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Rapport sur l'établissement d'un conservatoire des arts et métiers
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- CONVENTION NATIONALE.
- INSTRUCTION PUBLIQUE.
- RAPPORT
- SUR L’ÉTABLISSEMENT
- D'UN CONSERVATOIRE
- DES ARTS. ET MÉTIERS,
- Par GRÉGOIRE.
- Séance du 8 vendémiaire} Pan 3 de la République une et indivijîble.
- Imprimé par ordre de la Convention nationale.
- ï» Faire avec un homme, par le secours des machines , i» ce qu’on ne ferait sans elles qu’avec deux ou trois. » hommes, c’est, disoit Melon, doubler ou tripler le » nombre des citoyens». Nous ayons deux leviers, ce
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- •sont nos bras : l’industrie, en leu? associant les forces de la nature, parvient quelquefois à centupler les noires; parla s’agrandit le cercle* de nos conno'issanceS et lé nombre de nos jouissances.
- Calculez l’énorme différence qui existe entre un peuple chez qui les arts sont au berceau, et celui qui en a développe toutes les ressources; entre ces habitans du Paraguay, oui coupaient leurs blés avec des côtes de vache au lieu de faucilles-, et 1 habileté de l’Européen qui est parvenu -à filer, à tisser les métaux.
- C’est avec surprise qu’on voit encore des gens prétendre •que le perfectionnement de l’industrie et la simplification de la main-d’œuvre entraînent des dangers, parce que, dit-on , ils ôtent les moyens d’existence à beaucoup d’ouvriers. Ainsi raisonnoient les copistes, lorsque l’imprimerie fut inventéej ainsi raisonnoient les bateliers de Londres, qui vouloient s’insurger lorsqu’on bâtit le pont de "Westminster. Il rfy a que quatre ans encore , qu'au' Havre et à Rouen on étoit obligé de cacher les machines à filer le coton. Quand une invention nouvelle peut à l’instant paralyser beaucoup d’ouvriers, la sollicitude paternelle des législateurs doit prendre des moyens pour les soustraire à l’indigence et empêcher qu’il n’en résulte une secousse ; mais au fond l’objeétion est puérile, sans quoi il faudroit briser les métiers à bas, les machines à mouliner la soie, et tous les chefs-d’œuvre qu’enfanta l’industrie pour le bonheur de la société. Faut-il donc un grand effort de génie pour sentir que nous avons beaucoup plus d’ouvrage que de bras;qu’en simplifiant la main-d’œuvre on en diminue le prix, et que c’est un infaillible moyen d’établir un commerce. lucratif qui écrasera l’industrie étrangère, en repoussant la concurrence de fes produits ?
- Plusieuxs.icri vains ont cherché le point d’équilibre entre
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- l'agriculture qui fournit les matières premières , et [es arts qui les emploient. Cette question est ardue ; car en politique comme en morale, le plus difficile est toujours de tracer les limites: mais malheureusement nous pouvons ajourner la solution de ce problème jusques vers l'époque uù l’économie rurale et l’industrie auront déployé tous leurs efforts ; dans Tétât actuel des choses, l’une et l’autre réclament des-encouragemens.
- Au nom des comités d’atmculture , des arts et d’ins-truction publique, je viens vous présentai’ dès moyens de perfectionner l’industrie nationale; mais avant d aborder ce sujet, permettez une courte digression pour censurer la division antique des arts en mécaniques et Liberaux.
- Du tems de Phidias, a Delphes et à Corinthe, il v avoit des concours pour la peinture et la sculpture; les ouvrages étoient appréciés dans des assemblées générales; et tel étoit l’enthousiasme des Grecs pour les arts d’imitation , que les Amphictyons assignèrent à Polygnote des Jogemens aux dépens du public, dans toutes les villes de la Grèce: que laisoient-ils pour encourager les arts dont les produ ts s’appliquent immédiatement à nos besoins? rien, ou presque rien.
- Lorsqu’à Naxos on érigea une statue à l’artisan qui le premier avoit donné la forme de tuile au marbre pente-licien, pour en couvrir les édifices, ils voulurent récompenser'plutôt une invention de luxe, qu’une découverte utile; et sans Platon, on ignoreroit encore qu’Àrcnitèîes et Théarion furent renommés, le premier comme tailleur de pierres, le second comme boulanger.
