, pour 1903, dans notre vieille industrie de la fabrication, n’a pas eu de lendemain, et ce nous est une vraie déception d’avoir à constater, pour 1904, un chiffre de sortie qui, depuis 12 ans, n’avait jamais été aussi faible. (1,025,364 kilos, en 1892).
- » Un semblable résultat, quand on connaît les efforts incessants opposés par les fabricants de Mazamet et de la Bastide aux difficultés qui ne cessent de surgir sur leur route, inspirerait le découragement si l’on n’avait gardé le souvenir qu’ils surent antérieurement surmonter d’autres crises plus aiguës encore que celles qui, actuellement, les atteint.
- » La hausse des matières premières, principalement de la laine, a eu pour conséquence de restreindre la consommation des tissus de bonne qualité, au profit d’articles inférieurs qui se produisent dans d autres centres manufacturiers.
- p.61 - vue 60/175
-
-
-
- 62
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- ?
- » Conservant pleine confiance dans l’ingéniosité de nos producteurs de tissus, nous espérons aussi complètement que nous le désirons, qu’un avenir prochain leur donnera plus de facilités pour la vente, et partant, le dédommagement que mérite leur inlassable activité. »
- EXPOSANT
- L’exposant de la Bastide, M. Eugène-Joseph Barthe, présentait des draperies fantaisies, hiver et été, des doublures tartan, des plaids pour capes et manteaux, des étoffes pour robes. Ces articles formaient un ensemble du plus bel aspect et ont été très appréciés par les connaisseurs pour leur qualité et le fini de leur apprêt.
- Le Jury a, d’ailleurs, récompensé d’un Grand prix cette Exposition.
- Eugène-Joseph Barthe. Grand prix. Maison fondée en 1785. Fabrique de draperies hautes nouveautés.
- Chiffre d’affaires : un million, dont 150,000 à 200,000 francs pour l’exportation. Nombre d’ouvriers employés : 275 à 300.
- Cette maison avait précédemment obtenu les récompenses suivantes : Paris 1878, Bordeaux 1882, Bruxelles 1897, Paris 1900, médaille d’or ; Paris 1889, hors concours, membre du Jury.
- ?
- p.62 - vue 61/175
-
-
-
- DEUXIÈME PARTIE
- r
- L’Industrie lainière des Etats=Unis.
- p.63 - vue 62/175
-
-
-
- p.64 - vue 63/175
-
-
-
- L’INDUSTRIE LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- I
- NOTICE HISTORIQUE
- usqu’â la fin du xvme siècle, les seules fabriques de laine existantes aux États-Unis étaient celles composées des cardes à main, du rouet domestique et de l’ancien métier ___________ à bras.
- L’année 1788 vit le premier essai tenté pour développer la fabrication lainière jusqu’alors restreinte à l’atelier familial. Cette année, grâce à une souscription publique, un petit établissement fut créé dans le Connecticut. Cet établissement commença à fonctionner en 1789. Après avoir eu l’enviable honneur de. fournir le drap des habits d’inauguration du premier président des États-Unis, l’entreprise du Connecticut fut abandonnée.
- C’est en 1794 que la première machine à carder la laine fut construite et mise en marche, en Amérique. Dès lors les progrès de l’industrie lainière devinrent plus rapides.
- L’industrie fut spécialement favorisée par l’Embargo Act et par la guerre qui, en 1812, arrêta toutes les importations étrangères.
- Au recensement de 1810, la population des États-Unis s élevait à 7,293,903 habitants. 8,375,440 mètres d’étoffes de laine étaient tissés dans les familles. Il existait 372,743 rouets, 122,644 broches de filature et 225,392 métiers, soit en moyenne à peu près un métier par 32 habitants. Le recensement attestait l’existence de 24 manufactures de laine et de 1,682 foulonneries.
- C’est à peu près à cette époque qu’une manufacture du Connec-
- 5
- p.65 - vue 64/175
-
-
-
- 66
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- ticut utilisa la première, la vapeur comme force motrice et installa une machine de 24 chevaux qui donna le mouvement à tout l’outillage requis pour le cardage, la filature, le tissage, le bobinage, le foulage, la teinturerie et l’apprêt.
- Avant 1810, un certain nombre d’usines pour le lainage et le tondage des draps avaient été établies dans le New-England et le New-York,
- L’expansion comparativement rapide de la fabrication lainière des Etats-Unis fut stimulée par les besoins du pays pendant la guerre.
- L’industrie lainière fit de réels progrès au milieu de grandes difficultés ; néanmoins, les Etats-Unis devinrent incapables de pourvoir avec leurs propres ressources à l’habillement de leurs soldats et de leurs marins.
- On dût recourir indirectement et avec regret aux fabriques anglaises ; en 1813, plus de 500,000 dollars furent dépensés pour l’armée en achats de draps et de couvertures étrangères.
- Pendant la guerre de 1812, le drap grande largeur valut jusqu’à 19 dollars, soit environ 100 francs le mètre, et la belle laine mérinos jusqu’à 6 dollars, soit 31 fr. 20 le kilo.
- Dans le courant de l’année 1810, un grouge de capitalistes du Rhode-Island achetèrent le terrain dépendant de la propriété Blodgett, à Moosup (Connecticut). En 1816, une manufacture y fut bâtie, qui, après trois années passées à s’installer et à se développer, devint une fabrique de draps grande largeur.
- L’histoire de cette usine est celle de plusieurs générations. Elle est une image réduite du développement de l’industrie lainière des Etats-Unis. La manufacture existant aujourd’hui ne contient ni un morceau de bois, ni une pierre de la construction primitive avec laquelle elle n’a d’ailleurs aucune ressemblance. Le « Moosup » est, en effet, un des moindres établissements de « l’American Woolen Company ».
- En 1824, une autre usine était construite à Dover (New-Hamp-shire). Elle était destinée à la fabrication des draps de vêtements. En 1832, elle fut transformée en fabrique de flanelles. Cet établissement fut bâti et rebâti pendant les 50 ans qui suivirent, toujours en en augmentant les proportions et la capacité productrice.
- Ces usines aujourd’hui connues sous le nom de Sawyer-Mills, constituent un des plus beaux établissements des États-Unis pour la fabrication des lainages fantaisies. Elles ont été, dans leur branche
- p.66 - vue 65/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS 67
- de fabrication, le premier établissement de « l’American Woolen Company ».
- En 1845,dans le Massachusetts, était fondée la ville de Lawrence, appelée du nom d’un de ses fondateurs. Les trois frères Amos, Abbott et Samuel Lawrence vont faire de cette ville un des principaux centres de l’industrie lainière des Etats-Unis (actuellement le deuxième).
- En 1846, la Société des usines Bay-State, avec un capital de un million de dollars, était constituée et légalement reconnue. Les constructions commencèrent en avril 1846, et en février 1848 la « River Mill » mettait ses machines en marche. Avec une rapidité que n’a dû égaler aucune autre entreprise américaine, trois constructions de 9 étages furent élevées. L’une de ces dernières, la River Mill, avait 440 mètres de longueur, avec toutes les constructions annexes nécessaires à ce géant des Manufactures. 7 roues de 1,025 chevaux de force et 2 machines de 1,000 chevaux donnaient le mouvement à 15,000 broches de coton, à 65 assortiments de cardes pour la laine et à 1,000 métiers qui avaient vite produit des millions de mètres d’étoffes pour robes, de lainages et de châles.
- Remarquable fut la rapidité avec laquelle les produits des usines Bay State devinrent fameux, et particulièrement sa grande spécialité : les châles Bay State dont, deux ans après leur mise en marche, ces usines produisaient 350,000 par an. Ces châles figurèrent à la première Exposition internationale, celle de 1851 et obtinrent cette mention du Jury : « absolument remarquables par la légèreté et la souplesse de l’étoffe ». Beaucoup de grand’mères américaines portent encore aujourd’hui les châles « Bay State » qu’elles achetèrent il y a 50 ans et qui avaient cette merveilleuse propriété de ne jamais s’user
- La première destination des usines Bay State devait être principalement la fabrication des cachemires unis et des draps grande largeur, mais à la veille de leur mise en marche, on remarqua que le marché était surchargé de ces articles et qu’au contraire il y avait une grande demande de châles. Sur le conseil de Samuel Lawrence, les agents de vente Stone et Ca envoyèrent, pour être reproduit, un châle écossais noir et blanc. L’essai fait pour copier ce dernier obtint un plein succès. Les métiers furent disposés de façon à produire plusieurs centaines de ces châles par jour. Et comme il était trop coûteux de faire les franges à la main, Milton W hippie, sur une idée qui lui fut suggérée par Samuel Lawrence, et
- p.67 - vue 66/175
-
-
-
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- en collaboration avec Albert Marshall, un habile mécanicien, inventa une machine pour faire ce travail. Des tondeuses perfectionnées pour l’apprêt, des essoreuses pour la teinture et d’importantes améliorations dans l’outillage à carder et à filer furent introduites. Les affaires de l’établissement pendant les années 1848 et 1849 prirent une extension considérable. En 1849, il fut réalisé, principalement sur les châles, un bénéfice net de 200,000 dollars, soit environ 1,040,000 francs.
- Le premier plan de cette vaste et audacieuse entreprise avait été conçu et réalisé avec une merveilleuse énergie par Samuel Lawrence, le plus jeune des trois frères, qui fut le premier trésorier et administrateur général des Bay State Mills. Mais dans la panique de 1857, lors de la crise traversée par les fabriques lainières de tous les Etats-Unis, l’établissement de Bay State fut un des premiers à succomber. Cette immense propriété demeura oisive pendant deux années. L’on réussit toutefois à réorganiser l’entreprise qui passa toute entière dans les mains d’une nouvelle société appelée la « Washington Mills Company », légalement reconnue le 27 mars 1858 avec un capital de 1,650,000 dollars. Le gérant de la nouvelle Société fut pendant longtemps E.-R. Mudge, un des commissaires des Etats-Unis à l’Exposition de 1867 et auteur à ce dernier titre d’un remarquable rapport sur les Expositions de laines. Mudge était un négociant avisé, un fabricant compétent et épris de progrès. Il donna une preuve de cette qualité en introduisant aux Etats-Unis la fabrication des articles peignés pour vêtements d’homme. Tant qu'il vécut, il maintint la fabrication des établissements Washington dans leur maximum de capacité productrice, soit avec une production annuelle dépassant en valeur 3 millions de dollars, c’est-à-dire 15,600,000 francs. Mais après sa mort, le capital social s’épuisa de nouveau et, en 1875, la Cie après une seconde liquidation était réorganisée et recommençait en 1878, .mais pour faire encore faillite et être soumise à une nouvelle liquidation. L’ensemble de l’établissement quelques années après passa à une nouvelle Cie des Washington Mills, dont Frédéric Ayer, de Lowell, fut l’intelligence directrice. La nouvelle administration comprit que la fabrication lainière avait fait de grands pas pendant les 35 années écoulées depuis la construction de l’établissement primitif et qu’une entreprise aussi considérable ne pouvait être continuée avec succès, qu’en la dotant de la plus moderne et la plus parfaite installation et en donnant ainsi à une énorme production le prix de revient le plus bas possible.
- p.68 - vue 67/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 69
- Dans cette situation, elle prit un parti héroïque. Beaucoup des anciennes usines furent rasées les unes après les autres et de nouvelles et splendides constructions furent élevées à la place, munies de l’outillage le plus récent et le plus perfectionné pour le cardage, le peignage, la filature et le tissage de la laine. Quand cette organisation fut achevée, les Washington Mills furent déclarées le plus parfait établissement lainier du monde (1).
- Le premier trésorier de la nouvelle organisation fut George Ripley, d’Andover. Il fut remplacé par Frédéric Ayer, et peu après par William Wood, qui devint à la fois trésorier et administrateur général. Sous l’administration de M. Wood, le développement de l’établissement fut rapide. De 1893, date de son entrée en fonction, à 1899, époque à laquelle les usines Washington devinrent un établissement de l’American Woolen Company, la production hebdomadaire de fil peigné passa de 26,274 kilos à 113,250 kilos, et la production de tissus de 58,000 mètres à 248,500 mètres cardés ou peignés.
- Le Bulletin de ïAssociation nationale des fabricants des États-Unis dit à ce sujet : « Aucun établissement, dans notre pays et probablement dans le monde, n’a jamais approché de cette production hebdomadaire en draps pour hommes. »
- Pendant la même période le nombre d’ouvriers occupés passait de 2,810 à 5,041. La force motrice totale (roues hydrauliques et machines à vapeur) atteignit 7,422 chevaux. De nouvelles constructions ne cessèrent de s’élever jusqu’à ce que la surface de plancher de l’établissement couvrit 12 hectares.
- Actuellement, les 9 établissements, abritent un outillage de 106 assortiments de cardes, 100 peigneuses, 1,500 métiers et 84,296 broches de peigné. La force motrice est fournie par 10 roues hydrauliques et 15 chaudières. 6,500 personnes y sont occupées.
- Quelques années après la construction des usines Bay State, en 1853, une nouvelle Société pour l’industrie lainière était constituée à Lawrence et légalement reconnue : la Société des Pacific Mills. Le capital initial était de 2 millions de dollars. Le premier président et directeur fut Abbott Lawrence ; ses associés comprenaient un certain nombre de capitalistes négociants de Boston qui avaient été mis en vue par leur contribution à la création des grandes usines de coton de Lowell et de Lawrence.
- (1) Les rapporteurs ont visité cet établissement dont l’installation est, en effet, parfaite.
- p.69 - vue 68/175
-
-
-
- 70
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- Le projet des fondateurs comportait la création d’un établissement destiné à la fabrication d’étoffes pour daines, en pure laine, en coton et en mélangé coton et laine, comprenant ainsi des fabriques de laine, de coton et des ateliers d’impression.
- C’était le plan le plus ambitieux qui ait jamais été réalisé, même à cette époque d’entreprises textiles audacieuses. La construction et l’installation des diverses fabriques n’étaient pas encore achevées que la Société voyait son capital épuisé et se sentait glisser sur la pente de la faillite. En cette circonstance critique, Abbott Lawrence avança, sur sa fortune personnelle, plusieurs centaines de mille dollars pour permettre à la Société de commencer et continuer ses opérations. Lawrence donna cette preuve de sa confiance en l’avenir de l’entreprise à un moment où l’action de la Société, d’une valeur nominale de 1,000 dollars, était vendue moins de 100.
- En 1855, M. Wiley Edmands, un homme énergique et doué d’une remarquable sagacité, prenait la direction de la Société. M. Wiley Edmands est réputé dans le New-England comme un industriel hors pair. Cette réputation est largement fondée sur les progrès qu’il a fait réaliser aux Pacific Mills qu’il a dirigées saines et sauves au milieu des temps agités qui suivirent son entrée en fonction. Quand survint la panique de 1857, la Société fut obligée de solliciter une prorogation de 6 mois et obtint pour cela l’assentiment de tous ses créanciers. L’année suivante l’on fit un nouvel appel de capital, et en moins d’un an l’action de la Société était au pair. Avant la guerre de Sécession, la Société ne réalisa pas de bénéfices; mais lorsque la guerre survint', l’élévation des droits provoqua une demande des produits nationaux et les Pacific Mills prospérèrent très vite. Pendant ces quelques années, leur production augmenta avec rapidité, montant d’environ 10 millions de mètres d’étoffes pour robes, en 1861, à plus de 40 millions, en 1865. Depuis cette date la production totale a été annuellement de près de 90 millions de mètres, soit une moyenne d’environ 4 mètres pour chaque femme et chaque jeune fille des Etats-Unis.
- M. Edmands resta à la tête des Pacific Mills jusqu’à sa mort, en 1877, et pendant tout ce temps, l’extension de l’entreprise fut continue. A la mort de M. Edmands, une notabilité locale parlant de ses travaux disait : « Il est difficile de se faire une complète idée des qualités » financières et industrielles qui permirent à M. Edmands d’amener » un établissement de semblables proportions, de la faillite la plus » désespérée à sa situation actuelle de prospérité sans égale, demain-
- p.70 - vue 69/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 71
- » tenir en discipline une armée industrielle de 4,000 personnes et » de passer sous sa propre responsabilité les milliers de marchés » nécessités par l’achat de 7 ou 8 millions de dollars de matières » premières annuellement nécessaires à la fabrication des Pacific » Mills. »
- Les Pacific Mills, actuellement au capital de 3 millions de dollars, possèdent 60 assortiments de cardes et 50,600 broches pour la fabrication des articles peignés.
- L’industrie de la laine peignée aux Etats-Unis est beaucoup plus jeune que celle de la laine cardée.
- Jusqu’en 1842, les Etats-Unis n’eurent pas de manufacture de laine peignée, et, jusqu’en 1860, cette fabrication fut pratiquement confinée, en outre de la fabrication des fils pour tapis, aux trois vastes usines de la Nouvelle-Angleterre, les usines Pacific, Hami'lton et Manchester qui avaient été organisées pour la fabrication de la mousseline de laine.
- Ces usines avaient leur origine bien avant le perfectionnement des machines à peigner la laine, mais elles introduisirent graduellement ces machines dont plusieurs fonctionnaient déjà dans le pays avant la fin de la guerre de Sécession.
- Il semble que ceux qui élaborèrent la première législation douanière des Etats-Unis eurent cette idée que tandis que la fabrication de la laine cardée méritait toute protection, la fabrication de la laine peignée était une étrangère, une industrie hors de portée et indigne d’attention. Aussi à chaque révision douanière, les tissus de laine peignée étaient toujours moins taxés que ceux de laine cardée, sous le prétexte qu’ils devaient être importés et partant soumis à des droits purement fiscaux. Cette législation douanière livra les Etats-Unis aux importations anglaises de peigné qui enrichirent Bradford.
- Mais en 1860, lorsqu’eclata la guerre de Sécession, les besoins du Gouvernement, comme nous l’avons vu déjà, l’obligèrent à élever tous les droits de douane et avant qu’elle fut terminée, des conditions nouvelles rendaient possible la fabrication de nouveaux genres d’articles peignés. — « Quand la guerre fut finie, écrit Fauteur » des a Tops », le peuple américain, se frottant les yeux, s’éveilla » à ce fait qu’il avait désormais une fabrication de peigné solide-» ment établie, et, comme un enfant robuste, demandant seulement » la même considération que celle accordée aux autres industries » pour arriver à son plein épanouissement de santé et de force. » Aussi quand le congrès en vint à l’élaboration du fameux tarif
- p.71 - vue 70/175
-
-
-
- 72
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- » de 1867, il reconnut, presque malgré lui, que cette industrie avait » été transplantée aux Etats-Unis, et que si on lui accordait la meme » attention qu’à l’industrie de la laine cardée et à l’industrie du » coton, elle accroîtrait énormément en peu de temps la richesse » nationale. »
- En 1857 fut montée par Samuel Yewdall la première peigneuse mécanique de Philadelphie. Elle devait servir au peignage des laines demi-grossières. Trois ans après, une seconde peigneuse mécanique était montée par John Yewdall, frère de Samuel. C’était le commencement des Fairmount Mills qui appartiennent actuellement à la « Erben Harding C° ». Le nombre des peigneuses mécaniques s’accrut au fur et à mesure de l’extension des affaires. La machine Noble fut introduite pour la fabrication des beaux fils mérinos. La production des fils de chaîne pour draps casimirs dans laquelle étaient utilisées à la fois les laines des Etats-Unis et les belles qualités d’Australie, devint la destination principale des Fairmount Mills, ce qui amena la substitution complète des peigneuses Noble aux peigneuses Leister.
- John et William Yewdall dirigèrent les Fairmount Mills jusqu’en 1870. Ils les vendirent à Fiss, Banes et Erben qui, en 1872, s’associèrent Théodore C. Search. La raison sociale fut alors Fiss Banes Erben et C°, association qui dura jusqu’en 1883 et fut remplacée par la Société Erben, Search et C°. La raison sociale fut encore changée plus tard et devint : « Erben Harding et C° ». Enfin, en 1901, l’entreprise était reconstituée sous forme de Société par actions « La C° Erben Harding » au capital de 6,500,000 francs. C’est la plus ancienne entreprise et une des plus importantes des États-Unis pour la fabrication des fils cardés et peignés, pour le peignage, le dégraissage et Je traitement des laines. Elle possède les deux établissements des Fairmount Mills et des Tacony Mills ajoutés aux Fairmount Mills, en 1884. L’outillage de peignage et de filature comprend 25 peigneuses et 10,600 broches. Le matériel de filature dp système français sort des ateliers de construction de la Société Alsacienne. Ce sont les premières machines à filer de cette Société qui aient été introduites aux États-Unis.
- Toutefois, c’est encore dans le Massachusetts, à Lawrence, que se trouvent actuellement les entreprises de peigné les plus importantes des États-Unis comme capitaux, comme outillage et comme production. Ce sont les Washington Mills dont il a été déjà parlé et les Arlington Mills.
- p.72 - vue 71/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 73
- Constituées en 1865, en association, avec un capital de 200,000 dollars, les Arlington Mills avaient pour objet primitif la fabrication d’étoffes en laine cardée. L’établissement fut détruit, en 1866, par un incendie. Lorsqu’il s’agit de le reconstruire, l’Administration tenant compte de la situation nouvelle créée par le tarif de 1867 et prévoyant le nouveau champ d’activité que ce tarif allait ouvrir, décida d’entreprendre la fabrication d’étoffes pour robes en laine peignée. Aucun succès ne vint encourager les premières années de cette fabrication : « A cette époque, écrit l’auteur des « Tops », l’Angleterre, la » France et la Belgique avaient porté la fabrication du peigné à un » haut degré de perfection et les vêtements de laine peignée étaient » importés aux Etats-Unis à des prix et qualités qui faisaient l’étonne-» ment et le désespoir des industriels américains. En 1869, on dût » reconnaître que l’établissement Arlington devait ou se réorganiser, » ou cesser les affaires. 11 fallait beaucoup de courage aux associés pour » verser la totalité du capital social 240,000 dollars, et continuer » les opérations. C’est pourtant ce qui eut lieu et leur confiance fut » assez justifiée par la popularité des étoffes brillantes, mohairs, » alpagas et autres articles d’aspect lustré que les établissements Ar-» lington se mirent à fabriquer. »
- Le trésorier, c’est-à-dire l’administrateur délégué de la Société fut, depuis 1867 jusqu’en 1901, M. William Whitman qui « a conçu » et dirigé pratiquement une graduelle extension des établissements » Arlington, extension probablement sans égale aux Etats-Unis ». Le capital social fut porté, en 1875, à 320,000 dollars, en 1877 à 500,000 dollars, en 1881 à 700,000 dollars, en 1883 à un million de dollars, en 1887 à 1,500,000 dollars, en 1889 à 2 millions de dollars, en 1896 à 2,500,000 dollars et en 1900 à 3 millions de dollars. Les fonds provenant de ces augmentations du capital ont tous été employés au développement et à l’extension de l’entreprise. En 1872, les Arlington Mills entreprirent, comme nous l’avons dit plus haut, la fabrication d’étoffes pour robes, mohairs, alpagas et brillantines, et luttèrent avec succès contre les importations de Bradford et de France où ces articles avaient été jusqu’alors exclusivement fabriqués.
- En 1881, on annexa à la filature et au tissage de fils peignés une vaste filature de coton. Une seconde filature fut ajoutée en 1885-86. Enfin, en 1896, une nouvelle installation était encore créée. Cette installation de la plus haute importance pour l’avenir de l’industrie américaine du peigné consistait en une fabrique de tops destinés à la vente aux filateurs.
- p.73 - vue 72/175
-
-
-
- 74
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- Une première application de la méthode de spécialisation dans la fabrication des tops avait déjà été faite par les « Tacony Mills » dont nous avons parlé plus haut, et qui furent la première entreprise des Etats-Unis consacrée au peignage sur commission et à la fabrication des tops pour la vente.
- C’est cette application que les établissements Arlington reprenaient sur une très vaste échelle et dans les conditions du dernier modernisme, ainsi que nous le verrons plus loin dans un chapitre spécial.
- A l’heure actuelle, avec ses 120 machines à carder la laine, ses 82 peigneuses, ses 1,300 métiers, ses 43,500 broches de peigné et les 25 chaudières produisant la force motrice nécessaire atout cet outillage, auquel il faut ajouter l’outillage de la filature de coton, soit 114 cardes, 114 peigneuses et 62,000 broches, les établissements Arlington, qui comprennent 12 à 15 constructions et ont une surface de plancher dépassant 16 hectares, constituent, ainsi qu’on l’a dit, « un merveilleux théâtre d’activité mécanique, véritable monument « du génie créateur américain ».
- Cet exposé des progrès de la fabrication lainière depuis 50 ans dans les divers établissements que nous venons de décrire, est représentatif de l’évolution générale de l’industrie lainière des États-Unis pendant la deuxième partie du xix® siècle.
- Les trois grands établissements industriels: les Washington Mills, les Pacific Mills et les Arlington Mills, dont nous avons retracé l’historique dans les grandes lignes, consomment entre eux une énorme quantité de laine, de sorte que Lawrence occupe le second rang parmi les villes de fabrication lainière des États-Unis, si on considère la valeur de la production. En 1900, Philadelphie venait en tête avec une production lainière de 56,672,000 dollars, non compris la production considérable de l’industrie du tapis dans laquelle Philadelphie tient la tête des États-Unis. La production de Lawrence, la même année, a été de 25,458,744 dollars, inférieure d’environ une moitié à la production de Philadelphie. Mais pour comprendre l’importance relative de ces deux villes, il faut ajouter que Lawrence est, actuellement, pour la production de peigné, la première ville des États-Unis. La production de peigné, en 1900, a été de 24,678,138 dollars à Lawrence, 16,603,252 dollars à Providence, de 16,242,250 dollars à Philadelphie et de 1,413,652 à Lowell. Ainsi Lawrence fournit actuellement un cinquième de la production totale de peigné des États-Unis qui a été évaluée, en 1900, à 120,314,344 dollars. En 1890,
- p.74 - vue 73/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- d’après le recensement, elle n’en produisait que pour 10,431,000 dollars, soit une augmentation de 140 °/0 en 10 ans, probablement sans parallèle dans l’histoire de l’industrie américaine.
- En 1890, la seconde ville pour la fabrication lainière était Providence, dans le Rhode-Island. — Cette ville occupa, momentanément pendant la décade 1890-1900, la place de Lawrence à cause du phénoménal développement des usines de peigné «National et Providence». Aucune autre ville des Etats-Unis n’approche, actuellement, comme production lainière de Philadelphie, Lawrence, Providence etLowell.
- Comme nous le verrons plus loin, l’industrie lainière des États-Unis qui doit satisfaire les besoins de plus de 80 millions de consommateurs est à peu près concentrée dans huit États: le Massachusetts, la Pensylvanie, la Rhode-Island, le New-York, le New-Jersey, le New-Hampshire, le Maine et le Connecticut. Un autre caractère des fabriques lainières des États-Unis est une tendance à se centraliser comme exploitation, ainsi qu’en témoigne l’American Woolen Company constituée/en 1899, au capital de plus de 250 millions de francs, vrai trust lainier par la concentration de capitaux dont elle dispose. Nous l’avons vu précédemment, l’American Woolen Company groupe 28 établissements distincts parmi lesquels se trouvent les plus importants des États-Unis.
- Voici d’ailleurs, dans chacun des Etats énumérés plus haut et en outre de celles déjà mentionnées, les entreprises lainières les plus importantes, principalement pour les tissus de vêtement.
- Massachusetts
- L’Assabet Mill, de Maynard. — 95 assortiments de cardes, 56,000 broches, 1,000 métiers, 3,000 ouvriers, fabrique des articles pour vêtements d’hommes.
- Les Reaver Brook Mills, de Collinsville. — Fabrique de serges, de castors, etc., 39 assortiments de cardes, 172 métiers, 17,000 broches, teinture et apprêts, 700 ouvriers.
- La Beoli Mill, de Fitchberg. — Articles peignés pour complets et pardessus, 14 assortiments de cardes, 240 métiers, 5,500 broches, teinture et apprêts.
- Les Bay State Mills, de Lowell, articles pour complets, casimirs, 26 assortiments de cardes, 150 métiers, 11,440 broches, 700 ouvriers.
- La Chase Mill, de Webster.-— Casimirs et peignés fantaisie, 19 as-
- p.75 - vue 74/175
-
-
-
- 76
- EXPOSITON DE SAINT-LOUIS
- sortiments de cardes, 140 métiers, 15,600 broches, teinture, 600 ouvriers.
