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Theorie des vents, piece couronnée, en 1785, par l'Académie royale des sciences, arts & belles-lettres de Dijon
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- DES VENTS,
- Piece couronnée, en tj8£, par VAcadémie Royale des Sciences , Arts & Belles-
- Lettres de Dijon ; 5
- Par M. le Chevalier de la Coudraye , ancien Lieutenant des Vaiffeaux du Roi; Chevalier de l’Ordre Royal & Militaire de Saint-Louis ; de l’Académie Royale des Sciences, Arts & Belles-Lettres de Dijon ; de celle de Bordeaux, & de la Société Provinciale des Arts & des Sciences d’Utrecht.
- Prix : 40 f, broché,
- A P A R I S,
- Chez M u s 1 e r pere, Libraire, rue Pavée S. André, maifori de M. Didotl’aîné, Imprimeur, la première porte cochere à droite par le quai des Auguftms, N9. %8,
- M. i;u. LXXXVL
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- A MONSIEUR
- LE V A SS© Ri
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- COMTE DE LA TOUCHE,
- Capitaine des JVaiJfeaux du Roi, Chevalier de l3 Ordre Royal & Militaire de Saint-Louis , & de celui de Cincinnatus , Directeur-Adjoint des Forts & Arfenaux de Marine.
- MONSIEUR,
- Ermettez que Pamitié & la reconnoiffance vous confacrent cet Ouvrage, Une Théorie des Vents ne peut être indifférente à un Marin qui s’efifervi lui-même fi utilement des Vents pour la gloire des
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- ï&ïms dVfjktdtf&pour la fierine, Za France d récompenfé vos Talents parfa Confiance ; P Amérique par une Décoration ; moi, je faifis le feul moyen que j’aie de manifefier la confidèration profonde qu’ils m’ont infpirés , & les feniiments rejpeclueiix afac lefquels je fias* ' -7-
- n? ; • ; % ?- f * .
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- MOK.SlEURs
- Votre très-humble & très-obéijfant Serviteur 9 te Çhr, DE LA COUDRAYEé
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- THÉORIE
- DES VENTS.
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- Per Diem Solnoii uret te»,,,Pf. 120.
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- . A Théorie des Vents eft un problème dont la folution offre fans doute de grandes difficultés ; mais ces difficultés doivent-elles me rebuter ? J’aî vu, & j’oferai préfenter à une Compagnie fa-vante les Obfervations & les Idées d’un ancien Marin. Si je me fuis trompé , fi mon travail eft fans fruit, d’autres auront plus mal encore employé leur loifir : mais combien je m’eftimerois heureux fi ce travail pouvoit fervir à développer cette intéreffante Queftion, & donner occafion à l’Académie d’ajouter la Solution de ce beau Problème à une foule d’autres dont l’utilité l’a rendue dans tous les temps fi recommandable.
- La terre a fon athmofphere , & c’eft l’air que
- nous relpirons. Cet air eft un fluide fufceptible
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- 2 Théorie des Vents.
- de compreffion, de dilatation ; ayant du poids, de l’élafticité , comme le prouvent le fufil à vent, le baromettre & mille expériences diverfes. Dans fon état naturel, Pair eft pur & fans mélange ; mais il s’élève continuellement du fein de la terre, fur-tout lorqu’elle eft échauffée, des exhalaifons des trois régnés, qui fe mêlent avec lui en plus ou moins grande quantité, & que nous confondons avec l’air , ainfi que le défigne le nom d’athmofphere formé de deux mots grecs, dont le premier a-r^oç fignifie vapeur. L’air, dans fon état de pureté & de fîmplicité , avoit toujours été confédéré comme un premier principe de corps/ comme un élément ; depuis quelques années on lui difpute cet avantage, & on le prétend un aggrégé ÿ un compofé de feu & d’eau ; mais, de toutes les connoiflances desPhilofophes fur l’air, les feules qu’il nous importe ici de rappeller , c’eft que le froid le condenfe & que le chaud le dilate ; que les couches d’air font plus denfes & plus épaiffes à la furface de la terre, tant en raifon des émanations de la terre , que du poids ou de la preffion des couches fupérieures , & que conféquemment l’air en général eft d’autant plus rare qu’il a plus d’élévation ; enfin, que la hauteur totale de l’ath-mofphere , fixée d’après la méthode de Tobfèr-vation des crépufcules, eft d’environ trente-fix
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- nulle trois cents foixante-deux toifes , ou de douze à treize lieues, en comptant deux mille huit cénts cinquante-une toifes & demie pour la lieue, ce qui forme en effet la lieue marine de vingt âu degré , la feule dont on le fervira ici pour les mefures.
- L’air, ainfà que tout corps gravitant, eft naturellement dans un état tranquille ; mais dans l’ordre des choies ce calme feroit fans doute funefte à fa pureté & à notre exiftence. L’air a donc reçu une extrême facilité à être mû , & c’eft fon agitation , fon mouvement, devenus fenfibîes pour nous j <[ue l’on appelle Venu II n’eft pas befoin de beaucoup de raifonnements pour démontrer l’utilité & les avantages du Vent. C’eft par ce moyen que la nature diflîpe l’air chargé des exha-laifons putrides des corps vivants, & qu’elle nous en fournit fans celle un plus pur & plus frais. Lés Vents tranfportent les nuages , & ©ccafionnent , par leur réunion, la pluie qui nous eft quelquefois fi néceflaire. Ils temperent une chaleur trop forte , & peut-être la zone-torride feroit-elle inhabitable fans eux. Ceux qui font humides favorifent la végétation des plantes, ceux qui font fecs abforbent l’humidité fuperflue des terres & des objets qu’on leur expofe. La navigation doit aux Vents fon étendue ; nos mou-
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- lins & une foule d’autres objets attellent encore leur utilité. ,
- Le Créateur du monde a donc donné les Vents dans fa fageffe ; mais de quel moyen s'eft-il lèrvt pour imprimer ainli à l’athmofphere une tendance continuelle au mouvement? C’eft ce qu’il s’agit ici d’examiner. Cependant il faut nous occuper auparavant de quelques connoiffançes relatives à la Théorie des Vents, dont plulieurs font dues à l’expérience , & qui doivent nous fervîr comme d’IntroduCtion pour remonter de la çonlidération des effets à l’examen, de la caulè.
- - i. Le Vent ordinairement rafe la furfape de la terre & femble conféquemment avoir une direction horifontale , ainli que le font voir .les flammes & les girouettes des vailfeap?. Quelquefois cependant il s’incline d'une, maniéré alfez marquée des nuages vers l’horifon, & c’ell particuliérement dans les grains que cer effet ell fén-lible. Iteft apparent que ç’eft de là,qu’eft provenu la perte de plulieurs vaiffeaüx qui- ont ; chaviré fous voiles : en effetun vaiffeau en s’inclinant, lorfque la direction* du Vent ell horifontale , trouvéroit dans fon inclînailon meme une caule préfervatrice , en préfeetant alors fes voiles au Vent d’une maniéré plus oblique , ce qui n’a pas lieu lorfque la direction du Vent'ell inclinée du
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- haut vers le bas, puifqu’alors l’effet de l’inclinai-fon du vaiffeau eft de préfenter la voile d’une maniéré plus perpendiculaire à la dire&ion des particules d’air, & d’augmenter confëqueniment leur puilTance. D’autres fois le Vent paroît s’élever ; mais ce fait très-rare femble réfervé pour quelques circonftances où l’atmofphere eft dans un état violent & hors du cours ordinaire , comme dans les ouragans de la zone-torride. La Marine cite encore l’exemple de l’Elifabeth, vaiffeau de ligne, qui perdit dans une tempête fon mât de mifaine , mais de forte qu’il fut enlevé de fes étambrais & de fa carlingue (a), & qu’il n’en refta pas , dit-on , veftige dans le vaiffeau.
- 2* La vite (Te du Vent n’eft pas moins inté-reffante à connoître. MM. Mariotte & Bouguer en France, MM. Clarc & Derham en Angleterre, DomGeorges Juan enEfpagne, Jacques Bernoulli à Bâle , fe font occupés de cet objet. Les moyens qu’ils ont employés pour leurs expériences, ont
- (a) La carlingue eft un aftèmblage de charpente pofé au fond du vaiffeau , 8c deftine a recevoir & à contenir le pied du mât. L’étambrai eft un trou circulaire pratiqué dans chacun des ponts d’un vaiffeau , pour donner padage au mât. Chaque étambrai a un diamètre plus grand que celui du mât pour que le paffage foit facile ; mais on reipplit l’intervalle par des coins qui redèrrent le mât, & l’adujeuffent folidement avec les ponts,
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- été d’abandonner au Vent des corps extrêmement légers dont ils mefuroient la vîteffe. Ils ont paru convenir que les Vents d une force moyenne parcouroient douze a quinze pieds par fécondé; que ceux qui font vingt à vingt-quatre pieds dans le même efpace de temps, ne permettent plus aux vaifTeaux de porter leurs huniers hauts ; que les Vents qui parcourent au-delà de trente pieds, /font déjà capables de déraciner des arbres, ôc qu’il faut une tempête violente pour que le Vent fade cinquante-huit pieds par fécondé. M. Derham a cependant eftimé la vîtefle du Vent dans un coup de Vent extraordinaire qui eut lieu en 1703 , de foixante-quinze à quatre-vingtt huit pieds par fécondé. Nous allons joindre ici une table du nombre de pieds que le Vent parcourt par fécondé , à raifon des lieues qu’il fait par heure.
- 1 lieue par heure répond à 4 pieds f par fec.
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- On fent qu’il étoit pofïible d’accufer ^inexactitude le moyen employé pour mefurer la vîtefTe du Vent. Ce qui fur-tout embaraffoit, c’étoit la confîdération du chemin des vaifleaux, auxquels on n’accordoit qu’une vîtefTe très-bornée, en la comparait à celle du Vent, & auxquels cependant on voyoit faire deux lieues par heure par un Vent que l'on croyoit n’en pas faire plus de trois. M. Jacques Bernoulli fut le premier â penfer que la vîtefTe du Vent n’étoit point incom-menfurabîe à l’égard de celle d’un vaiffeau. M. Bouguer afîigna à ces vîteffes le fimple rapport de fept à deux. Dom Georges Juan, Chef d’Efcadre des Armées Navales de Sa Majeflé Catholique , d’après des expériences faites par lui-même à Cadix , trouva ce rapport bien plus rapproché encore, puifqu’en mefurant en même-temps la vîtefTe du Vent & celle d’un canot, il trouva le rapport feulement de 24 à 21 ; & il afTure que les barques vont journellement de Cadix auPuerto, diftants l’un de l’autre de cinq mille, en trois & cinq quarts d’heure de temps, îorfque le Vent parcourt de dix à quinze pieds par fécondé ; de forte que ces barques ont à peu-près les deux tiers de la vîtefTe du Vent. C’eft encore là où en font nos connoifTances fur ce fujet : il efl très-poflibîe, par le moyen des aëroftats, de faire de
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- nouvelles expériences. Il fembleroit, d’après le chemin parcouru par la plupart de ceux qui ont été lancés, & que l’on a fait connoître au Public, que le Vent a une vîteffe fupérieure à celle qu’on lui donne. J’ai vu à Bordeaux une de ces machines qui ne s’éleva que très-peu , & jamais au-deffus de trois cents toifes, parcourir environ trois quarts de lieue en vingt-cinq minutes par un temps qui paroilfoit parfaitement calme. On a parlé d’un aëroftat lancé à Newftat en Angleterre , le premier Avril 1784, qui a fait 133 milles en deux heures. La grande montgolfière , lancée à Ver-failles le 23 Juin 1784, a fait dôuze lieues en quarante-cinq minutes, ce qui répond à feize lieues par heure ; mais comme il eft apparent que ce ne font que de petites lieues d’environ 2,200 toifes , cela feroit feulement douze lieues un tiers par heure, ce qui répond encore à 5 8 pieds par fécondé , par un temps cependant que l’on n’a point dit être une tempête.
- 3.Puifque l’air elf condenfé par le froid & dilaté par le chaud , il efh évident qu’à vîteffe égale j il y a une différence fenfibîe entre la puiffance d’un même volume de Vent qui frappe une fur-face déterminée par un temps froid ou par un temps chaud. En effet, dans le premier cas le volume contenait une plus grande quantité de
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- jUr^dtïæte
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- particules d’air a une force relative plus grande. Voilà pourquoi les coups de Vent d’hyver font plus à charge que ceux d’été ; & pourquoi les grains du nord & du nord-oueft font en général plus pefants que ceux du fud-oueft.
- 4. Il eft difficile de né pas reconnoître l’aétion de la lune 6c du foleil comme la caufe des marées , & il eft affez naturel de penfer que ces aftres doivent influer encore par leur attraétion fur un fluide auffi mobile que l’air. Cependant on doit croire auffi que le mouvement que ces aftres occafionnent dans l’athmofphere , eft un mouvement doux, égal, progreflif, fenfible pour toute la mafle à la fois , comme celui des marées, & très-différent conféquemment de ces agitations brufques , violentes & partielles de l’air , que nous nommons Vent. Ce pourroit donc bien être très-mal à propos que l’on attribue à la lune St à fes phafes la principale influence fur les Vents St les changemens qui leur arrivent ; nous en parlerons ailleurs.
- Le Vent que nous éprouvons à la fur face de la terre, n’a point une grande élévation. Cela paroit confirmé par les nuages que l’on voit affez fouvent avoir des directions différentes ; par le rapport de pîufieurs Voyageurs parvenus au fom* met de hautes montagnes, qui jouiffbient d’un
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- calme parfait , &: voyoient au-defïous de leurs pieds les nues & les orages; calme que j’ai éprouvé moi-même du fommet du Mont-Liban dans la Syrie , étant alors plus élevé que les nuages, en même-temps que je voyois des bâtiments pouf-fés par le Vent fur la mer ; enfin , par les mêmes aëroflats dont on a déjà parlé , qui ont trouvé des courants d’air différents à différentes hauteurs, & qui j parvenus à une plus grande élévation , ont procuré à ceux qui les montoient, des fen-fations tranquilles & pures , apparemment dues à ce qu’ils né participoient plus ou participoietat fenfiblement moins aux émanations groffieres & vaporeufes de la terre. Ceci doit nous difpofer à penfer que le Vent pourroit bien avoir fa caufe dans le globe même que nous habitons, dans une athmofphere échauffée par les rayons du foîeiî reverherés par la terre, & continuellement chargée de parties minérales, fuîphuretifes, acides, gazeufes, tendantes h la fermentation, & qui fermentent en effet par leur mélange. Ainfi , l’athmofphere confiderée dans fa totalité , a deux forte’s d’agitation : l’une efl due à l’attraâion des affres, Sc elle efl commune à toute la maffe, mais elle efl infenfible pour nous , & nous ne pouvons que la preffentir, parce que nous ne voyons point le terme de l’athmofphere ; comme
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- nous ignorerions vraifemblablement les marées , fi nous n’avions point été à portée de voir la fur-face des eaux, & de la comparer au niveau des terres. L’autre forte d’agitation exifte dans les couches inférieures de l’athmofphere , comprifes depuis la furface de la terre jufqu’aux nues les plus élevées, & c’eft elle feule que nous reffen-tons fous le nom de Vent. Elle paroît avoir pour principe la chaleur du fdleil réverbérée par la terre, & être fufceptible d’augmentation & de modification, par les émanations gazeufes de notre globe.
- 6. Le VenC eft facilement détourné dans fon cours par les terres, ou relferré entre des montagnes ; & c’eft ce qu’éprouvent très-fouvent les Navigateurs* Jamais un vaiffeau n’a fait voile le long d’une côte , même par un beau temps, fans avoir du calme fous les montagnes, & des rifée.s par le travers des collines. Lorfque les montagnes font confidérabîes, les rifées font plus fortes ëz telles quelquefois qu’il faut veiller la mâture avec beaucoup d’attention , parce que le Vent prend néceffairement en vîtefïë ce qu’il perd en efpace : le vaiffeau parvenu à l'entrée d’une baie fpacieufe éprouve alors un Vent plus égal & plus uni. Ces rifées ont encore cela de particulier , qu’elles n’ont point la dire&ion exaéte du Vent,
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- mais qu’elles dépendent très-fenfiblement de la fituation de la colline; de forte qu’alors les Marins veillent non-feulement la force de chaque rifée , mais encore fa direêfion, pour en profiter fi elle eft favorable à leur route, ou pour empêcher qu’elle ne coiffe {b) leurs voiles. Il en eft de même dans les détroits refferrés, qu’on peut confiderer comme de grandes collines : le Vent y prend volontiers la direêfion des terres, & lorfqu’ils ont une longueur confidérabîe relativement à leur largeur , qu’ils font bordés de terres élevées, & que leur fituation eft droite , cet effet y eft conlfant. C’eft ce qui arrive au Détroit de Gibraltar. Toute l’année les Vents y font eft ou oueft ; & les vaifteaux qui veulent entrer dans la Méditérannée ou en fortir, ont toujours ou Vent de bout ou Vent arriéré. Une nouvelle preuve de la facilité avec laquelle le Vent peut être détourné dans fon cours, eft l’exemple des combats de mer. Une fuite d’obfervations a prouvé que lorfque le Vent
- (b) Lorfqu un vaifleau fait route ayant le Vent par fon travers, les voilés font orientées de maniéré que le Vent les gonfle en les pouffant vers l’avant du vaifleau ; mais fi le Vent change alors fubitement de direction en s’approchant de l’avant, la voile eft gonflée dan s un fens oppofé , elle s’appuie fur les mâts > die tend à faire culer le vaiffeau, & c’eft ce que l’on nornme une Voile coiffée.