- Chez les Grecs et les Romains, les travaux manuels, étoient abandonnés aux esclaves; de là le mépris qui frappa l’industrie ; de là cette distinction usitée jusqu’à nos jours entre les arts mécaniques , exercés par les hommes as-
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- ^èrviâ', et les arts libéraux, qui étoient le partage exclusif des hommes libres.
- Dans tout pays où il y a une cour, les arts mécaniques sont avilisi il y existe une classe dont l'immoralité privilégiée croiroit se déshonorer en les cultivant : lors même que le despote îes favorise , sa protection flétrissante établit une démarcation politique entre l’utile artisan qui enrichit son pays , et le satrape insolent qui le dévore.
- Chez nous, quelques individus croyoient abréger un peu
- cette distance par ces qualifications serviles : un tel...,
- chapelier du roi, bonnetier 3 carrossier du roi , de monseigneur le dauphin , de monseigneur le comte d’Artoisetc. Faut-il s’étonner que si long-temps les arts utiles aient été outragés *, que jusqu’à ces derniers temps celui du btpnda-giste t par exemple., qui est si nécessaire, ait été dédaigné par ceux qui pratiquoient la médecine, tandis qu’on perfectionnoît la poupée du Nord? C’est seulement depuis une quarantaine d’années que l’art du tailleur est décrit, tandis que depuis deux siècles on imprime le parfait confiseur, le parfait cuisinier; et cette perfection qui raflinoit les jouissances des sybarites, n’étoit pas en faveur du malheureux qui pressurait le vin et buvoit: de î’eau, qui préparait le pain blanc et vivoit de son.
- Si le besoin de classer les idées exige des dénominations diverses, la distinction des arts en intellectnels et mécaniques est fondée sur la natme des choses, en ce que ceux-ci exigent plus particulièrement le concours de la main , et que ceux-là tiennent plus immédiatement aux op érations de l’esprit. Notre langage doit concorder avec nos principes : dans un pays libre tous les arts sont libéraux.
- Les eticouragemens dus à tous les arts doivent être déterminés, non-seulement d’après leur milité, mais encore
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- d’après la difficulté cl’en obtenir les produits. De bons vers sont infiniment moins utiles que de bons souliers*, mais comme il est aussi rare de trouver ua grand poète , qu’il est commun de trouver un cordonnier habile, vous ne les assimileriez, pour les récompenses , qu’autant que ce dernier auroit fait une découverte importante. Néanmoins le degré d’utilité doit être par-tout la mesure de notre estime ; et certes, celui qui le premier réunit les douves d’un tonneau, ou qui forma la première voûte ; celui qui trouva le van, ou qui rendit le pain plus digestif par le moyen du levain ( si toutefois cette dernière découverte n’est pas due au hasard , comme le prétend Goguet ) *, ceux-là, dis-je méritèrent mieux de l’humanité, que celui qui, soixante siècles après , écrivit la Henriade.
- Tous les ans sont frères; aucun ne doit échapper à la sollicitude des législateurs.
- La nation pofsède pour les divers arts et métiers une quantité prodigieuse de machines dont une partie n’est que peu ou point connue : je dis prodigieuse, car quiconque ne les a pas vues, .aura difficilement une idée de leur nombre, de leur richesse , de leur perfection & de leur importance. La commission temporaire des arts en a formé un vaste dcnbt. Vous avez en outre celles de la ci-devant académie des sciences dans laquelle est confondue celle d’Onsembray ; vous avez celles d’Egalité 5c fur-tout celles de Vaucanson qui, pour divers arts &c métiers , a fait des modèles qui exécutent promptement &z qui exécutent bien. Il nous a laissé de plus ( et ceci est très important ) les outils propres à construire ses métiers. Quelques- uns des procédés de Vaucanson n’ont pas été décrits ; mais il existe des personnes qui ont suivi ses travaux et qui peuvent les compléter.
- Vous voulez que toutes les sciences se dirigent, vers ujb
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- bat utile, et que le point de coïncidence de toutes leurs découvertes soit la prospérité phy.fi que et morale de la République : vous voulez que chaque citoyen puisse assurer sa subsistance «ar l'exercice d un art quelconqiîe. Nous croyons entrer dans vos vues en vous proposant d’utiliser au plutôt ces vastes collections de machines par rétablissement d’un conservatoire qui les léunira dans un local commun, ou le sentiment du beau , où le génie des arts, appelleront tous ceux qui les cultivent, pour éclairer et encourager' leur travail.