- Ces cinq établissements appartiennent à l’American Woolen Company.
- La Springfîeld Blanket C° à Holyoke. — Couvertures de lits et de chevaux, articles pour doublures, 28 assortiments de cardes, 183 métiers.
- La Bleakie Robert C°, à Hyde Park, capital 1 million. —Cheviots, easimirs, draps pour uniformes, 16 assortiments de cardes, 140 métiers, teinture et apprêt, 400 ouvriers.
- La Middlesex C°, à Lowell, capital 3,750,000 francs. — Casimirs, castor pardessus, draps pour uniformes, thibets, cheviots et peignés fantaisie, 30 assortiments de cardes, 220 métiers, 16,060 broches, teinture et apprêt.
- La Lawrence Felting C°, à Millville. — Feutres pour chaussures, doublures, 24 assortiments de cardes: 44 machines à carder pour les feutres et 10 pour la laine renaissance, 200 ouvriers.
- La Merchant’s Woolen Mill, à Dedhan. — Fabrique de cheviots, serges, meltons, 20 assortiments de cardes, 192 métiers, 10,200 broches, teinture et apprêt, 325 ouvriers.
- La Stevens, M. T. et Sons C°, à Haverhill. —Etoffes pour dames, 15 assortiments de cardes, 102 métiers, 7,000 broches, teinture et apprêt, 215 ouvriers.
- La Farr Alpaca C°, à Holyoke, capital 2 millions. — Articles peignés, 900 métiers, teinture.
- Les Germania Mills, à Holyoke. — Articles pour pardessus et manteaux, castors, 18 assortiments de cardes, 80 métiers, 5,500 broches, teinture, 300 ouvriers.
- La Moore Spinning C°, à North Chelmsford, constituée, en 1903, au capital de 6,750,000 francs. — Filature de peigné, 36 assortiments de cardes, 40 peigneuses, 25,000 broches, 700 ouvriers.
- La Calumet Woolen C°, à Uxbridge, capital 1,500,000 francs. — Casimirs tout laine, 20 assortiments de cardes, 90 métiers, 6,8/0 broches, teinture, 360 personnes employées.
- La Gilbert Geo Manufacturing C°, capital 5,000,000 de francs. —Articles cardés et peignés pour hommes et pour dames, 28 assortiments de cardes pour la laine cardée, 9 pour la laine peignée, 7 peigneuses, 13,040 broches de cardé, 9,408 de peigné, 390 métiers, teinture et apprêts, 1,150 personnes employées.
- La Slater Woolen C°, à Webster, capital 2,500,000 francs.— Fia-
- p.76 - vue 75/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS 77
- nelle, draps grande largeur, articles pour complets, 50 assortiments de cardes, 18,120 broches, 334 métiers, teinture, 1,000 ouvriers.
- Pensylvanie
- Carruth John G. etC°, à Philadelphie. — Casimirs, flanelles, étoffes pour robes, drap madras, 570 métiers, 350 ouvriers.
- Dobson John, à Philadelphie. — Couvertures, articles pour pardessus et complets, 45 assortiments de cardes, 305 métiers, 15,000 broches, teinture et apprêts, 1,000 ouvriers. Établissement remarquable possédant les machines les plus perfectionnées pour son genre de fabrication.
- Folvvell Bro et C°, à Philadelphie, constituée en 1900, capital 6,250,000 francs. — Serges, étoffes pour robes en laine cardée et peignée, étoffes pour doublure, 8 assortiments de cardes, 460 métiers, 16,400 broches, teinture et apprêts, 900 ouvriers.
- Soutlrvvark Mills C°, à Philadelphie, capital 1,750,000 francs. — Articles pour complets, robes et manteaux, 34 assortiments de cardes, 670 métiers, 50 peigneuses, teinture et apprêts, 1,700 ouvriers.
- Les James et Sons C°, à Bridgeport, société constituée en 1894, capital 3,000,000 de francs. — Fils peignés et cardés, 64 assortiments de cardes, 23 peigneuses, 8,000 broches de cardé, 20,000 broches de peigné, 800 ouvriers.
- Steel E. T. et G0, à Bristol. — Articles peignés pour hommes, 12 assortiments de cardes, 225 métiers, 7,500 broches, 14 peigneuses, teinture et apprêts, 700 ouvriers.
- KentThosManufacturingC0, capital 1,500,000 francs. —Flanelles, couvertures et serges, 28 assortiments de cardes, 168 métiers, 16,000 broches, teinture, 650 ouvriers.
- Rhode-Island
- Les National et Providence Worsted Mills, de Providence. — Fils et tissus peignés, 21 assortiments de cardes, 32 peigneuses, 552 métiers, 10,040 broches de cardé, 22,728 de peigné, teinture et apprêts, 2,200 ouvriers. Etablissement admirablement organisé pouvant rivaliser avec les plus importantes fabriques de fils et tissus peignés.
- Les Riverside Worsted Mills, de Providence. — 33 assortiments de cardes, 30 peigneuses, 370 métiers, 23,400 broches, 1,800 ouvriers.
- Les Weyssobet Mills, de Providence. — Casimirs et peignés, 25 assor-
- p.77 - vue 76/175
-
-
-
- 78
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- timents de cardes, 300 métiers, teinture et apprêts, 800 ouvriers.
- Ces 3 établissements appartiennent à l’American Woolen C°.
- Les Atlantic Mills, au capital de 7,500,000 francs. — Fils peignés et étoffes peignées pour robes, 75 cardes, 65 peigneuses, 2,554 métiers, 61,000 broches, teinture, 2,700 ouvriers.
- La Lorraine Manufacturing C°, à Pawtucket ; trésorier, M. J. R. Maccoll. —Étoffes peignées pour robes, 14 peigneuses, 12,000 broches.
- La Peacedale Manufacturing C°, à Peacedale.-— Peignés pour vêtements et complets, casimirs et châles en laine cardée, 12 assortiments de cardes, 9 peigneuses, 227 métiers, 14,400 broches, teinture, 700 ouvriers.
- New-York.
- Les Fulton Mills, à Fulton, établissement de F American Woolen C°, pour la fabrication du peigné. — 12 peigneuses,, 296 métiers, 23,000 broches, teinture et apprêts, 1,200 ouvriers.
- La Stott Woolen C°, à Stottville, constituée en 1901, capital 2,500,000 francs. — Lainages, 47 assortiments de cardes, 350 métiers, teinture, 600 ouvriers.
- La Globe Woolen C°, à Utica, capital 1,500,000 francs.— Peignés fantaisie, 31 assortiments de cardes, 8 peigneuses, 181 métiers, teintures et apprêts, 1,000 ouvriers.
- La Waterloo Woolen Manufacturing C°, de Waterloo, capital 1,750,000 francs. — Châles, draps pour voitures, 27 assortiments de cardes, 125 métiers, 8,500 broches, teinture et apprêts, 450 ouvriers.
- Roy James et C°, de Watervliet, capital 2,500,000 francs. — Peignés et cardés, étoffes pour robes et draps pour voitures, 25 assortiments de cardes, 2 peigneuses, 160 métiers, 15,700 broches, teinture, 600 ouvriers.
- New-Jersey.
- La Raritan Woolen Mill, à Raritan. — Chinchillas, castors, manteaux, 31 assortiments de cardes, 194 métiers, 600 personnes occupées.
- La Somerset Manufacturing C°, à Raritan.— Casimirs, pardessus, draps pour voitures, 17 assortiments de cardes, 132 métiers, 5,712 broches, teinture, 400 ouvriers.
- p.78 - vue 77/175
-
-
-
- L^NDUSTRIE LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 79
- New-Hampshire.
- Les Sawyer Mills de Dover, établissements de l’American Woo-len C°. — Lainages et pardessus, 41 assortiments de cardes, 150 métiers, teinture et apprêt, 500 ouvriers.
- Connecticut.
- Les Moosup Mills, à Moosup, établissements de F American Woo-len C°. — Peignés et cardés, 25 assortiments de cardes, 128 métiers, 10,000 broches, teinture et apprêts, 500 ouvriers.
- L’Hockanum C°, à Rockville, capital 1,500,000 francs. — Peignés et cardés, 10 assortiments de cardes, 162 métiers, 5,860 broches, teinture, 425 ouvriers.
- Maine.
- Les Wassalboro Mills, à North Wassalboro, établissements de l’Amé-rican Woolen C°. — Articles cardés pour hommes, 25 assortiments de cardes, 110 métiers, teinture.
- La Worumbo Manufacturing C°, capital 2,500,000 francs. Castors, chinchillas, serges, cheviots, meltons, châles, draps indigos, 23 assortiments de cardes, 167 métiers, teinture et apprêts, 450 ouvriers.
- Les Sanford Mills, capital 3,750,000 francs. —Robes, draps pour voitures, doublures, peluches, mohair, 18 assortiments de cardes, 100 métiers, Speigneuses, teinture.
- On se rappelle que la situation de l’industrie lainière des Etats-Unis, aux environs de 1890, a fait l’objet d’une très intéressante étude de M. Ch. Marteau, membre du Jury de l’Exposition de Chicago, en 1893, dans son remarquable rapport sur cette Exposition.
- Dans les pages qui suivent, les rapporteurs du Groupe 56 à l’Exposition de Saint-Louis se proposent, d’après leurs observations personnelles et les documents les plus récents qui leur ont été communiqués, de relater surtout les progrès et les changements survenus depuis 1890 dans cette industrie et d’en fixer aussi exactement que possible la situation actuelle, en ce que ces changements, ces progrès et cette situation peuvent avoir d’intéressant et d’instructif pour les fabricants français. Pour la clarté et pour la commodité du lecteur, nous nous occuperons successivement de la matière première, de l’outillage, de
- p.79 - vue 78/175
-
-
-
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- la main-d’œuvre, des produits, des nouvelles méthodes de fabrication et, enfin, des marchés de l’industrie lainière des Etats-Unis.
- Nous avons du utiliser pour ce travail le douzième recensement fédéral de l’année 1900 qui contient les dernières statistiques officielles sur l’industrie lainière des Etats-Unis. Aussi, pour donner aux chiffres toute leur valeur, y a-t-il lieu de rappeler que l’année 1900 fut une année anormale en ce qui concerne à la fois la matière première et les produits manufacturés de l’industrie qui nous occupe.
- La grande spéculation lainière de 1899 détermina des fluctuations extraordinaires dans les cours de la laine pendant l’année 1900. Ces fluctuations amenèrent la faillite ou la liquidation d’un certain nombre d’entreprises américaines. L’outillage, dans beaucoup d’usines, ne fonctionna qu’en partie ou seulement une partie du temps et la production s’effectua sur une échelle au-dessous de la normale.
- 1
- p.80 - vue 79/175
-
-
-
- II
- LA LAINE AUX ÉTATS-UNIS
- Matières premières consommées dans
- l’industrie lainière des États-Unis.
- a quantité totale de laine à l’état marchand consommée aux Etats-Unis, en 1900, dans toutes les branches de la fabrication lainière, y compris la bonneterie et le tricotage, a été de 186,782,500 kilos, auxquels on peut ajouter 16,400,000 kilos de poils de chameau, mohair, alpagas et autres poils, ainsi que 1,132,500 kilos, comme reprise sur le poids de la laine achetée à l’état lavé, soit un total de 204,315,000 kilos de matières animales à l’état brut, laine ou poils, employées dans la fabrication lainière. Il faut noter en plus 453,000 kilos de laine-mère consommés dans la fabrication des articles en laine renaissance et dans un certain nombre d’établissements isolés. Pour déterminer la quantité totale de fibres animales consommées, il faudrait aussi ajouter la quantité de laine correspondant au total des fils cardés et peignés importés. En 1890, cette importation avait été de 1,463,090 kilos, mais, en 1900, elle était bien inférieure, seulement 78,300 kilos, correspondant à 226,500 kilos de laine en suint, ce qui fait donc approximativement une consommation totale de laine en suint égale à 215,175,000 kilos. Ainsi calculée, la consommation de 1890 a été de 196,602,000 kilos. C’est donc une augmentation de 9,4 °/0 en faveur de l’année 1900.
- En comparant encore l’année 1900 avec l’année 1890, d’après les chiffres des deux recensements, l’on voit que la quantité de laine renaissance employée a augmenté de 25,8 °/0, la quantité de déchets
- p.81 - vue 80/175
-
-
-
- 82
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- et bourres de laine de 18,2 °/0 et la quantité de coton brut de 25,5 %
- Voici du reste un tableau montrant la consommation respective des matières premières dans la branche du cardé et dans celle du peigné pendant l’année 1900.
- FA B R I Q U E S
- DE LAINE CARDÉE DE LAINE PEIGNÉE
- Laine. . 68,040,870 kil. 81,530,800 kil
- Coton brut 15,840,485 y> 2,390,368 »
- Mohair 506,082 » 863,400 »
- Fils de coton 9,950,727 » 6,079,520 »
- Fils de lin 3,553 » 595 »
- Fils de soie 15,405 )) 11,967 »
- Fils de jute, ramie et autres fibres végétales 506,801 » » »
- Déchets de bourre de laine et laine renaissance 30,285,362 » 818,940 »
- Production lainière des États-Unis.
- En 1890, la production lainière des Etats-Unis a été, d’après les chiffres du Ministère de l’Agriculture, de 125,028,000 kilos.
- Cette quantité s’est, accrue annuellement jusqu’en 1895 où elle atteignit le chiffre de 140,315,800 kilos. Les trois années suivantes attestent une constante diminution jusqu’en 1897 où la limite de cette diminution fut atteinte avec 127,396,400 kilos. Cette année a été, depuis 1881, celle de la moindre production lainière aux Etats-Unis. Le recensement a enregistré, pour l’année 1900, une production totale de 139,496,300 kilos, à laquelle on peut ajouter 435,480 kilos de poils de chèvre angora. De 1900 à 1903, la production accuse une augmentation constante de 6,300,000 kilos. Mais, d’après une statistique récente, l’année 1903-1904 marque une diminution et la production lainière semble avoir été, cette année, à peu près égale à la production de 1900.
- Importations lainières.
- Depuis 1883, les droits d’entrée sur les laines étrangères importées aux États-Unis ont été sensiblement les mêmes, sauf pendant la période d’application du tarif Wilson, 1894-1897, pendant laquelle
- p.82 - vue 81/175
-
-
-
- INDUSTRIE LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- les laines étrangères furent admises en franchise. Sous le régime douanier allant de 1883-1890, la moyenne annuelle des importations fut de 47,729,860 kilos. Sous le régime du tarif de 1890 qui ne modifia pas sensiblement les droits sur la laine, soit de 1890 à 1894, la moyenne annuelle des importations fut de 57,300,800 kilos. Sous le régime libre-échangiste de 1894 à 1897, cette moyenne s’éleva à 123,400,000 kilos. L’année fiscale 1896-1897 vit la plus grande importation de laine étrangère connue dans l’histoire des États-Unis : 158,935,900 kilos en un an. Mais sous l’action du tarif Dinglev, en vigueur depuis 1897 et qui a, à peu près, rétabli les droits supprimés par le tarif Wilson, ces importations retombaient à une moyenne annuelle pour les trois années 1897-1900 de 52,948,000 kilos.
- Ces importations sont en provenance principalement de la Grande-Bretagne, de l’Australie et de l’Argentine.
- C’est seulement depuis ces dernières années que la République Argentine est devenue une des principales pourvoyeuses en laine des États-Unis. Ses fermiers, afin de satisfaire les demandes de moutons destinés à la boucherie, ont croisé leurs moutons mérinos avec des moutons de race anglaise et se sont trouvés ainsi produire une laine croisée luttant avec succès contre les belles laines croisées des territoires des États-Unis. En 1890, l’importation de ces laines aux Etats-Unis n’était que de 76,100 kilos. En 1900, elle était de 4,983,000 kilos.
- Pendant cette même décade, les importations de laine australienne sont passées de 5,436,000 kilos, en 1890, à 10,192,000 kilos, en 1900.
- Les importations britanniques, en 1900, ont été de 3,535,000 kilos.
- Les importations d’origine française qui, en 1890, étaient de 123,600 kilos, n’étaient plus, en 1900, que de 28,500 kilos.
- Dans les chiffres ci-dessus donnés pour la République Argentine, l’Australie, la Grande-Bretagne et la France ne sont comprises que les laines des classes I et II du tarif douanier des États-Unis. Les laines de la classe I sont surtout destinées aux fabriques d’articles cardés et importées pour les 11/12 de l’Australie et de l’Argentine. Les laines de la classe 11 sont surtout destinées à la fabrication du peigné et importées pour les trois quarts de la Grande-Bretagne.
- Mais la plus grande partie, les 2/3 des importations des laines des États-Unis consistent en laine de la classe III principalement employée dans la fabrication des tapis. Les 3/4 de ces importations proviennent de l’Asie, dont près de la moitié de la Chine. Les importations chinoises qui, en 1890, n’étaient que
- p.83 - vue 82/175
-
-
-
- 84
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- d’environ 4 millions de kilos, se sont élevées, en 1900, à près de 14 millions. Dans les laines de cette classe, la France qui exportait aux États-Unis, en 1890, 989,500 kilos, n’en a exporté, en 1900, que 149,500 kilos.
- Dans les importations de laine des classes I et II, l’année 1901 marque une diminution de 26 %, l’année 1902 une augmentation de 54 % et l’année 1903 une augmentation de 22 °/0 sur l’année 1900. Les chiffres pour 1904 indiquent que les importations de laine des classes I et II ont été presque le double de celles de 1903. Par contre, les importations de la classe III ont un peu diminué.
- Voici un tableau montrant les variations depuis 1880 du prix moyen du kilo de laine lavée à fond dans la fabrication du cardé et dans celle du peigné.
- LAINE CARDÉE
- Prix du liii. Taux de la diminution dans le prix du kil.
- LAINE peignée
- Prix du kil.
- T aux de la diminution dans le prix du kil.
- 1880.. . 7 fr. 04 de 1880 à 1890
- 20 °/0
- 1890.. . 5 fr. 63 de 1890 à 1900
- 20,8 %
- 1900 ... 4 fr. 41
- en 20 ans de 1880 à 1900 37 %
- 6 fr. 62 de 1880 à 1890
- 14.6 °/0
- 5 fr. 85 de 1890 à 1900 15,8%
- 4 fr. 92
- en 20 ans de 1880 à 1900
- 25.6 °/0
- La production lainière des États-Unis a pourvu, en 1900, à 71,1 °/0 de la quantité de laine nécessaire à l’industrie nationale. Comme la plus grande partie des laines importées est destinée à la fabrication des tapis, les éleveurs des États-Unis ont donc fourni un pourcentage beaucoup plus fort de la laine nécessaire à la fabrication des articles pour vêtements.
- Nécessité des importations.
- Il n’en demeure pas moins établi que cette dernière fabrication est encore assez loin de pouvoir s’approvisionner exclusivement à la source nationale, celle-ci ne donnant pas une quantité suffisante et ne produisant pas toutes, les qualités nécessaires à la variété des articles manufacturés.
- p.84 - vue 83/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 85
- Les fabricants américains le constatent en ces termes :
- « Le merveilleux développement industriel des Etats-Unis est dû, » à un très haut degré, au fait que nous avons pu tirer de nos » propres fermes, forêts, mines et carrières presque toutes les sortes » de matières premières requises dans nos industries. Notre système » industriel est devenu ainsi un tout harmonieux, solidaire, homogène. » Ce n’est que dans la laine et les produits de la laine qu’il a été » difficile de conformer tous les besoins et toutes les exigences con-» currentes à cette loi par ailleurs universelle de l’homogénéité na-» tionale. »
- Les fabricants américains sont donc obligés d’importer les laines qu’ils ne trouvent pas dans leur pays.
- Il y a ainsi aux Etats-Unis deux intérêts opposés : 1° celui des fabricants réclamant, quelques-uns la suppression totale, d’autres et ce sont les plus nombreux, la modération des droits sur la laine, avec ain tarif compensateur sur les articles manufacturés pour annuler ce droit et leur permettre de lutter avec les industries étrangères qui ont la matière première en franchise; 2° l’intérêt des producteurs partisans sinon de la prohibition totale des laines étrangères, du moins de droits protecteurs très élevés en faveur de leur industrie.
- L’Association nationale des fabricants et l’Association nationale des producteurs de laine.
- Cette vieille opposition aboutit, en 1865, à la formation presque simultanée de l’Association nationale des producteurs et l’Association nationale des fabricants de laine dont les sièges sociaux sont respectivement Kansas-City et Boston.
- Le régime douanier de 1867.
- Ces deux Associations s’entendirent néanmoins pour faire adopter le régime douanier de 1867 sous lequel « les deux industries prospé-» rèrent comme jamais auparavant. La loi douanière de 1867 recon-» naissait le droit des producteurs de laine à une suffisante protec-» tion fondant ce droit sur le principe qu’une source lainière natio-« nale est la première et toujours la principale condition d’une » fabrication prospère et stable. Mais elle reconnaissait en même » temps le droit des fabricants: 1° à un tarif protecteur compensateur
- p.85 - vue 84/175
-
-
-
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- » du droit sur la laine et leur permettant d’importer tontes les laines » nécessaires à la variété de leurs articles ; 2° à un tarif protecteur » indépendant et en superposition du tarif compensateur du droit sur » la laine. »
- L’accord des producteurs et des fabricants cessa au moment de la révision douanière de 1883.
- Cette révision était basée sur une demande de réduction des droits. Les fabricants consentaient à une réduction des droits sur les articles manufacturés, mais à la condition d’une réduction équivalente des droits sur les laines. Or, les producteurs étaient inébranlablement opposés à cette dernière. Il ne put v avoir d’entente et la révision se fit contre les fabricants, ce qui eut un résultat des plus malheureux pour eux.
- Tentatives d’entente.
- Des tentatives d’entente entre les deux Associations furent renouvelées aux diverses révisions de tarif qui suivirent, mais elles n’aboutirent jamais à un complet accord.
- Cet accord eut lieu cependant en deux circonstances. Ce fut lorsque sans entente préalable et chacun dans leur pleine indépendance, producteurs et fabricants s’opposèrent ensemble au tarif Wilson qui supprimait les droits sur la laine et au traité de réciprocité avec la République Argentine.
- En décembre 1902, l’Association des producteurs de laine invita l'Association des fabricants à se faire représenter à son assemblée annuelle dejanvier 1903. Le secrétaire de l’Association des fabricants, M. North, devait y parler sur la réciprocité d’intérêts entre producteurs et fabricants. 11 ne put s’v rendre, mais le discours qu’il aurait prononcé fut inséré dans le compte-rendu de la réunion des producteurs.
- La décadence de l’élevage aux États-Unis.
- Dans ce discours, M. North montrait que la décadence de l’élevage aux Etats-Unis a été le résultat d’autre chose que des importations étrangères et de l’emploi de la laine renaissance.
- Des changements considérables sont survenus dans les conditions mondiales de cette industrie pendant les 40 dernières années.
- L’industrie de l’élevage a cessé d’être une annexe de l’industrie
- L °
- p.86 - vue 85/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 87
- fermière régulière. Elle est devenue une occupation essentiellement pastorale. La concurrence de cette industrie pastorale jouissant d’avantages particuliers est la principale cause de la décadence de l’industrie fermière de l’élevage. C’est ce qui explique que, tandis que les autres sources lainières, excepté cependant l’Angleterre, voyaient leur nombre de moutons en décroissance constante, l’Australie, le Sud-africain et l’Argentine voyaient ce nombre s’accroître dans d’énormes proportions. Dans ces trois régions, l’industrie de l’élevage est, en effet, presque entièrement pastorale.
- « La décadence de l’élevage aux États-Unis est telle qu’à aucun » moment, depuis 1840, il n’y a eu si peu de moutons qu’au]ourd’hui » dans les États de l’est, du centre, du centre-ouest et du sud. » Suivant les paroles d’Herbert Gibson : le berger brise son chalu-» meau et pend sa houlette. La bergerie est remplacée par la vache-» rie, la laiterie, la porcherie et la basse-cour. » Cette transformation de l’élevage explique en même temps que sa décadence dans les États à population dense, son merveilleux développement dans les « territoires » où l’élevage se fait suivant le « ranch svstem » et où les terrains communaux sont utilisés comme pâturages. C’est ainsi que le Wyoming, où l’élevage était inconnu il y a 35 ans, possède maintenant 23,749,700 moutons qui produisent plus de la moitié de la laine des États-Unis.
- Les avantages des laines étrangères.
- Ce qui, d’après les fabricants américains, augmente encore la concurrence des laines étrangères, c’est leur supériorité de classement.
- « Les laines coloniales sont actuellement achetées et vendues » suivant des types fixes de qualité et de séries qui permettent à » l’acheteur de se limiter d’une façon très précise aux sortes qui lui » sont nécessaires, et dans les meilleures conditions pour une fabri-» cation économique. Avant d’être emballées, les laines sont minu-» tieusement classées ; de sorte que chaque balle représente autant » que possible une laine uniforme. »
- Tout en reconnaissant qu’aux Etats-Unis, négociants et fabricants se sont accommodés d’autres méthodes pour le trafic des laines, le secrétaire de l’Association des fabricants ne pouvait s’empêcher de constater les avantages des laines étrangères, rappelant d’autre part
- p.87 - vue 86/175
-
-
-
- EXPOSITION DË SAINT-LOUIS
- que, depuis 1865, les fabricants ont toujours eu à se plaindre de la façon peu soigneuse et peu commerçante avec laquelle les producteurs livrent leur laine.
- La baisse des prix de la laine.
- M. North expliquait, en outre, comment la baisse générale des prix de la laine, depuis 35 ans, avait influé sur le marché lainier des Etats-Unis bien que les cours y aient été artificiellement maintenus par les droits de douane.
- Mais les producteurs américains n’attribuent pas la crise de leur industrie à la seule concurrence des laines étrangères. Ainsi que l’a dit M. North, l’emploi de la laine renaissance est le principal objet de leurs anathèmes.
- Le bill Grosvenor.
- Les fabricants paraissent leur avoir prêté sinon l’initiative, du moins la défense plus ou moins intéressée du projet de loi Grosvenor.
- Ce projet de loi obligerait les fabricants d’articles de laine renaissance à les désigner comme tels au moyen d’étiquettes « tags », soumettrait cette fabrication à un droit annuel de licence d’environ 250 francs et frapperait tous les articles renaissance fabriqués après son application d’une taxe d’à peu près un centime par kilo.
- Les bons rapports établis en 1865, à la conférence de Syracuse entre les deux Associations, mais qui s’étaient peu à peu relâchés dans la suite, furent renoués en partie à la suite de ce discours projeté du secrétaire, M. North Des pourparlers furent engagés qui aboutirent à la nomination d’une commission mixte formée par deux comités de 5 membres pris dans chaque Association.
- La conférence de Washington.
- Les deux comités s’abouchèrent dans une conférence à Washington, en décembre 1903.
- Sur la question du « Grosvenor Shoddy bill », le comité des producteurs, au nom de ses mandants, déclina la responsabilité de son initiative, expliquant que celle-ci avait été prise par l’Association nationale des éleveurs dont l’Association des producteurs de laine n’est qu’une section.
- p.88 - vue 87/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- Il déclara que ces derniers soutenaient le projet en tant que devant protéger l’acheteur contre les fraudes des détaillants appelant tout laine des articles laine renaissance, mais qu’ils ne l’avaient jamais considéré comme un moyen d’élever le prix de la laine nationale, en empêchant l’emploi des déchets et des laines renaissance ; que l’Association des producteurs désirait, au contraire, connaître l’avis des fabricants sur cette question dans laquelle ils manquaient de compétence technique. Elle désirait savoir si les fabricants repoussaient le principe de projet de loi ou simplement sa rédaction et s’ils n’auraient pas eux-mêmes à proposer une mesure pouvant remplacer le bill Grosvenor, pour la répression des ventes frauduleuses.