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- n’a pas une force trop déterminée , Pair éprouve , par l’explofîon de la poudre à canon dans les combats des armées navales & même des e(cadres conlidérables, une agitation qui interrompt au bout de quelque temps le cours du Vent, & occafionne ordinairement du calme. Ainli, les inégalités perpendiculaires dont notre globe efï fillonné par les terres & les mers , par des cavités & des montagnes , font fufceptibles d’apporter des changemens à une direétion primitive du Vent, ainii qu’à fa force , d’autant plus que ces inégalités ont un rapport très-rapproché avec l’élévation du Vent, puifque quelques montagnes s’élèvent même au-deflus des plus hauts nuages que nous croyons être le terme fenfible de la région des Vents.
- 7. C’eft un fait hors de doute que l’air reçoit plus de chaleur de la réverbération de la terre, qu’il n’en reçoit de l’émanation direête des rayons du foîeil ; foit que ce fur croît de chaleur foit le (impie produit des particules ignées réfléchies * foit qu’il foit dû en partie à un principe de fermentation caufé par les matières qui s’élèvent de notre globe. G’efl-là pourquoi les lieux élevés font refpeêtivement moins chauds, & pourquoi la chaleur eft toujours beaucoup moindre fur les terres couvertes de bois & fur l’eau, qui ne font
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- pas auffi propres à réfléchir. Il n’eft aucun Marin qui n’ait éprouvé cette derniere différence , & j’ai fouvent été frappé de la chaleur fuffocante que l’on reffent au premier moment de la fortie d’un canot, en mettant pied à terre, pendant la chaleur du jour, dans les Colonies de la zone-torride : c’eft fur-tout par un temps calme, lorf-que le foleil paroît, que l’on peut effayer cette expérience. Si, comme on l’a déjà entrevu, le Vent avoit réellement fon principe dans la chaleur & les émanations de notre globe, il s’en-fuivroit que le raifonnement indique aufïi bien que les faits, que le Vent ne doit pas exifter à une grande élévation, & jamais fort au-deffus des nuages qui font formés des émanations ter-reftres les plus fubtilifées, déjà réduites fous la forme de vapeurs , & élevées à une région devenue froide, parce qu’elle participe peu ou point du tout à la chaleur réverbérée du globe. Il n’en faut pas conclure cependant que la partie de l’atmofphere, fituée au-deflus des nuages, foit dans un état de ftagnation : indépendamment de l’effet de l’attra&ion de la lune, du foleil & des affres, que nous avons déjà reconnu, l’agitation inférieure a encore de l’aâion fur elle ; mais ce dernier mouvement dans les couches fupérieu-res, eft un mouvement communiqué ; elles n’en
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- Théorie des Vents,
- contiennent point le principe , & c’eft tout ce que l’on prétend dire. C’eft encore par le fait de la réverbération , que l’on peut expliquer comment le Vent détruit pour nous une partie de la chaleur du foleil : les particules ignées font détournées de leur direétion par le Vent ; elles frappent la terre d’une maniéré plus oblique , elles la pénètrent moins, & elles font détournées encore en fe réfléchiftant. C’eft ainfi que tout n’eft pas brûlé fous l’équateur , où les rayons du foleil dardent fi fouvent à plomb ; que les chaleurs de nos climats, lorfqu’il n’y a point de Vent, font quelquefois plus fenfibles & plus gênantes que celles de la zone-torride, où des brifes confiantes fe font fentir , & que l’hyver eft pour nous la faifon la plus froide , malgré la plus grande proximité où eft alors le foleil de la terre , à caufe de l’obliquité fous laquelle il nous envoie Ibs rayons.
- 8. L’air , de même que tout autre fluide , tend toujours à l’équilibre. Ainfi, par-tout où une caule quelconque raréfiera l’air dans un efpace déterminé , l’air environnant preffera cet efpace en raifon du furcroît de fa pefanteur fur l’air raréfié. D’après le même principe , fi cet efpace laifte quelque ouverture par où Pair environnant puifte s introduire, il y entrera en effet avec une force
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- 16 Théorie des Vents.
- toujours proportionnée à îa différence de pefan-teur des deux airs. Cette Obfervation très-importante dans la Théorie que nous allons expofer, eft certifiée par une expérience que tout le monde peut faire. Si dans une chambre fans feu , on s’approche de la porte & des fenêtres, on ne s’appercevra que peu ou point du tout que l’air s’introduire dans la chambre par les ouvertures que îaiffe toujours en ces parties le manque de jonêfion exa&e ; mais fi l’on échauffe l’intérieur de la chambre, rintroduéiion de l’air deviendra très-fenfible, & en redoublant le feu , elle pour-roit même acquérir a fiez de viteffe pour former un fifflement que l’oreille difiingueroit.
- 9. L’expérience nous a appris qu’il exiftoic trois genres particuliers de Vents : les uns constants, les autres vâriables, & enfin les troifiemes périodiques. Les Vents confiants fe trouvent à droite & à gauche de la ligne équinoxiale, environ entre trente degrés de latitude nord, & trente degrés de latitude fud. Là , les Vents fouf-flent de îa partie de l’eft conftamment & fans interruption du moins fur la furface des mers : on les nomme aufli Vents Alifès. Depuis ces mêmes parallèles jufqu’aux pôles, tant dans la partie boréale que dans îa partie auftrale, les Vents, loin d’être fixes, prennent tantôt une diredion
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- Théorie des Vents. i?
- & tantôt une autre, n’ayant rien de réglé ni qui puiffe être prévu , foit dans leur cours, foit dans leur force , foit dans leur durée ; on les nomme Vents Variables. Enfin, dans la zone-torride, c’efl-à-dire , dans la région même des Vents Aîifés, il y a dans quelques lieux, & particuliérement dans la mer des Indes, une exception au cours régulier des Vents Alifés ; de forte que dans ces lieux on y trouve des Vents qui foufflent pendant la moitié de l’année d’un côté, & pendant l’autre moitié du côté oppofé. Ces derniers Vents d’ailleurs ont un cours réglé , périodique & anniver-faire , & on les connoît fous le nom de Moujfbns„ On doit ranger dans cette derniere Gaffe des Vents de terre & de mer auffi réguliers qudes Mouffons , mais journaliers au lieu d’être anni-verlaires, que l’on trouve dans prefque tous les pays chauds , & dans les zones temperées lors des làifons chaudes : on les appelle Brifes de Terre & de Mer , ou Brifes de Terre & du Large» Pour plus d’ordre & de clarté , nous fuivrons cette même Divifion ; nous parlerons féparement de chacune de ces trois efpeces de Vent, & nous tâcherons d’en affigner la Théorie.
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- 18 des Vents Aiisés.
- DES VENTS ALISÉS.
- JL/E Vent Aîifé peut être regardé à quelques égards comme le Vent primitif, & peut-être fuffiroit-il feul à imprimer du mouvement à la mafle entière de l’athmofphere. Pour s’en convaincre, il faut jetter les yeux fur la Carte réduite de la Terre, qui eft jointe à ce Mémoire. On y verra la vafte Bande des Vents Alifés placée au milieu du Globç, & féparant en deux la Région des Vents Variables. Dans cette Carte , qui nev s’étend de chaque côté qu’à foixante degrés de latitude, ces degrés, ainfi que dans toute autre Carte réduite, croiffent, en s’éloignant de l’Equateur , dans une proportion qui pourroit en im-pofer à l’œil, & faire penfer que la bande des Vents Alifés n’eft qu’une petite partie en la comparant aux deux autres ; mais le calcul peut redifier à cet égard cette idée , & ce n’eft point nous écarter que de nous arrêter un inftant fur cet objet.
- Soit FlG. A la terre ;la ligne PCP1,conduite d’un pôle à l’autre par le centre C de la terre, fon dia-
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- Des Vents Alises. 19
- p
- mètre ; le grand cercle OUQT l’équateur, les deux autres cercles parallèles à l’équateur, & conduits à 30° de diftance de l’équateur, marqueront la zone & les limites des Vents Alifés. Or, il eft facile de connoître le rapport de cette furface avec la furface totale de la terre. En effet, on fait, par la Géométrie , que la furface d’une fphere eft égale au produit de la circonférence de fon grand cercle par la longueur de fon diamètre; & aufli qu’une furface fphérique eft égale au produit de la circonférence du grand cercle, par la portion du diamètre qui mefure la hauteur de cette furface. Or, appliquons ceci à la terre &à ce que nous cherchons;
- Le degré de la terre valant vipgt lieues 3 il
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- 10 Des Vents Alises.
- s’enfuit que la circonférence totale de la terre eft de 360 fois 20 lieues ou 7 , £00 lieues. Donc > fon diamètre en lieues eft à peu-près de 2,292 lieues, ce qui donne pour la furface totale de la terre 16, «502,400 lieues quarrées.
- Actuellement, pour avoir la furface de la zone des Vents Alifés , il faut multiplier la même circonférence 7,200 lieues par la valeur de GCH hauteur de la zone : or , voyons ce que c’eft que GCH. D’abord il eft évident que cette ligné GCH eft formée de deux parties égales GC & HC, puifque les deux cercles font parallèles , & chacun à 30° de diftance de l’équateur. J1 eft tout aufti évident que GC eft égal à SN , en fuppofant que SN eft une perpendiculaire abaiffée de l’extrémité de l’arc SQ fur le rayon CQ ; mais en ce cas SN eft le finus de l’arc SQ, ou d’un arc de 300 , & eft conféqùemment égal à la moitié du rayon. Donc GC égale la moitié du rayon, & GCH égale le rayon même. Multipliant donc 7, 200 par 1,146 lieues, on a pour la furface de la zone des Vents Alifés 8,251,200 lieues quarrées, ou précifement la moitié de la furface totale de la terre.
- Ceci jtiftihe ce que l’on a dit que le Vent Àîifé pourroit peut-être feul donner du mouvement à la totalité de i’athmofphere , & du moins
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- Des Vents Ansé s. %t
- cela eft-il certain à l’égard de la partie inférieure que nous avons diftinguée , & qui eft le ftege & la région des Vents.
- la parfaite analogie qu’il y a entre le cours du foleil, les pliénomenes de fa chaleur , & les Vents Alifés, ne laiffe aucun lieu de douter que cet aftre n’en foit la caufe & le moteur ; mais au refte il ne faut jamais oublier que, par l’ex-preflion /impie de la chaleur du foleil, nous entendons fa chaleur réfléchie > & qui, comme on l’a dit, a une puiffance bien fupérieure. La région des Vents Alifés eft en plus grande partie formée de celle de la zone-tOrride , aufli, pour la facilité de l’expreflion , pourrons-nous bien quelques fois les confondre ; c’eft la partie de notre globe que le foleil échauffe avec une force d’autant plus grande, que fes rayons y agiffent plus verticalement , & que la terre, qui en eft plus profondément pénétrée , les réfléchit de la même maniéré. L’air donc échauffé fe dilate , fe raréfie, & ne pouvant s’échapper par les côtés, puifqu’ii eft environné par-tout de colonnes d’air plus denfes, il eft contraint de s’élever, & il le fait avec d’autant plus de facilitée qu’il devient plus léger par fa raréfaâion même ; mais il eft un terme à l’élévation de cet air, au-delà duquel il fe refroidit & fe condenfe. Il gravite alors 5c
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- fe répand pour rechercher le niveau. Plus fou-vent peut-il participer dans ce mouvement du cours de l’athmofphere inférieure ; cependant il effc fréquent dans la zone torride, de voir les nuages élevés non-feulement avoir un cours différent des nuages inférieurs, mais même en avoir un entièrement oppofé à celui du Vent quoique confiant qui y régné, ce qui fèmble prouver que cet air fe répand en tout fens, & ce qui çft fait pour juftifier notre hypothefe.
- L’air cependant ne peut fe dilater ainfi dans toutl’efpace expofé à l’aêtion du foleil, fans que les colonnes d’air latérales, compofées d’un air plusdenfe, & conféquemment plus pefant, ne viennent remplacer le vide qui s’y forme , pour être raréfiées & élevées à leur tour, à mefure qu'elles fe trouvent au foyer des rayons du foleil, & faire place ainfi à de nouvelles colonnes def-tinées à éprouver le même effet. Si le foleil agif*. foit toujours fur le même point , il n’eft aucun doute que l’air ne fe précipitât en tout fens vers ce foyer ; mais il n’en eft pas ainfi : à chaque inf« tant, la terre-, par fa rotation , oppofe des lieux nouveaux au foleil ; &, parce que c’eft vers les parties occidentales de la terre que l’aétion de cet aftre fe dirige, ce font les colonnes d’air orientales qui fe réfroidiffent les premières. Ce font
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- donc elles qui, en fe condenfant les premières , acquièrent du poids & fe précipitent vers le vide nouveau que le foleil forme à foueft.
- Telle eft la caufe des Vents Alifés : vents aufiî-conftants dans leur direéHon, que la marche de l’aftre qui en eft le principe. Entrons à préfent dans quelques détails, & considérons ft les faits cadrent à cette Théorie. Nous compterons dans ce moment-ci pour rien les exceptions qui ont leurs caufes dans le voifinage des terres ou dans quelques phénomènes rares & particuliers , qui feront expliqués à l’Article des Vents Variables; & d’abord nous obferverons que la marche de cet aftre étant fenftblement égale, & fes effets-fenfiblement égaux , le Vent Alifë doit être égal comme fa caufe. C’eft en effet ce que l’expérience démontre : Je Vent Alifé n’eft jamais accompagné de tempêtes, & très-rarement, excepté fous la ligne , comme on le verra plus bas, eft-il calme. Les vaifleaux, parvenus dans les parages de ces Vents, comptent alorsavec affez de certitude, le nombre de jours qu’il ont à tenir la mer, d’après la diftance où ils font de leur deftination ; & un bâtiment, d’une marche moyenne, doit eftimer faire environ trente lieues par jour. Une autre obfervation qui cadre encore fort bien avec nos principes, ç’eft que non-feulement les Vents
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- 24 Des Vents Aiisés.
- Alifés, mais même tous les Vents d’Eft , par un beau temps, renforcent toujours un peu pendant le jour > c’eft-à-dire , pendant que le foleiî eft fur l’horifon , & font plus calmes pendant la nuit.
- Peut-être voudroit-on obje&er le peu de force même du Vent Alifé, qui , en dépendant du foleil, devroit participer à la vîteffe du mouvement de la terre fur fon axe, & qui ne fait qu’en-viron dix pieds par fécondé , tandis que l’équateur en parcourt 1,42^ dans le même efpace de temps. Mais cette difficulté paroîtra fans force, fi l’on confidere que le foleil n’agit à la fois que fur une partie de l’athmofphere , & qu’il y a con-féquemment beaucoup de réfiftance b vaincre, relativement à la maffe totale. En effet, on doit croire & pofer en principe que l’a&ion du foleil a la même étendue de l’Eft à l’Oueft que celle que nous lui connoiffons du Nord au Sud : ainfi donc il doit agir à la fois fur environ foixante degrés de longitude , ce qui forme la fixieme partie de 360° , & la fixieme partie feulement de la tota* lité de la bande des Vents Alifes. L’athmofphere fupérieure, qui ne participe point à cette aôiion, forme , par fon adhérence , un nouvel obftacle ; la furface du globe, hériffée d’inégalités, en préfente un autre ; & il y a encore un autre frottement ou plutôt une décompofition de forces,
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- Des Vents Alises. 2$
- propre â retarder le mouvement de l’athmof-phere , dont il eft néceflaire de parler. Le foleil^ en agiffant, par fa chaleur, fur une aulîi vafte étendue que celle des Vents Alifés , ne peut avoir une aâion égale fur tout cet efpace, & on conçoit facilement que lorfqu’il eft à l’équateur, la partie de l’athmofphere, qui répond verticalement à fes rayons , eft plus échauffée que celle qui fe trouve à 300 de diftance vers le nord ou vers le fud. Il en réfulte donc que les colonnes d’air latérales du Nord & du Sud preffent fur les colonnes orientales, qui, en ferefroidiffant, viennent remplacer les vides que le fofeil caufe, par fa chaleur, vers l’Queft : ainfi, dans i’hémifphere boréal, le Vent Alifé doit prendre en partie du Nord, & dans I’hémifphere auftral , le Vent Alifé doit prendre en partie du Sud ; & c’eft ce qui arrive en effet. Or, ces deux Vents, en fe rencontrant vers l’équateur , s’affoibliffent né-celfairement parieur choc & par la deftru&ion des dire&ions oppofées, & il en réfulte , fous la ligne même , un Vent dire&ement à l’Eft, mais calme,qui eftEft-nord-eft & Eft-fud-eft, & plus frais à quelque diftance de l’équateur , & qui eft prefque Nord-eft & Sud-eft aux limites des Vents Alifés. L’expérience , qui confirme tout cela ÿ juftifie encore le raifonnement que nous étions
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- 2.6 Des Vents Alises.