- On sentira sur-le-champ l'importance de ce projet, en considérant que nos importations annuelles se sont élevées dans ces derniers temps à plus de joo millions, et qu’une grande partie de cCs importations consiste en objets manufacturés. On se rappelle qu’en 1790 il fallut autoriser une de nos manufactures à faire filer en Suisse vingt
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- milliers de coton pour ses fabriques, parce qu’on manquent de machines et d’ouvriers propres à ce travail.
- Les Républicains se souviennent avec indignation que récemment encore l’anglomanie dominolt en France ; habits, vaisselle, rasoirs, couteaux, ressorts de voiture, lunettes , tout étoit à l’anglaise : abjurons à jamais le mot et la chose.
- « Celui-là, disoit Jean-Jacques, est vraiment libre, qui, pour subsister n’est pas obligé de rhettre les bras d’un autre au bout des siers. » Ce qu'il disoit des individus s’applique parfaitement aux nations le perfectionnement des ajis est un principe conservateur de la liberté. Secouer le joug de l’industrie étrangère , c est assurer sa propre indépendance.
- Cette vérité se fortifie en considérant que l’industrie est un des moyens les plus efficaces pour tuer le libertinage et tous les vices, enfans de la paresse. La liberté ne
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- peut avoir que det/x poi.nrs d’appui , les lumières et la vertu ; &î’on trahirait la cause dy peuple 9 si on ne lui ré-pétoit que l’ignorance et l’immoralité sont les ulcères qui corrodent la République.
- Les mœurs et la prospérité nationale feront de grandes conquêtes si l'on dirige insensiblement les femmes vers des travaux analogues à leur constitution. Déjà quelques-unes commencent à composer dans les imprimeries : tout ce qui se lait avec l’aiguille convient à leur sexe. Et quel est le citoyen qui ne souffre en voyant des hommes bien constitués , qui sont coiffeurs de dames, tailleurs d’habits pour femmes, valets-de-chambre, garçons cafetiers , tandis qu’ils devraient refluer dans les ateliers d’armes et dans les campagnes, pour remplacer ceux de nos frères qui ont péri aux champs de la victoire ?
- Vous voyez comment, dans un gouvernement libre, tout se rattache à la démocratie ”, essayons donc tous les moyens dç bannir l’industrie étrangère et de vivifier la nôtre.
- C etoit un préjugé bien étrange celui qui disoit e l'Anglais invente, le Français perfectionne. Sans y mettr une partialité inspirée par l’amour de la patrie, une simple énumération prouverait que le Français libre, capable de tout , invente et perfectionne plus qu’aucun peuple. Dernièrement on vous a présenté le.tableau des découvertes scientifiques et vraiment étonnantes qui ont illustré la révolution ; mais il est de nouveaux faits à citer, qui sont encore peu connus, et qui réjouiront le cœur des patriotes. Des ateliers où l’on travaille, où l’on soude les feuilles de corne pour faire des lanternes au service des vaisseaux -, un fourneau pour préparer du charbon de tourbe \ une manufacture de minium qui n’attend que des encouragemens j une manufacture de faulx_, qui nous affranchira d’un tribut annuel qu’on payoit à F Allemagne
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- pour cet objet ; fart de préparer en quelques jours des cuirs qui subissoient une préparation de deux années j tout cela vient de naître et commence à prospérer.
- L’horîogerie de Paris et celle de Besançon s’apprêtent à nous faire oublier celle de l’étranger. Une ville prcs-qu’enclavée dans notre territoire nous pompoit annuellement neuf à dix millions pour cct 'objet. : vivons en bons voisins avec les Genevois , mais cependant faisons nos montres.
- Etendons cette industrieuse activité à tous les objets qui en sont, susceptibles : pourquoi tirer du dehors de la colle forte , tandis que nous possédons les matières pre-/ mières? de l’alun pour sept à huit millions par an, tandis! que nous avons des terres alumineuses ? des mousselines pour quarante millions , tandis qu’on peut en manufacturer "qui rivaliseroient avec celles des Indes. Il existe en France deux modèles de machines à filer le coton pour mousseline à la manière des Indes-, l’une à Amiens, l’autre ici ; et cette dernière appartient à la Nation.