- Le Comité des fabricants, après avoir rappelé les imperfections grossières du projet, ses confusions de mots, l’impossibilité de son équitable application, démontra la valeur des articles en laine dite renaissance et la futilité d’une mesure tendant à en restreindre la fabrication ou l’emploi, l’impossibilité d’étiqueter les draps de façon à prévenir ainsi la fraude, ainsi que de déterminer les proportions réelles des éléments composants. Il fit remarquer que la laine était appelée à tort, par le projet de loi, laine renaissance, bien qu’elle n’ait jamais été transformée en tissu, que les fabricants honnêtes qui se conformeraient à la loi seraient dans des conditions d’infériorité par rapport aux autres ; qu’enfin, ce serait accroître la supériorité d’avantages des fabricants étrangers qui échappent à la juridiction des tribunaux fédéraux et soumettre les fabricants des Etats-Unis à l’inquisition du fisc.
- Le Comité des fabricants promit finalement de voir si l’on ne pourrait pas élaborer un projet de loi sur le modèle de la législation anglaise relative à la désignation et à la marque des marchandises et d’aider de ses conseils et de ses renseignements une législation répressive des fraudes commises au détriment de l’acheteur ignorant.
- D’autre part, l’attention des producteurs fut de nouveau appelée sur la façon peu satisfaisante dont les laines sont présentées sur le marché, et l’habitude d’employer, pour attacher les toisons,des cordes dont les fibres adhèrent à la laine et ne peuvent ensuite être éliminées par le cardage.
- L’assemblée de Portland.
- Un autre résultat de la conférence de Washington fut l’invitation pressante adressée par l’Association des producteurs à l’Association
- p.89 - vue 88/175
-
-
-
- 90
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- des fabricants, pour que cette dernière soit représentée à son Assem-bl ée annuelle de Portland (Orégon), en janvier 1904.
- Les fabricants déléguèrent leur président, M. Harding, et leur nouveau secrétaire, M. Mac Pherson, M. North avant été nommé, en 1903, directeur du Census de Washington.
- Les délégués des fabricants furent cordialement reçus et prirent tous deux la parole.
- M. Harding rappela, à propos du projet Grosvenor, l’impossibilité de trouver un terme qui désigne clairement le genre d’articles inférieurs et « camelottés » qu’on veut frapper.
- Car l’expression laine pure, qui dans le projet de loi distingue les produits échappant à cette réglementation, est assez élastique. Refusera-t-on cette dénomination aux déchets qui accompagnent nécessairement les opérations de la fabrication, ceux de la filature et du tissage, par exemple ? Leur fera-t-on le même traitement qu’aux chiffons de Turquie, peut-être pleins de germes de contagion ! Et puisqu’un fabricant expérimenté et un chimiste même ne peuvent dire si telle laine courte est de la laine renaissance ou des déchets de laine-mère ramenés à l’état de fibres, comment cela sera-t-il plus facile aux « ingénus » de l’internai Revenue Office qui pourront même ignorer qu’on appelle quelquefois le coton laine d’Alabama, et ainsi, par suite de l’impossibilité de déterminer exactement la nature de certaines fibres, l’on arrivera à estampiller officiellement la fraude et l’on fera railler le caractère illusoire d’une semblable mesure.
- M. Harding ajouta que les fabricants, sous réserve de ces explications, n’ont aucun sentiment de crainte, ni d’hostilité à l’égard du projet de loi et que si une mesure était proposée dans le but de réprimer par les moyens légaux ordinaires toute fausse qualification d’articles de vêtéments ou d’alimentation, ils la soutiendraient aussi sûrement que n’importe qui.
- Dans une autre partie de son discours, le président des fabricants expliqua de quelle façon les producteurs devraient préparer leur laine pour le marché, d’abord en évitant le mélange avec les toisons de toutes sortes de corps étrangers, en surveillant la qualité des cordes et en adoptant la méthode australienne de classement.
- Dans son discours, le secrétaire, M. Mac Pherson, combattit cette idée que la laine renaissance soit forcément un produit inférieur, expliqua comment les chiffons sont dépouillés par des procédés chimiques des fibres végétales qu’ils contiennent en même temps que des germes de ^contagion qu’ils peuvent renfermer. Il insista sui
- p.90 - vue 89/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS 91
- cette idée que l’emploi de la laine renaissance ne fait en rien reculer la production lainière.
- 11 montra par des chiffres que les importations américaines de chiffons, mungos, bourres, tontisses et déchets de fabrication sont insignifiantes, que pendant les six années 1897-1903, les importations ne représentent que la 230e partie des importations anglaises de chiffons seuls. Enfin, M. Pherson exposa les avantages d’une entente entre producteurs et fabricants pour la défense de leurs intérêts communs.
- Les producteurs promirent d’apporter leur laine sur le marché dans de meilleures conditions que précédemment et confirmèrent dans les résolutions votées qu’en soutenant le projet (irosvenor, leur intention n’était pas de créer aux fabricants des charges inutiles, mais d’empêcher la vente frauduleuse de lainages d’imitation pour des lainages véritables.
- Accords entre fabricants et producteurs.
- Producteurs et fabricants paraissent donc disposés à s’entendre sur la question des améliorations à apporter dans la vente des laines et sur celle de la réglementation de la fabrication de la laine renaissance, bien que les pourparlers engagés n’aient fait à peu près aucun progrès pendant l’année 1904. Quant aux droits sur la laine, ils ne semblent pas devoir être une cause de trop grand désaccord entre les deux Associations, tant que le tarif Dingley, dont nous aurons l’occasion d’apprécier le protectionnisme, sera en vigueur.
- L’attitude probable des fabricants dans l’avenir sur la question du droit sur la laine.
- L’on peut, toutefois, prévoir quelle serait dans l’avenir, sur cette question, l’attitude des fabricants, par l’extrait ci-dessous du discours de M. North déjà cité, et qui terminera ce chapitre.
- « La justification économique d’un tarif douanier sur un article » importé, indépendamment de son utilité fiscale et de son action » pour maintenir le niveau des salaires, réside dans le stimulant » qu’il donne à la production nationale pour arriver à satisfaire elle-» même les besoins de la consommation. Cette justification a été » donnée pour tous les articles, sauf pour la laine.
- » Pour que le public continue à approuver les droits sur la laine,
- p.91 - vue 90/175
-
-
-
- 92
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- » il faut donc qu’il lui soit démontré qu’on arrivera au même résultat. » Quant aux fabricants, ils espèrent sérieusement que les produc-» teurs donneront cette justification. Leur désir d’importer n’est en » aucune façon et à aucun degré en contradiction avec cette espé-» rance. J’ai déjà montré qu’ils seront obligés d’importer tant que la » production nationale sera insuffisante. En outre, il a été dit sou-» vent, mais jamais prouvé, que nous pouvons produire toutes les » qualités de laine nécessaires à la variété de notre fabrication. Si » nous ne pouvons pas produire ou ne produisons pas certaines qua-» lités, nous sommes bien obligés de les importer ou de laisser à » l’étranger la fabrication des articles que ces qualités permettent » d’obtenir. Donc protection pour le producteur de laine, liberté » d’importer toutes les sortes nécessaires au plein développement de » la fabrication, ce sont les deux choses essentielles de tout tarif » douanier. »
- p.92 - vue 91/175
-
-
-
- III
- L’OUTILLAGE
- u recensement de 1890, 1,468 usines étaient enregistrées comme possédant des assortiments de cardes: 193étaient des « Custom Carding Mills »; 568 avaient seulement 1 ou 2 assortiments ; 238 en avaient 3 et 4 ; 146, 5 et 6 ; 15 (dont 106 en ayant 10 à 15, mais seulement 10 à 12 marche) ; 101 en avaient plus de 15, dont 57, 20 assortiments et davantage.
- Le recensement de 1900 enregistrait “seulement 976 établissements ayant des assortiments de cardes, dont 231, « Custom Carding Mills »; 258 avaient 1 et 2 assortiments ; 157, 3 et 4 ; 97, 5 et 6 ; 165 de 7 à 15, et 68, 15 assortiments et plus (37 de ces derniers avaient au moins 20 assortiments)
- Les 231 « Custom Carding Mills » représentent la petite industrie du vieux temps. Ces usines sont ordinairement exploitées par leur propriétaire aidé des membres de sa famille. Elles ont, généralement, l’outillage le plus simple ; des cardes de 60 centimètres de largeur.
- Elles font les boudins de cardes pour l’industrie de la filature à domicile avec la laine que leur apportent les fermiers du voisinage. Ce cardage est souvent exécuté de compte à demi et payé en nature, en fils ou en tissus, lorsque l’usine a aussi un outillage de filature et de tissage. Quoique le recensement de 1900 enregistre un nombre de ces établissements supérieur au nombre de 1,890, dû probablement à un dénombrement plus exact et à un changement de classification, les « Custom Carding Mills » sont une industrie en voie de disparition.
- p.93 - vue 92/175
-
-
-
- 94
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- La petite industrie locale de 1 à 2 assortiments est aussi en voie de disparition. Les usines de 3 et 4 assortiments ont vu leur nombre décroître pendant la décade 1890-1900, la perte numérique étant la plus grande dans les établissements ayant seulement 3 assortiments. Dans les usines de 5 et 6 assortiments c’est l’inverse ; la plus grande perte en nombre et en pourcentage porte sur les usines de 6 assortiments, pour cette raison peut-être que l’entreprise de 5 assortiments permet une fabrication plus économique.
- Le groupe d’établissements ayant de 7 à 13 assortiments est celui où l’on devait s’attendre, dit le recensement,au moindre changement, car les fabricants savent que 10 assortiments, ou un nombre très près de 10, représentent,dans certaines branches de l’industrie lainière, l’outillage le plus économique, ne demandant pas plus d’ouvriers, de surveillants et de manœuvres qu’un outillage de seulement 3 ou 6 assortiments.
- Le nombre d’usines ayant de 7 à 9 assortiments a diminué seulement de 20 depuis 1890. Dans le reste du groupe la diminution a été très grande : 37 dans le nombre d’usines ayant de 10 à 13 assor-iments, eî 33 dans le nombre d’usines en ayant plus de 13.
- Les principales causes de cette diminution, toujours d’après le 12e recensement, sont la fermeture d’anciens et importants établissements et, d’autre part, la transformation d’un grand nombre de vastes usines de laine cardée en fabriques de laine peignée. La substitution du tricot à la flanelle dans les vêtements de dessous a été aussi un facteur, et non le moindre, de cette diminution.
- Le recensement de 1900 enregistrait l’existence aux Etats-Unis de 6,603 assortiments de carde et de 1,431 peigneuses, se répartissant de la façon suivante entre les diverses branches de la fabrication lainière :
- Fabriques de peigné . . . . ASSORTIMENTS DE CARDES 683 PEIGNEUSES 1,194
- — cardé 3,010 123
- — tapis 468 134
- — feutre 302 »
- — chapellerie. . 140 »
- p.94 - vue 93/175
-
-
-
- l’i^DUSTBIE LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 95
- Répartition géographique de l’outillage lainier. Cet outillage se répartissait géographiquement comme ci-après :
- Assortiments de cardes
- Nombre % du nombre 1
- Massachusetts 1,594 24,1
- Pensylvanie 1,262 19,1
- New-York 748 11,3
- Rhode-Island 478 7,2
- Connecticut . . . . 459 6,9
- Maine 437 6,6
- New-Hampshire . . . . 335 5,1
- New-Jersey 207 3,2
- 5,520 83,5
- Autres Etats ....... . . . . 1.085 16,5
- 6,605 100
- Peigneuses
- Nombre % du nombre total.
- Massachusetts . . . 424 29,2
- Pensvlvanie ... 357 24,6
- Rhode-Island 287 19,8
- New-Jersey . . . . 128 OO 00
- New-York 116 8
- Connecticut. ....... ... 57 3,9
- New-Hampshire 34 2,4
- Maine ... 19 1,3
- 1,422 98
- Autres Etats ... 29 2
- 1,451 100
- La concentration de l’industrie lainière.
- Le mouvement de centralisation de l’industrie lainière dans les Etats de la Nouvelle-Angleterre, dans la Pensvlvanie, le New-York et le New-Jersey que signalait M. Marteau, en 1893, s’est encore accentué pendant la dernière décade.
- p.95 - vue 94/175
-
-
-
- 96
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- Accroissement de la capacité productrice.
- Le recensement de 1890 enregistrait 7,015 assortiments de cardes et seulement 839 machines à peigner.
- L’on peut déjà constater, en rapprochant ce dernier nombre de celui donné pour les peigneuses dans le recensement de 1900,l’énorme accroissement de l’outillage et partant de la fabrication de la laine peignée sur lequel nous reviendrons plus loin. L’industrie du peigné qui, en 1870, disposait de 261 peigneuses en avait 515, en 1880, 839 en 1890, et 1,451, en 1900.
- Cette augmentation de l’outillage a donc été de 97, 3 °/0 entre 1870 et 1880, de 62, 9 °/0 entre 1880 et 1890, et de 72, 9 °/0 entre 1890 et 1900. L outillage du peigné s’est plus que quintuplé en 30 ans et presque doublé pendant la décade 1890-1900.
- Pour l’ensemble de l’industrie lainière, en considérant qu’une machine à peigner est égale en capacité productrice à 2 1/2 assortis-sements de cardes et en ramenant cette capacité productrice à la base de 1’assortiment de carde, l’année 1900 donne un total de 10,143 assortiments contre 9,113, en 1890, soit une augmentation en capacité productrice égale à 11,3 °/0. Cet accroissement a été accompagné d’un accroissement correspondant, 8, 3 °/0 dans la quantité de matières premières employées, et 9, 8 °/0 dans la valeur des produits. Le pourcentage d’accroissement en capacité productrice a été pour la Garderie de 1880 à 1890, égal à 16, 4 °/0, c’est-à-dire un peu supérieur à celui de la dernière décade.
- Les accroissements en capacité productrice dans les broches de filature et les métiers à tisser pendant les deux décades, présentent une beaucoup plus grande différence. Dans les broches le pourcentage l’augmentation a été de 25,7 °/0 pour la décade 1890-1900 et de 32,3 °/0 pour la décade 1880-1890. Le pourcentage dans les métiers à tisser a été de 6,5 pour la décade 1890-1900 et de 21,6 °/0 pour la décade 1880-1890.
- Le recensement de 1900 enregistre 3,511,099 broches de filature dont 2,031,028 de cardé, 1,325,255 de peigné et 154,816 de coton. Il atteste une réduction, depuis 1890, du nombre de broches de laine cardée dans les fabriques de peigné, provenant de leur remplacement par les broches de peigné. Dans les fabriques de cardé, de tapis et de feutres, le gain en nombre est plus que suffisant pour compenser cette réduction. Le gain net en broches de cardé a été de l4,68à.
- p.96 - vue 95/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS 97
- Le nombre moyen de broches de cardé par assortiments de carde était, en 1890, de 287 et, en 1900, de 307.
- Le nombre des broches de peigné a plus que doublé. Cette augmentation n’est pas confinée aux seules fabriques de peigné, car les fabriques de cardé ont augmenté aussi leur capacité productrice en fils peignés.
- Dans les fabriques de peigné cette augmentation a été de 645,969 broches, soit de 134,7 °/0.
- L’augmentation totale a été de 674,698 broches, soit de 103,7 °/0. La qualité supérieure des produits exigeant des fils de numéros plus élevés a nécessité une augmentation proportionnelle du nombre de broches. En 1890, le nombre moyen de broches de peigné par pei-gneuse était de 775 ; en 1900, il était de 913. Cette différence s’explique, dans une certaine mesure, par la plus grande productivité de l’unité de machine à peigner, résultats des perfectionnements apportés.
- Dans les broches de coton, il y a eu aussi une augmentation de 28,569 broches, soit de 22,6 °/0 sur le nombre de 1890. L’augmentation a été le plus considérable dans les fabriques de peigné, où une grande quantité de fils de coton était nécessaire pour la fabrication des articles chaîne coton pour robes.
- La proportion des broches de retordage par rapport aux broches de filature est dans le cardé de 1 à 22,46, dans le peigné de 1 à 2,83.
- Le nombre des métiers à tisser a augmenté de 6,5 °/0 depuis 1890. Le recensement de 1890 en enregistrait 69,658, et celui de 1900, 74,190.
- Voici, au point de vue du nombre de métiers, comment se classent les huit Etats qui viennent en tête de tous les autres pour l’outillage lainier :
- États Nombre de métiers Pourcentage du nombre total DE MÉTIERS
- Massachusetts . . . 19,746 26,7
- Pensylvanio . . . 17,265 23,3
- Rhode-Island . . 8,007 10,7
- New-York . . 6,269 8,5
- New-Hampshire . . 5,312 7,2
- Connecticut . . . 3,596 4,8
- New-Jersey . . . . 3,576 4,8
- Maine. . . . . . 2,802 3,7
- 66,573 89,7
- Autres États. . . 7,617 10,3
- Total . . . 74,190 100
- p.97 - vue 96/175
-
-
-
- 98
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- La force motrice.
- La force motrice employée (force hydraulique et vapeur) dans l’industrie lainière des États-Unis a augmenté de 71,898 chevaux, soit 35,5% pendant la décade 1890-1900. Dans la décade précédente l'augmentation avait été de 62,306 chevaux, soit de 44,5 °/0.
- L’augmentation pour la décade 1890-1900 a été de 14,3 °/0 dans la branche du cardé, et dans la branche du peigné de 98,3 °/0.
- Augmentation de la productivité de l’outillage.
- Un fait plus significatif que l’augmentation de la force motrice totale employée est l’augmentation de la productivité de l’outillage. En 1890, 131,2 chevaux de force correspondaient au travail de 100 ouvriers. En 1900, il fallait 172,4 chevaux de force pour 100 ouvriers. Les perfectionnements apportés dans les cardes, les peigneuses, les métiers et les autres machines ont permis de confier plus de machines à la surveillance d’un seul ouvrier. En 1880, l’outillage surveillé par un ouvrier représentait en moyenne une force de 1,07 cheval ; en 1890, une force de 1,31, et, en 1900, une force de 1,72. Cette augmentation est une moyenne pour l’industrie lainière en général. Si l’on prend les branches du cardé et du.peigné séparément, l’on voit que pour la première l’augmentation a été successivement de 1,25 à 1,59 et 2,03 et pour la 2e de 0,88 à 1,41 et 1,71 chevaux de force.
- Le travail intensif.
- On voit par ces chiffres que le système de production signalé par le rapporteur de l’Exposition de Chicago, en 1893, a été de plus en plus appliqué.
- « L’industriel américain veut avant tout avoir le moins d’ouvriers » possible à payer et préfère sacrifier une certaine perte d’intérêt « sur ses machines, tandis que le fabricant français veut, avant tout, » faire donner le maximum à l’unité - de machines, quitte à avoir » plus de main-d’œuvre à payer par unité. »
- p.98 - vue 97/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 99
- <( L’évolution de la fabrication, écrivait, en 1898, l’auteur améri-» cain des « Tops », est un perpétuel record du plus grand nombre de » machines conduites par un seul ouvrier. Et il ajoute : pour bien » comprendre cela, il est nécessaire de se rappeler qu’il est impos-» sible de confier plus de machines à l’ouvrier si ces machines ne » donnent pas une meilleure production. »
- La conception américaine de la fabrication.
- Cette économie de main-d’œuvre se rattache, en effet, à la conception générale que les industriels américains ont de la fabrication. 11 ne leur paraît pas possible d’avoir une augmentation de production en quantité sans une amélioration correspondante en qualité.
- « Plus le travail des machines est parfait, disent-ils, plus grande devient la capacité productrice d’un nombre donné d’ouvriers attachés à cesmachines.Vous pouvez presque augmenter indéfiniment le nombre de machines confiées à la surveillance d’un ouvrier, pourvu que vous augmentiez d’autant la perfection automatique du travail mécanique. Il est démontré que les perfectionnements progressifs apportés dans les peigneuses, Gill-boxes, back-Washers et autres machines de la fabrication du peigné, en même temps qu’ils ont accru la quantité de la production en ont aussi augmenté la qualité.
- » Il y a 10 ans dans toutes les filatures de peigné des Etats-Unis, un homme surveillait une seule peigneuse. Aujourd’hui, ce même ouvrier en surveillera facilement deux avec la même qualité de marchandise et la production de chaque peigneuse est plus du double de ce qu’elle était.
- » Pour donner des chiffres, le travail d’un seul homme correspond à une production 4 à 5 fois plus grande que celle d’il y a 10 ans, cette augmentation revenant tout entière aux perfectionnements des machines que cet homme surveille. Ces perfectionnements sont de telle sorte que l’effort physique actuellement demandé à l’ouvrier n’est pas plus grand qu’autrefois, il est seulement aussi grand et les perfectionnements qui demandent moins de travail de sa part pour l’obtention d’un résultat donné aboutissent nécessairement à une amélioration en même temps qu’à une vaste augmentation de la production, puisque, autrefois, le travail de cet ouvrier consistait précisé-
- p.99 - vue 98/175
-
-
-
- 100
- EXPOSITION DE SA.INT-LOEIS
- ment, en grande partie, en surveillance et en correction du travail défectueux de la machine. Pour prendre un autre exemple, il va de soi que lorsque 6 métiers actuellement ne réclament pas plus de surveillance que 2 il y a quelques années, ce doit être parce que les métiers donnent un travail plus parfait qu’autrefois, et produisent une étoffe mieux tissée, avec moins de défauts. »
- Ainsi les perfectionnements de l’outillage augmentent la production de l’unité de machine et améliorent cette production qu’ils rendent beaucoup plus facile à surveiller. Mais l’industriel américain ne s’arrête pas satisfait devant ce moindre effort demandé à l’ouvrier grâce au progrès mécanique.
- À cette plus grande productivité et à ce meilleur travail, il ajoute une réduction des frais de main-d’œuvre, en confiant plus de machines au même ouvrier.
- « Sans doute cette réduction de main-d’œuvre n’est pas un bénéfice » net puisqu’il faut en déduire la plus-value des salaires payés pour » ce travail intensif et la perte d’intérêts provenant de l’excédent de » matériel nécessaire dans ce système : l’arrêt moyen par jour et par » machine est, en effet, d’autant plus grand que le même ouvrier » conduit plus de machines » ; mais il ne semble pas que ces diflte-». rences absorbent l’économie de main-d’œuvre ainsi réalisée. »
- Aucun des pourcentages donnés plus haut ne mesure correctement l’accroissement de la capacité productrice de l’industrie lainière des États-Unis pendant la décade 1890-1900. 11 faut, en effet, tenir compte de tous les perfectionnements de l’outillage ainsi que de l’accroissement de la capacité productrice de l’unité de machine obtenu par les plus grandes dimensions des machines.
- Plus grandes dimensions des machines.
- Les ateliers qui autrefois construisaient un grand nombre de cardes avec 1 mètre de largeur et 1 111 05 de diamètre ne construisent que très rarement maintenant des machines ayant moins de 1 m 20 de largeur et de diamètre ; un fort pourcentage des cardes construites ont 1 m 50 de diamètre et 1 m 20 de largeur ; quelques-unes ont 1 m 50 de largeur et 1 m 20 de diamètre et d’autres 1 m 80 et même 2 m 10 de largeur et 1 m 50 de diamètre.
- p.100 - vue 99/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS 101
- Voici comment se Départissaient, en 1900, 6,498 des 6,605 assortiments recensés, classés suivant les dimensions du tambour :
- Tambour de . 60 centimètres de largeur . 290
- — 75 — 126
- — 90 — 56
- — 100 — 1,176
- — 105 — 23
- — MO à 115 — 200
- — 120 à 135 — 3,394
- — 150 à 180 — 1,165
- — 2 m 12 — 27
- " Divers — 41 6,498
- Les perfectionnements dans les cardes.
- Parmi les perfectionnements qui ont contribué à accroître la capacité productrice des machines à carder, on peut citer la substitution de l’acier doux au fer dans les garnitures, l’emploi des frotteurs à double tablier, le perfectionnement des chargeuses automatiques, la plus grande largeur des machines permettant de mettre sur la carde la quantité maximum de matières que les garnitures puissent transporter sans surcharge ; il faut ajouter les perfectionnements dans la construction même des machines qui ont diminué considérablement les arrêts pour réparations.
- Les perfectionnements dans l’outillage du peigné.
- La fabrication du peigné ayant été la dernière à tomber complètement sous la domination de la machine a été celle dans laquelle les progrès les plus rapides ont été faits pendant la dernière moitié du xixe siècle et même pendant les 15 dernières années. Nous avons vu plus haut que pour les peigneuses le travail d’un ouvrier correspond à une production 4 ou 5 fois plus grande que celle d’il y a quinze ans, cette augmentation revenant tout entière aux perfectionnements des machines. Dans la filature la vitesse des broches a été graduellement portée de 5,000 ou 6,000 à 7,000 ou 8,000 tours
- p.101 - vue 100/175
-
-
-
- 102
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- à la minute. Les perfectionnements qui ont accru la vitesse ont aussi assuré une conformité plus parfaite dans la qualité du fil.
- Les perfectionnements dans les métiers à tisser.
- Les perfectionnements dans les métiers à tisser du cardé et du peigné ont été nombreux et variés pendant la décade 1890-1900. Ces métiers ont atteint une vitesse qu’il semble impossible de dépasser et qui permet une plus grande production. De plus, par divers procédés de construction, la manipulation de la chaîne et de la trame se trouve facilitée. On peut dire, actuellement, que les métiers américains égalent les meilleurs métiers européens. Il y a 10 ans les métiers pour articles cardés grande largeur battaient, dans certains cas, jusqu’à 100 coups par minute ; aujourd’hui, les métiers d’un type similaire peuvent être conduits avec une vitesse de 115 à 120 coups et lorsque le métier est disposé spécialement pour travailler sur un seul genre, une vitesse de 140 à 150 duites à la minute a été trouvée donner des résultats très satisfaisants.
- L’amélioration de la qualité du fil avec les perfectionnements apportés dans le montage et l’enroulage des chaînes permettent à un seul tisseur de peigné uni de surveiller aujourd’hui 6 métiers aussi facilement qu’il en aurait surveillé 2 il y a 15 ans.
- Amortissement.
- D’une façon générale les fabricants américains admettent un coefficient de 5 % pour l’amortissement annuel des immeubles et de 10 % pour l’amortissement de l’outillage.
- Les perfectionnements de l’outillage, lisons-nous dans le recensement de 1900, sont adoptés dès que leur valeur est démontrée. L’outillage même relativement neuf est immédiatement mis de côté si une production supérieure, sans une augmentation de dépenses proportionnelle, peut être obtenue par des machines nouvelles.
- Peu importe cette dépense pour les fabricants si le changement doit augmenter suffisamment le rendement pour en payer l’intérêt en laissant une plus grande marge de bénéfices que précédemment et mettre l’établissement en meilleure situation de lutter avec la concurrence. y
- p.102 - vue 101/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE (DES'! ÉTATS-UNIS
- 103
- Nécessité de capitaux considérables.
- L’on voit ainsi que le système américain de la production, aussi bien par le travail intensif dont il a été parlé plus haut que par les modifications continuelles del’outillage,est celui qui réclame le plus de capitaux.
- L’outillage de l’industrie lainière américaine et celui des industries étrangères.
- Quelle est la situation actuelle de l’outillage lainier des Etats-Unis en comparaison de celui des industries étrangères ?
- « L’outillage de la fabrication lainière américaine, dit le recense-» ment de 1900, est l’égal de n’importe quel outillage du monde. »
- A côté de cette appréciation officielle, il y a lieu de rappeler les paroles du président de l’Association nationale des fabricants, M. Harding, au déjeuner de cette Association, le 4 février 1903.
- Après avoir déclaré que la condition indispensable pour que les fabricants américains puissent exporter est d’avoir des méthodes de fabrication et des machines supérieures, il disait: « Nous n’avons
- » aucun de ces avantages....... Les perfectionnements apportés dans
- » notre outillage, dont les plus considérables sont ceux du métier à » tisser, n’ont jamais été assez importants pour mettre la supériorité » de notre côté. »
- Et un an après, dans le discours qu’il prononçait à l’Assemblée annuelle de l’Association des producteurs de laines à Portland (Orégon), en janvier 1904, il revenait sur la même idée, en ajoutant :
- « Nous ne pouvons pas donner plus de rapidité à nos machines » que nos concurrents européens ».
- p.103 - vue 102/175
-
-
-
- L’OUVRIER DE L’INDUSTRIE LAINIÈRE DES ÉTATS=UNIS
- La législation ouvrière aux Etats-Unis.
- es Etats-Unis, comme les pays d’Europe, sont entrés dans la voie de la réglementation du travail, mais cette réglementation n’y est pas uniforme. Elle varie suivant les Etats. Nous ne nous en occuperons donc ici que dans les États où se trouve concentrée l’industrie lainière. Le tableau I montre la réglementation du travail des femmes, des enfants et des adultes hommes dans ces divers Etats.
