Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
-
-
- '* '
- BULLETIN
- DE LA
- SOCIETE
- 1’ÜUR
- L’INDUSTRIE NATIONALE
- PUBLIÉ
- SOUS LA DIRECTION DES SECRÉTAIRES DE LA SOCIÉTÉ
- MM. H1TIER & TOULON
- 1913
- l’RLMI ER SEMESTRE
- Pour faire partie de la Société, il faut être présenté par uu membre et être nommé par le Conseil d'Administration.
- (Extrait du Bellement.)
- e£0A*0 £r F/Là
- MIJCCCI
- PARIS
- SIÈGE DE TA SOCIÉTÉ, 41, RUE DE RENNES (G“a«„.
- 1913
- Page de titre 1 - vue 1/950
-
-
-
- ' * ’v- K *
- •* - -*
- 'A
- SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ
- K T
- RÉDACTION DU BULLETIN
- Communications, dépôts, renseignements, abonnements au Bulletin, tous les jours, de H à 16 h.
- } V' iïif ’> ' 1 >’ 'I * '**' ‘ * fi < ' -
- p.2 - vue 2/950
-
-
-
- 112e ANNKIî. — Ie SEMESTRE
- .1 AN VI Eli 1013
- BULLETIN
- D E
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- G 0 N S E1L D4 AI ) MI NIS T R AT 10 N
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES, DES MEMBRES HONORAIRES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION ET DES MEMBRES CORRESPONDANTS POUR L’ANNÉE 1910 ARRÊTÉE DANS LA SÉANCE DU CONSEIL 1 ) ' A D M1NI ST B AT ION DU 27 DÉCEMBRE 1912
- MEMBRES TITULAIRES
- Bureau.
- Année
- 2Scon"ene Président.
- 1806. — Lindet (O. #), professeur à l’Institut national agronomique, 108, boulevard Saint-Germain (VIe arr’j.
- Vice-présidents.
- 1000. — Bâclé (O. #), Ingénieur civil des Mines. 37, rue de Chàteaudun (IXe arrM. 1007. — Berthelot (Daniel), professeur à l'Université de Paris, 108, boulevard Saint-Germain (VIe arr1).
- 1800. — Larivière (Pierre) (#), Ingénieur civil des Mines, quai Jerninapes (Xe arr1].
- 1801. — Sauvage (ü. #), Inspecteur général des Mines, professeur à l’Ecole des Mines
- et au Conservatoire des Arts et Métiers, 14, rue Eugènc-Flacbat (XVIIe arr1).
- Secrétaires.
- 1001. —Hitier (Henri), Ingénieur-Agronome, maître de conférences à l’Institut national agronomique, 23, rue du Cherche-Midi (VIe arr1).
- 1900. — Toulon (Paul) (#), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Ingénieur en chef honoraire des Chemins de fer de l’Etat, 10Hl,is, rue de Rennes (VIe arr1).
- p.3 - vue 3/950
-
-
-
- 4
- CONSEIL D'ADMINISTRATION. ---- JANVIER 1913.
- Année
- de Ventrée ï réSOVlCr.
- au Conseil.
- 1900.___Albï (#), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, il bis, boulevard Cannes
- (XVIe arr1).
- Censeurs.
- 1884. — Bordet (&), ancien Inspecteur des Finances, administrateur de la Compagnie de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons, 181, boulevard Saint-Germain (VIIe arr1).
- 1901. — Legrand (Victor) fO. #), ancien Président du Tribunal de Commerce de la Seine, censeur de la Banque de France, 115, rue Lafayette (Xe arr1).
- Commission des Fonds.
- 1884. — Bordet (# j, ancien Inspecteur des Finances, administrateur de la Compagnie de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons, Président, boulevard Saint-Germain, 181 (VIIe arr1).
- 1876. —Pereire (Henry), Ingénieur des Arts et Manufactures, boulevard de Gour-celles, 33 (VIIIe arr1).
- 1887. — Fouret (O. &), ancien “examinateur d’admission à l’École polytechnique,
- avenue Carnot, 4 (XVIIe arr1).
- 1888. —D’Eicuthal (Eug.), membre do l’Institut, administrateur ’de la Compagnie
- du Chemin de fer du Midi, boulevard Malesherbes, 144 (XVIIe arr1).
- 1891. — Heurtëau (ü. #), Ingénieur en chef des Mines, directeur de la Compagnie du Chemin de fer d’Orléans, rue de Clichy, 17 (IXe arr1).
- 1000. — Lavollée (J.), avocat à la Cour d’Appel, 88, boulevard Malesherbes (VIIIe arr1).
- 1902. —Honoré (Frédéric) (&), Ingénieur des Arts et Manufactures, administrateur-
- délégué de la Société du Louvre, 75, rue de Lille ( VIIe arr1).
- 1903. —Lafosse (H.) (O. &), Inspecteur général des Eaux et Forêts, 61, rue de
- Vaugirard (VIe arr1).
- 1906. — Alby (#), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 41 bis, boulevard Lannes (XVIe arr1).
- 1908. — Blver (Eugène), Ingénieur des Arts et Manufactures, 14, rue de Prony (XVIIe arr1).
- Comité des Arts mécaniques.
- 1869. — Haton de la Goupillière (G. O. #), membre de l’Institut, Président, rue de Vaugirard, 56 (VIe arr1).
- i891. —Sauvage (ü. #), Inspecteur général des Mines, professeur à l’Ecole des Mines et au Conservatoire des Arts et Métiers, rue Eugène-Flachat, 14 (XVIIe arr1). 1893. — Flamant (O. #), Inspecteur général des Ponts et Chaussées, 103, boulevard de la Heine, à Versailles (Seinc-et-Oise).
- 1891. — Linder (C. % ), Inspecteur général des Mines, rue du Luxembourg, 38 (VIe arr1).
- p.4 - vue 4/950
-
-
-
- Année de l'entrée an Conseil.
- CONSEIL T) ’ A n MIN1 ST R A TIO N.
- JANVIER 1913.
- 1895. — Rourdon (Edouard) (O. #), constructeur-mécanicien, rue du Faubourg-du-Temple, 74 (XIe arr1).
- 1897. — Barbet (#), ingénieur, 58, avenue de Paris, à Versailles (Seine-et-Oise).
- 1897. — Diligeon (#), Ingénieur des Arls el, Manufactures, 28 bis, avenue Niel
- (XVIIe arr1).
- 1898. — Masson (L.) (O. #), ingénieur civil, directeur en congé hors cadre du Con-
- servatoire des Arts et Métiers, 22, rue Alphonse-de-Neuville (XVII0 arr1).
- 1900. Walckenaer (O. #), Inspecteur général des Mines, 218, boulevard Saint-
- Germain (VIIe arr1).
- 1901. — Rateau (#), professeur à l’École des Mines, 7, rue Bayard (VIIIe arr1).
- 1905. — Bertin (C. #), membre de l’Institut, 8, rue Garancière (VIe arr1).
- 1900. — LEf.ORNU (O. jfc), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, professeur à l’Ecole polytechnique, 8, rue Gay-Lussac (Ve arr1).
- 1911. — Leblanc (Maurice), ingénieur, Le Val-sur-Seine, pont de Rougi val, à Croissy (Seine-et-Oise).
- 1912. — Brocq (François), directeur de la Société des Conipleurs, 10. boulevard de Vaugirard (XVe arr1).
- 1918. — Terré (Maurice) (O. #), Ingénieur en chef de la Marine en retraite, 189, boulevard TTaussmann (VIIIe arr1).
- A...
- Gomité des Arts chimiques.
- 1885. — Le Cüatelier (Henri) (O. #), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, professeur à la Sorbonne, Président, rue Notre-Dame-des-Champs, 73 (VIe arr1).
- 1877. — Bérard (P.) (O. #), membre du Gomité consultatif des Arts et Manufactures, rue Casimir-Dclavigne, 2 (VIe arr1).
- 1880. —Jungfleisch (#), membre de l’Institut et de l’Académie de Médecine, rue du Cherche-Midi,.74 (VIe arr1).
- 1883. — Carnot (Adolphe) (C. #), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, boulevard Baspail, 99 (VIe arr1).
- 1885. — Appert (Léon) (O. #), ingénieur-manufacturier, 148, boulevard Haussmann (VIIIe arr1).
- 1889. — Vieille (O. #), membre de l’Institut, 12, quai Henri-IV (IVe arr1).
- 1895. — Ruquet (O. #), directeur honoraire de l’Ecole centrale des Arts el Manufactures, 15, rue Léo-Delibes (XVIe arr1).
- 1898. — Livache, Ingénieur civil des Mines, 24, rue de Grenelle (VIIe arr1).
- 1900. — Bâclé (O. #), Ingénieur civil des Mines, 57, rue de Chàteaudun (IXe arr1).
- 1903. — Haller (C. #), membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne, 10, rue Vau-quelin (Ve arr1).
- 1905. — Prud’homme (#), chimiste, ancien élève de l’Ecole polytechnique, 78, avenue de la Grande-Armée (XVIIe arr1).
- 1907. — Guillet (#), ingénieur, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers et à l’École centrale des Arts et Manufactures, 8, avenue des Ternes (XVIIe arr1).
- p.5 - vue 5/950
-
-
-
- CONSEIL 1) ADMINISTRATION.
- JANVIER lOH
- Année de l'entrée au Conseil.
- 1908. — I >ertr and (Gabriel) (#), professeur à la Faculté des Sciences el, à rinslilul
- Pasteur, 100, avenue de Sulfren (XVe arr1).
- 1909. — Vernecil (&), professeur au Conservatoire nalional des A ris et Métiers,
- <80, boulevard Saint-Germain (Ve).
- 1911. —• Trïllat (A) (O. #), Président de l’Association des Chimisles de France,
- 20, rue Dutot (XVe arr1).
- 1912. — Delloye (Lucien) (#), directeur général des Glaceries de la C'° de Saint-
- Gobain. place des Saussaies (VIIIe arr').
- Comité des Arts économiques.
- 1870. — Sebert (général H.) (G. ifc), membre de l’Institut, Président, rue Brémon lier, 14 (XVIIe arr1).
- 1888. — Bardy (O. #), directeur honoraire du Service scientifique des Contributions indirectes, rue du Général-Foy, 82 (VIIIe arr1).
- 1887. — Carpentier (C. #), ingénieur, membre de l’Institut, 34, rue du Luxembourg (VIe arr1).
- 1898. — Violle (O. #), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, boulevard Saint-Michel, 89 (Ve arr1).
- 1897. — Lyon (O. #), directeur de la fabrique de pianos Pleyel, Lyon et Cie, 22, pue Bochechouart (IXe arr1).
- 1900. —Toulon (Paul) (#), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Ingénieur en chef honoraire des Chemins de fer de l'État, 100'"s, rue de Bennes (VIe arr1). 1902. — Parlé (O. #), Ingénieur des Ponts et Chaussées, de la maison Sautter-Harlé et Cie, 12, rue Pierre-Charron (XVIe arr1).
- 1902. — Hillairet (#), ingénieur-constructeur, 22, rue Yicq-d’Azir (Xe arr1).
- 1903. — Perot (#), 16, avenue Bugeaud (XVIe arr1).
- 1907. — Bertüelot (Daniel), professeur à l’Université de Paris, 108, boulevard Saint
- Germain (VIe nrr1).
- 1908. — Amagat (O. #), membre de l’Institut, à Saint-Satur (Cher).
- 1908. —- Armengaud jeune (#), ancien élève de l’École polytechnique, 23, boulevard
- de Strasbourg (Xe arr1).
- 1909. — Bordas (Dr F.) (O. #), professeur suppléant au Collège de France, 38, rue
- Notre-Dame-des-Champs (VIe arr1).
- 1909. — Bénard (Paul) (O. #), Lieutenant-Colonel du Génie en retraite, 41, rue
- Madame (VIe arr1).
- 1910. — Marre (#), ingénieur-mécanicien, 72, boulevard de Courcelles (XVIIe arr1).
- 1910. — Féry, professeur à l’École de Physique eide Chimie, 42, rue Lliomond (Ve arr1).
- Comité d’Agriculture.
- 1800. — Tisserand (Eug.) (G. O. #), membre de l’Institut, Conseiller Maître honoraire à la Cour des Comptes, Président, rue du Cirque, 17 (VIIIe arr1).
- 1881. — Lavalard (Ed.) (O. éfc), membre du Conseil supérieur de l’Agriculture, maître de conférences à l’Institut national agronomique, 87, avenue de Villiers (XVIIe arr1),
- p.6 - vue 6/950
-
-
-
- CONSEIL I) ADMINISTRATION.
- JANVIER 1913.
- 7
- Anni'e de l’entrée au Conseil.
- 1882. — Mùnïz (Achille) (O. #), membre de l’Institut, professeur à l’Institut national agronomique, rue de Coudé, Il (VIe arr1).
- 1882.— Prilueux (E.) (O. #), membre de l’Institut, rue Cambacérès, 14 (VHP arr1). 1888. — Liébaut (O. #), président honoraire de la Chambre syndicale des Ingénieurs-constructeurs-mécaniciotis, avenue Marceau, 72 (VIII'' arr1).
- 1896. — Lindet (O. #), professeur à l’Institut national agronomique, 108, boulevard Saint-Germain (VP arr1).
- 1809. — Bénard (C. #), agriculteur, régenl de la Banque de l’rance, 81, rue de Maubeuge (Xe arr1).
- 1901. — Ringelmann (#), directeur de la Station d’Rssais de Machines, rue Jenner, 47 (XIIP an*1).
- 1901. — Ililier (Henri), Ingénieur-Agronome, maître de conférences à l’Institut national agronomique, 23, rue du Cherche-Midi (VP arr1).
- 1893. - - Daubrée (L.) (C. &), ancien Conseiller d’État, Directeur général honoraire des Eaux et Forêts, 26, avenue Duquesne (VIP arr1).
- 1905. — Sciiribaux (È.) (#), professeur à l’Institut national agronomique, 140, rue de Rennes (VIe arr1).
- 1905. — Dybowski (O. #), Inspecteur général de l’Agriculture coloniale, 4. rue de Fon-
- tenay, à Nogent-sur-Marne (Seine).
- 1906. — Girard (A. Ch.) (O. # ), professeur à l’Institut national agronomique, 60, rue
- Madame (VIe arr1).
- 1906. — Wery (Georges) ;$h, Ingénieur-Agronome, sous-directeur de l’Institut
- national agronomique, 6, rue Joseph-Bara (VIe arr1':.
- 1907. — Dabat (C. #), Directeur au Ministère de l’Agriculture, 48. boulevard Latour-
- Maubourg (VIP an*1).
- 1912. — Vtncev (Paul) (#), Ingénieur-Agronome, Directeur des Services agricoles du département de la Seine, 84, rue Charles-Laffitte, à Neuilly-sur-Seine ( Seine L
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- 1879. — Voisin Bey (O. #), Inspecteur général des Ponts et Chaussées, en retraite, Président, rue Scribe, 3 (IXe arr1).
- 1895. — Belin(I1.) (#), éditeur, 52, rue de Vaugirard (VIe arr1).
- 1898. — Bonaparte (prince Roland), membre de l’Institut, 10, avenue d’ïéna(XVP arr1).
- 1899. —Larivière (Pierre) (*fc), Ingénieur civil des Mines, 164, quai Jemmapes
- (X.°arrl).
- 1903. — Maës (Georges) (#), manufacturier, 45, rue de Courcelles (VIIIe arr1).
- 1903. — Résal (O. #), Inspecteur général des Ponts et Chaussées, 6, rue Furstenberg (VP arr1).
- 1903. — Magne (Lucien) (O. #), Inspecteur général des Monuments historiques, 6, rue de l’Oratoire (Pr arr1).
- 1903. — Moreau (Auguste) (#), Ingénieur des Arts et Manufactures, 10, rue Duperré (IX.e arr1).
- 1907. li i b e s - C h r t s t o k i. e (de) (O. #), manufacturier, 56, rue de Bondy (Xe arr1).
- p.7 - vue 7/950
-
-
-
- 8
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- JANVIER 1913.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1907. — Mesnager (#), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 182, rue de Rivoli
- (Ier arr1).
- 1908. — Hersent (Georges) (#), Ingénieur des Arts et Manufactures, 60, rue de
- Londres (VIIIe arr1).
- 1908. — Bourdel (Joseph) {&), imprimeur-éditeur, ancien juge au Tribunal de Commerce, 10, rue Garancière (VIe arr1).
- 1908. — D’Allemagne (Henri) (&), Archiviste-Paléographe, bibliothécaire honoraire de l’Arsenal, 30, rue des Mathurins (VIIIe arr1).
- 1911. — Bertrand de Fontvïolant (#)( professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures, 16, rue Brémontier (XVIIe arr1).
- 1913. — Bonnet (A.) (O. #•), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, sous-directeur de la Cie des Chemins de fer du Midi, 106, boulevard de Courcolles (XVIIe arr1).
- 1913. — Hachette (André), secrétaire delà Société française de Photographie, 4, rue Bayard (VIIIe arr1).
- Comité du Commerce.
- 1892. — Gruner (E.) (O. #), Ingénieur civil des Mines, vice-président du Comité central des Houillères de France, Président, 60, rue des Saints-Pères (VIIe arr1). 186-4. — Lavollée (Ch.) (#), ancien préfet, vice-président honoraire de la Société.
- Président honoraire, 79, rue de la Tour (XVIe arr1).
- 1897. — Paulet (Georges) (C. Conseiller d’Ëtat, Directeur au Ministère du Travail, 47, boulevard Suchet (XVIe arr1).
- 1897. — Dupuis (#), Ingénieur civil des Mines, 18, avenue Jules-Janin (XVIe arr1).
- 1899. — Lévy (Raphaël-Georges) (O. #), 3, rue de Noisiel (XVIe arr1).
- 1901. — Legrand (Victor) (O. #), ancien président du Tribunal de Commerce de la Seine, censeur de la Banque de France, 115, rue Lafayette (Xe arr1).
- 1910. — Alfassa (Maurice), Ingénieur civil des Mines, 15, rue Soufflot (Ve arr1).
- 1910. — Risler (Georges) (O. &), 71, avenue Marceau (XVIe arr1).
- 1911. — Carmichael (RobertS.) (#), filateur et tisseur de jute, 4, rue Saint-Florentin
- (Ier arr1).
- Commission du Bulletin.
- MM. Hitier, Toulon, secrétaires; Lafosse, Fouret, Haton de la Goupillière, Linder, Bérard, Livache, Sebert, Berthelot, Lindet, Ringelmann, Bourdel, Voisin Bey, Gruner, Dupuis.
- Agent général de la Société.
- M. Lemaire, Ingénieur des Arts et Manufactures, rue de Rennes, 44 (VIe arr1). Téléphone 729.75.
- p.8 - vue 8/950
-
-
-
- CONSEIL D’ADMINISTRATION. ---- JANVIER 1913.
- 9
- MEMBRES HONORAIRES
- "oro'nseu. Vice-Président.
- 1864. — Layollüe (Ch.) (#), président honoraire du Comité du Commerce, 79, rue de la Tour (XVIe arr1).
- Comité des Arts mécaniques.
- 1898. — Boutillier (#), Inspecteur general des Ponts et Chaussées, 24, rue de Madrid i'VUlMrr1).
- Comité d’Agriculture.
- 1901. — ScriLCESixr. (O. membre de l’Institut, 53, quai d’Orsay ( VIIe arr1).
- Comité des Arts économiques.
- 1888. — Raymond (O. #), Administrateur honoraire des Postes et Télégraphes, 30, rue Washington (VIIIe arr1).
- Comité du Commerce.
- 1899. — Lalance (Auguste) (#), ancien manufacturier, à Mulhouse.
- MEMBRES CORRESPONDANTS Comité des Arts mécaniques.
- Correspondant français.
- Leflaive et Cie, directeur de l’usine de la Chaléassière, à Saint-Étienne (Loire).
- Correspondant étranger.
- Dwelshauvers-Dery, ingénieur, professeur à l’Université de Liège.
- p.9 - vue 9/950
-
-
-
- 10
- CONSEIL 1) ADMINISTRATION.
- JANVIER 1913.
- Comité des Arts chimiques.
- Correspondants français.
- Gijimet fils, manufacturier, à Lyon.
- Peciuney, directeur de la Société des produits chimiques d’Alais.
- Prtitpont (Gustave), manufacturier, Ghoisy-le-Roi.
- Charly, ingénieur, directeur des Établissements d<* la G'1' de Cluitillon, Gommenlry e Neuves-Maisons, à Montluçon.
- Corresp o n dan fs ét ? ring ors.
- Rosc.oe (Henry), Enfield 10, Bramliam Gardens, South Kensington (S.-W.), Londres Solvay, fabricant de produits chimiques, à Bruxelles.
- Hadfield, directeur des usines Hecla, à Londres (Angleterre).
- Hoave, professeur de métallurgie, à New-York.
- Comité des Arts économiques.
- Correspondant français. Loreau, manufacturier, à Briarp,
- Correspondants étrangers.
- Grookes (William), directeur du journal The Chemical News, à Londres.
- Preece, ingénieur-conseil des télégraphes de l’État, à Londres.
- Elihu-Thomson, électricien en chef de la Société Thomson-Houston, à Lynn, Mass. (États-Unis).
- Comité d’Agriculture.
- Correspondants français.
- Mile [au (Ernest), chimiste, à Marseille.
- Briot, Conservateur des Eaux et Forêts, à Aurillac. Monicault (Pierre de), Ingénieur-Agronome, Paris.
- Correspond.ants étrangers.
- Gilbert (l)r), membre de la Royal Society de Londres, h Bothamstead (Angleterre).
- p.10 - vue 10/950
-
-
-
- CONSEIL ^ADMINISTRATION. ---- JANVIER P) l.'t
- Comité du Commerce.
- Correspondants français.
- Walbaum, président de la Chambre de Commerce de ll.eims. Bkssonneau, manu facturier, consul de Belgique, à Angers.
- n
- Correspondants rtram/ers.
- IIkmctine (comte Paul de), à Garni.
- Dalton, directeur du Paient Office, à Londres.
- Bonio (le commandeur), directeur général de la Statistique du royaume d’Italie, à Borne.
- Giffin, directeur de la statistique du Board of Trade, à Londres.
- Carroll (D. Wright), commissaire du Ministère du Travail, à Washington (États-Unis). Balance (Auguste), ancien manufacturier, à Mulhouse.
- p.11 - vue 11/950
-
-
-
- M fîTA LUI RC. I K
- SUR LES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES
- Bronzes d’aluminium et d’étain spéciaux,
- par M. Félix Robin.
- Deux structures métallographiques présentent, dans les coupes polies des alliages, des lames ou aiguilles entre-croisées suivant des figures régulières, plus ou moins géométriques ; la structure de Widmanstaetten, caractéristique d’un grand recuit (1), et la structure Martensitiquc (ayant comme type la martensile des aciers d’Osmond) (2) liée à la trempe de solutions solides instables. La seconde sera seule à nous intéresser ici, notre but ayant été de chercher si le microscope ne permettait pas d'apercevoir des modifications structurales de ces constitutions en équilibre relativement instable, sous l’influence de la chaleur.
- Les structures de trempe en aiguilles découvertes jusqu’ici sont peu nombreuses. En dehors de la martensite des aciers, nous connaissons les structures de trempe du bronze d’aluminium, des alliages du nickel avec l’étain, enfin peut-être du bronze d’étain.
- Nous avons donc fait l’étude systématique de la trempe des alliages précédents, de leur revenu et de leur recuit; puis, dans le but d’éclaircir les structures et d’en faciliter l'étude, nous avons adjoint aux alliages caractéristiques des éléments spéciaux appropriés, suivant la voie ouverte par Osmond et suivie par L. Guillet. Nous nous occuperons d’abord du bronze d’aluminium et du bronze d’étain, puis de leurs alliages spéciaux.
- Bronze d’aluminium.
- L’examen des alliages bruts ou recuits indique comme on sait les constituants : solution riche en cuivre (a) et constituant hétérogène se présentant à partir de 8,5 p. 100 Al environ et formant l’alliage entier vers 12,5 p. 100 AL (P suivant l’appellation de plusieurs auteurs).
- La constitution (3 est une structure de transition ; à haute température on a une structure homogène qui, à partir d’un point de transformation, se dis-
- (1) Bandes juxtaposées de deux éléments de constitution chimique différente (état stable).
- (2) Structure mâclée hors d’équilibre d’une solution en transformation (homogène ou non).
- p.12 - vue 12/950
-
-
-
- SUR UES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 13
- sont dans la première solution (a.). La trempe lui donne une structure en aiguilles connue (Breuil, Campbell et Mathews, Guillet) (1).
- Quelques-unes des dernières déterminations des températures de transformation sont indiquées par Curry.
- Recuit. — Par recuit, le constituant complexe se transforme peu à peu en eutectoïde (a-4) dont on distingue les deux éléments.
- Les transformations de ces alliages se faisant avec une lenteur extrême, on n’obtient par recuit ordinaire que très peu d’eutcctoïde. Dans les alliages livpo-eutcctoïdes, il se présente en grandes lames parallèles et en vermiculé, en gar-
- Viii. 1.— Bronze d'aluminium à 10 p. 100 AL recuit très Eig. 2. — Bronze d'Al à L> p. 100. recuit refroidi lent, attaque au pcrchlorure de fer alcoolique. très lentement, attaque au perchlorure alcoolique.
- Gr. 230 diaiii. Gr. = 250 diam.
- dant les contours de [i ; ces plages sont soin eut bordées par des fragments de & (fig. 1). Dans les alliages hypereutectoïdes, il se forme aux joints dés grains, joints occupés par 3 pur. S’il est très tin, il apparaît en jaune mat par l'attaque dont nous parlerons plus loin, et on ne distingue ses éléments qu à très grand grossissement. Lès réactifs violents le corrodent, ce (pii explique peut-être qu’on ait parfois nié son existence.
- Par un recuit suffisant (refroidissement de dix heures de 1 000° à 100°; il se présente en grands éléments très nets, sa forme offre une analogie frap-
- (1) Campbell et Mathews, Journ. Am. Chem. Soc., 1902. — Breuil, C. IL Acad, des Sciences, 190b. — Guillet, Revue de Métallurgie? 190b. — Curry, Journal uf phys. Chem., 1907. — Car-penter et Edwards, 1907. Gwyer, Zeilsch. f. anorg. Chem., 1908. — Guillet, Revue de Métallurgie, 1908. —Barrée, Revue de Métallurgie, 1910.
- p.13 - vue 13/950
-
-
-
- 14
- MÉTALLURGIE.
- JANVIER 1913.
- pante iii'cc lu perlite (fig. I et 2). Quelquefois il apparaît on réseau de mailles blanches au milieu desquelles se distingue a en jaune ; il ollre alors nue certaine analogie avec la constitution^— a du bronze d’étain à 25 p. 100 Sn, refroidi assez rapidement (sans toutefois être trempé).
- Lorsque £ est fortement en excès, le recuit de longue duree lui donne îles formes très nettes de cristallifos. l ue attaque faible le laisse blanc, une attaque forte à notre réactif (1) l'oxyde elle colore en brun très foncé. Ses formes reproduisent avec assez d’exactitude celles des crislallites de SnCu’ bien connus
- Fig. 3. — Bronze d'alumium à 13 p. 100 AI, trempé re- Fig. 4. — Bronze à 12 p. 100 d’aluminium, trempé
- venu à 600°, attaque forte au perchlorure, bande d’eu- et revenu vers 500°. Grossissement.^ 400 dia-
- tectoïde en formation (à gauche). Grains noirs de S mètres.
- (analogie aveciaperlitegranulaire). Gr. = 400diam.
- dans les bronzeé, Cet élément 8 est une solution solide qui, à cette teneur, pourrait être exactement Al Cu3 (fig. 2).
- Revenu. — La constitution (3 correspond au revenu du métal trempé d’une façon très analogue à ce qui se passe pour les aciers. Le réactif employé permet de'distinguer en rose et brun des plages en apparence homogènes qui sont le premier stade do la transformation de revenu et correspondraient assez bien à la troostite des aciers; un recuit suflisaut donne une aggloméra lion de granules clairs dons un fond sombre, à l'image de la .s-orbite des aciers (lig. 3 et I) ou à la perlife granulaire (grains noirs par attaque prolongée du réactif alcoolique dont nous parlerons dans ce qui suit (lig. 3).
- (3 présente souvent une constitution en branchettes minces d’a régu* librement entre-croisées sur un fond noir (2). Si l’on voulait étendre le nom
- (1) Voir plus loin.
- (2) On voit quelques branchettes Unes isolées surin ligure 14.
- p.14 - vue 14/950
-
-
-
- SUR LGS CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 15
- d’eutectoïde à colle formation spéciale, on pourrait Fintilulor eulccloide a-fL
- Il est curieux de remarquer dans ces alliages que, par suite île la lenteur de transformai ion (tenant probablement au peu d’élévation des températures (1e modification allotropique et à la dureté de ces alliages), on réussit quelquefois à obtenir dans un même échantillon (de préférence hypereuleeloïde) à côté les unes des autres les structures diverses : eulecloide très net, eutecloïde lin non résoluble, [3 granulé et quelques stries de la constitution de trempe (y cl après la dénomination de plusieurs auteurs).
- Remarque. Réactif (ïattaque. —
- Ces constitutions sont mises en évidence d’une façon défectueuse par le réactif d’Heycok et Nevillo (perchlorurc de fer chlorhydrique), les chlorures de cuivre, les acides ou les bases étendues.
- Nous avons réussi à modifier le réactif au perchlorurc d'après les idées qui conduisirent Kourbatoff au réactif de la troostite.
- Voici le réactif que nous employons :
- Fc CF b p. 100 — eau b p. 100 — HCl 30 p. 100 — alcool isoamylique 30 p. 100 — alcool ordinaire 30 p. 100.
- Ce réactif s’est trouvé ensuite métallographiques, aussi 1 employons-nous actuellement d’une façon courante pour tous les alliages de cuivre.
- 11 décèle très bien la structure des maillechorts et constantans, il met assez bien en évidence la structure du nickel, ce que nous n’arrivions pas à faire avec les réactifs ordinaires. Il ne convient pas pour les produits ferreux.
- Trempe. — La trempe donne au métal la structure en aiguille ; ces dernières croissent comme on sait en fonction de la teneur en AI, de sorte que les grains les plus gros et les aiguilles les plus larges s obtiennent par la trempe vive des alliages a 13-14 p. 100 Al (lig. b). Nous observons, sur les strudures les plus nettes obtenues, qu’on est en présence de deux types de formation : 1°) des lames droites, pointues, parallèles, présentant parfois leur extrémité large au joint du grain qui les contient, parfois terminées en pointe de chaque côte et chevauchant a travers les grains d’une façon quelconque ; 2°) des lames coudées à angle aigu, emboîtées parallèlement les unes dans les autres et
- trempe à 800°. — G. 00 diam.
- par hasard, convenir à une foule d’attaques
- p.15 - vue 15/950
-
-
-
- 16
- MÉTALLURGIE.
- JANVIER 1013.
- reproduisant les dentelures du « point de Hongrie ». Le plus curieux a observer est que ces deux structures se traversent comme les lames elles-mêmes, de sorte qu’au même point on peut avoir deux structures différentes croisées l’une sur l’autre. Les angles de croisement paraissent quelconques; 1 angle d’elemenls en point de Hongrie bien net, si le métal en comporte, parait pou variable et voisin de 23° (extrêmement rarement angle double 45°). Celle structure diffère de la martensite en ce que ces aiguilles sont piales, ni déchiquetées de bords, ni partagées en leur milieu par une nervure centrale ; enlin elles ne forment pas les angles caractéristiques du fer et ne sont pas repliées en zigzag. Le réactif les distingue en jaune ou brun plus ou moins foncé et creuse leurs contours.
- Remarque. — Pour répondre à la demande qu’on nous a faite de préciser les températures correspondant aux differents états de revenu, nous donnons les indications suivantes : ,
- Trempe k 1000° ( Trempe à 1000° (1) 1; Bronze à L2,5 p. lüü Al Grandes aiguilles. Bronze à 11,3 p. 100 Bronze à 10 p. 100 Al Aiguilles moyennes Aiguilles fines, fond sombre, contours cellulaires d’a émettant des rameaux.
- Kevenu de 3 minutes à 300° id. id. Fond plus sombre.
- . — 330° Plus attaquables. Rares points de sor- id.
- 430° Sorbite à directions martensi tiques. (Quelques taches roses de troostite. bile. Martensite- Aiguilles claires, sorbite, abon- fond très noir. Pla-dantes taches de ges de troostite ra-troostite. res.
- 330° Perlite granulaire. Apparition de ,3 aux [lapparaitaux joints joints des lames, des lames qui se En certains points désagrègent, perlite granulaire.
- 360° id. Rare perlite lamellaire. id. id. Lignes de £ sur fond d’a ^suivant les directions des anciennes aiguilles .
- N3UU Crislaliites de o, fond de perlite granulaire, rare perlite lamellaire. Développement d’a a et structure de aux joints de Widmanstaetten. grains. Persistance des directions des lames. En certains points aspect a [i du métal naturel.
- (1) Échantillon de 2 cmj environ. On a désigné les structures de revenu par leurs analogues de 1 acier. Les revenus ont été pratiqués successivement sur les mêmes échantillons.
- p.16 - vue 16/950
-
-
-
- 17
- SUR LES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- La dureté (mesurée à la pointe conique] augmente légèrement pendant le revenu. Au bord des empreintes (métal écroui), le revenu forme dans les 3 alliages une perlite granulaire à gros éléments suivis de petits éléments jusqu’aux régions non affectées par l’écrouissage.
- Le revenu est donc bien analogue à celui des aciers, surtout dans les alliages hypereutectoïdes. On sait en effet que la martensite saturée se transforme en sorbite, puis en perlite granulaire qui ne devient lamellaire qu’après dissolution au-dessus de 700° et refroidissement lent. La trooslilc se forme aux joints des grains dans les deux natures d’alliages.
- Trempes vives. — Nous avons cherché si, par des trempes particulièrement vives, on ne pourrait obtenir une constitution homogène sans stries, analogue à Y austènile.
- Des échantillons de très petites di-
- ({ 1 \ mensions ^ ou ^ centimètre cube !
- furent trempés à diverses températures. Nous avons constaté que plus la température de trempe s’élève au-dessus de la température de transformation (1), moins la structure en aiguilles est nette, plus les aiguilles et les grains sont petits. Si on trempe le inétal fondant, on obtient des aiguilles très fines, droites et parallèles ; l’attaque met eu évidence en même temps un réseau dendritique sombre indiquant l’hétérogénéité de la constitution au moment de la trempe (fig. 6). Les alliages hyper-euteçtoïdes trempés liquides ont montré aux joints des grains des régions à structure unie, sans stries; cette sorte de liquidus organisé en dendrites n'est pas gris comme dans les autres alliages de cuivre.
- Les températures de revenu sont, comme on sait, voisines de 500°, le temps nécessaire aux transformations est assez long.
- Métal brut. — Lorsque la teneur en aluminium est élevée, on trouve des indices encore très nets de la constitution de trempe dans les alliages bruts ou peu recuits, la stabilité relative de la constitution en aiguilles étant vraisemblablement bien supérieure à celle de l’acier. Gomme il était à prévoir par
- (1) Nous ne voulons pas dire que les éléments les plus gros soient obtenus par trempe à la température exacte de transformation.
- Tome lit). — l1’1' s omettre. — Janvier 19 El. 2
- p.17 - vue 17/950
-
-
-
- 18
- MÉTALLURGIE.
- JANVIER l'Jl'L
- analogie avec certains aciers spéciaux, on trouve après laminage a eliand la structure en aiguilles tout à fait précisée. Nous avons ainsiobtenu avec des alliages à 12,5 p. 100 et 13 p. 100 Al (métaux purs électrolytiques) par laminage à chaud la structure en aiguilles bien moins larges et moins nettes que par trempe, mais pourtant bien accusées; après recuit de 4 heures il 800° structure en aiguilles fines granulées sur fond uni et bordures de ; par recuit de 10 heures, eutecloïde très net, cristallites de % et en quelques points structure de Widmanstaetten formée de S et a en bandes parallèles.
- Bronze d’étain.
- Les alliages cuivre-étain présentent à chaud une constitution ((Ü) qui après trempe est quelquefois « striée » selon l’expression dos auteurs. Nous avons
- Fig. — 7. Rronze à 25 p. 100 Sn trempé à tempéra- Fig. 8. — Hronze à 23 p. 100 Sn trempé
- ture élevée. Attaque au perchlorure alcoolique. à température élevée. Gr. = 450 diam.
- Gr. = 300 diam.
- cherché si on ne pouvait y trouver d’analogie avec le constituant en aiguilles des bronzes d’aluminium. Nos études ont porté sur les bronzes à 23,27 p. 100 et principalement à 25 p. 100 Sn.
- La constitution en aiguilles est bien moins facile à produire ; elle est d’autant plus nette que la température dé trempe est plus élevée, sans dépasser lè solidus, et la teneur en étain plus élevée.
- Les lames sont en tous points semblables à celles du bronze d’aluminium, elles sont toujours droites et terminées en pointe, souvent à chaque extrémité (fig. 7 et 8).
- p.18 - vue 18/950
-
-
-
- SUR LES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 19
- Si l’on rencontre certaines formations suffisamment régulières, on constate <|ue l’angle de deux systèmes de lames parallèles est voisin de 23" (lig. 7), ou quelquefois, dans des régions à larges éléments en points de Hongrie, voisin de 45° (lig. 8).
- Au moment de la fusion, l’alliage se divise en énormes grains ; si l'on trempe à ce moment, les aiguilles sont moins larges et ont l’aspect de 1 races de plans dç translation (lig. 9). Le liquidus commence à paraître aux joints des
- Fig. 9. — Bronze à 25 p. 100 Sn trempé liquide au Fig. 10. — Bronze à 25 p. 100 Sn trempé
- voisinage du point de fusion. Gr. — 250 diam. liquide à température élevée. Gr. -. 250 diam.
- grains en plages gris perle unies. Autour de ces dernières est que zone parfois assez large, restant claire à l’attaque et sans stries ni aiguilles.
- Si on trempe l’alliage presque liquide, on obtient des grains couverts de stries parallèles rappelant parfaitement les plissements par écrouissage. En trempant très vivement (gouttes de 1/3 cm3 env.) nous avons obtenu, à côté de quelques grains à stries parallèles, des grains unis et nets sans aucune aiguille (jaunes et non gris comme le liquidus) (fig. 10 i (I). On ne peut s'empêcher de comparer cette solution à l’austénite. Le revenu parait bien plus rapide que dans le cas du bronze d’aluminium.
- Bronzes spéciaux
- BRONZE D’ALUMINIUM AU ZINC
- Le zinc diffuse très facilement à haute température dans les alliages cuivre-aluminium. Si nous plaçons à 800° environ un échantillon de bronze à 10
- (1 : Les bandes de stries semblent souvent provenir de l'écrouissage superficiel de polis-
- p.19 - vue 19/950
-
-
-
- METALLURGIE.
- JANVIER 1913.
- 20
- ou 11 p. 100 d’aluminium dans du zinc fondu, ce dernier pénètre dans le fragment solide pendant que du cuivre diffuse dans le zinc. (Le fait que la diflusion est assez rapide est peut-être en relation avec la facilité de volatilisation du zinc.)
- En examinant le métal et son dissolvant refroidis avant dissolution complète (1), on constate que les états intermédiaires entre le zinc pur et le bronze d’aluminium pur peuvent se diviser en plusieurs zones distinctes :
- Une région blanche fragile, cristaux mixtes analogues à fi des laitons ; une région formée de solution solide cuivreuse entourée de grands cristallites à dendrites et parsemée quelquefois de cristallites étoilés. Ces derniers, blanc rosé, fragiles, sont analogues à y des laitons ; la région suivante est formée de [i des laitons constellé de points étoilés de y. Ceux-ci deviennent de plus en plus rares et on trouve des polyèdres unis, foncés à l’attaque, facilement rayables, analogues à fi des laitons, riches en aluminium, jaune rosé.
- Cette constitution se strie de quelques lames, puis se transforme entièrement en constituant en aiguilles, d’une netteté remarquable (mosaïques en point de Hongrie d’angle au sommet égal à 23° environ, rarement égal à 45°) ; puis elle se fond insensiblement dans fi sorbitique, puis dans le mélange d’a et fi des bronzes d’aluminium ordinaires où la quantité d’a va en croissant jusqu’à la région où la diffusion du zinc s’est arrêtée. Quelquefois fi présente des régions à eutectoïde très net, même non loin de la constitution y en aiguilles. Par un recuit à refroidissement très lent les éléments sont un peu plus volumineux et l’eutectoïde est plus abondant.
- Ce qu’il importe de remarquer, c’est la présence de la zone à constitution en aiguilles, zone de trempe, obtenue après recuit.
- On doit supposer que, d’une façon analogue à ce qui se passe dans les aciers où certains éléments abaissent jusqu’au-dessous de la température ambiante les régions de transformation des structures, le zinc a maintenu à froid la structure de transition qu’on obtenait par la trempe vive des bronzes d’aluminium contenant la solution fâ (de 8,5 à 14,5 p. 100 Al environ), soit par ralentissement de la vitesse de transformation, soit peut-être plutôt par abaissement de la température de transformation.
- Comme dans le cas des aciers spéciaux martensitiques, il faut pour l'existence de la structure en aiguilles des bronzes d’aluminium une certaine équivalence entre la teneur en aluminium et la teneur en zinc. La ligne qui relie les points relatifs à cette constitution dans un diagramme est voisine d’une droite.
- Diagramme. — Cette observation nous a conduit à la recherche du domaine
- (I) Refroidissement lent (10 heures environ).
- p.20 - vue 20/950
-
-
-
- SUR LES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- (2\
- d'existence de la structure particulière trouvée dans les alliages Cu-Al-Zn. I.a ligure 11 en donne le résultat.
- Elle ne prétend pas donner le diagramme définitif de ces alliages ternaires, elle définit seulement la zone spéciale sur laquelle ont porté nos recherches. Incidemment, elle pourrait donner des indications utiles pour la construction de ce diagramme ternaire.
- Le système de représentation employé est celui de Gibhs, système triangu-
- Fig. M. — Diagramme des structures. Bronzes d’aluminium au zinc.
- laire classique : les hauteurs issues du point représentatif abaissées sur les côtés du triangle représentent les trois teneurs en Al,Zn,Cu. Ici les horizontales représentent les lignes d’égale teneur en Al, les parallèles à l’autre côté du triangle sont les lignes d’égale teneur en Zn. Pour la commodité, on a représenté sur des perpendiculaires aux côtés l’échelle des teneurs en Zn et AI.
- Il résulte de nos déterminations (35 expériences précises, 4 qualitatives) qu’au voisinage de la zone qui nous intéresse l’équivalence du zinc et de l’aluminium serait telle que 1 p. 100 Ai jouerait le rôle de 3,5 à 3,9 p. 100 Zn (le chiffre correspondant donné par L. Guillet pour l’effet d’Al dans les laitons est 3,5 ce qui donne 6 pour le coefficient tel qu’il le définit).
- p.21 - vue 21/950
-
-
-
- S)i)
- METALLURGIE.
- JANVIER 1913.
- Lit l égion de structure en aiguilles (iig. 12; est hachurée ilig. 11); on remarque qu elle est mince et ne s’étend que de 12 p. 100 à 7 p. 100 AI environ. Nous n’avons pu trouver la structure spéciale en dehors de ces teneurs en aluminium, ce qui ne veut toutefois pas dire qu’elle ny puisse pas exister.
- Au-dessus de cette région se trouve une zone de polyèdres unis, pour une teneur en zinc suffisante (fig. 13). Au-dessous de cette région, on trouve fi pur passant insensiblement du bronze d’aluminium au laiton ordinaire lorsque la teneur en zinc varie de 0 à 47 p. 100. Cependant tout n'a pas été élucidé <u) cet endroit ; on trouve quelquefois un fond analogue à 3 des laitons entouré*
- de polyèdres où se dessinent des plages d’eutectoïde p (Al) très fin (fig. 14) (nous pensons qu’on ne puisse l’obtenir qu’aux teneurs élevées en Al).
- Kn ajoutant de 1 aluminium ou du zinc aux structures précédentes, on obtient un élément nouveau (analogue Al ou y Zn) formant des étoiles claires ; le fond est en solution unie rose (aux teneurs élevées en zinc), en structure sorhitique (aux teneurs élevées en aluminium), ou souvent (peut-être entre 8 et 12 p. 100 Al ?) en un magma cpii tient des deux natures. Kntre Zn b Al 12,b et Al 9 Zn 18 par exemple, on a un réseau clair résoluble en eutectoïde identique à celui du bronze d’aluminium sur un fond assombri par l’attaque, très analogue à (3 des laitons (fig. 1b).
- Ceci a peut-être une certaine analogie avec la structure des fontes au manganèse ou au phosphore où, pour certaines teneurs, la cémentite se rassemblé aux joints des grains autour des solutions de 1er phosphore et manganèse. A
- p.22 - vue 22/950
-
-
-
- SUH LES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 23
- certaines teneurs en aluminium, les grains de structure en aiguilles sont bordés d’eutectoïdetrès fin, mais très net; cela démontre qu’on peut trouver côte à côte les éléments caractéristiques de la trempe et du recuit des bronzes d’aluminium spéciaux.
- Dans les alliages bruts de coulée (1), les grains ont présenté en général une grosseur moyenne de 0,5 à 1 millimètre de circonférence circonscrite, vers 15 p. 100 Zn ; de 3 millimètres vers 6 p. 100 Zn ; de 5 millimètres et plus à
- IL — Bronze AI = 5,8;Zn = 2'.i. Gr. = 250 diam. Fig. 15. — Bronze AI = 11 ; Zn — 9. Gr. = 250 diam.
- 0 p. 100 et i p. 100 Zn. Us paraissent devoir être de plus en plus volumineux jusque vers 10 p. 100 Zn, puis diminuer avec la teneur en zinc.
- Lotie constitution est fragile. Les alliages de cette structure spéciale (aiguilles ou polyèdres à teneur moyenne en zinc) sont relativement inoxydables ; la surface polie et exempte d’impuretés peut être chauffée jusqu’à la fusion, puis refroidie lentement sans que sa belle couleur d’or brunisse; elle est seulement ternie. La solution (3 des laitons riches en aluminium et la solution y ne s'altèrent pas, elles présentent une teinte un peu plus rose. Les alliages de cette nature conviendront donc parfaitement pour l’étude à chaud des surfaces polies ; ils pourront donner lieu à des expériences de cours faciles et très démonstratives par suite des propriétés remarquables ici toutes réunies : éléments volumineux, mnxydabilité, modifîcaiions allotropiques à des températures peu élevées.
- (I) Échantillons de 10 à 00 enr.
- p.23 - vue 23/950
-
-
-
- MftTALUîRfilK.
- JANVIER I (II :t.
- BRONZES D ALEMINUIM A ESTAIS
- Lorsqu'on superpose l’étain au bronze d’aluminium liquide et qu'on laisse refroidir l’ensemble, on remarque que la zone de transition de l’alliage vers l’étain est formée d’une façon analogue à la précédente.
- La proportion de P dans le bronze d’aluminium augmente jusqu’à former p pur, à constitution nette et fine, en branchettes minces d’a sur fond analogue à la troostite. Lorsque la teneur en étain augmente, (3 ne se compose plus que de petits grains en analogie complète avec la sorbite. 11 apparaît
- ensuite des cristallites étoilés de petites dimensions, blancs, qu’on peut supposer formés d’une solution (Al) à (Sn) (SSn pur ne se rencontre jamais sous cette forme dans le bronze brut de coulée) (fig. 16).
- Le fond est formé du constituant en aiguilles du bronze d’aluminium ; il est ici moins net et ses aiguilles moins larges que dans le cas de l’alliage de zinc (fig. 16). Quelquefois ses aiguilles sont fines et granulées, analogues à celles d’une* martensite d’acier hypoeutectoïde passant en sorbite.
- Les cristallites étoilés font place à des plages de même constitution au milieu desquelles se trouve un constituant gris rosé après attaque et contenant lui-même un élément noir. Le constituant en aiguilles est en plages resserrées de plus en plus rares; il se présente comme une sorbite à directions martensitiques, on n’y rencontre plus de grandes lames.
- Les régions riches en étain qui l’entourent et qui finalement constituent seules l’alliage sont composées de deux parties : un fond blanc uniforme, et, se détachant sur ce dernier avec des contours très nets, un autre élément de même couleur à contours concaves. Au cœur de ce dernier se trouve une région que l’attaque colore en gris bleuté et gris foncé. Autour de taches sombres placées dans les parties centrales, on remarque une structure en aiguilles (faisceaux parallèles diversement orientés) de l’élément gris bleu. Nous pensons que ces dernières appartiennent plutôt au genre « constitution de Widmanstaetten ».
- p.24 - vue 24/950
-
-
-
- SUR UES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 25
- Sans approfondir davantage, nous avons cherché à circonscrire à peu près la région du diagramme ternaire Cu-Al-Sn qui contient les aiguilles qui nous intéressent.
- Il semble que ces dernières soient toujours accompagnées de eristallites on étoiles, ce qui indique peut-être la nécessité d’une certaine saturation en étain. Cette région est représentée schématiquement sur la figure 17 par la partie
- Fig. 11. — Diagramme des structures. Bronze d’aluminium à l’étain.
- hachurée. Si on joint par un trait continu les points de même constitution micrographique, on voit que 1 Al est remplacé par 2,3 à 2,4 Sn environ.
- Au-dessus de la région marquée, on rencontre les eristallites et les réseaux des composés formés; au-dessous, on a la structure des bronzes d’aluminium ordinaires sans qu’il paraisse y avoir de modification dans les formes. Le constituant ^ des bronzes ordinaires apparaît dans les alliages bruts vers 9 p. 100 Sn. La teneur en Al semble tendre à le faire naître à une teneur inférieure dans les alliages bruts; toutefois ce point n’a pas été approfondi. 12 expériences ont été faites pour ce diagramme.
- BRONZES D'ALUMINIUM A if ANTIMOINE
- L antimoine allié au bronze d’aluminium augmente 1a, proportion du constituant [L a brunit facilement à l’attaque. ,8 pur est très noir et l’attaque n'y révèle aucun détail.
- p.25 - vue 25/950
-
-
-
- 20
- MÉTALLURGIE.
- JANVIER 1913.
- P saturé prend partiellement la constitution en aiguilles; elles sont plus petites en général que dans l’alliage au /inc, le réactif les brunit facilement. Sb fait naître ensuite des constituants qui forment un réseau entourant les plages de plus en plus rares de bronze ; celles-ci gardent toujours une constitution en aiguilles d’autant plus déterminée que la teneur en aluminium est élevée et rapprochée de 10 à 11 p. 100. A 12 p. 100 comme à 7 p. 100 elle semble difficile à produire. Lorsqu’on étudie la diffusion de Sb dans le bronze, on remarque que l’attaque distingue diverses régions dans le réseau formé autour de la constitution en aiguilles; une solution brune décroît au détriment
- Fig. 1S. — Diagramme des structures. Rronzes d’aluminium à l'antimoine.
- de la solution blanche qui l’entoure; elle forme parfois des mailles blanches bordées de brun. On remarque ensuite un élément violet formant des cristal-lites sur fond blanc et des cristaux bleus à formes souvent nettes, devenant verts par attaque. Les éléments violets forment un eutectique avec bêlement blanc et les cristaux bleus augmentent. La constitution est alors sensiblement celle des alliages Sb-Cu telle que l’ont décrite Gharpy (1) et BaykotT (2).
- L’élément violet est probablement SbCu1 2, l’élément bleu SbCu\
- (1) Contribution l’étude des alliages (Société d’Eneouragement pour l’Industrie nationale).
- (2) Société d’Eucouragemenl pour l’Industrie nationale.
- p.26 - vue 26/950
-
-
-
- SUR LES CONSTITUANTS KN MOUILLES DES ALLIACES.
- 27
- Nos déterminations (16 expériences) paraissent indiquer que F élément anti-monieux violet lormé dans les alliages dépend peu de la teneur en aluminium et croît régulièrement avec la teneur en Sb ; les lignes d’égale appréciation quantitative (aires occupées par le constituant) sont marquées en traits discontinus sur le diagramme (fig. 18). Sb et Cu forment un élément a et un eutec-tique dont la quantité croît jusqu’à 30 p. 100 Sb. Il est à remarquer qu’on ne trouve pas cet eutectique avec une addition d’aluminium suffisante; on peut supposer que la solution a se mélange complètement à a. et (3 de Cu-Al et que le composé d’antimoine reste isolé à l’image de la cémentite des aciers à per-lite granulaire. La question de savoir comment ces lignes se raccordent au reste du diagramme est laissée de côté.
- S b se dissolvant en partie dans a et (3 des alliages Cu-Al, et surtout peut-être formant Sb Cu2 au détriment de la quantité de Cu du bronze d’aluminium, P paraît augmenter et le bronze s’enrichir en aluminium. Les lignes qui relient les points de semblable constitution indiquent que 1 d’Al jouerait à peu près le rôle de 2,4 à 2,8 de Sb. Sb colore ces alliages avec facilité, leur couleur tire sur le gris, la peau des moulages est violacée.
- BRONZES d’aluminium AU SILICIUM
- L’addition de silicium fait croître la proportion de [3 jusqu’à obtenir ,8 pur, sans qu’il se forme de constituant spécial. (3 pur est du genre sorbitique et à une teneur plus élevée en silicium, il prend l’aspect de martensite revenue, bâtonnets granulés entre-croisés. A ce momentapparaissent des cristallitesblancs à formes de fleurs à 6 pétales. Ce constituant augmente avec le silicium, pendant que les lames qui constituent le fond grossissent et deviennent très nettes et droites ; elles ont une forme différente du constituant en aiguilles des autres alliages, leur genre est celui de la structure de Widmanstaetten.
- Aux teneurs supérieures en silicium, les cristallites finissent par absorber tout l’alliage, le réactif les colore de plus en plus en marron puis en gris noir. Les lames du fond de bronze restent larges et nettes, jaune d’or.
- Dans ces alliages, la structure du bronze trempé ne paraît donc pas exactement atteinte, aussi n’avons-nous pas fait de déterminations quantitatives; le silicium employé était d’ailleurs impur (6 p.100 environ de fer).
- ESSAIS SUR DIVERS AUTRES ALLIAGES DE BRONZE D ALUMINIUM
- Une série d’autres métaux ont été expérimentés en addition au bronze d’aluminium. Aucun essai n’a permis de découvrir dans les alliages recuits la formation de la constitution en aiguilles en étude, aussi n'iusisterons-nous pas sur ces alliages.
- p.27 - vue 27/950
-
-
-
- 28
- MÉTALLURGIE.
- JANVIER 1913.
- Le-bismuth s’allie 1res difficilement, il forme un élément gris el un élément rose en plages grossièrement entremêlées, a se salit un peu à l’attaque ; [i est peut-être un peu augmenté. Aucune détermination n’a pu être faite en raison de l'importante liquation qui se produit dans les conditions où nous avons opéré.
- Par addition d'arsenic, [3 se modifie ; il devient très foncé et déchiqueté, puis se fond insensiblement dans un eutectique à mailles brunes; puis ce dernier se transforme en plages à granulations grises et brunes à l'attaque qui s'isolent dans une solution jaune clair où apparaissent quelques constituants connus des alliages binaires cuivre-arsenic.
- Par l’addition de phosphore, oc devient phosphoreux et moins sensible à 1 attaque. fs, dans un intervalle de composition restreint, se change en réseau brun comme dans le cas de l’arsenic. Puis cette constitution disparaît pour faire place à un eutectique à gros éléments de phosphure sur fond de solution cuivreuse, d’aspect identique à a parsemé de quelques taches grises très sensibles à l’attaque (probablement riches en aluminium).
- Le fer et le nickel se dissolvent difficilement aux températures peu élevées; les composés formés ressemblent vaguement à ceux que donne le bismuth, oc devient très sensible aux rayures, il est grenu et très sombre à l’attaque ; le centre des grains est fortement noirci suivant des dendrites entre-croisées dans le métal brut. Si la teneur en élément (3 est modifiée, elle ne l’est que peu; sa texture est très différente de celle des bronzes normaux. Surtout avec le fer, on obtient des plages grises sans détails.
- Le nickel rend (â très attaquable aux acides (peut-être présence de piqûres). Les deux sortes d’alliages qui précèdent sont entre certaines teneurs d’une dureté et d’une résistance mécanique immédiate remarquables.
- Le manganèse ne paraît pas apporter à la structure micrographique de modification très sensible. Des expériences sur la trempe de ces alliages n’avant pas réussi, il était probable qu’on n’obtiendrait pas de structure en aiguilles par recuit.
- Le chrome donne à (3 une structure originale en plages claires contenant des points noirs; elle ne se modifie pas par le chrome dans le sens cpu nous intéresse. On peut penser de même au sujet de Xargent.
- Le magnésium produit un effet original, fi des bronzes d’aluminium n'augmente pas; il devient de plus en plus pâle à l’attaque, jusqu’à ne plus apparaître. L’addition de Mg fait passer insensiblement à une solution rose homogène en apparence, puis à un composé gris très attaquable et aux composés des alliages binaires Gu-Mg.
- Remarque. — Puisque dans les bronzes d’aluminium bruts, à teneur rela-livement. élevée en aluminium, on rencontre quelquefois les aiguilles de la constitution de trempe, et que, d’autre part, leur alliage avec bien des métaux
- p.28 - vue 28/950
-
-
-
- SUR LES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 29
- donne cette structure (souvent peut-être par suite d’une simple concentration en aluminium causée par une diffusion plus rapide du cuivre), on pouvait supposer que la constitution en aiguilles peut être obtenue dans le produit de diffusion du cuivre pur dans Valuminium pur.
- Les expériences sur ce point nous ont permis de déterminer 1 existence très fréquente de cette structure en aiguilles dans les alliages de diffusion, même refroidis assez lentement.
- TREMPE DES BRONZES D’ALUMINIUM SPÉCIAUX
- On peut se demander ce que deviennent par trempe les bronzes à structure en aiguilles ; ne pourrait-on obtenir une solution solide unie en trempant à une température suffisamment élevée, d’une façon analogue à l’aus- | ténite produite dans les aciers?Nos essais ont porté sur des trempes à l’eau à diverses températures à partir de 950° jusque vers 1 200° dans l’état liquide. D’une façon générale, on n’a jamais obtenu qu’une structure en aiguilles, mais où celles-ci sont de plus en plus rares et mal déterminées; les trempes des alliages liquides ont donné des aiguilles courtes et minces, des grains très petits. Par exemple, avec l’alliage Al 12Zni trempé en échantillons d’un tiers de centimètre cube, on a obtenu des grains de 0ll,m,l à 0mm,25 par trempe à 1 200° (liquide); de
- Fig.
- Al
- 19. t- Bronze d'aluminium au manganèse. = 10; Mn =2 trempé au moment de la solidifi-
- cation. Gr. — 50 diam.
- 0,3 à 0,S au point de solidification et de 1 millimètre à lnlm,o vers 1 0009.
- L'alliage Al = 9,2 ; Zn = 9 trempé au point de fusion donne une constitution en aiguilles mal formées (stries faibles et minces), enfin quelques grains sans stries auxquels l’attaque donne l’aspect de p du genre troostite. Par une trempe suf-lisamment vive, on peut produire aux joints de grains des plages plus claires sans stries.
- La trempe des bronzes d aluminium à Pétain produit un effet identique, les aiguilles sont très vagues; aux joints des grains de l’alliage Al 11,8Sn 3,5, on voit quelques plages du constituant blanc $ Al Sn contenant en leur centre un
- p.29 - vue 29/950
-
-
-
- 30
- MÉTALLURGIE.
- JANVIER 1913.
- constituant colore en noir et profondément attaquable. On semble donc se rapprocher d îme constitution sans aiguilles, d’autant plus que la teneur en aluminium et la température de trempe sont élevées. L’alliage AM3 Znl trempé liquide et trempé à 1000° a donné des grains homogènes, très petits, constitués par une solution à polyèdres nets, sans aiguilles. Dans aucun cas on n'a obtenu de liquidus, ou du moins d’un constituant analogue au liquidus gris nettement visible dans les bronzes d’étain et les laitons.
- Le manganèse, comme nous l’avons dit, paraissait empêcher la formation de la constitution de trempe du bronze d’aluminium, ce qui parait en contradiction avec une indication du mémoire de Rosenhain et Laudsberry (1). Nos échantillons ont été trempés liquides ou solides après de longs chauffages. Les éléments a et [i (à 2 p. 100 Mn) sont en lames fines régulièrement placées, formant des groupements gardant l’indication des mouvements du métal liquide, rotations et tourbillonnements. L’attaque y révèle une hétérogénéité dans des formations dendritiques (sorte de liquidus spécial analogue à celui du bronze d’Al ordinaire, fig. 19). (i est très noir, du genre troostite, comme on peut s’en convaincre à très grand grossissement.
- Le chrome rend peut-être la trempe difficile ; l'alliage Cri Al 10 chauff é brusquement et trempé au début de sa fusion donne la structure [i striée de quelques aiguilles seulement.
- Bronzes d’étain spéciaux
- Comme nous l’avons vu, le constituant en aiguilles des bronzes ordinaires est analogue à celui des alliages cuivre-aluminium ; il est moins net et plus difficile à produire. Si la constitution de trempe du bronze daluminium peut être maintenue jusqu’à la température ordinaire par l’addition de certains métaux, il semble qu’on doive pouvoir, quoique peut-être moins facilement, maintenir de même celle du bronze d’étain.
- Nous avons fait dans cette voie des essais avec plusieurs métaux et par deux séries d’expériences :
- 1° En superposant les métaux et les alliages à l’état liquide et en étudiant la constitution produite par leur diffusion;
- 2° En faisant des alliages à titre croissant en élément spécial et en les examinant au microscope.
- Le seul alliage Cu-Sn employé clans ces recherches a été le bronze à 25 p. 100 Sn, dont la constitution de trempe est bien connue et assez nette. Le
- (1) Revue de Métallurgie (Mémoires), 1910 (Traduction par extraits), p. 560. La photographie caractérisant la trempe indique toutefois une structure qui nous paraît correspondre à une trempe faible.
- p.30 - vue 30/950
-
-
-
- SUR LES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 31
- phénomène cherché a paru se manifester, mais d’une lagon inattendue et un peu différente avec Y arsenic; aucun des autres métaux essayés n’a pu le produire, ce qui ne veut pas dire qu’il ne puisse exister, le nombre des expériences nécessaires pour s’en assurer dépassant de beaucoup celui de nos essais. Nous donnerons néanmoins, dans le but de faciliter des recherches ultérieures, quelques indications sur les résultats obtenus.
- Zinc. — Sous son influence, & du bronze d’étain paraît former moins d’eutectique, on n’a plus côte à côte que § net et a. Cette dernière solution enrichie en zinc se colore moins sous l’action du réactif. La constitution parait passer progressivement à une solution homogène analogue à P des laitons où y (Cu-Zn) se forme pendant que & (Cu-Sn) disparaît, et on retrouve la constitution des laitons à l’étain à teneur supérieure à celle qui correspond à l’état fi.
- Aluminium. — L’eutectique <^-cc du bronze ordinaire devient bien plus fin et meme d’une finesse extrême. Il semble passer insensiblement à un composé blanc où naissent des plages jaune d’or de bronze d’aluminium en aiguilles vagues. Enfin on retrouve les composés blanc et violacé dont il a été parlé à propos des bronzes d’aluminium à l’étain. Le composé violacé forme des aiguilles nettes (genre de constitution de Widmanstaetten) ; il est assez abondant. La transition du bronze aux alliages riches en aluminium n’est pas une constitution en aiguilles, mais parait indiquer une tendance vers une constitution homogène ; elle forme une sorte de sorbile.
- Magnésium. — L’addition de magnésium au bronze 25 p. 100 Su fait apparaître quelques traits alignés se colorant en brun à l’attaque au perchlorure alcoolique. En même temps l’eutectique de £ est plus rare, faisant place à 8 informe; cl croit jusqu’au quadruple au moins. Mg produit ensuite la formation d’un eutectique très régulier en bandes parallèles, blanches, devenant brun foncé par attaque. Sous ces dernières on aperçoit les deux constituants ordinaires du bronze. La grosseur des lames brunes augmente avec la teneur en Mg, l’espace occupé par l’eutectique diminue au détriment de gros cristaux blancs, gris à l’attaque, représentant un constituant riche en magnésium.
- Antimoine. — La constitution du bronze prend la couleur violacée et devient de plus en plus fine, enfin presque homogène; c'est dans ce fond qu’apparaissent des cri sta lûtes gris clair en forme de rosaces dont les pétales sont dentelés comme les feuilles de fougère. Cet élément croît avec la teneur en antimoine jusqu’à constituer tout l’alliage ; l’attaque le colore alors en gris violet. 11 s’y développe ensuite en eutectique noir net et des cristallites blancs. L’eutectique croît, puis décroît en occupant au maximum la moitié de la surface examinée. L’élément blanc se colore en brun violacé et successivement apparaissent des constituants nombreux très nets dont une partie est connue par l’étude des alliages Gu-Sb et dans le détail desquels nous n’entrerons pas (cristalliles blancs
- p.31 - vue 31/950
-
-
-
- 32
- MÉTALLURGIE.
- •JANVIER 1913.
- — eutectique — solution violet clair — cristaux bleu-vert à l’attaque — élément blanc brillant — eutectiques à gros éléments blancs, violets, bleu-vert).
- Bismuth. — L’eutectique du bronze d’étain ne parait pas modifié, et on rencontre sans transition les deux solutions connues (élément bleuté devenant gris par attaque, parsemé de quelques plages rares d’eutectique très délié et élément rose devenant brun par attaque).
- BRONZES d’ÉTAIN A L ARSENIC
- Sous l’influence de Varsenic, l’eutectoïde du bronze devient très lin; à l’attaque il est violacé et sombre. Quand l’arsenic augmente on voit se déve-
- Fig. 20. — Bronze Sn 25 As2 brut, refroidi lentement Fig. 21. — Bronze Sn 23,S As 5 brut,
- attaque au perchlorure alcoolique. Gr. = 250 diam. refroidi lentement.—Gr. 250 diam.
- lopper une sorte de troostite très noire, puis une constitution en lames très entre-croisées, brunes à l’attaque, rappelant la martensite saturée de certains aciers, revenue un peu avant le bleu (fig. 20). Cette constitution est de plus en plus nette, puis se change en aiguilles droites, blanches, émanant souvent des joints de grains, entre-croisées en tous sens, puis en plages d’un eutectoïde blanc, régulier et fin (1). 11 y a ici identité d’aspect avec les constituants du fer et on pourrait confondre ces constitutions avec celles d’un acier présentant au même point de la marteusite revenue, de la perlite à gros éléments de cémen-lite et des aiguilles rectilignes de cémentitc (fig. 21).
- fl) Probablement Srj des bronzes plus riches en étain. L’arsenic élèverait la teneur apparente en étain.
- p.32 - vue 32/950
-
-
-
- SUR LES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 33
- Les échantillons sont ici facilement remplis de soufflures. Si on élève la teneur en arsenic, on voit naître dans ces alliages un eutectique gris bleu bordé du même élément, sur fond granulé gris noir à l’attaque ; enfin se développent des structures très complexes dont la plupart appartiennent au système As-Gu et sont connues depuis Hiorns (1): réseau eutectique blanc-gris bleu; éléments gris bleu et jaunes complexes; eutectique clair, eutectique sombre de
- / N *
- Fig. 22. — Diagramme de structure. Bronzes à l’arsenic.
- formation identique à l’eutectique Cu-Cu3P, violacé et gris-bleu foncé; enfin simultanément les éléments gris-violet, gris-vert foncé, brun et blanc qui font place au blanc et au violet.
- Remarque. — Pour s’assurer que la structure en aiguilles est bien ici caractéristique de l’alliage ternaire, il était indispensable de s’assurer qu’elle n’appartient pas à la constitution des alliages binaires Cu-As,Sn-As. Nous avons donc cherché à examiner la série des constituants de ces alliages. Celle des alliages Gu-As, curieuse et esthétique, n’a rien indiqué dans le sens cherché,
- [l) Ëlectro-Chemist and Metallurgist, 1904.
- Tome 119. — 1er semestre. — Janvier 1913.
- p.33 - vue 33/950
-
-
-
- 34
- MÉTALLURGIE.
- JANVIER 1913.
- ce cjui est conforme aux résultats de lliorns. Les alliages Sn-As n’ont pas donné lieu à des éludes publiées, à notre connaissance. En étudiant la diffusion d’un métal dans l’autre, nous avons trouvé un arséniure blanc non attaquable au chlorure acide, formant de grandes lames fragiles et un eutectique sombre; (en toute analogie avec les constitutions Etain-Phosphore). Nous pouvons donc conclure qu’au moins à l’état recuit, les alliages Cu-As et Sn-As ne comportent pas de constitution en aiguilles du type qui nous intéresse.
- Diagramme. — La figure 22 construite à Laide de 25 essais donne quelques indications sur la zone ou nous avons rencontré la constitution en aiguilles.La
- structure semblable à la martensite est la plus difficile à produire. Dès 1 p. 100 As, Leutectique <^-<x du bronze est gris et très près de formes des lames entre-croisées; à 1,5 et 2 p. 100 As elle est très nette. Puis on obtient les aiguilles droites dans un large intervalle hachuré sur la figure.
- Avec As se développe le constituant violacé (Cu3 As?) d’abord isolé aux joints, puis en eutectique régulier. Les proportions de cet élément sont indiquées approximativement; elles paraissent dépendre peu de la teneur en étain.
- Dans les bronzes à faible teneur en Sn, As rend <x. hétérogène, les parties centrales de ses dendrites se colorent en brun. Puis, vers 14 p. 100 As, apparaît au centre dV. un élément rouge orangé, ^ et son eutectique sont remplacés par des bandes parallèles semblables à la perlite, colorées en brun foncé à l’attaque. Quand les teneurs en Sn et As croissent simultanément (fig. 23) on voit apparaître des cristaux gris violet sombre, quelquefois complexes (un élément violet et un élément gris à l’attaque), c'est probablement un composé d’As-moins riche en Cu qu’As Cu3 et contenant peut-être de l’étain. Les teneurs des alliages en cet élément sont indiquées parles lignes cv (constituant violet).
- Trempe. — La trempe transforme la constitution en aiguilles en solution solide unie ou légèrement hétérogène. Dans un échantillon formé d’aiguilles droites bordées d’un peu d’eutectique bleu, la trempe à 650° donne un fond gris sombre granulé (à l’attaque) tenant la place des aiguilles, et un réseau pâle tenant un peu plus de place que l’eutectique et où se distinguent à peine
- Fig. 23. — Bronze Sn 14 As 15. Gr. = 300 diam.
- p.34 - vue 34/950
-
-
-
- SUR UES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 35
- des plages gris bleu en eulectique à mailles relâchées. Le fond est parsemé de noyaux clairs après un chauffage suffisant.
- Il y a quelque analogie entre cette constitution et celle des aciers très car-burés trempés vivement (contours et noyaux de cémenlite, fond d’austénite ou le recuit développe des aiguilles de cémentite). Ces alliages tapent très fortement à la trempe.
- Phosphore. — Le phosphore additionné au bronze à 25 p. 100 Sn se comporte tout différemment, à l’inverse de ce qu’on pourrait attendre. L’eutectique de S devient de plus en plus fin et a. est hétérogène; l’attaque, au lieu lui donner la couleur brune, le rend gris vert et au milieu se développent des plages bleu foncé ayant une tendance à former des dendrites. L’eutectique & paraît se fondre insensiblement dans l’eutectique phosphoreux, blanc sur fond jaune. Le fond du métal est alors constitué d’a jaune phosphoreux traversé par des plages ou des cristallites d’oc, stanneux et phosphoreux, gris noir à l’attaque.
- REMARQUES AU SUJET DE L’ÉQUIVALENCE DES MÉTAUX DANS LES ALLIAGES (1)
- 11 est peut-être encore prématuré de chercher à établir des lois régissant le mode de remplacement des métaux les uns par les autres dans leurs alliages. Cependant il nous semble pénible de rester dans l’empirisme pur, et excusable de chercher à relier les faits observés, les hypothèses faites dussent-elles être reconnues fausses dans la suite.
- Étant donné un métal formant séparément avec deux autres métaux des constitutions de même nature, micro graphiquement analogues, il semble naturel de penser que ces deux métaux alliés ensemble au premier additionnent leurs effets de façon à se remplacer l’un par l’autre. Le point délicat est de définir les constitutions de même nature. Sans pouvoir encore approfondir ce-point avec toute la généralité qui conviendrait, nous examinerons seulement quelques cas ; c’est en raison de cette spécification que nous ne pourrons rien établir d’absolu.
- Considérons les alliages de cuivre donnant lieu à une constitution « solution solide riche en cuivre et solution stable à chaud, décomposable au refroidissement ».
- Si, dans un diagramme tringulaire, nous représentons les points d’égale constitution, les points correspondants des alliages ternaires seront reliés aux points de départ des alliages binaires par une ligne continue (ligne a b fig. 24 ; a p. 100 du métal Mt, b p. 100 du métal M2). Un point c de même constitution
- (1) Voir sur l’équivalence les études d’Osmond (aciers) et les études de L. Guillet (laitons;.
- p.35 - vue 35/950
-
-
-
- 36
- MÉTALLURGIE
- JANVIER 1913.
- u comme composition c, p. 100 de M* et ci p. 100 de Mj ou ce qui revient au même cmi du métal et on., du métal M2 en coordonnées obliques.
- Puisque la même constitution est obtenue par oa p. 100 de IM, et ob p. 100 de M,, si on suppose que dans l’intervalle de composition envisagé les aires des constituants se modifient proportionnellement aux teneurs réciproques, une constitution particulière de l’alliage binaire Cu-M, représentée par la teneur K a (K étant une constante numérique) sera identique à celle de l’alliage binaire Cu-M., de teneur K6.
- Si les effets s’additionnent dans l’alliage ternaire, à la teneur cm., de M,, on
- devra ajouter pour obtenir l’équivalent de la teneur b une quantité de M, égale à (ob — cm2) ^ d’où les coordonnées du point c de constitution équivalente à
- onn z=l x
- celles des points b et a j . ^ ^ oa en coordonnées obliques.
- d où le lieu des points c
- V
- Cm'-’ ôb = V
- oa
- [ob — x) — ou y — I — U,
- droite joignant a et b.
- Le coefficient \ est le quotient des teneurs des deux métaux donnant séparément avec le troisième la même constitution. Il en résulte que :
- 1°) On obtient des constitutions équivalentes dans un alliage ternaire répondant aux conditions énoncées en remplaçant une quantité a p. 100 de l’un des métaux par une quantité a d un second multipliée par le rapport des
- p.36 - vue 36/950
-
-
-
- SUR LES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 37
- pourcentages des alliages binaires correspondant à la même constitution.
- 2°) L’unité d’un métal B étant remplacée par la quantité q d’un métal C dans l’alliage A-B, dans un alliage A-G l’unité du métal G sera remplacée
- 1
- par - du métal B.
- q
- Tout ceci suppose qu’il ne se forme pas dans ces additions de composé spécial. Comme précédemment, les coefficients de remplacement envisagés ne sont pas les coefficients d’équivalence de la définition de L. Guillet, ils ne tiennent pas compte de la variation de teneur du métal fondamental après les remplacements ; les coefficients d’équivalence ramènent les évaluations à une teneur constante en cuivre, ce qui est plus logique mais moins pratique pour le tracé de nos diagrammes. Si nous consultons les résultats trouvés empiriquement, nous constatons une concordance assez grande avec ces idées théoriques.
- La solution (i pure des alliages de cuivre se trouve placée avec le zinc vers 48 p. 100 Zn ; avec l’aluminium vers 12,5 p. 100 Al. Dans les alliages ternaires à haute teneur en cuivre, on trouvera donc que 1 d’Al est remplacé 48
- par f2“5 = 3’8 Zn'
- Avec l’étain, p, à la température à laquelle il est stable, correspond à à 28 p. 100 Sn environ, ce qui donne comme coefficient 2,33. L’antimoine, le silicium, le bismuth donnent des eutectiques vers 30 p. 100 Sb, 9,7 p. 100 Si, 50 p. 100 Bi, et quoique ces structures s’écartent peut-être un peu des précé-
- 30
- dentes, on remarque que pour Sb le coefficient = 2,4 s’accorde avec ce qui a été trouvé.
- Pour Bi un coefficient de 4 ne semble pas incompatible avec l’expérience, mais pour le silicium où le coefficient serait inférieur à 1, nos essais ont permis de supposer que ce coefficient est inexact. Le fer, le manganèse, etc., ne donnent pas avec le cuivre de constitution comparable à celles du bronze d’aluminium, on ne peut rien prévoir, sinon que la substitution n’aurait pas lieu de la même manière que précédemment, ce qui paraît exact jusqu’ici.
- Si on applique les mêmes vues aux laitons spéciaux et qu’on se reporte aux déterminations de L. Guillet, on doit reconnaître, même avec le silicium, une concordance assez remarquable :
- Le coefficient de remplacement Coefficient d’équivalence-
- serait pour : par le calcul. par expérience correspondant.
- 5 5,3 10
- 3,8 3,5 G
- Si.
- Al
- p.37 - vue 37/950
-
-
-
- 38
- MÉTALLURGIE.
- JANVIER 1943.
- Le 1er et le manganèse ont comme coefficient d’équivalence expérimental 1 et 0,5.
- Remarque. —Dans l’hypothèse de l’unité de la matière, si une fois les éléments d’un métal dissous dans un alliage perdaient leur « individualité », seule la place occupée par eux dans l’alliage en déterminerait la constitution; en conséquence l’action sur le cuivre des divers métaux serait proportionnelle à leur volume et inversement proportionnelle à leur densité.
- Il n'en est pas ainsi; toutefois certaines propriétés n’ont peut-être pas une action assez grande pour renverser au moins l’ordre des densités ; c’est ce qui arrive pour les laitons spéciaux : les coefficients d’équivalence sont dans l’ordre des densités des métaux auxquels ils se rapportent. Si on en trace la courbe, elle est assez régulière sauf en ce qui concerne les positions relatives de Si et Al. Pour les bronzes d’aluminium, c’est Sb qui s’en écarte.
- Si donc on ne peut trouver dans les rapports des densités des indications relatives à l’équivalence des métaux dans les alliages, on pourrait peut-être, dans certaines conditions à préciser, les trouver dans les rapports des teneurs correspondant aux constitutions semblables, déterminées expérimentalement.
- Peut-être trouverait-on encore un problème analogue dans l’équivalence de constitution des aciers spéciaux où on remarque que dans le cas où les éléments ont une action sur l'état des aciers, les constitutions semblables sont figurées à peu près par des droites concourant au point où on obtient par exemple le plus d’austénite.
- Les déterminations de l’équivalence sont jusqu’ici basées sur l’appréciation au microscope des aires de constituants, ce qui évidemment n’est pas bien précis. Il résulte de ce qui précède que nous adoptons pour chiffres les résultats calculés sur les teneurs d’apparition de l’élément (3 et de (3 pur, assez bien déterminées dans les alliages binaires ; les divergences observées dans les alliages ternaires ne sont pas supérieures aux erreurs d’expérience. Nous avons fait plus haut l’hypothèse de la continuité des effets dans l’action d’un métal sur une solution; elle ne s'étend pas de cette manière. Aussi les coefficients doivent-ils varier avec chaque structure observée. Sinon, en effet, il faudrait que dans tous les alliages, les teneurs correspondant à (3 pur fussent un même multiple des teneurs correspondant à l’apparition de (3, ce qui n’est pas exact. On a, en effet, pour quelques-uns les valeurs suivantes :
- Apparition <1<
- Saturation en fs.
- Cu-Sn................. 9 28
- Cu-Zn................. 36 48
- Cu-Al................. 8,5 42,5
- Cu-Si................. 4,5 9,7
- p.38 - vue 38/950
-
-
-
- SUR LES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 30 '
- Les lignes d égale constitution représentées sur les diagrammes ne doivent donc pas être parallèles en général.
- 11 semble qu’on n’ait aucun parti bien net à tirer de la considération des volumes atomiques ou des concentrations atomiques. On peut seulement remarquer que le rapport de la teneur de saturation en $ à sa teneur d'apparition varie dans le même sens que le volume atomique de l'élément d'addition.
- ÉLÉMENTS MULTIPLES. ALLIAGES A CINQ ÉLÉMENTS
- En admettant les résultats précédents, on serait conduit à supposer que les effets d’équivalence s’additionnent arithmétiquement, si toutefois il ne se produit pas de réaction secondaire entre les éléments divers (1). Si, dans un alliage des métaux A et B, en proportion a p. 100 et b p. 100, la quantité b du métal B peut être remplacée indépendamment par la quantité mlf du métal ou m.> du métal M2 etc., qui produisent chacun un alliage de structure équivalente,, on pourrait obtenir la même constitution en substituant à la quantité b p. 100 du métal B la somme des quantités b' de B ; m\ de ; m'2de M2, etc., quantités telles que la relation suivante :
- b' + m!, — + m' — + ...—b soit satisfaite mi m2
- b V ( m1 \
- (chaque unité du métal Mnremplaçantune quantité — de Bour.+ Ü —-J—1).
- mn o \ mnj
- D’après plusieurs expériences, cette manière de voir serait exacte. Nous avons étudié quelques alliages à S constituants : cuivre, aluminium, zinc, antimoine, étain. L’alliage Cu Al étant fondu au creuset, on y introduisait successivement, en agitant vivement sous une couche protectrice de l’oxydation les quantités calculées de zinc, d’aluminium, d’étain, d’antimoine, dans l’ordre précédent. Ces alliages sont homogènes si l’agitation est suffisante et la température assez élevée. Leur constitution paraît correspondre au calcul. Ainsi l’alliage Al 11 Zn 2 Sb 1,25 Snl, l est en aiguilles fines correspondant par exemple à la structure Al llZn5 environ. On y trouve quelques traces du constituant violet, quelques rares petits points du constituant gris et d’une façon extrêmement rare des points blancs qui sont peut-être SbSn, englobés dans l’élément violet.
- L’alliage Al 9 Zn5,2 Sb 2,4 Sn 2,15 présente des fragments du constituant violet, quelques points gris et blancs. Le fond est uniforme, d’une sorte de « sorbite limite martensitique » correspondant exactement aux alliages Lunaires de composition équivalente.
- (1) 11 semble qu?on trouve déjà cette idée dans les études des aciers spéciaux (Osmond) et des laitons spéciaux (L. Guillet).
- p.39 - vue 39/950
-
-
-
- 40
- MÉTALLURGIE.
- JANVIER 1913.
- l)e même Al 9Mn 1,7 Znfi,6 Sn 4,8 est « martensitique » limite supérieure avec légères bordures de grains. De même Al 10Sn7,9 Zn2,7 Mn 1,7.
- Al 5,5 Sb2,5Sn7 Zn 10 paraît donner la constitution « martensitique » et en constitution de Widmanstaetten deux espèces d’a et des mailles d’eutectique <La, puis des plages gris brun d’agrégat très fin.
- ALLIAGES NICKEL-ÉTAIN
- On sait que les alliages nickel-étain (1) contenant de 47 à 57 p. 100 Ni environ ont un point de transformation. Ces alliages recuits présentent une structure en lames nettes régulièrement entre-croisées qui nous paraît caractéristique
- Fig. 25. — Alliage nîckel-étain à 56 p, 100 Ni env. Fig. 26. — Alliage nickel-étain à 57 p. 100 Ni env,
- recuit. Attaque au perchlorure alcoolique. Gr —250 diam. trempé à 1 050 degrés, attaque au perchlorure
- alcoolique. = Gr. 250 diam.
- de la « structure de Widmanstaetten », structure manifestée comme on sait surtout dans les alliages de nickel (fig. 25).
- La trempe donne une nature d’aiguilles en tous points semblables à certaines martensites des aciers ; elles sont fines et très enchevêtrées (fig. 26). On remarque qu’elles sont accompagnées d’un peu de composé clair bruni par l’attaque (2), dans la figure 27 (probablement la solution y de L. Guillet). 11
- (1) Voir les études de L. Guillet.
- (2) Ce composé est teinté différemment par l’attaque; les régions les plus sombres correspondent à des axes de formation régulièrement disposés en figures dendritiques. Il semble donc qu’on ait affaire à une solution solide de concentration variable (fig. 27).
- p.40 - vue 40/950
-
-
-
- SUR LES CONSTITUANTS EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 41
- semble que les deux structures précédentes aient été souvent confondues, nous préférons les ranger dans les deux catégories différentes de structures en aiguilles.
- Fig. 29. — Alliage nickel-étain à 52 p. 100 Ni env. trempé à 1050 degrés, attaque au perchlorure alcoolique. Gr. = 250 diam.
- Des alliages spéciaux de cette constitution donnent lieu, comme dans les précédents, à des remarques curieuses. Nos essais n’ont pas été assez nombreux dans cette voie pour nous permettre d’en publier les conclusions.
- Octobre 1911.
- p.41 - vue 41/950
-
-
-
- COMMERCE
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE
- par M. Maurice Alfassa (1).
- Grève générale des charbonnages !
- Hier encore, ceux qui entendaient ces mots devaient, pour en percevoir les conséquences, faire appel au raisonnement. Pour la masse, ces mots brefs ne représentaient guère qu’une éventualité théorique, un prélude du Grand Soir, qu’annonceraient par avance de multiples symptômes précurseurs, car, jusqu’au mois de mars dernier, des tentatives avaient bien eu lieu, en France, en Angleterre même, mais elles avaient pratiquement échoué.
- Aussi bien peu de gens, s’il en était, en entrevoyaient-ils la possibilité. Mais parmi eux, combien auraient pensé qu’alors même qu’une grève générale éclaterait dans une industrie, elle pût être autre chose qu’une manifestation imposante peut-être, par le nombre des travailleurs intéressés, mais en tout cas de courte durée.
- Caractères de la grève noire. — Et pourtant les théoriciens du socialisme, du syndicalisme et de l’anarchie peuvent se réjouir : la grève générale des charbonnages a pu se poursuivre tout un mois en Angleterre, provoquer la désorganisation progressive de l’industrie nationale, la suspension croissante des transports par fer et par eau, sans qu’aucune mesure de puissance publique ait été tentée pour y mettre un terme.
- Elle a pu réduire au chômage des centaines de mille travailleurs qui n’avaient aucun intérêt direct dans le conflit. Elle a engendré la pire misère, fait craindre la famine et causé bien d’autres maux encore, sans qu’une seule défection se soit produite dans les rangs des grévistes, appartenant ou non aux syndicats, c’est-à-dire ayant ou non bénéficié de la paye de grève.
- Avec une discipline admirable, la masse des mineurs, — ils étaient plus d’un mil-bon, — animée d’une soüdarité qui ne s’est jamais démentie, a suivi les décisions de ses chefs, alors même que pour 60 p. 100 d’entre eux, ces décisions entraînaient la prolongation d’un chômage désormais sans objet, puisque, à la veille de la grève, les propriétaires des mines de la Federated Area, représentant plus de 60 p. 100 de la production, avaient, à la demande de M. Asquith, concédé le principe du salaire minimum.
- Pour la première fois, un mouvement ouvrier intéressant un milbon d’hommes (1) Communication faite en séance le 31 mai 1912.
- p.42 - vue 42/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET l’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 43
- directement et par ses répercussions, l’ensemble des industries, mouvement engagé pour faire triompher en apparence des revendications présentées par une profession tout entière, et dont elle exigeait la solution d’ensemble, s’est poursuivi sans dévier, bien que la majeure partie des intéressés directs aient reçu satisfaction avant le commencement de la grève.
- Mais, — ce fut l’une de ses caractéristiques, — du moment que le mouvement était « national », seule une « solution nationale » pouvait être acceptée : quelque importantes que fussent les concessions accordées dans une ou plusieurs régions, elles étaient insuffisantes, du moment qu’une minorité importante — l’Écosse et le Pays de Galles — ne recevait pas satisfaction.
- Différences entre la grève noire et celle des cheminots. —Il importe de bien marquer dès l’abord une différence essentielle entre deux mouvements d’ensemble : celui des chemins de fer et celui du charbon, qui ont eu certains caractères communs, et dont le second fut la conséquence du premier.
- Au mois d’août 1911 la grève des chemins de fer avait un mobile économique indiscutable : les diverses catégories d’agents avaient des raisons sérieuses de se montrer mécontents de leur sort. Depuis 1907, il n’avait pas été fait droit à leurs réclamations, que bien des Compagnies avaient reconnues justes en principe, sans cependant pouvoir, à leur dire, faire face aux dépenses qu’elles entraînaient. Depuis lors elles avaient bénéficié de la prospérité générale de l’Angleterre, sans donner davantage satisfaction aux revendications ouvrières.
- D’autre part, l’organisation très complexe créée en 1907 n’avait pas et ne pouvait pas donner de résultats.
- Aussi les cheminots, convaincus de la stériüté de négociations nouvelles, firent leurs préparatifs de grève.
- C’était leur dernière arme de fait, sinon de droit : jugée industriellement, en faisant s’il se peut, pour un instant, abstraction de l’intérêt supérieur de la collectivité, leur grève était économiquement légitime.
- Le conflit était fatal : les cheminots n’avaient pas obtenu satisfaction et voyaient les compagnies obtenir les autorisations nécessaires aux ententes de trafic, — fin de la concurrence désastreuse qu’elles se faisaient, — fortifier ainsi leur situation et aussi mieux s’armer pour lutter contre leurs syndicats auxquels elles n’avaient cessé de témoigner leur hostilité.
- Tarder davantage, c’était pour les cheminots renoncer peut-être définitivement à obtenir satisfaction. C’était permettre la désagrégation de leurs syndicats et développer dans la masse la notion qu’ils ne répondaient plus pour elle aux nécessités du moment, qu’ils étaient impuissants à défendre, en fait, leurs intérêts que ne sauvegardaient pas les conseils de conciliation, créés en 1907.
- C’est le second aspect delà grève de 1911 : l’aspect syndical. Il faut le marquer, non parce qu’il a été prépondérant, mais parce qu’il souligne l’évolution de l’action ouvrière anglaise.
- Enfin il faut encore noter que cette grève survenait à un moment où les grèves des industries de transport et connexes s’étaient poursuivies sans interruption depuis le printemps.
- En résumé, il y avait à la grève des chemins de fer une cause économique pro-
- p.43 - vue 43/950
-
-
-
- 44
- COMMERCE.
- JANVIER 19i:C
- fonde (nous l’avons signalée dès 1908) et d’importance égale pour l’ensemble du Royaume.
- Il suffit de rappeler qu’elle n’eut que des effets restreints. Elle provoqua l’intervention du gouvernement et s’acheva, car elle ne se termina pas, par un compromis, contenant en germe le principe de la reconnaissance des syndicats par les Compagnies.
- A l’opposé de la grève des chemins de fer, générale parce qu’elle intéressait l’ensemble des réseaux, mais partielle, en fait, sur chacun d’eux, la grève noire, qui, elle, fut absolument générale, n’intéressait plus, à vrai dire, au moment où elle éclata, qu’une minorité des mineurs (40 p. 100 environ) (1).
- Ainsi se trouve marquée l’une des différences fondamentales entre les deux grèves générales qui ont éclaté en Angleterre à quelques mois de distance.
- En peu de mots elle peut se résumer ainsi :
- Dans le cas des cheminots, la grève avait une justification économique, et accessoirement elle devait amener les Compagnies à traiter avec les syndicats et donner aux ouvriers le moyen de discussion qui leur faisait défaut.
- Dans le cas des mineurs, la généralisation de la grève était politique et syndicaliste.
- Historique et causes de la grève. — La cause primitive de la grève est simple ; il existe dans toutes les mines de houille des chantiers où, quelles que soient l’habileté et la conscience du piqueur, il est tout à fait impossible — pour des motifs sur lesquels il est sans action — d’arriver à une production moyenne normale.
- Le fait est indiscuté et ces chantiers sont qualifiés de chantiers anormaux.
- Néanmoins, en règle générale, les piqueurs ne reçoivent pas un salaire spécial pour ce travail.
- Il y a quelques mois, des réclamations nombreuses se produisirent. Le nombre de ces chantiers anormaux s’accroissait rapidement, dans certaines régions, du fait de l’épuisement des veines puissantes.
- Soutenues par la Fédération des Mineurs de Grande-Bretagne, les diverses Trade-Unions de mineurs réclamèrent un salaire minimum pour ces « chantiers anormaux ».
- Le refus opposé par les exploitants devait provoquer la grève générale du 1er mars.
- La campagne engagée se transforma, s’élargit ; puisque les propriétaires se refusaient à une concession, somme toute, légitime, la corporation tout entière allait revendiquer le salaire minimum quotidien et individuel.
- La raison, officiellement invoquée, que le Times citait dès le mois d’août 1911, était pour les piqueurs la répercussion de la loi de 1908 établissant la journée de 8 heures : elle modifiait profondément, dans le centre de l’Angleterre, l’organisation du travail, supprimait les longues coupes, beaucoup plus avantageuses que les courtes, et contraignait les mineurs à travailler toute la semaine pour un salaire inférieur.
- D’autre part, l’horaire nouveau ne permettait plus de faire coïncider les heures de repas des adultes et des jeunes ouvriers, et gênait beaucoup la vie familiale.
- (1) 60 p. 100 des propriétaires avaient accepté le principe du. salaire minimum et souscrit également à la procédure de réalisation suggérée officieusement alors par le Premier Ministre, et adoptée ultérieurement par le Parlement
- p.44 - vue 44/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE.
- 45
- C’étaient les raisons officiellement invoquées, mais il y en avait d’autres.
- Elles étaient loin, en effet, d’avoir la portée générale qu’on leur attribuait : la situation des mineurs est très différente selon les régions, aussi les revendications variaient-elles avec les districts.
- Dans le sud du Pays de Galles, par exemple, on tendait moins à l’obtention du salaire minimum (dont l’échelle mobile constituait une modalité), qu’à un acheminement vers la nationalisation des mines, en faveur de laquelle un mouvement existait. Déjà ancien, il avait compté parmi ses partisans les plus ardents M. Lloyd George, avant qu’il fût ministre.
- Enfin il faut signaler, bien que cette raison n’ait pas été invoquée officiellement à l’origine du mouvement, qu’il procédait d’une pensée syndicaliste (1) : c’était une tentative de mobilisation des forces ouvrières, directement inspirée par la grève des chemins de fer de 1911.
- Cette tentative, portant sur toute la corporation, sans aucune exception, devait démontrer à l’Angleterre la puissance trade-unioniste,
- C’était jouer gros jeu, car le succès exigeait une discipline parfaite de tous ceux (intéressés ou non dans lé conflit) que la grève contraindrait au chômage.
- Les causes réelles du conflit. — Ce ne sont pas de simples affirmations : une démonstration peut être tentée.
- Dans certains districts, — le Durham par exemple, — la loi de 1908 avait eu des répercussions profondes. C’est pourquoi la Trade-Union locale l’avait toujours énergiquement combattue. Sous l’empire de l’ancien régime, les piqueurs travaillaient seulement 7 heures, sans avoir à se préoccuper de la durée du travail des équipes secondaires (herscheurs et boiseurs) pour remettre le chantier en état. En fait, les journées de ces équipes étaient beaucoup plus longues.
- La loi des 8 heures obligeait les piqueurs à proportionner leur production à la capacité de travail des équipes secondaires, par conséquent leurs salaires s’en trouvaient réduits.
- Dans d’autres régions comme le Pays de Galles, cette raison ne pouvait être invoquée, car bien avant la loi, la journée était inférieure au maximum légal.
- En Écosse le salaire minimum était un trompe-l’œil : dans la plupart des mines, le travail s’exécute au compte du piqueur, qui, comme conséquence de la modalité réclamée, sera amené à payer bien davantage ses aides.
- Dans le sud du Pays de Galles, l’apparence économique des revendications doit être recherchée dans la prospérité de l’industrie. Cela ressort nettement des déclarations faites par un mineur aux « South-Wales Daily News (2) ».
- D’une part la prospérité de l’industrie a pratiquement supprimé le chômage dans cette région; d’autre part, les précautions prescrites par le Contrôle et la demande croissante de charbon anthraciteur ont déterminé une véritable pénurie de main-d’œuvre et provoqué l’embauche d’ouvriers non qualifiés, attirés par les très hauts salaires.
- (1) Cf. The Economist (May 4th 1912) Syndicalism, p. 497, col. 1, et l’exposé de M. Graham Wallas à la Sociological Society.
- (2) Samedi 24 mars 1912.
- p.45 - vue 45/950
-
-
-
- 46
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- Ils éprouvèrent de durs mécomptes, car l’industrie extractive n’est pas de celles qui peuvent s’aborder à tout âge. C’est tout enfant qu’il est nécessaire de se familiariser avec la houille et l’observation des menues et nombreuses pratiques du métier en facilite beaucoup la connaissance.
- Quoi qu’il en soit, ces « mineurs d’occasion » n’arrivent pas à gagner moitié du salaire d’un piqueur professionnel (1) et beaucoup abandonnent la profession.
- Ils furent les instigateurs du mouvement, et c’est par solidarité que les piqueurs professionnels abandonnèrent le travail.
- Pour ces derniers, en effet, la semaine n’était que de quatre jours et le salaire moyen de quinzaine de 125 francs, soit de 15 à 16 francs par jour de travail effectif.
- Ces chiffres font ressortir avec évidence que la revendication du salaire minimum était peu fondée pour eux et qu’il y avait d’autres causes à l’agitation.
- D’ailleurs depuis de longues années le sud du Pays de Galles possédait avec l’Échelle Mobile une modalité de salaires qui englobe le principe du salaire minimum, puis-qu’en aucun cas l’ouvrier ne peut être payé moins qu'un certain minimum déterminé par les prix payés au cours d’une année-base, majorés de 50 p. 100 et que leur salaire à la tonne augmente de 8 d. par shilüng de hausse dans le prix de vente du combustible.
- Par contre, combien la grève se comprend aisément, si, abandonnant le terrain économique pour le terrain politique, on cherche, non pas dans le salaire proprement dit, mais dans la nationalisation des mines, la cause de l’adhésion des Gallois et même l’origine galloise de la lutte.
- Pour justifier la reprise par l’État, il faut montrer que la condition des ouvriers du sous-sol ne leur assure pas, dans le système d’appropriation actuelle, le minimum d’existence. Une fois le principe admis et partant la nécessité de remédier à cet état de choses, s’il n’est pas possible aux exploitants de satisfaire aux revendications, c’est à l’État de le faire, en nationalisant les mines, d’autant plus que, plus peut-être en Angleterre que dans les autres pays, l’industrie du charbon est la « Moelle de la Nation », suivant l’expression pittoresque si souvent répétée au cours des dernières semaines.
- Mais, dans un pays de traditions comme la Grande-Bretagne, l’idée ou, plus exactement, le mot de nationalisation effraye, encore que dans une large mesure le fait soit accepté (2).
- Aussi ne fallait-il pas poser le problème, mais engager la question d’une manière telle qu’à un moment donné la seule solution fût la nationalisation.
- C’est ce que réalisait, en fait, la revendication du salaire minimum intégral.
- La souplesse de la formule permettait à tous les districts de l’adopter et d’engager une action commune, bien que chacun d’eux combattît pour ses propres fins.
- Grèce à la simultanéité de l’action, à sa généralisation, à la discipline parfaite, la grève, préparée de longue main pour les mineurs et pour l’ensemble de la classe ouvrière, était donc beaucoup plus redoutable pour la nation qu’une série de grèves consécutives limitées chacune à un district.
- Cette grève avait encore une autre portée et contenait en elle-même une grave leçon : elle montrait le pouvoir politique de la classe ouvrière pour imposer les con-
- (1) Livres st. 2,15 par quinzaine au lieu de liv. st. 5 par quinzaine réduite.
- (2) Les exploitations industrielles (gaz, électricité, tramways) reprises par les municipalités sont très nombreuses. L’État lui-même vient de nationaliser à Londres les téléphones exploités jusqu’ici par des Compagnies privées.
- p.46 - vue 46/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 47
- cessions qu’il lui plaît au Parlement, sous- les affres de l’extinction graduelle mais rapide de la vie nationale. Elle illustrait avec force son pouvoir de faire au besoin sanctionner par l’État des principes nouveaux dans l’organisation industrielle interne, principes dont les répercussions peuvent d’autant moins se prévoir que certaines ne sont pas nécessairement d’une réalisation immédiate et dont d’autres sont la conséquence d’incidences de concurrence internationale et peuvent provoquer de véritables bouleversements.
- Fait remarquable: c’est uniquement par la force d’inertie, par la cessation complète du travail dans le calme le plus profond que ce résultat devait être atteint. Nulle part, en effet, l’ordre ne fut troublé, nulle .part il ne fut nécessaire d’envoyer des troupes ou des forces de police, et cependant plus d’un million d’hommes étaient en grèAm. Cette masse formidable respecta toutes les formes de la légalité et, aux heures mêmes où elle put sembler le plus loin du succès,pas une minute elle ne cessa d’observer le calme le plus parfait.
- Peut-être faut-il voir là l’une des causes de l’optimisme relatif de l’opinion anglaise pendant toute cette période, du moins de l’opinion de Londres, fort peu troublée, il faut le reconnaître, aussi bien dans ses habitudes et ses occupations que dans ses plaisirs.
- Motifs de la résistance des exploitants. —Comme nous l’avons fait jusqu’ici, nous écarterons, dans l’examen des causes de la résistance patronale, toutes les questions de menu détail, dont on pourrait être tenté de faire état pour éclairer la situation. Mais, à notre sens, tous ces menus faits sont sans portée et les causes d’ordre général que les autres servent à masquer doivent seules être mises en lumière.
- Il ne faut pas perdre de vue qu’on ne saurait juger la grève noire comme un fait isolé et suivant ses mérites propres. Elle ne peut pas être séparée de son ambiance, et, comme nous le montrerons, elle constitue seulement un épisode dans l’évolution ouvrière anglaise, précipitée avec une rapidité extrême depuis quelques années.
- Étant donné que les revendications des mineurs ne sont pas, en réaüté, inhérentes à l’industrie extractive, qu’elles sont générales et peuvent vraisemblablement être formulées sous peu par les autres corporations ; étant donné que c’est pour des motifs opportunistes que les mines ont été choisies comme premier terrain de lutte dans une question moins économique que politique, il est facile de comprendre que, dans leur résistance, les patrons obéissaient autant et même davantage à des raisons générales qu’à des nécessités que leur aurait imposées leur profession, prise isolément.
- Bien que les réclamations aient été limitées aux seuls travailleurs du fond et aux jeunes ouvriers du jour, considéré du point de vue patronal, le problème revenait à substituer un salaire minimum fixe et individuel aux modes actuels de rémunération.
- Il y a lieu dès maintenant de faire le départ entre les réclamations chiffrées, c’est-à-dire telles qu’elles ressortaient des chiffres définitifs arrêtés par la Fédération des Mineurs le 2 février 1912, et le principe même mis enjeu.
- Toutes choses égales d’ailleurs, l’échelle de la Fédération des Mineurs impliquait de la part des patrons des concessions qui pouvaient se chiffrer, et, bien qu’elle ait été présentée comme intangible, il est bien évident pour tous ceux qui ont suivi de pareilles négociations que des modifications ou des « ajustements » pouvaient y être
- p.47 - vue 47/950
-
-
-
- 48
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- apportés et que l’intangibilité des revendications constituait une précieuse monnaie d’échange.
- Par suite, ce n’est pas dans l’échelle prise en soi qu’il faut chercher les raisons de l’attitude, irréductible dès le premier jour, d’une partie du patronat, il faut l’y chercher d’autant moins que l’échelle ne fut même pas discutée et que c’est sur le principe que l’hostihté se manifesta.
- En effet, le principe du salaire minimum, tel qu’il était réclamé par la Fédération, constitue une véritable révolution (1).
- Il entraînait, du fait qu’il est quotidien et individuel, l’abandon des méthodes employées jusqu’ici et mettait, pour ainsi dire, les producteurs à la merci de leurs ouvriers, car il s’agissait d’un minimum sans contre-partie comme production, sans aucune garantie que les minima fixés (2) demeureraient en vigueur pendant un certain temps et que dès le lendemain de leur acceptation les exploitants ne risquaient pas de voir formuler des exigences nouvelles.
- Il y a là une raison péremptoire d’ordre général qui explique et justifie l’hostilité du patronat.
- Même si les mineurs avaient concédé une production minima en échange du salaire minimum, cette concession (3) ne pouvait suffire, car elle laissait subsister tout entière la question des garanties. Et à tout le moins les exploitants Ecossais et Gallois pouvaient à bon droit se montrer sceptiques.
- Au moment où ces revendications furent formulées, des conventions formelles existaient dans ces deux districts, dont l’une, celle du Pays de Galles avait encore plus de deux ans à courir et l’autre, celle d’Ecosse, plus d’un an. Cette dernière était même revêtue de la signature de l’un des membres du gouvernement, M. Winston Churchill, alors président du Board of Trade.
- Accepter de discuter, c’était pour les exploitants Gallois et Ecossais proclamer que les contrats passés avec les Trade-Unions étaient désormais sans valeur, qu’ils liaient peut-être encore les patrons, mais plus les ouvriers à qui il suffisait de proclamer n’importe quelle prétention nouvelle pour s’en libérer.
- Par suite, les concessions que les ouvriers auraient pu faire ne servaient de rien.: elles ne donnaient plus au Patronat, comme autrefois, la garantie d’une organisation puissante liée par l’engagement de ses chefs, qui n’hésitaient pas à refuser le concours de l’organisation et à désavouer leurs adhérents au cas où ils tentaient de se soustraire aux clauses du contrat.
- (1) 11 suffit pour s’en convaincre de rappeler combien, surtout à notre époque de concurrence internationale croissante, la préoccupation dominante de l’industrie est l’abaissement du prix de revient. Or principalement dans les industries primaire où le prix unitaire est très peu clevé, il ne peut guère être réalisé que par l’accroissement de la productivité. On sait comment, grâce à l’introduction de méthodes et d un outillage mécanique perfectionnés, il a été possible de résoudre ce paradoxe apparent : produire l’unité à plus bas prix tout en augmentant sensiblement le salaire. — Dans des limites relativement étendues la quotité du salaire individuel peut être sensiblement augmentée pourvu qu’il y ait corrélativement accroissement ad hoc de la productivité. — Aussi a-t-on vu se généraliser dans la presque totalité des industries le salaire à la tâche, qui proportionne la rétribution de l’ouvrier à la quantité produite.
- (2) En admettant que le conflit fût résolu, comme il l’a été, en faveur des ouvriers.
- (3) En fait, au cours des discussions prolongées qui précédèrent la grève et se poursuivirent presque quotidiennement pendant la première quinzaine de mars, les organisations ouvrières paraissent y avoir consenti.
- p.48 - vue 48/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 49
- Engagés dans la voie, si dangereuse économiquement, du salaire minimum, considéré comme une première étape, les exploitants risquaient dès le début de ces conventions des revendications nouvelles, présentée^ avec d’autant pins de chances de succès que l’entente amiable aurait laissé les Trade-Unions beaucoup plus puissantes et riches.
- Depuis un très petit nombre d’années les contrats passés entre le patronat et les Trade-Unions ont cessé d’être bilatéraux (1).
- C’est pourquoi, pendant tout le cours des négociations les exploitants Gallois et Ecossais se sont absolument refusés même à entamer la discussion : leur intransigeance se fondait sur la nécessité impérieuse d’assurer l’exécution des contrats.
- Et plutôt que porter eux-mêmes atteinte à ce principe ils préféraient que la loi imposât des concessions peut-être supérieures à celles qu’ils eussent faites spontanément, parce que la loi devait leur donner, croyaient-ils, des garanties qu’une convention directe ne pouvait plus leur fournir.
- Il faut se demander si, malgré l’importance des principes qu’ils défendaient, Gallois et Écossais ne manquèrent pas de clairvoyance et d’une compréhension exacte d’une situation aussi profondément complexe et troublée que celle de la Grande-Bretagne contemporaine.
- Le patronat britannique s’est, en effet, trouvé divisé : à l’intransigeance irréductible, dont faisait preuve cette minorité, la majorité, formée par les exploitants de l’Angleterre proprement dite, opposait un esprit de conciliation extrême.
- Quelque grande que fût la perturbation industrielle devant résulter des revendications ouvrières, cette majorité ne cessa, même après que la grève eut éclaté, de chercher un terrain raisonnable d’entente.
- Le principe du salaire minimum accepté, il subsistait encore deux divergences:
- En échange du salaire minimum, les exploitants demandaient un minimum de production ; ils auraient même accepté que ce minimum fût établi par chantier, par puits, au besoin même par exploitation ; qu’il fût calculé par quinzaine et que la production eût été inférieure à ce minimum pendant deux quinzaines consécutives pour que les sanctions pussent s’appliquer.
- Sur ce point l’entente pouvait se faire.
- La seconde divergence était beaucoup plus grave : elle portait sur la quotité du minimum.
- Après avoir établi divers chiffres, la Fédération des Mineurs fixa, le 2 février 1912, l'Échelle, par région, des divers minima, puisque le minimum variait avec chaque district.
- Toutes les fois où, au cours des négociations (15 février-15 mars et fin mars : troisième lecture du bill), la question de quotité fut soulevée par les exploitants, les ouvriers refusèrent la discussion. Ils affirmaient Tintangibilité de l’Échelle du
- (1; Pendant longtemps — plus de 30 ans — le respect des engagements avait été une sorte de dogme pour les Trade-Unions, non qu’il ait existé en droit ou en fait des sanctions garantissant effectivement leur exécution, mais parce que l’autorité que s’étaient acquise certaines Trade-Unions, leur reconnaissance par le Patronat comme représentants des intérêts ouvriers et traitant au nom de la collectivité auraient été irrémédiablement compromises par un manquement à la parole donnée.
- Une évolution qui s’est produite dans les masses les à fait réagir vivement depuis quelques années, particulièrement depuis 5 à 6 ans; elles ont refusé d’accepter les décisions de leurs leaders et certains de ceux-ci, comme le démontre péremptoirement la grève du charbon, ne se considèrent plus liés par les conventions qu’ils ont librement signées..
- Tome 119. — 1er semestre. — Janvier 1913. i
- p.49 - vue 49/950
-
-
-
- 50
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- 2 février dont les bases étaient (à leur dire) extrêmement modérées et comportaienl le maximum des concessions qu’ils pouvaient faire et avaient spontanément offertes.
- Ce fut en vain que le Gouvernement chercha à les convaincre; à leur montrer qu’un accord était impossible sans que cette Échelle fût discutée ; qu’au surplus si elle était aussi modérée qu’ils l’affirmaient la discussion en était une simple formalité qui fortifierait la situation morale de la Fédération.
- Plutôt que de laisser discuter l’Échelle, les leaders ouvriers préférèrent la grève et toutes ses conséquences (1).
- Il faut néanmoins se rappeler que, même si les patrons de la Federated Area avaient souscrit à toutes les exigences de la Fédération des Mineurs, la grève aurait tout de même éclaté puisque du premier jour la Fédération exigeait une solution nationale à laquelle aucun district ou même aucune exploitation ne pourrait se soustraire.
- Les causes des divergences patronales. — Nous avons vu l’unité d’action ouvrière et au contraire la divergence chez les patrons.
- Une conclusion pourrait paraître s’imposer : la reconnaissance de la légitimité des revendications sur la majorité tenue en échec par une minorité égoïste et rétrograde.
- L’examen plus approfondi, le rapprochement des dates et certaines interventions du Gouvernement ne tardent pas à faire rejeter cette conclusion.
- La grève noire, en effet, montre remarquablement les transformations d’un mouvement ouvrier, qui, ayant eu comme origine première une cause économique, a été rapidement vicié par des motifs politiques, à un tel point que la cause économique devient l’un des accessoires du conflit.
- La cause économique initiale fut celle des chantiers anormaux, aggravée par le renchérissement de la vie. Mais dès les premiers développements, il ne tarda pas à apparaître que le moment paraissait opportun aux leaders ouvriers pour obtenir du patronat, au besoin pour lui arracher des concessions beaucoup plus larges et ayant pour la classe ouvrière une valeur considérable, si considérable même, qu’elle ne les obtiendrait qu’à grand’peine et très lentement par les méthodes ordinaires (2).
- Étant donné l’importance vitale du charbon, une grève générale était toujours redoutable. La commencer au milieu de l’hiver c’était en augmenter économiquement et aussi politiquement les chances de succès.
- Alors que jamais la prospérité de l’industrie n’avait été plus grande qu’au cours des dix-huit derniers mois, alors qu’aucun symptôme ne permettait d’entrevoir la fin prochaine de l’expansion industrielle et commerciale, même si les profils ne répondaient pas toujours aux espérances, il est trop évident que l’intérêt des exploitants était d’éviter la grève.
- (1) Nous verrous plus tard si cette intransigeance incompréhensible sur ce terrain ne peut s'expliquer autrement.
- (2) A toute époque une grève du charbon aurait présenté pour l’Angleterre une gravité extrême, mais il est clair qu’elle aurait été d’autant moins grande que l’industrie était dans une situation moins florisssante. A l’inverse, il est clair qu elle l’était d’autant plus que la prospérité industrielle générale croissait, que les usines travaillaient à pleine capacité et que les ordres d’avance s’accumulaient sur leurs carnets, que le trafic des chemins de fer s’accroissait et que la saison choisie était est celle où la consommation publique et privée de charbon est maxima.
- p.50 - vue 50/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 51
- Aussi n’est-il pas surprenant que certains aient été préparés à faire de très larges concessions, d’autant, plus qu’ils savaient que les Trade-Unions la préparaient de longue main.
- La grève des cheminots leur servaient, à eux aussi, d’exemple. Gela seul suffirait (1) à justifier les concessions.
- Mais des raisons de clairvoyance politique expliquent également cette attitude, dont les mobiles furent complexes.
- Vers la fin du mois de février une intervention du Gouvernement se produisit: la conciliation par l’intermédiaire des Conseils Industriels créés en 1911 n’avait été demandée ni par les intéressés ni par le Board of Trade. Le Premier Ministre et ses collègues convoquèrent mineurs et exploitants.
- Dès le premier jour il fut évident que la cause des ouvriers comptait de chaleureux partisans et d’ardents défenseurs au sein du Cabinet et qu’ils étaient résolus à leur faire accorder de très larges concessions.
- Cette intervention dont personne ne contesta l’opportunité de principe affermit l’intransigeance des Écossais et des Gallois, irrités de voir faire litière des arguments si puissants dont ils étayaient leur refus ; et aussi de voir, dans l’attitude des ministres, au lieu de la haute impartialité qu’on attendait d’eux, une sympathie trop marquée pour les mineurs.
- Une autre conception, celle des exploitants de la Federated Area, s’opposait à celle-ci.
- Du moment où de bonne ou de mauvaise grâce il fallait céder aux ouvriers, mieux valait garder le bénéfice des concessions faites, librement en apparence, et prévenir la grève que céder contraints et forcés parla loi. une fois la grève déclarée. Mieux valait, dans cette conception, avoir l’air d’accepter, par entente directe, le principe du salaire minimum, maintenir les contours de l’organisation existante, conserver le contrat collectif avec les syndicats que de laisser la loi accorder le salaire minimum individuellement aux mineurs, sans qu’aucune responsabilité leur incombât de ce chef. — N’était-il pas également préférable d’éviter la cessation du travail et par suite de montrer d’une manière irréfutable à la classe ouvrière la puissance qu’elle avait, par sa masse et son organisation, d’amener la nation tout entière à composition lorsque cela lui convenait?...
- Il ne faut pas oublier que cette grève constitue un précédent redoutable et qu’elle a une portée qui dépasse de beaucoup le cas particulier.
- N’était-ce pas, dans ces conditions, faire preuve d’un sens politique très fin, que de faire la part du feu? Céder librement, c’était pour le patronat conserver toute sa force de résistance pour d’autres luttes, probablement prochaines, alors qn’il paraît l’avoir brisée. *
- Quoi qu’il en soit, il ne sert plus de rien d’épiloguer sur la valeur relative des deux tactiques : il est des faits qui, une fois acquis, ont des conséquences définitives, sur lesquelles il n’est au pouvoir de personne de revenir.
- La chose qu’il faut retenir est cette divergence des tendances patronales : elle a affaibli considérablement l’action patronale dans ce conflit et aussi son autorité morale, puisque le patronat avait accepté la solidarité d’intérêts que les organisations ouvrières
- (1) Ces concessions n’impliquent pas l’adhésion à la légitimité des revendications : trop d’autres raisons d’opportunité suffisent à les justifier.
- p.51 - vue 51/950
-
-
-
- 52
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- prétendaient lui imposer, en exigeant une solution nationale, et qu’il tendait à prouver par son attitude que cette solidarité n’existait pas.
- Les causes réelles ouvrières. — Nous avons cherché à dégager les causes techniques de la grève. Nous avons été amenés à constater que, du point de vue ouvrier, aucune n’était économiquement suffisante pour la justifier ; et nous avons été amené à indiquer qu’il pouvait en exister d’autres, qui l’expliquaient.
- Avant de les rechercher, voyons si les mineurs eux-mêmes n’ont pas pris soin de le montrer.
- On sait que professionnellement l’organisation ouvrière anglaise comprend àla base, dans chacun' des districts, des Trade-Unions ou syndicats locaux, dont quelques-uns fédérés régionalement. Ces divers groupements locaux ou régionaux sont eux-mêmes rattachés à une organisation nationale, la Fédération des Mineurs de Grande-Bretagne, dans le cas particulier. A certains points de vue elle a l’autorité la plus étendue. C’est elle qui a pris, sinon l’initiative, du moins la responsabilité de déchaîner la grève générale.
- Par contre, les groupements primaires conservent, jalousement, leur autonomie financière.
- Alors que la grève était imminente et qu’étant donné le caractère qui lui était attribué, il aurait semblé logique que les diverses Trade-Unions fissent caisse commune, puisqu’il s’agissait d’un mouvement national, la caractéristique individualiste se manifesta avec une brutalité rare : les Trade-Unions riches (1), qui avaient assez d’argent pour faire une grève de douze semaines, se refusèrent énergiquement à aider les Trade-Unions pauvres, qui, elles (c’était le cas du Pays de Galles), ne pouvaient faire face qu’à un chômage de quinze jours.
- Cette décision maintenue jusqu’à lareprise du travail suffirait à montrer qu’il ne s’agissait pas de revendications à caractère économique et national, car elle risquait de faire très rapidement dégénérer la grève générale en un petit nombre de grèves partielles et de faire avorter le mouvement d’ensemble auquel les dirigeants attachaient tant de prix : c’était risquer de permettre au patronat de vaincre successivement des grèves isolées et de traiter dans chaque cas particulier avec des adversaires épuisés. C’était aussi risque de provoquer des défections nombreuses parmi les mineurs, à cause de l’inutilité d’une lutte dont, faute de ressources, ils ne pouvaient pas sortir vainqueurs.
- D’ailleurs, la Fédération des Mineurs du Sud du Pays de Galles montrait de son côté le mal fondé économique du conflit, en décidant de répartir la paye de grève seulement huit jours après la cessation du travail. Cela démontrait, même si la raison n’en avait été dite ouvertement, que les mineurs Gallois pouvaient vivre huit jours au moins sur les économies qu’ils avaient pu réaliser sur leurs salaires, que l'on affirmait « être insuffisants » pour assurer leur subsistance (2).
- Dans le cas d’une' grève politique, au contraire, la situation devenait très nette, car
- (1) Comme trade-unions riches il faut citer celles de Durham et du Derbyshire qui à la fin de la grève avaient encore de fortes sommes en caisse. Au contraire, parmi les pauvres, nommons celle du Northumberland qui est entièrement hors d’état de tenir ses engagements de prévoyance.
- (2) 11 était évident du premier jour que les mineurs ne pouvaient escompter de subventions des autres groupements ouvriers, car ceux-ci devaient réserver leurs fonds pour l’usage de leurs membres que la grève des mines condamnait au chômage.
- p.52 - vue 52/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 53
- c’était, même aux dépens de la durée, au besoin par l'extension du mouvement aux autres corps de métier, que l’on ferait céder les pouvoirs publics et qu’on les contraindrait à s’engager résolument quant au fond, bien que timidement quant à la forme, dans la Amie d’un large Socialisme d’État, à imposer au patronat récalcitrant le salaire minimum et toutes ses conséquences, afin d’enrayer une grève qu’ils n’avaient pas la puissance de mater.
- D’aucuns qui vivent encore sous l’impression du passé, alors que l’Angleterre, mère des Parlements, était citée en exemple, que l’on souhaitait voir les autres peuples s’inspirer de ses méthodes, acquérir son sens politique et pratique, que l’on se plaisait à reconnaître l’habileté des classes dirigeantes à réaliser, par des concessions opportunes suivant le mot de Bastiat, l'harmonie économique, ne peuvent qu’enregistrer les bouleversements comme ceux provoqués par la grève des mines, sans en 'pénétrer les causes réelles.
- Les origines lointaines de la grève des mines. — Il faut, pour les bien saisir, remonter à quelques années en arrière rechercher les raisons de l’évolution si rapide et profonde des masses ouvrières anglaises, dont la grève des mines n’est qu’un épisode : celui qui a le plus frappé l’opinion et l’amène à prendre conscience des réalités.
- Il y a eu une suite ininterrompue de phénomènes que l’on a pu suivre au jour le jour, en quelque sorte, et l’on peut presque dire de cette grève générale que c’est un simple maillon d’une chaîne.
- En aucun pays l’organisation ouvrière n’avait atteint à un aussi haut degré de perfection qu’en Angleterre. Si, par principe, certains se plaignaient de la tyrannie des Trade-Unions (1), la très grande majorité des employeurs se plaisaient à reconnaître que leurs syndicats leur offraient un ensemble de garanties des plus précieuses, que la haute moralité et la modération de leurs leaders, leur fidélité à tenir et à faire tenir des engagements pris, le caractère sacro-saint, pour eux, des contrats avaient puissamment contribué au développement et à la prospérité de l’Industrie britannique (2).
- La raison générale en était, comme l’ont fait ressortir les auteurs, dans le double caractère des Trade-Unions : Organisations professionnelles, groupant l’élite dans chaque corps de métier et, en même temps, organisations de prévoyance dans la plus large acception, offrant aux adhérents, en dehors des secours nettement professionnels, — paye de grève, secours de chômage, — toutes les allocations pour les cas de maladies, accidents, Adeillesse et mort.
- Grâce aux cotisations élevées que la multiplicité et l’importance de leurs allocations leur permettaient d’exiger, elles accumulaient des fortunes considérables qui leur permettaient, lorsque, à la veille d’un conflit, la conciliation avait échoué, de faire face à des grèves redoutables pour les employeurs du fait de leur durée (3).
- Leur puissance financière était un gage de leur modération : les ressources, quelle
- (1) Cf. la campagne du journal The Times parue en 1901 sous le titre de la Crise de l’industrie britannique.
- (2) Cf. en particulier le Trade-Unionisme en Angleterre, par M. de Rousiers, chapitre consacré aux constructeurs de navires en fer.
- (3) Cf. La grève des mécaniciens en 1898 qui dura huit mois et coûta plus d’un million de livres à chacune des parties en cause. L’effectif du syndicat fut considérablement réduit et il fallut plus de cinq années pour revenir au chillre de l’année fie la grève.
- p.53 - vue 53/950
-
-
-
- COMMERCE.
- JANVIER L.II.'L
- l')4
- que fût leur affectation étaient confondues et les épuiser par une grève sans fondement c’était pour une Trade -Union perdre la majeure partie de son effectif.
- Sans doute il s’était bien constitué un Néo-Trade-Unionisme à côté de l’ancien, groupant les ouvriers non qualifiés, à faibles salaires, ne recevant que des cotisations minimes et partant obligé à des méthodes moins modérées, puisqu’il 11e pouvait conserver un effectif forcément mobile et peu stable qu’en lui prouvant son utilité, c’est-à-dire en soutenant sans cesse ses revendications par la grève.
- Teintées de radical-socialisme à l’origine, ces Trade-Unions eurent des sorts divers : celles qui furent fidèles aux théories avancées n’eurent guère qu’une existence éphémère; les autres se rallièrent, comme elles le purent, aux méthodes de l’ancien trade-unionisme et se consolidèrent.
- En fait leur rôle ne fut, en apparence, que secondaire, car si leurs rangs s’enflaient au moment des conflits elles ne tardaient à revenir à l’état d’organisme squelette une fois la paix rétablie.
- Quoi qu’il en soit, le Vieux Trade-Unionisme s’était toujours cantonné sur le terrain professionnel et n’avait jamais Aroulu faire de politique : ses chefs estimaient que, dans la vie et les conflits industriels, patrons et ouvriers — étant seuls en cause — trouvaient toujours un terrain d’entente raisonnable et qu’il n’était pas besoin de l’intervention du Législateur pour améliorer le sort des travailleurs.
- L’évolution commença du jour où la Chambre des Lords réforma leur statut juridique par un arrêt prétorien.
- La révolution judiciaire et l’évolution trade-unioniste. — L’opinion des commentateurs de la loi organique des Trade-Unions (Trade-Union Act, 1871-1876), confirmée d’ailleurs par la jurisprudence, était que ces associations étaient irresponsables. Le Législateur leur ayant refusé l'incorporation et les avantages qui en découlaient, leur ayant volontairement et nommément refusé le droit d’ester en justice, il ne pouvait être question, semblait-il, de leur en faire supporter la contre-partie, c’est-à-dire d’autoriser des tiers à les poursuivre.
- C’est pourtant la thèse à laquelle se rallia en 1901 la section judiciaire de la Chambre des Lords, faisant fonction de Tribunal suprême d’interprétation.
- Dans un arrêt célèbre, connu sous le nom de Taff Vale case, elle décida que les Trade-Unions étaient pécuniairement responsables des dommages qu’elles causaient aux tiers, et dans l’espèce pour laquelle elle établit cette jurisprudence nouvelle la Chambre des Lords fixa à 500 000 francs le dommage causé, du fait de picketing illégal à la Compagnie du chemin de fer de la Taff Vale par l’Amalgamated Society of Railway Servants, le Syndicat ouvrier au cours d’une grève.
- Cet arrêt avait une gravité exceptionnelle, car non seulement, en droit, il annihilait le Statut Syndical, tel que l'avait confirmé la Jurisprudence, mais il restreignait singulièrement l’exercice du droit de grève (1).
- (1) L’absence de définition du « picketing », ou patrouillage, dans les lois, l’impossibilité de déterminer ce qui constitue le pickeling paisible qui est auturisé et le non paisible qui est interdit, donnait en fait un pouvoir prétorien aux tribunaux : les décisions d’espèce les plus inconciliables abondent. L’interprétation donnée au mot picketing pouvait, dans tous les cas, provoquer des dommages-intérêts. Cf. Mantoux et Alfassa, la Crise du Trade-Unionisme, Paris, 1903, Rousseau éditeur, où toute la question juridique a été minutieusement discutée. Cf. aussi II.-E. Rarrault, le Droit d'asso-cialion en Angleterre, Paris, 1907, Larose éditeur.
- p.54 - vue 54/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE.
- 55
- C’était en fait priver les Trade-Unions d’une partie très importante de leur action professionnelle.
- Quelque graves qu’eussent pu en être les conséquences, il aurait été permis de considérer cet arrêt simplement en soi, s’il n’était apparu très rapidement, d’une manière indiscutable, que les Law-Lords poursuivaient un plan méthodique, qu’ils entendaient par leur jurisprudence prétorienne abroger le Statut Syndical de la loi de 1871-1876 et, faisant cause commune avec leurs adversaires, interdire aux Trade-Unions l’exercice du droit de grève qui cependant demeurait encore inscrit dans la loi.
- En effet, quelques mois plus tard, les Law-Lords décidaient que la suspension brusque du travail portant préjudice aux employeurs leur donnait droit à une réparation pécuniaire de la part du syndicat qui l’avait sanctionnée. Par cet arrêt, dit de la Stop day Action, pour avoir sanctionné un chômage d’une journée, la Fédération des Mineurs du Sud du Pays de Galles était condamnée à 50 000 livres, soit à 1 250 000 francs de dommages-intérêts envers la Fédération patronale.
- Deux ans après les mêmes Law-Lords rendaient un nouvel arrêt dit du Denaby Main case, aux termes duquel ils interdisaient à un syndicat de mineurs d’accorder la paye de grève à ses membres bien qu’ils eussent dûment donné à leurs employeurs les préavis prévus et observé les délais-congés réguliers (1).
- Isolés les uns des autres ou rendus par des Tribunaux d’instance ou des Cours d’appel, ces arrêts vaudraient à peine d’être mentionnés ; toute leur importance, — car ils ont déjà beaucoup pesé et pèseront encore lourdement dans l’avenir sur l’évolution du mouvement ouvrier anglais, — vient en premier heu de ce qu’ils émanent de la plus haute juridiction d’Angleterre, dont — à propos d’une espèce — s’imposent à tous tant que le Parlement qui laisse subsister l’interprétation des Arts par voie judiciaire fait une jurisprudence, c’est-à-dire tant qu’il ne les a pas abrogés par une loi qui les contredit expressément.
- En second heu, elle vient de leur rapprochement, car ils se prolongent, se complètent et c’est leur ensemble qui a transformé, par voie d’interprétation, la loi syndicale.
- C’était, en effet, purement et simplement l’abrogation du droit de grève.
- La grève d’ensemble comportant — avec ou sans cessation brusque du travail — les actes habituels et enfait le picketingqui les englobe tous, était interdite, puisqu’elle pouvait donner heu à des dommages de l’ordre de 500 000 francs.
- La grève des bras croisés par cessation brusque du travail l’était également IIe arrêt Stop day Action).
- Enfin par le troisième arrêt la grève des bras croisés, après préavis régulier et observation des délais-congés réguliers, était également interdite, puisque le syndicat se voyait privé de la faculté d’accorder la paye de grève.
- Les conséquences de la jurisprudence. — Les conséquences de cette juris-
- (1) Dans cette espèce le demandeur était un syndiqué travaillant dans une autre mine. Il prétendait que, s’agissant d’un conflit purement local, sa Trade-Union outrepassait ses droits et dilapidait en vue de la grève des fonds réunis pour des fins de prévoyance. La Chambre des Lords adopta ses motifs au mépris du texte formel de la loi de 1871 qui spécifie que les tribunaux ne peuvent connaître des contestations entre une Trade-Union et ses membres.
- Il fut prouvé au cours des débats que le demandeur avait été payé par ses employeurs pour intenter cette action.
- p.55 - vue 55/950
-
-
-
- 56
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- prudence de la Chambre des Lords ne se firent pas longtemps attendre. Elle réussit à faire abandonner aux Trade-Unions l’action uniquement professionnelle qu’elles avaient eue systématiquement jusque-là et à leur faire adopter l’action pobtique. Ce à quoi n’avait pu aboutir une longue propagande sociabste, se trouvait réabsé en quelques mois par la Chambre des Lords.
- Les adversaires du Trade-Unionisme avaient bruyamment triomphé au moment du premier arrêt des Law-Lords : ils avaient salué l’aurore d’une ère industrielle nouvelle. — Ils ne croyaient pas si bien dire, mais littéralement en sens contraire de leurs prévisions. Le Times, qui avait mené contre les Trade-Unions une campagne aussi violente que tendancieuse, ne devait pas tarder à écrire, en parlant de ce même arrêt :
- « Il est des victoires dont les conséquences sont pires que des défaites. L’arrêt de la Chambre des Lords était de celles-là. En prétendant consolider l’édifice social elle en a détaché la pierre angulaire. »
- Les Trade-Unions accueillirent les décisions judiciaires avec un calme extraordinaire. Elles ne les contestèrent pas, tout en les dénonçant comme iniques. A quoi leur aurait-il servi de les attaquer judiciairement puisque aucun Tribunal d’appel n’existait ?
- « Si la loi est mal faite, il faut la refaire », devint pour elles un article de foi.
- Elles allèrent vers le but que leur imposait la Chambre des Lords, quelles que dussent en être les conséquences, car l'inaction équivalait à la disparition.
- Leur but était de faire voter par le Parlement une loi proclamant l'irresponsabilité des Trade-Unions ; leur moyen, l’utilisation de la puissance politique des syndiqués pris individuellement par la constitution d’un Labour Party, représentation ouvrière professionnelle, sans caractère pobtique, dont les membres, bbres de leur vote pour toutes les questions générales, étaient impérativement mandatés pour faire aboutir la nouvelle loi syndicale et pour les questions ouvrières.
- Le succès répondit aux efforts : la première élection, celle de Will Crooks à Wol-wich en 1902, fut un véritable triomphe. Il obtint une majorité écrasante et pourtant son concurrent conservateur, appuyé par le Gouvernement, était l’un des hommes les plus populaires d’Angleterre. C’était l’amiral sir Charles Beresford.
- Aux élections générales de 1906 le parti ouvrier comptait 50 membres, mais il représentait une puissance bien supérieure. Son effectif avait été bmité à ce chiffres pour des raisons d’ordre financier, puisqu’en Angleterre le mandat parlementaire était gratuit.
- Mais, dès ce moment ü était aisé de prévoir que le Labour Party se teinterait de socialisme et compterait des hommes de tempérament Aboient et d’idées avancées.
- L’organe pobtique était le Labour Représentation Committee, dont le nom se transforma en Labour Party (1).
- Dans son Comité directeur l’élément sociabste avait une place hors de toute proportion avec l’importance de ce parti en Angleterre et ses facultés contributives. Il ne tarda pas à diriger cette organisation. C’est dire que le choix des candidats lui incombait et il suffira de rappeler que l’un de ses premiers chefs fut Keir Hardie, le seul sociabste qui avait jusque-là siégé au Parlement.
- Bien que l’effectif du Labour Party fût numériquement assez faible, il disposait en
- (1) Le Labour Représentation Committee devait, (lans la pensée de ses fondateurs, être l’organe de cohésion des forces ouvrières, coopératives et socialistes. Il fut créé un peu antérieurement aux événements qui nous intéressent, mais il ne commença réellement à exister qu’après.
- p.56 - vue 56/950
-
-
-
- TA fi-U fi VE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 57
- fait, dans le Parlement de 1906, d’une influence considérable, car il était assuré de l’appui du parti irlandais et, d’autre part, un grand nombre de députés, qui n’avaient dû leur élection qu’aux voix ouvrières, s’étaient engagés à soutenir ses revendications.
- Aussi le Parlement votait-il en 1906 le Trnd<‘s Disputes Act, ou loi sur les conflits industriels, dont l’un des articles était une innovation des plus graves par ses conséquences.
- Non seulement cette loi stipulait que les Trade-Unions n’avaient aucune responsabilité pécuniaire, ce qui les rétablissait dans leur statut de droit ou de fait antérieur à 1901, mais elle stipulait qu’aucune action en dommages-intérêts contre un membre d’une Trade-Union ne serait recevable que s’il était prouvé que cet individu avait agi dans un intérêt strictement personnel et non dans un intérêt collectif.
- C’était créer aux syndicats un droit privilégié et faire, en leur faveur, une exception exorbitante au droit commun.
- Au point de vue pratique c’était leur accorder une immunité absolue et en contradiction avec l’esprit de la législation britannique, car on les soustrayait à l’action indirecte qui, avant 1901, appartenait aux employeurs: celle de poursuivre les agents des Trade-Unions ès qualités et de les faire condamner, le cas échéant, à des dommages-intérêts que les Trade-Unions devaient payer, si elles ne voulaient pas voir ces agents déshabilités de la faculté de remplir leurs fonctions (1).
- La conséquence de cette loi était de modifier le caractère des grèves, de les rendre plus redoutables pour les employeurs, puisque tous les actes — sauf ceux qualifiés crimes — pouvaient être commis impunément.
- Malgré son hostilité profonde, la Chambre des Lords vota le bill sans discussion, tant il était évident que, par une réaction des plus vives contre les Conservateurs, le pays désirait cette réforme.
- C’est ce que le leader de l’opposition à la Chambre Haute, lord Lansdowne, exprimait en disant : « Le bill que l’on nous propose est mauvais et nous tenons à dégager notre responsabihté. Cependant je vous demande de le voter sans modification (2). »
- Les débuts de l’évolution trade-unioniste. — Il y a lieu de retenir, dès à présent, en dehors de la loi prise en soi, qu’après un premier succès parlementaire aussi complet les Trade-Unions devaient poursuivre leur action politique ; qu’un facteur nouveau entrait en jeu, qui devait influer sur les méthodes; que dorénavant dans les conflits il pourrait y avoir lieu d’envisager l’intervention de la loi ; que, politiquement même, le Parlement serait amené à entrer résolument dans la voie du Socialisme d’Etat et à faire aux ouvriers de très larges concessions, car du fait de la formation d’un parti ouvrier il devenait impossible de gouverner sans le concours de ce parti (3).
- f l) Le non-payement de ces dommages-intérêts'les aurait fait mettre en banqueroute (bankruplcy], ce qui entraînait la perte de certains de leurs droits.
- ;2) Car, ajoutait-il, « si vous le rejetiez ou le modifiiez, le Gouvernement (libéral) en appellerait au pays, qui, non seulement lui accorderait une énorme majorité, mais pourrait bien lui donner mandat de restreindre vos prérogatives ».
- (3) Les élections successives ont montré qu’en Angleterre, sauf dans quelques cas très rares, conservateurs et libéraux étaient pratiquement en nombre égal et que, étant donné le bloc de 120 à 130 voix des partis ouvriers et irlandais, il ne pouvait plus y avoir au Parlement une majorité effective, libérale ou conservatrice, permettant de se passer du concours de l’un ou de l’autre de ces partis.
- p.57 - vue 57/950
-
-
-
- 58
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- En un mot, c’est le début de l’évolution.
- Elle est caractérisée, dès son origine, par l’introduction d’un esprit et d’hommes nouveaux dans les Trade-Unions et dans le gouvernement.
- Dans les Trade-Unions les chefs anciens, accusés de modérantisme, sont progressivement écartés de la direction : ils sont remplacés par des hommes à tendances beaucoup plus avancées, partisans de méthodes d’action beaucoup plus directes, dont ils usent alors sans trop le proclamer.
- - Le nombre des grèves s’accroît et, bien qu’il ne soit pas encore considérable, il faut noter que la prospérité générale et la faible proportion des chômeurs ne les justifient pas pleinement.
- C’est l’époque où la première manifestation d’importance capitale se prépare avec le mouvement général des cheminots, pour le « Programme national de toutes les catégories » (Ail Grades'Programme) et que la grève générale de la corporation menace pour la fin de 1907.
- Si les Trade-Unions d’employés de chemins de fer ne sont pas reconnues par les Compagnies de chemins de fer comme représentants autorisés des employés pour discuter de leurs conditions de travail et de leur salaire, la cessation du travail, décidée en principe par un referendum, deviendra effective.
- L’intervention du Gouvernement, qui se produit à la dernière minute, aboutit à un compromis.
- Nous nous bornons à l’indiquer ici, parce qu’elle constitue la première manifestation de la tendance interventionniste de l’État en matière de conflits ouvriers et que, si peu marquée qu’elle ait été, elle contenait en germe la loi sur le salaire minimum.
- Puis c’est au cours des années une série de faits graves par leur répétition qui montre combien la propagande démagogique des chefs nouveaux influe sur la masse. Elle aboutit aux ruptures de contrats, dont, en particulier, presque chaque année les chantiers de constructions navales ont enregistré des manifestations, au désaveu des chefs modérés et des conventions qu’ils ont conclues avec les employeurs.
- Si maintenant nous envisageons l’action politique ouvrière, nous constatons que les idées démagogiques font un progrès rapide, même dans le Parlement.
- Nous ne pouvons que marquer les grands faits et les tendances.
- Le Gouvernement libéral de 1905, présidé par sir Henry Campbell-Bannermann, avait appelé dans son sein un ancien ouvrier, John Burns et M. Lloyd George, tribun vigoureux, d’un radicalisme très teinté de socialisme, représentant l’élément le plus avancé de la majorité, et fort aimé dans les milieux ouvriers. Adversaire du capitalisme et surtout des gros propriétaires terriens, Socialiste d’État sans limites, son tempérament de Gallois ardent, que les obstacles ne sauraient arrêter, le portait aux solutions extrêmes, alors même qu’elles étaient démagogiques.
- Si l’influence de John Burns ne tarda pas à s’estomper, et s’il devint rapidement un personnage d’arrière-plan, il en alla tout autrement de M. Lloyd George, qui devint en fait, presque immédiatement, l’un des chefs du gouvernement.
- Parmi les mesures, dont la paternité lui incombe, il faut citer son fameux budget de 1908-1909, nettement socialiste par les impôts, dont il frappait les propriétaires terriens, à qui il déclarait une guerre sans merci, et par l’accentuation de la progressivité de Yincome-lax.
- Son importance fut déterminante pour l’évolution, puisque son rejet par la Chambre
- p.58 - vue 58/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 59
- des Lords devait aboutir en fait, après deux élections générales extrêmement rapprochées, à l’établissement, en 1911, du système de la Chambre unique (1).
- Faut-il rappeler, parmi les mesures législatives votées au cours des dernières sessions, la loi sur les pensions de vieillesse, entièrement à la charge de l’État, l’extension de la loi sur les accidents, la loi d’assurance obligatoire (invalidité et maladie), dont le vote fut enlevé de haute lutte (2). Combattue par ceux-là mêmes qui devaient en bénéficier, cette loi constitue l’un des exemples les plus typiques d’une mesure souhaitable en soi, mais dénaturée par la démagogie.
- Enfin il faut tout spécialement rappeler l’article de la loi de finances de 1911 qui a institué en Angleterre l’inscription au budget d’une indemnité annuelle de 400 livres aux membres des Communes.
- Cette mesure est en rapport direct avec l’objet de notre étude et elle marque l’une des phases principales de l’évolution trade-unioniste.
- Elle résulte encore d’un Arrêt judiciaire de la Chambre des Lords qui, poursuivant l’œuvre qu’elle avait entreprise contre les Trade-Unions, commit en 1909 l’une de ses plus lourdes fautes politiques.
- Étant donné la gratuité des fonctions législatives, les Trade-Unions avaient dû, pour faire face aux frais d’élection et à l’entretien de leurs représentants, frapper leurs adhérents d’une cotisation spéciale.
- Les conséquences de cette procédure étaient en premier lieu : une représentation ouvrière nettement professionnelle et non politique, car la majorité trade-unioniste, encore fidèle aux conceptions d’autrefois, n’avait accepté l’action parlementaire que pour faire tomber la jurisprudence des Lords et au besoin pour faire^aboutir législativement certaines mesures intéressant la classe ouvrière (retraites, assurances), mais elle se refusait à une action purement politique.
- En second lieu, cette méthode limitait forcément à un nombre assez faible l’effectif de la représentation ouvrière, parce que les frais d’élection et les indemnités constituaient une charge très lourde.
- Néanmoins l’influence acquise par le Labour Party inquiétait leurs adversaires. Comme les succès électoraux ne leur permettaient aucun espoir, la seule solution consistait à une interdiction judiciaire.
- La formule fut trouvée : un Trade-Unioniste consentit à assigner son organisation en vue de lui faire interdire de lever cette cotisation spéciale, parce qu’elle était ultra vires, c’est-à-dire en dehors des buts que le législateur de 1871 avait assignés aux Trade-Unions.
- La Chambre des Lords adopta la théorie de F ultra vires, très en faveur dans les milieux juridiques anglais et prononça l’interdiction demandée. C’est un arrêt fort important, connu sous le nom à’Osborne Case (3).
- Juridiquement l’arrêt était très fort, mais politiquement, il constituait une très lourde faute.
- Il était très évident que les Trade-Unions ne renonceraient pas à la politique. Elles le
- (1) En effet, la Chambre des Lords se voyait priver de la presque totalité de ses attributions, notamment de ses pouvoirs de contrôle, et transformée pour ainsi dire en une Assemblée consultative.
- (2) Cette loi n’a pas été étudiée suffisamment; ses conséquences financières sont inconnues et sa mise en application donne lieu actuellement à de très grosses difficultés, en particulier avec le corps médical.
- (3) Osborne versus Amalgamated Society of railway Servants, 1909.
- p.59 - vue 59/950
-
-
-
- 60
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- pouvaient d’autant moins que la politique du gouvernement correspondait aux désirs de certains des dirigeants du Labour Party et qu’elle donnait une raison d’être à un parti ouvrier à tendances socialistes.
- La Chambre des Lords fournissait involontairement à cet élément socialiste et démagogique un moyen, qu’il n’aurait jamais osé espérer, de prendre corps et d’assurer une représentation importante à toute la population ouvrière qui, jusque-là, avait voté pour les candidats libéraux. Il suffisait que le budget accordât une indemnité parlementaire. La Chambre des Communes, réservée jusqu’alors aux hommes fortunés, s’ouvrait à tous : la polilique devenait'une carrière. L’élément démagogique ne pouvait qu’en profiter.
- Aussi, dès l’année suivante, le chancelier de l’Échiquier faisait voter, non sans protestations des conservateurs et de certains modérés, une indemnité parlementaire de 400 livres, soit 10 000 francs.
- C’était encore un coup de pioche dans l’édifice des traditions britanniques. L’avenir immédiat pouvait, ajuste titre, causer des appréhensions.
- La situation ouvrière en 1911. — Pour donner une idée exacte des conditions générales au début de 1911, il faut faire un retour en arrière jusqu’à la menace de grève des cheminots en 1907, qui avorta à la dernière heure par une intervention du Cou verne ment.
- Averti tout à fait au dernier moment de l’imminence de la cessation du travail, M. Lloyd George, alors Président du Board of Trade, convoqua d’urgence les présidents des diverses Compagnies de chemins de fer pour leur imposer une entente.
- Reculant devant la reconnaissance des Trade-Unions, M. Lloyd George suggéra une solution élégante (1) : il établit un accord que les deux parties acceptèrent, mais comme les ouvriers exigeaient qu’il fût signé par leurs Trades-Unions et que les Compagnies s’y refusaient, cet accord fut l’objet de deux instruments distincfs, l’un entre le Board of Trade et les Compagnies, le second entre le Board of Trade et les Trade-Unions.
- L’opinion loua unanimement l’ingéniosité du jeune ministre ; mais on n’indiqua pas que cet accord avait un caractère indiscutable de Socialisme d’Ëtat, dans son sens le plus large (2).
- Tout d’abord, il soumettait en fin de compte la solution du conflit à l’arbitrage du Board of Trade pour les cas où les Comités de Conciliation, — l’un des éléments de l’organisme si compliqué et si peu satisfaisant prévus à l’accord, — n’auraient pu arriver à une entente.
- Cela constituait déjà une innovation hardie d'interventionnisme (3), puisque le Gouvernement s’érigeait en tribunal suprême d’appel, en quelque sorte.
- Puis, par sa forme même, l’accord reconnaissait, par l’adhésion directe des employeurs et celle des employés représentés par leurs Trade-Unions, le droit de l’État d’être partie dans les conflits industriels, et par conséquent implicitement le droit d’intervenir, dans chaque cas pour fixer les conditions du travail, éventuellement pour
- (1) Une Solution nouvelle des conflits, par Maurice Alfassa, Paris, 1908, Rousseau, éditeur.
- (2) Cf., pour les détails, le volume ci-dessus.
- (3) Ces Comités de conciliation furent l’origine des Industrial Council, sortes de Comités permanents destinés à prévenir les conflits et dans lesquels le Gouvernement a ses représentants au même titre que les patrons Jet les ouvriers.
- p.60 - vue 60/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 61
- interpréter, en cas de désaccord, les clauses des contrats intervenus; en un mot de s’immiscer dans un domaine jalousement réservé jusque-là aux seuls intéressés (i j.
- Cette innovation doit être soulignée d’autant plus qu’en fait cet accord n’apportait aucune solution et ne remédiait en aucune façon (2) aux griefs que les Cheminots formulaient contre les Compagnies.
- * *
- L’année 1911 fut fertile en conflits (3) : leur caractère commun paraît être la grève pour la grève, sans causes économiques bien nettement definies.
- Certains sont des conflits qui, à peine terminés, renaissent par sympathie pour un mouvement qui commence dans une corporation voisine ou apparentée. Presque toutes affectent les transports et professions connexes : dockers et ouvriers des ports à Liver-pool et à Londres; cheminots également à Liverpool; camionneurs et transporteurs de denrées alimentaires périssables, qui commencent à désorganiser les approvisionnements en poisson et atteignent principalement la population la plus misérable. Puis, ce sont en province, à Liverpool surtout, la grève des transports (tramways et chemins de fer).
- Dans chaque cas, l’on sent très bien que les esprits sont exaltés, que les tendances françaises commencent à s’infiltrer en Angleterre.
- On en trouve la preuve d’abord à Londres, dans le fait que les convois doivent être protégés par la poüce montée, et que sa protection est nécessaire devant l’hostilité évident-* des grévistes, qui*tentent de s’opposer à leur marche. Et à Liverpool, la situation est beaucoup plus sérieuse : des tramways flambent, des charges de police sont nécessaires et le sang coule.
- C’est à ce moment qu’éclate la grève des cheminots (4). Bien qu’une paix de sept années fût prévue à.l accord de 1907, son application impossible rendait en fait cette clause inopérante.
- Le mécontentement des cheminots était d’autant plus grand que depuis 1907 la situation financière des compagnies s’était beaucoup améliorée.
- Il faut ajouter que le personnel dirigeant de l’Amalgamated Society of Railways Servants avait changé. A la suite de l’accord de 1907, Richard Bell, le Secrétaire général, avait été remplacé par M. J. Williams (o).
- (1) 11 faut remarquer que si, dans la vie moderne anglaise, l’État est parfois intervenu législativement, c’est, pourrait-on dire, surtout par voie réglementaire dans des questions d’ordre général, et non, comme en 1907, dans des cas particuliers et à titre permanent.
- (2) Par suite de la procédure adoptée, il fut prouvé d’une manière indiscutable — presque dès sa mLe en application — que les Compagnies, demeurées maîtresses de la situation, respectaient les formes de l’accord, mais non son esprit.
- (3) I/étude détaillée de ces conflits serait fort intéressante et instructive, mais elle nous entraînerait trop en dehors de notre sujet.
- (4) Les cheminots étaient mécontents depuis 1907. L’expérience de trois ans leur avait prouvé que les prévisions pessimistes faites en 1908 lors de l’entente étaient justifiées, que les Compagnies parvenaient à faire nommer les délégués ouvriers de leur choix. D’autre part, la procédure si complexe et si coûteuse pour les employés, les appels successifs et leurs délais équivalaient à ajourner sine die la solution des revendications formulées dès 1907 et dont la majorité était incontestablement justifiée.
- (3) Vieux trade-unioniste, pénétré de l’efficacité des méthodes anciennes, dont il ne voulait pas se départir, Richard Bell, qui se refusait à prendre le mot d’ordre au Labour party, fut accusé de
- p.61 - vue 61/950
-
-
-
- 62
- COMMERCE.
- JANVIER 4913.
- Étant donné les raisons de sa retraite, son successeur pouvait d’autant moins adopter la même tactique modérée dans les circonstances du moment que, d’une part, l’évolution politique s’était poursuivie par le triomphe de l’élément démagogique et que, d’autre part (c’est le côté syndicaliste auquel nous avons fait allusion), l’existence de la Trade-Union était menacée par l’inaction.
- L’accord de 1907 — observé dans son esprit — aurait pu être favorable à son essor. Bien que n’ayant pas obtenu officiellement sa reconnaissance et partant le droit d’intervention, l’A.S.R.S. s’était en fait trouvée partie (1). Elle paraissait donc appelée à jouer — tout au moins officieusement — un rôle.
- Mais l’attitude des Compagnies montra qu’elles entendaient exclure les délégués des Trade-Unions de tous les Comités de conciliation (2).
- Dans ces conditions l’utilité immédiate des Trade-Unions n’apparaissait plus pour les masses. Appauvrie depuis 1901, diminuée moralement à leurs yeux, par l’accord de 1907, il fallait pour changer le courant et provoquer des adhésions nouvelles que l’A. S. R. S. agît énergiquement et qu’elle arrachât ou fît imposer aux Compagnies cette reconnaissance qu’elles se refusaient à concéder.
- Le Gouvernement se montra hésitant : il engagea mollement des négociations. Elles se poursuivirent lentement et, voyant qu’elles n’avaient pas de chances d’aboutir, la Trade-Union déclara la grève. Elle éclata mais le Conseil exécutif se déclara prêt à poursuivre les négociations.
- La stupeur fut considérable, mais moindre qu’on ne l’aurait pensé. Des événements très graves de politique internationale étaient survenus. Ils rendaient impossible de laisser la grève évoluer. Le Gouvernement dut alors agir énergiquement pour y mettre un terme.
- Bien que des actes de sabotage d’ime certaine gravité se fussent produits sur certains points, il fallait de toute urgence rétablir les communications.
- C’est la principale raison pour laquelle le Gouvernement, au lieu d’exiger le rétablissement de l’ordre et la reprise du travail, comme condition préalable à l’ouverture de négociations nouvelles, réunit d’urgence les représentants des Compagnies et les Trade-Unions et leur imposa un compromis, qui, pas plus que celui de 1907, ne constituait un accord.
- Le temps manquait pour résoudre les difficultés : une fois encore, il importait d’ajourner la phase aiguë du conflit, quitte à ce qu’il continuât à l’état, ou qu’il s’intensifiât à nouveau.
- Aussi les deux caractères dominants de l’accord signé au Board of Trade sont-ils qu’il intervint directement entre les Compagnies et les Trade-Unions — ce qui impliquait leur reconnaissance — et secondement que les parties s’engageaient à accepter les conclusions d’une Commission Royale d'enquête. Une condition de l’accord, non officiellement exprimée, était que les augmentations de salaires seraient compensées par des augmentations des tarifs, dont le gouvernement s’engageait à leur faire accorder
- modérantisme. On alla jusqu’à insinuer qu’il avait en 4907, par un esprit de conciliation exagéré, sacrifié en partie les intérêts de ses commettants, en ne laissant pas la grève éclater.
- Non seulement il ne reçut pas à nouveau l’investiture électorale du Labour Party, lors des deux dernières élections générales, mais il fut invité à abandonner ses fonctions de secrétaire général.
- (1) Puisqu’elle avait signé l’un des instruments avec le Board of Trade.
- (2) Les Compagnies ne pouvaient, aux termes de l’accord de 1907, les exclure du Comité d’arbitrage.
- p.62 - vue 62/950
-
-
-
- LA. GREVE NOIRE ET DEVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 63
- l'autorisation par le Parlement, et que les ententes de trafic entre Compagnies, et les fusions seraient beaucoup facilitées.
- Deux graves reproches doivent être formulés contre cet accord, assez satisfaisant par ailleurs.
- En premier lieu, du fait de la compensation accordée aux Compagnies, il n’était pas de nature à établir une paix durable. Cette compensation avait, en effet, pour inconvénient d’ouvrir la porte à de nouvelles revendications en amélioration de condition, auxquelles il devenait d’autant plus malaisé de résister qu’elles ne devaient plus entraîner de sacrifices pécuniaires directs pour les Compagnies (1).
- Pour les ouvriers l’accord constituait une menace pour l’avenir parce que les fusions éventuelles entraîneraient des licenciements d’un personnel devenu surabondant avec la meilleure organisation des services, appelée à en résulter.
- Le second reproche est d’ordre politique et social : traiter d’égal à égal avec des grévistes qui ont manqué à leurs engagements écrits et qui se livrent en outre à des actes tombant sous le coup de poursuites criminelles, c’est, à tout le moins, de la part du Gouvernement porter une atteinte irrémédiable au principe de l’intangibilité des contrats.
- Il n’a fallu que quelques mois pour qu’une application fût faite de ce mépris des engagements que les pouvoirs publics avaient paru approuver.
- En outre, traiter dans ces conditions c’était officiellement reconnaître la puissance syndicale et surtout le pouvoir des masses d’imposer par voie politique leurs volontés à la nation.
- Gomme il s’agissait d’une grève des chemins de fer, l’action du Gouvernement avait une portée bien plus considérable que s’il s’était agi d’une industrie privée, qui ne fût pas service public. Dans ce dernier cas, il existe une limite de fait aux concessions : c’est la concurrence internationale qui exclura du marché ceux des produits dont le prix de revient sera trop élevé, eu égard aux prix pratiqués. Au contraire pour un service public, le consommateur est contraint de subir les conditions qui lui sont faites, puisqu’il ne peut s’adresser à la concurrence pour obtenir le même service.
- Les conséquences politiques n’apparurent pas immédiatement • il fallut un certain temps pour percevoir le sens véritable des faits, dissimulé, tout d’abord, par la confusion très grande causée par les événements du mois d’août.
- Il faut aussi remarquer que la grève des cheminots fut générale du point de vue théorique, mais qu’en fait elle fut presque partout partielle et que nulle part les communications ne furent complètement interrompues.
- Il fallut un certain temps pour se rendre compte que si elle n’avait eu qu’un succès relatif, c’est qu’elle avait été insuffisamment préparée et qu’elle avait manqué d’organisation. Par contre, il avait apparu immédiatement que dans les chemins de fer le terrain n’était pas encore très propice, à cause des divers syndicats dont l’union était loin d’être faite.
- D’autre part on vit clairement que pour assurer le succès d’un pareil mouvement,
- (1) D'après cette méthode, en effet, les Compagnies en rejettent la charge sur le public et les répercussions de ces relèvements éventuels de tarifs sont très difficiles à prévoir du fait de leurs incidences multiples.
- p.63 - vue 63/950
-
-
-
- 64
- GOMMEKGE.
- JANVIER 1913.
- il faut ou qu’il s’étende aux diverses professions fondamentales ou qu’il ait la certitude de pouvoir durer, c’est-à-dire qu’il dispose de sommes extrêmement importantes.
- Or ni l’une ni l’autre de ces conditions n’était réalisée.
- La grève noire profite de l’expérience des cheminots. —Il suffit de quelques mois pour que les leçons de la grève des cheminots portassent leurs fruits.
- Les mineurs surent profiter des enseignements de l’été 1911.
- L’organisation et la préparation de leur mouvement furent admirables, l’unité de direction parfaitement réalisée.
- Si, au sein des conseils de la Fédération des Mineurs de Grande-Bretagne, les avis divergèrent parfois sur l’opportunité des méthodes ou de la tactique, il faut reconnaître qu’une fois les décisions prises, la discipline fut observée sans hésitation, sans qu’une seule minute la cohésion f ut menacée. Et il y avait plus d’un million de travailleurs en grève.
- D’autre part, le mouvement possédait du fait de son caractère politique une puissance beaucoup plus grande encore que celle de la masse effectivement en cause : il avait, en effet, une réserve latente dans les autres groupements fortement organisés de cheminots, mécaniciens, métallurgistes et, parmi les ouvriers non qualifiés, de dockers.
- Sentant toute l’importance de la lutte, le départ nouveau dans les relations entre employeurs et employés, qu’impliquait l’adoption du salaire minimum, aucun effort n’aurait semblé trop grand pour en assurer le succès.
- Pendant la grève les diverses corporations ouvrières tinrent des réunions dont le but était de décider une action commune éventuelle. Son ajournement fut pour la majeure partie dû. à ce que le succès de la grève des mineurs était trop bien assuré, pour qu’il fût opportun de donner au mouvement une apparence manifestement révolutionnaire et anarchiste.
- Au surplus, les charges pécuniaires que le chômage consécutif à la grève noire imposait à ces groupements, contribuèrent à leur inaction : beaucoup d’entre eux n’auraient pu faire face à un chômage prolongé.
- Ici encore nous devons noter les changements de personnel dirigeant et partout la substitution d’éléments avancés aux hommes pondérés d’autrefois.
- Chez les mineurs les hommes qui, pendant près d’un quart de siècle, avaient dirigé avec tant de succès les diverses Trades-Unions,eten ont fait des organisations modèles, les T. Ashton, E. Edwards, les Mabon, les Brace ont été pratiquement écartés des fonctions actives. Ils occupent maintenant des fonctions honorifiques à la Fédération, mais sont encadrés de nouveaux venus, les Stanton, les Hartshorn, les Smilie, imbus de certaines des théories modernes. A l’expérience laborieusement acquise de leurs devanciers, à leurs méthodes, ils opposent des conceptions hardies et neuves, qui, tant qu’elles sont du domaine de la théorie, ont un attrait plus grand pour les masses.
- Chez les mécaniciens, George Barnes n’a dû qu’à ses conceptions socialistes de conserver son siège au Parlement, car il a été jugé trop tiède comme secrétaire général de l’Amalgamated Society of Engineers. Il s’en est fallu de peu qu’il ne fût purement et simplement remplacé.
- Quelle que soit la profession envisagée, le personnel dirigeant est aujourd’hui nouveau : que ce soit chez les constructeurs de chaudières et de navires; chez les fis-
- p.64 - vue 64/950
-
-
-
- 65
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE.
- seurs. chez les typographes de Londres, partout on rencontre de nouveaux visages (1).
- Par contre, d’autres hommes, comme Tom Mann, dont les idées effarouchaient, il y a quelque quinze ans, les éléments les plus intransigeants de la Trade-Union des Dockers, qu’il avait fondée, sont aujourd’hui parmi les chefs les plus écoutés.
- L’évolution dans les idées que décèlent de tels changements est plus grande encore, car les idées d’hommes comme Tom Mann sont aujourd’hui beaucoup plus intransigeantes qu’autrefois.
- Alors qu il fondait, il y a une vingtaine d’années, la Trade-Union des Dockers, il passait pour révolutionnaire dans beaucoup de milieux même ouvriers, parce que partisan convaincu d’un certain Socialisme d’Ètat. Profitant des loisirs d’une retraite prématurée, Tom Mann alla étudier en Australasie les expériences sociales, ou l’application de ses conceptions. Il en est revenu fougeux anti-parlementaire, en présence de leur échec, et maintenant, c'est comme syndicaliste, partisan de l’action directe, prêchant la désobéisance à l’armée en temps de grève, qu’il exerce à nouveau une influence dans les milieux ouvriers anglais.
- Signification et portée de la grève des mines. — C’est cet ensemble de faits qui va nous permettre de nous rendre un compte plus exact de la signification et de la portée de la grève. C’est lui qui va nous faire juger la gravité de l’intervention du Gouvernement et de la politique suivie.
- Vers la fin du mois de février (2), l’intransigeance et l’obstination des parties avaient amené les choses à une impasse.
- L’intervention du Gouvernement se produisit alors : jusque-là, il s’était contenté de suivre les négociations à distance, pour bien affirmer son impartialité. Devant l’imminence de la grève, il agit : son intervention fut accueillie avec satisfaction des deux ••ôtes, pour des raisons tant soit peu différentes.
- Les ouvriers savaient qu’ils comptaient des appuis considérables dans le Gouvernement : ils espéraient que leur pression sur les employeurs leur donnerait des avantages appréciables.
- Les propriétaires obéissaient à deux mobiles : les uns, disposés à de larges concessions plutôt que de subir la grève, pensaient que l’ingéniosité dont le ministère avait fait preuve, dans d’autres conflits, permettait d’espérer une solution élégante du conflit, sauvegardant à tout le moins leur amour-propre.
- Les autres, sentant qu’ils ne pourraient persévérer dans la résistance et vaincre, préféraient céder contraints et forcés plutôt que de bonne volonté.
- Rompant avec le précédent de 1907, les principaux chefs du Gouvernement participèrent aux négociations nouvelles. Et c’est tantôt chez le premier ministre, tantôt au boreign Office que les pourparlers eurent lieu.
- i i) Shaokleton, îles tisseurs, dont l’élection à Clitheroe, fut considérée il y a quelque dix ans comme un triomphe ouvrier, s’est vu refuser l’investiture du Labour party. Bowerman, l’ancien secrétaire général des compositors de Londres et l'un des premiers élus du parti, a dû prendre les fonctions plus administratives qu’actives de secrétaire du Comité parlementaire permanent du Congrès des Trade-Unions.
- (2) Les négociations s'étaient longuement poursuivies dans les districts. Devant l’impossibilité d’ar. river à une entente et même d’en entrevoir une base, elles devinrent générales. À Londres, pendant la dernière quinzaine de février, des réunions plénières de la Fédération des mineurs et des exploitants siégèrent, pour ainsi dire, cri permanence et sans plus de résultat.
- Tome 119. — T'r semestre. — Janricr 191.T. •>
- p.65 - vue 65/950
-
-
-
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- 66
- Dès le début, alors que régnait un optimisme général, certains sceptiques redom tèrent l’aggravation du conflit, du fait de l’attitude du Gouvernement.
- , Une fois qu’il eut entendu l’exposé des faits, M. Asquith marqua nettement sa sympathie pour les mineurs, et deux jours avant la date fixée pour la cessation du travail, il rendait la grève inévitable en formulant ce que l’on a appelé les quatre propositions. Il mettait les employeurs en demeure de céder, leur laissant le choix, en quelque sorte, entre l’accord préalable ou l’obligation légale.
- Dans son discours du 28 février, M. Asquith disait en substance aux mineurs que le Gouvernement avait pu se convaincre, par l’examen des réclamations, qu’il ne s’agissait pas de demandes égoïstes, mais de revendications d’une portée générale que l’on devait reconnaître fondées, qu'il était évident qu’en revendiquant le salaire minimum ils ne se considéraient pas satisfaits par l’obtention d’une formule creuse, qu’il leur fallait des réalisations tangibles et qu’ils pouvaient compter, dans des limites raisonnables, sur l’appui du Gouvernement. D’autre part, il parlait des garanties indispensables à donner aux employeurs et indiquait même entre autres l’arbitrage obligatoire.
- Son discours n’était que la glose des quatre propositions suivantes :
- 1° Le gouvernement a acquis la certitude qu’il y a des cas où les mineurs ne peuvent pas gagner, par suite de causes sur lesquelles ils sont sans action, un minimum de salaire suffisant,
- 2° Semblable situation ne peut se prolonger et le gouvernement est décidé à faire établir ce salaire minimum en accordant aux exploitants des garanties suffisantes.
- 3° Des comités de district, composés de patrons et d’ouvriers avec un délégué du Gouvernement, seront chargés de les fixer.
- 1° Si les intéressés ne parviennent pas à se mettre d’accord, c’est aux délégués du Gouvernement qu’il appartiendra de donner effet aux principes ci-dessus.
- Ces quatre propositions valent d’être sérieusement examinées, d’abord pour ce qu’elles expriment de la manière la plus nette, et aussi pour ce qu’elles contiennent implicitement.
- En tout premier lieu c’est l’adhésion du gouvernement au principe du salaire minimum, .adhésion donnée sans aucune restriction.
- Par conséquent ce principe sera accepté de bonne volonté parles intéressés, ou leur sera imposé par le Parlement.
- Etant donné l’attitude des exploitants au cours des négociations, le Gouvernement cédait ainsi aux volontés des grévistes : de sa propre autorité il s’arrogeait le droit de participer à l’établissement des conditions dü travail et à la fixation des salaires, sans qu’aucune charge put résulter pour lui de l’exercice de ce droit nouveau.
- D’autre part, bien qu’il ait promis des garanties suffisantes, le Premier Ministre se bornait — pour employer une métaphore quelque peu triviale, — « à laisser aux patrons le choix de la sauce à laquelle ils seraient mangés » : il ne prenait même pas leur avis sur le fond, c’est-à-dire sur le salaire minimum.
- Enfin, par la quatrième proposition il introduisait l’arbitrage obligatoire.
- Il le faisait de la manière la plus nette et attribuait à l’État un pouvoir exorbitant.
- En effet, au cas où la conciliation échouerait, un arbitrage trancherait le litige, car,
- p.66 - vue 66/950
-
-
-
- 67
- LA GRÈVE NOIRE Et [/ÉVOLUTION UES SYNDICATS EN ANGLETERRE,
- lemuie non exprimé, il nu saurait désormais plus être question de la grève : eu qui revient à donner à cet arbitrage le caractère obligatoire.
- Secondement, alors que dans toutes les procédures d’arbitrage, prévues par des lois ou des conventions au cours des dernières années, le souci dominant a été d'assurer 1 impartialité de 1’arbilre, c'est cette fois au Gouvernement qu'appartiendra la qualité d’arbitre et cela obligatoirement 1 .
- Enfin, et ce n’est certes pas le l’acteur le moins grave, le Gouvernement se ralliait au salaire minimum généralisé, car, quoi qu’il] s’en soit énergiquement défendu au début, son adhésion dépassait de beaucoup le cas des mineurs : étant donné les raisons qu'il invoquait, aucune justification théorique ne permettait de tracer une démarcation entre les diverses corporations, qui en réclameraient le bénéfice.
- Est-il possible d’en créer une, ayant quelque valeur, dans les faits? Nous ne le croyons pas, car l’attitude du Gouvernement revenait à en étendre le bénéfice à toutes les corporations qui auraient le pouvoir de l’exiger par une grève générale effective, quitte à le refuser aux autres. G'était avouer l’impuissance des pouvoirs publics en face d’un mouvement ouvrier, mettant enjeu des centaines de milliers d’ouvriers,
- 11 n'est guère besoin de souligner que les garanties promises aux employeurs, telles qu elles étaient mentionnées dans la troisième proposition, constituaient simplement un trompe-l’aul, et que, du moment où l'on n’en indiquait pas de précises à cette date, c est que l an a’rfail pas prépara à e» accorder d'effecticcs.
- Il faut aussi indiquer qu’il ressortait île ces propositions que le Gouvernement entendait faire prévaloir le principe du salaire minimum par négociations ou par la loi.
- Eue noie, d’alluré oflicieuse, publiée le 2R février par la « Westminster Gazette » dont les attaches gouvernementales sont bien connues, ne laissait aucun doute :
- On peut tenir pour acquis que le Gouvernement a préparé un « bill « imposant le principe du salaire minimum pour les mineurs et contenant les garanties nécessaires pour proléger les employeurs [contre les abus: le Gouvernement est tout prêt, dans l’intérêt public, au cas où cela serait nécessaire, à faire voter en toute bâte, par le Parlement, toute loi jugée opportune, qui contiendra ces principes. »
- *
- * *
- Par conséquent, dès le 29 janvier la volonté du ministère était indiscutable.
- Il semble donc, dans ces conditions, que s’il avait voulu pousser son intervention, dans l’intérêt national, tout en conservant l’impartialité désirable, il devait, sans tergiversation, faire voler le bill d’urgence; ou, s’il sentait qu'il pouvait faire œuvre vainc, ayant marqué par ses propositions l’extrême limite des concessions qu’il jugeait possibles (2) il devait laisser la grève évolue]', quitte à étudier à loisir, une solution propre à sauvegarder les divers intérêts en présence GG.
- ,1; Sans» doute les arbitres devaient être des fonctionnaires, mais quelque grande que soit l'estime qu’ils méritent peut-on garantir qu’ils présentent nécessairement le caractère d’impartialité qui s'impose et qu’ils n’auront pas été amenés à connaître des cas qu'ils auront à juger souverainement et, par suite, à se former, par avance, une conviction?
- (2) Sans parler de la sympathie avec laquelle il accueillait les revendications ouvrières.
- (3) L'intervention impliquait la nécessité de prévenir la grève : dans le cas contraire elle était un encouragement d’autant plus grave que la portée du conflit était générale et que celte intervention paraissait prêter l'appui du Gouvernement aux grévistes d’aujourd'hui et à ceux de demain.
- p.67 - vue 67/950
-
-
-
- 68
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- Ni l’une ni l’autre de ces deux attitudes ne prévalut, mais l'hésitation, les compromissions, les tentatives répétées d’une conciliation impossible, tandis que se poursuivait la grève, commencée à l’heure même que les Trade-Unions avaient fixée.
- Quand on revit le mois tragique qui s’écoula avant que le Parlement ait été appelé à se prononcer avec toutes les inquiétudes, tous les chômages et leur cortège de misère, on serait amené à se demander, si l’on n’avait pas connu la droiture de M. Asquith, si le Gouvernement n’a pas voulu faire le jeu des démagogues et impressionner le monde par cette manifestation éclatante de la puissance de la classe ouvrière organisée, dictant scs volontés à la nation.
- ** *
- Les négociations directes avaient échoué.
- Les propositions si larges de M. Asquith ne furent pas, non plus, jugées satisfaisantes par les mineurs. Ils acceptaient la première et la deuxième, reconnaissant le bien fondé de leurs revendications et leur accordant le principe du salaire minimum ; mais ni la troisième, ni la quatrième ne trouvèrent grâce à leurs yeux. A la rigueur ils auraient acquiescé à la troisième si elle avait contenu les minima arrêtés par eux le 2 février. Mais ils furent unanimes à repousser l’arbitrage obligatoire contenu dans la quatrième.
- Du côté patronal, plutôt que de voir la grève éclater, bt) p. 100 des exploitants souscrivirent aux exigences du Gouvernement.
- Malgré cela, les négociations n’avaient pas avancé : on était plus loin de l’entente qu’avant l’intervention. En présence de l’attitude et de la volonté du Ministère, les patrons Gallois et Écossais se montraient plus intransigeants que jamais. Ils n’avaient aucune confiance dans les garanties que leur auraient apportées des négociations directes et préféraient l’obligation qui leur paraissait impliquer des sanctions moins illusoires.
- Quant aux ouvriers, ils montraient plus nettement encore le caractère politique de leur action, en maintenant d’autant plus leurs exigences que les concessions déjà obtenues faisaient leur victoire complète plus probable encore.
- Ils se rendaient parfaitement compte qu’une fois que certaines paroles ont été prononcées, il n’est plus possible de les retirer et que tôt ou tard les promesses faites doivent être réaüsées ; que dans ces conditions ils avaient tout à gagner à faire une grève qui ne devait même pas suspendre les négociations : ils en devaient tirer tous les avantages, sans en subir les inconvénients.
- Par suite, il n’était que trop aisé de voir qu’il faudrait en dernier ressort en arriver aux'solutions législatives, d’autant plus que chaque jour de grève, devant provoquer de nombreux chômages involontaires, risquait de provoquer des violences.
- La grève et la loi sur le salaire minimum. La grève éclata le P’ mars : la cessation du travail fut immédiate et totale pour les mines. Elle s’étendit rapidement aux chemins de fer, qui durent réduire leurs services dans des proportions inconnues jusque-là. Sur les réseaux les plus favorisés le quart des trains seulement circula : encore était-il formé presque uniquement des trains de voyageurs. Les cheminots furent licenciés en masse, notamment les militants de la Trade-Union sur certaines
- p.68 - vue 68/950
-
-
-
- LA. GRÈVE NOIRE ET L'ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE.
- 00
- lignes. L’Amalgarnated Society of Railway Servants dut payer en secours de chômage 50000 livres (1 250 ()00 francs) par semaine.
- La grosse métallurgie, principalement en Écosse et dans les Midlands, fut des premières atteinte : on éteignit les hauts fourneaux par dizaines.
- La mécanique, les industries de transformation durent licencier leur personnel, faute de matières premières, de charbon et de moyens de transport. Seuls la filature et le tissage de coton firent exception.
- Dans certaines villes, les transports urbains furent considérablement réduits. Il en fut de même des services d’éclairage public et privé, qui dans certaines localités furent totalement suspendus. Dans les autres, le public fut invité à limiter étroitement sa consommation.
- Au total, en dehors des mineurs, plus d’un million de travailleurs étaient sans travail.
- Pendant les premiers jours de mars, cependant, tout le monde paraissait escompter une solution favorable : les conférences se multipliaient pour aboutir à la conclusion que la situation était stationnaire et qu’aucune modification n’était survenue dans les décisions patronales et ouvrières.
- Et d’ailleurs, c’est pendant tout le mois la répétition des mêmes faits : lorsque les négociations sont arrivées au point mort, de l’avis des plus optimistes, et que le gouvernement engage la procédure parlementaire, il semble toujours que l’interprétation de certaines déclarations va permettre de trouver un terrain d’entente. Mais, au cours des réunions qui en résultent, on découvre que le désir de conciliation est apparent, et que l’antinomie des deux thèses est toujours la même.
- Cela est vrai pour chacune des phases delà procédure parlementaire, et au dernier moment, lors de la discussion en troisième lecture, des négociations nouvelles s’ouvrent encore.
- Mais le désir de conciliation, la crainte de la grève et des solutions législatives sont tels que les esprits les plus rassis ne veulent ou ne peuvent pas abandonner les espoirs chimériques d’une entente.
- C’est là d’ailleurs la résultante, pourrait-on dire, de toute l’expérience britannique qui, au cours des crises nombreuses traversées par l’Angleterre (qu’elles fussent politiques, économiques ou ouvrières) a toujours pu enregistrer un compromis satisfaisant, alors que la situation semblait absolument inextricable.
- Et le peuple qui, au cours de la guerre Sud-Africaine, aux heures des défaites les plus pénibles, a conservé la maîtrise absolue de soi-même et la confiance la plus entière en ses facultés et en son génie pour assurer le-succès final et se concilier, par l’autonomie sitôt accordée, ses ennemis les plus fougueux de la veille, ne pouvait se résoudre à l’évidence et se convaincre de l’inutilité de ses tentatives de conciliation.
- Jusqu’à la dernière minute, la confiance du Premier Ministre fut inébranlable. Elle était approuvée par l’opposition elle-même. C’est ce que permet de constater le Times du 20 mars :
- « Le gouvernement résout ou cherche à résoudre la crise et nous pensons qu’au -jourd’hui encore l’opinion est en faveur d’une solution amiable... La question peut se poser dans des termes plus généraux, avant même que la crise actuelle soit achevée, mais le Gouvernement cherche actuellement à l’esquiver et dans l’ensemble, nous le pensons, avec l’approbation de l’opinion publique. »
- p.69 - vue 69/950
-
-
-
- 70
- COMMENCE.
- JA N VI Eli I9i:î.
- Eu pratique, la seule opposition au l>ill ilu salaire minimum vint du Labour Parly et des mineurs.
- En fait, les Conservateurs, qui espérèrent un moment l'échec du iiouverneinent, cherchèrent surtout à dégager leur responsabilité dans la crise et ils durent reconnaître, lors de la deuxième lecture (li, qu’ils n’auraient, le cas échéant, aucune propos! lion d’ordre pratique à faire.
- La deuxieme lecture est du Ut mars' : le 30, la Fédération des Mineurs adopta deux résolutions en faveur du rejet du bill s'il ne contenait pas :
- 1° Les minima de a sli. pour les adultes et de 3 sb. pour les jeunes ouvriers.
- 3° L'échelle des salaires adoptée par la Fédération le 3 février.
- En dépit des attaques violentes du Labour Party le (iouvernement, par l’organe de sir Edward Grey et de M. Asquitb, déclara ces deux résolutions inadmissibles.
- M. Asquith exposa qu’il était arrivé au terme des concessions; que les pouvoirs publies ne pouvaient songera définir le quantum des salaires, dont la fixation appartenait aux seuls intéressés, et même que ce serait aller à l’encontre du but souhaité par les mineurs, que de le tenter. Et, pour donner une preuve nouvelle de l’esprit de conciliation, après avoir fait remarquer que, grâce à son texte, les Comités prévus devraient tenir le plus grand compte des salaires payés actuellement, il ajoutait que la loi permettrait aux mineurs d’obtenir des salaires supérieurs aux minima qu’ils réclamaient (;» >
- Pendant la journée, la nuit et dans la matinée du lendemain, les conférences se multiplièrent : les unes officielles (Conseil des Ministres, réunion de la Fédération des Mineurs et des chefs du Labour Party); les autres officieuses de ces délégués avec les patrons.
- Le 33 mars fut fertile en incidents, et fit espérer l’entente.
- M. Asquith ayant déclaré que le gouvernement se refusait à inscrire les deux minima dans la loi, M. Ramsav Mac Donald mit le gouvernement en garde contre la terrible responsabilité qu’il encourait, car moyennant ces deux minima, la Fédération était prête à abandonner l’échelle du 3 février.
- Un véritable coup de Ihéàtre se produisit: considérant que, de ce fait, les divergences étaient réduites à fort peu de chose, sir Edward Grey proposa l’ajournement du débat et Vouverture do nouvelles conférences.
- Étant donné cet espoir d'entente directe, une réunion fut fixée au lundi, et la discussion du bill suspendue.
- Elle dut être reprise le lendemain 30 : tous les espoirs étaient vains. L’intransigeance ouvrière était la même : la Fédération exigeait les deux minima.
- La réalité finissait par s’imposer, et c’est littéralement effondré que le Premier fit son entrée aux Communes. Son émotion était telle, que c’est presque inintelligiblement qu’il annonça qu’en dépit des efforts inlassables poursuivis jusqu’à la « 59e minute de de laIP' heure, les négociations avaient échoué » et que la seule solution était le vote de la loi, et il adjura l’opposition de ne pas assumer la responsabilité terrible de prolonger cette grève désastreuse en la rejetant.
- Néanmoins, au cours de la discussion, M. Mac Donald, leader du Labour Party,
- _ (1) M. Balfour déclara même qu'au cas où M. Asquith sérail renversé, il serait du devoir de tous les partis de soutenir le nouveau Cabinet jusqu'à ce qu’il ait pu résoudre la crise sur les mêmes bases (2) En particulier de MM. Ramsay Mac Donald et Keir Hardie.
- :3) Westminster Gazette du 22 mars 1912. Compte rendu parlementaire, p. 7, col. 3 et p. 8, col. 1.
- p.70 - vue 70/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 71
- déclara qu il voterait contre, parce que la loi n’apportait aucune satisfaction aux mineurs et se bornait à inscrire des mots saris portée dans le « Statut » britannique.
- D autres membres ouvriers, les uns, comme M. Keir Hardie, se rallièrent à cette thèse; d’autres, comme M. Walsh, tout en déclarant le bill émasculé et sans portée, ajoutèrent que, puisqu’il serait adopté, il était du devoir de chacun de l’accepter loyalement pour mettre un terme à une situation intolérable.
- Un seul, M. YVard, eut le rare courage d’avouer que les ouvriers obtenaient plus qu’ils ne pouvaient espérer et que son seul désir serait que cette loi fût généralisée.
- Le Chancelier de l’Échiquier réfuta ces critiques- mal fondé es : « Comment, s’écria-t-il, oser soutenir que les ouvriers ont été dupés, qu’ils n’ont rien obtenu et que le gouvernement a manqué à ses promesses quand, ainsi qu'en fait foi le Bulletin ouvrier de vote, le grève a été faite « pour faire reconnaître le principe du salaire minimum ? »
- A une majorité de 165 voix, les Communes votèrentle texte du Gouvernement, adopté sans modification également par les Lords: il reçut 1’ « assentiment royal » le 29 mars,-
- Le referendum des mineurs. — D’après le leader du Labour Party la loi était une dérision et n’apportait aucune satisfaction, pratique,
- C’est, en effet, ce que soutint le lendemain l’opposition, lors delà réunion de là Fédération des Mineurs. Elle tendait, non seulement à la continuation de la grève des mines, mais à l’extension aux autres corps de métiers, dont certains paraissaient n'attendre que le signal de la. Fédération pour se joindre au mouvement.
- Cette altitude fait encore mieux apparaître — s’il en était besoin — le caractère nettement politique de tout ce mouvement : l’opposition à la loi était loin d’être générale. Elle émanait de la minorité socialiste, qui avait été l’initiatrice et qui voyant qu’elle était parvenue à imposer le principe du salaire minimum, c’est-à-dire la réglementation par l’État des salaires dans l'industrie, entendait, par l’extension de la grève, arracher d'autres concessions plus importantes encore et peut-être, d’un seul coup, la nationalisation des mines.
- Les vieux chefs, au contraire, heureux de l’avantage obtenu, se ressaisirent et, peu soucieux de faire accoler au mouvement l’épithète de« révolutionnaire et anarchiste », tirent prévaloir une fois encore des conseils de modération.
- Ils redoutaient la lassitude des mineurs, dont les signes étaient évidents, les défections en masse, qui menaçaient, car dès la nouvelle de l’entente possible et dès avant le vote de la loi. des embauches nombreuses s’étaient effectuées et, à tout le moins, poussés par la misère, beaucoup de mineurs avaient repris le pic.
- Ces vieux leaders craignaient, en outre, des désordres qu’ils se sentaient impuissants à faire cesser. Le calme des grévistes avait été admirable et leur discipline parfaite, tant que le principe du salaire minimum, qui, pour eux, avait été la cause de la erève, était demeuré en discussion; —mais les derniers jours avaient été marqués par des collisions entre grévistes et non-grévistes et les esprits s’échauffaient.
- Ils voyaient , en outre, les caisses vides dans certains districts, —en particulier dans le Sud du Pays de Galles, où, bien que n’ayant eu le salaire de grève que pendant quinze jours, les ouvriers avaient accompli le prodige de tenir pendant plus de quatre semaines.
- Enfin,41s avaient tout lieu de redouter que la prolongation du chômage, — alors qu’aux yeux de la masse le succès était complet, — n’entraînât la désagrégation de la.. Fédération, la destruction de tout le mouvement trade-unioniste.
- p.71 - vue 71/950
-
-
-
- COMMERCE. --- JANVIER 191.1.
- -5)
- t
- C’est pourquoi la Fédération décida un referendum immédiat pour savoir si les mineurs voulaient reprendre le travail avant que les comités de district aient fixé le quantum du salaire minimum.
- On s’attendait tellement — du moins c’est l’opinion générale — à des résultats favorables que la Fédération avait négligé de stipuler par avance quelle majorité il faudrait ('1i.
- Les premiers résultats causèrent une surprise désagréable, qui s'accentua au fur et à mesure du dépouillement: sur 445 000 votants, la majorité contre la reprise du travail était de 43 000 voix.
- Arguant de ce qu’elle n’avait pris aucune résolution à ce sujet, la Fédération décida par 440 voix contre 125 que la procédure serait la même que lors de la cessation du travail, c’est-à-dire qu’il fallait une majorité des 2 3 pour continuer la grève.
- Quelle qu’ait été sa décision, la Fédération sentait son autorité morale compromise. Si certains districts étaient favorables à la grève, d'autres avaient déjà enregistré des rentrées en masse.
- Et, encore une fois, nous avons une preuve nouvelle du caractère politique de la grève. En effet, les districts, qui avaient été le plus favorables à la grève, qui, en quelque sorte, en aAraient pris l’initiative, comme le Sud du Pays de Galles, votaient en masse, dans la proportion de 2 à 1, la reprise du travail, tandis que le centre de l’Angleterre, qui avait suivi, plus par discipline que par conviction, voulait par 48 000 voix contre 24 000 poursuivre le mouvement.
- Les propagandistes les plus ardents de la grève générale retournèrent prêcher la discipline dans leurs districts et peu à peu le travail reprit partout.
- La grève était finie. Était-elle terminée ?
- Avant d’examiner le bilan de la grève voici, à titre d’indications, les salaires obtenus par les mineurs, en regard de ceux qu’ils réclamaient.
- Taux demandé.
- Taux accordé.
- Mineurs Ouvriers Mineurs Ouvriers
- aux pièces. à la journée. aux pièces. à la journée.
- Jeunes Jeunes
- Adultes. hommes. Adultes. hommes
- Sud du Pays de Galles. . 7 1/2 à 7/6 5/- 2 - 4/6
- Northumberland G/- à 7 '2 p} 2 - 3/6 à 3/8 4/9 2/-
- — Petites mines 5/- v- 2/-
- Durham G'- 1/4 a - 2 - 3/6 4 .'3 2-
- Cumberland 6'G ü - 2 - 6/- 2/-
- Lancashire . 1 !" 5 - 2/- 6/G o/- 2.'-
- Cleveland 3 10 o/* 2/- o/4 4/3 2 h
- North StatTordsh 6/- 5 - 2/4
- — Chealde Dis. . . . 6/- à 7/- 5/- 2/- 6 - 4/6 2/-
- South Derbvshire .... 6'G O. - 2,- G/- 4/6 2. -
- Leicestershire 7/2 3/- 0/_ G/- 4/6 o \
- Forêt de Dean D/10 3/- 1/2 — —
- (1) D’habitude pour tout referendum important, la majorité nécessaire est fixée et indiquée sur le bulletin de vote (majorité des 3/4, des 2/3 ou simple majorité absolue). Lors de la déclaration de grève, notamment, il en avait été ainsi.
- p.72 - vue 72/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET i/ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE.
- 73
- Le bilan de la grève. — Le bilan industriel. — Si la grève noire devait se borner a des pertes matérielles, les unes effectives, les autres résultant d’un manque à gagner, il ne faudrait pas, si grandes qu’elles soient, en exagérer les conséquences.
- « Plaie d’argent n’est pas mortelle », dit un de nos vieux proverbes et l’Angleterre est assez riche, possède une vitalité suffisante, pour que, sans se faire taxer d’optimisme invétéré, il soit permis de supposer qu’elle parviendrait, sans trop de peine, à surmonter cette crise d’un mois.
- Tout d’abord, il y a lieu de faire observer qu’un nombre relativement restreint d'industries a été atteint.
- Nous en trouvons deux présomptions concordantes dans le nombre total des grévistes et chômeurs, 2 000 000, et dans le montant des exportations pendant les mois de mars et d’avril.
- Sans doute, il ne faut pas considérer que le bilan exact de la grève puisse s’établir d’ores et déjà : d’une part ses effets immédiats n’ont pas encore nécessairement pris fin avec la reprise du travail et d’autre part il est bien vraisemblable que les pertes subies par les ouvriers auront leur répercussion, pendant l’année en cours sur le commerce intérieur et que beaucoup de branches commerciales et d’industries auront à en souffrir.
- Par contre, il faudra tenir compte que, dans les chiffres publiés, tout ne représente pas des pertes, et que si les industriels ont incontestablement beaucoup souffert, ils ont, par contre, économisé les salaires, les travaux d’entretien, les frais de transport, pour ne citer que celles des charges supprimées ou réduites qui viennent immédiatement à l’esprit.
- Il faut aussi ne pas perdre de vue, qu’en dehors des industries primaires (mines, métallurgie, chemins de fer, navigation) qui, elles, ne peuvent vivre que grâce au charbon extrait quotidiennement, il en est d’autres, — les industries de transformation et celles qui ont leur siège dans les grandes villes, — qui les unes, prévenues longtemps à l’avance de la possibilité de la grève des mines, avaient constitué des approvision-nemens considérables et les autres s’étaient dès longtemps affranchies du charbon comme source d’énergie.
- C’est pourquoi les chiffres publiés à la reprise du travail ont été très inférieurs à ce que d’aucuns attendaient.
- Des évaluations très différentes ont été fournies : elles varient dans certains cas dans la proportion de 1 à 5 ; la seule donnée certaine est la moins-value des recettes des chemins de fer : elle est, pour la période de grève proprement dite, de 3 000 000 de livres (75000 000 francs).
- Deux chiffres ont été généralement fournis comme représentant le total : 20 et 30 millions de livres, soit 500 à 750 millions de francs.
- Voici comment les pertes se répartissent d’après ces évaluations :
- 1° Les pertes de salaires £ 11 000 000. soit 275 000 000 de francs, dont plus de 150 000 000 de francs pour les seuls mineurs.
- 2° Les secours de grève et de chômage, payés par les Trade-Unions, plus de 100 000 000 de francs.
- 3° La réduction de recettes des compagnies de chemins de fer et de navigation : 175 000 000 de francs, se répartissant par parts égales entre les deux.
- Nous arrivons ainsi au total de 550 millions de francs.
- Et si nous adoptons l’évaluation globale la plus élevée, nous voyons que les pertes
- p.73 - vue 73/950
-
-
-
- 74
- COMMENCE.
- JANVIER 1913.
- nettes pour l’ensemble des autres industries, y compris les mines, s’élèvent au maximum à 200 millions de francs.
- Ce n'est évidemment qu'une première approximation des pertes globales subies parla nation tout entière du fait de la grève.
- 11 y a lieu de faire remarquer tout d’abord que ce sont les ouvriers à qui la moitié* au moins de ces pertes a incombé.
- 'Pour l’industrie, il y a lieu de noter que les chiffres devront être, rectifiés, souvenl d’une manière sensible.
- Certains seront incontestablement très majorés: pour les mines, par exemple, il a fallu plus de huit jours, après la reprise du travail, pour que les expéditions de charbon aient pu recommencer.
- Les hauts fourneaux n'ont pu être rallumés qu’une dizaine de jours après la fin de la grève ; et. il y a lieu de tenir compte de la perte importante occasionnée par la mise hors feu.
- Les usines métallurgiques de transformation n’ont pu recommencer à travailler que sensiblement plus tard encore, car il leur a fallu reconstituer leurs approvisionnements en matières semi-ouvrées. ............
- Dans d’autres cas, des réductions devront être effectuées pour le calcul des pertes réelles. C’est ainsi que, pour les chemins de fer, il y a lieu de tenir compte des économies réalisées et du trafic qui leur fera obligatoirement retour plus avant dans la saison. .
- En effet, sur toutes les lignes le nombre des trains a été beaucoup réduit :, il en est résulté une grande économie de combustible et, d’autre part, de salaires, car il a été. procédé à la mise à pied et au licenciement de nombreux agents. — Parmi les trains restants, tous ceux de luxe et tous ceux qui faisaient double emploi ont été supprimés; les seuls trains circulants étaient des semi-directs et des omnibus et, comme les moyens de transport étaient inférieurs au besoin, il est assez vraisemblable que le'coefficient d’exploitation pour ce service restreint a dû être amélioré.
- Enfin la majeure partie des marchandises, qui n’ont pu être transportées pendant la grève, devront l’être après, à moins que l’on veuille admettre que la vie. industrielle de l’Angleterre subira un temps d’arrêt. C’est surtout pour le charbon que la perte sera le plus sensible car, en dehors des stocks, qu'il y a lieu de reconstituer, la suspension dans la consommation, pendant tout un mois dans les grandes usines, ne semble pas pouvoir trouver une compensation sur le marché intérieur.
- On ne saurait non plus négliger certains bénéfices très importants réalisés du fait de la grève et qui doivent au bilan général venir en déduction des pertes. Nous voulons parler de ceux des gros marchands de charbon et des mines ayant des stocks insoupçonnés. On manque de données précises à cet égard et leur évaluation exacte ne sera peut-être jamais possible. Néanmoins il existe certains éléments permettant d’affirmer qu’ils ont été considérables.
- Ce sont d’abord les prix du charbon domestique qui dépassèrent 75 francs par tonne (1), alors qu'ils n’atteignent pas le tiers de cette somme en temps ordinaire, et comme d’autre part, dans les grandes villes, la consommation n’a été que peu réduite, on voit de quel ordre ces bénéfices ont pu être.
- 11 faut mentionner qu’une seule mine, la Denaby Main, qui possédait des stocks
- (1) On a cité des cas où des navires de commerce ont dùjpayer leur charbon à ce prix.
- p.74 - vue 74/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOTEE ET [/ÉVOLUTION LES SYNDICATS EN ANGLETEHlïE. 71)
- insoupçonnés, a réalisé un bénéfice supérieurà £ 250 000 (0 millions et demi de francs) en vendant sur le carreau de la mine de 45 à 50 sh. le charbon qu’elle écoule à grand’-peine, en temps ordinaire, à 10 sh.
- <îes constatations économiques, qui sont loin d’être décourageantes, peuvent-elles être acceptées ? Nous ne le croyons pas.
- Nous avons, en effet, dans ce bilan, été amenés à ne pas tenir compte, d’une part, de la situation effective de l’industrie minière et d’autre part des incidences que l’on peut entrevoir sinon en quotité, du moins en direction.
- Si l’on s’en tient uniquement aux facteurs apparents de l’extraction et des exportations, la prospérité des charbonnages paraît très grande. : i
- On a publié, en particulier, depuis la grève des chiffres qui semblent confirmer cette manière de voir; mais à la vérité les uns sont faux, les autres tendancieux, car, dans certains cas, on a ajouté aux chiffres des profits bruts, sans défalcation des redevances aux propriétaires du sol, le montant des réserves (1).
- D'ailleurs, on peut juger de leur exactitude par l’évaluation des bénéfices que fait le lise pour Xlneome tax. lis atteignent, seulement d’après ces chiffres, quinze millions de Itérés.
- Mais cette évaluation réduite doit être considérée comme un produit brut, car elle ne tient compte ni des redevances aux propriétaires du sol (Royalties), ni des amortissements nécessaires en vue de l’épuisement progressif des mines (2).
- La réalité est très différente : et, cette industrie, jadis très florissante, est devenue peu rémunératrice.
- Sans entrer dans le détail des causes, il en faut signaler trois, qui ne sont plus aujourd’hui contestées.
- D'abord la routine, qui par insuffisance des installations de surface et fidélité à des méthodes d’exploitation, souvent qualifiées de barbares et à tout le moins discutables, n'a pas permis aux exploitants de réaliser les bénéfices qu’ils auraient pu.
- Ensuite les exigences des inspecteurs des mines en vue de la sécurité.
- Enfin les augmentations de salaires, très marquées au cours des dernières années.
- Il faudrait ajouter également une mauvaise organisation commerciale, survivance archaïque de vieilles coutumes, qui laissent aux intermédiaires et commerçants la majeure partie des bénéfices (plus de 50 p. 100)-. :
- Aujourd’hui, pour une production de quelque 550 000 000 de tonnes, les salaires s’élèvent à £ 75 000 000 par an (3) alors que le profit brut de £ 15 000 000 n’en est que le cinquième.
- Mais ce profit brut se répartit par moitié entre les propriétaires du sol et les exploitants.. Ceux-ci ne gagnent donc, en moyenne, que £ 7 500 000, soit quatre-vingt centimes .environ pav tonne.
- Comme on le voit, ce chiffre n’a qu’un lointain rapport avec les profits si larges que
- (1) Dans bien des cas, les réserves ont dû être largement dotées pour éviter des augmentations de capital que le rendement des exploitations aurait rendues peu faciles.
- (2) The Economist, mardi 9th 1912, The Miners minimum, p. 514, col. 1.
- (3) Ce chiffre correspond pour un million d’ouvriers (adultes et jeunes gens) à un salaire moyen de 6 fr. 25 par jour.
- p.75 - vue 75/950
-
-
-
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- y 0
- les ouvriers alléguaient, et qui, à défaut du mot spoliation, laissaient prononcer celui d'exploitation.
- Il y a lieu encore de faire remarquer qu’il s’agit d’un profit global, et que les conséquences qu’on pourrait vouloir tirer de ces chiffres doivent être discutées avec esprit critique; car, s’il existe en Angleterre certaines mines très prospères, il en est d’autres (1) qui, déjà avant la grève, travaillaient à blanc pour ainsi dire et dont les exploitants ont manifesté l’intention formelle de cesser tout travail.
- Sous le bénéfice de ces indications, admettons un profit moyen de 80 centimes à la tonne. C’est dire qu’acluellement — toutes choses égales d’ailleurs — les mines paraissent arrivées au terme des concessions si elles veulent demeurer des entreprises rémunératrices. Il est donc clair que toute augmentation, comme celle due au minimum de salaire, devra se traduire par une hausse, au moins correspondante, du prix de vente.
- C’est donc la solution à envisager; elle nous fait aborder le domaine de l’incidence.
- Nous ne sommes pas encore assez renseignés pour que nous puissions faire autre chose qu’examiner certaines hypothèses.
- Quand pour l’Angleterre on parle d’une augmentation du prix du charbon, il faut se demander si elle peut s’appliquer aux marchés extérieur et intérieur, ou seulement à celui-ci.
- Sicile doit être générale, elle ne peut être que minime, du fait de la concurrence internationale et du développement de nouveaux champs liouillers i 2y
- Déjà l’Angleterre a fait une expérience de cet ordre, il y a huit ans, par son droit à l’exportation de 1 sh. par tonne. Certains marchés français se fermèrent aux charbons anglais pour le bénéfice des Allemands (3).
- Il est, en outre, aujourd’hui, bien des usages industriels pour lesquels, du fait des progrès techniques, le charbon anglais n’est plus une nécessité : pour eux une substitution de qualité s’imposerait en cas de hausse de prix.
- On tire généralement argument du fait que les marchés mondiaux ont encore besoin du charbon anglais pour conclure qu’en cas d'une hausse de son prix, celle-ci déterminerait une hausse générale.
- Il se peut qu’il en aille ainsi, en pratique. Mais au point de vue théorique, on peut entrevoir une autre solution. On sait, en effet, qu’il existe dans le monde, aux États-Unis et en Chine en particulier, des gisements extrêmement riches de même qualité que les meilleurs charbons anglais, c’est-à-dire répondant aux mêmes besoins. La mise en état de ces gisements— dont certains ont été démontrés récemment — peut s’effectuer d’autant plus rapidement qu’une hausse du coût de production des charbons anglais rendra leur exploitation plus rémunératrice.
- Sans doute, il faudra, des années pour la mise en exploitation de ces gisements, même si cette hypothèse se réalise. Cela est évident, mais pour être différée, l’incidence ne s’en produira pas moins. Peut-être, même, ses conséquences se feront-elles plus durement sentir de ce fait, parce qu’il aura paru tout d'abord que les répercussions
- (1) Certaines de ces mines, en effet, ont exploité leurs couches puissantes et n’ont plus que des veines minces peu rémunératrices.
- (2) Déjà actuellement il est des marchés sur lesquels de très faibles écarts de prix peuvent faire abandonner le charbon d’urne provenance déterminée au bénéfice de celui d’une autre contrée.
- (3) Une expérience fut même tentée avec des charbons américains, mais elle ne donna pas de résultats décisifs.
- p.76 - vue 76/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L? ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 77
- du salaire minimum ont été sans influence sur les débouchés extérieurs et que le stimulant aura manqué aux exploitants pour chercher à contre-balancer par un perfectionnement des méthodes et l’application de procédés mécaniques, l’accroissement du coût de la main-d’œuvre.
- Si nous admettons maintenant que la majoration soit limitée à la consommation nationale, nous devons envisager deux hypothèses.
- Tout d’abord, nous aurons à tenir compte de ce que l’Angleterre étant un pays de Jibre-échange, la hausse sera forcément limitée ( I ).
- D'autre part, il y a un facteur nouveau dans la vie industrielle : la substitution d’autres agents au charbon comme source de force motrice.
- Déjà, en Angleterre même, on a assisté à de très grands progrès des applications de l’énergie électrique, soit dans les usages industriels, soit pour la traction.
- Nous devons en retenir une menace pour la consommation industrielle du charbon.
- De plus, les emplois industriels de? huiles lourdes de pétrole se développent avec une très grande rapidité (2).
- Déjà la navigation et certaines autres industries trouvent des avantages marqués à cette substitution. Les chemins de fer commencent à entrer dans la même voie ; bien que les huiles lourdes ne puissent pas être utilisées comme moyen direct de propulsion, on peut, en les employant pour le chauffage des chaudières, réaliser de notables économies de place, de poids mort et d'entretien (3).
- On pourrait encore signaler comme autres incidences éventuelles, les répercussions sur les industries de transport, principalement maritimes, et en particulier sur les frets, ce qui pourrait ainsi affecter le commerce d’exportation.
- Mais, s’il nous a paru nécessaire d’esquisser certaines des incidences possibles, nous ne pouvons ni ne voulons en pousser l’examen; il faut bien reconnaître, en effet, le caractère conjectural de certaines des hypothèses qui se présentent à l’esprit.
- Le bilan ouvrier — Le bilan apparent. — Au point de vue ouvrier, nous avons signalé l’appauvrissement des Trade-Unions de mineurs, dont certaines sont aujourd’hui ruinées. C’est le cas en particulier de la Trade-Union du Northumberland et de la Fédération du Sud du Pays de Galles. 11 y a également à tenir compte des pertes considérables infligées à d’autres corporations.
- Il faut encore ajouter le chômage: avant la grève, il n'existait pas, mais la fermeture définitive de certaines mines peut avoir pour conséquence le licenciement d’un personnel important, dont partie pourra trouver à s'embaucher, peut-être, dans le nouveau bassin du Kent.
- Mais il n’est pas non plus, dans ce cas, possible de mesurer actuellement cette
- ,1) La hausse est, en effet, limitée, non par le montant du droit de douane, mais par l’écart existant entre le nouveau prix (dans le pays où il y a accroissement du coût de production) et le prix de revient C. A. F. dans les pays concurrents.
- (2) Bien qu’il s’agisse d’un phénomène relativement recent, il y a lieu d’en tenir le plus grand compte.
- (3) C’est ainsi que, tout récemment, les Chemins de fer du Mexique faisaient connaître, lors de leur 91e Assemblée générale (26 avril 1912) qu’ils avaient réalisé une économie de plus de £ 50 000 (1250 000 francs) sur leur traction ; et le président, M. Yorke, signalait aux actionnaires qu’indépen-damment de cette économie de combustible et des autres avantages il avait été possible de s’affranchir des conséquences de la crise que la grève avait déterminées sur le marché du charbon.
- p.77 - vue 77/950
-
-
-
- 78 COMMERCE. — JANVIER 1913.
- incidence au lendemain de la reprise du travail. D’une part, les besoins de charbon sont tels qu'il a fallu de toutes paris forcer la production pour revenir à l’état de régime et que c’est seulement alors que les premières répercussions se feront réellement sentir. D'autre part, comme nous sommes en domaine économique et social, les phénomènes d’action et de réaction se prolongent pendant des périodes assez longues, parfois pendant une ou deux années, quelquefois davantage, et leurs conséquences ne sont pas immédiates.
- Le bilan réel. — Jusqu’ici nous n’avons fait que mentionner la loi du salaire minimum, en indiquer quelques caractères généraux et les inlluences qui ont présidé à son vote. — Nous saxmns par les déclarations de M. Asquith à la fin du mois de février, qu’elle devait s’inspirer de trois principes directeurs :
- ' Le salaire minimum ;
- Les garanties à donner aux employeurs ;
- L’arbitrage obligatoire. : :
- Nous savons que les mineurs et le parti ouvrier étaient fermement opposés au troisième et pratiquement au deuxième.
- D’un point de vue théorique, il n’y avait pas grande difficulté à mettre en vigueur, par un texte de loi, le premier et le troisième de ces principes. Au point de vue pratique, ce dernier pouvait donner lieu à des difficultés d’apidication très grandes, peut-être même à une impossibilité.
- Mais comme cette question est liée à Lun des aspects de celle des garanties, nous en ajournons l’examen.
- Parler de garanties à donner aux employeurs n’a de sens qu’à la condition que l’ordre de ces garanties soit précis.
- Le mot peut, dans le cas actuel, être pris dans deux acceptions très différentes.
- Il s’applique d’abord, techniquement en quelque sorte, à Va production et aux moyens à employer pour que celle-ci — désormais sans influence sur le salaire —ne soit pas indûment réduite et que l’exploitation cesse de couvrir ses frais et doive se poursuivre à perte.
- : - Il s’applique également à V observation des contrais, et il paraît évident que le cor-rollaire d’une mesure telle que le salaire minimum doit être, d’une part, le maintien pendant une période déterminée des conditions-bases et d’autre part la non-cessation du travail ou l’abandon, par les ouvriers, pendant cette période, de l’exercice du droit de grève.
- C’est d’ailleurs l’un des principes des législations australasicnnes sur la matière. ,,, Knfin ce mot impliquait nécessairement des sanctions.
- Au cours des négociations le Premier Ministre avait été très net :
- 11 avait hé, pratiquement, salaire minimum et garanties.
- Mais, en fait, on peut dire que la question est insoluble.
- On peut parfaitement concevoir que l’on ait légalement établi, non le quantum, mais le principe de la production minima, au moyen de la même procédure que pour la fixation du quantum du salaire minimum.
- Il semble, a priori, que dans ce cas la garantie existe pratiquement. Cependant elle est purement théorique et, suivant le mot de M. Asquith, — dit d’ailleurs dans d’autres circonstances — elle n’a d’autre valeur que celle de quelques « mots imprimés dans la loi » si elle n’a pas de sanction. - * .
- Quant aux garanties relatives à l’observation du contrat et à la suppression du droit de grève, les mêmes considérations s’appliquent.
- p.78 - vue 78/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 79
- Ces garanties impliquent, en effet, d’abord qu'il y ait un contrat entre des individus ou des organisations responsables, deuxièmement que le respect des contrats soit assuré et troisièmement que la suppression ou l’interdiction, de la grève pendant la durée du contrat ne soit pas non seulement un mot, mais un vain mot.
- Or quelles étaient les sanctions que M. Asquith pouvait accorder aux employeurs pour rendre effectives les garanties promises? _ ,
- Théoriquement il en existait certaines, pratiquement aucune.
- En effet, la loi aurait bien pu établir que, dans chaque district, le salaire minimum fit l’objet d’un contrat collectif entre employeurs et syndicats (1), alors qu’en fait, la loi du 29 mars 1912 stipule simplement que chaque mineur ne recevra pas un salaire inférieur au minimum qui sera établi dans ce district.
- Mais, même si le contrat collectif avait été imposé, il n’y aurait pas eu de sanction, parce que depuis la loi de 1906 [Trades Disputes Act) il n’y a plus légalement aucune responsabilité pour les Trade-Unions.
- .Nous en avons donné une preuve manifeste en rappelant qu’aussi bien les mineurs du Sud du Pays de Galles que ceux d’Ecosse avaient fait grève en dépit de contrats signés par les agents de leurs Trade-Unions et par le Board of Trade.
- D’autre part, on pouvait encore moins envisager de sanction d’ordre pratique au cas où l’arbitrage serait violé par les ouvriers. Nous faisons bon marché de l’objection basée sur le fait qu’il n'existe pas en Angleterre une législation sur la matière, car (c’est l’un des caractères marquants de cette loi) la procédure de fixation des salaires équivalait à l’introduction indirecte du principe.
- Or, l’expérience australienne et l’échec de toute la législation sociale ont prouvé surabondamment qu’il n’existait aucun moyen pratique (civil ou pénal) d’imposer aux ouvriers le respect de la sentence arbitrale (2).
- Nous insistons sur le mot « pratique » parce qu'il domine toute la question des sanctions.
- Nous voyons déjà que, dans les faits, les promesses de garanties étaient d’autant plus vaines que, même si elles avaient été précises, il était hors d’état de les réaliser. Gela contribue à montrer combien, en dépit de déclarations de haute impartialité, produites pour la dernière fois par M. Asquith pendant la discussion de la loi par les Lords, toute la législation a été inspirée dès l’origine par des raisons d’ordre politique et démagogique, pour donner satisfaction à des revendications politiques et démagogiques, appuyées d’une action de même nature.
- D'ailleurs les stipulations delà loi montrent combien est juste le mot par lequel lord Lansdowne en indiquait la portée :
- Le caractère dominant du bill, disait-il, est de laisser aux chefs ouvriers le pouvoir de frapper le pays de famine, quand cela leur plaira, de l’humilier et de le paralyser, peut-être, au moment où la nation aurait le plus impérieux besoin de disposer de toute sa puissance et de toute son énergie 3).
- (1) Cela n’aurait souffert aucune difficulté parce que leâ Trade-Unions sont reconnues par les patrons qui traitent avec elles depuis de longues années.
- (2) Les sentences arbitrales n’ont pas empêché des grèves très prolongées (plusieurs mois) d’éclater, soit sur les chemins de fer, soit dans des exploitations minières, comme Broken Ilill, Mount Elliott, etc.
- (3) Chambre des Lords, séance du 27 mars 1912. Reproduit par la « Daily Mail » (édition parisienne du 28 mars, p. 5, col. 3.
- p.79 - vue 79/950
-
-
-
- 80
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- L’article •1er de la loi dit : « La condition implicite de tout contrat de travail d'un ouvrier, employé en sous-sol dans une mine de charbon, sera que Vemployeur devra payer à cet ouvrier un salaire qui ne pourra être inférieur au taux minimum établi conformément à cette loi et toute entente relative au paiement des salaires sera réputée nulle si elle contrevient ci celte loi. »
- L'article 2 détermine la procédure de nomination des conseils de district et tixe les principes dont ils doivent s’inspirer pour la détermination du minimum.
- Les conseils comprendront par parties égales patrons et ouvriers et auront un président indépendant ayant voix prépondérante. En cas de non-accord des parties, il sera désigné par le Board of Trade. La présidence est une entité qui pourra être constituée par trois personnes.
- Chaque conseil « devra tenir compte du salaire moyen quotidien payé à l’ouvrier de la catégorie pour laquelle le minimum doit être fixe ».
- L’article 3 donne le pouvoir au conseil de district de reviser à toute epoque les taux de salaires et règles fixés, lorsqu’il y a accord pour ce faire entre patrons et ouvriers. Il a le même pouvoir, sans restrictions, un an après chaque règlement sur la demande d'un nombre important de patrons ou d’ouvriers.
- L’article 4 stipule que, dans les quinze jours de la promulgation de la loi, les Conseils devront être constitués et que, dans le cas contraire, il appartiendra au Board of Trade d’en désigner les membres.
- Si, dans les trois semaines de sa constitution, un conseil n'a pas fixé de minimum, ni élaboré de règlement, il sera du devoir de son président de les déterminer, sauf entente pour prolonger ce délai.
- L’article 3 définit le mot « ouvrier » qui signifie toute personne travaillant en sous-sol, sauf si la besogne « consiste uniquement à faire des levers et des mesures ». exception faite des directeurs, sous-directeurs et fonctionnaires de la direction.
- L’article 6 dit : Cette loi demeurera en vigueur pendant trois années à dater de s an rote et pas davantage, sauf si le Parlement en décide autrement..
- Portée de la loi. — Deux choses frappent à première vue dans cette loi : son caractère absolument général et l’absence de toute sanction.
- fiJUe a l’apparence de quelque sentence arbitrale réclamée d’accord par les intéressés et à laquelle ils ne sont pas contraints de se soumettre.
- L’article premier est presque mot pour mot la reproduction du bulletin de vole des mineurs lors du referendum de grève (1). Il leur donne, par suite, pleine satisfaction puisque le principe et le fait du salaire minimum leur sont accordés sans ambiguïté ni restriction.
- Mais il va beaucoup plus loin : sa rédaction, comme d’ailleurs celle des autres articles, sont absolument générales et pourraient s’appliquer à n’importe quelle autre industrie. Aucun des articles n’a de caractère spécifique : il suffirait de substituer aux mots « mine de charbon » une autre désignation d'industrie pour que la loi put être immédiatement étendue et généralisée.
- C’est, par son texte même, le premier pas fait pour la grande industrie dans le
- Cl) Voici le texte de ce bulletin : « Êtes-vous en faveur du préavis (de cessation du travail en vue d’établir le principe du salaire minimum individuel pour tous ouvriers et jeunes gens travaillant en sous-sol dans chacun des districts de Grande-Rretagne? »
- p.80 - vue 80/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 81
- domaine de la réglementation légale du salaire et non, comme le Gouvernement l’avait dit, lors de sa toute première intervention, une mesure d’exception, justifiée par une situation exceptionnelle.
- Si nous passons à la seconde caractéristique, nous voyons qu’elle doit être examinée sons divers aspects.
- Tout d’abord, l’absence de sanction peut, à première vue, sembler bilatérale. Mais en fait, elle n’existe guère que pour les ouvriers. Tout patron, qui voudrait payer moins que le minimum, s’expose :
- 1° A voir fermer ou déserter sa mine.
- 2° A des actions en dommages-intérêts, qui, du fait de sa solvabilité, sont effectives.
- Quant à la contre-partie, elle est inexistante, puisque c’est individuellement contre chaque ouvrier (non solvable) qu’il faudrait agir.
- D’autre part, nous observons que la loi est absolument muette quant aux garanties. Contrairement aux promesses très catégoriques, la production minima, réclamée en échange du salaire minimum, n’a même pas fait l’objet d’une allusion.
- Par là encore, le texte affirme, par prétérition, que l’équilibre n’a pas été respecté et que la mesure a été prise uniquement dans l’intérêt des ouvriers, en écartant systématiquement les demandes patronales.
- En dehors des déclarations du premier ministre sur le caractère altruiste de la grève ; sur la légitimité des deux minima de 5 et 2 sh (1) (qu’il se refusa néanmoins à introduire dans la loi), il en existe une preuve indéniable (2).
- Lors de la réunion du 27 mars, convoquée in extremis par le Gouvernement, les propriétaires, mis par surprise en présence des délégués ouvriers abandonnèrent, à titre de dernière concession, leur réclamation de la production minima, mais à la condition formelle qu’un accord amiable interviendrait. Par contre, ils insistèrent encore sur une rédaction de l’article 2 relative au mode d’établissement du salaire minimum ; ils voulaient — et l’un des leurs, sir Ratcliffe Ellis, avait rédigé un amendement dans ce sens — qu’il fût spécifié que chaque conseil de district dût « entre autres éléments d’appréciation tenir compte du salaire quotidien généralement payé à l’ouvrier de la catégorie pour laquelle le minimum doit être fixe ».
- La portée de ce texte était très différente de celle du texte voté qui impose uniquement de tenir compte du salaire moyen.
- Les mots « entre autres éléments » marquaient que diverses considérations d’ordre général devaient influer sur le calcul du taux. Parmi ces considérations les unes étaient relatives aux conditions du travail, les autres aux coutumes locales, aux dangers, etc.
- D’autre part, la substitution des mots « salaire généralement payé » à « salaire moyen payé » avait aux yeux des employeurs une importance extrême, parce qu’elle excluait du calcul les salaires très élevés de certains ouvriers particulièrement habiles et payés aux pièces et que, suivant le texte adopté, le taux en serait modifié dans un sens ou dans l’autre.
- Le Gouvernement demanda à sir Ratcliffe Ellis de renoncer à cet amendement et s’engagea formellement à ce que le même texte accepté — par les ouvriers — fût proposé par lord Crewe le leader libéral à la Chambre des Lords.
- (1) Déclaration de M. Asquith à une réunion des Libéraux le 28 mars. Cf. « The Times » 28 mars 1911, p. 7, col. 2 : « M. Asquith & The Coal War. »
- (2) Ibid., The Coaloumer’s Case et lettre de M. Gorrel-Barnes, p. 8, col. 2.
- Tome 119. — 1er semestre. — Janvier 1913.
- G
- p.81 - vue 81/950
-
-
-
- 82
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- En effet, lord Crewe demanda le 27 mars l’ajournement du débat en vue d'introduire l’amendement ; mais le lendemain, à la reprise de la discussion, il l’abandonna et déclara que le gouvernement s’opposerait à toute modification du texte voté par les Communes.
- Et sir George Askwith,-le chef commissaire industriel du Board of Trade, écrivait (1) ce meme jour à sir T. Ratcliffe Ellis que le Gouvernement, n’ayant pu établir l’accord des parties sur l’amendement, l’abandonnait, mais que lord Crewe définirait d’une manière précise comment le texte devait être interprété.
- C’était là un manquement d’autant plus grave à la parole donnée que l’amendement avait été accepté par la Fédération des Mineurs, alors au complet, et que c’est seulement après le départ des modérés, tels que Enoch Edwards et T. Ashton, que l’élément jeune et intransigeant y fit des objections et menaça d’en provoquer le rejet aux Communes.
- Quant aux commentaires de lord Crewe, ils étaient, quelque nets qu’ils aient pu être, sans aucune portée, car d’une part le texte est formel et lie les conseils de district, et d’autre part les déclarations de M. Asquith que les minima de 5 et 2 shillings lui paraissaient très raisonnables, l’interprètent, s’il en était besoin, dans un sens nettement opposé aux prétentions patronales.
- Bilan politique et social. — La crise était-elle terminée ou subissait-elle simplement un temps d’arrêt?
- Les conditions dans lesquelles s’effectua la reprise du travail, la majorité en faveur de la continuation de la grève et le moyen de fortune par lequel la Fédération des Mineurs, par 440 voix contre 125, décida de ne pas en tenir compte, tiendraient à montrer qu’une simple trêve a été conclue.
- La grève politique du charbon a eu une solution politique, qui ne satisfait personne, à la vérité.
- Les employeurs sortent diminués de la lutte et la partialité du gouvernement, parmi les résultats qu’on peut prévoir, pourrait bien avoir pour effet de créer au sein du parti libéral (qui compte beaucoup d’employeurs) — devenu hétérogène — des rancœurs et peut-être des scissions.
- Au point de vue des résultats plus immédiats, il ne faut pas se dissimuler que la trop grande généralité du texte de la loi, son imprécision devaient conduire à des difficultés d’interprétation. Sans doute dans certaines régions — celles du Centre de l’Angleterre (2) — elles seront atténuées, parce que les exploitants ont donné leur consentement préalable au principe du salaire minimum (3). Mais dans d’autres elles se manifestent très nettement : c’est ainsi que dans le Sud du Pays de Galles, région qui vota pour la reprise du travail, la décision de lord Saint-Aldwyn, président du Conciliation Board choisi cependant d’accord par patrons et mineurs, a provoqué l’ajourne-
- (1) Cf. « The Times », 29 mars, p. 8, col. 1. The Lords and the Bill.
- (2) Dans le Durham, le Cumberland, le Derbyshire, le Lancashire, etc.
- (3) Dans le Northumberland les patrons avant la grève avaient consenti à donner entièrement satisfaction aux intéressés. 11 n’y avait guère lieu de prévoir de difficultés de règlement : les salaires fixes pour les piqueurs ont cependant causé un assez grand mécontentement. L’Association des Mineurs, dans sa séance du 19 mai, a décidé « qu’il y avait lieu de faire éliminer (de la sentence de lord Mersey) les portions les plus sujettes à objections (objectionnable). « The Times » du 20 mai, p. 6, col. 1.
- p.82 - vue 82/950
-
-
-
- LA. GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE.
- 83
- ment des discussions : les ouvriers se refusent à accepter les quatre et demi shillings qu’il leur a accordé. Les intransigeants ont môme été jusqu’à proposer une grève générale nouvelle de toutes les corporations.
- Quant à la paix que la loi peut amener chez les mineurs, elle est précaire. Elle dépendra, en premier lieu, des avantages réels qu’ils tireront de son application, car, ainsi que le disait récemment un des intransigeants du Pays de Galles, « la loi n’est pas obligatoire, nous l’observerons seulement si elle nous donne satisfaction ».
- La durée de la paix dépendra aussi de la prospérité, plus ou moins durable, que l’industrie houillère anglaise tirera de l’épuisement mondial des stocks que la grève a provoqué.
- D’autres difficultés menacent : la facilité avec laquelle le gouvernement s’est incliné devant les volontés des ouvriers les plus intransigeants, la démonstration qu’il a laissé faire delà puissance colossale des organisations ouvrières, peuvent faire prévoir des agitations nouvelles en faveur du salaire minimum.
- Et, quoi qu’en ait dit au début M. Asquith, il faudra bien, désormais, faire droit à ces revendications lorsqu’elles seront formulées par des centaines de mille ouvriers, de bonne grâce — par une extension de la loi actuelle, consentie, après étude, avant qu’un conflit n’ait atteint à sa phase d’acuité la plus grande — ou par une capitulation de même nature que pour les mineurs.
- Déjà les Cheminots, qui ont des raisons économiques à faire valoir, s’agitent. Leur journal The Railway Review du 4 mai dit, en effet : « L’année 1912 sera aussi intéressante pour les Cheminots que 1907 et 1911. Une s’agit plus maintenant de l’augmentation hebdomadaire de salaire de 2 shillings, mais du salaire minimum avec des accroissements de 3 à 5 shillings suivant les catégories... Le mois de mai permettra aux Compagnies d’arriver à une entente amiable. En juin, elles seront contraintes de céder. »
- Enfin, parmi les difficultés et les préoccupations de demain, il faut marquer celles qui paraissent devoir résulter de l’attitude des chefs ouvriers.
- Quel accueil ont-ils fait à cette loi et quelle influence, si on peut chercher à la dégager, peut-elle avoir sur le mouvement trade-unioniste.
- Nous avons déjà eu occasion de montrer les modifications profondes du personnel dirigeant de ces organisations au cours des dernières années et l’action qu’ils exercent.
- Nous l’avons vu se manifester, de la manière la plus nette, à propos de l’amendement de sir T. Ratcliffe Ellis et nous avons également vu le Gouvernement s’incliner.
- Mais ces dirigeants nouveaux n’ont pas encore pu canaliser le mouvement ouvrier et exercer sur lui une influence prépondérante; ils se heurtent à des résistances des trade-unionistes, qui ne peuvent se résigner à l’orientation nouvelle, ni à la politique et aux méthodes que les nouveaux venus voudraient leur imposer.
- A certains moments même leur pondération semble l’emporter. Et dans les manifestations heurtées des derniers jours de la grève, il ne faut pas oublier que c’est à eux que fut due la décision de reprendre le travail.
- Faut-il se flatter cependant de l’espoir que ces conseils de sagesse et de modération prévaudront et qu’après certaines convulsions, les vieilles méthodes du Trade-Unionisme (auxquelles on commence à rendre justice) seront à nouveau suivies?
- Il semble, malheureusement, que non et que nous assistions à la transformation complète du Trade-Unionisme.
- p.83 - vue 83/950
-
-
-
- 84
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que les idées nouvelles ont eu prise sur la masse et qu’aujourd’hui celle-ci commence à tendre bien davantage vers les nouveaux venus que vers les anciens.
- Ceux-ci s’en rendent compte et se soumettent eux-mêmes. Ce n’est pas un mince triomphe pour les Will Thornes, les Smilie, les Hartshorn que d’avoir pu leur faire accepter le referendum de la grève dans les conditions où il se présentait, de même que leur procédé lors de l’amendement de sir T. Ratclifï'e Ellis.
- Ces faits méritent une attention d’autant plus grande que ces hommes nouveaux n’ont pas cherché à dissimuler leur volonté bien arrêtée ni à cacher le caractère politique delà grève noire. Car, c’est Yernon Hartshorn, l’un des plus marquants d’entre eux, qui déclarait le jeudi 28 mars, — au moment où les Lords votaient la loi, — que les concessions arrachées à la bourgeoisie étaient insuffisantes et que la « solidarité ouvrière est telle, actuellement, qu’en moins d’une semaine, par l’arrêt des chemins de fer et des autres moyens de transport, nous pourrions paralyser la nation à un point tel que le gouvernement viendrait nous supplier à genoux de reprendre le travail à des conditions plus dures que celles qu’il rejette maintenant comme inacceptables (1) ».
- C’était plus qu’une simple menace et l’Angleterre fut à la veille d’une catastrophe.
- Elle en fut préservée temporairement parce que les intransigeants avaient trop attendu et que certaines corporations, épuisées déjà financièrement par la lutte, auraient pu ne pas observer une discipline suffisante.
- Ces faits marquent bien que ce que l’on a appelé l’évolution du Trade-Unionisme n’est pas un vain mot et que c’est, désormais, le syndicalisme, au sens français du mot, qu’il faut envisager comme sa fin logique et malheureusement nécessaire.
- C’est ce que nous voulons tenter de montrer en quelques mots.
- Le Trade-Unionisme modéré d’autrefois disparaît, parce qu’il n’a plus de raison d’être. Si les groupements ouvriers organisés doivent continuer à exister, c’est par une action et des méthodes entièrement nouvelles en Angleterre, en vue de fins syndicalistes.
- La Chambre des Lords et le Socialisme d’État, dans son acception la plus large, ont détruit l’ancien Trade-Unionisme.
- Que représentait-il autrefois pour l’ouvrier? L’organisation de prévoyance par excellence qui, d’une part, avec tout ses secours de mutualité et d’assurance, et d’autre part aussi par son action professionnelle le prémunissait contre toutes les crises de la vie et améliorait sa situation.
- Riche par les cotisations élevées qu’elle exigeait, la Trade-Union (2) pouvait non seulement assurer les secours au décès et de maladie, mais l’assurance accidents et invalidité et également la retraite. Et du fait de sa richesse elle présentait avec autorité les revendications professionnelles, qu’elle pouvait appuyer par des grèves redoutables. Cette richesse lui permettait d’obtenir de nombreux avantages (tels que hausses de salaires, réductions des heures de travail, etc.), par négociations directes avec les employeurs et la rendait, dans les faits, d’autant plus modérée et conciliante dans ces
- (1) Nous ne citons que pour mémoire ce mot de Keir Hardie, ie député socialiste bien connu : « La paix ne sera rétablie que lorsque nous aurons aboli le capitalisme. »
- (2) Au 1er janvier 1912 :
- le Syndicat des mineurs du Derby possédait £ 320 000 pour 37 000 membres, celui — Durham — £ 460 000 — 113 000 —
- Nous pourrions multiplier les exemples.
- p.84 - vue 84/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET l’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE.
- 85
- négociations, qu’une grève, engagée à la légère, risquait de lui faire perdre temporairement une très grande partie de son effectif, si elle cessait d’assurer à ses adhérents les avantages matériels qui leur étaient promis.
- Mécaniciens, cheminots, d’autres encore en offrent la preuve après chacune des grandes crises que traversa leur corporation.
- Les arrêts de la Chambre des Lords Taff Vale, Stop Day Action Denaby Main, en permettant aux tribunaux l’affectation des fonds syndicaux à titre de dommages-intérêts et en supprimant, en fait, l’exercice du droitde grève, privaient, en grande partie, les Trade-Unions de leur action professionnelle et ne leur permettaient plus, toutes choses égales d’ailleurs, leur action mutualiste intégrale.
- Ces arrêts devaient limiter l’œuvre de prévoyance, car, à quoi bon accumuler des fortunes qui peuvent être attribuées aux adversaires à titre de dommages-intérêts?
- Leur conséquence fut la formation d’un parti poütique ouvrier. — Ils marquent ainsi le début de l’une des phases de l’évolution.
- A des situations nouvelles doivent s’adapter des méthodes nouvelles : c’est sur le terrain parlementaire que doivent désormais se produire certains efforts et se livrer certaines batailles.
- L’autre agent de l’évolution est le Socialisme d’Etat dont l’action politique ouvrière devait hâter le développement.
- C’est d’abord une timide intrusion dans le domaine Trade-Unioniste en 1897 avec la loi sur les accidents (Compensation Act) si imparfaite. Puis, successivement, dans ce domaine, la loi des retraites (Old Age Pension Act) de 1906, l’extension de la loi sur les accidents; la loi des huit heures pour les mines; et la loi d’assurances généralisées 1911 (Insurance Act), si discutée encore aujourd’hui par les intéressés, et si combattue par eux.
- Remarquons qu’au fur et à mesure des votes, le caractère et l’inspiration démagogiques des mesures s accentuent.
- Mais, pour nous limiter étroitement à notre sujet, nous devons constater qu’avec chacune de ces mesures l’utilité de la Trade-Union, institution de prévoyance, tend à disparaître, et qu’il n’est plus besoin à l’ouvrier de s’imposer le sacrifice de sa contribution syndicale, si l’État se substitue aux Trade-Unions dans toutes les crises de la vie ouvrière.
- Nous devons également noter qu’indépendamment des autres causes qui nous restent à examiner, le rôle de la Trade-Union se transforme profondément, car elle ne peut plus exercer que l’action professionnelle et, du fait des arrêts des Lords, cette action doit forcément être politique.
- Dans la pensée de ceux qui se virent contraints, malgré eux, à y recourir pour faire modifier le statut trade-unioniste, cette action politique devait être uniquement professionnelle.
- Deux causes modifièrent tout d’abord cette décision formelle.
- D’abord la fusion de toutes les tendances ouvrières dans le Labour Représentation Committee (comité de représentation ouvrière) où prédominèrent le Néo-Trade-Unio-nismp et le Socialisme dans le programme desquels figuraient les réformes les plus larges, telles que la socialisation des moyens de production. Ces réformes avaient toujours été inscrites parmi les revendications à longue échéance, mais à en juger par les votes des congrès, elles n’avaient guère encore en 1902 et jusqu’à ces toutes dernières années qu’une portée théorique.
- p.85 - vue 85/950
-
-
-
- 86
- COMMERCE.
- JANVIER i 913.
- La seconde cause est l’avènement des libéraux avec des hommes ardents et fanatiques à la Lloyd George, qui ne devaient pas tarder à faire de la démagogie.
- Les idées de classe commencent à se répandre dans les milieux qui leur avaient été le plus fermés.
- M. Lloyd George se montre partisan des réformes sociales les plus larges et déclare la guerre au capitalisme. Il ne recule devant rien pour arriver à ses fins.
- Et, dans les mesures qui sont la conséquence de cette collaboration des radicaux et du parti ouvrier, il faut citer avec le Trades Disputes Act de 1906 qui affranchit les Trade-Unions et leurs membres de toute responsabilité pécuniaire pour les dommages qu’ils causent, le budget révolutionnaire de 1909 qui devait aboutir, en particulier, à la réforme de la Chambre des Lords en 1911.
- En fait, dès la retraite de sir Henry Campbell-Bannermann, M. Lloyd George devient l’un des principaux chefs du gouvernement. Son influence est prépondérante, et c’est le début de la démagogie qui va rapidement gagner du terrain dans le Parti Ouvrier et de là s’infiltrer dans les Trade-Unions.
- En même temps, le gouvernement innove en matière socialo-économique et, dès la fin de 1907, prépare les voies à la loi sur le salaire minimum.
- Sans doute, c’est à l’amiable que se résout le conflit des chemins de fer en 1907, mais l’accord amiable est tout de façade, car c’est par la menace d’une législation dra-eonnienne — le mot est de M. Lloyd George — que les Compagnies furent amenées à céder. A ce moment l’autorité du Gouvernement n’est pas encore suffisamment affermie : il recourt uniquement à des demi-mesures insuffisantes. Cependant sa volonté manifeste est de contraindre les employeurs à traiter avec les syndicats.
- Mais après deux élections générales il sera plus net et débordé alors déjà par l’élément ouvrier nouveau, nous le verrons, au lendemain même de la Réforme de la Chambre des Lords, pactiser avec les cheminots en grève et obliger les Compagnies à traiter avec les Trade-Unions. Mais comme la situation est très grave et très complexe cette fois encore, il ne résout pas nettement le conflit. Nous en verrons les conséquences.
- Enfin, à toutes ces causes qui donnent la prépondérance à l’élément socialiste et démagogue dans le Labour Party, il faut ajouter l’arrêt de la Chambre des Lords qui, en 1910 (Osborne Case) interdit aux Trade-Unions de s’imposer une cotisation spéciale pour faire face à leurs dépenses électorales et parlementaires, et qui, en 1911, fait inscrire au budget de l’État l’indemnité parlementaire de 400 livres (10 000 francs) par an.
- Ce dernier arrêt eut pour conséquence d’annihiler, au point de vue du choix et de la direction du Labour Party, l’influence des Trade-Unions anciennes, qui y apportaient une tendance moderne, s’imposant d’autant plus que la charge financière presque totale leur incombait.
- D’autre part, il abrogeait la limite de fait du nombre des députés ouvriers, fixée jusqu’alors par les possibilités financières des Trade-Unions et, surtout, il faisait de la politique ouvrière Une véritable carrière ouverte aux ambitieux et aux démagogues.
- En peu de mots à ce moment les Trade-Unions du type ancien sont sans objet : l’État s’est substitué à elles dans leurs fins de prévoyance, et il tend aussi à se substituer à elles sur les autres terrains, par ses interventions de plus en plus nombreuses.
- Mais ces interventions donnent précisément une orientation nouvelle aux groupements ouvriers s’ils veulent survivre : elles ne répondent pas, en effet, aux concepts de ceux-là mêmes à qui elles doivent donner satisfaction.
- p.86 - vue 86/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET L’ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 87
- L’œuvre législative est toujours incomplète et insuffisante : elle lèse souvent les intérêts des uns au profit de ceux des autres, sans cependant répondre aux besoins, réels ou non, dont ils se réclament.
- Il suffit, pour en trouver une preuve nouvelle, de se reporter à la loi d’hier sur le Salaire Minimum qualifiée d’inutile et de vaine, de duperie et d’autres épithètes encore par certains des chefs ouvriers qui sont aujourd’hui à la tête du mouvement.
- Les revendications ne peuvent donc pas être satisfaites par la loi, et c’est aux ouvriers qu’il appartient directement par leur action propre, par la mise en œuvre de leur puissance, de réaliser les réformes qu’il leur faut, de les arracher au capitalisme et de contraindre le gouvernement à capituler.
- Telle est la tendance qui se manifeste en Angleterre. Mais cette tendance, c'est celle du syndicalisme au sens français du mot; c’est l’action directe sous ses formes multiples et variées.
- En Angleterre, nous en relevons les premières manifestations : elles sont des plus nettes.
- Non seulement cette doctrine compte des théoriciens comme Tom Mann, jadis militant du Trade-Unionisme et du socialisme d’Ëtat, aujourd’hui converti au syndicalisme et qui, pendant la grève des mineurs, prêchait dans son journal The Labour Leader le refus d’obéissance aux troupes qui pourraient être appelées à intervenir. Mais elle est mise en action.
- C’est d’abord dans des manifestations timides : le refus des constructeurs de navires, au cours des dernières années, de ratifier les conventions satisfaisantes signées par leurs chefs; puis en 1911, les actes de sabotage dans les grèves de transports et des tramways, le sabotage indéniable tenté pendant la grève des chemins de fer.
- C’est, surtout, toute la grève noire : politique dans son essence, politique dans ses manifestations et dans ses conclusions, d’abord pour arracher le principe du salaire minimum,puis les taux mêmes qu’avaient fixés les chefs, sans en permettre la discussion, et qui montre comment, par une action relativement restreinte, ne mettant en jeu qu’une seule corporation sans une seule violence, et uniquement par voie passive, la puissance ouvrière organisée peut faire capituler sans la moindre tentative de résistance le gouvernement de l’une des premières puissances du monde !
- Et non seulement cette première manifestation donne aux mineurs toute satisfaction, — nous l’avons vu, — mais, allant plus loin, elle assure les mêmes avantages à toutes celles des corporations qui pourront mettre en jeu un nombre d’hommes suffisant pour suspendre dans une de ses parties nécessaires la vie de la nation.
- C’est en effet l’une des leçons les plus redoutables qui se dégagent de la solution de ce premier conflit.
- On ne voit guère, dans les pays où les organisations ouvrières sont puissantes, dans lesquels, avec un million d’hommes, elles peuvent mettre en jeu des effectifs supérieurs à ceux de bien des armées sur le pied de paix; on ne voit guère, disons-nous, de quels moyens de coercition un Gouvernement même de lutte pourrait disposer.
- Une autre question se pose même : celle des sanctions par lesquelles un Gouvernement pourrait faire appliquer les mesures, législatives ou autres, prises dans l’intérêt des ouvriers. Si, quelque extrêmes qu’elles soient (dans le cas des mineurs cela a failli déjà se produire), les ouvriers ne veulent pas les accepter et se refusent à reprendre le travail, on ne peut songer à la contrainte : il suffit de regarder les chiffres pour s’en
- p.87 - vue 87/950
-
-
-
- 88
- COMMERCE.
- JANVIER 1913.
- convaincre, et il en serait encore de même, si, au lieu d’intéresser un million de travailleurs, le conflit ne portait que sur cent mille.
- Il est parfois possible de protéger ceux qui veulent travailler, mais là s’arrête, en fait, la puissance de l’État.
- Est-ce dans des sanctions pécuniaires qu’il faut chercher le 'remède? Théoriquement peut-être; mais pas au point de vue pratique. Il semble peu probable que, demain plus qu’aujourd’hui, un gouvernement puisse en Angleterre, — au risque des troubles les plus graves, — faire abroger le Trade-Disputes Act de 1906 et rendre, cette fuis légalement, les syndicats pécuniairement responsables.
- Le pourrait-il, que cette sanction ne saurait être considérée comme pratiquement efficace, car, d’une part, il n’entre guère dans la conception syndicaliste d’accumuler des fonds et, d’autre part, aujourd’hui les Trade-Unions, privées de leur objectif de prévoyance, n’ont plus ni de raisons ni de moyens pour en réunir.
- Conclusions. — Si maintenant, après avoir exposé la situation et cherché à dégager de la grève des mines les leçons qu’elle comporte, nous voulons nous reporter aux faits, nous sommes amenés à envisager le présent et l’avenir tout prochain sous un jour peu rassurant.
- Chaque jour, en effet, nous apporte son contingent d’agitations et de menaces grosses de conséquences.
- Les ouvriers ont vu avec une netteté parfaite qu’ils étaient les maîtres de l’heure. Pour ne pas même avoir tenté la moindre résistance ; pour avoir capitulé sans condition avant même d’avoir livré bataille, pour avoir fait le jeu des démagogues et des leaders intransigeants, le gouvernement et avec lui la nation sont impuissants désormais.
- Ses premières concessions le conduisent à d’autres et il ne saurait plus maintenant chercher à revenir en arrière.
- Si nous faisons abstraction de la grève générale des tailleurs de Londres qui s’est produite presque au lendemain de la reprise du travail par les mineurs, nous devons reconnaître que jamais la paix industrielle n’a paru plus menacée.
- Chez les mineurs d’abord l’agitation n’a jamais cessé. Au calme apparent des premiers jours les menaces ont succédé. Les sentences arbitrales n’ont pas dans certains districts donné satisfaction : en particulier dans le Sud du Pays de Galles et du Northum-berland. Des menaces d’une grève générale nouvelle furent faites qui parurent devoir être écartées. Mais le mécontentement se généralisa et maintenant le salaire minimum pur et simple ne suffit plus. C’est le salaire minimum d’existence qu’exige la Fédération des Mineurs de Grande-Bretagne, réunie à Londres sous la présidence de M. Smilie les 21 et 22 mai, et si satisfaction ne lui est pas donnée, la grève générale recommencera.
- Nous avons indiqué l’agitation des cheminots et leur mise en demeure aux compagnies et au gouvernement.
- C’est maintenant la Fédération des transports qui est entrée en jeu et recommence la grève de l’an dernier. Dès le premier jour la grève intéresse à Londres plus de cent mille hommes et peut porter sur 150 000 qui seront 500 000 si elle s’étend aux autrss ports de l'Angleterre. Peut-être même déterminera-t-elle la grève des cheminots qui semblent n’attendre qu’un signal
- p.88 - vue 88/950
-
-
-
- LA GRÈVE NOIRE ET t/ÉVOLUTION DES SYNDICATS EN ANGLETERRE. 89
- Elle est révolutionnaire dans son essence, de l’aveu de Ben Tillet, l’un des grands chefs de cette corporation (1).
- D’ailleurs tout récemment, il y a quelque deux ou trois semaines, un journal ouvrier (2) indiquait quelle devait être la tactique nouvelle qui résultait de l’expérience des derniers mois. Désormais, la grève générale doit mettre en jeu de nombreuses corporations, son succès est à ce prix, car les faits prouvent d’une part que la grève générale est le seul moyen d’action efficace de la classe ouvrière et, d’autre pari, qu’une seule corporation doit pour réussir même partiellement pouvoir prolonger la lutte, alors que l’action commune doit assurer le succès en moins d’une semaine, et par suite il ne sera plus besoin de trésor de guerre pour réussir.
- En matières économiques et sociales, Messieurs, il est téméraire et dangereux de chercher à faire le prophète. Trop de facteurs interviennent qui peuvent modifier radicalement les déductions et les conclusions les mieux établies.
- Parfois l’avenir le plus sombre s’éclaire brusquement.
- Toutes les révolutions ne sont pas sanglantes et parfois c’est par des évolutions progressives qu’elles se manifestent, évolutions qui transforment l’état social.
- L’Angleterre semble à la veille des plus graves événements, non seulement pour elle mais pour tous les peuples civilisés. Peut-être est-ce surtout chez eux que cette crise anglaise aura ses répercussions les plus redoutables.
- Nous ne devons pas oublier, en effet, que nous sommes en Angleterre dans un pays qui jusqu’ici a donné des preuves d’un sens politique si considérable qu’on se plaisait à le citer en exemple. Des transformations aussi graves que celle qui commence ne sont pas l’œuvre d’un jour : il faudra du temps avant que la masse ouvrière soit tout entière conquise par les méthodes nouvelles. Que sur le terrain des faits économiques le succès ne réponde pas aux espérances illimitées que les chefs ont fait miroiter, et les travailleurs pourront se reprendre et revenir à leurs traditions anciennes. Dans le développement des faits économiques, politiques et sociaux — ce n’est pas sans exemple — d’autres tendances moins redoutables peuvent à leur tour prévaloir et retarder à tout le moins l’ère d’anarchie et de violence.
- (1) Ce mouvement a pris naissance dans la masse. « Nous n’avons pas besoin de héros; mais que chacun soit courageux, intelligent et discipliné pour faire de cette grève uu grand succès révolutionnaire. » Daily Mail (édit, parisienne), 24 mai 1912, p. 5, col. 2.
- (2) The Railway Review, 11 mai 1912.
- p.89 - vue 89/950
-
-
-
- AGRICULTURE
- LA PETITE CULTURE DANS L'ARDÈCHE
- Rapport de M. Hitier, membre du Conseil, sur le Prix Meynot.
- Le Prix Meynot, que nous devons à la libéralité de notre ancien et très regretté collègue M. Meynot de Donzère (Drôme), et que le comité d’agriculture avait à attribuer cette année, doit l’être, suivant les termes mêmes de la fondation :
- Au cultivateur, viticulteur ou maraîcher qui, cultivant son bien ou le bien d’autrui en qualité de colon à mi-fruits ou à prix d’argent, avec les bras de sa famille, soit seul, soit avec un ouvrier au plus, donnera le meilleur exemple, par sa conduite, son assiduité au travail, par l’ordre dans son ménage, et qui, par l’application des meilleures méthodes de culture et de l’outillage le plus perfectionné, aura réalisé les meilleurs résultats dans sa petite exploitation.
- C’était dans le département de l’Ardèche que le prix était à décerner en 1912.
- Notre Société, dès 1910, avait fait connaître, par une note adressée aux sociétés et syndicats agricoles, aux professeurs d’Agriculture, aux journaux de l’Ardèche, etc., le programme du prix Meynot. Une quinzaine de petits cultivateurs nous ont adressé les titres qu’ils pouvaient avoir pour l’obtention du prix. Afin de contrôler et de comparer la valeur de ces titres, afin de se rendre compte des conditions dans lesquelles se trouvait la famille de chacun des candidats, le comité d’Agriculture décida d’envoyer l’un de ses membres visiter leurs exploitations et me fit l’honneur de me confier cette mission.
- Je me suis donc rendu, en août dernier, dans l’Ardèche; la visite détaillée des différentes exploitations dans les régions les plus diverses de l’Ardèclie m’a permis de réunir un certain nombre d’observations qui, je l’ai pensé du moins, pourraient peut-être présenter quelque intérêt au point de vue de la situation actuelle de la petite propriété, de la petite culture dans ce département; je les expose, aussi brièvement que possible, dans ce rapport dont je vous prie toutefois d’excuser la longueur.
- Le département de l’Ardèche a été formé de l’ancienne province du Viva-
- p.90 - vue 90/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE DANS l’aRDÈCHE.
- 91
- rais; or 1’un des descendants d’une des plus illustres familles de ce pays, le vicomte E. Melchior de Vogüé, dans ses notes sur le Bas Vivarais, écrivait :
- Il y a des régions plus majestueuses dans notre France;il ny en a pas à ma connaissance de plus originale et surtout de plus contrastée, où l'on puisse comme ici passer en quelques heures de la nature alpestre à la nature italienne ; il n’y en a pas où l'histoire de la terre et des hommes soit écrite sur le sol en caractères aussi clairs, aussi vivants (1).
- Les pentes abruptes de la montagne dévalent de la crête supérieure des Cévennes au lit du Rhône; toutes les altitudes, tous les sols se rencontrent dans l’Ardèche, le pays le plus âpre et le plus haché de la République, écrivait en l’an X le préfet Gafarelli, cahot de montagnes aux crêtes saillantes, le plus souvent privées de végétation, coupées de vallées profondes et étroites aux pentes raides et abruptes. Les plateaux sont peu nombreux et d’assez faible étendue, presque partout la terre cultivable fait défaut, d’où la nécessité de la construction de cette multitude de terrasses, érigées sur les pentes et destinées à retenir le sol. Et l’on est pris d’un véritable sentiment d’admiration pour le paysan ardéchois obligé de porter à dos d’homme toutes les matières fertilisantes utiles à ces « é champ s » souvent de médiocre qualité et de surface très réduite, et de redescendre de la même manière les maigres récoltes obtenues (2).
- Toutes les cultures se rencontrent dans le département de l’Ardèche, mais aucune, sauf la vigne, le mûrier et le châtaignier, la pomme de terre, les prairies, n’y est importante, et encore, le climat limite ces cultures à des régions nettement déterminées.
- Chaque fois que cela lui est possible et au détriment d’un profit qui pourrait être plus considérable, le cultivateur ardéchois fait produire « de tout » à sa terre (3).
- Tel est le cas, évidemment, de plusieurs cultivateurs dont nous avons eu l’occasion de visiter les exploitations en août dernier, comme concurrents du prix Meynot, mais, à côté d’eux, nous avons été heureux d’en rencontrer, surtout parmi les jeunes, qui, profitant des conditions économiques modernes, de la facilité des transports, des débouchés ouverts aux produits maraîchers et fruitiers, s’adonnent à ces cultures relativement nouvelles, en sachant habilement se spécialiser.
- Chez les uns et chez les autres, hâtons-nous de le dire, nous avons retrouvé cette opiniâtreté, cette ténacité au travail qui, de tout temps, ont caractérisé le le cultivateur du Vivarais et qu’A. Young avait tant et si justement admirées,en parcourant ces mêmes régions à la fin du xvme siècle.
- M. X... exploite, dans les environs de Saint-Agrève, une douzaine
- (1) Note sur le Bas Vivarais. (Revue des Deux Mondes, septembre-octobre 1892).
- (2-3) Notice sur le Commerce des produits agricoles. Ministère de 1? Agriculture.
- p.91 - vue 91/950
-
-
-
- 92
- AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- d’hectares; sa ferme se trouve sur ce haut plateau granitique de 1 000 à 1100 mètres d’altitude, que dominent les sommets volcaniques du mont Mézenc, et du Gerbier-des-Joncs. Cette partie du Haut Vivarais, par ses cultures, ses mœurs, doit être rattachée au Massif central de la France. Au milieu des bois de sapins, de vastes clairières sont occupées par des prairies, des cultures de seigle, d’avoine et de pomme de terre. Dans les moindres dépressions du sol les eaux tendent à rester stagnantes, la principale amélioration serait donc ici le drainage; c’est ce qu’a compris M. X..., qui a entrepris d’assainir ses prairies par rétablissement de nombreux fossés. Le principal revenu de l’exploitation provient de la vacherie (6 vaches), dont le lait est utilisé à faire du beurre, le petit lait sert à l’engraissement des porcs.
- Le ménage de notre candidat a eu 9 enfants, mais 3 seulement vivent encore aujourd’hui; c’est que la vie est particulièrementrude sur ces montagnes ; et du reste, le père et la mère ont dû s’épuiser au travail pour éteindre les dettes contractées à la mort de leurs parents, avant acheté fort cher la part de la propriété qui revenait à leurs frères et sœurs. C’est le cas d’un grand nombre des concurrents dont nous allons continuer à voir les exploitations.
- Tandis que le versant occidental de la chaîne des Gévennes s’abaisse vers l’Océan par une pente insensible, « le versant oriental s'écroule brusquement dans la région du grand fleuve méditerranéen (1) », et ce versant lui-même est entaillé de gorges profondes et pittoresques : telle par exemple celle où l’Erieux s’est creusé un passage pour ses eaux torrentielles. Sur le flanc gauche de cette vallée de l’Erieux, près de Chalançon, M. D... exploite une petite propriété de 8 hectares, mais le sol granitique, constitué ici par la roche que les géologues désignent sous le nom d’aplite, roche sans mica ou à mica blanc prédominant, recherchée surtout pour l’empierrement, est particulièrement ingrat pour la culture ; en outre les pentes sont tellement abruptes à Chalançon que les étroites bandes de terres cultivées doivent être soutenues par des terrasses en pierres sèches. Les bâtiments eux-mêmes de la petite ferme de M. D... se trouvent disposées sur trois terrasses étagées les unes au-dessus des autres. Sur la plus élevée la maison d’habitation, proprement dite, composée de 3 pièces basses, dont l’une sert de cuisine, les 2 autres de chambres, partout le sol en terre battue simplement.
- Par une sorte d’échelle, décorée du nom d’escalier, on descend au grenier installé sur une terrasse inférieure, et, plus bas enfin, sur une troisième terrasse nous rencontrons l’étable renfermant les 3 vaches qui servent surtout ici comme bêtes de Irait pour les labours et les charrois.
- (1) Df. Voaüé : Notes sur le Ras Vivarais.
- p.92 - vue 92/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE DANS L’ARDÈCHE..
- 93
- Des 8 hec|ares de la propriété, landes et rochers occupent la plus grande étendue; cependant près des bâtiments, en terrasses, sont cultivés quelques plants de choux, des pommes de terre, du seigle, du blé, du colza même pour avoir de l'huile. C’est bien le type de la ferme où l’on fait un peu « de tout ». La famille tâche de vivre sur sa terre. Les ventes sont quelques châtaignes, quelques pommes de terre, de loin en loin une vache. Mais M. D... garde ses bêtes le plus longtemps possible, il m’en montrait une qui avait seize ans et il ne pouvait se décider à s’en débarrasser: « Elle est, me disait-il, si bonne laboureuse, sait si bien passer par tous les sentiers ! »
- Resté veuf avec deux enfans, âgés maintenant de seize et quatorze ans, notre concurrent espère, avec leur aide, arriver à cultiver une plus grande étendue, et à augmenter les ventes;, il sait, du reste, la valeur de certains engrais, il emploie, chaque année, quelques sacs de scories; mais la gare, où il faut aller chercher ces engrais, est dans le fond de la gorge de l’Erieux, h 400 mètres au-dessous de la petite ferme.
- La Montagne des Coirons dresse sur la rive droite du Rhône, en face de Montélimar, ses coulées basaltiques coupées à pic et formant une ligne continue d’escarpements au-dessus des marnes et calcaires de l’infracrétacé. L’altitude du Massif des Coirons est de 700 mètres environ; mais, sur ces terrains volcaniques, naturellement riches en éléments fertilisants et chauds à cause de leur couleur foncée, les prairies artificielles réussissent à merveille, et même la luzerne et le trèfle y grainent bien ; l’orge y est cultivée en grand pour la brasserie ; l’élevage, d’autre part, des chevaux, des bêtes à cornes et des moutons y est partout pratiqué.
- C’est sur les bords mêmes du massif des Coirons, aux Avias, dépendance de la commune de Mirabel, que se trouve l’exploitation de la famille Debos, une des plus intéressantes que nous ayons rencontrées dans notre tournée de l’Ardèche. Les Debos possèdent aujourd’hui 25 hectares; mais, sur ces 25 hectares, plus de la moitié sont en landes et en bois de châtaigniers le long des pentes absolument abruptes de la gorge d’où descendent les eaux de la Cla-duegne. Dans les parties moins abruptes et sur le plateau même le sol est occupé par la luzerne, par le blé et par l’orge : Joseph Debos cultive assez de blé pour sa nombreuse famille et vend en moyenne chaque année 250 francs d’orge, 700 à 800 francs de foin, 500 à 600 francs de graines de luzerne, il tire aussi grand profit de son bétail qui comprend 4 vaches à lait et 6 jeunes bêtes, une jument et son poulain, deux mulets (1).
- (I) Les vaches sont de race tarine, les veaux mâles, gardés jusqu’à dix-huit mois, sont vendus environ 200 francs; le lait des vaches, passé à l’écrémeuse en partie, sert à faire du beurre. L’on vend pour 400 à 600 francs de jeunes bêtes, pour 300 francs de beurre par an.
- p.93 - vue 93/950
-
-
-
- 94
- AGRICULTURE.
- JANVIER 1913,
- La famille se compose du père et de la mère, de la vieille mèje restée avec son fils aîné Joseph Debos, et de sept enfants tons bien portants, pleins de vie et d’entrain, l’aîné n’a que quatorze ans. La maison d’habitation, accolée au ilanc de la montagne avec les étables et les caves au-dessous, est remarquablement tenue par Mme Debos; dans toutes les pièces règne la plus grande propreté, comme aussi un ordre parfait. Le jardin potager construit en terrasse, à côté de la maison, est également très bien tenu et abondamment garni do légumes, le jardin est copieusement arrosé, du reste, par les eaux d’une source que M. Debos a su capter et amener d’assez loin.
- Revenant du service militaire avec les galons de sous-officier, Joseph Debos n’a pas hésité à retourner à la terre, à aider ses parents dans la culture. A la mort de son père, il y a neuf ans, la propriété fut partagée entre les trois enfants ; Joseph Debos racheta la part de l’un de ses frères 6 000 francs, sa part de dettes s élevait en outre à 3 000 francs. Aujourd’hui ces 9 000 francs ont été' remboursés grâce au travail opiniâtre, à l’ordre, à l’économie de M. et de Mme Joseph Debos.
- Nous avons trouvé là, aux Avias, certainement un des meilleurs exemples que l’on puisse rencontrer, du paysan français, vivant de sa terre et sur sa terre, parvenant à y élever une nombreuse et belle famille et à y prospérer, et cela quelque grandes qu’aient été les difficultés du début.
- Quittant les Avias pour redescendre à la gare de Saint-Jean-le-Centenier, nous nous sommes arrêté un instant au village même de Mirabel. De la tour de Mirabel l’on découvre une des plus belles vues du Bas Vivarais : à l’est au delà de la vallée du Rhône les Alpes el le Ventoux, à l’ouest la chaîne des Cévennes, au sud, les collines de Villeneuve-de-Berg; au pied môme de ces collines, hélas! complètement dénudées aujourd’hui, au milieu des champs de mûriers et des vignobles, à l’encontre d’un bois de chênes, l’on distingue nettement le Pradel, la terre d’Olivier de Serres (fig. 1), où notre grand agronome éprouva d’abord, par la pratique, les préceptes qu’il nous a laissés dans son Théâtre d! agriculture et me.s nage des champs.
- La Boissière (1) dans sa notice sur Olivier de Serres, sieur du Pradel, rapporte un distique conservé au Pradel et qui renferme, en peu de mots, les diverses beautés que présentait cette demeure dans le temps d’Olivier de Serres, le sens de cette inscription est à peu près le suivant :
- « Champs, prés, vergers, vigne, forêt ; eau courante, manoir champêtre ; au Pradel tout est plein d’attrait; le séjour est digne du maître ».
- L’on sait quel rôle revient à Olivier de Serres dans les progrès de l’agricul-
- (1) La Boissière avait été avocat général au Parlement de Grenoble.
- p.94 - vue 94/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE DANS l’aRDÈCHE.
- 95
- ture en France au xvi1' siècle; c’est à lui notamment que l’on doit l’introduction et la propagation de la culture des mûriers en France; en 4599, il publiait F « Art de la cueillette de la soie » ; longtemps le mûrier demeura l’arbre d’or pour cette région du sud-est de la France.
- Après la crise de 4852, grâce aux illustres travaux de Pasteur, les maladies du ver à soie ont pu être combattues ; aujourd’hui les prix de vente des cocons sont à peu près les mêmes que ceux d’il y a cinquante ou soixante ans, les rendements ont plus que doublé (40 kilos par once au lieu de 20); il faut donc espérer que l’élevage du ver à soie ne continuera pas à être abandonné par
- Fig. 1- — Le domaine du Pradel. — Au pied des collines de Villeneuve-de-Berg.
- les petits éducateurs, comme il l’a été ces dernières années. Il reste plus que jamais pour eux une source de profits (4). Les mûriers sont encore très nombreux dans la région de Privas et en particulier dans cette largo dépression qui s’étend entre les montagnes des Coirons et les collines crétacées de la rive droite du Rhône, du côté du Pouzin, de Saint-Léger, de Saint-Vincent-des-Barres, etc. La vente des cocons, par exemple, reste une des principales sources de revenus de la iamille dont nous visitions l’exploitation près de Saint-Vincentdes-Barres ; mais au lieu de mûriers plantés un peu partout en plein champ, et gênants dès lors pour les travaux de culture et de
- (j) Voir "sur ce sujet le rapport de M. Lambert, Sur les moyens à employer pour augmenter la production du cocon. Ministère de l’Agriculture, Office des renseignements agricoles, llulletin de juillet 1912.
- p.95 - vue 95/950
-
-
-
- 96
- AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- moisson que i’on est obligé aujourd'hui d’exécuter avec des machines, les nouvelles plantations se font maintenant de préférence dans des -enclos spéciaux.
- Le mûrier, la vigne, le châtaignier, ces cultures si caractéristiques du Bas Vivarais, occupent la plus grande partie des douzes hectares que M. Henri Soulerin possède à.loannas, à quelques kilomètres à l’ouest de Largentière.Le sol granitique de cette région est extrêmement accidenté. Depuis l’âge de dix-sept ans M. Soulerin cultive ce petit domaine; à côté même de son habitation, nous avons vu quelques champs en pommes de terre et seigle, plus loin une prairie couverte de mûriers et de pruniers; en coteaux, M. Soulerin a planté des vignes ; celles-ci, objet de tous ses soins, présentent la plus belle végétation; c’est le vin du reste qui forme le principal revenu de la petite propriété.
- Mais le grand mérite du concurrent a été de comprendre l’utilité du reboisement le long des pentes les plus abruptes de la montagne ; ses plantations de pins, aujourd’hui d’une belle venue, garnissent les crêtes et font le plus heureux contraste avec les parties dénudées et ravinées qui les entourent sur la même montagne. On ne saurait trop le répéter: « Dans toutes ces vallées cévenoles, le reboisement en grand, d’une façon méthodique et suivie, serait le salut du pays, le seul moyen de conjurer des inondations chroniques et de retenir les dernières terres arables qui fuient entre les mains du cultivateur sur ces roches déclives (1). »
- En même temps qu’il garnissait ainsi de pins les pentes incultes et dénudées, M. Soulerin ne négligeait pas les châtaigneraies qui s’élevaient sur les parties moins élevées; tous les ans il les laboure, tous les quatre ou cinq ans il apporte, au pied de chaque arbre, quelques kilogrammes de superphosphate. Aussi combien vigoureux apparaissent ses châtaigniers, comme on les remarque au milieu des châtaigniers d’alentour quasi complètement abandonnés et dépérissant ! Combien plus facile chez lui est la récolte des châtaignes ! quasi impossible du reste ailleurs, là où sous les arbres pousse abondante et drue la bruyère.
- Les plus beaux châtaigniers poussent naturellement sur les terrains les plus riches, dans cette région du Bas Vivarais, sur les traînées volcaniques qui relient à travers les Cévennes les Coirons au Mézenc. « Groupés en masses puissantes ou profilés élégamment sur les crêtes, ces arbres atteignent ici la vigueur et la majesté de nos chênes du Nord, il n’est pas rare d’en rencontrer
- (1) Noies sur le Bas Vivarais.
- p.96 - vue 96/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE DANS l’aRDÈCHE.
- 97
- qui mesurent cinq à six mètres de tour (1). » A. Young avait noté déjà la beauté des châtaigniers sur la route de Thueyts à Aubenas : « il s’en trouve, écrit-il, dont la circonférence est de neuf à dix pieds et qui ont cinquante ou soixante pieds de hauteur », c’est que, prend-il soin d’ajouter, « ce bel arbre se plaît dans les terrains volcaniques ». En amont de Vais, dans ces vallées de l’Ardèche, de la Faucillière, de la Bourges, au-dessous des châtaigniers, « dans les fonds tièdes, les vergers de mûriers et de vignes échauffent le regard », le long des cours d’eau nombreux se succèdent les moulinages et les filatures, tandis que sur les
- Fig. 2. —La vallée de l’Ardèche en amont de Vals. — Au premier plan une filature le long de la rivière ; sur les coteaux, cultures en terrasse et châtaigniers.
- coteaux au milieu de véritables vergers sont disséminées les habitations des petits cultivateurs (fig. 2) ; c’est un des coins les plus riches du Bas Yivarais. La famille Teyssier, dont un des membres s’était fait inscrire comme concurrent du prix Meynot, habite précisément le hameau du Pouget dépendant de la commune de Saint-Pierre-de-Colombier dans la vallée de la Bourges, à une douzaine de kilomètres à l’ouest d’Aubenas.
- Le bien de la famille Teyssier était assez important, il fut estimé à la mort du père 45 000 francs ; mais il était encore grevé de 4 5 000 francs de dettes et il y avait neuf enfants. Maison et champs furent rigoureusement partagés entre chacun de ceux-ci, de sorte qu’aujourd’hui l’ancienne habitation a été séparée en une série de logements distincts fort mal desservis, tandis que les terres
- (i) De Vogué, Notes sur le Bas Vivarais.
- Tome 119. — luv semestre. — Janvier 19J3. ?
- p.97 - vue 97/950
-
-
-
- 98
- AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- étaient morcelées à l’extrême, chacun des héritiers devant avoir sa part de prés, de châtaigniers, de vignes, etc.
- M. Olivier Teyssier, pour pouvoir cultiver, tant bien que mal, acheta la part de deux de ses frères, mais malgré un travail opiniâtre il n’est pas encore parvenu à éteindre; les' emprunts qu’il a dû contracter à cette occasion.
- Contre la maison même il a d’abord défriché une partie de lande pour se créer un jardin de quelques ares ; plus loin il a transformé en verger une autre lande sur un terrain très en pente exposé au couchant, tandis que, le long des pentes exposées cette fois au levant et au midi, il a créé une pépinière de vignes sur tles terrasses qu’il a construites lui-même et, pour arroser ses plants de A igues, il a su y amener l’eau d’une façon fort ingénieuse.
- Il a capté, à cet effet, une source dont il amène l’eau à l’aide d’un simple tuyau en plomb faisant siphon; cette eau se déverse dans un bassin cimenté établi sur la terrasse supérieure de sa pépinière; de cette façon il peut, grâce à la pente, arroser toutes les autres terrasses. C’est lui-même qui a fait tout ce travail, construit les murs des terrasses, défoncé le terrain; au moment de notre visite, il édifiait un nouveau mur de pierres sèches, composé en réalité d énormes blocs de rochers, le long même du lit d’un torrent pour en soutenir la berge et gagner encore quelques mètres de terrain.
- La principale source de revenus de cette petite propriété provient de la vente des plants de vignes, mais aussi maintenant de la vente des prunes et des cerises. Les arbres fruitiers, notamment le prunier, tendent, en effet, à prendre dans ces vallées en amont de Vais une très grande importance, la prune y fait l’objet d’un commerce d'exportation considérable, mais jusqu’ici cetait surtout une grosse prune violette, un Damas que l'on récoltait; le fruit est expédié en Angleterre pour la préparation des marmelades et des confitures. Grâce à l’active propagande des inspecteurs commerciaux de la Compagnie 1*.-L.-M., de plus en plus aujourd’hui, l’on greffe à la place de ces Damas qualifiés irrévérencieusement de prunes à cochon, des reines-Claude (1).
- M. Teyssier, à coté de sa pépinière de vignes, a également une pépinière de
- (i) Dans le Bulletin-journal de la Société des Agriculteurs de la Drôme, juillet 1912, était iliséré cet avis (p. 162) : « Dans le but d’augmenter la production des Prunes reines-Claude vertes qui sont reconnues d’excellente vente, quand elles sont de grosseur convenable (16 à 18 fruits la livre), en France, à Paris, en Angleterre, en Allemagne et en Suisse, la Compagnie P.-L.-M. distribue gratuitement des greffons aux propriétaires qui ont d’autres pruniers donnant des fruits se vendant mal. »
- Nous avons eu la bonne fortune de rencontrer précisément à Largentière le très distingué agent commercial de la Compagnie P.-L.-M., M. Blanchin. Avec le plus grand zèle, par des conférences, des visites aux cultivateurs, M. Blanchin s’efforce de persuader les propriétaires du Bas Vivarais de l’intérêt qu’ils auraient à propager dans leurs cultures les bons fruits, ceux assurés de trouver des débouchés en France et à l’étranger. A côté des cei'ises, des pèches, des abricots, la prune doit prendre une bonne place dans les vergers ardéchois. Sur
- p.98 - vue 98/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE DANS l’aRDÈCHE.
- 99
- jeunes plants de mûriers, et, bien entendu, comme la plupart des petits propriétaires de l’Ardèche, il élève chaque année deux onces de vers à soie.
- Tout dans cette exploitation se fait à bras ; mais les aînés des six enfants de M. Teyssier pourront désormais l’aider dans son rude labeur.
- Saint-Pierre-de-Golombier possède un syndicat agricole ; M. Olivier Teyssier en est le président ; il est aussi à la tête d’un groupement qui vient de se former dans la même commune pour établir une boulangerie coopérative.
- M. Paulin Delhomme, à Longuefayssole, commune de Chassiers, dans la région montagneuse au Nord-Ouest de Largentière, est lui aussi le type du travailleur acharné, mais en même temps du chercheur à l’affût de nouvelles variétés de fruits et sachant utiliser lui-même l’hybridation pour les obtenir.
- Sa petite propriété s’étage sur des pentes granitiques très abruptes et c’est, encore ici, sur une série de terrasses établies à l’aide de murs en pierre sèche, le terrain défoncé à la pioche, queM. Paulin Delhomme cultive fraises, asperges, pêches, pommes, vigne, etc. Tous ces jardins en terrasse sont arrosés grâce à des sources captées plus haut, dont les eaux sont recueillies dans de petits bassins disséminés sur la propriété.
- Les fraises sont la principale culture de M. Paulin Delhomme, ses hybrides remontants lui permettent de les récolter de tin mai à fin novembre. Les plants sont arrosés trois fois la semaine; fumés au début de la saison avec du fumier de poulailler, ils reçoivent plus tard du tourteau de Sésame comme engrais.
- Tout le long des murs, qui soutiennent les terrasses, courent des framboisiers hybrides de ronces, qui portent des framboises magnifiques.
- Le verger de pêchers de Longuefayssole est garni surtout de pêches tardives; grâce au sulfatage des arbres avant le débourrage au printemps, les pêchers sont préservés de la cloque.
- Tous les travaux qu’exigent ces minutieuses cultures maraîchères et fruitières sont faits à bras et tous les produits récoltés sont descendus à Largentière dans une charrette que M. Delhomme pousse lui-même.
- En dehors des fraises, des pêches, des prunes, du raisin, nous retrouvons à Longuefayssole le châtaignier et le mûrier; la famille Paulin Delhomme élève régulièrement deux onces de vers à soie. Mais ceci est surtout le travail de la mère et des trois enfants ; une jeune fille de dix-huit ans, une seconde de quatorze ans et un fils de dix ans.
- De nombreuses récompenses dans les concours sont venus déjà récompenser les grands mérites de M. Paulin Delhomme et de sa famille.
- beaucoup de points du Vivarais, dit en effet M. Blancbin, le sol des vallées et des coteaux convient excellemment au prunier. — La judicieuse propagande de M. Blanchin a obtenu déjà d’excellents résultats.
- p.99 - vue 99/950
-
-
-
- 100
- AGRICULTURE. --- JANVIER 1913.
- Les exploitations que nous venons de voir jusqu’ici se trouvaient toutes dans la région des montagnes ou des vallées granitiques et volcaniques de l’Ardèche ; celles qu’il nous reste à visiter maintenant — au delà de l’étroit couloir du Bas Vivarais où se presse autour d’Aubenas, sur les terrains marneux du lias et les alluvions, une population très dense, — appartiennent aune toul autre région par la nature du sol, par le climat; et nulle part en France peut-être n’est-il donné d’observer pareil contraste entre deux régions toutes voisines ; c’est que, comme l’a écrit Melchior de Vogué, « la Provence avec tout ce qu’il y a d’extrême et de capiteux dans sa chaude nudité, s’échappe des gorges montagneuses et s’épand au large dans la plaine d’Aubenas », et voici comment l’illustre écrivain décrit cette nouvelle région :
- C’est un enchantement, quand on s’est chaude le matin sous le manteau de l’àtre, de pouvoir le soir même, à quelques portées de fusil au delà de Vais, respirer de nouveau les vapeurs dorées et les chaudes émanations de la terre provençale.
- Car c’est bien la Provence qui nous appelle là-bas au sud. En arrivant sous Aube-nas, l’Ardèche détale enfin dans une large vallée. La petite ville pelotonnée autour de son vieux château, découpe son élégante silhouette au sommet d’une colline ; sentinelle placée là pour garder les défilés des montagnes, elle se dresse, inquiète, au-dessus de sa ceinture de jardins. La rivière s’enroule à ses pieds, saignée par les prises d’eau des magnaneries et des moulinages. La position d’Aubenas, au centre de ce paysage gracieux au premier plan, grandiose à l’horizon, semble choisie parle plus habile peintre de panoramas; et sa banlieue offre un contraste piquant: l’abondance des eaux entre les vignobles, les mûriers ; la fraîcheur et ranimation des vergers normands dans la végétation méridionale, habituellement si sèche, si morne. Cette oasis prend vite fin. L’Ardèche rencontre devant elle des chaînes de hauteur qu’elle traverse ou contourne par d’étroites brèches. Des montagnes continuent d’enclore le bassin, le séparant du Rhône et des plaines du Gard; mais elles n’ont plus rien de commun avec celles d’où nous sortons ; aussi nues que les autres étaient boisées, ces longues croupes baignées de lumière rappellent au regard, par la finesse de leurs lignes et l’éclat de leurs couleurs, les encadrements des vallées grecques ou italiennes. Le calcaire a succédé brusquement au granité. Le sol aride, caillouteux, prend une teinte rouge sous les lentisques et les oliviers; la rivière coule entre des murailles blanches, taillées à pic, divisées en assises régulières par des stries longitudinales; le chêne vert s’agrippe aux corniches et couronne les entablements ; les villages plaqués contre ces parois se confondent avec elles dans la même tonalité d’un gris éblouissant. Voilà bien les aspects essentiels de notre Midi; la subordination de tous les éléments du paysage à la pierre, la blancheur diffuse de cette pierre polie par les eaux, la végétation rabougrie et luisante sur un pulvérin d’ocre jaune.
- C’est à Balazuc, sur les bords de la faille profonde où serpente l’Ardèche, que cette nature acquiert toute son intensité. Partout la roche; la terre, réduite au minimum, disparaît dans les champs, sous de larges tables calcaires ; quelques arbustes, quelques sarments de vignes se tordent désespérément dans les cassures de ces dalles. Sol indigent et noble, terre arable, toute d’os et de muscles, sans chair. Mon voiturier me le disait très bien : « Ah! monsieur, la terre est si nerveuse ici... » Le village lui-même a
- p.100 - vue 100/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE DANS l’aRDÈCHE.
- 101
- une flère mine africaine, avec ses rues voûtées, ses petites maisons en terrasse, son maigre clocher, fait comme un minaret, et ce donjon ruiné des Balazuc, véritable affût des corsaires barbaresques.
- On dirait que tous les trésors du soleil se dépensent là, dans la folle incandescence de midi, sur cette lande pâmée, stridente du cri des cigales.
- De chaque brin de plante qui vit dans cette roche, lavande, thym, pauvres touffes de buis et d’yeuse, l’embrasement dégage des arômes violents. Griserie une et multiple de la vue, de l’ouïe, de l’odorat; joie intime de tout l’être, qui reprend contact avec le creuset brûlant d’où il a tiré ses esprits vitaux. Mais pas plus que la vie on ne peut rendre avec des mots cette chaleur mère de vie.
- Les Gras, cette bande de calcaires jurassiques, qui étendent un désert de pierre entre la vallée du Rhône et le bord du Massif central (1), que l’Ar-dèche à Vogüé, puis la Beaume, le Chassezac traversent en cluses, étaient jadis couverts, du moins en partie, de vignobles et d’oliviers; pour planter la vigno l’on s’était contenté de piocher superficiellement le terrain, d’enlever les plus grosses pierres, que l’on avait amassées en tas; mais là où les plateaux présentaient la moindre pente, les pluies avaient entraîné le peu de terre qui s’y trouvait à la surface et le roc apparaissait alors à nu.
- Aujourd’hui le roc apparaît partout à nu sur les Gras, depuis que le phylloxéra y a détruit les vignes, et rien ne peut alors donner l’aspect de désert et de nudité de ces plateaux.
- C’est cependant sur l’un d’eux, au Gras de Joyeuse, que M. Louis Roussel est parvenu à créer une véritable oasis, garnie des plantes les plus variées, abritant une habitation confortable, où l’on sent une famille heureuse de vivre bien chez elle. La petite propriété de M. Roussel, d’un seul tenant, s’étend sur une surface de 24000 mètres carrés. Le terrain exposé au midi est en pente assez accentuée : entre le haut et le bas de la propriété existe une différence de niveau de 25 à 30 mètres. Dès lors, pour retenir le peu de terre végétale qui existait sur les rochers des Gras, il fallut établir une série de terrasses maintenues par d’épaisses murailles.
- Laissons M. Roussel nous expliquer lui-même comment il exécuta ce travail :
- « Outre la muraille qui clôt la propriété et que j’ai faite ou réparée en partie, la longueur des murailles construites peut être éA^aluée à plus de deux kilomètres, ayant une hauteur moyenne de 1 mètre 50 et une largeur moyenne de 2 m.‘50. Ces dimensions, qui pourraient paraître exagérées pour ceux qui ne connaissent pas le sol de chez moi ont été nécessaires pour maintenir le terrain et pour loger les pierres extraites de la terre. Celle-ci a été défoncée à l’aide de la pioche et du pic à une profondeur d’un mètre en moyenne; les
- (I) Vidal de la Blache, Tableau de la France,
- p.101 - vue 101/950
-
-
-
- 102
- AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- rochers divisés et cassés à force de bras ont servi à faire les murailles. Seuls quelques gros blocs ont été laissés. La terre bien enlevée de remplacement des murailles a servi à remplacer les vides creusés par les rochers enlevés. Par ces moyens nécessitant un long travail, l’épaisseur de la couche arable varie entre 80 ou 90 centimètres.
- « Il y a vingt-deux étages ou « favsses » (nom sous lequel on désigne les terrasses dans la région), sans compter quelques-unes de petite étendue que la conformité du terrain et des rochers forçait à faire, soit par économie de travail on par meilleure disposition des terres. Au haut de la propriété la colline
- formant comme un demi-dôme, j’ai donné aux murailles pour assurer aux « faysses » une surface plane, la courbe des flancs de la colline, toujours dans le sens le plus propre à assurer la parfaite stabilité des terres. »
- Cette description de M. Roussel est de tous points exacte, et l’on juge dès lors quel temps et quelle somme de travail il a fallu pour arriver à ce résultat. Depuis 1880, M. Roussel y a consacré toutes les heures dont il pouvait disposer, en dehors de ses journées chez les voisins comme manœuvre ou maçon, — il lui fallait bien s’assurer le pain quotidien en travaillant pour autrui, —-souvent même il y consacra une partie de ses nuits pendant la belle saison.
- En même temps qu’il se créait ainsi un peu de terre cultivable, il agrandissait la maison que son père lui avait laissée, petite demeure en pierre sèche comprenant simplement deux pièces au rez-de-chaussée. Il construisit d’abord une étable en 1880, une magnanerie en 1886, creusa une citerne pour recueillir l’eau et ne plus être obligé d’aller se la procurer au loin chez des voisins ;
- p.102 - vue 102/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE DANS L’ARDÈCHE.
- 103
- en 1890 il établit un four à pain, il surmonta sa maison d’un étage et y disposa deux belles pièces confortables ; en 1910 enfin, il agrandit sa magnanerie, et apporta tous ses soins à la rendre le mieux disposée possible pour l’élevage des vers à soie.
- Gomment sont utilisés les 24 000 mètres de terrain disposés en terrasses successives, comme nous l’avons rappelé plus haut ? Sur les terrasses supérieures sont plantées les vignes, trois rangées de vignes par « faysse » ou terrasse, des mûriers alternant avec les ceps le long même du bord des murailles.
- Dans les terrasses inférieures, le long des murs qui entourent la propriété, sont plantés grand nombre d’arbres fruitiers, figuiers, pêchers, oliviers, etc., etc. Tous ces arbres, de même que les mûriers, ont été greffés par 4L Louis Roussel en espèces reconnues les meilleures pour la région.
- Les 1 300 plants de vignes ont donné, ces dernières années, environ 10 hectolitres de vin;
- 70 oliviers, 300 kilos d’olives et 60 kilos d’huile ;
- Les 40 figuiers 600 à 700 kilos de figues sèches.
- Une partie des terrasses, environ 7 000 mètres, est cultivée en céréales, blé, avoine, seigle, alternant avec des plantes, racines, pommes de terre ou betteraves, ou encore des vesces et des fèves.
- Les céréales, semées à la volée, sont cultivées à la pioche à deux branches; sarclées avec soin au printemps, elles donnent une récolte correspondant à 20 hectolitres à l'hectare.
- Le petit cheptel de l’exploitation comprend 2 porcs qui sont engraissés, et dont l’un est mis au saloir, l’autre vendu; l’hiver, 3 ou 4 brebis ou quelquefois une vache sont gardés 2 à 3 mois, nourries fortement avec quelques racines, balles de céréales, feuilles de mûriers et farine d’orge. Quelques lapins et poules complètent la basse-cour.
- Un rucher formé d’une vingtaine de ruches fournit un miel d’excellente qualité.
- En résumé, M. Roussel estime ainsi le produit brut de son petit domaine :
- 160 à 180 kil. de cocons payés 8 francs le kil. (1) . . . 480 à 600 francs.
- 10 hectolitres de vin................................... 300 —
- 1 porc gras............................................. 180 .
- Bénéfice des animaux hivernés.................................. 50 —
- 60 kil. d’huile à 2 francs le kil............................. 120 —
- 600 kil. de figues à 20 francs les 100 kil............ 120 —
- 8 hectol. de grains à 15 francs l’hectolitre................. 120 —
- 1000 kil. de pommes de terre à 10 francs les 100 kil. . . 100 —
- Le miel vendu 1 fr. 80 le kil. et la cire 3 francs. . . . 100 —
- (1) M. Rey, filateur à Joyeuse, a tenu à nous certifier la très bonne qualité des cocons de M. Roussel, toujours supérieure à la normale; il nous a cité également la magnanerie comme tenue suivant toutes les règles de l’hygiène, parfaitement aérée, etc.
- p.103 - vue 103/950
-
-
-
- 104
- AGRICULTURE
- JANVIER 1913.
- Soit un revenu brut de 1500 à 1 600 francs, et M. Roussel s’estime ainsi largement payé de ses peines et. très satisfait.
- M. Roussel est aidé dans son travail par sa femme, son fils âgé de vingt-cinq ans qui rentre du service militaire et vient de se marier.
- Ce dernier est bien résolu à continuer l'œuvre de son père et à vivre au Gras de Joyeuse. Il s’intéresse d’une façon toute particulière à tout ce qui regarde Inculture, il s’est composé une petite bibliothèque renfermant, déjà les
- En .. 4. — Les G ii a s des Assioxs. — Les murs ont élé établis avec les pierres extraites en défonçant
- le terrain pour planter de la vigne.
- principaux ouvrages qui peuvent lui fournir des renseignements utiles et lui permettre d’acquérir quelques notions scientifiques.
- Le vieux ménage a cédé la place au jeune et s’est installé, dans une aile de la maison, une bonne chambre, meublée très simplement, mais avec goût, et le père y a accroché les souvenirs du régiment auxquels il tient beaucoup : ses épaulettes, son pompon, et le cadre renfermant son brevet de moniteur de bâton.
- L’ensemble de la propriété de M. Roussel est admirablement tenu, c’est un véritable jardin, et la maison très propre, plaisante même et coquette.
- Nous avons été heureux de trouver au Gras de Joyeuse l’un des meilleurs exemples de l’attachement à la terre, et nous avons eu en même temps la grande satisfaction d’y rencontrer une famille sentant tout le prix d’être « chez soi » et ayant su y être bien.
- Plus déshérités encore peut-être que les Gras de Joyeuse, plus rocheux si possible, sont les Gras des Assions, au milieu desquels M. Arnal a entrepris la
- p.104 - vue 104/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE DANS l’aRDÈCHE.
- 105
- mise en valeur d’environ 2 hectares; 220 francs, tel avait été le prix d’achat de ces deux hectares par le père de M. Arnal. Ce seul chiffre indique quelle faible valeur est attribuée à ce sol, où il y a plus de pierres que de terre proprement dite.
- Au lieu de quitter le pays et d’aller en Afrique, comme l’ont fait, dans cette môme région de l’Ardèche, tant de jeunes gens, au retour de son service militaire M. Arnal revint aider son vieux père et entreprit la rude tâche de tirer parti des 2 hectares des Gras.
- Il défonça le terrain, amoncela les pierres qu’il en extrayait en gros murs de 2 mètres de haut et de t mètre d’épaisseur ; il parvint à établir de la sorte une série de carrés où il planta de la vigne et des mûriers.
- Il n’habite pas sur ces Gras mêmes, mais au pied du causse, aux Reys, une maison proprette avec sa femme et quatre enfants dont l’aîné a treize ans.
- Pour gagner sa vie et celle de sa famille. M. Arnal dut travailler comme maçon, et ce n’est que petit à petit, dans ses heures libres, qu’il montait aux Gras pour y créer lui aussi une véritable oasis au milieu d’un désert de pierres.
- En redescendant la pente abrupte qui mène à la vallée, et songeant à la somme énorme de labeur qu’a demandé et que demande toujours une telle entreprise de mise en valeur d’un sol aussi ingrat, nous admirions l’énergie et la ténacité de ce paysan français, dont quelques hectolitres de vin récoltés, les bonnes années, seront la seule rémunération matérielle ; et nous sentions mieux qu’en dehors du gain qu’il peut réaliser sur sa terre, il faut qu'il y ait bien d’autres motifs et d’un ordre plus élevé qui l'y attachent et l’y retiennent.
- Sur la rive droite du Rhône, au sortir des défilés de Viviers et de Donzère, les calcaires crétacés de YUrgonien forment un vaste plateau qui se poursuit au Sud au delà même de l’Ardèche ; au centre de ces garrigues calcaires se trouve le village de Bidon où demeure un autre des concurrents du prix Meynot, M. Mirabel. En quittant Bourg-Saint-Andéol pour aller à Bidon, ce sont d’abord des collines entrecoupées de vallons plus ou moins profonds que l’on traverse ; et tandis que, dans ces fonds, l’on trouve quelques champs de céréales et de luzerne, sur les collines ce sont surtout des oliviers qui garnissent le terrain. Mais au bout de quelques kilomètres, l’on arrive sur le bord d’un vaste plateau légèrement mamelonné, constitué par un calcaire blanc jaunâtre ou grisâtre, qui apparaît à nu presque partout ; ici pas trace de terre végétale, à perte de vue s’étend la garrigue couverte seulement, de place en place, de maigres buissons de buis et de chênes kermès (fig. 5), de touffes de lavande et de thym dont se dégagent des arômes violents et d’où sortent inin-
- p.105 - vue 105/950
-
-
-
- 106
- AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- terrompus les cris stridents des cigales. Sur la route cependant, je croisai plusieurs voitures chargées de lavande et descendant à Bourg-Saint-Andéol ou à Saint-Marcel-d’Ardèche ; elles appartenaient à des cultivateurs de Bidon.
- Bientôt ce village nous apparaît, complètement isolé au milieu des garrigues, accroché au liane d’un rocher, dont tout d’abord l’on ne saurait distinguer les maisons, et l’on se demande comment, dans ce désert de pierres, a pu s’établir un village. Mais en s'approchant l’on voit qu’au pied du rocher aboutit une sorte de vallée sèche de quelques centaines de mètres tout au plus de largeur, et dans cette dépression s’est accumulée un peu de terre, mélangée à la
- Fi«. — Aspect des Garrigues. — Quelques bouquets de chênes buis et de chênes kermès forment la seule végétation au milieu des affleurements calcaires.
- pierre; c’est là que les agriculteurs de Bidon récoltent du blé, de la luzerne dans des champs plantés en meme temps de mûriers, d’oliviers, d’amandiers, etc.
- Tout le parti que l’on peut tirer d’une telle situation, M. Mirabel nous en fournit un exemple frappant. Il exploite dans le vallon 9 hectares, il possède en outre 20 hectares de garrigues, dont 5 à 6 hectares en chênes kermès, il loue enfin 15 hectares de landes sur les mêmes garrigues.
- Sur la terre cultivable il fait du blé, de la luzerne, récolte la feuille de mûrier.
- Sur la garrigue il entretient un petit troupeau de moulons, et il fait du charbon avec ses chênes kermès.
- Année movenne il arrive à récolter 100 à 120 hectolitres de blé dont il vend
- p.106 - vue 106/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE DANS L’ARDÈCHE.
- 107
- la moitié, c’est un revenu de 1 000 francs environ; il vend de la graine de luzerne pour 200 francs ; il élève 4 onces de vers à soie, ce qui lui produit, avec la prime, 700 francs environ; il vend encore pour 250 à 300 francs de miel, pour 500 francs de charbon ; et lorsque des gelées printanières ne sont pas venues détruire la fleur de l’amandier, il a tiré de ces arbres jusqu’à 700 francs. Le troupeau se compose de 65 brebis ; celles-ci font chacune 3 agneaux en deux ans — en septembre, en mai-juin, puis en février. Les agneaux vendus au bout de 50 à 60 jours sont payés environ 20 francs l’un dans l’autre; avec le prix des brebis de réforme le troupeau assure de la sorte un produit brut de de 1500 francs par an, et sans grands frais ; les seules avances pour ce troupeau consistent en l’achat de débris de graines de luzerne, un peu de son pour les agneaux. Presque toute l’année les brebis trouvent leur nourriture dans les garrigues, à la Saint-Michel elles reçoivent en supplément les secondes pousses de feuilles des mûriers, elles consomment encore à la bergerie les débris de litière des vers à soie.
- Outre le troupeau de brebis, le cheptel de M. Mirabel comprend 4 chèvres dont le lait sert à fabriquer des fromages, et 7 à 8 porcs; comme bétail de trait, 2 mules.
- Le père est aidé dans son travail par son fils aîné, qui a quinze ans; quatre autres enfants ne sont pas encore en état de travailler. Un vieil oncle garde le troupeau. *
- M. Mirabel a gardé avec lui son vieux père qui est aveugle, et sa mère qui est infirme.
- Il y a dix-huit ans il prit à bail la maison qu'il habite actuellement et deux hectares autour, moyennant un loyer de 475 francs. Il y a trois ans il acheta le tout 4 500 francs comptant et garantit une rente de 650 francs à l’ancien propriétaire. Dans le partage de famille, qui eut lieu lorsque ses parents se retirèrent, il acheta les parts de deux frères et sœurs pour 7 200 francs. Aujourd’hui toutes ses dettes ont pu être éteintes. La famille habite une maison spacieuse, tenue très proprement; parents et enfants vivent sur leur terre et de la terre, ces derniers en grandissant vont aider leurs père et mère, et il y a tout lieu d’espérer qu’une prospérité toujours plus grande viendra récompenser ces vaillants travailleurs.
- De Bidon à Saint-Marcel-d’Ardèche, quelques kilomètres à travers les garrigues et les conditions de culture changent à nouveau, du tout au tout; sur la roche calcaire reposent une épaisse couche de diluvium et des alluvions anciennes provenant de dépôts du Rhône et de l’Ardèche. Ces dépôts ont formé une série de terrasses, dominant le petit village de Saint-Marcel-d’Ardèche; des vignobles, qui les couvrent, la vue s’étend au loin sur la large vallée du
- p.107 - vue 107/950
-
-
-
- 108
- AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- Rhône qui apparaît ici dans toute son opulente richesse, avec son cadre majestueux de montagnes.
- A Saint-Marcel nous allons visiter l’exploitation de M. Camille Desserre. En 1900, libéré du service militaire, avec le grade de sous-officier, Camille Desserre est bien persuadé qu’en retournant au village et en travaillant la terre il y a autant d’avenir pour un jeune homme que dans un bureau 'de la ville ou comme employé de chemin de fer, mais il sent aussi que les vieilles méthodes de culture peuvent et souvent devront être modifiées; iljdemande à
- Fiu. G. — Lk mixage de Bidon. — Au pied du rocher calcaire, les bâtiments de la ferme de M. Mirabel.
- scs parents de lui abandonner la direction de leur petite exploitation de 3 hectares .
- En 1912 cette exploitation s’étend sur 8 hectares et demi, dont 5 en vignobles. Camille Desserre a pu acheter 3 hectares cjui sont maintenant sa propriété, le reste est exploité soit en fermage, soit en métayage.
- Si les quelques parcelles en céréales et fourrages sont bien tenues, c’est cependant la vigne qui absorbe, et avec raison, presque tout le temps et toute l’activité de M. Camille Desserre. J’ai parcouru ces différents vignobles, la plupart ont été plantés par lui-même, tous sont admirablement tenus ; les précautions ayant été prises à temps pour combattre les diverses maladies, les ceps sont bien sains et étaient abondamment garnis de grappes.
- Très curieux, du reste, de toutes les questions techniques et économiques concernant l’agriculture, M. Camille Desserre lit le plus qu’il peut, suit assi-
- p.108 - vue 108/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE PANS L’ARDÈCHE.
- 109
- dûment les conférences d’agriculture, demande des conseils au professeur d’agriculture, cherche en un mot tous les moyens d’apprendre; il a été à Saint-Marcel un des promoteurs de la création de la Mutuelle agricole incendie, dont il reste le secrétaire.
- De nombreuses récompenses ont déjà reconnu les mérites de M. Camille Desserre, notamment la médaille d’or au concours agricole de l’Ardèche en 1907 pour la parfaite tenue de son vignoble.
- Comprenant les grands avantages d’une bonne vinification et l’intérêt qu’il y a pour un vigneron à posséder, en propre, son matériel vinaire, M. Camille Desserre s’est, petit à petit, procuré pressoir, fouioir, alambic, pompe à vin, etc., les foudres nécessaires enfin pour la conservation du vin. Profitant de quelques relations qu’il avait à Lyon, il a cherché à se créer dans cette ville une clientèle bourgeoise pour y écouler en fûts de 100 litres sa récolte de vin ; aujourd’hui il a pleinement atteint le résultat cherché.
- La maison, le cellier, la cave, les dépendances de la petite exploitation de M. Camille Desserre sont tenus avec autant d’ordre que de propreté ; le mérite en revient pour la plus grande part à sa femme, à la fois excellente ménagère et mère de famille, trouvant, en dehors de ses occupations déjà si absorbantes, encore le temps de tricoter des bas à l’aide d’une machine pour ajouter un supplément au revenu que donne la terre. M. et Mm0 Camille Desserre ont trois enfants dont l’aîné a huit ans,, et tous trois respirent un air de santé et de vigueur qui fait plaisir.
- Nous avons donc ici encore l’exemple d’un jeune ménage, paraissant très heureux d’être resté à la campagne, s’adonnant de tout cœur à tous les travaux de la terre, et réussissant du reste comme il le mérite.
- Pour terminer ces visites de la petite propriété dans l’Ardèche, il ne nous reste plus maintenant qu’à retourner dans la partie basse de la vallée de l’Erieux, à Saint-Fortunat, un des centres les plus prospères aujourd’hui de l’Ardèche, du fait des nouvelles cultures de primeurs et de pêchers que l’on y a entreprises.
- Ancien sous-officier d’artillerie, l’esprit très ouvert, au courant des plus récentes méthodes de culture, comme [des [procédés commerciaux modernes, M. Albert Seauve est, en même temps qu'agriculteur, représentant d’une maison de commission de Paris.
- Sa femme, tout en tenant très bien le ménage, seconde son mari dans la tenue des livres ; ils cultivent, comme métayers de leurs parents, une petite propriété de 4 hectares, presque entièrement en coteaux, d’une culture, dès lors, très pénible et souvent même très difficile.
- Mais sur ces coteaux de Saint-Fortunat, exposés au midi, abrités des vents
- p.109 - vue 109/950
-
-
-
- AGRICULTURE.
- J4NVIER 1913.
- 110
- du nord, les primeurs réussissent à merveille; aussi esl-ce ce genre de culture que tend surtout à développer M. iVlbert Seauve : petits pois, haricots, plants d’oignons, cerises, etc. Aux expositions les plus chaudes sont plantés les cerisiers, variété Bigarreau de Bdle dont les fruits sont cueillis dans les premiers jours de mai; après la récolte de ces cerises vient celle des petits pois gourmands qui ont été semés à partir du 15 novembre.
- A côté de ces primeurs, sous les conseils des agents commerciaux du P.-L.-M., M. Albert Seauve cultive des fruits et des légumes tardifs; certaines variétés de vignes et de haricots, par exemple, pour le marché de Lyon.
- Ce Sont, disions-nous, ces sortes de cultures, fruits et légumes, qui tendent aujourd’hui à prédominer à Saint-Fortunat. En passant sur la place de l’Église, qui formait l’aire où successivement les cultivateurs du pays venaient dépiquer leurs grains, M. Albert Seauve me disait : « Il y a quelques années, celui qui apportait ici le plus de gerbes était considéré comme le meilleur agriculteur, comme le plus riche. Aujourd’hui celui qui y apporte encore du blé est regardé comme le cultivateur arriéré qui n’a pas su comprendre l’avenir de notre région. » Il avait raison, et il a su, à cet égard, donner lui-même les meilleurs exemples.
- Saint-Fortunat est surtout connu, et justement réputé, pour ses plantations de pêchers. On trouve bien çà et là, sur les terrasses où l’on cultive les petits pois et autres légumes, quelques pêchers, mais le vrai centre de culture de ces arbres est le long de la rive gauche de l’Erieuxdans la plaine alluvionnaire dite des Avalions. En 4890, 102 petits propriétaires de cette plaine se sont associés pour dériver une partie des eaux de l’Erieux en amont de Saint-Fortunut, et s’en servir pour irriguer leurs terrains. Dans ce sol alluvionnaire, léger et profond, frais en même temps, arrosés une fois par semaine les pêchers réussissent à merveille et y donnent des fruits très beaux, à peau fine non tachée. Les arbres, plantés à 4 mètres au carré, conduits très bas, pour permettre la cueillette des fruits et les pulvérisations insecticides y forment une véritable voûte de verdure à lm,50 du sol tout au plus.
- Les frères C., dont il nous reste à visiter la petite propriété, possèdent précisément 6 000 mètres de terrain dans cette plaine des Avalions. Ils y cultivent la pèche précoce de Haie et la pèche tardive belle Cartière.
- Leurs pêchers sont chaulés l’hiver, sulfatés deux fois avant le débourrage, les troncs sont entourés d’une bande de papier parcheminé large de 15 centimètres, enduite de glu pour arrêter la propagation des pucerons. Contre ce terrible ennemi du pêcher ils emploient en pulvérisation un insecticide à base de nicotine et de savon noir, ayant soin de commencer les traitements dès qu’apparaissent les premiers insectes.
- Afin de s’assurer des fruits aussi bien présentés que possible pour la vente, ils ont construit dans leur verger même une petite maisonnette où sont portées
- p.110 - vue 110/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE DANS l’aRDÈCHE.
- 111
- les pêches dès qu’elles sont cueillies le matin à la rosée. Ils les emballent alors soit en plateaux de 18 à 25 pêches (vendus cette année au début de juillet de 5 à 7 francs) soit (en plateaux à 2 pêches superposés (vendus cette année de 100 à 140 francs les 100 kilos).
- Le produit de leurs 114 pêchers s’est ainsi élevée à plus de 1 500 francs et en août certains arbres n’étaient pas encore cueillis.
- Les pêchers, du reste, sont relativement jeunes et n’ont pas encore atteint leur pleine production. MM. G... m’ont montré de nouvelles plantations qui ont exigé un travail considérable. 11 a fallu défricher, à l’extrémité de la plaine des Avalions, un terrain encombré des galets et des blocs de rochers qu’y avait accumulés l’Eyrieux lors de la désastreuse crue de 1857, sur plus d’un mètre d’épaisseur. Mais au-dessous ils ont trouvé le sable frais qui convient aux pêchers et là se trouve aujourd’hui un de leurs plus beaux vergers.
- Un de nos regrettés camarades de l'Institut agronomique, M. J. Farcy, mort récemment alors qu’il était professeur départemental de l’Agriculture dans l’Ardèche, a décrit dans le Journal (VAgriculture pratique des 24 et 31 mars 1910 la culture du pêcher dans cette basse vallée de l’Eyrieux. Voici quelques détails techniques relevés dans ces intéressantes notes :
- Conduite et taille du pêcher. — Il s’agit de vergers établis à 4 mètres au carré. Les pêchers doivent être conduits très bas afin d’être aisément accessibles pour la cueillette des fruits et les pulvérisations insecticides. Us sont eu forme de table circulaire, dont la hauteur totale n’excède pas 2 mètres. Sur cette hauteur, 70 centimètres sont pris par le tronc de l’arbre, 70 centimètres par l’obliquité des branches charpentières, et 30 centimètres par l’épaisseur du feuillage.
- Les bœufs d’attelage passent en conséquence sous une voûte de verdure qui n’est qu’à lm,40 du sol : ils doivent donc être de petite taille.
- Les branches-mères sont obliques par rapport au tronc; elles se dirigent d’abord sous un angle de 45° environ, puis vers leur extrémité deviennent presque horizontales. Elles portent tout le long des branches secondaires ou sous-mères, dont la longueur est d’autant plus grande qu’elles sont insérées plus près de la base de la branche-mère, de telle façon que, chez toutes, les ramitioations qui les terminent s’étalent à peu près à la même hauteur: la verdure de l’arbre a donc l’air d’un large disque horizontal de 60 à 65 centimètres d’épaisseur.
- On fait une taille annuelle, par laquelle on refoule toujours la végétation sur elle-même, afin de ne jamais manquer de bois de remplacement, et de manière que l’arbre ne se dégarnisse pas au centre ou en dessous. On se ménage sûrement du bois de remplacement par l’adoption de la taille en crochet, et on prévient le dégarnissement des branches inférieures en réglant l’allongement des sous-mères, et en évitant que les ramifications des unes ne viennent dominer celles des autres, car la partie dominée, manquant de lumière, s’étiolerait et finalement se dessécherait. Dès lors l’équilibre de l’arbre serait rompu, et en tout cas la charpente se serait allongée et dégarnie du bas.
- Pulvérisation, traitement contre la cloque et les pucerons. — Après la taille, on pulvérise l’arbre entier au printemps, au moment où les boutons se gonflent et avant l’épanouissement des fleurs, avec de la bouillie bordelaise, afin de prévenir la cloque et surtout le Coryneum, qui perce les feuilles et tache les fruits. Mais la lutte principale est dirigée contre le puceron
- p.111 - vue 111/950
-
-
-
- 112
- AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- vert, qui certaines années (comme en 1909) commet de sérieux dégâts. L’insecticide qui est
- préféré est le suivant :
- Nicotine titrée de la Régie......................... 1 litre.
- Savon noir en pâte.................................. 2 kilog.
- Eau................................................100 litres.
- ou bien :
- Nicotine titrée de la Régie......................... 1 litre.
- Savon blanc ordinaire............................... 2 kil.
- Carbonate de soude (cristaux )................... 200 grammes.
- Pour réussir contre le puceron, il est indispensable de commencer les traitements dès qu’apparaissent les premiers insectes, et non point quand les arbres sont déjà fortement envahis. Il est nécessaire de renouveler l’application de l’insecticide plusieurs fois de suite, et en se servant de préférence de pulvérisateurs à pompe indépendante, chez lesquels la pression est très forte, et permet d’obtenir une pulvérisation très line et violente, susceptible de bien atteindre le dessous des feuilles.
- En outre, les praticiens ont remarqué que la propagation des pucerons d'un pécher à l’autre se faisait principalement par l’escalade des insectes sur les arbres à envahir. Aussi est-il très recommandable, pour préserver les pêchers, dans une certaine mesure, contre l’invasion des pucerons, d’entourer, au printemps, le tronc d’une bande de papier parcheminé, large de 10 à 13 centimètres, sur laquelle on passe tous les trois jours un enduit visqueux, où les insectes viennent s’engluer et périr. Cet enduit se prépare en faisant dissoudre à chaud 1 kilogr. de poix dans 1 litre d’huile de graine (huile de coton ou de sésame).
- Variétés. — Les pêches américaines précoces l’Amsden qui mûrit fin juin, et la précoce de Haie en juillet, cette dernière seulement en terrain arrosable — de même les variétés françaises tardives Belle Cartière et Demoiselle de Chauzy.
- Production. — Un arbre en production donne en moyenne 40 kil. de fruits à 20 francs les
- 100 kil., soit 8 francs par arbre, et pour 600 arbres à l’hectare (plantation à 4m x 4m), on
- obtient ainsi 4 800 francs de produit brut.