- en droit d’en conclure ; c’eft que fous la ligne , indépendamment du calme} la réunion des nuages du Nord-eft & du Sud-eft, & le mélange des particules hétérogènes qu’ils contiennent, doivent y occafionner de groffes pluies & des orages qui y font en effet habituels, & qui rendent ce pafîage défagréable aux Marins.
- Le foîeil eft tellement la caufe des effets que l’on vient de détailler , que ce que l’on a dit exifter fous la Ligne, a lieu, pour parler plus exactement, fous le parallèle du foleil ; de forte que , par la même latitude boréale où le Vent étoit Eft-nord-èft , tandis que le foleil étoit à l’équateur, le Vent devient Eft lorfque cet aftre y eft parvenu ; & on le voit même Eft-fud-eft à l’équateur , lorfque le foleil eft dans le voifinage du tropique du Cancer. Alors la fphere d'aéHvité du foleil s’étend plus au Nord ; de forte que les vaiffeauxqui partent d’Europe, trouvent les Vents Alifés plutôt. Les calmes, les orages fe rencontrent de même fous le parallèle du foleil ; ou du moins ils y deviennent d’une fréquence remarquable. Cependant ces effets n’ont jamais toute l’étendue qu’ils fembîeroient devoir acquérir : c’eft que cet aftre agit principalement par réflexion , Sc que la terre eft toujours moins imprégnée de chaleur vers les tropiques que fous
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- Des Vents Alises. 27
- Péquateür , dont le foleil ne s’écarte jamais de plus de 23 0 281, & où il agit verticalement à chaque équinoxe.
- Tout le pafîe à peu-près de la même façon dans la partie auftrale : à mefure que le foleil s'approche du tropique du Capricorne , fafphere d'aêti-vité s’étend vers le Sud, & elle perd au contraire vers le Nord. Les vaiffeaux qui partent alors d’Europe, ont plus tard les Vents Alifés, & j’ai vu l’Efcadre commandée par M. le Comte de Blenac, allant de France aux Antilles, en 1762 , éprouver , dans le mois de Février , pendant pîulieurs jours de fuite, un gros Vent de Sud-oueft prefque fous le tropique du Cancer. Il y a cependant dans l’hémifphere auftral une différence très-remarqua-blé à cet égard, & qui prouve de plus en plus en faveur de notre opinion. Le Vent dans cette partie eft en général plus frais & plus déterminé ; les calmes & les orages y font plus rares, & lors même que le foleil eft à l’équateur , on ne les trouve gueres au-delà de deux degrés de latitude Sud, quoiqu’ils s’étendent alors jufqu’à huit <Sc neuf degrés de latitude Nord. Pourquoi donc le Vent de Sud-eft a-t-il cet avantage fur le Vent de Nord-eft, & réfifte-t-il plus à l’a&iondu foleil} Le voici. L’hémifphere auftral ,à latitudes égales, eft beaucoup plus froid que le notre. Peut-être
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- cela vient-il de la quantité des terres que l’on trouve dans celui-ci, & de la quantité d’eau qui couvre au contraire le premier ; mais la caufe n’eft point de notre raifort, & il fuffitpour nous que l’expérience ait démontré infailliblement cette vérité. L’athmolphere yeft donc en général plus denfe , plus gravitante ; & , lors du vide que le foleil caufe en raréfiant I’athmofphere, il eft nécefiaire que les colonnes d’air du Sud-ell aient un furcroît de force proportionné à la différence de leur pefanteur fpécifique. Aufli quelques Navigateurs ont-ils appellé les Vents Alifés du Sud de la Ligne Vents Généraux , pour les diftinguer des Vents du Nord-eft, auxquels feuls ils donnoient la dénomination de Vents Alifés.
- Ce que l’on a dit fur la raréfaétion de l’air, par la chaleur & la prefiion des colonnes d’air plus froides, a été mis hors de doute parla célébré expérience de M. Clarc, rapportée dans fon Traité du Mouvement des Fluides. Au milieu d’un grand plat plein d’eau froide, il plaça un petit plat rempli d’eau chaude ; puis ayant une chandelle allumée , il la fouffîa, & pendant qu’elle fumoit encore il l’approcha du bord du plat plein d’eau chaude. La fumée fie porta auffi-tôt au-deflus du milieu de ce plat, & ce ne fut qu’aîors qu’elle s’éleva d’une maniéré verticale. Ayant changé
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- fes difpofitions, de maniéré que le petit plat du milieu fut rempli d’eau froide, & que le grand plat contint l’eau chaude , il plaça la chandelle fumante au-deffus de l’eau froide , & alors la fumée, loin de s’élever perpendiculairement, fe dirigea au contraire au-defïiis de l’eau chaude du grand plat, entraînée par l’air froid quife portoit vers l’air raréfié par cette eau chaude.
- Il fe préfente ici fort naturellement une ob-fervation qui ne doit pas nous échaper : c’eft que, par nos principes , les ifles & les continents étant plus fufceptibles que la mer de recevoir & de réfléchir la chaleur du foleil, peuvent être confédérés comme le plat d’eau chaude dont on vient de parler, placé au milieu de l’océan, qui contient l’eau froide. Il en doit donc réfulter que , fur leurs côtes occidentales, non-feulement le Vent Alifé foit fans effet, mais que l’air plus eondenfé de la mer foit porté au contraire vers les terres au-deffus defquelles l’air efl plus raréfié. Audi cela a-t-il lieu réellement, non pas, à la vérité, aux ifles très-petites, telles que les Antilles & l’Ifle^ de-France, qui par-là font incapables de déranger le cours général de l’athmofphere ; mais les Vents de mer exiftent vraiement & conftamment aux côtes occidentales de l’Amérique, de l’Afrique & de la Nouvelle-Hollande, fituées dans la ré-
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- 30 Des Vents Alises.
- gion de la zone torride. En jettant lès yeux fur îâ Carte, & obfervant la diverfité des giffemenrs de celles de l’Afrique, on trouvera même une nouvelle preuve dé cèci dans les différentes ef-peces de Vents qui y régnent, qui font Nord-oueft aux côtes de Maroc,Sud & Sud-oueft à celles de Guinée , & Oueft aux côtes d’Àngoîe. Le principe ên eft actuellement trop évident, pour qu’il ne foit pas facile de fentir que la force & l’étendue de ces Vents dépendent de la quantité de chaleur que la terre eft fufceptible de réfléchir. Âufti n’en eft-il point de plus marqués que ceux d’Afrique, à eaufe du terrein fabloneux & des vaftes déferts fecs & arides de cette partie du inonde, que l’on fait être la plus chaude de l’univers. Ces Vents , qui ont leur plus grande force dans le voifinagé des terres , fe font fentir à plufîeurs degrés au large. Là, le Vent Alifé reprend fon cours ordinaire , &, pour qu’il ne rèftè aucun doute fur la caufe, nous devons citer les calmes que l’on trouve dans ces parages, & qui font une fuite néceffaire du balancement qu’éprouve Pair entre le Vent général d’Efl: & les Vents particuliers qui fe portent vers les côtes. Par la même raifon, on y trouve encore des orages & de greffes pluyes que les vapeurs & les nuages ftagnants y occafiohnent, & dont le ré-
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- Des Vents Alisés. 31
- fuirai: eft de purifier .l’air & d’en rétablir l’équilibre. On doit d’ailleurs fentir qu’il y a fur les terres pîufieurs exceptions à ceci, parce qu’à la chaleur du foîeil, caufe puilfante & principale, ilfe joint fouvent d’autres caufes locales dues aux fituations & aux émanations particulières des terres. Les montagnes élevées, '& dont quelques-unes , telles que les Cordilieres , recèlent des frimats continuels, doivent former néceffairement des obftacles au cours du Vent Alifé , en occafion-nant descondenfations diverfes dont on verra toute la puiffance à l’Article des Vents Variables. Aufli la furfaceplane des mers eft-elle le champ vrai, ainfi. que le plus vafte , qui doit fervir aux obfervations. Au refte, les Vents Alifés ne font point totalement exempts d’inégalités. Quelquefois ils ont un furcroît de force, quelquefois ils font calmes ; quelquefois même ils varient, & c’eft dans les régions où ils régnent , qu’éclatent ces terribles ouragans dont nos coups de vent nous donnent à peine une idée. Tous ces faits cependant ne contredirent point notre Théorie , & nous tenterons de les expliquer, à mefure que l’occafion s’en préfentera, en traitant des Vents Variables.
- Le foleil néceffite donc par fa chaleur un grand mouvement dans l’athmofphere f & dans les lieux où cette chaleur a une forte puiiTance ; le cours
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- invariable de l’aftre entraîne & détermine celui de l’air : telle eft la caufe des Vents Alifés. V oyons a&uellement quels font les Vents dans les autres parties du monde®
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- Des Vents Variables 33
- DES
- VENTS VARIABLES.
- O N a vu que les limites des Vents Alifés n’é-toient point tellement établies, qu’elles ne s’éten-diffent ou ne fe refferraffent quelquefois d’après la faifon de l’année ou le lieu du foleil ; mais enfin les Vents Variables commencent là où cet aftre cefle d’avoir une afHvité affez^forte pour vaincre la foule innombrable d’obftacles qui s’op-pofent a une marche régulière de la part d’un fluide auflî mobile que l’air, & ils s’étendent ainfî jufqu’aux pôles. Dans cet efpace , il n’y a plus rien de fixe & de fuivi ; tant & tant de caufes oppofées peuvent agiter l’air, qu’il feroit fort extraordinaire en effet de trouver la moindre régularité dans la marche de ces Vents. Ëflayons cependant d’expliquer leur cours, la diverfité de leur force, & leur ineonftance même.
- En général tout ce qui rompt l’équilibre de l’air, ou fait changer de place à une partie de l’arhmof-phere, produit du Vent. Ainfi, le mouvement d’un corps quelconque, le jeu. d’un foufflec, les cafcades.
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- l’agitation de la mer, font du Vent ; mais comme nous ne nous occupons ici que de Pair mû dans une étendue un peu eonfidérable, telle, par exemple, que le mouvement puiflTe être fenfible pour la Navigation, nous oublierons tous les petits objets, & nous ne considérerons que les caufes principales émanant des loix de la nature, & indépendantes de la volonté & de la puiffance des hommes. Ces caufes font i PÉIafticité de Pair qui, comprimé par quelque caufè que ce foit, eft bientôt nécefljté à une réaction. 2°. Les Condenfa-tions & les Dilatations partielles de Pathmofphere, occafïônnées par le froid & le chaud , & qui varient dans diverfes régions & à diverfes hauteurs. 3q. La Fermentation des vapeurs qui s’élèvent de la terre & de celles que les nuages contiennent* 49. Enfin, certains grands Mouve-mens de l’intérieur du globe , & d’autres moindres qui produifent des exhalaifons & dès Vents fou-terreins : c.onfïdérons en détail chacun de ces Objets.
- Dm l’Êlafticitê & de la Réaction de VAir.
- RAPPELIONS-nous que la fur face des Vents Alifés égale celle de la région des Vents Variables. Il en réfulte donc en général une tendance très-
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- n
- Des Vents Variables.
- marquée de Pair à fe rendre des pôles où il eft plus denfe , à l’équateur où il eft plus raréfié., Audi, dans nos climats, toutes les fois que le temps eft beau ; c’eft-à-dire , que l’athmolphere jouit d’un état de pureté & d’équilibre, voyons-nous les Vents modérés fe ranger entre le Nord & l’Eft ? Dans Thémilphere auftral le Vent pafle dans les mêmes circonftances, & par la meme caufe , du Sud à l’Eft, & cette remarque n’a point échappé à pîufîeurs Voyageurs. C’eft donc-là, pour ainfi dire, l’état naturel du Vent, & ç’eft par-là que le Vent Alifé peut être çonfidéré, comme une caufe preuiiere des Vents des zones tempérées & glaciales. Un tel. effet cependant ne peut exifter fans que l’air, accumulé an centre , ne reflue en feus contraire. Peut-être , Sç nous avons lieu de le croire, Pathmofphere eft-elle plus élevée à l’équateur, en raifon des forces centrifuges : il doit en être ainfi de la partie de rathmofphere inférieure, qui eft le fiege des Vents, & la feule que nous conûdérions ici. Mais, enfin, lorfque ce furcroit d’élévation , néceffaire-à l’équilibre , eft une fois établi, tout nouvel air ajouté occafionne une preftion , & il fautab-, folument que, par quelque moyen que ce fbit, il reflue alors une partie du fluide vers les pôles. Cette réaction n’eft donc point douteuie, mais
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- elle paroît avoir lieu de différentes maniérés : quelquefois elle n’eft que fupérieure , & alors npus continuons à jouir d’un beau temps ; quelquefois elle eft plus violente, & fon effet alors fe fait fentir jufqu’à la furface de la terre. Peut-être cette différence eft-elle en partie déterminée par la raifon combinée de. l’élévation de l’athmof-phere fous l’équateur dont nous venons de parler & de rinrumefcence qu’occafionne à l’air la raréfaction folaire qui n’a pas lieu au même point. Mais, quoiqu’il en foie , cette réaCtion exifte , & c’eft de là que fouvent les Vents de Nord-eft de nos climats, lorfqu’ils ont duré plufieurs jours , font prefque immédiatement fuivis de Vents du Sud-oueft; & que très-rarement ces mêmes Vents de Nord-eft tombent au Sud-oueft autrement qu’en paffant par le Sud-eft, & par le Sud; puifque c’eft au midi qu’exifte le furcroît ou l’accumulation d’air qui les caufe. Cette réaètion , dont nous parlons, eft, fans contredit, une des four-ces les plus puiilantes & les plus communes des variétés du Vent dans nos climats, parce qu’elle a lieu non-feulement de la zone-torride à l’égard des autres zones, mais par tout où quelque caufe a excité un mouvement conlidérable dans l’air. C’eft de cette combinaifon que naiffent mille fortes de Vents différents,dont le cours & la force
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- offrent des bizarreries inexplicables, & qui font le défefpoir de ceux qui étudient le Vent dans fes effets. *
- Ce que nous venons de dire, explique encore très-bien pourquoi les Vents qui montent au nord-eft ou à l’eft, paffent ordinairement par le nord, & pourquoi ils font alors en général plus durables. En effet, cette circonftance. eft le plus fouvent le réfultat de la fituation naturelle de l’athmofphere , qui tend vers l’équateur ; au lieu que le Vent 11e peut prendre fon tour par le fud qu’en vertu d’une tendance de l’air de l’équâteur vers les pôles, ce qui eft contre la loi générale , & promet une moindre durée.
- Des Condenfations & Dilatations dû V Athmofphere ,* & des Fermentations des Vapeurs qui s}élevent de la Terre,
- Une caufe d’un genre fèmblable eft la différence locale & fans ceffe variable de la chaleur fur les différents points de l’athmofphere ; différence bien fenfibîe & très-marquée par les états de thermomètre , & que quelquefois un feul nuage , interpofé entre le foleil & la terre, fuffit pour occafionner. A cette caufe s’en joint fou-vent une autre provenant des vapeurs qui s’élèvent
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- 38 Des Vents Variables.
- de la terre, & qui fermentent entre elles. De-là une foule de condenfations & de dilatations partielles & diverfes de l’athmofphere, &confé-quemment une interruption continuelle dans l’équilibre & dans le cours de l’air. Ici ce fluide, dans un état tranquille & moyen , permet une comprefïion fur lui, qui ne tarde pas à réagir, & fait quelquefois varier le Vent plufieurs fois en un jour. Là , des vapeurs hétérogènes & différemment éle&riques fe rapprochent, & de leur choc ou de leur mélange , naiffent la foudre , les grains & la pluie. Plus loin, enfin, les nuages s’accumulent, raffemblés d’une grande diftance, par des caufes qui agiffent en fens contraire, & préparent ainfi ces tempêtes qui font la défo-Sation des Navigateurs.
- Perfbnne, je penfe, ne doute que ce ne fbît dans les nuages & les vapeurs fermentantes dont: ils font formés, que réfide la caufe immédiate de ces météores. L’expérience a fondé à cet égard notre croyance : jamais, en effet, ils n’exiftent dans l’abfence des nuages, & l’on fait que, par un temps clair & fin , on n’éprouve qu’un Vent modéré & égal. Dans les gros coups de Vent au contraire le ciel eft chargé & couvert; le foleil ne peut percer & fç faire voir, & les nuages, loin d’être pouffes par la violence du
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- Des Vents Variables. 39
- Vent, femblent faire mafle & être immobiles, retenus fans doute par les caufes oppofées qui les ont rafïemblés , & par leur propre volume. Audi les coups de Vent, quoique fort inégaux en force & en durée, ont-ils toujours une grande étendue* Ge n'eft qu’au bout d’un temps plus ou moins long , que les nuages commencent à prendre un cours bien déterminé, & cet effet annonce que le Vent n’aura point de plus grand effort ; enfin, dès qu’ils font coupés , & que l’on apperçoit entre eux l’azur du ciel, ou , comme s’expriment les Marins, le Vieux-Ciel, on eft afiuré que le coup de Vent touche à fa fin. Ce qui prouve encore que le mouvement de l’air, dans les coups de Vent, a pour principe l’accumulation des vapeurs , c’eft que , dans ce cas, fon cours reifemble à celui d’une riviere, toujours plus rapide au milieu & plus foible fur les bords. On a vu, par des Journaux de Navigation, que deux bâtiments ont été plufieurs jours de fuite à une diftance médiocre l’un de l’autre, tous deux ayant un même Vent contraire à leur route, mais l’un jouiffant d’un temps modéré qui lui permettoit de porter de la voile , /tandis que l’autre étoit à la cape battu par un gros temps.