- Comparaison avec la législation française
- ' Malgré la diversité de cette réglementation, elle paraît à première vue assez étroite. Comme point commun entre la législation américaine et la législation française, il y a lieu de signaler la même limitation de la journée à 10 heures pour tout le' personnel protégé, sauf en Pensylvanie où la journée est de 12 heures, et dans le New-York où la loi établit un régime différent pour les enfants, suivant que ces derniers ont moins de 16 ans ou qu’ils sont âgés de 16 à 18 ans, régime quelque peu analogue à ce point de vue à celui de notre loi de novembre 1892. Il faut pourtant remarquer que si la durée quotidienne est limitée à 10 heures, la durée hebdomadaire totale n est que de 58 heures dans le Massachusetts et le Rhode-Island, et de 55 heures dans le New-Jersey.
- Comme différence, il y a lieu de signaler : 1° l’absence d’interdiction du travail de nuit pour les femmes et les enfants dans les Etats de Pensylvanie, de Rhode-Island, du Maine, du Connecticut et du New-Hampshire ; 2° la possibilité pour les industriels américains de choisir entre la limitation quotidienne et la limitation hebdomadaire
- p.104 - vue 103/175
-
-
-
- L’INDUSTRIE LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS 105
- de la durée du travail. Enfin l’atelier mixte, au sens défini chez nous par la loi de 1900, est inconnu aux Etats-Unis.
- L’obligation du repos hebdomadaire aux États-Unis.
- On voit, par contre, que l’obligation du repos hebdomadaire pour tout le personnel, y compris les adultes, qui est d’actualité en France en ce moment, mais non encore inscrite dans une loi, existe aux Etats-Unis. Le bulletin du Bureau du travail de Washington, dans son numéro de septembre 1904, écrit: « Tous les Etats et Territoires, excepté l’Arizona, la Californie, l’Idaho, le Nevada et les îles Philippines, ont des lois interdisant le travail du dimanche. En Californie même, il est interdit à tout employeur, sous peine de délit, de faire travailler son personnel plus de 6 jours sur 7, excepté dans le cas d’urgence absolue.
- » Les lois sur le repos du dimanche dans les autres Etats interdisent, sous peine de délit, de travailler soi-même ou de pousser ou autoriser ses apprentis, serviteurs, etc.... à travailler le dernier jour de la semaine.
- » Des exceptions sont prévues pour les cas de travaux domestiques, de nécessité ou de charité. Ces exceptions sont quelquefois inscrites dans les dispositions générales de la loi et quelquefois spécifiées en détail. Elles comprennent les travaux” ordinairement nécessités par la vente des drogues, remèdes, fournitures de chirurgie, lait, glace, eau de Seltz, journaux, le louage des chevaux et voitures, les entreprises de pompes funèbres, et les transports par chemins de fer. Dans le Colorado et le Montana, l’exercice de la profession de perruquier est interdit le dimanche, tandis que dans l’Alaska cette profession figure parmi les exceptions.
- » Un certain nombre de dispositions spéciales réglementent la marche des trains le dimanche, telles que celles fixant les heures pendant lesquelles cette marche est autorisée, celles permettant le transport des marchandises périssables, fruits, lait, etc., ou laissant cette réglementation à l’initiative des commissaires des chemins de fer.
- » Presque toutes les lois des Etats sur le repos du Mimanche autorisent des dérogations pour les personnes faisant partie de confessions religieuses dont le jour de repos est un autre que le dimanche, avec obligation pour ces personnes de chômer ledit jour. »
- Cette citation montre que la législation du repos hebdomadaire aux Etats-Unis est suffisamment minutieuse.
- p.105 - vue 104/175
-
-
-
- 106
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- Le travail des enfants dans les manufactures.
- Même lorsqu’ils ont atteint l’âge nécessaire pour leur admission dans les manufactures, les enfants ne peuvent être employés, dans la plupart des Etats, que s’ils ont satisfait à certaines conditions de scolarité. Dans le Connecticut, le Massachusetts, le New-Hampshire, le New-York et la Pensylvanie, les enfants illettrés ne peuvent être employés avant l’âge de 16 ans, que pendant les vacances, à moins qu’ils ne suivent les cours du soir.
- La durée effective du travail dans l’industrie lainière.
- Nous donnons ci-après un tableau montrant, d’après le rapport du Bureau du Travail de Washington et pour les diverses professions de l’industrie lainière, la moyenne de, la durée effective du travail par semaine en 1890 et en 1903, avec le pourcentage de la réduction réalisée pendant ces 13 ans.
- Les chiffres donnés par le bureau du Travail de Washington pour les années intermédiaires entre 1890 et 1903 attestent, dans la majorité des catégories, une diminution constante de la moyenne hebdomadaire.
- Pour l’ensemble des catégories, la réduction moyenne en 13 ans est de 2,8 °/p, c’est-à-dire, comme on le voit, assez faible.
- Travail effectif.
- CATÉGORIES MOYENNE DES HEURES DE TR AA’AIL par semaine en 1890 en 1903 TAUX de la réduction »/„
- Cardage (hommes). . . 60,35 58,98 2,3
- Cardage (femmes).... 60 60 sans changement
- Débourreurs de cardes. 60 60 —
- Peignage (hommes).. . 60 58 3,3
- Peignage (femmes). . . 60 58,78 2
- Filage (hommes) .... 60,46 59,09 2,3
- Filage (femmes) 60 60 sans changement
- Tissage (hommes).... 60 58,65 2,3
- Tissage (femmes). ... 60 58,32 2,8
- Tissage (appareilleurs). 59,46 58,59 1,5
- Noppage (femmes). . . 60,52 58,45 3,4
- Teinturerie (hommes). 60,24 60,34 augmentât. 0,2
- p.106 - vue 105/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 107
- L’augmentation des salaires en 13 ans.
- Cette réduction du temps de travail, pendant les 13 années comprises entre 1890 et 1903 a été accompagnée d’une augmentation sensible des salaires, ainsi qu’on peut s’en rendre compte par le tableau ci-après dont les chiffres ont été puisés à la même source que ceux du tableau des heures :
- CATÉGORIES SALAIRE 1890 fr. HORAIRE MOYEN 1903 fr. POURCENTAGE d’augmentation
- Cardage (hommes). . . . 0,52 0,58 10,4
- Cardage (femmes) .... 0,34 0,37 7,3
- Peignage (hommes). . . 0,64 0,69 6,7
- Peignage (femmes).. . . 0,50 0,56 12,3
- Filage (hommes) 0,65 0,83 29,2
- Filage (femmes) 0,28 0,32 14,9
- Débourreurs de cardes . 0,45 0,58 '27,3
- Tissage (hommes) .... 0,77 0,95 22,9
- Tissage (femmes) 0,70 0,80 15,5
- Tissage (appareilleurs).. 1,08 1,26 17,8
- Noppage (femmes). . . . 0,40 0,52 28
- Teinturerie (hommes). . 0,64 0,69 T,9
- L’augmentation pour l’ensemble des catégories a été, en 13 ans, de 16,6 °/o Pour les catégories de femmes, la moyenne d’augmentation a été de 15,6 °/0 et pour les catégories d’hommes de J 7,4 °/0. Cette augmentation a été la plus forte dans la filature et le tissage.
- Les salaires en Pensylvanie.
- Nous donnons; ci-après, un tableau des gains hebdomadaires actuels en Pensylvanie, pour quelques catégories de l’industrie lai-
- nière :
- CATÉGORIES VILLE DE PHILADELPHIE AUTRES LOCALITÉS
- Préparation première.. de 46 à 62 francs de 39 à 52 francs
- Cardage-conducteurs. . de 104 à 130 — de 93 à 109 —
- Cardage-débourreurs. . de 46 à 57 — de 39 à 46 —
- Cardage-garnisseurs.. . de 31 à 46 — de 18 à 31 —
- Fileurs................... de 83 à 93 — de 62 à 78 —
- Rattacheurs............... de 31 à 41 — de 18 à 31 —
- p.107 - vue 106/175
-
-
-
- 108
- EXPOSITION DE SAIXT-LOLIS
- La durée du travail et les salaires des diverses catégories dans le Massachusetts.
- Les tableaux des pages 110 et lll indiquent pour le premier Etat lainier de l’Union, le Massachusetts, le taux réel des salaires et la moyenne hebdomadaire des heures de traxail séparément dans la branche du cardé et dans celle du peigné. Ces chiffres sont extraits du rapport, pour 1904, du Bureau des statistiques du travail de Boston.
- Le travail des femmes et des enfants dans l’industrie lainière des Etats-Unis.
- Toujours, d’après la même enquête de ce Bureau portant sur 21 établissements tant de cardé que de peigné, le pourcentage d’hommes, de femmes et d’enfants de moins de 16 ans, par rapport à l’ensemble du personnel employé, était respectivement :
- | Enfants de moins de 16 ans. . 0,68 °/0
- Dans le cardé Femmes................. 31,40
- ( Hommes................. . 67,92
- [ Enfants de moins de 16 ans . . 0,73 °/0
- Dans le peigné j Femmes................... 52,54
- ( Hommes.................. 46,72
- On voit que si la proportion d’enfants de moins de 16 ans est sensiblement la même, dans les 2 branches, les femmes sont employées en nombre bien plus considérable dans le peigné que dans le cardé.
- Les catégoriés qui emploient des femmes sont, dans le cardé : le classage 11 °/0, le filage 50 °/0, le retordage 86 °/0, le bobinage 50 %, l’ourdissage 75 °/0, le tissage 48 °/0, le noppage 99,6 °/0, le passage de fils 100 °/0.
- Dans le peigné, ce sont: l’étirage 100 %, le filage 79 °/0, le peignage 2,5 •/o, le bobinage 100 °/0, le retordage 92 °/0, l’ourdissage 40 °/0, le tissage 60 °/0, le noppage 99 °/o> le pliage 50 °/0.
- Sauf le classage, l’étirage, le filage, le noppage et le passage de fils dans lesquels la rémunération a lieu soit à la pièce, soit à la journée, soit à la semaine, excepté aussi le tissage et le bobinage payés aux pièces, toutes les autres catégories sont rétribuées à la journée ou à la semaine.
- p.108 - vue 107/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 109
- Si l’on compare le pourcentage d’enfants de moins de 16 ans employés dans les 21 établissements sur lesquels a porté l’enquête du Bureau du travail, de Boston, avec celui donné par le Recensement fédéral de 1900 et même avec les chiffres du Bureau de Boston lui-même dans son Bulletin de juillet 1904, on constate une grande différence.
- Voici, d’ailleurs, d’après le Recensement fédéral, un tableau donnant le pourcentage d’hommes, de femmes et d’enfants de moins de 16 ans occupés dans des fabriques lainières des 6 Etats ci-dessous désignés :
- ETATS HOMMES EEMMES EAFANTS de moins de 16 ans
- Massachusetts. . . . 55,54 % 39,03 °/0 5,43 %
- Pensvlvanie 49,04 40,53 10,43
- Rhode-Island. . . . 51,21 40,49 8,30
- New-York 47,46 46,20 6,34
- New-Jersey 47,11 44,04 8,85
- Connecticut 62,72 32,63 4,65
- Pour l’ensemble des États-Unis, les proportions moyennes d'hommes, de femmes et d’enfants de moins de 16 ans occupés dans l’industrie lainière, n’ont varié que très légèrement pendant la décade 1891-1900. Le pourcentage d’hommes était de 50,9 en 1890, de 52,4 en 1900 ; celui des femmes de 42,1 en 1890, de 40,3 en 1900 et celui des enfants de 7 en 1890 et 7,3 en 1900. Il y a donc une augmentation insignifiante dans la proportion d’enfants employés et une diminution plus sensible dans celle des femmes.
- Quelque relative que soit la signification de ces diverses statistiques, les pouvoirs publics eux-mêmes voient un danger dans cet emploi des enfants dans l’industrie et se préoccupent d’y remédier. Le Bureau du travail, de Boston, dans son Bulletin de juillet 1904 déjà cité, le signalait en ces termes :
- « Notre vie industrielle américaine est si déprimante pour les « facultés physiques et morales que des enfants ne devraient pas » être forcés par la pauvreté ou la cupidité d’y entrer, mais ce sont » des faits puisés à une source autorisée et non une documentation » superficielle qui pourront servir de base à une législation devant » remédier à ce mal évident. »
- Il y a lieu de noter, en effet, que dans certains États, tels que le Maryland et la Caroline du Sud, la loi lève la limite d’àge quand 1 enfant n’a que son salaire pour vivre ou qu’il est l’unique soutien
- p.109 - vue 108/175
-
-
-
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- MASSACHUSETTS
- Branche du cardé :
- CATÉGORIES MOYENNE des TAUX DE
- heures de travail l’heure
- par semaine fr. cs.
- Classage (hommes) 58,02 1,08
- Classage (femmes). " 58,02 0,45
- Batteurs 60,18 0,64
- Effilocheurs . 59,30 0,66
- Cardeurs 58,16 0,74
- Débourreurs 59,70 0,61
- Fileurs 58,35 0,99
- Rattacheurs (jeunes gens). . . . 58 0,45
- Rattacheurs (femmes) 58 0,53
- Retordage (hommes) 58 0,97
- Retordage (femmes). . ! .... 58 0,53
- Bobinage (jeunes gens) 58 0,52
- Bobinage (femmes) 58 0,52
- Ourdissage (hommes) 58 0,58
- Ourdissage (femmes) 58 0,66
- Tissage (hommes) 58,17 0,90
- Tissage (femmes) 58,17 0,88
- Noppeuses 56,89 0,56
- F oulonniers 59,24 0,71
- Passeuses de fils 55,09 0,81
- Laveurs de draps 58 0,69
- Teinturiers 55,69 0,76
- Tondeurs 58,76 0,72
- Laineurs 58,92 0,64
- Presseurs 57,87 0,58
- Surveillants ... par mois 410
- Contremaîtres . . — 340
- p.110 - vue 109/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 11
- MRS SRCHUSETT5
- Branche du peigné :
- CATÉGORIES MOYENNE TAUX
- des DE
- heures de travail l’heure par semaine fr. es.
- Classeurs de laine............... 73,92 1,12
- Laveurs de laine.................. 59 0,76
- Dégraisseurs de laine............ 58 0,82
- Ensimeurs. ...................... 58 0,43
- Bobbin-setters (enf. et jeunes gens).. 58 0,36
- Boudinage (jeunes gens).......... 58 0,44
- Cardeurs......................... 58,01 0,74
- Peignage (hommes)................ 55,84 0,80
- Peignage (femmes)................ 55,84 0,76
- Étirage (femmes)................. 56,03 0,62
- Filage (femmes).................. 56,20 0,58
- Battachage (jeunes gens)......... 56,74 0,40
- Rattachage (femmes).............. 56,74 0,38
- Retordage (hommes)............ 51,58 1,41
- Retordage (femmes)............ 51,58 0,63
- Bobineuses....................... 59 0,74
- Ourdissage (hommes).............. 56,50 1,00
- Ourdissage (femmes). . . . . . ... . 56,50 0,61
- Tissage (hommes)................... 56,43 0,94
- Tissage (femmes).............. 56,43 0,94
- Tissage (appareilleurs)............ 57,46 1,34
- Noppage (hommes)................. 57,49 0,80
- Noppage (femmes) ................ 57,49 0,60
- Teinturiers...................... 59 0,80
- Apprêteurs................. 58 0,61
- Presseurs........................ 59 0,99
- Surveillants..................... par mois 520
- Contremaîtres.................... — 315
- p.111 - vue 110/175
-
-
-
- 112
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- d’une mère veuve ou d’un père incapable de travailler, ce qui donne sûrement lieu à des abus.
- Dans le Massachusetts, le travail des femmes et des enfants dans les manufactures est interdit entre 10 heures du soir et 6 heures du matin. En fait, pendant 1903, sur 169 usines textiles, 157 n’employaient ni femmes ni mineurs après 6 heures du soir. Des 12 autres, 8 employaient, après 6 heures du soir, des femmes et 4 des femmes et des enfants. Les travaux auxquels ces femmes et ces enfants étaient occupés étaient généralement ceux du cardage, du peignage et de la filature. Les femmes et les enfants qui travaillent après la journée normale reçoivent un supplément de salaire variant de 10 à 50 %. Le Bureau du travail, de Boston, signale aussi que dans un des établissements enquêtés, les femmes occupées après 6 heures du soir ne travaillaient pas pendant le jour. Mères de famille, elles surveillaient leur ménage pendant la journée et travaillaient pendant les veillées ainsi qu’elles l’avaient elles-mêmes demandé avec insistance en vue d’accroître leurs ressources limitées.
- Le budget des familles ouvrières de l’industrie lainière des Etats-Unis.
- Le travail de l’épouse ou de la mère dans les familles d’ouvriers du textile laine paraît, en effet, nécessaire si des chiffres de salaires fournis plus haut, on rapproche le coût de la vie dans plusieurs Etats, d’après les statistiques tout à fait récentes du Bureau du travail, de Washington.
- Le tableau II montre le coût annuel de la vie par famille normale, c’est-à-dire par famille dont le père seul travaille, la mère s’occupant du ménage et dont aucun des enfants n’a plus de 14 ans, dans les 6 principaux Etats lainiers de l’Union.
- Si nous prenons les salaires du Massachusetts, et si nous calculons avec les chiffres donnés précédemment, le gain annuel des ouvriers les plus rétribués (en comptant la semaine de 60 heures et à supposer qu’il n’v ait aucun chômage pendant l’année), nous trouvons que ce gain annuel est respectivement dans :
- Le cardage de......................... 2,309 francs.
- Le peignage de........................ 2,496 —
- Le filage de.......................... 3,088 —
- Le tissage de......................... 2,808 —
- La teinturerie de.................... 2,496 —
- p.112 - vue 111/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 113
- Or, en comparant ces chiffres avec ceux du dernier tableau, on constate un assez gros déficit que le travail de la femme ou des enfants est bien obligé de venir combler dans la famille ouvrière.
- Le même calcul, en nous servant des salaires moyens publiés par le Bureau du travail, de Washington, aboutit également pour les autres Etats à la constatation d’un déficit.
- L’augmentation du coût de la vie.
- L’augmentation des salaires de 1890 à 1903 a été accompagnée d’une augmentation dans le coût de la vie qui, pour n’être sans doute pas en proportion, est pourtant sensible. Pour l’ensemble des Etats-Unis, le prix des aliments qui représente une moyenne de 42,5 °/0 des dépenses totales de la famille, s’est accru, pendant ces 13 ans, de 7,7 °/0. En comparant 1890 et 1902, l’augmentation est encore plus grande, car il y a eu, en 1903, un fléchissement des prix par rapport à l’année précédente. Les prix du chauffage, de l’éclairage et de l’habillement ont monté dans des proportions égales ou très peu supérieures à l’augmentation du prix des aliments.
- Amélioration de la situation matérielle des
- ouvriers.
- Malgré cette augmentation du prix des choses nécessaires à la vie, il y a eu une réelle amélioration de la situation matérielle des ouvriers, car les dépenses moyennes de la famille normale ont augmenté dans des proportions bien supérieures à l’augmentation des prix. Voici, par Etats, le pourcentage d’augmentation dans les dépenses de loyer, de vêtements et de nourriture, ainsi que dans le total des dépenses de la famille normale de 1890 à 1903.
- ÉTATS LOYER HABILLEMENT NOURRITURE
- Massachusetts.. ... 62 °/0 11 °/0 13 °/0 31 °/0 J|
- Pensylvanie......... 12 diminution 16 11 g ^
- Rhode-lsland........ 11 13 20 21
- New-York............ 46 22 40 25 £'|J
- New-Jersev............. 37 11 43 38 s|
- Connecticut............ 120 31 14 26 ~ 7
- 8
- p.113 - vue 112/175
-
-
-
- 114
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- Ces chiffres indiquent évidemment une plus grande consommation. Il est vrai que pour le loyer, les rapports officiels n’indiquent pas le taux de l’augmentation des prix. Cette dernière augmentation provoquée par la hausse des prix de construction et les charges fiscales explique, pour une très grande partie, l’augmentation des dépenses de loyer. Mais il faut tenir compte aussi de ce que l’état des habitations a été amélioré.
- Les causes des hauts prix.
- Pourtant dans le Massachusetts qui est l’un des Etats où le coût moyen de la vie est le plus élevé, l’opinion publique s’est préoccupée de cette hausse générale des prix et le Bureau du travail^ de Boston, a ouvert une enquête pour en rechercher les causes. Les réponses reçues ont attribué les hauts prix principalement à Faction des trusts et à l’augmentation des salaires. La même explication a été donnée à. New-York par le Journal du Commerce de cette ville qui écrivait, en juin 1904 : « La crise actuelle est le résultat des prix et des salaires anormaux conquis par les trusts du capital et du travail ».
- De son côté, le Register, de New-Haven (Connecticut), disait également : « L’augmentation dans le coût des choses n’est pas résultée de leur rareté, et ainsi n’a pas été déterminée par la loi de l’offre et de la demande, mais bien de la puissance des organisations commerciales qui ont réglé artificiellement les cours. L’accroissement des salaires n’est pas résulté davantage de la rareté du travail, mais bien de la puissance des associations ouvrières qui ont réussi à créer des taux artificiels de salaires. »
- Le minimum de salaire aux Etats-Unis.
- On comprend que cette mobilité des conditions économiques aux États-Unis n’y permette guère l’application du minimum de salaire. Le minimum de salaire n’existe que dans 4 États : la Californie, le Nebraska, l’Indiana et le Delaware et n’y est appliqué qu’aux travaux d’intérêt public.
- D’ailleurs, il ne parait guère être une des revendications du inonde ouvrier qui vise, avant tout, par l’action de ses syndicats, à la conquête des hauts salaires.
- Toutefois, les trusts du travail ont relativement peu influencé les
- p.114 - vue 113/175
-
-
-
- l’industrie lainière des états-unis
- 115
- conditions de d’industrie lainière, L'organisation syndicale ouvrière accuse aux Etats-Unis, dans les industries lainière et cotonnière, une infériorité manifeste sur cette même organisation dans la presque totalité des autres industries. Depuis 20 ans, il y a eu en tout 1,133 grèves dans les industries des textiles laine et coton. Sur ces 1,133 grèves, 211 ont été provoquées parles syndicats ouvriers, soit une proportion de grèves syndicales égale à 23 °/o* Cette proportion n’a d’inférieure que celle des travaux publics et d’égale que celle des transports. Toutes les autres lui sont supérieures : celles des industries houillère, de la chaussure, du bâtiment, de l’habillement, de l’alimentation, de l’ameublement, de la métallurgie, de l’imprimerie, des tabacs, du bois et du verre. En outre, les industries des textiles laine et coton sont celles où les grèves syndicales ont le plus souvent échoué, ce qui est plutôt un indice de l’infériorité relative de l’organisation syndicale textile. C’est dans le cardage, le filage et le tissage que se trouvent les plus fortes proportions d’ouvriers syndiqués.
- Pour les 211 grèves syndicales survenues depuis 20 ans dans les industries lainière et cotonnière, les proportions du nombre d’établissements dans lesquels ces grèves ont réussi, obtenu un succès partiel ou échoué, sont respectivement 21,97’%, 18,28 °/0 et 59,75°/0. Dans les 922 autres grèves, ces mêmes proportions sont 23,99, 11,67 et 64,34 o/o.
- La liberté syndicale aux États-Unis.
- La liberté syndicale existe aux Etats-Unis. Elle fait partie du droit général d’association. Pourtant dans un certain nombre d’Etats, y compris le Massachusetts, il existe une législation spéciale sur les syndicats. Dans un certain nombre d’Etats comprenant encore le Massachusetts et aussi le New-York, la Pensylvanie, le New-Jersey et le Connecticut, la loi défend aux employeurs de congédier les ouvriers à cause de leur affiliation aux syndicats ou d’exiger qu’ils s’engagent à ne pas s’y affilier comme condition de leur embauchage ou de leur maintien dans leur emploi.
- Les lois du Maine, du Massachusetts, du New-York, du Rhode-Island et d’autres Etats considèrent comme un délit le fait pour les employeurs ou ouvriers d’empêcher par la force, les menaces ou tous autres procédés d’intimidation, d’autres personnes d’effectuer un travail, de fournir des marchandises ou de s’engager dans une entreprise non contraire aux lois.
- p.115 - vue 114/175
-
-
-
- 116
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- L’organisation ouvrière, aux États-Unis comme ailleurs, a provoqué des organisations de défense patronale. On peut signaler à ce dernier point de vue la création récente d’une Ligue américaine antiboy-cottiste qui, assurément, a sa raison d’être dans le pays des boycottages, des mises à l’index, des listes noires.
- La Ligue antiboyeottiste.
- La Ligue groupe les employeurs et les ouvriers non syndiqués. Sa particularité est que le public ignore quels sont les membres de cette association. La Direction en est confiée à un Comité exécutif. L’association met à la disposition de ses membres tous les renseignements juridiques et décisions de tribunaux se rapportant aux questions de mises à l’index, aux actes d’intimidation et de contrainte, à la légalité des collectes de solidarité, de la propagande, au déploiement des bannières syndicales, au droit de grève, etc...
- - L’arbitrage aux États-Unis.
- Il existe, dans un certain nombre d’Etats, des Comités de conciliation et d’arbitrage comprenant des Comités d’état et des Comités locaux. Ces Comités qui sont chargés du règlement des différends relatifs au travail et qui, par leurs attributions et le caractère mixte de leur composition, ressemblent assez à nos conseils de prud’hommes, fonctionnent, en outre, toutes les fois qu’ils en sont requis par les parties, comme tribunaux d’arbitrage. Mais d’une façon générale, leurs décisions, comme un peu partout les décisions arbitrales, ont l’inconvénient, de demeurer plus ou moins platoniques, car dans la plupart des Etats la loi ne contient aucune disposition pour les rendre exécutoires.
- Les accidents du travail aux États-Unis.
- La théorie du risque professionnel qui est à la base de notre législation sur les accidents du travail, ne semble pas devoir être appliquée de sitôt aux États-Unis. Dans 28 Etats de l’Union, la loi édicte seulement la responsabilité des employeurs dans les cas d’accidents survenus par leur négligence à se conformer aux lois spéciales ou réglements, ayant pour but la protection et la sécurité des travailleurs. On sait que, suivant une doctrine appelée la doctrine des « fel-
- p.116 - vue 115/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 117
- low servants », et qu’on appellerait bien en français la doctrine du « uoserviee », l’employeur, aux Etats-Unis, n’est pas responsable non seulement des accidents survenus par la faute de la victime, mais même de ceux survenus par suite de la négligence ou de la malveillance d’autres ouvriers de la même entreprise ; à moins, dans plusieurs Etats, que la personne auteur de l’accident soit « vice-principal », c’est-à-dire une personne ayant qualité pour donner des ordres ou des instructions dans le travail. 11 y a lieu, toutefois, de signaler que cette doctrine légale du « coservice » a été abrogée soit partiellement, soit totalement dans 13 Etats, ce qui marque une tendance à étendre la responsabilité patronale, en matière d’accidents du travail.
- Les institutions patronales aux États-Unis.
- On pourra se demander si indépendamment de la protection légale des travailleurs, il existe des institutions patronales en faveur de ces derniers, M. Marteau, à propos de l’Exposition de Chicago, signalait le petit nombre de ces institutions. Il ne semble pas qu’elles se soient multipliées depuis. Celles qui reposent sur la coopération des employeurs et des ouvriers semblent tenues en défiance par la loi qui dans 20 Etats, y compris le Massachusetts, interdit tout prélèvement sur les salaires en vue de la constitution d’un fond de secours. La Caisse de retraites des usines Talbot, dont nous avons parlé plus haut, ne prévoit aucune retenue de ce genre dans son règlement.
- Les œuvres patronales furent en faveur aux environs de 1870. L’administration des Pacific Mills, avait à cette époque enveloppé son personnel dans un réseau d’institutions de prévoyance, de secours mutuels, d’instruction et d’éducation populaires dont la création reposait sur ce principe : « qu’il doit y avoir entre employeurs et » salariés une confiance mutuelle et un respect réciproque des droits » de chacun et que puisque le succès des employeurs est lié à une » franche et intelligente collaboration des ouvriers, assurer le bien-» être matériel et le progrès intellectuel et moral de ces derniers, » était pour les employeurs en même temps qu’un devoir de philan-» tropie, une juste compréhension de leurs propres intérêts. »
- Les institutions des Pacific Mills, qui participèrent à l’Exposition de Paris en 1867, y obtinrent le deuxième prix parmi 500 concurrents de tous les pays, le premier prix ayant été décerné à celles des établissements Krupp.