- Si les arbres sont plus espacés, 4m x 8m, l’on a des cultures intercalaires, et un même produit brut. On fait à l’automne une culture de haricots verts Empereur de Russie qui donne à l’hectare 2 500 kil. de haricots pour le marché de Paris et dont le prix moyen sur place ressort à 30 francs les 100 kil., et au printemps on cultive, pour le marché de Lyon, des pois gourmands très précoces, de la variété locale de Saint-Fortunat, qui produisent à l’hectare 3 300 kil. de gousses, d’une valeur de 20 francs les 100 kil. On a donc comme produit brut total par hectare :
- 300 pêchers donnant 10 francs chacun.................. 3 000 fr.
- 3 500 kil. de poids gourmands à 20 francs les 100 kil.......... 700 —
- 2 500 kil. de haricots verts d’automne à 30 francs les 100 kil. 750 —
- Total. . . . . 4 450 fr. "
- U va sans dire que le coût d’un hectare fournissant ainsi un produit brut annuel de 4 500 à 5 000 francs est élevé, et peut s’évaluer comme suit, au moment de l’entrée en production,
- s’il est entièrement planté en pêchers
- Achat du sol (terrain arrosable)......................... 10 000 fr.
- Défoncement (à la main, à 1 mètre de profondeur)......... 2 500 —
- Achat des plants (600 arbres à 0 fr. 50 pièce)........... 300 —
- Plantation (600 arbres à 0 fr. 15 pièce)................. 90 —
- Impôts, labours, taille, traitements, pendant trois ans . . . 450 —
- Fumure (pendant trois ans)............................... 600 —*
- Total........ 13 940 fr.
- C’est donc à 14 000 francs en chiffres ronds que revient un hectai'e de pêchers en production dans la basse vallée de l’Eyrieux. Sur cette somme élevée, le sol figure pour 10 000 francs,
- p.112 - vue 112/950
-
-
-
- LA PETITE CULTURE DANS L ARDÈCHE.
- 113
- car le terrain arrosable est de surface très limitée dans la région et fort recherché. Ainsi planté en pêchers en production, ce même hectare a une valeur vénale de 20 000 francs au moins, car sur les 4 500 à 5 000 francs de produit brut qu’il donne annuellement, il y a au moins 2 500 francs de bénéfice : c’est un revenu de 12,50 p. 100.
- Vous excuserez, Messieurs, ce long rapport, résumé des observations recueillies au cours de la tournée, dont vous nous aviez fait l’honneur de nous charger, pour visiter les exploitations agricoles des candidats au prix Meynot dans l’Ardèche. Il nous semble que, de tout ce que nous venons devoir, l’on peut tirer une nouvelle confirmation de l’amour du paysan français pour la terre, et de son admirable énergie au travail. Mais en même temps il se dégage des visites que nous avons été amené à faire, un heureux présage pour l’avenir, en constatant comment la petite propriété a su évoluer dans ses méthodes de culture et s'adapter aux conditions économiques modernes.
- A côté, en effet, de ces petits propriétaires acharnés au travail, à force de peines, à force de privations, devrait-on dire, arrivant à élever leur famille en suivant les antiques traditions culturales, en faisant un peu « de tout » pour vivre, nous avons rencontré, surtout parmi les jeunes, des hommes revenant du service militaire, plusieurs d’entre eux avec les galons de sous-officier, l’esprit en éveil sur toutes les nouveautés, cherchant par tous les moyens à s’instruire, étant retournés à la terre persuadés que celle-ci leur assurerait souvent, avec l’indépendance, une large aisance ; et pour cela ils se sont spécialisés dans les cultures maraîchères et fruitières, utilisant les syndicats et les associations sous leurs formes les plus variées et cherchant en même temps àt améliorer les procédés de vente de leurs produits.
- Et quand on songe alors dans quelles conditions la plupart d’entre eux ont entrepris leurs cultures, aux terrasses qu’ils ont dû construire pour maintenir un peu de terre végétale, aux défonce ment s qu’ils ont dû faire à l’aide de leurs seuls bras pour extraire les pierres, etc., l’on sent combien tous ces paysans ardéchois estiment véritable l’opinion que, dans son « Théâtre de l'Agriculture », émettait leur illustre compatriote, Olivier de Serres :
- « L’art avec la diligence tire des entrailles de la terre (comme d’un thrésor infini et inépuisable) toute sorte de richesses. Et ne faut doubler que quiconque la voudra soigneusement cultiver, ne rapporte enfin, digue récompense du temps et soin qu’il y aura employés, quelque part que ce soit. »
- Tome il y. — Ie1' semestre.
- Janvier 1915.
- 8
- p.113 - vue 113/950
-
-
-
- NOTES DE CHIMIE
- par M. Jules Garçon
- A TRAVERS SCIENCES El INIJUSTRIES CHIMIQUES :
- Produits minéraux. — Sur l’azoture d'aluminium. — Sur le minium.
- Combustibles. — La combustion spontanée des charbons et leur emmagasinage. — Distillation fractionnée de la houille. — Mesure des quantités de suie.
- Ituiles essentielles. — Rapport entre leur pouvoir désinfectant et leur action narcotique.
- Matières plastiques. — Les éthers formyliques de la cellulose.
- Chimie agricole. — Le manganèse en agriculture.
- Sur l’azoture d’aluminium. — Les conditions les meilleures qui président à la formation de l’azoture d’aluminium par action de l’azote sur un mélange d’alumine eide charbon à température suffisante ont été étudiées par MM. S. A. Tucker et H. L. Read de l’American electrochemical Society.
- L’azote se combine-t-il au mélange même ou à des produits qui proviennent de ce mélange ?
- La réaction qui donne naissance à l’azoture de l'aluminium, par la réunion de l’azote et de l’aluminium, est connue depuis longtemps (Zeits. fur angewcindte Chernie, t. 54, p. 522-529). Mais c’est üttokar Serpek qui semble avoir été le premier à considérer la possibilité d’appliquer cette réaction à la fixation de l’azote atmosphérique. Les brevets nombreux (1) qu’il a pris n’entrent guère dans le détail de la réaction. Le point sur lequel il appuie particulièrement, c'est qu’il faut opérer à une température de 1800° à 2 000°. De plus, on obtient de meilleurs résultats avec un mélange d'alumine et de charbon qu'avec le carbure d’aluminium lui-même. Ce point concorde avec la théorie de Caro (Z. fïir angewandle C hernie, t. 23, p. 2412) que la formation de l’azoture d’aluminium, lorsqu’on chauffe le carbure C3Ab avec de l’azote, est due à une dissociation préalable du carbure. Caro a trouvé aussi que l’azote se combine en plus grande quantité, au voisinage de 1150°, lorsque de l’aluminium se trouve en excès ; si le carbure est pur, on n’obtient que fort peu d’azote.
- Serpek préparait d’abord l’azoture d’aluminium au moyen d’un mélange de bauxite et de charbon, en le mettant dans un tube incliné chauffé par une résistance électrique, puis en faisant passer un courant d’azote. Cet azote, au début, provenait d’un gazogène, et était débarrassé de l’oxygène, dont il renfermait 7,2 p. 100, par passage sur un tissu en cuivre chauffé. Ultérieurement, Serpek prépara son azote à partir du chlorure d’ammonium et du nitrite de sodium ; le gaz était débarrassé de son oxygène par passage sur du cuivre chauffé au rouge, et séché.sur chlorure de calcium et sur acide
- (1) Brevets allemands noa 181991, 181992, 183702, 210746 ; brevets américains n05 888011, 86761?'», 087 108, 006032: brevets anglais nn" 13379 de 1006, 1.7096 de 1909, 23141 de 1911.
- p.114 - vue 114/950
-
-
-
- SUR LF. MINIUM
- 11 5
- sulfurique concentré. Ces précautions étaient regardées comme’ indispensables, parce que l’oxygène diluerait l’azote et oxyderait le carbone de la charge ; tandis que l’humidité absorberait de la chaleur et tendrait à augmenter la perte de carbone de la charge, en augmentant la quantité de cyanogène qui se forme.
- Les expériences des auteurs ont été faites d’abord en employant des tubes de porcelaine, noyés dans un ht de charbon granulé. Mais la porcelaine résiste mal aux changements subits de température, et ils employèrent ensuite des tubes de graphite.
- Ils ont obtenu les résultats suivants :
- L’azoture d’aluminium NA1 se forme, à partir du mélange AFO3 4- C, dans la proportion de 1 000 parties AFO3 pour 353 de carbone. Ces poids correspondent à l’équation : AFO3 4- 3C 4- N = 2NA1 4- 3CO.
- La température de réaction exerce une action prépondérante. Au-dessous de 1 600°, la combinaison est minime ; elle semble se produire avec l’intensité maximum entre J 800° et 2 000°; et dans cet intervalle, la proportion d’azote combiné peut atteindre 30,19 p. 100. Au-dessus de 2 000°, l’azoture produit commence à se décomposer.
- Le temps nécessité par la réaction est relativement court ; mais il doit être suffisant. Un a trouvé qu’en 15 minutes il y avait 0,11 p. 100 d’azote qui se combinait, et 9,57 en 30 minutes. Le temps est plus long, s’il y a des impuretés présentes dans la charge. L’influence des impuretés dans l’azote n'a guère été étudiée. La présence de SO2 est évidemment nuisible, et même en minime quantité, il est mauvais; on peut dire la même chose de l’acide chlorhydrique. Au contraire, l’influence d’impuretés dans la charge de bauxite est très utile. En conséquence, la présence d’agents catalytiques pourrait être ménagée avec avantage.
- Comme les solutions alcalines bouillantes décomposent entièrement l’azoture d’aluminium en donnant de l’ammoniaque et de l’alumine pure, il y a là une source d’ammoniaque commerciale, en dehors de l’emploi comme engrais. Mais la bauxite semble une matière première trop coûteuse.
- Sur la cyanamide qui renferme 17 à 20 p. 100 d'azote combiné, l’azoture d’aluminium avec ses 30 p. 100 d'azote semble donc avoir une supériorité.
- Sur le minium, — La composition chimique et les propriétés physiques du minium ou plomb rouge varient dans de grandes limites, suivant le mode de fabrication et la nature de la matière première. Dans le Journal of industrial and engineering Che-mistry, de décembre 1912, MM. O. W. Brown et A. R. Aees étudient les facteurs qui exercent leur influence sur ces variations.
- Il y a de nombreux procédés de préparation des miniums. Les meilleurs sont basés sur l'oxydation de la céruse. On peut aussi transformer par oxydation du plomb fondu, dans un four à réverbère, en protoxyde de plomb PbO qui est la litharge, et transformer ensuite celle-ci en minium par une seconde oxydation. On sait que si la litharge est refroidie lentement on obtient la modification rouge, tandis que si le refroidissement est rapide on a la litharge jaune ; les deux variétés évidemment peuvent être employées pour la préparation des minium. La méthode au nitrate repose sur l’oxydation du plomb par l’acide nitrique. Une autre méthode consiste à oxyder directement du plomb finement pulvérisé. Les miniums obtenus par ces différentes méthodes ont des propriétés tout à fait différentes, et l’examen microscopique suffit déjà à les différencier.
- p.115 - vue 115/950
-
-
-
- 116
- NOTES DE CHIMIE.
- JANVIER 1913.
- La détermination des conditions a ménager pour obtenir un minium de caractéristiques données n’a encore suscité qu'un nombre limité de travaux. Il faut noter avant tout ceux de J. Milbauer {Chomikdr-Zeitunrf, t. 33). D’après lui, la présence de l'humidité, le chauffage préalable de l’air, celui de l’oxygène n’influencent pas la vitesse d’oxydation. Si les surfaces sont assez grandes, les seuls facteurs qui interviennent sont la température et la pression de l’oxygène. Par exemple, dans une de ses expériences, de l’oxyde de plomb chauffé à l’air pendant une heure sous une pression de 12 atmosphères renfermait HO p. 100 de minium tandis qu’en atmosphère d’oxygène pur il suffisait de quelques minutes pour obtenir le même résultat ; sous la pression d’une seule atmosphère, il fallait 15 heures.
- La vitesse d’oxydation est plus influencée par l’origine de la litharge que par la grandeur des particules.
- Milbauer a conclu de ses expériences qu'au-dessous de -15(P la litharge ne fournil pas de plomb rouge, mais une couleur brune; de 450 à 500°, le produit obtenu est rouge, et les meilleurs résultats sont ceux qui proviennent des alentours de 170". D'après lui , la présence des moindres impuretés a une action marquée sur la vitesse d’oxydation: l’acide nitrique la diminue d’un tiers; l’ammoniaque d'un septième : la présence d'un millième de nitrate accroît cette vitesse : le nitrate de plomb donnant un beau produit rose et la sou le donnant un rouge vif.
- Les auteurs du mémoire analysé remarquent que la litharge donne moins facilement du minium que les carbonates ou que l'oxyde hydraté de plomb. Ils ont trouvé, a partir du carbonate, qu’on peut obtenir à 500° du minium à 87 p. 100.
- Leurs expériences ont porté sur la litharge, sur l’hydrate d’oxyde de plomb, le carbonate ou blanc de plomb, le plomb métallique, le plomb en éponge, le tartrate de plomb. Chaque produit a subi l'examen microscopique : ou a déterminé sa densité réelle, sa densité apparenv, sa teneur en p roxyde. sa plasticité relative. Les vitesses d'oxydation ont été déterminées au moyen du four rotatif des auteurs, et le degré d'oxydation était caractérisé par la proportion de peroxyde de plomb contenu. Le minium théorique de formule Pb:!Ül correspond à 34,89 p. 100 de peroxyde de plomb.
- Dans le cas du carbonate, l'oxydation se produit avec la plus grande rapidité de 425° à 450°. A 425°, la condition d’équilibre entre le minium et l’air correspond à 34 p. 100 de PbO2 ; à 450° elle correspond à 32,7. Au-dessus de 450°, la vitesse d’oxydation diminue. A 500°, l'oxydation est beaucoup plus lente ; il faut huit heures pour obtenir un minium à 31,50 p. 100 de PbO2 et la vitesse d’oxydation n’est plus uniforme .
- Pour le carbonate de plomb, la vitesse d’oxydation est maximum entre 123° et 130" en trois heures.
- Pour la litharge sublimée, à 125" la condition d’équilibre correspond à 33.72 de PbO-. Il faut noter que la modification jaune s'oxyde moins vite que la modification rouge, et que la vitesse d'oxydation est également relardée si l’on a traité la litharge par de l’eau ou par une solution de tannin on de gélatine. II faut huit heures pour convertir la litharge rouge ordinaire en minium à 28,09 p. 100 de peroxyde de plomb ; il faut 16 heures pour obtenir la même conversion si la litharge a subi le contact de l’eau ou d’une solution tannique; il faut encore 11 heures dans le cas d’une solution de gélatine. L’eau et les solutions colloïdales exercent donc une action retardatrice.
- Avec l’hydrate d’oxyde de plomb préparé par l’électrolyse d’une solution de nitrate de sodium au moyen d’électrodes de plomb, la conversion en minium se fait plus
- p.116 - vue 116/950
-
-
-
- SUR LE MINIUM.
- 1 17
- facilement si l’hydroxyde est resté exposé à l’air pendant quelque temps. Le minium obtenu est amorphe, et sa densité est assez faible : 8,46 à 8,93 selon la température d’oxydation.
- L’éponge métallique est préparée en électrolysant, avec des électrodes de plomb, soit une solution saturée de lit barge dans la soude caustique, soit une solution d’acétate de plomb acidifiée à l’acide acétique; on lave cette éponge, on la sèche à 30 -60°, et on la soumet à des mouillages et à des séchages successifs qui la transforment partiellement en oxyde hydraté et en carbonate. Ces deux sortes de plomb spongieux fournissent un excellent minium de belle couleur rouge. Au microscope, le produit apparaît comme formé de cristaux mêlés de particules amorphes fines. La densité est la même que celle du minium préparé avec la litharge ordinaire. La vitesse d’oxydation est moindre qu’avec de la litharge fondue, mais elle est supérieure à celle de la litharge qui n’a pas été fondue ; l’éponge obtenue avec l’alcali s’oxyde plus aisément que celle obtenue axrec l’acétate. L’éponge obtenue avec l’alcali a donné un produit qui présente la plus faible densité notée ; l’éponge présentait moins de cristaux, l’oxydation avait été très rapide, et la densité s’est terme à 8,32.
- Le plomb métallique n’a pas pu être amené, par oxydation directe, à donner du minium. On a essayé depuis le point de fusion 326°-327° jusqu’à 500°. Le métal commence par fondre; il dexdent peu à peu granulé, à cause de la rotation du four; les plus petites particules se transforment entièrement en minium, mais les plus grosses ne présentent la transformation qu’à la surface, et la réaction s’arrête alors. En enlevant la masse, séparant le fin par lévigation, grillant le gros, et répétant le tout, on arrivait à tout oxyder; le fin, qui était brun rouge, était alors suroxydé, et trois à quatre heures à 430°-450° le transformaient entièrement en un beau rouge amorphe.
- Au microscope, on constate que certains miniums sont entièrement cristallins, d’autres amorphes, d’autres mélangés. Les auteurs pensent que la forme reste celle de la matière première.
- Les densités étaient déterminées au pycnomètre, avec l’alcool, car l’eau ne mouille pas bien les particules du minium. On opérait à 35°, avec de l’alcool pur, libéré de toutes traces d’aldéhydes; la constance de la température était assurée au moyen d’un thermostat électrique. En prenant toutes les précautions que les auteurs détaillent, ils ont trouvé des densités variant de 8,32 à 9,16; la densité la plus faible correspondait à une éponge, la densité la plus forte étant celle d'un minium du commerce, mélange de cristallin et d’amorphe.
- Les miniums amorphes ont, en général, une densité variant de 8,06 à 8,9 ; la densité des miniums cristallins est plus élevée. Celle des miniums préparés avec le carbonate Ararie de 8,66 à 9,12. La x^ariation des densités semble dépendre de la température, de la durée du chauffage, de la composition chimique ; plus la température d’oxydation est élex^ée, plus la densité est grande. Par ailleurs, elle s’abaisse d’autant que le produit tend vers la composition Pb304. La durée du chauffage augmente aussi la densité. Par exemple, une chauffe de 4 heures à 400° donna un produit à 33,41 de PbO2, dont la densité était de 8,82 ; tandis qu’une chauffe de 8 heures donna un produit à 33,73 de PbO2 dont la densité était de 8,90. Un produit obtenu axec le carbonate à 425°, à 32,97 de PbO2, avait une densité de 8,66 ; ramené à l’état de litharge en le chauffant au-dessous de 500°, puis réoxydé à 425°, il fallut 40 heures pour la ramener à 32,97 de PbO2, ruais sa densité était devenue 9,12 au lieu de 8,66. Toujours cet accroissement de densité corrélative de la durée de l’oxydation fut observé.
- p.117 - vue 117/950
-
-
-
- 118
- J AN VIE» 1913.
- NOTES DK OMIMIE.
- U semble aussi que la e ri s Utilisation, au moins partielle, tonde à se produire à partir de a00°. Tout minium amorphe, s'il est chauffé à 525, se réduit en litharge, et la litharge obtenue est cristalline, mais elle semble plutôt composée de fragments de cristaux que de véritables cristaux,
- La haute densité n'est d'ailleurs pas reliée nécessairement à la forme cristalline. Mais ces variations de densité sont reliées à des modifications assez intimes. Wade a tâché de les expliquer par la polymérisation des composés plombiques. Si la litliarge ne possède pas la formule simple PbO, mais une formule complexe PbnO", il en résulte que dans la fabrication des miniums, l'oxydation peut porter sur un nombre variable de molécules de PbO, et par exemple si la formule de la litliarge est Q*bO/2 son oxydation peut conduire à toute une série de termes, par exemple ; Pb12013— l lt>bO + PbO2 ; Pb12Oi;: lOPbO + 2Pb02 ; Plé-’O"1 -SPI.O-l 4PbOa —4Pb30*. La molécule de la litliarge passe ainsi par des états d’oxydation intermédiaires, et l’on comprend que la densité du produit varie avec ceI étal d'oxydation.
- Quant à la plasticité, les auteurs ont trouvé que les miniums amorphes possèdent celle qualité à un haul degré. Les essais laits pour augmenter la plasticité des miniums cristallins par une addition de substances colloïdales à la litliarge, avant son oxydation, n'ont pas eu de conséquence positive.
- Kn résumé, les miniums peuvent être cristallins ou amorphes.
- Les cristaux conservent la forme de la matière première.
- La densité varie dans d’assez larges limites, entre 8,32 et 9,lti ; ces variations sont sous la dépendance de la température d’oxydation, du temps de chauffe, de la composition chimique, de l’état physique de la matière première et l’on peut supposer que ces conditions agissent sur le plus ou moins de polymérisation de l’oxyde obtenu.
- La densité apparente dépend simplement de la finesse des particules.
- La température la plus convenable pourle grillage dépend de la nature du composé plombique d’où l’on part. Les meilleures températures sont 125° à -430" si l’on part du blanc de plomb, 450° à 470 de la litharge, 450" de l'hydrate d'oxyde et du plomb métallique. Dans la pratique, 450° peut donc être regardé comme la température la plus convenable pour obtenir du minium d'une façon économique.
- Tous les miniums subissent une réduction rapide et complète en litliarge, dans les limites o2o°-530°.
- Les deux espèces de litharge, la jaune comme la rouge, se convertissent par le grillage en minium avec une facilité moindre, après qu’on les a traitées par l’eau. Il en résulte que le procédé de concentration par flottage sur l’eau doit être écarté.
- La combustion dite spontanée des charbons et leur emmagasinage. — Ces notes ont déjà traité la question si intéressante de la combustion dite spontanée des charbons. Quelques travaux récents nous amènent à en parler de nouveau; la question est toujours d'actualité.
- Il faut d’abord distinguer entre les différents types de charbons. Les charbons anthraciteux, qui contiennent relativement une faible proportion de matière volatile, sont bien moins exposés à la combustion spontanée ou à subir des pertes par leur mise en tas. Les houilles grasses à longue flamme viennent ensuite. Les charbons bitumineux, qui sont utilisés pour la fabrication du gaz d’éclairage, sont beaucoup plus
- p.118 - vue 118/950
-
-
-
- COMBUSTION DITE SPONTANÉE DES CHARBONS ET LEUR EMMAGASINAGE. 110
- exposés; ils renferment une grande proportion de matières volatiles et une proportion variable de soufre.
- La combustion spontanée des charbons est due à des causes multiples, mais l’oxygène occlus doit intervenir au début, et en venant oxyder le carbone et le soufre, il est cause d’une production de chaleur et d’une élévation de la température. Lorsqu’elle atteint 200°, elle suffirait pour enflammer les charbons bitumineux.
- L’un des meilleurs documents que nous ayons sur la combustion spontanée du charbon lorsqu’il est emmagasiné en tas, et sur les moyens d’empêcher sa détérioration est un rapport préliminaire du Bureau of Mines, des États-Unis, dû à MM. H. C. Parker et F. K. Ovitz. Nous leurs devions un bulletin antérieur très intéressant sur la présence de l’oxygène dans les charbons et l’action que cet oxygène y exerce. Ces messieurs ont montré que l’oxygène présent dans les charbons joue un rôle prédominant dans sa combustion spontanée.
- Les conclusions du rapport sont suggestives pour les praticiens. Sans doute, les précautions indiquées peuvent paraître exagérées, ou difficiles à réaliser, ou trop coûteuses dans certains cas ; mais lorsqu’il s’agit de charbons bitumineux, leur observance procurera une plus grande sécurité.
- D’abord, il faut veiller à ce que les tas ne dépassent pas une hauteur ou une profondeur d’environ 3 mètres. Il ne faut pas que le charbon dans un tas se trouve h plus de 3 mètres d’une surface refroidie par l’air.
- Ensuite, s’il est possible, on ne mettra jamais en bas que du charbon criblé ; ensuite encore, on évitera le plus possible la poussière, en conséquence on réduira les manipulations au minimum.
- En quatrième lieu, disposer les tas de manière que le gros et le fin soient également répartis. Souvent, au contraire, on laisse le gros dérouler et former ainsi des canaux pour l’introduction de l’air.
- Après une exposition de deux mois, il faut recribler.
- On évitera de placer les tas à proximité d’une source de chaleur, même si l’action calorifique se faisait peu sentir.
- On aura soin, avant de mettre le charbon en tas, de le laisser se ressuyer pendant six semaines après sa sortie de la mine.
- On évitera que les tas se trouvent exposés à des mouillages et à des séchages alternativement répétés.
- On évitera les admissions d’air dans l’intérieur des tas, admissions qui se produisent par les intervalles entourant les pièces de bois, les maçonneries, ou même les sols poreux comme ceux formés avec des escarbilles.
- Enfin on tâchera de ne pas ventiler au moyen de tuyautage, car l’opération est toujours plus nuisible qu’utile.
- M. Almea, se basant sur ces travaux, a donné une étude d’ensemble de la question (dans Gas-Lighting) et Le Gaz vient d’en donner un extrait étendu sous le titre : L’emmagasinage, la détérioration et la combustion spontanée du charbon. Nous empruntons quelques passages à cette excellente adaptation.
- A ce problème, le gazier est constamment obligé de faire face, car les charbons bitumineux utilisés clans son industrie y sont plus exposés que les autres, et surtout que l'anthracite.
- p.119 - vue 119/950
-
-
-
- NOTES DE C.IIIMIE.
- JANVIER 19 LL
- 120
- Autrefois, on croyait que l’inilammation spontanée était due à l’oxydation des pyrites du charbon et que l’humidité la favorisait par l’action de l’oxygène de l’eau. Cette théorie est co >ti édité par le fait que des charbons riches en pyrites n’ont éprouvé aucun inconvénient, tandis que d’autres où il n’y en avait que peu ont donné beaucoup d’ennui* en magasin. Il y a donc des causes combinées, et les pyrites ne sont pas seules responsables. Le volume, l’humidité, la proportion des matières volatiles, la composition générale du tas sont d’autres facteurs également à considérer.
- Le charbon, dès qu’il quitte la veine, a une grande avidité pour l’oxygène ; et, chose remarquable, plus il en absorbe, plus il a de tendance à absorber de l’air. Le professeur Lewes a récemment indiqué que les corps résineux qui se trouvent dans le charbon sont, sans doute, la cause de ce phénomène. Les actions chimiques qui en résultent conduisent à la combustion lente, et lorsqu’elles sont accélérées par une élévation de la température ambiante, il peut en résulter uue chaleur suffisante pour provoquer l’inflammation spontanée dans des masses de charbon dont l’épaisseur suffit à empêcher la chaleur de se perdre au dehors. Beaucoup de charbons bitumineux peuvent absorber plus de trois fois leur volume d’oxygène ; mais, au bout de quelque temps, il se forme à la surface une croûte protectrice oxygénée qui diminue la faculté d’absorber l’oxygène jusqu’à ce que de nouvelles couches soient exposées à l’air si l’on casse des morceaux, ou si l’on remue le charbon.
- Il est donc probable que la cause de la combustion spontanée est due à l’élévation de température occasionnée par l’oxydation en présence du soufre.
- Quelles mesures de prévention sont à recomman 1er? Ici, l’accord n’existe pas. A la Société des Gaziers Allemands, un ingénieur de Mariendorf préconise la ventilation, mais un collègue s’empresse d’expliquer que la ventilation amène l'inflammation.
- Pendant quelque temps, on avait l’habitude de recourir à des tuyaux de fer perforés, à des paniers d’osier sans fond pour aérer les tas de charbon. Mais il faut songer qu’un incendie allumé continue'si on lui fournit de l’oxygène.
- Certains charbons sont plus faciles à enflammer que d'autres; il vaut donc mieux faire des tas distincts, par espèces, aussi éloignés que possible les uns des autres. L’expérience a montré qu’il ne faut pas mettre tout le gros charbon en un seul las, car il se forme, par désagrégation, une poche de poussière dans le fond. L’espace vide entre les morceaux forme un passage aux courants d’air et cette poche devient dangereuse : on se trouve dans le cas de la ventilation artificielle insuffisante. Il faut distribuer le tas de façon à répartir également le gros et le menu.
- L’épaisseur du tas est un autre point qu’on a dû étudier. Les plus gros tas sont les plus sujets à la combustion spontanée. Il semble aussi qu’il y ait un « point critique » dans la hauteur au-dessus de laquelle il ne faut passe risquer; 4 mètres et demi à 6 mètres pour les charbons ordinaires, c’est-à-dire pour ceux les moins exposés à la combustion dite spontanée. Les hauteurs excessives doivent être évitées, car elles entraînent à coup sûr la pulvérisation des couches-inférieures.
- Quand un tas s’échauffe plus qu’il ne faut, il y a généralement émission de fumée et une odeur suspecte décèle l’échappement de vapeurs hydrocarbonées. Il faut toujours surveiller les tas et prendre leur température fréquemment en y installant un . tuyau fermé au bas et dans lequel ou place un thermomètre à maxima; ou même l’on se servira c’un pyromètre à basses températures avec transmissions électriques. On peut installer le tuyau au moment où l’on faille tas, pour plus de commodité.
- En Amérique, on se sert d’une tarière à charbon qui contient un thermomètre à
- p.120 - vue 120/950
-
-
-
- COMBUSTION DITE SPONTANÉE DES CHARBONS ET LEUR EMMAGASINA GE. 121
- maxima. La pointe peut arriver à une profondeur de G mètres en 3 à 5 minutes, et il faut 10 minutes au thermomètre pour atteindre la température de la région où il s’arrête. Les températures prises de cette manière ont été trouvées de 22° plus élevées que par la méthode du tuyau. Quand la température dépasse 32°, il faut enlever au moins les couches supérieures du tas. Éviter de remuer les tas en y introduisant des perches, etc., lorsqu'il y a un foyer de combustion, car l’oxygène qui peut arriver par ce moyen active l’incendie.
- Quand il y a incendie, certains préfèrent l'usage du sable à celui de l’eau. L’eau abaisse seulement la température au-dessous du point d’ignition, tandis que le sable étouffé le feu en s’opposant à l’arrivée de l’oxygène. Cependant, si l’incendie a pris des proportions considérables, le sable est impuissant aie maîtriser.
- En somme, pour éviter l’échauffement et pour le traitement des incendies, Fauteur propose les moyens qui suivent :
- •1° Séparer les différentes espèces de charbons ;
- 2° Ventiler à la surface seulement;
- 3° Mélanger le gros et le menu. Les petits tas sont moins dangerèux que les gros ;
- 4° Ne pas dépasser 20 pieds de hauteur;
- o° Éviter les sources extérieures de chaleur, telles que tuyaux de vapeur, etc. ;
- G° Remédier aux fuites dans les toits ou les gouttières au voisinage des tas ;
- 7° Si la température atteint 32°, enlever les couches supérieures et veiller;
- 8° Ne pas toucher au foyer de combustion en y introduisant quoi que ce soit ;
- 9° N’arroser que le foyer de combustion, suriout en lieu clos;
- 10° Porter le plus tôt possible à la cornue le charbon attaqué.
- La détérioration du charbon due à Femmagasinement est une autre question contestée ; quoique tout le mônde reconnaisse qu’il y a perte, les estimations diffèrent considérablement.En Allemagne, on semble avoir étudié mieux la question qu’en Angleterre, et M.Prenger, l'ingénieur du Gaz de Cologne, a établi que le déchet, pour les charbons anglais, exprimé en valeur de gaz fabriqué, va de 3 à IS p. 100, en moyenne 7 p. 100 lorsque le charbon est conservé en plein air, et 10 p. 100 dans un lieu couvert.
- La grève récente des houilleurs a fourni l’occasion de s’instruire à ce sujet, et, à en juger par les résultats de la fabrication, les charbons emmagasinés pendant plusieurs armées ont certainement rendu moins de gaz, moins d’ammoniaque et un coke assez inférieur contenant plus de cendres.
- 11 y a pourtant encore bien des partisans des magasins clos, et il semble que le charbon à l’abri des intempéries se détériore moins. Des ingénieurs sont d’avis que le charbon s’échauffe tout autant lorsqu’il est abrité et, lorsque cela arrive, il est plus difficilement accessible. En tout cas, il faut éviter que le charbon ne soit trop près du four à cornues. C’est surtout dans les magasins qu’il faut user de l’eau avec précaution. Lorsque le charbon emmagasiné prend feu, l’eau projetée sur le charbon ardent produit sans doute du gaz à l’eau, dangereux par ses qualités toxiques et capable de faire sauter le bâtiment, si l’air vient à s’v mélanger en quantité suffisante.
- Le professeur Lewes a montré les dangers qui en résultent pour les soutes des navires. H dit que l’action de l’oxygène contenu dans le charbon est fortement aidée par l’humidité, de sorte que, s’il tombe une averse au moment de l’embarquement du charbon, cela favorise l’échauffement et augmente le danger. La plus récente idée pour prévenir la combustion spontanée est de noyer la provision de charbon :
- On a déjà vu que les petits tas. sont moins dangereux que les grands et cela a été vérifié pur les statistiques relatives aux exportations de charbon en Orient. Lorsque le chargeur nt comporte 500 tonnes, on ne constate que 0,25 p. 100 de combustion ; pour 2 000 tonnes, la
- p.121 - vue 121/950
-
-
-
- 122
- notEs de chimie.
- JANVIER 1913.
- proportion s’élève à 9 p. 100. Le professeur Lewes a proposé de traiter le charbon en feu par certains gaz ayant la propriété d’arrêter la combustion en chassant l’air de la masse, tel l’acide carbonique liquide, mis dans le tas de charbon en tubes pourvus d’une fermeture fusible.
- Lorsqu’on veut construire un magasin à charbons, il faut avant tout veiller à ce que le sol en soit assez élevé pour éviter le séjour de l’eau après les fortes pluies.
- En lin l’auteur conseille de s’assurer contre la combustion spontanée; La prime est minime; 2 sb- par 100 livres sterling.
- Distillation fractionnée de la houille. — Une note de M. Léo Vignon, présentée à l’Académie des Sciences, le 23 décembre 1912, sur la façon dont les charbons subissent des températures de 400°, puis 000°, 850°, 1 000°, 1 200°, expose que les carbures incomplets iC-’H-, C21U, C6TU,... passent surtout avant 600°; ils disparaissent à température élevée.
- Le méthane et les carbures sont très abondants « (30 à 81 p. 100] jusqu’à 800°; leur proportion décroît rapidement avec la température.
- L’hydrogène, peu abondant jusqu'à 600° (2 à 23 p. 100), prédomine beaucoup de 800° jusqu’à 1 000°, pour diminuer ensuite, parfois, de 1 000° à I 200°.
- L’oxyde de carbone, dont la proportion varie de 3 à 11, suivant les échantillons, avec une moyenne de b,5 jusqu’à 830°, peut dépasser 30 p. 100 au-dessus de 1 000°.
- Sur la mesure de la suie. — Comment mesurer les quantités de suie produites par les cheminées d’usines ? Dans l’un des nombreux appendices qui accompagnent le rapport préliminaire du Committee on Power Tests, de l’AmericamSocietyof mecha-nical Engineers, et qui traite des essais de tous les appareils de force motrice, nous relevons les indications suivantes sur la méthode indiquée pour recueillir et mesurer la suie : Au sommet d’un carneau, on introduit par une ouverture une plaque de 2 centimètres sur 60, soit 120 centimètres carrés de surface; et on la tient suspendue à l'aide d’un fil. On la pèse avant, on la retire toutes les deux heures; on la pèse de nouveau et l’augmentation du poids donne la quantité de saie déposée. On enlève celle-ci à l’aide d’une brosse, et l’on remet la plaque. Il faut avoir soin de bien refermer l’ouverture. Des essais comparatifs, laits sur une chaudière munie d’un chargeur automatique, et sur une autre chaudière munie d’un fumivore, ont donné des poids de suies allant de 9 à 181 milligrammes par heure, selon la nature du combustible et les circonstances différentes de la combustion.
- Le pouvoir désinfectant des huiles essentielles. — V a-t-il un rapport nécessaire entre l’action narcotique et le pouvoir désinfectant des huiles essentielles ? Dans un mémoire récompensé par la Société des sciences naturelles de liostock, M. R. Geinitz trouve que les séries de ces deux propriétés restent entièrement différentes l’une de l’autre. Un exemple marquant eu est donné par l’essence d'anis et par son principe actif, l’anéthol ; ni l’un, ni l’autre ne possèdent d’action antiseptique, tandis que tous deux exercent une action narcotique très prononcée sur les animaux à sang froid. Les résultats obtenus sur les animaux à sang froid, (sur les végétaux supérieurs, entiu sur les bactéries sont tout à fait différents les uns des autres.
- p.122 - vue 122/950
-
-
-
- LES ÉTHEHS FORMYLIQUES DE LA CELLULOSE.
- 123
- M, H. Geinitz a établi deux tableaux fort intéressants, l’un classant les substances d’après l’énergie de leur action narcotique sur les poissons, l’autre d’après l’énergie de leur action antiseptique sur le lait.
- La [dus puissante des premières est l’essence de moutarde, puis vient l'essence do cannelle de* Ceylan, b* citral, le carvacrol, l’essence de thym, la oarvono, l’essence de santal, 1 eugénol, l’anéthol, les essences de térébenthine.
- Les plus puissantes des secondes sont encore l'essence de moutarde (pouvoir antiseptique 3 pour sublimé 7, cyanure d’argent et de potassium 10), l’essence de cannelle 1, le tricrésol 0,5, l’eau oxygénée 0,3, l’aldéhyde anisique 0,2. le phénol et les crésols 0,15, l’alcool octylique 0,13, le carvacrol 0,11, l’alcool hepthylique 0,10, l’eu-génol 0,00;
- Les éthers formyliques de la cellulose. — D’après M. En. C. Worden (Journal of the Society of Chemical indusIry du 30 novembre 1912). — Voilà quatre-vingts années qu’un éther de carbohydrate fut préparé pour la première fois. Il était dû à Braconnot (Ann. Chim. et phys., 1832, t. 52, p. 290), qui annonça en 1832 l’existence d’un corps obtenu par l’action de l’acide nitrique concentré sur l’amidon ; il l’appela xyloïdine. Plus tard, Liebig (Annalen der Pharmacie, 1833, t. 7, p. 249); Pàyen (Nouvelles Annales des sciences naturelles, t. 10, p. 161) : Pelouze (C. r. Acad. Sc., 1838, t. 7, p. 713); Gladstone (Memoirs of Chemical Society, t. 46, p. 338); Béchamp (Ann. Chim. et Phys., t. 46, p. 338; Comptes rendus, t. 41, p. 817); Bouijs-Ballot (Journal fur pratische C hernie, t. 31, p. 209), étudièrent successivement les propriétés chimiques et balistiques de la farine d’amidon explosive, de la nitramidine, du pyroxam, du pyra-midon ; ces noms représentaient les produits divers qu’ils obtenaient dans la nitration de l’amidon commercial. En 1845-1846, Schonbein réussit (C. r. Acad. Sc., 1846, t. 23, p. 678) à nitrer la cellulose fibreuse du coton; il prédit que ce coton explosif remplacerait bientôt la poudre ordinaire dans les armes de guerre.
- Les recherches sur l’acétylation poursuivies par Paul Schützenberger en 1862 i'C. r. Acad. Sc., 1862, t. 54, p. 154-156, 1026-1029) furent suivies en 1865 (('. r. Acad. Sc., 1865, l. 61, p. 485-486), puis en 1870, de mémoires présentés à l’Académie des sciences de Paris (Ann. Chimie et Phys., 1870, 4e série, t. 21, p. 235-264 ; cf. C. r. Acad. Sc., 1869, t. 68, p. 814-818), sur l’acétylation des hydrates de carbone, où celle de la cellulose est décrite. Les produits d’acétylation obtenus par Schützenberger montraient une dégradation très nette de la molécule de la cellulose ; cependant on doit admettre qu’ils ont conduit aux éthers non explosifs, et par conséquent non inflammables, qui sont venus rivaliser avec les nitrates si inflammables. — Girard (Comptes rendus, 1875, t. 81, p. 1105-1108; 1879, t. 89, p. 170-173 ; t. 88, p. 1322-1324; Annales de chimie et de physique, 1876, 5e série, t. 9, p. 116-119; 1881, 5e série, t. 24, p. 337-384); Liebermann (Berichte, t. 11, p. 1618-1622); Franchimont ( Comptes rendus, 1881, t. 92, p. 1053-1054 et 1054-1056; Cf. 1879, t. 89, p. 711-712; Recueil des travaux chimiques, 1899, 2e série, t. 18, p. 472-476, et 1883, t. 2, p. 241); Vignon (Comptes Rendus, 1900, t. 131, p. 530-532, 558-560. Cf p. 588-590); Skraup ( Monatshefte fur C hernie, 1898, t. 19, p. 458-460 ; Berichte, 1899, t. 32, p. 2413-2414; Monats., 1905, t. 26, p. 1415-1472; Berichte, 1901, t. 34, p. 1115; Monatshefte, 1901, t. 32, p. 1011-1036; Z. für cmgewandte C hernie, 1901, t. 14, p. 371); Cross et Bevan (./. of Chemical Society, 1890, t. 57, p. 1-4; 1895, t. 67, p. 433-451; Chemical News,
- p.123 - vue 123/950
-
-
-
- NOTES DE CHIMIE.
- JANVIER 191 :î.
- 1 24
- 1892, L. 65, p. 77-78. C1‘. Heriehte, 1891, p. 401 ; 1901, p. 514); Ost (Z. fur anrjo.umndlr Chernie, 1906, p. 998-1000; 1911, p. 130i-l807) ; Schwalbe {Z. fur angnmndle Chernie, 1908, p. 2401 2105; 1909, p. 155-156; 1911, p. 1256-1262); Eichengrun (Chemiker-’/cüunçf, 1908, p. 583; Z. fur angeivandte C hernie. 1911, p. 366, 130 J-1307, etc.), — ont étudié et le mécanisme du processus, et les relations intimes qui relient la formation de l’hydrocellulose àl'action des agents étliériticateurs.
- Le premier brevet donné il un dérivé aeétylé de la cellulose est celui de Cross et Ilevan, 1894; — (br. anglais9676 de 1894 ; br. américain 530 826 de 1894 ; br. allemand 85 329 de 1894 et 86368 de 1895; br. français 243546 de 1894; br. belge 113156 de 1894) ; — et depuis cette époque, le produit a poussé des ramifications dans un si granit nombre d’industries que le nombre des brevets relatifs pris dans les dix-huit dernières années s’élève à près de neuf cents. L’obstacle le plus sérieux au développement industriel a été le prix de la matière première. Il fallut écarter le chlorure d’acétyle ; mais la nécessité d’employer, dans le mélange d’acétylation, l’acide acétique glacial et l’anhydride acétique a rendu impossible d’obtenir les dérivés acétvlés à un prix qui permit de lutter contre les dérivés nitrés, malgré rabaissement du prix de l’anhydride acétique dans les dernières années.
- C'est la cause qui amena à chercher à produire industriellement d’autres éthers; ininflammables et moins chers, comme les propionates — (br. américains 695 127 de 1902; br. anglais 2 264 de 1902; br. américains 632 615 de 1899; br. anglais 22 029 de 1898; br. canadien 63101 do 1899 ; br. allemands 112817 ; br. russe 3264 de 1900; br. belge 137 577 de 1898; br. danois 2 158 de 1899; br. portugais 2 930 de 1899 ; br. américains 999 236 de 1911 ; br. anglais 3 103 de 1907 ; br. français 374 370 de 1907 et 385 479, 385 180; br. anglais 14 255 de 1906; br. fr. 368 738 de 1906; br. allemand 198 482 de 1905; br. américain 891 218 de 1908; br. anglais 2 026 de 1907 ; br. français 373 994 de 1907; br. allemand 201 233, 203 178 de 1906; br. autrichien 41831; br. allemand 224450 de 1908);—les butyrates (br. américains 695 1-27, 632 605,776 480, 779 553, 884 475 ; br. français 375 072; br. anglais 14 255 de 1906 et 12 406 de 1910) — ; les acétoni-trates br. allemands 179 947, 200 149 de 1905; 210 778 de 1906; br. anglais 19107 de 1906; br. français 368 766 de 1906; 462 072 de 1909; br. américains 1 028748 de 1912 . etc., etc. Mais tous réclament l’usage de l’anhydride correspondante, et l'anhydride acétique reste encore le moins coûteux de ces anhydrides: son prix est environ double de celui de l’acide acétique.
- 11 y a une dizaine d’années, l'acide formique commença à être fabriqué en grandes quantités et à des prix raisonnables. Cet état de choses attira l’attention des chimistes sur la possibilité de produire industriellement les éthers formiques de la cellulose. Ils s’en préoccupèrent d’autant plus activement que cette production n’exige pas la présence de l’anhydride correspondant. Il semble probable que cette production peut être illimitée.
- Les formiatesde celluloses peuvent être préparés par un grand nombre des méthodes qui président à la préparation des acétates; et en recourant à riiydrocellulosi*, aux celluloses modifiées, auxhydrates de cellulose — (br. américain 953 677, 955 082 de 1910 br. anglais 17 036 de 1909 ; br. français 405 29 < de 1909 ; br. allemand 219 162, 219 163 de 1907 ; br. autrichien 45 765 ; br. italien 103 978 de 1909) — ; et tout particulièrement aux déchets de fabrication des soies artificielles — (br. américains 575 518 appl. 1910,
- p.124 - vue 124/950
-
-
-
- LES ÉTHERS F0RMYL1QUES DE LA CELLULOSE.
- br. anglais 15 700 de 1910; br. français 420 856 de 1910; br. allemand 233 589 de 1909 : br. belge 234 433 de 1911 ; br. autrichien, M.5 148 de 1910: br. suisse53 585 de 1910; br. hongrois appl. 1911; br. anglais 6241 de 1911; br. français 420856 de 1911). — Les fils de nitrocellulose dénitrée et les déchets de soie-viscose conviennent plus spécialement. Comme ç’avait été le cas pour les acétates, on dépensa beaucoup de temps et l’on fit nombre de recherches dans le but de choisir l’agent le plus convenable pour l’hydrolyse, et les conditions de sa meilleure action.
- Les agents les plus recommandables sont :
- l’acide sulfurique (br. anglais 2 511 de 1907; br. français 376 262 de 1907 ; br. allemand 189 836, 189 837); l’acide sulfurique et le chlorure de zinc (br. américain 955 082 de 1910; br. allemand 219163 de 1907 : action des acides formiques et chlorure de zinc.br. américain 953677 de 1910; br. allemand 219162 de 1907 : action de l’acide formique et de l’acide sulfurique) ;
- le gaz acide chlorhydrique (br. anglais 2 511 de 1907; br. français 376 262 de 1907 ; br. allemand 189 836 de 1907);
- les halogènes (br. anglais 22 237 de 1911 ; br. français 435 507 de 1911) ; br. belge 239 561 de 1911);
- le chlorure de sulfuryle (br. anglais 24 382 de 1911; br. français 423197 de 1910: br. suisse 54 497 de 1910, br. belge 229 995 de 1910);
- le chlorure de pyrosulfuryle (br. français 423 197 de 1910);
- les acides chlorosulfoniques (br. allemand 237 766 de 1909; chlorure de zinc et chlorure de sulfuryle; br. allemand 237 766, chlorure de zinc et acides chlorosulfu-riques) ;
- l’acide éthylsulfurique aussi (br. français 430 606 de 1911).
- La cellulose peut être teinte avant sa formylation (br. américain 994 738 de 1911, br. anglais 1 556 de 1911, br. français 427 445 de 1911 : br. allemand 237 210 de 1910 : br. belge 223 786 de 1911 ; appl. autrichienne en 1911 .
- Les Vcreinigte Glanzstoff Fabviken (br. anglais 29 246 de 1910 ; 309 de 1911 ; br. français 423 774 de 1910; 424 621 et 427 445 de 1911; br. allemand appl. en 1910; br. autrichien en 1910) conseillent les phosphoformiates en combinaison avec le phosphate de triphényle.
- Berl et Smith ont montré (Berlchte, 1907, t, 40, p. 903-908) que le monoformiale de cellulose peut être préparé en faisant agir de l’acide formique absolu en présence d’acide sulfurique, 5 p. 100; mais ils ne réussirent pas à obtenir des éthers utiüsables au point de vue technique. ’Woodbridge [Journal of American Chemical Sociely, 1909, t. 31, p. 1070) trouva qu’en prenant l’acide formique de densité 1,20 au lieu de l’acide absolu on n'obtient pas de formiate, et qu’avec l’acide absolu on peut utiliser du papier filtre séché à 100° aussi efficacement que la cellulose préparée suivant les indications de Girard (Annales de chimie et de physique, 1881, 5e série, t. 24, p. 337-384). La méthode qu’il suivait de préférence consiste à traiter 18 parties de papier filtre sèche avec 100 grammes d’acide formique de densité 1,22, et 10 grammes d’acide sulfurique, en maintenant la température à 30°-35r’ pendant seize heures ; on ajoute de l’acide formique, on filtre la masse visqueuse afin de la séparer de la cellulose non transformée; on précipite la masse par une grande quantité d’eau, enfin on lave jusqu’à neutralisation entière et on sèche à basse température. Le produit ainsi obtenu est soluble dans l’acide formique et le chlorure de zinc, insoluble dans les alcools méthylique, éthylique, amylique, dans l’acéfonc, le chloroforme, le tétrachlorure de carbone, les
- p.125 - vue 125/950
-
-
-
- m
- NOTES DE CHIMIE.
- JANVIER 19B.
- acétates d'éthyle et d’amyle, l’anilin**, ainsi que dans les acides sulfurique, nitrique et chlorhydrique étendus. L’insolubilité de l’éther formique dans le tétrachlorure d’acétylène permet de le caractériser et de le différencier de l'acétate de cellulose. Par saponification, cet éther formique fournil "23,1 p. 100 d’acide formique; le monofor-miate fournirait 21,"2.
- La récupération de l’acide formique dans le mélange acide présente des difficultés, et la solution cellulosique est sujette à une décomposition assez rapide due à la présence d’une proportion relativement élevée d’un acide minéral énergique. Ces considérations ont leur importance, si l’on veut que le produit ait finalement la force maximum, comme c’est le cas s’il est destiné à la fabrication des fils de soie artificielle ou de films continus. La îNitritfabrik Aktieri-Cesellschaft (br. allemands 210 162 et 210 163 de 1907: Cfbr. anglais 17 036 de 1909: br. fi ançais 105 293 de 1909; br. autrichien 15 765; br. américains 953 ri77 et 955 082 de 1910; br. italien 103 978 de 1909: demande de brevet hongrois 952 de 1909) a breveté un procédé pour rendre la cellulose soluble dans l’acide formique afin d’obtenir des solutions d’éthers formiques de la cellulose susceptibles d’être filées : le procédé consiste à former d’abord de l’hy-drocellulose, puis à la laver jusqu'à libération d’acide minéral, à la sécher, puis à la formyler directement en opérant sa dissolution dans l’acide formique et le chlorure de zinc.
- Deming (Journal Am. Chem. Soc.. 1911. t. 33, p. 1519 préfère se servir d’acide chlorhydrique gazeux et sec; son procédé consiste à saturer 3 grammes de papier filtre par 100 centimètres cubes d’acide formique préalablement saturé de gaz acide chlorhydrique sec. Le produit est précipité après quatre heures: il est lentement soluble dans l’acide formique, faiblement dans la pyridine ; il est insoluble dans les autres réactifs qui dissolvent les acétates. Deming a trouvé qu’un mélange de 30 centimètres cubes d'acide formique (d = 1,22), 70 centimètres cubes d’acide chlorhydrique d= 1,40) et 10 grammes d<‘ chlorure de calcium dissout l8r,5 de cellulose en 15 minutes, tandis que le mélange des deux acides sans le chlorure n’effectue aucune dissolution même en vingt-quatre heures.
- Les halogènes remplacent l’acide chlorhydrique dans un brevet de l’Actien-Gesell-schaft fur Anilin-Fabrikation (br. anglais 22 237 de 1911, br. français 435 507 de 1911 ; br. belge 239 564 de 1911; chlore, brome, mono- et trichlorure d'iode, monobromure d’iode et chlorure de brome i.
- Suivant le procédé de la J.-B. Bemberg A.-G. < br. anglais 2 511 de 1907: br. français 376262 de 1907; br. allemand 189836 et 189 837 de 1908), le gaz acide chlorhydrique est préférable parce que la réaction suit une marche plus régulière et que les produits secondaires sont en moindre quantité. On introduit 2 à 4 parties du gaz sec par 100 parties d’acide formique à 98-100, puis on ajoute 20 à 30 parties de cellulose sèche. Au bout de quelques heures pendant lesquelles ou remue constamment, en maintenant la température entre 15° et 18", la cellulose est entrée en dissolution. Lorsque la formylation est complète, on précipite la masse par un excès d’eau, on lave jusqu’à neutralisation et l'on sèche à l’air. La formylcellulose ainsi préparée est une poudre blanche, soluble dans l’acide formique, le chlorure de zinc, et en partie dans les acides chlorhydrique, sulfurique et acétique étendus.
- L’action des acides sulfurique ou chlorhydrique peut être modifiée, sans diminuer leur efficacité,' en combinant les deux, et en joignant du chlorure de sulfuryle avec chlorure de zinc — (br. allemands 237 765 et 237 766 de 1909; br. anglais 29 480
- p.126 - vue 126/950
-
-
-
- LES ÉTHERS FORMYLIQUES DE LA CELLULOSE.
- 127
- de 1910; br. français 422 542 de 1910; br. autrichien 8 776 de 1910;, — ou du chlorure de sulfuryle seul — (br. anglais 24 382 de 1910 ; br. français 423197 de 1910 ; br. suisse 54497 de 1910; br. belge 229995 de 1910). — Par exemple, on employé les produits S020HCl,S02CP,S20!iCl2. 100 parties de cellulose sont séchées rapidement à 105°, mélangées avec 500 parties d’acide formique à 98-100 et 20 parties de chlorure de sulfuryle; la solution est complète au bout d’un ou deux jours. En cas d’emploi simultané de chlorure de zinc, le produit obtenu par précipitation dans une grande masse d’eau est soluble dans l’acide formique et dans le chlorure de zinc, et aussi dans la pyridine, ce qui le différencie des anciennes formylcelluloses. Si-l’on évapore la solution, on obtient un filme translucide et flexible.
- Dreyfus (br. français 430 606 de 1911) prépare les éthers cellulosiques à froid, en faisant agir l’acide formique en présence d’une petite quantité d’un éther aliphatique ou aromatique sulfurique, tel l’acide éthylsulfurique. Si la réaction est poussée en l'absence de dissolvants, on obtient des produits gélatineux; en leur présence, les produits sont visqueux.
- Les Vereinigte Glanzstoflf Fabriken — (br. allemand 233 589 de 1909 ; br. américain 575 518 de 1910; br. anglais 15 700 de 1910 ; 6 241 de 1911 ; br. français 420 856 de 1910 ; br. belge 234 433 de 1911 ; br. autrichien A. 5148 de 1910; br. suisse 53 585 de 1910') — ont montré que les hydrates de cellulose conviennent particulièrement à la fabrication des formylcelluloses. Ces hydrates de carbone s’obtiennent à bas prix, par exemple, à l’état de fils de nitrocellulose dénitrée, de fils lustrocellulose dans le procédé au cuprammoniuin, comme fils de viscose, comme déchets dans l’industrie de la soie artificielle de cellulose. Les déchets sont introduits dans de l’acide formique à 95-100 • la masse est chauffée peu à peu jusqu’à ce que la cellulose passe en solution, etl’onpeut l’utiliser directement pour la forcer à travers des filières. La solution est facilitée si l’on chauffe à 40°-50°, tandis qu’à température plus élevée, la formylation s’accélère et il se forme des solutions visqueuses très fortes de formylcelluloses hydratées et complexes. Le meilleur critérium est l’éclat, la transparence et l’élasticité des films résultants.
- On conseille de ne pas chercher à dépasser une concentration de 5 p. 100 à 25°; l’excès d’acide formique peut être aisément récupéré par distillation sous pression réduite, jusqu’à consistance voulue.
- Si on le désire, la cellulose peut être teinte avant formylation ; on‘emploie les matières colorantes solides aux acides, telles que les couleurs algol, indanthrène, rosan-thrène, hélindone,katigène, immédial, etc.—;br. allemand 237 210 de 1910; br. américain 994 738 de 1911, br. anglais 1 556 de 1911 ; br. français 427 415 de 1911 ; br. belge 233 786 de 1911 ; br. autrichien A. 2 376 de 1911). — Par exemple, 200 parties de coton teint avec l’indanthrène RS sont formylées avec un mélange de 100 parties d’acide formique et 3 à 10 parties d’acide sulfurique; on obtient une solution bleu foncé, et on la lave. La formylcellulose conserve sa couleur; elle est soluble dans les solvents ordinaires. et les solutions produisent des films bleus.
- En observant avec soin le développement de l’industrie des nitrates de cellulose, on constatera que le développement de leurs applications techniques a suivi la découverte de nouveaux dissolvants, ou l’adaptation des anciens dissolvants à de nouveaux emplois.
- C’est le manque de dissolvants convenables qui empêcha l’essor des brevets de
- p.127 - vue 127/950
-
-
-
- i28 NOTES DE CHIMIE.------JANV1EB 1913.
- Partes ^br. anglais 2 359 de 1855, l 123 et 1 125 de 1856, 2 675 de 1861, 1 313, 2 733 et 3161 de 1865, 1 561, 1 592 et 2 709 de 1866, 865 et 1 695 de 1867, 1 366 et 1614 de 1868, 983 de 1881; br. français 11 871 de 1866); de Spill (br. anglais 1816 et 2 666 de 1*67, 39 484 de 1868, 3 102 de 1869, 180, 787, 1 017, l 626 et 2649 de 1870, 1 739 de 1875; br. français 85 369 de 1889 et 88 898 de 1870; br. américains 91 377, 91 378 et97 454 de 1869, 101 175 de 1070); de Barnmell et Rollason (br. anglais 945 de 1859 et 2 249 de 1860); de Mennons (br. anglais 2 775 de 1860); de Culting i br. anglais 1 636 de 1854 ); de Pierson ( br. américain 65 267 de 1868); de Mac Clelland, Kendall et Trested-(br. américain 86 841 de 18691. C'est au contraire l'appréciation de la valeur des dissolvants pour nitrocelluloses qui assura le succès des nitrates de cellulose thermoplastiques, dont le celluloïde est le prototype. Le même fait se produit actuellement pour l’industrie des acétates de cellulose, et l’attention est en éveil pour obtenir un corps qui y joue le même rôle que le camphre vis-à-vis des nitrocelluloses. Le disacétate de résorcine (br. anglais 8 945 de 1909; br. français 402 083 de 1909) ; la benzophénone br. français 432 264 de 1911; br. belge 241 251 de 1911); l'huile de ricin acétiliée br. américain 712 200 de 19021 ; l’acétine (br. français 397 429 de 1908 ; le camphre br. américains 738 533 et 729 990; br. anglais 26 657 de 1909; br. allemands 185 240, 185241 et 210519 ; le thymol (br. américains 712 200, 774 713, 774 714 ; br. allemands 185 240 et 185 241); l'hydrate de ehloral (br. anglais 18 193 et 1 1 354 de 1909, 13100 et 27 258 de 1910; br. français 408 370, 419 530 de 1910, 432264 de 1911; br. belge 241 251 de 1911, Cf. br. anglais 9 537 de 1907; br. français 377 010 de 1907; br. allemand 189 703 de 1902, 220 228 de 1907 ; br. américains 774 677 de 1904; br. anglais 7 088 de 1902: br. français 319 724 de 1902 ; br. allemands 145 106, 151 918 et 152 ltl de 1902); tous ces corps solides ou semi fluides ont été proposés dans le but de jouer un rôle analogue à celui du camphre vis-à-ris des nitrocelluloses, mais leurs inconvénients sont nombreux.
- Les solvants liquides pour acétates de cellulose ne conviennent pas aux formiales. Tels :
- le tétrachlorure d'acétylène (br. américain 804 960 de 1905; br. anglais 6 751 de 1905 ; br. français 352 897 de 1905; br. allemand 175 379 de 1904 ; 188 542 de 1905 ;
- son mélange avec l’alcool méthylique (br. américain 1 009 116 de 1911; br. français 417 319);
- la solution de phosphate de triphényle (br. anglais 10 774 et 10 775 de 1910; br. français 415 517 de 1910 sans urée, 415518 avec urée);
- le benzoate de benzyle (br. américain 1 027 619 de 1912; br. français 432 264 de 1 i»11 ; br. anglais 20 978 de 1911 ; br. belge 241 250; br. américain 961 360 de 1910, br. anglais 13 692 de 1910);
- le formiate de mélhyle br. américain 972 464 de 1910 :
- le chloroforme ( br. allemand 200 33 4; br. anglais 14 255 de 1906; 10 243 de 1903 ; br. américain 530 826 ; br. anglais 14 36 4 de 1910; br. allemand 210,519 ; br. américain 530 286, 654 988, 790 265) ;
- l'acétone:1e ehloral (br. anglais 9 357 de 1907; br. français 377 010 de 1907 ; br. allemands 152111, 189703 de 1902; 220228 de 1907 ; br. français 432264 de 1911; br. belge 241 251 de 1911; — br. américain 774 677 de 1904 ; br. anglais 7 088 de 1902; br. français 319724 de 1902 ; br. allemands.145 106, 151 918, 152 111 de 1902; br. anglais 27 258 de 1910; br. français 419530 de 1910: br. anglais 11 354, 18 189 de 1909; 13 100 de 1910; br. français 408370 de 1910); .
- p.128 - vue 128/950
-
-
-
- LES ÉTHERS FORMYLIQUES DE LA CELLULOSE.
- 129
- le chloranisol (br. français 432 264 de 1911 ; br. belge 241 251 de 1911) ; la chlorhydrine (br. américain 1 005 455 de 1911; br. anglais 476 de 1910; br. français 411 298 de 1910; br. autrichien 50656 de 1910; br. belge 222106 de 1910; br. suisse 51 839 de 1910);
- l’alcool chlorobenzylique (br. français 432 264 de 1911; br. belge 241 251 de 1911);
- la créosote (br. français 364 942 de 1905 ; br. anglais 12 277, 12 278 de 1905; br. allemands 185 240, 185241 de 1906; br. anglais 12976 de 1909; br. français 411126 de 1909; br. autrichien A 9 533 de 1909 ; br. portugais 7 102 de 1909};
- l’alcool diacétone (br. américain 1 003438 de 1911; br. anglais 11 728 de 1911; br. français 429 764 de 1911; br. allemand 246 967 de 1910);
- l’épichlorhydrine (br. américain 734123 de 1903; 790 565 de 1905; br. anglais 21 628 de 1901; br. allemand 153 350, 159524 de 1901; br. français 317007 de 1901; br. italien 62 042 de 1901 ; br. autrichien 31 391);
- le mannol (br. français 432 264 de 1911 ; br. belge 241 251 de 1911) ; l’acétate de naphtyl (br. américain 729 990 de 1903; br. allemand 162 239 de 1902); la nitrobenzine (br. américain 734 123 de 1903; 790 565 de 1905; br. anglais 21628 de 1901 ; br. allemands 153 350,159 524 de 1901 ; br. français 317 007 de 1901 ; br. italien 62 042 de 1901; br. autrichien 31391);
- le nitrométhane (br. allemand 201 907 de 1907);
- le pentachloréthane et l’alcool (br. français 432 047 et 432 264 de 1911; br. belge 241 251 et 241 252 de 1911);
- la benzyldihydropulégone (br. allemand 302 720 de 1907);
- le chloral et alcool (br. anglais 26 657 de 1909; br. français 421 010 de 1910) ;
- l’acétylalkylaniline (br. français 427 804 de 1910);
- l’acétate de naphtol (br. français 432 264 de 1911 ; br. belge 241 251 de 1911); l’acide chlorpalmitique (br. américain 855 550 de 1907, 962 877 de 1910); l’éthylène chlorhydrine (br. américain 1 027 614 et 1 027 617 de 1912) ; l’acétodichlorhydrine et alcool (br. américain 1 027 488 de 1912); le chlorure d’éthylène et alcool (br. américain 1 027 616) ; l’éthylène acétochlorhydrine (br. américain 1 027 615, 1 027 618 de 1912). L’utilisation des celluloses formylées fut empêchée par la disette relative de solvants. Et des essais relatés plus loin furent entrepris pour accroître le nombre de ces solvants.
- Les Vereinigte Glanzstoff Fabriken ont trouvé que l’acide lactique est un excellent solvant pour la cellulose formylée (br. anglais 8313 de 1911; br. français 428 069 de 1911), après que Waite (br. américain 690 211 de 1901) eût trouvé l’action de cet acide sur les acétates. Le procédé breveté par les Vereinigte consiste à dissoudre 10 parties de déchets de soie artificielle dans 100 parties d’acide formique; on ajoute 50 parties d’acide lactique à 80 p. 100, et on récupère l’excès d’acide formique par une distillation dans le vide partiel, à une température inférieure à 40°. Le sirop visqueux ainsi obtenu peut être filé, ou bien converti en une masse flexible et transparente. Pour éüminer toute réaction acide, on opère la dialyse dans l’eau. Il est évident que si la cellulose se dissout dans l’acide formique, pour donner un produit formylé, celui-ci est soluble dans l’acide formique. L’Internationale Celluloseester Gesellschaft (br. allemand 239701 de 1910, cf. 237 599 de 1907; br. américain 922340de 1910; br. anglais 6 554 de 1909; br. français 400 652 de 1909) a breveté un procédé identique, dans Tome 119. — 1er semestre. — Janvier 1913. 9
- p.129 - vue 129/950
-
-
-
- 130
- NOTES DE CHIMIE.
- JANVIER 1913.
- lequel la cellulose formylée est rendue plastique par l’action d’un mélange d’acide formique et d’acide lactique. Au lieu d’acide lactique, on peut se servir d’acide phos-phorique, et surtout de l’acide orthophosphorique sirupeux du commerce (br. anglais 29 246 de 1910, 309 de 1911 ; br. français 423 774 de 1910, 421 621 de 1911 ; br. allemand de 1910; br. autrichien de 1910; br. suisse 53 777). On obtient les meilleurs résultats en mélangeant 1 kilo d’acide formique à 99 avec 1 kilo d’acide phosphorique du commerce à environ 84kK,200 grammes de coton dégraissé et blanchi. Après quelques heures d’attaque, la cellulose est transformée en une solution visqueuse légèrement colorée, qui peut être travaillée pour fils et pour films.
- Dans le but de rendre le produit plastique (br. américain 1 029 341 de 1912; br. anglais 8 313 de 1911 ; br. français 428 069 de 1911), on étend la solution formique de formiate ou de [phosphoformiate de cellulose avec l’acétate ou le formiate d’amyle, l’alcool méthylique ou éthylique, ou un mélange d’hydrocarbure et d’alcool ; et l’éther se sépare aussitôt sous forme d’une masse volumineuse qui tombe au fond du v^ase. On décante, on lave le précipité et l’on a finalement un coagulum semi-fluide gélatineux qui est transparent et donne facilement, par mélange avec le phosphate de tri-phényle, une masse dure, solide et plastique.
- Ellis (br. américain 999 490 de 1911) a décrit les combinaisons de la cellulose formylée avec le chloral, l’huile de ricin, le(lactate d’amyle et la méthylacétone, comme étant des produits de valeur commerciale.
- Dans son procédé d’hydratation des acétates de cellulose (br. américain 838 350 de 1906;br. anglais 19 330 de 1905; br. français 358 079 de 1905; br. belge 187 308 de 1905; br. autrichien 41461 de 1909; br. italien de 1905; br. allemand de 1905), G. W. Miles a augmenté dans une notable proportion le champ des applications de ces acétates par son observation que si, au cours du processus d’acétylation qui conduit à la production des triacétates normaux de cellulose, l’on ajoute au mélange d’acétylisation de l’eau ou des substances introduisant de l’eau, la cellulose acétylée perd bientôt sa solubilité dans le chloroforme, et elle parvient à l’état d’hydratation que caractérise l’insolubilité dans le chloroforme chaud et la solubilité dans l’acétone à 99 ; en même temps, elle devient soluble dans un grand nombre de solvants où la cellulose acétylée normale ne se dissout pas.
- Dans le but d’appliquer les mêmes principes aux formiates de cellulose, l’auteur de ce mémoire a instauré toute une série d’essais qui ont été négatifs. Ils indiquent, pourtant, en général, une augmentation de solubilité à mesure qu’augmentent la proportion d’eau d’hydratation et la durée de l’hydratation.
- Le manganèse en agriculture. — Le meilleur des résumés que l’on puisse désirer des travaux de M. Gabriel Bertrand se trouve dans la conférence qu’il a donnée au VIIIe Congrès international de chimie appliquée, à New-York, sur le rôle des infiniment petits chimiques en agriculture. En voici quelques extraits textuels.
- Une question des plus intéressantes,tant aupoint de vue théorique que pratique, soulevée par l’étude de la composition chimique des espèces végétales, c’est celle du rôle joué par certains corps, métalloïdes et métaux, trouvés dans les plantes en très petites proportions. Une dizaine de corps simples : l’hydrogène et l’oxvgène, dont l’association forme l’eau, soit les 75 à 93 centièmes du poids total des plantes vivantes; le carbone, qui, lié aux deux précédents, constitue la cellulose, le sucre, les huiles et les autres substances dites hydrocarbures-
- p.130 - vue 130/950
-
-
-
- LE MANGANÈSE EN AGRICULTURE. 431
- l’azote qui entre avec les trois premiers dans la composition'de l’albumine, du gluten et des matières protéiques ; ainsi que le soufre ét quelquefois le phosphore ; enfin le potassium, le calcium, le magnésium et de petites quantités de fer, sont absolument nécessaires au développement normal des plantes. L’absence d’un seul entraîne la non-utilisation des autres et l’arrêt de la croissance du végétal. A moins d’un millième près, les plantes sont constituées par la réunion de six métalloïdes et de quatre métaux, et ces métalloïdes et ces métaux suffisent à former. pair leurs multiples combinaisons, les énormes quantités de sucre, d’amidon, de cellulose, d’huile et autres substances, que l’industrie sépare ou transforme, et que l’homme et les animaux tirent du règne végétal pour les besoins de leur alimentation journalière.
- Ces éléments, les plantes les trouvent généralement dans le sol, et l’agriculteur n’a à subvenir, en thèse générale, qu’au manque de potassium, d’azote et de phosphore. C’est ce qu’il fait à l’aide des engrais. Les recherches de Duhamel, de Saussure, de Sachs, de Boussingault, de Liebig, de Georges Ville ont contribué à établir la théorie des engrais.
- Mais quelles sont les substances qui, ajoutées aux 99,9 p. 100 d’éléments déjà considérés, permettent d’atteindre le total de 100 p. 100 d’une analyse parfaite ? Ce sont surtout le silicium, le chlore, le sodium, le manganèse, l’aluminium, qui n’existent dans les plantes qu’en très petite proportion, souvent moins de 1/10 000 et même de 1 /100 000, et quelques autres.
- Des éléments comme l’aluminium, le manganèse, le zinc, le bore, le silicium, etc., dont la proportion dans le monde végétal est si petite qu’elle a passé longtemps inaperçue, peuvent-ils être des éléments physiologiques, c’est-à-dire sont-ils nécessaires à la croissance delà plante, ou ne sont-ce que des corps étrangers introduits par un simple phénomène d’osmose à travers les racines ?
- ’ M. Gabriel Bertrand examine, comme exemple, le cas du manganèse, qu’il a si bien étudié et qui est en quelque sorte son domaine. La proportion de ce métal est fort petite, souvent inférieure au 1/100 000, et même au 1/1000 000.
- M. Gabriel Bertrand au cours de l’étude approfondie qu’il a faite du principe oxydant de l’arbre à laque, trouva que ce principe était dû à la combinaison d’une matière organique particulière, la laccase, jouant le rôle d’un acide très faible, avec une petite quantité de manganèse, et que cette faible quantité [de manganèse est indispensable au fonctionnement chimique de la laccase. Si on la lui enlève, elle perd la propriété d’agir comme fixatrice d’oxygène. Tous les sels manganeux jouissent, à un degré plus ou moins grand, du caractère essentiel delà laccase.
- Les végétaux, qui ne peuvent se passer d’oxygène pour accomplir certaines transformations chimiques, utilisent la laccase comme intermédiaire dans ces transformations ; d’autre part, la laccase est une combinaison de manganèse ; donc les végétaux ont besoin de manganèse. Et puisqu’une quantité même très petite du métal suffit à fixer des quantités pour ainsi dire infinies d’oxygène, les végétaux n’ont besoin pour leur fonctionnement normal que d’une proportion très petite de manganèse.
- Passant à l’action moins connue du zinc et du bore, M. Bertrand a établi que le zinc fait partie de la composition de VAspergillus et agit sur sa croissance, à la façon du manganèse. Le zinc se rencontre parmi les éléments habituels des végétaux, et il a pu être dosé dans un grand nombre d’espèces très différentes par Javillier.
- M. Bertrand conclut donc, de ses recherches aujourd’hui universellement connues, que des métalloïdes et des métaux, présents dans le corps de la plante en proportions infimes, peuvent être des éléments physiologiques, aussi nécessaires au métabolisme
- p.131 - vue 131/950
-
-
-
- 132
- NOTES DE CHIMIE. ----- JANVIER 1913.
- général que le carbone et l’azote. Ces métalloïdes et ces métaux, trop peu abondants pour entrer dans la composition des appareils de soutien ou des substances de réserve, ne peuvent avoir, comme le manganèse, qu’un rôle d’intermédiaire, de catalyseur, dans les réactions chimiques. Il faut qu’ils entrent dans les cycles de transformations mis en jeu par la culture pour l’organisation des éléments plastiques, et en sortent alternativement. Leur rôle est, jusqu’à un certain point, comparable à celui des ferments et on peut les appeler, autant pour faire image que par commodité, des infiniment petits chimiques.
- Il ne faut pas oublier, lorsqu’on expérimente avec les engrais catalytiques, d’opérer avec prudence, car ils ont une grande activité physiologique. Si on en ajoute trop, non seulement on fait une dépense inutile, mais on peut obtenir, comme cela s’est vu plusieurs fois, de mauvais résultats. Un tel effet, déjà très sensible avec le bore, peut même devenir rapidement dangereux avec le zinc. Il varie d’ailleurs beaucoup avec les espèces végétales et l’on peut voir, dans un même sol, le maïs résister beaucoup mieux que l’avoine à l’élévation de dose de 1 acide borique.
- La connaissance du rôle des infiniment petits chimiques, même envisagée au seul point de vue agricole, touche à plusieurs problèmes. Elle touche tout d’abord à celui des causes de la fertilité des sols; elle apporte un nouvel argument explicatif de la nécessité des rotations culturales.
- p.132 - vue 132/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE
- par M. H. Hitier
- Membre du Conseil.
- PROGRÈS DE L’AGRICULTURE RUSSE
- Nous avons essayé de montrer, ici même, dans une note sur l’agricnlture en Russie (bulletin de mars 1909), comment le régime du mir, c’est-à-dire en somme le régime de la propriété collective, dans la très grande partie de la Russie, avait entravé tout progrès agricole ; et nous insistions alors sur les conséquences extrêmement heureuses que devaient avoir pour la Russie les mesures édictées par l’oukase du 25 novembre 1906 libérant le paysan de la tyrannie du mir.
- Dans la pratique, ajoutions-nous toutefois, d’énormes difficultés se présentent dans un pays comme la Russie pour l’application de ces mesures libératrices. « La population rurale, dans sa masse, répugne aux changements brusques, les Russes de la race grande-russienne sont encore imbus des principes collectivistes, n’admettent point l’idée de la propriété foncière individuelle ; en outre la division actuelle des parcelles, le groupement des populations en gros villages, le manque d’eau sur les plateaux sont de graves obstacles à la réalisation immédiate de l’oukase de 1906. »
- Et cependant la « réorganisation agraire » en Russie a marché à pas de géant depuis quatre ans, et les conséquences économiques ont déjà été des plus considérables pour la richesse de l’immense empire russe.
- La France, plus que tout autre pays, est intéressée à ce développement économique de la Russie, il n’est donc pas inutile, croyons nous, de chercher à résumer la situation actuelle de l’agriculture russe ; et cela nous est d’autant plus facile que le ministère de l’Agriculture de Saint-Pétersbourg vient de publier un document des plus complets sur la question agraire, intitulée : les Travaux dés C ommissions agraires (1907-1911).
- Pour comprendre l’importance de la réorganisation agraire, rappelons tout d’abord que par l’oukase du 19 février 1861, émancipant les paysans, sur 109 millions de décia-tines (1) attribués en nadiel (en teneur perpétuelle) à la population rurale, 90 millions avaient été attribués en possession communale et 19 millions avaient été répartis entre les communes à feux héréditaires.Mais partout la concession des terrains fut accordée à la commune dans son ensemble et non aux paysans à titre individuel. Le mir était ainsi le gérant à pleins pouvoirs du nadiel.
- « L’ingérence du régime communal quant à la terre, se borne presque exclusivement au souci de fixer le lot de terre revenant à chaque membre de la commune. Dans ce soin minutieux de répartition la commune est arrivée à une perfection étonnante, à une précision mathématique.
- (1) Déciatine = 109 ares 25.
- p.133 - vue 133/950
-
-
-
- 134
- NOTES D’AGRICULTURE. — JANVIER 1913.
- « Avec l’accroissement de la population, suivi d’une nouvelle répartition, le nombre des unités aptes à posséder augmente et il en résulte un changement complet des conditions d’exploitation pour les feux de la commune ; on ajoute, on déduit des parts, et, quelle que soit la base du partage, le déplacement des lots devint presque inévitable.
- « La terre attribuée, comme nadiel, à une commune n’est presque jamais égale en
- Fig- L — Village Khotynitzy (arrondissement d’Yambourg, gouvernement de Saint-Pétersbourg) avant le travail de répartition et d’arpentage.
- Les terres du nadiel occupent 910 déc., 3; elles étaient morcelées et exploitées par 88 feux, chacun possédant 35 bandes étroites de terrain. En plus la commune prenait à bail pour le pâturage un lot limitrophe, d’une surface de 422 déc., 2, appartenant à l’État.
- En gros traits sont marquées les parts de deux paysans.
- qualité dans ses diverses parties situées soit à proximité du village, soit loin de lui. Pour observer une équité parfaite on classifie d’abord la totalité des terres, d’après la qualité du sol et en tenant compte du degré d’éloignement du village. Ce n’est qu’en-suite que la commune marque sur chaque classe les parcelles de chaque feu. Le fractionnement du nadiel atteint par là à des proportions extraordinaires. Il fait attribuer quelquefois à un seul feu 100 bandes de terre, ou même davantage (fig. 4).
- p.134 - vue 134/950
-
-
-
- NOTES D AGRICULTURE.
- 135
- « A chaque nouveau partage, l’examen des qualités naturelles de la terre, de son degré d’épuisement, se fait avec une minutie croissante. Le nombre des fractions du nadiel à qualités diverses s’accroît et, avec l’augmentation des habitants, le sol se divise en des bandes si étroites que leur largeur n’est plus mesurée en sagènes, mais en archines ou en pieds (1). Les lisières, couvertes de mauvaises herbes, occupent sur le nadiel, entre les bandes des divers feux, une surface de plus en plus envahissante, comme dans la Russie centrale par exemple, où, malgré le besoin de terre, un septième des champs est perdu dans les sillons des bmites.
- « Outre le fonctionnement et le morcellement extrême du nadiel, chaque nouveau partage occasionne encore un allongement excessif des bandes séparées, surtout quand le nadiel occupe une surface considérable et de forme allongée. Par souci d’équité, les parcelles revenant à un feu lui sont attribuées dans toutes les parties du nadiel, dans les plus proches ainsi, que dans les plus lointains du village ; aussi, forcément, une partie de ces bandes de terre se trouve-t-elle à une grande distance de l’habitation. Une distance de 5 à 10 verstes est considérée comme usuelle. Le transport des engrais sur des lopins de terre aussi éloignés se trouve être un travail qui ne vaut pas la peine d’être entrepris ; la culture la plus simple, accomplie même sans souci d’entretenir la productivité du sol, ne saurait donner dans ces conditions de résultats tant soit peu avantageux. Aussi, malgré le manque de terre, n’est-il pas rare de rencontrer sur les limites des nadiels des parcelles non cultivées ou délaissées; d’autres sont louées à des tiers. Cela crée un état de choses qui, au premier abord, paraît incompréhensible ; d’une part, le paysan manque de terre et va en chercher de l’autre côté de l’Oural ; d’autre part, il ne travaille même pas celle qu’il possède. Il est évident que les causes d’une telle anomalie résident dans les conditions actuelles de l’exploitation de la glèbe. »
- Ces conditions ne déterminent pas seulement l’arrêt de la culture ; elles mènent, en outre, à l’épuisement forcé du sol, ainsi qu’à l’abaissement du rendement des récoltes. Nous avons, du reste, dans l’article que nous rappelions au début, indiqué d’après M. Yermoloff, combien étaient sensiblement plus faibles les rendements sur les terres des paysans que sur les terres possédées en propriété individuelle dans une même région de la Rtissie.
- Les imperfections de l’exploitation rurale devaient forcément attirer l’attention du gouvernement et du pays. Le 30 mars 1905 le tsar Nicolas II ordonna la convocation d’un conseil spécial pour rechercher les moyens d’affermir la propriété paysanne et, sur le rapport du Président du conseil des Ministres concernant les travaux projetés, le tsar inscrivit de sa main : « Problème principal à résoudre par le Conseil, le but du travail doit être de facihter aux paysans la séparation, en propriétés individuelles, des portions du nadiel formant leurs lots. »
- En exécution de la volonté du souverain, le gouvernement est entré dans la voie définitive d’une libération de la propriété rurale vis-à-vis du mir.
- D’une part, on chercha à assurer à des paysans isolés la possession, en propriété individuelle, des parcelles du sol revenant à chacun dans la commune, avec leur dégagement en lots d’un seul tenant, tout en leur facibtant l’acquisition de la terre en dehors du nadiel ; d’autre part, on dut créer sur place des institutions, pourvues des éléments techniques nécessaires, spécialement chargées du soin de la réorganisation agraire de la population rurale.
- (1) Archine — 6m,71120 ; sagène — 2m, 13356 ; verste = lk,06678.
- p.135 - vue 135/950
-
-
-
- 136
- NOTES D AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- Par l’oukase du 3 novembre 1905 furent supprimés définitivement à partir du 1er janvier 1907 les arrérages de rachat pour les terres du nadial. Cette mesure, outre l’allégement apporté par elle au fardeau fiscal, supprimait toute raison d’être au droit, pour la commune rurale, de restreindre les paysans, isolés dans l’agencement de leurs terres.
- L’oukase impérial du 5 octobre 1908 a accordé aux paysans la permission de posséder des terres dans des communes différentes.
- La loi du 14 juin 1910 a, enfin, donné à tout paysan le droit de se faire attribuer, en propriété individuelle, la part qui lui revient du nadiei communal ; il définit l’ordre de délimitation de cette part en un seul tenant ; il simplifie l’agencement des lots dans les communes à feux héréditaires et de ceux assurés en propriétés individuelles ; enfin il donne le droit à toutes les communes rurales, à feux héréditaires ou non, de passer en masse, à tout moment, à la possession individuelle de la terre, moyennant une décision de la majorité légale de l’assemblée communale.
- De cette façon, chaque paysan a obtenu la faculté d’agencer indépendamment son nadiei.
- En même temps d’autres mesures donnaient aux paysans les moyens d’agrandir leurs possessions par l’achat de terres situées en dehors des nadiels.
- Par l’oukase du 3 novembre 1905 la Banque des Paysans, créée dès 1882, a obtenu la faculté d’avancer à des paysans jusqu’à 90 p. 100 de la valeur totale de la terre achetée. Le montant des paiements destinés à amortir les emprunts des paysans (emprunts de 55 ans 1 /2) fut réduit de 5 1/4 à 4 1/2 p. 100.
- L’oukase impérial du 12 août 1906 a confié à la Banque le soin de vendre aux paysans jusqu’à deux millions de déciatines de terres des Apanages (biens de la famille impériale) ; l’oukase du 27 du même mois a autorisé la vente, dans des conditions de faveur, à des paysans insuffisamment pourvus de terres, de domaines de l’État, se prêtant à la création de petites propriétés, ainsi que de lots provenant des domaines forestiers d’État.
- Les Commissions agraires. — Mais il ne suffisait pas d’édicter un certain nombre de mesures propres à permettre la réforme agraire, il fallait en assurer la réalisation dans la pratique.
- Le Comité central de /’organisation agraire fut créé, et il lui fut confié la tâche de former des institutions régionales et de diriger leurs travaux; ces institutions régionales, ayant des attributions très étendues et un caractère administratif permanent, furent établies par l’oukase du 4 mars 19-06 et dénommées Commissions agraires des gouvernements et des arrondissements : ces comités sont chargés d’« aider la population rurale à écarter, dans l’ordre légal établi, les imperfections actuelles du mode de possession et d’exploitation, tout en tenant compte des conditions spéciales des différentes contrées ».
- En formant le cadre permanent des commissions, on a cherché à réunir des fonctionnaires de l’État, les représentants des zemstvos, de la noblesse et des paysans. Grâce à cette participation des représentants des zemstvos et des paysans, l’activité des commissions a sa se mettre en contact avec la population rurale et acquérir à ses yeux une confiance indispensable.
- Actuellement, des Commissions agraires gouvernementales fonctionnent dans
- p.136 - vue 136/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 13
- 47 gouvernements et ainsi plus de 6 000 personnes participent aux travaux des commissions agraires, dont plus de la moitié sont les représentants de la propriété foncière privée et des paysans.
- Le concours apporté parles Commissions pour améliorer les modes d’exploitation de la terre par les paysans comportait non seulement la composition des projets de réorganisation agraire, mais encore leur exécution pratique. En outre, pour la vente aux paysans, il était nécessaire de procéder à la délimitation des lots sur les domaines acquis par la Banque des paysans, et sur certains domaines des Apanages et de l’État destinés à cette vente. Il était indispensable de mettre à la disposition des Commissions agraires un personnel suffisant d’arpenteurs.
- Les mesures à cet égard furent si bien prises que le nombre des géomètres, dans les Commissions agraires s’est élevé à 5 452, dont 2 730 géomètres et 2 722 géomètres-adjoints. Jamais encore, ni au moment de l’arpentage général et spécial, ni au moment de la délimitation des paysans avec leurs maîtres, la Russie n’avait mobilisé un pareil cadre d'arpenteurs, dont le concours était mis gratuitement à la disposition des paysans désireux d’améliorer leurs exploitations. Mais ce personnel technique ne suffit même plus aujourd’hui pour répondre aux besoins les plus urgents de la population rurale, en ce qui concerne la réorganisation agraire, et la moitié des paysans qui demandent l’envoi des géomètres est obligée d’attendre d’une année à l’autre.
- C’est à partir de l’automne 4906 que les Commissions agraires commencèrent à fonctionner munies d’importants pouvoirs ou plutôt ayant de sérieuses charges, avec les moyens matériels, ainsi que les forces techniques nécessaires et guidées par les instructions du Comité central. La population vit d’abord avec une certaine indifférence l’ouverture de ces nouvelles institutions locales. Dans 15 arrondissements (sur 188) les paysans, et dans 12 les zemstvos ont même refusé d’élire leurs représentants dans les commissions. Il fallait donc acquérir tout d’abord la confiance de la population, démontrer l’utilité des commissions, les avantages d’une réorganisation agraire.
- Un exemple irrécusable était nécessaire surtout dans la Russie centrale (1), pour montrer la possibilité et l’avantage de former des exploitations individuelles ; sous ce rapport le rôle décisif fut rempli par la Banque des Paysans.
- Sous l’influence des exemples, fournis par les acheteurs de lots à la Banque, les membres des communes commencèrent à se convaincre de l’opportunité du changement de leur mode de possession, et les commissions reçurent de nombreuses demandes pour la formation de houtors et d'otroubs sur les nndiels. On fut même obligé de retenir les paysans et de les persuader de n’entreprendre la réorganisation de ces nadiels qu’après un examen minutieux et approfondi. Les travaux s’étendirent bientôt sur les nadiels dans tous les gouvernements, et, en peu de temps, leur importance dépassa de beaucoup celle des opérations entreprises sur les terres de la Banque.
- Pour les formes de la possession du sol, les Commissions agraires ont forcément tenu compte des conditions du milieu naturel local; elles établissent : a) houtor comprenant l’habitation, les constructions destinées à l’exploitation et toutes les terres d’un seul tenant; b) houtor, répondant aux mêmes conditions, mais d’une forme allon-
- (1) Dans quelques gouvernements de la Russie occidentale, bien avant la création des commissions 115 villages avaient partagé le nadiel communal, de leur propre initiative et sans le concours de l’État, en lots d’un seul tenant pour y former les houtors; ils exploitaient avec succès leurs terres dans ces conditions.
- p.137 - vue 137/950
-
-
-
- 138
- NOTES D’AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- gée; cependant la longueur du lot ne dépasse pas plus de cinq fois sa largeur; c) hou-tor composé de plusieurs parties, mais l’habitation, les autres constructions et les terres arables sont réunies sur un seul lot ; les terres servant à d’autres usages sont séparées ; — d) otroub, comprenant les terres en un seul lot, à part de l’habitation et des constructions, qui, autant que possible, doivent être à proximité des terres exploi-
- Fig. 2. — Village de Khotynitzy (arrondissement de Yambourg, gouvernement de Saint-Pétersbourg) après le travail de répartition en hou tors et otroubs du nadiel de ce village.
- Dix houtors (nos 79 à 88) du plan ont été délimités sur l’ancienne terre d’État et les membres de la commune qui les ont reçus ont abandonné leurs nadiels au profit de la commune.
- Pour les autres feux au nombre de 78, on a réparti la terre du nadiel en otroubs et la partie du domaine de l’État restant après la séparation des houtors est demeurée en pâturage commun.
- Les lots 23 et 46 hachurés en noir, sont les parts revenues après la répartition aux deux paysans dont les parcelles étaient indiqués en gros traits noirs sur le plan ligure 1 .
- tées; é) — otroub contenant les terres labourables en un sol lot et les dépendances à part (fig. 2).
- Dans le cas où des conditions locales défavorables, comme le manque d’eau, rendent impossible la formation de houtors, la meilleure méthode est la répartition du
- p.138 - vue 138/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 139
- nadiel en otroubs rapprochés des habitations, celles-ci étant réunies en groupes ou hameaux situés aux endroits suffisamment alimentés en eau (1).
- Le concours apporté par l’État à la réorganisation agraire de la population rurale ne se borne pas à lui fournir l’aide gratuite des commissions pour établir des projets en vue du meilleur agencement des exploitations et à lui procurer les services du personnel d’arperitage pour la réalisation effective des travaux. En premier lieu, il était clair que le changement du mode d’exploitation et surtout le transfert des constructions est si difficile pour la majorité des paysans que beaucoup d’entre eux, même tout à fait convaincus de l’utilité de la réorganisation, ne pourraient pas l’accomplir sans l’assistance matérielle de l’État.
- Cet appui est apporté sous forme d’avances en espèces et, dans des cas exceptionnels, sous forme de secours pour élever sur les nouveaux emplacements des maisons d’habitation et autres constructions, pour creuser des puits, pour planter des haies autour des champs, pour tracer des routes, en un mot, pour agencer les nouvelles propriétés. Les avances et les secours sont alloués sur des crédits spéciaux figurant au budget de la direction générale de l’organisation agraire et de l’agriculture.
- En outre, par l'application*des règlements spéciaux, on fournit aux paysans venant s’installer sur leurs lots nouvellement attribués le bois des forets de l’État qui leur est nécessaire pour les. constructions à élever.
- Enfin pour faciliter aux paysans devenus petits propriétaires l’application des meilleurs systèmes d’exploitation sur leurs lots, on a institué, avec le concours des zemstvos, l’assistance d’ordre agricole au cours de la réorganisation agraire (exploitation et champs de démonstration).
- Résultat des travaux de réorganisation agraire. — A l’heure actuelle les branches principales, sur lesquelles s’exerce l’activité des Commissions agraires, sont les suivantes : 1) réorganisation agraire des nadiels ; 2) affermage et vente des terres de l’État; 3) concours apporté à la Banque des Paysans pour l’acquisition des terres et leur vente aux paysans ; 4) appui à des paysans émigrant en Sibérie ; 5) secours matériels pour la réorganisation agraire. Enfin il faut mentionner à part l’assistance d’ordre agricole apportée au soins de la réorganisation agraire, le plus souvent maintenant directement par les zemstvos.
- La réorganisation agraire du nadiel. — A la suite des demandes de paysans, sollicitant un appui pour faire disparaître les graves inconvénients de l’exploitation communale, la principale partie du travail des Commissions agraires, à partir de la deuxième année de leur fonctionnement, fut la réorganisation agraire du nadiel.
- De 1907 à 1911, 90 690 communes comprenant 2 653 202 feux, adressèrent des demandes aux commissions agraires, et les travaux d’arpentage purent être exécutés sur 30 431 communes d’une étendue de 10 775 975 diciatines.
- (1) La question d’assurer l’eau aux exploitations nouvellement formées a une importance très grande si ce n'est décisive pour le succès des travaux de réorganisation agraire, d’où la nécessité des recherches hydrauliques et techniques. Dans ce but fut institué un service spécial de l’hydraulique sous la dépendance de là section des Améliorations agricoles qui, en 1911, disposait sur les iieiax d’un personnel de 36 ingénieurs de l’hydraulique, 166 agents techniques et 67 employés subalternes.
- p.139 - vue 139/950
-
-
-
- 140
- NOTES D’AGRICULTURE. ---- JANVIER 1913.
- Les travaux d’arpentage ont été achevés :
- En 1907 sur 287 683 déciatines.
- — 1908 — 863 787 —
- — 1909 — 2 567 412 —
- — 1910 — 3 447 297 —
- — 1911 — 3 609 796 —
- La tendance la plus vive pour la réorganisation du nadiei se manifeste dans lesgou-vernemens de Kharkof, Kazan, Yoroneje, Ekaterinoslav, Moscou, Yolynie, Kherson, Saratof, Perm, Yaroslav et Samara.
- Les demandes, formulées par les paysans, pour obtenir l’assistance en vue de l’amélioration des conditions d’exploitation, présentent une grande variété et touchent à des
- Fig. 3. — Houtor formé en 1909 au village Bielewitschi, arrondissement de Bielostok, gouvernement de Grodno, à la suite de la répartition du nadiei en propriétés individuelles d’un seul tenant.
- Appartient au paysan Joseph Gostik. Superficie : 6 déc., 8, dont 3 déc., 36 de terres labourables, 3 déc., 24 de prairies et 0 déc., 2 de terre impropre à la culture. Avant la répartition chaque feu avait sa terre dispersée en 25 bandes à une distance de 5 kilomètres des habitations. Grâce à une avance de 130 roubles, on a pu creuser un puits assurant l’eau à l’exploitation, et reconstruire la maison, le grenier à blé, l’écurie, l’étable transportés de l’ancienne habitation, éloignée de 3 verstes 1/2. Comme bétail : 1 cheval, 2 vaches. Comme ustensiles agricoles : une charrue en fer, une herse et d’autres outils d’usage courant. Assolement quadriennal. Le bétail pait à l’attache, sous la surveillance des enfants de Gostik.
- côtés divers de la vie rurale : elles peuvent être groupées en deux catégories principales : 1) les demandes de suppression complète des inconvénients existant dans les exploitations, par la voie de la répartition totale du nadiei communal en houtors (lig. 3) et otroubs, entre tous les feux communaux, ou par la séparation en dehors du nadiei communal des lots d’un seul tenant revenant à des feux isolés; 2) les demandes de suppression partielle du morcellement, ou de la forme allongée du nadiei communal, généralement par la création des hameaux sur des terres éloignées et par la division,
- p.140 - vue 140/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 141
- en communes indépendantes, des communes composées de plusieurs villages ou d’un grand nombre de feux.
- Les travaux de la première catégorie, ayant pour but la formation de la petite propriété individuelle, ont été réunis sous le titre de « réorganisation agraire individuelle, .» les travaux de la deuxième catégorie, entrepris pour améliorer le mode d’exploitation des groupements de feux, constituent « la réorganisation agraire collective ».
- La réorganisation agraire individuelle. — Les résultats des différents travaux de réorganisation agraire individuelle au 1er janvier 1912 sont exposés dans le tableau suivant.
- T AliLEAU A
- DÉNOMINATION des TRAVAUX. NOMBRE DE DEMANDES. PROJETS PRÉPARÉS. TRAVAUX d'arpentage. TRAVAUX ACCEPTÉS PAR LA POP LATIOX.
- Nombre ) de i communes. 1 Nombro i de \ feux. j Nombre de j communes. 1 Nombre f do \ feux. j Superficie en j déciatines. j Nombre | do communes. j Nombre 1 de \ feux. ^ Superficie en ' | déciatines. Nombre de communes. J Nombre I de N feux. | ! Superficie en déciatines.
- Répartition totale des terres communales enpetites propriétés individuelles. . . . ' 10 940 598 039 6 804 339 585 3 785 747 5 979 305 070 3 336 392 5 450 265 569 2 843 780
- Répartition totale des terres de communes à feux héréditaires en petites propriétés individuelles. ' 8 598 325 728 4 395 167 475 1 423 924 3 960 153 754 1272 491 3 455 128 586 1 030 227
- Séparation vis-à-vis de la masse communale des lots d’un seul tenant.... , 50 493 390 753 16 045 187 695 1 937 661 12 565 169 787 1 787 618 10 260 129 253 1 384 163
- Total. . . 70 031 1 314 520 27 244 694 755 7 147 322 22 504 628 611 6 396 501 19 165 523 408 5 258170
- L’accroissement de la petite propriété individuelle a été très rapide depuis 1907, et les gouvernements ci-dessous se distinguent par le nombre de ces petites propriétés individuelles formées sur les terres des nadiels; Ekaterinoslaw (55 555 petites propriétés), Kharkof (39418), Kherson (38 777), Samara (37 025i, Kief(31177), Poltava (30 599). Dans chacun des quatre gouvernements de Saratof, Volynie, Vitebsk,Tauride,
- p.141 - vue 141/950
-
-
-
- 142
- NOTES D’AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- on en a formé de 20 à 30 000, dans 15 gouvernements de 10 à 20 000, dans 9 gouvernements de 5 à 10000, dans 11 gouvernements de 1 à 5 000 et dans deux seulement moins de mille petites propriétés individuelles.
- La réorganisation agraire collective. — Cette réorganisation agraire collective a une grande importance, car elle donne la facilité de former dans l’avenir la propriété individuelle :
- Les différentes formes de la réorganisation agraire collective ont porté sur les travaux suivants :
- 1. Le partage des terres communales entre des villages ou des parties de villages. C’est jusqu’ici la forme dominante de la réorganisation agraire collective; les projets acceptés par la population s’étendent sur 2 528 424 déciatines. On cherche à constituer autant de communes qu'il y avait de villages dans la commune pour passer ensuite à la formation de la petite propriété individuelle (gouvernements de Kazan, Kalouga, Nijni-Novogorod, Riazan, Samara, Saint-Pétersbourg, Saratof, Simbirsk, Yaroslav).
- 2. Formation des hameaux sur les terrains exclus de la masse du nadiel (projets acceptés sur 85 270 déciatines). Dans les gouvernements du Midi et du Sud-Ouest, où la population s’est répartie d’une façon irrégulière par suite de la rareté des eaux de surface, certains grands villages possèdent des nadiels comprenant jusqu’à 40 000 déciatines, d’où des difficultés extrêmes d’exploitation.
- 3. Divisions des terres en vue de l’introduction d’un assolement à rotations multiples (projets acceptés sur 20 445 déciatines), ce genre d’opération, qui ne forme pas une exploitation individuelle indépendante de la commune, n’a pas beaucoup de partisans.
- 4. Suppression du morcellement du nadiel enchevêtré dans des terres appartenant à des propriétés privées (projets acceptés sur 126 673 déciatines). Dans les gouvernements de l’Ouest, dans ceux du Centre « à terre noire » l’enchevêtrement de petites parcelles paysannes avec les terres de propriétés privées est très grand.
- 5. Enfin les Commissions agraires ont réussi à supprimer nombre des usufruits entre les paysans et les propriétés privées, ainsi que les servitudes fréquentes surtout dans les gouvernements de l’Ouest.
- Affermage et vente des terres d'État. —Depuis l’oukase impérial du 17 août 1906, ce sont les Commissions agraires, où siègent des représentants élus, au courant des usages locaux, et connaissant les besoins des populations rurales, qui ont été chargées du soin de résoudre toutes les questions relatives à la vente et à l’affermage des domaines de l’État.
- Les Commissions agraires ont le droit de parceller les grandes étendues des domaines d’État en parties moins importantes, pour faciüter leur affermage, soit à des paysans isolés soit à des communes peu nombreuses dont les membres se trouvent tous dans une égale situation économique. Pour faire pénétrer dans les milieux ruraux des moyens perfectionnés de culture garantissant un meilleur rendement du sol, les Commissions sont chargées de modifier, suivant les besoins, les assolements, trop souvent surannés, pratiqués dans les terres de fermage ; elles doivent aussi entreprendre les améliorations comprenant le drainage et l’irrigation des lots nouvellement formés, tracés des routes, etc.
- p.142 - vue 142/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 143
- Depuis 1906 les Commissions ont affermé 4 531 683 déciatines dont 10 p. 100 seulement aux enchères ; le reste, soit 4 060 196 déciatines, a été attribué directement par les Commissions à la population locale manquant de terres.
- Quant à la vente des domaines de l’État, le but principal cherché a été la formation d’exploitations rurales stables, la formation de petites propriétés individuelles. Celles-ci occupent 88 p. 100 de la surface totale des 529 647 déciatines destinés à la vente.
- 329 005 déciatines ont déjà été achetés par 57 293 acheteurs au prix moyen de 98 roubles le déciatine.
- Concours prêté à la Banque des Paysans pour l’acquisition, des terres et leur vente aux paysans. — Les Commissions agraires ont eu à examiner les offres des propriétaires privés qui désiraient vendre leurs terres à la Banque des Paysans ; elles ont donné leur avis sur l’utilité que pouvait présenter l’achat de ces terres pour la création de la petite propriété.
- De 1907 à 1911, sur 7 261 198 déciatines ainsi offerts à la Banque, 5181 046 déciatines ont été agréés par les Commissions agraires. En moyenne dans les 47 gouvernements de la Russie d’Europe, le prix, réclamé par les propriétaires, était de 145 roubles par déciatine ; les Commissions agraires ont conclu à l’abaissement de ce prix jusqu’à 111 roubles (soit 76 p. 100 du prix réclamé).
- Mesures destinées à favoriser l’émigration en Sibérie. — Les Commissions agraires, pour faciliter l’émigration des paysans en Sibérie, ont pris des mesures propres à régulariser le mouATement d’émigration, aussi bien en ce qui concerne les hommes de confiance (Khodoki) chargés d’aller reconnaître les lieux en éclaireurs, qu’en ce qui concerne les familles.
- Les Commissions se sont efforcés de faire retrouver autant que possible à l’émigré en Sibérie la même nature de climat et d’exploitation, et de donner aux émigrés d’une même région la faculté de s’établir dans les mêmes centres d’émigration.
- 236 195 personnes des deux sexes ont été, dans ces conditions, guidées vers la Sibérie.
- Secours matériels au cours de la réorganisation agraire.—La réorganisation agraire de la population rurale, sur les nadiels et sur les terres acquises par voie d’achat, est liée le plus souvent aux changemens essentiels du mode d’exploitation. Sans l’assistance matérielle de l’État elle ne serait pas possible pour la plus grande partie des paysans, surtout pour ceux qui n’ont pas de terre ou qui en possèdent très peu ; plus spécialement elle ne pourrait être réalisée lorsque le changement dans la forme de possession est accompagné du déplacement des habitations, et quand s’y ajoutent les dépenses en vue d’améliorer et d’installer le nouveau lot (fig. 4).
- Des prêts jusqu’à 150 roubles par feu peuvent être consentis, à rembourser en dix ans sans intérêt, le premier versement à effectuer au bout de cinq ans. Pour l’installation d’une nouvelle exploitation des secours de 100 roubles sont avancés, etc., etc.
- De 1907 à 1911, sur 891 030 feux réorganisés dans les nadiels, sur 17 521 acquéreurs de l’État et sur 208828 acheteurs de la Banque d’État, soit au total 1 117 379 feux, l’assis-
- p.143 - vue 143/950
-
-
-
- 144
- NOTES D’AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- tance en espèces a été demandée à des Commissions par 337 741 feux, dont 273 560 ont sollicité des prêts, 58441 des secours et 5 740 des avances sur le montant des prêts à consentir pour le nadiel. Les Commissions agraires, après examen, ont accordé, jus-
- Fig. 4. — Houtor formé en 1908 au village Ananüno, arrondissement et gouvernement de Vitebsk, à la suite de la répartition de nadiel en propriétés individuelles d’un seul tenant.
- Appartient au paysan Ephim-Maksimif. Le houtor présente une surface de 5 déc., 05, dont l’habitation et les terres labourables occupent 4 déc., 05 et la prairie 1 déc. Avant la répartition, la part de nadiel revenant à chaque feu était composée de 35 parcelles très disséminées. Une avance de 80 roubles a permis de creuser un puits assurant l’eau à la propriété et a donné la faculté de construire l’habitation, deux hangars, un grenier et une aire. Le cheptel comprend deux chevaux et deux vaches. Gomme ustensiles agricoles, une charrue, une araire, deux herses (une en bois, l’autre à ressorts). Assolement triennal, avec culture de trèfle sur la surface d’un déciatine.
- qu’au 1er janvier 1912, à 182 078 feux une somme totale de 14419 135 roubles (147 670 feux ont reçu des prêts pour 13 452543 roubles; 32100 feux des secours pour 864597 roubles ; 2 308 feux 101995 roubles comme avances sur le montant des prêts à consentir pour le nadiel par la Banque des Paysans.)
- Assistance d'ordre agricole apportée au cours de la réorganisation agraire. — Au premier plan des mesures destinées à améliorer les exploitations rurales, l’on a placé celles ayant un caractère démonstratif, capables de prouver au paysan, par des exemples saisissants, la possibilité d’employer des systèmes perfectionnés de culture, et les avantages inhérents à leur application.
- Les exploitations servant de terrain de démonstration ne doivent pas dépasser l’importance d’un feu d’aisance moyenne et de dimensions ordinaires pour la région; elles ne doivent pas recevoir des subsides qui les élèvent au-dessus du niveau économique des exploitations voisines.
- La disparition des pâturages communaux propres aux exploitations adoptées par le
- p.144 - vue 144/950
-
-
-
- NOTES I) AGRICULTURE.
- 14L)
- mir inquiète, surtout au début, les paysans devenus petits propriétaires. Aussi a-t-on établi des systèmes d’exploitation modèles, très simples, mais avec culture des plantes fourragères pour assurer l’alimentation du bétail.
- Des champs de démonstration ont été aussi créés avec assolements perfectionnés et emploi des meilleurs procédés techniques :
- Un personnel important d’agronomes (1490) apportent aux paysans l’aide de leurs conseils, et leur indiquent les méthodes capables d’améliorer le bétail, en même temps que celles capables d’augmenter la production agricole d’une manière générale.
- La création de dépôts de louage de machines et d’instruments agricoles a permis aux paysans d’expérimenter machines et instrumens perfectionnés, d’en connaître les avantages, et finalement de les acquérir.
- En résumé, on a établi 2 652 exploitations et champs de démonstration, ainsi que 12 079 parcelles démonstratives. A l’usage de la petite propriété, 1 621 dépôts de louage de machines et d’instruments agricoles, 868 dépôts de machines et instrumens de laiterie, machines à nettoyer les grains, batteuses de trèfle ont été créés, ainsi que 1 087 stations de reproducteurs de la race bovine. Le total des sommes affectées à l’assistance d’ordre agricole pour la petite propriété a été de 171 093 roubles en 1908, de 528825 roubles en 1909, de 2064126 roubles en 1910, de 4000000 de roubles en 1911. De plus, cette même année, 1980 000 roubles ont été mis à la disposition des Commissions et 2 020000 roubles à la disposition des Zemstvos et des associations agricoles.
- Production agricole de la Russie. — Cet ensemble de mesures extrêmement heureuses, prises en Russie pour le développement de l’agriculture, qui occupe toujours la première place dans la formation de la fortune publique et privée de l’immense empire, a donné déjà des résultats très appréciables.
- Les surfaces en blé, pour la Russie d’Europe et d’Asie, qui se maintenaient autour de 21 millions d’hectares en 1900 et 1901, ont atteint 31 millions d’hectares en 1910.
- Cette même année 1910 ces 31 385 825 hectares auraient produit 227 587 212 quintaux; et la Russie a pu alors exporter 62801875 quintaux de blé, —alors que cette même année 1910 les États-Unis n’en ont exporté que 28 millions de quintaux, la République Argentine 26 millions de quintaux, le Canada 14 millions de quintaux, les Indes Britanniques 13 millions de quintaux.
- Quant au seigle, l’on sait que la Russie est de beaucoup le pays où les étendues cultivées en cette céréale sont les plus vastes : en 1910, dans la seule Russie d’Europe (noncompris la Pologne), 25 millions d’hectares ont fourni 289 millions d’hectolitres; l’avoine, 16 millions d’hectares, 278 millions d’hectolitres; l'orge, 10 millions d’hectares, 139 millions d’hectolitres; le maïs, \ 500 000 hectares. 26 millions d’hectolitres.
- En 1910 les exportations de blé, seigle, avoine, orge, maïs représentaient une* valeur d’un milliard 800 millions de francs.
- Nous avons, d’autre part, rappelé l’an dernier (Notes d’agriculture d’avril 1912) le grand développement de la culture de la betterave à sucre et de l’industrie sucrière en Russie, et comment en 1911 avec 2026 000 tonnes de sucre la Russie s’était placée au premier rang des pays producteurs de sucre en Europe : les ensemencements en betteraves de 467 000 hectares pendant la période 1896-1905 se sont élevés à 774168 hectares en 1911.
- Tome 119. — 1er semestre. — Janvier 1913.
- 10
- p.145 - vue 145/950
-
-
-
- 146
- NOTES D’AGRICULTURE.
- JANVIER 1913.
- Le lin continue à rester néanmoins la principale culture industrielle russe ; plus de I 400 000 hectares sont consacrés au lin comme plante textile et oléagineuse.
- Parmi les produits du bétail, le beurre est toujours à signaler, comme prépondérant. Il y a encore une douzaine d’années les exportations de beurre de Russie oscillaient autour de 10 millions de kilogrammes valant de 17 à 18 millions de francs. En 1910, la Russie a exporté près de 58 millions de kilogrammes de beurre pour une valeur de 137 millions de francs (1).
- Enfin l’exportation des œufs de Russie qui en 1900 représentait une valeur de 84 millions de francs (31 313000 roubles! a atteint en 1911 une valeur de 217 millions de francs (80 747 000 roubles) (2).
- Sans aucun doute, malgré les progrès de l’agriculture russe, les rendement obtenus sont restés très faibles; par exemple, ils n’ont pas encore atteint 8 quintaux pour le blé à l’hectare en moyenne, et on les a vus redescendre à 4,66 quintaux par hectare en 1911 à cause de conditions météorologiques défavorables.
- Par conséquent la Russie est bien loin d’avoir atteint tous les résultats que laisse entrevoir une meilleure exploitation du sol; mais jusqu’ici le gros obstacle, dans les améliorations à réaliser, provenait de la constitution défectueuse de la propriété ; la Russie, à l’heure actuelle, entre dans une période toute nouvelle à cet égard ; c’est un fait dont les conséquences seront considérables.
- H. Hitif.k.
- (1) Statistique agricole annuelle, 1910.
- (2) Moniteur officiel du Commerce, 19 septembre 1912.
- p.146 - vue 146/950
-
-
-
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE
- par M. Max Ringelmanx Membre du Conseil.
- Essais d’appareils de culture mécanique à Sétif et â, Maison-Carrée (Algérie),
- par M. Marmu,
- Ingénieur-Agronome, professeur de Génie rural à l’École d’Agriculture algérienne de Maison-Carrée.
- Des essais contrôlés d’appareils de culture mécanique ont été organisés, du 20 mai au 12 juin 1912, par la Direction de l’Agriculture du Gouvernement général de l’Algéiie.
- Une Commission technique, présidée par M. le Directeur de l’Agriculture, fut chargée de ces essais, avec M. G.-J. Stotz , Directeur de l’École d’Agricul-ture algérienne de Maison-Carrée, comme commissaire général; elle comprenait MM. Bonnefoy, Carrafang et Thesmar, délégués financiers, MM. Couston, Deckock et Pirodon, agriculteurs notables, et M. Marmu, commissaire technique, rapporteur.
- Ont pris part à ces essais :
- Le tracteur C. l.M. A (le Titan),
- Le tracteur Avery,
- La laboureuse Landrin,
- Le tracteur de la Cie Case de France (fig. 59),
- Le tracteur de MM. J. et H. Mac Laren (fig. 60).
- Les tableaux suivants donnent les caractéristiques des appareils (1) et des charrues. Ces tableaux ont été dressés d’après les déclaration» des constructeurs.
- (1) Le tracteur c.i.m.a, la laboureuse Landrin et le tracteur Case ont fait l’objet d’études détaillées dans la Revue de Culture mécanique. Le tracteur Avery a été signalé dans la note sur la- Culhtre mécanique à Reims, en octobre 191g.
- p.147 - vue 147/950
-
-
-
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE
- JANVIER 1913.
- \ 48
- Caractéristiques des tracteurs avec moteurs à explosion.
- Désignation des appareils. C. I. M. A. Avery. Landrin.
- Type du moteur Horizontal. 2 cylin- Horizontal. 2 cylin- Vertical à 4 cylindre
- dres jumelés. dres opposés agissant sur le même (Abeille).
- arbre.
- Combustible Mélange essence et pé-troleou essence seule.- Essence ou pétrole. Essence ou benzol.
- Puissance déclarée du mo-
- teur 4.'1 chevaux. :i:; chevaux. 24 chevaux.
- Alésage 229 m m. 194 m/m. 110 m/m.
- Course du piston Vitesse angulaire (tours par 355 m/m. 200 m/m. 136 m/m.
- minute) 335 4 r;o 900
- Diamètre du volant PMU 1 m. »
- Roues motrices, diamètre . Roues motrices, largeur des 1“,90 1 “,75 1“,10
- bandages u-.ci 0-",.30-0“,70 0“, 35
- Roues directrices, diamètre. Roues directrices, largeur lm,10 0™,95 0“,80
- des bandages Surface d’encombrement du Ü"‘,25 0m,25 ()'", 20
- tracteur 4“,50 X 2m,00 4'",30 X 2“.3ü 4 m. X 2 m.
- Poids du tracteur 9 442 kg. 200 kg. 2 000 kg.
- Vitesse sur route 3km,7Û0 .600 à 4k,S00 3-6-9 km.
- Vitesse en travail 3km,200 3km,600 3 km.
- Dépense en combustible . . 20-24 litres pétrole 20 litres essence par »
- avec 1/10 essence par hectare. hectare.
- Dépense en huile û',70 par heure. 1 lit. par hectare. »
- Prix net quai Alger 20 000 francs. 12500 francs. 18 000 fr.
- Caractéristiques des ti ‘acteurs à vapeur.
- Désignation des appareils. Case. Mac I.aren.
- Puissance déclarée du moteur 00 chevaux. 100 chevaux.
- Diamètre de la chaudière. . 0m,774 0“,S38
- Contenance de la chaudière en ordre de marche. 300 litres d’eau. »
- f Longueur. . . lm,06G 1“,175
- Foyer. . . ] Largeur. . . . 0“,686 0111,730
- ( Hauteur. . . . 0ni,775 lm,016
- / Nombre. . . . 46 50
- Tubes. . . | Diamètre . . . 0“,050S 0m,051
- ( Longueur. . . 2“,30 2”,470
- Surface de chauffe 20 m2 15 20 m2 290
- — grille 0 m2 73 0 m2 838
- Alésage 254 m/m. 178 m/m et 305 m/m
- Course du piston 254 m/m. 305 m/m
- Vitesse angulaire (tours par minute i 250 250
- .. . t Diamètre . . . volant . . j T ( Largeur. . . . lm,01 lm,066
- O "co O 0m,299
- Timbre (kilog. par centimètre carré) 9 kg. 13 kg.
- Roues motrices, diamètre. . lm,67 2m,045
- — largeur des bandages (T,508 0ro,61 à 0“>,76, .
- p.148 - vue 148/950
-
-
-
- 149
- H S SAIS DE SÉTIF ET I)E MA) SON-CARRÉE.
- Désignation des appareils. Case. ' ' Mac Laren:
- Houes avant, diamètre lra,12 lm,295
- — largeur 0"’,25 • ••• 0'",254
- Encombrement du tracteur 2"\ 17 X o'",78 X 2"’,82 X 7 m. X 3m,5
- Poids du tracteur 9 500 kg. 14 000 kg.
- Vitesse sur route 5k'",500 0 km.
- Vitesse en travail . 5k'",500 4 km.
- Contenance du tender. . 931 litres. 1 325 litres.
- ( Charbon. . . . 500 kg. 750 kg.
- Prix net quai Alger 13 890 fr. 24 500 fr. plus 3 000 1 avec surchauffeur.
- Observations. — Case. L'eau d'alimentation passe dans un réchauffeur avant d’entrer dans la chaudière.
- Mac Laren. Machine compound. La chaleur de la boîte à fumée est utilisée pour surchauffer la vapeur avant son entrée dans le cylindre.
- Caractéristiques des appareils de labour.
- Désignation des appareils. C. I. M. A. Avcry. Laudrin. Case. Mae Laren.
- A ppareils de labour. 2 charrues Mo- Charrue San- Charrue Avery 4 disques com 2 charrues 3 charrues dont
- line à 4 socs ders à 8 dis- « Self Lift » à mandés. John Deere à 1 à t* et 2 au-
- Poids chacune. ques de 0“,70 de diamètre. 1 273 kg,. 5 corps indépendants. 1 483 kg. 700 kg. 5 et à 3 corps. 2 000 kg. • très à 4 corps. j 6 socs : 1750 kg. 1 4 socs : 1 300 kg.
- Prix net quai Alger. 2 500 fr. 1 550 fr. 4 500 fr. 3 000 fr. 3 900 fr. | | 6 socs : 3 300 fr. t 4 socs : 2 700 fr.
- Largeur de travail. 3 m. 2"’.78 lm,75 lm,25 lm,45 à 2m,85 2m,75 à 4"’.73
- Profondeur du labour 0'", 25-0"’, 30 0in,15 à 0"’,20 Jusqu'à 0"’,22 0°U0 à 0m,35 0--.10 à 0m,35
- Longueur des tour-nières 12 m. 15 m. 13“’, 50 8 m. 15 m. 15 m.
- Ouvriers utilisés. . 1 1 0 0 1 1
- Surface déclarée labourée par journée de 10 heures. )) 8 H4 5 à 7 IL1 2 à 3 H* Variable. 5 à 10 hectares
- Observations. — (1) (2) (3) CO (•’) (6).
- (1) Manque un peu de résistance pour les terres compactes de la Mitidja.
- (2) Par suite de la dureté du sol, et sans doute aussi d'un manque de réglage, cette charrue n’a pu fonctionner ni à Sétif, ni à Maison-Carrée. Les disques antérieurs pénétraient à peine dans le sol.
- (3) L’enterrage et le déterrage s'obtiennent très facilement en agissant sur un levier de manœuvre que le mécanicien peut commander de son tracteur et avec une corde. Les corps de charrue s’enterrent alternativement.
- (4) Le tracteur porte un treuil sur lequel s’enroule un câble permettant de soulever le châssis laboureur poulies tournées. L’arbre porte-disques reçoit son mouvement par un arbre terminé par un joint de cardan.
- (5) La charrue à 3 socs peut se transformer en charrue à 4 socs pour les terres résistantes.
- (6) Le relevage s’effectue par patin monté sur arbre coudé.
- Les essais comprenaient des essais dynamométriques et des essais de consommation pendant 10 heures de travail.
- Les essais dynamométriques avaient un double but :
- 1° Déterminer la résistance par décimètre carré de section de labour des terres
- p.149 - vue 149/950
-
-
-
- 150
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- JANVIER 1913.
- dans lesquelles les appareils devaient exécuter leurs essais de consommation de 10 heures.
- Rechercher la puissance au crochet d’attelage des différents traeteuis.
- Fig. F>9. — Tracteur Case en travail.
- Ces essais furent exécutés avec un puissant dynamomètre monté sur le chariot dynamométrique de M. Ringelmann et intercalé entre le tracteur et l’appareil de labour.
- p.150 - vue 150/950
-
-
-
- ESSAIS DE SÉTIF ET DE MAISON-CARRÉE.
- 151
- Les essais dynamométriques n’ont pu porter que sur trois appareils : la laboureuse Landrin étant un appareil à outils commandés, il était impossible d’intercaler le dynamomètre entre le tracteur et le train laboureur. D’un autre côté, le dynamomètre ayant été jugé trop faible, on n’a pas essayé la puissante routière à vapeur de Mac Laren.
- Les essais de consommation pendant dix heures de travail permettaient de se rendre un compte exact de la nature du travail effectué et des dépenses journalières occasionnées par les divers appareils qui étaient placés dans les conditions de la pratique.
- Le contrôle de chaque appareil fut confié à un élève de l’École d’Agriculture de Maison-Carrée chargé, tout en faisant le contrôle des consommations en eau et combustible, de noter :
- Les temps consacrés aux tournées ;
- Les temps perdus pour quelque cause que ce soit, en indiquant celle-ci ;
- Le temps perdu pour l’aümentation (intéressant surtout pour les tracteurs à vapeur).
- Ces renseignements ont permis d’établir les tableaux qui sont donnés ci-après.
- .Pour ce qui concerne l’état des dépenses journalières, le combustible a été compté au prix coûtant à Sétif et à Maison-Carrée, sauf pour le charbon qui a été porté au prix normal de 4o francs la tonne. Le prix indiqué pour l’eau est celui qui a été réalisé dans les deux centres d’essais.
- Le prix de revient du travail à l'hectare a été déterminé sans tenir compte des réparations et de l’amortissement du matériel, les données que l’on a sur ces deux facteurs importants étant insuffisantes pour qu’il soit possible d’indiquer des chiffres absolument précis.
- I. — Essais de Sétif.
- Les essais de Sétif eurent lieu du 30 mai au 2 juin, avec le concours du Comice agricole de la région.
- Ils furent exécutés sur le domaine de Maidouar, appartenant à la Société Genevoise.
- A Sétif, quatre machines ont fait leurs essais de 10 heures, celle de Mac Laren n'ayant pu arriver à temps. La routière de Case ayant perdu 2 h. 1 /4 pour défaut d’eau, il fut décidé qu’elle ferait un nouvel essai le lendemain, essai qui dura quatre heures et un quart.
- Les 4 machines ont travaillé toutes dans les mêmes conditions : même sol (terres fortes, plastiques, collant au versoir, nécessitant pour cette raison un assez grand effort de traction et provoquant parfois le déterrage des charrues), même longueur des parcelles à labourer (010 mètres).
- Essais dynamomélriques.
- Désignation des appareils. C. I. M. A. Avery. Case.
- Charrues à 4 socs. 8 Disques. 4 Socs. 5 Socs.
- Effort maximum 2 000 kg. 2 500 kg. 2 200 kg. 3 750 kg.
- Effort minimum 1100 kg. 1 650 kg. 1 150 kg. 1 500 kg.
- Effort moyen . 1 510 kg. 2 200 kg. 1 578 kg. 2 580 kg.
- Vitesse moyenne du tracteur par seconde 0m,844 0m,83 0”,781 0m,936
- Puissance développée par le tracteur au crochet d’attelage .... 17 chevaux. 2 4,3 chevaux. 10,4 chevaux. 32,2 chevaux.
- p.151 - vue 151/950
-
-
-
- 1 >)2 BEVUE RE CULTURE MÉCANIQUÉ.------JANViER J013.
- Désignation des appareils. O. I. M.A. Avery. Case.
- Largeur du labour. . . 1"',28 2m,78 -] l-'/.O 1"’,75
- Profondeur moyenne du labour . . 0"’, 16 T rès irrégulière, ( T", 155 0m. 18
- Section du labour en carrés décimètres 20 dnri 0"’,08 à. 0"', 18 ; moy. 0M,,13. 38 dm- 75 21 dm- 7 8 1 dm- 5
- Traction moyenne par décimètre carré de section de labour. . . . "fpr,:-; 56 kg. 72H\7 81k?',9
- Effort moyen pour faire avancer la charrue a vide 2. 30 kg. 175 kg.
- Désignation des appareils. Contrôle des C. i. M A 4 socs. temps, surfaces et profondeur>. Avery J.andrni 4 socs. S disques. i‘. Case 4 socs essais de r> socs. 4 heures 1/4
- Temps consacré pour les tournières 55'50” 64'30” 1 "85 45 ' ' T7'oo' '
- Nombre de tournières pendant les 10 heures de travail 30 31 21 28 13
- Temps moyen pour une tour-nière T 20” 1'29" 4 33" 1 '39" 112"
- Temps perdu en arrêts divers : (pannes, repos, etc.). 22 30 ' 1614'' 2840' ' 2h,36'10" 1-2'30"
- Temps pour alimentation (eau, combustible). . . . 13'30" 12'30" 4830" lh,33'4o" 5o'40' ’
- Total des temps perdus ou consacrés aux tournières. lh,31'56" ih,23'23” 2h,52'35” 4h,56' lh.26'2o"
- Temps de travail effectif pendant l’essai de 10 h. . 8h.28’3T' 8h,36'37” 7h,7'5" 8h,4' 2h,49T5"
- Vitesse moyenne en travail à l’heure 2km.884 2k“,549 2km,0oo 3km,58S 3k“.439
- Profondeurs extrêmes du labour constatées 0 ‘”,11 et 0,ry22 0°yl0 et 0m,10 0"Yl0 et 0m,185 0”’,08 et 0n’,215 0m,12 et 0"‘,25
- Profondeur moyenne du labour 01", 168 0'",17 0m,13 0m,15 0"1,21
- Surface labourée pendant l’essai de 10 heures. . . . 3ha,-02a56 3ha,18a91 lha,03a03 3ha,35a50 lha,32
- Surface labourée par heure de travail effectif. .... 0l,a,3o“67 (1) 0h,,37a03 (2) 0ha,16a39 (3) 0ha,66a22 (4) 0ha,46a79 (3)
- Observations. — (1) Assez nombreux manquants. Irrégularité de profondeur obtenue avec les différents corps de charrue : les derniers creusant une raie plus profonde que les premiers ; (2) Travail régulier ; (3) Terre pulvérisée et non retournée; (4) Dans le temps perdu : arrêt de 2h,15' pour manque d’eau. Profondeur très différente donnée par les corps de charrue avant et arrière ; fo) Travail plus régulier qu’avec 3 socs.
- Contrôle des consommations.
- Case
- 4 socs
- Désignation des appareils. C. T. M. A 4 socs. Avery 4 socs. Landrin - O disques. 5 socs. Essais de 4 heures 1/4
- Consommation d’essence pendant l’essai de 10 heures 117 lit. 120’,16 871, „ »
- Consommation d’essence par hect. 381,67 37',67 84’, 4 4 »
- Consommation de pétrole en 10 h. 02 lit. ” » 11 ”
- p.152 - vue 152/950
-
-
-
- 153
- ESSAIS DE SÉTIF ET 'DE-- MAISON-CARRÉE.
- (Jase
- ( Désignation des appareils. '. I.M. A Averv Candrin 4 socs
- 4 socs. 4 socs. 3 disques. 5 socs. 4 heures 1/4
- Consommation de pétrole par heot. 30',40 » .. »
- Consommation d'huile en 10 heures. 8‘,33 5>,2ô 12 lit. Arrêt forcé de 2h,15 pour manque d’eau. 10 lit. 3‘,7 5
- Consommation d’huile par hectare. •21,75 l1,64 Il1,64 3 lit. 2',84
- Consommation dégraissé en 10 h. 0\300 0\230 0\250 0k,400 0k,200
- Eau de réfrigération 320 lit. 137 lit. 88 lit. »
- Consommation d’eau en 10 heures. » » . » 9 050 lit. 3 300 lit.
- Consommation d’eau par hectare . » .» 2 697 lit. 2 500 lit.
- Consommation de charbon pour la mise en pression Temps de mise en pression .... - - •• » 90 kg. •lh,12
- Consommation de charbon pendant l’essai de 10 heures et 4 h. 1/4. . () 1 071 kg. 433 kg.
- Consommation de charbon par hect. » » 319kf?,20 328 kg.
- Profondeur moyenne du labour . . 0m,165 0“,17 0’, 13 0m,15 0'”,21
- L'tat des dépenses journalières en !0 heures. case
- (5 socs) Essais (4 socs) Essais
- Désignation des appareils C. I. M. A (4 socs). Avery (4 socs, . Landrin (3 disques.) de 7 heures 3/4. de 4 heures 1/4,
- Essence ( 117 lit. X 0f,§5 120*16 X 0f,55 87 lit. X 0f,bo
- ( = 64f,3o = 66f,08 = 47[,85 ’’ ))
- ( 92 lit. X 0f,45
- Pétrole ( —. 41/.50 •• ” )) 4/10 de 4{,0o
- 90 kil. X 0£,04o
- ( mise en pression. • n ” ( — 4{,05 = lf,62
- Charbon ] ( 1 071 k. x 0f.045 433 k. X 0£,045
- ( pour essai 1 = 48f,20 = 19f,48
- ^ 8'.33 X 0f,7b 5 i1.25 X 0f,75 12 lit. X 0f,75 r- o X o 31,75 X 0f,75
- Huile ( = 6£,24 = 3f,94 = 9 fr. = 7f,.‘i0 = 2f,81
- Graisse ( 0k,300 X lr,50 0k,250 X lr,50 0\250 X lf,50 0k,400 X l'V'.o 0k,200 X lf,50
- ( = 0£,45 = 0r,37 = 0f,37 = 0,60 = 0r,30
- ( 9“3,050 X 3 fr. 3",:i.300 X 3 fr.
- Eau \ = 27f,15 = 9f,90
- Mécanicien 1 = 10 fr. 1 = 10 fr. 1—10 IV. j 8/10 de jour = 8 fr. 4/10 de jour = 4 fr.
- Chauffeur » » 1 servant aussif
- pour la charrue 1 4/10 de jour
- (8/10 de 5 fr.) ) = 2 fr.
- = 4 fr. k
- Aides 1 = 3 lr. Inutile. » » ..
- Totaux 123*,44 80',39 67f,22 99f.50 40r,ll
- Surface labourée Prix de revient à l’hectare 31'1’, 02a,56 3h%18%91 l'",03a,03 3l’,,35i':J50 ll!i’,321
- (sans tenir compte des réparations et de l’amortissement
- du matériel) 41f,45 25f,20 63f,25 29f,65 30f,38
- Prix exagéré par suite Prix exagéré, ter- Arrêt forcé de
- du mauvais fonction- rain trop dur pour 2h,15 pour man-
- nement d’un cylindre. cette charrue. que d'eau.
- Profondeur moyenne du labour. 0"’, 165 0m,17 0"M3 0m,15 0m,21
- p.153 - vue 153/950
-
-
-
- 151
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- JANVIER 1913.
- 11. Essais de Maison Carrée.
- Les essais de Maison-Carrée eurent lieu du 7 au 12 juin, chez M. Choisselet (Oued-Smar).
- A Maison-Carrée, cinq appareils ont participé aux essais qui ont été effectués dans 3 catégories de terres :
- 1° Terres très dures, précédemment en fourrage et dont une partie n’avait pas été labourée depuis de nombreuses années. Seuls MM. Mac Laren ont demandé à travailler dans cette parcelle.
- 2° Terres moins dures que les précédentes, mais résistantes aussi, dernièrement en fourrage et non labourées depuis deux ans. C’est dans ces terrains que les tracteurs Avery, Cima et Case ont fait leurs essais.
- 3° Chaumes d’avoine relativement faciles à travailler et dans lesquels la laboureuse Landrin fit ses essais.
- Ces terrains étant disposés en planches, le fond des rigoles séparatrices avait été tassé par l’eau, cette condition et l’irrégularité de la surface ont été la cause de nombreux manquants avec tous les appareils.
- Les résultats du contrôle des essais de Maison-Carrée sont consignés dans les tableaux suivants.
- Bssais dynamométriques.
- Désignation des appareils. C. I. M.A. Avery. Case.
- Charrues à 3 socs. 3 socs. 4 socs.
- Effort maximum o500 kg. 3 000 kg. 6 000 kg.
- Effort minimum 1 500 kg. 1 000 kg.' 3 000 kg.
- Effort moyen 2 975 kg. 1 940 kg. 5 000 kg.
- Vitesse moyenne, par seconde 0ra,894 0’n,92S 0”,388
- Puissance développée par le tracteur au crochet d’attelage 35,3 chevaux. 24 chevaux. 25,8 chevaux
- Largeur du labour lm,05 1 m. 1”,40
- Profondeur moyenne du labour .... 0’”,18 0m,14 0m,20
- Section du labour en décimètres carres. 18 d”’-,9 14 d"1- 28 dœ2
- Traction par décimètre carré de section de labour •157k,4 140 kg. 178S5
- Il est à remarquer que ces tractions sont énormes, dans ces essais de Maison-Carrée qui se sont poursuivis dans des terres compactes presque toujours mouillées ou submergées l’hiver, par suite tassées et qui, au moment des essais, étaient complètement desséchées.
- De ces résultats découle aussi une autre conclusion, c'est que, pour travailler dans de telles terres, il faut des appareils de labour plus résistants que ceux qui ont participé aux essais (exception faite cependant pour la charrue Mac Laren).
- Désignation des appareils.
- Temps consacré aux tournures . . . ................
- Nombre de tournières pendant les 10 heures de travail ......................
- [Contrôle des temps, surfaces et profondeurs.
- C. I, M. A Avery Landrin Case Mac Laren
- 4 et 3 socs. 3 socs. 4 disques. 4 socs. 10 socs.
- lh,43'49'; 80 lh,43'44" lh,46'25 85 74 1\47'5" 00 45'22” 22
- p.154 - vue 154/950
-
-
-
- Désignation des appareils. ESSAIS DE C. I.M. A SÉT1F ET DE MAISON-CARRÉE. Landrin Case 155 Mac I areu
- 4 et 3 socs. 3 socs. 4 disques. 4 socs. 10 socs.
- Temps moyen pour une tournière ri2" 113'' T25" 137" 2’4"
- Temps perdu en arrêts di-
- vers (pannes, repos, etc.). 44’55" 40'12" 22'40" 54'8" 2h,7'55''
- Temps pour alimentation :
- eau, combustible „ 12'20" 21'lÜ" 1\5'6" lh,6'25"
- Total des temps perdus ou
- consacrés aux tournières. 2h,28’44" 2h,36'16" 2\30'15" 3h,46'19” 3h,59'42"
- Temps de travail effectif pendant l’essai de 10 h. . 7h,31'16" 7\23'44" 7h,29’45" 6h,13’41" 6h,18" .
- Vitesse moyenne en travail
- à l’heure 3 km. » lkm,582 3km,606 2k,u,800
- Profondeurs extrêmes du labour constatées ..... 0,05 et 0,22 0,05 et 0,20 0,15 et 0,20 0,05 et 0,25 0,08 et 0,20
- Profondeur moyenne du la-
- bour 0U’,14 0“,15 0“,17 0m,15 0,13 à 0,16
- Surface labouree pendant
- l’essai de 10 heures. . . . 2ha,89 l1,a, 96*30 lh*,29a36 3ha,44 5ha,93*50
- Surface labourée par heure
- de travail effectif 0ha,38*42 (1) 0h*,26*50 (2) CO fN O 0h*,55*23 (4) 0h*,98*88 (5)
- Observations. — (1) Le tracteur a tiré une charrue à 4 socs pendant 4 hre* et à 3 socs le reste de l’essai. Manquants dus à la dureté du sol et à la forme de sa surface qui était disposée en planches; (2) Même observation pour les manquants que pour la charrue tirée par le Cima; (3) Labour dans des chaumes d’avoine. Profondeur régulière ; (4) Manquants dus à la sécheresse et au champ disposé en planches. 26' de repos dans les 10 h. Profondeur uniforme de 0,21 (terrain plus facile à travailler) sur environ 1 ha.; (S) Profondeur moyenne voisine de 0,14 pendant les premières heures de travail, puis s’abaissa à 0,13; socs émoussés par pierres. Terrain d’essai le plus dur, non labouré depuis de nombreuses années. (Arrêt forcé de lh,2', pour graisseur cassé).
- Désignation des appareils. Contrôle des consommations. C. I. M. A Averv Landrin Case Mac Lareu
- 1 et 3 socs. 3 socs. 4 disques. 4 socs. 10 socs.
- Consommation d’essence pendant l’essai de 10 h. . 189 lit. 109'. 50 68 lit.
- Consommation d’essence
- par hectare 65'.4 55!,78 32’,36 .» »
- Consommation d’huile eu 10 heures 7', 5 8',6 10 lit. 11 lit. 10 lit.
- Consommation d’huile par
- hectare 2‘,60 4’,37 7>,73 31,2 1!,68
- Consommation dégraissé en
- 10 heures 0--.3H0 0ks,250 0^,250 0kt',400 0kf,400
- Eau de réfrigération en 10 h. 315 lit. 130 lit. 35 lit. ». »>
- Consommation d’eau en 10 h. » M ,» 7 180 lit. 1 450 lit.
- Consommation d’eau par
- hectare » » 2 087 lit. 719 lit.
- Consommation de charbon
- pour la mise en pression. » » » 62 kg. 85 kg.
- Temps de mise en pression. » >. - 1\4 52'3ü"
- Consommation de charbon pendant l’essai de 10 h. . x) 970 kg. 720 kg.
- Consommation de charbon par hectare ....... •» 300 kg. 135kg,6
- Profondeur moyenne du labour 0"',U 0"', 15 0 ",17 01", 15 — 0m,21 0 ",13 à O-,K
- Observation. — Mac Luren. Arrêt de 1\2' pour réparer le graisseur sur le coussinet d’ar ticiilatioi
- de la bielle et de la manivelle.
- p.155 - vue 155/950
-
-
-
- 156
- REVUE I)E CULTURE MÉCANIQUE. ---- JANVIER 1913.
- Hiat des dépenses jnnrnalièrcs en 10 heures.
- Résignation dos appareils. 0.1. M. A t et 3 socs. Avery 3 socs. l.andrin 1 disques. Case t socs. .Mac Laren 10 socs.
- Essence j 189 lit. X 0r,4S = 90f,72 109',08 X 0f,48 . 52550 08 lit. X 0f,48 32r,fi4 i S »
- ( mise en pression. . Charbon < f pour essai ’> » ” _ { 02 kg. x 0(,04b ’ < = 2',79 ( 970 kg. X 0f,045 ( = 43f,65 s5 kg. X 0(,04t 3f,82 720 kg. X 0f,04. 32r,40
- Huile j P,a X 0f,75 =:5f,62 8\6 X 0',75 — 6f,45 10 lit. x 0f,75 — 7f,50 11 lit. X 0f,75 — 8f ,25 10 lit. X 0f,75 ic 7f,50
- Graisse J ok,300 x if,sn 0f,45 0k,250 X lf,50 = 0f,37 (P- .-250 X P,80 == 0f,37 0V,400 X P,50 = 0f,60 O1,400 X P,50 ^ or,oo
- Eau » » ’> ( 7",:!,180 X 1 fr. j =7f,18 11 î X
- Mécanicien 1 10 fr. 1 ^ 10 fr. 1 : : 10 fr. 1 = 10 fr. 1 — 10 fr.
- Chauffeur " )) 1 servant pour charrue = 5 fr. 1 = 5 fr.
- Aide 1 ^ 3 fr. Inutile. » » 1 ^ 3 fr.
- T utaux 109f,79 69f,38 50r,51 66f, 77
- Surface labourée 2' .89 il) P’%96%30 lh“,29*,3fi 31’ *.44 5h%93%50 p2j
- Prix de revient à l’hectare 41
- sans tenir compte des réparations et de l’amortissement du matériel) 38 fr. 3b1,34 39‘,04 22f,52 1P,25
- Profondeur moyenne du la-, bour \ 0e, 14 Om,lb 0”,17 ^ 0m,15 sur 2ha,44 ) '( 0m,21 sur 1 ha. 0E.13 à 0m,16
- Observations. — (1, Surface labourée inférieure à celle qu elle devrait être par suite de la rupture d’un corps de charrue après 5 heures de travail; (2) Arrêt forcé de lh,2' pour réparer graisseur.
- lll. Conclusions.
- Nous lie pensons pas qu’il soit nécessaire de commenter les résultats trouvés, les chiffres parlant par eux-mêmes. Nous sommes cependant disposé à croire que les tracteurs avec moteur à explosions ne donneront de résultats réellement très intéressants dans les terrains où on les a fait travailler, que le jour où on diminuera les droits sur l’essence et le pétrole.
- Il faut néanmoins tenir compte de ce fait que ces tracteurs relativement légers peuvent servir à d’autres travaux que le labour : moisson , Commande d’appareils d’intérieur de ferme, transports, etc. Leur emploi s’indiquera dans les régions où l'eau fait défaut et où il y a un intérêt capital à effectuer rapidement les travaux du sol.
- Ces appareils n’ont pas donné les résultats qu'on pouvait espérer, mais ceci provient de ce que les constructeurs avaient surtout considéré le tracteur dans ces essais. Ils ne s’étaient pas rendu compte des terres qu’ils allaient avoir à travailler et les charrues ne répondaient pas au travail qu’on leur demandait.
- Les routières à vapeur trouveront surtout leur emploi dans les vastes domaines largement pourvus d’eau et dans lesquels on tient surtout à faire exécuter des labours. . •
- Leur prix est malheureusement élevé ; l’appareil de Mac Laren, par exemple, ne
- p.156 - vue 156/950
-
-
-
- FRA1S.DE la moisson avec lieuse tirée par ijn tracteur. 157
- peut guère être avantageusement utilisé que s’il doit labourer 500 ou 600 hectares au moins par an, mais, si un seul agriculteur ne peut s’offrir un pareil matériel, nous pensons que l’association pourra là, comme elle le fait d’ailleurs en beaucoup d’autres circonstances, rendre de très grands services.
- Frais de la moisson avec lieuse tirée par un tracteur,
- par M. Max Rinoelma.nn.
- Nous avons cité les résultats d’une expérience faite en juillet 1912 avec une moissonneuse-lieuse ordinaire, à coupe à gauche, tirée par un tracteur (1).
- En pratique, on abattait par heure 60 ares d’une belle récolte de blé, soit 6 hectares par jour avec une dépense de 9 lit. 16 de benzol par hectare.
- ha consommation d’huile était d’environ 1 litres par 10 heures.
- Il suffisait du mécanicien du tracteur ; mais il est plus prudent de compter deux hommes, dont l’un sur la moissonneuse-lieuse.
- Faisons remarquer que la coupe à gauche n'est pas favorable au travail ; le mécanicien du tracteur étant sur la droite, il est préférable d’employer une moissonneuse-lieuse ayant la coupc à droite.
- Nous pouvons adopter les prix élémentaires suivants, dont certains d’ailleurs cadrent aArec ceux indiqués précédemment par M. Henry Girard, pour son exploita-
- tion de Bertrand fosse :
- francs.
- Journée du mécanicien............................... S 50
- — de l’ouvrier de la lieuse.................... 5 50
- Benzol, le litre. ..............................I . 0 40
- Huile, le litre............................. . . ; . 0 75
- Nous admettons que l'exploitation possède déjà un tracteur avec moteur de 35 à 40 chevaux, employé pour les labours ; ce tracteur est donc bien plus puissant qu’il ne faut pour tirer la moissonneuse-lieuse ordinaire, et il nous semble difficile de compter, par journée de récolte, un chiffre élevé d’entretien et d’amortissement du tracteur dont le gros de la dépense doit être imputé sur le compte des façons culturales en vue desquelles on a fait son acquisition. . .
- Bien que nous n’ayons actuellement aucune indication précise, nous croyons que les frais précédents ne doivent pas dépasser 10 francs par jour de moissonnage.
- Nous pouvons reprendre et modifier certains chiffres indiqués par M. Henry Girard, en remarquant que :
- a) Les frais’de détourage de 90 hectares de céréales sont les mêmes, que la moissonneuse soit tirée par un tracteur ou par un attelage.
- b) Les 90 hectares auraient nécessité 15 journées de travail du tracteur (en 1912, la durée de la moisson à Bertrandfosse avait été de 20 jours).
- (1) Bulletin de la Société d1Encouragement de décembre 19-12, p. 553,
- p.157 - vue 157/950
-
-
-
- 158
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. --- JANVIER 1913.
- c) L’amortissement de la moissonneuse-lieuse est évalué à les pièces de rechange. -
- v Détourage, 33 journées d’ouvriers. I '.......
- Prime au travail fait (1 franc par hectare......
- 15 journées du mécanicien du tracteur...........
- la journées de l’ouvrier de In lieuse...........
- 825 litres benzol . ............................
- 6£f litres huile................................
- Bottelage du détourage, ramassage des gerbes derrière la machine................... ............
- Ficelle, Ç kil. par hectare........_............
- Entretien çt amortissement du tracteur..........
- Entretien et amortissement de la moissonneuse-lieuse........................................
- 200 francs, y compris
- francs. 165 00 90 00 127 50 82 50 330 00 45 00
- 392 81 17 î 00 000 00
- 200 00
- Total.......... 2 506 81
- Ce total, pour 90 hectares de céréales, représente 27 fr. 85 par hectare.
- Nous arrivons ainsi sensiblement aux mêmes chiffres que ceux relevés à Bertrand-fosse (2 506 fr. 81 au lieu de 2 561 fr. 65, et, par hectare, 27 fr. 85 au lieu de 28 fr. 15). Dans ces conditions, le seul intérêt pratique que présenterait l’emploi du tracteur, pour la moisson, serait de pouvoir procéder au travail de 90 hectares avec deux hommes : le mécanicien du tracteur et l’ouvrier de la moissonneuse-lieuse.
- L’économie serait plus importante si l’on utilisait une moissonneuse-lieuse spéciale à longue lame, à laquelle nous avons déjà fait allusion.
- C’est, croyons-nous, la solution immédiatement réalisable, la plus favorable au problème posé de l’application d’un tracteur à la récolte des céréales.
- Nous estimons qu’on dépenserait bien plus d’argent qu’avec les attelages si l’on faisait l’acquisition d’un tracteur uniquement destiné aux travaux de récolte des céréales, qui doivent être achevés en quinze ou vingt jours.
- En définitive, l’opération ne peut être avantageuse qu’avec un tracteur reconnu indispensable à l’exploitation pour l’exécution économique des labours, en remplaçant un certain nombre d’attelages qui feraient précisément défaut lors de la moisson.
- Les frais de détourage, obligatoires pour préparer la piste nécessaire aux machines actuelles, pourraient être réduits si l’on revenait à l’ancienne disposition proposée par Aveling et Porter, dont un spécimen figurait à l’Exposition Universelle de Paris en 1878, et sur le principe duquel un des frères Fortin, de Montereau, avait, quelques années plus tard, construit une moissonneuse à vapeur qu’il avait l’intention de proposer à des entrepreneurs; la machine que nous avons pu voir alors, venue trop tôt, n’eut qu’un succès, très limité, de curiosité comme eut celle d’Aveling et Porter, tant à l’Exposition qu’aux essais de Mitry-Mory.
- Dans les deux systèmes que nous venons de rappeler, la moissonneuse, genre de l’ancienne machine Bell, avec rabatteurs en moulinet de dévidoir, était soutenue par une grue en avant d’une locomotive routière, qui pouvait ainsi rentrer directement
- p.158 - vue 158/950
-
-
-
- LE TRACTEUR-TOUEUR ARION.
- dans le champ de céréales. La récolte coupée était déjetée sur la droite ou sur la gauche et le défaut, facile d’ailleurs à supprimer, résidait en ce que les tiges étaient disposées sur le sol en andains au lieu de l’être en javelles. . .
- La machine d’Aveling et Porter pesait environ 8 tonnes, travaillait sur une largeur de 3m,50 (pour une scie de 3m,80 de long) et pouvait, par heure, couper la récolte d’un hectare et demi (on annonçait un travail de 20 à 25 hectares par jour, ce qui nous semble exagéré).
- Si, pour utiliser mieux un tracteur puissant, existant sur le domaine, l’on voulait y atteler deux ou trois moissonneuses-lieuses, les frais de détourage indiqués dans le tableau précédent seraient beaucoup plus élevés, à moins de considérer des champs de très grande étendue, ce qui est plutôt rare chez nous. De sorte qu’en voulant augmenter le travail effectué par jour en tirant simultanément plusieurs moissonneuses-lieuses, il y a à craindre que les frais de détourage dépassent l’économie qu’on pourrait réaliser d’un autre côté.
- Le tracteur-toueur Arion,
- par M. Fernaxd de Condé, Ingénieur-Agronome.
- Le principe du tracteur Arion est le même que celui du louage employé sur nos rivières pour le déplacement de certains remorqueurs. Le tracteur proprement dit (fig. 61) se compose d’un véhicule à quatre roues; il porte le moteur à explosions d'une puissance de 30-35 chevaux, tournant à une vitesse normale de 450 tours à la minute. Sur le côté du bâti sont deux poulies P et P' portant chacune quatre gorges et pouvant être commandées par le moteur.
- Le chantier de labourage est organisé de la façon suivante (fig. 62) :
- Un câble fixe c (fig. 62), de 15 millimètres de diamètre, est tendu dans le champ entre deux ancres A et B; ce câble est enroulé sur les poulies P et P7 (fig.61) ; lorsque ces poulies, embrayées sur le moteur, sont animées d’un mouvement de rotation, elles roulent sur le câble, déplaçant le véhicule qui se tire vers le point fixe B (fig. 62) et remorque la charrue D (ou un appareil quelconque de culture). Lorsque le tracteur se déplaçant dans le sens de la flèche n est arrivé en B, il revient dans le sens de la flèche m en se tirant vers le point A. La charrue D‘ est donc une charrue pour labours à plat, brabant-double ou charrue-balance. La partie labourée étant en L, le tracteur se déplace toujours sur la partie non labourée G.
- Les roues du tracteur ne sont pas motrices mais simplement porteuses. En outre les petites roues sont directrices. La voie n’est pas la même pour les deux trains de roues, ce qui permet le passage facile du câble : le brin c (fig. 61) passe entre les roues de grand diamètre, tandis que le brin c' passe en dehors de la voie des roues de petit diamètre.
- Le tracteur se déplaçant alternativement dans un sens et dans l’autre ne comporte pas d’avant et d’arrière; deux sièges S et S' (fig. 61) permettent au mécanicien de rester toujours face en avant; afin qu’il ait toujours les mêmes mouvements à faire, le volant V et la tige de direction T sont déplaçables, et attaquent la chaîne de commande des roues soit directement, soit par l’intermédiaire d’un engrenage.
- p.159 - vue 159/950
-
-
-
- TGO REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ---- JANVIER 1013.
- L’appareil ne comporte pas de changement de vitesse; la souplesse du moteur, qui peut tourner de 350 à 700 tours, suffit à tous les besoins.
- Une seule des poulies de touage est commandée par le moteur ; l’autre est folle sur
- <-
- Eig. til. — Principe du traeteur-toueur Arion.
- M, moteur.
- H, réservoir à combustible.
- R, radiateur.
- S, S', sièges.
- T, tube de direction.
- V. volant de direction.
- son axe; ce dispositif permet de conserver l’adhérence du câble malgré son allongement obligatoire.
- On voit que le tracteur par lui-même est fort simple et comporte très peu de mécanismes ; son poids n’est que de 1500 kilogrammes ( soit environ deux forts bœufs) ; c’est d’ailleurs l’objectif qui a été recherché par l’inventeur, M. Georges Filtz.
- Pour modifier la vitesse du tracteur on change les poulies de touage qui peuvent avoir 30, 40 ou 50 centimètres de diamètre.
- La traction s’effectue latéralement par une chaîne t fixée en un point k du bâti 'fig. 62). On voit qu’au point de vue mécanique le tracteur se trouve soumis à un ensemble de forces parallèles se ramenant à un couple que l’on détruit en donnant
- A, grandes roues porteuses.
- B. roues directrices. ec\ câble de touage.
- P, P', poulies de touage.
- G, G', galets guides du câble. K, crochet de traction.
- 1>. châssis.
- p.160 - vue 160/950
-
-
-
- LE TRACTEUR-TOUEUR ARION.
- 161
- une certaine obliquité aux roues directrices par rapport à la direction de marche. Des galets guident le câble en largeur et en hauteur.
- Fig. 62. — Principe d’un chantier de labourage avec le tracteur-toueur Arion.
- L’appareil se complète par deux chariots-ancres qui constituent les points lixes
- Fig. 63. — Chariot-ancre de l’appareil Arion.
- aux extrémités du champ. Un chariot-ancre (fig. 63) se compose d’un bâti porté par quatre petites roues ; les essieux sont disposés parallèlement à la direction du labour ; T'orne 119. — 1er semestre. — Janvier 1913. 11
- p.161 - vue 161/950
-
-
-
- 162
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- JANVIER 1913.
- on adapte aux deux roues situées du côté où s’exerce la traction du câble deux disques en tôle d’un diamètre plus grand que les roues. Ces disques se fixent aux rais à l’aide de crochets boulonnés; en serrant suffisamment les boulons de lixation ou obtient un léger emboutissage du disque qui devient alors une calotte sphérique ; ce disque pénètre en terre et la traction du câble tend, grâce à sa forme concave, à le faire pénétrer de plus en plus, évitant le déplacement du chariot-ancre ; on évite le renversement du chariot en le chargeant avec des masses quelconques (fer ou pierres) et en ayant soin de placer le point d’attache du câble le plus près possible du sol. L'un des chariots porte un treuil sur lequel on enroule le câble.
- A chaque extrémité de la raie il est nécessaire de déplacer l’ancre suivant la
- Fig. 64. — Labour au tracteur-loueur Arion.
- flèche f (fig. 62), d’une quantité égale à la largeur de travail; à cet effet le chariot-ancre porte une chaîne i de quelques mètres de longueur, enroulée sur un petit treuil parallèle à l’essieu ; l’autre extrémité de la chaîne est reliée à un point fixe J de la fourrière, constitué par une bêche de jardinier enfoncée profondément ; à l’aide d’un levier, manœuvrant un cliquet qui agit sur une roue à rochets, on enroule la chaîne sur le petit treuil, et l’ancre, se tirant sur cette chaîne, se rapproche du point fixe constitué par la bêche.
- On distingue sur les figures 64 et 65 le brin tendu du câble situé à l’avant du tracteur et le brin mou abandonné à l’arrière.
- Deux hommes peuvent assurer la manœuvre du tracteur : le mécanicien s’occupe de la direction et de la marche du moteur ; un aide retourne la charrue à l’extrémité
- p.162 - vue 162/950
-
-
-
- LE TRACTEUR-TOUEUR ARION.
- 163
- de la raie et déplace le chariot-ancre; un siège est placé sur le côté du tracteur pour cet aide pendant la marche de l’appareil. 11 est cependant préférable de laisser un aide à chaque extrémité du rayage.
- La légèreté du tracteur, et le fait que les roues ne sont pas motrices mais sont seulement porteuses, permet à cet appareil de travailler certains jours où l’état du terrain offre généralement des difficultés.
- L’appareil n’étant pas automobile, le déplacement d’un champ à un autre nécessite le transport par attelages, ce qui pourrait devenir un inconvénient s’il était nécessaire de déplacer très souvent le matériel; mais, lorsque les champs ont une largeur et une longueur suffisantes, et c’est le cas dans les conditions actuelles d’emploi d’appareils
- Fig. 65. — Labour au tracteur-toueur Arion.
- de culture mécanique, le temps de mise en chantier se trouve relativement faible par rapport au temps de travail total ; c’est ce qui se produit dans l’exploitation où nous l’avons vu travailler.
- L’appareil Arion, construit par M. Georges Filtz (Juvisy, Seine-et-Üise), est en effet employé en travail courant depuis novembre 1911, époque à laquelle nous avons déjà pu le voir fonctionner pour les gros labours, chez M. Louis Petit dans sa belle ferme de Champagne près Juvisy, où l’étude de l’appareil et sa mise au point ont pu être exécutées. Son emploi a pu permettre la réduction des attelages.
- *
- * *
- Les constatations suivantes ont été faites à Champagne, dans une pièce de terre ayant reçu, au début du printemps, un labour à 0'“, 10, puis un hersage ; on a répandu
- p.163 - vue 163/950
-
-
-
- 164
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- JANVIER 1913.
- ensuite du fumier que l’on a enfoui par un labour au tracteur; c’est à ce labour que se rapportent les chiffres suivants qui nous ont été communiqués par M. L. Petit. La charrue employée était un fort brabant-double à claire-voie :
- Largeur du labour . ................................0m,35
- Profondeur du labour...................................0m,29
- Effort de traction du tracteur, les petites roues étant en avant :
- Sur du fumier sec ne collant pas aux roues.............240 kilog.
- Sur du fumier très consommé adhérant fortement aux roues.................................................. 280 à 290 kil.
- L’effort de traction de la charrue dans les deux cas était de 700 kilog. L’efîorl moyen de traction sur le câble atteignait donc 990 kilog. dans ces essais.
- L’effort de traction demandé par le tracteur varie suivant qu’il se déplace les petites roues en avant ou les grandes roues en avant, cet effort de traction étant plus élevé lorsque les petites roues sont en avant ; les chiffres absolus changent d’ailleurs avec la nature du terrain.
- L’Automobile-Club de France donne les chiffres suivants relevés au concours de Bourges en octobre 1912 (voir page 332), le tracteur remorquant une charrue à 2 socs.
- Largeur de travail.....................
- Profondeur moyenne de travail..........
- Vitesse de déplacement (mètres par seconde)
- Temps pour labourer 1 hectare..........
- Consommation de benzol par hectare. . . .
- 1er jour.
- 0m,70
- 0m,122
- lm,25
- 8 h. 40 min. 42 lit. 29
- 2e jour.
- 0m ,70
- 0m,164
- lm.16
- 5 h. 12 min. 35 lit. 08
- Nous avons constaté également qu’en travail, la vitesse d’avancement de l’appareil pouvait atteindre environ 6 kilomètres à l’heure (soit lm,66 par seconde) pour effectuer un labour de 0n],26 de profondeur et de 0“,34 de largeur avec un fort brabant-double à ver soirs à claire-voie.
- Limite économique d’emploi d’un tracteur,
- Note de M. R. Gagey,
- Ingénieur agricole, professeur de Génie rural à l’Ecole coloniale d’Agriculture de Tunis.
- Il n’est pas sans intérêt de faire le petit calcul suivant, afin de se rendre compte de la surface labourable nécessaire pour avoir avantage à utiliser un tracteur en Tunisie. .
- Soit un tracteur de 25 chevaux, du prix de 20 000 francs avec sa charrue.
- Amortissement en cinq ans; soit 4 000 francs par an (nous estimons qu’il faut amortir le tracteur en quatre ou cinq ans, à cause de sa construction à l’américaine; ce qui peut-être permettra, au bout de ce temps, de faire choix d’une machine nouvelle plus avantageuse).
- Surface labourée : 3 hectares par jour à 0m,20 de profondeur;
- Consommation par hectare : 40 litres de pétrole et 1 kilogramme d’huile ;
- p.164 - vue 164/950
-
-
-
- LA LABOUREUSE IDÉALE.
- 165
- Prix de revient de l’hectare labouré :
- francs.
- 40 litres de pétrole à 0 fr. 15.................. 6 00
- 1 kilogr. d’huile..............'................. 0 50
- 1 mécanicien à 5 francs par jour................... 1 66
- 1 laboureur à 3 francs par jour.................... 1 00
- Réparations........................................ 0 84
- Amortissement..................................... 20 00
- Total......... 30 00
- Il faudrait amortir la machine à raison de 20 francs par hectare, soit pour 4 000 francs d’amortissement annuel, une surface à labourer de 200 hectares.
- Il semble donc qu’en payant le labour à 30 francs l’hectare, il faille 200 hectares de labour annuel pour avoir avantage à employer un tracteur amortissable en cinq ans.
- Ce calcul n’est qu’une simple indication, modifiable avec les régions, pour se rendre compte de la limite économique d’emploi d’un tracteur destiné à la culture mécanique.
- Nous signalons que, pour la Tunisie, il faut des moteurs consommant soit le pétrole lampant, soit le mazout, lequel vaut trois fois moins cher.
- Étant donné le capital engagé fort élevé, il importe que ces machines servent à de multiples usages (semis, moissons, battages, transports, etc.), afin que leur amortissement se répartisse sur un grand nombre de journées de travail, car dans la dépense journalière, c’est l’amortissement qui entre en plus forte proportion.
- La laboureuse idéale (1),
- par M. L. Ravel, Ingénieur agricole.
- Les laboureuses automotrices permettent d’obtenir un ameublissement aussi complet que possible. Mais cet ameublissement, poussé à l’extrême, est-il toujours nécessaire dans toutes les saisons, dans tous les sols et pour toutes les cultures?
- Sans admettre qu’il est préférable de laisser à la pluie et à la gelée le soin de diviser le sol, ce qui est souvent une nécessité avec la charrue actuelle, on sait que pour les labours d’automne destinés à la culture du blé, par exemple, les cultivateurs s’accordent à reconnaître que les mottes de grosseur moyenne protègent le jeune plant contre les effets du déchaussement.
- Nous avons tous observé, pendant les hivers rigoureux, que les sols les plus mot-teux sont ceux où le blé montre le plus de résistance aux fortes gelées. Or, si le froid rigoureux est l’exception, le déchaussement produit par les gelées ordinaires est la règle dans les terres calcaires.
- On craint aussi, peut-être avec raison, que dans un sol trop ameubli, surtout si l’argile y prédomine, les pluies d’automne et d’hiver n’aient une tendance à souder
- (1) M. L. Ravel, ingénieur agricole à la colonie du Val-d’Yèvre, près Saint-Germain-du-Puy (Cher), fut rapporteur du Concours d’Appareils mécaniques de Labourage tenu à Bourges en 1912. Le rapport de M. Ravel, qui a été publié dans le Bulletin de la Société d’Agriculture du département du Cher, se termine par le chapitre qui est reproduit ici.
- p.165 - vue 165/950
-
-
-
- 166 REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. --------- JANVIER 1913.
- ensemble les particules terreuses et à former ensuite, sous l’action des vents secs, une croûte difficilement pénétrable à la jeune tige, pendant la levée, et à l’air dont la pénétration jusqu’aux racines est indispensable. Il est certain qu’au printemps, pour la préparation des cultures de plantes sarclées, pour les binages et les labours de déchaumage, l’ameublissement, même le plus complet, n’offre que des avantages.
- On peut donc reprocher aux laboureuses automotrices, en général, de ne pas se prêter à un réglage qui permette d’obtenir l’ameublissement au degré voulu, suivant la saison où s’opère le labour et suivant les exigences des sols et des diverses cultures.
- En outre, dans la plupart de ces appareils, les parties travaillantes agissent partiellement par pression sur le sol, et l’on sait que la résistance à la pression est beaucoup plus grande que la résistance à la traction. Aussi, la profondeur qu’elles atteignent semble limitée et généralement assez faible pour une dépense de force et de combustible assez élevée.
- La laboureuse idéale pour nous, agriculteurs, sera celle qui nous permettra d’obtenir, avec le moins de force possible, et en une seule opération, la profondeur désirée et un ameublissement variable dans les limites les plus étendues, afin que nous puissions préparer le sol, suivant sa nature et suivant la saison, dans les meilleures conditions pour la bonne réussite des cultures.
- En dehors des époques de labourage, le moteur devrait pouvoir servir à traîner nos machines de récolte: faucheuses, moissonneuses, et actionner les instruments d’intérieur de ferme : batteuses, hache-paille, coupe-racines, etc., comme le font, du reste, la plupart des tracteurs actuellement en usage.
- Nous nous représentons cette laboureuse idéale formée de deux parties habituellement distinctes : le moteur et la charrue, mais pouvant être assemblées pour la transmission du mouvement pendant les opérations du labourage.
- Les organes de la charrue proprement dite ne différeraient pas sensiblement de ceux qui sont actuellement en usage; il suffirait d’ajouter sur la partie supérieure du bâti d'assemblage, et parallèlement à chaque bande de terre détachée par les corps de charrue, un arbre pouvant recevoir du moteur, par l’intermédiaire d’une transmission, un mouvement de rotation. Chaque arbre porterait à son extrémité arrière une sorte d’hélice munie de segments ou couteaux dont on pourrait faire varier le nombre et la forme suivant le degré d’ameublissement que l’on se proposerait d’obtenir.
- Il va de soi que cette hélice devrait se trouver immédiatement en contact avec la bande de terre que le versoir a achevé de retourner, et que la rotation se ferait dans le sens du terrain travaillé, afin de laisser le dernier rayage toujours ouvert. On pourrait même, pour éviter de le combler partiellement, régler la position de l’hélice de façon qu’elle n’opère qu’cntTe les milieux de deux bandes retournées, la moitié de la dernière bande restant non ameublie devant recevoir l’action de l’hélice au rayage suivant.
- La profondeur à laquelle pénétreraient les segments de l’hélice devrait pouvoir varier et leur rôle consisterait à diviser et ameublir la terre retournée par la charrue.
- Ainsi, le moteur aurait à la fois à se remorquer lui-même, à remorquer la charrue et à transmettre aux hélices un mouvement de rotation.
- Le problème ne paraît pas insoluble et l’ingéniosité de nos constructeurs en a résolu de beaucoup plus difficiles.
- L’appareil de labourage disposé de cette façon réaliserait les desiderata du cultivateur, qui aurait à sa disposition un instrument de labour lui permettant de régler à son
- p.166 - vue 166/950
-
-
-
- COMITÉ FRANÇAIS DE CULTURE MÉCANIQUE.
- 167
- gré la profondeur et L’ameublissement du sol, en tenant compte de la puissance du moteur et de la résistance du terrain à travailler.
- A profondeur et ameublissement égaux, il n’est pas douteux qu’il exigerait moins de force que les laboureuses automotrices actuelles, puisque la résistance à la traction de la charrue est beaucoup moindre que la résistance à la pression à vaincre par les automotrices, et que les hélices, qui joueraient le rôle du tambour armé de couteaux ou de griffes dans les machines actuelles, auraient à ameublir une bande de terre détachée du sol et présentant, par conséquent, une résistance relativement faible.
- Fil définitive, le travail de l’inslrument serait divisé en deux phases successives : détachement de la bande de terre et ameubliss'ement, au lieu d’être fait simultanément comme dans les automotrices actuelles.
- Comité français de Culture mécanique.
- Le Comité français de Culture mécanique, dont nous avons parlé dans l’Avant-propos de cette Revue (Bulletin de la Société d'Encouragement de juin 1912, page 853), s’est réuni le 23 janvier 1913, à l’Automobile-Club de France, sous la présidence de M. A. Viger.
- On se souvient que le Comité a surtout pour but de donner son patronage à toute manifestation, offrant de sérieuses garanties, se rapportant à la culture mécanique et dont le programme aurait été préalablement soumis à son approbation.
- Le patronage du Comité fut accordé en 1912 aux essais de Creil et de Bourges ; différents membres du Comité donnèrent un compte rendu de ces concours.
- Le Comité a été mis au courant de la liste des essais ou concours d’appareils de culture mécanique projetés en France et en Algérie pour l’année 1913; il y en avait déjà 27 ou 26 d’annoncés. Il a été question d’établir un « Calendrier des épreuves de Culture mécanique ».
- Le patronage du Comité a été accordé à la Société des Agriculteurs de France pour les essais de culture mécanique, combinés avec des constatations agricoles, qu’elle se propose d’effectuer à partir d'octobre prochain dans l’exploitation de M. Thomassin (voir le Bulletin de la Société d’Encouragement de décembre 1912, page 558).
- Nous donnerons dans une prochaine Revue le programme détaillé des essais organisés par la Société des Agriculteurs de France.
- p.167 - vue 167/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 10 JANVIER 191 3
- Présidence de M. L. Lindet, 'président.
- La séance est ouverte à 20 h. 30 m.
- MM. Hitier et Toulon, secrétaires, signalent parmi la correspondance manuscrite un grand nombre de cartes et de lettres de condoléances adressées à la Société à l’occasion de la mort de M. G. Richard.
- Ils analysent rapidement les ouvrages offerts à la Société depuis la dernière séance; parmi ceux-ci, sont renvoyés, pour un examen plus approfondi de la part des Comités compétents, l’ouvrage de M. André: Chimie du sol, et celui de M, Bourrey : Le problème de Vapprentissage.
- L’Assemblée ratifie la décision du Conseil pour les élections comme membres du Conseil de :
- M. Terré (Maurice), Ingénieur en chef de la Marine, en retraite.
- M. Bonnet (A.), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, sous-directeur de la Cie des Chemins de fer du Midi.
- M. Hachette (André), secrétaire de la Société française de Photographie.
- Quatre nouveaux membres sont présentés pour faire partie de la Société : MM. H. Lièvre, Nottin, Bouilliant et Pillet. Il sera procédé à leur admission dans la prochaine séance.
- M. le Président signale l’importance de la question qui va être traitée devant la Société par notre nouveau collègue du Comité des Arts mécaniques, M. Maurice Leblanc, et quelle grande part revient au conférencier dans la
- p.168 - vue 168/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- JANVIER 1913.
- 169
- solution des problèmes de mécanique extrêmement originaux qu’il s’est lui-même posés et qu’il a résolus d’une façon toujours simple et élégante.
- M. le Président donne la parole à M. Maurice Leblanc.
- Considérations théoriques et pratiques qui régissent la conception et la construction des machines à, très grande vitesse, par M. Maurice Leblanc.
- L’auteur fait d’abord ressortir l’intérêt pratique du problème, qui est très grand puisque, pour une même puissance fournie ou absorbée, les dimensions d’une machine, son encombrement et, dans une certaine limite aussi, son prix et ses frais d’entretien sont d’autant plus faibles que sa vitesse est plus grande. Élant donnée la valeur élevée des vitesses à réaliser pour que ces avantages soient appréciables, il ne saurait être question que de machines rotatives.
- M. Maurice Leblanc montre qu’on doit renoncer à toute idée de faire tourner les rotors autour d’un axe de figure et dans des paliers fixes, ce qui l’a conduit à étudier la théorie de l’arbre flexible et des équilibreurs automatiques, théories qui, avant lui, n’avaient pas été établies d’une façon satisfaisante. Il arrive aux conclusions suivantes :
- On peut communiquer, en toute sécurité, à un rotor quelconque, une vitesse angulaire de rotation atteignant les deux tiers de sa première vitesse critique propre, quelque élevée que soit cette dernière.
- On entend par vitesse critique propre d’un arbre ou d’un rotor une vitesse qui, exprimée en tours par seconde, est égale à la fréquence des sons, avec lesquels l’arbre isolé et reposant librement sur des points d’appui fixes ou le rotor également isolé et reposant librement sur des points d’appui fixes ou élastiques, suivant les cas, entreraient en résonance. La première vitesse critique propre correspond à la plus basse fréquence des sons susceptible de provoquer la résonance.
- On entend par vitesse critique w une vitesse qui, exprimée en tours par seconde, est égale à la fréquence des oscillations naturelles du rotor considéré simplement supporté par un arbre encastré à celles de ses extrémités qui doivent reposer dans des coussinets. La vitesse critique to d’un rotor et d’un arbre déterminés est complètement indépendante de leurs vitesses critiques propres et beaucoup plus petite que les premières de ces vitesses.
- Si le rotor repose sur des points d’appui élastiques, sa première vitesse critique propre est suffisamment élevée pour qu’on puisse faire des turbines à vapeur à une roue utilisant bien le travail disponible dans la vapeur. On peut faire également des compresseurs rotatifs à plusieurs roues et des dynamos utilisant toute la puissance fournie par ces turbines, en tournant à leur vitesse.
- Toutes les fois que cela sera possible, il y aura lieu de monter, sur un même arbre, le rotor moteur et le rotor mû, pour n’avoir à leur transmettre aucun couple. On pourra relier les deux rotors par un arbre de diamètre assez petit pour qu’il puisse traverser des presse-étoupes ou organes équivalents. Cette disposition n’est pas applicable, toutefois, au cas de plus de deux rotors montés sur le même arbre.
- Le rotor résultant devra pouvoir choisir, à chaque instant, son axe de rotation.
- Les paliers devront donc être portés par des ressorts. Le système ainsi constitué
- p.169 - vue 169/950
-
-
-
- 170
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- JANVIER 1913.
- aura une vitesse critique qu’on rendra très basse, en rendant les ressorts très souples. Au moment de la mise en route, oh calera les paliers jusqu’à ce que la vitesse critique w ait été suffisamment dépassée et on les rendra libres après. Au moment de l’arrêt, on recalera les paliers, dès que la vitesse se rapprochera de la vitesse critique w. Si la machine est munie d’un régulateur de vitesse, ce qui sera le cas général, on fera exécuter automatiquement ces opérations par son tachymètre.
- S’il est nécessaire de transmettre un couple au rotor, on le fera au moyen d’un arbre flexible, dont la première vitesse critique propre sera supérieure à la vitesse normale de rotation. Mais on conservera les paliers à ressorts du rotor, de manière à pouvoir donner une grande souplesse à l’arbre flexible, sans qu’il soit déformé par le poids du rotor.
- Le système constitué par le rotor, l’arbre flexible et les ressorts de suspension aura une vitesse critique w qu'on passera, comme dans le premier cas, en calant momentanément les paliers à ressorts.
- Enfin, dans tous les cas, on assurera le bon équilibrage du rotor, que ses matériaux soient déformables ou non, en lui adjoignant deux équilibreurs automatiques.
- En rendant libre le rotor de choisir, à chaque instant, son axe de rotation, on évitera toute fatigue à ses matériaux et à ceux du stator.
- En disposant des équilibreurs automatiques sur le rotor, on rendra inoffensives les vibrations des paliers, ressorts de suspension et arbres flexibles, dont la durée deviendra presque indéfinie. En même temps, on pourra réduire les jeux du rotor, dans le stator qui l’entourera, comme s’il reposait sur un arbre rigide porté par des paliers fixes.
- En suivant les règles précédentes, on peut faire tourner assez vite un rotor, bien dimensionné à tous les autres points de vue, pour lui faire atteindre les plus grandes vitesses tangentielles compatibles avec les qualités de résistance des aciers modernes.
- Les hciéries d’Imphy, en particulier, fabriquent couramment des aciers contenant environ 5 p. 100 de nickel et 1,5 p. 100 de chrome, dont la limite d’élasticité est supérieure à 100 kg : mm2 et l’allongement à la rupture de 7 p. 100. Ils ne sont pas cassants et se prêtent bien à la construction de pièces de machine. On peut leur faire subir, en toute sécurité, une contrainte normale de 40 kg : mm2. Toutefois, il ne convient pas que leur température s’élève, en service, à plus de 150°.
- Il est alors possible de communiquer une vitesse tangentielle de 450 m : s à une turbine à vapeur et de 500 m : s à des ailes de ventilateur. Pour les dynamos, les sujétions spéciales auxquelles est soumis le tracé de leurs rotors limitent cette vitesse à 200 m : s. Ce dernier chiffre ne peut d’ailleurs être donné sans réserves car on n’est pas encore fixé sur la valeur du coefficient d’hystérésis, la rapidité du vieillissement des tôles en acier de haute résistance et leur perméabilité magnétique.
- La conférence très technique de M. Maurice Leblanc intéresse vivement l’auditoire et, parmi eux, les nombreux ingénieurs venus pour l’entendre. M. le Président le remercie au nom de la Société et constate l’intérêt que présentera, pour son Bulletin, une semblable étude de science industrielle.
- La séance est levée à 22 h. 30 m.
- p.170 - vue 170/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- JANVIER 1913.
- 171
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE
- DU 24 JANVIER 1913
- DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES
- POUR L’ANNÉE 1912
- Présidence de M. L. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 20 h. 30 m.
- Aux débuts de la séance, M. Lindet, président entrant, fait une allocution dans laquelle il rappelle tout d’abord l’œuvre accomplie par la Société d’En-couragement dans ces dernières années. Il montre quels ont été ses travaux sous l’habile direction de M. Bertin, l’éminent Ingénieur des Constructions navales, président sortant, puis il cite les principaux procédés ou inventions qui ont été signalés au public par les soins de la Société et qui, le cas échéant, ont fait l’objet d’une récompense accordée par elle. M. Lindet termine son allocution en retraçant la vie des membres de la Société disparus pendant l’année :
- Gustave Richard, agent général de la Société, secrétaire de la rédaction de son bulletin, qui s’était plus particulièrement spécialisé dans les questions de mécanique ;
- Gustave Roy, qui prépara nos premiers traités de commerce avec l’Angleterre, fut président de la Chambre de Commerce de Paris, et s'adonna aux éludes de l’industrie cotonnière ;
- Davanne, chimiste, qui se spécialisa dans les éludes de photographie et qui fonda la Société française de Photographie;
- Jules Pillet, dont la vie entière fut consacrée à l’enseignement du dessin, qu’il rénova, et qui était titulaire des cours de dessin industriel ou architectural dans presque toutes les grandes écoles spéciales ;
- Osmond, le savant métallurgiste, bienfaiteur de la Société, créateur de la chimie des alliages, de la métallurgie microscopique, de l’analyse thermique, dont la réputation était mondiale et, à qui la Société décerna, il y a quinze ans, sa grande médaille d’or Lavoisier.
- M. Lindet procède ensuite à la distribution des médailles, prix et récom-
- p.171 - vue 171/950
-
-
-
- 172
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. ------ JANVIER 1913.
- penses décernés par la Société d’Encouragement pour l’année 1912. Selon l’usage, la remise des récompenses est précédée de la lecture d’un rapport sur les travaux et lés titres des lauréats.
- Voici la liste des lauréats pour l’année 1912.
- Prix spéciaux.
- M. Paul Janet, professeur à la Faculté des Sciences de Paris, directeur du Laboratoire central d’Electricité et de l’Ecole supérieure d’Electricité, créateur de l’enseignement de l’électricité industrielle en France (Grande Médaille d’or Ampère; rapporteur M. Daniel Berthelot) ;
- M. A. Chevalier, l’explorateur de notre Afrique occidentale et des forets du Congo français (Médaille d’or grand module ; rapporteur, M. Prillieux) ;
- M. Pierre Schutz (Prix Fourcade) ;
- M. J.-E. Debos (Prix Meynot) ;
- M. G. Bossé et M. P. Bourge (Médailles Dumas).
- Médailles d’or.
- La Société de protection des Apprentis, la Chambre syndicale des Fabricants de Lampes, Ferblantiers et Industries annexes, M. Jully et la Chambre syndicale des Entrepreneurs de Menuiserie et Parqueterie, pour leurs cours (Vapprentissage de fin d'après-midi;
- M. Barrat, pour son ouvrage sur le travail aux États-Unis ;
- MM. Bouilliant et Crolbois, pour leurs travaux sur la conservation des pulpes ;
- M. Lucas, pour ses travaux sur la traite mécanique des vaches ;
- M. Petit, pour son mode de labourage mécanique ;
- La Manufacture d’Horlogerie de Béthune, pour sa bascule automatique « Æ qui tas » ;
- MM. Chéneveau et Heim, pour leur élasticimètre enregistreur ;
- M. Lièvre, pour son lattis armé.
- Médailles de vermeil.
- M. Herrgott, pour ses tissus thermop hiles ;
- M. Mager, pour son ouvrage sur les eaux souterraines ;
- p.172 - vue 172/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- JANVIER 1913.
- 173
- M. Picard, pour Y introduction en France de la fabrication des dents artificielles en produits céramiques ;
- M. Prost, pour son cours de métallurgie ;
- M. Rendle, pour son vitrage sans mastic;
- M. Blanchin, pour sa. propagande en faveur des nouveaux procédés de culture maraîchère dans /’Ardèche.
- Médailles d’argent.
- M. A. Bruyant, pour son anti-bélier pneumatique « l’Idéal » ;
- M. Collot, pour sa nouvelle balance de précision;
- MM. Ducretet et Roger, pour leur oscillateur à étincelles;
- M. Trevet, pour ses travaux de fine mécanique de précision;
- M. Ventou-Duclaux, pour son ouvrage sur les moteurs à deux temps;
- M. Espeut, pour son dynamomètre ;
- M. Tassilly, pour ses travaux sur les caoutchoucs et les pétroles ; %
- M. Pluvinage, pour son ouvrage sur la fabrication des engrais ;
- M. Porcher, pour son ouvrage sur le lait en poudre ;
- M. Tony Ballu, pour ses expériences sur la fenaison;
- M. Le Grain, pour son traîneau automobile.
- Médailles de bronze décernées aux contremaîtres et ouvriers.
- M. Antheaume, M. Dargent, M. Petitet, M. Délayé, M. Bordais, M. Corre, M. Seng, M. Nicolas, M. Wamat, M. Monnet, M. Maillard, M. Ossaert, M. Degryse, M. Paysant, M. Aufauvre, M. Robin, M. Delevalle, M. Leturcq, M. Defaux, M. Avenel, M. Leroy, M. Bertin, M. Castel, M. Lamart, M. Hibou, Mme Thaot, M. Carette, Mme Cugny, Mme Descamps, M. Chevry, M. Chaillet, M. Navarre, M. Rousseau, M. Pouillard.
- *
- * *
- Ont été nommés membres de la Société :
- M. Lièvre (Hector), négociant, a Paris, présenté par M. Moreau;
- M. Nottin, licencié ès sciences, Ingénieur-Agronome, préparateur à l’Institut national agronomique, à Paris, présenté par MM. Lindet et Larivière;
- M. Bouilliant, Ingénieur-Agronome, à Paris, présenté par MM. Lindet et Müntz ;
- M. Pillet, président du Syndicat des Fabricants d’Huiles essentielles, à Paris, présenté par MM. Lindet et Carnot.
- La séance est levée à 22 h. 30 m.
- p.173 - vue 173/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE
- Restauration et conservation des terrains en montagne, par la direction générale des eaux et forêts. 3 vol. in-8. Paris, Imprimerie nationale, 1911.
- M. le Directeur général des Eaux et Forêts a adressé à la Société un exemplaire du rapport magistral qui résume l’œuvre accomplie par l’Administration pour le reboisement des montagnes, depuis la promulgation de la loi du 4 avril 1882.
- La première loi d’ensemble date déjà du 28 juillet 1860. La loi de 1882 reconnaît à ces travaux le caractère de travaux publics. Elle n’a pas pour objet de créer de vastes forêts capables de donner dans l’avenir des revenus importants ; mais bien plus de concentrer, sur des surfaces limitées, des travaux d’un caractère intensif.
- Le rapport comprend trois volumes, enrichis de très nombreuses photographies. Il se divise en deux groupes.
- Le premier : Renseignements généraux, comprend l’action de l’Administration dans la limite des neiges persistantes, l’exécution des travaux de reboisement, l'exécution •des travaux de correction.
- Le deuxième : Renseignements spéciaux à chaque périmètre, comprend la description du bassin, la situation administrative, l’état de dégradation du sol, la composition du périmètre, la nature des travaux, les résultats obtenus.
- Pour 1 exécution des travaux de reboisement, l’ère des tâtonnements est aujourd’hui passée. La sûreté des procédés employés pour combattre les inondations à leurs sources, qui ne consistent en somme qu’en une succession de petits moyens, est aujourdhui reconnue. Le sol rendu stable et reconstitué, l’aridité et la nudité des pentes disparaissant sous la végétation forestière et herbacée, le torrent boueux et menaçant changé en un ruisseau inoffensif et même bienfaisant, voilà ce qu’a produit, dans maints endroits, l’application de la loi entre les mains des agents éminents qui ont eu la mission de l’exécuter.
- J. G.
- Recherches sur les diastases qui concourent à la digestion des hydrates de carbone, par M. II. Bierry. Paris, J. Le Chevallier, 12, rue de Tournon, 1911.
- La thèse de M. H. Bierry, maître de conférences à l’École des Hautes Études, n’a pas seulement un intérêt théorique ; ses recherches ont également un intérêt pratique réel. « Elles montrent que certains hydrates de carbone, en particulier les mannanes et les galactanes, ne peuvent pas compter dans la ration alimentaire des animaux. La question a aussi son importance pour l’homme, car en Amérique et au Japon, on a introduit
- p.174 - vue 174/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER 1913.
- 175
- (ui quantités considérables des substances empruntées aux algues, aux champignons, aux lichens, aux gommes et aux substances pectiques. »
- La bibliographie de toutes les questions qui se rattachent à l’action de ces diastases est déjà très longue ; M. Bierry l’a reproduite aussi complète que possible.
- L’importance de ce travail est considérable autant par le nombre des questions abordées que par l’intluence que. peuvent exercer les résultats obtenus. Ceux-ci touchent à l’action des sucs digestifs sur le lactose, le maltose, le saccharose, le raffi-nose, l’inuline, l’amidon, les glucosides. La thèse se termine par l’étude de l’influence de l’ahmentation sur les sécrétions diastasiques.
- J. G.
- Fleuves, canaux et ports. Notes bibliographiques, comprenant la liste des principaux ouvrages parus en librairie et articles publiés dans les périodiques de tous pays, du 1er janvier 1907 au 31 décembre 1910, par I’Association internationale permanente des congrès de navigation. Bruxelles, 38, rue de Louvain, 1912.
- C’est M. Jean Pradelle, bibliothécaire de l’École nationale des Ponts et Chaussées, qui a compilé la suite de cette remarquable bibliographie. La première partie a été présentée p. 590 de notre Bulletin d’avril 1911 : nous y renvoyons pour la division des matières.
- M. Pradelle a mis son travail sous l’égide de cette phrase de Littré : « La chose nécessaire est non pas d’être complet, ce qui est impossible, mais de fournir un fonds solide de renseignements sûrs. » Comme son travail renferme plus de 7000 mentions, classées méthodiquement, on voit avec quelle ampleur l’auteur a réalisé son plan, pour le plus grand bien de tous ceux qui ont à s’occuper de navigation.
- J. G.
- Rapport général sur l’Exposition internationale de l’Est de la France, Nancy, 1909,
- par M. Louis Laffitte, secrétaire général de la Chambre de commerce de Nancy, directeur général de l’Exposition. In-4 de 1 060 p., 349 ill., 46 plans, 28 pi. Paris, Berger-Levrault, 5, rue des Beaux-Arts. Prix : 40 fr.
- (Extrait de la Présentation de MM. Berger-Levrault). — Le succès éclatant de cette Exposition, qui a mis en lumière d’une façon étonnante les merveilleuses ressources de nos pays de l’Est, méritait bien la consécration d’un Livre d’Or. L’Exposition aura marqué un vrai « tournant » dans l’histoire de la Lorraine. Aussi, M. Louis Laffitte a-t-il estimé qu’il convenait de dresser une sorte de bilan, économique en même temps qu’historique, des efforts de tous ceux qui ont contribué au succès.
- A l’appel du Directeur général, les esprits les plus éclairés de la région ont tenu à être ses collaborateurs, chacun dans sa spécialité; et, grâce à cet entrain unanime, le Rapport général est devenu comme la synthèse des efforts et des progrès de la Lorraine tout entière, telle qu’elle apparaît aujourd’hui dans son splendide développement économique, industriel, commercial, artistique et scientifique.
- Les plus grands soins ont été apportés à l’illustration; on l’a faite aussi abondante que possible, afin qu’elle restât par elle-même un document et une véritable Leçon de choses. Si, d’un côté, elle rappelle, naturellement, tous les aspects typiques de l’Exposition dans sa grâce charmeresse et son imposant ensemble, d’un autre côté, par une heureuse innovation, elle conduit le spectateur bien au delà, c’est-à-dire aux lieux mêmes de production et d’élabora-
- p.175 - vue 175/950
-
-
-
- 176
- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER 1913.
- tion des objets exposés; et c’est ainsi qu’elle lui fait visiter les établissements industriels et autres dont on a pu apprécier les produits à l’Exposition : nous rayonnons bien loin autour de Nancy, nous parcourons les vastes régions minières et métallurgiques, nous pénétrons dans les usines, ateliers et exploitations de toute nature des départements de l’Est et de l’Alsace-Lorraine, et enfin nous sommes à même d’admirer des spécimens caractéristiques de produits de toute sorte quand ils constituent des spécialités qu’on ne trouverait pas ailleurs.
- D’autre part, maints tableaux graphiques permettent aussi de faire sans effort l’étude comparée des ressources et richesses du pays et de se rendre compte du surprenant essor, des rapides progrès et de la fortune croissante de cette antique province agricole de Lorraine, devenue subitement une des plus florissantes régions industrielles de toute l’Europe.
- En général, la partie artistique et typographique de l’ouvrage a été l’objet d’une sollicitude particulièrement minutieuse. Grâce à la collaboration généreuse d’un certain nombre d’industriels et d’artistes, il a été possible d’ajouter, aux nombreuses gravures prévues, toute une série de très belles’et très curieuses illustrations documentaires et de planches en couleurs montées sur feuillets de support; elles contribuent à faire du Rapport général un des plus précieux chefs-d’œuvre bibliographiques qui aient vu le jour en Lorraine.
- Traité théorique et pratique de triage, peignage et filature de la laine peignée, par M. Paul Lamoitier. In-8 de xn-476 p. avec 25 i fig. Paris, Dunod et Pinat, 1912.
- Prix : 25 fr.
- (Avis des éditeurs). — Depuis l’ouvrage de Michel Alcan, qui remonte à 1873, il n’a pas été publié de traité sur le travail général : Triage, Peignage, Filature et Tissage de la laine peignée. Il ne manque pas de traités de tissage, mais les traités de filature récents ne traitent qu’une partie du travail mécanique de la laine ou des spécialités.
- Le livre de M. Paul Lamoitier, chef des travaux de filature et tissage à l’École industrielle de Fourmies, qui a déjà publié plusieurs ouvrages techniques, arrive donc à son heure. C’est un travail d’ensemble, pour lequel l’excellent vulgarisateur n’a rien négligé afin que le livre puisse être mis dans toutes les mains, celles de l’ingénieur et celles de l’ouvrier. Il a été accueilli dès le début par une faveur spéciale qui ne se démentira pas par la suite, nous en sommes persuadés.
- Richesses minérales de Madagascar, par M. D. Levât, membre du Conseil supérieur des colonies. In-8 de xvi-360 p. avec 155 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1912. Prix : 15 fr.
- L’ouvrage de M. Levât continue la remarquable série des publications de cet ingénieur sur les richesses minérales des colonies françaises. Chargé en 1910-1911 d’une nouvelle mission minière par M. le Ministre des Colonies, l’auteur résume, dans son rapport au Ministre, les résultats de son voyage.
- Le plateau central de Madagascar, formé de terrains archéens, fournit à l'auteur la matière du premier chapitre. De nombreuses monographies de mines d’or viennent appuyer les vues originales de M. Levât sur la technique des gîtes aurifères interstratifiés et sur les phénomènes de latéritisation qui les ont affectés. Rapprochant ces résultats de ceux qu’il a reconnus dans d’autres pays tropicaux, M. Levât en tire les éléments d’une théorie générale de la latéritisation des gîtes aurifères, filoniens ou en couches, qui donnent la clef de bien des mécomptes et dont la portée, dépassant les limites d’une application locale, intéresse tout es les personnes qui s’occupent de mines dans les pays tropicaux.
- Les terrains sédimentaires de la côte ouest ont été particulièrement étudiés au point de vue pétrolifère. M. Levât étudie en détail les grès triasiques qui contiennent le précieux com-
- p.176 - vue 176/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER 1913.
- ] 77
- bustible, et il en détermine les anticlinaux principaux sur une longueur de plus de 400 kilomètres. C’est le point capital de sa mission.
- Les autres produits minéraux, notamment les pierres précieuses, le graphite, les minerais radifères, sont aussi étudiés avec des développements très complets. Signalons les gîtes de cuivre natifs au sein de terrains volcaniques au sud du lac Kinkony, visités en détail par M. Levât.
- Enfin, une étude de la question de la main-d’œuvre et celle de la réforme à introduire dans la législation minière actuelle constituent le dernier chapitre de cet ouvrage.
- Géologue, technicien et homme d’affaires, M. Levât envisage à ce triple point de vue les richessesjninières de la Colonie, et il montre les nombreuses perspectives favorables d’avenir de l’industrie minière malgache.
- Chimie du sol, par M. C. André, professeur à l’Institut national agronomique. In-18 de
- 500 p. avec fig. (Encyclopédie agricole, J.-B. Baillière et fils.) Prix : 5 fr.
- Le volume sur la Chimie du sol que vient de publier M. André est le complément de la Chimie Végétale, du même auteur. Ces deux volumes forment un traité élémentaire de chimie agricole essentiellement destiné à l’enseignement.
- Il est à peine besoin de faire ressortir l’intérêt de premier ordre qui s’attache à l’étude du sol; c’est le sol qui nourrit la plante, qui lui fournit l’azote et les éléments capables de concourir à l’édification de ses tissus.
- Étant donnée une plante, quels sont les éléments que cette plante prend au sol, sous quelle forme ces éléments lui sont-ils présentés, quel est leur degré d’assimilabilité, par quels procédés peut-on modifier le sol en vue de lui faire porter telle récolte déterminée? Tels sont les différents problèmes que M. André aborde successivement.
- Le sol n’est pas un milieu purement minéral, une sorte de poussière dénuée de vie dans laquelle les seuls changements qui se manifestent ne sont régis que parles lois de la mécanique chimique. Le sol est peuplé des microbes les plus variés, qui possèdent une influence de premier ordre sur la transformation que subit la matière organique si étroitement liée à la matière minérale.
- Tl y a quarante ans à peine que cette étude microhiologique du sol a été entreprise de façon méthodique ; mais les résultats qu’elle a fournis sont d’une telle importance que nul agriculteur ne saurait s’en désintéresser, car cette vie microbienne retentit d’une manière remarquable sur la fertilité d’une terre.
- L’agriculteur n’a pas moins intérêt à connaître les propriétés respectives des différents sols, en vue de connaître la nature des plantes qu’ils pourront porter et le genre d’engrais ou d’amendements qu’il sera bon de leur incorporer pour les améliorer.
- L’étude rationnelle de la terre arable comporte donc une multitude de problèmes de la plus haute importance. On les trouvera exposés avec lucidité dans la Chimie du sol de M. André.
- Constructions métalliques. (Résistance des matériaux, Matériaux, Assemblages, Poutres,
- Colonnes, Planchers, Escaliers, Combles, Ponts), par MM. J. Bonhomme et E. Silvestre.
- In-4 de vi-426 p. avec 867 fig. et 2 pl. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1912. Prix :
- 18 fr.
- Depuis de nombreuses années déjà, les éléments et les organes de machines ont été étudiés et ordonnés pour une construction plus méthodique et plus rationnelle. Les éléments et les dispositifs divers d’assemblage employés dans la construction métallique n’ont guère été étudiés de même façon et, dans le présent cours, les auteurs se sont proposé de grouper ces éléments et ces dispositifs ordinairement dispersés.
- Tome 119. — 1er senmtre. - Janvier 1913. 12
- p.177 - vue 177/950
-
-
-
- 178
- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER 1913.
- Dans cet ouvrage, MM. Bonhomme et Silvestre étudient d’abord les métaux dans leurs propriétés industrielles, dans les essais qu’on leur a fait subir et les opérations d’usinage auxquelles on les soumet. Ensuite sont développés les moyens employés pour assembler les éléments métalliques, pour grouper les barres laminées en vue d’obtenir des poutres très résistantes.
- La dernière partie du cours s’occupe des charpentes et des ponts simples. Ils ont détaillé les charpentes et les ponts à une seule travée et n’ont parlé que sommairement des poutres continues, car ils ont voulu faire un cours relativement simple. Pour toutes les questions traitées, les méthodes de calcul sont expliquées, développées. De nombreux exemples numériques en montrent l’application pratique. En tôle du cours, pour faciliter l’étude, on a rappelé les notions de mécanique, supposées acquises, en les développant sur les points intéressant la construction métallique. Le présent ouvrage comprend les matières du programme de construction métallique des Écoles nationales d’Arts et Métiers; il les développe même largement, de telle sorte qu’il pourra être consulté utilement par les élèves de J'École Centrale des Arts et Manufactures. Les élèves des Écoles pratiques d’industrie et des Écoles primaires supérieures (section industrielle), qui possèdent bien leurs cours de mécanique, pourront s’assimiler les connaissances dispensées dans cet ouvrage. Les ingénieurs, les dessinateurs des bureaux d’études et les constructeurs directeurs de petits ateliers y trouveront les renseignements dont ils ont besoin dans la pratique journalière de leurs travaux dont les études ne sortent pas, le plus souvent, du cadre que les auteurs se sont fixé.
- Les hydroaéroplanes, par M. Pierre Rivière. Librairie Aéronautique, 40, rue de Seine, Paris. Prix : 3 fr.
- Ce livre contient tout ce qu’il peut être utile de savoir sur la question.
- Une première partie contient l’histoire vécue des premiers essais sur l’eau; elle se termine par un aperçu sur les horizons qu’a ouverts ce nouveau moyen de locomotion.
- La deuxième partie est technique et critique. C’est un exposé des difficultés du problème et des moyens employés pour le résoudre. Les différents types de flotteurs y sont décrits tout au long et critiqués d’après les résultats de l’expérience. Enfin les principaux moyens de fabrication employés sont également analysés; et des conseils sont donnés sur les formes, les proportions et les malériaux à adopter.
- La troisième partie contient la description d’une vingtaine d’appareils, pour chacun desquels est donné un plan détaillé et coté en élévation, en profil et en plan. En outre, de très nombreuses photographies illustrent le texte, photos inédites pour la plupart, dont le seul recueil constituerait déjà un document de valeur.
- Abrégé sur l’hélice et la résistance de l’air, par M. Maurice Gandillot. ln-4 de iv-187 pages. Paris, Gauthier-Villars, 1913. Prix : 10 fr.
- Dans cette étude, l’auteur signale d’abord l’omission capitale commise jusqu’à ce jour en évaluant la résistance de l’air, et montre sur des exemples très connus que les faits réputés paradoxaux s’expliquent intuitivement avec la théorie rectifiée.
- Appliquant cette théorie à l’hélice, il fait voir que ce qu’on appelle la formule de la traction ne dépend pas seulement des vitesses de rotation et de translation de l’appareil, mais aussi des deux vitesses similaires animant les molécules de la veine d’air attirée. Éliminant ces nouvelles vitesses au moyen d’autres équations dont elles dépendent, il obtient la véritable formule de la traction.
- Cette théorie concorde parfaitement avec les expériences de M. Eiffel, et fournit le même réseau de courbes. Elle concorde à peu près avec la formule empirique proposée par le D1' Riabouchinsky pour représenter le mieux possible les résultats de ses célèbres essais;
- p.178 - vue 178/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER 1913.
- 179
- mais la concordance n’a lieu que pour les faibles vitesses pratiquées par cet expérimentateur; aux vitesses élevées, la formule théorique s’éloigne considérablement de ce que serait la formule empirique extrapolée, et révèle un danger auquel on ne songe guère : quand le moteur est mal approprié à l’hélice, il est possible qu’aux rotations rapides il la transforme de propulseur en ventilateur, de sorte que la traction peut diminuer en cours de vol, ou même s’annuler entièrement, alors que le moteur tourne pourtant à pleine admission et est peut-être à son point de puissance maxima. Ainsi s’expliquent bon nombre d’accidents survenus sans cause apparente, et qu’on a attribués parfois à des remous, lames de fond, trous d’air, etc., toutes causes invoquées sans preuves péremptoires, tandis que la cause précédente, étudiée rationnellement, se montre propre à reproduire exactement les particularités observées trop souvent au cours de ces accidents mystérieux.
- La traction s’évanouit aussi pour beaucoup d’autres motifs; par exemple si elle est obtenue en forçant certains facteurs, mais en négligeant certains autres, il peut suffire d’un léger coup de vent debout pour provoquer une abattée considérable ; de même un aéroplane reconnu excellent peut devenir très dangereux s’il subit des modifications insuffisamment étudiées, soit des modifications défavorables, comme l’adjonction de certains dispositifs d’expériences qui retardent la marche, soit même des modifications paraissant favorables, comme l’augmentation de la largeur des pales ou de la puissance du moteur. C’est ainsi qu’un de nos plus admirables aviateurs, après avoir accompli cent prouesses avec son aéroplane, s’est tué au premier vol qu’il a tenté avec cet appareil, après qu’il l’a eu fait munir d’un moteur renforcé, mais non approprié à l’hélice.
- La théorie n’indique pas seulement comment doit être faite cette appropriation; elle montre aussi à quelle condition (double similitude) les expériences de laboratoire sont absolument comparables aux épreuves réelles dans l’atmosphère; elle fournit par conséquent le moyen de déceler sans aucun risque les défectuosités de telle ou telle disposition, et le danger de la laisser essayer par un pilote.
- Manuel pratique de soudure autogène, par MM. R. Granjon et P. Rosemberg. In-8 de 360 p. avec 257 fig. Paris, Office central de l’acétylène, 104, boulevard de Clichy. Prix : 5 fr.
- Ce manuel renferme une série d’informations émanées de l’Association ou Union de la soudure autogène. Elles concernent les manipulations, les modes opératoires, les tours de mains, les appareils utiles pour faciliter la tâche du soudeur.
- L’ouvrage traite successivement de la soudure autogène au chalumeau, de l’oxygène, de l’acétylène, des postes de soudure, de la préparation et de l’exécution des soudures, de la soudure des fers et aciers doux, des aciers durs, des fontes, du cuivre, des laitons et des bronzes, de l’aluminium, enfin de divers métaux et alliages. Il finit par l’exposé du coupage des fers et aciers au moyen des chalumeaux à jet d’oxygène.
- p.179 - vue 179/950
-
-
-
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE
- EN JANVIER 1913
- Eiffel (G.) et Goutereau (Ch.). — Atlas météorologique pour l’année 1911 d’après vingt-quatre stations météorologiques. In-4 (33 x 26) de 52 p., XXXVI pi. Paris, J. Mourlot, imprimeur, 1912. 14859
- Provost (A.) et Rolley (P.). — La pratique du génie rural. (Encyclopédie agricole) de 416 p., 52 flg. Paris, J.-B. Baillière et Fils, 1913. 14860
- Bierry (H.). — Recherches sur les diastases qui concourent à, la digestion des hydrates de carbone (Thèse). In-8 (2b x 16) de 282 p. Paris, J. Lechevallier, 1911. 14861
- Laffitte (Louis). — Rapport général sur l’Exposition internationale de l’Est de la France, Nancy 1909. In-4 (29 x 23) de cxl-932 p., 375 flg., XXVIII planches, VII graphiques et 4 cartes. Paris et Nancy, Berger-Levrault, 1912. 14862
- Julien (C.). — La motoculture. Travail mécanique du sol. In-8 (21 x 15) de 321 p., XXXII pl. Paris, Hachette et Cie, 1912. 14863
- Procter (H. R.). — Leather Chemists’ Pocket-Book. In-J 2 (15 x 10) de xiv-223p., 4 flg. London, E. and F. N. Spon, 1912. 14864
- Nitzelnadel (Konrad Adolf). — Versuche über die Verwendbarkeit aus Sulfltzellu-lose und Strohstoff hergestellter Nitrozellulosen (Dissertation zur Doktor-Ingenieurs-Technischen Hochschule zu Dresden). In-8 (22 x 14) de 65 p., III pl. Dresden, Petzschke und Gretschel, 1912. 14865
- Barth (Otto).— Die Erhohung der chemischen Widerstandsfâhigkeit mechanisch
- noch gut bearbeitbarer fiir Konstruktionszwecke verwendbarer Legierungen (Dissertation zur Doktor-Ingenieurs-Technischen Hochschule zu Aachen). In-4 (28 x 19) de 29 p., 6 flg,, I pl. Halle a S., Wilhelm Knapp, 1912. 14866
- Gattefosse (R.-M.). — Formulaire de parfumerie et de cosmétique. 4e édition. In-12 (1x912) de 212 p., XII planches. Lyon, 19, rue Camille, 1912. ,14867
- Salaün (Gaston). — Les retraites ouvrières et paysannes. Commentaire delà loi des 5 avril 1910-27 février 1912. 2e édition. In-8 (22 x 14) de xxvm-630 p. Paris et Nancy, Berger-Levrault, 1912. 14868
- Retombe (Léon). — Moteurs à, combustion interne et gazogènes. (Fascicule V de la Bibliothèque de la « Technique moderne », de 90 p., 122 flg.). Paris, H. Dunod et E. Pinat,
- 1912. 14869
- Agendas Dunod, 1913. In-12 (15 X 10). — Chemins de fer, par P. Blanc. 32e éd., de xx-300 p. — Commerce, par G. Lemiîrcier, de lxii-443 p. — Électricité, par J.-A. Montpellier. 35e éd., de xxvm-309 p. — Mécanique, par J. Izart. 35e éd., de x-349 p. — Métallurgie, par D. Levât, de vi-253 p. — Cahiers des charges unifiés, par Pierre Blanc. Paris, H. Dunod et E. Pinat. 14870-14874 et 14890
- p.180 - vue 180/950
-
-
-
- OUVRAGES REÇUS. —- JANVIER 1913.
- \ 81
- Cuénot. — Rivières canalisées et canaux. (Bibliothèque du conducteur de travaux publics) de xn-904 p., 459 flg. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 14875
- Nanot (J.) et Gatin (G. L.). — Le séchage des fruits et des légumes, ln-12 (19 x 12) de xv-324 p., 67 fig. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1913. 14876
- Levât (B.). — Richesses minérales de Madagascar. In-8 (25 x 16) de xvi-359 p., 153 fig., 1 carte. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1912. 14877
- Société nationale d’Encouragement a l’Agriculture. — Compte rendu des travaux du Congrès de Mécanique agricole, tenu à Paris les 22 et 23 février 1911. Max Ringelmann, Rapporteur général. Publié au nom du bureau par J.-M.de Lagorsse, Secrétaire général de la Société. In-8 (24 x 15) de 376 p. Paris, 5, avenue de l’Opéra, 1911. 14878
- Chevallier (Henry). — Cours pratique d’électricité industrielle. In-12 (19 x 12). Tomes I, II et III. Paris, Ch. Béranger, 1909, 1910, 1912. 14879-81
- Masselon, Roberts et Cillard. — Le celluloïd. Fabrication, applications, substituts. In-8 (23 x 14) de iv-527 p., 160 fig., VII pl. Paris, H. Desforges. 14882
- Bourrey (Georges). — Le problème de l’apprentissage et l’enseignement technique. In-8 (22 x 13) de vi-164 p. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. _ 14883
- Bresson (Henri). — Lexique des meilleures rivières de France pour les utilisations hydrauliques (Houille blanche, houille verte) (ex Revue électrique, 1908 à 1912). In-8 (26 x 21) de iv-100 p., fig. Paris, Gauthier-Villars, 1912. 14884
- André (Gustave). — Chimie agricole. Chimie du sol. (Encyclopédie agricole) de xvi-556 p., 9 fig. Paris, J.-B. Baillière et Fils, 1913. 14885
- Corret (Pierre). — Télégraphie sans fil. Réception des signaux horaires et des télégrammes météorologiques. In-12 (17 x 11) de 92 p., 34 fig. Paris, 5, rue Bayard, 1912.
- 14886
- Carter (H. R.). — The Bleaching, Dyeing and Finishing of Flax, Hemp and Jute Yarns and Fabrics. In-8 (22 x 14) de xu-164 p., 19 fig., II pl. London, John Baie, Sons and Danielsson, 1911. 14887
- Fleury (Paul). — The Préparation and Uses of white Zinc Paints. fn-8 (19 x 12) de xvi-262 p. London, Scott, Greenwood and Son, 1912. 14888
- Knecht (Ed.) and Fothergill (J.-B.). — The Principles and Practice of Textile Prin-
- ting. In-8 (23 x 15) de xvi-615 p., 80 fig., XIII pl. London, Ch. Griffm and C°, 1912. 14889
- Rivière (Pierre). — Les hydro-aéroplanes. In-8 (23 x 14) de m-88 p., fig., X planches. Paris, Librairie aéronautique. 14891
- Ostwald (Wo.). — Grundriss der Kolloidchemie. 3 AufL (24 x 16) Erste hâlfte. Dresden und Leipzig, Theodor Steinkopff, 1912. 14892
- Aeronautics. — Technical Report of the advisory Committee for Aeronautics for the Year 1911-12. In-8 (24 x 15) de 323 p., fig., pl. London, Darling and Son, 1912. 14893
- Lebon (Ernest). — Savants du jour. Biographie, bibliographie analytique des écrits. — Armand Gautier. In-8 (28 x 18) de vni-96 p. Paris, Gauthier-Villars, 1912. 14894
- Bonhomme (J.) et Silvestre (E.). — Constructions métalliques. In-4 (27 x 21) de vi-436 p., 867 fig. Paris, H. Dunod et Pinat, 1913. 14895
- p.181 - vue 181/950
-
-
-
- 182
- OUVRAGES REÇUS.
- JANVIER 1913.
- *
- * -x-
- Garner (J. H.). —Treatment of Effluents from Dye-Houses and Textile Factories
- (ex Journal of the Society of Dyers and Colourists, vol. XXVIII, 1912, 26 p.). ex
- Table décennale de la « Houille blanche », 1902-1911. Bibliographie de la houille blanche. In-8 de 32 p. Grenoble, J. Rey. br
- Granjon (R.). — Le choix d’un éclairage dans les petites villes et à la campagne. (Lettres à un ami). In-8 de 32 p. br
- Deschamps (Louis). — La filature du coton en France. In-8 de 41 p. Rouen, Léon Gy, 1912. br
- *
- * *
- Société industrielle d’Amiens. — Tables générales des 10 premiers volumes du Bulletin; du tome XI (1873) au tome XX (1882), formant la 2e série décennale (Don de la Société industrielle d’Amiens). Pér. 82
- Réunion des memrres français et belges de l’Association internationale pour l’essai des matériaux. — Procès-verbaux de 1902 et de 1903 (Don de l’Association internationale pour l’essai des matériaux). Pér. 343 r
- Comité central des houillères de France et Chambre syndicale française des mines métalliques. — Rapport des Ingénieurs des mines aux Conseils généraux sur la situation des mines et usines en 1911. Paris, 55, rue de Châteaudun. Pér. 237 r
- Royal Society of New-South Wales. — Journal and Proceedings. Vol. XLV (1911), parts II et III. Pér. 29
- Agenda agricole et viticole, par M. V. Vermorel, 1913. Pér. 290
- Institute of mechanical Engineers. — Proceedings, 1912, parts 1-2. Pér. 114
- American Ceramic Society. — Transactions. Vol. XIV. Pér. 288
- Nouvelles archives des missions scientifiques et littéraires. Nouvelle série, fascicule 5. Pér. 38
- Institution of civil engineers. — Minutes of Proceedings. Vol. CLXXXIX, CXC.
- Pér. 189
- Direction du Travail. — Statistique des grèves et des recours à, la conciliation et à l’arbitrage survenus pendant l’année 1910. Paris, Imprimerie Nationale, 1912.
- Pér. 205
- Annales du commerce extérieur, 1912, fascicules 4 et 5. Commission permanente des valeurs de douane, valeurs arbitrées pour 1911. Pér. 107
- Institution of mechanical Engineers. — General Index to Proceedings, 1901-1910.
- Pér. 114
- Sprechsaal-Kalender, 1913, par le Dr J. Koerner. Avec une partie technique et une Bibliographie choisie. Formulaires
- Bulletin semestriel de la maison Schimmel et Cie (Ernst, Karl et Hermann Fritzsche, propriétaires), à Miltitz, près Leipzig. Octobre 1912. Pér. 318
- Agenda Lumière-Jougla pour 1913.
- Pér. 286
- p.182 - vue 182/950
-
-
-
- OUVRAGES REÇUS.
- JANVIER 1913.
- 183
- Institution of naval architects. — Index to the Transactions. Vol. XLVII to LIV (1905-1912). Pér. 222
- Société technique de l’Industrie du gaz en France. — 39® Congrès, Paris, 1912.
- Pér. 298
- Smithsonian miscellaneous Collections. — Vol. 57, part 9 (publ. 2136), part 10 (publ. 2137). Vol. 59, part 20 (publ. 2139). Vol. 60, part 1 (publ. 2141), part 2 (publ. 2142), part 3 (publ. 2143), part 4 (publ. 2144), part. 5 (publ. 2145), part 6 (publ. 2146), part 7 (publ. 2147), part 8 (publ. 2148), part 10 (publ. 2150), part 11 (publ. 2151), part 12 (publ. 2152).
- Pér. 27
- U. S. Department of Agriculture. Bureau of chemistry. — Bulletin n° 132 (Proceedings of the tioenty-sixth annual Convention of the Association of official agrieidtural Chemists, held at Denver, Colorado, august26-28, 1909, by H. W. Wiley, de 217 p.). Washington, 1910.
- Pér. 410
- U. S. Department of Agriculture. Bureau of soils. — Bulletin n° 63 (Reference list of the Electric fixation of atmospheric Nitrogen and the Use of Calcium Cyanamid and Calcium 'Nitrate on Soils, by S. C. Stuntz, de 89 p.). Washington, 1910. Pér. 410
- Bureau of Standards. — Technologie Papers, n° 1 : The Effect of preliminary Heating ; Treatment upon the Drying of Clays, by A. V. Bleininger, de 53 p., 14 flg. — N° 2 : The Strength of reinforced Concrète Beams; Results of Tests of 333 Beams (first sériés), by R. L. Humphrey and L. H. Losse, de 200 p., 45 fig. — N° 3 : Tests of the absorptive and permeable Properties, of Port-laud Cernent Mortars and Concrètes together with Tests of damp-prooflng and waterproofing Compounds and Materials, by R. J. Wig and P. H. Bâtes, de 127 p., 53 fig., et nos 4 à 10.
- Pér. 61 t
- Association internationale pour l’Essai des Matériaux. Réunion des membres français et
- belges. — 4° et 5e procès-verbaux, 1912. Pér. 343 r
- K. Svenska Vetenskapsakademien i Stockholm. — Arkiv for matematik, astronomi och fysik. Bd. 8, H. 1-2. Pér. 8
- New York State Department of Labor. — Annual Report of Bureau of labor Statis-tics, 1911. Pér. 128
- L'agent général gérant :
- E. Lemaire,
- p.183 - vue 183/950
-
-
-
- p.184 - vue 184/950
-
-
-
- 112e ANNÉE. — 1er SEMESTRE.
- FÉVRIER 1913.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE
- DU 24 JANVIER 4913
- DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES
- POUR L’ANNÉE 1912
- PRÉSIDENCE DE M. L. LINDET
- PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- Le fauteuil de la présidence est occupé par M. L. Lindet, président de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale. A ses côtés siègent MM. Bâclé, Berthelot, Larivière et Sauvage, vice-présidents, et MM. Toulon et LIitier, secrétaires.
- discours de m. l. lindet
- Mesdames, Messieurs et chers Collègues,
- Les usages de notre Société veulent que le renouvellement du Bureau précède de quelques jours la distribution des récompenses et vous prive par conséquent de la satisfaction que vous auriez de voir l’ancien Bureau et spécialement notre ancien Président, M. Bertin, recevoir, lui aussi, le témoignage de votre reconnaissance.
- Tome H9. — 1er semestre. — Février 1913 13
- p.185 - vue 185/950
-
-
-
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE.
- 186
- --- FÉVRIER 1913.
- Mais si ces usages permettent à l’ancien Bureau de se soustraire à vos applaudissements, ils autorisent, d’autre part, le nouveau Président à retracer devant vous l’œuvre de son prédécesseur et à vous demander de le seconder, afin qu’il puisse ne pas faiblir devant son exemple.
- Le hasard qui règle le tour de rôle entre les Comités appelés à désigner le Président fait, cette année, succéder un modeste spécialiste des sciences agricoles à un de nos plus éminents ingénieurs de la construction navale, celui qui a doté la marine française du principe de la flottaison cellulaire et a assuré à ses navires l’insubmersibilité et la stabilité en cas d’avaries, celui dont la mission au Japon a exercé sur l’avenir maritime de ce pays l’influence qui s’affirma vingt ans plus tard, d’une façon si éclatante, dans la guerre russo-japonaise. Je n’ose mesurer la distance qui sépare les deux hommes que vous voyez se succéder à ce fauteuil ; un chimiste prend la place d’un mathématicien. Mais le torrent d’idées qui nous entraîne vers les progrès industriels et par conséquent vers le mieux être de l’humanité est tellement prenant, qu’une fois arrivés à la Présidence, nous oublions notre spécialisation, et-nous ne songeons qu’à grouper les bonnes volontés et les efforts, quelle que soit la forme de l’activité humaine qui les a fait naître.
- C’est en s’inspirant de ces principes que M. Bertin a dirigé notre Société pendant ces trois dernières années et je n’en veux comme preuve que le parfait équilibre des diverses branches de la Science, dont nos Comités se partagent le développement, tel qu’il résulte de l’examen de nos travaux au cours de l’année 1912.
- Les inventeurs se sont présentés nombreux devant le Comité de Mécanique et je rappelle les rapports de M. Lecornu, sur un mémoire de M. Millet, relatif aux propriétés d’un tube fendu et soumis à la torsion et sur les ressorts de M. Ernoult; — les rapports de M. Léon Masson sur le grillage électrique des tissus, présenté par M. Petitalot, sur les courroies « Titan » de M. Magaldi, sur T anti-bélier pneumatique de M. Bruyant; — le rapport de M. Maurice Leblanc sur les traîneaux automobiles de M. B. Le Grain; — le rapport de M. Sauvage, sur le dynamomètre de M. Espeut. Les communications et conférences relevant du Comité de Mécanique ont été également nombreuses ; rappelons celles du Colonel Bénard sur l’aéronautique; de M. Fremont, sur le clou; de M. Guillaumin,
- p.186 - vue 186/950
-
-
-
- discours de m. l. lindet, président.
- 187
- sur la répartition des charges dans la construction des locomotives ; de M. Kadiguet, sur les sous-marins, etc.
- Le Comité des Arts chimiques a reçu la communication de M- -Robin sur le microscope à longue portée et son application à la métallurgie, qui a été l’objet d’un rapport de M. Guillet, tandis que M. Verneuil nous exposait un four de céramique de son invention et rapportait le mémoire de M. Wattebled sur la cuisson des terres. M. Gabriel Bertrand a rendu compte des expériences qu’il a entreprises sur les causes du jaunissement des papiers, et M. Dollard de celles qu’il a poursuivies sur la galvanoplastie du nickel en grande épaisseur. M. Masse nous a mis au courant des derniers perfectionnements de l’industrie du gaz; M. Gault, des progrès réalisés dans l’industrie des huiles essentielles et des parfums, et M. Kohn-Abrest de diverses applications récentes de l’aluminium.
- Le Comité des Arts économiques tend à diriger ses travaux vers les applications de la physique et spécialement de l’électricité industrielle, qui n’avaient pas ôté prévus par les fondateurs de notre Société ; de ce côté les inventions sont nombreuses : la balance de précision à pesées rapides de M. Collot, l’oscillateur à étincelles de MM. Ducretet et Roger ont été l’objet des rapports de M. Féry; l’olistographe de M. Andrault a été étudié par M. Hillairet, les tissus thermophiles de M. Herrgott par M. Daniel Berthelot, le comparateur d’horlogerie de MM. Barbezat et Baillot, par M. Marre. D’autres appareils ont sollicité l’attention du Comité des Arts économiques, le tensiomètre de M. Largier, l’épidiaseope, le projecteur Zeiss, et l’interleromètre Zeiss, présentés par le docteur Culmann, le téleetrographe de M. Roger, l’élasticimètre enregistreur de M. Féry.
- La question, pleine d’avenir, de la culture mécanique, a été, dans le sein du Comité d’Agriculture, un des principaux objets d’étude. En dehors des notes que M. Ringelmann et ses élèves, M. Cou pan, M. de Condé, ont publiées sur les premiers résultats de cette industrie nouvelle, ce Comité a eu à enregistrer les communications de M. Louis Petit et de M. Julien sur leurs appareils. M. Yincey a communiqué les résultats de ses études sur le prix de la viande et sur le rôle des huîtres dans la propagation de la tièvre typhoïde, M. Lucas a rendu compte de ses expériences sur la traite
- p.187 - vue 187/950
-
-
-
- 188 SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. -- FÉVRIER 1913
- mécanique des vaches. JVI. Lévy Salvador a exposé le parti que l’on peut tirer de la force motrice fournie par les cours d’eau, et M. Polier, de la richesse agricole et minérale de l’Egypte. M. 11. Hitier a fait une étude de la petite culture dans l’Ardèche, et M. Lindet a montré le rôle qu’a joué la Société, depuis un siècle, dans le développement de l’industrie du sucre de betteraves.
- M. Aug. Moreau, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, a fait connaître le mode de construction en couverture vitrée de M. Rendle, et le lattis armé de M. Lièvre.
- Enfin le Comité du Commerce, par l’organe de M. Alfassa, nous a exposé les conditions du travail aux États-Unis dans les tanneries au chrome, et, d’autre part, les causes de la grève générale en Angleterre. M. Dupuis a présenté, dans un rapport, un travail d’économie industrielle de M. Carmichael; et M. Risler a étudié l’organisation des cours professionnels d’apprentis.
- Indépendamment de nos travaux de Comités, notre Bulletin a fait connaître, sous forme de notes, rédigées par M. Garçon, par M. Hitier, par le regretté Richard et par M. Ringelmann, les questions à l’ordre du jour dans les sciences de la Chimie, de l’Agriculture, de la Mécanique et de la Culture mécanique.
- Nous ne saurions passer en revue les nombreuses études que nos collègues nous ont apportées, sans évoquer le souvenir de celui qui quelquefois les suscitait, en tout cas les groupait et les présentait dans notre Bulletin. Une atmosphère de deuil pèse sur nos séances depuis que Richard les a quittées ; la maison est devenue sonore et semble retentir comme si tout ce dont il la remplissait nous avait abandonnés en même temps que lui. Son activité inlassable et toujours obligeante, sa compétence universelle et toujours prête à nous apporter le renseignement cherché, avaient fait de Richard l’homme sur lequel tout le monde ici se reposait. Ses relations industrielles, ses nombreuses lectures et son flair des découvertes nouvelles lui permettaient de réunir bien des éléments qui, élargis en passant par les Comités, devaient former le gros de nos études. Sans doute, il avait sur la rédaction du Bulletin, sur le fonctionnement de la Société,
- p.188 - vue 188/950
-
-
-
- 189
- discours de m. u. LiNDET, président,.
- sur la tenue de nos séances des idées arrêtées qui ont pu, à certains moments, être critiquées par quelques-uns d’entre nous. Mais vouloir empêcher un homme de sa valeur d’avoir une conception personnelle des questions en face desquelles il a vécu et qu’il a eu le temps de méditer, vouloir le priver de tout idéal, revient à étouffer son initiative et à consentir l’abandon des services qu’il peut apporter ; Richard ne s’inspirait que du désir de rendre la Société plus grande et plus considérée, et, si l’on soulevait quelques critiques autour de lui, le but qu’il poursuivait l’empêchait de s'en apercevoir. Étranger à toute rancune, à toute intrigue, il aimait profondément même ceux qu’il n’avait pu contenter; car l’affection et la bonté dominaient chez cet être sensible et toujours prêt à se donner. La vivacité, quelquefois un peu libre, qu’il communiquait à sa parole, dans les conversations intimes, était l’émanation de sa franchise et de ses sentiments de révolte vis-à-vis de tout ce qui lui semblait compromission et injustice. Tout être bon ne doit-il pas à sa sensibilité de souffrir des vilaines choses qu’il rencontre sur'sa route et la loyauté de caractère ne se traduit-elle pas par des convictions profondes que l’on cherche à faire partager à ceux que l’on aime ?
- C’est le souvenir de ces qualités qui a dicté à notre Président, M. Bertin, et à notre vice-président, M. Bâclé, les paroles émues qu’ils ont, le 30 décembre, prononcées devant son cercueil. M. Bâclé a bien voulu nous promettre de lui consacrer, dans notre Bulletin, un article nécrologique, où il retracera mieux que je ne saurais le faire sa carrière d’ingénieur et les services qu’il a rendus à l’industrie mécanique. Je me contenterai de dire aujourd’hui, au nom de la Société d’Encouragement, que Richard a bien mérité d’elle.
- J’ai voulu rappeler, dès le début de la liste nécrologique qu’il me faut parcourir, la mort de Richard, alors qu’elle est la plus récente de celles dont nous portons le deuil, parce qu’il a assisté, avec une profonde émotion, aux pertes que nous avons successivement faites, au cours de l’année 1912, et que le souvenir de ces chers disparus a pu le hanter dans ses moments d’agonie. L’émotion que sa mort nous cause dominera l’hommage que nous devons à trois de nos membres du Conseil, dont deux de nos plus anciens, Gustave Roy, entré au Conseil en 1869, Davanne, en 1876, et Pillet, en 1899.
- On rencontre des hommes dont la vie est remplie de tant de labeurs, qui ont, au service de leur pays, épuisé leur activité dans des directions
- p.189 - vue 189/950
-
-
-
- 190 SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. --- FÉVRIER i»lH.
- si diverses, que l’on se met volontiers à oublier les conditions qui ont été le point de départ de leur carrière, et les circonstances qui en ont élargi les limites. Gustaye Roy était de ces hommes-là. Destiné par son père au commerce, il entra, en 1847, à vingt-quatre ans, dans la maison fondée en 1813 par son grand-père; il consacra à sa prospérité ses plus légitimes efforts et eut la joie, avant de mourir, de voir, en 1912, ses petits-fils travailler dans cette même maison. Gustave Roy fut donc un commerçant. Mais comment rester confiné dans les occupations qu’on s’est imposées, quand votre valeur intellectuelle et morale vous désigne à vos concitoyens comme capable de rendre des services désintéressés, d’un ordre plus élevé?
- En 1860, Gustave Roy se vit consulté par Rouher, qui s’occupait du premier traité de commerce avec l’Angleterre. Le travail concis et sincère du jeune négociant, son appréciation, dégagée des exagérations des deux parties en présence, plut à ce point au ministre du Commerce qu’il le nomma, dès 1861, au Comité consultatif des Arts et Manufactures, où il siégea jusqu’à ces dernières années. Il y connut de Freycinet qui l’appela, en 1878, au Conseil d’administration des Chemins de fer que l’Etat venait de racheter. La grande notoriété qu’il avait acquise dans le monde des affaires Taxait fait entrer à la Chambre de Commerce de Paris, dont il devint Président en 1880: il donna une vigoureuse impulsion aux travaux de cette Assemblée, dont une des plus belles initiatives fut la création de l’École des Hautes Études commerciales. Économiste libéral, il avait fondé avec des amis le journal P Economiste français, qui, sous l’habile direction de Paul Leroy-Beaulieu, devait acquérir une autorité mondiale. Vigneron à ses moments de loisir, au courant de toutes les questions vinicoles, il avait su donner, dans le Médoc, où il possédait un de nos meilleurs crus, l’exemple des méthodes scientifiques.
- Entré en 1869 dans le Conseil d’Administration de notre Société, il apportait, comme don de joyeux avènement, le reliquat des exposants de la classe 27, à l’Exposition de 1867, qui devait servir pour encourager le développement et les progrès de l’industrie cotonnière en France et dans les colonies françaises.
- Beaucoup d’entre nous n’ont pas connu Gustave Roy : son grand âge l’avait, dans ces dernières années, quelque peu éloigné de nos travaux ; mais plusieurs le voient encore venir ici, récemment, soutenir la demande de subvention que nous avait adressée l’Alliance cotonnière française pour la culture du coton dans nos colonies.
- p.190 - vue 190/950
-
-
-
- discours de m. l. UNDET, président.
- 191
- Gustave Boy était accueillant et affable ; son visage reflétait une indulgente bonhomie que l’ilge avait accentuée ; mais en même temps elle révélait une énergie que seules peuvent nous donner la conscience de l’utilité de nos efforts et la confiance dans les résultats à obtenir par l’intelligence et le travail.
- ♦
- C’est également un vieillard, plein de bonté et d’indulgence, à l’œil vif, à la parole rapide et décisive, que nous avons perdu dans la personne de Davanne. Là encore, nous rencontrons un homme trop à l’étroit dans la carrière qu’il a choisie et désireux de diriger son activité vers un but élevé et utile à l’industrie.
- Davanne débuta en effet par la carrière d’avocat et, pendant cinq ou six ans, fut inscrit au Barreau de Paris. Mais il ne tarda pas à être attiré par l’art naissant de la photographie; il sentit que cet art ne pouvait se développer que sur des bases scientifiques et il alla étudier la chimie au laboratoire de Pelouze ; il y connut Barresswill, avec lequel il collabora à un volume, resté longtemps classique : la Chimie photographique ; il y connut Aimé Girard avec lequel il publia plusieurs mémoires sur les épreuves photographiques positives. Il fonda, vers 1850, la Société française de Photographie, dont il fut longtemps le Président du Conseil. A partir de cette époque, aucune question relative à la photographie ne lui fut étrangère, et personne ne toucha à la photographie scientifique sans s’assurer du concours de Davanne et sans avoir recours à sa compétence. Nous le trouvons, à l’Exposition de 1867, rapporteur de la classe de photographie, et secrétaire du groupe, Vice-Président à l’Exposition de Vienne, en 1873, Président aux expositions de Paris, 1878, 1889, 1900 II fut, pendant une dizaine d’années, maître de conférences de photographie à l’Ecole des Ponts et Chaussées, membre du Comité des Travaux historiques et scientifiques, membre du Conseil de la Société d’Encourage-ment, de l’Union centrale des Arts décoratifs, de l’École municipale Estienne, etc., expert au Tribunal de la Seine; partout on le rencontre là ou il faut soutenir Tes intérêts des photographes professionnels et les travaux des photographes scientifiques. Quand un homme sait ainsi grouper autour de son nom les éléments vitaux qui assurent la prospérité d’un art et d’une industrie, il lui faut, en même temps que l’autorité de la compétence, la bienveillance qui accueille et le jugement qui conseille,
- p.191 - vue 191/950
-
-
-
- 192
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. --- FÉVRIER 1913.
- Notre collègue, Jules Pillet, présentait avec ceux dont je viens de faire l’éloge, bien des points de ressemblance : lui aussi, entraîné par ses goûts, au sortir même de l’École polytechnique, vers l’enseignement du dessin et par conséquent vers le commerce d’une jeunesse artiste et laborieuse, il savait se faire aimer, en raison du dévouement qu’il donnait à son œuvre, des conseils amicaux*qu’il prodiguait à ses élèves. Chef des travaux graphiques à l’École des Ponts et Chaussées, puis professeur de dessin de machines à l’École polytechnique, professeur du cours de construction à l’École spéciale d’Architecture, professeur de géométrie descriptive à l’École des Beaux-Arts, professeur de constructions civiles au Conservatoire des Arts et Métiers, inspecteur de l’enseignement du dessin au Ministère de l’Instruction publique, il rénova l’enseignement du dessin, en expliquant à chacun de ses élèves, comme l’a dit M. Carvalho sur sa tombe, « la destination de l’objet à représenter, la raison d’être de sa forme, le moyen de le faire comprendre ; il s’adressait à l’intelligence de son élève et à sa raison », tenant compte du sujet qu’il lui fallait façonner, de la carrière à laquelle il le destinait, faisant de lui un artiste, un architecte ou un ingénieur.
- Que les familles de Gustave Roy, de Davanne, de Pillet, que la famille de Gustave Richard reçoivent ici l’assurance que la Société d’Encourage-ment conservera à jamais le souvenir de ces hommes éminents.
- Cette liste déjà bien longue ne saurait se fermer encore ; car je voudrais citer les noms des membres de notre Société, disparus pendant l’année : Eugène de Gaëchter, ingénieur en chef des usines métallurgiques de la Basse-Loire; Osmond, le créateur de la chimie des alliages, de la métal-lographie microscopique et de l’analyse thermique, esprit à la fois imaginatif et précis, habile dans ses expériences, sévère dans ses conclusions, préoccupé de servir les progrès de la métallurgie, tout en restant profondément indifférent à la matérialité des affaires. Osmond, en mourant, a exprimé le désir qu’on ne lui consacrât aucune notice nécrologique; mais comment rester muet en présence du deuil universel «que sa mort a causé ? La Revue de Métallurgie n’a-t-elle pas publié récemment, à côté de la liste bibliographique des travaux d’Osmond, les lettres de condoléances qu’elle a reçues émanant des métallurgistes anglais, allemands, suédois, russes et américains; la modestie d’Osmond pouvait interdire les éloges, elle ne pouvait éviter les hommages. Notre Société, en lui décernant, il y a quinze
- p.192 - vue 192/950
-
-
-
- 193
- discours de m. l. lindet, président.
- ans, la grande médaille Lavoisier, a voulu montrer l’admiration qu’elle avait pour ses travaux et le remercier des services qu’il a rendus à la métallurgie; Osmond a voulu que son œuvre d’apôtre scientifique se perpétuât après samort, et il alaissé à la Société une somme de lOOOOOfrancs dont nous appliquerons les revenus en nous inspirant des idées qui ont guidé sa vie scientifique.
- Nous manquerions à notre mission si, nous laissant aller à notre douleur, nous ne songions à combler les vides que la mort nous laisse. Notre Conseil n’a eu qu’à puiser dans cette immense réserve d’hommes de bonne volonté qui forment l’élite de la science industrielle française, et je souhaite la bienvenue à MM. Brocq et Terré, membres du Comité des Arts mécaniques, à M. Delloye, membre du Comité des Arts chimiques, à M. Vincey, membre du Comité d’Agriculture, à MM. Bonnet et André Hachette, membres du Comité des Constructions et Beaux-Arts. Je salue également l’arrivée parmi nous de MM. de Valbreuze, Deroy, Marcel Brüll, Slaniceano, Arnaud, Berthault, Farcot, Legrain, Steinheil, Roger, Caillet, Chevallior-Appert, Bony, Lejeune, Pagès, la Manufacture d’Horlogerie de Béthune, la Société de la Savonnerie Michaud,la Société des anciens Établissements Weyher et Richemond. Enfin j’ajouterai que le Conseil a désigné, pour remplir les fonctions d’agent général-rédacteur du Bulletin , un jeune Ingénieur des Arts et Manufactures, M. E. Lemaire.
- Messieurs, votre Bureau prend la direction de la Société dans des conditions plus difficiles que si la mort eût épargné celui sur lequel chacun de nous se reposait. Aussi, ce douloureux événement doit-il être le point de départ de nouvelles initiatives et chacun de nous doit-il collaborer plus activement à l’œuvre qu’il a accepté de soutenir le jour où il nous a demandé de l’accueillir.
- Nous considérons que ce but peut être atteint par des voies différentes, dont la direction dépendra de la nature des occupations et des préoccupations de chacun des collaborateurs.
- Beaucoup d’entre nous sont mêlés aux affaires industrielles et se trouvent aux prises avec les difficultés que soulèvent les problèmes de mécanique, de physique, de chimie et même de bactériologie; nous possédons, d’autre part, des ressources financières qui nous permettent de faire étudier ces problèmes et nous pouvons trouver des hommes qui
- p.193 - vue 193/950
-
-
-
- 194 ' SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. --- FÉVRIER 1913.
- consacreront leurs efforts à leur résolution. Pour passer du problème qui se pose à l’étude qui le solutionne, il ne manque souvent que l’intermédiaire qui le signale. Faisant nôtres les idées qui ont été émises déjà par M. Le Chatelier, notre ambition serait de voir figurer, dans notre Bulletin, des études où seraient établis, par des travaux de laboratoire ou d’atelier, a les résultats numériques et les relations précises » sur lesquelles la science industrielle doit s’appuyer, données scientifiques qui ne vieillissent pas, comme les procédés et les appareils que les découvertes de chaque jour nous apportent, et qui, toujours susceptibles d’être consultées,donnent à notre Bulletin un caractère que ne revêt aucune autre publication. Beaucoup d’efforts ont été réalisés déjà dans ce sens, et en nous signalant les études qui peuvent être faites, ou celles déjà faites, qu’il y aurait intérêt à publier, vous augmenterez la valeur de notre Bulletin et l’étendue de notre influence.
- Cette préoccupation n’exclut pas cependant le désir que nous avons de voir figurer dans notre Bulletin les inventions ncfuvelles, fussent-elles éphémères ; car de leurs cendres sont capables de naître des inventions plus durables qui assurent la marche en avant de l’industrie. Là encore, nous vous prions d’être nos collaborateurs et de nous indiquer, dès leur apparition, tous les procédés nouveaux qui relèvent de votre industrie et de vos occupations.
- Nous voudrions aussi que vous nous adressiez vos critiques relativement à la rédaction de notre Bulletin ; comme l’a dit M. Le Chatelier, il ne suffit pas que nos publications soient intéressantes, il faut qu'elles soient utiles.
- Enfin vous n’oublierez pas que la force de la Société s’appuie non seulement sur le travail de chacun de ses membres, mais aussi sur le travail d’un nombre toujours plus grand de ses membres, et nous vous serons reconnaissants chaque fois que vous voudrez bien patronner la candidature de nouveaux collègues qui seront capables de s’intéresser à nos travaux ou de les provoquer.
- C’est par un échange incessant d’idées, sans cesse remuées, sans cesse étudiées et quelquefois résolues que nous parviendrons à grouper nos efforts et à remplir la mission que nos ancêtres de 1801 nous ont confiée, d’encourager l’industrie française.
- p.194 - vue 194/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES
- DÉCERNÉES POUR L’ANNÉE 1942
- PRIX SPÉCIAUX
- GRANDE MÉDAILLE D’OR A L’EFFIGIE D’AMPÈRE décernée à M. Paul Janet.
- Rapport présenté, au nom du Comité des Arts économiques, par M. Daniel Berthelot.
- La grande médaille d’or à l’effigie d’Ampère pour l’année 1912 est décernée à M. Paul Janet, professeur à la Faculté des Sciences de l’Université de Paris, Directeur du Laboratoire central d’Électricité et de l’École supérieure d’Électricité.
- M. Paul Janet a consacré presque tous ses efforts au développement de l’électricité. Son initiative s’y est exercée dans les directions les plus variées. Expérimentateur habile et précis, professeur réputé, auteur de livres didactiques devenus rapidement classiques, directeur d’une école et d’un laboratoire qui font honneur à notre pays, M. Janet a porté partout une activité féconde, et sa personnalité est une de celles que l’on ne saurait oublier si l’on se propose de retracer le tableau des progrès de cette science et de cette industrie électriques, qui, bien que jeunes encore, ont transformé si profondément sous nos yeux plusieurs des branches de la vie moderne.
- Nous rappellerons d’abord en quelques mots les principaux travaux de M. Janet dans le domaine de la science pure. Une première série d’études qu’il a réunies en thèse de doctorat est relative à l’aimantation transversale des conducteurs magnétiques : il y a approfondi les phénomènes d’aimantation spéciaux qui se produisent dans un cylindre de fer, non pas
- p.195 - vue 195/950
-
-
-
- 196
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. -- FÉVRIER 1013.
- sous l’influence de courants circulaires extérieurs comme dans les électroaimants ordinaires, mais sous l’influence de courants traversant le barreau même.
- Une autre série d’expérienc.es a trait à l’étude des oscillations électriques. *
- M. Janet a été le premier à réaliser une expérience très nette de résonance au moyen d’oscillations peu amorties. Dès 1892, c’est-à-dire quatre années à peine après les mémorables expériences de Hertz, il eut l’idée de substituer à l’excitateur habituel à circuit ouvert un excitateur à circuit fermé et par là même faiblement amorti ; il réussit à accorder sa période à celle du résonateur en faisant varier soit la capacité, soit la self-induction. Cette disposition est celle que l’on emploie aujourd’hui dans les ondemètres si utilisés en télégraphie sans fil. Cette belle expérience ouvrait une voie qui devait être fructueuse ; nous ne saurions mieux en relever l’intérêt qu’en rappelant la mention dont elle a été l’objet de la part de M. d’Arsonval, dont les classiques travaux sur les courants à haute fréquence ont donné de si magnifiques applications de la résonance.
- Parmi d’autres recherches marquées au coin de l’originalité, nous citerons deux nouvelles méthodes d’étude des courants alternatifs : la première par inscription électro-chimique sur un cylindre recouvert de papier sensible au ferrocyanure de potassium ; la seconde par application de la méthode stroboscopique au procédé bien connu du contact instantané de Joubert ; un appareil fondé sur ce principe fut présenté dès 1892 à l’exposition annuelle de la Société de physique ; la même idée fut reprise plus tard, d’une manière indépendante, par Hospitalier dans son ondographe.
- Enfin nous relèverons, en raison de la simplicité et de l’élégance avec laquelle elle permet d’aborder un problème difficile, la méthode préconisée parM. Janet pour évaluer la température des lampes à incandescence à filament de carbone au moyen de mesures faites au voltmètre et à l'ampèremètre. Les formules relatives à la capacité calorifique du carbone à diverses températures, qui ont été données par M. Violle dans ses beaux travaux de calorimétrie, permettent de déduire facilement de là la température du filament incandescent.
- Mais si intéressantes que soient ces études de science pure ou appliquée, elles ne représentent qu’une faible partie de l’œuvre de M, Janet, Nous
- p.196 - vue 196/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 197
- devons mettre surtout en relief maintenant le rôle joué par M. Paul Janet dans le développement de l'électricité industrielle en France.
- Appelé en novembre 188b à professer la physique générale à l’Université de Grenoble, M. Janet vit bien vite que les questions de science pure n’intéressaient qu’un nombre restreint d’étudiants des universités provinciales ; mais il lui sembla qu’un enseignement technique supérieur de l’électricité aurait de grandes chances de réussir dans une ville qui avait été la première à vouloir reproduire d’une manière industrielle les célèbres expériences de M. Marcel Deprez sur le transport électrique de la puissance mécanique (Vizille-Grenoble, 1883) ; dès l’année 1892, il inaugura, avec le concours de la Ville, des cours du soir consacrés à l’enseignement des premiers principes de l’électricité industrielle. Le succès de cette tentative dépassa toute attente : la Chambre de Commerce de Grenoble, sur la proposition d’un grand nombre de notables industriels, émit un vœu tendant à la création d’une chaire d’électricité industrielle à la Faculté des Sciences. Le Conseil municipal et le Conseil général votèrent peu après les crédits nécessaires. Dès le début de l’année scolaire 1892-93 s’ouvraient un cours régulier et un premier laboratoire, encore embryonnaire. Cette institution s’est brillamment développé** depuis sous la direction des successeurs de M. Janet; elle représente aujourd’hui une des créations les plus intéressantes de ces universités provinciales, que nous avons vues renaître en ces dernières années à une vie nouvelle.
- En 1894, M. Janet était appelé à la Faculté des Sciences de Paris; en 1895 un juge compétent entre tous, Mascart, alors président de la Commission administrative du Laboratoire central d’Electricité, proposait à M. Janet la direction du Laboratoire central et de l’Ecole supérieure d’Electricité.
- Ces deux institutions offrent un cachet spécial et qu’il n’est pas inutile de mettre ici en lumière. Dans notre pays, où la centralisation est poussée à l’extrême, où les établissements d’enseignement supérieur, à part de rares exceptions, tirent toutes leurs ressources des subventions de l’Etat qui les tient en étroite tutelle, le Laboratoire central et l’Ecole supérieure d’Electricité représentent des institutions issues de l’initiative privée, qui se sont développées par leurs propres moyens, grâce à la collaboration intime et presque journalière de savants et d’industriels : collaboration
- p.197 - vue 197/950
-
-
-
- 198 SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. --- FÉVRIER 1913.
- au succès de laquelle la Société d’Encouragement, plus que toute autre, est heureuse de rendre hommage.
- A la suite de l’inoubliable Exposition internationale d’Electricité de Paris, qui donna en 1881 le signal du grand essor des industries électriques, fut fondée la Société internationale des Electriciens. Une de ses premières et plus heureuses initiatives consista à provoquer la création du Labora-ratoire central d’Electricité qui fut inauguré en février 1888.
- Ce laboratoire fut installé sur un terrain cédé par la Ville de Paris au moyen de fonds provenant pour 1O0 000 francs d’un reliquat des bénéfices de l’Exposition de 1881, pour 100 000 francs d’une partie du legs Gifîard, et pour 100 000 francs d’une souscription volontaire des principaux industriels français. L’entretien et la gestion en furent confiés par l’Etat à la Société internationale des Électriciens : cette organisation, tout en donnant au Laboratoire central un caractère officiel, lui réserve les avantages d’une institution indépendante. Depuis vingt-trois ans, ce laboratoire, actuellement établi rue de Staël, a fonctionné régulièrement, grâce aux généreux concours des industriels dont les libéralités ont permis la construction et l’aménagement de nouveaux locaux, l’acquisition de nouvelles machines.
- Au laboratoire s’adjoignit bientôt une fondation non moins utile : l’Ecole supérieure d’Électricité qui, fondée avec le concours des constructeurs et des sociétés électriques, présente l’exemple, trop rare en France, d’une institution d’enseignement qui vit de ses propres ressources. C’est une Ecole technique supérieure, indépendante de l’Etat, et où cependant l’Etat, par une sorte de consécration, envoie, avec des délégations officielles, ses officiers et ses ingénieurs.
- C’est à la direction de ce laboratoire et de cette école, que Mascart, qui joua dans leur genèse un rôle prépondérant, appelait en 1895 M. Janet. Le choix était heureux : sous l’active et énergique impulsion du directeur, les deux institutions se développaient brillamment. En 1895, l’École avait 12 élèves; elle en a plus de 100 aujourd’hui; et son enseignement a acquis une réputation mondiale. En 1894 le Laboratoire central exécutait moins de 300 essais ; il en exécute actuellement plus de 1 000 chaque année.
- Les nombreuses recherches sur l’électricité appliquée, exécutées au
- p.198 - vue 198/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 199
- Laboratoire sous la direction de M. Janet, soit par lui-même, soit par ses collaborateurs, ont été réunies en deux volumes de 500 pages, publiés en 1910 et 1912, qui constituent un véritable monument scientifique.
- Nous ne saurions oublier que c’est seulement grâce au Laboratoire central que la France a pu continuer à tenir dans la science internationale le rang que lui assignait son passé. A défaut du Laboratoire central en effet, et en l’absence de tout organisme pouvant le remplacer, notre pays aurait été obligé de renoncer à participer aux études et expériences pour la fixation des unités et étalons exécutées à la suite des derniers congrès électriques internationaux. La France aurait dû abandonner ce rôle aux trois grands pays (Allemagne, Angleterre, États-Unis) pourvus d’instituts de recherches électriques richement dotés par l’État. 11 est inutile de souligner combien cet abandon eût été funeste à notre influence morale et matérielle parmi les autres nations.
- La meilleure preuve des services rendus à l’industrie française par le Laboratoire central sous la direction de M. Janet, c’est que, l’année dernière, voyant ses installations déjà anciennes, impuissantes à satisfaire aux besoins nouveaux créés par la variété croissante des applications de l’électricité et les dimensions toujours plus grandes des machines modernes, la commission du Laboratoire ne craignit pas d’adresser un pressant appel aux industriels, et cette fois encore plus de 40 d’entre eux, par des souscriptions variant de plusieurs centaines à plusieurs milliers de francs, lui assurèrent les ressources nécessaires.
- Au cours de l’année 1912, l’École supérieure d’Électricité a donné une preuve nouvelle de sa vitalité et de sa capacité d’adaptation aux besoins de l’industrie moderne en ouvrant une section consacrée à l’enseignement théorique et appliqué de la télégraphie sans fil. Les efforts de M. Janet secondés par ceux du dévoué sous-directeur de l’École, M. Chaumat, et unis à ceux de M. le commandant Ferrié, en ont assuré le succès. La première session s’ouvrit le 15 février 1912 avec 19 élèves; la seconde session, commencée le 15 novembre 1912, comprend 25 élèves dont 19 officiers délégués par les différents ministères et 6 élèves ordinaires dont 2 délégués par les gouvernements étrangers.
- L’enseignement de M. Janet à l’École d’Électricité a contribué à former bien des générations d’ingénieurs électriciens qui se sont répandus dans
- p.199 - vue 199/950
-
-
-
- 200
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE.
- FÉVRIER 1913.
- le monde entier. M. Janet a résumé lui-même cet enseignement dans divers ouvrages. Ses Premiers principes d'Electricité industrielle sont la reproduction des leçons professées à Grenoble; c’est un livre d’une lecture facile et attrayante, mais où la simplicité et la clarté 11e sont achetées nulle part aux dépens de la précision et de la rigueur. Ce livre en est aujourd’hui à sa 6' édition. Les Leçons d'Electrotechnique générale représentent le résumé des cours professés à l’Ecole d’Électricité. L’auteur y a dégagé avec une rare sûreté de vues les principes généraux qui restent toujours les mêmes à travers l’inlinie variété des applications. Je 11e saurais en faire de meilleur éloge qu’en disant que, par l’élégance de l’exposition, par la netteté des démonstrations, bien des chapitres rappellent les écrits didactiques si lumineux de maîtres tels que Sarrau et Potier.
- L’Académie des Sciences a sanctionné à diverses reprises les travaux de M. Janet en leur décernant quelques-uns de ses prix les plus importants.
- L’autorité acquise par M. Paul Janet dans le monde scientifique et industriel lui a valu de jouer au cours des dix dernières années un rôle important dans les divers expositions ou congrès internationaux.
- En 1900, il était choisi comme secrétaire général du Congrès international d’Électricité et comme rapporteur de la classe de l’éclairage électrique à l’Exposition de Paris; en 1901, il était envoyé par la Société internationale des Électriciens comme chef de mission au Congrès de l’Institut des Ingénieurs américains de Buffalo; en 1904, il était délégué par le Gouvernement français au Congrès de Saint-Louis ; en 1908, il était élu premier vice-président du Congrès international des Applications de l’Électricité de Marseille ; en 1911, il était président du jury du groupe V (Electricité) à l’Exposition de Turin et vice-président du Congrès international d’Électricité de Turin.
- L’exposé qui précède permet d’apprécier à (quel point les efforts de M. Janet ont été utiles à l’industrie française. La Société d’Encouragement est heureuse de les sanctionner aujourd’hui par l’attribution de sa grande médaille d’or.
- p.200 - vue 200/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 201
- MÉDAILLE D’OU GRAND MODULE décernée à M. Auguste Chevalier.
- Rapport présenté, au nom du Comité d’Agriculture, par M. Prillieux.
- Les territoires immenses qui appartiennent à la France, en Afrique, du Sénégal au Niger, du Gabon au Congo, sont encore à peine connus. Dans la région équatoriale, des forêts vierges couvrent des terrains où règne une température constamment humide et chaude qui favorise une végétation d’une puissance prodigieuse.
- L’étude de la flore de l’Afrique tropicale a fait l’objet des recherches que M. Aug. Chevalier, chef de la mission permanente d’étude des cultures coloniales, poursuit depuis douze ans avec un dévouement admirable. De 1898 à 1910, M. Aug. Chevalier a effectué en Afrique tropicale six voyages qui lui ont permis d’étudier sur un parcours de 50 000 kilomètres la répartition de la flore et la distribution géographique des végétaux fournissant des produits exploités.
- Dans ses explorations africaines, M. Aug. Chevalier a récolté des collections botaniques d’une extrême richesse. Plus de 2 500 numéros d’herbier ont été déterminés. Mais il ne s’est pas borné à recueillir et à étudier sur place des échantillons d’herbier : il s’est préoccupé constamment de l’utilité que la France peut tirer du trésor végétal qui lui appartient et dont il fait connaître les richesses.
- C’est aussi bien au point de vue agricole, qu’au point de vue botanique, qu’il a étudié l’Afrique tropicale française.
- Les missions d’étude et de recherche qui ont été confiées par l’Etat à M. Aug. Chevalier en vue d’établir l’inventaire des productions naturelles des immenses territoires de l’Afrique tropicale lui ont permis de rassembler de précieux documents pour une série d’études et de monographies du plus grand intérêt qu’il publie par fascicules successifs sous le titre : « Les végétaux utiles de l’Afrique tropicale française. »
- Au premier rang des travaux de M. Aug. Chevalier, on peut mettre ses études sur la géographie botanique de l’Afrique occidentale et particu-— 1er semestre. — Février 1913. 14
- p.201 - vue 201/950
-
-
-
- 202 S KAN CE SOLENNELLE PURLIQUE. - FÉVKIEK 1013.
- licrementsur la prodigieuse forèl vierge qui s’étend dans toute la longueur du golfe de Guinée, sur une épaisseur de 250 à 300 kilomètres de la plage même.
- G’est un enchevêtrement inextricable d’arbres immenses, de buissons cl de lianes qui mettent un obstacle absolu à la marche de l’explorateur qui ne peut y pénétrer qu’en utilisant les rares sentiers déjà tracés par les indigènes. Le règne végétal atteint là son plus merveilleux épanouissement. Les grands arbres ont leur cime à 30 ou 40 mètres de hauteur, quelquefois même à 50 et 60 mètres. Sous cette voûte, des arbres plus petits, à demi étiolés; au-dessous, des arbustes et des lianes herbacées forment trois étages aussi compacts les uns que les autres. Au niveau du sol la lumière est si atténuée qu’il n’y pousse que quelques plantes spéciales rampantes. Dans ces forêts poussent le Palmier à huile (Llœisj qui fournit l'huile de palme, des arbres et des lianes qui produisent le caoutchouc, le Kolatier qui porte les noix de kola fort recherchées des indigènes, et des bois de toutes sortes parmi lesquels l’Acajou seul est l’objet d’un commerce d’exportation de quelque importance.
- Une mission forestière, comme celle dont fut chargé M. Aug. Chevalier de 1905 à 1907, présente, pour l’explorateur, d’extraordinaires difficultés. Il lui faut, au milieu du fouillis inextricable de la forêt, se procurer des spécimens d’arbres qui vont parfois fleurir à plus de 20 mètres de hauteur hors de toute atteinte. Ce n’est que grâce aux conditions exceptionnelles dans lesquelles M. Aug. Chevalier a accompli sa mission qu’il a pu réunir un ensemble complet de documents bois, écorce, herbier, se rapportant à plus de 200 espèces d’arbres différents spontanés dans la forêt de la Côte d’ivoire.
- S’il a pu obtenir un si prodigieux résultat, c’est qu’il a su profiter des travaux de pénétration du chemin de fer à travers la forêt pour faire l’inventaire des arbres de la région. L’abatage, en vue de l’établissement du chemin de fer, d’une bande de forèl vierge large de 80 mètres et qui se poursuit dans les terrains les plus divers, franchissant au hasard les marais et les collines, a été pour M. Aug. Chevalier une précieuse aubaine qu’il a su utiliser pour ses recherches de naturaliste. Chaque jour on coupait plusieurs centaines d’arbres sur le chantier de déboisement; des espèces dont il était impossible d’apercevoir les fleurs et les fruits qui s’épanouissent et
- p.202 - vue 202/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912. 203
- fleurissent seulement au-dessus de la voûte sombre composée de plusieurs étages de végétation étaient ainsi ramenées au ras du sol. Des indigènes, guidés par quelques sous-ofticiers du génie chargés de la surveillance du chantier, que M. Aug. Chevalier a su intéressera ses recherches, l’ont aidé dans l’accomplissement de l’immense travail qui lui a permis de faire l’inventaire des ressources forestières de la Côte d’ivoire.
- Jusqu’à la publication de l’étude spéciale des arbres les plus remarquables de cette région par M. Aug. Chevalier, aucun essai, même rudimentaire, n’avait été tenté sur cette question qui a pourtant la plus haute importance. Avant de faire connaître les bois coloniaux il était indispensable de décrire les arbres qui les produisent. C’est ce qu’a fait M. Aug. Chevalier, de la façon la plus intéressante en fournissant, à l’occasion, des renseignements d’une grande importance soit par exemple sur des arbres tels que le Funtu-mm e/fistira qui peut fournir un caoutchouc d’une valeur égale à celle des plus beaux caoutchoucs d’Hevea et qui, heureusement, se reproduit de graines avec la plus grande facilité; soit sur l’exploitation et le commerce dubois d'acajou qui est produit par plusieurs espèces différentes d’arbres, etc.
- Aux descriptions botaniques des arbres spécifiquement déterminés sont joints les noms par lesquels ils sont désignés par les indigènes dans les différentes régions où ils ont été observés.
- L'étude des bois de ces diverses espèces d’arbres est un immense travail qu’a commencé M. Perrot, professeur à l’Ecole supérieure de Pharmacie, avec la collaboration de M. Girard. Les recherches qu’ils ont publiées dans un fascicule spécial ont porté sur les bois des différentes espèces de légumineuses recueillis par M. Aug. Chevalier. Ces recherches sont activement poursuivies. Elles doivent avoir une importance industrielle considérable en permettant de déterminer exactement la nature des différents bois de l’Afrique occidentale d'après l’examen au microscope des échantillons apportés des régions de l’intérieur.
- Outre cette grande étude sur la forêt vierge de l’Afrique occidentale et sur ses bois, M. Aug. Chevalier a publié des monographies de grandè valeur sur les végétaux utiles de l’Afrique tropicale dont la culture ou l’exploitation peuvent contribuer le plus puissamment à la prospérité de nos possessions.
- p.203 - vue 203/950
-
-
-
- 204
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. --- FÉVRIER 1913.
- Lu cullure du Cacaoyer, réalisée en grand avec succès dans la colonie portugaise de San Thomé, a été étudiée avec le plus grand soin sur place par M. Aug. Chevalier qui a écrit en collaboration avec M. Perrot un livre excellent qui devra guider les essais que feront les colons français qui voudront introduire la culture du cacaoyer au Gabon et dans les forêts où pousse spontanément le kolatier.
- La monographie du Kolatier est une œuvre d’une grande valeur scientifique. M. Aug. Chevalier y a joint une carte de l'Afrique occidentale française sur laquelle sont indiqués les points où l’existence du kolatier végétant spontanément a été constatée. C’est, pour la géographie botanique de l’Afrique occidentale française, un document de premier ordre.
- Pans le dernier fascicule qu’il a publié, M. Aug. Chevalier a donné une très complète monographie de YElœis qui fournit l’huile de palme. 11 a décrit ses variétés, montré l’intérêt qu’il y aurait à les sélectionner et à multiplier celles qui peuvent donner les meilleurs produits; montré comment on peut étendre la culture de l’Elœis qui pousse spontanément dans l'Afrique occidentale et, en l’exploitant mieux, en tirer de nouvelles richesses.
- L’admirable ensemble des explorations scientifiques botaniques et agricoles poursuivies par M. Aug. Chevalier dans l’Afrique tropicale française avec un inlassable dévouement ont paru au Comité d’Agriculture bien mériter la haute approbation de la Société et il propose d’attribuer à M. Aug. Chevalier sa grande médaille d’or.
- PRIX FOURCADE décerné à M. Pierre Schutz.
- Rapport de M. Hitier.
- Les exposants de la classe 47, à l’Exposition universelle de 1878, sur l’initiative et avec la coopération de M. Fourcade, ont fondé, auprès de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, un prix de 1 000 francs qui est remis chaque année, en séance solennelle de cette Société, au simple ouvrier des exposants de la classe 47 ayant le plus grand nombre d’années consécutives de service dans la même maison.
- p.204 - vue 204/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 205
- Trois demandes, des plus intéressantes, concernant trois ouvriers du plus grand mérite ont, cette année, été adressées par les maisons Külilmann, Camus, Lefranc.
- Mais les termes de la fondation sont formels : c’est à un simple ouvrier des exposants de la classe 47 ayant le plus grand nombre d’années consécutives de service dans la même maison que le prix Fourcade doit être attribué. Il revient ainsi en 1942 à M. Pierre Schutz, entré à l’usine de produits chimiques Camus, Duchemin et Cie, à Ivry-Port, le 22 mars 1857 ; depuis cette date, M. Pierre Schutz y a toujours travaillé sans interruption, c'est-à-dire depuis plus de cinquante-cinq ans maintenant, à l’entière satisfaction de ses patrons.
- PRIX MEYNOT décerné à M. Joseph-Émile Debos.
- Rapport de M. Hitier.
- Ce prix, fondé par MM. Meynot, de Donzère (Ardèche) et d’une valeur de 1 000 francs, doit être décerné à une petite culture dans un des départements de la région du Sud-Est, pour 1912, dans l’Ardèche :
- Au cultivateur, viticulteur ou maraîcher qui, cultivant son bien ou le bien d’autrui en qualité de colon à mi-fruits ou à prix d’argent, avec les bras de sa famille, soit seul, soit avec un ouvrier au plus, donnera le meilleur exemple par sa conduite, son assiduité au travail, par l’ordre dans son ménage et qui, par l’application des meilleures méthodes de culture et de l’outillage le plus perfectionné, aura réalisé les meilleurs résultats dans sa petite exploitation.
- Une quinzaine de candidats, petits propriétaires, fermiers et métayers, se trouvant bien dans les conditions du prix Meynot, ont envoyé les titres qui, suivant eux, les rendaient dignes de la récompense de notre Société.
- Le Comité d’Agriculture, après examen attentif des documents qui lui avaient été adressés, nous chargea d’aller visiter les exploitations des différents concurrents. Sur notre rapport et après une nouvelle discussion
- p.205 - vue 205/950
-
-
-
- 206
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE.
- FÉVRIER 101 R.
- approfondie des titres des différents concurrents, le Comité d’Agriculture a proposé comme lauréat du prix Mcynot dans l’Ardèche en 1912, M. Joseph-Émile Debos, aux Avias, commune de Mirabel ; devant les très grands mérites de plusieurs des autres concurrents, le Comité d’Agricul-ture a décidé de partager le reliquat du prix Meynot de la façon suivante :
- 200 francs à M. Roussel (Louis), au quartier des (iras à Joyeuse;
- 200 francs à M. Desserre (Camille), à Saint-Marcel-d'Ardèehe ;
- 100 francs enfin à chacune des personnes suivantes :
- M. Soulerin (Louis), à Joannas;
- M. Teyssier (Olivier), au Pouget, à Saint-Pierre-de-Colombior;
- M. Delhomme (Paulin), à Longuefayssolle-Chassiers ;
- M. Arnal (Auguste), aux Reys-d’Assions, par les Vans;
- M. Mirabel (Joseph), à Bidon, par Bourg-Saint-Andéol;
- M. Seauve (Albert), à Saint-Fortunal.
- On trouvera dans le Bulletin de la Société dé Encouragement pour F Industrie nationale de janvier 1913, p. 90, sous le titre La petite culture dam F Ardèche, une étude détaillée dans laquelle sont exposés les mérites des lauréats.
- Le Comité d’Agriculture, désireux de témoigner combien il apprécie l’intelligente activité et le dévouement de M. Blanchin, pour propager dans l’Ardèche les meilleures variétés de fruits, puis les meilleurs procédés de culture, de récolte et d’emballage des produits maraîchers et fruitiers, a demandé enfin au Conseil de la Société de vouloir bien décerner une médaille de vermeil cà M. Blanchin, agent commercial de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, 49, avenue Gambetta, à Valence-sur-Rhône.
- MEDAILLES J.-B. DUMAS POUR 1912 décernées à M. Georges Bossé et h M. Paul Bourge.
- Rapport de M. Toulon.
- La médaille J.-B. Dumas a été instituée en 1897, par la Société d’Encou-ragement pour l’Industrie nationale, en faveur des ouvriers qui, sans quitter les ateliers, se sont peu à peu élevés jusqu’au rang de directeur
- p.206 - vue 206/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 207
- d’usine ou de chef d’un atelier important dans un grand établissement agricole ou industriel.
- Depuis que notre regretté collègue, Aimé Girard, fit décider la création des médailles J.-B. Dumas, notre Société a pu, d’année en année, récompenser des hommes d’un rare mérite, qui ont montré que le travail et la volonté persévérante dans l’accomplissement du devoir sont les meilleures et les vraies conditions du succès; ce sont, comme le disait Aimé Girard, de vivants exemples du progrès intellectuel et moral.
- Il est tout à l’honneur de nos établissements industriels et agricoles français, que les médailles J.-B. Dumas aient toujours trouvé des candidats très dignes de les obtenir. Nous le constatons avec une légitime fierté, car c’est une des meilleures assurances pour l’avenir de notre démocratie laborieuse.
- Le Conseil de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale a décidé d’accorder cette année deux médailles Dumas, l’une à M. Bossé, l’autre à M. Bourge.
- M. Georges Bossé est actuellement directeur de l’usine de la Société française de Cotons à coudre, située à Pantin (Seine).
- Né le 26 juillet 1860, il est entré à cette même usine de Pantin en 1874, à l’âge de quatorze ans, comme petit employé. Depuis cette époque, il n’a pas quitté l’usine et compte aujourd’hui trente-huit ans de service. Les postes qu’il a occupés successivement ont été de plus en plus importants; partout et sans cesse, il s’est fait remarquer par sa conduite, son travail, son intelligence et son esprit d’organisation. Ses mérites exceptionnels l’ont désigné au choix des chefs de la Société française de Cotons à coudre, Établissements Cartier-Bresson et F. Suzor, pour l’emploi de directeur de l’usine de Pantin, qu’il occupe depuis le 1P1 octobre 1907.
- C’est ainsi, après avoir commencé par les plus modestes fonctions, que M. Bossé, par un labeur continu, a su développer ses facultés, s’élever aux plus hauts emplois et devenir digne d’occuper avec distinction le poste de directeur dans l’usine même où il avait débuté à l’âge de quatorze ans, et où ses capacités et sa valeur avaient pu être hautement appréciées.
- C’est donc une vie de travail pleine de dignité, et un exemple d’un haut enseignement pour tous que notre Société récompense en décernant à M. Bossé la médaille J.-B. Dumas.
- p.207 - vue 207/950
-
-
-
- 208 SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. ---- FÉVRIER 1913.
- M. Paul Bourse est prote-directeur à l’Imprimerie Benouard et Cie.
- A l’âge de treize ans, le 1“' août 1860, il est entré en apprentissage à l’imprimerie Jules Clave. C’est dans cette maison, où il est resté jusqu’en octobre 1875, époque à laquelle il la quitta pour faire son service militaire, qu’il acquit les connaissances du métier de typographe. M. Bourge s’était déjà distingué comme un excellent ouvrier. M. Claye, auteur d’un Manuel de Vapprenti compositeur, a indiqué, dans une note spéciale de cet ouvrage, que le volume avait été composé entièrement par le jeune Paul Bourge, qui avait montré ainsi de remarquables qualités professionnelles.
- M. Paul Bourge entra le 1er mai 1876, à l’imprimerie de M. Chamerot, en qualité de sous-prote; il resta dans cet emploi jusqu’en 1880, et un an après, à la suite du départ de son chef, M. Chamerot, reconnaissant les mérites et les aptitudes de M. Bourge, l’éleva à l’emploi de prote, poste très recherché dans une imprimerie.
- Bientôt, en 1881, M. Bourge est nommé prote-directeur. Depuis trente et un ans, il n’a cessé de conduire un nombreux personnel et de mener à bien les travaux les plus difficiles. La maison Renouant est, en effet, renommée à juste titre pour la production des volumes de luxe; il est juste d’attribuer une part notable de la perfection des résultats qu’elle obtient, aux mérites du directeur capable qu’elle a su s’attacher.
- Des récompenses diverses ont été obtenues par le directeur de la maison Renouard ; quatre médailles d’or et un diplôme d’honneur de collaborateur ont été attribués à M. Bourge dans diverses expositions depuis 1889; il a été nommé officier d’Académie en 1894 et officier de l’Instruction publique en 1901. Enfin ses collègues lui ont donné un haut témoignage de leur estime en le nommant président de la Société fraternelle des Protes des Imprimeries typographiques de Paris.
- Notre Société est heureuse de pouvoir ajouter son suffrage aux voix autorisées qui ont reconnu et consacré les mérites et la valeur de M. Bourge, et de lui décerner la médaille J.-B. Dumas.
- p.208 - vue 208/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 209
- MÉDAILLES COMMÉMORATIVES
- Le Conseil d’Admînistration décerne, chaque année, à ceux qui ont bien voulu faire des communications intéressant la Société, des médailles commémoratives en argent, à titre de remerciement, pour marquer l’intérêt avec lequel elles ont été accueillies. Ces médailles sont remises à :
- MM. Masse, séance du 22 mars 1912. — Technique moderne de l'industrie du gaz.
- Lindet, séance du 26 avril 1912. — Rôle de la Société d'Encouragement dans le développement de T industrie du sucre de betterave.
- Vincey, séance du 24 mai 1912. — Le prix de la viande à Paris.
- Kohn-Abrest, séance du 25 octobre 1912. — Nouvelles applications de l'aluminium.
- Lieutenant-colonel Renard, séance du 22 novembre 1912. — L aéronautique en 191%.
- MÉDAILLES
- MÉDAILLES D’OR
- Rapport présenté par M. Grunkr, au nom du Comité du Commerce sur les cours d’apprentissage.
- L’attention de notre Société a été, à diverses reprises, attirée sur le difficile problème de l’apprentissage. Plusieurs fois, sur la proposition de du Comité du Commerce, la Société a voté des subventions à la Société de Protection des Apprentis et des Enfants employés dans les Manufactures, et, il y a deux ans, elle accordait des médailles de vermeil à M. G. Alfassa, secrétaire général de la Société de Protection des Apprentis, et à M. Jully, inspecteur spécial des Travaux manuels de la Ville de Paris, pour le dévouement inlassable avec lequel ils se sont attachés à créer et à faire progresser les œuvres d’instruction et d’éducation pour apprentis.
- Cette année le Comité du Commerce a porté son attention sur l’action bienfaisante exercée dans ce domaine par certaines chambres
- p.209 - vue 209/950
-
-
-
- 210 SÉANCE SOLENNELLE PUBLTQUE. --- FÉVRIER 1913.
- syndicales qui ont les premières répondu à cet appel et sur le réel succès de leurs efforts pour former des apprentis, instruits à la fois théoriquement et pratiquement.
- Depuis trois ans, sur l’initiative de son président M. Rodriguez Ely, avec le concours de la Société de Protection des Apprentis et sous la direction de M. Jully, que l’on retrouve à la naissance de chacune de ces œuvres, la Chambre syndicale des Fabricants de Lampes, Ferblantiers et Industries annexes a organisé d’octobre à fin mai, entre 17 h. 15 m. et 18 h. 45 m., tous les jours, sauf le samedi, des cours théoriques et pratiques.
- Les patrons de cette Chambre syndicale ont consenti à laisser sortir à 17 h., au lieu de 18 h., et cela sans réduction de salaires, ceux de leurs apprentis qui leur ont été indiqués comme suivant ces cours régulièrement et avec une attention soutenue. Ils ont ainsi grandement contribué au succès de cette tentative.
- Des diplômes attribués à la suite d’examens et de concours sanctionnent les résultats obtenus.
- Chaque année une quarantaine d’apprentis participent à cette instruction, et, après chacune des années, le Président de la Chambre syndicale, dans la séance solennelle où sont distribués les diplômes, s’est plu à constater la plus grande habileté manuelle, la connaissance plus complète du métier ainsi que l’esprit d’ordre et de discipline de ces jeunes ouvriers.
- Vers la même époque, la Chambre syndicale des Entrepreneurs de Menuiserie et Parqueterie, frappée des inconvénients que présentent pour de jeunes ouvriers les cours du soir, entre 20 h. et 22 h., au double point de vue moral et sanitaire, prit de son côté la résolution de reporter les cours entre 17 h. 15 m. et 18 h. 45 m. et d’encourager la participation des jeunes ouvriers en maintenant le salaire intégral à ceux qui feraient preuve de persévérance et d’activité dans ces cours.
- Le succès a couronné également cet essai, à la rue des Fcluses-Saint-Martin ; et, dans quelques semaines, la même organisation va être étendue à une nouvelle section, rue Lemercier.
- Plusieurs autres chambres syndicales ont imité ou se préparent à suivre ce bel et bon exemple et témoignent ainsi de l’intérêt qu’elles portent à la formation d’une jeune généralion de travailleurs instruits et disciplinés.
- p.210 - vue 210/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912. 21 1
- Il a paru à notre Conseil qu’il y aurait un intérêt considérable à encourager ces initiatives et à récompenser celles des chambres syndicales qui ont montré la voie, comme aussi les associations et personnes qui les ont aidées de leurs conseils et de leur active collaboratibn.
- A l’unanimité il a donc décidé l’attribution de quatre médailles d’or à :
- La Société de Protection des Apprentis et Enfants employés dans les Manufactures.
- M. Jully, L infatigable organisateur de ces cours d’apprentis ;
- La Chambre syndicale des Fabricants de Lampes, Ferblanterie et Industries annexes ;
- La Chambre syndicale des Entrepreneurs de Menuiserie et Parquets, qui
- ont été les premières à organiser les cours complémentaires de fin d’après-midi aux apprentis de leur profession.
- Rapport présenté, au nom du Comité du Commerce, par M. Maurice Alfassa, sur l’ouvrage de M. Charles Barrat relatif aux Conditions du travail aux Etats-Unis, étudiées spécialement dans la tannerie au chrome pour chaussures.
- Dans un rapport dont les conclusions ont été approuvées et qui a été inséré dans le Bulletin de la Société dé Encouragement de mars 1912, page 351, j’ai eu l’honneur d’exposer, au nom du Comité du Commerce, toute l’importance qui s’attache au travail absolument remarquable de M. Charles Barrat, enquêteur permanent à l’Office du Travail, sur les Conditions du travail aux Etats-Unis, étudiées spécialement dans la tannerie au chrome pour chaussures. C’est le rapport et les conclusions que rapporta la mission ouvrière que, sur l’initiative et avec le concours de MM. A. Combe et fils, le Ministère du Travail avait envoyée aux États-Unis. Composée de deux ouvriers de la maison Combe et fils, MM. Fritz et Richard, de deux ouvriers, MM. Pin et Chaumartin, cette mission fut placée sous la direction de M. Barrat, déjà tout particulièrement au courant de l’industrie du cuir en France, à la suite de son enquête de 1907, qui fait autorité en la matière.
- Non seulement M. Barrat a fait une étude absolument impartiale et objective d’une question fort importante pour une de nos industries très
- p.211 - vue 211/950
-
-
-
- 212
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. --- FÉVRIER 1913.
- concurrencée depuis quelques années par les Etats-Unis, mais son ouvrage constitue une source de renseignements des plus précieux, présentés avec ordre et méthode et qui, au dire des spécialistes, a déjà rendu et doit rendre des services considérables à l’industrie des petites peaux pour chaussures, qui emploie une population importante.
- D’ailleurs, le Syndicat général des Cuirs et Peaux de France a tenu à répandre très largement ce beau travail en le publiant in extenso dans son bulletin et, dans son rapport à ce syndicat, M. Prévol, après avoir rendu hommage à la liante impartialité dont M. Barrat avait fait preuve, invitait ses confrères à lire et à méditer toute cette enquête.
- C’est, en effet, plus qu’une simple étude : c’est une oeuvre de documentation précieuse et précise et un acte de paix sociale. En mettant à même patrons et ouvriers de connaître les conditions économiques et sociales de cette industrie dans le pays où elle s’est le plus rapidement développée, cet ouvrage a eu pour effet, par une meilleure connaissance pour chacun de la situation, de faire juger plus sainement les choses en France par les intéressés et par suite de contribuer à une amélioration des relations entre les patrons et les ouvriers.
- En proposant d’accorder une médaille d’or, c’est-à-dire l’une de nos plus liantes récompenses, à M. Barrat, le Comité du Commerce ne saurait oublier ses collaborateurs, MM. Fritz et Richard, contremaître et ouvrier à l’usine de MM. A. Combe et fils, et surtout MM. Pin et Chaumartin, ouvriers syndiqués désignés par leur syndicat, et dont les conclusions défendues par lui à leur syndicat, témoignent d’une indépendance et d’une largeur de vues auxquelles le Comité du Commerce a rendu hommage; aussi, par l’attribution de cette médaille, c’est le rapport dans son ensemble, c’est M. Barrat et ses collaborateurs que le Comité entend récompenser.
- Rapport présenté, au nom du Comité d’Agriculture, par M. L. Lindet, sur Y Etude de la conservation des 'pulpes en silos par /’ ensemencement de ferments lactiques, par MM. Bouilliant et Crolbois.
- Les cultivateurs, préoccupés d’assurer jusqu’au printemps l’alimentation de leurs animaux, et qui se trouvent à proximité d’une sucrerie ou d’une distillerie de betteraves, acceptent de conserver en silos les pulpes
- p.212 - vue 212/950
-
-
-
- Il A PP U RTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 213
- que ces industries leur fournissent; mais ils savent tous les inconvénients qui résultent d’un pareil mode de conservation. Les pulpes abandonnées à elles-mêmes ne tardent pas à être envahies par divers micro-organismes, et spécialement par les ferments butyriques et les ferments de putréfaction; le poids de la matière extractive diminue dans de grandes proportions, en sorte que le cultivateur, au moment où il ouvre son silo, ne fetrouve plus qu’une partie des substances alimentaires qu’il y a déposées, et celles-ci sont tellement altérées qu’elles répugnent aux animaux qui les consomment, causent certains accidents, connus sous le nom de maladie de la pulpe, communiquent au lait de mauvaises odeurs et y introduisent quelquefois des ptomaïnes, que l’on a signalées comme susceptibles de provoquer des accidents chez les enfants qui le boivent.
- MM. Bouilliant et Crolbois, Ingénieurs-Agronomes, ont imaginé, en 1908, d’arrêter ces fermentations secondaires de la pulpe, en l’ensemençant, au sortir de la sucrerie ou de la distillerie, au moyen du bouillon de culture d’un ferment lactique sélectionné, auquel ils ont donné le nom de lacto-pulpe ; ils ont rencontré, pour réaliser leurs premières expériences, le concours éclairé d’un cultivateur de l’Oise, M. Dumont, Ingénieur-Agronome.
- Les pulpes, ainsi ensemencées, se montrent, même au bout d’un an, dans un excellent état de conservation ; on les retrouve avec leur forme et même leur couleur; l’odeur est légèrement acide, mais n’a plus rien de putride. Le fait a été constaté maintes fois par les cultivateurs qui ont été à même de juger des résultats du procédé.
- L’étude scientifique de la question a été faite, pendant trois aimées consécutives, par M. Malpeaux, directeur de l’Ecole pratique de Ber-thonval, avec l’aide de M. Lefort (J. (VAgr. pratique, 1910, II, p. 303, et 1912, II, p.590). Il résulte de cette étude que le poids des matières ensilées diminue sans doute avec le temps, mais dans une proportion notablement moindre que dans le cas où les pulpes n’ont pas été ensemencées; que l’alimentation des animaux est assurée dans de meilleures conditions ; que ceux-ci s’en montrent plus friands; que l’engraissement est plus rapide, et que le lait n’a pas contracté de mauvais goût.
- M. Malpeaux d’une part, d’autre part M. Bachelier, cultivateur à Mormant, ont appliqué le procédé de l’ensemencement lactique à la conservation par l’ensilage des feuilles et des collets de betteraves, et les résultats qu’ils ont obtenus ont été très satisfaisants.
- p.213 - vue 213/950
-
-
-
- 214 SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. ---- FÉVRIER 1913.
- M. Bouilliant exploite aujourd’hui le procédé, et livre, sous le nom de lacto-pulpe, le bouillon de culture lactique, dont on arrose, après en avoir fait une culture plus étendue, les pulpes qui entrent dans les silos. La quantité de pulpe, qui a été ensemencée, au cours de la première campagne d’exploitation (1909-1910) aétédebOOOO tonnes, et les inventeurs comptent qu’elle dépassera cette année 500 000 tonnes.
- Rapport présenté, au nom du Comité d’Agriculture, par M. L. Lindet, sur
- les Etudes relatives à la traite mécanique des vaches, par M. Lucas.
- La pénurie, de plus en plus accentuée, de la main-d’œuvre à la campagne, conduit fatalement le cultivateur à substituer le travail mécanique au travail manuel dans toutes les opérations agricoles. L’apparition dans nos étables de la traite mécanique des vaches n’est donc qu’une phase de cette évolution qui nous a donné les moissonneuses-lieuses, les semoirs, les arracheuses et les charrues automobiles. C’est sur l’initiative de notre collègue, M. Bénard, que la Société d’Agriculture de Meaux a adopté l’idée d’expérimenter en France des appareils mécaniques de traite qui nous étaient proposés par le Danemark, la Suède, les États-Unis, l’Australie, etc. Mais pour suivre e‘t mener à bien semblables expériences, il fallait trouver un cultivateur qui voulût bien, dans ce grand laboratoire qu’est la ferme, étudier ce problème avec toute la rigueur scientifique que sa solution comportait. Ce cultivateur fut M. Lucas, ingénieur-agronome, qui, aidé des conseils de M. Mallèvre, professeur à l’Institut agronomique, et soutenu par les subsides de la Société d’Agriculture de Meaux et ceux de notre Société, consentit, durant de longs mois d’observation, à comparer, dans son étable de la ferme agronomique de Gournay-sur-Marne, la traite à la main et la traite au moyen de diverses machines (Wallace, Max, Alfa-Dalen, Loquist, etc.). Les résultats obtenus ont été consignés, d’une part, dans un rapport imprimé par les soins de la Société d’Agriculture de Meaux, d’autre part, dans une communication faite par M. Lucas lui-même à notre Société, et insérée dans le Bulletin de la Société d’Encouragement de mai 1912.
- Il résulte de ces expériences que la traite mécanique est capable de rendre de sérieux services aux cultivateurs qui disposent d’une étable suffisamment importante pour juslitier d’une semblable organisation, que
- p.214 - vue 214/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 215
- son prix de revient n’est pas plus élevé que celui de la traite à la main, et que, si les machines sont convenablement adaptées aux trayons de la vache el la vache acclimatée à subir l’appareil, la traite est aussi complète et ne fatigue pas plus l’animal que la traite à la main, et donne un lait identique de composition.
- Ces expériences sont suffisamment complètes pour que l’on puisse les considérer comme définitives, et le Comité d’Agriculture propose de récompenser d’une médaille d’or M. Lucas qui, dans la solution pratique de cette question, a apporté un concours des plus précieux.
- Rapport présenté, au nom du Comité d’Agriculture, parM. Jules Bénard,
- sur les Applications de la culture mécanique a la ferme de Champagne,
- par M. Louis Petit.
- Depuis plusieurs années de nombreuses sociétés agricoles organisent des expériences de culture mécanique. Notre collègue M. Ringelmann vous a tenus au courant des divers systèmes employés. Tous les jours les constructeurs présentent des instruments nouveaux mus par la vapeur, l’essence , l’électricité et pouvant s’appliquer aux divers modes de culture.
- A sa ferme de Champagne, M. Louis Petit utilise, depuis plus d’un an, l’appareil de M. Filtz (Georges), constructeur à Juvisy (Seine-et-Oise). M. Petit lui-même, dans une communication très remarquable et très appréciée, le 9 février 1912, nous a décrit l’appareil de M. Filtz et il nous a montré comment, grâce à ce nouveau procédé de culture mécanique du sol, il avait pu, sur sa ferme, économiser une main-d’œuvre de plus en plus rare et exécuter les travaux des champs en temps voulu, « ce qui a une importance considérable pour l’avenir de la récolte. »
- Votre Comité d’Agriculture, en vous proposant de décerner une médaille d’or à M. Louis Petit, a tenu à encourager le jeune agriculteur qui représente si dignement la quatrième génération d’une vieille famille agricole établie depuis plus d’un siècle à Champagne, et qui a su faire les plus heureux efforts pour appliquer dans son exploitation les découvertes de la science moderne et faire progresser l’industrie agricole.
- p.215 - vue 215/950
-
-
-
- 216
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE.
- FEVRIER ÎOI.'L
- Rapport présenté, au nom du Comité des Arts mécaniques, par M. Léon Masson, sur Y Elasticimèlre enregistreur de M. C. Chéneveau et M. le docteur F. Heim.
- M. C. Chéneveau, chef de travaux pratiques à la Faculté des Sciences de l’Université de Paris, et M. le docteur F. Ueim, chargé du cours d’Hy-giène industrielle au Conservatoire national des Arts et Métiers et professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris (I), ont fait à la Société d’Encouragement une communication relative à l’emploi d’un élastici-mètre enregistreur de leur invention pour l’étude des matières caoutchouteuses et la détermination de leur valeur respective au point de vue industriel.
- Cet appareil, du type à contrepoids équilibrant de poids lixe et à déplacement pendulaire, est ingénieusement étudié dans ses divers détails, et l’on peut, à son aide, exécuter et enregistrer commodément, rapidement et avec une approximation suffisante en l’espèce, les essais d’extensibilité et d’élasticité du genre de ceux qui sont rapportés dans le mémoire des auteurs.
- Le Comité des Arts mécaniques a, en conséquence, l’honneur de proposer l’attribution en commun, à MM. Chéneveau et Heim, d’une médaille d’or pour le dynamomètre par eux soumis à la Société et dont les dispositifs sont assurément susceptibles de très intéressantes applications dans les laboratoires de recherches et d’études aussi bien que dans ceux de l’industrie.
- Rapport présenté, au nom du Comité des Arts mécaniques, par M. Léon Masson, sur la Bascule automatique « Æquitus » de la Manufacture d’Horlogerie de Béthune.
- La Manufacture d’Horlogerie de Béthune a précédemment reçu de la Société d’Encouragement une médaille de vermeil.
- C’était il y a quatre ans, et il s’agissait alors d’un système de bascule à curseur automatique construit par ladite manufacture, d’après un brevet acheté par elle à un groupe d’inventeurs et personnellement pourvu par
- (1) Depuis la présentation de ce rapport, M. le docteur Heim a été nommé professeur d
- ce cours.
- p.216 - vue 216/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 217
- sos soins do différentes modifications ot do divers perfectionnements ayant lait l'objet d’un cortiticat d’addition au brevet primitif.
- 11 s agit aujourd’hui d’un appareil do pesage à curseur automoteur, dit bascule automatique « Æquitas », et de dispositions essentiellement distinctes de celles de l’appareil récompense au titre de l’année 1908, —directement breveté cette fois au nom de la Manufacture de Béthune et susceptible d’être utilisé à deux fins :
- 1° Comme bascule automatique ;
- 2° Comme bascule romaine ordinaire.
- Cet appareil, qui a été admis au poinçonnage intégral par le Service officiel des Poids et Mesures, présente des qualités incontestables de simplicité de manœuvre, de commodité d’emploi, de précision, de rapidité enfin et de sûreté de fonctionnement.
- En considération de cet ensemble, le Comité des Arts mécaniques a l’honneur de proposer l’attribution d’une médaille d’or à la Manufacture d’Horlogerie de Béthune pour le nouveau progrès qu’elle a très ingénieusement réalisé dans l’étude et dans la construction des instruments automatiques de pesage.
- Bapport présenté, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, par M. A. Moreau, sur le lattis armé Lièvre.
- M. Hector Lièvre, négociant en bois de construction, 65, quai de la Gare, à Paris, a déposé une demande d’examen d’un nouveau lattis armé, utilisé pour la construction des plafonds, chambres et cloisons, etc.
- Ce lattis se compose de lattes carrées ou triangulaires, en cœur de chêne ou en sapin, espacées de 15 millimètres d’axe en axe et laissant entre elles un espace libre de 5 millimètres. Ces lattes sont maintenues à distance fixe par des contournements de fer galvanisé espacés de 150 millimètres, et le tout constitue une véritable toile qu’on enroule ou déroule à volonté.
- On voit immédiatement le parti qu’on peut tirer d’une pareille disposi-Tome 119. — 1er semestre. — Février 1913. 13
- p.217 - vue 217/950
-
-
-
- 218 SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. - FÉVRIER 1913. -
- lion et de l’économie qui résulte de son emploi tant au point de vue de la main-d’œuvre proprement dite que de la diminution dans la quantité de plâtre employée.
- Aussi, ce système très simple a-t-il obtenu dès son apparition le plus grand succès et entraîné une véritable révolution dans la construction du bâtiment.
- Nous ne nous étendrons pas plus longtemps sur ce lattis qui peut se fixer sur plafond en bois, en fer, en ciment armé, etc., un rapport détaillé ayant déjà paru dans le Bulletin de la Société de décembre dernier.
- Nous conclurons en disant que le Comité des Constructions et des Beaux-Arts, approuvé en séance plénière par le Conseil d’Administration tout entier, a remercié M. Lièvre de sa très intéressante communication et lui a accordé une médaille d’or.
- MEDAILLES DE VERMEIL
- Rapport présenté par M. Daniel Berthelot, au nom du Comité des Arts
- économiques sur les lis-sus thermophiles chauffés à l'électricité de
- M. C. Herrgott.
- M. C. Herrgott, ingénieur au Valdoie près Belfort, a présenté au Comité des Arts économiques des tissus, tapis et tricots chauffés à l’électricité qu’il désigne sous le nom de thermophiles électriques.
- Il a remis à votre rapporteur des modèles variés que celui-ci a soumis à des épreuves méthodiques, qui ont confirmé l’appréciation favorable portée sur ces tissus, après essais faits sur les malades des hôpitaux par des personnalités aussi compétentes que M. Bergonié, professeur de physique biologique et chef du service électrothérapique des hôpitaux, à Bordeaux.
- Nous avons vu se multiplier sous nos yeux, depuis quelques années, les applications de l’électricité non seulement à la grande industrie, mais encore à l’économie domestique.
- La raison principale en est dans l’extrême simplicité avec laquelle
- p.218 - vue 218/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 219
- l’électricité se prête aux usages les plus divers. Pour prendre l’exemple le plus banal, nul n’ignore à quel point le maniement d’une lampe électrique est plus commode que celui d’une lampe à pétrole. Plus de liquide à verser dans un récipient, plus de mèches à couper ou à changer, plus d’allumage à faire. On tourne un bouton, et c’est tout.
- Ces mêmes avantages se retrouvent dans les autres applications de l’électricité et notamment dans le chauffage électrique ; et si celui-ci ne s’est pas développé davantage, cela tient sans nul doute au prix relativement élevé de l’énergie électrique.
- Mais toutes les fois que la question de prix de revient est secondaire, — et tel est le cas pour certaines applications médicales et hygiéniques, — le chauffage électrique reprend le dessus.
- L’échauffement de fils conducteurs, traversés par un courant électrique, est employé fréquemment aujourd’hui dans les appareils scientifiques de précision, dans le fonctionnement desquels il introduit toute la facilité et la rigueur des mesures électriques.
- Mais il s’agit là en général d’appareils rigides ; et si l’on veut chauffer des corps souples, tels que des tissus, on se heurte à certaines difficultés d’ordre pratique.
- Un des procédés les plus simples, et l’un des premiers adoptés, consiste à fixer à la surface des tissus une trame de conducteurs électriques; ou bien encore on peut adjoindre aux tissus des fils d’amiante sur lesquels les conducteurs ont été enroulés en spirale. Ces systèmes sont rugueux et peu flexibles, et se prêtent mal à épouser les formes variées du corps humain.
- Frappé de ces inconvénients, M. Herrgott est arrivé à incorporer les fils chauffants au tissu lui-même en lui laissant toute sa souplesse.
- Ses fils se composent d’une àme de laineautour de laquelle est enrouléen spirale un assemblage tressé à plat de fils très ténus de nickel pur ; le tout est entouré de fins guipages contrariés de même textile que le tissu à exécuter.
- Le choix du nickel pur comme conducteur nous paraît de nature à assurer les meilleures garanties de durée aux appareils. Au cours d’expériences nombreuses que nous fîmes de 1895 à 1898 sur le chauffage électrique de précision qui en était encore à ses débuts, et où nous construisîmes de nombreux modèles de fours électriques destinés à être portés
- p.219 - vue 219/950
-
-
-
- 220
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE.
- EÉVUIEH d 9 LL
- jusqu’à lu température de 1000° (fours à luîtes, fours à creusets, fours à moufles, etc.), nous cherchâmes à remplacer le platine employé dans les quelques appareils analogues construits jusque-là par un métal moins cher. Nous reconnûmes qu’aucun des alliages essayés ne résistait à un usage prolongé; mais nous trouvâmes que le nickel pur, contrairement à ce que l’on croyait à ce moment, ne s’oxydaitpas sensiblement dans les conditions où l’on opère, et s’altérait à peine plus que le platine.
- Les fils électrothermiques llerrgott sont si souples qu’ils peuvent être tricotés de manière à prendre toutes les formes; ils sont destinés principalement à la production de températures légèrement supérieures à celles du corps humain, mais peuvent au besoin monter jusqu'à 100°et même 150°.
- Nous avons eu entre les mains des échantillons divers, et nous avons été frappés par le soin et le fini de leur fabrication ainsi que par leur résistance à l’usage. L’auteur est arrivé, après des études qui ont exigé des années, à surmonter très heureusement les difficultés qui se présentaient, soit au point de vue du tissage, soit au point de vue purement électrique.
- Ces tissus sont munis de douilles qui permettent de les ajuster comme des lampes à incandescence ordinaires sur les prises de courant des secteurs à 110 volts ou à 220 volts, en vue desquels leurs résistances sont calculées.
- Les fils thermophiles n’arrivent pas jusqu’aux lisières des tissus, de façon qu’on n’a pas à redouter leur dénudation par usure.
- Dans chacune des lisières est renfermé seulement un fil conducteur, en rapport avec l’un des pôles ; les fils électrothermiques y sont reliés de telle manière que la différence de potentiel entre deux fils voisins est très faible, et exclut les dangers de court-circuit.
- Nous nous sommes assurés que les dispositifs de séparation et d’isolement adoptés par le constructeur sont réellement efficaces, et nous avons pu faire fonctionner ses tissus et tapis chauffants en les arrosant d’eau sans produire de courts-circuits ou d’échaulfements locaux anormaux.
- L’auteur propose ses tissus pour les applications hygiéniques : tapis, couvre-pieds, couvertures, tricots ; pour les applications médicales : tables d’opérations, couveuses, compresses, couvertures pour sudations, manches, genouillères, jambières, etc.; et enfin pour certaines applications
- p.220 - vue 220/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 221
- industrielles comportant une élévation de température modérée et bien constante : filtres pour matières grasses et sirupeuses, rouleaux sécheurs, apprèteurs, satineurs, etc.
- Les applications médicales ont donné des résultats favorables : les châles, tricots et flanelles sont très aptes à réchauffer les bras, le dos, les reins des rhumatisants, à soulager et traiter les arthrites, les sciatiques invétérées, à fournir des sortes de cataplasmes électriques qui conservent une température constante. Il n’est pas douteux qu’ils présentent une réelle supériorité sur les anciens systèmes qui se contentaient de maintenir la chaleur humaine par des vêtements de laine épais, par des compresses chaudes, des bouillottes, etc., et qu’ils apportent des ressources nouvelles aux modes de médication qui opposent la chaleur à la douleur.
- En résumé, nous sommes heureux de reconnaître l’efficacité des dispositifs adoptés par M. Herrgott pour la réalisation de tissus souples chauffant par l’électricité, ainsi que de rendre hommage à sa fabrication très soignée.
- Le Comité des Arts économiques propose de le remercier de sa communication et de lui accorder une médaille de vermeil.
- Rapport présenté, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, par M. A. Moreau, sur l’ouvrage de M. Mager intitulé : Les moyens de découvrir les eaux souterraines et de les utiliser.
- M. Henri Mager, ingénieur, conseil en hydrologie souterraine, 21, rue Henri-Monnier, à Paris, a déposé sur notre Bureau une demande d’examen d’un traité qu’il vient de faire paraître sur « les moyens de découvrir les eaux souterraines et de les utiliser ».
- Cet ouvrage est des plus remarquables et des plus documentés ; il étudie la question des eaux souterraines dans tons les départements français sans exception et indique les nappes que l’on y peut rencontrer avec leur profondeur approximative.
- Dépourvu de toute théorie inutile, ce traité est essentiellement pratique et est appelé à rendre de grands services à toutes les personnes qui
- p.221 - vue 221/950
-
-
-
- 222 SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. - FÉVRIER 1913.
- s’occupent de ces questions, en particulier aux ingénieurs qui installent des distributions d’eau.
- Des cartes fort bien faites et de nombreuses figures complètent l’ensemble, dont un rapport détaillé a déjà paru au Bulletin (décembre 1912).
- Aussi nous contenterons-nous de ce court résumé en ajoutant que le Comité des Constructions et Beaux-Arts a remercié M. Mager de sa très intéressante communication et, approuvé par le Conseil d’Admi-nistration, a accordé à son auteur la plus haute récompense dont il dispose4 pour les ouvrages de librairie, la médaille de vermeil.
- Rapport présenté, au nom du Comité des Arts chimiques, par M. Verneuil, sur le mémoire de M. Maurice Picard, intitulé : La fabrication des dents artificielles.
- Le développement considérable des applications de la prothèse dentaire dans toutes les classes de la société, dû à l’influence américaine, ne remonte guère, en France, à plus de vingt-cinq ans, ce qui fait croire quelquefois que l’art de remplacer les dents n’est pas très ancien. Dans un chapitre d’historique qui résume, depuis l’origine jusqu’à nos jours, les différentes phases de cette prothèse, l’auteur nous montre sa très haute antiquité, et souvent l’apparition de procédés longtemps oubliés et redevenus récents, notamment l’invention toute française, vers 1756, de la dent artificielle en émail puis en porcelaine, dont la fabrication prit en Amérique un développement extraordinaire et qui revient aujourd’hui, seulement, essayer de vivre en son pays natal !
- M. Picard décrit ensuite les phases delà fabrication, illustrées de nombreuses vues et dessins, et, en suivant ainsi clairement toutes ses complications techniques, on se rend compte des efforts qu’il a fallu pour les réaliser et parvenir à leur installation chez nous.
- A ces titres divers, votre rapporteur propose au Comité des Arts chimiques d’agréer l’impression au Bulletin du mémoire de M. Maurice Picard et de lui décerner une médaille de vermeil à titre d’encouragement.
- p.222 - vue 222/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912. 223
- Rapport présenté, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- par M. A. Moreau, sur la Couverture vitrée sans mastic dite VInvincible,
- système Rendle. •
- La Société A. M. L., 278, boulevard Raspail, a déposé sur notre Bureau une demande d’étude d’une nouvelle couverture vitrée sans mastic, système Rendle, dite « l’invincible ».
- Cette couverture, qui a fait l’objet d’un rapport détaillé publié sur la proposition du Comité des Constructions et Beaux-Arts, en mai 1912, peut se résumer comme suit :
- Elle consiste en une bande de zinc contournée, d’un profil spécial, d'une seule pièce, en forme de triple gouttière, sur laquelle viennent se placer les vitres; ces dernières sont maintenues par un couvre-joint supérieur, également en zinc; des boulons inoxydables, ordinairement en bronze, placés tous les trente centimètres, serrent à volonté les deux pièces, en assurant un joint parfait et en laissant libre jeu à la dilatation du verre.
- Si par hasard une petite quantité d’eau venait à s’infiltrer entre le couvre-joint et le verre, elle se rassemblerait dans la rigole centrale qui la conduirait à l’extérieur du bâtiment ; quant à la vapeur d’eau qui peut se condenser à l’intérieur, sous les vitres, elle est recueillie par les deux petites gouttières latérales et rejetée également au dehors.
- De la sorte on supprime entièrement le mastic et on obtient une couverture beaucoup plus étanche et plus élégante que parle passé.
- Votre Comité, très frappé de ces avantages, et approuvé par le Conseil d’Administration tout, entier, a accordé à la Société A. M. P. une médaille de vermeil.
- MÉDAILLES D’ARGENT
- Rapport présenté, au nom du Comité des Arts mécaniques, par M. Léon Masson, sur Y Anti-bélier 'pneumatique « l’Idéal » de M. Antony Bruyant.
- M. Antony Bruyant, fabricant à A y (Marne), a soumis à l’examen de la Société d’Encouragement son système breveté d’anti-bélier pneumatique « l’Idéal », dont l’étude expérimentale a permis de constater qu’il s'agit
- p.223 - vue 223/950
-
-
-
- 224
- SÉANOE SOLENNELLE PUBLIQUE.
- FÉVRIER 101 :t.
- d’un dispositif de fonctionnement commode, se présentant sous une forme robuste, de visite et d’entretien faciles, et susceptible de rendre de bons sévices si on a soin de le placer en unité simple ou bien en exemplaire multiple de répartition convenable, selon le tracé, l’étendue, le débit, et les divers autres éléments caractéristiques de la canalisation à laquelle on le destine.
- Le Comité des Arts mécaniques propose d’attribuer une médaille d’argent à l’auteur de cet intéressant appareil.
- Rapport présenté, au nom du Comité des Arts économiques, par M. Féry, sur la Nouvelle balance de précision de M. Collot.
- Cette balance renferme tous les perfectionnements qui ont été apportés pendant ces dernières années à cet instrument, d’un usage si général. Elle a été l’objet d’une note très élogieuse de M. Carpentier et d’un rapport paru ici même.
- Rappelons qu’on y rencontre d’abord un système de lecture des derniers poids au moyen d’un microscope visant un micromètre porté par l’aiguille et par conséquent solidaire du tléau. Ce mode de lecture n’est possible que s’il est combiné à un amortisseur convenable, amenant rapidement à sa position d’équilibre la partie oscillante de la balance sans nuire à sa mobilité.
- La partie la plus intéressante est évidemment celle qui a été très ingénieusement combinée par le constructeur et qui permet la manœuvre des poids sans nécessiter l’ouverture de la cage.
- Les boutons extérieurs qui permettent cette manœuvre sont disposés de telle sorte que le chiffre du poids placé sur le plateau se trouve indiqué et que la lecture se fait ainsi sans erreur possible.
- Cette balance a valu une médaille d’argent àM. Collot, le constructeur bien connu de ce genre d’instruments.
- p.224 - vue 224/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 225
- Rapport présenté, au nom du Comité des Arts économiques, par M. Féry, sur XOscillateur à étincelles soufflées de MM. Ducretet et Roger.
- Les applications des courants de haute fréquence vont en se développant de jour en jour. Après la télégraphie sans 111 et la thérapeutique, l’industrie des textiles les emploie à son tour pour la désélectrisation des fils.
- Pour ces diverses applications, un oscillateur puissant et d’un fonctionnement régulier bien que prolongé est nécessaire.
- C’est ce problème qu’ont résolu d’une façon très heureuse MM. Ducretet et Roger.
- Grâce à l’emploi d’un système d’électrodes tournantes, gardant, malgré l’usure inévitable qui se produit, une symétrie parfaite, et aussi au courant d’air qui y est projeté, on obtient avec cet appareil une note musicale soutenue indispensable aujourd’hui en télégraphie sans fil.
- Objet d’une communication à l’Institut de M. d’Arsonval, cet oscillateur a valu à leurs auteurs une médaille d’argent de la Société d’Encouragement.
- Rapport présenté par M. Ch. Féry, au nom du Comité des Arts économiques, sur les travaux de M. Trevet, mécanicien de précision.
- Ayant eu à faire construire pour mes recherches des appareils très délicats et sortant de la fabrication ordinaire, j’ai eu la bonne fortune de rencontrer M. Trevet, dont l’habileté m’a émerveillé.
- J’ai présenté cet artiste à plusieurs personnes, et en particulier à M. Carpentier; ce dernier n’a pu résister au désir de décrire en ces termes* à l’Académie des Sciences, dans la séance du 11 avril 1910, une petite dynamo construite par M. Trevet :
- « Ce modèle peut être assimilé à ces chefs-d’œuvre ouvriers dont s’enorgueillissaient jadis les artisans épris de leur métier et qui témoignaient de leur savoir-faire. Rares sont maintenant les hommes qui, par amour de l’art, s’adonnent aux travaux de patience et ne se rebutent pas aux difficultés des réalisations minutieuses. Les services qu’ils sont suseep-
- p.225 - vue 225/950
-
-
-
- 226
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. --- FÉVRIER 1913.