- Le tonnerre a de même fon origine dans les vapeurs élevées de la terre. Les nuages, à la
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- vérité ont fouvent alors un cours déterminé & quelquefois rapide ; & pourquoi cela ne feroit-il pas, l’orage n’occupant jamais qu’une étendue bornée ? Mais ceux qui paroilfent porter la foudre s’élèvent ordinairement & s’avancent contre le Vent régnant à la furface de la terre, & cette fîngularité eft faite pour qu’on l’obferve. Ce que Pon connoît de l’ëleétricité & de fon rapport avec le tonnerre, autorife à raifonner ici par analogie. Nous fommes donc en droit de conclure qu’il faut , pour que la foudre éclate, qu’il y ait non-feulement choc entre les nuages, mais encore qu’ils foient diverfément éleétriques, ce qui ne peut gueres arriver que lorfqu’ils ont été formés dans des lieux différents, & qu’ils font rapprochés par des caufes oppofées. En effet, on fait que, dans l’éleéf ricité, l’étincelle n’a lieu que par le rapprochement de deux corps parvenus à leur fphere d’aëtivité , dans lefqueîs la quantité en plus & en moins de matière éledfrique tend à 1 équilibré, & dans lefqueîs il s’établit en effet par ce moyen. De forte que deux corps très-éleétriques, mais fembïablement électriques, ne donnent aucune explofion, & qu’en général toute détonation n’a lieu qu’en raifon de la différence de la quantité éleétrique que contiennent les corps rapprochés. On fent facilement, en ce cas, que
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- des nuages formés dans les mêmes lieux, & fui-vant un même cours, doivent être trop homogènes pour faire éclater la foudre. C’eft donc prefque une nécefïité , pour qu’il tonne, que des nuages, formés dans des lieux différents, pour être compofés de parties hétérogènes , foient rapprochés par des Vents oppofés ou par ces condenfations & dilatations partielles del’athmof-phere dont nous avons parlé: quelquefois, dans ce dernier cas, les nuages fe raffemblent de plufieurs côtés, & alors on dit qu’il y a plufieurs orages. Voilà pourquoi le tonnerre eft rare, malgré la quantité de matière électrique dont les nuages font toujours plus ou moins chargés ; pourquoi les montagnes, qui arrêtent & fixent les vapeurs, rendent les pays où elles font fituées plus fujets aux orages ; & pourquoi il tonne fi peu en pleine mer, où les nuages font en général formés de parties analogues & fembîables. C’eft en été que la chaleur plus forte rend les dilatations & les condenfations partielles de l’athmofphere plusfen-fibles & plus fréquentes ; c’eft encore en été que la même caufe éleve une plus grande quantité de vapeurs, & que le tonnerre conféquemment gronde plus fouvent. Le Vent dans cette faifon eft aufli généralement plus variable & .plusfujet aux calmes, parce que, dans notre hémifphere rem-
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- pli de terres, ces dilatations partielles s’affoiblif-fent & fe contrarient par leur Quantité même* Enfin , c’eft la dilatation que caufe vers l’équateur la préfence du foîeil fur nôtre horifoh, & la condenfation qu’amene fon abfence, qui expli^-quent l’obfetvatiôn qui a été faite que le Vent de nord étoit plus fort le jour, & Celui du midi plus fort pendant la nuit.
- Les grains ont aufli leur fource dans les nuages^, & fuivant ta quantité & l’efpece des matières âqueufes , gazeufes & ëleêtriques que contient le nuage, c’eft ên vent, en pluie, grêle ou neige qu’il fe réfoud Wèc une violence plus ou moins grande. On fait que , dè nos jours à Paris, M. Quinquet a obtenu, par le moyen del’éle&ricité, tous les météores glacés. Il eft des grains qui ne donnent que du Vent, il eh eft qui ne donnent que de l’eau , mais le plus fouvent ils donnent l’un & l’autre : quelquefois même on en a vu porter la foudre. Quoique leur peu d’étendue les rende dépendants du Vent qui régné , & les force à fuivre fon cours, il n’eft point douteux qu’ils n’aient en eux le principe de la fermentation* Le plus fouvent en effet ils influent fenfiblement fur le Vent, en le faifant varier quelquefois de pîufieurs airs de Vent , & prefqüe toujours le
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- paflage de chaque grain eft fuivi de quelques moments d’accaîniie. (c)
- II né doit donc relier aucun doute fur l’exif-tence des vapeurs gazeufès, éleâriques Sc fermentantes dans les nuages. Audi voit-on dans chaque pays les Vents donner des phénomènes différents d’après les lieux divers d’où viennent les nuages & les vapeurs qu’ils tranfportent. En Europe les Vents du Nord à l’Eft font clairs & iecs ; ceux de l’Eft au Sud font humides, brumeux, donnent la neige en hyver ; les Vents du Sud à EOueft donnent la pluie & les gros Vents; & enfin , les Vents de l’Oueft au Nord foufflent par “grains, & pouffent conftamment de gros nuages fclancs détachés. Par la même raifon , ces Vents dont plus ou moins fains, plus ou moins nuifibîes à. la confervation de la famé $ & d’après la qualité , la condenfation ou la fermentation des vapeurs qu’ils tranfportent, on les trouve quelquefois chauds en hyver , ou froids en été. On a prétendu qu’il y avait en quelques lieux des Vents tellement chargés de vapeurs, qu’ils étoient capables de produire les effets les plus violents.
- ( c ) Accalmie eft un terme de Marine qui lignifie une diminution inftantanée & confidérable du Vent, qui peur même aller jufqu’au calme, mais après laquelle il reprend fa force.
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- C’efi: ainfi, dit-on, qu’aux côtes brûlantes de Guinée, il s’élève quelquefois un Vent que l’on nomme Hermatans , qui eft fi froid , qu’il don-neroit la mort à tous les êtres qui y refteroient expofés ; & que dans le golphe de Perfe, au contraire, il y en a quelquefois de fi chauds , qu’ils feroient périr également ceux qui les af-fronteroient. Quoique ces faits ne foient pas abfolument dénués de toute vraifemblance, je ne m’en rends cependant point le garant. Au refte, une partie-de ce que l’on a dit appartenir aux nuages, doit s’entendre des vapeurs qui ne fe manifeftent pas invariablement fous la forme de nuages. Tels font ces grains blancs ou hauts* pendus de la zone torride , qui paroitfent à peine dans un ciel férein & clair , & defquels fort un Vent momentané , mais impétueux, & capable de caufer les plus grands dégâts aux vaifleaux qui ne s’en méfient point. Telle efl: une vapeur bru-meufe très-fenfible, qui cerne quelquefois tout l’horifon, & le rend gras & épais, malgré la préfence du foleil, & que l’on voit particuliérement très-fouvent à Cadix, lorfqu’il y fbuffle des Vents d’Eft venant de la montagne de Medina-Sidonia , & nommés, par cette raifon, Medine. On peut citer encore le phénomène connu du vulgaire fous la dénomination d’Etoile qui file ,
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- quoiqu’il ne paroifle point influer fur les Vents, & qui n’eft autre chofe qu’une vapeur gazeufe enflammée. C’eft: encore ainfi. que quelques ob-fervations modernes paroiflent affiner que la foudre s'élève quelquefois du fein de la terre même.
- Il pourroit bien être que la fermentation des gaz & des vapeurs , qui donne les coups de Vent, puifle détruire une partie de l’effet de la pefanteur de l’air, & loit la caufe de l’abbaiffe-ment du mercure dans les baromètres, à l’approche & pendant la durée des mauvais temps. La même caufe expliqueroit le mouvement extraordinaire de haut & de bas qu’a le mercure, lors des gros coups de Vent, dans les baromètres les mieux renfermés. Cette agitation feroit la fuite de l’inégalité dans la fermentation , par laquelle l’air, de temps en temps, recouvreront une partie de fon poids naturel.
- Les dilatations & condenfations partielles de l’athmofphere , caufées par la diverfité de chaleur fur les différents points de l’athmofphere, font donc hors de doute ; la fermentation des vapeurs particulières, élevées par la chaleur, eft auflS. certaine ; & c’eft là ce qui explique comment les nuages n’ont pas toujours le même cours dans un même temps, & comment , en dernier lieu,
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- les aëroftats ont fouvent été mus, par différents courants d’air, à différentes hauteurs: tout le monde connoît Fexpérièrice attribuée à M. Francklin, & que voici. Si de deux appartements contigus t féparés par une porte fermée, l’un eft échauffé par du feu ou par la préfence de beaucoup de monde , & que l’autre au contraire, privé de cette chaleur artificielle, fôit fenfibîement plus froid. Si, dis-je , dans cèttedifpofîtion, on vient à ouvrir la porté de communication des deux appartements , on pourra fe convaincre, par la flamme d’une lumière placée fur le fièuil de cette •porte, qu’il y a un courant d’air affez vif qui va de l'appartement froid dans l’appartement chaud /tandis qu’une fécondé lumière, tenue vers le haut de la porté, convaincra de même qu’il y a dans cet endroit un courant contraire qui va de l’appartement chaud dans l’appartement froid ; & enfin, une troifieme lumière , tenue vers je milieu de la hauteur de la porte , démontreroit > par fa tranquillité, qu’il n’exifte là aucun mouvement d'air fenfibîe. Cette expérience eft conforme à tout ce que nous avons dit. Les deux airs, différant en denfité & en poids , doivent tendre à l’équilibre & à fe mêler. Celui de l’appartement froid, plus denfe, pafte dans l’appartement chaud par en bas, & l’air de celui-ci, plus raréfié, &
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- conféquemment plus léger, paffe dans l’appartement froid par en haut. Ce doit être , fuivant cette loi, que l’air raréfié fe répand de l’équateur vers les pôles, & aufli qu’il reprend fon équilibrée dans les dilatations & condenfations partielles de l'athrnofphere. Voilà pourquoi les nuages qui portent la foudre, plus électriques & plus dilatés, font les plus élevés, & pourquoi , lorfque les nuages n’ont pas tous la même direôtion que le Vent régnant à la furface de la terre, ce qui n’eft point très-rare, j’ai conftamment obfervé que ce font les plus élevés dont le cours eft différent, tandis que les nuages les plus bas font prefque toujours entraînés par le Vent que nous reffentons.
- Les vapeurs qui s’élèvent de la terre, & qui, par leur fermentation , ont la puifTance d’excitèr du Vent, font fenfibles dans la zone-torride, aufii bien que dans les autres zones. C’eft de là que viennent les inégalités qu’éprouvent 'quelquefois les Vents Alifés. Ces fermentations, félon la di-reêtion qu’elles prennent , contrarient le Vent ou le favorifent. Dans le premier cas, elles l’af-foiblifTent, elles le font varier de quelques quarts, & elles peuvent produire un ciel couvert & nuageux y parce qu’elles font plus long-temps à fe difiiper. Lorfqu’elles fuivent au contraire fa
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- direèlion, elles doivent augmenter fa vîteffe, elles donnent ces brifes fraîches , connues fous le nom de Brifes-carabinées, & pendant lefquelles on apperçoit affez fouvent une vapeur pareille à celle des Médines de Cadix. Au telle, ces fermentations peuvent avoir quelquefois un degré bien plus aétif & capable de produire les effets les plus violents ; nous en parlerons dans un ïnftant.
- Les terres, par leur fituation , par les gaz qu’elles recèlent, par leurs montagnes, ou leur peu d’élévation, par la quantité de chaleur qu’elles font fufceptibles de réverbérer, doivent avoir une grande puiffan ce fur les dilatations & condenfa-tions locales & diverfes de l’athmofphere , & àufîi eft-il facile de reconnoître leur influence fur les Vents. C’efl: de cette forte que l’on voit affez fouvent , mais particuliérement dans les pays chauds & proche de terre, deux vaiffeaux courir l’un fur l’autre à route oppofée a tous deux vent arriéré & tous deux avec un bon frais, Us s’approchent ainfi de très-près, & enfin une des brifes furmonte l’autre , ou les deux vaiffeaux refient en calme. La fituation des terres élevées peut encore avoir de l’influence fur les Vents s en rompant leur effort, & en les détournant de leur dire&ion. On éprouve tous les jours un
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- effet femblable dans les villes où le Vent prend un cours différent dans chaque rue , & je me fuis plufieurs fois affuré, dans des ports de mer, que des Vents du large qu’on y avoit trouvé modérés , avoient été violents en mer. C ’eft par ces caufes qu’il n’eft aucune contrée du monde qui n’ait fon Vent plus particulier, &, pour ainfi dire, favori. M. Mufchenbrock avoit remarqué que les Vents d’Queft étoient les plus fréquents en Hollande; j’ai vérifié de même qu’aux côtes occidentales de Bretagne, les Vents font le plus fouvent au Sud-oueft ; que dans le fond du golphe de Gafcogne , les Vents font habituellement au Nord-oueft ; qu’ils prennent fouvent la même pofitiôn dans la partie de la mer Médi-terannée, ütuée au de là. de la Sicile ; & que dix mois de l’année les Vents font du Nord-nord-oueft au Nord-eft aux côtes de Portugal. C’efl encore à ces caufes qu’il eft apparent qu’on doit attribuer un fait remarquable qu’éprouvent fur l’Océan les vaiffeaux qui naviguent d’Europe en Amérique & d’Amérique en Europe, lorfqu’en allant ils quittent la région des Vents Variables pour entrer dans celle des Vents Alîfés, c’eft toujours par des Vents prenant du Nord qu’ils commencent à éprouver du changement ; de forte que les Vents Variables ont une propenfion
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- à devenir Nord-oueft, puis Nord , & enfin Nord-eft à mefure qu’ils avancent. A leur retour au contraire , c’eft par des Vents du Sud que fe manifefte leur rentrée dans la région des Vents Variables : le Vent devient Sud-eft & paflè au Sud & au Sud-oueft. te premier effet fe conçoit avec facilité ; il efl une fuite naturelle de la ra-réfaôtion de l’air dans la zone-torride, & du cours que doivent prendre les colonnes latérales pour le remplacer ; aufii eft-il le plus étendu, & pour ainfi dire l’effet général. Quant au fécond fait > il s’explique par l’étendue même de la région où il a lieu, & qui prouve que ce n’eft qu’un événement local. Les vaiffeaux qui reviennent en Europe rentrent dans les Vents Variables entre $ $0 & 8oQ de longitude occidentale; c’efl-à-dire, entre les méridiens qui paffent par la pointe de la Floride & par Terre-Neuve. Or , il efl: facile de concevoir que les terres de la Floride & de la Caroline doivent caufer une dilatation plus forte à l’air que celle qu’il éprouve au-deffus de la mer , moins propre , comme on l’a déjà dit, à réfléchir la chaleur. Le cours de l’air doit donc alors être déterminé à le porter vers les terres, ou, ce qui efl la même chofe , le Vent doit prendre du Sud. Si l’on confidere que la côte de l’Amérique feptentrionale court Sud-oueft &
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- Nord-eft, on verra que ce railonnement eft le même pour chaque latitude fucceffive. En effet, il y a toujours à chaque parallèle plus de terres au Nord, conféquemment plus de dilatation de Pair dans cette partie , & une propenfion de ce fluide à s’y porter. Mais, en fe rappellant auflï le peu d’élévation de la région des Vents, il eft évident que le Vent arrêté au Nord par la côte, eft contraint le plus fouvent d’en fuivre la di-re&ion ; c’eft-à-dire , qu’au lieu d’être Sud, il doit devenir Sud-oueft comme le gifiement des terres. L’air fupérieur & raréfié de la zone-torride qui fe condenfe & gravite alors en fè répandant fur les côtés, doit encore augmenter cet effet, en fuivant cette idée & obfervant le peu d’étendue des mers entre la Nouvelle-Angleterre & PEurope, relativement à la furface totale du globe ; en confidérant aufîi que l’Europe eft, à latitudes égales, beaucoup plus chaude que les parties de l’Amérique qui lui font oppofées, à caiife des lacs & des forêts dont celle-ci eft couverte , on trouvera la caufe des Vents de Sud-oueft & d’Oueft qui font fi fréquents dans notre Océan. C’eft encore l’effet des émanations Sc de la fituation des terres qui rend en général les golphes fujets à des Vents plus violents. Il eft évident auffi que tous ces courants d’air par-
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- ticuliers à la furface de la terre , doivent nécef* fiter pour l’équilibre des courants oppofés dans les couches fupérieures de Pathmofphere.