- p.117 - vue 116/175
-
-
-
- 118
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- Le Bulletin de VAssociation nationale des fabricants, dans son numéro de juin 1903, après avoir décrit ces institutions et expliqué quelles sont graduellement tombées en désuétude sous Faction de l’immigration des ouvriers étrangers et des initiatives municipales, concluait ainsi :
- « Les influences et moyens d’action d’il y a 50 ans n’ont plus de » pouvoir aujourd’hui sur la classe ouvrière. Les Pacific Mills ont » cessé leurs efforts en ce sens, parce qu’elles ont constaté qu’ils » n’étaient plus sympathiques. Ce changement témoigne de l’exis-» tence pour l’industrie de conditions nouvelles que n’avaient pas » prévues les fondateurs de nos cités manufacturières. L’influence » de ces nouvelles conditions sur les difficultés, si fréquentes dans ces » dernières années, entre le capital et le travail mérite d’être atten-» tivement étudiée. »
- La législation ouvrière et les fabricants américains.
- Dans tous les cas, la législation du travail ne paraît pas être une charge considérable pour l’industrie lainière des États-Unis. L’Association nationale des fabricants dont il a été déjà parlé et qui est l’organe des intérêts généraux de cette industrie, ne semble avoir consacré aucun de ses travaux à ces questions de législation ouvrière qui préoccupent si vivement nos fabricants français. Cet optimisme s’explique assez facilement par les avantages qu’assure aux fabricants américains le travail intensif qui leur a permis de compenser les réductions de la production causées par la réduction du temps de travail. Les industriels des États-Unis ont, en outre, beaucoup plus que nos fabricants français, la possibilité d’élever dans une certaine mesure leurs prix de vente, car le consommateur américain beaucoup plus que le consommateur français est habitué à ces augmentations.
- Notons aussi que les industriels américains ne craignent pas, lorsqu’il le faut, de réduire le taux des salaires; 15 % des grèves relatives aux salaires survenues depuis 20 ans dans l’industrie textile ont été provoquées par des réductions de ce genre. En 1903, sur 12 grèves textiles survenues dans le Massachusetts pour des réclamations concernant les salaires, la moitié a été provoquée par des réductions. En 1904, les salaires de la fabrique de, tops des établissements Arlington, de Lawrence, ont été réduits dans des proportions variant
- p.118 - vue 117/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS 119
- de 5 à 10 %. Les ouvriers ont fait grève pendant un mois, mais ont fini par accepter ces réductions.
- Enfin et surtout, il faut tenir compte que les fabricants américains profitent d’une étroite protection douanière, ainsi que nous le verrons plus loin.
- L’industrie et les fonds des Caisses d’épargne.
- Abrités derrière leurs tarifs, ils ne demandent pour faire progresser leur industrie que de plus en plus grands capitaux. Dans le Massachusetts, ils réclament une modification à la loi qui, actuellement, interdit aux Caisses d’épargne dé placer leurs fonds en valeurs industrielles. Cette interdiction, font-ils remarquer, est illogique et injuste, car les fonds des Caisses d’épargne sont les résultats de la prospérité industrielle et leurs placements en valeurs d’usines auraient pour effet d’accroître encore cette prospérité. — Ils signalent que pour la ville de Lowell, par exemple, les fonds déposés représentent une valeur de plus de 120 millions de francs, tandis que les capitaux placés dans l’ensemble des établissements textiles de cette ville n’égalent pas la moitié de cette somme.
- L’enseignement textile aux États-Unis.
- En attendant ces facilités nouvelles, l’industrie textile des Etats-Unis a l’avantage de disposer de compétences techniques de plus en plus nombreuses.
- L’enseignement textile a fait, depuis 1890, aux Etats-Unis, des progrès considérables. A cette époque, il n’existait qu’une seule école consacrée exclusivement à ce genre d’enseignement : l’école textile de Philadelphie, annexée au Musée des Beaux-Arts de Pensylvanie.
- L’école de Philadelphie.
- L’école textile de Philadelphie fut créée sur la demande des fabricants qui comprirent la nécessité d’avoir des dessinateurs et des ouvriers compétents pour pouvoir lutter avec leurs concurrents étrangers dans la fabrication des plus beaux articles. Elle a eu pour elle, dès le début, le patronage et l’appui généreux des fabricants, des constructeurs de machines textiles, de l’État et de la ville de Philadelphie. Pour 1903, la subvention de l’État a été de 88,000 francs et
- p.119 - vue 118/175
-
-
-
- 120
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- celle de la ville de 50,000 francs. En retour, l’école accorde des bourses gratuites (une par collège électoral pour le Sénat), plus 17 réparties entre les écoles publiques de Philadelphie.
- Nous devons à l’aimable obligeance de M. France, l’éminent directeur de l’école textile de Philadelphie, d’avoir visité ce magnifique établissement d’enseignement technique.
- L’école comprend les sections suivantes :
- Contexture et dessins des tissus ;
- Préparation des chaînes et tissage ;
- Assemblage des couleurs et dessin figuré ;
- Chimie, teinture et impression ;
- Fabrication des fils de laine cardée ;
- Fabrication des fils de laine peignée ;
- Fabrication des fils de coton ;
- Tricotage de bonneterie ;
- Apprêts.
- Deux ateliers sont affectés aux opérations de préparation, de car-dage et de filage de laine, comprenant trois battages, deux assortiments de cardes de lm20 et de 111150 avec chargeuses dernier modèle, une petite carde pour les mélanges nouveautés, un renvideur selfac-ting de 400 broches, une retorde use de 72 broches, une machine à bobiner.
- Quatre ateliers sont consacrés à l’étirage et au filage des fils de laine peignée et comportent pour cela un assortiment complet de machines du système anglais (12 machines), ainsi que l’outillage de retordage, de dévidage, de bobinage, avec un système complet d’appareils humidifères. Le matériel de préparation des chaînes, tant pour le peigné que pour le cardé et pour le coton, est installé dans une vaste salle.
- Les ateliers de tissage comprennent plus de 60 métiers à bras pour tous les genres de tissus tels que : articles chaîne coton et mélangés ; articles en laine cardée et peignée pour hommes et pour dames, articles Jacquard et autres articles spéciaux. Les métiers mécaniques sont répartis dans 4 salles. Il y en a de tous les genres, pour les articles les plus légers comme pour les plus lourds. Les articles de caractère artistique ou ornemental, damas soie, étoffes pour robes,
- draperies, v sont'tissés sur des métiers spéciaux munis de mécaniques
- Jacquard.
- L’outillage de teinture comprend tous les appareils nécessaires a
- p.120 - vue 119/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 121
- la teinture des tissus, des fils ou des matières premières, au lavage, à l’essorage et au séchage. L’eau employée est de l’eau épurée obtenue au moyen d’un vaste filtre. L’atelier d’apprêts comprend un foulon-laveur à cylindres, un foulon à maillets avec mouvement latéral, une laineuse, une tondeuse, un brossage à double cylindre, une presse, une essoreuse, des sécheuses, etc... Il y a lieu d’ajouter à cette installation un laboratoire complet de chimie, l’outillage nécessaire au cardage et à la filature du coton, au tricotage, au bobinage, dévidage et ourdissage des chaînes de soie.
- Toutes les machines sont munies des derniers perfectionnements au fur et à mesure de leur application dans la pratique. La plupart de ces machines ont été données gracieusement par les constructeurs.
- Pendant la décade 1890-1900, on s’est attentivement occupé des questions d’enseignement textile, spécialement dans le Massachusetts. En 1895, les fabricants de cet État obtinrent le vote d’une loi autorisant la création d’écoles textiles dans les villes de 450,000 broches et plus, loi assurant en outre à ces écoles les subsides de l’Etat jusqu’à concurrence de 125,000 francs dans le cas d’une subvention égale des municipalités. Cette loi était applicable à Lowell, Lawrence, Fall-River et New-Bedford.
- L’école de Lowell'.
- La première école, créée en vertu de cette loi, fut l’école tevtile de Lowell, ouverte en janvier 1897 et que nous avons aussi visitée grâce à l’obligeance du principal M. William Grosbv, et de M. Smith, administrateur et bienfaiteur de l’école.
- L’école de Lowell comprend les sections de la filature du coton, de la filature de la laine cardée, de la filature de la laine peignée, du dessin, de la chimie et de la teinture, du tissage, la section de mécanique ainsi qu’un cours sur la préparation des chaînes. Des facilités sont données aux élèves pour visiter, pendant l’année scolaire, les usines de la Nouvelle-Angleterre.
- L’outillage de la section de filature de la laine cardée comprend, notamment, deux bacs de dégraissage à chargeuse automatique, une sécheuse à chargeuse automatique, un battage à bourre, un battage mélangeur, un assortiment de cardes pour tes matières grossières ou moyennes, un assortiment pour les matières fines, deux renvideurs de 120 broches, une retordeuse de 20 broches.
- La section de la préparation des chaînes comporte : un ourdissoir,
- p.121 - vue 120/175
-
-
-
- 122
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- une encolleuse, un rateau, un montoir, une cante de 48 bobines, ainsi qu’un certain nombre de montoirs et d’ourdissoirs à main. La section de tissage a 42 métiers mécaniques pour tous les genres d’articles, plus 40 métiers à bras.
- L’atelier d’impression comporte: une machine à imprimer, un fixage et un assortiment de chaudières à couleurs.
- Les ateliers de teinture et d’apprêt comprennent : un lavage, un foulon, une laineuse, une brosseuse à deux cylindres, une machine à ramer et à sécher, une double tondeuse, une presse circulaire, une machine à coudre, une métreuse, une machine à merceriser, une machine à teindre les tissus, une machine pour la teinture des matières premières, une machine à teindre les fils.
- Si l’on ajoute à cette nomenclature toutes les machines auxiliaires, l’outillage de la filature de peigné, de la préparation des chaînes coton, des chaînes soie, les laboratoires de chimie et de physique, le musée de chimie, on voit que l’école textile de Lowell dispose d’une installation de premier ordre. Elle est l’école du monde qui comporte l’étude du plus grand nombre de textiles différents.
- Sa création a été précédée d’enquêtes sur l’organisation et les méthodes des écoles similaires de l’étranger, spécialement des écoles d’Angleterre, de France, de Suisse, d’Allemagne et de Russie.
- La valeur de l’outillage de l’école de Lowell est estimée à 1)50,000 francs, sur lesquels il y a plus de 400,000 francs de dons; la valeur des terrains occupés à 500,000 francs ; celle des constructions à plus de 1,125,000 francs. La participation de l’Etat dans ces dépenses a été de plus de 450,000 francs, indépendamment de sa subvention annuelle qui va de 75,000 francs à 100,000 francs. Un des fondateurs, M. Frédéric Fanning Ayer, a donné à lui seul 500,000 francs.
- Comme, d’ailleurs, l’école de Philadelphie, l’école de Lowell donne nn enseignement du soir destiné à permettre aux ouvriers occupés pendant la journée d’acquérir, en quelques hivers, une instruction technique complète sans interruption de leur travail professionnel quotidien.
- L’école de New-Bedford.
- En 1899, a été créée et ouverte l’école de New-Bedford spécialement consacrée à l’enseignement de l’industrie cotonnière. La subvention de l’État, en 1901, a été pour cette école de 90,000 francs.
- 1
- p.122 - vue 121/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 123
- L’École de Fall-River.
- Enfin, en 1900, était décidée la création de l’école de Fall-River qui obtenait de l’Etat, en 1901, une subvention de 175,000 francs. 11 y a lieu de remarquer que l’Etat met comme condition à ces subsides que les villes ou d’autres initiatives les doublent.
- Les motifs de la création des écoles textiles des
- États-Unis.
- Les motifs de la création de l’école de Lowell ont été les mêmes que pour l’école de Philadelphie. 11 s’agissait de former une élite de la plus haute compétence technique qui permit de lutter dans la belle fabrication avec l’industrie anglaise et d’autres industries étrangères.
- « Les écoles textiles du Massachusetts, lisons-nous dans le rapport » pour 1904 du Bureau du travail, de Washington, sur l’enseigne-» ment technique, tout en permettant aux tisseurs, aux fileurs, aux » mécaniciens, etc., d’apprendre leur métier, ont cependant, surtout, » pour objetd’initier les jeunes gens à la science de la grande indus-» trie et de former les fabricants, les ingénieurs et les inventeurs » de l’avenir. »
- Ainsi, par l’enseignement de la journée, les écoles textiles du Massachusetts forment cette élite reconnue indispensable aux progrès de la fabrication lainière américaine. Par l’enseignement du soir, elles perfectionnent les connaissances théoriques des ouvriers eux-mêmes. Les cours du soir sont, en effet, identiques à ceux de la journée avec cette différence que l’on y consacre beaucoup moins de temps à la pratique des machines de peu d’intérêt pour les élèves, dans la plupart des cas, puisque ces derniers travaillent dans les usines.
- Le but, sinon le résultat, est de former des compétences à tous les degrés de la hiérarchie professionnelle.
- En outre des écoles de Philadelphie, de Lowell, de New-Bedford, il existe une section textile au Collège d’agriculture de Clemson, dans la Caroline du Sud, et une autre à l’Institut agronomique et mécanique de Baleigh, dans la Caroline du Nord. Une école connue sous le nom de « French textile school » est aussi annexée à l’Institut Technologique d’Atlanta (Géorgie). Enfin, il existe des écoles du soir pour le tissage à Lawrence, à Fall-River, et en divers points des Etats-Unis des cours d’enseignement textile par correspondance.
- p.123 - vue 122/175
-
-
-
- 124
- EXPOSITION DE SAINT LOUIS
- Les résultats de l’enseignement textile.
- « Les effets de cette formation technique, écrivait en 1900 le rapporteur du recensement fédéral pour l’industrie lainière, M. William J. Battison, sont déjà manifestes dans le caractère plus artistique des genres fabriqués et les économies apportées dans la production par les diplômés de ces écoles. »
- Les écoles textiles et les ouvriers.
- Il y a eu et il y a encore une certaine indifférence des syndicats ouvriers à l’égard de cet enseignement textile auquel ils reprochent de servir surtout les intérêts patronaux.
- Ce fut le cas pour l’école de Lowell. Mais depuis l’élection d’un d’entr’eux au Conseil d’administration de cette école, de nombreux syndiqués ont visité l’établissement et la connaissance qu’ils ont ainsi acquise de son but et de ses méthodes a manifestement changé beaucoup leurs sentiments.
- L’on peut s’attendre à une prochaine collaboration des patrons et des ouvriers sur cette question de l’enseignement textile, si l’on en juge par l’opinion que le rapporteur du bureau de Washington a recueillie d’un haut dignitaire du monde syndical,. Ce dernier fait un appel chaleureux en faveur des écoles textiles qu’il considère comme faisant pour leur part oeuvre d’émancipation ouvrière, puisqu’elles permettent aux travailleurs de s’élever dans la hiérarchie professionnelle. Il montre que par leurs cours du soir, ces écoles distribuent un enseignement nettement populaire et qu’à supposer qu’elles répondent plus spécialement aux besoins de la classe patronale, elles profitent au moins indirectement à la classe ouvrière, car, dit-il, « si nous avons, grâce à elles, des patrons et des directeurs » plus compétents dans les questions de fabrication textile, il en » résultera une plus grande variété et une meilleure qualité dans » les produits, des procédés plus perfectionnés, une fabrication plus v économique et, finalement, une amélioration pour les travailleurs, » par un appel constant à leurs services et par une augmentation » des salaires. »
- p.124 - vue 123/175
-
-
-
- I T T T ï T T T I T
- V
- LES PRODUITS
- n 1900, les produits de l’industrie lainière des Etats-Unis représentaient une -valeur totale de 1,484,952,420 francs, se répartissant comme il suit :
- Fabriques de peigné. . .................. 601,571,720
- — de cardé........................ 592,150,790
- — de tapis........................ 240,961,755
- — de feutres....................... 32,308,455
- — d’articles pour chapellerie .... 17,959,700
- Au point de vue de la production totale dans l’ensemble de ces 5 branches, le Massachusetts venait en tête avec une valeur de 81,041,537 dollars, alors, qu’en 1890, il occupait seulement le second rang.
- La Pensylvanie,, qui était la première en 1890, venait seulement après le Massachusetts, en 1900, avec une valeur de 71,878,503 dollars. Bien loin derrière ces 2 Etats venaient, dans l’ordre de l’énumération, le Rhode-Island avec une production un peu inférieure à la moitié de celle du Massachusetts, le New-York avec une production n’égalant pas tout à fait la moitié de celle de la Pensylvanie, le New-Jersey, le Maine, le Connecticut, le New-Hampshire, le Ver-mont et le Tennessee. Ces 10 Etats fournissent à eux seuls à peu près les 70 °/0 de la production totale des Etats-Unis en articles de laine. La classification se trouve modifiée si l’on considère seulement une des 5 branches de la fabrication lainière énumérées plus haut.
- Pour la production en cardé, l’ordre est le suivant : le Massachusetts, la Pensylvanie, le Maine, le Connecticut, le New-Hampshire, le New-York, le Rhode-Island.
- Pour la production du peigné, le Massachusetts vient encore en
- p.125 - vue 124/175
-
-
-
- 126
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- tête suivi par le Rhode-Island, la Pensylvanie, le New-Jersey, le New-York, le Connecticut et le Maine, dans l’ordre de l’énumération.
- Pour la production de tapis, le premier rang revient à la Pensylvanie, le 2e au New-York, le 3e au Massachusetts, le 4e au New-Jersey.
- La fabrication des feutres occupait, en 1900, 36 établissements situés pour plus des 2/3 dans le New-York, le Massachusetts, le New-Jersey et la Pensylvanie.
- En chapeaux de laine, la plus grande production revenait, en 1900, au New-York, à la Pensylvanie et au Massachusetts.
- Nous ne nous occuperons pas de la production de feutres et de chapellerie, non plus que de la fabrication de tapis qui occupe une place considérable dans la fabrication lainière des Etats-Unis.
- En raison du cadre limité de cette étude, les rapporteurs ont cru devoir s’attacher de préférence aux articles cardés et peignés pour vêtements.
- Ainsi considérés, les produits de l’industrie lainière des Etats-Unis comprennent dans la branche de la laine cardée et dans la branche de la laine peignée :
- 1° des articles de vêtements pour hommes ;
- 2° des articles pour robes.
- Chacune de ces deux catégories se subdivise elle-même en articles tout laine et en articles mélangés laine et coton.
- La classe d’articles en laine cardée la plus importante est celle des articles pour hommes, connus sous le nom de broadcloths, casi-mirs, casimirs fantaisie, satinets et jeans. On ne fabrique relativement plus beaucoup de broadcloths qui ont été remplacés par les draps peignés.
- Le Casimir tout laine a aussi cédé la place dans d’assez grandes proportions au Casimir peigné qui a conquis la faveur populaire par son aspect plus élégant.
- La plus grande partie des articles pour hommes fabriqués dans les usines de cardé, en 1900, était des draps union et chaîne coton, quoique la quantité mesurée en mètres carrés n’ait pas été aussi grande qu’en 1890. Ce changement doit être attribué à la popularité des flanelles légères,, .légèrement foulées, avec un apprêt uni d’un côté, employées pour vêtements d’été.
- La production de draps, tout laine, casimirs, flanelles, etci, pour hommes était, en 1890, de 25,637,998 yards carrés, avec une valeur
- p.126 - vue 125/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 127
- moyenne au yard carré — (le yard carré vaut à peu près Om. q. 83) — de 4 fr. 70. En 1900, la production de ces articles s’élevait à 34,551,266 yards, avec une valeur de 114,300,000 francs, soit une valeur moyenne au vard de 3 fr. 30. L’accroissement en quantité a été à peu près suffisant pour compenser la diminution dans la valeur moyenne du yard ; cette classe d’articles atteste, en effet, une diminution de seulement 6,080,000 fr. dans la valeur totale de la production. La réduction du coût moyen de la laine consommée qui a été de 11,5 °/0 dans les fabriques de cardé explique dans une certaine mesure cette diminution dans le prix moyen de l’unité.
- La vogue des vêtements d’été en. lainage léger pour homme explique certainement l’augmentation en quantité de cette production et pour la plus grande part la réduction dans la valeur moyenne du vard.
- Les articles union ou mélangés pour hommes attestent une augmentation en quantité et en valeur. La production de 1890 était de 21,042,283 yards carrés, avec unevaleur de 63,600,000francs. La production, en 1900, était de 31,767,905 yards, avec une valeur de 68,500,000 francs. La valeur moyenne du vard était de 3 fr., en!890, et de 2 fr. 20, en 1900.
- Les articles chaîne coton avec trame laine ou trame mélangée laine et coton, dont le « satinet » est le type, sont les plus importants. Ils sont connus sous des noms variés tels que : casimirs, doeskins, tweeds, jeans, satinets, etc... Ce sont des articles à bas prix, mais d’usage relativement long. Ils servent à la confection de vêtements bon marché et d’aspect flatteur. Au recensement de 1890, la production dans ces articles était de 65,545,016 yards carrés, avec une valeur de 117,300,000 francs, soit en moyenne 1 fr. 75 le yard. Le recensement de 1900 atteste une diminution en quantité et en valeur, 50,212,178 yards ayant une valeur de 69,500,000 francs, soit en moyenne 1 fr. 35 le yard.
- La fabrication des articles peignés pour hommes ne commença guère aux Etats-Unis qu’aux environs de 1870. Plusieurs usines se disputent l’introduction de ces articles, les Washington Mills, à Lawrence (Mass.), les usines tlockanum, à Rockville (Connecticut) et les usines Wanskuk, à Providence (Rhode-Island). En dépit de conditions peu favorables, la cherté de l’outillage nécessaire, l’impropriété des laines nationales pour cette fabrication et les droits élevés sur les laines étrangères, l’industrie prit racine et se développa si rapidement que la quantité d’articles peignés tout laine pour hom-
- p.127 - vue 126/175
-
-
-
- 128
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- mes, fabriqués en 1890, s’élevait à 17,591,087 yards carrés avec une valeur de 111,930,000 francs.
- La quantité de ces articles fabriquée, en 1900, était de 54,910,812 yards carrés avec une valeur de 217,850,000 francs, soit trois fois la quantité et près de deux fois la valeur de 1890. Il y avait, en outre, 12,663,719 yards carrés, soit une valeur de 36,335,000 francs d’articles peignés chaîne coton, production égale à celle de 1890.
- La production totale en étoffes pour robes s’élevait, en 1890, à 127,259,709 yards carrés avec une valeur de 161,425,000 francs; en 1900, à 155,767,439 vards carrés avec une valeur de 226,390,000 fr. Le gain de la production a été ainsi de 22,4 °/0 en quantité et de 40,2 % en valeur. Cette différence de pourcentage témoigne de la fabrication de produits supérieurs.
- Les étoffes en laine cardée pour robes se répartissaient comme suit, en 1900 :
- Articles tout laine : Quantité : 33,597,692 yards carrés ' Valeur : 64,890,000 francs
- Articles chaîne coton : Quantité : 18,673,650 yards carrés Valeur : 27,800,000 francs.
- La production d’articles cardés tout laine pour robes a augmenté pendant la décade 1890-1900 de 33 °/0 en quantité, et de 43 °/0 en valeur.
- De 1890 à 1900, pour l’ensemble des articles en laine cardée pour robes, la production n’a que très peu varié comme quantité, mais la valeur s’en est accrue de 17 °/0.
- La fabrication d’étoffes pour robes de beaucoup la plus importante est celle des articles peignés. En 1860, les trois fabriques existantes produisaient pour une valeur de 18,505,000 francs dans ces articles ; au recensement de 1900 la production était de 103,496,097 yards carrés, ayant une valeur totale de 133,95,6000 francs, dont 57,712,086 yards de tout laine et 45,784,011 yards d’articles tramés laine avec chaine coton ou vice versa, avec une valeur respective de 81,580,000 et 52,115,000 francs. De 1890 à 1900, l'augmentation de la production de ces articles a été de 40 °/0 en quantité et de 63, 8 °/0 en valeur.
- Au recensement de 1900, les articles en laine cardée comprenaient,en outre, des articles pour hommes et des articles pour robes : 1° 20,117,633 h yards carrés de flanelles avec une valeur de
- p.128 - vue 127/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- J 29
- 23,065,000 francs, fabrication concurrencée par les vêtements en tricot ;
- 2° 8,155,505 yards carrés de couvertures avec une valeur de 26 millions de francs. Cette production atteste une diminution sur celle de 1890;
- 3° 600,104 yards carrés de châles tissés, soit une valeur de 2,500,000 francs, fabrication en constante décroissance par suite de la concurrence des vêtements en drap et en fourrure pour femmes et des châles tricotés.
- La réduction des prix dans les produits de l’industrie lainière.
- Des chiffres qui précèdent se dégage cette constatation que d’une façon générale le prix moyen des produits de l’industrie lainière a sensiblement baissé. Cette réduction a été, dans les articles cardés pour hommes, tout laine, mélangés ou chaîne coton, en moyenne de 27 °/0, dans les articles peignés tout laine pour hommes de 37 °/0, dans les articles peignés tout laine pour robes de 18 °/0.
- L’abaissement des prix s’est fait naturellement sous l’action de la réduction du coût de la laine elle-même et des divers perfectionnements qui ont rendu la fabrication plus économique.
- La demande d’articles bon marché.
- Mais les prix se sont aussi abaissés parce que les fabricants devaient répondre à des demandes de plus en plus nombreuses d’articles bon marché. C’est ce qui explique l’augmentation de la quantité de laine renaissance consommée. Ainsi que l’a dit M. North dans son discours aux producteurs de laine : « Le fabricant ne peut vendre ses » marchandises que le prix que le consommateur veut bien lui payer.
- « Le consommateur qui a besoin d’un habit bon marché y a droit. » Or, c’est précisément l’avantage du progrès moderne de pouvoir sa-» tisfaire cette demande. Le fabricant est donc obligé de tenir compte, » pour le prix de la matière première qui lui est nécessaire pour » exécuter un ordre, du prix de cet ordre. Le fabricant prenant un » ordre pour un article donné sait que le prix de cet ordre l’oblige à » employer autre chose que de la laine neuve. La faute, s’il y en a une dans l’emploi de la laine renaissance, est celle des consom-
- 9
- »
- p.129 - vue 128/175
-
-
-
- 130
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- » mateurs qui demandent l’impossible — de la bonne marchandise » à des prix insensés. »
- Les progrès de l’industrie du peigné.
- Mais en ce qui concerne les produits de l’industrie lainière des Etats-Unis, le fait de tous points le plus remarquable est celui de l’importance prise par la branche du peigné qui paraît menacer la suprématie de la branche du cardé. Les Américains peuvent à juste titre s’enorgueillir des pas de géant que la fabrication du peigné a fait dans leur pays et dont on peut se rendre compte par le tableau 111 A.
- On voit que pendant la décade 1861-1870, sous l’action de la protection douanière dont elle se trouva bénéficier à cause des besoins du gouvernement durant la guerre de Sécession, la fabrication américaine de la laine peignée progressa avec une rapidité vertigineuse.
- Pendant la décade 1881-1890, les progrès furent presque aussi étonnants. Le nombre des établissements doubla pour ainsi dire, le capital fut plus que triplé, le nombre des ouvriers employés plus que doublé ; et la valeur de la production s’accrut de 136 °/0. Le développement de l’industrie du peigné pendant la décade 1891-1900, pour être moins rapide, n’en est pas moins remarquable. Le nombre d’établissements s’est accru de 30 °/0, le capital employé de 94 °/0, le personnel occupé de 32 °/0, le total des salaires payés de 34 °/0, la matière première employée de 52 °/0 et la valeur de la production d’également 52 °/0. Il y a toujours lieu de remarquer, ainsi que nous l’avons déjà dit, que l’année 1900 fut une année de crise pour l’industrie lainière.
- Le tableau III B, nous montre la marche de l’industrie du cardé pendant ces mêmes 40 années.