- tibles de rendre à la science sont à certains moments bien précieux.
- « Aussi l’Académie fait-elle œuvre utile en les encourageant par l’attention qu’elle veut bien accorder à leurs travaux. »
- Pour donner une idée des difficultés de réalisation de la petite dynamo qui a valu de tels éloges à son auteur, surtout de la part du savant constructeur qu’est M. Carpentier, je donnerai les quelques chiffres suivants concernant cette petite machine :
- Poids 7 grammes, fil inducteur et induit 0mn',05, induit à 12 sections en anneau portant 480 tours de fil, diamètre de l’induit 6mm,2.
- La machine ne comportant aucune pièce soudée est complètement démontable. La vitesse de rotation est de l’ordre de 6 000 tours lorsqu’on la met aux bornes de deux accumulateurs en tension ; le courant qui la traverse est de 0a,2.
- Le Comité des Arts économiques propose de bien vouloir décider l’insertion du présent rapport au Bulletin de la Société pour montrer tout l’intérêt qu’elle prend à ces travaux de précision et, pour servir d’encouragement àM. Trevet dans ses constructions si délicates, il propose de lui décerner une médaille d’argent.
- Bapport présenté, au nom du Comité des iVrts mécaniques, par M. Lecornu sut Y ouvrage sur les moteurs à deux temps de M. Ventou-Duclaux.
- M. Ventou-Duclaux, ingénieur au Laboratoire d’essais de l’Automobile Club de France, a écrit un ouvrage important sous le titre : Les moteurs à deux temps. Moteurs à explosions destinés à Y automobilisme et à l'aviation. Dans un premier chapitre sont développées des considérations générales sur ce genre de moteurs. M. Ventou-Duclaux compare leur fonctionnement à celui des moteurs à quatre temps au point de vue de la régularité cyclique, de la souplesse, du rendement thermique ou mécanique. Les chapitres suivants sont consacrés à la description succincte d’un certain nombre de types. L’ouvrage se termine par la liste des brevets concernant les moteurs à deux temps destinés à l’automobilisme ou à l’aviation. On comptait environ 250 brevets de ce genre à la fin de 1911. Ce chiffre montre que la question présente un caractère d’actualité.
- Le travail de M. Ventou-Duclaux, rédigé avec une grande clarté, est
- p.226 - vue 226/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 227
- de nature à rendre service aux ingénieurs et aux constructeurs s’intéressant au problème du moteur à deux temps : nous pensons en conséquence qu’il mérite une médaille d’argent de la Société d’Encouragement.
- Rapport présenté, au. nom du Comité des Arts mécaniques, par M. Sauvage, sur le Dynamomètre pour le tarage des machines d'essai de M. Espeut.
- M. Espeut, ouvrier au Laboratoire central de la Marine, a présenté à la Société d’Encouragement un dynamomètre très simple pour le tarage des machines d’essai à la traction. Cet appareil est en usage au Laboratoire de la Marine et dans d’autres établissements. Nous proposons pour M. Espoit une médaille d’argent.
- Rapport présenté, au nom du Comité des Arts chimiques, par M. Haller, sur les travaux sur les caoutchoucs et les pétroles de M. Tassilly.
- En sa qualité de membre de la Commission internationale du Pétrole, M. Tassilly a fait une série de rapports et de conférences très documentés sur les huiles minérales, tant au Congrès international de Bucarest qu’à celui de Londres où il a présenté un appareil dit capillarimètre, dans le but de mesurer physiquement la capillarité des pétroles.
- Son volume sur le caoutchouc et la gutta-percha est également fort bien documenté et a été l’objet d’appréciations très élogieuses par les techniciens, dans les différentes revues et publications scientifiques.
- Rapport présenté, au nom du Comité d'agriculture, par M. Lindet, sur un ouvrage de M. Pluvinage intitulé : Fabrication et commerce des cngriis.
- M. Pluvinage, Ingénieur-Agronome, vient défaire paraître dans l’Encyclopédie agricole un excellent volume dans lequel il nous met au courant de la fabrication des engrais ; il a été assez heureux pour réunir un grand nombre de documents inédits sur l’exploitation des nitrières du Chili, sur la production et le commerce des phosphates et des superphosphates, sur la préparation industrielle des engrais azotés de synthèse, etc.
- p.227 - vue 227/950
-
-
-
- 228
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE.
- FÉVRIER 1913.
- Le volume comporte également l’étude des engrais potassiques et des engrais que l’on prépare avec les déchets d’abatage et les résidus industriels. Il trouvera place, à côté des ouvrages qui traitent de l’utilisation des engrais, chez tons ceux qui s’occupent non seulement d’agriculture, mais d’industrie et d’hygiène ; car il ne faut pas perdre de vue que ces transformations, auxquelles donne lieu la préparation de certains engrais, sollicitent de nombreux appareils mécaniques et préservent les villes et les campagnes des contaminations que produiraient ces matières éminemment putrescibles, si elles étaient abandonnées à elles-mêmes.
- Le Comité d’Agriculture propose de décerner à M. Pluviriage une médaille d’argent.
- Rapport présenté, au nom du Comité d’Agriculture, par \I. Lindet, sur un ouvrage de M. le professeur Porcher, intitulé : Le lait desséché.
- M. le professeur Porcher, de l’École vétérinaire de Lyon, s’est attaché, dans un excellent volume, intitulé : Le lait desséché, à réhabiliter aux yeux des médecins et des mères de famille la consommation du lait en poudre.
- Après avoir décrit les différents procédés employés par les industriels pour dessécher le lait, après avoir établi la composition et la constitution de ce lail en poudre, il montre que, dans celui-ci, les éléments qui sont modifiés par la chaleur, comme l’albumine, la lécithine, les sels de chaux, les diastases, etc., ne le sont pas plus que dans le lait stérilisé et même bouilli, que la poudre de lait est stérile ou tout au moins ne renferme que des microbes banaux, et qu’en réalité, elle se présente vis-à-vis du lait cru avec des avantages sérieux.
- Il est toujours possible de doser, par une simple pesée de la poudre, les éléments utiles qu’il s’agit de donner à un enfant par exemple, tandis que le mouillage trop fréquent du lait en nature rend cette estimation plus incertaine. Le professeur Porcher cite ensuite de nombreuses expériences, faites sur des enfants, et même des enfants malades, qui permettent de vérifier les expériences faites in vitro, et qui montrent, à n’en pas douter, que le lait en poudre constitue un aliment très digestible et très assimilable.
- Le Comité d’Agriculture propose de récompenser, d’une médaille d’argent, M. le professeur Porcher.
- p.228 - vue 228/950
-
-
-
- «APPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1012.
- 229
- Bapport présenté, ;iu nom du Comité d'Agriculturc, par M. Mitieh, sur un ouvrage de M. Tony Ballu, Ingénieur-Agronome agriculteur, intitulé :
- Jjt fenaison par les procédés modernes.
- Dans cet ouvrage, M. Tony Ballu a donné les résultats pratiques que l’on peut tirer de très nombreuses expériences faites par lui-mème dans sa ferme de Chelles sur les divers procédés de fanage et de récolte des prairies.
- Le Comité d’Agriculture a voulu récompenser, en même temps que la publication d’un ouvrage très clair et très précis, un ensemble de recherches originales qui font le plus grand honneur à M. Tony Ballu.
- Bapport présenté, au nom du Comité des Arts mécaniques, par M. Maurice Leblanc, sur les Traîneaux automobiles de M. René Le Grain.
- Si, eu France, le traîneau automobile 11e peut être qu’un instrument de sport, il n’en est pas de même dans les pays septentrionaux oii il doit devenir un instrument de transport et rendre de grands services.
- Cela rend intéressante la communication de M. Le Grain, qui m’a paru d’ailleurs bien présentée.
- Après quelques considérations générales sur la nature des surfaces des champs de glace on de neige, il donne les résultats de ses expériences sur la résistance à la traction des traîneaux.
- Sur un champ de neige pulvérulente mauvaise neigej, la charge portée par les patins ne doit pas dépasser 55 grammes par centimètre carré. Tant que cette limite n’est pas atteinte, l’effort de traction est d’environ 140 kilogrammes par tonne.
- M. Le Grain fait ensuite un historique de la question et rappelle les travaux de ses devanciers, puis décrit son système de traîneau automobile qui fonctionne bien et a obtenu les plus hautes récompenses de l’Automobile Club de France et du Touring Club de France, au concours de Gérardmer de 1910.
- Cet appareil est constitué par une voiture automobile sur route, que l’on peut, en moins d’une demi-heure, transformer en traîneau automobile
- p.229 - vue 229/950
-
-
-
- 230
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE.
- FÉVRIER 1913.
- ou ramener à son état primitif. II utilise les roues d’arrière de la voiture, pour la propulsion, en recouvrant leurs pneumatiques de chaînes antidérapantes, qui se moulent et s’engrènent dans la glace ou la neige. Les dispositions mécaniques adoptées sont très ingénieuses et très simples : je ne suis pas surpris qu’elles aient donné de bons résultats.
- Il ne laisse reposer sur les roues que la charge strictement nécessaire pour assurer leur adhérence. Tout le reste repose sur des patins. Il a constaté que la charge que doivent supporter les roues n’est qu’une très petite partie de la charge totale.
- Aussi compte-t-il faire des tracteurs légers, pour remorquer des traîneaux ordinaires chargés de poids lourds. 11 peut eu résulter une nouvelle et importante industrie.
- En résumé, le Comité des Arts mécaniques pense qu’il convient de récompenser les travaux de M. Le Grain par l’attribution d’une médaille d’argent.
- MEDAILLES DE BRONZE
- décernées aux contremaîtres et aux ouvriers des établissements et des exploitations agricoles.
- Rapport d’ensemble de M. Hitiku.
- La Société d’Encouragement, dans le but d’exciter les contremaîtres et les ouvriers à se distinguer dans leur profession et d’encourager ceux qui se font remarquer par leur bonne conduite et les services qu’ils rendent aux chefs qui les emploient, a pensé que le moyen le plus propre à amener ce résultat était d’accorder des récompenses à ceux qu’une longue expérience aurait fait reconnaître comme ayant servi avec zèle, activité et intelligence; en conséquence, elle a pris l’arrêté suivant :
- 1° Il sera décerné chaque année, dans la séance solennelle, des médailles de bronze aux contremaîtres et ouvriers des grands établissements industriels et des exploitations agricoles de France.
- p.230 - vue 230/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 231
- 2° Chaque médaille, à laquelle sera jointe une allocation de 50 francs, portera gravé le nom du contremaître ou de l’ouvrier et la désignation soit de l’atelier, soit de l’exploitation agricole à laquelle il est attaché.
- Notre Société ne peut, chaque année, que se féliciter davantage de l’institution de ces médailles destinées à récompenser et à signaler, en exemple à leurs camarades, une élite parmi les contremaîtres et ouvriers de l’industrie et de l’agriculture de notre pays.
- D’année en année, nous voyons les directeurs de nos grands établissements agricoles et industriels venir nous proposer un plus grand nombre de candidats pour cette médaille. Ils étaient près de 200 en 1912.
- Mais la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, dans le seul but d’accroître encore si possible la valeur qui s’attache de plus en plus à l’obtention de sa médaille, tient à limiter strictement son choix; et elle est ainsi amenée à faire une sélection de plus en plus sévère parmi les contremaîtres et ouvriers, tous cependant très méritants, qui lui sont désignés.
- La plupart de ceux que vous allez applaudir dans un instant font partie du personnel de Compagnies de chemins de fer et d’établissements industriels, dont déjà les années précédentes, la Société d’Encouragement avait distingué plusieurs employés. Ils appartiennent en effet aux Compagnies de l’Est, de l’Orléans, du P.-L.-M., aux établissements Kühlmann, de Saint-Gobain, aux forges de Châtillon et Commentry, aux maisons Chaix, Penicaud, Chevallier-Appert, Blanzy-Poure, etc.
- Peut-on faire un reproche à notre Société de récompenser ainsi toujours les employés des mêmes établissements industriels et agricoles ? Nous ne le croyons pas, bien au contraire. Il faut y voir simplement un lien de plus, à côté de beaucoup d’autres, qui resserre Punion entre la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale et les grandes Compagnies et les grandes sociétés qui sont l’honneur de l’industrie et de l’agriculture française. Nous en sommes très heureux.
- Mais nous sommes très heureux également quand de nouveaux établis-
- p.231 - vue 231/950
-
-
-
- 232 SÉANCE SOLENNELLE PÜHLIQÜE. -- FÉVRIER i013.
- sements viennent solliciter pour leurs employés la « médaille de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale », surtout lorsque ces établissements occupent une place justement considérée comme hors pair, non seulement en France mais dans le monde entier : tel par exemple le Laboratoire d’Aéronautique militaire de Cbalais.
- La Société d’Encouragement a tenu, dès le début, à prendre une part très active au grand mouvement scientifique et industriel qui a placé la France au premier rang des nations du monde pour la navigation aérienne.
- C’est ici même ({lie notre éminent collègue le lieutenant-colonel Renard donnait, il y a trois ans, le premier cours de navigation aérienne qui obtint un si grand succès; et il y a un mois nous applaudissions encore de lui une lumineuse conférence sur l’aéronaulique en 1912.
- Nombreux sont les constructeurs, de moteurs et d’hélices pour aéroplanes, récompensés déjà par la Société d’Encouragement. Elle s’est donc réjouie de pouvoir, ce soir, distinguer quelques-uns des modestes mais précieux collaborateurs de notre Laboratoire d’Aéronautique militaire ; à eux en effet, pour une large part, est dû le succès des résultats obtenus par notre glorieuse phalange d’aviateurs militaires.
- Nous avons toutefois un regret. Des propositions de M. le Colonel-Inspecteur permanent de l'Aéronautique militaire, le Conseil de la Société n’a pu retenir 'que deux noms ; je vous en ai donné tout à l’heure les raisons.
- M. Antheaume (Jacques-Ernest) est employé à Cbalais depuis la fondation même de l’Etablissement d’Aéronautique militaire par le colonel Renard; M. Antheaume a collaboré à tous les travaux du colonel Renard ; dessinateur et technicien remarquable, il occupe actuellement au Laboratoire d’Aéronautique militaire le poste de dessinateur spécial principal.
- M. Dargent (Hippolyte) a été, lui aussi, un des collaborateurs les plus précieux du colonel Renard; ses connaissances très spéciales, pour tout ce qui concerne le travail du bois appliqué à l’aéronautique, lui ont valu une très grande et légitime réputation. Du reste, aujourd’hui grand nombre
- p.232 - vue 232/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 233
- des meilleurs constructeurs d’ailes et de fuselages d’aéroplanes sont d’anciens élèves, précisément, de M. hargent.
- Le directeur de la Compagnie d’Orléans, en termes chaleureux, a tenu à iaire valoir, lui-même, les très grands mérites de vingt agents de sa Compagnie qui, certainement, les uns et les autres, à des titres divers, sont dignes de la médaille de la Société d’Encouragement ; à notre très grand regret ici encore, nous n’avons pu retenir pour cette année que les noms suivants :
- M. Petitet (J ean) est depuis le 23 juillet 1880 au service de la Compagnie ; actuellement chef de station à Souvigny, il nous a été signalé comme un agent très actif et très dévoué, d’une très bonne conduite et gérant très bien sa station.
- M. Délayé (Pierre) compte trente-quatre ans de service à la même Compagnie; contrôleur du matériel fixe à Paris, c’est un agent intelligent et travailleur, bon praticien et ayant imaginé divers appareils intéressant le service du chemin de fer.
- M. Bordais (Pierre-Marie), au service de la Compagnie depuis le 26 août 1879, homme d’équipe lampiste à Orléans, assure toujours son service avec autant de zèle que d’activité et d’intelligence, très dévoué et laborieux, d’une excellente conduite.
- La Compagnie de l’Est, chaque année, nous propose des contremaîtres d’un mérite exceptionnel, tel est bien le cas encore aujourd’hui de :
- M. Corre (Benoist-Eugène), qui est entré aux ateliers d’Epernay le 19 février 1872 en qualité d’apprenti ajusteur à 0 fr. 50 par jour; le 1C1 novembre 1884, nous le retrouvons monteur commissionné à 5 fr. 25 par jour; en 1893 il est nommé chef monteur et dirigea, à ce titre, pendant plusieurs années, l’une des équipes chargées de la construction des locomotives. En raison de ses aptitudes spéciales et en récompense de ses bons services, M. Corre fut nommé contremaître adjoint le 1er mai 1901, puis contremaître le 1er novembre 1905. L’apprenti de 1872, à 0 fr. 50 par jour, reçoit actuellement un traitement de 4 100 francs.
- Tome 119. — 1e1' semestre. — Février 1913. 16
- p.233 - vue 233/950
-
-
-
- 234 SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. -- FÉVRIER 1913.
- La fille de M. Corre est mariée à un agent de la Compagnie. Son iils est aide-employé aux ateliers d’Epernay.
- M. Seng (Louis-Camille) est, depuis vingt-neuf ans, au service de la Compagnie de l’Est, où successivement il remplit les fonctions d’apprenti ajusteur, de tourneur, de brigadier, de contremaître adjoint et, depuis le 10P novembre 1906, de contremaître principal.
- M. Seng est placé à la tête des ateliers d’ajustage, des machines-outils à fer, des roues et des forges.
- Esprit inventif, il a constamment cherché à améliorer l’outillage des ateliers et ses efforts ont été, du reste, couronnés de succès ; les ingénieurs aiment à rappeler qu’il a modifié un grand nombre de machines-outils en augmentant leur rendement.
- M. Seng a toujours été un agent d’une conduite irréprochable, qui a servi la Compagnie avec tout le zèle et le dévouement désirables.
- Nous récompensons deux agents de la Compagnie P.-L.-M. :
- M. Nicolas (Louis), entré comme manœuvre le 16 décembre 1876, à la Compagnie P.-L.-M., passa bientôt ajusteur, mortaiseur, puis fraiseur, aux ateliers de machines de Paris. Depuis trente-six ans, M. Nicolas s’est toujours montré très recommandable sous tous les rapports et son ingénieur se fait un devoir de reconnaître qu’il a rendu de réels services à la Compagnie.
- Tel est aussi le cas de M. Wamant (Gabriel), entré lui aussi à la Compagnie en 1876, et actuellement vérificateur aux ateliers de machines à Paris. Cet agent, très recommandable, s’est tout particulièrement fait remarquer par son exactitude et sa conduite exemplaires.
- Et maintenant voici des contremaîtres appartenant à nos plus anciennes maisons de produits chimiques, qui ont toujours su grouper, autour de leurs ingénieurs et directeurs, un personnel d’élite fidèlement attaché à leurs industries :
- M. Monnet (Henri) est entré le 1er novembre 1882 comme essayeur au laboratoire de l’usine des produits chimiques de la Compagnie de Saint-
- p.234 - vue 234/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 235
- Gobain à Saint-Pons (Rhône). Du lur juillet 1887 au l,r janvier 1892, il est surveillant, puis il devient contremaître des divers ateliers à la fabrication de l’acide nitrique, du sulfate de fer, du sulfate de cuivre, des engrais.
- En 1895 il est envoyé à la souderie de Chauny pour y apprendre la fabrication du chlorure de chaux, du chlorate de potasse et de l’eau de Javel; il y est actuellement contremaître de ces diverses fabrications, et s’acquitte de sa tache avec zèle et intelligence.
- M. Maillard (Arthur) compte quarante-trois ans de services consécutifs à la glacerie de Chauny de la Compagnie de Saint-Gobain. 11 s’est élevé, par son intelligence, son dévouement et son énergie au poste important d’aide-contremaître de l’atelier du Douci-Poli.
- M. Ossaert compte trente-neuf ans de services à l’usine Kuhlmann d’Amiens; c’est un excellent ouvrier et d’une moralité parfaite.
- M. Degryse est entré à l’usine de Loos des mêmes établissements Kuhlmann, le 15 août 1883; comme surveillant des fours, particulièrement, il se montra très habile dans cette partie de la fabrication de l’acide sulfurique, et ses directeurs purent apprécier maintes fois son expérience et son esprit pratique.
- M. Peysant (Nicolas) est entré aux usines Camus et Duehemin d’Ivrv, le 8 janvier 1866, et il y est actuellement chef de l’atelier de rectification du méthylène.
- Les grandes sociétés métallurgiques et de construction nous ont, de leur côté, comme chaque année, adressé de longues listes de candidats, en insistant sur leurs mérites respectifs :
- M. Aufauvre (François) est entré à la Compagnie des Forges de Châ-tillon, Commentry et Neuves-Maisons, en mai 1868, comme chaudronnier à l’usine de Commentry; il est actuellement contremaître aux ateliers de la Ville-Gozet, et il nous est signalé spécialement comme ayant contribué au développement de l’outillage de l’atelier et à la construction des tourelles cuirassées, destinées à la Guerre et à la Marine.
- M. Robin (Antoine), entré à la même Compagnie en 1869, est maître-
- p.235 - vue 235/950
-
-
-
- 236 SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. — FÉVRIER 1913.
- mineur aux houillères de Saint-Éloy ; il s’est distingué à l’occasion des feux à l’intérieur de la mine, en allant chercher trois ouvriers dans un quartier dangereu x.
- MM. Delevalle (Désiré) et Leturcq (Jean-Baptiste-Placide), le premier comme peigneron, le second comme classeur, appartiennent à la Société anonyme de Pércnchies depuis 1865, c’est-à-dire depuis quarante-sept ans ; leur dévouement, leur travail et leur conduite les désignent, non moins que leurs longues années de services, pour la médaille de notre Société.
- 11 en est de même de M. Defaux (Désiré), depuis 1869 à l’usine des forges du Tilleul à Mauheuge, aujourd’hui devenu surveillant-chef des chaudières.
- M. Avenel (Auguste], depuis le 5 octobre 1856, c'est-à-dire depuis cinquante-six ans, est employé aux établissements métallurgiques de Bai-Tillières, il y est actuellement tréfileur et outilleur, très chaudement recommandé par son directeur.
- M. Leroy (Alexandre-Edmond) nous a été signalé par les directeurs des anciens établissements Deberghe et Lafaye, comme l’employé le plus actif et le plus intelligent, auquel on peut confier les postes les plus variés de mécanicien, électricien, charpentier. Depuis 1865, les chefs sous les ordres desquels s’est trouvé placé M. Leroy n’ont eu qu’à se louer de ses excellents services.
- M. Bertin (Horace) est employé aux établissements de la Société anonyme des Hauts fourneaux, forges et aciéries de Denain et Ariziu depuis le 21 juin 1872, et il y travaille toujours en qualité de tourneur en cylindres; ses chefs n’ont toujours eu qu’à se louer de ses bons et loyaux services.
- La Société française de Cotons à coudre, anciens établissements Cartier-Bresson, a sollicité la médaille de la Société d’Encouragement pour un de ses contremaîtres :
- M. Castel (Nicolas;, qui est entré à l’usine de Pantin en août 1879. M. Castel, pendant longtemps, s’est astreint après ses journées de travail
- p.236 - vue 236/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 237
- à suivre les cours du soir au Conservatoire des Arts et Métiers, et le dimanche les travaux pratiques du laboratoire Bourbouze. Mais aussi M. Castel, après avoir occupé différents postes dans l’usine de Pantin, a été choisi depuis 1900 comme contremaître du service des blanchisseries, glaçage et apprêts, et dans ce service il s’est distingué par son travail et par de nombreuses recherches d’un grand intérêt.
- La maison Penicaud-Malâtre et Ci0, dont le directeur d’une des usines de tissage, M. Dehon, fut lauréat de la médaille Dumas, il y a deux ans, compte parmi son personnel à lron et à Bertry un grand nombre d’ouvriers et d’ouvrières ayant de longues années de services. Nous regrettons de ne pouvoir cette année lui accorder que deux médailles :
- L’une pour M. Lamart (Eugène), qui, depuis 1880, travaille à l’usine d’Iron.
- L'autre pour M. Hibou (Louis), qui compte trente ans de services à l’usine de Bertry.
- La maison de conserves alimentaires Chevallier-Appert, qui vient de fêter cette année même son centenaire, nous a demandé la médaille de la Société d’Encouragement pour :
- Mme Thaot, qui, depuis trente ans, s’est toujours distinguée à l’usine de la rue de la Mare, par son assiduité au travail et sa loyauté. Dans les postes où il faut de la minutie et de la probité, c’est toujours Mmn Thaot qui est appelée par la confiance de ses patrons.
- Le graveur de notre Société, M. Godard, nous a signalé particulièrement M. André Carette, un de ses plus anciens ouvriers, entré chez lui il y a plus de vingt-cinq ans, et qui n’a pas cessé depuis de lui continuer sa collaboration la plus dévouée.
- Mme veuve Cugny (Louise) est depuis 1861 employée chez MM. Blanzy-Poure et G'1, fabricants de plumes métalliques à Boulogne-sur-Mer; elle est depuis cinquante et un ans une ouvrière dont ses patrons n’ont eu qu’à se louer à tous points de vue.
- p.237 - vue 237/950
-
-
-
- 238
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. -- FÉVRIER 1913.
- Il en est de même de Mme Descamps (Geneviève), depuis le lPr avril 1864 employée dans la même maison.
- C’est toujours avec la même insistance chaleureuse que les administrateurs de l’Imprimerie Chaix nous recommandent quelques-uns de leurs employés, et nous le comprenons facilement, devant l’exposé des titres qu’ils ont à nous adresser en leur faveur.
- Ainsi M. Chevry (Eugène) fait partie du personnel de l’imprimerie Chaix depuis le 22 janvier 1874. 11 est, nous écrit l’administrateur-direc-teur, le type du travailleur méritant à tous égards : ponctuel, consciencieux, sérieux, dévoué, de toute confiance. A l’entière satisfaction de ses chefs il remplit les fonctions délicates dont il est chargé : compteur de papier et magasinier.
- M. Chaillet ( Lucien) est un ancien apprenti de l’Ecole professionnelle de la maison Chaix, et il fait partie du personnel de cette maison depuis le 18 juillet 1871, depuis plus de quarante ans.
- Extrêmement sérieux, il s’est toujours fait remarquer, étant apprenti et ouvrier, comme des plus consciencieux dans l’accomplissement de son devoir. Travailleur émérite, il remplit depuis une trentaine d’années les fonctions de chef ouvrier dans l’équipe de composition des publications des chemins de fer, fonctions des plus délicates.
- M. Navarre (Victor) est, depuis de longues années déjà, premier contremaître d’une des plus importantes champignonnières de la région de Paris à Saint-Leu-d’Esserent (Oise), où il est entré comme manœuvre il y a trente-cinq ans; M. Navarre a formé, aujourd’hui, presque tous les ouvriers champignonniers de la région; il jouit de l’estime et de la considération générale dans le pays; ce qui s’explique quand on songe aux services qu’il ne cesse de rendre toujours à ses concitoyens en consacrant tous ses loisirs à la Société de Secours mutuels de Saint-Leu-d’Esserent.
- En 1871, M. Narcisse Rousseau entrait comme ouvrier agricole à la ferme de Champagne près Juvisy (Seine-et-Oise). Il la quittait quelques années après pour faire son service militaire ; mais aussitôt libéré, après une dure campagne qui lui valait, du reste, la médaille coloniale,
- p.238 - vue 238/950
-
-
-
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 239
- M. Rousseau rentrait à Champagne. Depuis 1891, M. Petit lui a contié le poste important de distillateur, fonction dont il s’acquitte à l’entière satisfaction de son patron. Après avoir, il y a un instant, applaudi M. Louis Petit, lauréat d’une de nos médailles d’or, nous sommes particulièrement heureux d’applaudir dans cette meme soirée l’un des meilleurs et des plus anciens collaborateurs de sa belle exploitation de Champagne.
- M. Pouillard (Aimé1) travaille comme aide-jardinier et journalier à toutes mains, depuis 1860, dans la propriété de Mmc Coppeaux à Pon-tault (Seine-et-Marne); son beau-père avait été garde de la propriété pendant plus de cinquante ans, son père le fut à son tour pendant neuf années; son gendre est journalier dans cette même propriété depuis 1899. C’est, en la personne de M. Pouillard, toute une lignée d’excellents serviteurs que viendra honorer ce soir la médaille de notre Société, et nous sommes très heureux de pouvoir ainsi terminer la solennité de ce soir en signalant l’exemple d’une famille ouvrière où se perpétue le même attachement et la même fidélité à une famille de patrons, attachement du reste bien réciproque, et dont sont justement fiers patrons et ouvriers.
- p.239 - vue 239/950
-
-
-
- LISTE DES RÉCOMPENSES
- DÉCERNÉES POUR L’ANNÉE 1912
- PRIX SPÉCIAUX
- Grande médaille d'or à Teffigie d'Ampère décernée à M. Paul Janet, sur le rapport de M. Daniel Berthelot, au nom du Comité des Arts économiques.
- Médaille d’or grand module à M. Alt.este Chevalier, au nom du Comité d’Agriculture, sur le rapport de M. Prillieux.
- Prix Fourcade à M. Pierre Sctiitz, depuis 53 ans ouvrier à l’usine des Produits chimiques Camus et Duchemin à Ivry.
- P) 'ix Meynot à M. Josepit-Emile Deros, agriculteur aux Avias (Ardèche).
- Médailles Pumas à MM. Georc.es Bossé et Paul Bourre.
- MÉDAILLES COMMÉMORATIVES
- MM. Masse, séance du 22 mars 1912. — Technique moderne de Vindustrie du gaz.
- Li ndet, séance du 26 avril 1912. — Rôle de la Société d'Encouragement dans le développement de l'industrie du sucre de betterave.
- Vinc.ey, séance du 24 mai 1912. — Le prix de la viande à Paris.
- Kohn-Abrest, séance du 25 octobre 1912. — Nouvelles applications de T aluminium.
- Lieutenant-colonel Renard, séance du 22 novembre 1912. — L'aéronautique en 19F2.
- p.240 - vue 240/950
-
-
-
- LISTE DES RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 241
- MÉDAILLES D’OR ET D’ARGENT
- LISTE DES MÉDAILLES DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ POUR DES INVENTIONS OU DES PERFECTIONNEMENTS AUX ARTS INDUSTRIELS
- A Q tf O NOMS DES LAURÉATS. NOMS DES RAPPORTEURS nommés par les comités. INVENTIONS OU PERFECTIONNEMENTS qui ont motivé les médailles.
- MM. MÉDAILLES MM. i D’OR
- 1 Société: de protection DES APPRENTIS. (tRUNER. Cours complémentaires de fin d’après-midi aux apprentis.
- 2 Chambre syndicale DES FABRICANTS DE LAMPES, FERBLANTIERS ET INDUSTRIES ANNEXES. CiRUNER.
- D •'> Chambre syndicale DES ENTREPRENEURS DE MENUISERIE ET PARQUE- TERIE. Gruner.
- 4 JULLY. Gruner. —
- 5 Barrat (Charles). Alfassa. Ouvrage sur les conditions du travail aux États-Unis.
- 6 Bouilliant et Crolbois. Lindet. Conservation des pulpes en silos par l’ensemencement de ferments lactiques.
- 7 Lucas. Lindet. Expériences sur la traite mécanique des vaches.
- S Petit (Louis). Bénard. Nouveau mode de labourage mécanique.
- 9 Manufacture D’HORLOGERIE DE Béthune. Masson. Bascule automatique « Æquitas ».
- 10 C. CuÉNEVEAU ET D' P. TIeim. Masson. Klasticimètre enregistreur.
- 11 Lièvre (Hector). Moreau. Lattis armé Lièvre.
- p.241 - vue 241/950
-
-
-
- 242
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE.
- FÉVRIER 1913.
- H « a NOMS NOMS INVENTIONS
- o DES RAPPORTEURS OU PERFECTIONNEMENTS
- Q £ DES LAURÉATS. nommés par les comités. qui ont motivé les médailles.
- MÉDAILLES l)E VERMEIL
- MM. MM. '
- 1 Herrgott. Bertiielot. Tissus thermopliiles.
- 2 Magf.r. Moreau. Ouvrage sur les moyens de décou-
- vrir les eaux souterraines et de les utiliser.
- 3 Picard . Verneuil. Dents artificielles.
- A Prost. Guïi.let. Cours de métallurgie.
- 5 Rendre. Moreau. Vitrage sans mastic.
- (> Blanchin. Hitier. Propagande de nouveaux procédés
- de culture maraîchère dans l’Ardèche.
- MÉDAILLES D’ARGENT
- MM. MM.
- 1 Antony Bruyant Masson. Anti-bélier pneumatique « l’Idéal ».
- 2 Collot. Féry. Balance de précision.
- 3 Ducretet et Féry. Oscillateur à étincelles.
- Roger.
- 4 Trevet. Féry. Travaux de mécanique de précision.
- 5 Ventou-Duclaux. Lecornu. Ouvrage sur les moteurs à deux
- temps.
- 6 Espeut. Sauvage. Dynamomètre.
- 7 Tassilly. Haller. Travaux sur les caoutchoucs et les
- pétroles.
- 8 Pluvinage. Lindet. Ouvrage sur la fabrication des
- engrais.
- 9 Porcher. Lindet. Ouvrage sur le lait en poudre.
- 10 Tony Ballu. Hitier. Expériences sur la fenaison.
- 11 Le Grain. Maurice Leblanc. Traîneaux automobiles.
- p.242 - vue 242/950
-
-
-
- D ORDRE,
- LISTE DES RÉCOMPENSES POUR 1912.
- 2A3
- MÉDAILLES DE BRONZE
- LISTE DES CONTREMAITRES ET OUVRIERS AUXQUELS ONT ÉTÉ DÉCERNÉES DES MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT
- w
- Nos d’ordre NOMS ET PRÉNOMS DES L\ U RK A TP. A N N ÉES DE SERVIC:
- 1 Antheaume (Jacques-Ernest). . . 34
- ç> Dargent (Hippolvte) 33
- 3 Petitet ( Jean) 32
- 4 Délayé (Pierre ) 34
- a Bordais (Pierre-Marie) 34
- 6 Corre (Benoist-Eugène) 40
- 7 Sent. (Xouis-Camille) 29
- 8 Nicolas (Louis) 36
- 9 Wamant (Gabriel) 36
- 10 Monnet (Henri) 30
- 11 Maillard (Arthur) 53
- 12 Ossaert (Florent) 39
- 13 Degryse (Jean-Baptiste) 29
- 14 Peysant (Nicolas) 46
- 15 Aufauvre (François) 44
- ÉTABLISSEMENTS
- AUXQUELS
- APPARTIENNENT LES LAUREATS.
- Dessinateur spécial principal au Laboratoire d'Aéronautique militaire de Chalais.
- Chef d’atelier au Laboratoire d'Aéronautique militaire de Chalais.
- Chef de station à la Cie du chemin de fer d'Orléans, à Sauvigny.
- Contrôleur du matéri el fix e à la Cie du chemin de fer d'Orléans, à Paris.
- Homme d’équipe à la Cie du chemin de fer d’Orléans, à Orléans.
- Contremaître aux ateliers de la Cie des chemins de fer de l'Est,hŸ, pernay
- Contremaître principal à la Cie des chemins de fer de l'Est.
- Fraiseur aux ateliers de machines de la Cic des chemins de fer du P.-L.-M., à Paris.
- Vérificateur aux ateliers de machines de la CiP des chemins de fer du P.-L.-M., à Paris.
- Contremaître à la Cie de Saint-Gobain, à Chauny.
- Aide-contremaître à la Cie de Saini-Gobain, à Chauny.
- Ouvrier aux Etablissements Kuhl-mann, à Amiens.
- Surveillant des fours aux Etablissements Kuhlmann, à Loos.
- Chef d’atelier aux Etablissements Camus et Duchemin, à Ivry.
- Contremaître à la Cu des Eorges de Châtillon, Commentry et Neuves-Ma,isons, à Montluçon
- p.243 - vue 243/950
-
-
-
- 244
- SÉANCE SOLENNELLE PUBLIQUE. --- FÉVRIER 1913.
- w ce U O m >-< ÉTA R PISSEMENTS
- Q ce o "a NOMS ET PRÉNOMS. w ^ -us ce y w A UXOPELS
- O T. w Q APPARTIENNENT les lauréats.
- 10 Robin (Antoine) 13 Maître mineur à la C"‘ des Forges de
- Châtif.Ion, Commentry et Neuves-Maisons, à Sainl-Éloy.
- 17 Drlevalle (Désiré) 47 Peigneron à la Société anonyme de
- Péj'enchies.
- 18 Leturcq (Jean-Baptisto-Placido) . 47 Classeur à la Société anonyme de Pérenchies.
- 19 Defaux (Désiré) 43 Chef des chaudières aux Forges de
- Mauheuge.
- 20 Avenel (Gustave) 56 Tréfileur aux Eiablissements métal-
- lurgiques de Rai-Tillières.
- 21 Leroy (Alexandre) 47 Employé aux Anciens établissements
- Deberghe et Lafaye.
- 22 Bertin (Horace) 40 Tourneur aux Établissements de la
- Société anonyme des hauts fourneaux, forges et aciéries de Denain
- et Anzin.
- 23 Castel (Nicolas) 33 Contremaître à la Société française
- de cotons à coudre.
- 2-1 Lamart (Eugène) 32 Ouvrier aux usines de la Maison
- Penicaud-Malâtre et CiR, à l’usine d’Iron.
- 25 Hibou (Louis) 32 Ouvrier aux usines de la Maison
- Penicaud-Malâtre et C'% à l’usine de Bertry.
- 26 Tiiaot (Louise) (Mn’°) 30 Ouvrière aux Usines de conserves
- alimentaires Chevallier- Appert,
- • à Paris.
- 27 Carette (André) 25 Graveur chez M. Godard, à Paris.
- 28 Cugny (Louise) (Mme Yve). . . . 5 2 Ouvrière chez MM. Blanzy-Poure,
- à Boulogne-sur-Mer.
- 29 Descamps (Geneviève) (Mme Vve). 48 Ouvrière chez MM. Blanzy-Poure,
- à Boulogne-sur-Mer.
- 30 Chevry (Eugène) 38 Magasinier à l’Imprimerie Choix,
- à Paris.
- 31 Chaillet (Lucien) 41 Chef-ouvrier à Y Imprimerie Choix,
- à Paris.
- 32 Navarre (Victor) 35 Contremaître des Champignonni.è-
- res, à Saint-Leu-d’Esserent (Oise).
- 33 Rousseau (Narcisse) 11 Distillateur à la Ferme de Cham-
- pagne, à Juvisy (Seine-et-Oise).
- 31 Pouillard (Aimé) 46 Ouvrier au Domaine de Pontault
- (Seine-et-Marne).
- p.244 - vue 244/950
-
-
-
- NOTICE NÉCROLOGIQUE
- GUSTAVE RICHARD
- (1849-1912)
- Noire Société a été cruellement frappée par la mort de son agent général, Gustave Richard, qui a été enlevé le 21 décembre dernier à Laffection de sa famille et de ses amis, et même, on peut le dire, de tous les membres de notre Société qui ont eu l’occasion de se trouver en relation avec lui et de faire appel à sa science vraiment inépuisable et à son obligeance inlassable.
- Né à Dunkerque, le 26 novembre 1849, Gustave Richard lit ses études au Collège Saint-Jean, de Douai, puis, à Paris, à l’Ecole Sainte-Barbe et au lycée Fontanes. Reçu en 1871 à l’École des Mines et à l’École centrale, il opta pour l’École des Mines d’où il sortit en 1874 avec le diplôme d’ingénieur.
- Notre collègue, M. Sauvage, qui a été le contemporain de Gustave Richard à l’Ecole des Mines de Paris, vient de publier dans la Revue de Mécanique une notice nécrologique sur notre regretté camarade; nous en reproduisons ici l’extrait suivant, apportant le résumé encore incomplet du labeur immense qu’il a fourni au cours d’une carrière de quarante années de travail ininterrompu.
- « Il commença sa carrière active dans les ateliers Gouin (aujourd’hui Société de Construction des Batignolles). Dès cette époque, ses qualités d’ordre, de méthode, et ses facultés d’exposition avaient attiré l’attention de ses professeurs, qui le jugeaient très apte à l’enseignement; ils le désignèrent à l’Empereur du Brésil, qui s’occupait d’organiser des écoles techniques dans son empire. Il en résulta des pourparlers que le récent mariage de Bichard empêcha d’aboutir. Sans doute il eut acquis au Brésil
- p.245 - vue 245/950
-
-
-
- 246 G. RICHARD. --- NOTICE NÉCROLOGIQUE. --- FÉVRIER 1913.
- une importante situation, et contribué au bon renom de la France; mais, pour notre part, nous ne pouvons que nous réjouir de l’avoir conservé.
- « En 1878, Richard entra au service « matériel et traction » de la Compagnie du Chemin de fer du Nord comme dessinateur, puis comme sous-inspecteur, et enfin inspecteur du Service central. Là, sous lu direction immédiate d’un autre élève bien connu de l’Ecole des Mines, I). Banderali, il eut à s’occuper de nombreuses études techniques relatives au matériel de chemin de fer et notamment des questions de freins continus, qui prenaient à ce moment une importance capitale.
- « En 1882, il quitta la Compagnie du Nord pour devenir directeur de la Société de Constructions mécaniques spéciales. Cette Société s’occupait principalement de la construction des moteurs à gaz Otto, pour le compte de la Société des Moteurs à Gaz qui vendait ces moteurs.
- « Sous la direction de Richard, la Société étendit ses fabrications; dès 1883, elle construisit les machines frigorifiques à gaz ammoniac du système Fixary, catégorie de machines encore peu connue en France, et dont tous les détails devaient être l’objet d’études nouvelles ; elle entreprit aussi la construction des ascenseurs Crouan et d’un système de chauffage à vapeur. On voit que les appareils nouveaux auxquels se consacrait la Société de Constructions mécaniques étaient choisis parmi ceux qui devaient, dans un prochain avenir, prendre un immense développement.
- « En ce qui concerne les moteurs à gaz, on peut citer la construction du premier moteur de 100 chevaux exécuté en France, moteur à 4 cylindres qui figura à l’Exposition universelle de 1889 et qui valut à son auteur la croix de chevalier de la Légion d’honneur, La Société appliqua aux moteurs à gaz le gazogène Dawson, encore le début d’une révolution économique.
- « Les qualités d’exposition de Richard trouvèrent leur application dans la rédaction de rapports et de documents pour un grand procès que la Société qu’il dirigeait eut à soutenir contre MM. Mignon et Rouart, relativement aux moteurs à gaz; plusieurs de ces rapports constituent de véritables traités, qui exposent de la manière la plus claire et la plus facile à suivre le fonctionnement du moteur.
- « En 1891, à l’occasion de la fusion de la Société de Constructions mécaniques spéciales et de la Société des Moteurs à Gaz, et d’un remanie-
- p.246 - vue 246/950
-
-
-
- G. RICHARD. --- NOTICE NÉCROLOGIQUE.
- 247
- ment du personnel qui en lut la conséquence, Richard quitta la direction de la première de ces sociétés, mais il resta attaché à la nouvelle administration en qualité d’ingénieur-conseil, jusqu’en 1902.
- « La Sociélé d’Eneouragement pour l’Industrie nationale avait élu, en 1891, G. Richard membre de son Comité des Arts mécaniques. Il prit une part active aux travaux de ce Comité, et rédigea de nombreux rapports sur les questions qui lui étaient soumises, jusqu’au moment où, en 1894, la Société le choisit pour remplir les fonctions d’agent général, en lui décernant le titre de membre honoraire du Comité des Arts mécaniques.
- « Il fut élu membre du Comité de la Société des Ingénieurs civils de France de 1892 à 1894, et il fut appelé en 1904 à la présidence de la 31' section de ce Comité, consacrée à la mécanique et à ses applications.
- « G. Richard est l’auteur de nombreux traités bien connus des techniciens. En 1878, il débuta par la traduction d’un ouvrage capital, le Manuel de la machine à vapeur et des autres moteurs, par Rankine.
- « L’étude de la locomotive l’attira ensuite et il publia, en 1881, de concert avec Bâclé, le Manuel du mécanicien conducteur de locomotives, puis, en 1886, La chaudière locomotive et son outillage.
- « Il a consacré aux moteurs à explosion plusieurs traités dont la succession est justifiée par les rapides progrès de cette classe de machines. Ce sont, en 1885, Les moteurs à gaz; en 1892, Les nouveaux moteurs à gaz et à pétrole, puis Les moteurs à gaz et à pétrole en 1893 et 1894.
- « A. la suite de l’Exposition de 1889, il publia Les machines frigorifiques et leurs applications à l’Exposition universelle de 1SS9.
- « Les machines-outils, dont le rôle est capital dans l’industrie moderne, attiraient depuis longtemps l’attention de Richard; il suivait avec soin les incessants perfectionnements de ces engins variés à l’infini. En 1895 et 1896, il publia son magistral Traité des machines-outils, mine inépuisable de documents, que la Société des Ingénieurs civils a récompensé de son Prix Schneider. En 1902, il fit paraître Les machines-outils à l'Exposition de 1900.
- « Citons encore deux traductions, publiées en 1905, Le graissage et les lubrifiants, de L. Archbutt et R. Mountford üeeley, et Découpage, matriçage, poinçonnage et emboutissage, de F. Woodworth.
- p.247 - vue 247/950
-
-
-
- 248
- G. RICHARD. --- NOTICE NÉCROLOGIQUE. --- FÉVRIER iOliî.
- « Plusieurs lois le Conservatoire des Arts et Métiers fit appel à sa compétence pour des conférences qui eurent un grand succès et qui donnèrent lieu à d’intéressantes publications dans les Annales du Conservatoire. Dans le même recueil, il donna des analyses et des traductions de divers mémoires relatifs à la mécanique. »
- En dehors de ces ouvrages déjà si nombreux, Gustave Richard a publié une quantité considérable d’articles de haute valeur dans les grandes revues techniques qui étaient heureuses de s’assurer sa collaboration : d’abord la Revue générale des Chemins de fer, la Lumière électrique, puis le Bulletin de la Société d’Encouragement pour F Industrie nationale et la Revue de Mécanique qui fut fondée sur son initiative en 1897.
- 11 donna également dans notre Bulletin des articles importants, rattachés parfois en série, tels que La Mécanique générale à F Exposition de Chicago en 1893, et il l’alimenta ensuite d’une façon régulière avec ses Notes de Mécanique qui étaient toujours lues avec tant de plaisir et d’intérêt. Il créa en même temps, dans notre Bulletin, cette littérature des périodiques, qui est restée si précieuse pour les chercheurs, car ils y trouvèrent des renseignements nets et précis qu’ils auraient eu tant de peine à se procurer autrement.
- Comme secrétaire de la Revue de Mécanique, il ôtait en même temps le principal rédacteur de cette importante publication dont il assura le développement et la prospérité. Ainsi que le remarque M. Sauvage, il sut réaliser ce tour de force d’entretenir la Revue de Mécanique d’articles nombreux et intéressants tout en continuant sa collaboration au Bulletin de la Société d'Encouragement et sans faire tort à celui-ci; mais il avait su réunir sur toutes les questions qu’il était susceptible d’étudier des documents détaillés et précis grâce auxquels il était toujours en mesure d’en tirer un exposé bien adapté.
- Dans ses ouvrages, comme dans ses communications de mécanique qui donnaient tant d’intérêt à nos séances, Gustave Richard savait toujours mettre en relief le caractère essentiel du dispositif qu’il exposait, en souligner l’objet ou la raison d’être en montrant comment elle se rattachait au but poursuivi. Et cette 'description, toujours si claire et lumineuse, était éclairée en même temps par cette érudition profonde qui apportait à point nommé les rapprochements et les comparaisons d’où se dégageait
- p.248 - vue 248/950
-
-
-
- G. RICHARD.
- NOTICE NÉCROLOGIQUE.
- 249
- l’appréciation la mieux autorisée. Car G. Richard, nourri de fortes études théoriques, possédant en même temps des connaissances pratiques acquises par son passage dans les ateliers, savait juger les appareils qu’il décrivait avec une autorité réelle et une compétence incontestée. Sans se départir jamais des sentiments de bienveillance dont il était animé, il savait distinguer le point faible ou le côté douteux de l’appareil qu’il étudiait, en faire ressortir, s’il y avait lieu, avec sa bonhomie narquoise, la faiblesse ou l’insuftisance.
- On peut dire en un mot que, par son talent d’exposition, il était pour les écrivains et les conférenciers de vulgarisation un modèle inimitable, et lorsque, en 1890, le Gouvernement lui accorda la croix de chevalier de la Légion d’honneur, comme nous le rappelons plus haut, l'attribution de cette distinction méritée fut accueillie par une approbation unanime.
- Ajoutons encore qu’à l’Exposition universelle de 1900, il fut désigné comme secrétaire du Congrès de Mécanique appliquée, et il présenta à cette occasion un rapport très documenté sur la machine-outil moderne.
- De son côté, l’Académie des Sciences, reconnaissant la haute valeur de ses travaux, lui décernait, en 1904, le prix Montyon de mécanique.
- Notre vénéré maître, M. Haton de la Goupillièrè, lui portait la plus vive affection, et, lui qui était bon juge en la matière, et qui l’a vu à l’œuvre, m’écrivait récemment que Gustave Richard montrait comme conférencier des qualités de professeur de premier ordre ; Rajoutait qu’il était admirable comme secrétaire du Congrès de 1900. « Il a su alors, en effet, s’assimiler, digérer, filtrer, comme il le disait, une masse énorme de travaux dont il a donné la substance sous une forme très claire'et immédiatement compréhensible. »
- M. Haton de la Goupillièrè rappelait enfin que, pendant qu’il était encore à l’Ecole des Mines, G. Richard donnait déjà des preuves de ces qualités de compréhension, d’intelligence et de jugement qu’il devait porter plus tard à un si haut degré, et il avait rédigé comme mémoire de voyage sur les machines compound, en Allemagne, un travail d’un mérite étonnant qui fut alors particulièrement remarqué par ses professeurs.
- En dehors de son talent d’exposition, comme conférencier ou écrivain, Tome 119. — l, r semestre. — Février 1913. 17
- p.249 - vue 249/950
-
-
-
- 250 G. RICHARD. --- NOTICE NÉCROLOGIQUE. ------ FÉVRIER 1913.
- (J. Richard s’imposait en même temps à l’admiration par ce labeur inces-1 sant qu’il poursuivait sans interruption avec une méthode admirable pour réunir l’énorme quantité de documents qui formaient la base de ses études. Dépouillant un grand nombre de périodiques, il en découpait les passages qui l’intéressaient et les classait dans les dossiers en y joignant les articles et les autres documents qu’il pouvait recueillir. Il constituait ainsi pour l’étude des questions de mécanique de précieuses collections qui lui servaient ensuite pour ses analyses et ses articles; mais il n’hésitait pas, avec une générosité qu’on ne saurait trop admirer, à en faire profiter tous ceux qui avaient recours à son obligeance, et on peut dire qui1, parmi les ingénieurs s’occupant de ces questions, il en est peu qui n’y aient fait appel.
- 11 en ôtait arrivé à se consacrer tout entier à ces recherches techniques qu’il a poursuivies pendant quarante ans sans prendre jamais un instant de repos, montrant ainsi à notre époque un esprit de dévouement comparable à celui de ces savants religieux du Moyen-Age qui passaient leur vie dans l’étude et la méditation.
- Dans toute la force du terme, il était un véritable bénédictin laïque, le digne continuateur de ces grands religieux d’autrefois, car il apportait à leur exemple, dans ses travaux d’érudition industrielle, ces habitudes de précision et de méthode, de probité intellectuelle, de recherches patientes et désintéressées, et, pour tout dire en un mot, d’abnégation qui ont immortalisé leur nom.
- Toutes ces hautes qualités de travailleur infatigable, de savant universel, de critique tin et avisé, il les a mises au service de notre Société lorsqu’il fut chargé des fonctions d’agent général en 1894, et nous pouvons dire qu’il lui a consacré le meilleur de son âme, de sa science inépuisable et de son activité infatigable. Dans l’affection qu’il portait à notre Société, il en était arrivé à se confondre avec elle, et il en était devenu peu à peu le rouage essentiel, assurant l’administration de la Société dans tous ses détails, préparant la composition du Bulletin, suscitant les conférenciers, contribuant pour une large part, avec ses connaissances encyclopédiques, à alimenter les travaux de nos Comités.
- Ainsi que le rappelait M. le Président Lindet dans l’éloquent discours qu’il prononçait à notre séance solennelle du 24 janvier dernier : « Son acti-
- p.250 - vue 250/950
-
-
-
- G. RICHAUD. --- NOTICE NÉCROLOGIQUE.
- 251
- vile inlassable et toujours obligeante, sa compétence universelle et toujours prèle a nous apporter le renseignement cherché, avaient fait de Richard l’homme sur lequel tout le monde ici se reposait. Ses relations industrielles, ses nombreuses lectures et son flair des découvertes nouvelles lui permettaient de réunir bien des éléments qui, élargis en passant par les Comités, devaient former le gros de nos études. Sans doute, il avait sur la rédaction du Bulletin, sur le fonctionnement de la Société, sur la tenue de nos séances des idées arrêtées qui ont pu, à certains moments, être critiquées par quelques-uns d’entre nous. Mais, vouloir empêcher un homme de sa valeur d’avoir une conception personnelle des questions en face desquelles il a vécu et qu’il a eu le temps de méditer, vouloir le priver de tout idéal, revient à étouffer son initiative et à consentir l’abandon des services qu’il peut apporter ; Richard ne s’inspirait que du désir de rendre la Société plus grande et plus considérée, et, si l’on soulevait quelques critiques autour de lui, le but qu’il poursuivait l’empêchait de s’en apercevoir, étranger à toute rancune, à toute intrigue, il aimait profondément même ceux qu’il n’avait pu contenter; car l’affection et la bonté dominaient chez cet être sensible et toujours prêt à se donner. La vivacité, quelquefois un peu libre, qu’il communiquait à sa parole, dans les conversations intimes, était l’émanation de sa franchise et de ses sentiments de révolte vis-à-vis de tout ce qui lui semblait compromission et injustice. Tout être bon ne doit-il pas à sa sensibilité de souffrir des vilaines choses qu’il rencontre sur sa route, et la loyauté de caractère ne se traduit-elle pas par des convictions profondes que l’on cherche à faire partager à ceux que l’on aime? »
- M. Lindet citait à cette occasion les paroles que M. le Président Bertin prononçait sur sa tombe, et il voulait bien faire allusion en même temps à celles que j’ai dites alors de mon côté pour apporter à Gustave Richard les adieux de notre Association amicale de l’École des Mines, qui perd en lui un camarade universellement aimé et respecté.
- Tous ceux qui l’ont connu, se rappelant avec émotion l’élévation de son caractère, la vaste étendue de ses connaissances, la netteté et la largeur de compréhension de sa belle intelligence, ont pu apprécier aussi les hautes qualités de son cœur, sa grande bonté, les sacrifices qu’il s’imposait pour rendre service à ceux qui faisaient appel à son obligeance, l’aide discrète qu’il savait donner aux inventeurs malheureux ou à leurs familles, et nous
- p.251 - vue 251/950
-
-
-
- 252 G. RICHARD. --- NOTICE NÉCROLOGIQUE. ----- FÉVRIER 1913.
- /
- tous, ses camarades et amis, nous unissons nos regrets à ceux de la digue compagne de sa vie et du lils aimé qui le pleurent aujourd’hui, pendant que revit en eux la douleur du deuil cruel qui les frappait déjà il y a quelques années seulement.
- Nous nous associons tous au jugement autorisé de M. le Président Lindet déclarant que Gustave Richard a bien mérité de la Société d’Encou-ragemenl; nous ajoutons, au nom de notre Association amicale des anciens Élèves de l’École supérieure des Mines, qu’il a également bien mérité d’elle, et mieux encore, qu’il a bien mérité de la science et de l’industrie françaises ; nous pouvons affirmer en effet que ceux qu’il a aidés pendant sa vie, et ceux qui après lui voudront aborder les sujets qu’il a si bien étudiés, reconnaîtront tout ce qu’il a fait pour eux et conserveront sa mémoire respectée dans leur souvenir reconnaissant.
- L. Bâclé.
- p.252 - vue 252/950
-
-
-
- HYGIÈNE
- LA PORCELAINE D’AMIANTE
- Son emploi à la filtration des liquides alimentaires et des sérums,
- par M. G. Hinard (1)
- L'idée* de fi II roi* les liquides à travers une cloison poreuse est ancienne. Sans parler de l'antique fontaine en pierre de liais, je rappellerai que Pasteur, au cours de ses premiers travaux sur les fermentations, se servait de filtres en. plâtre, préparés au moment du besoin. Mais c’est M. le professeur Armand Gautier qui eut Je premier, il y a trente ans, l’heureuse idée d’employer à la tiltration bactériologique une matière compacte, a grain très serré, inaltérable el presque indestructible, pouvant adopter toutes les formes, facile à nettoyer et à régénérer : le biscuit de porcelaine ou porcelaine dégourdie.
- Excellentes au point de vue de la rétention des microbes, les bougies de porcelaine avaient pourtant un inconvénient assez grave. La. porcelaine est presque imperméable à l’eau; les bougies filtraient donc avec lenteur. On ne tarda pas à remplacer le biscuit de porcelaine par une faïence mi-dure, plus poreuse, et c’est à dater de cette époque que la filtration sur bougie pénétra réellement dans le domaine public.
- Le liquide qui pénètre dans un corps poreux est tout d’abord soumis aux lois de la capillarité. A faction capillaire, il faut ajouter la pression du liquide sur la cloison poreuse, soit qu’il arrive* d’une canalisation, soit qu’il s’écoule d’un réservoir surélevé, soit enfin qu’il agisse de par son propre poids, comme c’est le cas dans les appareils domestiques à cuvette, fonctionnant « sans pression ». Il va de soi que plus les canaux capillaires seront étroits, plus grande! sera la résistance opposée par le frottement au passage du liquide! et plus l’écoulement sera lent; plus grand sera leur nombre, plus élevé sera le débit.
- (1) Communication faite en séance publique, le 13 décembre 1912.
- p.253 - vue 253/950
-
-
-
- HYGIÈNE. --- FÉVRIER 1913.
- 254
- Mais que deviennent, dans ce cheminement du liquide à travers la cloison poreuse, les corpuscules solides qu’il tient en suspension? Si les pores du filtre sont assez ténus, ces corpuscules se Irouveront arrêtes dès le premier contact, ils formeront sur la paroi poreuse un dépôt plus ou moins adhérent. C’est une action mécanique tout externe. Est-ce la seule qui doive (mirer en jeu?
- Quelque serré que nous concevions le grain d’une pèle poreuse, il sera toujours permis de penser que le liquide à filtrer puisse être l’habitat d’un microbe encore plus mince que les plus étroits canaux capillaires. Il s’agit d’arrêter des infiniment petits. Or, l'expérience a depuis longtemps démontré que certains filtres à pâte grossière — le libre en plâtre, par exemple — sont capables de retenir des individus microbiens très subtils. Il nous faut donc, de toute nécessité, envisager une. action interne du filtre.
- Les corpuscules solides, organisés ou non, d’assez faible diamètre pour s’introduire dans le corps poreux, y sont influencés dès leur entrée par une force contraire à leur avancement : c’est l’attraction exercée sur eux par les parois des espaces lacunaires, force qui est proportionnelle au carré de la distance entre le corpuscule et la paroi. Attraction faible, même dans les meilleures conditions d’expérience, et qui peut se trouver annihilée quand la vitesse du liquide est trop grande. Si nous considérons que cette vitesse est elle-même proportionnelle à la quatrième puissance du diamètre des canaux capillaires —'comme l’a vérifié Duclaux pour les vitesses moyennes et les filtres homogènes — nous voyons une raison de plus à la nécessité de n’employer que des pâtes à pores très fins, presque à la limite de perméabilité pour les liquides.
- Il y a autre chose encore. Pour que la bougie filtrante soit pratique, son débit ne doit pas s’abaisser au-dessous d’une certaine mesure. Et comme nous réduisons la vitesse du liquide le plus possible, nous ne maintiendrons le débit qu’à la condition de multiplier les canaux capillaires, soit en augmentant la surface filtrante, soit en recherchant une pâte poreuse à pores non seulement très fins, mais encore très rapprochés, très nombreux.
- On aurait d’ailleurs tort de croire que la finesse de grain soit incompatible avec un débit élevé. Car, en effet, si les impuretés mécaniques du liquide parviennent à pénétrer dans le corps poreux, elles ont bientôt fait de l’obstruei*, de le colmater (ce qui est souvent le cas avec les filtres en papier), et le débit s’arrête complètement. Que ces impuretés, au contraire, trouvent dès ta surface une interdiction absolue d’entrer, elles formeront alors un dépôt relativement perméable et le débit ne ressentira plus qu’une lente diminution.
- Nous verrons tout à l’heure une raison encore d’interdire aux impuretés mécaniques l’accès intérieur des filtres à service continu.
- p.254 - vue 254/950
-
-
-
- LA PORCELAINE I) AMIANTE.
- 255
- L(‘s considéraiions précédentes s’appliquant à tous les corps filtrants, du quoique matière qu’ils soient constitués. Mais cette matière même n’est pas indiflérente. Certaines substances, dit M. Guinochet dans son excellent traité sur les Eaux d alimentation, ont pour les microbes une sorte « d’attraction élective ». Peut-être faut-il voir là un nouvel exemple de ces phénomènes d’adsorption qui se présentent à tout instant dans l’étude des corps colloïdaux. Toujours est-il que cette attraction spécifique existe; les expériences déjà anciennes, et malheureusement incomplètes, de Frankland, ne laissent aucun doute! à ce sujet.
- Outre la porcelaine et la faïence, on a essayé beaucoup de matières pour In fabrication des filtres. Parmi les matières minérales, les seules à retenir à raison de leur inaltérabilité, je citerai le charbon, le sable, la laine de verre, la terri1 d’infusoires ou kieselgiïhr, l’amiante et enfin la porcelaine d’amiante, sur laquelle j’insisterai plus particulièrement.
- L’amiante est essentiellement constitué par un silicate double de magnésium et de calcium, avec des proportions variables, quoique toujours faibles, de fer et un peu d’aluminium. Ce minéral, qu’on peut se procurer très pur, se présente dans la nature en amas plus ou moins compacts de fibres à l’éclat soyeux, de longueur très variable, mais toujours excessivement fines. Ce sont les plus petites fi b res qu’on connaisse. Leur diamètre mesure de 0g,16 à 2a. Broyer, dans ses études microscopiques, les range avant même le fil d’araignée et le fil de soie le plus fin. O11 comprend aisément que ces fibres, une fois enchevêtrées, feutrées, constituent un réseau impénétrable.
- Broyé à l’eau, tamisé finement, converti en une pâte que l’on peut « former » par différents procédés et que l’on cuit à haute température, l’amiante se transforme une matière dure, sonore, résistante, véritable poterie enfin, à laquelle on a donné, par analogie, le nom de porcelaine d’amiante. C’est la base du filtre Mallié.
- Dès r origine, cette matière se révéla comme très précieuse pour la fabrication des filtres. Elle constituait un progrès réel dans cette branche de la technologie, où les matières premières sont assez limitées. Depuis sa présentation à l’Académie des Sciences par Berthelot en 1891, à l’Académie de Médecine par M. Jungfleisch en 1892, de nombreux perfectionnements furent apportés à sa préparation. Pour ne parler que des substances employées, je dirai que les fabricants du filtre Mallié ont étudié méthodiquement, à ce point de vue spécial, toutes les variétés d’amiante (elles sont fort nombreuses, et de caractères très différents). A l’argile ou plutôt au kaolin, qu’ils avaient d’abord adopté pour liant, afin de donner à la pâte plus de cohésion et de résistance, ils ont récemment substitué des silicates de magnésie, en particulier la
- p.255 - vue 255/950
-
-
-
- 256
- HYGIÈNE. --- FÉVRIER 1913.
- siéatite, dont la composition se rapproche de celle de l’amiante et qui, comme l’amiante, sont très résistants aux agents chimiques. Grâce à ces améliorations, le filtre en silicates de magnésie représente aujourd’hui, sinon la perfection absolue, du moins un très haut degré de perfection dans son domaine,
- Cette pseudo-porcelaine à base de silicates de magnésie se distingue par l’extrême finesse de ses pores, leur très grand nombre, et par son homogénéité. Si l’on fait une coupe de faïence ordinaire et une de porcelaine d’amiante, si on les examine au microscope, on voit que la faïence est percée de petits trous, (mire lesquels se montrent cà et là des cavités, des espaces vides irréguliers; dans la porcelaine d’amiante, rien de tel, mais une infinité de pores d’une extrême petitesse, parfaitement réguliers, sans agglomérats semi-vitri-liés, sans alvéoles. Cette homogénéité du corps filtrant est une qualité primor-
- Pores delà porcelaine des filtres Mallit'. Pores do la porcelaine ordinaire filtrante,
- grossis 1 Ono fois. grossis 1000 fois.
- Fig. 1. — Faïence et porcelaine d’amiante vues au microscope.
- diale, car elle supprime le risque de dérivations intempestives par des canaux de moindre résistance.
- J’ajouterai que des soins particuliers sont pris pour empêcher que toute huile d’air se déclare dans la pâte ou y demeure incluse.
- Filtration des eaux potables. — C’est à la filt ration des eaux potables que cette matière fut en premier lieu appliquée.
- Nous avons vu comment les micro-organismes sont arrêtés*par une cloison poreuse à. travers laquelle filtre l’eau. A priori, il semble qu’une bougie capable de les retenir au moment qu’elle entre en service, doive les retenir indéfiniment. La réalité est tout autre.
- En etlet, l’eau n’est pas seulement un véhicule de microbes. Elle est aussi pour eux un milieu vital favorable. A coté des actions mécaniques dont j’ai parlé, entre donc en jeu un autre facteur : les microbes arrêtés à la surface ou dans les couc-hes périphériques du corps poreux continuent à vivre et à proliférer. Et comme celle multiplication exige une extension de leur domaine, ils gagnent de proche en proche, de telle sorte qu’au bout d’un certain temps le
- p.256 - vue 256/950
-
-
-
- LA PORCELAINE D AMIANTE.
- 257
- corps poreux est envahi dans toute son épaisseur. A ce moment, le filtre est devenu inefficace, il cesse de fournir de l’eau pure.
- Tel est le point faible de la filtration. Il ne semble pas possible de vaincre absolument la pénétration des bougies. Mais on peut la retarder dans une large mesure par l’emploi d’une matière douée d’une « attraction spécifique » élevée el formée d’un réseau ténu.
- Car ce n’est point l’eau pure qui est le milieu vital des bactéries; leur milieu d’élection, c’est l’eau chargée de matières organiques dont iis feront leur aliment. Or, si la presque totalité des matières en suspension est arretée à la surface, il est bien évident que l’eau dont la cloison poreuse va se trouver ensuite imprégnée sera beaucoup moins propice au développement des germes vivants et à leur propagation. D’autre part, un grand nombre de micro-organismes sont en quelque sorte accrochés aux impuretés mécaniques de l’eau et les suivent dans tous leurs mouvements. Ceux-là demeureront à la surface, fixés aux particules solides comme des coquillages à leur rocher.
- La durée d’efficacité d’un filtre est donc bien liée à la finesse du réseau poreux. La sinuosité des canaux, conséquence de cette finesse, est aussi un obstacle à la pénétration des germes.
- Si Ton casse une bougie en silicates de magnésie déjà très usagée, à travers laquelle est passé un très grand volume d’eau impure, on constate que les impuretés visibles de l’eau sont toutes demeurées à la surface. L’eau qui baigne l’intérieur du corps poreux est donc une eau de pouvoir nutritif amoindri, très peu favorable à. la pullulation des germes. Quant au dépôt, formé principalement de matières organiques, il fourmille de bactéries, vivantes ou mortes, partie fixées à. leurs petits îlots, partie arrêtées par l'espèce de filtre que forme cette membrane molle.
- Dans les premiers temps de leur application, on s’accordait à considérer que les filtres n’étaient guère efficaces que pendant une semaine, pour des eaux moyennement polluées, chargées seulement de quelques centaines de bactéries par centimètre'cube. M. Miquel, au cours d’une étude sur beau de l’Ourcq, particulièrement bourbeuse, constatait la pénétration des filtres au bout de deux jours. Ayant, en 1893, expérimenté avec cette même eau un filtre en porcelaine d’amiante, il pouvait obtenir pendant douze jours consécutifs de l’eau stérile, sans aucun nettoyage du filtre (IL
- L *s perfectionnements réalisés dans la fabrication du filtre Mallié ont conduit à des résultats meilleurs encore. C’esl ainsi que M. le D' Tiraboschi, à
- (i) Annales de Micrographie, avril 1893.
- p.257 - vue 257/950
-
-
-
- 258
- HYGIÈNE.
- FÉVRIER 1913.
- l'Institut d’hygiène de l’Université de (Jênes, constate an boni d’un mois do filtration continue la stérilité complète d’eaux artificiellement contaminées avec le colibacille, le bacille typhique, h; vibrion cholérique, le bacille de la dysenterie, etc. Ces expériences datent de 1905 (l). En 1898 déjà, comme conclusion d’une étude sérieuse et très étendue, faite à l’instigation du British Medical Journal et destinée à éclairer les autorités anglaises, MM. les DIS Si ms Woodhead et Carhvright Wood plaçaient le meme filtre au premier rang, tant pour la faculté immédiat*1 do stérilisation que pour la durée d'efficacité.
- J’ai fait moi-même, il y a quelques mois, des constatations du même ordre, au su jet d’une nouvelle bougie en silicates de magnésie que Messieurs Méran frères, fabricants du filtre Mallié, m’avaient demandé d’expérimenter. Au bout de soixante-treize jours, soit environ deux mois fît demi, de tiltration continue sous pression, toutes précautions prises afin que l’amenée d’eau ne put être un seul instant interrompue, j’ai obtenu encore de l’eau privée de germes. L’eau provenait de la canalisation urbaine. Ce n’est pas une eau très impure, mais il y fut trouvé une fois 55, une autre fois 1 200 bactéries par centimètre cube et le colibacille y fut décelé. Au cours de l’expérience, après trois semaines déjà de fonctionnement du filtre, j’eus le soin de lui envoyer 15 litres environ d’une eau dans laquelle j’avais délayé une culture fraiche de colibacille; cette eau, abondamment polluée, renfermait 345 000 individus par centimètre cube. Jamais cependant la présence du colibacille ne put être reconnue dans l’eau filtrée.
- Nous sommes donc parvenus maintenant à un très haut point de sécurité. Pourtant, je le répète, cette efficacité n’est pas indéfinie. Il arrivera un moment, plus ou moins éloigné, où le corps poreux sera pénétré par des germes qui, particulièrement vivaces, trouveront dans l’eau du filtre les matériaux de leur nutrition. Tout ce que l’on peut demander, c’est que ce moment critique soit assez reculé pour qu’avec un peu de soin, — car un filtre en réclame, on a trop de tendance à l’oublier, — des nettoyages opportuns, une stérilisation ou « régénération » périodique, on puisse compter sur le filtre comme sur un auxiliaire fidèle contre les microbes de l’eau.
- Le débit peut en être assez élevé pour la satisfaction de tous les besoins domestiques. Il peut même être très élevé. Tel est le cas du filtre de ménage représenté sur la figure 2, dont le corps poreux est constitué par une bougie spéciale, retournée sur elle-même comme un doigt de gant. Cet appareil, branché sur une canalisation, donne un véritable courant d’eau filtrée. Il permet d’avoir de l’eau filtrée fraîche, échappant à la contamination accidentelle dans un récipient de réserve. Et le filtre, n’ayant à fonctionner que très peu de
- (I) Annales (l’Hygiène expérimentale, 1905, fasc. IV.
- p.258 - vue 258/950
-
-
-
- LA PORCELAINE d’AMIANTE.
- 259
- temps chaque jour, peut aussi fonctionner pendant, une plus longue période sans nettoyage.
- Il est à remarquer que ce résultat n’est pas dû à une accélération de la vitesse d’écoulement, qui nuirait à la filtration, mais à l’augmentation de la surface filtrante et à la contexture d’une pâte extrêmement poreuse, bien qu’avec des pores très fins.
- Le nettoyage des bougies est facile et rapide. Tout en surface, le limon
- I
- Fig. 2. — Filtre domestique à grand débit.
- abandonné par l’eau adhère faiblement à la paroi. Avec un peu d’eau et un tampon d’ouate, ou une éponge, ou une brosse, on ramène en quelques minutes une bougie fortement encrassée à son état primitif.
- La stérilisation peut être réalisée très simplement, au moyen d’une solution de permanganate de potasse, par la chaleur ou par tel autre procédé usuel. Les bougies en silicates de magnésie sont assez résistantes pour supporter un très grand nombre de nettoyages, sans usure appréciable et sans se fissurer; elles résistent aussi très bien à la chaleur, à la condition que celle-ci ne hoir soit pas appliquée trop brutalement.
- p.259 - vue 259/950
-
-
-
- 260
- HYGIÈNE.
- FÉVRIER 191.1.
- Enfin, je dois dire qu’à. plusieurs reprises j’ai en l'occasion d’analyser comparativement des eaux potables, avant et après tiltration sur ces bougies, et (jiie je n’ai pas reconnu de changement dans leur composition.
- Filtration des boissons fermentées. — Une autre application intéressante de la filtration sur bougie est la stérilisation des boissons fermentées et on particulier des vins,
- Les vins, on le sait, sont très souvent sujets à de véritables maladies, dont Pasteur a trouvé la cause dans le développement de certains ferments figurés. Les plus fréquentes sont l’acescence, la tourne ou la pousse, la graisse, la fermentation mannitique, et l’amertume, fléau des grands crus bourguignons. Je ne.parle point de la casse, que provoque un ferment soluble.
- L’est également à Pasteur que nous sommes redevables du premier remède scientifique et sur contre ces maladies. Il consiste à chauffer les vins à une température suffisante pour détruire les micro-organismes nuisibles. Nous disposons encore de quelques autres moyens préventifs, tels que les collages et soutirages réitérés, la réfrigération, les méchages, soufrages ou sulfitages, etc. Mais tous, hormis la pasteurisation, ont l’inconvénient d’altérer tant soit peu la constitution du liquide ou d’y introduire, parfois à haute dose, des éléments qui n'y devraient point figurer.
- La pasteurisation elle-même n'est pas absolument sans influence sur ce produit délicat qu’est le vin. Sans doute, l’analyse chimique ne nous révèle aucune modification mesurable; mais il faut avouer à ce propos que la composition des vins nous est encore incomplètement connue. En fait, la pasteurisation en affecte toujours les qualités gustatives. Un goût de « cuit » plus ou moins prononcé est la conséquence presque inévitable de ce traitement, quelque précaution que l’on y apporte.
- L’inconvénient est mince tant qu’il ne s'agit qui; des vins grossiers, des vins de consommation courante. On ne leur demande, en effet, qu’une certaine force alcoolique et le goût générique du jus de raisin fermenté. N’ayant, pour aula.nl dire, point de bouquet spécial, ils ne sauraient être détériorés par un chauffage de quelques minutes à 60 ou 6fî°.
- Il en est autrement des vins fins, ou simplement des bons vins de terroir, dont l’arome délectable est d’une extrême susceptibilité et se perd ou s’altère sous les moindres influences.
- J’ajouterai que la pasteurisation n’est pas toujours un remède aussi sûr qu’on pourrait le croire. Toutes les maladies vulgaires des vins peuvent être
- p.260 - vue 260/950
-
-
-
- LA PORCELAINE d’aMIANTE.
- 261
- guéries, ou plutôt arrêtées par .h; chauffage; oui, mais l'expérience seule, la « tenue » ultérieure du vin, dira dans chaque cas si cette guérison est radicale. Il n’y a pas du vin, mais des vins, qui se comportent très différemment ; telle tempe rat. u re et telle durée de chauffage, suffisantes pour celui-ci, ne Je seront point pour cet autre. Dès ses premières études sur la question, en 1865, Pasteur constatait que te ferment do la tourne, par exemple, prolifère merveilleusement dans les vins plats et végète avec peine dans les vins bouquetés, tandis que le ferment de l'amertume s’accommode surtout des grands vins.
- Nous sommes donc dans celte alternative : ou chauffer beaucoup et détériorer le vin, ou chauffer peu et laisser subsister des ferments.Nous y échappons par la filtration.
- Tout ce qui vient d’être dit sur les propriétés des filtres s’applique ici, encore; que l’on ait affaire à des organismes peu résistants et relativement gros. La matière filtrante joue aussi un rôle que l’on ne peut pas négliger. Pour conserver au vin toutes ses qualités, il faut nécessairement que cette matière n’ait aucune action chimique sur lui. De là, les insuccès que l’on eut l’occasion d’enregistrer avec des bougies renfermant un excès de chaux ou, tout au moins, de la chaux faiblement combinée. Cette chaux disponible réagissait avec le vin, l’acidité de celui-ci en était d’autant diminuée, son goût s’en ressentait, sa couleur perdait de l’éclat. Ajoutez à cela que certaines substances employées dans la fabrication des filtres jouissent vis-à-vis des matières colorantes fl’une faculté d’adsorption singulière.
- Ces désagréments lie se présentent pas avec les bougies en silicates de magnésie. Elles sont inertes. Le vin les traverse sans s’y dépouiller ni de son acidité ni de sa couleur. Le fait a été vérifié par M. Magnier de la Source, par MM. Durand-Fardel et Bordas, sans compter de nombreux praticiens. J’ai eu l’irrespectueuse curiosité de le vérifier à mon tour et voici un exemple de ce que j’ai trouvé :
- Vin nou filtré
- (limpide). Vin filtré.
- Degré alcoolique 9°,6 9°,6
- Extrait dans le vide •. . gr. p. 1. 24,62 24,42
- Acide tartrique total — 2,24 2,22
- Tannin et matière colorante .... — 4,96 4,98
- Acidité évaluée en acide sulfurique. —- 3,53 3,53
- Nul changement, on le voit, dans les caractères généraux du vin. Le dépôt qui reste sur la bougie renferme des éléments organisés : levure, mycoderma vini ou aceti, ferments des maladies qui se trouvaient au sein du liquide, quelques impuretés « mécaniques » échappées à la clarification, peut-être un
- p.261 - vue 261/950
-
-
-
- 262
- HYGIÈNE.
- FÉVRIER 1913.
- pou de gomme, (mais je n’ose ’aflirmer, les recherches que j’ai en vue concernant ces depots, très differents des lies proprement dites, ayant été reculées contre mon gré), le tout accompagné de matière colorante.
- En ce qui concerne l’éloignement des germes nocifs, les auteurs sont caté-
- Fig. 3. — Filtre Mallié, pour la stérilisation des vins.
- goriques : nul organisme dais le vin filtré. Le vieillissement normal est assuré, ainsi que la conservation du vin transporté a de grandes distances et dans tous les climats, pourvu, bien entendu, qu’il reçoive les soins indispensables du caviste et qu’il ne soit pas transvasé dans des récipients infectés.
- p.262 - vue 262/950
-
-
-
- 263
- LA PORCELAINE d’aMIANTE.
- Je crois su[k;i*iln d’insistor sur les avantages que peut tirer d’une telle pratique notre commerce extérieur. Beaucoup de producteurs l’ont déjà compris.
- {^ou vr ne le jSu./oe/*/<?u
- P/<iteau. Supérieur
- on <?•£ OU éc-Àt
- Fig. 4. — Coupe d’un filtre Mallié pour la stérilisation des vins, montrant sa disposition intérieure.
- La plupart des grands vins de la Bourgogne, source vénérable de richesse et de renommée pour notre pays, sont maintenant filtrés aux lieux mêmes de production, dans des appareils analogues à celui de la figure 3.
- Ce type d’appareil est le plus récent, et naturellement le plus perfectionné,
- p.263 - vue 263/950
-
-
-
- 264
- HYGIÈNE.
- FÉVRIER 1913.
- (jii’ail réalisa la maison Mal lié. Les parties métalliques .internes sont argentées. Ali lien de bougies fermées à un bout, comme (Jans les appareils anterieurs, il eomporle des tubes ouverts, que l’on peut nettoyer, laver abondamment et remettre en fonction sans avoir à démonter le liltre. Le modèle figuré ici est un appareil portatif. On on construit qui comportent un faisceau filtrant de i(>() éléments et même plus.
- De temps en temps, les bougies sont enlevées et décapées dans une solution forte de permanganate, [»uis dans un bain de bisulfite de soude. Ou les stérilise, de la solde, en même temps qu’on détruit les dépôts organiques rebelles aux simples nettoyages.
- Toutes les boissons fermentées (cidre, poiré, bière, etc.) sont rolevables de la tiltration. Elles y acquièrent un brillant très vif, et, si elles donnent asile à un germe de maladie, elles en sont .infailliblement délivrées.
- Pour le cidre, en particulier, ce traitement a l'avantage de s’opposer aux fermentations secondaires, qui donnent au liquide conservé cet aspect trouble, pour ne pas (lin; boueux, dont s’offusquent les gens délicats. Voici une bouteille de cidre filtré qui eut l’honneur de figurer à l’Exposition universelle de l!K)0 : abstraction faite d’un très léger dépôt -de matière colorante oxydée, les ans ne lui ont pas gâté son apparence.
- Lé procédé a don né naissance on Espagne il une industrie rémunératrice, celle du cidre d'exportation, dont l’Amérique du Sud fait déjà une ample, consommation. Je regrette de ne pouvoir dire que notre Normandie ail montré l'exemple ou l’ail même suivi; mais j’ai lieu de croire qu’on ne lardera pas à y tracer la voie, pour le [dus grand bien de la région et de la nation tout entière.
- Filtration des sérums. — Quoique- la porcelaine eu silicates de magnésie ait trouvé d’autres emplois, j’ai voulu borner mon sujet à la, tiltration des liquides alimentaires et j’ai abrégé le plus possible. Je dirai cependant quelques mots encore d’autres liquides qui, bien que destinés à être absorbés par notre organisme, ne sont point proprement alimentaires, mais thérapeutiques : je veux parler des liquides injectables et notamment des sérums physiologiques.
- La stérilisation de certains de ces liquides ne peut être accomplie par la chaleur, soit qu’ils s’y décomposent, soit que les ferments solubles qu’ils renferment y perdent leur activité. Le seul recours est de les filtrer sur bougie.
- Il faut que la bougie soit assez fine, assez fidèle aussi, pour ne laisser passer aucune particule solide; car en pareille matière (je pense aux injections intraveineuses, en si grande faveur aujourd’hui), qui dit particule solide dit embolie éventuelle et mort sans délai du sujet. Le cas s’est vu.
- p.264 - vue 264/950
-
-
-
- LA PORCELAINE D’AMIANTE.
- 265
- D’autre [tari, la bougie doit être non seulement neutre, au sens ordinaire du mol, mais totalement inerte vis-à-vis des liquides que l’on mettra en contact avec elle. Plusieurs lois on a constaté que, par suite d’une légère attaque des bougies, les liquides, limpides, au sortir des filtres, abandonnaient au bout de quelque temps des précipités insolites, pouvant occasionner des accidents.
- L'indifférence chimique de la porcelaine en silicates de magnésie la rend donc précieuse dans ce cas. De fait, elle a trouvé dans les laboratoires de pharmacie et de physiologie de très chaleureux partisans. Divers types d’appareils sont en usage. En voici un fort apprécié (fig. 5). Toutes les pièces en sont assemblées par rodage, verre sur verre ou bougie sur verre; aucune partie métal-
- îi
- il
- r \
- Fig. ;j. — Appareil pour la nilration des sérums. Fig. 6. — Ampoule Duret.
- tique attaquable, aucun joint de caoutchouc, à partir du moment où le liquide est filtré, qui puisse introduire dans celui-ci une impureté, toujours dangereuse et quelquefois mortelle.
- En voici un autre (fig. 6) imaginé par M. Duret, pharmacien à Paris. Il se compose d’une ampoule, terminée par un tube dans lequel est soudée une petite bougie. L’ampoule, dans laquelle on a fait le vide, est scellée, puis stérilisée à l’autoclave. Veut-on obtenir, loin de tout laboratoire, une solution aseptique? La solution faite ou le sérum préparé, on y plonge la pointe effilée du tube, on la brise. Le liquide se précipite dans l’ampoule, en filtrant à travers la bougie. Lorsque l’ampoule est pleine, il n’y a plus qu’à couper le tube au-dessus de la bougie, puis à procéder à l’injection. Comme la bougie ne peut servir qu’une fois, on est à l’abri de toute négligence ou faute de stérilisation dans une opération suivante
- Tome 119. — 1er semestre. — Février 1913.
- 18
- p.265 - vue 265/950
-
-
-
- INDUSTRIE
- LA HOUILLE VERTE ET LES TRAVAUX DE IM. BR ESSO N(1)
- par M. Lévy-Salvador,
- Ingénieur des Constructions civiles.
- Lorsque Cavour et, après lui, Aristide Bergès, ont appelé « houille blanche » l’énergie potentielle contenue clans les glaciers et les torrents alpestres, ils ont trouvé là une expression métaphorique, aussi hardie que pittoresque, qui est d’ailleurs passée aujourd’hui dans le langage courant et qui est comprise de tous.
- Il existe, dans la nature, bien d’autres sources naturelles d’énergie potentielle que celle des glaciers ; pour la désignation de chacune d’elles on a imaginé toute une série de « houilles » polychromes. Sans parler de la houille incolore qui, seule, peut caractériser la puissance du vent, nous avons assisté successivement au baptême de la houille bleue (énergie des lacs), de la houille grise (énergie produite par la combustion des déchets des mines de charbon), etc. Toutefois, une seule de ces dernières expressions paraît avoir obtenu une faveur presque aussi grande que « houille blanche » ; c’est celle de « houille verte ». M. Henri Bresson, qui en est l’auteur, désigne sous ce nom « l’énergie des cours d’eau de plaines, ou issus des massifs secondaires que couronnent les verdoyantes forêts. »
- Entre ces deux sources d’énergie, la différence est profonde; elle est due à la diversité des régimes des cours d’eau qui sont alimentés par la fonte des neiges et des glaces et des cours d’eau qui sont alimentés par les pluies.
- C’est ce que met en évidence le graphique (figure 1) sur lequel sont représentées les courbes des variations mensuelles moyennes de deux cours d’eau dont l’un, le Drac, prend sa source dans les glaciers des Alpes, à une altitude supérieure à 2100 mètres, et l’autre, l’Iton, prend naissance dans la forêt du Perche, à la cote 286.
- (1) Communication l'aile en séance publique le 8 mars 1912.
- p.266 - vue 266/950
-
-
-
- LA HOUILLE VERTE ET LES TRAVAUX DE M. BRESSON. 267
- On remarquera tout d’abord que, sur le graphique, les débits du Drac sont exprimés en mètres cubes et ceux de l’Iton en litres. Les premiers sont, en
- MC.
- 9 60
- 7 5 0
- 5 40
- 5 30
- I 20
- Cours d’eau de région de houille Manche (torrent du Drae-Isère)
- -----------------ici.—-------------------- verte (rivière cl’Iton - Orne).
- Consommation moyenne d'électricité par lampe au compteur Fig. 1. — Courbes des débits du Drac et de l’Iton.
- effet, d’un ordre de grandeur mille fois supérieur aux derniers. Ceci explique dès maintenant pourquoi, alors que, dans les Alpes, on rencontre fréquemment
- p.267 - vue 267/950
-
-
-
- 268
- INDUSTRIE.
- FÉVRIER 1913.
- des usines hydrauliques d’une puissance supérieure à 10 000 ev. ; dans les pays de plaine, au contraire, les usines de 100 cv. et au delà ne constituent qu’une exception.
- ‘ Le Drac, connue tous les cours d’eau glaciaires, a ses plus basses eaux pendant l’hiver, alors que les précipitations atmosphériques se produisent sous forme de neige qui s'accumule dans les parties hautes des vallées. Quand les rayons solaires commencent à prendre de la force, les neiges fondent et le débit augmente puis passe par un maximum qui se reproduit, chaque année, très régulièremenl, entre le 20 et le 2o juin. Puis la décroissance commence. Les grandes pluies d’automne amènent pourtant des crues passagères qui interrompent la diminution des débits avant le retour de la période des neiges et des basses eaux. L’lton,au contraire, alimenté uniquement par les pluies, a ses hautes eaux à la lin de Pau tourne et en hiver, et ses basses eaux en été. Dans ces régions de plaine, les pluies d’été ne sont pas rares, mais elles ne profitent que peu aux cours d’eau. En effet, quand à la suite d’une longue période de chaleur et de sécheresse survient un violent orage, le sol et les plantes absorbent une grande partie de l'eau pluviale et l’évaporation en enlève beaucoup de son côté ; la portion qui ruisselle et se rend au thalweg est donc très faible. Au contraire, quand la pluie tombe, dans la saison froide, sur un sol déjà à peu près saturé, elle glisse pour ainsi dire à la surface et rejoint le cours d'eau presque en totalité. C’est ce qui explique pourquoi, dans le bassin de la Seine, notamment, les crues, sauf de très rares exceptions, se produisent pendant l'hiver, entre les mois de novembre et de février.
- Si i on compare les deux courbes des débits du Drac et de Piton, on constate qu’il y a un écart de six mois environ entre leurs périodes respectives de hautes et de basses eaux. La courbe des débits de Piton est à peu près en synchronisme avec la courbe des variations annuelles des heures d’insolation. On comprend alors pourquoi il est pratiquement possible d’utiliser l’énergie de cours d’eau même de très faible importance pour assurer l’éclairage des centres habités qu’ils traversent : les plus forts débits coïncident avec les longues nuits d’hiver. Les cours d’eau de plaine ont encore un autre avantage relatif par comparaison avec ceux des régions de houille blanche: l’amplitude de leurs variations de débits est moindre. Il est aisé de concevoir que, pour la production de l’énergie, il est avantageux d’avoir un débit aussi régulier que possible et que plus le rapport entre les débits extrêmes de basses eaux et hautes eaux est grand, plus le cours d’eau est torrentiel et difficile à utiliser pour l’industrie. Or, si nous prenons le Drac, nous constatons que, dans sa partie supérieure (à l’altitude 84U mètres), les débits varient entre un minimum
- p.268 - vue 268/950
-
-
-
- LA HOUILLE VÈRTE ET LES TRAVAUX DE M. BRESSON.
- 260
- de 2m3,200 par seconde et un maximum de 154 mètres cubes; le rapport entre ces deux chiffres est de 44. Dans la partie aval du même cours d’eau, au Pont-de-Claix(altitude 200 mètres environ), les débits extrêmes sont de 21 mètres cubes et 700 mètres cubes, soit un rapport de 18. Ces deux proportions sont d’ailleurs relativement très modérées et montrent que le Drac a un régime assez tranquille. Si, en effet, nous cherchons ce qui se passe avec le plus torrentiel de nos fleuves, la Loire, nous constatons qu’à Briare, le débit des crues est 250 fois plus grand que celui des basses eaux. Pour le Rhône, à Lyon, le même rapport s’abaisse à 40, ce qui tient à ce que le débit de ce dernier fleuve est régularisé par le lac de Genève, immense réservoir naturel d’emmagasi ne ment des crues.
- Quant à Piton, ses débits mensuels moyens extrêmes sont de 184 litres par seconde en août el 983 litres en novembre; le rapport tombe ici à 5,3. D’ailleurs Piton se trouve dans des conditions particulièrement favorables quant à la régularité de son régime.
- Cette rivière, affluent de l’Eure, et la Rille, rivière qui se jette dans la Manche vers Honfleur, prennent toutes deux leur source à une distance de quelques kilomètres l’une de l’autre. Dans leur partie amont, ces deux cours d’eau coulent presque parallèlement, dans des vallées de même nature géologique. Mais tandis que la haute vallée de la Rille ne contient pas d’étang, Piton Ireverse, dans sa partie haute, tout un chapelet d’étangs dont le principal, celui de la Grande-Trappe, a une surface de 20 hectares. Cet étang a été créé artificiellement au moyen d'une digue de 7 mètres de hauteur qui barre la vallée à l’aval d’un épanouissement. La profondeur d’eau moyenne de l’étang est de 3m,50, ce qui correspond à un volume de 700 000 mètres cubes d’eau. La digue est percée d’un orifice qu’on peut ouvrir plus ou moins de manière à augmenter le débit aval, en basses eaux, en utilisant la réserve que forme l’étang. De là résulte que tandis que le creux de la sécheresse dure 3 mois sur la Rille, il peut être réduit à 2 mois et même 1 mois et demi sur Piton.
- L’utilisation de l’énergie des cours d’eau, convenablement aménagés au moyen de barrages qui relèvent le plan d’eau à l’amont et créent une chute, est fort ancienne. C’est ainsi que Vitruve, dans son Traité d’architecture, a décrit les moulins à eau en usage chez les Romains, au ier siècle de Père chrétienne .
- Les moulins à eau et à vent ont été, avant la découverte de la machine à vapeur, les principaux moteurs employés pour nombre d’usages tels que le sciage des bois, la mouture des grains, etc. Si la France manque de mines de
- p.269 - vue 269/950
-
-
-
- 270
- INDUSTRIE.
- FÉVRIER 1913.
- houille, à tel point qu’elle doit importer chaque année pour des centaines de millions de francs de charbon, par contre, grâce à son climat doux et pluvieux, conséquence de sa grande étendue de côtes, elle est particulièrement favorisée au point de vue des eaux courantes, et c'est par milliers que se chiffrent les barrages édifiés dans nos cours d’eau pour la production de la force motrice. 11 est intéressant de savoir quelle serait la puissance hydraulique totale qu’est susceptible de développer notre réseau hydrographique supposé totalement aménagé.
- D’après certaines recherches récentes, on peut évaluer la puissance totale à 5 millions de chevaux à l’étiage et à 10 millions de cv. au moins, en eaux moyennes. Ce dernier chiffre est peu inférieur à la puissance totale de notre outillage à vapeur. 11 faut remarquer aussi que, tandis que les machines à vapeur n’ont jamais qu’une marche discontinue (les locomotives, en particulier, ne travaillent guère plus de huit heures par jour), au contraire, la puissance hydraulique est susceptible de fournir les chevaux permanents de vingt-quatre heures et de développer par an la quantité énorme de 60 milliards de chevaux-heure.
- Ce serait pourtant une utopie de penser que la houille blanche et la houille verte pourront un jour remplacer la houille noire, à cause de l’impossibilité pratique et économique de transporter l’énergie au delà d’une certaine distance. Mais la mise en valeur de nos chutes d’eau permettra de développer notre activité industrielle sans augmenter la quantité de charbon consommée. C’est ainsi que seule l’énergie hydro-électrique a donné naissance a de nombreuses industries aujourd’hui très importantes, telles que l’électro-chimie, l’électro-métal-lurgie, la fabrication artificielle des engrais azotés, etc.
- Si, actuellement, nous assistons au spectacle de la mise en valeur rationnelle progressive de nos chutes d’eau, ce mouvement n’a pris naissance qu’à la suite d’une longue période de décadence des moulins à eau, qui a commencé à l’apparition de la machine à vapeur et n’a fait que s’accroître, lorsque l’industrie, d’abord éparpillée entre un grand nombre d’ateliers de médiocre importance, s’est concentrée de plus en plus dans de vastes usines munies d’un outillage puissant et perfectionné. C’est ainsi, en particulier, que la grande minoterie a absorbé peu à peu la mouture des farines, auparavant répartie entre nombre de petits moulins à blé.
- Ce mouvement rétrograde, très fâcheux en ce sens que la mise en chômage de chaque moulin à eau laisse sans emploi une certaine quantité d’énergie facilement utilisable, a pu être heureusement enrayé lorsque, il y a quelque
- p.270 - vue 270/950
-
-
-
- LA HOUILLE VERTE ET LES TRAVAUX DE M. BRESSON. 271
- dix ans, la production et le transport «à distance de l’énergie électrique sont entrés dans la pratique courante.
- Dans la plupart des cas, malgré la mise en chômage des usines, le barrage, ainsi que les ouvrages de décharge et de prise d’eau, ont été conservés, en sorte que leur remise en activité est facile et relativement peu coûteuse. Un perfectionnement a été apporté dans la presque totalité des installations modernes : il a consisté à remplacer, en tant que moteur hydraulique, la vieille roue encombrante, lente et à faible rendement, par la turbine dont le rendement atteint 75 et 80 p. 100, et dont la vitesse angulaire est suffisante pour lui permettre d’actionner facilement des générateurs d’électricité. Car les chutes d’eau ainsi remises en activité servent principalement à la production et au transport à distance de l’énergie électrique.
- M. Bresson a été l’un des premiers à entrer dans la voie de cette utilisation. Possesseur, dans sa propriété des Massolins, à Chandai (Orne), d'un barrage sur la rivière d’Iton qui avait autrefois servi à actionner une tréfilerie, mais qui était depuis nombre d’années en chômage, il eut l’idée, en 1900, de remettre le barrage en activité et de l’utiliser en vue de la production de l’énergie électrique nécessaire à ses besoins de lumière et de force motrice.
- La force brute de l’ancienne tréfilerie était de 15 cv. sous une hauteur de chute de 1m,67 et un débit moyen de 550 litres régularisé par un bief assez important. 11 s’est contenté d’édifier un simple bâtiment de 5 mètres sur 2 mètres, sur les murs memes d’un des anciens coursiers de l’usine, dans lequel il a placé une turbine de 5 chevaux, absorbant environ 360 litres à pleine admission sous une chute de lm,40 et une dynamo de 3,5 chevaux (120 volts, 17 ampères) que la turbine actionne directement par courroie.
- Il utilise encore l'énergie directe de la turbine, sans se servir de la dynamo, et grâce à un transport télédynamique, pour actionner une scie à ruban de menuiserie et une autre scie circulaire pour le bois de chauffage.
- Son installation lui ayant donné toute satisfaction, M. Bresson voulut savoir ce qui se passait chez ses voisins et, de précurseur, il devint propagateur de la houille verte.
- Il commença ses investigations par la rivière d’Iton, la môme qui actionne sa propre chute, et il trouva que sur 21 chutes existant dans la partie de la rivière appartenant au département de l’Orne, 11 étaient en chômage, en 1902. La plupart de ces chutes étaient fort anciennes, car on constate déjà leur présence sur la carte de Cassini (1780). Depuis dix ans, 2 de ces 11 barrages ont été remis en activité.
- Etendant ensuite le cercle de son enquête, M. Bresson entreprit le recense-
- p.271 - vue 271/950
-
-
-
- 272 '
- INDUSTRIE. --- FÉVRIER 1913.
- mont dos chutes d’eau des 7 départements suivants : au Centre FOrnc, au Nord le Calvados, la Manche et l’Eure, au Sud l’Eure-et-Loir, la Mayenne et la Sarthe. Il atteignit même la Loire, en faisant entrer dans son étude la partie Nord du département de Maine-et-Loire.
- Cette région, dont une partie forme ce qu’on appelle la Suisse normande, est particulièrement riche en houille verte. Vers le Sud du département de l’Orne, on rencontre la colline la plus élevée de tout le Nord-Ouest do la France. Son sommet, utilisé autrefois pour les communications télégraphiques au moyeu de signaux optiques, et qui a conservé le nom de « Signal de la forêt d’Ecouves », est à l'altitude de 417 mètres, et il n’existe aucun autre point aussi élevé à l’intérieur d’un cercle de 250 kilomètres de rayon. C’est un nœud hydrographique d’une certaine importance de la ligne de partage des bassins de la Seine à l’Est, côtiers à l’Ouest et au Nord, enfin de la Loire au Sud.
- Au point de vue géologique, voici ce que dit un géographe bien connu, M. Paquier, membre de la Société de Géographie :
- « Nous sommes, là, au centre d’une des régions les plus intéressantes, sans contredit, de la France. Nous y trouvons, juxtaposées, toutes les roches qui ont constitué notre sol. A l’Ouest, y aboutissent, pour en couvrir la majeure partie, les masses granitiques et schisteuses, qui ont formé la Bretagne et le Cotentin, et leur influence, plutôt mauvaise, se fera naturellement sentir sur le régime des eaux qui les traversent : la Vire, l’Orne, dans la plus grande partie de son cours, la Mayenne et même un peu la Sarthe. Puis vient une bordure assez étroite de terrain jurassique, Lias et Oolithe, avec notamment la campagne de Caen et la campagne d’Alençon. Cette bordure se continue tout autour du bassin de Paris, pour former un des anneaux du grand huit jurassique (le second tourne autour du Massif central), révélé par Elie de Beaumont. Viennent ensuite les roches crétacées, qui se développent sur les pentes du pays d’Auge, du Lieuvin et du Perche; et en dernier lieu, les roches tertiaires, Eocène, avec le Thimerais et le pays Chartrain, entre l’Huisne et le Loir; Pliocène, avec la Beauce et le commencement de la haute plaine d’Orléans, pour de là descendre dans la dépression du bassin parisien.
- « Nous avons ainsi sous les yeux, dans un raccourci saisissant, toute l’échelle géologique, avec, déjà, une indication précise du système hydrographique qui s’y rattache. D'un côté, à l’Ouest, des terrains imperméables, dans les départements de la Manche, partie du Calvados et de l’Orne. Les eaux pluviales, que le sol ne peut retenir, s’y ramassent aux plis du terrain, comblent les thalwegs, forment des rivières au caractère torrentiel, d’un débit variable et capricieux, suivant les saisons. De l’autre côté, à l’Est, des terrains, plus ou moins perméables, dans une partie de l’Orne, l’Eure-et-Loir, la Sarthe et le Maine-et-
- p.272 - vue 272/950
-
-
-
- LA HOUILLE VERTE ET LES TRAVAUX DE M. BRESSON.
- 273
- Loire. Les eaux pluviales s’infiltrent dans le sous-sol, forment des nappes souterraines, auxquelles s’alimentent de façon continue les sources des rivières. Mais il faut ajouter que, quand nous descendons sur la Beauce et la haute plaine d’Orléans, l’hydrographie se modifie sensiblement; les cours d’eau se raréfient, ont une pente moins prononcée et favorisent beaucoup moins aussi l’établissement des forces hydrauliques. »
- La région, et principalement les départements de l’Eure, de l’Orne et de la Sarthe, est relativement riche en forêts, qui ont pour effet de régula riser le régime des cours d’eau. En outre, grâce à son peu d’éloignement de la Manche, la pluviosité y atteint une moyenne annuelle de 0m,923, sensiblement supérieure à celle de l’ensemble du pays, qui est de 0m,800 à peine. La pluie tombe, non par averses, courtes et violentes, mais d’une façon lente et continue. Ces conditions sont avantageuses au maintien d’un débit assez régulier dans les cours d’eau et par suite à la production de l’énergie : elles expliquent comment il a pu se faire que la Suisse normande ait été le berceau de la houille verte.
- De 1902 à 1905 M. Bresson a parcouru cette région. Le Ministère de l’Agriculture qui avait reconnu l’utilité d’une semblable enquête, entreprise avec autant de soin que de désintéressement, lui a donné l’appui de son patronage. La Direction générale des Eaux et Forêts a mis ses archives à sa disposition et lui a facilité les moyens d’investigation par l’intermédiaire des agents du service des Ponts et Chaussées.
- Pour chacun des départements en question, il a dressé une carte des usines hydrauliques, en distinguant celles qui sont en activité et celles qui sont en chômage ; les usines hydro-électriques sont indiquées au moyen d'un signe spécial.
- Il a pris comme base de son travail les résultats d’un travail de recensement des cours d’eau non navigables ni flottables, exécuté par le service hydraulique de 1885 à 1890. Il l’a mis à jour à la date de 1900 pour les cartes de l’Orne, de l’Eure, de l’Eure-et-Loir, de la Mayenne, de la Sarthe, de la Manche et du Calvados. Il a fait paraître ces cartes de 1902 à 1904, y faisant figurer toutes les installations hydro-électriques dont il avait eu connaissance.
- Les renseignements les plus récents que nous possédions au sujet du nombre des usines en activité ou en chômage, sont ceux d’un recensement effectué, en 1906, par le service hydraulique sur la demande du service de la Statistique générale de la France du Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale, travail dans lequel, pour la première fois, on a dénombré les chutes d’eau uti-
- p.273 - vue 273/950
-
-
-
- 274
- INDUSTRIE. --- FÉVRIER 1913.
- lisées en tout ou en partie à la production de l’énergie électrique. Les résultats sont les suivants :
- Départements. Nombre total des chutes en activité. Nombre des chutes utilisées à la production de l’énergio électrique. Nombre des chutes en chômage
- Orne . . . 409 45 98
- Calvados . . • 380 03 94
- Manche . . . 579 41 88
- Eure . . . 428 170 181
- Eure-et-Loir .... . . . 292 42 105
- Mayenne . . . 357 20 39
- Sartlie . . . 532 34 201
- Totaux. . . . . 2 983 415 800
- A la date de 1906, plus des trois quarts des usines hydrauliques étaient donc en activité.
- Nous n’avons aucune statistique plus ancienne mentionnant le nombre de chutes utilisées à la production de l’énergie électrique. Mais nous savons que les premiers exemples de ce mode d’utilisation remontent, au plus, à l’année 1900, et bien qu’il soit impossible d’affirmer que toutes les usines hydro-électriques ci-dessus mentionnées aient utilisé un ancien barrage en chômage, il est hors de doute que la plupart d’entre elles sont dans ce cas.
- C’est donc, en majeure partie, à la possibilité de les utiliser à la production de l’électricité qu’est due la rénovation des chutes d’eau.
- M. Bresson ne s’est pas borné à faire du recensement; dans ses nombreuses excursions, il a fait de la propagande en faveur de la houille verte auprès des possesseurs de barrages en chômage. Il a, en outre, écrit nombre d’articles de vulgarisation qui ont eu un certain retentissement, en Normandie principalement.
- Le succès, d’ailleurs, a répondu à ses efforts, car, en dix ans, il a eu la satisfaction de compter la remise en activité de plus de 100 barrages dans la région normande. Il y a lieu d’espérer que le mouvement continuera, car nombre de petites localités pourraient, en utilisant des chutes d’eau de leur territoire, jouir à leur tour des avantages de l’électricité tant pour l’éclairage que pour la production de l’énergie.
- L’éclairage des petites et moyennes localités n’exige guère que 40 lampes de 20 bougies pour l’éclairage public et 300 lampes de 10 à 16 bougies pour l’éclairage privé de 1 000 habitants. Quant aux emplois comme force motrice, ils n’exigent que des puissances ordinairement faibles. C’est ainsi que, en ce qui concerne les usages agricoles, une puissance de 15 à 20 cv. suffit pour tous les besoins d’un domaine d’une centaine d’hectares. De tous les instruments de la
- p.274 - vue 274/950
-
-
-
- LA HOUILLE VERTE ET LES TRAVAUX DE M. BRESSON. 275
- ferme, celui qui exige le plus d’énergie est la machine à battre qui 11e demande qu’une quinzaine de chevaux. Cet appareil, qui ne marche que d’une façon intermittente, fonctionne seul, et c’est quand on ne l’utilise pas qu’on met en mouvement les autres appareils agricoles tels que hache-paille, coupe-racines, brise-tourteaux, barattes, etc., lesquels se contentent d’une très faible puissance (1 à 5 cv.) et peuvent marcher simultanément.
- On fera remarquer encore qu’il est pratiquement possible de transporter en un même point l’énergie de plusieurs chutes d’eau de faible puissance, de manière à obtenir la quantité nécessaire à une installation d’une certaine importance.
- L’énergie hydro-électrique est employée, en Normandie, à des usages très divers. Elle sert principalement à actionner des minoteries qui, grâce à la transformation de leur outillage et à l’adoption du moulin à cylindre, ont pu revivre et affranchir les populations rurales de la nécessité de faire moudre leurs grains dans de grandes minoteries plus ou moins éloignées. Les industries qui utilisent encore la houille verte sont, notamment, des filatures, des tissages, des fabriques de drap, des quincailleries, des tréfileries, etc. Elles utilisent encore leurs moteurs hydrauliques pour l’éclairage électrique des locaux industriels et souvent des habitations, ce qui leur est d’autant plus aisé que, comme on l’a fait remarquer antérieurement, c’est en hiver que les rivières alimentaires ont leur débit le plus important.
- M. Bresson a pensé qu’un recensement général des usines hydro-électriques de distribution publique de l’ensemble de la France présenterait un grand intérêt. Encouragé dans cette voie par l’Administration dont il avait déjà obtenu le patronage et qui, ayant pu apprécier les résultats auxquels il était arrivé, lui a continué son concours, il a pris comme point de départ les renseignements fournis par M. J.-A. Montpellier dans un ouvrage intitulé : « Les distributions publiques d’énergie électrique » (1906). Il les a complétés et mis à jour, en classant les usines, non par départements comme l’avait fait M. Montpellier, mais bien par bassins hydrographiques, en distinguant, comme l’avait fait ce dernier, les usines locales et celles qui alimentent plusieurs localités.
- Le travail présenté sous forme de tableaux avec caries à l’appui (1) est
- (I) Les tableaux et cartes en question ont été publiés dans la « Revue Électrique », que dirige avec tant de compétence, pour la partie technique, M. Blondin. La première carte celle du Bassin de la Loire, remonte au 15 février 1908 et une carte d’assémblage des Bassins côtiers ou frontières donnant les dates précises des Revues qui contiennent les suivantes, ainsi que les tableaux y annexés, a paru dans le numéro du 22 mars 1912.
- p.275 - vue 275/950
-
-
-
- 276
- INDUSTRIE. ---- FÉVRIER 1913.
- terminé en ce qui concerne les bassins de la Seine, de la Loire, du Rhône et de la Garonne. Des caries ont aussi .figuré parmi les documents que la Direction générale des Eaux et Forêts, sur l’ordre de son Directeur général, M. Dabat, a envoyés à l’Exposition d’électricité de Marseille (1908) et aux Expositions universelles de Liège (1908), de Bruxelles (1910) et de Turin (1911). Nous en extrayons les renseignements ci-après :
- POURCENTAGK DK LA RÉPARTITION SUIVANT LA IM.TSSANCK Nombre d’usines
- alimentant, plusieurs localités. Proportion pour cent.
- Bassins. Surfaces. locales. Total. <10 ch. Il à 50 51 à 100 101 à 500 501 à 1000 >1 ooo
- Seine. . . 78 650*1 100 :;o 150 24 59 13 4 » »
- l.oire. . . 121 092 s:; 35 120 10 50 15 3 » 0
- Rhône . . 128 400 220 12a 345 12 48 l.'î 19 8
- Laponne . 84 811 180 70 250 9 44 20 18 3
- Dans tous les bassins, même ceux où l’on rencontre les usines les plus puissantes, la proportion des petites usines (moins de 50 cv.) atteint encore presque la proportion de 50 pour 100; ce qui montre bien l’importance de la dissémination des chutes et l’utilité d’un recensement général.
- Actuellement, M. Bresson dresse la statistique des mêmes usines en ce qui concerne les bassins côtiers ou frontières.
- Il complète ce travail par la confection d’un casier hydrographique des usines. Chacune de ces dernières fait l’objet d’une fiche spéciale donnant Ions les renseignements utiles en ce qui concerne les cours d’eau alimentaire, la puissance de la chute, celle des moteurs de secours, ainsi que la distance du transport et le mode de l’utilisation de l’énergie. Lorsque tout sera terminé, on possédera une liste des distributions publiques d’énergie hydro-électrique qu’il sera facile de tenir à jour. On sera ainsi au courant du développement de cette énergie.
- Par l’ensemble de ses recherches et travaux, M. Henri Bresson a certainement contribué au développement des utilisations diverses de l’hydro-électri-cité. C’est pourquoi son œuvre a paru digne d’être signalée à la Société d’Encouragement, particulièrement apte à en apprécier le mérite.
- p.276 - vue 276/950
-
-
-
- AGRICULTURE
- LES HUITRES ET LA FIÈVRE TYPHOÏDE A PARIS
- par M. Paul Viincey
- Ingénieur-Agronome, directeur des Services agricoles de la Seine, vice-président de la Société de Médecine publique et de Génie sanitaire.
- C’est en mélange des résidus digestifs des malades ou des porteurs sains que les germes de la fièvre typhoïde sont le plus souvent répandus dans le monde extérieur. C’est aussi par l’ingestion alimentaire de produits souillés par les déchets digestifs que ces germes pénètrent habituellement les organismes sains et communiquent la maladie.
- La cause essentielle de la lièvre typhoïde réside ainsi dans la production des matières alvines, d’une part, et dans la coprophagie plus ou moins médiate, d’autre part.
- La dothiénentérie est classée au premier rang des affections hydriques, parce que l’eau alimentaire est le véhicule le plus habituel du bacille spécifique. Mais la contagion s’établit aussi par d’autres aliments, plus ou moins directement souillés de déchets digestifs contaminés.
- Il serait ainsi plus exact de taxer le typhus abdominal de maladie d’origine fécaloïde. Dans l’ordre collectif, en effet, la prophylaxie de cette affection a surtout pour objet de préserver les milieux alimentaires contre la souillure digestive, ou bien d’on assurer la désinfection par une technique appropriée.
- On est aujourd’hui d’accord pour considérer les eaux avant tout, les huîtres et les crudités ensuite, comme les aliments les plus susceptibles de subir la contamination spécifique et de communiquer la maladie.
- Pour une population déterminée, il est des circonstances qui permettent de mesurer approximativement l’importance de ces principaux facteurs, sur le développement collectif de la fièvre typhoïde. Tel est le cas, par exemple, où l’un de ces aliments vient à être profondément modifié, a oire même supprimé, momentanément ou définitivement.
- p.277 - vue 277/950
-
-
-
- 278
- AGRICULTURE.
- FÉVRIER 1913.
- C'est ainsi, dans une précédente communication (1), que Fauteur de ce mémoire avait procédé à F endroit d’une agglomération de 180 000 habitants, circonscrite par une boucle de la Seine, au nord-ouest de Paris. Il s’agissait alors de déterminer l’influence de l’ancienne alimentation publique en eau brute de Seine, comparativement au nouvel approvisionnement collectif en eau filtrée du fleuve, sur le développement local de la fièvre typhoïde. La statistique démographique avait fourni la solution de ce problème sanitaire.
- Tant en morbidité qu’en mortalité spécifiques, la typhoïde avait été sensiblement deux fois plus fréquente au cours des trois dernières années du précédent régime, en eau brute, que pendant les trois premières années du nouveau régime, en eau filtrée. Toutes autres conditions étiologiques restant égales d’ailleurs, on avait ainsi pu conclure que la mauvaise alimentation hydrique de l’ancien régime avait précédemment occasionné la moitié au moins des en s ou décès typhoïdiques.
- Fine méthode similaire avait également permis d’établir que l'eau contaminée des puits intervient encore approximativement pour la moitié dans le développement local de la dothiénentérie : la fréquence de cette affection est, en effet, environ deux fois plus grande encore dans la région basse de cette localité, où de nombreuses maisons isolées n’ont à leur disposition que l’eau contaminée de la nappe phréatique, que dans la région élevée, aux habitations groupées, presque toutes desservies par la canalisation publique en eau filtrée de Seine.
- Après les eaux alimentaires, les huîtres sont justement considérées comme l’un des principaux véhicules des germes typhoïdiques, d'origine digestive. La même méthode d'observation démographique, valant presque une détermination expérimentale directe, permet encore de mettre en lumière et môme de compter la part qui revient à la consommation des huîtres, dans le développement de la fièvre typhoïde, tant à Paris que dans la banlieue du département de la Seine.
- Concernant les vingt années de 1886 à 1905, M. le docteur Bertillon avait déjà signalé les circonstances ci-après, _ relatives au degré de fréquence de la typhoïde à Paris, selon les âges et les sexes :
- Pour l’ensemble des âges, fréquence plus grande chez les hommes que chez les femmes ;
- (1) La fièvre typhoïde à Paris et en banlieue, Bulletin de juillet 1910 de la Société d’Encourage-ment pour l’Industrie nationale.
- p.278 - vue 278/950
-
-
-
- LES HUITRES ET LA FIÈVRE TYPHOÏDE A PARIS. 279
- Pour les deux sexes, fréquence beaucoup plus grande au cours de l'âge adulte que pendant la prime jeunesse et l’extrême vieillesse ;
- Jusque vers la vingtième année, fréquence plus grande chez les femmes que chez les hommes ;
- Au delà de la vingtième année, fréquence au contraire plus grande chez les hommes que chez les femmes.
- 11 s’agit bien là de faits constants, puisqu’ils sont encore mis en évidence par le graphique suivant, relatif à la période 1906-1910.
- Ces différences d’endémicité ne sauraient être imputées à des variations
- typhoïdiques Paris - Période 1906-1910
- MORTALITÉ TYPHOÏDIQUE ANNUELLE proportionnelle à 100.000 habitants pour chaque âge et chaque sexe
- Masculin
- Féminin
- 45 | 50
- 55 | 6<f
- milliers d habitants
- Fig. I. — Diagramme de la mortalité typhoïdique de Paris.
- correspondantes dans le régime hydrique, puisque l’origine et la qualité des eaux alimentaires sont sensiblement les mêmes à l’endroit des deux sexes et des différents âges ; mais elles peuvent trouver leur explication dans la consommation des huîtres et des crudités légumières.
- Il n’est pas douteux notamment que la consommation des salades, plus ou moins suspectes, soit plus fréquente chez les adultes que chez les enfants et les vieillards.
- p.279 - vue 279/950
-
-
-
- 280
- AGRICULTURE.
- FÉVRIER 1913.
- L’huître, trop souvent contaminée, n’est pas un mets d’usage toujours familial. La consommation en est plus habituelle au restaurant, fréquenté davantage par les hommes. Aliment de digestion assez laborieuse, ce mollusque est aussi plus recherché pur les adultes que pur les vieillurds et les jeunes gens, sauf peut-être par les femmes, au temps qui précède leur mariage.
- La consommation des huîtres peut ainsi expliquer, dans une certaine mesure, lu fréquence plus grande du typhus abdominal chez les adultes que chez les vieillards et les enfants, et aussi chez les hommes que chez les femmes, au moins à partir delà vingtième année.
- Tant à Paris que dans les autres capitales, il a été maintes fois observé que la fièvre typhoïde n’est pas plus fréquente dans les quartiers pauvres que dans ceux où l’aisance favorise l’application habituelle des préceptes de l’hygiène :
- C’est ainsi que l'arrondissement peu aisé de Ménilmontant a toujours été plus favorisé que les autres, par la constante rareté de la dothiénentérie. La cause en a toujours été dans un usage très limité de l’eau souterraine contaminée, du fait même de la rareté des puits dans cette région élevée, où les nappes superficielles sont presque toujours asséchées, par suite de l’exiguïté de leur bassin d’alimentation météorique.
- Lorsque l’on considère le développement de la fièvre typhoïde dans les divers arrondissements de Paris, on remarque notamment que la diminution progressive en est plus rapide dans les localités élevées de la périphérie que dans les régions basses du centre. Depuis une quinzaine d’années déjà, cette maladie est même devenue plus fréquente dans les arrondissements riches du centre, que dans ceux du pourtour, généralement moins favorisés au point de vue du bieu-être.
- Tout exceptionnelle qu’elle soit devenue, la consommation de l’eau contaminée des puits peu profonds est assurément pour quelque chose dans cette dernière répartition — pour le moins inattendue — de la lièvre typhoïde, selon les quartiers parisiens.
- Mais la part prépondérante doit en être attribuée à la consommation des huîtres, aliment de luxe en somme, plus habituellement recherché dans les quartiers riches que dans les localités pauvres.
- On est aujourd’hui bien fixé sur la contamination fécaloïde d’un grand nombre de parcs à huîtres, et aussi sur les cas trop fréquents de typhoïde que l’on doive attribuer à la consommation de ces mollusques.
- Cette conviction publique n’a d’ailleurs pas eu pour résultat de diminuer la
- p.280 - vue 280/950
-
-
-
- J,ES HUITRES ET LA FIEVRE TYPHOÏDE A PARIS.
- 281
- consommation des huîtres dans notre capitale. Cette consommation demeure stationnaire, pour une douzaine de millions de kilogrammes par année.
- Le graphique ci-après relate l’alimentation ostréaire de Paris, au cours des mois successifs d’une année moyenne de la période quinquennale 1906-1910. On y remarque une progression considérable d’utilisation depuis septembre jusqu’à
- Paris-Période quinquennale 1906-1910 - Année moyenne
- Tonnes--------------------------------------------------- ---------
- 3323
- Introduction mensuelle d'huîtres Fraîches
- 3000
- moyenne : 939
- Janvier Mars Mai Juillet Septemb. Novemb,
- Février Avril Juin Août Octob. Décemb.
- Fig. 2. — Diagramme de l’introduction mensuelle d’huîtres à Paris.
- décembre, puis une diminution, depuis janvier jusqu’en avril, et enfin une abstinence presque complète, au cours des quatre mois sans r, de mai, juin, juillet et août.
- Au regard de ces conditions alimentaires, le graphique suivant renseigne sur la fréquence concomitante de la fièvre typhoïde, pour une année moyenne des deux périodes quinquennales 1901-1905 et 1906-1910 :
- Ce qui frappe tout d’abord, c’est la diminution constante de la mortalité et de ht morbidité typhoïdiques durant le trimestre d’été, de juin à août.
- Pour la dernière période 1906-1910, les décès typhoïdiques ont été limités à 13 -|- 19 + 14 = 46 au cours de ce trimestre estival. On peut très bien admettre que ce degré réduit de fréquence aurait été le même pendant les trois autres trimestres, si l’abstinence ostréaire y eût été également observée. Pour ladite Tome 119. — 1e1’ semestre. — Février 1913. 19
- p.281 - vue 281/950
-
-
-
- 282
- AGRICULTURE.
- FÉVRIER 191.L
- année entière, la mortalité spécifique eiïl alors été? réduite à 46 X 4 = 18i. Comme elle sest effectivement élevée jusqu’à 250, c’est doue que 250 —181— 00 décès sont imputables à la consommation des huîtres, depuis septembre jusqu’en avril.
- D’après ce que l’on sait de la période d’incubation de la typhoïde eide la
- FRÉQUENCE MENSUELLE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE A PARIS
- (,
- Mortalité
- Morbidité
- PÉRIODE 1901-1905
- _ ANJMÉE MOYENNE
- moyenneJ82-
- 16 + 19 + 25 = 60 / \ , , 142 + 133 + 195 = 470
- 60 x4 = 240 |_2?8-J_ I 470x4=1880
- 323-240 = 83 \ 323 3,9 (2178 7.3/ 2170-1880= 298
- PERIODE 1906-1910 _ ANNEE MOYENNE
- ____ décès
- -24—
- moyenne: 2!
- Juillet Septemb Novemb Juin Août Octobre Décemb.
- Janvier
- 159 moyenne: 159
- Janvier, Mars Mai Juillet _ Septemb Novemb.
- Février Avril Juin Août Octobre Décemb.
- 13 + 19 » 14 = 46 / (je 1
- 46 x 4 = 184 (— = —
- 250 -184 = 66 *>'
- 385 _ 1
- 1905 ~ 4Ô"
- 122 + 132 + 126 = 380 380 x 4 = 1520 1905-1520=-385
- Fig. 3. — Fréquence mensuelle de la fièvre typhoïde à Paris.
- nocivité des huîtres lors du retour des chaleurs, on comprend très bien que la consommation de ces mollusques, en avril, se fasse encore sentir en mai, sur le développement de la maladie.
- En année moyenne de la période précédente 1906-1910, le meme raisonnement conduit à présumer que, sur 323 décès typhoïdiques, 83 puissent être attribués à l’alimentation ostréaire.
- C’est ainsi, pour le trimestre d’été de deux périodes quinquennales succès-
- p.282 - vue 282/950
-
-
-
- 283
- LES HUITRES ET LA FIÈVRE TYPHOÏDE A PARIS.
- sives, que les décès typhoïdiques ont été régulièrement réduits d’un quart (1) environ, en comparaison dos autres saisons.
- Dans l’ensemble des autres communes de la Seine, on constate également une diminu tion marquée de cette endémicité durant l’été, sauf en août, où l’eau contaminée des puits, à cause de sa fraîcheur, est malheureusement très recherchée par les travailleurs des champs.
- Tant à Paris qu’en banlieue, est-il possible d’expliquer la diminution constante de la typhoïde en été, autrement que par l’abstention dans l’usage alimentaire des huîtres?
- Durant cette saison, il est vrai que l’eau fraîche des puits et les crudités soient plus recherchées: mais c’est là précisément une cause de développement de la maladie, plus capable de masquer partiellement que de concurrencer l'influence protectrice do l’abstinence ostréaire.
- Ce serait, par contre, une erreur d’attribuer exclusivement au retour de l’ostréophagie la recrudescence typhoïdique en septembre de chaque année. L'alimentation hydrique défectueuse, que subissent les Parisiens en villégiature estivale, doit bien aussi y être pour quelque chose.
- De septembre jusqu’à décembre, si le développement de la maladie ne suit pas la même amplitude que la consommation ostréaire, c’est sans doute que la contamination des parcs maritimes s'atténue à mesure que s'éloigne le temps de la villégiature estivale, et aussi que les mollusques subissent une épuration naturelle, d'ailleurs activée par le retour des basses températures.
- Depuis janvier jusqu’à mai, l’endémicité ne décroît pas non plus dans la même mesure que la consommation ostréaire, pour la raison sans doute que la nocivité des mollusques est accrue par le retour des chaleurs.
- M’empêche que la fréquence delà typhoïde soit diminuée d’un quart environ durant l’été, en comparaison des autres saisons, et qu’il semble bien y avoir relation manifeste de cause à effet entre cette diminution constante' et l’arrêt concomitant de toute alimentation ostréaire.
- La suppression totale de cette cause du développement de la fièvre pourrait ainsi économiser annuellement 385 cas de maladie, 66 vies humaines, et réduire, depuis 8 jusqu’à 6, létaux de mortalité spécifique rapportée à 100 000 habitants de Paris.
- Sans qu’il soit besoin de leur attribuer une rigueur scientifique qu’elles ne sauraient comporter, ces circonstances démographiques n’en établissent pas
- (1) Ce rapport serait sensiblement moins élevé d’après les chiffres de la morbidité, par la raison sans doute que les déclarations des cas de fièvre typhoïde sont encore beaucoup moins fidèles que les déclarations de décès spécifiques.
- p.283 - vue 283/950
-
-
-
- 284
- AGRICULTURE. --- FÉVRIER 194.1.
- moins tout l’intérêt que présente la lutte contre le développement collectif de la fièvre typhoïde, tant par la préservation' des parcs à huîtres contre la souillure digestive, que par l’épuration méthodique de ces mollusques, alors qu'on li a pu en éviter la contamination spécilique.
- Devant les dangers d'une situation menaçante pour la santé publique et pour leur industrie, les ostréiculteurs s'adressèrent aux pouvoirs publics pour
- Fig. 4. — Vue de l’installation d’essai de stabulation des huîtres, quai Debilly, à Paris.
- A, Fibre à sablo non submergé. — B. Réservoir d’eau filtrée. — C, C', Doux bassins de stabulation, do trois compartiments chacun. — 1), Bac à eau saléo à 1022» et brute.
- demander un remède capable de ramener la continuée dans 1 esprit des consommateurs.
- Vers la lin de 1909, le sous-secrétaire d Etat à la Marine institua une Commission mixte d Assainissement des Etablissements ostréicoles, chargée d’étudier les moyens sanitaires propres à améliorer une silludion périlleuse à la fois pour le public et pour les marchands d’huîtres.
- Composée de personnes qualifiées, celle commission se mit bientôt à l’œuvre, et ne tarda pas à reconnaître que la lutte du coté de la protection eiïective des huîtres était chose extrêmement difficile à réaliser, dans la plu-
- p.284 - vue 284/950
-
-
-
- LES HUITRES ET LA FIÈVRE TYPHOÏDE A PARIS.
- 28;i
- part des conditions d'aménagement des parcs de notre littoral. Mais les expériences instituées de 1910 à 1912, au Laboratoire de la Marine, quai Debilly, à Paris, par MM. Fabre-Domergue et Legendre, et rigoureusement contrôlées par le Syndicat des Ostréiculteurs, conduisirent à cette constatation scientifique que les huîtres, reconnues contaminées dans la proportion de 90 à 80 p. 100 par les microbes intestinaux de l’homme, sont complètement débarrassées du colibacille en particulier, après un séjour de moins d'une semaine dans un courant d’eau filtrée de mer artificielle.
- Commission d’Assainissement des Établissements ostréicoles du Ministère de la Marine.
- Expériences poursuivies au Laboratoire du quai Debilly, à Paris, en avril et mai 1912,
- Résultats contrôlas
- Sur 10 tubes ayant reçu chacun le liquide provenant de la dissociation d'une huître, on a trouvé, après 48 heures d'incubation à 10°, la proportion ci-dessous donnant la réaction du Bacille Coli :
- lu: bassin N° o g -v- p < < CO MERCREDI 24 AVRIL. Q 5 ^ < S 2 1 i S 2 P5 < u- £ DIMANCHE 2K AVRIL. S > < < MARDI 30 AVRIL. 5 ^ r*". JEUDI 2 MAI.
- i Avant
- contenant stabulation 1 i \ 0 0 „ ,> »
- 570 huîtres. 7
- 2 Avant
- contenant « stabulation 2 0 1 0 0 » » ..
- 620 huîtres. 6
- 3 Avant
- contenant » .> stabulation 0 0 0 0 0 .>
- 630 huîtres. 3
- 4 Avant
- contenant .. » stabulation 3 O 0 0 0 „
- 646 huîtres. Q
- 5 Avant
- contenant „ » » » stabulation t II 0 o „
- 670 huîtres. 4
- 6 Avant
- contenant » » » stabulation 3 2 0 0 0
- 670 huîtres. 1
- L’analyse du cinquième jour dans le quatrième bassin a donné un tube fluorescent, sans ga'z ni virage. Un ensemencement ultérieur n’a pas donné de culture.
- Ainsi qu’il est établi par le tableau ci-dessus, ce résultat est môme obtenu après quatre jours de stabulation, en circuit fermé d’eau filtrée de mer artificielle.
- p.285 - vue 285/950
-
-
-
- 286
- AGRICULTURE. — FÉVRIER I9IR.
- Ces .expériences ont conduit à l'application industrielle loule récente de la stabulation des huîtres, en vue de leur épuration préalable à la consommation.
- Depuis un mois environ, des bassins de stabulation à huit compartiments ont été établis à Concarneau, pour le traitement journalier de 0400 huîtres.
- Fig. ‘J. — Gitupo île rétablissement de stabulation de Concarneau.
- D’après M. Legendre, membre de la Commission d'Assainissement des Etablissements ostréicoles, la figure ci-dessus reproduit la coupe de cette installation.
- Pour un débit journalier de 20 000 huîtres, un établissement de ce genre serait en construction à Lorient. De son côté, la municipalité des Sables-d'Olonne étudierait le projet d'une installation pour le traitement quotidien de 100 000 huîtres. Avec de l'eau de mer artificielle, et en circuit fermé, deux installations de cet ordre doivent prochainement s'ouvrir à Paris.
- Tant à la mer qu’aux principaux lieux de consommation, il y a tout lieu d’espérer que la nouvelle industrie de la stabulation des huîtres sera bientôt généralisée, et qu’il en résultera un grand bien pour la santé publique, en même temps qu'un réel profit pour la très intéressante industrie ostréicole.
- p.286 - vue 286/950
-
-
-
- AGRICULTURE
- LA DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX
- par les fumigations d’acide cyanhydrique,
- par M. Paul Marchai..
- Le gaz cyanhydrique, extrêmement toxique pour tous les animaux et que l'on obtient en faisant réagir l'acide sulfurique sur le cyanure de potassium, est actuellement utilisé pour la destruction des insectes nuisibles aux végétaux suivant trois méthodes différentes ayant chacune une destination spéciale et appliquées surtout aux Etats-Unis.
- Il est employé :
- 1° Pour traiter des arbres de petite taille et en particulier les orangers, que l'on entoure d'une (oile imperméable sous laquelle on provoque le dégagement des vapeurs toxiques.
- 2° Pour désinfecter les végétaux destinés au commerce, dans un local construit à cet effet et désigné sous le nom de fumujatorium.
- 3° Pour débarrasser de leurs parasites animaux les plantes qui se trouvent dans une serre.
- Depuis les premiers essais qui ont été faits par Coquille!t en 1886, le premier mode de traitement a été très employé aux Etats-Unis contre les cochenilles des orangers. Il est très efficace, mais assez coûteux, de sorte que l’opportunité de son application dépend beaucoup des conditions économiques du pays dans lequel on se trouve. C’est ainsi qu’aux Etats-Unis mêmes, le traitement par l'acide cyanhydrique est couramment appliqué en Californie où la vente des fruits est pour le cultivateur suffisamment rémunératrice pour justifier les frais supportés. Au contraire, à la Floride, cette méthode n'a pu se répandre en raison du prix trop bas auquel les oranges sont écoulées sur les marchés.
- En France, en présence des ravages occasionnés par le Chrysomphalns dic-tyospermi (CIn\ minnr), des essais ont été faits en 1903 au Parc-aux-Roses, près
- p.287 - vue 287/950
-
-
-
- 288
- AGRICULTURE. --- FÉVRIER 1913.
- de Nice, pur M. Arbost sur «les indications données par M. Poiranlt, directeur de la Station biologique de la Villa Thuret, à Antibes. Malgré les résultats fort satisfaisants qui furent obtenus, la méthode ne réussit pas toutefois à entrer dans la pratique, en raison des difficultés que l’on rencontra pour organiser les Équipes indispensables à ces opérations.
- Enfin en 1910 et 191 i, elfrayé parles ravages que faisaient les cochenilles et en particulier le Chrysomphalus diclyospermi dans les cultures d’orangers de ta région de Valence, de celle de Malaga et des Baléares, le gouvernement espagnol a fait venir d’Amérique M. Woglum, le spécialiste le plus compétent des Etats-Unis sur cette question, pour organiser la lutte contre les cochenilles des orangers par l’acide cyanhydrique et consacra un budget de 50 000 peselas aux expériences.
- Les résultats de cette campagne, au point de vue de l’efficacité des traitements, ont été excellents et actuellement des syndicats ont été institués pour traiter les cultures d’orangers dans les districts les plus contaminés. Ils permettent de les conserver en bon état et en plein rapport, alors que dans la région de Murcie des centaines d’hectares d orangers desséchés par le Chrysomphalus ont du être arrachés.
- Les difficultés inhérentes aux conditions économiques et variables suivant les différents pays, qui s'opposent à la généralisation des traitements des arbres par l’acide cyanhydrique n’existent pas, au moins dans le plus grand nombre de cas, pour les deux autres modes d’application de l’acide cyanhydrique, c’est-à-dire pour le traitement en fumigatorium des végétaux destinés au commerce, et pour la désinfection des serres.
- Les premières expériences concernant la désinfection des plantes par l’acide cvanhvdrique paraissent avoir été faites à Nice, de 1881 à 1884, par Konig, sur l’initiative de la Commission consultative italienne du Phylloxéra. Dans un rapport dont il avait été chargé au sujet de ces expériences, le professeur Sestini (Ij concluait en considérant comme pratiquement possible la création d’un établissement pour la désinfection des végétaux, dans certaines des stations de frontière en vue de permettre l’introduction des plantes en provenance de l’étranger. Les fumigations d'acide cyanhvdrique étaient particulièrement recommandées pour la désinfection des plantes vertes et des plantes de pépinières, tandis que pour les bulbes, les tubercules, les plants de vigne, une immersion dans une solution de sulfocarbonate de potasse» et de sulfocar-bonale d'éthyle était considérée comme donnant les meilleurs résultats. —-Konig avait en particulier insisté sur ce fait importa ni que le gaz cyanhydrique
- (1) Atti délia Commissione consultiva per la fillossera. [Annali di Agricoltura, 1884).
- p.288 - vue 288/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DF S VÉGÉTAUX PAH LES FUMIGATIONS Iï'aCIDE CYANHYDRIQUE. 289
- est beaucoup mieux supporté par les plan (es en végétation, que tous les autres gaz dont on pourrait se servir pour les désinfections et qu’il était notamment bien préférable à ce point de vue au sulfure de carbone (1).
- Malgré ces premiers essais, la méthode de la désinfection des végétaux par l’acide cyanhydrique, en raison surtout sans doute des dangers que paraissait comporter son emploi, n’arriva pas à passer dans la pratique en Europe et c’est en Amérique qu’elle se développa de façon à devenir une méthode courante, dont toute la partie technique a été soigneusement étudiée et mise au point.
- Les premiers essais pour la désinfection des plantes de pépinières par l’acide cyanhydrique, en Amérique, ont été faits en 1894 par W. R. Gunines dans le comté de San Diégo (Californie). Dans un rapport adressé à Howard, chef du bureau d’entomologie de Washington, cet expérimentateur signala alors qu’il avait fumigé avec succès 40 000 arbres infectés, en les recouvrant de haches au-dessous desquelles le gaz cyanhydrique avait été produit et retenu. Peu à peu le procédé se répandit et se perfectionna; enfin à Dayton, dans l’Ohio, Webster construisit en 1897 l’un des premier* fumi-gatoriums.
- Fumigciloriums. — Toute construction destinée au traitement des plantes par fumigation, doit être susceptible de se fermer d’une façon hermétique. Elle doit en outre être d’une forme telle que son volume puisse être facilement évalué et ce volume, pour faciliter les dosages, doit autant que possible correspondre à un chiffre rond de mètres cubes.
- Le fumigatorium doit être entièrement obscur, l’action des rayons lumineux pouvant avoir, en présence du gaz cyanhydrique, une action nocive sur la végétation. Il doit en outre se trouver dans le voisinage immédiat des magasins où les plantes sont rangées au moment des expéditions.
- Pour l’usage courant, le fumigatorium le plus simple, celui qui est couramment employé aux Etats-Unis, consiste en une cabane en bois, mesurant en moyenne 3 mètres de long sur 2m,50 de large et 2"',40 de haut, ce qui correspond à 18 mètres cubes (fig. 1 ).
- Chaque paroi est formée d’une double épaisseur de planches et entre les deux assemblages est intercalé un fort papier goudronné, qui au niveau de chaque angle déborde pour se replier sur la face adjacente. Les planches de la paroi interne sont assemblées entre elles au moyen de languettes et de rainures,
- (T) Relazione del prof. F. Konig (Annali di Agricoltura, 1884, p. 193), et renseignements dus à l’obligeance de M. le professeur Franceschini de Milan.
- p.289 - vue 289/950
-
-
-
- 290
- AGRICULTURE. --- FÉVRIER 1913.
- comme les frises d’un parquet; la paroi externe peut être faite de la même façon, ou simplement formée de planches juxtaposées. Les planches doivent être parfaitement planes et lisses, pour que le papier s’applique exactement à leur surface. Le plafond et le plancher sont construits d’une façon semblable. Pour simplifier on peut supprimer le parquetage, le sol étant formé de terre
- Fn;. 1. — Vue antérieure et vue postérieure d'un petit fimiiyuturium cuiilViriue û l'un des types les plus répandus aux États-Unis. [D’après Newell.]
- ballue et les quatre parois verticales étant engagées dans la lerre par leurs parties inférieures; à quelques centimètres au-dessus du sol, on établit alors un plancher à claire-voie. Le plafond est recouvert d’un Ioit formé de papier goudronné. Deux portes, ou bien une porte et une fenêtre permettant l’introduction des plantes et la ventilation sont ménagées dans deux parois opposées; elles doivent être en double épaisseur, construites de la même façon que les parois et disposées de manière à fermer hermétiquement en s’appliquant contre un cadre garni de feutre. Enfin une couche de peinture épaisse, de préférence
- p.290 - vue 290/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAR LES FUMIGATIONS D? ACIDE CYANHYDRIQUE. 291
- à base de céruse, est passée à l'intérieur et à l'extérieur pour combler les moindres tissures qui pourraient subsister.
- Une disposition très commode consiste en un fumigatorium de longueur double du précédent et divisé en deux pièces, chacune étant poursue d’une porte et d’une lenètre et étant séparée de l’autre par une cloison étanche. Pendant qu’une fumigation est en train dans un des compartiments, on peut ainsi retirer les plantes qui se trouvent dans l'autre et procéder à son rechargement immédiat.
- Aux Etats-Unis, les exploitations de grande importance disposent souvent de
- Fin. 2. — Fumigatorium en béton, à. { chambres, utilisé dans les grandes exploitations borlieoles des États-Unis (Géorgie). (D’après Burgess.j
- fumigntoriums en maçonnerie ou en béton recouverts d’un toit à deux pentes avant l’aspect de maisons ou de hangars divisés en quatre pièces (fig. 2) : deux grandes servant à fumiger les.plantes de grande taille et deux petites dont l’une sert à fumiger les scions, plants, boutures et plantes de petite taille, tandis que l'autre est aménagée de façon à servir de magasin ou de laboratoire. Toutes ces pièces sont indépendantes et isolées les unes des autres, communiquent chacune avec l’extérieur par une porte et sont susceptibles d’être très énergiquement aérées au moyen de fenêtres ou de ventilateurs en cheminées disposés sur le toit et munis d’une soupape. Les grandes pièces de certaines de ces constructions sont assez spacieuses pour fumigeÇ jusqu’à un million
- p.291 - vue 291/950
-
-
-
- 292
- AGRICULTURE.
- - FÉVRIER 19H.
- d'arbres et des charrettes entières chargées de plantes peuvent y être introduites (Pig. 3). Au point de vue économique et de l’utilisation maximn du gaz
- Fig. 3. — Grand fumigatoriuin, à Xenia, Ohio. Sa capacité est de 1 022 pieds cubes.
- [D’après Burgess.]
- insecticide ces grands fumigatoriums ne valent pas d’ailleurs les installations de moyennes proportions.
- Jio/tPs à fumigations (fig. 4 et d). — Si des opérations que l’on a à faire doivent perler sur un matériel peu abondant et de petite taille, on peut avec avantage se servir de simples boîtes fermant hermétiquement et dans lesquelles on entasse les plantes à traiter.
- Des proportions commodes sont par exemple les suivantes:
- 3 mètres de long, sur 1 mètre de large et I mètre de profondeur (les mesures étant prises à l’intérieur), de façon à correspondre à 3 mètres cubes. Les parois de la boîte sont faites d’une façon analogue à celles des fumigatoriums, c’est-à-dire formées de deux couches de planches agencées à languette et à rainure, entre lesquelles un fort papier se trouve interposé. Le bord supérieur do la boîte est garni de feutre de façon à rendre la fermeture hermétique. Le couvercle s'appliquant sur ce feutre, peut être assujetti au moyen de deux traverses de bois : celles-çi au moment où l’on ferme le couvercle sont engagées par
- p.292 - vue 292/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAR LES FUMIGATIONS D'ACIDE CYANHYDRIQUE. 293
- leurs deux extrémités dans les mortaises que portent quatre montants cloués par paires aux deux extrémités de la cuisse ; nu moyen de coins de bois passés dans les mortaises, le couvercle peut être ainsi solidement serré contre le
- -Sfr ^
- Fit... I. — Boite à fumigation.
- feutre garnissant le bord supérieur de la boite. Au fond de cette dernière est disposé un faux plancher à claire v oie, au-dessous duquel on place le récipient destiné à recevoir les réactifs. Une porte ménagée dans l une des parois permet d introduire le cyanure au dernier moment.
- Pour simplifier la construction, on peut très bien aussi se servir d une
- Fig. 5, — Caisse renversée disposée pour une fumigation.
- caisse sans couvercle et renversée sur le sol, la terre étant buttée tout autour. Les plantes qui ont été préalablement entassées dans la caisse sont retenues au moyen de quelques traverses en bois.
- Dans les expériences de désinlection que j ai faites, je me suis surtout servi
- p.293 - vue 293/950
-
-
-
- 294
- AGRICULTURE.
- FÉVRIER 1913.
- d’une cuisse de deux mètres cubes établie au moyen de châssis vitrés : le plancher était en bois, deux des parois étaient représentées par les murs de l’encoignure d’une construction; trois châssis vitrés, solidement mastiqués, constituaient le plafond et les deux autres parois. Les dimensions étaient de 2 X 1 X 1 et une porte assez grande pour permettre l’introduction do plantes en pots se trouvait ménagée sur Lun des côtés. Les joints étaient fermés au moyeu de mastic.
- Je me suis également servi d’une sorte de caisse sans fond, faite en toile cirée imperméable tendue et fixée sur un bâti de bois : cette caisse très légère pouvait être facilement manœuvrée et placée comme une cloche* sur les plantes à J rai 1er, en ayant soin de butter la terre tout autour: une petite porte latérale permettait d’introduire les réactifs.
- Réactifs employés pour la production du gaz. — Les réactifs employés pour produire lë gaz cyanhydrique sont le cyanure de potassium, l’acide sulfurique et Leau.
- Le cyanure de potassium dont il est fait usage est le cyanure en tablettes blanches concassées, ayant un degré de pureté presque absolu (98 à 99 p. 100). L’acide sulfurique est l’acide commercial marquant 66°B ; il ne doit pas contenir comme impureté de l’acide nitrique, celui-ci étant'susceptible de déterminer des brûlures.
- Les proportions qui sont aujourd'hui préconisées en Amérique comme étant les plus économiques et comme répondant le mieux aux exigences des fumigations courantes sont les suivantes :
- Cyanure de potassium pur (98 p. 100;. . 1 partie
- Acide sulfurique à 66° R ... .........1 —
- Eau...................................3 —
- 11 y a intérêt à ne pas dépasser la proportion d'eau indiquée ci-dessus; autrement une notable partie de l'acide cyanhydrique reste dissoute dans le liquide et est inutilisée.
- Quant à la proportion d’acide sulfurique, dans bien des cas, surtout lorsque la température est basse et que l’on n’opère que sur une petite quantité de substance, on trouve que la réaction se fait d’une façon plus complète et plus énergique en l’augmentant légèrement.
- Les proportions qui m'ont donné les meilleurs résultats sont :
- Cyanure de potassium . ................ i
- Acide sulfurique. . . . ,.................l,o
- Eau.......................................3
- Si l’on opère avec une faible quantité de substance sur un très petit volume, un demi-mètre cube ou un mètre cube, par exemple, il y aura lieu
- p.294 - vue 294/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAR LES FUMIGATIONS D’ACIDE CYANHYDRIQUE. 295
- d’augmenter encore lu quantité de liquide pour que le cyanure soit complètement immergé et alors on aura intérêt à adopter les proportions 1-2-4 pour les réactifs mentionnés.
- Doses. — La dose de cyanure recommandable dans la plupart des cas pour désinfecter les plantes et les arbres fruitiers ou forestiers, pendant le repos de la végétation est de 10 grammes par mètre cube, pendant 40 à 45 minutes. Celle dose suffisante pour détruire complètement le pou de San José et la plupart des cochenilles, est d’ailleurs très inférieure à la dose limite que Ton pourrait employer sans endommager les plantes, et dans un but purement expérimental, on a pu sans inconvénient la doubler, et prolonger la durée de son action pendant deux ou trois heures (Burgess, 11 p. 16). S’il s’agit d’arbres qui ont été greffés dans le courant de l’année, de scions, de boutures, de rosiers, il est prudent, même pendant le repos complet de la végétation, de ne pas dépasser 6 grammes par mètre cube pendant 40 à 45 minutes.
- D'après les expériences que j'ai laites en 1911 et dont on trouvera plus bas le compte rendu, les Palmiers (Phénix) et diverses plantes vertes peuvent sans inconvénient être soumis à une dose de 5 à 6 grammes par mètre cube pendant 45 minutés, ce qui suffi t pour les débarrasser pratiquement des cochenilles dont elles peuvent être envahies sans pourtant donner une sécurité absolue vis-à-vis des cochenilles exotiques dont on peut redouter l’importation.
- Nous donnons d'ailleurs plus loin des indications sur les doses qui peuvent être supportées par un certain nombre de végétaux dans des conditions diverses.
- Dut 'ée. —- Ainsi qu’il résulte déjà de ce qui précède, la durée habituelle de la fumigation est de 40 à 45 minutes. Pour les plantes de pépinières et les arbres à feuilles caduques, pendant le repos de la végétation, il n’y a pourtant pas d’inconvénient à dépasser cette limite et la fumigation d’une heure est souvent pratiquée : la destruction des insectes se trouve ainsi plus complètement assurée. Pour les plantes vertes, au contraire, telles que les Camélias, on ne doit pas dépasser 40 à 45 minutes. D’autre part, en ne prolongeant pas assez et en faisant une fumigation de 30 minutes seulement, on risque d’avoir une fumigation beaucoup moins efficace et un certain nombre d’insectes, après avoir été engourdis, reprennent leur complète.vitalité.
- Pratique de la fumigation. — Pour produire l’acide cyanhydrique, on peut se passer de générateurs ou d’appareils spéciaux. Une simple terrine vernissée à l’intérieur ou un récipient en verre suffit. Ce vase doit être beaucoup plus grand que le volume des réactifs qu’il est destiné à contenir, en raison de
- p.295 - vue 295/950
-
-
-
- 296
- AGRICULTURE. --- FÉVRIER 1913.
- l’elï’ervescenee très vive qui se produit au moment du dégagement du gaz.
- On verse dans le récipient l'eau d'abord, puis l'acide sulfurique ; enliu le cyanure, enveloppé dans un sac de- fort papier est ajouté en dernier lieu. Si le vase est près de la porte, celle-ci étant entre-bàillée, l'opérateur peut, en allongeant le bras, laisser tomber le paquet de cyanure dans le récipient où se trouvent déjà l’eau et l'acide sulfurique, puis refermer immédiatement. Si au contraire il s'agit d’un grand fumigatorium, le ou les récipients étant trop éloignés de la sortie, l’opéra leur aurait un certain trajet à faire pour gagner cetle dernière, après avoir jeté le cyanure dans l’acide sulfurique; malgré toute sa diligence, il risquerait de se trouver ainsi exposé quelques instants à l’action des vapeurs cyanhydriques, ce qui pourrait constituer un péril pour lui. On doit donc alors procéder de la manière suivante :
- On suspend le paquet de cyanure exactement au-dessus de la place que doit occuper le récipient, au moyen d'une licelle passant sur une poulie fixée au plafond et traversant par un trou de vrille l une des parois du fumigatorium, pour aboutir au dehors; on arrête à l’extérieur la ficelle, de façon à maintenir le paquet suspendu. On place ensuite en dessous le récipient vide, sans eau ni acide, et l’on s'assure, en relâchant la ficelle du dehors, qu elle glisse facilement sur la poulie et que le paquet descend bien au milieu et jusqu'au fond du récipient.
- Ces précautions prises, on remonte le paquet en tendant à nouveau la lleelle et on l’arrête solidement de façon à maintenir le paquet suspendu à une certaine hauteur au-dessus du récipient; on enlève alors ce dernier, après avoir exactement repéré son emplacement et, le portant à quelque distance, on y verse l’eau d’abord, puis l'acide sulfurique: on le dispose ensuite au-dessous du paquet de cyanure suspendu, à la place exacte qu’il occupait, puis refermant la porte, on relâche du dehors la ficelle, de façon à descendre le paquet dans le récipient qui contient l’eau et l’acide sulfurique.
- Quand le paquet de cyanure est descendu dans le mélange d’eau et d'acide, le papier enveloppant le cyanure ne tarde pas à être pénétré et brûlé par l’acide sulfurique. La réaction de ce dernier sur le cyanure se fait alors d'une façon très vive, si les substances employées ont été mises dans de bonnes proportions, et le dégagement du gaz cyanhydrique s'accompagne de bouillonnement, en se manifestant par des vapeurs blanches qui en valussent la pièce, lue fois le temps de la fumigation écoulé, on ouvre largement les portes ou fenêtres; par mesure de prudence, il convient de les ouvrir de loin, au moyen de cordes préalablement fixées; une précaution essentielle est en tous cas de ventiler largement et de ne pénétrer dans le fumigatorium que 20 à 30 minutes après ; si la ventilation était insuffisante, il faudrait attendre plus longtemps
- p.296 - vue 296/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAR LES FUMIGATIONS d’AÉIDE CYANHYDRIQUE. 297
- encore. Une surveillance doit être exercée, pour que personne ne s’approche du fumigatorium avant que l’air ait été complètement renouvelé.
- Les résidus de la réaction qui se trouvent dans le récipient contenant encore après la fumigation de l’acide sulfurique et du gaz cyanhydrique en dissolution, on doit creuser un trou en terre et y vider ces résidus, dans un endroit suffisamment écarté de toute végétation (1).
- Désinfection des serres par l'acide cyanhydrique. — Les premières expériences ont été faites en Amérique par Alb. Woods en 1894. En France la même méthode a été expérimentée dans les serres du Muséum d’histoire naturelle de Paris par MM. Costantin, Gérôme et Labroy (2) et dans les serres du Jardin colonial de Nogent-sur-Marne par M. L. Tillier, professeur d’arboriculture delà Ville çle Paris (3). J’ai fait, en 1911, en même temps que des essais de désinfection en fumigatorium, des expériences de fumigation dans les serres dont on trouvera le compte rendu à la fin de cette étude.
- Gomme les plantes pourvues de leur feuillage sont, suivant leurs espèces, inégalement sensibles à l’action de l’acide cyanhydrique, la désinfection d’une serre n’est en général pratique que si cette dernière ne contient qu’une seule catégorie de plantes, ou un petit nombre d’espèces végétales qui auront été reconnues d’une sensibilité à peu près égale.
- Il est indispensable, pour faire une bonne fumigation, que la serre ferme d’une façon complète et toutes les ouvertures qui pourront subsister devront être bouchées.
- Le premier soin qui incombe à l’opérateur est de déterminer la capacité de
- (1) Quelques indications complémentaires n’ayant pas trouvé place dans le précédent exposé doivent être en outre données au sujet de la pratique des fumigations :
- a) . — Lorsque l’on fait toujours usage du même fumigatorium et que les fumigations doivent porter sur des plantes de même nature, on devra préparer d’avance un certain nombre de paquets contenant tous la même dose déterminée de cyanure; ces paquets seront rangés dans un grand bocal hermétiquement bouché, rangé à l’abri de l’humidité et portant une étiquette avec la mention : Cyanure de potassium. Poison.
- b) . — L’acide sulfurique devra toujours être versé dans l’eau et on se gardera de faire l’inverse, pour éviter les projections.
- c) . — Une fois le mélange de l’acide et de l’eau opéré, il sera bon de mettre sans retard le cyanure, de façon à profiter de la chaleur dégagée pour favoriser la réaction de l’acide sulfurique sur le cyanure.
- d) . — Jamais on ne doit mettre le cyanure dans l’eau avant d’avoir versé l’acide; autre* ment il se produit, au moment où on ajoute l’acide, une réaction très violente qui détermine de fortes et dangereuses projections.
- e) . — Le paquet de cyanure ne doit être prélevé dans le bocal où il est tenu en réserve, que lorsque tout est prêt et qu’il n’y a plus qu’à mettre le paquet dans le vase où se trouvent déjà l’eau et l’acide sulfurique.
- (2) Le Jardin, 1904, p. 123.
- (3) L'Agriculture pratique des pays chauds, VI, 1906, lep semestre, p. 166-169.
- Tome 119. — 1er semestre. — Février 1913,
- 20
- p.297 - vue 297/950
-
-
-
- 298
- AGRICULTURE. --- FÉVRIER 1913.
- la serre qu’il désire traiter. Ou dresse à cet effet un schéma représentant la serre en section transversale; Faire ainsi limitée est ensuite partagée en triangles et en rectangles, comme l’indiquent les figures G et 7. On estime enfin le nombre de mètres carrés correspondant à la surface de section et on multiplie par la longueur totale de la serre.
- Soit, par exemple, une serre correspondant à la ligure 4 et à laquelle nous
- Fig. 6.
- supposerons les dimensions suivantes ; long. 20 mètres ; larg. 4 mètres ; hau-desleur côtés, 1 mètre ; hauteur au niveau de la crête du toit, lm,80. Nous
- aurons comme volume total : |^(4 x 1) 4- J x 20; soit 112 mètres cubes.
- Soit, d'autre part, une serre correspondant au schéma de la fig. 5 à laquelle nous supposons les dimensions : long. 20 mètres; larg. 5n,,50 ; hauteur AE du mur antérieur, 1m,30 ; hauteur GF du mur postérieur, 1m,90 ; hauteur BD au
- Fig. 7.
- niveau de l’arête du toit, 2m,70; distance AB, 4 mètres; distance BG, lm,50. Nous aurons comme volume total *
- 4x1,30) + ( 1,30 X 1,90) +
- 4 x 1,40\ /1,50 X 0,80
- +
- X 20,
- soit 229 mètres cubes.
- Le volume de la serre étant évalué, pour déterminer les quantités de cyanure, d’acide sulfurique et d’eau, on n’aura qu’à multiplier par ce volume les
- p.298 - vue 298/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAR LÈS FUMIGATIONS DIACIDE CYANHYDRIQUE. 290
- doses qui auront été adoptées pour 1 mètre cube. Ces doses seront déterminées d’après ce que nous avons dit plus haut pour la désinfection des plantes de pépinières, et en tenant compte en outre de la sensibilité variable des plantes à traiter : elles varieront en général de 3 à 6 grammes par mètre cube pour les plantes garnies de feuilles, et de 8 à 12 grammes pour les plantes à feuilles caduques, pendant le repos de la végétation; la durée sera en moyenne do 40 à 45 minutes. Pour les rosiers en feuilles, et diverses plantes à feuilles tendres, qui ne supportent pas une dose de 3 grammes pendant 40 minutes, il sera en général préférable de s’abstenir des fumigations à l’acide cyanhydrique; car, sauf pour les Pucerons, les Aleurodes et quelques autres insectes, les fumigations faites à doses moindres donnent des résultats insuffisants. On trouvera ci-après (p. 302) quelques indications résultant des expériences que j’ai faites en 1911, au sujet de la façon dont les insectes et les plantes appartenant à des catégories différentes se comportent vis-à-vis de l’acide cyanhydrique. Pour soumettre une serre à l’action du gaz cyanhydrique, on procède d’une façon générale comme je l’ai indiqué pour la désinfection des plantes de pépinières en fumiga-torium et l’on prend des précautions identiques.il est indispensable que la serre traitée puisse être ventilée facilement. Les châssis mobiles permettant l’aération devront pouvoir être manœuvrés de loin au moyen de cordes passant sur des poulies. La fumigation sera toujours faite après le coucher du soleil et de préférence dans une obscurité presque complète. Les vitres seront donc, au besoin, recouvertes de toiles ou de paillassons. On devra s’abstenir avant l’opération de tout arrosage, et les plantes ainsi que le sol ne devront pas être humides.
- S'il s’agit d’une serre- assez grande, il convient de distribuer les substances à employer dans plusieurs récipients également espacés, — une terrine, par exemple, tous les dix mètres. On doit éviter de laisser des plantes dans le voisinage immédiat des terrines. Au-dessus de chaque récipient, on fixe dans le toit de la serre une poulie ou un simple piton dans lequel on passe une ficelle à laquelle est suspendu le paquet de cyanure. Par leurs autres extrémités les ficelles groupées en faisceaux aboutissent au dehors en passant au travers d’uil trou pratiqué dans la porte ou par le trou de la serrure. Elles peuvent être ainsi facilement manœuvrées et les paquets de cyanure peuvent être d’un coup abaissés dans les récipients par un opérateur resté à l’extérieur (1).
- (I) Lorsque l’on procède à celte installation, les récipients doivent être vides, en raisoli dit danger que pourrait présenter une fausse manœuvre faisant choir un paquet de cyanure dans l’un d’entre eux. C’est seulement lorsque tout sera prêt et que les ficelles auront été solidement tendues et attachées de façon à maintenir les paquets de cyanure suspendus à une certaine distance au-dessus du sol, que l’on enlèvera les récipients pour mettre les doses dé substances qui conviennent : eau et acide. Ils seront ensuite rerrtis en place au-dessous dés paquets de cyanure. L’opérateur n’aura plus alors qu’à sortir, puis, après avoir refermé la porte, il laissera tomber au moyen des ficelles les paquets de cyanure dans lés récipients. En
- p.299 - vue 299/950
-
-
-
- 300
- AGRICULTURE.
- FÉVRIER 1913.
- Avec lu méthode assez primitive qui vient d’ôtre décrite, l’installation des dispositifs est confiée à l’opérateur et, suivant le soin qu’il y apportera, leur fonctionnement pourra en être plus ou moins régulier et satisfaisant; les générateurs se trouvant d’autre part à l’intérieur de la serre, il n’est plus possible, la réaction une fois commencée, d’apporter une modification quelconque aux dispositifs intérieurs, sens commettre une imprudence qui pourrait avoir une conséquence mortelle.
- On comprend donc que l’on ait songé à construire des appareils spéciaux destinés à produire l’acide cyanhydrique en toute sécurité et à débiter le gaz d’une façon régulière dans les locaux que l’on veut désinfecter. En France, notamment, MM. Dybowski et Amman avaient fait construire par la maison dayton un générateur pouvant produire l’acide cyanhydrique à l'extérieur de la serre à traiter et qui, mis en communication avec une rampe placée intérieurement, assurait son débit régulier dans toute son étendue (1).
- Depuis les premiers essais qui avaient été faits au Jardin colonial et qui avaient paru satisfaisants, cet appareil n’a plus été employé. Son mode de construction était loin d’ailleurs de donner une sécurité complète à l’opérateur.
- 11 serait intéressant de reprendre avec un dispositif analogue les expériences précédentes sur une échelle plus étendue et en prenant pour hases les indications qui sont fournies dans le présent mémoire.
- Amérique, ou se dispense souvent aujourd’hui de recourir au dispositif des (icelles; l’opérateur se contente d’entourer les doses de cyanure de papiers suftisamment forts pour qu’ils ne soient pas immédiatement détruits par l’acide; commençant alors par l’extrémité de la serre opposée à la porte, il jette un paquet dans le récipient qui se trouve vers cette extrémité, puis rapidement il se dirige vers la porte en laissant tomber un paquet de cyanure dans chacun des récipients qui se trouvent sur son trajet. Cette manœuvre est évidemment plus simple; mais à moins d’avoir une grande expérience et d’être très sûr de son matériel, elle n’est pas sans danger.
- (1) L’appareil consiste en un récipient de tôle doublé intérieurement d’une enveloppe de plomb, inattaquable par l’acide. A la partie supérieure sont deux ouvertures à fermetures hermétiques, dont l’une sert à l’introduction du cyanure et de l’eau nécessaires et l’autre à l’introduction de l’acide sulfurique. A cet effet, la seconde ouverture laisse passage à un siphon de plomb mis en communication, au moyen d’un robinet, avec un entonnoir gradué, dans lequel est mis l’acide sulfurique. Le robinet porte une aiguille se mouvant sur un cadran gradué permettant ainsi de régler le débit de l’acide et par conséquent la production du gaz. A la partie inférieure se trouve un tuyau de vidange et enfin, sur le côté, est adapté le tuyau d’échappement du gaz qu’un robinet met en communication avec une rampe à gaz disposée à l’intérieur sur le sol des sentiers. — Il est à noter qu’avec cet appareil l’acide sulfurique se trouve ajouté en dernier; en raison de la réaction irès vive qui résulte de cette circonstance, l’acide ne doit être ajouté que très lentement. Par exemple dans l’expérience de Nogent les doses employées étaient de 625 grammes de cyanure (2^,5 par mètre cube), de 1 litre d’eau et de 1 litre d’acide sulfurique. Or le robinet à cadran fut réglé de façon que l’acide sulfurique pût passer dans l’appareil en un quart d’heure. La durée de la fumigation fut de 1 heure 1 /4.
- p.300 - vue 300/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAR LES FUMIGATIONS D’ACIDE CYANHYDRIQUE. 301
- Conditions du milieu ambiant nécessaires pour que la fumigation cyanhydrique ne soit pas préjudiciable à la végétation. Température. — On doit éviter de faire les fumigations à des températures trop basses ou trop élevées. C’est ainsi que pour les orangers, d’après Woglum, il convient de ne pas faire de fumigations à une température inférieure à 4° ou supérieure à 18°. On constate, en effet, fréquemment, des brûlures assez sérieuses lorsque l’on s’écarte de ces limites. La température qui nous paraît la plus convenable pour les serres est de 12° à 17°, autant que possible avant l’épanouissement des nouvelles fouilles. Contrairement à ce qui a été indiqué d’après des données théoriques, il n’est donc pas utile que la température soit supérieure à 27° (température de condensation de l’acide cyanhydrique), pour que la fumigation se passe dans des conditions favorables.
- Lumière. — C’est un des facteurs les plus importants qui doivent être pris en considération. On ne doit jamais faire une fumigation cyanhydrique à la lumière du jour, lorsqu’il s’agit de plantes garnies de feuilles. La fumigation à la lumière ne peut être pratiquée que pour les plantes à feuilles caduques, pendant le repos de la végétation, et encore convient-il d’éviter une lumière trop vive.
- L’action nocive de la lumière serait due, d’après les indications déjà anciennes de Coquillett, à une décomposition du gaz cyanhydrique sous l’influence des radiations lumineuses.
- On attache aujourd’hui une telle importance à cette condition aux Etats-Unis que le traitement par fumigation des orangers, qui s’effectue cependant sous des tentes interceptant une grande partie de la lumière, n’est jamais fait que la nuit et l’on a remarqué que, si quelques brûlures sont parfois observées, elles, se présentent presque toujours sur les premiers rangs traités, lorsque l’on commence les opérations un peu avant le coucher du soleil.
- Woglum fait remarquer que si la température est relativement basse, il y a moins d’inconvénient à traiter à la lumière, à condition pourtant que cette dernière soit faible et diffuse. Malgré cela, il recommande de ne jamais faire les fumigations pendant le jour, même par un temps nuageux et de ne jamais commencer les opérations avant le coucher du soleil et avant que le crépuscule soit déjà assez avancé.
- Les mêmes recommandations sont applicables aux plantes soumises à des fumigations dans les serres : les traitements ne devront être faits qu’après le coucher du soleil et l’on rendra l’obscurité plus complète en plaçant des bâches ou des paillassons sur les châssis.
- Humidité. — Il faut éviter que les plantes à traiter soient humides. Il con-
- p.301 - vue 301/950
-
-
-
- 302
- AGRICULTURE. --- FÉVRIER 1913,
- vient donc de ne pas faire d’arrosages avant l’opération et de ne pas soumettre au traitement des plantes venant du dehors et qui auraient été exposées à la pluie. Ces précautions ont tou jours été indiquées comme essentielles. Nous pensons que l’on doit continuer à les prendre, bien que les expériences de Woglum (1911, p. 68) sur le traitement des orangers tendent à montrer qu’elles n’ont pas, au moins dans ce cas, l’importance que l’on était disposé à leur accorder (1),
- Action des fumigations d’acide cyanhydrique sur les insectes. — Résultats des expériences (2). — Coccides. —Le Chrysomphalus dictyospermi (=C. minor) ou pou rouge des Orangers est entièrement détruit en mars aux doses de 5 et 6 grammes pendant 4b minutes. (Exp. b et 7). 11 l’est encore à la dose de 8 grammes pendant 30 minutes.
- Les Aspidiotus hederæ (= A. nerii) sont presque tous tués à la dose de 6 grammes par une fumigation durant 4b minutes (exp, 7) : ils sont entièrement détruits à la dose de b grammes seulement par une fumigation se prolongeant pendant bb minutes (exp. b).
- Aspidiotus britannicus sur Osmanthus est complètement détruit à la dose de 6 grammes par mètre cube pendant 40 minutes (exp. 10). VAspidiotus ostreæ-formis sur Pommier en hiver est entièrement détruit à la dose de 10 grammes par mètre cuhe pendant 4b minutes (exp. 8).
- La Cochenille noire des Orangers (Parlatoria zizyphij est complètement détruite, en mars, à la dose de 6 grammes par une fumigation de 4b minutes (exp. 7); elle est également détruite à la dose de b grammes (exp. 11).
- Les Diaspis piricola sont tués, en hiver, à la dose de 8 grammes par mètre cube, par une fumigation de 30 minutes (exp. 9). Pour plus de sûreté il n’y a d’ailleurs aucun inconvénient à prolonger la fumigation 40 à 4b minutes (exp. 8, à la dose de 10 grammes).
- Le Lecanium hemisphæricum et le Lecanium oleæ sont tués en hiver (stades jeunes) par une dose de b grammes par mètre cube pendant bb minutes (exp. b).
- (1) Les dommages qui ont été observés sur des plantes traitées par l’acide cyanhydrique, pendant qu’elles étaient humides, ne seraient pas dus à l’influence directe de l’humidité, mais à des circonstances corrélatives de cette dernière et qui n’intéressent guère que les fumigations des arbres sous les tentes (tentes mouillées retenant le gaz d’une façon plus complète, lésions des feuilles ou des fruits déterminées par la tente devenue plus lourde et d’un maniement plus difficile).
- (2) Voir l’Appendice pour le détail de chacune d’elles.
- p.302 - vue 302/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAR LES FUMIGATIONS D’ACIDE CYANHYDRIQUE. 303
- Les Lecanium persicæ Fab. {= L. cymbiforme Targ.) à l’état de jeunes stades hivernant sur la vigne résistent pour le plus grand nombre à une dose de 7 grammes par mètre cube pendant 30 minutes (exp. 1). Ils succombent au contraire pour la plupart après un traitement de même dose et de meme durée appliquée au début du printemps, avant l’épanouissement des bourgeons (exp. 2). Le traitement à cette dose et à la même époque, prolongé pendant 45 minutes, détermine la destruction totale (1). Une fumigation à la dose de 12 grammes par mètre cube, pendant 45 minutes, appliquée au milieu de mars, détruit d’une façon complète le Lecanium persicæ sur la vigne, sans que la végétation de celle-ci ait à souffrir (exp. 3). Il est inutile d’ailleurs d’employer une dose aussi forte et l’on peut se borner à une dose de 7 à 8 grammes.
- Le Lecanium corni, à l’état jeune pendant la période hivernale (2e stade), est détruit à la dose de 10 grammes par mètre cube pendant 45 minutes (exp. 6). L’expérience 5 paraît d’autre part indiquer qu’une fumigation prolongée pendant 55 minutes, même à la dose de 5 grammes, peut détruire les œufs; toutefois les œufs pouvant assez souvent avorter et se dessécher naturellement, cette expérience ne peut être à ce point de vue considérée comme entièrement probante.
- Les Pulvinaria vitis (Cochenille rouge de la vigne) ne sont tués que très incomplètement avec une dose de 7 grammes de cyanure par mètre cube appliquée pendant 30 minutes en hiver (exp. 1) ; la mortalité est notablement plus grande, lorsque la fumigation est faite au début du printemps, lorsque les insectes ont commencé à grossir (exp. 2). Il est vraisemblable que l’on obtiendrait une mortalité complète comme je l’ai obtenue pour le Pulvinaria flocci-fera en prolongeant la fumigation pendant 45 minutes. Il y a lieu pourtant de faire observer que Pulvinaria vitis paraît plus résistant que Pulvinaria flocci-fera; c’est ainsi que une dose de 5 grammes par mètre cube pendant 55 minutes s’est montrée insuffisante pour tuer la première espèce, tandis que, au contraire, elle suffisait à détruire complètement le P. floccifera sur Camélia et Pittospornm (exp. 5).
- Le Pulvinaria floccifera (P. camelicola) sur Camélia est tué à tous les stades, sauf à l’état d’œuf par un traitement à la dose de 5 grammes, appliqué pendant 45 minutes (exp. 10, 11) (2).
- (1) D’après une expérience faite dans la même serre que les précédentes, le 26 mars 1912, expérience non relatée à l’appendice.
- (2) La dose de 5 grammes et la durée de 40 à 45 minutes pour la fumigation ne doivent pas être dépassées pour les Camélias. Qn doit opérer pendant le repos de la végétation et éviter une basse température.
- p.303 - vue 303/950
-
-
-
- 301
- AGRICULTURE.
- FÉVRIER 1913.
- Le Ceroplastes msci et le C. sinensis sont détruits en mars à la dose de 8 grammes par mètre cube pendant 30 minutes (exp. 9). Le Ceroplastes sinensis (sur Bosia) est tué par une fumigation de 55 minutes à la dose de 5 grammes par mètre cube (exp. 5).
- Les Pseudococcus (Dactylopius) ou Cochenilles blanches (poux blancs des serres) sont, assez résistants. Une fumigation à la dose de 8 grammes par mètre cube, en mars, pendant 30 minutes détruit la plupart des individus (exp. 9) ; mais quelques-uns subsistent; par contre, ils sont entièrement détruits à une dose de 6 grammes seulement, mais prolongée pendant 40 minutes (exp. 10).
- Les Orthezia insignis sont tués à la dose de 6 grammes pendant 40 minutes en mars (exp. 10) (1).
- Aleurodides. — Les Aleurodes sur Lantana sont tous tués sans dommage pour la plante, à une dose de 7 grammes par mètre cube, pendant 30 minutes (exp. 1). La désinfection pourrait être faite à une dose inférieure.
- Aphides. — Le Chermes du pin [Chernies pini) sur Pinus sylvestris en pots est entièrement détruit par une fumigation à la dose de 10 grammes par mètre cube et durant 45 minutes, faite au milieu ou à la fin de mars (exp. 4).
- Les pins sont entièrement désinfectés et n’ont nullement à souffrir. Les Chermes ne reparaissent pas l’année suivante. Il est à noter que les Chermes passent l’hiver à l’état d’insectes immatures et que l’absence d’œufs rendrait sans doute la désinfection possible à une dose inférieure à la précédente.
- . Les pucerons vivant sur les plantes de serre sont détruits avec une dose de 5 grammes de cyanure pendant 45 minutes (exp. 5).
- Lépidoptères. — Les chenilles hivernantes de Liparis [Euproclis] chrysorrhœa dans leur nid et les pontes de Liparis \Lymantria] dispar ne sont pas tuées en hiver par une fumigation à la dose de 10 grammes par mètre cube pendant 45 minutes (exp. 6).
- Les chenilles processionnaires du pin succombent après une fumigation à la dose de 12 grammes pendant 45 minutes (exp. 3, 14 mars).
- (1) D’après Johnson (p. 134), il suffirait d’une dose de 3^,o0 pendant 20 minutes pour tuer les Orthezia sur Coleus. La dose et la durée nous paraissent bien faibles pour obtenir une destruction complète.
- p.304 - vue 304/950
-
-
-
- DÉSINFECTION des végétaux par les fumigations d’acide cyanhydrique. 305
- Une chenille de ToTtricide sur Pittosporum résiste à une dose de 5 grammes pendant 55 minutes (exp. 5).
- Diptères. — Les larves de Phytomyza affinis F ail. mineuses des feuilles d’Anthémis (Chrysanthemum frutescens) résistent à une dose de 5 grammes pendant 55 minutes et pratiquement cette dose ne peut être dépassée pour ces plantes (exp. 5).
- La pupe de la Mouche du chou (Chortophila brassicæ) résiste à une fumigation faite avec une dose de 10 grammes de cyanure et durant 45 minutes (exp. 6).
- Coléoptères. — Les Otiorhynques (O. singularisez O. picipes) supportent sans périr la dose de 10 gr. dans les mêmes conditions. Les larves d’Otiorhynques résistent, pour la moitié environ d’entre elles, au même traitement (exp. 6) ; à 8 grammes par mètre cube, la mortalité s’abaisse encore notablement (exp. 9).
- Les larves du Tenebrio molitor ou vers de farine montrent une résistance encore plus grande et sont encore vivantes après une fumigation dans une serre à la dose de 12 grammes par mètre cube pendant 45 minutes (exp. 3).
- Acariens. — Pendant la période de végétation, les Tétranyches sur feuilles de pêcher ne sont pas tués par une dose de 5 grammes pendant 45 minutes (exp. 11). A l’état d’œufs pendant l’hiver, sur les rameaux des pêchers, ils résistent à une dose de 10 grammes par mètre cube pendant 45 minutes
- Les Tétranyches adultes (T. Telarius) hivernant sous les écorces de la vigne ne sont pas tués à la même dose de 10 grammes par une fumigation de même durée (45 minutes).
- Invertébrés divers. — Les Vers de terre, les Cloportes (0?iiscus) (1), les Fourmis, les Araignées succombent après une fumigation à 12 grammes par mètre cube, durant 45 minutes (exp. 3). —Les Myriapodes (Lithobius, Geophilus) peuvent au contraire résister au même traitement.
- Action des fumigations d’acide cyanhydrique sur les plantes. — Résultats des expériences (2). — Les Palmiers (Phénix, Sabals) supportent, en hiver,
- (1) Dans l’expérience 9, les Cloportes ont été détruits par une fumigation de 30 minutes à la dose de 8 grammes.
- (2) Voir l’appendice pour le détail de chacune d’entre elles.
- p.305 - vue 305/950
-
-
-
- 306
- AGRICULTURE.
- FÉVRIER 1913.
- une dose de 5 grammes de cyanure par mètre cube’ pendant 55 minutes (exp. 5). Les Phénix endurent môme, sans souffrir, en mars, une dose de 10 grammes par mètre cube pendant 45 minutes (exp. 8). Il est donc facile de désinfecter ces plantes et de les débarrasser des cochenilles qui peuvent les envahir : il sera d’ailleurs généralement inutile de dépasser une dose de 5 à 6 grammes (1). Les Fusains (Evonymus japonica) ont une résistance égale à celle des Phénix; les Osmanthns paraissent par contre plus sensibles. Les Pittospormn, les Lauriers-roses (Ncrivm oleander), dans les mômes conditions de température, peuvent, sans inconvénient, être soumis à une dose de 5 grammes par mètre cube pendant 55 minutes (exp. 5).
- Les Cycas supportent en mars une dose de 0 grammes de cyanure pendant 45 minutes (exp. 7). Il sera prudent d’ailleurs de ne pas dépasser la dose de 5 grammes.
- Les Orangers, les Arbousiers, les Aucubas, les Strobilanthes sont dans le môme cas (exp. 7 et 10).
- Les Camélias, surtout lorsque la température est basse, sont assez sensibles à l'action de l’acide cyanhydrique: on peut déterminer de fortes brûlures ou même compromettre la vitalité de la plante par une dose de 5 grammes de cyanure de potassium appliquée en mars pendant 55 minutes (exp. 5). Une application de 6 grammes pendant 40 minutes, le 31 mars, à une température de 17°, se montre beaucoup moins nuisible, il n’y a pas de brûlures et les bourgeons s’épanouissent en avril; cependant la végétation paraît légèrement affaiblie. Une dose de 5 grammes en mai pendant 45 minutes (température voisine de 19°) est assez bien supportée ; il n’y a pas de brûlures ; mais il y a un arrêt dans la végétation des bourgeons (exp. 11). D’après ce qui précède on voit que pour les Camélias on devra plutôt rester en dessous de la dose de 5 grammes et on ne devra, en tout cas, jamais prolonger la fumigation au delà de 40 à 45 minutes; en raison de l’arrêt que le traitement peut déterminer sur la végétation, on devra faire l’application pendant le repos de la plante, en évitant d’opérer à une basse température. Une fumigation d’une durée de 40 à 45 minutes faite à l’automne avec 4 grammes de cyanure par mètre cube peut être considérée comme le traitement donnant les meilleures chances de succès pour débarrasser les Camélias des Pulvinaria qui peuvent les infecter.
- Les Azalées, les Fuchsias, les Calcéolaires peuvent être fumigés en hiver à la dose de 5 grammes par mètre cube pendant 55 minutes (exp. 5). Les Géra-
- (I) Dans l’expérience 7, quelques Aspidiotus hederæ ont pourtant échappé à un traitement avec une dose de 6 gr. par mètre cube pendant 4b miuutes.
- p.306 - vue 306/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAR LES FUMIGATIONS d’aCIDE CYANHYDRIQUE. 307
- niums (Pélargonium), les Bryophyllum supportent une dose de 5 grammes pendant 45 minutes (exp. 10) et même de 6 grammes pendant 40 minutes (exp. 11).
- Les Anthémis (Chrysanthemum frutescens), au début de mars, n’ont pas leur végétation compromise par une fumigation faite avec 5 grammes de cyanure et se prolongeant 55 minutes; toutefois une partie des extrêmes pousses florales se trouvent ainsi brûlées (exp, 5).
- Les Lantana, les Fougères mâles (Polystichum Filix-mas), les Graminées diverses résistent en plein hiver, sans aucun dommage, à une fumigation de 7 grammes pendant 30 minutes, ce qui suffit pour tuer Aleurodes et Pucerons. Une dose de 4 à 5 grammes pendant 40 à 45 minutes serait sans aucun doute suffisante pour obtenir le même résultat.
- Des Oliviers arrachés, racines découvertes, peuvent être, sans inconvénient, soumis en mars à une fumigation de 8 grammes par mètre cube pendant 30 minutes (exp. 9),
- Les plants de pépinières suivants supportent en hiver, sans en souffrir, une fumigation de 10 ou de 12 grammes de cyanure par mètre cube pendant 45 minutes: Pommiers, Poiriers, Pruniers myrobolans, Merisiers, Sainte-Lucie ('Cerasus mahaleb), Cognassiers, Groseilliers, Cassis, Pêchers, Amandiers, Abricotiers, Framboisiers, Vignes, Conifères divers (exp. 3 et 0).
- Tandis que les jeunes pousses de beaucoup de plantes et notamment celles des Rosiers sont très facilement endommagées par l’acide cyanhydrique, au contraire les Pêchers, en pleine végétation, ont une résistance remarquable à Faction de ses vapeurs. Des Pêchers forcés ont supporté en mars, sans en souffrir, une dose de 5 grammes par mètre cube pendant 45 minutes (exp. 11), la même dose pendant 55 minutes (exp. 5), enfin celle très considérable de 10 grammes pendant 45 minutes (exp. 8). Les Merisiers avec jeunes feuilles, ne sont pas lésés par une fumigation à 6 grammes pendant 40 minutes. On peut se demander si la présence naturelle d’acide cyanhydrique dans les tissus de ces plantes n’est pas la cause de l’immunité dont elles jouissent.
- p.307 - vue 307/950
-
-
-
- 308
- AGRICULTURE. --- FÉVRIER 1913.
- APPENDICE
- TABLEAUX DES EXPERIENCES (1)
- Expérience 1. — IX février 1911 ( Fontcnay-aux-Roses).
- Dose de cyanure par métré cube : 7 grammes.
- Local : serre de 21 mètres cubes.
- Doses employées : cyanure de potassium 168 grammes; acide sulfurique à 66° 168 centimètres cubes; eau 504 centimètres cubes.
- Durée : 30 minutes. — Heure : fumigation faite à 6 heures du soir. — Température 12°C. — Serres recouvertes de bâches.
- Sujets en expérience : 1° Une grande vigne palissée dans la serre et dont le pied seul est à l’extérieur, couverte de Pulvinaria vltis (femelles immatures).
- 2° Une vigne semblable envahie par le Lecaniu-n persicæ f— L. cymbiforme) (stades jeunes hivernant).
- 3° Deux Lantanas couverts d’Aleurodes.
- 4° Plantes diverses non attaquées par des insectes (1 vigne, petits chênes en pots, 1 fougère et herbes diverses poussant naturellement dans la terre des bâches, graminées, mouron, cerfeuil).
- Résultats, constatés le 5 et le 25 mars :
- Tous les Aleurodes sont tués sur les Lantanas.
- La plupart des Pulvinaria ont résisté.
- Un grand nombre de Lecanium persicæ ont également résisté.
- Toutes les plantes sont en bon état.
- Expérience 2. — 30 mars (Fontenay-aux-Roses).
- Même serre que dans l’expérience précédente ; mêmes doses; même durée.
- Fumigation faite à 3 h. 15. — Serre recouverte de bâches pendant l’opération. — Température, 16°.
- Sujets en expérience : Vignes de l’expérience précédente.
- Cette expérience faite dans des conditions semblables à celles de la précédente avait pour but de rechercher si les Pulvinaria et les Lecanium qui étaient alors sortis de leur sommeil hivernal et qui avaient fortement grossi depuis le 18 février ne seraient pas dans cet état plus sensibles à l’action du cyanure.
- Résultats : Dès le 1er avril, on peut constater que la très grande majorité des Pulvinaria sont morts; ils sont décollés du bois par leurs bords; la face centrale étant dis-
- (1) Pour toutes les expériences qui ont été faites à Nanterre, je dois le matériel que j’ai utilisé à l’obligeance de M. Loubet, directeur des P’orceriesde la Seine, auquel j’adresse tous mes remerciements.
- p.308 - vue 308/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAR LES FUMIGATIONS D’ACIDE CYANHYDRIQUE. 309
- tendue et convexe, ils ne touchent plus au bois que par leur partie médiane et se détachent avec la plus grande facilité. La plupart d’entre eux tombent les jours suivants. Quelques exemplaires pourtant subsistent ; on peut estimer la mortalité à 95p. 100. Les Lecanium persicæ se soulèvent également parleurs bords et se dessèchent ; la mortalité est de 85 à 90 p. 100.
- Le cyanure a donc une action beaucoup plus énergique sur ces insectes à l’état de vie active que pendant la période de repos hivernal; la mortalité pourtant n’a pas encore été complète. La durée (30 minutes) doit être surtout considérée comme insuffisante.
- Expérience 3. — 14 mars 1911 (Fontenay-aux-Roses).
- Dose de cyanure par mètre cube: 12 grammes.
- Local : Compartiment d’une serre, cubant 11 mètres cubes
- Doses employées : cyanure de potassium 132 grammes: acide sulfurique 198 centimètres cubes; eau 396 centimètres cubes.
- Durée : 45 minutes. — Heure : fumigation faite à 6 heures du soir. — Température : 7°.
- Sujets en expérience : 1° Une vigne préexistante palissée à l’intérieur de la serre et dont le pied seul se trouve au dehors. Elle est couverte de jeunes Lecanium persicæ Fab. (.Lecanium cymbiforme Targ., Cochenille oblongue de la vigne).
- 2° Un grand pommier baliveau, arraché, racines découvertes et couché; il est très attaqué parle Puceron lanigère et par YAspidiotus ostreæformis (Kermes ostréiforme).
- 3° Un grand poirier baliveau, arraché, racines découvertes et couché, couvert de Diaspispiricola Del Guercio (Kermes du poirier).
- 4° Deux Pinus sylvestris, en pots, très attaqués par le Chermes pini (insectes immatures, pas d’œufs).
- 5° Lot de plants de pépinières, non attaqués par les insectes, couchés et racines découvertes, comprenant : 20 abricotiers (1 an); 20 cerisiers-merisiers (1 an); 20 pru-niers-myrobolans (1 an); 40 pommiers (1 an); 20 poiriers francs (1 an); 20 cognassiers (repiqués); 20pêchers de semis (1 an); 20 amandiers (1 an); 40 Cerasus Mahaleb (Sainte-Lucie, 1 an): 10 groseilliers (2 ans); 20 Posa Manetti (2 ans); 10 Posa canina (1 an) ; 10 Posa polyantha (1 an); 40 Picea excelsa (2 et 3 ans); 20 Pinus sylvestris (1 an de semis); 20 Abies pectinata (2 ans semis); 20 Aines pectinata (3 ans repiqués); 6 vignes (boutures racinées); 10 framboisiers.
- 6° Lot d’animaux libres placés dans un pot à fleurs recouvert de mousseline à larges mailles; ce lot comprend : des Vers de terre,des Cloportes (Oniscus), des Myriapodes (2 Lithobius et 1 Geophile), des Limaces, des larves de Tenebrio molitor (vers de farine), des chenilles de Bombyx processionnaire du pin, des Fourmis.
- Résultats : 1° Les Lecanium persicæ de la vigne sont tous morts. La vigne entièrement débarrassée est en excellent état, donne des grappes et n’a nullement souffert.
- 2° Sur le pommier,le 2 mai, tous les Aspidioius sont morts; pas de Pucerons lanigères, à cette époque; mais ils apparaissent plus tardivement en été au niveau des nombreuses tumeurs que porte cet arbre. L’arbre n’a nullement souffert, tous les bourgeons sont épanouis ou en train de s’épanouir.
- p.309 - vue 309/950
-
-
-
- 310
- AGRICULTURE.
- FÉVRIER 1913.
- 3° Sur le poirier, tous les Diaspis sont morts; l’écorce de l’arbre est très verte et pleine de sève; mais les bourgeons ne se développent pas ; il en est de même d'ailleurs sur un poirier témoin qui n’a pas été soumis à l’action du gaz cyanhydrique et a été transplanté dans des conditions semblables. L’arbre, attaqué par Neclria dilissima, est en fort mauvais état.
- 4° Sur les Pinus sylvestris, tous les Chermes sont morts; les arbres sont en très bon état et n’ont pas eu la moindre brûlure.
- 5° Le 2 mai, l’examen des plants de pépinières, qui ont été replantés aussitôt après l'expérience, montre qu’ils sont dans le même état que les témoins qui n’ont pas été soumis à la fumigation et qui ont été replantés dans les mêmes conditions (pour chaque essence les témoins étaient au nombre de 4 à 8).
- Les Sainte-Lucie, cognassiers, groseilliers, cassis, myrobolans, pommiers, merisiers, pêchers, poiriers, reprennent presque tous, et chaque essence donne un déchet nul ou très faible; l’état est le même que celui des témoins. Les amandiers ont plus de peine à reprendre, mais les témoins sont dans le même état. Les abricotiers ont tous leur extrémité supérieure desséchée ; mais, sauf deux qui périssent, ils reprennent dans de bonnes conditions; les témoins ont également leurs cimes desséchées. Pour les framboisiers, 5 sont en partie desséchés parmi les 10 traités, un est mort parmi les 4 témoins. Les vignes sont très en retard pour les traitées et les témoins, mais reprennent normalement. Les rosiers, surtout les Manetti et les Pulyantha, aussi bien témoins que traités ont beaucoup souffert: tous les Manelli sont desséchés, sauf un qui est parmi les traités; les 4 témoins sont morts. Les Polyantha sont à peu près tous morts, aussi bien les traités que les témoins.
- En résumé, l’acide cyanhydrique n’a nullement influencé la reprise des plants qui, sauf pour les rosiers, s’est faite dans de bonnes conditions.
- H° Animaux libres : tous sont morts, sauf les Lithobius, le Géophile, et les larves de Tenebrio molitor (vers de farine), qui ont parfaitement résisté.
- Expérience 4. — 29 mars 1911 (Fontenay-aux-Roses).
- Dose de cyanure par mètre cube : 10 grammes. — Local : Caisse entoilée sans fond de un demi-mètre cube, constituant une sorte de cloche imperméable que l’on peut placer sur un arbuste pour le désinfecter.
- Doses employées : cyanure de potassium 5 grammes; acide sulfurique 10 grammes; eau 20 grammes. Température : 19°.
- Sujets en expérience, a. — La cloche est mise sur 2 Pinus sylvestris très atteints par Chermes pini (les Chermes ont à cette époque assez fortement grossi ; mais la ponte n’est pas encore commencée). La fumigation faite avec les doses indiquées ci-dessus dure quarante-cinq minutes.
- b. — Même expérience faite sur deux aütTes Pinus sylvestris également attaqués par les Chermes. — La fumigation est prolongée pendant une heure.
- Résultat : Les pins traités sont complètement débarrassés des Chermes et n’ont pas eu à souffrir.
- p.310 - vue 310/950
-
-
-
- désinfection des végétaux par lès fumigations d’acide cyanhydrique. 311
- Expérience 5. — 3 mars 1911 (Nanterre).
- Dose de cyanure par mètre cube : 5 grammes.
- Local : Caisse vitrée formée de châssis assemblés et mastiqués, d’une capacité de 2 mètres cubes; porte latérale.
- Doses employées : cyanure de potassium 10 grammes; acide sulfurique 15 centimètres cubes; eau 45 centimètres cubes.
- Durée : 55 minutes. — Heure : Fumigation faite à 2 heures (la caisse vitrée est recouverte de bâches). — Température : 12°.
- Remarques particulières : Bien que la quantité de liquide soit suffisante pour immerger le paquet, la réaction se fait lentement sans vapeurs visibles. — Il y a quelque déperdition pendant l’expérience surtout, au niveau des jointures de la porte.
- Sujets en expérience :
- 1 Vigne en pot, forcée en serre et en pleine végétation avec 4 grappes en boutons. Elle est attaquée par des Pulvinària vitis (cochenille rouge de la vigne) dont 2 avec sacs ovi-gères.
- 1 Vigne attaquée par larves d’Otiorhynques en motte, repos de végétation. Les larves sont en terre ou sur la surface.
- 1 Pêcher avec Lecanium corni complètement développé avec œufs; ce pêcher, forcé en serre, est en pleine végétation, feuilles bien développées, en pot.
- 1 Camélia avec jeunes Pulvinaria floccifera.
- 1 Laurier-rose (Nerium oleander) avec Pseu-dococcm (üactylopius) adonidum, Aspidiotus, hederæ, Lecanium hesperidum.
- i Pittosporum Tobira couvert de Pulvinaria floccifera (stades jeunes) et avec 1 chenille de Tortricide abritée par une toile assez dense entre deux feuilles accolées.
- Résultats :
- La Vigne n’a pas souffert, sauf quelques extrémités de pousses qui sont brûlées ; les grappes elles-mêmes subsistent, intactes. Les Pulvinaria vitis n'ont pas été détruites et ont fait une ponte abondante (fin de mars).
- Les larves d’Otiorhynques sont vivantes; celles qui se trouvaient à la surface se sont enfoncées (6 mars).
- En avril, les œufs sont desséchés sous les Lecanium, il n’y a pas de larves de nouvelle génération.
- Le Pêcher n’a pas souffert.
- Les Pulvinaria floccifera sont morts; mais le Camélia est en très mauvais état, le plus grand nombre des feuilles sont brûlées; les bourgeons restent fermés. La plante paraît condamnée; en juin, elle est dégarnie de feuilles, morte en octobre.
- Quelques Pseudococcus ont subsisté, les Aspidiotus et les Lecanium sont morts (examen du 23 mars).
- La plante n’a pas souffert.
- Tous les Pulvinaria meurent et se dessèchent. Chenille vivante. Les vieilles feuilles qui étaient chargées de la génération précédente de Pulvinaria jaunissent et tombent graduellement; mais les bourgeons et les feuilles qui les entourent sont en bon état; en avril, l’état de la végétation est excellent et les bourgeons s’épanouissent; en juin il est en pleine frondaison. Très bon état en octobre.
- p.311 - vue 311/950
-
-
-
- 312
- AGRICULTURE. --- FÉVRIER 1913.
- 1 Palmier Sabal avec Chrysomphalus dictyo-spermi (= C. minor).
- 1 Phœnix avec Aspidiotus hederæ.
- 1 Bosia avec Ceroplastes sinensis.
- 1 Anthémis (Chrysanthemum frutescens) dont les feuilles contiennent des larves nombreuses de Phytomyza affinis.
- 1 Calceolaria avec pucerons.
- 1 Casimiroa cdulis avec Lecaniurn hemisphseri-cum et Lecaniurn oleæ (stades jeunes sur les feuilles).
- 1 Vigne avec racines à nu au repos. 1 Azalée sain, en pot.
- 1 Fuchsia sain.
- Chrysomphalus tous morts. Plante en bon état.
- Aspidiotus morts. Plante n’a pas souffert, plus vigoureuse et ver.te que le témoin.
- Les Ceroplastes sont morts (examen fait le 25 mars); ceux qui se trouvent sur un autre Bosia témoin, sont au contraire vivants.
- Les larves ne sont pas tuées; un grand nombre au moins résistent, et les mouches éclosent dans un sac dont l’Anthemis avait été entourée (31 mars).
- Pucerons détruits. Plante n’a pas souffert.
- Tous les Lecaniurn sont morts. La plante n’a pas de brûlures; mais les feuilles ont une tendance à s’affaisser et à jaunir, ce qui peut s’expliquer d’ailleurs par les mauvaises conditions dans lesquelles elle s’est trouvée. Elles finissent par tomber; mais de jeunes pousses repartent en mai.
- N’a pas souffert.
- N'a pas souffert.
- N'a pas souffert; le 31 mars, en pleine floraison.
- Expérience 6. — 18 mars (A) (Nanterre).
- Dose de cyanure par mètre cube : 10 grammes.
- Local : Caisse vitrée de 2 mètres cubes de l’expérience précédente.
- Doses employées : cyanure de potassium 20 grammes; acide sulfurique 30 centimètres cubes; eau 50 centimètres cubes.
- Durée: 45 minutes. — Heure: Fumigation commencée à 2 heures. — Température : 11°.
- Observations particulières : La caisse a été hermétiquement close, et, avant de laisser tomber le paquet de cyanure dans le vase contenant l’eau et l’acide sulfurique (au moyen d’une ficelle passant par un trou de vrille), les jointures de la porte sont soigneusement mastiquées. Les déperditions pendant l’opération sont donc insignifiantes. La caisse est recouverte de bâches interceptant la lumière.
- Sujets en expérience : Résultats :
- 1 nid avec chenilles hivernantes de Liparis Négatifs. Les chenilles restent vivantes. [Euproctis] chrysorrhæa.
- 5 pontes de [Liparis] Ocneria dispar. Négatifs. Les chenilles éclosent vers le
- 15 avril.
- p.312 - vue 312/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAR LES FUMIGATIONS D’ACIDE CYANHYDRIQUE. 313
- Nombreux Otiorhynchus singularis (= O. picipes =. Charançons coupe-bourgeons à l'état adulte).
- Oliorhynques de même espece à l’état larvaire, à découvert.
- Lecaniums assez jeunes (2e stade) lixés sur rameaux de pêchers.
- Œufs de Tetranyches (Telmnychuspilosus?) sur rameaux de pêcher.
- Telranychus telarius adultes sur écorces de vigne.
- 6 larves de Tenebrio molilor (vers de farine).
- 2 Carabides.
- 1 pupe de Mouche du Chou (Chortophüa bmssicæ).
- 1 Mvriapode (Lithobim jeune).
- 1 Araignée.
- 2 Orangers avec Parlatoria zizyphi.
- 1 lot de plants, pour la plupart de 1 an, non attaqués par les insectes et comprenant 40 Cerasus Mahaleb (Sainte-Lucie), 17 pêchers, 20 abricotiers, 17 amandiers, 20 cognassiers, 8 groseilliers, 10 cassis, 20 myrobolans, 20 pommiers, 20 poiriers, 20 merisiers, 20 Pi-nus sylvestris, 20 Abies pectinata (2 ans). 20 Picca excelsa (3 ans), 20 liosa manetti, 7 liosa polyanlra.
- Négatifs. Tous les Otiorhynques subsistent.
- Mortalité d’environ 50 p. 100.
- Les Lecanium meurent et se dessèchent rapidement sur les rameaux qui, après l’expérience, ont été conservés dans l’eau.
- Négatifs.
- Négatifs. Les Tetranyches sont vivants.
- Négatifs. Le lendemain les G larves sont très vivaces.
- Morts.
- Négatifs. L’éclosion de la mouche se fait en avril.
- Mort.
- Morte.
- Parlatoria morts sur les oranges traitées, vivants sur les témoins (examen du 18 avril).
- Toutes ces plantes reprennent et il n'y a pas de différence entre les traitées et les témoins.
- Expérience 7. — 18 mars (B) (Nanterre).
- Dose de cyanure par mètre cube : 6 grammes.
- Local : Caisse vitrée de 2 mètres cubes de l’expérience précédente.
- Doses employées: cyanure de potassium 12 grammes; acide sulfurique 18 centimètres cubes; eau 36 centimètres cubes.
- Durée : 43 minutes. — Fleure : Fumigation commencée à 3 h. 30. — Température : 12'-.
- Obsécrations particulières : Les mêmes que pour l’expérience précédente. Tome 110. — 1CI‘ semestre. — Février 1913.
- 21
- p.313 - vue 313/950
-
-
-
- 314
- AGRICULTURE.
- FÉVRIER I9i:i.
- Sujets kn~"expéhiexce
- 1 Phœnix canariensis un mol,lu garni d’A*pi-dlotus hederæ.
- 1 Cycas couvert d'Aspidiotus hederæ, un mol lu.
- 1 Oranger donl lus fouillos sonl abondamment garnies du Chrysomphalus dictyospermi ( = C. minor) un molle (une des branches du cul Oranger est préservée contre les vapeurs un l’emprisonnant dans un bocal renversé qui est obturé avec un bouchon fendu pour per-meltre lu passage de la branche. Une petite quantité d'eau a été introduite préalablement dans le bocal et forme une couche liquide au-dessous du bouchon,de façon à assurer une fermeture parfaitement hermétique ; le bouchon est mastiqué. — L'Oranger est mis en pot le lendemain du traitement.
- 2 oranges avec Varlatoria.
- Utiorhyéchus singularis adultes.
- a pontes de Lipans Lymantria\ dispar.
- Résultats
- Los Aspidiotus sont presque.tous morts. — La plante n’a nullement souffert ; le H mai, quelques rares exemplaires sont trouvés vivants.
- Les Aspidiotus sont morts par centaines (ceux de l'année sont, bien entendu, seuls pris en considération), 1 seul est trouvé, faisant exception. — Quelques folioles des feuilles de Cycas se décolorent el se dessèchent.
- Tous les Chrysomphalus morts, sauf sur b; rameau témoin. L’arbre* perd ses feuilles et est entièrement dégarni à la fin de mars; le rameau témoin s’est également dépouillé de ses feuilles ; quelques extrémités de rameaux se dessèchent et notamment celle du rameau témoin. Les bourgeons se développent normalement et à la fin d’avril, les vieilles feuilles tombées ont été remplacées par de nouvelles. Les pousses sont vigoureuses et la plante est en bon état. Elle est entièrement débarrassée du Chrysomphalus minor.
- Varlatoria mortes.
- Négatifs. Les Oliorhynques vivent.
- Négatifs. Les chenilles éclosent en avril.
- Expérience 8. — 22 mars (Nanterre).
- Dose de cyanure par mètre cube : 10 grammes.
- Local : Caisse v itrée de 2 mètres cubes des expériences précédentes.
- Doses employées : Cyanure de potassium 20 grammes ; acide sulfurique 30 centimètres cubes; eau 50 centimètres cubes.
- Durée : 45 minutes. — Température : 15°.
- Obsercalions particulières : Mêmes conditions que l’expérience précédente. Cette expérience a\Tait surtout pour but d’éprouver la résistance du pécher en pleine végétation, qui, d’après quelques essais portant sur des rameaux, m’avait paru dépasser toute prévision vraisemblable.
- Sujets en expérience : Résultats
- \ Pécher en pot, en pleine végétation Le pêcher n’a nullement eu à souffrir de (feuilles et fleurs), forcé en serre. cette fumigation; les fleurs elles-mêmes ne
- sont pas brûlées.
- p.314 - vue 314/950
-
-
-
- désinfection des végétaux par les fumigations d’acide cyanhydrique. 315
- 1 Osmanthus ilicifolia avec Aspidiotus britan-nicus.
- I Phœnix canariensis non attaqué.
- 1 Eoonymus japonica (Fusain) non attaqué.
- 1 rameau de Pommier coupé avec Aspidiotus ostreæ forints.
- fl
- l .es Aspidiotus sont tués (examen du 31 mars);. un assez grand nombre de feuilles se détachent, tandis qu’elles persistent sur le témoin; les bourgeons tardent beaucoup plus à se développer que sur le témoin; néanmoins dans les premiers jours de mai, ils s’épanouissent.
- N’a pas souffert.
- Idem.
- Le rameau qui a été disposé de façon à plonger dans l’eau par sa partie inférieure conserve encoi’e sa fraîcheur et est vivant le 18 avril; au contraire les Aspidiotus sont morts et desséchés à la même date.
- Expérience 9. — 7 mars 1911 (Paris).
- Dose de cjanure par mètre cube : 8 grammes.
- Local : serre de la station de pathologie végétale, cubant 13 mètres cubes, 80 décimètres cubes.
- Doses employées : cyanure de potassium 10481',50; acide sulfurique 157 centimètres cubes; eau 313 centimètres cubes.
- Durée : 30 minutes. — Heure : milieu de l’après-midi. — Température : 12°.
- Observations particulières : Fermeture de la serre meilleure que celle des expériences de Fontenay. Cependant, avec quelque déperdition (bonnes conditions de la pratique courante). Serre recouverte de bâches. Les proportions de substances adoptées 1,1 1/2, 3 sont très favorables au dégagement gazeux. Il se produit une vive effervescence et des vapeurs blanches remplissent aussitôt la serre.
- SUJETS EN EXPÉRIENCE
- 1 Camélia en pot atteint par Pulvinaria floccifera (stades jeunes).
- 1 Ficus elastica en pot avec Chrysomphalus dictyospermi (— C. minor).
- 1 Poirier arraché, racines découvertes, couvert de üiaspis piricola (un témoin sciu-
- re sultats
- Les Pulvinaria sont tués. — Un certain nombre de feuilles jaunissent aussitôt après le traitement; quelques-unes présentent des brûlures manifestes, surtoutcelles qui ont pu être accidentellement froissées ou brisées, beaucoup de feuilles tombent dans le courant de mars ; à la fin d'avril les bourgeons sont toujours fermés, tandis que sur les Camélias témoins les bourgeons sont pleinement épanouis. La plante paraît avoir assez fortement souffert du traitement.
- Tous les, Chrysomphalus sont tués. La plante n’a pas souffert.
- Les Diaspis sont tués ; ils sont vivants au contraire sur le Poirier témoin, transplanté
- p.315 - vue 315/950
-
-
-
- 316
- AGRICULTURE. — FÉVRIER 1913.
- blable est conservé et planté après Poxpé-rmnce dans les mêmes conditions que le sujet traité).
- I Prunier, mêmes conditions que b.* Poirier précédent, avec Diaspts piricola.
- I liosia Yerm-Mora avec Ceroplastes sinensis en pot.
- 1 petit Bauliinia avec Dactylopius adonhlum.
- Hameaux coupés de Figuier (Ficus carica avec Ceroplastes rusci.
- 3 Oliviers (de 6 ans environ), arrachés; les racines de deux d’entre eux sont recouvertes de terre ; les racines du 3e sont laissées à découvert. Ces Oliviers, en repos de végétation, ne sont pas attaqués par les insectes et sont mis en expérience uniquement au point de vue de la résistance de la plante.
- Animaux libres comprenant: un loi de Cloportes (Oniscus) dans un pot à fleurs recouvert d'une étamine lâche ; deux Lilhobius dans un autre pot semblable ; un lot de larves d’0tiorbynques(0. singularis = 0. picipcs).
- Expérience 10. -
- dans les mêmes conditions. L'arbre est très en retard et les bourgeons ne se développent pas ; mais il en est absolument de même sur le poirier témoin. L'écorce est verte et pleine de sève.
- Le Prunier reprend, les Diaspis sont tués.
- Les Ceroplastes sont tués (examens du 15 et du 23 mars). — La plante n’a pas souffert et on avril, les jeunes feuilles se développent normalement.
- La plupart des Daclglopius sont morts; mais quehfues-uns subsistent. — La plante ne paraît pas avoir sensiblement soullerl. Quelque temps après elle se dessèche ainsi que le témoin.
- Les Ceroplastes meurent sur les rameaux traités, alors qu'ils restent encore vivants sur les rameaux témoins.
- Les Oliviers traités, replantés le lendemain, en même temps que 6 témoins, ont, au bout de quelques jours, de nombreuses feuilles roussies. Les témoins présentent la même particularité, mais à un degré un peu moindre. La reprise se fait dans des conditions semblables.
- Cloportes morts.
- Lithobius, engourdis après l'expérience, reprennent le lendemain leur complète vitalité.
- Mortalité- des larves d'Otiorhyuque faible.
- 31 mars (Paris).
- Dose de cyanure par mètre cube : 6 grammes.
- Local : serre de la station de pathologie végétale, cubant 13 mètres cubes, 80 décimètres cubes.
- Doses employées : cyanure de potassium 78 grammes; acide sulfurique 117 centimètres cubes; eau 231 centimètres cubes.
- Durée • 10 minutes. — Heure: Fumigation faite à ! b. 30. — Température : 17".
- Observations particulières : Temps couvert, il vient de pleuvoir. Serre non recouverte de bâches. La serre remise à neuf ferme d’une façon aussi hermétique que possible. 11 se produit une très vive effervescence, et pendant toute la durée de l’opération la serre se trouve remplie d’un nuage blanc d’acide cyanhydrique.
- p.316 - vue 316/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAH LES FUMIGATIONS D’ACIDE CYANHYDRIQUE. 317
- SUJETS EN EXPÉRIENCE
- 1 Oranger en pot, couvert de Chrysomphalus dictyospermi (— Chrysomphalus minor) et en train de perdre ses vieilles feuilles; quelques rameaux inférieurs se sont entièrement dépouillés; sur les rameaux se trouvent en outre de jeunes Lecanium oleæ.
- I Camélia en pot avec Pulvinaria floccifera fixés sur feuilles et rameaux; stade immature avant sécrétion cotonneuse. La plante avant le traitement a perdu beaucoup de feuilles qui tombent à cette époque avec une grande facilité.
- 1 Arbousier (Arbutus Unedo) en motte, mais mis en pot au moment de l'expérience, couvert d’Aspidiotus hederæ.
- 1 Osmanthus couvert d’Aspidiotus britannkus.
- 1 Bryophyllum avec Pseudococrus (Dactylo-plus) aclonidum.
- I Strobilanthes Dyerianus avec Orthezia insi-f/nis.
- Un lot de plantes non attaquées par les insectes, mises en expérience au point de vue de la résistance et comprenant :
- 1 Aucuba en pot avec jeunes feuilles fraîchement épanouies.
- 1 Merisier d'un an en pot, avec jeunes feuilles venant à peine de se développer.
- 1 Merisier déplanté avant la fumigation avec sa motte et mis en pot; feuilles un peu plus développées que le précédent.
- 1 Primevère Oreille-d’Ours.
- 1 touffe d’Aster et d’iris.
- 1 Pélargonium en pot.
- RÉSULTATS
- Les Chrysomphalus sont tous tués. Les Lecanium également. L’Oranger reste en parfait état ; la chute des feuilles n’est pas hâtée; au moment où les bourgeons s’épanouissent, la végétation est excellente.
- Les Pidvinaria sont tous morts (examen du 18 avril, du 26 avril et du i mai). La plante n'a pas sensiblement souffert. Les bourgeons s’épanouissent normalement en avril. A la fin d’avril, sur un Camélia témoin, les Pulvinaria ont en grande partie émigré sur les rameaux; au début de mai ils commencent à développer leur sécrétion cotonneuse.
- Aspidiotus morts. L'Arbousier n’a pas souffert.
- Aspidiotus morts.
- La plante n’a pas sensiblement souffert. Elle est en très bon état au moment où les bourgeons s’épanouissent, quelques-uns de cos derniers avortent cependant pour une cause indéterminée.
- Les Pseudococcus sont tués.
- Les Orthezia à divers stades du développement sont tués. La plante n'a pas souffert.
- N’a pas souffert.
- N’a pas souffert.
- N’a pas souffert.
- N’a pas souffert.
- N’a pas souffert.
- Pas de brûlures apparentes sur les feuilles; cependant quelques pétioles se dessèchent et les feuilles correspondantes s’affaissent et meurent ; mais de nouvelles feuilles se développent en abondance et, à la fin d’avril, la plante se trouve en excellent état.
- p.317 - vue 317/950
-
-
-
- 318
- AGRICULTURE.
- FÉVRIER 1913.
- 1 Rose trémière (Althæa rosea) arrachée avec sa motte et mise en pot. Dépéri 1.
- 1 touffe de Corbeille d’argent (Iberis souper virais), arrachée et mise en pot. Dépéril.
- Expérience 11. — 11 mai (Nanterre).
- Dose de cyanure par mètre cube : 5 grammes.
- Local : Caisse vitrée de :2 mètres cubes.
- Doses employées : Cyanure 10 grammes; Acide sulfurique 20 centimètres cubes eau 40 centimètres cubes.
- Durée : 45 minutes. — Heure : Fumigation faite à 1 h. 30. — Température, : 10,50 ( — Etat hygrométrique : 85.
- SUJETS EN KXI'ÉIUÜKCE H ÉSl'I.TATS
- 2 Camélias avec Pulvinaiia Jtoccifera, les uns n’ayant pas encore commencé à pondre, les autres ayant déjà derrière eux un sac ovi-gère plus ou moins long. Ils présentent des feuilles jeunes nouvellement épanouies. Le 6 juin, un arrêt de la végétation pour les 2 Camélias est constaté. Les Puh inaria ont été tués à tous les stades, sauf à l’état d'œuf. Les larves écloses des œufs déjà pondus au moment de la fumigation réenvahissent les plantes. En octobre pas de différence entre les traités et les témoins.
- 1 lot de plantes non attaquées mises en expérience au point de vue de la résistance et comprenant : 1 Anthémis (Chrysanthemum fru-tescenspi Calcéolaire, 1 Géranium lierre, 1 Pervenche de Madagascar, 1 Pécher, 1 Vigne, 1 Fusain {Evouymus juponica). Les pousses florales de l’Anthemis sont brûlées; les autres plantes n’ont pas eu à souffrir du traitement.
- Tetrangehus telarius sur feuilles de vigne. Vivants.
- Cloportes. Morts.
- Tclcphorus adultes. Morts.
- Aphrophora spumaria. Morte.
- Larves de Tenebrio molitor (vers de farine) ; Carabides, Oliorhynchus singularis et leurs larves. Vivants.
- 8 oranges avec Parlatoria zivjphi. Insectes morts.
- p.318 - vue 318/950
-
-
-
- DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX PAU LES FUMIGATIONS d’aCIDE CYANIIYDMQUE. 319
- RI RLIOG RAPHIE
- 1. Skstini et Küxn;.— Relazione. AIli délia Commissions consulliva par la Fillossera (Annali di Ayricoltura, 1884, p. 150 si suiv. et p. 193).
- 2. Coquillett. — Report on tlie gas Ireatmenl for ssals insects (Report of thc Départ, of Ayr. for the year 1887, p. 123-142, Washington, 1888).
- 3. Coquillett. — Report on various methods for destroying scals insects (Report of the Dep. of Ay. for the year 1888, p. 123-120, Washington, 1889).
- 4. Coquillett. — Rsport on varions ms t hods for destroying scals insects (U. S. Dep. of Ayr. Divin. of Entom. Bull. 23, old sériés, Washington, 1891, p. 19-27).
- 5. Johnson (G.-Willis). — Fumigation inethods. New-York (Onmyc Judd Company), in-8°, 313 p., 1902.
- 0. Loixsrury. — Cyanide gas remedy for scals insects (Dep. of Ayric., Cape of Good Hope, n° 11, 1901, 27 p., 1902).
- 7. Arbost (J.). — Expériences sur le traitement des maladies parasitaires de l'oranger faites au Parc-aux-Roses (Bail, mensuel de la Soc. centr. d’Agriculture de Nice et des Alpes-Maritimes, XLIII, 1903, p. 283-292).
- 8. Costàntin, Gkrôme et Laiiroy. — Résinfection des serres par l’acide cyanhydrique (Le Jardin, 1904, p. 123).
- 9. Barsac (J.). — La destruction des insectes par l’acide cyanhydrique (Le Jardin, n° 428, 1904, p. 377-379).
- 10. Newklt. (W.). — Fumigation of Nursery Stick (Georgia State Board of Entom., Bull. n° 11, july, Atlanta, 1904, 22 p., 5 11g.).
- 10bis. Woodworth. — Fumigation practice (Fniversity of California, College of Agriculture, Berkeley. Circulai'., n° 11, 1904).
- 11. Birc.ess (A.-F.). — The fumigation of nursery stock (Ohio Dep. of Ayr., Diras, of Nursery and Orchard inspection, Bull., n° 6, 1905, 18 p., 8 planches).
- 12. Tillikr. — Sur l’emploi de l'acide cyanhydrique pour la destruction des parasites. — Désinfection des serres par l’acide cyanhydrique (VAgriculture pratique des pays chauds, VI, 1906,1er semestre, p. 163-169).
- 13. Barsac (J.). — Les fumigations à l’acide cyanhydrique dans les pépinières (Le Jardin, n° 462, 1906, p. 131-134, 8 fig.).
- 14. Woods (A.-F.). — The use of hydrocyanic.-acid gas for fumigaling green-houses and cold fiâmes (U. S. Dep. of Ay. Bureau of Entom., Circular, n° 37, second revise, 1908). i Editions antérieures : 1899 et 1903).
- 13. Morrill (Ph.-D). — Fumigation for the citrus Avhite 11 y as adapted to Florida conditions. (U. S. Dep. of Ayr., Bar. of Entom., Bull. n° 76, 73 p., 7 planches, 11 fig., Washington,
- 1908).
- 16. Morrill (Ph.-D.) and Yothers (W.-W.). — Préparations for winter fumigation for the citrus white fly (U. S. Dep. of Ayr. Bur. of Entom., Circttl., n° 111, 29 sept. 1909).
- 17. W ou lu.u (R.-S.). — Fumigation investigations iu California (U. S. Dep. of Ayr., Bur., of Entom. Bull., n° 79, 73 p., 28 fig., Washington, 1909).
- Il bis. SiLyESTRi (F.). — Sguardo allô stato delF entomologia agraria negli Stati-Fnili del Nord-America (Boll. délia Società degli Ayricoltori Italiani, XIV, n° 8, 1909, p. 8). [Dans ce travail se trouve un tableau indiquant les doses à employer suivant la hauteur et la circonférence des arbres; mesures d’après le système métrique.]
- p.319 - vue 319/950
-
-
-
- 320
- AGRICULTURE. --- FÉVRIER 1913.
- 18. Yotiiers (W.-W.). — The offects of fumigation with hydrocyanic gas on tlie human system (Journal of économie Entomology, III, 1910, p. 317-319).
- 19. Trabut (L.). — La défense contre les Cochenilles et autres insectes fixés (Gouvernement gén. de l'Algérie, Direct, de l'Agr., Alger, 1910,14b p., 3 pl., 127 fig.).
- 20. Wogt.l’m (R.-S.). — The value of sodium cyanid for fumigation purposes (U. S. Dep. of Agric. Bur. of Entom., Bull. 90, part II, 1911, p. 83-90).
- 21. Mac Donnel (C.-C.). — Chemistry of fumigating with Jiydrocyanic-acid gas (U. S. Dep. of Agr. Bur. of Entom., Bull., n° 90, part. III, 1911, p. 91-105,13 fig.).
- 22. Woglum (R.-S.). — Fumigation of citrus trees (U. S. Dep. of Agr., Bur. of Entom., Bull. n° 90, part I, 81 p., 8 pl., 12 fig. Washington, 1911).
- 23. Coleman (G.). — Methods of determining the toxicity of hydrocyanic-acid gas (Journ. of Econom. Entom., IV, 1911, p. 528-531).
- 24. Woodworth (C.-W.). — Fumigation studies. Dosage tables. Bull. n° 220, Sacramento,
- 1911.
- 25. Vuillet (A.). — Emploi de l’acide cyanhydrique pour la destruction des Insectes nuisibles (Journal d’Agriculture tropicale, n° 134, 31 juillet, 1912, p. 123-203).
- p.320 - vue 320/950
-
-
-
- NOTES DE CHIMIE
- par M. Jules Garçon
- A TUA VERS SCIEAT.ES ET INDUSTRIES CHIMIQUES :
- Métaux et métallurgie. — Sur la métallisation par pulvérisation. — La fièvre des fondeurs.
- Huiles et corps gras et peintures. — L’hydrogénation des huiles, par M. Ellis. — Peinture des objets
- métalliques et peintures au minium.
- Matières colorantes. — Sur la paranitraniiine.
- Matières cellulosiques. — Sur la fabrication des papiers.
- Chimie hggicnique. — L’impureté du sel alimentaire.
- Sur la métallisation par pulvérisation. — Nous revenons encore (1) à la méthode de M. Sciioop pour la métallisation de tous les objets par voie de pulvérisation du métal fondu. De grands perfectionnements ont été introduits dans l’appareil. D’ailleurs, la technique au début a eu à lutter contre des obstacles inattendus; par exemple, il a fallu empêcher le métal fondu de s’allier, soit avec la substance du réservoir, soit avec le mêlai des tuyères du pulvérisateur. On comparera utilement, au brevet suisse n° 49 278 du 25 novembre 1909, le brevet français n° 441 100; l’appareil décrit dans le dernier représentait un grand progrès puisqu’il permettait de pulvériser des métaux de tous points de fusion, mais il était d'un maniement et d’un transport plutôt difficiles.
- L’une des données fournies par les essais du laboratoire de M. Schoop à Zurich, c’est que le métal déposé par cette méthode augmente en dureté et perd en ductilité; le résultat est le même, quel que soit le gaz qui sert à exercer la pression, gaz oxydant ou gaz réducteur.
- Si l’on pulvérise de la poussière métallique sous une très forte pression, le chauffage devient inutile avec certains métaux; ce résultat surprenant est probablement du à ce que les particules métalliques viennent frapper la surface à métalliser avec une force telle qu’elles s’échauffent jusqu’à se souder.
- Dans l’appareil que décrivent les brevets allemands nos 252 565 et 255 510, la poudre métallique est soufflée jusqu’à la tuyère où un dispositif de chauffage concentrique la ,porte à la température voulue.
- Le plomb, l’étain et le zinc se contentent du gaz d’éclairage pour ce chauffage ; les métaux difficilement fusibles ont besoin d’oxygène. Une température trop élevée fait s’évaporer du métal ; une température trop basse ne suffit pas à produire une couche uniforme.
- (1) Sur la métallisation par la pulvérisation, voir Notes de chimie de mai 1910, p. 676; d’octobre 1910, p. 281. Cf. la communication de M. F. Loppé du 10 janvier 1912 à la Société internationale des Électriciens.
- p.321 - vue 321/950
-
-
-
- 322
- NOTES DE CHIMIE. ------ FÉVRIER 1913.
- En 1911, M. Sclioop lui appelé à combiner un procédé de pulvérisation tout à fuit nouveau. Dans ce procédé, le métal est fourni par un fil qui vient se fondre et se pulvériser sur une source de chaleur avec la rapidité que l’on désire. Comme l’on peut se procurer aisément à l’aide du chalumeau oxyacétylénique ou de l’arc électrique des températures de 2 500°, l’application du nouveau procédé ne présente aucune difficulté ni en théorie, ni en pratique, et l’on produit des dépôts de cuivre, de laiton, de nickel, de fer, d’or, et même de platine, sur n’importe quelle surface. On a pu même laito-niser des substances explosibles.
- Le nouveau procédé a donné lieu à l’établissement d’un petit appareil qui porte le nom de pistolet à pulvériser les métaux. On trouvera la description de l’appareil et des figures dans le numéro de février de Melallurgical an<l Chemical Knginering. Les applications de ce procédé de métallisation si intéressant se multiplient chaque jour et sont innombrables.
- La fièvre des fondeurs. — Le mal connu sous le nom de fièvre des fondeurs vient de donner lieu aune étude approfondie de M. L. Bargeron (Annales d’Iiggiène, janvier 1913, p. 82-93).
- On a cru longtemps que les malaises des ouvriers des fonderies de laiton provenaient de la chaleur; puis on les a attribués à l’influence des vapeurs de cuivre. Mais les chaudronniers de Durfort (Tarn') vivaient douze heures par jour dans des poussières de cuivre sans en être autrement incommodés. Et le Dr Burcq affirme qu’une atmosphère chargée de poussières de cuivre n’est aucunement nuisible à la santé. Il semble que, dans les conditions ordinaires du travail industriel, il n’y a pas à craindre d’intoxication par le cuivre pur.
- Alors les accidents ont été mis sur le compte des impuretés du métal, et en particulier du plomb et de l’arsenic. Le Dr Julius Sigel a attribué la fièvre des fondeurs au zinc, contrairement aux opinions classiques de Napias, Layet et Proust, aux expériences de Lehmann, aux observations de Poincaré, Landouzy, Maumené qui peuvent se résumer ainsi : on a bien quelquefois constaté des accidents dans les ateliers où l’on fabrique le zinc, où on le fond, où l'on fabrique de l’oxyde de zinc; mais ce n’est pas à cause des impuretés toxiques (plomb, arsenic, etc.) qui peuvent exister dans le métal ou dans son minerai.
- Pour M. Bargeron, il n’y a pas de fièvre des fondeurs hors la présence du zinc, et c’est un phénomène ressortissant exclusivement au zincisme professionnel. D’ailleurs la maladie devient de moins en moins fréquente, à mesure de l’amélioration de l’hygiène des ateliers. Elle se manifeste exclusivement dans les fonderies de zinc et dans les fonderies de cuivre où, en même temps que le cuivre et le bronze, on moule aussi le laiton. Elle n’existe plus dans les fonderies où l’on a installé, au-dessus des creusets, des hottes en communication avec l’extérienr, principalement quand le tirage, à l’intérieur de ces hottes, est forcé par un ventilateur.
- Au-dessus des fours de fusion (fours à creusets) et de la place de coulage, règne une grande hotte à base rectangulaire dont les bords sont à lm,80 du sol. Un ventilateur centrifuge crée dans cette sorte d’entonnoir renversé une forte dépression, qui empêche les fumées d’oxyde de zinc de se répandre dans la salle et les expédie rapidement à l’extérieur au moyen d’une haute cheminée. L’installation de cette hotte est heureusement complétée par un avabo, mettant à la disposition du personnel les moyens de se laver la figure et les mains.
- En résumé, conclut M. Bargeron, la fièvre des fondeurs paraît due aux fumées
- p.322 - vue 322/950
-
-
-
- L HYDROGÉNATION DES HUILES.
- 323
- d’oxyde do zinc exclusivement; ces fumées, produites au moment de la fonte et du coulage des pièces de zinc et de laiton, causent dans l’organisme une intoxication passagère. La maladie est aggravée par l’alcoolisme et par les maladies des reins et du foie. Hile peut être évitée par des installations simples d’hygiène dans les ateliers. Le meilleur traitement paraît être celui qui facilitera le mieux l’élimination par les émonctoires naturels. Ce n’est pas d’ailleurs une maladie grave.
- L’hydrogénation des huiles, d’après M. Carleton Elus (Journal of the S. of Chemical Industry, 31 décembre 19L2, p. 1153-1166, 26 fîg.).
- L’acide oléique et l’hydrogène se combinent molécule à molécule pour former l’acide stéarique, selon la réaction : C18 H34 O2 + H2 = C18 H3(i O2. Ainsi 282 parties d’acide oléique et deux parties d’hydrogène, le dernier dans la proportion d’environ 0,7 p. 100, produiraient 284 parties d’acide stéarique.
- En 1875, Goldschmidt (Sitzungbcrichte Wiener A kademie Wissenschaften,t. 72, p. 366) réduisait l’acide oléique par l’action à 210° de l’acide iodhydrique et du phosphore amorphe. De Wilde et Reychler (Bulletin de la S. Chimique, 1889, p. 295-296 et J. of the S. of Chemical Inclustry, 1889, p. 466) essayèrent une méthode industrielle en chauffant à 180° l’acide oléique additionné de 1 p. 100 d’iode et d’une certaine quantité de savon de suif et faisant ensuite bouillir avec de l’eau acidulée. Ils transformèrent ainsi environ 70 p. 100 de l’acide oléique en acide gras saturé; mais comme on ne recouvrait par distillation que les deux tiers de l’iode employé, la méthode était trop onéreuse. S'il se trouvait une source abondante d’iode à bon marché, la méthode pourrait devenir intéressante.
- On a tenté de remplacer l’iode par le chlore; mais la difficulté est d’avoir des autoclaves qui résistent à l’aLtaque. Imbert a breveté une méthode (brevet français 368 543 de 1906 ; cf. br. américain 901 905 du 20 octobre 1908), où l’on emploie des proportions exactement dosées de chlore et d’alcali, se réglant sur le degré d’iode de l’acide gras; l’opération se fait à 120°-150° sous une pression de cinq atmosphères et dure six heures.
- Zurrer (brevet allemand 62 409 du 8 août 1891), après chloruration de l’acide gras, le chauffe avec de l’eau en présence d’un métal en poudre, par exemple le fer ou le zinc. Lewkowitsch dit que l’acide monochlorostéarique revient parce traitement à l’état d’acide oléique.
- Tissier (brevet français 263 158 du 16 janvier 1897) réduit l’acide oléique par l’hydrogène naissant, en traitant dans un autoclave le corps gras mélangé avec de l’eau et du zinc métallique en poudre. Freundlich et Rosauer (Chemiker-Zeitung, 1900, p. 566, et 7. of the S. of Chemical Industry, 1900, p. 832) affirment que la méthode ne donne aucun résultat.
- La transformation de l’acide oléique, sous l’action de la potasse, en acide palmitique et acétique selon la réaction de Varentrapp (/. of the S. of Chemical Industry, 1883, p. 98; et 1880, p. 240) n’a pas d’importance au point de vue industriel, bien que quelques fabriques l’aient parfois employée.
- La méthode de Schmidt, au moyen du chlorure de zinc (voir à son sujet Lewkowitsch : Huiles, graisses et cires, 4° éd., vol. III, p. 189), exige le maintien à 183° du
- p.323 - vue 323/950
-
-
-
- 324
- NOTES DE CHIMIE.
- FÉVRIER 1913.
- mélange de chlorure de zinc et de l’acide oléique. Tout écart de température entraîne une augmentation de liquide. Mais on doit distiller la matière solide et la forte proportion d’acide hydrostéarique (ï est de beaucoup diminuée par la conversion inverse de cet acide en acides oléique et iso-oléique. La méthode a été essayée sans succès dans une fabrique de bougies autrichienne.
- Plusieurs méthodes basées sur l’action do l'acide sulfurique ont été proposées. Fn traitant le produit parla vapeur, on a l’acide hydrostéarique.
- Weineck (brevet autrichien n" 10 400 du 1!) juillet 1886) indique la possibilité de combiner l’hydrogène à l'acide oléique sous l’action d’un courant électrique. Kuess {Chemiker-Zeituny, 1806, p. 618) essaya d'appliquer le courant électrique dans la distillation par la vapeur des acides gras.
- Dans les brevets pris par Magnier, Brangier et Tissier (brevet anglais 3 363 de 1900, brevet allemand 124 446 du 3 octobre 1899 et addition 132223), le corps gras est aci-diüé par l’acide sulfurique, mélangé à cinq ou six fois son poids d’eau, puis soumis à l’action du courant électrique et d’une pression de 5 atmosphères.
- Hemptinne (brevet anglais 1 572 de 1905 ; brevet des États-Unis 797 1 12 du 15 août 1905; J. ofthe S. of Chemical Indmlry, 1905, p. 448) a proposé de faire passer une décharge électrique à travers une couche mince d'huile en contact avec l'hydrogène. La réaction s'opère dans une chambre munie d’un tuyau d’arrivée du gaz hydrogène sous pression constante. L’acide oléique arrive dans un tuyau percé de trous au-dessus d’un système d’électrodes parallèles, les unes formées de lames de verre réunies à un pôle de la source électrique, les autres formées de lanrs métalliques reliées à l’autre pôle. L’huile passant sur les lames de verre est en partie transformée en acide stéarique et autres composés dont les points de fusion sont environ 69°.
- Hemptinne conseille d'opérer à une pression inférieure à la pression atmosphérique; de cette façon, on arrive aisément à avoir 20 p. 100 d'acide stéarique, et 40 p. 100 si l'on répète l'opération, mais dans ce cas la vitesse de la réaction diminue beaucoup. Il vaut mieux arrêter la réaction à 20 p. 100, séparer l’acide stéarique formé et retraiter l’huile restante.
- ,1. Petersen {Zeiischrif! fur EIcklrochemie, 1906, p. 549; J. of îhe S. of Chemical Industry, 1905, p. 895) a essayé de réduire l’acide oléique par l'action du courant électrique sur une solution alcoolique légèrement acidulée à l’acide sulfurique ou mieux à l’acide chlorhydrique, entre des électrodes de nickel. La proportion d'acide stéarique obtenue ne dépasse pas 15 à 20 p. 100. Petersen a aussi essayé, mais sans résultat, de réduire l’oléate de sodium en solution alcoolique à l’état de stéarate.
- G. F. Bohringer et Fils (brevets allemands 187 788 et 189 332 de 1906) ont obtenu de meilleurs résultats par la môme méthode, en employant comme cathodes des lames de métal recouvertes d’une couche spongieuse du meme métal. Ils recommandent le platine et le palladium couvert d’une couche de noir de palladium.
- Kolbe (J. fïir praktische Chernie, 2e série, t. 4, 1871, p. 418) relate que Saytzeff réduisit le nitrobenzol en aniline en faisant passer les vapeurs mêlées à de l’hydrogène sur du noir de palladium.
- Vingt-cinq ans plus tard, Sabatier et Senderens entreprirent leur étude sur les actions catalytiques du uickel et d’autres métaux. C’est ce travail qui a conduit au
- p.324 - vue 324/950
-
-
-
- l’hydrogénation des huiles.
- procédé actuel d’hydrogénation des huiles. Bien que de nombreux essais aient été laits, les publications sur ce sujet sont rares.
- Un brevet de J. B. Senderens (brevet français 512 615 de 1901; brevet allemand 159 457; J. of the S. of Chemical Industry, 1902, p. 169) est probablement le premier brevet relatif à l’hydrogénation d’un corps organique par l’action catalytique d’un mêlai. Ce brevet relate la production d’aniline au moyen d’un mélange de nitrobenzol et d’hydrogène passant à chaud sur le nickel, le cuivre, le cobalt, le fer ou le palladium.
- La possibilité d’bydrogéner des huiles à l’état liquide revient, semble-t-il, à Leprince et Siveke (brevet allemand 141,021 du H août 1902, de la llerforder Maschi-nenfett und Oelfabrik). En Angleterre) le brevet analogue (br. anglais 1515 de 1905; ,/. of Ihe S. of Chem. Ind., 1904, p. 15) obtenu par Normann, est bien connu à cause de son caractère fondamental. Normann indique que l’hydrogénation des huiles peut être faite en les traitant à l’état de vapeurs ou à l’état liquide. Dans le premier cas, un mélange de vapeurs du corps gras et d’hydrogène est amené sur la matière catalytique supportée par de la pierre ponce. On peut aussi exposer le corps gras liquide à l’action de la substance catalytique et de l’hydrogène. Si l’on met, par exemple, du nickel en poudre fine obtenu en réduisant l’oxyde de nickel par un courant d’hydrogène, en suspension dans l’acide oléique chauffé au bain d’huile, et si l’on fait passer un courant d’hydrogène, on peut arriver à transformer complètement l’acide oléique en acide stéarique. Au lieu d’hydrogène pur, on peut faire passer un mélange gazeux contenant de l’hydrogène, du gaz à l’eau par exemple.
- David T. Day de Washington (brevet des États-Unis 826 089 du 17 juillet 1906 ; J. of the S. of Chemical Industry, 1906, p. 1055) a breveté une méthode de traitement des hydrocarbures par l’hydrogène en présence de matières poreuses absorbantes parmi lesquelles il mentionne le noir de palladium, l’éponge de platine, le poussier de zinc, la terre à foulon et autres argiles. L’appareil consiste en trois réservoirs superposés, pouvant supporter des pressions assez fortes. Celui du milieu reçoit la substance catalytique et l’hydrogène qui peut être remplacé par de l’éthylène, etc. L’huile passe du premier réservoir dans le réservoir intermédiaire, puis dans le dernier. L’appareil de Day a été modifié de façon à ne présenter qu’un réservoir divisé par une cloison perforée sur laquelle se place la substance absorbante. Un tube perforé amène l’hyclro-gène dans le fond de l’appareil. La distillation se fait tandis que l’hydrogène traverse l’huile et la substance absorbante.
- Schwoerer (brevet allemand 199 909 de 1906; J. of ihe S. of Chemical Industry, 1908, p. 149), en raison de l’avertissement donné par Sabatier de ne mettre en contact avec la substance catalytique que les vapeurs du corps gras, fut amené à combiner un appareil formé d’un réservoir à enveloppe de vapeur dans lequel tourne une hélice à la base de laquelle est une couche d’amiante nickelée. L’huile, pulvérisée par un courant d’hydrogène, entre à la partie supérieure ; les vapeurs d’acide oléique, intimement mélangées à l’hydrogène, viennent en contact avec l’amiante nickelée, et l’acide stéarique formé se rassemble dans le bas de l’appareil d’où on l’extrait par un tube.
- Bedford emploie deux couches de ponce nickelée placées sur deux faux-fonds perforés dans une sorte de tour (brevet anglais 9 142 de 1908; brevet des États-Unis 949 954 du 22 février 1910; J. of ihe S. of Chem. Ind., 1909, p. 1005); au fond de la tour, un tube amène l’hydrogène; et entre les deux faux-fonds, un tuyau amène l’huile
- p.325 - vue 325/950
-
-
-
- 326
- NOTES DE CHIMIE.
- FÉVRIER 1913.
- pulvérisée par un courant d’hydrogène. On maintient une température de '200'' et un vide de 50 à 100 mm. Les vapeurs sortent à la partie supérieure et vont se condenser dans un autre récipient.
- • Ces deux méthodes ne peuvent s’appliquer au traitement des glycérides, car ceux-ci ne peuvent être distillés sans se décomposer.
- Erdmann (brevet allemand 211 069 du 19 janvier 1907 ; J. <>f the S. of Chem. Lui., 1909, p. 9 1 4) lance le jet d’hydrogène et d'huile pulvérisée sur un cylindre tournant recouvert de ponce nickelée, qui se trouve dans une chambre dont le fond est garni également de ponce nickelée. Erdmann indique comme température de réaction 170° à 180°; et (addition 221 890 du 19 janvier 1907) il recommande la distillation sous un certain degré de vide.
- Les Vereinigte Chemische YVerke A.-G. (brevet allemand 236 188 du 6 août 1910; brevets français 125 729 et 431 927 de 1911 ; brevet anglais 18 612 de 1911; J. of the S. of Chem. Ind., 1911, p. 1022, et 1912, p. 316) emploient du palladium précipité sur un métal très divisé. Avec une partie de palladium, on peut transformer 100 000 parties de matière huileuse. Il est recommandé d’employer l’hydrogène à la pression de deux à trois atmosphères, et de chauffer un peu au-dessus du point de fusion de la graisse formée. L’arsenic, les phosphures d’hydrogène, l’acide sulfhydrique, les hydrocarbures liquides, le sulfure de carbone, le chloroforme, l’acétone et les acides minéraux empêchent l’action catalytique.
- Kayser (brevet des Etats-Unis n° 1 001035 du 26 septembre 1911 ; ./. of the Soc. of Chem. Ind., 1911, p. 1 266) indique un appareil muni d’une roue à palettes formées par des cadres portant des toiles métalliques. (Dans le brevet des États-Unis, n° 1 048 171 du 11 novembre 1911 ;7. of the Soc. of Chem. Ind., 1911, p. 1 461) Kayser indique l’emploi pour la Sïibstance catalysante d’un support inerte pulvérulent, comme le kieselgühr. Cette méthode est assez employée.
- Deux brevets se réfèrent à l’introduction d’huile pulvérisée dans une chambre à hydrogène comprimé. L’un est le brevet de Testrup (brevet anglais 7726 de 1910; J. of the Soc. of Chem. Ind., 1910, p. 1022) et l’autre de Wilbusehewitz (brevet français n° 426 343 de 1910 ; J. of the Soc. of Chem. Ind., 1911, p. 966).
- Dans le brevet de Testrup, l’huile, mélangée de poudre de palladium ou plutôt de nickel dans la proportion de 2 à 3 p. 100, est chauffée dans une atmosphère d’hydrogène sous pression jusqu’à 160° ou 170°, puis pulvérisée dans un autre récipient à hydrogène sous une pression moindre, puis dans une série de réservoirs d'hydrogène à pressions décroissantes. Il sul’lit de dix à quinze pulvérisations pour réduire le chiffre d’iode de 110 à 50.
- Le brevet de Wilbusehewitz diffère par l’appareil employé. D’après Goldschmidt {Chem. Zeitg, 1912, p. 945), l’hydrogène sous forte pression permet à la réaction de s’effectuer entre 100° et 160°, de sorte que les corps gras ne sont pas altérés. Ipatiew avait déjà étudié l’effet des hautes pressions plusieurs années avant ces brevets.
- Bedford et Williams (brevet anglais, n° 29612 de 1910; brevet des États-Unis du 14 mai 1912 n° 1026339) traitent l’huile par un mélange d’hydrogène et d’oxygène, ou d’hydrogène et d’air, à 250°, avec de l’oxyde de nickel comme catalyseur.
- Shukoff (brevet allemand, n° 241 823 du 18 janvier 1910) envoie dans l’huile le carbo-nyle de nickel obtenu en faisant passer de l'oxyde de carbone sur du nickel métal-
- p.326 - vue 326/950
-
-
-
- l’hydrogénation des huiles.
- 327
- lique à froid. L’huile, d’abord maintenue à 180°, quand elle a absorbé assez de nickel, est chauffée à 220°, puis on fait passer un courant d’hydrogène ; le carbonyle de nickel se décompose et laisse en suspension dans l’huile du nickel métallique très divisé.
- Day a perfectionné son appareil primitif pour l’hydrogénation des hydrocarbures (brevet des Etats-Unis n° 1005682 du 3 octobre 1911; J. of the Soc. <>f Chem. Ind., 1911, p. 1144).
- Philipps et Bulteel proposent de transformer les huiles minérales en huiles plus légères en les chauffant avec de l’hydrogène en présence d’agents catalytiques, tels <pie le nickel (brevet anglais n° 23 977 de 1909; J. of ihc Soc. of Chem. Ind., 1910, p. 1866). Un mélange d’huile, de gaz et de catalyseur est injecté dans un cylindre chauffé, en donnant un jet en mouvement giratoire.
- La maison IL Schlinck et Cie de Hambourg (brevet anglais n° 8147 de 1911 ; J. of ihc Soc. of Chem. Ind., p. 1322) fait passer l’huile dans une turbine centrifuge dont le tambour porte un revêtement poreux de palladium.
- Ellis (brevet des États-Unis n° 1 026156 du 13 mai 1912) propose de faire circuler en sens inverse l’hydrogène et l’huile dans des tubes remplis de catalyseur. Dans un autre brevet (n° 1 040531 du 8 octobre 1912), Ellis place le catalyseur sur des claies ou dans des corbeilles, ce qui permet une circulation plus régulière de l’hydrogène. Il sera utile de consulter également le brevet français 449 668 du 22 octobre 1912.
- Le succès des méthodes repose en somme sur le catalyseur choisi. Celui-ci est le plus souvent du nickel. Il faut réduire à basse température de 300° à 825° l’oxvde de nickel pur par l'hydrogène. L’oxyde de nickel s’obtient soit par calcination du nitrate de nickel, soit en précipitant par l’alcali du sulfate de nickel. Le chlore et le soufre nuisent à l’action catalytique.
- L’efficacité du métal est augmentée si l’on fait porter le nickel par une substance poreuse (pierre ponce, kieselgühr, charbon de bois, sciure, etc.). Le nickel ainsi réduit à basse température est pyrophorique ; et il doit être tenu à l’abri de l’air, sinon il s’oxyde et perd ses propriétés.
- La production du catalyseur a fait l’objet de plusieurs brevets. Crosfield (brevet anglais n° 30 282 en 1910; J. of lhe Soc. of Chem. Ind., 1911, p. 1461) a breveté dans ce but la précipitation d’hydroxyde sur des matériaux poreux imprégnés d’une solution de sulfate de nickel. Avec le kieselgühr, la poudre obtenue peut tenir environ 80 p. 100 de nickel.
- Une méthode analogue brevetée par Kayser (brevet des États-Unis n° 1 004034 du 26 septembre 1911; J. of the Soc. of Chem, lad., 1911, p. 1266) emploie comme précipitant le carbonate de sodium au lieu de l'alcali. Le mélange est jeté dans l’eau bouillante, puis séché et réduit.
- Pour remédier à l’oxydation rapide du nickel, Kayser (brevet des États-Unis n° 1 001 279 du 22 août 1911 ; J. of the Soc. of Chem. Ind., 1911, p. 1219) réduit l’oxyde de nickel entre 500° et 600° et fait passer ensuite un courant rapide d’acide carbonique jusqu’à ce que le gaz sortant devienne ininflammable. Le nickel obtenu ne s’échauffe plus au contact de l’air.
- Wilbuschewitz (brevet des États-Unis n° 1 016864; et français n" 426343;/. of lhe Soc. of Chem. Ind., 1911, p. 966) propose pour la formation rapide du catalyseur un four rotatif horizontal dans lequel l’oxyde métallique serait chauffé à 500° dans
- p.327 - vue 327/950
-
-
-
- 328
- NOTES DE CIHMJE.
- FÉVRIER 1013.
- l’hydrogène. Pour revivifier le calalyseur, il propose (brevet des États-Unis n° 1022317 du 2 avril 1912; brevet français n" 126313 ; ./. of the Soc. of Chem. Lui., 1911, p. 996) de le laver à la benzine, puis de le traiter par une solution alcaline, d’acidifier, de traiter par une solution de carbonate de sodium et de réduire.
- Le palladium a été étudié comme catalyseur, malgré son prix très élevé, en raison de son efficacité, la réaction commençant à 80° ou 90", tandis qu’avec le nickel elle 11e commence qu’à 180"; Fokin {Chem. Zeil., 1909, p. 758 et 1907, 321; J. of the S, of Chem, [ml., 1906, p. 935 et 1907, U 49) a trouvé qu’avec l’électrolyse le noir de palladium réduisait complètement l’acide oléique en acide stéarique, tandis que le noir de platine n’en réduisait que 21 p. 100. 11 a réduit les huiles de lin, de ricin, de foie de morue, de bois.
- Paal (lierichle, t. 11, p. 2282; ./. of the S. of Chem. Ind., 1908, p. 861), étudia le palladium colloïdal et transforma les huiles de ricin, d’olive, de poisson et les graisses animales. L’huile de sésame hydrogénée ne donne plus que faiblement la réaction de Baudoin; l'huile de coton hydrogénée ne donne plus les réactions de Becclii et de Halphen. (Brevet des États-Unis 1 023 753 du 16 avril 1902; brevet français 131 927 ; J. of the S. of Chou. Ind., 1912, p. 316).
- Karl (Thèse, Erlangen, 1911) a étudié au point de vue quantitatif l’action du palladium déposé sur divers supports. Précipité sur du nickel ou du magnésium, le palladium est catalyseur, tandis qu’il devient inerte s’il est précipité sur du plomb, de l’aluminium, du fer ou du zinc.
- Un des problèmes de l’hydrogénation des huiles est la production d’hydrogène à bon marché. Les deux méthodes de production sont celle de l’éponge de fer avec emploi de gaz à l’eau pour réduire l’oxyde de fer obtenu et la décomposition de l’eau par électrolyse. Le gaz à l’eau doit être débarrassé de toute trace de sulfure, sans quoi l’hydrogène entraînerait le soufre de l’éponge de fer et détruirait le catalyseur. Le prix de revient de l’hydrogène est d’environ 0 fr. 20 par mètre cube. Une installation permettant de produire environ 15 mètres cubes à l’heure coiïle 200 000 à 250 000 francs.
- Le blanchiment électrolytique donne de grandes quantités d’hydrogène qui sont en général perdues. On pourrait les recueillir et en utiliser une partie.
- Une des difficultés de l’hydrogénation est la difficulté de tenir l’hydrogène dans des réservoirs. Les cuves de traitement essayées à une pression double et étanches à l’air laissent néanmoins fuir l’hydrogène avec une rapidité surprenante. Les joints des autoclaves doivent être soudés, et il faut éviter autant que possible les parties mobiles.
- L’hydrogénation des huiles est surtout destinée à fournir des huiles comestibles et des matières pour la fabrication des savons. Les huiles de poisson et de baleine peuvent être rendues inodores.
- L’huile de colon hydrogénée prend la consistance du saindoux, et les fabricants de saindoux qui emploient des mélanges de 80 à 85 p. 100 d'huile de coton et 15 à 20 p. 100 d’oléosléarine ont pu remplacer ce mélange partie l’huile hydrogénée. Mais il faut que l’huile hydrogénée ne contienne pas de nickel. Selon Borner (Chem. lier. Fetl. und Ilarz-Ind,., 1912. p. 221 ; J. of the Se. of Chem. Ind., 1912, p. 996g ce résultnl
- p.328 - vue 328/950
-
-
-
- PEINTURE DES OBJETS MÉTALLIQUES ET PEINTURES AU MINIUM. 329
- ne peut être atteint que si l’huile contient en proportion notable un acide gras. D’après Carleton Ellis, il faudrait éviter l’emploi comme catalyseur du nickel partiellement oxydé.
- Peinture des objets métalliques et peintures au minium. — La peinture des objets métalliques peut se faire à la main, ou au plongé, ou par pulvérisation.
- La méthode par plongé ou trempage s’applique aux petits objets. M. A. S. Jennings a exprimé quelques remarques intéressantes sur cette méthode devant la Paint and Varnish Society, du 24 septembre I912(d’après Engineering, du 1er novembre 1912). La méthode est surtout appliquée aux États-Unis; elle s’est moins répandue en Europe. On conçoit que son adoption nécessite que le bain reste aussi homogène que possible, et pour cela que la couleur pigmentaire employée ne soit pas trop dense et qu’elle soit le plus finement pulvérisée. De plus, la peinture doit pouvoir sécher assez vite; sinon, il se produirait facilement du coulage et des rayures. La peinture à utiliser sera, de ces faits, un peu plus coûteuse, mais le procédé par lui-même est économique.
- On peint au trempé les parties en bois des machines agricoles ; c’est ainsi qu’à la maison Marshall fils et Cie de Gainsborough, 4 500 pièces sont peintes par cette méthode chaque mois. La cuve où se fait la peinture est munie d’un faux-fond pour empêcher les pièces de se perdre; au-dessous de ce faux-fond, existe un dispositif d’agitation mécanique. On ne donne que la première couche à la cuve; on finit au pinceau. La cuve n’a besoin d’être vidée qu’une fois l’an.
- La maison Harrisson et Mac Gregor de Leigh emploie la méthode à la cuve pour peindre des pièces de machines. Ces pièces sont portées à la cuve, dès la sortie de la fonderie. La peinture est un gris sans plomb, elle doit sécher assez vite et on force en conséquence la proportion de siccatif. L’arsenal royal de Woolwich emploie la même méthode pour des parties de wagons; l’atelier comprend 41 ouvriers au lieu des 200 employés autrefois.
- La maison Edwards et Shaw de Birmingham a adopté un dispositif qui permet de plonger les pièces à peindre d’un seul coup dans la cuve, puis de les retirer pour les égoutter. On pourrait aussi manœuvrer la cuve alternativement de bas en haut, puis de haut en bas.
- On objecte que par cette méthode la peinture ne pénètre pas dans les pores du bois aussi bien qu’à la main. Mais l’objection tombe lorsqu’il s’agit d’objets métalliques. On objecte aussi que la peinture au plongé est moins durable que celle à là main, parce qu’on est obligé d’avoir une couleur séchant plus vite dans le premier cas; l’objection ici a toute sa force, et pour obvier à l’inconvénient on conseille de ne donner au plongé que la première couche.
- La peinture par vaporisage économise beaucoup de temps ; cette méthode permet de peindre 80 à 85 mètres carrés de surface en une heure, c’est-à-dire seize fois plus qu’à la main. Les deux appareils les plus répandus en Grande-Bretagne sont l’aéror graphe, si connu, et l’appareil de Wells; le premier est surtout employé dans l’art décoratif, et le second dans la peinture. Il est surprenant que cette méthode ne soit pas pjus répandue pour les constructions métalliques; elle paraît si bien adaptée au cas des ponts, des planchers, des vaisseaux; le cas seul des petits treillis pourrait être Tome 119. — 1er semestre. — Février 1915. 22
- p.329 - vue 329/950
-
-
-
- 330
- NOTES DE CHIMIE.
- FÉVRIER 191.1.
- mis de cùlé. Avec celle méthode, on peut appliquer n'importe quelle peinture; le goudron lui-même se vaporise sous une faible pression.
- L’application de la peinture au minium pour les constructions métalliques a fait l’objet d’instructions détaillées de la National Lead Company.
- Lorsqu'on veut éviter au fer et à l’acier de se rouiller, il faut avant tout éloigner tout contact av^c l’eau ou avec l’air humide. Il faut enlever toute trace; de rouille, une fois produite, parce que celle-ci est un lieu de concentration de l’humidité. Il faut éviter aussi toute présence d’acides ou de sels acides ou de matières étrangères à la surface du métal; de même; toute inégalité de cette surface ; enfin, il faut éviter les courants vagabonds. Une bonne peinture au minium doit donc pouvoir combattre toutes les causes qui facilitent la corrosion du fer; en particulier, elle ne doit renfermer aucune partie susceptible de se dissoudre ou d’être attaquée ; elle doit être imperméable à l’eau comme à l’électricité; elle doit constituer une base satisfaisante pour les couches successives.
- Le minium est peut-être la couleur qui répond le mieux à ces différentes conditions. Mais il faut que le produit sec soit de la meilleure qualité possible. L’Administration delà Marine des États-Unis exige qu’il renferme au moins 94 p. 100 de Plr'OL avec moins de 1 millième de plomb métallique; et la finesse doit être telle qu'après lavage à l’eau et passage au tamis de soie n° "21, il ne reste pas plus de 5 millièmes de matière solide sur le tamis.
- Les municipalités imposent des conditions un peu moins sévères; par exemple, elles exigent 90 p. 100 de Pb:jOf et 10 millièmes de résidus au maximum sur le tamis n° 19.
- En ce qui concerne la peinture des ponts de chemins de fer, M. A. W. Carpenter, à la dernière réunion de l’Association des Maintenance-of-Way Master Painters de Chicago, remarquait que la peinture doit avoir beaucoup de corps pour résister à l’usure et qu’elle doit pouvoir sécher rapidement. Le goudron et le ciment de Portland donnent, à ce doublé point de vue, d’excellentes couches protectrices. Il faut prendre du goudron de houille raffiné, le goudron du gaz à l’eau ne convient pas.
- Les parties exposées à l'action directe du soleil seront préférablement recouvertes d’un mélange de goudron et de ciment, le dernier contribuant à neutraliser l’acide qui peut se trouver dans le goudron. On commence à chauffer le goudron, on lui ajoute moitié de son volume de Portland et on fait bouillir le tout pendant une heure. Cette couche protectrice donne d’excellents résultats sur les parties planes, mais les têtes de rivets ont échappé à sa protection, même en augmentant la proportion du ciment dans le mélange.
- Une très bonne protection des poutres métalliques qui soutiennent la route s’obtient en les recouvrant avec un mortier constitué d’une partie de ciment Portland et de deux parties de sable.
- Sur la paranitraniline. — Les dérivés nitrés de l’aniline s’obtiennent d’une façon régulière en réduisant avec ménagement les nilrobenzènes correspondants. On peut
- p.330 - vue 330/950
-
-
-
- SLJR LA FABRICATION DES PAPIERS.
- 331
- les obtenir directement en faisant agir le mélange nilro-sulfurique sur l’aniline; on sépare aisément les trois nitranilines isomères l’une de l’autre par un traitement à l’eau. On peut encore préparer la paranitraniline en nitrant l’acétanilide ou phényla-célamide et en saponifiant la paranitroacétanilide ainsi obtenue. L’acétanilide sert ainsi de matière première pour préparer la paranitraniline, comme elle sert pour la paraphénylèncdiamine.
- La paranitraniline donne, par diazotation, puis copulation avec le b-napbtol, une couleur rouge d’une très belle nuance et d’une grande solidité au lavage; on peut la produire directement sur la fibre : c’est donc un produit très intéressant et sa consommation est devenue considérable dans les ateliers de teintures et dans ceux d’impressions. Son prix est relativement bas puisqu’il ne dépasse guère 1 fr. 80 à 2 francs le kilogramme.
- La fabrication industrielle de ce produit présente des difficultés si l’on veut obtenir les rendements voulus, à cause de l’attaque des appareils par les acides. M. P. Muller a donné dans la Chemiker-Zeitung de septembre 1912 (p. 1049-1055) des détails intéressants sur la technique de cette préparation à partir de l’acétanilide, en appareil d'aluminium.
- 250 kilos à 99,5 p. 100 et 250 kilos d'acide acétique à 98-100 p. 100 donnent 355 kilos d’acélanilidc sèche; théoriquement on devrait obtenir 362 kilos d’acé-tanilide fondant à 108°-110°. Ces 355 parties d’acétanilide sèche donnent par nitration les 88 p. 100 dans la pratique de la nitroacélanilide théorique; enfin , la saponification par la soude caustique donne 74 à 77 p. 100 de la paranitraniline théorique; c’est-à-dire pour les 250 kilos d’aniline du début, 275 à 287 kilos de para-nilraniline.
- Sur la fabrication des papiers. — L’industrie du papier est une industrie tellement développée qu’elle présente un nombre très grand de subdivisions et qu'elle se trouve en face d’un nombre considérable de problèmes à résoudre. Nous en relevons quelques-uns particulièrement intéressants dans plusieurs des revues spéciales à ces industries, entre autres dans notre confrère Le Papier.
- Le gaufrage des papiers à lettres imitant la toile s’obtientd’une façon originale. Pour produire le grain de la toile, onrecourtà une toile mince ; on colle celle-ci sur une feuille de zinc, av.ec une colle de riz de première qualité, additionnée d’un peu de glycérine; et, pour obtenir une adhérence plus parfaite, il faut avoir soin de frotter auparavant la surface du zinc avec du papier émeri. Le gaufrage se fait en mettant le papier en Ire deux toiles ainsi collées et séchées, et en faisant passer l’ensemble dans un laminoir de grande puissance. On peut employer plus simplement une. calandre, dont un cylindre est enveloppé de toile; et pour le papier continu, on emploie le calandrage avec une toile sans fin passant entre les cylindres et le papier.
- Mais la production des papiers imitant la toile au moyen d’un calandrage produit des déchets et des dessins défectueux, parce que la toile d’enveloppe des cylindres ou la toile sans fin prend des plis défectueux ou s’aplatit sous la pression.
- Cependant, pour-les papiers autres que les papiers à lettres, le gaufrage s’obtient par calandrage au moyen de cylindres portant des dessins en relief. Mais le gaufrage
- p.331 - vue 331/950
-
-
-
- 332
- NOTES DK CHIMIE. ------ FÉVRIER 1915.
- obtenu est toujours imparfait, car il ne possède pas la transparence du gaufrage obtenu avec les plaques de zinc ou le déplacement d’un tissu.
- Les papiers destinés à renfermer des substances alimentaires : beurres, chocolats, thés, articles de charcuterie, doivent posséder la plus grande imperméabilité à l’air. 11 est donc utile, au cours de leur fabrication, de les étudiera ce sujet. Voici comment le professeur allemand W. Herzberg, grand spécialiste en la matière, conseille de procédera ce diagnostic.
- On peut prendre un tube de verre, fermer au mieux l’une de ses extrémités, avec le papier à examiner, faire plonger le tube ainsi disposé dans l’eau d’un récipient, d’une dizaine de centimètres par son extrémité ouverte et noter le temps que le niveau de l’eau met pour être le même dans le tube et dans le récipient. On note le temps mis par l’air du tube pour s’échapper ainsi à travers le papier.
- On peut aussi fermer l’extrémité laissée libre du tube par un bouchon que traverse un tube de verre relié à un siphon, qui amène l’eau d’un flacon maintenu à un niveau constant; sous la pression de cette amenée d’eau, l’air est chassé à travers le papier, et l’on note le temps mis par le tube pour se remplir d’eau.
- Les qualités ordinaires des papiers-filtres se font à la machine, tel le papier pour filtrer la bière; les papiers pour les analyses scientifiques se fontàla main. On emploie des chiffons, bien triés et exempts d’impuretés métalliques, comme épingles restant aux cols et aux chemises. Ces chiffons sont lessivés à la soude, la chaux donne trop de cendres; ils sont blanchis au chlore, plutôt qu’au chlorure de chaux. Le blanchiment commence à s’effectuer au chlore liquide. L’eau employée dans tous les traitements doit être le plus pure possible.
- Paper de New-York indique les teneurs centésimales suivantes en cendres, constituées par des silicates et de la chaux :
- Rognures de chemises 0,039; chiffons blancs de chanvre 0,139; chiffons écrus de chanvre 0,140; chiffons de colon teints 0,177 ; chiffons de coton blancs 0,107; pâte au sulfite blanchie 0,298 ; pâte à la soude blanchie 0,400.
- Quelles sont les qualités d’un bon papier-filtre? C’est de contenir le moins de cendres possible, de ne pas avoir d’ouvertures et de renfermer le moins d’impuretés. Sila teneur en cendres est de 0,015, si la feuille d’un diamètre de 15 cm. peut filtrer un litre d’eau à 45° en 100 secondes, on a alors un excellent papier-filtre. On élimine les impuretés métalliques, les oxydes, et les silicates, par un traitement mixte à l’acide chlorhydrique età l’acide fluorhydrique ; on neutralise les acides ; on soumet le papier à une pression, puis à l'action de la gelée dans un hangar ouvert, en vue d’augmenter sa porosité. Les particules très petites de glace dues à la gelée tiennent les pores ouverts et c’est pourquoi les meilleurs papiers sont ceux produits en hiver et dans les pays froids, par exemple à Grycsboo (Suède), où l’hiver est très long et les eaux sont très pures; ses produits étaient déjà regardés par Berzélius comme les meilleurs.
- M. Vidai, professeur de micrographie à l’École de papeterie de Grenoble, vient de publier, dans l’organe de cette École, une note intéressante sur les papiers employés en Chine. Ceux fabriqués avec des matières premières spéciales à l’Extrême-Orient le sont avec le bambou, le broussonetia ou mûrier à papier, l’edgeworthia, le riz. Le
- p.332 - vue 332/950
-
-
-
- l’impureté du sel alimentaire.
- 333
- bambou domine clans les papiers à écrire; le mûrier dans les papiers-gazes et les papiers gaufrés qui servent à faire des éventails, des mouchoirs, des nappes à thé et aussi dans les papiers indéchirables pour couvertures de cahiers d’écoliers et pour enveloppes de ballots de soies; l’edgeworthia dans les papiers nacrés; pur,il constitue le papier impérial du Japon. Enfin, le papier dit papier de riz consisteen fines tranches découpées dans la moelle d’un aralia et continue à servir à fabriquer de minuscules tableautins à la gouache ou à l’aquarelle.
- Les papiers destinés à l’impression sont, plus ou moins, du sapin, du chiffon, de l’alfa, de la paille commune, et ils sont souvent importés d’Europe.
- Il y a une question des enveloppes à fenêtre. Les installations actuelles de triage et de classement demandent que les lettres soient disposées horizontalement, et une première difficulté se présente lorsque l’adresse est écrite parallèlement au petit côté, parce que l’oblitération nécessite un mouvement de plus.
- Mais la grande source de difficul I es provient de la matière même dont est composée la fenêtre. Si c’est delà gélatine, remarque Le Papier,la transparence se perd lorsqu’il pleut, et l’humidité fait coller les enveloppes à d’autres. Si c’est une portion réservée du papier, très glacé et très transparent, le timbre y colle difficilement.
- Ces difficultés sont suffisamment fondées pour que l’Angleterre et la Suisse aient déjà interdit les fenêtres parallèles au petit côté. La Chambre de Commerce d’Orléans demande que cette interdiction ne soit pas admise enFrance; mais elle demande qu’un emplacement spécial soit imposé au timbre. M. Fonchy, le vulgarisateur des enveloppes à fenêtre, demande, lui, que toutes les adresses, commerciales ou privées se fassent, réglementairement, sur le petit côté.
- L’impureté du sel alimentaire. — M. Andouard, directeur honoraire delà station agronomique de la Loire-Inférieure, remarque qu’il importe plus qu’on ne le croit de n’introduire dans l’économie humaine qu’un sel satisfaisant aux exigences de l’hygiène. Il consacre une étude fort intéressante à attirer l’attention sur ce point [Annales des falsifications de janvier 1913) et nous en extrayons les quelques passages qui suivent.
- Le sel marin est livré au commerce, dans l’ouest de la France, à l’état de sel brut, dit sel gris ou gros sel; à l’état de sels soi-disant purifiés, dits sel lavé et sel raffiné; et à l’état de sel dit sel fin, réservé aux délicats. Le sud-ouest et le midi de la France ne produisent que du sel brut et du sel raffiné.
- Aucun de ces types ne mérite la confiance dont ils jouissent, car on a vu, dans les marais salants, le nombre des bactéries montera 29800 par centimètre cube. Le sel est mis en tas sur un terrain plus que suspect; et le sel gris est du sel mélangé d’une proportion de vase très notable qui peut atteindre les quinze centièmes du poids total.
- On ne raffine habituellement que du sel ayant séjourné deux ans sur le marais. Le raffinage s’effectue en dissolvant le sel dans de l’eau de mer, laissant la solution reposer, puis faisant cristalliser par vaporisation ignée à 108° environ. Le sel cristallise en lamelles superposées, entre lesquelles il reste toujours de l’eau-mère incluse :
- « On ne saurait être surpris que des cultures microbiennes de sels raffinés de l’Ouest aient donné jusqu’à 2 900 colonies bactériennes par gramme de sel, accompagnées de 100 à 200 moisissures.
- p.333 - vue 333/950
-
-
-
- 331
- NOTES DE CHIMIE.
- FÉVRIER 1913.
- Le lavage du sel brut consiste à l'agiter, très imparfaitement, avec de l’eau saturée de même sel et ayant, par mesure d’économie, servi à de nombreuses opérations du même genre. Celle eau fourmille, par conséquent, de germes de toute nature. Aussi, bien qu’elle ne pénètre pas dans l'intérieur des cristaux, réussit-elle à peupler leur surface externe de germes si nombreux que souvent le sel lavé a été trouvé plus impur que le sel originel. Sa purification est illusoire.
- Le sel fin est un sel brut, recueilli à la surface de l’eau des marais salants, sur laquelle il Hotte au moment de sa cristallisation. C’est un produit spécial à la presqu’île guérandaise, d’où le nom de sel guérandin, qui lui est donné par le commerce. 11 passe pour être plus pur, parce qu’il est plus blanc que les autres. En réalité, il ne vaut pas mieux, étant donné qu’il a cristallisé dans la même eau, richement pourvue' de microgermes, et qu’aucune précaution n’a été prise contre sa contamination ultérieure. Les vérifications faites le condamnent, au même titre que les précédents.
- Quant au sel brut, sel gris, mélange de vase et de cristaux incomplètement égouttés, c’est le réceptacle de tous les germes apportés par l’eau de la mer, généreusement augmentés de ceux qui dérivent des manipulations auxquelles il est successivement exposé par les paludiers. L’examen bactériologique de huit sels de cette espèce, dont l’un provenait des salines du Midi, a permis de faire développer de li 000 à 70 000 colonies bactériennes et de 100 à 700 colonies de moisissures, par gramme de sel expérimenté. »
- Le sel gemme affecté aux usages alimentaires est préparé comme le sel marin raffiné, par dissolution du sel brut dans de l’eau-douce cette fois, chassée ensuite par vaporisation au moyen de la chaleur. Il serait donc, vu son origine, exempt de microgermes, si les causes extérieures de contamination citées à propos du sel marin n’existaient pas également pour lui. Il est effectivement très impur. Un gramme pris au hasard, dans une livraison de sel de l’Est, contenait 8 300 bactéries et 400 moisissures, toutes bien vivantes et faciles à multiplier dans des milieux de culture appropriés. Il serait aisé de citer nombre d’exemples tout aussi probants.
- Lorsqu’on l’introduit dans des aliments devant subir une cuisson de longue durée, l’inconvénient se réduit à savoir que l’on ingère une substance rendue stérile par la chaleur, à la vérité, mais qui n’en reste pas moins d’une malpropreté peu commune. Il en est tout autrement quand le sel est absorbé en nature, ou incorporé à des aliments cuits à une température insuffisante pour détruire les germes nuisibles. Or, à chaque repas, presque tout le monde fait à la salière des emprunts qui représentent des milliers de microbes plus ou moins offensifs, quelle que soit la blancheur du sel.
- Les mômes germes, nous les retrouvons dans le pain, dont la salure est ordinairement opérée avec le sel gris, le plus défectueux de tous.
- C’est bien autre chose dans les conserves alimentaires salées. De tout temps, on a cherché à préseiver des fermentations altérantes le beurre, la viande, le poisson, la choucroute, etc., en les couvrant de sel cristallisé ou dissous dans l’eau (saumure). On parvient ainsi, en effet, à paralyser les germes destructeurs, mais non pas à les tuer tous. Miquel a même affirmé que les solutions contenant moins de 8 p. 100 de sel excitent la multiplication des microgermes. En général, il faut une proportion de chlorure de sodium très élevée pour les anéantir. Parmi ceux qui font exception à cette règle, on peut citer la bactérie charbonneuse, qui meurt dans un liquide contenant o p. 100 de sel; le vibrion cholérique n’en supporte pas plus de 7 p. 100, le colibacille et le bacille de la dysenterie pas plus de 8 p. 100.
- Par contre, à une solution saturée de sel, le bacille de la diphtérie résiste trois semaines,
- p.334 - vue 334/950
-
-
-
- l’impureté du sel alimentaire.
- 335
- le streptocoque de l’érysipèle deux mois, le b icille de la tuberculose trois mois, celui de la fièvre typhoïde cinq mois. Et il est utile de se rappeler que les spores de tous les microbes sont bien moins vulnérables que les microbes eux-mêmes au contact de l’eau salée, qui respecte très longtemps leur vitalité.
- Laufer écrivait, en 1904 :"si le sel est un des antiseptiques le moins toxiques, il est aussi un des antiseptiques le moins antiseptiques.
- Une saumure prélevée à bord d’un navire, dans le port de Nantes, recelait 173 433 bactéries et G14 moisissures par centimètre cube, au huitième jour de culture. A l’expiration du même délai, une autre saumure, prise dans une importante maison de salaisons de la légion, contenait, sous le même volume, 703 400 bactéries.
- Une troisième, recueillie dans une charcuterie de Nantes, a donné naissance à 960 61 2 colonies bactériennes, par centimètre cube.
- M. Andouard conclut que si le raffinage du sel était effectué dans des conditions hygiéniques, si surtout sa conservation était entourée de soins tels qu’il.restât aseptique, le problème serait résolu. Cet idéal, simple en apparence, étant à peu près irréalisable dans la pratique, il faut recourir à un autre moyen. Ce moment est trouvé, c’est la stérilisation par la chaleur, entre 130° et 140°, qui permet d’éviter d’assaisonner les aliments avec les multiples ordures des marais salants.
- M. Andouard demande, en outre, qu’au prochain Congrès international de la Répression des fraudes, la vente du sel gris et du sel lavé soit interdite, pour la consommation directe et pour les salaisons ; que le grisonnage du sel soit interdit ; que le seul sel dont la vente soit autorisée, pour les usages alimentaires, soit du sel raffiné, stérilisé et conservé aseptiquement.
- p.335 - vue 335/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE
- par M. H. Hitier
- L'APPROVISIONNEMENT DU MARCHÉ FRANÇAIS EN VIANDE
- Situation actuelle de l’élevage en France. — La richesse en gros bétail de nos colonies africaines. — Importation de bétail étranger vivant. — L’organisation des abattoirs. — L’importation des viandes abattues réfrigérées ou congelées.
- La période que nous venons de traverser en 1910, 1911 et 1912 a été une période de vie chère, particulièrement en ce qui concerne la viande. Cette question intéresse non seulement les producteurs de viande, c’est-à-dire les éleveurs, mais tout l’ensemble des consommateurs ; naturellement les pouvoirs publics, les municipalités, etc., s’en sont préoccupés aussi bien du reste dans les pays étrangers qu’en France (1).
- Mais pour nous en tenir à notre pays, quelles sont exactement nos ressources en bétail? Quel appoint pourraient à cet égard fournir à la métropole quelques-unes de nos colonies? Pourrions-nous introduire des pays étrangers, de l’Argentine, de l’Australie, des viandes frigorifiées? N’y aurait-il pas à réaliser une meilleure organisation des marchés, des abattoirs, comme en général du commerce même de la viande?... Autant de questions vivement débattues dans les journaux quotidiens, les revues spéciales, dans les sociétés d’agriculture, etc., etc., et malheureusement, trop souvent des opinions ont été alors émises plus ou moins à la légère, n’envisageant la solution du problème que sous un certain jour , laissant dans l’ombre les plus sérieuses objections.
- Nous voudrions essayer de préciser, ici la véritable situation actuelle, en apportant, sur quelques points spéciaux du grave problème de l’approvisionnement en viande du marché français, l’avis de personnes et de sociétés particulièrement compétentes.
- Situation actuelle de l’élevage français. — Le Ministère de l’Agriculture, en décembre dernier, a publié le recensement du bétail français en 1911; M. Marcel Vacher a communiqué à la Société nationale d’Agriculture (séance du 18 décembre 1912) les chiffres de cette statistique en les comparant à ceux du recense-
- (1) Nous rappelons que, sur la question spéciale du prix de la viande à Paris et du commerce de la viande, notre collègue du Conseil, M. Paul Vincey, a publié récemment une étude des plus documentées.
- p.336 - vue 336/950
-
-
-
- NOTES D AGRICULTURE.
- 337
- ment de 1910, et M. Marcel Vacher a été ainsi amené à présenter sur la situation actuelle de l’élevage du bétail en France les très intéressantes observations que voici :
- Le ministère de l’Agriculture a publié récemment dans le Journal Officiel le recensement du bétail en France en 1911. La comparaison avec le recensement de 1910 nous engage à présenter plusieurs observations, ce qui permettra d’éclairer la situation respective de l’élevage des espèces chevaline et mulassière, bovine, ovine, porcine et caprine,
- Pour l’espèce chevaline, les résultats publiés nous enseignent que nous passons de 3197720 têtes en 1910 à 3 230110 en 1911 et que nous gagnons ainsi en un an 38410 unités. Ce résultat prouve que dans son ensemble l’élevage du cheval ne souffre pas autant qu’on pourrait le croire de la crise provoquée par la traction mécanique. Sans doute, des pays comme la Normandie sont vivement touchés. Sans revenir sur les plaintes justifiées qui émanent de cette région, nous devons reconnaître que l’élevage du demi-sang, si nécessaire à la remonte de l’armée, y marque un recul que proclament la diminution progressive des saillies, la disparition de nombreuses jumenteries et la diminution du nombre des étalons présentés chaque année pour les achats des haras, malgré les encouragements de cette administration. Mais à côté de la Normandie l’élevage hippique de la Bretagne, surtout celui de ses postiers, est en plein épanouissement. D’une façon générale, il y a progrès et augmentation de l’élevage du cheval, surtout là où l’on fait le cheval de trait ou le cheval de labour.
- C’est que le gros cheval est de plus en plus recherché, que le prix des gros poulains augmente, alors que celui des poulains légers, ayant du sang, diminue, et que la vente est de plus en plus difficile pour ces derniers.
- Cette demande active, constatée sur le gros cheval de trait, provient, pour une bonne part, des besoins de l’agriculture qui, en raison de la rareté de la main-d’œuvre, recourt de plus en plus au cheval pour la traction des machines, dans nombre de régions où ce travail était jadis ignoré, afin d’économiser les frais d’ouvriers par un travail mécanique plus rapide. Il n’est pas non plus téméraire de penser que la coutume prise de vendre à la boucherie l’animal auquel il arrive un accident ou qui est sur ses fins, incite à choisir le gros cheval, qui fournit plus de viande que le cheval léger, et se vend un prix plus élevé. Notons en passant àce propos que plus de 60000 chevaux ont été sacrifiés l’année dernière pour les boucheries hippiques de Paris.
- L’effectif de l’espèce mulassière présente aussi une augmentation notable de 1 300 têtes, passant de 192 740 têtes en 1910 à 194 040 en 1911. Il ressort de ce gain que la production, malgré les exportations très importantes faites durant ces dernières années à cause des guerres de Tripolitaine et du Maroc, se défend avantageusement et gagne du terrain; on doit vivement souhaiter que ce mouvement continue, cet élevage étant de ceux qui trouvent le plus facilement un débouché rémunérateur à l’étranger.
- Nous marquerons pour mémoire une perte de 120 têtes pour l’espèce asine qui comptait 360710 unités en 1910, et n’en compte que 360 590 en 1911. Ma*is ce n’est là qu’une perte sans importance et sans indication précise, sur laquelle nous passons pour arriver au très important chapitre de l’espèce bovine.
- p
- p.337 - vue 337/950
-
-
-
- 338
- NOTES D’AGRICULTURE.
- FÉVRIER 1913.
- En totalisant les existences de Y espèce bovine, sans aucune distinction d’âge et de sexe, nous relevons un gain de 20400 têtes en faveur de 1911, la population bovine étant passée de 14 532030 têtes en 1910 à 14 552 430 en 1911. Ces chiffres, quoique marquant un accroissement moins sensible que pour l’année 1909-1910, confirment la thèse que nous avons toujours soutenue, que notre bétail bovin est plus ([ue suffisant pour satisfaire à nos besoins d’alimentation, et que nous devons avoir toute confiance dans l’avenir de cet élevage qui, malgré les exportations importantes de 1910 et 1911, exportations dont les chiffres n'avaient jamais été atteints jusqu'à ce jour, ne. cesse d’augmenter chaque année.
- Ce qu’il faut noter encore, c’est qu’en même temps qu’augmente le nombre de têtes, la précocité par tête fait parallèlement des progrès, qui donnent une plus grande et plus rapide disponibilité de viande pour la consommation. Or, les besoins de la consommation demeurent sensiblement stationnaires parce que notre population se maintient avec grande peine à son niveau actuel, sans progresser comme celle des pays voisins.
- Notre situation, au point de vue de l'élevage des bovins, apparaît donc particulièrement favorable surtout si on la compare à celle des grands pays producteurs, comme par exemple l’Autriche oùla diminution du cheptel hovin en dix ans n’est pas moindre de 4 p. 100, comme la Suisse dont la perte pour la même période est également de 4 p.100, comme les États-Unis qui, avec un effectif de 06 millions de têtes, accusent en dix ans une diminution de près de 5 millions de têtes. Et il faut ajouter, pour rendre la comparaison plus exacte, que la population humaine de ces États n’a fait qu’augmenter fort sensiblement durant la période envisagée, tandis que. baissait l’effectif respectif de leurs animaux bovins.
- Une conséquence logique de la situation satisfaisante de notre bétail bovin devrait se traduire par la diminution du prix de la viande. Nous ne parlons pas, bien entendu, du prix de la viande vendue dans les boucheries; mais, si nous nous référons aux mercuriales du marché de La Ville! te, nous constatons que depuis le mois de mai 1911, époque où le prix du bœuf était coté aux plus hauts cours, les prix ont baissé rapidement de 1 fr. 90 pour descendre en novembre de la même année à 1 fr. 70; les prix à l’heure actuelle sont encore plus bas, et tendent encore à baisser.
- Si, revenant aux chiffres de la statistique de l’espèce bovine, nous nous arrêtons à chaque désignation, nous trouvons que l’augmentation porte sur les taureaux et sur les vaches, tandis qu’il y a diminution sur les bœufs et les élèves. Cette nomenclature n’est pas très claire : il est certain que la dénomination de taureaux ne s’applique pas uniquement aux taureaux non castrés, conservés pour la reproduction, et qu’elle englobe les taurillons et les bouvillons; il est également certain que grand nombre de jeunes élèves de moins d’un an échappent à la statistique, surtout en ce qui concerne les veaux de quelques semaines vendus à la boucherie.
- Quoi qu’il en soit, l'augmentation du nombre des vaches n'est pas moindre de 10 400 têtes en un an; elle avait été de 57 530 tètes de 1909 à 1910. Nous ne voulons pas revenir sur les diverses causes de l’augmentation du nombre des vaches parmi lesquelles, comme nous l’avons déjà dit, il faut retenir le morcellement de la grande propriété et les progrès de l'industrie laitière.
- La diminution des bœufs, qui en une année n’est pas moindre de 60 800 têtes,
- p.338 - vue 338/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 339
- s’explique, en dehors des demandes de l’exportation, parles progrès de la précocité; le bœuf est utilisé pendant moins longtemps à la ferme, et il est sacrifié de plus en plus jeune. La contre-partie de cette diminution et la confirmation de notre observation se trouvent encore dans l’augmentation du nombre des taureaux et bouvillons qui passe de 269 270 tètes en 1910 à 390 940 en 1911, soit une augmentation en un an de 121 770 tètes.
- Le recensement de l'espèce ocine donne toujours des résultats fâcheux. La diminution de notre effectif de moutons est progressive et ininterrompue. C’est une perte de près d’un million de têtes, soit exactement 694 370 tètes que notre troupeau ovin a subie de 1910 à 1911. Et il apparaît bien que la diminution atteigne toutes les catégories de cet élevage, mais plus particulièrement les brebis qui payèrent un plus large tribut aux épidémies de cachexie et de strongylose. Cette diminution doit-elle continuer à s’accentuer jusqu’à faire du mouton un animal de curiosité pour jardin zoologique? Nous n’osons nous prononcer sur ce point. Il faut espérer cependant que les hauts prix qui se maintiennent sur cette espèce encourageront les éleveurs à défendre leurs troupeaux et à continuer, malgré ses risques et ses difficultés, un élevage qui, somme toute, donne de brillants résultats.
- Quoi qu’il en soit, il convient d’abandonner cette pensée que la précocité acquise chaque jour davantage par nos moutons compense, par ses progrès, la diminution de l'effectif. Sans doute, cette précocité atténue encore dans une large mesure la crise de la rareté du mouton; mais elle se montre insuffisante à enrayer le mal, puisque chaque année il nous faut importer ! million de têtes de l’espèce ovine. Et nous devons nous féliciter de trouver tout ce que notre élevage ne peut nous fournir, dans l’Algérie, la Tunisie et bientôt le Maroc, pays admirablement bien adapté à l’élevage du mouton, qui est et sera dans l’avenir une source de grande richesse.
- Le recensement de 1911, comparé au recensement de 1910, révèle pour 1911 une diminution de 180 660 têtes de l’espèce porcine. Depuis 1909, notre population porcine a diminué de 8 p. 100; le nombre des animaux de cette espèce qui était alors de 7 305 830 têtes est tombé à 6 900 250 en 1910 et 6 719 570 en 1911. Cette diminution considérable, qui se chiffre, pour les années 1910 et 1911, par 586 280 têtes, n’a pas* d’autres causes que la pénurie de la nourriture et plus spécialement la pénurie de la pomme de terre, et les hauts prix auxquels il aurait fallu acheter les aliments de substitution. Comme contre-coup de l’amoindrissement de notre élevage porcin, force a été de faire appel à l’importation des porcs étrangers, venant principalement de Hollande et de Danemark. C’est ainsi qu’en 1911 nous avons importé près de 200 000 porcs représentant une valeur de 23 millions environ, et que pour l’année 1912, nos importations dépasseront le chiffre énorme de 400 000 têtes, chiffre qui n’avait jamais été atteint et qui représente une valeur de près de 50 millions. Néanmoins tout nous laisse espérer qu’il n’y a là qu’une crise passagère, qui doit disparaître avec une bonne récolte de pommes de terre, et permettre à notre élevage porcin, si rémunérateur, si facile à mettre en œuvre, de se ressaisir rapidement et de dépasser à nouveau le chiffre de 7 millions de têtes qui est le chiffre minimum pouvant nous permettre de vivre des produits de notre élevage.
- Nous devons compter pour cela sur les efforts du petit cultivateur que cet élevage
- p.339 - vue 339/950
-
-
-
- 340
- NOTES D’AGRICULTURE. —: FÉVRIER 1913.
- intéresse plus spécialement par sa rapidité de production et surtout par les très hauts prix d’une marchandise qui se consomme do plus en plus.
- La richesse en gros bétail de nos colonies africaines. — L’exposé de M. Marcel Vacher montre que la situation actuelle de l’élevage en France est satisfaisante et capable d’assurer largement nos marchés intérieurs en viandes d’excellente qualité. En outre, nos colonies offrent en gros bétail des ressources trop souvent méconnues : notamment Madagascar et l’Ouest Africain ; c’est ce que M. le professeur Moussu, professeur à l’École nationale vétérinaire d’Alfort, a rappelé dans deux articles du Journal d'Agriculture pratique des I01 et 15 août 1912.
- Madagascar. — A Madagascar l'élevage du gros bétail a toujours été l une des principales industries agricoles de l’île ; la richesse des indigènes est en rapport direct avec l’importance de leurs troupeaux. Les Malgaches s’entendent d’ailleurs très bien, paraît-il, à l’élevage et à l’engraissement, quoique cet élevage soit un peu abandonné aux grands soins de la nature et se fasse à peu près exclusivement suivant le système pastoral le plus primitif. Ce mode d’exploitation entraîne un manque de précocité du bétail, mais ne nuit en rien aux qualités des viandes qu’il fournit.
- Tous les bovidés de Madagascar sont des bovidés à bosse, c’est-à-dire des zébus. Ils sont de format moyen ou meme au-dessous de la moyenne et sont utilisés comme porteurs à bât, comme montures, comme bêtes d’attelage, etc., pour avoir naturellement, comme destination finale, l’abattoir, la boucherie.
- Le bétail malgache étant la principale source de richesse indigène, il est soumis à un impôt; c’est la raison qui permet d’établir un recensement très approximatif, quoique toujours au-dessous de la vérité, de l’effectif bovin à Madagascar.
- Les statistiques officielles se chiffraient en 1910 par 4 492 130 bovidés et dans ce chiffre ne sont pas compris les bœufs sauvages des régions de l’Ouest (pays Sakalaves, Maintirano, Morondava, etc.).
- Actuellement la population bovine de Madagascar dépasse très sûrement 5 millions de têtes, pour une population de moins de 3 millions d’habitants.
- Proportionnellement à la population humaine, l’effectif bovin de Madagascar est l’un des plus denses du monde entier; sous forme de troupeaux relativement peu nombreux, si on les compare à ceux de l’Argentine et de l’Australie, ils ne dépassent pas en moyenne 100 à 400 ou 500 têtes au maximum par propriétaire. Sur l’effectif on peut compter environ la moitié de femelles, c’est-à-dire 2 500000 capables de donner 1 million de jeunes chaque année. Le choix des producteurs et la castration des autres mâles ne se font pas assez tôt, mais on peut néanmoins compter sur 500 000 animaux bons pour la boucherie, c’est-à-dire sur des disponibilités considérables.
- La consommation locale peut absorber de 250000 à 300000 têtes au maximum par an; il en reste donc 200000 têtes à utiliser pour l’exportation, et dans tous les cas M. Moussu estime que si les dispositions commerciales régulières étaient organisées, on pourrait utiliser au moins 100000 têtes de bovidés.
- L’accroissement de l’élevage et du troupeau s’en ressentirait d’ailleurs, car si
- p.340 - vue 340/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 341
- l’écoulement devenait régulier, ce qui n’est pas, les éleveurs indigènes seraient poussés à l’augmentation de la production et à la recherche de la précocité. Les seuls clients de notre colonie pour l’exportation de son bétail sont maintenant Maurice, La Réunion, les Comores et les colonies portugaises de Mozambique, ce qui absorbe un effectif de 10 000 à 12 000 tètes.
- En réalité les débouchés manquant, le stimulant fait défaut, et c’est l’immobilisation de la production (1) alors que le pays pourrait encore faire beaucoup plus.
- Le poids moyen des bœufs malgaches, préparés pour la boucherie, varie en moyenne de 320 à 380 kilos vif. Suivant les localités, il y a des variations qui peuvent aller jusqu’à 100, 500 et meme 600 kilogrammes, mais ce sont des exceptions et les variantes en dessous pourraient établir l’équilibre.
- Le rendement établi sur place, à Madagascar, est très élevé, en moyenne de 55 à 59 p. 100 chez les animaux bien préparés pour la boucherie, et la moyenne de rendement d’un bœuf en viande nette est d’environ 200 kilos.
- Et cependant les prix du bétail ne sont pas très élevés. Les prix moyens sont les suivants à Tananarive :
- Bœufs gras de fosse, c’est-à-dire engraissés spécialement au
- manioc, au riz, etc................................
- Bœufs gras d’herbe...................................
- Bœufs demi-maigres...................................
- Le prix moyen des bœufs envoyés en France, en 1909-1910, a été de 60 à 75 francs pour des animaux de 400 à 500 kilos.
- Il y a, conclut M. Moussu, à Madagascar, une réserve considérable de bovidés et de viande de boucherie; on peut faire là-bas de l’engraissement à l’herbage toute l’année en certaines régions (2) et de l’engraissement à la fosse, qui est identique à l’engraissement à l’étable ; le commerce d’exportation bien compris pourrait être de première importance, et le jour où il y aurait un stimulant financier, tel que celui qui serait réalisé par un écoulement facile, les indigènes entreraient dans la voie du progrès en ne laissant plus la production de leur bétail livrée au hasard, en entourant les jeunes de soins plus assidus, ce qui en augmenterait la précocité, en utilisant d’énormes espaces encore inoccupés, en créant des abris contre les intempéries et des réserves pour la saison sèche. Lorsque ces progrès seraient réalisés, la production deviendrait encore plus intense et meilleure, et l’ère de prospérité qui, durant quelques
- (1) L’élevage de Madagascar a eu un moment de prospérité, celui correspondant aux périodes de guerre et de suites de guerre dans l’Afrique du Sud et aussi aux périodes d’épizooties exceptionnelles qui ont ravagé les troupeaux du Transvaal, du Natal et de la colonie du Cap (1898-1902). Et c’a été là, à n’en pas douter, selon M. Moussu, l’un des principaux stimulants qui ont déterminé l’accroissement considérable du cheptel bovin à Madagascar.
- (2) M. George Carie, chef du service de colonisation de Madagascar, dans une note toute récente adressée au Journal d'Agriculture pratique (2 janvier 1913), constate tout d’abord que les renseignements indiqués par M. Moussu, à propos de la richesse du gros bétail à Madagascar, sont parfaitement exacts, mais il fait remarquer qu’actuellement les éleveurs de notre colonie sont dans l’impossibilité d’entretenir un troupeau en bon état, par suite de l’absence ou de la pauvreté des pâturages. Il indique toutefois que Madagascar peut devenir un magnifique pays d’élevage, si l’on supprime la cause qui rend quasi stériles les pâturages des hauts plateaux : les feux de brousse. L’avenir économique du centre de Madagascar exige impérieusement la suppression des feux de brousse.
- 80 à 120 francs. 3 5 à i o 43 à 53 —
- p.341 - vue 341/950
-
-
-
- 342
- NOTES D’AGRICULTURE.
- FÉVRIER 1913.
- années seulement, de 1898 à 1902 (exportation vers l'Afrique australe), a donné à l’élevage une si vigoureuse impulsion, se renouvellerait, au grand bénéfice de la colonie et de la métropole.
- Ouest-Africain. — L’Ouest-Africain possède des ressources variées, plus variées peut-être que celles de Madagascar; ce qui n’empêche que l’élevage du gros bétail y caractérise aussi l’une des principales sources de richesse.
- Le bétail payant une taxe, le recensement officiel ici encore fournit un effectif minimum. Or, en 1908, le recensement a donné en chiffres ronds, pour l’Afrique occidentale française, un effectif de 5 millions de bovidés, chiffre égal à celui du troupeau de Madagascar et qui correspond au double environ du recensement de 1905.
- L’on trouve en Afrique occidentale française des zébus ou bovidés à bosse et de véritables bœufs représentés par la race dite N' Dama. Les premiers sont utilisés principalement comme porteurs, mais engraissent facilement et pèsent alors de 300 à 500 kilos, avec une moyenne de 400 kilos et un rendement de 50 à 55 p. 100.
- Au Soudan qui représente le véritable réservoir de bétail de l’Afrique occidentale française, les bœufs à bosse valent en moyenne de 45 à 00 francs; à Dakar les prix sont à peu près doubles.
- Les seconds, les bovidés A’Dama, sont de petite taille (150 kilos en moyenne), de trop petite taille peut-être pour faire l’objet d’un important commerce d’exportation; mais les produits de croisement Zébu-N’Dama donnent, paraît-il, d’excellents sujets, très robustes, pouvant rivaliser avec le premier type originel.
- Comment ce bétail de Madagascar et de l’Ouest-Africain pourrait-il fournir à la métropole le supplément de viandes qui pourrait lui être nécessaire?
- De Madagascar et de l’Ouest-Africain diverses tentatives ont été faites d’importer en France des animaux vivants destinés à la boucherie ; mais, comme le dit M. Moussu, « elles ont donné ce que peuvent donner, à de si longues distances, des transports de bétail vivant de boucherie : l’échec fut complet et il n’en pouvait être autrement ». Les animaux meurent en cours de route, ils arrivent en très piteux état, ayant souffert, en tout cas, d’une traversée toujours pénible.
- M. Lebas deLacour, administrateur des colonies, estime qu’il en serait autrement, si l’on expédiait de Madagascar et de l’Ouest-Africain du bétail maigre destiné à être engraissé en France, c’est-à-dire destiné à séjourner un certain temps, soit dans nos étables, soit dans nos pâturages.
- M. Lebas de Lacour se place dans ce cas à un point de vue économique tout à fait spécial, celui de l’intérêt particulier de l’importateur qui, achetant le bétail maigre et bon compte dans les colonies, peut le revendre gras après un temps variable en réalisant un beau bénéfice.
- M. Moussu ne conteste pas la possibilité de réussite d’une pareille spéculation, mais il n’en voit pas la répercussion sur le prix de la viande en France. Des animaux étrangers bien engraissés, bien préparés pour la boucherie se vendront, en effet, peu au-dessous des cours pratiqués pour le bétail français ; ces importations de bétail
- p.342 - vue 342/950
-
-
-
- NOTES D AGRICULTURE.
- 343
- seront toujours forcément restreintes, leur intluence sur l’abaissement du prix de la viande dès lors insignifiante.
- L’importation du bétail étranger vivant. — Mais surtout, M. Moussu, avec sa haute autorité et sa grande compétence, s’oppose à cette manière de faire pour une raison d’ordre sanitaire : il déclare qu’il est en principe formellement opposé à l'inlroduction du bétail colonial vivant dans nos prairies, et, allant même plus loin, qu’il est opposé à l’introduction de tout bétail vivant extra-européen.
- u Le bétail extra-européen est, comme le nôtre, exposé à différentes maladies contagieuses, infectieuses ou parasitaires. Ces maladies sont différentes de celles qui sévissent chez nous, et il peut très bien se faire à un moment donné que, parmi le bétail importe, il y ait des malades qui, chez nous, deviennent des foyers de contagion.
- « Cela s’est vu, cela se voit fréquemment et l’on conçoit que nous soyons obligés, dans un avenir peut-être prochain, de prendre des mesures de préservation à cet égard.
- « Notre bétail est frappé d’un assez grand nombre de maladies chez nous pour que nous ne multipliions pas les chances de les augmenter. En principe donc il est illogique et irrationnel d’admettre bénévolement chez nous un bétail maigre de boucherie d’origine étrangère pour l’engraisser dans nos pâturages môme quand il vient de nos colonies. C’est une faute au point de vue sanitaire et ce n’est pas une mesure économique d’intérêt général.
- « C’est ce que l’on a fort bien compris ailleurs que chez nous et en Angleterre, en particulier, où l’organisation sanitaire n’a en vue que l’intérêt général et non les intérêts particuliers. »
- Il faudrait s’en tenir à l’importation des viandes congelées ou refroidies telle qu’elle se pratique en Angleterre. C’est, déclare M. Moussu, le seul moyen vraiment logique d’utiliser les précieuses ressources, en bétail, de nos colonies; et l’exemple de l’Argentine et de l’Australie est là pour nous montrer combien alors les débouchés peuvent être avantageux pour l’élevage, des pays môme les plus éloignés.
- « Il faudrait qu’il y ait à Madagascar et dans notre Afrique occidentale, dans les ports d’embarquement et à proximité directe de ces ports, des abattoirs modernes, pourvus de frigorifiques ; qu’il y ait chez nos compagnies de navigation des bateaux aménagés pour ce genre de commerce, tout comme ceux qui approvisionnent l’Angleterre et l’Afrique australe ; et qu’il y ait chez nous, dans nos grands ports maritimes, des entreprises frigorifiques, capables de faire des emmagasinements et des réexpéditions selon les besoins du moment.
- « Les entreprises privées font de leur côté des efforts très louables. La Compagnie des Messageries Maritimes possède des chambres frigorifiques à bord de nombre de ses bateaux; Marseille vient d’installer un entrepôt frigorifique admirablement aménagé, et la Compagnie des Wagons frigorifiques dispose d’une centaine de wagons en service. Le jour où nos grandes villes posséderont des entrepôts reliés aux chemins de fer, le commerce des viandes abattues subira une transformation complète, et ce jour n’est peut-être pas très éloigné. »
- p.343 - vue 343/950
-
-
-
- 344
- NOTES D’AGRICULTURE.
- EÉVRIER 1013.
- L’organisation des abattoirs. — Ces questions de l’approvisionnement du marché français en viande, et du prix de la viande au détail, sont intimement liées aux questions relatives à l’abatage des animaux, aux transports, à la conservation, au commerce général de la viande.
- La Société nationale d’Agriculture les a étudiées très à fond en 1911 et 1912, d’abord au sein des commissions, puis en séances publiques, à propos des modifications à apporter à l’organisation des abattoirs.
- Voici les conclusions qui, finalement et après discussions approfondies, ont été adoptées dans la séance du 22 mai 1912. Elles résument du reste, en quelque sorte, l’ensemble des observations présentées dans cette note :
- « 1° Que la France (avec ou sans l’aide de ses colonies) est suffisamment riche en bétail, non seulement pour faire face à ses besoins intérieurs, mais encore pour répondre à des demandes d’exportation d’importance variable, si surtout l’expdnsion de son élevage actuel n’est pas entravée;
- « 2° Que le prix relativement élevé de la viande est une conséquence logique de l’évolution sociale et économique du pays, et qu’il ne faut pas compter sur un abaissement très marqué des cours actuels ;
- « 3° Qu’il est possible cependant, dans une certaine mesure, d’apporter un remède à l’état de choses dont nous avons souffert et dont nous souffrons, par une réforme du commerce du bétail et du régime de nos abattoirs;
- « 4° Qu’il est indispensable d’adapter nos abattoirs aux besoins de l’époque, ou d’en créer de nouveaux, en les dotant selon leur importance de l’outillage moderne et d’installations frigorifiques ;
- « o° Que la construction d’abattoirs industriels, dans les principaux centres de production de bétail, est désirable tant dans l’intérêt de l’agriculture que dans celui de la consommation et du ravitaillement des troupes;
- « 6° Que la création de ces abattoirs est de nature à diminuer considérablement ou même à faire disparaître les risques de propagation des maladies contagieuses du bétail et à éviter les pertes dues aux risques et aux fatigues des longs transports des animaux vivants;
- « 7° Que l’organisation de ces abattoirs, entraînant comme conséquence une modification des habitudes commerciales, il y aura lieu, dans un délai que fixera le législateur, de transformer les marchés annexés aux abattoirs des grandes villes en marchés d’approvisionnement, fermés à toute réexpédition de bétail vivant;
- « 8° Qu’il est désirable que l’ouverture des abattoirs industriels ne soit autorisée que sur l’avis conforme du Ministre de l’Agriculture. »
- •L’importation dès viandes étrangères réfrigérées, refroidies, frigorifiées (congelées). — En attendant qu’en France nos principales villes et nos principaux abattoirs soient pourvus d’installations frigorifiques, et que le public se soit rendu un compte exact de leurs avantages pour la consommation de la viande pendant les périodes de grandes chaleurs, les importateurs étrangers utilisent les procédés frigorifiques pour nous expédier aux Halles de Paris, par exemple, quantités de conserves de bœuf et de porc
- p.344 - vue 344/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 345
- d’Amérique et d’Australie, quantités énormes de volailles et gibiers congelés qui, chose particulièrement regrettable, peuvent pénétrer dans Paris et être mis en vente sans passer par l’inspection sanitaire.
- Quant aux viandes abattues, l’on sait qu’elles ne peuvent pénétrer en France, en vertu du décret du 26 mai 1888, que par animaux entiers, avec viscères adhérents, de façon à pouvoir faire, au point de vue sanitaire, une inspection efficace et utile. Ces viandes, en outre, ont un droit de douane déterminé à acquitter par 100 kilogrammes.
- A la suite des réclamations sans nombre faites en 1911 et 1912, une modification du paragraphe 2 de l’article 4 du 26 mai 1888 a permis, par un décret en date du 6 janvier 1912, l’introduction comme pièces isolées des morceaux de boucherie désignés sous les noms de filets, aloyaux, globes et culottes.
- Cette autorisation fut mise à profit aussitôt et d’assez nombreuses pièces détachées furent expédiées à Paris, le Havre, Dieppe, Boulogne, Saint-Malo.
- Les aloyaux venant d’Argentine ou d’Australie viâ Angleterre furent vendus aux Halles l’été dernier de 0 fr. 20 à 0 fr. 25 la livre au-dessous de la viande indigène fraîche.
- Or, comme le faisait remarquer M. Moussu, si l’acheteur aux Halles paie ce prix inférieur parce qu’il sait fort bien ce qu’il achète, lors de la vente au détail, le boucher ne fait nullement bénéficier sa clientèle de la différence de prix entre la viande indigène et la viande étrangère réfrigérée.
- Les moutons congelés de l’Argentine sont entrés au nombre de 1 200 à 1 500 par mois au cours de l’été dernier; une fois coupés en quartiers, du Havre et de Rouen, ces moutons sont expédiés un peu partout, notamment sur les plages de Dieppe, Trouville, dans les villes d’eaux comme Vichy.
- Sans doute les agriculteurs français ne demandent pas la suppression de ce commerce, mais, dans leur intérêt d’éleveurs d’animaux, et dans l’intérêt bien entendu des consommateurs, ils demandent avec MM. Moussu, Sagnier, Lindet, Rollin, etc., que la viande étrangère d’origine australienne ou argentine ou autre, conservée par le froid depuis plusieurs semaines, ne puisse être mise en vente que sous son étiquette véritable, sous la véritable dénomination d’origine et de qualité.
- La viande de cheval ne peut être vendue que dans des boucheries spéciales qui ne doivent tenir aucune autre viande. Pourquoi n’en serait-il pas de même de la viande congelée importée de lointains pays étrangers?
- Tome 119. — P1' semestre. — Février 19111
- 23
- p.345 - vue 345/950
-
-
-
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE
- pur M. Max Iïinuelmann
- membre du Conseil.
- Résultats d’essais du tracteur Rumely,
- par M. R. Gaoev,
- Professeur de Génie rural à l’Ecole coloniale d'Agriculture de Tunis.
- Nos expériences sur le tracteur Rumely ont été effectuées aux environs de Tunis, en 1912. Les ligures 66 à 69 représentent le tracteur tirant une charrue Deere, à huit corps, ainsi que la herse à disques pulvériseurs montés sur deux axes, qui était attelée derrière les charrues dans Fessai IV.
- Le tracteur Rumely est muni d’un moteur annoncé d’une puissance de 60 chevaux, capable de développer 72 chevaux; le moteur est à deux cylindres parallèles, de 0U,,25F d’alésage; la course des pistons est de (T,304.
- Le moteur fonctionne au pétrole lampant, à une vitesse de régime de 350 tours par minute.
- Le poids du tracteur est de 12 tonnes.
- Le tableau suivant résume les résultats constatés dans les quatre premiers essais.
- Dans les essais I, II et III le tracteur ne tirait que la charrue Deere à 8 corps, qu’on voit bien sur la figure 68.
- Dans l’essai IV, en plus de la charrue Deere à 8 corps, il y avait derrière les charrues une herse à disques pulvériseurs (fig. 69). 11
- Essais. ’ 1. Charrue. II. IIÎ. Charrue et pulvérisour. IV.
- Largeur moyenne du travail (met.) 3,10 3,10 3,10 3,10
- Profondeur moyenne du labour (mèt.) .... 0,212 0,212 0,248 0,24
- Effort moyen de traction (kilogr.) 3 500 3 931 4 155 4 935
- Traction moyenne par décimètre carré (kilogr.). 46,6 52,4 54,4 66,3
- Vitesse moyenne en travail (mèt.) 0.71 0,74 0.70 0,63
- Puissance développée au crochet d’attelage (chevaux-vapeur) 33,0 38,7 38,7 41,7
- p.346 - vue 346/950
-
-
-
- RÉSULTATS d’eSSAIS DU TRACTEUR RUMELY.