- Nous n’avons rien à ajouter de plus à cet égard : la mer de l’Oueft eft prefque inconnue, & le refte de la partie feptentrionale des Vents Variables étant rempli par les terres de i’Afie & de l'Amérique, eft par-là peu propre aux Ob-fervations, à caufe du grand nombre d’exceptions particulières que celles-ci occafionnent. Cependant , ce que l’on fait de ces régions, confirme nos principes. Quant à la partie méridionale des Vents Variables, tout y eft exa&ement conforme à ce que nous avons indiqué. Cette partie du monde , où il ne fe trouve prefque point de terres qui puiffent s’oppofer au Vent & contrarier fon cours, offre en effet des Vents habituels entre le Sud-eft & le Sud-oueft, interrompu cependant quelquefois par des Vents oppofés qui font une fuite néceffaire des mêmes principes que nous avons déjà pofés. Elle eft également fujette , par ces caufes, à des coups de Vent qui y font en général plus lourds pour les Vaiffeaux, parce que l’air y eft plus condenfé par le froid. Les Vents de Sud & de Sud-eft y font clairs, comme étant une fuite de l’état de pureté & d’équilibre de l’air, de la même maniéré que les Vents de Nord
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- s: teftaa^fc-pt
- Des Vents Variables, çj
- & de Nord-eft dans notre hémifphere , & tout, en un mot, s’y rapporte à ce que nous avons dit.
- Une Obfervation qu’il n’eft point hors de propos de citer, c’eft que l’on a cru remarquer que chaque année donnoit à peu-prés, dans, chaque lieu , une même quantité des mêmes Vents ; des notes tenues en Hollande , pendant plufieurs années, dans différentes Villes, donnent lieu de le penfer, & cette opinion tire beaucoup de force de celle de M, Muftchenbroek , qui a été lui-même à Utrecht un des Gbferva-teurs. En effet, ilpâroît que cela doit être ainfî, puifque la quantité de chaleur &de vapeurs fermentantes ne doit pas varier excefîîvemént chaque année. On s’eft encore affûté par Obfervation , que le Vent, lorfqu’il étoit frais, âvoit une étendue affez confidérable & un cours fuivi & progreflif. On a éprouvé quë le Vent de Sud-oueft étoit fenfible à Middelbourg, environ douze heures plutôt qu’a Utrecht, qui eft dans le Nord-eft de la première ville : & des notes tenues en France , en Angleterre & en Suifle , ont montré de même que l’on éprouvoit dans ces lieux des Vents femblables , lorfqu’ils avoient de la force & de la durée. Peut-être pourroit-on remarquer,d’après la diftance de Middelbourg à Utrecht,
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- que le Vent eft long-temps à parvenir d’un lieu à l’autre ; mais aufli ne fùis-je point éloigné de penfer que le Vent, du moins à une petite éîé^ vation , a un cours plus gêné & moins rapide fur terre que fur mer. Peut-être même eft-ce à cette gêne , qui feroit le produit de l’inégalité des furfaces, qu’il faut attribuer en partie la vîteffe accélérée des aëroftats fur ce que l’on devoit attendre à cet égard, d’après les expériences déjà citées fur la vîteffe du Vent, & qui; n’ont pu être faites qu’à de petites élévations. Cela confirme encore que c’efl: fur mer & non fur terre qu’il faut obferver les effets du Vent parce que les montagnes, les dilatations particulières, & une foule de caüfes peuvent affoi-blir , détruire & changer une caufe même générale.
- JD u V~ent produit par des caufesfouterreines.
- Les condenfations, & dilatations de l’athmof-phere , les réactions de l’air comprimé, & les vapeurs raffemblées fous la forme de nuages, ne font point les feules caufes de l’agitation de l’air. Il s’élève quelquefois du Vent du fein de la terre, & plufieurs Auteurs ont parlé de ces Vents fou-terreins. Pline a dit qu’il exiftoit dans la Dalmatie
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- des puits defquels ii fortoit des tempêtes. M« Scheuchzer>dans fa Stoïcheïographie de la Suide » â donné la defcription de plufteurs cavernes de de cette nature* Il s’en trouve encore, dit-on, en Angleterre dans le Comté de Denbigh , & à Aberbarry dans la Principauté de Wallis ; dans le Royaume de Naples ; en Pologne proche de Crâ-covie ; en France même au Mont Malignon dans la Provence , & en Dauphiné proche de Nilfonce. Ces faits n’ont rien d’abfolument extraordinaire , la chaleur qui pénétré la terre fuffiroit feule en certains cas pour dilater l’air contenu dans l’intérieur de ce s cavernes, & l’obliger de s’échapper'avec force par les ouvertures rétrécies qui le préfentent. D’ailleurs, puifqué les vapeurs en
- fermentation produifent du Vent dans l’âthmof-
- phere r pourquoi n’en produiroient-elles pas dans l’intérieur des cavernes ? Mais comme l’on rapporte qu’il s’élève aufli du Vent du fond des eaux, il eft évident qu’il y a du moins ici une autre caufe. Les premières Obfervations que j’aie faites relatives à cecî, font à la mer par le calme plat. On volt prefque toujours alors autour dit navire des rifées à fleur d’eau , qui rident légèrement fa furface. Le Vent qu’elles donnent s^leve fenliblement jufqu’à la hauteur des gaillards , où il fait battre le peneau ou la girouette
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- qui y eft placée ; mais il ne parvient que très-rarement jufqu’aux girouettes de la tête des mâts, parce qu’il ne s’élève point aflfez verticalement pour cela, & que ces rifées foibles perdent de leur force en fe divergeant. Ces rifées, que je n’ai jamais manqué d’obferver toutes les fois que j’en ai eu l’occafion, n’ont que bien rarement des directions femblables, & cela ajoute encore à la perfuafion où je fuis qu’elles s’élèvent réellement de la mer. On fait, par plufieurs faits, que le fol fur lequel la mer repofe, n’eft point exempt de reflentir les tremblements de terre , d’où l’on peut conclure qu’il récele, aufli bien que tout autre terrein , des parties fuiphureufes, nîtreufes, ferrugineufes, vitrioliques &c. ; fufceptibîes de fermentation. Il eft donc facile de penfer que des vapeurs produites par ces caufes , peuvent s’élever du fond des eaux : lorfqu’elles s’exhalent à la furface de la terre , elles doivent le plus fouvent être infenfibles pour nous, faute de moyens pour les appercevoir ; mais lorfquelles traverfent un fluide mobile, il eft naturel qu’elles lui impriment une agitation plus ou moins forte. Quelle autre caufe pourroient avoir le bouillonnement & les vagues des eaux de certains lacs ? Celui de Geneve eft cité par plufieurs perfonnes , comme éprouvant quelquefois des mouvements irréguliers & ex-
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- traordinaires, dont on ne peut rendre compte. M. MufTchenbroek a rapporté, d’après le célébré GalTèndi, qu’il fortoit quelquefois d’un lac nommé Legni, des vapeurs épaiffes qui s’élevoient fous la forme de nuages, & donnoient bientôt des tempêtes. On en dit autant d’un lac fitué au pied du Mont-Pila, à deux lieues de Vienne en Dauphiné. On raconte du lac Wetter en Suede > que fes eaux , fans caufe apparente , s’élèvent quelquefois & s’agitent avec violence * & que peu après cette agitation eft fuivie d’un Vent fort & orageux. J’ai vu la petite Ifle , près celle de Santoriri, qui, au commencement de cefiecîe, a augmenté, dans la mer Méditerannée, le nombre des ifles de l’Archipel. Perfonne n’a de doute fiir celle qui a forti de la mer en 1783 , proche de l’Iflande , quoiqu’elle ait difparu depuis , & l’Hiftoire nous porte à croire que cet événement étoit déjà arrivé autrefois. Peut-on penfer qu’une fermentation femblable ne foit capable de caufer à l’air l’agitation la plus forte, ou d’y répandre des vapeurs qui puiflent produire du Vent?Qui n’a point attribué à la caufe qui bouleverfoit la Sicile & élevoit une Ifle dans les mers du Nord, les brouillards fecs & extraordinaires qui ont couvert prefque toute l’Europe pendant plufieurs mois en 1783, & peut-être encore l’hiver long
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- & rigoureux qui les fuivit ? C’efl d’après ces confidérations que je ne balance point à regarder les fermentations intérieures du globe, comme la çaufe de plufieurs phénomènes qui femblenç n’avoir aucun principe, & parmi lefqueîs il faut compter particuliérement les ras-de-marée & les ouragans de la zone-torride. En effet,-le Vent Alifé n’efl aufîi confiant que parcequ'ordinaire-nient aucune caufe n’efl aiïez puifîante pour détruire l’aâion du foleil ; mais il n’efl point douteux que s’il s’en préfentoit une , le Vent ne put changer réellement , & il efl très-vraifemblable que c’efl à cela qu’ii faut attribuer quelques calmes, & quelques inégalités qui affeêlent quelquefois ce Vent, d’ailleurs fi réglé & fi uni. Cependant , comme l’on peut accufer mon idée furies ouragans d’être un peu fyflémâtique , je dois appuyer fur les faits , & je vais rapporter quelques Obfervations qui ont confirmé mon opinion à cet égard.
- Les ouragans n’ont lieu aux Antilles que depuis le 1 ^ de Juillet jufqu’au i<j d’Oélobre. Ce même intçrvale de temps eflfujet aux pluies & aux orages : c’efl pour cela que cette fajfbn porte le nom d’hyvernage, quoiqu’elle foit la plus chaude de l’année. Il efl affez naturel d’en conclure que par ces raifons elle çfl aufîi la plus propre aux fçr-
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- mentations intérieures* Les ouragans que l’on ÿ éprouve, portent toujours à peu-près aux mêmes lieux , comme s’ils partoient d’un foyer toujours le même , ainfi qu'à la furfacè de la terre ce font les mêmes volcans que. l’on voit en fermentation'. Aux Hles Caraïbes, où ees ouragans font le plus fréquents, leur fiege ne s’étend güeres au Sud de Sainte-Lucie , ni au Nord de la Guadeloupe^ c’eft-à-dire , qu’ils agiffent dans un efpace en latitude d’environ quarante lieues, & jamais ils ne frappent à la fois tous les lieux de cette furface. On a vu des ouragansbouleverfer la Martinique, tandis que Sainte-Lucie , féparée par un canal de fept lieues, n’éprouVoit aucun mauvais temps* Léur étendue de l’Eft à l’Ouefi: n’eft pas plus grande , & cela fuffirôit feul pour rendre inad-rnilîible l’opinion de M. l’Abbé Raynal, qui penfe que ces ouragans peuvent fe former dans le con^ tinent de l'Amérique, & partir des gorges des Montagnes de Sainte-Marthe : fi cela étoit, leur effet alors feroit néceffairement fenfible depuis le lieu de leur naiffance jufqu’au terme de leur étendue. Le Vent feroit plus violent proche de la fource, & en s’éloignant il fe divergeroit de maniéré à être plus foible , & à occuper un très-grand efpace lorfqu’il feroit parvenu aux Antilles, ce qui eft tout-à-fait contraire à l’expérience*
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- Aux Ifles^fous-le-Vent les ouragans font plus rares : la Jamaïque & la partie fous le Vent de Saint-Domingue > font les fouis endroits où on en ait éprouvé, & les coups de Vent de ces lieux «viennent plutôt du Nord , & portent le nom de Coup~de~Nord, Les ouragans fouillent par tourbillon , ils font violents, durent peu , & pour l’ordinaire ils = font le tour de la boufiole, ce qui n’efi: point non plus de la nature des coups de Vent qui ont une direéHon puiflante & une grande étendue* L’ouragan qui fo fit fontir entre la Martinique & la Guadeloupe en 1774 , qui fit périr à la mer la frégate Angloifo la Pomone, démâta de tous fos mâts la frégate Françoifo la Licorne, & arracha une partie des récoltes des deux Ifles, fouffla confécutivement avec une force égale du Nord-oueft & du Sud-eft. Quelquefois ces ouragans font annoncés par des vapeurs qui s’élèvent de la terre : on a vu , à leur approche, les befiiaux s’inquiéter & errer dans les Savanes , & quelquefois aufii la terre a tremblé, ou elle a produit des bruits fourds & fouterreins, L’ouragan qu’a éprouvé la Jamaïque dans la nuit du 30 au 31 Juillet 1784, a été précédé d’un déluge d’eau , puis la terre a tremblé & le vent s'eft élevé. ( Courrier de l’Europe, du 12 Octobre 1784. ) La matière fulphureufo & éleétrique eft tellement
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- h bafe de ces ouragans, qu’ils font toujours terminés par le tonnerre î dès qu’on l’entend gronder , c’eft une marque dé la fin de la tourmente -& cela ne femble-t-il pas indiquer que les vapeurs font alors élevées à une région Supérieure, & quittent la furface de la terre où elles occafionnoient le ravage ? Enfin , après un ouragan , il s’écoule régulièrement plufieürs années avant qu’il en revienne un autre , comme fi la nature s’étoit purgée par cette crife, & qu’il fallut un certain temps pour que les matières rentraient de nouveau dans une fermentation propre à renouveller ces effets. On a cru même remarquer depuis peu une efpece de période dans leur retour , & les Obfervateurs tiennent des notes à cet égard. Ce font ces raifons qui ne me permettent point de regarder les ouragans autrement que comme un événement local occafionné par’ une fermentation intérieure, & qui ne peut conféquemment avoir lieu par-tout, puifqu’il dépend du fol, de la chaleur & de circonffances que la nature ne produit pas par-tout. Cependant les zones tempérées , quoiqu’à l’abri de ces ouragans f ne font point exemptes d’éprouver des mouvements fouterreins. On y voit certains coups de Vents annoncés par l’agitation de la mer; & cet effet ne prouve-t-il pas qu alors la foui*ce du Ven*
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- eft dans l'intérieur de la terre’ L’air eft 850 fois plus léger que l’eau , ainfi l’eau ne peut jamais furpaiïer l’air en viteffe ; d’ailleurs l'eau , en raifon même delà mafïe , tend a un état de tranquillité, & les lames de la mer font néceftairement ou lé produit d’un mouvement communiqué , ou une fuite de la prefîion du Vent, & ne peuvent par conféquent naturellement précéder celui-ci* Mais lorfque la caufe de l’agitation part de l’intérieur de la terre , tout s’explique > le mouvement fe communique à l’eau & fe propage / tandis que la réftftance de l’athmofphere& plusieurs autres caufes , peuvent retarder le cours du Vent.
- L’Ifle-de-France, dans l’hémifphere auftral » eft fujette aux ouragans, & tout s’y pafle comme dans la partie, boréale, C’eft dans les mois de Janvier, Février & Mars , ou dans la faifon chaude , que cette ifle les éprouve. C’eft un fait remarquable , dans notre fyftême , que les oura*» gans foient prefque inconnus aux continents , & n’aient lieu qu’aux ifles. En effet, on a aftez généralement regardé les ifles comme des fom-mets de hautes montagnes , faifant partie d’un terrein fubmergé par des révolutions , & par conféquent d’un terrein recelant les principes de ces fermentations qui produifent les grands
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- mouvements du globe. Il y a une autre Qbfer-vation à faire fur les ouragans , qui n’a point échappé à M. l’Abbé Raynaî ; c’eft que dans leur commencement ils foufïïent toujours d’un point de l’horifon oppofé à la direction du Vent Alifé, 6t ordinairement c’eft entre le Sud-fud-oueft 6c le Nord-oueft. Effeétivement nous avons déjà vu que les coups de Vent n’avoient lieu que par l’amas des nuages & des vapeurs, 6c que cela n’arrivoit que lorfque des directions oppofées les rafTembloient. Il en eft de même ici, fi les vapeurs , en s’élevant, fuivent le cours du Vent » elles fe difïipent à mefure qu’elles fe forment y 6c ne produife nt qu’un fur croît de Vent 6c des orages. Mais fi elles ont une dire&ion oppofée , & qu’elles foient puiflantes , elles luttent d’abord Contre le Vent, elles l’afFoibliffent, elles fe fixent au fommet des montagnes, ( les ouragans n’ont Heu en effet que proche des terres,) elles s’accumulent 6c éclatent enfin fuivant leur propre direction, jufqu’à ce que l’air, dérangé dç fon cours ordinaire , 6c fortement comprimé par cette caufe étrangère, ne réagitfe enfin par fon élafticité. Un fait affez commun peut fervir à juftifier cette hypothefe. Il n’eft point de Marin qui n’ait eu occafion de remarquer dans certains parages > que lorfque les vapeurs fe fixoient au fommet
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- des montagnes, c’étoit une marque certaine d’un changement de Vent ou d’un orage. Les vaiffeaux qui veulent fortir de la Mëditerannée & qui font retenus au détroit de Gibraltar par les Vents d’Oueft , ont coutume de fe tenir aux côtes d’Efpagne , en attendant que le Vent change , ce qui eft annoncé avec une efpece de certitudej dès que l’on voit les montagnes de cette côte fe couronner de nuages. On fait de même qu’au Cap-de-Bonne-Efpérance , une vapeur, même d’iule très-petite étendue , qui paroît au fommet de la montagne de la Table, eft un préfage certain d’un gros Vent.