- La création d’un conservatoire pour les arts et métiers , où se réuniront tous les outils et machines nouvellement inventés ou perfëérionnés , va éveiller la curiosité & l’intérêt, et vous verre?, dans tous les petites des progrès très-rapides. La , rien de systématique: l’expérience seule , en parlant aux yeux , aura droit d’obîet.ir raflent!ment. S’il étoft encore un homme capable de dire qu’il faut s’affranchir de la tyrannie des règlef, et que l’habitude fait tout, nous l’inviterions à mesurer, s’il est possible ,• la distance entre l'ouvrier qui n’a jamais quitté l’ornière de la routine, et celui qui a rectifié sa pratique par les combinaisons de la théorie Dans les Vosges on abat les arbres avec la hache, çlu 'cçté de V;|îïrs- Cotterets c’est avec la scie -, une des deux méthodes est incontestablement préférable, et cette
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- question mérite fans cloute d’être examinée. La scie , qui dans quelques endroits est mince et. flexible, avec des dents longues, est ailleurs conformée très-différemment, quoiqu’appüquée aux mêmcsusages. Dans diverses contrées, pour travailler le même grain de terre , on se sert, là d’un hoyau, a .fer mince et à manche long $ ailleurs, il a le manche court, la lame lourde, et l’ouvrier lorcé à se courber, exerce constamment une compression funeste sur ses intestins: pourquoi n’indiqueroit-on pas le genre d’outil qiïL permet à l’homme de Jéoenser ses forces avec
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- plus et économie et g line maniéré plus avantageuse a sa santé?
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- Ne dites pas que, polir faire fleurir les arts, il suffit d’avoir brisé leurs entraves et de les avoir arrachés à l’avidité d’un fisc dévorant -, il faut 'éclairer l’ignorance qui lie connoît pas , et la pauvreté qui n’a pas le moyen de Connoîire : et n’est-ce pas une belle aumône à faire à l’indigent, à l’ignorance , que de leur fournir le modèle d’outils les plus propres à seconder les travaux qui assurent leur subsistance.
- On remarque qu’e-n Lrance les vis à bois sont généralement mauvaises par la rareté d’instrumens propres à les fabriquer. La houe américaine, la navette volante i la manière de feier le bois fur la maille, comme le pratiquent les Hollandais, ont des avantages incontestables j pourquoi sont-elles encore si peu usitées, sinon parce qu’ori ne les connoît pas? L’artisan, qui n’a vu que son atelier * ne soupçonne pas la possibilité d’un mieux. Le projet^ que nous vous présentons va l’entourer de tous les moyens d’enflammer son émulation et de faire éclore ses talens. Celui qui ne peut erre qu imitateur y rectifiera sa .pratique par la connoifiance des bons modèles. Celui cuti peut voir à'plus grande distance y fera des combinaisons nouvelles -, car tous les arts ont des points de contact j
- Rap. sur Vétab. d’tm consèrv.par Grégoire. A 5
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- par - la vous; augmenterez la somme des connoissances et h nombre des cormoisseurs, La chose est d’autant plus nécessaire , que, pour certaines branches d’industrie, les eon-noislsances ks plus précieuses sont le partage d’un très-petit nombre d’individus; par exemple, pour graver des. caractères d’imprimerie , la-France ne possède guère qu’une ct’za'ne d artistes habiles; l’on en compte a peine 5 ou 6 pour .la confection d’instrumens dç mathématiques et de physique ; et l’importation de ces objets coûtoit à la France plusieurs millions par an : un conservatoire qui avivera tous les arts, vous coûtera beaucoup moins.
- C’est ici k cas d’observer combien il importe de construire au plutôt un tclefcope à la manière d’Herschel. Il est possible qu’un ou plusieurs de nos vaisseaux soient engloutis, dans ks Sots , parce que la* République n’aura pas eu eet instrument ; ces idées , qui paraissent très-distantes , ne le sont point aux yeux de quiconque voit la liaifon intime qui existe entre le perfectionnement de l’astronomie et les •succès de la navigation. La ci-dévalat académie dés fciences .«voit trente mille livres en réserve qu’elle destinoit à la con-feérion de cet instrument; au commencement de la guerre-elle crut devoir faire don de cette 'fournie à la patrie ; cependant les savans conviennent que sa première destination* «toit encore plus avantageuse. Ce travail demande plusieurs années : bâtez-vous donc de mettre en réquisition les talens de Carochez, qui, déjà vieux, desire réaliser un monument digne de la République, et faire un télescope de 6o pieds de long, de 6 pieds de diamètre ; c’est un’tiers de plus que celui d’Herschel.*
- Le conservatoire des machines nous promet encore; d’autres avantages.