- On voit que depuis 1880,, en ce qui concerne la valeur de la production, la fabrication du cardé est en décroissance, tandis que depuis 1860 la branche du peigné a fait des progrès énormes et constants, quadruplant presque en 1900 sa production de 1880.
- Les progrès de la branche du peigné se sont faits assez largement aux dépens de la branche du cardé. « Cette dernière a toujours ete » la branche prééminente par la variété de ses produits et son adap-» tation aux besoins de la consommation. Cependant au recensement » de 1900, cette branche semble courir le danger de perdre sa » supériorité. L’introduction de draps peignés pour hommes à quoi
- p.130 - vue 129/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 131
- » il faut ajouter, il est vrai, le merveilleux développement des articles » de tricot, a porté un coup sensible à la consommation des articles » en laine cardée. La diminution dans le nombre d’établissements » de cardé peut être attribuée dans une certaine mesure à la trans-» formation des fabriques de cardé en fabriques de peigné. » (Recensement de 1900.)
- En 1903, M. North pouvait écrire : « Actuellement la branche du » peigné consomme la plus grande quantité de laine, et représente de » beaucoup la plus grande valeur de production. »
- Sous l’action de quelles initiatives et de quelles méthodes de fabrication les récents progrès de la branche du peigné se sont-ils accomplis et paraissent-ils devoir se continuer dans l’avenir ? C’est ce que nous allons voir.
- p.131 - vue 130/175
-
-
-
- LA FABRICATION DU PEIGNÉ
- LES NOUVELLES MÉTHODES
- n 1894, l’administration des établissements Arlington fabriquant les articles peignés fut amenée, par les projets douaniers qui devaient ouvrir le marché des Etats-Unis aux produits des industries lainières étrangères, à rechercher quelles étaient les méthodes de fabrication de ces concurrents probables. Il fallait organiser la production en harmonie avec les conditions nouvelles qui allaient résulter de ces projets.
- Pendant l’été 1894, le trésorier de la Société des établissements Arlington visita l’Europe et réunit tous les renseignements possibles sur les systèmes de fabrication qui y étaient appliqués. Il acquit ainsi la conviction que pour obtenir des résultats satisfaisants, il fallait apporter dans la fabrication des Etats-Unis de radicales transformations. Il devint surtout clair pour lui que les fabricants étrangers en laine peignée qui avaient le plus de succès, le devaient au bon marché et à la perfection de la fabrication de leurs tops et que cette double qualité ne pouvait être obtenue que par la spécialisation sur une vaste échelle de cette fabrication.
- Par le fait de ses origines, la fabrication lainière américaine était, en effet, demeurée étrangère à cette spécialisation qui fut au contraire le premier caractère de l’industrie anglaise dans laquelle l’infinie subdivision du travail est le résultat d’une évolution séculaire. C’était donc des changements profonds dont le trésorier de la Société Arlington proclamait la nécessité.
- p.132 - vue 131/175
-
-
-
- u’iNDUSTRIE LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 133
- La spécialisation de la fabrication des tops. (1)
- Ses avantages.
- La spécialisation dans la production des tops devait avoir pour la fabrication des articles peignés les avantages suivants :
- Elle devait permettre aux filatures de peigné existantes de diversifier leur production, en achetant les différentes sortes et qualités de tops que leur outillage n’aurait pu produire ou du moins en quantité suffisante.
- Ces filatures pourraient dès lors, si elles le voulaient, accroître leur production de fils et de retordage avec une dépense d’outillage et d’emplacement relativement peu considérable. En effet, là où leur outillage de préparation première aurait besoin d’être renouvelé, elles pourraient mettre à la place de nouvelles machines à filer et ceci plus avantageusement qu’en renouvelant leur ancien outillage de préparation.
- Cette spécialisation devait, en outre, faciliter la création de nouvelles filatures en diminuant les frais d’installation. Il ne serait plus nécessaire d’immobiliser un capital énorme dans l’outillage de préparation représentant les 3/5 de la dépense pour l’outillage total, et un autre pour l’achat et le transport de la matière première nécessaire. Le filateur n’aurait plus besoin de posséder avec une compétence de filateur, une compétence de négociant.
- Cette spécialisation aurait encore l’avantage d’assurer l’uniformité de la marchandise par la possibilité d’acheter des tops sur un type fixe de qualité. Les filateurs pourraient donc obtenir, dans un court délai, toutes les sortes de tops qui leur seraient nécessaires et diversifier rapidement leur fabrication.
- Ils pourraient limiter leurs achats aux quantités exactement nécessaires pour remplir des ordres donnés. Il ne leur serait plus indispensable d’avoir un grand assortiment de matières brutes de sortes dissemblables. En fait, le filateur ne serait pas obligé d’avoir plus de marchandises qu’il ne lui en faut à un moment donné pour occuper ses machines. En connaissant au juste la quantité de tops achetée et le prix pavé, il pourrait calculer le coût dernier de sa production beaucoup plus exactement que précédemment. Le temps à courir
- (1) Laine peignée en rubans.
- p.133 - vue 132/175
-
-
-
- 134
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- entre l’achat de la matière première et la réalisation de la valeur des produits étant réduit à peu près de moitié, le capital nécessaire à l’entreprise serait encore moindre, et d’autre part les risques ordinaires de la fabrication seraient réduits au minimum.
- Mais cette nouvelle méthode basée sur la spécialisation de la fabrication des tops et qui devait évidemment, grâce aux nombreux avantages qu’elle comporte, donner une impulsion nouvelle et vigoureuse à l’industrie du pieigné aux États-Unis, réclamait plusieurs choses pour son application :
- 1° La connaissance des laines du monde entier, de leurs mélanges et de leurs combinaisons possibles ;
- 2° Une organisation permettant d’acheter ces laines aux plus bas prix dans les principales régions de production ou de vente ;
- 3° Des établissements permettant, par la disposition générale et par Uinstallation technique, la manipulation de la laine dans les conditions le plus économiques possible ;
- 4° Un outillage spécialement adapté aux diverses sortes de laine à travailler, de façon à obtenir le maximum de production avec le minimum de dépenses, de main-d’œuvre et de pertes en déchets.
- C’est en vue d’une vaste application de cette méthode de fabrication et avec la claire vision de tout ce qu’elle exigeait que les établissements Arlington organisèrent leur fabrique de tops.
- La fabrique de « tops » des établissements Arlington.
- Cette fabrique peut maintenant livrer en une semaine 136,000 kil. de tops, équivalant à une consommation hebdomadaire de laine en suint variant entre 272,000 et 362,000 kilos.
- Elle peut ainsi absorber la tonte entière de l’Ohio et de la Californie, les deux États de l’Union qui produisent le plus de laine. Les toisons de 20,000 moutons peuvent passer dans ses machines tous les jours, où elle travaille avec son outillage entier. Sa capacité est égale à 1/8 de la production lainière totale des États-Unis.
- La société Arlington ne mettait pas seulement au service de cette fabrication de tops une installation d’une économie parfaite comme construction et comme outillage ; elle ne négligeait aucun moyen de la fonder sur des bases rationnelles et scientifiques.
- Le problème du dégraissage de la laine, si important pour la fabrication puisque le succès de toutes les opérations postérieures en dépend et qui avait donné lieu à une foule d’expériences jamais décisives,
- p.134 - vue 133/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS 135
- a été résolu pratiquement dans les établissements Arlington par l’application du procédé au naphte.
- Le dégraissage par le naphte.
- Dans ce nouveau procédé, l’opération du dégraissage est considérée comme se composant de deux phases distinctes : dans la première, le traitement chimique au naphte dégage, en la dissolvant, la graisse contenue dans la laine. Dans la seconde, la laine qui contient encore, avec de la terre et certaines impuretés, une grande quantité de savon de potasse naturel, est nettoyée sans addition d’un autrè savon ou alcali et par J a simple utilisation de cé savon naturel, sous l’action d’un bain d’eau à une très basse température.
- L’ancien procédé qui consiste en l’emploi d’une certaine solution de potasse et de savon à une température donnée causait de très grandes difficultés provenant de la quasi impossibilité de maintenir des conditions uniformes de température pour l’eau et le titrage pour l’alcali.
- Cette application du naphte au dégraissage de la laine, dont Mtne Ellen Richards, professeur de chimie à l’Institut technologiqué de Boston, avait montré par une série d’expériences tous les avantages en ce qui concerne la laine et les sous-produits, demeurait un problème à cause des difficultés pratiques qu’elle soulevait, à cause spécialement des dangers d’explosion.
- Ce sont ces difficultés que les établissements Arlington ont résolues après une série d’essais en grand conduits par M. Emile Maertens, de Providence.
- A distance de leurs autres constructions, il a été élevé un bâtiment comportant une charpente de bois et recouverte de fer. Ce bâtiment est situé au-dessus d’un puisard à parois de cuivre d’une capacité suffisante pour contenir les milliers de gallons de naphte qui sont amenés dans les réservoirs. Ce puisard a pour but au cas, où par suite de quelque accident, les réservoirs viendraient à se déverser, d’empêcher l’écoulement du naphte dans les égouts, les cours d’eau et les terrains avoisinants. Tous les tuyaux, réservoirs, autoclaves, distillateurs, etc.,, communiquent électriquement avec ce puisard en cuivre, comme aussi chacune des plaques de fer qui forment la toiture.
- Le puisard est lui-même relié électriquement à la rivière voisine et à la voie du chemin de fer, de sorte que toute la construction et
- p.135 - vue 134/175
-
-
-
- EXPOSITION DE SAINT-LOL'IS
- 436
- ce qu’elle contient sont a l’abri de la fondre. Un vaste gazomètre situé à l’extérieur est rempli d’un gaz inerte, ne formant aucun mélange explosif avec les vapeurs de naphte ou l’air atmosphérique, incombustible et avant même la propriété d’arrêter la combustion. Ce gaz comprimé est utilisé comme force motrice pour transporter le naphte à travers les distillateurs, les réservoirs, etc., il sert aussi à constituer l’atmosphère de l’atelier de dégraissage et à réintroduire le naphte dans les réservoirs où il a été puisé, de telle façon que le naphte est continuellement protégé par ce gaz extincteur. Lorsque le gaz a rempli sa fonction, ou quand il est chassé des distillateurs ou des réservoirs par le naphte qui arrive, il est ramené automatiquement au gazomètre, en vue d’un nouvel emploi, au moyen d’un réservoir à bascule qui fonctionne comme une soupape de sûreté entre le système de dégraissage et le gazomètre.
- Cette installation, en outre qu’elle prévient les explosions, empêche la perte ou la fuite de tout gaz et de tout naphte dans l’atmosphère. Bien que de nombreux milliers de gallons de naphte soient continuellement en mouvement, il n’v a pas à signaler la présence sur les lieux de la plus légère odeur, l’opération du dégraissage s’effectuant dans un milieu hermétiquement clos.
- La laine dépouillée de la graisse sort des bacs distillateurs dans un état parfait, sans emporter la moindre trace d’odeur de naphte. Elle est immédiatement amenée aux machines ordinaires qu’elle traverse au contact d’une eau seulement tiède, d’où elle sort absolument propre avec un toucher doux et une blancheur éclatante.
- Ce procédé ne comporte que le minimum d’action mécanique sur la libre. Aucun savon artificiel ou alcali ne la touche. Aucune eau à haute température n’est employée. Lorsque la graisse a été enlevée par le dissolvant, il reste encore sur la laine un savon naturel à base de potasse qui suffit, ainsi que nous l’avons déjà dit, pour la laver complètement des impuretés qu’elle contient.
- S’il est vrai que les conditions les plus parfaites dans lesquelles la laine puisse être remise à la carde sont précisément celles dans lesquelles elle serait, si elle n’avait subi d’autres manipulations que celles du classage et de l’extraction des impuretés et de la graisse qu’elle contient, on voit que le procédé au naphte est celui qui se rapproche le plus de l’idéal.
- Ce procédé a, en outre, comme avantages, de donner un meilleur rendement comme matière pure extraite d’une quantité donnée de laine en suint, Ja diminution considérable des déchets faits au pei-
- p.136 - vue 135/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 137
- gnage provenant de ce qu’aucune fibre n’est brisée, la grosse économie de savon et d’alcali qu’il réalise, la possibilité d’utiliser l’huile retirée de la laine Gomme lubrifiant à la place de l'huile d’olive dans les opérations suivantes de la fabrication, et enfin la récupération des sous-produits, suint de laine et carbonate de potasse, qui étaient autrefois perdus. En effet, en ce qui concerne le suint de laine, ce procédé dispense du grand travail qui jusqu’alors avait rendu peu pratique cette récupération. Le suint se recueille presque naturellement par la distillation du naphte qui a servi au dégraissage et qui peut ensuite resservir presque indéfiniment.
- Une des questions qui avec celle du dégraissage intéressent spécialement l’industrie du peigné, est la question de l’influence des conditions atmosphériques sur la production des fils, influence qui faisait dire, en 1885, à un des plus notables fabricants de Bradford, sir Henry Michel :
- « Je ne crois pas que les Américains soient jamais capables de » faire des fils d’aussi bonne qualité que ceux des filateurs anglais, » le climat des Etats-Unis est très défavorable à la filature des fils » peignés, les grands changements de température qu’on y constate, » sont, en effet, très contraires à cette fabrication ; un climat humide » vaut mieux. »
- Les variations de la température et la production
- des fils peignés.
- Or, ne pouvant agir sur les conditions climatériques extérieures, les établissements Arlington ont, comme les grands établissements d’Europe, résolu scientifiquement la difficulté au moyen d’humidificateurs qui règlent la température des ateliers. Nul doute qu’un état hygrométrique qui peut être maintenu artificiellement au point exact reconnu nécessaire est de beaucoup préférable à l’état hygrométrique naturel qui dépend des conditions extérieures et varie forcément avec ces dernières de semaine à semaine et de journée à journée.
- Enfin, il fallait aux États-Unis, comme en France et en Angleterre, tenir compte des propriétés hygrométriques de la laine pour la vente des tops.
- Le conditionnement des établissements Arlington.
- Sur ce point encore, les établissements Arlington s’inspirant des conditionnements de Bradford et de Roubaix, n’épargnaient
- p.137 - vue 136/175
-
-
-
- 138
- EXPOSITION DE SA.INT-LOUIS
- aucune dépense. Ils consacrèrent toute une année à des observations hygrométriques, en vue d’établir un taux de reprise. En l’absence d’une institution reconnue par la loi, ils ont été obligés d’avoir leur propre conditionnement. Toutes leurs ventes de tops sont faites avec une reprise de 15 °/0 adoptée par plusieurs autres manufactures. Cette garantie pour n’être pas légale témoigne pourtant d’un nouveau progrès.
- Le système de Bradford et le système d’Anvers.
- Les établissements Arlington étudièrent comparativement pour leur fabrication des tops les deux systèmes de Bradford et d’Anvers. Suivant le premier système, le fabricant ou négociant fait ses propres achats de laine en proportion de ses besoins. Le fabricant de tops reçoit cette laine en balle et la transforme en tops à un prix donné. Ce système nécessite un certain nombre de locaux séparés. Chaque client a le sien auquel il a seul accès. Il y amène sa matière et y fait faire ses mélanges avec ses propres trieurs. Ce système exige beaucoup de discrétion et de surveillance.
- Dans le système d’Anvers,,le peigneur achète lui-même et pour son propre compte la laine qu’il convertit en tops. A lui de régler sa production sur la demande du marché. Une fois ces tops faits, il n’a plus à s’en inquiéter. Ses produits perdent la trace de leur origine dans une masse de tops faits on ne sait où ni par qui et jetés confusément sur le marché. L’acheteur de tops court donc ses chances, car en cas de mauvaise qualité il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.
- Les établissements Arlington n’ont copié aucun des deux systèmes européens mais se 'sont adapté les avantages de chacun. Le filateur qui a besoin de tops peut y acheter ce qu’il désire comme sortes de marchandises tout comme à Anvers, mais avec une garantie de qualité qu’Anvers ne peut donner. D’autre part, il peut acheter des quantités plus ou moins grandes, suivant ses besoins, ou ses capitaux, sans être obligé, comme à Bradford, d’acheter lui-même sa laine et de courir la chance de faire des achats qui ne conviendraient pas à ses besoins.
- Nous avons dit que les Arlington Mills ont mis au service de cette nouvelle méthode de fabrication, l'outillage le plus perfectionné et l’organisation la plus parfaite.
- p.138 - vue 137/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 139
- Le maximum de quantité et de qualité dans la production.
- Voici comment l’auteur des « Tops » expose la conception qui a présidé à cette organisation : « Quand il s’agit d’articles demi-manu-facturés comme les fils et les tops, dans la fabrication desquels n'entre aucune considération de dessin, de nuance ou de mode, où tout ce qu’il y a à rechercher est l’uniformité et la qualité, l’excellence du produit est possible, combinée avec la plus grande production dont un outillage donné est capable. Qu’on ait un choix de matière convenable, et convenablement préparée ; qu’on ait aussi un outillage qui donne un travail parfait et uniforme, alors l’excellence du produit peut être maintenue uniformément à un haut degré, pendant que la production continue à s’accroître en quantité. »
- Les moyens de développement que l’initiative des établissements Arlington a fournis et fournira encore à l’industrie américaine du peigné sont évidents.
- L’avenir de l’industrie de la laine peignée aux Etats-Unis.
- Les fabricants des Etats-Unis, malgré les progrès considérables déjà réalisés par la fabrication du peigné et la part énorme que ses produits ont prise dans la consommation nationale ne manquent pas de proclamer qu’elle a encore devant elle un vaste champ d’activité. Le fait que les draps peignés aient été adoptés pour l’habillement des troupes fédérales de terre et de mer, n’est-il pas, en effet, significatif d’une nouvelle orientation de la consommation en faveur de cette branche de l’industrie lainière.
- Pourtant les fabricants de peigné ne se dissimulent pas que cette marche en avant de leur industrie ne sera pas illimitée : « Les gens, » disent-ils, ne cesseront jamais de se servir de couvertures et si » l’étonnant développement de la fabrication du tricot employé » comme vêtement de corps a considérablement limité en un sens » l’usage de la flanelle, le bon goût et l’ingéniosité des fabricants » en ont largement accru t’usage d’un autre côté, en faisant des » flanelles pour robes qui par la délicatesse, le fini et la beauté du » dessin auront toujours leur popularité comme vêtements de » dames. »
- p.139 - vue 138/175
-
-
-
- VII
- LES MARCHÉS DE L’INDUSTRIE LAINIÈRE DES ÉTATS=UNIS
- Les exportations de l’Industrie lainière des États-Unis.
- ouk les 12 années écoulées de 1891 à 1902, la valeur totale des exportations des Etats-Unis en articles de laine manufacturés a été de 55,507,670 francs, dont 27,481,025 francs, c’est-à-dire près de la moitié consistait en articles de vêtements.
- Le marché du Canada.
- La plus grande partie de ces articles de vêtements va au Canada, principalement dans les provinces du nord-ouest. A ce sujet, le secrétaire de l’Association nationale des fabricants s’exprimait ainsi dans son rapport pour 1903 :
- „ « Le Canada est notre principal client nous achetant en 1901, pour 18,355 francs d’étoffes pour robes ; 335,715 francs de flanelles et de couvertures ; 2,712,510 francs d’articles de vêtements pour hommes; 14,075 francs d’articles de tapis et 1,927,970 francs de divers autres articles de laine manufacturés. Tout le reste du monde nous a acheté seulement, dans l’ensemble de ces divers articles, pour un demi-million de dollars. Nos produits sont exportés au Canada malgré un droit de 35 °/0 et un tarif préférentiel de 33, 1/3 °/0 en faveur des produits anglais admis avec un droit de 23, i /3 °/0. En d’autres termes nous sommes obligés de payer 50 °/0 plus cher que les Anglais pour pénétrer sur les marchés du Canada.
- » L’effet de ce tarif préférentiel a été d’accroître considérablement les importations canadiennes de lainages anglais au grand méconten-
- p.140 - vue 139/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 141
- tement des fabricants du Canada qui depuis 2 ou 3 années sont dans une réelle misère et ont commencé une campagne résolue pour l’abolition de ce tarif. 11 a été importé au Canada, en 1902, pour 40,304,660 francs de lainages anglais, soit près de la moitié en valeur de ceux importés de tous les pays aux Etats-Unis la même année. En 1902, selon « l’Observer » de Bradford, 12,2 °/0 de toutes les exportations anglaises de peigné et 9,7 °/0 de toutes les exportations anglaises de cardé sont allés au Canada, tandis que les proportions des exportations anglaises aux Etats-Unis ont été respectivement de 14, 1 et 7, 5 °/0. En d’autres termes, le Canada est, aujourd’hui, pour les produits manufacturés de la laine un aussi bon marché que les Etats-Unis. »
- Les fabricants des Etats-Unis se préoccupent de cette invasion du marché canadien par les produits de l’industrie lainière anglaise. Le Bulletin de l’Association nationale des fabricants a consacré, dans un de ses numéros de 1903, un article à ce qu’il appelle la crise de l’industrie lainière du Canada. Cet article montre que les projets Chamberlain achèveraient de ruiner cette industrie et découvre l’intention cachée des nouveaux projets fiscaux de l’Angleterre qui sous l’apparence de traités préférentiels avec ses colonies ont pour but de supprimer la concurrence manufacturière de ces dernières.
- Il y a bien un traité de réciprocité projeté entre les Etats-Unis et le Canada. Seulement les fabricants des Etats-Unis sont convaincus que le Canada veut ce traité pour ses exportations de produits naturels, ce qui le fera d’ailleurs repousser par la population agricole des Etats-Unis, mais qu’il ne consentirait pas à appliquer la réciprocité aux produits manufacturés et qu’à supposer même qu’il l’entende ainsi, il n’en résulterait pas forcément une augmentation de leurs exportations, car le Canada, disent-ils, a les mêmes ressources industrielles que les Etats-Unis et les met de plus en plus en valeur.
- Ainsi les fabricants des Etats-Unis ne paraissent pas compter beaucoup pour l’avenir sur le marché canadien : « C’est plutôt un débouché sans espérances, même avec le projet Lovering sur les primes de sortie », a écrit M. North.
- Les débouchés étrangers de l’industrie lainière des États-Unis.
- Leurs exportations en articles de laine manufacturés pour l’année 1901 se sont réparties comme suit, en outre des 5,009,255 francs
- p.141 - vue 140/175
-
-
-
- 142
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- achetés par le Canada : Mexique, 705,750 francs ; Royaume-Uni, 546,176 francs; Afrique, 301,905 francs; Asie, 299,510 francs; Amérique du sud, 289,855 francs ; Australie, 253,410 francs ; Amérique centrale, 175,820 francs; pays d’Europe autres que l’Angleterre, 546,175 francs.
- « Les tapis, écrit M. Aorth, représentent la plus grande partie de nos exportations de textiles laine, en valeur 636,685 francs pour 1901 (cette exportation de tapis a atteint 1,250,000 francs, en 1894, et 1,126,035 francs, en 1896). La plus grande quantité est allée en Angleterre : 311,685 francs. L’Australie qui nous en a acheté pour 115,460 francs est notre second client. Le fait que les tapis américains ont trouvé un marché en Grande-Bretagne démontre l’excellence de ces produits, et prouve que notre outillage et nos méthodes quand ils sont supérieurs rendent la lutte possible là et ailleurs. »
- A côté des tapis, les flanelles et les couvertures constituent la grande majorité des articles de laine manufacturés exportés par les Etats-Unis, atteignant, en 1900, une valeur totale de 702,315 francs. Elles sont dirigées principalement sur le Canada, l’Amérique du sud, l’Asie et l’Afrique du sud. Les exportations au Transxaal ont été considérables pendant la guerre anglo-boer. Elles consistaient en couvertures pour l’armée anglaise.
- Au Mexique, dans l’Amérique centrale et l’Amérique du sud, les exportations de lainages des Etats-Unis n’ont pas excédé 1 million de francs dans les 12 années écoulées de 1891 à 1902.
- Les exportations totales des Etats-Unis, en 1903, pour les articles de laine manufacturés accusent une augmentation en chiffre rond de 2,300,000 francs sur celles de 1901, (10,014,565 francs, en 1903, contre 7,713,665 francs, en 1901). 11 y a une diminution dans les exportations de tapis, d’articles pour robes, de flanelles et de couvertures, mais en revanche, il y a une augmentation de 3,262,690 francs sur les articles de vêtements.
- Le Bill Lovering sur les primes de sortie.
- « Le vote du projet de loi Lovering, sur les primes de sortie, a écrit M. North, est, sous le régime douanier existant, d’une importance essentielle pour le développement des exportations de notre fabrication lainière. Tant qu’il y aura un droit sur les laines étrangères et que, d’autre part, il y aura insuffisance de laine nationale soit en quantité,soit en qualité, si bien que le prixdecette dernière est
- p.142 - vue 141/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 143
- artificiellement rehaussé, il ne peut y avoir une grande exportation des lainages américains. Si l’on veut faire quelques tentatives sérieuses pour développer ce commerce d’exportation, il faudra au préalable que le projet Lovering soit voté. Nous ne pouvons lutter sur un marché quelconque, hormis le nôtre, avec les fabricants de l’étranger, qu’à la condition d’avoir des laines exemptes de droits, comme ils les ont ou du moins une compensation équivalente : c’est cette dernière que nous assure le projet Lovering. »
- Le bill Lovering a, en effet, pour but de faciliter l’exportation des articles de laine manufacturés par le remboursement des droits sur la laine sous la forme de primes de sortie.
- Pourquoi les fabricants des États-Unis n’exportent pas.
- Pourtant il n’est pas sûr que même le vote de ce projet ait une influence bien efficace pour le développement des exportations lainières des Etats-Unis. Le président de l’Association nationale des fabricants ne disait-il pas, dans son discours à l’Assemblée générale de 1903 :
- « La prime de sortie équivalant à un remboursement de 99 °/0 des droits d’entrée sur la laine, prime longtemps en vigueur, a montré que c’est autre chose que le manque de matière première exempte de droit qui a tenu l’industrie lainière en dehors du mouvement des exportations. La vraie raison est que nous n’avons aucun des deux avantages, — outillage et méthode supérieurs — qui ont ouvert la route et l’ont maintenue ouverte dans les autres branches de la fabrication. 11 faudra des réductions réelles des prix de revient sans toucher cependant à notre échelle de salaires pour permettre aux produits de notre industrie de figurer dans le chiffre constamment croissant de nos exportations. »
- Et dans son discours prononcé à la réunion des producteurs de laine, à Portland (Orégon), en 1904, le président Harding revenait encore sur cette idée.
- M. North lui-même ne s’illusionne pas sur les exportations de la fabrication lainière des Etats-Unis puisqu’il a écrit : « Lorsque nous « parlons des produits manufacturés des Etats-Unis conquérant le » marché du monde, il est clair que nous ne visons pas du tout les » textiles pour lesquels nous avons à peine brisé l'écorce du commerce >> international. »
- p.143 - vue 142/175
-
-
-
- 144
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- D’ailleurs, les fabricants américains ne semblent pas voir dans les exportations une source de profits. Témoin ce que disait tout récemment dans un discours prononcé à l'assemblée de l’Association nationale des fabricants, en janvier 1905, le nouveau président de l’Association, M. Whitman :
- « On nous reproche de ne pas exporter. On nous dit que si nous avions de la laine exempte de droit, nous pourrions trouver à l’étranger de vastes débouchés. Pour ma part, je ne pense pas qu’il soit jamais avantageux pour les fabricants des Etats-Unis d’importer de la matière première pour la réexporter sous forme de produits manufacturés. A mon avis, c’est là une idée utopique et fertile en déceptions. »
- La nécessité des débouchés étrangers.
- Et pourtant, d’après M. North, les marchés étrangers deviendraient bientôt nécessaires à l’industrie lainière des Etats-Unis :
- « Le temps semble venir où nous pourrons avoir besoin de nouveaux débouchés pour les produits de nos fabriques. La capacité productrice de notre outillage est complètement égale à tous les besoins du marché américain et s’accroît d’une façon constante. 11 y a 10 ans, le total de nos importations de lainages était, en moyenne et annuellement, d’environ 40 millions de dollars ; aujourd’hui,il est d’environ 17 millions, soit une diminution de 23 millions, actuellement fournis par les fabriques existantes malgré l’augmentation de la consommation, résultat de l’accroissement de population. Ce fait n’est pas du reste pour surprendre quand on se rappelle que le nombre de broches de peigné en travail aux Etats-Unis a plus que doublé de 1890 à 1900. Si le taux de cette augmentation continue nous aurons bientôt besoin de débouchés étrangers pour l’excès de notre production nationale. »
- L’extension du marché américain.