- 347
- Voici quelques détails complémentaires sur ces essais :
- Essai I. — Le nombre moyen d’explosions par minute du moteur est de 167.
- Fig. 66. — Tracteur Rumely.
- Fig.' 67. — Chantier de labourage au tracteur Rumely.
- Essai ///. — Le nombre d’explosions par minute est de 177.
- Dans cel essai, le rayage était de 350‘mètres et la surface labourée par heure fut de 63 ares.
- Essai IV. — 166 explosions par minute.
- Essai V. — Dans cet essai, le tracteur tirait la charrue Deere à 8 corps.
- Largeur moyenne du travail........3m,!0
- Profondeur du labour..............Om,-24
- Vitesse moyenne en travail........0,n,71
- Longuêur du rayage................210 mètres.
- p.347 - vue 347/950
-
-
-
- 348
- REVUE RE CULTURE MÉCANIQUE.
- FÉVRIER 191 :i.
- L’essai V a eu une durée de deux heures ; pendant ces deux heures, on a constaté :
- Chemin total parcouru...........'i X‘)7 mètres.
- Surface labourée...............U'%04,24
- Cunsommalion...................7'iJJilres de pétrole
- ayant une densité de ü,S0!L
- Le nombre moyen d’explosions du moteur par minute était de 172.
- La consommation de pétrole, en poids, est d’un peu plus de 30 kilogrammes par heure (d()kd37). En supposant le moteur bien réglé, consommant environ 400 grammes
- Fig. Gü. — Pulvériseur à disques.
- de pétrole lampant par cheval-heure, la puissance probable développée par le moteur, pendant l’essai V, aurait été de 75 chevaux-vapeur.
- p.348 - vue 348/950
-
-
-
- A PROPOS DE LA CULTURE MÉCANIQUE.
- 349
- Avec 30 kilogrammes de pétrole on a labouré, à Qm24 de profondeur, une surface de 5 212 mètres carrés, soit une consommation de 57k5 de pétrole par hectare.
- Avec 30 kilogrammes de pétrole on a labouré t 250,<8 mètres cubes de terre, ce qui représente 41 mètres cubes 69 de terre travaillée par kilogramme de pétrole.
- Les calculs précédents, effectués en se basant sur le volume et non sur le poids de combustible consommé, donnent les chiffres ci-après :
- Le labour d’un hectare à 0,n,2i de profondeur nécessite près de 72 litres de pétrole lampant (711,9).
- Par litre de pétrole lampant on ameublit 33,3 mètres cubes de terre.
- Nota. — Ces chiffres concordent avec ceux relevés sur d’autres tracteurs analogues à la machine Rumely. (Voir les Résultats des essais de Creil, Bulletin de juillet 1912, p. 146.)
- A propos de la culture mécanique (i),
- par M. Henry Sagnier.
- Les nombreuses manifestations qui se sont succédé dans les dernières années, surtout au cours de l’année 1912, ont montré combien les cultivateurs se préoccupent désormais de la culture mécanique ou motoculture, suivant le terme généralement adopté. Cet intérêt ne peut aller qu’en grandissant. Mais il convient qu’il ne s’égare pas sur des notions hasardées que l’expérience pourrait renverser.
- En fait, la culture mécanique ne date pas d’hier. Voilà plus d’un demi-siècle que la vapeur a fait ses preuves, qu’elle a été adoptée dans les pays à vastes plaines et à domaines immenses. Si, après quelques rares applications, elle est revenue dans les dernières années prendre possession des champs dans quelques parties de la France septentrionale, elle avait, dans l’intervalle, rendu de très grands services, dans la région méridionale et en Algérie, pour le défoncement des terres consacrées à la plantation des vignes. Mais la vapeur a un défaut, c’est de ne pas se prêter à la culture de surfaces relativement restreintes ; le moteur à explosions, qui l’a détrônée déjà dans maintes applications et qui s’est fait une place de jour en jour plus importante dans les exploitations agricoles, jouera-t-il le rôle que la vapeur ne peut pas remplir, et remplacera-t-il définitivement l’attelage animal qui traîne aujourd’hui la charrue et les autres instruments agricoles?
- Tel est le problème qui se pose. Il est extrêmement complexe, car, à côté de la solution d’ordre exclusivement mécanique, intervient la solution économique, c’est-à-dire le prix de revient; cette dernière pourra peut-être présenter les plus grandes difficultés. La solution mécanique apparaît elle-même sous des aspects variés.
- En effet, les appareils de culture mécanique connus jusqu’ici se répartissent en deux grandes catégories : ceux dont leurs constructeurs ont fait de simples tracteurs auxquels s’attellent les instruments ordinaires du travail des champs, et ceux qui
- (1) Journal d’Agriculture pratique, 1913, n° 2, p. 16.
- p.349 - vue 349/950
-
-
-
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. — FÉVRIER 1913.
- 3r>o
- comportent à la fois l’appareil de traction et l’appareil de labourage. Les tracteurs peuvent <Hre à action directe ou agir sur des câbles auxquels les instruments sont attachés, comme dans la culture à vapeur. Dans la deuxième catégorie, l’appareil de labourage est tantôt une cbarrue àversoirs on à disques, tantôt un outil rotatif à dents ou à griffes.
- •X-
- On peut déduire aujourd'hui, non seulement des essais et des concours à courte durée, mais des applications pratiques et prolongées dans plusieurs exploitations en France et à l’étranger (avec des appareils français), que plusieurs types de tracteurs par câble répondent aux besoins, en ce qui concerne l’excellente exécution du travail. Quant à la solution économique, elle dépend de beaucoup de circonstances, notamment de la quantité de travail que ces appareils seront appelés à réaliser.
- En est-il de même pour la deuxième catégorie d’appareils, c’est-à-dire pour ceux dans lesquels les organes de traction et ceux de travail sont réunis en un seul bloc?
- Parmi ceux qui comportent l’emploi des outils actuels de labourage, il en est qui exécutent régulièrement le travail qu’on leur demande, lorsqu’on n’exige que des proportions relativement restreintes; il paraît difficile, du moins dans les formes actuelles, et à raison du poids que le mécanisme devrait atteindre, qu’on puisse leur demander des travaux plus importants. Il ne peut donc pas exister encore de solution économique à leur égard.
- Quant aux appareils à organes de travail rotatifs, on doit reconnaître qu’on est encore en présence de l’inconnu. Ce n’est pas que l'idée soit nouvelle : des oulils de ce genre ont été présentés naguère, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau-Monde, sans avoir réussi à supplanter la charrue. Aujourd’hui, les appareils préconisés seraient destinés à mettre d’un seul coup le sol dans le meilleur état de préparation pour toute culture, quelle qu’elle soit; ils feraient mieux que la bêche pour le jardinier, puisque celle-ci ne supprime pas le râteau. Certains appareils de ce groupe exécutent incontestablement un excellent travail superficiel, même parfois un travail moyen; mais il n’en existe pas encore qui aient fait leurs preuves dans l’exécution de gros labours, c’est-â-dire qui répondent à la formule qu’on vient de rappeler.
- Les néophytes peuvent proclamer que le problème est résolu, car ils ne se rendent pas toujours suffisamment compte de ses difficultés; les esprits prudents restent sur la réserve. Ce n’est pas qu’ils n’accueilleraient pas avec une extrême faveur une solution réelle, qui réduirait dans d’énormes proportions les frais de culture; mais tant que cette solution ne sera pas intervenue, ils ont raison de rester dans l’expectative.
- Le tracteur de Mesmay,
- par M. Fernand de Condk, Ingénieur-Agronome.
- Le tracteur construit par les Ateliers de Mme Vve A. de Mesmay (36 et 37, quai Gayant, Saint-Quentin, Aisne) a été étudié spécialement pour le binage de la betterave et est connu sous le nom de houe-tracteur automobile F. T.
- p.350 - vue 350/950
-
-
-
- LE TRACTEUR DE MESMAY.
- 351
- Les roues avant de l’automobile sont à la fois motrices et directrices (fig. 70), tandis que les roues arrière sont seulement porteuses. Les roues avant sont solidaires de l’essieu, formant un avant-train mobile autour d’un axe vertical constituant une sorte de cheville ouvrière, évitant ainsi l’écueil des avant-trains à la fois moteurs
- Fig. 70. — Tracteur de Mesmay.
- et directeurs qui est la complication ; ce montage est facilité par l’étroite voie de cet avant-train et permet de laisser libre l’arrière de l’automobile.
- Le moteur, monocylindrique, d’une puissance de 7 chevaux, est à refroidissement par circulation d’eau par pompe. Le poids de la machine est de 1000 à 1100 kilogr.
- La disposition des roues avant, à la fois motrices et directrices, permet à la machine de tourner autour du point de contact d’une roue arrière avec le sol, en braquant l’avant-train de 90 degrés.
- La marche arrière est obtenue en faisant pivoter cet avant-train de 180 degrés autour de son axe vertical.
- *
- Pour le binage, les roues avant, très rapprochées, passent l’une à droite l’autre à gauche d’une ligne déplantés; leur écartement est réglable. La voie des roues arrière est modifiable et déterminée par l’écartement entre les lignes de betteraves.
- Les pièces travaillantes, constituées par des fers ordinaires de houe, sont fixées sous le châssis, entre les roues avant et les roues arrière.
- Un levier permet de régler la profondeur de travail des fers; un siège est réservé à l’arrière pour un homme chargé de surveiller le binage.
- La houe automobile fut présentée pour la première fois au Concours de Chaulnes (juin 1911), organisé par le Syndicat des Fabricants de Sucre de France.
- Lorsque les fers de houe sont relevés ou démontés, l’appareil peut servir comme tracteur direct.
- p.351 - vue 351/950
-
-
-
- 352
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- FÉVRIER 1913,
- Au Concours de Bourges (octobre 1912), cette machine fonctionnait en tracteur, les fers de la houe étant relevés; comme on le voit sur la figure 70, elle traînait une charrue à deux raies, effectuant un déchaumage; le labour était fait à la Fellemberg et nécessitait deux hommes : l’un sur le tracteur, l’autre à la charrue.
- Les résultats donnés à la suite des essais de Bourges par la Commission technique de l'Automobile-Club sont les suivants :
- lirjour. 2e jour.
- Largeur du travail..................... O1",50 11“,50
- Vitesse en mètres par seconde............1 ,11 0 ,07
- Temps employé pour labourer un hectare . . . 7h2m 4h57m
- Consommation de benzol en litres par hectare. 28‘,3'i 10',38
- La profondeur du déchaumage n’est pas indiquée par la Commission; nous avons constaté qu’elle était assez variable en oscillant de 4 à 7 centimètres.
- La machine peut être employée également comme moteur fixe et actionner par courroie les appareils d’intérieur de ferme.
- Culture avec un seul treuil à moteur à explosions,
- par M. Max Ringelma.nx.
- Dans le Bulletin de novembre 1912 (page 431), nous avons parlé de la culture à vapeur avec une seule locomotive-treuil.
- On a cherché à remplacer la locomotive, d’un prix d’achat élevé, par la loco-mobile ordinaire de la ferme ; on en trouve une application dans le système Howard, et les dispositifs dérivés de ce système, que nous étudierons séparément dans un autre article.
- On a appliqué aussi la locomobile ordinaire à des treuils qu’on déplaçait ou non sur la fourrière, mais il s’agissait d’effectuer des labours de défoncements, pour la reconstitution des vignobles, ou pour une amélioration foncière, et non de travaux de culture courante; nous avons étudié ailleurs (1), avec détails, ces divers systèmes que nous ne pouvons reprendre ici.
- En conservant le principe du travail avec une seule locomotive-treuil, on a cherché à remplacer le moteur à vapeur par le moteur à pétrole, plus léger et nécessitant des transports bien moins importants de combustible et d’eau dans les champs.
- Tantôt on fonctionnait en traction directe, le retour de la charrue et le déroulement du câble étant effectués par un attelage, tantôt on cherchait à labourer dans les deux sens avec un câble de retour passant sur une poulie ancrée sur la fourrière opposée à celle sur laquelle est placé le treuil. Ajoutons de suite qu’avec ce second
- (1) Travaux et machines pour la mise en culture des terres.
- p.352 - vue 352/950
-
-
-
- CULTURE AVEC UN SEUL TREUIL A MOTEUR A EXPLOSIONS. 353
- dispositif, les temps employés aux diverses manœuvres, et surtout § l’ancrage de la poulie de renvoi, absorbaient toute l’économie que l’appareil pouvait présenter.
- Ces systèmes doivent donc être abandonnés pour les façons culturales ordinaires, et, en effet, ils le sont presque tous. Cependant, comme ils sont proposés pour les Colonies, et comme on pourrait être tenté de les reprendre en vue de leur apporter certaines améliorations, il n’est pas inutile de passer rapidement en revue quelques-uns de ces systèmes, parmi lesquels nous choisissons les machines de M. Kuntz (de Marseille), de M. A. Bajac (de Liancourt, Oise) et de feu M. André Castelin.
- La machine Castelin ayant été l’objet de nombreuses expériences de notre ancien stagiaire de la Station d’Essais de Machines, M. H. Pillaud, ce dernier nous donnera prochainement le résumé de ses diverses constatations.
- Le treuil, présenté par M. E. Kuntz au Concours général agricole de Paris de 1907, se compose, comme le montre la figure 71, d’un moteur à pétrole, vertical, fixé à l’extrémité d’un fort bâti en fonte porté par un train de quatre roues. A l’opposé du
- n
- s-- •-
- '• ’ (J
- Fig. 71. — Treuil à pétrole de M. E. Kuntz, disposé pour le transport.
- moteur sont placés les organes de transmission qui reçoivent le mouvement par une courroie et le communiquent, par engrenages et vis sans fin, à un treuil horizontal monté sur un axe perpendiculaire à l’essieu d’arrière.
- Le moteur, à marche lente (500 à 800 tours par minute), peut fonctionner à l’alcool,
- p.353 - vue 353/950
-
-
-
- 354
- REVUE DE CUUTURE MÉCANIQUE.
- FÉVRIER 1913.
- à l’essence minérale, au benzol ou au pétrole lampant, et peut être utilisé pour actionner diverses machines de l’exploitation (batteuse, concasseur, broyeur, hache-paille, pompe, etc.).
- Le treuil, pourvu d'un frein à ruban, peut tourner dans les deux sens et peut être débrayé sans qu’il y ait besoin d’arrêter le moteur ; suivant les modèles, le treuil peut enrouler de 250 à 400 mètres de câble en acier de 16 à 20 millimètres de diamètre, avec une vitesse d’avancement variant de 6 à 15 mètres par minute.
- La machine est portée sur quatre roues pour le transport sur route (fig. 71), effectué à l’aide d’un attelage. Arrivé au champ, on remplace par deux galets en fonte de 0m,20 de diamètre, les roues d’avant, lesquelles, à leur tour, prennent la place des roues
- Fig. 12. — Treuil Kuntz en travail.
- d’arrière (fîg. 72), manœuvre qui se fait rapidement avec un cric. Les roues du treuil, ainsi abaissé, sont placées dans des fers à double T qu’on dispose sur la fourrière du champ à cultiver, comme cela se pratique avec les treuils ordinaires des chantiers de défoncements.
- Le treuil peut tirer la charrue (ou toute autre machine de culture, scarificateur, herse, rouleau, etc.) dans un seul sens, le retour à vide s’effectuant avec un animal chargé de dérouler le câble du tambour qu’on retient un peu avec le frein à ruban. On peut aussi faire faire le retour de la charrue par un câble de rappel passant sur une poulie-ancre, ou travailler avec deux treuils qui tirent alternativement la machine de culture, ainsi que cela se pratique avec les systèmes à vapeurà deux locomotives-treuils.
- Le petit modèle, représenté par les figures 71 et 72, comporte un moteur monocylindrique d’une puissance de 7 à 8 chevaux; il pèse 2400 kilogrammes.
- p.354 - vue 354/950
-
-
-
- CULTURE AVEC UN SEUL TREUIL A MOTEUR A EXPLOSIONS.
- 355
- Le second modèle, pourvu d’un moteur de 16 chevaux, à deux cylindres, pèse 3000 kilogrammes, et est muni de deux tambours verticaux, dont l’un est débrayé pendant que l’autre travaille en donnant au câble une vitesse de 8 à 12 mètres par minute.
- Le troisième modèle pèse 4 000 kilogrammes; il porte un moteur de 24 chevaux, à deux cylindres, et deux treuils verticaux pouvant recevoir quatre vitesses,
- * *
- Le treuil automoteur, présenté en 1908 par M. A. Bajac au Concours général agricole de Paris, est à double tambour.
- Gomme on peut le voir par la figure 73, le mécanisme est monté sur un châssis en acier profilé, en U, relevé à l’avant afin de permettre le passage du timon ou des limo-
- nières lorsqu’on se sert d’un attelage de bœufs ou de chevaux pour déplacer le Ireuil d’un champ à un autre, bien qu’il puisse effectuer cette opération â l’aide de son propre moteur.
- Au-dessus de l’avant-train se trouve fixé un moteur d’une puissance de 23 chevaux-vapeur, à pétrole lampant, à deux cylindres, avec tous ses organes : réservoir à pétrole, radiateur avec ventilateur, allumage par magnéto ; les soupapes d’aspiration sont commandées et un régulateur maintient la vitesse du moteur à 600 tours par minute.
- p.355 - vue 355/950
-
-
-
- 356
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ----- FÉVRIER 1913.
- Le volant du moteur porte un embrayage cône et un manchon d’accouplement élastique, lequel, par un pignon et une roue, actionne un arbre intermédiaire horizontal placé au-dessus des tambours, commandés également par pignons et engrenages droils. Avec 600 tours au moteur, les treuils ne font que 19 lours par minute.
- Les treuils tournent autour d’un axe fixe, et leur graissage est assuré par des conduits ménagés dans cet axe.
- Les deux tambours de treuils peuvent enrouler chacun 150 métrés de câbles de 0m,016 de diamètre, en fils d’acier. Les câbles, qui se déplacent avec une vitesse linéaire moyenne de 0'“,70 par seconde, passent très près du sol, en dessous du châssis, lequel, ainsi, ne risque pas de se renverser. Chaque câble est guidé par des galets; après certains essais, ces galets furent montés en guides enrouleurs automatiques à vis (non représentés sur la figure 75).
- Pour éviter l’emploi des rails en fers à double T, et pour donner une grande stabilité à la machine pendant le travail, chaque roue du châssis peut rouler dans une raie de charrue, et buter contre la paroi verticale de la muraille; à cet effet, l’avant du châssis peut être muni de deux coutres circulaires et de deux sortes de fortes rasettes dont on peut modifier la position dans le plan vertical.
- Pour faire avancer le treuil le long de la fourrière du champ, au fur et à mesure du travail, deux dispositifs ont été prévus.
- L’extrémité de l’arbre intermédiaire, situé au-dessus des treuils, porte une roue conique qu’on peut faire engrener avec un des deux pignons cônes horizontaux capables d’entraîner un arbre vertical; l’ensemble de ces trois pignons cônes est enfermé dansune sorte de boîte cylindrique formant carter à bain d’huile, et, par la manœuvre d’un levier, on peut soit laisser l’arbre vertical au repos, soit le faire tourner dans un sens ou dans l’autre. Sur l’extrémité inférieure de cet arbre vertical est calée une vis sans fin, pourvue de buttées à billes, engrenant avec une roue fixée sur l’essieu; la vis et la roue sont également enfermées dans un carter formant bain d’huile.
- Lorsque l’effort nécessaire au déplacement de la machine n’est pas très élevé, des broches passées dans les moyeux des deux grandes roues les rendent solidaires de tourteaux calés sur l’essieu et les transforment en roues motrices ; on retire ces broches pour rendre les roues folles lorsque le treuil est déplacé avec des attelages, ou lorsqu’il est déplacé avec le dispositif suivant.
- Quand, dans certains champs, l’effort nécessaire à l’avancement du treuil sur la fourrière est élevé, et que les roues motrices risquent de patiner, la machine se haie sur un petit câble amarré à une certaine distance et s’enroulant sur un tambour fixé sur l’essieu.
- Enfin, l’ensemble, dont le poids est d’environ 5 tonnes (4 980 kilog.), est recouvert d’une légère toiture en tôle ondulée, garnie de rideaux permettant d’abriter le mécanisme pendant le travail, et de l’enfermer complètement lors des arrêts prolongés.
- Un des câbles agit en traction directe, l’autre, pour le retour de la charrue, passe sur une poulie de renvoi maintenue de diverses façons sur la fourrière du champ opposée à celle sur laquelle est placé le treuil.
- p.356 - vue 356/950
-
-
-
- 357
- DÉMONSTRATIONS DE LABOURAGE MÉCANIQUE.
- Avec le treuil Bajac que nous venons de décrire, on procéda à des essais publics près d’Amiens, les 24 et 25 septembre 1909, sur un sol calcaire difficile à travailler; en février 1910, il fut expédié à Nouméa avec une charrue-balance à trois raies, pesant 1100 kilogrammes; l’utilisation de cette charrue obligea à modifier les engrenages de la transmission afin de diminuer la vitesse moyenne du câble, qui était trop élevée pour ouvrir simultanément trois raies dans un sol résistant.
- Démonstrations de labourage mécanique.
- (Alger, 3 et 4 avril 1913)
- Le Comité français de Culture mécanique a accordé son patronage aux Démonstrations de Labourage mécanique organisées par l’Automobile-Club de France (Commission agricole) et l’Automobile-Club d’Algérie, sous le patronage et avec la collaboration de la Chambre syndicale des Constructeurs de Machines agricoles de France.
- Peuvent prendre part à ces démonstrations tous les types d’appareils (tracteurs, laboureuses, bineuses, etc.) de construction française ou étrangère.
- Des sommes importantes sont mises à la disposition du jury, conformément au règlement, dont nous donnons ci-après les articles qui intéressent l’organisation des démonstrations qui seront effectuées à proximité d’Alger, le 3, le 4 et, éventuellement, le 5 avril 1913.
- Art. VII. — Le Jury pourra procéder à toutes les vérifications qu’il jugerait nécessaires et publier le compte rendu des essais.
- Les concurrents devront donc se soumettre à tous les contrôles que le Jury désirera et dont les principaux se trouvent indiqués dans les articles qui suivent.
- Art. VIII. — La profondeur de labour exigée les 3 et 4 avril sera de 15 centimètres.
- Le 5 avril, un essai spécial de labour profond pourra être organisé.
- Art. IX. — Le temps employé pour le travail comptera à partir du moment où le signal du départ aura été donné, l’appareil prêt à fonctionner et ses accessoires devant être rendus aux jours et heures indiqués à proximité du champ où le travail devra être effectué.
- Les concurrents ne pourront prendre d’autres dispositions préalables que la pose de jalons destinés à indiquer la direction.
- En aucun cas, il ne pourra être placé à l’avance de piquets et poulies de renvoi pour les appareils à câbles, la durée de cette pose devant être comprise dans le temps employé.
- Art. X. — Les récipients destinés à contenir l’eau et le combustible liquide devront être munis d’orifices disposés de telle sorte qu’il soit possible d’en plomber la fermeture : celle-ci devra être suffisamment hermétique pour qu’il soit impossible d’y rien introduire une fois le plombage effectué.
- Art. XI. — Pendant la durée des épreuves, tous les ravitaillements qui seraient nécessaires devront être effectués sous la surveillance d’un commissaire qui déplombera les récipients, vérifiera les quantités introduites et replombera.
- Art. XII. — Le 2 avril, les appareils devront être présentés vides, sans eau ni combustible. Les concurrents devront fournir les quantités nécessaires pour faire le plein.
- Les récipients seront plombés par les soins des commissaires aussitôt que le plein aura été fait.
- p.357 - vue 357/950
-
-
-
- 358
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ----- FÉVRIER 1913.
- Art. XIII. — Les concurrents devront se procurer à l’avance les quantités de combustibles et d’eau nécessaires :
- 1° Pour compléter le plein, le 3 avril au matin, à l’emplacement désigné pour le départ;
- 2° Pour se ravitailler en cours d’épreuve.
- Les produits nécessaires à ce ravitaillement devront être transportés à l’avance dans le champ qui aura été désigné à chacun des concurrents.
- Art. XIV. — Les concurrents devront désigner nominativement les hommes nécessaires pour la manœuvre îles appareils engagés par eux ; les personnes ainsi désignées recevront un brassard spécial et elles seules pourront assurer le fonctionnement des appareils.
- Art. XV. — Le 3 avril, les appareils devront se trouver à 8 heures du matin aux emplacements désignés pour le départ.
- Le travail continuera jusqu’à midi; à ce moment, un signal sera donné, les concurrents devront cesser immédiatement le travail et arrêter le moteur. Les appareils de labourage seront arrêtés dans la position où ils se trouvent et les mécaniciens et conducteurs devront quitter le champ qui leur aura été désigné.
- En aucun cas, il ne sera permis de faire ni réparation, ni visite, ni ravitaillement pendant ce repos.
- 11 est fait exception pour les appareils à vapeur : après la cessation du travail et sans qu’aucune réparation puisse y être faite, ils pourront être surveillés par un mécanicien accompagné d’un commissaire.
- A 1 h. 23, un signal indiquera aux concurrents qu’ils pourront rejoindre leurs appareils. A 1 h. 30, un nouveau signal indiquera la reprise du travail. A 4 heures, le travail cessera, le Jury fera vérifier les consommations, faire le plein et plomber, puis examinera la quantité et la nature du travail effectué.
- Pour les concurrents ayant terminé avant l’heure lixée pour la cessation du labourage, il sera tenu compte du temps employé pour le travail.
- Art. XVI. — Les appareils électriques devront être munis par les soins des concurrents de tous instruments de contrôle.
- Ceux-ci seront, après les épreuves, pris pour étalonnage par les services techniques de
- l’A. C. F.
- Art. XVII. — Les épreuves de la seconde journée seront considérées comme la continuation du travail commencé la veille.
- Le travail reprendra à 8 heures à la place qui sera indiquée aux concurrents.
- Comme la veille, le travail sera interrompu de midi à 1 h. 30 et cessera à 4 heures.
- Les prescriptions relatives aux ravitaillements, à la vérification de la consommation, à la mesure du terrain labouré seront les mêmes que la veille.
- Pendant la nuit, les concurrents pourront faire remiser leurs appareils à l’Exposition ou les laisser sur place, mais alors sous leur responsabilité.
- Alvr. XVIII. — La vérification des quantités de combustible et d’eau nécessaires sera effectuée par des commissaires spécialement désignés à cet effet, sous la surveillance de la Commission technique de l’A. C. F.
- Art. XIX. — Toute réclamation devra être remise au président du Jury dans les vingt-quatre heures après la lin du concours.
- Elle devra être accompagnée de la somme de 100 francs qui sera remboursée si la décision du Jury est favorable au réclamant.
- p.358 - vue 358/950
-
-
-
- EXPOSITION DE BRUXELLES.
- 359
- Aur. XX. — Les fausses déclarations, les fraudes ou tentatives de fraudes entraîneront l’exclusion de leurs auteurs et éventuellement une amende et la disqualification.
- Cette disqualification sera prononcée sans appel par l’A. C. F. sur l’avis du Jury.
- Akt. XXI. — L’A. C. F., l’Autoinobile-Club d’Algérie et le Comité d’organisation de l’Exposition de l’Automobile agricole d’Alger déclinent toute responsabilité relative aux accidents pouvant survenir aux concurrents ou par leur fait. Les responsabilités civiles et pénales de toutes espèces resteront à la charge des concurrents à qui elles incombent.
- Ceux-ci devront justifier d’une police d’assurance dégageant complètement la responsabilité de l’Automobile-Club de France, de l’Automobile-Club d’Algérie et du Comité d’organisation de l’Exposition d’Alger.
- Exposition de Bruxelles.
- (8-17 mars 1913)
- La Société belge de Mécanique et d’industries agricoles organise, du 8 au 17 mars 1913, sa cinquième exposition de machines agricoles à Bruxelles, au Palais du Cinquantenaire.
- L’exposition est divisée en treize groupes, parmi lesquels nous trouvons le groupe IX intitulé : Automobilisme agricole. Camions, voitures, tracteurs et appareils spéciaux pour la culture mécanique.
- p.359 - vue 359/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU U FÉVRIER KM;) Présidence de M. L. Linde r, président.
- La séance est ouverte à 20 h. 30 m.
- MM. rirriER et Ioulon, secrétaires, dépouillent la correspondance et analysent les ouvrages offerts à la Société depuis la dernière séance.
- M. H itier signale les lettres de remerciements qui ont été adressées à la Société par les lauréats pour 1912 et dont les récompenses leur ont été décernées dans la séance solennelle du 24 janvier dernier; ce sont les lettres de : MM. Paul Janet, Joseph Debos, Camille Desserre, Georges Bossé, de la Chambre syndicale des Fabricants de Lampes et de Ferblanterie, de MM. Charles Barrat, Bouilliant, Lucas, de la Manufacture d’Horlogerie de Béthune, de M. F. Ilcim, de MM. Herrgott, Prost, Rendle, Anlony Bruyant, Collot, Ventou-Duclaux, Espeut, Tassilly, Masse, Kohn-Abrest, ainsi que les lettres émanant des directeurs et des Sociétés directrices des contremaîtres et ouvriers récompensés.
- M. Hitier signale plus particulièrement la lettre de M. Desserre, bénéficiaire d une part de 200 francs du Prix Meynot, qui annonce que cette somme sera affectée «à l’achat d’une parcelle de terre qui portera le nom de Champ Meynot en souvenir de son bienfaiteur.
- Il signale aussi une lettre de M. Georges Filtz, constructeur à Juvisy
- p.360 - vue 360/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 361
- (Seine-et-Oise). M. G. Filtz demande, au sujet du rapport lu lors de la distribution des récompenses et qui attribue une médaille d’or à M. Louis Petit, de vouloir bien faire une rectification pour préciser que c’est lui, M. Georges Filtz, l’inventeur du tracteur Arion, employé par M. Louis Petit à Champagne. La rectification demandée par M. Georges Filtz est insérée d’autant plus volontiers que M. Petit, dans sa communication du 12 février 1912, a bien décrit l’appareil et le procédé de labourage mécanique employé dans sa ferme de Champagne comme étant l’invention de M. Georges Filtz.
- Parmi les ouvrages imprimés reçus, M. IIitier insiste sur l’intérêt d’un travail de M. le D1' Edouard Mazères, intitulé : Vhumidité dans les habitations, qui est envoyé, pour examen, au Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- M. Toulox, parmi les ouvrages qu’il analyse, signale plus particulièrement celui dont l’auteur, M. Moreau, membre du Conseil, a fait don à la Société et qui est intitulé : Ascenseurs et monte-charges (cours professé à l’Ecole spéciale des Travaux publics), et les Transactions of the Society of naval Architects and Marine Engineers de 1893 à 1911, soit 15 volumes, ouvrage considérable et de grande valeur, dont M. Berlin, membre du Conseil, ancien président de la Société, fait don à sa bibliothèque. Notre Société remercie vivement M. Bertin d’avoir enrichi sa bibliothèque d’une collection si précieuse.
- M. le Président fait part de l’invitation officielle que la Société a reçue à se faire représenter à la Panama-Pacific International Exposition, qui aura lieu à San Francisco, en 1915, h l’occasion de l’ouverture du canal de Panama à la navigation.
- La Société a été aussi invitée a assister à la 44e Session générale annuelle de la Société des Agriculteurs de France.
- Elle a reçu, du Ministère de l’Agriculture, un certain nombre de cartes d’entrée au Concours général agricole de Paris.
- De môme, la Société a été informée de l’ouverture du 4° Concours de photographies en couleurs, organisé par la Société française de Photographie. Ce concours sera clos le 15 avril prochain.
- M. le Président annonce que le 2 février dernier il a été appelé à représenter la Société à l’inauguration, à l’Ecole municipale de Physique et do Chimie, du médaillon de Paul Schutzenberger, premier directeur de cette école, et qui fut membre du Conseil de la Société; une réduction de ce médaillon a été offerte, par le Comité de souscription, à la Société, qui l’en remercie. Ce médaillon sera placé dans la salle du Conseil.
- Tome 119. — 1er semestre. — Février 1913.
- 24
- p.361 - vue 361/950
-
-
-
- 362
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- FÉVRIER 1913.
- M. le President a représente' aussi la Société, le 13 février, à la fêle du Cinquantenaire de, la fondation du journal l’Union Pharmaceutique, organisée par la Pharmacie centrale de Erance, dont le directeur est M. Buchet, membre de la Société.
- Sont admis membres de la Société' : M. Maurice de Broglie, M. Pierres Jurien de laGravière (membre à vie) ; M. Coitlraud, M. I)e bauge, la Société Anonyme « Le Nickel »; MM. Benker et Millberg, et M. Jean Séailles, présentées dans la dernière si'ancr.
- Dix nouveaux mcmbi'es sont présentés pour faire partie des la Société :
- M. Astieb (Placide), sénateur, fabricant de produits pharmaceutiques à Paris, présenté par MM. Lindet et Trillat.
- M. Bernard (André), président du Conseil de la Société de Demain et Anzin, à Paris, présenté par MM. Lindet et Linder.
- M. Arnould (Pierre), ingénieur-conseil, commissaire-expert du Gouvernement pour l’examen des contestations en douane, à Paris, présenté par MM. Carpentier et Toulon.
- M. Dantzer (James), ingénieur, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, à Neuilly-sur-Seine, présenté par MM. Lindet et Linder.
- MM. üarrasse frères, fabricants de produits pharmaceutiques, à Paris, présentés par M. Lindet.
- M. Nusbaumer (Eugèiie-Anlonin), ingénieur I. C. A. (Université de Paris), à Liège (Belgique), présenté par MM. Le Chatelier et Guillet.
- M. Uodrigues-Ely (Camille), ingénieur civil, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, à Paris, présenté par M. Maurice Alfassa.
- La Société Anonyme des anciens Etablissements Panhard et Levassor, à Paris, présentée par M. le baron Thénard (membre à vie).
- MM. Tavernter frères, industriels-tanneurs, à Paris, présentés par M. le capitaine Nicolardot.
- M. Lemaire (Eugène), Ingénieur des Arts et Manufactures, agent général de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, présenté par MM. Lindet et Bâclé.
- L’admission de ces membres sera prononcée dans la prochaine séance.
- p.362 - vue 362/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — FÉVRIER 1913.
- 363
- M. Toulon fait une première communication sur l’application du freinage continu aux longs trains de marchandises en Europe.
- L’application du frein continu ne pouvait pas être étendue en Europe aux trains de marchandises de plus de 40 wagons, en raison de la disposition des attelages qui permettent de grands déplacements relatifs des véhicules.
- Aux États-Unis, au contraire, ie frein continu peut être employé sans inconvénients, parce que le mode d’attelage par un coupleur central donne à l’ensemble du train une rigidité longitudinale qui empêche les chocs violents entre les véhicules.
- M. Sabouret. Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Ingénieur en chef adjoint du Malériel et de la Traction à la Compagnie d’Orléans, a résolu très simplement, par une méthode toute nouvelle, ce problème difficile dont la solution a été longtemps cherchée sans succès. Par le freinage des premiers véhicules du train, M. Sabouret détermine tout d’abord la compression des attelages; lorsque la rigidité du train est ainsi obtenue, le serrage de tous les autres véhicules peut être effectué sans chocs nuisibles. L’emploi d’une double valve, placée entre les premières voitures et la queue du train, permet d’effectuer la manœuvre avec sûreté.
- L'invention de M. Sabouret, après d’importants essais effectués par la Compagnie d’Orléans, permet, sans adoption d’un nouveau type de frein continu, de l’étendre aux trains de marchandises les plus longs dans les conditions les plus économiques.
- M. Toulon fait une deuxième communication sur les chemins de fer électriques d'intérêt local de la Haute-Vienne.
- Dans le département de la Haute-Vienne, MM. Giros et Lonchenu ont réalisé l’application de la traction électrique avec un courant alternatif simple à 10 000 volts à un réseau d’intérêt local de 345 kilomètres. M. Toulon indique les dispositions générales de cette installation. Une usine hydraulique, de 2 400 chevaux, et une usine à vapeur de secours, de 1 200 chevaux, assurent le service. Cette application nouvelle et bien étudiée est particulièrement intéressante parce que le concessionnaire peut distribuer l’excédent d’énergie aux petites usines et aux exploitations agricoles de la région. C’est donc un modèle et un exemple utiles à signaler et, par leur initiative hardie, MM. Girès et Lonchenu se sont montrés de véritables pionniers.
- M. le Président remercie M. Toulon de son initiative; il a voulu continuer, dit-il, l’œuvre du regrette G. Richard, dont les revues de quinzaine, relatives à la mécanique, étaient si justement appréciées. La Société serait reconnaissante envers ses membres si, à l’exemple cle M. Toulon, ils consentaient à venir, de temps à autre, l’entretenir des faits nouveaux qui relèvent de leur spécialité.
- M. L. Masson, au nom du Comité des Arts mécaniques, et M. Trillat, au nom du Comité des Arts chimiques, font un rapport sur l'élasticimètre enregistreur qu'ont imaginé et fait construire MM. Chéneveau et lleim en vue de déterminer la valeur industrielle relative des différents caoutchoucs.
- p.363 - vue 363/950
-
-
-
- 364
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. ------ FÉVRIER 1913.
- M. le Président remercie MM. Leon Masson et Trlllat de leurs intéressants rapports. Le mémoire de MM. Clienevean et Ileim sera inséré dans le Bulletin sous réserve de l’acceptation de la Commission du Bulletin.
- MM. Clé ment et Rivière font une communication sur l'acétate de cellulose et ses applications, notamment à la fabrication de films cinématographiques ininflammables.
- La nitrocellulose, utilisée dans des industries très diverses, a aujourd’hui un grand concurrent dans l’acétate de cellulose, éther cellulosique ininflammable. Les premières recherches sur l’acétate de cellulose datent de 1869, mais il y a cinq ans seulement que sa fabrication est devenue industrielle. On prépare les acétates de cellulose par action de l’anhydride acétique sur la cellulose ou les dérivés hydrocellulosiques en présence d’agents de condensation tels que l’acide sulfurique ou ses dérivés. Pour éviter la formation d’éthers mixtes complexes tels que les sulfacétates, corps décomposables et qui ne donnent d’ailleurs que des matières cassantes, les auteurs ont utilisé les halogènes tels que le brome et leurs dérivés, comme agents de condensation. Les acétates peuvent garder la forme de la fibre du coton, si l’acétylation a lieu en présence de benzine. Ce sont des corps qui brûlent diffilement et qui fondent en brûlant. Ils sont solubles dans le chloroforme et le tétrachloréthane ; quelques-uns sont en outre solubles dans l’acétone.
- Industriellement, on les utilise dans la préparation de matières plastiques, pour faire des objets tels que peignes, manches de couteaux, poignées de parapluies, etc., jusqu’ici faits en celluloïde. L’acétate est alors mélangé à un ignifugeant comme le phosphate triphénylique et à un plastifiant comme la triacétine. Une pâte épaisse est faite au malaxeur, laminée, et les feuilles sont soudées par pression en un bloc que l’on découpe. Les objets fabriqués sont ininflammables. On en fait également de très jolies fleurs artificielles.
- En solution, dans les dérivés chlorés de l’éthane, l’acétate donne des vernis inin-llammablès, utilisés pour le vernissage des métaux, l’enduciion des toiles d’aéroplanes (imperméabilisation) et l’isolement des fils électriques. Une nouvelle application de l’acétate à la fabrication d’un caoutchouc factice est signalée par les auteurs.
- La principale application du nouveau produit est le film cinématographique ininflammable. La solution d’acétate dans un dissolvant volatil est coulée sur des surfaces polies rotatives et l’on détache en continu les feuilles séchées. Ces feuilles, après l’opération du substratage, sont recouvertes de l’émulsion photographique, puis découpées en un ruban de 35 mm. de largeur. Les plus ininflammables de bonne qualité ont des résistances dynanomélriques égales à celles des fibres de celluloïde : ils s’allongent moins dans les bains photographiques que ces derniers et se rétrécissent moins sous l’action du temps. La flamme les fait fondre; arrêtés devant l’arc de l’appareil de projection, ils ne prennent pas feu. Tout au contraire, les films de celluloïde brûlent violemment et continuentà se décomposer explosivement dans l’eau, sous le sable, etc., en dégageant des fumées asphyxiantes en raison de leur forte teneur en oxyde de carbone.
- Cette conférence était accompagnée d’expériences, de la présentation de matières premières et d’objets fabriqués avec le nouveau produit ainsi que de projections ciné-
- p.364 - vue 364/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. ----- FÉVRIER 1913.
- 365
- matographiques. Parmi celles-ci, il convient de signaler celles qui reproduisaient les conditions dans lesquelles se sont déclarés certains incendies mémorables dus à l’inflammabilité du celluloïde. Les conférenciers ont ainsi démontré expérimentalement, devant un auditoire nombreux, que le renouvellement de catastrophes comme celle du Bazar de la Charité serait désormais impossible si on employait un fil cinématographique en acétate de cellulose.
- M. le Président remercie M. Clément de la communication qu’il vient de faire, au nom de son collaborateur, M. Rivière, et au sien. La Société, dit-il, en faisant connaître Je nouveau produit qu’est l’acétate de cellulose, n’encourage pas seulement la grande industrie qui le prépare, mais aussi toutes les nombreuses petites industries, parisiennes pour la plupart, qui le façonnent; elle encourage enfin deux jeunes gens, dont la forte instruction chimique lui permet de présumer l’avenir industriel.
- La séance est levée «à 22 h. 30 m.
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 28 FÉVRIER 1913
- Présidence de M. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 20 h. 30 m.
- MM. Hitier et Toulon, secrétaires, dépouillent la correspondance et analysent les ouvrages offerts à la Société depuis la dernière séance.
- M. le Président fait part de l’invitation officielle que la Société a reçue .à assister :
- 1° A l’Assemblée générale de l’Association des Industriels de France contre les Accidents du Travail ;
- 2° A l’Assemblée générale de l’Association cotonnière coloniale;
- 3° A l’Assemblée générale annuelle de la Société d’Échange international des Enfants et des Jeunes Gens pour l’Étude des Langues étrangères.
- M. le Président annonce qu’il a représenté la Société d’Encouragement à la réunion annuelle du Syndicat des Constructeurs de Machines agricoles.
- p.365 - vue 365/950
-
-
-
- 366
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- FÉVRIER 1913.
- M. le Président informe l’Assemblée qu’il a été autorisé par le Conseil (l’Administration à adresser à divers Syndicats une lettre dans laquelle il les invite à prendre plus fréquemment contact avec la Société d’Encouragement, à lui soumettre les questions qu’il y aurait intérêt, pour la profession dont ils sont les représentants, à faire étudier par de jeunes travailleurs qu’elle serait en mesure de subventionner.
- Sont admis comme membres de la Société : M. Astier (Placide), M. Bernard (André), M. Arnould (Pierre), M. Dantzer (James), MM. Darrasse Frères, M. Nusraumer (Eugène-Antoine), M. Rodriguez-Ely, la Société anonyme des anciens Etablissements Paniiard et Levassor, MM. Tavernier Frères, M. Lemaire (Eugène), présentés dans la dernière séance.
- M. Couturaud, Ingénieur des Arts et Manufactures, est nommé membre correspondant du Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- Quatre nouveaux membres sont présentés pour faire partie de la Société :
- M. Riciiemond (Pierre), administrateur délégué de la Société des Anciens Etablissements Weyher et Richemond, présenté par M. Risler.
- M. Thillaye (Georges), agent général delà Caisse d’Epargne et de Prévoyance de Paris, présenté par M. Risler.
- MM. Clément et Rivière, ingénieurs-chimistes, à Paris, présentés par M. Haller et M. le capitaine Nicolardot.
- M. Boudreaux (L.), ingénieur civil, à Paris, présenté par MM. Bourdel et Lindet.
- M. le Président annonce que le Conseil d’Administration, dans sa séance du 20 février, a accordé, pour l’année 1913, les subventions suivantes, soit un total de 11700 francs, à prendre sur les fonds généraux et sur les fondations spéciales :
- Sur l’avis du Comité des Arts mécaniques :
- 2000 francs à MM. Chéneveau et Heim pour poursuivre leurs Etudes des propriétés physiques des caoutchoucs (rapporteur M. L. Masson) ;
- 2 000 francs àM. Fremont (Ch.) pour la publication de son mémoire sur l'action des outils (rapporteur M. Sauvage).
- Sur l’avis du Comité des Arts chimiques :
- 1 000 francs à M. Marie pour la Publication annuelle des tables des constantes physiques (rapporteur M. Le Chatelier);
- p.366 - vue 366/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- FÉVRIER 1913.
- 367
- 1 000 francs à M. Legrix pour la publication d'un atlas de micrométallurgie (rapporteur M. Le Chatclicr);
- 1 200 francs à M. Koiin -Abrest pour poursuivre ses Etudes sur /’Aluminium activé (rapporteur M. Trillat);
- 1 000 francs pour couvrir les premières dépenses relatives à la publication des œuvres complètes d'Osmoncl (rapporteur M. Le Ghatèlier).
- Sur l’avis du Comité d’Agriculture :
- 1 000 francs à M. Kayser pour poursuivre son Etude microbiologique du rouissage (rapporteur M. Girard);
- 1200 francs à M. Laine pour poursuivre ses Études relatives à la nitrification (rapporteurs M. Tisserand et M. Muntz) ;
- Sur l’avis du Comité du Commerce :
- 500 francs à la Société de protection des apprentis pour Y aider à développer ses cours d'apprentissage de fin d'après-midi (rapporteur M. Gruner);
- 500 francs à M. Pollier pour faire une Etude du régime administratif appliqué aux indigènes par les Anglais en Egypte (rapporteur M. Gruner);
- 300 francs à M. Dussol pour faire une Étude de /’outillage économique des ports français (rapporteur M. Gruner).
- M. E. Lemaire fait une communication sur les progrès réalisés récemment dans la production des basses températures et notamment sur le perfectionnement des machines frigorifiques à compression imaginé par M. Voorhees.
- Un historique et l’exposé des applications du froid à la conservation et au transport des denrées alimentaires sont d’abord donnés succinctement pour montrer l’importance des industries frigorifiques. Ces applications sont toutefois limitées presque exclusivement aux denrées chères, car le froid, bien que le meilleur des agents de conservation, est encore très coûteux. Il en coûte en effet 12 à 15 fois plus pour produire une frigorie que pour produire la calorie, son équivalent au signe près, et, pratiquement, il est beaucoup plus difficile de conserver le froid que de conserver la chaleur, les meilleurs isolants frigorifuges étant à tous égards très inférieurs aux calorifuges. On doit donc bien accueillir tout procédé qui, comme celui de M. Voorhees, permet d’améliorer la marche des machines frigorifiques.
- Ce dispositif, imaginé depuis longtemps par M. Voorhees, n’a été réalisé que tout récemment par des constructeurs anglais, MM. Ransomes and Rapier.
- p.367 - vue 367/950
-
-
-
- 368
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- FÉVRIER 1913.
- Dans une machine frigorifique ordinaire à compression, on règle la température dans l’évaporateur en ouvrant plus ou moins un robinet pointeau de détente. Il y a abaissement simultané et quasi instantané de la pression et de la température, et une fraction du liquide fourni par le liquéfacfcur passe à l’état de vapeur saturante, la pression qui s’établit étant la tension maxima de vapeur du liquide à la température d’entrée dans l’évaporateur. Cet abaissement de température ne peut se produire qu’aux dépens de l’agent frigorifique même et c’est pourquoi il s’en évapore une partie.
- C’est donc un mélange de vapeur et de liquide qui arrive à l’évaporateur et c’est la seule fraction liquide qui, en s’y vaporisant, produit presque tout l’effet utile cherché.
- M. Yoorhees évite que la fraction gazeuse ne parcoure inutilement tout le cycle des transformations. Pour cela il fait la détente en deux fois : d’abord une détente notable au moyen d’un premier pointeau, puis une deuxième détente, peu importante, au moyen d’un deuxième, et il intercale un séparateur entre ces deux pointeaux. Ce séparateur ne laisse arriver au deuxième pointeau que la fraction restée liquide après passage par le premier. Par suite, il n’entre dans l’évaporateur qu'une fraction insignifiante de vapeur.
- Quant à la vapeur retenue par le séparateur, elle est à une pression comprise entre celle du refoulement et celle de l’aspiration au compresseur; on l’introduit dans le compresseur par une soupape automatique, pendant la course de refoulement. Le séparateur fonctionne en quelque sorte comme une chaudière à l’égard du compresseur et lui fournit automatiquement, par évaporation de la fraction liquide qui s’y trouve, si c’est nécessaire, la vapeur à pression intermédiaire dont le compresseur a besoin. Ce mode de fonctionnement justifie jusqu’à un certain point le nom de receiver, déjà appliqué au réservoir intermédiaire des machines compound, que l’inventeur a donné au séparateur. Si cette vapeur est, par exemple, à une pression double de celle de l’aspiration, le compresseur, pendant le même temps, comprime une masse double de fluide ou à peu près, bien que le travail de compression et la force motrice à fournir n’aient pas doublé.
- Une autre économie résulte de ce que l’effet nocif des forces passives, des espaces nuisibles, des pertes de froid, des fuites, etc., étant le même alors que l’effet utile a presque doublé, leur influence est proportionnellement moindre.
- Appliqué à une machine existante, le système Voorhees permet soit d’augmenter sa puissance frigorifique, soit de diminuer la force motrice consommée, soit encore d’augmenter les deux en obtenant la frigorie pour une dépense moindre de force motrice. Cette économie peut atteindre 50 p. 100 dans le cas le plus favorable, celui d’une machine à anhydride carbonique, et construite spécialement en vue du nouveau dispositif. D’une façon générale, cependant, on peut compter économiser 20 p. 100 de l’énergie consommée pour obtenir la frigorie.
- M. le Président rappelle qu’à la dernière séance, à la suite des communications de M. Toulon, il priait nos collègues de vouloir bien nous entretenir des faits nouveaux relevant de leur spécialisation ; il remercie M. Lemaire, notre agent général et nouveau collègue, d’avoir si aimablement répondu à sa demande, et d’avoir tenu la Société au courant des progrès réalisés dans l’industrie frigorifique.
- p.368 - vue 368/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 369
- M. le Président présente M. L. Gaumont à l’Assemblée ; il le remercie au nom de la Société d’Encouragemcnt d’avoir bien voulu lui donner la primeur d’une des plus élégantes applications de la cinématographie. Les réserves qu’il est obligé de conserver encore ne lui permettront pas, dit-il, de nous donner de grands détails techniques sur son invention; mais, le jour où il pourra sortir de cette réserve, la Société lui sera reconnaissante de vouloir bien écrire une note pour le Bulletin. Nous ne devons pas oublier que si notre première satisfaction est d’encourager l’industrie, notre premier devoir est de respecter la propriété industrielle.
- M. L. Gaumont fait une communication, sur la cinématographie en couleurs naturelles par le procédé trichrome.
- L’idée première de la cinématographie en couleurs revient à Dncos de Hauron. M. L. Gaumont l'a réalisée par le procédé trichrome de façon très simple. Toutefois le conférencier ne donne que quelques indications sur son procédé; il se réserve, dit-il, d’en faire ultérieurement l’objet d’une communication détaillée à la Société d'Encouragement quand certains secrets et tours de main pourront être dévoilés. Il a voulu, surtout, donner un aperçu de l’importance des progrès qui ont été réalisés.
- Le procédé de M. Gaumont n’emploie qu’un seul film ; mais, au moyen d’un système optique judicieusement combiné, il obtient simultanément sur ce film, au travers de trois écrans diversement colorés, trois images, rigoureusement de même grandeur, du sujet à reproduire.
- Pour la reproduction, ces trois images sont projetées, simultanément aussi, sur l’écran cinématographique, au travers de trois films colorés comme ceux qui ont servi à la prise de vue. Les images monochromes ainsi agrandies se superposent parfaitement et le mélange des couleurs s’effectue, par superposition même, pour reproduire avec toutes leurs nuances les couleurs du sujet.
- Cette superposition qui était la plus grande difficulté à vaincre pour la réalisation pratique du procédé, n’est obtenue que grâce à un réglage extrêmement minutieux et faute duquel les objets apparaîtraient frangés de rouge, de vert ou de violet.
- A titre de démonstration, et pour donner une idée des bons résultats qu’il obtient déjà, M. Gaumont reproduit, sous les yeux des spectateurs émerveillés, des objets de couleurs très vives, irisées et chatoyantes, des Heurs et des papillons vivement colorés et animés d’un mouvement lent; puis, ce sont des scènes prises aux pays du soleil : à Funchal (Ile Madère) ; à Nice, pendant le dernier carnaval et la fête des fleurs, etc.; il termine par la représentation de scènes prises l’été dernier dans notre pays, pendant la moisson, et qui sont du plus bel effet artistique tout en ne le cédant en rien aux premières scènes présentées quant à l’exactitude des couleurs, bien que prises bien antérieurement.
- Pour donner une indication de ce que M. Gaumont espère pouvoir réaliser prochainement en matière de théâtre entièrement automatique, par le moyen du cinématographe en couleurs et parlant, il reproduit la première saynète satisfaisante qui ait été obtenue sur la scène à la lumière artificielle. Les couleurs des personnages et des décors de cette saynète sont tout aussi exactement reproduites que dans le cas de l’éclairage naturel.
- p.369 - vue 369/950
-
-
-
- 370
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- FÉVRIER 1913.
- Dans tous les cas, les blancs sont d’une très grande pureté et les bleus sont très bien rendus, résultats qui, jusqu’ici, n’ont pu être obtenus au moyen d’autres procédés ou ne l’ont été que très imparfaitement.
- La projection de ces vues chromocinématographiques se fait sur des écrans dits métallisés qui renvoient les rayons réfléchis dans un champ peu étendu de part et d’autre de la normale à l’écran. Il est utile, en effet, de ne point trop perdre de l’intensité lumineuse de l’image par une diffusion dans tous les sens des rayons réfléchis, car la projection en couleurs est, à dépense d’énergie égale, moins lumineuse que la projection en noir et blanc. Il résulte des propriétés de ces écrans métallisés que le spectateur doit être placé à l’intérieur d’un cône dont l’axe est perpendiculaire à l’écran et le demi-angle au sommet voisin de 45°; dans ces conditions l’image est vraiment très lumineuse.
- Les spectateurs, venus en foule, manifestent leur admiration par de nombreux et vigoureux applaudissements qui éclatent au cours et à la fin de chacune des séries de vues.
- M. le Président rappelle la séance du 22 mars 1893, dans laquelle M. Lumière mettait la Société au courant de ses premiers travaux de cinématographie; depuis, cet art nouveau a pris un développement considérable, auquel M. Gaumont a largement contribué.
- Grâce à lui, en effet, les projections cinématographiques nous donnent de plus en plus l’illusion de la vie. Déjà, dans la séance du 28 avril 1911 de notre Société, M. L. Gaumont nous montrait qu’il les avait dotées de la parole avec ses « filmparlants »; aujourd’hui, il leur donne la couleur. Et nous pouvons nous imaginer ce qu’il peut nous réserver dans un très prochain avenir, ce qu’il est d’ailleurs en mesure de réaliser aujourd’hui, par la réunion en une seule et même manifestation de ces merveilles : le cinématographe en couleurs naturelles et parlant.
- La séance est levée à 22 h. 45 m.
- p.370 - vue 370/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE
- Leçons d’électrotechnique générale, par M. P. Janet. 3e édition, revue et augmentée.
- 3 volumes in-8. Paris, Gauthier-Villars, 1909, 1910 et 1912.
- Tome [ : Généralités. Courants continus.
- Tome II : Courants alternatifs sinusoïdaux et non sinusoïdaux. Alternateurs. Transformateurs.
- Tome III : Moteurs à courants alternatifs. Couplage et compoundage des alternateurs polymorphiques.
- Ces leçons, professées à l’École supérieure d’Électricité, ont été couronnées par l’Académie des Sciences.
- M. P. Janet, professeur à la Faculté des Sciences de l’Université de Paris, directeur du Laboratoire central et de l’École supérieure d’Electricité, vient de recevoir de notre Société sa grande médaille d’or Ampère, sur le rapport de M. Daniel Berthelot. « Dans ses leçons d’électroteclmique générale, dit le rapport, l’auteur a dégagé avec une rare sûreté de vues les principes généraux qui restent toujours les mêmes à travers l’infinie variété des applications. Je ne saurais en faire de meilleur éloge qu’en disant que, par l’élégance de l’exposition, par la netteté des démonstrations, bien des chapitres rappellent les écrits didactiques si lumineux de maîtres tels que Sarrau et Potier. »
- Ascenseurs et monte-charges, par M. Moreau. Paris, École spéciale des Travaux publics
- de M. Léon Eyrolles, 1913.
- Cet ouvrage fait partie de la collection si intéressante des œuvres d’enseignement publiée par l’École spéciale des Travaux publics de la rue du Sommerard. 11 suffit pour en faire ressortir toute la valeur de noter le nom de l’auteur, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, ancien vice-président et lauréat de la Société des Ingénieurs civils de France.
- Extraits de la Table des matières :
- Ch. I. — Historique sur les ascenseurs. — Situation diverses qu’ils peuvent occuper dans un immeuble.
- Ch. II et III. — Classification des ascenseurs. — Études des divers types d’ascenseurs à puits.
- Ch. IV et V. — De l’emploi de l’air comprimé et de l’électricité pour la commande des ascenseurs. — Détails d’organisation.
- Ch. VI. — Ascenseurs sans puits.
- Ch. Vil. -- Organes accessoires communs à tous les types d’ascenseurs. — Appareils de sûreté.
- p.371 - vue 371/950
-
-
-
- 372
- BIBLIOGRAPHIE.
- FÉVRIER 1913.
- Ch. VIII. — Théorie générale de l’ascenseur hydraulique*.
- Ch. IX. — Ascenseurs spéciaux. — Escaliers mobiles.
- Ch. Xet XI. — Monte-charges. — Appareils accessoires.
- Ch. XII. — Recommandations principales.
- Compte rendu des travaux du Congrès de Mécanique agricole, par M. de Lagorsse. Paris,
- Bureaux de la Société nationale d’Encouragement à l'Agriculture, 1911.
- Le compte rendu des travaux du Congrès de Mécanique agricole tenu à Paris en 1911, sous les auspices de la Société nationale d’Encouragement à l’Agriculture, a été publié par M. J. M. de Lagorsse, secrétaire général du Congrès et de la Société.
- Déjà, en 1883, un Congrès ayant le même objet avait été tenu; mais il a paru qu’après vingt-sept ans écoulés, après cette longue période où la fabrication et l’emploi des instruments et des machines ont pris un si grand développement, il convenait de faire connaître les progrès réalisés et ce qui reste encore à faire.
- Nous avons eu la bonne fortune, dit M. de Lagorsse, de trouver en M. Rin-gelmann, directeur de la Station d’Essais de Machines, l’homme le plus qualitié pour dresser le plan et formuler le programme du Congrès. Désigné comme rapporteur général, M. Max Ringelmann a heureusement défini les travaux du Congrès en les divisant en huit sections, qui ont été chacune l’objet d’un rapport particulier de sa part. Ces huit sections sont : Diminution de la main-d’œuvre rurale; Développement des machines en agriculture ; Construction des machines agricoles en France; Inventaire du matériel agricole; Emploi des machines agricoles; La force motrice en agriculture; La culture mécanique du sol; Accidents occasionnés par l’emploi des machines agricoles.
- Près d’une centaine de communications ont été adressées au secrétariat général; elles émanent de praticiens comme de savants, beaucoup d’entre elles de MM. les professeurs d’agriculture dont le dévouement professionnel est si grand et si apprécié. Grâce à tous ces collaborateurs, ce volume présente l’état actuel de la fabrication des machines et de leur emploi dans les diverses régions de la France et constitue par là même une enquête magistrale qui n’a jamais été faite. Il renferme en outre l’étude des principaux problèmes que soulève l’avenir.
- « Il faut se pénétrer de cette idée, conclut M. de Lagorsse, que l’association et la corporation sont, au point de vue qui nous occupe, un levier très puissant dont les cultivateurs n’ont usé jusqu’ici que très rarement. Grâce à elles, grâce aussi au transport à distance de la force motrice, l’agriculture deviendra de plus en plus une industrie, la première de toutes, par son champ illimité d’applications. »
- De Y Encyclopédie scientifique des Aide-Mémoire (librairie Gauthier-Villars), nous
- avons reçu les quatre ouvrages suivants :
- Les savons, par Vallier (René).
- Après une étude du mécanisme de la saponification et quelques pages consacrées à l’appareillage et aux matières premières de la savonnerie, l’auteur étudie successivement: les savons d'empâtage (savons non épurés « à la petite chaudière » et savons mous); les savons épurés (savons de Marseille, savons relargués divers, savons marbrés) ; les savons spéciaux (savons de toilette, savons liquides et en poudre, savons à détacher, à polir, à lubrifier, etc.). L'ouvrage
- p.372 - vue 372/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE.
- FÉVRIER 1913.
- 373
- est Ici miné par des études sommaires sur l’économie de production, l’analyse des savons, leurs propriétés, par un Index bibliographique et un Dictionnaire des brevets modernes pris en savonnerie.
- La sucrerie, par Teyssier (11.).
- L auteur expose avec précision la marche de la fabrication du sucre de betteraves et de cannes. Les divers chapitres sont les suivants : La betterave à sucre. Travaux préparatoires, Extraction des jus. Épuration des jus. Filtration. Évaporation des 'jus. Cristallisation du sucre. Séparation du sucre.
- La meme division a été adoptée pour la sucrerie de cannes.
- L auteur a tenu compte, dans la limite du cadre de l’ouvrage, des divers progrès réalisés ces derniers temps dans cette industrie.
- Les aliments sucrés industriels, Chocolats, Bonbons, Confiseries, Confitures, par François (L.).
- L’auteur a entrepris l’étude comparative des spécialités diverses de l’aliment sucré industriel : chocolat, bonbons, fruits confits et confitures. Chaque technique est décrite dans tous ses détails et avec d’assez nombreuses gravures d’appareils au cours d’un chapitre spécial. Une étude générale des matières premières précède l’ensemble. L’ouvrage ainsi conçu s’adresse aux praticiens désireux d’approfondir l’élude des principes scientifiques sur lesquels sont basés les divers procédés pratiques, ainsi qu’à tous ceux qui veulent avoir une idée de l’état actuel de ces intéressantes industries.
- Le celluloïd et ses succédanés, par Main (W.).
- Le volume comprend une succession de chapitres consacrés aux matières premières pour celluloïds, ainsi qu’à la fabrication des celluloïds. Les chapitres suivants concernent la viscose et le viscoïd, les acétocelluloses, la galalithe et les matières plastiques caséinées diverses. Enlin vient l’étude des propriétés comparées du celluloïd et de ses substituts, des méthodes analytiques pour tous ces produits, et des procédés de travail employés pour leur façonnage.
- Généralités sur la sidérurgie (Gemeinfassliche Darstellung des Eisenhüttcnwesens).
- Publié parla Verein deutsciier Eisenuüttenleute in Düsseldorf. 8. Auflage : Düsseldorf 191*2. Envoi du Stahleisen. In-8, xn-401 p., 63 fig., II pl. (Prix : 3 Mk.)
- La huitième édition du Manuel général de Sidérurgie de la puissante Société allemande renferme, après une première partie consacrée à la fabrication du fer (fer brut, fer soudé, moulages, essais), et une seconde partie consacrée à l’économie (production des divers pays, cartels, douanes, etc.), une troisième partie d’intérêt particulier, qui renferme les adresses de tous les hauts fourneaux, forges et fonderies situés dans la zone douanière allemande. ;
- Les hydroaéroplanes, par M. Pierre Rivière. Librairie aéronautique, 40, rue de Seine,
- Paris. (Prix : 3 fr.)
- C’est le premier livre qui paraît sur les hydroaéroplanes. Ils n’ont pu être réalisés que du jour où, l’aéroplane ayant un excédent de puissance suffisant, on put lui adjoindre des flotteurs de formes dérivées de celles essayées pour les embarcations à «randes vitesses. C’est du meeting de Monaco, en 1911, que date le début de cette
- p.373 - vue 373/950
-
-
-
- 374
- BIBLIOGRAPHIE.
- FÉVRIER 1913.
- nouvelle branche de l’aviation qui pourra être si féconde en résultats pratiques. Un deuxième meeting aura lieu en mars 1913.
- L’examen des mines {La stima delle minière), par M. Nunzto Ziino. Palermo, 1912.
- L’auteur, professeur d’Économie rurale à l’École royale d’Application d’ingénieurs et d’architectes de Palerme, a voulu étudier les carrières et les mines au point de vue de l’examen économique.
- La valeur de la mine, son rendement, les méthodes proposées pour les évaluer, la formule de Channing, l'appréciation des facteurs à venir, l’évaluation des soufrières siciliennes, voilà les principaux sujets que l’auteur passe d’abord en revue.
- Ensuite, il discute les divers éléments de la valeur économique; la quantité de minerai disponible, la quantité de minerai utilisable; l’activité de l’exploitation; la teneur du minerai ; les prix sur le marché; le coût de production; la vie de lamine.
- Enfin, il applique ces données à une exploitation générale, à une houillère, à une mine de soufre.
- Le côté économique de l’exploitation des mines est présenté d’une façon à la fois brève et approfondie, qui ne peut manquer d’exciter un vif intérêt chez tous ceux qui s'occupent de mines.
- Le séchage des fruits et des légumes, par MM. J. Nanot et C. L. Gatin. Nouvelle
- édition. (Prix : 3 fr. 30.) Librairie agricole, 26, rue Jacob, Paris, 1913.
- Cette nouvelle édition, due à la collaboration de M. J. Nanot, directeur de l’École nationale d’Horticulture, et de M. G. L. Gatin, Ingénieur-Agronome, est entièrement refondue. En la mettant au courant de la technique actuelle, ses auteurs lui ont laissé son caractère de guide du producteur fruitier et maraîcher, en France et dans la région méditerranéenne. C’est un excellent ouvrage, d’un intérêt et d’une utilité incontestables.
- Comme les auteurs le remarquent, il y a vingt ans, la culture fruitière ne progressait pas, et le marché français semblait devoir devenir la proie de ses concurrents étrangers. C’est ainsi qu’aux États-Unis, par exemple, l'industrialisation delà culture fruitière, le développement prodigieux des sécheries de fruits, agricoles et industrielles, semblaient devoir faire de ce pays un concurrent irrésistible. En même temps les prunes de Bosnie envahissaient notre marché, et des pays nouveaux, le Cap et surtout l’Australie, arrivaient à faire parvenir jusqu’en Europe les produits de leur verger.
- Néanmoins, malgré l’afflux des concurrents, la production et l’exportation des fruits français ont commencé à s’accroître, et nous serons heureux si ce modeste ouvrage peut contribuer, en diffusant la connaissance des méthodes de séchage, à aider nos arboriculteurs à soutenir la lutte qu’ils ont entreprise.
- Il serait à désirer qu’en France on se préoccupât, d’une manière plus active, du séchage des fruits. En effet, tous les fruits secs de belle qualité nous viennent actuellement de Californie, la France ne fournissant que les sortes de qualité inférieure.
- Après avoir montré la situation actuelle de la culture des fruits et des légumes et les avantages de la pratique du séchage, l’ouvrage décrit, avec le plus grand soin, les procédés actuellement employés, et la dessiccation de chaque fruit ou légume fait l’objet d’un paragraphe spécial.
- p.374 - vue 374/950
-
-
-
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE
- EN FÉVRIER 1913
- Moreau (A.). —-Ascenseurs et monte-charges. (Cours professé à l’École spéciale des Travaux: publies, du bâtiment et de l’industrie). In-8 (22 x 17) de 221 p., 126 flg. Paris, à l’École, rue du Soinmerard, 1913. 14896
- Zii.xo (Nunzio). — La stima delle minière. In-8 (25 x 17) de vm-140 p. Palermo, 1912. 14897
- Eunge (G.) uni) Rouler (II.). — Die Industrie des Steinkohlenteers und des Ammoniaks.
- 5 aull. In-8 (25 x 16). Bd 1 : Steinkohlenteer, de xvm-1040 p., 354 flg. ; Bd II : Ammoniak, de xu-476 p., 163 fig. Braunschweig, Friedr. Wieweg und Sohn, 1912. 14898-9
- Fayol (Amkdke). — Le caoutchouc. In-8 (25 x 16) de m-138 p. Paris, Ch. Béranger, 1909. 14900
- Cimixo (E.). — Lavorazione razionale delle Solfare Virdilio e Mintinella (Monografîa tecnico-economica). In-f° (35 x 24) de 152 p., II planches. Palermo, A. Ileber, 1912. 14901
- Mazkres (Édouard). —L’humidité dans les habitations. Ses causes, ses effets, sa thérapeutique. (Thèse de doctorat, Faculté de médecine de Bordeaux). In-8 (24 x 15) de 99 p., Bordeaux, L. Delbrel, 1912. 14902
- Stumpf (J.). — Die Gleichstrom-Dampfmaschine. In-4 (28 x 21) de vm-184 p., 201 fig., VU planches. München und Berlin, R. Oldenbourg, 1911. 14903
- Ries (Chr.). — Das Licht in seinen elektrischèn und magnetischen Wirkungen. In-8 (23 X 15) de vni-262 p., 26 fig. Leipzig, J. A. Barth, 1909. 14904
- Huish (Marcus B.). — Japan and its Art. 3a éd. In-8 (22 x 14)de xvi-373 p.,225 fig. VI planches. London, B. T. Batsford. 14905
- Levy (Donald M.). — Modem Copper Smelting. In-8 (23 X 15) de xu-259 p., 76 fig., II planches. London, Ch. Griffin and C°, 1912. 14906
- Geinitz (Rudolf). — Vergleichende Versuche über die narkotischen und desinfizie-renden Virkungen der gangbarsten aetherischen Oele und deren wirksame Bestandteile. Gekronte Preisarbeit. In-8 (23 x 15) de 66 p. Rostock, H. Warkentin, 1912. . 14907
- Cercle de la Librairie. — Catalogue de la bibliothèque technique. Septembre 1894. In-8 (25 x 16) de xn-235 p. Paris, 117, boulevard Saint-Germain. 14908
- Janet (P.). —Leçons d’électrotechnique générale, professées à l’Ecole supérieure d’Élec-tricité. 3e édition. In-8 (25 x 16). Tomes I, II et III. Paris, Gauthier-Villars, 1909, 1910,
- 1912. 14909-11
- Syndicat professionnel de l’industrie du gaz. — Contre l’impôt sur la lumière. In-4 de 15 p. Pièce 12009
- Médecine (La) agricole ou Guide pratique des traitements des maladies parasitaires et cryptogamiques de la vigne, des arbres fruitiers, fleurs, plantes, etc. par le «Lysol». In-8 de 114 p., fig. Pièce 12010
- p.375 - vue 375/950
-
-
-
- 376
- OUVRAGES REÇUS.
- FÉVRIER 1913.
- Cantin (G.). — Le phylloxéra. Sa destruction par le lysol. ln-8 de 39 p., fig., II planches. Paris, 1912. Pièce 12011
- Institut international de physique Solvay. Statuts. In-8 de 9 p. Bruxelles, Parc Léopold. Pièce 12012
- Lemoine (Georges). — L’évolution de la chimie physique, (ex. Revue scientifique, novembre 1912,30 p.) Pièce 12013
- Rertin (L.-E.). — Calcul de l’augmentation du chargement ou de la vitesse obtenue par l’accroissement des dimensions d’un paquebot, (ex. Comptes Rendus de l'Académie des Sciences. T. 136, 1913, 7 p.) Pièce 12014
- Fürstenhofe (J.). — De l’adoption du français comme langue auxiliaire internationale. (ex. Revue des Idées, 15 ocLobre 1908,22 p.) Pièce 12015
- Fürstenhofe (J.). — La question des langues en Belgique, (ex. Revue de Belgique, 1910,
- 14 p.) Pièce 12016
- Soudure autogène française. — Quelques exemples de travaux de soudure autogène et de découpage des métaux au moyen du chalumeau oxyacétylénique. In-12 de
- 24 p., 21 fig. Paris, 48, rue Saint-Lazare. Pièce 12017
- Don de l’Institut Égyptien :
- Institut égyptien. — Bulletin : 2e série, vol. VI, 1885: 3e série, vol. VI, 1893, — 5e série, vol. VI, 1er fasc. Mémoires : Tome VII, fasc. II et III. Pér. 32
- Smithsonian miscellaneous Collections. Vol. 60, part 9 (publ. 2149), part 13 (publ. 2133), part 14 (publ. 2157). Pér. 27
- Annales du commerce extérieur, 1912, fascicules 6 et 7. Pér. 107
- Iron and steel institute. —Journal. N° 2,1912. Vol. LXXXVI. Pér. 157
- Recueil de lois, ordonnances, décrets, règlements et circulaires concernant les services dépendant du Ministère des Travaux publics. 2° série. Tome XIX, année 1910. Pér. 144
- Société pour le développement de l’enseignement technique. Publication. X° 35. Pér. 331
- Nouvelles archives des missions scientifiques et littéraires. Nouvelle série, fascicule 6. Pér. 38
- Western Australia Geological Survey. —Bulletin, nos 45, 46 et 50. Pér. 184
- Société d’économie politique. — Bulletin. Année 1912. Pér. 55
- Nortii oe England Institute of mining and meciianical enginfers. — Transactions. Vol. LX, part. 10. LXI, part 9. LXII, part 8. LXIII, parts 1, 2. Pér. 203
- North of England Institute of mining and meciianical engineers. — Report of the Committee appointed to report upon the caçboniferous Limestone Formation of the North of England, by Stanley Smith. Pér. 203
- Ministère de l’Intérieur. Service vicinal. — Programme de l’année 1909. Compte rendu des opérations. Paris, Imprimerie Nationale, 1912. Pér. 175
- L'agent général gérant,
- E. Lemaire.
- p.376 - vue 376/950
-
-
-
- 112« ANNÉE.
- l0r SEMESTRE.
- MARS 1913.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- CHIMIE
- PHÉNOMÈNE DE LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE
- en aiguilles des alliages,
- par M. Félix Roiun.
- Les bronzes d'aluminium possèdent des points de transformation situés à des températures peu élevées ; leurs alliages spéciaux sont souvent peu oxydables à chaud, d’où l’intérêt de rechercher dans ces alliages particuliers si les transformations possibles ne se manifesteraient pas d’une façon visible au microscope au cours du chauffage du métal.
- En nous servant du dispositif d’examen microscopique dont nous avons donné précédemment la description (1), nous avons pu faire les découvertes suivantes : « La constitution en aiguilles du bronze d’aluminium ordinaire trempé fait assez rapidement saillie sur la surface polie à certaines températures en relation avec les points de transformation; les aiguilles des bronzes d’aluminium spéciaux trempés ou non trempés donnent lieu à une saillie relativement considérable de la constitution et souvent à un vallonnement important des éléments, à des températures fixes ou variables, le plus souvent très peu élevées. Le phénomène est réversible. »
- (1) 1er Mémoire. Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, août 1912.
- Tome 119. — 1er semestre. — Mars 1913. 25
- p.377 - vue 377/950
-
-
-
- 378
- CHIMIE.
- MARS 191 :i.
- Nous donnons dans les lignes suivantes la nomenclature schématique des plus caractéristiques de nos expériences sur le bronze d’aluminium ordinaire, les bronzes d’aluminium au zinc et quelques bronzes d’aluminium complexes.
- La température indiquée en regard de chaque alliage est celle de la saillie des aiguilles. Les annotations donnent brièvement les observations caracléris-tiques de chacune des expériences. Le terme R signifie réversible (à quelques degrés ou quelques dizaines de degré d’intervalle) (1).
- Bronze d’aluminium ordinaire :
- Al 12 pur (2) trempé fondant (3CC) poli.............................303° lt
- — — ............................... 300° lt
- ..............................303" R
- — après chaulTage à 300"..........................Néant
- Al 12,3 poli-trempé 830° saillie, chaullàge sans repolissage........ 350° disparit. de lames
- — — 323" réapparition
- Al 12 impur (impuretés des métaux commerciaux et 0,2 % Su env.
- brut, 1er chaulTage.................................... 230° très léger
- 330° disparition 400° R partiel
- — 2e chaulTage............................................... 332° faible
- 303 à 420° R part iel
- Al 12 impur (mêmes impuretés et bismuth) brut....................... 330° R jusqu’à 240°
- — 2e chauffage................................................ 330° —
- Al 11,8 ordinaire, échantillon volumineux trempé 930°............... 330° léger et progres-
- sif, R partiel
- *
- * *
- Bronzes d’aluminium au zinc :
- Al 11,7 Zn 2 à 4 trempé.............................................. 293° partiellem1 2 3 sans
- gonflement
- — — ............................................443°
- — — après chauffage à 530°......................Néant (structure de
- révenu)
- A112Zn4 trempé 1000°.................................................310° lt
- Al9,2Zn 9 à 8 brut, poli.............................................410° faible
- — — après chauffage à 320°.............................Néant
- — — repoli, chauffé.................................... 330° très léger
- — — — .................................. 360° (partiel)
- — trempé à 630° saillie, chauffé sans polissage........Néant (3)
- — — refroidissement de 630°........... 350° (qq. lames lég.)
- — — 3 chauffes à 630° et 670°...................Néant
- (1) L’alliage étant refroidi immédiatement après la production de la saillie.
- (2) L’indication Al 12 signifie bronze à 12 p. 100 AL Les alliages multiples seront désignés d’une façon analogue.
- (3) Si l’on polit avant chaulTage on obtient la saillie à 330°.
- p.378 - vue 378/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES. 379
- A19/n 10 brut, poli.......................................... . 90° R (75°-40°)
- repoli 2 fois après chauffages (4 chauffages) à 300-400°. 90-93° H
- ehauflage à 700°..................................... 950 (lci' système)
- relroidissemen! de 700°............................. 80° H (2e système, ter-
- miné vers 38°)
- Al 8,3 Znl i- brut, poli.......................... 70° R
- — chauffage à 490°.................................... G0°
- refroidissement.................................... 60-35° (2e système) R
- — - repoli, l°r chauffage............................... 60° R
- 21' — ............................. 50 à 70°
- chauffe à 510° longue et refroidissement lent. . . . Néant (ail. revenu)
- — chauffage à 700°, trempe vers 500-550° saillie. . . .
- — poli, chauffé............................................... 60° R (jusqu’à 37°)
- — — chauffage à 5)20°........................................ 58° jusqu’à 80°
- — — .............................140° (dans quelques
- grains)
- — refroidissement de 520°...................... 55° R (2e système ter-
- miné vers 30°
- — chauffages à 300°........................ 57 à 60° )
- — — et refroidissements..................................... 43 à 30° )
- Al 6 Zn24 bru1, poli, petits éléments................................ 70° R
- — chauffage jusqu'à 525°............................. 67°
- — — — ..........................410°
- — repoli.................................................. 39°
- — —................................................... 445° (partiel)
- — trempé à 500° (pas de saillie).......................... 60° très faible
- — polissage, chauffage à 630°................................... 370°
- — — refroidissement de 630°............................... 60 à 70°
- — repoli, chauffé......................................... 57° R
- — nombreuses répétitions.............................. 55-60°
- — chauffage à 500°..............................................410° (dans des régions
- vides)
- refroidissement......................................• 310° (quelques lames)
- __ .. ..........................................210° (disparition de
- quelq. lames)
- __ .. .......................................... 37° R (2e système)
- — chauffage........................................... 40° R
- chauffage à 480°, refroidissement.................... 49°
- — polissage, chauffages............................... 60° R
- — refroidissements.................................... 60 a 40°
- *
- Bronzes d’aluminium à l’étain :
- Al 11,8 Sn3,5 trempé à l’air à 650°..................................310°
- __ _ chauffage à 350°, refroidissements. 260°
- Al 9 5 S118 trempé à l’eau à 700°, chauffage......................... 335° R (à partir de 260°)
- _ réchauffages....................... 265 à 340° (progressif]
- R (à partir de 210°)
- ___ _ réchauffages...................................210 à 380° R
- p.379 - vue 379/950
-
-
-
- 380
- CHIMIE.
- MARS 1913.
- Bronzes d'aluminium à cinq éléments :
- Alll Zn2 Sbl,23 Snl,i brui . AllOZn2,7 Sn7,0 Mnl,7 brui
- Ail) Zn3 Sb2,4 Sn2,l brut..........................................
- Al!)Zn6,3 Sn't-,8Mnl,7 brut........................................
- trempé à 7100° (saillie) poli, 1er chauffage . . 2e
- — réchauffage au rouge, poli
- trempé à 170° au refroidissement (saillie) poli, l,:r chaud’age .
- 3"
- 4e
- 5b
- 400° (léger)
- 725° (léger)
- 350°
- 240°
- 383° (léger)
- 295°
- 330° H (prog. jusq. 80°) 200° U vers 180° (j. 40°) 140° R vers 60° (j. 30°) 33° R vers 43° (j. 30°) 43° jusqu'à 05° R 230° (partiel)
- 490° (très léger)
- R vers 230°
- 313° à 330 R (progressif jusqu'à 60°; 00° R 43° R
- 43° jusqu’à 00° R 37° R 37° R
- Expériences précises. — Pour approfondir la question de réversibilité, nous avons chauffé un certain nombre d’échantillons entièrement immergés dans un volume d’eau d’un litre à 5 litres et mesuré les températures au thermomètre. L'observation a lieu à travers une couche de 1 centimètre de liquide. Les résultats sont les suivants :
- Alliage AH0,2Zn(J oxydé chauffé à la vitesse de 1° en 4 minutes, ou à la vitesse de 1° en J /2 minute.
- 1" lame. T lame.
- Transformation au chauffage..............32" /-et pour certaines ( 32" 3G,J
- — au refroidissement.........28" ) lames isolées ( 27°,3 28"
- Avec la vitesse de chauffage de 1° en 20 minutes, on obtient la transformation 1° plus lot.
- Jjî ^
- Alliage Alo,8Zn25 non entièrement homogène.
- lre partie.
- Transformation au chauffage........................... 39°
- au refroidissement.................... 30°
- 2e partie.
- 73°
- 69"
- p.380 - vue 380/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES. 381
- (Pu augmentant la vitesse, de chauffage à 1° en 2 minutes au lieu de 4, on obtient un demi-degré de différence, en plus au chauffage et en moins au refroidissement).
- Alliage spécial où l’apparition des lames est accompagnée d’un grand soulèvement.
- Vitesse 1° en 4 min. Vitesse 1° en 1/2 min.
- Transformation au chauffage........................46°,5 à 55 »
- au refroidissement................. 49° 43°-44°
- Alliage spécial : apparition de lames distinctes du soulèvement.
- Transformation au chauffage . . . — au refroidissement
- Vitesse 1° on 4 min.
- 47
- 39
- Vitesse 1° on 1/2 min.
- 48 j 39
- Transformation de certaines lames étudiées isolément.
- chauffage . , . 33 54 57 ' 53 54 57
- refroidisse 43,3 44,3 49,5 42 42, S > 48
- chauffage . . 34 36 57,5 58 57 56 33 54
- refroidisse . 43 46,5 48,5 48 46 46 45 44,5
- L’écart des températures de transformation est donc toujours constatable aux vitesses étudiées. Il est à peu près constant, ses valeurs sont ici de 4°, 9°, 6°, 8°, et souvent de 100 environ. La lenteur du chauffage diminue un peu cet intervalle.
- Remarque. — Même dans les échantillons chauffés et refroidis un grand nombre de fois, quand on taille et qu’on polit une face nouvelle, et qu’on chauffe, les lames apparues et les soulèvements produits ne disparaissent pas complètement au refroidissement; elles ne sont à peu près complètement réversibles qu’après 3 chauffages et polissages successifs.
- Le temps agit dans le même sens que la température de chauffage. Un échantillon à lames complètement réversibles est resté un mois à une température comprise entre 86° et 93°. Après retour à la température ambiante il reste de nouveau un grand nombre de lames apparentes.
- Transformations allotropiques. — Nous pensons qu’on doive considérer comme une transformation allotropique le passage au point d’apparition de la structure en aiguilles, phénomène réversible avec léger décalage des points singuliers au chauffage et au refroidissement.
- La vue de cette singularité semble dispenser de toute recherche de vérification à ce sujet.
- p.381 - vue 381/950
-
-
-
- 382
- CHIMIE.
- MARS 1913.
- On est en présence d’un cas de polymorphisme rappelant celui de la leucite d’après l’indication qu’a l>ien voulu nous donner M. b. Wallerant.
- On sait que les faces des cristaux de leacite sont striées de lamelles abondantes et fortement entre-croisées (on compte environ 7 systèmes de stries différentes). A une température voisine de 560°, toutes les stries disparaissent, la surface devient tout à coup absolument lisse, le cristal est cubique (1). Le phénomène est réversible, c'est un cas de polymorphisme direct.
- Quoique la certitude ne paraisse pas établie sur ce point, les lamelles do la leucite à la température ambiante sont considérées comme orlhorhombiques. Le cristal cubique devenant orthorhombique se contracterait inégalement et les tensions qui en résultent produiraient des mâcles secondaires en abondance, d’où les stries des faces produites par les facettes des lamelles hémitropes.
- Le cas du bronze d’aluminium et le cas de l'acier paraissent analogues au cas de la leucite. Ces phénomènes sont-ils identiques et présentent-ils un caractère de généralité dans les minéraux naturels et dans les alliages métalliques?
- 1° Transformations dans les minéraux. — Les substances dimorphes énan-tiotropes (c'est-à-dire les cristaux qui éprouvent à une certaine température une transformation inverse) connues aujourd’hui sont la boracite, la leucite, l’acétate double d’uranyle, la tridymite, la christobalite et la catalpéite.
- Seule la transformation de la leucite est du genre qui nous intéresse par son analogie avec celle des alliages.
- La boracite biréfringente passe brusquement à l'uniréfringence vers 300 à 310°; cette transformation (orthorhombique en cubique) est réversible. Les couleurs qui réapparaissent sont exactement celles qui caractérisent avant le changement d’état les 6 espèces de plages qui la composent toujours, mais la configuration des plages a changé. Si la température a été poussée fort au-dessus de 300°, les couleurs sont fort enchevêtrées, et on voit apparaître une foule de lamelles hémitropes; si l’on n’a dépassé 300° que de quelques degrés, la configuration des plages ne change pas sensiblement (analogie avec les alliages).
- Le sulfate de potasse décrépite vers 400° et. se couvre de nombreuses liémi-tropies croisées à 30 ou G0°. Si on continue à chauffer, à une certaine teinpé-
- (1) Klein, N. Jahrb. Min. BR., t. lit.
- p.382 - vue 382/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES. 383
- ralnro plus élevée, vers 650°, il se produit une transformation analogue à celle de la boracite. Le sulfate devient uniaxc négatif. Le nitre se transforme d’une façon analogue vers son point de fusion (1).
- Los mélangés de feldspaths subissent également des transformations en lonction des variations de température et de pression, mais ils nous écartent de plus (ml plus du type qui nous intéresse.
- 2° Transformations dans les alliages. —• L’opacité des alliages rend impossible l’élude exacte du système cristallin, de l’orientation des faces et de la nature de la transformation allotropique. En nous plaçant à un point de vue moins scientifique, nous pourrons toutefois résoudre certaines questions intéressantes, en laissant de côté la question des systèmes cristallins (en général pseudo-cubiques) dont la connaissance ne paraît pas conduire à des conséquences importantes.
- La question de Y état à chaud du bronze d’aluminium allotropique est intéressante ; sa résolution peut nous conduire ou non à l’analogie complète avec un cas de transformation minéralogique.
- Les lames entre-croisées de l’alliage existent-elles à haute température ou se forment-elles par la trempe ? Un problème analogue, peut-être identique, a été résolu par Osmond : le fer allotropique carburé forme des cristaux réguliers, la déformation mécanique qui accompagne la transformation paraît mâcler et feuilleter le métal en produisant les figures connues de la martensite.
- Les méthodes métallographiques à employer pour résoudre un tel problème deviendront vraisemblablement classiques quand on en aura établi toute la généralité; ce sont les suivantes, établies par Osmond : l’attaque à chaud des alliages polis ; l’addition d’éléments spéciaux abaissant par leur pression osmotique les points de transformation ou ralentissant ces transformations; enfin la trempe très vive.’
- a) Trempe. —Nos études nous ayant mis sur la voie d’alliages à températures de transformation peu élevées, nous pensions obtenir immédiatement les résultats cherchés en trempant vivement ces alliages spéciaux sous faible volume, à l’état liquide ou au moment de la fusion. Contrairement à notre attente, quelle que soit la vivacité de la trempe essayée, nous avons toujours obtenu des aiguilles. Dans certains alliages particuliers, quelques régions
- (I) Voir les études de Mallard, Bull. Soc. minéralor/ique, 1882.
- p.383 - vue 383/950
-
-
-
- 384
- CHIMIE.
- MARS 1913.
- peuvent être obtenues sans aiguilles même après une attaque forte; cependant, elles se fondent insensiblement avec les régions à aiguilles.
- Los trempes à l’état liquide peuvent indiquer un étal hétérogène intéressant, la séparation de la solution en régions de richesse ou de nature différente, réparties endendrites; mais toujours subsiste avec cette constitution l’organisation en aiguilles, plus ou moins faible, mais très netle.
- b) L’attaque à chaud est seule à nous donner exactement la solution du problème proposé. Le bronze d’aluminium ordinaire devrait être attaqué vers 600°, et comme cet alliage est fortement oxydé à cetle température, on doit opérer dans le vide ou dans un gaz inerte. Les bronzes au zinc ont des températures de transformation bien plus basses et sont presque inoxydables, l’expérience qui nous occupe est alors beaucoup plus aisée. Un grand nombre de ces alliages ayant leur transformation vers 50°, nous les avons chauffés entre 70 et 80°, puis polis à cette température en les maintenant avec des pinces et nous servant d’eau chaude. (Si le polissage avait lieu à froid et était suivi de chauffage, l'apparition de la structure en aiguilles à b0° voilerait complètement la structure qu’on se propose de connaître.) L’attaque se fait dans le réactif ordinaire fortement étendu d’eau et chauffé vers 80°; le lavage se fait à l’eau chaude et l’échantillon est placé sous le microscope.
- Le résultat de l’expérience est très net : l'attaque ne dévoile aucune aiguille, les grains sont colorés légèrement ou fortement, suivant leur orientation cristalline, comme dans toute solution solide.
- Au moment où la transformation s’effectue au refroidissement, on voit saillir une à une les lames et les points de la constitution en aiguilles. Le phénomène de la transformation est donc le même que celui de la leucite. Si nous supposons que dans une géode de l’alliage puisse cristalliser un élément isolé, nous aurions un cristal à faces planes équivalentes aux surfaces obtenues par polissage à chaud. Lorsque au refroidissement le cristal passera au point de transformation, ses faces se couvriront des lames entre-croisées que nous avons étudiées. Ce cristal sorti à l’air libre et étudié à chaud donnera lieu aux mêmes observations que le cristal de leucite : disparition des lames au chauffage, réapparition au refroidissement à une température très voisine.
- Remarque. — Si nous polissons les alliages à froid après transformation, nous trouvons par l’attaque une teinte très voisine dans tous les grains et non plus des grains de teinte differente comme à chaud. Enfin nous mettons en
- p.384 - vue 384/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 385
- evidence dos lamos remplissant presque toujours entièrement les grains et d une teinte jaune assez uniforme. Lorsque quelques aiguilles se distinguent seules sur un grain incomplètement fransformé, leur teinte est la meme que celle du loml et on ne les distingue guère que par leurs con tours (lignes fines et absolument rectilignes).
- La marten.utc sur l’austénite apparaît au contraire dans les aciers en teintes facilement différentes sous l’effet d’attaques appropriées. Il nous semble qu’il y ait une distinction à faire entre ces deux natures d’alliages par leur grande différence de stabilité. La martensite, pour nous, doit être déjà chimiquement ou physiquement légèrement différente de l’austénite, engagée déjà dans la transformation qui aboutit au système fer-carbone (opinion déjà émise par bien des auteurs).
- Le bronze d!aluminium est peut-être au contraire, au moment de la transformation allotropique, encore presque au même état chimique qu’avant la transformation. Un séjour relativement long au voisinage de la région critique peut seul commencer la décomposition. Aussi ne trouvons-nous dans les lames enchevêtrées des bronzes spéciaux que des propriétés chimiques très voisines, et une orientation cristalline peut-être identique des grains transformés. (Identité de l’axe perpendiculaire à la coupe.)
- Remarque. — Nous avons, depuis ces expériences, obtenu un bronze d’aluminium au zinc dont la transformation s’opère à 25° environ (1); les expériences précédentes, devenues très faciles, ont été répétées et ont donné les mêmes indications.
- Températures de transformation. — Hystérésis.
- Nous avons résumé dans des figures schématiques les divers modes de transformation les plus classiques des alliages étudiés. L'apparition des lames y est indiquée par des lignes continues qui suivent l’état du métal en fonction des chauffages et des refroidissements successifs ; les ordonnées, arbitraires, sont grossièrement proportionnelles à l’importance de la dénivellation produite au moment de la transformation.
- Les figures 1, 2, 3 représentent 5 types différents de complication et de rareté croissantes.
- (I) 32° au chauffage et 28° au refroidissement,.
- p.385 - vue 385/950
-
-
-
- 386
- CHIMIE.
- MARS 1913.
- Le type ï correspond an bronze d'aluminium ordinaire trempé sous un volume important. La saillie réversible a lieu entre 500° et 600°; elle est caractérisée par un gonflement irrégulier et par l’apparition moins importante d’aiguilles d’une netteté relative.
- Le type II correspond aux memes bronzes trempés très vivement ou bien
- 100
- Type IV
- 200
- 300
- Fier. 2.
- 400
- 500
- Teit attire
- Fig- 3. tV|]
- Diagrammes des transformations avec chauffages et refroidissements successifs.
- aux bronzes bruts contenant certaines impuretés susceptibles de leur conserver à froid, meme après refroidissement normal, la structure en aiguilles. La réversibilité s’y manifeste d’une façon très précise.
- Le type III est l’analogue du type précédent concernant les alliages de zinc
- p.386 - vue 386/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES. 387
- à Loueur convenable. La température de transformation a été trouvée dans les cas expérimentés variant entre 100° et 35° environ.
- Le type IV (fig. 2) est couramment rencontré dans les alliages convenables à teneur en zinc élevée; c’est une combinaison des types III et I.
- Le lype V (fig. 3) est une variante du type précédent où l’hystérésis est variable. En fonction des chauffages et des refroidissements successifs, la région d’apparition et la région de disparition des lames se rapprochent l’une de l’autre jusqu’à la réversibilité complétée! leurs températures se rapprochent de la température ambiante.
- Les expériences de ce type sont capricieuses, il se peut que les phénomènes représentés dépendent essentiellement des vitesses de variations thermiques, et par là, de la grosseur des échantillons et de l’état de l’atmosphère. Nous signalons toutefois que nous n’avons obtenu ce type de phénomènes que dans les bronzes d’aluminium contenant à la fois du zinc et de Xétain.
- Dans cette figure schématique du type complexe V, la ligne pointillée correspond au chauffage de l'alliage recuit, la ligne continue au même alliage trempé à 300°, la ligne discontinue correspond à une trempe à l’air, la ligne placée sous l’axe des abscisses correspond à la trempe à 150° après cette trempe à l’air et aux variations thermiques consécutives (les ordonnées de la courbe correspondante, non marquée sur la figure, seraient voisines de la courbe en traits pleins).
- Interprétation des phénomènes. — La dénivellation produite au moment des transformations est appelée par nous saillie par simplification. Il est évident que les lames peuven t être en creux ou en relief sur la surface polie suivant les régions où elles se trouvent ; ce qu’il importe avant tout de remarquer, c’est que ces lames peuvent apparaître au chauffage ou au refroidissement d’une façon indifférente en apparence. D’après ce que nous avons dit précédemment, nous interprétons les phénomènes de la façon suivante: si le métal est poli à chaud, il ne représente que les polyèdres unis dont' il est composé ; au passage au point de transformation, il se couvre des lames de la variété allotropique. Si nous polissons alors à froid cette constitution en aiguilles, nous obtenons une surface rigoureusement unie (les lames n’y sont révélées que par l’attaque). Si nous chauffons, la transformation, en produisant le mouvement nécessaire à la rentrée des lames dans le cristal véritable, laisse sur la surface polie les traces du ces dernières et par là il peut sembler que l’alliage uni et homogène à basse température se clive et se couvre de lames dans sa transformation à chaud , alors que c’est le contraire qui se produit.
- p.387 - vue 387/950
-
-
-
- 388
- CHIMIE.
- MAIIS 101 .‘I.
- Les ligures 4.à 7 représentent schématiquement ce que nous venons (le dire. Les lignes parallèles indiquent des feuillets du cristal idéal dont est formé l’alliage dans sa variété; à température élevé*}. Soit (ligure 4) la coupe d’une face
- de cristal après solidification. Au passage au point de transformation, on obtiendra une figure telle que la ligure 5. Soit (fig. 6) la coupe polie d'un alliage à structure en aiguilles à froid. La transformation au chauffage donnera l’aspect de la figure 7 analogue extérieurement à la figure 3 quoique la structure interne du métal soit toute différente.
- Il nous semble donc qu’on puisse dir.e que tout se passe comme si. dans les bronzes d'aluminium ordinaires et spéciaux, le refroidissement trop rapide ne permettait pas à la transformation allotropique de s'opérer. La pression interne du métal abaisserait le point de transformation jusqu’au moment où la pression de transformation serait égale à la résistance de l’alliage à une température donnée.
- Suivant cette hypothèse, dans le bronze d'aluminium ordinaire, la trempe abaisse la transformation jusqu’à 330 à 330°. A ce moment se produit la saillit* sur l’alliage trempé. Si l’on réchauffe, le métal se transforme à la température critique; si aussitôt après l'apparition des lames on refroidit, la modification allotropique est réversible, la pression interne du métal ayant peu varié ; la surface garde qiîelques traces du soulèvement, indiquant que la pression fléchissant un peu par le chauffage à 330°, un peu de métal est transformé d’une façon irréversible.
- Si l'on chauffe l’alliage au-dessus de cetle température critique, la réversibilité de la transformation est de plus en pins faible. Vers 300°, la pression
- p.388 - vue 388/950
-
-
-
- LA SAILLIE 1)E LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES. 389
- tombo et le revenu est complet, il faut chauffer jusqu’au point de transformation normal, 570° environ, pour obtenir dans un temps relativement court la, solution homogène apte à se tremper par refroidissement suffisamment rapide. (La température de dissolution de la solution a des alliages Cu-Al clans la solution transformable (p) a lieu, comme on sait, entre 800 et 600° selon la teneur en aluminium, d’une façon probablement indépendante du phénomène qui nous occupe ici.)
- En ce qui concerne les bronzes spéciaux, les éléments étrangers dissous dans le bronze d’aluminium modifient la pression osmotique de la solution ; avec le zinc en particulier, la dureté croît, les points de transformation sont abaissés.
- Les vitesses de chauffage et de refroidissement influent certainement sur la position des points d’apparition des structures, mais non d’une façon continue. Ainsi, dans beaucoup d’alliages, les points de 330° et de 60° ne paraissent plus se déplacer pour des refroidissements à l’air libre d’échantillons de 1 à 10 centimètres cubes et plus, le recuit de 10 heures à partir de la solidification n’apporte aucune modification aux phénomènes. Le cas d’hystérésis variable des alliages de zinc et étain parait être rare et dû probablement à l’effet de vitesses de transformation appropriées.
- La trempe, d’une vivacité quelconque, ne paraît pas pouvoir abaisser la température de la saillie réversible de 330° ni celle de 100-60-40°.
- On peut concevoir que la pression interne développée dans le refroidissement brusque, résistance mécanique du métal, soit surpassée par la tension de transformation allotropique. (Cette résistance mécanique serait probablement peu variable aux températures peu élevées si on s'en rapporte aux essais mécaniques à chaud des bronzes.)
- Contrairement à notre attente, les teneurs différentes en métaux ajoutés ne font pas varier beaucoup la position des points de transformation abaissés. Les solutions Cu-Al-Zn se transforment vers 30 à 100° comme les solutions Cu-Al vers 330°. Les différences des températures critiques ne paraissent pas liées d’une façon continue à la teneur en zinc et à la teneur en aluminium. On trouve par exemple 90° pour A19ZnlO,3 ; 45 à 60° pour A18Znl4; 55 à 65° pour A16Zn24 et 30° pour A110,5Znl0 environ; nous pensons à l’influence d’impuretés et particulièrement de l’oxygène qui abaisserait les points singuliers et durcirait peut-être l’alliage. (A19ZnlO,3 a été préparé rigoureusement à l’abri de l’air, A110,5Znl0 environ a subi plusieurs fusions à l’air et a été fortement oxydé.)
- Remarque /. — Comme nous l’avons vu, lorsqu’on chauffe un alliage en
- p.389 - vue 389/950
-
-
-
- 390
- CHIMIE.
- MARS 1913.
- aiguilles sans l’avoir repoli apres la saillie delà constitution pendant la trempe, on arrive quelquefois à le maintenir longtemps au rouge en le faisant complètement revenir sans que la surface polie examinée au microscope s’oxyde de pellicules colorées ou modifie sa structure en lames régulières. On remarque alors que les parties polies sont à l’œil plus foncées que les régions brutes de l'échantillon. 11 nous semble que la face examinée puisse être formée d’un alliage d’oxygène.
- Remarque II. — On sait que par la trempe à l’eau le bronze d’aluminium trempant se décape complètement et apparaît d’une belle couleur jaune d’or. Nous pouvons supposer maintenant que la cause de ce phénomène réside dans la rupture et le départ de la pellicule d’oxyde sous l’influence de la saillie produite dans l’eau pendant la trempe, vraisemblablement à 330°.
- Des deux systèmes de lames d’un cycle de chauffage.
- Si nous polissons à chaud un bronze claluminium spécial à basse température de transformation, les polyèdres dont il est formé se couvrent de lames au passage au point singulier au refroidissement ; le réchauffage les fait disparaître au même point. Dans des cycles successifs de chauffage, les lames reviennent dans chaque grain se former exactement à la même place, tant que la température maxima du chauffage n’a pas dépassé une certaine valeur que nous supposons voisine de 500° en général (à la température s'ajoute très probablement le temps de chauffage).
- Si l’on a parcouru un cycle thermique trop étendu, les lames qui se forment au passage au même point singulier au refroidissement sont différentes des précédentes. Si l’on a été suffisamment loin, les grains de l’alliage peuvent être modifiés.
- Il arrive alors que dans l’expérience des aiguilles inverses, où l’on part de l’alliage spécial poli à froid, on assiste aux phénomènes suivants. Le métal est absolument uni jusqu’à 100° par exemple. A cette température la plupart des grains de l’alliage A19Znl 0,3 pris comme exemple, se couvrent de lames régulières formant des points de Hongrie d’angle constant (20-23°); chaque grain n’en comporte qu’un système, très net, limité s’il y a lieu à ses bords (fig.8).
- Si nous continuons à chauffer, les lames s’accentuent, puis restent immuables (1). Refroidissons à partir de 450°. L’orientation cristalline des grains
- (d) Ou subissent un léger dégonflement aux températures élevées.
- p.390 - vue 390/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES.
- 391
- a pu évoluer (il la disfri bulion dos efforts (1) changer de sorte que les lames
- Fig. 8. — Bronze spécial chauffé à 100° G = 50 diam. Fig. 9. — Même point chauffé à 450° et refroidi.G =50 diam.
- visibles ne sont parfois plus en relation avec la structure cristallographique de l’alliage; elles ne rentreront plus dans le métal et resteront stables à froid, caractérisant la structure antérieure et sans relation avec la structure actuelle (apres polissage on n’en trouve plus trace ni par attaque ni par chauffage). Lors du passage au point de transformation au refroidissement apparaîtront naturellement les lames de la transformation allotropique des nouveaux grains (ou des grains soumis à des efforts différents) sans relation nécessaire avec les précédentes, d’où l’existence de 2 et de 2 seuls systèmes de lames après un cycle de chauffage. A chaque cycle on retrouve le premier système immuable et le second système disparaissant chaque fois au chauffage.
- (1) De changement de volume.
- Fig. 10.
- Schéma de la disposition des des figures précédentes.
- p.391 - vue 391/950
-
-
-
- 392
- CHIMIE.
- MARS 1913.
- La ligure 0 est le résultat ilu chauffage à 445° suivi de refroidissement à l’air. La température maxinia étant ici |)eu élevée, et le chauffage relativement rapide, les contours des grains n’ont pas sensiblement varié et les changements d’orientation (ou de distribution des efforts) n’ont affecté que quelques-uns d’entre eux.
- Pour donner quelques détails, désignons par des lettres les grains les plus nets (lig. 10). Dans le cycle de variation thermique, l’orienlation de b n’a pas varié, le système en point de Hongrie qui le couvre a gardé sa place, il s'est accentué d’autres aiguilles coupant parfois les premières, mais gardant l'orienta lion commune.
- Le système d’aiguilles de a a changé, il ne couvre plus tout le grain et a tourné de 58°.
- c comprend deux grains d’orientation voisine. Ils sont couverts de deux systèmes inclinés l’un sur l'autre à 00° environ.
- d n’a pas paru se transformer au refroidissement, e s'est couvert au-dessus de 100° d’un système régulier qui s'est un peu effacé aux températures élevées. Au refroidissement s'est révélé par quelques aiguilles très sombres le second système incliné à 37° sur le premier, /et y ont gardé le premier système bien visible après refroidissement. Le second système se voit en haut contre le bord de la figure, sous forme d’une bande droite sombre (à 37° du premier).
- Quelques lames envahissent ces grains contre le grain h, dos systèmes duquel elles paraissent faire partie.
- à (hl /«.,) et m (nqm.mj paraissent être deux grains enchevêtrés (1). V"I-remarquons que les deux systèmes de lames qui les couvrent (un sombre, un clair) se sont envahis l’un l’autre pendant le cycle de chauffage (la région a par exemple été englobée par le système de h, sombre; le haut de h{ a été traversé par un système m formant une bande mince). Ces deux systèmes son! inclinés à 60° l’un sur l'autre, aucune lame do direction nouvelle n'est apparue.
- En p et q les deux systèmes croisés font entre eux des angles difficiles à évaluer sur la figure 9.
- Des trois systèmes possibles dans un grain.
- Si, après plusieurs cycles de chauffage, on chauffe assez longtemps au delà de 400° pour permettre aux tensions relatives des grains de se modifier, le
- (1) En réalité, on a peut-être affaire au môme grain clivé de deux façons (grain entouré d’un trait ponctué dans la figure 10).
- p.392 - vue 392/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES. 393
- second système, produit au refroidissement, peut changer d’orientation. S’il reste des traces du second système qui apparaissait ordinairement avant ce chaulhige prolongé, on peut distinguer sur un grain les trois systèmes de lames possibles, inclinés l’un sur l’autre à (>0°. Les grains voisins des deux coins de droite des ligures 47 et 18 en donnent un exemple; de môme le grain de .la ligure 9.
- Bronze d’étain.
- Le constituant en aiguilles du bronze cVétain est difficile à produire, comme nous l’avons vu, l’addition d’éléments spéciaux ne donne pas aux alliages recuits la constitution cherchée. 11 en résulte que les expériences de transfor-malion au ch au liage doivent être tentées sur le bronze ordinaire.
- Le phénomène manque complètement de netteté, il semble cependant exister, comme pour le bronze d’aluminium ; toutefois aucune étude précise ne peut être entreprise avec succès comme dans le cas précédent. Peut-être le « manque d’énergie » du phénomène vient-il du peu de tension interne et de dureté de cette solution trempée.
- Lorsqu’une saillie de cette nature n’est pas considérable, nous la considérons toujours comme douteuse. En effet, il se peut que Y oxydation commençante affecte inégalement les diverses lames qui caractérisent la constitution en aiguilles et que la distinction subite de la structure fasse croire à une saillie légère.
- Dans le bronze à 25 p. 100 Sn trempé solide ou liquide, la possibilité d’une saillie légère se révèle entre 1W° et 150°.
- Au voisinage de la fusion, l’alliage montre tous ses grains, en relief les uns sur les autres. Le liquidus se forme dans les joints des grains, produisant
- des filaments blanc bleuté.
- •
- Comme dans le cas du bronze d'aluminium, les trempes successives (à des températures encore éloignées de l’état liquide) produisent peu à peu la fissuration intergranulaire de tout l’alliage.
- Saillie de la martensite.
- A la suite d’Osmond et de nombreux auteurs, nous avions constaté dans des études précédentes que le revenu de la martensite des aciers paraît commencer à une température peu élevée, voisine de 150°.
- D’autre part, nous avions cru remarquer que c’est de préférence au-dessous Tome 119. — 1er semestre, — Mars 1913. ÇG
- p.393 - vue 393/950
-
-
-
- 394
- CHIMIE.
- MARS 1913.
- do cette température el souvent au-dessous de 100°, que se produisent les tapures au moment de la trempe dans les aciers que ce traitement rend très durs et fragiles.
- Cos dernières propriétés sont expliquées par Yerrouissar/e du à la pression considérable qui doit s'exercer an sein du métal par suite des différences de volume spécifique du fer a et du fer y. 11 est donc naturel de supposer que la chaleur puisse produire dans les aciers trempés une variation de pression relative des éléments différents qui permette un retour vers les constitutions d’équilibre stable.
- Mesurant les densités d’un mélange de martensite et dausténite d'un acier trempé très vivement, Maurer (1) trouve vers 150° une variation de densité importante. D'après les courbes qu’il donne, on se rend compte qu’il pourrait y avoir en ce point une augmentation de volume relativement brusque. Charpy et Grenet avaient découvert deux contractions vers 150° et 300° dans le revenu de la martensitée saturée (2).
- En étudiant l’influence de l’air liquide sur la transformation en martensite de l'austénite pure (3 ), nous avions cru remarquer autrefois des apparitions martensitiques sur la surface polie, indépendamment de l'action de l'air liquide. Mais jamais nous n’avions pu en acquérir de certitude et l'observation à 1 500 et 2 000 diamètres rendait l’expérimentation très difficile. Ce fut Béné-dicks (4) qui signala ce fait important qu’ayant abandonné à l'air une surface constituée par de l’austénite, il aperçut après un certain temps des aiguilles de martensite venues en saillie, probablement par suite du manque de la pression nécessaire pour la maintenir en place.
- Une de nos premières recherches a donc consisté à examiner au microscope la martensite et Yaustènite des aciers trempés et de rechercher si quelque modification visible no s'y produisait pas au chauffage.
- Martensite des aciers au carbone. — La martensite normale des aciers hypo-culectoïdes ne paraît subir aucune modification. La martensite saturée, en grandes feuilles dentelées, se modifie légèrement.
- La martensite en fers de lance placée sur fond d’austénite (aciers hyper-, eutcctoïdes à trempe très vive) est le siège d'une transformation très nette.
- (1) Revue de Métallurgie, Mémoires, 1908.
- (2) Bull, de la Soc. d’Encouragement, 1903, p. 404, 883. L'influence des surfaces libres de l'échantillon étant prépondérante, on trouve une dilatation générale malgré un retrait suivant la direction de plus grande longueur.
- (3) Revue de Métallurgie, Mémoires, 1909.
- (4) Revue de Métallurgie, Mémoires, 1909.
- p.394 - vue 394/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES. 395
- Vrrs 140° commencent à apparaître des lames de martensite venant en saillie sur le loin! (1 anstenile du métal. En continuant à chauffer, la saillie s’accentue et
- paraît cesser entre 170° et 200°. Toute la martensite est soulevée; à l'œil nu la surlace du métal semble moutonnée d'une façon identique à l’austénite retirée de I air liquide après sa transformation, A ce moment, aucune couleur d’oxy-tlalion n’est encore venue distinguer les constituants et la photographie de celle saillie n’est intéressante qu'avec un éclairage légèrement oblique (fig. El). (La
- H. — Martensite sur austénite; chauffage Fig. 12. — Même point après polissage et attaque
- de la surface polie à 110°. G = 65 diam. avant chauffage. G = 65 diam.
- figure 12 représente la surface polie et attaquée avant un second polissage et le chauffage donnant la figure 11.)
- On s’assure que la martensite est bien en relief sur l’austénite en frottant légèrement la surface sur le papier émeri le plus fin; on remarque que la martensite en relief est seule rayée. Si on repolit et qu’on chauffe de nouveau le métal, on ne remarque plus aucun phénomène si la première chauffe a atteint 270° environ. Sinon on voit de légers soulèvements se produire encore à une température de plus en plus élevée. Il est donc probable que la martensite se soulève progressivement, d’abord très fortement entre 130 et 150°, puis très peu; elle cesse lorsque la martensite est complètement transformée en troostite. (Les zones de plus facile attaque (fig. 12) paraissent aussi celles où la saillie martensitique est la plus faible, fig. ll.)j
- Le temps de chauff age a très probablement l’effet de hâter la saillie produite.
- 4?
- p.395 - vue 395/950
-
-
-
- 390
- CHIMIE.
- MARS 1013.
- I,u martensite saturée apparaît lentement, on la voitnel temenl soulevée à 155° dans l'acier à 1 p. 100 C.
- Expérience (le lotu/ue durée. — Dans des éclianlillons chauiïés pendant un mois sans interruption à une température variant de 80° à 93°, la saillie s’esl produite. L’àme d’un échantillon cémenté trempé ne se transforme pas; on observe qu’elle reste en relief au dessus de la région martensitique légèrement déprimée dans son ensemble, sur la section droite d’un cylindre.
- Remarque. — Nous relrouvons ici une coïncidence avec un phénomène qui nous avait un peu surpris dans une élude antérieure. Si nous nous reportons à la ligure 27 du mémoire sur les variations des propriétés acoustiques des aciers en fonction de la température (1), nous voyons l’indication du phénomène suivant : un barreau d’acier très carburé et légèrement manganésé (2) a été trempé vivement; il est formé d'austénite et de quelques lames de marten-site. A partir de 100° au chauffage, la durée du son croît un peu; à 130° elle croît fortement et le retour à la température ambiante la conduit à une valeur élevée. Los chauffages successifs augmentent la sonorité (disparition des pressions de trempe) ; après un chauffage à 170-200°, les variations de la durée du son paraissent constantes et suivent le même cycle tant qu’on ne dépasse pas les températures de revenu situées au delà de 300°. Le phénomène de la saillie coïncide assez bien avec le phénomène sonore qu’il permet d’expliquer jusqu’à un certain point.
- Transformation de l'acier trempé. — Il ne s'agit pas dans nos expériences de transformations d'austénite en martensite; celles-ci ne s’obtiennent que par refroidissement (Osmond), alors que nous chauffons au contraire, ou par décomposition (BénédicUs). Nos essais ont porté sur des échantillons trempés et polis depuis plusieurs jours, plusieurs mois (14 au maximum), et il nous a semblé que la saillie n’affectait que des lames mises auparavant en évidence par l’attaque colorante (3). L’austénite est un peu gonflée au voisinage do la martensite qui probablement la déforme. On sait que l’austénite ne se transforme qu’à des températures plus élevées, les plages étroites qui sont enserrées dans la martensite n’ont pas plus de raison de se transformer, à moins que des efforts développés localement n’en modifient le point de transformation.
- Le phénomène de la saillie martensitique pourrait s'expliquer seulement par
- (1) Iron and Steel Institute, vol. III, 1911. Revue de Métallurgie, 1912, p. 443.
- (2) Dû à l'obligeance de M. Cliarpy et des Aciéries de Chàtillon-Commentry.
- (3) Robin et Partner, Revue de Métallurgie, 1911, Mémoires.
- p.396 - vue 396/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES. 397
- I effet île la transformation chimique do la marlensite et du gonflement résultant de la différence des volumes spécifiques des fers a et y.
- Letude du mémo phénomène sur d’autres constitutions nous permet de supposer que cette transformation vient do la détente de la pression par le chauffage, permettant le soulèvement de la martensite comprimée suivant des directions de màcles de l’austénite, en meme temps que la transformation peut-être seulement physique du fer a, écroui en fer a stable.
- D’antre, part, on peut supposer que la pression du métal trempé abaisse le point de transformation jusque vers 100°, température au voisinage de laquelle se produirait la martensite (du moins celle qui se forme en dernier lieu, blanche à l’attaque). Le réchauffage permettrait à la modification chimique de s accentuer, naturellement d’une façon irréversible (d’où la différence avec le phénomène réversible présenté parles bronzes d’aluminium).
- Martensite des aciers spéciaux. — La martensite des aciers spéciaux ne donne lieu au phénomène que lorsqu’elle n’a pas subi de revenu vers la troos-tite, ce qu’on reconnaît par le fait que les attaques ordinaires ne la colorent pas. La martensite-troostite des aciers au chrome n’apparaît pas en relief. On ne peut constater d’une façon évidente les phénomènes de saillie que si la martensite est saturée et en éléments volumineux.
- Observations.
- très douteux progressif
- progressif fort à 160° fort : 200° très léger
- Quelques chiffres seront donnés à titre d’indication :
- Température de saillie.
- Acier martensitique CO,3 Mn3 trempé...................... 390°?
- — Cl trempé....................... 150°
- — Cl,6 Mut trempé..................... 130°
- — Mnl cémenté, trempé.............. 130°
- Môme acier chauffé à 260°, refroidi, poli et réchauffé. . . 270°
- Martensite saturée C0,9Nii5............................... 360°
- Acier au nickel (23 % environ) martensite sur austenite, éléments volumineux.....................................
- Pression et écrouissage.
- Les figures formées dans la constitution en aiguilles des bronzes d’aluminium spéciaux paraissent en relation évidente avec des effets de pression et des effets d’écrouissage du métal. On peut faire à ce sujet des expériences assez démonstratives. Si nous martelons les alliages un peu avant leur transformation, nous voyons les lames se produire instantanément et de
- p.397 - vue 397/950
-
-
-
- 398
- CHIMIE.
- MARS 1913.
- préférence prés des points déformés. Les piqûres d’aiguille eu développent, peut-être également autour d’elles, mais cette expérience est très capricieuse.
- fin (in l'essai suivant est très intéressant: nous formons un alliage à structure! polyédrique, contenant un excès d'élément spécial (par exemple 10 p. 100 Al et 12 p. 100 Zn). Nous martelons cet alliage qui est légèrement malléable, il se [disse, se couvre1 de stries très nettes un peu à l'image de l’austénite. Nous polissems la surlace déformée cl nous élevems la température.
- A 00° la surface absolument unie jusque
- -là se gonlle irrégulièrement, des clivages et les joints des grains apparaissent. A 7o° le soulèvement est très intense1. 11 augmente ensuite très lentement et ne paraît se terminer que vers 300°. La surface photographiée est représentée élans la ligure 13. On se rend compte etc l’importance des dénivellations, de la direction des stries apparues (souvent à 00° environ sur le même grain). Les joints des grains sont curieux, il semble y en avoir deux systèmes, enchevêtrés d’une façon en apparence quelconque. Lutin, dans certains cas,
- on observe nettement un réseau de grains de petites dimensions semblant partager les grands.
- On remarquera la coïncidence de la température de début du soulèvement avec celle d'apparition et de saillie des lames de l'alliage en aiguilles correspondant (00°). Le gonllement des alliages « martensitiques » pourrait donc provenir en partie de l'écrouissage de la solution trempée ou de la solution « tendue » vers sa transformation.
- l-'ig. 13. — Gonllement à 60'* d'un alliage écroui et poli. G — 100 dium.
- La grande différence des deux soulèvements en question consiste dans la réversibilité du premier et Yirréversibilité en apparence absolue du second.
- Itcmarquc 1. — On pouvait penser que sur Yausténite écrouie se manifesterait dans les aciers spéciaux un phénomène analogue. Nos expériences ont
- p.398 - vue 398/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES. 399
- poi l(' sur 3eux aciers au nickel austénitique, elles ont été négatives ; aucun phénomène semblable 11e s’est produit.
- Remarque IL — Ayant remarqué, sur un échantillon de bronze spécial, une formation d’aiguilles bien plus abondante sur les bords qu’au cœur de l’éclian-tillou (lait isolé (pii n’a pas été retrouvé sur d’autres alliages), nous avons cherché si Linlluence de la compression éventuelle de grains voisins n’affectait pas d’une façon caractéristique la production du phénomène. Des échantillons lurent taillés en biseau assez minces et soumis aux traitements ordinaires. Môme aux bords extrêmes et dans les parties les plus minces de l’échantillon, la saillie des aiguilles a la même puissance et la même netteté. On y remarque même éventuellement les deux systèmes de lames correspondant aux cycles de chauffage.
- Remarque 111. — Nous devons rappeler les expériences un peu analogues à celles de la science métallurgique faites en cristallographie sur la leucite. La pression exercée par une aiguille sur une lame de leucite y détermine la formation de lamelles hémitropes, persistant pour une action suffisante (Wal-lerant) (1). Le même phénomène se produit par la compression entre deux lames parallèles, et enfin par la trempe au rouge (Mügge) (2).
- Des formes de la structure en aiguilles.
- Lorsqu’on a pu produire sur les surfaces polies des bronzes spéciaux la saillie des lames d’un seul système, on est frappé par le caractère esthétique du « paysage micrographique » obtenu. L’effet d’harmonie de cette nature étant généralement produit par des symétries, il est naturel d’en rechercher la cause dans l’orientation relative des lames ; on la trouve dans la constance de Langle des aiguilles d’un même système.
- Dans la photographie li, nous remarquons quelques régions couvertes de hunes parallèles et des grains nombreux et diversement placés couverts de lames régulières en point de Hongrie dont Langle au sommet est de 20 à 23°.
- Si nous passons en revue les échantillons de compositions variées qui font l'objet de cette étude, nous trouvons pour ces systèmes de lames des angles de 18 à 23°, avec une très grande majorité d'angles de 20 à 23°. L’alliage Znl4A18,3 qui présente une certaine originalité donne des angles variant de 16 à 20”.
- (1) C. R. Ac. des Sciences, 128.
- (2) N. Jahrbnch f. Minéralogie llli., 14.
- p.399 - vue 399/950
-
-
-
- 400
- CHIMIE.
- MARS 1913.
- Rarement, on rencontre des grains c<
- Fig. 14. — Rronze d’aluminium spécial. Saillie de transformation. G = '10 diam.
- Cette forme se retrouve assez bien Les lames sont de deux en deux de même teinte (même orientation sous le microscope), les éclairages et l’obliquité des échantillons font varier ces teintes. Aux points de jonction chaque lame d’une certaine orientation fait vis-à-vis à une lame orientée de l’autre façon dans le système considéré (fig. 15), de sorte que la coupe d’un côté peut être représentée par les redents successifs indiqués par un profil à la partie inférieure de la figure (1). Les lames représentées en blanc sont jaune très clair, les lames couvertes de pointillé sont rose plus terne. Suivant l’éclairage elles peuvent être brun foncé.
- (1) Dans la ligure 17 du premier mémoire, une rayure à travers la constitution donne
- verts soit de lames extrêmement fines et droites faisant un angle de 10 à 12°, soit de lames très larges dans les grains très clairs, formant un angle de 35 à 40°.
- Si nous adoptons comme moyenne approximative 20° pour le cas général, 10 et 40° pour les deux systèmes exceptionnels, nous remarquons que ces deux derniers sont exactement le double et la moitié de Y angle normal.
- Les systèmes de 10 et 20° sont identiques, à part la finesse du premier. Le système de 40° paraît très nettement indiquer un accolement de deux motifs de 20° dont la partie commune h’est pas entièrement disparue (fig. 15). dans les màcles mécaniques de l’étain.
- ' Fig. 1.4. — Schéma de la disposition des lames.
- une idée des dénivellations des aiguilles.
- p.400 - vue 400/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES 401
- Remarque. — Coi angle do 20° ne paraît pas avoir cristallographiquement une signification qui nous soit connue. Les figures de pression, piqûres d’aiguilles sur certains échantillons couverts de rares lamelles, ne sont pas très caractéristiques (1). Souvent elles déterminent des stries en triangle équilatéral (analogues à celles des alliages de cuivre en général et quelquefois de l’austé-nite) (2), l’une de ces directions coïncide souvent avec un des côtés des systèmes de lamelles à 20°.
- On ne peut toutefois s’empêcher de penser aux fers de lance de gypse. Ceux-ci ne présentent pas à proprement parler d’angle au sommet caractéristique puisque les hords en sont curvilignes (hémiorthodômes emboîtés), cependant dans l’échantillon que nous possédons et dans plusieurs échantillons de musée à rives particulièrement peu courbées que nous avons pu observer, l’angle des parties rectilignes est grosso modo très voisin de 20°. Enfin les lames accolées sont souvent de teintes différentes.
- Formation. — Les lames se produisent brusquement, une par une, ou le plus souvent 2 par 2 en accent de 20° (3). Les figures 16 à 19 représentent une transformation au refroidissement, prise cinématographiquement. Au début (fig. 16) n’est présent que le premier système, gravé irréversible; ori aperçoit des traces de systèmes différents, notamment quelques-uns appartenant au système qui va paraître (on l’a déjà produit une fois). Dans la figure 17 apparaît dans ses grandes lignes le nouveau système du grain de droite de la partie supérieure. Dans la figure 18 ce dernier se complète (il est presque terminé); dans les deux grains placés au-dessous, apparaissent les nouveaux systèmes qui s'accentuent fortement dans la figure 19 mais ne couvrent pas tous les grains. Los grains de gauche, où il ne paraît pas y avoir eu de modification, se couvrent d'une saillie située exactement dans les traces de la précédente.
- Inclinaison des systèmes. — Les deux systèmes croisés sur un grain après les cycles de chauffage paraissent inclinés l’un sur l’autre à 60° environ, c’est-à-dire que le système nouveau, pour coïncider avec l’ancien, devrait, autour d’un point de rencontre de deux lames homologues, exécuter une rotation de 60°. Cet angle n’a pas une constance relative aussi grande que celui des lames entre elles.
- Les lames disparaissent lors de la transformation, au point de ne rien dévoiler de leur présence antérieure (même par attaque) sur le métal poli à
- (1) Les rosaces sont rares et sans netteté.
- (2) Voir figures 10 et il, p. 232, Mémoires. Iron and Steel Imtilute, vol. III, 1911.
- (3) Lentement dans les transformations à basse température (30° cnv.), lors d'un refroidissement très lent.
- p.401 - vue 401/950
-
-
-
- 402
- CHIMIE
- MARS 1913
- K ij*. 18. Fig. 1!).
- Vues cinématographiques de la transformation au refroidissement d'un bronze d'aluminium spécial. G — 12U diam.
- la transformation (phénomène peut-être analogue dans l’aiisténite). C'est donc Vorientation cristalline du grain qui paraît décider de la situation des lames.
- p.402 - vue 402/950
-
-
-
- LA SAILLIR DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES. 403
- On aui‘ail donc probablement affaire à des lamelles hémitropes en position de macles. Le chauffage à une température suffisamment élevée déplacerait les directions d’actions mécaniques des grains les uns sur les autres et la nouvelle apparition des lames se produirait quelquefois dans un grain suivant une autre direction de màclesdu môme cristal (à 60° par exemple). D’où dans un grain la possibilité de trois seuls systèmes inclinés à 00° (légèrement visibles tous trois dans les grains du haut et du bas à droite des fig. 17 et 18). Les modifications d’orientation cristalline produites dans un chauffage trop intense changeraient plus ou moins ces inclinaisons.
- Remarque I. Après écrasement et froid du bronze martensitique, on obtient sur les surfaces polies des clivages fins, parallèles et rectilignes, formant entre eux un angle variant de 50 à 65°, le plus souvent de 60°.
- S’il existe au préalable des aiguilles en saillie, les clivages sont inclinés à 60° environ sur Vun des côtés des pointes de 20° formées par ces lames (exceptionnellement on a trouvé 75° sur un exemple).
- On remarque que cet angle de 20° est sous-multiple de 60°.
- Incidemment on a remarqué des triangles équilatéraux analogues à ceux de la martensite. Les cassures des grains, nettes et rectilignes forment, à l’intersection de la surface polie, des pointes de 60° et quelquefois de 75 à 80° (on remarquera que la différence de ces angles est égale à un angle normal de lames (20°)).
- Remarque II. L’enchevêtrement intense des lames du bronze cl'aluminium ordinaire trempé nous paraît provenir à la fois de l'irrégularité du jeu des pressions au refroidissement brusque et du mélange possible des différentes régions des grains en évolution intense à la température de trempe. On peut toutefois souvent apercevoir dans ce cas des régions régulières à angle de 20° ou de 40° (1).
- Forme des lames dans l'espace. —On peut être surpris que quelles que soient les coupes pratiquées dans l’alliage et le moment où on les produit, on rencontre toujours (par chauffage ou par attaque) les mêmes angles des aiguilles. L’examen de tranches minces ou de bords découpés en biseau dans des alliages ne nous a pas permis de conclure comme dans le cas de certains alliages fer-nickel à auaténite et martensite, à l'existence de toits emboîtés (2). Les variations très faibles de l’angle des lames permettent de soupçonner l’existence soit de toits très courts, soit de lames minces simplement posées pour
- (1) Dans des bronzes d’Al ordinaires à 12 p. 100, on a remarqué les angles fréquents de 15°~16° et 30-34°; dans le bronze à 11 p. 100, ceux de 11-12°, de 20-24° et de 40°.
- La composition influerait probablement un peu sur la valeur des angles et les caractéristiques cristallographiques.
- (2) Hobin et Gartner, Revue de Métallurgie, 1911.
- p.403 - vue 403/950
-
-
-
- 404
- CHIMIE,
- MARS 19i:î.
- ainsi dire les unes sur les autres. (Souvent on rencontre des croise!menls où les lames paraissent ainsi placées.) Cependant il est difficile de s'expliquer comment dans un même grain existent autant de systèmes de lames que de coupes, sans que dans une coupe la section d’autres systèmes soit visible d’une façon quelconque.
- Nous pensons que la mise à l’air libre d’une section d’un grain permettrait seulement la formation de lames solidaires de l'orientation de celte coupe. La transformation cristalline se ferait à partir de la face libre, elle s’orienterait à partir de cette face. D’où l’uniformité de coloration des grains transformés, lors de l’attaque à froid.
- Dans ces conditions, on serait porté à supposer que les lames n’existent pas au sein du métal lui-même et ne peuvent se produire que superficiellement (1) d’une façon analogue à la martensite de l’austénite décomprimée dans l’expérience de Bénédicks (cette manière de voir serait à étendre partiellement à la martensite). De là peut-être l’explication possible de la fréquence des ligures en rectangle et surtout en triangle équilatéral sur les coupes polies (formation d’un axe ternaire du cube perpendiculairement à la surface libre). Pour l’acier, les expériences magnétiques peuvent vraisemblablement ici éclairer la question, pour le bronze d’aluminium l’expérimentation paraît au premier abord impossible.
- Analogie des structures en aiguilles.
- L'angle des lames du bronze d'étain trempé est, comme nous l’avons vu, de 20° et exceptionnellement de 40°. 11 y a coïncidence évidente des structures de ces deux natures de bronze.
- Si nous comparons cette structure à celle des aciers spéciau.r, nous observons que dans le cas de l’austénite transformée par écrouissage, nous nous trouvons souvent en présence de lames de troostite-martensite d’allure très analogue (angle voisin de 20° ou lames parallèles). Toutefois nous n'avons plus de précision dans les résultats, les écarts par rapport à cette moyenne peuvent être importants. En exemple nous donnons la figure 20, photographie prise au cours d’une autre étude, très antérieure à la présente. Aux rives de certains grains on voit se former des V parallèles (2), à partir de leur sommet, d’une façon analogue à ce qui se produit dans les bronzes spéciaux. (On en trouve également dans les photographies publiées par d’autres auteurs.)
- (1) D’où l'absence d'effet thermique mesurable.
- (2) Angle de io° à 25° en général.
- p.404 - vue 404/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES. 405
- iMilin dans la marlensile produite entre les grandes lames de première for-malion | hypothèse dont nous avons parlé antérieurement (1 ) j, martensite peu attaquée par les réactifs, nous remarquons une constance relativement surprenante de I angle des formations d’un môme échantillon (môme dans des grains très différents) (lig. 21). Angles de 40° dans un acier Cl,7JV1ni ; de 30 à 43° dans un échantillon analogue ; de 34 à 47° dans un acier C2Mni,2 ; de 28 à 44° dans un acier C1,8 ; enfin, dans des aciers spéciaux, angles de 22 à 34°, de 18 à 33°, de 38 à 39°, de 34 à 44°, de 37 à 38°, de 30 à 40° (aciers au Ni, Cr, Mn).
- . 20. — Acier à 25 p. 100 Ni et 0,8 p. 100 C environ. Surface martelée à froid, recuit, poli et attaqué. G = 10 diam.
- Fig. 21. — Formations martensitiques dans un acier trempé (Mn 1 G 2). G = 450 diam.
- On pourrait peut-ôtre y voir un encouragement éventuel à l’hypothèse faite à la tin du paragraphe précédent (2).
- Formes en fers de lance et en feuilles. — Pour assurer la vraisemblance des vues exprimées dans ce qui précède il fallait réussir à produire dans les bronzes d’aluminium spéciaux les lames en fers de lance et en feuilles nenmrêes qui caractérisent si bien les lames des aciers spéciaux. Les recherches dans cette
- (1) Itolhn et Gartner, Revue de Métallurgie, 1911. Voir ('gaiement les martensites produites par Faction de l’air liquide.
- (2) Voir également pliotogr. 9 et 10, p. 231 et 232. Iron and Steel Institute, III, 1911.
- p.405 - vue 405/950
-
-
-
- 406
- CHIMIE
- MARS 1913
- voie ont été longtemps sléri les, guidées d’ailleurs par le seul hasard. Nous avons
- Fig. 24. — Bronze d’aluminium spécial. Vue des 2 systèmes de lames nervurées. G = 400 diam.
- réussi l’expérience par la trempe des bronzes d'aluminium an zinc et à l'étain
- p.406 - vue 406/950
-
-
-
- LA SAILLIE DE LA CONSTITUTION DE TREMPE EN AIGUILLES DES ALLIAGES, 407
- coulcnaul dos proportions suffisantes d’éléments spéciaux (1). La figure 22 représente une vue où la surface, polie avant chauffage, est brute de trempe.
- Fig. 25. — Lames dans des grains voisins.
- La figure 23 presque au môme point est prise après polissage et attaque (un seul système est visible). La figure 24 montre des lames en feuilles très nettes (deux systèmes superposés) où l’inclinaison des éléments est voisin de 40°.
- Fig. 26. — Variation des joints des grains.
- Des stries de chaque côté de la nervure font des angles de 82 à 98° dans les échantillons observés.
- Remarque. — Déplacements des joints. La figure 25 indi que comment axec
- Fig. 28. — Variations des joints.
- Fig. 27. — Variations des joints.
- une légère déviation une lame paraît quelquefois franchir un joint. (Les grains sont d’orientation cristalline de mâcle suffisamment voisine.) Les figures 26., 27
- (1) Plus tard elle a été reproduite également quelquefois sur la surface du bronze d’aluminium ordinaire (12-13 p. 100 Al) polie et trempée, examinée décapée brute de trempe.
- p.407 - vue 407/950
-
-
-
- 408
- CHIMIE.
- MARS 191 .‘i.
- et 28 montrent comment se produisent les déplacements des joints des grains sous l’action de cycles de chanliages assez étendus ou de grande durée. Les lames s’accommodent plus ou moins à ces changements, et parfois, dans des
- Ei<f. 29. — Déplacement des joints et des lames.
- régions très voisines, se décident au moment do leur apparition pour des joints différents a et b (fig. 29).
- Conclusion. — Si les analogies observées dans la structure en aiguille des divers alliages sont jugées suffisantes, il n’est pas impossible qu’on puisse songer à étendre les conceptions d'Osrnond relatives aux structures de trempe (1 ) et à en rattacher les formes aux figures des cristaux màclés mécaniquement. Nous étendrions volontiers à ces structures la qualification de martensitirjues en y voyant un état structural spécial de la matière.
- (1) Voir Osmond cl. Curlaud, Reçue de Métallurgie, 1906.
- More mire IDII.
- p.408 - vue 408/950
-
-
-
- AGRICULTURE
- DÉBRAYAGE AUTOMATIQUE POUR INSTRUMENTS AGRICOLES
- et plus spécialement pour faucheuses et moissonneuses (1 )
- La crise de la main-d’œuvre dont souffre tant la culture a eu pour principal effet le développement du machinisme agricole.
- Parmi les machines les plus répandues à l’heure actuelle, la faucheuse mécanique et les moissonneuses lieuse et javeleuse sont de celles qui ont rendu le plus de services et dont l’emploi tend à se généraliser de plus en plus. Mais ce sont des machines assez délicates, qui demandent à être conduites avec un certain soin et une certaine prudence, et la rareté de la main-d’œuvre des campagnes ne laisse pas de rendre très difficile au cultivateur le soin de choisir les hommes sérieux qui lui seraient nécessaires pour les bien conduire.
- Je n’aurai pas la prétention, Messieurs, de vous apprendre comment sont construites une moissonneuse et une faucheuse. Qu’il me soit simplement permis de vous rappeler que les organes commandant la coupç reçoivent leur mouvement des roues à la fois porteuses et motrices de ces machines, que traîne un attelage de bœufs ou de chevaux. L’embrayage et le débrayage ont donc pour effet de rendre solidaires ou non ces organes de coupe de ces roues porteuses, et par conséquent des mouvements de l’attelage. Dans la plupart des cas, le manchon d’embrayage subit l’effet d’un ressort qui tend normalement à l’embrayage. Une manette ou pédale placée à proximité du siège du conducteur permet à celui-ci de débrayer en comprimant le ressort d’embrayage ; pour embrayer, il n’a au contraire qu’à rendre libre ce ressort en le dégageant de l’action de la manette.
- Il va donc de soi que le conducteur devrait, en toute prudence, débrayer chaque fois qu’il descend de son siège pour une raison quelconque, mais surtout lorsqu’il a à vérifier une pièce de sa machine ;or,et c’est ici un fait acquis,
- (1) Communication faite en séance publique le 10 novembre 1911.
- Tome 119. — 1er semestre. — Mars 1913.
- 27
- p.409 - vue 409/950
-
-
-
- 410
- AGRICULTURE.
- MARS 1913.
- d’où découle l’idée du système que j'ai l’honneur de vous présenter au jourd’hui, les choses se passent rarement ainsi dans la réalité : l’action de débrayer, exigeant de la part de l’ouvrier un mouvement supplémentaire qu’il aura à refaire en sens inverse pour réembrayer au moment de repartir, il arrive presque toujours que l’ouvrier (voire meme le palron) ne débraye pas quand il le devrait. C’est quelquefois par oubli, mais le plus souvent par paresse et par insouciance du danger. (On ne croit généralement au danger que quand on en a été vic_
- Fig. 1. — Débrayage automatique T. B. monté sur lieuse.
- Le conducteur, étant descendu de son siège, le ressort débrayeur, situé sous le siège, s'est détendu, en provoquant ainsi le débrayage. — La manette que l’on aperçoit à gauche du siège sert à débrayer quand le conducteur est assis sur son siège (pour la marche sur route, par exemple).
- time.) — Et c’est ainsi que l’on voit couramment des conducteurs de machines accroupis devant la scie, en tournant le dos à l’attelage, pour débourrer la lame de la terre d’une taupinière par exemple (avec la main bien entendu), sans avoir débrayé préalablement leur machine.
- Les chevaux, agacés par les mouches ou toute autre raison, font-ils un pas en avant, les pires accidents sont à craindre et arrivent malheureusement trop fréquemment.
- p.410 - vue 410/950
-
-
-
- DÉBRAYAGE AUTOMATIQUE POUR INSTRUMENTS AGRICOLES. 411
- Si, par hasard, l’homme est suffisamment consciencieux et prudent, pour penser a débrayer chaque fois qu’il doit le faire, il lui arrivera d’oublier de réembrayer avant de repartir: de là un nouveau bourrage nécessitant un nouvel arrêt et une nouvelle visite à la scie, et cette fois, à bout de patience, il jurera tout ce qu’il saura, mais jurera surtout de ne plus jamais débrayer ! C’est de 1 observation pratique de ces faits que nous avons eu l’idée de concevoir un dispositif provoquant le débrayage automatique.
- Le système que nous avons adopté est basé sur le principe suivant.
- Fig. 2. — Débrayage automatique T. B. monté sur faucheuse.
- — Siège libre : débrayage.
- Le poids de l’homme est utilisé pour comprimer, dans la position de marche, un ressort antagoniste de débrayage, plus puissant que le ressort d’embrayage dont nous avons parlé plus haut ; quand l’homme quitte son siège, soit pour aller vérifier un organe de la machine, soit par chute accidentelle, le ressort de débrayage, libéré, se détend en provoquant la compression du ressort d’embrayage, c’est-à-dire en occasionnant le débrayage.
- Pour obtenir ce résultat, nous intercalons entre le siège des faucheuses ou moissonneuses (fig. 1 et 2) et la lame porte-siège, un support articulé entre les deux branches duquel est interposé le ressort de débrayage. Un système de transmission rigide par tringles et renvois à sonnettes relie le siège au manchon d’embrayage. (Nous avions primitivement essayé d’utiliser les transmissions souples par câble Bowden, mais y avons renoncé par la suite.)
- p.411 - vue 411/950
-
-
-
- 412
- AGRICULTURE.
- MARS 1913.
- Indépendamment de lu position de débrayage réalisée quand le siège est vide et la position d’embrayage provoquée par la compression du ressort situé sous le siège, quanti le conducteur est assis, il est prévu une position mixte permettant au conducteur de s’asseoir sur son siège, la machine restant débrayée, ou de débrayer cette machine en cours de roule, quand il veut passer delà position de travail à la position de route. Ce résultat est obtenu en agissant simplement sur la manette de débrayage existant sur la machine, quand Indisposition des différents organes de la marque envisagée le permet, ou, quand cela n’est pas possible, en raccourcissant la transmission au moyen d'un levier à main, de manière à neutraliser le ressort d’embrayage.
- Le conducteur a donc la faculté, de son siège, de débrayer ou d’embrayer à volonté; mais, et c’est ici le point es senliel, dans aucun cas, la machine ne peut se trouver embrayée quand le siège est vide.
- Le but visé était donc d’obtenir, à côté du débrayage à commande consciente dont toutes les machines sont munies, un débrayage à commande inconsciente ou automatique destiné à remédier à la négligence et à l’imprudence naturelle et souvent fatale des conducteurs, et nous avons été assez heureux pour obtenir la réalisation pratique de notre procédé sur la plupart des grandes marques, et notamment sur les machines « La France », qui sont concessionnaires de notre brevet en France.
- J'ajouterai, enfin, que ce dispositif créé en vue d’obtenir pour le conducteur une simplification de manœuvre, et surtout une plus grande sécurité, a également atteint un autre but : le ressort d’embrayage placé sous le siège, ou relié à lui par une transmission rigide, constitue un véritable amortisseur, très efficace, des chocs dont le conducteur d’une machine ordinaire a à supporter tous les à-coups; et à notre époque où la main-d’œuvre devient de pins en plus diffi cile, et exigeante en bien-être, un semblable confort n’est certainement pas mal vu des ouvriers.
- Nous serions très heureux si ce dispositif, qui peut trouver son application sur d’autres instruments, les faneuses à fourches entre autres, pouvait être appelé à rendre service à l’agriculture, en diminuant les risques d’accidents qui ne feront malheureusement qu’augmenter avec l’emploi plus étendu des machines.
- Tony Ballu, Ingénieur-Agronome.
- p.412 - vue 412/950
-
-
-
- arts mécaniques
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE
- par M. Maurice Leblanc,
- Membre du Conseil (1).
- I. — Objet de cette étude.
- Les poids, encombrement et prix de toute machine qui tourne croissent rapidement avec le couple qu’elle développe ou utilise, alors qu’ils peuvent être rendus à peu près indépendants de sa vitesse angulaire. La puissance de la machine étant proportionnelle au produit du couple par cette vitesse, il convient de rendre le couple très petit, et la vitesse très grande.
- Pour que des machines du même genre, mais de puissances différentes, aient le même rendement organique, il faut, en général, que leurs A-itesses tangentielles correspondantes soient aussi les mêmes. Les vitesses angulaires de ces machines doivent donc être inversement proportionnelles à leurs dimensions linéaires et l’on ne peut faire de petites machines, ayant le même rendement organique que les grandes, qu’en les faisant tourner plus vite.
- Maison ne peut augmenter la vitesse angulaire d’une machine, sans mettre en jeu des forces d’inertie proportionnelles aux masses en mouvement et au carré de cette vitesse. Ces forces développent, dans les divers organes de la machine, des tensions qui peuvent être très supérieures à celles nécessitées par le développement du couple. Enfin, elles peuvent déterminer des réactions sur les portées de la machine, qui augmentent les pertes de travail par frottement et rendent le graissage difficile.
- Dans les machines à mouvement alternatif, les forces d’inertie varient à chaque instant. Les pièces mécaniques se trouvent ainsi le siège d’extensions et de compressions consécutives, qui les vieillissent plus rapidement qu'une
- (1) Communication en séance publique le 10 janvier 191b.
- p.413 - vue 413/950
-
-
-
- 414
- A HT S MÉCANIQUES.
- MAUS 1913.
- extension on une rom|iression constantes. Les réactions sur les portées son! inévitables el, si la vitesse, de rotation a .ut»' mente, elles deviennent, grandes par rapport à ndles qui correspondent à la création du roupie. On ne peut communiquer une grande vitesse angulaire à ces machines.
- Dans les machines rotatives, au contraire, toutes les masses du rotor sont animées de vitesses langentielles constantes et tournent simplement autour d’un axe. Les forces d’inertie développent des tensions constantes, en tous les points des pièces métalliques. Lelles-ci peuvent les supporter, presque indéfiniment, si la contrainte maxima du métal ne dépasse pas, par exemple, le quart de celle qui correspond à sa limite d'élasticité.
- D’autre pari, le rotor d’une machine rotative ne comporte que deux portées reposant dans des coussinets. Si on arrive à faire coïncider l’axe de ces coussinets avec l’un dos axes naturels de rotation du rotor, les forces d’inertie n'exercent plus aucune réaction sur les portées.
- Delà pernod de communiquer aux machines rotatives de bien plus grandes vitesses angulaires qu’aux machines alternatives et, par suite, de les rendre beaucoup moins lourdes, encombrantes et chères.
- L’est pourquoi elles sont si en faveur.
- Lonsidérons deux machines A et B génmétriquement semblables. La machine B a ses dimensions linéaires K fois plus petites que celles de la machine A, et tourne K fois plus vite.
- Les forces d’inertie, dans la machine B, sont K2 fois [dus petites que dans la machine A, mais les tensions, qui les équilibrent, sont réparties le long (b* surface lv2 fois moins étendues. Les contraintes subies par le métal et les pressions exercées sur les portées sont les mêmes dans la machine B que dans la machine A.
- Nous venons de supposer implicitement que les défauts de symétrie de la machine A étaient reproduits à la même échelle que les autres dimensions, dans la machine B. Or, il est pratiquement impossible d’apporter le même degré de précision relative dans la construction d’une petite machine que dans celle d’une grande.
- Si le rotor de la machine A était assimilable à un corps parfaitement de révolution autour de son axe de ligure, auquel on aurait ajouté deux masses de rn et ni g en deux points dillérents mais situés tous deux à la distance de 1 mm de son axe et si la machine B reproduisait exactement la machine A, à l’échelle du 1/10 : le rotor de celle-ci devrait être assimilable à un corps parfaitement de révolution, autour de son axe de ligure, auquel on aurait ajouté deux masses de m et ml mg en deux points homologues
- p.414 - vue 414/950
-
-
-
- 415
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- des points correspondants de la machine A et à la distance de 1/10 mm. de son axe.
- Alors que l’on pourrait facilement réaliser le premier rotor, on ne saurait réaliser le second, à moins d’avoir recours à des artistes tels que Froment.
- Donc, à égalité de vitesse tangentiellc, les forces d’inertie seront d’autant [dus a redouter que la machine sera de plus faible puissance et devra tourner plus vite.
- Pendant ces dernières années, la métallurgie a fait de grands progrès et est arrivée à produire couramment des aciers au nickel, dont la limite d’élasticité est supérieure à 100 kg: mm2, alors que, naguère, elle était environ quatre fois moins élevée.
- Les constructeurs ne semblent pas avoir encore tiré parti de ces nouveaux aciers, dans les machines rotatives modernes, pour diminuer leurs dimensions, en les faisant tourner plus vite.
- De plus, sauf de rares exceptions, ils ne construisent que des machines rotatives de grande puissance, n’avant qu’une vitesse angulaire relativement modérée.
- Cela nous a paru tenir, en premier lieu, à la difficulté de faire coïncider l’axe réel de rotation d’un rotor avec l’un de ses axes naturels. Cette coïncidence doit être d’autant plus parfaite que la vitesse angulaire est plus grande. Si elle ne l’est pas, lorsque le rotor fait plusieurs centaines de tours par seconde, les réactions des portées sur les coussinets deviennent tellement vives, qu’on ne peut plus arriver à dimensionner raisonnablement ces organes, ni à bien lubrifier leurs surfaces en contact.
- C’est pourquoi nous chercherons d’abord les moyens pratiques d’assurer cette coïncidence.
- II. — Production des grandes vitesses angulaires.
- Nous ne nous occuperons, dans ce qui va suivre, que de rotors assimilables à un corps de révolution autour d’un axe oo'. Le plus grand ou le plus petit des axes de son ellipsoïde d’inertie central devra toujours, sinon se confondre avec l’axe oo', du moins en être extrêmement voisin.
- Vitesses critiques propres d’un rotor. — Considérons un semblable rotor A. Nous pouvons le rendre le siège de vibrations transversales, en émettant un son de fréquence [3 dans son voisinage. Pour certaines valeurs (L... de cette fré-
- p.415 - vue 415/950
-
-
-
- 416
- ARTS MÉCANIQUES.
- MARS 1913.
- (]licite*!, il y a résonance et l'amplitude des mouvements vibratoires n’esl plus limitée que par la viscosité du corps qui le constitue et celle du milieu ambiant. A égalité d’intensité des sons émis, cette amplitude [tasse par des maxima et les déformations subies par le rotor peuvent devenir dangereuses pour sa conservation.
- Supposons maintenant que deux sources sonores de même; intensité, de même fréquence fi, mais dont les vibrations présentent une dilïérence do phases de I /i de période, agissent simultanément sur le rotor A, suivant deux plans passant par l’axe oo' et perpendiculaires entre eux.
- Les deux mouvements vibratoires communiqués à chaque point de l’axe neutre du rotor se combinent en un mouvement de rotation. Lot axe se transforme en une ligne sinueuse, dont la figure demeure invariable, tant qui; la fréquence fi ne change pas, mais tourne autour de l’axe on , en faisant fi tours par seconde. Il y a toujours résonance et ses déformations passent par des maxima, pour fi = fip fi = [3,...
- Supposons d’abord Je rotor A parfaitement équilibré autour de l’axe où et faisons-lui faire fi tours par seconde, autour de cet axe, pendant que nous continuons à émettre deux sons de fréquence fi dans son voisinage, comme il vient d’être dit. Rien n’est changé aux déformations de l’axe neutre, sauf qu’elles ne sont [dus limitées que par la viscosité du milieu ambiant. Les résonances se produisent toujours pour (5 = fi,, fi = fL mais l’axe neutre
- déformé, ne se déplace plus par rapport au rotor A, qui tourne avec lui.
- L’axe neutre est alors déformé par des [tressions extérieures exercées sur le rotor A, de grandeur constante, mais dont la direction tourne avec lui.
- L’action de ces forces pourrait donc, être remplacée par celle de forces centrifuges développées sur des masses additionnelles, convenablement disposées, que l’on ajouterait au rotor.
- C’est ce qui pourrait arriver naturellement si le rotor A, au repos, n’était [tas parfaitement équilibré, par rapport a l’axe on'.
- Le défaut d’équilibrage du rotor A pourrait donc amener des déformations dangereuses [tour sa conservation, lorsque sa vitesse de rotation, exprimée en tours par seconde, deviendrait égale à l’une des fréquences fi,, fi., ... C’est pourquoi on appelle vitesses critiques propres du rotor A des vitesses qui, exprimées en tours par seconde, sont égales aux fréquences fi, (i., ... La première vitesse critique propre est égale à la plus petite de ces fréquences.
- Les déformations d’un .rotor, sous l’influence des forces centrifuges développées par la rotation et son défaut d’équilibrage, initial, sont toujours très petites et ne font subir aucune fatigue dangereuse à ses matériaux, tant que la
- p.416 - vue 416/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 417
- vitesse, [i est sensiblement inférieure à la vitesse (4,. Si l’on a toujours
- par exemple, on peut considérer le rotor comme parfaitement rigide et ses
- matériaux n ont à subir aucune contrainte exagérée.
- La vitesse P,, très difficile «à déterminer a priori, sauf dans des cas simples, dépend non seulement de la ligure du rotor et de la nature de ses matériaux, mais aussi de la manière dont il est supporté.
- I n rotor A (dig. 1) sera toujours supporté par deux tourillons BB concen-1 ri«|lies a son axe de figure qui reposeront dans des coussinets c c. Suivant les cas, on pourra considérer l’axe neutre du rotor comme reposant librement sur
- E E E
- Fig. 1. Fig. 2.
- deux points d’appui ou encastré à ses deux extrémités, ou enfin comme complètement libre, à ces mêmes extrémités, si les coussinets cc sont suspendus par des ressorts très souples (fig. 1 et 2) et si la masse totale des coussinets et des ressorts est négligeable, par rapport à celle du rotor.
- Dans le premier cas, la déformation correspondant à la première vitesse
- Fig. 3.
- o m <n>-ü o'
- Fig. 4.
- critique est représentée sur la figure 3. Le rotor prend ses points d’appui sur les coussinets
- La figure 4 représente cette déformation dans le second cas. Le rotor s’ap-pub> toujours sur les coussinets, mais son axe neutre doit rester tangent à leur axe (XV. Cela augmente son module d’élasticité et la première vitesse critique propre est plus élevée que tout à l’heure.
- Enfin, dans le troisième cas, le rotor, ne trouvant plus de point d’appui sur les coussinets, ne peut se déformer qu’en prenant point d’appui sur lui-même et son centre de gravité ne peut se déplacer. La déformation de l’axe neutre est représentée sur la figure 5. Le module d’élasticité des parties fléchies augmente encore et c’est dans ces conditions que la première vitesse critique propre pj est la plus élevée.
- p.417 - vue 417/950
-
-
-
- 418
- ARTS MÉCANIQUES. ---- MARS 1913.
- On trouve qu'elle l’est alors suffisamment pour que l’on n’ait jamais à communiquer, eu pratique, «à un rotor une vitesse qui, exprimée en tours par seconde, doive être supérieure à 0,7o (3r
- D’autre pari, si on considère des rotors géométriquement semblables et constitués avec les mêmes matériaux, leurs vitesses critiques propres sont inversement proportionnelles à leurs dimensions linéaires. D’où les conclusions suivantes :
- I. On peut communiquer à un rotor une vitesse de rotation égale aux 75 p. 100 de sa première vitesse critique propre. Tant que celte vitesse n’est pas dépassée, d se comporte comme un corps parfaitement rigide et ses matériaux n'ont à subir aucune contrainte exagérée.
- II. Si le rotor repose sur des coussinets supportés eux-mêmes par dès ressorts très souples, la masse totale des coussinets et des ressorts étant très petite, par rapport à celle du rotor, cette limite de vitesse est suffisante pour tous les besoins de la pratique.
- ni. si r on considère des rotors géométriquement semblables, constitués avec les mêmes matériaux, on peut leur communiquer les mêmes vitesses tangentielles. Le s contraintes subies parles matériaux ont alors les mêmes valeurs, aux points homologues de ces rotors.
- Cette dernière conclusion est très importante, car elle permet de réaliser des machines rotatives de petite puissance, mais tournant très vite, ayant le même rendement que des machines de grande puissance à vitesse relativement lente.
- Nous supposerons désormais que la vitesse maxima il imprimera nos rotors, ne soit jamais supérieure aux7o p. 100 de leur première vitesse critique propre.
- Mais, si la vitesse de rotation doit être de plusieurs centaines de tours par seconde, on sait qu’il est pratiquement impossible d’équilibrer suffisamment bien un rotor, par rapport à son axe de figure, pour éviter de très vives réactions sur ses coussinets, dues à l’action de la force centrifuge. 11 devient nécessaire de permettre au rotor de tourner, sinon autour de son axe naturel de rotation, du moins autour d’un axe extrêmement voisin.
- Si l’on peut associer, sur un même arbre rigide, deux rotors l’un moteur, l’autre nui, il suflit, pour cela, de donner des portées très petites au rotor résultant et de les faire reposer dans des coussinets a ressorts, tels que ceux représentés sur les ligures 1 et 2.
- L’action de ces ressorts est combinée de manière que l’axe de figure du rotor soit toujours ramené à coïncider avec l’axe de ligure du stator de la machine, qui est l’axe normal de rotation.
- p.418 - vue 418/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 419
- L axe de ligure du rotor décrira alors un hyperboloïdc de révolution autour de 1 axe reel d»; rotation. 11 communiquera ainsi des mouvements vibratoires aux coussinets et aux extrémités des ressorts, mais les réactions exercées sur les coussinets seront à celles qui l’auraient été, si le rotor avait été assujetti à tourner autour de son axe de ligure, dans le rapport des masses remuées à celle du rotor. Il conviendra naturellement de réduire autant que possible l’amplitude de ces vibrations. Nous verrons plus tard comment nous pourrons y parvenir dans tous les cas.
- A itesse critique w. —- Mais, en suspendant ainsi une masse M sur des ressorts ayant un module d’élasticité a, nous lui donnons la faculté d’osciller autour d e sa position d’équilibre. Elle a une fréquence naturelle d’oscillation :
- V M
- Si le rotor n’est pas parfaitement équilibré autour de son axe de figure, lorsque sa vitesse de rotation exprimée en tours par seconde devient égale à to, l’axe de rotation subit de violents soubresauts.
- Nous devons faire des ressorts très souilles, pour que le rotor puisse choisir aussi librement que possible son axe de rotation. La vitesse critique w sera donc très petite, par rapport à la première vitesse critique propre du rotor, dont elle sera complètement indépendante^ 11 sera nécessaire de la franchir, si l’on veut communiquer au rotor une vitesse de rotation Q voisine des 75 p. 100 de sa première vitesse critique propre. Nous montrerons plus loin comment ce résultat peut être obtenu en évitant la production de tout mouvement oscillatoire.
- Ces ressorts auront eux-mèmes des fréquences naturelles d’oscillation et pourront résonner, comme des diapasons, avec un son fondamental et ses harmoniques. La fréquence correspondant au son fondamental devra être supérieure à la plus grande vitesse de rotation à imprimer au rotor, exprimée en tours par seconde. Sans cela, en effet, lorsque la vitesse de rotation deviendrait égale à l’une de ces fréquences, les ressorts seraient le siège de déformations considérables, qui les fatigueraient et feraient osciller le rotor. On aurait ainsi de nouvelles vitesses critiques co', to" ... à franchir.
- Mais, le plus souvent, il faudra transmettre au rotor A itig. b un couple développé autour d’un axe rigide F tournant dans des coussinets fixes GG, dont l’axe 00' coïncidera avec celui du stator.
- Cette transmission ne pourra être effectuée que par l’intermédiaire d’un arbre flexible 11, reliant l’arbre précédent à celui du rotor. La réaction élastique
- p.419 - vue 419/950
-
-
-
- 420
- ARTS MÉCANIQUES.
- MARS 1913.
- de l'arbre llexible tendra, comme relie des ressorts, à ramener l'axe de ligure du rotor en coïncidence avec l’axe 00'.
- La première vitesse critique propre de l'arbre devra aussi être supérieure à la (dus grande vitesse de rotation qu’il devra acquérir. En calculant cette première vitesse, critique propre de l’arbre., ou devra tenir compte de ce qu’il pourra prendre dos points d’appui sur ses deux extrémités.
- delà ne nous empêchera [tas de, le rendre suflisamment souple, surtout eu le faisant creux, pour que le module d'élasticité a du syslème constitué par cet arbre et les ressorts de suspension des coussinets soit très petit.
- Si nous appelons toujours M la masse des pièces encore affaire il une vitesse critique &>= que
- vibrantes, nous aurons nous nous appliquerons
- à rendre égale, par exemple au de la vitesse de rotation maxima à communiquer au rotor. De vives oscillations des masses seront encore a craindre,
- 0----
- Fig. 6.
- lorsqu’on [tassera par cette vitesse <*>. Nous les éviterons, comme dans le premier cas et comme il sera dit plus loin.
- Les phénomènes qui accompagnent la rotation d’un rotor conduit par un arbre flexible sont des plus remarquables. Les diverses explications que nous eu avons trouvées, dans les livres, nous ont paru inexactes ou incomplètes, d’est pourquoi nous avons cherché, a notre tour, à en faire la théorie.
- Théorie de l’arbre flexible. — L’arbre flexible reçoit à son extrémité 0 (lig. 7/ une vitesse de rotation Ü, autour de l’axe 00'. Il peut, en tournant lui-même autour de son axe neutre déformé, transmettre au rotor A une vitesse de rotation (Q—-aj, autour d’un axe xy différent de l’axe 00', a la condition que l’axe xy prenne lui-même une vitesse de rotation x, dite de précession autour de l’axe 00'. Telle est la propriété fondamentale de l’arbre flexible.
- Mais il ne suffit pas que cette décomposition soit possible, il faut encore qu’elle soit déterminée.
- Supposons, pour faciliter l’explication, que le centre de figure y du système
- p.420 - vue 420/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 421
- s<* trouve sur l'axe xy et décrive une circonférence de rayon p, autour de l’axe OO'.
- L arl)r(; llexilde n<ï peut tourner, autour de son axe neutre déformé, sans avoir à surmonter des frottements moléculaires. Un certain travail est ainsi perdu par hystérésis. 11 est proportionnel à la vitesse (Q— a) et h une certaine fonction <p (p) de la flèche p du point y. Ce travail devant être fourni par 1’arbre rigide (i, il tant qu’un couple égal à <p (p) soit développé autour de lui.
- D’autre part, si l’axe «retourne avec la vitesse a autour de l’axe 00', le centre de ligure y du rotor doit se frayer un chemin, avec la vitesse ap, «à travers le milieu ambiant, malgré sa viscosité. Si nous désignons par q un coefficient d amortissement, il y aura ainsi un travail absorbé et l’on aura, d’après les
- Y(a-«0
- vpotbèses habituelles: = Ce travail doit être également fourni par
- arbre (i, d’où un nouveau couple égal h qorf développé autour de cet. arbre.
- Le couple <p (p) tend à accélérer le mouvement de précession, le couple ya2p3 tend à le ralentir. La condition d’équilibre dynamique est :
- ça2p:i = ç(o)
- Le travail t fourni par l’arbre U est égal à :
- T = Q©(o)
- Il se décompose en un travail == (Q — a) <p(p) absorbé par l’hyslérésis de l’arbre et un travail T2 = ^<x3p3 =a^>(p) absorbé par la viscosité du milieu.
- Donc, pour que le rotor puisse tourner autour d'un axe différent de l'axe GO', il faut que le milieu ambiant soit visqueux.
- Cette condition nécessaire n’est pas suffisante. En effet :
- Le couple d’hystérésis est produit par des forces de frottement. Elles sont d’abord indéterminées et égales et opposées à celles qui tendent à faire glisser, les unes par rapport aux autres, les parties en contact, jusqu’à ce que ces dernières forces soient devenues assez grandes pour déterminer le glissement. Ce n’est qu’à partir de ce moment que le couple d’hystérésis se développe.
- p.421 - vue 421/950
-
-
-
- 422
- ARTS MÉCANIQUES.
- MARS 1913.
- Donc, tant que nous aurons çû2p3<<p(p), les tensions moléculaires leron équilibre au couple q Û2p3 et empêcheront le glissement. Tant qu’il en sera ainsi, nous aurons a = Q et tout le système tournera, autour de l’axe 00\ avec la vitesse Q.
- L’expérience montre que le travail absorbé par l’hystérésis croit moins vite, avec la flèche p, que celui absorbé par la viscosité.
- Pour une valeur donnée de la vitesse Q, la flèche p ne pourra donc grandir indéfiniment, sans que la condition q Q2p3— <p(p) soit satisfaite. A partir de ce moment, la décomposition de la vitesse Q en une vitesse de rotation (Q—x) et une vitesse de précession a se produira.
- Si l’on trace les courbes ?/ = <p (p) et y' = q a2p3 (fig. S'), en portant les p en
- Courbe I : yiÿûfy®3 Courbe II: ÿ* <](&$>* '
- Fi"'. 8.
- abscisses, la seconde se relèvera d’autant plus vite que la vitesse x sera plus grande et coupera la première en des points dont les abscisses seront d’autant plus petites. Il en résulte que les valeurs de la flèche p nécessaires pour assurer la décomposition de la vitesse Q, seront d’autant plus petites que la vitesse ü sera plus grande et le coefficient d’amortissement q plus élevé.
- Donc, 'pour que le rotor puisse tourner autour d'un axe différent de l'axe 00', il faut encore que l'arbre flexible ait subi une deformation minima, d'autant plus petite que la vitesse Q est plus grande et le coefficient d'amortissement q plus élevé.
- Nous avons ainsi deux phases à considérer dans la rotation d’un rotor monté sur un arbre flexible, suivant que le rotor tourne autour de l’axe 00' ou d’un axe différent.
- Première phase. — Le centre de figure y est toujours sur l’axe de figure uv du rotor (fig. 9) et celui-ci est tangent à l’axe neutre déformé de l’arbre au point u, où l’arbre flexible se relie à l’arbre rigide du rotor.
- Admettons que le centre de gravité r, soit toujours situé dans un plan pas-
- p.422 - vue 422/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 423
- sant par l’axo 00' et lo point y. Soit p la distance du point y à l’axe 00' et £ une longueur constante. Les déformations à considérer étant très petites, les cosinus des angles pourront être considérés comme égaux à 1 et la distance du centre de gravité r, à l’axe 00' pourra être représentée par p +
- La lorce de rappel développée par l’arbre sera égale à ao. La force centrifuge
- *___o’
- Fîg. 9.
- exercée sur le centre de gravité sera égale à MQ2(o + S). La condition d’équilibre dynamique sera : ap — MQ2(p + .8)
- D’où :
- MQ*8
- ? “ a — MU2
- ou, en posant, comme nous l’avons fait plus haut :
- <0 = 1 /£
- N M
- Û2 .
- La tlèclie p tendra vers l’infini, lorsque la vitesse Q tendra vers la vitesse critique w.
- On vérifie facilement la stabilité du régime ainsi défini, tant que la vitesse Q est inférieure à la vitesse critique w.
- La formule précédente donne encore une vitesse finie pour la flèche p, lorsque la vitesse Q est plus grande que la vitesse w, mais, dans ces conditions, le régime est instable.
- En effet la flèche p serait de signe contraire à l’excentration Le centre de gravité devrait donc se trouver entre l’axe 00' et le centre de figure y, dans un plan passant par cet axe et le point y. Il serait dans les mêmes conditions que le eentre de gravité d’un pain de sucre reposant sur sa pointe. Ce régime ne pourra lonc s’établir, lorsque l’on aura Q > w.
- Mais avant que la vitesse critique soit atteinte, nous entrerons dans la conde phase de la rotation.
- Sur la figure 40, nous avons tracé deux courbes, en prenant les vitesses Q
- p.423 - vue 423/950
-
-
-
- 424
- ARTS MÉCANIQUES. ---- MARS 1913.
- pour abscisses. La courbe I représente les valeurs de la flèche p données par l’équation
- Q2 „
- La courbe 11 représente les valeurs de la flèche p données par l'équation
- fjL22p:l = <p(p)
- La courbe I sVdève d’abord très lentement, puis très rapidement, lorsque la vitesse ü se rapproche de* la vitesse w. Comme elle est asymptote à la parallèle
- Courbe! ps I ~ co2-si3
- Courbe II:
- tirée de qJi3/o3= <p/o)
- Fig. 10.
- à l’axe des p avant co pour abscisse, elle rencontre nécessairement la courbe II en un point P, dont l’abscisse Q, est très voisine de w, mais plus petite.
- A partir de ce moment, la rotation entre dans sa seconde phase.
- Seconde phase. — Ce qui caractérise cette seconde phase de la rotation, c’est que la décomposition de la vitesse Q en une vitesse de rotation moindre (ü — a) et en line vitesse de précession a détermine la production d’un couple tendant à redresser l’arbre flexible et «à ramener son axe neutre en coïncidence avec l’axe 00'.
- Supposons d’abord le rotor parfaitement équilibré, par rapport h son axe de figure uv, qui sera alors son axe naturel de rotation et se confondra avec l’axe xy de la figure 7. Désignons par I le moment d’inertie du rotor, par rapport à cet axe, et par (f l’angle de ce dernier, avec l’axe 00' (fig. 7).
- L’axe xy rencontrera l’axe 00' en un poiAt x. Désignons par / la distance au point # du centre de figure y. La flèche p de ce dernier, par rapport à l’axe 00' cra éghle «à p = / sin 0.
- La longueur / ne différera jamais que très peu de la distance du point y au
- p.424 - vue 424/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 425
- point O, où 1 axe neutre de l’arbre flexible se reliera à celui de l’arbre rigide F, comptée le long de l’axe neutre de l’arbre flexible. Elle lui serait toujours égale, si toute la flexibilité de cet arbre était concentrée dans le voisinage immédiat du point 0. rSous pourrons donc considérer la longueur / comme constante.
- Le couple gyroscopique, qui tendra à diminuer l’angle 6, sera égal à :
- 1 (S.2 — a) a sin 0 = I (Q — a) a ~
- L- couple exercé par la force centrifuge, sur l’axe du rotor, sera égal à Moc2/p. Le couple développé par la réaction élastique de l’arbre el îles ressorts de suspension sera égal à alo.
- La condition d’équilibre dynamique sera donc :
- Ma2/p — 1 (U — a) a j = a/p
- oïl
- (1 + Ml'1) a2 — Dix •— aPp = 0
- Les travaux (Ü — a) <p (p) et a. <p (p) absorbés par l’hystérésis et la viscosité seront nécessairement positifs. La vitesse de précession devra donc toujours être de même signe que la vitesse û et plus petite qu’elle.
- La seuli? solution «à considérer de l’équation précédente est, en posant comme précédemment : w =
- a
- O
- i +
- V
- oj2 / Ml'1
- 1 + 4<^ V +~T.
- i +
- Ml'1
- Mi'1
- ~T
- On vérilie facilement que, pour 0 = to, on a a = w. Lorsque la vitesse Q devient supérieure à w, la vitesse a. devient plus petite que la vitesse 12.
- La décomposition de la vitesse Q en une vitesse de rotation moindre et une vitesse de p récession ne peut donc se faire que lorsque la vitesse 12 est devenue supérieure à la vitesse critique «, dans le cas actuel. Cela tient à ce que nous avons supposé le rotor parfaitement équilibré, ce* qui a rendu la condition d’équilibre précédent!? indépendante de la flèche p.
- Connaissant la vitesse oc, nous déterminons la flèche p correspondante, au moyen de la condition :
- Ça2p:! — œ (p)
- Le rolor étant parfaitement équilibré, la flèche p demeure nulle, tant que Tome 119. — 1er semestre. — Mars 1913. 28
- p.425 - vue 425/950
-
-
-
- 426
- ARTS MÉCANIQUES. --- MARS 1913.
- ([lin la vitesse Ü est inférieure il la vitesse critique co. Dès que celle-ci a été dépassée, elle: se trouve déterminée, comme nous venons de le voir.
- La stabilité du régime est assurée pana1 que b; couple dû à la viscosité croit plus vite, avec la flèche p, que celui du à Phvstérésis.
- Supposons que, l'équilibre élanl obtenu, la flèche p subisse un accroissement acculentel </p. Li couple yx2p:! l'emportant sur h; couple <p(p) la vit(*sse x diminuer nécessairement. Il en résulte: que la différence
- (1 + AI/3) a- — lüx
- qui est essentiellement positive dans Je cas actuel, comme il est facile de s’en assurer, diminue tandis que le produit x l~ no varie pas.
- Le couple résultant, qui tend à augmenter la flèche p, et qui est proportionne! à la différence (1 + M/y x2— lüx, devient dorîc plus petit que le couple proportionne! au produit x/2, qui tend à diminuer cette flèche.
- Donc la flèche p se trouve ramenée à sa valeur primitive.
- Lorsque la vitesse Ü grandit de plus en plus, la vitesse x a pour limite
- ü I
- -j. La flèche p, qui est d’autant [dus petite que la vitesse ü est [dus grande,
- I + >1/ tend donc vers zéro
- ü M/2
- Quant à la vitesse de rotation (ü — x), elle a [tour limite M/2
- Supposons maintenant le rotor mal équilibré.
- #
- Son centre (h* ligure y sera toujours sur la tangente à l’axe neutre déformé de l'arbre flexible, menée par l’extrémité' de celui-ci, mais son centre de gravité r, sera situé à une distance constante du point y.
- Le régime correspondant au cas où le rotor était parfaitement équilibré ne pourra s’établir. En effet, le point y devrait tourner autour du point r,, en décrivant une épicycloïde, autour de l’axe 0()\ La flexibilité de l’arbre lui permettrait bien de le faire, mais la force de rappel exercée sur le centre de gravité varierait à chaque instant, au lieu d’être constante, comme il le faudrait.
- Mais le rotor pourra tourner avec la vitesse (ü — a) autour d’un axe OQ passant entre son axe naturel de rotation et son axe de ligure et animé, lui-même, d’un mouvement de p récession de vitesse x autour de l’axe 00'.
- Nous allons voir comment un nouvel état d’équilibre dynamique stable pourra s’établir, dans ces conditions.
- p.426 - vue 426/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 427
- Sur un pian perpendiculaire à l’axe (KL, passant par le centre de gravité Y) (lig. 11), nous projetons en y le centre de ligure du rotor. Soient ^ la distance constante des points y et v), Q et les traces sur ce plan des axes OQ et OO', r la distance du point y au point Oj, p la distance supposée constante des points Q et 0X et p' la distance viQ.
- La force de raj>pel exercée par l’arbre flexible et les ressorts de suspension sur le point y est égale, à chaque instant, h ar et dirigée suivant yO,.
- Fig- H.
- Nous pouvons la considérer comme la résultante de deux forces de rappel cou st au tes :
- la première égale à a (à—p') et dirigée suivant yQ, la seconde égale à «p et parallèle à QOt.
- Si nous rapportons la position du point vj à deux axes de coordonnées rectangulaires OjXet 0, Y, passant par le point Ot de la figure 11, et si nous supposons toujours l’angle 0 de la figure 7 assez petit, pour que l’on puisse poser cos 6=1, les coordonnées x et y du point e ont pour expressions :
- $ — p cos a t + p' COS (Q — a) t y = p sin af + p' sin (Q — a) t
- d’où :
- = — a-p cos a t — (ü — a)-p' cos (Q — a) t — — a2p sin ai — (O — a)2p' sin (Q -— a)t
- La masse du rotor étant M, la force centrifuge exercée sur le centre de gravité r, a [tour composantes, suivant les memes axes :
- fx = Ma2p cos a t + M (ü — a)2p/ COS (ü — a) t fy = Ma2p sin a t + M(Q —- a)2p' sin (Q — a) t
- p.427 - vue 427/950
-
-
-
- 428
- ARTS MÉCANIQUES. ---- MARS 1913.
- On peut la considérer comme la résultante »l<! deux forces constantes appliquées au point tî :
- la piaunièr»1 égal»! à ]\lx2p et parallèl»! à ()tQ,
- la seconde «‘gai»1 à M (Ü — x)2p' dirigé»! suivant Qr,.
- Ilien qu<! 1»! rot»>r <>»>nsi»tér<! m; soit pas parfaitcnuml de révolution, autour de son axe naturel de rotation, nous admettrons, conformément à l'expérience, que les phénomènes gyroscopiques (hlvadoppent toujours une força1 F appliquée au centre de gravité r(, par exemple, et normale au chemin 'parcouru parce point, quel qu’il soit.
- Soient :
- ü' la vitesse de rotation du rotor, autour de son axe naturel de rotation,
- 6' l’angle que fait, h chaque instant, l’axe naturel de rotation, autour duquel tourne le rotor, avec l’axe instantané de rotation autour duquel tourne l’axe nal ure I,
- x' la vitesse angulaire instantané»! de celte dernier»1 rotation,
- / la distance du centr»1 de gravit»- r, au [joint lixe :
- K — - Ll'x si il 0'
- Nous pouvons c»msid»;rer les points Q et y d»1 la tigur»1 11 comme tournant aut»mr du point r avec une vitesse il', pendant que celui-ci décrit line épicyeloïde autour du point O,.
- Si Je système ne tournait pas autour d»; r,, un observateur couché le long de l’axe ()r; et regardant l’axe 00' verrait les points 0 et y immobiles, par rapport à lui.
- Si le système tournait avec la vitesse Ü' par rapport à 0r(, il verrait, en particulier, le point (J décrire une circonférence autour de lui et, au bout de chaque tou r, le point Q reparaîtrait sur la droite O r,.
- 0h»!rchons 1’expression de l’angle que font entre elles les droites Qr, et 0/;.
- Sonml encore <I<111x axes rectangulaires fixes 0,X elYQY, passant par le point()r Nous pouvons représenter la droite Qr; par une expression de la forme
- y ~ax + b
- et la »lroile 0/; par une expr»!ssioji d»1 la forme
- y = aie
- Si nous »lésignons par <p et <p' Jes angles qu’elles font avec l’axe OtX. Nous aurons :
- ly ç :— a ? — a
- p.428 - vue 428/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 429
- L’angle cherché esl égala (<p— <p7), d’où :
- tg (? — ?')
- a — a' \ + aa!
- S(ti(‘iit v/j les coordonnées du point Q, xiyi colles du point 7). Nous aurons :
- i/i 1= ax i + b u± ax, + 6
- d’où
- Nous aurons, d’autre part :
- d’où :
- a
- j/i — y*
- x | — x±
- a
- 11
- Xi
- rn _#2 0/1 — V>) — Vi (æi—æ-i)
- r 1 Xi (x, — a?2) + 1/2 0/1 — y2)
- Nous aurons, par hypothèse :
- Xi = p COS à / Æj = p cos a t p1 cos (Q — a) (
- iji — p sin a t iji = p sin a t + ?' sin (O — a.) t
- Nous en tirons finalement :
- d’où
- _ pp' sin (Q— 2 a)t pp' cos (Q — 2 a) t -)- p'2
- Q' — Q- — 2 a
- Les choses se passeront encore comme si le rotor tournait autour de son axe naturel de rotation mais avec la vitesse (ü — 2a), au lieu de la vitesse (Q—a).
- Le mouvement du cent re de gravité se décompose à chaque instant :
- 1° en une rotation autour du point Oj effectuée à la vitesse a. Si nous dé
- r'
- signons par r' la distance O v), nous avons sin La force dévelopjiéc au
- point 7), par suite de ce mouvement, est égale à I (Q — 2a)a- et dirigée suivant r( Or Nous pourrons la considérer comme la résultante de deux forces
- constantes :
- l’une, égale à I (O
- 2a) a i-! l-
- parallèle à QOp
- l’autre égal»1 à I fü — 2a) a
- r
- dirigée suivant r, Q.
- p.429 - vue 429/950
-
-
-
- 430
- ARTS MÉCANIQUES.
- MARS 1913.
- Los forcos développées au point y], par les efVeis gyroscopiques, pouvant être représentées par doux composantes :
- l'autre égale à I (Q—
- ^ dirigée suivant r, Q.
- Pour qu’il y ait dquilibro dynamique, il faut :
- 1° que les sommes dos composantes dos forces dirigées, soit parallèlement, à QO,, soit suivant v;Q, soient milles;
- 2° que le moment, par rapport au point Q, des forces parallèles h QOj soit constant.
- Ce moment ne peut pas être constant, parce qu’il prendrait toujours du travail h l’arbre ou lui en fournirait, alors que, dans le calcul précédent, nous n’avons considéré que des forces conservatives. Il agira, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre et fera varier, pendant la durée d’un tour, la vitesse de relation (Q— 2a) du rotor, autour de sou axe naturel de rotation.
- Mais nous pourrons toujours supposer le moment d’inertie lassez grand pour que ces variations de vitesse soient insensibles et que l’on puisse considérer la vitesse (Q— 2a) comme constante. Il suffira alors de remplir la première cornli-
- • /
- tion. Elle se traduit par les deux équations suivantes, en posant co - :
- M /2a2 — I (Q — 2 a) a — M +o2 = 0
- m mi — «yy — i (q — 2 *) q p' - m /-,.> (0 — Pq = 0
- d’où :
- /________
- M /2[(ü — a)'2 + w*j — 1 (Ü — 2 a) O’ °
- M/+>2o
- [M P (Q — a)2 — 1(0 — 2 a)] 5
- M /2[(12 — a)2 + m2] — I (ü — 2 a) ü
- a
- I Ü + 02Ü2 + 4M/2(MZ* + 2 1) O»2 2 [M i- + 2 1]
- Lorsque la vitesse ü grandit (b; ]>Ius en plus, ces quantités tendent'vers les limites suivantes :
- 0
- p.430 - vue 430/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉGANIQUE.
- 431
- Quant à la flècbe p, alla est an aura donnâa par la condition :
- qct-p'2 — œ(p)
- KII(> tand vers 0, lorsque la vitesse Q croît de plus an plus.
- Las points y, tj et Q peuvent occuper las positions relatives indiquées an T, 11, III, sur la figure 12.
- Dans las deux premiers cas, la régime est stable. Dans la troisième, il est instable. On s’en rend compta immédiatement.
- Dans las calculs précédents, nous avons appelé p' et <5—les distances des
- »—> t <«
- r 3 '>
- i
- « / e
- h
- q ü i in
- Fig. 12.
- points t) et y au point Q (fig. 11), en les comptant positivement, dans des sens inverses, le long de la droite y Qn.
- Pour que le troisième cas se réalise, il faut que :
- 1° les quantités p'et —pO soient désignés contraires, pour que les points y et y, soient situés du même coté, par rapport au point Q;
- 2° la distance p' soit [dus petite, en grandeur absolue, que la distance —• p'. Il faut pour cela que p' soit de signe contraire à à.
- D’où les deux conditions :
- M P [Q — a]2 — I [Q — 2 a) Q < 0 M/2 [(Q — a)2 -f w3] — I (Q — 2 a) û < 0
- Si ta seconde condition est satisfaite, la première l’est nécessairement
- Lorsque la devient :
- vitesse û grandit de plus en plus, la deuxième condition
- M /*
- pi r2 + 2 r \ r m i2 n
- _M/2 + 2I_ |_M l2 + 2 IJ
- ou Ml2 < 0
- <0
- ce qui est impossible.
- p.431 - vue 431/950
-
-
-
- 432
- ARTS MÉCANIQUES.
- MANS 1913.
- Donc le régime plus en plus.
- deviendra toujours stable, lorsque la, vitesse Q grandira de
- Equilibreurs automatiques. —- Le centre de ligures y décrira un épicy-cloïde autour de l’axe 00', mais, lorsque la vitesse Q grandira de plus en plus, cette courbe tendra à se confondre avec une circonférence de rayon ayant son centre sur l’axe 00'.
- Comme nous l’avons déjà dit, il importe à la conservation du systèmes que; le rayon de cette circonférence soit très petit. Il faut demc que le; centre; de gravité du rotor se trouve aussi près que possible de son axe de figure. Céda ne suffit pas.
- Bien que le centre de gravité fût sur l’axe de figure, celui-ci pourrait décrire
- un cône autour de l’axe de rotation. Son point d’attache, avec l’arbre flexible, décrirait une circonférence autour de l’axe réel de rotation, dont le rayon no serait pas nul.
- Il faut donc, pour éviter la production continuelle de mouvements vibratoires, que l’axe naturel de vibration du rotor, qui est un de ses axes principaux d’inertie passant par son centre de gravité, coïncide aussi parfaitement (jne possible avec son axe de figure.
- Nous arrivons à obtenir, dans tous les cas, très sensiblement cette coïncidence, au moyen des équilibreurs automatiques, dont nous allons rappeler le principe.
- Un équilibreur automatique est constitué par un tore creux, concentrique à l’arbre du rotor, et partiellement rempli de mercure.
- Pour réaliser ce tore (fig. 13 et 14), on pose à chaud, sur un volant I, une frelte K, à. l’intérieur de laquelle on a creusé une gorge circulaire.
- p.432 - vue 432/950
-
-
-
- DES GUANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 433
- Nous avons reconnu la nécessité d’amortir énergiquement les mouvements du mercure, par rapport aux parois du tore. Pour cela, nous disposons, à l’in-terieur de l’équilibreur, une série de palettes en acier b, b... Chacune d’elles est munie, du côté extérieur, d’une très petite échancrure c, pour laisser passer le mercure, et, du côté de l’intérieur, d’une échancrure d, de plus grande section, pour laisser passer l’air ou le liquide visqueux, qui achèveront de remplir le tore.
- Lus tores pouvant n’avoir qu’une épaisseur très petite, nous en superposons généralement plusieurs, sur le meme volant, afin d’augmenter l’effet utile de l’appareil (11g. 15).
- La ligure 16 représente une coupe faite, dans un équilibreur,'par un plan nor-
- Fig. 15.
- Fig. 16.
- mal à son axe. Nous avons représenté en vj, y et Q les traces, sur ce plan, de l’axe de figure, de l’axe naturel et de l’axe réel de rotation.
- Le point Q se trouve, comme nous l’avons vu, sur la droite y rh entre les points y et v).
- Si la figure tourne autour du point Q, la surface libre du mercure a pour trace, sur son plan, une circonférence avant son centre au point Q.
- Le centre de gravité W de la masse de mercure se trouve nécessairement sur le prolongement de la droite y) Q, de l’autre côté du point Q, par rapport au point 7).
- Or nous pouvons considérer le rotor proprement dit, non compris les masses de mercure, comme un rotor ayant son axe naturel de rotation passant par le point Q, auquel on aurait ajouté, en particulier, une masse addition-
- p.433 - vue 433/950
-
-
-
- 434
- ARTS MÉCANIQUES.
- MARS 1913.
- nulle de déséquilibrage g située sur le prolongement de In droite O n, à une distance 1 du point Q.
- L’action de l’équilibreur est la meme que celle de la masse de mercure que contiendrait un disque plat ayant un diamètre égal au diamètre extérieur du tore creux et une largeur égale à celle de ce tore, le centre de gravité de cette masse se confondant avec le point y. En effet, si dans cette masse nous découpons le volume limité par un cylindre ayant pour axe l’axe naturel de rotation et tangent aux parois du cylindre qui limite le tore, vers l’extérieur, il nous reste précisément l’onglet de mercure de l’équilibreur. Or tout*; la masse ainsi enlevé»; était parfaitement équilibrée, par rapport à l’axe réel de rotation, et ne pouvait exercer aucune action sur la position de ce dernier.
- Donc, si nous appelons v la masse de mercure réellement contenue dans l’équilibreur, qui sera très petite par rapport à la masse ni, et par r la distance de son centre de gravité v)' au point Q, nous aurons la relation :
- v x = m yQ.
- Il y aura équilibre lorsque l’on aura
- v x = m yQ — a).
- La masse fictive m pouvant être rendue très grande, la distance y Q pourra être rendue très petite, parce que le produit g \ tendra vers une limite, lorsque l’axe réel de rotation se rapprochera déplus en plus de l’axe de figure, qui sera naturellement très petite, pour peu que le rotor ait été soigneusement construit, même s’il subissait de petites déformations, pendant la marche.
- La masse de mercure se comporte donc comme une masse additionnelle, dont le centre de gravité va occuper de lui-même, sous l’influence des forces d’inertie, la position voulue, sinon pour équilibrer parfaitement le rotor, du moins pour réduire son déséquilibrage d’autant plus que l’équilibreur employé a un plus grand diamètre extérieur et est plus large. "r
- Comme il faut deux masses additionnelles, agissant en des points distincts, pour ramener l’axe naturel de rotation d’un rotor en coïncidence avec son axe de figure, nous devons disposer un équilibreur N à chaque extrémité du rotor, comme il est représenté sur la figure 17, où le rotor est supposé constitué par un assemblage de quatre roues distinctes L,...L,, montées sur un même axe rigide.
- Nous sommes désormais en mesure d’assurer, dans les meilleures conditions, la rotation d’un rotor quelconque à une vitesse angulaire Q aussi grande
- 3
- que l’on veut, pourvu qu’elle ne dépasse pas les j de la plus petite des vitesses
- •te
- p.434 - vue 434/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 435
- critiques propres du rotor et do Taxe flexible qui le conduit, et pourvu qu’elle soit grande, par rapport à la vitesse critique w du système constitué par le rotor et l'axe flexible.
- Mais il laudra toujours passer par cette vitesse critique w, soit à la mise eu mute, soit à l'arrêt. A ce moment, comme nous l’avons vu, de fortes vibrations seront à redouter.
- Passage de la vitesse critique c*>. — Après avoir essayé divers procédés, pour
- empêcher ces vibrations de se produire, nous nous sommes arrêtés au suivant, (fui est le plus simple et le plus sûr.
- La vitesse critique w sera toujours basse et (‘gale auenviron, de la vitesse angulaire normale ü.
- Il n’y aura donc aucun inconvénient à maintenir calés les coussinets supportant l’arbre, lorsque la vitesse û sera comprise entre 0 et 2«, par exemple. Pour ü = 2w, les réactions exercées par le rotor, sur ses points d’appui, seraient 2o fois plus petites que si la vitesse avait pris sa valeur normale, les coussinets étant demeurés calés.
- Le facteur est tellement grand que l’on conçoit, sans peine, la possibilité de donner au rotor des portées très légères et capables de supporter les réactions dues à son défaut d’équilibrage, lorsqu’il tourne seulement à la vitesse 2 to.
- Les coussinets ('‘tant ainsi calés, il n’y a plus de vitesse critique w à passer. Lorsqu’on les décale, le rotor se met à tourner autour d’un axe qui est déjà très voisin de son axe de ligure. Nous avons vérifié expérimentalement que le fait de caler ou de décaler les coussinets, à une vitesse voisine de 2 to, n’amenait aucun trouble dans la marche.
- p.435 - vue 435/950
-
-
-
- 136
- ARTS MÉCANIQUES. ---- MARS 1913.
- La ligure 18 représente la disposition adoptée dans notre appareil d’essai.
- (Iliaque coussinet est supporte par des ressorts Up IL, Ii:), dont les extrémités sont munies de vis de réglage S,, S.,, S, permettant de centrer parfaitement le coussinet.
- Les déplacements du coussinet soûl limités, vers le bas, par deux butées
- \ v \ \
- \ \ \ \ \ \
- N ' \ '
- Fig. 18.
- fixes Tp T,, qui normalement s’approchent de lui jusqu’à une distance de 0,2 à 0,3 mm. Ce jeu est suffisant.
- Une troisième butée T, limite ces déplacements vers le haut, mais celle-ci est mobile et on peut la faire monter ou descendre, au moyen d’une tète de v i s* U.
- p.436 - vue 436/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 437
- fru I abaissant, nous formons le coussinet à venir s’appuyer sur les butées inferieures et nous le calons ainsi. En relevant la butée T;j, nous lui rendons toute sa liberté.
- iNous sommes ainsi obligés, pour caler les coussinets, de déplacer légèrement I arbre du rotor; mais 1<îs jeux pratiquement nécessaires sont si petits que cela ne peut présenter aucun inconvénient. Rien n’empècherait d’ailleurs de rendre loules les butées mobiles, en les disposant comme les chiens d’un plateau « à centrer » (h; leur.
- L huile de graissage arrive au coussinet par un trou pratiqué dans la butée mobile.
- Cette disposition nous a fourni les meilleurs résultats. Il sera naturel de faire commander les déplacements de la vis par le tachymètre du régulateur de vitesse de la machine, de manière que les coussinets soient calés ou décalés aux moments voulus. On peut imaginer une infinité de systèmes cinématiques permettant d’assurer cette liaison.
- Conclusions. — A la suite de nombreux essais de vérification, nous croyons pouvoir énoncer les conclusions suivantes :
- On peut communiquer, en toute sécurité, à un rotor quelconque, une vitesse angulaire de rotation atteignant les trois quarts de sa première vitesse critique propre, quelque élevée que soit cette dernière.
- Si le rotor repose sur des points d’appui élastiques, cette première vitesse critique propre est suffisamment élevée pour qu’on puisse faire des turbines h vapeur à une roue utilisant bien le travail disponible dans la vapeur. On peut également faire des compresseurs rotatifs à plusieurs roues utilisant toute la puissance fournie par ces turbines, en tournant à leur vitesse. Toutes les fois que cela sera possible, il y aura lieu de monter, sur un meme arbre, le rotor moteur et le rotor mû, pour n’avoir à leur transmettre aucun couple.
- Le rotor résultant devra pouvoir choisir, à chaque instant, son axe de rotation.
- Les coussinets devront donc être portés par des ressorts, qui pourront être de nature quelconque. Le système ainsi constitué aura une vitesse critique co, qu’on rendra très basse, en rendant les ressorts très souples. Au moment de la mise en route, on calera les coussinets, jusqu’à ce que la vitesse critique w ait été suffisamment dépassée et on les rendra libres après. Au moment de l’arrêt, on recalera les coussinets, dès que la vitesse se rapprochera de la vitesse critique w. Si la machine est munie d’un régulateur de vitesse, ce qui sera le cas général, on fera exécuter automatiquement ces opérations par son tachymètre.
- p.437 - vue 437/950
-
-
-
- 438
- ARTS MÉCANIQUES.
- MARS 1913.
- La plus petite dos fréquences naturelles d’oscillation dos ressorts employés devra être supérieure à la plus grande vitesse de rotation à imprimer au rotor, exprimée en tours par seconde.
- S’il est nécessaire de transmettre un couple au rotor, on le fera au moyen d’un arbre flexible, dont la première vitesse critique propre sera supérieure à la vitesse normale de rotation. Mais on conservera les coussinets à ressorts du rotor, de manière à pouvoir donner une grande souplesse à l’arbre flexible, sans qu’il soit déformé par le poids du rotor.
- Le système constitué par le rotor, le joint flexible et les ressorts de suspension aura une vitesse critique w, que l’on passera, comme dans le premier cas, en calant momentanément les coussinets à ressorts.
- Enfin, dans tous les cas, on assurera le bon équilibre du rotor, que ses matériaux soient déformables ou non, en lui adjoignant deux équilibreurs automatiques.
- En rendant le rotor libre de choisir, à chaque instant, son axe de rotation, on évitera toute fatigue à ses matériaux et à ceux du stator.
- En disposant des équilibreurs automatiques sur le rotor, on rendra inoffensives les vibrations des coussinets, ressorts de suspension et arbres flexibles, dont la durée deviendra presque indéfinie. En même temps, on pourra réduire les jeux du rotor, dans le stator qui l’entourera, comme s’il reposait sur un arbre rigide porté par des coussinets fixes.
- III. — Limites actuelles des vitesses tangentielles.
- Les Aciéries d’imphy fabriquent des aciers d’une qualité dite BY contenant environ 5 p. 100 de nickel et 1,5 p. 100 de chrome, dont la limite d’élasticité, alors qu'ils n'ont été ni laminés, ni tréfilés, est supérieure à lG0kg:mm2 et dont l’allongement, à la rupture, est de 7 p. 100. Ces aciers ne sont pas cassants, leur résilience est de 11 kg:mm2. Ils ne sont pas réversibles, aux températures inférieures a 200°. Leur densité est huit fois celle de l’eau.
- Ils conviennent bien à la construction de pièces de machines : à condition que leur température n’atteigne jamais 200°, on peut, d’après les Aciéries d’imphy, leur faire subir, en toute sécurité, une contrainte normale de 40 kg:mm2.
- Voyons quelle vitesse langentielle on pourra communiquer aux rotors dos principales machines rotatives constituées avec ces aciers.
- p.438 - vue 438/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 439
- 1° Rotor de turbines à vapeur. —La ligure 19 représenté la coupe d’un rotor dii turbine de Laval de 300 chv. Il nous a paru remarquablement bien proportionné. L’est un disque d’égale résistance non percé en son centre. Cette condition est essentielle, car la contrainte du métal se trouve au moins doublée, le long des bords d’un Irou. Il porte 200 aubes le long de sa périphérie. Elles
- Sga——
- Fig. 20,
- Fig. 19.
- sont suffisamment rapprochées, par rapport à leur largeur, pour que les veines de vapeur soient obligées de bien épouser leur profil. Enfin ces aubes ont une
- 1
- hauteur sensiblement égale au ^jdu diamètre de leur circonférence moyenne.
- Dan s ces conditions, la turbine débite assez de vapeur et est assez puissante, même en fonctionnant à injection partielle, pour que le travail absorbé par les frottements du disque, contre le milieu où il tourne, soit toujours petit par rapport au travail utile fourni.
- p.439 - vue 439/950
-
-
-
- 440
- ARTS MÉCANIQUES. ---- MARS 1913.
- Désignons par :
- y.x l'épaisseur do disque à l'endroit où il est traversé par l’axe de rotation, y son épaisseur à la distance x de cet axe,
- Û la vitesse angulaire, la densité du métal, l la tension radiale du mêlai, e la base du système népérien, g l'accélération de la pesanteur.
- Le profil du disque est déterminé de manière que l’on ail
- Vf
- 2gt
- 1/ = <ya c
- Dans un disque d’égale résistance, la tension radiale est égale à la tension tangenlielle en tous les points et la tension résultante est y/2 fois plus grande que l’une des précédentes.
- Donc, si nous voulons que la contrainte du métal soit de 40 kgannr, il
- 40
- faut faire seulement / =—— kg:mm2 dans la formule précédente et non
- V2
- 40 kg:mm-.
- On trouve alors, qu’avec le rotor représenté sur la ligure 19, où la circonférence moyenne des aubes a 500 mm de diamètre, celle-ci peut acquérir une vitesse tangenlielle de 460 m, avec une vitesse de rotation de 18 450 tours par minute.
- »
- La masse d’acier de ce rotor (bouts d’arbre non compris) est de 26,420 kg. L’est le rotor d’une machine de 300 chv. La masse est donc inférieure à 1/10 kg par cheval, et sa puissance spécifique est extraordinairement élevée.
- On peut faire des rotors de puissance aussi grande que l’on voudra, mais supérieure à la sienne, ayant des qualités au moins égales.
- Multiplions, en effet, par x le diamètre extérieur de la couronne d’implantation des aubes, en laissant leur largeur constante. Nous pourrons y implanter x fois plus d’aubes de même profil transversal et a: fuis plus hautes. Elles seront aussi serrées que celles du premier rotor.
- La masse de la couronne d’aubes sera multipliée par x2; mais, si sa vitesse périphérique moyenne demeure la même, l’effort de traction total, qu’elle exercera sur la couronne d’implantation, sera, seulement, multiplié par x. L’effbrf par unité de surface n’aura pas varié.
- Si nous multiplions maintenant par# toutes les dimensions radiales du reste
- p.440 - vue 440/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 441
- du rotor, (>n laissant constantes tes dimensions parallèles à l’axe correspondantes, nous ne changerons rien aux contraintes subies par le métal aux divers points du rotor, à égalité de vitesse tangentielle.
- La niasse du nouveau disque sera multipliée par x2, mais, toutes choses égales d’ailleurs, la section du passage offert à la vapeur sera aussi multipliée par x2. La puissance spécifique du nouveau disque sera donc la même que celle de l’ancien.
- Plus le facteur ,/• sera grand, plus le disque sera aplati, car son épaisseur maxima sera constante ; fi g. 20). Ln réalité, il sera dans de meilleures conditions de résistance que le premier, car les surfaces d’égale tension tendront de plus eu plus à devenir des cylindres concentriques à. l’axe de la machine, hypothèse faite (Mi établissant la formule
- ?AÏ2n-2g t
- //“//aC
- 11 n’y a pas à craindre de faire un disque trop mince, par rapport à son diamètre, et des aubes trop étroites, par rapport à leur hauteur. C’est que les forces centrifuges seront très grandes et tendront toujours, soit à empêcher le disque de se voiler, soit «à redresser les aubes.
- Au contraire, si on voulait appliquer le même raisonnement, en faisant x <1, on serait bientôt arrêté, parce que l’épaisseur du disque, dans sa partie centrale, demeurant constante, il deviendrait trop bombé lig. 21 j et les surfaces de niveau cesseraient d’être des cylindres concentriques à l’axe.
- Donc, s’il n’v a aucune difficulté à donner une* vitesse de i<>() m:s à la circonférence movenne d’une couronne daubes ayant le même prolil que celles de la turbine de Laval de 300 cliv dans une grande machine, il n’en est pas de même dans une petite. *
- Il conviendrait alors de laisser le rotor géométriquement semblable à lui-niêine, en rendant les dimensions linéaires des aubes inversement proportionnelles au diamètre moyen de leur couronne.
- On mi serait quitte pour faire construire par des horlogers les roues des peliles turbines, dont la puissance spécifique serait inversement proportionnelle à hoir diamètre.
- La vitesse de 460 m:s pernod de faire des turbines à vapeur à une seule roue utilisant bien la force vive de la vapeur. Celte vitesse est suffisante.
- Mais, si l’on voulait réaliser une turbine à combustion interne de rendement très élevé, (die serait beaucoup trop faible et devrait être portée au moins à 800 mus. Cela “est-il possible avec les aciers actuels? Nous ne le croyons pas.
- Tome 119. — 1er semestre. — Mars 1913. 29
- p.441 - vue 441/950
-
-
-
- 442
- ARTS MÉCANIQUES. — MARS 19l:i.
- En effet, si nous voulons luire, une bonne turbine, il faudra, toujours lui donner beaucoup d’aubes minces et voisines les unes des autres, eu conservant les dispositions des rotors precedents.
- Si la conlrainte du mêlai ne changeait pas, lorsqu'on passerait de la vitesse de i-60 m:s à la vitesse de 800 m:s l’exponenlielle de la lormule pre-
- cedente serait multipliée par d, en nombre rond, et le rapport, de l’épaisseur//a du disque à 1’épaisseur «le sa périphérie, égal à 8,66 dans le premier cas, devrait être élevé au cube.
- Les disques des ligures 10 et 20 devraient avoir alors une épaisseur de O in 000 à l’emlroil de l’axe, si leur épaisseur continuait à être de 6 mm le long de leur périphérie. Or on ne peut songer à réduire cette dernière.
- Pour que leur prolil demeurât suffisamment effilé, il conviendrait que le rapport de Jeu)' diamètre à leur épaisseur centrale fiit de même ordre que dans le disque de la turbine de Laval considéré plus haut. Ee diamètre devrait être de 40 m environ.
- Nous arriverions ainsi a une machine de puissance colossale, dont la construction dépasserait de beaucoup les moyens de nos forges.
- Arrivera-t-on à faire des aciers plus résistants que les aciers actuels? Cela nous parait probable. En effet, ceux-ci nous paraissent comme1 constitués par un ensemble de très petits globules de fer pur agglomérés par un ciment relativement fusible. C’est en réalité la résistance de ce ciment que nous faisons varier avec sa composition, en ajoutant au fer quelque p. 100 d’autres corps. Mais si nous pouvions arriver à un corps homogène, qui ne fût plus un aggloméré, mais un véritable côrps fondu, nous atteindrions peut-être des résistances beaucoup plus considérables que celles que nous connaissons et d’un autre ordre de grandeur.
- Il faudrait, sans doute, pour cela, passer par des températures beaucoup plus élevées que celles obtenues jusqu’à présent. Or celles-ci sont limitées, soit par la dissociation de l’eau et de l’acide carbonique, si l’on brûle un hydrocarbure avec de l’oxygène, soit par l’ébullition du carbone dans le four électrique. Quand donc se décidera-t-on à faire des combustions ou à faire jaillir un arc sous pression élevée ?
- 2° Rotor de compresseurs. — Pour que leurs ailes ne soient pas déformées par la force centrifuge, il faut qu’elles soient symétriques pari-apport à un plan
- p.442 - vue 442/950
-
-
-
- DES GRANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 443
- passant par* Taxa de rotation. Cela conduit au mode de construction représenté sur la ligure 22.
- Les ailes sont de simples lames munies d’un talon en forme de queue d’aronde, et dont l'épaisseur va ensuite en diminuant graduellement jusqu’à leur exlrémilé.
- Leurs Liions s’engagent dans des rainures pratiquées à la surface du moyeu, et qui épousent leur prolil.
- En général, on devra faire varier leur largeur comme il est représenté sur la ligure 22.
- L’épaisseur de l’aile devrait varier, en fonction de la distance à l’axe,
- comme celle d’un solide d’égale résistance. Mais l’atelier trouve cela trop difficile à faire et nous devons nous contenter de les amincir graduellement.
- Dans ces conditions, si nous désignons par 1 la largeur et par e l’épaisseur de l’aile à la distance r de l’axe de rotation, et par a b, a. et (3 quatre constantes, nous pouvons poser
- X — a — b r t — % — pr
- Appelons maintenant R Je rayon de la circonférence décrite par l’extrémité de l’aile, t la contrainte subie par le métal à la distance r de l’axe et posons
- A =- ü2 nous avons
- __________A_________
- 1 (« — br) (a — pr)
- ™ [Ri _ ,.2) _ + ab)- (R3 _ r1
- «
- p.443 - vue 443/950
-
-
-
- A HT S MÉCANIQUES.
- mars ion.
- 444
- Il faut prendre garde, en appliquant cet le formule, <j ne la tension l no croit pas toujours à mesure que la distance r diminue. Elle passe par un maximum pour une distance qui n’est pas nécessairement plus petite que le rayon du point où l’aile quille son talon. Il faut donc tracer la courbe représentant les variations de la tension t en fonction de la distance r.
- Nous avons reconnu qu’il était facile, en limitant à 10 kg:mm2 la contrainte du imitai, de disposer, dans tons les cas, des conslantes a, b, a. et [3 pour pouvoir communiquer à de semblables ailes une vitesse tangentielle de bOO nus.
- Les Aciéries d’Impby jouis livrent des lunules planes de 1 mm d’épaisseur, munies de leurs talons. Nous tes amincissons ensuite à la meule en les travaillant sous l’eau, afin d’éviter réchauffement du métal. Pour pouvoir les rendre très minces à leur extrémité, nous avons dù maintenir les ailes avec un électro-aimant qui les fait adhérer en tons leurs [joints. De cette manière le imitai ne se gondole pas et Je travail se fait avec la plus grande facilité.
- Il faut faire des ailes très minces pour que le moyeu puisse résister à la traction exercée sur lui. Elles sont donc flexibles et l’on pouiTait craindre de les voir fléchir sous la réaction du fluide, qu’elles auront à propulser.
- Nous avons déterminé la figure que prendrait leur axe neutre, en les supposant parfaitement souples, sous l’action combinée de cette réaction et de la force centrifuge. Celle-ci est si grande qu’en pratique leur axe neutre-ne diffère jamais qu’extrèmement peu d’un rayon passant par le centre du rotor.
- Nous avons fait tourner de semblables ailes, dans notre compresseur d’essai, <a la vitesse de 30 000 leurs par minute. Leur vitesse tangentielle était alors de bOO m:s. Elles ont parfaitement résisté à la force centrifuge.
- 3° Rotors de dynamos. — Un rotor de dynamo à très grande vitesse angulaire, faisant plusieurs centaines de tours par seconde, sera généixalement un rotor à collecteur, car on ne saurait que faire de courants alternatifs de fréquence compris»1 entre 100 et 1000, tant que l’on ne disposera pas d’un transformateur de fréquence statique et de bon rendement. Un appareil de ce genre est d’ailleurs à l’étude, dès à présent.
- Il conviendra de ne lui donner que deux pôles, pour lift pas multiplier inutilement la fréquence des variations de llux. Cela aura l’avantage d’équilibrer naturellement les attractions magnétiques autour de l’axe de la machine. L’enroulement devra être du genre Gramme, non seulement parce qu’il est plus facile à exécuter qu’un enroulement du genre Siemens, [mur une machine bi[*oIaiju*, mais surtout parce que les conducteurs de connexion se
- p.444 - vue 444/950
-
-
-
- DES fi BANDES VITESSES EN MÉCANIQUE.
- 445
- trouveront liaitire]lement maintenus par l’anneau de tôles, qu’ils contourne-T*onl. Enfin, il conviendra de faire les conducteurs en aluminium, pour soulager les dents de l'anneau qui devront les retenir et ne pas écraser les isolants. On sait aujourd’hui (damer l'aluminium. Il n’y a donc plus aucune difficulté à si1 servir de ce métal dans la conslmiction des dynamos.
- L’anneau de tôles devra non seulement résister «à sa propre force centrifuge, mais aussi maintenir ton! l’enroulement. II sera nécessairement percé d’un f rnu.
- Enfin il aura une autre fonction à remplir, celle de laisser passer les lignes de. foire du champ, et son acier devra avoir un coefficient d’hystérésis raisonnable.
- Jusqu’il présent, l’on ne s’élail guère préoccupé de la résistance mécanique des tôles de dynamos et l’on n’avait cherché qu’à faire des tôles à coefficient d'hystérésis aussi petit que possible et de grande résistivité électrique.
- Les Aciéries d’Imphy ont bien voulu, sur notre demande, faire des recherches dans celle voie, et nous venons d’en recevoir les premiers résultats.
- Il est absolument nécessaire de recuire les tôles des dynamos. Si on ne le faisait pas, les variations d’aimantation ne tarderaient pas à leur faire perdre leur trempe, comme le recuit. Cela augmente leur allongement à la rupture, qui devient supérieur h 2ô p. 100 mais abaisse beaucoup leur limite d’élas-ticité.
- Ainsi, un acier contenant 4,68 p. 100 de nickel, recuit à 950° puis étuvé pendant 12 heures à 160°, a fourni les résultats suivants :
- Limite d’élasticité...............38,8 kg:mm2
- Charge de rupture.................48,6 —
- Allongement à la rupture .... 30 p. 100
- Coefficient de Steinmelz.......... 0,0038
- Ce coefficient diminue très vite lorsque la teneur en nickel augmente, mais la perméabilité du métal diminue encore plus vite.
- Nous sommes loin de la limite d’élasticité de 160 kg:mm2.
- Jusqu’à présent, les meilleurs résultats ont été fournis par un acier contenant. 1,87 p. 100 de silicium. Les voici :
- Limite d’élasticité.............47,3 kg:mm2
- Charge de rupture...............09,2 —
- Allongement à la rupture........23 p. 100.
- Coefficient de Steinmelz........ 0,001-3
- p.445 - vue 445/950
-
-
-
- 446
- ARTS MÉCANIQUES. ---- MARS 10MÏ.
- Los aciers à liaulo teneur (le nickel ont une limite d’élasticité voisine <le 30 kg'imni2, leur coelïiciont de Sleinmotz (est remar<|uablement petit et (‘gai environ à 0,000o, mais leur perméabilité magnétique devient trop faible pour (ju’on puisse les utiliser dans la construction des dynamos.
- Nous n’avons pas encore de résultats relatifs aux lobes h l’aluminium.
- Il est probable que l’on ne pourra guère faire subir aux tôles de dynamos qu’une contrainte maxima <le 12 kg:mm2, sur les bords de leur trou (amiral, et cela limitera h 120 nus environ, la vitesse tangentielle (ju’on jiourra com-muniquer à biurs rotors.
- Maurice Lhmlwj.
- p.446 - vue 446/950
-
-
-
- NOTES DE CHIMIE
- par M. Jules Garçon
- A TKAVEIIS SCIENCES ET INDUSTRIES CHIMIQUES :
- Produits minéraux. — Perborates de soude commerciaux.
- Métaux. — Le plaliue et ses substituts : tungstène, tantale.— Résistances du silicium pur. Ih/drocarbures. — Les dissolvants de l’acétylène.
- Vernis, Peintures et Couleurs. — Sur les récentes modifications des vernis. — Sur le blanc de plomb sublimé. — Le pouvoir couvrant des pigments. — Préparation de dia/.os stables.
- Papiers. — Papiers couchés à la baryte. — Les résidus sulfitiques des pâtes à papier.
- Chimie médicale. — L’épinéphrine ou adrénaline.
- Les perborates de soude du commerce. — Le perborate commercial se présente sons forme de cristaux tenant au moins 10 p. 100 d’oxvgène actif; il cède cet oxygène actif au contact de l'eau, et laisse du borax.
- Le perborate a été employé au blanchiment des fibres végétales; la méthode suivie est l’analogue de celle que l’on utilise avec le peroxyde de sodium. Mais le perborate est coûteux.
- Ce produit trouve, au contraire, une utilisation de plus en plus suivie dans l’hygiène et dans la thérapeutique. M. Ebren a constaté récemment que les perborates du commerce titrent parfois moitié du titre théorique (Journal de Pharmacie et de Chimie, 1er mars 1913, p. 243).
- L’auteur a analysé d’abord un produit pur préparé à partir du borate pur. Le perborate de sodium B:tNa, 4 H20 donne 42,86 p. 100 de résidu à la calcination; il perd au rouge 57,14; il renferme 22,72 d’acide borique en B20:!, et 10,39 d’oxygène actif; soit 7ui28à 0° et sous la pression 760. La teneur en oxygène actif est restée la même après deux ans; ce qui montre la stabilité du produit pur.
- Sur neuf perborates de soude commerciaux examinés, l’auteur n’en a pas trouvé un seul qui répondit aux conditions du produit pur. Au lieu de 100 de perborate pur, il a trouvé 92,21 ; — 83,23; — 73,14; — 57,74; — 54,63; — 52,35; — 45,43; — 44,03 et 16,55. Bien rarement, la quantité d’oxvgène actif est voisine de celle prévue par la théorie.
- Il semble que la fabrication, dit l’auteur, laisse à désirer.
- p.447 - vue 447/950
-
-
-
- 448
- NOTES DE CHIMIE.
- MARS ion.
- Dans l’action de l’acide borique sur le bioxyde de sodium, en dehors du perborax B408Na2, 10H2O, il peut se former : du lélraborate B407Na2, 101DO, au cas où le bioxyde renferme de l’oxyde; le borate B407Na2, 5 H20 si la température atteint 00"; du métaborqte BQkNa, 411-0, et môme les produits BfUNaet BO'Na,
- Substituts du platine. Tungstène, Tantale. —Le tungstène ductile a une densité de 19,3 à 21,4 — un tiers au-dessus de celle du plomb. Son point de fusion, d’après Langmuir, atteint 3 177°. Il n’est soluble que dans un mélange d’acide fluorhydrique et d’acide nitrique; les acides fluorhydrique, nitrique, chlorhydrique, sulfurique, la potasse, la soude, le mélange sulfurique + bichromate ne l’attaquent pas. 11 se dissout dans les nitrates, les nitrites et les peroxydes fondus.
- Le tungstène ductile est insoluble dans les acides ordinaires; son point de fusion est beaucoup plus élevé que celui de tout autre métal; sa résistance à la traction est supérieure à celle du fer; enfin il n’est pas magnétique.
- Ses applications se sont beaucoup étendues, en dehors de la fabrication des lampes électriques à filament de tungstène. C’est ainsi qu’on le substitue au platine dans les contacts électriques, dans les fours électriques, soit qu’on entoure d’une spirale de tungstène un tube d’alundum, ou que l’on emploie un tube de tungstène; on l’utilise pour anticathodes dans les tubes de Rœntgen; on en fait des tissus métalliques employés dans les laboratoires de chimie ; M. C. G. Fink l’a appliqué à la construction d’un couple thermoélectrique. Les poids en tungstène se répandent de plus en plus; ils restent remarquablement constants. Enfin on l’a conseillé pour fils de suspension des galvanomètres, fils de croisée dans les télescopes, fils de suture dans les opérations chirurgicales, fils d’instruments de musique dans les pays humides. Son absence de magnétisme l’a fait conseiller pour les ressorts des appareils do mesure électriques et pour ceux des montres et chronomètres.
- La question de la substitution du tantale au platine a fait l’objet d’une étude spéciale de 0. Brunck (Chemiker-Zeitung de 1912, p. 1233-34). Il n’y a plus d’espoir que le prix du platine diminue. On peut, pour certains emplois, le remplacer par le verre de quartz, qui résiste bien aux acides, et qui est insensible aux changements brusques de la température; mais le verre est fragile et il conduit mal la chaleur. Des ustensiles de chimie ont aussi été construits en un alliage d’or et de platine à 90 parties du premier pour 10 du second; mais cet alliage est difficile à travailler, et le prix atteint encore les deux tiers de celui du platine, parce qu’il coûte cher à mouler.
- Le tantale est malheureusement attaqué par l’acide fluorhydrique et aussi par l’oxygène aux températures élevées. 11 ne pourrait être employé universellement que dans le vide. Et s’il résiste entièrement à l’action des solutions alcalines, il est détruit par les alcalis fondus. Mais au-dessous de 200°, les capsules en tantale se tiennent très bien.
- Brunck a expérimenté que le tantale peut servir de cathode, mais pas d’anode; à moins de platinerla plaque anodique. Un procédé a été breveté par la maison Siemens
- p.448 - vue 448/950
-
-
-
- RÉSISTANCE DU SILICIUM FONDU.
- 449
- et llalske dans ce but. Le tantale présente même certains avantages sur le platine comme matière cathodique, parce que le zinc et le cadmium n’ont pas de tendance à s allier au tantale comme au platine, ce qui dispense de recouvrir la cathode d’une couche de cuivre ou d’argent. Le tantale est insensible à l’eau régale, ce qui permet de récupérer l’or et le platine qui s’y dissolvent. Enfin, le tantale possède une résistance à la traction plus grande, et les électrodes de tantale, à épaisseur égale, se tiennent mieux. Le prix du tantale est 2/5 plus faible que celui du platine. Sa densilé est d’un tiers moindre : 16,64 au lieu de 21,48.
- Résistances du silicium fondu. — Le silicium est une substance remarquable par sa résistance à un grand nombre d’agents.
- La Carborundum Cy des Niagara Falls semble avoir été la première à produire commercialement du silicium pur (voir les brevets américains de F. J. Tone, nos 745122, 833427, 842273 et 869276).
- On trouvera, sur les premiers pas de cette industrie, une étude dans Metallurgical and chemical Engineering de 1909, p. 192 (Cf février 1913, p. 102-103). Mais les difficultés d’obtenir de bons moulages ne furent réduites que peu à peu. Aujourd’hui, on sait mouler le silicium en toutes grandeurs.
- Le silicium fondu a une densité de 2,5 à 2,6. Sa résistivité électrique est de 0,15 ohms par centimètre cube à 18°; elle diminue rapidement à mesure que la température augmente. Sa conductibilité calorifique est bonne. Sa chaleur spécifique est0,176 (de 17° à 100°). Son point de fusion est 1 430°; son point de vaporisation calculé est 2 800°. Sa dureté est 6 à l’échelle Mohs.
- C’est le moins compressible des éléments, car sa compressibilité = 0,16 X 10-°. Il est moins dilatable que le verre ou le platine; son coefficient d’expansion= 5,39 x 10-(i à 100°-200°.
- Sa résistance à la traction atteint 70 kg : cm2; elle dépasse celle de la poterie.
- L’acide sulfurique, quelle que soit sa concentration, n’agit sur le silicium que si on le soumet à un bouillon énergique. Dans ce cas, la perte en grammes par pied carré (0m20928) est, en vingt-quatre heures, de
- 0 gr. 0592 0,829 0,0799 0,0681 0,3197 0,2634 0,1657 0,1391 0,1273
- pour un acide à
- 10 p. 100 20 30 40 50 60 70 80 90
- Avec l’acide à 95 p. 100, il se dissout 0Rr,0033, puis l’action cesse.
- L’acide sulfurique fumant attaque aisément le silicium.
- L’acide nitrique n’a qu’une faible action, aussi bien à l’état étendu qu’à l’état con-
- p.449 - vue 449/950
-
-
-
- 450
- NOTES DE CHIMIE.
- MARS 1913.
- centré. La perte est identique, dans les mêmes conditions que pour l’acide sulfurique, sauf que l’attaque a lieu même sans pousser l’ébullition.
- 0 gr. 0 0,0237 0,1301 0,2102 0,1530 0,2072 0,2180
- 5 p. 100 10 20 30 40 50 00
- Avec l’acide à 70 p. 100, il se dissout d’abord 0sr,0352,, puis l’attaque cesse.
- L’acide chlorhydrique exerce une action dissolvante faible, mais continue.
- L’acide fluorhydrique attaque avec énergie.
- Au chlore et aux liqueurs qui en contiennent, le silicium semble résister nettement dans la pratique.
- L’acide phosphorique montre une action faible, mais continue.
- Tous les alcalis attaquent le silicium très facilement.
- Le silicium est employé sous forme de tuyaux pour conduire les gaz acides aux condenseurs; il est également employé dans les batteries de condensation, où il a sur les poteries l’avantage d’être bon conducteur de la chaleur et de résister aux variations brusques de la température. La tuyauterie en silicium sert aussi au transport des acides sulfurique et azotique chauds. Encore Tutilise-t-on en vases pour la concentration des solutions de chlorure de zinc, etc. ; et partout où il peut remplacer le fer dans le travail des acides; vu sa faible densité, un tiers en poids suffit à cette substitution. Enfin, on l’emploie pour les joints dans les pompes et tuyauteries à élever les liquides corrosifs sous l’action de l’air comprimé.
- Les dissolvants de l’acétylène. — L’augmentation constante et rapide du prix de l’acétone porte à chercher des dissolvants de l’acétylène qui soient de grande production et de prix normal. M. H. James, dans le Journal de chimie industrielle de l’Ameri-can Chemical Society, examine quels peuvent être les meilleurs de ces dissolvants.
- Avant tout, il faut que l’acétylène et que ses dissolvants soient aussi purs que possible.
- On purifie l’acétylène de toutes traces d’ammoniaque, de composés sulfurés et phosphores en le faisant passer dans une suite do réservoirs épurateurs, renfermant successivement une solution d’acide sulfurique au dixième, une solution d’acide chlorhydrique au quinzième saturée de chlorure mercurique, un mélange à parties égales de chlorure de chaux et de chaux éteinte, de la chaux éteinte, du chlorure de calcium. — On absorbe la partie du dissolvant vaporisée au moyen d’une solution de chlorure de calcium saturée qui dissout très peu d’acélylène, mais s’est montrée très efficace pour les vapeurs des dissolvants. On sature ceux-ci à — 10n, c’est-à-dire qu’on sature à —18° mais on fait la lecture lorsque la température s’est relevée à —10°; puis on refait la lecture à 30°.
- Le travail de Claude et Hess (Comptes rendus de ïAcadémie des Sciences, t. 124, p. 626) a montré que l’acétone est le meilleur des dissolvants de l’accétylène qui avaient été étudiés; la dissolution de l’acétylène dans l’acétone est d’ordre en partie physique, en partie chimique. 1res chimistes savent combien le groupe carbonyle est un groupe agissant dans la molécule des composés organiques. En conséquence, il
- p.450 - vue 450/950
-
-
-
- SUK LES RÉCENTES MODIFICATIONS DES VERNIS.
- m
- semble que Ton puisse prévoir une relation étroite entre la structure et le pouvoir dissolvant des composés à groupe carbonyle, bien que le cas ne se soit pas réalisé pour le methylal ni pourl’acétal. 11 y a une relation aussi entre le poids moléculaire et le pouvoir dissolvant.
- Voici les tableaux donnant les résultats :
- TABLEAU I. — OBSERVATIONS ANTÉRIEURES.
- Dissolvant.. At Tcmpôrature. étylène dissous par volume du dissolvant;. Expérimentateur.
- Acétone . . . la» 21] Claude et Iless.
- Acide acétique . . . 18U c Rerthelot.
- Alcool ... 6 —
- Gazoline ... 4 —
- Chloroforme ... 4 —
- Iluile de paraffine ... » 1,5 —
- — — . . . 0" 1 E. Miller.
- Sulfure de carbone . . . 18“ 1 Berthelot.
- Iluile d'nlive 0,48 Fuchs et Schiif.
- Tétrachlorure de carbone .... . . . o- o,2;; Nieuwland.
- Tableau II. — Essais d’une sébie de dissolvants.
- Point Acétylène dissous
- Dissolvant. d'ébullition. à — 10”.
- Acétaldéhvde . . . . 20°8 G0,2
- Méthvlal 34,3
- Acétal . . . . » 28,8
- Formiate de méthyle . . . , . . . . 32°3 48,4
- — d’éthyle 42,2
- — d’isoamyle.... . . . . 123° 17,o
- Acétate de méthyle .... . . . . 57°5 52,3
- — d'éthyle . . . . 77° 44,5
- — d’isoamyle . . . . . . . . 139“ 29,3
- Dans des expériences préparatoires, l’acétoacétone (point d’ébullition, 137°) avait dissous 10,2; la méthylpropylcétone (102°) 14,8; l’aldéhyde butyrique (74°) 10,3; l’acro-séine (52°) 22,6; l’aldéhyde propionique (48°9) 24,2; l’acétaldéhyde (21°) 54; et les mélanges d’acétaldéhyde et d’acétone, bouillant à 36°, 43” et 32° : respectivement 42,2; 40,2 et 31,1.
- En conclusion, l’acétaldéhyde répond aux desiderata d’un bon dissolvant de l’acétylène. Il est aisément volatil et il se prépare aisément et à prix faible à partir de l’alcool dénaturé.
- Sur les récentes modifications des vernis. — Deux spécialistes étrangers bien connus en matière de vernis, M. L. E. Andès et M. Max Bottlhr, ont traité de différents points concernant les vernis dans la Chemise lie. Revue (t. XVII et XVIII). On trouvera la
- p.451 - vue 451/950
-
-
-
- NOTES DE CHIMIE.
- MARS 191.1.
- myz
- traduction de plusieurs de leurs articles dans le numéro de mars du MonUnir scientifique.
- Il y a deux principes directeurs d’une bonne fabrication de vernis. D'abord employer des matières premières de qualité absolument supérieure, et c’est dans cette voie que la fabrication anglaise s’est assuré longtemps une excellence que la fabrication française et la fabrication allemande sont venues égaler lorsqu’elles se sont inspirées de la même direction.
- Ensuite, remplacer ces matières premières par d’autres moins coûteuses. Dans cette voie, la fabrication a fait de nombreux efforts depuis une quinzaine d’années. Les vernis de première qualité étaient obtenus avec des copals préalablement fondus et débarrassés de leur huile naturelle ; les vernis nouveaux renferment de la colophane, des résinâtes de calcium, de zinc, etc., vendus soüs le nom de résines durcies, des éthers de résines ozonisées, etc., ou des mélanges de ces produits que l'on dissout dans l’huile siccative, en diluant à son tour celle-ci avec de l’essence de térébenthine ou des substituts. On emploie encore des mélanges de copals et de succins fondus avec des dérivés de la colophane et de l’huile siccative ou un substitut; ces mélanges constituent à chaud des liquides épais qu’il suffit de mélanger à de l’essence pour avoir le vernis; ce qui simplifie extrêmement leur fabrication.
- Comme ces vernis expéditifs doivent être conservés en repos avant l'usage, pour éliminer le trouble, on prépare des vernis utilisables aussitôt après la cuisson, en faisant cuire ensemble la coloplane, l’huile siccative, l’oxyde et le siccatif. On obtient ainsi des vernis de seconde qualité, moins coûteux et prêts à l’emploi.
- Les vernis de première qualité sont préparés avec des copals préalablement soumis à une fusion. On a essayé de remplacer cette fusion par une simple dissolution.
- La dissolution dans les acides gras n’est pas passée dans la pratique.
- La dissolution dans le terpinéol a fait beaucoup parler d’elle. Les copals et les résines mi-dures s'y dissolvent tantôt à froid, tantôt à chaud, ainsi que dans les mélanges de terpinéol et d’alcool, d'essence de térébenthine, de benzine, de pétrole: les résines dures ne se dissolvent qu’à l’état de poudre ténue et vers 210°-220°. Il faut employer de un cinquième à deux unités de terpinéol par unité de résine, selon la nature de la résine. Au lieu de l’huile de lin cuite, il vaut mieux prendre pour le vernis gras de l’huile de lin brûle. Mais le terpinéol se prépare au moyen de l'essence de térébenthine et ses prix sont trop élevés et trop variables.
- La dissolution dans la naphtaline a fait parler également d’elle. Cette dissolution s’effectue sous pression entre 2K0° et 290°; on ajoute ensuite l’huile siccative, on chauffe une heure de plus à la même température et à la même pression; enfin, on élimine la naphtaline par une distillation dans le vide. D’après M. Andès, ce procédé convient pour un grand nombre de copals, ainsi que pour le succin mélangé aux copals. La naphtaline a de grandes qualités comme premier dissolvant des résines dures; son point d’ébullition est élevé : 120°; elle se sublime facilement; les résines y conservent leur dureté et n’éprouvent pas de perte. Les vernis obtenus sont durs et clairs. Mais le matériel est trop compliqué et trop coûteux pour les petites fabriques, et le départ de la naphtaline, laquelle avait assuré la solution de certains copals dans l’essence, risque d’amener des précipitations de résines.
- p.452 - vue 452/950
-
-
-
- SUR LES RÉCENTES MODIFICATIONS DES VERNIS.
- 453
- Les résinâtes métalliques sont substitués aux résines, sous le nom de résines durcies ou résines dures. Par fusion avec de la chaux, de l’oxyde de zinc, de la magnésie, on transforme ainsi des résines molles en des résines à point de fusion plus élevé, de façon à pouvoir obtenir des vernis moins visqueux. C’est le cas, plus particulièrement, avec la colophane et le Dammar, tandis qu’avec les copals, le traitement a pour but de diminuer l’acidité.
- La chaux dont on se sert ne doit contenir ni silicate, ni carbonate, ni traces de fer, sinon la résine donnerait une solution défectueuse.
- Une teneur en chaux de 5 p. 100 augmente le point de fusion de 50 degrés; elle convient pour vernis à planchers. Une teneur de 10 à 11 p. 100 neutralise presque entièrement les acides de la colophane; elle convient pour vernis à meubles.
- On trouvera dans les mémoires de M. Bottier tous les détails voulus pour surmonter les difficultés de la préparation des résinâtes de calcium, ou, si l’on préfère, de la technique du durcissement des résines au moyen de la chaux. Il faut noter surtout que les résines très dures contiennent toujours de la chaux libre, et qu’un excès de chaux n’élève plus le point de fusion. Les laques à résinate de chaux sont peu solides à l’eau.
- Le Dammar, qui est une résine très molle, car elle mollit déjà à la chaleur de la main, se durcit avec 2 à 5 p. 100 de chaux éteinte pulvérisée. La résine Dammar renferme 23 p. 100 d’acide résinique.
- Pour durcir les copals tendres, on se sert de chaux éteinte additionnée de siccatif manganique, car les résinâtes calciques des copals ne se dissolvent pas aisément dans l’essence de térébenthine. Les résinâtes aluminiques des copals servent à fabriquer des vernis mats très durs, par exemple au moyen du copal de Manille qui renferme 80 p. 100 d’acides résiniques libres. Tel est le vernis mat dur de F. Wacliendorf (brevet allemand n° 180148 du 4 avril 1905). D’après Andès, les résinâtes alcalino-terreux cl métalliques se dissolvent dans le monochlorobenzol; la colophane durcie se dissout également, en solution claire, dans un mélange de monochlorobenzol et d’alcool ; ce sont autant de bases pour des vernis mats.
- La magnésie calcinée ne peut pas être employée utilement pour durcir la colophane, puisque le résinate de magnésie fond dès 90°. Il en est autrement de l’oxyde de zinc, et on emploiera 1 partie pour 20 à 25 parties de colophane.
- Quant au résinate de manganèse, il constitue l’un des meilleurs siccatifs.
- Enfin, pour durcir les résines, on a proposé de faire agir un courant d’air chaud (brevet anglais n° 7025 du 3 avril 1901 ; brevet autrichien de Schaal n° 4263; brevet de Daydé et Pillé; brevet de l’Elektrizitâts À. G.). Le durcissement peut s’opérer sur les résines et sur leurs combinaisons métalliques; il augmente d’une façon notable la solubilité dans l’alcool, mais si l’on veut pouvoir dissoudre les produits dans l’essence de térébenthine ou dans les huiles grasses, il faut recourir à une pyrogénation préalable.
- Ces résines durcies portent dans le commerce des noms variés : résines dures à la chaux, au manganèse, au zinc, électronores, extraits de substitut de Dammar.
- Les électronor-copals et les électronor-succins sont des mélanges de copal fondus et de produits durcis; ils forment les meilleures qualités.
- p.453 - vue 453/950
-
-
-
- 454
- NOTES DE CHIMIE.
- MARS 101 :ï.
- Les éthers de résines, qu’on appelle «aussi éthers pour vernis, sont des combinaisons de la colophane, etc., avec l’alcool. On les obtient,, dans le procédé Schaal, en traitant la résine des conifères, colophane, poix, etc., préalablement fondue à 180o-2J0°, avec 10 à 15 p. 100 de glycérine, parfois de résorcine, puis élevant à 510", et opérant ce traitement sous un vide de 10 centimètres. Pour faciliter le durcissement, on élève le vide; on ajoute de l’essence en vue d’aider la distillation; enfin on ajoute des oxydes métalliques. La neutralité chimique ainsi obtenue conduit à d’excellents vernis pour métaux. Les vernis préparés avec les éthers de copals résistent aux acides, aux «alcalis, aux huiles de graissage, aux températures élevées, à (el point que du fer-blanc recouvert de vernis a pu être maintenu dans un bain d’huile minérale à 180° pendant "20 heures sans perdre sa dureté et son éclat.
- On utilise surtout pour préparer ces éthers la colophane, le copal de Manille, celui du Congo; au contraire, le copal de Kauri, neutre, n’est pas employé. On obtient ainsi des résines dures et neutres; c’est le double but poursuivi, qu’on atteint plus difficilement lorsqu’on se contente de durcir à la chaux. En somme, ces éthers de résines sont constitués par les éthers glycériques des acides résiniques, mêlés à des résinâtes de chaux, de zinc ou de manganèse.
- Ces éthers résiniques ou résines-éthers portent encore les noms de gommes Ambrol, éthers pour vernis, éthers-électronores, éthers-bronzes, gommes-éthers, etc. Les éthers pour résines sont les plus importantes des résines dures, mais ils présentent de nombreuses variétés, car on trouve sous ce nom des éthers résiniques purs avec ou sans siccatifs; des éthers de glycérine avec une faible proportion d’oxyde de plomb, de calcium ou de magnésium; des mélanges d’éthers résiniques avec des résines ou avec des résines durcies à la chaux, etc. ; et même de simples résinâtes ou de simples résines durcies; ou encore des résines qui ne sont que partiellement éthé-ritiées et conservent de l’acidité.
- Comme dissolvants pour les résines éthérifiées, on emploie presque uniquement l’huile de lin cuite épaisse ou l’huile de bois diluées dans l’essence. Les résines éthérifiées qui se dissolvent dans l’alcool sont des résines incomplètement éthérifiées et encore acides. Pour les vernis destinés à l’extérieur, on emploie deux parties d’huile et une partie d’éther, puis on ajoute le siccatif. Lorsqu'on se sert d’huile de bois, on emploie une partie d’huile de bois et une partie d’huile de lin pour deux parties de résine éthérifiée; après avoir chauffé à 300°, on étend d’essence et on a un bon vernis pour meubles. Ces produits neutres peuvent être mélangés à toutes les couleurs. Lorsqu’ils sont exempts de métaux, ils servent aux travaux extérieurs : enseignes, bateaux, wagons.
- Si nous passons à l’observation des huiles et de l’essence, parmi les nombreux substituts proposés pour se mettre à l’abri des cours si élevés et si variables de l’essence, le plus grand nombre ont échoué, mais certains produits de la distillation des pétr oles ont été adoptés pour des applications déterminées.
- L’augmentation de prix de l’huile de lin, de plus en plus marquée, a causé également un mouvement de recherches vers des substituts moins coûteux. Mais il est fort difficile d’obtenir une substance ayant les mêmes qualités, c’est-à-dire donnant à l’air un enduit aussi élastique, un enduit «aussi solide aux intempéries, aussi persistant, et présentant une siccativité et un pouvoir de liaison égaux.
- p.454 - vue 454/950
-
-
-
- SUR LE BLANC DE PLOMB SUBLIMÉ.
- 455
- Les mélanges d’huile de lin el d’huile de résine ou d’huiles minérales ne sèchent jamais à Tond, ou laissent une odeur de graisse; les enduits obtenus craquèlenl.
- Kn mélangeant la colophane à une huile minérale et ajoutant un diluant volatil, on a obtenu des produits utiles pour des vernis inférieurs colorés. Pour les vernis supérieurs, M. Andes ne voit qu’un seul bon substitut susceptible d’applications spéciales, c’est l'huile de bois de Chine.
- L’huile de soja, l’huile de niger, l’huile de maïs, quelques huiles de provenance secrète comme l’huile de la Société de Lobosilz, sont plus ou moins siccatives, et peuvent servir utilement en coupages avec l’huile de lin, ordinairement dans la proportion d’une partie d’huile pour trois de vernis; il ne faut pas dépasser celte proportion si l’on veut que la dessiccation du vernis ne soit pas trop restreinte.
- Quant aux huiles non siccatives, comme l’huile de colza, qui sèche très difficilement et après un temps très long, on espère arriver à les rendre siccatives par un traitement approprié, mais la question est encore en suspens.
- Sur le blanc de plomb sublimé. — C’est le nom que l’on donne au sulfate basique de plomb préparé par voie de sublimation, subséquemment à une oxydation intense de la galène ou sulfure de plomb naturel à haute température. La réaction se passe suivant la formule :
- fiPbS + 11 O5 ~ 2 S20°Pb3 + 2SO-.
- La formule du blanc de plomb sublimé, 2SOlPb,PbO, est l’analogue de celle acceptée généralement pour le blanc de plomb ordinaire, 2S04Pb,Pb(0H)2. Mais dans la pratique, la proportion de S04Pb est plus élevée, celle de PbO restant aux environs de 16 p. 100; probablement parce qu’une petite partie de SO2 se transforme en SO3.
- Presque tous les minerais de plomb non argentifères renfermant un peu de sulfure de zinc ou sphalérite, il en résulte la production d’une petite quantité d’oxyde de zinc; il ne faut pas qu’elle dépasse 6 p. 100.
- Comme combustible, on utilise du coke dur; comme fondants, du fer métallique et du calcaire. On ajoute souvent à la charge de la « fumée bleue », c’est-à-dire du plomb bleu sublimé, obtenu lors de la fusion des minerais de plomb en condensant les fumées dans des sacs, et qui contient environ 3J p. 100 de PbO et o0 de S04Pb. La « fumée bleue » est un pigment, souvent employé aux États-Unis pour peindre le fer et l’acier.
- Dans la fabrication du blanc de plomb sublimé, les fours d’oxydation sont des water-jackets en fer, de forme ovale, hauts de l,n,20, avec un bâti de briques; l’atmosphère oxydante est soufflée par une tuyère à la base du four. Un trou de coulée permet d’enlever, par différence de densités, le laitier et le plomb fondu. Le bâti de briques forme chambre de combustion. Dès la mise en feu de la charge, les réactions s’effectuent avec une vive intensité et le plomb volatilisé passe dans la chambre de combustion. Un courant y est maintenu au moyen d’un ventilateur puissant, placé entre cette chambre et les organismes de la condensation; ceux-ci sont munis de chicanes, pour contrarier le mouvement des particules ténues et les amener à se déposer successivement. Le dernier organisme est une chambre à sacs verticaux; le courant d’air doit traverser
- p.455 - vue 455/950
-
-
-
- 456
- NOTES DE CHIMIE.
- MARS 1013.
- le tissu des sacs, et les particules s’y trouvent arrêtées et tombent sur le plancher.
- Une description de cette fabrication est exposée par M. J. Schaeffer, dans un récent numéro du Journal de chimie industrielle de la Société de chimie d’Easton, aux États-Unis.
- Les produits recueillis sont d’autant plus purs qu’ils s'éloignent davantage du four d’oxydation. Les plus proches sont souillés de coke, de cendres, etc.
- Le produiL pur a pour densité 0,2. 11 renferme 78 p. 100 de sulfate de plomb, 10 d’oxyde de plomb et 5,5 d’oxyde de zinc.
- Dans sa chimie des peintures, le spécialiste Maximilien Tooch remarque qu’un mélange de sulfate de plomb précipité, de litharge et de blanc de zinc, en les proportions où ils se trouvent dans le blanc de plomb sublimé, donnent une peinture tout à fait différente de celles obtenues avec ce dernier. En effet, la peinture obtenue avec du blanc de plomb sublimé et de l’huile de lin brute sèche en deux jours, et l’autre en douze heures.
- C’est en mélange avec de l’oxyde de zinc et une petite proportion d’un pigment cristallin que le blanc de plomb sublimé trouve son meilleur emploi. Il entre dans la composition de tissus caoutchoutés. Il est excellent, dit M. Schaeffer, pour préserver le 1er de la rouille.
- Le pouvoir couvrant des pigments. — Dans un travail présenté au meeting de décembre DM2 de l’American Institute of Chemical Engineers, M. G. W. Thompson observe que la définition du pouvoir couvrant n’est pas encore bien établie. C'est pourquoi le Committee de l’American Society for testing Materials a voulu définir le pouvoir cachant et l'opacité.
- Le pouvoir cachant, c’est le pouvoir d'une peinture à obscurcir optiquement une surface peinte.
- L’opacité est l’obstruction qu’une substance apporte à la transmission directe de la lumière visible. La force d’une peinture, c’est-à-dire son pouvoir colorant, ne donne qu’une indication de cette opacité, et ne peut pas lui servir de mesure.
- M. G. W. Thompson remarque, après beaucoup d'autres, que comparer des opacités en déterminant des quantités pondérales est une futilité, puisque la densité varie avec chaque pigment. La comparaison des opacités est souvent un phénomène d’ordre physiologique; les méthodes basses sur des déterminations photochimiques ou photoélectriques se sont révélées peu satisfaisantes.
- Suivant la méthode photométrique que Hiirter et Driffield ont indiquée dans le Journal de la Société de chimie industrielle de Londres (1890, p. 455), il en montre les imperfections. L’opacité suit la loi logarithmique de Bouguer, et si une couche de substance absorbe une fraction 1/n des radiations transmises, la couche suivante absorbe la même fraction, c’est-à-dire que les couches successives absorbent, par exemple, 1/2, 1/4, 1/8, 1/16.
- M. Thompson propose comme unité d’épaisseur de choisir le centième de millimètre. Le coefficient d'opacité est, alors, la proportion de lumière, exprimée en fraction décimale, qui est absorbée par une épaisseur de 0,01 millimètre de peinture.
- L’appareil de détermination est un photomètre à double tube, l’un nour la substance
- p.456 - vue 456/950
-
-
-
- PRÉPARATION DE DIAZOS STABLES.
- 457
- étalon, l’autre pour la substance à examiner. Une formule est établie d’un usage facile au moyen des logarithmes.
- Pour les essais, le pigment est mélangé à 3 volumes d’huile de lin.
- Voici un tableau des résultats obtenus à la National Lead Cy.
- Pigment. Coefficient, d'opacité. Fraction de la lumière incidente réfléchie.
- Blanc de plomb . . . 0,0671 0,933
- Blanc de zinc américain. . . . . . 0,0794 0,930
- Blanc, de zinc français. . . . . . . 0,00 43 0,904
- Lithopone . . . 0,0378 0,947
- Carbonate de calcium .... . . . 0,0136 0,909
- Sulfate de plomb basique . . . . . 0,0813 0,927
- l’erre de Chine . . . 0,0190 0,823
- Asbestine . . . 0,0090 0,839
- Sulfate de chaux . . . 0,0030 0,836
- Silice . . . 0,0102 0,793
- Barvtes . . . 0.0114 0,830
- Préparation de diazos stables. —Dans une noie déposée en 1911, à laSodété industrielle de Mulhouse, M. En. Siefert demande si l’on peut obtenir un diazo capable d'ètre conservé et transporté à l’état solide, de manière que l’opération de la diazotation se fasse en grand; ou tout au moins, un diazo susceptible de permettre de travailler avec des quantités plus grandes sans avoir à craindre que les solutions ne se décomposent avant d’être complètement employées. Le problème intéresse surtout les couleurs d’impression, qu’il importe de pouvoir conserver suffisamment pour imprimer une grande série de pièces sans qu’on soit obligé de répéter la diazotation, ou même se conservant quelques jours afin de ne pas perdre la couleur qui reste.
- La solution du premier problème intéresse les fabriques de produits, et celle du second intéresse les imprimeurs.
- •En 1894 et 1895, le l)r Becker et la Fabrique de produits chimiques de Thann et de Mulhouse prirent une série de brevets (on trouve un bon aperçu de ces brevets dans le travail de M. S. Tülscher, Buutrock, n° 11, 1911) ayant pour objet la préparation de diazos stables au moyen d’acides naphtaline-mono et poly-sulfoniqucs. Le diazo de la paranitraniline, le plus intéressant, donne, avec les acides naphtaline-monosulfoniques, des sels presque insolubles dans l’eau froide et (pii, séparés des eaux-mères et séchés, sont d’une stabilité extraordinaire.
- Les acides polysulfoniques de la naphtaline, par contre, donnent des sels très solubles se copulant facilement. Mais ils ne sc prêtent guère à la préparation d’un produit sec. Etant trop solubles pour se laisser précipiter au sel marin, il faut, pour obtenir un produit sec, évaporer la solution brute.
- Celte stabilité des solutions, qui se manifeste aussi dans les couleurs d’impression, rend ces sels intéressants pour ces dernières.
- Voici les proportions auxquelles M. Siefert s’est arrêté :
- 4ksr480 naphtaline, 10 kgr. acide sulfurique 100 p. 100. Chauffer 7 h. à 160°-170°, refroidir et diluer avec 28 lit. eau froide; décanter, laisser une nuit, ajouter 20 lit. eau froide, 8ksr,9G0 Tome 119. — 1C1' semestre. — Mars 1913. 30
- p.457 - vue 457/950
-
-
-
- 458
- NOTES DE CHIMIE.
- MARS 1013.
- para nilianilinc, ou bien 10kK'r,7.">0 para-nilroorthoanisidine, bien mélanger, 28 kgr. glace 4kK,,,700 nitrite. Après quelques heures 20 lit. eau froid»;, 20 lit. eau bouillante.
- On prépare l’acide sulfurique dans une marmite en fonte contenant environ 10 litres. L’acide 100 p. 100 ne se trouvant généralement pas dans le commerce, on le remplacera par un mélange d’acide ordinaire et d’acide fumant de manière à avoir plutôt un petit excès de SOL Dans cet acide, on introduit la naphtaline en remuant. La naphtaline fond et se dissout assez rapidement avec échauffement. Quand il ne surnage plus de naphtaline, on ajoute quelques gouttes de mercure pour faciliter la sulfonation et l’on chauffe pendant sept heures à 1G0°-170°.
- La masse refroidie est diluée avec 8 litres d’eau; on décante soigneusement dans un vase en grès ou en bois pour retrouver le mercure et on laisse; reposer quelques heures ou une nuit pour laisser au peu de SO- formé le temps de s’échapper. Diluer alors avec les 20 litres d’eau, ajouter la para-nitraniline ou la para-nitro-ortho-anisidine, remuer, ajouter la glace et ensuite b; nitrate sec. Remuer pendant deux ou trois minutes.
- . Le diazo ainsi obtenu est partiellement cristallisé. Pour le dissoudre complètement on ajoute, après quelques heures, l’eau froide et l’eau chaude. Quand les opérations ont été bien conduites, la solution brun foncé uu’on obtient alors ne contient qu'un minime résidu. Cette solution se conserve de longues semaines sans altération, à condition do la soustraire à l’action de la lumière.
- Sur les papiers couchés. — L’industric des papiers couchés a pris une importance considérable, depuis que l’on imprime des illustrations en noir ou en couleurs. La photomécanique, où l’on se sert de clichés recouverts de gélatine insolubilisée par la lumière; la photocalcographie, où l’on utilise des clichés en cuivre avec image concave, ne réclament pas de papier spécial. Au contraire, la phototypographie et l’autotypie exigent un papier dont la patine soit le plus lisse possible.
- M. Rodolfo Namias (d’après le Moniteur scientifique de mars 1913; nous donne quelques formules pour papiers couchés destinés à l’impression par autotypie à points en relief, et à l’impression en trois couleurs au moyen de trois matrices autotypiques; enfin, à l’impression en chromolithographie.
- La patine des papiers couchés est essentiellement composée d’une matière minérale, la plus line possible, et d’une matière colloïde.
- La matière minérale est le blanc fixe ou sulfate de baryte précipité, en pâte renfermant 17 à 20 p. 100 d’eau. C’est, pour les blancs mats, une pâle formée de, 4 parties d’alumine et 27 de sulfate de chaux avec 7 à 8 parties d’eau; en proportions centésimales, cette pâte renferme 12,8 d’alumine et 86,3 de sulfate de chaux. Avec 20 à 23 p. 100 d’eau, c’est ce qu’on nomme le blanc satin.
- La matière colloïde est de la caséine, qui a remplacé la gélatine, parce qu’elle est moins chère, moins insoluble dans l’eau et se dissout dans l'ammoniaque que l’on peut ensuite volatiliser; le papier à la gélatine est d’ailleurs sensible à l’humidité.
- La gélatine a pourtant son emploi nécessaire quand il s’agit de faire recevoir au papier plusieurs impressions superposées, c’est-à-dire d'avoir un papier assez perméable, sans l’être trop, tel le cas de la chromolithographie. Le blanc satin, dont le sulfate de chaux est un peu soluble, ne peut pas être mélangé à une colle de caséine-ammoniaque, car la caséine précipiterait ; donc la gélatine est à employer avec le blanc satin.
- p.458 - vue 458/950
-
-
-
- L UTILISATION DES RÉSIDUS SULF1TIQUES DES PATES A PAPIER. 459
- Un bon papier pour chromolithographies peut avoir une patine mi-blanc fixe et mi-blanc salin, à la caséine.
- Pour employer la caséine avec le blanc satin seul, M. Namias conseille de substi-luer un mélange de soude caustique et de bicarbonate de soude à l'ammoniaque, de façon à empêcher la précipitation de la caséine par le sulfate de chaux.
- Voici trois formules de palines.
- Papier couche, pour chromolithographies : caséine 8 à 10, blanc fixe 50, blanc salin 50, eau 85, soude caustique 1/2; à la pâte bien homogène, on ajoute bicarbonate de, soude 1.
- Papirr couché brillant pour impression Igpdgrapkique des illustrations : caséine 7,5; blanc fixe 60; talc 1/2; eau 24; soude caustique 1/2; savon de cire carnauba 4; à la pâle bien homogène, on ajoute sulfate d’ammonium 3/4 dissous dans eau 2. La caséine se dissout mieux en présence de soude. Le savon de cire de carnauba assure le satinage du papier; on le prépare en dissolvant 1 partie de cire carnauba dans 4 parties do solution de carbonate de potassium à 3 p. 100.
- Papier couché, patine à base de gélatine. Gélatine 16, blanc fixe 120, savon de cire de carnauba 6, talc, 1, eau quantité suffisante pour pâte dense; alun de chrome 1/2 dissous dans 5 parties d'eau.
- L’alun insolubilise mieux la patine, mais il doit être acide.
- Pour obtenir de bonnes impressions d’illustrations en typographie sur papier mat, il faut imprimer deux fois avec le même cliché autotypique, la première impression avec une encre claire sert à imperméabiliser la couche.
- Lorsqu’on étend la pâte sur le papier en marche, le mouvement des brosses produit une mousse abondante qui, après séchage, forme de nombreuses irrégularités de la patine. Le meilleur moyen d’y remédier, dit M. Namias, est d’ajouter de temps en temps à la cuve à pâte un peu d’huile sulforicinée additionnée d’alcool dénaturé.
- Comme le papier couché ne se conserve pas et ne se plie pas, Mertens a proposé d’employer au lieu de la matrice plane avec image en relief une matrice cylindrique avec image concave, ce qui permet de tirer sur papier quelconque.
- L’utilisation des résidus sulfitiques des pâtes à papier. — Les eaux résiduaires des fabriques de papier qui travaillent aux sulfites renferment de l’acide sulfureux et le dixième de la pulpe totale.
- La présence de l’acide sulfureux rend ces eaux très malsaines. Elles altèrent profondément les ruisseaux où on les déverse, et causent des revendications très justifiées de la part des riverains. Pour y obvier, on a proposé plusieurs utilisations de ces résidus.
- Le procédé suédois est peut-être le meilleur. On y utilise les eaux résiduaires à produire de l'alcool; pour cela, elles sont d'abord traitées par un acide, puis aérées pour exciter l’oxydation; on neutralise, et finalement on distille pour recueillir l’alcool.
- Le procédé Traîner, (exploité dans une installation sur le Rhin, a pour objet d’obte-
- p.459 - vue 459/950
-
-
-
- 400
- NOTES DE CHIMIE
- MARS 1913.
- nir un résidu solide, par évaporation des liquides; le résidu porte le nom de Zellpech. C’est une matière transparente, résinoïde, qui renferme 11 p. 100 d’eau, 15 de cendres, 36 de carbone; lorsqu’on l’expose à la chaleur, elle se décompose et brûle sans fumée; elle se dissout aisément et celte solution possède des propriétés adhésives.
- On l’utilise comme liant dans la fabrication des briquettes de charbon et dans celle des briquettes de métaux. Une usine de Bruckhausen utilise cette poix de cellulose. Enfin, on l’a proposée pour combattre la poussière des routes, mais il n'y a pas d’emploi développé. 10 kgs. de lessive résiduaire fournissent, par évaporation, 1 kg. de poix; l’Allemagne pourrait théoriquement en fournir 500 000 tonnes par an. Mais l’utilisation comme liant dans la fabrication des briquettes est intimement liée à la proximité des usines minières ou métallurgiques.
- En outre, la poix de cellulose est une substance très hygroscopique, et elle nécessite quelques soins dans sa conservation. Aussi, plusieurs usines préfèrent utiliser une lessive simplement concentrée, et non le produit sec qui est breveté, et par conséquent dont le prix est d’autant plus grand. Quant à la fabrication des briquettes de charbon, elle doit écarter l’emploi de cette poix à cause de sa teneur élevée en cendres.
- L’épinéphrine ou adrénaline. — M. Edward R. Weidlein (dans le J. of industrial and engineering Chemislry, septembre 1912, p. 636-615) a étudié l’épinéphrine, ou adrénaline, extraite des glandes surrénales de la baleine. Le poids de ces glandes varie de 684 g. à 264 g., au lieu que pour les mêmes organes dans le bœuf on n’a que 12^,5.
- Depuis qu’Abel a extrait l'adrénaline des glandes sous-cutanées du crapaud véni-meux tropical, Bufo Aquæ (J. Am. Med. p. 1531-6 du 27 mai 1911), l'attention
- s’est portée, sur les sources possibles de cette substance. C’est en 1856 (Comptes rendus, t. 93, p. 663-5) que Yulpian observe les réactions caractéristiques de l’épinéphrine (coloration vert émeraude avec le chlorure ferrique et rose avec l’iode) sur les liquides extraits de la moelle des glandes surrénales; mais ce n’est qu’en 1894 qu’Oliver et Shafer observèrent la propriété principale de l’élévation de la pression du sang par l’injection intra-veineuse de l’extrait de ces glandes. (./. of Physioloyy, t. 16, 1894 et t. 18, p. 230-279 en 1895).
- Aldrich détermina la formule.
- On peut trouver dans les articles de Abel (J. pharm., t. 75, p. 301-325, en 1903); d’Aldrich (/. Am. Chem. Soc., t. 27, p. 1074-91, en 1905); de Schultz (Bull. nus 55 et 61 de Ilyg. Lab. U. S. A. du Health and Marine Hosp. Serv., Washington); de Vincent {Lancet, t. 171, p. 348-353, en 1906) et de Shæfer [Brit. Med. J., t. 1, p. 1277-1346 des 30 mai et 6 juin 1908) une bibliographie très complète de l’adrénaline.
- Les premières recherches n’ont eu pour butque l'étude de l’action toxique et théra* peutique des solutions dans l’eau ou la glycérine. Dès 1885, Krukenberg ( Virchow’s Archiv, t. 101, 542) et Frankel {Wiener Med. Blatt, t. 14, p. 16, en 1896), déclaraient que la substance active était un dérivé de la pyrocaléchine. Puis Von Furtli {Z. physiol. Chem.,t. 24, p. 142; t. 26, p. 15 en 1898 ; et./. pharm. clüm., (6) 18, 362 ; Pharm. J., t. 24, 437 en 1907), Abel {The Johns Hopkins Hospital Bulletin de juillet 1897, nu 76; 1901, Ber., t. 36. p. 1839-47 ; Am. J. Pharm., t. 75, p. 311, en 1903) ont cherché à isoler le
- p.460 - vue 460/950
-
-
-
- l’épinéphrine ou adrénaline.
- 461
- principe actif. Takarnine y arriva le premier en 1901 [Am. J. Pharm., t. 73. p. 528-531). Aldricli. mi peu après, employa la méthode de Takarnine légèrement modifiée (Am. J. Phij.si.ol., t. 5, p. 457, en 1901). Aldrich (J. Am. Chem. Soc., t. 27, p. 1077, en 1905') a indiqué une modification de sa méthode, et Freund [Chem. News, 19 février 1909) est l’auteur d’une méthode de réduction par électrolysc des solutions impures d'épinéphrine.
- La synthèse de l’épinéphrine a été réalisée par Dakin, Stolz, Jowelt, Bottcher et Pauly. Depuis, Piocher a séparé le corps préparé synthétiquement par Stolz en d-el I- épinéphrine (Z. physiol. Chem., t. 53, p. 185-194, en 1908); et il a montré que la 1- épinéphrine est la plus active et qu’elle est identique à l’épinéphrine naturelle.
- Pour le dosage des solutions d’épinéphrine, trois méthodes ont été employées : Détermination de la dose mortelle (d’après Schultz: 0m",008 par gramme pour les souris) ; Mesure de la dilatation de l’iris de la grenouille proposée par Meltzer; Élévation de la pression sanguine dans la carotide d’un animal anesthésié à la suite de l’injection dans la veine fémorale d’un volume donné de la solution à titrer. Cette dernière méthode est la plus exacte. Si, après l’élévation de la pression sanguine, celle-ci tombe au-dessous de la valeur normale, c’est qu’il y a une impureté dans l’épinéphrine examinée. En séparant l’épinéphrine pure, on obtient un liquide qui ne donne pas do dépression.
- On peut extraire des glandes surrénales de la baleine, six à neuf mois après la mort à la condition de les conserver dans du chloroforme, une épinéphrine ou adrénaline identique à celle extraite du bœuf. La plus forte teneur extraite est 0,2 p, 100, soit environ Ie,2 par glande.
- La dépression observée avec l’adrénaline du commerce est due à la présence d’impuretés non séparées lors de l’extraction ou à celle de produits de décomposition dans la solution; la solution s’altère en effet rapidement, surtout à Pair ou dans des vases en partie vides. C’est ainsi que l’injection d’un centimètre cube d’épinéphrine du commerce au dix mil.ième, dans les veines d’un chat de 3 kg., donne une élévation de pression de 84 mm de mercure, et une dépression de 30 mm, tandis qu’une solution d'épinéphrine pure au même titre donne une élévation de pression de 108 mm et pas de dépression.
- p.461 - vue 461/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE
- par M. II. IlniER
- Membre ilu Conseil.
- La semaine agricole de Paris. — La semaine du 17 au 24 février dernier a été, pour nos agriculteurs, la grande « semaine agricole » de Paris. La Société des Agriculteurs de France a tenu, durant ces jours, sa 44e session annuelle ; la Société d’Encouragement à l’Agriculture avait organisé un congrès des exportations agricoles; l’Association des Ingénieurs-Agronomes a tenu, de son côté, un congrès important. La Société des Viticulteurs de France a eu sa session annuelle ; la Société de l’Industrie laitière a tenu son assemblée générale annuelle, de même que le Syndicat des Fabricants de Sucre.
- L’Union centrale des Syndicats des Agriculteurs de France a eu également son assemblée générale après une série de réunions préparatoires auxquelles prirent part les délégués des syndicats; de môme encore le Syndicat central des Agriculteurs de France, etc., etc.
- Et, pendant ce temps, au Grand Palais des Champs-Elysées, du lundi 17 au lundi 24 février 1913, le Concours général agricole réunissait l’exposition annuelle des animaux gras, l’exposition des produits de laiterie, des produits agricoles et horticoles, une exposition de matériel d’emballage, tandis que sur l’Esplanade des Invalides plus de 650 constructeurs avaient amené une collection des plus complètes d’instruments et de machines agricoles.
- Bien entendu nous n’avons nullement l’intention d’analyser ici les séances de ces diveises réunions et de ces divers congrès, pas plus que de donner un compte rendu du concours d’animaux gras et de l’exposition des machines agricoles ; mais nous croyons qu’il peut être intéressant de rechercher quelques-unes des observations générales qui se dégagent de ces multiples manifestations agricoles.
- Tout d’abord, c’est une grande impression de vie intense ; l’agriculteur français qui, pendant trop longtemps, a paru rester étroitement confiné au coin de terre sur lequel il était né, absorbé uniqueihent à le labourer et à lui faire produire les récoltes les plus variées, celles dont il avait besoin pour lui-même et l’entretien de sa famille, cet agriculteur, aujourd’hui, entend élargir son horizon : il cherche à se rendre compte des conditions générales de la production agricole dans les pays qui l’entourent, en France et même dans les pays les plus éloignés. Il veut connaître les procédés reconnus ailleurs les meilleurs, et apprendre de quelle façon il pourrait les appliquer utilement sur sa
- p.462 - vue 462/950
-
-
-
- notes d'agriculture. 403
- propre exploitation. 11 veut connaître quels sont les nouveaux débouchés des différents produits agricoles.
- Il ne veut plus surtout rester un isolé ; il comprend de plus en plus, pour défendre ses légitimes interets, le besoin de s’unir à ceux de sa profession, de façon à discuter les questions d’ordre technique et économique qui présentent le plus d’intérêt pour lui, de façon à mieux organiser la vente de ses denrées, de façon à pouvoir faire valoir, devant le Parlement et le Gouvernement, ses revendications avec la force et l’autorité que donne le nombre.
- En second lieu, ce qui frappe est la multiplicité même des sociétés particulières et des congrès agricoles ; cela témoigne simplement qu’en agriculture comme en industrie le groupement par spécialités s’impose de plus en plus ; ainsi la Société des Agriculteurs de France a bien une section de viticulture, une section de sylviculture, nue section du bétail et de l’industrie laitière, une section des industries agricoles, les unes et les autres distinctes et extrêmement vivantes; néanmoins, les viticulteurs ont tenu à se grouper encore séparément dans la Société des Viticulteurs de France ; les agriculteurs qui s’occupent spécialement de la production du lait et des industries laitières ont formé la Société française d’Encouragement à l’Industrie laitière ; les fabricants de sucre ont leur Syndicat des Fabricants de Sucre ; les propriétaires de bois viennent de fonder le Comité forestier, etc., etc.
- Enfin, si nous passons aux expositions du Grand Palais et de l’Esplanade des Invalides^ nombre des exposants dans les différentes catégories, l’affluence des visiteurs, l’importance des achats qui s’v sont effectués apportent une confirmation matérielle de cette « vie intense» qui aujourd’hui existe dans toutes nos campagnes de France, en même temps que la qualité et la variété des produits exposés sont une preuve irrécusable des progrès accomplis par notre.agriculture.
- La 44e session annuelle de la Société des Agriculteurs de France. — La Société des Agriculteurs de France compte plus de 10 000 membres; elle a tenu, disions-nous en commençant, sa quarante-quatrième session annuelle dans la semaine du lundi 17 au samedi 22 février. Durant les matinées de toute cette semaine, les quatorze sections (Agriculture, — Bétail et industrie laitière, — Viticulture, — Sylviculture, — Horticulture et pomologie, — Génie rural, — Industries agricoles, — Entomologie, Sériciculture, apiculture et pisciculture,— Économie et législation rurales, — FriseF gnernent agricole, — Production chevaline,— Relations internationales, — Aviculture et industries annexes, — Transports) ont tenu des séances de travail suivies par un très grand nombre de membres. Les questions proposées par le bureau de ces diverses sections et les vœux des réunions départementales y ont été l’objet de rapports très étudiés et très discutés. Enfin, l'après-midi, réunies en assemblée générale sous la présidence de M. Émile Pluchet, l’éminent président de la Société, les différentes sections sont venues soumettre à l’assemblée générale les conclusions des rapports et les vœux auxquels avaient abouti les travaux de leurs membres.
- Dans les sections, les études techniques occupent une large place ; mais, à côté de celles-ci, les questions économiques et sociales attirent aujourd’hui spécialement l’attention des agriculteurs et c’est un signe du temps présent ; par exemple, on sent la question ouvrière, la question delà main-d’œuvre, être, à l’heure actuelle, la grande
- p.463 - vue 463/950
-
-
-
- 464
- NOTES D’AGRICULTURE. ---- MARS 1913.
- préoccupation de tous les agriculteurs, quelle que soit, du reste, la région où ils habitent, et quel que soit le genre de leur exploitation agricole. A ce même ordre d’idées se rattachent notamment les études de la section d’Agriculture sur la main-d’œuvre agricole et les logements ouvriers, l’enquête de la même section sur le métayage, les travaux de la section du Génie rural sur la motoculture et sur les entreprises de distribution électrique dans les fermes, les vœux de la section d’Économie et de Législation rurales sur les retraites paysannes,sur le maintien des enfants assistés à la campagne, l’étude des projets de loi relatifs à la réglementation du travail à domicile, etc., etc.(1).
- Le rapporteur de la section d’Économie et de Législation rurales, M. Lacombe, à propos des projets de loi relatifs à la réglementation du travail à domicile, montra que l’agriculture a le plus grand intérêt à ce que, dans les régions agricoles, ce travail, qui doit être considéré comme l’un des rares remèdes à la dépopulation des campagnes, puisse non seulement se maintenir mais encore se développer. Après examen des projets concernant cette question actuellement soumise au Parlement, il conclut à l’adoption de vœux qui furent adoptés par l’assemblée générale (2).
- M. Girard, au nom de la section d’Agriculture, se fit vigoureusement applaudir par l’assemblée générale, en demandant que les agriculteurs s’efforcent de donner satisfaction, dans la mesure du possible, aux désiderata de leur personnel, et qu’ils cherchent à en améborer le sort par tous les moyens en leur pouvoir, notamment par la construction de maisons ouvrières et par l’apphcation de la loi sur les habitations à bon marché ; il fit remarquer que le développement de l’emploi des machines agricoles, encore trop peu répandues dans les exploitations, permettrait d’augmenter les salaires des ouvriers sans qu’il en résultât un accroissement du prix de revient.
- A cet égard la motoculture permettra-t-elle d’avoir des ouvriers mécaniciens spécialisés qui recevraient des salaires plus élevés et contribuera-t-elle ainsi à l'amélioration du sort des travailleurs ruraux ? Beaucoup le pensent.
- Dans tous les cas, devant la pénurie des bouviers et des charretiers pour les grandes exploitations, la motoculture semble devoir être une nécessité, et la Société des Agriculteurs de France a décidé de consacrer une somme de 20 000 francs à des essais prolongés et sérieusement contrôlés de culture mécanique sur la ferme de M. Thomassin à Puiseux (Seine-et-Oise). C’est là une très heureuse initiative à laquelle on ne saurait trop applaudir.
- (1) Le compte rendu des travaux de la session de la Société des Agriculteurs de France paraît en un volume séparé, 8, rue d’Athènes, Paris.
- (2) 1° Que tout projet de soumission du travail à domicile à la réglementation du travail industriel soit combattu par le Gouvernement et rejeté par le Parlement.
- 2° En ce qui touche le projet de loi relatif à la fixation d’un minimum de salaires, pour les ouvrières à domicile dépendant de l’industrie du vêtement et accessoires ,
- Émet le vœu que la compétence des prud'hommes et des juges de paix soit restreinte à la transformation du salaire-base au temps en salaire aux pièces ;
- Que la fixation du salaire-base soit opérée préventivement par une juridiction plus haute, après une étude complète et un débat public ; que pour la fixation de ce salaire, cette juridiction soit invitée à tenir compte non seulement du salaire normal applicable dans la région à une ouvrière de la profession non spécialisée, mais aussi des circonstances économiques de toute nature qui peuvent justifier une dérogation à cet élément pour éviter que la fixation n’entraîne des conséquences fâcheuses vis-à-vis du travail à domicile.
- p.464 - vue 464/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 465
- Le congrès des Exportations agricoles (1). —Au Congrès international d’Agriculture de 1900, M. Méline, montrant les progrès accomplis par l’agriculture française, indiquait la voie dans laquelle devaient désormais s’orienter nos agriculteurs et nos éleveurs : l’organisation commerciale de l’agriculture. Produire ne suffit pas, disait l’éminent agronome, il faut savoir vendre.
- Les conseils de M. Méline ont été compris et surtout depuis 1900 précisément nous avons assisté à l’essor de nombre de coopératives et de syndicats agricoles créés dans le but d’assurer aux produits de nos campagnes de larges débouchés tant en France qu’à l’étranger.
- Les mardi 18, mercredi 19 et jeudi 20 février, la Société d’Encouragement à l’Agriculture tint un congrès des exportations agricoles, dans lequel furent discutés par des spécialistes, agriculteurs, éleveurs, commerçants en gros, agents des compagnies de chemins de fer, les moyens les plus propres à assurer l’écoulement rémunérateur de nos produits agricoles.
- M. Brétignière, traita du 1)1 é et des autres céréales ; M. Marcel Vacher, du commerce du bétail ; notre éminent collègue M. E. Tisserand lut un remarquable rapport sur l’élevage et l’exportation du porc en Danemark. Dans ce pays, grâce à l’association constante et méthodique de la pratique et de la science, grâce à l’initiative privée et à la coopération secondées par le concours libéral dos pouvoirs publics, non seulement la consommation intérieure se trouve largement pourvue en viande de porc, mais il s’exporte, en outre, plus de 105 millions de kilos de lard et de jambon.
- La méthode et les institutions des Danois leur ont permis d’exporter, en 1911, 168 millions de francs de viande de porc, 41 millions de francs d’œufs et 289 millions de francs de beurre, crème et lait.
- M. Tisserand souhaite que l’exemple du Danemark produise, chez les cultivateurs français, un effet salutaire.
- Qu’on procède chez nous, dit-il, de la même façon ; que l’initiative privée soit plus entreprenante et plus active ; que l’Étal et les départements prennent part à ses efforts en donnant à nos établissements scientifiques les ressources et l’outillage nécessaires pour faire des recherches analogues à celles dont les savants danois nous ont donné et continuent à nous donner l’exemple. Il y a là un immense service à rendre à notre agriculture pour accroître sa prospérité et, par conséquent, celle du pays tout entier.
- L’exportation de nos vins donna lieu à une série de rapports des plus intéressants de la part de M. Lafforgue, directeur des services agricoles de la Gironde, sur les vins de Bordeaux, de M. Louis Mathieu sur les vins de Bourgogne, de M. Coubard sur les vins de Touraine, de M. Prats sur les vins du Midi.
- Nos vignobles de la Gironde, de la Bourgogne, de la Touraine sont aujourd’hui reconstitués et les vins de leurs grands crus et des crus moyens ont la même qualité qu’autrefois. Il nous faut développer la vente des vins en bouteille qui permet d’assurer à la fois la qualité et l’authenticité du produit. Ce dont souffrent les exportations de
- (1) Les séances du Congrès ont été résumées dans la Semaine agricole, nos du 23 février et du 2 mars 1913. Les rapports et comptes rendus des discussions seront publiés in extenso par la Société d’Encouragement cà l'Agriculture, 5, avenue de l-’Opéra, Paris.
- p.465 - vue 465/950
-
-
-
- 466
- NOTES D’AGRICULTURE. ---- MARS 1913.
- nos grands vins est, en effet, la fraude commise trop souvent par des commerçants étrangers.
- ML Warcollier, directeur de la Station pomologique de Caen, a montré le rôle que pourraient jouer, dans l’exportation de nos pommes et de nos cidres, des syndicats de producteurs qui fourniraient aux acheteurs étrangers des garanties de provenance et de qualité. L’Allemagne nous achète déjà beaucoup de pommes mais pourrait en absorber beaucoup plus, à condition de lui fournir des pommes aigrelettes et bien saines.
- M. Antoine Mari a étudié le mouvement commercial des huiles d’olive ; nos huiles si fines des Alpes-Maritimes souffrent de la concurrence des mélanges d’huiles d'olive et d’huiles de graines exotiques.
- M. Mari montra ensuite les progrès de l’exportation des fleurs coupées de la région méditerranéenne. Il ne croit pas s’éloigner de la vérité en fixant à 30 millions la valeur des nombreux colis formant un tonnage de 9 millions de kilos, transportés, de novembre à mai, par la compagnie P.-L.-M.
- L'exportation des produits de laiterie fut l’objet de rapports de MM. Guy, Moussu, Bouché, Herson, Charles Martin.
- M. Belletre lit un rapport d’ensemble sur l’exportation des fruits, des légumes et des primeurs et M. Laye signala les progrès des exportations des noix brisées ou cerneaux de l’Auvergne vers les États-Unis (une seule maison de Clermonl a reçu une commande de 100 tonnes de cerneaux pour New York), etc.
- Ce qui ressort des rapports et des discussions de ce congrès, c’est que nous produisons en France, par suite même des conditions si favorables de nos sols et de nos climats variés à l'infini, et grâce à l'habileté de nos agriculteurs, éleveurs, maraîchers, viticulteurs, des denrées de tout premier choix et de qualité exceptionnelle. Il faut donc les faire reconnaître comme telles dans les pays étrangers, veiller à ce que sous les étiquettes de vins de Chàteau-Margaux, Yquem, Clos-Yougeot, Montrachet, Vouvray, etc., on ne vende que des vins absolument authentiques, provenant de ces grands crus, de même pour nos beurres d’Isignv, nos huiles de Nice, nos chasselas de Montauban, nos prunes d’Agen, etc.
- Nos producteurs et nos commerçants doivent, de leur côté, veiller à faire à l'étranger des expéditions de produits parfaitement soignés. 11 faut maintenir avant tout la supériorité de nos produits ; c’est le vrai moyen de les faire payer à leur réelle valeur, et de leur garantir des débouchés.
- Concours d’animaux gras (1). — Il fut un temps et pas encore bien éloigné de nous, où les animaux de races françaises, qu’il s’agisse de bœufs, de moutons, de porcs, ne pouvaient guère être comparés pour la régularité dos formes, la précocité surtout, la facilité à prendre la viande, avec les animaux de race anglaise. Le Durham, par exemple, était regardé comme le type idéal du bœuf de boucherie, et le Dishley et le Southdown comme les vrais moutons à viande, le Yorkshire comme le porc à exploiter pour obtenir le plus gros poids de viande et de lard dans le moindre temps.
- Or, entrons à la dernière exposition du Grand-Palais et passons en revue les animaux
- (1) On trouvera un compte rendu présenté par M. Marcel Vacher de ce concours dans le bulletin de février 1913 de la Société nationale d’Agriculture, 18, rue de Rellechasse, Paris.
- p.466 - vue 466/950
-
-
-
- NOTES D AGRICULTURE.
- 467
- gras qui y avaient été amenés. Nous nous trouvons en présence d’un concours particulièrement brillant par la qualité et le nombre des animaux.
- Dans la catégorie des bovidés, les Durham sont représentés par quelques botes de premier choix, sans aucun doute, — un jeune bœuf né le 5 janvier 1910 et pesant 980 kilos, un animal plus jeune d’un mois et pesant 1 073 kilos, etc. — mais ces remarquables animaux ne surpassent pas nos bœufs de race française, — charolais et limousins, — ils ne pouvaient même rivaliser avec eux. Deux jeunes bœufs charolais» par exemple, nés le 30 septembre et le 10 août 1910, pesaient respectivement 1 010 et 1 020 kilos, le gain journalier depuis la naissance, atteignant ici pour un des charolais 1 160 grammes.
- Le prix d’honneur réservé à une bande de bœufs, composée d’au moins quatre animaux de même race-, a été enlevé par quatre bœufs âgés de quatre ans, de race charo-laise, d’une uniformité absolue, d’allures très régulières, et dont le poids était respectivement de 1 150, 1 165,1 220 et l 120 kilos.
- A la vue de cette bande de boeufs, M. Maenhaut président de la Société royale d’Agriculture de Belgique, disait à M. Marcel Vacher : « Il est à l’heure actuelle certainement impossible d’obtenir, avec aucune race du monde, des animaux de boucherie supérieurs à vos charolais et ce qui fait mon admiration, ce n’est pas tant de voir un animal isolé, mais quatre bœufs d’une similitude parfaite de type, de conformation et de poids comme les quatre bœufs lauréats du prix d’honneur des bandes. »
- Ces quatre animaux appartenaient aux frères Dodat, de la Ferté-Hauterive (Allier); ces mêmes éleveurs, « connaisseurs de bétail et engraisseurs hors pair (1) », ont remporté en outre le prix d’honneur réservé au bœuf le plus parfait de forme et d’engraissement, sans distinction d’âge ni de race, pour un bœuf charolais né le 25 juillet 1909 et pesant 1 115 kilos. Aux mêmes éleveurs est encore revenu le prix d’honneur des vaches pour une Durham charolaise, née le 31 décembre 1909 et pesant 975 kilos. La bande, prix d’honneur des bœufs, a été vendue 9 800 francs,_le bœuf prix d’honneur 4 500 francs, la vache 2 020 francs.
- Les résultats vraiment merveilleux atteints aujourd’hui dans l’engraissement des animaux par nos éleveurs de charolais, de limousins, de garonnais, etc., le sont aussi par les éleveurs de porcs craonnais dans la Mayenne, et c’est ainsi que l’éleveur bien connu de ce département, M. Victor Rouland, remporta les deux prix d’honneur. Le porc isolé qui lui valut l’un de ces prix était né le 1er février 1912 ; il atteignait le poids extraordinaire de 365 kilos. Quant à la bande, elle était formée de trois animaux nés le 24 mai 1912 et qui pesaient de 272 à 276 kilos par tête.
- Quand une race peut donner des animaux de tels poids en moins d’un an, l’on comprend qu’elle soit partout rècherchée et que du Craonnais nous exportions aujourd’hui des porcs reproducteurs dans tous les pays du monde.
- Les produits agricoles et l’exposition de la Compagnie P.-L.-M. — A côté des ani maux gras et des animaux de basse-cour, le Grand Palais réunissait une série d’expo-
- (1) M. Marcel Vacher.
- p.467 - vue 467/950
-
-
-
- 168
- NOTES D’AGRICULTURE. ---- MARS 1913.
- sitions de produits agricoles tout à fait remarquables : une exposition des vins et eaux-de-vie, une exposition des beurres et fromages, une exposition des miels et cires, etc.
- Mais surtout les visiteurs s’attardaient émerveillés devant une exposition, sans précédent, organisée par la Compagnie des Chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée. Cette exposition, qui occupait toute une salle longue de 60 mètres et large de 20, a suscité l’admiration générale; elle mérite de fixer l’attention car elle était pleine d’enseignements; on y trouvait, en effet, réunie une collection aussi variée que complète des multiples produits agricoles et horticoles de l’Algérie, de la Tunisie, du Maroc, et surtout des produits de notre littoral méditerranéen et de la vallée du Rhône; une quarantaine d’exposants, dont plus de la moitié étaient des collectivités réunissant parfois de nombreuses individualités, y avaient pris part. Les fleurs et notamment les œillets garnissaient tout le tour de la salle et en ornaient encore les tables placées au centre.
- Fleurs. —C’est qu’aujourd’liui la plus grande partie de la Côte d’Azur n’est qu’un jardin à peine interrompu sur quelques points. Sur celte côte fertile ensoleillée la culture des fleurs, au point de vue commercial, occupe des espaces considérables et depuis une dizaine d’années, particulièrement dans la région d'IIyères, elle a pris un remarquable développement.
- A Antibes seul, on évalue à plus de dix millions de francs la valeur des châssis vitrés employés à la culture 11 orale intensive de l’œillet et de la rose.
- La Compagnie P.-L.-M. a organisé un service spécial de transport pour les fleurs du littoral.
- Dès le début de la saison, à partir du 15 octobre, un train de messageries, à marche accélérée, spécialement affecté au ramassage des colis de fleurs, circule de Nice à Marseille.
- Son heure de départ de Nice a été, après entente avec les divers groupements du commerce local, fixée à une heure du soir, de façon qu’il puisse recevoir les fleurs cueillies le matin. Il dessert tous les centres d’expédition situés sur son parcours et reçoit :
- a) à Nice les envois en provenance des gares de la section de Menton-Garavan à Ville franche-sur-Mer, desservies par un train partant de Menton-Garavan à 10 h. 30 m. du matin ;
- b) à Toulon, ceux en provenance de l’embranchement d’Hyères, desservi par un train quittant Hyères à 2 h. 33 m. du soir.
- Les fourgons de fleurs, amenés à Marseille par le train de ramassage, sont ensuite acheminés sur leur destination par les trains rapides et express désignés à cet effet. Au moyen de cette organisation, les fleurs parties de Nice à 5 h. du soir, parviennent :
- Durée de transport.
- h. m. h. m.
- A Paris, le lendemain, à............... 10 30 21 30
- A Boulogne, le lendemain, à............... 18 30 29 30
- A Londres, le surlendemain, à............. 4 30 39 30
- A Bruxelles, le surlendemain, à............. 5 0 40
- A Francfort-sur-le-Mein, le lendemain, à.............. 23 4 33
- A Cologne, le surlendemain, à............. 6 58 40 58
- A Berlin, le surlendemain, à............. 8 6 42
- p.468 - vue 468/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 469
- Ce service de trains rapides assure l’arrivée en parfait état des fleurs à Paris, Londres, Bruxelles,Cologne, Berlin, etc., et a permis aux expéditeurs d’augmenter leur clientèle et d’acquérir de nouveaux débouchés pour l’exportation de la « fleur coupée». Les expéditions sont en constante augmentation.
- Hiver 1004-1005 Hiver 1010-1011.
- Vers Paris.
- 2 000 tonnes
- 3 OOO —
- Vers
- l'Allemagne.
- 1 100 tonnes a 500 —
- Vers
- la Suisse. 150 tonnes 200 —
- Vers
- l’Angleterre.
- 1 800 tonnes.
- 2 300 —
- Fruits et primeurs.— Depuis que les canaux dérivés delà Durance et delà Fontaine de Vaucluse ont permis d’irriguer de vastes surfaces, les cultures maraîchères des fruits et des légumes se sont énormément développées dans la vallée du Rhône, en Vaucluse, comme aussi dans la Drôme, dans l’Ardèche, etc., etc. La Compagnie P.-L.-M. a pris également ici toute une série de mesures pour faciliter l’écoulement de ces produits en France et à l’étranger et leur créer les meilleurs débouchés.
- Pour faire face au trafic des fruits et des primeurs et en assurer, dans de bonnes conditions, le transport rapide et régulier eh provenance de l’Algérie et du Midi de la France, à destination de Paris, de l’Angleterre, de l’Allemagne et de la Suisse, la Compagnie met en marche chaque jour, indépendamment des trains de messageries habituels, 6 à 10 trains spéciaux de denrées dont la vitesse moyenne de marche atteint 60 à 65 kilomètres à l'heure sur la plus grande partie du parcours.
- Pour éviter les effets de la chaleur et de la fermentation en cours de route, si nuisibles à la conservation de ces produits de nature délicate, la Compagnie P.-L.-M. a fait construire toute une série de wagons spéciaux à grande vitesse, largement aérés, avec caisse et toiture à doubles parois, admis à franchir les frontières sans transbordement. La Compagnie possédait, fin 1911, 2 487 wagons de ce type II.-P.
- La Compagnie, d’autre part, a accordé aux expéditeurs de fleurs, de fruits et de légumes une série de tarifs de plus en plus réduits ; et actuellement, par rapport à 1880, par exemple, ses abaissements de tarifs se chiffrent par 50 à 60 p. 100 de réduction pour les envois d’Hyères à Paris et ils atteignent même 69 p. 100 pour les exportations.
- Pour les fruits par 1 000 kilos, frais accessoires compris, par expédition de 50 kilos :
- Année 1880 1900 1910 Distance.
- fr. c. fr. c. fr. c. kilomètres.
- D’IIyères ^ A Boulogne gare i 373 205 65 130 45 1 179
- d’Avignon ] maritime. . . . ( 31510 198 83 120 75 985
- Pour les légumes frais, transportés en grande vitesse, des mêmes gares par 1 000 kilos, frais accessoires compris, par expédition de 50 kilos:
- Année 1880 1900 1910 Distance.
- f r. c. fr. c. fr. c. kilomètres.
- Dllyèivs ( ) A Boulogne gare ; 373 60 197 40 121 45 1179
- d’Avignon J i maritime. . . . ( 315 10 173 60 111 75 985
- La Compagnie enfin, par le service de ses agents commerciaux extrêmement intelligents et zélés, s’esttenue en contact permanent avec les producteurs, les commerçants, les expéditeurs, les commissionnaires étrangers; j’ai eu l’occasion de signaler icimême, à propos de la petite culture dans l’Ardèche, le rôle joué par M. Blanchin et les brillants
- p.469 - vue 469/950
-
-
-
- 470
- NOTES D AGRICULTURE.
- MARS 1913.
- résultats auxquels a abouti son active propagande. Sa section, la vallée du lihône de Saint-Rambert-d’Albon à Tarascon, expédiait en 1904 33 235 tonnes de légumes; elle en a expédié 74137 tonnes en 1912.
- Toutes ces améliorations, tous ces efforts des producteurs, des expéditeurs et de la Compagnie P.-L.-M. ont eu pour effet d’accroître considérablement la production et l’expédition des fruits et des primeurs.
- De 1900 à 1909, les fruits et légumes, transportés en grande vitesse par le P.-L.-M., ont passé de 09 200 tonnes à 137 900 tonnes et ce sont surtout les expéditions à l’étranger qui ont progressé, de 8100 tonnes à 38 000 tonnes; de 4 000 tonnes, les expéditions des légumes et fruits sur l’Allemagne se sont notamment élevées à 27 000 tonnes en l’espace de dix ans.
- La Compagnie P.-L.-M. s’est aussi tout naturellement intéressée au développement de l’exportation des primeurs de l’Algérie par la voie de Marseille. Elle a cherché des débouchés pour les raisins de table algériens en Suisse et en Allemagne ; elle a conseillé en Algérie la culture de la tomate d’exportation, distribuant gratuitement à de nombreux agriculteurs et « tomateros » des graines sélectionnées. Bref, de 1900 à 1910, le tonnage annuel des principales primeurs algériennes, expédiées en grande vitesse de Marseille à Paris, a passé :
- Aimées. Tomates. Raisins. Artichauts. Haricots verts. Pois.
- 1900 ............... 0 2 13 4 1 042 998 31 limites.
- 1910 ............... 5 453 4 878 2 283 3 723 550 —
- L’exposition, au Grand Palais, de la Compagnie P.-L.-M. était à Paris la suite des expositions qu’elle avait si brillamment organisées à Mannheim en 1907, à Londres en 1908, à Bruxelles en 1910, à Turin en 1911.
- On comprendra donc qu’à propos de cette exposition nous soyons entré dans quelques détails sur le rùle de la Compagnie P.-L.-M. pour faciliter l’écoulement des produits des régions qu’elle dessert.
- L’exposition des machines agricoles. — Quittons le Grand Palais, traversons le Pont Alexandre-lII, et nous trouvons l’Esplanade des Invalides tout entière occupée par l’exposition des instruments et des machines agricoles; cette exposition constitue toujours la grande attraction du Concours général ; c’est là que les visiteurs sont le plus nombreux, car c'est pour voir et acheter les machines que les agriculteurs se rendent en si grand nombre à Paris de tous les points de la France.
- Depuis 1885, notre collègue M. Bingelmann donne, dans le Journal d’Agriculture pratique, un compte rendu annuel des machines nouvelles présentées aux concours généraux agricoles et aux expositions internationales ; les lecteurs désireux de trouver des renseignements sur les machines agricoles puiseront dans cette série d’articles une mine de renseignements du plus haut intérêt ; nous les renvoyons naturellement pour l’exposition de cette année aux articles que M. Itingelmann publie dans le Journal d’Agriculture pratique (les comptes rendus ont commencé dans le numéro 1 du Journal d'Agriculture pratique du 13 mars) (1). En ce moment, contentons-nous de jeter un
- (1) Librairie agricole, 26, rue Jacob, Paris.
- p.470 - vue 470/950
-
-
-
- NOTES D AGUICULTUKE.
- 471
- rapide coup d’œil d’ensemble. Un premier point frappait le visiteur : le nombre des exposants, plus de 600 ; c’est-à-dire qu’aujourd’hui ce 11e sont plus seulement quelques rares grandes maisons venant à Paris, au Concours général agricole, présenter leurs machines et leurs instruments, et s’imposant pour cela des frais très élevés ; c’est toute une légion de constructeurs locaux de toutes les régions de la France, ne craignant pas de venir exposer leurs machines en concurrence avec les machines des plus grands constructeurs français et étrangers, et sachant du reste que les frais qu’un tel déplacement nécessite seront couverts par une vente plus large, à une plus nombreuse clientèle. L’emploi des machines agricoles s’est, en effet, aujourd’hui généralisé en France à tel point que des constructeurs de plus en plus nombreux trouvent une clientèle assurée pour leurs instruments ; et il n’y a plus seulement quelques rares maisons construisant de bonnes machines agricoles : leur nombre s’acroît d’année en année.
- En second lieu, quelles sont les machines qui paraissaient susciter la plus vive curiosité des agriculteurs ?
- Ce sont les machines de moto-culture, et les machines à traire : évidemment cela tient à ce que ces machines sont nouvelles, moins connues; mais les agriculteurs ne les examinent pas seulement avec curiosité : ils les examinent avec un intérêt tout spécial, parce qu’ils entrevoient, dans leur emploi, peut-être la solution d’une partie du problème qui les préoccupe davantage, le problème de la main-d’œuvre agricole à la ferme.
- Sans doute ces machines sont loin d’être, toutes au moins, réellement pratiques; bien peu sont au point; mais les agriculteurs ne désespèrent pas de l’ingéniosité de nos constructeurs. La nécessité, pensent-ils, créera la machine.
- N’en voyait-on pas un exemple, dans ce concours même, dans les machines destinées à arracher et à décolleter la betterave? Il semble que ce soit là un des problèmes les plus difficiles à résoudre : couper mécaniquement les feuilles des betteraves, les séparer, au ras du collet, de la racine même, arracher cette racine profondément enfouie dans le sol, l’en retirer sans casser ni pivot ni radicelles, disposer, en tas séparés, feuilles d’un côté et racines de l’autre. Et cependant nous avons maintenant des machines qui, au dire de cultivateurs de betteraves et de fabricants de sucre les ayant employées, permettaient les unes, mues par de puissantes machines à vapeur, d’arracher *20 rangs de betteraves à la fois; d’autres, traînées par 12 bœufs, d’effectuer le travail sur 6 rangs ; d’autres enfin n’exigeant que 2 bœufs pour décolleter et arracher un seul rang de betteraves ; c’est-à-dire qu’il y aurait maintenant des arracheuses décolleteuses pour la très grande, la grande et même la petite culture de la betterave.
- Les consommateurs se sont plaints de la « vie chère » et l’on a accusé les agriculteurs de cet état de choses; l’on a notamment accusé notre agriculture de demeurer routinière. A l'abri de droits de douane garantissant ses produits, assurée ainsi de les' vendre un bon prix, l’agriculture française, a-t-on répété, n’est incitée à faire aucun progrès, aucune amélioration.
- En réaüté, rien 11’est plus faux ; et il faut raisonner de ces questions sans vouloir sortir de son cabinet, sans vouloir prendre la peine d’observer, même superficiellement ce qui se passe aujourd’hui dans les campagnes françaises, pour parler ainsi.
- p.471 - vue 471/950
-
-
-
- 472
- NOTES D AGRICULTURE.
- MARS 1913.
- Sans aucun doute l’agriculture française en 1912 a eu, pour l'ensemble de ses produits, de belles récoltes et en a obtenu des prix de vente élevés. Mais l’argent que l’agriculteur français a pu ainsi réaliser ne s'entasse plus dans le fond d’un bas de laine soigneusement caché et enterré. Cet argent sert à poursuivre une série d’améliorations agricoles, destinées à rendre encore plus féconde notre terre de France.
- On ne le sait pas assez : ce sont les bonnes années, les années où l’agriculture gagne de l’argent, que l’on voit les drainages, les irrigations, les défoncements se multiplier; ce sont les bonnes années, les années où les produits se vendent cher, que l’emploi des engrais se généralise, — et j’ai eu l’occasion de citer, ici même, quels progrès énormes ont été faits depuis quelques années à cet égard dans notre pays ; — ce sont ces mêmes bonnes années, que l’agriculteur achète des tourteaux pour nourrir son bétail; les prix de vente, élevés en effet, du blé, de la betterave, du vin, de la viande, etc., lui assurent que ces dépenses en engrais, en tourteaux,etc., pourront être largement payées par les suppléments de rendements obtenus; ce sont les bonnes années que l'agriculteur achète des machines et des instruments agricoles, et qu'il établit l’électricité dans sa ferme; ce senties bonnes années que l’agriculteur abat les vieux bâtiments de ferme et en construit de nouveaux mieux disposés, plus sains, plus hygiéniques.
- Toutes ces améliorations, en fin de compte, profitent à la terre, la rendent plus féconde et permettent d’v retenir une population plus nombreuse, mieux rétribuée et pourvue de plus de bien-être. Loin de nous en plaindre, dans l’intérêt général bien compris de tous, il y a lieu au contraire, croyons-nous, de nous en féliciter.
- p.472 - vue 472/950
-
-
-
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE
- par M. Max Ringelmann membre du Conseil.
- Les appareils de culture mécanique au Concours général agricole de Paris,
- par M. Max Ringelmann.
- De nombreux appareils de culture mécanique se trouvaient dans l’exposition des machineset instruments agricoles annexée au Concours général de Paris (19-26 février 1913), et qui s’est tenue sur l’Esplanade des Invalides. Nous en dressons la liste, nous réservant de revenir plus tard sur certains appareils; on pourra constater que beaucoup d’entre eux ont déjà été étudiés dans cette Revue de Culture mécanique.
- A. — Tracteurs proprement dits, ou automobiles spéciales devant remplacer les attelages et tirer directement une cliarrue ou toute autre machine de culture.
- a) Tracteurs à vapeur. — Ce sont des locomotives routières établies pour circuler sur le sol plus ou moins meuble des champs. Parmi ces machines spéciales, citons les suivantes :
- Le tracteur de la Société française de Matériel agricole et industriel (Vierzon, Cher , représenté par la figure 74, est pourvu d’un moteur d’une puissance de 20 à 23 chevaux-vapeur, à distribution par soupapes. La barre de l’excentrique présente deux échancrures qui déplacent des galets fixés à des manivelles à mouvement circulaire alternatif, soulevant les soupapes aux moments voulus ; il y a deux soupapes d’admission et deux soupapes d’échappement. La chaudière est timbrée à 12 kilogrammes ; le poids est de 7 tonnes et demie à vide et d’un peu plus de 8 tonnes et demie en ordre de marche.
- Le tracteur de la Compagnie Case de France (237, faubourg Saint-Martin), qui a déjà été examiné ici (1).
- Le tracteur de la Société franco-hongroise.(20, rue Ilossini, Paris) est une locomotive routière à larges roues (fig. 73). La chaudière a près de 18 mètres carrés et demi de surface de chauffe et fonctionne à une pression de 13 kilogrammes. Le jnoteur compound a 0m,152 et 0m,267 d’alésages et la course des pistons est de 0'",300. Les
- (l! Page 347, Bulletin de décembre 1912.
- • Tome 119. — 1er semestre. — Mars 1913.
- 31
- p.473 - vue 473/950
-
-
-
- 474
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE
- MARS 1913.
- roues avant ont ll 2 3",37 de diamètre et O"1,70 de largeur de jante; les roues motrices, en acier coulé, ont 2 mètres de diamètre et ()'",70 de largeur de jante. Cette machine, dite de 55-00 chevaux, pouvant en donner momentanément 85, pèse à vide un peu plus de 12 tonnes et demie.
- b) Tracteurs avec moteur à explosions, fonctionnant à l’essence ou au benzol : tracteur Avery, présenté par la maison Th. Pilter (24, rue Alibert, Paris). Ce tracteur, qui a pris part en 1912 aux essais de Sétif et de Maison-Carrée (1), dans lesquels on a eu tort de faire travailler les machines dans des terrains d’une résistance exceptionnelle-
- Fig. 74. — Tracteur à vapeur de la Société française de matériel agricole.
- ment élevée, puis aux démonstrations de Reims (2), comprend un moteur à deux cylindres horizontaux opposés, d’une puissance de 35 chevaux à la vitesse de 400 à 500 tours par minute ; le régulateur Pickering, monté sur un arbre vertical, agit sur l’admission du mélange tonnant qui est à composition variable. Au-dessus de l’avant-train se trouve le refroidisseur à tubes verticaux; la plate-forme sur laquelle se tient le mécanicien est suspendue sur des ressorts. Nous avons eu l’occasion de voir, aux environs de Paris, ce tracteur en service courant effectuant un très bon travail dans un sol difficile.
- c) Tracteurs avec dispositifs spéciaux d'adhérence.
- Tracteur de M. Edmond Lefebvre (1, rue du Champ-des-Oiseaux, Rouen, Seine-Inférieure); cette machine a déjà fait l’objet d’un article spécial (3).
- (1) Page 147, Bulletin de janvier 1913,
- (2) Page 438, Bulletin de novembre 1912.
- (3) Page 311, Bulletin d’octobre 1912.
- p.474 - vue 474/950
-
-
-
- APPAREILS DE CULTURE MÉCANIQUE AU CONCOURS AGRICOLE DE PARIS. 475
- Tracteur de M. Gilbert (76, boulevard Magenta, Paris). Machine portée sur cinq roues : deux roues directrices; deux petites roues arrière, très rapprochées Tune de
- Fig. 7.i. — Tracteur à vapeur de la Société franco-hongroise.
- l’autre, roulant sur le guéret; une grande roue motrice, pourvue de palettes mobiles, roulant dans la raie.
- B. — Tracteur-toueur, de M. Georges Filtz (Juvisy-sur-Orge, Seine-et-Oise) ; ce tracteur « Arion » a déjà été décrit dans ce Bulletin (1).
- C. — Tracteurs-treuils.
- a) à vapeur. — Ce sont les appareils ordinaires de culture à vapeur avec une ou deux locomotives-treuils (2).
- Machine de L. et A. Pécard frères (Nevers, Nièvre). La petite locomotive, qui fut employée au début par M. Yarin d’Ainvelle, et dont nous avons déjà parlé (3), est
- (1) Page 159, Bulletin de janvier 1913.
- (2) Page 134, Bulletin de juillet 1912.
- (3) Page 43G, Bulletin de novembre 1912.
- p.475 - vue 475/950
-
-
-
- 476
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MARS 1913.
- aujourd'hui très demandée dans les départements du Gard, de l’Hérault et des Bouches-du-Rhône ; les grands modèles se répandent en Algérie.
- Machine Aveling et Porter, de Rochester, présentée par MM. A. et C. Brun (0, rue de la Victoire, Paris); locomotive-treuil pour chantier de labourage à la vapeur avec deux machines tirant alternativement la charrue-balance.
- b) à pétrole. — Tracteur-treuil de M. A. Bajac (Liancourt, Oise), qui a déjà fait l’objet d’une étude particulière (1). M. A. Bajac présentait aussi de nombreux modèles de charrues-balances et anti-balances, à versoirs ordinaires ou à disques, utilisées avec les appareils de culture mécanique.
- Tracteur-treuil de M. V. Doisy (23, rue Raphaël, Vanves, Seine), avec ancrage automatique du genre de l’ancienne bêche que feu A. Castelin avait adopté pour son treuil automobile. L’ancrage, qui supporte la poulie de renvoi du câble, est articulé dans le plan vertical, en avant de l’essieu arrière. Le treuil, dont l’axe est parallèle à l’essieu, est à trois vitesses afin que les déplacements moyens du câble soient de 0"',40, O1",85 et 1 mètre par seconde ; un guide à double hélice assure l’enroulement régulier du câble sur le tambour du treuil. Le moteur à quatre cylindres est d’une puissance de 20 à 25 chevaux.
- D. —Treuil. — MM. Delieuvin et Cie (77, avenue de la Grande-Armée, Paris) présentent un treuil de De Dion-Bouton (Puteaux, Seine) ; sur un chariot à quatre roues, du type des roues d’artillerie, se trouve à l’avant un moteur monocylindrique de De Dion, d’une puissance de 12 chevaux, commandant par courroie le treuil placé au-dessus de l’arrière-train. L’ensemble présente une grande analogie avec l’ancien dispositif de Howard. Le câble passe sur une poulie horizontale de renvoi située entre le treuil et le moteur. L’avancement de la machine le long de la fourrière est obtenu à la main, avec une manivelle, une vis sans fin et une grande roue dentée solidaire des roues arrière.
- E. —Machines pourvues de pièces animées de divers mouvements. — Charme automobile, dite à socs percutants, de M. Linard-IIubert (U, rue Coulomrnière, Troyes, Aubej; en arrière de l’automobile, sont disposés six corps de charrues, solidaires deux à deux, qui reçoivent un mouvement rectiligne périodique dans le sens du déplacement de la machine.
- La société « la Motoculture française » (47, boulevard Haussmann, Paris) présente un modèle de l'appareil appelé motoculteur (brevets Meyenburg). Les pièces travaillantes sont des dents flexibles animées d’un mouvement de rotation. Le modèle exposé cultive sur une largeur de 0"',90 et est muni, en avant, de manches ou brancards qu’un homme tient pour assurer seulement la direction tout en ayant la machine automobile derrière lui; l’ensemble est bien équilibré, de sorte qu'en appuyant sur les brancards, l’on effectue facilement le déterrage des pièces travaillantes. Pour virer sur place, à l’extrémité du rayage, l’ouvrier bloque une des deux roues motrices avec un cliquet. Le modèle présenté, destiné à la culture des vignes, est actionné par un moteur Peugeot à deux cylindres, d’une puissance de 10 à 12 chevaux à 1000 tours à la minute; le tambour des dents flexibles tourne à raison de 180 tours par minute.
- \ 1 j Page 116, Rulletin de juillet 1912.
- p.476 - vue 476/950
-
-
-
- LA CULTURE MÉCANIQUE DU RIZ EN INDO-CHINE.
- 477
- F. — Houes automobiles. — La houe de M. Eugène Bauche (rue Caruel-de-Saint-Martin, Le Chesnay, près Versailles, Seine-et-Oise) possède des pièces travaillantes animées de mouvements circulaires alternatifs; elle se dirige avec des mancherons. On construit deux modèles actionnés par un moteur de 4 chevaux : l’un travaillant sur une largeur de 0m,60 à 0m,70pour le binage des pépinières, desplantes maraîchères, du tabac, etc.; l’autre, destiné aux binages des vignes, des cotonniers, etc., travaille sur une largeur pouvant varier de 0ra,90 à lm,10.
- La houe-tracteur automobile F. T., présentée par les ateliers de Mme veuve A. de Mesmay (36, quai Gayant, Saint-Quentin, Aisne), a fait l’objet d’une récente description (1).
- G- — Faucheuse automobile. — M. Thieulin (Besançon, Doubs), présente une faucheuse automobile. Le moteur actionne les roues porteuses et la scie ; en arrière, la machine se prolonge par un âge muni de deux mancherons qui permettent à un homme d’assurer la direction de la faucheuse.
- La culture mécanique du riz en Indo-Chine (2),
- par M. F. Main, Ingénieur agronome.