- Les ras-de« marée, qui font une agitation irrégulière , prefque fubite , & fouvent très-forte de la mer, ont la même caufe, & c’eft en moins un effet fembîable. Mon opinion, à cet égard » eft fondée fur quelques Obfervations que voici: c’eft encore aux Antilles du Vent, & dans l’hy-vernage, que les ras de marée arrivent le plus fréquemment. Leur étendue eft tellement bornée» que quelquefois ils ne font point fenfibles à une très-petite diftance du lieu où ils ont un grand effet. Quoique le cours du Vent Alifé foit ordinairement troublé là où il exifte un ras de marée» cependant l’agitation de la mer eft le plus fouvent dans une proportion fl fort au-deffus de la force
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- du Vent, que Pou ne peut attribuer à celui-ci lèul cet effet ; d’ailleurs le Vent Alifé n’eft quelquefois altéré , pendant ces événements, que par un furcroît de force qui ne dérange point fon cours, & quelquefois même le calme les accom-» pagne. Enfin, les continents & les zones tempérées, quoique peu propres, d’après nos principes , à receler les fources des ouragans , ne doivent point être à l’abri des ras de marée, & nous voyons en effet qu’ils en éprouvent quelquefois. Ce fut un événement de ce genre qui, lors du tremblement de terre de Lifbonne , noya, fur la chauffée de Cadix, le petit-fils & le feul réjetton de M. Racine. Le 19 Août 1778, étant mouillé à Saint-Pierre, ifle Martinique , fur une frégate, où, indépendamment de macurio-fité, le pofte que j’occupois m’obligeoit à une attention d’autant plus grande fur les événements, que nous étions alors dans la faifon de l’hyver-nage , il fur vint un ras de marée dont voici la rélation que j’extrais de mon journal. A neuf heures du matin il fe forma une lame Lourde du Sud , qui groflit fubitement d’une maniéré considérable , & le Vent paffa dans la même partie; nous n’eufiions point balancé à couper nos cables & à appareiller , fi le Vent foible & prefque calme , ne nous eut laiffé craindre de »e pouvoir,
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- refouler la lame fourde & doubler la pointe de la baye. La mer, proche de terre, étoit clapo-teufe ;elïe s’élevoit en pointes & paroifïoit agitée èn tous ïens» Elle brifoit dérailleurs avec force fur toute la bayé > & quelque célérité que les habitants miffent, dès lé premier moment, à haller leurs chaloupes à terre , là mer grolîit avec une telle tfîteffe, qu’elle prévint, en grande partie , cette opération, & en brifa un grand nombre à la côte. Enfin, à midi il furvint un grain affez vif du Sud au Sud-quart-fud-ouefl, qui dura une demi-heure, & après lequel la mer s’appaifa, & le Vent repafîa à l’Eff-nord-efl. Jë refte donc parfaitement convaincu que les Vents font quelquefois produits par des mouvements intérieurs du globe ; lorfque ces mouvements font violents & fubits, ils donnent alors ces ouragans terribles, ces Vents par tourbillons, qui font hors du cours ordinaire, & quiparoilTent en effet s’élever , au lieu de fuivre une diredtion hcrifontaîe.
- Je ferois bien tenté de ranger dans la même cîafTe les trombes ou tiphons dont on a parlé fi fouvent & avec ua ton fi pofitif. Il me paroît difficile qu’un nuage puiffe afpirer ou qu’un tourbillon de Vent puiffe élever jufqu’aux nues une colonne d’eau confidérable, & confëquemment d’un grand poids. Mais il pourroit être qu’un
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- nuage éleCbique pafiant inmédiatement au deffus cPune vapeur électrique, qui s’élève alors de la terre ou des eaux, put communiquer &fe mêler avec elle, Toit par la (impie étendue de leur Iphere d’a&ivité , fôit par l’eau qui tombe du nuage , & qui fért fi facilement de eonduèfeur à l’électricité ; au refte , j’avoue avec fincérité que fi j’avois à m’occuper des trombes , je ne pourrois m’empêcher de me rappeller l’hiftoire de la Dent-d’Or , qui fit tant de bruit au commencement de ce fiecle. J’ai palfé plufieurs années de ma vie fur la mer, & je n’ai vu qu’une feule fois un de ces météores, d’où je conclus qu’ils font très-rares, quoique quelques perfonnes prétendent en avoir vu fouvent. Nous avoifinames cette trombe , de maniéré à exciter un commencement d’inquiétude dans l’efprit de l’équipage, perfuadé du danger qu’il y auroit à rencontrer & à rompre la colonne afpirée, parce que la partie fupérieure retomberoit indubitablement fur le vaille au & le fubmergeroit. La trombe étoit fpacieufe , vive & bien marquée ; fon diamètre, eftimé d’après la diftance où nous en étions, me parut d’environ cinquante toifes. Je l’obfervai fans interruption pendant tout le temps de fa durée, qui fut de près d’une demi-heure, & voici ce que je vis. Le temps étoit pluvieux ,
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- orageux, chargé de gros nuages noirs, prefque immobiles, entre lefquels, de temps en temps * perçoient quelques rayons de foleil. La trombe étoit de couleur noire& paroiffoit s’appuyer fur la mer, & s’élever jufqu’aux nues. Le plus fouvenr elle avoit une forme cylindrique, quelquefois elle s’élargiffoit par en haut, en prenant alors une forme conique tronquée , dont le petit diamètre étoit fur la mer. L’eau paroiffoit bouillonner avec force par-tout où repofoit la colonne , & quelques gens de l’équipage étoient préoccupés jufqu’au point de croire entendre le bruit de l’agitation de la mer. Voilà certainement des lignes qui fembîent juftifier ce qui a été dit fur les trombes ; mais en voici d’autres qui ont établi de grands doutes dans mon efprit. Cette colonne tantôt paroiffoit s’épaifîir, tantôt elle devenoit plus claire ; quelquefois cet effet étoit fenfible dans tout la hauteur de la colonne ; quelquefois il ne l’étoit que pour une partie, de forte qu’alors, en quelques endroits, elle paroiffoit coupée ; fa pofîtïon fut tour-à-tour verticale & inclinée ; le bouillonnement ou l’agitation de la mer n’étoit vifible que par intervales, & le bruit ne pouvoir certainement être entendu : plufieurs fois la colonne changea de place, parut fe dilater, fe divifer à peu-près de la même
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- maniéré qu’il arrive aux colonnes lumineufes des aurores boréales. Ce fut dans un de ces mouvements très-marqué que je crus voir clairement que la colonne ne tenoit point aux nuages, & que je foupçonnai que le bouillonnement apparent de la mer pouvoit bien n’être que l’effet de reflets de lumière produits par un ou plyfieurs rayons folaires, qui fe fajfpient jour au travers de la colonne. On fait que de pareils reflets ont quelquefois l'apparence & ont plusieurs fois été pris pour des vagues de la mer qui fe brifoient fur des rochers , & tout le monde a pu voir de même autour du foleil, lorfque le temps eft couvert, des colonnes obfcures partant des nuages qui l’entourent & qui fe prolongent j.ufqu’à la mer; les Matelots appellent ces colonnes les Haubans du SqldU Jl pourroit donc bien être que les trombes ne fuffent qu’un effet femblabîe , mais plus rapproché , plus vif & plus marqué ; ou: bien , comme je l’ai déjà dit, une vapeur éleéhî-que três-épaiffe s'élevant de la mer, & qui, pour çette raifon, en fe divergeant, donne quelquefois à la trombe une forme de cône tronqué ,
- & une couleur diverfément nuancée. Ce n’effc ^ que par le moyen d’Obfervations bien faites, 8c dépouillées de préjugés, que l’on peut vérifier les circonftânces diverfes qui accompagnent ces
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- météores. Au refie , Il exifle quelquefois des tourbillons de Vent , on l’a déjà dit. Ils ont pour caufe deux ou plufieurs directions d’air' différentes ; de leur choc même haiffent quelquefois la fermentation & la violence. Ils font alors capables de déraciner des arbres, de découvrir les maifons, mais ils n’ont d’ailleurs aucune des propriétés que l’on attribue aux trombes.
- Avant de terminer l’Article des Vents Variables , je dois parler de Topinon affez généralement répandue, que les changements de phafes de la lune ont de l’influence fur l’état du Vent, de forte que c’efl à ces époques qu’il change plus ordinairement, foit en direction , foit en force ^ beaucoup de perfonnes penfent même que les marées agiffent auflî fur lui, & prétendent qu’avec le flux il a toujours coutume de fraîchir & de renforcer. J’aurois intérêt à admettre ce dernier fait, parce qu’il fembleroit prouver , conformément à mes principes, que la mer montante, en refferrant l’efpace entre elle & les nuages, force le Vent à une plus grande vîteffe ; mais je dois convenir de bonne foi que je ne regarde cela que comme devant produire un effet infenfible ; peut-être ce préjugé vient-il de ce que les Marins, battus près des côtes,
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- par le mauvais temps, craignent beaucoup d’avantage d’échouer de marée bafle , mais la raifon réelle n’eft pas de ce que le Vent renforce avec le flot ; la différence conftfte en ce que îa mer laiffe à fec le vaiffeau échoué de marée haute, & qu’elle couvre au contraire Sf fubmerge celui échoué de marée baffe. J’ai fait des Obferva-tions très-fuivies: à; cet égards & un grand nombre d’Officiers de la Marine inftruits, fe font convaincus comme moi, que toutes ces opinions étoient également contraires à Inexpérience & au raifonnement ; c’eft dans tous les temps cependant que l’on a cru à l’influence de la lune fur les Vents : quelques Auteurs nous ont tranfmis l’opinion des premiers Navigateurs fur certaines époques de l’âge, de cet aftre ; Virgile en parle dans les Georgiques , & l’onu trouve quelque part , dans une defcription de tempête , l’annonce que le mauvais temps fera long , parce qu’il a pris avec le cinquième jour de la lune. Ge qui contribue beaucoup k accréditer à cet égard l’opinion publique , c’eft que , par l’obfervation des aftres , & particuliérement de la lune, on découvre certains lignes qui indiquent quelquefois, avec affez de juftefle, le temps à venir, & on en conclut une réîation immédiate entre l’aftre & le temps, Il eft cependant certain que
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- les cercles autour de la lune, fa rougeur, celle du foleil, la fcintillation des étoiles, &c. font chofes entièrement indépendantes des aftres, 8c qu’elles ne font que dénoter que lathmofphere eft chargé de vapeurs qui altèrent pour nous leur apparence ; en raifonnant de bonne foi , feroit-il poflible en effet de voir la moindre liaifon entre les phafes de la lune & le Vent? Quelle différence fenfible y a-t-^il entre la veille ou le jour de fon premier quartier , pour que cet aftre puiffe produire un lemblable effet l La lune , il eft vrai, influe fur les marées ; mais elle agit progreflivement, & non d’une maniéré brufque ; chaque jour elle augmente ou diminue en puiflance, d’après la pofition plus ou moins avantageufe qu’elle a pour agir par attra&ion , & la marée en conféquence rapporte progreflivement plus ou moins. Un effet pareil , on l’a déjà dit, peut avoir lieu fur la totalité de lath-mofphere, comme il a lieu iùr la mafle entière des eaux ; mais il eft infenfible pour nous par fa généralité même , & la lune enfin ne peut pas plus produire, à l’époque de fes phafes, une révolution fubite 8c momentanée fur le Vent que fur les marées. J’ai déjà avancé que l’opinion publique , à cet égard, étoit démentie par les Obfervations ; mais, pour parvenir pins sûrement
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- à détruire un ancien préjugé, je vais rapporter un fait qui y eft d’autant plus propre, qu’il manifefte la façon de penfer de la Compagnie favante la plus compétente à décider fur cet objet. Il exifte pour la Marine un Ouvrage d’un très-grand mérite, qui traite de la Navigation aux Indes, & qui êft intitulé Neptune Oriental, dédié au Roi , imprimé à Breft en 1774, & qui fe trouve chez Demonville à Paris. Gomme cet Ouvrage fera mon appui, îorfque j’affignerai la place & l'étendue des Mouflons , je remplirai un double but en faifant connoître ici d’avance la confiance qu’il mérite. M. d’Après de Marme-Villette , Capitaine des Vaifleaux de la Compagnie des Indes, de l’Académie Royale de
- Marine, & Correfpbndant de celle des Sciences de Paris, en eft l’Auteur. II avôit déjà donné antérieurement un Neptune Oriental ; mais le dernier a été tellement augmenté , qu’on l’a regardé plutôt comme un Ouvrage neuf, que comme une fécondé édition du premier. M. d’Après, avant de le publier , voulut le iou-mettre à l’examen de l’Académie Royale de Marine, & trois Commiffaires furent chargés d’en faire le Rapport, qui eft imprimé à la tête de l'Ouvrage , & qui contient les éloges les plus flatteurs. C’eft dans ce Rapport que l’on peut
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- voir l’opinion des trois Commiffaires fur l’objet dont nous parlons. Ils y relèvent comme une erreur, que M» d*Après ait avancé que le changement des phafes de la lune eut de l’influence fur le changement ou fur la force du Vent; & non-feulement l’Académie adopta cette maniéré de penfer , mais M. d’Après lui-même voulut corriger fon Texte ; cependant , comme l’Im-preffion dé la feuille étoit alors achevée, il fit feulement une Note que l’on peut y voir, & dans laquelle il dit qu’il n’a parlé ainfi que pour fe conformer à une opinion affez généralement adoptée , & il confeffe que rien n’autorife à croire à un rapport entre le Vent & l'époque des phafes de la lune.
- L’hiftoire des préjugés fur la lune & fur les Vents feroit fort longue. J’ai eu la patience de me convaincre , par l’Obfervation , de la fauffeté de la plupart Un des plus accrédités eft celui du coup de Vent périodique , qui accompagne, dit-on, chaque équinoxe ; cependant rien n’eft plus faux , & très-fouvent les équinoxes fe paf* fent fans coup de Vent. Il eft vrai qu’en étendant la durée d’un équinoxe à un mois avant & un mois après fa venue , il eft difficile dans les faifons où ils arrivent, & rare en effet, <ju’un auffi long temps fe paffe fans quelque
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- gros Vent. J’ai connu des gens ayant de l’efprit,
- qui croyoient aux orages de mer qui durent quarante jours ; d’autres, qui penfoient que lorf-qu’il pleuvoit le jour de Saint Médard il pleuvoit indubitablement quarante autres jours de fuite. On dit tous les jours que le Vent du Midi augmente les marées , & que celui du Nord les diminue : oui, le Vent influe fur les marées, mais prenons garde de confondre l’effet & la caufe. Le Vent n’agit fur la mer que par fa preflion, qu’en pouffant & accumulant l’eau aux. côtes ; par la même raifon qu’il fillone & agite la furface de cet élément, ou quun éclairci dans les nuages dénote quelquefois le lieu d’où il va fouffler. Combien de gens, pour avoir fait une remarque , » une certaine époque , le font imaginés que le même événement avoit lieu tous les ans ? II eft certain pour ceux qui ont oblèrvé , qu’il n’y a aucun Vent réglé , aucun retour périodique ; tout dépend de circonftances variables , & il eft impoflible de rien prévoir ni de rien fixer. Mais c’eft trop s’arrêter .fur ces erreurs : nous voyons que la lune n’ocçafionne aucun changement aux Vents AHfés, & puif-qu’enfin la chaleur eft la caufe. effentielle du Vent, la lune , qui en eft dépourvue à notre égard , eft donc fans puiffance. Elle eft le principal mobile
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- des marées ; mais c’eft le foleil qui eft le principal mobile du Vent.