- i°. La langue des arts est dans l'enfance. Les uns. tp.anquent de mots propres, les autres abondent en syno-
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- nymes: d’aiîîéinfs d’une manufacture à fautre les- dénominations varient et l’on ne s’entend plus ; il est dwnc essentiel de fixer et d’anifonner la technologie»
- 2®. Des hommes nés- avec du génie ont quelquefois consumé un temps ptécietix pour inventer péniblement ce qui étoit invente, Tel est ce citoyen venu du fond du Midi, pour vous apporter une pendillé décimalisée., qui n'ofiïe rien de neuf'qu’à ceux qui n’ont pas vu les ouvrages des Lepeautre , des Janvier, des. Berthoud , etc. S’il avoit connu les modèles préexistais, c’eût été sort point de départ-, et au lieu de tâtonner pour arriver à ce qui est connu, il aurait fait faire un pas de plus à la science.
- Souvent on vient fatiguer le législateur et le gouverne-
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- ment, de prétendus secrets : je ne parle pas de ceux qui n’ayant pas la moindre idée delà théorie des frottemens, nous harcèlent de leur découverte du mouvement perpétuel ; d’autres présentent, au lieu de chimères , des. vues saines, mais déjà réalisées -, il suffira de les. envoyer au dépôt, on leur dira : l’art est venu jusqu’ici, voyons ce que vous ajoutez à ses progrès. Avoir un moyen sûr de con-
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- fondre les charlatansc’est un avantage qui n’est pas à négliger en politique.
- Je passe au mode d’organisation : voici comme nous i’avons conçu.
- On choisira un local vaste et susceptible, en partie , de recevoir la forme d’amphithéâtre-, votre comité d’agriculture et des arts, et celui des finances, se concerteront pour in-<-diquer le plus convenable.
- On y réunira lçs instrumens et les modèles de tous les arts, dont l’objet est de nourrir, vêtir et loger. L’agriculture a le droit d’ainesse i elle aura la première place : viendront
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- tnsqite lès genres d’industrie qui lui sont contigus, et sur-tout les.modèles de moulins les plus perfectionnés; cettè partie est peu avancée, et toutefois Fart de Convertir le blé en pain influe puissamment sur la santé.
- Les instrumens et outils pour les Constructions- et fabriques dans tous les genres, seront distribués en sept classes, à peu près, comme l’a proposé la commission temporaire des arts dans son instruction sur la manière d’inventorier les objets d’arts et de sciences.
- icre. classe. Outils de débitage.
- 2.e. — Outils de dressage et moulures.
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- 3 e. — Outils de perçage.
- 4e. — Le tour et les outils qu’il suppose.
- 5 e. — Outils à faire les vis et les écroux.
- 6e. — Outils pour construire les engrenages.
- 7e. — Outils de gravure et d’imprimerie ;
- C’est la perfection de ces détails qui amène celle des anachines.
- Viendront ensuite les moulins à soie, les machines pour le cardage et la filature, les métiers à fabriquer les étoffes dans toutes les largeurs, les métiers pour les étoffes de diverses couleurs, pour fabriquer plusieurs pièces à la fois, les machines à faire du cordonnet, les métiers à tricot ordinaire, à tricot sans envers, à maille fixe, 6èc., Fart des tissus, la coupe des pierres, la menuiserie ; en un mot, chaque art y aura sa place.
- On évitera l’accumulation de machines inutiles. A quoi servirait, par exemple, de réunir toutes les espèces de charrues ou de tours? Ce qu’il y a de mieux dans tous les genres aura seul le droit de figurer dans ce déppt.
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- Aux machines seront joints, autant qu'iï sera possible, î°. des échantillons du produit des manufacturés nationales et étrangères j pour avoir toujours des pièces de comparaison.