- En mars 1910, nous applaudissions à la constitution d’un groupement qui, sous le nom d'Association rizicole indo-chinoise, reprenait sur une grande échelle les essais entrepris quelques années auparavant par mon camarade M. Achard, en vue d’examiner dans quelle mesure les procédés de culture du riz usités aux États-Unis pouvaient être implantés en Cochinchine.
- Rentré récemment d’Indo-Chine, le secrétaire général de l’Association, M. Sambuc, a bien voulu nous communiquer les rapports mensuels de l’ingénieur de l’Association et nous autoriser à en publier ce que nous croirions utile pour tous ceux qui s’intéressent, à un titre quelconque, à la culture du riz. Nous avons été trop frappé de l’importance des renseignements contenus dans ces rapports pour ne pas profiter de cette aimable autorisation, et nous nous proposons de rendre compte rapidement de ce que nous appellerons les résultats obtenus.
- Est-ce à dire que tout le monde partagera notre opinion sur ce terme de résultats ? Ce n’est pas certain, mais nous avons l’intention d’exposer, en même temps, pourquoi nous considérons comme importants, comme ayant fait faire à la question un grand pas en avant, certains points qui, sous la plume de l’ingénieur chargé de diriger les essais, trahissent parfois une pointe de découragement que nous voudrions essayer de dissiper. Combien de précurseurs n’ont pas laissé percer de découragement au moment précis où ils commençaient à entrevoir le but? Nous n’en avons pas moins été, quant à nous, frappé des solutions entrevues à travers les difficultés sans nombre qui ont présidé à une première année d’essais. Et, ayant collaboré au premier projet
- (1) Page 330, Bulletin de février 1913.
- (2) Journal il’Agriculture tropicale, 1912, n° 137, p. 321.
- p.477 - vue 477/950
-
-
-
- 478
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MARS 1913.
- de 1905, qui est la base dos essais actuels, il nous est agréable de pouvoir dire à M. Mazard, ingénieur agronome, ancien stagiaire à la Station d’Essais de Machines, attaché à l’Association rizicolo, combien il peut se sentir payé de ses peines par quelques points qui se trouvent partiellement ou définitivement acquis à la cause qu’il a si vaillamment détendue.
- Ce que sont ces résultats, nous allons le dire; mais auparavant, nous allons brièvement rappeler dans quelles conditions les essais ont été entrepris.
- Arrivé dans la colonie en janvier 1910, en saison sèche par conséquent, M. Alazard dut d’abord se rendre compte du terrain mis à sa disposition, du matériel antérieurement acheté et remisé depuis trois ans, et des conditions générales de l’hydrographie, de la climatologie et de l’agriculture de la Cochinchine, où il venait pour la première fois. Théoriquement, le travail de préparation du sol devait être fait en saison sèche, terminé au début de la saison des pluies pour les semailles, et pendant cette période de pluies, il devait avoir le temps nécessaire pour se familiariser davantage avec les conditions locales pour terminer en février par une moisson mécanique, au début de la saison sèche. Les essais devaient porter à la fois sur le régime des eaux dans la rizière, sur la préparation mécanique du sol, sur l’ensemencement direct au semoir, sur l’entretien de la rizière et le maintien de l’inondation à un niveau constant, enfin sur la récolte mécanique du riz. Les opérations de battage, desélection et de nettoyage rentraient bien dans le programme à remplir, mais ces opérations devaient être faites ultérieurement, à l’abri, et en temps choisi.
- Pratiquement, il fallut donc sérier les questions; cela ne surprendra personne ; on ne révolutionne pas une industrie en une campagne, et ceux qui seront appelés à juger du résultat de la saison passée sont trop au courant des choses de l’agriculture pour songer une minute que ce programme eût pu être ponctuellement rempli. Il fallut d’abord compter avec l’état du matériel, qui exigea un nettoyage complet, en sus du remplacement des pièces de bronze qui n'avaient pas été sans tenter les indigènes : Saïgon n’est pas Paris, et le voyage est long, même pour un colis postal. Ce qu’on peut faire faire sur place ne vient pas vite non plus, et le labourage ne put être commencé qu’en juin, à l’époque où déjà commençait l’humidité. Ce fait fut encore accentué par la situation topographique de la parcelle choisie en 1906 pour les essais ; trop basse, elle devait subir les effets de l'inondation plus tôt et plus longtemps que les parcelles plus élevées. Peut-être dira-t-on que c’était un tort de l’avoir ainsi déterminée, mais on avouera sans difficulté que, sans nivellement, relever l’altitude comparée d’une parcelle dans une immense plaine comme le delta de la Cochinchine, couverte de roseaux de plusieurs mètres de hauteur, ce n’est pas chose aisée, et un mètre de plus ou de moins dans l’altitude suffit amplement pour que le sol soit au-dessus ou au-dessous du niveau moyen de l’eau.
- Comme nous n’avons pas l’intention de faire une critique raisonnée des opérations, mais seulement d’en retenir ce qui doit, à notre avis, décider de l’abandon ou de la continuation des essais, nous verrons tout de suite ce qui s’est passé en 1912, année où le labour a pu être entrepris en saison sèche, en avril. Rappelons que le poids du maté-
- p.478 - vue 478/950
-
-
-
- LA CULTURE MÉCANIQUE DU RIZ EN INDO-CHINE.
- 479
- riel dont nous disposions en 190(i, date à laquelle furent faits les achats, nous avait conduit à adopter, malgré ses inconvénients, le treuil à deux tambours, nécessitant le retour à vide de la charrue (les instruments à traction directe n’existaient pas encore).
- La longueur du train était de 350 mètres, chiffre que nous avions cru prudent de ne pas dépasser, et la vitesse du retour à vide était trois fois la vitesse du labour par traction directe du câble. Cette vitesse s’est montrée trop considérable et il y a lieu de la réduire de moitié ou des deux tiers, si l’on conserve le même système. Laissons la parole à M. Alazard :
- 19 avril. — «... Je mets en marche le treuil. La charrue, tirée par le câble de retour de 800 mètres, arrive au bout du chantier; pendant ce trajet, les piquets d’ancrage ont tenu bon, mais ils ont pris sous la traction une certaine inclinaison; encore deux ou trois retours analogues, et ils seront arrachés. Je mets la charrue en travail ; le treuil la tire directement sur 350 mètres, en labourant à 10 ou 12 centimètres. (Une avarie aux versoirs, due à des défauts de métal, interrompit l’essai ce jour-là.)
- 21 avril. —« ... Nouvel essai à la charrue; dans le retour à vide, les pieux d’ancrage ont encore tenu bon ; mais les brides des versoirs ont à nouveau cassé. Si ce n’étaient ces fâcheux contretemps, le travail fait par la charrue est très bon. Par suites de diverses pannes, moteur, bris de pièces, etc., le travail de la journée n’est pas énorme, mais j’ai du moins la satisfaction de voir que le labour est bon, ce qui étonnerait bien des gens qui ont l’idée arrêtée que le labour avec nos grosses machines est impossible dans nos rizières. »
- Passons sur de nouvelles avaries d’allumage du moteur, sur le patinage de la courroie de commande du treuil, et arrivons au :
- 29 avril. — «... Le labour est excellent, et je regrette que la force adoptée pour le moteur et divers incidents dus à la construction de la charrue ne me permettent pas d’aller plus vite ; la terre est bien remuée. »
- Voilà donc un premier point acquis. Modifions le matériel, ayons une charrue plus légère et de construction mieux étudiée, un moteur plus puissant, deux treuils pour supprimer le retour à vide, et il sera possible de considérer le problème comme résolu. Insisterons-nous sur le travail des autres instruments ? Nous ne croyons pas que ce soit utile, la question de traction étant acquise. Au surplus, nous attarder sur des détails d’imperfection, comme une herse qui saute parce qu’elle est trop légère, un rouleau qui passe trop tard dans la saison et qui enfonce dans la terre molle, ne servirait à rien, aucun agriculteur ne voyant là matière à critique sérieuse; le rapport ne les mentionne que comme modifications pour la campagne suivante.
- Ce n’est pas tout de labourer; il faut aussi désherber, ce qui n’est pas un vain mot lorsque les herbes sont des roseaux à tige lignifiée et pouvant atteindre un grand développement. Cette destruction des roseaux avait longuement retenu,en 1906, M. Achard et moi, qui, après un long échange de vues, avions envisagé l’emploi de certaines machines américaines employées sur les champs de cannes à sucre. La solution est plus simple, M. Alazard l’a entrevue en août 1911, et il l’a complétée par les essais de fauchage qu’il a entrepris cette année. «... En août, on a profité de la présence de l’eau sur la rizière pour procéder à la coupe des roseaux, car ces derniers ne repoussent pas
- p.479 - vue 479/950
-
-
-
- 480
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ---- MARS U»13.
- lorsqu’ils sont coupés de cette façon ; le collet et les racines de la plante sont asphyxiés, et le tout meurt rapidement. Toutefois, vers le 12 août, on a dû arrêter le travail par suite de l’arrêt des pluies et d’une certaine sécheresse ; le collet de la plante coupée émergeait; ce n’est que vers le 20 qu’on a pu débroussailler à nouveau. »
- Le fait n’est pas une découverte, hâtons-nous de le dire ; mais il fallait pouvoir le réaliser pratiquement sur de grandes surfaces, et couper sous l’eau. Le travail a été fait à la faucheuse, non sans une certaine appréhension au début, nous confesse M. Alazard; mais l’expérience a pleinement réussi, l’instrument choisi répondant exactement aux conditions nécessaires : grande robustesse générale, grande vitesse de lame, qui a permis à la faucheuse de ne pas bourrer et de résister parfaitement à ce travail exceptionnellement dur. Prêtée ensuite, sur sa demande, à un fonctionnaire du Service de l’Agriculture, la même faucheuse a parfaitement fonctionné sur les digues d’autres rizières. Quant à l’enfoncement dans les sols mous, nous y avions remédié, les précautions prises ayant même pu être réduites.
- Plusieurs points sont acquis, d’une importance dont personne ne méconnaîtra la portée : on peut labourer mécaniquement des rizièrces normales, c’est-à-dire exposées à l’inondation pendant plusieurs mois ; les roseaux ne sont pas un obstacle insurmontable à la culture, et on possède le matériel approprié à leur destruction, matériel dont l’emploi est lié à l’observation de certaines conditions physiologiques d’existence des plantes. Gela seul doit suffire à donner confiance aux plus sceptiques, surtout si l’on considère les conditions dans lesquelles ces résultats ont été obtenus.
- En effet, le long rapport que nous avons sous les yeux, et dont la lecture est passionnante à plus d’un titre, ne contient pas que les indications que nous donnons ci-dessus, méthodiquement dépouillées de tout le labeur qui les entoure. Il relate tous les efforts de chaque jour, les tâtonnements, les échecs partiels dus soit à une imperfection du matériel, soit à une indécision dans l’interprétation d’un programme tracé par les uns et exécuté par un autre, les découragements, vite surmontés d’ailleurs, éprouvés en présence de ces coups du sort qui s’acharnent quelquefois sur vous sous une forme indépendante du travail principal, comme les difficultés de transport d’une maison dont la charpente métallique s’écroule une fois montée, retardant ainsi de plusieurs semaines le moment où l’on espère trouver un repos meilleur que dans la paillotte où l’on a dû s’installer provisoirement. Enfin (hélas !), l’impression angoissante de sentir ses mouvements anxieusement suivis par ceux qui ont mis leur espoir en vous, et qui, prêts à tous les sacrifices et accessibles à tous les raisonnements tant qu’il ne s’est agi que de dépenser leur argent, ne peuvent cependant oublier que ce qu’ils ont entrepris c'est un peu de la philanthropie, qu’il faut bien, pour aboutir, accepter, solliciter même des subventions, et qu’au moment du quart d’heure de Rabelais, il faudra bien pouvoir dire à l’Administration, pour qu’elle ouvre son porte-monnaie : Voilà ce que nous avons fait ! Et pour cela, on en arrive à fausser un peu le programme, à labourer trop tard, alors que l’eau est déjà sur la rizière, ou à récolter trop tôt, quand l’eau y est encore. En agriculture, malheureusement, un mois de perdu, c’est quelquefois une année de perdue, et remettre les expériences à douze mois plus tard, c’est une décision qu’on hésite à prendre lorsqu’on travaille avec les fonds des autres ; en effet, ces autres l’admettront-ils, et surtout comment les dispensateurs
- p.480 - vue 480/950
-
-
-
- LE TRACTEUR DE M. GILBERT.
- 481
- des subventions prendraient-ils la chose s’ils apprenaient que les fonds votés n’ont pas été dépensés? Ce sont de ces nécessités « politiques » avec lesquelles il faut vivre.,, lorsqu’on n’en meurt pas.
- Et maintenant, que va faire l’Association rizicole ? Les derniers rapports que nous avons eus sous les yeux, et qui datent de juillet et août 1912, réclament encore du matériel; un matériel modifié, amélioré de ce que quinze mois d’essais ont suggéré de perfectionnements tant dans leur construction ou leur conception que dans leur emploi. Il faut aussi procéder à des aménagements des champs d’essais, pour les mettre partiellement à l’abri de l’inondation, les drainer pour être un peu plus maître de l’eau, condition presque absolue pour allonger la période pendant laquelle il est possible de faire travailler de lourdes machines, sans que leur traction exige une force disproportionnée avec le résultat à atteindre. Il faut donc encore de l’argent, non seulement pour le matériel à établir, mais aussi pour les travaux accessoires, qui peut-être devront passer pour une bonne part avant les achats de machines. Les promoteurs de l’entreprise feront un gros effort, c’est certain, mais il ne faut pas perdre de vue que cette entreprise est d’utilité publique, que les droits de sortie sur les paddys constituent une des ressources les plus importantes de notre Indo-Chine qui, à ce titre, se doit à elle-même d’être le plus puissant soutien de l’Association rizicole indo-chinoise. Ce n’est pas au moment où le gouvernement de Madagascar va faire les frais d’une Station expérimentale de riziculture que celui de l’Indo-Chine peut paraître se désintéresser d’une question vitale pour elle.
- Le tracteur de M. Gilbert,
- par M. Fernand de Condé, Ingénieur agronome.
- Le tracteur de M. Gilbert (76, boulevard Magenta, Paris) se compose d’un châssis porté par cinq roues (fig. 76); la roue arrière de droite est seule motrice et marche dans la raie ; les deux roues arrière de gauche, de petit diamètre, sont montées sur le même axe et sont solidaires ; elles roulent sur le guéret. Les roues avant sont directrices ; elles sont montées sur un essieu fixé au châssis par une articulation centrale ; ce dispositif permet (comme dans beaucoup de routières) un grand déplacement des roues avant dans un plan vertical, l’une par rapport à l’autre, et une grande obliquité relative des deux essieux, sans nuire à la stabilité de la machine.
- La jante de la roue motrice porte des stries m (fig. 76) destinées à assurer l’adhérence ; en outre le dispositif spécial suivant permet d’augmenter cette adhérence : dans les champs, des palettes en acier sortent par des fentes obliques r à la partie inférieure de la roue et pénètrent dans le sol; elles rentrent à la partie supérieure, de manière à s’effacer complètement à l’intérieur de la jante ; ces palettes font ainsi une saillie de 0m,12 ; on obtient ce mouvement en fixant les palettes à des bras dont on astreint l’extrémité située vers le moyeu de la roue à se déplacer sur un chemin excentrique par rapport à la roue ; ce dispositif a également pour but de débarrasser la roue et les palettes de la terre qui y reste collée (voir fig. 53). Pour le transport sur route on tourne de 180 degrés le chemin excentrique central et les palettes font saillie à la partie supérieure de la roue en s’effaçant au contraire à la partie inférieure.
- p.481 - vue 481/950
-
-
-
- 482
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MARS 1913,
- Le crochet de traction K (fig. 76) situé en arrière de la roue motrice M peut se déplacer do a en b suivant la résistance opposée au tracteur. Le moteur, à explosions, est d’une puissance de 12 chevaux.
- Le modèle qui figurait au Concours général agricole de 1912 comportait, en
- >
- , £ '
- Fig. 16. — Principe du tracteur de M. Gilbert (plan)
- B, roues directrices.
- C, roue du guéret.
- M, roue motrice. m, stries.
- r, lumières.
- ah. traverse d'attelage.
- K, crochet de traction.
- D, moteur.
- V, volant de direction. T, tube de direction.
- S, siège.
- E, réservoir à essence,
- dessous du châssis, deux disques, fous sur leur axe, et placés obliquement par rapport à la direction de la marche ; c’était donc une charrue automobile à disques.
- *
- L’appareil qui a pris part aux démonstrations de Bourges (octobre 1912) fonctionnait en tracteur direct; il remorquait une charrue à deux raies, effectuant un faible labour ; un accident survenu au mécanisme des palettes d’adhérence a réduit beaucoup le temps de marche effectif de la machine (U minutes le premier et 58 minutes le deuxième jour). Voici les chiffres tirés des résultats donnés par la Commission technique de l’Automobile-Club :
- Largeur du travail..................................
- Profondeur moyenne du travail....................... .
- Vitesse en travail (mètres par seconde).............
- Temps pour labourer 1 hectare.....................
- Consommation d’essence par hectare..................
- Nombre de mètres cubes de terre remuée par litre de combustible.
- ]er jour. 2e jour.
- . . 0m,50 0,n,5ü
- . . 0m,084 0"‘,05!)
- . . 0m,72 0m,T7
- . . 12h10m 8h47m
- . . 128V7 »
- 6n.:i
- Cette machine, essayée à Bourges, était exposée, en février 1913, au Concours général agricole de Paris.
- p.482 - vue 482/950
-
-
-
- DE LA VALEUR DES AUTOMOBILES ET DE LA PUISSANCE DES MOTEURS. 483
- Estimation de la valeur des automobiles et de la puissance
- des moteurs,
- par M. Max Ringhlmann.
- Au sujet de la valeur des camions automobiles, qui présentent une certaine analogie avec nos tracteurs agricoles et treuils automobiles, le Ministère de la Guerre (Règlement d’administration publique du 7 octobre 1910) les classe en trois catégories :
- lre catégorie, véhicules ayant moins de 2 années d’existence — pas de réduction du prix initial, appelé prix budgétaire.
- 2e catégorie, véhicules ayant 2, 3 et 4 années d’existence — le prix initial subit une réduction de 33 p. 100.
- 3e catégorie, véhicules ayant 5 années et plus d’existence — le prix initial subit une réduction de
- 66 p. 100.
- Nous en avons d’ailleurs donné des détails dans l’article sur Y Amortissement des automobiles et des tracteurs (page 324; Bulletin d’octobre 1912).
- * *
- Le Ministère de la Guerre a préparé un projet de règlement relatif à la fixation du prix de réquisition des automobiles en cas de mobilisation.
- Le règlement comprend la fixation des prix des châssis, des bandages et des carrosseries, et la détermination de la puissance des moteurs.
- Prix des châssis. — La formule adoptée est de la forme :
- p = an + BC
- Dans laquelle :
- P est la valeur du châssis seul, réquisitionné, supposé ayant moins de deux années d’existence; l\ le nombre de cylindres du moteur;
- C la puissance du moteur, en chevaux-vapeur ;
- A et B des coefficients variables suivant les véhicules.
- D’après l'âge du châssis, le prix budgétaire P subit une réduction de 33 ou de 06 p. 100, comme cela a été indiqué précédemment.
- Suivant les véhicules, les formules proposées par le Ministère de la Guerre sont les suivantes :
- Camions........................P = 1 000 N + 400 G
- Tracteurs......................P = 1 000 N + 500 C
- Trains.........................P = 1 000 N + (500 + 200 R) C
- Dans laquelle R est le nombre des remorques.
- Voitures de tourisme...........P = 500 N + 300 C
- Motocyclettes..................P = 500 + 150 N
- Comme exemples d’application de ces diverses formules, voici quelques prix budgétaires de divers véhicules, pour le châssis seul, les autres éléments de la valeur (ban-
- p.483 - vue 483/950
-
-
-
- 484
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ----- MARS 1913.
- dages et carrosseries) étant évalués séparément suivant une barème que nous donnons plus loin.
- Camions 2 cylindres. 12 chevaux. francs. 6 800
- 4 — 12 — 8 800
- 4 — 16 — 10 400
- 4 — 20 — 12 000
- 4 — 30 — 16 000
- Tracteurs 2 cylindres. 12 — 8 000
- 4 — 12 — * 10 000
- 4 — 16 — 12 000
- 4 — 20 — 14 000
- 4 — 30 — 19 000
- Voilures de tourisme. 1 cylindre. 9 chevaux. 3 200
- 2 10 — 4 000
- 4 — 12 — 5 600
- 6 — 15 — 7 500
- 4 — 20 — 8 000
- Motocyclettes 1 cylindre. 650 francs.
- 2 — 4 — 800 — 1 100 —
- Le projet de règlement a été communiqué à la Commission technique de l’Auto-mobile-Club de France qui adopta la proposition de M. L. Périssé (1) relativement a la modification de la formule des voitures de tourisme, laquelle serait :
- P = 500 N + 400 C
- relevant un peu la valeur de ces châssis avec moteurs de 12 chevaux et au-dessous, qui sont précisément ceux que recherchera surtout l’autorité militaire pourj encadrer ses convois de poids lourds.
- Prix des bandages. — Les tarifs prévus par le Ministère de la Guerre sont les suivants :
- a) Bandages en fer, rien ; le prix de ces bandages est compris dans celui du châssis.
- b) Bandages en caoutchouc plein, supposés en bon état : 600 francs par bandage.
- c) Pneumatiques. — Par pièce :
- francs.
- Chambre à air.................... 50
- Bandage simple...................150
- Bandage antidérapant.............180
- Prix des carrosseries :
- a) Camion, sans bâches ni arceaux 1 200 francs ; camions avec bâche et arceaux 1 500 francs.
- b) Fourgons (voitures de livraison) 2 000 francs.
- c) Transport du personnel (camions et voitures de tourisme) 2 000 fr. -j- 100 fr. par place.
- (1) Bulletin de la Commission technique de VAutomobile-Club de France, décembre 1912, page 144,
- p.484 - vue 484/950
-
-
-
- DE LA VALEUR DES AUTOMOBILES ET DE LA PUISSANCE DES MOTEURS. 485
- Détermination de la puissance des moteurs. — La formule du Ministère de la Guerre, permettant de déterminer la puissance en chevaux-vapeur des moteurs à explosion paraît trop compliquée, et M. L. Périsse propose, avec raison, d’adopter ce qu’on appelle la formule fiscale.
- La formule du Ministère de la Guerre, devant donner la puissance C qui entre dans la formule précédente du prix du châssis, est :
- C — m D2-iiL°-:j
- Dans laquelle :
- D est l’alésage du cylindre, en centimètres;
- L la course du piston, en centimètres;
- m un coefficient variant comme suit :
- Moteur monocylindrique ...... m — 0,000 006 25
- — à 2 cylindres.................. = 0,000 011 3
- — 4 —..................... = 0,000 02
- — 6 — = 0,000 03
- La formule fiscale que le Service des Mines applique depuis le 1er janvier 1913 est établie en vue de la puissance du moteur pendant la vie totale d’une voiture, c’est-à-dire en tenant compte de son usure et d’un peu de négligence dans son réglage ; cette formule est :
- C = «D2LwK
- Dans laquelle :
- C est la puissance en chevaux-vapeur: n le nombre de cylindres du moteur;
- D l’alésage des cylindres, en centimètres;
- L la course du piston, en centimètres ; w le nombre de tours par seconde ;
- K un coefficient numérique, qui est de :
- 0,000 20 pour les moteurs monocylindriques.
- 0,000 17 — — à 2 cylindres.
- 0,000 15 — — 4 —
- 0,000 13 — — à plus de 4 cylindres.
- Bien que cette formule donne des puissances plus faibles que celles qui sont cataloguées par les constructeurs, dans le rapport d’environ 10 à 14, il y a intérêt à l’adopter pour l’évaluation de la puissance moyenne pratiquement utilisable des moteurs à explosions montés sur nos appareils de culture mécanique.
- Nous avons eu l’occasion de vérifier l’exactitude de la formule ci-dessus dans un de nos essais récents sur un moteur, à un cylindre, tournant à raison de 273 tours par minute.
- *
- * *
- Le travail utilisable par cylindre diminue quand on en accouple plusieurs de même puissance sur la môme résistance.
- Pour en donner une idée, supposons qu’un moteur à un cylindre, dans des condi-
- p.485 - vue 485/950
-
-
-
- 480
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MARS 1913.
- tions déterminées d’alésage, de course et de vitesse angulaire, donne une puissance de 100 kilogramme très par seconde, quand on accouple deux ou plusieurs cylindres identiques, on a les résultats suivants:
- Puissanco Puissanco
- par cylindre. totale.
- 1 cylindre . . . 100 100
- 2 — ... 85 170
- 1 — ... 75 300
- Plus de 4 — * ... 65 »
- Ces rapports sont appliqués dans la formule ci-dessus employée par le Service des Mines depuis le 1er janvier 1913, pour les moteurs fonctionnant suivant le cycle à quatre temps.
- Le treuil Castelin,
- par M. II. Pillai:]),
- Ingénieur agronome, Chef du service du Génie Rural au Syndicat central des Agriculteurs de France.
- Le treuil Castelin (lig. 77) a l’aspect d’un camion automobile. Il est pourvu d’un moteur monocylindrique de la force de 10 chevaux et possède, comme une voiture
- Fig. 77. — Treuil automobile Castelin.
- ordinaire, un embrayage, un changement de vitesse, un radiateur, une manette de direction avec la série habituelle des leviers et pédales de commande. Toute la partie
- p.486 - vue 486/950
-
-
-
- LE TREUIL CASTELIN.
- 487
- automobile a été placée à l’avant, et, contrairement à l’habitude, c’est là aussi que se trouvent les roues motrices commandées à l’aide d’une transmission par chaîne; elles sont de grandes dimensions (environ 1111,20 de diamètre) et munies d’une jante en fer sur laquelle on peut adapter un bandage de 0m,20 de large garni de fers en U. C’est ce bandage qui sert à donner au treuil l’adhérence suffisante pour le déplacement sur route ou dans les champs lorsque le sol est glissant. Il se fixe à l’aide de quelques boulons et son montage demande un temps très court.
- A l’arrière se trouvent les roues directrices et tout le mécanisme des treuils avec leurs enrouleurs.
- Les roues directrices, de petit diamètre (environ 0m,60), sont montées chacune sur un long pivot vertical dont la partie supérieure s’appuie sur un ressort plat; elles possèdent aussi une jante en fer, mais qui n’a pas été prévue pour recevoir de bandage.
- Le montage sur quatre roues a obligé le constructeur à munir son treuil automobile d’un dispositif particulier jouant le rôle de différentiel. On sait, en effet, qu’avec ce montage, il peut toujours arriver que l’une des roues motrices n’appuie pas sur le sol surtout dans les champs et les chemins ruraux où la surface est parfois très inégale. Si la voiture est munie du différentiel ordinaire, la roue en l’air se met à tourner et le démarrage devient impossible. Sans aller jusque-là, il arrive bien rarement que les deux roues appuient également sur le sol; si celui-ci est un peu glissant, l’une d’elles peut se mettre à tourner en creusant un trou au-dessous d’elle.
- M. Castelin a donc considéré comme indispensable que l’automobile puisse démarrer avec une seule roue en contact et, par conséquent, que la force du moteur puisse se transmettre indifféremment à une seule roue ou aux deux à la fois.
- Pour arriver à ce résultat, il a inventé un dispositif spécial qui permet à chaque couronne dentée de communiquer le mouvement à la roue qu’elle doit commander sans en être solidaire. Celle-ci peut recevoir, par l’intermédiaire d’un galet d’entraînement, un mouvement dans les deux sens, correspondant aux marches avant et arrière, ou rester dans une position intermédiaire dans laquelle elle n’est pas commandée. On comprend que les deux roues, pourvues d’un dispositif identique, ne suivent pas forcément le même mouvement, ce qui permet à l’automobile de virer.
- La partie automobile est complétée à l’arrière par une caisse de camion, à ridelles démontables, dans laquelle on peut mettre des marchandises ou disposer des sièges pour le transport des personnes.
- La voiture possède deux vitesses avant, 15 et 5 kilomètres à l’heure, et une marche arrière.
- Une poulie, placée sur le côté, sert à utiliser le moteur pour actionner les machines de la ferme. Le treuil possède, à cet effet, tous les avantages des moteurs fixes ou montés en locomobile.
- Mais ce qui fait de cet appareil une machine tout à fait particulière, c’est son adaptation à la traction par câble (fig. 78).
- p.487 - vue 487/950
-
-
-
- 488
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE
- MARS 1913
- Le mécanisme spécial à cette destination peut être divisé en deux parties : a) Mécanisme
- Eig. 78. — Treuil Castelin tirant une charrue hrabant-double. destiné à assurer la stabilité du treuil; b) Mécanisme assurant l’enroulement des câbles.
- p.488 - vue 488/950
-
-
-
- LE TREUIL CASTELIN.
- 489
- Le premier se compose seulement d’une bêche de recul B (dg. 79), articulée, sur l’avant x, qui s’enfonce dans le sol sous l’effet de la traction et proportionnellement à l’effort développé sur le câble e. Le treuil,.malgré son faible poids (1 800 kilogrammes environ), prend ainsi une adhérence instantanée suffisante pour résister aux plus grands efforts développés dans la culture mécanique.
- La bêche comprend deux béquilles métalliques f (fig. 79) en fers en U, articulées au châssis et reliées à la partie inférieure par deux fortes tôles a et a', pouvant avoir 1 mètre à lm,20 de longueur, situées l’une dans le plan des béquilles, l’autre dans
- 1T T,
- Fig. 79. — Principe de la bêche du treuil automobile Castelin.
- R, roue motrice. r, roue directrice.
- 0, châssis de l’automobile.
- T, treuil.
- e, câble de traction.
- B, bêche.
- f, fer en U mobile autour de l’axe x.
- a, a’, tôles assemblées par une cornière b. h, chaîne limitant la course du fer /' et arrêtée dans le crochet i. t, câble de soulèvement de la bêche, s’enroulant sur le treuil t‘. n, levier à cliquet, manœuvré de n en n", pour actionner le treuil de relevage t':
- une direction perpendiculaire,; la tôle a a environ 0m,40 de largeur et la tôle a' 0"y25 de hauteur. Sous l’effet de la traction e, qui s’effectue par l’arrière, le treuil tend à reculer. La tôle a s’enfonce alors dans le sol à la façon d’une bêche et aune profondeur sensiblement égale à la différence de niveau entre l’extrémité inférieure de la bêche et le plan sur lequel reposent les roues. Cette profondeur est fonction de l’angle que fait la bêche avec le plan du châssis C. Cet angle est limité par deux chaînes h qui relient les béquilles f au châssis C par un crochet i et qui empêchent même l’automobile de passer par-dessus la bêche lorsqu’il se présente une forte résistance accidentelle. La terre tend à remonter le long de la tôle, mais elle en est empêchée par la tôle perpendiculaire a' dont nous avons parlé. Sans celle-ci la bêche pourrait travailler le sol comme un paroir de grandes dimensions.
- Tome 119.
- 1er semestre. — Mars 1913-
- 32
- p.489 - vue 489/950
-
-
-
- 490
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MARS 1913.
- Par suite de l’action combinée des deux tôles, un certain volume de terre se trouve pris dans l’angle qu’elles forment. Le recul du treuil est subordonné au déplacement horizontal de cette masse qui ne peut avoir lieu puisqu’elle prend appui contre la terre môme du champ ; il peut se produire seulement un recul de quelques centimètres dû au tassement du sol, et en rapport avec l’effort de traction.
- Nous avons eu l’occasion de voir fonctionner le treuil dans des terrains de nature et de consistance très diverses. La stabilité de l’instrument et son adhérence au sol ont toujours été parfaites, et cette boche permet d’exercer les plus grands efforts.
- Les treuils T (fig. 79) sur lesquels s’enroulent les câbles a sont au nombre de deux et placés à l’arrière, au-dessus des roues directrices?’. Ils sont à axe horizontal etpeuvent être alternativement embrayés sur un arbre intermédiaire commandé par le moteur. La vitesse de ces treuils peut être modifiée à volonté en changeant les pignons de commande.
- Ils reçoivent des câbles en acier à grande résistance, dont l’enroulement est régularisé par des embobineurs à mouvement alternatif commandés par une double vis horizontale.
- Lorsqu’on est obligé de débrayer les treuils, le déroulement des câbles est empêché par un rouleau parallèle aux génératrices, et qui est maintenu constamment appuyé sur ces câbles par de forts ressorts.
- L’emploi du treuil automobile nécessite l’organisation d’un chantier de labourage. Sa longueur est limitée par celle des câbles et peut difficilement excéder 200 ou 250 mètres ; on ne peut donc pas travailler sur de longues distances, bien qu’elles présentent de sérieux avantages lorsque les terrains le permettent.
- Le labour peut s’effectuer avec une charrue ne versant la terre que d’un seul côté (fig. 80) et dans ce cas le retour de la charrue se fait à vide.
- Le labour dans les deux sens s’effectue avec une charrue brabant-double (fig. 78) ou avec une charrue-balance que l’on tire alternativement dans les deux sens à l’aide des câbles, dont l’un agit directement et l’autre passe sur une poulie de renvoi ancrée à l’autre bout du champ par rapport au treuil.
- La poulie de renvoi est amarrée sur des points fixes. Chacun d’eux (fig. 81) est constitué par une forte tôle cintrée a, mesurant 1 mètre de corde, 0m,60 de rayon et 0m,20 de hauteur. Cette tôle est enfoncée entièrement dans le sol, la partie concave étant tournée du côté de la surface à labourer; on prépare la place de la tôle avec une bêche.
- Par derrière et à 0m,30 environ de chaque extrémité de la tôle a (fig. 81), on place deux piquets b formés de fers à double T de P",20 de longueur. Chaque piquet est enfoncé dans le sol à 0"',60 au moins de profondeur et de telle sorte qu’il fasse, aArec la verticale, un angle variable suivant la résistance du sol, mais suffisant pour que la traction du câble ne puisse, après l’avoir redressé, l’inchner vers le labour. Les deux piquets main, tiennent deux colliers c reliés entre eux par un câble d, pouvant avoir un mètre de
- p.490 - vue 490/950
-
-
-
- LE TREUIL CASTELIN.
- 491
- longueur, auquel on fixe la poulie P de retour, sur laquelle passe le câble e é. La poulie P est une poulie ordinaire de puits, avec chape et crochet; un boulon n, passé
- Fig. 80. — Treuil Castelin tirant une charrue à trois raies.
- dans la chape et tangent aux joues de la poulie, empêche le câble de sortir de la gorge et de se coincer dans la chape.
- p.491 - vue 491/950
-
-
-
- 402
- REVUE DE CULTURE MECANIQUE.
- MARS 1913.
- On peut aussi disposer deux points fixes consécutifs distants de a à 10 mètres; on
- les relie à l’aide d’un câble sur lequel on accroche la poulie lorsqu’on ne peut tirer directement sur l’un des points fixes. On obtient ainsi une fraction qui est toujours droite.
- Il est avantageux d’avoir trois points fixes, pour pouvoir déplacer l’un d’eux pendant que les autres travaillent; on évite ainsi tout arrêt dans le labour.
- Le montage d’un point fixe demande 5 à 0 minutes; son démontage est très facile par suite de l’ébranlement qu’a produit la traction; il exige environ deux minutes dans des terrains très résistants, dans les défrichements par exemple, et n’exige pas 1 minute 15 secondes dans les chaumes. *
- Fig. 8i. — Poulie de renvoi et son amarrage.
- Voici comment l’on procède pour organiser le chantier : le treuil automobile arrive dans le champ en remorquant l'instrument de culture et en portant les points fixes, poulies, bandages, combustible, huile, etc. On se dirige à l’une des extrémités du champ, là où doit commencer le travail. On met en place l'un des points fixes, on y attache les deux câbles et on détache l’instrument de culture. On se dirige ensuite vers l’autre bout du champ après avoir débrayé les deux tambours ; les câbles se déroulent pendant le trajet. Arrivé à l’extrémité, on laisse tomber la bêche ; on a attaché le câble de traction directe à la machine de culture, celui de retour à l’arrière après l’avoir passé sur la poulie; on embraye alors le tambour portant le câble de traction directe ; la bêche s’enfonce dans le sol, le treuil se cale, le câble s’enroule en faisant avancer la charrue pendant que celui de retour se déroule.
- Ces diverses opérations se font avec une très grande rapidité.
- Lorsqu’on arrive à l’extrémité, on retourne la charrue, on attache les câbles, on débraye le tambour de traction directe, on embraye l'autre et la charrue se dirige vers les points fixes. On continue ainsi sans interruption.
- En procédant comme nous venons de le dire, le temps de mise en chantier n’excède pas 12 à 15 minutes.
- Pour qu’il n’y ait pas de perte de temps, il faut trois hommes. L’un s’occupe du treuil, l’autre des points lixes et le troisième suit et surveille la charrue.
- Dans les travaux de défrichement qui se font à faible vitesse, il peut être plus économique de supprimer le second homme et d’arrêter le travail de temps en temps pour permettre au laboureur de déplacer les points fixes.
- On déplace le treuil après avoir labouré une largeur de 2m,50. On fait machine en avant pour déterrer la bêche, qu’on soulève, et on fait successivement machine en arrière et machine en avant pour se placer dans la nouvelle position. On laisse tomber la bêche et on se met de nouveau en travail ; cela exige environ deux à trois minutes,
- p.492 - vue 492/950
-
-
-
- LE TREUIL CASTEL1N.
- 493
- Pour ne pas perdre de temps, on se déplace lorsque la machine de culture est à l’autre extrémité du champ pendant qu’on la met dans la position de retour.
- Plusieurs expériences précises ont été faites avec le treuil Castelin. Nous avons nous-mêmes dirigé les premiers essais, qui ont été effectués dans la ferme de M. Wallet, a Noisy-le-Iloi (Seine-et-Oise). Nous avons relevé les chiffres suivants :
- I. ir.
- Durée de l’expérience 1 li. 50 m. 1 h. 13 m
- Surface labourée, longueur 83m,75 80 mètres.
- — — largeur 8m,75 8m,07
- — — surface (met. carrés). . . . 732m2,81 645m-,60
- Profondeur du labour 0,17 0,22
- Largeur moyenne travaillée par raie 0,625 0,576
- Vitesse moyenne du brabant par seconde. . . Temps nécessaire pour tourner le brabant à 0,257 0,444
- l’extrémité de la raie 1 m. 4 s. 1 m. 5 s.
- Temps nécessaire pour déplacer le treuil (toutes
- les 4 raies) Pertes de temps diverses, pour 100 de la durée totale du travail (résultat obtenu par le 3 m. 7 s. 3 m. 7 s
- calcul) 10,90 11,94
- Effort moyen de traction (en kilogr.) 1 000 800
- Traction moyenne par décimètre carré .... 94,11 63,13
- Consommation d’essence par heure (litres) . . 3,87 4,52
- L’essai I a eu lieu dans une luzerne de six ans, en terrain fortement argileux, avec un brabant-double Bajac, à 2 raies, pesant 220 kilogrammes.
- L’essai II a été effectué dans un chaume de blé ayant succédé à des betteraves; la terre était également argileuse mais cependant moins forte que la précédente. On s’est servi du même brabant-double que dans l’essai I.
- Étant données les tractions constatées, le même travail, effectué à l’aide d’animaux, aurait nécessité au moins 8 bœufs, surtout dans le défrichement de luzerne.
- Dans d'autres expériences précises, qui ont eu lieu prés du haras de Suresnes (Seine), on a défriché une vieille prairie en terre forte et fait les constatations ci-
- après :
- Longueur des raies..........................95 mètres.
- Largeur du labour...........................0ra,35
- Profondeur du labour........................0m,35
- Temps nécessaire pour faire une raie........3 minutes.
- Vitesse du brabant-double par seconde.......0m,527
- Temps nécessaire pour déplacer le treuil . . . 50 secondes.
- Effort moyen de traction en kilogrammes. . . 1000
- Traction par décimètre carré, en kilogrammes. 8ik<gG3
- L’effort maximum exercé par le treuil à la vitesse précédente a été de 1 050 kilogrammes.
- p.493 - vue 493/950
-
-
-
- 494
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MARS 1913.
- La charrue employée était un grand brabant-double défonceur Bajac.
- La puissance utilisée, dans le cas de Belfort de traction maximum, est de :
- 1 050 x 0,527 = 553,35 kilogrammètres.
- ou 7 chevaux-vapeur 37.
- Le rendement, en prenant comme puissance du moteur celle de 10 chevaux 8 qu’il a . fournie dans les essais au frein, est de 68,24 p. 100.
- En se basant sur la puissance commerciale de 10 chevaux, on obtient 73,7 p. 100.
- Comme le câble qui travaille tire non seulement la charrue, mais déroule le second câble, on a cherché aussi dans ces expériences à déterminer quelle était l’énergie prise par le déroulement des câbles. Cette énergie n’est pas utilisée parle labour proprement dit et vient diminuer la puissance utile du tracteur si elle est exagérée. Nous avons constaté qu’elle est toujours faible, mais essentiellement variable, et ceci ne doit pas surprendre, puisque la longueur de la partie de câble déroulée augmente à mesure que la charrue avance. Elle a été mesurée à l’extrémité des câbles, derrière la charrue, et comprend, en dehors du déroulement proprement dit, le frottement du câble sur le sol et, pour le plus long d’entre eux, la résistance prise par la poulie fixe (lig. 81). Dans le cas du câble de retour, c’est-à-dire de celui qui passe sur la poulie fixe, nous n’avons pas observé de force supérieure à 50 kilogrammes; pour le câble de traction directe, elle est le plus souvent de quelques kilogrammes et n’excède jamais 20 kilogrammes.
- Ces chiffres sont très faibles, surtout si on les compare à la résistance moyenne de 1 000 kilogrammes accusée à l’extrémité du câble de traction.
- Nous devons citer aussi, comme autres essais, ceux effectués à Briare par les soins du Comice agricole de l’arrondissement de Gien.
- Ils ont eu lieu dans une terre d’alluvion que la sécheresse avait rendue très résistante. Voici les résultats constatés d’après le rapport communiqué à la Société des Agriculteurs de France :
- L’appareil actionnait un brabant-double assez fort. —Dimensions du labour : largeur 0m,307; profondeur, 0m,19 ; longueur des raies, 9Sm,50; traction moyenne observée : 425 kilogrammes. Personnel : 1 mécanicien, 1 laboureur et 1 homme à la poulie de
- renvoi.
- Durée de l’expérience............................30 minutes.
- Durée du labour effectif. . . . ’................21 m. 10 s.
- Vitesse de déplacement par seconde...............0m,776
- Superficie totale labourée (mètres carrés).......361nl2,50
- Consommation en essence..........................l',700
- Travail utile par seconde (kilogrammètres) .... 329kfc'm,8
- Puissance utile en chevaux.......................4 chev. 4
- Consommation horaire par cheval utile............l',093
- Volume de terre ameubli par litre d’essence consommé (mètres cubes).............................40"':l,402
- Ces divers chiffres montrent qu’on peut faire un travail déjà important avec un moteur de 10 chevaux. Les appareils de 14 et de 18 chevaux, qui ont également été étudiés, devaient permettre de labourer des surfaces journalières très intéressantes.
- p.494 - vue 494/950
-
-
-
- DÉTAILS DE CONSTRUCTION RELEVÉS AU CONCOURS AGRICOLE DE PARIS. 495
- M. Castelin a aussi pensé à faire travailler son treuil par bonds successifs comme le tracteur-treuil Bajac. Son ancrage instantané lui permettrait très bien de procéder de cette façon et il est regrettable que des expériences n’aient pas été faites dans ce sens.
- Le treuil peut aussi tirer directement tous les instruments de culture (charrue, herse, scarificateur, arracheur, etc.) ; il peut faire tourner, grâce à la poulie placée sur le côté, une transmission générale donnant la force motrice nécessaire pour actionner batteuse, hache-paille, concasseur, etc. ; sa suspension à ressorts et la facilité avec laquelle on peut retirer les bandages de 0m,20 de largeur destinés à empêcher le treuil de patiner dans les champs, permettent de l’utiliser comme voiturette de transport.
- C’est donc en somme une machine intéressante qui a le mérite d’avoir été l’un des premiers appareils de culture mécanique construits en France.
- Quelques détails de construction relevés au Concours général agricole de Paris,
- par M. Ferxa.nd de Condé, Ingénieur agronome.
- Calage du tracteur-treuil de M. A. Bajac. — Le principe du calage du tracteur-treuil de M. A. Bajac (Liancourt, Oise) a été exposé précédemment (1).
- Ce principe est resté le même depuis l’apparition de la machine, mais la construction
- V / y//\
- Fig. 82. — Calage du tracteur-treuil de M. Bajac.
- de la cale a été légèrement modifiée. Cette construction est aujourd’hui la suivante pour chaque roue :
- La cale CC' (fig. 82) est constituée par deux châssis parallèles, formés chacun de
- (1; Page 146, Bulletin de juillet 1912.
- p.495 - vue 495/950
-
-
-
- 490 REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. --------- MARS 1913.
- trois fers aa', b, d, dont l’un aa' repose sur le sol quand la cale agit ; les pièces d se continuent par une tôle e reliée elle-même aux fers aa' par la tôle cintrée n. Dans le léger mouvement de recul du tracteur, lorsque sous l’action du câble de traction t la roue A vient buter contre les fers b de la cale, la tôle e et la tôle n pénètrent légèrement dans le sol. Lors du mouvement de relevage de la cale, par le câble l et le ressort m (mouvement qui s’effectue par l’intermédiaire du câble L passant sur la poulie O et rappelé par un ressort logé dans le coffre B), l'arrachage hors du sol se produit facilement et, grâce à la forme de la tôle n, la terre ne reste pas adhérente à la cale.
- Le fer plat k, articulé avec la cale CL', passe entre deux fers parallèles h qui assurent le guidage vertical de la cale.
- Ce mode de calage, que nous avons eu l’occasion devoir fonctionner plusieurs fois, assure un parfait ancrage de l’appareil ; dans beaucoup de cas la pénétration de la tôle n dans le sol est très faible.
- Fixation des palettes du tracteur de M. Edmond Lefebvre. — Les palettes du tracteur de M. Edmond Lefebvre (1, rue du Champ-des-Oiseaux, Rouen, Seine-Infé-
- Fig. 83. — Fixation des palettes du tracteur de M. Lefebvre.
- Élévation do la palette.
- Plan de la palette.
- Palette vue de profil.
- rieure), à chaînes d’adhérence latérales (1) sont indépendantes de cette chaîne et fixées tous les quatre maillons.
- (1) Page 311, lig. 29, bulletin d’octobre 1912.
- p.496 - vue 496/950
-
-
-
- DÉTAILS DE CONSTRUCTION RELEVÉS AU CONCOURS AGRICOLE DE PARIS. 497
- Pour la compréhension du dessin, nous avons représenté dans la figure 83 le brin supérieur de la chaîne.
- Chaque plaque m (fig. 83) du maillon M, à laquelle est fixée la palette d’adhérence P, comporte latéralement, du côté extérieur, une pièce a, en acier et découpée de façon à épouser la forme du maillon ; cette pièce porte une sorte d’ergot b faisant saillie du côté externe de la courbure de la chaîne; cet ergot est replié à angle droit de manière à constituer la plaquette c ; l’ensemble du maillon M et des deux maillons voisins Rr et S est maintenu par les deux boulons i, qui jouent en même temps le rôle des rivets que l’on rencontre pour l’assemblage des autres maillons. La palette P est boulonnée sur les deux plaquettes c par les boulons k. Une bande de cuir chromé e, indiquée en pointillé sur la figure 83, est intercalée entre la chaîne et la palette avant de boulonner celle-ci ; à cet effet cette bande porte des fentes permettant le passage des pièces c et b ; la bande de cuir est destinée à empêcher la pénétration de la terre dans les maillons de la chaîne.
- La palette P est taillée en biseau pour faciliter sa pénétration dans le sol.
- Radiateur du tracteur C. I. M. A. — Nous avons signalé (1), à propos du moteur du tracteur C. I. M. A. (153, rue Michel-Bizot, Paris) le refroidisseur à chute d’eau.
- Cet appareil est placé à l’avant de la machine. L’eau chaude venant du moteur arrive dans deux tubes t (fig. 84) placés dans le sens de l’avancement du tracteur. (La fig. 81 représente une coupe du radiateur faite parallèlement à l’essieu.) Ces deux tubes sont logés à la partie supérieure d’une sorte de cage parallélipipédique C, constituée par un grillage en laiton, et surmontant le réservoir à eau R.
- l)e chaque côté des tubes t se trouve une toile métallique a et a', analogue à l’enveloppe C, et dont les mailles ont environ 6 millimètres de côté. L’écartement des deux toiles a et a' est d’environ 10 centimètres.
- L’eau s’échappant des tubes t par des trous tombe en cascade le long des toiles métalliques a, et cette nappe d’eau se trouve fortement refroidie au contact de
- l’air circulant librement, refroidissement favorisé par le déplacement de la machine.
- La capacité du réservoir à eau pour le tracteur de 25 chevaux est d’environ 340 litres.
- Fig. 84. — Coupe transversale du radiateur du tracteur C. 1. M. A.
- il) Page 445, Rulletin de novembre 1912.
- p.497 - vue 497/950
-
-
-
- \
- Fig. 85. — Charrue anti-balance tle M. I3ajac (élévation-coupe de la partie centrale).
- Il ILJül J
- r —
- Fig. 86. — Charrue anti-balance de M. Bajae (plan de la partie centrale;.
- Fig. 87. — Charrue anti-balance de M. Bajae (coupe transversale).
- p.498 - vue 498/950
-
-
-
- DÉTAILS DE CONSTRUCTION RELEVÉS AU CONCOURS AGRICOLE DE PARIS. 499
- Dette charrue est établie sur le principe
- Charrue anti-balance de M. A Bajac
- suivant : le support de la charrue est déplaçable par rapport au bâti de façon à reporter le centre de gravité du bâti qui est en l’air le plus près possible des points de contact des roues avec le sol.
- Sur le bâti CD (fîg. 80,
- 8U et 87), triangulé par la tôle E, est fixée une pièce S comportant une crémaillère M en acier coulé, ayant la forme d’un Y très ouvert. Les deux roues A et B sont solidaires d’un axe o et constituent le support ; cet axe o porte à chaque extrémité un pignon P engrenant avec la crémaillère. Pour éviter que le poids de toute la charrue se reporte sur la crémaillère M et le pignon P, ce dernier est solidaire d’un galet de roulement h sur lequel repose le chemin de roulement n de la pièce S situé près de la crémaillère. De cette façon tout le poids se transmet par ce chemin de roulement et le galet h, la crémaillère ne servant que de guide pour le déplacement parallèle du support.
- Le support se . complète par la barre / et par la barre d solidaire de l'axe o par l’étrier u.
- La liaison entre le support et le bâti est assurée par deux chaînes b\ la charrue se déplaçant dans le sens de
- Charrue anfi-balance de M. Bajac.
- p.499 - vue 499/950
-
-
-
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MARS 1913.
- :;oo
- la llèche /'Belfort se transmet du câble l aux corps de charrue par les pièces d et v, les chaînes b et le bâti C de la machine. La position relative du support par rapport à la charrue est modifiable en déplaçant la pièce v que l’on peut mettre en x, x,, x.r Le déplacement du pignon P sur la crémaillère, c’est-à-dire le déplacement de l’avant-train, se trouve limité par ces chaînes de traction b ; à la position extrême, le galet h vient ainsi buter contre l’extrémité de la pièce S.
- La barre de traction d se complète par la pièce /. Lorsque la charrue se déplace dans le sens delà llèche /'l’anneau de traction K agit dans l’angle i. A l’extrémité delà raie, lorsque le câble commence à agir dans le sens opposé, cet anneau K glisse le long du fer rond / et vient se loger dans l’angle e après que le câble a passé sous la
- Fig. 89. — Charrue anti-balance, à disques, de M. Bajac.
- roue A. Les chaînes b', symétriques des chaînes b, servent alors à la traction après bas-culage de la charrue et déplacement du pignon P qui prend dans la crémaillère une position symétrique par rapport à l’axe y.
- Les chaînes*» et a', munies chacune d’un ressort amortisseur m, assurent la liaison entre le bâti de la machine et le châssis des roues portant les vis de terrage V.
- Dans le déplacement de la charrue la roue A roule sur le guéret G, tandis que la roue B se déplace dans la dernière raie L ouverte au trajet précédent.
- Cette charrue, munie de rasettes (fig. 88), a été établie pour les labours légers, travaux dans lesquels la charrue a tendance à sortir de terre ; elle a fonctionné aux concours de Bourges, tirée par le tracteur-treuil (1).
- La figure 89 représente une charrue à disques construite sur le même principe ; un
- (1) Page 332, Bulletin d’octobre 1912.
- p.500 - vue 500/950
-
-
-
- DÉTAILS DE CONSTRUCTION RELEVÉS AU CONCOURS AGRICOLE DE PARIS. SOI
- galüt place derrière le dernier disque sert de talon roulant ; le plan de ce galet est oblique par rapport à un plan vertical, de manière à empêcher en cours de travail le déplacement de la charme dans le plan horizontal.
- Charrue-tritureuse de M. E. Méline. — A l’occasion du concours de Bourges, sous le titre de la laboureuse idéale (1), M. Ravel posait en ces termes le problème de la laboureuse à employer en culture mécanique, telle qu’il l'entend comme agriculteur :
- « Les organes de la charrue proprement dite ne différeraient pas sensiblement de ceux qui sont actuellement en usage; il suffirait d’ajouter sur la partie supérieure du bâti d’assemblage, et parallèlement à chaque bande de terre détachée par les corps de charrue, un arbre pouvant recevoir du moteur, par l’intermédiaire d’une transmission, un mouvement de rotation. Chaque arbre porterait à son extrémité arrière une sorte d’hélice munie de segments ou couteaux dont on pourrait faire varier le nombre et la forme suivant le degré d’ameublissement que l’on se proposerait d’obtenir. »
- Une machine exposée au Concours général agricole nous a rappelé le principe que posait M. Ravel. Il ne s’agit cependant pas d’un appareil construit pour la préparation des terres, mais d’un arracheur de tubercules.
- L’arracheur « Tritur », présenté par M. E. Méline (Épinal, Vosges), comprend comme partie travaillante une petite charrue à versoir à claire-voie versant à droite.
- En arrière de ce versoir se trouve un arbre muni de broches recourbées et qui est animé d’un mouvement de rotation ; l’inclinaison de cet arbre à broches est facilement réglable.
- La bande de terre, soulevée par le soc et le versoir, se trouve désagrégée par les broches qui rejettent les tubercules sur le côté droit suivant une ligne parallèle à la raie.
- L’avant-train se compose de deux roues dont la jante est garnie de saillies, comme les roues de faucheuses ; ces roues actionnent des engrenages logés dans un carter ; le mouvement est communiqué de ces engrenages à l’arbre des broches par une transmission flexible, constituée par un ressort à boudin logé dans une gaine de cuir, et par deux pignons cônes dont l’un est solidaire de l’arbre à broches.
- Une vis de terrage permet de régler le travail de la machine.
- Comme la bande de terre se trouve désagrégée et ameublie par le passage de cette machine, il suffit d’un coup de herse pour préparer le sol en vue des semailles.
- Rien ne s’oppose à l’emploi de cet appareil en culture mécanique; il lui suffirait d’une adaptation au moteur employé et à l’importance du travail demandé.
- (1) Page 16.3, Bulletin de janvier 1913.
- p.501 - vue 501/950
-
-
-
- 502
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ----- MARS 1913.
- Charrue de M. C. Delin. — M. Gilbert (7(i, boulevard Magenta, Paris) exposait au
- Fig. 90. —Principe de la charrue de M. Delin (plan).
- Concours agricole une charrue (système Delin), dont le soc se trouve remplace par cinq mèches m (fig. 90) pénétrant dans le sol à la façon de vrilles, sous la bande de terre; celle-ci est ensuite prise par le versoir V, se déplaçant suivant f.
- Le mouvement doit être communiqué aux mèches m par une transmission a et un joint de cardan J.
- Un carter C renferme une transmission donnant le mouvement aux mèches m.
- La machine doit être tirée par un tracteur automobile dont le moteur actionne en même temps la transmission a.
- Expériences de culture mécanique organisées par la Société des Agriculteurs de France avec le patronage du Comité français de Culture mécanique.
- La Société des Agriculteurs de France se propose de faire exécuter des expériences contrôlées de culture mécanique. Ces essais auront lieu, à partir du mois d’octobre 1913, dans la ferme de Puiseux (Seine-et-Oise), mise à sa disposition par M. Thomassin (1).
- Elle a décidé d’y consacrer une somme de 20 000 francs; certains concours financiers lui sont déjà acquis (la Société d’Agriculture de Seine-et-Oise a offert 2 000 francs), et il n’est pas douteux que l’intérêt général qui s’attache à ces expériences ne lui en attire d’autres.
- Une Commission, désignée par la Société des Agriculteurs de France et à laquelle pourront être adjoints des délégués des associations participantes, sera chargée de diriger et de contrôler les essais ; elle aura pleins pouvoirs pour fixer, d’après les circonstances, les conditions des expériences.
- Les constatations, faites dans le but de mettre en relief la valeur des procédés modernes de culture mécanique, seront de deux sortes : constatations d’ordre cultural et constatations d’ordre mécanique. Elles seront effectuées d’après le programme général ci-dessous :
- /. — Constatations d'ordre cultural. — 1° Les travaux à exécuter seront les suivants :
- a) Labours à 0m,20, environ, de profondeur pour cultures de blé ou d’avoine;
- b) Labours légers pour blé après betteraves;
- c) Labours profonds, à 0m,40 de profondeur, avec enfouissement de fumier, pour sole de betteraves ;
- (I) Bulletin, décembre 1912, page 558; janvier 1913, page 167.
- p.502 - vue 502/950
-
-
-
- EXPÉRIENCES DE CULTURE MÉCANIQUE.
- 503
- d) Labours pour betteraves, à 0m,25 de profondeur, avec fouillage à 0m,2o;
- e) Scarifiages à exécuter sur les labours d’hiver.
- 2° L’opération de l’enfouissement du fumier sera obligatoire. Au cas où certaines machines ne pourraient pas être disposées dans un délai suffisamment court pour travailler à 0m,40, la Commission poui’ra autoriser, si elle l’estime utile, les constructeurs de ces appareils à travailler à une profondeur moindre, qui ne pourra toutefois pas être inférieure à 0m,25.
- 3° Les ensemencements seront exécutés le plus rapidement possible et, autant que les circonstances le permettront, dans des conditions semblables pour toutes les parcelles travaillées. Les applications d’engrais, la nature, l’origine et la qualité des semences seront les mêmes.
- 4° En principe, les travaux d’entretien et les menus travaux de culture, hersages, sarclages, binages, épandages d’engrais, etc., seront les mêmes pour toutes les parcelles, à moins qu’en raison du travail particulier qu’accomplissent certaines machines, la Commission en décide autrement au cours de ses visites.
- 5° Les constatations définitives seront faites au moment des récoltes. Celles-ci seront effectuées dans les conditions habituelles de l’exploitation, soit mécaniquement, soit à bras. L’arrachage, les battages, etc., et, en un mot, les moyens d’établir les résultats seront accomplis ou employés sur telles quantités et par tels voies et procédés que la Commission jugera bon de fixer.
- 6° Les pièces de terre mises à la disposition de la Commission s’étendent sur une superficie d’environ 120 hectares et comportent des rayages de 250 à 600 mètres.
- Une bande de largeur convenable sera réservée dans chaque pièce et cultivée d’après les procédés habituels de l’exploitation, pour servir de témoin en cours de végétation et au moment de la récolte.
- II. — Constatations cVordre mécanique. — Pendant le travail, la Commission fera toutes les constatations et mesurages nécessaires pour déterminer, avec autant de précision que possible, la capacité quotidienne de travail, la consommation en combustible (et s’il y a lieu, en courant électrique), en huile et en graisse, en eau, etc., de façon à établir, pour chaque nature de terre, le prix de revient du travail pour chaque genre d’opération.
- La nature de la terre sera caractérisée, chaque fois, par la densité du sol en place et par sa composition physique. Les analyses nécessaires seront faites par le Laboratoire de chimie de la Société des Agriculteurs de France.
- Conditions générales. — 1° Les expériences ci-dessus indiquées ne donneront lieu à aucun classemenl ni à aucune récompense.
- 2° Des indemnités seront accordées aux constructeurs et représentants qui prendront part aux expériences, pour les défrayer, dans la mesure du possible, de leurs dépenses de déplacement, de personnel et de fonctionnement.
- 3e La Commission aura les pouvoirs les plus étendus pour déterminer l’ordre, le mode et le lieu de travail à imposer à chacun des constructeurs ou représentants qui prendront part aux expériences.
- En principe, les pièces seront divisées en parcelles de même étendue ou de superficie proportionnelle aux puissances et aux capacités de travail des machines, et l’attribution des parcelles à chacun des participants sera réglée par tirage au sort. Toutefois, au cas où ce mode d’attribution aurait pour résultat de réduire exagérément la surface de chacune desdiles parcelles, la Commission pourra répartir les différentes machines sur plusieurs pièces qu’elle choisira aussi semblables que possible les unes aux autres. Les intéressés pourront examiner à l’avance, en prenant rendez-vous avec M. Thomassin,les pièces où auront lieu les expériences.
- p.503 - vue 503/950
-
-
-
- 504
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ----- MARS 1913.
- 4° La Commission aura le droit d’arrôler dès le début des expériences et d’éliminer définitivement toute machine dont le travail serait notoirement défectueux ou serait simplement considéré par elle comme devant être préjudiciable à la récolte future.
- 3° Une ou plusieurs journées de démonstrations publiques, pendant lesquelles on ne fera aucune constatation, clôtureront ces expériences.
- [.es appareils ne pourront pas être retirés par les constructeurs ou représentants avant la fin de ces démonstrations.
- 6° Dans tous les cas et sauf force majeure ou exclusion par la Commission, les participants devront, sous peine de perdre tout droit aux indemnités prévues à l’article 2 ci-dessus, travailler la totalité de la surface qui leur aura été attribuée.
- 7° La Société des Agriculteurs de Fi ance se réserve le droit de publier, dans son liulle(in et dans tout autre journal ou revue, les constatations et les rapports auxquels ces expériences donneront lieu.
- 8° Après la clôture de ces expériences et dans le but de compléter les enseignements qui peuvent s’en dégager, la Commission examinera dans quelles conditions il sera possible de les poursuivre pendant l’hiver suivant.
- D’autres indications seront publiées ultérieurement pour préciser les conditions des expériences et fixer les dates auxquelles les machines devront être rendues à la ferme de Puiseux, la durée des essais, (de.
- La Société des Agriculteurs de France croit devoir appeler tout particulièrement l’attention des constructeurs de matériels de culture mécanique sur l’importance de ces expériences, où, pour la première fois, des constatations culturales seront combinées avec des essais mécaniques. L’étendue des surfaces mises à sa disposition, la compétence et la notoriété des personnalités qui seront chargées de la direction des expériences, les précautions qui seront prises pour démontrer la valeur réelle des matériels, au point de vue agricole comme au point de vue mécanique, lui donnent lieu de penser que ces essais, pour lesquels elle consent d’importants sacrifices, seront suivis avec le plus vif intérêt par les agriculteurs, les agronomes et les mécaniciens du monde entier. Elle ne doute pas que les constructeurs ne comprennent tout l’intérêt qu’ils ont à y prendre part.
- Concours et expositions.
- Plusieurs concours, expositions et essais d’appareils de culture mécanique sont annoncés pour le courant de l’année 1913 :
- Avignon [Automobile-Club vauclusien) ; de fin avril au 15 mai, exposition de l’Automobile agricole.
- Dieppe (Société d’Agriculture de la Seine-Inférieure); du 7 au 12 mai, exposition d’appareils de labourage mécanique.
- Nogent-sur-Seine (Comice agricole départemental de l'Aube) ; lfil' juin, essais de labourage mécanique.
- p.504 - vue 504/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- COMITE D AGRICULTURE
- SÉANCE DU 22 JANVIER 1913
- Présidence de M. Tisserand, président du Comité.
- Le Comité d’Agriculture s’est occupé des très intéressantes recherches de MM. Muntz et Lainé sur la nitrification, et a décidé de demander, pour M. Lainé, une subvention, afin de lui permettre de continuer ses travaux, qui, comme tous les travaux subventionnés, seront publiés dans le Bulletin.
- M. A. Cu. Girard a rappelé les essais de rouissage du lin poursuivis, avec l’aide d’une subvention de la Société d’Encouragement, par M. Feuillette, à la Station d’essais de Machines agricoles dirigée par notre collègueM. Ringelmann. Pendant ces essais, do nombreux échantillons d’eaux de rouissage ont été prélevés par M. Kayser, directeur du Laboratoire des Fermentations à l’Institut national agronomique. Il a pu isoler et cultiver certains microorganismes jouant un rôle actif dans le rouissage du lin et du chanvre. Pour permettre à M. Kayser de continuer ses intéressantes recherches, le Comité, sur la proposition de M. Girard, a voté une demande de subvention en sa faveur.
- Une discussion s’est engagée au sujet de cette question de rouissage, au cours de laquelle M. Dyrowski a signalé un nouveau procédé utilisant le pétrole sous pression pour la désagrégation des fibres; l’opération est rapide, et le produit roui a été considéré comme de bonne qualité.
- Tome 119. — 1er semestre. — Mars 1913.
- 33
- p.505 - vue 505/950
-
-
-
- im
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. ----- MARS 1913.
- M. L. Lindet fait remar(|ii(3r, à titre <lo curiosité scientifique, qu’il a pu obtenir le rouissage du lin, par un simple trempage à l'eau froide, on présence d’antiseptiques, tels que le chloroforme, le formol, l'essence de moutarde, etc. Le rouissage a été très lent; mais il a donné des résultats qui ont été considérés comme excellents ; dans cos conditions cependant, on constate que si les libres libériennes se sont détachées très facilement du cambium, elles ont conservé entre elles line certaine adhérence.
- Le Comité a pris connaissance du livre de M. André, professeur à l’Institut national agronomique, intitulé : Chimie du sol, et a décidé qu’il ferait l’objet d’une note bibliographique dans le Bulletin.
- p.506 - vue 506/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE
- Histoire de la Ville de Rive-de-Gier, du canton et de ses principales industries, par
- M. C. Chomienne. In-4 de 410 p., fig. et pl. Saint-Étienne, imprimerie de la Loire
- Républicaine, 1912.
- Notre collègue, M. G. Chomienne, ancien directeur des Établissements Arbel, Inspecteur départemental de l’Euseignemen technique, vient d’élever un véritable monument à la gloire de Rive-de-Gier et de ses principales industries. C’est un monument élevé à ce que tout le canton possède de richesses sociales et industrielles, « Il serait à souhaiter que chaque canton pût voir s’édifier un monument semblable à celui dont M. Chomienne a doté le sien. Quelle inépuisable richesse cela ne constituerait-il pas pour ceux qui, plus tard, entreprendront de continuer, pour la France entière, l’œuvre de tant d’illustres historiens. »
- Qu’il me soitpermis de redire ici ce que je disais en juin 1909 de la série d’ouvrages consacrés par un compatriote de M. Chomienne, M. Gras, aux industries de la ville de Saint-Étienne, parce que les mêmes réflexions s’imposent. L’histoire générale n’est que l’ensemble des histoires particulières, et l’érudit local est mieux placé que tout autre historien pour étudier et exposer les dernières avec un outillage également bon de critique, de paléographie, de connaissances générales. Il est mieux placé parce qu’il se trouvera aidé par un monde de souvenirs, de sentiments, d’intérêts même, qui ne se retrouvent pas à l’éloignement. Comme l’a dit Lucrèce : Est memoria rerum, il est une mémoire des choses, là où les faits se sont passés. Et cette mémoire des choses apporte un adjuvant merveilleux au talent de l’historien.
- L'ouvrage débute par la description de la ville, du canton, enfin des principales communes Le chapitre II est consacré aux moyens de transport, le chapitre III aux diverses industries, le chapitre IV aux œuvres sociales.
- L’histoire des principales industries est exposée successivement, avec le rappel des phases par lesquelles elles ont passé, et l’esquisse «tes hommes qui les ont développées. Cette étude historique se poursuit dans l’ordre suivant: Mines, Verreries, Quincaillerie, Métallurgie, Constructions mécaniques, Constructions métalliques, Produits réfractaires, Moulinage et lacets, divers. Elle se termine par des notices biographiques des usines elles-mêmes, et parmi elles, citons la S. A. des Verreries Richarme, qui est la fabrication de bouteilles la plus considérable de France; l’usine de Rive-de-Gier des Forges et Aciéries de la Marine (arrêtée en 1908); les Établissements Marre! frères; les Forges de Couzon, de MM. Arbel, qui essaimèrent à Douai en 1894; l’usine de Saint-Chamond et l’usine d'Assailly, des Forges et Aciéries de la Marine (l’usine d’Assailly est la plus puissante, usine française de produits réfractaires); les établissements Michallet-Chomienne, etc.
- p.507 - vue 507/950
-
-
-
- 508
- BIBLIOGRAPHIE.
- MARS 1913.
- Les huiles essentielles, par MM. K. Gildemeister ni. Fr. IIoitmann, 2e édition, par F. Gildemnister. Traduction par M. Gustave Laloue. ïn-8 do 729 p. Paris, Librairie J.-R. Baillière et Fils, 1912. (Prix : 21 fr. 50.)
- En présentant à nos lecteurs le tome I do la 2" édition allemande de col ouvrage classique (voir Bulletin do novembre 1910, p. 516), nous nous attendions à pouvoir présenter bientôt une traduction française. C’est M. Gustave Laloue, chimiste de notre collègue M. Boure, do Grasse, qui s'en est chargé. Nous avons dit, en 1910, tout le bien que l’on doit penser du Gildemnister; nous n’ajoutons donc (pu; ce mot, qui est un hommage dû au talent du traducteur. .1. G.
- Statistique des superficies cultivées, de la production végétale et du bétail dans les pays adhérents à I’Institut International d’Aghici ; litre. Essai d'inventaire d'après les documents publiés par les Etats. In-folio. Rome, Imprimerie de la Chambre des Députés.
- Parmi les publications, déjà nombreuses, de l'Institut International d’Agrioulture, il faut donner une place spéciale à cette Statistique de la production des céréales et » du bétail dans les divers pays. Cette statistique comprend uni1 série de tableaux donnant la superficie cultivée de chaque pays, la production du blé, du seigle, de Forge, de l’avoine, du maïs, du riz et du coton; les recensements du bétail et les chiffres absolus des existants, ainsi que les chiffres relatifs à la superficie et à la population totale, enfin les changements dans le nombre effectif des tètes de bétail pour la dernière période de 25 années.
- Cet inventaire a été poursuivi dans le but multiple : « de faire connaître', d’une part, les pays où l’on relève et publie des statistiques agricoles et, d’autre part, les pays ue possédant jusqu’à présent aucun service officiel de ce genre, l/inventaire vise en même temps à montrer les divergences qui existent entre l’état de développement, les méthodes appliquées et les résultats du service delà statistique agricole dans les différents pays.
- Indépendamment de ce point de vue, l’inventaire servira de complément et d’illustration aux Monographies sur l'organisation du service de statistique agricole dans les différents pays, publiées par l’Institut International d’Agriculture (décembre 1909).
- Un deuxième but principal de l’inventaire est de donner une base solide aux travaux mêmes de l’Institut, et d'offrir au monde agricole et commercial une collection aussi complète que possible des faits se rapportant à l’extension et aux résultats de la production agricole mondiale, pour un certain nombre de produits importants.
- Manuel pratique de l’ouvrier électricien-mécanicien. Principes, fonctionnement, conduite et entretien des machines électriques. Adaptation française de l’ouvrage allemand de Ernest Scüulz, avec nombreuses additions, par M. J.-A. Montpellier, rédacteur en chef de Y Électricien. In-8 de 324 p. avec 175 lig. (Prix : 6 fr.) Paris, IL Dunod et E. Pinat, 1913.
- La clarté avec laquelle M. Schulz a expose', dans son livre, le fonctionnement des dynamos, des alternateurs, des transformateurs, des commutatrices et des convertisseurs, ainsi que celui des moteurs à courant continu et à courants alternatifs, a engagé AL Montpellier à publier une adaptation française de ce remarquable travail.
- p.508 - vue 508/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE. ---- MARS 4913.
- 509
- M. Montpellier a conservé les méthodes très simples d’exposition adoptées par l’auteur tout en les adaptant aux usages français. En outre, il a complété chacun des chapitres de l’édition allemande par des additions d’ordre essentiellement pratique, de manière à constituer un manuel élémentaire à la portée des ouvriers qui ont, non seulement à conduire et à réparer des machines électriques, mais qui doivent encore en connaître parfaitement le fonctionnement.
- Le travail mécanique de la pierre dans l’industrie. Machines à scier et à débiter, fil hélicoïdal, perforateurs, instruments pour le tournage, le moulurage et le profilage, lapidaires et appareils à dresser et à polir, substances utilisées pour effectuer le travail d’usure, par M. J. Escard. In-4 de 76 p. avec 156 fig. (Prix : 4 fr. 50.) Paris, TI. Dunod et E. Pinat, 1913.
- Le but de cet ouvrage est de faire connaître aux industriels les différentes machines actuellement utilisées pour travailler la pierre et leurs modes divers de travail. Suivant leur emploi, elles peuvent être divisées de la façon suivante :
- 1° Machines destinées au sciage et au débitage des blocs de pierre au sortir de la carrière. Elles comprennent principalement les lames d’acier à mouvement rectiligne alternatif, les scies à ruban et les lames circulaires.
- 2° Scies à fil d’acier (fil hélicoïdal).
- 3° Perforateurs et instruments divers utilisés pour le moulurage, le profilage et le tournage des pierres préalablement débitées en blocs de forme massive et régulière.
- 4° Lapidaires et appareils divers employés pour le dressage et le polissage.
- Ce travail se termine par quelques mots relatifs aux principales substances actuellement utilisées dans l’industrie, concurremment aux lames et scies de toutes sortes, pour activer le travail d’usure. Ces matières dures, ou «abrasifs», sont en effet très nombreuses aujourd’hui; elles possèdent en outre des différences de dureté, de cohésion et de prix telles que leur spécialisation est possible. Elles permettent donc, par un choix judicieux, d’aboutir toujours au résultat cherché.
- Comment on crée une mine, par M. Lecomte-Denis, Ingénieur civil des Mines. 2e édition. In-16 de 525 p. (Prix : 4 fr. 50.) Paris, II. Dunod et E. Pinat, 1913.
- Tout le monde parle des mines et bien peu savent ce que c’est. Voilà pourquoi M. Lecomte-Denis a examiné toutes les phases de l’histoire d’une mine, aussi bien tout ce qui dépend de l’art de l’ingénieur que les questions économiques, industrielles et financières qui en découlent.
- L’auteur prend une mine à son début, avant même sa naissance, la recherche, la découvre, la met en valeur, enfin l’exploite.
- Cet ouvrage a sa place tout indiquée dans la poche du prospecteur et de l’ingénieur des mines, comme sur la table du propriétaire de permis de recherches, ou dans la bibliothèque du banquier ou de l’administrateur délégué d’une Société financière.
- p.509 - vue 509/950
-
-
-
- O U V RAMES RLLUS A LA RI RLI0TI1ÈQUE
- E IN MARS 1913
- A.mau (Gn.fRi.Ks). — Théorie générale du ciment armé, ln-8 (23 x 14) devi-IOHp., !ÎG lig. Paris, Gauthier-Villars, 1912. 14912
- Schooi’S (1.). — Les impuretés des alcools, eaux-de-vie et genièvres îabriqués en Belgique. (Thèse de doctorat. Faculté de médecine de l’Fniversité de EiégeE In-8 (24 x 16) de 113 p., vin pl. fiiége, H. Yaillant-Carmaiine, 1912. 14913
- Le Rov (G.). — Calculs techniques et économiques des lignes de transport et de distribution d’énergie électrique, ln-8 (23 X -10). 2e partie : de 143 p., ail lig., I pl. Paris, A. Hermann et Fils, 1913. 14914
- Fii/ini.kh (A.). — Zeitschriftenschau der gesamten Eisenbetonliteratur 1912 (Gesam-melt in der Zeitschrift lieton u. Eisen und nacli den Ivapileln des Handbuches fin Eisenbc-tonbau;. In-8 (21 x IGj de wii-9G p. Rerlin, Wilhelm Ernst und Solm, 1913. 14915
- François i l,.). —Les aliments sucrés (Chocolats, bonbons, confiseries, confitures.) (Encyclopédie des aide-memoire Eéautéi de 149 p., 29 lig. Paris, Gauthier- Villars ; Masson et Cie.
- 14916
- Main (\\.). — Le celluloïd et ses succédanés. (Encyclopédie des aide-mémoire Eéaulé) de 163 p.,13 lig. Paris, Gauthier-Villars ; Masson et Cie. 14917
- Teyssieh (R.). ~ La sucrerie. (Encyclopédie des aide-mémoire Eéaulé) de 183 p. Paris, Gauthier-Villars; Masson et Cie. -14918
- Vakmkh R km: . — Les savons. (Encyclopédie des aide-mémoire Eéaulé) de 136 p., 13fig. Paiis, Gauthier-Villars; Masson et Cie. 14919
- Pktkhs (E. D.). — The Practice of Copper Smelting. In-8(24 x IG) de xi-693 p., 121 lig. .New York, Mc Graw-Hill Rook Co., 1911. 14920
- Institut des Actuaires français. — Catalogue de la Bibliothèque. In-8 (24 x 16) de GO p. Paris, 3, rue Eas-Cases, 1913. 14921
- Ventou-Duclaux (E ). — Les caoutchoucs artificiels. In-8 (23 x 14) de vii- 114 p. Paris, H. Üunod et E. Final, 1912. 14922
- Ghomien.ne (C.). — Histoire de la Ville de Rive-de-Gier, du canton et de ses principales industries. In-4 (28 x 19) de v-414 p., XXX planches, 1 carte. St-Etienne, 1912. 14923
- Répuri.ioue arc,kntine. — Ministère de l'Agriculture. IIe Congrès international des Industries frigorifiques. Vienne, octobre 1910. — Notice sur l’industrie frigorifique des viandes dans la République argentine. Son développement depuis 1908. E’inspeclion sanitaire des établissements. Ee service vétérinaire officiel, ln-8 (24- x 16) de 107 p. Ruenos Aires, 1910 (don de l’Association internationale du Froid). 14924
- p.510 - vue 510/950
-
-
-
- OUVRAGES REÇUS. -- MARS 1913.
- 511
- Morin (11. dk). — Les appareils d’intégration, ln-8 (22 x 14) do 208 p., 123 tig. Paris, Gaulhier-Villars, 1913. 14925
- Sgiiulz (Ernst). —Les maladies des machines électriques. 2e édition française traduite sur la 3'- édition allemande, par A. Halphen. In-12 (18 x 12) de 92 p., 42 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 14926
- Montpellier (J.-A.). —Manuel pratique de l’ouvrier électricien-mécanicien. Principes, fonctionnement, conduite et entretien des machines électriques. (Adaptation française de l’ouvrage allemand de Ernst Sehulz). In-8 (21 x 14) de 324 p., 175 fig. Paris, II. Dunod et E. Pinat, 1913. 14927
- Lecomte-Denis. — Comment on crée une mine. 2e édition. In-12 (19 X 14) de 225 p. Paris, II. Dunod et E. Pinat. • 14928
- Contet (A.). — La question du moteur sans soupape : le moteur Knight. Ce qu’il est, ce qu’il faut eu penser. In-8 (22 x 14) de vi-61 p., 20 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1912. 14929
- Rosenstieiil (A.). — Traité de la couleur au point de vue physique, physiologique et esthétique. In-8 (25 x 16) de xv-278 p., 56 fig., XIV pl. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913.
- 14930
- Cuabaud (Georges). — La protection légale des dessins et modèles. In-2 (25 x 16) de xtv-324 p. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 14931
- Rousselet (Louis). — Mécanique, électricité et construction appliquées aux appareils de levage. Tome II : Les ponts roulants à. treillis et les grues h portiques actuels. In-4 (28 x 19) de vi-752 p., 673 fig., XIII pl. Paris. H. Dunod et E. Pinat, 1913.
- 14932
- Escard (Jean). — Le travail mécanique de la pierre dans l’industrie. In-4 (32 x 22)
- de 76 p., 126 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 14933
- Guide to the Library of the Patent Office. — 4 : Guide to the Search Department, ith ed. 1913. 14934
- Ringelmann (M.). — Aménagement des fumiers et des purins. (Nouvelle bibliothèque du cultivateur.) In-12 (19x 12) de 187 p., 103 fig. Paris, Librairie agricole, 1913. 14935
- Buisson (Albert). — Le problème des poudres au point de vue technique, économique et national. In-8 (23x14) de viu-252 p. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 14936
- *
- * *
- Satkewitcu (Alexandre). — Que faut-il entendre par le coefficient de rendement d’une machine frigorifique? Rapport présenté au 2e Congrès international du Froid, Vienne 1910. (Comité russe du Froid.) In-8 de 8 p. St-Pétersbourg, 1910. Pièce 12001
- Lebon (André) — Les conquêtes du froid artificiel (ex Reçue économique internationale, février 1910, 34 p.). Pièce 12002
- Kühlanlagen (Die)der k. k. Reichshaupt-und Residenzstadt Wien. Beschreibung, herausgegeben von der Gemeinde Wien anliisslich des IL internationalen Kültekongress in Wien 1910. In-4 de 15 p., 14 fig. Pièce 12003
- Golovnine (D. de). —- Transport des denrées périssables sur le réseau ferré de l’Empire russe. Rapport au 2e Congrès international du Froid (1910), publié par l’Adminis-
- p.511 - vue 511/950
-
-
-
- OUVRAGES REÇUS,
- MARS 1013.
- 512
- tration des Chemins de for sur l’ordre de M. le Ministre des Voies et Communications. In-8 de 39 p., XIX planches. Pièce 12004
- Chaufferie (La). In-I2de40 p., fig. Paris, 1913. Pièce 12018
- Gisements de cuivre et de minerais cuprifères dans l’île Novaya Zemlia, dans le rayon de la Baie Perdue (Propaclitchaya Couba). Tn-8 de 34 p., Il pl. Odessa, 1913.
- Pièce 12019
- Ruldi (Marc ’Aurelio). — Il materiale di legno rinforzato, cementato, e protetto o legno-cemento. In-8 de 18 p.,I pl. Iloma, 1913. Pièce 12 020
- Dossier (Henry) et Pernollet (Maurice). — Note sur le calcul des ponts suspendus rigides à haubans et poutres de rigidité. Iu-8 de 34 p., 20 fig. Paris, 1912. Pièce 12021
- Bericht iiber den II. international Kâltekongress Wien 1910, 6-12 Oktober. R, I, II. (don de l’Association internationale du Froid). Pér. 336
- Société nationale [/Agriculture de France. Mémoires. Tome CXLIII. Pér. 210
- International catalogue oe sciextific literature. — B. Mechanics. Tenth annual issue (Ms. received dec. 1910-dec 1911). Paris, Gauthier-Villars. Pér. 317
- Bulletin officiel de la propriété industrielle et commerciale. — Table quinquennale des matières contenues dans les Tomes XXVIII à XXXII (1908-1912), lre partie. Pér. 47
- Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. — Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des Départements du 9 au 12 avril 1912. 36e session. Pér. 4.
- Institut national agronomique. — Annales, 2e série, Tome XI, t'asc. 2. Pér. 20
- Association française pour la protection de la propriété industrielle. — Bulletin, 2e série, 1911 et 1912 (Travaux de l’Association). Pér. 320
- Association internationale du froid. —Bulletin mensuel. Années 1911-1912 (Don de l’Association internationale du Froid). Pér. 336.
- L’agent général gérant E. Lemaire.
- p.512 - vue 512/950
-
-
-
- 112* ANNÉE. — 1” SEMESTRE.
- AVRIL 1913
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS MÉCANIQUES
- Rapport présenté par M. Léon Masson, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur le Système de bascule automatique « Æquitus » de la
- Manufacture d’Horlogerie de Béthune (1).
- Messieurs,
- La Manufacture d’Horlogerie de Béthune (Pas-de-Calais), dont l’Agence générale a son siège 22, rue Richer, à Paris (2), et à qui vous avez décerné il y a quatre ans une médaille de vermeil pour le système G. C. B. (3), construit par ses soins, de bascule à curseur automatique, a étudié depuis lors et soumis récemment à notre Société un nouveau genre de bascule automatique, de sa construction également et dénommé par elle bascule « Æquitas ».
- (1) La Société d’Encouragement a décerné, dans sa séance du 24 janvier 1913, une médaille d’or à la Manufacture d’Horlogerie de Béthune pour le nouveau système d’instrument de pesage qui fait l’objet du présent rapport.
- (2) Depuis l’approbation de ce même rapport, le siège de l’Agence générale de la Manufacture de Béthune a été transféré, à Paris également, 8 bis, cité Trévise.
- (3) Ce système de bascule est établi d’après l’idée première d’un horloger belge, M. Gérard, qui vendit son invention à une société française, MM. G. Gauvin, H. Cartier et Ed. Brunei, — par abréviation G. C. B., — lesquels se firent breveter dans plusieurs pays et cédèrent leurs droits à la manufacture de Béthune, auteur, à son tour de différentes modifications et de divers perfectionnements qui firent l’objet d’un certificat d’addition au brevet français.
- Tome 119. — 1er semestre. — Avril 1913. 34
- p.513 - vue 513/950
-
-
-
- 514
- ARTS MÉCANIQUES. ---- AVRIL 1913.
- Cet appareil, pourvu
- d’un curseur automoteur, est
- une bascule à
- Élévation de l’appareil sans et avec carier
- romaine et à cadrans, et possède un fonctionnement automatique, de manière à ne permettre ni erreur, ni fraude.
- p.514 - vue 514/950
-
-
-
- SYSTÈME DE BASCULE AUTOMATIQUE (( ÆQUITAS )).
- 515
- Il est susceptible d’être utilisé à deux fuis :
- 1° Comme bascule automatique ;
- 2° Comme bascule romaine ordinaire.
- Son mécanisme (Voir fig. 1 à b), non accessible à la main, est entièrement enfermé dans un carter muni de glaces pour rendre possible le contrôle de l’équilibre de son fléau gradué, 3, sur lequel se déplace de lui-meme, roulant sur ses galets, 4 et 5, un poids curseur, /, renfermant un ressort, 2, à barillet.
- Le curseur est en relation constante, par l’entremise d’un ruban d’acier qui lui est relié au point 7, et par jonctionnement au point S, avec les
- Fig. 3 et 4. — Vue et coupe transversale des cadrans.
- rouages, 11k 26, 30 et 34, montés entre deux platines 9 et 10 et servant à actionner les dispositifs indicateur, enregistreur-contrôleur, ou totalisateur des pesées.
- Le mécanisme comprend encore les dispositifs de freinage, 27, 28, 29 ; de blocage, 31, 32, 33, 36 ; de mise en marche, 38, 39, 40; de remontage, 35 ; de calage du fléau, 45 à 49 ; les index fixe 44, et mobile, 43 ; et, enfin, le poids de tare, 41, analogue à celui des bascules ordinaires.
- On trouvera d’ailleurs :
- Sur la figure 1, une vue d’ensemble de l’appareil au point d équilibré, le carter enlevé ;
- Sur la figure 2, une vue extérieure de l’appareil à ce même point d’équilibre, avec le carter ;
- Sur la figure 3, la disposition des cadrans successifs des dizaines et des unités de kilogrammes ;
- p.515 - vue 515/950
-
-
-
- 516
- ARTS MÉCANIQUES.
- AVRIL 1913.
- Sur la figure 4, une coupe transversale montrant la commande des aiguilles et le montage des cadrans ;
- Sur la figure 5, une coupe longitudinale du poids curseur automoteur ;
- Et sur la figure 6, enfin, une vue en bout du poids curseur automoteur sur le tléau.
- Ainsi que nous l’avons dit au début de ce rapport, le fonctionnement de la bascule « Æquitas » est, à la volonté de l’opérateur, soit automa-
- Fig. .') et 6. — Coupe longitudinale et vue en bout du poids curseur automoteur.
- tique, soit semblable à celui d’une bascule romaine ordinaire, pour régler une charge d’un poids déterminé.
- 1° Fonctionnement automatique. — La charge, de poids inconnu, étant placée sur le tablier de la bascule, et le tléau décalé, l’opérateur appuie sur un bouton de mise en marche, 38. Le mécanisme étant ainsi libéré, le poids curseur avance de lui-même jusqu’au point du fléau où il fait équilibre à la charge à peser. A ce moment précis, le fléau, s’abaissant, bloque le mécanisme et continue à osciller librement devant l’index fixe 44. Les aiguilles indiquent alors sur les cadrans le poids qu’il s’agissait de déterminer.
- Pour remettre la bascule à son point de départ, on fait tourner jusqu’à fond la poignée de remontage 35 dans le sens indiqué par la flèche en figure 2, et l’appareil est ainsi prêt à effectuer une nouvelle opération.
- p.516 - vue 516/950
-
-
-
- SYSTÈME DE BASCULE AUTOMATIQUE « ÆQU1TAS ».
- 517
- 2° Fonctionnement comme bascule romaine ordinaire pour régler une charge de poids déterminé. — L’opérateur, dans ce cas, doit caler le fléau par le moyen du levier-manette ad hoc 45 ; appuyer ensuite sur le bouton de mise en marche SS, et laisser avancer le curseur jusqu’à ce que les aiguilles des cadrans aient dépassé quelque peu la graduation correspon-
- Fig. 7. — Dispositif extérieur d'une bascule automatique « Æquitas » du type de 300 kg.
- dant au poids dont il s’agit de régler l’obtention ; à ce moment enfin, et par une contre-manœuvre de la manette 45 de calage et de décalage, libérer le fléau, qui, en s’abaissant, provoque l’arrêt du mécanisme.
- On doit alors introduire une clef à canon dans l’ouverture spéciale pratiquée sur la face postérieure du carter et en coiffer l’extrémité carrée de l’axe 19 ; puis, par le moyen de cette clef, ramener les aiguilles des cadrans jusqu’aux chiffres correspondant au poids à former.
- p.517 - vue 517/950
-
-
-
- ARTS MÉCANIQUES.
- AVRIL 1913.
- 1)1 8
- A partir de ce moment, l’opérateur se servira de l’appareil comme d’une bascule ordinaire, c’est-à-dire en observant, pour régler la charge, 1’équilihro du fléau sur lequel le curseur a été amené au point voulu à l’aide de la manœuvre dont nous venons do donner l’indication.
- Le genre d’appareil ainsi décrit, et dont la Société d’Eneouragement a renvosé l'examen à son Comité des Arts mécaniques, est protégé par une
- Fig. 8. — Vue d'ensemble d’une Lin seule « Æqnilas » de la Force de 50 kg.
- série de brevets d’invention que la Manufacture de Béthune a pris en France et demandés dans un certain nombre de pays étrangers. Le brevet français, en particulier, a été demandé le 7 octobre 1911, et la délivrance en a été faite sous le n° 440 087 à la date du 8 octobre 1912.
- lia, de plus, été admis en France à la vérification et au poinçonnage officiels, aux termes d’une décision du 2 avril 1912 du Ministre du Commerce et de l’Industrie et sur le rapport de la Commission de Métrologie usuelle du Bureau scientifique et permanent des Poids et Mesures.
- Au nombre des applications déjà réalisées de cet appareil, — dont ils
- p.518 - vue 518/950
-
-
-
- SYSTÈME DE BASCULE AUTOMATIQUE « ÆQUITAS ». 519
- établissent actuellement les types de 300 (Voir fi g*. 7), de 50 (Voir tig. 8), de 20 et de 10 kilog rammes, en attendant qu’ils abordent rétablissement des types de 100, 200, 500, 1000 et 1 500 kilogrammes ; — au nombre, disons-nous, des applications déjà réalisées de leur nouvel appareil, les constructeurs signalent celle de six bascules de 300 kilogrammes fonctionnant aux douanes de Paris-Batignolles, de Paris-La Villette, de Bordeaux et du Havre, et donnant toute satisfaction à ces différents services.
- La Manufacture de Béthune ajoute que la bascule du type de 300 kilogrammes (Voir tig. 7), dont elle nous a facilité l’examen dans tous ses détails, a été créée après quatre ans et demi d’efforts et sur le désir du Directeur général des Douanes, M. Delanney, aujourd’hui Préfet de la Seine, qui, en présence des résultats procurés à son ancien service, se propose, nous ont assuré les constructeurs, de faire, aussitôt que possible, appliquer les appareils de ce genre dans les services départementaux de son ressort.
- Étant donné d’une part, en effet, leur admission au poinçonnage intégral et les références officielles d’applications qui nous ont été fournies,— en raison, d’autre part, de leur simplicité de manœuvre à la portée des personnes meme le moins exercées, ainsi que des qualités incontestables de commodité d’emploi, de précision, de rapidité et de sûreté de fonctionnement que nous avons pu constater sur un spécimen du type de 300 kilogrammes aussi bien que sur un exemplaire de la force de 50 kilogrammes ( Voir tig. 7 et 8), — l’emploi des appareils « Æquitas » nous paraît tout particulièrement recommandable pour les administrations ainsi que pour les industriels ou commerçants qui ont à effectuer ou à contrôler journellement un grand nombre de pesées,
- Et c’est sous cette impression très nette que votre Comité des Arts mécaniques vous propose, Messieurs, de remercier la Manufacture d’Horlogerie de Béthune de sa très intéressante communication, en la félicitant du nouveau progrès qu’elle a réalisé dans la construction des instruments automatiques de pesage, et de décider l’insertion dans le Bulletin du présent rapport avec les figures explicatives indispensables.
- Signé: Léon Masson, rapporteur,
- Lu et approuvé en séance, le 13 décembre 191$.
- p.519 - vue 519/950
-
-
-
- AUTS ÉCONOMIQUES
- Rapport présenté, au nom du Comité des Arts économiques, par M. Ch. Féry,
- sur les Interférouu)/res pour les gaz et les eaux et sur YEpidiascope,
- construits par la Maison Kràuss, liliale de la maison C. Zeiss.
- I. — Interféromètiœs. — Les applications des phénomènes interie-rentiels à l’industrie sont rares ; à notre connaissance le dilatamôlre de Le Chatelier en est jusqu’ici le seul exemple.
- L’extrême délicatesse de ces ph énomènes soulève en effet des difficultés considérables de construction dans les dispositifs qui les emploient, c’est ce qui rend très intéressante la tentative de la maison Zeiss qui a présenté dans la séance du 9 février 1912 de la Société d’Encouragement deux interféromètres industriels.
- Interféromètre à gaz. — Cet appareil est en réalité le réfractomètre interférentiel bien connu de Fizeau, utilisé depuis avec succès par MM. Ramsay et Travers pour des mesures d’indices de gaz ou de mélanges de gaz.
- La particularité intéressante est la suppression du réticule de la lunette, remplacé par le système de franges obtenu dans l’air en dehors de la cuve qui n’occupe que la moitié de la hauteur du champ.
- La sensibilité de ces dispositifs étant proportionnelle à la longueur de la cuve, cette dernière a reçu une longueur de 1 mètre et l’appareil total a 2 mètres.
- La sensibilité de cet appareil est suffisante pour déceler ± 0,1 à 0,2 ]>. 100 de gaz carbonique ou de méthane dans l’air.
- Ce premier modèle est destiné aux laboratoires industriels. Pour réaliser un modèle portatif, la même maison a eu recours à l’auto-collimation qui réduit de moitié l’encombremenl.
- Ce deuxième modèle se présente sous la forme d’une sorte d’obus,
- p.520 - vue 520/950
-
-
-
- INTERFÉROMÈTRES POUR LES GAZ ET LES EAUX.
- 521
- ayant 50 centimètres de longueur, et 10 cenlimètres de diamètre ; son poids est de 5 kilogrammes. Une petite lampe à filament métallique actionnée par un accu double assure l’éclairage.
- L’air ayant un indice remarquablement constant peut être assimilé à un gaz simple, ce qui permet, après avoir absorbé le gaz carbonique, de doser l’oxyde de carbone dans le gaz des cheminées. C’est l’application actuelle la plus importante de cet ingénieux appareil.
- Inlerféromèlre pour les eaux. — Basé sur le meme principe est l’inter-léromèlre à eau dont la sensibilité est 50 fois plus grande que celle des réfractomètres à immersion de la môme maison.
- La longueur de la cuve est réduite à 5 ou 40 millimètres suivant les
- cas.
- On doit se servir d’une eau de comparaison très pure ; pour l’eau de mer, les constructeurs recommandent l’eau du Laboratoire central de Copenhague.
- Ces interféromètres sont deslinés à l’examen rapide des eaux naturelles, eaux fluviales, eaux de vidange des fabriques, eaux souterraines, eau de mer, solutions très diluées, etc., où l’usage d’un réfractomètre ordinaire serait impossible.
- IL — Épidiascope. — La même maison a présenté, dans la séance du 9 février 1912 de la Société d’Encouragement, un nouvel appareil de projection dit épidiascope. Quoique cet appareil puisse être employé pour les diapositives et d’une manière générale pour les objets semi-transparents, son principal intérêt réside dans la projection de corps opaques fortement éclairés (Episcope).
- L’objet à projeter peut avoir jusqu’à 30 centimètres de côté, mais ses reliefs ne doivent pas dépasser 16 cenlimètres si l’on veut que la mise au point sur divers plans soit acceptable.
- Étant donné le faible pouvoir diffusant que possèdent certains objets, on ne cherche pas à obtenir un fort grossissement. Cependant pour de petits objets de couleur claire (8 cent, de côté) et sur lesquels on peut concentrer sans inconvénients la lumière du projecteur, on peut atteindre 25 diamètres si les reliefs sont peu accusés (médailles de métal blanc par exemple, petits bas-reliefs, etc.).
- p.521 - vue 521/950
-
-
-
- 522
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- AVRIL 1913.
- L’arc doit consommer au moins 30 ampères sous 65 volts. Il vaut mieux même employer un arc de 50 ampères au même voltage. On ramène à ce voltage celui du réseau.
- L’arc est placé dans un réflecteur parabolique qui concentre sur l’objet à projeter le maximum de lumière. L’énorme éclairement qui en résulte porterait rapidement cet objet à une température excessive si on n’avait pris soin d’interposer un écran d’eau qui arrête une grande partie des rayons infra-rouges.
- Néanmoins il faut ne soumettre que peu de temps les objets à couleurs délicates à la radiation intense du projecteur si on veut éviter l’altération des couleurs.
- C’est à l’énorme dépense d’énergie consentie pour l’éclairage que sont dus les remarquables résultats obtenus par cet appareil qui pourra rendre des services dans certains cas spéciaux.
- La création des interféromètres industriels et celle de l’épidiascope représentent dans deux voies bien différentes un effort très intéressant et couronné de succès de la maison Zeiss. Notre Comité des Arts économiques vous propose en conséquence de décider l’impression du présent rapport dans le Bulletin de notre Société.
- p.522 - vue 522/950
-
-
-
- INDUSTRIE
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES^
- L’usine que Les Fils de Henri Picard et C'0 ont créée à Versailles pour la fabrication des dents artificielles minérales (2) est la première qui ait été exploitée industriellement en France. La dent minérale est bien d’invention française, mais, malheureusement, comme tant d’autres découvertes de nos ingénieux nationaux, elle était jusqu’ici d'exploitation étrangère. Nous avons été amenés, sur la'demande de quelques dentistes, qui savaient tout l’intérêt que nous apportions à leur art, à étudier la fabrication en France de la dent artificielle, puis à créer l’usine que je me propose de vous décrire en détail. Les premières éludes datent du mois d'octobre 1908, l’achat de l’usine a eu lieu à la fin de 1909, et le lor avril 1911, nous pouvions présenter une dent commerciale fabriquée en France; aujourd’hui, l’usine produit 225 000 dents par mois, tant à crampons platine, chemisés platine, qu’en composition, et elle compte un personnel de 75 ouvriers et ouvrières.
- Mais, avant de décrire notre usine, quelques mots sur l’origine de la dent artificielle ne seront pas inutiles. Ouvrons nos classiques, et, d’après nos meilleurs auteurs, voici les renseignements que je puis vous donner.
- Histoire des dents artificielles. — Le docteur Denefïe dans son ouvrage : La prothèse dentaire dans h antiquité (3), parle de dentiers faits par les Phéniciens, comme le montre la pièce prothétique trouvée en 1841 par le docteur
- (1) Communication faite en séance publique le 14 juin 1912 en présence de M. Lechevalier. représentant le Ministre du Commerce et de l'Industrie.
- (2) Transférée en mars 1913 à la Société anonyme pour la fabrication des dents artificielles.
- (3) Dr Deneffe, La prothèse dentaire dans Vantiquité, 1899.
- p.523 - vue 523/950
-
-
-
- 524
- INDUSTRIE.
- AVRIL 1913.
- Gaillardot dans une dos tombes les plus anciennes de la nécropole de Saïda (Sidon). Voici ce que nous lisons à son sujet dans la Mission de Phénicie, dirigée par Ernest Renan en 1864.
- « C’est une partie de mâchoire supérieure de femme présentant les deux « canines et les quatre incisives réunies par un (il d’or. Deux de ces incisives « paraissent avoir appartenu à un autre sujet et avoir été placées là pour remet placer celles qui manquaient. »
- On peut voir cette pièce remarquable au Musée du Louvre, à Paris. Le dentier seul existe, la mâchoire a disparu complètement. La civilisation grecque n’ayant pénétré en Phénicie que vers 400 ans avant J.-C., tout porte à croire que le dentier de Sidon est antérieur à cette époque.
- Mais quelques-unes des pièces prothétiques trouvées dans les nécropoles étrusques sont probablement encore plus anciennes que cet appareil dentaire phénicien ; elles démontrent clairement que les dentistes étrusques, plus de 25 siècles avant nous, savaient déjà exécuter assez bien une sorte de travail à pont (bridge-work des Anglais).
- Chez les Hébreux, on attachait un grand prix aux dents.
- La loi ne permettait pas aux Hébreux de porter quoi que ce fût au Sabbat, mais le Talmud autorisait les femmes juives à se rendre au Sabbat avec leurs fausses dents d’or ou d’argent. Quelques rabbins admettent les dents d’argent car elles ressemblent aux dents naturelles, mais interdisent de se rendre au Sabbat avec des dents d’or.
- On n’employait pas d’os humains pour les transformer en fausses dents et les polir car la loi déclare qu’ils sont malpropres, c’est-à-dire malsains (1).
- Le docteur Denelfe cite encore que, dans une tombe de l’ancienne Tanagra, on a trouvé un appareil dentaire destiné à fixer deux incisives médianes branlantes, qui est actuellement la propriété du docteur Lambros, d’Athènes, et remonte à trois ou quatre siècles avant J.-C. Malgré sa simplicité, en comparaison des appareils étrusques, cet appareil suffit à démontrer qu’à l’époque d’Hippocrate, ou peu de temps après, on exécutait déjà en Grèce des pièces dentaires.
- Chez les Romains, nous trouvons plus de renseignements sur l’histoire de l’art dentaire. Les poètes mômes font allusion aux dents artificielles des courtisanes romaines : Horace, dans ses Satires, épigramme 38, livre IX, dit :
- « Quoique tu ôtes chaque soir tes dents comme ta robe. » Satire VIII, livre I, nous lisons : « Vous auriez ri en voyant les deux sorcières fuir vers la ville,
- (d) Naphtali Hez Imber, Revue odontaUjique, février 1893.
- p.524 - vue 524/950
-
-
-
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 525
- perdant dans leur course, Ganidie ses fausses dents, Sagcnc sa chevelure postiche. »
- La loi des XII Tables, publiée 450 ans avant J.-C. renfermait des dispositions restrictives des dépenses funéraires. On lit sur la table X de Jure Sacro, loi XVe, « que l’or soit écarté des funérailles, mais celui dont les dents sont unies par de l’or peut être brûlé ou enseveli avec cet or ».
- Il est certain qu’à cette époque éloignée, on remplaçait les dents absentes, tout au moins celles qui se voyaient. M. Lcmerle, dans sa notice sur Tbistoirc dentaire (I), et le docteur Godon, dans son ouvrage sur l’Ecole dentaire (2) où nous avons puisé une grande partie des renseignements techniques que nous donnons ici, disent que le musée de la ville de Corneto, près de Civita-Vecchia, possède deux petites pièces de dents artificielles dont l’une a été trouvée au-dessus d'un tombeau étrusque remontant à quatre ou cinq siècles avant l’ère chrétienne, et l’autre dans un tombeau romain de la même époque. Ces pièces sont formées de dents sculptées dans des dents d’animaux, et fixées sur un ruban d’or mince et très mou. Cet or a dû être plié et ajusté dans la bouche même.
- Grâce à l’amabilité de M. Lemerle, vice-président du Conseil d’administration et conservateur du Musée de l’Ecole dentaire, qui a bien voulu m’autoriser à photographier les pièces les plus intéressantes que contient le musée au point de vue qui nous occupe, je puis vous montrer la reproduction des dents anciennes dont je vous parle (fig. 1). Les figures 1 et 2 proviennent du Musée du comte Bruschi ; la figure 3 représente un appareil en or privé de ses dents, du Musée du pape Luigi ; la suivante a été trouvée dans un sarcophage et remonte à plusieurs siècles avant l’ère chrétienne, d’après Helbig. Enfin, la figure 5 nous montre un appareil de trois dents montées au moyen de fils d'or tins.
- Enfin pour la première fois, il nous est permis de constater l’existence authentique d’un chirurgien dentiste, véritable spécialiste, Casellius, qui, sous le règne de Domitien, au premier siècle de l’ère chrétienne, exerçait à Rome toutes les pratiques de l’art dentaire.
- Sur une des sept collines de la Ville éternelle, sur le Mont Aventin, se trouve le cabinet d’opérations de Casellius, ancien esclave affranchi, comme la plupart des médecins de cette époque. Il lime et polit les dents des belles Romaines désireuses de se montrer dans tout l’éclat de leur beauté aux jeux du cirque ou à la promenade sur la voie Appia.
- (1) L. Lemkrlk, Notice sur l’histoire de l’art dentaire, Paris, 1900.
- (2) D1 2' Cliarles Gouo.x, L'École dentaire, son histoire, son action, son avenir, Paris, 1901.
- p.525 - vue 525/950
-
-
-
- INDUSTRIE.
- AVRIL 1913.
- 5 26
- Près du fauteuil à haut dossier recouvert d’une étoffe en pourpre de Tyr, se trouve sa table de travail avec les quelques instruments rudimentaires qui' nous
- décrivent Celse et Galien : l’odontagre pour l’extraction des dents chancelantes, le rhizagre pour les racines. les volselles pour les esquilles, les cautères, les
- Fig. 2. — Dentier du xvm” siècle.
- stylets. Les vases et les amphores qui garnissent les murailles contiennent les remèdes et les dentifrices extraordinaires au lait de chienne, à la tète de loup, à la cervelle de lièvre, à la corne de cerf, etc., qui formaient toute la pharmacopée de l’époque. Çà et là des bottes de fleurs et des plantes vertes, des ani-
- p.526 - vue 526/950
-
-
-
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 27
- maux de toutes sortes, des mortiers, des flacons, des cruches avec ou sans inscriptions, tout un assemblage bizarre des objets les plus divers garnissait les coins de la pièce. Dans un des angles, une table de travail, sorte d’établi, sur laquelle étaient placés limes, scies, poinçons, marteaux, des fils d’or et des fils de soie, du plomb, de l’ivoire et des morceaux d’os. C’étaient encore des plats contenant des dents d’hommes et d’animaux et quelques appareils de plusieurs dents, tout prêts à être posés.
- Juvénal nous raconte que l’os et l’ivoire remédiaient aux désordres de la bouche d’Eglé, que la courtisane Galla, plus coquette et plus adroite, ôtait pendant la nuit ses dents artificielles.
- Gross (1), dans son article sur L’art dentaire chez les Arabes, dit qu’au Moyen âge, Abulcasis parle dans la 31e section de son ouvrage sur l’extraction des dents, et dit que le praticien dentiste de cette époque pose des dents artificielles en os et en ivoire, comme son confrère romain.
- L’auteur lui-même remplace quelquefois les dents par des morceaux d’os de bœuf qu’il taille en forme de dents et qu’il pose à la place de celles qui sont tombées, puis il les assujettit et l’on s’en trouve bien.
- Au xvie siècle, la thérapeutique de l’expert-dentiste est celle d’Ambroise Paré, le vitriol pour tuer les vers des dents, les gousses d’ail chauffées, le cautère, l’huile de girolle, etc. Il obture et aurifie même les dents avec des feuilles d'or, les réimplante et les transplante, pose des dents d’ivoire ligaturées aux dents voisines.
- Un souvenir, on passant, à la transplantation et à la réimplantation des dents qui se pratiquaient assez couramment à cette époque et qui sont mentionnées pour la première fois dans les ouvrages de Paré. Il cite le cas d’une princesse qui, s'étant fait arracher une dent, s’en fit remettre une immédiatement prise sur une demoiselle ; la dent prit racine, et peu de temps après, elle put mâcher dessus. Dupont, un Français, recommande, en 1633, l’extraction d’une dent douloureuse et sa réimplantation immédiate dans l’alvéole où elle doit, dit-il, tenir fermement et ne jamais causer de souffrance.
- Mathias-Godefroy Purmann, médecin, à Breslau (1648-1721), est le premier, à en croire M. Lemerle, qui ait imaginé, pour la confection des dents artificielles, de prendre un moulage du maxillaire avec de la cire et de faire la pièce d’après ce moulage avec l’ivoire du cheval marin. Cette pièce était fixée, comme toujours, au moyen de fils d’or, ligaturés sur les pièces voisines.
- En 1718, Pierre Dronis, préparateur d’anatomie au Jardin du Roi divisait
- (1) Gross, L’art dentaire chez les Arabes. (L’Odontalyie, 1899.)
- p.527 - vue 527/950
-
-
-
- 528
- INDUSTRIE.
- AVRIL 1013.
- les opérations a (exécuter, sur les dents ou dans la bouche, en sept classes dont la septième est celle qui nous intéresse : « Les dents artificielles. »
- Mais, c’est dans l’ouvrage de Pierre Fauehard, Le chirurgien-dentiste, publié en 1728, que nous trouverons les plus intéressantes notices concernant la dent
- Fig. 3. — Dentier en dent d’Iiippopotame.
- artificielle. Il nous donne la définition de Part dentaire à cette époque, dans le passage suivant :
- « Voici les opérations qui se pratiquent sur les dents. G est de les netteïer, les séparer, les raccourcir, emporter leur carie, les cautériser, les plomber, les
- Fig. 4. — Dentier en porcelaine de Fauehard.
- redresser, les arranger, les raffermir, les trépaner, les ôter simplement de leurs alvéoles, les remettre dans leurs alvéoles, les ôter pour les placer dans une autre bouche, et enfin d’en substituer d’artificielles à la place de celles qui manquent », définition qui conviendrait encore de nos jours.
- Fauehard est le premier qui ait expose longuement et clairement la prothèse h son époque. Les matières employées étaient la (huit humaine, la dent d’hippopotame (lig. 3), les dents et les os des jambes de bœuf, l’ivoire de la
- p.528 - vue 528/950
-
-
-
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 529
- vache marine, etc. Fauchard ne connaissait pas l’empreinte, quoiqu’elle ait été employée vers 1700 par Mathias Purmann, de Breslau. On prenait des mesures
- Fig. 5. — Dents et dentiers en porcelaine de Dubois de Chémant.
- avec le compas au moyen de patrons de papier découpés avec des ciseaux. La pièce devait être essayée fréquemment pour, arriver à un résultat acceptable ;
- Fig. (5.
- elle n'avait aucune assise dans la bouche et s’y trouvait fixée au moyen de fils d’or ligaturés sur les dents voisines. Il remplace deux, trois ou quatre inci-Tome 119. — 1er semestre. — Avril 1913. 35
- p.529 - vue 529/950
-
-
-
- 530
- INDUSTRIE.
- AVRIL 1913.
- sives en employant des dents naturelles ; pour cela il les perce de deux trous sur leur lace latérale, et les enfile an moyen de deux fils d’or rivés à, leur extrémité. Pour les fixer, il perce deux autres trous aux deux dénis extrêmes et les attache comme les précédentes. Lorsque le nombre des dénis est pins considérable, il les fixe sur une plaque d’or qu’il fait courir derrière les dents artificielles.
- Fauchard donne aussi une longue description dé la dent à pivot, qu’il nomme dent à tenon. 11 estime impossible de faire tenir une pièce à la mâchoire supérieure lorsque celle-ci est complètement dépourvue de dents, qu'il en reste
- Fig. 7. — Vue de l'usine de Ulaligny à Versailles.
- ou non en bas. Cela l'a conduit à inventer un appareil capable de soutenir la pièce du haut, qui se compose d'une armature métallique s'ajustant sur les dents restant au maxillaire inférieur et reliée à la pièce supérieure par une partie postérieure, au moyen d’un ressort d’acier auquel il accole deux petites lames de baleine. 11 décrit aussi le ressort à boudin, mais il le trouve moins recommandable.
- C'est aussi Fauchard qui, le premier, fait l'essai des dents émaillées, en 1756 environ. Il dit s’être mis en rapport avec des émailleurs et être arrivé aux résultats suivants. On construit le dentier en hippopotame, comme d’habitude, mais en évitant de sculpter les dents et en laissant à leur place une simple bande d’ivoire. D’autre part, on prend un bandeau de métal découpé de la largeur et de la longueur de la bande d’ivoire du dentier, et sur cette plaque métal-
- p.530 - vue 530/950
-
-
-
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 531
- ligne l'émailleur peint des dents du ton voulu, et même de la gencive, si cela est nécessaire (fig. 4). delà fait, il ne reste pins qn’à fixer ce bandeau émaillé sur le pourtour de la pièce d’hippopotame an moyen de vis, la face visible des dents se trouvant ainsi reconstituée.
- An chapitre XIX il dit en parlant des dents en porcelaine: « J'ai pensé que je trouverais ce secours dans le seul usage de l'émail artificiellement composé; j ai cru aussi que je parviendrais par là, non seulement à imiter le plus parlait émail des dents, mais même la couleur naturelle des gencives, dans les cas où
- Fig. 8. — Broyage du feldspath.
- il s'agit de les remplacer artistiquement, en tout, ou en partie. Pour y réussir, j'ai consulté les émailleurs les plus habiles, et, par les conférences que j'ai eues avec eux, j'ai rendu praticable ce que je crois que d'autres n’ont point mis en usage jusqu’à présent. On a imité les yeux naturels par des yeux composés d'émail; mais on a négligé la même application de l'émail à l'égard des pièces des dents artificielles qu’on substitue aux dents naturelles ; cependant, outre tous les avantages que les dentiers artificiels ont au-dessus des yeux d'émail, ils servent, comme eux, à l’ornement, et réparent de même les défauts des parties dont les difformités choquent au premier aspect. »
- Plus loin :
- « On formera chaque dent émaillée de l’étendue requise, et de couleur
- p.531 - vue 531/950
-
-
-
- 532
- INDUSTRIE.
- AVRIL 1913.
- semblable à l’émail dus dénis naturelles de la personne à laquelle il s’agira
- Fig. 9. — Meules à feldspath et à silice.
- d ajuster la pièce émcillée. Pour que l’émailleur soi! mieux instruit de celle
- Fig. 10. — Tamis à feldspath.
- nuance, on lui fera voir quelques dents pareilles en couleur à celles qu il doit émailler, ou bien on lui montrera celles qui tiennent encore à la bouche. »
- p.532 - vue 532/950
-
-
-
- M FABRICATION DES
- DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 533
- Puis, encore plus loin :
- Hg. 11. — Laboratoire.
- seulement à l'ornement qu’il procure, mais il en ou les dentiers émaillés de même peuvent durer
- résulte encore que les dents un temps très considérable,
- CORPS
- EMAIL
- Fig. 12. — Dent artificielle (coupe).
- puisque l’émail est un corps très peu susceptible de changement et d’altération. »
- p.533 - vue 533/950
-
-
-
- INDUSTRIE.
- AVRIL 1913.
- 334
- Pour la première fois, Fauchard, dans son édition do 1740, I. Il, p. 352, mentionne l'application du principe de succion pour rétention dés dentiers supérieurs.
- Bourdet publie de 1757 à 1782 divers ouvrages sur l’art du dentiste. Sa prothèse est beaucoup plus perfectionnée que celle de Faucliard. 11 combine des bases d’ivoire d’hippopotame avec des dents naturelles incrustées; il emploie l émail rose pour les gencives arlilicielles, et il propose aussi des plaques d’or comme base de dentiers. Il imagine les vis pour les dents à pivots. Pour éviter
- Fig. 13. — Fabrication des moules-modèles en plâtre.
- les lluxions que ces dernières occasionnent, il conseille d’introduire dans le canal dentaire, avant de le forer, une aiguille rougie qu’on fait pénétrer dans toute la profondeur de la nieine.
- Il perfectionne aussi les obturateurs qu’il retient par des fils aux autres dents.
- En 1756 paraît à Berlin un traité sur les dents humaines et leurs maladies par Philippe P fait’, qui eut l’idée de prendre une empreinte de la bouche et de mouler des modèles en plâtre pour faire des dents artificielles ligaturées sur les dents voisines.
- En 1776, une communication est laite à l’Académie de Chirurgie sur les dentiers de porcelaine, due à Duchateau, apothicaire à Saint-Germain-en-Laye;
- p.534 - vue 534/950
-
-
-
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- r;35
- puis, peu après, une autre communication à l’Académie de Chirurgie et à la Société royale de Médecine, sur les dents de porcelaine, duc à Duchateau et Dubois de Chémant, ce dernier, dentiste à Paris.
- tvu 1788, dissertation sur les avantages des nouvelles dents et râteliers artificiels incorruptibles et sans odeur, inventés par Dubois de Chémant, suivie d une réfutation sommaire des assertions avancées par Dubois-Foucou dans sa lettre aux auteurs du Journal de Paris, du 18 mai 1788.
- Ces diverses publications se rapportent toutes à une découverte qui devait révolutionner l art dentaire et transformer la prothèse : la dent artificielle miné-
- Fig. 14. — Moule de bronze.
- raie, la dent artificielle de porcelaine. Cette importante découverte est due à Duchateau.
- Celui-ci, portant lui-même un dentier en hippopotame étayant constaté ses inconvénients an point de vue de la couleur et surtout de Codeur, eut l’idée, en 1774, de construire un dentier en porcelaine en moulant celui qu’il portait. Pour l’exécution de son dessein, Duchateau s’adressa à la manufacture de porcelaine de M. Guerrard à Paris ; son premier essai ne fut pas heureux, car la cuisson fit opérer à la pâte de porcelaine un retrait tellement considérable, que le dentier n’eut plus les proportions voulues. Il crut remédier à cet inconvénient en construisant un dentier plus grand, que la rétraction de la cuisson devait ramener à de justes proportions; mais Là encore il se heurta à un obstacle, car il ne put éviter que la pièce ne se gauchit, ou ne se voilât. Cependant, après un grand nombre d’essais, Duchateau choisit celui qui allait le mieux ; mais comme la teinte blanche uniforme choquait la vue, il lui donna une teinte uniforme un peu jaunâtre se rapprochant de celle des dents naturelles; il fixa
- p.535 - vue 535/950
-
-
-
- 536
- INDUSTRIE.
- AVRIL 1913.
- cette couleur au moyen (.rime seconde cuisson comme pour les autres peintures sur porcelaine.
- Malgré tous ses soins et toutes ses recherches, ce dentier ne valut guère mieux que les précédents; Duchateau chercha alors un autre système; il essaya la pâte tendre à porcelaine dont les premiers essais furent faits en France en 1710 à Saint-Cloud. Celle nouvelle pâte de porcelaine se vitrifiait à un teu de 12 à 15 degrés du pyromètre de Wedgwood, tandis que la porce-
- Fig. l.'j. — Ajustage des moules.
- laine ordinaire demandait une température de 72 à 75 degrés du meme pyromètre. Mais les résultats n’en furent guère meilleurs.
- Duchateau s’adressa alors à Duhois do Chémant, dentiste à Paris. De nouvelles tentatives furent faites, en modifiant la composition de la pâte de porcelaine à laquelle ils ajoutaient une certaine quantité de terre de pipe et d'autres terres colorantes, ce qui permit de cuire ces nouveaux appareils à une température beaucoup plus basse, obtenue au moyen d’un feu de moufle. Après plusieurs tâtonnements, ils finirent par obtenir une pièce d’un blanc gris, légèrement jaunâtre et ayant très peu de retrait; ce fut celle qui s’adapta le mieux sur les gencives et dont il fut fait usage (fig. 5).
- En 1770, Duchateau communiqua ce nouveau procédé à l'Académie royale
- p.536 - vue 536/950
-
-
-
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 537
- île Chirurgie de Paris, qui prit sou invention en considération, le remercia et lui accorda les honneurs de la séance.
- Dubois île Chémant, se séparant de Duchateau, se mit de son côté à travailler seul cette question. U apporta de profondes modifications à sa pate en y incorporant du sable de Fontainebleau, de la soude d’ Alicante, de la marne, de l’oxyde rouge de fer et du cobalt. Il confectionna ainsi des denliers dont plusieurs furent portés. Ces appareils nétaient,, pour la plupart, que des pièces partielles de quatre ou cinq dents, dont le Musée de l’École dentaire de Paris
- Fig. Ui. — Gravure des moules.
- possède quelques spécimens. Douze ans plus tard environ, c’est-à-dire vers 1790, il obtint de Louis XVI un brevet d’invention. Duchateau fut donc dépossédé de son droit d’invention, malgré un procès intenté à Dubois de Chémant.
- Peu de temps après, Dubois de Chémant porta sa nouvelle invention à Londres où il obtint, le 11 mai 1791, une patente pour quatorze ans. Les nouvelles dents en pâte minérale eurent d’abord une grande vogue, qui ne fut que momentanée, car peu de temps après, elles furent en partie délaissées. D’après Maury, en 1814, les dents minérales étaient complètement discréditées en Angleterre, malgré les grands perfectionnements apportés à leur fabrication. Il essaya de convertir Parmly et le décida à employer les nouvelles dents incorruptibles.
- p.537 - vue 537/950
-
-
-
- 538
- INDUSTRIE.
- AVRIL 1913.
- En 1789, Diibois-Foucou, dentiste du Roi, fabriqua (''gaiement des dents minérales à peu près semblables. U est le premier qui ait rendu ses différents procédés publics.
- Mais d’après de nouvelles recherches faites sur l’origine de la dent minérale, ce serait à tort que I on attribue à Uuchaleau et à Dubois de Chémant la paternité de la dent minérale.
- Vers 1710, Guillereau inventa une formule de pâte de dents artificielles
- Fig. 17. — Perçage des moules pour les crampons.
- composée de cire blanche, amollie avec un peu de gomme élemi, à laquelle était ajoutée une poudre composée de mastic blanc, de corail et de perle. Un prétendait que les dents faites avec cette composition ne devenaient jamais jaunes. Ceci paraît être la première idée de la fabrication des dents avec les substances animales, procédé employé encore longtemps après. 11 y avait certainement peu de chose commune entre cette idée et le premier perfectionnement apporté dans la production des véritables dents minérales, et par ce fait, Audibran en 1821 se demanda s’il n était pas possible que cette formule ait
- p.538 - vue 538/950
-
-
-
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 539
- inspiré l’idée de la fabrication d’une pâte de dents artificielles en porcelaine.
- En 1770, Thomas Berdmore, dentiste du roi George 111 d’Angleterre, regarde, dans son « Traité sur les désordres des dents et des gencives », la pose des dents artificielles isolées comme très utile, par suite de l’appui qu’elles donnent aux dents voisines.
- Dans une note, Désirabole (1843) appelle l’attention sur le fait que Bourdef,
- Fig. 18. — Machinera faire les crampons.
- qui s’enorgueillissait d’être familier avec l’ouvrage de Fauchard, dit en 175G qu’il a employé de l’émail rose pour simuler les gencives dans quelques dentiers artificiels.
- En 1808, Fonzi, dentiste à Paris, eut le premier l’ingénieuse idée de cuire la pâte, en y incorporant au préalable de petits crampons en platine qui devaient servir ensuite à souder des pattes de scellement pour fixer les dents sur des bases d’ivoire d’hippopotame. Il trouva également, le premier, le moyen d’imiter cette demi-transparence que possèdent les dents humaines, et présenta
- p.539 - vue 539/950
-
-
-
- 540
- INDUSTRIE.
- AVRIL 1913.
- la môme année, à l’Athénée des Arts, ses nouvelles dents, qu’il qualifia de terro-métalliques. Une médaille d’or et une couronne lui furent décernées.
- Gariot, dans son ouvrage publié en 180b, regrette de ne pouvoir indiquer la composition employée pour la fabrication des dents minérales parce qu’il s’est engagé à ne pas publier le secret qu’il a acheté à Dubois de Chémant ; mais il engage vivement ce dernier à ne pas tarder plus longtemps à faire con-
- Fig. 19. — Partie de l’atelier de moulage.
- naître la composition de ses dents, qui n’ont encore été jusqu’à ce moment que mal imitées.
- A cette époque, en 1817, Planton, dentiste français, importait aux États-Unis les premières dents minérales.
- Fabrication de la dent minérale. — Depuis, de nombreux progrès ont été faits dans la fabrication de la dent artificielle. Deux écoles se sont formées: l’une, en usage en Angleterre, coule une pâte liquide dans les moules ; l’autre, employée en Amérique, moule une pâte solide qui donne plus de consistance, plus de solidité à la dent.
- C’est à cette dernière formulé que nous nous sommes arretés pour la fabrication de notre dent en France. Après de patientes et laborieuses études, nous
- p.540 - vue 540/950
-
-
-
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 541
- avons pu constituer une pâte d'une homogénéité parfaite, fondant, d’après les essais du Laboratoire d Essais du Conservatoire national des Arts et Métiers, à 1 481° C, la plus haute température atteinte à ce jour ; pour les couleurs, nous avons adopté une hase de 30 teintes auxquelles nous pouvons ajouter toutes les variantes désirées par les dentistes.
- J’espère ne pas trop vous avoir ennuyés par ces détails préliminaires, et je vais, si vous le voulez bien, vous décrire l’usine.
- Notre fabrique de dents, que voici représentée (fig. 7), est sise dans un pays
- Fig. 20 — Alise des crampons dans le moule.
- charmant, aux environs immédiats de Versailles, loin de la fumée des chemins de fer et des usines, loin de la poussière des grandes voies de communication.
- Le bâtiment actuel est tel que nous l’avons acheté, la disposition intérieure s'étant trouvée adéquate à nos désidéra ta, du fait que le propriétaire précédent fabriquait des produits céramiques qui ont eu leur heure de célébrité, et furent connus sous le nom de « porcelaine de Glatigny ».
- L’organisation actuelle nous permet d’atteindre un chilîre double de fabrication que celui que nous obtenons à ce jour, mais les terrains voisins de la fabrique sont suffisamment étendus pour que, le jour où la nécessité s en fera sentir, et nous espérons que ce jour sera proche, il nous sera loisible
- p.541 - vue 541/950
-
-
-
- 542
- INDUSTRIE.
- AVRIL 1913.
- d’ériger des bâtiments permettant d’occuper quelques centaines d’ouvriers.
- La première salle dans laquelle nous pénétrons est celle oii se traitent les matières premières: feldspath et silice. Le feldspath, qui est la hase de toute porcelaine, doit être de qualité tout à lait supérieure, libre de tous oxydes, quart/, mica, etc. Reçu des pays d’origine en gros blocs, on le casse tout d’abord au marteau, puis on le passe dans le broyeur (lig. 8) qui le réduit très rapidement en poudre. Cette poudre n’est cependant pas assez impalpable, et deux opérations sont encore nécessaires pour l’amener à la tiliesse voulue: la
- Fig. 21. — Moulage des dents.
- première consiste à l’écraser dans une meule (lig. 9), où elle sera mélangée, dans une certaine proportion, avec.de l’eau. On vide le contenu de la meule dans un baquet, on laisse reposer, le feldspath se dépose dans le fond, on enlève l’eau, et enfin on fait évaporer le surplus de l’eau sur un séchoir à circulation d'eau chaude.
- Une fois sèche, la poudre de feldspath est prête pour la seconde opération, le tamisage.
- Le tamis (fig. 10) est formé par une grande caisse dans laquelle tourne lentement un grand cylindre hexagonal en forme de cône, dont les parois sont formées par une soie très fine à travers les mailles de laquelle seul le feldspath le plus ténu pourra passer. Au sommet de la caisse se trouve un récipient dans
- p.542 - vue 542/950
-
-
-
- LA. FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 543
- lequel on met le feldspath sorti de la meule ; ce récipient communique avec le cylindre à 1 aide d un tube mobile fixé sur le récipient. A la roue qui actionne le cylindre est fixé un plot qui soulève à chaque tour le tube mobile, permettant ainsi à une petite quantité de matière de pénétrer dans le cylindre. Celui-ci étant conique, le leldspath glisse le long des parois : le plus fin passe au travers des mailles de la soie, tandis que le plus gros sort à l’extrémité du cylindre et tombe dans un tiroir spécial.
- La silice, sous la forme de quartz ou cristal de roche, subit le même traite-
- Fig. 22. — Presse et fours à biscuiter.
- ment que le feldspath : passage à la meule, séchage et tamisage. Chacun de ces deux produits a sa meule et son tamis qui lui sont expressément réservés pour éviter tout mélange qui serait nuisible à la qualité de la porcelaine.
- Avant de procéder au tamisage, le feldspath et la silice sont débarrassés du fer qu’ils pourraient contenir, à l’aide d’une petite machine à désaimanter. L’amenée des poudres se fait de la même façon que pour le tamis. Une petite quantité de matière tombe sur un cylindre denté qui tourne à petite vitesse entre deux électro-aimants qui reçoivent l’électricité d’une dynamo. Le fer est
- p.543 - vue 543/950
-
-
-
- INDUSTRIE.
- AVRIL 191 H.
- 544
- maintenu sur le cylindre, et rejeté dans une boite par une brosse fixée entre l’aimant et le cylindre. Le feldspath et la silice, débarrassés de leurs impuretés, tombent dans un tiroir fixe sous l’appareil.
- Nous passerons maintenant au laboratoire (fig. 11) où se font les mélanges, où se préparent les pâtes. Je serai fort bref sur ce domaine, car c’est là que gît le secret de la pâte qui fait la qualité essentielle de la dent. Suivant les quantités et les qualités des matières premières employées, la dent fondra à des températures plus ou moins élevées, le grain sera plus ou moins tin, l’émail plus ou
- Fig. 23. — Ébarbage et mise des dents sur augets.
- moins translucide. Je puis cependant, sans trahir les secrets de notre fabrique, vous donner les détails que voici, et qui se trouvent d’ailleurs dans la plupart des livres qui ont traité de la fabrication de la dent artificielle.
- La dent est formée de deux parties : le corps et l’émail. Le corps est la partie supérieure de la dent (lig. 12), celle qui reçoit le crampon, de platine ou de composition, qui la fixera à l’appareil, d’or ou de caoutchouc, qui donne le dentier. Celle partie est toujours d’un jaune plus ou moins foncé.
- L’émail est la partie inférieure de la dent, celle qui sort à mastiquer, la partie visible et qu’il faut par conséquent assortir à la teinte des autres dents que le patient possède encore, teinte qui passera par toutes les gammes de la
- p.544 - vue 544/950
-
-
-
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 545
- vie, blanches pour la jeunesse, jaune clair pour l’adolescence, jaune foncé pour l’âge mur, chocolat pour la vieillesse, sans oublier la teinte des fumeurs.
- Ces teintes, qui varient à l’infini, mais dont on compte, pour l’usage pratique, une série de 23 à 30 nuances, ont été obtenues jusqu’à présent d’une façon un peu empirique. C‘est ce qui explique en grande partie la difficulté que l’on avait à obtenir la meme couleur d’une cuisson à une autre; certaines teintes même ont cessé de pouvoir être établies parce que l’ouvrier qui connaissait seul les mélanges était mort sans avoir pu ou voulu donner son secret à l’un
- Fig. 24. — Cuisson des dents.
- ou à l’autre de ses camarades. Dans notre usine, du fait que notre directeur technique, M. Eichart, est un chimiste très éminent, tout est traité méthodiquement, scientifiquement. Chaque produit est dosé à un milligramme près,la composition do chaque pâte est soigneusement notée, le mélange des poudres est fait si régulièrement que, d’une cuisson à l’autre, dans un an, cinq ou dix ans, nous pouvons toujours reproduire la teinte que notre clientèle pourrait nous demander.
- Le corps de la dent est formé de feldspath, de silice ou de quartz, de kaolin, et teinté à l’aide d’oxyde de titane, ou plus exactement de rutile (Ti O2).
- L’émail se compose des mêmes produits, dans une proportion autre que Tome 119. — lor semestre. — Avril 1913. 3fi
- p.545 - vue 545/950
-
-
-
- 546
- INDUSTHIE.
- A V HIL
- celle employée pour le corps, auxquels la plupart des auteurs ajoutent un fondant et <pie l'on colore à l'aide de sels de cobalt, d’urane, de manganèse, etc., etc.
- Notre ingénieur chimiste ayant préparé ses poudres donne à l’atelier de fabrication les quanti lés nécessaires de corps et dé nmd pour le travail de la journée.
- Passons maintenant à l'atelier des moules. Ceux-ci constituent la partit* la plus essentielle de la fabrique. Ivn effet, il en faut une telle quantité que les
- Kia. 25. — Triage des dents et mise sur cartes.
- graveurs sont assurés de ne jamais manquer de travail. Plus une fabrique a de moules de formes différentes, plus elle est à même do satisfaire aux demandes des différents marchés mondiaux ; la dent des Français n’est pas pareille à celle des Anglais, la dent américaine est autre que celle que la Suisse emploie.
- D’autre part, les moules s usent assez" rapidement, et le passage brusque d’une température de 300° à 400° à celle de l’eau froide les détériore passablement. Aussi est-il nécessaire de faire deux ou trois exemplaires de chacun des moules et de conserver très précieusement le moule qui a servi d étalon.
- Les dents modèles qui servent à la fabrication des moules sont sculptées par des artistes spéciaux très au courant de l’anatomie dentaire, par bouches
- p.546 - vue 546/950
-
-
-
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 547
- de 6 pour les dénis du haut ou du bas, soit les incisives, latérales et canines, ou par bouches de 8 pour les molaires. La combinaison de ces deux jeux forme le dentier de 14 du haut ou du bas, ou complet de 28 dents (fig. 26).
- Les dents sont généralement disposées par 12, soit 2 bouches pareilles dans chaque moule. Celui-ci est d’abord fait en plâtre (lig. 13) pour être envoyé à la fonderie qui en coulera un, deux ou trois exemplaires. 11 est préférable d’en faire un seul d'après le plâtre; ce bronze sera ajusté et gravé d’une façon toute spéciale et deviendra l’étalon qui sera jalousement gardé pour parera tous accidents ; d’après cet étalon on fera fondre les 2 ou 3 moules qui serviront à la fabrication.
- Chaque moule se compose de deux parties (lig. 14), le dos et la lace, prenant la déni par son milieu. Une fois le moule reçu de la fonderie, il passe en
- Fig. 26. — Dentier de 28 dents.
- premier lieu entre les mains d'ouvriers qui ajustent, les deux parties, soit les deux faces (lig. 15) lime contre l’autre, de telle façon que les empreintes des dents soient exactement juxtaposées; puis, le moule est remis aux graveurs. Ceux-ci (fig. 16) refont la dent d’après la dent modèle; c’est un travail très consciencieux et difficultueux auquel on n’atteint la perfection qu’après un assez long temps. Le travail de fabrication d’un moule demande de 50 à 90 heures, suivant la forme de la dent et sa nature, dent du haut ou du bas, molaire plate ou canine.
- Le moule destiné aux molaires pleines est plus compliqué et est fait en 5 parties; la partie du moule comprenant la face de la dent est en 4 morceaux, soit le moule avec deux parties surélevées ayant la moitié des faces, deux tiges portant les autres moitiés et une clef destinée à serrer les tiges contre la partie interne du moule.
- Le moule étant gravé, on perce, dans ta partie portant le dos de la dent (fig. 17), deux trous destinés à recevoir les crampons en platine ou en
- p.547 - vue 547/950
-
-
-
- 548
- INDUSTRIE.
- AVRIL 1913.
- composition. Le trou varie suivant que le crampon est long ou à deux tètes, lequel crampon est fait par une macîiine automatique à raison de 10 000 pièces à l’heure (lig. 18).
- Le moule terminé passe à l’atelier de moulage (lig. 19).
- Cet atelier comprend actuellement un personnel de 27 ouvrières el 2 ouvriers produisant journellement un total do 9 000 dénis de toutes formes.
- C’est assurémenl l’une dos phases les plus intéressantes de la fabrication de la déni artificielle. Yoyons-en rapidement les diffdrenies péripéties.
- Le moule, bien lavé et essuyé, est huilé sur ses faces, puis passe entre les mains d’une jeune lille qui met rapidement les crampons dans les trous ad hoc (lig. 20). Celle-ci le donne alors à la mouleuse qui a préparé sur une plaque de verre ou de porcelaine son corps et son émail; ces deux produits reçus en poudre du laboratoire sont additionnés d’une petite quantité de liquide pour en faire une pâte homogène.
- A l’aide d’une spatule, la mouleuse met dans le moule (lig. 21) une certaine quantité d’émail, qu’elle façonne à l’aide d’un petit instrument à la face arrondie; puis elle remplit ce qui reste de la partie creuse du moule à l’aide de l’autre pâte qui formera le corps de la dent ainsi que je vous l’ai expliqué il y a quelques instants. Les deux parties du moule étant remplies de matière sont refermées l’une sur l’autre, et serrées au moyen d’une presse à balancier, et le moule passe dans le four à biscuiter (lig. 22). Cette opération a pour but de former la dent et de permettre de la manipuler sans crainte de la détériorer. Ce four chauffe les moules à une température de 800° à 400°. La dent sortant du four a une légère ébarbure provenant de la jonction des deux parties du moule. Les jeunes filles enlèvent cette couture (pour parler métier) au moyen des petites limes à ongles bien connues de nos élégantes parisiennes. La dent est ensuite placée sur des plateaux en terre réfractaire (lig. 23) saupoudrés de silex pulvérisé, ce silex devant empêcher l’adhérence de la dent au plateau pendant sa cuisson définitive. Chaque plateau ou auget contient 160 à 190 dents.
- Passons maintenant dans la salle des fours (lig. 24); mettons-nous à notre aise, car il y règne constamment une température ambiante de 40° à 50° qui monte même à 60° en été. Ceci ne vous étonnera pas lorsque je vous aurai dit qu’à l’intérieur du four nous arrivons à près de 1 500°.
- Les fours, à deux entrées, sont chauffés au pétrole, mode qui ne donne aucune vapeur, aucun gaz, si nuisibles à la coloration de la porcelaine. Les augets sont d’abord mis dans la partie supérieure du four, où la température varie de 700° à 800°, dans le but do faire évaporer l’eau qui se
- p.548 - vue 548/950
-
-
-
- LA FABRICATION DES DENTS ARTIFICIELLES MINÉRALES.
- 549
- trouve encore dans la dent biseuitée, puis de la chauffer progressivement, faute de quoi la porcelaine sauterait. Après un séjour de quelques minutes, l’auget est enlevé et mis dans le foyer inférieur où on le laisse 6 à 1 2 minutes suivant la couleur de la dent et la température du four. Une fois cuite, la dent se refroidit, lentement, dans la salle même du four, car il faut encore, là, éviter un refroidissement brusque, cause de rupture de la dent.
- L’auget passe ensuite entre les mains des jeunes filles chargées de mettre les dents sur cire, dernière opération avant leur mise en vente aux dentistes. Chaque dent est prise Lune après l'autre, vérifiée (lig. 25) quant aux accidents qui peuvent se produire durant la fabrication et la cuisson, et qui ne peuvent s’apercevoir qu’une fois toutes ces opérations terminées, tels que fentes aux épingles, points noirs, etc. Puis on les assortit par teinte, forme, et l’on compose la bouche de 6 ou 8 dents, telle que j’ai le plaisir de vons en remettre en communication ou le dentier complet de 28 dents que montre l’illustration ci-dessus (fig. 26).
- Maurice Picard.
- p.549 - vue 549/950
-
-
-
- NOTES DE CHIMIE
- Par M. Jules (îakç.on
- A TIIAVF.KS SCIENCES ET INDCSTltlES CHIMIQUES :
- Métaux. — Le titane. — La corrosion de l'aluminium. — Sur la corrosion des tubes condenseurs en cuivre. — Électrolyse des substances solubles dans les fluorures.
- Combustibles. — Le contrôle rapide de la combustion complète. — Production de l’éthane. — Explo-sibilité des gaz de mines.
- Composés organiques. — Fabrication de l'acide lactique.
- Industries cellulosiques. — Nouvelles sources de pâtes pour la fabrication du papier. — Éthers benzoïques de la cellulose.
- Explosifs. — Action des" basses températures sur les explosifs.
- Industries des cuirs et peaux. — Sur le tannage électrique.
- Le titane. — Deux documents fort intéressants ont été publiés récemment sur le titane.
- Le premier est un mémoire de M. B. Stougiiton sur l'effet du titane dans les fontes, (mémoire enrichi d'une bibliographie de 7 pages (liullolia of Ihc American Jnslilule of mining /Engineers, novembre 191 *2, p. 1215-1271)).
- Le second est un article de M. E. F. Lake sur les emplois du titane dans la fabrication de l’acier [^Métallurgie al and cliemical /Engineering de mars).
- La présente note résume l’article de M. Lake.
- Ce n’est qu’en 1907 qu’on lamina, pour la première fois aux États-Unis, des aciers au titane; et aujourd’hui, cinq ans après, la production de ces aciers est à elle seule supérieure à celle de tous les autres aciers spéciaux.
- Le point de fusion du titane est très élevé : 2 300°; et sa densité est faible : 5,17, alors que celle du fer est 7,20. Il y a là une double source de difficultés pour assurer la combinaison du titane dans un bain fondu de fer ou d’acier.
- Les meilleurs résultats s’obtiennent avec les aciers à 10,15 p. 100 d'acide tita-nique ; lorsque la proportion atteint 20 p. 100, la dissolution est défectueuse.
- Ce qui rend le titane précieux avant tout aux intérêts du sidérurgiste, c’est l’affinité que ce métal possède pour l’oxygène et pour l’azote. L’on sait combien ces deux éléments sont nuisibles aux propriétés de l’acier, puisqu’ils réduisent les résistances au frottement, à la corrosion, etc. Ils sont même plus nuisibles que le soufre et le phosphore. Le titane agit directement en les neutralisant, et même indirectement,!parce
- p.550 - vue 550/950
-
-
-
- LE TITANE.
- 551
- qu’en neutralisant ces gaz, il empêche la production de bulles gazeuses au sein de la masse métallique.
- Les effets nuisibles de l’oxygène dans les aciers ont été prouvés à maintes reprises. Le silicium, le manganèse, sont utiüsés depuis longtemps pour le combattre, mais leur emploi laisse dans la masse de l’acier une proportion non négligeable du métal auxiliaire. L’aluminium, le vanadium, le titane, le zirconium donnent d’excellents résultats; le titane a l’avantage d’être d’un usage aisé et moins coûteux. Son emploi n’augmente le prix de la tonne que de 6 à 10 francs, dans la fabrication des rails par le procédé Bessemer.
- La présence de l’azote tend à faire perdre leur élasticité aux aciers. La présence de l’hydrogène produit un effet analogue, mais le recuit élimine ce gaz. Lès aciers électriques fabriqués dans un four à résistance ne renferment pas d’azote.
- L’azote est plus nuisible que le phosphore. Toute analyse doit donc donner en même temps le pourcentage du phosphore et celui de l’azote. La somme du pourcentage du phosphore et (lu quintuple de celui de l’azote ne doit pas dépasser 0,0S p. 100.
- L’azote ne se combine pas à l’acier, à moins qu’on ne les chauffe en présence d’ammoniaque. Une fois que l’azote s’est uni à la fonte dans les hauts fourneaux, la combinaison est stable et l’on retrouvera cet azote dans l’acier fini. Le titane peut s’unir à cet azote, en formant un azoture, et comme l’azoture a une densité inférieure à celle de l’acier, on le retrouve dans le laitier. L’union du titane et de l’azote se produit à S00° et dans des conditions aisées. Le silicium et le manganèse, qui réduisent les oxydes formés par l’oxygène, ne s’unissent pas à l’azote. Le chrome brûle dans l'oxygène à 1 700°, mais il ne se combine pas non plus à l’azote. Le molybdène même pulvérisé ne se combine pas à l’azote jusqu’à 1 200°. Le tungstène ne forme pas d’azo-ture. Le nickel n’a pas d’action. Le vanadium est un grand mangeur d’oxygène, mais il agit peu sur l’azote dans l’acier. Seul, le titane l’absorbe aisément.
- Le mode d’addition du ferrotitane est très important; si on l’introduit mal, il passe dans le laitier sans prendre le temps d’aller ravir à l’acier son oxygène et son azote. Le mettre au haut fourneau entraîne le risque que son action soit prématurée. Il faut l’employer pour éliminer les dernières traces de gaz, après que le ferrosilicium et le manganèse auront joué leur rôle; par conséquent, on l’introduira dans la poche de cou lé e.
- Puisque le titane est plus léger que le fer, si on l’ajoute à la partie supérieure, il ne pénètre pas dans la masse. C’est pourquoi on le met par pelletées, lorsque le métal fondu est versé dans la poche. Il ne faut jamais le chauffera l’avance, car on risque parla d’empècher la réaction de s’opérer aussi nettement. Quelques métallurgistes commencent par ajouter une dose élevée, puis la réduisent peu à peu.
- Le rôle du titane ne s’arrête pas à l’élimination des gaz occlus; il donne aussi avec le soufre et avec le phosphore du sulfure et du phosphate de titane qui passent dans les laitiers.
- On sait combien l’addition du titane augmente la résistance à l’usure des rails en acier ; on peut estimer cette augmentation à 50 p. 100. De même un acier Martin sur sole, essayé à l’appareil White-Sonthers, a subi 2 000 000 et 18 274 900 tours selon qu’il n’avait pas ou qu'il avait été traité au titane.
- p.551 - vue 551/950
-
-
-
- 552
- NOTES DE CHIMIE.
- AVRTL 1913.
- La corrosion de l’aluminium. — L’aluminium est exposé à être rongé par un certain nombre d’agents, par l’air atmosphérique, l’eau, les acides minéraux ou orga-ganiques, les alcalis et les sels alcalins, et de nombreux composés organiques. L’action de l’eau et celle des solutions de sel ordinaire ont fait l’objet d’une étude spéciale de M. G. IL Bailey (séance de l’Institute of Metals du 12 mars 1913).
- Dans l’examen de ces actions corrosives, onti souvent oublié de tenir compte des surfaces exposées, de l’état de pureté du métal, de la présence si nuisible du sodium ou du cuivre.
- Lorsque l’aluminium est exposé à l’action de l’eau, il se forme un hydrate d’alumine, dont la composition dépend de la nature de l’aluminium et de celle de l’eau. Le dépôt ainsi produit est malaisé à doser, parce qu’il est difficile de l’enlever entièrement sans attaquer l’aluminium, comme cela se produit forcément si l’on recourt à l’acide sulfurique, ou au mélange chromo-sulfurique.
- M. G. IL Bailey, pour déterminer le degré d’attaque produite, procède comme il suit. Il prend une feuille d’aluminium, de 100 centimètres carrés au moins de surface; il la nettoie successivement à l’éther, à la soude caustique étendue, à l’acide nitrique étendu ; il la lave soigneusement, la sèche à 100°, et la pèse (P). Puis il la plonge dans l’eau ou la solution active, à une température donnée; il l’y laisse au moins deux jours, en la remuant de temps à autre. Le dépôt entré en suspension dans le liquide est déterminé par pesée (p) ; le dépôt formé sur la lame (//) est enlevé par frottement; la
- feuille ne pèse plus que P — —, si l’on suppose que le dépôt est formé entièrement
- d’alumine dont le poids est double de celui du métal générateur.
- Il ne passe d’aluminium en solution que si l’eau renferme de l’acide ou de l'alcali libre en quantités notables. La corrosion de l’aluminium est donc presque uniquement une question d’oxydation par l’oxygène dissous dans l’eau. Si l’eau est privée d’air par une ébullition prolongée, il n’y a plus corrosion; môme si le contact est prolongé durant plusieurs mois ; même si, au lieu d’eau, on a une solution de sel. Il en résulte aussi que dans l’eau, si l’on ne renouvelle pas l’air dissous, la corrosion s’arrête peu à peu.
- Lorsque la température s’élève, la corrosion est beaucoup plus marquée, bien qu’elle s’atténue peu à peu, probablement à cause de la protection due au dépôt formé.
- Les résultats obtenus ont été qu’en général, l’aluminium est d’autant moins attaqué par l’eau et les solutions salines qu’il est plus pur. La proportion du silicium variant de 0,17 à 0,64 p. 100 et celle du fer de 0,18 à 3,22, plus la proportion de silicium est élevée vis-à-vis de celle du fer, plus l’attaque est prononcée avec les solutions salines, et moins elle l’est avec l’eau et les acides. La présence du cuivre et celle du sodium sont particulièrement nuisibles.
- L’eau et la solution de sel ordinaire n’attaquent pas l’alumine, si l’on a soin de chasser l’air.
- L’attaque est accrue par la chaleur et par la présence d’impuretés alcalines.
- Le métal non recuit est beaucoup plus fortement attaqué.
- p.552 - vue 552/950
-
-
-
- SUR LA CORROSION DKS TUBES CONDENSEURS.
- 553
- Sur la corrosion des tubes condenseurs dans les appareils de distillation. — Sur cette question si importante, citons une communication récente de M. Arnold Philip (Institute of Metals, Pi mars 1913).
- La distillation de l'eau de mer, [tour obtenir et l’eau d’alimentation des chaudières et de l’eau potable, se fait dans un appareil à deux parties analogues. Dans la première partie, le réservoir renferme l’eau de mer, et un serpentin à vapeur sert à la vaporiser. Dans la seconde partie, cette eau vaporisée se condense dans un jeu de tubes verticaux immergés dans dtf l’eau de mer froide. Ce sont les tubes de ce jeu qui présentent, à leur intérieur, une corrosion plus ou moins marquée.
- L’auteur a exprimé déjà l’opinion que la plus grande partie des cas de corrosion sont dus à la présence d’un dépôt de carbone ou d’une autre substance électronégative, à la partie inférieure des tubes; car dans la pratique, les autres actions corrosives‘peuvent être prévenues au moyen de masses protectrices de fer, d'acier, peut-être de zinc ou d’aluminium, réunies convenablement au cuivre des tubes.
- Les inconvénients accompagnant cette corrosion intérieure se décèlent d’abord par le trouble, ou même le précipité, que l’eau condensée donne avec une solution de nitrate d’argent ; la présence du chlore est ainsi nettement caractérisée. On a attribué cette corrosion à un primage de l’eau. L’eau ainsi distillée possède une saveur mélal-lique très désagréable; le savon donne parfois une mousse bleu verdâtre; le thé fait avec cette eau est noirâtre; les « enivres » du bâtiment (quisont maintenant en fer) se recouvrent d'un dépôt de cuivre. En somme, l’eau distillée renferme du cuivre, et l’intérieur des tubes du condenseur est attaqué d’une façon très nette.
- On a essayé de combattre la conséquence du primage de l’eau de mer en recouvrant l'intérieur de tous les tubes d’une couche d’étain, et en reliant les tubes à des plaques protectrices d’acier ou de zinc. Ces métaux sont d’abord attaqués, mais l’effet de ces mesures n’est que temporaire.
- Les incrustations qui recouvrent la surface intérieure de l’appareil évaporatoire sont constituées par un mélange de sulfate de calcium, de sulfate et de chlorure de magnésium, avec une proportion d’hydrate de magnésium qui pent atteindre 2,33 p. 100. Dans les conditions de chauffage où les incrustations se trouvent exposées, surtout si le niveau de l'eau s’abaisse partiellement au-dessous de la surface de chauffe, il se produit, par décomposition du chlorure de magnésium, de l’acide chlorhydrique qui se dégage avec la vapeur, et l’incrustation ainsique la solution prennent une réaction alcaline. L’eau de mer est neutre à la phénolphtaléine, tandis que la solution présente une réaction alcaline.
- C’est l’acide chlorhydrique ainsi produit qui attaque le cuivre.
- Il existe en proportion extrêmement réduite, soit un à un demi-millionième. On ne peut donc le doser directement. Comme cet acide est très volatil, on ne peut pas songer non plus à concentrer le liquide par évaporation; en effet, l’eau distillée renferme aussi des chlorures de sodium, de cuivre, de zinc, d’étain, en proportions de même ordre de grandeur que l’acide chlorhydrique, et tous ces chlorures perdent leur acide chlorhydrique si on les évapore à siccité. Le dosage de l’acide chlorhydrique libre est donc très délicat.
- La méthode adoptée par M. Philip consiste à ajouter à l’eau distillée une quantité
- p.553 - vue 553/950
-
-
-
- NOTES DE CHIMIE.
- AVRIL I9i:i.
- 551
- suffisante d’uue solution saturée de sulfate d’argent pur, à 7 gr. 7b2 par litre. Il se précipite du chlorure d’argent, et l’on a mise en liberté ci’une quantité d'acide sulfurique proportionnelle à celle de l’acide chlorhydrique préexistant à l’état libre. On chaude pour coaguler le chlorure d’argent, on filtre et on concentre par évaporation l’eau de tiltration qui renferme tout l’acide sulfurique. La présence d’acide sulfurique est nettement démontrée par le noircissement que donne, après chauffage d’une heure à 100", un morceau de •sucre sur lequel on a laissé tomber quelques gouttes de la liqueur concentrée. On y dose l’acide par le procédé quantitatif. 11 faut, bien entendu, avoir soin de prendre du sulfate d’argent absolument pur de tout acide sul-fiyrique libre, ce qu’on obtient en le lavant plusieurs fois au bouillon avec de l’eau distillée.
- Les essais ont toujours démontré la présence d’acide chlorhydrique libre dans l’eau qui attaquait le cuivre. On peut y doser le cuivre par un essai colorimétrique au ferrocyanure de potassium.
- La quantité d’acide chlorhydrique formé augmente si une partie du serpentin de chauffage se trouve au-dessus de l’eau à évaporer, ou si l’on pousse l'évaporation; parce que les dépôts sont plus immédiatement exposés à l'action de la chaleur. Pour réduire cette quantité au minimum, il faut donc éviter une concentration exagérée du liquide et ne pas pousser trop vite l'évaporation; malheureusement, ces deux remèdes viennent réduire le rendement. Il faut, surtout, n’employer que des appareils où le serpentin de chauffage soit toujours placé en entier au-dessous du niveau de l’eau à évaporer.
- Pour arrêter toute arrivée de cuivre dans les chaudières, on a proposé de faire passer les eaux d’alimentation dans des scrubbers à grosse grenaille de zinc ; du moins, les réservoirs où les pompes puisent ces eaux doivent être munis de lames protectrices de zinc. On diminuera aussi les effets nuisibles en additionnant ces eaux de chaux, qui précipite de l’hydrate de cuivre insoluble ; mais cette addition doit être faite avec précaution. car elle produit des savons calcaires avec les traces d’huiles de graissage.
- Électrolyse des substances solubles dans les fluorures. — A titre de document, il est curieux de citer ce que Sainte-Claire Deville, dans son mémoire sur le silicium {Annales de chimie et de physique, 3e série, tome XLIX, 1857, pp. (i-)-7Xj,crn disait déjà il y a cinquante-cinq ans.
- « On peut encore extraire le silicium de la silice au moyen de la pile, par un procédé fort simple, qui peut être utilisé pour l’électrolyse de toutes les substances qui se dissolvent à chaud dans les fluorures alcalins, et ces substances sont fort nombreuses. On fait un mélange de fluorure de sodium et de fluorure de potassium, à peu près à parties égales, que l’on fond ensemble au-dessus de la flamme d’une lampe à double couraùt, alimentée d’alcool térébenthine et activée par un chalumeau. Lorsque la matière est en pleine fusion, on y introduit de la silice calcinée qui se dissout très vite. Alors en plongeant dans le creuset les pôles platine et charbon d’une pile de quatre éléments de M. Bunsen, on voit se déposer du silicium au pôle négatif, et se dégager de l’oxygène au pôle positif. Le plus souventje me suis contenté de constater, par cette expérience, la décomposition de la silice par la pile, en employant, comme électrode
- p.554 - vue 554/950
-
-
-
- LE CONTROLE RAPIDE DE LA COMBUSTION COMPLÈTE.
- 555
- négative, un fil de platine qui se transforme en siliciure fusible avec une excessive facilité.
- « J’ai proposé de généraliser cette méthode en l’appliquant à des matières très diverses et pourtant solubles dans les fluorures, d’abord pour en séparer les éléments par la pile, et ensuite pour établir le rang qu’elles occupent dans la série électro-chimique. Ainsi on peut déduire de l’expérience que je viens de décrire, que la silice se sépare en ses éléments avant la soude et la potasse, et par suite que la silice sera décomposée par les métaux alcalins, ce qui arrive en effet. Mais si à la silice on substituait l’alumine, la décomposition parla pile, au sein des fluorures alcalins, s’effectuerait dans un tout autre ordre. On obtient en effet, au pôle négatif, du sodium qui brille avec une llamme jaune, et au pôle positif, du fluor qui se transforme immédiatement en acide iluorique bien reconnaissable à son odeur. Ainsi l’alumine se comporte tout autrement que la silice, et on peut admettre qu’elle n'est pas décomposée par les métaux alcalins, ce que toutes les tentatives qui ont été faites pour effectuer directement cette réduction semblent avoir déjà démontré. »
- Le contrôle rapide de la combustion complète. — Notre collègue M. F. Wattebled communique une intéressante note sur les calculs pour le contrôle rapide de la combustion complète. En voici les points essentiels :
- « L'industrie, remarque M. Wattebled, dispose actuellement de tous les moyens qui lui sont nécessaires pour l’étude de la combustion. Les travaux de Berthelot et Vieille sur les chaleurs de combustion, ceux de Mallard et II. Le Chatelier sur les chaleurs d’échauffement des gaz de la combustion donnent tous les éléments pour l'étude de la combustion complète. Les lois des équilibres chimiques permettent de pousser très loin l’étude de la combustion complète.
- « Des disciples distingués de ces maîtres de la Science ont vulgarisé les lois fondamentales de la combustion. Tels les travaux de Mahler (Etudes sur les combustibles 1893); de Damour (Le chauffage industriel et les fours à gaz, 1X98) ; de Mahler ( La valeur de la flamme des combustibles 1903); de Damour (Les sources de l’énergie calorifique, 1912). »
- L’industriel peut aujourd’hui tirer le bilan thermique de l’opération qu’il poursuit. Mais les occupations des ingénieurs, des industriels et de leurs collaborateurs sont si nombreuses qu’ils ne disposent pas toujours du temps nécessaire aune étude nouvelle. Aussi M. Wattebled a rendu un grand service aux uns et aux autres en exécutant sur un grand nombre de combustibles, les calculs indispensables au contrôle de la combustion complète.
- Pour chacun des quarante-cinq combustibles analysés par P. Mahler, il a calculé :
- la composition des gaz de la combustion théorique;
- le volume d’air théoriquement nécessaire ;
- le volume total des gaz de la combustion théorique ;
- le pourcentage maximum d’acide carbonique ;
- la température maximum de combustion ;
- le volume d’air en excès en fonction des températures de 2(>0U à 2 000° (par variations de 200°) ;
- p.555 - vue 555/950
-
-
-
- 556
- NOTES DE CHIMIE.
- AVRIL 191 R.
- le volume d’azote et celui d’oxygèue contenus dans l’air en excès en fonction des températures de 200° à 2 000u ;
- le volume total d’azote et celui des gaz delà combustion, déduction faite du volume d’eau qui se condense pendant l’analyse.
- Ces calculs permettent d’établir les pourcentages d’acide carbonique, d’oxygène et d’azote, et le rapport 100 O- : Az-, en fonction des températures de 200" à 2 000".
- Calculant ensuite la chaleur contenue dans les gaz de la combustion, il obtient :
- la chaleur contenue dans les gaz de la combustion théorique, en fond ion des températures 150", 200", 250°, :!00" ;
- la chaleur contenue dans les gaz de la combustion à 12 et à 5 p. 100 de CO’.
- Les tableaux établis au moyen de ces calculs permettent de dresser pour chacun des .45 combustibles analysés par P. Mailler des graphiques qui supprimeront tous les calculs importants lors des opérations de contrôle.
- Pour établir ces graphiques, M. K. Wattebled porte en ordonnées les températures, en abscisses à gauche l’échelle des pourcentages d’acide carbonique, en abscisses à droite les volumes des gaz de la combustion; puis prolongeant la ligne des y au-dessous du point d’intersection avec la ligne des x, il porte sur la partie inférieure de la ligne des y le nombre de calories du pouvoir calorilique.
- Le pourcentage d’acide carbonique et le volume des gaz de combustion exprimés en fonction delà température de combustion sont représentés par des courbes, tandis que la chaleur contenue à une certaine température dans les gaz de la combustion est représentée par une ligne droite.
- Pour résoudre, par exemple, un des problèmes les plus courants dans le contrôle, la perte à la cheminée, il suffira de partir du p. 100 CO-trouvé à l’analyse \et cette analyse peut être faite par un simple contremaître, pourvu que l’on choisisse des appareils appropriés i ; de rencontrer la courbe du p. 100 CO- en fonction de la température ; de ce point d’intersection d’élever une perpendiculaire sur l’échelle des températures. de prolonger cette perpendiculaire jusqu’à l'intersection avec la courbe des volumes des gaz de la combustion ; du point d’intersection avec la courbe des volumes des gaz de la combustion d’élever une perpendiculaire sur l’échelle des volumes des gaz de combustion, de prolonger cette perpendiculaire jusqu’à sa rencontre avec la ligne oblique qui représente les calories contenues dans les gaz de la combustion à la température de sortie observée ; de l’intersection avec la ligne oblique d’élever un*1 perpendiculaire sur l’échelle des calories du pouvoir calorilique; et si l’on a pris soin d’établir l’échelle des p. 100 en face de l’échelle des calories, on obtient immédiatement la solution demandée. C’est quatre perpendiculaires à élever : mais pratiquement, elles sont élevées en bien moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
- Ou trouvera les graphiques et les tables in extenso, dans la Hevue dos Matériaux de Construction, mars 1015.
- L’auteur montre de plus qu’il n’est pas strictement nécessaire d’établir un graphique pour chaque combustible particulier. Du moment que l’on possède (les renseignements suflisants pour classer le combustible employé dans une des séries établies par P. Mailler, il suflit de prendre le graphique moyen de la série pour obtenir une approximation à 1 p. 100 près environ, très suffisante au point de vue industriel.
- p.556 - vue 556/950
-
-
-
- PRODUCTION DE Ï/ÉTHANE.
- 557
- Dos graphiques un peu analogues ont déjà été présentés, notamment celui de Paillet, ingénieur à Lille : mais ce qui distingue le travail de M. F. Wattebled do celui de scs devanciers, c’est qu’il utilise exclusivement les théories modernes de M. H. Le Gha-lolier sur les chaleurs d’échaulïement et qu’il met à la portée des collaborateurs les plus modestes, la relation si importante de la température de combustion avec la production d’acide carbonique et le volume des gaz de la combustion.
- Production de l'éthane. — M. C. Surent {J. of the S. of Chemical /nduslr»/, -N lévrier DM3, pp. 171-174) étudie la fabrication industrielle de l’éthane utilisé depuis peu dans de nouvelles machines frigorifiques à compression. Le point d’ébullition de l'éthane est très bas : — 93°, et ces nouvelles machines fournissent des frigories à une température bien plus basse que les machines frigoriliques à compression à anhydride carbonique ou à ammoniaque.
- La seule méthode que l’on trouva possible à appliquer pour cette préparation est celle de Sabatier, consistant à faire passer dans un tube de 1 mètre de long contenant du nickel nouvellement réduit et très divisé un mélange de deux volumes d’éthylène et un volume d’hydrogène, et à opérer ainsi une synthèse de l’éthane.
- Les difficultés éprouvées ont été relatives d’abord à la production d’éthylène pur, et ensuite à la combinaison complète de l’éthylène et de l’hydrogène.
- La préparation de l’éthylène fut réalisée, d’après la méthode de Machle, en faisant passer de la vapeur d’alcool sur de l’oxyde d’aluminium : C2H’OH = C2Hl -f H20. Machle a montré que l’action catalytique dépend de la température et de l'état physique de l'oxyde, l'oxyde d’aluminium amorphe donnant une bonne proportion d’éthylène et l'oxyde cristallisé n’en donnant qu’une médiocre. Certains échantillons d'alumine convertissent l’alcool en une substance huileuse, sans donner d’éthylène. On peut se rendre compte de la valeur catalytique d’un échantillon d’alumine enle mettant en suspension dans l’eau distillée; les parcelles actives sont en partie colloïdales, tandis que les parcelles inactives tombent rapidement au fond. Il faut avoir soin de ne pas dépasser la température de 360°, qui correspond à la production maximum d’éthylène. Si la température s’élève, l’éthylène se décompose en hydrogène, méthane et carbone, et l’oxyde d'aluminium amorphe se transforme lentement en oxyde cristalüsé ; la réaction de l’alcool n’est plus la même et il se forme de l’aldéhyde et de l’hydrogène. Il ne faut pas non plus que la température s’abaisse au-dessous de 360°; car, dans ce cas, non seulement l’éthylène est en proportion plus faible, mais encore il se forme (vers 230°) de l’éther qui est transformé incomplètement en éthylène et eau. L’éthylène peut renfermer jusqu’à 10 p. 100 d’éther. Pour réduire cette proportion, on place le four où se produit la réaction dans un bain de plomb, et on s’arrange de manière à porter la vapeur d’alcool à 300° avant qu’elle ne pénètre dans le four. On a employé des tubes de fer de 75 millimètres de diamètre intérieur et de lm,50 de long, dans lesquels on disposait l’alumine et qu’on reliait avec le vase dans lequel on évaporait l’alcool.
- L’éthylène ainsi obtenu contient des impuretés, qui en passant sur le nickel très divisé diminuent son activité catalytique et le rendraient bientôt tout à fait inerte. On élimine l’éther et les autres traces d’impuretés: aldéhyde, isoprène, etc., en comprimant le gaz à 50 atmosphères, ce qui liquéfie ces impuretés et permet de les séparer. — L’éthylène contient également des traces d’hydrogène sulfuré, dues à la présence
- p.557 - vue 557/950
-
-
-
- NOTES DE C KJ MIE.
- AVRIL 1013.
- im
- d<* sulfates dans l’alu mine; on s’en débarrasse eu faisant passer le gaz dans une solution d’acétate de plomb.
- Les deux gaz, éthylène et hydrogène, sont mélangés en volumes égaux au moyen de l’appareil nommé Rotamesser ; puis ils passent dans le four contenant le nickel fraîchement préparé et finement divisé. Le four est analogue à celui où se fait l'éthylène et contient quatre tubes d’un mètre de long seulement. Les deux premiers sont placés parallèlement lün à l’autre, le gaz se partageant entre les deux et passant ensuite dans le second groupe de deux tubes. Les dimensions des tubes furent déterminées par l'expérience de façon qu’on faisant passer deux mètres cubes par heure, la chaleur dégagée par la formation de Fétlmne ne puisse chaufferie gaz à la température de décomposition. Si on augmente le diamètre du four, on est forcé de le refroidir intérieurement au moyen d’un jeu de tubes d’eau. La température nécessaire est de 200" ; mais la réaction est incomplète et on ne trouve que 10 p. 100 d’éthane formé.
- On a essayé de séparer Féthanc de l’éthylène et de l'hydrogène par liquéfaction au moyen d’une machine Lindc. .Mais on ne peut séparer complètement, par ce moyen, l'éthylène de Féthane ; l’hydrogène seul est complète nient séparé.
- D’après la loi de Le Chalelier, la compression du mélange* d’éthylène et d’hydrogène doit faciliter la formation de Féthane ; mais il semble difficile que la réaction puisse se produire sans que la température ne s’élève au-dessus du point de décomposition de Féthane, et l’expérience montre qu’en effet, l’élévation brusque de la température rend la méthode impraticable. Cependant si l’on fait passer dans un autoclave en fer rempli de pierre ponce et de nickel divisé, un mélange de 80 parties d’éthane, 10 d’éthylène. 10 d’hydrogène, sous une pression de 30 à D) atmosphères, le gaz résultant est de Féthane pur. Le mélange est envoyé dans un gazomètre, puis de là dans un eojnpresseur, enfin dans le four à nickel, sous la pression de 80 à 10 atmosphères. En pratique, on envoie un léger excès d'hydrogène, qu’on peut faire échapper en ouvrant la valve du cylindre contenant Féthane liquide.
- Cette méthode permet une production continue, qui a atteint "28 kg d’éthane liquide par jour.
- Explosibilité des gaz de mines. — Le Bureau of Mines des Etats-Unis, à qui l’on doit déjà un certain nombre de publications fort intéressantes sur Fexplosib.ilité des poussières de houille, a effectué un nombre très grand d’essais sur la composition, l’explosibilité, les actions physiologiques des gaz de mines, et il a en préparation plusieurs bulletins des plus intéressants sur ces sujets.
- La limite d’explosibilité du méthane, c’est-à-dire la plus petite proportion pour laquelle le méthane mélangé avec l’air peut faire explosion, a été évaluée à 6 p. 100 par Le Chatelier, Mallard et Boudouàrd. Clowes a trouvé que la limite était 5 p. 100, si l’allumage est fait en bas au moyen d’une flamme, et 6 p. 100 si l’allumage est fait en haut. Techi a trouvé des chiffres de 3,20 à 3,07, qui sont en contradiction avec les cliidres de tous les autres auteurs. Les mesures les plus récentes deBurgess et Wheeler indiquent comme limite d’explosibilité 5,5 et5,7.
- Au laboratoire du Bureau of Mines, on n’a pas pu produire l’explosion d’un mélange de moins de 5,5 p. 100 de méthane dans l’air, sous Faction d’une petite étincelle
- p.558 - vue 558/950
-
-
-
- FABRICATION DE L’ACIDE LACTIQUE.
- 559
- obtenue.par une bobine d’induction actionnée par quatre piles sèches. Sous une pression de deux atmosphères, l’explosion ne se produisait pas avec 5,4 p. 1 OU de méthane ; aA^ec 5,5 la combustion n’était pas tout à fait complète. Un grand nombre d’essais ont été faits pour enflammer avec une flamme par-dessous ; avec 4,75 p. 100 de méthane, il se produit une flamme conique jusqu’à la moitié du flacon.
- Fabrication de l’acide lactique. — Le dextrose et le maltose se dédoublent molécu-lairement, en acide lactique, sous l’influence des ferments lactiques. Chaque molécule de dextrose ou de maltose fournit deux molécules d’acide lactique, et le rendement théorique se trouve donc être de 100 p. 100. C^iH1-O,i=2(?HG0:,.
- Les applications de l’acide lactique se sont déA-eloppées d’une façon étendue dans les industries tinctoriales et dans celles de la tannerie. Dans la teinture des laines, on l’emploie à la place des acides oxalique et tartrique. ou à l’élat de lactate d’antimoine. Dans la tannerie, c’est un excellent agent de purge de chaux; et pour cet emploi, il doit évidemment être exempt d’acide sulfurique et de fer. L'emploi en teinture nécessite également une grande pureté au point de vue du fer.
- Le développement qu’ont pris les applications de l’acide lactique donne de l’intérêt à une étude générale que M. W. Hoffmann vient de publier dans la Zeitschrift fur Spi-ritus Industrie: sur la fabrication industrielle de l’acide lactique au moyen de la fécule de pomme de terre. (Les Annales de la brasserie et de la distillerie de M. Fernbach en donnent la traduction dans le numéro du 25 février 1013, et nous lui empruntons quelques extraits).
- Au lieu de fécule, on peut utiliser l'amidon de maïs, l’amidon de riz, le sucre de lait, le saccharose. Le petit-lait, qui renferme 4,5 p. 100 de sucre de lait, renferme malheureusement en même temps des composés qui rendent difficile le traitement de l’acide lactique produit. De même, l'extraction de l’acide lactique formé dans la fermentation de la choucroute est trop coûteuse à cause de la dilution des liquides.
- Le meilleur processus à suivre pour mettre en route la fermentation consiste à ajouter à la solution sucrée de la craie et du fromage pourri ou du lait aigri, à condition de n’employer que des cultures pures, comme. Wehmer l'a établi dans ses travaux en 1906 (Chemiker-Zeitung); sinon le rendement est trop faible. Le maltose, obtenu à partir de la fécule, présente sur le glucose l’avantage d’apporter le montant de composés azotés et de sels minéraux nécessaire à l'alimentation du ferment.
- Le premier stade de la fabrication est la préparation du moût de maltose par saccharification de l’amidon au moyen du malt. On emploie par opération 1 200 kilogrammes d’amidon à 80 p. 100 et 120 kilogrammes de malt de distillerie qu’on xrerse successivement par portions dans un récipient en fer d’une capacité de 100 hecto: litres rempli à moitié d’eau à 45°. On commence par introduire 1/6 du malt, puis l’amidon dont la transformation en empois est empêchée par le malt. On monte à 70° en une demi-heure ; la masse doit être liquéfiée au bout d’un quart d’heure. On refroidit alors à 56° et on y maintient la masse pendant quatre heures au bout desquelles on ne doit plus obtenir de réaction avec l’iode. On chauffe alors à 80ü et on envoie les 60 hectolitres obtenus dans deux cuves de fermentation ; on y dilue les trempes de façon à obtenir un moût qui renferme 10 à 11 p. 100 de maltose.
- p.559 - vue 559/950
-
-
-
- B60
- NOTES DE CHIMIE.
- AVHIE 1913.
- Le second stade de la fabrication est la fermentation. La température de la salle doit être maintenue à la". Dans cha<|ue cuve renfermant le moût à 80°, on inlroduit "225 kg. de craie en poudre très line; on règle la température à 50° sans tomber au-dessous de 47°. On agite pendant 15 rninules toutes les deux heures; on prélève tous les jours des échantillons pour voir s’il y a suffisamment de butyries lactiques ; le bacillus Delbriicki est l’un des meilleurs ferments à employer.il faut veiller à ce qu’il ne se produise pas de fermentation alcoolique ou butyrique.
- Au bout de six à huit jours il ne doit pas rester plus de "2 grammes de maltose non fermenté par litre.
- Il convient de faire les essais suivants :
- l1* (lu recherche le maltose non fermenté en décomposant exactement le liquide par de l'acide sulfurique, alcalinisanl 2 cm:i du filtrat avec de la soude normale et faisant bouillir pendant une minute avec cm:i de liqueur de Fehling ; on acidifie par l’acide acétique, et on ajoute du ferrocyanure de potassium à 10 p. 100.
- 2° Pour déterminer la quantité d’acide lactique produit, on inlroduit 50 ciiP de liquide non filtré, dans une fiole jaugée de 250 cm:!, avec 25 cnr de soude binomiale. On amène à 250, on filtre, on traite 50 cnr de filtrat avec 20 cnr d’acide sulfurique demi-normal et on fait bouillir pendant une minute. On reluire avec de la soude demi-normale, ho chiffre trouvé, multiplié par 0,045, donne l’acide lactique.
- 3° Enfin, on détermine les acides volatils.
- Quand les analyses ont établi que la fermentation est terminée, on ajoute dans les cuves de la chaux éteinte jusqu’à réaction faiblement alcaline ; le précipité floconneux volumineux qui se forme entraine beaucoup d'impuretés et constitue le lactate de chaux impur.
- Le troisième stade de la fabrication est la décomposition du lactate de chaux ainsi obtenu, avec de l’acide sulfurique aussi pur que possible.il faut avoir soin de n’avoir ni excès de lactate de chaux, ni excès d’acide sulfurique. Pour le contrôle, le mieux est d’employer une solution alcoolique étendue de violet de méthyle, dont on imbibe une bande de papier à filtre ; s’il se forme au bord du papier un changement de coloration, violet virant au vert, c’est qu’il y a un excès d’acide sulfurique.
- Du récipient de décomposition, la solution d’acide lactique passe au filtre-prose, qui enlève le sulfate de chaux. Le liquide clair filtré coule dans des récipients où il est traité par le noir animal.
- Le quatrième stade de la fabrication est la concentration de l’acide lactique dans le vide. L’acide attaquant les métaux, les appareils de concentration doivent être construits en bronze ou en fer recouvert de plomb. La pompe à vide doit pouvoir maintenir un vide de 580 mm. à 55°.
- Les acides lactiques commerciaux sont concentrés jusqu'à titrer soitoO, soit 80 p. 100; c’est-à-dire soit 18°-19° Baumé, soit 25°-26° Baume. Pour déterminer la concentration, on dilue 2 gr. d’acide à 500 env1, et on titre avec de la lessive de soude demi-normale.
- Enfin le dernier stade de la fabrication consiste à purifier l’acide lactique de toute trace de fer.
- On élimine le fer en ajoutant au liquide encore chaud provenant de l'appareil de concentration du ferrocyanure de potassium en poudre line, ha précipitation du fer est complète
- p.560 - vue 560/950
-
-
-
- NOUVELLES SOURCES DE PATES POUR LA FABRICATION DU PAPIER.
- 561
- lorsqu’un échantillon du liquide filtré ne donne plus de coloration bleue avec le chlorure ferrique. Si on a un excès de ferrocyanure. on ajoute du sulfate de zinc qui le précipite et a l’avantage de fournir au filtre un gâteau qui se presse rapidement en donnant un liquide clair. L’expérience apprend que l’acide concentré doit être refroidi rapidement afin d’éviter la formation d’anhydride.
- L’acide lactique débarrassé du fer est abandonné à lui-même, pendant quelques jours, pendant lesquels on l’agite constamment pour permettre la séparation des restes de gypse et de dextrines. Il est recommandable de le réchauffer avant de le filtrer, surtout s’il est très concentré. Cette filtration se'fait au filtre-presse ; le filtre retient une boue de noir, de bleu de Berlin et de gypse, qui serait trop visqueuse et difficile à presser si elle ne renfermait assez de noir. Le gâteau renferme jusqu’à 40 p. 100 d’acide lactique; aussi le retraite-t-on une deuxième fois dans les cuves de décomposition, l’acide obtenu étant particulièrement peu coloré.
- Lorsque le travail est bien conduit, l’acide à 30 p. 100 est fluide et ne doit pas être coloré plus que l’eau ; l’acide à 80 p. 100 est plus coloré et plus épais. La teneur en anhydride ne doit pas dépasser respectivement 1,5 à 1,8 et 3 à 4 p. 100. La présence d’anhydride diminue la valeur du produit.
- L’acide lactique de fermentation retient des odeurs dues à la présence d’acides butyrique, oxalique, succinique et d’aldéhyde ; des impuretés minérales, plomb provenant des appareils, arsenic provenant de l’emploi d’acide sulfurique impur.
- Pour obtenir de l’acide lactique chimiquement pur, on fait recristalliser le lactate de chaux, et on le décompose par l’acide sulfurique pur. On peut aussi traiter une solution de lactate de chaux par du carbonate de zinc, pour obtenir le lactate de zinc, dont on élimine le zinc par l’hydrogène sulfuré. Enfin, on peut agiter de l’acide lactique avec trois volumes d’éther sulfurique pendant vingt-quatre heures, et distiller ensuite ; il reste de l’acide lactique pur. Ce dernier procédé, accompagné de décoloration par le noir animal, sert à préparer l’acide lactique pur pour les besoins pharmaceutiques.
- Nouvelles sources de pâtes pour la fabrication du papier. — MM. Clayton Beadle et Henry P. Stevens étudient un problème qui préoccupe tous les journalistes et les fabricants de papier, celui des nouvelles sources de pâte à papier (./. of the /loyal Soc. o f Arts, février 1913, pp. 347-3fil,3 fig. et. 11 coupes microscopiques!. La pâte de bois a augmenté de prix; l’exploitation intensive et souvent destructive des forêts des Etats-Unis et du Canada a raréfié les ressources auxquelles on pourrait s’adresser. Aux Etat-Unis, le coût de la pâte de bois de pin ou de peuplier a augmenté de moitié depuis dix ans, et varie entre 120 fr. 55 et 192 fr. 15 pour la pâte à sulfite ; la principale cause de ces variations est le prix du bois, qui a passé de 66 fr. 40 à 129 fr. 45.
- Le Service des Forêts des États-Unis a essayé diverses essences de bois : tremble, cyprès chauve, grand pin, pin canadien, cèdre, pins de diverses espèces, aulne rouge, érable rouge, sycomore, tamaris, tulipier, sapin blanc, etc. Ces essais ont été faits à Wausau (Wis.) sous la surveillance du directeur du Laboratoire des produits forestiers et d’un comité de l’Association des fabricants américains de pâte et de papier. Chaque bois a été converti en pâte et en papier, dans des conditions industrielles; les papiers obtenus ont la résistance et l’apparence des papiers de journaux. Il y a parfois quelque difficulté pour la couleur.
- Tome 119. — 1er semestre. — *
- Avril 1913.
- 37
- p.561 - vue 561/950
-
-
-
- 562
- NOTES DE CHIMIE.
- AVRIL 1913.
- M. Thomas llowtledge a essayé d'introduire le bambou pour la fabrication du papier. C’est en 1839 qu’il essaya l’alfa, dont la consommation est, depuis 1890, d’environ 200 000 tonnes par an; en 1875, il publia « le bambou comme source de papier»; en 1885, il exposa du papier de bambou à l’Exposition des Indes et des Colonies.
- En 1905, le Couvernement des Indes envoya en mission M. K. W. Sindall, afin d’éDidier l’emploi du bambou ; en 1908, le gouvernement de Birmanie expédia neuf tonnes de bambous choisis afin de les consacrer à des essais de fabrication de papiers. La principale difficulté est d’obtenir une libre facile à blanchir. MM. James Bertram et fils ont récemment construit, en Chine, un moulin pouvant produire 18 à 20 tonnes de pâte de bambou par vingt-quatre heures. Les mouds sont enlevés, et le bambou est coupé en morceaux de 2 à 3 cm. pour permettre de bouillir avec le minimum de soude. Raitt croit que le meilleur mode de traitement consiste en un broyage suivi de l’extraction de la matière amylacée.
- Depuis 1887, où a pensé à employer la coque de la graine du colon. M. Edward C. de Segundo a réussi a séparer industriellement l’amande de la coque, et l’American Cotton-liull and Fibre Cy a construit divers moulins de séparation et expédié, des Etats-Unis en Europe, de la fibre de graines de coton. Cette fibre, après avoir été rebouillie et blanchie, est employée dans la fabrication des papiers d’une qualité supérieure, comparable au papier de chiffons. La libre est de la longueur voulue pour la fabrication du papier, et n’a pas à être broyée ni coupée; elle se compose en définitive de coton pur.
- On a essayé l'emploi de la bagasse, qui est la tige de canne à sucre dont le jus a été retiré, mais il semble que les essais ont échoué. Eu 1905, M. Mullen, de la Simulons Sugar Cy, essaya de dessécher la betterave à sucre pour permettre fiux sucreries de marcher toute l’année. Cela le conduisit à essayer la dessiccation de la canne à sucre. Pour cela, une machine sépare le ligneux et la moelle, sans rien perdre du jus. On peut ensuite les sécher séparément sans rien perdre du contenu en sucre. Par cette méthode, en traitant ensuite la libre et la moelle, on peut extraire la totalité du sucre. La dessiccation serait achevée en une heure, et on extrairait, par tonne de canne, pour 10 francs de sucre en plus. L'enveloppe ligneuse et la moelle pourraient servir à la fabrication du papier, et vaudraient do 15 à 20 francs par tonne de canne à sucre.
- Eu dehors de l’utilisation de sous-produits d’importantes industries (paille et barbes de blé, paille de riz, paille de lin, etc.), il semble qu’il y a lieu de se livrer à la culture de plantes destinées spécialement à la fabrication du papier. La fibre de chanvre est employée pour des papiers très solides, destinés à des usages spéciaux; son emploi pourrait être généralisé.
- Parmi les plantes qu’on pourrait cultiver en vue de la fabrication du papier, l’une a été l’objet d’études particulières. C'est Ytfedgchium coronarium, originaire de l’Inde où on la rencontre depuis i’IIimalaya jusqu’à Ceylan et Malacca. On la trouve «‘gaiement dans l’Amérique centrale, les Antilles, la Nouvelle-Zélande, l'ile Maurice et l’Afrique occidentale. Elle paraît s’ètre introduite dans différents Etats du Brésil, où elle pousse naturellement, surtout à. Morretes dans l’État de Parana; elle y couvre de vastes plaines. A Kew Gardens près de Londres, un échantillon a été introduit par le docteur Glaziou, en I8t>9. Le climat des districts, où la plante est abondante, est chaud et humide. Le diamètre des tiges varie de 2 à 5 cm., la hauteur de 1 à 2 m. ; et on trouve
- p.562 - vue 562/950
-
-
-
- ÉTHERS BENZOÏQUES DE LA CELLULOSE.
- 563
- de 100 à 150 tiges au m2; le poids de la plante avec les feuilles est de 400 à 600gr. On obtiendrait par hectare 14 tonnes de libres sèches, donnant 8 tonnes de papier. Comme la plante se reproduit par rhizomes, rien n’empèche qu’elle se renouvelle sur le même terrain. D’après les observations faites au Brésil, on pourrait obtenir deux ou trois récoltes par an; mais d’après les études faites à Kew, des coupes aussi fréquentes épuiseraient la plante et on ne devrait récolter qu’une fois par an. On peut obtenir de bons papiers par traitement, soit des tiges fraîches, soit des tiges desséchées. La meilleure qualité a été obtenue avec 5 p. 100 de soude pour les tiges séchées, 2,5 à 3 pour les tiges fraîches. La plante coupée est passée entre des rouleaux pour exprimer la sève; elle peut être immédiatement battue et transformée en papier dans les vingt-quatre heures. Le battage peut être réduit à un simple broyage ; le papier obtenu est alors plus résistant. Avec 5 p. 100 de soude, dans le cas de tiges séchées, le rendement en papier est de 60 p. 100.
- Les feuilles forment le tiers du poids de la plante et elles n’ont aucune valeur pour le fabricant de papier. Ce qui distingue Y Hedychium, coronarium d’autres plantes propres à la fabrication du papier, c’est la qualité des cellules du parenchyme. Si on laisse celles-ci dans la pâte à papier, le papier n’a pas besoin de recevoir d’apprêt ; mais si on les sépare par lavage, on obtient du papier ordinaire qui doit recevoir un apprêt pour ne pas absorber l’encre. Le papier obtenu peut être très résistant et très élastique quelle que soit son épaisseur. Il peut être employé comme isolant au même titre que tout autre papier. Si on laisse vieillir la pâte après battage, on obtient un papier plus résistant ; l’accroissement de résistance est plus marqué qu’avec les autres pâtes. C’est Y Hedychium qui donnerait le maximum de papier par hectare; puis viendrait le bambou.
- Éthers benzoïques de la cellulose. — Dans de nombreux films pour cinéma à l’acé-tyle cellulose, on trouve du benzoate de cellulose, sans que le but de cette addition soit bien défini, remarquent MM. O. Hauser et H. Muschner (Zeitschrift f ur angewandte Chernie, 1913, p. 137).
- L’éther benzoïque de la cellulose est encore peu connu (1). Cross et Bevan l’ont étudié (Berichte, 1901, p. 1514). Ils l’obtiennent en utilisant la réaction de Baumann pour caractériser le groupe hydroxyle. Ils partent du coton mercerisé, et le manient à froid avec du chlorure de benzoyle en présence d’une solution de soude caustique ; le produit obtenu est un mélange de monobenzoate et de dibenzoate. Par dissolution et par reprécipitation, on obtient du dibenzoate pur, de formule C6II803 (02C7H5)2. Cross et Bevan ont recherché la relation qui existait entre le degré de benzoylisation et la concentration de la solution de soude ; en traitant le coton avec une soude à 10 p. 100, puis avec du chlorure de benzoyle, ils ont obtenu 50 p. 100 du rendement théorique en monobenzoate. Avec une solution à 20 p. 100, ils ont obtenu 70 p. 100 du rendement en dibenzoate. D’après eux, l’emploi de solutions plus concentrées n’exerce plus d’influence sur le degré de benzoylisation. Le monobenzoate répond à la composition centésimale : C = 56,60; 11 = 5,06, et il est insoluble dans tous les solvants de la cellulose et de ses éthers. Le dibenzoate répond àla composition : C = 63,10 ; H = 3,40, et il est soluble dans le chloroforme, l’acide acétique, le nitrobenzène, la pyridine, le phénol.
- Les essais ont été repris par MM. Hauser et Muschner, en partant de l’hydrocellulose
- p.563 - vue 563/950
-
-
-
- 564
- NOTES DE CHIMIE.
- AVRIL 1913.
- préparée par le procédé Girard. Leur conclusion est que le degré de concentration de la soude caustique n’a pas d’inlluence sur le degré de benzoylisation, mais sur la plus ou moins grande quantité de monobenzoate cellulosique produit.
- Action des basses températures sur les explosifs. — MM. André Kling et I). Florentin ont mesuré la sensibilité aux amorces, la force et la vitesse de détonation des divers explosifs, à la température ordinaire et aux environs de — 190° (azote liquide). De leurs expériences, il résulte que la sensibilité aux amorces des explosifs les plus divers est considérablement diminuée aux basses températures, et l’action du refroidissement se fait sentir à la fois sur le détonateur et sur l’explosif. Mais la force des explosifs refroidis, mesurée à l’aide de plombs de Trauzl, ne paraît pas diminuée par le refroidissement, à condition d’un amorçage sufiisanf pour déterminer la déllagration totale, et la propagation de l’onde explosive n’est pas inlluencée non plus du fait du refroidissement, une fois le régime de la détonation atteint. (Communication faite à VAcadémie des Sciences, 3 mars 1913; voir Comptes rendus, p. 694.)
- Sur le tannage électrique. — Un document intéressant sur une question si controversée est donné par M. O. J. Williams (Collegium, mars 1913, pp. 76-78).
- Le tannage électrique n’a pas donné les résultats qu’on en attendait, bien que le principe du déplacement relatif de la peau et de la liqueur, dans le tannage au tambour, ait donné de bons résultats au point de vue de la rapidité du tannage.
- Roever (Endosmose électrique des solutions d’acide tannique à travers les peaux, in Wiedematin's Annalen, t. 57, p. 397) a trouvé qu’une force électromotrice de 100 volts, fournie par une batterie d’accumulateurs, pouvait faire passer par heure 7 377 kg..de liqueur tannique à travers un mètre carré de peau. La peau était placée dans les conditions d’une tannerie, el la solution tannique était une solution de que-bracho à 0,2 p. 100. Le sens du courant n’avait aucune influence sur la quantité de liqueur passant à travers la peau. Roever dit que, pour faire circuler la liqueur à travers les pores, il serait bon de changer le sens du courant, par exemple toutes les minutes.
- On peut conclure de ce travail que les médiocres résultats obtenus avec le tannage électrique ne sont pas dus à ce que la peau empêche le passage de la solution ; on a pensé que le passage du courant transforme peut-être le tannin en non-tannin.
- Nierenstein (Annalen der Chernie, t. 388, p. 223,1912; Collegium, 1912, p. 197) regarde l’acide tannique comme un acide anhydre polydigalloylleucodigallique que, par suite, le courant électrique décomposerait en donnant de l’acide gallique, qui est une substance non tannante.
- Les recherches ont porté sur la transformation de l’acide tannique en substances non tannantes par deux méthodes différentes. D’abord, on a évalué les changements constatés au polarimètrc dans la solution électrolysée. Ensuite, on a dosé les substances non tannantes par la méthode de Kôrner et Nierenstein (Chemilcer-Zeilung, 1911, 31 ; Collegium, 1911, p. 80).
- p.564 - vue 564/950
-
-
-
- SUR LE TANNAGE ÉLECTRIQUE.
- 565
- La déviation au polarimètre décroît lentement quand la solution vieillit. Une solution de 5 p. 100 d’acide tannique donne à 17° une déviation à droite de 55°; au bout d’un jour, elle est de 54°,8 ; après 3 jours de 54°,2; après 0 jours de 54° ; après 17 jours de 53°,0; après 29 jours de 53°. Une solution de cyanure de potassium donne une forte coloration due à la formation d’acide gallique. Une solution à 5 p. 100 donne 56°,ti à 15°; après le passage d’un courant électrique pendant une demi-heure à 17° entre des plaques de charbon de 58,2 centimètres carrés immergées, elle ne donna plus que 51°,2. La densité de courant employée était du même ordre que celle de Roever, environ 4 milliampères par centimètre carré.
- Pour mesurer la transformation de l’acide tannique en substance non tannante, on a employé une cellule électrolytique avec plaques de platine non platinisées, et l’on a expérimenté le courant continu, et le courant alternatif à 93 périodes par seconde; la solution renfermait 5 p. 100 d’acide tannique pur dans de l’eau distillée à 10°.
- Voici le tableau des résultats :
- Pourcentage de substances non tannantes.
- Densité de courant Durée de Avant Après
- Nature du courant en ampères l’électrification le passage le passage
- électrique. par cm-. en minutes. du courant. du courant.
- Continu .... Moins de 0,02 15 4,86 34,22
- Alternatif . . . Moins de 0,02 15 4,86 5,22
- Alternatif . . . 0,03 15 4,86 5,02
- Alternatif . . . 0,073 15 4,86 5,48
- Continu .... Moins de 0,02 30 4,86 47,12
- • Alternatif . . . 0,05 30 4,86 5,26
- Le courant continu passant dans une liqueur tannique la détruit rapidement; la transformation est probablement la même que celle qui est produite par une température élevée ou par lé temps. Le courant alternatif à 93 périodes n’a presque pas d’effet sur l’acide tannique, mais il accélère le tannage par endosmose électrique.
- Le tannage électrique par des courants continus ne peut donc jamais réussir, et seuls les courants alternatifs peuvent donner un résultat favorable.
- p.565 - vue 565/950
-
-
-
- NOTUS D’AC.mCUÏ/l’URE
- ]>;ir M. II. IIitit;h
- L’AGRICULTURE DANS LA MACÉDOINE ET L’ÉPIRE '
- (YIEAYETS DE MONASTIR ET DE JANINA)
- Les événements qui, depuis des mois, préoccupent si fortement l’opinion européenne, ont appelé plus que jamais l’attention sur les pays de la péninsule balkanique; beaucoup de ceux-ci sont, en somme, très mal connus et, sous le joug de la Turquie, leurs progrès écononomiques ont été àpeu près nuis malgré quelques efforts isolés; mais il est certain qu’un avenir tout différent s’ouvre aujourd’hui pour ces mêmes pays ; il est donc intéressant de connaître quelles sont leurs ressources naturelles et comment, jusqu’ici, elles ont été utilisées, pour se rendre compte de ce qu’ils peuvent produire sous un régime politique et économique différent.
- MM. P. Rolley, ingénieur agronome et des améliorations agricoles et M. de Visme, ingénieur agronome, chargés par M. le Ministre des Travaux publics de l’Empire ottoman d’une mission d’enquête sur les travaux d’hydraulique agricole et d’améliorations foncières à exécuter dans les vilayets de Monastir et de Janina, ont parcouru cette région à la fin de 1910 ; ils ont pu, entre deux révoltes albanaises, rayonner dans ces deux provinces et y effectuer toute une série d’études de géographie physique et d’agro-logie dont ils ont publié les résultats dans les Annales de l’Institut national agronomique (2P série, tome X, fascicule 2 et tome XI, fascicule 1).
- La partie agricole de ce travail, la seule, du reste, dont nous nous occuperons ici, est uniquement le résultat des observations et des renseignements recueillis sur place par MM. Rolley et de Yrisme, — particulièrement compétents pour le faire ; — l ien de précis n’existait dans les rares ouvrages antérieurs traitant incidemment de cette question. Nous avons cru qu’il serait intéressant de faire connaître cette importante étude, en en donnant ici une analyse assez complète.
- Les vilayets de Monastir et de Janina. Situation. — Les vilayets de Monastir et de Janina s’étendent sur la partie centrale et occidentale de la péninsule balkanique; ils comprennent la Haute Macédoine, la basse Albanie et l’Ëpire, soit une surface d’environ 45 000 kilomètres carrés, comprise entre les 39e et 47B degrés de latitude Nord et les 19°30' et 22 degrés de longitude Est. Cette vaste surface, correspondant à environ sept départements français, est, en grande partie, couverte de montagnes. La chaîne des Balkans et les Alpes dinariques y envoient leurs ramilications généralement
- p.566 - vue 566/950
-
-
-
- NOTE? d’aCRICULTURE.
- 567
- orientées du Nord-Ouest au Sud-Est, c’est-à-dire parallèlement à la côte de l'Adriatique. De grands fleuves s’y développent et déversent leurs eaux, soit dans la mer Egée, comme le Yardar et la Vistrfika, soit dans la mer Ionienne, comme l’Arta et le Louros, soit enfin dans l’Adriatique, comme la Yiosa, le Semeni et le Skumbi.
- Le vilayet de Monastir est sensiblement le plus vaste ; il occupe la partie Nord-Ouest de la Macédoine et l’Est de l’Albanie ; il n’atteint la mer d’aucun côté, est entièrement montagneux et pourvu, par suite, d’un climat relativement rude. En dehors de Monastir qui est le chef-lieu du vilayet avec (H) 000 habitants, on y rencontre les villes de Perlnpé, Elbasan, Dibra,Ocbrida, dont les populations varient de 5 000 à 25 000 habitants.
- Le vilayet de Janina, situé plus au Sud, possède, au contraire, un long développement de côtes allant du golfe d’Arta sur la mer Ionienne à l’embouclmre du Skumbi sur l’Adriatique ; les montagnes y sont moins élevées et descendent en gradins jusqu’à la mer ; par suite le climat y est très doux et véritablement méditerranéen. La population est très peu dense, surtout groupée sur les côtes. Janina n’est qu’un gros bourg de 15 000 habitants.
- D’une manière générale les habitants de ces deux vilayets s’occupent presque uniquement d’agriculture, mais d’une façon tellement rudimentaire qu’ils ne parviennent pas à produire tout ce qui est nécessaire à leurs besoins. Le commerce est excessivement réduit faute de production active et de moyens de communication : l’industrie n’existe pas.
- Climat. — Des observations du P. Dupuy à Monastir, de celles de Pôsser à Janina et à Corfou il résulte que si Corfou jouit d’un climat presque régulier, Monastir est soumis à un climat extrême, Janina se trouve dans une situation intermédiaire.
- A Monastir on a enregistré, exceptionnellement il est vrai, des températures de + 38" et — 28°, à Janina de + 30° et —17",8.
- Les montagnes qui bordent l’Adriatique et la mer Ionienne, ainsi que les massifs qui longent la côte de plus ou moins loin,arrêtent les vents humides venant de l’Ouest et sont abondamment arrosées ; on recueille en moyenne :
- 1 359 mm d’eriu par an à Corfou.
- 1 108 1 092 735.12
- Durazzo.
- Yoiana.
- Monastir.
- Dans la zone côtière les pluies sont abondantes en hiver et en automne, mais sont en été très réduites ; à Monastir, au contraire, il pleut ou neige beaucoup plus uniformément toute l’année.
- Étude agrologique.— Les sols. — Ainsi qu’on peut s’en rendre compte par l’examen de la carte géologique, presque tous les systèmes sont représentés et affleurent, d une façon plus Ou moins complète, dans les deux vilayets. Ils ont donné naissance à des sols de qualité très variable, de môme qu’à des formes orographiques très différentes.
- Les roches cristallines tiennent peu de place en Macédoine. On ne les rencontre
- p.567 - vue 567/950
-
-
-
- ms
- NOTES n’AfiRTCULTURE. ----- AVRIL 1913.
- qu’en pointements isolés autour de la cuvette de Monastir, notamment au Nord de Por-lepe et sur le Péristéri. Par contre, les roches métamorphiques prédominent et constituent en partie les hauteurs qui entourent celte cuvette. Plies ont donné, par décomposition, des arènes graveleuses et maigres, facilement entraînées au fond des vallées. Les croupes sont en général dénudées ou couvertes d’une végétation naine ; les thalwegs portent des prairies. Tous ces sols manquent de chaux et d'acide phospho-rique et n’offrent, au point de vue agricole, que fort peu d'intérêt. Les villages y sont rares et pauvres et l’élevage du bétail est la seule ressource des habitants.
- Les schistes et phyllades primaires couvrent, dans le Nord du vilayet, une vaste surface mamelonnée, aux formes arrondies et molles. Ils s’ellTitent à l’air et donnent des tenais argileuses et froides, pauvres en acide phosphorique, riches en potasse. La présence du calcaire leur donne une fertilité relative. Ils portent des pâturages et des bois avec quelques cultures de céréales aux environs immédiats des agglomérations.
- Le déboisement, qui se poursuit sans cesse dans toute la Macédoine, a des conséquences désastreuses sur ces terrains friables et glissants: l’érosion y acquiert une activité formidable et une allure nettement torrentielle.
- Les calcaires crétacés ou peut-être éocènes, plus rarement triasiques, qui couvrent une grande partie du vilayet de Janina, sont, à la surface, fortement fissurés et décomposés. Le limon produit est entraîné par les eaux et se retrouve dans le fond des vallées ou des cuvettes intermédiaires ; il a une couleur rouge caractéristique [terra rossa). La surface des plateaux calcaires ou le liane des montagnes sont donc constamment à vif et, par suite, extrêmement secs et arides : on n’y rencontre que de très maigres pâturages à moutons et à chèvres et peu ou pas d'agglomérations. Ces dernières sont rassemblées dans le fond des vallées profondes, abritées et assez fertiles. On y cultive les céréales, la vigne, l’olivier, le citronnier. Mais la zone de culture, limitée au thalweg, est toujours extrêmement réduite et, par suite, la vie des habitants très précaire.
- Le flysch couvre en Epire de vastes espaces ; il est constitué par un ensemble de sédiments gréseux et schisteux donnant à toute la région des formes douces et arrondies caractéristiques. Les sols, qui résultent de sa décomposition, sont de qualité très variable ; tantôt siliceux et maigres, tantôt argileux et froids, ils sont presque partout utilisés pour la culture. Ils portent des champs de maïs, d’orge et d’avoine, avec, sur les pentes, des arbres fruitiers et delà vigne, tandis que des taillis de chênes couronnent les sommets. Le paysage de flysch contraste étrangement avec celui des massifs calcaires : ici zone quasi désertique, sauvage et inhabitée ; là riantes plaines, parfois fertiles, dans lesquelles se sont groupés les habitants. Ce contraste est d’autant plus frappant que les deux faciès sont toujours très voisins, le flysch étant le plus souvent intercalé entre deux massifs calcaires.
- Les formations alluvionnaires constituent la zone agricole par excellence. Elles couvrent, dans les deux vilayets, une surface importante, que MM. Itolley et de Visme estiment au quinzième environ de la superficie totale. Ce sont, ou bien tics cuvettes ayant longtemps été à l’état de lacs, ou bien des plaines d’inondations et de deltas. Les principales sont, en Macédoine, les cuvettes de Monastir, de Saridjol, de Méglen, de Tikves ; en Épire, celles de .lanina et de Lapsista, de Kalamas, de Paramythia, de Delvinon et les plaines deltaïques d’Ambrakia, de Kalamas et de la Mousakia.
- Elles sont toutes constituées par des dépôts limoneux en général très fins et offrant,
- p.568 - vue 568/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 569
- au point do vuo cultural, dos qualités exceptionnelles. Ce sont des terres à céréales et à betteraves, naturellement riches en éléments fertilisants, notamment en matière organique et en acide phosphorique. Malheureusement, elles sont souvent inondées et difficilement accessibles, et une faible partie est actuellement cultivée. Néanmoins, la densité de la population y est très élevée, comparativement aux autres zones, et il suffit de jeter un coup d’œil sur la carte pour retrouver ces plaines alluviales au nombre et à la densité des agglomérations.
- Conditions économiques. — Régime des terres. — On distingue, en Turquie, cinq sortes de biens fonciers :
- lü Les terres Mulk (1) (propriété pure) ;
- 2° — Miri (domaniales);
- 3° — Vacouf (2)(pieuses) ;
- 4° — Métrouké (d’utilité publique) ;
- 3° — Méva (mortes).
- Impôt des terres — Seules les terres Mévat et les terres Métrouké ne payent pas d’impôt. Les autres versent au Trésor :
- 1° Une dîme, fraction de la récolte variant du dixième à la moitié ;
- 2° Un impôt de 1 p. 100 de la récolte, au profit des banques agricoles;
- 3° Un impôt de 1 /2 p. 100 de la récolte au profit des écoles ;
- 4° Un impôt foncier, égal à 4 p. 100 delà valeur du terrain.
- La dîme, qui constituait le revenu des premiers États, semble être un tribut naturel et facilement payable par le laboureur, parce qu’elle est proportionnelle à la valeur de la terre et aux soins qu’on lui donne; mais sa perception présente, dans la pratique, des inconvénients graves.
- Cette dîme est affermée par le gouvernement, pour un prix forfaitaire convenu, à un dîmeur qui prélève, sur les récoltes des cultivateurs, la part qui doit revenir au Trésor.
- Cette part n’est qu’exceptionnellement levée au moment du battage des céréales; mais elle l’est, le plus souvent, sur présentation d'une gerbe type, appelée neumoné, de sorte que les cultivateurs n’ont le droit d’engranger leurs récoltes qu’après le passage du dîmeur. Les gerbes restent longtemps sur les champs, exposées aux intempéries et se déprécient : le battage est ajourné, ce qui empêche les producteurs de bénéficier des fluctuations favorables des cours.
- Il convient de signaler que les terres morcelées, cultivées d’une façon intensive par les petits propriétaires, produisent, à surface égale, beaucoup plus que les grands tehitlicks exploités par métayage. La dîme étant prélevée sur la récolte, il se trouve que l’impôt pèse notablement plus sur la petite propriété que sur la grande.
- (1) Rien « nielle vdes Arabes.
- (2) Biens « liabous » des Arabes.
- p.569 - vue 569/950
-
-
-
- 570
- NOTES D’AGRICULTURE.
- AVRIL 1913.
- Enfin, il y a lion de craindre que la mauvaise réputation dont jouissent les dîmours n’ait quelque fondement, et que le prélèvement de l’impôt n’offre pas au contribuable des garanties suffisantes d’équité.
- Les abus occasionnés par ce système ont amené le gouvernement à tenter son remplacement par un autre mode dans lequel une taxe on argent tiendrait lieu de la redevance en nature (1).
- J'enure des terres. — On rencontre, en Turquie, les trois modes classiques detenure des terres. Elles sont exploitées en régie directe, par fermage, par métayage.
- I{c<jie directe. — L’exploitation de la terre par son propriétaire même se présente sous deux aspects :
- Dans les pays où le sol est très morcelé, et où les efforts d’une famille suffisent à mettre en valeur son patrimoine, les résultats sont excellents; on observe ce cas, en particulier, dans les régions où d’anciens émigrés, ayant acquis en Amérique une petite fortune, ont pu acheter des terres.
- A peu près partout ailleurs, où la propriété, plus importante, est restée entre les mains de son maître, l’état des champs est attristant et leur produit est médiocre. L’exploitation en est faite par des ouvriers, sous la surveillance d’un contremaître. Ce personnel touche des gages presque toujours fîtes. 11 est rarement intéressé. L’initiative et l’intelligence manquent à ce prolétariat agricole. Sa misère ne peut disparaître, du fait de l’impossibilité où il se trouve d’économiser sur son salaire et de développer ses facultés, de s’affranchir, en un mot.
- Quant au propriétaire, malhabile à gérer sou bien, imprévoyant et routinier, mal secondé par ses auxiliaires, gêné par l’étendue même de son domaine, hanté par le désir de vivre loin des champs, il voit péricliter sa fortune.
- Il finit par restreindre sa culture aux parcelles naturellement les plus fertiles, et loue le reste de sa propriété à des bergers qui y font paître leurs troupeaux.
- Ferma (je.—Là où a pu s’accumuler, dans la classe agricole, une certaine somme de capitaux et où ont pu se développer l’habitude de l’activité physique et la liberté d’esprit, on trouve des hommes entreprenants qui, intermédiaires entre le propriétaire et la main-d’œuvre, font exécuter les travaux, payent au capital foncier une rente fixe, sans rapports avec les variations annuelles des récoltes, et se réservent les fruits de la terre.
- Ce mode d’exploitation est le plus rare. Il exige, en effet, une réussite moyenne1 et régulière de la culture, réussite qui s’obtient par des conditions de milieu essentiellement favorables, ou par une technique savante. Il exige encore une organisation „ commerciale, des facilités de transports et d’écoulement des produits agricoles qu’on rencontre bien exceptionnellement en Turquie.
- Il semblerait dangereux de vouloir le généraliser artificiellement, au prix de sacrifices, dans un pays encore peu développé, mal éveillé à la vie économique, sans capitaux et sans instruction.
- (1) L’essai se poursuivait notamment dans la région de .VJonastir.
- p.570 - vue 570/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 571
- Métai/ac/e. — Le métayage est le système le plus répandu. Il est normal dans un pays où les cultivateurs, pauvres et sans avances, ne pourraient offrir aucune garantie de paiement dans les mauvaises années, et où les propriétaires ont une tendance marquée à préférer le séjour des villes à celui de la campagne, et l’exercice des fonctions publiques à l’agriculture.
- Dans l’association qui réunit le propriétaire et le métayer, chacun fait ses apports.'
- Le propriétaire fournit les terres et les bâtiments, fréquemment aussi les semences, en même temps qu’une avance pécuniaire, variant de 10 à 20 livres turques pour chaque paire de bœufs de labour, employés par le métayer.
- Celui-ci entreprend la culture d’une surface proportionnelle au nombre de ses attelages : en moyenne 50 dumuns par paire de bœufs. Les limites de sa culture sont d’ailleurs flottantes. Ses efforts portent successivement sur des points différents d’une zone relativement vaste, dont la plus grande partie reste en friche.
- Le métayer fournit donc son travail, ses attelages et son matériel, ce dernier fort réduit, du reste. Les instruments sont le plus souvent de sa fabrication : charrues primitives, herses d’épines, voitures tout en bois grossièrement travaillé.
- De la récolte céréale, la dîme étant prélevée, le propriétaire prend la moitié, sauf du maïs dont il a un tiers. Le reste est acquis au métayer.
- Dans quelques contrées, celui-ci abandonne au propriétaire une fraction supplémentaire de sa récolte, comme loyer de la maison qu’il habite.
- En général, le droit d’élever des bestiaux est donné au métayer, le propriétaire ne se réservant aucune part sur le produit, non plus que sur le fruit de cultures accessoires, poursuivies concurremment avec la culture principale (haricots semés au pied du maïs,par exemple).
- Trop souvent, à côté de son métier d’agriculteur, le métayer en exerce un autre, tel celui de voiturier, qui l’empêche de s’adonner sérieusement à son occupation principale et l’amène à ne poursuivre qu’une culture extensive.
- La méthode d’exploitation ici décrite est très défavorable au point de vue de l’économie nationale, parce qu’elle ne permet au pays de produire qu’une faible part de ce qu’il devrait rendre ; elle est mauvaise aussi pour le propriétaire, qui ne tire pas de ses biens fonciers les revenus qu’il aurait le droit d’en attendre.
- Le métayer est pauvre. Il manque de capitaux et ne peut s’en procurer en empruntant aux banques agricoles, n’ayant pas de terres à hypothéquer. Sa pauvreté s’oppose aux progrès de la culture.
- 11 est également paresseux : on dirait que la perspective de partager avec le propriétaire le supplément de gain, qui résulterait de son effort, le paralyse. Il produit juste assez pour satisfaire à ses besoins immédiats, qui sont fort restreints. Et comme la fraude est assez facile dans la division de la récolte, il essaie de reprendre, dans cette opération, l’avantage que son apathie lui a fait perdre.
- Enfin, le métayer est profondément ignorant, ce qui oppose un obstacle presque insurmontable aux améliorations, tant foncières que culturales.
- On a tenté d’installer, dans de grandes propriétés, des métayers étrangers. Mais
- p.571 - vue 571/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- AVRIL 4 94 3.
- 572
- l’ossai n’a pas été couronné do succès, l’administraMon ayant cru voir un danger dans l'établissement de colons non musulmans et non ottomans.
- Les maux qui résultent du métayage ne sont pas, cependant, uniquement imputables au métayer. Pour donner des résultats satisfaisants, ce mode d'exploitation exige du propriétaire une surveillance assidue. Or, le plus souvent, le propriétaire ne va aux champs qu’au moment de la récolte, pour assister au partage. Il ne suit pas de près les travaux de la culture ; il ne voit pas si elle concerne de préférence les productions dont il n’a passa part; il ne peut se rendre compte si le métayer emploie tout son temps sur la ferme et s’il ne la néglige pas pour se consacrer à des travaux étrangers plus rémunérateurs.
- Main-d’œuvre. — La main-d’œuvre est. dans les vilayets de Monastir et de Janina, peu abondante, et d’un prix relativement élevé. D’ailleurs, les difficultés, que rencontre 1’exploitation agricole de ce côté, s’aggravent continuellement. C’est ainsi que les hommes, payés autrefois 5 à 10 piastres par jour, demandent aujourd’hui de à 30 piastres ; les femmes, qui se contentaient de 3 à 3 piastres, en gagnent maintenant de 8 à 19.
- Cette rareté de la main-d’œuvre et le prix élevé qui en résulte proviennent de l’émigration des paysans macédoniens.
- Les jeunes hommes quittent leur village, où ils sont le plus souvent pauvres et, surtout, où ils ne possèdent pas les terres. Ils se rendent en Amérique où ils touchent des salaires élevés et se constituent un petit pécule qu’ils rapportent au pays natal;cet argent est employé à l’achat de terres.
- Cet exode a commencé vers 1893.
- I)e 1893 à 1901, 300 paysans chrétiens, habitant Florina, quittèrent leur pays clandestinement, pour aller s’embaucher aux États-Unis.
- De 1909 à la fin de 1906, environ 70 000 chrétiens orthodoxes ont émigré.
- En 1907, on a compté 9 .447 départs.
- En 1908, seulement 1 333, à cause de la crise américaine.
- Enfin, 1909 a vu, malgré la non-délivrance des passeports aux hommes âgés de vingt à trente ans, susceptibles d’être incorporés dans les troupes turques, malgré les rejets de la Commission américaine d’émigration etc., etc., une reprise du mouvement d’exode, aArec 6 101 départs.
- Les émigrants sont, pour 93 p. 100, grecs, roumains et juifs ; et pour 73 p. 100 bulgares. C’est donc surtout parmi les cultivateurs qu’ils se recrutent.
- Bétail. — Il est d’usage de regarder la densité du bétail d’un pays comme un indice de sa prospérité agricole.
- Les renseignements que l’on peut obtenir des services administratifs ottomans permettent, dans une certaine mesure, d’apprécier cette densité
- En se basant sur les chiffres du tableau 1, on peut calculer le nombre d’individus de chaque catégorie existant par kilomètre carré. Les résultats sont consignés dans le tableau IL On peut opposer à cette méthode qu’elle tient compte de toutes les terres,
- p.572 - vue 572/950
-
-
-
- TABLEAU I
- Dénombrement des animaux, par catégories et par vilayets.
- ’ O 72 . U % = p ü ^ ~ Ci .v; C ^ -C c X p ^ P s ri 7 H P £ CA >r. < P c ri * p . 'S a H ^ ü *r U > y. ^ a H £ X h P ^ g “ ffi c CA C y, g = P û2 O E- ../ —* r p ci ï £ c <7: « c §s l ^ û- ^ C3 K C « c 0 X P H S « ^ Ch P P H X P ^ 0 p ™ £ ' / * X % 3 O 5 « ^ "c •/ i < i A. <V Cî P £
- i Yilayet de Monastir. . 41 503 9 433 ‘il I 13 142 230 1 42 577 13 002 4 860 1 184 4 46 564161 47 025
- Yilayet. de Janina. . . 27 515 10 446 io: 11 33 7 40 35 351 1 499 715 061 270 457 038 3 531
- TABLEAU 11
- Nombre d’animaux par kilomètre carré de toutes terres.
- CA O X ^ if. y c/. c ^ c-, O ~ K p! >1 -p c X H ^ P 0 - P r X H y P t£ ^ ^ CA. ~ 0 s <d < p X | î-> . '= X * ‘r S ^ c 3 ^ * cï H c BŒUFS DF. TRAIT. X P P A C £ - ~ ci H /' '~ g £ - c ï X ftî ^ P £ i ci c c BUFFLKS DK TIÏA1T. UK LI K liS, lîKKIÏI S, moulons. X rf. ~ 0 à i P > £ ^ U x £ H tt < S >• H
- Yilayet de .Monastir. . 1,4 0,33 2 r| 5,1 0,46 0,17 42,4 20,2 1,68
- j Yilayet de Janina. . . 0,08 o,;n 0,58 1,9 1,26 0,15 0,025 3 4,4 16,38 0,12
- CTÎ
- w
- NOTES D’AGRICULTURE.
- p.573 - vue 573/950
-
-
-
- 574
- NOTES L)’AGRICULTURE.
- AVRIL 1913.
- sol bâti, forêts, montagnes, prairies, friches et cultures; et qu'une grande partie de la surface considérée ne fait pas partie du territoire agricole.
- Équidés. — Les chevaux de Bérat et de Valona ont la réputation d’être les meilleurs de toute la Turquie d’Europe. On dit qu’ils fournirent autrefois des montures de guerre remarquables par leur rapidité, leur force et leur endurance.
- Aujourd’hui, les descendants de cette variété, qu'on pourrait rapprocher par certains points de la race tartare, ont bien perdu de leurs nobles qualités.
- Cependant, on peut dire qu’ils sont sobres, rustiques, courageux et sûrs.
- Les ânes sont très nombreux, surtout dans le vilayet de Monastir. Leur taille varie de (>m,!H) à l"“,!2o. Leur conformation est excellente, quoique leur squelette soit un peu grêle. Ils se rapprochent beaucoup du type des ânes de l'Afrique septentrionale.
- C’est surtout comme bêtes de somme qu’ils sont utilisés, en particulier dans les petites exploitations. Ils portent environ un quintal.
- Bovidés bubalins. — Le buffle est plus résistant que le bœuf aux maladies. Il se contente des fourrages les plus grossiers. Néanmoins, il est loin de donner ici les résultats qu’on serait en droit d'attendre de lui s’il était mieux nourri.
- Il est surtout employé aux charrois, pour lesquels son poids élevé le rend pré deux. On dit que deux buflles tirent autant et plus longtemps que quatre chevaux Malgré son aspect farouche et stupide, on le guide aisément.
- Le lait de la femelle est extrêmement riche en matières azotées et en matières grasses ; mais on l’emploie fort peu pour la fabrication du beurre et du fromage.
- La chair du buffle n’est pas estimée ; on 11e la consomme même, paraît-il, qu'avec répugnance. La viande du jeune est cependant assez savoureuse.
- Bo vidés taurins. — D’après Pline, les plus beaux bœufs de son temps étaient ceux d’Épire. 11 attribuait le perfectionnement de leur variété aux soins du roi Pyrrhus, qui se serait appliqué à réglementer l’accouplement et à augmenter la taille des individus...
- En Macédoine, comme en Ëpire, les cultures fourragères sont exceptionnelles. L’alimentation des troupeaux repose donc à peu près uniquement sur l’utilisation des prairies naturelles, qui sont, à vrai dire, excellentes par endroits. Mais, comme les réserves manquent, il arrive trop fréquemment que les bêtes doivent endurer des privations, au détriment de la précocité, du développement, du rendement en viande, de la quaüté de celle-ci et de la production laitière.
- Les aptitudes des bovins des vilayets de Monastir et de Janina sont en effet plutôt orientées vers la puissance de traction; presque tous les travaux agricoles sont exécutés à l’aide des bœufs. Les animaux vont attelés par paires; ils tirent dans un joug qui s’appuie contre le garrot et est maintenu par une sorte de collier rectangulaire en bois.
- La vache donne, par jour, de deux litres et demi à quatre litres de lait. On s’en sert pour faire du beurre, parfois d’assez bonne qualité, et du fromage blanc maigre, qui est presque toujours consommé sur place.
- p.574 - vue 574/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 575
- La viande de bœuf est, chez les jeunes animaux, de qualité moyenne. Mais la mauvaise alimentation rend celle des adultes beaucoup moins savoureuse. En tous cas, la production est insuffisante pour répondre à la demande de la consommation.
- Les peaux se vendent facilement. Leur prix est de 0 fr. 70 à 0 fr. 80 le kilogramme.
- Les prix moyens des bovidés sont les suivants :
- Bœufs.............100 à 120 francs.
- Vaches............ 50 à 70 —
- Ovins et caprins. — L'importance des troupeaux de moutons et de chèvres est considérable en Macédoine et en Épire. Elle s’explique par l’énorme étendue des friches, qui offrent des parcours avantageux.
- Le plus souvent, moutons et chèvres sont mêlés dans les troupeaux, et exploités de la même manière.
- L’absence de cultures fourragères oblige les ovidés à rester continuellement au pâturage. Jamais ils ne sont rentrés et ne reçoivent d’aliments secs. Les parcours où ils sont conduits sont dépourvus d’abris ; les animaux, subissant toutes les intempéries, se trouvent soumis à une sélection naturelle qui rend les bêtes plus résistantes. Mais cette sélection ne s’opère malheureusement pas sans pertes considérables pour les propriétaires de troupeaux.
- Ce régime a pour conséquence immédiate l’obligation de la transhumance. Les troupeaux qui paissent en été dans les montagnes et sur les plateaux élevés du Sud du vilayet de Monastir, par exemple, doivent, à l’approche de l’hiver, abandonner ces régions ; ils descendent dans les plaines de l’Ouest, ou sur les coteaux qui longent les basses vallées des fleuves. Là, le climat plus doux, les pâturages qui reAœrdissent sous l’action des pluies d’hiver leur permettent de vivre jusqu'au printemps.
- Les herbes mêlées de bruyères sont favorables aux brebis laitières. Les chèvres trouvent toujours, en plus des graminées et des légumineuses, des arbrisseaux à brouter, s’attaquant même à l’olivier.
- La transhumance explique pourquoi certaines localités des hauts plateaux d’Anas-selitza, par exemple, ont une population d’hiver égale seulement à 4 p. 100 de leur population d’été.
- Les bergers koutzo-valaques louent, dans les zones de pâturages d’hiver, de vastes parcours, qu’ils entourent de barrières d’épines. Des joncs coupés dans les marais et du chaume arraché à la prairie jaunie par l’été, leur servent à se construire des huttes, qu’ils groupent par familles ou par village. C’est là qu’ils vivent, avec leurs femmes et leurs enfants, jusqu’aux chaleurs qui les chassent vers la montagne, gardant leurs troupeaux avec l’aide de chiens vigilants et redoutables.
- La mise bas des brebis et des chèvres a lieu en novembre. Les jeunes mâles sont vendus à la boucherie, à un mois, pesant 4 à 5 kilogrammes, au prix de 0 fr. 18 le kilogramme. Les femelles sont gardées.
- Les mères finissent leur carrière à la boucherie, vers l’âge de quatre ans.
- Une brebis, qui vaut de 16 à 22 francs en temps normal, en vaut 25 quand elle est en période de gestation.
- p.575 - vue 575/950
-
-
-
- 576
- NOTES D’AGRICULTURE.
- AVRIL 1913.
- Les moulons se vendent de 15 à 18 francs.
- Les chèvres valent de 12 à 10 francs.
- Les ovidés sont exploités pour la boucherie, pour le lait, pour la toison et pour la peau.
- La viande du mouton est celle qui est consommée le plus volontiers dans ces régions. Elle est de qualité moyenne. Les parties les plus délicates sont peu développées.
- Le lait de la brebis, très riche en beurre et en caséine, est utilisé pour la production des fromages; il donne un coagulum abondant qui emprisonne la matière grasse.
- Le lait de la chèvre, moins riche que celui de la brebis, mais s’en rapprochant ([liant à la composition, est en général mêlé à ce dernier.
- Ce sont surtout des fromagers italiens qui utilisent le lait des ovidés dans la région occidentale. Ils en font une imitation grossière du Parmesan. Le lait, complet ou écrémé, est coagulé au moyen de caillette d’agneau séchée au soleil. Le caillot est égoutté sur une étoile de laine, et pressé dans des formes, puis salé en surface. Ce fromage est exporté en Italie et à Malte. Il vaut 170 francs le quintal métrique.
- Le lait sert encore aux indigènes à faire un fromage blanc maigre, obtenu par simple coagulation et égouttage; il est salé en vrac, et mis en tonneaux, puis exporté sur Alexandrie.
- Son prix est d’environ 125 francs les 100 kilogrammes.
- Enfin, l’on fabrique d’autres fromages, qui se conservent peu, et qui se consomment sur place. Ils valent 75 francs les 100 kilogrammes.
- La laine des moutons d’Épire est particulièrement estimée. (Les toisons pèsent, en moyenne, un kilogramme.)
- Elle est récoltée en deux fois : en mars, on tond le ventre et les jambes; et, au début de l’été, le reste de la laine.
- Celle-ci est vendue en automne, son prix moyen est de 1 fr. 45 le kilogramme.
- On l’exporte sur Trieste et le Pirée, d’où une bonne partie est expédiée en Italie, où elle sert à la confection des matelas.
- Elle n’est lavée que lorsqu’elle est utilisée sur place pour la fabrication des tissus indigènes. Elle est alors mise dans l’eau tiède pendant plusieurs heures, puis lavée à l’eau courante, et séchée à l’air. On fabrique, avec cette laine, des étoiles blanches, épaisses, chaudes et très solides, utilisées par les habitants.
- Les peaux sont très recherchées, à cause de la manière dont les bêtes sont dépouillées ; on ne fend pas ia peau; mais, l’animal étant pendu par les pattes de derrière, on le dépouille à la manière d’un lièvre. L’industrie tire alors meilleur parti de ces peaux qui ne sont pas coutelées ; souvent, elles sont vendues avec la toison.
- Les tanneries locales, dépourvues de capitaux et mal outillées, font des affaires presque milles.
- Le commerce des peaux est presque exclusivement entre les mains des Israélites et des Grecs.
- Cultures. — L’agriculture n’exploite, dans le vilayet de Monastir, que 203 650 bec-
- p.576 - vue 576/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 577
- tares sur 2 789 726, soit 7,3 p. 100. Pour le vilayet de Janina, la proportion est encore moindre: ensemble du territoire, 1 752 720 hectares; terres cultivées: 101 132 hectares; rapport des cultures à la surface totale : 5,77 p. 100.
- La surface culltivée se décompose ainsi qu’il suit:
- Cultures. Monastir. Janina.
- Cultures industrielles. . . . . . 1,11 1,04
- Cultures maraîchères. . . . . . 3,98 1,67
- Vignes . . . 5,74 4,12
- Céréales . . . 89,17 93,17
- 100,00 100,00
- I. — Plantes industrielles. — Les cultures industrielles occupent des surfaces extrêmement variables, ainsi que le met en évidence le tableau suivant :
- Cultures. Monastir. Janina.
- Opium . . 0,7 »
- Sésame . . 1,2 »
- Coton . . 1,8 13,8
- Lin . . 5,3 28,3
- Chanvre . . 13,5 »
- Tabac . . 77,5 58,9
- 100,0 100,0
- IL — Cultures maraîchères. — Le pourcentage des terres consacrées aux diverses
- cultures maraîchères, par rapport à la surface totale, donne :
- Cultures. Monastir. Janina.
- Pois-chiches . . 1 4
- Lentilles 11
- Haricots . . 94 58
- Fèves . . 21
- Pommes de terre 9 6
- 100 100
- Le haricot est la plante maraîchère la plus répandue. Monastir, Coritza, Berat,
- Débré en produisent 45 542 quintaux métriques. Ceux de Monastir sont particulière-
- ment réputés.
- La pomme de terre est, en beaucoup d’endroits, l’objet d’une culture nouvelle. On ne sait pas la cultiver. Les tubercules confiés à un hectare représentent quelquefois un quintal et quart seulement. Les rendements sont en moyenne de 13 quintaux. La pomme de terre réussirait sans doute fort bien avec une culture rationnelle. Le prix est, à la vente, de 12 francs le quintal, c’est-à-dire suffisant. Monastir, Coritza, Bérat, Débré sont actuellement les centres les plus actifs de cette culture.
- III. — Vignes. — La vigne est très répandue en Macédoine et en Épire : on la cultive presque partout; mais les surfaces qui lui sont consacrées ne sont pas très considérables : 11 167 hectares dans le vilayet de Monastir et 4179 hectares dans celui de Janina.
- C’est presque toujours dans la petite propriété que la vigne se rencontre. Seul, le Tome 1.19. — Ie1' semestre. — Avril 1913. 38
- p.577 - vue 577/950
-
-
-
- 578
- NOTES D AGRICULTURE.
- AVRIL 1913.
- cultivateur qui travaille pour lui-même est capable de lui donner les soins assidus qu’elle réclame.
- En général, les terres qui la portent sont propres. 11 semble que les façons aratoires n’y soient pas ménagées.
- La taille donne à la plante la forme dite « en gobelet », à trois ou cinq bras.
- La pratique de l’irrigation n’y est pas générale. Et malheureusement les fumures y sont rares : on ne met pas au sol les éléments fertilisants exportés par les récoltes.
- La consommation des raisins en nature est assez restreinte. Presque partout, on fait du vin qui est consommé sur place, car l’absence de moyens de transport empêche le commerce des vins de se développer.
- Le vin reste dans les tonneaux-, sur la ralle et le marc. Il est très chargé en couleur et en tanin. On le tire au fur et à mesure des besoins de la consommation.
- IV. — Arboriculture fruitière. — L’arboriculture fruitière tient une assez grande place dans la production agricole des vilayets de Monastir et Janina, malgré que la surface consacrée à cette spéculation soit restreinte : il n’y a pas de vergers, les arbres sont disséminés. La douceur du climat des régions, qui avoisinent la cède adriatique et ionienne, favorise la Végétation des orangers, citronniers, liguiers, amandiers, oliviers ; tandis que les pruniers, poiriers, noyers, prospèrent dans les zones moyennes abritées, et que les châtaigniers et pommiers s’accommodent des situations plus élevées ou plus aérées. D’autre part, la grande diversité des sols permet de cultiver ces différentes essences dans les conditions qui leur sont le plus favorables.
- On peut dire pourtant que la production fruitière est bien loin de donner des résultats pleinement satisfaisants. La surface qui lui est consacrée est beaucoup trop faible. Les méthodes employées demandent à être perfectionnées. Le commerce des fruits est entièrement à organiser.
- L’olivier se développe avec vigueur et se multiplie spontanément dans toutes les forêts et les broussailles de l’Épire, lorsque le sol et l’altitude le lui permettent : on le trouve dans tous les terrains, sauf dans les endroits marécageux. Il occupe surtout la zone littorale et une partie des hauteurs jusqu’à 600 mètres ou 700 mètres d’altitude.
- Les cultures intercalaires ne sont généralement pas pratiquées dans les oliveraies. Les labours sont effectués soit à la charrue, soit en cercle, autour de chaque pied, à la pioche.
- La taille est très mauvaise, ou même nulle. Cependant, on commence à donner de l’air et de la lumière au centre de la frondaison. La récolte est quelquefois faite à coups de gaule, ce qui a le très grand inconvénient de briser les jeunes rameaux et de compromettre la récolte des années à venir. Parfois aussi, on se contente de ramasser les fruits tombés à terre ; on attend pour faire cette opération que la majorité des fruits soient détachés. Il s’en trouve alors une grande quantité d’altérés, ce qui diminue la qualité de l’huile.
- Les arbres donnent au maximum, dans les conditions les plus favorables, 160oques d’olives (205 kilogrammes)*tous les deux ans. Le rendement en huile atteint 12 p. 100.
- Le traitement des olives pour en extraire l’huile s’opère le plus souvent dans des moulins très primitifs, voisins de ceux que l’on employait au temps des Romains,
- p.578 - vue 578/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE.
- 579
- Cependant, quelques moulins plus perfectionnés se sont établis à Valona, notamment, où l’on dispose de presses hydrauliques et de moteurs à vapeur ou à gaz pauvre.
- Y. — Céréales. — Parmi les cultures de céréales pratiquées dans les vilayets de Monastir et de Janina, la plus importante est celle du mais, qui s’étend sur 110 000 hectares et produit en moyenne plus d’un million et demi de quintaux métriques, représentant environ 25 millions de francs.
- La mauvaise préparation delà terre est cause de ce qu'une grande partie des graines à elle confiées ne peuvent germer normalement, et que les jeunes plantes trouvent de la difficulté à s’enraciner.
- La moyenne des rendements à l’hectare est de 13,25 quintaux de grain. Le prix moyen du quintal métrique est de 18 francs.
- Le maïs constitue la base de l’alimentation des hommes et quelquefois des animaux de trait et des hôtes de somme dans les campagnes.
- Les paysans l’écrasent au moyen de moulins primitifs mus à bras, ou le font moudre par des meuniers qu’ils rétribuent en nature. La farine, malgré le sassage rudimentaire qu’elle subit quelquefois, est très grossière, bien que le maïs contienne relativement peu de son. Elle est délayée et pétrie de façon à former une pâte qui, peu ou point fermentée, fournit un pain bis, lourd, de digestion difficile, s’aigrissant et moisissant facilement. Rarement la farine de maïs est mêlée à celle du froment. Elle donne alors un pain de qualité beaucoup meilleure.
- Après le maïs, le bU est la céréale la plus importante. Il couvre 91 000 hectares. Son produit annuel moyen total, pour les deux vilayets, est de plus d’un million de quintaux métriques, valant 28 millions de francs.
- Les terres, où on le rencontre, sont analogues à celles qui portent le maïs ; ce sont presque toujours des alluvions riches et profondes. *
- Le blé n’exige pas de pluies estivales et se passe d’irrigations. Sa culture complète donc celle du maïs.
- En Épire, la douceur du climat lui permet de poursuivre son développement presque continuellement, depuis sa germination jusqu’à la récolte.
- Les blés cultivés sont toujours des blés d’hiver.
- On les sème sur une terre non fumée, préparée par un ou deux labours, à l’automne, vers le début des grandes pluies.
- Les rendements en grain sont faibles : leur moyenne, par hectare, est de 11,58 quintaux.
- Le prix moyen du quintal est de 21 fr. 70.
- Le blé sert surtout à l’alimentation de la classe riche de la population. Le paysan vend la part qui lui revient d’après la convention du métayage. D’ailleurs, la culture du blé, plus exigeante que celle du maïs, plus aléatoire aussi peut-être, est plutôt pratiquée dans les grandes propriétés exploitées en régie.
- L'orge occupe une surface totale de 31 330 hectares, qui produisent annuellement 300 900 quintaux de grain, valant 6 900 000 francs. Sa facile adaptation à des climats variés explique pourquoi elle tient la première place après le maïs et le blé.
- p.579 - vue 579/950
-
-
-
- 580
- NOTES n AGRICULTURE.
- AVRIL 1913.
- Le rendement moyen à l'hectare est de 10,9 quintaux, c’est-à-dire faible. Le prix moyen du quintal est de 19 fr. 20.
- L’orge est utilisée un peu pour la nourriture des hommes, et beaucoup pour celle des chevaux, en place d’avoine.
- Le seigle, céréale par excellence des pays élevés, froids et granitiques, siliceux, schisteux, réussissant là où le blé cesse de se plaire, est surtout cultivé dans la région do Monastir, en dehors de la zone favorable à la culture du froment, 32 000 hectares lui sont consacrés.
- La récolte fournit en moyenne 12,0 quintaux par hectare. Le quintal vaut 19 francs, prix moyen.
- L'avoine est relativement peu cultivée. Elle ne réussit pas dans les plaines riches, mais mouillcuses, consacrées à la production des céréales et dans la zone très calcaire de l’Ouest. Elle couvre 17 000 hectares. Le rendement moyen à l’hectare est très faible : 10, 4S quintaux. Le prix moyen du quintal est de 17 fr.10.
- Le riz est cultivé dans la zone où prospère l’olivier. Les sels calcaires contenus dans le sol et les eaux de la côte Albanaise lui sont favorables. L’intensité de la chaleur et la longueur des étés lui permettent d’v mûrir.
- Les rizières sonl établies d’ordinaire dans les terrains d’alluvions, le long des cours d’eau qui se jettent dans les mers Adriatique et Ionienne : terrains profonds et riches, bien exposés, découverts, susceptibles d’être inondés grâce à des canaux de dérivation venant du fleuve.
- Sur ces terres, on cultive alternativement le maïs et le riz; certaines, pourtant, sont uniquement consacrées à la culture du riz.
- La récolte a lieu au début, de septembre, bille fournit une moyenne de 19, 75 quintaux par hectare; le quintal vaut environ 39 fr. 50.
- La culture du riz occupe 770 hectares, rapportant près de 304 000 francs.
- VI. — Forets. — Les forêts et les pâturages ne font pas partie des zones cultivées, dans la répartition que nous avons exposée plus haut des terres entre les différentes spéculations agricoles. Ceci tient à ce que forêts et pâturages sont presque des facteurs inconnus de la richesse nationale.
- Les services publics qui s’occupent des forêts savent qu’elles existent. Ils connaissent, d’une manière générale, leur situation géographique, mais ils ne possèdent pas de cartes forestières, même approchées. L’étendue des surfaces boisées est absolument indéterminée. La nature des essences qui constituent les peuplements n’est pas précisée.
- A plus forte raison, aucun esprit de suite, aucune méthode, ne président à leur exploitation.
- Cet état de choses s'explique par l’insuffisance notoire du personnel forestier, qui comprend beaucoup trop peu d’unités et se compose d'agents souvent recrutés sans garanties sérieuses d’expérience technique.
- Les soins apportés à la gestion des forêts devraient être d’autant [dus grands qu’elles ont [dus souffert de l’exploitation déréglée qui en a été faite. Chacun est auto-
- p.580 - vue 580/950
-
-
-
- NOTES D AGRICULTURE.
- 581
- risé à couper le bois de chauffage et de construction qui lui est nécessaire sur les montagnes Moubah, qui no font pas partie des bois et forêts affectés aux communes. Si l’on ajoute que des ventes normales de bois ont été faites par l’Administration, en stipulant seulement le nombre de mètres cubes, ou de centaines de pieds, et le prix de vente du bois, celui-ci restant à choisir et à abattre par l’acheteur, on ne sera pas surpris que des abus se soient produits, assez graves pour abîmer des forêts, voire même, en certains points, pour les détruire complètement. Il convient, enfin, de remarquer que la dent du bétail, amené en trop grande quantité dans les jeunes peuplements de feuillus, n’a pas peu contribué au déboisement.
- Aujourd’hui, de vastes surfaces, qui primitivement étaient abondamment garnies de bois, sont dénudées. Sur les terrains très en pente, le couvert du sol ne diminuant plus le ruissellement, des torrents se sont créés ; ils se multiplient et sont un véritable fléau, engendrant des inondations subites et violentes, « affouillant dans les montagnes, noyant la vallée, y déposant les matériaux qu’ils charrient, et divaguant sur leurs propres dépôts ».
- Les exemples de ce phénomène sont, hélas ! nombreux, à commencer par celui du Perlépé ; ville florissante, campagne féconde, menacée et périodiquement ruinée par la force destructive aveugle du torrent déchaîné parle déboisement.
- En Épire, des plaines très riches, comme celle de Margaretch, sont entourées de collines et de montagnes qui les enserrent de toutes parts. Les eaux qui se précipitent dans ces bassins n’ont d’autres émissaires qu’un ou plusieurs gouffres, ouverts dans les masses calcaires, d’un débit limité. Les pentes versantes du bassin sont déboisées. Dès que surviennent des précipitations atmosphériques importantes, une masse énorme d’eau, que le gouffre est dans l’impossibilité d’évacuer rapidement, inonde les cultures et ruine le paysan. Tandis que le couvert de la forêt, sur les pentes montagneuses aujourd’hui stériles, eût pu régulariser, en le retardant, l’afflux des eaux vers l’émissaire.
- Il serait relativement facile de remédier à cette situation en reboisant progressivement les hauts bassins absolument impropres à la pâture.
- Le boisement doit marcher de pair avec l’amélioration des pâturages.
- Si, par places, on voit, aujourd’hui, de riches prairies à graminées fines et touffues entremêlées de légumineuses ; si, dans certaines vallées, ces prés sont arrosés par mille filets d’eau qui en décuplent la fertilité, ce sont des exceptions, car la plupart des pâturages ne sont que des parcours produisant un fourrage grossier et rare. Les troupeaux sont astreints à émigrer d’un pays à un autre, suivant les saisons. Et, dans ces parcours, point de bois pour leur servir d’abri contre l’ardeur du soleil ou la violence des tourmentes. Combien il serait facile, par une utilisation rationnelle des eaux sauvages, d’améliorer ces vastes espaces, presque stériles, et d’en faire un capital productif, pour le plus grand bien des populations pastorales, si courageuses et saines !
- Débouchés. Voies de transport. — L’agriculture des vilayets de Monastir et Janina trouve un premier et important débouché dans les marchés locaux qu’elle 11e parvient pas toujours à alimenter.
- p.581 - vue 581/950
-
-
-
- 582
- NOTES 1) A (ï R ICI) LTUHE.
- AVRIL 1913.
- C’est ainsi que les pays étrangers importent en Macédoine et en Ëpire des céréales et des farines en quantité considérable et parfois aussi des bestiaux et du beurre.
- D’autre part, l’exportation de certaines denrées agricoles (peaux, fromages, laine, huiles d’olive, etc., etc.), bien que faible encore, est suffisamment constante pour autoriser à penser que l'agriculture des vilayets de Monastir et Janina serait assurée de trouver à l’étranger un débouché favorable pour ses produits.
- Voies de transports. — Chemins de fer. — La voie ferrée de Salonique à Monastir est la seule qui pénètre dans le territoire du vilayet de Monastir. Elle représente la principale artère commerciale.
- Aucune voie ferrée n’existe dans le vilayet de Janina.
- Doutes et pistes. — De Monastir, partent deux routes principales.
- Des routes secondaires et des pistes marquent les autres itinéraires.
- Mais à côté de ces lignes d’étapes, prennent place une foule de pistes et de sentiers muletiers tracés simplement par le passage des piétons et des hèles de somme, et admettant nombre de variantes, résultant du caprice des voyageurs et des animaux, ou îles difficultés temporaires du passage.
- Quelques anciennes routes ont du être fort belles, bien que leur tracé les rende quelquefois pénibles ; mais cet inconvénient n’est rien, auprès des difficultés qui résultent du manque d’entretien des chaussées et des travaux d’art. 11 se forme, en hiver, des fondrières où les voitures s’enlizent jusqu’aux moyeux, les ponts sont bien souvent coupés et les A éhicules doivent alors passer à côté, dans le lit du cours d’eau.
- Presque tous les transports agricoles sont, en réalité, faits à dos de cheval ou de mulet, à cause du manque de routes dans les campagnes.
- p.582 - vue 582/950
-
-
-
- REVUE DE CULTURE MECANIQUE
- par M. Max Ringelmamv.
- Membre du Conseil.
- Labourage électrique en Tunisie (Domaine du Koudiat)
- par M. Max Rinc.klmanx.
- M. Maurice Cailloux, ancien élève de la deuxième promotion de l’École coloniale d’Àgriculture de Tunis, a fait sur son domaine du Koudial, près de Souk-el-Khemis (Tunisie) une très intéressante installation électrique, au sujet de laquelle il nous a communiqué des documents que nous résumons dans ce qui suit.
- *
- * *
- L’usine génératrice, installée dans les bâtiments de l’exploitation (fîg. 1), comprend une forte machine à vapeur surchauffée, compound, d’une puissance de 100 à 120 chevaux, chauffée à la paille.
- Dans la plaine de Souk-el-Khemis, où il y a peu d’animaux, la valeur de la paille est considérée comme insignifiante; M. Cailloux a su en tirer un parti avantageux en l’utilisant comme combustible, qui est consommé par le générateur à raison d’environ 8 kilogrammes par heure et par cheval.
- La machine à vapeur est du type mi-fixe horizontal, et le foyer de la chaudière a été raccordé avec un fourneau imaginé par M. Cailloux ; le fourneau, muni d’une grille, se trouve en dehors de la salle des machines et se relie avec la chaudière par un coude mobile garni de briques réfractaires.
- La première mise en route exige environ deux heures ; mais quand on a chauffé la veille, la mise en pression ne demande qu’une dizaine de minutes.
- Un homme suffit à la manutention des 300 kilogrammes de paille brûlés par heure ; il délie les balles bées au fil de fer, retend ces fils qui peuvent ainsi servir jusqu’à trois fois, et charge le foyer avec une fourche.
- Les cendres, qui constituent un engrais potassique estimé à 25 ou 30 ^centimes par
- p.583 - vue 583/950
-
-
-
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL lâLL
- 100 kilogrammes de paille brûlée, sont ajoutées au fumier et on considère leur valeur comme couvrant les frais de transport et de manutention du combustible.
- La machine à vapeur actionne un alternateur eompound Bouoherot, par une cour-roi*! Titan, en cuir chromé, dont l'adhérence lui permet de résister aux à-coups que peut subir l’installation, lors des démarrages des réceptrices.
- Le courant triphasé est produit à 550 volts ; il passe dans un transformateur l’élevant à 5 500 volts avant d’être envoyé dans les lignes, à une distance dépassant
- 12 kilomètres. Trois lignes sont actuellement établies ; elles ont une longueur totale de 25 kilomètres. La puissance transmise par la ligne est de 80 chevaux avec une perte estimée à 5 p. 100.
- Dans les champs, le courant est capté sur la ligne par des prises mobiles, passe à un transformateur qui en abaisse la tension à 550 volts, puis aux réceptrices.
- Le transformateur, placé dans une voiture à quatre roues (fig. 2), est amen*' près du champ à labourer et relié à la ligne lixe à haute tension, puis à la ligne à basse tension dont la longueur ne dépasse pas 1 200 mètres. Pour effectuer rapidement le montage de l’installation, « j’utilise, dit M. Maurice Cailloux, des lignes volantes constituées par trois fils de 10""",2 de section, pesant 500 kilogrammes chacune, tendus sur des potelets (fig. 2) formés par deux tubes en fer réunis par un boulon; une barre transversale supérieure maintient l’écartement et supporte, à l’aide de crochets vissés, des poulies sur lesquelles sont posés les câbles. Chacun des câbles est enroulé sur un tambour iixé sur le chariot supportant le transformateur. Les lignes sont d’abord tendues sur le sol; huit paires de bœufs sont nécessaires pour ce travail. Elles sont amarrées solidement aux deux extrémités et placées ensuite sur les potelets qui reposent simplement sur le sol, grâce au poids qu’ils supportent.
- p.584 - vue 584/950
-
-
-
- LABOURAGE ÉLECTRIQUE EN TUNISIE
- 585
- « Pour démonter cette ligne, on détache l’un des amarrages et, tels des capucins de cartes, tous les poteaux se couchent successivement sur le sol avec leurs lignes en se démontant et sans rien casser. On ramasse les morceaux ; les câbles sont embobinés sur leurs tourets respectifs, à l’aide d’un petit moteur électrique transportable de 3 chevaux. Pratiquement, trois heures sont nécessaires pour dérouler et tendre
- Fig. 2. — Ligne électrique volante et transformateur.
- 1 200 mètres de ligne ; il faut le même temps pour les démonter et enrouler les câbles.
- « Deux lignes volantes identiques sont placées à 300 mètres de distance et bordent ainsi une pièce de 60 hectares.
- « Les treuils prennent le courant sur chacune de ces lignes volantes par un câble isolé sous cuir et une perche à triple contact sert à capter le courant. Tous les 13 à 20 mètres, le conducteur du treuil déplace sa perche. »
- Le labourage s’effectue avec deux treuils (fig. 3-4) comme dans les chantiers ordinaires de culture à vapeur. Chaque treuil pèse 6 tonnes. Les roues arrière sont garnies de fer§ cornières, de 10 centimètres d’aile, jouant le rôle de coutres circulaires destinés à éviter le dérapage ; elles sont actionnées, au moment voulu, par la réceptrice afin de déplacer le treuil sur la fourrière au fur et à mesure de l’avancement du travail.
- Les deux treuils sont disposés à 300 mètres l’un de l’autre. La traction moyenne sur le câble peut atteindre 4 000 kilogrammes.
- Dans une terre très forte, on laboure sur une largeur de lin, 30, à une profondeur de 0m,30, avec une vitesse moyenne de 1 mètre par seconde, et, en une journée de douze heures, on laboure environ 4 hectares.
- « J’ai ainsi, nous écrit M. Cailloux, labouré 430 hectares à 0"1,30 de profondeur, et
- p.585 - vue 585/950
-
-
-
- 586
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE
- AVRIL 1913
- j’ai semé en un mois et demi 300 hectares de céréales avec un semoir monté sur un pulvériseur à disques. »
- Un peut travailler pendant vingt-quatre heures par jour avec deux équipes; la
- Fig. 4. — Labour'au treuil électrique.
- nuit, l’éclairage est assuré aux treuils par des lampes à incandescence et à la charrue avec des lanternes à acétylène ; la marche de nuit n’a jamais présenté de difficulté.
- p.586 - vue 586/950
-
-
-
- LABOURAGE ÉLECTRIQUE EN TUNISIE.
- 587
- *
- •X* -X-
- Si l’on reprend les chiffres précédents, pendant le travail la charme laboure (à 0m,30 de profondeur) une surface d’un mètre carré et demi par seconde, correspondant à 6 hectares 48 ares en douze heures, alors qu'avec les pertes de temps et les arrêts obligatoires, on ne laboure pratiquement que 4 hectares dans le même temps. En d’autres termes, le temps de travail utile n’est que les 61 centièmes du temps total.
- Cette indication est à retenir et concorde avec d’autres observations faites sur des chantiers de culture mécanique; dans la Haute-Garonne, avec un appareil à vapeur à traction directe labourant en grandes planches, pendant une journée de travail d’hiver de 8 heures, on ne fait pas plus de 5 heures de travail effectif, soit 62,5 p. 100 du temps total.
- Ainsi, avec les systèmes qui comportent des tournées, ou des arrêts pour basculer la charrue, et des déplacements du matériel à chaque rayage, le coefficient de réduction /» varie de 0,61 à 0,625 dans la formule :
- s = k S
- dans laquelle :
- S, est la surface labourée dans un temps donné, mesurée pendant le déplacement de la charrue, s, la surface pratiquement effectuée dans le même temps en tenant compte des arrêts obligatoires.
- Avec un seul treuil automobile et une poulie de renvoi, on a observé dans des concours, avec un personnel habile, un coefficient A- voisin de 0,7, qui doit s’abaisser aux environs de 0,6 dans le travail courant.
- Lorsqu’il s’agit d’un tracteur pouvant labourer en tournant autour du champ, en effectuant ce qu’on appelle le labour à la Fellemberg, le coefficient de réduction k est différent. D’après une constatation récente, faite aux environs de Paris sur le tracteur Avery, ce coefficient est voisin de 70 p. 100 (69, 4).
- *
- * *
- « Je viens de faire une grande modification, ajoute M. Cailloux, et qui a très bien réussi ; j’ai supprimé les transformateurs montés sur chariot et la ligne volante à basse tension ; j’ai placé les transformateurs sur les treuils (fig. 5) et le courant est capté au moyen de trolleys roulant sur les lignes volantes à 5 000 volts. »
- *
- * -X-
- L’installation, très soignée, est revenue à 180 000 francs, dont on estime l’amortissement en quinze ans; les frais fixes annuels sont évalués comme suit :
- Amortissement ................. 12 000 francs.
- Intérêts à 6 p. 100............. 7 200 —
- Entretien, réparations.......... 2 800 —
- Huile, etc...................... 3 800 —
- Mécanicien..................... 2 400 —
- 3 aides......................... 1 800 —
- Total
- 30 000 francs.
- p.587 - vue 587/950
-
-
-
- r>88
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL KH 3.
- M. Cailloux compte arriver à faire "250journées de travail par au (200 journées de culture et 50 journées de battage); les frais lixes (30 000 lianes) seront alors de 120 francs par jour.
- La journée de labourage revient à :
- 2 conducteurs aux treuils, à 6 francs . .
- 2 indigènes à 2 francs. . .............
- 1 contremaître. ......
- Usure des câbles.............................
- Huile, etc...................................
- Main-d’œuvre pour déplacements du matériel, répartie par journée de labourage............
- 12 francs. 4 —
- 8 —
- 8 —
- Total. . . . 40 francs.
- Avec 120 francs de frais fixes par journée de travail , les quatre hectares
- * S 4*
- Fig. }. — Treuil électrique avec transformateur.
- labourés à 0n,,30 de profondeur reviendront ainsi à 160 francs, soit à 40 francs par hectare.
- Il faut remarquer que ces labours, surtout sur d’aussi grandes étendues, ne peuvent pas être effectués par des attelages dont l’alimentation présenterait des difficultés dans la région de Souk-el-Kliemis.
- -X- -X-
- Une réceptrice de 60 chevaux actionne chez M. Cailloux une très grande batteuse et une presse à paille liant au fil de fer.
- p.588 - vue 588/950
-
-
-
- LABOURAGE ÉLECTRIQUE EN TUNISIE.
- 589
- Trois autres batteuses, chez des voisins, sont actionnées chacune par des réceptrices de 1!) chevaux tournant à 1 500 tours par minute ; la meilleure disposition semble être le montage de la réceptrice directement sur la batteuse, comme on le voit sur la ligure 0, bien que la courroie qui relie la réceptrice à la poulie du batteur soit
- Fig. 6. — Batteuse mue par un moteur électrique.
- courte. Des câbles isolés, protégés par une garniture de cuir, amènent le courant du transformateur à la réceptrice.
- Pour utiliser complètement l’installation électrique du Koudiat, pendant 250 journées de 10 heures, il faudrait avoir à labourer dans les 800 hectares par an à 0m,30 de profondeur, et actionner 5 batteuses, travaillant la récolte de 1 500 hectares de céréales.
- M. Cailloux ne peut trouver actuellement qu’une partie de ces quantités sur son domaine, le reste pouvant se rencontrer dans les exploitations du voisi-
- nage.
- p.589 - vue 589/950
-
-
-
- 590
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ----- AVRIL 1913.
- La main-d’œuvre agricole et la culture mécanique dans les fermes à betteraves (L,
- par M. Emilk Sailcaki),
- Professeur à l'Ecole nationale des Industries agricoles,
- Directeur du Laboratoire du Syndicat des Fabricants de sucre de France.
- Parmi les plantes (le grande culture <1(3 la région du Nord, la betterave est mie de colles qui exigent le plus délaçons aratoires à la machine ou à la main.
- Comme la main-d’œuvre devient de plus en plus rare, il en est résulté une difficulté plus grande pour la production de la matière première qui alimente l’industrie sucrière.
- Il faut remarquer que cette difficulté de main-d’œuvre n’existe pas qu’en France;on la retrouve dans les régions betteravières de l’Allemagne et surtout en Amérique. En lUissie, par contre, la main-d’œuvre est très abondante, mais, sans vouloir dénigrer l’ouvrier russe, on peut dire qu’il n’a pas l’activité ni le ressort de l’ouvrier français. Ses salaires sont d’ailleurs moins élevés.
- Depuis quelque temps, on organise en France des essais de culture mécanique. Le but est évidemment de généraliser, partout où cela sera possible, l’emploi du moteur, comme il s’est déjà généralisé dans un bon nombre d’industries.
- On ne peut savoir, dès maintenant,, si le moteur mécanique sera plus avantageux, pour faire les façons culturales, que le bœuf ou le cheval de trait, ni s'il permettra de diminuer b* nombre des ouvriers nécessaires. Il ne faut pas confondre, en effet, le travail à la machine avec l’emploi de machines mues par moteur mécanique ; mais on a néanmoins raison de chercher à faire profiter l’agriculture des nombreux perfectionnements qui ont été faits, ces dernières années, dans la construction des moteurs.
- En 1911, le Syndicat des fabricants de sucre de France, la Société des agriculteurs de la Somme et l’Automobile-Club de Picardie avaient organisé ensemble un concours de houes automobiles. Le Syndicat des fabricants de sucre avait attribué, un prix de o 000 francs pour la machine qui réaliserait le mieux les conditions du concours. La Société des agriculteurs de la Somme et l’Automobile-Club de Picardie avaient pris toutes les dispositions pour que les machines présentées puissent être essayées comparativement dans un champ de betteraves à biner. Les choses avaient été faites largement, puisque le champ réservé aux essais avait une étendue de 11 hectares.
- Ce concours eut lieu à Chaulnes, le o juin 1911, sous la présidence de M. Klotz, président de la Société des agriculteurs de la Somme. Le jury était présidé par M. Vié-ville; j’en étais le rapporteur.
- Trois houes furent présentées : la houe Bajac, qui fut classée la première, obtint un encouragement de 800 francs. Comme le dit le rapport du jury, la houe Bajac a
- (1) Journal tiAgriculture pratique, 1913, n“ 12, p. 363.
- p.590 - vue 590/950
-
-
-
- LA MAIN-VOEUVRE AGRICOLE ET LA CULTURE MÉCANIQUE.
- 591
- montré que la houe automobile peut effectuer le travail de binage, et que le conducteur est très maître de sa machine une fois qu’elle est en marche. Quelques objections furent faites, cependant, au sujet des difficultés de virage, du poids de la machine, et en général au sujet de la position des fers par rapport au conducteur. Si le conducteur ne voit pas les fers qui travaillent, il faut donc deux hommes pour assurer le service de la houe, et alors la petite houe devient moins intéressante que la grande.
- Une autre observation a été faite à ce moment, par certains cultivateurs : la houe automobile, disaient-ils, n’aura jamais un grand débouché. Au moment des binages à la houe, nos chevaux n’ont rien à faire et nous avons là un moyen de les occuper. Dans ce cas, le moteur mécanique sera toujours plus cher que le cheval ou le bœuf.
- A cela, d’autres répondaient que les houes automotrices pourraient rendre des services entre les mains d’entrepreneurs de binages qui, avec de grandes houes, pourraient faire les opérations rapidement et au moment le plus opportun, et qui seraient plus habitués à l’emploi des moteurs que les cultivateurs.
- Ces quelques observations, si elles ne résolvent rien, présentent du moins les différentes faces du problème.
- * vr
- Au cours de l’enquête que nous avons faite à l’étranger sur la culture de la betterave et les conditions de l’industrie sucrière, nous nous sommes informés de l’état de la culture mécanique dans les différents pays que nous avons visités.
- Notre enquête de 1910 a porté sur l’Allemagne, l’Autriche et la Belgique ; celle de 1911 a porté sur la Russie ; et, enfin, j’ai fait en 1912 un voyage d’études aux États-Unis.
- En Allemagne, nous avons visité des fermes ou domaines de 200 à 0 000 hectares, situés dans les différentes régions betteravières (Prusse rhénane, Brunswick, province de Saxe, Mecklembourg, Pologne allemande, Silésie).
- Presque partout, la charrue à vapeur Fowler est employée pour faire les labours profonds qui précèdent la betterave. Ces labours sont effectués soit par des entrepreneurs, soit par des sociétés coopératives de cultivateurs, soit par les propriétaires ou les fermiers eux-mêmes. Ils coûtent 40 à 60 francs par hectare, sans compter le charbon et les chevaux nécessaires pour amener l’eau.
- Les semoirs, rouleaux, herses, houes, faucheuses, moissonneuses, étaient mus par des chevaux ou des bœufs, et on n’avait pas encore essayé de remplacer ces derniers par des moteurs mécaniques.
- Par contre, les appareils de l’intérieur de la ferme étaient souvent mus par des moteurs : coupe-racines, hache-paille, concasseurs, déchargeuse de voitures de foin ou de paille, élévateurs de fourrage, batteuses, trieurs, appareils de laiterie, etc.
- En Autriche, nous avons visité des fermes ou domaines de 120 hectares à 8 000 hectares situés en Moravie et en Bohême. Les observations à noter sont les mêmes que pour l’Allemagne : dans beaucoup de fermes, on fait, avec la charrue à vapeur, le labour profond qui précède la betterave; dans beaucoup de fermes les appareils de l’intérieur de la ferme sont commandés par des moteurs mécaniques; mais ici encore.
- p.591 - vue 591/950
-
-
-
- 592
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ----- AVRIL 1913.
- Ins houes, semoirs, faucheuses, moissonneuses, sont mus par des bœufs ou dos chevaux.
- En Russie, nous avons visité une dizaine de fermes ou domaines ayant une étendue de 600 à 1120 000 hectares. Ici encore, même observation : on se sort parfois de la charrue à vapeur; on a des appareils : concasseurs, batteuses, etc., commandés par des moteurs mécaniques; mais aux machines agricoles sont attelés des chevaux ou des bœufs.
- Les États-Unis sont le pays du machinisme par excellence. Partout où cela est possible, on y remplace le travail de l’ouvrier par le travail de la machine; mais y rem-place-t-on aussi le moteur animé par le moteur mécanique? Je ne puis parler évidemment que des régions (pie j’ai xisitées, entre New-York et les Montagnes Rocheuses.
- Dans le Colorado on a fait marcher, en ma présence, une charrue à vapeur (à 5 disques) actionnée directement par un moteur; mais il ne semble pas que le labour à vapeur pour betteraves soit là-bas très répandu. Les autres machines qui servent pour la culture de la betterave sont mues par des chevaux. On fait quelquefois des transports de betteraves, en s’aidant de moteurs mécaniques; mais la culture proprement dite et toutes les façons culturales qui exigent une machine, sont faites par des chevaux. Et cependant le charbon et le pétrole ne coûtent pas cher aux États-Unis; mais il faut noter que l’élevage et la nourriture du cheval sont grandement facilités Là-bas par les nombreuses pâtures qui y existent.
- En résumé, si l’on excepte les labours par la charrue à vapeur, on peut dire que la culture mécanique est à ses débuts. Elle se trouve, somme toute, en présence de deux problèmes à résoudre : rendre le moteur mécanique plus avantageux que le moteur animé et diminuer le personnel nécessaire pour faire les façons culturales à la machine Les essais qui ont été faits jusqu'à maintenant ont donné des résultats très encourageants : il faut donc les continuer.
- Tracteur Avery,
- par M. Feux a xi) de Condé, Ingénieur agronome.
- Le tracteur Avery (Fig. 7) de la maison Pilter (2J, rue Alibert, Paris) appartient à la catégorie des tracteurs directs à moteur à explosions.
- Les roues arrière sont motrices; elles ont l"1,75 de diamètre et 011’,50 de largeur de jante; la jante porte de fortes stries obliques et on peut en outre y lixer des pointes en acier destinées à augmenter l’adhérence ; la fixation de ces pointes se fait très simplement : la pointe porte une queue filetée que l’on passe dans un trou existant dans la jante, et la pointe est maintenue en place par un écrou ; pour le déplacement de la machine sur route, on fixe ces pointes tournées vers l’intérieur de la roue ainsi qu’on le voit sur la figure 7.
- Les roues directrices ont 01",95 de diamètre et 01",25 de largeur de jante ; elles sont montées sur un essieu mobile autour d’une articulation centrale fixée au châssis; la commande de cet avant-train pour la direction se fait par chaînes.
- p.592 - vue 592/950
-
-
-
- TRACTEUR AVERY
- 593
- Le moteur, pouvant marcher à l’essence, au benzol ou au pétrole, est à deux cylindres
- Fig. 7. — Tracteur Avery.
- Fig. 8. — Tracteur Avery.
- opposés et tourne à raison de 400 à 500 tours à la minute ; il peut développer une puis-Tome 119. — 1er semestre. — Avril 1913. 39
- p.593 - vue 593/950
-
-
-
- 5 94
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1913.
- sauce de 3a chevaux ; l’alésage csl (h; l!*l millimètres
- lant au versoir, provoquant parfois le déterrage (i) Page 147, Bulletin de Janvier 191 J.
- et la course de 201) millimètres.
- Le diamèlre du volaut est de 1 mètre.
- Le moteur est monté sur un faux châssis que le mécanicien peut, à l'aide d’un levier, faire coulisser d’avant en arrière, inanomvre qui produit alors le débrayage ou l’embrayage.
- Le refroidissement du moteur s’elfectue par thermo-siphon et le rofroidisseur, placé à l’avant, est à tubes verticaux disposés suivant des circonférences concentriques, ce qui donne un aspect tout particulier à la machine.
- Le mécanicien se tient sur une plate-forme très bien suspendue sur ressorls et abritée par un léger toit (lig. Si. — Le poids de la machine est d'environ 5 tonnes. — Une marche arrière permet d’etfec-tuer toutes les manœuvres.
- (iràce à une poulie on peut actionner différentes machines de la ferme.
- Aux démonstrations de Reims (octobre 1!U2; Culture mécanique, t. I, p. 91), le tracteur Averv remorquait une cliarrue à cinq socs munie de fortes rasettes (lig. B); une herse était attelée derrière cette charrue ; le sol était un chaume et la terre était légère et facile à travailler ; la profondeur du labour eifectué variait de 22 à "25 centimètres.
- Aux essais de Sétif ( mai -juin 1912), M. Marmu a fait sur un tracteur Avery les constatations suivantes (1) dans une terre forte, col-; la charrue américaine employée était à
- p.594 - vue 594/950
-
-
-
- TRACTEUR AVERY.
- 595
- cinq corps indépendants; de la plate-forme'du tracteur le mécanicien pouvait commander, à l’aide d’une corde, le levier de manœuvre provoquant l’enterrage ouïe déterrage des
- corps de charrue.
- Essais dynamométriques :
- Largeur du labour......................................... lm,40
- Profondeur moyenne du labour............................ 0m,155
- Vitesse moyenne du tracteur, par seconde.............. 0m,781
- Effort moyen.......................................... 1 578 kg.
- Effort maximum........................................ 2 200 kg.
- Traction moyenne par décimètre carré de section de labour. 72ks;7 Puissance développée au crochet d’attelage............. 16ch‘,4
- Essais de consommation :
- Profondeur moyenne du labour.............................. 0m.17
- Temps pour labourer 1 hectare.........................2 h. 40 m.
- Consommation d’essence par hectare........................ 37',67
- Consommation d’huile par hectare........................... 1\64
- .Nombre de m:J de terre remuée par litre de combustible . . . 41m3,1
- Aux essais de Maison-Carrée (juin 1912) le tracteur Avery a fonctionné dans une terre excessivement dure et résistante, précédemment en fourrage et non cultivée depuis deux ans; on ne labourait qu’avec trois socs. On peut critiquer le choix malheureux d’un semblable champ en vue de démonstrations; il n’y a pas déraison pour qu’un jour ou n’essaye pas de labourer un empierrement avec les machines destinées aux travaux de culture courante. Dans des sols exigeant de telles tractions par décimètre carré de section du labour, il faut procéder à une amélioration foncière à l’aide d’appareils de défoncements.
- Le rapport de M. Marmu nous donne les chiffres suivants :
- Essais dynamomélniques :
- Largeur du labour...................................... 1 m.
- Profondeur moyenne du labour.............................. 0m,l4
- Vitesse moyenne du tracteur par seconde................ 0m,928
- Effort moyen........................................... 1 940 kg.
- Effort maximum......................................... 3 000 kg.
- Traction moyenne par décimètre carré de section de labour. 140 kg. Puissance développé au crochet d'attelage.............. 24 chx.
- Essais de consommation :
- Profondeur moyenne du labour.............................. 0m,15
- Temps pour labourer 1 hectare..........................3 h. 46 m.
- Consommation d’essence par hectare....................... 53l,78
- Consommation d’huile par hectare.......................... 4',37
- Nombre de m3 de terre remuée par litre de combustible. . . 27m3,8
- Nous avons eu l’occasion de voir fonctionner, quelques jours après le Concours général Agricole de 1913, un tracteur Avery en travail courant chez M. Guesnier, aux fermes du Petit-Groslay, au Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise), près de la route d’Aulnay-les-Bondy et à la limite du département de la Seine.
- La terre argileuse, un peu sableuse par places, était assez difficile à travailler surtout dans certaines parties en contre-bas et fortement humides ; le champ était un chaume de seigle.
- p.595 - vue 595/950
-
-
-
- 596
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1913.
- Le labour était effectué à la Eellemberg, en tournant autour du ebarnp, avec une charrue à <|uatre corps montés d’une façon rigide sur le bâti ; cependant, dans les parties les plus difficiles on ne labourait qu’avec trois soc-s. Malgré le patinage qui se produisait obligatoirement dans les endroits Inimitiés, la puissance du moteur semblait toujours suffisante.
- Le tracteur se déplaçait à une vitesse de quatre kilomètres à l'heure environ, en effectuant un labour sur une largeur de avec quaire socs et une profondeur de
- 0U1,22 à O1",2-4, atteignant parfois O111,25.
- Le mécanicien nous a dit avoir labouré la veille, à O1",25 de profondeur, une surface d’environ 4 hectares en neuf heures, ce qui correspondrait à peu près à un hectare en deux heures un quart.
- Une année de culture mécanique en Haute-Garonne.
- Analyse du rapport de MM. René Rarennes et Henry de Marsay, par M. 1t. Dessaisaix.
- MM. René Baronnes et Henry de Marsay, anciens élèves de l’Ecole supérieure d’Agriculture d’Angers, ont communiqué au Journal d’Agriculture pratique un long rapport relatif aux réformes réalisées par M. Ambroise Rendu sur son domaine de la Beguere (Haute-Garonne), en vue de résoudre le problème de la main-d’œuvre.
- *
- *
- *
- Le domaine de la Beguere est situé à 15 kilomètres de Toulouse; les terres argilo-siliceuses (alluvions modernes et dépôts quaternaires) sont des boulbèncs fortes, qui ne se laissent labourer qu’en temps opportun. Les cultures étaient ainsi réparties
- avant 1912:
- Céréales..................................... 50 hectares.
- Plantes sarclées............................. 20 —
- Fourrages verts.............................. 30 —
- Prairies naturelles.......................... 20 —
- Prairies artificielles....................... 30 —
- Jachères et pâtures à moutons................ 10 —
- Vignes et divers............................. 10 —
- 170 hectares.
- Le domaine, dont le régisseur est M. Baudouy, est cultivé par faire valoir direct et nécessitait, avant 1912, le personnel suivant :
- Il laboureurs (appelés înailres-valcts) . . 8 800 francs.
- 1 roulier................................... 900 —•
- 1 forgeron................................... 800 —
- 1 vacher..................................... 900 —
- 1 berger................................f 800 —
- 2 journaliers............................ 1 400 —
- 2 ménages d’estivandiers................... 1 200 —
- 6 femmes à la journée...................... 1 300 —
- 25 personnes..........................10 300 francs.
- p.596 - vue 596/950
-
-
-
- UNE ANNÉE DE CULTURE MÉCANIQUE EN HAUTE-GARONNE. 597
- Les dix paires de bœufs du domaine ne pouvaient fournir que 2 600 journées de travail par an, alors qu’on estime qu’il en aurait fallu plus de 3 300 pour effectuer convenablement les travaux de culture.
- Les quatre chevaux ne donnaient que 400 journées de labour par an.
- Il en résultait qu’on négligeait certains travaux, qu’on réduisait le nombre des labours sur les terres à blé et que la main-d’œuvre, cependant coûteuse, n’était pas suffisante.
- Le compte annuel d’une paire de bœufs s’établit ainsi :
- Deux bœufs achetés 1 200 francs à 5 ans, revendus quatre années plus tard pour
- 1100 francs :
- Intérêt du capital, 1 200 fr. à 4 p. 100 ... 48 francs.
- Amortissement des bœufs.................... 25 —
- Entretien des jougs, juilles, coussins . . . 10 —
- Amortissement et entretien de la charrue. 15 —
- Salaire du maître-valet................... 600 —
- Nourriture hivernale des bœufs, 8 mois. . 500 —
- Nourriture estivale, 4 mois............... 120 —
- Total...............1 318 francs.
- Ce qui représente, pour les 260 jours de travail par an, 5 francs par journée de deux bœufs et du bouvier.
- Autrefois, les laboureurs travaillaient 25 ares per jour dans ces terres fortes du Sud-Ouest, et l’ouvrage était consciencieusement fait; aujourd’hui, avec le paysan de mauvaise volonté, paresseux, maladroit, on n'obtient pas plus de 18 ares par jour avec une paire de bœufs. Cela met le labour d’un hectare au prix de 27 fr. 50, et la préparation du sol pour les céréales revient, par hectare, à 140 francs ainsi répartis :
- 4 labours à 27 fr. 50........................110 francs.
- Hersages, roulages.......................... 30 —
- Total................140 francs.
- *
- Au lieu de 3 ou de 4 médiocres labours, M. Rendu essaya d’un labour profond de 0m,30, nécessitant une charrue tirée par 3 paires de bœufs, labourant 18 ares par jour. Ces trois paires de bœufs étaient souvent conduites par deux hommes; le labour d’un hectare à 0m, 30 de profondeur devait revenir au plus à 82 fr. 50.
- Ou ne pouvait labourer ainsi qu’une douzaine d’hectares par an, à moins d’augmenter beaucoup le nombre des altelages qui seraient restés sans aucun emploi en dehors du temps, assez court, durant lequel la terre peut recevoir une culture profonde.
- Ce chiffre de 82 fr. 50 par hectare, pour un labour de 0m,30 de profondeur, est très élevé, surtout si on le compare au prix des forts labours des terres à betteraves du Nord de la France; il est vrai que les boulbènes sont très résistantes à l’action de la charrue; mais cela doit tenir aussi aux bœufs qui ne doivent pas être très forts, ou à la façon de les conduire, aux charrues qui doivent être mal établies pour effectuer le travail avec le minimum de traction, et à la nonchalance des ouvriers.
- Cependant, il faut dire que MM. Barennes et de Marsay ont consulté M. Ravon,
- p.597 - vue 597/950
-
-
-
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1 9 i :î .
- im
- régisseur de la propriété de M. Rouait, située également aux environs de Toulouse. M. Ravon leur a déclaré ce qui suit :
- C’est tout ;i fait exceptionnellement que nous labourons à 3ü centimètres avec des animaux; nos labours habituels se font généralement autour de 25 centimètres et exigent dans nos terres 4 bœufs ou 3 forts chevaux. Pour descendre au delà il faut 0 forts b(eufs;et un bon bouvier, avec une charrue brabant-douille, arrive ainsi à faire 20 ares par 7 heures de travail effectif (journée d’hiver).
- En estimant à 2 francs la journée du bœuf et à 0 fr. 50 celle du bouvier, cela nous donne un prix de revient de 77 IV. 50 par hectare ; prix qui, à mon avis, doit être fortement majoré si l’on tient compte des jours perdus pour une raison ou pour une autre. En y ajoutant l’usure et l’amortissement des outils et harnais, on arrive vite à dépasser cent francs par hectare, et à atteindre 110 ou 120 francs à mon avis.
- En résumé, on voit qu’il est admis dans la région des boulbènes qu’un labour, effectué avec les bœufs, à O1",30 de profondeur revient de 00 à 110 francs l’hectare.
- On a cherché aussi, à la Reguere, à réduire de 13 hectares les surfaces consacrées aux plantes sarclées et de 12 hectares celles des fourrages verts, en augmentant d’autant les prairies naturelles et artilicielles. Cette réforme, destinée à retarder la crise de la main-d’œuvre, se traduisit par une diminution de recettes et on adopta alors un nouveau mode de culture, basé sur le programme suivant.
- Un appareil à vapeur doit se charger de faire.rapidement les labours profonds, les attelages n’ayant plus qu’à exécuter des façons superficielles avec îles machines légères et à grand travail.
- M. Rendu fixa son choix sur un tracteur à vapeur de la Cie Case de France.
- La culture avec, tracteur direct à vapeur, disent MM. Baronnes et de Marsay, ne peut être pratiquée qu’eu terrain plat. Nous ne pouvons dire la pente maximum sur laquelle on peut travailler, mais en terrain plat la machine patine déjà quand le sol n’est, pas suffisamment ressuyé. Il ne faudrait donc labourer qu’en terre saine et, en pratique, cet état du sol en hiver et au printemps est peu fréquent. Nous croyons enlin qu’il faut se placer dans la situation où la main-d’œuvre est lente et rare pour que ce mode de culture soit pratique. Dans les pays où elle est abondante et active, nous pensons qu’une semblable machine n’est pas encore à sa place.
- Dans une propriété aménagée en métairie, il estasse/, délicat d’introduire un tracteur. Ce mode de culture n’est pratique que dans les exploitations directes; nous devons ajouter : dans les exploitations directes d’une certaine importance. Pour amortir facilement le capital en une dizaine d’années, il faut pouvoir labourer une centaine d’hectares environ. Dans de petites et moyennes propriétés, ce mode de culture n’est pas à recommander, à moins que des entreprises de labourage se forment, ce qui est probable.
- Dans le Tarn-et-Garonne, six propriétaires ont acheté en commun un matériel Case pour labourer et battre.
- Une grande propriété ne suffit pas : il faut encore de grands champs. Cette considération qui, à première vue semble de pmi de poids, a une importance énorme en pratique; on ne se rend pas compte du temps perdu dans les contournières.
- p.598 - vue 598/950
-
-
-
- UNE ANNÉE DE CULTURE MÉCANIQUE EN HAUTE-GARONNE.
- 599
- La machine Case, employée actuellement àla Bcguere, a été étudiée dans la Culture mécanique, tome I, page 91. C’est une locomotive routière d’une puissance de 45 chevaux-vapeur, dont les caractéristiques sont les suivantes.
- Diamètre de la chaudière................... 0m,71
- Contenance en eau......................610 litres.
- Foyer, longueur........................ 1 m.
- — largeur.............................. 0m,6i
- — hauteur.............................. 0ni,76
- 36 tubes de 0m,03 de diamètre et de 2m,13 de long.
- Surface de chauffe....................... 13'"-,3
- Pression................................. 9 kg.
- Alésage du cylindre...................... 0m,228
- Course du piston........................... Ün,,23i
- Volant, diamètre 1 m. ; largeur 0m,30.
- Nombre de tours par minute •„............ 230
- Vitesse normale par heure................ 3 km.
- Roues avant, diamètre lm,06; largeur 0‘”,25. Roues arrière, diamètre 1m,52 ; largeur Um,457
- Empattement............................ 3m,20
- Longueur extrême...................... 3,n,63
- Largeur extrême........................ 2m,36
- Hauteur totale......................... 2m,98
- Le tender peut contenir (HO litres d’eau et 400 kilogrammes de charbon.
- Le poids approximatif est de 8 440 kilogrammes.
- Le prix complet est de 13 950 francs.
- Il a été reconnu que l’entretien est peu de chose;la machine fut confiée à un ancien laboureur, devenu forgeron et qui chauffait la locomobile de la ferme lors des battages. On peut donc trouver sans trop de difficulté le mécanicien convenable pour conduire et entretenir le tracteur Case.
- La consommation de charbon ne dépasse pas 450 kilogs par hectare, soit 17 francs environ.
- En marche normale, pour une journée de 8 heures, la machine dépense 2800 litres d’eau par hectare; ayant rempli le tender le matin avant le départ, il suffit de l’approvisionner quatre fois dans la journée, ce qui nécessite un attelage et un homme, à moins qu’il y ait des puits dans les champs, car la machine peut puiser l’eau dont elle a besoin.
- La dépense en lubrifiant (valvoline et graisse consistante) n’atteint jamais 1 fr. 30 par jour.
- La charrue Deere, achetée avec le tracteur, est à 5 raies, pèse 750 kilogrammes, et peut travailler de 0m,15 à 0"1,25 de profondeur sur une largeur de 2 mètres ; deux leviers règlent la profondeur et un ouvrier suffit pour la manœuvre.
- Cette charrue ne peut être employée que dans un terrain favorable, et le labour ne
- p.599 - vue 599/950
-
-
-
- 600
- REVUE DE, CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1913.
- peut dépasser 0"',22 à 0m,25 de profondeur avec A socs seulenient. Dans les terres fortes elle exige une traction trop élevée pour le tracteur; de [tins, moulée sur un bâti rigide, elle se prête mal aux dénivellations du sol.
- Le bon travail (pie peuvent fournir la charrue Deere et le tracteur se réduit à un labour superficiel de 12 à 15 centimètres de profondeur, un --------- déchaumage par exemple.
- Comme il s’agissait d'effectuer économiquement des labours profonds, M. Rendu employa deux charrues brabanl-sim-ples.(l), pesant chacune ISO kilogrammes, qui existaient déjà
- Fig. 11. — Barre d'attelage des charrues au tracteur Case.
- sur le domaine, bien que des charrues plus fortes eussent été plus avantageuses.
- Ainsi qu’on le voit sur la figure 10 et sur la photographie fig. 11), la première charrue A est attelée par une chaîne c, à 2 mètres derrière le tracteur T qui se déplace dans le sens de la flèche f; une chaîne c', longue de 4ni,50, tire la seconde charrue B dont une roue r roule dans la jauge ouverte par la première : les deux chaînes c et c' sont accrochées à la traverse ab attachée à l’arrière du tender du tracteur T. Les deux charrues séparées, faisant ainsi le travail d’une charrue à deux raies, sont attelées sur le côté droit du tracteur, sans que cette déviation ait été' défavorable.
- Fig. iO. — Plan du tracteur Case et des charrues.
- Les charrues suivent fort bien les dénivellations du terrain ; si, pour une raison quelconque, l’une sort de raie, le laboureur, qui marche à côté, l’y remet facilement par une légère poussée.
- (1) Ce sont des charrues brabanl-douhle dont ou a enlevé le coutre, le soc et le versoir versant à gauche.
- p.600 - vue 600/950
-
-
-
- UNE ANNÉE DE CULTURE MÉCANIQUE EN HAUTE-GARONNE.
- 601
- Il a été reconnu que le tassement occasionné parle poids du tracteur n’était pas un inconvénient dans les terres moyennement fortes ; la bande de terre est très bien retournée et .désagrégée par suite de la vitesse des charrues. Il n’en serait certainement pas de même si le poids du tracteur dépassait 8 tonnes et demie, et ce serait une faute d’employer une forte et lourde machine, de 60 chevaux par exemple.
- Le travail n’est pas excellent dans toutes les terres : en terres très compactes, les charrues se tiennent difficilement dans la raie et ne font qu’un travail irrégulier dont la profondeur ne dépasse pas 20 centimètres; d’ailleurs six paires de bœufs, pour les deux charrues, ne pourraient faire ce travail dans de meilleures conditions.
- Bien qu’on puisse fonctionner avec deux hommes seulement, le mécanicien et le laboureur, on a reconnu avantageux de travailler avec trois hommes dont un chauffeur qui, maintenant la pression constante, permet au mécanicien de conduire à une allure plus régulière, avec des arrêts moins fréquents.
- Voici les résultats constatés en travail régulier, avec deux hommes, sur un terrain de consistance moyenne et en marche normale :
- Le champ rectangulaire est labouré suivant sa plus grande longueur, soit 230 mètres, la machine remorquant deux charrues travaillant à 0m, 30-0m, 32 de profondeur sur une largeur de 0m,80.
- En travail ininterrompu, on devrait faire 24 ares par heure, ou 1 hectare en 4 heures à la vitesse moyenne de 3 kilomètres à l’heure; tandis qu'avec le temps employé pour la tournée, il faut 9 minutes 33 secondes pour exécuter un rayage de 230 mètres de longueur.
- En réalité, au lieu de labourer 2 hectares en une journée de 8 heures, on ne peut labourer pratiquement que 125 ares environ par suite des pertes de temps qui sont de :
- 1 heure pour les tournées;
- 1 heure 1/4 pour prendre de l’eau;
- 1 heure pour prendre du charbon, graisser, reprendre les raies manquées.
- Soit en tout au moins 3 heures, ou à peu près 40 p. 100 de la journée.
- En résumé, il n’y a pas plus de 5 heures de travail effectif dans la journée de 8 heures (soit 62, 5 p. 100), ce qui porte à un peu plus d’un hectare la surface labourée pratiquement par jour.
- On augmenterait un peu le travail journalier en employant 3 hommes, dont un chauffeur.
- Les tournées, ou contournières, prennent beaucoup de temps, près de 13 p. 100, ce qui montre l’avantage des grandes pièces de terre, d’une cinquantaine d’hectares par exemple.
- En terre silico-argileuse, le tracteur peut fonctionner par une légère humidité. Au contraire, dans les terres argileuses, la moindre trace d’humidité à la surface du sol fait patiner les roues et l’adhérence manque, malgré la largeur des jantes et les crampons dont elles sont munies.
- p.601 - vue 601/950
-
-
-
- 602
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1913.
- Les labours proronds effectués au tracteur jouent le rôle d’un excellent drainage ; sur labour profond, après les pluies de la dernière quinzaine de janvier 1913, les champs étaient parfaitement sains et le blé d’un beau vert, tandis que sur les labours ordinaires faits avec les attelages, les champs étaient humides et le blé prenait déjà une teinte jaunâtre.
- On multiplie facilement les façons superficielles exécutées par les attelages avec de fortes déchaumeuses, des herses et des rouleaux à grand travail ; dans une journée (h; 8 heures, une personne avec deux paires de bœufs peut travailler avec une charrue à 4 socs, à 0"',10 de profondeur, un hectare dans les champs ayant plus de 250 mètres di* rayage; avec une herse on dépasse 1 hectare et demi.
- Labour profond et façons superficielles sont donc effectuées rapidement, de sorte qu’il est possible de n’aller sur les terres qu’au moment opportun, ce qui présente une heureuse répercussion sur les récoltes.
- *
- MM. Barennes et de Marsay ont établi ainsi qu’il suit le prix de revient du labour d’un hectare à O"1, 30 de profondeur.
- Le tracteur, les charrues et le matériel accessoire représentent un capital de 15 000 francs (1) qui doit être amorti en dix ans, sur 80 hectares à travailler chaque année ; cela représente 18 fr. 75 d’amortissement et 9 fr. 38 d’intérêt à 5 p. 100, soit 28 fr. 13 de frais fixes par hectare.
- Frais fixes (amortissement et intérêt).................28 fr. 13
- Charbon, 450 kg. à 38 fr. les 1 000 kg........14 fr. 10 i
- Iluile, graisse................................ 1 fr. j 21 fr. 10
- Transport de l’eau............................. 3 IV. )
- Mécanicien..................................... 4 fr. ]
- Aide-méeanieien-chautleur...................... 3 fr. > 10 fr.
- Laboureur...................................... 3 fr. )
- Amortissement, usure et réparation des charrues........ 0 fr. 15
- Total................59 fr. 98
- Soit (10 francs par hectare, alors qu’à la Beguere un même labour, avec les attelages. reviendrait à 82 fr. 50 par hectare.
- A la Beguere, le tracteur laboure environ 80 hectares par an à 0"1,30 : en octobre-novembre les soles à betteraves, maïs et pommes de terre; en avril, mai et juin on retourne les vesces, orges et seigles verts, le trèfle (farouch) fauché; en juin on défriche les luzernes sur lesquelles on mettra un maïs-fourrage à couper en octobre ; en août, on rompt les trèfles ; etc.
- (L) Il n’y a pas eu d’augmentation du capital d’exploitation de la Reguere, car les 13Ü00 francs d’achat du tracteur Case seul, ont remplacé les 4 OUI) francs de la loeomobile et les 6 00U francs, valeur de 5 paires de bœufs. On a vendu la loeomobile, achetée en 1904, et les cinq paires de bœufs.
- p.602 - vue 602/950
-
-
-
- UNE ANNÉE DE CULTURE MÉCANIQUE EN HAUTE-GARONNE.
- 603
- Les nouvelles soles sont ainsi établies :
- Blé.................
- Avoine..............
- Plantes sarclées. .
- Fourrages verts. .
- Prairies naturelles.
- — artificielles Pâtures à moutons Vignes et divers .
- Total
- Cette nouvelle répartition des cultures n’a pu être réalisée que par suite de la rapidité d’exécution des gros labours.
- -X*
- -X- -X-
- 22 j 67 hectares.
- .10 —
- . 18
- . 29 —
- 30
- 6 —
- . 10 —
- 170 hectares.
- Le tracteur avec 3 hommes et 2 charrues labourant par jour un hectare à 0m,30 de profondeur, exécute autant de travail que ti charrues tirées chacune par 3 paires de bœufs et conduites par 2 hommes, c’est-à-dire 36 bœufs et 12 hommes ; il y a donc une économie de 9 hommes, soit 73 p. 100 de la main-d’œuvre.
- Pour les façons superficielles des 80 hectares labourés annuellement par le tracteur, il faut 1 230 journées d'attelages, soit 3 paires de bœufs qui ne travaillent chacune que 260 jours par an.
- Le tracteur a ainsi permis de réduire de moitié le nombre des bœufs nécessaires au domaine, et comme les travaux qui restent à exécuter sont légers, de jeunes animaux suffisent.
- La nouvelle main-d’œuvre est ainsi décomposée :
- 4 maîtres-valets à 800 francs......... 3 200 francs.
- 1 mécanicien............................. 1 200 —
- 1 ahle-mécanicien-chautfeur................ 800 —
- 1 roulier.................................. 900 —
- 1 journalier............................... 700 —
- 1 vacher................................... 900 —
- 1 berger................................... 800
- 5 femmes à la journée................... 1 800 —
- 15 personnes. 10 300 francs.
- Sur le compte fait avant 1912, il y a en moins 7 maîtres-valets et un journalier. Il n’y a pas de modification pour le roulier, le vacher et Je berger; il y a en plus un chauffeur et plus de temps de femmes.
- On voit que l’emploi du tracteur a permis de réaliser une diminution de 10 p. 100 sur le nombre de personnes, mais seulement de 37 p. 100 sur les dépenses de la main-d’œuvre, par suite de l’augmentation du salaire du forgeron devenu mécanicien, et du plus grand nombre de journées de travail exécuté par les femmes.
- Cette réduction seule, de 40 p. 100 sur la main-d’œuvre, justifierait l’emploi du tracteur si l’ou songe à toutes les difficultés que rencontre le propriétaire du Sud-Ouest pour recruter un personnel médiocre.
- D’autre part, le travail demandé au personnel est moins pénible qu’auparavanl ;
- p.603 - vue 603/950
-
-
-
- 604
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1913.
- comme les façons superficielles s'effectuent avec des machines travaillant seules, il suffit d'un conducteur d’attelage et l’on comprend qu’on puisse employer à ce travail des femmes ou même des enfants.
- Ajoutons ipie le tracteur servant à la Beguerc à battre les céréales et à élever de l’eau pour l’irrigation,-les frais d'amortissement pour les labours pourraient s'estimer à 10 francs au lieu de 1S francs par hectare.
- MM. Baronnes et de Marsay donnent alors à leur étude la conclusion suivante :
- « Avec le tracteur, dans des conditions analogues à celles de la Boguere, on peut lutter efficacement contre la pénurie et la mauvaise qualité de la main-d’œuvre, et étendre d’une façon pratique, sur tout le domaine, les bienfaits des labours profonds constituant une amélioration foncière de premier ordre. »
- Charrue tritureuse de M. E. Méline,
- par M. Fkhxand de Co.ndé, Ingénieur agronome.
- Nous avons déjà signalé (I) la charrue tritureuse de M. E. Méline (fipinal, Vosges), qui figurait au Concours général agricole de 1913, et son application possible en culture mécanique.
- La machine est, en réalité, un arracheur de tubercules (fig. 12), dont le principe est représenté par la figure 1 3.
- Un corps de charrue V, à versoir à claire-voie, soulève la bande de terre. En arrière
- Fig. 12. — Charrue tritureuse <le M. E. Méline.
- de ce versoir se trouve un arbre incliné a muni de broches b légèrement recourbées à leurs extrémités ; cet arbre est animé d’un mouvement de rotation qui lui est commu-
- (1) Page 501, Bulletin de Mars 1913.
- p.604 - vue 604/950
-
-
-
- ÉPREUVES ET CLASSEMENT DES TRACTEURS AUTOMOBILES.
- 605
- niqué par une transmission /‘et deux pignons dentés r et s; ces pignons sont enfermés dans un carter non représenté sur la ligure 13. L’inclinaison de l’arbre a, par rapport à la verticale //, est facilement réglable à l’aide de vis n et n'.
- La bande de terre soulevée par le versoir se trouve désagrégée par les broches b. Le mouvement de rotation de l’arbre s’etfectue de manière à rejeter la terre vers le labour, le guéret étant représenté en G et le fond de la raie ouverte en L. Les broches b attaquent la bande de terre par le dos de la légère courbure que présentent leurs extrémités.
- Fonctionnant comme arracheur, la machine, appelée Trilur, se complète par un avant-train composé de deux roues analogues à des roues de faucheuse ; ces roues actionnent des engrenages logés dans un carter et le mouvement est communiqué au pignon r par la transmission f constituée par un ressort à boudin logé dans une gaine
- Fig. 13. — Principe de la charrue tritureuse de M. E. Méline.
- de cuir. Une chaîne de traction c relie l’avant-train à l’age A, qui se continue par les mancherons m. Une vis de terrage permet de régler la profondeur de travail.
- Pour l’adaptation de cet appareil à la culture mécanique, surtout pour l’exécution des dernières façons, on peut imaginer que la transmission f vient directement du tracteur qui sert à déplacer la charrue, supprimant ainsi l’avant-train.
- Comme, après le passage de la machine, la bande de terre se trouve désagrégée, il suffirait d’un coup de herse pour préparer le sol en vue des semailles.
- Épreuves et classement des tracteurs automobiles.
- L’Administration de la Guerre a ouvert, le 6 mars 1913, un concours avec épreuves d’endurance de tracteurs automobiles à quatre roues motrices, en vue de l’acquisition éventuelle de ce matériel.
- Voici les principales conditions qui étaient imposées, et qui présentent beaucoup d’analogies avec celles que nous demandons à nos tracteurs destinés à la culture mécanique. — On a déjà essayé en France (1907) un tracteur agricole à trois roues motrices.
- p.605 - vue 605/950
-
-
-
- 600
- RE VU K DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1913.
- Le poids vide; du tracteur ne doit pas dépasser 5 500 kilogrammes; il doit pouvoir porter une charge utile d’au moins 2 000 kilogrammes. Pour les essais de traction le poids total ne doit pas dépasser 7 500 kilogrammes.
- Les organes les plus bas de la voiture (sauf les couronnes de frein) devront être au moins à une distance de 0m,30 au-dessus du sol.
- Moteur à ! cylindres, donnant sa puissance normale à la vitesse maximum de 1 000 tours par minute. Allumage par magnéto à liante tension, à étincelle direct/*; l'avance pourra être réglable à la main, mais en tous cas le moteur doit pouvoir fonctionner régulièrement sans le secours du dispositif de réglage à la main de l’avance à rallumage.
- Carburateur automatique permettant l’emploi de l'essence minérale, du benzol et de l'alcool carburé.
- Circulation d’eau; radiateur et ventilateur établis largement pour permettre au moteur de fonctionner sur place en développant pendant 30 minutes l’effort nécessaire au halage fpar treuil ou cabestan) d’une remorque de 15 tonnes sur une rampe de 15 p. 100.
- Quatre vitesses avant et une marche arrière. La première vitesse doit permettre au tracteur de développer sur son crochet d'attelage, en palier et sur une bonne route, un effort continu de traction au moins égal au tiers de son poids total en charge maximum, soit au moins 2 500 kilogrammes pour un tracteur pesant 7 500 kilogrammes.
- Embrayage très progressif. Un dispositif doit permettre de bloquer à volonté le ou les différentiels.
- Le tracteur sera muni d’un treuil, ou cabestan, avec enrouleur automatique, et d'un càlile de 50 mètres de longueur. A l’aide d'une poulie de renvoi, le treuil doit tirer sur son câble aussi bien vers l’avant que vers l’arrière.
- Le tracteur doit pouvoir tourner sur un cercle dont le diamètre, pris sur la trace de la roue extérieure, ne dépassera pas 15 mètres.
- Les roues (bandages en caoutchouc plein) comporteront un dispositif pour recevoir facilement des chaînes antidérapantes, ou tout autre système équivalent.
- Le tracteur sera muni en avant et en arrière de deux crochets d’attelage capables chacun de résister à un effort de traction de 2 000 kilogrammes ; ces crochets doivent lui permettre de remorquer un autre véhicule ou d’être remorqué lui-même par un autre tracteur ou avec des animaux. En outre, à l’arrière, il y aura un crochet cheville-ouvrière avec amortisseur élastique.
- Les réservoirs d’eau et de combustible doivent avoir une contenance suffisante pour assurer, sur une bonne route moyennement accidentée, le service sur un parcours de 100 kilomètres sans ravitaillement.
- Le tracteur isolé et portant sa charge utile maximum doit pouvoir gravir une rampe de 18 p. 100. Sur une route moyennement accidentée, avec rampes ne dépassant pas 8 p. 100, il doit pouvoir fournir une vitesse moyenne de 10 kilomètres à l’heure, sans que la vitesse instantanée dépasse 25 kilomètres à l’heure.
- Le tracteur doit pouvoir tirer deux remorques dont le poids total sera d’au moins
- p.606 - vue 606/950
-
-
-
- ÉPREUVES ET CLASSEMENT DES TRACTEURS AUTOMOBILES. 607
- 15 tonnes, aux vitesses suivantes: 14 kilomètres à l’heure en palier; 8 kilomètres à l’heure, sans jamais dépasser 15 kilomètres, sur une route moyennement accidentée, avec rampes ne dépassant pas 8 p. 100 (ces conditions de vitesse seront réalisées sur une route pouvant être boueuse, dans un parcours d’au moins 60 kilomètres de longueur dont un sixième au plus en rampes comprises entre 6 et 8 p. 100).
- Avec son treuil (ou cabestan), le tracteur doit pouvoir lialer la remorque de 15 tonnes sur une rampe de 15 p. 100.
- Le tracteur, en traction directe, ou à l’aide de son treuil, doit circuler avec sa remorque de 15 tonnes sur des routes en très mauvais état, passer à travers champs et franchir des obstacles (fossés, levées de terre, etc.) que les voitures militaires sont appelées à franchir couramment.
- Les dix épreuves à suhir sont les suivantes :
- Tracteur isolé avec su charge utile maximum : une étape de 100 kilomètres sur route avec rampes ne dépassant pas 8 p. 100; — une épreuve de côtes à
- 18 p. 100.
- Tracteur avec sa charge utile maximum et tirant ses deux remorques (15 tonnes) : cinq étapes de 60 kilomètres chacune sur routes avec rampes ne dépassant pas 8 p. 100; — une étape de 40 kilomètres sur une route peu accidentée.
- La consommation de combustible, et la vitesse obtenue, seront mesurées sur une des étapes ci-dessus de 60 kilomètres, et sur l’étape de 40 kilomètres.
- Une épreuve de fonctionnement du treuil sur rampe de 15 p. 100.
- Une épreuve sur un terrain varié et difficile, du tracteur isolé, puis du tracteur remorquant 15 tonnes
- Les épreuves seront suivies d’un démontage et d'un examen détaillé des pièces du mécanisme.
- En examinant les conditions imposées, on voit qu’elles viennent appuyer ce que nous exposions au sujet des conditions d'essais des appareils de culture mécanique (Culture mécanique, t. I, p. 47), en critiquant les résultats que peuvent donner des concours de courte durée effectués au milieu du public, dont l’affluence ne peut que gêner les expérimentateurs.
- La méthode de classement, indiquée par l’Administration de la Guerre, est intéressante à connaître, car, établie après une série d’études, elle peut servir de base pour des concours analogues de tracteurs agricoles.
- Le classement tient compte des éléments ci-après :
- 1° Le rendement A du tracteur comme porteur, d’après le rapport du poids utile u porté par le tracteur au poids mort m du tracteur :
- p.607 - vue 607/950
-
-
-
- 608
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1913.
- 2° Le, rendement Il do traction, d’après lo rapport du poids total remorqué r au poids inortm du tracteur :
- R = —
- ni
- d" La vitoss(! et la consoinmatiou sous la forme du rapport, C, de la vitesse moyenne v, en kilomètres à l’heure, à la consommation s de combustible, en litres par tonne kilométrique du poids total du train :
- 1° Une note d’ensemble 1), appréciée par la Commission, comprenant les cinq notes suivantes, comptées de O ù *20 et affectées chacune du même coefficient (I :
- a — .Maniabilité, facilité de conduite et souplesse de fonctionnement. h — Aptitude à circuler en terrain varié.
- c— Accessibilité des différents organes et facilité de démontage. d — Dispositions mécaniques, construction et fini des pièces. e — État des organes après les épreuves.
- La note D est donnée par :
- D — 6 ( et ~r ê à- c -f~ ( L -p c j.
- Les tracteurs seront classés dans l’ordre des nombres X obtenus pour chacun d'eux en appliquant la formule suivante :
- N = 100 A + 100B + G + D.
- Nous laissons intentionnellement de côté des détails très intéressants du règlement, parce qu’ils visent plus particulièrement les engins désirés par l’Administration de la Guerre, et notre analyse s’est limitée aux conditions analogues à celles qui peuvent être demandées aux tracteurs destinés à la culture mécanique.
- Quelques anciennes laboureuses
- à pièces travaillantes animées d’un mouvement circulaire continu
- autour d’un axe horizontal perpendiculaire au sens.d’avancement de la machine,
- par M. Fernaxu de Co.ndé, Ingénieur agronome.
- On parle beaucoup aujourd’hui des laboureuses à pièces rotatives; à plusieurs reprises déjà depuis plusieurs années on a présenté des machines de culture dont les pièces travaillantes ont un mouvement circulaire continu.
- Ces machines peuvent se classer en trois catégories :
- Dans la première, la plus nombreuse et la plus ancienne, îles dents, de formes diverses, sont montées sur un axe horizontal qui est placé perpendiculairement au sens d’avancement de la machine;
- p.608 - vue 608/950
-
-
-
- QUELQUES ANCIENNES LABOUREUSES.
- 609
- Dans la deuxième, l’axe portant les dents est placé dans un plan vertical parallèle au sens d’avancement de la machine (avec une inclinaison plus ou moins grande sur l’horizontale);
- Une troisième catégorie comprend les machines possédant des axes verticaux armés à leur partie inférieure de pièces travaillantes de formes diverses et animés d’un mouvement de rotation.
- Nous n’avons en vue dans cet article que le premier groupe, celui des machines dont l’axe horizontal est perpendiculaire à la direction de marche.
- La plus ancienne de ces machines semble être la défonceuse Guihal (1).
- Cette machine (lig. 14) a paru en 1851 au Concours général de Versailles. Elle se compose d'une roue en fonte portant à sa périphérie des dents recourbées; l’essieu a de cette roue est monté sur un bâti k, assez analogue à un bâti de charrette, se prolongeant par des limonières. Les dents sont disposées suivant deux circonférences; une
- /
- Fig. 14. — Défonceuse Guibal.
- ou deux palettes inclinées c et /‘peuvent être disposées dans certains cas pour détacher la terre restant adhérente aux griffes de la machine.
- On charge le bâti afin d’obtenir une pénétration suffisante des dents. Lorsqu’on déplace la machine, la roue tourne et les pointes pénètrent dans le sol. Pour transporter cet appareil on y adapte des roues ordinaires. D’après Londet, alors répétiteur d’Agriculture à l’Institut national Agronomique de Versailles, il fallait deux paires d’animaux et deux hommes, un homme étant nécessaire pour maintenir l’équilibre de l’ensemble pendant le travail.
- (1) Voir : Travaux el machines pour la mise en culture des terres, par M. Ringelmann.
- Tome 119. — 1er semestre. — Avril 1913. 40
- p.609 - vue 609/950
-
-
-
- 610
- BEVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1913.