- Ainfi donc toutes les fois qu’il y a un Surcroît de chaleur dans une partie de l’athmolphere , cette chaleur y produit de la dilatation ; & toutes les fois qu’il y a dilatation , il y a du Vent % parce qu’il eft néceflaire que les colonnes d’air latérales plus denfes viennent remplacer le vide qui fe forme là où l’air fe dilate & s’éleVe par fa raréfaâion. Lés rayons dire&s & fur^toutî réfléchis du foleil, & la fermentation des vapeurs qui s’élèvent: de la térre , font les caufes ordi-» naires de chaleur , & conféquemment les caufes ordinaires du Vent. Dans la zone-torride , & à quelques degrés de diftance de chaque côté de la zone^torride , l’a&ion du foleil eft très-puif» fante , toute autre caufe eft fübordonnée à celle-là ; aufïi le Vent dépend'conftamment du cours de cet aftre. Dans les autres zones au contraire ^ la réaétion de l’air comprimé à l’équateur > les fermentations particulières des vapeurs terreftres qui font fouvent plus puiffantes que la chaleur du foleil , & l’inégalité même de la force de5 rayons folâtres fur les différents points de l’ath-mofphere , occafionnent des condenfations & des dilatations diverfes j & la variété des Vents. Ces caufes peuvent agir de maniéré à augmenter
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- mutuellement leur force, & elles donnent alors de gros Vents ; elles peuvent agir en fens op-pofé , s’entre-détruire & donner du calme ; elles peuvent, en réunifiant les nuages & les vapeurs, occafionner de nouvelles fermentations puiffantes, & donner les coups de Vent. Les tremblements de terre , les fermentations fouterreines, peuvent âufli agiter l’air , & peuvent même produire les ouragans, les tempêtes & les ras-de-marée. Les terres, par leur degré de chaleur, par la qualité de leurs émanations, par leur giffement * par leur élévation, font fufceptibles de rompre l’effort du Vent, d’accélerer fa vîtefle , en ref* ferrant fon lit, de déranger fa dire&ion. Telles font la caiife du Vent, & la raifon de fa constance dans la zone-torride , & de les variétés dans les autres climats ; il ne nous refte plus qu’à obferver les Mouflons & les Vents périodique s 0
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- IL A nature agît toujours par des procédés lîmpîes; & les moyens qu’elle emploie ne nous paroiffent compliqués que lorfque , faute d’en bien faifïr l’enfemble , nous recherchons des caufes diverfès à des effets qui n’émanent cependant que d’une même fource. C’eft-là une réflexion que l’on peut appliquer à la Théorie des Mouffons. Les différentes combinaifons de ces Vents font unç fuite nécefïàire des principes déjà pofés, & il n’en faut point d’autres pour les expliquer. Il me femble que les Mouffons font aux Vents Alifés ce que font à la merles manquements de marée dans la Médîterannée. Les premiers , ainfi que ceux-ci, font feulement exception à deux loix qui n’en font pas moins générales, & l’exception a ici pour caufe les condenfations & dilatations de l’athmofphere, auxquelles nous avons reconnu une fi grande influence dans l’Article des Vents Variables. Pour s’en convaincre, il faut confiderer la Carte qui eft jointe à ce Mémoire, & y remarquer quelques
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- obiets que nous allons indiquer. i°. Les Mouf-fons ont lieu particuliérement dans la mer des Indes , & ne vont point au-delà de l’Archipel, des Moluques & des Philippines. 20. Cette mer des Indes n’eft , à proprement parler, qu’un golphe formé par l’Afrique , l’Arabie , la Perle » les Indes, les Ifles de la Sonde & là Nouvelle-Hollande , entièrement ouvert au Midi, & entièrement fermé au Nord par les terres; golphe à la vérité immenfe à nos yeux, mais qui n’eft cependant pas autre chofe dans l’ordre de l’univers. 3°. Les Mouflons ne font pas les mêmes au Nord & au Sud de l’Equateur. Les Vents font ou Nord-eft ou Sud-oueft dans la partie fepten-trionale, & Sud-eft ou Nord-oueft dans la partie Méridionale , mais de force que lorfquç le Vent eft Nord-eft au Septentrion de la Ligne, il eft Nord-oueft au Sud de l’Equateur ; & que lorf-qu’il eft Sud-oueft au Nord de la Ligne, il eft Sud-eft au Midi de l’Equateur. 4°. L’étendue des Mouflons différé àuffi : au Nord de la Ligne elles régnent fucceflivement de l’Equateur juf-qu’au fond du golphe par vingt degrés de latitude, tandis qu’au Sud de l’Equateur la Mouflon du Nord-oueft ne s’étend pas plus loin que huit à neuf degrés de latitude, excepté vers la Nouvelle-Hollande , où elle fe prolonge jufqu’à douze
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- ou treize degrés. On a tracé fur la Carte une ligne pon&uée pour marquer ces limites, Si c’eft le Neptune Oriental de M. 4’Aprês, dont nous avons ci-defîus fait connoître le mérite, qui nous fervira de témoignage, ainfî que pour les autres faits que nous citerons par la fuite.
- Les Vents de Nord-eft de la partie Septentrionale , Si. ceux de Nord-oueft qui leur correspondent dans la partie Méridionale durent fix mois , depuis le i <5 Offcobre environ jufqu’au 15 Avril : alors les Vents de Sud-oueft au Nord de la Ligne, & ceux de Sud-eft au Midi, leur fuccedent pendant fix autres mois, depuis le i $ Avril environ jufqu’au 15 O&obre. Ainfï , le Vent de Nord-eft ou Vent Alifé ordinaire fè fait fentir dans la partie Septentrionale, îorfque le foleil eft dans l’hémifphere auftraî , & il y devient Sud-oueft , c’eft-à-dire, qu’il fe porte vers les terres, Iorfque le foleil a paffé au Nord de la Ligne. Ainfi , dans la partie Méridionale, le Vent Alifé de Sud-eft a fon cours ordinaire, Iorfque le foleil eft dans l’hémifphere boréal, & le Vent de Nord-oueft trouble cet ordre, lorf-que le foleil eft au Midi de l’Equateur. Voyons actuellement comment tous ces faits peuvent dépendre des condenfations & dilatations partielles del’athmofphere, que nous avons dé lignées
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- par leurs caufes; &confiderons d’abord la Mouflon du Sud-oueft au Nord de la Ligne , ôc celle du Sud-efl de l’hémifphere àuftral.
- De la MouJJon du Sud-outfl au Nord de la Ligne , & de celle du Sud-ejl qui lui correspond au Sud de VEquateur»
- On a vu dans tout le cours de ce Mémoire ; que la chaleur étoit la caufe principale du Vent: On pourroit même , à plufieurs égards, la con-fidérer comme en étant la caufe unique, parce que les fermentations , les dilatations, les vapeurs en dépendent prefqu’entiérement. C’eft particuliérement dans une région fituée fous la zone-torride , où des terres, les plus anciennement habitées du globe, réfléchiflent fortement les rayons folaires, que cet effet eft fenfible ; x & nous devons retrouver ici en grand les mêmes effets que nous avons remarqués en détail & affoiblis dans plufieurs autres parties de la terre. Quelque temps après que le foleil a paffé au Nord de la Ligne, on doit juger que les terres de l’Indoltan , de l’Arabie & de Siam , doivent recevoir & réfléchir une chaleur forte & puif» fimte. Alors c’eft au-deflus des terres, plutôt qu’à l’Equateur au-deflits des eaux , qu’a fieu la
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- plus grande dilatation de l’air. Les colonnes d’air , fituées au Sud de ces terres , doivent donc fe porter vers elles avec une force d’autant plus grande, que la chaleur réfléchie eft plus forte , & aufti parce qu’il n’y a point de terre au Sud qui puifle affoiblir cet effet ; ainfi, depuis le 15 Avril jufqu’au 15 O&obre , il eft tout ftmple que les chofes foient comme nous les voyons arriver* Le Vent doit alors fe porter vers les terres, & c’eft une fuite néceffaire de l’ouverture au Sud & de la fermeture au Nord de cette mer. Nous n’avons aucun doute que fi la Guinée tenoit an Bréfil , nous ne viffions des Mouflons dans ce nouveau golphe comme dans l’ancien , & qui ne différeroient qu’en raifon de la différence de profondeur des deux goîphes. Les détails de ce qui fe paffe aux changements de la Mouflon du Sud-oueft , & pendant fa durée , font encore propres à fortifier notre croyance. En effet, elle commence plutôt proche des terres, & quelquefois près d’un mois avant de fe faire fèntir en pleine mer. Les diverfes côtes ne l’ont point non plus en même-temps. Elle eft plus tardive aux côtes de la prefqu’iile de l’Indoftan , qu’au-deflus des vaftes terres du continent, & il y a auffi un mois de différence entre celles qui la reçoivent plutôt & celles qui l’ont plus
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- tard. Enfin, cette Mouflon , d’abord foible & variable, fe fortifie à mefure que le foleil va dans le Nord, & elle eft dans fa plus grande force en Juin, Juillet & Août, où elle décroît alors jufqu’à fon changement, qui le manifefte de même par des variétés & des calmes. Tous ces faits ne prouvent-ils pas que la caulè des Mouffbns du Sud-oueft ne vient pas du large, mais qu’elle exifte dans la chaleur produite par les terres, & dans le giffement & la nature de ces terres plus ou moins propres à recevoir & à réfléchir la chaleur ? Dans cette même faifon, c’eft-à-dire , depuis Avril jufqu’en Oêtobre. Rien ne gêne dans l’hémifphere auftral le cours ordinaire du Vent Alifé , & conféquemment on doit y trouver des Vents de Sud-eft pendant tout le temps que les Vents de Sud-oueft régnent dans rhémifphere boréal.
- Mais il fe préfente ici un manque d’exa&i-tude ; c’eft que d’après ce principe, les Vents devroient être Sud, au lieu qu’ils régnent du Sud-oueft. D’où peut donc venir cette propension du Vent à prendre en partie de l’Oueft ? Nous retrouvons ici un effet que nous avons déjà remarqué aux côtes de la Caroline & de l’Amérique Septentrionale ; c’eft que la fitua-tion des côtes d’Ajan & d’Arabie, enbrifant
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- le Vent de Sud, l’obligent à prendre la direôlion du gifleraient de la côte. Les terres de l’Indoftan & des Mes Maldives & Ceylan, qui avancent beaucoup au Sud de leur côté, facilitent cet effet, en raréfiant l’air, & rendent ainfi le Vent Sud-oueft , au lieu d’être Sud. La côte Orientale de l’Indof-tan, qui court aufîi au Nord-eft, & les terres de Siam, de Malaye, & des Mes de la Sonde# qui forment le golphe à l’Eft, & qui raréfient l’air , produifent le même effet dans le golphe du Bengale & dans la partie Orientale de la mer des Indes. Au refte, il ne faut pas croire que tout ceci foit fans exception : près des côtes de Coromandel, le Vent, pendant cette Mouflon, au lieu d’être Sud-oueft , eft plus fouvent Sud & Sud-fud-eft ; il varie même jufqu’à l’Eft. Il y a des brifes de terre & de mer ; & les dilatations, caufées par la chaleur de la terre, ne reftent‘point, en un mot, fans effet. Ce n’eft qu’au large que la MoufTon du Sud-oueft eft plus marquée , & encore les Vents y font le plus fouvent au Sud t (Voyez Neptune Oriental in folio , pag. 24,) jufqu’à ce que Ton approche davantage des côtes de Siam & de Malaye. Auffi le temps de là Mouflon du Sud-oueft eft-il ce que l’on appelle l’arriere-faifon, parce que le Vent y eft moins régulier, moins marqué que dans la Mouflon
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- Nord-eft , qui eft le Vent naturel. Dans les mers de la Chine il y a Mouflon du Sud-ouefl dans le même temps que dans la mer des Indes ; mais le voifinage des terres rend cette Mouflon fujette à de grandes viciflitudes. Il ne paroitra pas étonnant au reffe que l’ifle^e Bornéo ne gêne point le cours du Vent de Sud-oueft , par la raréfa&ion qu’elle doit occafionner à l’air v lorfqu’on faura qu’il y pleut fans cefle pendant onze mois de l’année. (Nept. Orient, pag. 163.)
- De la Mouflon du Nord-ejl au Nord de la Ligne , & de celle du Nord-ouejl qui lui correfpond au Sud de VEquateur,
- Depuis le iç Octobre jufqu’au 15 Avril ; c’eft-à-dire, quelque temps après que le foîeileft dans l’hémifphere auflral, pendant & un peu après le féjour qu’il y fait, le Vent eft Nord-eft au Nord delà Ligne, parce que les terres du fond du golphe , moins échauffées, n’interrompent plus , par une raréfaéKon fupérieure 3 le cours ordinaire du Vent Alifé , & que c’eft de nouveau vers l’Equateur qu’exifte la plus forte dilatation de Tair. Remarquons ici comme un fait très-important, & qui confirme de plus en plus la théorie des dilatations, que près des côtes
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- de Malabar , de Guzurat & de Guadel, il y a exception à la Mouflon du Nord-eft , de forte que les Vents y font de l’Ouelt au Nord-nord-oueft pendant cette faifon. (Nept. Oriental, pag. 2$.) Ce n’efl qu’au large que l’on retrouve le Vent de Nord-efl:, & nous avons déjà vu qu’il en étoit de même aux côtes de Guinée & du Pérou. Mais comment , dans ce même temps , îe Vent peut-il être Nord-oueft au Sud de la Ligne ? C’eft ce qui nous refte à examiner. Nous avons déjà remarqué que cette Mouflon du Nord-oueft ne s’étendoit qu’à huit ou neuf degrés au Sud de la Ligne, excepté en approchant des côtes de la Nouvelle - Hollande , où elle s’étendoit jufqu’à douze ou treize degrés : cette derniere circonftance nous indique très-'naturellement l’influence de la raréfaction , caufée par les terres de la Nouvelle-Hollande , dans la faifon où le foîeil les échauffe le plus puiflamment. Nous avons aufli remarqué qu’elle n’avoit point lieu à l’Ouefl du Méridien qui paflè par la pointe Nord de Madagafcar. En effet, l’ille de Mada-gafcar & la côte Mozambique, par leur gifle-ment & par la raréfaction qu’elles caufent à l’air > ont leurs Mouflons particulières du Nord-eft & du Sud-oueft ; mais de forte que celle-ci dure huit ou neuf mois de l’année, parce que c’eft le
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- Vent Alifé du Sud-eft qui, en fe brifant fur la côte, devient Sud-oueft, & que celle du Nord-eft n’agit que dans les mois où lefoleil placé pref-que verticalement au-deflus de ces terres , ou même au Sud d’elles, y caufe une grande dilatation à l’air. Audi cette Mouflon du Nord-eft eft-elle accompagnée de tempêtes fréquentes, occafionnées par le choc des Vents de Nord-eft qui régnent dans le canal, & des Vents du Sud-
- eft au Sud-ouefl qui lont en dehors. (Nept.
- Orient, pag. 16.)
- Qu’on ne nous accufe point de faire ainfi brifer le Vent à volonté fur les côtes. Nous avons déjà obfervé la même chofe aux côtes de la Caroline & de l’Amérique Septentrionale ; & , pour prouver la conféquence de nos principes , nous obferverons que ce même fait a lieu aux côtes du Bréfil, qui ©nt le même gif. fement. Les Vents , à cette côte , font huit mois au Sud-oueft , & quatre mois au Nord-eft, pendant que le (oleil eft vers le tropique du Capricorne. Au refte, on doit remarquer , comme un fait conforme à notre théorie des dilatations , que ce n’eft que quelque temps après que le foleil a agi fur les terres , qu’elles pro-duifent la plus grande raréfaêHon de l’air. C’eft qq’alors elleç font plus profondément pénétrées
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- de chaleur, & qu’elles en réfléchiflent davantage ; de la même maniéré que les plus grandes chaleurs de nos climats font aux mois de Juillet & d’Août, & non pas au mois de Juin.
- Revenons à notre Mouflon du Nord-oueft au Midi de l’Equateur. On ia connoifloit peu ;on fré-quentoit rarement, pendant la durée, les parages où elle régné. On favoit en général que Ton n’y trouvoit plus les Vents de Sud-eft , & il étoit aflez naturel de Tappeller Mouflon du Nord-oueft , par oppofition à celle du Sud-eft , puifl-que dans la partie Boréale , on voyoit le Vent de Sud-oueft fuccéder au Vent de Nord-eft. C’eft en 1767 que M. le Chevalier de Grenier, alors Enfeigne des Vaifleaux du Roi, donna lieu à acquérir quelques notions de plus fur cet objet, en imaginant que l’on pouvoit tirer parti de ce Vent pour aller de l’Ifle-de-France à Pondichéry & dans le golphe du Bengale, pendant la durée de cette Mouflon. Cet Officier trouva des Contradiêîeurs ; comme l’objet valoit la peine d’être éclairci, le Roi arma des bâtiments exprès pour l’examen de cette route , & , enfin, voici ce que l’on fait aujourd’hui à cet égard. J’en ai pris connoiffance dans les pièces même du procès , & le Neptune Oriental en donne aufli les jréfultats. On trouve, par cinq degrés de latitude
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- Sud jufqu’à la Ligne, une bande de Vent d’Oueft qui fouffle depuis Novembre jufqu’à Avril. (Nept. Orient, pag. 46 & 47.) Ces Vents font foibles, ils varient, & le plus fouvent il fait calme. Pour avoir le plus de frais pofîïble , il faut fe tenir entre 4 degrés & 40 40* de latitude. (Nept. Orient, idem,) Voilà donc quelle eft la Mouffon du Nord-oueft, & l’on voit par-là qu’elle më-riteroit mieux le nom de Moulfon de l’Oueft , ou plutôt qu’elle ne devroit point être appellée
- du nom de Mouflon , qui femble annoncer un
- Vent frais déterminé. Il me paroît évident que c’eft l’a&ion du foîeil fur l’athmofphere qui détruit le Vent Alifé du Sud-eft , en raréfiant fortement l’air , comme on a vu que cela avoït lieu fous la Ligne dans l’Océan Atlantique , oô Pon trouve des calmes interrompus de temps en temps par des orages & de petites brifes variables ; cependant il y a ici une propenfion plus grande & plus marquée du Vent à fe ranger vers l’Oueft qu’il faut expliquer. Cet effet me paroît provenir de la raréfaétion occafionnée par les terres des ifles Moluques & de la Sonde, & en effet près de celles-ci le Vent, dans cette faifon , eft, ainfi que le giffement des côtes, du Nord-nord-oueft à l’Oueft , (Nept. Orient, pag. 163.) & cela tire encore de la probabilité de
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- l’étendue de cette Mouflon en latitude, jufques par 13° en approchant de la Nouvelle-Hollande. Les Vents de Sud-oueft, & les orages du canal de Mozambique , peuvent y concourir; enfin, cette bande de Vent d’Oueft peut très-bien être la réaction d’un air dilaté qui. fe condenfe de temps en temps & gravite par la préfence des nîtres & des gaz que les Vents de Nord-eft, qui exiftent alors au Nord de l’Equateur, transportent des terres. Ce qui rendroit cette idée vraifemblable, c’eft que , dans cette faifon, il y a des pluies considérables & continuelles aux cotes de Coromandel, (Nept. Orient, pag. 25 & fuiv. ) comme il y en a , pendant la Mouflon du Süd-oueft , aux côtes de Malabar. ( id. p. 74. ) La qualité de ces Vents d’Oueft ajoute encore à la vraifemblance ; ils font foibles, variables, & le plus fouvent calmes, ce qui dénote une caufe accidentelle & de peu de puiflance. Si ces colonnes d’air d’ailleurs , en fe condenfant, fe dirigent vers l’Eft, c’eft qu’elles ne peuvent s’échapper au Midi, à caufe des Vents de Sud-eft qui y font perpétuels, ni au Septentrion où il régné alors des Vents de Nord-eft, ni au Couchant où il y a des Vents très-marqués du Sud-oueft au Sud pendant la plus grande partie de l’année, & des orages pendant l’autre partie, &
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- qu’il efi naturel aufli qu’elles prennent leur cours vers l’Eft, où les terres des ifles de la Sonde , dès Philippines & des Moluques, caufent de la raréfaéiion dans l’athmofphere.