- i°. Le dessin de chaque machine. Aux écoles de dessin , on fera dessiner, par préférence, tout ce qui tient aux arts mécaniques.
- 3°. La description qui conserve, pour ainsi dire, là pensée de L'inventeur: on l’accompagnera d’un vocabulaire, et s’il le faut, d’un renvoi aux divers ouvrages qui en traitent. Ces précautions sont nécessaires pour fhistoire de l'art-, car à mesure que l’industrie se perfectionne, les modèles peuvent disparaître ; le dessin et la description rappellent ce qui s’est fait , et peuvent mettre sur la route de nouvelles découvertes : on pourra même y joindre un recueil de livres analogues , au moyen des doubles qui sc trouvent dans les dépôts littéraires. Si les anciens avaient pris de telles précautions, s’ils avoient consigné dans leurs écrits les procédés des arts , on nJauroit pas tant discuté sur l’airain de Corinthe, le feu grégeois, la pierre obsidienne et les vases murrhins ; peut-être, n’auroit on pas perdu la peinture à l’encaustique, l’art de teindre en pourpre, et la composition du mastic, employé par les Romains" dans leurs bâtisses.'Quand on ouvre le traité de Pancirole, on éprouve les regrets" les plus amers sur une foule de découvertes qui sont ensevelies dans le passé.
- Les arts et métiers s’apprennent dans les ateliers, et ce n’est pas dans ce conservatoire qu’on enseignera , par exemple, à faite des bas et du ruban ; ce n’est pas là non plus où -s’enseignera la partie chimique des arts -, mais la partie mécanique., la construction des outils et des machines les plus accomplies, leur jeu, la distribution du
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- mouvement, l’emploi des forces*, cette partie des sciences est également neuve et utile.
- Cet enseignement placé a côté des modèles, exige des démonstrateurs : cependant quelques gens crieront peut-être qu’on Va créer des places ; avec an mot et de forts poumons, on fait taire les Jio aimes timides, on entraîne les suffrages, et l’on empêche le bien. Si ces pitoyables déclamations pouvoient encore obtenir du crédit, il ep résulteroit qu’on doit anéantir les étabiissemens déjà formés. Alors, les censeurs doivent nous dire franchement, nous ne voulons rien faire pour encourager l’industrie, ou qu’ils nous présentent un moyen de la faire fleurir sans l’intervention des hommes.
- Et moi aussi, je me défie des hommes ; car je suis , depuis long-temps, pénétré de cette maxime, qu’en général les étudier, ce n’est pas le moyen de les estimer; mais cependant je ne vois pas qu’il y ait à balancer entre le néant qui ne produit rien,et l’activité d’un gouvernement ami du peuple., qui crée des étabiissemens, les améliore et les surveille.
- Je n’ai point encore parlé des dépenses , soit fixes, soit variables, de cet établissement ; nous les avons calculées à la somme de ï6','-,>aoliv. annuelles, pour findem-, nité des membres qui formeront le conservatoire; et nous avons cru qu’il falioit charger la commission d’agriculture et des arts de pourvoir aux dépenses provisoires , sur les fonds mis. à sa disposition. Après ce que vous avez fait pour la peinture et la sculpture, les arts mécaniques ne réclameront pas mi, vain. *
- Si l’on considère d’ailleurs qu’il s’agit ici. d'éclairer l’industrie, de porter par-tout son flambeau, on sentira que peut-être jamais il ne fut d’argent placé à plus haut intérêt.
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- En organisant le conservatoire, l’observatoire et le muséum d’histoire naturelle , vous avez décrété que les membres, de ces établissemens feroient , pour leur partie, respective, un réglement concernant les cours d’enseignement et la police intérieure, et que ce réglement seroit approuvé par le comité i la même chose peut être proposée pour le conservatoire des arts mécaniques.
- Actuellement il s’agit de faire participer tous les clé-partemens au bienfait? de cet établissement, car la Convention nationale n’a pas de prédilection : toute la famille a les memes droits. Déjà, d’apres l’instruction de la commission des arts, dans tous les districts on a dû recueillir les machines et les modèles-, le conservatoire sera le réservoir dont les canaux fertiliseront toute l’étendue delà France. Gn transmettra dans les départemens, des dessins , des descriptions et meme des modèles de es qui aura le cachet de Futilité -, niais cependant avec la prudence qui, mettant la République en jouissance d’une Invention nouvelle, en soustrait la connoissance à l’avidité de l’étranger.