- Le mouvement de rotation des pièces travaillantes est donc donné par le simple déplacement de la machine par des animaux.
- Le principe du travail des dents de la défonceuse Guihal, étudié par M. Ringelmarm, est indiqué par la ligure 15 : Si une roue A, d’un poids P suffisant, roule sur le sol x sans glissement, un point m de sa circonférence décrit dans le plan vertical une cycloïde mcc". Si cette roue est munie de dents n a, la pointe a de la dent parcourra une cycloïde allongée a' a a" b b'. La portion de terre remuée par la dent sera le volume a a" b figuré en section par /'; afin que la dent ne porte pas au fond a a" de la raie ainsi ouvert)!, le profil h a de la dent est situé entièrement à l'inférieur de la courbe a' a. Comme il se produit toujours des arrachements dans la zone r on pourrait
- se contenter de placer la dent voisine n' cl' de manière à lui faire décrire la trajectoire de a. La défonceuse Guihal comportait des dents plus rapprochées attaquant le sol en a et I.
- Les dimensions de la laboureuse Guihal étaient les suivantes : la roue A (fig. 15) avait 0U1,40 de diamètre; la profondeur maximum de travail y a", égale à la longueur / des dents, était de 0m,o0 ; l'écartement a t de deux trajectoires successives était de 0m, 15G et chaque dent travaillait le sol sur une largeur a b égale à O"1,38.
- Si le poids de la machine n’est pus suffisant pour faire pénétrer entièrement les dents dans le sol, la théorie est la même mais on peut alors considérer le niveau du sol comme étant en x'.
- La théorie que nous venons d’exposer s’applique aussi aux herses roulantes, dites herses norvégiennes.
- p.610 - vue 610/950
-
-
-
- QUELQUES ANCIENNES LABOUREUSES.
- 611
- Le principe de la défonceuse Guibal se retrouve dans la machine Paul (du comté de Norfolk, 1854), destinée à ouvrir des tranchées de lm,50 de profondeur ; cette machine était actionnée par un manège et des chaînes de transmission.
- îfr X*
- La défonceuse Guibal fut perfectionnée par Rolland, puis par le baron Thénard et devint la piocheuse Thénard (1858). La piocheuse Thénard (fig. 16) est une défonceuse Guibal montée sur roues servant de support et de même diamètre que la roue portant
- Fig. 16. — Piocheuse du baron Thénard.
- les dents. L’essieu est coudé, ce qui permet d’abaisser ou de relever les roues pio-cheuses par rapport aux roues porteuses ; des secteurs dentés permettent de fixer cet essieu dans la position désirée. — On pouvait avec cette machine effectuer un fouil-lage de 0U1, 28 au fond de la raie d’un labour de 0,n, 32, ce qui portait la profondeur travaillée à 0m,6ü.
- * *
- La machine bêcheuse de l’agronome italien Luigi Pavese peut être considérée comme trois défonceuses Guibal entre lesquelles passent des pelles animées, aux moments voulus, d’un mouvement de rotation; cette machine était destinée aux cultures superficielles.
- Au Concours de Paris de 1894 figurait la piocheuse Galland et Grandjon, de Lyon; cette machine se composait d’une série de disques armés de dents crochues formant un ensemble assez analogue à une défonceuse Guibal, montés sur un axe. Cet axe peut être commandé pour être animé d’un mouvement de rotation qui sert à l’avancement de la machine; le moteur est un ouvrier qui, par deux manivelles, actionne un arbre transmettant son mouvement au rouleau piocheur par des engrenages et des chaînes. A l’arrière, deux roues porteuses soutiennent la machine et servent en même temps à régler la profondeur de travail. La largeur travaillée était de 0“‘,45 et la profondeur de
- p.611 - vue 611/950
-
-
-
- 012
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1913.
- Il"',t(); on pouvait modifier l;i largeur cultivée on réduisant ou on augmentant lo nombre do disquos piocheurs. Pour le binage des plantes on lignes ot des vignes, la machine, montée sur quatre roues, aurait pu travailler à une profondeur de ()'", 15sur une largeur de 0m, lia.
- •X-
- * -A' 1
- Kn 189b fut essayé par M. Itingelmann, à la Station d’Essais de Maebincs, un Système de culture par traction mécanique, de M. A. de Souza, de Paris. Le Bulletin d'expériences, que nous donnons ci-dessous, est consigné sur les registres de la Station sous le numéro 118.
- Renseignements généraux sur la machine. — La. machine qui a été expérimentée (lig. 17) n’est qu’un premier modèle d’essais. Sur un bâti métallique, porté en arrière par deux tambours clavelés sur leur axe el en avant par deux roues pouvant s’obliquer, est fixé un moteur à essence minérale (moteur Pygmée, dit de six chevaux, à deux cylindres à manivelles calées à 180 degrés, devant faire 700 tours par minute). Le moteur entraîne, par un train d’engre-
- Fig. 17. — Machine A. de Souza.
- nages, l’essieu des tambours d’arrière sur lequel est disposé un embrayage. A l’avant, |le conducteur, assis sur un siège, dirige la machine en obliquant les roues d’avant par un volant-gouvernail; une des roues d’avant (de droite) est pourvue d'une tôle circulaire tranchante, l’autre étant à jante plate.
- Pour faciliter l’adhérence de cette locomotive et en vue de donner au sol une première culture, les tambours d’arrière sont garnis, suivant leurs génératrices, de lames ou palelles et de dents de formes diverses et amovibles destinées à pénétrer dans le sol (fig. 17).
- Les instruments de culture sont attachés à. l’arrière de la locomotive.
- Dimensions principales de la machine :
- Diamètre des roues d’avant..............:.................. 0m,t)0
- Diamètre des tambours d’arrière................................. Im,ü7
- Largeur des tambours d’arrière.................................. üm,3o
- Empattement................................................... 3m,10
- Voie des roues avant......................................... l“,(l.'i
- Ecartement dans l’axe des tambours d’arrière.................. ür",‘Jo
- p.612 - vue 612/950
-
-
-
- QUELQUES ANCIENNES LABOUREUSES.
- 613
- ,T . , . . ( Porte-lames
- Nombre de traverses par tambour . . ] „ t ,
- { Porte-dents
- Hauteur des porte-lames...........................
- Longueur des porte-lames. ........................
- Longueur des porte-dents..........................
- Grandes lames (en ove) Petites lames (en ove) Dents...............
- Transmission par train d’engrenages . . . .
- [ Largeur.......
- ( Hauteur.......
- ( Largeur.......
- ( Hauteur.......
- $ Section.......
- ( Hauteur.......
- Pignon sur l’arbre du moteur. .
- Roue.........................
- Roue.........................
- Roue..........................
- 6
- 6
- 0”,115
- t)m,56
- 0m,65
- 0m,17
- 0m,19
- 0m,07
- 0m,15
- 0.013 X 0,010 0“,15 15 dents. 88-18 dents. 70-16 dents. 82 dents.
- Essais. — Les essais ont été effectués dans les terres delà ferme de Vitry-sur-Seine (Seine) dans différentes conditions de fonctionnement.
- A. Avancement cle la locomotive par tour ! Tambours non garnis . . 0m,028
- de l'arbre du moteur...........( Tambours garnis .... 0m,034
- B. Tournées. — Le diamètre du cercle de tournée est de 11 mètres. Sous ce rapport des modifications devront être apportées à la machine afin de pouvoir tourner court à l’extrémité du rayage.
- C. Travail à vide. — Travail mécanique nécessaire en kilogrammètres à dépenser par mètre d’avancement de la machine sur l’arbre du moteur pour le déplacement de la locomo-
- tive seule :
- Sur prairie sèche (chaque tambour est garni de lames et de dents)............................. 756 kgm.
- Sur vieille luzerne de quatre ans très humide (chaque tambour est garni de lames) . . 1 179 —
- Sur vieille luzerne de quatre ans très humide (chaque tambour est garni de lames et de
- dents, mais sans les engrenages de la transmission)....................................... 600 —
- T). — Travail au scarificateur (sur une vieille luzerne de quatre ans très humide). — Dans ces essais le dynamomètre était placé en avant du scarificateur et indiquait ainsi la traclion disponible pouvant être utilisée par une machine quelconque de culture. Il est à remarquer que les roues de la locomotive n’ont jamais patiné.
- Le tableau suivant donne les moyennes de ces essais.
- Tractions Travail mécanique utilisable
- moyennes Vitesse moyenne par seconde
- (kilogrammes). (mètres par seconde). (kilogrammètres).
- 700 » »
- 530 0,37 196,1
- 344,6 0,45 155,07
- Observations
- Traction maximum qui arrête le moteur.
- E. — Influence des tambours moteurs. — Dans cette série d’essais effectués sur une luzerne de quatre ans. très humide, on a cherché l’inlluence que peut avoir sur la traction du scarificateur le rayage en partie remué par les dents des tambours moteurs.
- Chaque tambour était garni de lames et de dents. Le scarificateur n’avait que quatre
- p.613 - vue 613/950
-
-
-
- 614
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1913.
- lames qui passaient dans les rayages des tambours. Les essais ont été faits en déterminant, la résistance du scarificateur travaillant à la même profondeur, sur le même sol, soit sur le rayage de la machine, soit sur le terrain naturel.
- Le tableau suivant donne le résumé de ces essais.
- Tractions
- moyennes moyennes générales (Uilooiy. ikilotrr.
- r 2<;8, :t \
- Scarificateur fonctionnant sur le terrain naturel.........................] 299,0 J 337,7
- ( -410,0 )
- Scarificateur fonctionnant sur le rayage de la machine dans les mêmes ^ 278,,'i )
- conditions de réglage................................................( 211,7 i -00,1
- Différence de traction en laveur du scarificateur fonctionnant sur le rayage de la
- machine.............................................................................. 77,0
- Nota. — Pour le même réglage du scarificateur, le sol était plus ameubli lorsqu’on travaillait sur le rayage de la machine que lorsque le scarificateur fonctionnait sur le sol naturel.
- Dans la machine de Galland et Grandjon et dans la machine de de Souza, les pièces travaillantes séri ent en même temps à la propulsion de la machine.
- Les machines à labourer à outils rotatifs commandes, mais dont la rotation est plus rapide que celle qui correspondrait à un simple roulement sur le sol, ont fait leur apparition en Amérique il y a déjà plusieurs années. M. Ringelmann nous a parlé souvent d’une telle laboureuse qu’il avait vue fonctionner en 1893, à Chicago, à la 123'“ rue. Les indications qui suivent sont extraites de ses notes.
- La machine (fig. 18) était une locomotive routière à vapeur de 130 ou U0 chevaux et pesant li tonnes. Elle portait à l'arrière un cylindre C muni à sa périphérie de pioches p, ce cylindre tournant dans le même sens que les roues motrices à la vitesse de 300 tours par minute. Ce cylindre pioclieur travaillait sur une largeur de 2'“,30 et comportait huit séries de pioches disposées au nombre de trois par circonférence; chaque pioche pesait près de 20 kilogrammes et ce poids était obtenu en la chargeant avec du plomb; l’assemblage des pioches avec l’arbre comportait des ressorts.
- Le réglage de la profondeur de travail était assuré par deux rouleaux de 0"’, 10 environ de diamètre sur lesquels se reportail le poids du cylindre pioclieur.
- Le relevage de l’oulil s’effectuait à l’aide d’un piston à vapeur et par l’intermédiaire d’une chaîne.
- La locomotive comportait une seule chaudière, parallélipipédique, marchant aune pression de 12 kilogrammes et demi par centimètre carré. Deux moteurs, chacun à un seul cylindre, étaient montés sur le châssis; l’un, placé à l’avant, commandait les roues d’arrière de la machine; l’autre, par engrenages et chaînes, commandait le cylindre pioclieur. Par suite des moteurs à un cylindre, il y avait des points morts et la machine avançait par à-coups.
- La direction se faisait par les roues d’arrière, qu’on pouvait embrayer séparément ;
- p.614 - vue 614/950
-
-
-
- QUELQUES ANCIENNES LABOUREUSES.
- 615
- la roue d’avant avait son axe en arrière de la cheville ouvrière et pivotait aisément ; la jante de cette roue était munie d’un boudin central.
- La machine se déplaçant à une vitesse de 0m, 60 à la seconde, travaillait sur une profondeur de'10 à 15 centimètres.
- Dans ces conditions, les pioches (de 0'",;>0 environ de largeur) agissaient, dans le sens d’avancement de la machine, environ tous les A centimètres.
- La terre était projetée à l’arrière suivant une trajectoire pouvant atteindre
- /// v>
- /'/ / '
- fc
- Fi°r. 18. — Labonreuse à vapeur à outils rotatifs.
- M. rouos motrices,
- P, roue porteuse.
- C. cylindre piocheur. j>, pioches.
- rouleau de réglage de profondeur, c, mécanisme de relevage par l'intermédiaire de la chaîne s.
- (t. chaudière.
- A, moteur actionnant le cylindre piocheur C par les transmissions a.
- R. Moteur actionnant les roues M par les transmissions b. t, bâche-rideau.
- v, sens d’avancement de la machine. fsens de rotation du cylindre piocheur.
- 6 mètres de corde x (fig. 18) et 5 mètres de flèche ?/. On effectuait donc peu de travail pratique avec beaucoup de peine.
- L’inventeur se proposait de placer à l’arrière des tubes semant à la volée. Une autre modification devait consister à avoir un chariot tiré par des chevaux, ce chariot portant une machine à vapeur commandant le cylindre piocheur placé à barrière du chariot.
- La pioc.ho.usr. de Ganz, de Budapest, qui apparut vers 1900, se composait d’une automobile comportant à l’arrière un cylindre piocheur commandé ; ce cylindre était, constitué par des lames disposées en hélice, et rappelant assez par conséquent les tondeuses de gazon, et tournait dans le sens des roues motrices.
- I*
- *X- -X-
- La trajectoire décrite par la pointe des dents dans ces machines à outils commandés est une cycloïde allongée, comme dans le cas de la piocheuse Guihal (fig. 15), correspondant à un cercle de très petit diamètre, ce cercle roulant sur un plan idéal.
- p.615 - vue 615/950
-
-
-
- 616
- «EVITE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- AVRIL 1913.
- Le résultat du rapide mouvement de rotation est (pie les dents agissent par percussion et que les points d’attaque du sol, considérés dans le sens du déplacement de la machine, sont à des intervalles beaucoup plus rapprochés que dans la défonceuse Guihal ou la-machine de Souza.
- En résumé, les machines que nous venons de décrire peuvent se classer en trois groupes :
- A. — Machines dont le cylindre piocheur n’est pas commandé, le mouvement, lui est communiqué par roulement sur le sol obtenu par une traction quelconque (Guihal; Thénard).
- B. — Mach ines dont le cylindre piocheur est commandé et dont le déplacement est assuré par le roulement de ce cylindre sur le sol; l’outil est donc moteur (Galland et Crandjon ; de Souza).
- (1. — Machines dont le cylindre piocheur tourne aune vitesse plus grande que celle correspondant à son roulement sur le sol; ce cylindre piocheur n’est pas moteur, et la machine est déplacée d’une façon quelconque : attelages, roues motrices, câble (machine américaine de Chicago; Ganz).
- C'est à cette dernière catégorie qu'appartiennent les laboureuses rotatives (à pièces travaillantes animées d’un mouvement circulaire continu autour d’un axe horizontal perpendiculaire au sens d’avancement de la machine) que l'on a vues figurer dans plusieurs démonstrations récentes.
- Concours et expositions.
- Chambéry (Société centrale d’Agriculture de la Savoie) ; du 24 au 29 juin 1913, concours d’appareils de labourage, avec moteurs à explosions, pour vignes en coteaux.
- Parme [Touring-Club italien, Fédération italienne des Consortiums agraires, et, Chaire ambulante d’Agriculture de Parme)-, fin juin 1913, concours international d'appareils de culture mécanique, pour labours : 1° de 15 à 25 centimètres de profondeur; de 25 à 35 çenUmètres ; 3° au delà de 35 centimètres de profondeur. — S’adresser au Touring-Club italien, 14 via Monte Napoleone, à Milan.
- Tunis {Direction générale de VAgriculture, du Commerce et de la Colonisation) , du 21 au 2X avril 191 4, concours international d’appareils de labourage à moteur.
- p.616 - vue 616/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 14 MARS 1913
- Présidence de M. L. Ltndet, président.
- La séance est ouverte à 20 h. 30 m.
- MM. H ttier et Toulon, secrétaires, dépouillent la correspondance et analysent les ouvrages offerts à la Société depuis la dernière séance. Parmi ces ouvrages, il convient de signaler les suivants qui seront envoyés pour examen aux Comités compétents :
- La question du moteur sans soupape. Le moteur Knight, par M. A. Contet;
- Les appareils d'intégration, par H. de Morin ;
- Bulletin de Vinstitut aérodynamique de Koutchino, de Moscou (fasciculesII,
- III et IV);
- Traité de la couleur au point de vue physique, physiologique et esthétique, et de Vharmonie des couleurs, par M. A. Rosenstieitl ;
- La protection légale des dessins et modèles, par G. Ciiabaud ;
- Le travail mécanique de la pierre dans T industrie, par M. J. Escard.
- M. le Président a le regret de faire part à la Société du décès d’un de ses membres les plus dévoués, M. Alfred Engel, ancien manufacturier, vice-président de la Chambre de Commerce de Belfort, ancien vice-président de la Société industrielle de Mulhouse, médaillé de 1870, officier de la Légion d’honneur.
- M. le Président annonce que la Société a été invitée à envoyer des délé-
- p.617 - vue 617/950
-
-
-
- 618
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- AVRIL 101
- gués au Congrès mondial des Associations internationales, organisé par l’Union des Associations internationales dont le siège est à Bruxelles. Ce Congrès se tiendra partie «à Garni, à l’occasion de l’Exposition universelle de cette ville, partie à Bruxelles, du 15 au 18 juin prochain. Les questions relatives à l’unification des mesures et des symboles qui les expriment y seront spécialement traitées. 11 est important que la Société d’Encouragement,(fui a joué, à plusieurs reprises, un rôle important dans la solution de ces questions et qui, d’ailleurs, a pris part au premier Congrès mondial de ce genre, à Bruxelles, en 1910, oii elles ont déjà été étudiées, prenne une part active à ces travaux. Aussi ne manquera-t-elle [tas de répondre à l’appel du Comité de ce Congrès.
- M. le Président remercie vivement M. L. Gaumont qui a bien voulu offrir à la Société une lanterne de projection; cette lanterne servira dorénavant aux séances du soir. Il transmet les remerciements de MM. Chéneveau et Heim, de M. Kohn-Abrest et de M. Marie, bénéficiaires de quelques-unes des subventions annoncées dans la dernière séance.
- Sont admis comme membres de la Société : M. KroiiEMONn ( Pierre), M. Titilla y f ('Georges), MM. Créaient et Bivïfrf, et M. Bourreaux.
- Huit nouveaux membres sont présentés pour faire partie de la Société :
- M. Guillatn (Florent), Inspecteur général des Ponts et Chaussées en retraite, ancien Ministre, Président du Comité des Forges de Franco, 55, rue Schelfer (lGe), présenté par MM. Lindet et Linder.
- M. Btlard (André), ancien élève de PEcolc polytechnique, 12, boulevard de Courcelles, présenté par M. Garçon.
- M. Gattbert (Jean), fabricant de produits chimiques, La Plaine-Saint-Denis, 15, rue du Landy, présenté par M. Bardy.
- M. Schubert (Adrien), Ingénieur des Arts et Manufactures, 88, avenue des Ternes, présenté par MM. Masson et, Lemaire.
- M. De latinay Bfllfvtllf (Bobert), Administrateur général do la Société des Etablissements Delaunay BelIeviIle, à Saint-Denis (Seine), présenté par MM. Lindet et Lecormu
- M. Tancrfdf (Paul), Président du Conseil d’Administration de la Société française d’industrie chimique, 75, rue do Maubeuge, présenté par MM. Lindet. et Miintz.
- MM. Prague (Charles) et Bouillon (Charles), ingénieurs, 14, rue de Borne, présentés par M. Lindet.
- M. Mience (Edouard), Président du Syndicat général de la Boulangerie
- p.618 - vue 618/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 619
- française, 50, rue de Roubaix, à Lille, présenté par MM. Lindet et Ringelmann.
- M. H. Hitier, membre du Conseil, fait une communication sur la Semaine agricole de Paris.
- La semaine du 17 au 24 février dernier peut être appelée « la semaine agricole de Paris » parce que, à l’occasion du concours des animaux gras et de l’exposition des machines au Grand Palais et à l’Esplanade des Invalides, les agriculteurs, venus très nombreux de tous les points de France, ont tenu à Paris une série de réunions et de congrès où furent discutées des questions du plus haut intérêt. (Société des Agriculteurs de France, d’Encouragement à l’Agriculture, des Viticulteurs, etc.)
- M. Hitier y voit la preuve de la vie intense qui anime aujourd’hui l’agriculture française.
- Il signale spécialement l’importance qui a été donnée dans ces réunions agricoles aux questions de la main-d’œuvre et aux questions d’exportation de nos produits agricoles.
- A propos du concours des animaux gras, M. Hitier insiste sur les progrès réalisés par nos races françaises, qui surpassent, aujourd’hui, comme précocité et poids, les meilleures et les plus célèbres races anglaises de bétail.
- Parmi les expositions de produits agricoles et horticoles, il décrit la merveilleuse exhibition des légumes, primeurs et fruits, des fleurs surtout, du littoral méditerranéen, de l’Algérie et de la Tunisie, organisée par la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, et il montre le rôle joué par cette Compagnie pour assurer de nouveaux et nombreux débouchés à ces produits.
- Enfin à l’Exposition des Machines M. Hitier voit, dans le nombre même des exposants, la preuve des progrès réalisés un peu partout en France dans la construction de ces machines agricoles qui ont maintenant, dans toutes nos régions, une clientèle très nombreuse.
- L’année 1912 a été bonne pour l’agriculture française, mais l’argent gagné par l’agriculteur est employé en améliorations de toutes natures qui, finalement, rendront notre terre de France toujours plus féconde.
- M. le Président félicite M. H. Hitier d’avoir envisagé, avec tant de netteté, le côté philosophique qui se dégage des nombreux efforts dont nous sommes, chaque année, les témoins; il a regardé plus loin que le comporte le spectacle des machines et des animaux exposés, au delà même des discussions qui ont eu lieu dans le sein des sociétés agricoles spécialisées, qui se réunissent à Paris pendant la « grande semaine ».
- M. Paul Lecler, Ingénieur des Arts et Manufactures, fait une communica tion sur les applications agricoles de Vélectricité au point, de vue économiq'ue
- Les applications dont l’électricité est susceptible en agriculture sont nombreuses. Toutefois, jusqu’à présent, ne sont entrées dans la pratique courante que les applica-
- p.619 - vue 619/950
-
-
-
- 620
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- AVRIL 1913.
- tions mécaniques aux travaux d’intérieur de ferme, élévation d’eau, battage ; les applications aux travaux de culture sont encore à l’état d’exception, et, quant à l’élec-troculture proprement dite ou action de l’énergie électrique sur la végétation, elle est encore dans la phase (expérimentale.
- Il est probable que cette situation se modifiera dans l’avenir, mais, pour raisonner avec des faits et non des hypothèses, l’auteur se limite à la première catégorie d’applications, celles d’intérieur de ferme.
- Il les expose, brièvement. Quelques exemples suffisent pour montrer leurs avantages, qui ne sont plus discutés.
- La difficulté vient non pas de l’utilisation de l’énergie électrique dans la ferme, mais de sa production et de son transport depuis le lieu de production jusqu’à la terme. La diflicullé est d’ordre économique et non technique. Cette production et ce transport immobilisent du matériel et des capitaux dont il convient d’étudier l’utilisation.
- Le coefficient d'utilisation joue ici un grand rôle à cause de l’existence de frais fixes et, pour de faibles durées d'utilisation, ces dépenses fixes, qu’on néglige souvent, sont bien supérieures aux dépenses de combustible ou d’énergie électrique.
- Le coefficient d’utilisation des appareils agricoles est très faible; il varie de iO à Ü00 heures par an; il est en moyenne de 100-150 heures. Il peut s’améliorer, mais ne peut être comparé à ceux de l’industrie, atteignant plus de 1 000 heures.
- Or, des usines desservant seulement des consommateurs agricoles donnent forcément de mauvais résultats économiques, ce que la pratique a démontré. Il faut donc considérer la clientèle agricole actuelle comme une clientèle d'appoint à des usines desservant d’autres consommateurs.
- D’autre part, pour des raisons techniques, M. Lecler montre qu’on ne peut songer à faire tous les travaux agricoles, notamment le battage et le labourage, qu’avec des stations puissantes (en mettant bien entendu à part le cas exceptionnel d’une usine alimentant un seul consommateur).
- Afin d’éviter les immobilisations aux usines, cette consommation agricole devra donc s’intercaler entre d’autres consommations et non s’y superposer, ce qui est parfois le cas actuellement parce que les tarifs actuels ne tiennent pour ainsi dire jamais compte des heures de la journée pendant lesquelles les agriculteurs emploient leurs moteurs.
- On obtiendrait au contraire une meilleure répartition de la charge en encourageant les agriculteurs à consommer en dehors des heures de forte charge ou de pointe, en adoptant, par exemple, un tarif variable suivant l’heure de la journée ou en coupant le courant des moteurs pendant les heures de lumière; en augmentant les consommations de jour et d’été, par exemple pour l’arrosage, on améliorerait simultanément les facteurs d’utilisation et la répartition de la charge.
- Tout ceci demande la collaboration et une action commune des divers intéressés, agriculteurs ou groupements d’agriculteurs, producteurs et distributeurs d énergie électrique, pouvoirs publics, pour coordonner tous les efforts en vue :
- p.620 - vue 620/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- m
- a) De développer les applications actuelles (intérieur de ferme);
- b) De mettre au point les applications nouvelles (labourage, électroculture), aussi bien au point de vue technique qu’économique.
- Si l’on considère que le grand avantage de l’électricité en agriculture n’est pas tant d’abaisser le prix de revient du cheval-heure que de permettre d’elfectuer les travaux agricoles avec un personnel plus réduit, on voit qu’il y a un intérêt général à développer rapidement les réseaux de distribution d’énergie électrique, en vue de remédier aux inconvénients de la pénurie croissante de la main-d’œuvre agricole, en syndiquant en quelque sorte les consommations entre elles.
- M. le Président remercie M. Paul Leder d’avoir montré comment l’exploitation agricole, en appliquant l'électricité à ses divers travaux, accomplit l’une des principales phases de sa transformation industrielle. Elle est aux prises avec les mêmes difficultés que l’industrie, et elle doit, comme elle, adopter les idées préconisées par Taylor, c’est-à-dire baser son travail sur un meilleur rendement de sa main-d’œuvre, au fur et à mesure que celle-ci devient [tins rare. 11 espère qu’il voudra bien donner un mémoire détaillé de sa communication en vue de son insertion dans le Bulletin.
- M. Pierre M auié fait une communication sur un dispositif nouveau facilitant l'examen microscopique d’un objet opaque et en relief (insectoscope) qu’il a imaginé.
- L’appareil présente trois caractéristiques.
- lu L’objet se fixe sur un support. La base de ce support peut subir des déplacements en nombre illimité dont l’ensemble ligure une sphère fictive ayant comme centre l’objet à examiner; ces déplacements sont obtenus par des rotations autour de 3 axes convenablement disposés et dont les prolongements passent toujours par l’objet à étudier.
- "2° Tout autre mouvement est rendu impossible.
- 3° A l’aide d’une vis manœuvrée à la main, on peut centrer l’objet entier, s’il est petit, ou une partie seulement, s’il est trop grand pour tenir dans le champ de l’objectif employé ; dans ce dernier cas, ce sera cette partie seulement qui restera centrée, le reste de l’objet se déplacera autour d’elle.
- Grâce à cet appareil, on peut faire prendre à l’objet ou à sa partie toutes les positions que l’on désire et saisir de cette façon l’éclairage exact ainsi que l’inclinaison la plus favorable à l’examen de l’objet ou de la partie que l’on veut étudier, sans pour cela lui faire quitter le point ainsi que le champ de l’objectif.
- Cet appareil sert à l’étude et à la détermination des insectes, des plantes, des mousses, des petits coquillages, des maladies des plantes. Il peut faciliter aussi l’examen des pierres précieuses durant la taille.
- M. le Président fait remarquer que M. Pierre Marié est un jeune savant,
- p.621 - vue 621/950
-
-
-
- 622
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- AVRIL 1913.
- qui, indifféruiit à la matérialité des affaires, consacre entièrement ses loisirs à la science; la disposition de son ingénieux appareil rendra de grands services dans les laboratoires, et, si l’inventeur n’a pas cru devoir prendre mi brevet, il voudra bien néanmoins en donner une communication pour notre Bulletin ; elle lui permettra d’aftirmer la priorité scientifique de son invention.
- La séance est levée à 22 b. in m.
- COMITE DES ARTS CHIMIQUES
- SÉANCE DU li JANVIER 19 1M Pi •ésidence de M. Le Cn atelier, président du Comité.
- La discussion est ouverte sur une proposition du Président de la Société relative à la création de secrétaires de comité. Après une longue délibération à laquelle prennent part tous les membres présents, les propositions suivantes sont adoptées.
- Le nouvel agent général continuera,comme le faisait M. Richard, à assister à toutes les séances du Comité des Arts chimiques et à y remplir les mêmes fonctions.
- La proposition de faire faire régulièrement à toutes les séances publiques, tant par des membres du Comité que par des personnes étrangères, des comptes rendus sommaires, semblables à ceux que faisait M. Richard pour la mécanique sous le nom de revue de quinzaine, est détinitivement rejetée.
- La proposition de créer des secrétaires de comité chargés d’établir un procès-verbal de chaque séance en vue de son impression dans le Bulletin de la Société est provisoirement ajournée. On fera d’abord, à titre d’expérience, un certain nombre de ces procès-verbaux, rédigés avec le concours bénévole de quelques membres, du Comité des Arts chimiques. Ces procès-verbaux seront soumis à la Commission du Bulletin et lorsqu’on sera fixé sur leur utilité, on reprendra à nouveau la question de la création de secrétaires de comité.
- p.622 - vue 622/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 623
- Cette création semble d’ailleurs facile à réaliser en faisant appel à la bonne volonté de jeunes gens travaillant dans les laboratoires de membres du Comité. 11 semble inutile de prévoir une rémunération pour une fonction honorifique qui sera certainement très recherchée.
- M. Guillet attire l’attention du Comité sur l’importance que prend aux Etats-Unis le procédé de conversion de la matte de cuivre dans les appareils basiques. D’après les renseignements tout récents qu’il a sur ce sujet, on peut affirmer que 95 p. 100 de la production nord-américaine sont obtenus dans des convertisseurs basiques de très grande capacité. On sait que le principe d’utilisation de ces appareils consiste dans l’addition de minerai siliceux, faite pendant le soufflage, de façon que la silice nécessaire à la scorification de l’oxyde de fer soit prise non plus au garnissage mais bien au minerai lui-même. On arrive ainsi à abaisser de plus de moitié le prix de revient de l’opération de la conversion. Le revêtement est à base de magnésie.
- M. Le Chatelier s’étonne de voir fondre un minerai avec production de scorie siliceuse dans un convertisseur à revêtement basique. Ce revêtement devrait être rapidement corrodé; il doit y avoir quelque procédé particulier, quelque tour de main, non indiqués, qui permettent d’éviter ces difficultés ; on ne peut traiter au Bessemer basique une fonte siliceuse à cause de la rapide corrosion du garnissage en dolomie. Le même effet devrait être plus marqué encore dans une opération où le volume de scories produites peut être considérable.
- M. Guillet a bien soulevé la même objection, mais il est indéniable que la pratique du convertisseur basique à cuivre se fait bien dans les conditions qui ont été indiquées. Le minerai est mis à l’état solide au-dessus d’un bain qui est à température bien inférieure à celle qu’il faudrait pour que le minerai lui-même pùt fondre; on donne alors le vent; il se forme du protoxyde de fer qui n’a aucune affinité pour la magnésie, mais qui se combine au quartz qui se trouve à la surface, formant de suite un silicate de fer basique très fusible. La partie fondue présente un excès de fer et par suite de basicité, ce qui doit ménager la magnésie'. En fait, on peut affirmer que dès que le minerai qu’on introduit est fondu, on se trouve en présence d’une scorie à 30 p. 100, au maximum, de silice; si l’on continue encore à souffler, une nouvelle quantité de fer passant dans la scorie, on arrive à 20 p. 100 seulement de silice. La silice a probablement été neutralisée par le fer avant de pouvoir réagir sur le garnissage. Cette explication a d’ailleurs été donnée à
- p.623 - vue 623/950
-
-
-
- 624
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. ------ AVRIL 1913.
- M. (juillet par un spécialiste bien connu de la métallurgie du cuivre, JM. de Saint-Seyne.
- M. (juillet attire l’attention sur le fait suivant, assez curieux, et qui met en évidence la dureté provoquée dans /’acier par le matriçage. Ayant reçu en aciérie un important lot d’acier qui devait être transformé en pièces matricées pour une grande usine de construction d’automobiles, les pièces fabriquées ont été refusées au matriceur par suite d’une dureté beaucoup plus grande (les essais ont été faits, bien entendu, sur métal recuit) que celle du métal initial. 11 est donc à penser que, dans certaines conditions, le matriçage peut apporter des changements importants dans les propriétés des produits métallurgiques. Or, les recherches bibliographiques faites sur ce sujet ont montré que les ouvrages techniques ne contiennent pour ainsi dire aucune donnée sur ce fait important. Des études importantes sur ce sujet ont été entreprises au laboratoire des usines de Dion-Bouton. Le Conseil d’Administration de la Société d’Encouragement sera tenu au courant des résultats qu’elles ont donnés.
- M. (Juillet signale que l’on a fait quelque bruit au dernier Congrès international de Chimie appliquée sur la fabrication du fer par /’éleclrolgse. 11 est bien certain qu’en France on est beaucoup plus avancé sur cette question que dans tous les autres pays. M. Guillet pourrait citer une usine dans laquelle on fabrique déjà couramment des tubes de fer électrolytique de 3 à i mètres de longueur et qui seront très prochainement dans le commerce.
- M. Le Cii.atelier a eu l’occasion de faire examiner à son laboratoire quelques échantillons de fer électrolytique qui lui avaient été remis par M. (Juillet. Chauffé dans le vide au rouge, le métal dégage dix fois son volume d’un mélange gazeux d’hydrogène et d’oxyde de carbone, renfermant 10 p. 100 de ce dernier gaz.
- Le procédé de fabrication de tuyaux en fer, signalé par M. (Juillet, semble devoir présenter de très grands avantages pour les applications à la marine. D’après les renseignements fournis par les journaux, l’accident du M asséna semble avoir été la conséquence de l’emploi, très imprudent, de conduites et de réservoirs de vapeur fabriqués avec des alliages de cuivre dont la résistance mécanique tombe très vite, comme on le sait, dès que la température s’élève. Un procédé simple pour la fabrication des tuyaux en fer faciliterait la suppression de toute la tuyauterie en cuivre que l’on rencontre encore sur certains
- navires.
- p.624 - vue 624/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 625
- SÉANCE DU 11 MARS 1913 Présidence du M. Le Ghatelier, président du Comité.
- M. Livache rend compte d’un mémoire sur les ocres de La Puisaye adressé à la Société d’Encouragement par MM. Sirot et Joret. Ces ocres diffèrent de celles de Bourgogne par une teneur en fer moins élevée et une moindre proportion d’alumine. Elles renferment une forte proportion de sable quartzeux que l’on en sépare facilement par lévigation. Ce mémoire, très intéressant, mériLc d’ètrc inséré dans notre Bulletin : peut-être cependant y aurait-il lieu, pour en diminuer la longueur, de demander aux auteurs de réduire la partie purement géologique.
- M. Livacue soumet au Comité un certain nombre de propositions relatives, à l’attribution des secours prélevés sur les fondations ; il pense demander, comme les années précédentes, à MM. Appert, Haller, Delloye et Guillet, de vouloir bien se charger de l’attribution de quelques-unes de ces subventions. On pourrait, pour les autres, s’adresser directement aux présidents des Gliam-bi •es syndicales avec lesquelles notre président, M. Lindct, cherche précisément à établir des relations plus fréquentes.
- En exécution d’une décision prise lors de la séance précédente du Comité de publier tous les rapports relatifs aux subventions pour recherches industrielles, M. H. Le Ghatelier donne lecture de son rapport sur une subvention de 3 000 francs pour une étude sur l’écrouissage des métaux. (Voir ci-après ce rapport.;
- M. Livacue signale au Comité une nouvelle sorte de caoutchouc vulcanisé, de provenance suédoise, remarquable par sa souplesse et son élasticité. On l’obtient en injectant de l’azote sous pression dans le caoutchouc au moment où il entre en fusion, au début de la vulcanisation. Après refroidissement et démoulage, l’azote se dégage de sa dissolution en formant au milieu de la masse une inlinité de petites bulles très linos, isolées les unes des autres. La surface extérieure des échantillons est lisse et ne présente aucune apparence de souillures. On fabrique avec cette matière des cylindres destinés à remplacer les chambres à air des pneumatiques pour voitures automobiles.
- M. Li ndet a eu l’occasion de voir le même produit ; sa fabrication ressemble à celle des éponges en caoutchouc, avec cette différence importante Tome 119. — 1er semestre. — Avril 1913. 41
- p.625 - vue 625/950
-
-
-
- 626
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.. ------ AVRIL 19iü.
- cependant que les espaces pleins d’air communiquent lous entre eux dans les éponges, tandis qu’ils sont eoniplèteinent isolés dans le nouveau produit.
- l\l. Le Liivleciek signale uni! initiative très intéressante des fabricants de produits réfractaires, qui se préoccupent d’installer un laboratoire pour Y étude des matériaux employés dans la eonstruction des fours. Lue îles premières questions mises à l’étude serait caille de la résistance à l’écrasement des briques portées à une température élevée, comparable à celle qu’elles ont à supporter dans leurs conditions normales d’emploi. L’est là un problème très important car les briques servant à la construction des voûtes supportent des ell'orts considérables et il suffit alors du plus faible écrasement pour provoquer un effondrement.
- M. Le Lu a te ci eu signale au- Loin i lé une méthode très ingénieuse d'analyse des mélanges gazeux imaginée par M. Lebeau, professeur à l’Lcole de Pharmacie. Pour séparer différents carbures mêlés ensemble, il utilise la condensation à l’état solide de quelques-uns d’entre eux lorsqu’ils sont amenés à la température de l’air liquide. Il combine cette méthode physique avec l'emploi de di Itère il ts absorbants chimiques nouveaux. 11 absorbe les carbures acétylé-niques au moyen des iodomercurates alcalins et les carbures éthyléniques au moyen de l’acide vanadique en solution dans l’acide sulfurique concentré.
- Il a pu faire ainsi, pour la première fois, une analyse complète du gaz d’éclairage. La proportion des carbures saturés autres que le méthane n’atteint pas 1 p 100, bien que certaines estimations antérieures aient conduit à des nombres supérieurs à 10 p. 100. La teneur en acétylène est de 0,1 p. 100 et celle de l’éthylène, qui n’avait jamais été dosé exactement, de 2 p. 100, formant ainsi le tiers du total des carbures éthyléniques. Enfin, la teneur en oxyde de carbone est un peu inférieure à celle que l’on admettait jusqu’ici, b je 100 au lieu de 7 je 100. L’erreur jirovenait de ce que le dosage de ce corps par le chlorure cuivreux était fait avant la séparation des carbures non saturés ef quelques-uns d’entre eux étaient absorbés par le réactif.
- M. Le Lu \teeiek donne au Loinité quelques renseignements sur les méthodes d'organisation seientifigue du travail de F. W. Taylor, dont il vient d’ètre fréquemment question à l’occasion de la grève des usines de construction d’automobiles Renault. On a beaucoup parlé du chronométrage, répandant ainsi l’idée inexacte que cette opération est la base essentielle de la méthode Taylor, quand cela n’est en réalité qu’un détail d’importance secondaire. Il est très curieux de voir à quel point les idées nouvelles arrivent difficilement, non pas seulement à être acceptées, mais simplement à être comprises.
- p.626 - vue 626/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 627
- F. W. Taylor a publié il y a quinze ans son mémoire sur la direction des ateliers, dont le volume récent sur /’organisation scientifique du travail n’est qu’une reproduction à peine modifiée. Autrefois, on n’avait, vu dans la méthode Taylor qu’un système de primes destiné à stimuler l’activité des ouvriers; aujourd’hui, on n’y voit que le chronométrage. Ces deux interprétations sont aussi inexactes l’une que l’autre. En fait, l’originalité de la méthode de Taylor est de se préoccuper des conditions d’organisation du travail dans les usines en les embrassant dans toute leur complexité et celle-ci est très grande. Il se propose d’appliquer à ce problème une méthode rigoureusement scientifique; e’est-à-dire d’énumérer systématiquement, de définir rigoureusement et enfin de mesurer tous les facteurs dont dépend la production industrielle. Celle-ci se définit par trois mots : quantité, qualité et prix de revient des produits fabriqués. Le temps est évidemment l’un des facteurs de cette production, aussi faut-il le mesurer, d’où le chronométrage (ypovoç = temps, y.érpov — mesure). i\fais il y a bien d’autres facteurs encore: la production des machines-outils, qui dépend elle-même d’une douzaine de variables indépendantes, a occupé Taylor pendant vingt-cinq ans et il a résumé les résultats de ses observations dans un ouvrage aujourd’hui classique: La taille des métaux. Il s’est préoccupé également de la transmission de force des machines motrices aux machines réceptrices et a fait à cette occasion une étude complète des transmissions par courroies ; il a publié en 1893 les résultats de cette étude.
- Mais dans l’industrie, il n’y apasque des machines inertes ; le facteur humain est plus important encore. C’est là aujourd’hui l’objet des préoccupations dominantes de Taylor. Il en étudie successivement, dans son volume sur l’organisation scientifique du travail, le point de vue physiologique et le point de vue moral. Ces deux points de vue dépendent eux-mêmes d’un grand nombre de variables indépendantes : le premier, de l’effort demandé à l’ouvrier, de la vitesse do ses mouvements, des alternances de repos et de travail, de la durée de la journée et enfin du régime alimentaire; le second, du désir de bien-être, de la confiance dans les chefs, des préjugés syndicalistes, etc. Il aborde, en un mot, le problème dans toute sa complexité et c’est une mauvaise plaisanterie de choisir au hasard un détail particulier pour résumer une méthode dont la caractéristique essentielle est do prendre simultanément en considération toutes les circonstances dont dépend le travail à l’usine.
- La grève des usines Renault, peut-être justifiée d’ailleurs, n’en a pas moins contribué à répandre très rapidement en France la méthode Taylor, comme, autrefois, la destruction des premières machines introduites dans les ateliers en a vulgarisé l’emploi. Lorsqu’une idée juste a été une fois lancée, il est impossible de l’arrêter.
- IL L. C.
- p.627 - vue 627/950
-
-
-
- 628
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- AVRIL ÏOUL
- Rapport, sur un programme de recherches relatives à F écrouissage par M. Henry
- Le Cuateeier (lu eu séance du Comité des Arts chimiques le I I mars IfiLT).
- L’écrouissage csl une propriété singulière des métaux. N’appartenant pas aux corps transparents, il est difficile d’en reconnaître la nature (exacte. Elle consiste essentiellement en ce fait qu’un métal soumis à une déformation voit son élasticité croître progressivement, au moins jusqu’à une certaine limite, avec la grandeur des déformations. L’explication' la plus naturelle et la plus généralement admis»; consiste à établir une relation de cause à effet entre ces phénomènes connexes. Mais il est impossible de déformer un métal sans exercer un effort et cet effort pourrait bien être la cause; directe de l’écrouissage. Quelques expériences, trop peu nombreuses d’ailleurs, de MM. Tammann et llanriot semblent conduire à celte conclusion.
- Il serait intéressant de vérifier ce premier point par des expériences plus variées et plus précises. Les efforts les plus faibles suffisent-ils comme les déformations les plus légères pour produire un commencement d’écrouissage, ou bien 1 ’ellort doit-il dans tous les cas dépasser la limite d’élasticilé du métal, c’esl-à-dire être capable de lui imprimer des déformations permanentes ?
- D’autre part, les forces et les déformations sont des grandeurs dirigées. L’écrouissage est-il également une propriété dirigée, c’est-à-dire variable avec la direction envisagée, comme semblent l’indiquer les empreintes elliptiques obtenues par M. Hanriot en imprimant des billes sphériques dans des métaux fortement allongés. II ne semble pas impossible de résoudre cette question, en remplaçant la bille sphérique par des molettes allongées et en mesurant la longueur de l'empreinte. Elles devraient, dans cette hypothèse, diItérer suivant deux directions perpendiculaires.
- H y aurait enfin à étudier l’influence comparative du recuit sur l’écrouissage produit avec ou sans déformation, si réellement on peut b; produire dans cette dernière condition. Ces deux écrouissages ont-ils des propriétés distinctes ou identiques ?
- D’autres méthodes physiques permettraient sans doute de contrôler l’existence de cette orientation, par exemple, des mesures de résistance électrique, d’une réalisation expérimentale assez difficile, mais nullement impossible. Il
- p.628 - vue 628/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 629
- suffirait clc déterminer la forme des courbes équipotentielles autour d’un point central d’amende du courant; peut-être serait-il plus facile de mesurer les forces dlcctromotrices de dissolution, ou les vitesses de corrosion effectuées sur des surfaces planes, découpées dans une même masse écrouie suivant des directions variées.
- Le Comité des Arts chimiques propose de confier ces recherches à M. Nico-lardot et de lui accorder, pour leur exécution, une subvention de 3000 francs qui lui serait versée, suivant les règles de notre Société, moitié au moment de la mise en train des expériences, moitié après leur achèvement complet et après acceptation par le Comité du mémoire remis par l’auteur.
- Le Conseil de la Société d’Encouragcment a adopté celle proposition, dans son Comité secret du 20 février 1013.
- COMITÉ D’AGRICULTURE
- SÉANCE DU 19 FÉVRIER 1913 Présidence de M. Tisserand, président du Comité.
- M. Ltndet signale un produit alimentaire, fréquemment consommé aux Etats-Unis, sous le nom de shredded udieat (froment filé) et qui n’est autre chose que du pain complet, mais avec un aspect bien différent de celui sous lequel il se présente d’ordinaire ; le blé entier est cuit dans l’eau salée, sous pression, puis tréfilé, au moyen de machines spéciales, sous forme de vermicelle; la masse divisée est ensuite légèrement agglomérée et les pains sont cuits à sec au four électrique. Ce produit est fabriqué dans une usine, située h Niagara Falls (Amérique du Nord) et qui emprunte à la chute du fleuve la force motrice et la force électrique nécessaires. Les avantages que présente dans l’alimentation le pain complet ne sont pas démontrés; mais si les éléments de l’enveloppe pouvaient être partiellement digérés, la forme divisée que présente ce shredded wheat serait certainement plus avantageuse que la forme compacte que prend toujours le pain quand il est mélangé des débris de son.
- p.629 - vue 629/950
-
-
-
- 630
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- AVRIL 1913.
- L'expérience montre cependant que les éléments de la farine bise, ainsi chauffes à haute température, ne sont pas modifiés au point de devenir plus aisément digestibles : M. Lindet a traité successivement par la diaslase et la pepsine du son de IVomenl, chauffé à 100° et meme à l.‘»0°, sans obtenir dans les liquides de digestion artificielle plus de peptoncs et plus de phosphates solubles qu’avec le son non chaullé. Les éléments de la farine bise conservent donc, à ce point de vue, les memes défauts que ceux signalés autrefois par Aimé (iirard.
- fl serait intéressant que l'industrie française pùl fabriquer ce produit, quand ce ne serait que pour donner satisfaction h ceux qui préconisent l’emploi du blé entier à l’alirrîenlalion.
- M. W i'irv, à qui le Comité avait remis, dans sa dernière séance, un mémoire de M. Bulz, relatif au drainage en terrains Inurheux, rend compte nu Comité de l’examen qu’il en a fait ;
- Le drainage des sols tourbeux oblige à prendre des précautions particulières. Ces terrains ont une constitution physique telle que le prolil en long des lignes de drains perdrait vite sa re.ctitude si l’on n’y prenait pas garde. Il y a [très de soixante ans, AL Eugène Tisserand, qui accomplissait alors une mission d’études en (irande-Bretagne signalait le procédé simple et très efficace qu’employaient les Ecossais pour assainir les tourbières, si nombreuses dans leur pays. Il consiste à disposer les files de drains sur des planches de telle sorte que les intervalles qui séparent celles-ci et ceux qui séparent les drains ne coïncident [tas. Ce plancher ainsi interposé entre le fond des tranchées et les drains les garantit contre tout abaissement et assure leur fonctionnement.
- M. Butz, Ingénieur en chef du Service des Améliorations agricoles àKlagcn-furt (Autriche), a fait breveter un système qui a, parait-il, été appliqué avec succès en Autriche, en Allemagne et en Suède. Il consiste essentiellement dans l’emploi, comme drains, de conduites en bois, de section rectangulaire, flexibles et ininterrompues. Elles sont constituées par des planches de 1 à 2 cm d’épaisseur, de 5 à 20 cm de largeur et de i m do longueur, assemblées en décalant les joints les uns par rapport aux autres. Leurs longueurs sont égales à celles des tranchées qui les reçoivent. Des entailles ou des interstices ménagés en haut des planches latérales permettant à l’eau souterraine de pénétrer dans ces drains.
- Trois ouvriers munis de cinq ou six chevalets et de gabarits fabriquent les conduites sur le terrain même. Le prix de revient de celles-ci n’aurait pas
- p.630 - vue 630/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 631
- dépassé, en Garinthie (Autriche), 0 fr. 33 à 0 fr. 10 par mètre courant de petits drains complètement terminés et posés. Les ouvriers faisaient par jour 18 m. de drainage complètement terminé. Ils gagnaient en moyenne 5 fr. 30. Ces prix varient avec le coût des bois, des transports, de la main-d’œuvre, etc. En France ils devraient certainement subir une majoration que, seule, l’expérience pourrait déterminer. Ce procédé est beaucoup plus compliqué que celui des Ecossais mais il est ingénieux et il était intéressant de le signaler.
- M. Rijngelmann fait observer que si le drainage fonctionne bien, les tuyaux sont secs à certaines époques et il émet des craintes sur la durée du bois alternativement humide et sec.
- %
- L'agent général gérant : E. Lemaike.
- p.631 - vue 631/950
-
-
-
- p.632 - vue 632/950
-
-
-
- 112e ANNEE. — Ie* SEMESTRE.
- MAI 1913.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L'INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS MECANIQUES
- Rapport présenté par M. LEC0RNu,au nom du Comité des Arts mécaniques, sur les Expérience.v relatives à la résistance au mouvement des corps dans F air, exécutées par M. Canovetti.
- M. Canovetti, Ingénieur des Arts et Manufactures, de nationalité italienne, s’occupe depuis plusieurs années d’expériences concernant la résistance de l’air. Ses premiers travaux remontent aux années 1898, 1899, 1900; en 1902, la Société d’Encouragement lui a accordé une subvention de 1 000 francs en vue de lui faciliter l’étude des coefficients nécessaires à l’établissement d’une machine aérienne. A cette époque, M. Canovetti avait tendu, depuis le faîte du château de Rrescia jusqu’à un plateau situé 80 mètres plus bas, un câble métallique dont la longueur pouvait varier entre les limites de 118 à 360 mètres. Le long de ce câble glissait, par l’action de la pesanteur, un léger chariot portant les surfaces dont on voulait connaître la résistance.
- En 1906, le même ingénieur a entrepris une nouvelle série d’essais, pour lesquels il a utilisé, pendant le chômage d’hiver, la voie du funiculaire reliant Corne à Brunate.La longueur de cette voie est de 1 075 mètres ; mais M. Canovetti ne s’est servi que de la partie inférieure, limitée à l’aiguille d’évitement placée au milieu du parcours. La pente oscille entre 52,10
- Tome 119. — 1er semestre. — Mat 1913. 42
- p.633 - vue 633/950
-
-
-
- 634
- ARTS MÉCANIQUES.
- MAI 1913.
- et 54 p. 100. Un quadricycle descendant sur les rails portait une charpente en bambou à laquelle on fixait diverses surfaces ayant une grandeur de 2 à 8 mètres carrés. Les vitesses variaient entre 5 et 14 mètres par seconde. L’enregistrement des vitesses et des pressions s’opérait automatiquement.
- En 1911 et 1912, M. Uanovetti est revenu à l’emploi d’un cable mélal-lique, qu’il a installé à Maggio Valsassina. Ce câble avait une longueur de 245'",85, dont 5n\85 étaient réservés pour l’arrêt final, en sorte qu’il restait 240 mètres utilisables pour les observations. Des contacts électriques, espacés de 20 mètres, permettaient de déterminer les phases successives du mouvement. La vitesse a varié de 5 mètres à 17m,33 par seconde. Les surfaces expérimentées étaient des cercles allant jusqu’à 0m,90 de diamètre et des carrés d’environ 2 mètres de côté.
- La principale conclusion des recherches de M. Canovetti consiste dans une formule destinée à représenter l’action de l’air sur une surface frappée normalement par un vent de vitesse Y. L’auteur trouve que cette action, au lieu d’être sensiblement proportionnelle au carré de la vitesse comme on l’admet généralement, varie proportionnellement au binôme0,4 V + 0,03 V-.
- Sans vouloir entreprendre ici.une critique approfondie de la méthode suivie par M. Canovetti, nous devons dire que l’emploi d’une voie de funiculaire a l’inconvénient de placer au voisinage du sol les surfaces expérimentées et que celui du câble aérien est fort délicat, tant à cause des oscillations de ce câble que de sa forme courbe. En outre, la résistance du chariot absorbe une partie notable du travail moteur, et toute erreur commise dans l’évaluation de cette résistance entraîne une erreur correspondante dans la détermination de l’action de l’air sur les surfaces que l’on étudie. Enfin la méthode dont il s’agit a l’inconvénient, commun à toutes les méthodes d’essai en plein air, d’exiger un temps parfaitement calme, dont la réalisation est bien problématique. Pour toutes ces raisons, les résultats ne peuvent être valables que dans les conditions mêmes où ils ont été obtenus. La même restriction est d’ailleurs applicable aux procédés employés par d’autres expérimentateurs: procédé du tunnel, procédé du manège, procédé de l’automobile ou du wagon, etc. Le principal avantage de la méthode de M. Canovetti réside dans la facilité qu’elle procure d’opérer sur de grandes surfaces et avec des vitesses importantes.
- Quoi qu’il en soit, le problème de la résistance de l’air est tellement complexe que l’on doit se féliciter de voir les observateurs aborder ce
- p.634 - vue 634/950
-
-
-
- RÉSISTANCE AU MOUVEMENT DES CORPS DANS l’AIR. 635
- problème essentiel par des moyens très variés : de cette façon leurs travaux, loin de faire double emploi, contribuent tous à produire, peu à peu, la lumière. Aussi la Société d’Encouragement, à laquelle M. Canovetti a fait part de ses nouvelles études, ne saurait-elle demeurer indifférente. Ainsi que nous l’avons rappelé en commençant, elle a déjà, en 1903, manifesté par une subvention l’intérêt qu’elle attachait aux recherches de cet ingénieur. Elle ne peut que se féliciter de voir que, malgré de nombreuses difficultés matérielles, il a continué à travailler énergiquement.
- En résumé, votre Comité des Arts mécaniques vous propose de remercier M. Canovetti pour son intéressante communication et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin de la Société.
- Signé : L. Lecornu. rapporteur.
- Lu et approuvé en séance publique, le 25 avril 191 S.
- p.635 - vue 635/950
-
-
-
- ARTS ÉCONOMIQUES
- llapport présenté, au nom du Comité des Arts éeonomiques, par M. C. Féiiy, sur l’appareil dit « imecloscope » de M. Pierre Marié.
- Sous le titre modeste d’insectoseope, M. Pierre Marié a présenté à la séanee du 11 mars de la Société d’Encouragement, une plate-forme s’adaptant aux microscopes, loupes et tous instruments destinés à l’examen de très petits objets.
- Le principe, très ingénieux, de ce dispositif consiste à donner au support de l’objet à examiner, qui peut être un petit insecte piqué sur une épingle ce qui lui a valu son nom, deux mouvements de rotation perpendiculaires entre eux, mais de façon que l’objet soumis à l’examen reste à une distance invariable de l’objectif du microscope ou de la loupe.
- Le bras qui supporte l’objet en étude décrit donc dans l’espace deux grands cercles d’une sphère dont la préparation est le centre.
- La réalisation mécanique de ce principe est obtenue très simplement, ce qui permet à l’observateur, sans enlever l’œil de l’oculaire, de voir l’objet sous toutes ses faces, tout en conservant une mise au point rigoureuse.
- Un troisième mouvement de rotation qui semble superflu à première vue est cependant indispensable; il permet, en changeant l’orientation du système, de trouver le meilleur éclairage du point examiné.
- Enfin, une vis à pas rapide permet d’obtenir le centrage d’un point situé en dehors du support de l’objet (épingle dans le cas d’un insecte, ou pince à griffe pour les cristaux).
- Il faut avoir eu à se servir souvent de loupes un peu puissantes ou de microscopes pour l’examen de très petits objets, pour apprécier tous les avantages du nouveau dispositif qui s’adresse non seulement aux entomologistes et aux botanistes, mais peut servir aussi à l’étude des fossiles, des cristaux, des pierres précieuses avant ou pendant la taille, des petites pièces
- p.636 - vue 636/950
-
-
-
- - APPAREIL DIT « INSECTOSCOPE )>.
- 637
- d’horlogerie ou de mécanique : roues d’échappement, axes de compteurs électriques, etc.
- Le prix peu élevé de l’appareil, qui s’adapte avec une grande facilité aux loupes et microscopes monoculaires ou binoculaires, lui fait prévoir du succès par les services qu’il rendra dans un grand nombre d’applications.
- Le Comité des Arts économiques vous demande, en conséquence, de bien vouloir décider l’impression du présent rapport au Bulletin.
- Signé : C. Féry, rapporteur.
- Lu et approuvé en séance publique le 9 mai 1913.
- p.637 - vue 637/950
-
-
-
- ARTS ECONOMIQUES
- DISPOSITIF NOUVEAU FACILITANT L’EXAMEN MICROSCOPIQUE
- des objets opaques ou non et en relief (insectoscope) (1)
- Difficulté de l’observation à lu loupe. — Tous ceux qui se livrent à lélude clés °l)j ets de petites dimensions se servent de la loupe; il n’est même pas exagéré de dire qu’une grande partie des travaux faits jusqu’ici, en ce qui concerne certaines branches de l'histoire naturelle, ont été réalisés grâce à cet instrument.
- Malheureusement les grossissements que Ton peut obtenir avec les loupes sont très limités et en général ne dépassent pas 15 ou 20 diamètres. Depuis quelques années pourtant la maison Zeiss de Iéna a mis dans le commerce une loupe donnant un grossissement de près de trente fois et parfaite au point de vue optique.
- La fabrication de loupes plus fortes encore est très réalisable, mais on se heurte alors à une très sérieuse difficulté, c’est que l'usage en devient presque impossible.
- En etlet, plus le grossissement est fort, plus la distance frontale diminue. (On appelle distance frontale, la distance à laquelle il faut placer l’objet de la loupe.) Il s’ensuit une très grande difficulté de mise au point et le moindre mouvement déplace assez l’objet pour lui faire perdre de la netteté. Avec les grossissements puissants il faut aussi, pour avoir un champ de vision suffisant, mettre l’œil très près de la loupe, ce cjui est une difficulté de plus et fatigue énormé-' ment la vue.
- Si l’on désire cependant se servir d’un grossissement supérieur, on a recours alors au microscope, qui en cela n’a pas de limites, théoriquement parlant. Mais dans la pratique il ne rend pas tous les services que l’on croit pouvoir en attendre, car, le plus souvent, les détails ou les caractères que l’on recherche ne peuvent se saisir qu'en présentant l’objet sous l'objectif dans une position telle,
- (1) Présenté en séance publique le t4 mars 1913.
- p.638 - vue 638/950
-
-
-
- DISPOSITIF NOUVEAU FACILITANT 1,’eXAMEN MICROSCOPIQUE.
- 639
- qu’elle permette de voir le détail cherché sous le meilleur angle et avec l’éclairage le plus favorable à sa vision bien nette.
- Il n’est pas facile de pouvoir examiner aisément un objet quelconque dans toutes les positions possibles et sous toutes ses faces ; le mécanisme des microscopes ne s’y prête pas. Si pour suppléer à ce défaut on essaye de présenter à la main un objet sous l’objectif et si l’on veut lui donner l’angle de vision que l’on cherche, on s’aperçoit de suite que la chose est impossible, les mouvements des doigts n’étant pas assez précis pour cela ; c’est pourquoi, malgré ses inconvénients, la loupe est toujours presque uniquement employée.
- Dans tout ce qui précède je ne vise, bien entendu, que l’examen des objets en relief comme les insectes desséchés, les petits coquillages, les mousses, les fragments de végétaux ou les fleurs fraîchement cueillies qu’il y a intérêt à examiner dans cet état.
- fin ce qui concerne l’étude des objets ayant subi une 'préparation microscopique, c’est-à-dire placés entre deux verres avec toutes leurs parties ramenées à un même plan après avoir été rendues plus ou moins transparentes, il est clair que le microscope s’impose et s’imposera toujours, à tous les grossissements quels qu’ils soient. L’inconvénient cité plus haut n’existe plus dans ce cas.
- Pour l’examen des objets en relief et opaques il existe bien déjà un appareil qui a rendu d’importants services et qui consiste en un bras possédant trois articulations à rotules disposées à la suite les unes des autres comme dans un bras humain ; à l’exirémité de la troisième partie articulée, qui serait représentée par la main, se trouve un bouchon sur lequel on épingle l’objet ; on peut alors lui faire prendre une position quelconque. Mais on arrive très rapidement à des positions limites qui obligent à recommencer une autre série de mouvements pour obtenir la position cherchée ; on risque beaucoup alors de briser l’objet s’il est fragile, comme un insecte séché par exemple. On éprouve surtout une grande difficulté à maintenir l’objet en place sous l’objectif ainsi qu’à conserver la mise au point, car’rien ne permet de guider les mouvements pour cela. Il s’ensuit forcément une sérieuse perte de temps résultant de tous ces tâtonnements.
- Description et fonctionnement de l'insectoscope. — J’ai eu récemment l’idée d’un petit appareil d’une grande simplicité qui pennet d’étudier un objet quelconque au microscope, sous toutes ses laces et dans toutes les positions que l’on désire, en employant des grossissements pomant atteindre jusqu’à 80 diamètres.
- Le problème pouvait se présenter sous la forme suivante :
- p.639 - vue 639/950
-
-
-
- 640
- A HT S ÉCONOMIQUES.
- MAI 1913.
- L’objet une fois fixé sur un support, trouver le moyen de lui faire prendre toutes les positions possibles sous l’objectif d’un microscope, sans qu’il puisse quitter sensiblement le centre optique, ainsi que la mise au point.
- Ce principe menait forcément à reposer ainsi le problème :
- 1° L’objet une fois fixé sur un support, trouver le moyen de permettre à la base de ce support de se déplacer suivant des mouvements en nombre illimité
- Objectif
- Echelle en. centimètres
- Fig. 1. — Vue latérale de l’insectoscope.
- et dont l’ensemble figurerait une sphère fictive ayant comme centre l’objet à étudier.
- 2° Rendre impossible tout autre mouvement pouvant faire sortir l’objet du centre optique.
- 3° Si l’objet est de taille trop considérable pour être vu en entier dans le microscope, pouvoir centrer sous l’objectif la partie à étudier, tout en conser-
- p.640 - vue 640/950
-
-
-
- DISPOSITIF NOUVEAU FACILITANT L’EXAMEN MICROSCOPIQUE.
- 641
- vanta cette partie la mobilité d’orientation, ainsi que la fixité centrale qu’aurait l’objet entier s’il était de petite taille.
- Après un certain nombre d’essais et de modifications j’ai fait établir cet appareil sous une forme qui, je crois, ne peut plus être simplifiée sans perdre de ses avantages. Il a reçu le nom d’insectoscope.
- /
- /
- fr—-
- Fig. 2. — Vue en bout de l’insectoscope.
- L’ensemble de tous les mouvements est obtenu au moyen de trois rotations autour de trois axes ABC convenablement disposés, dont les prolongements passent toujours par l’objet à observer, quelque mouvement que l’on puisse faire.
- L’appareil est supporté en entier par l’axe vertical A très rigide, qui le relie à la partie fixe du microscope ; cet axe se trouve situé dans le prolongement de
- p.641 - vue 641/950
-
-
-
- ut
- ARTS ÉCONOMIQUES. ---- MAI 1913.
- l’axe optique. L’appareil peut pivoter complètement autour de cet, axe dans le sens horizontal.
- Un axe B assujetti à rester dans un plan horizontal, relié au premier par le bras coudé (Extérieur U, supporte à son tour le bras coudé intérieur E, à l’extrémité duquel se trouve le porte-objet G. Un bouton rnoleté F, solidaire de l'axe B et du bras E, permet d'imprimer à ce bras un mouvement de rotation autour de l’axe B. L’extrémité du bras E décrira une circonférence verticale (lig.'2). L’ensemble de ces deux mouvements fait bien décrire au porte-objet G une sphère /ic/ire.
- L’objet à (Examiner devra être monté sur épingle. S’il s'agit d’un insecte il le sera forcément ; dans le cas d’un autre objet on se sert d'une pelile gritl'e terminée en épingle. Les brandies de celte gritl'e maintiennent l’objet à l’aide d’une petite bague glissant le long de ces grilles et les serrant plus ou moins. On pourra si* servir également pour certains objets d’une épingle spéciale à tète plate et très large; dans ce cas, l’objet se fixera sur la tète même de l’épingle à l’aide d’une goutte de cire.
- L’épingle de l’insecte ou de la griffe se fixe en un instant au support G (lig. 1) qui est tubulaire. On l’enfoncera plus ou moins dans ce support de telle façon que l’objet se trouve bien dans le prolongement de l’axe B. Pour rendre retle manœuvre facile et juger de quelle quantité il faut enfoncer l’épingle dans le porte-épingle, il suffit de mettre le bras E dans la position horizontale. On enfonce l’épingle horizontalement dans son support et on regarde en même temps dans le microscope. Lorsque l’objet deviendra visible et occupera le centre du champ optique, la position sera bonne; il suffira alors d’arrêter cette position au moyen de la vis de serrage K.
- En principe les deux mouvements de rotation dans le sens vertical et dans •e sens horizontal devraient suffire si l’on pouvait considérer le jour comme venant de tous côtés; mais au microscope, les grossissements étant plus forts que ceux des loupes, ou est obligé de condenser la lumière sur l’objet, ce qui la fait venir dans une direction déterminée. 11 a donc été nécessaire d’ajouter une rotation de plus au moyen de l’axe G. Cet axe supporte un disque I sur lequel est fixé le porte-épingle.
- 11 arrive très souvent aussi que l’on ait à examiner un objet de taille supérieure au champ de l’objectif employé. Pour pouvoir examiner séparément toutes ses parties avec tous les avantages de cet appareil, le porte-objet est monté sur une vis à pas très allongé formant diamètre du disque I et supporté par deux paliers J-, J' situés à chaque extrémité. Cette vis manœuvrée à l’aide des boutons moletés H et H7 permet de déplacer le porte-objet et de centrer
- p.642 - vue 642/950
-
-
-
- DISPOSITIF NOUVEAU FACILITANT l’eXAMEN MICROSCOPIQUE.
- 643
- sous l’objectif la partie désirée. Ce sera cette partie seulement qui restera centrée; le reste de l’objet se déplacera autour d’elle.
- A première vue on pourrait croire que, s’il s’agit d’insectes, la tête de l’épingle gênera la vision du centre de l’insecte; il n’en est rien : en effet, si le microscope est monoculaire il suffit d’incliner très légèrement le bras E pour faire dévier la tête de l’épingle; si le microscope est binoculaire, cette manœuvre
- Fig. :L — Vue de l’insectoseope monté sur un binoculaire.
- est même inutile parce que la tête de l’épingle n’étant pas au point ne peut empêcher de voir ce qui est en dessous d’elle, grâce à la double vision.
- Cette description un peu longue, mais pourtant nécessaire pour pouvoir bien saisir tous les mouvements, pourrait faire croire que la manœuvre de l’appareil est difficile et compliquée ; tout au contraire, les mouvements sont très naturels et s’effectuent instantanément; en quelques minutes une personne s’étant déjà servie d’un microscope en possède le maniement complet.
- p.643 - vue 643/950
-
-
-
- 644
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- MAI 1913.
- On arrive à l’aide de ce petit appareil à saisir des détails tout, à fait étonnants qu’il serait impossible de voir à grossissement égal avec les méthodes usuelles, ceci grâce à la précision d’orientation que l’on peut donner à l’objet.
- Cet appareil s’adapte très facilement aux microscopes binoculaires et peut en être enlevé en un instant.
- Il faut toutefois interposer une cale spéciale et démontable entre le bâti du binoculaire et sa partie1 optique. On a ainsi toute la place nécessaire pour loger l’appareil.
- Pour les microscopes monoculaires ordinaires la chose1 est plus difficile; il sera préférable dans ce cas de se servir d’un petit statif (1) spécial et très simple, utilisant la partie optique des autres microscopes que l’on posséderait déjà.
- On aura soin toutefois de choisir des objectifs à distance frontale aussi longue que possible, surtout si l’on compte examiner des insectes, ceci afin de permettre à la partie de l’épingle située au-dessus de l’insecte de passer sous l’objectif (2).
- Usages de l’insectoscope. — La’ détermination des différentes espèces d’insectes est une opération très délicate, car les caractères qui servent à les spécifier sont le plus souvent très peu visibles et exigent qu’on retourne l’insecte un assez grand nombre de .fois dans certaines positions; on comprend que cet appareil facilite et abrège beaucoup cette opération pour les naturalistes ; il la met aussi plus à la portée des agriculteurs qui voudraient rechercher l’espèce des insectes qui nuiraient à leur culture.
- Il en est de même pour la détermination des maladies cryptogamiques des plantes, pourv les recherches de botanique et l’étude des crustacés de petite taille. On pourra aussi s’en servir avec avantage pour l’examen des fossiles de petite dimension, en paléontologie.
- En chimie et en minéralogie il peut faciliter l'étude des cristaux et des polarisations qu’ils peuvent provoquer.
- Peut-être en trouvera-t-on des applications dans l’industrie proprement dite, notamment pour permettre, à l’aide de très faibles grossissements, de mieux
- fl) On nomme ainsi toute la partie non optique d’un microscope.
- (2) Cet appareil est construit sur mes indications par M. Stiassnie, fabricant de microscopes.
- p.644 - vue 644/950
-
-
-
- DISPOSITIF NOUVEAU FACILITANT L EXAMEN MICROSCOPIQUE.
- 645
- examiner les pierres précieuses durant la taille et de pouvoir ainsi tirer le meilleur parti possible d’une pierre donnée ; il pourrait également rendre des services pour l’examen en cours de fabrication des pièces mécaniques de très petites dimensions demandant à être exécutées avec une grande précision.
- Il s’adresse surtout enfin aux naturalistes en leur permettant de fixer, mieux encore, certains caractères morphologiques dont ils ont besoin pour leurs études ainsi que pour l’établissement des classifications.
- Pierre Marié.
- p.645 - vue 645/950
-
-
-
- CHIMIE
- L’EXAJVIEN MICROSCOPIQUE DE LA PEAU ET DU CUIR
- appliqué à l’étude des taches de sel
- On n'a guère jusqu’ici fait usage du microscope dans l'étude des nombreux problèmes que soulève la fabrication du cuir. Dans ces dernières années, nous ne pouvons guère citer que le travail de Palmer (1) sur la progression du tannage pendant les premiers bains, et les recherches de M. Boulanger (2), publiées par les soins de la Société d’Encouragement. Pour expliquer la formation sur les peaux des taches dites « de sel », et pour en préciser l'origine, il m’a paru indispensable d’examiner sur des coupes très hues les altérations de la peau et du cuir qui correspondent à ces taches.
- *
- *
- Description sommaire de la peau et du cuir normaux.
- Technique. — Les techniques histologiques sont peu familières aux chimistes qui s’intéressent à l’industrie du cuir ; c’est une des raisons pour lesquelles ils ont tiré peu de parti du microscope. Aussi, bien que je n’aie fait en général qu’adapter des méthodes connues, je crois utile d’indiquer comment j’ai procédé.
- Pour la peau (veau, mouton, bœuf, cheval), il faut commencer par la fixation. Les morceaux à fixer ne doivent pas dépasser 5 à 6 millimètres de côté ;
- (1) Palmer. Collegium (Journal de l'Association internationale des Chimistes de l’Industrie du Cuir), 1902, p. 32:3 et 331.
- (2) H. Boulanger. Étude micrographique du cuir. Bull. Société d’Encouragement, février 1908.
- p.646 - vue 646/950
-
-
-
- l’examen microscopique de la peau et du cuir. 647
- il est commode de leur donner la forme d’un trapèze, pour faciliter l’orientation. Après divers essais, j’ai adopté deux fixateurs :
- Solution aqueuse saturée d’acide picrique. ... 70
- Formol à 40 p. 100........................... 10
- Acide acétique . ............................ 1
- 2. Acide chro.mique................................. 0,4
- Acide acétique.................................. 1,5
- Formol......................................... 0,1
- Eau..........................................100
- On obtient avec ces deux liquides des résultats très satisfaisants. Le premier est le liquide de Boin, dans lequel j’ai diminué les proportions de formol et d’acide acétique, pour éviter d’une part le durcissement et d’autre part le gonflement exagérés des faisceaux conjonctifs. Le second se rapproche aussi d’un fixateur connu, avec une diminution de l’acide acétique. Le séjour des pièces dans les fixateurs a été d’au moins 24, et en général de 48 heures. Quant à la peau tannée, au tanin ou au chrome, elle doit être considérée comme parfaitement fixée, et n’a besoin que d’un lavage, pour la débarrasser éventuellement de l’excès de tanin.
- Il est clair que ces techniques ne conviendraient pas pour l’étude de certains problèmes : ainsi l’acide picrique accentue la division des faisceaux en fibrilles, l’acide acétique les gonfle ; le lavage du cuir enlève le tanin non combiné, et par suite empêche de voir sa distribution. Il y a donc des cas spéciaux qui exigeraient d’autres méthodes.
- Les pièces, fixées et lavées, doivent être déshydratées avant l’inclusion dans la paraffine, la seule que j’aie employée. On les fait passer dans trois alcools, une heure environ pour chacun ; le dernier est de l’alcool absolu, le second et le premier de l’alcool primitivement absolu, qui a servi une et deux fois. Ensuite elles sont portées dans un mélange, parties égales, de chloroforme et de toluène, environ une heure ; puis dans le toluène pur, une heure à une heure et demie ; et enfin dans un mélange, parties égales, de toluène et d’huile de cèdre, où, pour la commodité, elles passent la nuit. Elles arrivent alors dans la paraffine fondue, d’où elles sont transportées dans un second bain, puis dans un troisième. Cette dernière paraffine est coulée dans un moule, où l’on oriente la pièce. Pour réussir à pénétrer certains cuirs, et surtout les cuirs au chrome, qui sont difficiles à couper, j’ai dû laisser les pièces 24 heures dans chaque bain de paraffine, et porter la température de l’étuve à 58°-59° (paraffine fondant à 54°). Les coupes ont été faites avec le microtome de Minot, au 150e de millimètre. Il est presque toujours difficile d’obtenir de bonnes coupes plus fines; quelquefois j’ai dû me contenter du 100°. Pour apercevoir
- p.647 - vue 647/950
-
-
-
- 648
- CHIMIE.
- mai i'Jia.
- les détails de structure, des coupes plus épaisses ne seraient pas utilisables.
- J’ai l'ait l’essai d’un grand nombre de colorants. Les mieux appropriés m ont paru être les suivants :
- Pour la peau : 1° Double coloration avec le rouge Magenta (solution alcoolique saturée, additionnée de 9 vol. d’eau; 5 à 6 heures à froid ou 1 heure à 97°) et le mélange d'acide picriquc et de carmin d’indigo. Ce mélange se prépare en ajoutant à une solution aqueuse saturée d’acide picrique une petite quantité d’une solution aqueuse saturée de carmin d’indigo ; il est préférable, pour le cuir surtout, de mettre seulement assez d’indigo pour obtenir une teinte verte, que l'on choisi! par quelques essais. Après le séjour des coupes dans le rouge Magenta, on traite directement par le picro-indigocarmin, 10 à 15 minutes. Puis on lave à l’eau et décolore à l’alcool à 90°, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de rouge entraîné. On monte ensuite suivant la technique habituelle, de préférence dans l’huile de cèdre.
- 2° Double coloration avec 1 'hématoxyline (hématoxyline au fer par le procédé de Heidenhain) et Y éosine.
- 3° Safranine (solution à 1 p. 100 dans l’alcool à 95°, étendue de son volume d’eau, 24 heures) puis différenciation à l’alcool acide (1 p. 1 000 d’ac. chlorhydrique dans l’alcool absolu) suivi d’alcool absolu.
- 4° Thionine phéniquée (solution saturée dans l’alcool à 50°, étendue de 9 vol. d’eau, phéniquée à 1 p. 100). Après la fixation à l’acide picrique, il est difficile d’éviter avec la thionine les précipités ; son emploi est alors peu indiqué.
- Pour le cuir, tanné aux tanins végétaux : 1° la double coloration Magenta et picro-indigocarmin.
- 2° La safranine, avec différenciation à l’alcool acide.
- 3° La thionine phéniquée, 20 à 30 minutes, avec différenciation à l’acide acétique à 1 p. 100, jusqu’à teinte claire, puis lavage à l’alcool à 90°.
- 4° Le bleu coton en solution aqueuse, 20 minutes, avec différenciation à l’acide acétique comme pour la thionine.
- 5° Le vert méthyle, 15 à 20 minutes, avec différenciation au tanin à 1 p.100.
- 0° Pour apprécier le tannage, Y alun de fer à 1 p. 100, quelques minutes ; il donne avec les fibres imprégnées de tanin une coloration qui va du gris au noir sépia.
- Pour colorer spécialement les fibres élastiques, la fuchsine de YVeigerl, Yorcèine (solution à 0,4 p. 100 dans l’alcool à 80°, additionnée d’acide chlorhydrique à 4 p. 100 dans l’alcool à 80°, volume égal ou moins, en cherchant par des essais la dose convenable).
- p.648 - vue 648/950
-
-
-
- l’examen microscopique de la peau et du cuir, par g. art
- PLANCHE I
- Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale (mai 1913)
- Klfl 1 .') C.conjrAMTin. d,t
- tm. .. Fig. 3.
- pl.r1 - vue 649/950
-
-
-
- PLANCHE I
- Fig. 1. — Peau ex poil au moment du salage (veau).
- 60
- Grossissement : -y; — Coloration : Rouge Magenta et picro-indigocannin; — La coupe représente la moitié (le l’épaisseur totale de la peau; les productions
- épidermiques ne dépassent guère cette moitié.
- a. Épiderme, couche cornée.
- b. Epiderme, corps muqueux : en deux points l'épiderme est continu avec la gaine externe d’un follicule pileux, coupée obliquement.
- c. Glande sébacée ; on reconnaît facilement dans la coupe plusieurs glandes analogues.
- d. Gaine interne d’un poil, kératinisée; le poil même est tombé. En dehors, la gaine externe.
- e. Muscle arrecteur d’un poil. On en distingue un autre sur le bord droit de la coupe, et un vers le centre.
- f. Poil; coupe légèrement oblique du corps du poil. La moelle et la couche corticale, toutes deux kératinisées, n’ont pas de limites distinctes; la partie médullaire prend moins forte-
- ment la couleur.
- f). Gaine interne du poil, kératinisée; la division en cellules apparaît aux deux extrémités do l'ovale.
- h. Gaine épithéliale externe. Les noyaux les plus éloignés, allongés, appartiennent à la gaine fibreuse.
- i. Artériole (les diverses tuniques ne sont pas distinctes).
- k. Groupe de canaux sudoripares.
- l. Poil, coupé obliquement à la partie supérieure du bulbe.
- Fig. 2. — Peau épilée avec une paie de chaux et d’ohpin (mouton).
- 110
- Grossissement : y-; — Coloration ; Magenta et picro-indigocannin.
- a. Cavité pilifére, vide.
- On identifie facilement les éléments épidermiques les mieux conservés d'après les indications de la figure 1.
- Fig. 3. — Peau tannée aij sumac (venu).
- 110
- Grossissement : y; — Coloration : Magenta et picro-indigocannin; le cuir, pins mince que la peau, est représenté ici dans son épaisseur presque totale. a. Levures et débris épideiiniques, qui remplissent les cavités, aplaties, dont il est impossible «le dire si elles sont le résidu de follicules pileux ou de glandes.
- Fig. 4. — Peau tannée au sumac (veau).
- 350
- Grossissement ; -y; — Coloration ; Thionine; — La coupe, pratiquée dans une région saine, est destinée à être comparée à la suivante.
- a. Faisceaux conjonctifs, coupés perpendiculairement à l'axe.
- b. Amas de débris épidermiques, au bord d'une cavité d'où ils proviennent probablement. On voit avec l'objectif à immersion qu'il n’y a pas de bactéries.
- c. Levures.
- Fig. 3. — Peau tannée au sumac (veau).
- Coupe au niveau d’une tache de sel.
- 350 1 :
- a. Faisceaux conjonctifs gonflés et surcolorés.
- b. Noyaux do cellules conjonctives et, au centre de la coupe, de l'endothélium d'un capillaire.
- Grossissement :
- Coloration : Thionine.
- c. Levures.
- 350
- Fig. 6. — Peau tannée aux extraits (veau).
- Coupe au niveau d’une tache de sel, fortement colorée.
- Grossissement : y-; — Coloration ; Bleu coton; — Les points gris bleu ont conservé leur couleur naturelle, due sans doute à la présence de traces de fer.
- p.n.n. - vue 650/950
-
-
-
- PLANCHE II
- Fie. 1 et 1 bis. — Peau tannée au sumac (veau).
- Coupes au niveau d'une tache de sel, où la fleur est gaufrée.
- GO
- Crossissement : —•
- Les deux coupes montrent les divers aspects des saillies dermiques, entièrement absentes dans le cuir normal (PI. I, lig. 3). Les faisceaux conjonctifs sont gonflés.
- Fig. 2. — Peau tannée aux ekthaits (cheval).
- Coupe au niveau d’une tache.
- „ . 420
- Grossissement : ——
- \
- Lambeau d’épiderme, à cellules pigmentées, qui est resté adhérent à la surface du derme.
- Fig. 3. — Peau en tripe, ébourrée au sulfure de sodium (cheval).
- 8)
- Grossissement : —•
- 1
- Pigment dans les cellules épithéliales de l’épiderme et des gaines externes des poils.
- Fig. 4. — Peau en tripe ébourrée a la chaux (veau).
- Couches superficielles détruites par des microbes (Staphylocoques) qui ont pénétré entre les
- faisceaux conjonctifs.
- Grossissement :
- 1
- p.n.n. - vue 651/950
-
-
-
- I \ \ M 1 N M II | ;. I-I I I : |. 11 | Il I | \ l'i \ l II IM ( l
- I *1 \\< III, Il
- V-
- f
- N
- ST'iM
- Vtfk
- ’ÿ ;T* "* vj! . '* ** .
- v .. <*... «.
- ,*> t **' ^ > *‘b. v
- {.
- e^Vv" -’**»
- 1 '»iiISt Iiîi di> la S.icictô d'Kn
- •niiMil [mur Il n<) in-hin nation;
- l‘\i: M. \i:i
- pl.r2 - vue 652/950
-
-
-
- L EXAMEN MICROSCOPIQUE DE LA PEAU ET DU CUIR.
- 649
- Pour les microbes, on peut employer la méthode de Gram sur le cuir comme sur la peau. S’il s’agit d’espèces qui ne se colorent pas par cette méthode, il est plus difficile d’obtenir une bonne différenciation. Les meilleurs colorants m’ont paru être la thionine, avec le lavage à l’acide acétique, et le rouge Magenta suivi du picro-indigocarmin.
- En général, comme on devait s’y attendre, le cuir fixe les couleurs basiques beaucoup plus énergiquement que la peau (thionine, safranine, etc.) ; il faut donc colorer rapidement, ou mieux employer pour différencier un liquide acide. Les coupes, collées sur les lames avec l’albumine de Mayer, se soulèvent et se désagrègent assez facilement lorsqu’on passe de milieux alcooliques à l’eau. Il est bon do laver successivement, après l’alcool absolu, à l’alcool à 90°, puis à 50°, avant de traiter par les colorants aqueux.
- Pour le cuir tanné au chrome, on obtient de bonnes colorations avec le Magenta picro-indigocarmin, et surtout avec la thionine et la safranine suivies de différenciation acide.
- La peau et ses modifications dans la préparation au tannage. — Au
- moment où la peau appartient à l’industrie du cuir, c’est-à-dire lorsqu’elle arrive encore fraîche chez le saleur, elle a déjà subi de légères altérations, qui effacent les détails de structure les plus délicats. Mais on peut encore y reconnaître les éléments histologiques de la peau normale. Renvoyant aux traités spéciaux pour la description complète de ces éléments, j’indiquerai comment se présentent dans la pratique ceux qu’il nia paru utile de prendre en considération (PL I, fig. 1).
- Distinguons d’abord entre l’épiderme et le derme. Dans l’épiderme on voit très facilement la partie cornée (stratum disjunctum détaché plus ou moins de la peau et stratum comeum avec ses cellules aplaties sans noyau colorable) et le corps muqueux de Malpighi. Mais on ferait fausse route, à notre avis, si l’on cherchait à reconnaître, du moins sans utiliser des méthodes spéciales, le stratum granulosum et le stratum lucidum, intermédiaires aux deux autres régions. L’assise basilaire est bien distincte au-dessous du corps muqueux, avec ses cellules à gros noyaux, qui forment une rangée régulière. Quant à la membrane basale, ou hyaline, son épaisseur, d’après les traités d’histologie, n’est que de 1 à 2 y. On s’imaginerait à tort qu’elle trace une limite nette entre l’épiderme et le derme ; d’un côté, le contour des cellules de l’assise basilaire n’est pas rectiligne, mais plutôt dentelé ou barbelé; de l’autre, la partie superficielle du derme est faiblement colorée. La démarcation reste flottante.
- Dans le derme, on voit au milieu des éléments conjonctifs (faisceaux con-Tome 119. — 1er semestre. — Mai 1913. 43
- p.649 - vue 653/950
-
-
-
- CHIMIE.-----MAI 1913.
- 650
- jonotifs, libres élastiques, cellules conjonctives) les vaisseaux, les muscles, el les annexes de l'épiderme, poils el glandes. Ce sont les poils qui occupent de beaucoup la plus grande place. Lis se présentent sous un aspect dilièrent, selon qu’ils sont coupés au niveau du bulbe, un peu au-dessus, ou sur la tige. On distingue dans la cavité piiilere trois parties : 1° le poil proprement dit, avec la moelle, la couche corticale, et l’épidermicule ; 2° la gaine intérim, avec Képi -dermicule de la gaine, la couche de Huxley et la couche de Henlé ; d° la gaine externe, avec une couche muqueuse analogue à celle de l'épiderme, une mem-
- Fig. 1. — Taches de la peau en poil, côté chair. (Veau.)
- brane basale et une gaine libreuse. Si l’on coupe le poil vers la base du bulbe, on aperçoit au centre la papille, formée de tissu conjonctif riche en cellules ; elle est entourée de plusieurs rangées de cellules épitb<>liâtes, à gros noyau, souvent pigmentées, d’où se différencieront plus haut les diverses couches du poil proprement dit et de la gaine interne. Celle-ci peut être indiquée par une assise de cellules, à protoplasma bien homogène et noyau ovale. La gaine externe est réduite à une mince couche de cellules aplaties, avec une membrane basale et une Iunique libreuse bien, marquées. Au-dessus de la papille, les cellules centrales s'allongent, leur noyau est moins net ; l’épidermicule du poil, avec ses longues cellules inclinées de dedans en dehors et de bas en haut,
- p.650 - vue 654/950
-
-
-
- 651
- l’examen MICROSCOPIQUE DE LA PEAU ET DU CUIR.
- l’épidermicule de la gaine, les couches de Iluxley et Henlé sont bien dillé-renciés. La gaine épithéliale externe est encore peu développée. Enfin plus haut, ce (pii est le cas le plus fréquent, l’aspect est tout autre : au centre, la moelle, avec ses grandes cellules claires, en partie desséchées, et séparées par des bulles d’air, un peu pigmentées ; puis un anneau continu, formé des cellules corticales kératinisées et soudées, dont on ne distingue plus leur épider-micule. En général, un espace vide sépare le poil d’un second anneau kérati-nisé, qui représente la gaine interne ; ici la division des cellules reste souvent apparente. Si la coupe passe assez bas sur le poil, la couche de Henlé, la plus externe, est seule en partie kératinisée ; dans sa moitié interne, et à l’intérieur, on distingue ses cellules et celles des deux autres, avec leurs noyaux et leurs grains de trichohyaline. En dehors de la gaine interne, la gaine épithéliale externe comprend plusieurs assises de grosses cellules ; elle est doublée de la gaine fibreuse.
- Au voisinage des poils, on trouve les glandes sébacées, qui sont logées dans un triangle délimité par le poil, la surface de la peau, et le muscle arrecteur du poil. Elles sont remplies de grandes cellules arrondies, à cloisons bien tracées, et protoplasma granuleux, avec un noyau faiblement coloré ; à la périphérie, elles présentent une assise de petites cellules basses, et une membrane basale mince, entourée de tissu con jonctif et élastique. Souvent elles sont disposées en lobules cloisonnés. Le canal excréteur, très court, s’ouvre parfois directement à la surface de la peau ; il continue alors l’épiderme dont il reproduit la structure. Ou bien il débouche dans la cavité d’un poil, et se termine dans la gaine épithéliale externe; il est entouré de libres élastiques.
- Les tubes sécréteurs des glandes sudoripares sont groupés par deux, trois, quatre, auprès des racines des poils les plus profonds. Ils présentent une large lumière, à peu près circulaire ou plus allongée, limitée par une assise de cel-lul es à peu près cubiques, à noyaux bien distincts, et rangées régulièrement. Au-dessous, les cellules musculaires, en fuseaux parallèles à l’axe du tube, et dont la coupe intéresse quelquefois le noyau ; puis la membrane basale, mince, et la tunique conjonctive. Les canaux excréteurs ont une lumière plus petite, et deux assises de cellules polyédriques.
- Les muscles arrecteurs des poils, qui vont obliquement de l’extrémité profonde de la gaine à la surface, sont formés de fibres lisses à noyaux très allongés. Parmi les vaisseaux, on distingue quelques artérioles et veinules, surtout dans les régions profonde et moyenne du derme. Les artères possèdent trois tuniques: endothélium, tunique moyenne à fibres musculaires lisses, et adventice à cellules conjonctives et tissu conjonctivo-élastique pour les plus grosses. Elles sont facilement reconnaissables avec les colorations à l’orcéine,
- p.651 - vue 655/950
-
-
-
- 652
- CHIMIE.
- MAI 1913.
- u safranine, qui font apparaître la lame élastique festonnée dite limitante interne, entre l’endothélium et les libres musculaires. Les veinules ont une lumière plus large, un contour irrégulier et aplati; elles ne possèdent qu’un endothélium, entouré de quelques cellules conjonctives. Dans toute l’épaisseur du dorme, surtout au niveau des papilles, autour des bulbes des poils, et autour des glandes, on voit de plus de nombreux capillaires, artériels, veineux et lymphatiques, formés de quelques cellules, dont on distingue le protoplasma et les noyaux groupés de manière à circonscrire une petite cavité. Souvent aussi ces capillaires, comme d’ailleurs les vaisseaux plus gros, les gaines des poils et les glandes, sont coupés dans le sens de l'axe ; la coupe intéresse la paroi sur une certaine longueur et présente alors une traînée de noyaux.
- L’ensemble de ces éléments forme au moins un cinquième, peut-être un quart de la masse totale du derme. Les poils s'enfoncent jusqu’à la moitié de l’épaisseur totale, souvent plus profondément. Outre la coloration élective des noyaux, le protoplasma cellulaire se différencie des faisceaux conjonctifs par remploi du picro-indigocarmin ; il est d’un vert jaune très pâle, tandis que les faisceaux conjonctifs sont vert foncé.
- Le tissu dermique proprement dit comprend trois éléments : faisceaux conjonctifs, fibres élastiques, et cellules conjonctives. Les faisceaux conjonctifs sont grêles et assez distants les uns des autres au voisinage de l’épiderme (corps réticulé), et autour des annexes de l’épiderme. Ils sont beaucoup plus épais, plus compacts, et se colorent plus fortement, dans la région où les poils cessent. Lorsqu’on se rapproche de la lace inférieure du derme, ils redeviennent plus minces, et s’écartent davantage. Avec certains colorants (acide picrique) on distingue dne faible teinte entre les faisceaux. S’agit-il d’une substance fondamentale? On sait que la substance fondamentale du tissu conjonctif, qui d’ailleurs se colore mal, n’est bien visible que sur des tissus jeunes (cordon ombilical) ou sur des membranes conjonctives (épiploon du jeune lapin). Elle disparaît à mesure que les fibres élastiques et conjonctives se différencient.
- Les fibres élastiques sont surtout réparties en deux régions : 1° des fibres fines, flexueuses, en général coupées obliquement et visibles sur de courts trajets, autour des poils et des glandes, et dans la couche sous-épidermique, dans les papilles du derme; 2° les fibres plus grosses et rectilignes, longues, à une petite distance de la face inférieure du derme. Ce groupe de fibres est très inégalement développé; j’y reviendrai à l’occasion des peaux tachées de sel.
- Enfin les cellules conjonctives, avec leurs noyaux de forme souvent irrégulière, sont abondantes au voisinage de l’épiderme, et dans les gaines fibreuses des poils, glandes et vaisseaux, où elles se trouvent, groupées. Dans la région
- p.652 - vue 656/950
-
-
-
- l’examen microscopique de la peau et du cuir. 653
- dos gros faisceaux conjonctifs et du côté de la chair, elles sont isolées et plus espacées.
- La description sommaire que je viens de donner suffit pour permettre d’interpréter une coupe ; elle était indispensable pour guider dans l’examen des altérations successives de la peau pendant son séjour dans les magasins et les usines.
- Ces altérations n’intéressent que bien légèrement les fibres élastiques et conjonctives, dont je ne m’occuperai pas pour le moment. Elles sont très variables, aussi bien pour la peau eu poil salée que pour la peau épilée, et la peau passée en confit; dans chaque catégorie, il y a des états extrêmes, avec tous les degrés intermédiaires.
- Lorsque la peau en poil est très bien conservée, on constate seulement que les limites des cellules sont indistinctes, et les noyaux partiellement désagrégés, pour la couche épithéliale et la gaine externe des poils. Les noyaux des cellules conjonctives et musculaires sont encore en parfait état; ceux des glandes sudoripares résistent mieux que ceux des autres tissus épithéliaux. Sur les peaux un peu plus altérées, les noyaux de la couche épithéliale et de la gaine externe des poils, puis ceux des glandes sudori pares, disparaissent entièrement; les cellules de ces dernières glandes sont encore distinctes, mais détachées de la membrane basale, ci disposées sans ordre. Enfin quand la peau commence à s’échauffer, l’assise basilaire de l’épiderme se détache du derme, qui à partir de ce moment est limité par une ligne très nette. Les cellules muqueuses sont comme vidées, et les ponts qui les unissent deviennent très apparents. Les noyaux des glandes sébacées, jusque-là bien conservés, disparaissent à leur tour ; mais ces glandes sont encore reconnaissables au réseau que forment les parois de leurs grosses cellules. Dans le poil, les cellules cornées de la couche corticale commencent à se détacher les unes des autres. La pigmentation au niveau du bulbe devient très frappante. Les muscles, et le protoplasma des cellules conjonctives et des cellules des glandes sudoripares sont encore visibles, par la différence de couleur avec le picro-indigocarmin ; mais les noyaux conjonctifs eux-mêmes sont rares.
- On conçoit que l’état de la peau au moment où elle est mise en travail influe sur son aspect ultérieur. Les méthodes variées d’ébourrage et de confit produisent également des effets différents.
- Ainsi j’ai examiné plusieurs peaux de mouton délainées au moyen d’une pâte de chaux et de sulfure d’arsenic, appliquée sur la chair ; les tissus étaient restés dans un état d’intégrité remarquable (PL I, fig. 2). L’épiderme était conservé presque en entier, avec une division des cellules peu distincte, mais des noyaux pour la plupart bien colorés. Ceux des cellules conjonctives et des
- p.653 - vue 657/950
-
-
-
- CHIMIE.
- MAI 1913.
- f>54
- muscles, altérés quelquefois dans leur forme, et mémo déchiquetés, se coloraient également. Les vaisseaux, les glandes sudoripares, plus difficiles à identifier, avaient cependant à peu de chose [très le même aspect que sur une peau en poil échauffée'. Quant aux poils, la gaine exhume était en mauvais état, et la gaine interne désagrégée ; on voyait de longues cellules kératinisées libres dans la cavité, et souvent leur noyau se colorait mieux que sur une peau fraîche, sans doute parce que la kératine dissoute par le sulfure de calcium
- ne le masquait plus. Dans les glandes sébacées, les travées des cellules restaient nettes, et parfois même les noyaux.
- Après le pelain à la (diaux, et uni» façon sur Heur, tous les noyaux avaient disparu des mêmes peaux. Cet effet de la (diaux s'observe également sans le délainage préalable.
- L’épiderme, en règle générale, est enlevé entièrement. Les muscles se reconnaissent encore à la couleur, avec le picro-indigocarmin. Les glandes sudoripares, les vaisseaux ne sont plus distincts, mais ont laissé quelques débris de protoplasma, qui se différencient encore avec le même colorant.
- Les glandes sébacées sont toujours les mieux conservées, et quelquefois leurs travées cellulaires sont encore apparentes. Lutin dans les cavités qui logeaient les poils on trouve parfois, pour les plus profondes, la section du poil encore bien constitué, et presque toujours des débris plus ou moins désagrégés de la moelle, et des cellules kératinisées..
- Il m’est difficile d’apprécier exactement l’action des confits, qui devrait faire l'objet d’une étude plus méthodique. Les confits acides, et peut-être aussi les confits de son, n’apportent probablement que peu de changements, tandis que ceux de crotte seraient plus énergiques. J'ai seulement pu constater, soit sur de la peau en tripe passée en confit de son (veau, mouton), soit sur le cuir, que l’aspect était assez variable. On observe toujours dans le derme un grand nombre de cavités, avec une lumière, et un contour très net grâce à la présence soit de la membrane basale, soit plus probablement de faisceaux con-
- ÿ
- Fi"\ 2. — Peau en fripe, lleur. ( F<
- p.654 - vue 658/950
-
-
-
- l’examen microscopique de la peau et du cuir.
- 655
- jonctifs particulièrement condensés (PI. I, üg. 3). Souvent ces cavités sont vides; mais (illes peuvent aussi renfermer des débris, qui se colorent autrement que le tissu conjonctif. On reconnaît parfois dans ces débris, sur la peau et sur le cuir, de grandes cellules kératinisées. D’autres fois, ou à côté, c’est une masse informe, reste sans doute de substance médullaire du poil, et peut-être dans certains cas de matière qui remplissait les glandes sébacées. De plus, sur le cuir, les cavités renferment souvent des amas de grosses cellules de levures, de mycodermes des jus tannants, avec quelques bacilles. Enfin il arrive que des poils profonds, avec leur moelle, et leur couche corticale kératinisée, occupent encore entièrement leur gaine; on voit même des bulbes de poils, où la divi-
- sion des cellules est apparente, bien que le noyau ait disparu. Tous ces débris profonds peuvent être fortement pigmentés.
- Quant aux fibres élastiques, qui conservent après le tannage leur affinité pour leurs colorants particuliers, elles ne m’ont pas paru subir de modifications. Les faisceaux conjonctifs sont très gonflés après la chaux, et la division fibrillaire s’efface. Après le confît, ils retournent à l’état normal, et paraissent moins compacts, mieux isolés, que sur la peau brute; mais la différence n’est pas très manifeste. Dans le cuir, ils sont bien séparés les uns des autres; les intervalles vides sont certainement plus larges que sur la peau.
- Il serait intéressant de chercher si les différences dans les détails histologiques, après l’ébourrage ou les confits, correspondent à une exécution plus ou moins satisfaisante des opérations. On trouverait peut-être dans l’examen des coupes une méthode de contrôle, dans la mesure du moins où l’on pourrait faire usage de renseignements qui ne seraient obtenus qu’au bout de plusieurs jours. Sous les mêmes réserves, il serait facile d’apprécier exactement la bonne conservation des peaux en poil. Tous les détails qui précèdent peuvent donner
- p.655 - vue 659/950
-
-
-
- 656
- CHIMIE.
- MAI 1913.
- une idée des ressources qu'offrirait l’emploi mélliodique du microscope ; ils indiquent de plus quels sont les éléments qui ont chance de présenter des variations intéressantes.
- *
- *
- Les taches de sel.
- Les peaux qui ont été salées, surlout les peaux de veaux, peuvent être tachées, accident très redouté des tanneurs. On ne peut en effet masquer ces taches qu'en mettant les peaux en noir; or les modes actuelles demandent beaucoup de peaux linies en couleurs claires, cl la valeur de ces peaux est de 25 p. 100 au moins supérieure à celle des peaux teintes en noir. Los taches sont de plus une source de désagréments, car elles donnent lieu à dos réclamations de la part des tanneurs auprès des saleurs, et des saleurs auprès des fournisseurs de sel.
- L’examen attentif, et surtout l’analyse chimique de ces taches ma conduit à y distinguer au moins doux groupes (1). 11 y a sans doute aux diverses espèces de taches des facteurs communs, mais aussi des conditions déterminantes différentes. Celles du premier groupe, caractérisées par la présence de phosphate de calcium, apparaissent en des points où étaient déposés des grains de sulfate de calcium, provenant du sel. Dans le second groupe, il n'y a pas d’accumulation de phosphate do calcium au niveau des taches, et le rôle du sel n’est pas manifeste. Je conserverai cette distinction pour l’élude microscopique des peaux tachées ; elle continuera à se justifier par certaines différences dans l’aspect des coupes.
- J’ai donné une description sommaire des taches des deux groupes (2). Plutôt que de la reproduire, je renvoie aux photographies jointes à ce travail, et qui sont plus expressives que les mots. Elles représentent: 1° les petites taches sur le côté chair de la peau en poil; 2° les taches sur le côté fleur de la tripe, au sortir du pelain; 3° celles de la peau tannée au sumac; 4° celles de la peau tannée an chrome ; 5° l’aspect des taches dans la profondeur du derme, sur des peaux tannées au sumac, et refendues à la scie à ruban. Toutes ces photographies concernent la première classe. Les suivantes montrent, pour le second type: 6° une tache sur la tripe au sortir du pelain, qui persistera pendant le tannage (3) ; 7° les taches de la peau tannée aux extraits.
- (1) Ceorges Abt,. Sur l’origine des lâches de sel. Colletjium (Journal de l’Association internationale des Chimistes de l’Industrie du Cuir. N° 508, 3 août 4 912, p. 388-408).
- (2) Loc. cit.
- (3) Je n’ai pas cru devoir reproduire les grandes taches noires, qui disparaissent dans la
- p.656 - vue 660/950
-
-
-
- E EXAMEN MICROSCOPIQUE DE LA PEAU ET’ DU CUIR.
- 657
- Taches du premier type. — J’étudierai d’abord l’aspect de ces taches du côté du poil (cuir et peau eu tripe), puis du côté de la chair (cuir, peau en tripe, peau on poil).
- La première anomalie qui frappe à l’examen du cuir est la présence de nombreux noyaux dans la région superficielle du derme, entre les premières glandes et la surface, et surtout près de la surface (PL I, fig. 5). Ce sont des corpuscules généralement ovalaires, à contour net et régulier, qui se dis-
- ^jj
- mÊÊÈaÈËSÈMÊmÈIÈÊ8ÈÊÊÈBÊËmÊttËÊËÊKÈÊÊÊBÊÈmÈÊSÈSmÈmÊmÊÈÊnȧÊÊMmiSÈlMmmÈËÊ&m
- Fig. 4. — Peau tannée au chrome, fleur. (Veau.) .
- tinguent des faisceaux conjonctifs par une coloration brune plus foncée. Si l’on colore la coupe au bleu coton, au vert méthyle, ils conservent leur couleur brune, tandis que les tissus voisins prennent le bleu ou le vert. Au contraire avec la thionine, ils sont violet foncé, pendant que les faisceaux conjonctifs sont bleus. Sur le cuir tanné au chrome et coloré à la safranine ou la thionine, avec décoloration à l’acide acétique, ils restent respectivement rouges et
- suite. Il est possible toutefois que la tache sur la peau eu tripe représentée ici ne réponde qu’à une partie de celles qui apparaissent sur le tanné; je reviendrai sur ce point à propos de l’examen microscopique. Dans ce cas, peut-être les autres taches du cuir auraient-elles sur la peau le même aspect que celles qui s’effacent; elles n’en différeraient que par la gravité.
- p.657 - vue 661/950
-
-
-
- 658
- CHIMIE.
- MAI 1913.
- violets, tandis que le reste de la coupe se décolore presque entièrement. On ne peut guère voir dans ces corpuscules que des noyaux conjonctifs, qui ont résisté à l’action du pelain et du confit. Ils présentent quelquefois des dispositions typiques, en files, sur deux rangées môme, indiquant un vaisseau sectionné suivant la longueur, ou en cercle formé de deux ou trois éléments qui limitent un capillaire coupé perpendiculairement à l’axe. Quant aux réactions colorées spécifiques des noyaux, elles sont en partie' masquées par la présence des matières tannantes; c’est le cas de la safranine pour le tannage végétal, el en partie du rouge Magenta. Ce dernier se fixe toujours sur les noyaux, mais nous verrons que très souvent il colore aussi les faisceaux conjonctifs voisins, réaction anormale propre aux tissus tachés. Les noyaux eux-mêmes sont tantôt rouge vif, tantôt seulement roses ; ainsi la différence de teinte avec les faisceaux conjonctifs est ou faible, ou très accentuée. La coloration à l'hématoxyline au fer n’est guère applicable au tannage végétal, à cause de l’affinité du tanin pour riiémaloxyline, qui oblige à pousser trop loin la décoloration. Mais sur le cuir tanné au chrome, on réussit à obtenir l’élection sur les noyaux; elle est pourtant moins nette que sur la peau normale non tannée. Il fallait s’attendre à trouver les réactions habituelles des noyaux plus ou moins en défaut, car ils ont certainement subi dans la peau en poil tachée des altérations, qui ne peuvent laisser indifférentes les affinités pour les couleurs. Seule la thionine accuse une différenciation parfaite, les taches provoquant une surcoloration à la fois des faisceaux conjonctifs et des noyaux, telle que l’écart subsiste entre les deux groupes.
- J’ai rencontré ces noyaux sur des cuirs tachés de trois provenances, mais ne les ai pas observés sur ceux que j’avais tachés moi-môme au laboratoire, ni, avec toute la netteté désirable du moins, sur les peaux en tripe. Dans ce dernier cas, j’ai aperçu pour une peau des noyaux, en dissociant à l'état frais la fleur tachée ; mais après fixation et inclusion, sur les coupes, je ne les ai retrouvés qu’avec là coloration à la thionine, et encore l’aspect n’était-il pas typique. Sur une autre peau, ils étaient tout à fait rares. Peut-être les lésions que j’ai examinées sur la tripe ne correspondaient-elles pas exactement au même stade dans révolution des taches que celles de la peau tannée. D’autres différences semblent l’indiquer, comme je le montrerai plus loin.
- Lorsque la fleur du cuir taché ne présente qu’une couleur anormale, on n’observe sur les coupes aucune autre particularité. Mais quand elle est saillante et plissée, les altérations sont multiples :
- 1° La surface du derme, au lieu d’être à peu près rectiligne (les saillies des papilles dermiques, déjà peu accentuées dans les peaux qui portent des poils, sont encore aplaties par les « façons » qu’a subies la fleur), est au contraire
- p.658 - vue 662/950
-
-
-
- i/examen microscopique de la peau et du cuir.
- 659
- découpée, en dents de scie à base large et extrémité pointue, ou en doigts étroits à la racine et très allongés pour la largeur (PI. II, tig. 1 et 1 bis). Ces aspects, le premier surtout, s’observent également sur la tripe sortant du pelain. Ils résultent du gonflement des faisceaux conjonctifs.
- 2° Les faisceaux con jonctifs superficiels, sur une épaisseur de 1/40 à 1/6 de millimètre, sont modifiés. Pour le cuir, les réactions colorées sont anormales. La couleur naturelle est d’un brun plus foncé que celui des faisceaux profonds; le bleu coton, le vert méthyle ne couvrent pas cette couleur brune. Avec la double coloration au rouge Magenta et picro-indigocarmin, ces tissus deviennent rouge sale, au lieu de verts. Enfin avec la thionine, la safranine, l’alun de fer, on obtient une coloration massive intense (PL I, tig. 5 h 11 faut remarquer d’ail-
- Fig. ü. — Peau tannée au sumac, refendue (face supérieure de la moitié chair). (Veau.)
- leurs que ces réactions ne sont que l’exagération de celles que l’on observe sur les cuirs tachés dont la fleur n’est pas altérée, et meme sur le cuir normal ; il y a toujours le long du derme une ligne, très mince, qui se colore mal avec le bleu coton et le vert méthyle, et qui prend le rouge avec le Magenta-picro-indigocarmin. L’altération des faisceaux conjonctifs se révèle aussi par d’autres caractères : le volume des fibres est augmenté, jusqu’à quatre à cinq fois, la structure fibrillaire s’efface, la matière paraît granuleuse, et, lorsqu’elle n’est pas surcolorée, comme translucide. Pour la peau en tripe, le gonflement dû à la chaux exagère encore cet aspect; on trouve le long de la fleur une bande plus ou moins large, où la division en faisceaux est à peine reconnaissable; la coloration est rouge sale avec le Magcnta-picro-indigocarmin.
- 3° Sur certains cuirs (peaux tachées au laboratoire et tannées), la substance
- p.659 - vue 663/950
-
-
-
- 660
- CHIMIE.
- MAI 1913.
- dermique est, par territoires limités et voisins de la surface, divisée en petites masses irrégulières, plus ou moins polyédriques, du diamètre à peu près d’un noyau (PL I, fig. G). Ces zones ne sont traversées par aucun faisceau conjonctif bien dessiné, mais par quelques libres élastiques. Elles pourraient être prises pour la section, perpendiculaire à la direction, de groupes de faisceaux, si elles ne se présentaient pas avec le môme aspect lorsqu’on coupe la pièce suivant un autre plan. Ce sont donc probablement des faisceaux con jonctifs désagrégés et
- divisés en articles successifs. Ces petites masses se colorent en rouge vif avec le Magenta ; (‘Iles ne prennent pas le bleu colon, et apparaissent en gris dans les coupes traitées par ce réactif. Dans la région superficielle de la peau en tripe, on trouve aussi des altérations analogues. Elles se révèlent surtout par de nombreux petits points de coloration foncée, lorsqu’on traite par la safranine, le rouge Magenta, l’héma-loxyline, la thionine ; ces points paraissent occuper le centre de fragments de substance dermique, dont les contours sont indistincts à cause du gonflement : c'est'du moins ce qui ressort de leur aspect dans un autre cas, dont il va être question.
- Du coté de la chair, les taches ne laissent guère de traces après 1 écharnage. Pour les étudier sur le cuir, j ai tanné, en les respectant soigneusement, de la peau en tripe taebée. Il n'est pas facile de se rendre compte des lésions des fibres dans la région extrême; du derme; le tissu y est beaucoup plus lâche que sous la (leur, et les coupes minces ne font apparaître que des tronçons de fibres, assez courts et disposés irrégulièrement. On aperçoit toutefois, tout au bord de la coupe, des amas de substance sans structure apparente, sans forme de faisceaux. La cou haïr naturelle est brun foncé, et n’est pas couverte par le bleu coton et le vert méthyle ; le rouge Magenta, la thionine surcolorent. Au delà de ces amas, en avançant dans l’épaisseur de la peau, les mêmes réactifs colorent vivement de petits points situés au centre des faisceaux conjonctifs. Lorsque ces faisceaux sont coupés perpendiculairement à leur direction, la disposition du point foncé au centre du faisceau clair reproduit exactement l’aspect que j'ai décrit pour la peau en tripe, tachée sur la (leur.
- Sur la peau en tripe, après le pelain, j’ai constaté plusieurs fois, du côté de
- Fig. IL — Peau en tripe. [Cheval.)
- p.660 - vue 664/950
-
-
-
- L EXAMEN MICROSCOPIQUE DE LA PEAU ET DU CUIR.
- 661
- la chair, la persistance de noyaux conjonctifs, dans un tiers environ de l’épaisseur totale ; cette région avait subi l;influence des mêmes facteurs que les couches voisines de l’épiderme dans les cuirs où l’on trouve ces noyaux.
- Quant à la peau en poil, si l’on pratique au niveau de la tache une coupe parallèle à la surface, on trouve dans la zone qui correspond à la dépression centrale un peu de substance granuleuse et transparente, sans structure fibrillaire, qui se colore fortement, à la sa-franine, et prend avec le Magenta-picro - indigocarmin une teinte, variable du jaune orangé au rouge sale. Mais cette matière dégénérée n’occupe en surface que des étendues très limitées; en épaisseur, elle n’atteint guère que 1/16 à t/30 de millimètre, soit 1/35 à 1/70 de l’épaisseur totale de la peau.
- J’ai été frappé, au début, de l’abondance et du volume des fibres élastiques tout près de la surface, du côté chair, dans les peaux tachées. Ces fibres m’avaient même paru présenter quelques réactions colorées anormales, à ce niveau et au niveau des cavités glandulaires et pilifères. Mais en multipliant les coupes sur des tissus sains, j’ai pu me convaincre que la coloration des fibres élastiques avec certains réactifs (rouge Magenta, safranine) présentait des irrégularités, indépendantes dans ce cas des' liquides fixateurs employés, et inexpliquées. D’autre part, les groupes de grosses fibres élastiques se rencontrent aussi sur des peaux non tachées. Je me contenterai donc de signaler l’existence de véritables petits tendons, qui pénètrent dans la peau par un point de la face profonde, et courent ensuite parallèlement à la surface, aune distance de 1/10 à 1/30 de millimètre.
- Outre ces réactions positives, le cuir et la peau tachés ont des caractères négatifs dont l’importance est aussi grande.
- Fig. 7. — Peau tannée aux extraits. {Cheval.)
- p.661 - vue 665/950
-
-
-
- 662
- CHIMIE.
- MAI 1913.
- La surface du côté du poil est limitée par une ligne aussi nette, malgré les altérations des fibres sous-jacentes, sur les coupes de tissus tachés que sur celles de tissus sains. Celle ligne conserve avec certains réactifs la couleur due au tannage, et en fixe d’autres énergiquernenI ; (die se différencie donc très bien. C’est la couche hyaline des auteurs, eon tre laquelle s'infléchissent et se tassent quelques faisceaux conjonctifs très minces. Lorsque la fleur est attaquée par des microbes, cette barrière disparaît; les fibres qui arrivent au bord de la coupe se terminent par une extrémité flottante ; des fragments libres se détachent en avant; les contours du derme offrent de nombreuses brèches, témoins de la destruction des tissus (PL II, fig. 4). Rien d’analogue dans les peaux tachées.
- Il est remarquable aussi que l'on ne voie jamais de microbes entre les fibres altérées. C’est qu’ils n'ont pas envahi le derme, car ils ne sauraient échapper à l'examen. Sur toutes les coupes de cuir, on colore très facilement, par la méthode de Gram ou par la thionine selon les microbes, les levures, mycodcrmcs, et bacilles qui ont été poussés pendant le tannage dans les vides laissés par les poils et les glandes. J’ai aussi pu colorer dos amas de coeci sur tout le bord de la coupe, et dans une cavité pilifère, pour une peau en tripe dont la fleur était décollée, et désagrégée par les colonies développées à la surface, mais non tachée (PL II, fig. 4). D’ailleurs si l'on prélève sur les taches de la peau en poil, du côté de la chair, de petits fragments, et qu’on les dissocie à l’état frais sur une lame, on y reconnaît des amas microbiens très nombreux. Il est vrai que la même constatation peut être faite sur des parties non tachées ; la différence no porterait que sur les quantités. On trouve toutefois des agglomérations de cocci encore plus considérables sur des coupes de peau simplement séchée, sans salage, alors qu’il n’en subsiste pas sur les coupes de peaux tachées. Il est donc certain que la peau ne peut être sensible aux actions bactériennes, dans le cas des taches de sel, que par la diffusion des enzymes et des produits de réaction.
- Quels renseignements sur les causes qui produisent les taches pouvons-nous maintenant tirer de ces observations?
- La couleur brune des noyaux, dans le cuir, paraît due à la fixation d’un excès de tanin. La preuve en est que si l’on traite le fragment de cuir par la soude à 1 p. 1 000, avant de faire l’inclusion dans la paraffine, de manière à enlever la plus grande partie du tanin, les noyaux cessent d’être apparents. On contrôle en même temps le détannage par la réaction de l’alun de fer. (L’expérience réussit également si l’on fait agir la soude sur une coupe déjà collée sur lame ; mais la coupe se décolle et se déchire facilement, ce qui rend l’exécution trop délicate.) Cette fixation du tanin s’explique-t-elle par une affinité spéciale pour les noyaux? La chose n’est pas impossible, mais la présence de traces de
- p.662 - vue 666/950
-
-
-
- L EXAMEN MICROSCOPIQUE DE LA PEAU ET DU CUIR.
- 663
- fer au niveau des noyaux intervient également. On peut mettre ce fer en évidence en traitant la coupe par une solution de ferrocyanure de potassium à 0,75 p. 100, acidulée par 0,25 p. 100 d’acide chlorhydrique; il faut avoir soin de libérer d’abord le fer de sa combinaison avec le tanin, par un séjour de 30 minutes dans l’alcool à 96°, additionné de 4 p. 100 d’acide sulfurique. La coloration bleu pâle qu’on obtient sur les noyaux est inconstante, mais souvent très nette. Le même procédé sert à mettre en évidence, sur la peau fraîche, le fer qui existe dans la chromatine des noyaux ; mais pour le libérer alors de sa combinaison organique complexe, il faut prolonger le séjour dans l'alcool acide pendant huit heures à 35°.
- D’autre part, les noyaux ont certainement été protégés contre les causes de destruction, diastases microbiennes, pelains, confits, par une enveloppe minérale. Est-ce le phosphate de fer, formé à partir de l’acide phosphorique provenant du noyau, et du fer qui a son origine soit dans la chromatine, soit plutôt dans le sang, le sel, les souillures de la peau? Est-ce le phosphate de chaux, dont j’ai établi par l’analyse chimique la présence dans les tissus tachés, et qui fournit probablement les cristaux que l’on peut voir dans les cavités laissées par les poils et les glandes ? Il semble que l’intervention d'acide phosphorique provenant des noyaux puisse seule expliquer la localisation sur leur surface externe (1). La formation ultérieure de tannate de fer ne paraît pas douteuse.
- Les colorations particulières du cuir taché, au voisinage de la fleur, sont les mêmes que celles des noyaux conservés. La surcoloration par l’alun de fer révèle ici encore la fixation d'un excès de tanin. Mais la peau non tannée, du côté du poil et du côté de la chair, possède la même affinité pour les couleurs basiques, thionine, safranine, rouge Magenta. C’est, semble-t-il, à des traces de fer aussi qu’elle les doit. J’ai pu déceler le fer très nettement dans deux cas, par l’emploi du ferrocyanure de potassium : pour la peau tachée au laboratoire et tannée, dans les petites masses irrégulières que j’ai décrites au voisinage de la fleur; et pour la peau en poil, dans la matière désagrégée qui occupe le centre des coupes parallèles à la surface. Dans les autres cas, les quantités de fer ne suffisent pas pour donner la réaction microscopique du bleu de Prusse, bien que l’on distingue à l'œil nu une teinte bleuâtre sur toute la coupe; mais lorsque les tissus se colorent avec le mélange Magenta-picro-indigocarmin en rouge sale, cette réaction est sans doute liée à la présence du fer. On l’obtient toutes les fois que l’on imprègne la peau de sels de fer. Je suis très incliné à croire que les petits points surcolorés que j’ai signalés du côté chair et du côté
- (1) Depuis la rédaction de ce travail, j’ai constaté que certains microbes, isolés de peaux tachées, produisaient aux dépens des matières protéiques une substance brune, qui donne avec les sels de fer des précipités volumineux. Le fer provenant de la chromatine pourrait former à la surface des noyaux des précipités de cette nature.
- p.663 - vue 667/950
-
-
-
- 664
- CHIMIE.
- MAI 1913.
- llnur, sur des peaux en tripe et des peaux tannées, contiennent aussi des traces de fer,plus rassemblé que dans les tissus voisins. Chose curieuse, dans les cas où le fer est le plus abondant, on constate à la fois l’absence des noyaux, et la désintégration plus profonde des faisceaux conjonctifs. Ce serait le stade ultime dans l’évolution de la tache. A quelle cause faut-il donc attribuer cette désintégration, qui peut aller du gonflement à la fragmentation, mais pas à la destruction complète? Action directe des diastases microbiennes? Alcalis produits par la fermentation? Acides provenant de l’hydrolyse des sels de fer, avec précipitation de sels basiques? Oxydations par ces mêmes sels? Le choix (mire ces hypothèses peut être dicté par une opinion préconçue ; il me parait bien hasardeux. En tout cas, s’il s’agissait seulement de dégénérescence, les tissus ne pourraient que perdre leur aflinité pour les matières colorantes ; car telle est la règle. L’intervention de facteurs minéraux parait donc probable sans être exclusive d’autres interprétations.
- Taches du deuxième type. —Les taches de ce groupe que j'ai examinées no concernaient que des peaux de cheval. Elles n'étaient pas, comme les premières, visibles du côté de la chair sur la peau en poil ; les peaux, mal dépouillées, étaient doublées d’ailleurs d’une coucbe épaisse de graisse et de muscle. D'autre part, en coupant le cuir taché par minces tranches successives, à partir de la fleur, on atteignait rapidement une région qui n’était plus tachée. Ces taches ne paraissaient donc pas avoir débuté du côté de la chair; en tout cas, elles n’y laissent de traces ni sur la tripe, ni sur le cuir.
- Le caractère le plus frappant des coupes de cuir est la présence de fragments de tissus épithéliaux, généralement pigmentés. C’est ainsi que l’on distingue en bordure du derme des lambeaux de la couche muqueuse, comportant une rangée continue de cellules, colorées en brun foncé par le tannage, et bourrées de pigment brun (PL II, fi g. 2). D’autres fois, il reste seulement une fraction de ces cellules qui prennent l’aspect de petites dents rectangulaires, alignées le long du derme. Dans les parois des cavités qui abritaient les poils, on peut voir aussi des pigments bruns, groupés en amas, entièrement distincts de ces poils pigmentés qui se rencontrent même dans le cuir normal. Les mêmes particularités étaient beaucoup plus nettes sur des peaux en tripe. Il s’agissait de peaux ébourrées au sulfure de sodium, que je lavais à l’acide chlorhydrique dilué jusqu’à ce que toutes les grandes taches noires, fréquentes dans cette classe de peaux, aient disparu. Il restait après le lavage des taches limitées, de couleur brun sépia, avec une zone périphérique d’un blanc mastic (fig. 6). Au niveau de ces taches la couche muqueuse de Malpighi était conservée sur une épaisseur de deux à trois assises cellulaires, ainsi que la gaine épithéliale externe de nombreux poils et la paroi de glandes sébacées. Le protoplasma cellulaire se
- p.664 - vue 668/950
-
-
-
- L EXAMEN MICROSCOPIQUE DE LA PEAU ET DU CUIR.
- 665
- colorait mal, mais on pouvait encore mettre en évidence des noyaux. Toutes ces cellules étaient bourrées de pigment, rassemblé en croissant autour du noyau (PL II, fi g. 3).
- Dans les premières peaux tannées que j’ai coupées, il n’y avait jamais de noyaux conjonctifs comparables à ceux des peaux de la première classe. J’avais donc fait de la présence de ces noyaux un caractère propre aux taches qui ont pour cause déterminante la formation de phosphate de calcium. Mais j’ai trouvé depuis une peau de cheval, où les taches sont particulièrement intenses, et qui contient des noyaux conjonctifs épithéliaux. Ils se différencient moins bien par la couleur propre due à l’excès de tanin, mais se colorent mieux par le rouge Magenta, et également bien par la thionine. Ces noyaux sont peu nombreux au milieu du tissu conjonctif, mais très abondants à l’intérieur des gaines pilifères, surtout au voisinage de la surface externe. Quelques-unes de ces gaines sont coupées au niveau de leur orifice ; leurs parois sont tapissées de noyaux, qui ont appartenu à la gaine épithéliale externe, mêlés à de grandes cellules corticales des poils ; dans la gaine fibreuse, on distingue aussi des noyaux, encore en place. Cette peau présentait donc avec celles du premier groupe des différences et des analogies.
- Quanta l’état des faisceaux conjonctifs, on remarque seulement, sur le cuir, une mince bande brune le long du bord ; elle ne se colore pas avec le bleu coton et le vert méthyle, et prend une teinte rouge sale avec le Magenta picro-indigocarmin, bleu très foncé avec la thionine. Le volume et l’aspect des faisceaux 'conjonctifs sont presque normaux. Je n’ai rencontré d’exception que pour le cuir riche en noyaux; dans un petit territoire, les fibres gonflées, granuleuses, et comme transparentes, se touchaient les unes les autres, et la structure fibrillaire était effacée. Sur la peau en tripe, l’aspect du tissu dermique a toujours été normal, autant qu’on peut en juger sous le gonflement produit par la soude. Enfin jamais ni le cuir, ni la peau n’ont renfermé de microbes, en dehors de ceux qui pénètrent avec les jus tannants dans les cavités des poils et des glandes sébacées.
- Quant aux larges taches noires, que l’on voit sur les peaux en tripe au sortir des pelains au sulfure, et qui disparaissent dans les jus acides, leurs coupes ne présentent, après fixation et inclusion, aucun aspect anormal (cheval, veau, bœuf). Le sulfure de fer, qui produit ces taches, n’est pas entré en réaction avec les tissus, et se dissout dans les fixateurs.
- Comment peut-on s’expliquer les pigmentations des peaux tachées de ce type? Elles proviennent, je crois, des taches noires qui marbrent la peau de l’animal vivant, et que l’on aperçoit en écartant le poil. Ces taches sont dues à la présence d’un pigment brun foncé dans les cellules de la couche de Malpighi, Tome 119. — 1er semestre. — Mai 1913. 44
- p.665 - vue 669/950
-
-
-
- CHIMIE.
- MAI 1913.
- 606
- et des gaines épithéliales externes des poils. La pigmentation est indépendante de celle du poil, car elle existe sous le poil blanc comme sons le poil noir on roux, quoique plus rarement. Les taches qu’elle produit doivent disparaître avec la chute de l’épiderme, par l'ébourrage. Il en subsiste une partie lorsque, comme c’était aussi le cas pour les noyaux dans les taches du premier groupe, des fragments d’épiderme sont fixés, par des éléments minéraux sans doute, et résistent à la désintégration que produisent les pelains.
- Ces pigments pouvaient fournir à eux seuls la coloration brune de la peau en tripe dont j’ai décrit plus haut l’aspect. Mais ils ne paraissent pas suffire à tacher le cuir, où ils sont beaucoup moins abondants. La fixation d’un excès de tanin, et peut-être la combinaison do tanin avec des traces de fer, qui modifient les réactions colorées de la (leur, sont probablement ici encore responsables des taches. Ces traces de fer ne sont certainement pas transportées à travers la peau, et amenées aux points où se trouvent les taches, par l'intermédiaire de sulfate ou de phosphate do calcium, comme je l’ai indiqué pour les taches du premier type (1). Cependant le fait, que la persistance de noyaux peut être constatée dans les deux cas prouve une analogie dans les processus qui aboutissent à la formation de la tache. Dans l’état actuel de la question, le facteur commun ne paraît guère pouvoir être autre chose que le fer, dont les traces normalement insolubles seraient dissoutes et mobilisées par un mécanisme différent. La cause déterminante des taches serait seule spéciale à chaque groupe, grains de sulfate de calcium du sel dans le premier cas, peut-être formation de bicarbonate de fer par action microbienne dans le second. Il est remarquable que si les microbes ont une part prépondérante dans la production de ces dernières taches, l’intégrité des tissus y soit précisément beaucoup plus grande que dans les premières ; cela prouverait bien que les réactifs chimiques interviennent dans les altérations profondes.
- En résumé, la peau et le cuir tachés sont caractérisés par la persistance anormale d’éléments conjonctifs nobles et de tissus épithéliaux, par l’altération plus ou moins grave, mais souvent très légère, des faisceaux con jonctifs, et surtout par les réactions particulières des tissus à l’égard des matières colorantes ; ils ne sont pas envahis par des colonies microbiennes (2). Ces faits s’accordent bien avec les hypothèses suggérées par l’analyse chimique.
- M. Georges A ht,
- Assistant à l’Institut Pasteur.
- (1) Loc. cit.
- (2) Il m’est donc impossible d'accepter, du moins pour les taches que j’ai étudiées, les conclusions de M. le professeur H. Becker (Die Salzflecken. Collegium. N° 508, 3 août 1912).
- p.666 - vue 670/950
-
-
-
- JNOTES DE CHIMIE
- par M. Jules Garçon
- A TH A VE K S SCIENCES ET 1NDUSTHIES CHIMIQUES :
- Composés minéraux. — L ammoniaque synthétique. — Azote actif.
- Métaux et métallurgie. — Réduction de la magnésie par l’aluminium et de la baryte par le silicium.
- — Les métaux-caibonyles. — Dur-iron. — L’air sec dans les souffleries des hauts fourneaux. Céramique. — Le verre est-il perméable aux vapeurs des halogènes ?
- L’essai des encres. — Les matières azotées solubles comme facteur d’appréciation des farines. Fermentations. — Propriétés de la diastase du koji. — Les produits accessoires de la brasserie. Chimie hygiénique. — L’industrie des conserves. — La valeur alimentaire du marron d’Inde.
- L’ammoniaque synthétique. — Plusieurs de nos lecteurs ont désiré connaître la position actuelle delà fabrication de l’ammoniaque synthétique. Ce sujet a été traité par M. A. H. A. Bernthsen, directeur de la Badische Anilin- und Soda-Fabrik, au Congrès de Chimie appliquée de New York, et voici quelques extraits de sa conférence.
- Trois méthodes sont employées aujourd’hui pour la fixation de l’azote atmosphérique.
- L’oxydation directe de l’azote de l’air avec l’aide de l’électricité a fait surgir les procédés Birkeland et Eyde de Christiania et Schônherr de la Badische Anilin- und Soda-Fabrik. Pour exploiter ces procédés, deux compagnies sont formées; l’une par un groupe franco-norvégien : la Norsk Hydro Elektrisk Kwaelstofactieselskab, et l’autre par un groupe allemand, comprenant ladite Badische Fabrik, les Farbenfabriken d’Elberfeld et l’A. G. fur Anilin-Fabrikation de Berlin. Les entreprises se sont développées puissamment, et la fabrique de Saaheim est aujourd’hui en plein exercice ; elle convertit une puissance de 120 000 chv, puisée aux chutes de Bjukan, en oxydes d’azote. Un arrangement entre les deux groupes a fait passer la direction de la fabrique au groupe franco-norvégien. Le Dr Eyde, directeur général, a fait sur cette méthode une conférence très développée.
- La seconde méthode consiste à fixer l’azote sur certains métalloïdes ou métaux, et à produire de l’ammoniaque avez les azotures ainsi formés, ou avec d’autres produits résultants, tels que la cyanamide ou chaux-azote. En particulier, l’azoture de silicium et surtout celui d’aluminium ont été étudiés avec soin. Pour la production du dernier, le procédé Serpek est exploité industriellement par la Société générale des Nitrures; il mène d’une part à l’alumine pure, matière première pour l’aluminium, et d’autre part à l’ammoniaque. De son côté, la Badische Anilin- und Soda-Fabrik étudie la fabrication du cyanure de baryum avec l’azote, la baryte et le coke, la production
- p.667 - vue 671/950
-
-
-
- 668
- NOTES DE CHIMIE.
- MAI 1913.
- des composés azotés du titane, celle des azotures mixtes de silicium et d’aluminium, et celle de l’azoture d’aluminium; elle a abandonné l’exploitation de la plus grande partie de ses brevets à la Société générale des Nitrures. M. Berntbsen croit (pie l’on peut attendre un grand développement de cette branche industrielle.
- La troisième méthode est la fabrication synthétique de l’ammoniaque à partir de ses éléments. La solution de ce problème semblait impossible; encore il y a quelques années ; elle a été l’objet de recherches fort pénibles de Jlaher et des chimistes de la Badisclie. Le problème est aujourd’hui résolu, puisque M. Berntbsen a pu annoncer qu’une usine s’élève à üppau, [très Ludwigshafen, et qu'elle entrerait en fonctionnement au milieu de 1913.
- L’azote et l’hydrogène ne montrent pas une affinité bien grande l’un pour l’autre, puisqu’ils ne s’unissent pas sous l'influence de la chaleur. Les étincelles électriques, les décharges silencieuses produisent une combinaison fort réduite. Johnson (1881), a pu produire des quantités extrêmement minimes d’ammoniaque en faisant passer un mélange d’azote et d’hydrogène sur la mousse de platine; mais Wright a prouvé que l’azote de cette préparation renfermait des oxydes, et qu’en conséquence 1’ammoniaq.ue provenait de la réduction de ces oxydes par l’hydrogène, et non d’une union directe; Baker l’a confirmé en 1883. Il en fut de môme de Ramsay et Young en 1884, dans des essais avec des rognures de fer. Perman, vingt ans plus tard, s’occupa delà même question, mais il n’obtint que des traces d’ammoniaque.
- Ces recherches entrèrent dans une nouvelle phase lorsque Haber, en collaboration avec Üordt (Zeitschrift fur anorganische Chemie, t. 43, p. 111), s’attaqua au problème en s’aidant des principes de la chimie physique. Ils établirent les conditions d’équilibre de l’ammoniaque, et montrèrent qu’à 1000° la décomposition de l’ammoniaque est presque intégrale, soit 999,76 p. 1000 : il en résulte que, dans ces conditions, ilne peut se former que de très petites quantités d’ammoniaque. Les expérimentateurs se servaient, comme substance de contact, de fer réduit lixé sur de l’amiante purifiée ; le fer était obtenu en réduisant de i’oxalate de fer par l’hydrogène. En 1905 (Ibidem, t. 44, ]). 341), ils établirent qu’au rouge commençant, on n’est capable de produire que des traces d’ammoniaque, quel que soit le catalyseur utilisé. Leurs essais avaient été faits à la pression atmosphérique. —Il faut citer encore les travaux de Haber et de Le Rossignol (Berichte, 1907, p. 2144).
- En 1907, Nernst appliqua json fameux théorème de la chaleur à l’étude de la question {Zeitschrift fur Elekirochemie, 1907, p. 521), et il expérimenta sous des pressions de 50 et 75 atmosphères; son collaborateur Jost publia le détail de ces expériences en 1908 [Z. fur anorganische Chemie, t. 57, p. 414). Jost employa comme catalyseurs le platine, le fer et le manganèse. Les nombres obtenus pour l’équihbre furent plus faibles que ceux de Haber. llaber et Le Rossignol lirent, de leur côté, des recherches à 30 atmosphères (Z. fur E le k troc hernie, 1908, p. 181). A 1 000°, le pourcentage en volume de l’ammoniaque obtenue synthétiquement est de 0,018 p. 100 suivant llaber, de 0,0022 p. 100 suivant Jost; à 700° respectivement de 0,0221 et 0,0174 p. 100. L’équihbre est donc bien peu favorable entre l 000° et 700°; et aux températures plus basses, l’action catalytique devient trop faible.
- Le problème d’unir directement l’azote et l’hydrogène semblait donc un reve dont la réaüsation restait fort improbable. Cependant Haber persistait à conserver l’impression que le problème pouvait être résolu et il entra, en 1908, en relations à ce sujet
- p.668 - vue 672/950
-
-
-
- l’ammoniaque synthétique.
- 669
- avec la Badische Anilin-und Soda-Fabrik. Il montrait (brevet allemand n° [235421 du 13 octobre 1908), que l’on peut réaliser la préparation industrielle de l’ammoniaque à partir de scs cléments, à condition d’opérer sous une pression élevée et de condenser ou d’absorber successivement l’ammoniaque formée, afin de permettre la production d’une nouvelle proportion normale d’ammoniaque, puisqu’une fois cette proportion atteinte, la production s’arrête.
- Le rapport adressé par MM. F. ïïaber et R. Le Rossignol à la Badisciie Anilin- und Soda-Fabrik en 1908, vient d’être publié presque in extenso dans la Zeitschrift fur Elecktrochemie, n° du 15 janvier 1913, p. 53-73 : Ueber die technische Darstellung von Ammoniak aus den Elementen (Ibidem, t. 16, p. 244-245).
- Sous une pression de 200 atmosphères, à une température de 650°-700°, en employant comme agent catalytique du fer préparé avec de l’oxyde d’une grande pureté, dans une enceinte de 20 cm3 et à un débit de gaz de 250 1, on obtient aisément 5 g d’ammoniaque, ce qui correspond à 250 g par litre et par heure.
- Haber montra ensuite que l’on peut obtenir la production de l’ammoniaque sous une vitesse assez grande. Et surtout il réalisa un pas en avant d’une importance hors ligne lorsqu’il trouva un agent catalytique beaucoup plus efficace que le fer. C’est ainsi que l’osmium, même à 550°, permet d’obtenir, sous une pression de 175 atmosphères, un mélange gazeux renfermant, en volumes, 8 p. 100 d’ammoniaque. Cela est d’autant plus étonnant que l’osmium est très voisin du platine, qui, lui, est presque inefficace.
- Mais le stock mondial d’osmium est bien faible, puisque Haber l’estime à une centaine de kilogrammes et la production annuelle à environ I kg. Outre que l’osmium est un corps très cher, ses propriétés sont, comme on le sait, peu agréables.
- Haber a trouvé dans l’uranium l’agent catalytique idéal. On peut employer l’uranium à l’état métallique ou sous forme d’alliage, d’azoture ou de carbure. Il faut avoir soin qu’il n’existe pas trace d’eau ou possibilité de sa production.
- Voici les équilibres obtenus sous diverses conditions :
- Équilibres p. 100 (Az2 : 3 H2).
- Températures. Pression
- Degrés. 1 atm. 100 atm.
- 800 0,011 p. 100 1,1 p. 100
- 700 0,021 — 2,1 —
- 600 0,048 — 4,5 -
- 500 0,130 — 10,8 —
- 400 0,480 —
- A la suite des premières communications du professeur Haber et de l’entrée en collaboration de Cari Bosch, la Badische Fabrik poursuivit la mise en pratique industrielle de ses procédés.
- Le problème à résoudre sortait de l’ordinaire, puisqu’il s’agissait de travailler avec des gaz fortement comprimés à des températures voisines du rouge. Dans l’industrie des couleurs artificielles, on utilise des autoclaves sous des pressions de 50 à 100 atmosphères, mais sans dépasser 280°. A 400°, le fer perd presque toute résistance : ses propriétés sont entièrement altérées, sous l’influence de l’hydrogène ; il devient de
- p.669 - vue 673/950
-
-
-
- 670
- NOTES DE CHIMIE.
- MAI 1913.
- plus extrêmement perméable et les craintes d’explosion et de flammes deviennent fort sérieuses. Afin de pouvoir prévenir les accidents, il a fallu combiner des avertisseurs d’entrée de l’oxygène dans les appareils et dans le tuyautage.
- On peut extraire l’ammoniaque produite en la condensai!I ou en l’absorbant simplement par l’eau.
- Haber ayant trouvé que l'osmium et l'uranium sont beaucoup plus actifs que les agents catalytiques: le fer, le platine, le manganèse, le chrome, le nickel, la Badiscbe Fabrik résolut de faire une étude minutieuse des différents catalyseurs. Cette élude lit découvrir que la présence de certaines substances suffit à rendre les agents catalytiques beaucoup plus actifs; les oxydes, hydroxydes et sels alcalins et alcalino-terreux, certains métaux et leurs composés suffisent, même en minime quantité, à activer tous les agents catalytiques. Mais, par contre, sont nuisibles quelques métalloïdes : le soufre,"le sélénium, le tellure, le phosphore, l’arsenic, le bore, et les métaux à point de fusion faible, dont les composés sont aisément réduits par l’hydrogène, comme le plomb, l’étain, le zinc, le bismuth. Le fer, le manganèse, le molybdène, le tungstène, sont de bons agents catalytiques par eux-mêmes, mais dans des conditions spéciales.
- On a découvert un autre fait non moins important : c'est qu’il existe des substances qui agissent, vis-à-vis des agents catalytiques, comme de véritables poisons. Elles empêchent leur action, sans que l’on puisse noter une altération dans leur nature ou dans celle du catalyseur.
- Dans la fabrication de l’acide sulfurique par le procédé de contact, la présence de l’arsenic agit comme un véritable poison vis-à-vis du platine; lorsqu'on emploie, au contraire, de l’oxyde de fer comme substance de contact, l'arsenic est plutôt favorable.
- Dans la fabrication de l’ammoniaque synthétique, en plus des substances citées plus haut, les composés oxygénés du soufre, tels que l’anhydride sulfureux, sont très nuisibles. Les plus petites quantités de ces corps, ainsi qu’on en trouve dans les produits réputés les plus purs, suffisent non seulement à restreindre l'action du catalyseur, mais même à l’annuler pratiquement. Par exemple, un millième de sulfate de soude rend le fer inactif ; un millième de soufre le rend sans usage, un centième le laisse presque inefficace, sans qu’on puisse déceler la moindre modification dans les propriétés soit chimiques, soit physiques.
- La découverte de ces faits rendit nécessaires non seulement une préparation d’agents de contact absolument libérés de toute substance toxique au point de Ame de la catalyse, mais encore celle de l’hydrogène et de l’azote absolument purs, car la présence d’un millionième de soufre dans le mélange gazeux, à l’état d’hydrogène sulfuré, suffit à nuire beaucoup. Suivant M. A. Bernthsen, c’est à la présence de ces impuretés qu’il faut attribuer les résultats négatifs obtenus par Wright, Itamsay et Young, Neogi et Adhicarry en 1911. Le passage des gaz, en vue de leur dessiccation, dans un acide sulfurique renfermant des traces d’anhydride sulfureux, suffit en effet pour les empoisonner.
- Le Dr A. Mittasch a fait plusieurs milliers d’expériences, dans le but de résoudre cette question.
- Si l’atmosphère qui entoure la terre consiste en hydrogène pur à partir de 120 km, et d’un mélange de 1 volume d’azote avec 3 volumes d’hydrogène (avec une trace d’oxygène) à partir de 70 km, on y trouverait un moyen théorique de fournir aisément
- p.670 - vue 674/950
-
-
-
- AZOTE ACTIF.
- 671
- tons los gaz nécessaires à la fabrication synthétique de l’ammoniaque. En attendant que cette fabrication à la Jules Verne puisse être réalisée, l’azote s’obtient de l’air par le procédé Linde, ou en absorbant l’oxygène au moyen du cuivre à chaud; l’hydrogène est un sous-produit de l’électrolyse du sel, ou bien il s’obtient à partir de l’eau.
- En 1911, l’achat des engrais azotés a coûté un milliard de francs. Chaque année voit s’accroître cette dépense. Le Chili exportait, en 1911, 2 millions et demi de tonnes de son salpêtre; l’accroissement des six premiers mois de 1912 est de 150 000 tonnes valant plus de 35 millions de francs. La production d’azote industriel s’accroît chaque année de 38 000 tonnes, correspondant à 185 000 tonnes de sulfate d’ammoniaque. Le champ qui s’ouvre à la nouvelle industrie est donc vaste.
- Azote actif. — L’ozone n’est qu’une modification active-de l’oxygène ; elle se produit lorsqu’on soumet ce gaz à la décharge électrique. L’azote donnerait également une modification active, dans les mêmes conditions, à ce que M. R. J. Strutt vient d’exposer à la réunion du 28 février de la Royal Institution of Great Britain.
- Si l’on fait passer un courant rapide d’azote raréfié dans un tube où l’on a produit un vide de quelques millimètres de mercure, et si, pendant son passage, l’azote est soumis à une série de décharges électriques de haute tension d’une bouteille de Leyde, le courant gazeux reste lumineux après qu’on l’a fait passer dans un vase plus grand. M. Strutt croit que la décharge a scindé les molécules d’azote en leurs atomes, et que ces atomes se recombinent.
- L’azote expérimenté avait été dépouillé de toute trace d’oxygène, en le laissant en contact avec du phosphore jusqu’à ce que ce dernier n’émît plus de lueurs dans l’obscurité. Comme il suffit d'ajouter à ce moment 1/100 000 d’oxygène pour que le phosphore luise de nouveau, l’on peut être certain que, s’il reste de l’oxygène, ce gaz existe à un degré de dilution extrême.
- En plongeant le vase où l’azote reste lumineux, dans de l’air liquide, on constate que le refroidissement diminue le temps pendant lequel le gaz azote reste brillant, maiS'il accroît l’éclat. C’est le seul cas connu, dit M. Strutt, où le froid vienne activer une action chimique.
- Quelles propriétés possède l’azote sous cette forme modifiée ? La lumière jaune qui l’accompagne, et qui serait due à une recombinaison des atomes, présente le spectre de l’azote, mais avec de curieuses modifications.
- Si l’on introduit un jet d’acétylène dans un flacon rempli de cet azote actif, la luminosité devient lilas ; avec un jet de vapeur de chloroforme, elle devient rouge. Le spectre est celui du cyanogène et de ses composés, avec une amplification de la région violette dans le cas de l’acétylène et de la région rouge dans le cas du chloroforme.
- Il s’est formé du cyanogène, que l’on arrive à caractériser par la réaction de bleu de Prusse.
- Si l’on expérimente avec le pentane, l’éther, la benzine, on obtient le même résultat général, mais le spectre du cyanogène devient à peine visible.
- p.671 - vue 675/950
-
-
-
- 672
- NOTES DE CHIMIE.
- MAI 1913.
- Réduction de la magnésie par l’aluminium et de la baryte par le silicium. — Cette réduction paraissait impossible. En effet, la réduction des oxydes de chrome, de manganèse, etc., s’effectue, par le prodécé Goldschmidt, dans des creusets brasqués en magnésie, qui semble la seule matière réfractaire économique n’intervenant pas dans la réaction, et malgré les températures fort élevées que les réactions d’aluminothermie réalisent, à cause de leur grande exothermicité et de leur vitesse notable, on n’a jamais constaté la réduction de ces parois de magnésie.
- M. Camille Matignon a réussi, cependant, à mettre cette réduction en évidence, et il l’a appliquée à baser une méthode de préparation du magnésium, susceptible de concurrencer la méthode électrolytique, seule en usage actuellement. Voici le procédé opératoire, emprunté à la communication que M. Matignon a faite à la séance du 14 avril de l’Académie des Sciences (voir Comptes rendus, tome 156, p. 1157).
- La poudre d'aluminium, débarrassée des matières grasses qui la souillent par des lavages répétés à la benzine et à l’éther, est mêlée intimement avec de la magnésie lourde dans les proportions de 3 MgO pour 1 Al2; le mélange est comprimé en pastilles qui sont placées dans un tube en acier, chauffé lui-même dans un tube en porcelaine. Les pastilles, logées au fond du tube d’acier, sont dans la région la plus chaude, tandis que l’extrémité ouverte du même tube aboutit à une extrémité froide. On évite ainsi l’action des vapeurs réductrices sur les parois du tube de porcelaine. Pendant l’opération,le vide est maintenu dans l’appareil. Dans ces conditions, l’aluminium réduit facilement la magnésie à la température de 1 200°; et le magnésium mis en liberté vient se déposer en magnifiques cristaux dans les régions froides du tube d’acier. La réduction commence d’ailleurs bien au-dessous de cette température, mais avec une vitesse fort ralentie. La transformation .est pratiquement complète ; par exemple,un mélange initial contenant 62,50 p. 100 de magnésie n’en renfermait plus que 18 p. 100 après réduction.
- M. Güntz adonné une excellente méthode de préparation du baryum, fondée sur la réduction de la baryte par l’aluminium (Comptes rendus, tome 143, p. 339). M. Matignon a réussi, également, à préparer le baryum en réduisant la baryte par le silicium ou par les ferro-siliciums Girod à 90-95 p. 100 de silicium [Comptes rendus, tome 156, p. 1378).
- Les métaux-carbonyles. — Ludwig Mond, le grand chimiste anglais mort il y a trois ans, a raconté dans les Chemical News, comment il était arrivé à la découverte du nickel-carbonyle Ni (CO)4, combinaison gazeuse qui se forme au-dessous de 180u, mais se décompose au-dessus en abandonnant du nickel métallique. Cette décomposition est la base du procédé d’extraction du nickel employé à l’usine Mond.
- Le même procédé peut-il être employé avec d’autres métaux ? Existe-t-il d’autres métaux-carbonyles que le nickel ?
- M, Rubby Wallach étudie la question dans le Bulletin de VAssociation des Élèves de la Faculté des Sciences de Paris.
- Des expériences, dit-il, ayant pour but de préparer des combinaisons analogues furent entreprises par L. Mond en collaboration avec Rauger et Anincke ; elles échouèrent avec tous les métaux autres que le fer. Dix ans plus tard, après la construction d’un appareil permettant l’emploi de fortes pressions, plusieurs carbonvles nou. veaux, le tétra et le tri du cobalt : Co (CO)4 et Co (CO)3; l’hexa du molybdène Mo (CO)6,
- p.672 - vue 676/950
-
-
-
- LES MÉTAUX-CARBONYLES.
- 673
- celui du ruthénium purent être produits. Cependant Dewar découvrait lui aussi une nouvelle combinaison avec le fer, ce qui portait le nombre des ferrocarbonyles à trois : Fe (CO)4, Fe (CO);i, Fe2(CO)9.
- Les métanx-carbonyles ont des propriétés chimiques extrêmement semblables. Pour les obtenir, on fait réagir l’oxyde de carbone sur le métal; une forte pression favorise la production.
- Les métaux-carbonyles se dissocient tous lorsque la température s’élève, et chauffés dans un tube de verre on voit un miroir métallique se déposer sur la paroi. Ils sont attaqués par les hydracides et par les éléments halogènes. Leur solubilité est nulle dans l’eau, plus ou moins facile dans les dissolvants organiques ordinaires.
- Le nickel-carbonyle Ni (CO)4 donne naissance à partir de 180° à un dépôt de nickel.
- On connaît deux cobalts-carbonyles Co(CO)4 et Co(CO)3. Le cobalt étant voisin du nickel, il était naturel qu’on tentât de préparer ses combinaisons avec l’oxyde de carbone. Cependant les premiers essais échouèrent: de fortes pressions étaient nécessaires. Ce fut dans le but de les avoir et en vue d’expériences ultérieures sur d’autres métaux que Mond, en collaboration avec James Dewar, réalisa la construction d’un appareil capable de résister aune pression de 500 atmosphères à des températures allant jusqu’à 450°.
- A la température de 150°, tandis que la pression était portée à 30/40 atmosphères, il se formait des cristaux orange, opaques, de cobalt-tétracarbonyle qui se décomposaient immédiatement à l’air en laissant un résidu de carbonate basique violpt. Les cristaux se conservent très bien dans une atmosphère d’hydrogène ou d’oxyde de carbone. Ils fondent à 51° en un liquide qui se décompose lentement à partir de 53°. A 60°, la décomposition totale dure deux jours ; il se dégage un quart de l’oxyde de carbone, et il reste du cobalt-tricarbonyle qui se dissout facilement dans le benzène et se dépose ensuite à l’état de beaux cristaux noirs. Ce nouveau corps se décompose d’ailleurs déjà à 6i° en cobalt et en oxyde de carbone. A 100°, il perd brusquement cette fraction et le tricarbonyle restant se décompose ensuite avec un maximum de vitesse considérable entre la 36e et la 41* heure. Par contre, dans le vide, la réaction a une allure régulière et en même temps plus rapide.
- On connaît trois carbonyles du fer : Fe(CO)5, Fe(CO)4 et Fe2(CO)9. Le ferropentacar-bonyle résulte de l’union des éléments à 180°-220° sous une pression de 150-250 atmosphères dans l’obscurité.
- C’est un liquide jaunâtre, de densité égale à 1,46, très réfringent et fortement dia-magnétique, bouillant à 102°,8. Il se dissocie lentement sans explosion lorsque la température croît. Le pentacarbonyle soit seul, soit en solution, se décompose à la température ordinaire sous l’action de la lumière. Il se dépose des cristaux rouges hexagonaux de diferrononacarbonyle faiblement diamagnétiques et de densité 2,08. Cette transformation ne se produit plus quand le solvant choisi est du nickel-carbonyle. Par contre, l’aluminium ayant subi le contact du pentacarbonyle se colorait en rouge lorsqu’on l’exposait au jour. 2 [Fe (CO)5]= Fe2(CO)9 + CO.
- Entre 46° et 56°, elle se fait d’ailleurs d’une façon différente avec production simultanée de ferrotélracarbonyle qui colore la solution en vert : Fe2 (CO)9= Fe(CO)3 + Fe (CO)4.
- p.673 - vue 677/950
-
-
-
- 674
- NOTES DE CHIMIE.
- MAI 1913.
- Lorsqu’on chauffe le tliferrononacarhonyle non dissous ;\ 100° il régénère lepentacarhonyle : 2[Fe* (CO)9] = 3 ( Fe (CO)r'] + Ke + 3 CO.
- Carbonyles du molybdène et du rliuténium. — Pour certains métaux cette réduction de l’oxyde par l'hydrogène a lieu à une température trop élevée, le métal n’est plus suffisamment actif. C’est ce qui a lieu pour le molybdène; dans ce cas, on part de l’oxychlorure. En le mettant en présence d’oxyde de carbone à 200° et sous une pression de 200 à 250 atmosphères, il se produit le carbonyle : Mo (CO)0, qui se dépose au refroidissement sous forme'de cristaux blancs très réfringents et de densité 1,90.
- A 150°, le molybdène-carbonyle gazeux se décompose complètement en oxyde de carbone et molybdène.
- « Si on fait réagir l’oxyde de carbone sur du noir de ruthénium, on obtient, après avoir refroidi suffisamment, un dépôt orangé. La réaction se produit à 300° sous une pression de 350 à 450 atmosphères.
- « Enfin, mentionnons les expériences faites avec le manganèse et le chrome. Ces métaux sont très difficiles à obtenir dans un état actif. La réduction des oxydes par l’hydrogène n’a pu être effectuée même sous de très fortes pressions (300 atm.). En distillant les amalgames dans le vide, on est parvenu, par contre, à les avoir très pyrophoriques : néanmoins l’oxyde de carbone est resté sans action sur eux, bien qu’on ait opéré avec des pressions allant jusqu’à 500 atmosphères et à des températures supérieures à 450°. »
- Dur-iron, alliage non corrodable. — Cet alüage est très résistant aux agents ordinaires, comme le montrent les essais dus à M. Mackenna, de New York. Il est fabriqué par la Dayton Malléable Iron Co.
- Le tableau suivant indique les pertes de poids, p. 100, de la fonte, du fer forgé, du métal Monel, du bronze Tobin, et du dur-iron, dans les acides nitrique, sulfurique et chlorhydrique à 25 p. 100 de monohydrate (d’après Engineering /Vezesdu 20 mars 1913,
- p. 563).
- Acide nitrique. Acide sulfurique. Acide chlorhydrique.
- Fonte.................... 100 en 63 heures. 100 en 16 jours. 100 en 97 heures.
- Fer forgé............... Id. en 58 heures. Id. en 30 jours. Id. en 46 jours.
- Métal Monel ..... Id. en 58 jours. 1,58 en 26 semaines. 18,4 en 16 semaines.
- Bronze Tobin............. Id. en 7 jours. 0,43 en 16 semaines. 17,9 en 16 semaines.
- Dur-iron............... 0,01 en 20 semaines. 0 en 26 semaines. 1,5 en 16 semaines.
- L’attaque des solutions à 50 p. 100 de monohydrate est encore nulle ; à 85 p. 100, elle est marquée.
- Le dur-iron a une densité inférieure de 1/10 à celle de la fonte. Il fond à 1 230° ; il conduit mieux la chaleur et l’électricité que le fer. Il renferme 10 p. 100 de silicium.
- p.674 - vue 678/950
-
-
-
- AIR SEC DANS LES SOUFFLERIES DE HAUTS FOURNEAUX.
- 675
- Air sec dans les souffleries de hauts fourneaux. — M. James Gayley (/. of industrial and engineering Ckemistrg, mars 1913, p. 241-246) nous a donné un exposé intéressant de son procédé si connu de dessiccation de l’air dans les hauts fourneaux, à l’occasion de l’attribution qui lui était faite de la médaille de Perkin.
- Depuis longtemps, dit-il, on avait reconnu l'influence mauvaise qu’exerce l’humidité de l’atmosphère sur la quaüté de la fonte et la marche du haut fourneau ; la consommation de combustible était plus forte en éle qu’en hiver. On a proposé de dessécher l’air en le faisant passer sur du chlorure de calcium en morceaux ; mais Sir Lowthian Bell a montré que le chlorure perd rapidement son pouvoir d’absorber l’humidité. Charles Cochrane proposa l’emploi de chlorure de calcium en-solution concentrée coulant le long de chaînes suspendues dans une chambre que l’air traverse ; mais la méthode est trop dispendieuse pour le bénéfice qu’on en retire. Bien que l’on sût que l’humidité de l’air était un élément de trouble dans la marche du haut fourneau, on se résignait à l’endurer comme une chose inévitable.
- M. Gayley fut appelé en 1885 à la direction des hauts fourneaux d’Edgar Thomson de la Carnegie Steel Co. L’influence de l’humidité y troublait d’autant plus la marche que les convertisseurs acides étaient alimentés directement par les hauts fourneaux. Pendant plusieurs années, on observa deux fois par jour l’humidité atmosphérique et l’on put établir une relation directe entre celle-ci et la qualité de la fonte, particulièrement sa teneur en silicium. L’air contenant une plus grande quantité de vapeur d’eau durant l’été, il aurait fallu que la fonte livrée au convertisseur renfermât une plds forte teneur de silicium, tandis que l’influence du môme air s’exerçait dans le haut fourneau et avait pour effet d’abaisser la teneur en silicium.
- Un haut fourneau consomme par minute plus de 11 300 m3 d’air et, pour chaque gramme de vapeur d’eau par mètre cube, il entraîne 11,3 1 d’eau dans le fourneau par minute, et 675 1 par heure. Le tableau suivant montre la moyenne mois-heure des quantités d’eau envoyées dans un haut fourneau.
- Température moyenne Litres d’eau par heure,
- en degrés centigrades.
- Janvier................................ 2,78 396 193
- Février................................ 0,11 332 584
- Mars.................................. 8,33 617 916
- Avril................................. 10,56 545 220
- Mai.................................. 16,44 872 358
- Juin................................. 22,00 1 079 536
- Juillet.............................. 24,56 1 017 744
- Août................................. 23,11 937 778
- Septembre............................ 21,33 1 032 283
- Octobre.............................. 13,56 681 525
- Novembre.............................. 1,67 427 089
- Décembre............................... 2,56 408 915
- Durant le mois de juin, les quantités d’eau ont varié de 872,752 1 à 1 544,790 1. En hiver, l’humidité peut varier en une journée de~150 p. 100; mais en été, de 25 p. 100 seulement.
- Puisque, d’après les expériences faites en Angleterre, la dessiccation de l’air parle chlorure de calcium ne donnait pas de résultats, on essaya de débarrasser l’air de la plus grande partie de son humidité enle refroidissant ; les essais dans cette voie commencèrent
- p.675 - vue 679/950
-
-
-
- 676
- NOTES DE CHIMIE.
- MAI 1913.
- en 1890. En faisant passer l’air d’une machine soufflante dans deux chambres munies de serpentins où circulaient pour l’une de l’eau, pour l’autre des vapeurs d’ammoniaque liquéfiée, on put obtenir un refroidissement prononcé. Chaque chambre avait seulement 1,80 m de longueur et la quantité d'air refroidi était très faible.
- En 1890, M. Gailey engagea un jeune ingénieur d’une société de réfrigération, M. Walter; la société prêta une petite machine à ammoniaque. Une machine soufflante donnant 102 nCpar minute l’envoyait dans deux chambres de 1,20 m X 1,20 m et 2,40 m de longueur, chacune garnie de serpenlins réfrigérants. Ces essais permirent d’établir le plan d’un appareil réfrigérant pour l’air d’un haut fourneau; le prix de l'installation fut évalué à 500 000 francs.
- C’est en 1900 que M. Gayley essaya d’obtenir la permission d’engager cette dépense et de convaincre les administrateurs de la valeur de la méthode de dessèchement de l’air ; en 1903 seulement, il put commencer l’installation qui fut inaugurée en juin 1904. On décida de commencer par dessécher seulement un tiers de l'air envoyé dans le haut fourneau en augmentant de 5 p. 100 la charge de minerai. On continua lentement le chargement. Au bout de six jours, on soufflait deux tiers d’air sec et on avait augmenté la charge de minerai de 9 p. 100 avec un succès complet, quand la chambre réfrigérante, qui avait été construite en béton par suite d'une grèA'e de brique-tiers, s’écroula. Deux mois après, on recommençait l’essai, et deux semaines permettaient de mener le fourneau avec une économie de 15 p. 100 de combustible et une augmentation de production dans la même proportion.
- L'appareil de réfrigération de l'air peut être construit de deux manières. Ou luen l’air passe dans une chambre garnie de serpentins où circule une solution de chlorure de calcium refroidie dans la machine réfrigérante; l’air entre à 26°,5 et sort à — 5°. Ou bien le refroidissement s’opère en deux étapes; dans la première, l’air est refroidi jusqu’à environ 2° par circulation dans une chambre traversée par des filets d’eau refroidie à 0°; puis l’air passe dans une seconde chambre garnie de serpentins où circule une solution de chlorure de calcium refroidie et l’on arrive à la température finale. Le second mode est le moins coûteux, et il permet d’économiser 30 p. 100 sur la construction. Le résultat est qu’au mois de juillet, on envoya dans le haut fourneau avec l’air refroidi seulement 114,74 m3 d’eau tandis que l’air non refroidi en aurait entraîné 747,67 m3. La quantité journalière a varié entre 3,55 m3 et 3,78 m3, tandis qu’avec l’air à l’état naturel elle aurait varié entre 15,49 m3 et 29,30 m3.
- Les résultats obtenus dans quatre usines différentes avec l’air séché par réfrigération ont été les suivants :
- Accroissement de production. ... 23 p. 100 15,3 p. 100 11,8 p. 100 16 p. 100
- Économie de combustible........ 10,5 6,0 9,8 ’ 10,5
- L’air sec permet une marche avec grande économie de combustible ou une marche plus rapide avec une faible économie de combustible. Aux usines Dowlais à Cardiff, on a obtenu un accroissement de production de 26 p. 100 avec une économie de combustible de 12,3 p. 100, et ensuite une économie de combustible de 17,4 p. 100 avec un accroissement de production de 12 p. 100. La marche du haut fourneau est beaucoup plus régulière et la qualité du métal plus conslante ; il y a aussi moins de minerai entraîné par les gaz.
- M. Gayley remarque qu’il était impossible de faire un essai en pelit avec de petits
- p.676 - vue 680/950
-
-
-
- l’essai des encres.
- 677
- frais (1 installation. On n’aurait eu aucun résultat en desséchant seulement une petite partie de l’air ; et on ne pouvait rien obtenir avec un haut fourneau en miniature.
- Le verre est-il perméable aux vapeurs des halogènes? — Au cours de ses expériences sur la conservation des poids dans les réactions chimiques, Landolt {Z. far physi-kalische Chernie, 1906, t. 55, p. 589) a toujours constaté une perte légère. Il en conclut que cette perte est due au départ d’une certaine quantité de gaz à travers les parois des vases en verre dont il se servait. De nouvelles expériences (Sitz. Akademie zu Berlin, 1908, p. 354) du même auteur l’amenèrent à conclure qu’il peut ne pas y avoir perte, et que la perte apparente peut être due à un dégagement de calories, qui change la quantité d’eau condensée sur les parois des vases, et qui occasionne aussi une variation du volume du vase où s’opère la réaction.
- Zengelis (Z. für physikalische Chemie, 1809, t. 65, p. 341) pense, au contraire, que diverses vapeurs peuvent traverser aisément le verre. Ses expériences ont porté sur le chloe, le brome et l’iode. Ces substances étaient renfermées dans des vases en verre fermés à la paraffine, et placés à leur tour dans d’autres vases ; sur le côté extérieur des premiers, on appliqua une pièce d’argent. Or, dans tous les cas, l’argent montra une attaque très nette, du fait de l’iode au bout de trois jours, du fait du brome et du chlore au bout de cinquante jours. L’attaque est plus rapide si l’on fait le vide dans le vase extérieur. Zengelis en conclut qu’il doit y avoir une perte réelle de poids dans les expériences de Landolt, par suite d’une perte de substance à travers les parois des vases.
- Mais Stock et Ileynemann (Berichte, 1909, t. 42, p. 1800) n’ont pas retrouvé les résultats de Zengelis, même en laissant agir l’iode pendant trois mois. Zengelis (Z. far physikalische Chemie, 1910, t. 72, p. 425) a repris ses expériences et il a essayé de déterminer la perte de poids ; il n’a obtenu que des résultats irréguliers.
- M. J. B. Firtu (Proceedinys of the Chemical Society, n° 413, p. 111-112) a répété les expériences de Zengelis. L’appareil perfectionné de Firth consiste en une éprouvette en verre renfermant la substance et scellée dans une autre éprouvette renfermant la feuille d’argent. Les conditions des essais furent modifiées, en ce sens que l’auteur expérimenta avec des éprouvettes maintenues à des pressions différentes de l’air intérieur, à des températures variables et renfermant soit de l’iode, soit du brome. 11 n’observa aucune attaque de l’argent dans les conditions de ses essais.
- La conclusion est que le verre ordinaire n’est pas perméable aux vapeurs d’iode ou de brome, après cinquante jours à une température de 360°, et après deux années à la température ordinaire.
- L’essai des encres. — La réglementation prussienne du 1(!1 août 1888 pour l’essai des encres vient d’être remplacée par une nouvelle, en date du 22 mai 1912, qui classe les encres en deux classes : les encres pour pièces officielles et les encres à écrire.
- 1. Encres pour pièces officielles. — L’encre pour pièces officielles est une encre au ferrogallate, qui doit fournir une écriture noir foncé après un séchage de huit jours à l’air
- p.677 - vue 681/950
-
-
-
- 678
- NOTES DE CHIMIE.
- MAI 1913.
- et à la lumière. Une composition type par litre est donnée par la formule : tannin 23,-4 g; acide gallique 7,7; sulfate de fer 30 ; gomme arabique 10; acide chlorhydrique 2,5; acide phénique 1 g. L’encre officielle doit renfermer en moyenne 27 g d’acide fan-nique et d’acide gallique anhydres et 4 g de fer par litre; la proportion du fer, à 27 g d’acides tannique et gallique, ne doit pas dépasser 0 g, c’est-à-dire que le rapport doit se tenir entre 1/4,5 et 1/0,75. L’encre ne doit pas présenter d’altérations après un séjour de deux semaines dans l’encrier, et elle doit couler de la plume avec facilité. L’écriture ne doit pas changer de nuance après huit jours, si onia lave avec de l’eau ou de l’alcool à 85° et à 50°.
- II. E ncres à écrire. — Ces dernières comprennent des encres au ferrogallate et des encres au bois de campêche ou aux couleurs.
- Les encres au ferrogallate ont une composition type au litre donnée par une formule analogue à la précédente, sauf que le tannin est de 15,0 et l’acide gallique 5,1. En sorte que la proportion est de 4 g de fer et 18 g d’acides tannique et gallique, soit 1/4,5 et 1/0,75. Elles doivent répondre aux mêmes conditions de solidité et de fluidité que les prédédentes.
- Les encres au campêche et les encres de couleur ne sont pas soumises à des essais officiels.
- L’analyse des encres se fait par un dosage de l’extrait obtenu avec l’éther acétique. Le résidu est regardé comme mélange d’acides tannique et gallique, s’il absorbe au moins 5 g d'iode par gramme, en présence de 20 g de bicarbonate de sodium. Une proportion moindre d’iode fait déclarer l’encre inférieure aux prescriptions.
- On trouvera dans les Mitteilungen Kgl. Mnterialpriifungsamt de Berlin les détails de l’analyse complète, exposés par M. Hinrichsen.
- Les matières azotées solubles comme facteur d’appréciation des farines. — Les
- farines peuvent présenter une composition normale, cependant qu'elles sont incapables de donner du pain de bonne qualité. MM. Eugène Rousseaux et Maurice Sirot ont présenté à l’Académie des Sciences une note qui a pour objet d’établir un critérium supérieur aux méthodes actuellement en usage pour l’examen des farines. Ils pensent l’avoir trouvé dans les matières azotées du blé.
- Ces matières azotées se trouvent, dans le blé et dans la farine, sous une forme soluble et sous une forme insoluble, la dernière forme prédominant lorsque les graines sont d’une part complètement formées, et d’autre part n’Ont subi aucun début de germination.
- D’abord, il importe d’établir la quantité de matières azotées solubles qui existent normalement dans une bonne farine ; puis, le rapport des matières azotées totales aux matières azotées solubles. L’azote total est dosé par la méthode de Kjeldahl sur 2 g; l’azote soluble par la même méthode dans le filtrat obtenu en agitant 10 g de farine dans 150 g d’eau. Le rapport moyen entre l’azote total et l’azote soluble est assez constant, et voisin de 5,72 avec des écarts de 0,30 en plus ou en moins.
- Dans des farines mauvaises, ce rapport peut tomber à 1,15 ; et il y a presque autant d’azote soluble que d’azote insoluble.
- p.678 - vue 682/950
-
-
-
- LES PRODUITS ACCESSOIRES DÉ LA BRASSERIE.
- 679
- Le rapport normal reste à peu près le même dans une farine bien conservée. Lorsque par contre la conservation est défectueuse et se rapproche des conditions favorables a la germination (humidité et chaleur simultanées), le rapport peut diminuer de un tiers en quelques mois.
- En résumé, dès que ce rapport s’abaisse au-dessous de 5,20, les auteurs ont toujours constaté qu’il correspondait à une farine inférieure, présentant quelque inconvénient à la panilication.
- Propriétés de la diastase du koji. — Beaucoup d’observateurs ont étudié les propriétés sacchariliantes de la diastase du koji (culture de Y Aspergillus oriza sur du riz étuvé) ; cependant il reste des points obscurs sur l’identification et la classification de ces enzymes, M. G. Kotu (J. of industrial and engineering Chemistry, mars 1913, p. 220-222) rend compte de recherches sur ces diastases effectuées sur le shoyu japonais, sauce obtenue avec des haricots soja et du froment fermentés et du sel.
- Les conclusions de ces recherches peuvent se résumer comme il suit :
- tu Bien que le koji puisse contenir deux diastases saccharifiantes différentes (amylase et glucase), la totalité du glucose dans une solution saccharifïée ne pouvait être produite du maltose par l’action de la glucase seule; le koji doit contenir une diastase qui produit directement du glucose en agissant sur l’amidon sans l’aide de la glucase.
- 2° Le sel ordinaire retarde la destruction de la diastase du koji par la chaleur, mais non celle de la diastase du malt, tandis que Na2HP04, l’asparagine et H2S04 détruisent plus rapidement son activité.
- 3° L’action du sel sur la diastase du koji dépend aussi de la concentration. Dans une solution diluée de diastase, l’action est très grande, mais dans des solutions concentrées elle est faible. Il faut donc, en étudiant l’action des sels sur les diastases, noter la concentration de la diastase.
- 3° L’activité de la diastase du koji se conserve longtemps dans la saumure.
- Les produits accessoires de la brasserie. — Une conférence faite récemment par M. P. Petit, et reproduite par Malterïe et Brasserie a exposé le parti que l’on peut retirer des résidus de la brasserie : purures et bières de retour, drèehes, houblons épuisés, levure, acide carbonique.
- Les purures sont de la bière éventée que l’on a conservée dans des baquets ou dans des tonnes. Elles deviennent facilement le siège d’une fermentation acétique ou lactique; elles constituent un foyer d’infection permanent, dont le danger est grand en été, ou lorsque les brassins sont espacés.
- Par la réutilisation des purures infectées, on perd tout le bénéfice du soin que l’on a pris pour avoir un moût stérile et une futaille propre, puisqu’on ensemence le moût en fermentation avec des germes d’acidification et de durcissement. Il vaut beaucoup mieux stériliser les purures par chauffage en vase clos.
- La drèche est utilisée le mieux quand on peut la vendre à l’état frais et à un prix satisfaisant; mais cela n’est guère possible qu’au voisinage des villes importantes ;
- p.679 - vue 683/950
-
-
-
- 680
- NOTES DE CHIMIE.
- MAI 1913.
- ailleurs la drèche s’écoule difficilement pendant l’été, c’est-à-dire à l’époque où l’on en produit le plus. Au contraire, la drèche séchée se conserve longtemps, et la production de l’année entière peut se vendre, durant l’hiver, à des prix rémunérateurs, la demande étant très forte sur cet article. Un autre produit fort avantageux est la drèche mélassée qui donne exactement la môme valeur alimentaire que l’avoine et qui est grandement utilisée maintenant. La dose convenable est de 2 kg de mélasse pour 3 kg de drèche séchée bien malaxés ensemble.
- Les brasseurs qui ont une nombreuse cavalerie pourraient, eux aussi, substituer la drèche mélassée, à l’avoine, au moins pour les deux tiers du grain. Mais souvent ils n’ont pas une production de drèche assez importante pour acheter un sécheur et ils ne disposent pas d’un générateur de vapeur assez puissant ou fonctionnant d’une manière assez économique.
- Le houblon épuisé ne représente qu’un résidu peu important et de médiocre valeur, mais il y a cependant mieux à faire que de le jeter au fumier. Il est facile de sécher le houblon sur le massif d’un générateur ou sur un séchoir rudimentaire, et cette matière, qui se conserve alors longtemps, peut être revendue à diverses industries.
- La levure est un résidu dont on ne tire presque rien actuellement, et qui devrait être profitable. L’utilisation la plus intéressante serait la vente aux boulangers, en remplacement de la levure de distillerie qui est payée 0,85 fr à 1 fr le kilo. Comme chaque hectolitre de bière peut donner environ 1 kg de levure pressée, si l’on pouvait la vendre 0,50 fr, le boulanger y trouverait grand avantage et le brasseur aurait son prix de revient diminué de 0,50 fr par.hectolitre.
- Mais la levure de brasserie n’est pas blanche, et elle a un goût amer dù aux résines de houblon. Ensuite, les boulangers lui reprochent de ne pas pousser autant que la levure de distillerie, et de donner un pain qui retombe à la cuisson. On a essayé, à plusieurs reprises, d’éliminer l’amertume et de blanchir la levure par des lavages avec un peu de carbonate de soude ou d’ammoniaque. Mais si l’on améliore ainsi le produit comme aspect et comme saveur, on affaiblit aussi son activité. Un traitement par l’acide phosphorique ou le phosphate acide d’ammoniaque, ou éventuellement par les extraits nutritifs, rendent de l’énergie au levain.
- Un autre usage de la levure est son emploi comme aliment pour les animaux; l’expérience a montré qu’on pouvait la faire consommer cuite par les bœufs ou les vaches laitières, à raison de 1 kg de levure fraîche par quintal de poids vif ; on peut également fabriquer des tourteaux de levure et de houblon épuisé, ou de levure et de petites orges réduites en farine; les petites orges sont remplaçables par des germes de malt, du son, des basses farines de maïs, voire même des tourteaux de coton ou d’arachides. La levure séchée se conserve, et constitue un aliment concentré de haute valeur; Voltz en donne la composition centésimale suivante : Eau 10; albuminoïdes 52; matières grasses 4,8; hydrates de carbone 24,7; cendres 8,5. Ce produit se vend, eu Allemagne, de 16 à 20 fr le quintal. Mais il faut en déduire les frais de séchage, qui sont assez considérables.
- La levure fraîche, additionnée d’un peu de sel pour la liquéfier partiellement, se mélange bien à la drèche et peut être alors séchée avec celle-ci ; au besoin, on incorpore encore un peu de paille hachée ou de balles d’avoine et le résultat est un aliment de grande valeur nutritive, et qui se vend facilement.
- En Allemagne, on essaie depuis quelques années de lancer la levure fraîche ou sèche comme aliment pour l’homme, et des prix ont même été donnés aux meilleures recettes de cuisine utilisant la levure ; il se passera sans doute encore longtemps avant que cet usage
- p.680 - vue 684/950
-
-
-
- L INDUSTRIE DES CONSERVES.
- 681
- soit important, et cependant la valeur nutritive de la levure fraîche étant sensiblement la meme que celle de la viande, on peut compter que la production annuelle de levure de France équivaut, comme alimentation, à 30 000 bœufs.
- L acide carbonique do fermentation est, jusqu’ici, complètement inutilisé en b rance, alors qu’en Angleterre et en Amérique, un certain nombre de brasseries ont installé une récupération partielle de ce gaz ; le véritable emploi en serait la gazéification de la bière et le. soutirage en bouteilles. La difficulté est que, pour recueillir l’acide carbonique, il faut, presque nécessairement, employer des cuves fermées, et c’est là un matériel qui n'a pas une bien bonne presse chez nous, parce que la clarification en cuve fermée n’est pas toujours bonne, là fermentation est ralentie lorsqu’on travaille sous pression, et le levurage ne se termine pas nettement.
- Cette utilisation de l’acide carbonique de fermentation peut être faite en comprimant simplement le gaz, lavé en passant dans l’eau, dans des réservoirs en fer, et de vieux bouilleurs de chaudières suffisent parfaitement, car on peut se contenter d’une pression de 5 atmosphères environ. L’acide ainsi obtenu permettrait de saturer la bière à la livraison et de pratiquer la vente en bouteilles.
- En somme, dos produits accessoires de la brasserie, la drèche et la levure séchée présentent un intérêt sérieux. Si on les traitait ensemble, elles permettraient un bénéfice fort appréciable, en même temps qu’elles fourniraient à l’agriculteur un aliment de grande valeur.
- L’industrie des conserves. — M. J. Mohan (J. of the S. of Chemical Industrij, février 1913, p. 167-171) donne un exposé de l’industrie des conserves aux États-Unis. La base scientifique de l’industrie des conserves résulte, dit-il, des travaux de Pasteur sur les fermentations. Mais déjà en 1793, Appert avait inventé une méthode industrielle de conservation envases clos, qui fut récompensée d’un prix de lfiOOOfr par le Gouvernement français. La méthode consistait à placer les matières à conserver dans des bocaux bouchés et à les chauffer à 100°, pendant un temps variable selon la nature des aliments à conserver. En 1819, un Anglais nommé Daggett avait à New York une usine de conserves de saumon, de homards, etc. ; et en 1825 on commença à faire des conserves de légumes et de fruits.
- C’est en 1823 en Angleterre, et en 1825 en Amérique, que furent délivrés les premiers brevets pour les boîtes en étain et en fer-blanc. A présent, la fabrication des boîtes de conserve avec les feuilles de fer-blanc est continue et automatique et entièrement distincte de celle des conserves.
- La température d’ébullition de l’eau est insuffisante pour assurer la conservation de la plupart des substances. Aussi employa-t-op bientôt des solutions de sel, puis de chlorure de calcium, ce qui permet de chauffer jusqu’à 115°. En 1874, à Baltimore, on se mit à employer l’autoclave, qui permet de chauffer à toutes températures supérieures à 100° en réglant la tension de la vapeur.
- Pasteur a démontré que les altérations des aliments ont pour cause des micro-organismes. Russel, dans le Wisconsin, fut un des premiers en Amérique à appliquer les théories et les méthodes de Pasteur dans l’industrie des conserves; en 1895, il montra que les altérations des conserves de pois étaient dues à des bactéries qui Tome 119. — 1er semestre. — ithu 1913. . 45
- p.681 - vue 685/950
-
-
-
- 682
- NOTES DE CHIMIE.
- MAI 1913.
- avaient résisté à la stérilisation. Presoott et Underwood de Boston étudièrent le surisse ment du blé et isolèrent les diverses bactéries du blé acide (1898). En 1897, le gouvernement du Canada fit faire des recherches sur le noircissement du homard en boîte et elles démontrèrent que l’altération (Hait due à une bactérie.
- Afin d’établir sur des bases scientifiques l'industrie dos conserves, on a d’abord étudié les organismes qu'on rencontre sur les fruits et les légumes et dans l’air. On note, les altérations produites par ces organismes et les températures nécessaires pour les tuer. En ajoutant, au temps nécessaire pour atteindre la température voulue au centre de la boîte de conserve, le temps nécessaire pour tuer les bactéries, on établit la base d’une méthode sûre.
- Un des instruments employés à déterminer le temps nécessaire pour la pénétration de la chaleur est une boite de conserve munie d’un couvercle à vis. On y place un thermomètre enregistreur de façon que la houle soit au centre. On chauffe cette boite avec les autres et en l’ouvrant on voit la température atteinte. On peut aussi placer un couple thermo-électrique relié à des fils conducteurs jusqu’à un appareil de mesure placé en dehors; on suif ainsi la marche de la température.
- En étudiant les micro-organismes, on a découvert que les conditions saisonnières influaient sur les bactéries présentes dans les récoltes et que la malpropreté et les retards dans les manipulations facilitaient.l'introduction de micro-organismes nuisibles très difficiles à tuer ensuite. Par suite, les méthodes de conservation doivent être légè-ment modifiées selon l’état météorologique et tout fabricant doit se garder contre la multiplication des bactéries par une manutention rapide et soigneuse des marchandises; autrement il faudrait recourir à une stérilisation à température très élevée, et naturellement plus la stérilisation doit être prolongée et plus la température exigée est élevée, moins le produit fini est présentable.
- Les stérilisations se partagent en deux groupes. Lorsque les micro-organismes produisent des spores, la stérilisation est difficile ; il faudrait maintenir plusieurs heures à 100°, mais d'ordinaire il suffît de maintenir 10 à 15 minutes une température de 115°; On a constaté que les spores ne peuvent pas se développer dans les milieux présentant une acidité de plus de 0,3 p. 100. D’autre part, certaines mousses et bactéries sans spores peuvent se développer dans des milieux modérément acides, mais sont facilement tuées à 100°. Donc pour conserver des aliments acides comme les fruits et les tomates, on les met dans l'eau bouillante, tandis que les aliments non acides (les légumes) sont chauffés à des températures plus élevées afin de tuer les spores. On emploie, selon ces deux cas, ou le bain à l’air libre ou l’autoclave.
- Les fabricants essaient leurs conserves en plaçant dans une chambre d’incubation maintenue à 37°, qui est la température la plus favorable au développement de la plupart des microbes, un certain nombre de boîtes prises dans chaque lot. On les y laisse pendant cinq jours, puis on les ouvre et on les examine. Si l’on constate quelque chose d’anormal, on met le lot de côté et on le traite à nouveau ou on le jette selon le cas. De cette façon, le fabricant peut livrer à la consommation des conserves dont la qualité est à peu près certaine.
- On constate ainsi les défauts et on en recherche ensuite la cause. On a vu parfois qu’on avait oublié la cuisson ou que celle-ci était irrégulière. On peut disposer, sur chaque appareil à cuire, des horloges, dont le mouvement d’horlogerie est dis-
- p.682 - vue 686/950
-
-
-
- l’industrie des conserves.
- 683
- posé de façon à couper la circulation de vapeur automatiquement quand le temps de cuisson est terminé ; on a perfectionné les méthodes de chauffage et la circulation (h; vapeur.
- Une des premières difficultés rencontrées par les bactériologistes a été do distinguer si l’altération provenait de microbes s’introduisant par un trou de la boîte ou de microbes ayant résisté à la stérilisation. Pour les produits non acides, si dans une boite altérée on ne trouve que des bactéries produisant des spores, on est certainqüe la boîte a élé insuffisamment stérilisée ; si on trouve la bactérie de l’acide lactique, la fermeture était mauvaise. Dans le cas de produits acides, la distinction est plus difficile. On peut souvent savoir par l’examen de la conserve si elle a été suffisamment chauffée. L’examen des gaz présents aide aussi à cette détermination. Dans l’espace libre on s’attendrait à ce qu’il reste de l’air ; mais on a constaté que l’oxygène disparaît, soit par l’oxydation du fer et de l’étain ou par combinaison avec l’hydrogène formé par l’action des acides sur le fer-blanc. Si la fermeture est défectueuse, on trouve de l’oxygène dans les gaz ; dans le cas de conserve de fruits altérés, on trouve les gaz de la fermentation alcoolique : acide carbonique et hydrogène ; dans le cas de légumes altérés, on trouve de l’hydrogène sulfuré, phosplioré, etc.
- Il arrive que des conserves (pois, haricots, tomates, etc.) deviennent acides ou amères sans qu’il y ait formation de gaz. Les bactéries qui produisent cette altération sont des bactéries anaérobies et produisent des spores. Pour le développement de ces bacilles donnant de l’acide lactique, il faut laisser dix jours dans la chambre d’incubation.
- Il arrive souvent que les conserves se décolorent ou prennent des couleurs non désirables. La couleur de certains fruits tels que fraises, cerises, framboises, est aisément détruite, peut-être par la chaleur, parfois par l’action des acides sur le fer-blanc qui donne des sels qui noircissent les fruits. Les fruits peu colorés, comme les pêches, poires, pommes, deviennent roses ou bruns, probablement par caramélisation du sucre du fruit. Dans la préparation, il faut immerger immédiatement les fruits dans l’eau pure ou un peu salée pour les empêcher de noircir à l’air. On emploie parfois une solution étendue de sulfite, mais il faut ensuite les laver avec soin, sinon le sulfite agissant sur le métal donne des taches noires.
- Pour vérifier les feuilles de fer-blanc et s’assurer qu’il n'y a pas de petits points dépourvus d’étain, on recouvre la feuille avec une solution de gélatino-ferricyanure de potassium et acide sulfurique. Au bout de trente minutes, les endroits non recouverts d'étain sont signalés par des taches bleues.
- On emploie deux compositions de soudure : 40 d’étain et 60 de plomb etio d’étain, oo de plomb. On la livre en fils ou câbles; des machines modernes l’emploient sous forme de ruban et économisent beaucoup de travail et de soudure. La soudure ne doit pas tenir beaucoup d’arsenic ou d’antimoine. Gomme fondant, il faut une substance qui ne soit pas acide et ne contienne pas de fer ; le sel ammoniac n’est pas d’un bon usage ; à présent, on emploie du chlorure de zinc neutre et exempt de fer ou de la résine.
- Il faut surveiller la qualité de l’eau qui ne doit pas durcir les légumes et doit être exempte de bactéries nuisibles.
- Les eaux de lavage des fruits et des légumes contiennent des matières azotées qu’il faut éliminer’j autrement elles se putréfient.
- p.683 - vue 687/950
-
-
-
- 684
- NOTES DE CHIMIE.
- MAI 1913.
- La valeur alimentaire du marron d’Inde. — Le marron d’Inde a un goût amer très prononcé; il possède la réputation d’être vénéneux. Cette réputation n’est pas fondée, dit M. Auld (J. of t/ie Sociely of Chemical Industry, février 1913). On constate dans les marrons d’Inde l’existence d’une huile non siccative, d’un peu de tannin, de saponine et de glucosides indéterminés parmi lesquels doit se trouver celui qui donne le goût amer. La coque représente à l’état frais 14,5 p. 100 du poids ; après séchage à 50° 18 p. 100 et à 100° 10,9 p. 100. La noix perd plus facilement son eau et s’écarte de la coque, facilitant le décortiquage. L’analyse donne les résultats suivants sur les marrons séchés à 50° :
- Noix. Coq ues. Fruits entiers,
- Eau 2,22 7,06 3,04
- Cendres — acide phosphorique. . 2,86 29,11 1,66 2,66 12,19
- Protéine brute 12,08 5,66 10,99
- Protéine véritable Fibre brute . 2,13 8,17 13,15 4,37
- Huile (^extraite par l’éther'. . 0,20 0,89 5,34
- Carbohydrates — Sucre contenu 7 4,45 2,:;i 71,58 73,97
- D’après cette analyse, le marron d’Inde aurait une grande valeur nutritive.
- Les animaux le refusant, même concassé en gros morceaux, on décida de le sécher à 70°, de décortiquer et de hroyer la noix. Pour diminuer l’amertume après broyage partiel, on plonge les marrons dans l’eau froide pendant une nuit, puis on les fait bouillir une demi-heure et on jette l’eau ; on fait sécher et on broie. Il persiste encore un goût amer qu'on masque avec de la mélasse. Les cochons auxquels on essaya d’en donner n’en mangèrent pas; des moutons et des veaux en mangèrent. M. Auld conclut que les marrons d’Inde ne sont pas vénéneux et qu’ils sont très nourrissants.
- p.684 - vue 688/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE
- par M. H. Hltier
- membre du Conseil.
- OBSERVATIONS RELATIVES A LA CULTURE DU HOUBLON
- dans quelques-uns des principaux pays houblonniers étrangers : Bohême, Bavière, Kent, Belgique.
- Insuffisance de la production du houblon en France. — Nous avons en France, dans la dernière période décennale, produit en moyenne 36191 cpiintaux de houblon par année. Or ces quantités sont loin de suffire aux besoins de la brasserie française et nous devons importer de l’étranger de 18 000 à 23 000 quintaux de houblon par an; nous en avons même importé 33 762 quintaux en 1911, et cela, malgré un droit de 35 fr les 100 kg, mis sur les houblons étrangers à leur entrée en France depuis le 1er avril 1910.
- Ces derniers mois une campagne a été entreprise dans la presse, dans la presse technique comme le Nord Brasseur, et aussi dans la presse quotidienne, les grands journaux politiques, en faveur du houblon français, dans le but de rendre la brasserie française indépendante de l’étranger pour la fourniture du houblon.
- Il s’agirait de faire pour le houblon ce que réalise, pour les orges, la Société pour l’Amélioration des Orges de Brasserie en France. Avec le concours des stations agronomiques, des écoles d’agriculture, etc., l’on souhaite voir l’Union générale des Syndicats de la Brasserie française faire sienne cette œuvre et organiser dans différentes régions françaises, où la culture du houblon n’a pas encore été tentée, des essais de plantation, d’acclimatation d’espèces que, jusqu’ici, produit seul l’étranger. Il est certain qu’étant donnée l’extrême variété des sols et des climats de la France, nous possédons très vraisemblablement des « pays » qui donneraient des crus de houblon analogues aux crus les plus fins de Bohême, de Bavière, etc.
- Il est certain, dans tous les cas, que, dès maintenant, des améliorations très notables pourraient être introduites dans la culture, la cueillette, le séchage du houblon, qui auraient une influence considérable sur la valeur et la qualité des cônes récoltés en France et employés par nos brasseurs.
- Nous avons en France trois centres principaux de culture de houblon : le Nord (Bailleul et Busigny), la Meurthe-et-Moselle (Nancy et Lunéville) et la Côte-d’Or ; dans ce dernier département l’on récolte déjà des houblons très fins et renommés.
- p.685 - vue 689/950
-
-
-
- 686
- NOTES D’AGRICULTURE.
- MAI 1913.
- Nous avons pensé qu’il pourraitêtre d’un certain intérêt de rappeler, dans ces notes d’agriculture, les conditions naturelles de milieu et les principaux caractères de la culture du houblon, dans les pays étrangers les plus réputés pour la production du houblon, qu’il s’agisse de la qualité des cônes comme en Bavière et en Bohème, qu’il s’agisse de la quantité des cônes recueillis comme en Angleterre et en Belgique. Nous réunissons donc ici quelques noies tirées d’études publiées par MM. Moreau, Leplae, Demolon, etc., sur les houblonnières de (tes pays.
- Bohême (1). — La région houblonnière de la Bohême s'étend au nord de ce pays, sur la frontière de la Saxe, entre 50° et 30°7 de latitude et 30° et 32° de longitude.
- Elle comprend trois divisions principales :
- 1° Le pays rouge de Saaz ;
- 2° Le pays rouge d'Auscha.
- 3° Le pays vert de Dauba.
- (Depuis le 17 septembre 1912 est, du reste, appliquée, en Autriche-Hongrie, une loi qui interdit de vendre sous le nom de houblons de Bohème, des houblons d'autres provenances que ceux de ces trois crus de Saaz, Auscha, Dauba, et, dans ces trois bourgs, existent des halles officielles pour cacheter les houblons.)
- Le pays rouge de Saaz, ainsi désigné parce qu'on n'y cultive que le houblon à tige rougeâtre (la culture du houblon à tige Alerte est interdite dans la région de Saaz par les statuts de l’Association des Planteurs de Saaz),renferme 11 283 ha de houblon répartis entre 9 218 cultivateurs.
- Cette région, qui fournit le houblon le plus apprécié, forme une vaste cuvette presque ronde, entourée de montagnes de tous côtés. Les meilleures plantations se trouvent sur le flanc des collines, abritées contre les vents du nord et de l’ouest.
- La situation des houblonnières du pays de Saaz, dit M. Leplae dans sa belle étude sur la culture du houblon en Allemagne et en Autriche, mérite d'attirer l’attention; car elle prouve l’importance attachée à la protection des plantes; tandis que les cultures ordinaires occupent les plateaux, le houblon se masse le long des versants et dans les vallées. Il en résulte pour cette plante des conditions spécialement favorables à sa végétation, conditions que les cultivateurs recherchent avec ‘le plus grand soin.
- Dès qu’on pénètre dans la région de Saaz, on ne peut s’empêcher de remarquer cette disposition des houblonnières. La ville de Saaz, assise sur un éperon détaché d'une haute colline, domine un vaste cirque, formé par une série d’élévations de terrain. Au milieu de cette large enceinte se déroulent les méandres de la ri vière Eger, dont les deux bords sont couverts de houblonnières qui s'étendent jusqu’au pied des collines. De place en place, des vallées de moindre importance débouchent à droite ou à gauche de l’Eger; comme la vallée principale, elles sont remplies de houblonnières. Il en est ainsi notamment pour la fameuse vallée où coule le ruisseau dénommé « Goldbach » (le ruisseau d’or) probablement à cause delà qualité des houblons qui croissent sur ses rives.
- (1) Mokeau, La culture du houblon en Bohême et en Bavière, R. M. O. R. E., octobre 1909.
- p.686 - vue 690/950
-
-
-
- LA CULTURE DU HOUBLON A i/ÉTRANGER.
- 687
- La hauteur (Veau tombant annuellement dans le pays est de 500 mm; elle est on moyenne de 577 mm pendant les mois (Voté, d’avril à octobre; il est à remarquer qu’il pleut très peu dans la région de Saaz, beaucoup moins que dans les autres parties de la bohème; l’on attribue à cette sécheresse relative la finesse de l’arome du houblon de Saaz.
- La température moyenne de Vannée est do 9°; en été, elle est de 15° environ. Les hivers y sont froids, mais l’été, la température devient parfois très élevée et, à parlir de la mi-juillet, commence généralement une période de sécheresse qui se prolonge jusqu’à latin de la récolte, atténuée seulement par quelques orages. Le mois d’avril, pendant lequel le houblon achève sa floraison, est particulièrement beau et chaud dans ce pays.
- Il résulte de la configuration du sol et du voisinage des terrains ardoisiers de l'Erzegebirge, des roches basaltiques du Riesengebirge et granulitiques du Mittelgebirge dos terres de composition très différente!.. (D’après Leplae, toutefois, la ville de Saaz produit ses houblons les plus fins, dans les argiles fortes, protégées contre les vents froids par des chaînes de collines et de montagnes.)
- Le pays rouge d'Auscha s’étend à l’est du pays de Saaz; on n’y cultive que le houblon à tige rouge (sur 2 200 1m environ). Tonte la partie nord du pays, dont Auscha forme en quelque sorte le centre, et qui constitue le pays rouge proprement dit d'Auscha, est coupée par des collines boisées, séparées par des vallons et dont les pentes abruptes sont garnies de houblonnières.
- La température moyenne de Vannée est la même qu’à Saaz, mais un peu plus élevée en été où elle est de 17°5.
- Il tombe 613 mm d’eau dans Vannée et V13 mm, pendant les six mois de l’été.
- Le sol est en général de formation calcaire et les roches proviennent de la désagrégation des basaltes.
- Le pays vert de Dauba est ainsi appelé parce qu’on y cultive presque exclusivement le houblon à tige verte. Il est situé à l’est du pays d’Auscha dont il suit exactement les contours. C'est la plus petite région de culture de houblon de la Bohème avec 1 100 ha seulement environ.
- La région, très accidentée, présente alternativement de hauts plateaux boisés et de profondes vallées très fertiles.
- Culture. — La culture du houblon est sensiblement la même dans les trois régions bohémiennes.
- A l'automne on donne un profond labour et la terre est laissée en niot.tes durant l’hiver. Au printemps, avant la taille, on donne un second labour, moins profond, en long et en travers des lignes, de façon à former une butte carrée autour de chaque pied. On découvre ensuite les pieds à la houe.
- La taille se fait entre le 15 avril et le J 5 mai, c’est-à-dire relativement tard, un peu plus tôt à Auscha et à Dauba qu’à Saaz, où elle ne commence guère avant la fin d’avril. Pendant l’été, jusqu’à la floraison, on se contente de légers binages qui ameublissent et nettoient le sol.
- p.687 - vue 691/950
-
-
-
- 688
- NOTES I> AGRICULTURE. -- MAI 1913.
- A Saaz, dès le labour du printemps, on aplanit le sol, en ne laissant qu’une faible butte sur les souches. A Auscha et à Dauba, on laboure en sillons de 0,50 m au milieu des lignes en relevant la terre sur les pieds.
- Les terres sont fumées en grande partie avec du fumier de ferme, que l’on répand seulement tous les deux ans, à l’automne avant le premier labour. A Saaz, le fumier est placé autour de chaque pied, à raison de 8 à 10 kg; à Auscha, le fumier est répandu entre les lignes à raison de 10 à 15 kg dans le pays de montagne, et de 8 à 10 kg dans le pays de plaine. A Dauba, la proportion de fumier employé est de 5 kg par pied. Les engrais chimiques ne sont guère utilisés que dans les grandes exploitations. Au moment de la lloraison, on arrose les souches avec du purin mélangé d’eau.
- Le houblon est conduit en partie sur perches, en partie sur fils de fer. A Saaz, les supports en fils de fer augmentent chaque année. On donne la préférence au système oblique. A Auscha et à Dauba, les perches sont plus répandues, à cause de la proximité des forêts et du bon marché du bois.
- La hauteur du développement du houblon est de 6 à 7 m sur les collines et de 8 m dans les bas à Saaz. Elle est de 7 à 9 m à Auscha et seulement de 4 à 6 m à Dauba, où le houblon atteint un plus faible développement. On écime et on pince parfois quand le houblon présente une végétation trop luxuriante, mais une particularité de la culture en Bohême, c’est qu’on n’effeuille pas toujours le bas des sarments.
- L’éloignement des pieds à Saaz est de 1,30 m à 1,50 m au carré, ce qui porte leur nombre de -1450 à 5 950 par hectare. Dans la région rouge d’Auscha, l’écartement des lignes est de 1,25 m à 1,50 m et celui des pieds de 1,25 m à 1,70 m ce qui donne 4 900 à
- 6 440 pieds à l’hectare. Dans le pays vert de Dauba, l’écartement ne dépasse pas 1,20 m à 1,30 m et fournit de 7 500 à 7 900 pieds à l’hectare. Mais dans les trois régions on ne conserve d’habitude que deux sarments par souche, ce qui permet un plus grand rapprochement des pieds et des lignes.
- La production, néanmoins, est faible. On compte que pour obtenir un quintal de 50 kg de houblon sec, il faut à Saaz 10 schock (le schock est de 60 pieds), à Auscha
- 7 schock et 5 à Dauba, ce qui met la production par hectare, année moyenne, à 5 quintaux métriques à Saaz, 6 à Auscha et 6,5 à Dauba, d’autant plus faible, somme toute, que la qualité du houblon est plus grande. Elle tombe souvent au-dessous de ces chiffres et, dans les années d’abondance, ne dépasse guère 8 à 10 quintaux par hectare suivant les régions.
- La récolte. — La récolte se fait avec beaucoup de soins. Les cônes sont cueillis un par un, en évitant d’y mélanger des feuilles et des tiges. Un premier triage se fait pendant la cueillette, en mettant de côté les cônes avariés ; puis le houblon, apporté sur les gremiers dans des paniers, est soumis à un second triage sur des tamis à mailles de 3 cm, animés d’un mouvement très doux de va-et-vient. Les tamis retiennent les cônes trop grands, .ceux qui sont réunis par deux ou par trois, les feuilles, etc. ; le résidu de ce premier triage est recueilli à la main et tamisé de nouveau ; le dernier résidu, mélangé aux cônes mis à part pendant la cueillette, constitue un houblon de second ordre.
- Séchage. — Le séchage est conduit avec de très grandes précautions. Il se fait de moins en moins sur des claies, à l’air libre, et on emploie de préférence les séchoirs à
- p.688 - vue 692/950
-
-
-
- LA CULTURE DU HOUBLON A L’ÉTRANGER.
- 689
- air chaud. Les systèmes de séchoirs sont nombreux; les uns sont analogues aux tou-railles de malterie, avec un ou deux plateaux à jalousies (systèmes Linhardt, Erem-felder, etc.), d’autres sont constitués par des claies superposées au-dessus d’un foyer (système Loschner). Quel que soit le système employé, le séchage a toujours lieu à l’air chaud, jamais à feu direct, et les tourailles sont toutes fortement ventilées. La température de séchage ne dépasse pas 32° à 35° et sa durée est en moyenne de huit heures ; les cônes sont mis en couches d’une épaisseur de 10 à 15 cm au plus. Pendant ce séchage, le houblon est légèrement soufré.
- En sortant de la touraille, le houblon est étendu en couches minces sur le sol du grenier, où il reprend un peu d’humidité, puis il est emballé dans les toiles.
- Qualité du houblon de Bohême. — En Bohême, on ne cultive que deux variétés de houblon, le houblon à tige rouge et le houblon à tige verte. Comme le houblon ne se propage que par bouture et jamais par semis; que, d’autre part, on a toujours soigneusement écarté les plants mâles des houblonnières, c’est donc le même houblon qui, introduit en Bohême au xne siècle, sous Wladislaw II (1140-1174), s’est perpétué jusqu’à nos jours, en s’améliorant sous l’influence du climat, d’une culture raisonnée et d’une sélection intelligente des boutures.
- Le houblon rouge de Saaz a le cône ovoïde, allongé, de grosseur moyenne ; l’axe est mince,à spires régulières; les bractées sont fines et soyeuses, d’où résulte un toucher très doux; le cône, terminé en pointe, est bien fermé, ne se désagrège pas et conserve bien sa farine ; la lupuline est abondante et d’un arôme extrêmement lin et délicat. Il mûrit tôt, vers le 15 août, est d’un faible rapport, sensible aux variations de température et sujet aux maladies. Il est plus difficile sur le choix du climat et du sol ; il préfère les terrains légers.
- Le houblon rouge d’Àuscha est semblable au précédent, mais il est moins fin, plus rustique et plus résistant aux maladies. Il mûrit une ou deux semaines plus tard, est d’un rapport plus élevé et s’accommode mieux d’un terrain lourd ; mais il redoute la sécheresse.
- Le houblon vert de Dauba a le cône rond, plus gros et moins fermé; l’axe est épais et à spires souvent irrégulières. Il est farineux, mais d’arome fort et souvent alliacé (il en existe trois variétés plus ou moins hâtives mûrissant du 15 août à septembre). Très rustique et très résistant, il est moins exigeant sur le climat et le sol. Il vient bien dans les terrains forts; il est moins sensible aux maladies et aux conditions climatériques.
- Bavière. — La culture du houblon en Bavière embrasse une superficie de 24 860 ha, c’est-à-dire les 63 p. 100 de la culture allemande, 38 962 ha (1905).
- Les deux régions qui produisent le plus de houblon et le houblon le plus réputé sont la Franconie moyenne (12 789 ha avec une production moyenne de 10,94 quintaux de 50 kg par hectare) et la Haute et Basse Bavière (Haute Bavière 4 213 ha produisant 9,28 quintaux de 50 kg par hectare ; Basse Bavière 3206 ha avec 9,80 quintaux de 50 kg par hectare).
- Ces deux régions houblonnières de la Franconie et de la Haute et Basse Bavière, séparées l’une de l’autre par le Danube, sont comprises entre 48° et 50° de latitude et 28° et 30° de longitude. L’altitude moyenne est de 270 m. Comme en Bohême les hivers
- p.689 - vue 693/950
-
-
-
- 690
- NOTES D AGRICULTURE.
- MAI 1913.
- y sont, froids et môme rudes ; les étés y sont beaux et tempérés. La température moyenne de L’année est de .S" à 9°; il tombe 550 à 700 mm d’ean par an à Spalt et de 700 à «SOO mm dans le Uolledau. Dans la région de Spalt la température moyenne serait, d’après les relevés de C. Krauss, de 7°,5 en avril ; i0°,8 en mai; 14°,1 en juin; 10°,9 en juillet; 17°,6 en août. Pendant les mêmes mois la pluie tombée serait de 33 mm en avril; 35,7 en mai ; 181,3 en juin; 59,2 en juillet ; 60,8 en août.
- Le sol de Spalt est léger et demande beaucoup d’eau ; les années pluvieuses sont les plus favorables pour le houblon de ce district (Leplae).
- Le pays est accidenté ; la plupart des houblonnières sont plantées sur le penchant de coteaux exposés au sud. Les plantations de Spalt notamment sont toutes fort bien abritées contre le vent, car elles sont situées sur le penchant de collines que couronnent de grandes forêts de pins; celles-ci alors ajoutent leur écran aux dénivellations du terrain pour protéger la plantation (Leplae). Les roches sont constituées en partie par des schistes micacés. Sur les hauteurs, le sol est en général calcaire; dans les vallées, les terres sont sablo-marneuses ou argilo-marneuses et le sous-sol contient en assez grand nombre des cailloux roulés que les défoncements incitent à jour.
- On ne cultive, en Bavière, que le houblon à tige rouge. Il provient de replants de Saaz, d’où il a été importé vers le xiv° siècle; le cône a la même forme que le Saaz, mais il présente cette particularité qui le fait facilement reconnaître, qu’il est très sensiblement plus petit. Transplanté dans un terrain moins riche, il a produit à la longue un cône plus petit,, sans rien perdre néanmoins de ses qualités, tandis que les mêmes espèces, transplantées àAuscha, dans des terres d’alluvions argileuses, ont donné des variétés plus grossières et plus productives.
- Quoique petit, le cône bien formé* et résistant contient beaucoup de lupuline. L’axe est petit, à spires régulières et serrées ; les bractées sont minces et l'arome est fin et délicat. En général, il est riche en tannin, ce qui le fait rechercher de préférence pour la fabrication des bières de garde. Plus rustique que le Saaz et moins sujet aux influences climatériques, il est d’un rapport un peu plus élevé et s’accommode mieux aux différences du sol; il mûrit un peu plus tard que le Saaz.
- Il en existe de nombreuses variétés, mais qui, de même qu’en Bohême, sont plutôt des variétés locales que des espèces particulières et qui se. sont un peu modifiées sous l’influence du sol et de l’exposition: le Pirnei*, houblon bohémien de fort rendement; le Geisenfelder, cultivé de préférence sur le flanc des coteaux exposés au soleil ; le Trackenfelder, houblon des terrains gras et des fonds de vallées, houblon tardif, à courtes tiges; le Wurtemberger, pour les terrains sablonneux.
- Culture. — La culture est la même en Bavière qu’en Bohême. On fait un premier défoncement en automne, assez profond, et on répand, à ce moment, du fumier ou des scories de déphosphoration. Au printemps on garnit de nouveautés pieds de fumier et on laboure à une profondeur de 0,60 m à 0,70 m, on laisse la terre en sillons. Les labours se font de préférence à bras ; au moment de la formation des cônes, on fume encore avec des engrais de vidange ou du purin (1).
- On laisse trois sarments au support et on effeuille le bas des tiges jusqu’à une
- 1) Le sol de Spalt demande beaucoup de fumier, car l’engrais s’y consume rapidement.
- p.690 - vue 694/950
-
-
-
- LA CULTURE DU HOUBLON A l’ÉTRANGER.
- 691
- hauteur de 1,20 m à 1,30 m. L’écartement dus pieds est de 1,20 m à 1,35 m à Spalt ; il ust de 1,30 m a 1,80 m dans les autres régions suivant la nature du sol et sa fertilité.
- Les supports sont encore des perches; les fils de fer sont peu répandus.
- La récolte et le séchage se font avec les mêmes soins et les mêmes précautions <pi eullohême. Quelques cultivateurs ont conservé la coutume de sécher lé houblon à l'air. Les maisons sont pourvues de faîtes très élevésr abritant de vastes greniers où le houblon est étendu en couches minces et retourné de temps en temps. Au niveau des planchers de nombreuses ouvertures assurent l’aération. Mais ce mode de séchage qui abîme les cônes et occasionne une perte de lupuline est abandonné de plus en plus. 11 est remplacé par le système des claies suspendues et superposées dans les mêmes greniers, ou, encore mieux, par des séchoirs à air chaud. Les tourailles Puscher, Kammerer, Scharrer et Kohlenberger, qui se prêtent en môme temps au soufrage du* houblon sont plutôt employées par les marchands de Nuremberg, mais la touraille domestique de Ilolledau, également à air chaud el construite sur le modèle des tourailles de malterie, est assez répandue chez les planteurs.
- Le séchage du houblon à Spalt. — A propos de ce séchage du houblon à Spalt, M. Leplae donne les détails que voici :
- L’aspect de la ville même de Spalt est frappant : assise au fond d’une étroite vallée, entourée de pâturages, bordés de houblonnières, Spalt élève au-dessus de ses anciennes murailles féodales les immenses et hautes toitures de ses vieilles maisons, et les tourelles de son église et de ses remparts. Ces toitures pointues, couvrant de nombreux étages, donnent à la ville une physionomie, un cachet particuliers, et impressionnent fortement l’étranger qui parcourt les rues tortueuses, accidentées et à tous égards moyenâgeuses de la petite ville. Les toitures de ces pittoresques demeures des habitants de Spalt ne sont si hautes et si larges que pour abriter trois, quatre el même cinq étages de greniers servant au séchage du houblon.
- A Spalt, on peut affirmer que tous les bâtiments sans exception sont surmontés de séchoirs. Les maisons particulières, les greniers de l’IIôtel de Ville, les anciennes tours des fortifications, en un mot toutes les constructions sont mises au service de la grande opération qui fait la richesse de la ville.
- La superficie totale des cinq étages de greniers (1) de certaines maisons de Spalt peut atteindre 10 a, en ne tenant compte que de la surface des planchers; or en pratique, les houblons sont placés dans des claies suspendues aux poutres dçs plafonds, à 15 ou 20 cm l’une de l’autre, ce qui permet de suspendre quatre ou cinq étages de claies dans chaque grenier et de tripler ainsi la surface utile, tout en ménageant entre les'lignes de claies des passages étroits nécessaires à la circulation.
- Ces constructions réunissent deux conditions: une grande superficie dans l'étalage des claies, pour l’épandage en couche mince des houblons en dessiccation, et une température élevée, lorsque le soleil darde ses rayons sur ces immenses toitures. L’air chaud, tendant toujours à monter, afflue d’ailleurs vers les greniers supérieurs où l’on place les houblons les plus verts. Il est possible de réaliser ainsi un séchage rationnel.
- (t) Les deux ou trois premiers étages ont 2,50 m d’élévation, les autres 2 m seulement d’élévation.
- p.691 - vue 695/950
-
-
-
- 692
- NOTES D’AGRICULTURE.
- MAI 1913.
- Ces greniers doivent être énergiquement ventilés pendant la dessiccation du houblon. A cet effet, des ouvertures latérales, hautes de 30 cm environ, sont ménagées au niveau des planchers, au moyen de cadres en bois lixés sur des chevrons. Ces lucarnes sont recouvertes par un pan de toit et peuvent se humer au moyen de volets en bois. Leur fermeture s’impose pendant les journées humides.
- Le séchage s’opère de la manière suivante : les cônes verts sont apportés au séchoir d’ordinaire en paniers. On les étale en simple épaisseur sur les claies à ce destinées, que l’on suspend par des ficelles. L’évaporation de l’humidité se fait avec une rapidité très variable : s’il fait très sec et très chaud, les cônes peuvent être secs en deux jours : ils peuvent, en temps humide, prendre quatre, cinq et même huit jours, avant d’être suffisamment desséchés. Il ne s'agit encore là cependant que d'une dessiccation très faible, suffisante seulement pour qu’on puisse les mettre sur plancher, en tas de 5 à 7 cm d'épaisseur. Pendant qu’ils sont sur claies et en tas, il faut soigneusement remuer les cônes afin qu’ils sèchent également et ne collent pas aux supports.
- Au fur et à mesure que la dessiccation avance, on augmente l’épaisseur des tas, qu’on s’empresse d’ouvrir et d’étaler à nouveau s’il se manifeste, dans leur intérieur, la moindre élévation de température.
- Au bout de 10 à 15 jours en temps favorable, et de 3 à 4 semaines, lorsque l’air est humide, on parvient à obtenir du houblon suffisamment sec pour être mis en balles.
- Somme toute, conclut M. Leplae, la dessiccation opérée de cette manière est une opération coûteuse et difficile, mais elle- livre, lorsqu’elle marche régulièrement, un produit d’excellente qualité.
- Dans tous les districts allemands et bohémiens, que M. Leplae a visités, l’opinion était unanime : le séchage sur touraille, quelque soigné qu’il soit, enlève toujours au houblon une partie de ses qualités.
- Mais le séchage naturel présente tant d’aléas et de difficultés que, même en Allemagne et en Bohême, on a de plus en plus recours aux tourailles; à plus forte raison devons-nous y avoir recours en 'France où nous ne possédons pas les installations nécessaires pour bien conduire le séchage naturel même par le beau temps.
- Angleterre (1). — La culture du houblon est la principale culture industrielle de l’Angleterre et elle se trouve principalement confinée dans le comté de Kent où elle a atteint depuis longtemps un haut degré de perfection (le houblon s’étendait encore sur 20 000 ha dans le Kent il y a quelques.années).
- Les sols où il réussit le mieux, dans le Kent, sont constitués par des alluvions profondes et des terres à brique.
- Voici la fumure adoptée dans une lioublonnière du Kent, établie sur un sol constitué par un limon calcaréo-siliceux de composition chimique moyenne :
- En hiver (fin novembre), 1 200 kg de cuir moulu ou 20 000 kg de fumier de ferme :
- En février-mars, 12000 à 18000 kg de guano de poisson;
- (1) A. Demolon, Quelques particularités de la culture du houblon dans le Kent (Journal d’Agriculture pratique, 9 juin 1904).
- p.692 - vue 696/950
-
-
-
- LA CULTURE DU HOUBLON A l’ÉTRANGER.
- 693
- En avril, 500 kg de superphosphate.
- Contrairement à ce qui se passe en France, le système de culture sur perches ne se rencontre pas en Angleterre : on y cultive le houblon en lignes sur cordes et sur fil de 1er. Ce système présente des avantages multiples : comme la vigne, il facilite les travaux d'entretien et les divers traitements. Son installation est moins coûteuse que l’emploi des perches et sa durée est beaucoup plus longue. Enfin, la fructification est plus abondante.
- L’une des dispositions que l’on rencontre le plus fréquemment dans le Kent est celle de Butchcr. Chaque ligne comprend deux fils de fer tressé de gros caübre, l’im à 1,35 m du sol, l'autre à 3,80 m. Ces fils sont maintenus par des perches placées de’8 m en 8 m. De chaque pied partent trois cordes qui s’élèvent d’abord dans un plan vertical en s’écartant progressivement jusqu’au premier fil de fer, puis qui vont s’accrocher au fil de fer supérieur do la ligne suivante, en divergeant de plus en plus. Sur chaque corde s’enroulent deux tiges de houblon. Ces tiges forment, au-dessus de l’intervalle qui sépare deux lignes, une sorte de toit incliné. L’orientation de cette pente se trouve déterminée par la direction des vents dominant dans la région. On s’arrange de sorte que le vent vienne frapper la partie supérieure du toit, de façon à ne pas avoir à craindre les dégâts qui se produiraient s’il s’engouffrait par dessous.
- L’écartement de 2,10 m à 2,40 m semble le plus recommandable avec un nombre de pieds par hectare variant de 2 000 à 2 600. Cette largeur permet l’emploi du cheval pour l’exécution des travaux d’entretien.
- On considère en Angleterre qu’il est nécessaire d’effeuiller les tiges au voisinage de la souche pour les conserver indemnes. On a remarqué, en effet, que les premières taches produites parles moisissures apparaissent toujours à la partie inférieure 'de la plante, l'infection se faisant par l'intermédiaire des particules de terre projetées au contact des feuilles.
- Il est avantageux d’opérer en deux fois à une quinzaine de jours d'intervalle : la première fois on n'effeuille que sur 60 ou 80 cm à partir de la base, la deuxième fois on complète l’opération jusqu’à hauteur convenable (1 m à 1,35 m). Il y a là une question de tact et d’expérience.
- Un autre fait intéressant à signaler est l’importance qu’il y a à ne pas couper les tiges de houblon au moment de la récolte. Quand le houblon est cultivé sur perches, il est nécessaire de couper la tige au pied afin de pouvoir l’enlever avec son support pour procéder à la cueillette des cônes. Il en résulte logiquement un affaiblissement de la plante et une diminution de récolte l’année suivante. En Angleterre, au moment de la récolte, on se contente de décrocher les cordes qui supportent les tiges et la cueillette s’effectue sur place, de sorte qu'on peut laisser les plantes adhérentes aux souches jusqu’à la fin de la végétation, et éviter ainsi leur épuisement rapide.
- On attache une très grande importance à la qualité du houblon en Angleterre ; cette préoccupation se trouve justifiée par l’écart des prix payés par la brasserie aux produits de première et de deuxième qualité. Aussi n’est-il pas étonnant d’y voir combattre les diverses maladies, comme on le fait chez nous pour la vigne. C’est d’abord le « blanc » causé par une moisissure, le sphérothèce du houblon, contre lequel on a à lutter chaque année. Comme pour l’oïdium de la vigne, on a recours dans ce but au soufrage. Cette opération se pratique une ou plusieurs fois, selon les année®. C’est
- p.693 - vue 697/950
-
-
-
- 694
- NOTES D’AGRICULTURE.
- MAI 1913.
- généralement pondant les mois do juillet et d’aoùl qu’011 a à l’exécuter. Dans chaque traitement on emploie environ 50 kg de soufre à l’hectare, que l’on répand au moyen d’insufflateurs spéciaux à traction animale. On choisi t pour l’exécuter une journée belle et chaude, car c’est dans ces conditions seulement que l’action du soufre est efficace.
- Le houblon a aussi à subir les ravages de plusieurs insectes. Les pucerons sont les plus redoutables, puis les altises. Les pulvérisations à base de pétrole sont communément employées en Angleterre pour combattre ces insectes, et donnent de lions résultats. Le pétrole pur étant nuisible au feuillage, on le mélange à du savon ; la solution ainsi obtenue est d’ailleurs plus adhérente.
- Ces divers traitements sont d’une exécution facile, et relativement peu coûteux avec le système de culture décrit plus haut. Les tiges se trouvant toutes dans le même plan et ne s’abritant pas l’une l’autre, il est possible de les atteindre toutes sans employer de pulvérisateur à main, ce qui augmenterait beaucoup la main-d’œuvre. Les pulvérisations agissent ainsi d’une manière très complète.
- Les rendements que l’on constate en Angleterre sont très variables d’une année à l’autre. Peu de récoltes ont en effet autant à redouter les vicissitudes atmosphériques ; hop industry is a g amble, dit-on là-bas (la culture du houblon est un jeu de hasard). C’est ainsi qu’en septembre 1902, au moment où le roi se proposait de venir visiter les célèbres lioublonnières de Maidstone, un orage à grêle vint les ruiner complètement. Dans les années moyennes, les rendements oscillent autour de 1 300 kg à l’hectare; mais on a atteint plusieurs fois au cours de ces dernières années -une moyenne supérieure à 2 100 kg à l’hectare. Les -frais de culture sont d’ailleurs très élevés et oscillent dans le Kent autour de 2 700 fr par hectare. Dans certaines lioublonnières très soignées, ils dépassent 3 000 fr. On voit donc que c’est là une culture qui permet de distribuer une masse de salaires très considérables. En Angleterre notamment, la cueillette du houblon constitue pour les nombreux unemployed de Londres un moyen de gagner pendant quelques semaines des sommes assez rondes. Aussi est-ce par milliers qu’ils viennent faire la cueillette dans le Kent pendant le mois de septembre.
- Belgique (1). — Le houblon reste une culture dominante dans le pays de Pope-ringhe et dans les environs d’Alost, y compris toute la région avoisinante du Brabant; le petit rayon de Buvrinnes-lez-Binche produit un houblon réputé, mais en quantité peu importante.
- Variétés cultivées. — Dans la Flandre occidentale, on cultive spécialement le houblon à tiges blanches de Poperinghe et, dans des proportions moindres, le houblon rouge indigène, enfin, le houblon blanc de Buvrinnes.
- Le premier est précoce, d’excellente qualité, mais plus sensible aux maladies que le second. Celui-ci est de qualité médiocre, mais très rustique et peu exigeant.
- Le houblon blanc de Buvrinnes a les cônes bien conformés et de bonne qualité. Les cultivateurs delà région de Poperinghe lui reprochent de dégénérer rapidement.
- (1) Ministère de l’Agriculture belge. Monographie agricole de la région limoneuse et sablo-limo-
- ueuse*
- p.694 - vue 698/950
-
-
-
- LA CULTURE DU HOUBLON A L’ÉTRANGER.
- 695
- Les variétés que l’on rencontre le plus fréquemment autour d’Alost sont dénommées : « (troène Bel » (clochette verte), « Witte Bel » (clochette blanche), Carnau de Frise.
- La clochette verte est, de beaucoup, la meilleure comme qualité, le Carnau donne un produit de belle apparence et »n fort rendement, mais la qualité laisse à désirer.
- Procédés de culture. — Dans la Flandre occidentale, le houblon est cultivé en terre profondément ameublie et bien pourvue d’arrière-engrais. La plantation se fait au printemps, à l’aide de boutures enlevées aux pieds femelles lors de l’habillage. Ces boutures sont mises définitivement en demeure ou plantées en pépinière pour être transplantées l’année suivante. Ces provins sont déjà productifs l’année de leur plantation définitive.
- L'habillage, qui a lieu tous les ans vers la fin de mars, consiste dans l’enlèvement des jets en excès ou inutiles, qui ne pourraient qu’amoindrir la vigueur des souches et la qualité du produit. On ouvre à cet elfet les buttes, dont on a recouvert les plants avant l’hiver, et les nombreuses pousses blanches que l’on supprime constituent les jets de houblon vendus comme légume.
- Immédiatement après, on procède au placement des tuteurs, perches de pin d’une hauteur de 6 à 10 m. Dans maints endroits, les perches sont remplacées par des fils de fer ou d’acier galvanisé. Ce procédé présente sur le premier de nombreux avantages : l'accès de l’air et de la lumière est plus facile ; les fils de fer ne présentent pas de refuge pour les insectes ou les parasites ; la résistance aux vents est mieux assurée et, enfin, les frais d’entretien sont moins élevés.
- Généralement, il est laissé par tuteur trois ou parfois quatre tiges. L’accolage a lieu de trois manières. Les tiges sont directement assujetties au tuteur, ou bien elles sont couchées sur le sol jusqu’à la souche voisine et assujetties au tuteur de cette dernière ; enfin, parfois, mais rarement, les diverses tiges d’une plante ont chacune comme soutien un fil propre.
- Certains planteurs, quand le houblon atteint une hauteur de 3 m environ, le font descendre le long de la perche jusque sur le sol, pour le laisser remonter ensuite. Cette opération a pour but de diminuer la hauteur des perches à employer.
- Au commencement de juillet, on procède à la rognure ou suppression des bourgeons inférieurs jusqu’à une hauteur de 1,50 m à 2 m afin de faciliter l’accès de l’air, de la chaleur et de la lumière sur le sol.
- Durant la croissance du houblon, des labours ou des binages fréquemment répétés entretiennent l’ameublissement superficiel et la propreté du sol.
- Les cônes du houblon mûrissent vers la fin du mois d'août et le commencement de septembre ; 25 ouvriers sont nécessaires pour faire la cueillette d’un hectare. Bien souvent, le cultivateur est obligé de passer par toutes les exigences du personnel nomade des cueilleurs sous peine de ne pouvoir opérer la rentrée en temps opportun et de s’exposer ainsi à perdre le fruit d’une culture déjà très coûteuse.
- La cueillette a lieu de deux façons suivant que les tuteurs sont des perches ou des fils de fer. Dans le premier cas, les tiges sont coupées à 1,50 m du sol et les perches arrachées ; le travail s’exécute sur le champ ou parfois, mais rarement, à domicile, par des voisins du cultivateur. Dans le second cas, on détache les fils de fer par le haut et
- p.695 - vue 699/950
-
-
-
- 696
- NOTES D’AGRICULTURE.
- MAI 1913.
- la cueillette peut se faire sans couper la plante. Il en est de même quand, avec l’emploi des perches, on a eu soin d’enrouler la tige sur une certaine longueur au bas de la perche. Ce système est de beaucoup préférable et mérite d’être adopté par tous les planteurs, attendu qu’il permet la restitution d’une grande partie des principes fertilisants enlevés au sol durant la végétation.
- La manière d’enlever les cônes a, grâce aux efforts de la Section houblonnière du Comice agricole de Kemmel-Ypres, fait de notables progrès. Cette association conseille de cueillir cône par cône en conservant au pédoncule une longueur d’un centimètre environ, pratique devenue générale depuis lors.
- Le séchage du houblon se pratique dans des bâtiment s spécialement aménagés à cet effet. Les tourailles, vues de l’extérieur, ne présentent, dans le pays de Poperinghe, aucun caractère spécial. A l’intérieur elles renferment un appareil de chauffage surmonté d’un entonnoir, portant un plateau sur lequel on étale les cônes de houblon.
- Le grand défaut de ces séchoirs est le manque de tirage. Le séchage des cônes exige une température élevée, en moyenne de 65°, alors qu’elle ne devrait pas dépasser 40°, pour éviter, dans la mesure du possible, la volatilisation ou l’altération des principes de la lupuline.
- Pour assurer, prétend-on, la bonne conservation du produit, on brûle pendant le séchage, par 100 kg de houblon, 3 kg de soufre, quantité qu’il serait cependant préférable de réduire de moitié.
- La durée du touraillage est de dix à douze heures pour une charge moyenne de 15 kg de houblon vert par mètre carré, donnant de 3,5 kg à 4 kg de houblon séché.
- Le houblon suffisamment séché est versé dans une chambre de refroidissement (koelkamer), et emmagasiné ensuite dans un endroit réservé du grenier (spijker). Durant son séjour dans la chambre de refroidissement et le magasin, le houblon reprend trop d’eau et se détériore sous l'action prolongée de l’air. Il serait préférable d’en opérer le refroidissement sur la touraille même, en empêchant l’accès de la chaleur et en ouvrant largement les prises d’air froid; on le presserait ensuite immédiatement en balles.
- Le cultivateur ne soumet généralement pas le houblon à la presse avant de le vendre. Cette opération est laissée aux soins du marchand, qui donne aux balles une forme carrée et parfois ronde, quand le produit est destiné à l’Angleterre. Les balles sont revêtues du plomb de la ville ou de la société dont le cultivateur fait partie.
- Après la cueillette, la houblonnière n’est pas abandonnée à elle-même ; dans le but de favoriser le développement des racines, on exécute annuellement, après la récolte, un labour à la charrue ou parfois à la bêche. A l’approche de l’hiver les souches sont buttées, et, au printemps, a lieu un second labour.
- Engrais et amendements. — Dans la Flandre occidentale, on emploie communément le purin et le tourteau pour la fumure des houblonnières. En quelques endroits on fait usage de superphosphate et de chlorure de potassium.
- Dans la Flandre orientale on donne surtout du compost, du fumier et du purin.
- • Parasites. — Les altises sont signalées dans la région d’Alost; elles nuisent en rongeant les feuilles.
- p.696 - vue 700/950
-
-
-
- LA CULTURE DU HOUBLON A l’ÉTRANGER.
- 697
- Los pucerons sont plus redoutables; ils causent souvent des dégâts dans les deux centres de production. Ils perforent l’épiderme de la plante et sucent la sève pour s’en nourrir. Dans la région de Poperinghe on asperge, à cet effet, les plantes à diverses reprises, à l’aide d’appareils spéciaux, dès l’apparition des parasites, au moyen d’une solution composée comme suit :
- Eau, 100 1 ; Savon vert, 1 kg ; Tabac, 1 kg.
- Dans les environs d’Alost on se sert d’une émulsion de savon à 1 p. 100 et de pétrole à 0,5 p. 100. Le liquide doit être appliqué à l’aide d’un pulvérisateur muni d’une pompe à air. Quand on fait usage d’une pompe à liquide, le pétrole peut gonfler le caoutchouc du piston au point d’entraver le fonctionnement de l’appareil. C’est pourquoi on remplace souvent la pétrole par du jus de tabac préparé avec des côtes de feuilles, qu’on se procure à très bon compte : 5 kg à 6 kg pour 100 1 d’eau. Le savon sert principalement à dissoudre l’enduit gras qui recouvre le corps des pucerons et qui les protège contre l’action de l’insecticide.
- Un autre ennemi du houblon est le Sphoerotheca Caslagnei, champignon qui provoque le blanc, encore appelé la moisissure. C’est une maladie qui se montre généralement sur les feuilles sous forme de taches blanches ; parfois elle atteint les cônes et alors les dégâts peuvent être considérables. Les spores du champignon, charriées par le vent, propagent rapidement la maladie. Ce parasite est efficacement combattu par de la fleur de soufre projetée sur le houblon à l’aide de sulfurateurs ; l’opération se répète deux, trois ou même quatre fois, suivant les circonstances.
- Dans les environs d’Alost, le blanc ne cause jamais un dommage notable.
- Prix de revient. — Les tableaux suivants donnent les prix de revient de la culture du houblon par hectare suivant les différentes régions de la Belgique.
- Région de Poperinghe.
- Fermage......................................................
- Impôt et taxes.............................................
- Intérêt à 3 p. 100 l’an du capital, 2100 fr, nécessaire à l'installation des perches.............................................
- Engrais..................................................
- Soins culturaux..............................................
- Réparation des perches, cueillette et séchage................
- fr. c. 100 00 12 00
- 63 00 110 00 160 00 310 00
- Total........... 1 015 00
- Région d’Alost.
- Fermages et contributions........................................... 165 00
- Buttage et ouverture des buttes..................................... 40 90
- Fumure : 15 000 kg de fumier ou de compost à 6 fr la tonne
- (prix moyen, application comprise)........................... . 90 00
- Eventuellement, 200 hl de purin à 0,25 fr l’hectolitre. ............ 50 00
- Binages............................................................ 50 00
- Entretien des plantes (ligature et habillage)....................... 150 00
- Cueillette (10 fr par 50 kg)....................................... 340 00
- Transport des cônes................................................. 10 00
- Séchage............................................................ 120 00
- Perches (2 600 perches à 10 fr les 100, durée moyenne de six ans). 303 33
- Total........... 1 319 23
- Tome 119. — 1er semestre. — Mai 1913.
- 46
- p.697 - vue 701/950
-
-
-
- 698
- NOTES D’AGRICULTURE. ---- MAI 1913.
- Renseignements économiques.— Dans le pays de Pop'eiinghe, les cultivateurs tâchent d’améliorer leurs produits par des soins culturaux plus appropriés et un séchage plus rationnel des cônes. Le comice de Kemmel-Ipres, pour seconder et diriger les efforts des cultivateurs, les a groupés en 1893 en une vaste association, sous la dénomination de « Société des Planteurs de Houblon du Pays de Pôperinghe. » La Société visait spécialement à améliorer les procédés de culture, de cueillette et de séchage du houblon. Les conférences spéciales données à cette fin, et les encouragements pécuniaires décernés aux membres qui réalisaient le mieux dans la pratique les perfectionnements préconisés, ont permis à cette association d’introduire des progrès considérables. Dès le début de sa fondation, elle institua entre ses membres un syndicat, chargé de rechercher les moyens propres à favoriser et faciliter la vente du houblon. Le syndicat a adopté à cette fin une marque spéciale, déjmsée au greffe des tribunaux de commerce d’Ypres et de Fûmes, qui n’est accordée qu’aux houblons de bonne qualité récoltés par ses membres. Deux presses à l’usage des associés sont installées l’une à Proven, l’autre à Reninghelst. Dans chacune de ces deux communes fonctionne un bureau composé d’un marqueur-plombeur et de 5 membres jurés, chargés d’examiner le houblon. Le houblon doit se trouver pour le 1er juillet en sacs au plomb de la Société.
- p.698 - vue 702/950
-
-
-
- KEVUE DE CULTURE MÉCANIQUE
- par M. Max Ringelmann membre du Conseil.
- Motoculteur de M. de.Meyenburg,
- parM. Fernand de Condé, Ingénieur agronome.
- La machine dite Motoculteur (fig. 19 et 20), de la Société la Motoculture française (47, boulevard Haussmann, Paris), appartient à la catégorie des machines automobiles
- Fig. 19. — Motoculteur en travail.
- dont les pièces travaillantes, commandées, sont animées d’un mouvement circulaire continu autour d’un axe horizontal perpendiculaire au sens d’avancement de la
- p.699 - vue 703/950
-
-
-
- 700
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MAI 4913.
- machine (1). Elle est connue aussi sous le nom de machine de Meyenburg, son inventeur.
- La caractéristique des machines de Meyenburg réside'dans Ta tonne de l’organe travaillant qui est constitué par une série de grilles en acier montées à ressort sur un axe placé parallèlement à l’essieu de la machine et en arrière. Alors que toutes les machines à pièces rotatives sont montées d’une façon rigide, M. de Meyenburg a
- Fig. 20. —Motoculteur, le cylindre piocheur relevé.
- appliqué le principe des outils dits canadiens, en assemblant les pièces travaillantes d’une façon souple avec leur support.
- La griffe travaillante se présente sous l’aspect d’un crochet (fig. 21) constitué par un fil d’acier recourbé k, de 8 millimètres de diamètre ; en ab ce crochet présente un aplatissement dans son plan, qu’on voit dans la section transversale ni, de manière à donner du raide à la pièce; l’extrémité bd est aplatie dans un sens perpendiculaire (on en voit la section en n) de manière à présenter une partie d'travaillante plus large, de 14 millimètres environ. Le crochet comporte à l’extrémité c. une sorte d’anneau incomplètement fermé et par lequel cm le fixe au ressort solidaire de l’arbre rotatif; l’accrochage et le décrochage de ce crochet sont d’ailleurs très faciles et très rapidement faits.
- çl) Page 608, Bulletin d’avril.
- p.700 - vue 704/950
-
-
-
- MOTOCULTEUR DE M. DE MEYENBURG.
- 701
- — Cos pièces travaillantes sont les mêmes dans les différents modèles, quelle que soit la puissa nce de leur moteur.
- Ce cylindre garni de ces crochets tourne à raison de 180 tours environ par minute; les griffes agissent donc par percussion à la façon le petites pioches, étant donné leur angle d’action au moment où elles rencontrent la surface du sol ; grâce à leur élasticité elles peuvent dévier légèrement dans tous les sens et passer dans la terre sans risquer de se détériorer à la rencontre d’une pierre ou de tout autre obstacle.
- Les particules terreuses pouvant se trouver projetées assez loin en arrière, la machine comporte, au-dessus et en arrière du cylindre piocheur, un capot quart-cylindrique prolongé par une série de fils d'acier presque verticaux et rapprochés, constituant une sorte de râteau à dents serrées, contre lequel la terre se trouve projetée, arrêtée et, de plus, complètement désagrégée.
- La machine que nous venons de décrire est un des derniers modèles de M. de Meyenburg, lequel poursuit depuis longtemps ses études en vue d'établir un appareil de culture mécanique effectuant un ouvrage comparable à celui qu’obtient le jardinier; il part de ce principe (pie le meilleur labour, considéré comme tel par les agronomes, est cefir qui est effectué avec la bêche et qui est complété par le travail du râteau. Gela est parfaitement exact
- si l’on ne considère que les dernières façons culturales précédant le semis, mais la question demande à être étudiée pratiquement dans le cas des labours d’hiver, surtout dans les terres fortes.
- * *
- La machine quia pris part aux essais de Bourges (1) se présente sous la forme d’une automobile (fig. 22) dont les roues arrière, de lm,40 de diamètre et de 0m,16 de largeur, sont à jante lisse pouvant être munies de crampons amovibles très faciles à poser et à enlever. Le crampon (fig. 23) est à section triangulaire dans la partie d posée sur la jante de la roue II ; il porte une plaque p découpée s’appliquant sur le boudin externe de la roue ; la partie recourbée a permet d’accrocher le crampon au boudin interne b. Un fil d’acier m, formant tourillons dans les parties e, est accroché à la saillie s fixée à la roue R. Ce fil m forme un peu ressort et maintient le crampon contre la jante. — Les roues avant, directrices, ne sont écartées que de 50 centimètres et
- (1) Culture mécanique, tome T, paj>e li2.
- p.701 - vue 705/950
-
-
-
- 702
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MAI 1913.
- forment avant-train mobile autour d’une cheville ouvrière. Le moteur Roberts, à trois cylindres, fonctionnant suivant le cycle à deux 'temps, avait une puissance de 15 à
- 20 chevaux; ce moteur est placé sous le siège du mécanicien, parallèlement à l’essieu, ce qui évite les engrenages d’angle. Une chaîne, enfermée dans un carter, transmet
- Fig. 23. — Fixation des crampons des roues du Motoculteur.
- le mouvement de ce moteur aux roues motrices. Le poids de la machine en ordre de marche est d’environ 2 tonnes.
- Les vitesses d’avancement prévues sont de O"1,25, 0in,50, 0ni,90 et 1ni,30 par seconde ; la machine possède une marche arrière. — Le mouvement est transmis du moteur au cylindre piocheur par une chaîne enfermée dans un carter. Ce cylindre piocheur est supporté par des câbles qui permettent son relevage ou son abaissement, manœuvres
- p.702 - vue 706/950
-
-
-
- MOTOCULTEUR DE M. DE MEYENBURG.
- 703
- effectuées à la main; un ressort à boudin est intercalé sur le trajet de ce câble, afin d’obtenir la même profondeur de travail malgré les dénivellations du sol: en terrain plat on a une pression moyenne du cylindre sur le sol; dans les bosses et dans les creux le ressort cède ; si le cylindre piocheur était relié d’une façon rigide au bâti de la machine, il travaillerait plus ou moins profondément suivant les positions relatives des roues avant et des roues arrière qui suivent les dénivellations du sol.
- Le cylindre piocheur se compose de six sections indépendantes et rapidement démontables. Les outils sont au nombre de quatre sur la même circonférence. Chaque section comporte quatre circonférences à quatre outils chacune, sauf les extrêmes qui comportent cinq circonférences avec quatre outils chacune. Le cylindre travaille sur une largeur de deux mètres ; les outils sont donc écartés, suivant le sens perpendiculaire au déplacement, d’environ 8 centimètres 1/2. — Pour certains travaux on peut ne laisser que deux crochets par circonférence au lieu de quatre.
- Cette machine a donné à Bourges les résultats suivants dans une terre silico-argi-leuse, un peu caillouteuse, néanmoins facile à travailler (chiffres calculés d’après ceux du rapport de la Commission technique de l’Automobile-Club de France') :
- l,,r jour. 2‘ jour.
- Largeur du travail (mètres................................ 2"’ 21”
- Profondeur moyenne du travail (mètres:. ................. 0m,10 0m.12
- Vitesse de déplacement en travail (mètres par seconde',. . . . 0,n,17 »
- Surface totale labourée (ares!............................ 42a 12a
- Temps pour labourer 1 hectare (heures, minules:......... 8baam »
- Consommation de combustible (benzol) en litres par hectare. . 1111,8
- Volume de terre ameublie par litre de combustible (met. cubes). 8rac,9 »
- Le temps employé pour une tournée sur la fourrière était d'environ une minute et demie.
- La vitesse en travail étant de 0in,17 par seconde et le cylindre piocheur tournant à raison de 3 tours à la seconde, l’écartement entre les points de pénétration dans le sol de deux crochets consécutifs, dans le sens de l’avancement de la machine, est de 14 à lo millimètres. On comprend qu’une telle action produise un émiettement intense, presque une pulvérisation du sol, ce qui se traduit par un important foisonnement.
- D’après l’inventeur, on aurait atteint, dans un chaume sur terre argileuse, une profondeur de 0"1,18, la machine se déplaçant à 0m,30 par seconde.
- *
- * *
- Un modèle, destiné à la culture des vignes, était présenté au Concours général agricole de Paris en février 1913 (1). Les pièces travaillantes sont les mêmes que pour la machine décrite précédemment; le cylindre piocheur cultive sur une largeur de 0m,90 environ. La machine est munie à l’avant de brancards servant à l’homme, qui marche en ayant la machine derrière lui, à assurer la direction. Au bout de la raie on effectue le relevage du cylindre piocheur en appuyant sur les brancards, ce qui fait
- (1) Culture mécanique, tome I, p. 137.
- p.703 - vue 707/950
-
-
-
- 704
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MAI 191 a.
- basculer la machine l’ensemble étant bien équilibré. Avec un cliquet l’ouvrier bloque alors une (les deux roues motrices pour virer autour de cette roue comme point fixe. Le moteur Peugeot, à deux cylindres, de 10 à 12 chevaux, fait 1 000 tours à la minute ; le cylindre piocheur tourne à ISO tours ; la transmission est enfermée dans un carter, ba commande du cylindre piocheur se fait par pignons d’angle, au milieu, ce qui permet d’adapter des sections à chaque extrémité du cylindre piocheur afin d’augmenter la largeur du travail.
- Démonstrations de labourage mécanique à Alger,
- par M. Max Rinc.f.lmaxn.
- Nous avons publié en son temps (1) le règlement relatif aux Démonstrations de labourage mécanique organisées à Alger par l’Automobile-Club de France (Commission agricole) et de l’Automobile-Club d'Algérie, sous le patronage et avec la collaboration de la Chambre syndicale des Constructeurs de Machines agricoles de France.
- Les expériences eurent lieu les 3, -4, 5 et 6 avril 1913, à Rivet, près d’Alger.
- Les machines qui prirent part à ces démonstrations ont déjà été presque toutes décrites dans cette Revue de Culture mécanique ; ce sont :
- Tracteurs à vapeur : ('use 2); — Mac Laren 3C
- Tracteurs à essence minérale : Avec;/ (4); — Lefebvre (5).
- Traoteur-toueur : Arion 6).
- Charrue automobile : Stock.
- Treuil de défoneement par câble : Pelons (7), actionné par une locomobile à gaz pauvre de la Société Franco-Hongroise.
- Des renseignements sur ces Démonstrations, publiés dans des journaux agricoles d’Alger (8), nous permettent de donner les indications générales qui suivent.
- Pour ces démonstrations, dirigées par une Commission composée d’un très grand nombre de personnes, on a commis la môme erreur qu’aux Essais officiels de Maison-Carrée (9). En appliquant mal à propos le dicton populaire « qui peut le plus, peut le
- (1) Page 357, Bulletin de février 1913.
- (2) Page 547, Bulletin de décembre 1912.
- (3) Page 147, Bulletin de janvier 1913.
- (4) Page 474, Bulletin de mars 1913; page 592, Bulletin d’avril 1913.
- (5) Page 311, Bulletin d’octobre 1912.
- (6) Page 159, Bulletin de janvier 1913.
- (7) Les treuils Pelous sont étudiés dans le livre : Travaux et machines pour la mise en culture des terres.
- (8) La Revue des Colons de l'Afrique du Nord, du 10 avril; Revue agricole et viticole de l'Afrique du No?'d, du 12 avril 1913.
- (9) Page 147, Bulletin de janvier 1913
- p.704 - vue 708/950
-
-
-
- TRACTEUR PILTER.
- 705
- moins », on a choisi, pour faire évoluer les machines devant le public, « un terrain qui n’avait pas été labouré depuis plusieurs années et qui avait été fortement piétiné par les animaux qu’on y fait pacager ». Heureusement que les organisateurs n’ont pas eu l’idée de chercher un travail encore plus difficile, comme le labourage d’une route par exemple.
- Pour de semblables sols à mettre en état, ce ne sont pas des appareils de culture mécanique propres aux travaux courants qu’il convient de faire fonctionner; il fallait dos machines pour défoncements et défrichements, qui constituent une catégorie spéciale établie en vue delà mise en culture des terres par une amélioration foncière. Le treuil Pelous répondait seul à cette condition. Jusqu’à un certain point, le tracteur-toueur Arion pouvait travailler, comme les lourdes locomotives Case et Mac Laren, en effectuant peu d’ouvrage; tandis que les appareils Avery, Lefebvre et Stock n’étaient certainement pas placés dans les conditions en vue desquelles ils sont établis.
- Aussi, la plupart des appareils ont dû réduire le nombre des corps de charrue en travail pour atteindre péniblement la profondeur pourtant bien faible de 15 centimètres imposée par le règlement, et encore quelques-uns d’entre eux ne grattaient le sol que superficiellement et irrégulièrement.
- Le travail a été assez bon, paraît-il, avec la charrue automobile Stock, munie d’un moteur à explosions d’une puissance de 50 chevaux-vapeur ; cette grosse machine est montée sur deux grandes roues motrices d’environ 2 mètres de diamètre, dontlajante est garnie de fortes palettes, comme l’ancienne machine de A. de Souza (1).
- * #
- Des constatations ont été faites; elles feront probablement l’objet d’un rapport que nous analyserons ici dès que nous en aurons connaissance, bien que nous sachions d’avance une chose : les chiffres qu’on fournira ne seront pas applicables aux travaux de la culture courante qu’on demande aux appareils d’effectuer dans une exploitation agricole, mais à des travaux exceptionnels pour lesquels on a intérêt de s’adresser à des entrepreneurs disposant du matériel destiné à ces améliorations foncières.
- En résumé, de semblables manifestations sportives, au lieu d’aider la question de la culture mécanique, la retardent ou la reculent dans l’esprit des nombreux visiteurs appelés inutilement par une grande publicité. Il est bien regrettable qu’avec le temps, l’activité et l’argent consacrés à ces Démonstrations, on n’obtienne pas un meilleur rendement pratique.
- Tracteur Pilter,
- par M. G. Maniux.
- Le tracteur Pilter (fig. 24-25) est monté sur trois roues, celle d’avant, directrice, ayant la jante garnie d’un boudin en caoutchouc. L’essieu moteur d’arrière est pourvu
- (1) Page 612, Rulletin d’avril 1913.
- p.705 - vue 709/950
-
-
-
- 706
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MAI 1913.
- de roues à larges jantes portant des saillies obliques, pouvant recevoir des griffes destinées à assurer l’adhérence dans les terrains humides et glissants.
- Le moteur horizontal, à essence minérale, est à deux cylindres opposés et à régulateur à. boules; le refroidissement a lieu par thermosiphon (dune cheminée d’évacuation de la huée surmonte le réservoir d’eau placé à côté de la roue motrice de gauche. La puissance1 du moteur est de 18 chevaux (1 j.
- Le moLeur actionne les roues motrices par engrenages et chaîne; des freins nécessaires, un siège, des appareils de conduite et de direction, un capot en tôle abritant le mécanisme des poussières et de la pluie, des réservoirs pour h? combustible et l’eau de
- Fi"'. 24. — Tracteur Pilter.
- refroidissement complètent la machine dont le poids total est d’environ 1 700 kilogr.
- Le tracteur peut être employé pour tirer des chariots; les vitesses sont, sur route, de 4 et de 0 kilomètres à l’heure. La machine comporte une marche arrière et une béquille empêchant le recul lors d’un arrêt sur une côte.
- Enfin le moteur, pourvu d’une poulie, peut actionner par courroie diverses machines.
- •f
- *
- Les différents résultats qui suivent sont relatifs au premier modèle de \ 4 chevaux.
- En - Angleterre, le tracteur Ivel attelé à une charrue à siège à trois corps aurait labouré 4 hectares et demi en 17 heures et demie, avec une consommation de 115 litres d’essence do pétrole. Pour .ce labour léger on aurait donc, par hectare, employé 3 heures 53 minutes et 25 litres et demi de combustible.
- Attelé à une moissonneuse-lieuse ordinaire, on aurait coupé 7 hectares 70 ares en 10 heures, avec une dépense de <S3 litres d’essence. Par hectare on aurait donc employé 1 heure 18 minutes et 10 lit. 800 de combustible.
- (1) Le premier modèle du tracteur Ivel, de Dan Albone, fut introduit en France par la maison Th. Pilter, 24, rue Alibert, Paris; le moteur était d’une puissance de 14 chevaux et la machine pesait 1 400 kilogr.
- p.706 - vue 710/950
-
-
-
- TRACTEUR PILTER.
- 707
- Fonctionnant on moteur fixe actionnant nn hache-paille, on aurait coupé, à une longueur de 9 millimètres, 1 000 kilogrammes de paille en 17 minutes avec une consommation de 3 litres et demi d’essence.
- Fu Hongrie, on aurait mis en comparaison le tracteur bel avec un attelage de 4 chevaux qui tirait une charrue labourant, à 0"',16 de profondeur, une surface de
- 40 ares en 4 heures, alors que le tracteur attelé à une charrue à trois raies, laboura, dans le même champ et dans le môme temps (4 heures), une surface de 120 ares en consommant 31 litres et demi d’essence minérale. Ces chiffres représentent, par hectare, un temps de 3 h. 20 minutes et une dépense de 26 litres et un quart de combustible, ce qui correspondrait' à 50 mètres cubes de terre labourée par litre d’essence minérale employé ; ce chiffre, élevé, doit s’appliquer à une terre très légère et facile à cultiver.
- p.707 - vue 711/950
-
-
-
- 708
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- MAI 1913.
- Aux essais du Comice agricole de Cien (Briarc, 1905), suivants, sur le modèle d’une puissance de 14 chevaux : on a relevé les résultats
- t Forte charrue Charrue
- Charrue employée ^ i Oliver à à siège Cockshult,
- deux roues, a trois raies
- l à une raie
- Personnel . ! mécanicien 1 mécanicien
- 1 1 laboureur 1 laboureur
- Largeur du labour. O™, 7 a
- Profondeur du labour 0m,2'i 0m, 13
- Traction moyenne 420 kg. 400 kg.
- Durée de l’expérience 30 minutes 28 minutes
- Durée du labour 21 minutes 24 minutes
- Superficie totale labourée, en mètres carrés. . 407'”,40 1 053 m.
- Vitesse de la charrue par seconde 0m,925 0"’,97‘i
- Travail utile par seconde, en kilogrammètres. 388 kgm. 390 kgm.
- Puissance utile à la charrue, en chev.-vapeur. Consommation d’essence par cheval-vapeur o % 18 5e,2
- utile (litres Volume de terre ameublie par litre d’essence 1>,737 1‘,897
- consommé (mètres cubes) 32”,33 34m,70
- Le modèle de 14 chevaux, ayant été reconnu un peu trop faible pour l’exécution d'une foule de travaux, a été remplacé parle type actuel muni d’un moteur pouvant
- développer 18 chevaux-vapeur.
- Dans des essais, le tracteur de 18 chevaux attelé à une charrue à deux raies tra-
- vaillant à O111,15 de profondeur sur 0m, 44 de largeur, a labouré un hectare environ par jour dans des terres très fortes, lesquelles auraient nécessité, pour faire le même ouvrage, 3 équipes de 2 hommes et 3 attelages de 3 chevaux, soit 6 hommes et 9 chevaux.
- Le modèle de 18 chevaux est assez étroit pour travailler dans les vignes.
- Aux Démonstrations de Reims (octobre 1912; Culture mécanique, t, I, page 91) un de ces tracteurs remorquait une charrue à trois raies travaillant à une profondeur qui variait de 18 à 21 centimètres.
- Expériences publiques.
- Châteauroux (Société dé Agriculture de l’Indre et Syndicat des Agriculteurs de l’Indre)-, le 7 juin 1913 : Manœuvres de tracteurs automobiles au domaine de Buxe-rioux, près de Châteauroux.
- p.708 - vue 712/950
-
-
-
- NOTES DU COMITÉ DE COMMERCE
- LE RÉGIME DOUANIER DES COLONIES FRANÇAISES
- Quand fut inauguré notre système économique de 1892, nos colonies furent réparties en deux groupes. Les unes, les plus nombreuses, furent soumises au régime de l’assimilation (1er groupe).
- Les autres (colonies de l’Ouest de l’Afrique, Océanie, Inde) bénéficièrent de l’autonomie, c’est-à-dire de tarifs spéciaux peu compliqués, la plupart ad valorem (2e groupe).
- Nos colonies dites assimilées : Madagascar, Indo-Chine, Nouvelle-Calédonie, Antilles, Réunion, Guyane, sont pour ainsi dire considérées comme faisant partie delà métropole, étant soumises au même tarif douanier, ce qui facilite les échanges entre elles et la métropole sans acquit de droits (1). Toutefois un certain nombre de dérogations douanières, très nombreuses pour certaines colonies, furent admises au tarif ordinaire ; si bien qu’au jour d’hui chaque colonie assimilée a en réalité un tarif distinct dont le tarif métropolitain reste la base là où il n’y a pas été dérogé ; d’autre part, alors que les marchandises s’échangent en principe sans droits nouveaux, à condition d’expédition en droiture entre la France et les colonies, par exception, les denrées dites coloniales (café, cacao, etc.) acquittent en France le demi-droit, ce qui leur assure néanmoins une préférence énorme.
- Tel qu’il est, notre régime douanier colonial est très attaqué : on lui reproche de méconnaître, dans son uniformité, des situations géographiques très diverses de colonies éparpillées aux quatre coins de l’Univers : il a fallu récemment concéder (et c’était justice) l’abandon de notre tarif métropolitain dans la colonie de Saint-Pierre et Miquelon, devenue par une loi de l’an dernier colonie autonome; enfin, devant la pression des colonies, on va, probablement cette année, accorder la franchise totale aux denrées coloniales des colonies assimilées, à l’exception du poivre et du sucre. Cette demande de la pleine détaxe est la principale des réclamations coloniales. En 1910, on a renvoyé à plus tard (à une loi spéciale) la réforme du régime douanier colonial, que M. Klotz, promoteur de la révision douanière, avait, avec beaucoup de clairvoyance, envisagée comme inévitable. Une enquête fut ordonnée dans les colonies par
- (1) Les produits naturels ou fabriqués originaires des colonies du second groupe n’entrent pas en franchise sur le territoire métropolitain. Ces colonies étant placées en dehors de l’union douanière, leurs provenances sont traitées en France comme des importations étrangères. Il y a là, semble-t-il, une injustice, ou tout au moins un défaut de logique, puisque les produits français sont exempts de droits dans les colonies. Pour si logique qu’elle paraisse, la réciprocité n’est pas admissible, car il serait trop facile, sous le couvert colonial, d’introduire en France des marchandises étrangères, et l'on ne voit pas comment se prémunir contre la fraude, qui serait pratiquée sur une grande échelle.
- p.709 - vue 713/950
-
-
-
- 710
- NOTES DU COMITÉ DE COMMENCE.
- MAI 194:).
- M. Milliès-Lacroix ; elle n’a malheureusement pas été publiée ; elle est d’une documentation précieuse.
- A la suite de cette enquête une commission extra-parlementaire chargea M. Carrière, maître des requêtes, d’un rapport qui, très remarquable, est la préface du projet du gouvernement déposé par M. Lebrun le 12 décembre 1912, qui modifierait les articles 3, 4, 5 et 6 de la loi du 11 janvier 1892. M. Sévère en est le compétent rapporteur.
- Disons de suite que ce projet, outre qu’il fixe un certain nombre de points secondaires importants (relatifs, par exemple, à l’admission temporaire, aux droits d’octroi de mer, etc.), réduit le nombre des colonies assimilées. La Nouvelle-Calédonie passe à l’autonomie : pour les colonies assimilées, il préconise avec juste raison l’établissement de conventions commerciales particulières que la métropole négocierait .en leur nom spécial avec les pays qui les entourent; ce qui conduirait indirectement à une adaptation des tarifs dérogatoires spéciaux de chaque colonie aux situations géographiques et aux nécessités des nouveaux accords. L’extension des tarifs de dérogation, tout en maintenant le principê de l’assimilation, telle est la solution proposée. Si ce projet n’innove que peu, il prépare une évolution. Entrons maintenant, après cet aperçu, dans le détail du sujet :
- •X- -X'
- Les critiques auxquelles le projet Lebrun a pour objet de donner satisfaction ont été exposées depuis, quelques années avec une grande vigueur par la fédération intercoloniale (1), présidée par M. Paul Deschanel, et dontM. Joseph Thierry, aujourd’hui ministre des Travaux publics, a été un-des plus vaillants protagonistes. Le Journal des économistes, au début de cette année, les a résumées sous la plume autorisée de M. Fallût.
- M. Fallût examine les conséquences de la loi de 1892 pour nos colonies assimilées : il recherche quelle a été la moyenne annuelle du commerce de ces colonies pendant une période de quinze ans, avant et après 1892; il se voit par conséquent dans l’obligation de restreindre ses calculs à la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, la Réunion, Saint-Pierre et Miquelon et la xNouvelle-Calédonie, en laissant de côté les colonies plus récentes, l’Indochine, Madagascar et le Gabon. Or, les résultats auxquels il est arrivé, en ce qui concerne les six colonies considérées, sont les suivants : la moyenne annuelle (b; leur commerce total, pendant quinze ans avant 1892, était de près de 200 millions, tandis qu’elle est tombée, après 1892, à 100 millions.
- D’autre part, il examine la vente des produits métropolitains dans ces colonies, et trouve que sa moyenne annuelle, pendant quinze ans, est [tassée de 10 millions avant 1892. à 53 millions après 1892 ; soit une augmentation de 7 millions qui représente, pour les producteurs français, un suicroit de bénéfices d’un million à peine : maigre résultat, dit-il, en vue duquel il n’était certes pas nécessaire de ruiner plusieurs de nos possessions et d’entraver, comme on l’a fait, le développement des autres.
- Poursuivant ses recherches, M. Fallût compare deux groupements de colonies qui ont été constituées vers la même époque et ont été dotées d’un régime administratif
- (I) Voir le très intéressant et documenté rapport de M. Artaud au Congrès de 1912 qui est le réquisitoire le plus parfait dressé contre le protectionnisme colonial.
- p.710 - vue 714/950
-
-
-
- LE RÉGIME DOUANIER DES COLONIES FRANÇAISES.
- 1\ 1
- analogue : 1 Indochine, assimilée, et l’Afrique Occidentale, classée parmi les colonies du deuxième groupe.
- Le commerce de l’Indochine, de 1893 à 1910, est passe de 161 à 529 millions; celui del’Atrique occidentale, pendant la môme période de temps, s’est élevé de 66 à 278 millions. L’Indochine a donc gagné 368 millions et l'Afrique occidentale 212 millions; mais la première a une population de 16 millions d’habitants, tandis que la seconde n en possède que 8 millions : il en résulte que ces progrès sont plus sensibles dans le second groupe de ces colonies que dans le premier.
- Si, d’autre part, on étudie l’importation des produits français, on constate, en prenant les chiffres des années les plus favorables, que l’Indochine en a absorbé 5 francs et l’Afrique occidentale 7 fr. 75 par tête d’habitant. Si, en outre, on élimine des produits français les tissus de coton, on trouve que l’Indochine a absorbé 3 fr. 50, par tête d’habitant, de produits métropolitains autres que les cotonnades et l’Afrique occidentale [tour 7 francs, soit le double. On se rend ainsi compte que la politique protectionniste n’a été profitable en Indochine qu’aux seuls fabricants français de tissus de coton.
- Les exigences du groupe cotonnier des Vosges ont quelquefois nui à la thèse protectionniste coloniale. C’est ainsi que le tarif réclamé et obtenu pour les tissus à Madagascar dépasse le tarif métropolitain déjà très élevé.
- Mais si quelques faits prêtent la place à la critique, il ne faut pas les exagérer.
- En ce qui concerne tout d’abord les résultats du régime, il est à remarquer que l’on peut faire dire aux statistiques ce que l’on veut, suivant les ternies de comparaison. En matière de productions coloniales, il faut d’ailleurs tenir compte de divers facteurs et principalement des fluctuations dans les récoltes. Les colonies ne se livrent qu’à des cultures déterminées, souvent même à une seule production, le sucre, et le marché de leurs denrées subit des variations considérables. D’autres fois, ce sont des intempéries qui ravagent les récoltes. Ces années-là les exportations s'affaissent et, par voie de conséquence, le pouvoir d’achat des indigènes faiblit et les importations se trouvent restreintes : n’insistons donc pas outre mesure sur la statistique et retenons les conclusions de notre très compétent ministre, M. Jean Morel.
- M. Morel, ministre actuel des Colonies, a produit le 7 novembre 1912 à la tribune du Sénat, en qualité de rapporteur de la Commission des Douanes, des indications qui ne cadrent pas avec celles des adversaires de la loi de 1892 :
- « Si nous examinons, a-t-il dit, dans des documents probants, dans les statistiques publiées chaque année par notre administration des Douanes, quel a été le mouvement du commerce dans les colonies, nous remarquons que, depuis 1895, période postérieure à l’application des tarifs, le commerce général des colonies, entrées et sorties réunies, s’est élevé de 475 millions à 1 224 millions en 1910; en outre, phénomène intéressant à souligner, au cours des deux dernières années, le chiffre des exportations coloniales a dépassé celui des importations, ce qui indique que la production va en s’accentuant et que ce n’est pas le jeu des tarifs qui a empêché les producteurs de retirer des éléments mis à leur disposition tout le profit qu’ils étaient en droit d’en attendre. Quant aux exportations de France, elles ont passé de 345 millions en 1896 à 798 millions en 1911. »
- p.711 - vue 715/950
-
-
-
- 712
- NOTES DU COMITÉ DE COMMERCÉ.
- MAI 1943.
- La valeur totale des échanges de la France avec ses colonies et protectorats, en effet, a suivi une progression constante ainsi qu’en témoignent les chiffres suivants :
- Années. Importations. Exportations.
- francs. .francs.
- 1897...................... 420 200 000 444 500 000
- 1902...................... 507 800 000 587 600 000
- 1907................. . 659 600 000 759 700 000
- 1911...................... 951 000 000 897 300 000
- Dans ces chiffres se trouve compris le commerce avec l’Algérie (125 600 000 francs à l’importation en France, en 191 1, 489 900 000 à l’exportation de France).
- An total les échanges de notre pays avec son domaine extérieur ont doublé de valeur en moins de quinze années. *
- La part de ces échanges ressort à 9,45 p. 100 à l’importation et à 10,76 p. 100 à l’exportation dans l’ensemble du commerce extérieur de la France.
- Le mouvement du commerce général des colonies françaises qui relèvent du Ministère des colonies{\), pendant l’année 1910 accuse une augmentation de 212 313 486 francs sur la moyenne quinquennale 1905-1909. (Derniers chiffres définitifs parus.)
- A l’importation, les valeurs ont atteint le chiffre de 559 885 311 francs. Elles ont été ainsi supérieures de 57 2:20 192 francs à la moyenne quinquennale.
- La part de la France dans ce mouvement commercial a été de 526 076 864 francs dont 238 687 839 francs à l’importation et 287 389 025 francs à l’exportation. Ces résultats représentent 42,9 p. 100 du commerce total, 42,6 p. 100 des marchandises importées, 43,2 p. 100 des marchandises exportées en 1910.
- Le commerce avec les autres colonies françaises représente 30 173 891 francs dont 18 659 039 francs à l’importation et 11 514 618 francs à l’exportation. Ce qui donne une participation de 2,6 p. 100 au commerce total, de 3,4 p. 100 à l’importation et de 1,8 p. 100 à l’exportation, au lieu de 2,1 p. 100, 2,4 p. 100 et 1,8 p. 100 l’année précédente.
- Les échanges avec les pays étrangers se sont élevés à 668 215 297 francs dont 302 538 433 francs à l’importation et 365 676 864 francs à l’exportation. Ces chiffres correspondent à 54,5 p. 100 du commerce total, 54 p. 100 des importations et 55 p. 100 des exportations.
- Il ne faut donc toucher qu'avec une extrême réserve aux régimes sous lesquels de pareils résultats ont pu être atteints (2).
- (1) Les statistiques commerciales de l’Algérie et de la Tunisie sont publiées respectivement par l’Administration de ces deux possessions.
- (2) » Il est indispensable, que nous considérions les débouchés coloniaux comme des débouchés nécessaires pour notre industrie. La lutte économique devient chaque jour plus âpre ; des concurrents admirablement organisés nous poursuivent de leur rivalité agissante et terrible, non seulement sur les marchés étrangers mais môme sur le marché français. Nous en avons eu une preuve l’année dernière. Notre industrie, dont nous avons pourtant amélioré la situation vis-à-vis des concurrences étrangères par la réforme du tarif de 1910. a lutté efficacement; mais ce tarif est encore tellement modéré qu’il n’a pas pu empêcher l’introduction, en France, d’une quantité considérable de produits étrangers. Il faut, je le répète, conserver ces débouchés privilégiés de nos colonies, débouchés indispensables qui augmenteront, c’est vrai, la fortune de la métropole, mais qui accroîtront, en même temps, l’aisance et le travail parmi nos laborieuses populations coloniales. » (Discours de M. Morel au Sénat, 3 novembre 1912. — Extrait.)
- p.712 - vue 716/950
-
-
-
- LE RÉGIME DOUANIER DES COLONIES FRANÇAISES.
- 713
- Voilà pourquoi le rapport Carrière et ensuite le projet du gouvernement se sont prononcés en faveur du maintien de l’assimilation pour un grand nombre de colonies.
- « Le système établi par la loi du 11 janvier 1892, dit M. Carrière dans son rapport (publié par la Réforme économique, déc. 1911), est assez souple pour se prêter à tous les tempéraments et à tous les perfectionnements. Il offre le moyen de tenir compte de toutes les situations particulières: élargi par de simples mesures de détail, il offre un terrain d’entente et de conciliation à des intérêts qui peuvent paraître en opposition momentanée. »
- Dans les colonies assimilées, le tarif métropolitain continuera à jouer en principe, mais à chaque changement législatif, il sera sursis un an à l’application du nouveau droit pour qu’on ait le temps d’examiner s’il est ou non convenable à chaque, colonie.
- De nouveaux décrets dérogatoires seront préparés, rendant plus souple le régime de chaque colonie et moins étroite l’assimilation (1).
- Nous disons des décrets, et non des lois, comme l’eussent voulu les protectionnistes, peut-être avec l’arrière-pensée d’empêcher ainsi les dérogations d’aboutir.
- Les décrets sont la forme ordinaire de légiférer aux colonies et, grâce à l’usage introduit, ily atrois ans, par MM. Morel, ministre des Colonies, et Thierry, alors président de la Commission des Douanes, de la communication officieuse des projets de décrets douaniers coloniaux aux deux commissions des douanes de la Chambre et du Sénat, le contrôle parlementaire est suffisamment assuré et les surprises écartées. Nous ne douions pas que cette prudente tradition ne soit perpétuée par le nouveau président de la Commission, M. Marc Réville.
- Les colonies seront à juste titre consultées lors de la préparation de ces nouveaux tarifs.
- Comme le disait très justement M. Carrière, « si les assemblées coloniales ne statuent pas en dernier ressort, il est de toute nécessité qu’elles interviennent dans la préparation des projets de décrets. Elles sont, en effet, la représentation directe des intérêts coloniaux ; leur consultation constituera une instruction au premier degré qui devra obligatoirement précéder l’étude faite par l’administration centrale. »
- Les colonies pourront ainsi faire valoir certains intérêts particuliers. Elles pourront même (avant-dernier paragraphe de l’article 3 modifié ) proposer des tarifications spéciales qui seront nécessairement examinées par le Conseil d’État après avis du ministère du Commerce, et M. Carrière ajoute :
- « Certaines colonies peuvent avoir un intérêt particulier à admettre au bénëlice du tarif spécial ("dérogatoire) des produits provenant de pays qui ne bénéficient pas de
- (1) On en laisse prévoir notamment pour Madagascar où il est question de modérer certains droits; c’est ainsi que le ministère des Colonies a justement envisagé que, par suite du tarif trop simplifié appliqué à Madagascar pour les tissus de coton, il arrive que, pour un même poids, des tissus contenant un nombre restreint de fils paient autant que ceux qui en contiennent un plus grand nombre et qu’alors des tissus étrangers sont importés en France d’où, après y avoir été nationalisés par l’acquittement de droits, ils sont expédiés à Madagascar. Ils entrent naturellement en franchise alors dans la colonie qui perd le bénéfice de la recette.
- Cette remarque est à retenir. Le tarif spécial concédé en 1898 à Madagascar pour les tissus de coton écrus ne comporte, pour chacune des six premières catégories, que deux divisions : 33 fils et moins, 33 fils et plus, alors que le tarif métropolitain en contient quatre. Un projet distinct, dû aussi à M. Lebrun, a pour effet de transporter dans le tarif de Madagascar ces quatre divisions. En quoi il a raison, mais en môme temps il coMient des diminutions de droits de 50 p. 10Q et plus.
- Tome 119. — 1er semestre. — Mai 1913.
- 47
- p.713 - vue 717/950
-
-
-
- 714
- NOTES DU COMITÉ DE COMMERCE.
- MAI 1913.
- notre tarif minimum métropolitain. Les colonies offriraient à ces pays les avantages de leur tarif spécial, sous condition do recevoir des concessions équivalentes pour leurs exportations; c’est dans ce but que dans le projet du gouvernement a été introduite la disposition suivant laquelle les décrets désignent ces pays auxquels, en dehors de ceux (pii bénéficient des tarifs les plus réduits, s’appliqueront à titre exceptionnel des tarifications spéciales. »
- Le Gouvernement pourra donc, au fur et à mesure que vont venir à échéance et se renouveler les conventions commerciales, prendre en sérieuse considération les intérêts propres des colonies au lieu de les regarder, sans examen spécial comme des accessoires de l'intérêt métropolitain ; le Gouvernement fera valoir désormais, au profit des colonies.elle-mêmes, le droit d’échange, ainsi consacré à leur profit; ce système conduit à la suppression de la colonne unique des tarifs coloniaux.
- Pour négocier, en effet, il faut un double tarif, général et minimum. Aux pays qui ne feront pas de concessions, on appliquera le tarif général qui presque toujours restera notre tarif général métropolitain, qui quelquefois sera un tarif plus élevé et spécialisé. Quant aux taxes du tarif minimum de chaque colonie, elles auront pu être établies après un examen officieux préalable avec les pays voisins auxquels elles devront s’appliquer au cours de la convention ; ruais elles n'auront jamais, au moins juridiquement, le caractère de tarifs conventionnels, car elles ne seront pas stabilisées dans la convention. Nous n’abandonnerons pas la maîtrise de ces tarifs ; toutefois, la stabilisation existera en fait (1) :
- Les nouveaux tarifs dérogatoires qui vont sortir de cette évolution progressive seront spécifiques et non plus ad valorem.
- « La tarification spécifique a de grands avantages. Elle donne lieu à des contestations en douane sur des bases certaines, tandis que la tarification ad valorem laisse une marge très grande à l’arbitraire. Il est presque impossible aux vérificateurs des douanes d’apprécier avec compétence la valeur exacte des marchandises, dont les qualités et les conditions de fabrication varient à l’infini : de là de fréquentes constatations en douane très préjudiciables au commerce. En outre, avec ce mode de tarification, malgré la légalisation des factures, des fraudes sont commises. Trop souvent les exportateurs étrangers délivrent des doubles factures, l’une pour l’acheteur de la marchandise, l’autre pour la douane. Ces objections, qui sont très graves dans la métropole, le deviennent bien davantage aux colonies, où le Service des Douanes est imparfaitement organisé. » (Rapport Carrière.)
- Nous avons ainsi examiné dans ses grandes lignes l’économie de nos règles douanières coloniales telles qu’elles ressortiront du projet Lebrun. Il nous reste à entrer dans le détail des articles, à voir les colonies susceptibles de changer de régime et de passer à l’autonomie.
- Puis nous aurons à examiner sommairement les règles secondaires qui découlent des articles.
- Et d’abord M. Carrière expose quel est le nouveau classement des colonies non assimilées.
- (1) M. Ghapsal, dans le Congrès de la fédération intercoloniale, tenu le 26 juin 1912 sous la présidence de M. Thierry, a montré que ce serait une erreur d’abandonner la maîtrise des tarifs et de vouloir une véritable stabilisation, pour cinq ans par exemple ; les colonies elles-mêmes, a-t-il dit, pouvant avoir intérêt à des modifications imprévues.
- p.714 - vue 718/950
-
-
-
- LE RÉGIME DOUANIER DES COLONIES FRANÇAISES.
- 715
- La nomenclature des colonies qui figurent dans le second groupe diffère un peu de celle qui était inscrite dans la loi de 1892. Il n’y est plus question de Madagascar et de ses dépendances, dont la loi du 11 avril 1897 a fait des colonies assimilées. On a lait passer du premier au second groupe le Gabon, les îles Saint-Pierre et Miquelon et la Nouvelle-Calédonie.
- La situation actuelle du Gabon est tout à fait anormale; seule, de toutes les colonies qui composent les deux gouvernements de l’Afrique occidentale et de l’Afrique équatoriale, elle est soumise aux tarifs métropolitains. Cette anomalie, créée en 1892, n’a jamais été expliquée. Est-ce à dire que le Gabon soit dans une situation économique différente des territoires neufs que la France a conquis dans ces régions? Nullement; si le marché de ce pays est en progrès, le mouvement commercial y est encore tort réduit. D’autre part, la France n'y est pleinement maîtresse de son régime douanier que dans la partie du Gabon qui n’est pas comprise dans le bassin conventionnel du Congo. Aux termes de l’acte de Berlin du 26 février 1885, de l’acte de Bruxelles du 2 juillet 1890 et du protocole de Lisbonne du 8 août 1892, il ne peut être institué, à moins d’une dénonciation de ces arrangements, aucun régime différentiel dans le territoire du bassin conventionnel et le maximum des perceptions effectuées à l’importation ne doit pas dépasser 10 p. 100 ad valorem.
- Dans ces limites, est-il possible de réserver le marché du Gabon aux produits français en instituant un tarif différentiel ? Cela paraît bien difficile. Les risques du commerce sont, en effet, si considérables dans ces pays, les incertitudes sont si grandes que la majoration subie par les articles importés pour frais généraux, frais de transport, faux frais, risques, assurances et bénéfices, est énorme eu égard à la valeur propre de la marchandise. Un droit de douane raisonnable ne crée pas une différence importante entre la marchandise française et la marchandise étrangère. La prime constituée par l’admission en franchise n’a pas été suffisante pour déterminer, par réaction, un courant économique en faveur des exportations métropolitaines. Dans ces conditions, l’application des tarifs métropolitains ayant donné de si médiocres résultats, ne convient-il pas de laisser au Gabon la liberté complète d’orienter sa production dans le sens le plus conforme à ses intérêts ?
- En dehors du Gabon, le projet classe dans les colonies autonomes Saint-Pierre et Miquelon. L’autonomie est déjeà pour cette colonie, depuis 1912, un fait accompli. (Bap-port Méline, doc. pari. Sénat, n° 298 de 1912.) On attend incessamment la promulgation du nouveau tarif autonome retardé par quelques solutions de détails (notamment le tarif des volailles mortes).
- On propose aussi de faire passer la Nouvelle-Calédonie au groupe des colonies autonomes. Mais pour celle-ci les controverses sont ouvertes et les protectionnistes prétendent que la crise subie parla colonie après la suppression du bagne et les’malheureux essais de colonisation alors tentés n’avait rien à voir avec le régime douanier.
- Le commerce général de la Nouvelle-Calédonie s’est élevé en 1910 à un chiffre total de 22 420 860 francs ; en 1911, les statistiques accusent un chiffre encore bien plus important, 27 901 546 francs. Aussi le Bulletin du mois de mai 1912 de l’Office colonial dit-il: «Depuis quelques années, la Nouvelle-Calédonie est entrée dans une ère de prospérité économique et financière. »
- La crise s’éloigne donc...
- 11 serait cependant injuste, de méconnaître que la proximité de l’Australie fait à "la
- p.715 - vue 719/950
-
-
-
- 710
- NOTES DE COMITÉ DE COMMERCE.
- MAI 1913.
- Nouvelle-Calédonie une situation particulière. C’est de l’Australie que la colonie tire une grande partie de ses approvisionnements. Or l’Australie est un pays qui n’a pas de convention commerciale avec la France et dont les marchandises son!, pas voie de conséquence, soumises au tarit général aussi bien en France que dans les colonies françaises.
- Cela fait à la Nouvelle-Calédonie une situation dil'licile à laquelle l’autonomie partira. Comment devra être conçu le nouveau tarif? Il devra d’abord être spécifique.
- En et; qui concerne les relations avec l’Australie, il semble qu’il devra être compris que les exemptions et les droits très réduits que l’on instituera à l’égard des denrées et marchandises que fournit la colonie anglaise devront amener des concessions correspondantes de la part de ce pays qui a même usé de représailles à l’égard de la Nouvelle-Calédonie.
- Ll conviendra de se garantir contre des majorations des droits de l’Australie aussi bien que contre toutes mesures qui pourraient unir»' à l’approvisionnement de nos colons; en d’autres termes, il ne faudra pas, quand on aura rompu avec l’assimilation, laisser la colonie à la disposition de l’Australie, de ses fournisseurs étrangers.
- 11 restera à régler le régime douanier à l’entrée en France du café de la Nouvelle-Calédonie aussi bien que des autres productions de l’ile. Du moment que la colonie appartiendra au deuxième groupe, elle ne bénéficiera plus du régime de faveur institué par la loi en faveur de ses envois dans la métropole. Celle-ci pourra cependant lui concéder des réductions, de par son droit de souveraineté, et conformément aux règles tracées dans la loi du 11 janvier 1895.
- Le projet modifie enfin certains points secondaires.
- A. — L’Algérie sera assimilée aux colonies du premier groupe aussi bien pour ses importations que pour ses exportations.il était injuste de ne la considérer comme assimilée que pour ses seules exportations.
- B. — Certaines exceptions ou tolérances seront admises à la règle de droiture, condition de l’admission en franchise (art. 6 modifié de la loi de 1895).
- Deux sortes de mesures sont prévues. Les unes présentent un caractère d’une certaine permanence : ce sont les dérogations pour une colonie et un produit déterminé; elles ne peuvent être autorisées pour plus de trois ans, mais elles sont renouvelables. Elles font l’objet de décrets en forme de règlements d’administration publique, pris sur le rapport des trois ministres des Colonies, du Commerça; et de l’Industrie et des Finances. L’intervention décisive du ministre des Finances est justifiée ici par le caractère général de la mesure à prendre.
- Les autres visent de* faits accidentels : des arrêtés ministériels pris de concert par les trois ministres intéressés peuvent, dans des cas exceptionnels, dispenser de l’importation directe un chargement spécifié. Ces mesures semblent devoir donner toutes facilités au commerce colonial, tout en assurant à la métropole de sérieuses garanties contre la fraude. (Rapport Carrière.)
- C. — L’article 5 du projet Lebrun admet aux colonies une ventilation entre le droit de douane proprement dit et les taxes de consommation qu’il englobe;.
- Dans les colonies soumises aux tarifs métropolitains, ceux-ci s’appliquent de la même manière que dans la métropole. Or. les tarifs métropolitains contiennent de nombreux exemples de fixations qui comprennent, outre le droit de douane proprement
- p.716 - vue 720/950
-
-
-
- LE RÉGIME DOUANIER DES COLONIES FRANÇAISES.
- 717
- dit, une taxe représentative de droits de consommation on antres frappant les produits similaires indiennes. 11 est évident (pie, dans ce cas, le droit global inscrit an tarif comprend deux impôts bien distincts, dont l'nn a un caractère protecteur et dont 1 autre est de nature fiscale. S’il est juste de percevoir lt; premier aux colonies, aucune raison ne permet de leur imposer la charge du second. (Rapport Carrière.)
- L’article.6 modifié de la loi de 1892 (article premier in fine du projet Lebrun prévoit le mode d’établissement des droits d’octroi de mer.
- Les conseils généraux des colonies délibèrent sur les tarifs des contributions de taxes autres que les droits de douane ; ces délibérations ne sont applicables qu’après avoir été approuvées par des décrets en Conseil d'Etat. En cas de refus d’approbation par le Conseil d’Ëtat des tarifs proposés par un conseil général de colonie, celui-ci est appelé à en délibérer à nouveau. L’initiative dos tarifs appartient donc, sous réserve des droits dévolus au Conseil d’État, aux conseils généraux. Or. l’expérience des dernières années a montré que les assemblées locales ont une tendance à établir les tarifs de leurs taxes locales, droits de consommation et droits d’octroi de mer, dans des conditions susceptibles de paralyser l’effet du droit de douane. Dominées par l'intérêt budgétaire et l’intérêt local, elles ne prennent pas un souci suffisant de l’industrie métropolitaine en faveur de laquelle sont établis les tarifs des douanes. Le ministre du Commerce, chargé d’assurer la protection et le développement des intérêts économiques nationaux non seulement en France, mais hors de France, s'est plaint souvent de cette situation. Tenu dans l’ignorance absolue des délibérations des Conseils généraux, il lui est impossible de relever la répercussion que les taxes locales peuvent exercer sur les intérêts métropolitains. La Commission a pensé qu’il suffirait, pour remédier à cet inconvénient, d’introduire dans l’article 33 une addition inspirée d’une des innovations essentielles de l’article premier du projet de loi. Le ministre du Commerce interviendra dans la préparation des projet de décrets que prévoit cet article.
- Conclusion. — Envisagé dans son ensemble, le projet Lebrun nous paraît mériter l’approbation de tout esprit non prévenu.
- La question douanière coloniale n’est pas une question de principe, mais une question d’espèces. Et, à ce point de vue, le projet Lebrun, en préparant l’évolution nécessaire des tarifs douaniers sans rompre avec la thèse de l’assimilation, et sans briser le cadre, simplement élargi, de la loi de 1892, nous paraît avoir gardé la juste mesure. Ce n’est pas encore la personnalité douanière : mais c’est un pas vers elle, sans aucun sacrifice de nos principes douaniers actuels.
- Comme le faisait très justement remarquer M. Thierry, alors président de la Commission des Douanes, entre l’assimilation fortement mitigée par des tarifs exceptionnels et l’autonomie avec maîtrise des tarifs, il n’y a de différence que dans les mots.
- Le véritable secret de l’amélioration de notre régime douanier colonial gît dans la manière de la préparer : des tarifs douaniers et des conventions commerciales avec des pays lointains ne s’improvisent pas ; ils demandent à être mûris par les départements ministériels intéressés qui doivent savoir prévoir, s’ils veulent être à la hauteur des difficultés que présenteront de multiples négociations; et notamment de celles que nous réservent l’accord attendu nippo-indochinois et celui, non moins urgent mais plus délicat encore, australo-néo-calédonien.
- Ch. Renard,
- Docteur en droit, ancien magistrat.
- p.717 - vue 721/950
-
-
-
- L’action de la vapeur dans les cylindres de locomotives. — M. Lawford 11. Fr\ (Engineering <les 3 et 17 janvier 1913) s’est proposé de déduire des expériences effectuées parle professeur Goss à la Station d’Essais de l’Université de Purdue une comparaison entre les résultats obtenus par remploi de la vapeur saturée et celui de la vapeur surchauffée dans les cylindres de locomotives et démontrer comment l’économie procurée par l’emploi de la vapeur surchauffée est influencée par des variations dans la vitesse, le degré d’admission et la pression dans la chaudière.
- La locomotive expérimentée avait des cylindres de 406 mm de diamètre et 609 mm de course avec des espaces morts représentant 7,6 p. 100 du volume du cylindre. Les pressions dans la chaudière ont été de 8,4, 11,2, 12,6, 14, 15,4, et 16,8 kg cm2, les vitesses de 32, 48, 64, 80 et 96 km/h ; l’admission a varié de 20 à 60 p. 100 de la course et la surchauffe était en moyenne de 83 degrés centigrades.
- s étant le poids de vapeur indiqué consommé par tour de roue,
- r, le nombre de tours de roue par seconde,
- K, le degré d’admission en fraction centésimale de la course,
- A et B des coefficients dépendant de la pression P dans la chaudière, on a (1) :
- s — K (2,5 K + A — B/’)
- A — 0,00363 P — 0,041 B -= 0,02830 P — 1,100
- s i
- On voit donc que — poids de vapeur consommé par —— d’admission augmente ^ K 100
- avec le degré d’admission et diminue avec la vitesse.
- S étant le poids de vapeur réel consommé par tour,
- s, le poids indiqué,
- r, le volume d’une livre de vapeur à la pression de la chaudière,
- r la vitesse, on a :
- 0,13 V
- ëv — 1,10 sv +--£-
- r 3
- c’est-à-dire que le volume de vapeur réel et par suite le volume de vapeur disparu, différence entre ce volume et le volume de vapeur indiqué ne dépend que de la vitesse et du volume du cylindre et non de la pression ni du degré d’admission.
- La pression effective moyenne varie avec le degré d’admission K, la vitesse r, la pression de la vapeur dans la chaudière P et la qualité de la \Tapeur, c’est-à-dire la proportion d’eau liquide contenue dans la vapeur d’admission; aux petites admissions
- (1) Les formules et les coefficients s’appliquent aux mesures anglaises.
- p.718 - vue 722/950
-
-
-
- l’électrification des lignes de chemins de fer.
- 710
- la vapeur saturée donne une pression effective moyenne plus élevée que la vapeur surchauffée; à 40 p. 100 d’admission, les deux pressions sont égales et aux grandes admissions, la vapeur surchauffée donne une pression effective moyenne plus élevée.
- hour une pression dans la chaudière et un degré d’admission donnés, le rendement maximum est obtenu pour une vitesse de 180 t/rnin, et la consommation de vapeur est plus forte aux grandes et aux petites admissions qu’aux admissions intermédiaires; pour un degré d’admission et une vitesse donnés, le rendement augmente avec la pression dans la chaudière. L’économie résultant de l’emploi de vapeur surchauffée de 8,'i degrés est intluencée seulement par le degré d’admission et la pression dans la chaudière. L’économie en poids de vapeur consommée n’est pas la même que l’économie en calories, caria vapeur surchauffée contientplus de chaleur que la vapeur saturée.
- Méthode de détermination des limites de charge des locomotives à vapeur. — La
- détermination des charges limites que l’on peut faire remorquer par les locomotives à vapeur dépend de la puissance maxima qu’elles sont capables de développer d’une façon continue et de la résistance qu’elles éprouvent dans leur marche.
- M. Von Straiil (Zeitschrift des Vereim deutscher Ingénieur e des 45 février, 1e'' et 8 mars 1913) détermine l’effort de traction des cylindres d’après la puissance limite de la chaudière correspondant à chaque vitesse de régime; il en déduit la résistance de la locomotive, d’où il tire l’effort de traction au crochet du tender Fn ; Fn divisé par la résistance en kilogrammes par tonne du train donne la limite de charge en tonnes cherchée pour chaque vitesse.
- La puissance de vaporisation de la chaudière est rapportée à l’unité de surface de grille, contrairement à ce qu’on fait d’habitude en la rapportant à l’unité de surtace de chauffe.
- La formule de résistance des trains pour parcours en palier, en ligne droite, à vitesse constante et sans vent, adoptée par l’auteur est la suivante :
- * ayant les valeurs 10, 20, 25, 30 et 40 suivant les diverses catégories de trains.
- Pour tenir compte des rampes, des courbes et du vent, l’auteur modifie la vitesse qui devient ainsi une vitesse fictive. Toutes ses conclusions et tous les coefficients qu’il a trouvés ont été établis et confirmés par les expériences faites par le Zentral Amt de Berlin avec les locomotives les plus modernes.
- Enfin les combes des limites de charge tracées pour diverses séries de locomotives peuvent servir à calculer le temps de parcours des trains, en particulier le temps perdu par les arrêts et les ralentissements.
- L’électrification des lignes de chemins de fer à fortes rampes aux États-Unis. —
- Lorsqu’une ligne de chemin de fer à fortes rampes est arrivée à sa limite de capacité de transport avec les locomotives dont on dispose, on peut, pour augmenter celte capacité, soit l’électrifier, soit augmenter la puissance des locomotives à vapeur, soit encore réduire l’inclinaison des rampes, soit enfin combiner les deux derniers moyens.
- Dans le Raihvay Age Gazette du 17 janvier 1913, M. C. L. de Muralt, professeur
- p.719 - vue 723/950
-
-
-
- 720
- NOTES DE MÉCANIQUE.
- MAI 1013.
- d’électricité à riJniversité du Michigan, considère, à titre d’exemple, la ligne américaine qui traverse les Montagnes Rocheuses et qui a une longueur de 115 km, avec des rampes maxima de 30 mm/m. Actuellement le service est assuré par des locomotives Consolidation de 172 t et le trafic moyen journalier a atteint pendant ces deux dernières années 8 090 000 tkm, la charge maxima des trains de marchandises étant de 700 t. Pour arriver «à un trafic de 10 090 000 tkm, la première solution aurait consisté à diminuer l'inclinaison des rampes maxima de 30 mm/m à 20 mm/m et à remplacer les locomotives Consolidation par des locomotives Mallet; celles-ci pourraient remorquer dans ces conditions des trains de t 100 t à la vitesse de 12 km/h, soit 14 000 tkm/h. La deuxième solution consistant dans l’électrification de la ligne au moyen de locomotives électriques de 163 t, permettrait d’atteindre un travail de 26 550 tkm sur rampes de
- Fig. 1. — Travail en tonnes-milles par heure des trois types de locomotives en fonction de la vitesse en milles par heure.
- 30 mm/m. Si donc la première solution permet d’augmenter la capacité de la ligne de «8 690 000 à 16 090 000 tkm en abaissant l’inclinaison des rampes maxima de 30 à 20 mm/m, la deuxième permettrait de porter cette capacité à 32 180000 tkm sans changer l’inclinaison des rampes (fig. 1).
- L’énorme supériorité des locomotives électriques dans le cas présent résulte de ce que la puissance des locomotives à vapeur est limitée par la charge maxima des essieux sur les rails, par les dimensions de la chaudière et de l’appareil moteur, tandis que dans une locomotive électrique, la charge peut être répartie sur un nombre quelconque d’essieux, la source d’énergie est installée au loin dans un bâtiment fixe et l’on peut toujours établir un moteur suffisamment puissant pour entraîner les roues.
- Au point de vue financier, l’avantage reste encore à la deuxième solution ; d’après les calculs de l’auteur, l’application de la première solution entraînerait une dépense de 9 300 000 fr, tandis que la deuxième ne coûterait que 7 950 000 fr, somme à laquelle il faudrait ajouter une économie de 250 000 fr. par an représentant la difîé-
- p.720 - vue 724/950
-
-
-
- RÉSULTATS D’ESSAIS COMPARATIFS DE FOYERS DE LOCOMOTIVES. 721
- rence des dépenses d'entretien, de salaires de mécaniciens, de prix du courant par rapport au prix du charbon et l’économie d’huile et d’eau.
- Résultats d’essais comparatifs de foyers de locomotives. — Des expériences ont été faites sous la direction du professeur Goss, de l’Université de Purdue, dans le but de comparer une chaudière à foyer Jacobs-Shupert et une chaudière à foyer ordinaire garni d’entretoises (Railwaij Age Gazette du 7 février 1913).
- Dans le foyer Jacobs-Shupert qui date de 1908, les parois latérales et le ciel de la boîte à feu et du foyer, au lieu d’être formés d’une tôle continue, sont constitués par des éléments en forme d’arceaux à section en U assemblés par des tôles plates verticales et perforées pour permettre la circulation de l’eau et de la vapeur dans les lames d'eau et au-dessus du ciel de foyer; les parois avant et arrière sont reliées comme d’habitude par des entretoises. Les rivets d’assemblage du foyer sont placés du côté de
- Jacob*-
- ihuperl
- Topera Jacobs-
- tnrrero,^ ToJer- Shupert
- 0025 dapuiôleface interne de li paroi Utralf 0,076 depuis.
- <£»# Trou N ° 3 / ViTeSsç m/5
- r
- O* àUO
- Tojer à enft'eroiàeû
- O.oSo députa.___
- o.toi depuis
- v
- Fig. 1. — Directions et vitesses de la circulation de l’eau en mètres par seconde.
- l’eau et ceux qui réunissent les éléments de la boîte à feu à l’extérieur. L’assemblage des arceaux avec le cadre du foyer se fait par pinces étirées.
- Les expériences en question ont eu pour but de déterminer la quantité de chaleur absorbée par le foyer et le corps cylindrique de chacune des chaudières, d’effectuer des essais de vaporisation sous divers régimes de combustion et de déterminer la résistance de chacune des chaudières, lorsque le niveau de l’eau s’abaisse considérablement au-dessous du ciel de foyer.
- Dans la première série d’essais, les deux chaudières du type wagon top allongé et aussi semblables que possible (surface de grille, 5,40 m2, surfaces de chauffe totale 277,24 m2 et 279,48 m2) ont été partagées en deux compartiments, en prolongeant jusqu’au corps cylindrique la plaque tubulaire du foyer et on a mesuré séparément les poids d’eau introduite dans chacun des compartiments.
- A faible puissance la surface de chauffe'du foyer a vaporisé 54 p. 100 du poids total, cette proportion s’abaissant à 40 p. 100 pour une forte combustion. Les chaudières étant chauffées au pétrole, le rapport entre les poids de vapeur produits par l’unité de surface de chauffe du foyer et l’unité de surface de chauffe du corps cylindrique est de . Dans le cas du chauffage au charbon de Dundon àlongue flamme, ce
- p.721 - vue 725/950
-
-
-
- 722
- NOTES DE MÉCANIQUE.
- MAI iOin.
- 6 15
- rapport s’abaisse à -L— Do môme on a constaté ([in; 1 kg <lo pétrole correspond à 1 kg de charbon gras de première qualité.
- Le rendement a toujours diminué lorsque la production augmentait ; le tableau
- Ciel d<
- Chaudière à .entretoij.es
- )Ciel -h
- .C haudiè
- E Htrern» Je*
- tube de nwtau
- deau.
- Chau<fi«r« Jacobs-Shupert
- Fig. 2. — Niveaux de l’eau et pressions de la vapeur pendant l’essai d’abaissement du niveau de l'eau.'
- ci-dessous indique pour le foyer Jacobs-Shupert la répartition des quantités de chaleur produite sous différents régimes de combustion.
- Poids du charbon brûlé par heure en kg. . 629 1 548 2 686 2 860
- Calories par kg de charbon :
- Absorbées par l’eau de la chaudière .... 2 689,9 2 347,0 1 895,8 1 859,5
- Perdues par suite de l’humidité du charbon. 12,1 8,5 9,3 8,3
- — — de l’air. . . 12,3 13,3 28,7 13,6
- Perdues par l’hydrogène du charbon. . . . 122,3 125,1 125,8 129,4
- Perdues par les gaz brûlés 498,1 Cï CO ^1 1 004,8 1 176,7
- Perdues par suite de combustion incom-
- plète 19,0
- Perdues par l’entraînement des escarbilles
- dans la cheminée 38,3 214,2 271,3 254,7
- Perdues par suite de la combustion dans le
- cendrier 298,7 170,9 73,2 46,5
- Pertes par rayonnement et non évaluées. . 51,0 137,7 221,7 197,1
- Nombre total de calories produites par kg
- de charbon » • • 3 743,1 3 704,7 3 630,6 3 685,8
- p.722 - vue 726/950
-
-
-
- RÉSULTATS D’ESSAIS COMPARATIFS DE FOYERS DE LOCOMOTIVES. 723
- La voûte en briques a une influence favorable dans tous les cas; avec du charbon à courte flamme, elle augmente la vaporisation de 8 p. 100 et avec du charbon à longue flamme de 1 2 p. 100.
- Pour déterminer le sens, la vitesse et la composition du mélange d’eau et de vapeur circulant en chaque point des lames d’eau, on a percé la boîte à feu de chaque chaudière de 15 trous dans lesquels on a placé des tubes de Pitot, ceux-ci pouvant être plus ou moins enfoncés ; la figure 1 représente les résultats de ces recherches, les flèches indiquant la direction des courants et les nombres, leur vitesse en mètres par seconde.
- Enfin, après avoir soudé les tubes dans les plaques tubulaires, on a fait baisser le niveau de l’eau au-dessous du ciel du foyer. Le ciel du foyer ordinaire s’est affaissé au bout de 17,75 minutes, le niveau de l’eau étant à 368 mm au-dessous du ciel ; tandis que dans le foyer Jacobs-Slmpert au bout de 53 minutes le niveau probable de l’eau se trouvait à 889 mm au-dessous du ciel et le foyer était intact, présentant seulement les traces du coup de feu (fig. 2).
- A. Schubert,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- p.723 - vue 727/950
-
-
-
- NOTES DU COMITÉ DES CONSTRUCTIONS
- ET DES BEAUX-ARTS
- Considérations générales sur les vitrages sans mastic. — L’exécution d’une toiture vitrée parfaitement étanche offre de grandes difficultés, car le mastic (fig. 1) a de nombreux inconvénients, dont le principal est de perdre assez rapidement son élasticité. En effet, sous l’action des' agents atmosphériques et des différences de dilatation du verre d’une part, du fer ou du bois du châssis d’autre part, le mastic sèche, durcit, se fendille (fig. 2) et l’étanchéité de la couverture ne tarde pas à se trouver compromise. En outre, le vitrage, n’étant plus suffisamment maintenu, vibre sous les causes les plus faibles et sa solidité est fortement menacée (1).
- Aussi, de nombreux inventeurs cherchent-ils à résoudre ce problème du vitrage
- Fig. 1 et 2. — Vitrage avec mastic.
- étanche et s’efforcent-ils de trouver un système de toiture vitrée susceptible de remplacer avantageusement celui qui, basé sur l’emploi du mastic, est encore, faute de mieux, généralement employé.
- Le Comité des Constructions et des Beaux-Arts est, par suite, fréquemment appelé à donner son avis sur de nouveaux modes de fixation des vitres de couverture.
- Malheureusement, ces dispositifs présentent, pour la plupart, de graves inconvénients, résultant le plus souvent de fautes de principe, et ne paraissent pas destinés à se substituer victorieusement aux procédés de vitrage antérieurement connus.
- Il serait trop long et inutile de faire de chacun de ces nouveaux systèmes une critique particulière. Aussi le Comité a-t-il demandé à M. Moreau de fixer, une fois pour toutes, les conditions générales qui font, d’une toiture vitrée, un ensemble étanche, solide et d’entretien facile et peu coûteux.
- M. Moreau, qui s’est spécialement documenté sur cette question et qui a déjà présenté au Comité, en mai 1912, un rapport—favorable celui-là — sur un vitrage dit
- (i) Ces considérations générales et les deux figures qui les accompagnent sont extraites du rapport, présenté par M. Moreau au Comité des Constructions et Beaux-Arts, concernant la couverture vitrée « Invincible » (Bulletin de la Société d’Encouragement de mai 1912).
- p.724 - vue 728/950
-
-
-
- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES VITRAGES SANS MASTIC. 725
- « Invincible », a rédigé la note ci-dessous, qui pose d'une façon très nette le problème cl indique clairement quels principes il faut observer pour le résoudre.
- (< Les dispositi fs de vitrage sans mastic se divisent en deux catégories principales :
- 1" Vitrages dans lesquels le fer à T, considéré comme bon à tout faire; est utilisé à la fois comme support, comme mode de fixation du verre et comme conduit destiné à recueillir les eaux d’infiltration ou de condensation.
- 2° Vitrages dans lesquels la fonction du fer est limitée à son rôle propre de support résistant et d’élément de charpente, tandis que la fixation du verre est ctfectuée par un organe spécial qui serf en môme temps à conduire au dehors les eaux d’infiltration ou de condensation.
- Les vitrages de la première catégorie présentent, comme il est facile de s’en rendre compte, un inconvénient capital : le fer, en contact avec les eaux d’infiltration ou de condensation, se trouve continuellement imprégné d’humidité et s’attaque rapidement ; non seulement la rouille ronge alors le fer et affaiblit par conséquent la solidité de la toiture au point d’amener parfois des accidents, mais il arrive aussi qu’au lieu de voir disparaître les gouttes d’eau à l’intérieur du bâtiment, on y reçoive des gouttes d’eau sale. En effet, le fer formant gouttière s’attaque et, par capillarité, l’eau conduite parla rouille goutte au dehors; en outre le fer à T, étant en contact avec les eaux d'infiltration et avec l’atmosphère extérieure par une aile qui fait saillie au dehors et se refroidit, il se produit à l’intérieur nue condensation importante sur toute la surface de ce fer et notamment sur la semelle. Enfin, on réalise ainsi ce paradoxe d’architecture de baigner perpétuellement dans l'eau la partie vitale de la toiture et d’y créer, par condensation, une source permanente de gouttières intérieures.
- Ceci est si vrai qu’un fabricant a dû se résoudre à canneler la semelle de ses fers spéciaux pour retenir l’eau de condensation et empêcher qu’elle ne tombe à l’intérieur.
- Ces inconvénients sont tels que certains constructeurs ne voulant pas se résigner à abandonner le vieux vitrage à enchâssement, dans lequel le verre est logé dans un alvéole de fer, ont essayé d’engainer le fer à T dans une enveloppe destinée à protéger le métal contre la corrosion. Malheureusement pour eux, il n’existe pas d’enveloppe de ce genre qui soit suffisante.
- Les peintures également sont insuffisantes.
- La galvanisation ne donne rien, parce que, dès que l’enveloppe présente une fissure, l'attaque devient extrêmement rapide par électrolyse. Quant à l’enveloppe de plomb, parfois essayée, elle présente le même défaut que la galvanisation,ren ce sens que, dès qu'une fissure existe, le fer interne se ronge avec intensité. D’autre part, le plomb très mince qui recouvre le fer, ne faisant pas corps avec lui de façon homogène, se fissure plus vite encore que la couche de galvanisation, par inégalité de dilatation, par écrasement, par matage; on arrive alors aux résultats que montrent les spécimens extraits d'anciennes toitures où l’on constate, sous le plomb, une attaque profonde.
- D’ailleurs en dehors même de tous ces inconvénients, il est certain que tout système à enchâssement, c'est-à-dire dans lequel le verre est pris entre des parois verticales rigides, présente dans les toitures un inconvénient majeur, par suite de l’impossibilité de libre dilatation et de libre jeu qui en résulte. En effet, on constate dans ces conditions que les torsions, les dilatations, les déformations et les tassements qui résultent inévitablement de la nature des choses et des nécessités inéluctables de la construc-
- p.725 - vue 729/950
-
-
-
- 726
- NOTES DE CONSTRUCTIONS ET 13EAUX-ARTS.
- MAI 1913.