- Mais, pourroit-on dire, pourquoi un effet femblabîe n'a-t-il point lieu dans l’océan Atlantique & dans la mer du Sud? Je répondrai que l’on trouve dans ces deux mers, comme dans celle des Indes, fous l’Equateur , une bande d’air raréfié, fujettë aux calmes, aux orages & à de^
- petites briles variables cjwi foufflent fouvent de
- l’Ouefi, & fur-tout lorfqu’on a les terres plutôt à l’Orient qu’à l’Occident. Mais, fi elles y font moins fréquentes, c’eft que la côte de Mozambique efi la feule qui, par fon giffement Nord-eft & Sud-oueft, & par une ifle confidérable ayant la même fituation, forme un canal où les Vents reflerrés foufflent avec force , & de maniéré à interdire à cette bande d’air raréfié de fuivre fon cours vers l’Ouefi, où devroient naturellement l’entraîner les Vents de Nord-eft & ceux de Sud-eft qui la bordent. Mais, peut-on dire encore, la bande d’air raréfié par les rayons folaires, fe trouve ici prefqu’entiérement dans la partie auftraîe , tandis que, dans les autres mers , elle efi: au contraire prefque toute entière dans la partie boréale, & paroît en effet devoir s’y
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- trouver, d’après le principe très-fenfible que l’hémifphere auftral plus froid, occafionne une preflîon plus forte, & capable de furmonter la raréfa&ion caufée par la chaleur. Cette obfer-vation eft jufte , ôl elle me paroît prouver l’exif-tence des parties gazeufes dont nous avons parlé, & que tranlportent des terres les Vents de Nord-eft. Ces parties, par la condenfation & par la fermentation, contrebalancent le furcroît de preflîon de rathmofphere âuftraîe, & c’ell alors à peu-près fous le foleil, qu’à lieu la plus grande dilatation de l’air, caufe de la Mouflon du Nord-ouefl:, que l’on vient de détailler. Audi , la bande d’air raréfié eft-eîie plus refferrée dans la mer des Indes que dans les autres mers, puifqu’elle n’a gùeres au de-là de huit degrés en latitude, tandis qu’on a vu qu’elle en a jufqu’à onze dans l’océan Atlantique. Tout ceci, fans doute, eft purement fyftêmatique, & ne peut être appuyé par des preuves ; mais il paroît impoflible après tout, d’après l’obfervation & la comparailon de ce qui fe pafle ailleurs , que les Vents de Nord-eft ne tranfportent une partie des gaz qui occasionnent les pluies des côtes de l’Indoftan, fit dès-lors ces gaz ne peuvent refter fans effet.
- d’Après indique de fe tenir entre 4° & 4® 40' de latitude Sud, pour trouver plus de frais à
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- M*Iiii«<ii«"i ' .... . ..'~*~ "" _ *
- la Mouflon de l’Oueft dont nous venons de parler ; on peut en conclure qu’elle s’étend plus loin au Sud que 40 401, aïnft que nous l’avons déjà dit : mais alors elle eft plus calme, plus fujette aux viciflitudes & à l’influence latérale du Vent Alifé de Sud-eft , à peu-près de la même maniéré que le milieu du lit d’un courant d’eau eft plus rapide & plus marqué , & que fes bords font fujets à des retours & à des variétés.
- Des Brifes journalières de Terre & de
- Mer.
- On doit compter parmi les Vents périodiques jes brîfes de terre & de mer que l’on voit régner dans prefque tous les pays de la zone-torride. Ces Vents ont une période journalière au lieu d’être annuelle ; leur cours d'ailleurs eft très-régulier , mais leur effet n'eft jamais fenfible qu’à une très-petite diftance des terres. Chaque jour , quelques heures après que le foîeil eft levé, le Vent commence à foufiler de la mer ou du large vers les terres. D abord il eft foi-ble , mais il fe fortifie, & conferve toute là force environ depuis midi jufqu’à quatre heures du foir : alors il mollit , & pour l’ordinaire H
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- eft tout-à-fait calme au coucher du foîeil. Peu après le Vent s’élève de la terre , & fouffle ainfl vers la nier pendant toute la nuit. Voilà donc des Vents qui, comme les Mouflons, font exception au Vent Alifé : examinons quelle peut être la caufe de cette nouvelle Angularité. Nous avons déjà comparé, au commencement de ce Mémoire , une ifle entourée de la mer > au plat d’eau chaude placé , dans l'expérience de M. Clarc, au milieu d’un autre plat d’eau froide. Ce que nous avons dit alors , explique la caufe des brifes du large, & c’eft: vraiment l’air plus condenfé du defliis des eaux, qui fe porte vers l’air plus dilaté des terres, pendant que le foleil les échauffe par fa préfence. Voilà pourquoi la brife du large , d’abord calme > fraîchit avec la chaleur, & décroît avec elle . voilà pourquoi cette brife fouffle, à la bande du Nord d’une ifle , du Nord-efl; à la bande du Midi, du Sud-efl ; & fous le Vent de Pifle, de l’Oueft : voilà pourquoi cet effet efl: d’autant plus fenfible, que l’étendue des terres efl: plus considérable ; & pourquoi il efl: infènfible aux Antilles, peu fufceptibles, par leur petitefle , de déranger le cours général du Vent Alifé.
- La brife de terre , qui fuccede à la brife du large, efl bien plus générale ; elle a lieu par-*
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- tout, aux petites ifles comme aux plus grandes 8c aux continents : de forte que lorfque nous avons dit qu’aux côtes Occidentales d’Afrique, d’Amérique , de l’Indoftan , &c. le Vent fe portoit conftamment vers les terres, il faut toujours entendre qu’il y a la petite exception de la brife de terre qui, pendant la nuit, fouffle & s’étend jufqu’à une lieue ou deux au large. Elle a pour caufe la eondenfation des vapeurs élevées par le foleil , qui gravitent & commencent à
- tomber au coucher de cet re,. Ces vapeurs
- s’abforbent & fe perdent dans l’eau ; mais , fixées & arrêtées par les montagnes & par les terres , elles furmontent, par leur mélange & leur aêHvité , & par la eondenfation qu’elles oeçafionnent dans l’athmofphere , la tendance par laquelle l’air de la mer , ordinairement plus denfe , fe porte vers les terres. Lorfque ces vapeurs font abondantes, la brife eft plus forte; lorfqu’elles font en médiocre quantité , il fait calme, ou l’on éprouve de viciflitudes de brifes du large & de terre : quelquefois la brife de terre manque tout-à-fait. Ces brifes, en certains temps, font tellement chargées de fels nitreux , qu’elles font très-fenfiblement froides , 8c obligent les habitants à fe vêtir ou à fe renfermer. La nature 8c la fermentation des vapeurs
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- & des gaz, eft fi certainement la caiife qui les détermine, que leur a£Hon femble partir d’un centre placé au milieu de l’ifle, & (e diverger vers chacun des points de la circonférence, de forte que chaque cap ou chaque anfe a Ion Vent particulier. Une nouvelle preuve que lès vapeurs 8c les gaz produifent ces Vents de terre, c’eft: qu’ils font conftamment plus forts îorfqu’il a plu, & j’ai vu plufieurs fois au Cap-François, ifle Saint-Domingue, où j’ai eu plus fouvent l’occafion de les obferver, que, certains jours orageux, la brife s’élève tout-à-coup avec une telle violence , qu’elle eft capable de faire chaflèr les vaiflèaux fur leurs ancres, & de cafter des grelins.
- En Europe , pendant les faifons chaudes, 8c lorfque le temps eft beau, on éprouve un effet femblable ; de forte que le matin le Vent eft à l’Eft , & qu’il paffe à l’Oueft pendant le jour pour retourner au Nord-eft & à l’Eft pendant la nuit ; pofition que nous avons déjà dit lui être naturelle , lorfque Pathmofphere jouit d’un état de pureté & d’équilibre , & que le temps eft calme. Les gens des bords de la mer difent alors que le Vent fuit le foleil, parce que l’air qui fe porte toujours vers le lieu où la chaleur, 8c conféquemment la dilatation eft la plus forte, va
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- en effet frapper fuccefïïvement les faces Orientales & Méridionales des terres & des objets oppofés à l’effet du foleil. Au refte, comme cela n’a lieu que lorfque le temps eft três-pur & très-férein, on en tire affez généralement un indice en faveur de la continuation du beau temps.
- Voila ce que je penfe fur les Vents; & mes idées font établies fur vingt-cinq ans d’Obferva-tîons » & fur un grarul nombre de Queftions répétées , & de le&ure de Journaux. Malgré mon attention à m’étayer de Faits & d’Expériences, cette Théorie contient encore bien des parties qui font & ne peuvent qu’être fyftématiques. C'eft à la Société favante qui, depuis plufieurs années, eft le centre où fe réuniffent toutes les connoiffances fur çe fujet, à juger de leur vrai-femblance.
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- EXTRAIT DES REGISTRES
- DE D ACADÉMIEroyale des sciences, '
- Arts & Belles-Lettres de Dijon.
- D U 6 Avril 178b. ;. M. Càiliet , Adjoint au Secretaire-perpétuel, a fait leéture, en l’ablênce de M. Maret , d’une lettre adreffée à celui-ci par M. le Chevalier de la Coudraye.
- Cet Académicien non-réfident prioit M. M arst de demander pour lui la Permiffion de prendre cette qualité au Frontifpice de fon Mémoire fur la Théorie des Vents , qu’il fë difpofe à faire imprimer, & de le livrer à l’Impreffion fous le Privilège accordé à l’Académie.
- M. deMorveau, Chancelier & Préfident de la Séance,a propofé de délibérer fur les demandes de M. de la Coudraye. les voix prifes,
- l’Académie qui, en adjugeant un Prix au Mémoire de ce Savant, fur La Théorie des Vents, a fait connoître là façon de penfer fur cet Otvrage, & qui en a déliré l’Impreffion, a permis à M. le Chevalier de la Coudraye , de prendre la Qualité d’Académicien de Dijon au Frontifpice de fon Mémoire fur la Théorie des Vents, & d’imprimer cet Ouvrage lous le Privilège qu’Elle a obtenu en Février 1783 , pour l’Impreffion de tous ceux du genre desSciences & Arts que fesMembres voudront publier, foit réunis, foit féparés.
- Elle a arrêté en conféquençe que fon Secrétaire expédieroit â M. le Chevalier de la Coudraye , une Copie du Privilège, 8c un Extrait de cette Délibération.
- Je fioujjigné, Secrétaire perpétuel de V Académie, certifie que le préfient Extrait efi conforme à VOriginal* A Dijon 3 ce z G Avril iy8G.
- Maret.
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- PRIVILEGE GÉNÉRAL.
- LOUIS, par la Grâce de Dieu, Roi de France & de Navarre , à nos amés & féaux Confeillers, les Gens tenant nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel * Grand Confeil, Prévôt de Paris, Baillis & Sénéchaux, leurs Lieutenants Civils , & autres nos Jufticiers qu’il appartiendra i Salut. Nos bien-amés les Membres de VAcadémie Royale des Sciences & Arts de Dijon , Nous ont fait expofer qu’ils auraient befoin de nos Lettres de Privilège pour l’Impreflion des Ouvrages concernant la partie des Sciences & Arts. A ces Causes , voulant favorablement traiter les Expôfans , & les engager à continuer leurs recherches , Nous leur avons permis & permettons, par ces Prélëntes , de faire imprimer^ par tel Imprimeur qu’ils voudront choifir, toutes les Recherches & Obfervations fur la partie des Sciences & Arts, émanés de ladite Académie, après avoir fait examiner lefdits Ouvrages, & jugés qu’ils feront dignes de l’Imprelfion , en tels volumes, forme, marge, caractère, conjointement ou féparement, & autant de fois que bon leur femblera, St de les faire vendre & débiter par tout notre Royaume , pendant le temps de vingt années confécutives , à compter du jour de la date des Préfentes , fans toutefois qu*à l’occafîon des Ouvrages ci-deffus fpécifiés, il en puiffe être imprimé d’autres qui ne foient pas de ladite Académie. Faifons défenfes à toutes perfonnes , de quelque qualité & condition qu’elles foient , d’en introduire d’Impreflîon étrangère dans aucun Lieu de Notre obéiffânce ; comme auffi à tous Libraires, Imprimeurs, d’imprimer ou faire imprimer, vendre, faire vendre Sc débiter lefdits Ouvrages , en tout ou en partie, & d’en faire aucune L raduétion ou Extrait, fous quelque prétexte que ce puiffe être , fans la permillîon expreffe & par écrit defdits Ex-pofans, ou de ceux qui auront droit d’eux, à peine de confifcar tion defdits Exemplaires contrefaits, de ûx mille livres d’A-mende, qui ne pourra être modérée pour la première fois, de pareille Amende& de déchéance d’Etat en cas de récidive, contre chacun des Contrçycnans, Sc de tous dépens, dommages & in-
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- terêts, conformément i l’Arrêt du Confeil, du 30 Août 1777 » concernant les Contrefaçons ; à la charge que ces Préfentes feront enregiftrées tout au long fur le Regiftre de la Communauté des Imprimeurs 6cLibraires de Paris, dans trois rriois de la date d’icelles ; que i’Impreilïon defdits Ouvrages fera faite dans Notre Royaume & non ailleurs, en beau papier & beaux cara&eres, conformément aux Reglements de la Librairie ; qu’avant delesex-pofer en vente, les Manufctits ou Imprimes qui auront fèrvi de copie à l’impreftion defchts Ouvrages, feront remis ès mains de Notre très-cher & féal Chevalier, Garde des Sceaux de France, le Sieur Hue de Miromesnil, Commandeur de Nos Ordres ; qu’il en fera enfuite remis deux Exemplaires dans Notre Bibliothèque publique , un dans celle du Château du Louvre, un dans celle de Notre très-cher & féal Chevalier, Chancelier de France , le Sr. de Maupeou » 6c un dans celle du Sr. Hue de Miromesnil:1e tout à peine de nullité des Préfentes; du contenu defquelles vous mandons 6c enjoignons de faire jouir lefd. Expofants 6c leurs Âyanrs-caufe, pleinement 6c paifiblement, fans fouffrir qu’il leur foit fait aucun trouble ou empêchement : Voulons que la copie des Préfentes, qui fera imprimée tout au long au commencement ou à la fin defdits Ouvrages , foit tenue pour duement fîgnifiée, & qu’aux copies collationnées par l’un de nos amés & féaux Confeillers-Secretaires, lui foit ajoutée comme à l’Original. Commandons au premier Notre Huifller ou Sergent fur ce requis, de faire , pour l’exécution d’icelles, tous a&es requis 8c néceflaires, fans demander autre permiflïon, & nonobftant Clameur de Haro, Chartes Normandes 8c Lettres à ce contraires. Car tel eft notre plaifir. Donné à Paris, le douzième jour de Février, de l’an de Grâce 1783 , & de Notre Régné le neuvième.
- Par le Roi, enfon Confeil, Signé, LE BEGUE, pour Copie.’
- Sur le repii eft écrit: Regifîréfurie Regiftre XXI de la Chambre Royale & Syndicale des Libraires!)’Imprimeurs de Paris, JS0. û£/>7 ) fil• #2.#, conformément aux Difpofttions énoncées audit Privilège , & à la charge de remettre à ladite Chambre les Huit Exemplaires prsfcrits par VArL C VIII. du Réglement de 17*3. A Paris , ce 14 Vivrier 17£3. Signé , LE CZERC , Syndic. ^
- Je Joiijfftgné, Secrétaire perpétuel de l Académie, certifie la préfente Copie conforme à VOriginal, A Dijon 7 ce té Avril MARET*
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- Petit Graveui' du Bot
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