- M. Harding ne paraît pas avoir les mêmes inquiétudes à ce sujet : « L’extension de notre marché national, écrivait-il en 1903, con-» tinue avec une plus grande rapidité que nous n’avons pu l’observer.» Et après avoir rappelé le prodigieux accroissement de la population dans les Etats de l’extrême-ouest et du nord-ouest, « ces grands consommateurs de plaine », il concluait qu’il peut s’écouler encore un
- p.144 - vue 143/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS 145
- temps assez long avant que la production de l’industrie lainière américaine atteigne la somme des demandes de son marché national.
- Accroissement de la population et l’immigration aux États-Unis.
- Le marché des Etats-Unis s’élargit,en effet, d’une façon constante. Le recensement décennal de 1900 a montré que la population de la grande république américaine s’accroît annuellementde 1,200,000 habitants, immigrants pour la plupart qui, par conséquent, augmentent réellement la puissance consommatrice de la nation. En 1903, il y a eu 857,000 et, en 1904, 812,000 immigrants considérés comme apportant chacun en moyenne un capital de 1,000 francs. C’est donc annuellement plus de 800 millions de francs versés dans la circulation américaine.
- Les fabricants des États-Unis et la protection.
- Sur leur propre marché les fabricants des Etats-Unis paraissent plus que jamais décidés à se protéger.
- « Parmi les plus puissants facteurs des progrès de l’industrie des Etats-Unis pendant les 14 dernières années, il faut citer la protection douanière qui a été plus efficace que rien autre. Il est certain qu’il y a des modifications à apporter dans les tarifs existants pour les adapter aux conditions actuelles, mais ces modifications doivent être entreprises par les amis de la protection et dans les intérêts de la protection. Le moment de préparer ces modifications ua bientôt arriver. Et alors l’Association des fabricants aura une nouvelle occasion de rendre à notre industrie d’incalculables services. «Ainsi s’exprimait M. North, en 1903.
- Les divers régimes douaniers des États-Unis depuis 1883.
- Le régime douanier des Etats-Unis pendant les 15 dernières années a été modifié trois fois. Ces révisions successives ont toutes été importantes pour la fabrication lainière. La révision de 1890, qui modifia les tarifs existants depuis 1883, assura une protection plus grande à cette fabrication. Car si sous le tarif de 1890, les droits sur la laine, matière première, restaient sensiblement les mêmes, les droits sur
- 10
- p.145 - vue 144/175
-
-
-
- 146
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- les tissus de laine pour robes et vêtements d’hommes étaient augmentés. Sans doute sur les articles bon marché, le droit spécifique était réduit mais seulement d’environ 5 °/0, tandis que le droit ad valorem était augmenté de 14 %. Sur les articles chers le droit spécifique était augmenté de 10 à 25 °/0 et le droit ad valorem de 14 à
- 42%.
- Le tarif de 1890 fut suivi d’une [réaction libre-échangiste qui aboutit au tarif Wilson, en 1894. Ce dernier dont les fabricants américains ont conservé le plus triste souvenir et dont ils ne manquent pas de rappeler « l’action néfaste et criminelle » supprimait les droits sur la laine et le droit spécifique sur les produits manufacturés de la laine auxquels il n’appliquait plus qu’un droit ad valorem. Le droit supprimé sur la laine était d’environ 1 fr. 25 par kilo pour la laine destinée au cardage, et de 1 fi\ 37 pour la laine destinée au peignage.
- Le droit spécifique supprimé sur les articles de laine manufacturés variait entre 3fr. 65 et 4 fr. 85 par kilo. Pour les articles d’un certain prix, le droit ad valorem était même réduit.
- Le tarif Dingley.
- En 1897, le protectionnisme eut sa revanche avec le tarif Dingley actuellement en vigueur, encore plus restrictif que le tarif de 1890 en ce qui concerne les tissus de laine pure ou mélangée pour vêtements d’hommes. Le droit spécifique frappant ces articles et qui sous le régime de 1890 variait entre 3 fr. 65 et 4 fr. 85 par kilo, va maintenant de 3 fr. 75 à 5 francs par kilo. Le droit ad valorem a augmenté de 10 à 25 °/0. Les droits suri les articles pour robe-tout laine et chaîne coton n’ont pas été sensiblement modifiés. 2
- La diminution des importations aux États-Unis
- en lainages.
- - L’action de ce tarif sur les importations des Etats-Unis en tissus de laine pour vêtements d’hommes est manifeste. Voici un tableau comparatif de ces -importations en quantité et en valeur pour les années 1892 et 1893 d’une part, et les années 1902~ef l903 d’autre part. ^
- p.146 - vue 145/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 147
- Importations de Tissus pour Hommes
- ANNÉES KILOS FRANCS
- 1892 .............. 6,231,310 63,695,665
- 1902. ..... 2,239,160 25,271,920
- 1893 ............... 6,591,110 64,034,610
- 1903............... 1,993,970 22,838,205
- La moyenne de ces importations pendant les deux années 1902 et 1903 n’a été en quantité que le 1/3 et en valeur qu’un peu plus du tiers de la moyenne des 2 années 1892 et 1893. Le recensement de 1900 constate qu’en articles pour vêtements d’hommes la fabrication lainière des Etats-Unis pourvoit à 91 °/0 de la consommation et que pour les étoffes de robe, les fabricants des Etats-Unis luttent avec succès contre leurs concurrents anglais et français sur le marché américain. En ce qui concerne les articles pour robe la fabrication des Etats-Unis pourvoyait, en 1891, à 62 °/0 et, en 1900, à 71 °/0 de la consommation. D’après le recensement de 1900, la valeur moyenne par yard carré des étoffes pour robes fabriquées aux Etats-Unis est de 1 fr. 45 et la valeur de ces mêmes articles importés de l’étranger est de 1 fr. 15 sans les droits, et de 2 fr. 25 avec les droits.
- L’ensemble des importations en articles de laines manufacturés correspondait, en 1860, à 28 °/0; en 1870, à 13 °/0; en 1880, à 13 °/0 et, en 1890, à 11 °/0 de la consommation des Etats-Unis. D’autre part depuis 1890, la moyenne annuelle de ces importations a été sous le tarif de 1890 de 31,102,288 dollars, sous le tarif de 1894 de 47,342,664 dollars et sous le tarif Dinglêy, pour les années de 1897 à 1900, de 14,186,264 dollars. On voit que depuis 1860, en ce qui concerne les produits de l’industrie lainière, le marché des Etats-Unis s’est de plus en plus fermé comme débouché pour les autres pays.
- Tandis que la population des Etats-Unis a plus que doublé depuis 1868, la valeur des importations de lainages a diminué de moitié. En 1903, pendant que l’industrie lainière des Etats-Unis pourvoyait à plus de 90 °/0 de la consommation, l’industrie cotonnière et l’industrie de la soie qui n’ont pas à supporter de droit sur la matière première ne pourvoyaient respectivement qu’à 80 °/0 et à 66 °/0 de cette consommation. Nous donnons un tableau comparatif pour les années 1902, 1903 et 1904 des importations des Etats-Unis en articles de laines manufacturés (draps pour hommes et étoffes pour robes) par pays d’origine (Tableau IV).
- Le recensement de 1900 concluait ainsi en parlant de ces articles :
- « Nos produits,d’une façon générale, soutiennent avantageusement
- p.147 - vue 146/175
-
-
-
- 148
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- la concurrence des articles importés. Les importations consistent principalement en articles nouveautés et de haute qualité exigeant pour leur fabrication plus de temps et plus de travail que n’en permettent les conditions actuelles de la production aux Etats-Unis. »
- Efficacité du tarif Dingley.
- Les fabricants des Etats-Unis ne font pas de difficultés pour reconnaître que si leurs articles soutiennent la concurrence étrangère, c’est grâce au tarif douanier actuellement en vigueur.
- Le nouveau secrétaire de leur Association nationale, M. Mac Pher-son, dans son rapport pour 1904, s’exprimait ainsi :
- « Les statistiques du Ministère des finances relatives aux importations de l’année fiscale finissant au 30 juin 1904 montrent l’efficacité du tarif Dingley contre le flot des importations étrangères de textiles. La valeur totale des importations de lainages pendant cette année a été de 17,632,313 dollars, contre 19,302,006, en 1903.
- » Les importations de draps pour hommes se sont élevées à 1,773,800 kilos représentant une valeur de 4,037,957 dollars dont 3,754,018 dollars consistaient en articles valantplus de 3 fr. 84 le mètre. Les articles bon marché,— c’est-à-dire ceux valant moins de 2 fr. 20 le mètre et dont les importations sous le régime de 1894 atteignirent un chiffre si redoutable :— représentent une quantité de seulement 19,235 kilos et une valeur de 14,000 dollars, soit une moyenne de 1 fr. 81 le mètre. Les articles variant entre 3 fr. 84 et 2 fr. 20 le mètre forment un total de 198,540 kilos avec une valeur de 269,925 dollars, soit en moyenne 6 fr. 73 le kilo. La valeur moyenne du kilo pour l’ensemble de ces importations a été de 11 fr. 36.
- » A cause des différences de classification il est difficile d’établir une comparaison exacte et basée sur les valeurs entre les importations de 1896 et de 1904; il suffit pourtant de rapprocher les chiffres de 1896 pour voir la protection apportée aux fabricants des Etats-Unis par le tarif Dingley. Les importations d’articles ne dépassant pas 5 fr. 50 le kilo s’élevaient, en 1896, à 5,502,000 kilos représentant une valeur de 3,725,947 dollars soit en moyenne 3fr. 421e kilo. Les importations d’articles valant plus de 5 fr. 50 le kilo s’élevaient à 9,110,800 kilos avec une valeur totale de 16,311,950 dollars et une valeur moyenne au mètre de 4fr. 45. Pour l’ensemble des importations de draps pour hommes, la valeur moyenne du kilo était de 6 fr. 84,soit une moyenne inférieure de 4 fr. 52 à celle de 1904; Ces chiffres prouvent donc que
- p.148 - vue 147/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- m
- sous le régime des droits exclusivement ad valorem les importations d’articles bon marché et de qualité inférieure sont grandement encouragées, tandis qu’avec le système combiné du droit spécifique et du droit ad valorem, elles sont pratiquement impossibles. »
- Les importations de fils.
- L’action du tarif Dinglev n’a pas été moindre sur les importations de fils. Ces dernières qui étaient, en 1892 et 1893, de 710,537 et 702,920 dollars ne représentent plus, en 1902 et 1903, qu’une valeur respective de 213,779 et 153,644 dollars. Cette valeur est même descendue à 112,049 dollars, en 1904. Pendant la décade 1890-1900 la production des Etats-Unis en fils de laine a augmenté de 35 °/0 en quantité et de 24 °/0 en valeur. Le tarif Dingley constitue par rapport au tarif de 1890 une majoration du droit spécifique allant de 5 à 20 °/0 et en plus, pour les fils valant moins de 4 fr. 40 le kilo, une majoration du droit ad valorem égale à 14 °/0
- C’est, enfin, le tarif de 1897 qui a assuré le développement de ta nouvelle fabrication des tops dont nous avons parlé précédemment. De l’aveu de l’auteur des « Tops », le tarif actuel est prohibitif des importations de ces produits.
- Parmi les raisons qui font redouter par les fabricants américains toute révision douanière existe évidemment la crainte de ne pas trouver dans un nouveau tarif les avantages que leur garantit le tarif Dingley, tarif qu’ils considèrent aussi comme le plus avantageux pour le pays tout entier. « Dans les grandes lignes, a dit M. North, » le tarif existant est satisfaisant pour la plus grande partie de la » nation et devrait durer indéfiniment. »
- Le projet de traité de réciprocité avec la France.
- Quant au projet de réciprocité avec la France, dit traité Kasson, les fabricants des Etats-Unis le jugent sévèrement.
- M. William Whitman, membre du Comité exécutif de l’Association nationale des fabricants, après avoir, d’ailleurs, dit que ce projet dormait dans les dossiers du Sénat, le sommeil qui n’a pas de réveil, l’appréciait ainsi :
- « La France nous applique son tarif maximum tandis qu’elle accorde à beaucoup de nos concurrents le bénéfice des droits considérablement plus réduits de son tarif minimum. Par le traité de
- p.149 - vue 148/175
-
-
-
- 150
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- réciprocité Kasson, elle consent à réduire Un peu ces droits sur certaines de nos importations, mais sans nous accorder en aucun cas le tarif minimum. En revanche, nous lui accordons pour un certain nombre d’articles manufacturés qu’elle fabrique en concurrence avec beaucoup d’autres nations, une réduction de 20 °/0 sur notre tarif général. Naturellement nos importations dans ces articles deviendraient d’origine exclusivement française cependant que la France continuerait à appliquer à la plupart de nos exportations des droits supérieurs à ceux dont sont frappées les exportations des autres nations. Tout notre gain serait limité aux rares industries, peut-être même à la seule industrie, dont les représentants ont été assez heureux pour participer aux négociations secrètes de cette convention diplomatique. Et pour ce résultat infinitésimal, nous aurions à peu près sûrement sacrifié les bonnes dispositions commerciales de la Grande-Bretagne.
- » Cette nation est non seulement notre meilleur client, mais elle vaut même tous nos autres clients réunis. Elle nous prend 75 °/0 de toutes nos exportations. D’autre part, elle fabrique un grand nombre des articles que ce traité admettrait de France à des conditions qui fermeraient désormais notre marché à l’industrie britannique.
- » L’Angleterre ne pourrait pas tourner ce traité en négociant un traité analogue, puisqu’elle admet déjà tous les produits américains agricoles ou manufacturés, excepté le tabac et les spiritueux, en complète franchise. Ce moyen d’étendre notre commerce extérieur est absurde et insoutenable. Avec de tels traités, nous pouvons paralyser notre commerce extérieur, nous ne pourrons jamais le développer. »
- En 1904, à l’assemblée générale des producteurs de laine, le président de l’Association des fabricants disait : « 11 suffit de rappeler à » propos du traité de réciprocité avec la France que ce traité porte-» rait un coup droit aux fabricants américains de bonneterie, de » sorte que ceux-ci, en s’y opposant, ne font qu’exercer leur droit » de légitime défense. » Et il se demandait si les avantages consentis par la France dans ce traité sont bien tels qu’on les vante.
- Les fabricants des États-Unis et les traités de réciprocité.
- Les fabricants des Etats-Unis semblent, d’ailleurs, opposés à tout traité de réciprocité pour plusieurs raisons expliquées par M. W'hit-
- p.150 - vue 149/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 151
- man, dans une lettre à M. Lincoln, président de la Chambre de Commerce de Boston, qui avait demandé son adhésion à une ligue de réciprocité du New-England.
- M. Whitman reproche à ces traités de substituer l’action diplomatique à Faction législative, partant de confier quelquefois l’établissement de conventions douanières à des agents diplomatiques incompétents ou partiaux et de favoriser une industrie en en sacrifiant une autre, de faire des préférences entre des nations également amies et de s’attirer des représailles. Mais le plus gros grief fait par M. Whitman aux traités de réciprocité est d’être des tendances libre-éehangistes déguisées.
- Il n’y a donc guère à espérer l’adhésion des fabricants des Etats-Unis à un nouveau régime douanier qui pourrait, en abaissant les tarifs, sensiblement augmenter les exportations lainières européennes. Cette année même, M. Whitman qui a succédé à M. Harding comme président de l’Association des fabricants, disait : « Je ne connais » aucun changement survenu dans notre situation commerciale, » industrielle et agricole, qui rende nécessaire une révision doua-» nière. Je ne crois pas qu’il en existe ? Le pays jouit actuellement » d’une prospérité sans précédent. Quelques industries dans certaines » régions peuvent être dans le marasme, mais c’est pour des raisons » qui n’ont rien à voir avec notre régime douanier, »
- La prétendue nouvelle politique douanière des États-Unis.
- Faut-il attendre davantage du gouvernement de Washington ? On a annoncé, il v a quelque temps (l),que le président Roosevelt était décidé à donner une orientation nouvelle à la politique douanière de son pays, et qu’il entendait poser la question d’une révision du tarif dans le sens de la réciprocité. On signalait cette nouvelle attitude comme une reprise de la politique de réciprocité qu’avait commencé à propager quelque temps avant sa mort le président Mac-Kinley.
- Seulement, il ne faut pas perdre de vue que le président Mac-Kinley, comme du reste Dingley lui-même, le père du tarif actuel, a été le défenseur de la réciprocité, mais de la réciprocité sur les articles non concurrents. L’on ne saurait pas mieux oublier dans
- (1) Le Temps du 5 décembre 1904.
- p.151 - vue 150/175
-
-
-
- 152
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- quel esprit la Convention du parti républicain qui a soutenu et fait réélire le président Roosevelt et qui a établi elle-même la « plateforme » de l’élection présidentielle dans sa réunion de Chicago, comprenait la réciprocité douanière : « Au nombre des moyens à » employer pour étendre notre commerce extérieur, disait le pro-» gramme républicain, figure la réciprocité à la condition que ces » arrangements réciproques ne gênent en rien les principes de pro-» tection et ne soient pas préjudiciables à l’agriculture et aux indus-» tries américaines. »
- Ce que les États-Unis entendent par réciprocité.
- C’est-à-dire que les Etats-Unis, ainsi qu’on Ta justement fait remarquer, entendent par réciprocité toute combinaison qui leur sera nettement avantageuse. Suivant l’expression du Times, c’est une réciprocité non réciproque. Le programme républicain n<3 portait-il pas aussi que « lorsque le seul pays libre-échangiste cherche à » retourner au protectionnisme, le principal pays protectionniste » ne doit pas hésiter à maintenir chez lui la protection. »
- Les chances d’une révision douanière en ce qui concerne les articles de laine.
- Dans tous les cas, les fabricants américains ne s’inquiètent pas outre mesure de ces nouvelles tendances : « Notre association, disait, en janvier, le président Whitman dans son discours déjà cité, est antirevisionniste. Mais elle ne se croit pas obligée de commencer une campagne d’opposition aggressive ; une enquête très approfondie m’a amené à croire qu’aucun essai révisionniste ne sera tenté au moins dans un avenir prochain. Même si les Comités parlementaires se croyaient appelés à entreprendre le travail de révision, j’ai la conviction que les tarifs sur la laine et les lainages ne seraient pas touchés ; nous pouvons raisonnablement nous considérer comme ayant la certitude que ces tarifs resteront la loi de la nation pendant quelques années encore. »
- Le directeur du Census, M. North, dit également :
- « Si les fabricants et les producteurs de laine s’entendent pour maintenir tel qu’il est le tarif actuel sur les laines et lainages, ce tarif ne sera pas touché. Notre régime douanier peut être remanié de fond en comble sur d’autres articles; si les grands intérêts enga-
- p.152 - vue 151/175
-
-
-
- l’industrie LAINIÈRE DES ÉTATS-UNIS
- 153
- gés dans le tarif lainier s’unissent pour le soutenir, rien ne pourra le faire modifier et j’estime qu’il n’y aura même aucune demande pour cette modification. »
- Les maisons européennes aux États-Unis.
- Nous ne saurions manquer de mentionner comment certains industriels européens ont résolu d’atteindre directement, pour les produits de l’industrie lainière, le marché des Etats-Unis. Us ont placé derrière eux ces barrières douanières et sont allés mettre au service des méthodes européennes de fabrication, les ressources industrielles et commerciales du Nouveau-Monde.
- Ce sont les Allemands qui ont fait les premières tentatives de ce genre. La plus ancienne entreprise allemande aux Etats-Unis est les « Botany Worsted Mills » de Passaïc (New-Jèrsey) constituée en association en 1889, capital 15 millions de francs. Ces établissements ont pour objet la fabrication des fils peignés de belle qualité, des tissus pour hommes et pour dames. Ils occupent 3,600 personnes.
- Les autres maisons allemandes sont ensuite et suivant leur date de création :
- Les « Géra Mills », également à Passaïc, et dont le propriétaire est M. Ernest-F. Weissflog, de Géra, établissement existant depuis cinq années pour la fabrication des articles peignés pour robes de belle qualité.
- La « Louis Walther Manufacturing Company », de Philadelphie, association constituée en 1901, pour la fabrication des étoffes cardées pour robes. 150 métiers.
- Les « Garfield Worsted Mills », à Garfield (New-Jersey), association constituée en 1902, au capital de un million de francs, possède 150 métiers pour la fabrication des articles peignés pour robes.
- Nous devons citer en outre « les Germania Worsted Mills », de Philadelphie, fabriquant les articles peignés pour robes, sous la raison sociale « Merz et Bruhm », et enfin la firme F.-A. Bachmann et C°, également de Philadelphie (tissage et apprêts).
- Les autres établissements lainiers créés aux Etats-Unis par les étrangers, l’ont été surtout par les Belges et les Français.
- Ainsi que nous l’avons signalé plus haut, MM. Ivan Simonis, de \erviers, et Auguste Lepoutre, de Roubaix, ont fondé, en 1899, dans le Rhode-Island, à Woonsocket, la « Lafayette Worsted Company », pour la fabrication des fils peignés du système français et la teinture.
- p.153 - vue 152/175
-
-
-
- 154
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- La Société a pour trésorier M. Pierre Mali, le consul général de Belgique, à New-York. M. Mali fait partie de la maison Henri Mali et C° de New-York, qui est l’agence de vente de la « Lafayette Worsted Company ».
- Notre pays est, enfin, représenté par F« Andrew VMill Company », de Franckford, près Philadelphie, constituée en 1903, au capital de 300,000 francs, par MM. Glorieux, de Roubaix, Mathon et Dubrulle, de Tourcoing, et François Roussel père et fils, de Roubaix. La société a pour président et vice-président, MM. Mathon et Dubrulle. Son objet est la fabrication des lainages fantaisie et façonnés. Elle possède 70 métiers grande largeur. Elle a des agents de vente à New-York. La mise en route de l’entreprise date de fin 1903. Le matériel en a été augmenté déjà d’une façon importante et les promoteurs sont résolus à en activer le développement. En 1904, le capital de la société française a été porté à 600,000 francs.
- Ce sont les seules initiatives françaises de ce genre que nous connaissions. Elles n’en font que plus honneur à leurs auteurs.
- ’Y
- p.154 - vue 153/175
-
-
-
- iiiiiiiiiiiiiiAiiiiuiiiiiii-UAumiiiiiUiiiiiii
- TTTTTTTTTTTTTTTTTTTT TTTTTTTYTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTT
- YIIÏ
- CONCLUSIONS
- ous croyons que des diverses constatations qui précèdent touchant l’industrie lainière des États-Unis, on peut en dégager un certain nombre qui -résumeront cette étude et que nous retiendrons comme conclusions. Nous noterons tout d’abord que si cette industrie a pris le développement que nous avons vu et s’est acquis une prospérité et une puissance incontestables, elle le doit à l’étroite protection douanière dont elle a été entourée et qui lui a réservé presque entièrement le vaste marché des Etats-Unis, aux qualités d’énergie et d’audace de ses fabricants et enfin aux capitaux que les associations d’actionnaires ont mis à sa disposition. Il est, en effet, à remarquer qu’aux États-Unis, l’industrie textile utilise de plus en plus cette forme d’exploitation : la société anonyme qui, entre autres avantages, a celui de ne pas risquer des fortunes personnelles et de permettre, par le système des émissions ou des rachats d’actions, d’augmenter ou de réduire le capital suivant les besoins variés et excessivement mobiles de l’entreprise textile.
- L’industrie lainière des États-Unis jouit aussi de conditions exceptionnelles au point de vue de la matière première, grâce à une vaste source lainière et cotonnière nationale. Nous avôns vu pourtant que cette source lainière suffit de moins en moins et surtout qu’elle n’est pas assez riche en qualités différentes pour permettre à elle seule aux fabricants des États-Unis d’aborder toute la variété des tissus; que dès lors un appel aux provenances étrangères s’impose, créant au
- p.155 - vue 154/175
-
-
-
- 156
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- point de vue douanier une opposition d’intérêts entre éleveurs et fabricants. Mais nous avons vu aussi comment les uns et les autres s’entendent pour se faire mutuellement quelques concessions plutôt que de risquer dans une lutte systématique, l’avenir de leur industrie respective, donnant ainsi un magnifique exemple de solidarité. Un fait intéressant en ce qui concerne la matière première est l’importance de plus en plus grande prise aux Etats-Unis par la laine dite « renaissance ».
- Au point de vue de l’outillage nous remarquerons que les fabricants américains généralisent déplus en plus leur système de travail intensif, se créant par là une supériorité incontestable vis-à-vis de l’industrie française et de la plupart des industries européennes. Ce système consiste à rechercher continuellement des machines plus perfectionnées qui tout en augmentant la production, l’améliorent et la rendent plus facile à surveiller et permettent ainsi au fabricant de réaliser une économie de main-d’œuvre en confiant le maximum de machines au même ouvrier. Actuellement, ainsi que nous avons pu nous en rendre compte dans les usines les plus modernes que nous avons visitées, si l’outillage américain, comme valeur technique, égale le nôtre, il ne lui est certainement pas supérieur ; les fabricants des Etats-Unis le reconnaissent, du reste, sans difficulté.
- Au chapitre de la main-d’œuvre, il y a lieu de noter que la législation ouvrière des Etats-Unis, dans les régions où est centralisée l’industrie lainière, pour être très restrictive sur la question du repos hebdomadaire, conserve sur la question autrement importante de la durée du travail journalier une souplesse qui manque actuellement à la nôtre, en laissant la faculté de choisir entre la limitation hebdomadaire et la limitation quotidienne du temps de travail. Les fabricants des Etats-Unis ne connaissent pas surtout les graves inconvénients qui résultent chez nous de la théorie de l’atelier mixte. En plus, ils n’ont pas à supporter, comme les fabricants français, les charges de l’assurance ouvrière contre les accidents du travail. Il est, enfin, nécessaire pour une juste appréciation des charges de main-d’œuvre incombant aux fabricants américains, de tenir compte des économies de personnel réalisées grâce au travail intensif dont il a été parlé, des facilités qu’ils trouvent dans leurs écoles techniques très bien organisées et généreusement aidées par l’État et les municipalités et surtout de la protection douanière qui leur est accordée vet dont nous avons montré l’efficacité. Quant aux salaires payés aux États-Unis, nous en avons constaté le caractère relatif et les réper-
- p.156 - vue 155/175
-
-
-
- CONCLUSIONS
- J 57
- eussions sur les prix de vente. Ainsi les ouvriers de f industrie lainière américaine, s’ils ont plus de confortable que l’ouvrier français au point de vue du logement et de l’habillement, en ont moins au point de vue de la nourriture. Iis nous ont paru pourtant assez satisfaits de leur situation, ce qui explique la rareté relative des grèves dans cette industrie. Ajoutons enfin que les fabricants des États-Unis n’ont que très peu à supporter de ces charges volontaires que s’imposent les fabricants français, en créant des caisses de secours et de retraites ou en participant aux œuvres de prévoyance et d’assistance. Hâtons-nous de dire que les fabricants français ont raison sur ce point, car c’est par une généreuse et franche collaboration des employeurs aux institutions de prévoyance libre et de solidarité volontaire que se résoudra en partie la question sociale.
- En ce qui concerne les produits, il y a lieu de retenir l’extension considérable prise aux États-Unis par la branche du peigné et le brillant avenir qu’elle paraît avoir devant elle, grâce aux nouvelles méthodes de fabrication comme celles appliquées dans les établissements Arlington et dont nous avons donné la description. Nous avons vu, à cette occasion, comment les fabricants des États-Unis savent étudier et adapter à leurs besoins les méthodes européennes en même temps qu’utiliser pratiquement leurs propres inventions. Leur procédé pour le dégraissage de la laine est en fait le plus perfectionné que nous connaissions.
- Nous arrivons enfin à cette délicate question du protectionnisme aux Etats-Unis. 11 est incontestable que la protection douanière y a assuré les progrès de l’industrie lainière et que les fabricants considèrent actuellement cette protection comme la meilleure garantie de leur prospérité. Mais il saute aux yeux que nous ne pourrions appliquer, au moins complètement, un pareil système à notre industrie française, car la situation est absolument différente.