- tion, entraînent des ruptures de verre perpétuellement répétées. Gela est vrai, que le fer soit couvert de plomb, d’étain ou de mastic durci, dès l’instant où persiste la présence entre deux verres contigus d’une paroi rigide.
- En résumé un vitrage, pour être satisfaisant, doit répondre à trois conditions :
- 1° Suppression de l’aile extérieure du fer à T à cause des condensations qui en résultent ;
- 2° Suppression du système d'enchâssement à cause des ruptures de verre qu’il entraîne ;
- 3° Division du travail entre le fer, mis à l’abri à l’intérieur du bâtiment, et l’organe de fixation du verre, mis en contact avec l'atmosphère extérieure de façon à concentrer sur cet organe inoxydable tous les effets des intempéries et de l’humidité. »
- A. Moreau,
- membre du Conseil.
- *
- Perfectionnement du procédé de fabrication des produits silico-calcaires. — La « Méthode de Division » de L. P. Kaye de New York. — Il y a une trentaine d’années, le docteur Michaelis découvrit que l’action de la vapeur sous pression déterminait la transformation des mortiers de sable et de chaux en silicates de calcium.
- De cette découverte est issue l’industrie dos produits silico-calcaires, qui prit en Allemagne une extension très rapide et fut introduite en France en 1899 et aux États-Unis en 1901.
- En France, cette industrie éprouva, durant une période de tâtonnements, des insuccès qui en ont retardé le développement. En Amérique, elle progressa plus sûrement et c’est de New York que nous vient une méthode nouvelle susceptible, paraît-il, de * constituer un important perfectionnement de l’un des trois procédés de fabrication des silico-calcaires.
- On sait que ces trois procédés sont : le procédé par mélange, le procédé par silotage et le procédé par extinction.
- C’est à ce dernier que serait apportée la modification que M. L. P. Kaye, de New York, fit breveter en 1904 dans tous les pays.
- Les matières premières employées sont, d’une part, un produit riche en silice comme le sable de mer ou de rivière, les laitiers, etc. ; d’autre part, une chaux, ayant une teneur en magnésie aussi faible que possible.
- Cette chaux doit être récemment cuite; quant au sable, il doit avoir passé dans un sécheur rotatif à chauffage direct : de la sorte les matières végétales qu’il aurait pu contenir ont été consumées et les corps étrangers tels que les calcaires ou feldspaths, qui y étaient mélangés, ont été transformés de façon à ne plus compromettre les qualités réfractaires que l’on veut obtenir.
- Au sortir du sécheur, on restitue au sable une certaine humidité, au moyen d’un jet de vapeur.
- La méthode préconisée par M. Kaye tire son nom de ce fait (pie le sable est divisé en deux parties dont la plus petite seule est mélangée à la chaux. Le mélange ainsi
- p.726 - vue 730/950
-
-
-
- FABRICATION DES PRODUITS S1L1CO-CALCA1RES.
- 727
- obtenu est alors broyé jusqu’à ce qu’il constitue une poudre capable de passer à travers le tamis de 6 000 mailles.
- Pendant le broyage, l’humidité restituée au sable commence l’hydratation de la chaux et il se forme un hydro-silicate de calcium, auquel on ajoute alors la portion de sable qui avait été réservée précédemment.
- Cette dernière n’ayant pas été broyée, détruit l’homogénéité du mélange, ce qui nécessite l'adjonction d’une petite quantité d’hydro-silicate de chaux destinée à constituer un liant.
- Le tout est ensuite amené dans un moulin pétrisseur et déposé, pour la nuit, dans un silo.
- Les mottes qui auraient pu se former durant le séjour en silo sont détruites dans un agitateur mélangeur, d’où la matière sort pour aller à la presse qui la transformera en briques.
- Ces dernières sont enfin soumises, dans un autoclave, à l’action de la vapeur sous une pression dépassant 8,5 kg/cm2. On fabrique de la sorte, non seulement des briques, mais toutes sortes de blocs destinés à la construction, de forme et d’aspect divers. La couleur de ces matériaux dépend du calcaire employé, mais elle peut être artificiellement modifiée par l’emploi de colorants.
- Tous ces produits sont réfractaires aux plus hautes températures ; les actions climatériques ne les détériorent pas et, comme ils n’absorbent pas l’humidité et ont une faible conductibilité, ils sont à recommander au point de vue hygiénique.
- Le professeur Woolson, de l’Université Columbia (New York), leur a fait subir une série d’essais qui ont donné les résultats suivants :
- La résistance à l'écrasement varie de 210 à 350 kg/cm2.
- S’il s’agit de briques, la résistance dans le sens transversal est d’environ 35 kg/cm2; enfin l’absorption de l’eau ne dépasse pas 15 p. 100.
- Il semble donc que l’usage de ces matériaux soit appelé à se généraliser et puisse rendre des services considérables.
- Aussi serait-il à souhaiter que l’industrie des silico-calcaires, dont les débouchés deviendront déplus en plus vastes, prenne en France une extension plus rapide et ne reste pas, en Europe, ce qu’elle est encore presque exclusivement : une industrie allemande.
- Critique de la « Méthode de Division ». — La méthode de fabrication des produits silico-calcaires, dite « Méthode de Division », préconisée par M. Kaye, de New York, et dont nous venons d’analyser un exposé qui fut fait, dans la Revue des Matériaux de Construction par M. Bordeau, a été, dans cette même revue, l’objet de critiques sérieuses formulées par M. André.
- Cette méthode, n’ayant reçu jusqu’ici, du moins en France, aucune application dont les résultats nous soient connus, nous nous garderons de prendre parti et nous reproduirons les arguments de M. André, comme nous avons donné l’opinion de M. Bordeau en laissant, à ceux de nos lecteurs qui sont éclairés sur la question, le soin de conclure.
- On sait qué la méthode de division consiste à faire, du sable employé à la fabrica-
- p.727 - vue 731/950
-
-
-
- 728
- NOTES DE CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS.
- MAI 1913.
- tion du produit, deux parts, dont l’une est broyée finement au tube mill, après avoir été mélangée à la chaux.
- Or M. André affirme qu’une telle façon de procéder est d’abord connue ; qu’elle est, en outre, inutile et n’a pour effet que de compliquer la fabrication des produits silico-calcaires d’une façon qui est susceptible de compromettre l’avenir d’une telle industrie.
- La méthode de division, dit-il, n’est autre que celle, beaucoup plus générale, qui fit l’objet d’un brevet français, pris le 22 septembre 1902, par M. R. de Blottefiére.
- Et on sait depuis longtemps que l’addition du quartz pulvérisé augmente la résistance des produits silico-calcaires d’une façon considérable.
- Ainsi, on a fait au laboratoire d’essais des Arts et Métiers, des essais qui ont porté sur des mélanges, soumis à une pression de vapeur de 8 kg/cm2 et à une durée de durcissement de 6 heures. On avait préparé :
- 1° Un mélange témoin de 100 g de chaux et 900 g de sable ;
- 2° Un mélange de 100 g de chaux grasse, 810 g de sable, 90 g de sable pulvérisé ;
- 3° Un mélange de 100 g de chaux, 720 g de sable et 180 g de sable pulvérisé.
- Ces trois mélanges furent soumis à des pressions initiales de 230 kg/'cm2 et de 500 kg/cm2 et ils ont donné, dans les deux cas, les chiffres de résistances à l’écrasement suivants: Le premier 128,7 et 154 kg/cm2. Le second 227,5 et 250 kg/cm2. Le troisième 292,5 et 338,7 kg/cm2.
- Ces résultats sont connus et appréciés;il existe en Allemagne une industrie qui n’a d’autre but que de préparer de la mouture de quartz — poudre siliceuse impalpable — qui est employée dans la fabrication, non des briques, mais des pavés silico-calcaires.
- Il semble, en effet, qu’il ne soit nécessaire de recourir au surcroît de résistance, dont nous venons de donner une idée, que lorsqu’il s’agit de matériaux destinés à présenter une résistance extraordinaire à l’usure ou à la compression.
- Les briques silico-calcaires ordinaires résistent couramment à 200 kg/cm2. A quoi bon vouloir dépasser ce chiffre ?
- A ceux qu’il appelle « les possédés de la folie des résistances » M. André rappelle que les pierres à bâtir travaillent en général à 5 kg/cm2; à 15 kg/cm2 dans les cas de grande surcharge (piliers, etc.) et à 40 kg/cm2 au maximum.
- Les briques silico-calcaires, fabriquées par les procédés ordinaires et sans aucun broyage, paraissent donc suffisantes pour les constructions les plus importantes.
- Dès lors, il ne semble pas utile, en cherchant à perfectionner les procédés admis et éprouvés, de compliquer la main-d’œuvre, ni d’avoir recours à des appareils supplémentaires et coûteux.
- On risquerait au contraire, en agissant ainsi, de contrarier l’esprit industriel français peu entreprenant; et en augmentant le prix de revient du produit, d’enrayer le développement d’une industrie lucrative qui progresse en France avec tant de peine.
- Fabrication en usine des armatures pour béton armé, système « Centrator ». —
- Parmi les perfectionnements qui nous ont été signalés concernant les méthodes de
- p.728 - vue 732/950
-
-
-
- FABRICATION EN USINE DES ARMATURES POUR BÉTON ARMÉ.
- 729
- construction en ciment armé, nous croyons devoir retenir un système de ferraillage, c’est-à-dire do préparation et de mise en place des armatures, inventé par M. Paul Lecler, Ingénieur des Arts et Manufactures, à Châtellerault.
- A riieure actuelle, tout le travail de préparation des armatures est généralement elï'ectué sur le chantier. M. Lecler propose, au contraire, d’en faire à l’usine une grande partie et il préconise la fabrication, à l’avance et en série, d’un grand nombre de pièces entrant couramment dans la constitution de ces armatures.
- Comme on va le voir, il donne de sérieux arguments en faveur de sa nouvelle méthode et cette dernière, dans son ensemble, est séduisante.
- Mais nous reconnaissons, dès maintenant, qu’elle a contre elle bien des habitudes prises, surtout par les ouvriers. Au reste, nous ne pouvons l’apprécier définitivement faute d'en connaître des exemples d’application complète.
- Nous nous contenterons donc d'en signaler quelques détails qui ont été mis en pratique et ont donné satisfaction.
- On sait comment s’effectue actuellement, sur les chantiers de construction, la pose des armatures.
- Les équipes de ferrailleurs reçoivent des fers, ronds ou carrés, de différentes grosseurs et des rouleaux de fils de fer. Ce sont les matières premières. Elles doivent être apprêtées, sur le chantier même, en vue de leur utilisation.
- En tenant compte des diamètres indiqués sur le projet, les ouvriers choisissent donc les barres convenant aux divers dispositifs qu’ils ont à constituer. Ils les coupent à la longueur voulue et leur donnent les courbures nécessaires ; ils confectionnent les crochets, les étriers, etc.
- Puis les éléments ainsi préparés sont groupés, mis en place et assemblés au moyen d’attaches en fil de fer réalisées sur place et au fur et à mesure des besoins.
- Cette méthode de travail, qui laisse une grande initiathe aux équipes, a les avantages suivants :
- 1° Elle n’entraîne pas la confection d’assemblages difficiles et coûteux ;
- 2° Elle ne présente aucune difficulté et n’occasionne aucun frais excessif par suite du transport des matériaux, étant donné le faible poids unitaire des barres employées ;
- 3° Elle autorise l’emploi des barres courantes du commerce et permet de remplacer certaines sections par d’autres, ce qui facilite les approvisionnements et les rend plus rapides;
- 4° Elle permet l’étude facile et rétablissement rapide des projets d’armatures sans réclamer les dessins de détails nécessités par les assemblages rigides.
- M. Lecler ne conteste pas ces avantages, mais il estime que la méthode de travail que nous venons d’indiquer rapidement présente aussi d’assez graves inconvénients.
- D’abord, dit-il, elle exige que les ouvriers soient capables, dans chaque cas, de choisir, parmi les matières premières mises à leur disposition, les éléments convenables, et qu’ils puissent faire ensuite de ces éléments un emploi assez judicieux pour éviter les fausses coupes et les déchets excessifs.
- Par conséquent, les constructeurs doivent s’assurer le concours d’ouvriers spécia-Tome 119. — 1er semestre. — Mai 1913. 48
- p.729 - vue 733/950
-
-
-
- 730
- NOTES DE CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS.
- MAI 1913.
- lisés, très instruits et habitués à leurs méthodes de construction. Le recrutement d’un tel personnel nesl pas toujours facile.
- Supposons cependant cette condition remplie, et les ferrailleurs spécialistes à l’œuvre sur le chantier.
- Ils vont avoir à réaliser les formes cl les dispositions d'armatures parfois assez compliquées, indiquées sur les projets établis : c'est-à-dire qu’ils devront, avec des barres droites et des fils de 1er, créer tous les éléments nécessaires, tels que étriers, crochets, spirales, elc.
- Ils ne seron dotés [tour accomplir ce travail que d’un outillage volant forcément sommaire, et ils devront faire preuve d’ingéniosité, s’inspirer des circonstances et des ressources et des besoins du chantier.
- D’où il résu tera des tâtonnements, des pertes de temps et une utilisation médiocre des matériaux, entraînant pas mal de déchels.
- Enfin les armatures constituées avec de tels moyens, nous dirions presque « de fortune », seroît dissymétriques, irrégulières et ne présenteront-pas toute la netteté désirable. L'établissement des coffrages en sera rendu d’autant plus difficile et plus coûteux.
- Si malgré ers inconvénients, ajoute M. Eccler, on conserve de tels procédés, c'est que ceux qu'on a [imposés pour les remplacer en faisaient disparaître les avantages, que nous avons énumérés précédemment.
- Aussi, l’inventeur a-t-il pris soin,dans l’élaboration de son système dit « Eentrator », de 11’éliminer, autant que possible, que les inconvénients des méthodes actuelles.
- Par conséquent, tout en autorisant l’usage des barres du commerce et sans augmenter la difficulté des assemblages, ni le prix des transports, le système « Cen-trator » doit permettre avec un personnel qwJconque la constitution rapide et économique d’armati res régulières et irréprochables.
- Pour obtenir ce résultat, M. Lecler préconise l'emploi d'éléments arrivant tout préparés sur le charnier après avoir été confectionnés à l’usine, tout à loisir et avec un outillage mécanique complet et approprié.
- De tels éléments présenteront alors une forme précise, régulière et,pour ainsi dire, géométrique, qui facilitera dans une large mesure leur mise en œuvre.
- 11 ne restera qu’à les assembler avec les barres du commerce au moyen d’attaches dites « instantanées », préparées également par M. Lecler, et susceptibles d’être utilisées par le premier venu. Nous donnerons plus loin la description de ces attaches que nous savons avoir élé employées, indépendamment du reste du système « Centrator », par quelques constmcleuis qui, en principe, en ont été satisfaits.
- Mais on a olijecté que si le transport des barres brutes et des rouleaux de fil de fer n’occasionnait aucune difficulté, ni aucun frais excessif, il pourrait bien n’en être pas de même des (dispositifs qui auraient été préparés à l’usine.
- A cette remarque l’inventeur répond en faisant observer que les éléments du ferraillage difficiles à fabriquer sur les chantiers sont des pièces de liaison (étriers, spires, etc.) de faibles dimensions, et qui ne représentent qu’une partie minime du poids total des armatures. Ce sont ces pièces seulement qui seront confectionnées à l’avance, les barres principales (‘tant prises, comme par le passé, dans le commerce.
- p.730 - vue 734/950
-
-
-
- FABRICATION EN USINE DES ARMATURES POUR BÉTON ARMÉ.
- 731
- De la sorte, les frais de transport ne seront pas sensiblement accrus et le prix des éléments qui passeront aux ateliers ne sera augmenté que dans une faible mesure.
- Au reste, cette légère augmentation sera compensée par la suppression des malfaçons, des chutes et des fausses coupes, et elle permettra de réaliser des économies notables sur la main-d’œuvre employée non seulement à la mise en place des armatures, mais encore, comme nous le montrerons plus loin, à la confection des coffrages.
- K- D ->
- v\\si \\\Nv
- \\WV
- Fig. 1,
- La mise en pratique d’une telle méthode ne devait pourtant pas aller sans de gran des diffî culté s.
- En effet, suivant les circonstances, les dimensions et les formes des pièces de liaison destinées à être fabriquées à l’usine sont très diverses ; et il a fallu créer et mettre au point un ensemble de procédés ou d’organes permettant de produire toute la série de ces éléments vite et économiquement, même par petites quantités.
- Ce fut seulement lorsque cet outillage fut installé, que le problème de la pose des armatures, sans personnel spécial sur le chantier, put être considéré comme résolu.
- Il était en effet possible, désormais, délivré]1, faites sur mesure, toutes les pièces que nécessitaient les divers procédés adoptés par les constructeurs. Aussi le système « Centrator » est-il, depuis lors, susceptible de se plier à toutes les exigences.
- p.731 - vue 735/950
-
-
-
- 732
- NOTES DE CONSTRUCTIONS ET 1ÎEAUX-ARTS.
- MAI 1913.
- De plus, l'exactitude dos dimensions et la régularité des éléments préparés à l’usine permet d’utiliser ces derniers pour régler la position des coffrages et leur servir d'appui.
- En effet, on obtient facilement un centrage exact, et pour ainsi dire automatique de l’armature, soit en interposant des lattes d’épaisseur convenable, soit en disposant l’une des branches K d'nne attache de façon qu'elle forme une saillie, qui règle la distance des fers à la paroi du coffrage (tig. h. D'où il résulte, comme nous l’avons dit, une économie de temps et de main-d’omvre.
- Mutin des dispositifs spéciaux qui, fabriqués sur le chantier, ne pourraient être employés à cause de leurs irrégularités, ont été- créés et permettent une simplification plus grande encore de la confection des armatures.
- Parmi ces derniers nous citerons des étriers élastiques que leur seule mise en place lixe solidement sur les barres sans qu’aucune ligature soit nécessaire. Ces étriers
- Fig. 2. — Attache instantanée Lecler.
- ne sont susceptibles d’aucun déplacement longitudinal et dispensent de l’emploi de pièces telles que les barres crénelées, découpées, etc.
- Les résultats ainsi obtenus par M. Lecler lui ont fait envisager, dit-il, la possibilité d’abandonner un jour le système qui consiste à élever les constructions en ciment armé, tout entières à leur place définitive, au moyen de boisages considérables et coûteux.
- Il paraîtrait en effet plus économique de constituer l’ouvrage d’éléments moulés séparément et réunis au moyen d'assemblages qui rétabliraient la continuité des armatures : on n’aurait ainsi à établir que les colfrages nécessaires [tour noyer dans le béton les assemblages des différents blocs.
- M. Lecler affirme que : « les résultats déjà obtenus dans cette voie lui permettent de prévoir à bref délai la solution pratique et complète de ce problème ».
- Quoi qu'il en soit, nous n’insisterons pas sur ce dernier point, nous réservant de laisser la parole dM. Lecler, le jour où il aura complètement réalisé ses projets.
- Pour le moment, nous nous contenterons de décrire, à titre d’exemple, l’un, le plus employé, des éléments que l’inventeur propose de confectionner à l’usine et d’envoyer tout préparés sur le chantier.
- Nous avons dit que ces (déments pouvaient être mis en œuvre par des ouvriers non spécialisés.
- p.732 - vue 736/950
-
-
-
- 733
- FABRICATION EN USINE DES ARMATURES EN BÉTON ARMÉ.
- Il semble bien en effet qu’il en soit ainsi de l’attache « instantanée » (fig. 2) que nous avons mentionnée précédemment et qui est destinée à remplacer les ligatures en fil de fer, faites à la main par les ferrailleurs au fur et à mesure des besoins.
- M. Lecler expose ainsi le mode d’emploi de cette attache : l’attache instantanée élastique (lig. 2) constitue une sorte de levier qu’on met en place (fig. 3) en l’engageant (1°) sur les deux barres M et N à réunir et qu’on fixe en accrochant le crochet A sous la barre N (2°). La seule précaution à prendre est de saisir l’attache en B, entre ie pouce et l’index delà main droite, le crochet A faisant saillie, et surtout de n’abaisser
- Fig. :U — Fixation de l’attache instantanée.
- le crochet, A que juste assez pour qu’il s’accroche sous la barre N ; si on l’abaisse trop, l’attache ne tient pas (c’est ce qui arrive souvent aux ouvriers pour les premières attaches qu’ils posent).
- Une fois l’attache posée on en plie (fig. 3 — 2°) la partie F dans le sens de la flèche (j. Le serrage obtenu est très énergique. Livrées sur des navettes (lig. 4) d’une manipulation facile et qui se comprend aisément à la seule inspection de la figure, ces attaches se fabriquent pour tous diamètres de barres.
- Un homme les met facilement en place, même les plus grandes qui sont préparées pour les barres dont le diamètre dépasse 30 mm.
- p.733 - vue 737/950
-
-
-
- 734
- NOTES DE CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS.
- MAI HHÜ.
- Certains constructeurs ont, à l'exclusion des entres dispositifs, emprunté an système « Centralor » ce mode d'attache. Sur des chantiers où les armatures étaient confectionnées suivant le système courant, ils ont distribué aux équipes les attaches de M. Lecler. Ils pensaient, en substituant ces dernières aux ligatures en fil de fer, obtenir un meilleur serrage et un travail plus rapide.
- Ils ne s’étaient pas trompés, en principe, — et les al taches instantanées ont donné
- Fig. 4. — Attaches préparées sur navette.
- les résultats qu'on attendait d’elles... tant que les ouvriers ont bien voulu s’en servir.
- Malheureusement ceux-ci n’ont pas supporté longtemps un tel trouble dans leurs habitudes et ou s’est aperçu bientôt qu'ils abandonnaient, malgré les ordres donnés, les attaches Lecler, pour reprendre la pince qu’ils portent dans leur ceinture et avec laquelle ils confectionnent les ligatures en fil de fer.
- Rien n’a pu vaincre leur obstination et les conslructeurs ont dû, bon gré mal gré, quelques-uns sous la menace d’une grève, revenir aux anciens modes de lixation.
- Ce fait n’infirme en rien la valeur du procédé « Centrator ».
- Ce dernier, en effet, nous paraît ingénieux. 11 permet d’obtenir des armatures plus
- p.734 - vue 738/950
-
-
-
- AUTO-H YDRATEUR ANKER POUR L’EXTINCTION DE LA CHAUX.
- 735
- nettes et plus simples ; il facilite la main-d’œuvre, mais il menace gravement le privilège des ferrailleurs et nous craignons bien que, pour cette cause, les constructeurs ne parviennent (pie difficilement à le faire entrer dans la pratique courante.
- Auto-hydrateur Anker pour l’extinction de la chaux. — Un appareil nommé auto-hydraleur Anker, destiné à hydrater la chaux après la cuisson, vient, nous semble-t-il, compléter les perfectionnements qui ont été apportés, au cours de ces dernières années, aux procédés de fabrication des chaux et ciments.
- En elfet, l’extinction complète de la chaux, qu'on provoquait parun séjour de plus ou moins longue durée dans des silos, était rarement obtenue d’une façon satisfaisante. Il paraissait difficile de mettre en contact, d’une façon homogène et régulière, avec la chaux cuite, la quantité d’eau à la fois suflisante et strictement nécessaire pour obtenir l'hydratation du produit sans en altérer les qualités.
- Une quantité d’eau trop faible n’entraîne qu’une extinction lente et incomplète. D'où il résulte, au moment de la mise en œuvre, une augmentation de volume de la chaux capable de détruire les maçonneries dans la constitution desquelles on la fait entrer.
- Une quantité d’eau exagérée peut également occasionner un gonflement analogue et a, de plus, l’inconvénient d’hydrater, outre la chaux A’ive, les silicates et aluminaies qui lui sont mélangés et qui de la sorte deviennent inertes.
- Il est donc indispensable de doser rigoureusement la quantité d’eau destinée à achever l’hydratation du produit et ce dosage n'est efficace que lorsque la masse d'eau jugée nécessaire et suflisante est reporté*; régulièrement sur tous les éléments du mélange. Si, en effet, les couches supérieures reçoivent toute l’eau au détriment de celles qu’elles recouvrent, les unes seront noyées et les autres insuffisamment arrosées, car oil a remarqué que l’extinction ne se régularise pas pendant la durée du silotage ; au moment de la reprise on trouve, dans ces conditions, certaines parties du mélange absolument froides, tandis que d’autres, qui ont reçu peu d’eau, ont conservé une température élevée.
- Ces considérations font justice du procédé qui consiste à arroser la chaux au jugé. On obtient un résultat un peu meilleur en mettant en contact la chaux, transportée dans des wagonnets, avec une quantité d’eau proportionnée à la capacité de ces derniers.
- Malheureusement le produit se refroidit rapidement pendant le transport et on perd ainsi une assez grande quantité* de vapeur d’eau qui, dégagée dans le tas, aurait pénétré la matière* intimement.
- L’idéal serait donc d’opérer la mise en las avant que l’extinction fût, sinon commencée, du moins assez avancée. C’est ce résultat que permet d’obtenir l’auto-hydrateur Anker quia, eu outre, le grand avantage de diminuer la main-d’œuvre nécessaire et de faciliter un travail actuellement assez pénible.
- L’appareil se compose do deux parties distinctes ;
- 1° Un doseur de chaux et d’eau ;
- 2° Un lmmecteur.
- lu Doseur. — Considérons une trémie dans laquelle on verse la chaux sortant du four.
- p.735 - vue 739/950
-
-
-
- 736
- NOTES DE CONSTRUCTIONS ET BEAUX-ARTS.
- MAI 1913.
- Un distributeur à secousses, placé à la partie inférieure de cette trémie, en extrait la matière avec régularité. Ce distributeur est mil par un arbre, lequel entraîne également une pompe aspirante et foulante, dont les pistons ont une course réglée de façon que le débit de la pompe soit proportionné à la quantité de chaux extraite par le distributeur.
- Celui-ci déverse la chaux dans une chaîne à godets, tandis que la pompe envoie l’eau dans un tuyau de refoulement.
- Il est entendu que ces deux appareils, ayant une commande commune, ne peuvent fonctionner indépendamment l’un de l’autre.
- Dans la trémie, la chaux maintient par son poids une plaque de tôle dans une position déterminée. Lorsque la trémie est vide, la plaque devient horizontale, car elle est entraînée par un contrepoids. Ce dernier heurte alors un ressort qui provoque le débrayage simultané de la pompe et du distributeur.
- La chaîne à godets et le tuyau de refoulement conduisent respectivement la chaux et l’eau à l’humecteur.
- 2° HumecAeur. — Cet appareil se compose de deux cylindres tournant autour d'un même axe légèrement incliné sur l’horizontale.
- Le cylindre intérieur a une longueur :
- L — li + li
- Le cylindre extérieur a une longueur :
- L' — L + L
- C’est-à-dire que la longueur de ce dernier dépasse de /3 celle du cylindre intérieur. La longueur/t de celui-ci forme crible; la partie 1.2 est pleine et parcourue par un tuyau distributeur d’eau qui est le prolongement du tuyau de refoulement de la pompe du doseur.
- La chaîne à godets alimentée par le distributeur de ce doseur déverse la chaux à l’extrémité du cylindre intérieur, dans la partie Z1? où elle est criblée.
- Les menus morceaux tombent dans le cylindre extérieur qu’ils parcourent dans sa longueur, tandis que les gros morceaux passent dans la partie /2, pleine, du cylindre intérieur. Là ils sont arrosés par l’eau refoulée par la pompe et humectés sur toutes leurs faces par suite du mouvement de rotation du cylindre.
- Quand ces gros morceaux ont franchi la partie /., ils arrivent à l’extrémité du petit cylindre et tombent dans la partie /3 du grand cylindre, où ils se mélangent à nouveau avec le fin. Ce dernier se colle au gros et se trouve ainsi suffisamment humecté sans que les silicates et aluminates soient altérés.
- Cet ingénieux appareil est complété par un dispositif de prise d’échantillons qui
- p.736 - vue 740/950
-
-
-
- A UTO-TT Y D R ATEU R ANKER POUR i/EXTINCTION DE LA CHAUX.
- 737
- permet de contrôler si les proportions voulues d’eau et de chaux sont exactement envoyées à l’humecteur.
- Ce dispositif, actionné par un levier, permet de détourner simultanément de leur route la chaux et l’eau et de les recevoir dans deux récipients que l’on pèse.
- L’auto-hydrateur Anker fut employé, pour la première fois, dans l’usine de M. Fou-quet, à Caen. Son débit y est assez élevé pour permettre une mise en silo rapide et continuelle, qui ne laisse pas à la chaux le temps de se refroidir.
- Cet appareil, qui réduit la main-d’œuvre au minimum et n’entraîne qu’une faible dépense de force, a donné toute satisfaction et il réalise le mode d’extinction de la chaux le plus rationnel et le plus efficace que nous connaissions actuellement.
- P. COUTURAUD,
- Ingénieur des Arts et Manufactures,
- p.737 - vue 741/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 11 AVRIL 1 91 :i Présidence de M. Linret, président.
- La séance est ouverte à 20 h. 30 ni.
- MM. IIitier et Toulon, secrétaires, dépouillent la correspondance et analysent les ouvrages offerts à la Société depuis la dernière séance.
- M. Toulon analyse les ouvrages suivants :
- Traçai)e, filetage, tracé des engrenages, calcul des vitesses des machines-outils, par M. A. Fiat, sous-chef d’atelier à l’École nationale professionnelle de Voiron ;
- Guide pratique du conducteur de machines. lre partie : Chaudières et moteurs à vapeur; 2e partie : Moteurs à gaz, à essence et à pétrole, par M. II. de Graf-figny ;
- Etude dynamique des moteurs à cylindres rotatifs, par M. G.-D. Mayer, professeur à l’Ecole supérieure polytechnique de Naples (renvoyé au Comité des Arts mécaniques) ;
- Cours de physique générale. Tome 2 : Thermodynamique et étude de T énergie rayonnante, par M. II. Ollivier, Maître de conférences à l’Université de Lille;
- Leçons sur les hypothèses cosmogoniques professées à la Sorbonne, par M. Henri Poincaré;
- Société française de Physique. Recueil de constantes physiques, publié par
- p.738 - vue 742/950
-
-
-
- COMPTES KENDUS DES SÉANCES.
- 739
- MM. Henri Abbauam, professeur à la Sorbonne et Paul Sacekuote, professeur au Collège Chaptal ;
- La locomotive. Description raisonnée de ses origines à l’usage des ouvriers, par MM. U. La malle et F. Legei.n, ingénieurs des chemins de l’État belge;
- Exposition universelle internationale de Bruxelles, 1910. Classe 75 : l’Eclairage non électrique. Rapport par M. Pierre Arnould, Conseiller du Commerce extérieur de la France ;
- Une campagne d’attaché commercial, par M. Fernand Pila, Consul de France;
- Les douanes françaises. Régime général, organisation, fonctionnement. Tome 1 à IV (nouvelle édition), par M. Georges Pallatn, gouverneur de la Banque de France.
- M. IIitier analyse les ouvrages suivants :
- Ministère de l’Agriculture. — Direction générale des Eaux et Forêts. Service des grandes forces hydrauliques (Région des Alpes). — Compte rendu et résultats des études et travaux au 31 décembre 1911. Tome V;
- Ministère de TAgriculture (Région du Sud-Ouest). — Tome f : Comptes rendus des opérations effectuées. Résultats obtenus pour le bassin de TAdour au 31 décembre 1910 . — Tome II : Résultats obtenus pour le bassin de la Garonne au 31 décembre 1910 ;
- Les colles, par M. F. Margival;
- La taille du prunier cl’Ente, par M. E. Rabaté, professeur d’agriculture;
- Recherches géologiques sur le Haut-Pays de TOranie et sur le Sahara {Algérie et territoires du Sud), par M. G.-B.-M. Flamand,directeur-adjoint du Service géologique des territoires du sud de l’Algérie;
- Société nationale d’Horticulture de Fruncç. Section des roses. Les plus belles roses au début du XXe siècle ;
- Direction générale de T Organisation agraire et de T Agriculture. Saint-Pétersbourg. Les travaux des Commissions agraires (1907-1911).
- M. le Président a le regret de faire part à la Société du décès d’un de ses membres correspondants étrangers, M. Dwelsuauveus Dery, ingénieur, ancien professeur à l’Université de Liège, membre correspondant de l’Institut de France, qui était membre correspondant du Comité des Arts mécaniques.
- M. le Président dit qu’il a représenté la Société d’Encouragement au Congrès annuel de l’Association des Chimistes de Sucrerie et de Distillerie, ainsi
- p.739 - vue 743/950
-
-
-
- 740
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- MAI 1913.
- (|ii’à la graude réunion annuelle de la Ligue nationale aérienne où noire éminent collègue,, le, lieutenant-colonel Renard, a l’ait iiih: conférence, fort applaudie, sur les Dirigeables et aéroplanes de guerre.
- Sont admis comme membres de la Société : M. Guillaix (Florent), IM. Rilard (André), M. Gaubert (Jean), M. ScminEUT (Adrien), M. De launay Reçue y iule (Robert), M. Tanckède (Raid), MM. Prague (Gliarles) et Roi iléon (Charles) et M. Mience (Édouard).
- Sept membres nouveaux sont présentés pour faire partie de la Société :
- M. Maire (François), Ingénieur-agronome, o2, avenue de Saxe, présenté par MM. Lindet et Ringelmann;
- Le Syndicat professionnel des Usines d’Flectrïctté, 21, rue Tronche!, présenté par MM. Lindet et Rerthelot;
- Le Syndicat professionnel des Entrepreneurs de Travaux publics de France, présenté par MM. Lindet et Moreau;
- La Chambre Syndicale des Négociants en Cuirs et Peaux en Poil, présentée par MM. Lindet et Livache;
- Le Syndicat des Mécaniciens, Chaudronniers et Fondeurs de France, présenté par MM. Lindet et Linder;
- Le Syndicat général des Cuirs et Peaux de France, présenté par MM. Lindet et Livache;
- La Chambre Syndicale des Constructeurs de Machines agricoles de France, présentée par MM. Lindet et Ringelmann.
- M. Delloye, membre du Conseil, fait une communication sur La fabrication mécanique du verre à vitres. ,
- Les anciens procédés employés pour la fabrication du verre à vitres, une des branches principales de l’industrie verrière, sont devenus.insuflisants dans ces derniers temps pour faire face à la demande croissante : la main-d'œuvre habile à laquelle on doit recourir par ces procédés devient en effet de plus en plus rare lit elle se montre quelquefois très exigeante. Les premières recherches relatives à la fabrication mécanique du verre à vitres remontent à 1854; elles furent suivies de nombreuses autres, mais c’est dans ces toutes dernières années seulement que des résultats industriels ont été obtenus. Trois procédés ont été ou sont encore appliqués industriellement avec quelque succès : ce sont ceux de Fourcault en Belgique, de Colburn aux États-Unis, de Sievert en Allemagne, mais aucun d'eux n’a conduit aune solution vraiment satisfaisante. L’auteur donne le principe de ces trois procédés, intéressants à divers titres, puis décrit en détaille seul procédé qui, jusqu’ici, se soit prêté à une fabrication suivie et importante, celui de la Empire Machine Window Glass Co. par lequel on fabrique
- p.740 - vue 744/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 741
- actuellement la moitié du verre à vitres consommé dans l’Amérique du Nord. Ce procédé, plus ou moins modifié, est adopté ou en cours d’adoption dans 6 ou 7 usines européennes.
- En principe, ce procédé est moins rationnel que ceux de Fourcault et de Colburn, car, au lieu de fournir du premier coup, comme ceux-ci, une feuille de verre plane qu'il suffit de débiter, il donne, comme par le soufflage à la main, un manchon, gigantesque il est vrai (de 10 m de longueur et de (),(>() m de diamètre) avec lequel les opérations du fendagc et de l’étendagc ne sont pas supprimées. 11 suppose aussi l’utilisation d’un matériel assez compliqué, ce qui représente des frais d’établissement extrêmement élevés. Le procédé n'a pu d'ailleurs être mis au point que lorsque les inventeurs ou des sociétés concessionnaires eurent pris un nombre considérable de brevets et eurent dépensé en essais 12 à 15 millions de francs.
- M. Delloye donne les raisons qui, à son avis, expliquent le succès du procédé de la Empire Machine Window Glass Co. La quantité de verre fondu, un peu supérieure à celle qui est nécessaire à la confection d'un manchon, est pochée dans un four à crwe, et versée dans un creuset plat réversible, d'un diamètre un peu supérieur à celui du manchon à obtenir. Une canne, disposée verticalement, et par laquelle de l’air très légèrement comprimé est introduit, y est plongée, puis tirée de bas en haut à une vitesse progressivement croissante en vue de conserver une épaisseur uniforme au manchon malgré l’accroissement de viscosité résultant de rabaissement de température du verre. En réchauffant le creuset par-dessous lors du soufflage précédent et en opérant, comme on le fait, sur une masse de verre relativement petite, on l’obtient dans un état d’assez grande homogénéité pour qu'elle puisse s’accommoder de l’uniformité et de la constance des procédés mécaniques. Le verre est en effet un mélange dont la composition chimique et, par suite, les propriétés physiques peuvent varier entre des limites assez éloignées pour des points très voisins de la masse. Do plus, étant mauvais conducteur de la chaleur et sa viscosité variant très vite en fonction de sa température, cette hétérogénéité est encore accrue. Au cours de la confection du manchon, l’ouvrier souffleur, par une habileté acquise à la suite d’une longue expérience, peut corriger de diverses façons les écarts qui résultent de cette hétérogénéité, mais c’est là un travail que la machine ne pouvait pas faire. Ainsi s’explique en partie l’échec des procédés mécaniques dans lesquels on tire le verre d’une masse considérable, comme celle que renferme un four à cuve.
- Une halle de soufflage par le procédé de la Empire Machine Window Glass Co. est montée, par exemple, pour fabriquer simultanément 8 manchons ; la commande de tous les mouvements de 4 manchons : manœuvre du creuset et de la canne, soufflage, décollage du creuset et de la canne, abatage du manchon sur des chevalets, est faite à partir d’une cabine, par un seul ouvrier, dont l’apprentissage ne dure que quelques jours.
- M. Delloye termine son exposé par quelques considérations économiques qui montrent que le procédé n’est pas de ceux qui sont appelés à révolutionner l’industrie verrière); son adoption générale en Europe est possible sans doute, mais elle se fera progressivement et sans à-coups, à mesure qu’elle s’imposera par la diminution du nombre des souffleurs. D’ailleurs, le procédé mécanique produit beaucoup de déchets, ce qui oblige à refondre une fraction considérable du verre ; on consomme par suite beaucoup de charbon ; aussi l’écart n’est-il pas très grand entre le prix de revient du verre à vitres fabriqué par ce procédé et celui du verre soufflé à la bouche, et, en Belgique, le
- p.741 - vue 745/950
-
-
-
- 742
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- MAI 1U13.
- grand contre do l;i production du verre à vitres en Europe, on considère que l'adoption du procédé sera reportée à un avenir très éloigné : grâce à une exeellenle organisation du travail dans les anciennes usines, suscitée par l'apparition des procédés mécaniques, on y lutte en effet victorieusement contre la machine et on paraît pouvoir lutter encore longtemps.
- M. LE l> résident constate <|u<* personne n’était aussi autorisé que noire collègue du Conseil, M. Delloye, pour nous faire connaître les progrès accomplis dans la fabrication du verre à vil res; sa situation de directeur général des (ilaceries de Saint-Cobain l'a forcément alliré vers le, problème de la fabrication mécanique du verre h vitres; celle-ci s'exécutait, depuis de longues années, dans des conditions assez pénibles pour les ouvriers ; elle n'a plus rien à envier aujourd’hui à la grande; industrie de la glacerie, et (die a réalisé un grand progrès tant au point de vm; économique qu’à celui de l’hygiène ouvrière.
- M. BENKEufait, en son nom et en celui de M. Millberg, une communication sur L’excavation mécanique et automu tique des fosses à superphosphate et notamment sur happareil Wenk.
- Un premier progrès hygiénique a été réalisé il y a quelques années dans la fabrication du superphosphate: le malaxage du mélange de phosphate naturel broyé et d’acide sulfurique qui, autrefois, se faisait en plein air, se fait aujourd'hui mécaniquement dans des caves fermées et ventilées. Les ouvriers ont donc cessé d’être soumis à l'action nocive des gaz qui se «b-gagent pendant le malaxage mais ils restaient encore soumis à l’action de ceux qui se dégagent pendant la vidange des caves, lors de l’extraction du superphosphate qui y a fait prise après qu'on y a versé le mélange pâteux de phosphate et d’acide sulfurique. Au moment de l’extraction, cette masse est en outra; à une température assez élevée, voisine de KM)0. Enfin, cette extraction était quelquefois dangereuse et pouvait provoquer des fractures de la jambe lorsqu’il y avait chute brusque de la masse excavée en porte-à-faux. Pour ces motifs et en raison du prix plus élevé de la main-d’œuvre, on tend de plus en plus aujourd’hui à faire aussi cette opération mécaniquement.
- Les extracteurs mécaniques appartiennent à deux types, selon qu’ils débitent le superphosphate par tranches verticales ou par tranches horizontales. Le premier mode d’action doit être préféré car il fournit, en raison des phénomènes de liquation qui se passent pendant la prise, un produit [dus homogène.
- L’appareil Wenk appartient au premier type. Il est disposé pour fonctionner sur une ou plusieurs caves en forme de cylindre horizontal, de toute longueur sur é m de diamètre. Il se compose d’un chariot à deux vitesses, l’une rapide pour le retour ou la marche à blanc et l’autre pour le débitage ; sur ce chariot est monté un moteur électrique de tî/7 chv, qui actionne des couteaux et des racloirs, qui, tournant autour d’un axe horizontal, fournissent le superphosphate en poudre de linesse uniforme à un transporteur à courroie disposé sous la chambre. Cet appareil excave une semblable chambre, contenant à() L de superphosphate, en deux heures et demie.
- p.742 - vue 746/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 743
- M. le Président fait remarquer qu’aussi bien dans la communication de MM. Benker et Millberg que dans celle de M. Delloye, nous nous trouvons en face d’un progrès industriel réalisé dans le but d’économiser la main-d’œuvre, et dont le résultat est de rendre moins pénible le travail des ouvriers. Il remercie nos deux nouveaux collègues de leur communication qui sera examinée avec intérêt par le Comité d’Agriculture.
- Il annonce que MM. Benker et Millberg inviteront prochainement les membres du Conseil à aller visiter une des installations qu’ils ont faites aux portes de Paris.
- M. Delaporte fait ensuite une communication sur l’« éjectair Breguet », appareil extracteur cl’air dépourvu d’organes mobiles et fonctionnant au moyen d’éjecteurs à vapeur, qu’il a imaginé.
- Les pompes à air sec rotatives ont permis de réaliser, sur système étanche, le vide limite correspondant à la température de l’eau de refroidissement à sa sortie des condenseurs. A cet égard, le résultat est parfait.
- Mais les systèmes pratiques ne sont pas étanches et, de ce fait, un autre élément intervient pour l’appréciation de la valeur d’une pompe à air : c’est le coût de sa mise en œuvre par unité de volume engendré. Théoriquement, il n’y a pas de limite à l’abaissement de ce coût et l’auteur s’est engagé dans la voie restant ouverte aux recherches en prenant ce point de départ : l’extraction de l’air par l’emploi exclusif d’éjecteurs à A^apeur.
- La mise en série d’éjecteurs était rendue nécessaire par suite du haut degré de vide recherché. Son principe n’est pas nouveau, mais les résultats obtenus jusqu’ici par ce moyen ont été à peu près négatifs : cela paraît tenir à un mauvais emploi des éjecteurs auxquels on a d’abord demandé de travailler sur un mélange d’air et d’eau, ce qu’ils ne peuvent faire convenablement, auxquels on a associé ensuite des trompes à eau plus nuisibles qu’utiles.
- L’éjectair comporte : 1° un premier éjecteur puisant le mélange gazeux dans le condenseur ; 2° un condenseur auxiliaire duquel l’eau condensée fait retour par un dispositif particulier à la pompe d’extraction d’eau du condenseur principal ; 3° un deuxième éjecteur qui rejette à l’atmosphère l’air séparé.
- La pompe d’extraction d’eau du condenseur principal, qui subsiste seule comme organe en mouvement, est du type centrifuge ordinaire, si simple et si robuste.
- L’éjectair fournit le vide théorique sur système étanche. En comptant la quantité totale de vapeur envoyée aux deux éjecteurs comme dépensée, l’appareil engendre un volume de L2,5 ma par kilogr. de vapeur dépensé. C’est un résultat équivalent à ceux que fournissent les meilleures pompes rotatives. Mais le mélange d’air et de vapeur fourni par le deuxième éjecteur peut être employé au réchauffage de l’eau d’alimentation de la chaudière et la dépense de l’éjectair se borne ainsi à celle de l’éjecteur d’amont; cette dépense n’est que le tiers de la précédente. Le volume engendré atteint 7,5 m3 par kilogr. de vapeur dépensé. L’addition, entre le condenseur principal
- p.743 - vue 747/950
-
-
-
- 744
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- MAI 1913.
- et l’éjecteur d’amont, d’un dispositif spécial de refroidissement du mélange gazeux aspiré a permis à l’auteur d’obtenir des résultats encore meilleurs.
- L’éjectair ne comporte aucun dispositif spécial d’amorçage. 11 est mis en œuvre par simple envoi de vapeur et il ne peut se désamorcer. Les variations de pression de la vapeur, entre des limites plus éloignées que celles qui sont usuelles, sont sans influence sur le degré de vide obtenu. Le fonctionnement de l’appareil n’exige par suite aucune surveillance. L’entretien est nul en raison de l’absence d’organes mobiles.
- M. le Président félicite IM. Delaporte de l’étude qu’il vient de faire et dont l’application résoudra un des problèmes les plus intéressants qui se rapportent à la production et à la conservation du vide. Son invention s’ajoutera à toutes celles qui sortent de la maison Breguet, dont il dirige les ateliers avec tant de distinction. Le Comité des Arts mécaniques examinera avec le plus grand intérêt sa communication.
- La séance est levée à 22 h. oO m.
- SEANCE PUBLIQUE
- DU 25 AVRIL 1 91 3 Présidence de M. L. Lindet, 'président.
- La séance est ouverte à 20 h. 30 m.
- MM. H itier et Toulon, secrétaires, dépouillent la correspondance et analysent les ouvrages offerts à la Société depuis la dernière séance.
- M. Toulon analyse les ouvrages suivants :
- Manuel uratique du géomètre-expert, par M. J. Gommelet, géomètre-expert ;
- Manuel pratique du chauffcur-wattman, par M. H. de Graffigny, ingénieur civil ;
- Recettes utiles du bâtiment et de /’habitation, par M. G. Franche, architecte
- E. C. P;
- Installations téléphoniques (3e éd.), par M. J. Sghils, Inspecteur des Postes et des Télégraphes ;
- p.744 - vue 748/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 745
- Introduction à la science de U ingénieur. Aide-mémoire des ingénieurs, des architectes, etc. Partie théorique, par M. J. Claudel, ingénieur civil. Tomes I et II ;
- La téléphonie, par M. Emile Pierard, Ingénieur en chef [h l'Administration des Télégraphes belges. T. II ;
- Nouvelle théorie et calcul des roues-turbines, par le Dr Hans Lorenz, Professeur de mécanique à l’Ecole technique supérieure de Danzig;
- Traité élémentaire de tissage, par MM. James et Robert Dantzer, professeurs ;
- Bureau des Longitudes. Conférence internationale de l’Heure (Paris, octobre 1912);
- Principes et théorie de la transformation des laines brutes en fils peignés, par M. Léon Faux. (Renvoyé au Comité des Arts mécaniques).
- M. Hitier analyse les ouvrages suivants :
- Les arbres, arbustes et arbrisseaux forestiers, par M. C. L. Gatin, Ingénieur-agronome;
- La fabrication du sucre, par M. D. Sidersky, Ingénieur-chimiste;
- Les vers à soie (Sériciculture moderne), par M. A. Rolet, Ingénieur-agronome;
- Évaporation des jus sucrés, par M. Horsin-Déon, Ingénieur-chimiste;
- Office du Travail de Belgique. Monographies industrielles : La typographie et ses produits. T. II ;
- Monographie comptable d'un grand magasin de détail, par M. A. Delbous-quet, expert-comptable près les Tribunaux;
- Les explosifs modernes (3° éd.), par M. Paul Chalon, Ingénieur-conseil. (Renvoyé au Comité des Arts chimiques);
- Le minerai de fer de VAnjou, de la Basse-Bretagne et de la Fosse vendéenne. Edition de La Bretagne économique et financière, Nantes;
- Betterave et sucrerie de betterave (2e éd.), par M. Emile Saillard, Ingé nieur-agronome. (Renvoyé au Comité d’Agriculture) ;
- Annuaire universel des mines et de la métallurgie, par M. Robert Pitaval, Ingénieur civil des Mines.
- M. le Président annonce à la Société qu’il a reçu de M. le Ministre de l’Agriculture la subvention de 1 700 francs que celui-ci veut bien lui adresser annuellement; il le remercie au nom du Conseil et l’assure que cette subven-Tome 118. — 1er semestre. — Mai 1912. 49
- p.745 - vue 749/950
-
-
-
- 746
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- MAI 1013.
- tion sera spécialement affectée à augmenter le crédit que nous consacrons annuellement aux recherches d’ordre agricole.
- M. le Président signale deux plis cachetés reçus par la Société et qui seront déposés aux archives. Ce sont ceux de :
- <( La Soie artificielle », 16, rue du Louvre, Paris, reçu le 11 avril 11)13.
- M. Joseph Jarriant, 233, rue Croix-Nivert, Paris, reçu le 11 avril 11313.
- Sont admis comme membres de la Société : lM. Maire (François), le Syndicat PROFESSIONNEL DES USINES D’ÉLECTRICITÉ, 1(5 SYNDICAT PROFESSIONNEL des Entrepreneurs de Travaux publics de France, la Chambre Syndicale des Négociants en Cuirs et Peaux en Poil, le Syndicat des Mécaniciens, Chaudronniers et Fondeurs de France, le Syndicat général des Cuirs et Peaux de France et la Chambre syndicale des Constructeurs de Machines AGRICOLES DE FRANCE.
- Treize membres nouveaux sont présentés pour faire partie de la Société :
- La Ch ambre syndicale de la Céramique et de la Verrerie, à Paris, présentée par MM. Lindet et Verneuil;
- L’Union céramique et ghaufoi rn ière de France, à Paris, présentée par MM. Lindet et Verneuil;
- M. Pellerin (Auguste), Consul général de Norvège à Paris, industriel, à Paris, présenté par MM. Lindet et Trillat;
- La Société anonyme, « Industrie laitière » (Directeur M. Maurice Beau), Ingénieur-agronome, à Surgères (Charente-Inférieure), présentée par MM. Lindet et Tisserand ;
- M. Floquet (Edmond), industriel, à Saint-Denis, présenté par M. Petit-pont ;
- Les Tanneries lyonnaises (Société anonyme), à Oullins (Rhône), présentées par le capitaine Nicolardot;
- M. Legoijëz (liaynald), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, à Paris, présenté par M. Toulon;
- M. Le vërd (Léon), tanneur, à Lille, 136, rue du Marché, présenté par MM. Livache et Petitpont;
- p.746 - vue 750/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 747
- M. De sselas (André), mégissier, à Saint-Junien (Haute-Vienne), présenté par MM. Petitpont et Livache ;
- M. Tenneson (Joseph), tanneur, à Château-Renault (Indre-et-Loire), présenté par MM. Petitpont et Livache;
- M. Absire-Sevrey fils (Adrien), tanneur, à Rouen, 38 bis, faubourg Mar-tinville, présenté par MM. Petitpont et Livache;
- M. Mabire (Robert), tanneur, à Pont-Audemer (Eure), présenté par MM. Petitpont et Livache ;
- Les Anciens établissements A. Combe et Fils et C'e, manufacture de peaux de chevreau pour chaussures, à Paris, 156, rue du Faubourg-Saint-Denis, présentés par MM. Petitpont et Livache.
- M. Livache lit un rapport, présenté au nom du Comité des Arts chimiques, sur un mémoire sur Les ocres de MM. Sirot et Joret.
- L’insertion de ce rapport et de ce mémoire dans le Bulletin est approuvée.
- M. Le cornu lit un rapport, présenté au nom du Comité des Arts mécaniques, sur Les expériences relatives à la résistance au mouvement des corps dans l'air, exécutées par M. Canovetti.
- L’insertion de ce rapport dans le Bulletin est approuvée.
- M. Dybowski, membre du Conseil, fait une communication sur le rouissage chimique des fibres {lin, chanvre, ramie, etc.).
- M. Dybowski, après aA-oir montré l’importance des fibres d’origine coloniale dans la consommation mondiale par suite du changement des circonstances générales intervenu dans la production, indique la décroissance progressive de la culture du lin en France. Il en recherche les causes. Elles résident, pour une grande part, dans la difficulté du rouissage. Cette opération est monopolisée actuellement par les entreprises installées sur la Lys en Belgique. Il en résulte que la majeure partie du lin cultivé en France passe la frontière et que le commerce de la fibre nous échappe en partie. On n’ignore pas que le rouissage en France rencontre des difficultés très grandes du fait qu’il contamine les eaux dans lesquelles il est pratiqué.
- Ces raisons font que, depuis fort longtemps déjà, on cherche un procédé qui puisse permettre de traiter la fibre en usine. Ce problème semble définitivement résolu par le procédé que décrit M. Dybowski et qui porte le nom de son inventeur, M. Peufaillit. L’opération consiste dans une digestion des fibres en paille dans un autoclave, sous pression, en présence d’hydrocarbures dont la nature et les proportions sont variables. Elle dure six à douze heures. Le procédé est entré dans la période d’application industrielle : une usine, située à Loos près de Lille, traite le lin en paille de cette façon.
- p.747 - vue 751/950
-
-
-
- 748
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- MAI 19 W
- Le traitement est facile, extrêmement peu coûteux, et donne des résultats qui, au point de vue industriel, sont très supérieurs à ceux tant du rouissage a l’eau par action microbienne, que de tous les rouissages chimiques essayés jusqu’à ce jour et notamment du rouissage bactériologique, qui a fait l’objet de recherches subventionnées par la Société. De'plus, ce procédé permet de traiter le lin, soit en paille, soit déboisé, ce qui en réduit le volume dans des proportions sensibles et facilite les transports à grande distance.
- Ce procédé, appliqué à la ramie, donne des résultats remarquables el permet d’obtenir des produits qui peuvent être filés et tissés dans les mêmes conditions que le lin. Là encore, le problème de l’utilisation de cette libre semble donc avoir obtenu une solution définitive.
- M. le Président constate qu’en effet, comme l’a rappelé M. Dybowski, la Société a subventionné les expériences de rouissage bactériologique entreprises par M. Feuillette, à la Station d’essai de Machines, dirigée par notre collègue, M. Ringelmann. Aujourd’hui, M. Dybowski nous fait connaître un procédé plus subversif, dont la théorie n’est pas encore établie et nous déroute, mais que les beaux échantillons, apportés par M. Dybowski, nous montrent pratiquement réalisable. Nous n’avons pas à prendre parti pour l’un ou l’autre de ces procédés si dissemblables ; nous avons à espérer au contraire que tous deux contribueront à la fois à retenir dans nos usines, et spécialement dans des usines coopératives que le Ministère de l’Agriculture aurait intérêt à subventionner, les fibres des plantes indigènes ou coloniales que nous voyons avec regret passer à l’étranger. La Société est reconnaissante à notre collègue, M. Dybowski, d’avoir bien voulu nous mettre au courant d’une industrie à peine éclose, et, s’il peut, sans sortir de la réserve qui s’impose pour toute invention nouvelle, nous résumer sa communication pour le Bulletin, les membres qui n’ont pas assisté à cette séance la liront avec le plus grand intérêt.
- M. Henri Guaumonot, Ingénieur des Arts et Manufactures, ingénieur à la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée, au Havre-Graville, fait une communication sur La construction et les usages des docks flottants.
- Les dimensions des navires croissent avec une telle rapidité que l’on doit se préoccuper de chercher les meilleurs moyens de les 'caréner. Des différents moyens de carénage : grils, slips, cales sèches, docks flottants, ce dernier semble être celui qui s’adapte le mieux aux nécessités présentes. Les types de docks flottants sont nombreux : box-dock, dock à ponton sectionné, dock à sections boulonnées, off-shore ; ils sont en général disposés de façon à pouvoir se diviser en morceaux que l’on carène les uns sur les autres. Ces docks, qui sont pourvus de bureaux, de logements, d’ateliers et de machines, ce qui les rend autonomes, atteignent quelquefois des dimensions considérables et peuvent soulever des navires de 25 000, 50 000 et 40 000 t. Sur
- p.748 - vue 752/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- 749
- 500 docks de plus de 500 t de puissance de levage existant dans le monde entier, la France n’en possède qu’un, celui de Boulogne. Cependant, des ports comme Marseille et Toulon se prêtent admirablement à l’installation de docks flottants. Dans ce dernier port, en particulier, où les formes de radoub seraient en temps de guerre insuffisantes, et peut-être même d’un accès impossible, il existe, dans la rade, (les endroits où un dock pourrait prendre et soulever les cuirassés pour les porter aux ateliers de réparation. Les docks flottants sont malheureusement trop peu connus en France; cependant, partout où il en existe, ceux qui s’en servent les apprécient, et leurs avantages sur les cales sèches sont nombreux : facilité de choix des dimensions et de l’emplacement, facilité d’agrandissement, rapidité de construction, prix moins élevé, rapidité de manœuvre et, enfin, possibilité de se déplacer, ce qui, au point de vue militaire, permet au dock de seconder une escadre et d’être son hôpital de campagne. Alors que la forme de radoub est arrivée à un type presque définitif, le dock flottant se modifie et se perfectionne chaque jour; lui seul peut suivre pas à pas le progrès toujours croissant des constructions navales; il est l’outil de l’avenir.
- M. le Président remercie M. Chaumonot d’avoir bien voulu, avec l’autorité qui s’attache à ses fonctions, nous mettre au courant de la façon élégante qui a permis de résoudre le problème du radoub de nos navires, depuis le plus petit steamer jusqu’à Y Olympic ou YImperator. Il nous a montré que notre marine n’avait malheureusement pas pris la tête de ce mouvement ; notre transatlantique La France a été se faire radouber à Southampton, en Angleterre ! Nous avons le droit d’espérer que la remarquable communication de M. Chaumonot, qui sera insérée dans notre Bulletin, avec plusieurs des photographies caractéristiques qu’il nous a montrées, contribuera à éclairer notre marine sur la nécessité d’augmenter le nombre de nos docks flottants, de contribuer ainsi au développement de notre commerce sur mer et d’assurer la défense nationale.
- La séance est levée à 22 h. 45 m.
- p.749 - vue 753/950
-
-
-
- BI R L10 G R A P J11K
- Nos mines et minières. Le minerai de fer de l’Anjou, de la Basse-Bretagne et de la Fosse vendéenne, Edition de La Bretagne économique et financière; 1, rue Saint-Julien, 1013.
- Le monde métallurgique, minier et financier s'est intéressé, dans ces dernières années, au minerai de fer de la Normandie, puis à celui de la Basse-Bretagne et de l’Anjou. Pour ne citer qn’un exemple, les concessions de Soumont, de Perrières et de Diélette, Calvados, dans le bassin d’Urville qui1 M. L. Cayeux a étudié, rachetées par la maison allemande Thyssen, viennent de donner lieu à la création de la Société des Hauts fourneaux de Caen, au capital de 30 millions. Actuellement, de nombreuses concessions de mines sont demandées ou entrent en exploitation, aussi bien en Normandie que dans l’Anjou.
- En Normandie, neuf concessions sont déjà exploitées.
- La région brelonne-angevine est celle sur laquelle on fonde les plus grandes espérances; mais aucune étude complète n’avait encore été publiée à ce sujet. On saura bon gré à La Bretagne économique et financière d’avoir réuni et complété les renseignements que l’on possédait sur la question, et de s’en être servie pour établir une étude générale que tout usinier, métallurgiste, financier, géologue, lira avec profit. Cette étude est accompagnée de nombreux croquis, coupes et cartes géologiques qui assurent sa clarté et sa précision. J. G.
- Les douanes françaises. Régime général. Organisation. Fonctionnement, par M. Georges
- Pallain, Gouverneur delà Banque de France. Nouvelle édition en 4 volumes. Paris,
- Librairie administrative Paul Dupont, 1913.
- M. Georges Pallain, Gouverneur de la Banque de France, a publié, il y a une quinzaine d’années, alors qu’il était Directeur Général des Douanes, un travail classique sur les services sous ses ordres. Mais depuis cette époque, la législation douanière a subi de nombreux changements, les règlements ont été profondément modifiés, l’organisation même de l’Administration a été remaniée. Le nombre des nouveaux textes (lois, décrets et arrêtés ministériels) n’est pas inférieur à cent cinquante. Le seul énoncé de ce chiffre suffit à faire ressortir la nécessité de cette nouvelle édition.
- M. Pallain indique, dans son avant-propos, quelques-unes de ces principales modifications. Une mention particulière doit être accordée à la révision générale des tarifs de 1910. Au point de vue douanier proprement dit, il y a lieu de mentionner l’intro-
- p.750 - vue 754/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE. ---- MAI 1913.
- 751
- duction dans notre législation du principe de l’application immédiate des relèvements des droits sur les produits de grande consommation (1897); l’institution du double tarif des denrées coloniales (1900); la transformation de l’admission temporaire des blés en une sorte de drawback (1902 et 1912); les conventions douanières avec divers pays ; la nouvelle réglementation sur les tares et emballages (1911 et 1912) ; la réorganisation du service des Douanes (1908 et 1911).
- Dans les autres matières, il y a lieu de citer la réforme des droits de quai (1897 et 1898) ; la réforme de l’impôt sur les boissons ( 1900) ; la convention de Bruxelles relative au régime des sucres, les protocoles de 1907 et 1912, et les mesures intérieures corrélatives ; les lois sur la marine marchande (1902 et 1906) ; les lois sur la répression des fraudes commerciales (1905,1907,1908); le remaniement du droit de statistique (1910); la loi sur les pêches maritimes (1911).
- L’ouvrage comprend quatre tomes.
- Le tome I est consacré au Régime des douanes :
- Déclarations. Origine des marchandises. Vérification des droits et liquidation. Régimes spéciaux des zones franches, des propriétés limitrophes, des îles voisines, de la Corse, de l’Algérie, de la Tunisie. Traités de commerce.
- Admissions en franchise. Marchandises de retour. Avitaillement des navires. Dépôts. Epaves. Colis postaux. Pacages. Prohibitions.
- Droits accessoires. Transit. Entrepôt. Admissions temporaires. Primes et drawbacks.
- Le tome II est consacré à la Navigation, aux Sels et Pêches, la statistique. Puis à l’Organisation et au Fonctionnement du Service.
- Le tome III traite de la Comptabilité, du Matériel et du Con tentieux. Il se termine par une table alphabétique des matières très développée, p. 485-561.
- Enfin le tome IV renferme le texte des Lois et Décrets concernant le service des douanes, et un tableau des Droits douaniers.
- Cet ouvrage forme le traité classique, merveilleusement ordonné et documenté, de tout ce qui concerne ce service si complexe. J. G.
- La téléphonie, par M. Émile Piérard. Tome I : Les lignes téléphoniques. Tome II : Appareils, Commutateurs, Tables standards. Bruxelles, Ramlot; Paris, Dunod et Pinat.
- L’ouvrage de M. Émile Piérard, directeur à l’Administration des Télégraphes belges, arrive à sa troisième édition. C’est dire en quelle estime les intéressés le tiennent.
- D’une part, l’accumulation considérable des matériaux, et la multiplication très grande des appareils, d’autre part leur complication et la rareté de documents précis donnent à l’ouvrage un intérêt tout particulier, parce qu’il nous expose le fonctionnement d’un bureau ordinaire de téléphonie privée ou publique avec tous ses détails pratiques, et toutes les possibilités d’appareillage. Le nombre des appareils possibles est déjà si grand, ainsi que l’on s’en rendra compte par la Table des Matières, que l’auteur a très sagement supprimé tous ceux dont l’emploi s’est restreint depuis une dizaine d’années. Il nous donne donc un exposé critique de la situation actuelle, et nous fait profiter de l’expérience due à sa situation. Il nous laisse espérer une troisième partie qui sera consacrée au fonctionnement d’un grand bureau.
- p.751 - vue 755/950
-
-
-
- 752
- BIBLIOGRAPHIE.
- MAI 1913.
- Extrait de la Table des Matières. —- Les téléphones musicaux et vocaux. Les microphones Les télémicrophones.
- Appareils d’appel auditifs et visuels. Générateurs. Transmetteurs.
- Hiles. Accumulateurs. Emploi des dynamos en téléphonie.
- Agencement des postes téléphoniques. Emploi des microphones. Renforçateurs.
- Circuits à plusieurs postes. Relais téléphoniques. Translateurs. Transmissions multiples. Commutateurs.
- Appareils annexes.
- Enregistrement de la parole.
- Téléphonie à travers l’espace.
- Conférence internationale de l’Heure. Bureau des Longitudes, Paris, octobre DM 2. Ïn-T
- de iv-28 p. avec 21 lig. Paris, (iauthier-Villars. (Prix : 10 fr.)
- Il ne s’est pas encore écoulé dix années depuis les premières applications de la radiotélégraphie à l’envoi des signaux horaires, et déjà les ondes hertziennes donnent l’heure exacte sur d’immenses étendues de continents et de mers. Outre leur utilité immédiate, pour la marine par exemple, ces signaux présentent de grands avantages pour l’astronomie, la géodésie, la physique du globe. Le Bureau des Longitudes a pensé que le moment était venu de proposer une coopération internationale pour étendre et perfectionner ce qui a été fait dans cette voie.
- Sur son initiative, une conférence internationale a été réunie à Paris, le 15 octobre 1912, pour étudier les moyens de réaliser l’unification pratique de l’heure et pour préparer un projet d’organisation d’un service international permettant de donner satisfaction à tous les besoins. Seize États se sont fait représenter officiellement à cette conférence. Ce sont les procès-verbaux détaillés de cette conférence internationale qui sont publiés aujourd’hui.
- Notons que la Conférence a constitué une commission provisoire, composée d’un délégué par chaque État représenté; la Commission provisoire comprend pour la France M. Baillaud, directeur de l’Observatoire de Paris, et, à titre consultatif, M. Ch. Lallemand.
- Traité élémentaire de tissage, par MM. James Dantzer et Robert Dantzer. Avec un atlas contenant 37.8 ligures. Lille, Jean Guermonprez.
- Les ouvrages consacrés à la filature et au tissage sont assez rares, et tout spécialement ceux dans lesquels on trouve l’étude de ces industries présentée de façon à pouvoir être abordée par les débutants. M. James Dantzer, professeur de filature et tissage au Conservatoire national des Arts et Métiers, et M. Robert Dantzer, professeur de tissage à la Société industrielle d’Amiens, nous font bénéficier, dans ce traité élémentaire, d’une expérience acquise depuis de longues années dans leur double professorat et dans leur pratique de techniciens. « Le résultat est parfait, écrit le directeur d’une revue spéciale. L’exposé est clair, précis, supérieurement documenté; avec figures schématiques dont toutes les difficultés ont été intentionnellement éliminées. Les principes fondamentaux qui servent de hase à la fabrication des étoffes, à la construction et au montage des principales variétés d’armures des tissus simples, etc., s’y trouvent condensés avec le plus grand art, et l’on ne peut trop recommander ce
- p.752 - vue 756/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE.
- MAT 1913.
- 753
- traité, aussi bien aux jeunes élèves des écoles de tissage qu’aux contremaîtres et ouvriers qui veulent exercer leur métier avec intelligence et se perfectionner dans leur profession. »
- Exploitation rationnelle des soufrières de Virdilio et Mintinella, par M. E. Ctmino. In-4
- de 152 pages. Palerme, A. Reber, 1912.
- L’ingénieur E. Cimino, qui a dirigé jusqu’à la fin l’exploitation des solfatares ou soufrières de Virdilio et Mintinella en Sicile, vient de leur consacrer une monographie très développée tant au point de vue technique qu’économique. Ces gisements étaient parmi les plus riches, puisque le filon renferme parfois un minerai renfermant jusqu’à 95 p. 100 de soufre natif. Le minerai affleure dans un banc calcaire dont la composition est la suivante : Ca CO3 68,18; SrCO3 0,27 ; CaSO4 1,51; SrSO4 25; CaO 4,34;
- BaSO4, Fe203, A120;!, SiO2 0,70.
- Après avoir décrit, dans une première partie, les divers gisements de la Sicile et de la Louisiane, l’auteur consacre les autres parties aux divers modes d’exploitation, tant à ciel ouvert qu’en souterrain, et aux résultats obtenus; les perfectionnements introduits, les calculs des frais d’exploitation, ceux des rendements et des profits sont largement développés avec l’autorité qui découle d’une longue pratique. Il en résulte une monographie industrielle aussi remarquable au point de vue économique qu’au point de vue technique. Les géologues et les directeurs d’usines y trouveront un modèle et un guide.
- Monographie comptable d’un grand magasin de détail, par M. A. Delbousquet. In-8 de iv-157 p. Paris, G. et M. Ravisse, éditeurs, 52, rue des Saints-Pères. (Prix : 6 fr.)
- Les entreprises où fonctionne une comptabilité de précision sont relativement peu nombreuses. C’est que l’organisation d’une comptabilité rationnelle exige des connaissances très étendues, si l’on veut que cette comptabilité soit, d’une part, exactement appropriée au genre d’opérations, et, d’autre part, qu’elle fournisse chaque mois tous les éléments d’iuformations qui permettent d’être renseigné exactement, sur le prix de revient, la situation des stocks par rayons, la situation détaillée des frais généraux, la situation générale de tous les comptes, et enfin le rendement net.
- Grâce aux principes qu’Eugône Léautey, Guilbault, Daubresse, Gabriel Faure, Deschamps ont dégagés dans leurs écrits, on peut tendre à établir une comptabilité presque parfaite. Mais la grande majorité des comptables reste figée, dit M. A. Delbousquet, dans des habitudes routinières, regrettablement propagées par certains cours d’enseignement commercial.
- C’est pourquoi l’auteur a résolu de publier une série de monographies, consacrées à chaque cas d’espèce. Il commence par celui d’un grand magasin de détail, et il y donne une étude très détaillée du pourcentage, des comptes des résultats, de l’organisation rationnelle des livres, avec des solutions fort intéressantes du problème des balances mensuelles et delà question de centralisation des opérations de caisse.
- Toute l’organisation préconisée par M. A. Delbousquet est basée sur les principes de la permanence de l’inventaire. Et l’ouvrage qu’il lui consacre, écrit avec une grande clarté, est une œuvre de science qui excite un vif intérêt et sera des plus utiles.
- p.753 - vue 757/950
-
-
-
- 754
- BIBLIOGRAPHIE.
- MAI 1913.
- Une campagne d’attaché commercial, par M. Fernand Pila. Paris, Marcel Rivière et Cin,
- 1, rue Saint-Benoît, 1912.
- M. Fernand Pila, Consul de France et atlaclié commercial pour les pays d’Extreme-ürienl, nous (expose, dans nette étude d’économie internationale, l'état des grands marchés d'Extrême-Orient, Japon et Chine.
- L'institution des attachés commerciaux est loute récente puisque l’organisation ne date que de 1908. Leur nombre est encore bien restreint, car ils ne sont que six, et l’on peut regretter que les pays de l'Amérique du Sud n’en aient pas. Leur rôle est double, et on peut les considérer comme étant des agents d’information en Extrême-Orient en meme temps que des agents de provocation commerciale en France.
- M. Fernand Pila remplit merveilleusement ce programme dans le volume qu’il a consacré à sa campagne de propagateur commercial. 11 y expose d'abord ce que nous pouvons vendre, et comment nous devons b' vendre. Il y condense, en second lieu, un ensemble de données, d’indications et d’initiatives que sa campagne a suscitées, soit à Paris, soit dans les places fortes de notre production : Roubaix et Tourcoing, Lyon, Saint-Étienne, Marseille, Bordeaux, Nancy,
- Il fait suivre cet exposé de statistiques douanières qui montrent ce que le Japon et la Chine demandent le plus à l’étranger, ce que la France leur fournit le plus.
- La part de la France y est bien restreinte, et le chiffre de nos iinporlations reste stationnaire, alors que celui de nos concurrents progresse.
- C’est que notre importation n’y est pas l’objet d’efforts méthodiques. Nos industriels ne sont pas suffisamment représentés; ils manquent d'un service commercial efficace. Pour créer ces organismes, il faut recourir à la force de l’association. L’utilité de cet effort est d’autant plus grande que l’industrie nationale delà Chine s’affirme de plus en plus, et M. F. Pila nous promet une enquête sur le grand travail d’aménagement industriel qui se produit en Extrême-Orient. Il recommande enfin une exposition permanente d’échantillons de fabrication française.
- Ces diverses suggestions méritent la plus grande attention au moment où les deux grandes nations de l’Extrême-Orient, la Chine et le Japon, précipitent leur mouvement de progrès industriel et commercial. J. G.
- Les plus belles roses au début du XXe siècle. Société nationale d’Horticulture de
- France. Paris, 1912.
- M. Maurice Lévêque de Vilmorin, président de la Section des roses de la Société nationale d’Horticulture, a adressé à notre bibliothèque ce superbe catalogue, enrichi d’illustrations remarquables.
- Les plus belles roses au début du XXe siècle, sont une œuvre collective, due non seulement au concours des grands établissements et des collections les plus célèbres, comme les roseraies de l'Haÿ et de Bagatelle, mais surtout à la coopération de divers membres de la Section des roses. Ils nous donnent un abrégé de l'histoire de la rose, une description du rosier, les principes de la culture, de la multiplication, de la taille, des chapitres sur les engrais, sur les insectes nuisibles, sur les maladies, sur la fécondation artificielle, sur l’emploi en groupes, festons, corbeilles et palissages ou dans la maison. Ce sont, c'est le cas de le dire, autant de festons ravissants qui entourent le
- p.754 - vue 758/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE.
- MAI 1913.
- 755
- catalogue mémo; celui-ci énumère, par sections, les meilleures roses à cultiver, dans le climat moyen de la France, avec la description sommaire, le nom de l’obtenteur, la date de la mise au commerce, les observations, etc. Ce catalogue renferme quelques milliers de variétés, et distingue parmi elles un choix des 100 et des 300 meilleures.
- Tous les amateurs de la rose, si nombreux aujourd’hui, auront cet ouvrage entre les mains. J. G.
- Annuaire universel des mines et de la métallurgie, par M. Robert Pitaval. Paris, 08,
- rue de la Chaussée-d’Antin. (Prix : 15 fr.)
- L’annuaire de notre collègue, M. R. Pitaval, ingénieur civil des mines, directeur de Y Écho des Mines et du Journal du Four électrique, a été fondé en 1906. A qui peut servir cet annuaire? A toute personne susceptible d’entrer en relations avec une mine ou une usine, car il renferme les adresses et les chiffres de production se référant à toutes les mines et usines métallurgiques de tous métaux du monde entier. C’est donc une source de renseignements extrêmement nombreux et, j’ajouterai, extrêmement précieux, grâce à leur précision.
- Encyclopédie scientifique 0. Doin et Fils, éditeurs, 8, place de l’Odéon (volumes in-18
- jésus de 300-400 p. (Prix : 5 fr.)
- La Bibliothèque des Industries biologiques s’est enrichie de :
- La fabrication du sucre, par M. D. Sidersky.
- On sait combien la technologie sucrière intéresse de personnes. Ce monde nombreux et varié comprend les industriels, les ingénieurs, les chimistes, les agriculteurs, les planteurs coloniaux, les constructeurs.
- Pendant que les industriels ont perfectionné les procédés de fabrication et de raffinage du sucre, les producteurs des matières premières ont modernisé leurs méthodes de culture et les ont rendues plus rationnelles. Ces progrès industriels et agricoles sont la conséquence du prodigieux développement des sciences physiques et chimiques et de leur application, aussi bien dans les usines qu’aux champs de culture. C’est ce que l’auteur de ce volume a cherché à faire ressortir, en résumant, dans un premier chapitre, la chimie des sucres et leurs propriétés caractéristiques, en exposant l’histoire de cette industrie depuis ses origines jusqu’à nos jours, en consacrant ensuite des chapitres spéciaux aux différentes matières premières, et en traitant enfin des différentes phases de la fabrication, du raffinage, du contrôle chimique et des emplois industriels du sucre. Si l’ampleur du sujet traité et la place restreinte n’ont pas permis à l’auteur d’entrer dans certains détails, le lecteur pourra toujours compléter ses références à l’aide de la bibliographie qui termine le volume.
- A signaler le chapitre consacré aux sucres d’érable et de palmier, ainsi que celui qui résume les emplois industriels des sucres, susceptibles d’ouvrir des débouchés nouveaux pour la consommation d’une matière dont la production tend toujours à progresser.
- La Bibliothèque de Zoologie appliquée s’est enrichie de :
- Les vers à soie. Sériciculture moderne, par M. Antonin Nolet.
- L’auteur, qui a toujours habité une région appropriée et qui a étudié la sériciculture dans tous ses détails, s'est proposé, dans ce volume, de diffuser, démettre à la portée des éducateurs
- p.755 - vue 759/950
-
-
-
- 756
- BIBLIOGRAPHIE.
- MAI 1913.
- de vers à soie, des graineurs, des contrôleurs 'des grainages, des élèves des écoles, de Ions ceux qui étudient la sériciculture ou qui s’y intéressent, des entomologistes, des mouliniers, des (dateurs, des négociants en soie, des syndicats agricoles, etc., les meilleures méthodes à suivre pour obtenir de bons rendements en cocons et en soit', pour faire la conquête des débouchés, pour lutter contre la concurrence étrangère, qui envahit nos marchés.
- Ces procédés rationnels de sériciculture moderne sont nés de déductions pratiques tirées, surtout, de l'étude scientifique des maladies des vers, véritables lléaux des chambrées. Ces maladies sont examinées dans un but pratique.
- Le aminime, en particulier, sur lequel repose, en grande partie, l’avenir des futures éducations, revêt une telle importance que l’administration a dû créer, dernièrement, tout un corps d’inspecteurs et de contrôleurs du grainage.
- Aménagement des fumiers et des purins, par M. Max Rinoelmann. ïn-16 do 188 p. (Nouvelle Bibliothèque du Cultivateur), avec 103 tig. Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 20, rue Jacob, 1913.
- Parmi les soucis qui incombent au cultivateur, il en est peu qui présentent autant d’importance que la bonne utilisation du fumier de ses animaux. Depuis de nombreuses générations, on a répété combien de pertes résultent de la négligence apportée dans le traitement du fumier, et combien de profits le cultivateur peut, au contraire, tirer d’un aménagement qui ne lui demande qu’un peu d’attention et de persévérance.
- C’est à rappeler les principes de cet aménagement qu’est consacré ce volume de la Nouvelle Bibliothèque du Cultivateur. Avec/la précision et la clarté qui caractérisent son talent, M. Max Ringelmann a réuni tout ce que le cultivateur doit savoir pour tirer le meilleur parti des fumiers et des purins.
- Un grand nombre de gravures, dont la plupart dessinées par l’auteur lui-même, accompagnent un texte que tous les cultivateurs auront intérêt à lire et à méditer.
- Manuel pratique du géomètre-expert, par M. J. Gommelet. In-16 de viii-491 p. Paris, H.Desforges, éditeur, 29, quaides Grands-Augustins, 1913. (Prix : 5 fr.)
- L'apparition de ce manuel sera accueillie favorablement parles géomètres et les experts, et surtout par les débutants qui n’ont pas toujours présents à la mémoire les multiples renseignements dont ils ont besoin, et que ce volume, d’un format réduit permettant de le glisser dans la poche, leur donnera immédiatement.
- Recettes utiles du bâtiment et de l’habitation, par M. G. Franche. In-16 de 277 p.
- Paris, G. Desforges, 1913.
- Ce petit recueil, où plus de 300 recettes sont indiquées, contient des renseignements d’une utilité journalière en matière de construction ou d’habitation, à la ville tout comme à la campagne.
- Manuel pratique du chauffeur-wattman, par M. H. de Graffjgny; Bibliothèque des Professions. J. Hetzel, éditeur.
- Ce manuel s’adresse à tous ceux qui pratiquent déjà ou se destinent à exercer le métier de conducteur d’autos, de taxi-autos, d’autobus, de tramways, etc., et doivent chercher à être à
- p.756 - vue 760/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE.
- MAI 1913.
- 757
- la fois mécaniciens et automobilistes. Ce manuel résume avec précision et clarté tous les renseignements d’ordre professionnel concernant les moteurs, les générateurs, les transmissions, les commandes des véhicules mécaniques. 130 ligures viennent compléter les démonstrations techniques mises à la portée; de tous. Un index des termes employés et une table alphabétique seront utilement consultés.
- La question du moteur sans soupape : le moteur Knight. Ce qu'il est, ce qu’il faut en penser, par M. A. Contet, Ingénieur des Arts et Manufactures, secrétaire de la rédaction de La Vie automobile. In-8 de vi-61 p., avec 20 fig. et 1 pl. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913.
- Les discussions qu’a fait naître l’apparition du moteur Knight ne sont pas encore apaisées, malgré les brillants états de services qu’il a fournis. Si ce moteur possède des partisans enthousiastes, séduits par ses indéniables qualités de vigueur, de souplesse et de silence, il possède aussi des détracteurs acharnés.
- Entre les uns et les autres se trouve l’immense majorité des automobilistes qui, pris entre les affirmations qu’ils peuvent supposer intéressées des partisans du Knight et les critiques de ses adversaires, seraient désireux de se faire une opinion fondée sur des raisons purement techniques et sur des observations rigoureuses.
- C’est à leur intention que ce livre a été fait. L’auteur a étudié, dans un esprit d’entière impartialité, les conditions de fonctionnement du moteur Knight et en a tiré toutes les conclusions qui en découlent.
- Cet ouvrage s’adresse à tous les automobilistes et à tous ceux qu’intéresse le moteur à explosion.
- La protection légale des dessins et modèles, propriété artistique en matière d’art industriel (loi de 1793-1902), droit commun (loi du 14 juillet 1909), par M. Georges
- Ghabaud, docteur en droit, avocat à la Cour d’appel de Paris. In-8 de xiv-324 p.
- (Prix : 9 fr.) Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913.
- Il a paru à l’auteur que la lecture d’un tel ouvrage gagnerait à être facilitée par le rappel des principes essentiels et par quelques précisions sur la terminologie employée en la matière. Ces notions et distinctions essentielles ont trouvé leur place naturelle au début du volume. L’exposé général des diverses lois leur fait suite et permet au lecteur de se rendre compte de l’évolution de notre système législatif, ainsi que du régime de droits applicable à un dessin ou modèle selon sa nature et l’époque de sa création. Le tout constitue la première partie de l’ouvrage.
- La seconde est plus spécialement consacrée à la loi du 14 juillet 1909. Elle contient le commentaire détaillé des dispositions de ce texte.
- L’étude du droit international, des renseignements sur les législations étrangères et les textes des lois étudiées complètent cet ouvrage. Une table alphabétique des matières le termine.
- M. Chabaud a soigneusement recueilli les décisions auxquelles a donné lieu l’application des lois de 1902 et de 1909, et a rappelé les décisions rendues sous l’empire des lois de 1793 et de 1806 toutes les fois que celles-ci présentaient encore de l’intérêt.
- Grâce au plan adopté et à un souci constant de satisfaire au point de vue pratique, sans rien sacrifier toutefois des principes et de la doctrine, l’auteur a pu condenser cette importante matière en un nombre relativement restreint de pages.
- p.757 - vue 761/950
-
-
-
- 758
- ftlMJOGRAPFIlE.
- MAI 1913.
- La locomotive. Description raisonnée à l’usage des ouvriers, par MM. II. Lamalle et F. Legein. In-8 de vtii-378 p., avec 301 fig. (Prix : 10 fr.) Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913.
- Préface des auteurs. —Ce livre s’adresse au personnel ouvrier du service de la traction des chemins de fer en général et plus particulièrement aux machinistes, chauffeurs, hommes de métier et agents de surveillance.
- Nous avons voulu procurer à ceux-ci un manuel dans lequel ils trouveraient, mise à leur portée, la description raisonnée des organes de la locomotive.
- La plupart des ligures de l’ouvrage ont été empruntées aux plans des locomotives des chemins de l’Etat belge.
- Enfin, si nous nous sommes étendus quelque peu sur l’histoire des origines de la locomotive, c’est en raison de l’intérêt qu’il y a, lorsqu’une invention a atteint son plein développement, de remonter à la source et de reprendre le processus de l'idée. A ce point de vue, l’histoire si attachante de la locomotive incline à faire aimer davantage ce merveilleux instrument de transport et conséquemment à en rendre l'étude moins aride.
- Nouvelle théorie et calcul des roues-turbines. Turbines à eau et à vapeur, pompes et
- ventilateurs centrifuges, turbo-compresseurs, ventilateurs hélicoïdes, hélices, par Hans Lorenz. Traduit sur la deuxième édition allemande par MM. H. Esiutallier et H. Streuler. ln-8 de xix-312 p. avec Dit pl. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913.
- (Prix : 14 fr.)
- Après la publication en français dos ouvrages de Stodola consacrés aux turbines à vapeur et de Zeuner traitant surtout de l'hydraulique, il a paru utile de mettre entre les mains de nos compatriotes la traduction de l’ouvrage où le Professeur H. Lorenz expose une théorie générale des roues-turbines envisagées dans l’ensemble de leurs multiples applications.
- Les traducteurs ont été confirmés dans ce dessein par la pénurie actuelle de notre bibliographie, non pas certes en savants travaux épars dans les périodiques, mais en ouvrages didactiques condensant l’étude des différents problèmes que pose l’application de l’écoulement des fluides à la mécanique pour en former un corps de doctrine.
- Le livre du Professeur H. Lorenz a paru mieux que tout autre susceptible de combler cette lacune, tant par la portée générale de sa méthode et le lien naturel qu’il établit entre la théorie mathématique du mouvement des lluides et l’hydraulique appliquée, que par le nombre d’exemples pratiques qu’il traite.
- Cette traduction comprend un appendice sur les roues à frottement de Tesla et de Gæde, comme application de la théorie exposée dans l’ouvrage.
- Rivières canalisées et canaux, par M. Cuënot, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. In-lfi de xn-904 p., avec 459 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. (Prix : 20 fr.)
- Cet ouvrage est un exposé de la question des rivières canalisées et des canaux, tant en France qu’à l’étranger.
- L’auteur y étudie successivement les barrages fixes, les barrages mobiles à fermettes, es barrages mobiles à hausse, les barrages mobiles à tambour et ceux à pont supérieur, puis compare l’utilisation des divers systèmes de barrages mobiles à l’établissement d une retenue d’eau.
- M. Cuënot passe ensuite à l’examen des moyens employés pour franchir les barrages. 11
- p.758 - vue 762/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE.
- MAI 1913.
- 759
- expose donc les conditions de la navigation par éclusées et flottages, des écluses à sas, la fondation des écluses à sas, l’emplacement, les abords et accessoires des écluses.
- Les canaux font l’objet d’une partie spéciale où sont étudiés les canaux latéraux et leur tracé, la consommation d’eau et l’alimentation des canaux, les réservoirs, les ascenseurs et plans inclinés, les ouvrages à la rencontre des voies de communication, l’amélioration, la transformation, l’entretien et l’exploitation des canaux.
- Le travail de M. Cuënot, d’uue grande clarté, est le plus récent qui existe actuellement sur cette partie si importante de la navigation intérieure.
- Introduction à la science de l’ingénieur. Partie théorique de Vaide-mémoire des ingénieurs, des architectes, etc. Arithmétique, algèbre, géométrie, trigonométrie, topographie, calcul différentiel et intégral, géométrie analytique, calcul graphique, mécanique, géométrie descriptive, dessin graphique et lavis, par M. J. Claudel, ingénieur civil. 8e édition, revue et mise au point par M. Georoes Dariès, ingénieur de la Ville de Paris. 2 forts vol. in-8 comprenant vm-1 858 p., avec nomb. formules et tableaux, 1 710 fîg. et 2 pl. Paris, II. Dunod et E. Pinat, 1913. (Prix : 28 fr.)
- VIntroduction à la science de Vingénieur a déjà eu sept éditions. Le succès de cet ouvrage est dû à son caractère pratique, et aussi à l’étendue et à la variété des matières qu’il embrasse.
- Bien que le programme général soit resté le même, tous les chapitres ont été revus et profondément modifiés, pour les mettre en harmonie avec les nouvelles méthodes d’enseignement des écoles techniques; les anciennes notations mathématiques et mécaniques ont été remplacées par des notations modernes.
- Le chapitre de la géométrie est entièrement nouveau. Ceux de l'algèbre, de l’analyse et de la géométrie analytique ont été considérablement augmentés, et contiennent toutes les notions qui sont nécessaires pour aborder utilement l’étude de la résistance, l’hydraulique, l’électricité, etc.
- Un chapitre spécial a été consacré au calcul graphique et mécanique, dont l’emploi se généralise chaque jour davantage dans l’art de l’ingénieur. Dans la mécanique, l’on a introduit quelques notions sur les théories du potentiel et de l’élasticité. La topographie a également été mise au courant des progrès récents.
- Avec la partie pratique de 1 ’Aide-mémoire des ingénieurs et des architectes et le volume sur VArt de construire, revus récemment, la nouvelle édition de VIntroduction théorique met à jour la collection des ouvrages de Claudel, dont soixante ans de succès n’ont pas diminué la réputation.
- Le problème des poudres au point de vue technique, économique et national, par M. Albert Buisson. In-8 de vui-252 p. Paris, II. Dunod et E. Pinat, 1913. (Prix; 4 fr. 50.)
- L’ouvrage de M. Buisson arrive à son heure. D’une lecture facile et dégagé de toute contingence, il met au point une question technique délicate, en même temps qu’il indique la marche à suivre pour éviter le retour des accidents que nous avons eu à déplorer.
- A ce titre, il intéresse tout particulièrement les ingénieurs, les marins, les officiers; le publie y trouvera, en outre, une confiance particulièrement opportune dans la situation difficile que nous traversons.
- p.759 - vue 763/950
-
-
-
- OUVRAGES REÇUS A LA RIRLIOTHÈQUE
- EN AVRIL 1913
- Mi NISTKRK DK l’AgII ICULTURE. DIRECTION GÉNÉRA LK DES K AUX K T FOUETS. — Service des grandes forces hydrauliques (Région des Alpes). Tonies V et VI : et annexe au tome VI: Compte rendu et résultats des éludes et travaux an 31 décembre 1911.— (Région du Sud-Ouest) Tomes I et II : Résultats obtenus [tour les bassins de l'Adour et de la Garonne au 31 décembre 1910. 14937-9,14978-9
- Fiat (A.). — Traçage, filetage, tracé des engrenages, calcul des vitesses des machines-outils. — In-8 (23 X 14) de vi-190 p., 141 fig. Paris, H. Desforges, 1913.
- 14940
- Graekigny (H. de). — Guide pratique du conducteur de machines. — In-I2 (18 x 12), lre partie : Chaudières et moteurs à. vapeur, de loi p., 33 fig. — 2e partie : Moteurs à, gaz, à essence et à pétrole, de 148 p., 39 lig. Paris, H. Desforges, 1913. 14941-2
- Margival (F.). — Les colles (Encyclopédie des aide-mémoire Léauté), de 139 p., Il fig., Paris, Gauthier-Villars ; Masson et Cie. 14943
- Karaté (E.). —La taille du prunier d'Ente. 1° édition, ln-18 (10 X 12) de 02 p., 14 fig. Villeneuve-sur-Lot, Alfred Bador, 1911 (Don de M. Truelle). 14944
- Flamand (G.-B.-.M.). — Recherches géologiques et géographiques sur le Haut-Pays de l'Oranie et sur le Sahara (Algérie et Territoires du Sud). In-4 (32 X 24) de 1 001 p., 137 fig., XVI pl., 7 cartes. Lyon, A. Bey et Ci,:, 1911. 14945
- Ravirez (Santiago). — Datos para la historia del Colegio de mineria, bajo la forma de efemérides (Edieion de la Sociedad « Alzate »). In-8 (24 x 10) de 490 p. Mexico, 1890.
- 14946
- Mayer (G.-D.). — Etude dynamique des moteurs à cylindres rotatifs. Traduit de l’italien, par Otoiuno Pomilio. In-8 (23 x 14) de xn-126 p., 08 lig. Paris, IL Dunod et Pinat,
- 1913. 14947
- üllivier (H.). — Cours de physique générale (Leçons professées à la Faculté des Sciences de l’Université de Lille). In-8 (23 X 10). Tome II : Thermodynamique et étude de l’énergie rayonnante, de 293 p., 112 fig. Paris, A. Hermann et fils, 1913. 14948
- Poincaré (Henri). — Leçons sur les hypothèses cosmogoniques, professées à la Sorbonne. 2e édition. In-8 (23 x 10) de lxx-294 p., 43 fig. Paris, A. Hermann et fils, 1913.
- 14949
- p.760 - vue 764/950
-
-
-
- OUVRAGES REÇUS.
- MAI 1913.
- 761
- Société Française de Physique. — Recueil de constantes physiques, publié par Henri Abraham et Paul Sacerdote. In-4 (28x22) de xvi-753 p. Paris, Gauthier-Villars, 1913.
- 14950
- Lamalle (U.) et Legein'( F.). — La locomotive. Description raisonnée de ses organes à l’usage des ouvriers. In-8 (2i x 16) de vm-378 p., 301 flg. Bruxelles, Ramlot frères et sœurs ; Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 14951
- Société Nationale d’Horticulture de France. Section des roses. — Les plus belles roses au début du XXe siècle. In-8 (27 x 17) de x-235 p., fig., XXVIII planches. Paris, Charles Amat (Don de M. Maurice de Vilmorin, président de la Section des roses). 14952
- Exposition universelle et internationale de Bruxelles, 1910. Classe 75 : L’éclairage non électrique. — Rapport par M. Pierre Arnould. In-8 (27 x 18) de 95 p., 50 fig. Paris, Comité français des Expositions à l’Étranger, 1912. 14953
- Pila (Fernand). — Une campagne d’attaché commercial. In-12 (19 X 13) de 258 p. Paris, Marcel Rivière et Cie, 1912. 14954
- Pallain (Georges). — Les douanes françaises. Régime général, organisation, fonctionnement. Nouvelle édition. In-8 (25 x 16). Tomes I, II, III, IV. Paris, Paul Dupont, 1913.
- 14955-14958
- Direction générale de l’organisation agraire et de l’agriculture (Russie). — Les travaux
- des Commissions agraires (1907-1911). In-f° (35 x 25) de vi-114 p., 40 plans, XXVI planches. Saint-Pétersbourg, 1912. 14959
- Rolet (Antonin).-- Les vers à soie, Sériciculture moderne. (Encyclopédie scientifique) de 430 p., 103 fig. Paris, 0. Doin et Fils, 1913. 14960
- Sidersky (D.). — La fabrication du sucre (Encyclopédie scientifique), de 356 p., 37 fig. Paris, O. Doin et Fils, 1913. 14961
- Chalox (Paul-F.). — Les explosifs modernes. 3e édition. In-8 (24 x 16) de 787 p., 2 7 fig. Paris, Ch. Béranger, 1911. 14962
- Pierard (Émile). — La téléphonie. 3e édition. Tome II : Appareils, commutateurs, tables standards, de vm-334 p., 328 fig. Bruxelles, Ramlot ; Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1912. 14963
- Delbousquet (A.). — Monographie comptable d’un grand magasin de détail. In-8
- (25 x 16) de iv-157 p. Paris, G. et M. Ravisse, 1913. 14964
- Faux (Léon). — Principes et théorie de la transformation des laines brutes en fils peignés. In-f° (33 x 25) de 409 p., 212 fig., III pl. Paris, Ch. Béranger, 1913. 14965
- Gatin ;C. L.). — Les arbres, arbustes et arbrisseaux forestiers (Encyclopédie pratique du Naturaliste). In-12 (17 x 12) de lx-117 p., 32 fig., C planches. Paris, Paul Lecheva-lier, 1913. 14966
- Minerai (Le) de fer de l’Anjou, de la Basse-Bretagne et de la Fosse vendéenne.
- In-4 (28 x 19) de 109 p., V pl. Nantes, La Bretagne économique et financière, 1, rue S1 Julien (Place Royale), 1913. 14967
- Horsin-Déon. — Évaporation des jus sucrés. In-4 (28 x 18) de 192 p., 27 fig. Paris, L. Geisler, 1913. 14968
- Bureau des longitudes. — Conférence internationale de l’Heure (Paris, octobre 1912). In-4 (28 x 22) de 286 p. Paris, Gauthier-Villars, 1912. 14969
- Tome 119. — Ier semestre. — Mai 1913. 50
- p.761 - vue 765/950
-
-
-
- 762
- OUVRAGES REÇUS. — 'MÀI 1013.
- iii-
- GraFFIGNY (H. De] — Alarmai ^
- 360 p., 130%. Paris, j. Au ^uffeur-wattman.. Jn-J? (19
- X J 2) de
- 14970
- Gommelet (J.). __ Manuel pra^
- I ans, II. Desforges, 1913.
- Franche (G.). 7_ •
- P-, 30 ûer ”
- - Recettes utiles du bâtiment et de l’habitation. In-12 (19 x 12) de 60' . r'aris, H. Desforges, 1913. 14972
- ^ue du géomètre-expert. In-16 (13 X 10) de 491 p.
- 14971
- jFeice du travail de Belgique. — Monoyraphies industrielles. Groupe XV : La typographie et ses produits. Tome II : Bruxelles, J. Lebègue et Gie, 1913. 14973
- Wagner (J.-Pii.) et Büchler (M.). — Mathématiques, commerce, comptabilité agricoles. 3e éd. In-8 (23 x 13) de xiii-853 p., 102 fig. Paris, Charles Amat, 1908 (Don de M. Truelle). 14974
- Claudel (J.). — Aide-mémoire des ingénieurs, architectes, etc. In-8 (23 x 141. Partie théorique : Introduction à la science de l’ingénieur. Tomes I et II. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 14975-6
- Dantzer (James) et Dantzer (Robert). — Traité élémentaire de tissage. In-8 (27 x 21) de 88 p. et atlas de 378 fig. Lille, J. Guermonprez, 1908. 149 77
- Saillard (Emile). — Betterave et sucrerie de betteraves. 2e éd. (Encyclopédie agricole) de 618 p., 121 fig. Paris, J.-B. Baillière et Fils, 1913. 14980
- Lorenz (Hans). — Nouvelle théorie et calcul des roues-turbines. Traduit sur la 2e édition allemande par H. Espitallier et H. Strehler. In-8 (23 x 16) de xiv-311.p., 121 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 14981
- Schils (J.). —Installations téléphoniques. 3e éd. In-8 ((21 x 13) de viu-326 p., 208 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 14982
- *
- Richard (Jules). — Instruments de précision. Enregistreurs. Industrie, in-4 de 112 p., fig. — Électricité, in-4 de 88 p., fig. Paris, 25, rue Mélingue. Pièces 1 2022-3
- Richard (Marius). — Travaux inutiles? Réponse à M. Colson. In-12 de 45 p. Paris, 1913.
- Pièce 12 024
- Berton (A). — Le chemin de fer de Corbeil â Melun et à Montereau. In-8 de 24 p., IV pl. Paris, Chaix, 1912 (Don de M. A. Moreau, membre du Conseil). Pièce 12 025.
- *
- * *
- Ministère de l’Agriculture. Direction de l’hydraulique et des améliorations agricoles. Annales. Fascicule 48 (1911). Table générale des matières du fascicule 26 au fascicule 42 inclus. Pêr. 9
- Administration des monnaies et médailles. — Rapport au Ministre des Finances, 1912. Paris, Imprimerie nationale, 1912. Pér. 212
- Sociedad cientifica « Antonio Alzate ». —Memorias y Revista. Tomo XXIX (1909-1910), nos 7 à 12; Tomo XXX (1910-1911), n°» 1 à 6. Pér. 10.
- Association française pour le développement des travaux publics. — 4e Congrès national des Travaux publics français. Paris, novembre 1912. Compte rendu des travaux. Paris, 33, rue Le Peletier. Pér. 408
- p.762 - vue 766/950
-
-
-
- OUVRAGES REÇUS.
- MAI 1913.
- 763
- Annuaire des valeurs régionales, publié par la Banque Renauld et Cie, Nancy, 1913. Nancy, Berger-Levrault. Annuaires.
- Smithsonian Institution.—Annual Report, 1911. Pér. 27
- Ohio Agricultural Experiment Station. — Bulletin 218: The Status of thePotato growing Induslry, by F. H. Ballou, pp. 561-593. 12 fig. — Bulletin 234 : Flour Mill Fumigation, by W. H. Goodwin, pp. 171-181, 1 fig. — Bulletin 238 : Tobacco Culture in Ohio, by A. D. Selby and True Houser, pp. 263-359, 23 fig. — Bulletins 230, 235, 237.
- Circular n° 113 : Alfalfa in Ohio, by W. M. Cook, 55 p., 26 fig. — Circular n° 118 : Farm Poultry, by W. A. Lloyd and W. L. Elser, pp. 63-90, 7 fig. — Circulars n° 103, 110, 115, 116, 117, 119, 120, 121, 122, 123, 124, 127, 128 (Don de M. Truelle). Pér.415
- Revue de Métallurgie. — Table des cinq premières années, 1904 à 1908 inclus. Paris, 7, rue de Madrid, 1912 (Don de la Revue de Métallurgie). Pér. 304
- Elektroteciixischer Verein in Wien. Elektrotechnik und Maschinenbau. Festnummer, 1883-1913. Pér. 377.
- .Annuaire universel des Mines et de la Métallurgie, par Robert Pitayal. 1912-1913.
- Pér. 416.
- Institution of civil engineers. — Minutes of Proceedings. Vol. CXCI. Pér. 189.
- L'agent général gérant, E. Lemaire.
- p.763 - vue 767/950
-
-
-
- p.764 - vue 768/950
-
-
-
- 112e ANNÉE.
- 1°' SEMESTRE.
- JUIN 1913
- BULLETIN
- DE
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ARTS CHIMIQUES
- Rapport de M. Ach. Li vache, présenté au nom du Comité des Arts chimiques, sur un travail de MM. Sirot et Joret, intitulé : L'orre.
- MM. Sirot et Joret, Ingénieurs-agronomes et préparateurs à la Station agronomique de l’Yonne, soumettent à l’examen de la Société une étude sur l’ocre, précédée d’une introduction due à M. Rousseaux, directeur de la Station.
- On sait que l’on désigne sous le nom d’ocres des argiles colorées, généralement en jaune, par du sesquioxyde de fer hydraté; sous l’influence de la chaleur, le sesquioxyde de fer se déshydrate et les ocres prennent une belle teinte rouge ; on obtient ainsi des produits très employés en peinture et présentant toute la gamme des colorations depuis le jaune jusqu’au rouge foncé.
- La France est un des principaux pays producteurs d’ocre ; sa production totale est de 40000 t, représentent 3500 000 fr, et, pour sa part, l’Yonne produit 15 000 t d’une valeur supérieure à 2 000 000 fr.
- Les auteurs étant à proximité des importantes ocrières de la Puisaye, Tome 119. — 1er semestre. — Juin 1913. 51
- p.765 - vue 769/950
-
-
-
- 7 6 G
- ARTS CHIMIQUES.
- - JUIN 1913.
- dans P Yonne, ont été amenés à les étudier tout spécialement. Ils décrivent d’abord les terrains de la Puisaye dans lesquels on rencontre l’ocre, et les méthodes d’exploitation; ils déterminent ensuite la composition de l’ocre brute, sa formation, et terminent par un trop rapide aperçu sur la transformation de l’ocre brute en ocre commerciale.
- En examinant la composition des ocres de la Puisaye, MM. Si rot et Joret sont arrivés à cette constatation très intéressante et un peu inattendue, à savoir que l’on se trouve en présence d’un produit de constitution essentiellement sableuse.
- Si nous comparons leurs analyses des ocres de la Puisaye à des analyses très complètes publiées récemment par M. Bouchonne! pour des ocres de Bourgogne, nous voyons les cliitîres suivants :
- Oxyde de 1er............... JO,08 à 22,10 17,30 à 18,91
- Alumine.................... IG,90 à 17,02 1,71 ;'i 8,40
- Silice..................... il ,29 à 46,77 33,19 à 71,12
- Les ocres de la Puisaye sont donc peu riches en fer, très sableuses et très peu argileuses. Les nombreuses analyses données par les auteurs, complétées par l’analyse physique, qu’ils ont faite en suivant la même méthode que pour l’analyse des terres, mettent bien en évidence la prédominance du sable en même temps que la faible teneur d’argile. 11 y a à un point à signaler, étant donné que les ocres de la Puisaye seraient d’excellente qualité.
- Cette faible teneur d’argile prouve que, pour une ocre, la valeur dépend beaucoup plus de la coloration et de la finesse que de la plasticité : ce qui vient appuyer cette manière de voir, c’est, d’une part, que l’on remplace souvent les ocres par des résidus de combustion des pyrites de fer qui 11e contiennent pas d’argile ; d’autre part, M. Bouchonnet a montré que,sous l’influence de la chaleur, les ocres, amenées à une belle coloration rouge, ont une plasticité qui s’atténue jusqu’à devenir nulle à 800°.
- MM. Sirot et Joret ont décrit toutes les opérations de transformation de l’ocre brute en ocre commerciale; malheureusement, les auteurs ne consacrent que quelques lignes à la transformation des ocres jaunes naturelles en ocres rouges sous l’action de la chaleur; or, une question des plus délicates consiste à lixer quelles sont les conditions les meilleures de
- p.766 - vue 770/950
-
-
-
- L OGRE,
- 767
- chauffage, tant au point de vue de la durée qu’à celui de la température, pour limiter la déshydratation et obtenir une coloration déterminée. 11 est à souhaiter que les auteurs, ainsi qu’ils l’annoncent, complètent leur étude à ce point de vue.
- En résumé, le travail de MM. Sirot et Joret contient des parties intéressantes, et le Comité des Arts chimiques a l’honneur de vous proposer d’insérer leur mémoire avec les croquis, dans le Bulletin de la Société.
- Signé : A. Livache, rapporteur.
- Lu et approuvé en séance publique le 95 avril 1915.
- p.767 - vue 771/950
-
-
-
- A K T S. CHIMhJllKS
- L’OCRE
- Contribution à son étude chimique.
- P RKFA CK
- Les ocres sont dos produits dont l'emploi est des plus courants : leur utilisation daus les pointures ordinaires, qui presque toutes en renferment, dans la préparation des siccatifs, des papiers peints, des eravons et de tant d'autres substances colorées, est assez répandue pour qu’on s'explique la consommation considérable qui s'en fait en France et à l'étranger.
- La France est, aujourd'hui, à peu près le seul pays producteur d'ocres. en tout cas de beaucoup le plus important ; celles-ci y sont, dans quelques régions, assez abondantes et d’une qualité supérieure à celle des autres pays. La production totale de la France est voisine de i0 000 t, représentant une valeur d'environ 3 500 000 IV.
- bien pen de départements, soit cinq ou six, contiennentdes gisements exploitables. Parmi eux, l'Yonne tient la tète et, aux environs d'Auxerre, l'industrie ocrière est assez importante, tant par l'exploitation des gisements, que par la transformation des ocres brutes en ocres commerciales et par la valeur de celles-ci. A lui seul, l'Yonne produit environ lo 000 t, d une valeur de plus de 2 000 000 fr.
- ]\les collabora teurs, MM. Sirot et Jorel, étaient on ne peut mieux placés pour entreprendre une étude sur l’ocre. Se trouvant à proximité des gisements de la Puisavc, qui sont les plus renommés, ils pouvaient aller facilement les étudier en détail, y elfecluer tous prélèvements et y recueillir tous matériaux nécessaires. Leur compétence pour la partie chimique les autorisait également à mènera bien ce travail. Celui-ci n'est, d’ailleurs, (pie le début de recherches qu’ils se proposent de poursuivre sur celle question.
- Mais, tel qu’il est, ce travail est d'autant plus instructif qu’il constitue une documentation sérieuse, à coté de celle, iusuflisante, vague et parfois erronée, (pii existait auparavant sur les ocres.
- p.768 - vue 772/950
-
-
-
- l/oCRE.
- 70'J
- L'étude sur place a montré aux ailleurs que, dans l’Yonne, les ocres étaient placées entre les sables dits de la Puisayc et les marnes de Brionne ; il ressort de leurs observations que l’ocre serait une formation transitoire entre l’Albien et le Cénomanien, conclusion qui viendrait à l’appui de celle de certains géologues, qui placent les marnes de Brienne, non dans l’Albien, mais à la base du Cénomanien.
- L’étude de la composition chimique de l’ocre est basée sur de nombreuses analyses très précises, qui ont fourni des résultats plus intéressants et plus exacts que ceux donnés dans quelques rares publications, où les mômes résultats sont toujours reproduits et, malheureusement, avec les mêmes erreurs. Les cliitl'res de MM. Sirot et Joret se rapportent à la composition des ocres naturelles et à celle des ocres commerciales, après le traitement à l’usine. De la discussion de ces chiffres, ils sont amenés à conclure que l’ocre est un produit de constitution essentiellement sableuse, et il leur semble que la dénomination d’argile, qu’on lui a donnée jusqu’ici ne serait pas exacte, du moins pour les ocres de l’Yonne, les propriétés physiques dont elles jouissent étant dues à l’oxyde de fer et non à l'argile proprement dite.
- Les auteurs renseignent, à l’aide des documents ainsi obtenus, sur la formation possible de l’ocre, qu’ils mettent en parallèle avec les formations similaires actuelles. A leur avis, partout où il y a des composés du fer, il peut y avoir dissolution et ensuite formation de dépôts ocreux ; ils montrent qu’en Puisaye, en effet, les différentes assises géologiques sont particulièrement riches en fer sous divers états.
- Enfin, la dernière partie est un exposé très succinct de la transformation de l’ocre naturelle en ocre commerciale; elle fera l'objet d’un coin phi ment dans la suite.
- La présente élude est donc, avant tout, une étude chimique de l’ocre. A ce point de vue, elle apporte, à la connaissance de celle-ci, par les nombreux résultats analytiques, une documentation très sérieuse, dont il convient de féliciter les auteurs.
- Eluène Boisseaux,
- Dirccleur de la SïaÜon af/ronomir/ue de l'Yonne.
- INT 110 DUC T10.N
- En certains points du globe, notamment en France, on trouve, dans diverses assises géologiques, des sortes de filons ferreux de couleur jaune ou rouge, d’importance fort variable, constitués par du sable que cimente de l’oxyde de fer et connus sous le nom d’ocres.
- Les ocres jaunes contiennent-l’oxyde de 1er sous la forme hydratée; les
- p.769 - vue 773/950
-
-
-
- 770
- ARTS CHIMIQUES.
- JUIN 491 n.
- rondos sons la forme anhydre ; un calcinant les premières on peut obtenir les secondes. Les ocres ont la propriété (h; donner des couleurs très lixes et l'industrie les (exploite pour en fabriquer toute une série de couleurs diverses connues dans le commerce sous les lions de : terre d’Italie, rouge de \cnise, terre de Sienne, d'Ombre, rouge d'Angleterre, (de.
- Les ocres rouges naturelle* sont très rares, aussi le plus souvent, a-t-on
- Couches iiiarneusos (I ni)
- Couches ocreuses (1.50 m)
- Sahlos
- he la Puisave
- Fig. 1. — Mine en naissance.
- ensemble complexe ne se séparant pas toujours nettement de la partie supérieure des couches à ocres
- nodules phosphatés rognons mnnganésifères
- sables verdâtres (0,15 ni)
- nodules phosphatés
- rognons manganésitéres
- gruain )
- j 0.30 m rocher )
- Étude détaillée de la couch? à ocre au lieu dit : Montais, près Parly (Yonne).
- recours à la calcination des jaunes pour les obtenir. Certaines ocres renferment, à côté de l’oxyde de fer, une proportion plus ou moins grande d’oxyde de manganèse qui leur communique une teinte brune.
- TCn somme, pratiquement, les différentes variétés d’ocres se groupent en :
- Ocres jaunes,
- Ocres rouges,
- Ocres brunes.
- p.770 - vue 774/950
-
-
-
- LOCRE.
- 771
- I)i\nrs pays <1 Europe, eurent tour à tour le monopole de l’ocre; actuellement, c'est la France qui tient le premier rang dans l'industrie ocrière ; c’est (die qui en approvisionne la plupart des pays étrangers.
- Les div erses questions ayant rapport aux. ocres sont encore assez peu connues cl on ne possède sur elles que des notions vagues, parfois erronées; il nous a paru intéressant de chercher à préciser [ces notions et d'entreprendre sur
- Arc;Uns n silex du tcrl.dire
- Terre végétale
- Craie de liouen
- Marne de Brienne
- Couche
- de l’ocre exploitée ( varie
- de 0,50 m à 2 m)
- Sables
- do la Puisave
- ; -,, y .
- Fig. 2. — Mine en exploitation.
- épaisseur fort variable
- ocre commune
- ocre belle ou fine
- gruain
- rocher
- Etude détaillée do la couche à ocre au lieu dit : Montois, près Parly (Yonne),
- l’ocrc une élude au point de vue géologique, chimique et industriel. Le département de l’Yonne produisant à lui seul la presque totalité des ocres de France, il était tout indiqué de faire l’étude de l'ocre en cette région; l’industrie ocrière y est développée et pour ainsi dire modèle, et l’ocre qu’on y exploite est un produit type et d'une qualité supérieure.
- Nos études nous ont montré que l’ocre, en Puisa ve, est tou jours située dans l'étage alhien, entre les sables verts el les marnes de Brienne. Cette situation,
- p.771 - vue 775/950
-
-
-
- 772
- Airrs CHIMIQUES.
- JUIN 19i:î.
- d’ail leurs, si elle esl constante en Puisaye, n’est sans doute pas générale, l’ocre ayant ]>u stî <lé] >oser, évidemment, partout où des matériaux ferrugineux de Quelque importance ont permis sa formation ; c'est ainsi que dans le Pas-de-Calais, comme en font foi les coupes données par AL Hubert, l'ocre repose sur la craie.
- Les observations (pie nous a permis de faire notre élude chimique de l'ocre, tant au point de vue de sa composition qu'au point do vue de sa formation, nous paraissent dignes d être développées avec quelques détails, mais auparavant nous jugeons nécessaire de donner la structure et les particularités de la couche à ocre.
- L'ocre s'exploite par puits ou dans des mines à ciel ouvert; les mines qui s'ouvrent là où la couche ocrouse affleure à flanc de coteau, prennent, au début du l’ouverture, le nom de mine en naissance ; la couche ocreuse de la mine en naissance est généralement de qualité inférieure et inexploité*', mais elle présente souvent des particularités fort intéressantes.
- Dans les mines en naissance la couche ocrons*' ne présente pas de différence d'aspect bien marquée dans son ensemble, et sa composition chimique aux différents niveaux, comme on le verra plus loin, est peu variable. Elle a l’aspect d'un sable grossier teinté én jaune d une façon à peu près uniforme sur tonte l'épaisseur de la couche. Au milieu de celte couche nous avons trouvé une bande de sable dénaturé glaueonieuso, el, disséminées déplacé en place, des concrétions de la grosseur du poing, constituées en majeure partie par du phosphate de chaux; en certains points on trouve aussi dus rognons bruns que l'analyse nous a montrés contenir *1*' fortes proportions de manganèse ; enfin nous devons signaler la présence de débris fossiles osseux el de dents présentant les caractères des dents de squales.
- A la base de la conclu' ocreuse, on trouve un ensemble de .‘10 cm à do cm d’épaisseur qui peut se séparer en deux parties ; d'abord une partie formée surtout de sable grossier coloré par l’oxyde de for et associé à des particules ferrugineuses très distinctes, ne présentant aucun lien entre elles, ce qui la différencie de ht couche ocreuse proprement dite, où le fer ne présente pas ce même état physique; cette première division forme ce qu'on appelle le gruain. Au-dessous du gruain, constituant la base proprement dite de la couche à ocre, on distingue le rocher qui diItère du gruain en ce sens que les grains de sable sont liés entre eux par une forte proportion d’une sorte de ciment do couleur brune fortement ferrugineux.
- Au fur et à mesure que la mine en naissance progresse et qu’on s’avance vers l'épaisseur de la couche, celle-ci change progressivement d’aspect ; les particularités géologiques signalées plus haut deviennent, déplus en plus rares
- p.772 - vue 776/950
-
-
-
- I, OCRE.
- 773
- et disparaissent,; la teinte, de plus on moins jaune-brune qu’elle était, passe à un jaune plus net et le sable, dans la partie moyenne tout au moins, apparaît plus lin ; on arrive ainsi à la couche exploitable.
- Les couches docre exploitées sont d’une épaisseur fort variable, comprise entre 0,b0 m et 2 in. billes présentent d’abord, comme l’indique la coupe détaillée, une assise d’un jaune pale donnant avec l’eau une pâte peu liante et constituant Y ocre commune ; son sable n’est pas très fin; l’ocre commune occupe, dans la couche exploitée, la plus grande épaisseur. Au-dessous, on trouve une couche d’un jaune plus foncé, à sable plus lin, englobé par une quantité plus grande d’oxyde de fer; c’est Y ocre belle. L’ocre commune peut être considérée comme la partie supérieure de l’ocre belle, que les accidents géologiques auraient mêlée à la couche marneuse supérieure. L’ocre belle est encore appelée ocre fine; le plus souvent, son épaisseur est moitié moindre que celle de l’ocre commune.
- Sous ces deux couches, on retrouve le gruain, puis le rocher nettement délimités, avec les caractères que nous avons indiqués dans la mine en naissance ; dans certains centres, ces deux couches sont appelées respectivement le caillou et le mâchefer.
- Les différentes ocres dont nous donnons la composition ont été prélevées dans le canton de Toucy, sur les différents points d’exploitation les plus importants (Pourrain, Sauilly, etc.). La structure détaillée de la mine en naissance et de la mine en exploitation a été spécialement étudiée sur le versant du Tholon, au lieu dit Montois, près de Parly, propriété de M. Moutheau, indus-triel-ocrier.
- 1
- Étude chimique.
- Considérations générales. — On a l’habitude de considérer l’ocre comme une arcjile ferrugineuse. Elle en a peut-être l’aspect physique, mais il nous semble que cet aspect est plutôt dû à la forte proportion d’oxyde de fer qui jouerait le même rôle que l’argile proprement dite, tout au moins pour les ocres de la Puisaye ; on sait, en effet, que l’oxyde de fer a des propriétés physiques analogues à celles de l’argile et exerce la même influence que celle-ci sur les propriétés des terres (1). Il ressort d’ailleurs des différentes analyses que
- (1) Voici des observations qui confirment notre manière de voir, au sujet, de l’influence de l’oxyde de fer sur les propriétés des terres.
- Dans une étude sur la valeur agricole des terres de Madagascar, qui a porté sur environ
- p.773 - vue 777/950
-
-
-
- 774
- ARTS CHIMIQUES.
- juin 101 :î.
- iioiis avons l'ailos <juo l'ocro nsi nonstilm'n prosqun tmiqiiomonl par mm forlo proportion du saldo ni du silieu plus ou moins (ins, accoinpagnûs d’oxyde do fer.
- Nous donnons ci-dossous, l’anidysu d’imu ocre el. d'une argile légèrement fuiTiiginuusu dus environs de Paris; on pourra se ronde eomplo de la di Hure nue de eomposition de eus deux produits. Si nous insistons sur ce point o'esl que divers auteurs croient, devoir exprimer comme argile, dans les analyses d'ocre, loul ce qui tfusl pas sable.
- Composition d'une argile et d’une ocre des environs de Paris.
- Dosages effectués. Oçre. Argile.
- Humidité. . 0,94 1 4,58
- Perte au rouge 9,10 ))
- Silice et sable 04,14 51,74
- Oxyde de fer 22,00 4,91
- Alumine 3,50 20,10
- Chaux traces 2,25
- Dans les deux exemples ci-dessus ces auteurs donneraient comme teneur en argile :
- Pour l’ocre............. (100-0,94) — 64,14 = 34,92 d’argile.
- — l'argile............. (100-14,58) — 51,74 = .43.68
- 700 échantillons, MM. Miinlz et Eug. Rousseaux ont montré que les terres rouges ou jaunes qui forment la majeure partie de la grande île se font remarquer par une grande plasticité quand elles sont humides, et une dureté très forte quand elles sont sèches, et qu’elles doivent ces propriétés non à de l’argile semblable à celle qui forme la hase de la plupart des terres cultivées dans les pays d’Europe, mais à une proportion très élevée d’oxyde de fer. Les terres argileuses de nos régions sont le plus souvent constituées par un silicate d’alumine et de potasse ; les terres de Madagascar manquent, au contraire, presque entièrement de l’élément potassique ; leurs propriétés colloïdales et leur nature argileuse sont dues à un mélange de silicate d’alumine et d’oxyde de fer et non à une argile comme celle provenant des roches feldspathiques. MM. Miinlz et Rousseaux ont montré, en outre, que si l’on procède à la séparation mécanique des éléments de diverses grosseurs de ces terres, on trouve, dans les éléments impalpables (qu’on range dans la classe des éléments dits argileux et que ces terres renferment en énorme quantité), de notables proportions d’oxyde de fer, jouant certainement le rôle d’éléments colloïdaux et contribuant à la compacité et à l’imperméabilité. Enfin, ayant pratiqué sur ces terres ocreuses de Madagascar des chaulages qui, dans les terres argileuses ordinaires, amènent un certain ameublissement, ces terres ocreuses sont restées aussi plastiques et aussi imperméables à l’état humide et sont devenues aussi dures par la dessiccation, sans s’effriter comme on eût pu l’espérer.
- Tous ces documents analytiques et expérimentaux concordent pour faire attribuer à l’oxyde de fer la compacité et l’imperméabilité des terres ocreuses de Madagascar. (Etude sur la valeur agricole des terres de Madagascar, par MM. A. Miintz et Eug. Rousseaux, bulletin du Ministère de l’Agriculture, 1900; Comptes Rendus de l’Académie des Sciences, 1901.)
- p.774 - vue 778/950
-
-
-
- l’ocre.
- 775
- 11 s ensuit (|u’on (lovrii.it considérer comme un même composé (argile), deux produits qui contiennent p. 100:
- Argile de l'ocre'.’ Argile de l'argile?
- Oxyde de fer..................... 03,0 14,3
- Oxyde d’aluinine........ 10,0 77,4
- Dans nos analyses, nous n avons pas cru devoir séparer le sable de la silice proprement dite, bien qu’au point de vue de la valeur industrielle des ocres, il y ait grand intérêt à ce que la proportion de sable soit minime. Il paraît évident, en effet, qu’à proportion égale d’oxyde de fer, l’ocre qui contiendra le plus de sable, sera moins onctueuse au toucher et moins liante; il serait intéressant pour l’industrie d’examiner les ocres à ce point de vue (1).
- Pour ce qui est de l’oxyde de fer, le dosage est exprimé en(Fe203), sans tenir compte de l’eau d’hydratation qui dans nos analyses est comprise dans la perte au rouge.
- Le manganèse, jouant un rôle important dans l’obtention de variétés de teintes diverses, nous en avons effectué le dosage, dans un certain nombre d'échantillons ; nous l’exprimons, soit en manganèse-métal, soit en oxyde Mn20:l.
- Nous éludions d’abord la composition chimique de Y ocre brute, c’est-à-dire telle qu’on la retire de la mine, puis de l’ocre telle qu’on la trouve dans le commerce.
- Composition de l’ocre brute. — Nous avons vu, dans l’étude de l'ocre en place, qu’il y a une différence assez nette entre la mine en naissance et la mine en exploitation. Aussi nous avons reconnu l’utilité de donner la composition chimique détaillée d'abord de la mine que nous avons étudiée au Montois; puis, la composition chimique de diverses couches ocreuses en pleine exploitation.
- Composition des couches de la mine en naissance du Montois.
- Perte Sable Ox\’de de fer Chaux Alumine Manganèse
- Dosages. Eau. au rouge. et silice. (Fe-O3) CaO) (A1203) (Mn)
- Partie supérieure. 10,10 5,28 73,70 7,60 1,11 0,28 1,52
- Bande de sable
- vert.............. 8,78 4,44 71,92 6,18 1,36 » 0,30
- Partie moyenne et
- inférieure . . . 7,90 6,60 70,00 9,50 0,45 0,30 1,81
- Gruain............... 1,22 3,99 72,24 18,70 traces » 2,59
- Rocher............... 1,33 7,49 40,45 46,35 néant » 0,84
- Nous voyons par ces chiffres, que les teneurs en oxyde de Ier augmentent graduellement à mesure qu’on va vers la base. Cet oxyde change d’ailleurs d’as-
- (1) Nous avons soumis deux échantillons d’ocre brute à l’analyse physique, de la même façon que pour les terres. Nous avons ainsi séparé trois lots différents. L’examen de ces lois
- p.775 - vue 779/950
-
-
-
- 770
- ARTS CHIMIQUES.
- JUIN 1913.
- pect ; il est en grains denses, fortement colorés en brun dans le « gruain » et le « rocher » ; c'est, dans ces deux couches, un véritable minerai de 1er. Dans celle mine en naissance, la partie siliceuse est surtout constituée par du sable, aussi l’ocre est grenue, peu onctueuse, elle n'est pas do bonne qualité.
- Dans la bande de sable ver/, nous trouvons des silicates fortement colorés en vert ; fondus ils ont accusé une teneur en oxyde de fer total de 19,90; ils ne contiennent que des traces de manganèse.
- La chaux disparaît vers la base, elle semble, ici, n otre qu’un accident, provenant du mélange des couches. On n’en trouvera plus dans les ocres en exploitation, ou seulement des traces.
- Nous avons signalé, dans la partie géologique, de nombreuses particularités spéciales à cette mine en naissance ; haïr composition est mentionnée dans les tableaux suivants :
- Poches de phosphates et déhris osseux. — Ces produits nous paraissent correspondre, au point de vue géologique, à l'assise phosphatée de l’Albien supérieur.
- Ces phosphates sont riches en acide phosphorique, mais ils ont sont trop chargés en phosphate de fer et d’alumine, ce qui, même en admettant leur abondance, les rendrait impropres ou tout au moins inférieurs, au point de vue de leur utilisation à la fabrication des superphosphates.
- montre que le premier échantillon contient une forte proportion de sable grossier et, par conséquent, il laissera plus de déchets que l'échantillon nu 2. Ce dernier contient une grande proportion de la partie la plus légère et il semble que c’est là un grand avantage pour l’utilisation industrielle.
- Ocre brute N" 1 Ocre brute N" 2
- 1er lot. — Sable grossier p. 100 28,80 8,05
- 2e lot. — Sable lin p. 100 3e loi. — Lot très lin, qui pourrait être 87,50 15,40
- considéré comme de l'argile. 28.70 43,85
- Humidité 5.00 2,70
- 100,00 100,00
- Ce troisième lot de l'échantillon nH 2 présentait la composition centésimale suivante :
- Humidité.......................... 4,GO
- Sable el silice...................... 48,40
- Oxyde de fer.................... . 28,90
- Perte au rouge.................... 12,30
- Indéterminés.......................... 3,60
- 100,00
- Ce qui montre bien que cette partie très fine est constituée par du sable extrêmement léger, agglutiné par l’oxyde de fer, lequel se retrouve en presque totalité dans ce lot où il se comporte comme le ferail l’argile elle-même.
- p.776 - vue 780/950
-
-
-
- L ÜCllE.
- 777
- Composition chimique des phosphates et débris osseux.
- Humidité.
- Échantillon n° 1. 2,2(5
- — n° 2 . 1,82
- Débris osseux. . . »
- Os creux...... 1,04
- Perte Carbonate
- i rouge. Chaux totale, do chaux.
- 3,67 44,80 6,60
- 1,66 46,10 3,30
- 1,83 » 4.73
- Acide Sable Phosphate de l'or
- phosphorique. et silice. et alumine.
- 28,10 0,30 12,00
- 31,23 9,44 13,30
- 33,06 » »
- 33,67 8,20 »
- Rognons jjlilutés. — Cos rognons, assez nombreux clans la mine en naissance, sont très riches en manganèse. On ne les trouve pas partout, ils constituent une particularité remarquable de ce versant Nord-Ouest de Parly. C’est à leur présence que l’on doit la proportion assez élevée de manganèse, que l’on trouve, dans les couches à ocre analysées plus haut (jusqu’à 2,59 p. 100 dans le gruain). 11 s'ensuit que, malgré leur faible teneur en oxyde do fer ; ces ocres sont peut-être susceptibles de donner des rouges d’une teinte peu commune et font que l’exploitation de M. Moutheau, en cet endroit, offre un très grand intérêt.
- Composition chimique Perte Humidité. au rouge. des roquons. Oxyde de fer. Manganèse (Mn) Sable et silice
- Échantillon n° 1 . . 3,86 6,37 8,75 12,10 50,65
- — n° 2. . 2,33 7,30 8,00 11,95 51,40
- Une autre mine en naissance, mais moins riche en particularités de toutes sortes (phosphates, rognons manganésifères) et oii nous avons pu nettement observer cinq assises, a donné les résultats suivants :
- Partie supérieure très commune Humidité. Perte au rouge. Sable et silice. Oxyde de fer (Fc203) Oxyde de manganèse (Mn203) Indéterminés.
- 8,00 4,60 76,25 6,43 0,20 4,32
- Ocre commune. . . . 7,40 4,65 75,80 7,17 0,27 4,71
- Ocre plus belle. . . . 4,96 3,74 76,60 9,40 0,30 5,00
- Gruain 2,80 3,25 74,75 14,60 0,7b 3,85
- Hocher 1,59 6,62 47,48 40,58 0,75 2,98
- Composition des couches dans la mine en exploitation. — Ce qui caractérise ces mines, c’est la présence d’une couche riche en oxyde de fer, présentant une homogénéité parfaite et désignée sous le nom de Belle ou Fine.
- Cette ocre, contient une faible proportion de sable grossier, tandis que les couches supérieures eu renferment une quantité plus ou moins grande qui parfois les rend impropres à l’utilisation industrielle (1).
- (1) Dans une miné située sur la limite des communes de Toucy et de Parly nous avons
- p.777 - vue 781/950
-
-
-
- 778
- AUTS CHIMIQUES.
- •IU1N 1913.
- Nous avons examiné, dans diff’érentes mines en (exploitation, les couches do mauvaise qualité et qui sont rejetées à l entrée des puits ; elles présentent les composilions suivantes :
- Composition des couches rejetées.
- Perle Salile Oxyde de 1er Calcaire Alanganos
- Humidité. au rou^e. et silice. (Pc- O'1)- (Co.'i Cal. (Mu .
- bantillon n° 1 . . . 9,:;o 4,74 71,50 3,70 4.20 1 races
- n° i . . 10,04 G, 17 67,75 8,65 2,64 —
- — n° 0 . . . 9,70 5,91 71,73 7,70 c —
- — nu 4. . . 5,90 4,20 72,24 8,90 » 1,84
- — il0 a. . . 8,00 4,25 70,90 6,70 » 0,13
- Au point de vue industriel, on ne recueille que les couches susceptibles de donner des ocres fines à pâle liante et on rejette les autres.
- 11 ne nous a pas paru utile, de donner la composition de toutes les couches dans chaque exploitation, nous axons analysé simplement des échantillons movens de l'ocre utilisable et envoyée à l'usine, échantillons recueillis en différents points de la région oerière. Ces analyses nous montrent, d'ailleurs, que ces ocres ont une composition très voisine, quel que soif le lieu où elles ont été recueillies.
- Composition ( l'ocres brutes de diverses provenances.
- Dosages effectués. Pourraiu. Sauiil y. Petit Arr a n. Les (Tourriclioiis. Pari v n- I. Pari y n" IL Parlv n" III.
- Humidité 3,75 2,10 1,42 4,35 15,87 O O 18,23
- Perte au rouge 5,25 5,94 3,20 5,61 5,98 5,60 .1,4 j
- Sable et silice 65,25 63,97 71,12 70,10 53,19 57,90 53,69
- Oxyde de fer 17,35 18,91 17,55 18,23 17,30 13,96 1 i, / 8
- Oxyde de manganèse. . .i 0,20 0,17 traces 0,41 0,5)0 0,49
- Alumine et indéterminés. 8,40 8,82 4 T ! ) A 1,71 7,25 3,04 4,30
- Les assises surmontant les ocres, ou situées immédiatement en dessous, sont nettement differentes comme constitution.
- Celles situées au-dessus com prennent : 1° Lue terre végétale parfois exclusivement calcaire ; 2° une couche marneuse, plus ou moins calcaire, cet élément diminuant en allant vers la base de la couche.
- examiné la composition de 4 couches distinctes envoyées à. t'usine ; les résultats sont consi gués dans le tableau ci-dessous :
- Déterminations. Petit commun. Commun. Pelle. Oruain.
- Humidité........................... (1,2:2 5,00 2,70 0,14
- Perte au rouge............... 5,07 5,40 0,20 0,58
- Sable et silice.............. 77,7(5 70,10 72,00 (0,70
- Oxyde de fer....................... 0,1:1 0,20 15,00 20,70
- Oxyde de manganèse................. Néant. Néant. 0,10 1,20
- Indéterminés................. . 7,70 7,24 3,70 3,88
- p.778 - vue 782/950
-
-
-
- l’ogre.
- 779
- Sous le rocher, apparaissent les sables; ceux-ci sont dépourvus de chaux, ils sont en certains endroits très décolorés mais cependant, comme nous l’avons signalé, sous ces sables blancs, nous en avons trouvé, dans le fond de la vallée du Tliolon, qui sont de couleur verte.
- COMPOSITION CHIMIQUE DES COUCHES VOISINES UE l’oCRE Couches situées au-dessus des ocres.
- Alumine.
- »
- 1,20 2,80
- Couches situées au-dessous des ocres. Oxyde de ter
- directement
- soluble
- Ilumiditc. Perte au rouge. Salile et silice. dans les acides.
- Sable décoloré. . . 0,08 0,08 99,00 0,41
- Sable vert 0,80 2,05 94,25 20 OO
- Dans la partie géologique, nous avons indiqué la présence de l’ocre dans des régions de 1‘Yonne, autres que la Puisaye ; nous avons pu nous en procurer trois échantillons, dont deux d’ocre rouge naturelle. Etant donnée la rareté des ocres rouges, les chiffres ci-dessous présentent un grand intérêt. Ces ocres proviennent de la commune d’Appoigny et ont été trouvées dans une assise située exactement comme la couche à ocre de la Puisaye, c’est-à-dire, entre les marnes de Brienne et les sables.
- Porte Chaux Sable * Oxyde
- Humidité, au rouge. Calcaire. totale, et silice de fer.
- Couche superficielle. . . . 6,45 » 80,25 ») 12,30 »
- t Partie supérieure, . 4,16 6,46 14,52 11,12 65,39 2,30
- arne.| partje inférieure . 3,70 5,35 7,25 5,20 70,25 5,38
- Composition des ocres d’Appoigny.
- Humidité. Perte au ronge. Sable et silice. Oxyde de fer (Fc-O3). Manganèse. Calcaire. Divers
- Ocre jaune. . . . 0,78 8,82 55,50 23,48 » 4,00 7,42
- < il0 1. 1,56 7,08 48,48 35,60 » » 7,28
- Ocre rouge.f nu 2. 2,60 6,65 54,10 32,45 4,20
- Nous avons signalé plus haut la présence du manganèse dans les couches ocrifères. Déjà nous avons dit son importance pour l’obtention des teintes rouges. Lorsque ce métal est en petite quantité, la coloration des ocres est peu modifiée, mais lorsqu’il entre en fortes proportions, il donne à l’ocre des colorations allant du rouge au brun suivant la teneur. Plus loin nous donnons la composition d’ocres brimes commerciales dans lesquelles le manganèse entre en assez forte proportion.
- Composition de l’ocre commerciale. — Jusqu’à présent, nous avons donné
- p.779 - vue 783/950
-
-
-
- 780
- AHTS CHIMIQUES.
- JUIN 1013.
- la composition chimique de l’ocre telle qu'on la trouvai dans le sol. Dans le commerce, on trouvai l’ocre avant subi certains traitements industriels (‘1 apte; à servir à la préparation des peintures.
- Ces ocres du commerce sont jaunes, rondes ou brunes ; les routes sont obtînmes, dans la majorité des cas, par calcination de l’ocre jauni', car les naturelles sont très rares surtout en Franco.
- Composition des ocres du commerce.
- Perte Sailli- Oxyde
- Il umi'lité. an l'ouïe. et silice. île 1er. Alumine. Divers.
- Ocre jaune 11° 1. . 0,80 8,18 08,30 i 0,32 4,30 0,44
- — a" 2. . 2,10 8,03 03,03 22,23 1,30 0,1.3
- n" 3. . 1,01» 8,4-8 03,80 20,30 3,37 0,73
- n° 4. . 2,02 7,03 00,10 23,40 4.3! 0,22
- — u° 3. . 0,0 V 0,10 04,1 4 22,00 3,30 0,32
- n" G. . 0,82 8,10 07,70 10,33 3,22 0,03
- il" 7. . 3,70 7,80 02,03 22,70 2,00 0,87
- I)cre rou”e n° 1. . 0,00 4,00 .30,00 33,03 0,13
- — n" 2. . 3,10 3,30 04,20 23,30 3,30 0,31 de Mn
- n" 3. . 3,1b 3.23 03,30 24,00 4,30 Traces de Mn
- — n° i. . 3,20 3,00 30,40 28,33 3,70 0,17 —
- — n" 3. . » n - 30,71 c -i
- Ocre lirune n° 1. . >> » 30,73 43,73 » 3,80 de Mu
- — n° 2. . .. n 33.10 30,21 » 3,32 —
- De l'examen de ces chiffres il ressort que la composition chimique de ces trois sortes d’ocre est très voisine. Les différences de teinte étant dues simplement au degré d’hydratation de l’oxyde do fer et à la présence du manganèse :
- La couleur jaune étant due à l'oxyde de fer hydraté,
- La couleur rouge à l’oxyde de fer sous forme anhydre,
- La couleur brune à l'oxyde de fer anhydre associé à l'oxyde de manganèse.
- Pour les ocres rouges, la moins grande hydratation de l’oxyde de fer est mise en relief dans nos analyses, parla diminution de la perte au rouge. On comprend dès lors toute l'importance do cette constatation, laquelle a été le départ d’une des branches principales de l'industrie ocrière, puisque, par simple déshydratation, c'est-à-dire par calcination, on peut passer de l’ocre jaune à l’ocre rouge.
- A un autre point de vue, si on compare les chiffres ci-dessus avec ceux provenant de l'analyse des ocres brutes, on voit aussi qu'ils sont peu différents entre eux; on constate simplement, dans les ocres du commerce, une diminution du sable et de la silice, avec augmentation correspondante de la teneur en oxyde de fer. 11 semblerait donc que les Iraitemente industriels liaient pour but, que d’enlever un peu e sable; ce n’est, pas cependant leur rôle unique. Ils
- p.780 - vue 784/950
-
-
-
- L OCRE.
- 781
- ont surtout changé l’aspect du sable grossier, lequel a été broyé, rendu impalpable. D’autre part, les parties les plus grossières, en môme temps les plus lourdes, ont été séparées de la masse, par un blutage ou mieux encore par un lavage à l’eau, suivi d’une décantation.
- Nous avons, dans le tableau suivant, mis en relief cette différence d'aspect dans la constitution des produits siliceux (sable et silice), suivant qu’on s'adresse à une ocre brute ou à une ocre commerciale.
- Compositions.
- Ocres brutes Ocres du commerce.
- Sable grossier Sable grossier
- Sable et silice, total p. 100 d’ocre. total p. 100 d'ocre. p. 100 des matières siliceuses. Sable et silice, total p. 100 d'ocre. total p. 100 d'ocre. p. 100 des matières siliceuses.
- Echantillon n° 1. 71,12 28,54 40,1 Échantillon n° 5. 64.14 0,70 1,09
- ri0 2. 63,97 25,35 39,6 — n° 6. 67,70 0,45 0,66
- n° 3. 69,75 30,20 43,2 — n° 7. 65,86 0,80 1,21
- — n° 4. 73,45 31,50 42,8 — n° 8. 60,10 0,20 0,33
- Dans les ocres examinées, nous avons séparé par lévigation le sable le plus lourd ou sable grossier. Dans les ocres du commerce il y en a très peu comparativement à la proportion trouvée dans les ocres brutes. Cependant on y trouve un taux de sable et silice réunis, ou matières siliceuses, très voisin de celui qu’on trouve dans l’ocre brute ; seul, l’état de la finesse est nettement différent.
- Si, au lieu de broyer finement l'ocre brute, on se contentait de la laver, on séparerait une ocre extrêmement fine et très enrichie en oxde de fer ; seulement il y aurait un déchet énorme, car tout le sable grossier peu riche en oxyde de 1er serait éliminé ; or ce sable entre pour une grande partie dans la constitution des ocres brutes (25 à 30 p. 100); ainsi, une ocre ayant la composition sui-
- vante :
- Humidité......................... 1,42
- Perte au rouge................... 5,20
- Sable et silice................. 71,12
- Oxyde de fer.................... 17,55
- Oxyde de manganèse............... 0,17
- a abandonné au lavage 29,4i de sable grossier contenant 1,05 d’oxyde de 1er et a laissé 70,56 p. 100 d’une ocre très belle, ayant à égalité d’humidilé la composition centésimale suivante :
- Humidité........................... 1,42
- Perte au rouge..................... 0,30
- Sable et silice................... 59,06
- Oxyde de fer...................... 23,30
- Tome 119. — 1er semestre. -- Juin 1913. 52
- p.781 - vue 785/950
-
-
-
- 782
- AIÎTS CHIMIQUES.
- JUIN 191 :î.
- On voil (jin* celle ocre s'est nettement enrichie en fer et de plus elle cou lient le sable sous une forme extrêmement line.
- Lu résumé, el comme nous le disions au début de ce cbapilre, l'ocre est constituée par du sable plus ou moins lin, agglutiné, lié, par de l'oxyde de fer, lequel possède les propriétés physiques de l’argile. 11 es! évident que suivant les roches qui ont servi de matière première lors de la formation de l’ocre ce produit pourra varier légèrement de composition. On Ironve en effet, d’après divers analystes, des ocres plus riches en alumine que celles (pie nous avons étudiées, ce qui les rapprocherait des argiles proprement dites. Ces ocres no doivent pas être abondantes et ne différeraient d'ailleurs (pu1 légèrement de celles i[ue nous avons étudiées dans l ionne.
- II
- Formation de l’ocre.
- Lu présence de couches ocrileres d'importance considérable, (elles que celles (pie nous venons d'étudier, on peut se demander de quelle fatum elles ont pu prendre naissance.
- A l'époque acluelle, des précipitations d'oxyde de fer analogues à l'ocre ont lieu d’une façon constante. C'est un phénomène très général, mais qui n’atteint pas une grande amplitude. Nous pensons que les réactions cpii se passent au cours des formations actuelles, ne sont pas différentes de celles (pii ont dii se passer à l’époque de la formation des ocres; haïr examen nous a montré une analogie très grande dans la formation de ces dépôts, qu’ils soient anciens ou actuels. Nous sommes obligés, pour (expliquer ces formations, d’envisager deux phases principales. Ail début, une première phase amène le fer à l’état soluble, puis une seconde précipite le fer de ses solutions.
- L’action de l’eau, sur les roches de différente nature, est très marquée. Cette action se traduit par des phénomènes d’hydratation, d’oxydation et de dissolution; de plus, lorsque l’eau est chargée d’acides, môme faibles tels que l’acide carbonique, leur pouvoir dissolvant est considérablement augmenté. Lue telle eau, à la température ordinaire, décompose même les silicates ferreux ou mauganeux.
- Dans le cas qui nous occupe (dissolution du fer), on comprend que celle dissolution des silicates de fer a dCi être importante à l’époque qui a précédé la forma lion des dépôts ocreux.
- Le fer, en se dissolvant, s'hydrate et se peroxyde; il se transforme d’après les lois chimiques on limonite; c’est là un phénomène très général. Très sou-
- p.782 - vue 786/950
-
-
-
- - l’ocre.
- 78.3
- venl, on assiste actuellement à la formation d’oxyde de 1er qui se sépare par précipitation, sous une forme plus ou moins concrétionnée. Parfois, il y a formation de nodules qui contiennent une notable proportion do manganèse (nodules analogues aux rognons bleutés signalés dans la mine d’ocre en naissance).
- D’autres fois, l’oxyde de fer se dépose sous forme de llocons, dont l’ensemble constitue la limonite.
- On peut, penser que le manganèse et le fer, dissous dans les eaux sous forme de carbonates, ont été précipités sous forme d’oxyde par suite de l’inler-vontion de l’air avec départ d’acide carbonique. Quoi qu’il eu soit, on peut, avec M. de Lapparont, considérer comme une des caractéristiques de l’action des eaux superficielles, c'est-à-dire aérées, ces formations manganésifères acliielles que nous retrouvons, en abondance, dans certaines couches ocreuses.
- Nous pouvons donc supposer que, dans la région qui nous occupe, des roches do nature ferrugineuse, telles que celles se raltachant à la famille des basaltes et qui contiennent des silicates à base d’amphibole et de pyroxène, ont été solubilisées par les eaux.
- Nous avons, nous-mêmes, pu constater, dans une carrière de sable, les résultats de l’action dissolvante des eaux. La partie supérieure du sable, riche en débris organiques, est traversée par des eaux aérées et chargées d’acide carbonique ; aussi, le sable y a-t-il subi une désagrégation très nette. Il est plus divisé ; chaque grain est recouvert de flocons d’oxyde de 1er, ce qui fait qu’à l’analyse nous trouvons moins d’insoluble dans les acides (sable et silice) et plus de fer en solution. Les résultats analytiques sont consignés dans le tableau suivant :
- Composition des couches sableuses.
- Sable en profondeur à l’abri de l’air et des eaux
- chargées d’acide carbonique.
- Humidité........................ 0,08
- Perte au rouge.................. 0,34
- Sable et silice............... 99,00
- Oxyde de fer................... 0,30
- Divers.......................... 0,28
- Sabie ayant subi les actions dissolvantes des eaux a la surface.
- 0,01 1,80 92,60 4,88 0,11
- Ce phénomène journalier nous montre que, même sons nos climats, à l’époque actuelle, l’action dissolvante des eaux est très marquée (1).
- (1) D’ailleurs, de nombreux auteurs ont déjà signalé l’importance de l’action dissolvante des eaux chargées d’acide carbonique. La présence de matières organiques en abondance facilite cette action. On remarque qu’au voisinage des tourbières, les sables et les roches sont dépourvus du fer qu’ils contenaient primitivement. Dans les assises de sable ferrugineux surmontées d’une épaisse couche de débris organiques, le sable superficiel est blanchâtre sur une
- p.783 - vue 787/950
-
-
-
- 784
- ARTS CHIMIQUES.
- JUIN I9i:t.
- Dans les end mil s où les (‘aux seul plus abondantes, on a constaté quelles attaquaient les roches silicatées, jusqu’à une centaine de mètres d'épaisseur. La formation du dépôt rougo de latérite dans les parties tropicales de l’Inde et de l'Amérique du Sud en est un exemple.
- D'après M. Passa rge, ce (pii caractérise la laléritc, c'est la présence d oxyde rougv de 1er. bllo ne dilïère dos ocres comme composition que par ce lait qu elle est une l'ormalion de nature nettement argileuse, ce que montre la proportion d’alumine qu’on y trouve, tandis que l’ocre est surtout de nature sableuse. La composition de la latérite est la suivante :
- Eau et perle au rentre. ................. 20,00 ]
- Silice.................................... 4,00 / Composition
- Oxyde de 1er............................. 20,00 t de la latérite.
- Alumine.................................. 00,00 ]
- Le phénomène qui a présidé à sa formation est sans don te le même que pour 1 ocre, la roche ferrugineuse qui lui a donné naissance étant simplement de nature différente.
- 11 existe encore des dépôts d'origine actuelle, qui ottrent une grande ressemblance, comme composition, avec l'ocre : ce sont ceux constituant Yargile rouge des abîmes. C’est un dépôt rouge, très lin, silico-argilenx, riche en oxyde de fer, mélangé à des matières ponceuses, et qui tapisse le fond des océans profonds. Suivant MM. llarrison et Jules Brown, la composition de 1 argile rouge serait la suivante :
- Perte au rouge . ... .... 0,22 \
- Silice combinée .... :s:t,70 i | Composition
- Oxyde de fer. . .... 10,00 > de l’argile rouge
- Alumine. ... .... 12,00 \ 1 des abiiitcs.
- Eau et indéterminés. . . . .... :ï8,os ,
- I) après MM. Murray et A. Renard, cette argile serait h; résultat de la décomposition opérée sur place d'un tuf, riche en produits basiques et qui formerait le fond de 1 océan. Les dépôts d’argile des abîmes, peu épais, se forment très lentement, mais occupent dos superficies énormes, soit environ 35 p. 100 de la surface des mers (de Lapparentj.
- épaisseur de quelques cenlimètres, puis vientune couche mince, de couleur foncée où le sable se trouve plus on moins cimenté par de l'oxyde de fer provenant du fer dissous dans la partie supérieure.
- Cette couche toncée nous semble présenter quelques analogies avec la couche nommée rocher que l’on trouve dans la couche à ocre. Cette analogie nous a d’autant frappés, (pie, dans toute la vallée du Tholon, il y eut autrefois de vastes tourbières dont quelques-unes sont encore exploitées et ce n’est que dans les ocrières de cette région que l’on trouve la couche dite rocher.
- p.784 - vue 788/950
-
-
-
- L OCHE.
- 785
- A part l’analogie de leur composition, ces dépôts ont, avec les ocres, d autre points de ressemblance. Ils sont parsemés de nodules manganésifères ayant tous les caractères de ceux que nous avons trouvés dans les ocrières.
- Ils titrent 21 à 33 p. 100 de 1er et 18 à 25 p. 100 de manganèse, le reste est constitué par de la silice et divers autres corps.
- Toutes les formations ocreuses actuelles ont donc eu pour origine la dissolution de roches ferrugineuses. Pour l’ocre ancienne il a dû en être de meme. 11 nous semble qu’il y a d'abord eu une dissolution, laquelle s’est elfectuée à dus profondeurs plus ou moins grandes. C’est ainsi qu’en ce qui concerne les gisements de la Vaucluse, on est frappé par ce fait qu’ils se trouvent dans une région où à l’époque Albienne. existait une grande fosse très profonde, ce qui rapprocherait la formation de l’ocre, en cet endroit, de la formation de l’argile rouge des abîmes.
- En ce qui concerne le département de l’Yonne, on peut dire que la région de la Puisaye est essentiellement ferrugineuse ; les minerais de fer, les sables ferrugineux y abondent, ce n’est donc pas le fer qui a manqué pour servir de matière première pour les ocres. Dans de nombreux points de la région, on trouve des matières ferrugineuses en abondance, ce qui indique combien la dissolution des roches a dû être active en cet endroit. Nous avons jugé intéressant de donner l'analyse de quelques-uns de ces matériaux, pour montrer leur richesse en fer et même en manganèse et faire voir la prédominance du fer
- dans les assises géologi ques de la région :
- Fer. Manganèse. Sable et si
- Sortes de scories. . . . 45,50 traces
- — ... . 36,02 2,15
- — ... 30,75 3,05 43,05
- — ... . 25,97 3,56 48,90
- . 38,60 2,59 36,10
- — ... . 42,63 3,65 32,51
- — ... . 49,18 traces
- Minerai Lutin . 17,81 3,96
- — manganéûlère . 16,86 31,25
- — eu rognons. . . 61,17 traces
- — . 54,02 traces
- — ocreux. . . . . 40,63 0,30
- Observations.
- Scories peu riches } en acide phosphorique : P2O5 = 0,15 à 0,35 p. 100.
- Pour nous, l’ocre provient bien d’une dissolution, sur place, des éléments ferrugineux des roches et surtout, pour la Puisaye tout au moins, de la dissolution des sables ferrugineux, lesquels y forment une assise puissante. Ces sables sont souvent teintés en vert dans d’autres parties de l’Albien; ils ne se rencontrent en Puisaye que décolorés, leur composition en fait un minerai
- p.785 - vue 789/950
-
-
-
- A IU'S UIIIMIOUUS.
- JUIN 1913.
- 780
- pouvant, avoir joué un rôle important dans la formation dos ocres. Voici cette composition :
- Composition des subies de lu Puisiu/e.
- S;il11«• blanc . Sable l'emiLriiieiiv
- l ia il o 1, perle au rouye 3, S 7,9
- Silice ‘*;i, 1 72,0
- l'ci- è à,al exprimé en oxyde. . o.o 20,0
- Comme on lo voit, dans la Puisaye une partie du l'or a disparu dos sables, mais ceux-ci sont surmontés de la couche à ocre, riche eu oxyde de fer. I ne fois la dissolution effectuée, grâce à l’air, l’oxyde de 1er hydraté s'est. précipité, par suite du départ de l’acide carbonique; cet oxyde s’est déposé d’abord sous une forme un peu eoncrétionnée, en même temps que le sable le plus lourd et a formé les premières assises ocreusos, que l’on trouve presque partout dans la région ; le rocher et le gruain. lînsuite, l'oxyde le plus lloconneux s est déposé plus lentement, eu menu1 temps que le sable très lin, résultant de la désagrégation des sables ferrugineux, de sorte qu’ainsi s’est formée la couche d ocre belle à grain lin et dans laquelle l’oxyde de 1er joue le rôle de l’argile, ce dernier corps étant en faible proportion dans les ocres de la région envisagée .
- Avant le dépôt complet de 1’oxyde de fer, des formations de composition différente (marnes, calcaire) soid venues si1 mêler à l’ocre et tonner les conclues supérieures qui se trouvent, ainsi, au-dessus do l’ocre belle, plus ou moins mélangées avec de l’oxyde do fer.
- I in1 partie do l'oxyde (h* 1er et des sables lins a pu aussi, avant le dépôt complet, être entraînée par les eaux dans des dépressions où la précipitation s est achevé*1, d*1 telle sort*1 qu’à ces endroits (côte occidentale de Saully par exemple) le sable grossier, agglutiné par de l'oxyde de fer conerétionné et constituant le rocher, manque complètement.
- III
- Aperçu sur la transformation de l’ocre brute en ocre commerciale.
- Nous avons vu que les ocres commerciales diffèrent des ocres brutes en ce sons qu’elles sont un peu plus riches en fer et qu’elles renferment le sahle à un état beaucoup plus lin.
- fin lait, l'industrie prépare plusieurs qualités d’ocre, mais ce sont toujours les mêmes considérations, plus ou moins accentuées, qui différencient chacune
- p.786 - vue 790/950
-
-
-
- L OGIiE
- 787
- de ces qualités et les ocres brutes; le seul point intéressant pour nous étant de mettre eu évidence ces considérations générales, nous n’avons pas cru devoir examiner en détail la composition intime de chacune des variétés commerciales, cet examen trouvant plutôt sa place dans une élude approfondie do la technologie ocrière. 11 va sans dire que la diversité dans la qualité commerciale dépend d’abord de la matière première1, mais les manipulations qu’on fait subir à celle-ci sont les causes principales de la multiplication des variétés.
- L’industrie ocrière est basée sur les opérations suivantes : le séchage, le broyage, le tamisage, le lavage, la calcination et le hriochage.
- Les procédés employés sont d’ailleurs encore rudimentaires et leur élude détaillée permettrait sans doute d'y apporter d'importants perfectionnements.
- Voyons rapidement comment les opérations ci-dessus donnent les ocres commerciales.
- Obtention des ocres jaunes commerciales. — On distingue deux grands groupes : les jaunes communes et les jaunes fines.
- Jaunes communes. — Les ocres brutes destinées à fournir les ocres communes sont d’abord séchées; à cet effet, dès leur sortie de la mine ou du puits, elles sont étalées à l’air en couches minces, puis remuées à la pelle pendant quelques jours, jusqu'à ce qu’elles soient tout à fait sèches.
- L’ocre1 brute et séchée est envoyée à l’usine, où elle est broyée aussi finement que possible, par de lourdes meules en fonte ou en grès.
- L’ocre broyée est ensuite blutée et tamisée; ces opérations en séparent les impuretés sableuses et une partie fine, qui constitue la fleur, et qui est mise immédiatement dans des petits tonneaux et envoyée à la vente sous le nom d'ocre commune; cette ocre est destinée aux travaux grossiers.
- Jaunes fines, surfines et supérieures. — Ce sont ces ocres qui offrent le plus de qualités différentes. Elles diffèrent des précédentes parce qu’elles Ont subi l’opération du lavage.
- Une ocre brute destinée à devenir ocre fine est envoyée à l'usine sans être séchée, c'est-à-dire en sortant du puits ou à l'étal « vert », comme disent les ouvriers.
- Celle ocre verte est mise dans des barboteurs à ailes tranchantes qui en coupent les mottes et la délaient dans beau.
- L’ocre ainsi délayée est envoyée dans de grandis cuves pleines d'eau. Ces cuves sont à la suite les unis des autres et communiquent toutes entre elles, chacune étant placée à un niveau inférieur à celui de la précédente ; on lait
- p.787 - vue 791/950
-
-
-
- 788
- ARTS CHIMIQUES.
- JUIN 1913.
- passer un courant d’eau d’une façon continue; l’eau chargée d’ocro descend jusqu’à la dernière cuve. Supposons qu’il y ait quatre cuves. On comprend facilement que l’eau laissera déposer ses éléments grossiers plus ou moins loin, suivant leur densité; c’est ainsi que les grains de sable les plus lourds resteront dans la première cuve, tandis que l'ocre tout à fait fine ira jusqu’à la quatrième ; autant de cuves, autant d’éléments différemment denses séparés.
- Le lavage sépare des jaunes communs lavés, des jaunes tins lavés, des communs lavés surtins, des lins lavés supérieurs, etc.
- Quand l’ocre est déposée (plus elle est line et plus elle se dépose lentement), on la laisse prendre une consistance qui permette de pratiquer le briochage, c’est-à-dire de la couper en petits tas dits brioches. Les brioches sont placées sur des planches disposées sous de vastes hangars à courants d’air.
- Les brioches une fois sèches subissent, connue on l’a vu plus haut, les opérations du broyage et du tamisage.
- Remarque. — L'opération du lavage, ou encore lévigation, comme on dit en terme industriel, est, comme on le voit, une des plus importantes. Il nous semble qu’on pourrait obtenir certaines variétés d’ocre d’une supériorité bien plus grande encore en pratiquant uniquement la lévigation, mais, bien entendu, d’une façon raisonnée et perfectionnée. La couche d’ocre brute que nous avons appelée belle dans notre étude géologique est sans doute celle qui donnerait le moins de déchets au lavage. Ce déchet qui, comme nous l’avons déjà dit, est du sable grossier retenant encore de l’oxyde de fer, pourrait d’ailleurs ensuite être mêlé à des ocres vertes destinées au broyage et rester ainsi dans la consommation de l’usine.
- Obtention des ocres rouges commerciales.— Dans nos régions nous savons que les ocres rouges naturelles exploitables n’existent pas ; nous partons donc des jaunes pour obtenir les rouges.
- On distingue les rouges communes et les rouges fines; mais avant d’arriver à l’une quelconque de ces deux séries, la première opération à effectuer est la calcination : l’ocre jaune verte est mise, dès sa sortie du puits ou de la mine, dans des bassins où on l’additionne de la quantité d’eau suffisante pour la rendre plastique; on la découpe alors en pains rectangulaires qu’on empile dans des fours en briques réfractaires, où on les chauffe pendant environ trente-six heures ; l’ocre jaune est alors devenue rouge par suite de sa déshydratation ; quand elle est refroidie, on la concasse grossièrement.
- L’ocre rouge concassée subit alors les mêmes traitements que nous avons
- p.788 - vue 792/950
-
-
-
- l’ocre.
- 789
- vu subir à l’ocre jaune à l’alinéa précédent : par broyage et tamisage seuls on obtient les rouges communs; par lavage, broyage et tamisage, on obtient les rouges lavés lins, surlins et supérieurs.
- Obtention des ocres brunes commerciales. — Les ocres brunes se trouvent en partie dans la nature ; on en retire des jaunes et des rouges plus ou moins bruns, après leur avoir l'ait subir exactement les memes opérations que précédemment.
- L’industrie des couleurs complète la série des bruns.
- Gomme on le voit, le but unique do l’industrie est d’obtenir des ocres plus fines que les ocres brutes; il en résulte une diminution du taux de sable (éliminé comme sable grossier) et, par suite, une augmentation du taux d’oxyde de fer.
- Le commerce distingue 20 à 25 variétés d’ocre.
- On admet en général qu’un mètre cube d’ocre brute à sa sortie de la mine pèse environ 2 150 kg et fournit à peu près I 000 kg d’une ocre de qualité moyenne.
- Maurice Sirot et Georges Joret,
- Ingénieurs-agronomes,
- Préparateurs à la Station agronomique de l’Yonne.
- p.789 - vue 793/950
-
-
-
- INDUSTRIE CHIMIQUE
- Happort de M. L. Lindkt, présenté au nom du Comité d’Agriculture, sur une communication de MM. Benker et Millberg, relative aux; Fosses mécaniques à superjmosphale du système Wen/i,
- L’attaque des phosphates minéraux par l’acide sulfurique donne naissance à un mélange de phosphate de chaux soluble et de sulfate de chaux. La masse, pâteuse au sortir du malaxeur, tombe dans des caves en maçonnerie appelées fosses ; là, elle ne tarde pas à devenir compacte, lorsque le sulfate de chaux, s’hydratant au contact de l’eau apportée par l’acide sulfurique, fait prise à la façon du plâtre. Quand ce durcissement s’est produit, c’est-à-dire après quelques heures, l’ouvrier enlève la porte qui forint1 l’un des côtés de la fosse, attaque à la pioche le superphosphate, qui est ensuite dirigé vers les appareils de dessiccation. Ce travail est pénible et malsain : la masse est encore à haute température et rayonne de la chaleur; malgré la ventilation que l’on a exercée sur les fosses pendant leur remplissage, des gaz délétères, acides chlorhydrique, lluorhy-drique, etc., qui sont restés occlus dans la masse, se présentent aux organes respiratoires de l'ouvrier; d’autre part, il arrive que celui-ci, pressé d’abattre la masse, attaque les parties basses, de façon à faire tomber par blocs les parties supérieures qui surplombent, et s’expose, par conséquent, à un accident quelquefois grave; enfin, on obtient, dans ces conditions, de gros morceaux de superphosphate qu’il convient ensuite do concasser.
- Ces différentes considérations, jointes à des considérations d’un autre ordre, relatives à la difficulté de recruter de la main-d’œuvre, surtout quand celle-ci est sollicitée pour un travail pénible, ont amené différents constructeurs à rendre mécanique l’excavation des superphosphates.
- MM. Benker et Millberg, dans la communication qu’ils ont faite à la
- p.790 - vue 794/950
-
-
-
- FOSSE MÉCANIQUE A SUPERPHOSPHATE, SYSTÈME WENK.
- 791
- Société, passent en revue les differents systèmes qui ont été proposés, et spécialement relui de M. Wenk, de Baie (Suisse), dont ils ont, pour la brance, le monopole de la construction.
- Ce système comporte une ou plusieurs fosses cylindriques, disposées horizontalement, construites en ciment armé ou en maçonnerie ordinaire; le cylindre est fendu dans su partie basse et suivant une génératrice; pendant 1’emplissage de la fosse, cette fenle est bouchée au moyen de planches. Quand le superphosphate a fait prise, on enlève ces planches, ainsi que l’un des fonds de la fosse ; on bouche celui-ci au moyen d’un bouclier métallique; au centre de ce bouclier et en avant de lui, est un appareil rotatif, armé de couteaux, tournant parallèlement au bouclier, et avançant lentement à l'intérieur de la fosse ; les couteaux débitent la masse en petits fragments, qui passent à travers la fente et tombent dans des wagonnets.
- La main-d’œuvre est donc de cette façon réduite à la mise en marche du moteur électrique qui actionne les couteaux et à la manutention des wagonnets. D’autre part, le bouclier fermant complètement la fosse, on peut, pendant tout le travail d’excavation, mettre celle-ci en communication avec le ventilateur et les appareils de condensation; enfin le courant d’air, passant sur la masse chaude débitée en fragments fins, permet de lui enlever la plus grande partie de son eau.
- L’appareil Wenk constitue donc, sur les appareils fixes employés encore couramment, un réel progrès, susceptible de diminuer les frais de fabrication, en môme lemps qu’il évite à l’ouvrier un travail fatigant et dangereux.
- Aussi le Comité (l’Agriculture vous propose-t-il de remercier MM. Benker et Millberg de leur communication et d’insérer ce rapport et leur mémoire dans notre Bulletin.
- Signé : L. Ltndet, rapporteur. Lu et approuvé en séance publique, le 13 juin 1913.
- p.791 - vue 795/950
-
-
-
- INDUSTRIE CHIMIQUE
- L’EXCAVATION MÉCANIQUE DES FOSSES A SUPERPHOSPHATE
- et notamment au moyen de l’appareil du système Wenk (1)
- Au début do l'industrie du superphosphate les procédés de fabrication étaient plutôt, rudimentaires.
- Le superphosphate se fabriquait à ciel ouvert, en mélangeant sur le sol de l'usine une certaine quantité de phosphate moulu avec une quantité déterminée d'acide sulfurique. Des ouvriers, munis de longs râteaux en bois, remuaient la masse aussi bien qu'ils le pouvaient. Inutile de dire que les ouvriers se plaçaient toujours de façon à avoir le vent dans le dos, alin d'échapper autant que possible aux vapeurs dégagées pendant l'attaque du phosphate.
- Ce travail était naturellement très pénible à cause des vapeurs acides; aussi le premier pas dans la transformation de l'outillage amena-t-il le malaxeur mécanique placé sur des caves en maçonnerie.
- Une ventilation énergique appelle les gaz au fur et à mesure de leur production, de sorte que les ouvriers n'ont pins à souffrir des émanations nocives durant le malaxage.
- Du malaxeur le superphosphate tombe à l’état liquide dans la cave ; au bout d’un temps plus ou moins long, un quart d'heure à une heure suivant la nature du phosphate, la masse devient solide et peut être extraite de la cave.
- Sauf quelque rares exceptions, jusqu’à ces dernières années, le superphosphate était extrait à la main par des ouvriers cavistes. La température du superphosphate au moment de l’excavation est très voisine de 100°, de sort»' qu’il s'échappe à ce moment une très grande quantité de vapeur d'eau mélangée
- (1) Communication faite au nom de MM. Kenker et Millberg en séance publique par M. Henker le 11 avril 1913.
- p.792 - vue 796/950
-
-
-
- FOSSE MÉCANIQUE A SUPEKPHOSPllATE, SYSTÈME VVENK
- 793
- ;i des gaz plus ou moins acides. Tous les industriels ont eu à cœur de donner mie loi* le aéra lion aux caves, de façon à permettre à leurs ouvriers de travailler dans les conditions d’hygiène les plus satisfaisantes possibles. Mais, meme dans les installations où les conditions soûl les meilleures, il n’en reste pas moins \rai que le travail d'excavation est très pénible et meme dangereux.
- L excavation des caves est généralement donnée à la tache aux ouvriers; ils louchent donc « tant » par tonne de superphosphate extrait. Ils n’ont plus alors qu'un but, c'est de vider la cave aussi rapidement que possible. Pour cela, et malgré la défense la plus formelle (un écriteau se trouve à chaque cave pour rappeler cette défense aux ouvriers), ils creusent le pied de la masse de superphosphate aussi profondément que possible; ils font ce qu’ils appellent une mine, de façon à faire tomber d’un seul coup le plus gros bloc possible de superphosphate. Ce bloc, en s'éboulant, risque de blesser l'ouvrier; on comprend dès lors l’intérêt qui s'attache à l’emploi d'appareils susceptibles de réaliser l’excavation mécanique des superphosphates. Un grand nombre d’appareils de ce genre sont sur le marché, et Ton en compte actuellement une trentaine. C'est certainement grâce aux conseils d'hygiène et aux inspecteurs du travail que les appareils d'excavation mécanique se sont répandus si rapidement.
- Ces appareils peuvent se répartir en deux catégories :
- 1° Les appareils enlevant le superphosphate dans les caves par tranches horizontales. Ce sont les premiers en date.
- 2° Les appareils enlevant le superphosphate par tranches verticales.
- Les appareils de la première catégorie, comme du reste aussi ceux de la seconde, pourront se diviser encore une deuxième fois en appareils ne pouvant desservir qu'une seule cave et en appareils pouvant desservir plusieurs caves avec une seule et unique machine.
- Parmi les appareils extrayant le superphoshate des caves en tranches horizontales, rentrent les appareils Alibon-Goulding, Hœvermann, Lreudenthal, Allegri, Albert, Kellor, etc.
- Les appareils Alibon-Goulding et Hœvermann sont presque identiques ; ils ont été inventés et brevetés à 2 mois d’intervalle, le premier en Angleterre, le second eu Allemagne. Les caves de ces deux appareils sont des cylindres debout et dans ces caves se meuvent des couteaux horizontaux fixés à un axe vertical. Cet axe est formé par une vis et à chaque tour de l’appareil les couteaux descendent de l’épaisseur du pas de vis. Une ouverture dans le côté de la cave permet au superphosphate coupé de tomber en dehors de la cave.
- L’appareil Freudenlhal a une grande parenté avec les appareils déjà cités;
- p.793 - vue 797/950
-
-
-
- 794
- INDUSTRIE CHIMIQUE
- JUIN 1913.
- mais tandis que lus deux premiers attaquent le bloc de superphosphate par le liant, le système Freudenthal l'attaque par le bas. La cave au lieu d’être cylindrique a la forme d’un tronc do cène renversé, le plus petit diamètre étant en bas.
- Les appareils Allegri, Albert et Ivellor demandent des caves rectangulaires. Cos (rois appareils attaquent le superphosphate par le haut du bloc.
- \lappareil Allegri est constitué par une sorte de charrue, faisant tomber le superphosphate sur les deux grands cotés de la cave.
- L appareil Albert est constitué par une série de couteaux tournant très rapidement autour (bi plusjeurs axes. Cos couteaux, par suite de leur grande vitesse de rotation, projettent le superphosphate coupé d'abord dans la cave et finalement dehors.
- L appareil Kellcr se compose d'un châssis métallique roulant sur des rails placés devant les caves. Le châssis porte un long liras horizontal rentrant jusqu’au fond de la cave. Ce bras sert de support à deux chaînes reliées entre (‘Iles par des couteaux et par des racloirs. Tandis que le châssis possède un mouvement très lent de va-et-vient devant toute la largeur de la cave, les couteaux et racloirs sont animés d'un mouvement perpendiculaire au premier et font tomber le superphosphate en avant de la cave sur un transporteur placé au pied du châssis. L'appareil Keller a sur les autres systèmes de sa catégorie l’avantage de pouvoir desservir plusieurs caves.
- On reproche à tous les systèmes de celte première catégorie, c'est-à-dire à ceux coupant le superphosphate en tranches horizontales, (h; ne pas donner un superphosphate vraiment homogène; en effet, dans une cave, l'humidité n’est pas la même au fond et en haut de la cave; la couche du fond a etc; malaxée plusieurs heures avant celle du haut.
- J’en arrive aux appareils enlevant le superphosphate de la cave eu tranches verticales.
- Dans celte catégorie rentrent les appareils : Milch, Deskow, Beskow-Ekedahl, Swenska, Blétry, Wenk, (de.
- L'appareil Milch demande une cave «ayant la forme d'un cylindre couché avec une ouverture dans le bas du cylindre pour permettre la sortie du superphosphate.
- Un système de couteaux verticaux tournant autour d'un axe fixe est situé à line certaine distance de la cave. La cave Milch est mobile et, au moyen de puissantes vis, elle est amenée, elle et son contenu, contre les couteaux.
- Les appareils Beskow et Beskoiv-Ekedahl possèdent comme «appareil extracteur un tambour tournant sur un axe vertical. Ces tambours sont munis à la périphérie de b couteaux; les couteaux ont la hauteur de la cave.
- p.794 - vue 798/950
-
-
-
- FOSSE MÉCANIQUE A SUPERPHOSPHATE, SYSTÈME VVENK.
- 795
- Beskow place dans sa cave un chariot épousant la forme de la cave. Le superphosphate se solidifie sur ce chariot (pii, pour l’excavation, est amené au moyen diin treuil contre le tambour muni de couteaux.
- Dans le système Bcskow-Ekedahl, le tambour porte-couteaux rentre dans la cave au moyen d’une crémaillère. La cave Beskow est rectangulaire, la cave Bcskow-Ekedahl a en coupe la forme extérieure d’une coquille d’escargot.
- Dans le système Swenska, un piston presse le bloc de superphosphate vers la sortie de la cave. C'est en somme un piston semblable à ceux dont on se sert pour défourner le coke.
- Des fils de fer ou de cuivre coupent le bloc de bas en haut dès qu’il arrive à la sortie.
- Le système Blétry est formé par un chariot entrant dans une cave rectangulaire. Le chariot est muni d'un moteur imprimant à des couteaux un mouvement coupant le superphosphate de haut en bas.
- .1 ai gardé pour la fin Vappareil Wenk, puisque c’est de celui-ci que je veux vous parler plus spécialement.
- Cet appareil a été inventé et breveté par M. Wenk, directeur de la Che-mische Fabrik Schweizerhall, à Bàle (Suisse).
- Les caves généralement employées pour l'excavation mécanique de ce système sont de forme cylindrique. Les caves peuvent aussi être à fond plat, le haut est alors formé par une voûte plein cintre. Elles se font en béton armé pour les caves cylindriques et en maçonnerie ordinaire pour les caves.à fond plat.
- Les caves ont un diamètre de 3 m, elles contiennent 7000 kg de superphosphates par mètre courant; elles peuvent se construire de toutes longueurs.
- Elles sont munies dans le bas, sur toute la longueur, d'une ouverture dont les bords sont formés par deux fers à double T. Ces fers serviront à maintenir la fermeture en bois pendant le remplissage et ils serviront de chemin de roulement à l’appareil pendant le vidage.
- L'invention de Wenk se compose d’un chariot portant un moteur électrique. Ce moteur commande d’une part des couteaux-grattoirs et, d’autre part, la marche avant et arrière du chariot. La marche avant, ainsi que la marche arrière, comprend 2 vitesses. La grande vitesse de la marche avant sert à amener le chariot jusqu’au bloc de superphosphate. Une fois arrivé à ce point, il faut le faire avancer à petite vitesse. 11 serait en effet impossible d’entrer dans le bloc à grande vitesse, d’abord parce qu’il faudrait un moteur très puissant et qu’ensuite le superphosphate serait extrait en trop gros morceaux et aussi en Irop grande quantité à la fois. La marche à grande vitesse donne au chariot un
- p.795 - vue 799/950
-
-
-
- 790
- INDUSTUIE CHIMIQUE.
- JUIN 1913.
- avancement de 1,50 ni/ min; celle à petite vilesse un avancement de 5 cm/ min.
- Le moteur employé généralement dans ces sortis d’installations tourne à 750 t/min et le rapport des engrenages pour la petite vitesse est de 1 à 20 000 t/ min.
- Le môme appareil peut servir à l'excavation de 2, 3, 4 caves ou plus Le chariot est alors mon lé sur un Iruck Iransbordeur. La première phologra-
- Fig. 1. — Vue de l’excavateur Wenk, du truck transbordeur et du moteur électrique.
- pliie (fig. lj montre ce truck transbordeur. L’appareil Wenk peut au moyen de ce truck se déplacer transversalement. Le moteur de cet appareil est un moteur électrique de 6 à 7 cbv ; mais les Lisibles sont calculés pour une puissance de 4 chv.
- Prenons maintenant comme exemple une cave ayant 50 t de contenance. Elle aura une longueur totale de 7,50 m.
- Cette cave étant remplie, l’ouvrier retirera les planches qui ferment l’ouverture entre les deux fers du bas de la cave; il retirera ensuite la porte fermant la devanture de la cave. Pour extraire les 50 t, il n’aura qu'à mettre le courant
- p.796 - vue 800/950
-
-
-
- 797
- FOSSE MÉCANIQUE A SUPERPHOSPHATE, SYSTÈME WENK.
- sur le moteur et à faire avancer la machine àpetite vitesse. Lorsque les couteaux, dont la vitesse (le rotation est de 20 à 25 t/min, arriveront au bloc de superphosphate, ils le couperont et le feront tomber sur le transporteur. Ainsi qu'il a été dit plus liant, la vitesse d'avancement du chariot est de 5 cm/min; par minute 1 appareil extraiera. donc 7 000 X 0,05 --350 Lg de superphosphate.
- Fi^. >. — Vue de l’excavateur Wenk montrant les couteaux et les deux pelles.
- Comme la machine possède 2 couteaux et que la vitesse de rotation de ces couteaux est de 25 t/min, le bloc de superphosphate extrait par minute, c'esl-à-dire ayant 50 mm d’épaisseur, sera coupé 50 fois ; chaque couteau coupe donc une épaisseur de 1 mm.
- Le superphosphate extrait l est donc sous une forme très fine.
- On remarque sur la deuxième photographie (lig. 2) que le système de couteaux est complété par deux pelles.
- Tome 119. — 1er semestre. — Juin 1913. 113
- p.797 - vue 801/950
-
-
-
- 7i)8 indusiiîii-: chimique. — juin k>i:i.
- Os |m“111“S oui, pour bul :
- I") de faire office de \(*n(il;(I('ili- ; ullt‘s renouvellent consfammuni, l'air sur la surface à. couper cl sur celle qui a été Ira ici i (' m ( in 1 coupée;
- 2") de prendre le superphosphate coupé qui pourrait rester sur les parois intérieures (h1 la rave el de le faire lomher sur le transporteur.
- On remarque aussi le grand disque plan'1 eulre les rouleaux el l'appareil. Oe disque empêche les gaz de la, cave de venir h',c.her l'appareil et empêche les par lies coupées du lomher en arriére' sur l'appareil. la* disque a aussi le grand avantage de fermer la cave ch* façon que les gaz qui se dégagent dans la cave ne peuvent en sorlir; ils soûl du reste aspirés par un ventilateur puissant placé après la cave.
- Avec uni1 cave de 7,70 m de longueur, h* chariot mellra 2 heures et demie pour arriver au fond de la cave* ; il aura donc extrait 70 1 en 2 heures et demie.
- Lorsque le chariot sera arrivé au fond de la cave, un butoir ad hoc, placé sur h* chemin de roulement, agira automatiquement sur le levier du rhéostat, interrompra le courant, le renversera el, automatiquement, l'appareil Wenk reviendra en arrière à grande vitesse.
- L'appareil aura mis 2 heures et demie pour l'aller et mettra pour revenir à la même place d’où il est parti 7 minutes. A cet endroit, se trouve également un hutoir, qui agira sur le levier du rhéostat et arrêtera la machine.
- Voici en résumé les avantages du système Wenk :
- 1° L'excavation mécanique est absolument automatique; la mise en marche seule doit se faire à la main;
- 2” 11 y a fermeture complète par le disque de la cave, de sorte qu'aucun gaz ne peut revenir en arrière pour entrer dans les ateliers de l'usine;
- ‘5° Il est possible de desservir plusieurs caves ;
- i° La force motrice consommée pendant que dure l'excavation est très faible ;
- 5° L’appareil n’occupe que très peu de place devant les caves ;
- (i° 11 ya une ventilation supplémentaire au moyen des pelles du porte-couteau ;
- 7° Le produit obtenu est très fin.
- Avec l’appareil Wenk, construit par les Klablissomenlsllouplain, Elluin etC"‘ à Levallois-IVrrel, l’ouvrier n’a donc plus qu'à donner le courant ; la machine fait l’ouvrage el, après un temps déterminé par la longueur de la cave, l’ouvrier retrouve sa machine à l’endroit d'où elle est partie.
- IllvNKiai kt Mi u. H mm.
- p.798 - vue 802/950
-
-
-
- MÉCANIQUE
- L’ « ÉJECTAI R » BREGUET"’
- Le grand développement dos turbines à vapeur a été la cause initiale de progrès considérables réalisés en ces dernières années touchant les appareils de condensation et plus particulièrernent. les pompes à air.
- Des vides très élevés furent recherchés, vides que les anciennes pompes à air à mouvement alternatif ne permettaient pas d’obtenir pour des raisons que M. Maurice Leblanc a mises en évidence au cours de scs belles et fécondes éludes sur la condensation : l'emploi des pompes rotatives, généralement eu combinaison avec des trompes à eau, permit de réaliser sur système étanche le vide limite correspondant à la température de l’eau d’injection ou de circulation à sa sortie des condenseurs.
- C'est là un résultat parfait qui ne saurait être dépassé.
- Mais le degré de vide obtenu sur système étanche n'est pas le seul facteur à considérer. Les systèmes pratiques ne sont pas étanches : des apports d'air inévitables sont dus à des causes diverses (joints, prèsse-étoupes, air dissous dans l’eau d’injection, etc.) et donnent lieu à une chute de vide, par rapport au vide théorique, d'autant plus grande qu'ils sont eux-mêmes plus importants et que la pompe à air possède une plus faible capacité d’extraction, c’est-à-dire engendre un moindre volume.
- La puissance exigée par la pompe à air est un autre élément important et l'on se rend ainsi compte que le coût de la mise en œuvre par unité de volume engendré est un facteur essentiel pour l’appréciation de la valeur d’une pompe à air.
- Ce facteur différencie notablement les pompes à air actuelles et à son égard la voie du progrès n’est nullement barrée. L’extraction de l’air d’un condenseur et son rejet dans une atmosphère à température voisine n’exige en effet, théoriquement, qu’un travail très faible au regard de celui demandé par les pompes à air actuelles. On voit en résumé que si la perfection est dès mainte-
- (1) Communication faite en séance publique le 11 avril 1913.
- p.799 - vue 803/950
-
-
-
- 800
- MÉCANIQUE.
- juin lui:i.
- liant atteinte quant au degré de vide réalisé on se trouve encore' fort éloigné d'elle en ce qui concerne le; coût de l'extraction.
- La pensée m'est venue d étudier les éjecleurs à vapeur à ce* dernier point de vue et mes premières expériences m'ont continué que l'éjecteur est un puissant (extracteur d’air. Toutefois il est préférable de ne pas lui demander un rapport de compression exagéré et, pour réaliser dans des conditions favorables les rapports do compression de 12 à 20 qui correspondent aux vides de 70 à 71 cm. de mercure, d est nécessaire de disposer deux éjecleurs en série.
- I ne courte digression semble ici utile :
- La mise en série d'éjecteurs à vapeur est une idée ancienne. M. Maurice Leblanc Ta remise à jour voici quelques années. On peut se demande]' comment il se fait qu'elle n'ait pas conduit mes devanciers aux excellents résultats que j’ai obtenus ut que j'indique plus loin. Cela est dû, je crois, à l'ancienneté même de ccd te idée :
- À l’époque des essais des premiers expérimentateurs les pompes à air sec n’étaient pas connues. On avait coutume d’enlever simultanément l’air et l'eau d’un condenseur par mu1 même pompe et l'on ne songea pas à procéder différemment. Or, l'éjecteur à vapeur n'est pas apte1 «à travailler sur un tel mélange». La difficulté fut tournée pour l'éjecteur d’amont en appliquant celui-ci non pas à un condenseur mais à une machine frigorifique, c'est-à-dire à une» machine de laquelle un mélange gazeux doit seul être extrait; pour l'éjecteur d’aval la difficulté subsista car il était indispensable» ch» condenser la vapeur issue du premier éjecteur afin de ne pas demander à l’éjecteur d'aval un travail exagéré. Llle ne fut pas vaincue cd l’on reconnut préférable de remplacer l’éjecteur daval par une pompe quelconque.
- La mauvaise réputation des éjecleurs eu série se trouva ainsi établie1 et les recherches ultérieures portèrent sur des combinaisons d'éjecteurs à vapeur et de trompes à eau.
- L’introduction de la trompe avait pour but d'améliorer l'ensemble; des vides élevés frirent effectivement obtenus mais la capacité d'extraction d'air resta faible. (Test, qu’en réalité dans une association en série d'éjecteurs et d’une trompe cette dernière constitue un élément fâcheux : au même litre, un tronçon étranglé est nuisible sur une canalisation de gros diamètre et suffit pour réduire le débit ou conduire à une forte majoration de la puissance nécessaire.
- Lu fait, jusqu'ici, lorsque l'on s’est contenté d'animer d'une vitesse modérée l'eau, desservant la trompe, par la seule action de la pression atmosphérique, la combinaison de la trompe et des éjecteurs n’a permis d’établir que des extracteurs d’air de capacité si réduite que leur emploi a dû être limité aux
- p.800 - vue 804/950
-
-
-
- l’ « ÉJECTAI R » BREGUET.
- 801
- s(“iiles machines frigorifiques. El, lorsque l’on a voulu utiliser une telle combinaison pour 1 extraction de l’air des condenseurs il a fallu recourir à de grands volumes d eau et^i des vitesses d’eau élevées et consentir par suite une dépense de lrava.il importante.
- Le problème de l’extraction de l’air par des éjecteurs à vapeur est au fond
- Eig. i. _ Coupe schématique montrant l’installation de l’éjectair sur un condenseur par mélange.
- très simple : l’éjecteur est un merveilleux appareil de compression des mélanges gazeux ; il faut borner son rôle à cela et procéder aux extractions d’eau indispensables par des moyens distincts.
- Je me suis arrêté au dispositif indiqué par la figure 1.
- Un premier éjectent* à vapeur A, ou éjecteur d’atnont, puise par un luyau B
- p.801 - vue 805/950
-
-
-
- 802
- M ÉUA NIQUE.
- JUIN 19 i:t.
- dans le condenseur C à desservir et refoule le mélange d’air et de vapeur éjecté dans un petil condenseur auxiliaire I). L’air est repris dans celui-ci par un deuxième éjecleur à vapeur L, ou éjecleur d’aval, tandis <jue l’eau qui tendrait à s'accumuler dans le condenseur auxiliaire I) est dirigée par un luyau F à brandies recourbées sur la pompe d'extraction d’eau du condenseur principal. La forme du tuyau F répond à une Iriple préoccupation : permettre à la
- différence des pressions dans les deux condenseurs de subsister, assurer J’écoulemeni de l’eau, s'opposer à l'écoulement parallèle de l’air. In luyau direct avec robinet commandé par llotleur rem pl ira il le même but mais sérail moins simple.
- On réalise ainsi un ensemble d'appareils de condensation dans lequel la seule pompe à organes mobiles qui subsiste n'a pour rôle que d’extraire de l’eau : le type centrifuge ordinaire, tvpe simple, robuste, peu encombrant et de bon rendement convient pour cette pompe.
- L'ensemble des deuxéjecteurs à vapeur et du condenseur auxiliaire a reçu le nom d'ëjvctair.
- Dans le premier appareil construit par la .Maison Breguet et reproduit par la figure 2, la dépense totale de vapeur, c'est-à-dire la somme des dépenses des deux éjecleurs, est de 8(S kg/b. La vapeur (fiait fournie sous une pression effective de 0 kg.
- La courbe 1 (lig. 3) traduit les résultats obtenus avec cet éjectair fonctionnant sur un condenseur par mélange à courants parallèles d’un débit d’eau de 100 m3/h, dans lequel des rentrées d'air d'importance variable pouvaient être effectuées à l’aide de luvères calibrées tà
- Fi- 2.
- Vue de 1 éjectair.
- titre d indication, une tuyère dont le diamètre au col est de 3 mm donne une rentrée d’air de b kg/h). La forme de la courbe 1 accuse un apport d’air supplémentaire de 0,5 kg/h, apport dû à beau d’injection et à l’imperfection des divers joints el presse-étoupes que comportait l’installation.
- On voit que pour une rentrée d’air totale de 2,5 kg/h par (exemple la chute correspondante du vide, par rapport au vide théorique, est égale à 7 mm de mercure : celle valeur représente la tension propre de l’air (extrait du condenseur et l’on en déduit, la température de cet air étant connue, que le volume
- p.802 - vue 806/950
-
-
-
- l’ « KJKCTAIB lîllECKKT » .
- 803
- engendré par l'éjectai'r est de 250 ni: li (courbe 2), soit 2,5 nr/kg de vapeur dépensé pour sa mise en (ouvre.
- (a1 résultat est équivalent à ceux fournis par les meilleures pompes rotatives des types répandus.
- Mais il convient d’observer (pie le mélange d’air et de vapeur rejeté a 1 atmosphère par l'éjecteur d’aval renferme toutes les calories apportées par la vapeur dans cet éjecteur. L’utilisation do ce mélange pour le récliauliage de
- O 1 2 3 4- 5 6 1 8 d
- neivTRéis, a '/un cn Kgu p,ir h£URL
- Fii’'. 3. — Diagrammes donnant les résultats d’essais de l’éjectair Breguet.
- l’eau d’alimentation de la chaudière est indiquée et la dépense de l’éjectair se trouve ainsi réduite à celle de l’éjecteur d’amont, laquelle n’est que le tiers de la dépense totale qui a servi de base au précédent calcul.
- Le volume engendré par l’é jectair atteint alors 7,o nr’/kg de vapeur dépensée.
- J’ai dépassé de beaucoup ce dernier résultat en complétant l’appareil par le dispositif suivant : une in jection d’eau relativement froide est opérée dans le tuyau B (lig. 1) qui relie l'éjecteur d’amont au condenseur principal. L'effet de celle injection est de condenser une partit' importante de la vapeur contenue dans le mélange gazeux extrait du condenseur et d’enrichir en air le mélange délivré à l’éjectair. Il s ensuit (pie, pour un mémo volume engendré par ce der-
- p.803 - vue 807/950
-
-
-
- 804
- MECANIQUE.
- JUIN i'HiU
- nier, le volume réel (extrait du condenseur, ou volume; apparemt engendré, atteint dns valeurs considérables (courbe i).
- La, courbe 3 précise1 le gain de vide obtenu avec une dilférence de température de 15 degrés (mire l’eau de refroidissement et l’eau sortant du condenseur. On observera epi’une différence de cel ordre est toujours disponible lorsque la machine à. vapeur que dessert le condenseur esL en charge et que l’on dispose en général d'une différence plus grande dans le cas fréquent où l’installation comporte; un réfrigérant d’eau dont les pertes par évaporation sont réparées par addition d’eau fraîche.
- L’éjectair s’adapte1 facilement aux condenseurs par surface.
- J’ai indiqué la grande puissance d’extraction de l’éjectair ; l’appareil a d’autres ejmilites :
- Sa mise en service setfeclue par simple envoi de vapeur aux éjeefeurs. Aucun dispositif spécial d’amorçage n'est nécessaire1 ed de cette propriété* il résulte que l’éjectair n’est pas susceptible de se désamorcer.
- Son fonctionnement n’exige aucune surveillance r,ar il est ainsi établi que d’importantes variations de pression de la vapeur, atteignant 20 p. 100 en plus ou en moins, sont sans influence sur le degré de vide réalisé.
- L’entretien et 1’usure sont nuis par suite de l'absence d’organes mobiles.
- Enfin, et cela a son intérêt pratique, l’éjectair appliqué aux condenseurs par surface permet d’effectuer la pesée intégrale de l’eau résultant de la condensation de la vapeur.
- On peut prévoir un avenir industriel pour un appareil qui possède un tel ensemble de qualités.
- Mauiuce Delaporte,
- Directeur des Ateliers de Paris de ta Maison Breguel.
- p.804 - vue 808/950
-
-
-
- CHIMIE
- LE PROBLÈME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE DE L'AZOTE
- Ses diverses solutions (T).
- Le problème de la lixation industrielle de l’azote est incontestablement, à l’heure actuelle, le problème chimique le plus important; on peut dire qu’il domine aujourd’hui toute la chimie minérale.
- On sait comment sa solution s’est imposée avec un véritable caractère de nécessité, non pas pour notre génération, mais pour les générations de l’avenir. La population mondiale augmente assez rapidement, en même temps que les races inférieures, se civilisant, s’adaptent peu à peu aux habitudes des races civilisées et tendent par suite à devenir de plus en plus des consommatrices de pain; aussi, pour cette double raison, le stock de céréales nécessaire à la nourriture de l’humanité doit aller constamment en augmentant et par suite obliger à généraliser de plus en plus la culture intensive consommatrice d’engrais. De là la nécessité de pouvoir mettre à la disposition des agriculteurs un tonnage d’engrais constamment croissant et en particulier un tonnage d’engrais azotés.
- 11 est vrai, par contre, qu’il existe encore, à la surface de la terre, des terrains vierges non mis en exploitation, mais leur importance diminue chaque jour, et d’ailleurs, leur grande fertilité, sans récupération au moment de leur utilisation, n’est que momentanée. C’est ainsique la consommation des engrais azotés, assez faible autrefois aux Etats-Unis, nulle en Russie, atteint maintenant un chiffre considérable en Amérique et commence à se développer normalement en Russie.
- En laissant de côté l’action secondaire des microbes fixateurs de l’azote, il est nécessaire, pour fournir à la plante l’azote dont elle a besoin, de le lui donner sous forme d’azote combiné, nitrate; de soude, sulfate d’ammoniaque, matières organiques azotées. D’où provient cet azote combiné? Nous disposons actuellement, en engrais azotés, de deux réserves importantes : la houille et les gisements naturels de nitrate de soude du Chili.
- (1) Celte question a fait l’objet d’une communication de railleur en séance publique le 23 mai 1913.
- p.805 - vue 809/950
-
-
-
- S 06
- CIIIMIK.
- juin 1 o i :t.
- La bouille, tjui <*onlic'iil on moyenne 1,2 |>. KM) (l'azote, dégage une parlie de cet azote sons forme d’a.mmoiiia.<|ne quand on la sonmef à une déeomposilion pvrogénée, soi! dans les cornues à gaz d’éelairage, soit surtout dans lt;s Ioni s des l‘al)ri<|nes de coke pour haut fourneau. Les eaux ammoniaeales ainsi récupérées fournissent aujourd’hui 1 million de lonnes de snlfale d’ammoniaque. Lelte somro d'ammoniaque augmente chaque aimro par suile de l’augmenla-tion dii la production mondiale de la Ionie et par suite do l’exlension des procèdes de récupération et de leurs perfectionnements. L’est ainsi, par (exemple, que la tendance actuelle à ne pas brûler directement la houille pour utiliser son pouvoir ealorilique mais à la gazéifier dans dos gazogènes permet déjà au jourd’hui (‘I permettra surtout plus lard d'obtenir de l'ammoniaque.
- Le Lbili fournil annuellement 2 n(MI (HHI tonnes de nitrate de soude; il est le plus grand producteur d’azote combiné, grâce à ses importants gisements naturels, mais ces gisements sont limiléset l’on peut entrevoir dès maintenant l’époque où leur extraction ne pourra plus répondre aux besoins. On admet généralement, quoique le fait soit bien difficile à établir avec certitude, qu’avec la production actuelle, les gisements seraient épuisés dans un siècle au maximum; mais même avant d’arriver à l’épuisement, il n’est pas douteux «pie les champs de nitrates exploités seront de plus en [dus pauvres et leur exploitation de plus en plus difficile; dès maintenant, le caliche traité ne contient plus guère qu’une moyenne de 22 p. 100 de nitrate de soude, au lieu des 40 p. 100 et plus contenus dans les premiers champs d’exploitation.
- Ainsi, dans un temps qui ne peut pas être très éloigné, le Lhili ne pourra plus fournil- à l’agriculture la fraction importante d'azote combiné sur laquelle elle compte et dont elle aura de plus en plus un pressant besoin, et rhumenité se trouverait alors exposée à mourir de faim.
- Il faut donc, do toute nécessité, s’adresser .à ce réservoir inépuisable d’azote qu’est l’air, pour faire entrer cet (dément en combinaison et obtenir des produits nouveaux susceptibles de jouer eux-mêmes b1 rôle d’engrais ou bien d’engendrer immédiatement des nitrates ou de l'ammoniaque par une réaction simple.
- Toutefois, faire entrer l’azote en combinaison parait un problème bien difficile; on nous a toujours enseigné que l'azote (Mail un corps .inerte, e’esl-à-dire inapte aux combinaisons et, jusqu’à ces tout derniers temps, on no connaissait que deux réactions posilivos de l’azolo : son union avec l’oxygone sous l'influence des étincelles électriques, mise en évidence pai* Lavendish, avec production primaire, comme Kerlbelol l’avait montré depuis longtemps, de bioxyde d’azote ou oxvde azotique, et, en second lieu, la fixation de l’azote par un mélange de carbone avec une bas*1 alcaline ou uni1 base alealinolerreuso,
- p.806 - vue 810/950
-
-
-
- LE PROBLÈME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE DE l’àZOTE.
- 807
- réaction découverte par Marguerite et de Sourde val et que ces savants avaient cherché vainement à industrialiser. Mais, fort heureusement, l'inaptitude de l'azote à entrer en réaction est un vieux cliché qu’il faut désormais remiser dans les archives de la science. L’azote peut, au contraire, intervenir dans beaucoup de réactions : par exemple, il peut se combiner avec un assez grand nombre d’éléments métalliques en donnant naissance à des azolures très stables, formés avec de grands dégagements de chaleur, homme je l’ai montré d'ailleurs ( 1 ), ces combinaisons binaires métalliques sont avantagées au point de vue de la stabilité par le fait de la trivalence de l’azote. En m’appuyant sur ma théorie approchée des équilibres 2), j’ai fait voir qu’il était nécessaire, pour qu’uu hydrure, un oxyde et un azoture formés par un même métal, aient des stabilités comparables vis-à-vis de la chaleur, que les chaleurs dégagées dans la formai ion de ces diverses combinaisons avec un même poids de métal,
- O
- soient entre elles comme: o, — et 1. Ainsi,un hydrure ne pourraitavoir la même
- stabilité que l’azoture correspondant qu’autant que l’hydrogène dégagerait Ii‘ois fois plus de chaleur que l’azote avec le même métal; si l’azote pouvait même fonctionner comme penlavalent, il faudrait que l'hydrogène en dégageai environ cinq fois plus pour arriver à une combinaison de même résistance à l’élévalion de température.
- L’expérience démontre que les chaleurs de formation des azotures sont considérables. .l’ai trouvé pour l’azoture de magnésium Mg3Az2 un nombre égal à 119 cal i-b, M (jüntz a donné 111, 2 cal pour celui de calcium (4); enfin, en m’appuyant sur certaines données expérimentales, j’ai pu, par des considérations phvsico-chimiques, attribuer comme valeurs probables 90 cal et MO cal aux chaleurs de formation des azotures de silicium et d’aluminium. La dernière de ces valeurs, déterminée par l’application des formules physico-chimiques utilisant des données expérimentales de natures différentes, parait devoir se rapprocher beaucoup de la valeur réelle, car des points de départ différents ont conduit sensiblement à la même valeur.
- CHALEURS UE l-'ORMATIOX UE QUELQUES AZOTURES RAPPORTEES A UNE QUANTITÉ d’aZOTE Az2.
- Magnésium. . . . . . . Cal. 119,7
- Calcium . . . — 111,2
- Siliciurii . . . — 90,0
- Aluminium . . . . . . — 110,0
- (1) G. Matignon, Comptes, rendus, t. Cf AV, p. 1164, 1012.
- (2) G. Matignon, Annales de Chirn. et Phi/s., S0 série, t. XIV, p. 31, 10()S.
- (3) G. Matignon, Comptes rendus, t. CLIV, p. 1331, 1912.
- (4) C.cntz, Comptes rendus, t. CXXXV1, p. 1071, 1903.
- p.807 - vue 811/950
-
-
-
- 808
- CHIMIE.
- JUIN 1913.
- Un autre point sur lequel il importe d'insister, c’est <|no l’azote est vrainnmt inerte, <in ce sens qu’il sort <IiIIiriI<‘nienI dans ses réactions de sa zone, de frot-lemenl, de sa zone de repos chimique. Pour provoquer les réactions dans lesquelles intervient l'azote, il est nécessaire, dans la, plupart des cas, de porter le système à température élevée; on en lire immédiateinenl celle conclusion que les réactions de 1’azole seront facilitées par des catalyseurs el qu’il y aura intérêt, dans la plupart des cas, à substituer à la réaclion elle-même, par l'intermédiaire de ces corps do présence, deux ou un plus grand nombre de réactions dont la première sera la résultante (1).
- Avant de jeter un coup d’<eil sur les différentes solutions proposées 'pour la fixation de l’azote, je voudrais donner, en quoique sorti1, une idée quantitative de l’importance du problème en apportant ici quelques chiffres.
- Dès maintenant, et nous sommes tout au début de l’examen de la question, [dus de o()0 millions de francs sont déjà engagés soit dans des usines en pleine marelle, soit dans des installations à la veille de fonctionnel', soit encore dans des usines d’essai et de mise au point, ou bien même dans des recherches de laboratoire ; en outre, plus d’un millier de1 brevets ont été pris dans ces dernières années, brevets dans lesquels leurs auteurs ont la prétention de faire entrer facilement et économiquement l’azote en combinaison. Il n’v a donc plus de doute que l’inertie de l’azote ne soit aujourd’hui une légende. Un grand nombre de laboratoires se sont consacrés presque exclusivement à cette question de l’azote ; je citerai, parut i les laboratoires scient itiques, ceux de ( oi ve, à (ienève, de llaber, d’abord .à Darlsruhe, maintenant transporté a l'Académie Wilhelm, à Dlialem, près de Berlin ; parmi les laboratoires industriels, ceux de la Badische Anilin- und Soda-h’abrik, de la Société norvégienne, de l’Azote. Je me permettrai d’ajouter que j’ai poursuivi moi-même des recherches sur certaines réactions fixatrices de l’azote pendant plusieurs années ; j’aurai l’oCcasion d'on parler plus loin.
- Procédés dans lesquels on utilise une flamme électrique. — Je ne veux pas décrire ici les procédés électriques mis en (ouvre ou proposés pour réaliser la synthèse de l’acid»1 nitrique; des conférences remarquables ont été laites ici même ou ailleurs par (irandean (2), AI. Schlœsing(d), Al. de la Vallée-Poussin (i) sur le procédé Byrkeland et l\yde et les usines de la Société norvégienne de
- fl) G. Matignon et T h an no y, Comptes rendus, t. OXMI, p. 1210, 1900. Voir suit,oui, la Noliee sur mes travaux scientifiques, Paris, 1907.
- (2) Graniuîau, Annales des Sciences agronomiques, 3° série, t. F, p. 1, 1900.
- (3) Schlowing, licrue scientifique, t. VIII, p. 289, 1907.
- ,4) I)i: la Vallée Poussin, Renie générale de chimie, p. 1, 1909 et Mémoires de l'Académie des Sciences de Rouen, 1912.
- p.808 - vue 812/950
-
-
-
- LE PROBLÈME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE DE l’aZOTE.
- 809
- I Azote, par JV1. (Juye (1) sur ses propres procédés, <;tc. ; enfin, de nombreux ;y| ides, parus dans presque loi îles les revues sci.enlili.ques, oui aujourd’hui vulgarise loules nos connaissances actuelles dans b1 domaine de la synthèse de I acide nitrique. Admis, grâce à l’obligeance de MM. de Laselve et de la Vallée-INmssin, administrateur et secrétaire général de la Société norvégienne de l’Azote, a visiter les belles usines de la Société au mois d’octobre dernier, je ne puis passer sous silence l’impression profonde que j’ai rapportée de cette visite, laid à cause de l’importance et de la belle organisation de ces usines, que de 1 ellort vraiment très considérable qu’il a fallu faire pour aboutir à un tel resu Hat. Vous pourrez d’ailleurs vous en rendre compte, si je vous dis que 10 000 personnes vivent actuellement autour de la Société norvégienne de l’Azote, dans un pays qui, en 1900, était encore presque désert et ne possédait que quelques misérables chalets. Au mois d’octobre, 173 000 chv travaillaient régulièrement à la production de l’acide nitrique, tant dans les usines de Aottoden que dans celles de Saaheim, distantes de près de 80 km et réunies cidre elles par un service régulier de bateaux et de chemins de fer organisés par la Société. Avec la lin de l’aménagement de la chute de Ryukan II, qui était déjà très avancée en octobre dernier, l’usine va disposer incessamment de •100 000 chv, en attendant l’installation des antres chutes, propriétés de la Société (AVanima, Tyin, Matre) représentant encore 234 000 chv.
- 17 n autre point sur lequel je veux dire aussi quelques mots, c’est révolution que parait devoir subir cette industrie. Il est évident, a priori, qu’une industrie aussi nouvelle, dont les débuts datent à peine de sept années, est loin d’avoir atteint tous les perfectionnements dont elle est susceptible. Actuellement, les vapeurs nitreuses sortant des fours Byrkeland et Eyde, ou bien des fours Schonherr, sont absorbées par l’eau circulant dans de grandes tours d’absorption construites en granit et par conséquent fort coûteuses, puis les solutions nitriques étendues obtenues sont neutralisées par du calcaire et évaporées pour obtenir le nitrate de chaux, produit fondamental des usines norvégiennes; M. Schkesiug a donné récemment un procédé d’absorption par voie sèche qui permet, en faisant passer les vapeurs nitreuses sur de la chaux maintenue vers 300°, d’obtenir immédiatement le nitrate de chaux; on supprime ici les volumineuses tours de granit, les opérations de neutralisation de l’acide, de concentration du nitrate et l’on obtient uniquement du nitrate. Ajoutons que les vapeurs nitreuses sont intégralement absorbées, tandis que, dans le procédé d’absorption actuel, quelques centièmes de l’azote combiné ne sont pas récupérés et par suite sont perdus, et enlin, on n’atteint ce degré d’absorption imparfait qu’en produisant, à côté du nitrate de chaux, un peu de nitrite de soude.
- (lj Guyk, Bulletin de la Société chimique, 4e série, t. Y, 1909.
- p.809 - vue 813/950
-
-
-
- 8io
- chimie .
- .iuin un;).
- Le perfectionnement Schleesing (loiL en entraîner un second. La théorie établi! que la proportion d’azole: oxydé doit être maximum ijiiand le mélange gazeux initial est à volumes égaux d’oxygène et d’azote ; elle montre*, en oulre, mais cette fois non plus avec cerlilude, (pu*, dans ce cas, le rendement du four électrique doit augmenter d'environ p. 1(10. Lu l'ail, Ions les observateurs (pii se sont occupés de la question avec leurs appareils de; recherches, ont reconnu qu’il y avait toujours augmentation sensible] du rendement, celle augmentation pouvant varier, comme dans les essais de (îuye,de 10 à 00 p. 100 suivant les conditions. J’ai pu me rendre compte dès maintenant, grâce aux perfectionnements apportés, par (ieorges Claude et Linde, au problème de l’enrichissement de l'air en oxygène, que ta substitution du mélange optimum ;i l'air ordinaire doit conduire à une amélioration économique du rendement. La superposition des deux progrès me parait devoir abaisser notablement le prix du nitrate.
- L’acide nitrique est un produit marchand dans lequel l’azote a plus de valeur que dans Je nitrate; il y a donc intérêt à concentrer les solutions nitriques étendues pour en faire un acide commercial. M. Cotlelt, chimiste ii ta Société norvégienne, a mis au point un procédé qui résout complètement ce problème délicat de ta concentration (te l’acide. Il restait à trouver des conditions pratiques pour réaliser effectivement ce transport d’un corps aussi dangereux. I ne solution a été fournie par les vases en aluminium : chose curieuse, l'acide nitrique reste à coté du métal sans t’attaquer. Et cependant, si l’on arrosait de ta poudre d’aluminium avec de l’acide nitrique fumant, on obtiendrait un mélange formant certainement un explosif puissant sous t’inlUience d’un détonateur. L’aride nitrique ainsi obtenu est très pur; il est tries recherché par tes usines de produits chimiques. M"1C Lefebvre, une Française qui prit en INb!) le premier brevet pour la fabrication synthétique de l’acide azotique, avait déjà insisté sur la pureté de l’acide obtenu, et elle avait même signalé l’intérêt qu’il y aurait à enrichir en oxygène l’air traité.
- Enfin, on peut résoudre autrement te problème du transport délicat de l'acide nitrique concentré, en produisant directement à Nottoden tes dérivés ni très à la fabrication desquels l’acide était destiné, de sorte que la Norvégienne do l’Azote est appelée fatalement à devenir une usine d’explosifs, en préparant des celluloses nitrées, des nitrobenzines, des phénols nitrés, etc., toutes matières premières des plus importantes pour la fabrication des poudres et explosifs et pour l’industrie des colorants.
- Procédé Hausser. — De Saussure a montré, dès la lin du xvmc siècle, que, dans toutes les combustions, une petite quantité de l’azote de l’air est entraînée
- p.810 - vue 814/950
-
-
-
- LE PROBLÈME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE 1)E L’AZOTE.
- 811
- dans l'oxydation et qu’il apparaît des composés oxygénés de l’azote, pourvu que la combustion soit complète. Bunsen, en constituant sa méthode d’analyse eudiomefrique des gaz, a donné quelques chiffres indiquant la proportion d’oxydes d’azote formés quand on opère- en présence d’azote; les combustions elleelnées dans la bombe calorimétrique de Berfhelot ont permis à ce savant el à ses (‘lèves d’ellècluer un grand nombre de déterminations de la quantité d aride azotique formé toutes les fois que l'oxygène était souillé d'azote ou que la matière soumise à ta, combustion contenait elle-même de l’azote.
- Le mécanisme do la formation de J’oxyde azotique est exactement le même qu'avec la flamme électrique. Bar suite; de; la chaleur produite dans la combustion, l'oxygène en excès et l’azote; sont portés ;i la température de réaction et il y a formation d’oxyde azotique. On se rend compte; immédiatement que la quantité* d’azote* oxyde; sera d’autant plus grande que la temipérature produite par la combustion sera plus élevée.
- Sur ce principe fonctionnent actuellement deux procédés : celui de Hausser, dans lequel on réalise une combustion avec explosion, celui de Bender, avec combustion progressive ordinaire.
- AI. le professeur lliilisser a mis au point son procédé dans une petite usine d'essai à Nuremberg; j’ai pu la visiter l’année dernière et déterminer la concentration des gaz en vapeurs nitreuses après la combustion.
- Al. Hausser employait comme combustible le gaz de ville qu’il faisait détoner avec un excès d’air ou mieux avec de l’air et un tiers en oxygène du volume du gaz d’éclairage. 11 importe, pour obtenir de bons résultats, de réaliser l’explosion dans des conditions telles que l’oxydation de l’azote ait le temps de se produire ; autrement dit, il est nécessaire que la courbe des pressions au moment de l'explosion se maintienne un temps suffisant dans la région des hautes pressions ; il suftit [tour cela que la bombe, dans laquelle se produit la détonation, ait un volume suffisant.
- H faut éviter que le bioxyde d’azote formé ne se décompose pendant le refroidissement, et cela, comme lorsqu’on opère avec les flammes électriques; on hâte donc le refroidissement en produisant, aussitôt que la réaction est terminée, une détente brusque des gaz de la combustion par l’ouverture d’une soupa.pi; appropriée.
- A la bombe, dont le volume à Nuremberg était de 100 1, sont adjoints quatre compresseurs, l’un pour le gaz combustible, l’autre pour l’air, le troisième pour l’oxygène, et enfin un quatrième pour l’air de balayage après ta détente; les trois premiers compresseurs, fonctionnent simultanément dans la
- p.811 - vue 815/950
-
-
-
- 81/2
- CHIMIE.
- JUIN PJ13.
- période (1(1 remplissage. Oïl produit In explosions par minul,(>, la durée de eliaque opérai ion est donc, de \ secondes. Le mélange gazeux ax ant l’explosion est comprimé à o atmosphères au maximum.
- Voici les conditions et les résultats des expériences effectuées en ma présence le 23 le vider 4012.
- Composition initiale du mélange gazeux :
- lll;î
- ( .'18,S gaz d’éclairage ( 340 air
- . 40 gaz d’éclairage
- 128 air ; 13,3 oxygène
- Conditions de l'explosion fournies par l'examen de la courbe des pressions :
- cas d'un mélange avec addition d’oxygène :
- Pression initiale..................... 3 kgem-
- Pression du palier...........................22,3 kg cm-
- 1
- Purée de la période d augmentation de pression. - seconde
- 1
- Purée du palier . . .........................- seconde
- U
- Concentration, évaluée en acide azotique, des vapeurs nitreuses dans les gaz ii la sortie par mètre cube :
- Sans oxygène Avec oxygène
- 0.7 i
- ( Moyenne. 0,8 g
- | Moyenne. 13,3 g 1 •>, / '
- Je signalerai encore une particularité. Les gaz à la sortie de la bombe se détendent dans un long serpentin plongé dans l’eau froide; l’eau provenant de la combustion s’y condense et forme avec les vapeurs nitreuses une solution nitrique très diluée. Ici encore, un seul métal a pu résister convenablement à 1’altaque de cette solution, c’est l’aluminium; le récipient en aluminium que j’ai vu dans l’usine de Nuremberg servait depuis deux ans et n’était pas en mauvais état.
- La Deutsche Slickslolf Industrie Gesellschaft, de Dorlmund, qui avait subventionné les essais de Nuremberg, a câblé les brevets allemands à une liliale qui vient de construire à llainm (Westplialie) une petite usine, annexée aux usines de coke de MM. de Wendel, pour utiliser comme matière combustible les gaz des fours à coke.
- Avec l’air. . . Avec l’oxygène
- p.812 - vue 816/950
-
-
-
- LE PROBLÈME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE DE L’AZOTE. 813
- I) après les analyses qui m’ont été communiquées par le professeur Hausser, ce, gaz pu ri lie aurait la composition suivante :
- H 49,5
- GH' 29,3
- G 11 1 1 1,1 1,0
- GO 7,3
- GO-’ 2
- 0 et Az 10,9
- avec un pouvoir calorifique de 7 120 cal par mètre cube mesure à 0° et 700 mm.
- Ifusine vcestphalienne de démonstration doit traiter par jour 6 000 m3 de g'az> avec un nombre restreint d’ouvriers, 8 à 10. Le rendement en acide nitrique est voisin de 170 gr d’acide azotique par mètre cube de gaz épuré en ajoutant le tiers du volume en oxygène.
- Si 1 on compare les rendements fournis par le four Byrkeland et le procédé Hausser, à énergie égale, on trouve qu’un mètre cube de gaz de pouvoir calo-rilique égal à 7 100 cal produit 170 g d’acide tandis que l’équivalent en énergie électrique donne à Nottoden 300 g d’acide. Evidemment, l’énergie calorifique ici est beaucoup moins coûteuse que l’énergie électrique, mais par contre, il faut utiliser de l’oxygène coûteux et effectuer le travail de compression des gaz, travail qui est loin d’ètrc négligeable.
- D’après un calcul de M. Hausser, l’Allemagne produirait, à l’heure actuelle, 270 millions de mètres cubes de gaz de fours à coke susceptibles de produire 70 000 t d’aride azotique ou 60 000 t de nitrate de chaux.
- Le procédé donnerait un meilleur rendement avec les gaz naturels des Etats-Unis dont le pouvoir calorifique est bien supérieur à celui des gaz des fours à cokm
- Procédé Bender. — Le procédé dont Bender avait donné le principe, dans plusieurs brevets, a été mis en application grâce à la découverte fortuite de champs de gaz en Transylvanie. Une société effectuait des roche relies de sels potassiques en 1000 à Kissârmûs, lorsque, à 300 m de profondeur, elle obtint un jet de gaz puissant dont on mit près de deux ans à se rendre maitre. Ce gaz est du méthane pur; il constitue en tout cas le gaz naturel le plus riche en méthane qu’on ait rencontré.
- GH' 99,0
- II 0,4
- O et Az 0,0
- Le débit de la source gazeuse est resté jusqu’ici absolument constant; il Tome 119. — 1er semestre. — Juin 1913. 54
- p.813 - vue 817/950
-
-
-
- 814
- CHIMIE
- JUIN 1913.
- atteint un million do ni à Ires cubes par jour, équivalent à 1000 I de houille, soit 100 wagons de 10 I.
- Sous les auspices du Gouvernement hongrois, la recherche d’aulres sources gazeuses se poursuit; celles ipii oui été découvertes depuis dounenl ensemble, une production à peu près équivalente h la première.
- Le (JolivernemenI hongrois a accordé1 provisoirement une concession de 200000 m* de gaz par jour à une société qui s'élait constituée pour appliquer le procédé Bouder, à savoir la production d’acide azotique par la combustion de ce gaz dans des brûleurs du type Bunsen, mais sous pression ; les rendements obtenus dans une petite installation d’essai auraient montré que Je procédé étail viable, aussi le Gouvernement a-t-il rendu la concession définitive. On construit actuellement une usine pour consommer tout le gaz concédé, lui admettant que le rendement en acide azotique soit Je même qu’avec le gaz de coke, l'oxygène employé avec ce dernier compensant son pouvoir calorifique moindre, ou peut calculer ainsi une production annuelle d’azote combiné équivalente à 12 2M0 I d’acide azotique.
- Le procédé Bouder n’est évidemment pas susceptible de généralisation ; en outre, sa production es! évidemment limitée par la durée de la source gazeuse. Il ne donnera jamais qu’un faible appoint à la consommation.
- Production de cyanamide. — A cédé des procédés synthétiques de production d’acide nitrique, s’élaborent actuellement d’autres procédés qui vont apporter, sur le marché, l’azote combiné sous une autre forme, la forme- ammoniacale. La cyanamide, préparée depuis plusieurs années cl sur laqueIle beaucoup de. publications ont déjà été faites, se rattache à ce groupe de procédés. On peut l’utiliser telle quelle comme engrais, ou bien la transformer en ammoniaque par une opération très simple, le chauffage en autoclave avec de l’eau, additionnée ou non d’adjuvants :
- C. Az- II* + 2 H-0 ^ CO- + 2 Az H \
- La cyanamide, surtout à cause des difficultés de l’épandage, a donné en Europe des résultats variables avec les pays. Aux Etats-Unis, d’après un fort intéressant rapport publié récemment par M. Bertrand (l), délégué pour les services du nitrate de soude en Europe, la cyanamide a réussi comme migrais, parce que les Américains ont l’habitude d’employer des engrais composés et que, en mélange, <dle ne présente pins les mêmes inconvénients. Quoi qu’il en soif, les usines de Niagara halls, qui produiraient actuellement 2i000 l, seraient en voie de transformation pour atleindre une production de 200 000 L dans trois ou quatre ans.
- (1) VEngrâis, 14 et 21 mars 1913.
- p.814 - vue 818/950
-
-
-
- LE PROBLÈME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE DE l’aZOTE.
- 815
- bn Ionl cas, la production mondiale en cyanamide ne dépasse guère I 000000 t. Joutelois, au moins en Europe, on parait tendre de plus en plu s à son utilisation sous forme de sulfate d’ammoniaque. Une partie du carbure de calcium fabriqué à Odda <;st maintenant transformé en cyanamide, puis eu ammoniaque à j’usine de Vilvorde, près de Bruxelles. La production de cyanamide atteindrait cette année 75000 à 80000 t. Il semble que l’industrie de la cyanamide aurait maintenant une tendance bien accusée à sortir de la période <1(3 tâtonnements et d’incertitude du début.
- Procédé Haber. — Considérons la réaction correspondant à l’équation
- A/è + 3 H2 = 2 Az IF + 24 cal.
- réaction à laquelle correspond certainement un équilibre. La connaissance de la chaleur de Ja réaction, jointe à celle des chaleurs spécifiques des trois gaz constituants du système, permet de calculer, au moins d’une façon approchée, quelles proportions d’ammoniaque doivent-se former à l’équilibre quand on met en présence un volume d’azote et trois volumes d’hydrogène à une température donnée et sous la pression atmosphérique :
- Température......................27° 327° 627° 927° 1 020°
- Proportions centésimales d'ammoniaque. 98,31 8,72 0,21 0,024 0,012
- Ainsi, si la réaction était sortie de sa zone de frottement, de repos chimique à 27°, il suffirait d’abandonner l’azote et l’hydrogène dans les proportions indiquées à celte température, [tour obtenir une proportion transformée de 1)8,5 p. 100 en ammoniaque.
- Inversement, un gaz ammoniac pur, maintenu à 27°, devrait se décomposer dans la proportion de 1,5 p. 100 [tour atteindre l’état d’équilibre.
- Or, si l’on élève peu à peu la température d’un mélange d’azote et d’hydrogène, on ne constate à aucun moment la formation d’ammoniaque; c’est qu’en elle!, la'réaction sort de sa zone de frottement à des températures où la proportion d’ammoniaque à l’équilibre est pratiquement nulle. Il convient donc de chercher des catalyseurs qui permettraient d’abaisser la température à laquelle la réaction peut commencer. L’est ce qu’ont fait llaber et Van Oordt en utilisant le fer. En présence de ce métal, on constate qu’un mélange d’azole et d’hydrogène susceptible de donner naissance à 1 000 parties d’ammoniaque, en fournit exactement 0,21 gr à 1020”; .inversement 100!) parties d’ammoniaque chauffées à cette température se décomposent jusqu’au moment où la teneur s’est abaissée à 0,2i parties.
- Un catalyseur qui permettrait (le fonctionner à 027°, fournirait à celle teni-
- p.815 - vue 819/950
-
-
-
- CHIMIE.
- JUIN 1913.
- 8 H)
- péralure un mélange d’azote et d'hydrogène contenant d’ammoniaque.
- M. llaber a trouvé dans l’osmium cl lu carbure d'uranium doux catalyseurs qui fonctionnent déjà vers b(IO°, mais, même à celle température, la proportion d'ammoniaque formée est toujours très laible.
- Aussi, pour augmenter le rondement, llaber et Le Kossignol, se tondant sur ce lait, comme l'indique la loi du déplacement de t'équilibre avec la pression, que la pression donnait une transformation plus avancée, ont cherché et réussi pratiquement à constituer un appareil permettant, de fonctionner d’une façon continue sous une pression voisine de 2011 atmosphères. Pour arriver à ce résultat, ils ont dù vaincre des diflieultés techniques considérables. J’ai vu en 1010 au laboratoire de llaber, à Larlsruhe, un petit appareil marchant régulièrement et fournissant 00 gr d’ammoniaque liquide par heure: le carbure d’uranium utilisé comme catalyseur fonctionnait à bb0°, sous la pression de 17b atmosphères avec un rondement d’ammoniaque égal à 8 p. 100. Let appareil, (pii a (dé décrit depuis, forme un circuit dans lequel se trouvent successivement le catalyseur maintenu à bb()°, un refroidissent* qui amène l’ammoniaque formée à l’état liquide et la sépare des gaz, une pompe qui produit la circulation gazeuse et enfin un tube latéral pour introduire une portion du mélange Az + dll préalablement comprimé, on quantité suffisante pour compenser la parti*' combinée et isolée du circuit sous forme d’ammoniaque.
- L’osmium est un élément trop rare [tour servir de base à un procédé industriel de synthèse de l’ammoniaque; le carbure d’uranium, à mon avis, présente l'inconvénient suivant : les gaz azote et hydrogène, s’ils sont rigoureusement secs, ne doivent plus se combiner, même en présence du catalyseur, et d’autre part, les traces infinitésimales d'eau qu’ils doivent contenir pour une bonne marche, agissent sur le carbure d’uranium en formant de l’oxyde d’urane, irréductible par l’hydrogène, par conséquent incapable d’être ramené à l’état métallique; par suite, au fur et à mesure de l’oxydation, le catalyseur perd ses propriétés activantes.
- Il n’est pas douteux que le travail en grand, sous des pressions voisines de 200 atmosphères, complique singulièrement le procédé. La Société badoise s’est attelée à la solution de ce problème, qui est sur le point de passer dans la pratique. Elle parait, d'après les brevets les plus récents, employer le fer comme catalyseur, élément dont l’oxyde est réductible par l’hydrogène et qui, par suite, ne peut présenter l’inconvénient que j’avais prévu pour le carbure d’uranium; en outre, (die a pu abaisser la pression du mélange gazeux et doit travailler maintenant dans h; voisinage de bO atmosphères. Quoi qu’il en soit, ce travail industriel, sous pression (‘levée, constitue un point faible du procédé et entraîne à de grandes dépenses initiales; si mes renseignements étaient exacts, la
- p.816 - vue 820/950
-
-
-
- LE PROBLEME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE DE L’AZOTE.
- 817
- dépense d installation s (.‘rail, d environ 1 000 fr par tonne de sulfate produit annuellement.
- I n deuxième inconvénient, c’esl la nécessité de préparer de l’hydrogène a cote de I azote; or, on n’a pas encore trouvé une solution permettant d’avoir 1 hydrogène à bon marc lui. Le problème est à l’étude de différents cotés en Allemagne, des méthodes variées sont à l’essai, et il est probable que des solutions economiques seront bientôt élaborées. Pour le moment, la Société badoise va préparer son hydrogène d’après le procédé Linde, Frank et Laro, fondé sur la séparation de l'oxyde de carbone dans le gaz h l’eau par liquéfaction. La Société Linde construit un appareil pour produire 2 000 m:i d’hydrogène à l’heure, correspondant a une synthèse annuelle de 30 000 t de sulfate d’ammoniaque. Le mètre cube d’hydrogène reviendrait à un prix no dépassant pas 0,20 fr, tandis qu’on peut compter par mètre cube d’azote une dépense voisine de 0,02 fr.
- L’hydrogène doit être tout à fait débarrassé de l’oxyde de carbone, car celui-ci, comme on le sait, se décompose au contact du fer en donnant du carbone et du gaz carbonique ; en admettant que ce carbone ne se combine pas au fer, il noierait bientôt le catalyseur et par suite arrêterait la réaction en empêchant le contact avec les gaz. Aussi la Badische a-t-elle pris différents brevets pour l'élimination des dernières traces d’oxyde de carbone. Par exemple, il suffit de faire barboter le gaz sous pression dans une solution alcaline, pour absorber aussitôt J’oxvde de carbone qui forme, comme l’on sait, du formiate, mais la réaction est particulièrement activée par la forte pression des gaz.
- Parmi les diverses solutions proposées pour la préparation de l’hydrogène à hon marché, et dont j’ai fait une élude approfondie dans mon enseignement cet hiver, je signalerai tout particulièrement celle qui repose sur la réaction suivante de Merz et Weith :
- CO + Ca(OII)2 = 00:lCa + II2
- Il en résulte qu’en envoyant du gaz à l’eau sur l’hydrate de chaux, on remplace l'oxyde de carbone par son volume d’hydrogène. Toutefois la Société chimique de Griesheim, qui s’occupe depuis plusieurs années déja de la mise au point du problème, n’a pas encore abouti h des résultats vraiment pratiques.
- La Badische installe en ce moment l’usine dont je parlais tout à l’heure, h Oppau, dans le voisinage de Ludxvigshafen.
- Procédé Serpek. — Si le procédé précédent est h; triomphe de la physicochimie qui a permis à llaber de fixer a priori routes les conditions du problème, celui que je vais étudier est au contraire le triomphe de l’imprévu.
- p.817 - vue 821/950
-
-
-
- 818
- CHIMIE.
- JUIN 1913.
- C’tisl. encore raliiminimn, ce métal si déconcertant, qui lui sort do base.
- Le docteur Serpi'k a démonlré <|u<> si l’on chaude à 1.800° un mélange d’alumine (d de charbon dans un courant d’azote, ce dernier s’imil à l’alumi-iiimn, pour ronnor un azoluro stable tandis <|iio I<* carbon»' <‘l l'oxygène s’cii vont à l’étal d’oxyde <l»' carbon»1 ;
- Al2!)1 + 3 0 + Az2 — AI2Az2 + 3 CO.
- Voilà pour un chimislo qui connaît les propriétés <b‘ l'aluminium, la grand»; cbalour »lo formation de son oxyde, ses propriétés réductrices si intensives qui en soûl la conséquence, une réaction bi<1 n imprévue.
- Nous connaissions déjà une réaction ternaire analogue, l’ancien procédé de préparation du cldorure d’aluininiuin. Si l’on chaude, dans un courant de (dilore, un mélange intime d».* charbon et d'alumine, les deux affinités réunies du (dilore pour l'aluminium, et du charbon pour l’oxygène, l'emportent sur l’aflinilé d»; l’oxvgène pour l’aluminium et la réaction devient possible. Mais ici nous substituons à 1 ’a 11 i n i l é du chlore pour l'aluminium, <|ue nous savons èlre très grande, celle de l’azote pour l'aluminium dont nous ignorions la grandeur et (ju’on aurait pu croire a priori assez faible-. Or, depuis la connaissance de la réaction du D1' Serpek, j’ai montré <|u<* la chaleur d»; formation de Ab Az2 devait èlre assez voisine <le I 10 cal ou du moins de cet ordre <l»‘ grandeur; il n’en persiste pas moins une endolhermicité très forte pour la réaction génératrice :
- A1'20:: + 3 C + Az2 — 3 CO + Al2A/.2 — 187,0 cal.
- mais fort heureusement, d’une part, tous les corps intervenant en réaction sont très stabh's; ils peuvent supporter des températures élevées sans se décomposer et, d’autre part, le nombre des molécules gazeuses est plus élevé dans le deuxième membre de l’équation que dans le premier; il en résulte, d'après une loi que j’ai appelée la, loi de volatilité f l i, que le passage de l’étal initial à l’état final peut èlre possible tout en supportant une forte endother-micité.
- Le d oïdeur Serpek a établi que la réaction (fui marche déjà à 1 500°, mais extrêmement lentement, devient rapide à 1 800°, au point que quelques minuhes suffisent pour la. transformation en azofure.
- La réaction etïécluée par un chauffage électrique, le seul jn'atiquement possible à cette température, consomme 187,0 cal, mais l’oxyde de carbone
- (1) Matignon, Comptes rendus, t. Cl,VI, ]>. 1330, 1913.
- p.818 - vue 822/950
-
-
-
- LE PROBLÈME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE DE l’aZOTE.
- 819
- I > *( m 111 i I si ni u Itanement peut ou brûlant régénérer 204,0 cal, donc nno <fii.au l i I plus grande; mais, bien entendu, ces deux énergies ne sont pas équivalentes, elles sont de qualités différentes : l’énergie électrique, pour un pouvoir calori-Iiqu<* égal, vaut beaucoup plus théoriquement, et pratiquement que l’énergie calorilique dégradée I ou ni i <‘ par la combustion de l’oxvde de carbone. On aperçoit néan moins tout de suite, dans la récupération de ces calories, une diminution de -dépense considérable.
- J ai dit que j’avais (‘value approximativement à 100-110 cal la chaleur de formation de l’azolure d'aluminium Al2 Az2 ; il est facile, par des expériences très simples, de montrer la grande exotliormicité de l’azoturation de l'aluminium. Prenons, comme Pont fait MM. Fichier et Alber, un mélange de poudre1 d’aluminium avec 3 à 4 p. 100 de noir de fumée et chaufïons-le assez fortement dans un ci'eusrl fermé; quand la température est suffisamment élevée, enlevons le couvercle: l’aluminium entre en réaction avec Pair, l'oxygène est à peine absorbé par une mince couche à la surface, tandis que l’azote pénètre dans l’intérieur, rendu poreux grâce à la présence du charbon, et une réaction très vive d’azoturation a lieu, se traduisant par une zone incandescente de la paroi du creuset, qui progresse de haut en bas.
- Après refroidissement, on trouve le creuset rempli par une masse agglomérée de tins cristaux bleutés très brillants d’azoture d’aluminium.
- La chaleur d’azoluration sera rendue encore plus manifeste en réalisant la combustion de l’aluminium, comme j’ai pu l’obtenir, par un chauffage préalable de l’aluminium, puis introduction dans un flacon plein d’azote. On peut (‘gaiement opérer sur de grandes masses (l’aluminium mêlé de charbon que l’on place dans un creuset dont on chauffe le fond; quand la température est assez /‘levée, on envoie un courant d’azote à l’aide d’un tube de charbon traversant la masse, et plongeant jusqu’au fond : la réaction s’amorce au fond du creuset, puis l’azoturation se propage progressivement de bas en haut, manifestée par l’incandescence du creuset. On peut ainsi obtenir facilement une température de 2000° et au delà. Après refroidissement, on trouve le creuset rempli par de magnifiques cristaux d’azoture d’aluminium. On réalise ainsi commodément, suivant les indications du l> Alber, une belle préparation synthétique de l’azo-ture d’aln mi ni uni. è
- Pour montrer avec quelle facilité on peut produire la belle réaction du 1)> Serpek, on chauffe le mélange d’alumine et de. charbon dans un four électrique, constitué essentiellement par un tube en charbon maintenu à ses deux extrémités dans deux fortes masses de même matière servant d’arrivée et de départ du courant; si l’on remplit le tube avec un mélange d’alumine et de charbon, et qu’on le ch au fié vers 1800", en envoyant un fort courant électrique
- p.819 - vue 823/950
-
-
-
- 820
- CHIMIE.
- JUIN 1913.
- pondant que l’azote le parcourt, ce dernier chasse trois lois son volume de gaz oxyde de carbone, lequel forme, après allumage, une longue llamme à l'extrémité du tube. Ln arrêtant momentanément le coura.nl d’azole, la llamme s’éteint aussitôt; en le rétablissant, la llamme reparaît, d’aulanl plus étendue que le courant d’azole est plus rapide.
- La réaction peut être catalysée par l'hydrogène et le fur. J’avais reconnu, dans différentes études d’azoturation non encore publiées, que la fixation de l’azote se faisait beaucoup mieux avec l'ammoniaque qu’avec l'élément lui-même, quoique, à la température de la réaction, le gaz ammoniac fût complètement décomposé en ses ('déments. J’en avais conclu que l'hydrogène devait jouer le rôle de catalyseur, et que ce rôle s'étendrait peut-être à la réaction génératrice de l’azolure d’aluminium. Le l)r Serpek a entrepris des recherches qui ont montré qu’elïeclivement l’hydrogène activait la réaction, que le fer et d'autres métaux jouaient un rôle identique, et qu’entin, eu superposant les deux actions accélératrices, on obtenait un résultat supérieur à la somme des deux etïets. On peut ainsi abaisser notablement la température de réaction, et la rendre pratique à 1 ôOO° et même au-dessous. On voit de suite l’importance industrielle du fonctionnement avec calalvseurs.
- Je donnerai ici quelques résultats qui préciseront ce point important,
- Un mélange d’alumine et de charbon chauffé à 1 ô()0° pendant une heure dans un courant d’azote additionné de quelques centièmes d’hydrogène a donné un produit titrant 12,8o p. 100 d’azole; le même mélange additionné (h,* traces de fer et chauffé-dans les mêmes conditions, sans hydrogène, avait lixé. 7,7 p. 100; enfin, en superposant l’action activant!; du fer et (h; l’hydrogène, on a, à la même température et dans le même temps, fixé 27,07 p. 100 d’azote.
- Remarquons de suite que le minerai d’aluminium, la bauxite, est toujours plus ou moins ferrugineuse, par conséquent, chauffée en présence du charbon, elle fournira elle-même le 1er nécessaire à la catalyse.
- Le grand intérêt que présente le procédé Serpe U découle du fait suivant ; il permet, à parti]1 de la bauxite, (h; préparer l’alumine pure, en obtenant comme produit secondaire de l'ammoniaque. L’est ce qu’a compris dès le début M. Radin, directeur général de la Société des Produits chimiques d’Alais et de la Camargue,-qui a voulu faire profiler de ce perfectionnement la métallurgie française de l'aluminium, en introduisant en Lrance, pour le mettre au point, le procédé Serpek. .M. Radin s’est souvenu, dans la circonstance, que sa Société était coutumière d’initiative; c/est elle, en effet, qui a appliqué et applique encore aujourd’hui le procédé Ralard pour l’extraction des différents sels des eaux-mères des marais salants; c’est elle aussi qui avait rendu véritablement industriel le procédé de Deville de préparation de l’aluminium, prn-
- p.820 - vue 824/950
-
-
-
- LE PROBLÈME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE DE L’AZOTE.
- m
- ccd** <|(ii alonctmnné aux usines de Salindres jusqu’à, l’apparition de la métallurgie électrique.
- La préparation de l’alumine pure en passant par l’azoture d’aluminium, avec synthèse simultanée d’ammoniaque, (est appelée à abaisser sensiblement le prix du imitai. En outre, le traitement de l’azoture, par rapport à celui de la bauxite, est considérablement simplifié.
- En elVel, d ans le prodédé Bayer actuel, on attaque la bauxite par une lessive d’aliiminate de soude, concentrée aux environs de 40° Baumé, avec un rapport moléculaire de Na OH à. Al < >11 ‘, variant de 4 h (i, et dans un autoclave, à une température de lot)0, correspondant à une pression de 6 à 8 kg/cnr. Au contraire, en opérant avec l’azoture, on peut attaquer ce dernier à l’ébullition sous faible pression avec une lessive concentrée à 20-21° Baumé. Après précipitation de l’alumine de la liqueur, sous l'influence de petites quantités d’alumine préalablement précipitée, on obtient précisément une liqueur marquant 20 à 21° Baumé, c’est-à-dire la liqueur d’attaque de l’azoture; il n’est donc pas nécessaire de faire ici, comme avec la bauxite, une concentration du liquide d la sortie des décomposeurs pour amener la solution de 20 à 40° Baumé.
- Quant aux impuretés de la bauxite, elles sont réduites au moment de l’azoturation (l’oxyde de fer, par exemple, donne du fer métallique) et forment, après attaque par la lessive alcaline, un résidu lourd, facilement séparable de la liqueur par une simple décantation.
- D’après le D'Serpek, la transformation de la bauxite en alumine coûte 12.4,24 IV pai* tonne d’alumine pure, celle du nitrure en alumine ne dépasse pas 63,80 fr.
- La production mondiale de l’aluminium, qui est passée de 34 000 t en 1011 à 64 000 t en 1012, est appelée à se développer rapidement. On peut affirmer aujourd’hui que ce petit métal deviendra, dans l’avenir, un métal d’une consommation comparable à colle des autres métaux communs, comme le zinc par exemple, de l’ordre de 200 000 t, en tenant compte de la différence des densités.
- 4e base mon affirmation sur les deux raisons suivantes. Tout d’abord, la résistance chimique du métal augmente rapidement quand ses impuretés diminuent ; là, comme dans bon nombre de réactions chimiques, ce sont les impuretés qui facilitent leur mise en marche; avec l’aluminium, cette particularité est tout à fait accusée. Et tout nouveau progrès réalisé dans la diminution des impuretés aura pour but d’améliorer les qualités chimiques du métal. En second lieu, les fabricants de l’aluminium étaient jusqu’ici sans lien commun avec les lamineurs et trélileurs du métal; il en résultait un manque d’entente et d’initiative pour développer et multiplier les applications de l’aluminium. Aujour-
- p.821 - vue 825/950
-
-
-
- 822
- CHIMIE.
- JUIN 191.1.
- d’hui,grâce à raccord <|iii s’ost élabli enlre les producteurs français d’aluminium et dont 1(3 procédé Sorpck lui la cause, la dualité pri*c(*«l<*iiIo est appelée à disparaître en même temps que la concentration des efforts et leur unité de direction faciliteront singulièrement 1(3 développement <1(3 ce' métal. On peut donc aflirmer que les espérances que Sainle-Llaire Deville avaient fondées sur l'aluminium sont à la veille de devenir dos réalités, et que ce nouveau mêlai peutèlre considéré comme « ayant atteint sa majorité ».
- D'après la production de 11)12, (i.aOOO t, on peut calculer une obtention simultanée de 192000 I de sulfate d’ammoniaque ; et le jouroù celle production aurait quadruplé et, je le répète, cette époque n’est peut-être pas très éloignée, on atteindrait .928 000 t de sulfate.
- Mais le procédé Serpok peut fonctionner, non seulement comme producteur d'alumine avec l'ammoniaque comme produit secondaire, mais également comme producteur d'ammoniaque, la même alumine rentrant toujours dans la fabrication,
- La décomposition de l’azoture, dans ce dernier cas, est encore simpliliée, car il n'est plus nécessaire d'obtenir de l'alumine pure; au contraire, il faut conserver à celle-ci ses impuretés catalysantes et par conséquent l'opération devient plus économique.
- Le point délicat dans 1’opéralion Serpok, c’était évidemment la création d’un four pratique pour la conduite de la réaction. L’est à ce problème que s'est attelée la Société générale des Xitrures, de Paris, sous l'intelligente direction de son administrateur M.lladin, à l’usine de Sainl-Jean-de-Maurienne, appartenant à la Société des Produits chimiques d’Alais cl de la Lamargue.
- On emploie depuis longtemps dans l'industrie des ciments de grands fours tournants qui permettent de récupérer facilement la chaleur des produits formés. On s’inspira de cette idée pour adapter un four tournant à la fabrication de l’azoture. Mais la réalisation offrit tout d’abord d’assez grandes difficultés, faciles h. comprendre en considérant la. différence entre la température de formation du clinker de ciment et celle de l’azoture, 1800°.
- Une deuxième difficulté consistait en ce que les matières les plus réfractaires ne résisteraient guère à une température supérieure à 1 000°.
- Dieu entendu, la fabrication de l’azoture ri'étant possible que dans un milieu privé de gaz carbonique, un chauffage électrique s’imposait.
- Il fallait donc rechercher pour le revêtement des parties électriques du four tournant une substance, qui non seulement (levait rester solide à une température d’au moins 1900°, mais encore, ce qui augmentait la difficulté, telle que le revêtement du four soit en même temps mauvais conducteur pour l’éleclricité
- p.822 - vue 826/950
-
-
-
- LE PROBLÈME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE DE L’AZOTE.
- 823
- a ces températures. L’azoture possédant cos doux qualités fondamentales; il n’y avail doue pas auli*<î elioso à faire que do revêtir d’azoluro le laboratoire tourna ni,
- La. section électrique exigeait environ 70 tonnes d’azoluro pur. Mais pour produire colle masse d’azoluro un four était nécessaire et, pour construire le four, d<‘ I azolure (Hail indispensable, Voici comment fut résolue celte question délicate.
- On élablil un premier four fixe, sorte de baut fourneau construit on briques relraclairos de la meilleure qualité et bien assemblées entre elles. En bas, une grosse électrode horizontale pénétrait jusqu’au centre du four, tandis que l’autre électrode verticale ouïrait dans le four h la partie supérieure suivant son axe. Celte grosse électrode se prolongeait verticalement par la résistance de chauffage jusqu’à l'électrode inférieure. La- résistance occupant ainsi Taxe du four, était constituée par une série d’anneaux de charbon superposés. Dos tubes do charbon traversant la paroi du four amenaient l’azote dans le voisinage des anneaux de charbon pour réagir sur le mélange d’alumine et do charbon qui remplit le four,
- L’azole employé dans ces essais était simplement du gaz de gazogène, sans ] t u ri fie al i o n spéc i al e.
- Ce four fixe fonctionne dans les conditions suivantes. On envoie le courant par l’intermédiaire des deux grosses électrodes extérieures : la réaction commence après quelques minutes de chauffage; les anneaux atteignent une température qui peut s’élever jusqu’à 2500°. Au fur et à mesure que l’azoture se forme, la matière se contracte et un vide assez considérable se produit autour de la résis-lance,vidc qui peut être comblé de temps à autre par l’introduction du mélange réactionnel qui s’azoture aussitôt. On produit ainsi de l’azoture cristallisé renfermant 30 à 33 p. 100 d’azote.
- Malgré les bons résultats obtenus avec ce premier four, on s’attacha à la construction du four tournant qui, en fournissant une marche continue et en récupérant les chaleurs perdues, devait permettre d’obtenir un rendement supérieur.
- Le four tournant est constitué essentiellement par doux cylindres tournants analogues à ceux employés dans l’industrie des ciments.
- Ces deux cylindres placés l’un au-dessus de l’autre, légèrement inclinés en sens inverse, viennent déboucher par l’une de leurs extrémités dans une chambre fixe. Dans la partie centrale du cylindre inférieur, se trouve intercalé un four électrique à résistance amovible, facilement remplacable.
- On verse la bauxite à l’ouverture supérieure du premier cylindre; elle des-
- p.823 - vue 827/950
-
-
-
- 824
- CHIMIE.
- JUIN 1013.
- coud |K‘ii ii pou lo long de ce luho pur l'effet do la ponio cl du mouvement do rotation. Kilo arrive dans la. chambre lixe oii elle so mi:lan^! avec du charbon provenant d’une trémie, puis ce mélange passe dans h; deuxième cylindre, arrive dans la section électrique et s’y rencontre; avec du gaz de gazogène, marchant en sens inverse, introduit, par conséquent, «à l'extrémité inférieure du deuxième cylindre;.
- Des dispositifs appropriés permedlemt el<; produire la combustion du gaz oxyde de; carbone par lino amenée' d’air à. la hase du cylindre supériemr; h;s calories produites sont absorbées par la bauxite qui progresse dans ce premier cylindre en sens inverse des produits de la combustion. On conçoit eju’avec un tel dispositif, on réalise les avantages suivants :
- 1° On obtient un chauffage méthodique des matières en récupérant b; plus possible de chaleur ;
- 2" On utilise, pour réchauffage, la combustion des gaz combustibles produits dans le gazogène et dans lo four électrique, ce qui réduit au minimum la quantité de chaleur à. fournir par l’énergie électrique ;
- 3° On mélange de façon intime les matières solides avant leur entrée dans le four électrique;
- 4° On assure dans le four, par la rotation, un contact parfait de ces matières solides avec l’atmosphère azotée;
- 5° On a la possibilité de calciner la bauxite avantdelà mélangerait charbon, ce qui évite toute perte de charbon pendant la calcination.
- La section électrique du cylindre inférieur est chauffée par des résistances diamétrales, perpendiculaires à l’axe du cylindre, en contact par leurs extrémités avec des tètes d’électrodes noyées dans la paroi et émergeant à l’intérieur Les résistances sont toujours constituées par des anneaux en charbon emboîtés les uns dans les autres. Sur les tètes des électrodes à l’extérieur, on peut, à l’aide de systèmes de serrage, exercer sur les rondelles de la résistance des pressions variées et par là modifier la valeur de cette résistance. La section électrique comporte 8 résistances à rondelles toutes diamétrales, mais orientées alternativement dans une direction et dans la direction perpendiculaire. Un tel four est alimenté par un courant de 10000 ampères sous un voltage de 230 volts. Chacun des longs cylindres de circulation de la matière comporte une longueur de 23 m. Le mélange stationne dans la partie électrique h; temps nécessaire à la réaction ; on règle ce temps d’après la vitesse de circulation des matières à l’entrée du four, la vitesse de rotation du four, et l’inclinaison de tout le système tournant.
- On a perfectionné, en le simplifiant, le four tournant précédent. Au lieu de
- p.824 - vue 828/950
-
-
-
- LE PROBLÈME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE DE L’AZOTE.
- 825
- deux cylindres superposés, Je four actuel u’eu comporte plus qu’un seul et la s(‘ction i i<jm; a été grandement améliorée. Aux deux extrémités de celle section cylindrique sont encastrés, dans la paroi, deux énormes anneaux de charbon perpendiculaires à l’axe du four. Ces anneaux, à travers le revêtement des parois, sont en relation avec des parties conductrices émergeant à l'extérieur et permettant l’arrivée du courant ; à l’intérieur, ces anneaux font saillit;, emprisonnent entre eux momentanément la matière réactionnelle conductrice de sorte que le courant circule d’un anneau à l’autre, grâce à cette matière elle-même qui forme ainsi la résistance de chauffage. On travaille alors avec un excès de charbon dans le mélange alumine de manière à augmenter la conductibilité.
- J ai pu voir fonctionner a l’usine de Salindres un four tournant d’un petit modèle constitué essentiellement par la section électrique du grand four. Rien n’est impressionnant comme la vue de son intérieur, les matières à cette liante température ont une teinte légèrement bleutée, ce qui avait fait donner par Deville le nom de températures bleues, à ces températures avoisinant le point de fusion du platine.
- L'azoture d’aluminium est une matière réfractaire remarquable, susceptible de rendre des services comme revêtement de fours fonctionnant en allure réductrice ou légèrement oxydante.
- Retour de l’ammoniaque à l’acide azotique. — Il est possible de passer de l’acid»; azotique, à l’ammoniaque par l’action de certains ferments, mais il est beaucoup [tins intéressant et plus commode de faire l’inverse, c’est-à-dire d’oxvder l'ammoniaque pour en faire de l’acide azotique.
- Tout le monde connaît l’expérience classique de Kuhlmann. Si Ton envoie un courant d’air d’abord dans une solution ammoniacale, puis dans un tube légèrement chauffé et contenant de la mousse de platine, il se forme de l’acide azotique ; tous les ouvrages classiques formulent ainsi la réaction ;
- AzII; +40 = AzO:î H -f H20.
- Oslwald a cherché à réaliser les meilleures conditions de rendement. 11 a reconnu que celui-ci était élevé quand les gaz, passant sur la mousse de platine maintenue vers 300°, restaient très peu de temps en contact avec le catalyseur. En elfel, le catalyseur décompose les oxydes d’azote une fois formés; il faut donc que l’action cesse dès que l’oxydation est terminée.
- Pour arriver à ce résultat, les produits de la combustion traversent rapidement un tube contenant un tampon en éponge de platine de 2 cm d’épaisseur;
- p.825 - vue 829/950
-
-
-
- 826
- CHIMIE.
- JUIN 1913.
- avec une vitesse suffisante dos gaz, on peut réduire à ^,-^y do seconde la durée
- de contact du gaz ammoniac avec le platine.
- On transforme ainsi l’azote ammoniacal en azote nitriijue avec un rendement moyen qui serait de 8'i p. 100.
- En réalité, il résulte d’expérienres personnelles que l’acide azotique ne peut exister il la température de la réaction; ce qui se. forme en réalité, c’est de J’oxyde azotique, qui réagit ensuite sur l’oxygène en excès pour donner des vapeurs nitreuses. L’équation d’oxydation formulée jusqu’ici est doue inexacte ; il faut ta remplacer par ta suivante :
- 2 AzH + 50 — 2 AzO + 3 H20.
- On voit que te problème de l'absorption des vapeurs nitreuses et de leur 'transformation en acide nitrique se pose ici, comme dans les méthodes synthétiques de production de Lucide nitriijue |>ar flamme électrique ou par combustion ; il y a re|)endant cette différence que la concentration en oxyde d’azote est naturellement beaucoup plus grande qu’à la sortie des fours électriques.
- A(ierthe,près Itochum, laGesellschaft desSleinkohlcnbergwerksLothringcn, applique le procédé depuis longtemps et produit par mois 180 l d’acide azotique titrant b8 p. 100 , acide qui est consommé dans la région.
- A l usine de Vilvorde, près de Ihuixelles, une partie de l’ammoniaque produite à partir de la ryanamide est oxvdée en acide azotique par le procédé: Ostwald, [mis cet acide est neutralisé |>ar l’ammoniaque et transformé ainsi en azotate d’ammoniaque. A l'heure actuelle, en jiartieulier à Aussig (Autriche', le même problème de fa transformation de l’ammoniaque en acide azotique est activement étudié, avec l'espoir d’obtenir de meilleurs rendements.
- Dès maintenant, il apparaît comme probable, si l’azotate d’ammoniaque se comporte bien comme engrais, que l'industrie de l’azote synthétique tendra vers la production de ce composé azoté à azote condensé, qui permettrait de diminuer le piix de transport pour un même poids d’azote et rendrait possible par suite l’extension du rayon d’action d’une usine ou d’un port. Les pays, comme le centre de la lUissie, éloignés de la mer et des centres producteurs, seraient particulièrement favorisés |>ar fa fabrication de cet engrais condensé.
- J’ai dit que j’avais moi-même entrepris des études assez étendues sur la fixation de l’azote, études que je n’ai pas encore pris la peine de publier; je voudrais parler ici de quelques-uns de mes'résultats.
- Si nous considérons le glucinium dans la classification de Mendeléef, nous le rencontrons entre Je lithium et le bore et sur la même ligne verticale que son voisin le magnésium. Le glucinium est donc entouré d’éléments suscep
- p.826 - vue 830/950
-
-
-
- LE PROBLÈME DE LA FIXATION INDUSTRIELLE DE l’aZOTE.
- 82?
- tibles do se combiner avec l’azote; par suite, il paraissait probable que, lui aussi, devait se combiner avec l’azote pour engendrer un azoture. Effectivement, j’ai reconnu qu un courant d’azote passant sur un mélange de glucine et de char-bmi formait de 1 azoture de glucinium GFAz2. Cet azoture présente l’avantage de contenir beaucoup d’azole; il dose près de 51 p. 100 tandis que le nitrate d ammoniaque! lui-même n’en contient pas plus de 35 p. 100. Evidemment, la glucine est une substance rare, mais une quantité finie! de cette base' peut louedionnor indéfiniment pour produire de l’ammoniaque. Enfin, on peut traiter direclememt J<> minerai de glucinium lui-même, c’est-à-dire le* béryl, silicate d alumine el de glucine1, e'ar les trois oxydes constitulifs sont tous susceptibles de fix<T l’azole en présence du charbon pour engendrer un mélange des trois azollires de silicium, d’aluminium et de glucinium.
- D’autre part, j’ai trouvé dans le tungstène un excellent catalyseur pour la synthèse de l’ammoniaque à partir de ses éléments. J’ajoute enfin que dans mon cours du Collège de France sur les actions catalytiques, en 1905-1906, j’ai préparé de l'ammoniaque par synthèse, devant mes auditeurs, en envoyant de l’azote et de l’hydrogène sur de la [tondre de zinc maintenue vers 270-280°; l’expérience continuée [tendant plusieurs mois par M. Trannoy a toujours fourni de l’ammoniaque mais à doses très faibles.
- Le vaste sujet que j’ai traité si rapidement, aurait mérité d’être [dus approfondi : chacun des procédés que je vous ai exposés sommairement aurait [tu faire le sujet d une conférence, j’aurais voulu pouvoir discuter au point de vue physico-chimique les réactions qui leur servent de base et comparer, autant que possible, leur valeur économique i lj; mais je me considérerais comme satisfait si j’avais [tu vous communiquer un peu de l’intérêt passionne' avec lequel j’ai étudié et approfondi toutes Iss réactions de l’azole dans mon enseignement du Collège de France ; j’ai consacré en etlet 70 leçons, deux années d’enseignement, en 1910-11 et 1911-12, à l’étude de la synthèse de l’acide azotique et de l'ammoniaque, ainsi qu’à l’examen des rapports que présentent entre elles ces deux formes fondamentales d’azote combiné et je n’ai [tas encore abordé le chapitre de l’azote cyanure et de la evanamide que j’espère traiter dans mon cours de l’an prochain. La discussion théorique approfondie de bon nombre de réactions de l’azote me permet d’affirmer que cette question de fixation de l’azole est bien loin d’être epuisée.
- Avant de terminer, je voudrais faire quelques réflexions d’ordre général.
- Il est absolument impossible aujourd’hui, si l’on veut aborder un problème
- (I) Je n’ai pu parler des études approfondies faites par la Société badoise sur fazoture de silicium et sur le cyanure de baryum; une usine que j'ai pu visiter a fonctionné pendant quelque temps à Ludwigshafen pour fabriquer ces produits ; certaines difficultés, dont on n'a pu se rendre maître, ont fait abandonner celte fabrication.
- p.827 - vue 831/950
-
-
-
- 828
- CHIMIE.
- JUIN I9i:{.
- chimique quelconque, de négliger la littérature des bravais. I n grand nombre da laboratoires attachés à, d<; puissanles sociétés indnsiri(dl(*s elVectnenl das raaharclias scienliliques importantes <|ni sonl pas rendues publiques al dont las râsullals sont seuls Iradnils dans las brevets; rimporlanaa d<‘ ces labora-loii*(*s va sans cesse grandissant (surtout h l'él rancir i, binr râla dans la propres da la saianea prend chaque jour uni! plaça d'autant [dns marquée qua cas labo-i*aIoii*<‘s sonl généralement dotés da iIs Iras importants, or il asl évident
- que la rcndamant d’nn chercheur donné asl proportionnai aux moyans d’aclion dont il disposa budget, personnel), par snila il Tant s’allendre à voir sa iléve-loppar <*<‘t t<‘ heureuse concurrence < I < * s laboraloi res scientifiques proprement dits. Grâce à la Iib«;rlo absolue <b‘ renseignement du Collège (b* France, ([ni n’est entrava par aucun souci de correspondra à nu programme détermine, j’ai pn inaugurer ainsi en France un enseignement dans lequel j’ai tenu compte de l'examen des brevets. A propos de cette question de l’azote, j'ai pu discuter plusieurs centaines de brevets dont bon nombre contiennent des idées intéressantes. J’ai même pu signaler en passant que das brevets anciens indiquaient déjà la synthèse de l'ammoniaque par catalyse et sous pression.
- Je me suis elïorcé dans l'étude de toutes ces réactions de les envisager à tous les [toints de vue, tant théoriques que pratiques; j’ai pensé que la science ne devait [tas s’arrêtera la porte de l’usina et que les réactions qui se passent dans le creuset du laboratoire sont soumises aux mêmes lois que celles qui se produisent dans les fours industriels; aussi me suis-je attaché à suivre chacune des réactions, toutes les fois que cela m’a élé possible, jusque dans les moindres détails de l'application. Je n’ai pu arriver h ce résultat que grâce à la bienveillance des personnes qui m’ont permis de visiter leurs usines ou hoirs installations; je suis d’autant plus heureux de les remercier ici publiquement, que c'est grâce à elles que ma conférence d’aujourd’hui aura pu présenter quelque attrait. J’exprime donc ma gratitude à MM. de Lascive et de la Vallée Poussin, de la Société norvégienne de l'Azote, h M. h; professeur Hausser et à M. Lange, directeur de la Deutsche SlickstolV Industrie Gesellschafl, à M. le professeur llaber, à M. le professeur lîerllmsen, directeur à la Société badoise et enlin, plus particulièrement, à MM. Badin et Serpek, de la Société générale des Nilrurcs, grâce auxquels j’ai pu répéter devant vous la belle expérience de formation de l’azolure d’aluminium.
- Lutin, il est une question, car (die, est fondamentale, qn’iI faut toujours envisager dans Je problème de la fixation de l’azote. Lst-ce que ces nouveaux procédés Vont faire baisser le prix de l’azote combiné et l’agriculture peut-elle s’attendre à protiter de ces découvertes, non seulement en ce sens qu’elle sera assurée de disposer désormais d’un stock d’azote suffisant, mais surtout peut-
- p.828 - vue 832/950
-
-
-
- LE PROBLÈME DE LA. FIXATION INDUSTRIELLE DE L’AZOTE.
- 829
- nllo espérer obtenir, dans un avenir prochain, un azote à meilleur marché?
- J’estime que nous n’en sommes pas encore à ce point. Le nitrate du Chili restera pendant longtemps encore le régulateur du prix de l’azote, les procédés synthétiques n’apportant sur le marché qu’une partie complémentaire. D’ailk mrs, il faut bien le dire, et c’est là leur point faible, tous les procédés qui reposent sur l’emploi de l’énergie électrique seront nécessairement limités dans leur extension par la difficulté de trouver de nouvelles chutes d’eau abondantes et économiques. Pour l’instant, les chercheurs n’ont qu’un seul souci : établir des méthodes synthétiques d’azote combiné qui soient viables avec les prix actuels de l’azote.
- Il est certain, d’autre part, que les méthodes d’extraction chiliennes sont encore très perfectibles et, de ce fait, des abaissements du prix de l’azote seraient possibles.
- Bien entendu, ma remarque ne s’étend pas au delà d’un avenir immédiat, car il n’est pas douteux pour moi que, soit par le perfectionnement des méthodes actuelles, soit par l’élaboration de méthodes nouvelles, il soit possible d’arriver à des prix de revient qui permettraient de détrôner le nitrate chilien ; la discussion théorique de certaines réactions nous en donne la garantie, mais, je le répète, je ne crois pas ces progrès imminents.
- Camille Matignon,
- Professeur de Chimie minérale au Collège de France.
- Tome 119.
- Ier semestre, — Juin 1913.
- 55
- p.829 - vue 833/950
-
-
-
- NOTES DE CHIMIE
- Par M. Jules Garçon
- A TRAVERS SCIENCES ET INDUSTRIES CHIMIQUES :
- Composés minerait k. — Nouveau mode de production de l’hydrogène.
- Métaux et Métallurgie. — Précipitation de l'argent par l’aluminium dans les solutions de cyanures. — Protection électrique contre la corrosion du fer et de l'acier. — La corrosion des aciers chromés, aciers nickel et aciers chrome-nickel. — La situation de l'uranium et du radium.
- Combustibles. — Explosibilité des mélanges de gaz et d’air. — L’alcool comme producteur de force motrice.
- Corps gras. — Peintures sous-marines aux verts arsenicaux.
- Industries des cuirs et peaux. — Sur les cuirs artificiels.
- Chimie hygiénique. — Contamination d’eaux potables dans des conduites galvanisées, — Sur l’épuration biologique des eaux usées.
- Nouveau mode de production de l’hydrogène. — L'utilisation îles hautes pressions mène à la découverte de procédés de préparation bien intéressants.
- Un excellent exemple est fourni par la synthèse de l’ammoniaque. L’équation de cette synthèse a partir des éléments : N- + il IL = LMU montre que quatre molécules du mélange d'azote et d'hydrogène donnent deux molécules d’ainmoniaque. Il y a donc une diminution de volume, et il s’ensuit que la formation de l’ainmoniaque peut se produire par un accroissement suffisant des pressions; c’est la base du procédé si remarquable dû à llaber et Le Rossignol, qui effectue la réaction sous une pression de 200 atmosphères et à des températures de o00°-ti00°.
- En étudiant les conditions d’équilibre dans la dissociation des peroxydes, on a trouvé qu’à 300u, une pression de U20 atmosphères était nécessaire pour amener la combinaison du gaz oxygène avec l’oxyde de calcium et la production subséquente du peroxyde de calcium.
- Les recherches d'Ipatiew sur l’hydrogénation en présence d'agents catalytiques fournissent d’autres exemples de l'emploi des hautes pressions. Ipatievv a réussi, grâce à cet emploi, à obtenir des alcools avec des cétones et de l’hexahydroaniliue avec l’aniline. Il a réussi, également, à déplacer certains métaux de solutions aqueuses salines en faisant agir l’hydrogène à pressions élevées; par exemple, le cuivre, l’argent, le mercure sont séparés des solutions de leurs sulfates par l’hydrogène à 100 atmosphères, et il se forme de l’acide sulfurique.
- p.830 - vue 834/950
-
-
-
- FIXATION DE l’aZOTE PAR LE CHARBON.
- 831
- L application des hautes pressions permet, d’autre part, de conserver les corps à 1 état liquide, même dans des régions éloignées du point critique. En conséquence, on peut utiliser les propriétés d’un liquide à une température élevée, et obtenir des réactions qui 11e se produiraient pas à des températures plus basses. Suivant A. A. Noyés, la dissociation électrolytique de l’eau est 2 000 fois plus forte vers le point critique qu’au point d’ébullition.
- Ces considérations ont amené à se demander si l’eau ne pourrait pas réagir avec les fonctions soit d’un acide fort, soit d’une base énergique, si on réussissait à la conserver liquide jusqu’aux températures élevées ; par exemple, si elle ne pourrait pas donner lieu à un dégagement d’hydrogène gazeux, en présence d’un métal. C’est sur cette base que M. F. Bergius (/. of the S. of Chemical Industry, 1913, p. 462-166) établit un nouveau procédé de fabrication industrielle de l’hydrogène. Celui-ci peut être obtenu dans un état de grande pureté, puisqu’il n’y a en présence que de l’eau et du fer, et que les impuretés sulfurées et carbonées de ce dernier ne sont pas attaquées par l’eau seule. L’hydrogène ainsi produit est à 99,95 p. 100, avec 0,0011 d'oxyde de carbone, 0,0416 d’hydrocarbures saturés et 0,0078 d’hydrocarbures non saturés.
- La vitesse de la réaction dépend de la température; et de la présence d’électrolytes tels que le chlorure de sodium, le chlorure ferreux, ou de celle d’un métal auxiliaire. C’est ainsi qu’à 300° du fer et de l’eau pure ont donné 230 cm3 d’hydrogène dans le même temps qu’ils donnaient en présence de chlorure ferrique seul 1 390 cm3; en présence de cuivre 1 930 cm3; et 3 450 cm3, si la température est portée à 340°.
- Comparativement au procédé de préparation de l’hydrogène Linde-Frank-Garo à partir du gaz à l'eau, l’auteur expose que l’économie du procédé peut atteindre 60 p. 100, et qu’on obtient un gaz très pur sans être obligé de recourir à une épuration. L’auteur expose encore, en se basant sur les mêmes principes, ses idées sur la décomposition de la cellulose telle qu’elle s’effectue dans la nature. La réaction est exothermique, et donne lieu à un dégagement de 70 000 calories-grammes par chaque molécule-gramme de C6H10O:i ; cette quantité de chaleur suffirait à élever la température de la masse au-dessus de 1 200°. Dans la nature, la vitesse de la réaction est extrêmement réduite, et exige la longue durée d’époques géologiques entières. Si l’on chauffe, on réduit la durée de la réaction, mais dans ce cas on obtient, au lieu de charbon, du coke, parce qu’il y a départ de l’hydrogène. Si l’on fait se produire la réaction au sein d’une masse d’eau maintenue liquide grâce à de très hautes pressions, on obtient du charbon à 84 p. 100 de carbone, 5 p. 100 d’hydrogène et 11 p. 100 d’oxygène. Cette formation de charbon dans le laboratoire est conforme aux idées du professeur H. E. Armstrong sur la formation des charbons dans la nature.
- Fixation de l’azote par le charbon. — C’est en 1860 que Margueritte et De Sourdeval annoncèrent, à l’Académie des Sciences, qu’en calcinant à l’air un mélange de baryte et de charbon, ils avaient obtenu une combinaison de l’azote atmosphérique avec le charbon. Mond étudia cette réaction en 1879, ainsi qu’il le raconte dans son adresse présidentielle à la Society of Chemical Industry de Londres, en 1889. Il trouva que la formation du cyanure exige une température d’au moins 1 200°, qu’elle s’effectue plus aisément à 1 400° et qu’on obtient facilement la cyanuration des quatre dixièmes de la baryte.
- p.831 - vue 835/950
-
-
-
- NOTES DE CHIMIE.
- JUIN 1913.
- 832
- Hempel (Enrichie, 1890, p. 3 388) a étudie l'influence de la pression sur cette réaction; il cliaufra.it électriquement un mélange de charbon et de; baryte dans de l’azote, sous des pressions allant de 1 à (*() atmosphères. 11 trouva que la pression augmente rapidement la quantité de cyanure produit.
- La technique industrielle du procédé reçut un perfectionnement très grand de J.-IL Iteadman (brevet anglais n°(>t>21 de 1891), qui utilisa le foui'électrique. Le procédé fut exploité pendant plusieurs années par la Scottish Cyanide Co.
- Le furent Frank et Caro qui découvrirent qu’une partie notable de l’azote est fixée sous forme de cyanamide Ba CN- (brevet anglais n° 23 173 de 1898).
- Les recherches de Kiihling [Enrichie, 1907, p. 310), celles de Kiihling et Berkhold (Enrichie, 1908, p. 28) ont montré que l’action de l’azote sur un mélange de charbon et de carbonate de baryum commence vers 930'', que la quantité d’azote fixé augmente rapidement avec la température et qu’une forte addition de chlorure de baryum diminue la réaction. Selon M. Caro brevet allemand n° 212 700 en 1907), l’addition des fluorures alcalins et alcalino-terreux aide la réaction qui peut se poursuivre pratiquement entre 900° et 1 100°. Un brevet de Snodgrass (1907j revendique la même influence pour le carbonate de potassium.
- MM. Th. Fwan et Th. Napier, à qui nous empruntons les remarques qui précèdent, ont poursuivi, depuis 1909, do nouvelles recherches dans le but de trouver un agent catalytique qu’ils pussent utiliser afin de réaliser la production du cyanure à des températures encore moins élevées. Ils se sont servis d’un four électrique lleraeus (voir J. o/ Ihn S. of cheminai /ndustrg, 1913, p. f07;, et ils ont fait leurs essais au laboratoire de la Cassel Cyanide Co, en employant du carbonate de baryum.
- D’après ces essais, les conditions de la réaction sont très compliquées. Il ne se produit pas de cyanure tant que le tiers au moins du carbonate n'est pas converti en oxyde. L’absorption de l’azote par l’oxyde de baryum et le charbon de bois est une réaction réversible, et elle peut être représentée par Tune des deux équations :
- Ba O + 2C N- g: Iia.CN- f CO.
- Ba ( ) + :iC + N- 4: Ba ON - -f CO.
- Le résultat le plus intéressant est que le pourcentage de baryum transformé en cyanure est fonction de la quantité d’azote qui passe, étant donnés une température et un temps constants.
- D'après le brevet de la Cyanid Gesellschaft (brevet anglais n° 19 298 de 1902), l’azote n’a pas d’action sur un mélange de chaux et de charbon à I 100°, et la réaction CaO + 2G -f 2X- = Ca C.V + CO a lieu au mieux vers 2 000°.
- Précipitation de l’argent par l’aluminium dans les solutions de cyanures. — La poudre d’aluminium pourrait remplacer avec avantages la poudre de zinc pour précipiter les métaux précieux de leur dissolution dans les cyanures. M. E. M. IIamilton en donne les raisons dans Y Engineering and m inin g Journal (mai 1913, p. 935-939).
- Les difficultés rencontrées dans l’extraction de l’argent par le zinc se rattachent surtout au fait que les solutions de cyanures perdent rapidement leur efficacité. Y aurait-il un excès de réducteurs? Mais l’aération intensive des solutions, l’addition d’eau
- p.832 - vue 836/950
-
-
-
- PRÉCIPITATION DE L’ARGENT PAR ^ALUMINIUM.
- 833
- oxygénée, une électrolyse oxydante ne peuvent restaurer le pouvoir dissolvant.
- Il semble à M. Ilainilton que la présence du zinc doit être mise en suspicion. Voici d’ailleurs l’analyse d’une solution : cyanure de potassium libre 9, alcali 1)1, argent 2,1 kg par tonne de la solution, zinc 11, sulfocyanure de potassium 7, antimoine U,23, cuivre 2, arsenic 2, fer 0,7 p. 100.
- Le zinc, et aussi l’arsenic, jouent un rôle. La diminution du pouvoir dissolvant de la solution cyanurée semble duc à l’emploi du zinc en présence de l’arsenic.
- On peut précipiter par voie électrolytique l’argent dissous. On peut le précipiter aussi en faisant agir du sulfure de sodium, mais celui-ci a l’inconvénient de ne précipiter la totalité de l'argent que s’il est en excès, lequel doit être à son tour éliminé par un composé de plomb ; il a l’inconvénient encore de fournir l’argent à l’état de sulfure.
- L’aluminium fournirait un bien meilleur précipitant. Son emploi a été breveté dès 1893 par Cari Moldenbauer.
- La présence d’un alcali caustique est nécessaire, parce quel’aluminium ne se substitue pas à l’argent ou à l’or dans la molécule du composé cyanogéné, et il est indispensable de redissoudre l’alumine produite.
- M.IIamilton propose les équations suivantes comme représentant les réactions qui se produisent :
- 6 Cy2 Na Ag + G NaOII + Al = 6 Ag + 12 CyNa + 2 Al(OH)3 2 Al 011)3 + 2 NaOII = Al'2Na2O4 + 4 H2Ü.
- D’après ces équations, il suffirait d’une partie d’aluminium pour précipiter douze parties d’argent; mais, dans la pratique, une proportion supérieure est nécessaire.
- Le procédé de Moldenhauer fut expérimenté, dès 1893, par H. Forbes Julian, mais sans succès. Il employa successivement des plaques, puis des copeaux ; ces derniers produisirent d’abord un résultat efficace, mais ils se recouvraient rapidement d’alumine, laquelle vint mettre un obstacle absolu à la continuation du processus*.
- Le premier succès que M. Hamilton a noté est celui dû à Kirkpatrick, à la fonderie Deloro dans l’Ontario. En utilisant la poudre d’aluminium, il obtint un résultat parfait. Il prit brevet en 1910, pour une forme spéciale de réservoir à mélangeurs hélicoïdaux; ceux-ci empêchent la poudre de revenir à la surface.
- M., Hamilton signale encore l’usine O’Brien à Cobalt comme ayant travaillé avec succès à la poudre d’aluminium.
- Mais avant d’adopter l’aluminium comme agent de précipitation, il tint à faire toute une série d’essais dans le but de se rendre compte si le cyanure était bien libéré, et si la solution conservait le même pouvoir dissolvant.
- Pour cela, il combina tout un dispositif, que le mémoire décrit en détails. Les résultats furent très satisfaisants, à l’usine de Nipissing, pendant une période de quatre mois. Le taux de précipitation varia de 97,2 à 98,2 p. 100. La quantité d’aluminium employée pour précipiter une même quantité d’argeiît, fut de 0,019 à 0,021 alors que la quantité de zinc est de 0,10. Il faut observer toutefois que l’aluminium coûte cinq fois plus que le zinc. Cependant, pour un minerai à 600 g d’argent à la tonne, l’économie finale du traitement à l’aluminium fut au moins de 7 p. 100, et elle atteignit même
- p.833 - vue 837/950
-
-
-
- 834
- NOTES DE CHIMIE.
- JUIN 1913.
- 14 p. 100. Cette économie serait accrue si l’on pouvait remplacer l’aluminium en pondre par de l’aluminium granulé, placé dans un tube rotatif où il se nettoierait de lui-même.
- Protection électrique contre la corrosion du fer et de l’acier. — Suivant la théorie de l’oxydation des fers et aciers, le fer se dissout à l’état d’ions ferreux; ceux-ci sont oxydés par l’oxygène présent dans l’eau et ils passent à l’état d’ions ferriques qui se précipitent sous forme d’hydrate ferrique. En même temps que les ions ferreux se dissolvent, il se produit un dégagement d’hydrogène à la surface du fer, et un courant électrique passe à travers le métal des points où l’hydrogène se dégage vers ceux où le fer se dissout.
- Si l’on réunit au fer, par un fil extérieur, un autre métal comme le zinc ayant une tension de dissolution plus grande, et qu’on plonge le système dans de l’eau acidulée, le zinc se dissout, les ions se dégagent sur le fer et un courant électrique passe à travers le fil en allant du zinc au fer; le fer ne se dissout plus, parce que la différence de potentiel entre le zinc et le fer neutralise celle entre le fer et l’électrolyte.
- On peut remplacer le zinc par une plaque conductrice en charbon et fournir la force électro-motrice au moyen d’une source extérieure. Il y a là une hase pour une méthode permettant de garantir par électrolyse les métaux plongés dans l’eau. On ne lui a, jusqu'ici, accordé qu’une attention restreinte.
- On a essayé de protéger les chaudières à vapeur contre la corrosion en plongeant une plaque de zinc dans l’eau de la chaudière et en la reliant avec les tôles de la chaudière. Un ingénieur australien a breveté également un procédé électrolytique de protection des métaux contre la corrosion. G. Harker et J. Mac Namara ont présenté à la Society of Chemical Industry, en 1911, un mémoire sur le même sujet. En 1911 également, F. Stanton, directeur de la Station d’essais du Bureau des Mines de Pittsburgh, a fait des recherches pour obtenir électriquement la protection de l’acier ; il est arrivé, sur des plaques plongées dans une rivière, à réduire la perte de poids de 1800 à 1,2.
- Ces essais ont été repris en 1912 par MM. J. K. Clement, L. V. Walker et A. E. Hall. Ils ont été poursuivis dans le but de déterminer la densité du courant électrique nécessaire pour empêcher la corrosion de plaques d’acier plongées dans de l’eau acidulée à l’acide sulfurique. Cette densité dépend de différents facteurs ; les plus importants sont la concentration de la solution acide, la proportion d’oxygène dissous et la vitesse de circulation de l’électrolyte. On peut déduire la densité du courant nécessaire pour obtenir une protection efficace des pertes de poids qu’une plaque non protégée subit dans les mêmes conditions.
- La corrosion des aciers chromés, aciers nickel et aciers chrome-nickel.— MM.Fhiend, West et Bentley viennent de donner au meeting de mai de l’Iron and Steel Institute les résultats d’expériences de corrosion comparée d'aciers chromés, d’acier nickel et d’aciers chrome-nickel. Ces expériences sont la suite de celles dont ils ont rendu compte dans le J. of the Iron and Steel Institute en 1912 (Ier vol., p. 249). Les expériences actuelles ont duré un mois.
- Les aciers provenaient de la fabrication d’une maison de Sheffîeld; ils avaient la forme de barres. On y a découpé des disques de 0,07 cm d’épaisseur et de 2,8 cm de
- p.834 - vue 838/950
-
-
-
- LA SITUATION DE L’URANIUM ET DU RADIUM.
- 835
- diamètre, on les a polis au papier d’émeri. On a étudié la corrosion par l’eau et la corrosion par un liquide contenant 0, 5 g d’acide sulfurique pour 1000 g d’eau. Les aciers nickel étudiés contenaient respectivement 3,74; 6,14 et 26,24 p. 100 de nickel; les aciers chromés 1,12; 3,58 et 5,30 de chrome; les aciers chrome-nickel 3,4 de nickel et 1 de chrome ou 0,5 de nickel et 1,12 de chrome.
- Des recherches sur la corrosion des aciers de môme composition ont déjà été publiées par :
- Chowe (Proceedings of the Cleveland Institution of Engineers, mars 1909);
- Kowe (J. of the Iron and Steel Institute, 1900, n° II, p. 1567);
- Wiggin (J. of the Iron and Steel Institute, 1895, n° II, p. 164) ;
- Uiley {J. of the Iron and Steel Institute, 1889, n° I, p. 145) ;
- Hadfield {J. of the Iron and Steel Institute, 1892, n° II, p. 92);
- Diegel (Verhandlungen des Vereines zur Befôrderung des Gewerbfleisses, 1903, Bd Y, p. 157).
- La présence du nickel dans les aciers, à condition qu’il se trouve dans une proportion d’au moins 3 p. 100, diminue la corrosion en liqueur neutre ou légèrement acide. Toutefois la diminution de la corrosion est moins accentuée dans les essais de longue durée que dans les essais assez courts.
- La présence du chrome diminue la corrosion dans les liqueurs neutres ; mais pour les liqueurs acides, les résultats ont été fort irréguliers. L’acier à 1,1 de chrome est attaqué très rapidement dans la liqueur à 0,5 p. 100 d’acide sulfurique. Ceci concorde avec les essais de Stodart et F’araday [Annales de Chimie, 1822, vol. XXI, p. 73), de Gruner (Annales des Mines, 1881, vol. 20), de Monnartz (Métallurgie, vol. 19, en 1911, p. 161 et 193) qui ont observé que les alliages de fer et de chrome se dissolvent plus rapidement que le fer dans l’acide nitrique ; la solubilité maximum s’observe avec 4 p. 100 de chrome et diminue ensuite rapidement; l’alliage à 20 p. 100 de chrome est pratiquement insoluble dans l’acide nitrique.
- Les expériences d’Hadfield indiquent également un alliage de résistance maximum à l’action des acides dans la série des aciers chromés. Mais la corrosion dans des liqueurs acides ne donne pas d’indication exacte sur la corrosion dans les conditions ordinaires.
- Il semble donc que, en ce qui concerne la corrosion, l’effet protecteur du chrome et du nickel s’annule en partie quand on associe ces deux métaux dans les aciers. Un acier chrome-nickel est plus corrodé que l'acier nickel contenant la même proportion de nickel.
- La situation de l’uranium et du radium. — Le Bureau of Mines des États-Unis vient de publier un rapport de M. Charles L. Parsons sur la situation de l’uranium et du radium. Il y a eu une grande demande des minerais californiens de carnotite; mais les méthodes d’extraction, ainsi que celles de concentration des minerais, sont encore bien défectueuses. Tout le radium que l’on trouve sur le marché mondial est produit en Europe, alors qu’une grande partie du minerai provient de l’Amérique. Des instituts particuliers ont été établis en Autriche, en France, en Allemagne et en Angleterre; le gouvernement autrichien a pris sous sa surveillance, comme l’on sait, les minerais de radium de Joachimsthal.
- p.835 - vue 839/950
-
-
-
- 836
- NOTES DE CHIMIE.
- JUIN 1913.
- La carnotite exploitée en 1912 aux États-Unis correspond à 28,8 tonnes de U308,qui ont pu fournir 8,8 g de chlorure de radium (ou 11,43 g de bromure). La production probable des mines autrichiennes pendant le même temps peut être évaluée à 3,65 g de chlorure de radium.
- La pechblende est le minerai le plus riche en oxyde d’uranium; il peut en renfermer les trois quarts de son poids. Aux États-Unis, il provient presque exclusivement de la mine de Quartz Hill, au Colorado. La carnotite est un vanadate de potassium et d’uranium ; ses gisements sont épars dans le Colorado et l’Utah. Comme le minerai à teneur d’oxyde d’uranium inférieure à 2 p. 100 ne trouve pas de marché, il y a des pertes très grandes dans les exploitations; on évalue ces pertes à 5 t par chaque tonne vendue. Le minerai à 2 p. 100 d’oxyde d’uranium se vend à New York 75 dollars la tonne.
- Le total du minerai exploité aurait pu fournir 40 g de radium. Le chlorure de radium se vend en gros 60 000 dollars le gramme et en petites quantités 80 000 dollars.
- Suivant l’United States Geological Survey, il serait entré aux États-Unis, par voie d’importation, en 1911, une quantité d’uranium valant 14 000 dollars.
- Explosibilité des mélanges de gaz et d’air. — Le Bureau of Mines des États Unis a déjà publié de nombreuses recherches sur le grisou. Le J. of Industrial and Engineering Chemistry (1913, p. 181-186) présente un exposé de travaux et d’expériences sur l’explosibilité des mélanges de gaz, les effets physiologiques de l’air des mines, l’extinction des flammes et les gaz produits par les explosions. Ces notes en ont donné un court résumé (n° d’avril 1913, p. 558) ; elles donnent aujourd’hui les résultats détaillés.
- La limite d’explosibilité des mélanges de gaz dépend de la forme et des dimensions du vase employé, du mode d’allumage, du degré d’humidité, de la température et de la pression. Aussi les expériences de divers auteurs ne conduisent pas toujours à des résultats concordants. C’est ainsi que, pour les mélanges d’air et de méthane, les expériences de Le Chatelier, Mallard et Boudouard ont donné comme limite d’explosibilité 6 p. 100, tandis que Clowes obtint 5 p. 100 en enflammant le gaz par-dessous avec une flamme et 6 p. 100 en l’enflammant à la partie supérieure. Téclu place la limite entre 3,20 et 3,67 ; M. Burgess et Wheeler entre 5,5 et 5,7.
- Au laboratoire du Bureau of Mines, on n’a pas pu faire exploser de mélange contenant moins de 5,5 p. 100 de méthane, avec une étincelle de 3 mm de long fournie par une bobine d’induction. Le mélange était dans un ballon de 100 cm3 sur du mercure. Même en comprimant à deux atmosphères, on ne peut produire d’explosion avec un mélange contenant 5,4. Avec 5,5, la combustion n’était pas tout à fait complète, mais il ne restait que des traces de méthane. Il semble donc que la limite d’explosibilité des mélanges de méthane et d’air doive être fixée à 5,5, au lieu de 6 que l’on admettait.
- En opérant avec une flamme sur des mélanges en proportions au-dessous de la limite d’explosibilité, les gaz s’enflamment et forment un capuchon qui s’étend plus ou moins loin selon la proportion du méthane contenu dans le mélange. Avec 5,5 de méthane, la flamme s’étend dans tout le vase, mais sans grande vitesse, et l’œil peut la suivre.
- En général, on exagère l’influence de l’acide carbonique sur l’explosibilité ou sur
- p.836 - vue 840/950
-
-
-
- EXPL0SIBIL1TÉ DES MÉLANGES DE GAZ ET d’AIR.
- 837
- 1 extinction des flammes. Si on ajoute au mélange d’air et de méthane 2,5 p. 100 d acide carbonique, l’explosion se produit quand la proportion de méthane s’élève à 5,8; avec 5 p. 100 d acide carbonique, la limite d’oxplosibiüté monte à 0,25 et avec 10 p. 100 d’acide carbonique à 0,0.
- Des expériences ont été faites également pour s'assurer de l’influence de la réduction de la proportion d’oxygène. Un mélange de 0,03 acide carbonique, 14 oxygène, 0,40 méthane, 70,57 azote a fait explosion en étant enflammé par-dessous. En réduisant à 13 la proportion d’oxygène, on a l’inflammation avec une forte étincelle. En Angleterre, le Dr John Hargcr avait proposé d’envoyer, dans les mines, de l'air dont on aurait diminué la proportion d’oxygène et augmenté la proportion d’acide carbonique; on réduirait la proportion d’oxygène à 20 p. 100, soit 1 p. 100 au-dessous de la normale, et on ajouterait 1/2 p. 100 d’acide carbonique. Des expériences faites par le Bureau des Mines, il résulte que la proportion d’oxygène devrait être réduite bien au-dessous de ces chiffres pour que l’explosion devienne impossible. En ce qui concerne l’acide carbonique, l’effet des proportions proposées est insignifiant.
- Il est à remarquer que la flamme de l’acétylène ne s’éteint que quand la proportion d’oxygène présent est très faible. On a fait brûler une flamme d’acétylène jusqu’à extinction dans une chambre à parois étanches de 700 1 de capacité. L’atmosphère résiduelle contenait seulement 10,99 à 11,12 d’oxygène. Une atmosphère peut être dangereuse pour les hommes par manque d’oxygène sans que la lampe à acétylène s’éteigne.
- Toutefois quand la proportion d’oxygène descend à 16 p. 100, la flamme delà lampe ressemble à la flamme d’une lampe ordinaire dans l’air pur.
- La lampe des mineurs s’éteint quand la proportion d’oxygène tombe à 16,5 — 17 p. 100. L'extinction n’est pas due à la présence d’acide carbonique. Une lampe brûlant sous une cloche pleine d’air ordinaire s’éteint quand la proportion d'oxygène tombe à 16,24 p. 100, et la proportion d’acide carbonique produite est 2,95 p. 100. Si l’on ajoute à l’air ordinaire 3 p. 100 d’acide carbonique, la lampe s’éteint quand la proportion d’oxygène est réduite à 16,68. Si l’on introduit 13,52 d'acide carbonique, la flamme s’éteint quand la proportion d’oxygène est 17,39. La présence d’une forte proportion d’acide carbonique a donc peu d’influence au début.
- J. S. Haldane (Colliery Guardian, 25 octobre 1912) donne la table suivante qui indique la diminution de l’éclat lumineux d’une lampe dans une atmosphère où la proportion d’oxygène diminue.
- Lumière Proportion Diminution de l'intensité Diminution
- produite. d'oxygène. lumineuse. de l'oxygène.
- 100 20,93 0 0
- 90 20,66 10 0,27
- 77 20,34 23 0,39
- 66 19,88 34 1,05
- 41 19,34 59 1,89
- 27 18,92 73 2,01
- 11 18,28 89 2,65
- 0 18,01 100 2,92
- On a analysé, au Bureau des Mines, deux échantillons de l’atmosphère de la galerie d’essais après une explosion. Le premier échantillon a été pris 30 minutes après
- p.837 - vue 841/950
-
-
-
- 838
- NOTES DE CHIMIE.
- JUIN 1913.
- l’explosion, alors qu’on avait rétabli la ventilation; et le deuxième, dans une galerie où la ventilation n’avait pas été établie.
- Echantillon 1. Echantillon 2.
- Acide carbonique. 0,20 1,31
- Oxygène 20,20 17,79
- Oxyde de carbone 0,10 1,89
- Méthane 0,12 0,0.7
- Azote 79,20 78,13
- Hydrogène .... . moins de 0,20
- Dans une atmosphère contenant 0,16 p. 100 d’oxyde de carbone, une souris montre des signes de malaise après une heure de séjour, tandis qu’un oiseau en montre après 3 minutes, et tombe de son perchoir après 18 minutes. En explorant une mine après une explosion, on est exposé à passer très rapidement d’une atmosphère dans laquelle on ne ressent de malaise qu’au bout d’un temps assez long dans une autre où l’on tomberait au bout de quelques instants.
- Des appareils automatiques permettent de prendre des échantillons de gaz aussitôt en arrière de la vague explosive. Un échantillon recueilli à la station d'essais d’Altoft (Angleterre), 1 /20 de seconde après l’explosion, contenait : acide carbonique 11,25 ; oxygène 1,15 ; oxyde de carbone 8,15; hydrogène 2,75; méthane 2,95; azote 73,75. On remarquera la forte teneur en oxyde de carbone. En général, dans les explosions, la plupart des victimes succombent à l’oxyde de carbone, et non par suite de la violence de l’explosion.
- Des essais ont été faits en vue de l’emploi régulier et répété de petits animaux pour examiner l’atmosphère des mines, un animal pouvant servir plusieurs fois dans une même journée. Un animal peut être exposé plusieurs fois à l'oxyde de carbone, se remettre et montrer la même sensibilité, tandis que l’homme met plusieurs mois à se rétablir de son empoisonnement. Avec 0,25 p. 100 de CO, le serin tombe au bout de 3 minutes et se rétablit en 7 minutes; la souris tombe au bout de 12 minutes et se remet en 25 minutes; un homme ne commence à se sentir mal à l'aise qu’après une heure, mais il lui faut 8 heures pour se rétablir. On a essayé d’autres oiseaux, mais les moineaux ne vivent pas bien en captivité et les pigeons ne sont pas assez sensibles.
- L’emploi de l’alcool dans les moteurs. — Les emplois de l’alcool pour le chauffage principalement et pour l’éclairage ont pris un développement remarquable, puisque la consommation a presque quadruplé de 1900 à 1910; elle a passé de 125 648 hl à 454431, sur une production totale de 2 400 000 hl.
- Pour quelles raisons l’emploi de l’alcool destiné à la force motrice n’a-t-il pas suivi un développement analogue?
- M. II. DuciiemiS l’étudie longuement dans le Bulletin de l'Association des Chimistes de Sucrerie et de Distillerie d’avril 1913.
- L’alcool a, il est vrai, un pouvoir calorifique inférieur à celui de l’essence. D’après les indications de Sorel, dans son remarquable ouvrage sur la carburation et la combustion dans les moteurs à alcool, l’alcool éthylique pur dégage, par sa combustion, les 55 p. 100 de la chaleur engendrée par l’essence, et l’alcool à 50 p. 100 de benzol a un pouvoir calorifique égal à 70 p. 100 de celui de l’essence. Donc, à prix égal, il y a
- p.838 - vue 842/950
-
-
-
- PEINTURES SOUS-MARINES AUX VERTS ARSENICAUX.
- 839
- supériorité pour 1 essence. Mais si l’on envisage le rendement thermique, c’est-à-dire le rapport entre la chaleur transmise et la chaleur réellement utilisée, les essais de Banki, Priestmann, Diesel, Giildner, Brouhot permettent de poser que pour de moyennes puissances les moteurs à essence donnent un rendement de 18 à 24 p. 100, tandis qu’avec l’alcool carburé à 50 p. 100 de benzine de houille, on arrive à 30, 32 et même 34 p. 100, Si l’on compare le travail utile obtenu par la combustion de 1 kg d’essence et de 1 kg d’alcool, ou obtient 1 980 calories utibsées sur les 11 000 de l’essence, et 1 780 sur les 5 900 de l’alcool dénaturé. L’écart a encore une moindre importance si l’on observe que l’alcool et l’essence se vendent au volume, et que l’alcool est plus dense que l’essence [d = 0,8339 contre 0,7 000). Enfin, d’après Sorel, il faut 5 942m:1 d’air pour brûler 1 kg d'alcool dénaturé alors qu’il faut 11,50m3 par kilogramme d’essence. A prix égal, l’alcool serait plus avantageux que l’essence.
- On a reproché à l’alcool d’attaquer les cylindres. Le reproche tombe si l’on prend soin d’assurer une combustion complète et de nien nettoyer les soupapes.
- La mise en route est, il est vrai, plus difficile. Mais c’est au prix trop élevé de l'alcool, aux variations de ses cours, àla difficulté d’en trouver, que M. Duchemin attribue la place restreinte que l’alcool a prise comme producteur de force motrice.
- En 1909, l’hectolitre à 90° a varié de 37 fr (3 janvier) à 47 fr (1er août) ; en 1907, de 35,75 fr (30 avril) à 59 fr (27 août) ; en 1908, de 65 fr le 31 août, il tombait à 33,25 fr un mois après : en 1909, il valait 36 fr le 14 janvier et 48 frie 26 novembre ; en 1910, il était à 71 fr le 31 août et à 43 fr le 10 octobre ; en 1911, de 49,59 fr le 28 juin, il montait à 7 4 fr le 25 septembre. On voit qu’au cours d’une même année, les prix peuvent varier d’un quart et même de moitié.
- Le problème de l’alcool moteur réside tout entier dans la fixité des prix.
- Peintures sous-marines aux verts arsenicaux. — Dans un long mémoire, M. P. Bellon, Inspecteur départemental du Travail, vient d’étudier la préparation des peintures sous-marines aux verts arsenicaux (Annales d'Hygiène publique, mai 1913, p. 429). On sait l’importance qui s’attache, dans la navigation, à assurer la plus grande netteté possible des carènes pour éviter les dépôts et adhérences qui se produisent lors du séjour dans certaines eaux. Les anciens navires doublés de plaques de cuivre avaient une réelle supériorité à ce point de vue sur ceux qui ne l’étaient pas. Pour se rendre compte du grave dommage que ces dépôts peuvent causer, on cite tel navire, d’une centaine de mètres de longueur, qui se recouvrit, dans l’Océan Indien, d’un dépôt d’algues pesant 4 200 kg; tel navire de guerre des États-Unis, qui au retour de Rio de Janeiro, eut sa vitesse diminuée de 2,3 nœuds et sa consommation de charbon augmentée de 1000 tonnes sur celle de l’aller.
- Dans le but d’empêcher l’adhérence des algues, des herbes marines, et surtout des coquillages, on recourt à l’application de couches de peinture dont le pouvoir toxique est (tel que ces plantes et ces coquillages ou mollusques seront empoisonnés et ne pourront pas adhérer aux tôles. Ces peintures sont à base de sels de cuivre (acétate de cuivre ou verdet, sulfocyanure de cuivre), d’oxyde de mercure, de sels de plomb, de vert de Scheele (arsénite de cuivre), de vert de Sclnveinfurth (acéto-arsénite de cuivre). Ce sont surtout les deux verts arsenicaux dont il est fait emploi dans la marine de l’État français.
- L’industrie de la fabrication des peintures sous-marines à base de vert de Schwein-
- p.839 - vue 843/950
-
-
-
- 840
- NOTES DE CHIMIE.
- JUIN 1913.
- fui'lh a pris dans le centre de Marseille nue réelle1 importance. M. Bellon remarque que c’est assurément l’une des industries qui ollïent pour les ouvriers les plus grandes causes de dangers d’inloxication par l’arsenic.
- On peut estimer qu’à Marseille on fabrique annuellement environ 300 000 kg de vert de Scliweinfurth et une quantité beaucoup moindre de vert de Selieele. Dans ce centre industriel, on compte quatre usines fabriquant les verts arsenicaux.
- La plupart des espèces marines qui forment les dépôts sur les carènes no résistent pas à une solution au millionième. C’est la conclusion des recherches récentes entreprises par le Dr T. Moore, au Department of Agriculture des Etats-Unis.
- Ce vert de Scliweinfurth est une importante couleur, d’un beau vert difficilement imitable et d’une grande fixité. 11 esta remarquer qu’en France on dénomme ce vert en désignant la ville d Allemagne où, pour la première fois, il a été préparé, taudis que, dans les pays de la Confédération germanique, il est désigné sous le nom de vert de Paris.
- Parmi les procédés utilisés industriellement pour sa fabrication, le procédé Bra-connot est le plus suivi, avec diverses modifications. Ce procédé consiste à précipiter un sel de cuivre soluble (sulfate ou chlorure; par de l’arséniate de soude et à ajouter ensuite de l’acide acétique. On obtient ainsi un acéto-arsénite de cuivre (CH:!CO'2)2Cu, As2Ü:!“2CuO, soluble dans l’ammoniaque et dans les acides, qui constitue une couleur d’un remarquable pouvoir couvrant et très résistante aux émanations sulfurées. Le précipité vert ainsi obtenu est décanté, pompé dans les cellules d’un filtre-presse alimenté d’air comprimé ; la matière filtrée est lavée, puis disposée sur des claies en treillis de cuivre, qu’on dispose sur des chariots que l’on pousse dans un séchoir-tunnel à air chaud. La ventilation doit être ménagée dans ce séchoir de façon à y créer une dépression, afin que les ouvriers ne soient pas incommodés par les vapeurs.
- Le séchage a été perfectionné notablement par l'introduction de séchoirs à basse température dans un vide plus ou moins grand. On construit deux types de séchoirs; des séchoirs à armoire pour petites productions ; des séchoirs à tambour rotatif pour fortes productions.
- Les verts arsenicaux ainsi préparés sont mélangés à de l’huile de lin, de la résine, de la benzine, un siccatif, des sels de fer ou des couleurs d’aniline, du blanc lixe, etc., de façon à obtenir la couleur de peinture désirée. Les matières solides sont broyées, au préalable, dans des tambours rotatifs à axe horizontal, revêtus intérieurement de volvic, et munis de boulets ou de galets en silex.
- La préparation des verts arsenicaux donne lien, au détriment des ouvriers, à des accidents cutanés, ulcérations, etc., qui servent de porte d’entrée à l’intoxication arsenicale générale. Le sol et les murs des ateliers dans lesquels on les manipule seront fréquemment lavés et maintenus toujours'humides. Les ouvriers protégeront les voies respiratoires au moyen de masques ou d’éponges mouillées; les mains seront recouvertes de talc. Ils auront des vêtements de travail exclusivement consacrés à leurs occupations. Ils feront un usage journalier de bains, et absorberont tous les jours de la magnésie hydratée et de l’eau albumineuse.
- Sur les cuirs artificiels. — Prétendre qu’un cuir artificiel peut rendre dans tous les cas. et au môme degré, les services qu’on peut attendre du cuir vrai, semble une
- p.840 - vue 844/950
-
-
-
- SUIl LES CUIRS ARTIFICIELS.
- 841
- utopie, d inventeur, déclaré M. René Ma dru dans le numéro de mai du Collegium. Il divise, par ordre de complexité décroissante, les cuirs artificiels en : 1° cuirs à base de pâtes laminées ; 2" cuirs à base de libres végétales ou animales agglutinées ; 3° cuirs a base de tissus superposés et collés; 4° cuirs à base de tissus simples.
- Le premier groupe, celui des cuirs artificiels laminés, comprend des produits très nombreux. Les déchets de cuir et ceux de caoutchouc forment la base de la plupart d’entre eux. Ces déchets sont désagrégés mécaniquement, réduits en pâte par des solutions acides ou des lessives alcalines, mélangés à des agglomérants, comprimés et gaufrés. Les agglomérants peuvent être la dextrine, les savons de zinc, l’albumine-tannin, l’huile cuite, la viscose.
- Dans le second groupe, interviennent les fibres longues de coton, de chanvre, de jute, de mûrier, de ramie. Ces libres peuvent être employées telles quelles ou traitées avant aggluti-tination soit par des lessives alcalines, des huiles, du bichromate de potassium, soit par d’autres produits. Elles sont ensuite amenées à former une masse compacte par addition de caoutchouc ou d’albumine. Des colles, des glycérines, sont aussi utilisées à cet effet.
- Les cuirs feutrés à base de fibres animales dérivent de boyaux, de nerfs ou tendons d’animaux découpés dans le sens des fibres. Ces fibres sont, par exemple, séchées, puis cordées en mèches. Elles sont ensuite entre-croisées, puis gonflées dans des solutions acides ou alcalines, traitées par l’albumine ou le savon. Ces nappes de fibres peuvent être encore imprégnées soit de résines élastiques dissoutes dans des solvants appropriés, soit de résidus d’huil es bouillies, soit d’huiles résineuses fortement oxydées. On peut, plus simplement, tanner un matelas de fibres préalablement dégraissées, ou y fixer des précipités minéraux insolubles dans l’eau.
- Les cuirs à base de tissus superposés sont formés de couches de tissus de coton, de lin, de jute ou autres textiles, collées entre elles à l’aide d’une substance adhésive résistant à l’action de l’eau. Parmi les substances agglutinantes employées, on trouve plus particulièrement le caoutchouc. Je signale en passant, dans cet ordre d’idées, un brevet assez ingénieux pour l’obtention de semelles artificielles. Des couches de tissus sont rendues adhérentes à l’aide d’une colle formée de farine, de colle française élastique et de caoutchouc. Afin d’augmenter la solidité et d’en diminuer l’usure, la semelle est pourvue d’une rivure à plusieurs rangs de rivets creux à deux tètes martelés sur les deux faces de la semelle.
- Les cuirs du genre pégamoïde sont constitués soit par des papiers plus ou moins épais, imprégnés d’une solution gélatineuse de glycérine qu’on traite ensuite par la formaldéhyde après exsiccation, soit par des tissus de coton recouverts d’un enduit à base de celluloïd, acétate de cellulose ou autres collodions. Cet enduit est assoupli par l’addition d’une certaine proportion d’huile de lin.
- Enfin, il faut citer encore les cuirs-toiles, que l’on fabrique en collant des déchets do cuirs sur une âme en tissu.
- M. Madru conclut que : « Les produits du groupe des pégamoïdes manquent d’épaisseur et de maintien ; ceux formés de tissus superposés n’ont qu’une souplesse relative et s’effilochent ; le caoutchouc, la gutta qui entrent dans la composition de beaucoup, s’oxydent assez rapidement et rendent l’ensemble cassant. Tels sont quelques-uns des reproches que l’on peut adresser aux cuirs artificiels. »
- Un autre document sur la fabrication du cuir artificiel a été fourni par M. Joseph Wallner dans la Chemiker-Zeitung (1913, p. 22). Le Moniteur Scientifique, La Halle aux Cuirs en ont donné des traductions ; nous empruntons à la première quelques extraits.
- Cette fabrication consiste à donner un aspect de cuir à des matières fibreuses
- p.841 - vue 845/950
-
-
-
- 842
- NOTES DE CHIMIE.
- JUIN 1913.
- (tissus de coton, feutre, papier) par une imprégnation de collodion à l’alcool camphré et aux huiles non siccatives, suivie d’un calandrage et d’une compression. On a recours encore pour cette imprégnation au ciment do linoléum (huiles oxydées additionnées de résine) émulsionné au sein d’un liquide volatil. D’autres méthodes consistent à coller au revers d’un tissu de colon 1’étolï'e fortement tendue, à pareile-miner un tissu sous une face et à le recouvrir de substances filamenteuses, telles que de la ouate, sur lesquelles on fait réagir un bain d’acide chlorhydrique ou sulfurique. Dotons les procédés, ceux basés sur l’emploi des dérivés de la cellulose (celluloïd), comme substance d’imprégnation, sont les plus employés.
- Le celluloïd peut être fixé sur le tissu, soit sous forme d'une pâte que l’on répartit en une couche fine et régulière, soit sous celle d’une lame mince que l’on colle et que l’on fixe en passant au laminoir. Le cuir artificiel ainsi préparé manque d’homogénéité, car si le celluloïd adhère imparfaitement, le produit ne résiste pas aux pliages répétés. O11 recourt aussi aux solutions de celluloïd dans l’alcool. Les fabricants de cuirs artificiels utilisent les copeaux qui forment les résidus des fabriques de celluloïd; ces résidus sont dissous dans de l’alcool à 91 p. 100 avec addition d’huile de ricin. On emploie, par kilogramme de celluloïd, 5 1 d’alcool et 6 à 12 parties d’une couleur minérale délayée dans l’huile de ricin. Pour assurer l’homogénéité, on brasse la masse avec soin, puis on la fait passer à travers une filière étroite.