- On demandera, sans doute, si cette, réserve est possible, politique- et juste.
- Malgré les soins de quelques peuples pour envelopper des ombres du mystère certains procédés, on a dérobé leurs secrets : d’ailleurs une découverte est prefque toujours le résultat, le dernier terme des travaux sientifiques -, et quand, par deà efforts combinés et soutenus, les sa vans sont près du but, dans divers pays il en est qui l’atteignent.
- Il est des découvertes qu’il importe de vulgariser polir imprimer à l’instant un mouvement général : ainsi lavez-vous fait pour la confection de la poudre:,.
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- vouloir célcr ce- procédé, c’eût été une mauvaise: spéculation.
- Fntre les peuples comme entre les individus , il faut toujours en revenir à ia morale-, \ii faut enfin cjiie la politique et la justice présentent une acception idendque. .Ainsi la question dont il s’agit sera facilement résolue par l'examen de ce qui est juste. Aucun peuple n’a droit d’arreter la marche de la raison dans ce qui est nécessaire à 1 existence des autres -, mais en formant le pacte social , les individus s’assurent des avantages exclusifs auxquels ne participent pas ceux qui ne sont pas membres de l’association : de ce principe dérivent rétablissement des douanes sur les frontièreset les lois prohibitives concernant l’exportation de certaines marchandises.
- Une decouverte peut être assimilée en quelque sorte, aune mine qu'un peuple exploite exclusivement pour son profit, h un dessin de fortification qu’il lui importe de tenir caché. Ainsi, lorsqu’on défend ia sortis de quelques machines , lorsqu’on empêche le passage à i’étfanger d’une découverte qui est une source de richesses nationales, et qu’on n’en rend dépositaires que les individus qui ont intérêt à ne pas la - divulguer, ce n’est pas contredire le principe de ia philanthropie universelle , et cette conduite .est avouée par le droit des gens et l’usage de toutes les nations.
- Il est encore un moyen d’aviver l’industrie , c’est de répandre avec profusion des livres élémentaires qui mettront en circulation les’idées lumineuses et les-principes propres à perfectionner les arts.
- L’article VI de la loi du 12. septembre 1791 veut qu’une partie des fonds destinés aux récompenses soit employée à la publication d’ouvrages utiles au progrès de l'industrie : ic bureau de consultation des arts a fait environ
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- d'eux cent vingt rapports sur les récompenses qu’il'a décernées; il lui en reste .ilaire une centaine; is bat de son institution seroit manqué,si les découvertes récompensées demea-roient enfouies et ne devenoient pas la propriété commune. Quelques uns de ces rapports ont été publiés ; mais c’étoit une spécula'ion d imprimeur , mai exécutée, et dont dont îLest résulté très-peu davantage. La rédaction aurait dû pré'enter chaque objet d une manière claire; il falloir décrire, sans emphase,, les manipulations , les procédés' , les dessins, et les accompagner au besoin de
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- On auroit dû distribuer l’ouvrage en fascicules où chaque matière eût été classée ; parla on eût facilité aux artiste?
- l’acquisition des parties qui leur conviennent. ïl est d ailleurs inconvenant de placer, par exemple, uns découverte sur la manière de rendre le cuir imperméable à l’eau , ou lur une poussolane factice, à coté d’un mémoire sur le satinage des indiennes , ou sur une nouvelle ma' chine à tailler les limes. Montrer les défauts, c’est indiquer le remède, L ouvrage est à refaire.
- On pourra l’améliorer en puisant dans les mémoires du lycée des arts, dans la collection en deux volumes in-folio de BL.Iey , sur les 'manufactures et le commerce ; cet ouvrage estimable n’a pas été traduit : vous avez d’ailleurs dans, les papiers de la ci-devant académie des sciences, et dans les cartons de l’ancienne administration de commerce , une foule d’excellens mémoires inédites, et qu’il est instant de faire paroitfe.