- D’un côté, une industrie ayant un marché intérieur qui s’étend tous les jours et s’augmente constamment de nouvelles puissances consommatrices, grâce à un courant continu d’immigration. Lés conditions d’installation aux États-Unis font de ce courant d’immigration un afflux remarquable de capitaux, mais surtout d’énergies et de vitalités nouvelles. Les personnes mal constituées ou présentant quelque difformité ne sont pas admises à s’installer aux États-l nis, a moins qu’elles ne justifient de ressources leur permettant de vivre sans travailler. Dans tous les autres cas, elles se voient impitoyablement refuser l’accès du sol américain et sont immédiatement rapa-
- p.157 - vue 156/175
-
-
-
- 158
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- triées, aux frais de la Compagnie maritime qui les a amenées. Les érqigrants admis aux Etats-Unis représentent done une élite d’in-drviçlus très bien doués au point de xue physique. En outre, la plupart arrivant aux Etats-Unis avec la résolution bien arrêtée de s’v enrichir sont particulièrement préparés aux luttes de la vie (1).
- (1) Nous crayons bien faire en relatant ci-dessous les conseils que donne à ses compatriotes M* P. Mali, le consul général de Belgique, à New-York :
- 1°. Ne venez pa% aux Etats-Unis si vous ne parlez pas l’anglais ;
- 2° Ne venez pas Ici sans de bonnes recommandations et sans certificats d’identité ; cela ne coûte rien et peut vous être d’une grande utilité ;
- 3° N’accordez aucune toi aux gens irresponsables qui vous conseillent de vous embarquer pour l’Amériquq sous prétexte qu’on y gagne beaucoup d’argent ;
- 4o Ne vous embarquez qu’après avoir pris l’avis de gens compétents et désintéressés, autrement vous vous eyposez à d’amères déceptions ;
- 5° Ne venez jamais ici si vous êtes un négociant ayant mal réussi ou un commis ayant perdu sa place ; les jeunes Américains sortant des écoles par milliers , chaque année, vous seront toujours préférés ;
- 6° Ne débarquez pas ici avec femme'et enfants, sans savoir quel sort vous est réservé, venez d’abord seul, et faites venir votre famille après,, quand vous aurez du travail ou une position stable et que vous parlerez l’anglais ;
- 7° Ne vous insurgez pas contre les mesures de discipline en vigueur à Ellis Island et qui vous paraîtraient un peu arbitraires ; elles ne sont prises que pour vous protéger plus efficacement ;
- 8° Ne croyez pas qu’il soit inutile de yous faire incrire au Consulat ; beaucoup ont regretté de ne pas l’avoir fait, ne fût-ce que pour recevoir de bonnes nouvelles si l’on perd votre adresse en Belgique ;
- 9° Ne descendez pas dans un hôtel çle première classe avec 100 dollars en poche, pour faire comme un autre ; entrez dans une modeste pension, l’argent s’en va vite à New-York;
- 10° Descendez dans une maison américaine où vous serez obligé de pratiquer l’anglais ;
- 11° Ne croyez pas,, parce que vous connaissez bien un métier manuel que vous soyez sûr de trouver du travail ; vous avez une chance, mais il faut compter avec les grèves, les unions, les chômages et les mortes-saisons.
- 12° Ne pensez pas qu’il soit facile d’être garçon de salle ici; cela ne s’apprend qu’après plusieurs mois de stage et il faut connaître l’anglais ;
- 13° Ne fréquentez ni les cafés ni les b^rs ;
- 14° Ne montrez jamais un porte-monnaie bien garni dans un tramway ou dans un magasin ;
- 15° Ne portez jamais votre argent dans une poche extérieure, c’est rendre la partie trop facile à ceux qui s’ingénient à vous en débarrasser ;
- 16Q Ne répondez jamais à un inconnu qui vous aborde dans la rue, ses intentions sont généralement mauvaises ;
- 17° N’acceptez jamais une invitation à prendre un verre avec un étranger;
- 18° Ne laissez jamais d’argent dans votre logement ; placez dans une banque d’épargne tous les fonds dont vous n’avez pas l’emploi immédiat ;
- 19° N’entrez pas pour changer votre argent chez le premier changeur venu. Le pair du dollar équivaut à 5 fr. 18 environ, et le pair du franc à 19 3/10 cents, environ; tout changeur doit faire un bénéfice sur ces chiffres, mais il en est qui peuvent prendre un bénéfice exagéré et abuser de votre ignorance ;
- p.158 - vue 157/175
-
-
-
- CONCLUSIONS
- 159
- De là une concurrence sans merci entre les nouveaux venus s’acharnant à la conquête des situations et ceux déjà en place luttant désespérément pour conserver les leurs, concurrence d’autant plus terrible qu’elle s’exerce entre des individualités également énergiques. Telle est, croyons-nous, la véritable explication de cette vie intense dont on parle tant en Europe. Aussi peut-on, sans méconnaître pour cela l’audace et l’énergie naturelles du peuple américain, prévoir le cas où cette immigration cessant, la vie aux États-Unis perdrait son caractère bien 'connu d’excitation fébrile et deviendrait plus ou moins semblable à notre vie européenne.
- Quoi qu'il en soit, actuellement, cette immigration est un précieux stimulant pour l’activité économique des États-Unis dont l’industrie lainière profite pour sa part.
- On ne saurait donc comparer au marché des États-Unis placé dans des conditions aussi exceptionnelles notre marché français absolument insuffisant pour la production nationale réduite à chercher des débouchés à l’étranger. Nous ne pourrions donc fermer notre marché comme les Américains le leur.
- Nous avons vu qu’en ce qui concerne l’industrie lainière, le tarif Dingley, actuellement en vigueur, a encore un assez long temps à vivre. En réfléchissant bien, on se demande s’il y a lieu de le regretter beaucoup.
- En effet, si le marché des États-Unis s’ouvrait davantage aux textiles européens, ne faudrait-il pas redouter que les fabricants américains qui font plus ou moins des droits actuels la condition du
- 20° N’attendez pas pour aller rendre visite à votre Consul que votre dernier sou soit parti ;
- 21° Ne dites pas : « Si je ne trouve pas d’emploi, je me ferai balayeur de rue »; les balayeurs gagnent 2 dollars par jour, et il faut d’abord être citoyen américain, et souvent avoir de l'influence politique pour atteindre à pareil poste ;
- 22° Ne croyez pas parce que vous parlez convenablement le français que vous puissiez enseigner cette langue ; ce temps est passé ; en général, on ne prend plus que des professeurs expérimentés et munis de diplômes ;
- 23° Ne croyez pas que l’Américain soit rude parce qu’il a des manières différentes des vôtres ; souvent sous des apparences un peu brusques, se cache une réelle bienveillance ;
- 24° Ne vous attachez pas à suivre les habitudes de votre pays natal ; en Amérique faites comme les Américains ; abstenez-vous surtout de faire des comparaisons qui ne soient pas à l’avantage des Etats-Unis. Les Américains sont très chatouilleux à cet égard, et une parole dite à la légère peut vous nuire considérablement ;
- 25° Si votre intention est de vous fixer aux Etats-Unis, lisez le plus de journaux américains possible.
- p.159 - vue 158/175
-
-
-
- 160
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- ?
- maintien des hauts salaires ne fussent amenés à réduire les prix de la main-d’œuvre ? Or, si ce cas se produisait, les fabricants des États-Unis verraient disparaître leur seule infériorité vis-à-vis de nous. Il ne leur resterait plus alors que des avantages en capitaux, en matières premières, en travail intensif, en facilités au point de vue de la législation ouvrière. Dans ces nouvelles .conditions, nous croyons que, stimulés par la concurrence, ils ne tarderaient pas à leur tour à déverser leur excès de production sur le continent européen. Aussi notre avis est-il que si nous devons nous faire ouvrir des débouchés, c’est ailleurs qu’aux Etats-Unis, où, du reste, nos produits pénétreront toujours malgré les barrières s’ils portent avec eux le goût et l’art français reconnus uniques au monde !
- ?
- p.160 - vue 159/175
-
-
-
- IX
- REMERCIEMENTS
- Les rapporteurs du Groupe 56 croiraient manquer à leur devoir, s’ils n’adressaient tout d’abord de vifs et cordiaux remerciements à l’éminent président de Section au Conseil d’État, M. Picard, commissaire général et délégué du Gouvernement français, et au très distingué député de la Charente, M. Geo. Gérald, commissaire général adjoint, qui, par leur extrême amabilité et leur inlassable bienveillance, nous ont grandement facilité notre mission.
- Nous remercions encore chaleureusement M. Ancelot, président du Comité français des Expositions à l’étranger, MM. Dupont et Lester, président et vice-président de la Section française, et M. E. Le-vallois, président du Groupe 56, qui nous ont aidés de leurs excellents conseils.
- Enfin, nous ne saurions manquer de signaler combien notre tâche de rapporteur a été facilitée par les diverses personnes qui nous ont procuré la visite des principales fabriques lainières et écoles textiles des Etats-Unis, ou qui ont très libéralement mis à notre disposition les nombreux documents utilisés dans notre étude sur l’industrie américaine.
- Ces personnes qui occupent toutes dans leur pays des situations emmentes ont bien voulu nous réserver pendant notre voyage aux Etats-Unis, l’accueil le plus aimable et le plus sympathique dont nous gardons le meilleur souvenir.
- Nous devons à M. North, le directeur des recensements, à Washington, cette précieuse enquête textile du 12° recensement si souvent citée dans notre travail.
- Pendant quatorze ans, M. North a, comme secrétaire de l’Association
- il
- p.161 - vue 160/175
-
-
-
- 162
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- nationale des fabricants américains, défendu les intérêts de l’indüs-trie lainière des Etats-Unis, principalement dans les questions douanières si importantes pour cette industrie. Il a apporté à cette défense tant de science économique, tant d’intégrité et un si grand dévouement que son départ, en 1903, a provoqué de la part des fabricants américains, une manifestation unanime de regret et de reconnaissance. C’est, en effet, en 1903 que M. North a pris possession de ses nouvelles fonctions de directeur du « Census » auxquelles il était préparé non seulement par ses travaux, comme secrétaire de l’Association des fabricants, mais par ses diverses fonctions de chef statisticien des manufactures, de directeur des recensements de l’État de New-York, de secrétaire de la commission des finances du Sénat et sa participation aux travaux des commissions parlementaires. M. North, à l’occasion de sa nomination comme directeur du Census, a eu pour lui les éloges les plus flatteurs de la Presse des États-Unis.
- Ainsi qu’on l’a vu, nous avons largement utilisé aussi le Bulletin de l’Association des fabricants dont les plus récents numéros nous ont été gracieusement adressés par M. Mac Pherson, le distingué successeur de M. North, comme secrétaire de l’Association. M. Mac Pherson est un savant juriste et un publiciste de talent. Il a dirigé ou administré plusieurs sociétés industrielles ou financières. En 1899, il a été chargé par le ministre du travail des États-Unis de faire une enquête sur les Comités de conciliation et d’arbitrage facultatif de la Grande-Bretagne. C’est dire que M. Mac Pherson réunit les compétences les plus variées et est appelé à rendre lui aussi des services éminents dans le poste qu’il occupe actuellement.
- M. Carroll D. Wright, commissaire du travail des États-Unis, et M. Wallace W. Hanger, chef du cabinet du ministre du travail, à Washington, ont bien voulu nous procurer les divers rapports et bulletins du bureau du Travail des États-Unis. Ces documents constituent une enquête permanente et une abondante source de renseignements sur la situation économique des États-Unis au point de vue des salaires, du coût de la vie, de la législation ouvrière, des syndicats professionnels, de l’enseignement technique, etc...
- Des documents analogues, mais se référant spécialement à l’Etat du Massachusetts et que nous n’avons pas moins utilisés nous ont été aussi gracieusement fournis par M. Frank Drown, chef du Bureau des Statistiques du travail de Boston.
- Nous avons déjà signalé l’obligeance de M. France, directeur de
- p.162 - vue 161/175
-
-
-
- REMERCIEMENTS
- 163
- l’École textile de Philadelphie, et celle de M. William W. Crosby, principal de l’Ecole textile de Lowell, qui nous ont fait visiter ces deux magnifiques établissements. Nous leur redevons, ainsi qu’à M. Leslie W. Miller, principal de l’Ecole des Arts industriels de Philadelphie, et à M. Smith, administrateur de l’École de Lowell, de nombreux documents sur l’organisation de ces écoles. Ajoutons que M. France nous a, en outre, fait visiter plusieurs importantes fabriques lainières de Philadelphie.
- Nous ne voulons pas manquer davantage de signaler l’obligeance de M. P. Mali, le très distingué Consul général de Belgique à New-York, de M. Black, directeur du journal textile Dry Goods Guide, de New-York, et de M. Frank, directeur du journal Textile Colorist, de Philadelphie, qui tous nous ont donné de nombreux et très utiles renseignements, non plus que celle du représentant des établissements Arlington à l’Exposition de Saint-Louis, qui nous a remis cet ouvrage des « Tops » dont nous avons reproduit de larges extraits, ouvrage très précieux pour l’étude de l’industrie américaine du peigné.
- Enfin nous n’oublierons pas l’amabilité charmante avec laquelle nous avons été reçus par M. Bartlett, trésorier des Usines Providence et National, à Providence, et agent général de l’Américan Woolen Company à l’Exposition de Saint-Louis, ainsi que par M. William Wood, l’éminent administrateur général de cette gigantesque entreprise qu’il dirige si magistralement. M. Wood nous a autorisés à visiter toutes les usines de la Compagnie. Il a même pour cela, très obligeamment mis à notre disposition un de ses employés M. Maurice-Henri Anthoni qui pendant toute une semaine nous a accompagnés avec M. Bartlett, à Providence, Lawrence, May nard et Lowell. f
- A tous, nous nous faisons un devoir et un plaisir d’adresser ici un hommage public de notre reconnaissance.
- p.163 - vue 162/175
-
-
-
- p.164 - vue 163/175
-
-
-
- TABLE DES MATIERES
- PREMIÈRE PARTIE
- L’Exposition du Groupe 56.
- Composition du jury du groupe 56............................... 5
- Sections Etrangères............................................ 7
- Nouvelle-Zélande. — Chine. — Japon. — Nicaragua.— Brésil.
- — Bulgarie.— Italie.— Portugal.— Mexique.— Belgique,
- — États-Unis.
- Section Française................................................. 17
- Comités d’admission et d’installation du Groupe 56. — Exposants.
- Régions du Nord, du Cambrésis et Paris......................... 23
- Roubaix.— Tourcoing.— Paris, Corbie et Glageon.
- Régions de l’Ouest, de l’Est, du Sud-Est et du Midi............ 43
- Elbeuf. — Sedan. — Vienne. — Région du Tarn et de l’Hérault : Castres. Mazamet. La Bastide-Rouairoux.
- DEUXIÈME PARTIE
- L’Industrie lainière des États-Unis.............. 63
- I. — Notice historique.......................................... 65
- IL — La laine aux États-Unis.................................... 81
- Production lainière des États-Unis. — Importations lainières. — Nécessité des importations. — L’association nationale des fabricants et l’association nationale des producteurs de laine. — Le régime douanier de 1867. — Tentatives d’entente. — La décadence de l’élevage aux Etats-Unis. — Les avantages des laines étrangères. —
- La baisse des prix de la laine. — Le bill Grosvenor. —
- — La conférence de Washington. — L’assemblée de Port-land. — Accords entre fabricants et producteurs. — L’attitude probable des fabricants dans l’avenir sur la question du droit sur la laine.
- p.165 - vue 164/175
-
-
-
- 166
- EXPOSITION DE SAINT-LOUIS
- III. — L’outillage............................................ . 93
- Répartition géographique de l’outillage lainier. — La concentration de l’industrie lainière. — Accroissement de la capacité productrice. — La force motrice. — Augmentation de la productivité de l’outillage. — Le travail intensif.
- — La conception américaine de la fabrication. — Plus grandes dimensions des machines. — Les perfectionnements dans les cardes. — Les perfectionnements dans l’outillage du peigné. — Les perfectionnements dans les métiers à tisser. — Amortissement. —Nécessité de capitaux considérables. — L’outillage de l’industrie lainière américaine et celui des industries étrangères.
- IV. — L’ouvrier de l’industrie lainière des Etats-Unis .... 104
- La législation ouvrière aux Etats-Unis. — Comparaison avec la législation française. — L’obligation du repos hebdomadaire aux Etats-Unis. — Le travail des enfants dans les manufactures.— La durée effective du travail dans l’industrie lainière.— Travail effectif.— L’augmentation des salaires en 13 ans.— Les salaires en Pensylvanie.— La durée du travail et les salaires des diverses catégories dans le Massachusetts. — Le travail des femmes et des enfants dans l’industrie lainière des Etats-Unis. — Le budget des familles ouvrières de l’industrie lainière des Etats-Unis. — L’augmentation du coût de la vie. — Amélioration de la situation matérielle des ouvriers. — Les causes des hauts prix.
- — Le minimum de salaire aux Etats-Unis. — La liberté syndicale aux Etats-Unis. — La ligue antiboycottiste. — L’arbitrage aux Etats-Unis. — Les accidents du travail aux Etats-Unis. — Les institutions patronales aux Etats-Unis. —
- La législation ouvrière et les fabricants américains. — L’industrie et les fonds des caisses d’épargne. — L’enseignement textile aux Etats-Unis. — L’école de Philadelphie. — L’école de Lowel. — L’école de New-Bedford. — L’école de Fall-River. — Les motifs de la création des écoles textiles des Etats-Unis. — Les résultats de l’enseignement textile. — Les écoles textiles et les ouvriers.
- V. — Les Produits............................................. 125
- La réduction des prix dans les produits de l’industrie lainière. — La demande d’articles bon marché. — Les progrès de l’industrie du peigné.
- p.166 - vue 165/175
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES
- 167
- \’I. — LA FABRICATION DU PEIGNE. ---- LES NOUVELLES METHODES. . 132
- La spécialisation de la fabrication des tops. — Ses avantages.
- — La fabrique de « tops » des établissements Arlington.
- — Le dégraissage par le naphte. — Les variations de la température et la production des fils peignés. — Le conditionnement des établissements Arlington. — Le système de Bradford et le système d’Anvers. — Le maximum de quantité et de qualité dans la production. — L’avenir de l’industrie de la laine peignée aux Etats-Unis.
- VII. — Les marchés de l’industrie lainière des Etats-Unis . . . 140
- Les exportations de l’industrie lainière des Etats-Unis.— Le marché du Canada. — Les débouchés étrangers de l’industrie lainière des Etats-Unis. — Le bill Lovering sur les primes de sortie. — Pourquoi les fabricants des États-Unis n’exportent pas. — La nécessité des débouchés étrangers. —L’extension du marché américain. —Accroissement de la population et l’immigration aux États-Unis.
- — Les fabricants des Etats-Unis et la protection. — Les divers régimes douaniers des États-Unis depuis 1883. —
- Le tarif Dingley. — La diminution des importations aux Etats-Unis en lainages. — Efficacité du tarif Dingley. —
- Les importations de fils. — Le projet de traité de réciprocité avec la France. — Les fabricants des Etats-Unis et les traités de réciprocité. — La prétendue nouvelle politique douanière des États-Unis. — Ce que les États-Unis entendent par réciprocité. — Les chances d’une révision douanière en ce qui concerne les articles de laine. — Les maisons européennes aux Etats-Unis.
- VIII. — Conclusions ...................................... 155
- IX. — Remerciements...................................... 161
- TABLEAUX
- I. — Réglementation du travail aux États-Unis.
- IL — Coût moyen de la vie par famille normale et par an aux États-Unis. III A. — Marche de l’industrie du peigné.
- III R. — Marche de l’industrie du cardé.
- IV. — Importations des États-Unis en tissus de laine.
- p.167 - vue 166/175
-
-
-
- - . . '! i'i r.c •
- ; ; ; ; , 1 . * r •
- « r / ') •; J ''i" [ 1 1 • • •
- .<
- i ’ ' ;
- i - - - .
- ” I c’î .
- -• ; i
- I ' 1 ' ’ ' ‘ T
- !"1. r
- ' . t •
- i' ' : - l'
- 1.-;’ ' ' i ‘
- •' ,>rï.
- t-v.ï
- • : t: .•
- .7-
- i-f'.'oj ndï]-. '
- - v?' *>• - -.- i
- )!) ' ' .
- 'i kT
- - ?
- *73
- : :: r,.‘
- 7.
- i.. . ? •
- • : (J
- , < 5
- • . V £-.1
- ''vRk
- p.168 - vue 167/175
-
-
-
- p.169 - vue 168/175
-
-
-
- p.170 - vue 169/175
-
-
-
- Sahiemt: II
- WÙM& A104' i l laie /L patxUi^iux fyCa&b -Rluu)
- C&jffeeâ zxïmdùZaJiapfazL d-u/Mutecuc2u/lD/rw,a1vt2c\^,aô^\cc^CAC^om^ A90k).
- à*/’ à 6 /mlùvl&ow
- Stafc
- £oy&\
- r'
- (%auffcufyv
- j^cb
- êcùiiwuÿv
- yflaèéacSniôtdb) J)ClM Ù enfoM-te au ic’ A cu^antC cw ce £ enfante avec' 3 mfaufâ owee’b enfante <ww 5 enfante 723 m £61 66J 659 022 121 122 422 123 129 424 40 42 39 43 44 46
- $euâytvauU/
- Aauô enfante 655 1ZQ 30
- avec' A enfante 632 428 30
- avec £ enfante 641 434 31
- avec 3 enfante 655 427 30
- avec 4 etvfante 63Z 431 31
- avec S enfante 649 139 30
- J\6o2erïfôfmd
- A<wA enfante 379 476 19
- avec A enfante 505 14J 30
- avec % enfante 531 156 32
- avec 3 enfantte 548 162 34
- avec 4 enfante 4j5 469 26
- avec 5 enfante 551 469 33
- 4anb enf ank. m 157 38
- avec A enfante 633 459 43
- avec g, enfanté 64-3 467 42
- avec 3 enfanté 640 172 42
- avec 4- enfants 633 4J3 40
- avec S enfanté 6Z1 4J1 38
- ^w-ïSvià,&y.
- A-Owà enfant. 625 430 38
- A enfant. 610 432 41
- av<e £ eafantb 633 435 43
- avec 3 enfanté 650 440 46
- ^ U enfant esc 445 4J
- WW S enfanté 6Z6 435 é
- ^AAilCcliouic.
- AvnM» enfant. 671 466 34
- avec' A enfante 649 467 46 ,
- avtc" % enfanté 658 ISO 41
- *»** 3 enfante 621 473 m 40
- ^ 4 enfanté 65Z 42
- av^ B enfante Jkk 481 45
- ’Xakitement (0/iveCb Jowviàuw i'&eial/dcù
- f* /Ç4 44 (D2peuà£à.
- 406 693 1229 3.242-
- 412 602 l3o5 3.280
- 421 656 1344 3.253
- 458 619 1433 3.343
- ms 592 1520 3.439
- 51Û 519 4591 3.411
- 311 ëîj 1.24$ 3.001
- 31S 608 1.26 J 2.983
- 35J 564 1.369 3.096
- 369 533 1.411 3.125
- 390 538 1.458 3.180
- 426 506 1.582 3.332
- 196 620 1.043 2.433
- 300 510 1.368 2.860
- 336 500 1.450 3.005
- 341 494 4.565 3.144
- w 45o 1.5J3 2.990
- 377 521 1.623 3.2J4
- 385 66? 4.27s 3.146
- 405 J18 4.392 3.350
- m 676 4.473 3.454
- m 668 4.6 04 3.597
- 4J3 566 1.685 3.570
- 597 4.741 3.617
- sjz 575 1.106 2.846
- 435 634 1.18J 3.039
- 495 5$0 1.343 3.238
- 552 609 1.476 3M3
- 609 556 4.602 3.639
- 610 512 tejk. 3.6o6
- 351 451 4.14o 2.81k
- 389 476 4.246 2.96J
- 459 463 4.460 3.261
- 442 415 4.494 3.185
- 523 411 4.61 9 3.431
- 439 469 4.J31 2.609
- p.171 - vue 170/175
-
-
-
- p.172 - vue 171/175
-
-
-
- (Skouxse. 56 S-aUeaw IIIA
- 9 tau'l?t’ Di’ f âwDiotud- Du
- 61 urtè*^ 9ta/wfo D/'ekïfetei'iwwb (Japi la£ ty^côomiel/ ^mpfbip/ faxyïal' dyCÔ .àzxicùkicô 1 yjlHUj,eà. 91 Icàuuô Sceà /CMpfo4jeeâ. ^afcuS iïjuZcv /jo.Vû.d/U'cliosp.
- (Th£ùvu5 CDo-iùuts cOoSevoS (Dû-ÎÎ&Kô
- 1860 3 Z.3J8 5k3M 2MZ.JJS 3.J01.3J8
- 1870 10^ 10.08S.JJ8 12.ÿ20 k.368.8Sj 1k.308.3g 22.0^90.331
- 18&) J6 Z0.3jk.0k3 18.803 S683.0ZJ 22.013.628 33.Skg.piZ
- 1890 A3 68.085. m h%.ÿj8 l^kk.966 SO.JO6.j69 J9.19k6S2
- 1900 186 132.168.110 5J.008 2o.û92.j38 JJ.0JS.222 120.31k.3kk
- bnUmu III'B
- j La ?c f ’it iDual/tùv Du CaaD-
- '1£'
- &lnneeà dÏoMiioU1 dlhxioïidMwcuh ûipiliit Qvtb.omii .mipùijc. %.S(ai deà J&CccLzcà f ,paipj>. 9TLcdiê-ted pa£im<ke.) dateur' h.c/îou \01lo2mcIwM.
- (OûîîdXÙ cdellavà cDoÛaizà (Dcîîazvs
- I86O 1.260 30.862.65k kl. 360 9.010.25k 36.586.28J 6i.89k.980
- 1S70 2.S91 9S.82k.S31 80.053 26.8JJ.SJS 96.kS2.60l 1S8MS.3S8
- isso 1.990 96.09S.56k 86.5ok 25.836.392 100MS.611 160.606.J21
- 'ISSO 1.311 i30.989.9kO J6.91S 26.139.19k 82.2J0.33S 133.SJJ.9JJ
- 1900 1.035 42k.386.Z62 68.893 2k.jSj.006 JIOII9S6 118.k30.lS8
- p.173 - vue 172/175
-
-
-
- p.174 - vue 173/175
-
-
-
- eau
- h
- knpoffatwnô 'Jed
- me
- (Q/ïapâ powf j'CoM iiieà.
- ÇJccip D -1902 sd/O-SCiVCô 1903 2/c£ùütâ 490k x>/o£ùvcâ
- Qrandt^rehi^iw tAüh/ic£c'-JÙflÿil£y France' cÂCtemaÿit& jlwkreâ jd<ujâ ? 'S/iirüjïù jlutreà &-ivtuzenhi 3. 336. 682 110. 0J3 222 31J 265. 886 1. 09%. 2J5 6.635 20. 516 2. 816. J22 163. 618 !$6. 681 281. 610 1. 090. 832 3. 355 15 823 2. IkJ. 521 138. J22 1$2,363 208.758 1.106.232 6. 557 J. 03J
- S. 055 38k 5 56J. 651 3.807.083
- ê>/l%>jvfeà /poAir JZoS,^.
- c? J ayô 3 ot i^ iive 490V /düXCascô \Q03 dûÆcCZâ 490k .doilafà
- ^arultrj^r^taÿite' ‘France ^Cema^ne duirej ypcujé d,(3uny9& ^uà'ùj CantineiiÙ 3. 38$. J5J 2. 25J. 5J6 1.115 522 8. $5$ A. 238 5. 523.852- 2. 505. 3o6 1.150. 222 19. $56 3.5J7 5.3J3.3lg 2.339.333 1. 067.865 Sf.991 J. 590
- ^/O'ïwiiOCe 6.JJ5. 052 8.2û2.$o3 y. Sk-G. oÿS
- p.175 - vue 174/175
-
-
-
- p.176 - vue 175/175
-
-
-
- EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1904
- A SAINT-LOUIS (Etats-Unis d’Amérique)
- RAPPORTS
- DU JURY INTERNATIONAL
- Groupe 57
- SOIES ET TISSUS DE SOIE
- p.177 - vue 176/175
-
-