- Après l’imprégnation, le tissu est séché à l’étuve; celle-ci est close de façon à récupérer l’alcool. On peut ainsi récupérer les 4/5 de l’alcool.
- Pour motif d’économie, il faut éviter que l'imprégnation ne se fasse trop profondément; mais pour qu’elle soit suffisante, c’est-à-dire qu’elle englobe chacun des fils et qu’elle remplisse tous les intervalles, tout en réservant une souplesse et une élasticité bonnes, on effectue plusieurs imprégnations successives, en commençant par une solution très fluide.
- La substance imprégnée est laminée entre un cylindre métallique chauffé à lavapeuret un cylindre en papier, pour lui donner de l'éclat. Le grain des cuirs est obtenu par un nouveau passage entre deux cylindres analogues aux précédents, celui métallique portant l’empreinte du grain à obtenir.
- On a breveté l’emploi de divers dérivés de la cellulose. Ainsi on imprègne dans le vide un tissu rugueux ou rendu d’une texture feutrée, avec une solution de xantliogénate de cellulose et on fixe ensuite la cellulose à l’aide de vapeur d’eau. Le tissu ainsi préparé est soumis à une nouvelle imprégnation, également dans le vide, avec du caoutchouc ou de la gutta-percha en dissolution dans un solvant volatil, ou avec un mélange de ces deux substances, seules ou additionnées de résine Damar ou d’asphalte. On a breveté aussi la solution cupro-ammoniacale de cellulose; le tissu imprégné est passé en bain de précipitation, puis en soude caustique, enfin il est lavé en acide étendu.
- M. Joseph Wallner dit que le cuir artificiel tend à remplacer le produit naturel pour la maroquinerie, et qu’il trouve, en outre, des applications comme garnitures pour fauteuils. La cordonnerie en consomme aussi pour la garniture intérieure de la chaussure. Les reliures modernes en présentent des spécimens. Enfin, il trouve un emploi comme substitut des toiles cirées.
- Les efforts que l’on fait pour étendre ces applications nécessitent, en conséquence, la connaissance des moyens utiles à employer pour distinguer les cuirs artificiels des cuirs naturels, lorsqu’il peut se présenter un doute.
- On trouvera ces moyens exposés dans le Manuel d'analyse des cuirs de M. L. Jaco-
- p.842 - vue 846/950
-
-
-
- sur l’épuration biologique des eaux usées.
- 843
- met, chimiste principal au Laboratoire central du Ministère des Finances. Parmi les succédanés du cuir, l’auteur place en première ligne les tissus pégamoïdés ou leurs analogues; puis les feutrages de coton et de caoutchouc ou de gutta-percha; enfin les papiers ou tissus recouverts de viscose ou de produits similaires.
- Les tissus pégamoïdés ou analogues, les cuirs factices genre pégamoïd, les simili-cuirs sont constitues soit par des papiers plus ou moins épais, soit plus fréquemment par des tissus de coton recouverts d’un enduit à base de celluloïd ; cet enduit renferme une certaine proportion d’huile de ricin pour lui donner la souplesse nécessaire.
- Les tissus enduits d’huile cuite sont des tissus simplement gaufrés et recouverts d’un enduit à base d’huile cuite oxydée.
- Il existe des simili-cuirs résistants qui sont préparés avec du coton en fibres imprégné de caoutchouc. Enfin l’industrie a mis également sur le marché, à une date relativement récente, des simili-cuirs préparés avec des tissus ou des papiers recouverts de viscose.
- Contamination d’eaux potables dans des conduites galvanisées. — Les eaux alimentaires qui sont traitées par l’hypochlorite, comme ce fut le cas à Paris lors de la sécheresse de 1911 et comme c’est le cas pour plusieurs distributions urbaines en Grande-Bretagne et surtout aux États-Unis, conservent malheureusement une saveur très désagréable. MM. A. Lederer et F. Bacumann constatent que l’on n’a guère parlé jusqu’ici d’y remédier (meeting de 1913 de l’Illinois Water Supply Association).
- Traube fut l’un des premiers, vers 1892, à conseiller le procédé au chlorure pour désinfecter les eaux suspectes. Il employait 4,26 mg de chlorure de chaux, et ajoutait, après deux heures de mise en contact, 2,09 mg de sulfite de sodium, dont l’excès, disait-il, se trouve oxydé dans l’eau.
- Ces proportions furent hautement dépassées par Sickenberger et Kaufmann pour l’eau du Nil [Z. fiïr Hygiene, 1895), par Bassenge qui tâchait de neutraliser l’odeur en ajoutant du bisulfite de calcium, par Lode qui employa l’acide chlorhydrique et l’acide citrique.
- Si l’on ajoute de l’hyposulfite de soude par moitié ou deux tiers du poids du chlorure désinfectant, le goût disparaît (J. fur Gasbeleuchtung, 1912). C’est l’emploi de ce produit qui fait l’objet de la communication relatée plus haut et d’un rapport favorable de MM. W. II.Dittoe et R. F. Mac Dowell (Bulletin of Ohio State Board of Health d’octobre 1912).
- Sur l’épuration biologique des eaux usées. — Ces notes de chimie ont donné autrefois les bases d’une bonne épuration biologique des eaux usées des habitations. M. le Dr F. Bussière, directeur du Bureau municipal d’Hygiène de Montluçon, ajoute un nouveau document à la littérature, déjà si riche, de la question. Dans une monographie très intéressante, il propose un nouvel appareil d’épuration, qu’il appelle la « fosse septique complétée ».
- Les règles de l’épuration biologique des eaux usées peuvent se résumer dans les deux propositions suivantes :
- 1° Les eaux vannes séjourneront d’abord dans des fosses septiques de dimensions variables, où les matières organiques renfermées dans ces eaux subiront des actions destructrices et liquéfiantes de la part des microbes anaérobies ;
- p.843 - vue 847/950
-
-
-
- 844
- NOTES DE CHIMIE.
- JUIN 1913.
- 2° Los liquides extrêmement septiques el riches en ammoniaque qui proviennent de ces premières fosses, [tasseront ensuite sur des lits d’oxydation où ils subiront des actions oxydantes de la part de germes aérobies, particulièrement des ferments nitreux et nitrique. L’azote ammoniacal passe à l’état de nitrites et de nitrates.
- L'effluent de la fosse d'oxydation n’est [tins septique. Il est devenu, théoriquement, inodore, imputrescible et iuolfensif au point qu’on peut le diriger, sans inconvénient, dans un cours d’eau, à l’égout, dans un puisard absorbant, ou même dans des réservoirs pour servir ensuite à des arrosages fertilisants.
- L’appareil du IVBussière renferme les deux fosses dans une seule cuve. La fosse septique, divisée en quatre compartiments communicants, est annulaire ; tandis que le lit bactérien se trouve dans un cylindre central, réuni au quatrième compartiment par un tube de trop-plein. La fosse septique a un volume de dix à vingt fois celui des eaux usées d’une journée, de façon que les eaux séjournent dix à vingt jours dans l’ensemble des compartiments extérieurs.
- La disposition de ceux-ci arrête dès le troisième compartiment tout remous et toute agitation, de façon à laisser les fermentations anaérobiques s’effectuer en toute tranquillité.
- Un appareil de chasse automatique, à l’entrée du liquide septique à la partie centrale, assure son déversement d’une manière régulière et intermittente. Le lit bactérien proposé par l’auteur consiste en un mélange, à parties égales, de terre de jardin et de sable de rivière, disposé en couches alternatives de 10 à 15 cm d’épaisseur; ce lit a fourni des résultats bien supérieurs à la tourbe ou au mélange de tourbe et de scories.
- Les avantages de ce support sont : la facilité de se le procurer partout, un prix de revient insignifiant, une épuration comparable à celle que l’épandage permet d’obtenir, enfin la présence de germes nitrifiants abondants dans la terre arable.
- Voici l’analyse des liquides traités dans la fosse septique complétée, d’après M. V. Thomas, de Clermont-Ferrand; les résultats sont donnés au litre et en milligrammes :
- / représente le liquide du quatrième des compartiments de la fosse septique ;
- e l’effluent fourni par la fosse d’oxydation;
- l e
- Acide nitreux............................. 0 67
- Acide nitrique............................ 0 119
- Ammoniaque.............................. 220 17
- Matières en suspension................. 80 0,7
- Matière organique en milieu acide . . . 77,2 22,6
- — — — alcalin. . . 36 15,4
- L’épuration est aussi prononcée que celle obtenue par un bon épandage.
- p.844 - vue 848/950
-
-
-
- NOTES D’AGRICULTURE
- par M. li. Hitier
- membre du Conseil.
- CULTURE, PRODUCTION ET COMMERCE DU BLÉ DANS LE MONDE
- Sous ce titre : «. Culture, production et commerce du blé dans le monde », le Ministère de l’Agriculture a publié, au commencement de cette année, une série de documents, les plus complets et les plus détaillés qui aient été jusqu’ici réunis, sur cette importante question.
- Pour la France les documents remontent à un siècle, pour les autres pays à la période des trente dernières années. En dehors de l’avant-propos dans lequel la publication officielle est analysée, celle-ci se répartit en trois parties : La première partie est consacrée aux tableaux indiquant, année par année, pour chacun des pays étudiés, la superficie cultivée, la production, les importations et les exportations, les quantités disponibles et la population. La deuxième partie se compose de tableaux récapitulatifs pour le monde entier, consacrés aux superficies cultivées, à la production, aux rendements moyens par hectare, an mouvement du commerce. La troisième partie renferme les documents sur le mouvement du prix du blé. Toutes les mesures étrangères, mesures de superficie, de poids et de volume, ainsi que les mesures monétaires, qui varient avec chaque pays, ont été traduites en mesures françaises. L’étude de l’énorme quantité de documents réunis est ainsi rendue facile, tous les éléments étant devenus comparables, mais on comprendra quelle somme énorme de travail a exigée une telle publication, menée cependant très rapidement par l’Office des Renseignements agricoles du Ministère de l’Agriculture, chargé de recueillir puis de mettre en ordre cette masse considérable de documents.
- Cette publication naturellement a donné lieu à de nombreuses analyses, mais nous voudrions, dans ces notes, appeler l’attention sur les renseignements qui en ont été tirés par deux économistes, dont la compétence en ces questions est reconnue de tout le monde, M. Henry Sagnier, rédacteur en chef du Journal d'Agriculture pratique et Edmond Théry, directeur de Y Economiste européen. Le premier, dans un article du Journal d’Agriculture pratique, du ;23 janvier 1913 intitulé : L'évolution de la production du blé, a spécialement mis en lumière l’accroissement de la production du blé dans les différents pays, accroissement dû aux augmentations des surfaces emblavées et aux progrès des rendements à l’hectare; il a montré en même temps quelle était non seulement pour la France mais pour l’ensemble des pays producteurs de blé Tome 119. — 1er semestre. — Juin 1919. 36
- p.845 - vue 849/950
-
-
-
- 846
- NOTES D’AGRICULTURE. ---- JUIN 1013.
- l’importance de nos cultures de blé. M. Edmond Théry, dans une communication faite à la Société nationale d’AgricuIture (séance du 9 avril 1913), s’est surtout préoccupé des variations de prix du blé dans les différents pays et à différentes époques; devant la hausse des prix du blé constatée sur les principaux marchés du monde ces dernières années, il a recherché si l’augmentation de la production mondiale n’est pas dépassée par une augmentation plus considérable de la population consommatrice de blé.
- Evolution de la production du blé en France. — M. II. Sagnier s'attache tout d’abord à l'étude de l’évolution de la production du blé en France. L’importance de la production du blé pour notre pays est considérable : les surfaces consacrées à la culture du blé occupent actuellement plus de \b2 p. 100 de la superficie totale du territoire. Dans aucun pays, sauf l’Italie, cette proportion n'est aussi élevée; elle est même beaucoup plus faible presque partout ailleurs jusque dans les pays où la production du blé est la plus élevée.
- Le tableau suivant (A) dressé par M. II. Sagnier et dont les chiffres sont tirés de la publication du Ministère de l'Agriculture, résume, par périodes décennales, l’évolution de la culture du blé en France depuis 18"21.
- TAULEAU A
- Surface Rendement Prix moyen
- Périodes. cultivée. Producf ion. par lia. du quintal.
- ha. qx. qx. fr.
- 1S21-1830. . . 1 892 648 43 716 441 8,93 24,42
- 1831-1840. . '. . 5 362 398 51 099 716 9.53 25,23
- 1811-1858.. . . 3 853 249 59 692 318 10,28 26,12
- 1831-1860.. . . 6 40 4 063 65 555 229 10,23 29,21
- 1861-1810.. . . 6 923 610 74 2 43 712 10,72 28,29
- 1871-1880.. . . 6 650 880 73 282 390 10,69 30,03
- 1881-1890.. . . 6 967 315 83 922 256 12,04 2 4,61
- 1891-1900.. . . 6 802 551 85 066 534 12,50 21,89
- 1901-1910.. . . 6 568 40 4 89 127 749 13,57 22,60
- 1911.. . . 6 433 360 87 727 100 13,63 25,90
- 1912.. . . 6 555 500 91 182 600 13,90 »
- « Ce tableau est instructif à divers titres; il montre, d’un côté, les résultats de l’effort énorme poursuivi par les cultivateurs français durant les trente dernières années pour accroître la production; cet effort a abouti à un accroissement annuel de près de 16 millions de quintaux, exclusivement par le relèvement du rendement par hectare. On ne s’est pas laissé décourager par la baisse constante des prix, dont la conséquence a été que, pour la dernière période décennale, malgré l’augmentation de la production, la valeur totale de la récolte a été inférieure de 200 millions par an à celle de la récolte de la période 1871-1880. Il y a là un fait capital que la nouvelle publication permet de mettre en lumière. L’application des prix de 1871-1880 à la récolte de la dernière période décennale augmenterait la valeur de celle-ci de plus de 600 millions et demi.
- « La conclusion est dès lors indiquée. Si la réforme douanière a enrayé une ruine imminente, si elle a permis le maintien de la culture du blé et stimulé les progrès
- p.846 - vue 850/950
-
-
-
- CULTURE, PRODUCTION ET COMMERCE DU BLÉ DANS LE MONDE. 847
- qu’on vient d’enregistrer, elle n’a pas encore eu la puissance de rendre à la production son ancienne valeur. Ce sera l’œuvre de l’avenir. Mais cette réforme a eu une autre conséquence, c’est d’assurer au pays son indépendance pour son alimentation. » (II. Sagnier.)
- « Cette dernière conséquence ressort du tableau suivant emprunté toujours à la publication du Ministère de l’Agriculture. Ce tableau (B) montre la part de plus en plus faible prise par les importations (y compris celles de l’Algérie) dans les ressources annuelles de la France en blé.
- TABLEAU B
- Périodes. Production. Excédent des importations. Ressources annuelles.
- qx. qx. qx.
- 1821-1830 . . 13 716 441 269 571 43 986 012
- 1831-1840 . . 51 099 716 447 347 51 547 064
- 18 41—1850 . . 59 692 318 731 092 60 423 409
- 1851-1860 . . . 65 555 229 172 052 67 727 282
- 1861-1870 . . . 74 243 712 2 505 511 76 749 223
- 1871-1880 . . . 73 282 390 7 741 894 81 024 284
- 1881-1890 . . . 83 922 256 10 491 972 94 414 228
- 1891-1900 . . . 85 066 534 9 576 908 94 643 442
- 1901-1910 . . . 89 127 749 2 618 819 91 746 568
- « Ce tableau fait ressortir la place désormais à peu près exclusive que prend la production nationale pour satisfaire aux besoins du pays. »
- Evolution de la production du blé dans le inonde. — Les documents recueillis par le Ministère de l’Agriculture sur la production du blé dans le monde pour les autres pays que la France sont limités aux trente dernières années. Mais, comme le fait remarquer M. Sagnier, cette période est suffisamment longue pour qu’on puisse en tirer les déductions utiles.
- Tous les pays d’Europe figurent dans cette série. En Asie, ce sont les Indes Britanniques et le Japon; en Afrique, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte et le Cap; en Amérique les États-Unis, le Canada, le Mexique, le Pérou, le Chili, la République.Argentine et l’Uruguay; en Océanie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
- M. H. Sagnier a groupé l’ensemble de ces documents en périodes décennales de 1881 à 1910.
- Rendement moyen
- Surface en blé. Production. par lia.
- ha. qx. qx.
- 1881-1890.. . . 70 906 500 624 975 000 8,83
- 1891-1900.. . . 79 704 600 703 531 000 8,82
- 1901-1910.. . . 95 231 300 880 056 000 9,24
- Si l’on compare la troisième période à la première, on constate que l’étendue cultivée en blé se serait accrue de 31,3 p. 100 et que la production aurait augmenté de U2 p. 100.
- p.847 - vue 851/950
-
-
-
- 848
- NOTES d’aORICULTURE.
- JUIN 191 ;i.
- Ce soûl des fuits, dit M. Sagnier, qu’on doit faire ressortir d’autant que Taccroisse-încnt parait s'accélérer. Si l’on divise en effet la dernière période décennale en deux séries de cinq années, cette accélération se manifeste comme suit :
- Rondement moyen
- Surface emblavée en blé. Production. qx.
- ha. <ix. par lia.
- ÎOOI-IOO:;. . . . 92.:i;n 000 821 840 000 8,87
- 1900-1910.. . . 97 800 000 97.7 170 000 9,90
- Une amélioration générale des rendements ressort de ces comparaisons.
- « La première conclusion à tirer de cette étude, c’est que la production du blé dans le monde ne cesse de s’accroître. Ce fait est. de nature à dissiper les craintes dont on a entendu parfois l'écho, relatives à une pénurie éventuelle de blé dans un avenir relativement rapproché et d’une disette qui menacerait l'humanité. Nous reviendrons plus loin sur ce point, du reste, à propos de la comparaison établie par M. Théry entre l’augmentation de la production du blé et l'augmentation de lapopulation dans le monde.
- La 'part de la France proportionnellement aux autres pa>/s dans la production mondiale du blé. — Le tableau suivant (Ci, que nous donne M. IL Sagnier, répond à cette question pour les trois périodes décennales, déjà comparées plus haut.
- TABLEAU C. - Moyennes décennales de la production du blé par pays
- (en millions de quintaux métriques).
- Inile-s République
- France. Russie. Etats-Unis. Britanniques. Argentine. Canada.
- Pro- Pro- Pro- Pro- Pro- Pro-
- duction. P. 100. duction. P. 100. duction. P. 100. duction. P. 100. duction. P. 100. duction. 1‘. 100.
- 1881-1890 . 83,9 13,4 1 G2,3 27,9 110,4 17,6 68,1 ( 1) 10,9 8,3 1,3 9.4 1,7
- 1891-1900. 87,1 12,1 132,3 18,8 140.3 19.9 G5,4 9,3 17,0 2.3 13,9 1,9
- 1901-1910. 89,0 10,1 172,7 19,0 181.1 20.7 79,7 9,0 30,9 4.2 38,1 4,7
- Au/r.-Hongrie. Allemagne. Rogaume-Uni. Italie. Espagne. Roumanie.
- Pro- Pro- Pro Pro- Pro- Pro-
- duction. P. 100. duction. P. 100. duction. P. 100. duction. 1 \ 100. duction. ie 100. duction. P. 100.
- 1881-1890. 42,1 6,7 23,4 4,0 21.3 3,4 33,0 3,3 20,9 3,4 14,3(2) 2.3
- 1891-1900. 7 4,2 7,7 30,8 4.4 16,8 2,4 33,0 4,9 25,6 3.6 14,9 2,1
- 1901-1910. 78,0 0,7 36,3 4,1 13,1 1,7 43,0 3.2 33,3 3,8 20,2 2.3
- Rulgarie.
- A Igér,
- Japon.
- E g g pie.
- Australie.
- Chili.
- Pro- Pro- Pro-
- duction. P. 100. duction. P. 100. duction.
- 1881-1890. 7,2 (3) ) 1,1 6,3 1,0 3,7
- 1891-1900. 9,2 1,7 6,8 0.9 3.2
- 1901-1910. 9,7 1,1 8,9 1,0 3,4
- Pro- Pro- Pro-
- 100. duction. P. 100. duction. P. 100. duction. P. 100.
- 0.6 5,9 0,9 8,6 1,4 4,8 (4 ) 0,8
- 0,7 7,2 1,0 10,0 1,4 4,3 0,6
- 0,6 8,4 0,9 16,2 1,9 4,7 0,3
- il) Moyenne de sept années (1884-1890!.
- (2) Moyenne de trois années (1888-1890).
- (3) Moyenne de six années (1877-1890).
- (4) Moyenne de trois années (1908-1910).
- p.848 - vue 852/950
-
-
-
- CU LT U HE, PRODUCTION ET COMMERCE DU BLÉ DANS LE MONDE. 849
- Sur les trente-cinq pays qui figurent dans la nouvelle publication officielle, les dix-huit pays mentionnés dans ce tableau représentent 97 p. 100 de la production totale. Les autres pays sont négligeables dans les comparaisons, soit parce que leur production est 1res peu imposante, soit à raison de l’incertitude des documents qui en proviennent.
- La comparaison de la production totale entre les divers pays montre que la Franc,e vient au troisième rang, n’étant dépassée que par les Etats-Unis et la Russie. Ces trois pays ont donné ensemble la moitié de la production pendant la dernière période décennale. Cette simple indication montre le rôle important que joue la France dans l’équilibre du commerce du blé.
- M. H. Sagnier ajoute : « Les États-Unis et la Russie, de meme que les autres pays qui les suivent de plus ou moins près, les Indes, l’Argentine, le Canada, sont des pays d'exportation, leur production dépassant notablement les besoins de leur population. La France est, au contraire, le pays de plus grande consommation du blé.
- « Elle es! arrivée à satisfaire à ses besoins; mais que survienne un déficit sensible dans ses récoltes, ce déficit jette immédiatement la perturbation dans le commerce général; elle devient une concurrente pour les autres nations importatrices et cette concurrence donne le signal d’une hausse générale. Mais si ce phénomène accidentel était devenu un fait permanent, si, au lieu de progresser, la production de la France avait diminué comme il est arrivé pour la Grande-Rretagne, le prix du blé dans le monde aurait atteint des proportions inconnues, au détriment de l’aisance générale. »
- La hausse des prix du blé. — M. Edmond Théry, à l’aide des documents publiés par le Ministère de l’Agriculture, a précisément étudié la question de la hausse des prix du blé ces dernières années; il en a cherché les causes, et d’autre part quelles en pouvaient être les conséquences dans un avenir assez prochain.
- Dans le tableau suivant (D) se trouvent réunis les prix du blé sur quelques-uns des principaux marchés du monde, à différentes époques.
- TABLEAU D. — Prix du blé sur quelques grands marchés du monde
- (Prix en francs par quintal).
- Prix moyen décennal. Différences
- 1881-90. 1901-10. Avril 1913. en 1913.
- Paris . . 24,55 22,60 28,80 + 6,20
- Liverpool.. . . . . 20,08 16,94 20,57 + 3,63
- Berlin . . 22,66 23,49 26,03 + 2,54
- Budapest . . . . . 27,22 22,41 22,64 + 0,23
- New York . . . . . 18,50 16,71 18,36 + 1,65
- Ce tableau montre d’un côté la baisse très accentuée survenue dans les prix du blé pendant la période 1901-1910 par rapport à la période 1881-1890, mais en avril 1913, un mouvement vers la hausse tel que les prix de la période 1881-1890 sont généralement dépassés.
- Si la hausse est particulièrement forte à Paris (6,20 fr par quintal de blé) des circonstances locales expliquent ce fait; en France, l’impression de la très mauvaise récolte de 1910 n’est pas encore effacée.
- p.849 - vue 853/950
-
-
-
- 850
- NOTES D AGRICULTURE.
- JlTIN 1913.
- Mais, la hausse, sans doute moins élevée sur Eiverpool. Berlin, New York, etc., n’en existe pas moins, sur ces marchés ; elle esl, on peut dire, à peu près générait; en Europe, en Amérique et en Extrême-Orient. Et on est ainsi conduit à se demander si l'augmentation de la production mondiale constatée par les statistiques officiel les, n’est pas dépassé»; elle-même par une augmentation plus considérable de la population consommatrice de blé.
- IJ augmentation de la production du blé et V augmentation de la population. — M. Edmond Théry s’est attaché à résoudre cette question de si grande importance; d'après les renseignements fournis par l'enquête du Ministère de l’Agriculture il a établi d’abord quelle a été la production du blé pendant les périodes 1881-1890, 1901-1910. Entre ces deux périodes la production mondiale aurait progressé de 214 100 000 quintaux. Dans cette augmentation d’ensemble, l’Amérique ligure pour 55 p. 100, l’Europe pour 32 p. 100, l’Asie pour (i p. 100, l’ücéanie pour 4 p. 100 et l’Afrique pour 3 p. 100.
- Pour établir ensuite dans quelle mesure la population elle-même augmente, M. Tbérv a pris, pour chacun des pays producteurs de blé, le chiffre officiel de sa population résidente au milieu de chacune des deux périodes observées, c’est-à-dire la population résidente des années 1885 et 1905 et a divisé la production moyenne des deux périodes par le nombre des habitants relevé au milieu de Tune et l’autre période.
- Voici d’abord le résultat de ce calcul pour l’Europe.
- TABLEAU E. — Population et production du blé de l’Europe par habitant.
- Période 1881-1890. Période 1001 -11)10.
- Population Production Population Production
- en 1885. moyenne en 1905. moyenne
- Pays. Milliers d'hab. par habitant. Milliers d’hab. par habitant.
- France 38110 220,2 39191 227,4
- Allemagne 53,9 60 638 59.8
- Autriche-Hongrie. . . 39 61 1 111,4 47 432 121,7
- Belgique 5 785 82,2 7 075 52,4
- Bulgarie 3 051 237,1 4 028 211,9
- Danemark 2197 53,1 2 576 H ,7
- Espagne 17 269 121,3 19 103 175,2
- Grande-Bretagne . . 36 688 57.9 13 710 34,0
- Grèce 2 101 74,3 2 596 57,9
- Italie 29 361 112,3 33 476 136,3
- Norvège ... 1 921 2,9 2 312 3.4
- Pays-Bas -4 278 35,4 5 510 22.7
- Portugal 4 918 38,(1 5 691 27,6
- Roumanie 4 979 286.2 6 480 320,6
- Russie 91 889 176,6 131846 131,7
- Serbie 1 903 116,3 2 677 117,4
- Suède 1 61 i 20,9 5 261 30,7
- Suisse 2 891 26,5 3 534 27,8
- Turquie 6 015 136,8 6 115 132,7
- Totaux et moyennes . 344 473 126,1 429,287 117,5
- p.850 - vue 854/950
-
-
-
- CULTURE, PRODUCTION ET COMMERCE DU BLÉ DANS LE MONDE.
- 851
- IARLLAU K Population et production du blé dans le monde par habitant.
- Période 1881-1890. Période 1901-1910.
- l’a y.s. Population en 1885. Milliers d’iiab. Production moyenne par habitant. Population en' 1905. Milliers d’hab. Production moyenne par habitant.
- Europe . . . . . 344 473 126,42 429 287 kg. 117,5
- Afrique . . . . 13 668 95,6 20 397 92,9
- Algérie 3 830 165,1 3 146 168,4
- Tunisie 1 500 »> 1 825 76,8
- Egypte 7 418 80,1 10 994 76,0
- Le Cap . . 920 87,2 2 432 . 21,8
- Amérique . . . . . 8-1 997 174,1 118 973 218,3
- Canada . . 4527 208,4 6105 492,9
- Etats-Unis .... 211,0 82 562 219,3
- Mexique . . 10 794 .. 14 335 26,1
- Argentine .... 3 460 240,4 6 046 612,5
- Chili . . 2 327 192,1 3 400 139,7
- Péçtm 3 538 » 5 487 22,9
- Uruguay . . 583 143,3 1 038 176,7
- Asie . . 245 941 29,2 283 887 29,9
- Indes anglaises. . . . 208 072 32,7 236 671 33,6
- Japon . . 37 869 9,9 47 216 11,3
- Océanie .... 3 233 331,7 5 190 377,5
- Australie . . 2 669 323,3 4 277 412,1
- Nouvelle-Zélande. . . 564 372,6 913 215,5
- Totaux .... . . 689 312 97,7 857 734 103,5
- Le tableau ci-dessus, fait remarquer M. Edmond Théry, ne donne pas la quantité moyenne de blé que chaque Européen a consomméependantles périodes 1881 -1890et 1901-1910 — c'est un calcul qu’il serait impossible d’établir — mais simplement le nombre moyen de kilogrammes de blé par habitant, récolté dans chacun des pays observés.
- Certains de ces pays ont vu leur moyenne de production augmenter ; d’autres ont au contraire manifesté un recul. Pour l'ensemble de l’Europe, la production moyenne par habitant, pendant la période 1901-1910 est tombée à 117,5 kg, alors qu’elle avait été de 126,4 kg, pendant la période 1881-1890.
- Ainsi l’augmentation de la population européenne, à vingt années d'intervalle, a ét.é proportionnellement plus importante que l’augmentation de la production du blé.
- Le même phénomène s’est manifesté d’une manière un peu plus faible en Afrique. Mais nous constatons une progression contraire en Asie, en Océanie et surtout en Amérique où la moyenne de la production du blé par habitant s’est élevée de 174 kg, pendant la période de 1881-1890 à 218 kg pendant la période 1901-1910.
- Le tableau F fournit à ce sujet les résultats d’ensemble.
- Le déficit relatif à la production européenne a donc été très largement compensé par l’augmentation américaine.
- p.851 - vue 855/950
-
-
-
- 852
- NOTES d’aGHICTTLTURE. ----- JUIN 1913.
- En résumé, la population de tous les producteurs de blé est passée de 689 millions d’habitants en 1885 à 858 millions en 1905, soit une augmentation de 169 millions d’habitants ou 21,5 p. 100, alors que la production du blé, dans ces mêmes pays, s’est elle-même élevée de 671 millions à 888 millions de quintaux, constituant une augmentation de 211 millions de quintaux onde 31,7 p. 100.
- Par tête d’habitant cette production représenterait en moyenne par année 97,7 kg pendant la première période et 103,5 kg, pendant la dernière, soit une augmentai ion de 5,8 kg, ou 5,9 p. 100.
- Ce n’est donc pas, conclut M. Théry, à une raréfaction du blé par rapport à la consommation qu’il faut attribuer la hausse persistante que cette précieuse céréale subit dans le monde entier. Cette hausse tient à des causes d’ordres divers que M. Théry estime, pour sa part, très accidentelles ; mais ces causes, ajoute le savant statisticien, disparaîtront, car la hausse des années 1911 et 1912 a provoqué, dans tous les pays où le blé peut pousser, un accroissement des surfaces ensemencées qui amènera nécessairement une nouvelle augmentation de la production mondiale par rapport à la population consommatrice.
- H. Hitier.
- p.852 - vue 856/950
-
-
-
- KimJE DE CULTURE MÉCANIQUE
- pur M. Max Rinoelmann
- membre du Conseil.
- Principes généraux des tracteurs agricoles,
- par M. Max Ringelmann.
- L’idée, déjà ancienne, de remplacer par un tracteur les attelages de la ferme est séduisante : on ne modifie pas les procédés culturaux, ni le matériel auquel est habitué le personnel de l’exploitation, mais au lieu de faire tirer ce matériel par des animaux, on l’attache derrière une sorte de locomotive routière qui doit être établie pour pouvoir circuler aisément dans les champs.
- Remarquons d’abord que la conduite et l’entretien du moteur animé est relativement facile : on lui donne son combustible (aliments) trois fois par jour, le moteur se charge de ses nettoyages intérieurs, du graissage de ses articulations, de ses menues réparations, etc., et l’homme n'a à faire que l’équivalent d’un essuyage extérieur.
- Les soins et la surveillance d’un moteur inanimé sont bien plus compliqués, et doivent être effectués en temps voulu, sinon il se manifeste une usure très rapide, ruineuse et hors de proportion avec le travail effectué.
- Cependant, avec une alimentation continue de combustible, le moteur inanimé fonctionne soixante minutes par heure et vingt-quatre heures par jour, sans avoir besoin de repos comme le moteur animé.
- Pour un travail continu, d’une certaine importance, le moteur inanimé fournit l’énergie à plus bas prix que le moteur animé.
- Les attelages ont le grand avantage de pouvoir être groupés suivant les besoins : on attelle une, deux ou trois paires d’animaux sur la même machine. Le tracteur ne peut pas se diviser ; comme on le choisit pour effectuer les ouvrages les plus pénibles de l’exploitation, il devient bien trop fort pour les autres travaux. Si, par exemple, le tracteur est combiné pour faire le travail de 10 bœufs, l’utilisation pourra être économique tant qu’on exécutera un ouvrage qui nécessiterait 10 bœufs, mais elle deviendra coûteuse quand il s’agira d’employer le tracteur à des travaux plus légers, comme pour tirer la moissonneuse-lieuse du domaine ; dans ce cas, c’est comme si l’on attelait 10 bœufs sur cette moissonneuse.
- Le moteur animé possède une certaine souplesse ; il adapte automatiquement ses
- p.853 - vue 857/950
-
-
-
- 854
- ItKVUE DK CUKTUItK MÉCANIQUE.
- JUIN’ 10 4 iî.
- membres à la direction voulue et à la surface ordinairement très inégale du sol ; de plus, il peut fournir momentanément des elforts élevés; il peut donner ce qu’on appelle en pratique un coup de collier sous l’action d’une excitation du conducteur, qui agit avec la voix, l’aiguillon ou le fouet.
- Le moteur inanimé est incapable de donner un coup de collier, et il ne viendra pas à l’idée de le frapper avec une trique s’il s’arrête brusquement lorsqu’on lui demande de fournir, même momentanément, une énergie un peu plus élevée que celle qui lui a été imposée parle constructeur. Gela oblige d’employer un moteur inanimé bien plus puissant qu'il ne faut en moyenne pour l’exécution de l’ouvrage qu’on se propose d’etfectuer.
- Voyons rapidement les conditions d’équilibre du moteur animé quadrupède effectuant un travail de traction à l’allure du pas (les conditions seraient différentes s’il
- Fig. 1. — Équilibre d'un quadrupède au repos.
- s’agissait de porter des fardeaux, ou d’obtenir une grande vitesse de déplacement).
- Pour une même voie (inclinaison et nature du sol), la traction qu’un animal peut donner est fonction d’une partie de son poids total.
- Si l’on considère un quadrupède au repos, son poids total P (tig. I j, que nous pouvons reporter sur le plan vertical y passant par le centre de gravité, se divise en deux parties, l'une p' qui porte sur le bipède antérieur A. l’autre p sur le bipède postérieur b. L’on a toujours :
- P — j> f p.
- On peut chercher le rapport du poids moteur p au poids total P (tig. 1); des chiffres que nous avons sur les valeurs de P et de p relevés à la bascule sur des animaux en station, nous pouvons dresser le tableau suivant dans lequel nous avons calculé le rapport k représentant p/P.
- p.854 - vue 858/950
-
-
-
- PRINCIPES GÉNÉRAUX DES TRACTEURS AGRICOLES.
- 855
- Poids Sur Rapport (/c) du poids do l’arrière-main au
- Total. l'arrière-main. poids total.
- Désignation dos animaux. (U)- (p)- (f)
- Chevaux : kg. kg.
- Hongre breton 350 150 0,428
- Demi-sang 384 174 0,453
- Hongre breton 445 185 0,415 ,
- Demi-sang 445 200 0,449
- Hongre boulonnais. . . . 630 260 0,412
- Hongre percheron . . . . 688 314 0,456
- Hongre, 21 ans 705 320 0,453
- ttœufs : Moyenne (1) . . . . , . 0,4396
- Partlienais 730 307 0,420
- Gascon, 6-7 ans 860 353 0,410
- Gascon, 6-7 ans 865 363 0,419
- Gascon, 8 ans 880 378 0,429
- Gascon, 8 ans 950 408 0,429
- Nivernais 965 410 0,424
- Charolais, 7-8 ans . . . . 1010 425 0,420
- Gharolais, 7-8 ans . . . . 1 030 445 0,432
- Nivernais 1 030 450 0,437
- Nivernais 1120 460 0,410
- Moyenne (1)...... 0,4247
- La pression moyenne du bipède postérieur est les 42 ou les 43 centièmes du poids total de l’animal.
- Quand l’animal se déplace, suivant la flèche c (fig. 2) sur le sol x, l’avant-main joue le rôle de support et de direction et l’arrière-main est seul moteur ; ce n’est que dans les moments difficiles que l’animal « tire des quatre fers ». Ainsi, en temps normal, c’est la pression p" du bipède postérieur qui intervient dans la traction t, dont la projection parallèle à la surface x du sol est représentée en /'.
- La traction o l (fig, 2) est toujours, ou devrait toujours être inclinée par rapport au sol x. Cette inclinaison donne lieu à une pression a qui s’ajoute à p'" pour augmenter la charge de l’avant-main sur le sol.
- Le rapport de p à P (fig. 1), que nous venons de donner pour les animaux en station, varie évidemment pendant la marche avec les différentes positions des membres dans l’amplitude n n' (fig. 2) du pas ; c’est-à-dire que p" est maximum au début n de l’appui et minimum à la fin n' de l’appui, alors que la pression //"du membre antérieur suit une variation en sens inverse.
- Ces variations de la pression p" (fig. 2) du membre postérieur du début à la tin de sa période d’appui, se traduisent par une variation correspondante de la traction /, qu’on voit très nettement sur un tracé dynamométrique quand le moteur est attelé à une machine ayant une lancée, jouant le rôle d’un volant, comme par exemple une flèche de manège à piste circulaire, une voiture, un rouleau roulant sur une route, une faucheuse ou une moissonneuse.
- ^lj Les moyennes ont été calculées en enlevant les extrêmes.
- p.855 - vue 859/950
-
-
-
- 850
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- JUIN 1913.
- Faisons observer que cotte variation se constate aussi dans nos moteurs inanimés, à vapeur ou à pétrole ; le piston, la bielle, et la manivelle transmettent des rlforls variables à chaque instant de leur cours*1, mais le mécanicien cherche à uniformiser ces eltorts par l’emploi d’un volant d’un diamètre d’autant plus petit et d’un poids plus faible que la vitesse angulaire est plus élevée. On a également la mémo variation avec un homme agissant sur une manivelle ou sur une pédale, et, là encore, on uniformise lYlfort par l’emploi d’un volant. Fn définitive, le volant est un organe régulateur, et non, comme on le croit trop souvent, un organe moteur.
- Si la machine à laquelle est attelé le moteur animé 11e présente pas de lancée, comme par exemple une charrue, uu scarificateur ou une herse, l’animal, étant obligé de fournir un ellort constant 0 l (tig. 2) nécessaire, fait travailler certains muscles des
- WW77777777/7777777ZT777777/77777//1
- '*> \J / (J • • L \
- Fig. 2. — Equilibre d’un quadrupède en marche.
- membres postérieurs, en fatiguant beaucoup, et comme il 11e peut pas modifier la pression p'1, il cherche à s’ancrer [dans le sol en inclinant le plan inférieur du sabot.
- Ce qui précède explique pourquoi, tout en donnant le même travail mécanique par seconde, nos animaux moteurs fnliynml beaucoup plus quand ils sont attelés à une machine qui n’a pas de lancée et surtout quand ils se déplacent sur un sol meuble : le hersage et le roulage sont ainsi bien plus pénibles que le premier labour, sauf si le fond de la raie est peu résistant.
- En admettant, sur la figure 2, que la verticale y, qui passe par le centre de gravité P du système, ne change pas de place sur la colonne vertébrale du quadrupède pendant la marche (ce qui n’est certainement pas exact), on peut admettre que la moyenne des pressions p" du début n à la tin ri de la période d’appui du membre postérieur ait la valeur de p (fig. 1) lors de la station, et dont nous avons donné des exemples dans le tableau précédent. Quand la traction n t (tig. 2) demandée au moteur animé est élevée, ce dernier diminue l’amplitude mm' de son pas.
- p.856 - vue 860/950
-
-
-
- PRINCIPES GÉNÉRAUX DES TRACTEURS AGRICOLES.
- 857
- *
- * *
- Dans un tracieur, les roues motrices exercent sur le sol une pression analogue à celle donnée enp'; (lig. 2) par le moteur animé, mais la zone d’action de la roue est limitée à une petite portion b b', comme si la longueur n ri du pas de l’animal était très faible. Los questions de glissement des sabots ou des roues sur le sol, d’enfoncement dans la terre plus ou moins meuble, etc., sont les niêmes,de sorte que cela nous permet d’appliquer aux tracteurs une partie de nos recherches faites autrefois sur les chevaux et sur les bœufs de travail:
- Si l’animal monte une côte — et il en sera de même pour un tracteur — la pression exercée perpendiculairement à la surface du sol diminue : à une certaine limite de pente, la pression devient môme insuffisante pour assurer le déplacement du moteur libre et sans charge et pour l’élévation de son poids : il güsse.
- En montant, la pression utile p" (fig. 2) diminuant, la traction o t diminue, alors que la résistance à vaincre augmente. Or, le déplacement sur une voie meuble étant équivalent au gravissement d’une rampe, dont rinclinaison augmente avec la facilité du sol à se comprimer, la traction fournie par l’animal, ou par le tracteur dans cette condition, diminue.
- Quand l’animal descend une côte, la pression des membres sur le sol diminue aussi, et à une certaine limite d’inclinaison il glisse ; mais ici (comme avec les tracteurs) une fraction du poids de son corps vient s’ajouter à la traction fournie par les efforts musculaires des membres postérieurs. Cependant, à partir d’une certaine inclinaison, l’animal fatigue beaucoup, car il est obligé de dépenser de l’énergie pour faire fonctionner certains muscles du bipède antérieur afin de se retenir. — Nous ne trouvons pas cette dernière condition dans les tracteurs, avec lesquels, sur une certaine pente, le moteur ne travaille pas et il faut serrer un frein pour absorber l’énergie surabondante due à la chute du véhicule.
- Tant que le sol sur lequel se déplace le moteur animé est résistant, comme par exemple une voie pavée ou en empierrement, la traction que peut fournir* l’animal dépend de la pression du bipède postérieur sur le sol et du coefficient de glissement.
- Le coefficient de frottement des fers sur le sol varie de 0,3 à 0,7 suivant son état; sur une route en empierrement, sèche, il est de 0,5 à 0,6 ; sur du bois, en travers des libres, il est de 0,6 environ.
- Quand le pavé est gras, et surtout s’il y a du verglas, le coefficient de frottement diminue beaucoup et, au minimum, est comparable à celui du fer poli sur du verre, c’est-à-dire voisin de 0,15; l’animal ne peut alors donner qu’une très faible traction, au delà de laquelle il glisse et tombe (à moins de munir ses fers de crampons à glace).
- Il en est de même pour les tracteurs et les locomotives routières : sur une voie soüdc horizontale, l’effort maximum de traction est donné par la pression exercée par les roues motrices, multipliée par le coefficient de frottement de la jante sur le sol.
- p.857 - vue 861/950
-
-
-
- 858
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE. ----- JUIN 1913.
- Quand la voie sur laquelle se déplace le moteur animé est compressible, le sabot s’enfonce et s’ancre dans le sol, de sorte que la traction possible 'ne dépend plus uniquement du coefficient de frottement.
- Lorsque l’animal enfonce dans le sol, quelle que soit d’ailleurs l’importance de cet enfoncement, le plan de contact a m est incliné comme on le voit sur la figure 3,c étant le sens du déplacement, et p la pression exercée sur le plan a 6 ; sur le sol labouré, ou dans le fond de la raie de charrue, on voit très nettement, aux empreintes, que la pince a du fer s’enfonce plus que les éponges b ; quand le sol est très compressible, on relève même l’empreinte de la sole et de la fourchette du sabot.
- La dénivellation nx (tig. 3), ou l’enfoncement maximum, dépend de la nature et de l’état du sol.
- Même sur une voie résistante (pavé ou empierrement), quand l’animal est obligé
- d’exercer une forte traction, on le voit nettement incliner le plan a b (lig. 3) et n’appuyer que sur la pince a.
- L’obliquité a m (fig. 3) du plan d'appui du salait sur le sol est éminemment favorable pour l'avancement du moteur suivant la flèche c, le sol se trouvant très comprimé dans la zone «, en donnant une sorte d’ancrage au pied de l’animal.
- Nous trouvons la. condition inverse avec une roue R (fig. 1) d’un tracteur roulant sur un sol meuble x, s’enfonçant d’une quantité h et ayant un contact a b qu’on peut représenter par le plan incliné/; c étant le sens d’avancement de la roue R qui tourne suivant la flèche ». Relativement au déplacement, le plan? (lig. \) est ainsi incliné, défavorablement, en sens inverse du plan m de la figure 3, qui permet l’ancrage du sabot du cheval ou du bœuf; ce plan i (fig. 4) ne peut donc pas servir d’ancrage à la roue du tracteur (1).
- On cherche à tourner la difficulté en garnissant la roue motrice de saillies diversement disposées, destinées à s’enfoncer dans le sol, à s’engrener pour ainsi dire avec
- (1) Nous nous souvenons avoir vu les dessins d’une roue de locomotive routière, dont fa périphérie était garnie de pièces articulées devant s’incliner et s’ancrer dans le sol à la façon de la figure 3; nous ne croyons pas que ce système ait été construit.
- p.858 - vue 862/950
-
-
-
- PRINCIPES GÉNÉRAUX DES TRACTEURS AGRICOLES.
- 859
- lui. Mais, comme la vitesse à la circonférence de la roue est toujours plus grande que la vitesse d’avancement, ces saillies déplacent la terre. Dans des conditions favorables d’état du sol, nous avons constaté de semblables déplacements de 3 à 4 centimètres. Dans certains essais en terre labourable, mais un peu humide à la surface, nous avons vu que le glissement d’un point de la jante de la roue sur le sol atteignait près de 0“*, 15. Dans les conditions défavorables, les saillies sont dangereuses, car elles rabotent le sol à la façon d’une fraise, et la roue s’enterre sur place.
- Ajoutons que ce qu’on appelle le différentiel favorise le glissement dont nous venons de parler ; jamais les pressions exercées sur le sol par chacune des deux roues motrices ne sont égales, et, par suite du différentiel, la roue la moins chargée tourne plus rapidement que l’autre. Gela se constate avec une automobile se déplaçant sur une route ayant des flaques de boue : la roue qui passe dans la flaque, frotte au détriment du pneu en prenant momentanément une vitesse angulaire plus grande que l’autre roulant en terrain plus sec, dont le coefficient de frottement est plus élevé, et la voiture prend du roulis ; on constate aussi que le pneu de droite s’use plus rapidement que celui de gauche, car la roue de droite risque de passer plus fréquemment dans des caniveaux remplis d’eau ou humides.
- Pour les motifs précédents, il est donc bon que les deux roues motrices d’un tracteur soient solidaires pendant le travail, quitte à les rendre indépendantes l’une de l’autre lors des virages.
- En résumé, il ne faut donc pas trop compter sur les saillies des roues pour assurer l’ancrage afin d’obtenir la traction voulue, mais bien sur la pression exercée sur le sol par la roue motrice.
- Comme la vitesse Y (lig. 5) à la circonférence de la roue R est toujours plus grande que la vitesse d’avancement v, il y a, dans le travail de la roue motrice, un glissement
- Fig. 5. — Lissage et arrachement du sol Fig. 6. — Pressions exercées
- produit par la roue motrice d’un tracteur. par la roue d’un tracteur.
- et non un simple roulement au sens mécanique du terme. Même avec un véhicule léger comme une bicyclette, roulant sur une bonne voie horizontale, le chemin parcouru par la circonférence de la roue motrice est un peu plus grand que celui parcouru
- p.859 - vue 863/950
-
-
-
- 860
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- JUIN 1913.
- par la machine : la roue, tout en roulaul, glisse donc un peu sur le sol, en râpant le pneu (1).
- D’ailleurs, s’il y avait uu roulement parlait, la roue ne pourrait pas être motrice et faire avancer le système.
- Le sol est donc non seulement comprimé par la pression p (lig. 5 ), mais lissé par le glissement sur la zone a b, et, avec certaine nature et état du sol, on voit bien derrière la roue motrice de larges plaques m comprimées et lisses, comme des Iniques crues, se détacher du terrain. Ce travail nécessite une quantité supplémentaire d’énergie que le moteur du tracteur est obligé de fournir, sans que cela soit utilisé au crochet d’attelage.
- * *
- Pour donner une idée de la compression h i lig. 4) du sol, voici les résultats d'un de nos essais pour lequel nous ne disposions pas des charges élevées, analogues à celles que supportent les roues motrices des tracteurs.
- La roue expérimentée avait 1111,30 de diamètre et U111,30 de largeur de jante. Dans un sol sableux sec, qui venait d’être labouré et hersé', on a constaté les enfoncements suivants :
- Charge supportée par la roue .kilog............. 220 320 420
- Enfoncement de la roue dans le sol milium . . . . 23,:i 34,2 39,0
- Avec les tracteurs, on constate dans certains champs un enfoncement dépassant beaucoup 4 centimètres.
- Lorsque le sol est un peu résistant, tout en étant compressible, le tassement ne s’etfectue pas uniformément sur la largeur b A’(lig. (Y) de la jante de la roue R; la surface x du sol des champs n'est jamais plane, et les sommets des petits monticules élémentaires, supportant les charges p, p' élevées par centimètre carré, se brisent, éclatent et se lassent fortement, alors que les creux a, a' ne subissent que le minimum de déformations. Dans cette condition, qui semble avantageuse,le travail de lissage du sol indiqué à la figure 5 est plus intense sur certaines zones car, pour une môme charge de la roue, la pression par unité de surface comprimée du sol augmente.
- La compression obligatoire du sol, produite par le tracteur, ne se manifeste pas sur une grande profondeur. Représentons schématiquement, par la figure 7, la coupe verticale A d’un sol avant le passage du tracteur et en B celle de la même terre, prise dans le fravis de la roue qui a abaissé la surface du sol d’une quantité h : on constate une zone superficielle a, fortement tassée, puis,d’autres zones b et c bien moins comprimées. Inutile de donner ici les ebiffres que nous avons relevés pour les épaisseurs
- (1) Pour une automobile très bien conduite, circulant sur les bonnes routes, un compteur monté sur la roue arrière indique 110 et 120 km, quand un compteur monté sur la roue avant ne marque que 100 km; le rapport est bien plus grand avec un mauvais mécanicien, qui change brutalement de vitesse en faisant patiner les roues motrices, au détriment des bandages.
- U’est pour le même motif qu’on monte toujours sur les roues avant les compteurs et les indicateurs de vitesse, et non sur les roues motrices.
- p.860 - vue 864/950
-
-
-
- PRINCIPES GÉNÉRAUX DES TRACTEURS AGRICOLES.
- 801
- do ces zones a, b et c, car ils sont applicables à nos rouleaux de culture qui ne glissent pas sur le sol, comme les roues motrices des tracteurs, et qui sont bien loin d’exercer les pressions de ces dernières.
- Il est certain qu une charrue fait un plus beau labour quand elle travaille sur un sol dont la surtace est légèrement comprimée ; elle découpe plus franchement la bande de terre ; mais cela n’intéresse que l’aspect de l’ouvrage et il est illogique de faire une dépense d énergie, et par suite d’argent, pour comprimer préalablement un sol qu’on cherche à ameublir.
- Sans insister sur cette question, disons seulement que, dans certaines terres ayant un certain degré d’humidité, la zone a (fig. 7) comprimée et lissée est analogue à de la brique crue; la charrue qui vient ensuite retourner la terre B doit laisser, dans la couche labourée L (fig. 8), des sortes de fragments a, a', de semblables matériaux qui risquent fort souvent de ne pas se désagréger plus tard, soit d’une façon naturelle,
- "•S/V//'
- Fi". 7. — Tassement du sol.
- Fig. 8. — Coupe en travers d'un sol labouré.
- soit par des cultures superficielles, toujours coûteuses, effectuées avec diverses machines (scarificateurs, herses norvégiennes, etc.).
- La conclusion pratique de ce qui précède consisterait à remédier au défaut obligatoire de la forte compression préalable et du lissage du sol par les roues d’un tracteur en faisant travailler, derrière ces roues et avant la charrue, des dents de herse ou des pièces de cultivateur, dont les dimensions et les écartements seraient appropriés à la nature et à l’état du terrain sur lequel on opère.
- Nous pouvons mentionner qu’on avait cherché, autrefois, d’empêcher les roues des voitures ordinaires de s’enfoncer trop dans le sol meuble; de nombreux systèmes, souvent désignés sous le nom de voitures à rails continus ou à rails sans fin, furent proposés. Nous nous souvenons d’avoir vu, dans notre enfance, un train de semblables petites voitures tiré par des chèvres sur le trottoir de l’avenue des Champs-Elysées de Paris et dans le jardin des Tuileries ; le système véhiculait un instant, moyennant finance, les enfants qui étaient surtout joyeux du bruit de ferraille accompagnant le voyage : on avait l’illusion d’être dans un train de banlieue.
- Pour montrer l'ancienneté de ces systèmes, nous citerons le « tombereau muni du chemin de fer sans fin >> de Boydell, constructeur anglais de machines agricoles,dont la figure 9 a été donnée dans le Journal <T Agriculture pratique de 1855 (tome I, page 154). Le système fut remarqué à l’Exposition agricole de Londres, en décembre Tome 118. — Ie1' semestre. — Juin 1913. 37
- p.861 - vue 865/950
-
-
-
- 862
- REVUE DE CULTURE MÉCANIQUE.
- JUIN 19i:i.
- 185-4, comme une nouveauté permettant de diminuer le tirage des tombereaux devant circuler en hiver dans les champs.
- Chaque roue (lig. 9) est armée de pièces longues, en bois, portant chacune un rail en fer sur lequel roule la jante (pii ne peut ainsi s’enfoncer dans le sol.
- « Les longrines sont allacliées par quatre chevilles à un angle en fer engagé dans une boîte placée sur les laces latérales de la roue. Les deux côtés de cet angle ont la forme d’arcs de cycloïdcs el. ils glissent sur une barre qui joue le rôle du couteau du iléau d’une balance. En vertu de la pesanteur et du mouvement combiné de la mue, la longriue prend les positions que montre la ligure 0. »
- Ce tombereau (lig. 9 ) ayant une charge utile de 000 kg, se déplaçant sur une terre en argile très molle, n’exigeait qu’un elfort de traction de 1 b0 kg, ce qui est très faible ( I ), tandis qu'une voiture ordinaire se serait enfoncée dans le même terrain jusqu’au
- Fig. 9. — Tombereau muni du « chemin de fer sans tin » de Boydcll.
- moyeu. La vitesse constatée dans l’essai en question ne dépassait pas li km à l’heure. Le Former’s Magazine de l'époque déclarait avoir une grande confiance sur l’avenir de l’invention de Boydcll ; mais le Journal d'Agriculture prali</ue d’alors se tenait sur la réserve et disait qu’il y avait lieu d’examiner avant de se prononcer, car « beaucoup de systèmes analogues avaient déjà été essayés sans succès ».
- Cependant il est bon de signaler que des machines, de diverses sortes, furent abandonnées autrefois à cause de la construction proprement dite, et qu’on a pu reprendre utilement plus tard les mêmes-principes à la suite des améliorations apportées dans la Construction mécanique.
- Le système de Boydcll, dont nous venons de parler, ne comporte pas d’articulation, mais des pièces qui glissent les unes sur les autres et dont l’usure semble devoir être assez rapide.
- Le coefficient de roulement augmente avec, l’enfoncement de la roue dans le sol ;
- (1) Le coefficient est plus petit que 0,07'i par suite du poids vide du tombereau, que nous ne connaissons pas.
- p.862 - vue 866/950
-
-
-
- PRINCIPES GÉNÉRAUX DES TRACTEURS AGRICOLES.
- 863
- bien que les recherches sur les roues des tracteurs soient en cours d’exécution, nous pouvons résumer les résultats de nos expériences antérieures faites sur diverses machines plus légères :
- Coefficient
- Nature île la voie. do roulement.
- Route en empierrement.....................................0,016 à 0,02
- Liste engazonnéo, ferme...................................0,02 à 0,0:i
- Vieille luzerne.................................................... 0,06
- Sol sableux see...........................................0,07 à 0,08
- Vieux labour lassé................................................. 0,08
- Eteule, de suite après le passage de la moissonneuse. . . 0,09
- Prairie naturelle, de suite après le passage de la faucheuse. 0,10
- Prairie naturelle, sèche..................................0,13 à 0,14
- Labour d’automne................................................... 0,15
- Terre fraîchement labouree................................0,20 à 0,30
- En laissant de côté la première voie, qui n’intéresse que le déplacement du tracteur sur une route, on voit que la môme machine, suivant la nature et l’état du champ, dépensera rien que pour se déplacer une énergie variant dans le rapport de 1 à 15, en diminuant ainsi plus ou moins la traction disponible au crochet d’attelage.
- Pour un sol engazonné, ferme, un tracteur donne sa traction maximum; mais la machine qu’il tire (charrue ou scarificateur) exige de son côté une traction maximum. Le même tracteur, sur une terre fraîchement labourée, donne une traction disponible minimum, alors que la machine de culture déplacée dans ce sol exige aussi le minimum de traction pour effectuer un ouvrage déterminé.
- S’il y avait une concordance parfaite de ces variations, la quantité d’ouvrage pratiquement effectuée par le tracteur serait constante entre les deux conditions extrêmes ci-dessus; il n’en est malheureusement pas ainsi, et souvent l’on A*oit qu’un tracteur un peu lourd peut entrer dans le champ alors que la terre ne peut être attaquée par la charrue, et, lorsque le sol se trouve en état d’être labouré, c’est le tracteur qui ne peut plus circuler dans les terres.
- Représentons schématiquement par la figure 10 un tracteur quelconque A, à trois ou à quatre roues, qui se déplace suivant la flèche c ; l’avant-train r exerce sur le sol x une pression p ; les roues motrices R de l’arrière exercent une pression P. Du crochet d’attelage n part la chaîne de traction t, inclinée relativement au sol x; ce crochet n peut être plus ou moins éloigné de l’essieu o.
- Dans certains tracteurs, la pression P (fig. 10) peut atteindre)les 70 centièmes du poids total de la machine.
- La traction t (fig. 10) est toujours inclinée ; les diverses machines tirées par les attelages sont toujours établies pour fonctionner dans ces conditions et non avec une traction parallèle au sol x, qu’on peut obtenir en abaissant suffisamment le crochet d’attelage n, ou en ayant un câble de traction très long. Nous nous souvenons qu’un inventeur était fort surpris qu’en prenant une charrue qui fonctionnait très bien avec des animaux, cette charrue ne tenait plus en terre, dans le même champ, lorsqu’il la faisait tirer par le long câble de son treuil; nous lui fîmes apporter des modifications insignifiantes pour permettre une traction parallèle à la surface du sol, et la charrue
- p.863 - vue 867/950
-
-
-
- 864
- REVUE DE CULTURE MECANIQUE.
- JUIN 191 :î.
- retrouva sa stabilité première ; mais alors elle ne pouvait plus être tirée" par les attelages.
- L’obliquité do la traction / (iig. 10) se décompose en un effort t', parallèle ail sol, qui intéresse le travail mécanique fourni par le tracteur parcourant un chemin c, et en un elîort a perpendiculaire à la surface du sol. D'ailleurs, nous avons déjà vu la môme condition avec un animal moteur (tig. 2j.
- Si le crochet d'attelage n (Iig. 10) se trouve en arrière de l’essieu n, comme cela se voit dans beaucoup do tracteurs, l’effort a augmente la pression des roues motrices R sur le sol, mais tend à soulever, suivant s, l’avant-train r, en diminuant sa pression p d'une quantit«> correspondante i’aArec un animal moteur, nous avons vu la condition contraire : par suite de la position du point d'application n, l'obliquité de la traction augmentait la charge du bipède antérieur).
- Quand la pression p fl g. 10) de l’avant-train du tracteur est élevée, l’effort .v joue un rôle insignifiant ; mais si l’on a cherché à reporter le plus possible le poids de la machine sur les roues motrices, p est faible et la différence de p et de 5 est souvent si
- Fig. 10. — Principe d'un tracteur.
- petite que la machine « ne se dirige plus ».En effet, pour qu'un avant-train joue le rôle voulu dans la direction, il lui faut exercer sur le sol une pression d’autant plus élevée que la traction t l'est elle-même. Rappelons que nous trouvons la même condition dans les automobiles ordinaires, dans les avant-trains des semoirs en lignes, et surtout ceux des arracheurs de racines, etc.
- On cherche à augmenter l'action des roues directrices par un ancrage, par exemple en garnissant le milieu de leur jante d’un boudin faisant saillie, qui s’imprime dans le sol, mais en rendant pénible la manœuvre du volant de direction.
- Nous n’avons pas la condition précédente sur l’avant-train quand le crochet d’attelage n ( fi g. 10) coïncide avec l’essieu o des roues motrices, et surtout si le crochet est solidaire d’un collier pouvant tourner librement, dans le plan vertical, autour de cet essieu : l’effort a agit uniquement en augmentant la pression P (1). La construction de l’ensemble de la machine empêche souvent cette disposition favorable, à moins de grandes complications.
- Si le crochet d’attelage n (fig. 10) se trouvait en avant de l’essieu o, la pression a
- (1) Cette condition de l’augmentation de la pression des roues motrices sur le sol se trouve réalisée dans une charrue automobile : chaque corps de charrue est fixé à l’extrémité d’un âge oblique articulé avec le bâti du véhicule en avant de l’essieu des roues motrices, et exerçant sur ce dernier une pression de haut en bas équivalente à une augmentation de poids de la machine..
- p.864 - vue 868/950
-
-
-
- PRINCIPES GÉNÉRAUX DES TRACTEURS AGRICOLES.
- 865
- se répartirait sur les (leux trains ; la construction du châssis serait plus difficile et la machine risquerait de déraper dans les virages.
- *
- •X- *
- Considérons la pression totale P (lig. 10) des roues motrices R et l’effort t' (P comprend la pression «*; t' dépend de l et de l’angle d'inclinaison de la chaîne de traction).
- Si l’on désigne par m ce que nous pouvons appeler le coefficient de patinage du tracteur, on a
- /' = m P.
- Dans quelques expériences faites à ce sujet, et qui demandent à être complétées quand cela nous sera possible, nous avons trouvé, suivant la nature et l’état des terres, de grandes variations pour m : de 0,20 à 0,73. Sur une terre très compacte et sèche, le coefficient m peut atteindre 0,38 à 0,63 ; mais, en moyenne, il n’oscille que de 0,32 à 0,32 ; sur une prairie naturelle (pii venait d’être fauchée, m était égal à 0,63 (1) ; sur une très bonne route en empierrement, m est voisin de 0,32.
- Ce qui précède montre qu’un même tracteur, dont on ne modifie pas le poids P, peut donner (avec un moteur suffisamment puissant) des tractions maxima utilisables variant dans le rapport de 1 à 3,6 suivant les champs sur lesquels il fonctionne ; dans certaines circonstances de travail, le tracteur se trouve donc obligatoirement dans des conditions défavorables, et cela d’une [façon tout à fait indépendante du mécanisme.
- On a cherché à augmenter l’adhérence du tracteur en lui donnant plus de deux roues motrices: dans cet ordre d’idées, citons un ancien tracteur anglais ayant ses trois roues motrices et un moteur de 30 chevaux: les roues d’avant étaient en même temps directrices. La complication du mécanisme a fait abandonner la machine, qui ne fit qu'une courte apparition chez nous en effectuant un travail qui n’était pas en proportion de ses dimensions monumentales.
- Cependant, il convient de rappeler que l’Administration de la Guerre a procédé, le 6 mars 1913 (2), à un concours de tracteurs automobiles ayant quatre roues motrices, dont deux directrices.
- *
- * *
- La traction t' (lig. 10), et par suite la traction utilisable t, fournie par le tracteur, doit toujours être plus élevée que celle nécessitée, en moyenne, par la machine de culture à laquelle il est attelé. Nos recherches à ce sujet (3) nous ont montré que la traction moyenne pratiquement utilisable d’un tracteur serait au plus les 37 centièmes de la traction maximum qui peut être constatée dans un essai de court»; durée. Il s’ensuit qu’on ne peut compter, en pratique, que sur une traction moyenne utile égale à la pression P des roues motrices multipliée par un coefficient variant de 0,11 à 0,41.
- (1) Avec des bœufs, nous avons relevé un coefficient m maximum de 0,98; mais il faut tenir compte de la condition différente d’ancrage dans le sol et de la lancée de fanimal sur la chaîne d’attelage.
- (2) I'. 605, Bulletin d’avril 1913.
- (3) Culture mécanique, t. l,p. 82.
- p.865 - vue 869/950
-
-
-
- RE VU K DE CUI/ITRK MÉCANIpi'E.
- JUIN 1913.
- 860
- *
- * *
- Qu’arriv»!-t-il lorsqu»; la machine du ndturo oppose au tracteur, même momentanément. une résistance plus grande que celle qu’il peut douma’? Deux cas peuvent se présenter :
- 1" Le moteur n'est pas assez puissant.; il s'arrête alors brusquement; c’est une panne, suivant l'expression sportive aujourd'hui consacrée.
- 2° Le moteur est plus puissant qu’il ne faut : comme le tracteur A (lig. I l) se trouve arrêté' dans sa marche, la roue R tourne rapidement sur place suivant la flèche v, rabote la terre et s’enfonce en R' jusqu'à ce que l'essieu o uni une pièce du châssis) arrive en <>' en butant contre le sol ; c'est alors une très grande panne; le tracteur s’enterre, ou se taupe, et cela en un temps si court que le mécanicien ne peut pas débrayer en temps utile. 11 faut retirer le tracteur, ce qu’on cherche à faire avec des crics et des madriers, alors qu’il est plus simple de tenter la manœuvre suivant»’ :
- décrocher la chaîne d’attelage, et placer devant laroue R' quelquesboulsdeplanches, ou mieux un fagot /'de branchages; il est donc recommandable d’avoir sur le tracteur un semblable fagot de secours.
- Dans les conditions ci-dessus, l’enterrage des roues du tracteur s’elfoctue d’autant plus facilement que les roues motrices sont garnies de saillies prononcées. Cet enterrage peut se constater aussi avec une automobile mm tracteur, et surtout avec ce qu’on appelle un poids lourd, même avec des bandages élastiques, dès qu'on passe sur une voie trop meuble.
- Lorsque le terrain à labourer est très humide, il y aurait lieu de voir s’il ne serait pas plus avantageux d'activer l’assèchement superficiel du sol pour supporter le tracteur, en exécutant une façon 'supplémentaire quelques jours avant le labour, avec une machine de culture (scarificateur, cultivateur, déchaumeuseï travaillant à petite profondeur et dont la faible traction ne risquerait pas de faire trop patiner les roues du tracteur.
- Rappelons que les terres s'assèchent rapidement lorsqu'elles ont reçu une amélioration foncière préalable (labours profonds, sous-solages et touillages, drainage). Les mauvais résultats, constatés dans certains essais de tracteurs, tiennent à ce qu’on n’a pas observé la concordance nécessaire entre les conditions de sol et de machine; tantôt l’on travaillait des terres incultes, dures comme une route, tantôt Ton s'exercait sur un sol non assaini, incapable de supporter des attelages ou une machine quelque perfectionné»' qu'elle soit.
- Enterrage d'un tracteur.
- Dans les conditions défavorables <1V*lat du sol, on cherche à augmenter le poids du tracteur pour obtenir la traction indispensable à l’exécution de l’ouvrage, mais on augmente en menu1 temps l’énergie nécessaire au déplacement du tracteur, et l’on
- p.866 - vue 870/950
-
-
-
- PRINCIPES GÉNÉRAUX DES TRACTEURS AGRICOLES.
- 807
- favoiisc son enfoncement a moins d’augmenter la largeur des jantes des roues motrices et le diamètre de ces dernières.
- L énergie employée au déplacement dm tracteur dépend du coefficient de rou-
- 12. — Profil (le la roue motrice d’un tracteur.
- Fig. 13. — Passage d’un tracteur sur une route bombée.
- lemerrt dans le champ, lequel varie, comme nous l’avons vu, dans le rapport de 1 à 15.
- L'augmentation de charge des roues motrices pourrait se faire facilement en disposant, sur le châssis, des coffres qu’on remplirait avec de la terre.
- Pour diminuer l’enfoncement dans le sol, les roues R (fig. 12) de certains tracteurs A peuvent recevoir des couronnes C fixées à l’aide de boulons ; c'est l’équivalent des roues Stepnay ou des pneus jumelés des automobiles. Ce procédé ne modifie pas le traction disponible et, d'après quelques essais, il nous semble que, pour la même compression du sol, le coefficient de roulement augmente un peu avec ces couronnes C rapportées, augmentant ainsi la largeur de la jante, tout en diminuant le frayis de la roue. Cette augmentation du coefficient de roulement est due à ce que le nombre d’obstacles, par mètre courant, rencontrés par la roue qui doit les surmonter, est d’autant plus grand que la junte est plus large.
- D’autre pari, quand le tracteur A (fig. 13), avec roues larges R, passe sur les routes x, généralement bombées, pour aller de la ferme aux champs ou inversement, les roues ne roulent que sur leur arête intérieure y et, lorsque la jante est munie de saillies, ces dernières, ne portant que sur une petite zone, se détériorent tout en détruisant l’empierrement.
- 11 serait préférable d’établir la jante avec deux zones : l’une relativement étroite, a (fig. Il), cylindrique, placée.du côté du châssis A, l’autre b, garnie de saillies c ouc' diversement disposées. Tant que le sol x serait résistant, comme un chemin on une
- Fig. 14. — Jante de la roue motrice d’un tracteur.
- p.867 - vue 871/950
-
-
-
- 868
- REVUE L)E CULTURE MÉCANIQUE.
- JUIN 1913.
- terre très dure, le système roulerait sur la zone a dont le coefficient de roulement est aussi petit que possible. Dès qu’on passerait sur une voie meuble, la zone a s’enfoncerait et la zone h agirait plus ou moins.
- * *
- Nous avons vu que, pour augmenter la traction sans trop augmenter le poids du tracteur, on a cherché à avoir un coefficient d’ancrage élevé en garnissant la jante des roues motrices avec des saillies obliques ou parallèles aux génératrices.
- Si les saillies sont prononcées,on risque de favoriser l’enterrage du tracteur; si elles ne sont pas trop fortes, leur intervalle, dans, certains sols, se garnit rapidement de terre et la roue devient une sorte de rouleau en terre armée par les saillies.
- On a cherché d’obtenir le nettoyage automatique en adoptant des saillies ou palettes a (fig. 15) se déplaçant sur lajante / en passant par des fentes ou lumières disposées obli-
- w/m w/fflwtf///
- Roue avec palettes d'ancrage.
- quement ou parallèlement à l’axe de la roue R. Les palettes débordent au maximum dans la partie inférieure a' afin de pénétrer dans le sol. Lors du déplacement sur une route le système fonctionne en sens inverse, c’est-à-dire que les saillies sortent en b, à la partie supérieure de la roue R'. Il est facile de combiner des mécanismes permettant les déplacements relatifs de ces palettes, mais comme il y a des entraînements inévitables de terre ou de sable, nous craignons que toutes les articulations indispensables au système prennent rapidement un jeu suffisant pour les mettre hors de service.
- En dehors de cette condition importante et défavorable dont nous venons de parler, pour éviter que les palettes fassent dans le sol un travail analogue à celui qu’on obtiendrait avec un fer de houe à main enfoncé en terre et dont on soulèverait le manche, en dépensant de l’énergie (1), il conviendrait que, tout en se déplaçant par rapporta la jante y (fig. 15), les palettes a conservent toujours une direction perpendi-
- (1) Les palettes a (fig. 13) ont pour trajectoire une cycloïde allongée, formant une boucle dans la partie inférieure de leur course, en effectuant un travail analogue à celui des dents de l’ancienne défonceuse Guibal (p. 609), des dents des herses roulantes, écroùteuses et norvégiennes. Nous avons étudié ailleurs (Travaux et machines pour la mise en culture des"terres) ces conditions de fonctionnement.
- p.868 - vue 872/950
-
-
-
- PRINCIPES GÉNÉRAUX DES TRACTEURS AGRICOLES.
- 869
- culairo à la surface x du sol ; elles devraient alors être articulées à la façon des palettes des roues des bateaux à vapeur.
- Pour ne pas augmenter la pression des roues motrices sur le sol, on a cherché à augmenter la zone de contact au moyen de longues chaînes latérales garnies de blocs de bois, ou portant des palettes servant à l’ancrage ; ici encore nous trouvons obligatoirement de nombreuses articulations dont l’usure doit être assez rapide.
- La ligure 16 donne le principe de ces chaînes d’ancrage d’un tracteur se déplaçant
- Fi”. 16. — Chaîne d’ancrage d’un tracteur.
- dans le sens indiqué par la flèche d ; la chaîne sans fin nn', garnie de blocs, de pointes ou de palettes, passe sur trois poulies a, b et c, solidaires d’un bâti ni. La poulie c peut être déplacée, par rapport à la poulie a, pour régler la tension de la chaîne, laquelle, en travail, occupe la position indiquée en traits pleins sur la figure 16, la poulie a étant motrice et tournant dans le sens v. On peut régler la pression ou l’enfoncement des palettes en déplaçant verticalement, suivant y, l’axe c. Pour les tournées sur les fourrières, ou pour le transport sur route, on remonte l’axe c en c', le bâti rn prenant alors la position m'indiquée en pointillé sur la figure 16.
- *
- * *
- Tous les dispositifs propres à atténuer l’enfoncement des roues dans le sol, ou à augmenter l’ancrage du tracteur, ne fonctionnent qu’en dépensant une certaine quantité d’énergie que le moteur doit fournir.
- La décomposition du travail d’un tracteur, la détermination des quantités d’énergie respectivement employées par les divers mécanismes, par les roues déformant plus ou moins le sol, l’influence culturale de la compression locale plus ou moins grande et du lissage de la terre par les roues motrices, etc., sont des questions très importantes au point de vue pratique. Nous les avons actuellement à l’étude et les résultats ne pourront être donnés qu’ultérieurement.
- p.869 - vue 873/950
-
-
-
- 870
- RKVI K J)K CULTURE MÉCANIQUE. — JUIN 1913.
- En résumé, une partie seulement de la puissance du moteur, ou du combustible qui lui est fourni, est utilement employée à l'exécution de l’ouvrage de culture ; l’autre partie, souvent très élevée, est consommée par le déplacement du tracteur, lequel est analogue à un lourd véhicule automobile circulant, à faillie vitesse, sur une voie aussi mauvaise que possible.
- Conditions des labours et des binages à donner aux vignes,
- par M. E. Zaciiahewicz,
- Directeur des Services agricoles du département de Vaucluse.
- Dans les pays oCi la vigne occupe d’importantes surfaces (midi de la France, Italie, ele.), on éprouve des difficultés pour nourrir toute l'année les animaux chargés de fournir l’énergie nécessitée par les travaux de culture; on est obligé d’acheter les aliments qui1 le domaine ne produit pas. Aussi les viticulteurs demandent depuis longtemps des appareils de culture mécanique propres à effectuer leurs travaux, et des concours sont régulièrement organisés dans différentes régions viticoles en vue d’obtenir le matériel désiré, beaucoup d'ingénieurs cherchent la solution du problème dont les hases sont posées par les viticulteurs ; afin de fournir des indications, nous publions ci-dessous une note de M. E. Zacharewiez (1), dans laquelle il a résumé ce qui est relatif aux labours et aux binages à donner aux vignes.
- Les labours et limages seront d’autant plus nombreux dans la culture de la vigne que le climat ou le terrain de son établissement seront plus ou moins secs, partant de ce proverbe qu’un binage vaut un arrosage.
- Les labours ou binages détruisent en effet la capillarité du sol en empêchant son dessèchement. Or. la capillarité d’un sol s’établissant plus facilement dans les terrains tenaces de nature argileuse ou argile-calcaire que dans les sols sablonneux ou légers, il s’ensuit également que les façons de culture, si on veut conserver la fraîcheur dans le sous-sol, devronl être plus répétées dans les premiers que dans les seconds. Les effets de la capillarité d'un sol sont d’autant plus désastreux pour nos plantes que le fendillement de ce sol sera accentué, fait qui caractérise bien les sols qui devront être plus souvent labourés ou Innés.
- Le nombre de cultures à donner à un vignoble pourra donc varier suivant la composition physique du sol où il sera établi. Dans le Midi le premier labour que reçoit la vigne est donné en hiver et c’est le plus profond.
- Le labour d'hiver va de 15 à 20 centimètres. Cette profondeur a donné lieu à discussions ; elle a même fait former deux camps d’agriculteurs, les uns partisans des cultures superficielles dont le nombre diminue cependant chaque année, les autres, et avec juste raison, des cultures d’hiver profondes. Le plus sage, en effet, c'est de nous en tenir au labour profond d’hiver approuvé par Mares et Koëx, et en général par les viticulteurs.
- Ce labour, d’ailleurs le seul qui doit être profond, vu l’époque à laquelle il est donné, ne peut porter atteinte à la vitalité de la souche ; au contraire, cette dernière se
- (1) Revue de Viticulture, n" 1010, 21 avril I0UÎ, p. 'iOO.
- p.870 - vue 874/950
-
-
-
- LABOURS ET RINAGES A DONNER AUX VIGNES.
- 871
- trouvant <l;ms (le bien meilleures conditions de végétation. En effet, il facilite la pénétration de l’air; aussi est-il appelé labour d'aération. Cet air apporte au sol des modifications des plus importantes ; c’est ainsi que, grâce à son oxygène, les matières azotées qni y sont contenues se nitrifient et ces phénomènes, mis en évidence par Boussin-gault, ont été reconnus, par MM. Sclilœsing et Miintz, être dus à un microorganisme aérobie qu'ils ont appelé ferment nitrique. Enfin, l’acide carbonique apporté par l’air agit sur le carbonate de chaux, sur le phosphate de chaux et le silicate de potasse et les rend solubles et assimilables aux plantes. Par suite de ces transformations qui se passent dans le sol, nous considérons ce labour comme le plus important.
- Comme l’ont démontré nos essais de fumures sur la vigne, on doit profiter de ce labour d’hiver pour enterrer les engrais préalablement répandus en couverture ; on évitera ainsi, tout en ayant une bien meilleure utilisation des principes fertilisants pour les racines, l'opération onéreuse du déchaussage des souches pour la mise de l’engrais. Ce déchaussage sera remplacé par un simple nettoyage du pied des souches.
- Ces autres façons à donner au sol ne devront être que superficielles et elles auront plutôt le caractère de labour de binage. Elles sont destinées à rompre la croûte qui s’est formée et à empêcher le développement des mauvaises plantes.
- Il faudra bien se garder de cultiver les vignes si les gelées sont à craindre, de même, durant leur floraison, le rafraîchissement qui se produit par l’évaporation pouvant occasionner la coulure.
- En résumé, l’idéal dans la culture de la vigne serait d’avoir constamment un terrain meuble et exempt de mauvaises herbes ; le viticulteur doit, s’il ne peut y arriver, faire son possible pour s’en rapprocher.
- Concours.
- Clermont-Ferrand (Comice agricole de /’arrondissement de Clermont-Ferrand) ; du I!) au "24 août 1913. Concours de bilieuses automobiles et d’appareils de culture mécanique.
- Soissons (Association française de Motoculture, 58, boulevard Voltaire, Paris); du 22 au 31 août 1913, Congrès international et Concours international d’appareils de culture mécanique.
- Arras (Association française, précitée); du 13 au 21 septembre 1913, Concours d’appareils de culture mécanique.
- p.871 - vue 875/950
-
-
-
- NOTES DU COMITÉ DE COMMERCE
- LA CRISE ET L’ÉVOLUTION DE L’INDUSTRIE SARDINIERE
- La sardine est un petit poisson du genre Clupé, comme les harengs et les aloses, dont la tête est assez grosse, la mâchoire inférieure saillante et recourbée, le corps aplati et couvert de grandes écailles se détachant aisément, bleuâtres sur le dos, argentées sur le ventre qui est tranchant; sa ligne latérale est droite, ses nageoires grises et courtes, celle de la queue fourchue (1). Les naturalistes le désignent sous le nom d’alosa sardina.
- C’est un poisson sociable. Il vit par bandes provenant de la même ponte et composées d’individus de taille à peu près égale. C’est un poisson migrateur, dont les déplacements sont restés assez mystérieux. Il semble cependant qu’il ne se transporte pas du Midi au .Nord, comme on l’a prétendu, mais que, se retirant dans la profondeur de l’Océan pendant l’hiver, il revienne vers le littoral dès que la température de l’eau y est suffisamment chaude.
- La Méditerranée et l’Atlantique, principalement depuis les Canaries jusqu'à l’Irlande et la Cornouailles, constituent l'habitat de la sardine. On la trouve communément en France le long des côtes de Provence et du Languedoc, où on la pèche a peu près toute l’année. On la trouve aussi dans le golfe de Gascogne, en Vendée et en Bretagne, mais on n’en voit guère au delà de Camaret, si ce n’est parfois du côté de Lannion. Rarement on en rencontre dans la Manche quelques-unes isolées et comme égarées ou mélangées à d’autres poissons.
- Elle se montre sur les côtes bretonnes, où sa pêche prend une importance exceptionnelle, vers la lin du mois de mai et elle y séjourne jusqu’en novembre. Son apparition est un véritable événement dans les ports du Sud-Finistère et du Morbihan et dès qu’elle est signalée lous les bateaux arment pour la pêche.
- Ces bateaux, habituellement montés par cinq hommes et un mousse, sont des barques non pontées de 7 à 8 tonneaux, de 28 pieds de quille environ, munies de deux mâts facilement démontables, un peu inclinés sur l’arrière et portant deux voiles rectangulaires : la misaine et le taillevent. Le coût du bateau, tout gréé, revient à 1 800 francs.
- L’engin exclusivement employé en Bretagne pour la pèche de la sardine est un filet appelé filet droit ou maillant. Il forme un plan rectangulaire de 25 à 40 mètres de
- (1) Caillo jeune, Recherches sur la pêche de la sardine en Bretagne et sur les industries qui s’y rat tachent. Nantes, 1855.
- p.872 - vue 876/950
-
-
-
- LA CRISE ET L’ÉVOLUTION DE L’iNDUSTRIE SARDINIÈRE.
- 873
- longueur et de 10 a 15 mètres de hauteur, maintenu verticalement dans l’eau par des llotteurs de liège et par quelques galets gros comme des œufs, suspendus de distance en distance à la corde basse.
- Ce filet est très léger. On le préserve de la pourriture en le passant au goudron et, en le trempant dans une solution de sulfate de fer, on lui donne une couleur qui, sc contondant avec celle de la mer, le rend presque invisible. Étant donnée la finesse du til, il est peu résistant et nécessite fréquemment des réparations ou, pour employer l’expression locale, des rametulages. Au bout de peu de temps, il est hors d’usage et il tant le remplacer. Chaque bateau doit emporter tout un jeu de filets, la dimension de leurs mailles devant être proportionnée au moule, c’est-à-dire à la grosseur du poisson, qu’on ne peut pas prévoir. Chaque filet vaut 75 à 80 francs.
- Arrivé sur le lieu de pêche, on abat les mâts du bateau, on enlève le gouvernail et deux matelots ramant doucement le maintiennent droit au vent. Le patron debout à l’arrière choisit un lilet du moule qu’il suppose convenable et l’immerge. Grâce au mouvement du bateau, ce filet se déploie dans le sillage en ligne droite et forme une sorte de cloison verticale.
- De chaque coté de cette cloison, le patron sème de la rogue mélangée de farine d'arachide pour faire lever la sardine. La rogue est un appât composé d’œufs de poissons dont la sardine est particulièrement friande. Elle monte. Le patron l’aperçoit. S’il craint que le lilet ne soit pas du moule voulu, il le change ou, pour ne pas perdre de temps, il en saisit un second, l’attache au premier et le laisse aller à la mer. Puis, il jette de la rogue à pleines poignées. La sardine grouille, elle travaille, comme disent les pêcheurs. Elle cherche à happer la rogue, se précipite vers le fdet et s’y prend par les ouïes.
- Le filet s’alourdit. On le haie à bord, quand la pêche est jugée assez fructueuse. Deux hommes le secouent délicatement pour en faire tomber lé poisson sans le toucher.
- Depuis quelques années on ne pêche plus avec les barques sardinières elles-mêmes, mais avec des canots annexes, plus légers et plus maniables. Çe sont eux qui remorquent le filet. Les pêcheurs voudraient qu’il fût interdit aux patrons de barque de multiplier le nombre de leurs pêches en se servant simultanément de plusieurs canots.
- La pêche finie, on se hâte de regagner le port, car la sardine se corrompt très vile. Si le vent tombe, il faut recourir aux avirons et pousser en avant la lourde embarcation. Les sardinières envoyées par les usines se tiennent sur la jetée. Elles crient les prix. Et les premières ventes sont les meilleures parce que les fabricants ont besoin de poisson. Une fois pourvus, ils paient moins, et même, si les quantités offertes dépassent celles qu’ils peuvent utiliser, ils refusent d’acheter. Le pêcheur cherche alors à traiter avec des mareyeurs ou avec des particuliers et il arrive qu’il soit obligé, faute d’acquéreur, de rejeter son poisson à la mer.
- La vente se fait au mille. C’est une vieille habitude à laquelle il serait préférable de renoncer. En adoptant la vente au poids, on gagnerait du temps et on éviterait bien des causes d’erreurs et de contestations.
- Aussitôt apportées à l’usine, les sardines sont répandues sur des tables et saupoudrées de sel. Des femmes armées d’un couteau leur enlèvent la tête et les intestins.
- p.873 - vue 877/950
-
-
-
- 874
- NOTES DU COMITÉ DE COMMEUCE.
- JUIN
- Par un lavage à grande eau on les débarrasse des écailles, du sang cl des dilférenlcs souillures; on les plonge ensuite, pendant un temps plus ou moins long suivant leur grosseur, dans des baquets pleins de saumure, on les laisse sécher jusqu’à ce qu’elles soient rigides et fermes au toucher et on les fait frire dans l’huile à la température de 1(25° à 150°. C’est le mode do cuisson le plus usité en France.
- Lorsque les sardines sont bien refroidies, elles sont égouttées, séchées à nouveau, rangées dans des boîtes de fer-blanc et enfin recouvertes d’huile d’olive fraîche. Des ouvriers posent alors le couvercle de ces boîtes et les ferment hermétiquement à la soudure. Dans beaucoup d’usines le soudage et l’huilage se font aujourd'hui mécaniquement; dans d’autres les boîtes sont serties.
- Les boîtes de conserves subissent une dernière opération : la stérilisation par un séjour dans l'eau à 100° ou dans un autoclave et sont prêtes à être livrées au commerce.
- On prépare aussi les sardines aux pickles, à la tomate, à la Bordelaise, à la Provençale. Dans ces divers produits, l’huile est simplement additionnée d’épices ou bien remplacée par de la tomate ou par une sauce quelconque. D’ailleurs, c’est la sardine à l'huile que le public préfère.
- L’industrie des conserves a une importance considérable. Elle permet d'utiliser les sardines qui se présentent sur nos cèdes pendant cinq ou six mois de l’année seulement et en quantités telles qu'elles dépassent de beaucoup les possibilités de consommation immédiate. Depuis Camarel jusqu’aux Sables-d’Olonne, dans presque tous les petits ports de pèche, on trouve une ou plusieurs fabriques. Elles sont lot) au total et elles emploient un personnel d'environ 13000 à El000 ouvrières, 1 300 à 2 000 soudeurs, 500 ouvriers divers, sans parler des voyageurs de commerce, des commis, des manœuvres, des charretiers. Elles font vivre plus de 20 000 marins et, si l’on compte par familles, c'est peut-être 200 000 individus qui sont intéressés à leur prospérité, qui a aussi une répercussion indirecte, mais très certaine, sur le commerce des huiles, des fers-blancs, des filets, du liège, sur l’imprimerie sur métaux, sur les filatures, les corderies, la construction des bateaux et, d’une façon générale, sur tout le commerce local.
- Aux époques les plus favorisées le rendement de la pèche de la sardine de Brest aux Sables-d’Olonne a atteint une valeur moyenne de 8 à 0 millions de francs par an.
- Mais la situation s’est profondément moditiée. Aux années de richesse ont succédé des années de misère. El le mal est actuellement tel que, si un prompt remède ne peut y être porté, une irréparable catastrophe se produira: l’industrie française des conserves de sardines va disparaître, laissant sans ressources tous ceux dont elle constitue le gagne-pain.
- Cotte industrie a déjà connu des hauts et des bas suivant les résultats de la pèche quia toujours été irrégulière et hasardeuse. Très bonne de 1871 à 1878, elle a été mauvaise de 1880 à 1882 ; médiocre en 1883; mauvaise de 1881 à 1887 ; très bonne de 1888 à 1890; passable en 1891 et en 1892 ; très bonne en 1893; bonne de 1891 à 1901, mais, depuis cette dernière date, constamment mauvaise ou seulement quelquefois passable.
- Chaque fois que la sardine est devenue rare sur les côtes bretonnes, la population dont elle constitue la principale et presque Tunique richesse a été cruellement éprouvée. Mais les crises étaient de courte durée. A la disette succédait bientôt Talion-
- p.874 - vue 878/950
-
-
-
- LA CRISE ET e’ÉVOLUTION DE i/lNDUSTRIE SARDINIÈRE. 875
- dance, 1rs pertes étaient compensées par des gains relativement élevés et une heureuse suite (1 années moyennes rétablissait complètement l’équilibre.
- hn 1902, il est rompu à nouveau et d’une manière définitive. La pêche est nulle ou tout a lait insullisante et, phénomène particulièrement grave et inquiétant, si par hasard elle redevient abondante, comme en 1909, les usines encombrées ne peuvent absorber toutes les sardines qu'on leur apporte, les prix s'avilissent et la misère du pécheur es! aussi grande que dans les années de disette.
- Tout d'abord, les littérateurs régionalistes, les représentants du Finistère et la presse émurent l’opinion publique en dépeignant sous les couleurs les plus sombres la lamentable situation des lire Ions. Des souscriptions furent ouvertes. Et chacun rivalisant de générosité, les secours arrivèrent de toutes parts. Mais, si la charité, officielle ou privée, peut atténuer dans une large mesure les conséquences d’une catastrophe imprévue, elle ne saurait être un moyen normal et régulier de subsistance pour toute une population.
- Parmi les mesures propres à remédier à la crise, MM. Fabre-Domergue, Inspecteur général des Pèches, et Potigny, Administrateur de l’Inscription maritime, recommandèrent l’adoption d’engins plus productifs que le filet droit : les filets tournants et les sennes. Les fabricants, qui avaient entendu dire aux pécheurs pendant les années de pénurie que la sardine se montrait fréquemment, venait jouer autour du filet, mais ne maillait pas (1), estimèrent aussi qu’une modification des méthodes de pêche pourrait avoir de bons résultats.
- De 1872 à 1888, des sennes de dilféreuts types (senne Belot, senne Erraud) avaient déjà été expérimentées. Les énormes quantités de poissons prises par les pêcheurs qui se servaient de la senne Belot excitèrent la jalousie de leurs camarades restés fidèles au filet droit. Ils accusèrent les sennes de traîner sur les fonds et de détruire les frayères. L'usage en fut successivement interdit par les décrets des 10 décembre 1878, avril et 20 octobre 1882 et 21 janvier 1888. Quand donc il fut à nouveau question des sennes, les pécheurs s’y montrèrent résolument hostiles.
- Les fabricants avaient formé un groupement et réuni des fonds pour entreprendre des essais ; mais, comprenant que les pêcheurs les tiendraient pour suspects s’ils étaient dirigés par eux, ils demandèrent au Gouvernement de s’en charger.
- Le ministre de la Marine promit. Gomme, malgré une nouvelle démarche auprès de lui, rien ne se faisait, les fabricants le prévinrent de leur intention d’opérer eux-mêmes et sollicitèrent son bienveillant appui.
- Un équipage bayonnais vint à leurs frais, avec son embarcation et une traîna basque faire des expériences à Belle-Ile, à Groix et au Croisic. Elles furent commencées le 28 août 1900 en présence de M. Fabre-Domergue. « Soit inexpérience des lieux, dit M. Fabre-Domergue dans un rapport adressé au ministre de la Marine, soit crainte des représailles que ne laissaient que trop redouter les menaces des pêcheurs témoins de
- (1) Pourquoi la sardine ne maillerait-elle pas? On en a donné deux explications : a) l’abondance du plankton. La sardine en trouvant en quantité suffisante rechercherait moins la rogne ;
- h) la superposition d’un courant froid et d’un courant chaud. La sardine hésiterait a passer de l’un à l’autre.
- Quand donc de sérieux travaux d’océanographie nous renseigneront-ils sur la valeur de ces hypothèses?
- p.875 - vue 879/950
-
-
-
- 876
- NOTES 1)U COMITÉ DE COMMERCE.
- JUIN 1913.
- leurs travaux, les Bayonnais 11e purent presque jamais capturer la sardine. En un seul endroit, au Croisic, en raison sans doute de la faible profondeur du lieu de pêche, ils capturèrent une quinzaine de mille de poissons qui fut vendue à une usine du littoral. »
- Les membres dn Syndicat des Fabricants de Conserves confièrent en même temps à un bateau de Douarnenez un filet Guèzennec, engin absolument différent de la traina basque. « Quelques tentatives seulement purent être effectuées, déclare M. Fabre-Domergue; elles démontrèrent la facilité de manœuvre de ce filet, son heureuse application à nos barques de pêche, sa grande productivité. Malheureusement, l’hostilité croissante dont firent preuve les pêcheurs qui assistaient aux expériences jeta une telle crainte dans l'esprit des marins du bateau douarneniste qu’ils cessèrent brusquement le travail et rentrèrent chez eux en arguant du danger qu’il y aurait pour eux et pour leur famille à continuer de pareilles expériences. »
- M. Fabre-Domergue voulut les reprendre, mais un bateau de Concarneau coupa en deux l'engin et le mit hors d’usage.
- Depuis cette époque, dans chacun de leurs congrès, les fabricants insistèrent pour que de nouveaux essais fussent tentés et, dans toutes leurs assemblées générales, les syndicats des marins-pêcheurs du Finistère ne cessèrent d’émettre des voeux entièrement opposés.
- Les gens de Saint-Guénolé-Pen mardi avaient cependant continué à se servir de sennes pour la pèche du petit maquereau. Ceux d’Audierne et de Douarnenez, jaloux des résultats obtenus par leurs voisins, protestèrent. Et le ministre de la Marine craignant des troubles, prononça, par décret du 8 juin 1912, l'interdiction absolue des sennes ou autres filets tournants ou coulissants.
- Les fabricants, voyant se succéder des années désastreuses et comprenant qu’il n’y avait plus rien à attendre ni des pêcheurs, ni du Gouvernement, prirent la grave décision de fermer leurs usines à la date du l'1' janvier dernier. Et, effectivement, 116 fermèrent leurs portes. Quelques-unes seulement restèrent provisoirement ouvertes pour travailler le sprat.
- Tout d'abord, les pêcheurs ne furent pas extrêmement émus de cette détermination. Ils crurent à un bluff de la part des fabricants et ils comptaient, pour faire rouvrir les usines le moment venu, sur le Gouvernement et sur leurs syndicats. Aucun préparatif cependant ne fut fait en vue de la campagne de 1913. Les fabricants, qui confectionnent eux-mêmes en hiver les boites qui leur sont nécessaires en été, congédièrent leurs ouvriers; les autres, et c’est le plus grand nombre, annulèrent les commandes adressées à leurs fournisseurs. Les soudeurs et les ferblantiers furent donc les premières victimes de la crise et, comme la plupart des usines de sardines préparent aussi le thon, elle menaçait d’atteindre les thoniers, qui forment une catégorie distincte de celle des sardiniers.
- En présence d’une situation aussi exceptionnellement grave et à la suite d’interpellations à la Chambre, le Gouvernement voulut chercher un terrain d’entente. Sur l’initiative des ministres du Commerce et de la Marine, une commission mixte, composée de délégués du Syndicat national des Fabricants de Conserves et des syndicats de pêcheurs se réunit à Paris le 25 février dernier. Pendant deux séances, la Commission s’occupa de parer aux inconvénients de la surproduction si redoutée des pêcheurs. Les fabricants leur donnèrent à cet égard de sérieuses garanties en accep-
- p.876 - vue 880/950
-
-
-
- LA CUISE ET L’ÉVOLUTION DE L’jNDUSTRIE SARDINIÈRE.
- 877
- tant de fixer un prix minimum au mille, variable d’après les divers moules de sardines. Malgré celle importante concession, lorsqu’on aborda la question de l’amélioration des méthodes de pêche, les marins se montrèrent absolument intransigeants. M. (xuist’hau les invita alors à consulter leurs mandants et la conférence fut ajournée au 13 mars.
- Dans cet intervalle, la Fédération des Pêcheurs organisa un referendum sur la question des filets tournants. 7 251 suffrages seulement furent exprimés : 48i pour et (i 770 contre. Seuls, les gens de Penmarch s’étaient prononcés en faveur des sennes par 308 voix contre 4.
- Il y aurait des réserves à faire sur le résultat de ce scrutin; il n’en est pas moins évident que la majorité des pêcheurs est hostile à toute modification des règlements. Le président de leur fédération a même protesté conlre le projet du Gouvernement d’ordonner des essais officiels de pêche avec de nouveaux filets au cours de la prochaine campagne.
- Les fabricants reprirent donc leur entière liberté d’action et maintinrent leur décision de ne pas ouvrir leurs usines pendant la campagne de 1913.
- Enfin, à la demande des pêcheurs des Sables-d’Olonne, M. de Monzie, sous-secré-taire d’Ëtat à la Marine marchande, a proposé aux fabricants et aux pêcheurs de recourir à un arbitrage pour trancher le conflit qui les divisait et déterminer les conditions auxquelles la pêche des sardines et l’industrie des conserves pourraient être pratiquées en 1913.
- Le principe de cet arbitrage fut admis par les fabricants, à la condition très expresse que tous les pêcheurs bretons et vendéens se soumettraient à la sentence dont le Gouvernement assurerait l’application. Elle vient d’être rendue. A la fin de cet exposé, j’en résumerai les dispositions et je dirai quelles en pourront être les conséquences.
- Auparavant il faut se rendre compte de la singulière complexité du problème.
- Si la rareté de la sardine a suffi à expliquer les malaises passagers qu’on a constats autrefois, elle ne saurait être la cause unique de la situation actuelle. La crise de l’industrie- sardinière n’est plus seulement une crise naturelle, elle est la manifestation d’une évolution économique et sociale. Quelques personnes ajoutent qu’elle est aggravée par des influences politiques et par la tyrannie syndicaliste.
- Désormais, qu’il y ait abondance ou pénurie de poisson, cette industrie n’en est pas moins plongée dans un profond marasme parce qu’elle a à compter avec une concurrence qui n’existait pas autrefois et qui constitue aujourd’hui pour elle un péril des plus redoutables.
- Pour la fabrication des conserves de sardines, la France jouissait d’un monopole de fait. Très appréciés en raison de leur réelle supériorité, nos produits avaient acquis à l’étranger une vieille réputation et ils y trouvaient des débouchés importants, notamment en Angleterre, en Russie, en Belgique, en Amérique et en Allemagne.
- Mais en Espagne et en Portugal, de nombreuses usines se sont créées, grâce peut-être à des industriels français qui, vers 1880, allèrent s’installer dans la péninsule ibérique et y apportèrent nos secrets et nos procédés de fabrication. Tel est du moins le grave reproche qui leur a été adressé. L’industrie des conserves a pris dans ces pays une énorme extension. En Espagne, il y a des usines à Santander, La Corogne, Cadix, Tome lf9. — 1er semestre. — Juin 1913. 58
- p.877 - vue 881/950
-
-
-
- 878
- NOTES DU COMITÉ DE COMMERCE. --- JUIN 1913.
- Algésiras cl Vigo. La seule villo de Vigo en compte 1 ;ï7. En Portugal, on en trouve à Lagos, Villaréal, Porto et Sétubal; 87 usines fonctionnent dans ce dernier port.
- La concurrence nous est faite aussi par d’autres pays.
- L’Italie a créé des conliseries de sardines et l’Autriche en possède sur les côtes de l’Istrie et de la Dalmatie.
- La Suède et la Norvège nous expédienl, comme étant des sardines, des harengs ou des sprats.
- Les États-Unis préparent à l'huile, mais à l’huile de coton, de petits harengs de 18 à 20 centimètres de longueur qu’ils n'hésitent pas à vendi t; sous la désignation mensongère de « oil sardines ».
- Enfin, le Japon se dispose à industrialiser la sardine sur une vaste échelle, avec l’espoir d’écouler ses produits aux États-Unis, au Canada, en Chine, en Sibérie et en Russie. Ses fabriques de conserves, malgré les encouragements que leur prodigue le Gouvernement japonais, ne sont [tas très prospères, mais elles peinent le devenir et être un jour pour les nôtres de dangereuses rivales.
- Sans doute les conserves étrangères, quel que soit leur pays d’origine, sont loin de valoir les nôtres. Le poisson qu'elles contiennent, même en admettant que ce soit de la véritable sardine, est moins choisi et sa chair plus commune. Des soins minutieux ne sont pas apportés à sa conservation comme en Rrelagne et en Vendée et l'huile dans lequel il baigne est de qualité inférieure. Mais ce qui fait le succès de ces produits c'est leur bon marché auquel nous ne pouvons pas atteindre. Les conditions économiques et l'organisation industrielle de la pèche, surtout en Espagne et en Portugal, permettent de les offrir à des prix sensiblement inférieurs aux prix de revient des boites françaises.
- La pèche en Portugal et en Espagne, au lieu de durer cinq mois comme en Rre-tagne et en Vendée, se prolonge pendant presque toute l’année. Elle est pratiquée au moyen d’engins puissants, le cercle et la madrague en Portugal, la traîna en Espagne. M. Fabre-Domergue et M. Potigny, au cours d’une mission en ces deux pays, ont vu un cercle capturer d’un seul coup 2 200 000 sardines. Le poisson pris en pareilles quantités peut être vendu bon marché aux usines sans que les pécheurs y perdent rien. D'ailleurs, au lieu d’ètre comme en France des coopérateurs associés par bateau qui traitent avec les usiniers, ils sont plutôt des ouvriers de l’usine. Ils reçoivent un salaire fixe auquel s’ajoute une participation d'un dixième sur le produit net de la pèche.
- Le prix moyen est de 8 francs et il n'est pas rare qu’il descende à 00 centimes. Quand il atteint 6 francs, tout le monde le trouve très élevé. En France, il est de 10 francs, et dans ces dernières années on a payé la sardine 38 francs le 1 000. Tandis que les plus puissantes de nos usines ne peuvent guère traiter que 200 000 à 300 000 sardines en vingt-quatre heures, certaines usines de Sétubal et de Vigo en utilisent 1 million et à frais bien moindres parce que leur outillage est plus perfectionné : la fabrication, l’huilage et la fermeture des boites se font mécaniquement. De la sorte, la caisse, dont le prix de revient est en France de 32 francs dans les années d’abondance, de 38 francs dans les années moyennes, et de 88 à 00 francs dans les années de disette, ne coûte à produire chez nos voisins que 18 ou 10 francs en moyenne.
- La conclusion de tout ceci c’est que la vieille industrie sardinière française est in-
- p.878 - vue 882/950
-
-
-
- LA CRISE ET l’ÉVOLUTFON DE L’iNDUSTRIE SARDINIÈRE,
- 879
- lérieuro par son organisation et son outillage à la jeune industrie sardiniète ibérique et qu’elle ne peut songer a lutter victorieusement contre sa rivale sans se mettre au niveau des progrès qu’elle a réalisés. Voilà la véritable cause de la crise que subit l’industrie sardinière française. Elle est condamnée à disparaître si elle ne se transforme pas.
- Et il est à remarquer que, en France même, là où la pêche se fait d’une façon un peu plus moderne, comme à Arcachon par exemple, elle permet à chacun de gagner sa vie.
- Les fabricants n’hésiteront pas à augmenter la capacité de production de leurs usines, — ils ont commencé en 1909 à y introduire des machines à fermer les boites, malgré une vive effervescence des ouvriers,— mais ils ne peuvent le faire avant d’être assurés que la matière première leur sera fournie en abondance, à bas prix, d’une façon régulière et qu’ils trouveront l’écoulement de leurs produits. Leurs frais généraux sont déjà trop lourds, comment auraient-ils la témérité d’exposer à nouveau des fonds avec la perspective de les voir rester improductifs en raison de pêches naturellement insuflisantes ou artificiellement limitées?
- D’autre part on ne peut raisonnablement pas demander aux pêcheurs de livrer leur poisson bon marché s’il leur revient très cher. Il est donc indispensable de réduire leurs propres frais généraux en mettant à leur disposition des appâts économiques et d’augmenter le rendement de la pêche en leur permettant d’employer de puissants engins.
- La plus grosse dépense du pêcheur breton c’est la rogue. Les meilleures sont constituées par des œufs de morue salés en Norvège, à Bergen. Malheureusement leur prix est trop élevé. Suivant les années et la qualité, le baril de 115 à 130 kg vaut de 40 à 100 fr. En 1909, on a même vu la rogue de première qualité atteindre le cours de 135 fr. Or, le pêcheur en use en moyenne un baril par semaine.
- Par mesure d’économie il la mélange de farine d’arachide. Cette farine présente l’inconvénient de fermenter dans le tube digestif du poisson et parfois même de le faire éclater. Elle donne un goût désagréable à la sardine, qui se déforme lors de la mise en boîte, se ramollit et reste toujours rouge au centre sur toute sa longueur. Les pêcheurs trouvent cependant que la farine d’arachide a l’avantage de troubler l’eau, de cacher le fdet et de faciliter le maillage du poisson. Ils ne devraient tout au moins s’en servir qu’après l’avoir fortement saumurée, et encore son emploi restera-t-il toujours peu recommandable.
- On a envisagé d’autres moyens d’abaisser le prix des rogues.
- Le premier consiste à supprimer la spéculation et à empêcher l’accaparement, si, comme on l’a affirmé, il s’en est produit, en favorisant les ententes directes entre les sociétés coopératives et les producteurs. On est déjà entré dans cette voie. L’article 13 de la loi du 26 février 1911 admet les navires armés à la pêche delà sardine et les associations de marins-pêcheurs à bénéficier d’une prime de 15 fr par quintal métrique de rogues achetées aux armateurs français à la grande pêche.
- Il conviendrait aussi d’augmenter l’offre :
- 1) En encourageant la production française. L’article 13 delà loi du 26 février 1911 a alloué aux armateurs de bateaux français pêchant la morue une prime de 15 fr par quintal métrique de rogues importées en France. Les Français, trop enclins à ne les
- p.879 - vue 883/950
-
-
-
- 880
- NOTES DU COMITÉ DE COMMERCE.
- JUIN 1913.
- récolter que pour toucher la prime, les préparent fort mal. Aussi serait-il sage de ne primer que des produits de bonne qualité;
- 2) En provoquant dans une plus large mesure les offres des pays étrangers autres que la Norvège, de manière à acquérir une indépendance plus grande vis-à-vis du marché de Bergen. Les Anglais et les Allemands pourraient livrer une certaine quantité de rognes au commerce; malheureusement, ils n’apportent aucun soin à leur conservation ;
- ;>) En utilisant les rognes de poissons autres que la morue : celles dos merlus, maquereaux, lingues, harengs et colins. La rogne de hareng a déjà été employée avec succès, bien qu’elle adhère aux mailles du filet et nécessite parfois un assez long nettoyage.
- Enfin il faut avoir recours à la rogne artificielle. On en a proposé de différents types : la rogne Fabre-Domergue, la roguelle Foulon. Elles sont généralement à base de produits végétaux ; farines de seigle, froment, arachide, etc., mélangés à des produits animaux tels que caséine, huile de poisson, tètes de poisson, albumine de sang. Ces rognes ont été essayées (dont paru donner de bons résultats, mais les expériences n’ont jamais été poussées jusqu’au bout. Il serait à souhaiter qu’elles le fussent.
- D’une façon générale on peut dire que la question de la rogue tend déjà à s’améliorer. Elle ferait de nouveaux progrès si on réussissait à vaincre les répugnances des pêcheurs pour les rogues autres que celles de Bergen et particulièrement pour les rogues artificielles. Les Finislériens n'en veulent pas. Les Morbihannais se laisseraient convaincre beaucoup plus facilement. Et la raison en est simple. Elle tient au mode d'armement. Dans le Finistère toutes les dépenses incombent à l’armateur qui est toujours le patron du bateau. C’est lui qui paie la rogue. Quand on procède au partage de la pèche, il commence par en prélever la moitié pour rentrer dans ses débours. La seconde moitié constitue le produit net et on en fait autant de parts que l’équipage compte d’hommes y compris le patron. Par conséquent, seul le patron a intérêt à ne lias acheter la rogue trop cher. Le prix importe peu à l’équipage qui exige l’emploi de rogue de première qualité. S’il voit le patron la ménager ou la remplacer par des appâts moins coûteux, il se plaint de cette parcimonie ou même refuse d’embarquer. Dans le Morbihan, il n’v a rien à redouter de tel parce que l’équipage tout entier supporte la dépense.
- La seconde condition pour que les pêcheurs abandonnent leur poisson à bas prix aux usines c’est qu’on leur permette de faire des captures abondantes afin de se rattraper sur la quantité vendue.
- Le rendement de l’engin actuel est médiocre. Depuis plusieurs années il est tout à fait insuffisant. Pour quelles raisons? On n’en sait trop rien. Va-t-il absence réelle de la sardine ? Ne la prend-on pas parce qu’on ne va pas la chercher là où elle se trouve? Les procédés de pêche sont-ils mauvais? Autant de questions ardemment controversées, mais nullement élucidées.
- S’il n’y a pas de sardine, le mal est sans remède. S’il y a de la sardine et qu’elle vienne jouer autour du filet sans se mailler, il faut la capturer de force.
- Avec le filet droit on attend qu’elle veuille bien se suicider; au contraire, les engins, qu’on désigne d’une façon un peu confuse sous les noms de sennes et de liiels tournants, la ramassent sans qu’elle puisse s’échapper.
- p.880 - vue 884/950
-
-
-
- LA CRISE ET L’ÉVOLUTION DE L’iNDUSTRIE SARDINIÈRE.
- 881
- Ces engins sont de deux sortes : la traina espagnole et le filet Guézennec.
- La traina consiste en une nappe dont la longueur atteint parfois plusieurs centaines de mètres. Elle est munie de lièges à sa partie supérieure, de plombs à sa partie inférieure. Une aussiere dont on garde une extrémité à bord glisse dans des anneaux fixés a la ralingue inferieure. Avec la traina on entoure le plus vite possible le banc de sardines. Puis on amène le filet à bord en faisant en même temps coulisser l’aussière. Le cercle se rétrécit, le tilet se ferme en forme de poche et emprisonne le poisson.
- Cet engin serait difficilement utilisable en Bretagne, en raison de la violence des courants marins qui le déformeraient et du manque de rapidité des barques.
- Reste le filet Guézennec.
- « Le filet Guézennec, diminutif de la grande senne Belot, a dit M. Fabre-Domergue, qui l’a beaucoup prôné, a la forme d’une grande boîte ouverte en haut à l’une de ses extrémités, traînée à Carrière du bateau et pouvant se transformer en enceinte fermée par un jeu de coulisses manœuvrées du bord. »
- Cet engin paraît devoir donner d’excellents résultats et, avantage appréciable, exigerait une moindre dépense de rogue. Le seul moyen d’être définitivement fixé sur sa valeur est de reprendre les expériences commencées en 1906 par M. Fabre-Dornergue et si fâcheusement interrompues par l’hostilité des pêcheurs.
- Les motifs de leur irréductible opposition à l’emploi des sennes quelles qu’elles soient sont multiples.
- Elles se déforment, affirment-ils, sous Faction des courants. Bonnes en Espagne, elles sont inutilisables dans nos eaux agitées et houleuses. C’est vrai pour la traina, mais très peu probable pour le filet Guézennec et précisément l’expérience seule peut nous éclairer sur ce point.
- Ils disent encore : Les sennes raclent les fonds, détruisent le fretin et capturent des poissons sédentaires d’espèces variées. Elles ramènent des sardines de toutes les tailles et, au moment de la vente, il est difficile d’évaluer un pareil mélange, tandis que les filets droits opèrent une sorte de triage automatique et ne prennent que des sardines du même moule. Dans la senne, les sardines gisent pêle-mêle, elles se débattent, s’écaillent, se blessent au contact des dures carapaces d’autres poissons et les usiniers hésitent à les accepter ainsi meurtries et écrasées. Les sardines maillées, au contraire, se cassent la colonne vertébrale, meurent et conservent une rigidité parfaite très appréciée des fabricants.
- On répond à ces objections : Le filet Guézennec n’est pas un filet traînant, ses mailles trop fragiles se déchireraient constamment. C’est une sorte de chalut de surface absolument inoffensif. 11 ne ramasse guère que des sardines. Quelques petits maquereaux peuvent bien se mêler à elles, mais le fait est rare, surtout quand les bancs sont compacts et comme les individus qui forment ces bancs proviennent toujours de la même ponte, leurs dimensions sont sensiblement égales. En ce qui touche la qualité du poisson pêché à la senne, MM. Fabre-Domergue et Potigny reconnaissent que « à Vigo notamment, les fabricants estiment davantage le poisson pris aux filets maillants, bien que, selon toute apparence, ce dernier ayant séjourné assez longtemps dans l’eau après sa mort devrait être inférieur au poisson pris dans la traina et jeté vivant dans le bateau ». Mais avec le filet droit les poissons un peu trop petits se maillent jusqu’au milieu du corps et sont fort détériorés par le démaillage; et puis, ne
- p.881 - vue 885/950
-
-
-
- 882
- NOTES DU COMITÉ DE COMMEUCE. --- JUIN 1913.
- vaut-il pas mieux avoir du poisson d'un peu moins belle apparence (pie de n’en pas avoir du tout?
- Les pêcheurs répliquent: La senne coûte cher, 100 francs environ. Et comme on emploiera tantôt la senne, tantôt le filet maillant, il nous faudra un double jeu d'engins. Il sera même prudent de posséder une seconde senne pour remplacer la première en cas d’avarie. On ne peut exiger de nous une pareille mise de fonds qu’avec la meilleure volonté du monde nous sommes hors d’état de faire. Il serait encore indispensable de transformer nos barques. Loin d’avoir la rapidité des traînièrcs espagnoles, elles sont lourdes à manœuvrer à l’aviron, et les canots annexes dont nous nous servons actuellement sont d’un tonnage beaucoup trop faible. Si nous adoptions les yoles espagnoles, elles tiendraient mal la mer dans nos régions et ne pourraient être utiüsées que pour la pêche de la sardine qui, en Bretagne, dure tout au plus 4 à a mois. Nous serions donc obligés ou de nous croiser les bras pendant le reste de l’année ou d’avoir un second matériel. Ce luxe nous est interdit. Une barque sardinière coûte 1 500 à "2 000 francs, elle représente souvent notre fortune entière. Elle est soüde, robuste, parfaitement appropriée à nos eaux agitées. Elle nous sert à plusieurs fins et nous permet, quand la saison de la sardine est passée,de nous livrera la pèche de la raie, du mulet ou du maquereau. Nous ne pouvons la mettre au rebut.
- Et c'est exact. On ne voit pas bien les filets tournants développés par les sardinières bretonnes, et l’on ne peut demander aux pêcheurs une transformation complète et immédiate d’un matériel qui a ses qualités. C’est un argument contre l’emploi de la traina espagnole, mais il est sans valeur contre le filet Guézennec, qui n’est pas une importation étrangère, car il est d’invention bretonne. Reste la question du prix de l’engin. Un filet droit coûte (i0 francs et une senne Guézennec 400 environ. L’objection serait sans portée si la pêche se faisait désormais exclusivement à la senne. Deux, tout au plus, pour en avoir une de rechange, suffiraient, tandis que les dimensions des filets droits devant correspondre exactement à la taille du poisson, il faut en avoir tout un jeu. Deux sennes à 400 francs l’une contre une quinzaine de filets maillants à 00 francs chacun, il y a encore une petite économie en faveur des sennes. Mais le pêcheur devra se munir des deux sortes d’engins et il y aura réellement pour lui un surcroît de dépenses. On avait espéré, en liant deux ou plusieurs filets droits bout à bout, pouvoir les utiliser comme senne. Cette idée paraît plus ingénieuse que pratique. Les mailles du filet sont trop légères pour supporter le poids du poisson accumulé au fond de la senne. Elles se rompraient et la pêche serait perdue. Il faudra se résigner à l’achat de nouveaux engins. Les pêcheurs fortunés pourront supporter la dépense, le Crédit maritime devrait venir en aide aux autres.
- Un autre grief des pêcheurs contre les sennes c’est d’amener entre eux de grands écarts de chances. De deux équipages travaillant dans les mêmes eaux, l’un peut avoir la bonne fortune de tomber sur un banc, de l’entourer et de faire une pêche merveilleuse, tandis que l’autre ne ramènera qu’un maigre butin. Ces inégaütés, qui sont bien moindres avec le filet droit, irritent les Bretons. Leur tort est de compter le gain quotidien. S’ils considéraient une plus longue période, la semaine ou le mois, ils verraient que les chances finissent par s’équilibrer à peu près.
- Les adversaires des sennes ont contesté les résultats qu’on obtiendrait de leur emploi. Ils ont prétendu tantôt qu’elles effrayaient le poisson et n’en prenaient pas, tantôt qu’elles en capturaient beaucoup trop. Surprenantes contradictions qui montrent
- p.882 - vue 886/950
-
-
-
- LA CRISE ET L’ÉVOLUTION DE [/INDUSTRIE SARDINIÈRE.
- 883
- combien des expériences impartialement conduites seraient utiles. En réalité, ce que redoutent le plus les pêcheurs, c’est la puissance même des sennes, et il faut avouer qu ils ont quelque peu raison. Ils se rappellent certains essais tentés en 1887, non pas avec le filet Guezennec, mais avec de grandes sennes. Belot mesurant 65 mètres d’ouverture, qui amenèrent des quantités telles de poissons que les besoins des usines lurent dépassés et les prix avilis. M. Le Bail assure que le prix du mille tomba a 2 francs et parfois même à 1 franc à Guilvinec et à Saint-Guénolé notamment. « On vit cette année les porcs se gaver de sardines inutilisées dans le port de Guilvinec », dit-il (I). Les pêcheurs ont aussi été frappés de ce fait que dans les années d abondance, comme en 1898 et en 1909, où l’on ne se servait pourtant que du filet maillanf, le prix baissait suivant le jeu normal de la loi de l’offre et de la demande. Ils se souviennent que leur espoir de se débarrasser de leurs dettes et de voir enfin leur situation s’améliorer a été cruellement déçu.
- La grosse production n’est pas si défavorable aux pêcheurs qu’ils se l’imaginent. Sans doute, dans les années d’abondance, il n’y a pas de ces prix élevés qui restent à leur mémoire, mais ils se rattrapent de la baisse des cours sur les quantités vendues et, s’ils totalisaient leurs gains quotidiens à la fin de la saison, ils se rendraient compte qu’ils n’ont rien perdu. Dans ces mêmes années, le salaire des ouvrières d’usines s’accroît et comme pour la plupart elles sont filles ou femmes de marins, c'est autant' d'ajouté au budget du pêcheur.
- Le véritable danger n’est pas l’abondance, mais la surproduction.
- Si les fabricants sont encombrés de poisson au point de suspendre leurs achats et que les pêcheurs, ne sachant où écouler leurs sardines, soient réduits à les abandonner aux porcs ou à les rejeter à l’eau, ce n’est assurément pas la peine qu’ils aillent à la pêche. Mais comme, d’autre part, les fabricants ne peuvent augmenter la capacité d’absorption de leurs usines tant qu’on continuera à leur apporter du poisson en quantité insignifiante, la situation devient inextricable.
- S’il n’y a pas de sardines ou si les sennes n’en prennent pas, ce qu’après tout personne ne sait, il est bien inutile que les fabricants transforment leur matériel. Il convient de les fixer au plus tôt sur ce point et de se décider enfin à essayer les nouveaux engins.
- De leur côté, les pêcheurs ont le droit d’exiger des garanties contre le danger de surproduction.
- La commission mixte réunie au mois de février avait envisagé trois sortes de mesures":
- 1. Réglementation sévère de l’emploi des sennes. Elles n’auraient été autorisées que lorsque la quantité de poisson fournie par la pêche au filet droit n’aurait pas dépassé dans un port les deux tiers de la capacité d’absorption des usines situées dans ce port;
- 2. Fixation d’un prix minimum du poisson. Les fabricants avaient consenti à accorder aux pêcheurs un prix minimum du mille de sardines variable suivant le moule du poisson. Ce prix minimum était fixé à 8 francs pour le moule moyen ;
- (1) Le Bail, la Bretagne et la pêche. (Bulletin de l'Enseignement professionnel et technique des Pêches maritimes, juin [907, p. 36.)
- p.883 - vue 887/950
-
-
-
- 884
- NOTES DU COMITÉ DE COMMERCE.
- JUIN 1913.
- 3. Limitation des quantités à acheter par jour à chaque bateau. La veille de la poche, une commission mixte locale aurait détermine' le nombre de poissons que les usines pouvaient utiliser et celui qu’elles s’engageaient à prendre à chaque bateau. Des commissions de ce genre ont déjà fonctionné en 1909.
- Ces palliatifs sont des contresens économiques, lions pour franchir un mauvais pas, et c’est pour cela qu’on devrait y avoir recours, ils ne sauraient constituer le régime normal d’une industrie prospère et bien équilibrée.
- Pour assurer l’écoulement des produits de la pèche, il faut rendre possible l’agrandissement des usines en facilitant la vente des conserves françaises et en leur ouvrant de nouveaux débouchés.
- D’excellentes mesures ont déjà été prises pour les protéger contre une concurrence déloyale. Une loi du 11 juillet 190(i, appelée loi Le Bail, du nom de son auteur, exige que toutes les conserves de sardines entrant en France portent d’une manière indélébile et bien apparente le nom de leur pays d’origine. 11 serait utile de renforcer cette loi et d’obtenir par des arrangements commerciaux conclus avec l’Espagne et le Portugal que ces deux pays assujettissent à l’obligation de l’estampage dans le corps de la boîte tous leurs produits, qu’ils soient destinés à pénétrer sur notre territoire ou à être expédiés à l’étranger.
- Les fabricants ont réclamé l’adoption de dispositions du même ordre contre les produits algériens. La matière est ici beaucoup plus délicate, puisqu’il s’agit, somme toute, de produits français. Une marque quelconque devrait cependant permettre de distinguer les boites préparées dans la métropole des boîtes confectionnées dans les colonies.
- Par contre, si quelques personnes ont songé à un relèvement des droits de douane sur les sardines étrangères, les intéressés s’y sont montrés peu favorables. La plus grande partie des boites françaises est exportée, et l'écart des prix de vente sur le marché français est tel qu'il ne pourrait être comblé que par une majoratien énorme des tarifs contre laquelle tous les consommateurs protesteraient.
- La fraude à laquelle se livrent de nombreux industriels étrangers en offrant au public, sous le nom de sardines, des poissons d’espèces variées, notamment des sprats, cause un énorme préjudice aux fabricants français, qui ont intenté à leurs peu scrupuleux rivaux une série de procès en Angleterre et en Allemagne. 11 est à souhaiter qu’ils obtiennent gain de cause.
- On augmenterait dans une mesure appréciable la consommation de la sardine en en variant les modes de préparation. La sardine fumée, marinée en saumure épicée ou anchoitée constituerait d’excellents hors-dVeuvre pour nos restaurants qui en présentent toujours une multitude. D’après le vice-consul de France au Pirée, l’importation en Grèce des sardines fumées ou en saumure prend une importance toujours croissante, car elle constitue l’un des principaux aliments de la population fl). Ces sardines viennent d’Espagne et de Portugal et aussi d’Algérie et de Tunisie. Pourquoi n’en prépare-t-on pas en Bretagne?
- Les établissements publics et l’État devraient faire entrer les sardines à l’huile
- (1) Communication de M. Uebé, vice-consul de France au Pirée, publiée dans le Bulletin de U Enseignement professionnel et technique des Bêches maritimes, oct.-déc., 1909, p. 1292.
- 4
- p.884 - vue 888/950
-
-
-
- LA CRISE ET L’ÉVOLUTION DE L’INDUSTRIE SARDINIÈRE.
- 885
- clins la consommation des personnes dont ils assurent la nourriture. L’armée et la marine ont un autre rôle que d’absorber le surplus de la production nationale, mais omme la sardine est un aliment très sain, il n’y aurait aucun inconvénient à la faire figurer. a certains jours dans l’ordinaire des soldats et des matelots (1). Les conserves pourraient être aussi comprises dans les approvisionnements de guerre. lJour assurer ces fournitures, on a proposé de créer une usine d’Etat. Nous connaissons déjà l'Etat postier, l’État marchand de tabac et d’allumettes, l’État chef de gare. On nous a menacés de l’État assureur. De grâce! Qu’il ne se mêle point de la fabrication ces conserves!
- Ce serait encore favoriser indirectement la vente des conserves que d’abaisser leur prix de revient en accordant aux fabricants, comme en Espagne et en Portugal, les avantages du drawback, c’est-à-dire le remboursement à la sortie des droits de Jouane perçus à l’entrée sur les huiles et les fers-blancs. Cette faveur leur avait été accordée antérieurement à 1883, mais, trop souvent, les fabricants de boîtes et les iitermédiaires étaient les seuls à en bénéficier. A la suite de certains abus, elle fut supprimée. Des fraudeurs restituaient à la sortie des fers-blancs moins épais que ceux qu’ils avaient introduits. Le régime de l’admission temporaire pourrait être réta-lli en le réglementant avec soin pour éviter ces inconvénients, mais il est probable eue les oléiculteurs et les métallurgistes français protesteront.
- Enfin, si la surproduction venait à se produire, l'un des meilleurs moyens d’y parer serait de faire revivre une industrie jadis florissante en Bretagne et aujourd’hui disparue, celle de la sardine pressée.
- La préparation, des moins coûteuses, n’exige qu’un matériel fort simple. Elle peut avoir lieu au domicile môme du pêcheur. Il suffit de disposer dans une cuve des sardines et du gros sel par couches superposées. Au bout de vingt-quatre heures la saumure se forme et recouvre les sardines. On les y laisse pendant dix à quinze jours, puis on les lave dans la saumure fraîche et on les dépose en couches rayonnantes et bien serrées dans des barils de manière à dépasser le bord du baril. On met alors un fond sur lequel on opère une pression pour bien tasser le poisson. On ferme le baril et il est prêt à être vendu.
- La disparition de l’industrie de la sardine pressée est due à l’élévation et à l’irrégularité des prix du poisson et non pas à un changement de goût du consommateur, ja sardine pressée vaut le hareng saur. On en prépare encore sur le littoral médi-erranéen, dans les quartiers cle Celte et de Port-Vendres. On en mange dans tout le Midi. On en mange même dans les villages bretons, seulement elle vient d’Espagne
- La sardine mise en chambre frigorifique se maintient pendant plusieurs jours dans un état de fraîcheur parfaite. C’est ce qu’ont démontré des expériences fort ntéressantes faites aux Sables-d’Olonne en 1909 (2). Il est question de les reprendre celte année sur une plus vaste échelle et de chercher à savoir si la sardine à la sortie lu frigorifique est encore bonne à être préparée à l’huile. Si ces essais étaient concluants
- (1) Voir sur La valeur nutritive dupoisson de mer comparée à celle de la viandele rapport présenté îar M. J. Péranl au Comité d’Études et de Patronage pour l’Amélioration du Sort des Marins-pêcheurs.
- (2) Voir le détail de ces expériences dans les Mémoires et comptes rendus des séances du Ve Congrès national des Pêches maritimes, publiés par J. Pérard, secrétaire général du Congrès. Orléans, Auguste Goût et Gie, 1910.
- p.885 - vue 889/950
-
-
-
- NOTES DU COMITÉ DE COMMERCE. ---- JUIN 1013.
- 886
- (U si le procédé de conservation par le froid se généralisait, il serait facile de désencombrer le marché soil en emmagasinant le poisson (pii ne pourrait être travaillé immédiatement, soit en l’écoulant à des distances considérables dans l’intérieur du pays.
- Les pêcheurs ont une autre et très grosse préoccupation. Là où de nombreux filets droits sont nécessaires pour approvisionner les usines, quelques sennes suffiront, disent-ils, et plus de la moitié d’entre nous restera sans travail.
- Il serait assurément de beaucoup préférable que tous puissent conserver leur gagne-pain; mais, même avec les filets droits, le nombre des pêcheurs sardiniers est déjà trop considérable et il est indispensable de le réduire. A quoi bon dissimuler la vérité à ces braves gens? Ce serait leur donner un détestable conseil que de les pousser à lutter contre le progrès industriel. Il s’accomplira fatalement. Le plus sage n’est pas de le nier, mais, au contraire, de le prévoir et de chercher dès aujourd'hui à parer aux conséquences fâcheuses qu’il pourrait eut rainer.
- On a incité les pêcheurs à rester dans la marine militaire ou à entrer dans la marine du commerce. Ce sont à peu près les seuls emplois qui pourraient leur convenir. Quelques malheureux, poussés par la misère, se sont bien résignés à aller travailler aux mines de Nœux et de Courrières, mais leur exemple ne sera pas suivi. Les bretons croiraient déroger en s’adonnant à d'autres travaux que ceux de la mer. Kt même, il ne sera peut-être pas facile de leur persuader de pêcher d’autres poissons que la sardine. M. de l’Estourbeillon a rapporté à la Chambre la réponse typique de l’un d’eux à un haut fonctionnaire qui lui demandait pourquoi, au lieu de rester pensif à contempler l’horizon, il n’allait pas pêcher le maquereau très abondant ce jour-là : « Oh! monsieur, puisque nous ne trouvons pas de sardines, c’est au Gouvernement à voir ce qui doit être fait. Nous ne pêchons pas le maquereau, nous sommes pêcheurs de sardines (1) ! »
- Ils n’en sont pas tous là cependant. Quelques-uns ont essayé de s’établir en Algérie ou en Tunisie. Ces tentatives ont complètement échoué. D'autres ont voulu se livrer à la pêche du thon et de la langouste; d’autres encore ont gagné les Sorlingues ou se sont aventurés jusque sur la côte occidentale d’Afrique, au banc d’Arguin.
- Voilà des initiatives qui méritent d’être encouragées.
- Il faut donc aider les marins et leur procurer les ressources nécessaires à la transformation de leur matériel. Ce n’est pas avec leurs bateaux actuels qu'il peuvent aller au large et affronter de grosses mers. Or, les cotres-viviers de Camaret coûtent environ G 000 fr et les thoniers de 12 à 15 000. Pour braver les calmes plats un moteur est indispensable. Mais un moteur est toujours d’un prix élevé. Il y a donc là un gros obstacle. Le Crédit maritime permettra de le surmonter.
- Ce n’est pas non plus avec leurs connaissances nautiques si rudimentaires que les pêcheurs peuvent s’éloigner des côtes. 11 faut développer leur instruction professionnelle, leur apprendre à lire une carte, à se servir du loch et du sextant, toutes choses qu’ils ignorent absolument. De nombreuses écoles existent déjà, la plupart fondées et patronnées par la Société « l’Enseignement professionnel et technique des Pêches maritimes », mais si louable que soit le zèle déployé par cette société, l’organisation
- i) Journal Officiel. Chambre des Députés, 1er février 1913, p. 138.
- p.886 - vue 890/950
-
-
-
- LA CRISE ET L’ÉVOLUTION DE L'INDUSTRIE SARDINIÈRE. 887
- scolaire maritime manque encore de bases sérieuses et rationnelles et il reste beaucoup à faire pour la mettre au point.
- La pocbe au large nécessite l’aménagement de ports dotés d’un outillage moderne. Jamais en b rance on ne s’est occupé des ports de pêche. Nous ne possédons aucune installai ion comparable à celles qu’on voit en Angleterre et en Allemagne. En Bretagne, on trouve des emplacements merveilleux, mais il est impossible d’y organiser une [têche intensive avant de les avoir rendus propres à leur nouvelle utilisation par des dragages, par des travaux d’art de toute nature, par la construction de môles, de «[liais, de halles, etc.
- 11 faut aussi mettre ces ports en état d’écouler les produits de leur pêche. Si on n’assure pas des débouchés suffisants au thon, à la langouste, au poisson frais en général, à une crise sardinière succédera une crise thonière ou langoustière.
- Ici se posent des questions de transport et d’octroi.
- De profondes réformes sont indispensables dans le régime des chemins de fer. Si les Compagnies veulent permettre l’expédition dans de bonnes conditions d’une marchandise aussi périssable que le poisson, elles devront tenir compte, dans la fixation de leurs horaires, des exigences de la pêche, mettre à la disposition des mareyeurs un matériel convenable et des wagons frigorifiques, abaisser et unifier leurs tarifs, simplilier la manutention des colis et les formalités au départ, réduire les délais de livraison.
- Il ne servira à rien d’amener économiquement et rapidement la marée aux portes des villes si l’octroi, cette douane intérieure, vient leur en interdire l’entrée par des droits excessifs. Dans certaines villes, ils sont véritablement prohibitifs, surtout lorsqu’ils sont doublés de droits de criée et de droits de place abusifs et même illégaux ou qu’ils frappent les poissons communs aussi lourdement que les poissons fins.
- M. Engerand, député du Calvados, ayant été amené à constater l’énorme préjudice causé au commerce du poisson par les mesures fiscales prises par la municipalité de Caen, s’est livré à une étude approfondie des tarifs d’octroi et a déposé une proposition de loi tendant à la réduction des droits sur le poisson (1). La résistance des municipalités et les observations du ministre des Finances ont retardé le vote de ce projet. Il importe qu’il soit adopté au plus tôt et qu’en aucun cas, le poisson de luxe ne puisse être plus taxé que la volaille et le gibier, le poisson de qualité courante plus que la viande de boucherie. Quant au poisson commun, il devrait être exempt au même titre que la viande de cheval, d’âne et de mulet.
- D’autres mesures encore que celles qui viennent d’être exposées seraient susceptibles d’améliorer la situation de l’industrie sardinière.
- Nous ignorons à peu près tout des conditions de vie de la sardine et nous en sommes toujours réduits à des hypothèses sur l’influence que le plankton, les courants, la température des eaux et les vents peuvent avoir sur ses migrations.
- Qu’attendent nos savants pour poursuivre les études biologiques fort intéressantes qu’ils ont entreprises et les faire aboutir à des résultats pratiques? Des crédits, peut-
- (1) N° 687. Chambre des Députés. Dixième Législature. — Session de 1911. Annexe au procès-verbal de la 2e séance du 20 janvier 1911. Voir aussi le rapport de M. Flandin, n° 1376, annexe au procès-verbal de la séance du 23 novembre 1911.
- p.887 - vue 891/950
-
-
-
- 888
- NOTES DU COMITÉ DE COMMERCE.
- JUIN 1913.
- Aire. U sérail également très utile de savoir s’il y a intérêt à interdire la pêche de la sardine de dérive à certaines époques de l’année.
- Les pêcheurs trouveraient certainement le plus grand avantage à se grouper sous forme de sociétés coopératives de vente. Malheureusement, leur manque d’énergie et de persévérance a causé l'échec de tonies les tentatives d’organisation de ce genre. De nouvelles n’auraient probablement pas plus de succès. On pourrait toutefois essayer de créer des coopératives pour acheter la sardine en surproduction et la transformer soit en sardine [tressée, soif en sardine en saumure épicée.
- Les fabricants, de leur côté, prolongeraient la période d’activité de leurs usines en traitant aux époques de morte-saison d'autres poissons que la sardine, des crustacés et des coquillages ; mais il faudrait qu’ils puissent se procurer la matière première à bon marché et ils ont objecté que la langouste par exemple coûtait trop cher en France [tour être mise en boite.
- Pi'ises isolément, aucune de ces mesures ne permettrait à l’industrie sardinière française de se relever. Ce n’est que par leur combinaison et au prix de réformes radicales qu’elle peut sortir de la crise qu’elle traverse en ce moment et c’est d’ailleurs dans cette voie que le Comité d'Etudes et de Patronage pour l’Amélioration du Sort des Marins pêcheurs, dont fait partie la Société d’Encouragement, a toujours cherché la solution du problème.
- Quant à la sentence rendue par les arbitres, elle a eu pour conséquence immédiate la réouverture des usines et c’était bien par là qu’il fallait commencer.
- Les fabricants ont consenti :
- 1° A ne plus pratiquer l’abonnement, c’est-à-dire à cesser d’avoir, avec certains pêcheurs, des arrangements leur garantissant la préférence pour l’achat du poisson;
- 2° A payer la sardine à un prix minimum suivant son moule;
- 3° A faire connaître chaque jour, à des commissions mixtes, les quantités de poissons qu’ils achèteront le lendemain.
- En retour, les pécheurs se sont engagés :
- 1° A ne se servir de la farine d’arachide que lorsqu’elle aura été préalablement saumurée ;
- 2° A ne vendre la sardine à aucun fabricant à un prix inférieur au prix minimum;
- 3° A faire tous leurs efforts pour apporter aux usines tout le poisson qu’elles peuvent travailler.
- A titre exceptionnel et provisoire, pendant l’année 1913, les commissions mixtes pourront autoriser l’emploi en nombre restreint de filets coulissants du modèle et des dimensions déterminés par l’administration delà Marine, lorsque, dans leur région et pendant trois jours consécutifs, la pêche pratiquée aux fdets droits n’aura pas fourni aux fabricants les deux tiers de la quantité de poissons qu’ils avaient demandée.
- Le nombre des filets coulissants, à employer dans ces circonstances, est fixé dans chaque région à un filet pour 50 bateaux ou fraction de 50 bateaux armés pour la pêche de la sardine, sans toutefois que le nombre total puisse excéder six blets par région.
- Un décret du 27 mai 1913 a sanctionné la sentence arbitrale et un arrêté pris le
- p.888 - vue 892/950
-
-
-
- LA CRISE ET L’ÉVOLUTION DE L’INDUSTRIE SARDINIÈRE.
- 889
- mi'ino jour a fixe le modèle et les dimensions des filets coulissants exceptionnellement autorises. « Us peuvent être du type « Sainl-Guénolô » et du type « Guezennec », leur chute (ou prolondeur) et le diamètre transversal de leur ouverture ne devant pas avoir des dimensions supérieures à la hauteur de chute des filets droits de la région où leur emploi sera autorisé. »
- Celle derniere disposition paraît regrettable. On a supposé que la sardine refusait partois de mailler en raison de la superposition de deux couches d’eau de température difiérente qu’elle hésitait à traverser pour monter à la surface. Si cette hypothèse est exacte,‘la senne ayant les mêmes dimensions que le filet droit passera au-dessus du banc de sardines sans le capturer et les adversaires de cet engin auront beau jeu pour le déclarer inefficace.
- Il laut souhaiter que l’application de règlements si péniblement élaborés ne soulève pas trop de difficultés et que, du moins, les commissions mixtes réussissent à les aplanir. 11 faut espérer aussi que les pêcheurs, tenant compte des sérieuses garanties qui leur ont été accordées, comprendront qu’il est de leur intérêt de ne plus entraver les essais de pêche à la senne. L’industrie dont ils vivent est sérieusement menacée. Sa transformation est inévitable. Ils doivent unir leurs efforts à ceux des fabricants pour la sauver. Sans quoi, ces derniers se verraient contraints, ou bien de quitter définitivement la Bretagne et d’aller s’installer en Gascogne ou en Algérie, ou bien de se faire armateurs et de chercher à se procurer dans les eaux internationales, où chacun est libre de pêcher comme bon lui semble, le poisson nécessaire à leurs usines. Au point de vue économique, mettre dans les mêmes mains la barque de pêche et la fabrique de conserves serait la meilleure réforme. Au point de vue social, elle n'est pas désirable. Il appartient aux pêcheurs de ne pas la rendre indispensable.
- J. Cartier.
- p.889 - vue 893/950
-
-
-
- NOTES DE MECANIQUE
- i
- Stabilité longitudinale statique des aéroplanes. — La stabilité d'un aéroplane peut être recherchée parla méthode statique et la méthode dynamique.
- Par la méthode dynamique, on étudie les oscillations que prend un aéroplane sous l’influence de causes perturbatrices infiniment petites et on détermine sa stabilité par les variations de ces oscillations dans le temps.
- Par la méthode statique on se contente d'étudier les moments des forces produisant une rotation de 1’appareil d'un angle fini à partir de sa position d’équilibre ; lorsque ces forces tendent à redresser l’appareil, il est dit stable.
- M. W ieselsbergkh, de Gottingen, rend compte dans la Zeitschrift des Vereius deutscher Ingenieure, du 29 mars 11*13, des expériences faites au laboratoire de l’École supérieure technique de Munich en vue de l’application de la méthode statique a un petit modède d’aéroplane (fig. 1 et ;2) formé d’une règle graduée sur laquelle sont fixées deux surfaces, une de front et une de queue. Ce petit modèle est suspendu dans un courant, d’air artificiel passant dans un tube de 1*50 mm de diamètre et de 4 m de longueur (lig. 3, 4 et 5). La vitesse du courant d'air peut atteindre 7 m s; on la mesure au moyen d'un tube de Pilot, d’un plateau de Rietscbel et d’un anémomètre de Rosen-müller ; la résistance de l’air est mesurée par une balance spécialement construite à cet effet, sensible au décigramme et pouvant mesurer les forces horizontales et les forces verticales.
- On détermine le centre de poussée en mesurant l’angle suivant lequel se place le modèle par rapport au courant d’air, lorsqu’on le supporte en différents points.
- On peut faire varier l’angle et la distance des deux surfaces entre elles, l’inclinaison de chacune des surfaces par rapport à la règle graduée, la forme et les dimensions de ces surfaces.
- L’auteur s’est proposé de déterminer :
- 1) l'influence de la distance séparant les surfaces de front et de queue ;
- ;2) l’influence de l’angle n des surfaces entre elles ;
- 3) l’influence du rapport des dimensions delà surface de queue.
- Supposons l’équilibre rompu, c’est-à-dire que l’angle d’attaque soit modifié; la résistance de l’air résultante R qui passait par le centre de gravité S prendra la position R,, c’est-à-dire que l’angle d’attaque aura augmenté. Le moment stabilisateur a donc la valeur R, ; si nous remplaçons R, parla résistance spécifique \ du courant d’air,
- p.890 - vue 894/950
-
-
-
- STABILITÉ LONGITUDINALE STATIQUE DES AÉROPLANES. 891
- c’est-u-dire K,, rapportée à l’unité de surface et de vitesse 1 m/s, la résistance W sera :
- W = 5 - Ü* F 9
- expression dans laquelle : y = Ie poids spécifique,
- g — accélération de la pesanteur, v — vitesse du courant d’air,
- F = surface.
- 1) Influence de la distance séparant la surface de queue de la surface de tête. L’auteur a tracé des courbes représentant les positions du centre de pression par
- O 20 W 60 60^700] 720mm
- Surface de front
- Surface de queue
- Fig. 1 et 2. — Petit modèle expérimental. — A, force verticale; — R, résultante totale du vent; —
- W, résistance,
- leur distance e positive ou négative à partir du centre de pression primitif en fonction de l’angle d’attaque, a, chaque courbe correspondant à une distance a des surfaces de
- p.891 - vue 895/950
-
-
-
- 892
- NOTES DE MÉCANIQUE.
- JUIN 1913.
- tête et de queue ; les positions du centre de pression sont portées en ordonnées, les
- Coupe A B
- m G,
- LM
- Chambre des
- expériences |
- Tectromdteur
- — 7000
- CAmpèremètre /T : Démarreur Nli i
- Balance aérodynamique
- Résistances de réglage
- Fig. 3, 4 et •'>. — Élévation, plan et coupe suivant Ali de l'installation d’expériences. — J., galets de roulement; — M, galets de guidage; — Y, Indicateur de vilesse : — P, contrepoids de tension: — R, anneau en tôle.
- 7°2 3 756 7 a_S 70
- 6 5 7 33 T
- 70 cm
- Fig. (i. — Courbes des variations de position du centre de pression en fonction des variations
- de l’angle d’attaque «.
- angles d’attaque en abscisses. La figure li correspond à des surfaces rectangulaires. On voit que, plus les surfaces s’éloignent l’une de l’autre, plus les courbes s’écartent
- p.892 - vue 896/950
-
-
-
- STABILITÉ LONGITUDINALE STATIQUE DES AÉROPLANES.
- 893
- c est a-dire plus le bras de levier du moment stabilisateur est grand et plus la stabilité estgrande. Elle est plus grande dans le cas des surfaces planes que des surfaces courbes.
- 'ii
- j-.i. i i
- i i ,i,
- Fig. 7. — Courbes des variations des résultantes spécifiques verticales EA et horizontales £w
- A
- et du rapport des résultantes absolues ^ en fonction de l’angle d’attaque a.
- 25 Un lies de moment
- Z___fe,f\Suriaces
- ____a-79 » I courbes
- — eu = 22 cm'1
- — 0-78 ”
- — 0-79 »
- // /
- Ecarts en partant de l'Angle d'attaque naturel
- Eig. g. _ Courbes des moments stabilisateurs en fonction de l’angle d’attaque a.
- La figure 7
- et horizontales
- d’attaque a.
- Tome 119.
- représente les variations des résultantes spécifiques verticales ;w et du rapport des résultantes absolues ^ en fonction de l’angle
- :>9
- 1UI' semestre.
- Juin 191 :j
- p.893 - vue 897/950
-
-
-
- 894
- NOTES L)E MÉCANIQUE.
- JUIN I9UI.
- Ces mesures permettait de calculer lu valeur des moments stabilisateurs. Dans la ligure 8, on a porté à gauche les valeurs des moments, lorsque l’angle d’attaque a diminue et à droite ces valeurs, lorsque a augmente ; on voit que la stabilité est beaucoup plus grande contre la tendance au redressement que contre la tendance à piquer du nez.
- 2) Influence de l’angle n des deux surfaces.
- En traçant par les mêmes procédés les courbes analogues à celles des ligures (>, 7 et 8, on voit que la stabilité augmente quand n augmente, mais aux dépens de la force portante.
- ,'i) Influence du rapport des dimensions de la surface de queue.
- Le moment stabilisateur maximum est obtenu lorsque cette surface est la plus large. Cependant la surface de queue étroite a des qualités qui la rendent précieuse comme surface stabilisante. La pression du vent croît avec l’angle d’attaque beaucoup plus vite lorsque la surface de queue est large que lorsqu’elle est (droite ; par contre, la résistance maxima dans le cas d’une surface étroite correspond à un angle d'attaque beaucoup plus grand que dans le cas de la surface large et est aussi plus grande en valeur absolue. Lourde petites variations de l'angle d’attaque, le moment redresseur est petit dans le cas de la surface (droite, mais il croît rapidement avec l'angle d’attaque.
- C'est justement ce que Ton recherche dans les aéroplanes caries petits moments redresseurs correspondant aux petites variations d’angle rendent l'appareil facile à conduire et les grands moments correspondant aux grandes variations d’angle assurent l'équilibre.
- Chargeur automatique pour locomotives, système Gee. — Les dimensions toujours croissantes des grilles des foyers de locomotives, et le poids toujours augmentant de combustible brûlé par unité de temps rendent le travail des chauffeurs de plus en plus pénible et de nombreux systèmes de chargeurs automatiques ont été inventés pour leur venir en aide, les uns purement mécaniques, les autres fonctionnant au moyen de jets de vapeur.
- L’appareil décrit dans la /iail/rni/ A (je Gazelle du U mars 19 Ci appartient à la deuxième catégorie; il a été inventé et breveté par M. Lee, ingénieur du Pennsylvania Railroad à Altona (fig. 9, 10 et 11).
- Le charbon descendant de la caisse du tender vient remplir une sorte de poche qui est placée à l’avant du tender; il est entraîné hors de cette poche par une série de palettes se déplaçant dans un couloir incliné et montées sur deux barres latérales qui reçoivent un mouvement de va-et-vient.
- Les palettes se rabattent lorsque les barres retournent en arrière et h; fond du couloir est garni de crans qui empêchent le charbon de revenir en arrière. Ce transporteur se termine devant la porte du foyer et est prolongé par une plaque de fonte horizontale sur laquelle sont dirigés deux jets de vapeur obliques qui distribuent le charbon sur toute la surface de la grille : deux volets à axe vertical placés de chaque côté de cette plaque Réunis par une barre et mameuvrés simultanément par un levier spécial à la disposition du mécanicien, servent à diriger le charbon. Une soupape, munie uvréc également par lo levier du mécanicien, permet de faire fonc-
- p.894 - vue 898/950
-
-
-
- CHARGEUR AUTOMATIQUE POUR LOCOMOTIVES
- 895
- WÆîmè
- C
- Coupe longitudinolt
- Fig. 0 et 10. — Extrémité avant du transporteur et dispositionjdes jets de vapeur et des volets distributeurs du chargeur système Gee.
- p.895 - vue 899/950
-
-
-
- JUIN 19i:i.
- S9(j NOTES DE MÉCANIQUE. -------
- lionner les doux jets simultanément, séparément ou de faire varier leur intensité.
- Lorsque le levier du mécanicien est dans sa position moyenne les deux volets sont parallèles à l’axe du transporteur et les deux jets fonctionnent.
- Le charbon est alors projeté sur toute la grille, sauf dans les angles arrière du foyer. Lorsque le levier est tiré à sa position inférieure extrême, les volets sont tournés vers la gauche, le jet de gauche est interrompu, le jet (h; droite seul fonctionne et projette le charbon dans l’angle arrière de gauche de la grille et inversement. Le levier plan'1 dans une position intermédiaire permet dégarnir un point quelconque delà grille.
- Ce chargeur est actionné par un cylindre à vapeur de 457 mm de diamètre et 292 mm de course, il permet de charger n’importe quelle sorte de charbon au taux de plus de S 000 kg à l’heure et fonctionne sous une pression de "2,8 kg/'cm-.
- 11 est facilement amovible et les seules parties exposées à l’action du leu sont la plaque du distributeur et les deux volets que Ton peut remplacer sans difficulté lorsqu’ils sont brûlés.
- Injecteur pour chaudières, système Gresham and Craven. — L'k'nginarr du 4 avril 1913 décrit ce nouveau type d’injecteur perfectionné qui fonctionnerait d’une
- Soupape do retenue
- f'wtobmet deau dalimentation
- Robinet rie chauffage
- Trop plein
- Fig. 12. — Coupe verticale de l’injeeteur, système Crosham ami Craven.
- façon absolument sûre avec de l’eau à une température d’au moins 00", la chaudière étant timbrée de 12,5 à 14 kg/'cm-.
- p.896 - vue 900/950
-
-
-
- CARACTÉRISTIQUE DES DIAGRAMMES DES MOTEURS A PISTONS.
- 897
- A (lig. 12) est la soupape d’admission de la vapeur qui passe à travers la chambre B et la tuyère ; en sortant de «Mille tuyère, elle ouvre; les deux clapets latéraux E et soulevé le cône distributeur 4, ce qui découvre l’ouverture F par laquelle elle passe et arrive dans le tuyau de trop-plein C. Ce passage do la vapeur produit un vide partiel dans le tuyau d’arrivée de l’eau D, de sorte que l’eau monte et se mélange à la vapeur entre les cônes 1 et 2 ; celle-ci se condensant crée un certain vide qui referme les clapets E et empêche l’air de pénétrer dans l’injecteur. Le mélange d’eau et de.vapeur passe alors à travers les tuyères 2 et 3 et s’échappe dans le trop-plein G par les ouvertures F. Lorsque la vitesse de ce mélange est suffisante, il traverse la tuyère 4 et fait monter la pression dans la chambre G jusqu’à ce que la soupape de retenue se lève et permette à l’eau de pénétrer dans la chaudière. En même temps, cette augmentation de pression dans la chambre G a fait redescendre la tuyère 4 et a fermé les ouvertures F. Le levier J sert à faire mouvoir la tuyère 4. La figure 1 représente l’injecteur amené automatiquement dans sa position de fonctionnement par le jet de vapeur, les ouvertures F étant fermées ; sa marche est absolument automatique, le mécanicien n’ayant qu’à ouvrir et à placer dans une position convenable la soupape d’admission de vapeur (d le robinet d’eau.
- Caractéristique des diagrammes des moteurs à pistons. — M. Bruno Leinweber de Vienne a eu l’idée d’étudier les phénomènes thermodynamiques des cylindres des moteurs à pistons au moyen de courbes qu’il appelle caractéristiques et desquelles il
- Fig. 13. — Construction de la droite faisant l’angle <1 avec l’axe des y correspondant à une courbe
- de détente ou de compression.
- peut tirer des conclusions pratiques en ce qui concerne la construction et le fonctionnement de la machine et de sa distribution. Ces courbes permettent de découvrir des particularités que les diagrammes d’indicateurs eux-mêmes ne fournissent pas et d’établir des comparaisons avec les courbes de détente adabiatique et isotherme idéales à grande échelle ; en outre, elles sont faciles à construire et leur tracé se fait beaucoup plus rapidement que celui des diagrammes d’entropie. M. Leinweber explique la construction de ces caractéristiques, dans la Zeitschrift des Vereins deufscher Ihi/p-nieure du 5 avril 1913.
- p.897 - vue 901/950
-
-
-
- 898
- NOTKS l)K MI'CANIQUK.
- JUIN 1013.
- Considérons une courbe de détente théorique (fig. 13) et menons les ordonnées telles
- v r v.
- mie 1 — • - — — —...... : /,• ; aux points de rencontre de ces ordonnées avec l’axe
- e.( n
- des menons des droites à 45°; chacune d(i ces droites correspondant à une ordonnée donnée coupe l’ordonnée précédente et tous les points d’intersection se -trouvent sur une droite faisant un angle o avec l’axe des x. Faisons la même construction avec l’axe des y, nous obtenons une droite faisant avec cet axe un angle tel que pour un point déterminé des courbes de détente on ait 1 4- tg 't 1 - (1 -t- tg <o)". Dans le cas de courbes de détente idéales, le coefficient polytropique n est constant, par suite <1 est constant et on obtient bien une droite faisant l'angle <1 avec l’axe des y. Mais dans le cas d’une courbe de détente réelle, n et <1 varient constamment et la droite est remplacée par une courbe qui est la courbe caractéristique du diagramme consi-
- Fim 11. — biniou unie el caractéristique d'un moteur Diesel vertical,
- déré. Si l'on trace les droites correspondant à n = 1 i isotherme; et n 1,41 (adiabatique) on peut comparer la caractéristique à ces deux droites.
- La ligure 14 représente un diagramme d’un moteur Diesel vertical à 4 cylindres de 400 et 600 mm, tournant à 195 tours par minute, développant une puissance de 338 chv à une hauteur de 680 m au-dessus du niveau de la mer et dont l’espace mort est de 6,5 p. 100 du volume engendré par le piston. Les courbes situées à gauche de l’axe des y sont les caractéristiques, celle en traits pleins est la caractéristique de détente et celle en traits mixtes, la caractéristique de compression, la droite en traits pleins fait avec l’axe des y l’angle 1/ correspondant à l’adiabatique (w = -1,-41), l'autre, l’angle ^ correspondant à l’isotherme (n --- I ). Si l’on joint un point donné de la caractéristique, correspondant au point du diagramme qui se trouve sur la même abscisse à l’origine, on obtient la droite faisant avec l’axe des y l’angle 0 correspondant, à ce point et par la formule : I + tg <l> — ( I -f tg oj", on calcule le coefficient polytropique n.
- r 4
- Après quelques tâtonnements on a pris le rapport - 77.
- On voit donc que ces caractéristiques permettent de se rendre compte très nettement de la façon dont les gaz se comportent à l’intérieur du cylindre au point de vue
- p.898 - vue 902/950
-
-
-
- CARACTÉRISTIQUE DES DIAGRAMMES DES MOTEURS A PISTONS.
- 899
- de la quantité do chaleur acquise ou restituée suivant que les courbes s'éloignent ou se rapprochent de l’isotherme et de l’adiabatique : on peut par suite étudier l’inlluence des parois, celle des refroidissements produits par la chemise, celle des réchauffements résultant de l’explosion et de la compression et, dans le cas des machines à vapeur, on peut se rendre compte de l’inlluence nuisible des parois, des condensations et des revaporisations.
- Emploi de l’air comprimé pour refroidir l’outil et la pièce. — Lorsqu’on perce des
- Sortie de l'air saturé
- Distribution de l'eau
- Arrivée de l'eau
- Piles refroidissantes
- mmm W
- wifï8
- Fig. 15. — Tour refroidissante système Wheeler-llalcke.
- trous profonds dans l’acier, on emploie généralement comme lubrifiant de l’huile injectée parles trous du foret. Sous une forte pression (10 à 15 atmosphères) on a pu percer un piston creux de 130 mm de longueur sur 10 mm de diamètre intérieur ( Wr.rkstatlstechnik du 15 mars 1913), en acier doux, au foret, en employant comme moyen de refroidissement de l’air comprimé à 5 atmosphères, et sans rien changer à la machine. Le foret était en acier rapide, sa vitesse de coupe était de 21 m/min et son avancement de 0,35 mm par tour. Dans ces conditions, on n’a obtenu que de courts copeaux et pas de longues boucles. Ces copeaux, chassés par la pression de l’air, étaient assez froids pour pouvoir être touchés à la main ; les parois du trou étaient beaucoup plus lisses que si on avait employé de l’huile car, quoiqu’on eût essayé toutes les qualités d’huile, les copeaux de cet acier relativement doux (0,2 à 0,3 p. 100 de carbone) se coinçaient toujours entre l'outil et la pièce et en rendaient les parois rugueuses,
- p.899 - vue 903/950
-
-
-
- 900
- NOTES I)E MÉCANIQUE. --- JUIN 1913.
- Tour refroidissante à tirage naturel, système Wheeler-Balcke. — Dans les localités où l’eau est trop rare pour qu’on puisse la renouveler en vue d’effectuer la condensation, on peut la faire servir indéfiniment après l’avoir refroidit; par son passage dans une tour refroidissante. La seule dépense résultant de l’emploi de ee système est celle de la foi •ce motrice nécessaire pour élever l’eau. On a aussi à fournir l’eau d’appoint qui compense celle qui est perdue par évaporation dans la tour.
- Dans la nouvelle tour Wheeler-Balcke [Power du 55 mars 1913 ), les piles refroidissantes sont disposées en couches alternées en zigzag de façon à offrir la plus faible résistance possible au courant d’air ascendant destiné à provoquer l’évaporation de l’eau et par conséquent le refroidissement de celle qui subsiste (lig. 15). L’entrée de l’air se fait par le bas de la tour et l’eau refroidie se rassemble dans un bassin à sa base. La cheminée est formée de planches de cyprès supportées par une charpente en pin jaune, tous les bois étant spécialement traités en vue d’éviter leur détérioration. L’eau arrive dans un bassin en planches de cyprès et est distribuer; sur toute la surface de la tour par des gouttières munies de tuyaux en fer la laissant s’écouler sur des plaques en acier galvanisé qui la réduisent en pluie fine.
- Les tours de grande dimension sont partagées en cellules de façon à répartir l’air froid sur toute la surface des piles refroidissantes, sans quoi l’eau passant par le centre de la tour resterait à une température plus élevée que celle qui passe sur la périphérie.
- De nombreux essais ont été faits avec une tour de ce type installée aux ateliers de Piano de la « International Harvester Co. West Pullmann, Illinois » et recevant 357mi d’eau à refroidir par heure; le réservoir d’eau froide a 53 m de diamètre et contient 5 756 in:i. L’air s’est toujours échappé complètement saturé d’humidité, quoique par temps nuageux sans vent, il contint une proportion initiale de 84 p. 100 d’humidité. Les températures initiales de l’eau et de l’air étaient respectivement de 37° et 17° et les températures finales de 57° et 33°. Le vide au condenseur était d’environ 71 cm.
- Une tour de ce système est installée à l'Exposition internationale de Gand et sert à refroidir 100 m3 d’eau.
- A. Schubert,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- p.900 - vue 904/950
-
-
-
- COMPTES RENDUS
- DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- SÉANCE PUBLIQUE
- DU 9 MAI 1913
- Présidence de M. Bâclé, vice-président.
- La séance est ouverte à 20 h. 30 m.
- M. Bâclé, vice-président. —M. Lindet, président, se trouvant dans l’impossibilité d’assister à cette séance, m’a prié de vous demander de vouloir bien excuser son absence obligée. Je dois ajouter, d’ailleurs, que cette absence lui est imposée par la mission qui lui a été confiée de représenter notre Société à l’Assemblée générale annuelle de la Société chimique de France qui se tient aujourd’hui à cette même heure; vous retrouvez là une nouvelle preuve du dévouement qu’il ne cesse de prodiguer à notre Société, et vous l’en remercierez avec nous.
- MM. Httier et Toulon, secrétaires, dépouillent la correspondance et analysent les ouvrages offerts à la Société depuis la dernière séance.
- M. Toulon analyse les ouvrages suivants :
- La télégraphie sans fil, la télémécanique et la téléphonie sans fd à la portée de tout le monde (7e éd.), par M. E. Monter, Ingénieur des Arts et Manufactures ;
- Calcul du béton armé avec barèmes pour en déterminer les dimensions (2e éd.), par M. A. Nivet, ingénieur E. C. P. ;
- Matériel roulant exposé par la Compagnie des chemins de fer de Paris ci Lyon et à la Méditerranée, à l’Exposition universelle et internationale de Gand, 1913;
- Library of Congress (Washington). — Report, 1912.
- p.901 - vue 905/950
-
-
-
- 902
- COMPTES KENDUS DES SÉANCES.
- JUIN 10 Ci.
- M. IIlT.K» analyse les ouvrages suivants :
- Farines, fécules et amidons, par M. Marcel Aiumn, cliimiste-expcrl (renvoyé au (Comité (l’Agriculture) ;
- Elot/es, notices et, souvenirs, tomes 1 et II, par M. Louis Passy, secrétaire perpétuel de la Société nationale d’Agriculture de France;
- Contribution à l'élude des fumiers et des poussières industrielles dans leurs rapports arec la végétation, thèse présentée à la Faculté des Sciences de Nancy, par M. Vladimir Sabaciimkoff ;
- Travaux pratiques de chimie organii/ue, parAI. le Pr. Fritz Fllmaw;
- Syndicat des Agriculteurs de la Vienne. — Essais de moto-pompes, Poitiers, 191$. Il apport de M. Paul Lkccfk.
- AI. Bâcle, vice-président. — Depuis notre dernière réunion, noire Société a été cruellement éprouvée par la perte de l’un des membres les [dus distingués du Comité des Ails chimiques. M. Auguste Verneuil, professeur au Conservatoire <les Arts et Alétiers, succombait la semaine dernière, enlevé, à l’àge de d7 ans, à ralVeotion de sa famille, de ses élèves et de ses nombreux amis.
- Notre Bulletin publiera dans un de ses prochains numéros une notice micro-logique résumant la belle et laborieuse carrière de notre collègue si regretté; mais, dès maintenant, j’ai cru toutefois devoir rappeler aujourd’hui devant vous quelques-uns des principaux travaux qui lui ont acquis la légitime autorité attachée à son nom.
- Il avait débuté dans le laboratoire de Frémy où il s’était créé rapidement une place toute particulière, et ses premiers travaux furent même distingués par l’Académie des Sciences. Il s’attacha dès lors à l’étude des applications pratiques de la chimie, et surtout à celle de l’action des hautes températures sur les matières porcelaniques et vitrifiées, qui est restée sa préoccupation dominante.
- Pour ses débuts, il réussit à réaliser cette préparation artificielle des rubis, qui provoqua une impression si profonde dans le monde savant. C’est alors qu’il devint le conseil de la fabrique de verres d’optique Mantois et C'*', qui, grâce à son concours, réussit bientôt «à rivaliser avec la fabrication allemande si renommée cependant, cl la grandi1 fabrique d’Iéna, la maison Zeiss, dut s’approvisionner chez.MM. Mantois de certaines catégories déterminées de verres.
- Lorsque la chaire de noire regretté1 collègue, de Luynes, au Conservatoire des Arts et Métiers, eut été dédoublée, il fut nommé1 professeur titulaire pour la céramique et la verrerie. Là, ses qualités de savant et d’orateur lui permirent de donner toute sa mesure; son cours eut un grand succès et il conquit rapidement les sympathies de ses auditeurs. Après avoir organisé ce cours, tâche qu’il remplit avec la conscience qu’il apportait à tout ce qu’il entreprenait,
- p.902 - vue 906/950
-
-
-
- SÉANCE PUBLIQUE DU 9 MAI 1913.
- 903
- Verneuil put enfin songer à reprendre ses études scientifiques : il publia de beaux travaux sur fa reproduction du saphir et sur les couleurs des poteries anciennes.
- Il rédigea aussi, en collaboration avec Wyroubofl, un mémoire sur les métaux des terres rares comme le thorium, le cérium, etc., qui fait autorité.
- Dans ses dernières années, il se proposait de publier un travail résumant ses idées sur la reproduction des pierres précieuses, mais c’est alors que, malheureusement, la maladie est venue le terrasser.
- D’une façon générale, on peut dire que ses recherches sur l’optique et l’industrie céramique nous apportent une nouvelle preuve particulièrement frappante des services que la science rend à l’industrie dont elle éclaire souvent les procédés empiriques d’un jour nouveau. Aussi était-il désigné pour venir siéger au milieu d'e nous, afin de reprendre le siège qu’avaient occupé son regretté prédécesseur au Conservatoire, M. de Luynes, et, plus tard, M. Vogt.
- Mous avons trouvé en lui un collègue laborieux, particulièrement sympathique et dévoué, qui sut faire apprécier immédiatement l’étendue et la précision de ses connaissances. Les rapports si documentés qu’il a présentés sur les questions de sa compétence ont montré tout ce que notre Comité pouvait attendre de sa collaboration, et ils ravivent ainsi les regrets que sa perte nous fait éprouver. On pourrait en effet lui appliquer justement ce qu’il disait do Vogt dans la belle notice nécrologique qu’il lui a consacrée : « ... Il était toujours prêt à donner son temps pour le conseil scientifique et technique qu’il savait pouvoir devenir profitable. Les qualités de son esprit, porté surtout vers la précision et, par-dessus tout, le sens critique qu’il possédait au plus haut point, le portaient à juger en toute franchise les travaux qui lui étaient soumis, car personne n’avait plus que lui le courage de son opinion. »
- Très assidu, très sympathique à tous ses collègues, Verneuil laisse parmi nous de profonds regrets.
- La Société était représentée à ses obsèques par une délégation présidée par M. Lindet, président, assisté de MM. llitier et Toulon, secrétaires, deM. Le Cha-telier, président du Comité des Arts chimiques, de MM. Bérard et Livache, membres de ce Comité. M. le Président Lindet a prononcé sur la tombe de M. Verneuil un discours éloquent, dans lequel il s’est fait l’interprète des regrets unanimes de notre Société.
- J’ai également le regret de vous faire part du décès d’un membre de notre Société dont le nom était entouré du respect et de la sympathie universels. M. Froment-Meurice a succombé dans le terrible accident que vous connaissez
- p.903 - vue 907/950
-
-
-
- 901
- COMPTES RENDES DES SÉANCES.
- juin
- tous; il appartenait à noire Société depuis de longues années; il a meme été membre de notre (loinité; des Constructions et des Beaux-Arts de I8!)2 à 18!)!). Je suis certain d’être voire interprète à tous en exprimant à sa famille si cruellement et si subitement éprouvée la part bien vive que nous prenons à son chagrin.
- Sont admis comme membres de la Société : la (Iiioimiik syndicale de lv Céramique et de la Verrerie, l’I mon Céramique et ciiai foi minière de Chance, M. Pe llerin (Auguste), la Société anonyme « Indlstiue laitière », M. I loquet’ (Edmond), les Tanneries lyonnaises, M. Eecoi ë/ (Raynald), M. Eeverd (Léon), M. Desselas (André), M. Tenneson (Joseph), M. Absire-Sevrey fils (Adriim), M. Mabire (Robert), les Anciens établissements A. Combe et Fils et Cio.
- Onze membres nouveaux sont présentés pour faire partie de la Société :
- M. Tainturier (Caston), négociant en cuirs, 1, boulevard Arago, «à Paris, présenté par MM. Petitpont et Livache;
- M. Jacob (Jules), industriel, o, rue d’Abbeville, à Paris, présenté par MM. Petitpont et Livache;
- M. Meyzonnier (E.), président de la Chambre de Commerce d’Annonay, Conseiller du Commerce extérieur de la France, Tannerie1 et Mégisserie à Annonav (Ardèche), présenté par MM. Petitpont et Livache;
- M. F ortier-Beai lieu (E<1.), à Roanne (Loire), présenté par MM. Petitpont et Livache ;
- M. Colas (Eugène), tanneur-corroyeur, 23, rue d’Angoulème, à Paris, présenté par MM. Petitpont et Livache;
- M. Blumenthal (Willy), négociant en peaux, à Paris, présenté par MM. Petitpont et Livache ;
- M. Cerf (André-Paul), commissionnaire en cuirs et peaux, à Paris, présenté par MM. Petitpont et Livache;
- M. Sordes (René), industriel, fabricant de parfums artificiels à Suresncs, présenté par MM. Lindet et Nottin ;
- Le Syndicat de l’industrie du cuir de la région du Xord, à Lille, présenté par MM. Petitpont et Livache;
- MM. Denant et Bouvet, fabricants de cuirs vernis, à Paris, présentés par MM. Petitpont et Livache;
- MM. Aboucaya frères, industriels tanneurs, cuirs vernis, «a Paris, présentés par MM. Petitpont et Livache.
- M. Bâclé, rice-pr évident.— Cette liste comprend, comme vous le voyez, un
- p.904 - vue 908/950
-
-
-
- SÉANCE PUBLIQUE DU 9 MAI 1913.
- 905
- grand nombre de nouveaux membres que nous serons heureux et tiers d accueillir parmi nous pour le plus grand profit de notre Société. Vous me permettrez de vous demander de vous joindre à votre Bureau pour remercier ceux de nos collègues qui les ont amenés parmi nous, comme M. Livache et spécialement M. Petitpont, qui a contribué pour une si large part à cet heureux résultat; il nous adonné ainsi une preuve nouvelle et particulièrement frappante de son dévouement inlassable pour notre Société.
- M. Liyacue. — M. Petitpont m’a fait l’honneur de me prendre pour co-parrain. Mais c’est grâce à son dévouement pour la Société et à sa grande situation dans l’industrie du cuir que M. Petitpont a pu, en moins d’un mois, nous amener plus de vingt nouveaux adhérents. Le concours qu’il nous apporte montre quel prix M. Petitpont attache à son titre de membre correspondant du Comité des Arts chimiques et la. Société doit lui être très reconnaissante.
- M. Ch. F éry lit un rapport, présenté au nom du Comité des Arts économiques, sur Xappareil dit insecloscope, de M. Pierre Marié.
- M. Th. Valette, chef du Laboratoire de la Manufacture nationale des Gobe-lins, fait une communication sur La teinture ancienne et la teinture moderne.
- Les matières colorantes naturelles ont encore dans le grand public la réputation d'ètre plus solides que les couleurs artificielles dites couleurs d’aniline.
- bn réalité, quelques couleurs naturelles seulement présentent cette supériorité. Quant aux couleurs artificielles, peu solides au début, elles comprennent maintenant d’excellents produits dont le nombre augmente tous les jours. Il n’y a donc plus de raison, dans la plupart des cas, d'employer les premières dont le prix de ren ient est généralement plus élevé et l’emploi plus difficile.
- Un grand nombre d’articles teints fournis par le commerce sont fugaces, notamment pour le vêtement et l'ameublement. A l’heure actuelle, dans plusieurs pays voisins, une propagande active est faite en faveur des articles grand teint. En France, on commence à peine à s’inquiéter de cette question et il est à craindre que notre pays ne se laisse distancer dans l’utilisation des dernières découvertes de la chimie tinctoriale.
- M. le Président. — Je remercie notre distingué collègue M. Valette de son intéressante communication que nous avons entendue avec grand plaisir. Il s’agit d’un sujet difficile qu’il a su traiter d’une manière élégante et précise avec une compétence toute particulière; j’espère d’ailleurs qu’il voudra bien nous en communiquer le texte que nous remettrons au Comité compétent pour l’insérer ensuite au Bulletin s’il y a lieu.
- M. Malulèke, ingénieur, chef du Service des Autobus à la Compagnie géné-
- p.905 - vue 909/950
-
-
-
- 900
- COMPTES PENDUS DES SÉANCES.
- JUIN tOUf.
- raie des Omnibus, fait une communication sur La manipulation et l'emmayusinât/e des liquides inflammables hors du contact de l’air et décrit les appareils Rolland et Maiic/èrc employés à cet effet.
- La presque totalité des hydrocarbures consommés en France provient de l'étranger. Il convient donc d’en organiser l'approvisionnement et de prendre les dispositions nécessaires pour éviter les incendies dans les dépôts d’hydrocarbures. Les précautions en usage autrefois ne suflisent plus car, vu l'importance toujours croissante (h; celte consommation, les quantités mises en dépôt, doivent être considérables et, de plus,les transvasements doivent se faire très fréquemment et très rapidement. Dans les grands centres de production, les pétroles sont généralement amenés aux ports d’embarquement dans des conduites dont la longueur atteint quelquefois plusieurs centaines do. kilomètres. Leur transport par (‘au jusqu'aux pays consommateurs se fait généralement par bateaux-citernes de ÜOO à 10 000 t. L’Angleterre, qui en réexporte beaucoup sur le continent, recourt encore en grande partie aux luts métalliques de 400 à ti00 1. Les transports par voie ferrée se font dans des wagons-citernes de 1D0 à 2.‘>0 hl.
- En France, le règlement sur la manipulation et l'entreposage des liquides inflammables accorde un traitement de faveur aux installations de moins de la 000 1 de capacité comportant des hydrocarbures en bidons scellés. L’auteur montre que le dispositif de MM. Rolland et Mauclère, qui est employé au dépôt de la Lompagnie générale des Omnibus, à Saint-Ouen (Seine), offre au moins autant de sécurité, et ceci quelle que soit l'importance des approvisionnements, sans que, cependant, cette faveur lui ait été accordée.
- La sécurité du dispositif résulte (h* ce que le liquide est toujours protégé par une atmosphère de gaz inerte, azote ou gaz carbonique. Les réservoirs d'emmagasinage sont placés au-dessous du niveau du sol, dans des fosses en maçonnerie (Manches ; on y peut accéder aisément, pour percevoir la moindre fuite. Qu'il s'agisse de puiser dans ces réservoirs ou d'y envoyer du liquidera robinetterie est organisée de telle sorte que toute fuite ou rupture <le conduite ramène le gaz inerte à la pression atmosphérique dans le réservoir et qu'aucun liquide ne peut s'en écouler.
- Il y a deux types d'installations : 1° celles dans lesquelles les gaz inertes, pris dans des bouteilles d'acier où ils sont comprimés, ne sont pas récupérés : haïr pression sert alors de force motrice pour déplacer les liquides, et, dans les réservoirs, le gaz inerte est en légère surpression sur l'atmosphère ; 2° celles dans lesquelles ce gaz inerte décrit un cycle fermé et est récupéré. On a recours alors à un aspirateur-compresseur qui refoule le gaz dans un accumulateur jouant un rôle analogue à celui des bouteilles d'acier. Ce compresseur est mis en marche par un électro-moteur dont la commande est faite automatiquement par un conjoncteur-disjoncteur à scrvo-moleur (Mec-trique, qui fait fonctionner le compresseur quand la pression du gaz inerte dans le réservoir est supérieure à la pression atmosphérique et l'arrête quand cette pression est atteinte.
- M. le PuKKiDEvr. — .1 c suis certain d’être l’interprète des membres présents en remerciant AI. Mauclère de sa belle communication qui nous a tous vivement intéressés. Il nous a montré toutes les difficultés que soulève ce problème capital du transport, de la manipulation et de Femmagasinage des
- p.906 - vue 910/950
-
-
-
- SÉANCE PUBLIQUE DU 23 MAI UH 3.
- 907
- liquides inflammables qui se trouve si heureusement résolu par les appareils ingénieux qu’il a imaginés en collaboration avec M. Rolland, et, après en avoir entendu ainsi la description, nous éprouverons d’autant plus d’intérêt à visiter l’installation qui vient d’être faite par la Compagnie générale des Omnibus. Je vous rappelle à cette occasion l’invitation que M. Mauclère a bien voulu nous faire adresser pour samedi à l'effet de visiter cette installation au dépôt de Saint-Onen. J’espère, d’autre part, que M. Mauclère voudra bien nous communiquer le texte de cette remarquable conférence que nous remettrons au Comité compétent pour l’insérer s’il y a lieu au Bulletin.
- Avant de lever la séance, je crois intéressant de vous signaler que, dans notre prochaine séance, nous aurons la bonne fortune d’entendre M. Matignon, professeur au Collège de France, qui nous parlera de la fixation de l’azote atmosphérique. C’est là un sujet de haute importance qui est aujourd’hui tout à fait d’actualité; il sera traité par un maître ; vous aurez certainement le plus grand plaisir à l’entendre, et je ne doute pas que l’assistance ne soit particulièrement nombreuse à cette séance.
- La séance est levée à 22 h.
- SEANCE PUBLIQUE
- DU 2 3 MAI 19 13 Présidence de M. L. Lindet, président.
- La séance est ouverte à 20 h. 30 m.
- M. le Président fait part, à la Société, du décès de M. Olry, Ingénieur en chef des Mines, membre de la Société.
- Il annonce qu’il a représenté la Société, d’une part, à l’Assemblée générale de la Société chimique de France, d’autre part, à une réunion organisée parles Chimistes de l’Industrie textile, dans le but de fêter les quarante années-de carrière scientifique de notre collègue, M. Prud’homme.
- M. le Ministre du Commerce et de l’Industrie a bien voulu consulter la Société sur l’opportunité de fixer, par voie législative, de nouvelles unités, telles que les unités de force, de lumière, de chaleur et d’électricité, et sur
- p.907 - vue 911/950
-
-
-
- 908
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- JUIN i 01 i i.
- l'opportunité d’étendre la procedure de vérification, prévue par la loi de 18.17 et les ordonnances de 1889, à certains appareils, inconnus à l'époque, par exemple les compteurs à eau, les compteurs à gaz, les compteurs électriques, les compteurs kilométriques, etc. Cette demande a été renvoyée au Comité des Arts économiques.
- i\l. le Président avertit la Société que le Comité des Arts chimiques a déclaré la vacance de la place qu’occupait, dans ce Comité, le regretté M. Verneuil.
- M. le Président donne lecture du passage suivant d’une lettre adressée a la Société par M. Vallery-Radot : « Dans la communication que M. llinard a faite récemment à la Société s’est glissée une phrase (p. 260 du Bulletin de février 1918) qui semble jeter un certain discrédit sur les vins pasteurisés : « ceux-ci, dit M. H inard, acquièrent un goût de cuit qui est la conséquence presque inévitable de ce traitement' ».
- (( M. Vallery-Radot, dit M. le Président, qui est le gendre et le distingué historiographe de Pasteur, proteste contre cette phrase, en rappelant les conclusions du rapport que fit Dumas, à la suite des travaux de la Chambre syndicale du Commerce de Vins à Paris. J’ajouterai que la pratique journalière a, depuis, sanctionné cette appréciation que la Commission a faite des vins pasteurisés; la lettre de M. Vallery-Radot nous permet, une fois de plus, de rendre hommage aux services que Pasteur a rendus à la viticulture française. »
- M. le Président rend compte de la visite que les membres de la Société ont été invités à faire, le 10 mai dernier, à l’entrepôt d’hydrocarbures de la Compagnie générale des Omnibus, à Saint-Ouen. Sous la conduite de MM. Rolland et Mauclère, 32 membres de notre Société ont visité dans tous ses détails cette installation; nous adressons nos remerciements à M. le Directeur général de la Compagnie et à ses deux éminents ingénieurs.
- MM. Hitier et To i lon, secrétaires, dépouillent la correspondance et analysent les ouvrages offerts à la Société depuis la dernière séance.
- M. Toulon analyse les ouvrages suivants :
- . Rapport relatif à Vexécution de la loi du u24 décembre 1903 sur la réparation des dommages résultant des accidents du travail pendant les années 1909-1911. Office du Travail de Belgique.
- Enquête sur le travail à domicile dans /’industrie de la fleur artificielle. Ocfice m Travail de Paris.
- p.908 - vue 912/950
-
-
-
- SÉANCE PUBLIQUE DU 23 MAI 1913.
- 009
- Le chemin de fer de Corheil à Melun et à Montereau, par M. A. Berton, ingénieur (Don do M. Moreau, membre du Conseil).
- Traité sur les bois du Nord et renseignements usuels sur les bois, mesures, poids, densités, résistances, dimensions, cubages, défauts et qualité, débitages, conservation, dessiccation, etc.
- Influence des cantines scolaires sur la fréquentation des écoles primaires publiques, par M. le D1' L. Gruveiliiiek.
- Annuaire de la vie internationale. Vol. Il, 1910-1911, publié par l’Union des Associations internationales (Bruxelles).
- M. H itier analyse les ouvrages suivants :
- Traité complet d’analyse chimique appliquée aux essais industriels. Tome III, fascicules 1 et 2, par MM. J. Post, professeur honoraire à l’Université de Gœttingue, et B. Neumann, professeur à la Technische Hochschule de Darmstadt. 2e édition française traduile d’après la 3e édition allemande et augmentée de nombreuses additions par MM. G. Chenu, Ingénieur E. P. C. et M. Pellet, Ingénieur I. N. A. (Renvoyé au Comité des Arts chimiques).
- Beurre de vache et graisse de coco, par MM. Jean Lahache, docteur en pharmacie, et Francis Marre, expert-chimiste.
- Sont admis comme membres de la Société : M. Tainturter (Gaston), M. Jacob (Jules), M. Meyzonmer (E.), M. Fortier-Beaulieu (Éd.), M. Colas (Eugène), M. Blumenti-ial (Willy), M. Cerf (André-Paul), M. Sordes (René), le Syndicat de l’industrie du cuir de la région du Nord, MM. Devant et Bouvet, MM. Aboucaya frères.
- Vingt et un membres nouveaux sont présentés pour faire partie de la Société :
- La Chambre syndicale de la Grande Industrie chimique, à Paris, présentée par MM. Lindet et Haller;
- M. Domange (A.) et fils, manufacturiers en cuirs et courroies, à Paris, présentés par MM. Petitpont et Livache ;
- M. Chollet (Paul), industriel, à Paris, présenté par MM. Petitpont et Livache ;
- M. Delamaire (Marcel), commissionnaire en cuirs, à Paris, présenté par MM. Petitpont et Livache ;
- M. Jourdain (Henry), commissionnaire en cuirs, h Paris, présenté par MM. Petitpont et Livache;
- M. Leven (Émile), ancien industriel, vice-président de la Fédération natio-Tume 119. —- 1er semestre. — Juin 1913. GO
- p.909 - vue 913/950
-
-
-
- 910
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- JUIN 1913.
- nalc de la Mutualité, président de section à la Commission centrale d’Assis-lance aux Vieillards, aux Infirmes et Incurables (Ministère de l’Intérieur), à Paris, présenté par MM. Petitpont et Livachc ;
- MM. Herrensuiimidt et fils, fabricants de cuirs teints, ;i Paris, présentés par MM. Petitpont et Livache ;
- M. Feuillette (Emile;, ingénieur à Boulogne-sur-Seine, présenté par M. Ringelmann;
- M. Bergerault-Crémer, négociant en cuirs, au Havre, présenté par MM. Petitpont et Livache;
- La Chambre Syndicale des Cuirs et Peaux de Paris, présentée par MM. Petitpont et Livache;
- MM. (ii e rc ken s et (iirarrot, peaussiers, à Paris, présentés par MM. Petitpont et Livache ;
- M. Hervé (Jules), tanneur, à Château-Renault (Indre-et-Loire), présenté par M. Petitpont;
- M. Bal (Hippolytei et Cie, chamoiseurs, à Chambéry, présentés par MM. Petitpont et Livache ;
- MM. Caen (Custavej etCaiien, manufacturiers en peaux, à Paris, présentés par MM. Petitpont et Livache;
- M. Martin (André), président de la Chambre syndicale des Négociants en Cuirs et Peaux en Poil, à Paris, présenté par MM. Petitpont et Livache;
- M. Roux (Ulysse), tanneur, membre de la Chambre de Commerce de la Drôme, à Romans, présenté par MM. Petitpont et Livache;
- M. H uillard (Alphonse), industriel, 45, boulevard Montmorency, à Paris, présenté par MM. Petitpont et Livache ;
- M. Meunier (Louis), docteur ès sciences, maitre de conférences de chimie industrielle à l’Université, directeur de l’Ecole de Tannerie de Lyon, présenté par MM. Lindet et Nicolardot;
- M. 1 mnet (Pierre), président du Conseil de la Société des Etablissements P. Linet, à Paris, présenté par MM. Lindet et Nottin;
- M. Vall ery-Radot (René), homme de lettres, à Paris, présenté par le général Sebert et M. Liébaut;
- M. Lemoine (Celeska), tanneur, à Paris, présenté par MM. Petitpont et Livache.
- M. Callois fait une communication sur La fabrication française et les
- p.910 - vue 914/950
-
-
-
- SÉANCE PUBLIQUE DU 23 MAI 1913.
- 911
- applications du quartz pur transparent et sur les Nouvelles lampes quartz à vapeur de mercure.
- La fabrication du quartz pur transparent était, jusqu’en 1911, le monopole de
- I étranger. Ln France, beaucoup de personnes ont étudié la question de la fusion du quartz pur transparent; des résultats ont été obtenus, mais ils sont restés dans le domaine du laboratoire. M. Gallois, un des plus grands consommateurs de quartz et, par conséquent, l’un des plus éprouvés par les conséquences de ce monople, a réussi, en janvier 1912, à réaliser, dans son usine, la fusion industrielle du quartz pur transparent.
- Cette fabrication a donc été créée industriellement par lui, en France et, aujour-d hui, tous nos constructeurs d’appareils pour les sciences ne sont plus tributaires de l’etranger.
- Les Etablissements Gallois ont aussi créé les premières lampes quartz à vapeur de mercure de fabrication française. Des économies très appréciables ont été réalisées depuis quelques années dans l’éclairage industriel par l’emploi des lampes à incandescence a filament métallique et des lampes intensives à charbons minéralisés; les économies sont encore plus grandes lorsqu’on emploie des lampes quartz à vapeur de mercure. Ces lampes permettent de réaliser un progrès très important dans le cas des éclairages intensifs. Elles s’appliquent sur toutes distributions à courant continu à 110, 200 ou 500 volts. Actuellement, ce sont les foyers lumineux les plus puissants et ceux dont le rendement lumineux est le plus élevé.
- M. le Président félicite, au nom de la Société, M. Gallois d’avoir su créer, en France, la fabrication des lampes en quartz fondu ; les nombreux objets que le soufflage du quartz permet d’obtenir, tels que capsules, tubes, ballons, etc., rendront de plus en plus de services dans les laboratoires et dans l’industrie.
- II prie M. Gallois de vouloir bien remettre une note qui sera examinée par le Comité compétent avant d’être insérée au Bulletin.
- M. C. Matignon, professeur au Collège de France, fait une communication sur Le problème de la fixation industrielle de l'azote et ses diverses solutions.
- M. Matignon passe en revue les différentes solutions qui sont adoptées ou proposées pour utiliser l’azote atmosphérique en vue de fabriquer les engrais azotés.
- Il n’expose pas le procédé Birkeland et Eyde, qui consiste, comme on sait, à combiner l’azote et l’oxygène de l’air en recourant à l’énergie électrique, mais il indique, d’après lui, quelle évolution doit subir cette industrie aujourd’hui bien assise, qui travaille régulièrement avec 200 000 chv et va bientôt en utiliser plus de 350 000. Le procédé Frank et Caro, qui fixe l’azote atmosphérique sous forme de cyanamide de calcium, tend aussi à se développer. La cyanamide, employée comme engrais, a donné des résultats différents selon les pays d’Europe où elle a été essayée. Aux Étals-Unis, où l’on recourt aux engrais composés, les résultats ont été meilleurs qu’en Europe où, actuellement, l’on tend à en tirer de l’ammoniaque et des sels ammoniacaux dont la valeur agricole est consacrée par l’usage. Quoi qu’il en soit, les usines de Norvège et des États-Unis s’outillent actuellement pour une plus grande production.
- p.911 - vue 915/950
-
-
-
- 912
- COMPTES RENDUS DES SEANCES.
- JUIN 1913.
- Dans 1<; procède llaeusser, on fait exploser un mélange d’air et de gaz de l'onr à coke.Dans ces conditions, la grande quantité de chaleur dégagée provoque la formation des composés oxygénés de l’azote, qui sont endothenniques. M. Matignon décrit l’usine d’essai de Nuremberg où, grâce à l’obligeance de M. llaeusser, il a pu effectuer des mesures sur la concentration des gaz en vapeurs nitreuses à la sortie de la bombe. Le procédé a dépassé la période d’essais industriels; une petite usine s’installe en ce moment à llamm (Westphalie) pour utiliser 6 000 nr1 de gaz de fours à coke par jour, lin autre procédé fondé, non plus sur la combustion des gaz avec explosion, mais simplement sur la combustion à l'aide de brûleurs, est appliqué maintenant à Kissûrmûs, en Transylvanie, où, au lieu de gaz de four à coke, on emploie un gaz naturel à 09 p. 100 de méthane. L’usine va consommer par jour 200 000 m:i de gaz d’un pouvoir caloritique représentant 20 wagons de bonne bouille.
- Dans le procédé Ilaber et Le Rossignol, qui vient d’être mis au point par la Dadische Aniün- und Soda-Fabrik, de Ludwigshafen, dans ses usines dcOppau,onfail de l’ammoniaque synthétique en combinant directement l’azote et l'hydrogène chauffés vers I 500°, sous une forte pression, en présence d'agents catalyseurs comme le fer ou l'osmium. Une fraction des gaz se combine. On sépare l’ammoniaque en refroidissant assez le mélange pour le liquéfier. Le procédé est économique parce que le froid et la chaleur peuvent être facilement récupérés dans des échangeurs de chaleur. Toutefois, il n'est applicable que si on opère sur des gaz purs car la moindre trace d’hydrogène sulfuré ou arsénié suffit pour empoisonner les catalyseurs. L’emploi des basses températures peut les fournir dans cet état, si on opère sur du gaz à l’eau, matière première qui s’impose, en recourant-au procédé Linde, Frank et Caro.
- Le procédé de fixation de l’azote atmosphérique par l’azolure d’aluminium est plus récent et celui sur lequel M. Matignon attire plus spécialement l’attention. Il est aussi fort intéressant au point de vue scientifique car il met en évidence, contrairement à l’idée répandue autrefois, l’aptitude très grande de l'azote à se combiner aux autres éléments. Si, jusqu’à présent, l’azote a semblé dépourvu d’affinités chimiques, c’est parce qu’on n'avait pas réalisé les conditions dans lesquelles elles se manifestent : l’une d'elles est une très haute température que l’on sait facilement obtenir aujourd’hui non seulement au laboratoire mais aussi dans l’industrie.
- Le procédé employé pour la fabrication de l’azoture d’aluminium, exploité par la Société générale des Nitrures ( procédé Serpek), consiste à chauffer dans un four électrique tournant un mélange d’alumine ou de bauxite (minerai qui contient, outre l’alumine, de l’oxyde de fer et de la silice qui agissent comme catalyseurs) et de charbon à un température comprise entre 1 700° et 1850°, en même temps qu’on y fait passer un courant d’azote ou d’un gaz qui en contient, mais qui est exempt d’oxygène et d’anhydride carbonique, par exemple du gaz de gazogène épuré. La réaction suivante se produit :
- AF O3 -4- 3 C -h 2 Az = AF Az2 -F •'» CO
- Cette préparation a été réalisée sous les yeux des auditeurs.
- Lenitrure d’aluminium est traité dans des autoclaves par des lessives alcalines. Il se dégage de l’ammoniaque et il se forme de l’alumine pure qui peut être employée à la fabrication de l’aluminium, ou qui, traitée à nouveau comme il vient d’être dit, peut servir à préparer de nouvelles quantités d’azoture d’aluminium.
- p.912 - vue 916/950
-
-
-
- SÉANCE PUBLIQUE DU 23 MAI 1913.
- 013
- L affinité très grande de l’azote pour l'aluminium à température élevée est mise en evidence par une expérience que le Dr Alber, chimiste en chef de la Société générale des Nitrures, a réalisée pour la première fois il y a quelques semaines et qui a été répétée devant l’audiloire. L’expérience consiste à chauffer de la poudre d’aluminium très fine contenant quelques centièmes de noir de fumée destiné à la rendre perméable aux gaz— dans un creuset dont le fond est porté aurouge. On amorce ainsi la réaction entre le métal et l’azote qui est introduit au fond du creuset au moyen d’un lube de charbon. La réaction se produit en dégageantune quantité de chaleur tellement grande que le contenu du creuset est porté aune température voisine de 2 500° et qu’une partie de l’aluminium est volatilisée. Dans ces conditions, de môme que dans le cas précédent si on opère avec de l’azote pur, il se forme du nitrure d’aluminium bleu, cristallisé.
- Le nitrure d’aluminium est un corps très stable; c’est un des plus réfractaires que l'on connaisse et, en dehors de la fabrication des sels ammoniacaux et de l’aluminium, il paraît pouvoir trouver de nombreuses applications dans l’industrie pour le garnissage intérieur de certains fours. C’est le seul qui puisse être employé notamment pour garnir le four tournant dans lequel il est fabriqué.
- M. le Président fait remarquer que la Société a été heureusement inspirée en demandant àM. le professeur Matignon de vouloir bien lui exposer l’état de la question relative à la fixation de l’azote atmosphérique, d’abord parce que ses travaux ont contribué pour une grande part à la solution du problème et ensuite parce que sa situation lui a permis de gagner la confiance des industriels et de connaître leurs procédés. Il espère que les méthodes qu’il vient d’exposer et qui ne sont encore qu’à leur début, se perfectionneront sous le rapport de leur prix de revient, et que nous aurons un jour l’ammoniaque artificiel à un prix inférieur à celui de l’ammoniaque de la houille ou des eaux-vannes. En tout cas, les résultats acquis, nous montrent comment des recherches de science pure peuvent servir l’intérêt du consommateur, quand le savant trouve un industriel qui accepte d’être son collaborateur.
- M. le Président remercie M. Serpek et la Société générale des Nitrures dont il est le directeur, ainsi que M. le Dr Alber et M. Serrière d’avoir bien voulu nous mettre à même d’assister aux expériences capitales de la fixation de l’azote par l’aluminium. Il rappelle aux membres de la Société que M. le Professeur Matignon veut bien répéter ces remarquables expériences le lendemain, au Collège de France.
- La séance est levée à 22 h. 30 m.
- p.913 - vue 917/950
-
-
-
- COMPTFïS UKNIHIS l)KS S KAN CRS.
- JUIN 1913.
- 01 i
- COMITÉ D’Ad 111 (MILTÏJRE
- Rapport sur un programme (le Recherches relatives au rouissage microbiologiquc du lin, par A. Cii. (iikakd.
- Beaucoup de pratiques agricoles et industrielles ont largement profité des découvertes scientifiques; mais il semble que le rouissage des plantes textiles n’en ait jusqu’ici bénéficié que d’une façon très imparfaite.
- 11 faudrait arriver à faire cette opération d’une façon plus régulière, plus sûre et plus hygiénique, sans toutefois diminuer la force de résistance de la libre végétale.
- Lorsqu’ils la pratiquent, soit sur pré, soit dans les rivières, les cultivateurs sont trop exposés, souvent faute de main-d’œuvre, aux intempéries atmosphériques (automne pluvieux, crue subite des rivières, etc.è. De plus, le rouissage est une cause importante de contamination des rivières et d’infection de l’atmosphère.
- Pour toutes ces raisons, il importe de trouver des procédés rapides et pratiques de traitement des fibres végétales ; c’est dans l’application des données de la microbiologie qu’il faut surtout chercher des améliorations aux anciennes méthodes.
- On sait en effet depuis longtemps que la décomposition des composés pec« tiques abondants dans le chanvre et le lin est l’œuvre de microorganismes; do nombreux essais ont été faits en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, en France, en effectuant le rouissage par ensemencement de microorganismes destructeurs des corps pectiques.
- Certains, comme ceux du D1 Roni en Italie, et ceux de M. Feuillette à la Station d’Essais de Machines de Paris, ont montré tout l’intérêt que présente cette étude ; mais ils ne l’ont pas mise complètement au point.
- Il reste encore à fixer d’une façon précise les meilleures conditions pour tirer tout le profit possible de ces microorganismes et il conviendrait aussi d’étendre ces études, en se basant sur les constatations de laboratoire, aux différentes plantes textiles ; lin, chanvre, ramie, etc.
- M. Kayser, directeur du Laboratoire de Permentations à l’Institut agronomique, a suivi les expériences faites chez M. Ringelmann et prélevé de nombreux échantillons. De ses premières recherches il résulte que certains
- p.914 - vue 918/950
-
-
-
- COMITÉ d’aCRICULTCHE.
- 01 o
- microbes rouissent très bien et qu’il y a lieu de fonder sur leur emploi raisonné des espérances sérieuses, au point de vue de l’amélioration des pratiques du rouissage.
- M. Kayser voudrait poursuivre ses études en vue de mieux fixer les conditions de développement, d’action et de mode de travail de ces microorga-nismos, et compléter les recherches de laboratoire par des essais industriels, chez lYl. Feuillette lui-même. Mais les ressources habituelles de son laboratoire ne lui permettent pas de faire les frais de ces recherches et notamment d’acquérir le matériel nécessaire, tel que cuves de rouissage, pompes d’aération, etc.
- Comme il s’agit de ces travaux de science appliquée à l’industrie, qui méritent tous les encouragements de notre Société, votre Comité d’Agriculture a pensé que vous voudriez bien seconder les efforts deM. Kayser* en lui accordant une subvention de 1 000 francs. Tous ceux qui connaissent M. Kayser, savent que ce travailleur acharné saura en faire bon emploi. Il va sans dire que M. Kayser réserverait à notre Société la primeur du compte rendu de ses travaux.
- A. Ch. Giraki).
- p.915 - vue 919/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE
- Betteraves et sucrerie de betteraves, par M. Emile Saillarr. lu-h». Librairie Baillière et fils. Encyclopédie Wéry. (Prix : 5 fr.).
- Le succès mérité que l’Encyclopédie agricole, dirigée par notre confrère M. Wéry, remporte chaque jour auprès du public de la culture, oblige les auteurs à donner aux secondes éditions de leurs ouvrages plus d'ampleur qu’ils n’avaient osé le faire au début. C’est ainsi que j’ai signalé, il y a quelques années, le dédoublement du livre de M. Boullanger qui, en un seul volume, avait condensé l’étude de la brasserie, de la cidrerie et de la distillerie. C’est encore à un dédoublement de ce genre auquel nous assistons aujourd’hui : M. Saillard présente à la Société un traité de sucrerie de betteraves qui, au début de la publication, n'était que partie aliquote d'un livre intitulé : T e c h nologie agricole.
- Nul n’étaii mieux désigné que M. Saillard pour écrire un livre sur un pareil sujet: directeur du laboratoire du Syndicat des Fabricants de Sucre, il est, depuis de longues années, mêlé à l’étude des appareils et des procédés nouveaux proposés à la sucrerie, et au sujet desquels il applique, à la fabrique même, les procédés de contrôle les plus rigoureux, de façon à renseigner sur leur valeur les fabricants de sucre. M. Saillard professe en outre à l'Ecole nationale des Industries agricoles le cours de sucrerie, et il ne faut pas oublier que si l’amphithéâtre fait l’instruction des élèves, il fait aussi l’éducation du professeur, qui, attentif à la façon dont les élèves le comprennent, peut réformer ses méthodes pédagogiques. Le double rôle de M. Saillard lui permet donc d’exposer, dans ce traité, tous les faits qui intéressent la sucrerie, avec l’autorité que donnent la pratique et l’observation journalières, et de les exposer avec la clarté d’esprit que confère la longue habitude du professorat
- L. Lindet.
- Farines, fécules et amidons, par M. Marcel Arpin. In-lti de xiv-190 pages et S planches micro-photographiques. Librairie Ch. Béranger. Paris, 191 IL (Prix : (i fr.)
- Ce volume fait partie de l’encyclopédie que MM. Bordas et Roux destinent spécialement aux chimistes des laboratoires agréés par le Ministère de l’Agriculture pour la répression des fraudes et aux experts près les tribunaux. L’intérêt de cette encyclopédie réside en ce que la rédaction de chacun des volumes a été confiée à un chimiste, rompu aux méthodes d’analyse qu’il est chargé d’exposer, et c’est ainsi que M. Arpin,
- p.916 - vue 920/950
-
-
-
- ANALYSES ll’oUVRAGES.
- 017
- chimiste-conseil du Syndicat de la Boulangerie de Paris, s’est trouvé tout naturellement désigné pour écrire le volume relatif aux farines, fécules et amidons.
- M. Arpinn’apas voulu surcharger ce volume, en insérant les nombreuses méthodes proposées en France et à l’étranger pour l’analyse des farines; il a préféré se borner a celles qui sont d’une application courante, qui, conventionnelles quelquefois, ont 1 avantage de donner entre les mains des différents chimistes des résultats concordants et acceptés par le commerce; d’ailleurs, un grand nombre de ces méthodes, comme la recherche de la farine de riz, comme le dosage du gluten, de l’acidité, etc., ont été soit imaginées, soit mises au point par l’auteur lui-même.
- Après avoir décrit ces méthodes d’analyse avec la précision de quelqu’un qui les a vécues, M. Arpin montre comment il convient d’interpréter les résultats .donnés par l’analyse; là encore, nous trouvons l’œuvre personnelle de M. Arpin : il a montré^ par exemple, comment l’hydratation du gluten est liée intimement à la valeur boulangère des farines.
- L’ouvrage se termine par l’exposé des règles qui président à l’établissement des marchés, aux cahiers des charges de l’Armée et de la Marine, en sorte que le chimiste, armé du livre de M. Arpin, peut non seulement effectuer des analyses et en interpréter les résultats, mais savoir encore ce que le commerce, les commissions de l’Armée et de la Marine penseront de la farine proposée.
- L. Lixdet.
- Travail des laines à peigner. Principes et théorie de la transformation des laines brutes
- en fils peignés, par M. Léon Faux. Paris, Ch. Béranger, 1913. (Prix : 35 fr.)
- Cet ouvrage dénote de la part de son auteur une grande compétence et une grande expérience dans les questions de peignage et de filature de la laine peignée. Jusqu’à ce jour on n’avait jamais rencontré un travail aussi complet et aussi bien ordonné. M. Faux, en effet, ne s’est pas contenté de décrire d’une manière plus ou moins banale les manutentions successives du travail comme l’ont fait la plupart des auteurs qui ont traité le môme sujet; il a voulu faire une œuvre utile, capable de rendre service, et il fallait de plus la mettre à la portée des praticiens intelligents et des jeunes gens qui désirent se créer une situation dans la filature. Pour cela, après avoir donné des descriptions suffisantes des principales machines employées dans nos usines modernes, il a, à côté de renseignements pratiques nombreux, exposé dans un style très clair les principes théoriques qui régissent la plupart des dites machines; c’est dire qu’il a réellement atteint le but qu’il s’était proposé et qu’il a présenté un travail d’une réelle valeur au point de vue technique sur lequel je me permets d’appeler l’attention.
- Son ouvrage, imprimé avec un très grand soin, comporte 400 pages grand format et est orné de “212 figures intercalées dans le texte; il se divise en quatre parties.
- Dans la première, il traite de la laine brute et de ses principaux caractères physiques et chimiques; il donne ensuite quelques notions sur le classement, l’emballage, l’expédition et l’achat des laines brutes. Enfin, après avoir donné quelques indications sur les conditions de la confection d’un lil de laine peignée, il termine en exposant très sommairement les principaux essais que l’on peut faire subir aux fils et à la laine peignée.
- p.917 - vue 921/950
-
-
-
- 018
- lilHUOCKAIMUE.
- JUIN 1913.
- Otto première partie qui ne présente pourainsi dire rien de nouveau, est beaucoup trop condensée et n’est nullement en harmonie avec le reste de l’ouvrage. L’auteur ayant probablement voulu éviter de faire de trop larges emprunts aux ouvrages spéciaux en la matière aurait cependant bien l'ait de donner la liste des principaux ouvrages auxquels les lecteurs peuvent se référer et notamment les suivants :
- Traité du travail des laiurs peignées, par Mic.iikl Alcan.
- Traité <lu travail des laines cardées, par Michel Alcan.
- Les textiles, de 1’Encyclopédie chimique de. Frémy.
- Le mouton et la chèvre, par Emile Thierry.
- Le mouton, par Lkeoer.
- Essai des matières textiles, par Perso/..
- Examen des fibres textiles, par le l)1' Uorert Schlesincer.
- Ihdletins de la Commission permanente des Valeurs en Douane.
- La seconde partie traite de l’industrie spéciale du peignage de la laine, c'est-à-dire des opérations permettant de transformer la laine brute en un ruban peigné.
- Après avoir exposé les principes généraux de l'industrie du peignage, M. Faux aborde l’étude des opérations visant l’épuration et le nettoyage de la laine, telles que : le triage, le battage, le désuintage, le dégraissage, le séchage, l’ensimage, l'échardonnage, le cardage, le défenlrage, le lissage, où les renseignements pratiques abondent. Le paragraphe relatif au cardage notamment, où l'on trouve une étude sur les garnitures de carde et une théorie du cardage, constitue un chapitre intéressant.
- Il décrit ensuite les principales machines à peigner qui ont toutes pour but de paralléliser les libres, les isoler les unes des autres, les épurer et éliminer les tila-rnents dont la longueur est inférieure à une longueur donnée.
- Cotte partie de son travail où il a analysé d’une façon simple, méthodique et rationnelle les différentes phases du travail des peigneuses rectilignes et circulaires et où il expose les principes d’épuration et de triage des libres ainsi que la théorie du peignage, forme le chapitre le plus remarquable et le plus nouveau de son ouvrage; jamais jusqu’à ce jour ces questions n'avaient été présentées d’une façon aussi complète et aussi précise.
- La troisième partie du traité de tilature de M. Faux est relative à la préparation de tilature, c’est-à-dire à la transformation des rubans peignés en mèches de préparation.
- Après avoir exposé quelques principes généraux et décrit les appareils tels que les bobineurs, râteliers, entonnoirs, frottoirs et autres accessoires des machines de préparation, dans un chapitre spécial l’auteur indique les principaux calculs classiques relatifs aux machines d’un assortiment et aux mélanges de produits peignés où l’on trouve de nombreux tableaux très bien présentés, et d’excellentes démonstrations qui ne peuvent que faciliter l'étude de cette partie de la filature.
- Dans la quatrième et dernière partie de l’ouvrage se trouve présentée une bonne étude sur la filature proprement dite permettant la transformation des mèches de préparation en lils. Le métier à filer renvideur et le métier à filer continu y sont convenablement décrits et accompagnés de calculs classiques; on ne trouve cependant
- r
- p.918 - vue 922/950
-
-
-
- analyses d’ouvrages. 010
- rien de bien nouveau dans ce chapitre et les ouvrages suivants contiennent sur le môme sujet des études beaucoup plus substantielles :
- 1° 7 rai!A des métiers à filer renvideurs, par Paul Burkard;
- hssai d’une théorie du métier à filer continu, par Paul Burkard;
- il" [jne etude intéressante de M. Geigauf sur les métiers à filer continus, qui a été publiée dans Y industrie textile.
- On voit donc que l’ouvrage de M. Léon Faux est le meilleur traité complet de peignage et filature de la laine peignée qui ait été publié jusqu’à ce jour et, malgré les légères critiques que j’en ai faites, j’estime que c’est un travail très soigné, très documenté, d’un intérêt de premier ordre.
- James Dantzer.
- Traité complet d’analyse chimique appliquée aux essais industriels, par MM. J. Post et
- B. Neumann. 2e édition française entièrement refondue. Traduite et augmentée par
- MM. G. Chenu et M. Pellet. Paris, Librairie scientifique A. Hermann et fils, 1913.
- Les deux fascicub s du tome III de ce magnifique traité d’analyses industrielles viennent de paraître. (Prix de chaque fascicule : 15 francs.)
- L’un est consacré aux engrais, à la terre et aux produits agricoles (P. Wagner) ; à l’air (Ch. Nussbaum); aux huiles volatiles (J. Helle) ; au cuir (M. Philip); à la colle R. Kissüng) ; au tabac ; au caoutchouc (Ed. Herbst) ; aux matières explosives ^H. Kast).
- L'autre traite du goudron de houille, des matières colorantes et des industries qui s’y rattachent (G. Schultz).
- Citer les différents auteurs de cet ouvrage, c’est citer les meilleurs spécialistes; à ne parler que du dernier auteur, dont la renommée est universelle comme analyste des matières colorantes.
- L’ouvrage est aujourd’hui complet en neuf volumes, qui se vendent séparément et sont, autant que possible, consacrés, chacun, à un groupe d’industries ayant entre elles des analogies, comme le tableau suivant le montre en résumé.
- 1, Eau, combustibles, gaz des fumées, etc. — 2, Pétroles, gaz d’éclairage, graisses et huiles. — 3, Fer et métaux. — 4, Acides et sels minéraux. — 5, Chaux, ciments, céramique, verrerie. — 6, Sucres, amidons. — 7, Bière, vin, alcools, vinaigres. — S, Engrais. Cuirs, caoutchoucs. Explosifs. — 9, Goudron, matières colorantes.
- Nous renvoyons à ce que nous avons déjà dit de ce magnifique ouvrage (Bulletin de février 1911, p. 300-301 et de janvier 1909, p. 207).
- Beurre de vache et graisse de cdco, par MM. Jean Lauacjie et Francis Marre. Paris,
- A. Maloine, éditeur, 25, rue de l’École-de-Médecine.
- M. Jean Lahache, docteur en pharmacie, et M. Francis Marre, expert-chimiste près la Cour d’Appel de Paris, ont rattaché, très justement , la publication de ce volume à la question de la cherté toujours croissante de la vie. Toute une littérature de documentation précise est signalée par eux (pages 13 et 14) à ce sujet; et d’ailleurs, nous sa-
- p.919 - vue 923/950
-
-
-
- 020
- BIBLIOGRAPHIE.
- JUIN 19L).
- vons tous combien la viande, le lait, les œufs, le pain, les légumes, les fruits, le beurre et les graisses animales ont augmenté de prix régulièrement depuis plusieurs années.
- Il est naturel que l’on ait pense à remplacer le beurre de vache, au moins en partie, non seulement par des graisses animales, comme la margarine de Mège-Alouriès, mais, plus récemment, par des corps gras d’origine végétale, tels que l’huile du cocotier. Cette substitution n’est devenue possible que du jour où l’on a su enlever à l'huile son odeur désagréable et sa saveur amère.
- Le problème est aujourd’hui résolu, et les graisses de coco, végétaline, cocose, etc., voient leur marché s’étendre; il dépasse, pour la végétaline seule, 20 000 t en France. La production totale de la graisse de coco est, en France, pour sept usines, de 55000 t.
- Après une suite de réllexions économiques d’une lecture fort attachante, les auteurs exposent succinctement les méthodes qui permettent d’extraire les huiles des coprahs ou amandes des noix de coco , de les raffiner, de les désodoriser, de les décolorer, en un mot de les amener à l’état de graisses de coco ou stéarines de coco.
- La plus grande partie de l’ouvrage est consacrée à l’établissement des constantes du beurre et de la graisse de coco et à la caractérisation de la seconde dans les beurres. Cette caractérisation est devenue possible, disent les auteurs.
- Comme la fraude du beurre par le coco existe, et que, d'autre part, il y a une crise du beurre en ce sens que les prix augmentent régulièrement, les auteurs proposent deux moyens pour combattre la fraude : une sévérité draconienne à l’égard des fraudeurs pris en faute et une surveillance stricte des beurreries, avec toute liberté de vendre de la graisse de coco pure et non dénaturée.
- L’ouvrage est écrit d’une plume experte. C’est l’éloge de la graisse de coco; mais c’est aussi la revendication du double principe de la liberté entière et de la responsabilité entière. J. G.
- Leçons sur les hypothèses cosmogoniques, par Henhi Poincaré. 2e édition, avec une
- notice par Ernest Lebon. Paris, Librairie scientifique A. Hermann et fils, li, rue de
- la Sorbonne, 1913. (Prix : 12 fr.)
- « Le problème de l’origine du monde a de tout temps préoccupé tous les hommes qui réflchissent; il est impossible de contempler le spectacle de l’Univers étoilé sans se demander comment il s’est formé.
- Le système solaire présente le spectacle d’une parfaite harmonie. Ce ne peut être l’effet du hasard. On pourrait supposer qu’une intelligence infinie a établi cet ordre une fois pour toutes et pour toujours; mais aujourd’hui, même les gens qui tiennent un Dieu créateur pour une hypothèse nécessaire, ne conçoivent plus l’intervention divine comme le faisaient leurs devanciers; leur dieu est moins architecte que mécanicien, et il reste à expliquer par quel mécanisme il a tiré l’ordre du chaos. »
- D’autre part, le principe de Carnot nous apprend que le monde tend vers un état final; la température tend à s’uniformiser. Donc le monde change.
- Le champ est ouvert aux hypothèses. Celle de Kant, celle de Laplace qui parait
- p.920 - vue 924/950
-
-
-
- ANALYSES D OUVRAGES.
- m
- avoir les préférences (le Poincaré, celles de Faye, de Ligondès, de Sée, de Darwin, de N. Lockyer, de Schuster, d’Arrhenius sont exposées successivement, comme elles le furent dans le cours de Sorbonne de l’hiver 1910-1911. L’auteur a préféré se borner aux seules hypothèses qui ont une base scientifique solide; il en fait une analyse approfondie, signale les objections que soulèvent les idées émises, et exprime les conséquences des calculs en un langage clair, précis et accessible à tous, mais supérieurement expressif.
- Celte seconde édition est enrichie d’une notice de M. Ernest Lebon sur Henri Poincaré.
- Cours de physique générale, par M. IL Ollivier. Tome II : Thermodynamique et étude de l’énergie rayonnante. Paris, Librairie scientifique A. Hermann et fils, 1913. (Prix : 10 francs.)
- Cet ouvrage est la reproduction d’un cours de licence fait à la Faculté des Sciences de Lille par M. H. Ollivier. Il ne renferme pas d’historique, ni de bibliographie. Il s'adresse aux élèves ne connaissant, en physique, que le programme du baccalauréat, et qui se préparent soit au certificat de physique générale, soit au deuxième examen des ingénieurs-électriciens, soit à l’agrégation des sciences physiques.
- Le tome Ior sera consacré à l’étude de la gravitation, de l’électricité et du magnétisme. Le tome III sera consacré à l’étude des vibrations, de l’acoustique, de l’optique, et de l’électro-optique.
- Le tome II se trouve publié le premier. Il renferme, dans une première partie, les deux principes de la thermodynamique, avec leurs applications principales; l’étude des gaz parfaits, celle des fluides homogènes, celle des corps solides et de quelques systèmes univarianls, enfin la théorie cinétique des gaz.
- La deuxième partie étudie les propriétés générales des radiations, l'émission, l’absorption, le rayonnement, la luminescence, l’éclairage par incandescence, le phénomène de Zeemann, les actions magnétiques, la radiation solaire, l’émission des gaz. Ce volume est un ouvrage de physique mathématique.
- Catalogue international de la littérature scientifique. Paris, Gauthier-Villars, 53, qua-des Grands-Augustins.
- Saluons la publication des volumes :
- D. Chimie, vol. 10, correspondant dans sa généralité à l'année 1910.
- B. Mécanique, vol. 10, correspondant à 1910.
- Nous nous bornons à rappeler ce que nous avons dit, dans le Bulletin (octobre 1911, p. 218), de cette très importante publication.
- Les arts et métiers de l’ancienne Égypte, par M. W. Fltnders Petrie, professeur d’ÉgyptoIogie à l’Université de Londres. Traduit de l’anglais et précédé d’une préface par M. Jean Capart. ln-8 carré de 188 p., avec 142 gravures sur planches. Bruxelles, Vromant et C"', 3, rue de la Chapelle. (Prix : 7 fr. 50.)
- Dans cet ouvrage, l’auteur, bien connu pour les fouilles qu'il dirige depuis de nombreuses
- p.921 - vue 925/950
-
-
-
- BIBLIOGRAPHIE.
- JUIN 191 3.
- années, donne, avec une clarté extrême, non pas tant une histoire de l’art égyptien qu’un aperçu original des arts aux diverses époques pharaoniques.
- 1.'auteur étudie les différentes branches de l’art égyptien : architecture, statuaire, bas-reliefs, [teinture, dessin, dans les différentes phases de leur évolution, et il caractérise chaque étape de remarques aussi judicieuses que frappantes. Les arts industriels, les métiers y sont étudiés aussi en détail et, pour chacun d’eux, l’auteur explique la technique propre à chaque période.
- On s’expliquera facilement, en le parcourant, l’accueil enthousiaste que l’ouvrage reçut en Angleterre, où deux éditions successives s’enlevèrent en moins de vingt mois.
- M. Flinders Petrie, qui est un des savants dont s’honorent le plus les Anglais, est moins connu du public français. C’est, M. Jean Capart, le savant conservateur des antiquités égyptiennes aux Musées de Bruxelles, qui s’est chargé de présenter le livre au public français.
- Cent quarante reproductions, dont un tiers au moins sont exécutées d’après des photographies inédites prises par l’auteur lui-même en vue de cet ouvrage, complètent admirablement ses observations.
- Encyclopédie pratique du naturaliste : Les arbres, arbustes et arbrisseaux forestiers, par M. C.-L. Gatin, Ingénieur agronome, docteur ès sciences, préparateur à la Sorbonne. Les fleurs des bois, par M. C.-L. Gatin. 2 vol. in-12 de 200 p. avec 32 fig. et 100 pl. Paris, Paul Lechevalier, éditeur, 12, rue de Tournon. (Prix : 13 fr.)
- Donner un tableau de la vie des arbres et des arbustes. Montrer comment ils naissent et se multiplient. La façon dont ils se groupent pour former la forêt. Quels sont les ennemis qui les attaquent. Donner, en un mot, un tableau de la vie de la forêt et exposer ensuite la manière de distinguer les essences les unes des autres, tel est le but du premier de ces livres, richement illustré de 32 dessins originaux et de 100 planches coloriées, exécutées d’après nature. Toutes les descriptions sont sous une forme simple, sans jamais toutefois sacrifier le caractère rigoureusement scientifique de l’Encyclopédie pratique du Naturaliste.
- Nos bois sont peuplés, au printemps surtout, de nombreuses fleurs variées, qui nous attirent par leur grâce et leur fraîcheur. Pour le promeneur non averti, il est souvent bien diflicile de les distinguer les unes des autres et d’apprendre à les trouver et à les étudier.
- Le tome II de l'Encyclopédie Pratique du Naturaliste, guidera l'Amateur dans la recherche et la reconnaissance de nos fleurs sauvages. Sa vivante illustration lui permettra de nommer, avec les 100 planches coloriées, le fruit de la récolte; grâce à l’explication qui accompagne chaque planche il apprendra la vie, les divers usages et les propriétés officinales de chacune d’elles. Le texte l’initiera à l’étude des plantes et lui permettra de devenir un ami plus éclairé et plus fervent de la nature.
- La fabrication des celluloses de papeterie autres que celles du bois. — Description et traitement des principales plantes utilisables en papeterie, par M. Henry de Mon-tessus de Ballore. In-8 de xn-29i p. avec LIS fig. Paris, II. Dunod et E. Pinat. (Prix : 12 fr.)
- Les papiers peuvent être divisés en trois grandes classes : le papier de luxe, le papier d’usage courant et le papier de pliage. La consommation du papier de luxe croît lentement, et cette industrie trouvera toujours à s'alimenter en matière première, d’autant plus que l’échelle de ses prix est plus élastique. Il n’en est pas de même pour la seconde classe, les papiers d’usage courant, c’est-à-dire ceux destinés aux usages journaliers, aux éditions, aux journaux, prospectus, et en général à tout ce qui s’imprime et s’écrit. Cette consommation-là
- p.922 - vue 926/950
-
-
-
- ANALYSES d’oUVRAGES.
- 923
- va toujours en augmentant et ses besoins se traduisent par des demandes de papier de plus en pins impérieuses. C’est pour répondre à ces besoins, qu’a considérablement augmentés la vulgarisation des machines à imprimer rotatives et à grand débit, que la papeterie a dû créer elle aussi les machines à papier à grande largeur et à grande vitesse, qui peuvent fabriquer jusqu à 40 et 50 tonnes de papier par vingt-quatre heures; et c’est encore pour ces papiers-là qu on dévaste les forêts. Quand il n’y aura plus de bois en quantité suffisante, avec quoi les alimentera-t-on, ces machines?
- A ce moment il ne restera plus que le bois provenant de la pousse annuelle des forêts réservées et aménagées pour des coupes périodiques, que la papeterie devra disputer auxautres industries.
- Outre les bois, nous avons pour alimenter la papeterie d’avenir :
- Plantes croissant spontanément : bambou, papyrus, alfa.
- Déchets de culture : pailles (blé, seigle, avoine, riz), tiges de maïs, déchets de cannes à sucre.
- Déchets d’industrie : chiffons, câbles, cordes et ficelles, déchets de filature (coton, lin, chanvre, phormium, jute).
- L’auteur passe en revue chacune de ces sources, et nous en fait voir les possibilités.
- Les nouveaux livres scientifiques et industriels. Vol. II : Bibliographie des 6 (->93 livres publiés en France, du 1er juillet 1907 au 30 juin 191'?. In-8 de 448 p. Paris, H. Dunod et F. Pinat. (Prix : 9 fr.)
- Cet ouvrage, forme le tome II des Nouveaux Livres scientifiques et industriels et donne le titre complet des 6 693 livres parus en langue française de 1907 à 1912, les noms, prénoms et qualités des auteurs ou traducteurs, le format en centimètres, le nombre de pages, figures et planches; puis, et c’est là l’essentiel, un résumé de la table des matières de chaque volume.
- Avec le tome I, précédemment paru, et qui embrasse la période de 1902 à 1907, grâce aux deux tables (l’une par noms d’auteurs ou de traducteurs, l’autre par ordre alphabétique des sujets traités), on peut se rendre compte instantanément de tout ce qui a paru depuis dix ans sur une question quelconque.
- Les sourciers et leurs procédés. La baguette, le pendule, par M. Henri Mager, ingénieur-conseil en hydrologie souterraine. In-8 de vm-318 p. avec 107 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat. (Prix : 4 fr. 50.)
- Les expériences publiques de Baguette et de Pendule qui ont été faites récemment, au cours de la Semaine des Sourciers, à Sartrouville, au Bois de Vincennes, au château Mirabeau, au Muséum, ont provoqué, en France et à l’étranger, un sentiment d’étonnement d’abord, d’admiration ensuite.
- Sous le contrôle sévère d’un jury impartial êtde savants venus en sceptiques, la Baguette et le Pendule, si suspects jusqu’alors, ont accompli des prodiges, en permettant de découvrir des cours d’eau souterrains, de jalonner des galeries souterraines, de trouver une masse métallique enfouie, de déterminer la nature de plaques métalliques dissimulées dans des enveloppes.
- Le Président du Jury, l’Ingénieur en hydrologie bien connu M. Henri Mager, vient de publier sous le titre de Les Sourciers et leurs Procédés : la Baguette et le Pendule, un volume extrêmement curieux, dans lequel il expose les procédés de recherche mis en (ouvre par les Buguettisants et les Pendulisanfs; il décrit cesprocédés avec clarté et précision, mettant ainsi
- p.923 - vue 927/950
-
-
-
- ÎUIILIOCRAIMIIE.
- JUIN 19i;i.
- 924
- chacun de ses lecteurs à. même de répéter ou de faire répéter les prodiges réalisés au cours de la Semaine des Sourciers.
- Travaux pratiques de chimie organique, par M. Fritz Ullmann, traduit de l’allemand par R. Cornubkkt, 2e édition française revue et augmentée, ln-8 de xn-262 p., avec 26 fig. (Prix : 7 fr. 50.) Paris, II. Dunod et E. Pinat.
- Ce qui distingue le présent ouvrage des manuels analogues, cfcest la partie théorique qu’on y a jointe, alin que l'étudiant se familiarise dès le début avec les diverses méthodes qui permettent d’effectuer des opérations courantes, telles que la nitration,la réduction, la saponification ; et on a fait ressortir les avantages et les inconvénients de chacune de ces méthodes, tout en démontrant, au moyen d’exemples, de quelle façon chacune d’entre elles trouvait son application pour chaque cas spécial.
- Ouant aux préparations d’exercice, on a choisi de préférence celles qui demandent des matériaux peu coûteux et faciles à se procurer.
- Les préparations sont groupées de telle façon que, la matière première étant donnée, on lui fait subir un cycle de transformations successives qui permettent à l'etudiant d’exécuter une série d’opérations importantes : c’est ainsi par exemple qu’en partant du benzène et en le transformant graduellement en monochlorobenzène, en chlorodinilrobenzène, en dinitrophé-nylamine et en nilroaminodiphénylamine, l'élève apprend à connaître la chloruration, la nitration, la condensation et la réduction partielle d’un composé polynitré.
- La nouvelle traduction de M. Cornubert met, entre les mains des lecteurs français, un ouvrage d’une grande clarté et dont le succès s’accroît tous les jours.
- Installations téléphoniques. Notions spéciales d’éleclricité, description et fonctionnement des appareils, montage des postes d'abonnés et des postes centraux, par M. J. Seines, inspecteur des Postes et des Télégraphes. 3e édition. In-8 de vui-326 p., avec 205 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat. (Prix : l fr. 50.)
- Ce livre est destiné à rappeler aux agents chargés du montage, de l’entretien et de la surveillance des installations téléphoniques, les notions élémentaires d'électricité et de magnétisme, la description et l’installation des appareils qui leur ont été enseignées.
- La première partie comprend des notions sur l’énergie électrique et magnétique en particulier.
- La deuxième partie est consacrée à l'étude du téléphone, du microphone, enfin au montage des postes d’abonnés.
- La troisième partie comprend l’élude des tableaux-commutateurs pour postes principaux d’abonnés et bureaux centraux de l’Etat.
- La quatrième partie est réservée à des indications générales sur les moyens employés pour rechercher les dérangements.
- Enfin une cinquième partie est consacrée à l'étude sommaire des grands bureaux desservis par des commutateurs multiples ordinaires et:à batterie centrale.
- La télégraphie sans fil, la télémécanique et la téléphonie sans fil à la portée de tout le monde, par M. E. Monier. 7° édition, revue ut augmentée. In-16 de vm-2i2 p. avec 35 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat. (Prix : 2 fr. 50.)
- Dans cette nouvelle édition, qui a reçu de nombreuses additions, l’auteur fait connaître les découvertes les plus récentes, telles que les étincelles musicales, la direction des ondes, les phares Herfziens, etc.
- p.924 - vue 928/950
-
-
-
- ANALYSES D’OUVRAGES.
- 925
- Ces phares, établis sur le littoral, envoient des signaux distincts pour chacun d’eux. Indif-feients aux brumes les plus épaisses, ces signaux parviennent aux.navires errants dans les brouillards des océans, et au moyen d’un appareil, le radiocompas Bellini-Tosi, ils connaissent leur direction et peuvent naviguer comme par un temps clair, tandis qu’en pareilles circon-tance», les phares ordinaires ne donnent aucune indication.
- L auteur fait la description complète des étincelles musicales, cette découverte qui permet de transmettre des dépêches dans les déserts de l’Afrique, où elles n’avaient jamais pu pénétrer. De la lour Eiffel, on pourra ainsi envoyer des messages à Tombouctou, et même y faire entendre un air de musique. Ces étincelles permettront de relier, par un réseau d ondes électriques, toutes nos possessions dispersées dans le monde entier.
- Un chapitre spécial est consacré à la station définitive de la Tour Eiffel, qui est devenue la plus puissante du monde, grâce à la hauteur incomparable de ses antennes et à la bonne disposition de ses appareils. Mais ce qui fait surtout le plus grand honneur aux ingénieurs et aux officiers qui se sont occupés de cette installation, c’est que le Congrès international de l’Heure, tenu à Paris en 1912, a donné à ce poste la mission de transmettre les signaux horaires aux différentes stations de T. S. F., signaux qu’ils propagent à leur Lour dans leur zone d’action. C’est ainsi que tous les navires dispersés sur la surface des mers reçoivent, deux fois par jour, l’heure du premier méridien. Ils recevront également par le même moyen, les bulletins météorologiques, et des avis sur les dangers qui les menacent sous forme de tempêtes.
- La protection légale des travailleurs en France, commentaire du livre II du Code du
- Travail et de la Prévoyance sociale, par M. Roger Figriéra, chef de bureau au Ministère du Commerce et de l’Industrie. Tome I : In-8 de 496 p. Paris, Berger-Levrault, 5 et 7, rue des Beaux-Arts. (Prix : 7 fr. 50.)
- Les mesures de protection légale qui figurent au livre II du Code du Travail comprennent l’ensemble des dispositions qui, depuis 1848, sont intervenues pour réglementer l’exercice du travail dans les diverses professions. Ces mesures, qui tout d’abord étaient privatives à l’industrie, se sont successivement étendues aux diverses formes d’activité; elles englobent aujourd’hui la presque totalité des travailleurs des deux sexes et leur assurent une protection différente suivant l’âge, le sexe et la nature des travaux exécutés.
- La codification des lois ouvrières a laissé subsister de nombreuses divergences d’interprétation et d’applieation dans les textes élaborés depuis 1848 jusqu’à nos jours. Malgré le Code du Travail, l’étude des mesures de protection légale reste particulièrement ardue.
- C'est pour permettre une étude raisonnée de ces textes, en tenant compte tant de leur genèse que de leurs conditions d’application, et pour renseigner sur l’étendue de leurs droits et de leurs obligations ceux auxquels s’appliquent les lois réglementant le travail, que M. Roger Fighiéra a entrepris de réunir, dans ce volume toutes les mesures légales et réglementaires destinées à assurer la protection des travailleurs.
- Son ouvrage donne, indépendamment d’un exposé historique des mesures d'1 protection légale, le détail et les conditions d’application de ces mesures elles-mêmes. C’est donc un véritable traité pratique de la réglementation du travail.
- Tome H9.
- 1er semestre. — Juin 1913.
- 61
- p.925 - vue 929/950
-
-
-
- OUVRAGES REÇUS A IA l!l BLIOTIIÈOUE
- UN MAI 1 'II 3
- Arpin (Marcel). — Farines, fécales et amidons (Manuels pratiques d'analyses chimiques) de xiv-190 p., 9 fi”., VIII pl., Paris, Ch. Béranger, 1913. 14983
- Passa (Louis). — Éloges, notices et souvenirs, ln-8 (23 x 14) Tomes I et II, Paris, Philippe Henouard, 1912 et 1913. 14984-5
- Sabaciinikoff (Vladimir). — Contributions à l’étude des fumées et des poussières industrielles dans leurs rapports avec la végétation. (Thèse de doctorat, Faculté des sciences de Nancy), ln-8 (24 x 13) de 232 p., 8 fig., X planches. Nancy, Imprimeries réunies,
- 1913. 14986
- Monier (E.). — La télégraphie sans fil, la télémécanique et la téléphonie sans fil à la portée de tout le monde. T" édition. In-12 (19 x 12) dev-242 p.,33 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 149 7
- Nivet (A.). — Calcul du béton armé, avec Parûmes pour en déterminer les dimensions 2e éd. In-8 (23 x 16) de n-187 p., 45 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 14938
- Lxlma.n.n (Fiutz'i. — Travaux pratiques de chimie organique. Traduit de l’allemand par R. Cornurert. 2e éd. française. In-8 (21 x 14) xir-261 p., 2G tig. Paris, H. Dunod et E. Pinat,
- 1913. 14989
- Syndicat des agriculteurs de la Vienne. — Essais de moto-pompes. Poitiers 1912. Rapport de M. Paul Feuler. In-8 (27 x 18) de 73 p., 14 fig. Poitiers, 1913. 14990
- Pouéguin (IF). — Les plantes médicinales de la Guinée. In-8 (23 x 10) de 83 p., Paris, A. Challamel, 1912. 14991
- Henry (Yves). — Le cacao. Production, culture, préparation. In-8 (23 x IG) de 105 p., 11 tig., 1 carte. Paris, A. Challamel, 1913. 14992
- Prudhomme (E.). — Le cocotier. Culture, industrie et commerce dans les principaux pays de production. In-8 (25 x 16) de 491 p., 83 fig. Paris, A. Challamel, 1906. 14993
- Office du Travail de Belgique. — Rapport relatif à l’exécution de la loi du 24 décembre 1903 sur la réparation des dommages résultant des accidents du travail, pendant les années 1909-1911. In-4 (30 x 23) de 283 p., Bruxelles, 1913. 14994
- Post (J.) et Neumann (B.) — Traité complet d’analyse chimique appliquée aux essais industriels. 2e édition française, traduite d’après la 3e édition allemande, par G. Chenu et M. Pet.let. Tome III: 1er fascicule : Engrais, produits agricoles, essences, cuirs, colles, tabac, caoutchouc, explosifs et allumettes; 2e- fascicule: Goudron de houille, matières colorantes. Paris, A. Hermann et fils, 1912, 1913. 14995-6
- Balls (W. Lawrence). — The Cotton Plant in Egypt. In-8 (22 x 13) de xvi-202 p.,71 figr.,
- I pl. London, Mac Millau and G°, 1912. 14997
- p.926 - vue 930/950
-
-
-
- OUVRAGES REÇUS EN MAI 1913.
- 927
- Laiiaoiie (.Iran) et Maure (Francis). —• Beurre de vache et graisse de coco. In 8 (19 x 12) de 364 p. Paris, A. Maloine, 1913. 14998
- Or fi cr nu I ra va il, Paris. — Enquête sur le travail à domicile dans l'industrie de la fleur artificielle, ln-8 (23 x 15) xi-426 p. Paris, Imprimerie nationale, 1913. 14999
- \Nitz (Aimé). — Les moteurs à combustion interne. (Encyclopédie scientifique) de xx-336 p., 87 fig. Paris, Octave Doin et Fils, 1913. 15000
- Morrr (Eugène). — Bibliothèques. Essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans les deux mondes. In-8 (23 x 14). Tomes I et II. Paris, Mercure (b* France, 1908. 1500,1-2
- Micron (Gaston). — Les arts du tissu. In-8 (25 X 17) de 416 p., 175 fig. Paris, H. Laurel) s, 1903. 15003
- Martin-Saint-Lkon (Etienne). — Histoire des corporations de métiers depuis leurs origines jusqu’à leur suppression en 1791. 2e édition. In-8 (23 x 14) de xxm-795 p. Paris, Félix Alcan, 1909. 15004
- Boys (G.-V.). — Bulles de savon. Traduit de l’anglais par Ch.-Ed. Guillaume. In-12 (19 X 12) de x-143 p., 60 fi g., I pl. Paris, Gaul hier-V illars et Fils, 1892. 15005
- La France au travail : En suivant les côtes de Dunkerque à Saint-Nazaire
- (2e éd.), par Marcel-A. Hérubel; de xx-284 p., XX pl. Paris, Pierre Roger et Cie. 15006
- Les arts du bois, des tissus et du papier. (Publications de l'Union centrale des Arts
- décoratifs). In-4 (32 X 22; de îv-411 p. 338 fig. Paris, A. Quantin, 1883. 15007
- Blondel (Georges). — Les embarras de l’Allemagne. 6e éd. In-12 (19 x 12) de vm-
- 338 p. Paris, Plon, Nourrit et Cie, 1913. 15008
- Sauvage (Edouard). — Manuel de la machine à vapeur. (2e éd.). In-12 (19 x 12) de xn-416 p., 257 lig. Paris, Ch. Béranger, 1913. 15009
- Prtrie W. M. F linders. — Les arts et mé iers de l’ancienne Égypte, Traluit de l’anglais par Jean Gapart. In-8 (20 x 15) de 188 p., XLV pl. Bruxelles, Vromant et Cie, 1912.
- 15010
- Oudot (E.).— Cours élémentaire de machines marines. In-8 (21 x 14) de vi-204 p., 132 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 15011
- Montessus de Ballore (Henry de). — La fabrication des celluloses de papeterie autres que celle du bois. Description et traitement des principales plantes utilisables en papeterie. In-8 (25 x 16) de xi-294 p., 110 fig. Paris, IL Dunod et. E. Pinat, 1913.
- 15012
- Fighiéra (Roger). — La protection légale des travailleurs en France. Commentaire du livre II du Code du Travail et de la Prévoyance sociale. In-8 (22 x 14). Tome I. Paris, Berger-Levrault, 1913. 15013
- Jannettaz (Ed.). — Les roches et leurs éléments minéralogiques. 4e édit. In-8 (23 x 14) de 704 p., 322 fig., XXVIII pl., 2 cartes. Paris, A. Hermann et Fils, 1910. 15014
- Magkr (Henri). — Les sourciers et leurs procédés. La baguette. Le pendule. In-8 (21 X 14) de viii-.'M4 p., 107 fig. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. 15015
- Bronn (J.). — Elektrische Heizung mittelst Kohlengriefs (Kryptol) (ex Handbuch (1er Arbcitsmethoden in der anorganischen Chemie, Bd I, pp. 415-425, 13 fig.). — Annexe : Zur Anvendung losegeschichteter kleinstückiger Leiter für elektrische Heizwiders-taude (ex Elektrotechnische Zeitschrift, 1906, H. 9, 10 p., 8 fig.). Pièce 12026
- p.927 - vue 931/950
-
-
-
- 928
- OUVRAGES REÇUS EN MAI 19 UE
- JUIN 1913.
- COMPAGNIE DUS ClIUMINS DE FER DE PARIS A I.YON ET A LA MÉDITERRANÉE. — Matériel roulant
- exposé par la Compagnie à. l’Exposition universelle et internationale de Gand. 1913. In-4 de 29 p., XV pl. Pièce 12027
- Guttmann (J.). — Le laminoir à, plaques de blindage à commande électrique de Witkowitz (ex Revue de Métallurgie, avril 1913, pp. 473-484, 8 fig., I pl.).
- IIannover (H. I.). — Les métaux poreux. In-4 de 8 p., 7 fig. (ex Revue de Métallurgie).
- Traité sur les bois du Nord el renseignements usuels sur les bois, mesures, poids, densités, résistances, dimensions, cubages, défauts el qualités, débitage, conservation, dessiccation, etc. In-8 de 36 p. Pièce 12028
- Cruveilhier (F.). — Influence des cantines scolaires sur la fréquentation des écoles primaires publiques (ex Revue philanthropique, 1913, 14 p.'. Pièce 12029
- -x- *
- U. S. Department of Agriculture Bureau of Chemistry. — Bulletin n° 139 (Pulp and Paper and other products from ivasle résinons Woods, by F. P. Veitch and J. F. Merrill, 28 p.), Washington, 1913. • Pér. 410
- Ohio Agricultural experiment Station. — Bulletin 221 (The composition of wlieat, by J. W. Ames, 37 p., I pl.). Bulletins 220,222, 223, 226, 227, 231. Circulars nos 101, 104, 114 (Don de M. Truelle). Pér. 415
- Library of Congress. — Report, 1912. Pér. 350
- Bulletin scientifique et industriel de la Maison Roure-Bertrand Fils, de Grasse, 3e série, n° 7, avril 1913. ' Pér. 179
- Association des industriels de France contre les accidents du travail. — Bulletin. Année 1913. Pér. 130
- Association lyonnaise des propriétaires d’appareils a vapeur. — Exercice 1912.
- Pér. 213
- New York State Department of Fabor. — Annual Report of the Bureau of labor Statistics, 1911, part II. Pér. 128
- New York State Department of Fabor. — Annual Report on Factory Inspection, Mercantile Inspection, Médiation and Arbitration, 1911. Pér. 128
- New York State Department of Fabor. — Annual Report of the Commissioner of Labor, 1912. Pér. 128
- Direction générale des douanes. Tableau général du commerce et de la navigation. Année 1911, 2° vol. : Navigation. Paris, Imprimerie Nationale, 1912. Pér. 34
- Tables annuelles de constantes et données numériques de chimie, de physique et de technologie. Vol. II, année 1911. Pér. 63
- John Grerar Fibrary. — 18th annual report, 1912. Pér. 264
- Annuaire de la vie internationale. Vol. II, 1910-1911. Pér. 90
- International Catalogue of scientifig Fiterature. — D. Chemistry. Tenth annual issue
- (Ms received oet. 1910-oct. 1911). Paris, Gauthier-Villars. Pér. 317
- Nouveaux (Les) livres scientifiques et industriels. Vol. II, années 1907 à 1912, livraisons 21 à 40. Bibliographie des ouvrages publiés en Fiance du 1er juillet 1907 au 30 juin 1912. Paris, H. Dunod et E. Pinat, 1913. Pér. 328
- p.928 - vue 932/950
-
-
-
- TABLE ALPHABÉTIQUE
- DES
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LE lel SEMESTRE DE LA CENT DOUZIÈME ANNÉE DU BULLETIN
- (J A N VIER-JUIN 1913)
- Tome 119
- Le nombre en chiffres romains indique le numéro du cahier. Le nombre en chiffres arabes,
- qui le suit indique la page.
- A
- Abt (Georges). — L’examen microscopique de la peau et du cuir appliqué à l'étude des taches de sel... . Y CIG Alfassa (Maurice). -— La grève noire et 1’évolution des syndicats en Angleterre ...............................I 42
- A LME a..............................I 119
- Andes (F.).........................III 431
- Andouahd............................II 333
- André (G.). — Chimie du sol..........I 177
- Anker................................V 733
- Ahpin (Marcel). — Farines, fécules et
- amidons...........................VI 91G
- Association internationale permanente des Congrès de Navigation. — Fleuves, canaux et ports. Notes bibliographiques, comprenant la liste des principaux ouvrages parus en librairie et articles publiés dans les périodiques de tous les pays, du 1er janvier 1907
- au 31 décembre 1910. ...... I 173
- Aued........;..................V 684
- Baciiemann et Lederkr..............VI 843
- Bâclé (L.). — Gustave Richard (Notice nécrologique)......................II 243
- Bâclé (L.). — (Compte rendu de la
- séance publique du 9 mai 1913). . VI 901
- Bailey (G.)........................IV 332
- Bakgeron (L.).......................H 322
- Barrat (Charles)...................II 211
- Beadle (C.)........................IV 561
- Bellon (P.)........................VI 839
- Benker et Millberg. — L’excavation mécanique et automatique des fosses à
- superphosphate notamment par l’appareil Wenk.
- (Compte rendu de la séance pu-
- blique du 11 avril 1913) . . . V 742
- —. — (Mémoire des auteurs). . . . VI 792
- —. (Rapport de M. Lindet). . VI 790
- Bentley, Frieno et West . VI 834
- Bergius (F.) . VI 831
- Berntiiskn (A.) . V 667
- Berthelot (Daniel). — Rapport sur les
- travaux de M. Paul Janet, médaille
- d’or Ampère (Séance solennelle pu-
- blique du 24 janvier 1913) . . . . 11 193
- Bertrand (Gabriel) . I 130
- Bierry (IL). — Recherches sur les dia-
- stases qui concourent à la digestion des
- hydrates de carbone . I 174
- Bonhomme (J.) et Silvestre (E.). — Con-
- structions métalliques. (Résistance des
- matériaux, Matériaux, Assemblages, Poutres, Colonnes, Planchers, Escaliers, Combles, Ponts)..........I 177
- p.929 - vue 933/950
-
-
-
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- JUIN 1913.
- iïM)
- Rossi': ((îcîoi‘^t‘s)...................Il 207
- Roti-ler (M;i x).......................III 15 I
- RoiillXIANT.............................Il 212
- Bourre (Paul)...........................Il 208
- Rheruet..................................V T13
- — VI 799
- Brksson.................................Il 267
- La Bretagne économique kï financière.
- — Nos inims et minières. Le minerai de fer de l’Anjou, de la Basse-Rre-tague et de la Fosse vendéenne. . V 7.70
- lîiiowx (0.) et Nees (R.)..............I 113
- Brunck (O.)..........................III VIS
- Bruyant (Antony)......................11 223
- Buisson (Albert).— Le problème des poudres au point de rue technique, crono-
- initjue et national.................V 739
- Bureau des Longitudes. — Conférence
- iiiternatiomde de l Heure...........Y 739
- Rissièjse (F.)........................VI 813
- IUtz..................................IV 030
- c
- CaNOYETTI..............................V 033
- < ! a par t (Je a n). — Voir Petrie W. Fumiers. F.aptier (J.). — La crise et révolution de l’industrie sardinière (Violes du
- Comité de Commerce)................VI 879
- Ciiabaud (Georges). — La protection téqate
- des dessins et modèles..............V 737
- Chaumonot (Henri). — La construction et les usages des docks flottants. (Compte rendu de la séance publique
- du 95 avril 1913)...................V 718
- Ciiénkveau (C.).......................II 210
- Chenu (G.) — Voir Posa- (.[.).
- Chevalier (Auguste)...................II 901
- Chômienne (C.). — Histoire de la Ville ele
- llivc-dc-Gier.....................111 507
- Cimino (F.). — Exploitation rationnelle des soufrières de Virdilio et Mintinella. V 753 Claudel (J.) et Dariès (Georges).-— Introduction à la science de l’ingénieur. Partie théorique de l’aide-mémoire des ingénieurs, des architectes,
- etc,................................V 759
- Clément et Rivière. — L’acétate de cellulose et ses applications, notamment
- à la fabrication des films ininflammables.
- (Compte rendu de Ja séance pu-
- bliqne du 11 février 1913) . . 11 361
- ( Iollot 11 221
- Contex (A.). — La question du moteur
- sans soupape : le moleur Kniglit. . V 757
- Cornuisert (R.). — Voir Ui.lmann Fritz. Couturaud (P.). — Notes du Comité des
- Constructions et des Beaux-Arts . V 721
- — Nommé membre correspondant . II 366
- Gram: \ VI 896
- Crolhois 11 212
- Cuk.not.— Il ici ères canalisées et canaux . V 7;>N
- D
- Dantzer (James et Robert). — Traite élémentaire de tissage...............V 752
- Dariès (Georges). — Voir Claudel.
- Dayanne. — Compte rendu de la séance solennelle publique du 21 janvier 1913...........................II 191
- Debos (Joseph-Emile)................II 205
- De Condé (Fernand). — Le tracteur-toueur Arion (Revue de Culture mécanique)............................ I 159
- — Le tracteur de Mesmay (Revue de
- Culture mécanique)................II 350
- — Le tracteur de M. Gilbert (Revue de
- Culture mécanique)...............III 181
- — (Juelques détails de construction re-
- levés au Concours général agricole de Paris (Revue de Culture mécanique) ........................... 111 195
- — Tracteur Avery (Revue de Culture
- mécanique)........................IV 592
- — Charrue tritureuse de M. E. Méline (Revue de Culture mécanique) . . IV 601
- — Motoculteur de M. de Meyenburg (Revue de Culture mécanique). . . V 699
- De Gaeciiter (Eugène). —Compte rendu de la séance solennelle publique du 21 janvier 1913.....................II 192
- De Graffigny (H.). — Manuel pratique du chauffcur-wattman.................V 756
- De Lagorsse (J. M.). — Compte rendu des travaux du Congrès de Mécanique agricole................................II 372
- p.930 - vue 934/950
-
-
-
- NOMS DUS AUTEURS MENTIONNÉS.
- JUIN i9i:i.
- 931
- Dki.ai’orte (Maurice). — L’ « éjectair » Brcgucl.
- (Compte rendu de la séance publique du ] 1 avril 1913) . . . VI 743
- — — (Mémoire de l’auteur)..........VI 7!)!)
- Ueluousouet (A.). — Monographie comptable d'un grand magasin de détail . V 793 Ilia,i.oye. — La fabrication mécanique (I u verre à vit res.
- (Compte rendu de la séance publique du 11 avril lût.'!) ... V 7i0 Du Montessus de Ballore (Henry). — La fabrication des celluloses de papeterie
- a a!res que celte du bois.........VI 922
- De Miralt (C.). . . . •..............V 719
- Dessaisaix (IL). — Une année de culture mécanique en Haute-Garonne (Revue
- de Culture mécanique)..............V 990
- Direction des Lu \ et Forêts. — Restauration et cons>'rr dion des terrain« en
- montagne...........................I 174
- Di chemin (IL)......................VI 898
- I ) l CHKTKT........................II 229
- Dyhoavski. —Le rouissage chimique des libres (lin, chanvre, ramie, etc.).
- (Compte rendu de la séance publique du 29 avril 1918). ... V 740 Dwelsuauvers-Dery. — Membre correspondant décédé.......................V 789
- E
- Ki.us (Cari.kton)....................... II 828
- Karel (Alfred). —Membre décédé . IV 010
- Kscard (J.).— Le travail mécanique de la
- pierre dans l'industrie.............III 809
- Ksl'eut.................................II 227
- Ksimtallier (IL). — Voir Lorenz.
- F
- K aux (Léon). — Travaildes laines àpeigner. Principes et théorie de la transformation des laines brutes en fils peignés. VI 91/ Féry (G.). — Rapport sur les iulerféroui êtres pour les gaz et les ('aux et sur l’epidiasrope construits part.. Zoiss de lena............................IV 920
- Féry (C.). —Rapport sur l’appareil dit insectoscope de M. Pierre Marié . V 090 Figiiiéra (Roger). — La protection légale des travailleurs en France. Tomcl". VI 929
- Fn/rz (G.).............................II 800
- Firtii (.1.)............................V 077
- Florentin (D.).........................IV 904
- Franche (G.). — Recettes utiles du bdti-
- mput et de Vhabitation...............V 790
- François (L.). — Les aliments sucrés (Chocolats, bonbons, confiseries, con"
- fitures)............................II 878
- Friend, West et Bentley................VI 884
- Froment-Meurice. — Membre décédé. VI 203 Fry (II.).............................. V 718
- G
- Gagey (R.). — Limite économique d’emploi d’un tracteur (Revue de Culture
- mécanique)........................I 104
- — Résultats d’essais du tracteur Ru-mely (Revue de Culture mécanique) .............................II 84G
- Gallois. — La fabrication française et les applications du quartz pur transparent et les nouvelles lampes quartz à vapeur de mercure.
- (Compte rendu de la séance publique du 23 mai 1913). . . . VI 910 Gandillot (Maurice). — Abrégé sur /’hélice et la résistance de l’air......I 178
- Garçon (J.). —Notes de Chimie. . . 1 114
- — — ... II 320
- — — ... 111 447
- — — ... IV 990
- — — ... V 007
- — — ... VI 830
- Gatin (G. L.). — Les arbres, arbustes et
- arbrisseaux forestiers. Les fleurs des
- bois.............................VI 922
- Gatin (C. L*). — Voir Nanot.
- Gaumont (L.). — La cinématographie en couleurs naturelles par le procédé tri-chrome.
- (Compte rendu de la séance pu-
- Clique du 28 février 1913). . . Il 309
- Gaylky (.1.) . V 079
- Gee . VI 894
- Geinitz (IL) . I 123
- p.931 - vue 935/950
-
-
-
- 932
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- JUIN 1913.
- GlLDEMEISTER (15.) Ct HOFFMANN (Fl'.). —
- Les huiles essentielles. Traduction par
- Gustave Lat.oiie.................III 308
- Girard (A. Cli.). — Rapport sur un programme de recherches relatives au rouissage microbiologique du lin. VI 91V Commer.Ft (J.). — Manuel -pratique du géomètre-expert..........................V 736
- Granjon (R.) et Rosemberg (P.). — Manuel pratique de soudure autogène . I 179
- Ghesuam et Craven....................VI 89f>
- Gui fret (Léon). — Compte rendu de la séance du Comité des Arts chimiques du I V janvier 1913..................VI 623
- II
- IIaldane (J. S.)....................VI 837
- IIamiuton (M.)......................VI 832
- IIauser (O.)........................IV 303
- Heim (F.)...........................II 216
- Herrgott (C.).......................II 218
- IIinard (G.). — La porcelaine d’amiante II 233
- IIinriciisen.........................V 678
- Hitier (II.). — Notes d’Agriculllire. . I 133
- — . . II 336
- — — . . III 462
- — — . . IV 366»
- — — . . V 683
- — — ... VI 8V3
- Hitier (IL). — La petite culture dans J’Ardèche (Rapport sur le prix Mey-not)..................................I 90
- — Rapport sur M. J. Dehos (Séance
- solennelle publique du 2V janvier 1913. Prix Mcynot)................II 203
- — Rapport surM. Pierre Schutz (Séance
- publique du 2V janvier 1913, Prix-Fourcade) ........................II 20 V
- — Progrès de l'agriculture russo*(Notcs
- d’Agriculture).....................I 133
- — L’approvisionnement du marché
- français en viande (Notes d’Agriculture) ............................II 336
- — La semaine agricole de Paris (Notes
- d’Agriculture)...................III 462
- --------Compte rendu de la séance publique du 14 mars 1913...............IV 619
- Hitier (II.) La 44e session annuelle de la Société des Agriculteurs de France (Notes d’Agriculture)...............III 463
- — Concours d’animaux gras (Notes
- d’Agriculture....................III 466
- — Les produits agricoles et l’Exposition
- de la Compagnie P.-L.-M. (Notes d’A-griculturc.......................III 467
- — L’exposition des machines agricoles
- (Notes d’Agriculture)............III 470
- — Le Congrès des exportations agricoles (Notes d’Agriculture .... III 463
- — L’Agriculture dans la Macédoine et l’Épire (Notes d’Agriculture) ... IV 366
- — Observations relatives à la culture
- du houblon dans les principaux pays houblonniers étrangers (Notesd’Agriculture)...........................V 683
- —• Culture, production et commerce du blé dans le monde (Notes d’Agriculture) ................................V 843
- Hoffmann (Fr.). — Voir Gildemeister.
- Hoffmann (W.)........................IV 339
- Institut international d’Agriculture. — Statistique des superficies> cultivées, de la production végétale et du bétail dans les pays adhérents.............III 308
- J
- James (II.).*..........................III 430
- Janet (P.). — Leçons d’électrotechnique
- gênertde.............T . II 371
- Janet (P.)..............................II 194
- Joret. — Voir Strot.
- JULLY...................................II 211
- K
- Kaye (L.) V 726
- Kayser . . 111 303
- VI 903
- K LINO (A.) IV 364
- Kotu (G.) V 679
- p.932 - vue 936/950
-
-
-
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS. ----- JUIN 1913.
- 933
- L
- Laffitte (Louis). — Rapport général sur ïExposition internationale de V Est de la
- France, Nancxj, 1909...............I
- Laiiaciie (Jean) et Marre (Francis). — Beurre de vache et graisse de coco . VI
- Lake (F.)............................IV
- Lamalle (U.) et Lecein (F.). — La locomotive.............................V
- Laloue (Gustave). — Voir Gildemeister. Lamoitier (Paul). — Traité théorique et pratique de triage, peignage et filature.
- de la laine peignée.............. I
- Lebeau ............................ IV
- Leblanc (Maurice). — Des grandes vitesses en mécanique.
- (Compte rendu de la séance publique
- du 10 janvier 1913)..........I
- -----(Mémoire de l’auteur) .... III
- Le Chatelier (Henri). — Compte rendu de la séance du Comité des Arts chimiques du 14 janvier 1913 .... IV
- — Compte rendu de la séance du Co-
- mité des Arts chimiques du 11 mars 1913..............................IV
- — Rapport sur un programme de re-
- cherches relatives à l’écrouissage par le capitaine Nicolardot...........IV
- Lecler (Paul). — Les applications agricoles de l’électricité au point de vue économique.
- (Compte rendu de la séance pu-
- blique du 14 mars 1913) ... IV
- Lecler (Paul).......................V
- Lecomte (Denis). —Comment on crée une mine................................III
- Lecornu (L.). — Rapport sur les expériences relatives à la résistance au mouvemement des corps dans l’air
- exécutées par M. Canovetti. . . . V
- Lederer et Baciimann................VI
- Legein (F.). — Voir Lamalle.
- Le Grain (René)....................II
- Leinweber...........................VI
- Lemaire (E.). — Progrès réalisés récemment dans la production des basses températures et perfectionnement des machines frigorifiques à compression imaginé par M. Voorhees*
- 175
- 919
- 550
- 758
- 176
- 626
- 169
- 413
- 623
- 626
- 628
- 619
- 729
- 509
- 633
- 843
- 229
- 897
- (Compte rendu de la séance publique du 28 février 1913). . .11 367
- Levât (D.). — Richesses minérales de Madagascar............................I 176
- Lévy-Salvador. — La houille verte et les travaux de M. Bresson..............II 266
- Lièvre.............................II 217
- Lindet (L.). — Discours présidentiel à la séance solennelle publique du 24 janvier 1913...................II 185
- — Compte rendu de la séance du Co-
- mité des Arts chimiques du 11 mars 1913.............................IV 625
- — Compte rendu de la séance du Co-
- mité d’Agriculture du 22 janvier 1913............................III 505
- — Froment filé (shredded wheat des Américains).
- (Compte rendu de la séance du Comité d’Agriculture du 19février 1913)..........................IV 629
- — Rapport sur le mémoire relatif aux
- fosses mécaniques à superphosphate système Wenk.....................VI 790
- — Séance publique du 10 janvier
- 1913..............................I 169
- — Séance publique solennelle du 24 jan-
- vier 1913...........................I 171
- —• Séance publique du 14 février
- 1913............•..................II 360
- — Séance publique du 28 février
- 1913...............................II 365
- — Séance publique du 14 mars 1913. IV 617
- — Séance publique du 11 avril 1913. V 738
- — — 25 — — V 744
- — — 23 mai 1913. V 907
- Livache (Ach.). — Compte rendu de la
- séance publique du 9 mai 1913 . . VI 905
- — Compte rendu de la séance du Co-
- mité des Arts chimiques du 11 mars 1913..............................IV 625
- — Rapport sur l’ocre de MM. Sirot et
- Joret.............................VI 765
- Lorenz (Hans). — Nouvelle théorie et calcul des roues-turbines. H.Espitallier et
- H. Streiiler (trad.) •..............V 758
- Lucas.........................‘ ’ II 214
- p.933 - vue 937/950
-
-
-
- 934
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS.
- JUIN 1913.
- M
- Marru (René).............................VI Si I
- Mackr (II(miri).....................11 221
- •— Les sourciers et leurs ]>rocédés. La
- baguette. Le pendule.............A'I 923
- Main (F.).— La culture méranique du riz en Indu-Chine ('Revue de Culture
- mécanique)...........................111 ITT
- Main (NVA. — Le crllulo'i'l. et scs succédanés .....................................11 37 ! >
- Manrin (G.) Tracteur Piller (Revue do
- Culture mécanique) V 703
- Manufacture i>’ Il O R 1.0 C E R I K l)K RÉ-
- TIIUNK H 210
- — IV 313
- Marchai. (P.).-— L. a désinfection des vé-
- pétaux par les fumiirations d’acide
- cvanbvdrique . II 287
- Marié (Pierre). — - Dispositif nouveau
- facilitant l’examen microscopique d’un objet opaque et en relief (insec-toscope).
- (Compte rendu de la séance publique du 14 mars 1913). ... IV Ii2l —. — (Mémoire de l’auteur) .... V 038 Makmu (M.). — Essais d’appareils de culture mécanique à Sétif et à Maison-Carrée (Algérie) (Revue de Culture
- mécanique) . ».................... I 147
- Marne’(Franris)......................V 919
- Masson (L.). — Rapport sur le système de bascule automatique « Æquitas » de la Manufacture d’Ilorlotrerie de Rethune.............................. IV 313
- Mationon (Camille)...................IV 072
- — Le problème de la tixation industrielle de l’azote. Ses diverses solu-lio us.
- —. — (Mémoire de l’auteur). . . VI 803 —. — (Compte rendu de la séance
- publique du 23 ruai 1913). . . VI 911 Mauclère. — La manipulation et l’em-mapasinage des liquides inflammables hors du contact de l’air. Appareils
- Rolland et Mauclère.
- (Compte rendu de la séance publique du 9 mai 1913)............VI 903
- Mii.uiKiir.. — Voir Renker.
- Moiian (.1.)..........................V 081
- Monier (E.). — Lu télégraphie sans fil, lu télémécanique cl tu, téléphonie sans fil à
- la portée de tout le monde. 71' éd . . VI 924 Mo.vmjr.xiKR (J.-A.).— Voir Scum.z.
- Moreau (A.). — A ^censeurs et mon le-
- charges............................II 371
- — Considérations générales sur les vitrages sans mastic. (Notes du Comité des Constructions et d < * s Rrau.x-
- Arts)...............................V 72 4
- Mixi.kr (P.)..........................Il 331
- Mi soiinkr (II.)......................IV 303
- N
- Namias (R.)........................111 438
- Nanot (J.) et Gaïin (C.-L.). — Le séchage
- des fruits et des légumes........Il 37 4
- Neumann (IL). — Voir Posr (J.).
- Nicoi.ardot........................IV 029
- Nolijt (Antonin). — Les vers à soir. Sériciculture moderne..............V 733
- Nlnzio Zuno. — L'examen des mines.
- (La stima delle minière)..........H 37 4
- 0
- Oi.mvier (IL). —Cours de physique géné-rale. Tome II : Thermodynamique et
- étude de l'énergie rayonnante ... VI 921
- Oi.kv. — Membre décédé...............VI 907
- Osmond. — Compte rendu de la séance solennelle publique du 24 janvier 1913................................Il J 92
- P
- Pau.atn (Georges). — Les douanes fran-
- cuises . V 730
- Parsons (Charles) . VI 833
- Pki.i.kt (M.). — Voir Posr (1.1. Petit (Louis) . Il 213
- Petit (P.) . V 079
- Petitront. — Compte rendu de la se, a n ce
- publique du 9 mai 1913 . . . . . VI 903
- Petrie W. Fundkrs. — les mis et métiers
- de l’ancienne Egypte. Traduit de l’a n-
- triais par Jean Capart . VI 921
- p.934 - vue 938/950
-
-
-
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS. ----- JUIN 1913.
- 93o
- Dmi.ii> (Arnold)......................iy 553
- Picard (Maurice). — La fabrication des dents artificielles minérales ... IV 323
- — • • ................................II 222
- Piérard (Emile).— La téléphonie. Tome I :
- Les lignes téléphoniques; Tome II : Appareils, commutateurs, tables standards................................V 731
- Pu.a (Fernand). — Une campagne d'attaché commercial..................• . V 734
- Pillard (II.). — Le treuil Gastelin (Revue de Culture mécanique) . . III 480 Pitayai. (Robert). — Annuaire universel des mines et de la métallurgie ... V 733
- Pl.UVINAGE............................II 227
- Poincaré (Henri). — Leçons sur les hypo-thèses cosmogoniques, 2e édition. . VI 920
- Porcher...............................II 228
- Post (.1.) et Neumann (13.).— Traité complet d’analyse chimique appliquée aux essais industriels, 2e édition française traduite et augmentée par G. Chenu
- et M. Pellet........................VI 919
- Piullieux. — Rapport sur les travaux de AL Auguste Chevalier (Séance solennelle publique du 24 janvier 1913, médaille d’or grand module). . . II 201 Piiud’homme...........................VI 907
- R
- Ravel (L.). — La labourense idéale (Revue de Culture mécanique) . . I
- Read (L.) et Tucker (A.)..........I
- Renard (Ch.). — Le régime douanier des colonies françaises (Notes du
- Comité de Commerce)..............V
- Rendre............................Il
- Richard (Gustave). — Compte rendu de la séance solennelle publique du 2 4 janvier 1913........................H
- Ringelmann (AL). — Revue de Culture
- mécanique........................I
- _ — .11 _ — . . 111
- — — . . IV
- — — . . V
- _ — . . VI
- — Frais de la moisson avec lieuse tirée
- par un tracteur (Revue de Culture mécanique).....................I
- 103
- 11 !
- 709
- 223
- 188
- 1 47 340 473 382 099 833
- 137
- Ringelmann (M.). —Culture avec un seul treuil à moteur à explosions (Revue de Culture mécanique)..............II
- — Les appareils de culture mécanique au Concours général agricole de Paris (Revue de Culture mécanique) . . III
- — Estimation de la valeur des automobiles et de la puissance des moteurs (Revue de Culture mécanique) . . III
- — Labourage électrique en Tunisie (Revue de Culture mécanique) . . IV
- — Démonstration de labourage méca-
- nique à Alger (Revue de Culture mécanique) .........................V
- — Principes généraux des tracteurs
- agricoles (Revue de Culture mécanique) ..........................VI
- — Compte rendu de la séance du Comité d’Agriculture du 19 février 1913. . IV
- — Aménagement des fumiers et purins. V
- Rivière. — Voir Clément.
- Rivière (Pierre). — Z>s hydroaéro-plancs..............................I
- Robin (Félix). — Sur les constituants en aiguilles des alliages. Bronzes d’aluminium et d’étain spéciaux ... I
- — Phénomène de la saillie de la consti-
- tution de trempe en aiguilles des alliages........................III
- Roger............................. II
- Rosemberg (P.). — Voir Granjon.
- Rousseaux (E.).......................V
- — Préface de L’ocre, par Sirot etJoret. VI
- Roy (Gustave). — Compte rendu de la
- séance solennelle publique du 24 janvier 1913......................11
- 332
- 473
- 483
- 383
- 704
- 833
- 631
- 730
- 178
- 12
- 377
- 223
- 678
- 768
- 190
- S
- Saunier (IL). —A propos de culture mécanique (Revue de Culture mécanique) .................................II 349
- SAiLLARD (Emile). — La main-d’œuvre agricole et la culture mécanique dans les fermes à betteraves (Revue de Culture mécanique).......................IV 390
- Saillard (Emile). — Betteraves et sucrerie
- de betteraves.......................VI 916
- Schaeffer (J.).......................III 436
- Seuils (J.). — Installations Icléplviniqucs,
- 3e édition..........................VT 924
- p.935 - vue 939/950
-
-
-
- 936
- NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS. ----- JUIN 1913.
- Scrioop...............................II 321
- Sciiubert(A.).— Notes (le Mécanique. V 71 JS — — VI 890
- Schulz (Ernest). — Manuel, pratique de l’ouvrier clectricicn-mécanicicn. Adaptation française, par J.-A. Montpel-
- lier ............................III 308
- ScnuTz (Pierre)......................II 204
- Serpek...............................VI 911
- Sioeksky (I).). — La fabrication du
- sucre..............................V 753
- S IEEE R T (E.).....................III 457
- Sirvestre (E.). — Voir Roniiomme.
- Sirot (Maurice) et Joret (Georges). —
- L’ocre . .........................VI 708
- Sirot (Maurice).......................V 078
- Société Nationale u’Horticulture de France (Section des roses).—Les plus belles roses au début du XXa siècle. . V 75 4
- Sprent (G.)..........................IV 557
- Stevens (II.)........................IV 501
- Stougiiton (B.)......................IV 550
- Streiiler (II.). — Voir Lorenz.
- Strutt (B.)...........................V 071
- T
- U
- Hllmann Fritz. — Travaux pratiques de chimie organique, traduit de Lallemand par B. Cornijbert, 2° éd. française, revue et augmentée .... VI 924
- V
- Valette (Th.). — La teinture ancienne et la teinture moderne.
- (Gonipte rendu de la séance pu-
- blique du 9 mai 1913)......IV 905
- Vallery-Radot.....................VI 908
- Vallier (René). — Les savons. ... II 372
- Ventou-Duclaux....................II 227
- Verein Deutsciier Eisenhüttenleute in Dusseldorf. — Généralités sur la Sidérurgie (Gemeinfassliche üarstelluny
- des Eisenhüttenu'esens)............II 373
- Verneuil (Auguste).— Membre du Conseil décédé (Compte rendu de la séance
- publique du 9 mai 1913)............VI 902
- Vic.non (Léo).........................I 122
- Vincey (P.). — Les huîtres et la fièvre
- typhoïde à Paris...................II 227
- Von Straiil...........................V 719
- Tassilly . . 11 227
- Taylor (F.-W.) . . . IV 020
- Teyssier (R.). — La sucrerie . . . . II 373
- Thompson (W.) . . . III 450
- Tony-Ballu. — Débrayage automatique
- pour instruments agricoles. . . . III 409
- — . . . 11 229
- Toulon. — Rapport sur M. G. Bossé et
- M. P. Bourge.
- (Compte rendu de la séance solen-
- nelle publique du 24 janvier
- 1913) . . . II 200
- — L’application du freinage continu
- aux longs trains de marchandises en Europe.
- (Compte rendu de la séance publique du 14 février 1913). . . II 363 — Les chemins de fer électriques d’intérêt local de la Haute-Vienne.
- (Compte rendu de la séance publique du 14 février 1913). . . II 303
- Treve r.........................II 225
- Tucker (A.) et Read (L.)........I 114
- w
- Wallach (R.)........................V 072
- Wallner (Joseph)...................IV 811
- W A T TE BLED (F.).................IV 555
- Weidlein (E.).....................111 460
- Wéry. — Compte rendu de la séance du Comité d’Agriculture du 19 février 1913.........................IV 030
- West, Fiuend et Rentre y...........VI 834
- Wiieeler-Balcke....................VI 900
- W lESELSBEROER.....................VI 890
- Williams ((4.)....................I V 504
- Worden (C.)........................ I 123
- Z
- Zaciiarewicz (E.). — Conditions des labours et des binages à donner aux vignes (Revue de Culture mécanique) ..............................IV 870
- Zeiss (C.).........................IV 520
- p.936 - vue 940/950
-
-
-
- TABLE ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE
- DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LE 1er SEMESTRE DE LA CENT DOUZIÈME ANNÉE DU BULLETIN
- (janvier-J U IN 1913)
- Tome 119
- Le nombre en chiffres romains indique le numéro du cahier. Le nombre en chiffres arabes
- qui le suit indique la page.
- A
- Acétylène. Les dissolvants de 1’ — (Notes de Chimie), par J. Garçon. . . III 450
- Acide lactique. Fabrication de F------
- (Notes de Chimie), par J. Garçon . IV 559
- Aciers. La corrosion des — chromés, acier-nickel et aciers chrome-nickel (Notes de Chimie), par J. Garçon. VI 834
- ADMINISTRATION, COMPTES RENDUS ETC.,
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- Comptes rendus des séances :
- Séances publiques. lOjanv. 1913. . . I 168
- — — 24 — 1913.1, 171
- et II 185
- — — 14 fév. 1913. . II 360
- ' — — 28 — 1913. . II 365
- — — 14marsl913. .IV 617
- — — 11 avril 1913. . V 738
- __ _ 25 — 1913. . V 744
- — — 9 4xiai 1913. . VI 901
- — — 23 — 1913. .VI 907
- Séance solennelle publique. — 24 janvier
- 1915...................I 171 et II 185
- Comité d’Aoriculture :
- — 22 janvier 1913..........III 505
- — 19 février 1913..........IV 629
- _ ...........VI 914
- Comité des Arts chimiques :
- — 14 janvier 1913...............IV 622
- Conseil d’administration de la Société d’Encouragement (Composition du)
- pour l’année 1913................I 3
- Listes des récompenses décernées par la Société d’Encouragement pour
- 1912, le 24 janvier 1913........II 240
- Subvention de 1700 fr. du Ministère de l’Agriculture (Compte rendu de la séance publique du 25 avril 1913). V 745
- — accordées par la Société d’Encouragement, le 20 février (Compte rendu de la séance publique du
- 28 février 1913) ..............II 366
- Adrénaline (voir Epinéphrine).
- AGRICULTURE ET CULTURE MÉCANIQUE
- Agriculture. L’ — dans la Macédoine et l’Épire (Notes d’Agriculture), par H. Hitier.........................IV 566
- — Progrès de F — russe (Notes d’Agriculture), par H. Hitier .... I 133
- Blé. Culture production et commerce du — dans le monde (Notes d’Agriculture), par H. Hitier...........VI 845
- Manganèse en agriculture. Le---------
- (Notes de Chimie), par J. Garçon. I 130 Petite culture. La----dans l’Ardèche
- p.937 - vue 941/950
-
-
-
- 938
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. — JUIN 1913.
- (Rapport sur le prix Meyuol), par
- II. IIitikr.........................1 90
- Viande. L’approvisionmmonl Ou marché français en — (Noies (l’Agriculture), par 11. IIitier............Il 330 •
- Concours, Conçues, Expositions, etc.
- Animaux g ms. Concours0’--------(Noies
- (l'Agriculture), par 11. IIitikr . . III 400 Exportations agricoles. Le Congrès des
- ------. (Noies (l'Agriculture), par
- 11. IIitikr.......................111 403
- Produits agricoles. Les-------et l'Ex-
- position de la Cie P.-L.-M. (Notes (l’Agriculture), par II. IIitikr. . 111 407
- Snnuine agricole. La — — de Paris.
- (Notes (l’Agriculture), par 11. Ih-
- tikr................................III 402
- -----La---------de Paris, par IL IIitikr
- (Compte rendu de la séance publique du 14 mars 1913).........IV 019
- Société des Agriculteurs de P, ante. La 41'' Session annuelle de la — —
- — -----(Notes d’Agriculture), par
- IL IIitier.....................111 • 103
- Culture mécanique :
- Culture mécanique. A propos de-------
- (Hevue de Culture mécanique), par
- Henry Sagmkr....................II 319
- — — Les appareils de-----au Concours
- général agricole de Paris (Revue de Culture mécanique), par Max Rin-
- «ELMANN........................III 473
- -----La — — du riz eu Indo-Cliine
- (Revue de Culture mécanique), par F. Main. .................Ill 477
- — — Une année de-----------eu Jlaule-
- Garonne (Revue de Culture mécanique), par R. Dessatsaix. ... IV 390 Construction. Quelques details de — relevés au Concours général agricole (Revue de Culture mécanique),
- par F. de Conrk....................111 493
- Débrayage automatique pour instruments agricoles, par Tony-Raeeu. III 409 Electricité. Les applications agricoles de 1’—au point de vue économique, par Paul Lkclkr (Compte rendu de la. séance publique du 14 mars
- 1913)...............................IV 019
- Motoculteur du M. de Meyenlmrg (Re-
- vue de Culture mécanique), par
- F. me Coinrk..................V 099
- Puissance. — Estimation de la valeur des automobiles et de la — des moteurs (Revuede Culture mécanique), par Max Rinoklmann..............III 4S3
- Labourage Laboureuses et charrues :
- Labours. Conditions des — et. des binages à donner aux vignes (Revue de Culture mécanique), par E. Z\-
- CHAREWJCZ.....................IV S70
- Labourage élccti igtie en Tu n mie (Revue de Culture mécanique), par Max
- Rinoklmann...........• . . . IV 383
- Charrue tritureuse de M. Meline (Revue de Culture mécanique), par Fernand de Conrk...................IV 003
- La laboureuse idca,c (Revue de Culture
- mécanique), par L. Rayki....... 1 103
- Laéoureuses. Quelques anciennes —à pièces travaillantes animées d'un mouvement circulaire continu autour d’un axe horizontal perpendiculaire au sens (l’avancement de la machine (Revue de Culture mécanique), par Fernand de Conrk . IV 008 Main-d'œuvre. La — —• agricole et la culture mécanique dans les fermes à betteraves (Revue de Culture mécanique), par Emile Gaillard. . IV 390
- Tracteurs et treuils :
- Tracteur. Frais de la moisson avec lieuse tirée, par un — (Revue de Culture mécanique), par M. Rinokl-
- MANN.........'..................1 137
- —. Limite economique d’emploi d’un —. (Revue de Culture mécanique),
- par R. G âge y..................I 101
- Treuil. Culture avec un seul — à moteur à explosions (Revue de Culture mécanique), par Max Ringel-
- MANN...........................II 332
- Tracteurs. Epreuves et classement des — automobiles (Revue de Culture mécanique), par Max RINOKLMANN ......................... IV 003
- Tracteurs agricoles. Principes généraux des — — (Revue de Culture mécanique), par Max Rinoelmann. VI 833 Tr acteur-toueur. Le----Arion (Revue
- p.938 - vue 942/950
-
-
-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
- JUIN 1913.
- 939
- • le Culture mécanique), par Fernand du Fondé)...............I i;;o
- / raxleur Avery (Revue de Culture mécanique), par Fernand de Condé. IV 392 - Èe — de M. Gilbert (Revue de Cul-Iiir(ï mécanique), parF. de Fondé. III 481
- — Le — de Mosmay (Revue de Culture mécanique), pur Fernand de Fondé II 330
- — Pilter (Revue de Culture méca-
- nique), par F. Manrin .........V 703
- — Résultats d’essais du — Rumelay (Revue de Culture mécanique), par R. G ace y.......................II 340
- Treuil. Le — Caslelin (Revue de Culture mécanique), par II. Pillaud. III 480
- Expériences, concours, expositions, etc. démonstrations : l’omité français de Culture mécanique (Revue de Culture mécanique), par
- .M. Rinuelmann...................I 167
- Concours.— (Revue de Culture mécanique) ...........................VI 871
- Concours et e.rpositiuns. — (Revue de Culture mécanique)...............III 304
- — (Revue de Culture mécanique), par
- Max PÎlNGELAIANN................IV 010
- Démonstration de labourage mécanique à. Alger (Revue de Culture mécanique). par Max Rincelmann. . . V 70i
- — de labourage mécanique (Alger, 3
- et 4 avril 1913) (Revue de Culture mécanique)......................II 337
- Essais d'appareils de Culture mécanique à Sétif et à Maison-Carrée (Algérie) (Revue de Culture mécanique), par M. Marmu...............I 147
- Expériences de culture mécanique organisées parla Société des Agriculteurs de France avec le patronage du Comité français de Culture mécanique (Revue de Culture mécanique), par Max Rincelmann. . III 502
- — publiques (Revue de Culture mécanique), par Max Rincelmann. . V 708
- Exposition de Bruxelles (8-17 mars 1913) (Revue de Culture mécanique) . II 359
- — des machines agricoles (Notes d’Agrirulture), par II. IIitier. . III 470
- A I liages. Sur les eonsl ituantsen aiguilles des —. Rronzes d’aluminium et d’étain spéciaux, pur Félix Rorin............I 12
- Alliages. Phénomène de la saillie de la constitution de trempe en aiguilles
- des —, par Félix Robin..........III 377
- —. Dur-iron, — non corrodable (Notes
- de Chimie, par J. Garçon).......V 074
- Aluminium. La corrosion de 1’ — (Notes de Chimie), par J. Garçon . IV 552 Analyse des mélanges gazeux par refroidissement au moyen de l’air liquide (Compte rendu de la séance du Comité des Arts chimiques du 11 mars
- 1913)............................IV 020
- A dation. Stabilitélongitudinale statique des aéroplanes (Notes de Mécanique),
- par A. Schubert..................VI 890
- Azote. Sur l’azoture d’aluminium (Notes de Chimie), par J. Garçon .... I 114 —. L’ammoniaque synthétique (Notes de Chimie), par J. Garçon .... V 007 — actif (Notes de Chimie), par J. Garçon..................................V 071
- —. Fixation de 1’ — par le charbon (Notes de Chimie), par J. Garçon . VI 831 —. Le problème de la fixation industrielle de P —. Ses diverses solutions, par C. Matignon
- (Mémoire de l’auteur)............VI 805
- ---1------(Compte rendu de la séance
- publique du 23 mai 1913).........VI 911
- H
- Baryte. Réduction de la magnésie par l’aluminium et de la — par le silicium (Notes de Chimie), par J. Garçon . V 072
- Bascule. Système de — automatique « Æquitas » de la Manufacture d’Hor-logerie de Béthune (Rapport de M. Léon Masson)..................IV 513
- Béton arme. Fabrication en usine des
- armatures pour------, système Cen-
- trator (Notes du Comité des Constructions et des Beaux-Arts), par
- P. Couturaud...................V 72^
- BIBLIOGRAPHIE.
- Analyse. Traité complet d’ — chimique
- appliquée aux essais industriels, par
- p.939 - vue 943/950
-
-
-
- 940
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. ---- JUIN 1913.
- J. Post et B. Neumann, 2e édition française traduite et augmentée par G. Ciienu et M. Pkllet. . . . VI 919 Arbres. Encyclopédie pratique du naturaliste : Les —, arbustes cl arbrisseaux forestiers, par G.-L. Gatin. Les fleurs des bois, par G.-L. Gatin. . VI 922 Ascenseurs et monte-charges, par A.
- More.au..........................II 371
- Jiàiiment. liecettes utiles dit — et de l’industrie, par G. Franchi:. ... V 730 Betteraves et sucrerie de betteraves,
- par Emile Saillard...............VI 910
- Beurre de vache et graisse de coco, par Jean Laiiache et Francis Marre. VI 919 Catalogue international de la littérature
- scientifique.....................VI 921
- Celluloïd. Le •— et ses succédanés, par
- W. Main......................• . II 373
- Celluloses. La fabrication des — de papeterie autres que celle du bois, par Henry de Montessus de Ballore. VI 922 Chauffeur. Manuel pratique du — watt-man, par II. de Graffigny. ... V 736
- Chimie du sol, par C. André.........I 177
- Chimie. Travaux pratiques de — organique, par Fritz Lllmann, traduit de l’allemand par R. Cornubert,
- 2e édition française revue et augmentée ............................VI 924
- Commerce. Une campagne d'attache commercial, par Fernand Pila ... V 734 Comptabilité, Monographie comptable, d’un grand magasin de détail, par A.
- Delbousquet.........................V 733
- Constructions métalliques (Résistance des matériaux, Matériaux, Assemblages, Poutres, Colonnes, Planchers, Escaliers, Combles, Ponts), par J. Bonhomme et E. Silvestre . I 177 Cosmogonie. Leçons sur les hypothèses cosmogoniques, par Henri Poincaré,
- Culture. Statistique des superficies cultivées, de la production végétale et du bétail dans les pays adhérents à I’Institut International d’Agricul-
- ture.............................111 308
- Diastases. Recherches sur les—qui concourent à la digestion des hydrates de
- carbone, par 11. Bierry.............I 174
- Douanes. Les — françaises, par Georges
- Pai.lain...........................V 730
- Electricité. Manuel pratique de l'ouvrier ëlectrieien-mécanicien, par Ernest Schulz. Adaptation française
- par J.-A. Montpellier............III 308
- Electrotechnique. Leçons d' — générale,
- par P. Janet..................... Il 371
- Expositions. Rapport gëninal sur l —
- internationale de l'Est de la France, Nancy 1909, par Louis Laffitte. I 173 Farines, fécules et amidons, par Marcel
- Arpin......................... VI 916
- Fleuves, canaux et ports. Notes bibliographiques, comprenant la liste des principaux .ouvrages parus en librairie et articles publiés dans les périodiques de tous les pays, du l*r janvier 1907 au 31 décembre 1910, par I’Association internationale
- PERMANENTE DES CONGRES DE NAVIGATION. .......................I 173
- Fruits. Le séchage des — et des légumes, par J. Nanot et C.-L. Gatin. . . II 374 Fumiers. Aménagement des — et purins, par Max Ringelmann ... V 736 Géomètre-expert. Manuel pratique du
- -----, par J. Gommelet......... V 736
- Hélice. Abrégé sur l'— et la résistance de l’air, par Maurice Gandillot. I 178 Heure. Conférence internationale de l’—
- Bureau des Longitudes.............V 732
- Huiles. Les—essentielles, par E. Gilde-meister et Fr. Hoffmann. Traduction par Gustave Laloue ... III 308 Hydroaréoplanes. Les — par Pierre
- Rivière...........................1 178
- • Ingénieur. Introduction à la science de V—. Partie théorique de l’aide-mémoire des ingénieurs, architectes, etc., par J. Claudel et Georges
- Darius............................V 739
- Laines. Travail des — à peigner. Principes et théorie de la transformation des laines brutes enfiJspeignés,
- par Léon Faux....................VI 917
- Livres. Les nouveaux — scientifiques et industriels. Vol. II : Bibliographie de 6 693 livres publiés en France du 1er juillet 1907 au 30 juin 1912. VI 923 Locomotive. La — par U. Lamalle et
- F. Legein.........................V 738
- Mécanique. Compte rendu des travaux
- p.940 - vue 944/950
-
-
-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
- JUIN 1913.
- 941
- du Congrès de — agricole, par J.-M. de
- Lagorsse.........................n
- Métiers. Les arts et — de l’ancienne Égypte, par W. Flinders Petrie. Traduit de l’anglais par Jean Ciia-
- PART ...........................VJ
- Mines. Richesses minérales de Madagascar, par D. Levât..............I
- —. Comment on crée une mine, par
- Lecomte-Denis..................III
- —. Annuaire universel des — et de la métallurgie, par Robert Pitaval. V —• L’examen des — (La slima delle minière), par Nunzio Ziino ... II —. Nos — et minières. Le minerai de fer de l’Anjou, de la Basse-Bretagne et de la Fosse vendéenne, édition de La Bretagne économique et financière..............................V
- Moteur. La question du — sans soupape, le moteur Knight, par A. Con-
- TET..............................V
- Physique. Cours de — générale, par H. Ollivier. Tome II : Thermodynamique et étude de l’énergie rayonnante............................. VI
- Pierre. Le travail mécanique de la — dans l’industrie, par J. Escard. III Poudres. Le problème des — au point de vue technique, économique et national, par Albert Buisson. . V Protectum. La — légale des dessins et modèles, par Georges Chabaud. V —. La — légale des travailleurs en France,parRogerFiGHiÉRA.TomeI.VI Rive-de-Gier. Histoire de la Ville de —,
- par C. Chômienne...............III
- Rivières canalisées et canaux, par Cuê-
- NOT..............................V
- Roses. Les plus belles — au début du A'Xe siècle, par la Société nationale d’IIorticulture de France (Section
- des roses)...................... V
- Roues-turbines. Nouvelle théorie et calcul des--------, par Hans Lorenz, II.
- EspiTALLiERetH. Strehler (trad.) V Savons. Les —, par René Vallier. II Sidérurgie. Généralités sur la — (Ge-meinfassliche Darstellung des Eisen-hùttenwesens), publié par le Verein
- DEUTSCHEIl EiSENIIÜTTENLEUTE IN DüS-
- SELDORF.........................H
- Tome 119. — 1er semestre. — Juin
- Soudure. Manuel pratique de — autogène, par R. Granjon et P. Rosem-
- BERG.............................I 179
- Soufrières. Exploitation rationnelle des
- — de Virdilio et Mintinella, par E. Ci-
- mino........................... . V 753
- Sourciers. Les — et leurs procédés. La baguette. Le pendule, par Henri
- Mager............................VI 923
- Sucre. La fabrication du —, par D. Si-
- dersky............................V 755
- —. La sucrerie, par R. Teyssier . . II 373 —. Les aliments sucrés (chocolats, bonbons, confiseries, confitures), par
- L. François......................II 37
- Télégraphie. La — sans fil, la télémécanique et la téléphonie sans fil, à la portée de tout le monde, par E. Monier,
- 7e éd............................VI 924
- Téléphonie. La — Tome I : Les lignes téléphoniques; Tome II : appareils, commutateurs, tables standards,par
- Emile Piérard . . ................V 751
- Téléphonie. Installations téléphoniques,
- par J. Sciiils. 3e éd............VI 924
- Terrains. Restauration et conservation des — en montagne, par la Direction générale des Eaux et Forêts . . I 174 Tissage. Traité élémentaire de —, par James et Robert Dantzer. ... V 752 Triage. Traité théorique et pratique de
- — peignage et filature de la laine peignée, par Paul Lamoitier .... I 176
- Vers. Les — à soie. Sériciculture moderne, par Antonin Nolet . . . .V 755
- Brasserie. Les produits accessoires de la — (Notes de Chimie), par J. Garçon....................................V 679
- C
- Caoutchouc. Nouvelle sorte de — vulcanisé (Compte rendu de la séance du Comité des Arts chimiques du 11 mars
- 1913)..............................IV 625
- Cellulose. Éthers benzoïques de la — (Notes de Chimie), par J. Garçon . IV 563 —. Les éthers formyliques de la — (Notes de Chimie), par J. Garçon . I 123
- 62
- 372
- 921
- 176
- 509
- 755
- 374
- 750
- 757
- 921
- 509
- 759
- 757
- 925
- 507
- 758
- 754
- 758
- 372
- 373
- 1913
- p.941 - vue 945/950
-
-
-
- 942
- TAULE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
- JUIN 1913.
- Cellulose. L'acétate de — et ses appli-eations, notamment à la fabrication de films cinématographiques ininflammables (Compte rendu de la séance publiquedu li février 1913). 11 301
- Chaudière. Injecteur pour —, système Gresbam and Craven (Notes de Mé-canique), par A. Sciiurert .... VI K90 Chaux. Auto-bydrateur Ankerpour l'extinction de la cbaux (Notes du Comité des Constructions et des Beaux-Arts),
- par I*. Couturaud..................V 73a
- Chemins de fer. L’application du freinage continu aux longs trains de marchandises en Europe (Séance publique du 1 1 février 1913), par
- Toulon............................II 303
- Cinématographie. La — en couleurs naturelles par le procédé trichrome (Compte rendu de la séance publique du 28 février 1913), par L. Gaumont.................................. II 309
- Combustion. Le contrôle rapide de la — complète (Notes de Chimie), par
- J. Garçon.........................IV" 555
- —. La — dite spontanée des charbons et leur emmagasinage (Notes de Chimie), par J. Garçon..................I 118
- Condensation. Tour refroidissante à tirage naturel, système Wheeler-Balcke (Notes de Mécanique), par
- A. Scuurert.......................VI 900
- Conserves. L’industrie des — (Noies
- de Chimie), par J. Garçon........V 081
- Corrosion. Protection électrique contre la — du fer et de l’acier (Notes de
- Chimie), par J. Garçon...........VI 831-
- —. Surin — des tubes condenseurs dans les appareils de distillation (Notes de
- Chimie), par J. Garçon.............IV 353
- Crise sardinière. La crise etl’évolution de l’industrie sardinière (Notes du Comité de Commerce), par J. Cartier. VI 872 Cuirs. Sur les — artificiels (Notes de
- Chimie), par J. Garçon.............VI 810
- —. L’examen microscopique de la peau et du — appliqué à l’étude des taches
- de sel, par Georges Art...........V 010
- Cyanures. Précipitation de l’argent par l’aluminium dans les solutions de
- — (Notes de Chimie), par .1. Garçon ............................ VI 832
- I)
- Dents. La fabrication des — artificielles minérales, par Maurice Picard ................................. IV 523
- Désinfection. La — des végétaux par les fumigations d’acide cyanhydrique,
- par Paul Marchai...................II 287
- Diazos. Préparation des — stables (Notes
- de Chimie), par J. Garçon.........III 157
- Docks /luttants. La construction et les
- usages des------, par Henri Ciiauxionot
- (Compte rendu de la séance publique
- du 25 avril 1913)...................V 718
- Douanes. — Le régime douanier des colonies françaises, par Ch. Pénard (Notes du Comité de Commerce). V 709 Drainage en terrains tourbeux (Compte rendu de la séance du Comité d’Agri-eullure du 19 février 1913) . . . .IV 030 Dureté provoquée dans l’acier par le matriçage (Compte rendu delaséance du Comité des Arts chimiques du 11 janvier 1913)......................IV 021
- E
- Eaux. Contamination d’ — potables dans des conduites galvanisées (Notes de
- Chimie), par J. Garçon...........IV 813
- Éclairage. La fabrication française et les applications du quartz pur transparent et les nouvelles lampes quartz à vapeur de mercure (Compte rendu de la séance publique du 23 mai 1913),
- par Gallois.................... VI 910
- Éjectair. L’éjeclair Breguet, appareil extracteur d’air dépourvu d’organes mobiles et fonctionnant au moyen d’éjecteurs à vapeur, par M. Delaporte (Compte rendu de la séance publique
- du 11 avril 1913)..................V 743
- —. — (Mémoire de l’auteur) . . VI
- p.942 - vue 946/950
-
-
-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATJÈBES. --- JUIN 1913.
- 943
- Encre*. L’essai des — (Notes de Chimie),
- .1. Garçon...................V «77
- Electricité. Les chemins de fer électri-(l,,es d’intérêt local delà Haute-Vienne (Compte rendu de la séance publique du 14 février 1913), par Toulon. . Il 303 Electrification. L’—- des lignes de chemins de fera fortes rampes aux Etats-Unis (Notes de Mécanique), par A. Sciiu-
- r beut.................................V 719
- hlectrolyse des substances solubles dans les fluorures (Notes de Chimie), par
- J. Garçon......................IV ,754.
- E.pidiascope. (Voir Inlerf'éromèlre.) Epinéphrine. L’— ou adrénaline (Notes de Chimie), par J. Garçon. ... III 400
- Epuration. Sur 1’— biologique des eaux usées (Notes de Chimie), par J.
- f Garçon.........................VI 843
- Ethane. Production de !’— (Noies de
- Chimie), par J. Garçon..............IV 337
- Explosibilité des gaz de mines (Notes de
- Chimie), par J. Garçon..............IV 338
- — des mélanges de gaz et d’air (Notes de Chimie), par J. Garçon. ... VI 830 Explosifs. Action des basses températures sur les — (Notes de Chimie), par J. Garçon . . . . .................IV 364
- F
- Farines. Les matières azotées solubles comme facteur d’appréciation des — (Notes de Chimie), par J. Garçon . V 078 Fer. Fabrication du — par- l’électro-Jyse (Compte rendu de la séance du Comité des Arts chimiques du 14 janvier 1913)..........................IV 624
- Fièvre typhoïde. Les huîtres et la — à
- Paris, par Paul Vinoey...........II 277
- Fonderie. La fièvre des fondeurs (Notes de chimie, par J. Garçon). ... II 322 Fours. Étude des matériaux employés dans la construction des — (Compte rendu de la séance du Comité des Arts chimiques du 11 mars 1912) ... IV «26
- Foyers. Résultats d’essais comparatifs de — de locomotives (Notes de Mécanique), par A. Schubert...........V 721
- G
- G rêve. La — noire et l’évolution des syndicats en Angleterre, par Maurice Alfa ssa..........................I 42
- H
- Houblon. Observations relatives à la culture du — dans quelques-uns des principaux pays houblonniers étrangers (Notes d’Agriculture), par
- II. IIitier.........................V 683
- Houille. Distillation fractionnée de la — (Notes de Chimie), par M. J. Garçon. 1 122
- Houille verte. La — — et les travaux de M. Bresson, par Lévy-Salvador. . II 266 Huiles. L’hydrogénation des huiles (Notes de Chimie), par J. Garçon. ... I 322 Huiles essentielles. Le pouvoir désinfectant des---------- (Notes de Chimie), par
- J. Garçon.......................... I 123
- Huîtres. Les •—• et la fièvre typhoïde à
- Paris, par Paul Vincey..............I 277
- Hydrogène. Nouveau mode de production de f— (Notes de Chimie), par J. Garçon.............................VI 830
- I
- Incendie. La manipulation et l’emmagasinage des liquides inflammables hors du contact de l’air. Appareils Rolland et Mauclère (Compte rendu de la séance publique du 9 mai 1913;,
- par Mauclère......................VI 903
- Insectoscope.......................V 636
- Interféromclre pour les gaz et les eaux, et épidiascope construits par C. Zeiss, de Iéna. Rapport par M. C. Féry. . IV 320
- p.943 - vue 947/950
-
-
-
- 944
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. --- JUIN 1913.
- Iv
- Koji. i* i*o[» ri étés de la diaslase du — (Notes de Chimie), par J. Garçon. V 079
- L
- Locomotives. L’action de la vapeur dans les cylindres de — (Notes de Mécanique), par A. Schubert...........V 718
- — Méthode de détermination des limites de charge des —à vapeur (Notes de Mécanique), par A. Schubert. . V 719 —. Chargeur automatique pour—, système Gee (Notes de Mécanique), par A. Schubert.......................VI 89i-
- M
- Machines frigorifiques. Progrès réalisés récemment dans la production des basses températures et perfectionnement des — — à compression imaginé par M. Voorhees (Compte rendu de la séance publique du 28 février 1913),
- par E. Lemaire....................II ;j()7
- Machines-outils. Emploi de l’air comprimé pour refroidir l’outil et la pièce
- (Notes de Mécanique), par A. Schubert ............................VI 899
- Magnésie. Réduction de la — par l’alu-
- minium et de la baryte par le silicium (Notes de Chimie), par J. Garçon. V 672 Marron dinde. La valeur alimentaire du — — (Notes de Chimie), par J.
- Garçon.......................... V 684
- Matriçage. Dureté provoquée dans l’acier par le — (Compte rendu de la séance du Comité des Arts chimiques du
- 14 janvier 1913)................IV 624
- Malle. Conversion de la. — de cuivre dans les appareils basiques (Compte rendu de la séance du Comité des Arts chimiques du 14 janvier 1913). IV 623
- Mécanique. Des grandes vitesses en —, par Maurice Leblanc (Compte rendu de la séance publique du 10 janvier 1913)..............................I 169
- —. —. (Mémoire de l’auteur). ... III 413 Métallisation. Sur la — par pulvérisation (Notes de Chimie), par J.
- Garçon..............................II 321
- Métnux-carbonyles. Les------(Notes de
- Chimie), par J. Garçon...............V 672
- Microscopie. Appareil dit insectoscope de M. Pierre Marié (Rapport de M. C.
- Féry)................................V 636
- —. Dispositif nouveau facilitant l’examen microscopique d’un objet opaque et en relief (insectoscope), par Pierre Marié (Compte rendu de la séance pu-
- blique du 14 mars 1913).............IV 621
- —. —. (Mémoire de l’auteur). ... V 638 Minium. Sur le — (Notes de Chimie), par J. Garçon..........................I lia
- Moteurs. L’emploi de l’alcool dans les — (Notes de Chimie), par J. Garçon. VI 838 — Caractéristiques des diagrammes des — à pistons (Notes de Mécanique), par A. Schubert........................VI 897
- N
- Nécrologie. Gustave Richard (1819-1912),
- par L. Bâclé. ......................II 245
- Notes diAgriculture, par IL IIitier . . 1 133
- — — . . Il 336
- — — . . III 462
- — — .. IV 566
- — — . . V 685
- — — . . VI 845
- Notes de Chimie, par J. Garçon ... I 114
- — — ... II 320
- — — ... III 447
- — — ... IV 550
- — — ... V 667
- — — ... VI 830
- Noies de Mécanique, par A. Schubert. V 718
- — — VI 890
- Notes du Comité de Commerce, par
- Ch. Renard.....................V 709
- ----par J. Captier...............VI 872
- p.944 - vue 948/950
-
-
-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
- JUIN 1913.
- 945
- Notes du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, par P. Coutuiiaud. . . V
- O
- Ocre. L’—, de MM. Sirot et Joret. Rapport sur 1’—, par A. Livaciie. . . VI —. Contribution à son étude chimique, préface de Eugène Rousseaux, par Maurice Sirot et Georges Joret. . VI Organisation scientifique du travail. Méthode d’-------de W. Taylor (Compte
- rendu de la séance du Comité des Arts chimiques du 11 mars 1913). IV
- P
- Papiers. Sur la fabrication des— (Notes de Chimie), par J. Garçon .... II —. Sur les — couchés (Notes de Chimie),
- par J. Garçon....................III
- —. L’utilisation des résidus sulfitiques des pâtes à — (Notes de Chimie), par
- J. Garçon........................III
- —. Nouvelles sources de pâtes pour la fabrication du — (Notes de Chimie),
- par J. Garçon.....................IV
- Paranitraniline-, Sur la — (Notes de
- Chimie), par J. Garçon............II
- Peau. L’examen microscopique de la — et du cuir appliqué à l’étude des taches de sel, par Georges Abt . . V Peintures des objets métalliques et — au minium (Notes de Chimie), par J.
- Garçon............................II
- — sous-marines aux verts arsenicaux (Notes de Chimie), par J. Garçon. VI Perborates. Les — de soude du commerce (Notes de Chimie), par J.
- Garçon)........................ III
- Perméabilité. Le verre est-il perméable aux vapeurs des halogènes? (Notes de
- Chimie), par J. Garçon.............V
- Pigments. Le pouvoir couvrant des — (Notes de Chimie), par J. Garçon. III
- — Sur le blanc de plomb sublimé (Notes
- de Chimie), par J. Garçon...........III 455
- Porcelaine. La — d’amiante, par G. Binard..............................Il 253
- Produits silico-calcaires. Perfectionnement du procédé de fabrication des
- -----. La méthode de division de
- L. P. Kaye, de New York (Notes du Comité des Constructions et des Beaux-Arts), par P. Couturaud.. . V 726
- R
- Radium. La situation de l’uranium et du — (Notes de Chimie), par J. Garçon .............................VI 835
- Résistance de l’air. Expériences relatives à larésistance aumouvementdes corps dans l’air exécutées par M. Canovetti (Rapport de M. L. Lecornu). ... V 633 Rouissage. Le — des fibres (Compte rendu de la séance du Comité d’Agriculture
- du 22 janvier 1913)....... . III 505
- —•. Le — chimique des fibres (lin, chanvre, ramie, etc.), par Dybowski (Compte rendu de la séance publique du
- 25 avril 1913)................V 747
- —. Rapport sur un programme de recherches relatives au — microbiologique du lin, par A. Ch. Girard. VI 914
- S
- Sel alimentaire. L’impureté du — (Notes de Chimie), par J. Garçon .... I 333 Silicium. Résistances du — fondu (Notes
- de Chimie), par J. Garçon........III 449
- Souffleries. — Air sec dans les — de hauts fourneaux (Notes de Chimie),
- par J. Garçon....................V 675
- Suie. Sur la mesure de la — (Notes de
- Chimie), par J. Garçon, j........I 122
- Superphosphate. L’excavation mécanique et automatique des fosses à —. Appareil Wenk, par MM. Benker et Mill-
- 724
- 765
- 768
- 626
- 331
- 458
- 459
- 561
- 330
- 646
- 329
- 839
- 447
- 677
- 456
- p.945 - vue 949/950
-
-
-
- 946
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MAT1ÈBES.
- JUIN 1913.
- behg (Compte rendu de la séance
- publique du 11 avril 1913) .... V 742 —. —. (Rapport de M. Linoet) ... VI 791 —. —•. (Mémoire des auteurs). ... VI 792 Syndicats. La grève noire et révolution des — en Angleterre, par Maurice Aleassa................................1 42
- T
- Tannage. Sur le — électrique (Notes de
- Chimie), par J. Garçon............I 564
- Tantale............................III 448
- —. Substituts du platine. Tungstène,— (Notes de Chimie), par J. Garçon . III 448 Teinture. — La teinture ancienne et la — moderne, par Th. Valette (Compte rendu de la séance publique du 9 mai
- 1913)............................VI 905
- Titane. Le — (Notes de Chimie), par
- J. Garçon........................IV 550
- Tungstène.........................III 448
- U
- Uranium,. La situation de 1’— et du radium (Notes de Chimie), par J. Garçon. IV 836
- V
- Vernis. Sur les récentes modifications des — (Notes de Chimie), par J. Garçon ...............................III 451
- Verre à vitres. La fabrication mécanique du---------—, par Delloye (Compte
- rendu de la séancepublique du 11 avril
- 1913)..............................V 740
- Vitrages. Considérations générales sur les — sans mastic (Notes du Comité des Constructions et des Beaux-Arts), par A. Moreau........................V 725
- L'agent général gérant, E. Lemaire.
- Paris. — Typ. Philippe Rhnouard, 19, rue des Saints-Pères. — 5! 801.
- p.946 - vue 950/950
-
-