- Dans le local du conservatoire, il y aura une salle d’exposition où toutes les inventions nouvelles viendront aboutir. Ce moyen , absolument semblable a ce qui fe pratique au Louvre pour la peinture et la sculpture, nous a para très propre à féconder le génie. Là, les
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- citoyens viendront tour-à-tour s’éclairer par les bons modèles, et éclairer les artistes par la justesse de leurs observation^. Ainsi le public en dernier ressort sera le juge des jugcmens portés par le bureau de consultation des arts dont on vous proposera bientôt la réorganisation.
- Une partie des membres font dispersés dans diverses places -, ceux tpi restent, en nombre insuitisarit pour leurs travaux, sont surchargés, et cependant ils ne reçoivent aucun traitement -, votre justice lera disparoître cet abus.
- Il n’est pas un citoyen qui ne soit intéressé aux progrès des arts et métiers-, il;n’est pas un jour, pas un instant qu’il ne suit obligé de réclamer leur appui. Soyez sûrs que la formation de ce conservatoire répandra la joie dans le coeur de tous les artisans, de tous les vrais amis de la patrie. Dans les vallons et sur les montagnes d.e la Suisse, j’ai vu des hommes avec l’attitude de la liberté vertueuse et hère , à la suite de leurs charrues, à la tête de leurs troupeaux, pojtef une houlette, un sabre et des livres. Il faut de même quels Français sache se gouverner, se nourrir et se battre.
- Tandis que l’orguei'1, des despotes élève des palais cimentés par le sang et les larmes de ceux qu’ils nomment leurs sujets, vous vous occupez d’établissemens propres à faire naître le bonheur dans les chaumières. Au milieu des tourmentes révolutionnaires, il est beau d’ouvrir des afyles à l’industrie, et d’assembler tous les élémens dont se compose la félicité nationale. Cette marche est vraiment digne du législateur -, car, entre les peuples comme parmi les individus, le plus industrieux sera toujours le plus libre. C’est donc calculer en politique, que d oter tout prétexte à l’ignorance, à la fainéantise, et de faire ensorte que rien ne soit à meilleur compte que la science et la vertu. -
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- PROJET DE DÉCRET.
- La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de ses comités d’agriculture, des arts et d’instruction publique , décrète :
- Article premier.
- Il sera formé à Paris, fous le nom de conservatoire des arts et métiers, et sous l’inspection de la commission d’anricuiîure et des arts, un dépôt de machines, modèles, outils dessins, descriptions et livres dans tous les genres d’arts et métiers. L’original des insrrumens et machines inventés ou perfectionnés sera déposé an conservatoire.
- I I.
- On y expliquera la construction et l’emploi des outils et machines utiles aux arts et métiers.
- I I T.
- La commission d’agriculture et des arts , sous l’autorisation du comité avec lequel elle est en relation, transmettra par-tout, quand elle le jugera utile à la République , tous les moyens de perfectionner les arts et métiers , par l’envoi de descriptions , dessins , et même par des modèles.
- I V.
- Le conservatoire des arts et métiers sera composé de trois démonstrateurs et d’un dessinateur.
- V.
- Les membres du conservatoire des arts et ftiétiers seront nommés par la Convention nationale , sur la présentation du comité d’agriculture et des arts.
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- Il sera attribué à chacun une indemnité annuelle de quatre mille livres et le logement.
- V I I.
- Les dépenses de cet établissement seront prises sur les sommes qui sont mises à la disposition de la commission d’agriculture et des ans. *
- VIII,
- Les membres du conservatoire présenteront à la commission d’agriculture et des arts un projet de réglement pour la discipline intérieure ér l’ouverture de cet établissement. Ce réglement sera soumis à l’approbation définitive du comité d’agriculture et des arts.
- 1 X.
- La commission d’agriculture et des arts et celle d’instruction publique feront rédiger au plutôt et publier les découvertes consignées dans les rapports du btireau de con-sdtation des arts, du Lycee des arts, dans les manuscrits de la ci-devant académie des sciences , dans les cartons de l’ancienne administration de commerce, et dans les divers ouvrages qui offriront pour cet objet dés matériaux miles. i
- X.
- Le comité d'agriculture et des arts se concertera avec celui des finances pour le choix du local où sera placé le conservatoire des arts et métiers.
- XI.
- La commission d’agriculture & des arts est chargée de prendre au plutôt les mesures nécessaires pour l’exécution du présent décret.
- A r A ri I L', D Ê L’ I M P R I M E U I E N AT IO N A L É?
- Vendémiaire 3 an III.
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